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23 juin 2016 4 23 /06 /juin /2016 06:00
Mais qu’est-ce donc qu’un vin honnête ? « L’important, c’est que le vin soit honnête » nous dit Gaspard Proust…

Chronique qui va fortement déplaire au milieu du concert de louanges joué sur Face de Bouc par les grands amateurs...

 

« Au fond, l’important, c’est que le vin soit honnête avec son terroir ou avec son vigneron, et qu’il raconte l’histoire qu’on a voulu lui faire raconter. Qu’on ne l’ait pas chargé en bois et en vanille pour faire illusion… »

 

C’est beau comme l’antique ne trouvez-vous pas mais si je suis ce Proust là, pas le Marcel bien sûr, il existe-donc des vins malhonnêtes et dans la foulée je me pose la question : à quoi reconnait-on l’honnêteté d’un vin ?

 

À la gueule de celui qui le fait ou de ceux qui le font ? À ce qu’ils disent, écrivent, sur l’art et la manière de conduire leurs vignes et de faire leur vin ? Au storytelling véhiculé par de bons communicants ?

 

Je ne sais !

 

Et vous qu’en savez-vous monsieur Proust ?

 

Êtes-vous si bien informé, ou mieux informé, que nous ? Faites-vous parti du cercle des initiés, ceux qui savent ce qui se passe dans le secret des chais et entre les rangs de la vigne ?

 

Dites-nous ?

 

L’honnêteté n’est pas une mention obligatoire sur l’étiquette.

 

Alors, si l’important est selon vous est l’honnêteté du vin, avec son terroir ou avec le vigneron qui le fait il va falloir que vous nous donniez la clé de votre méthode avec laquelle vous attribuez ce certificat d’honnêteté.

 

Ce que vous dites dans l’interview n’éclaire guère notre lanterne, sans vous offenser je crois que vous vous payez de mots en vous attribuant le pouvoir de juger qui de ce qui est honnête ou qui de ce ne l’est pas. Ou alors êtes-vous si bon public ce qui, après tout, ne serait que le paradoxe du comédien qui place dans sa bouche les mots des autres ?

 

Mais les mots à force de les galvauder, de mal nommer les choses, forment la trame de discours ronflants, qui brassent toujours le même air, enfument le bon peuple déjà terrorisé par son « ignorance crasse. »

 

Laure Gasparotto, dans le chapeau de son interview, dit que, lorsque vous lui répondez, « le ton est moins acide, plus tendre, que lorsqu’il vous êtes sur scène. »

 

J’eusse préféré que vous conserviez cette pointe d’acidité, celle qui tient la trame d’un vin, lui permet de s’exprimer, car vos réponses sont bien convenues. Ça sent le buveur d’étiquettes ripolinant son discours sous de belles phrases « Dans une bouteille, je cherche aussi la complexité et la pureté. Hélas, la complexité est rare. Et souvent chère. Encore qu’il existe des vins très chers ne racontant pas grand-chose d’autre que la spéculation qui existe sur leur nom

 

Et pourtant toutes vos références sont, et c’est votre droit, dans l’univers des vins qui tiennent le haut du pavé de la notoriété et des prix. Les grands vins dit-on.

 

« Château Larcis Ducasse, grand cru classé de saint-émilion 1971… »

 

« J’adorerais avoir dans ma cave uniquement des Mission 49, des Lafite 47, des Yquem 67, des Chapelle 61, des romanée-conti 69, des Richebourg 90, des vieilles «Cathelin» de Chave, des vieux Rayas, etc. »

 

Et les autres, où sont-ils placés dans votre univers ?

 

Bien sûr tout n’est pas bon à jeter dans vos réponses Gaspard Proust, vous savez vous faire lyrique, sensible :

 

«J’aime beaucoup le vignoble en terrasses des côtes-du-rhône. Je me demande toujours comment font les gens pour les travailler. Avec ce fleuve qui traverse le paysage, c’est spectaculaire. Quand je passe devant Château Rayas, je sais qu’il y a du sable. Quand je continue, voilà une forêt. Microclimat frais sur cette dalle à canicule qu’est le vignoble de Châteauneuf… Tout cela m’émeut »

 

Vous savez manier les mots, jouer à merveille des codes, séduire, il y a chez vous une forme de désinvolture élégante qui ne peut que plaire à un certain public, mes amis de la LPV. 

 

« Un vin vieux, ­débarrassé des artifices et des oripeaux de l’élevage, est dans une forme de vérité. J’ai eu la chance de goûter … un 1929, qui s’était évaporé et dont le niveau était assez bas. C’était un Ausone. On a mis vingt minutes pour enlever le bouchon. Ce vin était émouvant au possible !

 

Il était loin d’être mort, mais il envoyait son dernier souffle, le testament de son année et de son terroir. Alors, soudain en vous quelque chose remonte. Qui étaient ces gens qui se sont penchés sur ces vignes, quel air respiraient-ils ? Pouvaient-ils se douter que ce n’est qu’un siècle plus tard que ce vin allait pousser son premier souffle ? Qu’il allait s’offrir timide, puis prendre peu à peu du corps et nous raconter son histoire ? Dans ces moments-là, tout devient plus lent, plus intense, plus beau. Le vin est une ­matière vivante. Le boire est une résurrection. Et puis, vient le temps où la bouteille s’achève. La particularité d’un vin qu’on ouvre, c’est que vous êtes convié à la fois à sa naissance et à sa mort. C’est un cadeau inestimable. »

 

Ce n’est que mon point-de-vue et sans doute ne correspond-il pas à celui des cénacles des grands amateurs. Mais il n’en reste pas moins vrai que la question initiale de l’honnêteté du vin reste en suspens et ça me chagrine car « Mal nommer les choses, jugeait Camus, c'est ajouter au malheur du monde. Ne pas nommer les choses, c'est nier notre humanité. »

 

Alors donnons aux choses leur nom :

 

Soyons tout d'abord terre à terre, au ras des pâquerettes :

 

Le vin pour circuler doit être sain, loyal et marchand

 

Ces termes on les retrouve en permanence dans les textes juridiques, comme par exemple «… provenir de vins présentant les caractéristiques d'un vin sain, loyal et marchand, vinifié conformément aux usages locaux, loyaux et constants, à l'exclusion des vins avariés, de mauvais goût, ou de vins de dépôt en bon état de conservation. Dans tous les cas, les vins mis en oeuvre ne devront pas présenter une acidité volatile, exprimée en acide sulfurique, supérieure à 1,20 gr par litre. » La définition d'un produit liquide sain, loyal et marchand n'existe pas, en tant que telle, dans la réglementation viti-vinicole. Elle résulte, au plan national, d'une construction jurisprudentielle élaborée sur la base du décret du 19 août 1921, modifié, pris pour l'application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes.

 

Lire ICI ma chronique du 17 janvier 2013 sur le sujet

 

Loyauté : Caractère de ce qui est inspiré par cette fidélité aux engagements pris.

 

Honnêteté : Conformité (quant à la probité, à la vertu) à une norme morale socialement reconnue.

 

« Ce naïf compliqué croit dur comme fer qu'un homme de lettres, un journaliste, un député, même de l'espèce bien-pensante, bénéficie d'une sorte d'alibi moral, a droit à un traitement de faveur, ne peut être tenu, avec le commun des êtres raisonnables, d'observer les règles élémentaires de la simple honnêteté. » Bernanos, Imposture, 1927, p. 415.

 

  • Dans le domaine des affaires, du commerce. Qualité de celui qui est fidèle à ses obligations, à ses engagements, qui ne cherche pas à tromper; qualité de ce qui est fait en respectant les engagements pris, sans tromperie.

 

« Larsonneau s'était si admirablement conduit dans l'affaire de Charonne, que Saccard (...) poussa l'honnêteté jusqu'à lui donner ses dix pour cent et son pot-de-vin de trente mille francs Zola, Curée, 1872, p. 587).

 

  • Dans le domaine de la vie intellectuelle, de la création artistique. Rigueur, franchise.

 

« Je garde ma foi dans une patrie où chacun s'efforcera de comprendre les raisons des uns et les excuses des autres. Alors se lèveront les jours bénis où il y aura de nouveau assez de place dans les prisons pour les condamnés de droit commun, où écrivains et journalistes, ruisselants de bonne foi et d'honnêteté intellectuelle, auront appris à se méfier du destin redoutable qui peut tenir dans leur stylo, où il ne sera plus nécessaire d'ergoter sur ce que signifie trahison et intelligence avec l'ennemi. Mauriac. 1945, p. 482.

 

Si vous souhaitez lire l’intégralité de l’interview c’est ICI  (peut-être n'y aurez vous pas accès si n'êtes pas abonnés au Monde, je peux vous faire parvenir le texte à la demande ou allez acheter le Monde papier )

 

Les 6 règles de l’honnêteté intellectuelle​ ICI

 

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22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 06:00
Palmer se met à Table : du pur jus de Verjus… La table est au centre de la cuisine, pièce où l’on se retrouve parce qu’il y fait chaud

J’aime mon titre !

 

Le titre sur Face de Bouc c’est le sésame ouvre toi, l’appeau pour séduire les bobos, les alternos, les intellos, les cocos qui like plus vite que leur ombre, donc il ne faut pas se rater sinon c’est sitôt panier !

 

Palmer d’abord : 2 cibles, Jack et le château…

 

Jack Palmer le détective privé déjanté de Pétillon c’est un must depuis son affaire Corse.

 

 

Château Palmer c’est le GCC Margaux devenu biodynamique sous la houlette de Thomas Duroux.

