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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 06:00
Je n’ai jamais vendu 1 litron étoilé de 12°5 mais j’ai acheté du papier 12°5, c’est kitch mais un peu lisse !

Ha ! qu’il était beau le temps du degré-hecto, la boisson totem chère à Roland Barthes dont l’absence sur la table du président Coty, au début de son septennat, mit « la nation entière en émoi... Le vin fait ici partie de la raison d’Etat », le litron de rouge étoilé emblème des travailleurs, l’opium du peuple pour les prohibitionnistes…

 

Et puis rideau, adieu le litre étoilé acheté chez l’épicier place aux vins bouchés, aux vins embourgeoisés vendus toujours 2 balles dans la GD… Qui se préoccupe du  degré ? À part les gabelous de la DGDDI et les contrôleurs de la DGCCRF – acronymes obscurs, formes de chancres modernes – pas grand monde.

 

Maintenant le loulou de bord de bar ne dit plus « Sers-moi un 13 bien tassé ! » mais « je voudrais du cabernet ! ». Le Dieu cépage règne en maître chez les licheurs éclairés, le reconnaître, l’identifier, le nommer, c’est la marque d’une nouvelle noblesse du jaja.

 

Tout ça pour vous dire, « Soyez bref ! » signé Pépin, que 180°C a accouch de 12°5, même air de famille de la jaquette, bon chic bon genre, l’anti En Magum glacé sans atteindre la rigueur janséniste du LeRouge&leBlanc, une RVF débarrassée de sa putasserie.

 

20€ tout de même, ça fait presque 150 balles dans les francs anciens pour du 12°5, avec ça dans mes années degré-hecto on pouvait s’acheter quelques quilles de GCC chez le père Nicolas qui était encore caviste.

 

Je plaisante bien sûr, c’est le prix à payer pour ne pas vivre de la publicité.

 

OK bien noté mais il n’en reste pas moins vrai qu’il faudra que le cochon de payant y trouve son compte pour revenir à l’abreuvoir. Je ne pense pas être le cœur de cible de cette nouvelle parution donc mes remarques ne pèseront pas lourd.

 

J’ai payé. J’ai lu. Je chronique.

 

Ça commence par un portrait de l’ami Patrick Beaudouin, ex-établi (au sens de Robert Linhart) et libraire-mao de la rue de Belleville, revenu au pays. Il est tiré par une régionale de l’étape Aymone Vigière d’Anval. Avec mon mauvais esprit j’eus préféré que ce fut par Sylvie Augereau c’eut été plus rock-and-roll mais celle-ci lui a préféré Marie-Thérèse Chappaz la reine du Valais qui est la nouvelle coqueluche des publications. Deux combattants, l’un pour le chenin, l’autre la biodynamie, des valeurs sûres pour un premier numéro ça se comprend.

 

 

J’aime beaucoup les vins de Ratapoil, ça fait un bail que j’achète les vins de Raphaël Monnier à la cave des Papilles.

 

 

J’aime beaucoup le cheval, même que je suis le père de la journée du cheval créée en 1990 avec en guest-stars les chevaux-lourds des Haras Nationaux débardant du bois dans le jardin des Tuileries.

 

Jacky Durand écrit toujours aussi bien mais ça verse dans le portrait bien classique…

 

J’adore Michel Tolmer !

 

Bien sûr on a droit aux inévitables accords mets&vins ! 

 

Plein de belles photos, les terrasses du Larzac sans José Bové, un zeste de féminisme un peu réchauffé sur des pratiques qui n’ont plus court dans les cantines qui aiment le vin, et plein de sujets divers et variés.

 

J’hésite à citer le Libre Arbitre d’Isabelle Saporta  « L’art de couper l’herbe en quatre » car j’y suis longuement cité, ça fait connivence style Hubert.

 

Alors heureux ?

 

Oui mais… comme le disait le déplumé de Chamalières ; le oui pour le plaisir d’une publication de qualité, bien léchée, bien pensée, bien présentée ; le mais pour un certain manque d’acidité, c’est un peu lisse, centriste, sans grandes aspérités, ça manque d’élan, ça manque de sujets neufs, de regards extérieurs différents, je n’ai pas écrit de militantisme mais plutôt d’une forme de non-conformisme léger et ludique qui sorte le vin de ses habits compassés et des discours convenus, y compris ceux des amoureux des vins nus.

 

Affaire à suivre donc… et bien sûr bon vent à 12°5… cet avis n’est que le mien mais je le partage c’est le quotidien du chroniqueur solitaire.

 

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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec  « Il n'y a d'amour éternel que contrarié. Méfiez-vous d'un amour paisible où tout va bien ! Quand c'est difficile – quand c'est tout le temps difficile –, l'amour ne s'éteint pas. » Mitterrand

Étrange semaine où, sortant de mon indolence résignée, je me suis révolté, une révolte froide, sourde, intérieure, dont j’ai le secret. Je ne me laisserais pas faire. Je ne le laisserais pas faire. J’allais à nouveau me battre sur les deux fronts sans rien lâcher. Il y en allait de ma survie. Pour autant, il n’était pas question pour moi, sur le premier front d’avancer sabre au clair, je savais que nul ne peut lutter contre l’ironie du sort et, quoi que je pense, quoi que je fasse, le sable du temps, un jour, me séparerait d’elle sans que je puisse mettre mes pas dans une vie commune, l’aimer au jour le jour. Et pourtant, c’eut été possible si… je n’en démordais pas… conforté en cela par ce François de Jarnac.

 

Ariane Chemin, fine plume, fait le récit de cet amour fou«  Ce n'était pas le schéma qui était prévu. C'est une affaire qui m'a (…) dépassée », confie Anne. C’est ainsi que pour nous ce serait arrivé, tout aurait été balayé et… croyez-moi je ne rêve pas… Mais, si vous savez lire entre lignes, revenons à François :

   

« Jean Lacouture, le voisin de Gordes, a raconté que c'est à Anne Pingeot, et à elle seule, que le président avait confié le secret de son cancer, en décembre  1981. La scène s'est jouée rue Jacob. À la mort du président, la Mitterrandie s'était offusquée de la photo de l'homme politique volée sur son lit de mort. Pas Anne Pingeot. »

 

« Ma mère est l'héroïne d'un film que personne ne verra jamais » écrivait il y a dix ans encore Mazarine Pingeot. »

 

« Par délicatesse, le grand amour de François Mitterrand a attendu la mort de l'épouse, Danielle Mitterrand, pour la mise à nu de ses secrets d'alcôves. Les lettres sont publiées brutes, comme un marbre du Musée d'Orsay, sans préambule ni introduction de la conservatrice. Anne Pingeot reste l'absente-présente de ces deux livres, comme elle l'a été tout au long de la geste mitterrandienne.

 

« Ce n'est qu'à la mort de François Mitterrand, en janvier  1996, que le nom et le visage de cette femme brune à la peau claire s'étaient dévoilés au public au cimetière de Jarnac. Mal protégée par une voilette de dentelle noire, comme une héroïne de François Truffaut, la conservatrice avait offert ce maintien un peu bourgeois et raide que François Mitterrand appréciait tant et ses yeux rougis aux Français émus. Près de dix ans plus tard, Mazarine Pingeot avait brisé un second tabou. Les Français venaient d'apprendre, en suivant la chronique du procès des écoutes clandestines de l'Elysée, que François Mitterrand n'avait reculé devant rien pour préserver sa « seconde famille » ! La jeune agrégée de philosophie racontait dans Bouche cousue (Julliard) « l'autre vie » du président socialiste de la République, et on comprenait que c'était… la vraie.

 

Adieu les histoires et géographies officielles, place à d'autres, officieuses. La légende a longtemps raconté que le 10  mai 1981 de François Mitterrand s'était achevé rue de Bièvre devant une tasse de camomille ; en fait, le vainqueur était aussi passé à " Saint-Germain-des-Prés "– le nom de code utilisé pour désigner l'appartement d'Anne et de Mazarine Pingeot, rue Jacob, dans le 6e arrondissement de Paris, avant leur déménagement quai Branly, dans un appartement de fonction, juste au-dessous de celui de François de Grossouvre, un homme de confiance du nouveau président. Après Latché, la bergerie familiale des Landes si médiatisée lors de l'élection présidentielle de 1974, on découvre qu'un autre refuge à Gordes, dans le Luberon, abritait la maison du couple illégitime. Sans oublier, dès l'automne 1982, Souzy-la-Briche, près de Paris, une résidence de la présidence de la République dénichée par André Rousselet, que les paparazzis n'ont pas l'idée d'aller espionner et que « l'autre famille » occupe le week-end.

 

C'est à la fin des années 1950 que François Mitterrand a croisé au club-house du golf d'Hossegor, dans les Landes, la fille de son ami Pierre Pingeot, un industriel auvergnat, proche des Michelin, catholique et conservateur, qui préside l'Automobile Club et le Rotary de Clermont-Ferrand. Anne Pingeot a été élevée entre les cours à l'école privée et la messe à l'église catholique. L'hiver, en Auvergne, la jeune fille à la jupe plissée bleu marine semble comme échappée de Ma nuit chez Maud, le film d'Eric Rohmer. L'été, à Hossegor, elle abrite souvent ses robes longues d'une ombrelle. « Anne ressemble à ce qu'elle étudie », disait François Mitterrand en songeant sans doute aux figures impressionnistes de Caillebotte ou Monet. Il l'aperçoit quand elle a 14 ans, la remarque quand elle en a 18. Elle a 20 ans quand ils s'aiment, lui, 47.

