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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 09:20
Les Murgers des Dents de Chien Saint-Aubin 1er Cru de chez les Derain poils aux… vins…

Un site de vente de vente, qui nous dit que vendre du vin c’est un métier, pose ce matin une question de la plus haute importance : « Que boire avec des Cuisses de Grenouille ? » Encore un truc à nous faire bien voir de nos amis anglais qui nous traitent à tout bout de vignes de « Frog-eaters » et à déchaîner sur Face de Bouc une prise de bec entre les défenseurs des spécificités françaises, genre je ne mange que des andouillettes locavores de ma belle-mère, et les amoureux et défenseurs des petites bêtes…

 

J’avoue que je ne suis pas amateur de ces cuisses-là, non pour des raisons de militance pour la cause des animaux mais parce que, contrairement à Alexandre Dumas qui, dans son grand dictionnaire de cuisine : note que « Bien des médecins du Moyen Âge se sont opposés à ce qu'on mangeât cette viande qui cependant est blanche et délicate et contient un principe gélatineux plus fluide et moins nourrissant que celui des autres viandes. », je n’apprécie pas.

 

Dumas relève que c’est une tradition ancienne puisqu’ « Au seizième siècle pourtant, les grenouilles étaient servies sur les meilleures tables, et Champier se plaignit de ce goût qu'il regarda comme bizarre, et il y a un siècle à peu près qu'un Auvergnat, nommé Simon, fit une fortune considérable avec les grenouilles qu'on lui envoyait de son pays, qu'il engraissait et qu'il vendait ensuite aux premières maisons de Paris où cet aliment était fort à la mode. »

 

Alors pourquoi vous faire tout un plat des cuisses de grenouilles ?

 

Pour rien, ou presque, mon esprit d’escalier associant toujours l’évocation de ce plat à la chanson de Pierre Perret : « Cuisses de Mouche »

 

Sa petite paire de noix gonfle un petit poil sa minijupe

Elle a des gambettes comme un fil à couper le roquefort

Ses petits œufs au plat sous son chemisier me préoccupent

Autant que le joli sourire qui lui sert de passeport

 

C'est pour ça qu'on l'aime dans notre HLM

Chez le beau Riri ou dans le bistrot de la mère Tatzi

On l'appelle Cuisse de Mouche fleur de banlieue

Sa taille est plus mince que la retraite des Vieux

Elle chante tout le temps sans finir sa chanson

C'est la faute bien sûr à ses tous petits poumons…

 

Et, comme je n’hésite devant rien, je descends encore plusieurs marches de mon esprit d’escalier pour vous confier que Pierre Perret va bien à Dominique Derain, le vigneron de Saint-Aubin, dont la devise plaira beaucoup à l’association des philosophes amateurs de vins sans poils :« Un rien naturel...Le vin dans son expression naturellement. » Dom Derain.

 

 

Voilà la boucle est bouclée et sans me ramasser la gueule dans mon escalier je peux maintenant vous affirmer :

 

- J’aime beaucoup le Saint-Aubin…

 

- J’aime beaucoup les vins de Dom Derain

 

Donc, syllogisme impeccable, j’ai adoré Les Murgers des Dents de Chien Saint-Aubin 1er Cru 2013 de Dom Derain, au restaurant Les Climats le jour de la Saint-Jacques.

 

Une merveille de finesse, de fraîcheur, ample en bouche, qui provient d’une parcelle de 35 ares situé au-dessus du Montrachet! Sol calcaire marbrier (comblanchien) et terre rouge ferreuse, vigne d'une trentaine d'années en chardonnay vinifié comme l'ensemble du domaine en fut vieux sans aucun intrant pour valoriser le lieu et le millésime.

 

« Bon jeune et bon vieux. Ce premier cru sera peut-être classé grand cru un jour... » dit le Dom, ha, ha ! et je n’ajoute pas Ding, ding, dong car là je verserais dans le Bordeaux Bashing cher à Isabelle Supportable grande copine du Dom.

 

De mon côté j’ai réservé, avant que les prix flambent, quelques flacons de ce nectar en millésime 2014.

 

Et vous allez me dire : tu manges quoi avec cette merveille ?

 

Du homard bleu breton saisi, bouillon de carapace parfumé à la verveine fraîche, fricassée de girolles et abricots du chef des Climats : Julien Boscus.

 

Saisi, vous avez écrit saisi, oui, barbare je suis, mais comprenne qui pourra pour les beaux yeux d’une reine on ne compte pas, on n’est pas à une contradiction près…

 

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19 août 2015 3 19 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (8) Luchini pour détendre l’atmosphère de l’AG du CIVB se proposa de lire du Paul Valéry

Je fis semblant de ne pas voir le léger trouble qui avait envahi ma nouvelle et belle amie.

 

Avant de faire route vers la Préfecture de la Gironde nous décidâmes de manger des sardines à l’huile arrosées d’un beau petit Clairet du château Mandigot. Je dis à Émilia : « Ça me fait penser à ma mémé de Saint-Guénolé… »

 

Mon âme allégée baignait dans la félicité. Pour la première fois de ma vie j’étais bêtement heureux.

 

Dans un accès de lyrisme je citai un chroniqueur occupant dans le monde du vin une surface médiatique enviée :

 

« J’aime les presqu’îles. Tout est dans le presque, comme l’épaisseur d’un petit trait d’union. Celle de Talmont sur Gironde, promontoire surplombant les eaux mêlées du plus grand estuaire d’Europe, offre au simple promeneur qui sait prendre le temps de s’attarder face à l’estuaire dans l’enclave qui ceint l’église romane, un sentiment de bout du monde qui le fait communier avec les éléments et atteindre le sublime. Alchimie régénératrice où la lumière sculpte la pierre, tire de la couleur compacte des eaux et de la matière déchiquetée de la falaise, un tableau sans pareil. Comme l’écrit Jean-Marc Soyez « En pays royannais, la Gironde n’est pas un fleuve impassible. La plus grande frayère d’Europe est un carrefour en perpétuelle turbulence, où se heurtent et se mêlent des eaux contraires. Deux fois par jour, l’Atlantique y renouvelle le mythe forcené de Sisyphe, repoussant en vain les eaux de Dordogne et de Gironde…

 

La renommée contemporaine de Talmont doit, dit-on, beaucoup aux chemins de fer et à Malraux. En effet, après 1955, une de ces affiches dont la SNCF avait le secret, exposait dans les gares et les wagons la superbe église romane dédiée à Ste Radegonde, reine de France, « morte en odeur de sainteté à Poitiers, en 587 ». Malraux, Ministre de la Culture, exigea qu’on l’apposât dans le passage donnant sur le Palais Royal. La montrant à des visiteurs il déclarait de sa voix au vibrato étrange

 

«Voyez ces pierres sublimes, indifférentes aux rumeurs des âges… »

 

Et de rappeler à Émilia l’immense SAGA de Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, jeune et riche héritière, improbable et déjantée, dans l’univers feutré des GCC, qui du 20 juillet au 20 août 2011, du 20 au 20 quoi, se révéla être l’équivalent de l’Ouragan sur la Caine.

