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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 08:00
CHAP.18 cabinet noir, nous avions entre les mains tout ce qu’il fallait pour faire couler le soldat Fillon.

Depuis des mois j’ai brodé, fait comme si, lancé des leurres, vous ai enfumé, j’ai omis de vous dire.

 

Ne pas dire, est-ce mentir ? Dans le temps où nous vivons, pour la plupart des gens, le mensonge est inadmissible, déformer la réalité ou inventer une histoire, c'est quelque chose d'inacceptable.

 

Mais qu'en est-il pour le mensonge par omission?

 

Pour certains, ce n'est pas vraiment un mensonge, puisqu'on ne parle pas, on ne ment pas: on « oublie » juste de dire quelque chose. Donc cacher n'est pas vraiment mentir, c’est oublier d’en parler. Puisqu’on ne dit rien, on élude la chose, on fait comme si elle n'existait pas. On ne ment pas vraiment directement, on évite juste d'en parler, c'est une dissimulation de la vérité.

 

« Lorsque les gens disent qu'ils veulent la vérité, la transparence, ils mentent »

 

Le citoyen des sociétés modernes vit dans cette contradiction permanente et les politiques savent en tirer le meilleur parti : « d'un côté les électeurs disent exiger le parler vrai, dénoncent la langue de bois ; de l'autre, ils renvoient à leurs chères études les candidats trop honnêtes pour leur faire miroiter des promesses dont ils savent qu'elles seront sans lendemain. » Contradiction normale puisque c'est dans la sphère privée que le mensonge s'épanouit avec le plus de facilité et de luxuriance. Mais comme la sphère publique est exposée à nos regards, nous sommes intransigeants avec le personnel politique.

 

Vous dire quoi ?

 

Au soir du premier tour de la Primaire de la Droite il était patent que l’opération Chartrons se soldait par un échec patent. Certes nous avions éliminé le Sarko mais du fond de la Droite rance Fillon se voyait promettre un boulevard dans la future élection présidentielle.

 

« Somme toute, quand on se plante dans la vie, il y a toujours deux interprétations, deux responsables possibles : soi ou les autres.

 

Parlons de Juppé :

 

« Enfin il y a l’essentiel, il y a le tempérament d’Alain, qui n’a pas écouté, qui n’a pas su s’entourer comme il le fallait, qui n’a pas su sortir de lui-même, qui n’a pas voulu se travestir pour l’emporter. Au mois de septembre, lorsqu’Isabelle et quelques proches, conscients du risque qu’induisaient les débats télévisés, lui ont conseillé de se faire « coacher », Alain a dit non. Définitivement. Il ne voulait pas manger de ce pain-là, refusant de se transformer en candidat de la communication politique, qu’il méprise depuis toujours.

 

Nous savions tous qu’il n’était pas fait pour jouer à l’escrime des mots et des postures jetées à l’emporte-pièce du grand public. Nous savions tous qu’il ne saurait pas tourner à quatre cents mots de vocabulaire « coups de poing », là où son langage habituel avoisine les trois mille, dans la dentelle de concepts peu audibles en une poignée de minutes télévisuelles. La suite de l’histoire l’a démontré.

 

La conjoncture a décuplé les faiblesses d’Alain. Il entendait dire de toutes parts qu’il serait vainqueur depuis si longtemps, qu’il a fini un peu par y croire, sans remettre en cause ni ce à quoi il croyait, ni son positionnement politique, ni rien d’autre d’ailleurs. Il ne voulait pas voir que l’essentiel de son entourage ne le contrait pas, ne le plaçait pas en situation de doute, d’interrogation,, alors que chacun était témoin de la montée du candidat Fillon depuis le mois d’octobre. Une autre lecture consisterait à affirmer qu’Alain n’a pas recruté suffisamment de profils opposés au sien. Elle est juste.

 

Il n’entrevoyait pas ou ne corrigeait pas les impairs, les imperfections de certains membres de son équipe, chacun s’exprimant dans les médias sans élément de langage, y compris dans l’entre-deux-tours. Résultat, le candidat est monté au créneau pour mordre son adversaire, tandis que seul son cercle aurait dû le faire, afin de lui éviter d’être pris pour cible. Même le b.a.-ba de la politique n’a pas été respecté.

 

Si les mots qu’il n’a prononcés dans l’entre-deux-tours peuvent se discuter, ils n’expliquent pas sa défaite. Tout s’était joué avant. »

 

Gaël Tchakaloff Divine Comédie

 

Juppé pour moi était le meilleur candidat de second tour face à la MLP. Fillon au profil de droite dure ne me séduisait guère. Avec ma petite équipe de fouilles-merde j’aurais pu baisser les bras, laissé tomber, sauf que nous avions entre les mains tout ce qu’il fallait pour faire couler le soldat Fillon.

 

C’est que nous avons fait avec méthode et précautions…

 

L’heure n’est pas encore venue de narrer cette aventure, le sera-t-elle un jour d’ailleurs, je ne sais, qui vivra verra…

 

 

Robert Bourgi a, pour sa part, quelque chose à reprocher à François Fillon. Interrogé par Mediapart ce vendredi 14 avril, l'avocat raconte avoir subi "des pressions d'ordre politique" après les révélations du Journal du Dimanche sur les costumes de l'ancien Premier ministre. Et ces pressions ne venaient pas de nulle part. Elles venaient directement de François Fillon. "Dans le camp de M. Fillon et venant de M. Fillon lui-même, on voulait que je participe à la dissipation de tout doute autour de cette histoire, sur laquelle je crois pouvoir dire que je détiens la vérité", commence Robert Bourgi, avant d'ajouter :  

Je l’ai eu personnellement à plusieurs reprises. Et à plusieurs reprises, il a fait appel à ma solidarité de gaulliste. […] François Fillon et sa très grande papesse de la communication, Anne Méaux, ont souhaité que je ne dise rien concernant l’identité de la personne qui a offert les costumes : moi. L’un et l’autre m’ont appelé dès le samedi après-midi [la veille de la publication du JDD – NDLR] pour que je ne dise pas que c’était moi. Je leur ai demandé pourquoi. Ils m’ont dit : 'Tu sais, c’est la Françafrique, on va penser que… '. Mais qu’est-ce que la Françafrique a à voir avec cela ? Par conséquent, j’ai été contraint pendant une semaine de mentir.


« Les grands acteurs ne recherchent pas l’épanouissement, figurez-vous, ni les plaisirs. Le bonheur n’est pas le but. Ils cherchent le gant de crin plus que la caresse, le silice plutôt que la soie, l’humiliation plus que les vivats. C’est pour ça qu’on les appelle monstres »

 

Gilles Leroy Dans les Westerns

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 06:00
La Corse Michel Rocard, Pierre Joxe et moi… je soutiens la vérité de Sylvie Rocard-Pélissier née Emmanuelli…

« Michel pensait que l'on avait été un peu injuste avec la Corse et lorsqu'il était à Matignon il espérait s'occuper de la Corse. M. Joxe, ministre de l'Intérieur et ami du président de la République, lui avait fait savoir: « La Corse c'est moi ! ». Le dossier s'était refermé pour Michel à cette époque-là, mais il l'avait toujours regretté. »

 

C’est ce que dit Sylvie Rocard dans un entretien à France 3 Corse ViaStella au moment où les cendres de Michel Rocard ont été inhumées le jeudi 2 mars à Monticello en Balagne, village d'où son épouse est originaire.

