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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 08:00
Pourriez-vous me dire ce qu’est un amateur de bons vins ?

Dans un commentaire sous ma chronique « Pour Onfray Steiner est un imposteur mais notre conteur de philosophie se prend les pieds dans le tapis de l’œnologie en faisant 1 drôle de méli-mélo entre les vins bios, biodynamiques et les natures. » un œnologue me fait la leçon, ce qui est son droit, en entonnant le couplet classique des détracteurs des vins nature :

 

« Michel a raison sur bien des points surtout la dégustation des vins natures et autres bio dynamique ...pour avoir dégusté de nombreux vins de la sorte j’en ressort toujours déçu bon à mettre à l'évier... aucune finesse … border line sur la volatile ou avec une bonne salade… désolé mais c’est la réalité d’un bon nombre de ces affreux breuvages...alors sous prétexte de l'écologie bobo parigo on devrait se coltiner ces vins infâmes… non, stop ! »

 

Grand bien lui fasse ma chronique n’était en rien une défense des vins nus mais un simple rappel à la modestie au conteur de philosophie en matière d’œnologie. Point c’est tout.

 

Mais cet œnologue, Sébastien Cruss, dont je ne sais où il exerce ses talents, de mon temps on se présentait avant d’entrer chez les gens, pour mieux me river le clou ajoute à son titre : amateur de bons vins.

 

Le qualificatif vaut son pesant d’une forme insidieuse de mépris.

 

En effet, je n’ai jamais vu qui que ce soit revendiquer d’être un amateur de mauvais vin.

 

Là, il n’y a pas photos les amateurs de vins nus sont des amateurs de mauvais vins qui puent, des bobos parigos quoi, des qui vivent dans des lofts, fréquentent des bars destroy, achètent leurs vins chez des cavistes alternatifs, bouffent des légumes bios rachitiques, des gars et des filles qui ne comprennent pas que l’avenir est à l’agriculture et à la viticulture conventionnelle. Bref, une engeance qui veut ruiner les vendeurs d’intrants de tout acabit grand révélateur de l’excellence de nos terroirs.

 

Mais c’est quoi un mauvais vin ?

 

Définition !

 

Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément.

 

Allez ne soyez pas timides, lancez-vous, éclairez ma pauvre lanterne de buveur de vin…

 

Hé ! oui je l’avoue je ne suis qu’un buveur de vin qui n’en a rien à cirer de toutes les sangsues qui s’arrogent le droit de me dire ce qui est bon et ce qui est mauvais.

 

Quand j’aime, oui l’amour quoi qui n'a pas besoin de mots pour exister, je n’éprouve pas le besoin de me rassurer avec l’avis de consultants de tous poils, de classificateurs tarifés, de gens qui me disent détenir la vérité.

 

Libre à eux d’exercer leur savoir-faire auprès de ceux qui ont besoin d’être rassurés ou conseillés, c’est leur job, mais de grâce qu’il me lâche la grappe, qu’ils nous lâchent la grappe, avec leurs bons vins. Pour parodier Giscard lors de son débat avec Mitterrand « Messieurs vous n’avez pas le monopole du bon ! »

 

Pour être un brin méchant quand j’en croise certains je me dis dans ma petite Ford d’intérieur qu’ils ont bien la gueule de l’emploi.

 

Quand arrêtera-t-on de vouloir nous imposer le goût dominant, celui des sachants, des appointés des gros de la chimie, des produits œnologiques, des Diafoirus moderne ?

 

Bref, chacun ce qu’il veut, ce qu’il peut, ce que lui permet son porte-monnaie, mais quand on voit l’état de l’offre de vins en France vendu dans la GD, à des prix misérables, on est droit de se demander si les œnologues qui sont derrière eux n’ont pas le même petit air que les architectes qui ont construits les barres à l’orée de nos villes…

 

Belle réussite pour ces chers amateurs de bons vins !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 06:00
La cigale et la fourmi : de la conception de l’autoroute en France et en Suisse… gardez la gauche ! Je roulais vers un paradis…

Es-tu un jour allé à Zug ?

 

Cette question plongeait mes interlocuteurs dans un abîme de perplexité.

 

Étais-je donc le seul à savoir situer Zug sur une carte ?

 

Je n’étais pas loin de le penser alors que je préparais mon voyage pour me rendre à Zug.

 

Suis parti de Genève en auto, à la frontière sans douaniers j’ai acheté à la station BP la vignette autoroute 2016, 40 FCH, à coller à gauche en haut ou en bas sur mon pare-brise afin de pouvoir circuler toute l’année. Pas de péages en Suisse.

 

Sur ces autoroutes il faut inverser les couleurs des panneaux : l’autoroute c’est du vert, la nationale c’est du bleu, mais nos voisins helvètes sont avares de panneaux et c’est bien agréable.

 

En effet les autoroutes au pays du gruyère sont très rurales, deux voies sans équipements superfétatoires, rurales, qui ne masquent pas le paysage. On y roule à 120km/h et c’est respecté. Le dépassement est aisé, les grosses cylindrées, nombreuses en ce pays pauvre, ne vous font aucun appel de phares pour vous intimer de dégager la voie de droite.

 

Les aires de repos sont aussi d’une extrême simplicité mais sont dotés de toilettes bien tenues. Elles vont des chiottes à la turque à des installations très sophistiquées. Comme le dirait l’ami Stéphane c’est propre !

 

Du côté bouffe c’est aussi dégueulasse que chez les François.

 

Du côté zones commerciales bordant les voies c’est du même tonneau, la laideur ordinaire.

 

La première morale de mon histoire c’est que nos beaux et coûteux ingénieurs des Ponts&Chaussées nous ont fabriqués des autoroutes de luxe, vendues par la suite à des entreprises privées par ce cher, très cher de Villepin qui fait la morale à la terre entière en bon consultant international qu'il est devenu, et que nous sommes un pays qui vit au-dessus de ses moyens, à crédit bien sûr !

 

Du côté accidentologie, je ne possède pas les chiffres, mais je ne suis pas sûr que nos belles autoroutes soient aussi si sûres que les petits rubans suisses ( à ne pas confondre avec les petits rubans des petits suisses.)

 

Dans mon périple vers Zug je n’étais pas seul, on avait doté ma petite auto d’un GPS qui prenait la parole à tout bout de champ.

 

Et, comme le dit une de mes amies, la petite dame, tout au long de mon trajet n’a cessé de me dire : Tenez la gauche !

 

Et je pensais à ce qu’il reste de la gauche en pays François. En charpie la gauche, en haillons après 2017, comment pourrais-je la tenir à bout de bras ? J’ai plutôt envie de baisser les bras, de laisser tomber toute cette engeance née de la Mitterrandie. Y’en a pas une pour racheter l’autre alors qu’elles aillent se faire une bonne cure d’opposition avant de prétendre tenir à nouveau les manettes. Mon seul souci du jour c’est talonnettes !

 

Bref, je filais sur l’autoroute en laissant sur ma droite GlandJacques Perrin l’homme de CAVE

 

Chers Amis du CAVE,

 

L'été est là et quoi de mieux pour en profiter que de siroter un verre de délicieux chasselas de soif signé Mermetus, la propriété de la famille Chollet, aujourd'hui au sommet de son art ?

 

Il paraît même que désormais, Neuchâtel n'a plus le monopole du "non filtré" et que les vaudois peuvent s'essayer aux joies de ce vin spontané, rapicolant, fringant et carrément désoiffant !

 

Et pour ne rien gâcher, Henri Collet, dont le premier métier fût d'être dessinateur, signe pour l'occasion une étiquette collector, qui rappellera des souvenirs à bien d'entre vous. Tandis que son fils Vincent a embouteillé avec un minimum de sulfites un jus d'un éclat - et d'une gourmandise - total.

 

Nous vous donnons donc la possibilité d'acquérir le millésime 2015 avec un rabais Club de 10% dès 6 bt. L'offre est valable dans la limite des stocks disponibles et ce jusqu'au 31.08.16 inclus.

 

Nous vous souhaitons une excellente découverte et un bel été !

 

Le CAVE S.A.

 


Domaine Mermetus

 

Villette, Blanc sans filtre, Mermetus - Chollet

 

2015 : Fr. 15.30 la bt. dès 6 bts (au lieu de Fr. 17.-)

 

Chasselas

 

Vin primeur, non filtré, mis en bouteille au début de l'année qui suit la vendange.

 

Ce chasselas primeur que les Chollet ont nommé «Blanc sans filtre», avec un habillage inspiré de l’antique paquet de cigarettes Gauloises sans filtre, est le blanc de soif idéal. Issu d’une fermentation spontanée, il offre de jolis arômes de raisin frais ainsi qu'une touche florale. Et comme le rappelle son étiquette : « tout excès de modération peut nuire gravement à votre santé... ». C’est dit !

 

A boire pour lui-même, en apéritif, sur quelques filets de perches ou même un jeune Etivaz au goût de noisette.

 

 

Lausanne, Bern, juste avant Zürich direction Luzern et je tenais toujours la gauche pour enfin arriver à Zug sous un très beau soleil !

 

Tient à ma droite à l’entrée de la cité une imposante concession Maserati.

 

Un petit détour par la ville moderne sans grand intérêt et cap sur les bords du lac. Je trouvais sitôt une chambre d’hôtel au bord du lac et une place dans un parking public.

 

 

À mon retour pédestre vers la vieille ville je croisais à un feu deux Ferrari, une rouge et une noire, suivi d’un Porsche Cayenne qui est en Suisse la bagnole de ceux qui n’ont pas les moyens de faire mieux. Je dois à la vérité qu’en Corse c’est la tire la plus prisée d’une certaine catégorie de la population.

 

Le vieux Zug est charmant, sans autos, plein de beaux vélos de bobos, de belles maisons, de beaux magasins, c’est nickel chrome, une belle de la Belle Epoque endormie. Je visitai deux cavistes, dont l’un ne vend que peu de vins suisse mais des gros lourdeaux internationaux, premier indice de ce que je suis venu chercher à Zug, l'odeur du blé...

 

 

Mais avant d'entrer à Zug j'avais noté que le panneau de la ville était orné d'une belle poignée de cerises bien rouges. Alors j'ai cherché leur trace.