 

Pompeux, je pontifiait :

 

- Démonstration que la légèreté permet souvent d’aller bien plus au fond des choses que les lourdes démonstrations. Faire dans le sérieux n’est pas forcément gage de pertinence.

 

J'ajoutais en rigolant :

 

- Bien évidemment tout ça n’était que pure fiction.

 

- Raconte-moi !

 

Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, vivait dans un grand loft de la place Fürstenberg, à quelques pas de Saint Germain-des-Prés, en compagnie de son chat dénommé Lénine, en souvenir du séjour de celui-ci, avec sa mère et sa sœur l'été 1909, dans le village briard de Bombon et de Tintin au Congo un mainate religieux qui jurait comme un charretier.

 

Orpheline très jeune elle avait été élevée par un couple d’excentriques américains, grands amis du défunt marquis son père, amateurs d’art contemporains et de bonne chère. Pour être proche de la vérité Marie poussa telle une herbe folle, loin de l’école, baguenaudant dans le quartier où les habitués du Flore la laissaient picorer dans leur assiette et vider leur verre. Toute tachetée de son, le nez en trompette, de grands yeux vairons, des cheveux de foin, un long cou entre des épaules frêles et aucun goût pour se vêtir, lui avait valu le surnom de hérisson.

 

De temps en temps elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix rien que pour le plaisir de voir passer les chalands et de s’empiffrer de Rosette de Lyon. Si ses clients avaient su que cet épouvantail à moineaux se trouvait être l’unique héritière de beaux châteaux à Bordeaux, rien que des Grands Crus Classés, sur que notre Marie aurait eu plus de succès. Elle s’en fichait d’avoir du succès. Jamais elle n’avait mis les pieds sur ce qui serait un jour ses propriétés car elle était allergique à tout ce que la campagne peut générer comme pollen ou autres trucs allergènes. Ses deux oncles et trois tantes, tous sans descendance, géraient dans une société en commandite simple son futur bien et lui versaient une rente qui suffisait à son bonheur.

 

 

Mon petit coeur il faut que nous y allions, l’intégrale de cette œuvre feuilletonnesque sans équivalent emplie de phrases cultes telle que celle-ci « Luchini pour détendre l’atmosphère de l’AG du CIVB se proposa de lire du Paul Valéry » C'est du LOURD très chère et c'est : ICI

 

Trêve de souvenirs il nous fallait filer grand train jusqu’au blockhaus de Mériadeck.

 

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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 07:00
FICHE ANTHROPOMÉTRIQUE du n°1 d’EN MAGUM de Bettane&Dessauve

Comme je ne suis qu’un pauvre petit blogueur insolent dépourvu de surface médiatique, au contraire du rédacteur-en-chef d’En Magnum, je n’ai pas eu le privilège de recevoir le N°1 de ce nouveau-né de la presse du vin en service de presse.

 

Face à mes intenses regrets, ma grande affliction, un vigneron compatissant, m’a expédié par la Poste l’exemplaire qu’il avait acheté, pour un usage dont je tairai la destination, merci à lui.

 

Je l’ai reçu le jour où je partais me balader en Suisse j’ai donc déposé EN MAGNUM dans mon sac de voyage. Seule critique que j’oserai formuler : pas pratique le format qui me semble plutôt destiné aux salles d’attente des professions libérales qu’aux lecteurs nomades.

 

Après examen et lecture, sans problème vu le nombre de pages à lire, j’ai estimé qu’il y avait si peu ou pas de grains nouveaux à moudre et que ça ne valait pas le coup de chroniquer.

 

Si par hasard, l’un ou l’une de vous, ayant acquis honnêtement le N°1 d’EN MAGNUM, et qui ne s’est pas contenté de visionner les images, veut se fendre d’un point de vue je suis preneur.

 

Merci par avance.

 

Moi je me contente de vous communiquer la FICHE ANTHROPOMÉTRIQUE d’EN MAGUM

 

POIDS : 445 g

 

HAUTEUR : 34 cm

 

LARGEUR : 23,5 cm

 

130 pages officielles

 

38 pages de publicité dont la 4e de couverture (dont 12 Bordeaux, 8 champagnes, 6 Provence…

 

26,5 pages de textes signés plus l’édito de Thierry Dessauve.

 

Le reste photos, 7 pages de notes de B&D sur les Primeurs de Bordeaux 2014 (rien au-dessous de 15,5/20, 4 pages champagnes d’été, 4 pages 60 nuances de plaisir pas cher) et 1 page pour 1BD…

 

Prix : 5,90€

FICHE ANTHROPOMÉTRIQUE du n°1 d’EN MAGUM de Bettane&Dessauve
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18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (7) : Eugène Tarpon, mon arsouille de père, se murgeait au Castelvin rouge 13°

Les protestations des rois de la vinification s’enlisèrent dans les sables infinis de mon indifférence. Pour les achever je leur assénai « Eugène Tarpon, mon arsouille de père, se murgeait au Castelvin rouge 13°, sur la fin en briques car c’était plus pratique. Un vrai mécène pour Pierre Castel mon paternel… Faudrait lui ériger une stèle ! »

 

Ils s'esclafèrent de concert. J'aurais pu leur montrer mon cul je suis persuadé qu'ils auraient affirmés avec une belle unanimité qu'il était beau.

 

Je fis mon Denisot en leur plaçant une histoire de blonde qui consulte son médecin :

 

- Docteur j'ai mal partout 

 

 

et, joignant le geste à la parole, elle posa son doigt d'abord sur son cou.

 

-  Aïe !

 

Puis sur sa poitrine.

 

- Aïe !

 

Puis sur son ventre.

 

- Aïe !

 

Puis sur sa cuisse.

 

- Aïe !

 

Et le praticien de lui dire :


- Vous êtes une vraie blonde et vous avez le doigt cassé...


Désolé !

 

 

Rires gras et commentaires gratinés.

 

Aussi bizarre que ça puisse paraître, moi, le couche-tôt, je tenais une pêche d’enfer. Je fis une proposition indécente à mes admirateurs-vinificateurs « Je suis preneur d’une horizontale d’un grand millésime de la crème des GCC de Saint-Émilion. »

 

Ce fut le plus beau flop de ma misérable carrière, seul un branleur dont j’ignorais le nom ironisa « demandez à Jean-Marc Quatrain il adore bourrer le moût des ignorants. C’est son fonds de commerce… »

 

Je me retins de lui rétorquer « et le droit bouchon ça existe aussi pour les cons ? »

 

À ce stade de la nuit, très proche du lever du jour, j’avais une folle envie de me retrouver dans un rade pourri pour siroter un expresso acide et m’empiffrer d’un croissant graisseux, marre de ce binz de faux-culs et de faux-semblants. Mais Bordeaux n’est pas Paris, la nuit on y dort. Après avoir récupéré et endossé des combinaisons au club d’Émilia nous partîmes à moto, à fond les ballons, au long de l’estuaire, par la rive droite, pour rejoindre l’une de ces petites cabanes montées sur pilotis d’où l’on descend les carrelets dans l’eau, située à Port-Vitrezay.