 

Je ne vais pas me pousser du col mais j’ai participé à tous les Conseils interministériels sur la Corse, j’étais le seul non Ministre à la table (privilège que m’accordait Michel Rocard avec qui j’avais collaboré lorsqu’il était Ministre de l’Agriculture). Je pilotais le volet agricole du dossier corse, qui pesait lourd. Je me rendais au moins une fois par mois sur l’île.

 

Le 1 août 2006 j’écriais dans une chronique :

 

« Je me souviens du préfet Thoraval, un grand bonhomme nommé par Charles Pasqua, il me jaugea, la connection se fit et bien plus tard, alors qu'il était devenu président du Secours Catholique, dans le bus 68 nos regards se croisaient;

 

Je me souviens du DRAF louant un hélicoptère pour me faire découvrir l'île vue du ciel : un choc ! Nous en profitâmes pour rendre visite discrètement à deux éleveurs. J'étais déjà infréquentable;

 

Je me souviens de ce petit c... de Filidori, avec ses petites lunettes, son mépris, me traitant de valet du pouvoir colonial au nom de la Confédération Paysanne ;

 

Je me souviens des bureaux de la Chambre d'Agriculture calcinés, un moyen sûr de faire taire les disques durs des ordinateurs ;

 

Je me souviens de Lucien Tirroloni, le président de la Chambre que j'aimais bien, assassiné sur un trottoir ;

 

Je me souviens des Comités Interministériels avec Michel Rocard, j'ouvrais mon clapet en plantant mon regard dans celui de Pierre Joxe dont les sourcils broussailleux me rappelaient le maquis;

 

Je me souviens du préfet de police d'Ajaccio négociant ma sécurité avec les chefs du Canal à propos d'une émission en direct sur France 3 Corse entre 22H et minuit;

 

Je me souviens d'un Préfet de Région nommé pour faire du développement économique, bon petit soldat jeté dehors qui s'épanchait dans mes bras sous la voute du salon de la Préfecture en écoutant un opéra de Verdi ;

 

Je me souviens des gilets pare-balles qui venaient me cueillir au bas de la passerelle sur le tarmac de Campo del Oro lors de mes derniers voyages »

 

EXTRAIT du journal Le Monde du jeudi 24 octobre 2002 : Pierre Joxe a témoigné devant le juge en juin.

 

« Ministre de l'intérieur de mai 1988 à janvier 1991, Pierre Joxe, aujourd'hui membre du Conseil Constitutionnel, a été interrogé le 28 juin en qualité de témoin par le juge Duchaine. « Comment expliquez-vous sue l'Etat ait pu consacrer plus de 440 millions de francs à la mesure [Nallet], alors que l'enveloppe prévue était de 185 millions ?" lui a demandé le magistrat. » Les dépassements de crédits sont fréquents, a répondu M. Joxe. Ils sont votés annuellement, ils peuvent être reconduits d'année en année ou augmentés par décision budgétaires ou par transfert interne. » Questionné sur le témoignage du directeur de cabinet au ministère de l'agriculture à cette époque, Jacques Berthomeau, pour qui le dossier avait été « piloté par Matignon (...) et co-piloté par Pierre Joxe », il indiqué : « C'est exact que j'ai co-piloté ce dossier, puisque, même si Rocard s'y intéressait beaucoup, il m'a délégué et soutenu dans l'élaboration du statut pour la Corse. M. Berthomeau, qui avait déclaré qu'il voyait « mal un préfet aller chercher ses ordres ailleurs qu'auprès de M. Joxe », s'est attiré cette réplique : « Si Berthomeau voit mal, je n'y peux rien. »

 

Sylvie Pélissier née Emmanuelli a raison !

 

Elle revient sur aussi sur la soudaine décision de Michel Rocard :

 

Lorsque... il y a quelques temps nous sommes venus au village (...) je l'ai emmené au cimetière et je lui ai dit: « Tu sais c'est là que je jouais quand j'étais petite ». J'adore ce cimetière, ce n'est pas triste du tout (...) et quand il a vu cet endroit il m'a dit: « C'est magnifique, je viens avec toi. »

 

Je m’y suis rendu cet été ICI Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…

 

J’y retournerai bientôt.

 

Corse-Net Infos raconte la cérémonie d'inhumation :

 

C'est sur le stade de Monticello, que le Puma de l'armée de l'air s'est posé peu après midi avec à son bord le président de la République François Hollande.

 

Le chef de l'Etat s'est aussitôt dirigé vers Hyacinthe Mattei, Maire honoraire et son fils Joseph Mattei, maire de la commune, pour une franche accolade, avant de saluer quelques personnes, et de s'engouffrer dans une voiture pour se diriger vers le cimetière communal où devait se dérouler la cérémonie d'inhumation des cendres de l'ancien premier ministre Michel Rocard, grand serviteur de l'Etat, décédé à Paris en juillet 2016.

 

Une cérémonie qui se déroulait dans la plus stricte intimité, en présence de sa veuve Sylvie Pélissier née Emmanuelli et d'une vingtaine d'invités.

 

 

 

 

 

 

 

Parmi eux, conviés par la veuve, Gilles Simeoni, président de l'Exécutif et son père Edmond Simeoni, Jean-Guy Talamoni, président de l'assemblée de Corse.

 

Devant la stèle recouverte du drapeau tricolore, François Hollande s'est longuement recueilli, avant que l'épouse de Michel Rocard ne prenne la parole.

 

Emue, mais fière de cet hommage rendu à son époux défunt, Sylvie lisait des passages de cette lettre que Michel Rocard avait intitulé «J'irai dormir en Corse».

 

« Le temps viendra bientôt, pour moi, comme pour tous, de quitter la compagnie des vivants.

 

Sylvie, ma dernière épouse, m’a fait, le temps de ce qui nous restait de jeunesse, redécouvrir l’amour, puis surtout rencontrer sérénité, tranquillité, confiance, le bonheur tout simplement.

 

A son père adoptif corse, elle doit le sauvetage de son statut social, mais pas l’affection. Elle lui doit pourtant un lieu, celui de ses joies d’enfant, de ses premières et longues amitiés, de l’exubérance de la nature, de sa beauté et de ses odeurs, au fond le lieu de son seul vrai enracinement.

 

C’est un village, Monticello en Balagne.

 

A Monticello, le cimetière est plein. Ne restait dans la partie haute, au-delà des caveaux, qu’une micro parcelle trop petite pour une tombe, suffisante pour deux urnes, au ras de la falaise. Arbres et tombeaux, tout est derrière nous. L’un des plus beaux paysages du monde. Et puis bien sûr, qui dit cimetière dit réconciliation…

 

Le grand Pierre Soulages s’est chargé de pourvoir à ce que les objets à placer là, une urne puis deux, un support, une plaque puis deux, magnifient la beauté du lieu plutôt que de la déparer.

 

A l’occasion, venez nous voir, me voir : il faut garder les liens. Peut-être entendrez-vous les grillons, sans doute écouterez-vous le silence… A coup sûr la majesté et la beauté de l’endroit vous saisiront. Quel autre message laisser que de vous y convier ?"

 

Aujourd'hui, cette volonté de ce grand homme qu'était Michel Rocard est respectée. C'est face à l'Ile-Rousse, où il comptait beaucoup d'amis que Michel Rocard veille sur les siens.

