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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 06:00
Ne sortez pas vos mouchoirs de  Cholet « c’est un territoire de faiseux, pas de diseux. Ici on travaille, on s’accroche, et si on s’y casse la figure, on s’entraide. On rebondit toujours. »

Je dédie cette chronique à Olivier Legrand, exilé en Champagne, qui n’a jamais osé, au temps où j’étais encore jeune, répondre à mon défi de 1 contre 1 à Beaublanc le temple du basket français. Il se console d’avoir quitté le pont d’Avignon avec la gare des Célestins classée comme la plus belle de France. 

 

Cholet capitale du mouchoir !

 

 

C’est de l’histoire ancienne et dans son Tour de France des villes incomprises Vincent Noyoux a su saisir l’esprit profond de la Vendée du haut-bocage.

 

« … le choletais, ce petit pays du Maine-et-Loire sans Maine ni Loire, écartelé entre l’Anjou et la Vendée… »

 

La Vendée militaire quoi !

 

 

La Vendée industrieuse !

 

La Vendée basketteuse !

 

«Les raisons de ce dynamisme entrepreneurial, sportif et associatif sont à chercher dans les profondeurs géographiques, ethnologiques et historiques du bocage vendéen.»

 

« Une hypothèse se dessine. « Le bocage est un territoire enclavé qui est un frein à la circulation des idées, mais il favorise aussi l’entraide et la solidarité du terroir. »

 

« Ainsi expliquerait-on la remarquable résistance de la paysannerie vendéenne face aux armées révolutionnaires, voilà un peu plus de deux siècles. Après d’âpres combats dans les Mauges, au nord de Cholet, la ville fut mise à sac par les armées républicaines en 1793. »

 

« Les Vendéens (Choletais inclus) sont-ils devenus tenaces et bosseurs à cause de la Révolution, ou l’étaient-ils avant ? »

 

« … le bocage affiche une santé économique et morale qui surprend dans le paysage rural actuel. Et tout cela sans le moindre éclat. On ne claironne pas ici sa réussite sociale ni même sa fierté vendéenne. On est comme ces petites maisons de tisserands alignées en rang, que l’on croise ici et là en centre-ville : modeste s, ternes, presque invisibles à force de discrétion, et pourtant bien debout, faisant front. »

 

« Dans cette morne campagne de haies et de prés à vaches, on a d’abord tissé (le linge et les fameux mouchoirs) avant de fabriquer à façon. Une culture du travail a pris corps en même temps qu’un réel savoir-faire dans le domaine du textile, de la maroquinerie et de la chaussure. Aujourd’hui encore, chaque village ou presque compte un atelier de sous-traitants pour les marques grand public (Kickers, le groupe Zanier) ou prestigieuses (Longchamp, Vuitton, Dior, Agnès B, Yves Saint-Laurent, Hermès, Balenciaga)… On travaille à façon à l’abri des regards, dans des bâtiments anonymes, sous des d’entreprises que personne ne connaît. L’usine à la campagne. »

 

Mais Cholet c’est aussi le basket.

 

L’ancien de la Vaillante Mothaise, un club patro comme il se doit dans ce pays de curés, au temps de sa splendeur est allé souvent jouer dans ce haut-bocage vendéen. En ce temps-là les clubs qui portaient haut le basket étaient l’ABC Nantes, Challans et la Vendéenne de la Roche-sur-Yon.

 

 

Comme le souligne avec malice Vincent Noyoux « Pour une raison qui m’échappe, le championnat de basket français a toujours été mené par de paisibles bourgades de province. Limoges, Dijon, Pau-Orthez, Cholet, Gravelines ou Chalon-sur-Saône y tiennent le premier rang. »

 

« À l’heure où aux USA, les Chicagos Bulls de Michael Jordan, les Lakers de Magic Johnson enflammaient la NBA, ici les rencontres au sommet opposaient l’Élan béarnais de Didier Gadou (Pau-Orthez) au Cercle Saint-Pierre de Richard Dacoury (Limoges), Cholet jouait les poils à gratter auprès de ces deux-là. Son leader était un grand échalas du coin, Antoine Rigaudeau, et le maillot du club arborait le logo de la brioche industrielle Pitch. »

 

Lorsque l'auteur a visité Cholet « à huit journées de la fin, Cholet se traîne en queue de championnat. Classé 15e sur 18, le club reste sur une série de cinq défaites à domicile. L’ombre de la relégation plane dangereusement. Pas de quoi refroidir l’ardeur des supporters. À chaque rencontre, la salle c’est la Meilleraie : 5000 places affiche complet. C’est un hangar chauffé à blanc que je découvre une demi-heure avant le match. Il y règne l’excitation d’un grand évènement de famille. Les hommes boivent un coup de muscadet à la buvette, les dames gardent la place en tribune, un bébé dort à poings fermés malgré la sono assourdissante. »

 

Du côté sponsor « hier c’était Pitch, aujourd’hui Charalito (Charal), et demain ? Ainsi va la vie dans le cycle infini des sponsors qui tuent… »

 

 

« L’adversaire du soir, Rouen, porte un maillot bleu, la couleur des républicains lors des guerres de Vendée. Cholet arbore un maillot blanc (la couleur des royalistes) et rouge (comme le cœur vendéen). »

 

« À la mi-temps, les royalistes sont menés de 8 points. Une énième défaite se profile. Le public siffle, tonne, gronde. Les fanfares s’époumonent. »

 

« Touchés dans leur orgueil, les joueurs choletais réagissent enfin. À la façon des chefs vendéens, ils opèrent par raids tranchant dans les lignes adverses […] L’écart se resserre, la foule trépigne. Les Rouennais balbutie, Delaney se camoufle dans une futaie puis surgit du fossé pour porter l’estocade. Cholet l’emporte de cinq points dans une ambiance de liesse populaire. Qu’importe que les généraux vendéens soient des confédérés d’Amérique. La victoire des Blancs est belle. »

 

« La foule se disperse sur le parking de la Meilleraie. Telle une armée de l’ombre sûre de sa force, elle s’en va rejoindre le bocage. Là où tout a commencé et là où tout fini. »

Limoges-Bénédictins, Haute-Vienne, 1929. C’est la plus belle gare de France, grâce à sa coupole et à son campanile de 67 mètres de haut, mais surtout ses vitraux finement ouvragés et sa décoration intérieure. Construite au-dessus des voies, la gare des Bénédictins est aussi un nœud ferroviaire. Dans un spot publicitaire, assez irréaliste d’un point de vue géographique, Audrey Tautou y embarque pour Istanbul.

Limoges-Bénédictins, Haute-Vienne, 1929. C’est la plus belle gare de France, grâce à sa coupole et à son campanile de 67 mètres de haut, mais surtout ses vitraux finement ouvragés et sa décoration intérieure. Construite au-dessus des voies, la gare des Bénédictins est aussi un nœud ferroviaire. Dans un spot publicitaire, assez irréaliste d’un point de vue géographique, Audrey Tautou y embarque pour Istanbul.

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 18:30
 «Arrêter l’alcool, ce n’est rien. Découvrir la vie, c’est extraordinaire», ce soir j’ai une pensée pour mon ami Olivier Ameisen.

En France il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt contre les lobbies et pourtant, même si le baclofène n'est pas le médicament miracle attendu par certains, il permet de réduire la consommation d'alcool, en particulier chez les plus gros buveurs, selon des résultats d'essais cliniques rendus public.

 

« Le baclofène permet de réduire la consommation d'alcool, dans un cas sur deux, ce n'est déjà pas si mal », dit à l'AFP le Pr Michel Reynaud, président du Fonds Actions Addictions en évoquant deux études françaises présentées au congrès mondial d'alcoologie à Berlin.


« Ce n'est pas un médicament miracle », souligne ce spécialiste qui estime cependant que « ce médicament apporte un plus dans l'arsenal thérapeutique » contre l'alcoolo-dépendance. »

 

La suite ICI 

 

En France, la popularité de ce médicament bon marché, disponible depuis 1975, a explosé depuis la parution du livre « Le dernier verre » d'Olivier Ameisen en 2008. Ce fut le début de son combat.

 

Il est mort en juillet 2013 et je l’ai accompagné dans sa dernière demeure, au cimetière Montparnasse, le 22 juillet, nous n’étions pas nombreux.

 

La lecture de son livre « Le Dernier Verre » m’avait bouleversé, choqué et convaincu que j’étais en présence d’un témoignage qui allait déranger l’establishment de l’alcoologie… Alors, le 3 novembre 2008 j’ai écrit une chronique qui était mes notes de lecture. ICI 

 

« Il venait d’avoir 60 ans et il est mort au moment où il commençait à être entendu. Olivier Ameisen restera comme une personnalité médicale hors norme, une forme de météore dans les cieux tourmentés de la lutte contre les addictions » écrivait le Dr Jean-Yves Nau. ICI 

 

Olivier confiait au journal Libération du mardi 17 janvier 2012 ICI  «Sans ma souffrance, je n’aurais jamais connu le bonheur. Je croyais poésie et souffrance indissociables et ne pouvais m’empêcher de pleurer en entendant Rachmaninov ou Barbara, en lisant Eluard ou Tolstoï.» Il ne pleure plus, puisqu’il ne boit plus. »

 

« Son traitement dérange parce qu’il pulvérise le dogme de l’abstinence. «Avec le Baclofène, vous pouvez boire un verre ou deux, mais vous n’avez pas envie de plus.» Une particularité qui constitue le graal de tout drogué : la consommation contrôlée. A la Fédération française d’addictologie (FFA), on lui reproche «de faire autant sa promotion personnelle que la promotion de son traitement». Surtout, les addictologues réclament des essais cliniques. La FFA rappelle que, «concernant des problématiques aussi complexes que les conduites addictives, il faut se garder des tentations de recourir à des thérapeutiques « magiques».

 

Lire « Les alcoologues sont un peu comme ces maris ou femmes trompés depuis des années… » à propos du livre du Dr Ameisen

 

2008-2016… pour en arriver à rendre justice au combat d’Olivier, c’est long, bien trop long…

 

Oui, ce soir j’ai une pensée pour Olivier…

 

 

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 06:00
Pierre Le Roy de Boiseaumarié, dit le baron Le Roy

Pierre Le Roy de Boiseaumarié, dit le baron Le Roy

« Le dirigisme - né en France des nécessités de la guerre et auquel les difficultés de l'après-guerre ont accordé un délai de grâce – a, depuis près de dix ans, tout sacrifié à la politique de quantité, s'acharnant à faire du producteur le matricule anonyme d'un groupe ou d'une classe sociale, lui retirant toute personnalité et toute initiative.

 

Pour un pays de vieille civilisation comme la France, riche de son passé et de sa variété de produits profondément originaux, poursuivre semblable politique alors que, peu à peu notre production retrouve son importance d'avant-guerre, serait un véritable suicide national.

 

Qui pourrait, en effet, soutenir que notre Pays est capable de lutter avec chances réelles de succès sur le terrain de la production standard, sur le terrain du produit de grosse consommation ?