 

Port-Vitrezay, petit port de pêche charentais, se situe en retrait de Saint-Bonnet-sur-Gironde, au lieu-dit « Terres à Raimond », à l'ouest du marais Duchâtel, près du hameau de Vitrezay. Autrefois c’était aussi un petit port de commerce où transitaient vins, céréales et farine. Comme la plupart des ports estuariens des environs : Port des Callonges, Port-Conac, Port-Maubert, Port des Monards… il est de taille modeste et se déploie en bordure d'un chenal, qui forme l'extrémité du canal de la Comtesse, et vient se jeter dans l'estuaire de la Gironde.

 

La cabane était sans confort mais pourvue de tout ce qu’il fallait pour se restaurer. Nous avions acheté des croissants et du pain en passant à Blaye. Émilia nous prépara, sur le réchaud à gaz, un café filtre bien serré. Dans cette bogue posée, haut perchée, au-dessus des eaux de l’estuaire nous nous sentions coupés de tout, libres de nous laisser aller à déballer nos vies. Ce moment rare fut à nous, rien qu’à nous, ce nous dont j’ignorais à peu près tout. C’était la première fois que je trouvais face à moi une belle personne, je tentais de rattraper goulument le temps perdu.

 

Soudain sur la table le Smartphone d’Émilia s’ébrouait. Numéro inconnu, elle hésitait à répondre. Un étrange pressentiment me poussait à lui dire qu’il le fallait. Bonne pioche, c’était le Préfet. Elle me le passait. Ce cher homme couronné de feuilles de chêne voulait me voir de toute urgence. Il me demandait de me rendre à son bureau en fin de matinée, pour 12 heures 30 très précisément. J’acceptais en y mettant une seule condition non négociable : qu’Émilia se joigne à moi. Quoique surpris, face à ma fermeté, le représentant de l’État accepta.

 

Face à nos bols, dans cette cabane du bout du monde, loin du bal des vanités des 2 Rives, nous éclatâmes de rire.

 

Quel cataclysme avais-je donc déclenché pour que le Préfet en personne me convoque de vive voix à venir m’expliquer ?

 

Tout ce petit monde devait penser qu’il y avait anguille sous roche et que la venue d’un petit fouille-merde de mon acabit, fils d’un père vaguement gauchiste, risquait de mettre à jour des secrets enfouis…

 

Ça me trouait. Je soupirais d’un ton goguenard :

 

« Et si je me contentais de demander à ce cher Préfet de m’aider à identifier qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ? »

 

Pour la première les joues d’Émilia se teintèrent de rose…

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 09:35
Quand les philosophes « s’emmêlent », Onfray le Grand et Olivier Assouly le Petit, le vin nature devient Simplet

Comme j’ai fait Philo pour le bachot je me suis tapé l’enseignement de la philo, à l’Institution Amiral Merveilleux du Vignaux, de l’abbé Raguet, dit «la braguette», un petit homme tout boulot, ensoutané. Pas très sexy la philosophie avec lui, alors je me suis fait mon petit baluchon tout seul. Ce cher abbé, frère du notaire de la Mothe-Achard, a très vite considéré que mon cas était désespéré et m’a foutu une paix royale.

 

La Philo m’a donné mon bachot, 18 sur 20, coefficient 9, ça douillait beaucoup de points pour avoir disserté sur « Pourquoi les animaux ne parlent-ils pas ? »

 

Sans trop ironiser aujourd’hui je me dis « pourquoi les philosophes d’aujourd’hui parlent-ils autant ? »

 

Nos philosophes, et nous en avons un beau paquet, sont des graphomanes invétérés, spécialistes des tribunes, des signatures de pétition, ils forment une corporation haut placée, au-dessus de la vile mêlée, qui a des points de vue sur tout et le contraire de tout. Ce sont les nouveaux curés du XXIe siècle qui nous dispensent depuis le haut de leur chaire le fruit de leurs pensées élevées, tracent la ligne rouge entre le bien et le mal, pointent du doigt nos péchés et, suprême bonté, nous accordent des indulgences face à notre indigence.

 

Ces gens-là ils ont du vocabulaire et ils ne se privent pas de nous l’asséner.

 

Tout ça est parti de l’irruption dans le PAF au cours des années 70 des « Nouveaux Philosophes » BHL en tête suivi d’André Glucksmann, Christian Jambet, Guy Lardreau, Jean-Paul Dollé, des qui ont plus ou moins bien tourné.

 

Des engagés qui étaient ces gars-là, dignes continuateurs du père Sartre juché sur son tonneau aux usines Renault de l’Ile Seguin.

 

Y z’ont fait des petits ! Le plus connu, le plus prolifique est sans contestation le bonze du Bocage normand, Michel Onfray, l’épicurien à la triste figure, le GO de l’Université populaire pour retraités en déshérence et, surtout, grand amateur de vins bien nés, tendance réac bien affirmée.

 

Dans Cosmos il taille un costar aux biodynamistes : «L'exemple anthroposophique du vin biodynamique montre qu'il faut se contenter de ce que la nature nous montre…»

 

« Mais, en cela, le fil s’est rompu entre le païen et l’athée moderne, qui vilipende par ailleurs la pensée magique présente dans toute sacralisation de la nature (diatribe appuyée, et très drôle, contre les théories biodynamiques dans la viticulture). »

 

Là, nous sommes dans la cour des Grands, laissons notre bas-normand à ses dégustations convenues en compagnie de la fine fleur des GCC et intéressons-nous à l’étage du dessous Olivier ASSOULY Philosophe, spécialiste de l'alimentation et du goût.

 

La philosophie mène à tout même à table, et notre Assouly « analyse cuisines et dépendances, à l’aune de Rousseau, Kant, Cicéron, Benjamin ou Artaud… » tout ça dans le Libé du brave Patrick Drahi qui a un sacré appétit.

 

Permettez-moi de rire un chouïa…

 

Ha! la typicité gustative...

 

Ha ! la posture ampoulée et bourgeoise, identifiée à la tradition viticole du notable bordelaise… ça fait très lieu commun réducteur tout ça et je ne sais pas où se niche la philo.

 

Bref, le sieur Assouly, qui n’écrit pas que des conneries, loin s’en faut, devrait confronter ses puissantes pensées à l’épreuve d’u réel un peu plus nuancé.

 

« JE PANSE DONC JE SUIS » telle est sa devise !

 

En plus Assouly boit.

 

Ça va faire plaisir au Président Farge.

 

«Vins naturels» : un cépage se tourne titre très Libé !

 

Mais là ça se gâte et ça mets Antonin, le Pape des vins nus reconnu même par la RVF de ce cher Denis Saverot, dans tous ses états…

 

La bande annonce racoleuse comme toujours à Libé :

 

« En voulant créer un nouveau produit, plus simple à aborder pour les non-connaisseurs, le monde viticole se dirige vers un modèle de goût uniformisé, quitte à perdre des saveurs en route. »

 

Et pourtant ça commençait bien avec citation de Deleuze à l’appui, on n’est pas philosophe pour rien, hein !