 

«  Ce n'était pas le schéma qui était prévu. C'est une affaire qui m'a (…) dépassée », a raconté en 2015 Anne Pingeot à l'ancien correspondant de la BBC à Paris, Philip Short. Ses seules confidences à ce jour. " Je n'ai jamais connu personne d'autre. Ni avant ni après ", aurait-elle dit au journaliste britannique, qui le rapporte dans François Mitterrand, portrait d'un ambigu (Nouveau Monde éditions).

 

À cette « femme-fille-fleur-fruit-beau soleil », François Mitterrand dit son amour éternel, mais il refuse de divorcer : la morale bourgeoise et catholique de l'époque, a-t-on toujours expliqué. Ce n'est pas la version d'Anne Pingeot. « Il n'abandonnait jamais un choix. Danielle, c'est un choix qu'il avait fait », a confié la conservatrice. Au milieu de la correspondance publiée le 13  octobre chez Gallimard, on lit ce petit mot de Mitterrand, griffonné sur un bout de nappe en papier d'un bistrot, à l'été 1966 : « le péché commence au confort ».

 

 

8 avril 1964: «La blessure physique d'un arrachement»

 

Quand je vous ai prise dans mes bras, au moment de votre départ, c'était encore quelque chose d'autre que ce que ces six mois m'avaient apporté. J'étais si totalement joint à vous, si confondu en vous qu'à l'heure où je trace ces lignes, après une nuit, par un matin léger de Paris, face aux frondaisons du Luxembourg tandis que vous roulez vers l'Auvergne, je ressens encore la blessure physique d'un arrachement, lorsqu'il a fallu éloigner votre visage, se détacher de vous.

 

Je crois que vous me pardonnerez de vous le dire parce que je crois que vous le savez. (Envoyée le Mercredi 8 avril 1964)

 

29 avril 1964: Comment concilier vie politique et vie amoureuse

 

«Anne, à demain. Je serai à 20 heures rue Saint-Placide. D'ici là j'aurai, ce soir, une réunion de travail politique - demain matin, Assemblée ; et l'après-midi je me sentirais heureux de vous savoir toute proche.

 

Oui à demain donc. (Envoyée le jeudi 9 Avril 1964)

 

Anne, je pars dans une heure pour Londres et je dois passer auparavant quelques instants chez Defferre. Je ne vous écrirai donc qu'une lettre hâtive et qui exprimera fort mal ce qui me pousse à vous l'envoyer.

 

Mais voilà: je ne peux pas attendre pour vous dire, vous redire, que triste ou heureux mon cœur est plein de vous. Je m'émerveille du don qui m'a été fait, de ces mois si riches, de votre présence sensible et tendre qui m'a apporté toute la délicatesse du monde.

 

Mais chaque fois que je vois clairement que ce qui nous unit est pour vous source d'angoisse et de déchirement j'ai mal moi-même. Il me semble que je manque encore du courage qu'il me faudrait pour dominer la violence de la joie ou de la peine qui s'emparent de moi dès qu'il s'agit de vous. Je vous aime et ne puis désaimer et ne puis me défaire du bonheur d'aimer, de l'espoir d'aimer.

 

J'ai trop vécu pour ignorer la qualité, la vérité rares, oui, mon Anne, tellement rares de notre accord. Oui le vent s'est levé et mon ciel, traversé de vents contraires et de tempêtes, ressemble à celui d'hier quand le soleil du soir l'emporte et nous offre sa pureté poignante et souveraine. Le vent s'est levé sur ma vie.

 

Et vous êtes là, devant moi, mon île, ma terre, mon bien, mon port, ma paix - et dans le moment même où je trace ces mots je sais et je comprends tout de vous qu'habite une grande exigence. Ah! comment démêler ces contradictions!»

 

28 mars 1974: Quelques jours avant l'élection présidentielle de 1974

 

«Anne chérie,

 

Je t'écris de chez les Destouesse. Cela sent la cire. Le soleil passe en biais par les fenêtres. Un peu de poussière joue dedans. J'entends les oiseaux. Nous avons Michel et moi couru les chemins de sable, longé le courant d'Huchet, dans le silence des arbres et des poissons. Les ajoncs sont fleuris. Jaune d'or comme au temps de nos promenades… pascales. On a roulé un peu au hasard, pour voir des maisons et des clairières. Il est 16h45. Je poserai ma lettre au retour à la poste de Vieux-Boucau.

 

Si tu viens dans quinze jours nous ferons de belles balades. L'air est eau fraîche. On y boit. Je ferai un peu de bicyclette avant la nuit. Pour me dérouiller les muscles. Et respirer, respirer. J'avance dans Joseph le nourricier de Thomas Mann, dernier des quatre volumes de Joseph et ses frères.

 

Je pense à demain soir, à toi, à notre voyage du lendemain, aux odeurs qui nous attendent. T'écrire il y a beau temps que j'en avais perdu l'habitude. Je voudrais t'embrasser à petites lapées. Tu es mon oiseau chaud et doux de la nuit.

 

Je t'aime.»

 

La dernière lettre: Belle-Ile, le 22 septembre 1995

 

«Ce sera ma dernière lettre de Belle-Ile puisque je pars demain matin pour Paris. Les conditions en sont encore incertaines car il y a une forte brume et le petit avion monomoteur n'est pas sûr de pouvoir décoller à l'heure dite. Je ne sais donc quand j'arriverai. En tout cas je serai à Paris avant l'heure du dîner et mon plus cher désir est de partager ma soirée avec toi. On pourrait aller au restaurant ce que t'éviterait toute cuisine. Sinon on resterait à Le-Play et j'espère que j'aurai obtenu d'ici là une copie de La Rivière Espérance. Tu vois que je raisonne comme si tu avais envie de me retrouver! Moi, j'aimerais tant.

 

J'ai encore eu Mazarine au téléphone, qui s'escrimait à la machine. Quelle bonne idée! Elle a été charmante comme elle sait l'être. Quel cadeau tu m'as fait.

 

Ici je suis un peu en veilleuse. Le bras un peu souffrant et les forces qui se baladent je ne sais où mais qui ont délaissé mon corps. On verra bien. L'air est bon, peut-être réparateur. J'ai devant moi la mer qui se confond avec les rochers. Pas de vent. Rien ne bouge.

 

Ça me rend bizarre de ne pas te téléphoner. J'aime ta voix même quand elle se fait sévère. Tu as dû beaucoup travailler. Comment te retrouverai-je. J'avance tout doucement dans mes corrections. 150 pages. Manquent les idées générales. Il faut que je les insère dans le récit trop factuel en linéaire.

 

Dans les Pensées j'ai noté celle-là: «Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés, pour se rendre heureux de n'y point penser.» Ou: «Quelle chimère est-ce donc que l'homme? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige? Juge de toutes choses, imbéciles, ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d'incertitudes et d'erreur, gloire et rebut de l'univers qui démêlera cet embrouillement?» Oui, tout est embrouillement. Je vois dans ma vie une clarté. Hors de toi tout s'obscurcit.

 

Et voilà que je ne sais plus quoi faire de moi, mon temps fini. Une vraie conjuration! Mais je sortirai de ce bizarre état, ridicule et pittoresque. C'est déjà si difficile de connaître l'usage qu'on doit faire de sa vie! Le reste est plus simple puisqu'il suffit de décider.

 

Mon bonheur est de penser à toi et de t'aimer.

 

Tu m'as toujours apporté plus. Tu as été ma chance de vie. Comment ne pas t'aimer davantage?»

 

Un large et quasi infranchissable fossé me sépare de ce type  que je n’ai jamais aimé, que j’ai un temps combattu avant de devoir me mettre à son service, mais, comme lui, j’aime l’amour par-dessus tout.

 

 

Du côté du second front, face à l’offensive du revenant et de ses séides pour dissuader les électeurs, ayant plutôt le cœur à gauche, de se déplacer pour aller voter à la Primaire de la droite et du centre, en les accusant de se parjurer, j’ai décidé de réanimer ma cellule opération Chartrons afin de les pilonner sans relâche avec deux arguments canons :

 

  • Nous sommes-nous parjurés en allant un beau dimanche voter pour Jacques Chirac pour faire barrage au père ?
  •  
  • Nous parjurerons-nous si, par malheur, nous devions à nouveau le faire au profit du « Nain », comme le nomme Chirac, afin de faire barrage à la fille ?
  •  

Nous ne prendrons pas ce risque en allant déposer un bulletin dans une urne pour l’éliminer, le jeter une nouvelle et dernière fois dans un oubli à la Giscard. C’est notre droit et nous l’exercerons le front haut car nous ferons œuvre de salubrité publique. Comme ça Nicolas pourra s'occupé  de Carla et de Giulia, pas sûr que la première supporte cette situation très longtemps... 

 

« Qu'il raconte une partie de golf, une promenade en forêt ou un rassemblement politique, qu'il associe à son texte une coupure de presse, une reproduction de tableau ou un ticket de cinéma, l'essentiel est toujours ailleurs, dans l'interminable dédicace qui permet de subvertir l'imposture du monde en célébrant la vérité de l'être aimé. Page après page, le réel de l'amant se trouve donc filtré par l'adoration : tout renvoie à Anne, à tel souvenir commun, à telle lecture partagée. Tout est coïncidence. Complicité. Ici, la littérature compte. Incarnation d'une époque où l'homme politique était aussi un homme de lettres, Mitterrand offre à celle qu'il aime un univers peuplé de poèmes et de romans (Aragon, Dostoïevski, Semprun...). Mais l'art importe encore plus, car Mitterrand partage cette passion avec Anne Pingeot, future conservatrice de musée qui jouera un rôle-clé dans le rapport du président socialiste à la -culture –  le Musée d'Orsay lui devrait de nombreuses collections et le Louvre sa Pyramide. « Ce Christ d'Holbein je scrute son  message, note Mitterrand le 26  juillet 1964, en marge d'une reproduction collée sur le papier. L'amour de toi m'occupe tant que me voici semblable à lui – nu devant une vérité que j'ignore. »

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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9 octobre 2016 7 09 /10 /octobre /2016 06:00
Sade à la Bastille, Churchill au Kremlin, De gaulle et Jacky Kennedy, Chirac un Noël en Guyane… 2 historiens joyeux drilles passe l’Histoire à table !