 

Qui ne comprend, au contraire, que la force de la France a toujours été - et qu'elle le restera - dans la production de haute qualité que la variété de ses terroirs, la diversité de ses climats, l'intelligence, l'ingéniosité, les soins de ses producteurs ont fait naître sur notre sol en une gamme de richesse inégalée ?

 

Mais cette richesse est, à l'heure présente, très largement compromise et c'est contre cette dangereuse tendance qu'a voulu réagir le Syndicat de la Marque d'Origine " Pays d'Auge " en décidant, au cours de son Assemblée Générale du 3 avril 1948, de sonner le ralliement de tous les producteurs d'élite pour la défense de la personnalité des produits d'origine portant le nom de nos terroirs.

 

Au cours de cette Assemblée Générale fut décidée la tenue d'un Congrès de l'Origine.

 

De là, l'idée immédiatement lancée dans tous les milieux, professionnels et administratifs, à travers toutes nos régions de France, allait, dès les premières semaines, y rencontrer l'accueil le plus favorable.

 

L'Etranger également, toujours très intéressé par toutes les initiatives françaises dans le domaine de la qualité, manifestait le désir de suivre les travaux de ce Congrès.» 

 

Moins de trois mois après, le Premier Congrès de l'Origine allait se tenir à Deauville du 25 au 27 Juin 1948 et soulever à travers tout le Pays le plus vif intérêt.

 

Était présent à ce 1er Congrès de l'Origine M. le Baron LE ROY, Président de l'Institut National des Appellations d'Origine et je vous propose la première partie du rapport du Baron LE ROY, Président de l'INAO à ce 1er Congrès de l'Origine à Deauville en juin 1948, la lecture en est très instructive appliquée au temps présent.

 

Cette création, contrairement à ce qu'on pourrait croire, n'a pas été une simple conception de l'esprit transformée ensuite en texte législatif. Elle est le fruit d'une longue entreprise de persuasion des Associations viticoles de producteurs de vins fins, conseillées et guidées, à partir de 1930, par mon regretté et éminent prédécesseur, le Président Capus, qui fut, en outre, leur interprète convaincant auprès du Parlement et du Gouvernement.

 

Quelle fut la genèse de cette institution ?

 

Elle prit naissance lorsque fut établie la solidarité de tous les producteurs de vins fins de France.

 

C'est à Alphonse Perrin, l'apôtre Champenois, que revient le mérite d'avoir songé à convoquer à Paris, en 1923, les présidents des syndicats de protection des appellations les plus agissantes. Il y avait là, autour de Perrin : d'Angerville, Laligan, Doyard, Checq, un ou deux autres dont j'ai oublié les noms, et votre serviteur, tout frais élu président du syndicat de Châteauneuf-du-Pape qu'il venait de créer. Le but principal de la réunion était de dégager les principes généraux du droit de l'appellation qui permettraient de trancher le conflit champenois opposant la Marne(Perrin) à l'Aube(Checq). C'est dire qu'il y fut longuement question des cépages et que la discussion y fut vive. En dépit de l'opposition de l'Aube, le rôle capital du cépage fut retenu. On peut affirmer que c'est là que naquit la loi du 22 juillet 1927 et l'arbitrage du président Barthe sur le problème champenois.

 

Mais il y eut un autre résultat constructif. Les présidents décidèrent d'adhérer à la Fédération des Associations Viticoles de France et d'Algérie et de s'y grouper en une section spéciale qu'ils dénommèrent plus ou moins heureusement : la section des Grands Crus. Pourquoi en ai-je été désigné le Secrétaire général, fonctions que j'ai exercées pendant douze ans ? Je me le demande encore.

 

En tout cas, la solidarité était née. Tous les syndicats de défense des appellations se firent inscrire à la Section des Grands Crus dans les deux années qui suivirent. Elle ne tarda pas à arrêter unanimement les grands principes indispensables et à élaborer une doctrine commune.

 

Mais, une fois ce résultat obtenu, il fallait encore arriver à convaincre les viticulteurs de la nécessité d'un effort de discipline et d'un effort financier, convaincre le Gouvernement qu'une organisation nouvelle était indispensable pour maintenir la qualité et la réputation mondiale des Grands Vins de France. Cinq autres années furent nécessaires...

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13 septembre 2016 2 13 /09 /septembre /2016 06:00
L’p’tit caviste de quartier dernier rempart contre la domination de la GD vu par les tontons flingueurs  Dupont&Gerbelle…

Ils ne sont pas donné le mot mais le petit nouveau du Nouvel-Obs. : l’Antoine Gerbelle transfuge de l’antique RVF drivée par ce cher et irremplaçable Denis Saverot et le Jacques Dupont le bas-bourguignon du Point, qui écume les vignobles tout au long de l’année depuis des années, se sont penchés de concert sur le berceau des nouveaux petits cavistes de quartier, qui poussent comme des petits rosés à l’égaille, irréductibles gaulois qui font la nique aux lourdes cohortes bardées de catalogues de la Grande Distribution.

 

Du côté du journal Le Monde, c’est « le guide cherche son chemin » pour Ophélie Neiman et « les caves se rebiffent. » pour Pascal Galinier qui me cite d’entrée, c’est bon pour l’ego, « Un vin de coopérative ? C'est le péché originel », s'amuse Jacques Berthomeau. Mais sur le sujet, l'homme n'a pas toujours manié l'ironie. Consultant en vin, il rédigea en 2001 un rapport qui fit frémir le monde vitivinicole français. Pointant du doigt « la coopération de clocher - qui - a fait son temps », il constatait que « sous les grandes ombrelles que sont nos appellations d'origine contrôlée – les fameuses AOC rebaptisées AOP en 2012 - s'abritent des vins moyens, voire indignes de l'appellation ».

 

J’y reviendrai peut-être si je prends le temps. En ce moment je suis plutôt Tango Corse.

 

Sous l’identité du titre «les caves se rebiffent» entre Galinier et Dupont se cache l’ambiguïté de la cave si je puis m’exprimer ainsi. Et bien évidemment, je laisse de côté l’appellation si prisée des polards des années 50 : le cave, celui qui se rebiffe.

 

Qu’est-ce qu’une cave ?

 

À la fois un lieu où l’on fait le vin : cave coopérative ou cave particulière au sens juridique, un chai pour les propriétaires ; mais aussi un lieu où l’on stocke son vin : chez soi ou par extension récente un lieu où on le stocke pour le vendre. Il faut savoir qu’au temps du jaja en litre 6 étoiles le vin était vendu par l’épicier du coin et que seuls les vins fins, les vins bouchés faisaient l’objet d’un commerce spécialisé : l’enseigne Nicolas étant l’emblème du caviste de quartier. Chez moi, ceux qui vendaient du vin nous les appelions les marchands de vin.

 

Mais laissons-là ces détails linguistiques pour commencer par l’outsider qui a tiré le premier dans le Spécial Vin du Nouvel Obs. du 1 au 7 septembre, titré L’esprit bio.

 

C’est très tendance le bio, même Butane&Degaz s’y sont convertis, même que le Thierry,qui va à vélo à la Maison de la Radio, proclame à qui veut le lire que le bio est l’avenir du vin ! Faudra qu’il passe la consigne à son passeur de plats d’En Magum pour qu’il prêche la bonne parole à ce très cher Hubert dont Angélus fait la Une du dit magazine papier glacé non-recyclable.

 

Je ne ferai pas ce reproche à l’Antoine, il a courageusement ferraillé dans sa vieille maison pour qu’on lui accorde l’absolution. Bref, dans son article sur La loi du marché, après avoir fait le constat que Bordeaux, tout en conservant la première place dans l’offre Foire aux vins de la GD, il note que « l’attrait des sacro-saints ‘châteaux’ de Gironde faiblit » et que globalement, depuis 2013, les ventes de Bordeaux s’érodent chez tous les grands acteurs historiques. »

 

Il se pose alors la question « Le public se lasserait-il des choix de nos grands distributeurs de masse ? »

 

Bon, comme chacun sait, dès 2000, la crème des GCC bordelais, vendue à des prix de Ferrari, a disparue des caddies des grands amateurs franchouillards, provoquant l’ire du pape de la LPV. C’est donc le grand repli dans les caddies, chers au Ribouldingue d’au-delà des Pyrénées, vers « les crus bourgeois et les crus moyenne gamme » note notre Antoine.

 

Et puis soudain patatras le voilà qu’il commet le péché mortel de Bordeaux bashing qui va fâcher le Président Farge que Jacques Dupont aime tant interviewer sur son tracteur.

 

« … le même profil de vin. Le nom du château varie, mais le vin est construit suivant le même modèle : des merlots et cabernet-sauvignon très mûrs, toujours élevés en fûts de chêne, souvent neufs, pour aromatiser le tout. Une playlist somme toute rassurante mais ennuyante. »

 

Ça va chauffer dans les datchas bordelaises et je ne suis pas sûr que l’autre Tonton Flingueur partage cette opinion. Mais laissons là l’éventuelle controverse, nous ne sommes pas sur Face de Bouc.

 

Venons-en au sujet de ma chronique « la renaissance du brave petit caviste de quartier, genre Amélie Poulain »

 

Je cite in extenso le sieur Gerbelle :

 

« La bonne nouvelle pour l’œnophile 2016, c’est le renouveau du métier de caviste. Dans les centres-ville, la mode de la cave bistrot est de retour. Charcuterie et fromages de belles origines sur l’ardoise, murs tapissés de crus signés… Leur offre est généralement en opposition avec celle des super et de hypermarchés. Peu de bordeaux et une large place aux vignerons artisans affiliés à la mouvance bio, biodynamique et plus radicale des vins dits « naturels ». Ces petites structures sont initiées par des amoureux de la dive bouteille, souvent en reconversion professionnelle, qui prolongent leur engagement par les réseaux sociaux et les nouveaux outils numériques. Dans cet esprit, on voyagera sur les sites de 1jour1vin.com, Carnetsdevins.fr, Veilleurdevin.com, Amicalementvin.com, Lacavedespapilles.com ou Vinsnaturels.fr, entre autres. Les applications sur le vin aident aussi la génération du goulot 2.0. Il y a la success story danoise Vivino, le Shazam mondial du vin, qui reconnaît et partage les notations de plusieurs centaines de milliers d’étiquettes. En France, une des applis les plus futées, à la communauté très active, se nomme Raisin, pour trouver, partager les vins naturels où que l’on soit. »

 

Tout cela est bel et beau mon cher Antoine mais ça sent un peu trop, au goût de qui tu sais, le parfum du bobo-mélanchono-parisien

 

Alors que notre Jacques, lui, patiemment, tel un bon docteur de campagne, ausculte la France profonde, celle de Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne où survit, un commerçant encore prospère : le caviste alors que dans la plupart des villes de 5000 habitants, note-t-il, de gros villages en somme, que reste-t-il ?