 

« Si l’on considère le monde du vin, un phénomène aux antipodes d’une viticulture industrialisée grandit en France - et maintenant dans d’autres pays - avec l’essor d’une viticulture alternative. Tendance qui s’exprime bien au-delà de la dénomination retenue de «vins naturels». Portant en creux un engagement éthique et politique, ces vignerons dissidents refusent l’usage de produits chimiques, utilisent des levures naturelles issues du raisin et soufrent peu leurs vins. Certes, ils ne forment qu’un groupe minoritaire. Mais la force d’une minorité, selon Gilles Deleuze, n’est-elle pas de «forger exemplairement les moyens d’une autre conscience et d’une autre sensibilité» (1) ? En cela, être innovant, voire révolutionnaire, n’implique pas de renverser le rapport de forces à son avantage. Pour preuve, actuellement, l’aura des vins naturels repose, d’un côté, sur le discrédit d’un système agrochimique et, de l’autre, sur la confiance que lui accordent des cavistes, des sommeliers, des restaurants et des amateurs, qui y trouvent l’incarnation d’un modèle enfin désirable de culture et de transformation de la vigne. »

 

Entre les 2 y’a ça 

 

La conclusion est du tonneau de ces philosophes du 3e type qui se piquent de technique et bien sûr d’économie. Un vrai bijou à encadrer.

 

« À terme, en tarissant une source de diversité gustative, ce sont nos propres aptitudes à juger qui s’émoussent. Toute simplification des saveurs et du jugement, poussée à l’extrême au nom de la démocratisation d’une culture élitiste, fait le jeu de la massification d’un marché. A l’avenir, sans doute qu’il importe de refuser toute posture, que ce soit une tendance à la complaisance sectaire ou une signature gustative supposément rebelle, mais stéréotypée et normalisatrice. Dépasser le premier stade, nécessaire et vertueux, de l’enfance impose de se préserver des idées reçues et des dogmes, pour convertir autrement la force extraordinaire des premiers jaillissements. On ne saurait négliger que le vin est un jeu culturel, sérieux à l’aune de ses enjeux écologiques et sanitaires, également un loisir contraint de s’assumer comme objet du goût, superflu, pourvoyeur de plaisir, avec les obligations qui lui incombent : enrichir, densifier, exercer la sensibilité gustative, éveiller et renforcer le sens critique, étendre et parfaire une palette gustative, rendre la dégustation réjouissante. Sans quoi, au lieu de goûter tel ou tel vin, l’on consommera «du vin nature» comme une marque, réduite au rang d’une qualité relativement constante et d’un segment de marché, sous-ensemble intégré d’un système toujours dominant. »

 

Pauvre Sartre, père fondateur de Libé, il doit se retourner dans son caveau… en lisant cette philosophie de caveau…

 

Désolé, pas mieux…

 

 

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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (6) : Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion

Après avoir pris congé, de la manière que vous savez, Émilia et moi avons filé jusque Bordeaux pour rejoindre une fête. Nous l’avons fait sur son gros cube, une Ducati Diavel Titanium, bicylindres en L, 1198,4cc, 106 CV, un beau monstre en série limitée 500 exemplaires. Comme nous n’étions pas équipés de combinaisons Émilia ne poussa pas la bête fauve dans ses derniers retranchements mais je dois avouer que ce fut grisant de filer sur l’asphalte en l’enserrant fort par la taille. Comme la chevauchée de moto ne favorise guère la conversation, avant de nous joindre à la fête, nous en avons grillé une sur le quai des Chartrons afin de mieux faire connaissance.

 

Émilia me bluffa. C’était un oiseau rare.

 

Je me sentais gros et laid. Je le lui avouai.

 

Elle me répondit qu’elle s’en foutait.

 

Moi pas, je lui rétorquai-je en lui disant que je faisais mienne l’interrogation de Houellebecq, dans Extension du domaine de la lutte : « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : «Dieu a voulu des inégalités pas des injustices» disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. ».

 

Oui Émilia son Tisserand c’était moi Tarpon Eugène de la seconde génération, un type « dont le problème – le fondement de sa personnalité, en fait – c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… »

 

- Que sera sera… ce qui doit arriver arrivera me répondit-elle en m’entraînant par la main vers l’hôtel particulier où se tenait le pince-fesses.

 

Je dois avouer que, pour la première fois de ma putain de vie, je me sentais à l'aise prêt à affronter les zozos du marigot du beau Bordeaux des châteaux.

 

Là encore, dans cette volière de luxe, je pus mesurer le pouvoir d’attraction d’Émilia sur la faune des héritiers.

 

Ils bourdonnaient lourdement.

 

Elle les ignorait superbement.

 

Nous n’étions pas là pour des plans culs mais pour chaluter les ragots dans le marigot. Le Sonar d’Émilia nous dirigea sans hésitation vers le lieu le plus poissonneux où siégeait la nouvelle compagne de Michel Roncevaux, l’homme des plus beaux tonneaux de Bordeaux, monsieur 100/100. Je ne fus pas déçu du voyage, la pêche fut miraculeuse sans pour autant me donner le moindre indice sur qui pouvait bien coucher avec la baronne des Sables de Saint-Émilion.

 

Pour m’aérer les neurones je fis un raid en direction d’un splendide balcon donnant sur le fleuve. Des fumeurs y tiraient diverses fumées aux arômes pas toujours catholiques. Dans un coin, une grappe de winemakers échangeaient autour de Stéphane Detoutautourdelacour et, à ma grande surprise, j’étais leur sujet de conversation.

 

Plutôt que de disserter sur les raisins mûrs et sains ils se perdaient en conjectures sur mon intrusion dans le fleuve si tranquille de Saint-Émilion.

 

Étais-je là pour enquêter sur les dessous affriolants du nouveau classement ?

 

Quel était mon commanditaire ?

 

Pourquoi m’étais-je rendu à l’invitation du maître du Logis de la Caserne ?

 

Ce privé minable ne pouvait que nager en eaux troubles ?

 

Mais pourquoi était-il accompagné de la belle Émilia ?

 

Quelqu’un affirma que, selon le Nicolas qui ne dit jamais rien pour rien, il y avait là la main de la perfide et redoutable Supportable.

 

Un murmure de désapprobation courru à la seule évocation de ce nom honni de la Bordeaux Connection.

 

Émilia, qui m’avait rejoint discrètement, me tirait par le bras jusqu’à la brochette des rois de la vinification :

 

- Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion…

 

Les princes de l'oxygène manquaient d'air, je les achevai en leur balançant : « Oui, Eugène Tarpon, un nom de poisson...

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, Sarko sirote 1 jus de tomate, Carla passe et repasse, entre bain de mer et plongeon dans sa piscine, sont extatiques les gars de Valeurs Actuelles

Qui n’a pas envie d’écrire sur une belle page vierge les premières lignes d’une aventure, de conjuguer séduction et plaisir ?

 

J'avoue un besoin irrépressible de cette légèreté qui «touche aux choses sans y toucher», de cette attirance chaque jour renouvelée qui m’émeut, me touche au plus profond. Diable qu’y-a-t-il de plus excitant que d’enflammer son imagination, faire fondre une à une les dernières résistances, de s’égarer, d’avancer les yeux bandés vers le danger. Être séduit bien plus que séduire, être conquis plutôt que conquérir, je ne sais, je ne puis, le John Malkovich-Valmont qui sommeille en moi, brouille les pistes, joue à colin-maillard, se souvient de Madame de Tourvel, les beaux yeux implorants de Michèle Pfeiffer dans Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, elle résiste certes, avec l’énergie du désespoir, aux avances de Valmont, mais quand elle cède, elle cède, c’est fini, elle ne négocie pas sa reddition, elle se donne tout entière à lui, généreusement, à corps perdu. L’Enfer n’est jamais loin du Paradis.