 

 

« La culture des « Chriesi » (cerises) joue depuis longtemps un rôle important dans le canton de Zoug : d’abord branche importante de l’économie agricole, elle devient au 20e siècle le symbole identitaire d’une région en plein développement.

 

Les premières mentions de cultures de cerises à large échelle datent du 17e siècle. En 1627, un marché aux cerises se tient dans la ville de Zoug. On trouve des recettes de plats et de boissons à la cerise dès le 18e siècle.

 

 

La fabrication d’eau-de-vie de cerise, le kirsch, notamment, a une longue tradition. La « Kirschwasser-Gesellschaft in Zug », fondée en 1870, commercialise avec beaucoup de succès dans le monde entier le kirsch zougois jusqu’à la fin du 19e siècle. Vers 1915, le pâtissier Heinrich Höhen invente la tarte à la cerise de Zoug. Aujourd’hui, quelques distilleries industrielles et de nombreuses distilleries artisanales produisent plus de 60 000 litres de kirsch par an, dont 15 000 rien que pour la tarte aux cerises de Zoug.

 

L’essor des zones construites et le recul de l’agriculture ont entraîné une diminution des vergers de cerises au 20e siècle. Un groupement d’intérêts a été fondé en 2008 qui vise à contrebalancer ce mouvement en plantant des cerisiers. Sur les plus de 400 exploitations agricoles du canton, près des trois quarts cultivent des cerises. »

 

 

 

 

 

 

Au cours de ma déambulation tranquille je croisais des touristes, peu nombreux, pas que des vieux et je me laissais aller à quelques notations : le hipster suisse est semblable au hipster parisien ; le motard Harley-Davidson suisse est identique à son clone français ; les jeunes filles de Zug ressemblent à celles de Paris sauf qu’elles parlent allemand ; les terrasses de la belle petite place de Zoug sont des nids de malbouffe comme dans toutes les villes où rodent des touristes ; les «zouguiens» jouent à la pétanque comme dans le monde entier et j'ai entendu dire que les Marseillais plaidaient pour qu'elle devienne sport olympique ; des filles buvaient du Spritz sur un banc public ; des couples assis dans un petit amphithéâtre face au lac mangeaient des pizzas... 

 

La fin de journée approchant il me fallait quitter cette enclave paisible afin de ne  pas oublier les raisons de ma venue à Zoug.

 

Pédestrement je rejoignais le quartier de la gare.

 

 

À l'exception d'une première tour de 18 étages, dont la silhouette en biseau domine la ville, Zoug - 25 000 habitants -, catholique et de langue allemande, garde un charme d'avant-hier. Avec ses demeures du XIVe siècle, sa Zytturm (tour de l'Horloge), et ses rues étroites et tortueuses donnant sur un lac paisible. Mais en se glissant dans le hall des maisons bourgeoises, sous la plaque des avocats et des notaires s'alignent quelque 200 000 noms d'entreprises du monde entier.

 

« La spécialité de Zoug, c'est moins son lac, son marché aux taureaux et son alcool de cerises que ses privilèges fiscaux aux sociétés holdings. Leur capital n'y est taxé qu'à 0,02 pour mille. "Quant à l'impôt sur les bénéfices, les sociétés ne le payent que sur le chiffre d'affaires réalisé en Suisse. Comme elles gagnent essentiellement leur argent à l'étranger, elles ne payent rien, ou presque, à Zoug", constate Josef Lang. Historien de renom, il n'a curieusement pas trouvé de travail à Zoug, et doit enseigner à Zurich.

 

Glencore, le numéro un mondial des matières premières, entré en Bourse l'année dernière, qui emploie plus de 50 000 salariés dans le monde, est ainsi domicilié à Baar, une bourgade à côté de Zoug. Apparemment, les managers ne se réunissent pas très souvent au siège social : Baar ne compte qu'un modeste hôtel deux étoiles, donnant sur la gare... Même la Fraternité Saint-Pie X, fondée par monseigneur Marcel Lefebvre, n'est pas restée insensible à ce paradis fiscal. Elle a établi sa "maison généralice" à Menzingen, un autre village du canton de Zoug. Les offrandes peuvent être déposées à la Zuger Kantonalbank (la banque cantonale de Zoug). »

 

 

Au 19e siècle, Zoug, canton presque exclusivement agricole, était l’une des régions les plus pauvres de Suisse. En 1960 encore, le canton présentait la dette par tête la plus élevée du pays et un rendement bien en dessous de la moyenne nationale.

 

C’est grâce à l’initiative d’entrepreneurs que Zoug a progressivement relevé la tête. En 1834, Wolfgang Henggeler construit la première fabrique du canton, une filature de coton à Unteraegeri, et en 1866, l’Américain George Ham Page implante à Cham la première usine de lait condensé en Europe. A la même époque Zoug est relié au réseau de chemins de fer, permettant au canton de se développer.

 

C’est cependant à partir des années 1950 que la région commence véritablement à prendre son envol. En 1956, dix ans après l’adoption d’une nouvelle loi fiscale, l’opérateur financier Philipp Brothers s’installe à Zoug. Un établissement qui est le premier d’une longue série; un taux d’imposition favorable ainsi que la proximité de l’aéroport de Zurich transforment alors Zoug en un centre financier et de courtage.

 

 

De nos jours, Zoug est le canton le plus riche de Suisse avec un taux de chômage d’à peine 1,9% et un produit intérieur brut que l’institut de recherches conjoncturelles BAK estimait à 117'000 francs par tête à la fin 2010.

 

Situé à 30 minutes du centre des affaires de Zurich et du pôle touristique que représente Lucerne, Zoug est depuis de nombreuses années stable, tant au niveau économique que politique, social et financier. Ses habitants ont en moyenne moins de 40 ans et plus de 10% sont au bénéfice d’un titre universitaire, un record suisse selon l’Office fédéral de la statistique.

 

Des prix qui flambent

 

Mais tout n’est pas parfait à Zoug. Certains résidents estiment que le lieu est trop lent, trop propre, trop mignon, déclare David Court. Et tout le monde se plaint du coût de la vie élévé.

 

Les prix de l’immobilier, en particulier, ont flambé au cours des dernières années. Par exemple, une villa de six pièces au bord du lac d’Aegeri peut atteindre 5 millions de francs, selon le portail immobilier Homegate.

 

«Les prix des appartements sont exorbitants, confirme Petra Fetting, une citoyenne suisse qui a vécu plusieurs années dans la région. Beaucoup de Suisses ne peuvent pas se permettre les prix pratiqués à Zoug et sont contraints d’aller vers les villes et les cantons des alentours.»

 

Fiscalité des entreprises

 

La fiscalité des entreprises est l’un des dossiers «chauds» entre la Suisse et l’Union européenne.

 

Depuis des années, Bruxelles critique les régimes d’impositions spéciaux accordés par certains cantons – dont Zoug – aux holdings, aux sociétés de gestion et aux sociétés mixtes.

 

Selon l’UE, ces régimes fiscaux sont assimilables à des aides publiques qui faussent la concurrence, ce qui contrevient aux accords de libre-échange.

 

Le gouvernement suisse juge ces critiques infondées. Il s’est toutefois dit ouvert au dialogue avec Bruxelles.

 

En Suisse également, différentes voix demandent une égalité de traitement entre les entreprises suisses et étrangères en matière fiscale.

 

Mais la belle image a le revers de sa médaille « On s'ennuie tellement dans ce minuscule canton que les mauvaises langues prétendent que, pour passer le temps, certains attendent de voir bouger l'aiguille de la Zytturm indiquant les années bissextiles... »

 

Lire Zoug est un petit bout de paradis (fiscal) par La Fougère 19 octobre, 2015

La cigale et la fourmi : de la conception de l’autoroute en France et en Suisse… gardez la gauche ! Je roulais vers un paradis…
La cigale et la fourmi : de la conception de l’autoroute en France et en Suisse… gardez la gauche ! Je roulais vers un paradis…
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De retour de mon petit tour dans la ville des coursives où sont plaquées les panneaux de raisons sociales connues ou ésotériques, où les sociétés de conseil fourmillent, j’avais faim. Mon choix du restaurant fut panoramique, je souhaitais dîner en contemplant le coucher de soleil sur le lac : ce fut un italien Ana Capri (j’y allé à Ana Capri sur l’île chère à Hervé Villard).

 

 

 

Je qualifierai la nourriture de sympathique, un risotto au vino rosso sans grande originalité mais la grande déception fut la carte des vins italiens : la caricature de ce que l’on peut faire en la matière, du lourd, du lourdingue, même si ça déplaît au conteur de philosophie normand, au palais blindé, je pleurais les vins nature de la péninsule. Le service était sympa, attentionné, j’ai passé une bonne soirée en prenant des croquis des couples voisins.

 

Comme Zoug n’est pas Saint-Tropez ni le Ferret je suis allé ensuite me coucher.

 

Le lendemain matin, sur la petite place sur laquelle donnait mon hôtel un charmant marché campagnard me rappelait que le canton de Zoug recèle encore beaucoup de paysans.

 

Maintenant la question à laquelle je ne vais pas couper est : mais qu’es-tu donc allé faire à Zoug ?

 

Pour ne pas y répondre j’ai décidé de répondre : m’y exiler au cas où talonnettes reviendrait tenir le manche en pays François et y ouvrir un bar à vins nus…

 

Et sur le chemin du retour la dame du GPS m'a toujours conseillé de garder la gauche ! Il doit y avoir urgence...

La cigale et la fourmi : de la conception de l’autoroute en France et en Suisse… gardez la gauche ! Je roulais vers un paradis…
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17 août 2016 3 17 /08 /août /2016 06:00
Michel Onfray : "Tant que la France restera un pays judéo-chrétien, le vin sera libre".

Michel Onfray : "Tant que la France restera un pays judéo-chrétien, le vin sera libre".

L’avantage de causer de vins sur France-Culture c’est que les auditeurs, tout cultivés qu’ils fussent, ne sont pas de grands experts ni en culture de la vigne, ni en œnologie. Il est donc possible d’en rester à de larges approximations qui feraient sourire un élève de BTS viti-œno.