 

Jean-Guy Talamoni, Gilles Siméoni, Edmond Siméoni se sont également exprimés au cours de cette cérémonie.

 

Chacun a rappelé l'attachement de Michel Rocard pour la Corse.

 

« C’était un visionnaire, un ami de la Corse ».

 

François Hollande a pour sa part rappelé l'attachement à la paix de Michel Rocard et son attachement pour la Corse avant d'avoir des mots chargés d'affection et de tendresse.

 

Moment intense d'émotion lorsque le groupe Meridianu chantait "Canta", avant d'entonner le "Dio vi salvi regina" qui résonnait dans le ciel.

 

Désormais, comme il l'a toujours souhaité, Michel Rocard est chez lui à Monticello, près des siens.

 

Le président de la République devait poursuivre son périple corse vers Patrimonio.

 

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15 avril 2017 6 15 /04 /avril /2017 06:00
Stéphane Le Foll fait son cinéma “La Négociation” avant de quitter le 78 rue de Varenne après son quinquennat.

Stéphane Le Foll, sa crinière grise au vent, sa mèche en bataille, son nœud de cravate en godille, sa gouaille, sa poignée de main facile, son tempérament de porteur d’eau, va achever dans quelques jours le bail le plus long d’un Ministre de l’Agriculture.

 

5 ans c’est long au 78 rue de Varenne où les emmerdes pleuvent comme à Gravelotte.

 

Il avait tout pour lui le Stéphane, une formation agricole, une bonne connaissance des dossiers européens, une implantation rurale, la simplicité, la pugnacité et pourtant, en dépit de ses 5 années à l’Hôtel de Villeroy, il ne laissera qu’une faible empreinte sur l’évolution de ce secteur en pleine mutation.

 

Le plus drôle, si je puis dire, c’est qu’il faillit être oublié par son mentor lors de la constitution du premier gouvernement Ayrault.

 

Stéphane est un grognard fidèle, qui aime avant tout la politique, il se serait bien vu à la tête du PS en lieu et place du palot Harlem Désir. Comme son maître, le père François, c’est un as du bricolage de la motion de synthèse ciselée jusqu’au petit matin, dans une salle enfumée.

 

Ce qui lui a permis de tenir si longtemps au Ministère de l’Agriculture c’est qu’en plus du maroquin traditionnel il cumulait celui du Porte-Parole du gouvernement. À chaque Conseil des Ministres, sur les dossiers chauds, il se retrouvait en première ligne, porteur de la parole officielle. Il aimait ça, toucher à tous les sujets, être au plus près du boss et avec son air bourru, ses saillies, le Stéphane s’en est plutôt bien sorti. Ses détracteurs à la FNSEA et à Droite, tout particulièrement Christian Jacob, le lui ont reproché en qualifiant de Ministre à mi-temps.

 

Mais il est un autre dossier sur lequel Stéphane Le Foll aurait bien aimé que l’on reconnaisse son mérite, son savoir-faire, son habileté c’est celui de la PAC. L’Europe, grâce à son mandat européen, c’était son terrain de jeu au Stéphane. Et, il faut le lui reconnaître, dans le grand souk qu’est devenu le Conseil des Ministres de l’Agriculture à 27, Le Foll a su tirer son épingle du jeu.

 

Le problème pour lui c’est que l’Europe c’est la mal-aimée, le bouc-émissaire rêvé, tout y est lent, compliqué, obscur, la France n’y pèse que le poids de ses voix et elle doit pour faire prévaloir ses points-de-vue nouer des alliances à géométrie variable. En dehors des spécialistes pas grand monde n’y comprends quelque chose.

 

Nous sommes bien loin du temps où l’Europe Agricole était géré par un club, un temps que j’ai connu avec Michel Rocard lorsque nous négociions l’élargissement de l’Europe à 12 à l’Espagne et au Portugal.

 

L’Europe tout court, la PAC étaient porteuses d’espoir, le discours était encore audible même si tout ce qui était bon était à porter au crédit du Ministre, ce qui n’allait pas à l’Europe.

 

Ce n’est plus le cas.

 

« Quoi de plus aride que la réforme de la politique agricole commune ? Et pourtant, le documentaire haletant “La Négociation” de Nicolas Frank se regarde presque comme une fiction.

 

« Aucune petite phrase ni promesse électorale, pas même un commentaire sur le feuilleton des affaires... La politique telle que Nicolas Frank la donne à voir a, par les temps qui courent, quelque chose de revigorant. « Le “vrai” travail des politiques. Ce qu’ils font quand ils ne sont pas en campagne, ou en train de se perdre dans les limbes de la “politique politicienne” », voilà ce qui intéresse le réalisateur de La Négociation, film que Télérama a choisi de proposer sur son site du 7 au 30 avril.

 

Isabelle Poitte dans Télérama écrit :

 

Sur le papier, son projet tenait pourtant du défi masochiste : rendre compte du long processus de réforme de la PAC (politique agricole commune), entrepris par le Conseil des ministres européen il y a cinq ans. Difficile d’imaginer sujet plus ingrat et infilmable… Pendant neuf mois, de juin 2012 à mars 2013, le documentariste (coauteur avec Bruno Joucla de Devenir médecin, récemment diffusé sur France 2) a suivi le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll au fil de ses rencontres avec ses homologues européens et des réunions avec ses conseillers. Il fait de leur travail patient, minutieux, le moteur de son film. Et c’est passionnant.

 

“Quand Stéphane Le Foll a donné son feu vert, les portes n’étaient qu’entrouvertes. J’ai dû montrer que je n’étais pas là pour rechercher la petite phrase. La confiance s’est installée peu à peu.”

 

Comme l’espérait son auteur, La Négociation « se regarde pratiquement comme une fiction ». Non sans un petit côté The West Wing à Bruxelles, avec ce qu’il faut de personnages charismatiques, de seconds rôles attachants et de rebondissements. Il y a même quelques moments cocasses, comme cette tentative d’approche ratée du ministre polonais, qui ne parle pas un mot d’anglais… Et la tension culmine dans l’ultime quart d’heure du film, lorsque les dernières tractations vrillent les nerfs de l’équipe jusque tard dans la nuit.

 

Cette matière riche, Nicolas Frank la doit à « la chance », mais surtout au tact déployé pour jouer les petites souris au coeur des stratégies et des jeux d’alliances. « Le montage ne donne pas cette impression, mais je n’ai pas eu les mêmes accès au début du tournage qu’au bout des neuf mois. Quand Stéphane Le Foll a donné son feu vert, les portes n’étaient qu’entrouvertes. J’ai dû montrer que je n’étais pas là pour rechercher la petite phrase, que je ne m’intéressais qu’à la PAC. La confiance s’est installée peu à peu. A la fin, je faisais partie du décor. »

 

Sans le moindre commentaire, le réalisateur réussit une autre prouesse en rendant limpides les aspects techniques du débat. Coup de chance, encore : certains membres du cabinet ministériel révèlent de vrais talents de pédagogues, décryptant en quelques phrases les enjeux de la « convergence des aides » ou de la « majoration pour les premiers hectares ». La France a un objectif clair : réorienter les aides de la PAC vers les plus petites exploitations, pourvoyeuses d’emplois, et soutenir l’élevage. Position qui se heurte d’emblée à la conception très productiviste de l’Allemagne ou des Pays-Bas.