Dans l’imagerie populaire, une chercheuse associée au CNRS répondant au petit nom de Marion Godfroy-Tayart De Borms et un directeur de musée, le Louvre-Lens, Xavier Dectot, associés en écriture ça  doit sentir le sérieux, l’ennuyeux, les références en bas de pages, le pavé quoi !

 

Z’avez tout faux avec nos deux têtes pleines, historiens, c’est plutôt le pavé dans la mare, réjouissant et savoureux. Pensez donc ils embrassent « le polythéisme des dieux blancs de bœuf, lard, saindoux… », ils se clivent entre échalote rose : Marion, et échalote grise : Xavier en sachant que selon l’un d’eux (Ndlr. le mec bien sûr) la France se divise en 3 : les barbares, qui utilisent oignon et échalote rose, ce qui est comme boire un cocktail de vin de Loire et de Bourgogne ou mélanger foie gras et truffe ; les centristes mous, qui utilisent oignon et ail ; les civilisés qui utilisent échalote grise et ail.

 

Ils sont « non culinairement corrects » disent-ils, même si j’aimerais le vérifier en passant à table avec eux…

 

L’Histoire passe à table ! Les 50 repas qui ont fait le monde chez Payot est à classer dans les petits livres – par leur taille – dignes d’entrer dans la bibliothèque des amoureux du bien-vivre.

 

 

J’ai glané et je vous propose en amuse-bouche quelques extraits.

 

En 1784, Donatien Alphonse, marquis de Sade est en prison du fait du « déshonneur que l’écrivain cause à sa famille. » et il goûte peu « l’ordinaire » des prisonniers. « Alors comme tout captif, il l’améliore et commande, contre une somme sonnante et trébuchante, les mets qu’il préfère. »

 

Je vous laisse le soin de découvrir quoi lorsque vous aurez acheté le livre, mais si Sade mange il écrit aussi les Cent vingt journées de Sodome.

 

« Ce repas devant être moins fort que le souper, on se contenta de quatre services superbes, chacun composé de douze plats. Le vin de Bourgogne parut avec les hors-d’œuvre,  on servit le bordeaux aux entrées, le champagne aux rôtis, l’hermitage à l’entremets, le tokay et le madère au dessert ; peu à peu les têtes s’échauffèrent. Les fouteurs, auxquels on avait en ce moment-là accordé tous les droits sur les épouses, les maltraitèrent un peu. Constance fut même poussée, un peu battue, pour n’avoir pas apporté sur le champ une assiette à Hercule, lequel, se croyant très avant dans les bonnes grâces du duc, crut pouvoir pousser l’insolence au point de battre et molester sa femme, dont celui-ci ne fit que rire. Curval, très gris au dessert, jeta une assiette au visage de sa femme, qui lui aurait fendu la tête si celle-ci ne l’eût esquinchée. »

 

C’est soft pour du Sade et je ne piperai pas un mot sur les remarques de nos 2 lurons à propos des accords mets&vins même si mon silence à un soupçon de moquerie.

 

Churchill, est arrivé à Moscou à l’été 42 :

 

« Pour le petit déjeuner du vieux lion, Staline a mis les petits plats dans les grands : caviar, gâteaux, chocolat, fruits, café, omelettes. »

 

Pour le dîner c’est bombance « Quinze hors-d’œuvre froids (dont deux sortes de caviar), huit plats chauds suivent. Le festin se conclut par des sorbets, des liqueurs et des petit-fours. »

 

25 toasts portés !

 

« Churchill nota dans ses écrits que Staline mangea peu ce soir-là. »

 

Dans l’avion du retour, Churchill bénéficia d’un « copieux panier de pique-nique, ccomposé de caviar et de champagne, au grand bonheur du vieux lion. »

 

Les auteurs ne précisent pas si c’était du Pol Roger. Je suis taquin.

 

 

Jacky Kennedy et le grand Charles en mai 61 à l’Elysée.

 

Le menu :

 

  • Langoustes à la parisienne,
  • Noix de veau Orloff,
  • Foie gras du Périgord en gelée
  • Salade,
  • Melon surprise.

Vins :

 

  • Gewurztraminer 1953,
  • Beaune-grèves 1952
  • Mumm cordon rouge 1952.

 

« Des confidences inédites de Jackie Kennedy, datant de 1964, ont été dévoilées aux États-Unis et en France. Dans son n° 2035, Le Point publie des extraits de l'entretien entre l'ex-première dame et l'historien-journaliste Arthur Schlesinger. Jacqueline Kennedy y révèle qu'elle n'aimait ni le général de Gaulle, qu'elle décrit comme "méchant", ni les Français, qu'elle trouvait égoïstes. "De Gaulle était mon héros quand j'ai épousé John", y raconte l'ancienne first lady. Mais "il m'a vraiment déçue. Il était rancunier ", ajoute-t-elle, évoquant sa visite en France en mai 1961 avec son époux John F. Kennedy, président depuis quatre mois. Elle décrit également Yvonne de Gaulle comme "une pauvre femme, paraissant fatiguée".

 

Jacqueline Kennedy, qui parlait très bien le français pour avoir étudié un an à la Sorbonne quand elle avait 20 ans, n'est pas plus tendre avec les Français en général. "Je déteste les Français", confie-t-elle, de sa voix lente et un peu infantile. "Il n'y a pas un seul Français auquel je puisse penser, à part peut-être deux personnes très simples. Ils ne sont pas très gentils, ils ne pensent qu'à eux."

 

En décembre 1975, Jacques Chirac alors Premier Ministre de Giscard, se rend en Guyane pour annoncer le lancement du Plan Vert (ndlr.  Un des plus beaux fiascos agricoles, au cabinet du Ministre de l’Agriculture j’ai eu à solder les dernières réalisations désastreuses de ce plan).

 

Pour faire plaisir à Robert Vignon qui reste l’un des hommes forts de la Guyane Chirac accepte de se rendre dans « sa commune, la plus grande de France (sa superficie est supérieure à celle des trois départements du Calvados, de l’Orne et de la Manche réunis), mais aussi la plus difficile d’accès, puisque l’on ne peut y venir depuis Cayenne qu’en avion ou en pirogue depuis Saint-Laurent-du-Maroni. »

 

 

Rien n’arrête Chirac, même s’il ne s’y rendit pas en pirogue. Dernier détail ce déplacement eut lieu le 24 décembre au soir donc il y réveillonna.

 

Mais quelle spécialité locale lui servit-on ?

 

Mystère, vous le saurez en piochant dans le petit bouquin de nos explorateurs ! Cependant, même si on n’a pas conservé le souvenir de la réaction du grand Jacques, je prends le pari que ce grand bâfreur de tête de veau a dû trouver ça succulent.

 

 

Pour la petite histoire « Avec Jacqueline Chabridon, l’histoire prend une tournure  totalement différente: « Il a 41 ans. Il est marié, il tombe amoureux d’une autre. Il est premier ministre…Un livre savoureux raconte cette histoire politico-sentimentale qui s’est jouée au sommet de l’État, dans les années 1970 », écrit  Éric Mandonnet dans l’Express.  Dès lors, « Jacques Chirac inonde la journaliste de mots doux, jamais rassasié de sa présence. Il avait même loué un appartement non loin de l’hôtel de Matignon, afin de la rejoindre régulièrement », rapporte le quotidien Le Parisien. Lors de voyages officiels outre-mer, elle fait désormais partie des heureux élus accompagnant le premier ministre. On la retrouve ainsi aux Antilles et en Guyane à Noël 1975, où les journalistes devant le vide des briefings comprennent vite que Jacques Chirac a la tête ailleurs et que ce voyage prend  des allures de prétexte. »

 

 

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:00
Jacques Dupont sera-t-il ce week-end à la maison de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye avec ELLES Laure Adler, Catherine Clément, Julia Kristeva pour témoigner que Colette aimait aussi beaucoup le vin ?

Pour ceux qui l’ignorent encore notre Jacques Dupont, le beau nez du POINT, est bas-bourguignon, de souche ou d’adoption je l’ignore, et patiemment, tel un bon docteur de campagne, il ausculte la France profonde, celle de Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne où survit écrit-il, « un commerçant encore prospère : le caviste alors que dans la plupart des villes de 5000 habitants, note-t-il, de gros villages en somme, que reste-t-il ? 

 

« Un clocher, une mairie, un Leclerc à l’une des sorties du bourg, doté d’un grand parking, de pompes à essence, de rouleaux pour laver les bagnoles, et un Auchan à l’autre sortie du bourg, avec les mêmes appâts. Au milieu, au centre-ville, entre l’église et l’ancienne place de la foire, hormis la pharmacie et le cabinet d’assurances et deux agences bancaires, il n’y a plus rien. Plus de commerces traditionnels, plus de boucher et encore moins de poissonnier. Ils furent les premiers à baisser le rideau, définitivement. »

 

Saint-Sauveur-en-Puisaye est la patrie de Colette et ce week-end ELLES seront à Saint-Sauveur-en-Puisaye, Laure Adler, Catherine Clément, Julia Kristeva... ce week-end, pour la 5e édition du Festival international des écrits de femmes, consacrée aux "Féminismes". Une cinquantaine d'intervenantes pour évoquer une histoire faite de combats et d'engagements. Une histoire qui se raconte au passé, au présent et au futur...

 

ICI 

 

Ma voisine Bénédicte Martin y sera aussi dimanche à 10:00 pour répondre à la question Colette est-elle féministe ?