 

Et quand c’est notre grand conteur de philosophie normand qui cause dans le poste pour mettre les théories de Rudolf Steiner en pièces toute parole de lui est consommée comme du pain béni.

 

Sauf que ce cher Onfray idole des retraités et des zappeurs de Face de Bouc pour introduire sa déconstruction de la biodynamie commence par nous affirmer qu’en matière de vins il est un empirique qui a abordé ce nectar sans l’once d’une idéologie. Un gars comme Thierry Desseauve qui ne consomme pas de l'idéologie. On voudrait bien le croire sur parole ce cher Michel qui, avec son palais de normand, comme tout un chacun a appris le vin dans le cadre des codes du vin de son époque. Pour qui, comme moi, a lu, les écrits de notre conteur de philosophie consacré au vin, il est facile de qualifier les goûts de l’éminent Michel de bourgeois, même de petit bourgeois.

 

C’est son droit, tout comme il a celui de démonter les théories de Steiner qui, comme le dit l’ami Lilian Bauchet, l’a bien cherché.

 

Mais là où notre Onfray dérape dans la bouillie pour les chats c'est à propos de l’œnologie où ’il fait le procès des vins biodynamiques en taillant en pièces les vins dit nature dont les raisins ne sont pas forcément issus de la culture biodynamique certifiée. De même beaucoup de vins issus de la biodynamie ne sont pas nature.

 

Il faudra que le Michel fasse a minima un BTS viti-œno ou mieux passe par la Fac pour se faire inculquer les principes du Pr Peynaud afin de faire la différence entre des raisins bio, des vins bios, des raisins biodynamique et les vins qui en sont issus, et les vins dit nature qui puent et finissent dans l'évier du tout rond bas de plafond de Barcelone. En plus je lui conseil un stage chez les vendeurs des fameux intrants qui rendent tous les vins beaux et brillants comme il les aime.

 

Si la modestie l’effleurait une seconde il arrêterait de pontifier sur des gestes techniques qu’il ne maîtrise pas et se garderait de nous sortir des réflexions de fin de banquet sur le savoir-faire du vin. Il aime ça notre Onfray les belles invitations dans les beaux endroits où l'on fait des vins droit.

 

Le Michel nous dit avoir beaucoup dégusté, je ne suis pas en mesure de le contester mais s’il se trouvait en face de moi je lui ferais déguster à l’aveugle des vins dont certains sont issus de la biodynamie, tels Pontet-Canet, château Palmer, les vins de Lalou Bize-Leroy, la DRC, et je lui demanderais de les reconnaître. Pas sûr que sa haute science de la dégustation ne serait pas mise à mal.

 

Quand on ne sait pas, on dit je ne sais pas et on se contente de dire qu’on n’aime pas les vins natures à la condition d’en avoir dégusté une large palette pour étalonner son jugement.

 

Que notre Onfray aima les vins dit classiques, bien bourgeois, c’est son droit le plus strict mais de grâce qu’il ne profite pas des tribunes qui lui sont offertes du fait de son statut de conteur de philosophie officiel pour raconter aux cultureux n’importe quoi sur l’œnologie.

 

La première partie de l’émission (voir ci-dessous le synopsis) vaut son pesant de «science œnologique» à la sauce Onfray, même qu’avec une pointe de second degré l’on peut trouver ça très drôle ce qui, pour ce cher Michel, est une offense faite à son savoir universel. Il pourrait facilement avec un tel bagage se lancer sur les traces des winemaker à la mode du type de ce cher Hubert. Je plaisante bien sûr mais sauf qu’ici il tape à bras raccourci sur des vins qui n’ont rien à voir avec la biodynamie.

 

Comme l’aurait dit Ginette Cocu, la coiffeuse de ma mère : «faut le faire tout de même!». C'est comme si votre boucher confondait l’aloyau et le rumsteack et si votre fromager vous affirmait que le Roquefort est fait avec du lait de chèvre.

 

À ce degré de science une telle ignorance vaut un carton rouge, une disqualification immédiate sous les ricanements de la foule des amateurs.

 

Pour ma part j’ai toujours trouvé Onfray « vieux » dans sa vie à lui, je ne fais pas ici allusion à ses écrits, chantre d’un hédonisme triste, le type avec qui tu n’as pas envie de partager le pain et le sel, de rire, de boire, c’est un chiant, et la façon dont il parle du vin dans cette émission en est le signe le plus parlant.

 

Je le répète pour être bien compris : je ne conteste pas à Michel Onfray le droit de jeter aux orties les théories de Steiner, je ne conteste pas non plus son droit d’aimer les vins classiques dont il semble ignorer comment l’œnologie moderne les traite, et jamais au grand jamais je ne critiquerai son aversion pour les vins nature.

 

Mais de grâce qu’il cesse de donner des leçons magistrales, du haut de sa chaire de l’Université Populaire de Caen, sur l’œnologie et la manière de faire le vin. J’ose l’écrire c’est un ignorant, tout en soulignant que ça n’est pas une tare pour un buveur de vin mais pour un conteur de philosophie, oui.

 

Ceci étant écrit je vous invite à auditionner son émission Théorie du fumier spirituel. Critique de la raison biodynamique ICI 14.08.2016

 

« Nietzsche disait qu’il n’y a pas d’objet philosophique à proprement parler, mais des traitements philosophiques de tous les objets possibles et imaginables. Nous allons traiter philosophiquement du fumier. Séance consacrée à l’anthroposophie, à Rudolph Steiner, à la biodynamie. »

 

UNIVERSITÉ POPULAIRE DE CAEN – Michel Onfray

Brève encyclopédie du monde.

2015-2016 C

ONFERENCE DU 23 MAI 2016

THEORIE DU FUMIER SPIRITUEL

CRITIQUE DE LA RAISON BIODYNAMIQUE

 

1/ DU VIN BIODYNAMIQUE

 

  1. Mauvaises expériences :

• Vin pâteux : pas collé

• Consistance d’un jus de fruits, microparticules : pas filtré

• Râpeux, pas de longueur en bouche

• Arômes négatifs : vieille cave, fût malpropre, vinaigre, terre

 

  1. Explications :

• Palais formaté par le scientisme

• Intoxication par le discours œnologique dominant

• Transport, conservation, manipulation

• Date, heure, lieu, jour de la dégustation

Extrait du livre : Cosmos Spirituel, Ed. Flammarion.

Chapitre 4 : Théorie du fumier spirituel

J’aime le vin et si j’avais pu boire une seule fois dans ma vie un bon flacon conçu selon les principes de l’agriculture biodynamique, je ne me serais pas interdit la philosophie de Rudolf Steiner, car sa pensée aurait été validée par ses produits. Hélas, je n’ai jamais bu de vin issu de la biodynamie qui ne soit une exécrable piquette. Quand je m’en ouvrais à tel ou tel qui voulait conquérir mon esprit par mes papilles (et il y en eut plus qu’à son tour), j’avais droit à deux types de réaction.

Premier argument : mon palais était formaté par des années de scientisme qui me faisaient prendre pour bon ce qui était mauvais, il était donc normal que je prenne pour mauvais ce qui était bon. Mon jugement de goût était intoxiqué par la chimie, les sulfates, les engrais, mais aussi par le discours oenologique présenté comme idéologique. J’eus droit parfois à des discours qui faisaient d’Yquem, de Pétrus, de Margaux d’authentiques poisons qu’il fallait s’abstenir de boire, sous peine de cancer, qu’on devait s’empresser de verser dans le trou de l’évier !

Le deuxième argument provenait de militants moins installés dans la dénégation et plus aptes à concevoir que le réel avait bel et bien eu lieu : ils concevaient que, peut-être, les critères n’étant pas les mêmes, j’aie du mal à juger sainement. Mais ils trouvaient une raison extérieure au vin pour justifier qu’il ne fût pas aussi bon en bouche que ce qu’annonçait la théorie biodynamique. Le transport de la bouteille, sa conservation, sa manipulation, mais aussi, et surtout, la date, le lieu, l’heure, le jour de la consommation qui ne pouvaient être n’importe lesquels mais qu’il aurait fallu choisir en fonction des mouvements de la lune. Présenté comme un organisme vivant sensible aux mouvements lunaires (et pourquoi pas… mais les autres vins également), le vin n’aurait pas dû être bu au moment où il l’a été sous prétexte qu’il entretenait avec les astres une relation intime lui interdisant de révéler sa vérité dans la bouche du goûteur.

Quoi qu’il en soit, le vin n’était pas bon et s’avérait pâteux, épais, trouble, pas collé (même à l’oeuf) ; il avait la consistance d’un jus de fruit avec microparticules en suspension ; il s’avérait râpeux en bouche, sans longueur aucune ; il révélait des arômes inédits pour un vin, aucun d’entre eux n’étant flatteur – vieille cave, fût malpropre, arrière-goût de vinaigre ou de terre ; il ne ressemblait à rien de connu, mais à rien qu’on ait envie de connaître non plus.

Je compris que ce vin avait moins à voir avec le raisin qu’avec l’idéologie et qu’il procédait d’une croyance qui lui donnait sa loi. La biodynamie est une pensée magique qui, comme toute pensée magique, dont la psychanalyse, produit des effets chez ceux qui y croient. Ce vin imbuvable par un amateur de vin devient le nectar le plus fameux pour un palais qui a renoncé à ses papilles au profit du catéchisme formulé en 1924 par l’ésotériste Rudolf Steiner dans un ouvrage intitulé Agriculture. Fondements spirituels de la méthode biodynamique. Le vin biodynamique est un genre de vin de messe : il ne donne d’extase qu’aux croyants. Rudolf Steiner (1861-1925) est un pur produit de l’idéalisme allemand qui débouche clairement dans l’occultisme, l’ésotérisme.

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 06:00
Le Gustave Flaubert n’y allait pas avec le dos de la cuillère « il y a le téton du boulevard, lassé mollasse et tiède, ballotant dans la crinoline… qui apparaît entre le noir du satin sur lequel on frotte sa pine. »

« Sur le sein des mères, le moutard à la broquette pointue éprouve des érections précoces ».