 

Magie de l’écriture, dans la solitude, l’aridité de la page blanche j’accepte d’être surpris, séduit. On ne peut aimer que si l’on accepte d’être séduit, que si l'on prend le risque de se perdre. Passé le surgissement imprévu de l’amour, c’est la braise vive de l’admiration, étonnement renouvelé, ravissement étonné, qui lui donne sa force, l’insinue dans la vie que je vis. Qu’importe si je ne suis qu’un passager clandestin dans sa vie à elle, celui qui sera débarqué sans ménagement à la première escale, l’important, l’essentiel, le sel de cette dernière tranche de ma vie, c’est elle.

 

Qu’importe, tout m’importe, j’écris. Les mots, que je couche dans l’indifférence de la nuit, sont la dernière digue que j’érige pour durer. Tel Hans Bricker, le petit garçon de Haarlem, qui pose son doigt sur la petite brèche de la digue, je retiens le flux du temps sans pour autant le stopper.

 

Qui pourrait m’interdire d’aimer ?

 

La mort, bien sûr, qui me tombera dessus sans préavis sauf à la programmer. Pourquoi pas, ce serait mon ultime liberté, mon dernier péché d’orgueil. Il m’arrive d’y songer lorsque mon corps donne des signes de faiblesse. Alors je me lève de ma table de travail, dans le silence de la cuisine verse de la farine dans une grande écuelle de verre, ajoute un à un les ingrédients, sans peser, au jugé, pétrir, sentir, mettre la main à la pâte, la maîtriser. Résister ! Aimer ! L’aimer !

 

Le jour va se pointer. Le premier métro va passer sous mes fenêtres. Je suis nu-pieds. Ma tarte aux mirabelles, encore tiède, gît sur son plat. Le chat s’étire. Ma bulle de silence se déchire. Là-bas, elle dort encore. « Je suis une petite nature… dit-elle. Magie de l’écriture, j’anticipe. Le café est un peu amer. Dans la presse, le marronnier du jour est la fuite des riches. Je souris, songe à l’amour en fuite, me prépare, avec mon goût immodéré de la lenteur, à partir. Pour l’heure je lis « À nos enfants » de Bruno Le Maire.

 

Bruno Le Maire, surnommé « Bac + 18 » par Nicolas Sarkozy, qui s'échine selon lui à écrire des «livres en allemand que personne ne lit». «Le pauvre, il écrit des livres que personne ne lit. Ah si, il y en a un que j'ai lu, c'est celui où il se masturbe!», aurait ironisé Nicolas Sarkozy.

 

« Un techno atypique qui a le profil brillant du haut fonctionnaire doublé d'un bon vivant qui n'est pas le dernier à raconter des conneries » selon le Juppéiste Benoît Apparu. Politique, amoureux des lettres, surtout de celles de Proust, à qui il a consacré une maîtrise, un DEA et une thèse et du dramaturge autrichien Thomas Bernhard, il manie la plume avec aisance et talent. Il peut se targuer d’être l’un des rares hommes politiques à être édités sous l'élégante couverture de la collection blanche de Gallimard, dédiée à la littérature et à la critique.

 

« Écrire est une question de liberté, Je ne la négocie pas. Je veux me ménager la liberté intellectuelle la plus forte possible. Je la trouve dans les livres et dans les mots. »

 

La politique et la littérature sont indissociables de la vie de Bruno Le Maire : « J’ai toujours beaucoup écrit et toujours beaucoup lu, c’est ma vie, confie-t-il « Tous ceux qui ont réussi à mêler politique et culture m’inspirent ».

 

Le lire, c’est percer son armure, et surtout pouvoir par la suite mettre ses bonnes intentions à l’épreuve des faits.

 

« Bruno Le Maire est le seul lettré. C'est une dimension que les autres n'ont pas. Pour faire de la politique, il faut être un artiste. Churchill et De Gaulle l'étaient», souligne Frédéric Mitterrand. «Bruno Le Maire les rejoint dans ses origines sociales et sa pratique de l'État. Il est en train de blanchir sous le harnois: il est tout à fait capable d'exercer des fonctions très importantes, mais il va devoir patienter, comme Mitterrand avant lui. Attendre que Nicolas Sarkozy ait assassiné tous ses copains», ironise l'ancien ministre de la Culture dans l'hebdomadaire. Référence à François Mitterrand qui, engagé en politique à la toute fin de la seconde guerre mondiale, a attendu plus de trente ans et vu passer quatre élections présidentielles avant de pouvoir accéder à la plus haute fonction de l'État. »

 

 

« Les prétendus patriotes (ils ont sans cesse ce mot à la bouche) qui veulent fermer à double tour les frontières de la France, la replier sur elle, comme on plie bagages, oublient que notre nation a grandi aussi hors de ses frontières ; que ses conquêtes ont fait sa grandeur ; que son universalisme a pu agacer, mais aussi forcer le respect. La France ne retrouvera pas ses racines en se coupant du monde : elle les retrouvera au contraire en renouant avec son esprit de conquête, qui voit le monde comme il est, ou comme il devient, ne le redoute pas, mais le comprend, ne le fuit pas, mais se donne les armes pour l’affronter.

 