 

 

Lire ICI Ma nuit sans défense avec Jean Sarkozy, par Bénédicte Martin by Patrick Besson

 

Moi ce que je sais c’est que Colette aimait le vin, et elle a échangé 65 lettres avec « son » négociant en vin de Charenton : Lucien Brocard. C’est beaucoup moins que le beau François de Jarnac avec sa belle Anne Pingeot : deux volumineux ouvrages que publiera la maison Gallimard le 13 octobre : Lettres à Anne (1962-1995) et Journal pour Anne (1964-1970).

 

L’amour tout court est plus prolixe que celui du vin.

 

Bertrand Brocard son arrière-petit-fils a créé une exposition sur «Colette et le vin». Elle est passée par le Clos de Vougeot et a été jusqu’à la fin de février à la Maison de Pays de Grignan, pays connu pour une autre épistolière, la Marquise de Sévigné...

 

INTERVIEW

 

- Bertrand Brocard, racontez-nous l'origine de cette correspondance inédite :

 

- C'est mon arrière-grand-père, Eugène Brocard, qui a créé en 1890 la société "Les Vins Brocard & fils". Mon grand-père, puis mon père se sont succédés à la tête de l'entreprise installée à Paris, au cœur des entrepôts de Bercy et à Beaune, à proximité des Hospices.

 

En 1942, mon grand-père a fait la connaissance de Colette par l'intermédiaire du libraire Pierre Berès. Elle lui a demandé de la fournir en vins et appréciait ses conseils. Rapprochés par l'amour partagé des bonnes bouteilles, ils ont noué des relations amicales qui ont laissé une trace sous forme de correspondance. Pendant des années, jusqu'en 1953, Colette lui a envoyé des lettres et des cartes postales. Souvent pour lui rappeler, avec humour, qu'elle était « à sec » !

 

- Pourquoi cette correspondance est-elle si originale ?

 

Ces lettres sont très souvent rédigées sur des cartes postales fantaisies, en papier gaufré et découpé, illustrées de dessins. Elle les chinait dans des boutiques et les réservait à ses amis les plus proches. Colette surchargeait quelquefois les dessins d'annotations personnelles humoristiques. Le ton est souvent drôle et, au fil des années, on voit évoluer la relation qui devient de plus en plus amicale.

 

- En conclusion : une équipe bourguignonne pour une bourguignonne illustre !

 

- Oui ! Née à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l'Yonne - où se trouve un très intéressant Musée - Colette a toujours revendiqué ses origines bourguignonnes même si elle n'est plus revenue y vivre : « J'appartiens à un pays que j'ai quitté » dit-elle. C'est d'ailleurs le titre du film de Jacques Trémouel que nous diffusons dans l'exposition. L'écrivain gardera son accent rocailleux jusqu'à sa disparition.

 

Quand on lit les lettres, on peut s'imaginer Colette clouée dans son « lit-radeau », devant la fenêtre ouverte sur les jardins du Palais-Royal. Pour un instant, elle délaisse l'écriture d'un roman, choisit avec soin une carte aux motifs fleuris et trace ces premiers mots destinés à Lucien Brocard :

 

 

Toute l'interview ICI

 

 

Colette dans Prisons et paradis (1932) :

 

« J’ai été très bien élevée. Pour preuve première d’une affirmation aussi catégorique, je dirai que je n’avais pas plus de trois ans lorsque mon père me donna à boire un plein verre à liqueur d’un vin mordoré, envoyé de son Midi natal : le muscat de Frontignan.

 

Coup de soleil, choc voluptueux, illumination des papilles neuves ! Ce sacre me rendit à jamais digne du vin. Un peu plus tard j’appris à vider mon gobelet de vin chaud, aromatisé de cannelle et de citron, en dînant de châtaignes bouillies. A l’âge où l’on lit à peine, j’épelai, goutte à goutte, des bordeaux rouges anciens et légers, d’éblouissants yquem. Le champagne passa à son tour, murmure d’écume, perles d’air bondissantes, à travers des banquets d’anniversaire et de première communion, il arrosa les truffes grises de la Puisaye… Bonnes études, d’où je me haussai à l’usage familier et discret du vin, non point avalé goulûment, mais mesuré dans des verres étroits, absorbé à gorgées espacées, réfléchies. »

 

Jacques Dupont sera-t-il ce week-end à la maison de Colette à Saint-Sauveur-en-Puisaye avec ELLES Laure Adler, Catherine Clément, Julia Kristeva pour témoigner que Colette aimait aussi beaucoup le vin ?

« La vigne, le vin sont de grands mystères. Seule, dans le règne végétal, la vigne nous rend intelligible ce qu’est la véritable saveur de la terre. Quelle fidélité dans la traduction ! Elle ressent, exprime par la grappe les secrets du sol. Le silex, par elle, nous fait connaître qu’il est vivant, fusible, nourricier. La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or. Un plant de vigne, transporté par-delà les monts et les mers, lutte pour garder sa personnalité et parfois triomphe des puissantes chimies minérales. Récolté près d’Alger, un vin blanc se souvient ponctuellement, depuis des années, du noble greffon bordelais qui le sucra juste assez, l’allégea et le rendit gai. Et c’est Xérès lointaine qui colore, échauffe le vin liquoreux et sec qui mûrit à Château-Chalon, au faîte d’un étroit plateau rocheux.

 

 

De la grappe brandie par le cep tourmenté, lourde d’agate transparente et trouble, ou bleue et poudrée d’argent, l’œil remonte jusqu’au bois dénudé, serpent ligneux coincé entre deux rocs : de quoi donc s’alimente, par exemple, ce plant méridional qui ignore la pluie, qu’un chanvre de racines retient seul suspendu ? La rosée des nuits, le soleil des jours y suffisent – le feu d’un astre, la sueur essentielle d’un autre astre – merveilles…

 

Quelle journée sans nuage, quelle douce pluie tardive décident qu’une année de vin sera grande entre les années ? La sollicitude humaine n’y peut presque rien, là tout est sorcellerie céleste, passage de planète, taches solaires.

 

Rien qu’en nommant par leurs noms nos provinces et leurs villes, nous chantons la louange des vignobles révérés. Il est profitable à l’esprit et au corps – croyez-m’en – de goûter le vin chez lui, dans un paysage qu’il enrichit. Quelle surprise ne vous réserve pas un pèlerinage bien compris ? Vin jeunet, tâté dans le jour bleu du chai, – « fillette » angevine, décoiffée sous une tonnelle poudrée à blanc par un après-midi d’été bien orageux, – reliquats émouvants découverts dans un vieux cellier, en Franche-Comté, je m’enfuis comme si j’avais volé un musée… Une autre fois, le mobilier boiteux, vendu aux enchères sur une placette de village, comportait, entre la commode, le lit de fer et les bouteilles vides, six bouteilles pleines : c’est là que je fis, adolescente, la rencontre d’un prince enflammé, impérieux, traître comme tous les grands séducteurs : le Jurançon. Ces six flacons me donnèrent la curiosité de leur pays d’origine plus que n’eût fait un professeur. J’accorde qu’à ce prix les leçons de géographie ne sont pas à la portée de tout le monde. Et ce vin glorieux, un jour, dans une auberge, si noire que nous n’avons jamais su la couleur du vin qu’elle nous versait… Ainsi une voyageuse garde le souvenir d’une surprise nocturne, de l’inconnu sans visage qui ne se fit connaître que par son baiser…

 

Le snobisme gastronomique suscite une levée d’hostelleries et d’auberges telles qu’on n’en vit jamais. Il révère le vin. D’une fois mal éclairée, confessée par des bouches, hélas, que blindèrent cocktails, apéritifs vénéneux, foudroyants alcools, la sapience renaîtra-t-elle ? Souhaitons-le. L’âge venant, j’offre, pour ma petite part, l’exemple d’un estomac sans remords ni dommages, d’un foie tout aimable, d’un sensible palais conservé par le vin probe. Emplis donc, vin, ce verre que je tends. Verre fin et simple, bulle légère où jouent les feux sanguins d’un grand ancêtre de Bourgogne, la topaze d’Yquem, le rubis balais, un peu mauve parfois, du bordeaux au parfum de violette…

 

Vient un temps de la vie où l’on prise le tendron. Sur un rivage méridional on me garde un chapelet de rondes dames-jeannes clissées. Une vendange les gorge, la vendange suivante les trouve vides, et les remplit à son tour. Ne dédaignez pas, détenteurs de fines bouteilles, ces vins à courtes échéances : c’est clair, sec, varié, cela coule aisé du gosier aux reins et ne s’y arrête guère. Encore qu’il soit de tempérament chaud, nous ne regardons pas, là-bas, si la journée est torride, à une grande pinte de ce vin-là, qui délasse et laisse derrière lui un double goût de muscat et de bois de cèdre… »

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 10:05
Que les naturistes qui achètent et lisent En Magnum pour lire Bettane lèvent le doigt, moi je n’en connais pas !

Que lis-je au hasard d’un tweet d’Alice Feiring ?

 

Dans le numéro 04 d’En Magnum, l’équipe Bettane+Desseauve a pris une position fine et mesurée sur la viticulture bio et biodynamique. Nous avons ouvert le débat, mais c’était sans compter avec les gardiens du temple bio, furieux de se sentir dépossédés d’une philosophie dont ils pensent être les exclusifs détenteurs. Et, du coup, follement agressifs. Voici la réponse de Michel Bettane.