 

Lettre à Louis Bouilhet, 10 février 1851

 

« Après des études de droit inutiles, et avant de s’enfermer à Croisset pour devenir le premier martyr de la littérature, Flaubert part en Orient avec son ami Maxime du Camp. Voyage initiatique et décisif, il en reviendra transformé. La fréquentation des lupanars orientaux, où il copule avec des corps indistinctement féminins et masculins, donne lieu à cette lettre sidérante et troublante à son ami resté en Normandie. »

 

- 29 octobre 1849, départ de Paris.

 

- Novembre-décembre 1849 - Juillet 1850, l’Egypte.

 

- Juillet-novembre 1850, la Palestine, la Syrie, le Liban et l’Asie Mineure où il apprend avec tristesse la mort de Balzac.

 

- 12 vovembre-15 décembre 1850, Constantinople.

 

- 18 décembre 1850, arrivée à Athènes.

 

- Janvier-février 1851, la Grèce.

 

- 11 février-début juin 1851, l’Italie (Naples, Rome, Florence, Venise, Milan.)

 

Louis Hyacinthe Bouilhet, né à Cany (Seine-Maritime, arrondissement de Dieppe), le 27 mai 1822 et mort à Rouen le 18 juillet 1869, est un poète français. Il est le condisciple de Flaubert au collège de Rouen, puis un ami intime. Après l'abandon de ses études de médecine1, Louis Bouilhet exerce les métiers de professeur de littérature et de conservateur de la Bibliothèque de Rouen. Il a appartenu aux mouvements littéraires romantique et parnassien.

 

 

« Parmi les morceaux de sculpture que l'on a trouvés dans l'Acropole, j'ai surtout remarqué un petit bas-relief représentant une femme qui rattache sa chaussure et un tronçon de torse. Il ne reste plus que les deux seins depuis la naissance du cou jusqu'au-dessus du nombril. L'un des seins est voilé, l'autre découvert.

 

Quels tétons ! Nom de Dieu quel téton ! Il est rond-pomme, plein, abondant, détaché de l'autre et pesant dans la main. Il y a là des maternités fécondes et des douceurs d'amour à faire mourir. La pluie et le soleil ont rendu jaune blond ce marbre blanc. C'est d'un ton fauve qui le fait ressembler presque à de la chair. C'est si tranquille et si noble. On dirait qu'il va se gonfler et que les poumons qu’il y a dessous vont s'emplir et respirer. Comme il portait bien sa draperie fine à plis serrés, comme on se serait roulé là-dessus en pleurant, comme on serait tombé devant, à genoux, en croisant les mains ! J'ai senti là devant la beauté de l'expression « stupet aeris ». Un peu plus j'aurais prié.

 

Et c’est qu’il y a, monsieur, tant d’espèces de tétons différents. Il y a le téton pomme, le téton poire, le téton lubrique, – le téton pudique, que sais-je encore ? Il y a celui qui est créé pour les conducteurs de diligence, le gros et le franc téton rond que l’on retire de dedans un tricot gris, où il se tient là bien chaudement gaillard et dur. Il y a le téton du boulevard, lassé mollasse et tiède, ballotant dans la crinoline, téton que l’on montre aux bougies, qui apparaît entre le noir du satin, sur lequel on frotte sa pine, et qui disparaît bientôt. Il y a les deux tiers de tétons vus à la clarté des lustres au bord des loges de théâtre, tétons blancs et dont l’arc semble démesuré comme le désir qu’ils vous envoient. Ils sentent bon, ceux-là ; ils chauffent la joue et font battre le cœur. Sur la splendeur de leur peau reluit l’orgueil, ils sont riches et semblent vous dire avec dédain : « branle-toi, pauvre bougre, branle-toi, branle-toi. » Il y a encore le téton mamelle, pointu, orgiaque, canaille, fait comme une gourde de jardinier à mettre des graines, mince de base, allongé, gros du bout. C’est celui de la femme que l’on baise en levrette, toute nue, devant une vieille psyché en acajou plaqué.

 

Il y a le téton desséché de la négresse qui pend comme un sac. Il est sec comme le désert et vide comme lui. Il y a le téton de la jeune fille qui arrive de son pays, ni pomme, ni poire, mais gentil, convenable, fait pour inspirer des désirs et comme un téton doit être. Il y aussi le téton dame, considéré seulement comme partie sensible, celui-là reçoit des coups de coude dans les bagarres, et les poutres, en plein, au milieu des rues. Il contribue uniquement à l’embellissement de la personne et constate le sexe.

 

Il y a le bon téton de la nourrice, où s’enfoncent les mains des enfants qui s’écorent dessus, pour pomper plus à l’aise. Sur lui s’entrecroisent des veines bleues. On le respecte dans les familles.

 

Il y a enfin le téton citrouille, le téton formidable et salopier, qui donne envie de chier dessus. C’est celui que désire l’homme, lorsqu’il dit à la maquerelle : « donnez-moi une femme qui a de gros tétons. » C’est celui-là qui plaît à un cochon comme moi, et j’ose dire, comme nous. »

 

Et selon chacune de ces espèces différentes, il a, de tout faits d'avance : des tissus, des ornements et des phrases. Les fourrures d'hermine rehaussent de blancheur la poitrine des femmes du Nord. La batiste a été inventée pour les peaux transparentes comme les dentelles frissonnantes pour les seins agités. Blanche comme de la terre de pipe, la toile de Hollande couvre de ses plis le coeur honnête des Flamandes, ménagères à l'oeil bleu qui portent au front des plaques d'argent et qui, sur des bateaux lents, suivent leurs maris en Chine.

 

Là, pour des femmes jaunes, le ver à soie, au soleil, se traîne sur les mûriers. Sans le spencer de velours noir, que serait la joueuse de guitare des rues ? Chaque coeur a son rêve et sa breloque ; la croix d'or à ruban noir est pour la villageoise, la rivière de diamants pour la duchesse, le collier de piastres sonnantes pour les femmes du Nil.

 

Et on les convoite de cent manières, on les embrasse de mille façons, on les appelle dé toutes sortes de mots. »

 

Lettre à Louis Bouilhet, le 10 février 1851

 

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15 août 2016 1 15 /08 /août /2016 06:00
Qui sont les bars de la Côte des Bars, des loups voraces, des barbeaux… qu’en pense Olivier Horiot des Riceys en l’Aube champenoise ?
Qui sont les bars de la Côte des Bars, des loups voraces, des barbeaux… qu’en pense Olivier Horiot des Riceys en l’Aube champenoise ?
Qui sont les bars de la Côte des Bars, des loups voraces, des barbeaux… qu’en pense Olivier Horiot des Riceys en l’Aube champenoise ?

Le bar, qui est une unité de mesure de pression, pourrait faire accroire aux ignorants que l’extrême-sud de la Champagne viticole, longtemps méprisé par les gens du Nord, se dénomme côte des bars pour cette raison. Ça semble lui aller comme un gant.

 

Que nenni !

 

Mais alors de quel bar s’agit-il ?

 

Si on se réfère à l’origine du mot, c’est en référence à la langue gauloise : barr signifiant « sommet ».

 

Mais, ce qui est étrange c’est que les armories, les blasons de villes avec le préfixe bar : Bar-le-Duc en Lorraine, Bar-sur-Aube, Bar-sur-Seine en Champagne, et Montbard en Bourgogne sont ornées de poissons dénommés bars en héraldique.

 

 

 

 

Mais ces poissons sont-ils des bars ?

 

Ces villes sont fort éloignées de la mer ou de l’océan. En réalité il est tout à fait possible que le nom de bar soit utilisé ici dans un sens élargi, pour désigner une perche de rivière et non pas la perche de mer qu’est le bar.

 

Mais là où l’appellation se complique c’est qu’il y a déjà deux noms pour le même poisson. En effet ce poisson est abondant dans l’Atlantique et dans la Méditerranée, c’est donc bar au nord et loup au sud.

 

J’aime bien cette dernière dénomination car le nom du bar en grec ancien est labrax, dérivé de l’adjectif, labros « vorace »

 

N’y voyez aucune malice de ma part à l’égard de mes amis vignerons champenois, je ne fais qu’éclairer la lanterne des jeunes générations qui n’aiment rien tant que twitter.

 

Mais ce n’est pas tout dans ma patiente quête des mots, en effet il faut que vous sachiez que chez moi, sur la côte vendéenne, le bar est aussi désigné par d’anciens noms dérivés du latin lupus, comme lubin, lubine, loubine… qui ont des équivalents en espagnol lubina et en catalan llobina.

 

Dans ma jeunesse, oui je sais vous bassine avec mes souvenirs, lorsque ma mère voulait faire plaisir à mon père elle lui cuisinait de la loubine. C’était son poisson roi, alors que maman était très sole. Dans son livre D’Yeu que c’est bon ! Bruno Verjus, qui n’aime rien tant que les îles et tout particulièrement l’insula Oya son anti-ville, jamais vile, de cœur et de pied à terre, parle de la loubine du plateau de Rochebonne.

 

La loubine fait partie intégrante de ma jeunesse : les adeptes de la pêche à la ligne, en mer, la plaçait tout en haut de leur hit-parade des prises et, les braconniers, ceux qui la nuit allaient « senner » au Marais Girard, se vantaient d'en ramener de pleins sacs de jute... Normal, la loubine est un petit bar et le bar, le loup en Méditerranée, est l'un des poissons les plus appréciés des amateurs.

 

À la maison nous n'en mangions que très rarement, sauf lorsque mon frère Alain se laissait entraîner par la bande de malandrins pour tirer nuitamment la senne (ou seine, filet disposé en nappe et formant un demi-cercle, en l'occurrence tirés à main d'hommes qui s'immergeaient jusqu'au cou dans l'océan à partir de la grève).

 

Alors, nous les mangions fricassées au beurre salé. Par, je ne sais quel décret interne, chez nous, seule la sardine avait droit, et à la fricassée si elle était petite, et à la grillade si elle était grosse.