 

Celui-ci a tout compris, ou presque, avec L’œil de Palmer il nous conte ou fait conter des histoires qui ne se contentent pas d’encenser le grand cru classé, loin du ballet des ego de certains propriétaires qui pensent que pour séduire les gogos il faut chausser de gros sabots. Le tout pour ma gueule n’est pas la tasse de thé du taulier de Palmer.

 

 

Se mettre à table en argot ça donne ça :

 

« Sûr et certain que je vais être emmouscaillé par cette affaire après toutes les questions que j'ai posées aux employés. Ça m'étonnerait qu'il tienne sa menteuse, le gominé de la réception. Il a une bouille à se foutre à table pour pas chérot. »

 

1956. Fais gaffe à tes os San Antonio

 

Mais la table c’est TABLE et TABLE c’est Verjus.

 

Et Verjus c’est Bruno Verjus à qui Thomas Duroux a prêté sa plume pour qu’il nous donne du pur jus de Verjus.

 

Bruno n’est pas né dans les choux mais dans un potager du côté de Roanne, à Renaison où dans « une petite maison au milieu de pas grand-chose » il a grandi en âge et en saveurs. Au milieu des lapins, des poules, de la vache et des chèvres de sa tante, et bien sûr du potager où le Bruno a amassé sa bibliothèque de goûts.

 

Économie d’échanges entre voisins, de cueillette « est-ce le moment pour les myrtilles, les framboises, les champignons ? Y en a-t-il ou pas ? Est-ce le dernier jour pour les cerises avant que les oiseaux ne les mangent ? »

 

À l’âge de raison faire pousser des radis et des salades, braconner des truites dans la rivière, attraper des écrevisses, le voilà bien armé pour la vie, sa vie.

 

Et puis, « à l’âge où les chefs arrêtent la cuisine, il s’est mis à Table, restaurant singulier, qu’il a ouvert en 2013 (j’étais présent à la première), à deux pas du marché d’Aligre. »

 

Il fut entrepreneur, blogueur…l’Île d’Yeu… puis vint la boulimie de la lecture et l’envie d’écrire.

 

La découverte de la nouvelle de Giono : l’homme qui plantait des arbres  fait comprendre à Bruno ce que pouvait être sa vie « arrivé à un certain âge… je me suis rendu compte que des choses m’habitaient, qu’elles étaient bien là, même si elles ne remontaient pas forcément à la surface. Cette agrégation avait pris du sens. »

 

Que se passe-t-il autour de la table ?

 

« C’est pour moi d’abord le lieu de la préparation du repas, et de la transmission. Qu’on écosse des petits pois ou qu’on concocte un bon plat, on échange des informations, presqu’un ADN familial. La table est au centre de la cuisine, pièce où l’on se retrouve parce qu’il y fait chaud. Davantage que des recettes, on partage des savoir-faire, des histoires. »

 

La cuisine ?

 

« Le vigneron Pierre Overnoy, à qui je demandais comment on fait du vin m’avait répondu : « Tu es droitier ? Ta main gauche doit retenir ta main droite. » L’action doit être déliée, dans un seul geste et une seule énergie. Il y a une instantanéité, on construit l’assiette avec retenue, dans le retrait indispensable pour que les produits magnifiques puissent épanouir leur nature. Ce qui permet aux arômes d’un vin de s’ouvrir, c’est la trame acide ; de même, quand je rôtis mes belles volailles anciennes, et que je recueille un jus d’écoulement exceptionnel, je n’ai plus qu’à mettre quelques gouttes d’un vinaigre de fleurs de sureau cueillies le long de la Seine pour obtenir cette trame acide sur laquelle s’agrègent les saveurs. »

 

Comment dépenser son argent…

 

«L’homme qui plantait des arbres m’a montré la voie : on est ce qu’on décide d’être. Or, un des rares pouvoirs que nous ayons est de savoir auprès de qui on dépense son argent. Quand on va le dépenser dans les supermarchés, on ne peut se plaindre que le monde dans lequel on vit ne nous rende pas heureux. Parce qu’on en est le premier financier. Si on arrête d’être les moteurs de ce monde, les responsables de ces grands groupes, qui sont des gens tout sauf idiots, modifient leurs comportements. Et si on décide en revanche de dépenser son argent auprès de gens qui créent du sens on se sent mieux. »

 

Le principe de la ménagère : « Je fais avec mon frigo »

 

« J’ai un rapport particulier avec mes fournisseurs. Je ne leur passe pas de commandes. Je ne leur dis pas : trouve-moi un turbot, je veux douze pigeons, quinze poulardes. Eux décident de ce qu’ils m’envoient. Simplement, ce doit être des produits exceptionnels. J’essaie d’avoir un rapport vertueux avec ces producteurs qui sont tous des artisans. En aucune façon, je ne veux bouleverser leur milieu, modifier leur biotope, car c’est cela qui rend leurs produits passionnants. Donc, je fais la cuisine avec ce que l’on me donne et dans la qualité que l’on me donne. Ça oblige à être imaginatif. Et je fais une cuisine de l’instant. »

 

Et le vin dans tout ça ?

 

« Je n’ai commencé à boire du vin que vers 32-33 ans »

 

« … je suis allé de découverte en découverte. J’ai rencontré Henry-Frédéric Roch, qui commençait à faire son domaine avec Philippe Pacalet, Pierre Overnoy dans le Jura ; Marcel Lapierre dans le Beaujolais. J’ai goûté leurs vins, je n’y connaissais rien, mais ces rencontres humaines et ces vins m’ont fait du bien, je ressentais quelque chose de joyeux, les vibrations qu’ils me donnaient étaient en harmonie avec mon corps, et, d’un seul coup, je me suis dit qu’il y avait un champ à explorer. »

 

Et avec le homard sorti vivant de l’eau, grillé sur la carapace tu aimes quel vin Bruno ?

 

« Avec le homard, j’ai une grande passion pour les chenins, Montsoreau, Parnay, Turquant, sur les hauteurs de la Loire, avec des sols de tuffeau bien drainés, toujours un peu de vent, on a de très belles maturités sur le chenin, cépage que je trouve magnifique, que l’on peut confondre avec le chardonnay. »

 

Palmer se met à Table : du pur jus de Verjus… La table est au centre de la cuisine, pièce où l’on se retrouve parce qu’il y fait chaud
Palmer se met à Table : du pur jus de Verjus… La table est au centre de la cuisine, pièce où l’on se retrouve parce qu’il y fait chaud
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21 juin 2016 2 21 /06 /juin /2016 06:00
Le classement des GCC de Saint-Emilion et le 50 best, classement des meilleures tables du monde « opaque », « malhonnête », « opération marketing », sortent du même tonneau…

« Sorti du restaurant après un repas arrosé, lunettes de soleil rivées sur le nez, ce n’est pas avec une certaine fierté qu’Hubert de Boüard se rend au tribunal, remontant le boulevard du Palais, en tirant sa valise à roulettes. Il a choisi sa tenue avec soin. Il est avant tout un homme d’affaires avisé, vigneron quand cela l’arrange ; pas un paysan bouseux comme sont certains, mais un gentleman farmer. D’ailleurs cette veste en laine lui va si bien, "casual" avec élégance. Propriétaire d’Angélus, Hubert de Boüard n’est pas peu fier quand il pense au chemin parcouru. Ce procès contre la « nunuche » Isabelle Saporta, comme ses amis du monde du vin l’ont qualifiée, va être vite rondement mené. D’ailleurs Maître Jean-Yves Dupeux et les conseillers du cabinet d’avocats Lussan, un des meilleurs de Paris et l’un des plus chers, lui ont assuré que l’audience ne serait qu’une simple formalité. Sa réussite est reconnue et appréciée. Il ne lui reste plus aujourd’hui qu’à faire disparaitre cette ombre au tableau. »

 

Signé Monsieur Septime dans son compte-rendu de l’audience de la 17e Chambre du TGI de Paris 14 juin 2016.

 

Laissons de côté ce cher Hubert et venons-en au cœur de la procédure de classement, nouvelle formule, des GCC de Saint-Emilion.

 

Place au principal témoin du plaignant :

 

« Les deux autres témoins cités par la partie civile viendront de façon presque candide confirmer cet entre-soi. Tout d’abord Robert Tinlot, de la Commission de classement des Grands crus classés de Saint-Emilion et ancien directeur de l’OIV (Organisation internationale de la vigne et du vin). Si au départ il défend l’intégrité de l’INAO, très vite on se rend compte que les qualités du vin ont peu d’importance dans le classement. Ce qui compte est l’intérêt économique, les marchés à l’export. Pour lui c’est une évidence, « on classe des entreprises et non des vins ». Mais surtout suite à la pantalonnade du précédent classement «il ne faut pas ternir cette image (l’image de Saint-Emilion)». Au final, il reconnait des conflits d’intérêts, qu’il appelle pudiquement « intérêts croisés ».

 

Classement d'entreprises, lorsqu'un comsommateur achète Angélus c'est l'oeuvre toute entière d'Hubert qu'il acquiert  avec en prime, James Bond, à la manière des cadeaux Bonux dans les paquets de lessive !

 

Nous y voilà,

 

François Simon, critique gastronomique pour le journal Le Monde. Ex-juré du 50 Best, avec ironie, raille : « Le 50 Best participe de la dimension comique de la gastronomie »

 

« Aujourd'hui, à l'échelle du monde entier, il est impossible de classer les restaurants»

 

« Ce genre de classement ne correspond plus du tout à la réalité des choses. A une époque, les résultats d'un guide comme le Michelin étaient attendus comme la révélation d'une situation donnée, d'une géographie gourmande, qui était identifiable. Aujourd'hui, à l'échelle du monde entier, il est impossible de classer les restaurants – déjà, rien qu'à l'échelle du 6e restaurant de Paris, j'aurais un mal de chien à établir un classement, il y a un millier d'adresses, comment peut-on mettre un sushi bar au-dessus d'une galette bretonne ? C'est techniquement impossible. »

 

Franck Pinay-Rabaroust rédacteur en chef du site Atabula. Ex-juré du 50 Best.