 

« La violence et l’ineptie des réactions de certains fanatiques du vin « nature » sur leurs blogs à la lecture du numéro 04 de En Magnum tiennent sans doute à ce que nous les avons pris à contre-pied. Elles montrent aussi combien ces donneurs de leçons, et de leçons de démocratie en particulier, sont eux-mêmes peu démocrates. Il faut convenir que ce doit être assez énervant pour eux, qui se définissent comme propriétaires exclusifs d’un concept et d’un combat, d’apprendre qu’alors que beaucoup étaient en culottes courtes, un journaliste accompagnait le travail dans les vignes et dans les cuviers des meilleurs vignerons français. Ceux-là même qui sont devenus leurs idoles. Et même souvent avant que ces idoles ne converti sent leurs vignes à des pratiques biologiques. Plus irritant encore, le fait que ce journaliste les ait soutenus à de nombreuses reprises pendant leur conversion. »

 

Je ne ferai aucun commentaire, mes maîtres m’ont appris dès mon jeune âge, ce temps des culottes courtes évoqué par celui par qui tout est arrivé de beau et de bon dans notre grand vignoble François, qu’on ne conteste pas le verbe de Dieu le père, qu’on s’incline, qu’on ploie le genou, qu’on se signe, qu’on se bat la coulpe, qu’on souscrit aux indulgences plénières, qu’on se couvre la tête  de cendres, qu’on se fait laver les pieds le jeudi saint, qu’on agite l’encens, qu’on défile dans les vignes pour implorer le ciel lors des Rogations, qu’on entame le Rosaire, qu’on se doit de faire le chemin de croix avec un arrêt à chaque station, qu’on manie avec légèreté le goupillon, qu’on sert la messe en versant avec soin les burettes dans le ciboire, qu’on se garde du péché d’orgueil, qu’on passe au confessionnal  pour confier ses péchés véniels ou mortels au curé…

 

Amen !

 

Comme l'a dit Juppé hier au soir à propos de Sarko : y'a le feu au lac en face...

 

Ça fait beaucoup de qu’on me direz-vous ?

 

Oui ça me rappelle les bios du même nom !

 

Lire l'ensemble du prêche ICI 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 06:00
Mon enclave d’Italie à Paris : le beau reffetorio de Giovanni Passerini où j’aime me restaurer d’une cuisine joyeuse et inventive.

Ma maîtrise de la langue de Dante étant proche de la maternelle, si j’ai choisi d’accoler reffetorio à la maison de Giovanni Passerini c’est qu’au mois d’août j’ai noté que Massimo Bottura et Robert de Niro  vont ouvrir en 2017 dans le Bronx un Reffetorio Ambrosiano.

 

C’est ma cantine à l’italienne, le lieu où j’aime me pointer quand me prend une envie impérieuse de pasta ou de petits plats joyeux et inventifs. J’enfourche mon engin à deux roues que les petits jeunes m’envient et me voilà parti pour l’autre rive. Ma monture connaît tellement bien le trajet qu’elle s’y rend les yeux fermés par des petits routins tranquilles. Je l’accroche par le licol au poteau du coin de la rue Traversière. J’entre et je suis accueilli par des sourires. Ça fait du bien à mon vieux cœur de chroniqueur.

 

Vous allez me dire reffetorio ça fait réfectoire, un truc où les religieux ou les religieuses se restauraient, je n’en disconviens pas mais, pour moi, cette appellation a un parfum d’enfance, c’est le lieu où, au pensionnat, en culottes courtes, brodequins et blouse grise, nous nous évertuions à déjouer la surveillance du pion pour narguer le règlement.

 

En résumé c’est ma version italienne de cantine, et vous le savez j’adore les belles cantines où je me sens chez moi pour me restaurer avec des plats que je ne sais pas faire chez moi.

 

Ceci écrit pour que les gaulois, toujours prêt à chercher la petite bête, ne viennent pas me mettre dans les gencives des interprétations à la noix sur mes appellations à moi.

 

Je les revendique haut et fort car elles sont l’expression sans fard de lieux où la cuisine est exercée avec invention, précision, générosité pour donner à ceux qui viennent s’y restaurer la satiété, ce plaisir simple du bien manger, et du bien boire.

 

À l’heure du déjeuner je m’y rends seul et je mange au bar lieu stratégique où je peux lire en attendant les plats, observer la va et vient du service, jeter un coup d’œil sur la cuisine ouverte où Giovanni chef d’orchestre et son équipe œuvrent – c’est fascinant l’enchaînement des gestes en un lieu aussi minuscule – papoter avec la souriante et avenante Justine l’épouse de Giovanni, parfaire ma religion des vin nu avec Cécile  … et, bien sûr je mange et je bois.

 

Pour le dîner, la carte s’allonge, se diversifie, alors je me rends chez Giovanni avec des amis. Il y a des plats à partager : du homard bleu breton à la grouse d’Ecosse en passant par le pigeon de Mesquer ou la canette de Challans, turbot… C’est un plaisir d’y convier des amis car ils repartent heureux, contents.

 

Mon enclave d’Italie à Paris : le beau reffetorio de Giovanni Passerini où j’aime me restaurer d’une cuisine joyeuse et inventive.
Mon enclave d’Italie à Paris : le beau reffetorio de Giovanni Passerini où j’aime me restaurer d’une cuisine joyeuse et inventive.
Mon enclave d’Italie à Paris : le beau reffetorio de Giovanni Passerini où j’aime me restaurer d’une cuisine joyeuse et inventive.
Mon enclave d’Italie à Paris : le beau reffetorio de Giovanni Passerini où j’aime me restaurer d’une cuisine joyeuse et inventive.

Giovanni a du style, un style précis qui confère à la simplicité de la pasta des lettres d’élégance sans pour autant verser dans le raffinement chichiteux. Ses entrées sont de petites merveilles d’alliance de saveurs. Et, j’ose l’écrire, ses desserts se haussent au niveau de mes exigences d’ancien abonné à la pâtisserie de ma sainte mère.

 

 

Giovanni est tendu, pointu, attentif, concentré, en recherche permanente dans un univers culinaire en perpétuel changement. Il relève le défi d’un Paris où la fidélité des clients butineurs n’est pas toujours au rendez-vous. De ma part, lui tresser une couronne de lauriers serait inconvenant, je ne suis qu’un client parmi d’autres et non un professionnel de la profession.

 

Mes cantines à Paris se comptent sur les doigts d’une seule main, j’y suis fidèle et je rêve d’y avoir, comme au temps du Pied de Fouet, rue de Babylone, mon rond de serviette. 

 

Je ne vous ai rien dit du lieu ainsi décrit par le Fooding « À l’enseigne d’un restaurant à son nom, on le retrouve donc dans la cuisine ouverte d’une lumineuse nef épurée par la ligne claire d’Asma Architects, où appliques Art déco et globes suspendus 50’ s flattent l’ego du mobilier vintage, chinés par Sébastien Le Coroller. »

 

J’aime les restaurants d’angle qui me font penser à la proue d’un navire, le reffetorio de Giovanni est beau, ouvert et lumineux. Un seul petit reproche, celui de mes vieilles oreilles, l’épuré résonne parfois beaucoup pour elles. Quelques toiles aux murs absorberaient un paquet de décibels.

 

Au temps de mes rédactions scolaires puis de mes dissertations bachelières j’avais une sainte horreur de conclure alors je pratiquais la conclusion ouverte car j’aime toujours ouvrir des perspectives, m’accouder à une fenêtre grande ouverte pour me laisser aller à rêver de grands espaces, de voyages, même si je suis comme ces « Voyageurs retour de Damas qui partaient pour l’Océanie regardaient avec émoi, symbole de la vie errante, des mouettes qui n’avaient jamais quitté Saint-Nazaire. » comme l’écrivait Jean Giraudoux dans « Suzanne et le Pacifique ».

 

Alors pour conclure je laisse la plus à ma copine Isabelle qui avec le bout de sa langue sait bien écrire.

 

« Giovanni est romain, et cette origine suinte dans sa cuisine comme un jambon en cours d'affinage. Sincères et authentiques, ses recettes ne mentent pas, on y mettrait sa main dans la Bocca della Verità.

 

Laisse toi guider et oublie tes a priori, en Italie on cuisine les abats d'une façon que tu ne connais pas, et Giovanni excelle dans cet exercice là.

 

Doux, subtils, savoureux, les yeux fermés tu n'arriverais pas à les identifier dans cette saucisse juteuse.

 

Les tripes à la romaine, grand classique mijoté au vin blanc avec des petits légumes, saupoudré de menthe fraîche et de pecorino râpé minute, est une merveille du genre. Une assiette pleine de fraîcheur aux arômes délicats.

 

L'apothéose du repas, c'est cette assiette de pâtes nonchalamment posées, coiffées d'une sauce épaisse un peu grumeleuse et de poutargue râpée. Le talent de Giovanni explose à chaque bouchée. Aussi bien dans ces pasta maison courtes cuites al dente, que dans le travail de la tête de veau sublimée sans être dénaturée. Une addiction totale, tu lèches l'assiette, tu n'en perds pas une miette, 10 jours après ces pasta te trottent toujours en tête, tu veux la recette.

 

Tout en finesse et en générosité, le ris est parfaitement préparé, la cuisson est précise et le jus bien corsé. Le sujet est magistralement maîtrisé, sans esbroufe, dans le respect du produit. La simplicité est de mise, et tu aimes cette franchise. »

 

Les photos d’Isabelle et l’ensemble de son texte son ICI 

 

Merci à Justine et Giovanni, vous êtes maintenant des amis, des vrais… Bon vent à votre beau reffetorio où je me sens comme chez moi.

 

Pour tout savoir sur leur beau reffetorio allez donc ICI 

 

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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 06:00
Si j'ai choisi de placer Dominique Derain en Une c'est pour une raison que vous découvrirez à la fin de cette tortueuse chronique.

Si j'ai choisi de placer Dominique Derain en Une c'est pour une raison que vous découvrirez à la fin de cette tortueuse chronique.