 

La suite ICI

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14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 06:00
La Belle d’Argenteuil de Laurent Bérurier avec bel Épineuil de Dominique Gruhier c’est le pied !

Les asperges sont buttées dès que les premières pointes blanches apparaissent à la surface de la terre il faut les récolter. Si vous attendez deux ou trois jours, elles deviennent roses puis violettes au fur et à mesure de leur sortie de terre. Enfin, si vous appréciez les asperges vertes, attendez qu'elles atteignent une dizaine de centimètres.

 

Récolter l’asperge demande soin et précision, tout d’abord il faut dégager la terre qui entoure les jeunes pousses appelées turions, ensuite avec une gouge (outil en forme de cuillère très allongée) il faut descendre le long de l'asperge pour atteindre la griffe, puis imprimer un mouvement de bascule à la gouge pour détacher la tige de la griffe. Opérer avec précaution, pour ne pas abîmer les racines et pour ne pas casser l'asperge.

 

J’ai pratiqué car au Bourg-Pailler dans le jardin du pépé y’avait des asperges buttées.

 

Ça c’était le bon vieux temps, maintenant l’asperge de proximité il me faut l’acheter chez Laurent Bérurier, maraîcher dans le Val d’Oise (1), l’un des derniers producteurs de la Belle d’Argenteuil, investi par ailleurs dans la renaissance des espèces disparus des légumes d’Ile-de-France.

 

Lire ICI ma chronique du 13 mars 2016

Des nourritures spirituelles aux nourritures terrestres, d’Alexandre Benoît Bérurier à Laurent Berrurier… une histoire de légumes oubliés.

 

Je dois à la vérité d’écrire que je les achète à Terroirs d’Avenir rue du Nil à Paris.

 

« L’asperge d’Argenteuil est reconnaissable à sa couleur blanche, et ses turions quant à eux pourpres. Ses couleurs, elle les doit à son mode de production : enfouie sous terre, elle garde toute sa blancheur, et sa tête prend des éclats mauves en sortant légèrement de sa butte.

 

Avant de devenir populaire, l’asperge d’Argenteuil, devra attendre 1830 pour concurrencer l’asperge verte, alors réputée. C’est en effet à cette date que Mr Lhérault-Salboeuf commença la culture de l’asperge dans cette commune du Val d’Oise. Il créé ainsi une race sélectionnée : l’Asperge améliorée tardive d’Argenteuil. Cette asperge fut primée en 1878 lors de l’Exposition Universelle de Paris. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Une bonne asperge d’Argenteuil se reconnaît aisément à sa tête de couleur pourpre, et à son goût amer en bouche. »

Laurent Bérurier

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les asperges d’Argenteuil, c’est toute une histoire :

 

Les paysans d’Argenteuil, dont les vignobles ont été décimés par le phylloxera, ont rétabli leur fortune en les arrachant et en plantant des asperges (un louis la botte !) Allant parfois jusqu’à 25 cm et de 6 cm de tour de taille, elles étaient bien connues des gourmands de Paris qui les préféraient charnues. La nomination «Argenteuil» dans un menu vous indiquera la présence d’asperges dans le plat – tout comme « crécy » vous renseignera sur les carottes, et « dubarry » sur les choux fleurs. On trouve encore des œufs brouillés « Argenteuil » et le potage « Argenteuil », mais, hélas, il n’y a presque plus d’asperges « Belle d’Argenteuil ». Seuls quelques producteurs de cette variété subsistent aujourd’hui en Ile-de-France mais aucun sur la commune même. Le Musée du Vieil Argenteuil garde encore quelques tiges dans des bocaux remplis de formol. Les asperges ont bien mérité cette gloire posthume, car c’est elles qui ont sauvé l’économie locale à l’époque. Il subsiste, dans le même musée, un ustensile en bois, mécanisme astucieux inventé par les locaux pour mettre les asperges en bottes exactement comme celles qui ont enchanté Edouard Manet. »

 

Lire la suite ICI 

 

Vous pouvez aussi consulter ma chronique du 20 avril 2011

 

ICI

 

Avec Marcel Proust et Édouard Manet, les asperges blanches sont de bonne compagnie, avec le vin aussi...

 

La ferme du Château

1 Impasse du Clos

95000 Neuville­‐sur-­Oise

tél : + 33 (0)1 34 86 03 87

Rue du Clos de Quincy, 89700 Épineuil, France

Rue du Clos de Quincy, 89700 Épineuil, France

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13 avril 2017 4 13 /04 /avril /2017 06:00
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier

Lundi 11 h, faisait encore frisquet, je filais vers le nord à grandes pédalées. Mon fidèle destrier répondait présent en dépit d’une chaussée digne du Moyen-Âge. Notre maire ne fait pas de vélo sinon il y aurait moins d’ornières dans les pavés de Paris. Destination les Bouffes du Nord, un théâtre où je vais faire Buvette.

 

J’entre dans l’antre, une charmante jeune fille me demande :

 

  • Vous êtes restaurateur ?
  •  
  • Non, je suis agent double…
  •  

Blague à deux balles à part, mais saillie qui colle bien au petit monde des vins nus où l’agent est un personnage clé du biseness. C’est lui qui prospecte, place les vins des vignerons dans la restauration ou chez les cavistes, parfois les livre et assure l’encaissement. Pas de tout repos comme job.

 

Bien sûr, ma pomme n’en est point un, mon truc à moi c’est l’espion modèle guerre froide qui mange à tous les râteliers. Foin de l’idéologie, pour quelques dollars de plus changer de camp au gré du vent. C’est toute l’énigme de l’agent double : qui trahit-il vraiment ?

 

À ce stade vous allez penser que je suis totalement déconnant ?

 

La réponse est OUI,

 

en effet les jours coulent, s’écoulent, tranquilles, plus de ponts, de week-end prolongés, de réveil qui sonne, de lundi pourris, de vendredis interminables, de réunions vaseuses… ainsi va la vie d’un désœuvré qui vient d’adjurer sa foi en la politique.

 

Pour autant, personne ne peut me dire : « Tu t'laisses aller » comme le chantait en 1966, pas très charitablement pour sa moitié, Charles Aznavour.

 

Ma matinée en IMAGES

Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
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Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
Agent double un nouveau job à haut risque dans le milieu naturiste pour le Taulier
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Charlotte&Louis PEROT, Cahors

Charlotte&Louis PEROT, Cahors

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12 avril 2017 3 12 /04 /avril /2017 06:00
Messieurs les Anglais tirez les premiers : Jay Rayner critique culinaire in The Observer défonce le Cinq, le restaurant de l’hôtel George V

Si vous maîtrisez la langue de Shakespeare allez droit au but et lisez la prose acide de Jay Rayner publiée dimanche dernier 9 avril dans The Observer. ICI C’est plus intéressant que de s’en tenir aux saillies les plus sanglantes.

 

Il n’empêche que le bougre n’y va pas avec le dos de la cuiller “It’s like eating a condom that’s been left lying about in a dusty greengrocer’s,”

 

Traduction du Courrier International :

 

Ma commensale grimace : « On a l’impression de manger un vieux préservatif oublié par terre au fond d’un magasin de fruits et légumes. »

 

C’est à propos de « La mise en bouche par laquelle on nous intime de commencer consiste en une bille transparente posée sur une cuillère : la chose, dans la vogue de la sphérification mise au point il y a vingt ans par Ferran Adriá dans son restaurant El Bulli [en Catalogne], ressemble à un implant mammaire en silicone taille Barbie. Quand elle éclate en bouche, la bille lâche une odeur de renfermé goût gingembre. »

 

Vu du Royaume-Uni. « Je n’ai jamais rien mangé de plus immonde » : récit d'un repas au George V

 

Lire ICI

 

La charge est lourde mais attention The Observer n’est pas un tabloïd de caniveau c’est le plus ancien des journaux du dimanche (1791) est aussi l’un des fleurons de la «qualité britannique». Il appartient au même groupe que le quotidien The Guardian mais est d’obédience libérale.