 

« Au niveau mondial, ce classement prend de plus en plus de place, grâce à un marketing d'enfer. Les organisateurs se tournent vers de nouveaux marchés, l'Amérique du Sud, l'Australie… Ils visent les pays qui acceptent d'investir : l'an prochain, c'est l'Australie qui va accueillir la soirée de remise de prix, financée pour un montant important via son Office du tourisme. Comme le Michelin qui fonctionne avec des partenariats, le 50 Best va où il y a de l'argent.

 

Les chefs savent bien que la notion de classement n'a pas de sens d'un point de vue gustatif. Mais classer, ça permet de buzzer, c'est très anglo-saxon. On aime tous les classements parce que c'est plus facile à comprendre, plus lisible, que le Michelin, qui compte six cent restaurants 3 étoiles et met sic cent restaurants au sommet. Le 50 Best lui n'a qu'un seul numéro 1. C'est beaucoup plus fort d'un point de vue marketing. »

 

Alexandre Cammas fondateur du guide gastronomique Fooding : « Certains chefs sont très forts en com et ont des discours ultra intéressants mais sont de mauvais cuisiniers »

 

Emmanuel Rubin critique gastronomique au Figaro. Ex-juré du 50 best.

 

« J'ai fait partie du jury français pendant deux-trois ans, au tout début, sous la férule de François Simon, qui était le chairman France. On trouvait l'idée sympathique, parce qu'on sortait de ce tropisme franchouillard des guides qui sanctifient toujours les mêmes restaurants de cuisine bourgeoise classique.

 

Très rapidement, on s'est aperçu que la méthodologie était un peu trop “cool”. Je me souviens qu'à l'époque, on demandait aux votants de choisir cinq restaurants qui pour eux étaient les meilleurs du monde, trois dans leur zone dédiée (la France) et deux hors de leur zone. Nous, on jouait le jeu, chacun votait pour les restaurants qu'il aimait. Mais certains pays étaient beaucoup plus lobbyistes, beaucoup plus intelligents – et beaucoup moins sincères en vérité : le chairman qui dirigeait une académie locale pouvait dire « on va tous voter pour le même restaurant, comme ça, ça va lui rapporter beaucoup de points, et du poids dans le classement ». Là où les Français arrivaient en ordre dispersé, désorganisés mais sincères, les autres ciblaient – notamment les Espagnols, les Italiens ou les Anglais… C'est comme ça qu'on a vu certains restaurants monter très haut, et des restaurants français moins bien classés.

 

Aujourd'hui, le 50 Best est une opération marketing. Il y a du bon et du mauvais marketing comme il y a du bon et du mauvais cholestérol. »

 

Comme le dirait les peine-à-jouir de la dégustation dans les AOP anciennement syndiquées : ça a un air de famille tout ça mais à un détail d’importance près : le 50 best, classement des meilleures tables du monde est une machine privée alors que le nouveau classement des GCC de Saint-Emilion s’est vu, après une procédure au formalisme d’apparence bien bordée, avalisé, j’oserais même dire béni par l’Etat.

 

Tous ces beaux libéraux qui n’aiment rien tant que conchier l’Etat, ses fonctionnaires, ses procédures, pour faire reluire leur belle marque font appel à lui sans se priver de le placer dans une situation étrange d’avaliser un enfant qui n’est pas le sien.

 

Le sieur Septime traduit avec justesse mon témoignage, en lui rappelant que je n’ai jamais été ni haut, ni fonctionnaire, mais en confirmant que mon ego est bien jaugé :

 

Le premier témoin appelé à la barre est Jacques Berthomeau. Cet ancien haut fonctionnaire bloggeur compulsif qui a travaillé auprès de Michel Rocard se présente comme un « témoin privilégié de la vie de l’INAO ». Ses détracteurs disent de lui que si l’ego était une énergie fossile, Jacques Berthomeau en serait une source inépuisable. Quoiqu’il en soit il a des mots sévères pour cet organisme censé défendre la qualité et donc le consommateur : « le comité national est un club, on se connait, on se fréquente en famille ». « L’INAO n’est qu’une chambre d’enregistrement, les décisions se prennent ailleurs ».

 

Cette déclaration fait bondir la juge, « mais où se prennent-elles dans ce cas ? ».

 

- « Comme souvent savent faire les hommes... Je ne suis plus fonctionnaire mais j’ai toujours mon devoir de réserve », répond en demi-teinte l’ancien fonctionnaire rocardien. Jacques Berthomeau qui a toujours revendiqué sa qualité d’électron libre en fait aujourd’hui la preuve. Il va même porter le coup de grâce quand on lui rétorque que le comité est constitué de 60 membres, nombre suffisant pour assurer une indépendance. Il répond tel un professeur s’adressant à un de ses jeunes élèves brillants : « Oui Madame La Présidente, mais il y a toujours des dominants. (...). Rien n'empêche les dominants de relire, d’annoter. Les connexions existent et font partie du jeu. Mais aujourd’hui les enjeux financiers sont tels que cette co-gestion de l’appellation producteurs/institution publique s’emballe ».

 

 

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20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 06:00
Le con est un gros-plein-de-satisfaction : «Il vaut mieux être saoul que con, ça dure moins longtemps» presque du Coluche

L’image m’est parvenue via Face de Bouc via Olivier Dauga winemaker globe-trotter.

 

Affiché au restaurant le Voltaire à Chicago.

 

Vous vous doutez bien que mon ego surdimensionné a gravi plusieurs points sur l’échelle de mon incommensurable orgueil.

 

Mais attention cette saillie je n’en suis pas l’auteur, je m’étais contenté de l’utiliser en titre de l’une de mes chroniques de stakhanoviste du blog.

 

«Il vaut mieux être saoul que con, ça dure moins longtemps» à intégrer dans le Manuel du petit dégustateur borné

 

J’écrivais donc le 16 mars 2009

 

« Sauf, bien sûr, à être beurré comme un Petit Lu, à toute heure du jour et de la nuit, ce qui, vous le savez, n’est pas notre philosophie de la vie à l’ABV (la défunte Amicale du Bien Vivre), cette citation que certains attribuent à un journaliste belge, va comme un gant à une large part de ceux, les politiques, dont le regretté Coluche disait que « si on leur vendait le Sahara, dans cinq ans il faudrait qu’ils achètent du sable ailleurs. » Cependant, afin de ne pas nous dédouaner de notre propre connerie, je me réfère à « L’autopsie de la connerie » de Denis Faïk, une chronique très complète et très savante publiée le 30 janvier 2009.

 

Chicago, pensez-donc, bien plus que mon cher Hubert de Boüard de Laforest je contribue à la grandeur de notre vieux pays fourbu.

 

Je continuais ainsi :

 

« Quand on a défini un con, alors on a l’illusion d’être soi-même prémuni. La « cible » donne le sentiment que nous sommes en face d’elle, donc hors du champ de la connerie… »

 

Afin de bien cerner le champ de la connerie, de ne pas s'en exclure car, comme le fait justement remarquer Frédéric Dard «Traiter son prochain de con n'est pas un outrage, c'est un diagnostic » je vous livre quelques extraits de cette chronique.

 

« Un con, en effet, ne tire aucune conclusion de son échec et continue. Il persévère dans son comportement, de même que l’attitude dogmatique fixe l’individu dans une croyance constante qui le met complètement à l’écart des faits […]

 

La connerie est une insistance établie que rien ne peut déstabiliser […]

 

Un con a tendance à généraliser : il élargit son ego au reste du monde, pensant alors que chacun doit penser et agir comme lui.[…]

 

L’ego, trop fort, finit dans la psychorigidité. (note du Taulier : c'est étrange ça me fait penser à quelqu'un) Têtu, il ne bouge pas d’un iota. Mais parfois le nombril est trop petit, alors un con, loin d’être enraciné, flotte aux quatre vents, il change sans cesse d’avis, prêt à suivre les propos du premier beau parleur venu. C’est alors sans doute dans les extrêmes que l’on trouve le plus de cons. […]

 

S’il fallait une devise à la connerie, celle-ci lui irait à ravir : Un point c’est tout. Un point c’est tout désigne que tout l’Être est dans le jugement énoncé et qu’il est alors impossible de rajouter quelque chose. ‘Un point c’est tout’ signifie en d’autres termes : « Taisez-vous ! » j’ai « métaphysiquement » raison. Or cela va de pair le plus souvent avec une certitude suffisante, arrogante, dédaigneuse, méprisante.

 

Le con est un gros-plein-de-satisfaction : « Avez-vous réfléchi quelque fois (…) à toute la sérénité des imbéciles ? La bêtise est quelque chose d’inébranlable, rien ne l’attaque sans se briser contre elle. Elle est de la nature du granit, dure est résistante. » (Flaubert, Lettre à Parain, 6 octobre 1850).»

 

Ensuite je m’en prenait aux fameux dégustateurs formateurs qui n’aiment rien tant que les « défauts » pour virer des vins qui, selon eux, ne sont pas typiques, ne possèdent pas le fameux air de famille.

 

Si ça vous dit allez donc lire ICI 

 

Mars 2009 : preuve que mon combat pour ceux qui font des vins différents ne date pas de la mode des vins nus !