 

Confidence d’un pêcheur :

 

« Il m'est arrivé, sur des fonds connus de m'avancer en péchant jusqu'au moment du retournement du jusant : presqu'immédiatement les touches reprennent et dans les petits fonds on aperçoit les hordes de loubines comme chevauchant la vague en direction du rivage... Tout juste si elles ne cognent pas mes bottes ... »

 

Le plateau de Rochebonne « se situe à plus de trois heures de mer des côtes d’Yeu. Vaste comme deux fois la surface de l’île, il offre un site rocheux unique pour la pêche au homard, langouste, thon germon et loubine.

 

En juillet, la loubine se pêche à la canne avec des lançons. En août elle musarde et modifie son régime alimentaire. Elle ne résiste pas aux ballardes, lignes de fond garnies de chancres-ballants, petits crabes blancs. »

 

Avec vos petites loubines vous levez des filets que vous faites cuire sur peau dans une grande poêle avec un peu de gros sel au fond pendant 5 à 6 minutes. Lorsque le dessus de la chair est encore translucide couper le feu.

 

1 jet de citron ou des pépites de beurre salé suffisent à vos petites loubines que vous pouvez accompagner d’une ratatouille tiède…

 

Ratatouille, comme à Mougins… ICI 

 

« Et tout d'abord la liste des courses. Aubergines et courgettes, « de petite taille et bien fermes », oignon blanc, poivron doux « bien épais de chair », tomates bien mûres, une pincée de thym, de l'ail, du basilic frais, un peu de persil, de l'huile d'olive, sel et poivre. Les aubergines doivent être entièrement épluchées, et les courgettes en laissant des bandes de peau, de façon à obtenir un zébrage vert et blanc. Les tomates sont coupées en gros dés, les oignons en fines rondelles, et les poivrons en petites lamelles. Tous les légumes sont sautés séparément dans l'huile d'olive, les tomates avec le thym, puis mélangés au dernier moment pour être réchauffés avec l'ail, le basilic, le persil hachés. Roger Vergé précise : « Habituellement, la ratatouille se compose en cuisant doucement et longuement pendant 2 à 3 heures. Mais la recette que je vous donne a l'avantage de préserver la fraîcheur et la texture des légumes. »

 

Et avec ça vous servez au choix les Coteaux Champenois du milieu :

 

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, Jacques Anquetil à Raymond Poulidor avant de décéder « Je pars le premier tu vas devoir encore te contenter de la deuxième place. »

Avec elle tout arrive à qui sait attendre, c’est ce qui fait son charme. Elle est venue alors que je ne l’attendais plus, aérienne, belle comme au premier jour. Tout au long de ce temps à nous, rien qu’à nous, nous savons, l’un comme l’autre, qu’il est précieux, unique. Nul besoin pour nous deux de revenir sur le bloc incompressible qui nous sépare depuis le premier instant. De ce temps partagé, léger, intense, rieur, je sors à nouveau vivant.

 

« Avant qu’elle ne meure, Leonard Cohen a fait parvenir à sa muse, Marianne Ihlen, une lettre d’adieu magnifique. Elle avait notamment inspiré “So long, Marianne”, et “Bird on the Wire”.

 

La muse de Leonard Cohen, Marianne Ihlen, qui a inspiré Bird on the Wire et So Long, Marianne, est décédée le 29 juillet en Norvège, à l’âge de 81 ans. Ils s’étaient rencontrés dans une épicerie de l’île d’Hydra, en Grèce, dans les années 1960, et étaient devenus amants. Pendant des années, Marianne Ihlen et son fils Axel Junior ont partagé la vie de Leonard Cohen en Grèce et au Canada. »

 

Maintenant, avant que je disparaisse, écrire pour elle, mon Émilie, ma muse.

 

Le « Tu peux monter vos affaires dans ta chambre... » fut le sésame de maman. Après le dîner nous prîmes le frais dans le jardin. Comme je l'avais prévu, mon mendésiste de père, prit un malin plaisir à mettre Marie sur le grill en la prenant à témoin de la légèreté et de l'inconsistance du mouvement de mai. Pratiquant à merveille le billard à bandes en fait c'est moi qu'il visait. Pour lui, avec ce qu'il me reconnaissait de talent, j'avais joué au révolutionnaire par pur plaisir esthétique et romantique. Mes petits camarades gauchistes et moi, avec le soutien branche pourrie des communistes de la CGT, en nous contentant de psalmodier notre vulgate révolutionnaire, nous venions de priver la gauche réformiste, celle de PMF, la seule capable de tenir ferme le gouvernail et de moderniser la France, d'une éclatante victoire dans les urnes. En ressoudant aux gaullistes, la droite rentière des Indépendants, et celle encore bien planquée, sans leader, mais toujours chevillée à une part de la France xénophobe, nous avions fait le lit de Mitterrand. L'ambiguë de Jarnac saurait lui, le Florentin, s'asseoir sur le PCF pour mieux l'étouffer. Marie bichait. Elle virevoltait pour le plus grand plaisir de mon séducteur de père.

 

Avoir Marie à mes côtés dans mon lit d'enfant ravivait les souvenirs de mes soirées passées, sous la tente de mon drap, à ériger mes cathédrales, à imaginer tout ce qu'allait m'apporter mon bel avenir. Dans l'obscurité, Marie, me chuchotait « Je suis bien mon amour. Ici je me sens toi. Toute à toi. Je t'aime... » Comme nous ne galvaudions pas les je t'aime, ceux de ce soir-là, mêlés à nos caresses, à notre osmose, nous haussaient en des espaces qui donnent à l'amour un goût d'éternité. Amour sensuel, accord parfait, nous ne nous sommes même pas aperçu que ce n'est qu'aux premières lueurs de l'aurore que nous nous sommes endormis. La maisonnée s'était donné le mot pour que notre grasse matinée ne soit pas troublée par la préparation du déjeuner. À notre éveil, vers dix heures, ils étaient tous partis à la grand-messe. Dans la cuisine, où notre petit déjeuner nous attendait, la logistique du repas de midi impressionnait Marie. Tout était en place, le clan des femmes, mobilisé et efficace, avait donné le meilleur de lui-même. La brioche de Jean-François était mousseuse à souhait. Maman nous avait préparé un cacao ; plus exactement le cacao qu'elle préparait chaque matin pour son écolier de fils.

 

Le service fut assuré par la femme du cousin Neau lui-même préposé aux vins. Alida, la laveuse de linge, assurait la plonge. Maman, qui avait fait la cuisine, orchestrait l'ensemble avec autorité et doigté. A l'apéritif, Banyuls pour tout le monde, on disait vin cuit en cette Vendée ignare. Le menu : vol au vent financier, colin au beurre blanc, salade, de la chicorée – mon père avait droit à une préparation personnelle avec croutons aïllés – fromages : du Brie de Meaux et du Gruyère, et en dessert : un savarin crème Chantilly, évitait à mon cordon bleu de mère de passer trop de temps devant ses fourneaux. Le seul moment grave, bien sûr, avait consisté à monter le beurre blanc. En l'absence de maman, son époux facétieux informa Marie que sa Madeleine de femme avait des doigts de fée. Du côté des vins, du Muscadet sur lie, un Gevrey-Chambertin et du Monbazillac. Je haïssais le Monbazillac qui m'empâtait la langue. Tout atteignait l'excellence, même le café que maman passait dans une cafetière à boule de verre qu'elle ne sortait que pour les grandes occasions. Papa nous empesta avec ses affreux petits cigares de la Régie. Les yeux de Marie brillaient. Nous étions heureux. »

 

 

Ce texte qui suit est à la fois pertinent mais conforte mon analyse sur l’énorme responsabilité politique de François Mitterrand dans l’effondrement moral et électoral de la gauche non communiste. « François Mitterrand était un conquérant monstrueux » oui certes « mais nous en payons lourdement et sèchement les conséquences aujourd’hui.

 

Celui des deux qui avait le plus réfléchi à ce que pouvait être, pour la gauche, l’art d’un changement véritable qui ne soit pas l’accumulation de promesses verbales, n’a jamais été en mesure de mettre son projet en pratique. Michel Rocard était plus fait pour l’action gouvernementale qu’aucun autre de ses camarades socialistes. Comme Pierre Mendés-France avant lui, il avait pour cela une culture, un talent et une morale personnelle qui le plaçait, sans conteste, au-dessus du panier. »

 

« Ce pouvoir, François Mitterrand l’a conquis avant de l’exercer, sur la durée, comme Michel Rocard craignait qu’il ne le fit, jusqu’à échapper à la morale de son camp. C’est par cette liberté qu’il a rejoint la France, sous le regard médusé des Français. »

 

Oui les Français, Bazin, mais de grâce ne vous joignez pas à eux pour vous plaindre de l’état de la France et des Français ; ils n’ont que la classe politique qu’ils méritent, celle qui les subjugue par de belles promesses pour mieux les leurrer par une politique de clans sans morale. Bien fait pour eux, qu’ils morflent un max, tant mieux. Je ne tirerai pas mon mouchoir car leur situation ne me tire aucune larme.

 

 

12 juillet, 2016

 

La vie rêvée de Rocard par François Bazin

 

Même à l’heure des hommages posthumes, il faut aussi parler vrai puisque l’expression coule de source, s’agissant du défunt. La différence entre François Mitterrand et Michel Rocard est qu’à la mort du premier, personne n’avait songé à le comparer au second alors qu’aujourd’hui, l’inverse s’impose d’évidence. Le nom de l’ancien président de la République s’invite dans la biographie de celui qui fut son Premier ministre comme il n’a cessé de le faire durant l’essentiel de sa vie politique. François Mitterrand explique et éclaire Michel Rocard. Il le résume par contraste. C’est à partir de lui qu’on mesure l’originalité de son parcours mais aussi la force de ses échecs et, du même coup, la faiblesse relative de sa trace au regard de l’Histoire.

 

Jusqu’à son dernier souffle, Michel Rocard n’a eu de cesse que de faire le procès de François Mitterrand comme s’il n’était jamais parvenu à échapper à cette figure honnie, quasi-paternelle. «C’était un homme de droite», confiait-il encore au Point dans un entretien-fleuve, il y a à peine deux semaines. Par ce jugement lapidaire et sans doute un peu sot au regard de l’œuvre de son ancien adversaire, Michel Rocard entendait surtout signaler qu’il était, lui, l’incarnation de la gauche et que sa boussole politique n’avait jamais varié. Il fut un temps où François Mitterrand portait des jugements aussi peu dignes de son intelligence à l’encontre de quiconque osait contester son autorité à la tête du PS. Et puis, il est passé à autre chose. Si Michel Rocard n’y est pas parvenu, c’est d’abord que dans cette rivalité, il portait l’habit du vaincu.