 

Sitôt posté sur mon mur face de Bouc cette chronique s’est attiré la réaction indignée d’une préposée à la défense de l’honneur outragé du chef Christian Le Squer : c’est toute la France de la Haute Cuisine qui serait blessée dans son honneur par cette charge outrancière d’un trublion de la perfide Albion.

 

À d’autres, le petit chroniqueur que je suis ne veut pas engager ses moyens pour aller vérifier les dires de Jay Rayner car la douloureuse « Meal for two, including service and modest wine: €600 (£520) n’est pas dans mes désirs du moment. Si vous souhaitez que je me dévoue pour faire le job rien ne vous empêche de vous syndiquer pour m’offrir un déjeuner au V.

 

Sans être un grand partisan de la descente en flamme du travail de qui que ce soit ce que j’apprécie dans le brûlot de Jay Rayner c’est la bouffée d’air frais qu’il me procure dans l’atmosphère de la critique gastronomique française ( et je ne parle de celle des vins, qui est pire) qui baigne dans l’encens et se complait dans la génuflexion.

 

Je mets de côté les multiples stipendiés qui sont à la critique gastronomique ce que sont les lasagnes Findus au cheval à la gloire de la cuisine des mammas italiennes…

 

Chez les autres, ceux qui se parent dans les habits de la vertu, tout n’est que louanges, courbettes et copinage… C’est lassant, inintéressant, sans angles, trop souvent du mou pour les chats…

 

Quant aux exégèses, commentateurs un peu branleurs de Face de Bouc, c’est dans la même tonalité : entre regret d’un soi-disant French-bashing post-Brexit et la défense des chichis pour nouveaux riches… ils me plongent dans une profonde hilarité.

 

Comme l’éloge à la vulgarité d’un luxe de pacotille…

 

Quant à aimer le pigeon à point ce n’est pas un goût de British mais celui de beaucoup de jeunes et jolies femmes qui n’apprécient pas le sanguinolent. C’est le droit du client et ça ne mettra pas en péril le génie du chef.

 

Avis de tempête pour les beaufs !

 

Enfin, rien n’interdit à un triplement étoilé de proposer dans sa carte des vins autre chose que des GCC avec plein de zéros derrière. Y’a tout ce qu’il faut en magasin, s’il ne choisit pas ces vins c’est par paresse ou bêtise.

 

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11 avril 2017 2 11 /04 /avril /2017 06:00
Hubert de Boüard de Laforest le vigneron volant au sécateur d’argent étend son empire…

Il y a chez notre Hubert, à la crinière d’argent, un côté Charles Quint, souverain d'un empire sur lequel «le soleil ne se couche jamais»

 

« Présent tout au long de l’année sur les terres…, avalant des kilomètres, se glissant entre les rangs de vignes, Hubert de Boüard est resté près du terroir, à l’affut des conditions naturelles. Une discipline salutaire tant cette année 2016 a sans cesse surpris, à la vigne comme au chai, pour aboutir à un millésime de rêve

 

Version moderne de Red Adair, le pompier volant, notre Hubert... Il tire sa valise à roulettes avec prestance, saute de hub en hub, jongle avec les fuseaux horaires, confesse, conseille, donne l'onction, multiplie les vins...

 

Propriétaire d’abord, il est Angelus et quelques propriétés annexes, il est le féodal qui règne sur saint-émilion… ICI

 

œnologue-consultant, ensuite d’une flopée de propriétés sur tout ce que la terre compte de vignobles voir ICI 

 

Je passe sur ses multiples casquettes là où il faut être avec, cerise sur le gâteau, le Comité National de l’INAO.

 

Winemaker d’une année à Arsac « J’ai pris un immense plaisir pendant cette année, comprenant jour après jour les parcelles d’Arsac, puis goûtant les raisins et enfin décidant du meilleur moment de ramassage et choisissant une vinification qui permettait l’expression du meilleur de ce millésime. » ICI 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis, ça devait arriver, le voilà enfin qu’il signe Vigneron la collection « Les Vins d’Hubert de Boüard »

 

En effet, ce cher Hubert qui s’ennuyait un peu entre deux avions, vient d’acquérir des terres avec un pool d’actionnaires afin d’expérimenter de nouveaux modes de culture.

 

Ce sera lui le boss, le vigneron aux manchons de la charrue, taillant ses vignes avec son petit sécateur…

 

Ha ! Le sécateur d’Hubert, il en parle dans sa bio officielle :

 

« À l’âge de 7 ans son père lui offre son premier sécateur pour aller tailler les ceps. Ses vacances se passent à travailler dans les vignobles et dans les chais de la région, quand d’autres fréquentent les cercles bordelais ou parisiens. »

 

Mais ce sécateur sur l’étiquette de la collection « Les Vins d’Hubert de Boüard » il a un air du sécateur d’Alice et d’Olivier de Moor sur les leurs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous me direz, un sécateur est un sécateur, mais son association avec l’appellation vigneron pour désigner notre Hubert de Boüard de Laforest ça sent un poil l’ «usurpation » de titre.

 

Lui, si sourcilleux en matière du droit des marques à propos de la sienne ICI, qu'il utilise parfois bien abusivement, son Angelus confisque sans vergogne l’image d’un vrai vigneron, qui lui, bosse de ses mains dans ses vignes, quelle impudence !

 

Hubert ne recule devant rien, même le ridicule!

 

Mais laissons là notre vigneron-volant qui, comme la Merluche, va devoir multiplier ses interventions grâce à un hologramme, pour nous intéresser à ses nouvelles vignes :

 

« Côté blanc, on y trouvera du chardonnay en AOC IGP de l’Atlantique, et du sauvignon en AOC bordeaux, pour une production de 20000 bouteilles chacun.

 

Pour les vins rouges, 2017 va voir la plantation de merlot (60000 cols prévus), avant l’arrivée d’une parcelle de syrah en 2019 pour produire 7000 cols. »

 

Le merlot et le chardonnay sont plantés avec une forte densité, à plus de 9500 pieds/hectares, tandis que le sauvignon est à 6000 pieds/hectares. La production totale sera légèrement supérieure à 100000 bouteilles.

 

Elles ne seront pas commercialisées par l’ensemble de la place de Bordeaux, mais confiées à deux négociants partenaires sélectionnés pour la qualité de leurs réseaux. En optant pour deux cépages exogènes (chardonnay et syrah), Hubert de Boüard s’affranchit des codes bordelais tout en s’inscrivant dans une dynamique liée au réchauffement climatique. »

 

Céline Vuillet (VSB 1598 du 7 avril 2017)

 

Quel homme, j’en suis tout esbourriffé !