 

« Un clocher, une mairie, un Leclerc à l’une des sorties du bourg, doté d’un grand parking, de pompes à essence, de rouleaux pour laver les bagnoles, et un Auchan à l’autre sortie du bourg, avec les mêmes appâts. Au milieu, au centre-ville, entre l’église et l’ancienne place de la foire, hormis la pharmacie et le cabinet d’assurances et deux agences bancaires, il n’y a plus rien. Plus de commerces traditionnels, plus de boucher et encore moins de poissonnier. Ils furent les premiers à baisser le rideau, définitivement. »

 

Mais au bonheur, il reste encore le petit caviste de proximité, « c’est souvent un nouveau qui a changé de métier (ou pas), suivi une formation (ou pas) et qui par goût du vin et des voyages dans le vignoble, par amour de la découverte et pour gagner sa vie, se lance dans l’aventure. » note notre Jacques.

 

 

Attention, rien à voir avec les 68 hard « chevelus, fumeurs de pétards », qui dans les années 70, « avec quelques babioles récupérées chez grand-mère et joug de bœuf, s’improvisaient brocanteurs. »

 

Note d’un autre Jacques, moi je trouve que ça correspond assez bien au profil-type du néo-vigneron qui fait des vins à poils qui puent en tongs en se roulant des chichons au bout du rang.

 

Trêve de plaisanterie, il est sérieux notre Jacques et il nous aligne une démonstration imparable, chiffres à l’appui. Si vous voulez en savoir plus vous n’avez qu’à acheter le Spécial Vins du Point.

 

« L’homme de l’art (ndlr le petit caviste de quartier) doit se faire sociologue, voire anthropologue, doté d’une forte intuition pour deviner les goûts, les désirs, le budget du ou de la client (e). »

 

« En changeant de statut, passant de produit de première nécessité à matière de désir, élément de plaisir (« Le superflu, chose très nécessaire » disait Voltaire), plus occasionnel que quotidien, la représentation du vin, la façon de le consommer comme de le vendre a radicalement évolué. Le temps de la fidélité à une marque, à un vignoble, un château, un domaine semble en partie dépassé. On surfe, on zappe, on bouge, on passe d’un partenaire à l’autre, d’un rouge de Loire aux arômes de burlat à un languedoc aux senteurs de garrigue. La curiosité devient le moteur, et la découverte est source de bonheur. On n’entre plus chez le caviste comme chez le pharmacien avec une ordonnance, mais au contraire sans liste de courses, en quête. Suivez le guide. Lequel ne peut plus se contenter de vendre du vin et d’avoir une carte figée. Ses compétences se sont élargies. »

 

Pour clore son panorama, notre Jacques se pose la question à mille francs : est-ce que le fatras de nos appellations et dénominations ne serait pas un atout face à un mode de distribution qui tend à tout normaliser, la mosaïque viticole ne constitue-t-elle pas un rempart ? Le succès du caviste, justement, et sa résistance face aux grandes surfaces trouvent leur source sans ce labyrinthe où, pour dénicher la sortie, la bonne bouteille du soir se démarquant de celle de la veille, il est le conseiller de confiance, celui qui connaît le solfège. Et qui ne doit en aucun cas mépriser ceux qui ne le connaissent pas et aiment simplement déguster la symphonie des vins. »

 

Je suis globalement assez d’accord avec cette approche sauf que la diversité pour moi n’est pas une question de nombre d’appellations ou de dénominations, mais dans la capacité qu’ont certains vignerons de quitter les autoroutes que suivent la majorité de ses confrères pour emprunter les chemins de traverse, de rompre avec l’uniformité, d’exploiter les espaces de liberté, et là le nouveau caviste joue pleinement son rôle de chercheur, d’aiguilleur. L’extension du domaine des AOP-IGP n’a guère apporté de la diversité bien au contraire, les ODG n’ont de cesse de faire rentrer les récalcitrants dans le rang. La technologie lamine, gomme, uniformise.

 

Alors pour faire simple, dans ce renouveau des petits cavistes de quartier ou de gros village, il faut souligner, et ce n’est pas qu’une affaire de parigots tête de veaux, le rôle moteur joué par les cavistes engagés, ce qui ne signifie pas bornés, ils sont aussi des commerçants, qui créent des liens forts avec leurs vignerons, organisent des dégustations ludiques, décomplexées, qui ne consomment pas de l’idéologie, même s’ils ne cachent pas leurs convictions. Croyez-moi, ces gars-là, il y a aussi des filles, sont de bons artisans de l’extension du domaine du vin. Ils attirent à eux une foultitude de gens qui n’auraient jamais mis les pieds auparavant chez un marchand de vin. Même s’ils sont minoritaires ils impulsent une tendance forte qui ne fera que s’amplifier. Et ne me faite pas dire ce que je n’ai pas écrit, ces ludions sympathiques et francs buveurs ne vendent pas que des vins nus qui puent, loin s’en faut.

 

Pas vrai Philippe et Paco, l’un avec son Lieu du Vin est sis dans l’un des derniers quartiers populaires de Paris, à côté du Père Lachaise, qui en bon Aveyronnais fournit même le curé de la paroisse en vin de messe ; l’autre a planté son drapeau rouge dans l’un des derniers bastions rouge de l’ex-ceinture rouge de Paris : Ivry. Chez eux ça déménage, ça lève le coude et ça ripaille.

 

Combien de références chez ces héritiers du vin « une boisson d’époque » chère à Françoise Rosay dans le Cave se rebiffe (notre Jacques peut aligner dans le même article, Audiard, Voltaire ou Benoît Duteurtre) ?

 

La grande nouveauté c’est que dans ces antres de vin on a le vin joyeux loin des simagrées prout-prout ma chère des grands amateurs…

 

 

C’est une Révolution !

 

Je dis ça pour me faire bien voir de Philippe Cuq et Paco Mora, et bien sûr d’Antoine Gruner et de Christophe Ligeron… les tontons flingueurs du litron…

 

Merci à Jacques Dupont et Antoine Gerbelle pour leur éminente contribution à la défense du petit commerce de proximité. Ce n’est qu’un début, continuons le combat !

 

Pour faire le Jacques je chute sur une citation de James Joyce, poète et écrivain d’un pays de bière :

 

« Le bon commerçant vous fait acheter ce qu’il a besoin de vendre. »

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 06:00
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…

Monticello – prononcer « Montitchellou » –, mais où est-ce ?

 

 

En Corsica bien sûr, mais alors pourquoi diable, moi le pinzutu que je suis, vouloir y planter ma dernière yourte ?

 

Parce que c’est beau ! Comme le dit la jeunesse : trop beau !

 

Oui sur les hauts de Monticello le panorama vous coupe le souffle, vous sidère : tout en bas la mer d’un bleu d’azur, s’étale, sous le soleil, se confond avec le ciel et, à perte de vue, tout autour, les montagnes en enfilade dessinent leurs crêtes jusqu’au cap Corse. L’Ile-Rousse son fort, son port, et plus près la coupole de l’église Saint-François-Xavier du village originel.

 

Jusqu’ici pour les amateurs de people, Monticello le « petit mont » ou le « mont du petit oiseau », selon les traductions, c’était le repaire de Jacques Dutronc. Sur la porte de sa grande bâtisse, cernée par les oliviers et le maquis, le fumeur de havanes aux éternelles Ray Ban « aviator » a griffonné en noir « Rouler doucement, rapport aux chats. Merci. »

 

 

En Corse on convoque toujours l’Histoire, il faut savoir qu’en 1758 une partie du territoire de Monticello fut cédée pour la construction de L'Île-Rousse. Pascal Paoli qui venait souvent en Balagne où il séjournait chez son neveu G. Leonetti dans une grande demeure appelée U Palazzu située au-dessus de la mairie de Monticello, avait décidé d'équiper la Corse d'un port au nord-ouest de l'île pour essayer de couper le trafic maritime des Génois avec Calvi qui leur restait fidèle mais également avec Algajola qui fut la résidence du Gouverneur de Gênes jusqu'en 1764.

 

Mon titre, inspiré de la célèbre chanson de Brassens, Supplique pour être enterré sur la plage de Sète, est un clin d’œil, une forme de dérision à mon endroit, en effet le Georges n’est pas enterré au cimetière marin de Sète mais au Py, anciennement appelé le cimetière des pauvres. (1)

 

Fort bien me direz-vous mais pourquoi diable suis-je allé cette année traîner mes guêtres sur les hauts de Monticello ?

 

Comme souvent c’est à la fois fort simple et très compliqué, mais pour résumer en un mot comme en cent il fallait que j’y aille. Impérieuse nécessité !

 

Donc, vendredi dernier, à la première heure j’ai pris les petites routes que je connais bien pour monter au nord, gagner la Balagne, Sagone-Vico-Evisa-le col de Salto- Calacuccia- la Scala santa Regina- Ponte-Leccia- L’Ile Rousse et enfin Monticello.

 

J’ai garé mon auto sur la place de la Mairie, face à l’hôtel-restaurant A Pasturella le cagnard tapait dur. De suite je suis allé réserver une table pour le déjeuner « une bonne table prisée des estivants et le comptoir des habitants. Jacques Dutronc y avait ses habitudes quand il sortait encore. Les serveurs se souviennent de sa générosité. « Il ne peut pas entrer quelque part sans payer une tournée», raconte un habitué.

 

 

J’aime bien le Dutronc mais ce n’est pas pour cette raison que j’ai fait ce long périple.

 

À la réceptionniste j’ai demandé :

 

- Pourriez-vous m’indiquer où se trouve le cimetière de Monticello ?

 

Celle-ci, nullement étonnée qu’un pinzutu fraîchement débarqué lui posât cette question, me répondit :

 

- Il n’est pas encore arrivé…

Je lui répondis : « Je sais… »

 

Nous n’avons pas prononcé son nom, une forme de complicité pudique, je ne devais pas être le premier à lui demander, elle m’a alors dit « le cimetière est tout en haut du village… »

 

Je l’ai remercié. Elle m’a souri.

 

J’y suis monté sous un soleil de onze heures déjà dru.

 

Lorsque je suis arrivé au bas des marches du cimetière et que je me suis retourné, le spectacle qui s’offrait à ma vue m’a époustouflé : la baie de l’Ile Rousse s’étendait tel un vaste miroir bleuté scintillant sous le soleil.

 

Quelle beauté que ce cimetière marin juché dans un splendide et majestueux encorbellement de montagne !

 

Vous ne pouviez pas mieux choisir, cher Michel, et sans jeter de l’huile sur le feu entre toi et le François, c’est tout de même mieux que le triste cimetière de Jarnac. Rappelons tout de même que le Florentin souhaitait être enterré au Mont-Beuvray.

 

J’ose écrire que tu as bien de la chance Michel – je m’aperçois à la relecture que c’est la première fois que je te tutoie, mais je suis sûr que tu me le pardonneras – de reposer dans un tel lieu.