 

Pour le dire autrement, François Mitterrand appartient désormais à l’Histoire de la France alors que Michel Rocard s’inscrit dans celle de sa famille politique. Il laisse derrière lui une pensée suffisamment singulière pour que sa marque ne soit pas seulement celle d’un petit maître, à la manière d’un Pierre Mauroy, d’un Lionel Jospin ou d’un Laurent Fabius. Mais en même temps, dans cette génération qui est celle des enfants de l’après-guerre, il est passé trop loin du pouvoir et de son exercice véritable pour qu’on puisse le ranger dans la catégorie des très Grands. C’est là qu’on en revient à François Mitterrand. À deux reprises, en 1981 puis en 1988, c’est lui qui a imposé sa loi et sa puissance. À deux reprises, Michel Rocard s’est écarté parce qu’il n’avait pas les ressources nécessaires pour agir différemment.

 

François Mitterrand était un conquérant monstrueux. Son règne fut de quatorze ans. Michel Rocard, au sommet de sa gloire, n’est resté que trois ans à Matignon. Sa carrière ministérielle, au Plan ou à l’Agriculture, avait été auparavant sans relief véritable et l’Elysée d’alors avait veillé à ce qu’il en soit ainsi. Cette comptabilité un peu sèche dit une hiérarchie de destin. Celui des deux qui avait le plus réfléchi à ce que pouvait être, pour la gauche, l’art d’un changement véritable qui ne soit pas l’accumulation de promesses verbales, n’a jamais été en mesure de mettre son projet en pratique. Michel Rocard était plus fait pour l’action gouvernementale qu’aucun autre de ses camarades socialistes. Comme Pierre Mendés-France avant lui, il avait pour cela une culture, un talent et une morale personnelle qui le plaçait, sans conteste, au-dessus du panier. À l’heure du bilan, c’est ce qui rend d’autant plus curieux ce parcours inabouti au regard de ses propres critères. Sauf à en trouver la cause dans la malignité d’un seul homme – François Mitterrand, en l’occurrence –.

 

Michel Rocard a fini par se résigner à cette explication ressassée qui est d’ailleurs celle à laquelle se raccrochent aujourd’hui commentateurs et historiens. Quand il disait que François Mitterrand était «de droite», il signalait une forme de mystification – ou de trahison – dont il aurait été la première victime. Il fut pourtant un temps où ses arguments furent plus sophistiqués. Au-delà de deux caractères et de deux conceptions de l’action, il pointait alors deux cultures, bref deux gauches. Ce qui n’était pas tout à fait la même chose et donnait, du même coup, à l’affrontement de deux hommes un tour essentiellement idéologique. Cette distinction, Michel Rocard l’avait bâtie à l’heure des premières escarmouches alors que la domination mitterrandiste n’était pas encore telle qu’on l’a connue par la suite. C’était l’expression d’un défi. Congrès de Nantes, 1977, diront les spécialistes.

 

Deux gauches, donc. La première et la seconde. Dans cette formulation passée depuis dans le langage courant, il y avait déjà, soit dit en passant, l’esquisse d’une hiérarchie. La vraie et la fausse ? L’ancienne et la nouvelle ? Sans aller jusqu’à le dire à voix haute – quoi que… – Michel Rocard faisait de ce clivage une histoire de famille qu’il suffisait de raconter pour en trouver l’origine. D’un côté, une gauche républicaine plus que socialiste, adepte du changement par le haut et l’Etat, celle que Proudhon appelait «la gauche des blagueurs» pour mieux dire qu’elle était celle du verbe et des ruptures sans lendemain. De l’autre, une gauche du mouvement, venue d’en bas et portée par le mouvement social dans un radicalisme ignoré des élus et de leurs comités. Nationalisation contre autogestion, pour faire court.

 

À partir de là, tout se déclinait comme dans un de ces tests estivaux dont raffolent les hebdomadaires en mal d’imagination. Socialistes, vos papiers ! Cochez les cases du questionnaire et découvrez votre identité véritable ! Première gauche pour les uns, seconde gauche pour les autres. Mitterrandistes ou rocardiens puisqu’il faut bien personnaliser. Sur le papier, ça fonctionnait d’autant mieux que tout n’était pas faux dans cette taxologie nourrie par l’expérience de l’Histoire et que les protagonistes n’étaient d’ailleurs pas loin d’accepter comme une vérité d’évidence dans l’éternel débat entre la conquête et l’exercice du pouvoir.

 

Ce pouvoir, François Mitterrand l’a conquis avant de l’exercer, sur la durée, comme Michel Rocard craignait qu’il ne le fit, jusqu’à échapper à la morale de son camp. C’est par cette liberté qu’il a rejoint la France, sous le regard médusé des Français. Le drame de Michel Rocard est que dans cet exercice de haute voltige, il n’avait pas sa place. Son erreur fut d’essayer d’en trouver une en cessant d’être lui-même, c’est-à-dire vraiment rocardien. Dans son opposition affichée au mitterrandisme triomphant, il s’est progressivement soumis à la loi du vainqueur. Il a cru qu’après être l’opposant principal, à l’intérieur de la famille socialiste, il allait pouvoir en être l’héritier naturel. C’est toute l’histoire de son bref mandat à Matignon marqué par davantage de patience résignée que par un élan réformateur assumé.

 

À force de vouloir être «un briseur de rêves», à force aussi de théoriser à son poste «un devoir de grisaille», le héraut de la seconde gauche s’est désarmé. Ce faisant, il s’est normalisé, au sens hollandais du terme. Le rocardisme des origines, celui du PSU, était une critique du modérantisme réel d’un projet mitterrandiste trop classiquement étatique pour être vraiment révolutionnaire. Il reposait sur des analyses qu’on a peine à relire aujourd’hui tant elles étaient pleines de ces délires abscons nourris par la pensée soixante-huitarde. Le rocardisme des années Mitterrand, inauguré en 1979 dans la bataille du congrès de Metz et réaffirmé une fois passée l’alternance de 1981, est devenu, à l’inverse, un réformisme conforme à l’air du temps et aux exigences d’un monde nouveau. Il ne manquait pas de rigueur. Il signait les noces d’une social-démocratie à la française et d’un réalisme un peu court, dans une version technocratique propre à la Cinquième République.

 

François Mitterrand, en ce sens, n’a pas piégé Michel Rocard. Il l’a dominé et, à ce jeu, il l’a laissé tomber là où il jugeait qu’il penchait. Ailleurs, c’est-à-dire nul part, à ses yeux. C’est pour cela qu’il confiait volontiers que son passage à Matignon serait le révélateur de sa nature ordinaire et qu’il a pu le licencier en lui faisant le reproche d’une trop grande timidité dans la gestion des dossiers de l’Etat. Un comble ! De même, il n’est pas indifférent que la fin véritable de la carrière politique de Michel Rocard, avant la présidentielle de 1995, ait été le fruit d’une double concurrence à gauche, incarnée par Bernard Tapie d’un côté et de Jacques Delors, de l’autre. Pour vider le rocardisme de sa dernière substance, il suffisait donc de lui opposer un modernisme dévoyé, un brin populiste, et un réformisme recentré de pur affichage. Les électeurs et ces sondages qui font la réputation médiatique ont fait le reste, détruisant ainsi ce qu’ils avaient promu.

 

Si Michel Rocard n’a pas su résister à cet assaut croisé au moment décisif, si une fois encore il a préféré jeter l’éponge, c’est qu’il n’était plus alors qu’une ambition sans objet. C’est en tous cas ainsi que l’a compris François Mitterrand avec ce réalisme glacial dont il était coutumier et que l’approche de la mort n’avait fait que durcir. Il a fallu du temps à Michel Rocard pour surmonter son échec et surtout pour en analyser les ressorts. Les vingt dernières années de sa vie ont été celles d’une reconstruction nourrie d’un anti-mitterrandisme viscéral dont l’unique fonction était d’expliquer ce qui ne pouvait l’être autrement que dans la relecture douloureuse de tant de rendez-vous manqués.

 

Cette détestation sans cesse réaffirmée fut une manière d’antidépresseur qu’il lui fallait consommer chaque jour afin de ne pas s’effondrer. Mais on retiendra surtout – parce que c’est plus honorable et que l’homme savait tenir son rang quand bien même ce n’était plus le premier – que, dans cette ultime épreuve, Michel Rocard a su retrouver à gauche, sa vraie famille, le rôle qui, au fond, n’appartenait qu’à lui. Celui de vigie et d’agitateur d’idées à la fois, fidèle aux siens, ouvert aux autres dans une tension créatrice qui lui a permis, malgré le poids des ans, de rester jusqu’au bout ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Rocardien, pleinement rocardien.

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 06:00
Pascale Robert-Diard c’est presque du Frédéric Dard… les attendus des juges sur les histoires de cul valent les saillies du beau San-Antonio…

Commençons par l’histoire d’un inconnu, dont le membre, indument badigeonné, à l’hôpital, d’acide acétique pur au lieu de sa formule diluée, avait dû être mis en jachère sexuelle pendant 2 mois et demi.

 

La faute reconnue par le médecin, il revenait au juge du tribunal de Saintes (Charente-Maritime) d’évaluer le préjudice subi par son patient.

 

Le plaignant demandait 12 000 francs de dommages et intérêts.

 

Le juge s’est livré au calcul suivant :

 

« La moyenne relevée en général dans les couples français étant d’un rapport par semaine, il [le plaignant] peut légitimement se plaindre d’avoir été privé de dix rapports conjugaux, ce qui fixe la valeur du rapport à 1 200 francs [183 euros]. » Le juge a trouvé que c’était beaucoup trop cher payé et a considéré que 3 000 francs (457 euros) suffiraient à réparer le préjudice « réellement » subi par le propriétaire du précieux outil endommagé.