 

J’oubliais, un grand critique bordelais, celui qui ne peut pas piffer les courtiers, déclarait sur Face de Bouc après avoir bien bâfré dans les châteaux « En France bientôt aux alentours de 15 Euros pour le Sauvignon 20 Euros pour le chardonnay. C'est superbe. »

 

Ça ne pouvait qu’être superbe, tout ce que touche Hubert est d’or, sauf son petit sécateur qui lui est d’argent…

 

 

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10 avril 2017 1 10 /04 /avril /2017 06:00
Pain de Tréziers chez Shinya Inagaki de Terroirs d’Avenir

Pain de Tréziers chez Shinya Inagaki de Terroirs d’Avenir

Ce proverbe va comme un gant à Guillaume Nicolas-Brion, l’un des 3 auteurs de l’excellent Guide des pains qui ont d’la gueule, car ce bougre ne sort jamais sans sa musette pleine d’un quignon de bon pain, d’un kil de vin nu et d’un coulant fromage qui pue.

 

Le natif de la Vendée crottée que je suis, fils d’Arsène qui égrenait avec sa machine à battre Merlin tous les grains pour faire le pain, copain des frères Remaud les fils de p’tit Louis le boulanger, a appris autour de la table familiale à respecter la valeur du pain ; le pain de 4 signé de la croix avant d’être tranché ; le pain béni de la messe ; la « bechée » de pain essorant le beurre brûlée de la poêle où la mémé Marie venait de cuire les petites sardines sablaises ; les tartines de pain embeurrée du goûter avec des carreaux de chocolat Menier…

 

Qui a des pois et du pain d’orge, - Du lard, et du vin pour sa gorge ; - Qui a cinq sous et ne doit rien, - Il se peut dire qu’il est bien.

 

Six mille proverbes et aphorismes usuels empruntés à notre âge et aux siècles derniers par Charles Cahier - Proverbes français.

 

J’ai donc, année après année, avec tristesse, suivi la lente dégradation du bon pain quotidien, tout galérant pour dénicher ceux des boulangers qui maintenaient la tradition du bon pain.

 

Pour Steven L. Kaplan, l’historien américain de référence sur le pain, la raison en est que la panification a suivi deux tendances au cours du siècle dernier : une baisse constante de la qualité de la grande majorité des produits, et l'émergence d'une nouvelle race des boulangers artisanaux consacrés à l'excellence et de tradition.

 

Pour lui la baisse de la qualité a commencé en 1920 avec le passage de la panification lente avec une base de levain à un processus rapide en utilisant des levures. Mécanisation dans les années 1960 qui a contribué à la fabrication du pain qui manquait goût et l'arôme. La tendance a commencé à s'inverser dans les années 1980. Les meuniers français ont fourni aux boulangers de la meilleure farine et un plus grand soutien de la commercialisation. Lionel Poilâne a conjugué production à grande échelle avec pratiques artisanales comme la longue fermentation au levain et four à bois à pâte. La «tradition», comme on l'appelle, est plus chère que la baguette ordinaire, qui utilise des additifs, la fermentation rapide montante et la mécanisation, et représente environ 75 % des ventes de pain du pays.

 

L’opus TRONCHES DE PAIN de Cécile Cau, GNB et Marie Rocher tombe à pic pour aider celles et ceux qui veulent retrouver le goût du bon pain.

 

Le guide des pains qu'ont d'la gueule de Cécile Cau et Guillaume Nicolas-Brion

 

Les Editions de l'Epure

 

ICI 

 

C’est de la belle ouvrage avec tout ce qu’il faut savoir sur les céréales, les types de farine, le gluten, la panification, les levains, la fermentation, le pétrissage, le pointage, le façonnage, la grigne, l’enfournement, la cuisson : c’est clair et simple, pédagogique pour les NULS, sans prétention.

 

Normal Marie Rocher s’est formée à la fabrication au levain naturel à l’École internationale de la boulangerie et obtenu son diplôme d’artisan boulanger en mars 2015.

 

Autre grand mérite : ça ne s’adresse pas qu’aux parigots bobos mais à la France profonde et même hors nos frontières : Angleterre, Pays-Bas, Italie et Turquie.

 

Qui plus est c’est bien écrit avec une petite notice pratique sous chaque boulangerie.

 

3 de mes boulangeries sont dans le guide : Poilâne (mon historique) pages 112-113, Bruno Solquès (mon fournisseur de flan ICI, et Shinya Inagaki de Terroirs d’Avenir pages 82-83 où je fais ma moisson de pain lorsque j’emplis mes sacoches de fruits, de légumes et de viande chaque semaine.

 

3 adresses à découvrir : Thierry Delabre près de chez moi, Maxime Bussy dans le XXe et Christophe Vasseur dans le Xe ICI 

 

« Bons grains de blé digeste de ses semences paysannes au pain quotidien. Pain des fleurs au fil des saisons. Du grand épeautre parfumé à l'aneth aux parfums de miel et de pain d'épices, aux grains à décortiquer aux saveurs beurrées des grands chardonnay. »

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 08:00
Anne Frank 12 June 1929 – early March 1945

Anne Frank 12 June 1929 – early March 1945

« Le pessimisme est une facilité, un confort pour la pensée»

 

Raphaël Enthoven dans son recueil de chroniques « Little Brother »

 

  • Vous consacrez un texte au « mode avion » des smartphones. Pourquoi cette fonction nous plaît-elle tant ?

 

Parce que c’est une petite Corée du Nord, un espace soustrait au rythme de l’existence. En une pression du pouce, on se donne le sentiment de s’abstraire du monde, d’« échapper au système ». Le mode avion est grisant : on suspend le temps et les ondes. Le téléphone est fermé sans être éteint. Il a l’air vivant mais ne respire plus. En basculant en mode avion, on a l’impression de prendre son indépendance, alors que ce n’est qu’une trêve dans l’avalanche de messages. Au fond, le mode avion est une forme de souverainisme.

 

« Tout m’indique que notre époque n’a rien de bien singulier ou d’exceptionnel. Les passions, les goûts, les dégoûts sont les mêmes. C’est pour ça que je n’aime pas les gens qui disent que c’était mieux avant ; parce que c’est le signe distinctif de toutes les époques. Le pessimisme me semble une facilité, parce qu’on finit toujours par avoir raison en étant pessimiste. C’est un confort pour la pensée. »

 

« Le peuple est le nouveau tyran, c’est totalement totalitaire. »

 

Que faire alors ?

 

« Regarder. Se gaver de ce qui nous entoure, scruter jusqu’à ce que cela devienne intéressant. S’étonner de ce qu’on a l’habitude de voir. On vit très bien comme ça. »

 

« Bon sang mais c’est bien sûr ! » comme le disait Raymond Souplex, alias le commissaire Bourrel, à la fin des épisodes des Cinq Dernières Minutes. Tout dans ma vie va bien comme sur des roulettes, à l’exception notable d’une forte addiction à la politique qui, avec le mode opératoire de la présente campagne électorale, tourne à l’overdose.

 

Addiction « D’un point de vue scientifique et médical, les addictions sont des pathologies cérébrales définies par une dépendance à une substance ou une activité, avec des conséquences délétères. »

 

Overdose : familier. Quantité excessive d'une sensation, d'un sentiment, difficilement supportable.

 

Pas de quartier : « Feu sur le quartier général ! », décision radicale, sevrage, cette semaine je me suis donc mis en mode avion, je me suis placé volontairement en cellule de dégrisement politique… depuis je vis comme un réfugié en Corée du Nord… sauf que, dès que je sors je suis libre car, contrairement au bon vieux temps des démocraties populaires chères au cœur des communistes français, ma prison n’a pas de mur.