 

Dans la lettre, que ton fils a lue au Temple, tu concluais ainsi :

 

« À Monticello, le cimetière est plein. Ne restait dans la partie haute, au-delà des caveaux, qu’une microparcelle trop petite pour une tombe, suffisante pour deux urnes, au ras de la falaise. Arbres et tombeaux, tout est derrière nous. L’un des plus beaux paysages du monde. Et puis bien sûr, qui dit cimetière dit réconciliation… Le grand Pierre Soulages s’est chargé de pourvoir à ce que les objets à placer là, une urne puis deux, un support, une plaque puis deux, magnifient la beauté du lieu plutôt que de la déparer.

 

À l’occasion, venez nous voir, me voir : il faut garder les liens. Peut-être entendrez-vous les grillons, sans doute écouterez-vous le silence… A coup sûr la majesté et la beauté de l’endroit vous saisiront. Quel autre message laisser que de vous y convier ?»

 

J’ai comme de bien entendu répondu à ton appel même si je savais que tes cendres n’y reposaient pas encore. Non que tu fus en retard, toi toujours si ponctuel contrairement au François de Jarnac, mais parce que Soulages n’a pas encore terminé son œuvre.

 

Je voulais sentir l’esprit du lieu, faire un peu comme au temps du 78 rue de Varenne où vous me disiez, avant d’entamer une visite dans ce Languedoc du vin si turbulent « Vous avez senti le terrain Berthomeau ? »

 

Je suis redescendu pour aller chercher Elisa à la gare de Monticello, baptisée Camping de Monticello, où le train de la compagnie des chemins de fer Corse qui relie Bastia à Calvi ne s’arrête que si on le demande au conducteur.

 

Peu de gens doivent l’emprunter car le propriétaire d’A Pasturella ne savait pas où se trouvait l’arrêt. Comme j’avais coupé la ligne en arrivant à Monticello je suis redescendu et j’ai demandé à une jeune automobiliste arrêté à un stop tout près de la voie  : « Où se trouve la gare ? »

 

Il m’a répondu : « À l’Ile Rousse… »

 

- Non celle de Monticello…

Il a souri, est descendu de sa voiture et m’a indiqué du doigt un vague quai de béton sans aucune indication en ajoutant « Faites signe au conducteur, sinon il ne marquera pas l’arrêt… »

 

Je l’ai chaleureusement remercié.

 

Lorsque le signal sonore a retenti et que les barrières se sont abaissées je me suis posté au bord de la voie et lorsque la motrice s’est pointée j’ai agité mon bras. La rame s’est arrêtée. Deux jeunes randonneurs italiens, sur les marches du wagon m’ont demandé un peu angoissés : « là… camping Monticello » J’ai opiné de la tête et ils m’ont chaleureusement remercié. Les pauvres, nul ne les avait prévenus des coutumes insulaires.

Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…

Nous sommes remonté jusqu’à la place de la mairie et avons fort bien déjeuné sur la belle terrasse d’A Pasturella puis nous sommes remontés jusqu’aux hauts de Monticello.

 

Que pouvions faire d’autre, en écoutant le silence, que de faire quelques photos de ton futur environnement éternel mon cher Michel Rocard. Franchement je t’envie, tu as fait le bon choix.

Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…
Ma supplique pour être enterré dans le cimetière sur les hauts de Monticello…

Lorsque tu seras installé sur les hauts je reviendrai à Monticello. Je prendrai le ferry à Marseille – toi le marin tu apprécieras – pour gagner Bastia puis, sitôt débarqué, je filerai dare-dare à la gare pour attraper le train de Grandes Lignes (sic) Bastia-Calvi jusqu’à l’arrêt Camping de Monticello en oubliant surtout pas de le signaler au conducteur.

 

Ce ne sera pas un pèlerinage, simplement une visite de courtoisie, simple, sans chichi, et je sais que ça te fera plaisir. Nous écouterons ensemble le silence et je me garderai bien de te parler de l’état de notre vieux pays que tu as servi au mieux de tes convictions et de tes engagements. 

 

Comme tu n'as jamais été très friands des interventions je ne te demanderai pas de me donner un petit coup de pouce pour obtenir une concession dans le cimetière des hauts de Monticello. Pourtant que c'est beau !

 

Pace e salute cher Michel…

 

 

(1) Ce vieil anar, lors de sa rencontre mythique avec Ferré et Brel à Paris en 1969, Georges avait expliqué à Léo : «Je te signale que je m’en fous d’être enterré sur la plage de Sète ! Ça m’est complètement égal...J’ai fait ça pour m’amuser, quoi. Pour aller au bain de mer.» Brassens avait plus tard lancé à ses amis : « Tu me vois sur la plage de Sète ? J’aurais l’air d’un con ! »

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, Cahuzac n’a jamais été rocardien mais toujours « tout pour ma gueule… »

« Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder ils s’habitueront. »

René Char

 

Pour bien comprendre un personnage public, tenter de cerner ses ressorts profonds, au-delà des apparences, de l’image qu’il souhaite donner aux autres, le meilleur poste d’observation est de le côtoyer lorsqu’il fait ses premières armes, s’aiguise les dents sur la piétaille.

 

Tel fut mon cas, lors de la bataille qui mena à l’adoption de la fameuse loi Evin.

 

Le jeune homme, bien mis, froid et tranchant comme une lame, sur de lieu, dominateur, intransigeant, sans concession, un pur qui veut consacrer sa vie à nettoyer les écuries d’Augias et à faire triompher un bonheur hygiénique. Pensez-donc, c’est un prometteur bourgeon de l’Assistance Publique, un futur mandarin de la cardiologie, un mec qui veut toujours prouver qu’il est le meilleur de la classe, proche des puissants, ceux qui font les carrières.

 

Ce garçon avait déjà l’art de se placer au bon endroit au bon moment et chez Evin, compagnon de route de Michel Rocard, il en a fait une brillante démonstration en se moulant dans la stratégie de Claude Got et de son Groupe des 5 Sages pour faire passer la fameuse loi Evin.

 

L’attaque. Elle est sans concession. La veille de tout débat parlementaire, c'est la publication d'une tribune dans « Le Monde » et l'envoi d'un signal très clair au ministre de la Santé ; en substance, il lui est dit que, s'il recule, le groupe des 5 le dénoncera « pour lâcheté politicienne ». C'est le combat frontal contre un conseiller du ministre, en l'occurrence le docteur Marschall, jugé trop mou. Et son remplacement par le docteur Cahuzac, considéré comme un des leurs. C'est un travail de lobbying, constant et dévoué : ce sont d'interminables soirées passées, pour Claude Got, dans son petit bureau de l'hôpital, où il écrit, sans fin, sur son Macintosh. C'est enfin le vrai sourire, le premier depuis des années, lorsque le combat paraît gagné, et que la fameuse loi interdisant toute publicité est votée, dans une nuit froide de décembre. »

 

Et puis, voilà que la brillante jeune pousse délaisse les tristes couloirs de l’AP, sans doute y trouverait-il la gloire, puis l’argent, mais il n’a pas le temps, l’homme ambitieux est pressé, il va au plus près du blé, là où il coule à flots, dans la poche des riches : la chirurgie des implants capillaires n’a rien de glorieuse mais elle est une source quasi-inépuisable de liquide. Mais l’homme n’a pas renoncé à ses ambitions premières, il sait que le marigot politique est peuplé de médiocres, de traîne-lattes, de petits apparatchiks, alors il jette son dévolu sur le chouchou des sondages, Michel Rocard, et, puisque son séjour à la Santé, pas la prison mais la crèmerie de la place Fontenoy, lui a fait fréquenter le beau linge des grands laboratoires pharmaceutiques, l’ambitieux va investir pour préparer l’avenir, faire cracher au bassinet les monstres des pilules, planquer le tout en Suisse et attendre la suite des évènements. Apporter de l’eau au futur moulin d’une présidentielle c’est se valoir une reconnaissance éternelle de la part de ceux qui œuvrent dans l’ombre pour porter leur poulain sur la plus haute marche.

 

Tel fut le calcul de Jérôme Cahuzac. Il renouvellera la manœuvre avec Hollande, non sans doute avec un magot, mais avec son art de se rendre indispensable au beau milieu de ceux qu’il méprise, la volaille socialiste, caquetante, fainéante, incompétente…

 

On ne tire pas sur une ambulance disait Françoise Giroud mais il n’est pas interdit de remettre Cahuzac à sa place, celle d’un ambitieux qui s’est pris les pieds dans ses œuvres, rien de plus, rien de moins.

 

Loin du prétoire, assis face à la mer, je lis.

 

« Une femme revient de la rivière, une corbeille remplie de poissons posée sur sa tête, une tunique de laine enserre ses hanches pleines et superbes, des enfants s’amusent à sauter par-dessus des cabris et se disputent la possession de quelques rochers. Une bande de chasseurs surgit dans la clairière portant un vieux mouflon ligoté sur une perche. Un homme en cuirasse, deux petites cornes plantées sur un casque en bronze, apparaît en haut de la tour et observe l’horizon où, blanchie par la lumière du soleil, la mer va se confondre avec le ciel. »

 

« Je ne supporte pas les phrases proustiennes alambiquées, ce style précieux et cette âme parisienne. Je ne saisis pas ce qu’il veut me raconter avec son histoire de traversins, ses conneries de madeleine pour hermaphrodites. Faire la cartographie d’un traversin ou déblatérer sur des madeleines, voilà des choses qui pourraient me pousser à mourir. Qu’est-ce que je peux avoir en commun avec cette âme-là ? Avec ce snobisme intellectuel parisien ? Je vis en montagne et je traque le sanglier, là mes seuls compagnons sont les corbeaux et les êtres les plus rustres de la Création. Mais honnêtement je ne me sens pas plus étroit d’esprit que les bobos parisiens, le seul désir qui m’anime lorsque je les vois sur mon écran de télé est de flanquer des gifles sur les tronches des mecs et les fesses des filles. À mon avis, ils ne sont pas ouverts d’esprit tant que ça. Je les vois comme fermés au monde, repliés sur leur orgueil et leur posture arrogante. L’universel, ce n’est pas Proust et sa madeleine, c’est moi, le désespéré des montagnes, le désespéré des montagnes, ce sont ces types qui errent sur la route en pleine neige chez McCarthy, c’est Mansuetu, Trajan et moi nous gavant d’eau-de-vie et de fromage pourri… »

 

« Oui, je suis fou et en plus je ne compte pas vivre au milieu de cette pagaille touristique, dans un endroit qui est déjà la propriété des étrangers, alors ou bien je te le vends (un champ) ou bien j’en fait profiter une infection parisienne ; puisque ça ne te dérange pas de vivre au milieu de ces gens-là, achète-le, tu t’agrandiras et ça me fera plaisir, j’irai respirer l’air pur là où je ne peux pas les voir, eux et leurs gueules de cochon. »

 

Marc Biancarelli

 

Jérôme Cahuzac, ou la chronique d’un scandale ambulant

 

« Comment ne pas s'étonner de la double indélicatesse qu'il commet avec cette révélation de circonstance ? D'une part, il peut être soupçonné d'avoir attendu la mort de Michel Rocard, survenue cet été, pour sortir cette bonne excuse de son chapeau sans risquer d'être contredit, puisqu'il se refuse à donner le nom d'éventuels intermédiaires ou témoins des tractations. D'autre part, il contribue à rabaisser un peu plus auprès de l'opinion publique l'image de la politique, qui n'a pas besoin de cela. »

 

Au premier jour de son procès pour fraude fiscale et blanchiment, ce lundi, l’ancien ministre français du Budget a lâché une bombe : son premier compte occulte a été ouvert, en Suisse, en 1992, pour le « financement des activités politiques » de Michel Rocard.