 

« Pas de semaine sans Brigitte », titrait Paris-Match à l’automne 1961.

 

« Sa moue, ses lèvres, ses seins, ses cuisses dénudées et son insupportable liberté exposés à tous les regards scandalisent la hiérarchie de l’Eglise catholique qui voit en elle une « créature du diable ».

 

Le Vatican avait d’ailleurs choisi une photo de Bardot en transe dansant le mambo dans Et Dieu créa la femme pour incarner le mal et la luxure dans son pavillon à l’Exposition universelle de Bruxelles, en 1958. »

 

L’affiche de La Bride sur le cou, sur laquelle l’actrice apparaît en bikini jaune, les bras repliés en croix sur ses seins, est apposée sur les murs d’un cinéma de Cambrai (Nord). Cette fois, c’en est trop pour les puissantes associations familiales du département, qui assignent aussitôt le propriétaire de l’établissement devant le tribunal de police pour «outrage à la décence ».

 

 

Cette affiche n’existe plus, dans sa version française, sur la Toile : la faute aux attendus du juge Faugeroux.

 

 

Deux mois plus tard, le juge Faugeroux rend son jugement. Il s’ouvre par une inspection minutieuse de l’anatomie de la belle insolente :

 

« Attendu que le visage de l’actrice n’exprime pas la confusion, mais, sous deux yeux effrontés, une moue qui, pour être enfantine, ne laisse pas d’être équivoque. Attendu encore qu’à l’exception du côté droit, où la trame plus serrée du cliché accuse les contours extérieurs et le déhanchement suggestif, le corps est traité en très légère demi-teinte, le cache-sexe qui dissimule la région pubienne se distingue à peine du ventre délicatement modelé sur lequel l’ombilic se dessine avec la précision d’une planche anatomique et le fini d’un bijou. »

 

Le juge poursuit :

 

« Attendu qu’une femme dévêtue sur la plage ou dans une piscine n’est pas indécente, mais que, si elle se promène dans la rue dans la même tenue elle est indécente. Or l’affiche a été apposée dans la rue et par suite, il suffit d’imaginer qu’à sa place il y a le personnage réel… »

 

Attendu qu’à n’en pas douter, le juge Faugeroux s’est lui-même livré à cet effort d’imagination, il en a conclu que tout cela était bel et bien un outrage à la décence et a condamné le propriétaire du cinéma à 200 francs d’amende. »

 

Les petites annonces de Libé : « le représentant de l’accusation énonce gravement les objets du délit : « scorpion, larbin, sucettes, grand gars, cul très ouvert, gros pafs, mecs super-virils » et dénonce cette « volonté de provocation, la revendication d’une liberté absolue, sans limites, sans frontière, ce qui est impossible ».

 

L’avocat de Libération, Me Henri Leclerc, tonne :

 

« C’est donc ça, Messieurs, qui vous choque. Ce n’est pas le fait d’attirer l’attention sur la débauche, c’est qu’on parle de cul ! Est-il encore possible que l’on soit si loin de la réalité, si loin du monde où l’on a sa place de juge ? Vous ne pouvez pas continuer à rendre vos jugements enfermés dans vos salles d’audience, sans savoir que le monde change ! Mais comme il est difficile à la vie d’arriver jusqu’à vous ! »

 

L’exhortation de l’avocat est vaine, le tribunal correctionnel condamne Libération à 3 500 francs d’amende en relevant que « l’infraction est d’autant plus grave qu’elle est commise dans un journal quotidien d’information générale ».

 

La liaison présumée Valérie Trierweiler-Patrick Devedjian dans une bio de la dame.

 

Plainte du monsieur devant la 17e Chambre du TGI de Paris (que j’ai fréquenté par les bons soins d’Hubert).

 

Est-ce une diffamation ?

 

« Une diffamation, rappelle d’abord le tribunal, est « l’allégation ou l’imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération ». Celle-ci, précise-t-il, doit être appréciée « indépendamment de la sensibilité de la personne visée » au seul regard de « considérations objectives d’où s’évincerait une réprobation générale ».

 

Suit ce morceau d’anthologie dans la décision, rendue en juin 2013 :

 

« Attendu que l’adultère a été dépénalisé depuis près de quarante ans et que l’évolution des mœurs ne permet plus de considérer que l’infidélité conjugale serait contraire à la représentation commune de la morale, les propos incriminés, même si le demandeur a pu les juger désagréables, ne portent pas atteinte à son honneur ou à sa considération. »

 

Patrick Devedjian est condamné à verser 1 000 euros à chacun des auteurs au titre des frais de justice qu’ils ont été contraints d’engager.

 

Le député fait appel, mais la cour approuve la motivation du tribunal et la reprend entièrement à son compte. Patrick Devedjian se pourvoit devant la Cour de cassation. Et là, consécration suprême pour la juge Anne-Marie Sauteraud, qui a rédigé le jugement : dans un arrêt rendu en décembre 2015, la plus haute juridiction française confirme. C’est « à bon droit », observe l’arrêt, que les juges ont retenu que « l’évolution des mœurs et celle des conceptions morales ne permettent plus de considérer que l’imputation d’une infidélité conjugale serait à elle seule de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération »

 

En janvier 2012 La Le Pen qui selon Rivarol, qui, dans un long article particulièrement polémique sur son mode de vie, cite ce propos rapporté : « C’est une fille qui aime manger, boire et baiser comme son père. » poursuit à la fois pour « diffamation » et « injures publiques » ce journal d’extrême droite.

 

« Le tribunal rend sa décision un mois plus tard : il écarte la diffamation en relevant que « le fait d’aimer boire, même de façon importante », n’est pas contraire à l’honneur ou à la considération. Il ne partage pas non plus l’avis de Marine Le Pen sur « l’injure » que représente, selon elle, l’usage du verbe « baiser ». « Le choix d’un terme vulgaire pour évoquer de tels goûts, qui n’ont en eux-mêmes rien de répréhensible ni de contraire à la morale communément admise » ne suffit pas à donner « un caractère outrageant » aux propos, dit le jugement.

 

Rivarol est relaxé. La cour d’appel confirme. Mais la Cour de cassation ne partage pas l’avis des juges sur les plaisirs de la vie. En février 2014, elle casse la décision. Sous la plume d’un conseiller de la Cour, l’expression « aimer boire, manger et baiser » devient une « imputation de mœurs dissolues et d’un penchant pour la débauche » que la plaignante peut à juste titre considérer comme injurieuse. »

 

L’affaire du Carlton à propos de DSK et de ses besoins et pratiques sexuelles «hors norme»

 

Le procureur, dans son réquisitoire avait observé : « Chacun est libre de vivre sa sexualité comme il l’entend. Cela relève de la sphère privée. Ni le procureur ni le juge n’ont le droit de s’ériger en gardien de l’ordre moral. Ce que la morale doit parfois réprouver doit rester en dehors du débat judiciaire, dès lors qu’il ne s’agit pas d’une infraction pénale. Nous travaillons avec le code pénal, pas avec le code moral. »

 

La chronique dans son intégralité si vous êtes abonnés ICI De Brigitte Bardot à DSK, le juge, l’arbitre des bonnes mœurs 

 

LE MONDE Par Pascale Robert-Diard

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 06:00
Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »

Ce que j’aime dans ce texte, hors le fond, c’est le ton, une liberté de ton emprunte d’une grande érudition, d’une langue maîtrisée et d’un humour sans férocité.

 

Ce n’est pas faire injure à Louis Latour que de penser qu’il aurait été, s’il en avait eu le loisir et la volonté, un grand chroniqueur sur la Toile.

 

Admiration !

 

Texte dédié au nouveau directeur du BIVB Christian Vanier tout droit venu de notre beau Ministère de l’Agriculture ICI 

 

Bonne lecture…

 

« Une certaine vision de l’histoire du vignoble a depuis longtemps pris racine en Bourgogne. Elle se singularise par un panégyrique répétitif à la gloire des grands vins de la Côte. Selon cette conception, l’analyse des causes de la qualité conduit automatiquement à l’accumulation de bonnes notes décernées rétrospectivement par l’historien au « terroir » du grand vin, décliné en ses divers grands crus. Pour faire court, nous appellerons « cavalcade du grand vin » le récit coloré de sa destinée historique, telle qu’elle est perçue en Bourgogne par les divers protagonistes qui participent à sa promotion et lui manifestent, sans aucune réserve, une admiration indéfectible.

 

Les récits consacrés à la gloire des grands crus n’admettent en conséquence aucun faux pas dans un parcours de près de vingt siècles. Ils n’ont que faire de la recherche des paramètres œnologiques d’une qualité présumée absolue et définitive. Selon eux, la supériorité de nos grands vins s’impose toujours et en tout lieu. Il est donc sacrilège de la soumettre au moindre questionnement. La Côte apparaît alors comme une sorte de mine d’or, dont on a su à toute époque exploiter avec succès l’inépuisable filon. Le bruit de fond qui accompagne cette présentation simpliste est le cuivre des trompettes de la renommée, embouchées par tout ce que la Bourgogne compte de propagandistes convaincus et acharnés. Cette « réclame », comme on disait autrefois ne s’embarrasse pas de nuances et inspire encore aujourd’hui d’auteurs, dont l’unique ambition est d’entretenir une sorte d’exaltation collective. Cette appréciation, sans doute excessive de la qualité des vins de la Côte, bien qu’elle soit fondée sur des informations historiques parfaitement exactes, soigneusement choisies et mises en valeur.

 

La critique qu’on peut adresser à cette conception exaltée d’une qualité « historique », ne porte pas sur l’insuffisance de preuves qui existent, bien réelles et parfaitement convergentes, mais sur l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. Cette présentation est contraire à toute réalité, car seule l’œnologie, c’est-à-dire la mise en valeur patiente et obstinée du terroir bourguignon par des vignerons compétents et expérimentés, explique la qualité et donc le succès des vins de la Côte. Leur suprématie fut toujours contestée par les prétentions concurrentes d’autres genres, qui lui ont de tout temps disputé le champ étroit de la notoriété suprême. Elle fut aussi menacée par les faiblesses d’une pratique œnologique qui n’a pu constamment se situer au plus haut niveau, car l’œnologie est œuvre humaine et ne peut manquer d’être entachée d’erreur, ce qui veut dire que certains vins ne furent pas à la hauteur de la réputation européenne des vins de Bourgogne.