 

Tout sevrage brutal provoque le manque, le craving qui est la composante psychologique essentielle de la dépendance car il est un facteur décisif de la rechute et du comportement d’intoxication chronique.

 

Le craving est une pulsion incontrôlable, de très forte intensité, comparable à la soif ou la faim, une envie irrépressible de consommer de façon compulsive.

 

Que faire pour résister ?

 

Lire !

 

Thérapie, certes efficace, mais limitée car déjà en place depuis toujours…

 

Faire la cuisine !

 

Homothétie parfaite avec la lecture…

 

Faire l’amour ?

 

Faut pas rêver !

 

Partir !

 

Je n’en ai nulle envie, il sera toujours d’émigrer en cas de malheur…

 

Le manque c’est une douleur, pourquoi pas la combattre en générant une douleur supérieure : écrire !

 

M’y remettre… cesser de fuir… souffrir !

 

Décrassage : relecture de textes épars, de premier jus, j’en retire un de mon stock pour le travailler.

 

C’était le début d’un petit polar.

 

« Agrafé tout de traviole sur la porte de mon 5e sans ascenseur de l’Impasse du Marché aux chevaux, dans le 5e arrondissement, un bristol tout jauni indiquait sans équivoque à la chalandise ma raison sociale : Eugène Tarpon Jr, privé.

 

Faut avouer que le chaland ne se bousculait pas dans mon 10 m2 sur cour vu qu’en bas, sur la rue qu’est une impasse, y’avait pas la moindre plaque de cuivre à mon nom et profession, car le syndic de la copropriété, un gros véreux, me l’avait refusé pour un beau paquet de raisons, dont une m’avait scié à la base : « je n’avais pas la gueule de l’emploi. »

 

Et pourtant, « bon sang ne saurait mentir » pensais-je sur le coup, Eugène Tarpon mon père, Tarpon un nom de poisson, eut son heure de gloire dans la Série Noire de Gallimard avant de prendre la gueule de Jean-François Balmer au ciné. Pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, quand il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, il marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.

 

Délire d’ivrogne, ma mère infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée vite fait mal fait avec un jeune interne boutonneux qu’était parti s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du pinard, un GCC qu’y disaient les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé ! Même que j’y ai été enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de biniou. J’étais tout boulot car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de goret et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des filles. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la vioque de la dénoncer au curé.

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension mais, comme y pouvait plus payer, les curés m’ont viré. C’est alors qu’au lieu de rentrer à Paris j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, avant de me retrouver dans mon 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai même eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles de mon père. Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, mon père, aussi pochard qu’il fut, avait su se glisser dans les lignes d’un héros romanesque. Alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me lovais à nouveau dans la peau d’Eugène Tarpon qu’avait eu la bonne idée de me donner le même prénom que lui.

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant son écran ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec mes jaunes, suis allé pisser avant de me tirer. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie.

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde ducon bouges-toi les fesses ! » Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape ! C’est Simone, la femme du patron, qu’est bien roulée mais qu’a la tronche de travers, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné.

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans mon bureau miteux au 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Mon pognon je l’ai tout mis sur un compte non rémunéré à la Caisse d’Épargne. Pas question d’y toucher. Pour m’installer j’ai pioché dans mes maigres économies. C’était une question d’honneur vis-à-vis des mannes de mon vioque. J’allais relever le défi, le réhabiliter lui qui avait fini à l’hospice. Mes débuts furent calamiteux, un seul client qui me refila un chèque en bois. Têtu je m’accrochais en campant dans mon bureau, bouffant des sardines à l’huile, en souvenir de la grand-mère, et du camembert. Faut être aussi con que moi pour vivre comme un mendigot alors que j’avais un gros magot qui roupillait sur un compte.

 

La chance ne sourit pas qu’aux audacieux mais aussi aux merdouilleux dans mon genre. Pour faire mes filoches je m’étais acheté un vélo d’occasion, un Raymond Poulidor violet. Ça allait bien à mon état de looser. Je pédalais dans Paris, surtout la nuit. C’est ainsi que je me suis retrouvé un soir dans un bar, une cantine d’altitude tenue par des filles bien roulées. Elles m’ont déniaisé, mentalement j’entends. Au début, leurs vins qui puaient me ramenaient à la Bretagne et son lisier de gorets. Et puis je m’y suis fait. Ça m’a même guérit des petits jaunes. J’étais chez elles, dixit le gros Mao variqueux, comme un poisson dans l’eau. Reines d’la com qu’elles étaient, l’m’ont filé le virus : j’ai acheté un vieux Mac, un ordinateur quoi, et me suis torché un profil Face de Bouc aux petits oignons. Addiction radicale !

 

Le démarrage fut du genre diesel, poussif, besogneux, les amis ne se bousculaient pas au portillon. Scotché à mon écran je guettais le moindre frémissement. Rien, morne plaine, peine perdue, sur la Toile je n’existais pas. Alors je me suis mis à poster les photos des boutanches de vin nature, les vins à poils que j’éclusais, en dézinguant les Grands Crus Bordelais. Vengeance rance à l’égard du château Mandigot que ma très chère mère menait d’une main de fer car son époux avait d’autres chats à fouetter. Je retrouvais ma verve de gamin. Faut dire que dans le marigot de Bordeaux le matériau était de choix, un vrai bouillon de culture. Eugène Tarpon Jr, privé attira sur son mur la fine fleur des mouches à merde tourbillonnant autour des crus. J’en profitai pour aller mettre mon tarin dans tous les bons coups de la profession. Ma surface médiatique croissait.

 

Tout ça était bel et beau mais pour ce qui était des clients, Nada !

 

Au tout début août, étant à sec, je m’apprêtais à déclencher le Plan Orsec. L’idée me vint de solliciter un prêt auprès de ma Caisse d’Épargne. Ma conseillère financière, Mlle Durand, qui me harcelait avec constance pour que je place mon magot, me reçut illico. Ma proposition de solliciter un prêt la jeta dans une forme d’attrition ricanante. Elle bafouilla, me jeta des regards suppliants, m’implora. Je lui concédai l’ouverture d’un Livret A en échange d’un prêt de 1000 euros pour assurer mon mois. Son sourire désespéré, alors qu’elle remplissait la montagne de papiers pour le prêt, vainquit mes dernières résistances. Bandant ce qui me restait de courage, tout à trac, je lui déclarai :

 

  • Je serais ravi si vous acceptiez de dîner avec moi pour que nous discutions de mes placements…

Elle rougit et me dit oui.

 

Mademoiselle Durand, comme son nom de l’indique pas, était une vietnamienne adoptée par un couple de postiers du Kremlin-Bicêtre. Sans le savoir je venais d’avancer un pion essentiel sur l’échiquier de mon job de privé. Guilleret je regagnais mon bureau. Faisait beau, je me sentais un homme nouveau. Décidais de changer de peau. M’achetais des fringues, des pompes, m’offrais une nouvelle coupe de cheveux, des lunettes de soleil. Bon, je n’étais pas un Apollon mais, comme avec mon régime alimentaire spartiate j’avais fondu comme de la Vache qui rit, je me trouvais assez potable et sortable.