Écrire une chronique, chaque jour que Dieu fait, n’est pas pour moi une ascèse, une marotte, et encore moins une addiction, mais une impérieuse nécessité : celle de rester vivant.

 

« Une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps » écrivait Alexandre Vialatte l’inventeur de la chronique en tant que genre littéraire.

 

Depuis que je suis en vacances éternelles j’ai du temps, beaucoup de temps, mais je continue comme avant, lorsque je travaillais officiellement, de prendre ce temps d’écriture qui, croyez-moi, ne me prends pas beaucoup de temps.

 

Ce qui me prend du temps c’est le temps de l’avant, ce temps de gestation, parfois fulgurant, l’idée me tombe dessus et en trois temps trois mouvements c’est écrit ; et puis, surtout avec les livres que je lis, et j’en lis beaucoup, parfois ça me prend beaucoup de temps avant de me décider à me mettre au clavier, il me faut laisser décanter ma lecture, trouver un angle, un point de vue, ni trop haut, ni trop près. Ne riez pas, je souffre, je m’en veux d’attendre mais je suis incapable de placer le premier de la première phrase.

 

Alors j’attends, je rousine, je tourne autour du pot, me traite de grosse fainiasse, me dit que je devrais faire comme le tout rond bas de plafond qui nous balance des photos léchées, ça fait oublier au chaland la maigreur du texte, j’écoute de la musique sur FIP, me fait des spaghetti, me roule un joint mais d’inspiration point !

 

Que FAIRE ? comme écrivait Lénine.

 

Tout bêtement écrire d’autres chroniques…

 

Et puis, un matin, un midi ou un soir je monte tout en haut du grand plongeoir, pose mes doigts de pied sur le bout de la planche, me met en position et sans réfléchir je me jette à l’eau.

 

C’est cette séquence que je viens de vous décrire ci-dessus fut celle que je viens de vivre sitôt l’arrivée du livre de Guillaume Laroche et de ses deux compères : ENTRE LES VIGNES.

 

 

En le feuilletant j’ai de suite senti que j’allais souffrir, c’était plein d’amis, des gens qui n’ont pas leur langue dans leur poche, des originaux, le genre à mettre du poil à gratter sous la chemise avec nœud de cravate, olé, olé, de LF Latour ou celle ouverte de Claude Chevalier, beaucoup de grain à moudre sous ma petite meule artisanale.

 

Choisir est une douleur, et je n’ai nulle envie de souffrir.

 

La facilité eut été de me contenter de reproduire, comme beaucoup de mes confrères, les citations en gros et en gras :

 

« Les Grands crus de Chablis sont des terroirs gâchés. A de Béru

 

« Il y a quand même beaucoup d’autres choses dans mon vin que du soufre total. » la même.

 

« Chez certains on veut faire du bio, mais s’il y a le moindre accident on appelle le médecin pour remettre la cuvée d’aplomb. » Pierre Boillot

 

« On peut être inquiet dans l’avenir car beaucoup de viticulteurs veulent assurer maintenant. » le même.

 

« Ça me gonfle ce système de notes. » Cécile Tremblay.

 

 

« Je me demande sérieusement dans quelle mesure il faut encore accepter d’être dans les guides. » la même

 

« Le vin parfait ça n’existe pas » Jean-Yves Bizot.

 

« Ce qui justifie le prix d’un vin, c’est le risque que l’on met dedans. » le même.

 

« Pour faire du vin rouge, il faut une cuve, c’est tout. Tout le reste est inutile. » JY B toujours.

 

« Henri Jayer nous avait dit : « Vos vins ne sont pas des bêtes à concours. » Marie-Christine et Marie-André Mugneret

 

« La transmission de nos terres aux générations futures, c’est vraiment le plus gros problème. » les 2 Marie.

 

« La biodynamie, c’est de la masturbation intellectuelle. » Once de Beller.

 

« Mon projet, ce n’est pas d’être bio dans vingt ans, c’est de ne plus traiter. » Claire Naudin.

 

« Pendant combien de temps la population va accepter que l’on pollue pour un truc qui n’est pas indispensable ? » toujours Claire.

 

« J’ai promis à tous mes potes qui sont dans des démarches de vins un peu alternatives que je porterais la défense de cette diversité. » ça c’est vraiment Claire.

 

« Bientôt il n’y aura plus de place pour les vins produits en chimie. » François de Nicolay.

 

« T’es surpris quand tu vois tout ce qu’ils balancent dans la cuve. » Thierry Glantenay

 

« Nous sommes prévenus, personne ne nous force à mettre des produits chimiques, il faut assumer après. » tout à fait Thierry !

 

« Les vins vinifiés par des œnologues perdent leur âme. » Renaud Boyer.

 

« Beaucoup de domaines en biodynamie produisent des vins standardisés. » très juste Renaud !

 

« Je ne veux pas que le vin naturel soit réservé à une caste. » même combat Renaud.

 

« Je ne revendique pas grand-chose. Je fais les vins que j’aime. » Antoine Jobard.

 

« Mon but premier c’est d’avoir du plaisir, je ne veux pas faire de la daube. » Dominique Derain.

 

« Avec tous ces contrôles, on va finir par avoir de la bio de merde qu’on va retrouver dans les supermarchés. » Feu sur le quartier général Dodo !

 

« J’ai fait du vin comme tout le monde pendant 10 ans. Je me suis emmerdé. » ça c’est du Derain !

 

« L’agriculture moderne c’est le symbole de l’hypermasculinité qui viole la terre. » Julien Guillot.

 

« Je n’ai pas besoin de l’INAO pour savoir comment faire mon vin. » oui, oui, Julien.

 

« Nous ne sommes destinés à rien, sauf à suivre nos choix. » c’est le dernier de la cordée…

 

Vous allez me dire, dites-le : j’assume ! … que je suis un plaisantin… Oui je le suis, j’ai l’âge de me moquer de moi-même donc de certains qui se la joue grave.

 

J’ai pompé mais j’ai mis des guillemets.

 

Mais alors pourquoi ai-je tant attendu pour finir par tomber dans la facilité la plus crasse ?

 

Pour vous dire maintenant que je suis un amoureux de la conversation débridée, libre, sans tabous, mais que l’art de la conversation est un genre en voie de disparition : la communication, les éléments de langage, la complaisance des journalistes, l’ont tuée.

 

C’est le premier mérite de l’entreprise de Guillaume Laroche que de permettre à des gens qui ont des choses à dire de le dire, sans filtre, avec leur sensibilité, leur histoire, leur vécu de la vigne de la vie. Quelle bouffée d’oxygène même si ces femmes et ces hommes ne sont pas des adeptes de Michel Rolland.

 

Le second mérite de ce livre, qui en collectionne beaucoup, en dépit de son forme album pas très commode pour un maniaque comme moi de la lecture en tout lieu, c’est de sortir des sentiers des idées reçues, aux images d’Epinal, surexploités par tous la petite clique de ceux qui tournent autour du vin comme des guêpes au-dessus d’un pot de confiture, sur le vin et ici les vigneronnes et les vignerons de la Bourgogne. Foin du papier glacé, des classements à la con, de toujours les mêmes, de ceux qui peuvent cracher au bassinet pour que l’on cause d’eux dans des gazettes que plus grand monde lis.

 

Et c’est là le plus lourd handicap du livre de Guillaume Laroche : la richesse de son contenu ; pensez-donc ça demande du temps, c’est plus difficile que de contempler de belles images ou de se taper le énième portrait cire-pompes à finances de notre Hubert dig, ding dong ou du Grand Gégé qui attrape tout ce qui bouge.

 

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi j’ai autant tardé à chroniquer sur ENTRE LES VIGNES il me fallait prendre le temps de lire avant de me décider.

 

À ce stade je n’ai qu’un seul conseil à vous donner, si ce n’est déjà fait, achetez ce livre-album pour en faire votre livre de chevet.

 

Pour ma part je n’ai qu’une seule envie, un grand désir : que Guillaume Laroche m’organise après que sa petite bande de vigneronnes et de vignerons aient laissé leur vin « bouillir » comme disait mon pépé Louis, grand naturiste de cépages hybrides, une bonne conversation, qui ne sera pas de salon, avec eux, ou avec ceux qui voudront. Il ne sera pas bien évidemment interdit de partager le pain et le sel et de boire bon.

 

J’ai écrit boire pas déguster…

 

Le livre est disponible sur le site ICI 

 

 

 

Ne lisez plus entre les lignes, lisez Entre les Vignes, ça vous fera un bien fou : de l’art d’une conversation qui n’est pas de salon

Guillaume Laroche, Frédéric Henry et Harry Annoni entourés de Oronce de Beler, Athénaïs de Béru, Jean-Yves Bizot, Pierre Boillot, Renaud Boyer, Dominique Derain, Pierre Fenals, Emmanuel Giboulot, Thierry Glantenay, Julien Guillot, Antoine Jobard, Marie-Christine et Marie-Andrée Mugneret, Claire Naudin, François de Nicolay et Cécile Tremblay. Photo l'Actu du vin

 

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 06:00
« La cuisine est une petite friponne » Pellegrino ARTUSI se moque des « cuisiniers de baldaquin » et prône une table simple et familiale !

J’ai découvert Pellegrino Artusi et son livre La scienza in cucina L’arte di mangiar bene, chez Alessandra Pierini lorsque mon ami Daniele de Michele est venu présenter son livre : Artusi remix publié chez Mondadori dans la langue de Dante.

 

Lire ICI la chronique

 

Vu mon niveau en italien, sauf à demander à Alessandra de faire l’interprète, ce qu’elle fait fort bien, je ne pus pénétrer dans les subtilités de cette bible de la cuisine familiale italienne.

 

C’est possible maintenant grâce aux éditions Actes Sud qui viennent de la publier en français grâce à une traduction de Marguerite Pozzoli et Lise Chapuis.