Les changements sont allés plus vite que prévu ? Certainement. Mais pourquoi renoncer ? Vous avez grandi en considérant la Chine comme une des grandes puissances du monde contemporain, à vos âges je connaissais à peine son existence, elle était une province immense, reculée, surpeuplée de paysans, dont il ne me serait jamais venu à l’idée d’apprendre la langue. À l’été 1976, prise d’une nouvelle frénésie de voyage, Isabelle projeta de se rendre en Chine. Nous rentrions tous les deux en voiture de Revel, elle me faisait part de son projet, qui me semblait aussi saugrenu que de partir en expédition pour le Kamchatka. Dans la montée qui conduit à Saint-Ferréol, à un tournant, nous croisâmes ma mère, qui nous faisait de grands signes de la main. Ma grand-mère gara la voiture sur le bas-côté et ouvrit sa fenêtre ; ma mère lui dit tout essoufflée : « Mao est mort ! » Ce jour-là je pris conscience de la Chine, et je compris qui était Mao. Votre rôle, dans les années qui viennent, ne sera pas de solder les atouts de la France, mais de les valoriser partout où ils sont présents et de les développer ailleurs. Nous devons faire en sorte que ce siècle nouveau, qui connaîtra en deux décennies plus de bouleversements technologiques, scientifiques ou humains que ce que vos grands-parents ont vécu en cinquante ans, profite à tous, et pas seulement à quelques-uns. Avec le monde ou contre le monde, solidaire ou isolée, voilà le choix devant lequel se trouve la France. Pour moi, la réponse est claire : la France a son rang dans le monde et doit le conserver. C’est une somme de progrès modestes qui nous fera avancer dans cette direction. Rue de Varenne, nous avons mis trois ans avec les producteurs de viande bovine pour structurer une filière d’exportation. Personne ne prétend que la viande bovine soit le fer de lance de nos exportations dans le monde, quoique la qualité de notre viande soit reconnue, et appréciée : mais en faisant ce choix, les producteurs rappelèrent que chacun a une responsabilité pour que la France reprenne sa place dans le monde, et lui permette de vivre mieux. Cette volonté de conquête, commerciale ou culturelle, politique ou scientifique, vous devez la garder en vous, quel que soit votre métier demain. Élargissez votre regard, ne méprisez jamais les nations qui ne sont pas la France, ne pensez pas un instant que qui que ce soit sur la planète suivra nos idées, si nous ne nous donnons pas les moyens économiques de les défendre. On noircit la mondialisation pour la discréditer : elle est un fait, pas une valeur. Et combien de continents naguère en proie à la misère ont amélioré le sort de leur population – pas toute, hélas, mais une partie seulement – en plongeant dans ce grand bain de la mondialisation ? Toutes les grandes nations d’Europe ont sauté le pas de la mondialisation, sauf la France. En souffrent-elles ? Quelle autre conquête offrir à nos enfants que celle des continents où la croissance se développe, où les idées naissent, où la richesse croît ? Quelle autre grande bataille à livrer que celle de la meilleure gouvernance de ce monde neuf ? Au 11, Downing Street, le ministre des Finances britannique est assis dans un canapé qui tourne le dos à une baie vitrée. Dehors, une bruine grisâtre enveloppe un jardin tarabiscoté, encastré entre des murs de brique. Il me sourit : « Je ne comprends pas pourquoi vous ne vous donnez pas les moyens de réussir comme les autres. Quand est-ce que vous ferez votre révolution mentale ? »

 

Un soir dans les années 80, un Président de la République déclara à la télévision : « La France est une puissance moyenne. » Sans doute voulait-il faire preuve de lucidité, on ne le lui reprochera pas, pourtant ces mots sonnaient faux, et continuent de sonner faux à mes oreilles. Enfoncé dans son fauteuil devant sa télévision, mon père eut ce jugement lapidaire : « On ne peut pas dire que la France soit vraiment une puissance, et elle ne sera jamais moyenne. » Pour la première et la dernière fois, je l’entendis critiquer ce Président qu’il tenait pourtant en très haute estime, pour son intelligence, et dont le départ, quoique maladroitement mis en scène par une chaise vide, le fit pleurer. Néanmoins mon père avait raison. Ne quittez pas cette France qui vous attend : en secret, elle reste grande. Ne quittez pas cette France qui a tous les moyens de réussir dans le monde comme il est. Opposez-vous à ces politiques qui depuis des années reculent devant les changements nécessaires et, proclamant leur volonté de résistance à la Chine, au Brésil, à tout ce qui devient grand et fort, proclament en fait leur impuissance. La vraie résistance est dans notre changement. La vraie résistance est dans la valorisation de nos atouts. La vraie résistance est dans la défense de notre place dans le monde. »

 

Et pendant ce temps-là, le petit Nico, profitant du creux du creux de l'été, confie à Valeurs Actuelles, toute la vacuité de sa pensée.

 

Maurice Szafran ironise :

 

« On ne peut tout de même s'empêcher de sourire en examinant de près la mise en scène à laquelle nos confrères de Valeurs Actuelles se sont prêtés : Sarkozy faussement détendu dans la maison de vacances de son épouse, Carla Bruni, sirotant un jus de tomate et dissertant sur les dizaines de kilomètres que, chaque jour, il "avale" sur son vélo - de course cela va de soi. Pendant ce temps, Mme. Bruni apparaît, passe et repasse, "entre un bain de mer et un plongeon dans la piscine", estiment utile de préciser les journalistes de Valeurs Actuelles, extatiques, quasiment en lévitation. »

 

Olivier Picard enfonce le clou :

 

C’est d’ailleurs assez drôle. On croit lire une parodie de « Voici » : « alors qu’un vent léger flotte sous les tentures » de la résidence d’été de Carla Bruni, en avant pour un entretien « sans tabou ». En « bras de chemises et lunettes de soleil », l’ex, avec « une barbe de trois jours » nous réserve – nous promet-on, « un entretien sans tabou » sur lequel veillera, Carla « entre un bain de mer et un plongeon dans la piscine, pieds nus et couverte d’un chapeau ».

 

Seulement d’un chapeau ?

 

C’est chaud chez Sarko & Co. D’ailleurs, "sa décontraction trahit son état de vacancier". Le voilà démasqué. Carla est là, qui lui fait du teasing, mais, nous dit-on encore, c’est Madeleine que notre héros rêve de reconquérir. Et même « toutes les Madeleine de France », passées des bras de feu l’UMP à ceux du Front national. Quel homme !

 

Alors il fait du muscle : « Il avale des dizaines de kilomètres à vélo chaque jour ». Des « dizaines » on vous dit. Et chaque jour ! Comme sur le Tour. On met le grand braquet pour la grande révélation avec « un nouveau mantra » : « en disant la vérité, on crée de la confiance ». C’est beau. C’est nouveau. Mais dès les premières lignes, on s’aperçoit assez vite que l’ancien président de la république ne s’est pas converti à l’acte de contrition.

 

Reconnaître ses fautes ? Ce n’était clairement pas son truc. Le confessionnal a simplement été le cadre d’une énième opération d’auto-promo où l’enfumage dissimule la manipulation derrières les « tentures » estivales de la fausse sincérité, aussi toc qu’une babiole de vacances. Parfaitement inoffensives, les questions sont autant de sucettes chupa qui permettent au futur candidat de dérouler son argumentaire de candidat. »

 

Fermez le ban !

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 06:00
À qui appartient « Le Sud de France » ? Pour moi sans contestation à Nino Ferrer !

L’appropriation par les Languedociens de la dénomination « Sud de France », pour en faire une marque, dite ombrelle, m’a toujours étonné car dans l’imaginaire de beaucoup le vrai Sud est ailleurs sur les plages de la mythique « Côte d’Azur » on l’on descendait par la célèbre Nationale 7. Et puis, n’étant pas à un paradoxe près, les Français attribuaient au Sud-Ouest un goût de Sud, sans doute pour son « bien manger » et sa douceur de vivre. Ironie de l’histoire le Languedoc-Roussillon va se fondre dans le Midi-Pyrénées, la capitale régionale migrer à Toulouse, et il n’est pas sûr que la marque « Sud de France » couvre ce vaste territoire. Ainsi va la France des clochers !

 

« Le Sud » dernier grand succès de Nino Ferrer dandy hanté par le soleil noir de la mélancolie qui nous quittait un 13 août de 1998, à deux jours de ses 64 ans.

 

Il a choisi sa fin et le lieu de sa fin : un champ de blé fraîchement moissonné, un bouquet d'arbres qu'il avait peint. Il a visé le cœur, à quelques kilomètres de là où il vivait le domaine de la Taillade à Saint-Cyprien. Il a laissé une lettre pour les siens. Secret absolu, irréductible à tout, détermination implacable.