 

« Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Ça a toujours été comme ça, depuis que je suis môme. »

Coluche

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, André Santini se surpasse : « Ce n'est pas parce qu'on s'appelle Baupin qu'on peut faire n'importe quoi avec sa baguette »

J’élague !

 

La lucidité de George Sand « Il ne faut jamais avoir honte de ses lettres d’amour, mais parfois de l’adresse. »

 

Ma propension à hiberner atteignait des sommets. Claquemuré je tentais colmater les brèches qui s’ouvraient de partout. Cette fois-ci je ne pouvais fuir, m’échapper. Le piège s’était refermé. Mes journées s’étiraient, se diluaient en une attente insupportable. Confronté pour la première fois de ma vie avec un manque profond je me laissais aller, me consumais. Il m’arrivait d’en rire. Rire seul, se moquer de soi-même, cruelle ironie de la complaisance, je ne touchais que la monnaie de ma pièce, le retour en boomerang de mon insondable égoïsme. Émilie ma volute, s’était échappée, même si elle ne savait pas où la menait le nouveau chemin qu’elle empruntait. Qu’importait ! S’apitoyer sur soi : intolérable orgueil, il me fallait me soumettre et rien que ce mot me glaçait. Toute ma vie j’avais forcé le cours des choses, plié les autres à ma volonté, à mes rêves et mes désirs, le temps était venu de faire mon deuil, de tourner la page : je ne pouvais l’aimer avec un quelconque espoir de retour. Alors je l’aimerais tout court car je l’aimais comme un dingue, de cette folie planquée sous mes grands airs, ma soi-disant distance. Allais-je abdiquer, lâcher prise ? Non j’allais grappiller, laisser de côté mon amour-propre, me foutre comme de ma première chemise de mes échecs, me contenter de peu. Ne rien concéder, prendre le risque de me faire jeter, c’était si neuf que ça me perfusait une rage indestructible. Somme toute la vie était belle, j’allais l’aimer sans me soucier, léger, me fondre dans son paysage, lire et écrire enfin sans me préoccuper du lendemain.

 

« Les rêves sont les seuls réceptacles de l’intime ».

 

Inscrire en exergue du Mauriac pur sucre « Il y a une manière d'être long, qui consiste à ne pas élaguer, à ne pas choisir et qui n'est en rien un signe de richesse. »

 

Étrange sensation tout autour de mon bunker, de mon balcon je contemple les bataillons de manifestants montant vers Denfert, pancartes, banderoles, équipement suranné, un autre monde, le passé, dépassé, mélange étrange de vieux briscards des défilés syndicaux, jeunes qui s’enivrent d’une improbable révolution, l’inatteignable rêve du peuple de la rue embastillé par les briseurs de rêve des appareils. Beaucoup livrent bataille sur les réseaux sociaux en évoquant la Grèce des généraux : Z de Costa-Gavras avec le petit juge Trintignant, Montand le politique et les barbouzes aux lunettes noires en oubliant l’Aveu avec le même Montand et ses lunettes de soudeur face à ses tortionnaires et ses juges aux ordres du socialisme réel. Ils raillent les social-traîtres mais où seront-ils dans 10 ans ?

 

Et puis, lorsque je m’extirpe de mon isolement, à vélo je croise des hordes de supporters beuglant, pack ou pinte de bière à la main, mais pourquoi dit-on qu’ils sont avinés ? Le foot, le foot, le nouveau jeu du cirque médiatique, mais n’est-ce pas aussi ce peuple dont se gargarisent ceux qui se parent facilement des oripeaux des Brigades Rouges ou de la Fraction Armée Rouge de ma jeunesse. Jeu de rôles insupportables entre un pouvoir en état de désintégration et des appareils obsolètes : n’est-ce pas là un prurit d’un pays qui ne sait plus se parler, s’entendre, brassant à souhait, à l’infini, son incapacité à affronter la réalité d’un monde où le non de ceux qui excluent et celui de ceux qui veulent accueillir toute la misère du monde se mélangent. Les éclatements, les césures, mènent à l’exacerbation des nationalismes, des guerres, du sang.

 

« On a appelé le XXe « le siècle de Sarajevo ». les cycles de l’histoire se moquent des chiffres ronds et de la façon dont, depuis toujours, l’humanité les arrête. Une époque s’épuise quand le temps est venu, elle ne tient pas compte des dates. On dit par convention que le XXe s’ouvre le 28 juin 1914 avec l’assassinat de l’archiduc par Gavrilo Princip. Pour les livres d’histoire le rapport de cause à effet ne pose pas de problème. Gavrilo appuie sur la détente et la Première Guerre mondiale éclate, on perd quasi dix millions de soldats et six millions de civils, sans compter les morts des « dommages collatéraux », épidémies, pénuries, famines. Autre convention : le siècle se termine à Sarajevo, emblème de toutes mes guerres des Balkans dans les années 90.

 

[…]

 

« Le temps écrase les perspectives, comprime les faits, érige des symboles, fait confiance à la vulgate. Homère raconte la guerre de Troie des siècles après qu’elle a eu lieu et il la sort de son contexte : la lutte pour le contrôle des Dardanelles et du Bosphore, passage essentiels pour le commerce. Il s’arrête aux personnages. »

 

[…]

 

Là, à l’endroit où l’Europe annonce l’Asie, une femme fatale. Ici, à l’endroit où l’Europe annonce l’Orient, un pénalty fatal lire ou relire ma chronique de dimanche dernier  Un nouvel Homère des Balkans pourrait gloser ainsi : il existait un jeu assez répandu et suivi qu’on appelait le football. Faruk devait sauver l’existence d’une nation avec un pénalty. Il le rata. Ce fut la guerre dans toute la région. Il pourrait gloser ainsi en vertu d’une aptitude toute yougoslave à chercher un bouc émissaire, à privilégier la narration épique aux dépens de la complexité d’analyse. Ce fut le cas avec l’irrédentiste yougoslaviste Gavrilo Princip, c’est encore le cas – bien que la distance rende les comparaisons un peu boiteuses – pour le yougoslaviste Faruk Hadzibegic.

 

Par crainte d’attiser les frictions entre grandes puissances, trop graves pour qu’on leur trouve un remède, on choisit clairement et immédiatement de mettre sur le dos de Princip et de ses complices une responsabilité qui les dépassait, bien trop grande pour eux. On s’absout soi-même en focalisant sur l’acte f=criminel d’un étudiant de 19 ans.

 

« Je pensais que l’attentat contre l’archiduc n’aurait pas de conséquences graves, mise à part ma condamnation…J’aimerais dire que j’avais des remords. Mais mon acte a eu des conséquences qu’on ne pouvait en aucune façon évaluer ni prévoir. Si j’avais pu imaginer la dérive qui a suivi, je me serais assis moi-même sur ma bombe pour me faire exploser. » déclarera lors de son procès Nedeljo Cabrinovic, qui avait raté le précédent attentat. »

 

Gavrilo Princip, en dernier. Jamais repenti, avec cette seule note de contrariété : « je ne prévoyais pas qu’après l’attentat il y aurait la guerre. Je croyais que l’attentat aurait agi sur la jeunesse, l’aurait incitée à propager les idées nationalistes. »

 

Ivic Osim le Bosniaque, le dernier sélectionneur de l’équipe de Yougoslavie, s’interroge :

 

« Je me demande ce qui serait arrivé si nous avions battu l’Argentine. Peut-être suis-je trop optimiste, mais dans mes rêves secrets je me demande ce qui serait arrivé si nous avions joué la demi-finale, ou la finale. Je veux dire : ce qui serait arrivé dans le pays. Peut-être que nous n’aurions pas eu la guerre, si nous avions gagné la Coupe du monde. Peut-être pas, mais je ne peux pas m’empêcher de l’imaginer. Et donc, quand je suis allongé sur mon lit et que je ne dors pas, je me dis que les choses auraient pu s’arranger, si nous avions gagné la Coupe du Monde. »

 

Signé Gigi Riva

 

Le foot, le foot, illustration dans le Télégramme de Zagreb

 

« La Fédération croate de football est gangrenée par la politique et la corruption, ce qui rejaillit sur la sélection nationale, s’insurge ce quotidien de Zagreb. Ecœurés, de nombreux Croates ont décidé de ne pas encourager les Ardents pour l’Euro, au risque d’être accusés d’antipatriotisme.

 

« Les sportifs sont les meilleurs ambassadeurs de notre pays », disait le premier président croate [de 1990 à 1999], Franjo Tudjman. Au début des années 1990, presque tout le monde partageait ce point de vue : la Croatie était une jeune nation, encore en guerre à l’époque, et sa reconnaissance était à construire.

 

Soutenir l’équipe nationale de la Croatie, est-ce toujours faire preuve de patriotisme ? Est-ce le signe distinctif qui sépare les Croates loyaux de ceux qui ne le sont pas ? La réussite des Ardents [les joueurs de la sélection croate] est-elle une question d’intérêt national ? Autrement dit, est-ce un acte antipatriotique de ne pas supporter l’équipe nationale de football ?

 

La Croatie, nouveau favori de l’Euro ?

 

Dans les sociétés démocratiques, il est tout à fait normal et légitime de se moquer royalement du parcours de sa sélection nationale lors d’une grande compétition. Quand on est amateur de football, il est logique de soutenir son club, mais une éventuelle absence de soutien à l’équipe de son pays ne saurait être qualifiée d’antipatriotique. Car le patriotisme peut s’exprimer de diverses façons : en payant ses impôts et en respectant les lois nationales, par de belles performances dans le monde de l’économie ou de la culture, ou par un engagement visant au développement de la communauté locale ou de la société en général. Le patriotisme ne se mesure pas obligatoirement par le soutien à l’équipe nationale de football ou au représentant du pays à l’Eurovision.