 

 

Marguerite Pozzoli dans sa notice sur la vie de l’auteur, avant de citer Alberto Capatti, membre du comité scientifique de la Casa Artusi (centre dédié à  la cuisine familiale italienne basé à Forlimpoli, lieu de naissance d’Artusi) : note qu’avec ses fidèles alliés en cuisine, Marietta Sabatini et Francesco Ruffilli, qui l’aident dans ses achats et lui permettent de tester d’innombrables recettes, il bâtit un ouvrage qui :

 

« … à la différence des autres livres de recettes de cuisine impersonnels, accorde une place importante à sa propre mémoire et à son propre tempérament ; tandis qu’il prêche contre les cuisiniers prestigieux, appelés « cuisiniers de baldaquin », il prône une table simple […] et familiale. »

 

Marguerite Pozzoli poursuit « Adoptant un vocabulaire accessible à tous, rejetant les complications et le lexique, selon lui, « ampoulé » de la gastronomie française, dont il dénonce fréquemment l’hégémonie – tout en lui faisant quelques emprunts, signe de son absence de xénophobie. »

 

 

Dans sa prefazio (dans le rite catholique, il s’agit de la première partie de la prière eucharistique, au milieu de la messe) Artusi écrit :

 

« Méfiez-vous des livres qui traitent de cet art : la plupart sont fallacieux ou incompréhensibles, surtout les italiens, un peu moins les français. Tout au plus pourrez-vous, des uns comme des autres, tirer quelques notions utiles, si vous êtes déjà versé dans cet art.

 

Si l’on n’a pas la prétention de devenir un cuisinier émérite, je ne crois pas qu’il soit nécessaire, pour réussir, de naître coiffé d’une casserole ; il suffit d’être passionné, attentif et de se donner pour première règle la précision. Par ailleurs, choisissez toujours des produits de première qualité, cela vous fera honneur… »

 

Vous vous en doutez, je bois du petit lait, façon de parler je ne bois jamais de lait ni petit ni grand.

 

L’auteur cite ensuite une lettre que lui avait adressé le poète Lorenzo Stecchetti :

 

« Le genre humain se perpétue uniquement parce que l’homme possède l’instinct de conservation et de reproduction, et qu’il ressent vivement le besoin de le satisfaire. À la satisfaction d’un besoin se trouve toujours lié un plaisir : le plaisir de la conservation réside dans le sens du goût et celui de la reproduction dans celui du toucher. Si l’homme n’avait pas d’appétence pour la nourriture ou n’éprouvait pas de stimuli sexuels, le genre humain disparaîtrait aussitôt.

 

Le goût et le toucher sont, par conséquent, les sens les plus nécessaires, voire indispensable à la vie de l’individu et de l’espèce. Les autres ne font qu’aider, et l’on peut vivre aveugle ou sourd, mais non privé de l’activité fonctionnelle du goût.

 

Comment se fait-il donc que, dans la hiérarchie des sens, les deux les plus nécessaires à la vie et à sa transmission soient regardés comme les plus vils ? Pourquoi ce qui satisfait les autres sens – la peinture, la musique, etc. – est-il nommé « art » et tenu pour chose noble, et ignoble ce qui satisfait le goût ? Pourquoi celui qui prend du plaisir à voir un beau tableau ou à entendre une belle symphonie est-il jugé supérieur à celui qui prend du plaisir à manger un mets excellent ? Existerait-il entre les sens des inégalités telles que celui qui travaille n’a qu’une chemise et celui qui ne fait rien en a deux ?

 

La raison doit en être le pouvoir tyrannique que le cerveau exerce désormais sur tous les organes du corps. Au temps d’Agrippa Menedius, c’était l’estomac qui dominait ; aujourd’hui il ne sert même plus, ou du moins il sert mal. Parmi  ces forcenés travailleurs du cerveau, y en a-t-il un seul qui digère bien ? Ce n’est que nerfs, névrose et neurasthénie, et la stature, le périmètre thoracique, la capacité de résistance et de reproduction déclinent de jour en jour dans cette race de savants et d’artistes, qui ne se nourrit pas mis s’excite et ne tient qu’à force de café, d’alcool et de morphine. Voilà pourquoi les sens tournés vers l’activité cérébrale sont réputés plus nobles que ceux qui président à la conservation, et il serait temps désormais de casser cette injuste sentence. »

 

Qu’en pensent Jean-Yves Bizot et Jacques Dupont ?

 

 

Pour finir en beauté je vous sers le poème du toscan Filippo Pananti (1766-1837)

 

Toutes les fêtes toutes les réunions

Commencent et d’achèvent en gueuletons

Et pour que les esprits soient satisfaits

Les ventres doivent être rassasiés

 

Les curés, qui ne sont pas moins avisés,

Font dix lieues  pour un déjeuner.

Qu’ils portent l’extrême-onction

Ou fête le saint patron

Si les ripailles ne suivent pas

Le psaume ne finit pas en Gloria.     

           

Un clin d’œil à mon ami Don Pasta, les MACARONIS à la FRANÇAISE

 

« Si je les appelle ainsi, c’est parce que je les ai trouvés dans un traité culinaire de cette nation (le livre de cuisine de Jules Gouffé 1867)

 

300G de macaroni longs, de type napolitain. 70 g de beurre. 70 g de gruyère. 40g de parmesan. 1 petite casserole  de bouillon.

 

Faire cuire aux 2/3 les macaroni dans une eau pas trop salée. Mettez le bouillon sur le feu, portez-le à ébullition et jetez-y alors le gruyère râpé et le beurre : mélangez bien avec la cuillère en bois. Après quoi, versez sans attendre le bouillon sur les macaroni égouttés, et je dis bien sans attendre, sinon le gruyère tombe au fond et s’agglutine. Laissez les macaroni sur le feu jusqu’à cuisson complète, en faisant en sorte qu’il reste un peu de jus. Avant de les servir, assaisonnez-les avec le parmesan indiqué ci-dessus et présentez-les avec du parmesan à part pour ceux qui, n’appréciant pas les saveurs délicates, aiment ce qui est fortement assaisonné.

 

Cette recette de pâtes, comme les macaroni à la bolonaise, est très pratique pour les familles car elles permet de faire l’économie d’un pot-au-feu, une ^petite casserole de bouillon de la veille suffit à la préparation. Si l’on veut des macaroni maigres, on remplacera le bouillon par du lait.

 

Le gruyère, également connu dans le commerce sous le nom d’emmmental, est un fromage à pâte tendre, jaune et trouée, qui se présente sous forme de meules énormes. Certains n’apprécient pas son odeur particulière, vaguement rance. Je ferai toutefois remarquer qu’on la sent peu lorsqu’il fait froid, et qu’on le devine à peine dans les macaroni. »

 

Ça me fait penser que je devais écrire une chronique pleine de trous sur le gruyère et l’emmental pour faire plaisir aux Suisses.

 

                                        

« La cuisine est une petite friponne » Pellegrino ARTUSI se moque des « cuisiniers de baldaquin » et prône une table simple et familiale !
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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 09:30
Pas d’objection : à Chablis l’INAO aime autant les nuées de pesticides que les fragrances bitumineuses

Je suis un vieux vélocipédiste parisien, plus de 30 ans sur la chaussée, jamais sur le trottoir, qui aimait flâner sur les chemins de terre au milieu des hautes haies – mais même les vicinaux sont aujourd’hui goudronnés – qui se voit obligé de circuler sur le bitume défoncé de notre belle capitale et de respirer de l’oxygène sulfuré derrière les bus de la RATP.

 

En auto, et c’est rare que je la sorte de son parking, par goût je préfère emprunter les petites routes départementales, même si les indigènes y roulent à fond les ballons, que sur autoroutes pleines de gros camions qui montent et qui descendent la bouffe, où en plus il faut sacrément cracher au bassinet et apporter son manger en panier si on veut se restaurer sans s’intoxiquer.

 

J’ai vanté il y a quelque temps la frugalité des autoroutes d’un petit pays très pauvre : la Suisse pour ne pas avoir à me justifier sur mon aversion vis-à-vis de ces couloirs bitumineux où, de temps à autre, le paysage se résume en de grandes pancartes vantant le terroir, ses merveilleux produits, ses châteaux, ses églises, ses grands hommes…

 

Du côté de Chablis je suggère que l’on en apposa un nouveau :

 

« Les grands crus de Chablis sont des terroirs gâchés » signé Athénaïs de Béru  et d’y ajouter merci à Eiffage d’y contribuer avec un zeste de fleur de bitume.

 

Lors de mon dernier passage à Chablis pour rendre visite aux de Moor dans la bourgade de Courgis par une belle journée de juillet j’ai pu respirer à pleins poumons une belle acidité épandue par des araignées hautes sur pattes gambadant sur les coteaux au terroir bronzé comme un parigot de retour de la Côte d’Azur.

 

Et nous y voilà, les qui vont se faire bronzer le cul en meutes ou respirer le bon air des cimes dans la même formation sont des gens pressés. Pour éviter que les moutons de Panurge bouchonnent faut élargir le tuyau. Et une fois élargi le tuyau faut lui coller au cul du goudron et le goudron faut le fabriquer au plus près.

 

En clair la société Autoroutes Paris Rhin Rhône (APRR) a effectué une demande d’autorisation d’exploiter un poste mobile d’enrobage (en clair une usine à goudron), sur la commune de Saint-Cyr-les-Colons, en bordure immédiate de l’autoroute A6, à proximité de l’aire de repos du Buisson rond).

 

Et là, du côté goudron j’ajoute les plumes pour l’agent instructeur de l’INAO le sieur Nicolas Guillemot :

 

Constat INAO (repère et alerte le cas échéant à mettre en exergue):

 

La centrale d’enrobage se situe à vol  d’oiseaux à  environ 3.40 km des vignes les plus proches situées sur ST Cyr-les-colombs et 4.4 km des vignes les proche situées sur la commune d’IRANCY.