 

L’argent, les femmes, l'amitié de ses pairs, l'admiration d'une génération, Nino connaissait mais, en lui, par-delà « son allure solaire, son rayonnement de grand blond aux yeux clairs, athlétique et fin, délié, par-delà son goût de la séduction et du partage, du rire, de la démesure, un désespoir profond, quelque chose de ténébreux et d'inconsolé. Jamais il ne s’est reconnu : « ce ne sont jamais les chansons qu'il aimait le plus qui marchaient, et le plus souvent les albums les plus élaborés étaient écrasés par un titre qui triomphait en 45 tours. »

 

« C'est exactement ce qui advint avec Le Sud, si belle composition, si délicate épiphanie d'une vie heureuse et simple. »

 

« Le Sud va triompher en 1975 et se vendre à plus d'un million d'exemplaires. «Elle fut immédiatement considérée comme un classique», dit Christophe Conte, coauteur avec Joseph Ghosn d'une biographie précise (Éditions No 1, 2005). 

 

« En 1973, lorsque Nino Ferrer la compose, il ne vit pas en­core dans le Lot. Mais dans une superbe maison de Rueil-Malmaison, une demeure d'apparence coloniale, La Martinière ! Une maison du Vieux Sud à l'américaine. Ce qui convient parfaitement à ses rêves et à sa formation première. Sa musique, c'est le jazz, qu'il a appris tout seul, alors qu'il étudiait à la Sorbonne l'ethnographie, l'archéologie, la préhistoire… parce qu'il veut devenir… explorateur! »

 

« Pour enregistrer cette pépite, le chanteur s’est entouré du guitariste irlandais Micky Finn, un vieux complice dans lequel il a trouvé un alter ego, et de Leggs, groupe d’Anglais qui lui a amené dès le début des seventies la culture du rock. « On avait de très bons rapports avec Gilbert Montagné et Nino avait décidé de travailler avec ses musiciens, se rappelle Kinou Ferrari, l’épouse de Nino Ferrer. Mais ce qui a bien fonctionné pour Gilbert n’a pas du tout marché pour Nino. Au bout de quinze jours, les choses ne venaient pas. On a donc rappelé les Leggs et dès lors, tout est allé très vite : en un mois et demi, l’affaire était pliée. »

 

« Dans une interview d’août 1979, le chanteur indique avoir choisi Blanat, ce "vieux château isolé au bout du monde" parce que "c’est la planète Mars d’où l’on voit très bien ce qui se passe sur terre". "On peut donc l’oublier complètement et se plonger dans la musique", précise-t-il. C’est bien cette aventure qui a mené Nino Ferrer dans le sud de la France. C’est à deux heures de route de Blanat, dans une grande bâtisse du XVIIe siècle situé au lieu-dit La Taillade, qu’il vivra sa retraite à la campagne de la fin des années 70 jusqu’à son suicide, le 13 août 1998. »

 

« Nous avons amené avec nous notre bulle. Nino continuait d’enregistrer ses albums et de créer ici »

 

Savoir tirer sa révérence à temps, en voilà un vrai défi pour une vie !

 

Sources :

 

- Le Sud de Nino Ferrer 

 

 

Le Sud de Nino Ferrer 15 ans après sa disparition

 

 

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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (5) : Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde…

Décrire mon état avec Émilia à mon bras relèverait du même défi que de demander à un Henri Guaino de faire preuve, une seule seconde, d’une once de modestie. Je flottais dans les éthers puissants d’un monde où de petits vieux bedonnants trimballent à leurs côtés de jeunes beautés. Notre entrée dans la salle du restaurant ne passa pas inaperçue, le ton des conversations baissa, les fourchettes se suspendirent, les regards envieux des messieurs, et ceux moins charitables de ces dames, nous entourèrent. Crinière au vent notre hôte se propulsa vers nous, surpris, il marqua un temps d’arrêt face à Émilia, se ressaisit pour effectuer un baisemain emprunté avant de me serrer la louche « Très heureux de vous recevoir en si bonne compagnie cher monsieur Tarpon…

 

- Les affaires sont les affaires, je ne suis pas très porté sur les mondanités…

 

Ma saillie ajouta au malaise de notre hôte qui s’attendait à tout sauf à voir arriver dans son petit jeu une locale de l’étape. Nous nous installâmes après les présentations croisées. De suite on nous servit du Krug millésimé. J’avais décidé de me réfugier dans un mutisme souriant. Ce que je fis avec une componction qui m'étonna. Je hochais la tête, me me contentant de lâcher que quelques vagues banalités ponctués  d'onomatopées. Notre hôte épandait le miel à  grandes louches mais s'épuisait face à mes minauderies. J'avais décidé de laisser la main à Émilia, qu'elle soit à la manœuvre. Ce qu’elle fit avec humour et brio. Nous ne nous étions pas concertés mais mon intuition me suggérait que c’était le parti le plus déstabilisateur pour notre homme aux mille facettes. Le pauvre ramait comme un galérien sans pouvoir se défaire des fers que nous venions de lui passer. Sa compagne ne comprenait rien au film et tentait d’amener Émilia sur des terrains futiles, en vain. Afin d’ajouter à la confusion je ne sortais de mon silence que pour elle. Je lui citais dans un désordre étudié : Onfray, Zemmour, BHL, Guaino, Lucchini… avant de placer, avec une fraîcheur d’enfant de chœur, ma belle proximité avec Isabelle Supportable

 

Un très long blanc suivi cette annonce cataclysmique, accompagné d’un rouge écrevisse flamboyant pour lui, de stupeur et tremblements pour elle, une séquence à la Woody Allen du genre « Quand j'écoute trop Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne. » Il me fallait pousser plus loin mon avantage, je plaçais alors plus qu’une banderille, une quasi-estocade « vous le savez mieux que moi, tout homme a son prix pour lequel il se vend

 

La tension était palpable, notre hôte ne pouvait que réfréner sa fureur intérieure, l’heure n’était pas aux esclandres. Émilia me lançait un clin d’œil pour me signifier qu’il me fallait revenir à plus d’urbanité. Ce que je fis en levant mon verre pour porter un toast. Jusqu’à cet instant je n’avais pas encore trempé mes lèvres dans le château La Cloche, dont j’ignorais le millésime puisqu’il nous avait été servi en carafe. Nous en étions au lièvre à la Royale façon Joël Reblochon.

 

En fait, plus qu’un toast, je me fendis d’un petit discours mezzo voce afin de me pas ameuter la clientèle  huppée :

 

« Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde… plaisantait à juste raison le regretté Pierre Desproges. Je reprends à mon compte cette image appliquée à la vérité. Les vérités devrais-je dire, je m'éclaircicait la voix avant de poursuivre :

 

Certes « toutes ne sont pas bonnes à dire » mais les autres, « en plus grand nombre, ne sont pas meilleures à entendre… »

 

Je me gardais bien de signaler que je paraphrasais là Léon Bloy. Mon chapelet de citations n’avait d’autres fonctions que d’embrouiller le poisson, de lui donner le tournis, de faire en sorte qu’il ne sache plus si c’était du lard ou du cochon, foi de Tarpon !

 

Émilia était aux anges, nos hôtes proches de l'Enfer...