 

Et si le faux-départ de ce procès avait changé la ligne de défense de Jérôme Cahuzac ? Celui qui devait initialement être jugé en février était de retour, ce lundi, devant le tribunal correctionnel de Paris. Le procès avait été postposé suite à une question de procédure de la défense (Le Soir du 4 septembre). Entre ce "vrai faux" procès et celui de septembre, un homme est mort. L’ancien Premier ministre (de mai 1988 à mai 1991) Michel Rocard a succombé à un cancer, le 2 juillet dernier.

 

« En 1992, j’ai demandé à Philippe Péninque (un intermédiaire proche de l’extrême droite, NDLR) d’ouvrir un compte en Suisse. Ce compte, c’est du financement d’activités politiques pour un homme dont j’espérais qu’il aurait un destin politique national », lâche à la barre l’ancien ministre et député socialiste. Cet homme, Michel Rocard, « n’en a probablement rien su », précise Jérôme Cahuzac devant ses juges. Il ménage un homme pour qui « il avait une grande admiration ».

 

En mai 1991, Michel Rocard est débarqué du gouvernement par son meilleur ennemi, François Mitterrand. Jérôme Cahuzac, de son côté, quitte le cabinet du ministre de la Santé, Claude Evin, où il était en charge des médicaments et des équipements lourds. Il commence ses très lucratives activités de chirurgien esthétique, spécialiste des implants capillaires. Et se met au service de la cause rocardienne, la « deuxième voie » de gauche. En 1993 Michel Rocard s’empare du Parti socialiste. Et après ? L’argent suisse devait « servir à financer la campagne de 1995, on espérait que Rocard se présenterait » à la présidentielle, explique Cahuzac. Problème : le financement politique commence (tout doucement) à être régulé. L’ancien ministre du Budget, en charge de la lutte contre la fraude fiscale, révèle : « Il m’est dit que la seule façon d’aider ne peut être que de façon occulte et parallèle. Il m’est dit : pourquoi pas, mais pas en France. J’avais compris. Je vais voir certains responsables de laboratoires » pour solliciter des financements. « Certains refusent, certains acceptent », raconte l’ancien ministre.

 

Deux versements de Pfizer

 

En quelques minutes, Jérôme Cahuzac vient de lever le voile sur un secret de son compte suisse qui n’a jamais été effleuré par les investigations du juge d’instruction. Il précise que deux versements ont été effectués en 1993 par le laboratoire Pfizer. Bravache : « Les labos pharmaceutiques ont financé tous les partis politiques, tous ! »

 

D’abord conciliant, Jérôme Cahuzac se tend à mesure que les questions du président Peimane Ghaleh-Marzban et – surtout – du procureur, se font plus précises. Les noms de Michel Rocard et Pfizer seront les seuls concédés au tribunal. « Une seule autre personne était au courant » pour le compte. Jérôme Cahuzac refuse catégoriquement de le nommer. « Des gens sont encore aux responsabilités ? », tente le président du tribunal. Fou rire dans la salle, grand sourire du prévenu.

 

Ce financement occulte d’activités politiques, Cahuzac jure qu’il n’a duré que 7 mois. En 1994, le clan rocardien est déjà moribond. Cahuzac se rencarde auprès du (ou des) mystérieux initiateur(s) du financement : que faire de ce compte ? « On me dit ‘tu ne bouges pas, on te dira’. On ne m’a jamais dit ». « Par précaution », Jérôme Cahuzac transfère les fonds vers un nouveau compte personnel, à l’UBS de Genève. Un compte qui restera dormant jusqu’au début des années 2000. Quand il sera à nouveau alimenté, ce sera par « les fruits de mon travail, que je ne déclarais pas », avoue Cahuzac.

 

25 ans plus tard, la « part d’ombre » du ministre déchu n’a pas livré tous ses secrets. Le tribunal a deux semaines pour tenter de les percer.

 

Cette piste de la corruption, les investigations n’ont fait que l’effleurer, sans jamais pouvoir la prouver. Dès 2013, Mediapart, à l’origine de l’affaire, évoque des pots-de-vin, pratique semble-t-il courante du temps où Jérôme Cahuzac est membre du cabinet du ministre de la Santé. De 1988 à 1991, Cahuzac est chargé des médicaments et des équipements lourds. Mediapart soulève le cas de la société israélienne Elscint, qui aurait versé des dessous-de-table pour obtenir le droit de vendre ses scanners ou systèmes d’IRM en France.

 

Dès sa sortie du ministère, en plus de son activité de chirurgien, Cahuzac développe son activité de consultant pour les laboratoires. Parallèlement, il ouvre le premier compte occulte et sollicite les labos pour « soutenir » Rocard. Le président du tribunal, pas convaincu par l’histoire du financement politique, a questionné le prévenu sur ses activités de lobbyiste. Médicament au prix de vente surestimé, liens troubles avec l’agence du médicament… : sur ces questions, Jérôme Cahuzac s’est montré très silencieux.

 

Cahuzac ne donne pas de noms

 

Interrogé à ce sujet, Manuel Valls a nié en bloc. « On a du mal à suivre Jérôme Cahuzac [...] Je n'ai pas envie de rentrer dans cette discussion. [...] C'est à lui de s'expliquer, à ses manquements », explique-t-il, se disant « triste » et « dégoûté ». « Ce type de déclarations, elle est faite pour instiller le doute, y compris à l'égard 'un homme qui vient de disparaître », tonne-t-il.

 

Qui pouvait être au courant de l'ouverture de ce compte en Suisse et qui lui a demandé de l'ouvrir? Jérôme Cahuzac est resté mutique au tribunal. Tout juste donnera-t-il le nom du géant pharmaceutique Pfizer qui, d'après le principal intéressé, a donné de l'argent qui été ensuite viré sur le compte bancaire suisse.

 

L'occulte financement des partis dans les années 90

 

Sur Europe1 mardi matin, Jean-Luc Barré, un proche de Jérôme Cahuzac et auteur de Dissimulations - La véritable affaire Cahuzac a assuré de son côté qu'une partie de la famille politique de Michel Rocard était au courant. « Toute la vérité sur l'affaire Cahuzac, un jour ou l'autre, on la saura. Le fond de l'affaire, c'est qu'est-ce que savait sa famille politique de l'existence de ce compte, du plus haut de l'exécutif jusqu'à sa famille originelle qui sont les rocardiens? », explique-t-il.

 

S'il refuse, lui aussi, de donner des noms, il évoque toutefois celui de Pierre Fabre ou encore celui d'Yves Colmou, « un proche conseiller de Rocard à l'époque, et proche conseiller de Valls aujourd'hui ».

 

Au début des années 90, le financement des partis politiques était encore relativement occulte et les entreprises pouvaient mettre la main à la poche. « Jusque dans les années 1980, il n'y avait aucun contrôle sur l'argent de la politique », rappelle Europe1.fr. Les premières tentatives de réglementation apparaissent en 1990, portées notamment par Michel Rocard, avec le vote d'une loi pour plafonner les dépenses des campagnes et organiser le contrôle sur leur financement. Mais des systèmes parallèles existaient néanmoins.

 

Hollande à Wagram ou comment étouffer Macron, Montebourg, Valls et Hamon

 

François Hollande est candidat, et il n’est pas candidat. En vérité, c’est d’une totale limpidité. Le président est le candidat Descartes que l’on sort au meilleur moment. "Je pense candidat, donc je suis candidat", et nul besoin de le dire, d’autres s’en chargeront pour moi.

 

La consigne a été passée cette semaine par Jean-Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du PS, lors d’une réunion des cadres supérieurs de la majorité du PS. En substance, il leur a ordonné d’aller partout et répéter sans cesse que François Hollande est candidat, et qu’il n’en est pas d’autres, à gauche de crédible. Hollande, The Special One, le seul capable de battre la droite, Sarkozy et Le Pen. Hollande le rempart républicain. Le discours de Wagram, nouveau credo de la Hollandie.

 

La stratégie est simple: il faut empêcher les empêcheurs. Les prendre à leur propre jeu. Retourner contre eux la force qu’ils prétendent exercer contre Hollande pour le contraindre à renoncer. Le discours de Wagram est un fusil à deux coups. Premier coup: je cible la droite de nouveau saisie par le vertige Sarkozy, l’ennemi idéal, et menacée d’étranglement par le FN. Je me pose en bouclier de la République. Second coup: mieux placé que je suis par fonction pour être ce bouclier, fort de ma légitimité présidentielle, les autres sont disqualifiés d’avance. Trop jeunes. Trop inexpérimentés. Trop à gauche. Trop à droite. Trop caractériels. Trop tendres…

 

Nous entrons ici dans les coulisses de la préparation de la campagne Hollande 2017, dont le discours de Wagram a posé le décor. Moi ou le chaos, le chaos, c’est les autres. Montebourg, Hamon, Valls et Macron ne sont pas à la hauteur du défi de l’histoire.

 

La suite ICI 

 

Duflot, Hamon, Mélenchon, Montebourg : à la Fête de « L’Huma », à chacun sa présidentielle

 

LE MONDE | 10.09.2016 Par Raphaëlle Besse Desmoulières


Il régnait un parfum de présidentielle, samedi 10 septembre, à La Fête de L’Humanité, qui se tient jusqu’à dimanche à La Courneuve (Seine-Saint-Denis). Rares étaient les candidats de la gauche non-gouvernementale qui n’avaient pas fait le déplacement ; étaient présents, entre autres, Jean-Luc Mélenchon, qui se présente sous les couleurs de « La France insoumise », les socialistes Arnaud Montebourg et Benoît Hamon ou encore l’écologiste Cécile Duflot.

 

Depuis vendredi, il a été beaucoup été question de « convergences », de « points d’accords », « d’unité ». Notamment dans la bouche du secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, qui assure ne pas avoir renoncé à une candidature commune de la « gauche d’alternative », seule solution à ses yeux pour éviter un second tour droite – extrême droite. Les communistes n’ont toujours pas tranché leur stratégie pour 2017 et ne le feront pas avant novembre. Même si la voie qu’il a choisi d’emprunter fait tanguer son parti, le sénateur de Paris, qui a écarté pour l’heure une candidature communiste, veut continuer à faire dialoguer les différentes forces en présence.

 

Son idée : élaborer un « pacte d’engagements communs » sur lequel chacun se mettrait d’accord. « Sommes-nous la gauche la plus bête d’Europe ? », a-t-il lancé, un brin provocateur, lors d’un discours samedi. « On continue à faire marcher la machine à perdre en multipliant les candidatures, a-t-il déploré. Il existe une majorité sociale dans ce pays, à nous de la transformer en majorité politique. » Oui, mais comment tant chacun semble suivre son propre sillon ?