 

D’après la rose des vents fournie par Météo France (station d’Auxerre, 1971-2000), les vents dominants sont :

 

– direction Sud-Ouest et de secteur 22 (8,5 %),

– direction Sud/Sud-Ouest et de secteur 20 (7,2 %),

– direction Sud et de secteur 18 (6,9%).

 

Dans ce contexte les secteurs  viticole seront peu  impactés par les odeurs compte tenu de la direction des vents dominant et la de distance significative par rapport aux parcelles de vigne les plus proches  (3.4 km pour saint Cyr et 4.4 km pour Saint Bris)

 

AGENT INAO INSTRUCTEUR : Nicolas GUILLEMONT

 

Date : 6 avril 2016

 

Pas d’objection

 

Pour les détails vous pouvez vous reporter aux suceurs de roues habituels qui fondent sur ce genre de sujets comme la vérole sur le bas-clergé. Et oui Olivier et Alice j’ai du mal à mélanger l’encre de ma plume avec cette engeance. qui vous pisse habituellement dessus.

 

Bref, tout ça entre les mains du Préfet de l’Yonne après avis d’une commission à la con : le Conseil départemental de l’Environnement, des risques sanitaires et technologiques.

 

Bon sans vous faire un dessin un Préfet ça obéit aux ordres du Gouvernement, donc si les grands chefs de l’ODG sont sévèrement burnés il ne le reste plus qu’à faire  ce qu’a fait le  Grand Jacques Gravegeal connétable du Languedoc : pondre une lettre ouverte au dénommé Stéphane Le Foll pour quelques mois encore Ministre de l’Agriculture.

 

Y’a des Présidentielles dans le viseur alors c’est le bon moment pour enterrer ce projet qui pue.

 

Si ça vous chante je peux prendre la plume à votre place, j’ai fait nègre dans ma vie…

 

Bonjour chez vous !

 

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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 06:00
Olivier millenaire d'Oletta

Olivier millenaire d'Oletta

Commençons par la Corse qui est la plus au sud de notre pays, face à l’Italie, où la culture de l’olivier est très répandue car les conditions climatiques lui sont favorables. L’île est, en dehors de petites zones, la seule région française où l’olivier se propage par semis. L’oléastre (olivier sauvage) fait partie du maquis spontané.

 

Les régions où l’oléiculture est la plus développée sont la Balagne, le Nebbio, l’Alta Rocca, le bas Taravo et la région de Vico-Cargèse.

 

Le verger traditionnel est constitué de variétés locales peu connues : la ghermana, la sabina, la zinzala, l’aliva bianca et la blancaghaja. La variété picholine a été introduite il y a une trentaine d’années dans les zones de plaine pour développer la culture d’olives de table, avec un succès mitigé.

 

« Consacrée en 2004 par l’obtention d’une AOC (Appellation d’Origine Contrôlée), puis d’une AOP(Appellation d’Origine Protégée) en 2007, l’Huile d’Olive de Corse Oliu di Corsica AOP est caractérisée par une extrême douceur en bouche que l'on doit à la récolte des fruits à pleine maturité, et par une palette aromatique exceptionnelle où l'on retrouve les parfums intenses du maquis corse. »

 

Voir le site Syndicat d'huile d'olive Corse Oliu di Corsica ICI

 

 

Histoire

 

« L’huile que l’on fait en Corse ne vaut pas mieux que le vin, par défaut de fabrique ; mais elle serait excellente et à l’instar de celle d’Aix, si les Corses savaient greffer et cultiver les oliviers et apprendre la manière des Provençaux pour faire de l’huile. ». ce jugement négatif, porté par l’auteur anonyme d’un Mémoire sur le commerce de Corse remis à Louis XV dans les années qui suivirent le rattachement de l’île au royaume (1768), doit être tempéré car il ne rend pas tout à fait compte de la réalité de son époque. Déjà un mémoire de 1757, où la Balagne est qualifiée de « jardin de la Corse », témoigne d’une production d’huile de 25 000 à 50 000 barils selon les années, dont la »plus grande partie se porte à Calvi et y est embarquée pour le dehors. »

 

L’abbé Gaudin, qui n’est pas toujours tendre avec les Corses, constate lors de sa visite dans les années 1780 que la greffe – instaurée et propagée par les Génois à partir du XVIIe siècle – est largement pratiquée, et des témoignages légèrement postérieurs font état d’une réputation d’excellence pour les huiles de certaines régions de l’île.

 

Dans les premières années du XIXe siècle, le préfet Piétry, décrivant le département de Golo, signalait que le canton de Canale dont « les huiles sont fort estimées » et plus tard C.-J. Petit confirme dans son Guide du commerce de l’Epicerie relative à la France (1823) la bonne renommée de l’huile de ce terroir, même s’il regrette que toutes les potentialités de la Corse ne soient pas exploitées.

 

En 1904, les services du Ministère de l’Agriculture estimaient à 4000 tonnes la production d’huile corse destinée à l’exportation mais, la concurrence des huiles oléagineuses et des huiles tunisiennes vont faire que si « Jadis, les marchands d’Aix, de Salon et de Nice venaient en Balagne ; aujourd’hui ils semblent avoir désappris ce chemin » notait Ardouin-Dumazet dans son Voyage en France (1911).

 

À partir de cette époque la production d’huile ne fit que décliner…

 

 

Maintenant embarquons-nous pour la Calabre, à l’extrême pointe de la botte italienne :

 

« Le pressoir était devenu l’idée fixe de don Peppino Salemi. Il n’était pas indispensable pour ses propriétés – près de vingt-cinq hectares d’oliveraies. Ni même pour éviter de se faire pigeonner sur le rendu par un autre presseur qu’il aurait dû avoir à l’œil pendant toute la trituration. Ça, c’étaient des excuses bonnes pour faire taire les femmes. Ou plutôt non, il y avait du vrai, qu’on n’aille pas raconter qu’un presseur né de la dernière pluie baisait don Peppino Salemi, parce que, dans ce domaine, s’il y en avait un qui avait bien baisé les autres… Ils ne s’étaient jamais aperçus de rien, rien que des remerciements et le bouche-à-oreille comme quoi, avec lui, rien à craindre, pauvres cloches. Non, le pressoir, c’était plutôt sa manière à lui de se proclamer chef de famille et de garder le couteau du côté du manche parmi un régiment de femelles * qui, à la maison, avaient réussi à prendre le dessus. Et c’était surtout parce que, désormais, il n’y avait plus que dans son pressoir qu’il se sentait utile et vivant.

 

Il continuerait à les moudre lui-même, ses olives, au prix de sa sueur, jour et nuit, jusqu’à la dernière, comme au bon vieux temps. Quoi qu’en disent sa femme et ses cinq châtiments * du ciel. Quoiqu’en dise le village. Quoi que puisse marmouler le chevalier Scordino, prêt à nier un passage des Evangiles – lui qui ne ratait pas une messe – pour le seul plaisir de le contredire.

 

Comme il aimait les nuits passées au pressoir à moudre les olives ! Un délice, le clapotis de la pâte sous les deux grosses roues en pierre de la meule, le bruit sourd du moteur, les scourtins à remplir de pâte et à insérer dans la maie entre les disques des presses, l’huile qui coulait, l’odeur qui imprégnait les lieux. Un pressoir à l’ancienne, qu’il avait, avec une claie et des roues. S’il avait pu, il les aurait encore fait tourner avec une mule attachée au pilier. Les autres, par contre, s’étaient modernisés. Quelle connerie de se saigner aux quatre veines pour acheter des engins qui travaillaient la pâte à chaud, avec pour résultat de gâter l’huile, qui tournait à l’acide en moins d’un an. Une connerie pire encore, ensuite, de les remplacer par d’autres engins qui pressaient à froid. « Ça passe à travers ces diableries mécaniques, comment voulez-vous qu’il en sorte une huile baptisée ? » avait-il coutume de leur opposer. Pas moyen de les convaincre. Mais eux non plus n’arrivaient pas à le convaincre. Et il continuait comme il l’avait toujours fait, sans renoncer au cuisiné mangé dans la gamelle avec les ouvriers, pour l’essentiel des patates et des poivrons, ou de la morue rôtie, ou juste du pain assaisonné d’huile fraîchement pressée, toutes choses qui appelaient le vin, un cerasuolo ambré qui descendait dans la gorge mieux que l’eau et dont il se régalaient au verre doseur, un verre à peine plus grand que celui pour le rossolis, juste la quantité voulue pour boire d’un trait. »

 

Mimmo Gangemi La revanche du petit juge

 

*don Peppino Salemi n’avait que des filles, 5 exactement.

 

Et pour finir partons pour l’Andalousie avec la superbe chanson de Paco Ibanez « Andaluces de Jaen » qui s'inspire du poème « Aceituneros »(Cueilleurs d'olives) de Miguel Hernandez, publié en 1937 dans « Vents du peuple » : qui est une exhortation à ce que le peuple de Jaen (Ville au Nord-Est de l’Andalousie) prenne conscience que ses oliviers sont le fruit de « la terre silencieuse, du travail, de la sueur, de l’eau pure et des planètes du ciel », et non d’un propriétaire, d’un Seigneur ou de l’argent, et remette en question leur propriété. A qui appartiennent donc ces oliviers et leurs olives

 

La municipalité de Jaen a décidé en 2013, pour fêter le bicentenaire de sa formation, de créer, à partir des vers de ce poème, d’autant plus que Miguel Hernandez, bien que né à Orihuela, possédait une maison à Jaen près de la cathédrale, l'hymne de la province.

 

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