 

Je feuillette la presse régionale, le Dauphiné libéré, j’y retrouve une appellation qui a fait florès, sous la plume de la droite, aujourd’hui presque oubliée : la gauche caviar à propos de Gordes beau village du Luberon (prononcer be et non bé). J’ai séjourné dans la plaine de Gordes et j’ai le souvenir d’y avoir croisé quelques spécimens de cette gauche, souvent Georges Wolinski.

 

Rassurez-vous, je ne rechute pas dans le politique c’est parce que le beau François y a abrité, dans un discret mas de pierres blanches, ses amours avec Anne Pingeot.

 

« Selon le petit Larousse, la gauche caviar incarne le “progressisme” et le “goût des mondanités”. Un cocktail idéologique sulfureux. Il se trouve qu’après 1981 et l’élection du président François Mitterrand, cette gauche a trouvé refuge à Gordes. Dans une charmante commune du Vaucluse, ambassadrice zélée du très chic Luberon.

 

C’est Maurice Chabert, actuel président du conseil départemental et maire de Gordes pendant 32 ans, qui évoque cette “gauche caviar” qui avait établi ses quartiers d’été dans le secteur. Il cite Laurent Fabius, Charles Hernu, Jack Lang et bien sûr François Mitterrand. Probablement au titre des bonnes manières, le premier ministre Laurent Fabius avait remis la médaille de Matignon à Maurice Chabert, qui lui-même avait décerné celle de sa commune à Jean-Pierre Chevènement.

 

De cette épopée, il ne reste guère que des souvenirs épars. Gordes est toujours fière d’avoir été l’une des villégiatures de l’ancien président de la République. Au “Cercle Républicain”, l’un des cafés emblématiques du village, l’évocation de ce prestigieux administré suscite des commentaires. Ceux qui l’aimaient sont plutôt fiers, les autres disent s’en moquer comme de leur première carte électorale.

 

La maison qu’avait fait construire François Mitterrand, une belle bâtisse de plain-pied en pierres plates officiellement propriété de la SCI de Lourdanaud, a même abrité ses amours et celles d’Anne Pingeot. Une demeure aujourd’hui anonyme du quartier “Les Rapières”.

 

De leur union est née Mazarine Pingeot, qui a vu le jour en décembre 1974 à Avignon. L’année de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing »

 

Une piqure de rappel tout de même pour rappeler que le socle du Front National se trouve chez les héritiers de ces gens-là. 

 

Dans un article daté du 13 août 1940, « Faut-il fusiller ou couper le nez ? », rédigé pour la France au travail qui ne l’a pas publié, Montandon réitère sa proposition pratique : couper le bout du nez aux jeunes et « jolies juives », supposées dangereusement corruptrices et manipulatrices :

 

« Il y aurait pourtant […] une modalité élégante de faire se terrer les jolies Juives. Vous savez qu’il n’y a rien qui enlaidisse davantage une femme que de rendre béantes ses deux ouvertures nasales […]. Pas besoin d’opération à grand spectacle, avec assistants, narcose, etc. ! Il suffit d’un coup de pince coupante ou d’un coup de dents – comme nous l’avons vu un jour splendidement opérer. Le danger d’hémorragie mortelle est nul. Mais la jolie Juive qui aura subi la circoncision de l’appendice nasal, automatiquement ne remontera plus sur les tréteaux, et ne caracolera plus dans les salles de rédaction. Qui nous donnera le droit de fusiller et de couper le bout du nez. »

 

De l’admiration de la révolution bolchevique à l’adhésion totale à l’antisémitisme nazi: la dérive mortelle du Dr Montandon, Neuchâtelois, médecin à Renens, ami de Céline ICI 

 

 

 

 

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 06:00
James Dean reading poetry, 1955. Photograph by  Dennis Stock

James Dean reading poetry, 1955. Photograph by Dennis Stock

« La guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires. »

 

Georges Clemenceau

 

En ce temps de confuse bataille électorale j’applique la férocité du Tigre à la politique.

 

Loin du brouhaha, des brouettes de mensonges, des charretées d’invectives, d’insinuations, de coups bas, de débats qui n’en sont pas, de meetings préfabriquées, de litanies de promesses intenables, dessous ma tente je mange, je bois, je lis, j’écoute de la musique, je dors, en me disant que dans tout ça je ne pèse qu’une voix.

 

J’utiliserai ma voix par deux fois.

 

En attendant je ne vais pas me cailler le lait…

 

« Tu as trouvé à ton foyer la contre-mère dont les deux seins sont acides. La présure de la tendresse, qui fait cailler le lait dans l'estomac des enfants du bonheur, tu ne la connais pas. »

 

H. Bazin, Vipère au poing 1948

 

Alors jouir, jouir de la beauté froide et austère des mathématiques loin de la pornographie des chiffres ajustés, des pourcentages bricolés !

 

« Les schémas du mathématicien, comme ceux du peintre ou du poète, doivent être beaux ; les idées, comme les couleurs ou les mots, doivent s'assembler de façon harmonieuse. La beauté est le premier test : il n'y a pas de place durable dans le monde pour les mathématiques laides ».

 

G.H Hardi (1877-1947, Angleterre)

 

« Bien considérée, les mathématiques possèdent la vérité, mais encore la beauté suprême – une beauté froide et austère, comme celle de la sculpture, qui ne s’adresse en rien à notre faible nature, et qui, dépouillée des attraits somptueux de la peinture et de la musique, est cependant sublimement pure et empreinte d’une perfection sévère que seul manifeste l’art le plus élevé. Le véritable esprit de joie, l’exaltation, le sentiment d’être plus qu’humain, qui est la pierre de touche de la plus haute excellence, se trouve en mathématiques aussi sûrement qu’en poésie. Ce qu’il y a de meilleur en mathématiques mérite non seulement d’être appris comme un devoir, mais aussi d’être assimilé comme une partie de la pensée quotidienne et d’être rappelé sans cesse à l’esprit en guise d’encouragement toujours renouvelé. Pour la plupart des hommes, la vie réelle constitue un pis-aller, un compromis perpétuel entre l’idéal et le possible, mais le monde de la raison pure ne connaît pas de compromis, de limitations pratiques d’obstacles à l’activité créatrice incarnant en d’admirables constructions l’aspiration passionnée à la perfection qui est encore source de toute grande œuvre. Loin des passions humaines, loin même des misérables faits de nature, les générations ont graduellement crée un cosmos ordonné, que la pensée pure peut habiter comme sa demeure naturelle, et où l’une au moins de nos pulsions les plus nobles peut échapper au morne exil du monde réel.

 

[…] L’excellence propre aux mathématiques ne se trouve que là où le raisonnement est rigoureusement logique : les règles de logique sont aux mathématiques ce que sont les règles de structure à l’architecture. Dans l’œuvre la plus belle, chaque maillon d’une chaîne d’arguments possède sa propre importance qui lui assigne un air de facilité et de clarté, et les prémisses conduisent par des moyens qui semblent naturels et inévitables à des résultats qui n’auraient pas paru possibles. La littérature pare le général de circonstances particulières dont la signification universelle transparaît à travers leur vêtement individuel ; mais les mathématiques s’efforcent de présenter ce qu’i y a de plus général dans sa pureté, en dehors de tout ornement inutile. »

 

Bertrand Russell, Mysticisme et Logique

Lire :

La beauté froide et austère des mathématiques : sous la feuille de vigne il y a beaucoup de puissance créatrice

 

ICI 

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