 

Il y a bien l’opposition à la loi travail qui relie nombre de ces candidats, mais pas besoin d’aller bien loin pour entendre ce qui les sépare. A sept mois du premier tour de la présidentielle, quand ce ne sont pas des questions de fond qui les divisent, ce sont des stratégies différentes qui les éloignent. Il suffisait de se rendre à l’Agora, le principal lieu de débats de la Fête, où plusieurs d’entre eux étaient invités à répondre à la question « la gauche peut-elle gagner en 2017 ? ». A la tribune, Benoît Hamon a, certes, pointé de « véritables convergences » avec le PCF, Jean-Luc Mélenchon ou Cécile Duflot sur la démocratie, la VIe République, un nouveau modèle de développement. Mais l’ex-ministre de l’éducation en tire la conclusion que la solution à la dispersion reste une primaire – lui se présente à celle du PS. « Au risque de ne pas vous plaire, oui, je pense qu’il faudrait qu’on ait une primaire qui nous permette de nous départager pour n’avoir qu’un candidat et être présent au second tour », a-t-il lancé.

 

« Avancer ensemble »

 

Arnaud Montebourg lui a succédé quelques heures plus tard sous les huées du public avant d’être applaudi au fil de ses réponses. L’ancien ministre de l’économie a lui aussi estimé qu’il était possible « d’avancer ensemble » en citant la VIe République, l’austérité en Europe ou encore la question des services publics. « Ce sont là des points importants qui peuvent structurer une offre politique de gauche rassemblant l’ensemble des composantes de la famille de gauche pour éviter un nouveau 21 avril 2002 », a-t-il expliqué. Mais le chantre du « made in France » n’a pas voulu lever l’ambiguïté du cadre de sa candidature – au sein de la primaire du PS ou en dehors. « Si je ne peux pas exprimer [dans la primaire] ce que j’ai ressenti quand j’étais au gouvernement (…), je prendrai mes responsabilités », a-t-il redit.

 

Pour Cécile Duflot, les choses étaient plus claires : la députée de Paris est candidate à la primaire d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV). Et l’ex-ministre du logement entend bien qu’un candidat écologiste soit présent en 2017 sinon « on n’a plus qu’à rentrer chez nous ». « Je suis candidate pour que l’écologie gagne, qu’il y a une présidente écologiste et une majorité écologiste, a-t-elle expliqué. Le pire qui puisse nous arriver, c’est de ne plus y croire. »


Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a bien fait comprendre que rien ne le ferait dévier de sa voie. « Ne biaisons pas, a-t-il souligné devant un public bien fourni. Je ne suis pas un type qui sort de l’ENA et qui se demande s’il va être à gauche ou à droite et s’il va faire ministre ou président de la République, a-t-il ajouté. Ma vie est faite ! » Pour le fondateur du Parti de gauche, « il n’y a pas de martingale pour gagner ». « L’enjeu numéro un est celui du plus grand nombre, a-t-il indiqué. Si nous rejouons le cartel de partis, c’est perdu d’avance. »

 

Il a beau rappeler le « retard » pris par rapport à 2011 – à cette époque, sa candidature comme candidat du Front de gauche était lancée, le député européen n’entend pas faire pour le moment un geste en direction du PCF. Ces derniers refusent de s’inscrire dans le cadre qu’il propose, celui de La France insoumise. « C’est tout ce qui les dérange ?, s’est agacé en fin d’après-midi Jean-Luc Mélenchon devant quelques journalistes. Vous croyez que je vais retourner couper les cheveux en quatre dans la coordination du Front de gauche ? Ce n’est pas Pierre Laurent que je dois convaincre mais 3 millions de personnes de plus [qu’en 2012] de venir voter pour nous. » Au final, chacun des candidats aura profité de la Fête pour se montrer, faire bonne figure et surtout faire campagne. Pour les communistes, c’est retour à la case départ.


Nadine Morano échoue à se qualifier pour la primaire de la droite

 

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 06:00
« Alors que la 1ière fois elle était restée silencieuse, ce coup-ci, elle se mit à miauner. Et Giurlà trouva la chose bien à son goût. Par le fait, il poussa aussi de grands han à chaque enfournée. »

Je vis sur une île, j’aime les îles, j’aime les écrivains, Milena Agus la sarde et bien sûr Andrea Camilleri le sicilien.

 

En Corse y’a des chèvres alors j’ai choisi « Le Grelot » de ce dernier, publié chez Fayard.

 

C’est l’histoire, à l’aube du XXe siècle, d’un fils de pêcheur de Vigàta, Giurlà, placé à quatorze ans dans une chèvrerie de montagne où il va découvrir un univers de solitude qui lui donne goût à une liberté inespérée et l’initie à l’amour d’une manière peu banale.

 

L’extrait que je vous propose ne déflore pas le fond de ce beau roman, il est très représentatif de la langue de Camilleri et de son art de conteur.

 

 

 

 

 

« À la chèvrerie, Rosa ramenait les cabres à l’enclos.

 

Giurlà rentra ranger ses provisions dans la caborne.

 

« Je peux te prendre un peu d’eau dans l’outre pour me laver ? demanda Rosa dehors.

 

- Pour sûr. »

 

Fut dit, fut fait, Rosa se défubla de son chemisier, baissa les bretelles de sa combinaison, enleva son soutien-gorge.

 

Doux Jésus, quels belons énormes ! Comment pouvaient-ils pointer si dru malgré leur poids ? Rosa s’accassa, releva sa jupe et son jupon, les roula à la taille et se lava entre les jambes. Elle ne portait pas de culotte. Quand elle eut fini, elle entra dans la tenue où elle se trouvait.

 

«Tu me prêtes quelque chose pour m’essuyer ? » demanda-t-elle en s’asseyant sur la paillasse.

 

Giurlà ne trouva guère à lui donner qu’une de ses chemises, qu’il avait lavée deux jours plus tôt. Rosa s’allongea s’appuyant d’un bras sur la caisse et commença par s’essuyer la poitrine. Les yeux écarabillés de Giurlà étaient rivés sur les natures de Rosa, que sa position mettait en vue ni peu ni trop. Elle avait du poil au minon ! Quasiment plus qu’une beguiette !

 

« Pourquoi tu me regardes avec ces yeux de merlan frit ? s’enquit Rosa. Tu n’as jamais vu une femme nue ?

 

- Non.

 

- De vrai ? Alors te gêne pas et regarde-moi bien. »

 

Elle rejeta son chemisier, troussa encore plus haut jupe et jupon et s’appuya des deux bras sur la caisse pour qu’il ait un meilleur point de vue. Giurlà, déjà benouillé de sueur, sentit qu’il durcissait dans son pantalon. Ça lui arrivait depuis deux ou trois mois, mais gros raide comme ça, c’était la première fois. Rosa eut un joli petit rire, elle se redressa, prit la main de Giurlà, la posa sur ses belons et s’allongea à nouveau. Ils avaient beau être durs comme de la pierre, sous la main c’était du velours. Puis Rosa déplaça la main de Giurlà plus bas, vers ses natures, et guida deux de ses doigts à l’intérieur d’elle. Puis elle dit :

 

« Attends. »

 

Tout empoupiné de sa personne, Giurlà en nage se releva. Rosa baissa son pantalon, attira le garçon sur elle, le guida. Ils venaient de finir et étaient allongés côte à côte, le souffle court [...]

 

[...] Il fit demi-tour, pensant trouver Rosa déjà rhabillée. Penses-tu ! Elle s’était mise toute nue et couchée à plat ventre. L’effet sur Giurlà fut le même que s’il n’avait fifrée à l’instant. Dès qu’il fut sur elle, elle adopta la même position qu’avec Damianu *. Mais alors que la première fois elle était restée silencieuse, ce coup-ci, elle se mit à miauner. Et Giurlà trouva la chose bien à son goût. Par le fait, il poussa aussi de grands han à chaque enfournée. »

 

Petit retour en arrière : « En arrivant près de la caborne, il entendit Rosa qui miaunait. La pauvre ! Alors ce n’était pas seulement la tête qui lui variait, elle était malade pour de bon. Mais il dut s’arrêter sur le seuil, pétrufié. Il n’avait jamais vu un homme et une femme fifrer, mais il en avait jaqueté à perte de vue avec Pipo et Fofò et c’était comme s’il l’avait déjà vu cent fois. Rosa, nue comme une jument, était allongée, jambes écartées, sur la couverture qui recouvrait la paillasse et Damianu, encarpionné sur elle, donnait du cul en avant, en arrière, en avant, en arrière. Giurlà était ébaffé de la force que Damianu déployait à chaque ahan. C’était peut-être ce qui arrachait ces ramamiaux à Rosa ? Elle avait peut-être mal ? Mais elle ne semblait pas miaumer de douleur, bien au contraire ! Le cabreux s’arrêta, se dégagea et Rosa pris la position à genoux, en appui sur les paumes. Derrière elle, Damianu se rempiqua bon cœur bon argent, en avant arrière, avant arrière, tout en empoignant les belons de Rosa, qui pendaient comme des mamelles de cabres. Les gémissements de Rosa enflèrent.

 

Giurlà s’en revint.

 

« Comment va Rosa ?

 

- Nettement mieux », rebriqua Giurlà.

 

L’éclaffée de rire fut générale »

 

Un peu plus loin : « Mais pour s’endormir, c’étaient des figues d’un autre panier ! L’odeur de Rosa avait imprégné la paillasse et plus la température montait sous la couverture, plus l’odeur devenait entêtante.

Il se retrouva à nouveau pavillon haut. Il comprit que s’il voulait dormir, il valait mieux ne pas gueniller. D’une mai, il entreprit donc le nécessaire pendant que l’autre, il caressait... »

 

Mais à partir de là mystère, c’est l’histoire et si vous souhaiter en savoir plus faites l’acquisition de ce livre c’est 15,90 euros.

 

« Alors que la 1ière fois elle était restée silencieuse, ce coup-ci, elle se mit à miauner. Et Giurlà trouva la chose bien à son goût. Par le fait, il poussa aussi de grands han à chaque enfournée. »
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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:00
Polygraphies corses (8) le seul vrai pastis corse c’est DAMI et vous prendrez bien 1 petite myrte pour la route…

Le pastis DAMI, est le seul pastis qui peut revendiquer la nationalité corse. Il est produit à Bastia.

 

Certes le pastis Casanis, créé en 1925 par Emmanuel Casabianca est né en Corse mais il a émigré à Marseille pour tomber ensuite dans les mains capitalistiques du Bourguignon Jean-Claude Boisset qui, dans le même mouvement devenait le grand fournisseur des pastis de marques de distributeurs. En 2009, c’est un parisien, inconnu du grand public, Jean-Pierre Cayard et sa société au nom exotique : La Martiniquaise qui rachetait le tout. Casanis est le seul Pastis de Marseille élaborée à partir de distillation d'anis vert et d’anis étoilé, et par infusion de la réglisse.