 

Corruption et fascisme à tous les étages

 

Il faut rappeler que le foot reste, malgré ses implications sociales, juste un jeu. Mais en Croatie, les enjeux dépassent le jeu. Nous avons une Fédération nationale antidémocratique contrôlée par un seul homme, Zdravko Mamić, poursuivi par la justice pour des actes criminels et une fraude de plusieurs millions d’euros. Il existe un grand mépris à l’égard de la deuxième ville du pays (Split), de son équipe (Hajduk) et de son stade, au profit du Dinamo de Zagreb. Nous avons un président de la Fédération nationale de football, Davor Šuker, qui se fait photographier à Madrid sur la tombe d’un chef fasciste [Ante Pavelić, président de l’Etat indépendant de Croatie, fondé en 1941 avec le soutien de la puissance occupante allemande], qui reçoit des conseils de paris d’un roi des matchs truqués condamné par la justice allemande. Et qui ose affirmer que l’Etat, c’est-à-dire les contribuables, doit lui verser plus d’argent.

 

Nous avons un sélectionneur national, Ante Čačić, nommé à ce poste malgré un manque chronique d’autorité, de notoriété, d’expérience et probablement du savoir indispensable pour diriger une équipe à fort potentiel. Mais cela ne compte pas. Ce qui compte, c’est qu’il soit un produit maison, ouvert à toutes sortes de suggestions. Son assistant [Josip Simunić] n’a même pas le brevet d’entraîneur, mais il a excellé en hurlant le salut nazi dans les tribunes du stade de Zagreb.

 

De quoi vous dégoûter du maillot à damier

 

Nous avons des joueurs qui se taisent et approuvent tout cela tacitement. Nous avons un ministre des Sports qui fait tout son possible, y compris en recourant au mensonge, pour empêcher l’application de la loi censée introduire un peu d’ordre dans le football croate, car cela ne convient pas au big boss Zdravko Mamić. Sont-ils les meilleurs ambassadeurs de notre pays ?

 

Il y a là matière à vous dégoûter et à vous passer l’envie d’enfiler le maillot à damier pour l’Euro. Au risque d’être qualifié d’antipatriotique par ceux qui gouvernent notre football et la politique. Toutefois, soutenir une équipe relève de l’intime et n’a rien à voir avec l’Etat ou la Fédération, encore moins avec le patriotisme.

 

De plus en plus de gens ne reconnaissent plus leur équipe dans les Ardents. Ils se rendent compte que le patriotisme affiché ne sert qu’à cacher les intérêts crapuleux d’un groupe de personnes qui monopolisent les sentiments intimes, au nom d’un nationalisme dur, voire de sympathies pour le régime oustachi de la Seconde Guerre mondiale. »

 

François Hollande parie gros avec l'Euro

 

L’attente est forte, l’ambition est élevée. Toutes les conditions ont été réunies pour que vous puissiez être concentrés dans la compétition et engagés vers votre objectif. » Dimanche soir, avant de passer à la table des Bleus à Clairefontaine, François Hollande s’est voulu rassurant : rien ne peut détourner la bande de Didier Deschamps de son objectif, la victoire. Comme si le chef de l’Etat en quête de bonnes nouvelles voulait chasser les menaces qui planent au-dessus de cet Euro si capital. Pour le pays... et pour lui.

 

« L’Euro c’est la COP21 du football », résume d’un trait l’un de ses collaborateurs, en référence à la grand-messe diplomatique et climatique qui, en décembre dernier, avait réuni au Bourget plus de 170 chefs d’Etat et de gouvernement. Or, comme si la grogne sociale et le danger terroriste ne suffisaient pas, les inondations sont venues s’ajouter au climat anxiogène à quelques jours du match d’ouverture.

 

« Le président est inquiet, c’est vrai, même si nous sommes mobilisés », reconnaît un ministre de poids. Hier, au micro de France Inter, la priorité était donc de déminer, notamment sur le front social : « La compétition n’a rien à craindre », assure le président qui, toutefois, est à la limite d’adresser un carton jaune aux grévistes. « Personne ne comprendrait que la grève des trains ou des avions puisse empêcher le déplacement des spectateurs. » Les inondations ? « Aucune conséquence. » Ce qui le préoccupe le plus, c’est la sécurité. « Il y a très clairement une menace terroriste. [...] Mais nous avons mis tous les moyens. » Dans l’équipe type de François Hollande pour diriger l’Euro, Bernard Cazeneuve (Intérieur) se trouve ainsi propulsé en pointe, éclipsant le ministre des Sports. A cheval sur le maintien de l’ordre, Manuel Valls lui est à la baguette au milieu du terrain...

 

Malgré les risques, François Hollande a voulu « le maintien de la compétition ». Selon une étude du Centre de droit et d’économie du sport (CDES), « l’Euro 2016 apportera un surcroît d’activité économique de 1,2 Md€ ». Et la création de 26 000 emplois. De quoi contribuer à inverser la courbe du chômage et à donner un peu plus de contenu à la ritournelle présidentielle du « ça va mieux ». Même Karim Benzema est renvoyé aux vestiaires. « Il ne doit pas y avoir de polémique », balaie Hollande, réfutant que l’équipe de France soit « raciste ».

 

A tous les niveaux, c’est l’image de la France qui est en jeu, notamment dans l’optique de la candidature de Paris aux JO de 2024. Le 5 août, le chef de l’Etat est attendu à Rio. « S’il arrive avec un Euro plombé, c’est foutu », glisse le député PS Régis Juanico, qui dirige le groupe parlementaire de soutien à la candidature.

 

Sans compter l’enjeu présidentiel. A un an de l’élection de 2017, rater l’Euro, c’est se mettre définitivement hors-jeu. Même si l’inverse ne garantit pas une embellie à la façon d’un Jacques Chirac surfant, en 1998, sur l’effet Coupe du monde. Selon un sondage Yougov pour i>télé, une victoire des Bleus « n’aura pas d’impact sur la popularité de François Hollande » pour 47 % des Français, contre 36 % qui pensent le contraire. Il n’empêche : outre les prestations de l’équipe de France, le président assistera avec la chancelière Merkel au match Allemagne - Pologne en ayant bien l’intention de mouiller le maillot. Ça tombe bien : hier, juste après avoir mangé un plat de pâtes à Clairefontaine à la table de Didier Deschamps et du capitaine Hugo Lloris, les Bleus lui ont offert un maillot dédicacé et floqué du no 24. Comme le 24e homme...

»

Hollande présent (et démonstratif) à tous les matches des Bleus : en fait-il trop ?

 

ASSIDU - L'image François Hollande jouant les supporters enflammés mercredi soir lors du France-Albanie amuse les réseaux sociaux. Le président de la République compte bien enchaîner les matches durant le mois qui vient. Est-ce bien raisonnable ?

 

François Hollande n'en loupera pas un. Le chef de l'Etat, qui a déjà assisté aux deux premiers matches de la France, contre la Roumanie le 10 juin et contre l'Albanie mercredi soir, va se livrer à un véritable marathon footballistique durant l'Euro 2016. Dimanche, il se rendra, en bon supporter, à la rencontre France-Suisse au stade Pierre-Mauroy, à Villeneuve d'Ascq.

 

Diplomatie sportive

 

Avant même le départ de la compétition, l'Elysée avait clairement balisé le terrain : le Président sera de tous les matches des Bleus et se rendra à la finale, quelles que soient les équipes. Il fera même des à-côtés à dimension diplomatique : il est ainsi attendu samedi au Portugal-Autriche avec les dirigeants de ces pays. Ce qui fait, pour cette seule semaine, quatre matches. Ce n'est pas fini : pour tous les autres matches, le protocole prévoit la présence d'un membre du gouvernement. Faut-il en faire autant ?

 

Que François Hollande soit un véritable fan de football, nul n'en doute. Qu'il veuille faire de l'Euro 2016, en pleine agitation sociale et sous la menace de nouveaux attentats, une occasion de "remettre le pays de bonne humeur", il l'assume lui-même.

 

De là à en faire de la récupération politique… A droite, on se souvient de l'assiduité de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy lorsqu'ils étaient en fonction et on se garde bien de se moquer.

 

Certains s'affichent même avec François Hollande, comme le président de la région Paca, Christian Estrosi, qui a publié une photo du petit gueuleton "protocolaire" avec le président albanais à la mi-temps. Image qui fait beaucoup ricaner sur Twitter.

 

 

Mais dans le climat actuel, certains s'interrogent sur l'opportunité d'en faire autant sur l'Euro 2016. "Le fait qu'il aille aux matches, ça ne me choque pas", explique le sénateur LR Roger Karoutchi, proche de Nicolas Sarkozy, à metronews. "Mais que François Hollande soit aussi démonstratif à chaque but pour gagner 0,1 point de popularité, c'est démago en diable. Du reste, en période d'état d'urgence, peut-être qu'un peu moins de ministres dans les tribunes et un peu plus dans les bureaux serait plus rassurant."

 

Les Français, en tout cas, ne devraient pas mettre cela au passif de François Hollande. Selon un sondage Odoxa pour i-Télé à l'ouverture de l'Euro 2016, 62% d'entre eux estimaient que le président n'en fait pas trop pour soutenir les Bleus, et 53% qu'il est dans son rôle lorsqu'il supporte l'équipe nationale. Des scores auxquels le chef de l'Etat n'est pas vraiment habitué.