 

La faveur accordée par de grands personnages aux crus d’un vignoble connu, était autrefois par définition le ressort qui permettait d’étendre la notoriété et d’augmenter leur prix, comme plus tard pour le « vin de Nuys », remède miracle qui aurait permis la guérison de Louis XIV après l’opération de la fistule. L’usage du bourgogne en cette occasion exceptionnelle, imposait le respect et témoignait de la qualité hors du commun des vins consommés par ces personnages illustres, mais on ne peut résumer à ce seul trait l’activité viticole d’une province entière. »

 

[…]

 

« … l’orgueil bourguigno ne peut manquer d’être tempéré par la présence en Avignon du vin de Saint-Pourçain, qui eut, lui aussi, son heure de gloire au Moyen Âge avant d’être englouti dans une décadence irrésistible, dans des circonstances mal élucidées. À l’égal des vins de Beaune et malgré un parcours par voie de terre immensément coûteux, le vin de saint-Pourçain a participé, aux côtés de la Bourgogne, à l’approvisionnement des caves pontificales. Son prix d’achat était égal à celui des vins de Beaune, ce qui signifie qu’à cette époque il surclassait lui aussi, les abondantes productions provençales dont le niveau de qualité n’était pas jugé suffisant, au goût des princes de l’Église. Ces remarques seraient évidemment sans portée aucune, si les vins de Beaune envoyés au pape, auraient été des tonneaux de vinaigre. »

 

Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »
Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »
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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 06:00
En 1593, hors le Ghetto de Venise le cimetière de San Nicoló di Mira était cultivé en jardin potager et en vignoble.

Le 29 mars 1516, La Sérénissime impose aux Juifs de Venise de se regrouper dans le lieu-dit « Geto », à l’extrémité nord de la ville, sur une île encerclée par des canaux. Deux portes, ouvertes le matin et refermées le soir à minuit, donneront désormais accès à ce lieu. Les habitants pourront le quitter dans la journée pour exercer leur profession, mais la nuit seuls les médecins seront autorisés à sortir pour soigner les Chrétiens hors les murs…

 

Plaque du mémorial de l'Holocauste

 

Bien avant l’institution du Ghetto, le 25 septembre 1386, deux Juifs influents, sont venus demander à la Seigneurie que leur soit attribué agricole en friche sur la rive de San Nicoló, pour y ensevelir leurs morts.

 

Terrain accordé, sans aucun loyer, mais dont les limites sont fixées : soixante-dix pas le long de la mer et soixante-dix de long de la lagune, une largeur de trente pas en direction de Venise et de Malamocco. Soit un demi-hectare situé à une extrémité non construite de l’île du Lido, couverte de vignes et de potagers, à proximité du monastère bénédictin de San Nicoló di Mira.

 

Ce terrain était par ailleurs le seul bien immeuble dont les Juifs pouvaient être concessionnaires à titre individuel. À noter qu’alors que les sépultures chrétiennes étaient souvent situées intra-muros, celles des Juifs devaient se trouver hors des limites de la ville, dans des terres incultes et non clôturées.

 

Les terres des Bénédictins – le couvent est le plus grand propriétaire terrien du Lido – sont louées à des paysans qui peuvent les cultiver pendant de longues périodes et transmettre l’utilisation de ce bien-fonds à leurs descendants.

 

Avec le loyer, les concessionnaires apporteront une contribution en nature : 2 chapons, un cierge pesant quelques livres, ou une somme d’argent destinée à l’église du couvent.

 

En 1593, le cimetière cultivé en jardin potager et en vignoble, comme les terrains des Bénédictins, est loué par un paysan pour 25 ducats à la Fraterna della Misericordia… Pendant longtemps les deux fonctions – la sépulture et les cultures – se côtoieront, plus encore, elles se trouveront physiquement superposées.

 

« Le contrat du 20 septembre 1609 établit que le maraîcher Francesco Zampieri, fils de feu Pasqualin, loue la vigne et la maison en brique à proximité du cimetière et devra la conserver en bon état. Avec un loyer annuel de 5 ducats, il doit livrer à la Fraterna 3 melons et un panier de pêches ; mais surtout il doit obligatoirement « bien tenir », « diriger », « améliorer » et ne pas « laisser se détériorer » le terrain, dont il doit conserver les limites et les fruits (figues, pêches, poires, pommes, prunes, laurier, saules et un berceau de vignes.) »

 

« Au milieu du XVIIe siècle, l’extension du cimetière – en dépit de sa forte valeur locative et de la riche production de ses « herbes exquises » pour le marché de la ville – à presque doublé : la surface a atteint un hectare et le nombre des arbres fruitiers à beaucoup augmenté, ce qui, une fois de plus, pourraient confirmer que les Juifs sont définitivement acceptés à Venise. »

 

Source : Ghetto de Venise 500 ans Donatella Calabi éditions Liana Levi

 

Lire 

29 mars 2016

Le ghetto de Venise a 500 ans...ICI

 

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 06:00
1907-1910 en Champagne : des vignerons quittaient leurs maisons, laissaient leurs terres aux friches. Mais le négoce se sucrait sur cette misère.

Pour les petits louves et les petits qui croient qu’en Champagne la vie des vignerons fut un long fleuve tranquille un tout petit rappel historique.

 

« Révolution dans le secteur, oui. Détonations, chant de refus, les vieux airs de carmagnoles paysannes. Pas compliqué à comprendre : le vigneron crevait de faim. La fin du siècle avait été atroce. La maladie gagnait, une lèpre. Le phylloxéra qui prenait la vigne à la racine, jusqu'à la mort du cep. Il avait fallu arracher les souches, défoncer à la pioche les terrains sinistrés, replanter. Travail de fossoyeur, de forçat, non rémunéré. Les vignes restaient sans rapport. Et pour finir, pendant quatre ans, pas une seule récolte pour se mettre le moral d'aplomb.

 

1907 : le raisin ne valait rien. 1908 : vendanges de nains. 1909 : la pourriture partout, des fumées grises, infectes, planaient sur les plateaux des pressoirs. 1910 : rien ne manqua, orages, gel, grêle, mildiou. On n'aurait pas fait une tarte avec tous les raisins de Champagne, tant la vendange était transparente. Il suffisait que la maladie entre dans un ménage pour que la ruine soit complète. Des terres qu'on se disputait autrefois comme on se dispute la vie ne trouvaient plus d'acquéreurs. Des vignerons quittaient leurs maisons, laissaient leurs terres aux friches. Mais le négoce se sucrait sur cette misère. »

 

« Les fraudeurs fabriquaient du Champagne avec n'importe quoi, des rebuts d'Anjou ou de Meuse, des piquettes achetées au comptant sur le quai des gares à des intermédiaires sans visage, et avec du cidre s'il le fallait. L'argent rentrait.

 

Les vignerons doutaient de tout, et même du ciel. Qu'est-ce qui leur restait ? Le front bas, la hargne, les hymnes provisoires, les drapeaux rouges qu'ils pendaient aux frontons des mairies. La fraude leur donnait le tournis. L'agitation seule arrivait à calmer leur souffrance du travail nié et insulté... »

 

C'est extrait d'un beau roman de Daniel RONDEAU « Dans la marche du temps » pages 126-127 chez Grasset.

 

 

21 janvier 1911 ; Champagne : la coupe est pleine

 

Publié le 20 janvier 2011 par Olivier Le Tigre 

 

Le champagne coule à flot mais dans la rue. Les verres s’entrechoquent mais jetés contre le mur. La révolte des vignerons en Champagne mousse et fait de drôles de bulles. Coalition des mécontents : les vignerons de la Marne souhaitent que le champagne soit véritablement une appellation contrôlée et que les négociants cessent d’importer des récoltes du Midi voire d’Algérie ou de l’étranger.

 

Les vignerons de l’Aube craignent que leur département ne puisse plus produire le précieux breuvage et que leurs revenus -déjà faibles – s’effondrent.

 

En quelques mois, la tension est montée de façon spectaculaire. En fin d’année 1910, un rassemblement de 10 000 vignerons s’était déroulé dans le calme à Epernay. En ce début d’année 1911, les choses prennent une autre tournure.

 

Récoltes répandues sur la chaussée, drapeau rouge hissé sur les mairies, maisons de négociants incendiées : la violence du mouvement commence à inquiéter le gouvernement qui organise une réunion de crise ce jour.

 

Il faut absolument éviter un embrasement généralisé semblable à celui de 1907 dans le Languedoc où la troupe – le fameux 17ème régiment d’infanterie – avait en partie fraternisé avec les émeutiers et où la vie locale avait frôlé la paralysie totale (grève de l’impôt et arrêt de toute activité économique).

 

Le plan que je propose aux ministres est adopté :

 

Partie «carotte», nous faisons accélérer les débats à la Chambre pour qu’une loi sorte dès février prochain pour lutter efficacement contre la fraude vis à vis de l’origine des récoltes et l’interdiction des transports de vins étrangers. L’appellation Champagne doit être définitivement protégée.

 

Partie «bâton», nous envoyons le 31ème régiment de dragons stationné à Epernay et réputé pour sa loyauté.

 

Le préfet reçoit des instructions précises pour mener des pourparlers de sortie de conflit avec les négociants et les vignerons.

 

Quand la réunion se termine, Briand commente : « Il va être aussi difficile de ramener le calme que de reboucher une bouteille de champagne !»

 

 

« En Champagne en 1911 : protestant contre l’importation de raisin à bas prix venant d’autres régions, les vignerons incendient les maisons des négociants et mettent leurs caves à sac. Les bouteilles finissent fracassées par dizaines de milliers sur la chaussée, et les tonneaux sont crevés. À chaque fois, on commence par s’attaquer au piano, souvent détruit à coup de massue : plus que tout autre, il constitue un signe extérieur de richesses. L’automobile aussi, mais le piano encore plus. »

Anne Steiner.

 

LES REVOLTES POPULAIRES DES VIGNERONS MARNAIS 1894-1911

ICI

 

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