 

C’est dans le contexte du succès des boissons anisées, dû à leur fabrication industrielle leur permettant de se vendre bon marché, substitut de l’absinthe interdite en France en 1915, que plusieurs maisons corse se lancent dans la fabrication de ces boissons. Parmi elle on distingue la maison Damiani, créée en 1935, qui lance son pastis DAMI en 1950. À la belle époque la Corse compta une dizaine de marques mais la concurrence des poids lourds du continent, Pernod et Ricard, les a fait disparaître. Seul Damiani maintient une petite production de pastis en Corse, destinée essentiellement au marché insulaire.

 

Pastis Dami à l’apéritif mais encore plus sûrement un petit godet de Myrte en digestif, souvent avec un glaçon.

 

 

La liqueur de myrte est incolore ou mauve selon qu’elle est industrielle ou artisanale. Son arôme est parfumé et fruité avec un arrière-goût âpre caractéristique du fruit de myrte. Composée, en plus des baies, de sucre, d’eau et d’eau-de-vie de vin, son titre alcoolique varie d’un producteur à l’autre.

 

 

Chaque région, sinon chaque famille, a sa recette de liqueur de myrte et les auteurs de livres de cuisine corse ne manquent pas de donner la leur. Si Simone Costantini a donné une recette de ratafia de myrte, Maria Nunzia Filippini ou François Poli ont comme d’autres tenu à faire figurer dans leur ouvrage cette liqueur traditionnelle. La société Mattei, créée en 1872 à Bastia, connue pour son vin doux Cap Corse, a vendu à partir dès 1931 une liqueur de myrte.

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 06:00
Couilles de taureaux au Pernod au four : une recette papale d’Ugo Tognazzi

Dans son livre culte Ugo Tognazzi nous livre ses recettes et, il ne manque d’en balancer une, bien provocante, du bout de sa plume. Cependant pour atténuer le poids de son péché il se prévaut de l’onction papale.

 

En effet, affirme-t-il « à une époque pas si lointaine, il était un Pape que les couilles de taureau rendait dingue, il en mangeait matin et soir : sept-huit tranches, au beurre et, à la sauge. »

 

L’impertinent Ugo ajoute que bien sûr le très Saint Père ne pouvait demander à ses cuisiniers « Amenez moi mes fameuses couilles au four, comme d’habitude ! » alors il les baptisa « animelles ».

 

Le mot animelles — le nom est toujours au féminin pluriel — (ou rognons blancs, ou amourettes) est un terme culinaire pour désigner un type d'abats, les testicules d'animaux (taureauverrat ou bélier mais plus particulièrement les jeunes béliers), lorsqu'ils sont utilisés dans l'alimentation humaine1. Ils sont pelés et, en général, mis à tremper dans l'eau froide pendant deux à trois heures avant la préparation pour dégorger. Ils étaient en vogue autrefois en France, en Espagne, au Portugal et en Italie, mais leur popularité a baissé considérablement depuis la crise de la vache folle. Toutefois, ils sont devenus populaires aux États-Uniscomme recette italienne connue sous le nom de Lamb Fries. Au centre-ouest des États-Unis dans le sud de l'Indiana, dans l'Illinois et le Missouri, on consomme les testicules de buffletaureau ou sanglier sous le nom d'« huitres des Montagnes Rocheuses » (« Rocky Mountain Oysters »).

 

 

Bien évidemment Ugo Tognazzi a joint le geste à l’écrit en préparant pour les 30 compétiteurs du tournoi de tennis qu’il organisait sur le terrain de sa villa de Tor Vajanica « 30 couilles au Pernod, qu’ils ont toutes prises pour des rognons sautés à l’ail et au persil. »

 

Sans mâcher ses mots Ugo décrit sa recette :

 

« Prenez de belles couilles de taureau et « scalpez-les » en les incisant dans leur longueur. Coupez ensuite délicatement ces deux testicules scalpés en tranches fines (de l’épaisseur d’un petit doigt). Plongez les tranches dans un poêle remplie de Pernod, ajoutez une pointe de sel et laissez reposer une bonne demi-heure. Une fois les testicules bien imprégnés, panez-les et faites-les frire en les aspergeant encore de Pernod si la cuisson avait tendance à dessécher les tranches. Servez ensuite à table, en faisant montre d’un certain sérieux. »

 

Et le Ugo d’ajouter : « au moment du café, commencez à vous régaler en informant vos invités qu’ils ont foutu en l’air quelque chose comme une couille de taureau par tête de pipe.

 

Amusez-vous des réactions. Elles vous serviront de tests psychologiques. »

 

Voilà pour la partie italienne maintenant passons au versant français avec le Pernod qui semble le grand oublié du couple Pernod-Ricard où, il est évident que le dominant fut Paul Ricard auquel succéda Patrick Ricard pour revenir, après le brillant passage de Pierre Pringuet, à Alexandre Ricard.

 

Pernod dis-nous qui es-tu ?

 

« Contrairement aux idées reçues, Pernod n'est pas un pastis car il ne contient que très peu de réglisse.

 

La marque doit son goût à la distillation de plantes et non à la macération, utilisée pour la production de pastis.

 

Le produit est élaboré à partir d'essences d'anis étoilé, ou badiane, fruit d'un arbre cultivé dans le Nord-Vietnam et dans les provinces méridionales de Chine. On en extrait l'anéthol qui est ensuite mélangé à des essences de plantes aromatiques obtenues par distillation, au nombre desquelles la menthe et la coriandre. »

 

 

Mais d’où viens-tu Pernod ?

 

« Son histoire remonte à la fin du XVIIIème siècle quand deux sœurs, les demoiselles Henriod, vendent à Couvet (Suisse) un élixir d’absinthe de leur composition.

 

La formule comporte quatre plantes, absinthe, anis vert, fenouil et hysope, infusées dans de l’eau-de-vie de vin. Sa consommation est alors recommandée par le docteur Ordinaire, un médecin français réfugié après la Révolution française, en Suisse, à Couvet.

 

Afin de donner à la liqueur l’essor industriel qu’elle mérite, les deux sœurs cèdent leur formule au major Daniel-Henri Dubied, négociant en dentelles, qui fonde, en 1798, une distillerie à Couvet sous la raison sociale Dubied père et fils.

 

Ignorant tout du métier de la distillation, il s’adjoint les compétences d’Henri-Louis Perrenod (1776-1851, fils d’Abram-Louis Perrenoud dont le nom se transformera en Perrenod).

 

 

Fort du succès de cet élixir, ce dernier crée sa propre fabrique, Henri-Louis Perrenod, et s'associe avec un des fils Dubied.

 

Souhaitant étendre son activité en France et pour éviter les droits de douane, il installe, en 1804, une distillerie à Pontarlier (Doubs) sous le nom de Perrenod fils qui devient Pernod Fils en 1805.

 

Marié une première fois en 1797, Henri-Louis Perrenod, devenu veuf, se remarie en 1807 avec Emilie Dubied, la fille du major. De sa première union naîtra Edouard Pernod, à l'origine des branches Gempp-Pernod et Legler-Pernod en plus de la distillerie de Couvet confiée par son père en 1829.

 

Son fils Louis, né de son deuxième mariage, le seconde à celle de Pontarlier. Les territoires sont bien délimités : Edouard 1 exporte aux Amériques quand Henri-Louis vend en France et dans les colonies particulièrement depuis que l'armée française, partie conquérir l'Algérie, emporta dans ses bagages les bouteilles Pernod Fils.

 

A la mort de Henri-Louis Pernod, le 8 décembre 1851, quatre ans après son fils Louis, Emilie reprend l'affaire, aidée de ses deux petits-fils, Fritz et Louis Alfred qui font faire de la distillerie l'une des premières de France avec une production de 25 000 litres d'absinthe (à 72°) par jour en 1896 contre 16 litres en 1805.

 

 

La société se singularise par la création, en 1873, d'un fond de retraite alimenté par une participation aux bénéfices de l'entreprise et par la création d'un système d'assurance contre les accidents et la maladie.

 

Fritz, décédé en 1880, Louis Alfred reste seul aux commandes, soutenu par la banque Veil-Picard de Besançon à qui il cède la société en 1888.

 

Avec ce nouvel actionnaire, la société affiche une grande prospérité au point de devenir, au début du XXème siècle l'une des premières marques d'apéritifs du monde. La création de dépôts régionaux dans plusieurs villes de France permet une diffusion plus large sur tout le territoire.

 

Un grave incendie, déclenché par un orage le 11 août 1901, jour de la fête des pompiers pontissaliens, n'aura pas raison de l'entreprise qui fête son centenaire en 1905.

 

Au cours du XIXème siècle, l'absinthe devient très vite la reine de l'apéritif.

 

Le Parlement accuse l'absinthe de tous les maux et, sous prétexte qu'elle est antinationale, en interdit la fabrication et la consommation par le décret-loi, le 16 mars 1915 (prohibée en Suisse dès 1910).

 

L'usine Pernod Fils, dont l'activité est mono produit,est transformée en hôpital militaire, puis ferme définitivement ses portes en 1917 avant d'être vendue à la chocolaterie Peter, Cailler, Kohler.

 

Par chance, une autre société, la maison A. Hémard, fondée en 1871 par Ariste Hémard à Montreuil et réputée pour l'Amourette, reprend, à la demande de la société Veil-Picard, la marque Pernod Fils en 1926 (2).

 

Une société est créée qui a pour nom Les Etablissements A.Hémard et Pernod Fils réunies.

 

Les apéritifs à base d'anis dont la teneur en alcool peut atteindre 40° étant autorisés depuis 1922, la maison, dirigée depuis 1905 par André Hémard, le fils du fondateur, lance un Anis Pernod à la marque Pernod Fils. Reste que cette marque est déposée depuis 1918 par la société Pernod Père et Fils !

 

Pernod ? Il s'agit d'un homonyme, celui de Jules-François Pernod. Sa société, Les Etablissements Jules Pernod, fabrique depuis 1860, à Montfavet près d'Avignon, une teinture rouge par distillation des racines de garance, destinée aux pantalons militaires.

 

Jules-François Pernod change son fusil d'épaule en 1876 en transformant son usine en distillerie d'alcool, puis en fabrique d'absinthe à la marque Jules Pernod en 1882.

 

L'entreprise devenue Société Pernod Père et Fils en 1916 dépose en 1918 la marque Anis Pernod, puis Pernod et Un Pernod en 1921, monopolisant ainsi le nom Pernod pour tous les anisés qui pourraient être créés ultérieurement.

 

 

Il existe donc à cette époque deux Pernod : celui d'Avignon et celui de Pontarlier.

 

Avignon fait un procès à Pontarlier pour usurpation de marque qu'il gagne : en 1928 est reconnue l'antériorité de la marque Pernod aux Etablissements Pernod Père et Fils d'Avignon et il est interdit aux Etablissements Hémard et Pernod Fils Réunies de l'utiliser.

 

Un vrai pastis !

 

Que faire quand André Hémard décide de faire appel ?