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 06:00
Gervaise dit à Coupeau «Nous boirons la monnaie ensemble» en France dès qu’on parle d’alcoolisme Zola n’est pas loin «l’alambic laissait couler sa sueur d’alcool.»

L’alcoolisme est né en 1849, le terme médical s’entend.

 

« Toutes les société qui ont élaborés des boissons enivrantes ont cherché à transcender la réalité quotidienne de l’ivresse. Mais celle-ci a été soumise à des normes sociales qui ont prescrit les comportements des buveurs, leur participation ou leur exclusion ainsi que les moments où les beuveries pouvaient être réalisées. »

 

Samedi matin sur France Inter le procès de l’alcoolisation outrancière des supporters de foot a été instruite d’une manière unilatérale, à la Française, et par la journaliste relayant les propos d’un des vice-présidents de l’ANPAA.

 

En France tout fini par le lamento sur le détricotage de la fameuse loi Évin, comme si la pression publicitaire, en l’occurrence ici celle des géants de la bière, constituait le moteur unique et principal de l’alcoolisation des supporters.

 

C’est d’une stupidité crasse qui met sous le boisseau les racines profondes des comportements de hordes de certains supporters qualifiés de hooligans…

 

Lisons un sage : Montaigne, Essais, livre II, chap.II

 

« Platon défend aux enfants de boire vin avant dix-huit ans et avant quarante se s’enyvrer ; mais à ceux qui ont passé les quarante, il ordonne de s’y plaire et mesler largement en leurs convives l’influence de Dyonisos, ce bon dieu qui redonne aux hommes la gayeté, et la jeunesse aux veillards, qui adoucit et amollit les passions de l’âme comme le fer s’amollit par le feu. Et en ces loix trouve telles assemblées à boire (pourvu qu’il y aie un chef de bande à contenir et à les régler) utiles, l’yvresse estant une bonne épreuve et certaine de la nature de chacun. »

 

« Les boissons alcoolisées réunissent des propriétés symboliques qui appartiennent à deux registres différents : celui des liquides et celui de l’ivresse. C’est justement la conjonction de ces deux ordres qui confère aux breuvages enivrants leur singularité et leur permanence à travers les âges. Comprendre ces qualités revient à explorer ce double rapport qui unit l’alcool aux fluides vitaux et à la déraison passagère d’autre part. »

 

En parlant des bienfaits du vin, Abou-Moutahhar al-Azdî, le Pétrone arabe de la fin du Xe siècle, signale que cette boisson « à soi seule rassemble quatre humeurs de l’homme : fluide comme la lymphe, rouge comme le sang, astringente comme la bile, chargée de lie comme l’atrabile », et qu’auprès d’elle, tous les autres liquides qui s’offrent pour étancher la soif sont bien pauvres.

 

L’association du vin et du sang a toujours été présente dans l’imaginaire populaire. Elle remonte à l’Antiquité. Aristophane voyait dans ce liquide le substitut sacrificiel du verrat : « Ô roi, quand vous boirez du vin, dit Androcyde à Alexandre, souvenez-vous que vous buvez le sang de la terre ! La ciguë est un poison pour l’homme, le vin est un poison pour la cigüe. »

 

Plus étonnant est l’association des boissons fermentées avec le sperme. Dionysos est un dieu fécondant, non seulement pour la création du vin mais aussi parce qu’il est associé à la semence masculine. Mais comme toujours les médecins pointaient leur tarin : au début du XVIIe siècle, le médecin espagnol Juan Sorapan, cite, parmi les inconvénients du vin, son influence pernicieuse sur la qualité du sperme qu’il rend plus liquide. Pour dégoûter le buveur du vin, il faut lui faire boire du sang de sangsue dilué dans la boisson ou bien une tête de bouc noir avec poils et sang, bouillie et réduite en poudre. »

 

Pendant très longtemps partout où les breuvages alcoolisés étaient recherchés pour l’ivresse il existait un usage médicinal et hygiénique où, à faible dose, ils étaient appliqués aux corps souffrants. E vin, notamment n’était pas considéré comme nocif, comme le montre André Bernand à propos de l’Antiquité.

 

Reste la relation entre les liquides et l’argent : on parle de liquidités, d’argent liquide…

 

En France, une tractation d’argent est arrosée.

 

Jules César rapporte que les Nerviens et les Suèves, peuples germaniques, interdisaient l’importation du vin chez eux ; les trafiquants en faisaient une monnaie d’échange pour acheter les esclaves.

 

 

 

Au XXe siècle, en France, les dockers havrais payés en jetons les échangeaient contre des boissons ; dans la fameuse maison de Nanterre, les vieillards étaient punis ou récompensés en bouteilles de vin, et le trafic des gobettes entre la Maison et l’extérieur tient lieu de transaction commerciale. Gervaise dit à Coupeau : « Nous boirons la monnaie ensemble. » Et Zola commente : « Il ne pleuvait pas chez le père Colombe, et si la paie fondait dans le fil-e-quatre, on se la mettait dans le torse au moins, on la buvait limpide et luisante comme du bel ordre liquide. »

 

En France lorsqu’on évoque l’alcoolisme Zola n’est jamais loin, l’assommoir du père Colombe, situé à l’angle de la rue des Poissonniers et du boulevard Rochechouart. Tout au fond trône l’alambic, avec ses récipients de de forme étrange et les enroulements sans fin de tuyaux :

 

« Il gardait une mine sombre ; pas une fumée ne s’échappait ; à peine entendait-on un souffle intérieur, un ronflement souterrain ; c’était comme une besogne de nuit faite en plein jour, par un travailleur morne, puissant et muet […] L’alambic laissait couler sa sueur d’alcool. »

 

 

Source : Boissons, ivresses et transitions Carmen Bernard in Désirs d’ivresse éditions autrement

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18 juin 2016 6 18 /06 /juin /2016 06:00
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.

En mai 2011, à l’Écume Saint-Honoré je découvrais la coquille Saint-Jacques crue, sauce soja !

 

Alain Ducasse dans son J’aime Paris Mon Paris du goût en 200 adresses notait « Tendre, savoureuse, la belle se révèle sucrée et fleurie... »

 

En fait je découvrais le carpaccio de Saint-Jacques.

 

Le cru de mer depuis ce temps antédiluvien, pensez-donc 5 ans, s’est répandu dans toutes les crèmeries chics de Paris. Le carpaccio sous toutes ses formes, de terre ou de mer, est à la mode, très tendance food comme le brame sur tous les tons le vomisseur de Barcelone.

 

Le carpaccio encore une invention italienne !

 

Ce fut en effet, à l’origine, le Filetto al Carpaccio de boeuf recette du Harry’s Bar de Venise.

 

En effet, un jour de l’année 1950, à Venise dans le Harry’s Bar de Giuseppe Cipriani, l’inventeur du cocktail Bellini cher à Hemingway, la petite brigade s’affairait entre poêles et casseroles, lorsque se présenta la comtesse Amalia Nani Monecigo. Elle commande un verre d’eau qu’elle boit tristement. Son médecin lui a prescrit un étrange régime sans aucune viande cuite et pour combattre son anémie lui a conseillé de consommer de la viande crue.

 

Face à ce défi, et à l’appétit féroce de la comtesse, Cipriani ne désarme pas, il l’a prie de patienter un moment. Dans sa cuisine, il découpe à la machine du filet de bœuf cru en tranches très fines qu’il arrose de vinaigre balsamique, d’huile d’olive et saupoudre de parmesan.

 

Elle ne le sait pas encore mais son palais sera légué à la ville par Alviso quatre ans plus tard mais pour le moment elle a faim, très faim et la particularité de son régime épouvante tous les chefs de Venise.

 

Cipriani ne désarme pas, la prie de patienter un instant et disparait dans sa cuisine, où, rapidement il trouve un idée qui s’avèrera géniale : il réalise un plat de bœuf cru coupé en tranches très fines, arrosé de vinaigre balsamique, d’huile d’olive et saupoudré de parmesan.

 

Le carpaccio fut ensuite accompagné d’une sauce apprêtée spécialement appelée sauce universelle car elle mêlait des ingrédients venus d’horizons différents, à savoir mayonnaise, ketchup, sauce Worcester, tabasco, crème fraîche, le tout rehaussé d’un rien de Cognac.

 

Fort bien me direz-vous mais pourquoi avoir baptisé ce plat carpaccio ?

 

Giuseppe Cipriani, a été marqué, lors d’une grande exposition cette année-là à Venise par « La prédication de Saint Étienne à Jérusalem » un tableau du peintre vénitien Vittore Carpaccio (1456-1526)

 

Les rouges, que l’on trouve dans les toges des dignitaires, la couverture de sainte Ursule, le corsage de la Vierge, les tentures… lui rappellent le rouge vif du bœuf cru des fines tranches dans l’assiette de la comtesse…

 

Le rouge est aussi très présent dans d’autres tableaux du maître :

 

  • Retour des ambassadeurs à la cour d’Angleterre et détails :
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.
  • Rencontre des pèlerins avec le pape Cyriaque :
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.

Vittore Carpaccio, de son vrai nom Scarpazza ou Scarpazzo, a été très influencé par la peinture flamande et il intègre l’architecture à ses toiles, préfigurant ainsi un genre, les Vedute (paysages urbains). Son style le distingue de la tendance picturale en vogue à son époque.