 

Afin de parachever mon œuvre, pour la chute, je fis dans l’autodérision érudite en plaçant une vacherie de ce salonnard de Paul Morand « Les citations sont les béquilles des écrivains infirmes…»

 

Suite à cet acte de bravoure, certes sans queue ni tête mais avec beaucoup de corps comme le disent les grands amateurs de vin, je portais mon verre à mes lèvres, par la rondelle du pied, tel un calice, avec religiosité, bus à petites lampées, le nectar des stars. Simulant une forme d'épectase dégustative je déposais mon verre avec grâce et me rasseyais en levant les yeux au ciel.

 

Émilia en profita pour lancer la conversation sur la douloureuse retraite de Bob Parker, l'essor du consulting mondialisé, les affres du classement... Ainsi je pus me replonger dans mon abîme de silence que je déchirais de temps à autre, pour bien montrer à notre hôte toute l’étendue de ma perspicacité, en plaçant des scuds très affutés.

 

Pour ceux que la relation de ce dîner rendrait perplexes je me dois de leur avouer que, moi-même, je serais bien incapable de justifier ma méthode. En avais-je une d’ailleurs? Au risque de vous étonner la réponse est assurément oui. Quand on ignore le fond de la pensée de son interlocuteur on se contente de semer le doute en espérant qu’il produira des fruits.

 

Même le Roundup ne viendrait pas à bout des graines d’adventices que je venais de balancer !

 

Nous prîmes congés. Auparavant j'avais réclamé l'addition en dépit des protestations de notre hôte. Mon dernier scud le cloua au sol définitivement : « Il est hors de question que je laisse ce festin à votre charge, les conflits d'intérêts ne sont pas ma tasse  de thé. Je ne mélange jamais les genres, ici je ne suis pas votre obligé mais un privé sous contrat...»

 

Émilia contenait avec peine un fou-rire qu'elle laissa éclater sitôt que nous fûmes sortis.

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (4) : « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

La manœuvre était à hauts risques mais comme j’étais le dos au mur il me fallait aller jusqu’au bout de ma provocation. Tout en contemplant la brindille anorexique suçant sa glace, à petits coups de langue vipérine, je composais le numéro du portable de ma mère que je n’avais jamais utilisé jusqu’ici.

 

Elle décrocha très vite. La voix était sèche :

« Allo, à qui ai-je l’honneur ?

 

- Eugène Tarpon le fruit chéri de ta chair…

 

Le blanc qui suivi me parut interminable. Un raclement de gorge l’interrompit, suivi d’une interrogation balbutiée « … Que veux-tu ?

 

- Que tu me rendes un service ?

 

- Tu es où ?

 

- À Saint-Émilion…

 

- Que fais-tu à Saint-Émilion ?

 

- Je mange une glace vanille-chocolat…

 

- Épargnes-moi ton humour de potache sinon je raccroche !

 

- Tu es coutumière de ce genre de fuite ma chère mère…

 

- Je te l’accorde. Que veux-tu ?

 

- Que tu m’accompagnes à dîner ce soir au Logis de la Caserne !

 

- C’est hors de question…

 

- Pourquoi ?

 

- Je ne mettrai jamais les pieds dans ce restaurant…

 

- Le propriétaire n’est pas dans tes petits papiers ?

 

- Oui c’est un cuistre et un arriviste…

 

- C’est un bon point pour toi mais il ne reste pas moins vrai que tu devrais faire un effort pour moi. Tu me dois bien ça.

 

- Je te l’accorde.

 

- Alors force-toi.

 

- Non, mais j’ai une proposition qui va te satisfaire : la fille de mon mari sera ravie de t’accompagner.

 

- Pourquoi ?

 

- Elle te lit tous les jours sur Face de Bouc…

 

- En voilà une bonne nouvelle. J’ignorais son existence.

 

- C’est Émilia.

 

- Beau prénom, elle a quel âge ?

 

- 35 ans, célibataire, une beauté !

 

- Je vais être intimidé.

 

- Ça m’étonnerait. J’ai à faire. Je la préviens et elle te rejoint pour 21 heures je suppose…

 

- Oui, merci beaucoup.

 

Elle avait raccroché. Tout à trac j’ai balancé sur un ton sans appel à ma communicante, déjà passablement éberluée par le bout de conversation qu’elle venait de capter, « Emmenez-moi à Bordeaux avec votre scooter, il faut que je m’achète un costard, une chemise et des pompes ! »

 

Bordeaux est une belle ville, le Alain s'est décarcassé.

 

Comme pour lui rendre hommage, en attendant de voter pour lui aux Primaires de l'ex-UMP pour faire la nique au petit ex, je me suis sapé à la manière d’un Alain Juppé post-moderne, une décontraction étudiée, sans ostentation, l’anti-bling bling. Dans mon costume gris souris de belle coupe, chemise blanche ouverte en coton égyptien, j’étais présentable, quoiqu’un peu engoncé, les grolles, des Richelieu black, me serraient un peu les pieds, mais ce n’étaient là que de tous petits désagréments au regard de l’angoisse qui m’étreignait en attendant Émilia.

 

Du côté fille, surtout les belles, j'étais très au-dessous du niveau de la mer - j'sais Tarpon, un nom de poisson - au degré zéro quoi. Jamais osé les trop belles pour moi, j'suis pas Depardieu moi pour m'attaquer à la face Nord de Carole Bouquet ! Mon expérience se résumait à la drague laborieuse de gros boudins de campagne dans des boîtes pourries. Je ruminais. Qu'allais-je lui dire ? Comment allais-je me présenter? T'es con, elle sait qui tu es ! Calme-toi sinon tu vas ressembler à une serpillière. Je me dandinais, avais une folle envie de me tirer. Fumer ! Non, t'as déjà l'air vulgaire alors n'en rajoute pas mon coco. Bouger. Je me mis à faire les cents pas d'un air le plus dégagé possible. 

 

Ponctuelle, elle arriva quelques secondes avant l’heure. Le doute n’était pas permis c’était bien elle cette haute et belle tige en ballerines noire vernies qui s’avançait vers moi d’un pas fluide, aérien, un léger sourire aux lèvres, vêtue d’une robe légère noire  à pois blancs qui laissait de l’ampleur à ses longs compas. Elle me tendit une main aux doigts fins et déliés avec de beaux ongles carminés, que je secouai avec conviction. J’étais au bord de l’asphyxie. Puis, d'une voix rieuse, elle me dit :  « Allez, faisons nous la bise, nous sommes un peu frère et soeur d'une certaine manière...

 

Elle me claquait deux bises. Avec l'énergie d'un quasi-noyé qui espère encore être sauvé j'en déposai gauchement qu'une sur sa joue droite. 

 

Cramoisi le Tarpon, incapable de la moindre initiative, figé comme une statue de sel, en attrition, mais Émilia le sauva : « Vous êtes sapé à la Alain Juppé, le pull sur les épaules en moins. Très bon point mon cher Eugène...

 

Elle me vouvoyait, ça me décoinçait. Je m'animais.

 

Émilia  glissa sa main sous mon bras et nous nous ébranlâmes. Elle me chuchota :

 

« Disons-leur que nous sommes fiancés ! »

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