 

Conscient que la mésentente pouvait durer de longues années, ce dernier propose aux Pernod d'Avignon la fusion des deux sociétés.

 

Le mariage est célébré la même année, le 4 décembre 1928. La nouvelle société, dirigée par Jean Hémard, le fils d'André, a pour nom Les Etablissements Pernod avec, comme sous-titre Maisons Pernod Fils, Hémard et Pernod Père et Fils Réunies.

 

Longtemps leader sur le marché des boissons apéritives anisées, Pernod voit arriver en 1932 un concurrent : le pastis Ricard, le “vrai pastis de Marseille”.

 

 

Aussi, profitant d'un décret-loi autorisant en avril 1938 de porter le degré d'alcool à 45°, Pernod lance Pernod 45.

 

La commercialisation sur fond de réclame “et un Pernod pour Arthur, et un !” sera de courte durée car le gouvernement de Vichy voue aux gémonies “la France de l'apéro, responsable de la défaite” et interdit les apéritifs à base d'alcool titrant plus de 16°. Pernod lance alors le PSA : Pernod Sans Alcool !

 

 

1949 : un amendement abroge la loi d'interdiction de 1940 mais maintient l'interdiction de la publicité par affichage et voie de presse.Pernod a plus d'un tour dans son sac dont celui du Tour de France où sillonnent dès 1949 des camionnettes estampillés Pernod Fils.

 

Il faudra attendre 1951 pour que cet apéritif soit de nouveau “libéré”. Les Etablissements Pernod célèbrent cette date en lançant la même année le pastis Pernod 51 qui deviendra Pastis 51 en 1954 pour éviter la confusion avec Pernod 45 (ici le degré d'alcool). Dirigée par Jean Hémard, la société change de raison sociale en 1959.

 

Elle va faire du sponsoring sportif un axe de communication majeur en parrainant des manifestations cyclistes, des clubs de pétanque (Marseille oblige), de rugby et de football, le Paris- Dakar… jusqu'au décret Barzach de 1987.

 

“Heureux comme un 51 dans l'eau”, clame la publicité de 1974 à 1983. A l'air frais, la concurrence est rude avec Ricard et son slogan “Un Ricard sinon rien”. La guerre - commerciale - entre Paris et Marseille fait rage. L'armistice sera signé en 1972, quand Paul Ricard décide de fusionner sa société avec Pernod.

 

L'ensemble devient Pernod Ricard le 20 décembre 1974, chaque société conservant sa personnalité.

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 08:00
Polygraphies corses (7), qui se souvient d’Ange-Raymond Antonini, des résistants corses, des goumiers et tirailleurs marocains qui en 1943 on fait de la Corse le premier morceau libéré de la France ?

Pourquoi sommes-nous devenus si peureux, si anxieux, si frileux, si pessimistes, aurions-nous perdus la mémoire, surtout nous les presque vieux accouchés dans la grande vague du baby-boom ?

 

Sommes-nous si oublieux des temps que nous avons vécus, incapables d’assumer notre Histoire, non pour la célébrer mais pour la mettre en perspective afin de contribuer à lutter contre la dictature de l’immédiateté, le c’était mieux avant, l’immobilisme quand ce n’est pas la régression.

 

Nous, que l’on met tous dans le grand sac des seniors, sommes-nous en train d’engluer, nos enfants et nos petits-enfants, dans notre frilosité, notre égoïsme de nantis – pour ceux des retraités qui, comme moi, sont à l’aise, et ils pèsent lourds –, dans notre conservatisme de rentiers ?

 

Se souvenir d’où nous venons devrait nous permettre, puisque l’espérance de vie nous fait peser lourd dans la balance du politique, de sortir de notre confort pour assumer notre rôle de passeur de témoin aux générations futures. Mettre la main à la pâte et à la poche pour accompagner les projets de celles et ceux qui se coltinent à la dureté du temps.

 

Prêchi-prêcha que tout ça me direz-vous, rassurez-vous je ne prêche pas, je sais d’où je viens, j’essaie d’être là où il faut être, de faire au niveau de mes moyens, sans me mettre en avant, ça m’aide à vivre le temps qui me reste à vivre, je n’emporterai pas mon Livret A au paradis, si tant est qu’il y en est un, et si oui je risque fort de n’y être pas admis

 

Lisez attentivement cette chronique :

Les retraités pèsent de manière démesurée sur la définition de l'offre politique. 

 

Revenons à la Corse avec Ange-Raymond Antonini « Nos Excellences ne se salissent pas les mains, elles délèguent l’intendance à leur cabinet »

 

En septembre 1970, sous le pseudonyme de Jacques Lantier, ce haut fonctionnaire de l'Intérieur, ancien agent secret, cité à l'Ordre de la Nation pour faits de Résistance, jouissant d’une réelle notoriété dans la Police « vérolée » de la IVe République, publie chez Fayard un brulot : « Le temps des policiers »

 

 

En 1960, il se portait volontaire pour la Coopération et partait en Afrique Noire, d'abord au service de la France, puis ensuite comme expert de l'Organisation des Nations Unies. En Afrique, Ange-Raymond Antonini se convertit à l'anthropologie et se livre à des recherches au cours de ses voyages. De retour à Paris il fait, au Musée de l'Homme notamment, des conférences qui lui valent d'être admis à la Société d'Anthropologie de Paris.

 

Son livre véritable acte d'accusation contre notre société demeurée selon lui, proche des sociétés primitives, en proie aux angoisses collectives, à la merci des ambitions et des appétits de minorités dénuées de scrupules.

 

De Gaulle « avait du militaire à la fois la grandeur et les faiblesses. Tout comme Pétain, on le savait obnubilé par des histoires de 2e Bureau, de police, d’espionnage, de barbouzes, de dames Bonacieux… » et que « l’un et l’autre couvrirent la France et le reste de réseaux jacassiers où l’on retrouvait parfois des moines ferrailleurs, comme on allait autrefois des mousquetaires de la reine aux mousquetaires du roi… » écrivait-il.

 

«Nos Excellences ne se salissent pas les mains, elles délèguent l’intendance à leur cabinet. Je trouve l’appellation fort adéquate car ces cabinets sont bourrés de personnages aux qualifications douteuses qui coiffent les administrations sans subir de concours, qui ne doivent qu’au piston les pouvoirs qu’ils s’accordent, qui accaparent l’Etat au profit des clans. Ce sont des milliers de prébendiers, des mangeurs de crédits, des rongeurs de budget, des croqueurs de fonds secrets, des dévoreurs de bénéfices qui régentent, exploitent, tètent, sucent et épuise la France par la seule volonté de la camarilla qui règle nos affaires… »

 

En bon corse, Ange-Raymond, jouait les Casamayor – pseudonyme d’un haut magistrat adepte des tribunes libres dans le Monde de Beuve-Méry – version lyrique, en durcissant le trait mais, sans contestation, il plaçait le doigt sur un bubon gorgé de pus. À juste titre il avait raison de souligner que « la police publique est devenue peu à peu une police privée. À quoi servirait la suppression des polices parallèles si, par des missions obliques, les services officiels exercent leurs mandats occultes parallèlement au droit et à la justice ? »

 

 

La Corse libérée ! La Corse insurgée ! Mais la Corse oubliée ! Que savons-nous sur le continent de cet exploit réalisé sur l'île, premier département français à s'être dégagé des griffes de l'occupant en septembre 1943 ? On en sait beaucoup sur le débarquement en Normandie, bien sûr. Sur la Provence, bien moins. Mais, sur la Corse, rien ou presque rien. Cet événement périphérique, mythifié, parfois exagéré, par les autonomistes, n'a pas eu droit à une seule note en bas de page dans notre roman national. Sans être corsophile, on peut le regretter, car, par ailleurs, l'histoire est singulière... »

 

Ironie des appellations, c’est le Front national, organisation résistante proche du Parti communiste, qui va mener « un incroyable et fulgurant travail de mobilisation populaire en misant sur l’italianophobie après l’arrivée de 80 000 soldats italiens en novembre 1942. Il convoque aussi l’histoire insulaire : Paoli, Sampierro, le condottiere du XVIe siècle qui s’était opposé à Gênes, mais sans aucune référence à Napoléon ni à la France. »

 

Les résistants jouent Alger, le Général Giraud contre de Gaulle, via un militaire, Paulin Colonna d’Istria, pour se faire livrer des armes débarquées par des sous-marins anglais et le « Casabianca »

 

« Dès qu’ils les ont réceptionnés, ils dictent leur tempo : aussitôt que les Italiens, débarrassés de Mussolini, auront signés l’armistice avec les Alliés, ils s’insurgeront. »

 

 

Le lendemain de cet armistice, rendu public le 8 septembre 1943, Ajaccio se soulève, et 40 résistants prennent d’assaut la Préfecture sans rencontrer de grande résistance. Petit à petit les Italiens qui les avaient pourchassés se rangent à leur côté et 5 jours plus tard, 4000 hommes – surtout des goumiers et des tirailleurs marocains – venus d’Alger arrivent à la rescousse et débarquent à Ajaccio.

 

 

Les Allemands, les 4000 SS-la XVIe Panzerdivision reconstituée après un passage sur le Front de l’Est stationnés au Sud de l’île, remontent par la plaine orientale ou par bateau jusqu’à Bastia d’où ils chassent les Italiens le 13 septembre.

 

Les résistants avec l’appui conjoint des troupes d’Alger et des Italiens convergent vers Bastia. Le principal et dernier engagement a lieu au col de Teghime, conquis par les Marocains le 2 octobre. Le 4 octobre, les Italiens reprennent Bastia aux Allemands, qui réembarquent ce jour-là.

 

La Corse est libérée !

 

 

De Gaulle, bien qu’écarté de l’opération – qu’il aura bien soin d’escamoter dans ses Mémoires – débarque dès le 5 octobre à Ajaccio et entame une tournée triomphale.

 

En bon et habile stratège politique, il étouffe dans l’œuf la stratégie des communistes en déclarant en Corse la mobilisation générale en novembre 1943, phénomène unique en France.

 

 

Le 8 octobre, à Bastia, place l’accent sur la portée symbolique de l’aventure : « La Corse a la fortune et l’honneur d’être le premier morceau libéré de la France. Ce qu’elle fait éclater de ses sentiments et de sa volonté, à la lumière de sa libération, démontre ce que sont les sentiments et la volonté de la nation toute entière. (…)

 

Les patriotes corses groupés dans le Front national auraient pu attendre que la victoire des armes réglât heureusement leur destin. Mais ils voulaient eux-mêmes être des vainqueurs. »

 

Dès le 4 décembre 1938, alors que Mussolini revendique « Corsica, Savoia, Tunisia a noi » des milliers de Corses se sont rassemblés devant le monument aux morts de Bastia. Là, ils déclarent de façon solennelle : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français. »

 

172 insulaires résistants, 87 militaires et 200 civils sont morts pour libérer la Corse.

 

Folelli : Pour découvrir ou revisiter autrement la Résistance et la Libération de la Corse ICI 

 
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