 

« Carpaccio naquit vers 1465 et reçut sa formation artistique au cours des dix dernières années du siècle. À cette époque Venise s’apprête à conquérir le titre de la ville la plus triomphante et la mieux gouvernée de l’Occident, comme nous en informe dans ses « Mémoires » Philippe de Commynes, voyageur attentif et fort crédible, émerveillé par cette ville dans laquelle il avait été envoyé en 1495 pour assurer la préparation diplomatique de l’expédition de Charles VIII.

 

La République de Saint Marc, joue encore un rôle prépondérant en Méditerranée grâce à sa flotte. Le long du Grand Canal, marchés et « fondachi » étrangers prospèrent, et la ville prend son aspect définitif. Les jeunes patriciens ne se contentent pas de fréquenter l’antique université de Padoue, mais ils suivent également les cours de l’École de logique et de philosophie naturelle ouverte au Rialto et d’une autre école d’orientation humaniste, florissante depuis le milieu du XVe siècle près de Saint Marc.

 

À la fin du siècle, l’on publie à Venise des ouvrages modernes tant par la perfection de leur impression que par la variété des sujets de culture ancienne et contemporaine dont ils traitent, et ce surtout grâce à Aldo Manuzio, qui ouvre son imprimerie en 1489 à Venise et publie des volumes prestigieux. Le renouveau de la vie culturelle bouleversa profondément tous les domaines artistiques à Venise. Les précieuses constructions en marbre de Pietro Lombardo, les édifices nouveaux et anciens, les églises, les « scuole » et les palais s’enrichissent de sculptures, d’objets précieux, de fresques et de peintures typiques du début de la Renaissance. »

C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.

Pour 4 personnes

 

500 gr de rumsteck ou d’araignée de bœuf

1 jaune d’œuf

1 cuillère à café de moutarde

10-15 cl d’huile de colza

sel, poivre

1 cuillère à café de Wocestershire sauce

4 cuillères à soupe de lait entier

 

Conseils du blog oliaiklod pour tout savoir sur Venise

 

« Soit vous laissez votre boucher trancher la viande à la machine (mais il faut impérativement la manger le jour-même et veiller à rapidement la placer dans au froid) soit vous la tranchez vous-même en plaçant une demi-heure la viande au congélateur, puis en coupant des tranches ultra fines à contre-fil (pas dans le sens des fibres de la viande mais perpendiculairement) à l’aide d’un très bon couteau en inclinant le couteau pour réduire au maximum les effets de frottement et éviter ainsi de « cuire » la viande (c’est plus facile qu’il n’y paraît!). »

 

Présenter la viande en rosace sur une assiette (elle peut se conserver filmée 2-3 heures au réfrigérateur, pas plus!).

 

Préparer la mayonnaise en mélangeant la moutarde, une pincée de sel, le jaune d’œuf. Monter le tout avec l’huile de colza (à doser selon le goût plus ou moins fort en moutarde). Ajouter le poivre, la sauce Worcestershire (et, éventuellement, du ketchup qui n’est pas dans la recette originale). Allonger de lait pour obtenir une sauce fluide. Assaisonner la viande de sauce, servir immédiatement (ne mettre la sauce qu’au dernier moment car sinon elle cuirait la viande).

 

À servir avec des frites, une salade de roquette. »

 

ITALIE - LIGURIA

AZIENDA AGRICOLA LA FELCE

ANDREA MARCESINI
C’est dur la culture, l’étrange destin du peintre vénitien Carpaccio réduit à trôner en tranches fines dans l’assiette des bobos.
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17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 06:00
Photo : Pierre Marchal / Anakaopress

Photo : Pierre Marchal / Anakaopress

Métronews titrait en avril : « L’équipe de foot de la primaire à droite : voici notre feuille de match » 

 

« Ce n’est plus une primaire, c’est une équipe de foot ! » En lançant cette vacherie mi-février, Jean-Christophe Cambadélis, le patron du PS, ne pensait sans doute pas si bien dire. Au 1er avril 2016, onze candidats - en incluant Nicolas Sarkozy - sont en effet prêts à fouler le terrain de la primaire à droite.

 

Depuis l’arrivée de Guaino certains pourront même cirer le banc des remplaçants, les coiffeurs dans le jargon du foot.

 

Le foot, le foot, certains d’entre vous n’en ont rien à cirer, d’autres plus encore sont en passe d’atteindre l’overdose, pour le nouveau gauchiste alterno-cégétiste c’est Panem et circenses «Du pain et des jeux» dans les grands cirques modernes que sont les stades.

 

L'expression est tirée de la Satire X du poète Juvénal.

 

Mais n’en déplaise à cette avancée de la classe ouvrière le peuple, cégétiste compris, aime le foot et en conséquence les stars de la politique se bousculent dans les stades ou tentent de capter l’œil des caméras afin de bien montrer leur passion pour les mecs en culottes courtes.

 

Dans la grande compétition de la Droite le seul qui est de la maison agriculture puisqu’il fut locataire du 78 rue de Varenne sous Fillon et Paul Bismuth.

 

Dans son 11 Métronews le place en position d’attaquant

 

Attaquant : Bruno Le Maire

 

Attention, star en devenir. A la pointe de l’attaque des Républicains, Bruno Le Maire rêve de marquer le but de la victoire. Habile du pied droit, redoutable de la tête (Normale Sup, ENA, agrégé de lettres modernes), le fringuant quadra ne se fixe pas de limites. Si, une, qu’il reconnaît : « Mon intelligence est un obstacle », avoue-t-il en toute humilité.

 

Et puis, fouineur comme je suis ce matin en levant je découvre qu’en visite sur l’île de la Réunion, « le candidat à la primaire Les Républicains, Bruno Le Maire, en a profité pour "souffler" hier soir au Bar de la Marine à Saint-Gilles, où il a assisté à la victoire de l’équipe de France face à l’Albanie. L’ancien ministre de l’Agriculture était à fond derrière les Bleus, vibrant comme toutes les personnes présentes aux actions de grande classe de notre star péi, Dimitri Payet »

 

Ha ! Dimitri Payet le nouveau héros de la France profonde qui plante des buts dans les dernières minutes afin de sauver François Hollande du naufrage.

 

Et pourtant, il faut savoir dire merci au FC. Nantes. Il y a 13 ans, il avait presque décidé d'arrêter le foot. Recalé du centre du formation du Havre en 2003, Dimitri Payet retourne en famille à la Réunion. Jeune adolescent de 16 ans, il veut tout arrêter. Se présente alors une seconde chance... René Degenne, une des figures incontournables du recrutement à Nantes, sera sa bonne étoile. Dimitri Payet refait ses valises, plus mûr et plus déterminé que jamais.

 

Culot, insouciance et élégance. En arrivant à Nantes, son talent est largement repéré. Serge Le Dizet est le premier entraîneur à l'avoir lancé en Ligue 1, contre Bordeaux le 17 décembre 2005 (0-0). « Quand on l'a intégré dans le groupe pro, il avait déjà fait des choses très intéressantes en CFA", se souvient l'ancien coach des Canaris. « Il avait déjà le talent, le culot, l'insouciance". "Il avait une élégance incroyable quand il jouait », se souvient aussi le milieu de terrain Mathieu Bouyer. "Ses dribbles étaient bons, ses coups francs étaient sublimes ».

 

C’est alors que je me suis souvenu que le 5 janvier 2010 j’avais posé mes 3 Questions à Bruno Le Maire Ministre de l'Alimentation, de la Pêche et de l'Agriculture, mon boss quoi, mon patron.

 

J’écrivais en introduction :

 

« … pour l’avoir vu à la manœuvre lors d’une Table Ronde en pleine crise laitière, face à des poids lourds, tel Jean-Michel Lemétayer, je peux témoigner que ce « jeune homme » a de biens belles qualités et une pugnacité qui sait emporter la conviction. Redonner à la régulation des marchés agricoles une nouvelle jeunesse, dans une Union où il a été de bon ton de vider la PAC de ses instruments de gestion, voilà un beau défi qu’il s’est donné… »

 

QUESTION N°1 : Nos amis et bons clients Québécois titrent dans la revue Le Cellier de la SAQ « Le Languedoc et aussi le Roussillon c’est le Nouveau Monde mais à la sauce française. Autrement dit, les raisins y mûrissent tout seuls, mais sous un climat politique et administratif assez lourd » et ils s’étonnent d’avoir du solliciter au moins 3 comités interprofessionnels pour réaliser leur reportage. Le magasine Harpers qualifie 2009 comme étant « l’annus horibilis du vin Français dans ce qui a déjà été une décennie châtiment » et pose la question « First Berthomeau, now it’s plan B » Monsieur le Ministre, en recevant récemment les représentants du monde du vin, vous en avez appelé à un vrai sursaut pour que nos vins, surtout les vins de cépages, regagnent les parts de marchés perdues. Quelle feuille de route leur avez-vous délivré Monsieur le Ministre ?

 

Réponse de Bruno Le Maire : Il me semble qu’il faut aujourd’hui construire une politique de marché cohérente, qui passe par un paysage viticole simplifié. La filière viticole est beaucoup trop atomisée. Quand vous avez 26 interprofessions, parfois 4 interprofessions dans le même bassin de production, vous ne pouvez pas définir une stratégie globale de production, de promotion, de pénétration des marchés, et vous ne pouvez pas rassembler les moyens, notamment financiers, nécessaires à sa mise en oeuvre.

 

C’est la raison pour laquelle j’ai demandé à la profession, le 18 novembre dernier, de me faire, dans les deux mois, des propositions de regroupements d’interprofessions, d’articulation de leur travail. Nous ne devons plus perdre de temps ! C’est indispensable pour avoir une réelle stratégie de marché.

 

De même, j’ai demandé à la profession qu’elle fasse des propositions pour mettre en commun des moyens de promotion et de recherche-développement au niveau national. Ça pourrait être la constitution d’un fonds, par exemple.

 

QUESTION N°2 : Nos collègues et concurrents du Nouveau Monde parlent de leur «industrie du vin», comme je suis un peu provocateur j’aime utiliser cette dénomination pour notre secteur qui est un grand secteur stratégique pour la France. Récemment, dans le cadre du CGAER, j’ai assisté à une présentation par l’ancien Ministre de l’Agriculture Jean Puech du plan de relance de la filière bois et j’ai noté qu’un fonds stratégique était créé. Le développement des vins de cépages, à des coûts compétitifs pour le marché, mais permettant aux viticulteurs de vivre, passe par la maîtrise de la ressource vin en partenariat avec les metteurs en marché. Ce couple, qui fonctionne si bien en Champagne, exige à la fois un vignoble dédié et des entreprises en capacité de générer des marques. Pourquoi, Monsieur le Ministre, ne pas initier un fonds stratégique vin, en mobilisant des fonds privés et professionnels, pour accompagner la reconquête ?

 

Réponse de Bruno Le Maire : Le développement d’un partenariat entre producteurs et metteur en marché est absolument essentiel, en effet. C’est lui qui permettra une segmentation cohérente, adéquate, des produits viticoles. Une segmentation cohérente, qu’est-ce que c’est ? C’est d’abord répondre à la demande du consommateur : analyser cette demande, se mettre en capacité d’y répondre, que ce soit du point de vue de la qualité du produit ou de son coût, c’est enfin se mettre en capacité de promouvoir le produit. C’est aussi savoir si le vin produit pourra être valorisé à la hauteur de son coût de production. A mon sens, il y a un marché pour tous les types de vins. La demande en vins de cépage est forte sur le marché international, et c’est sur ce marché que nous perdons des parts. Il faut donc se poser la question sous tous ses aspects : cette stratégie est-elle valable ? Sera-t-elle payante au regard de nos coûts de production, de nos rendements, de nos conditions pédoclimatiques ? On le voit, une stratégie de marché, quelle qu’elle soit, ne peut se décider qu’en partenariat entre le producteur et le metteur en marché.

 

Un fond stratégique vin est certainement une bonne idée, qui rejoint l’effort de mise en cohérence que j’ai demandé à la filière. Mais ma méthode est toujours la même, et passe avant tout par le dialogue avec tous les acteurs. Je rencontrerai les négociants viticoles au début du mois de janvier, pour analyser avec eux ces questions et voir dans quelle mesure il est possible de rendre plus claire pour la production les stratégies à développer. Il faudra sans doute accentuer la contractualisation pour donner les assurances nécessaires.

 

QUESTION N°3 : Ma dernière question, Monsieur le Ministre, touche un sujet très sensible auprès de mon lectorat : il s’agit des rapports parfois très tendus entre les responsables de la Santé Publique et le monde du Vin. Les vignerons se sentent stigmatisés, mis en accusation, alors qu’eux-mêmes citoyens et chargés de famille adhèrent sans restriction à la lutte contre l’alcoolisme. Ils ne se ressentent pas comme un lobby mais comme un groupe social attaché à son pays, à ses vignes et ses villages, qui œuvrent pour créer de la valeur, non seulement marchande, mais aussi de développement durable. Observateur engagé, membre de l’ANPAA, et initiateur de l’Amicale du Bien Vivre, je me fais leur interprète pour vous demander comment, Monsieur le Ministre, pensez-vous œuvrer pour que s’instaure, plus encore qu’aujourd’hui, un dialogue serein et constructif ?

 

Réponse de Bruno Le Maire : Il n’y a pas de bonne décision qi soit prise sans dialogue. Et j’entretiens avec Roselyne Bachelot un dialogue constant sur cette question. Depuis mon arrivée, je me suis assuré qu’aucune décision n’était prise tendant à une stigmatisation. Je connais le prix qu’attache la filière à une consommation responsable et au principe de la modération et je salue cet engagement. C’est un point de vue que je partage totalement. Par ailleurs, le conseil de la modération se réunira prochainement et je me réjouis de la récente nomination de Michel Thénault à sa présidence. Je pense que nous avons là une personnalité légitime qui contribuera pleinement à mener les débats nécessaires que nous devons avoir sur le sujet.

 

Vous me direz c’est de l’histoire ancienne, 4 ans déjà, depuis Bruno Le Maire a grandi, s’est émancipé du sabir bien terne de ses conseillers de l’époque, l’attaquant de pointe qu’il se veut être, le Bac+ je ne sais combien d’années, devra aussi s’extirper de la pensée unique du syndicat majoritaire pour nous convaincre qu’il sait anticiper les grands chambardements qui menacent un monde paysan trop souvent fantasmé.

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16 juin 2016 4 16 /06 /juin /2016 06:00
« S’ennuyer, c’est chiquer du temps pur », disait Emil Cioran je préfère chroniquer chaque jour pour avoir l’occasion de faire usage de ma liberté.

Trop !

 

Dépasserais-je la mesure ?

 

Avoir une idée par jour que Dieu fait puis, la pétrir, la faire se lever, avant de l’accoucher pour la coucher sur une page blanche n'est-ce pas le lot du chroniqueur du quotidien.

 

Écrire c’est son pain quotidien tel celui de Louis Remaud le boulanger de mon enfance qui, pendant que tout le village dormait, dans son fournil, reproduisait chaque jour les mêmes gestes : de la farine, du sel, de l’eau et du levain.

 

Pourquoi s’en étonner ?

 

Je m’étonne que certains puissent s’en étonner.

 

Je ne sème, ni ne moissonne, je me contente de glaner autour de moi des idées, je suis curieux de tout, de la vie que l’on vit, des autres, de leurs amours, de leurs joies, de leurs peines…

 

Écrire une page par jour, au petit matin, avant d’aller dormir, à toute heure, en tout lieu, en toute circonstance, sur tout et rien, tout et le contraire de tout, pour le plaisir, l’envie de faire plaisir, de dire, de conter, de raconter, même de se raconter, quoi de plus naturel ?

 

Le temps on le prend, je le prends, je l’ai toujours pris, « une chronique il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps » paroles du sage Alexandre Vialatte grand chroniqueur devant l’éternel.

 

Etienne Klein, philosophe et physicien, un physicien qui fait aimer la science, expert français de la question du temps le 20 mai 2009 avait eu la gentillesse de répondre à mes 3 Questions.

 

La 1ière Question concernait le temps dit perdu à écrire des chroniques :

 

- Un de mes lecteurs, dans bref un commentaire sur l’une de mes récentes chroniques Vins d’Hippopotame : us et coutumes des carnivores buveurs de vin, écrivait : « c’est passionnant, vous on peut dire que vous avez du temps à perdre ! » L’ironie sous-jacente de ce commentaire, vous vous en doutez Etienne Klein, me pique au vif, pourriez-vous m’aidez à panser cette blessure d’amour-propre en livrant à mes lecteurs vos réflexions sur le temps que je perds ?

EK : Je comprends votre trouble. Cette phrase a dû vous vexer : vous avez pensé qu’on vous accusait de vaquer inutilement, de vous occuper de choses vaines et sans importance qui, au bout du compte, vous font stagner dans un retard ontologiquement irrattrapable alors que l’impératif contemporain est de saturer son calepin, de se donner corps et âme à l’imminence du futur. Et vous en avez du coup éprouvé un sentiment de honte. Mais cette expression, «avoir du temps à perdre», que signifie-t-elle vraiment ? Si je me pose cette question, c’est parce que j’ai constaté que la polysémie du mot temps est devenue si fulgurante qu’il est désormais capable de (presque) tout désigner : la succession et la simultanéité, la durée et le changement, l’époque et le devenir, l’attente et l’usure, le vieillissement et la vitesse, et même l’argent ou la mort… Cette largesse sémantique est le plus souvent gênante, notamment parce qu’elle rend ipso facto nos réflexions sur le temps imprécises ou confuses, mais elle a aussi la vertu d’autoriser une certaine marge d’interprétation. À mes oreilles, « avoir du temps à perdre » signifie «avoir l’occasion de faire usage de sa liberté». Or, par les temps qui courent, c’est sans doute la meilleure chose qui puisse être accordée à un être humain. J’en tire la conclusion suivante : soit votre lecteur est un homme qui aime lui-même la liberté et il était simplement jaloux de vous ; soit, angoissé par elle, il venait vous féliciter d’avoir le courage de jouir de la vôtre.

 

Etienne Klein toujours : « Notre façon de confondre temps et vitesse en dit long sur notre rapport à la modernité »

 

« Le temps n’accélère pas. Il est indifférent à nos agitations : une heure dure une heure, que nous la passions à jouer aux boules ou à souffrir mille morts. Le cours du temps ne dépend en rien de notre emploi du temps, ni même de notre perception du temps : ce qui s’écoule dans le temps n’est pas la même chose que le temps même. Mais, par un effet de contagion entre contenant et contenu, nous sommes portés à attribuer aux temps les caractéristiques des processus qui s’y déroulent. C’est ainsi que la vitesse est une sorte de doublure métaphysique du temps : lorsque nous disons que le temps passe plus vite, nous imaginons un quelque chose qui coule à vitesse croissante. Mais ce quelque chose n’est pas le temps : c’est la réalité tout entière qui « passe » et le temps qui la fait passer ne cesse jamais d’être là pour la faire passer. Il existe donc bien, à l’intérieur de l’écoulement temporel lui-même, un principe actif qui demeure et ne change pas, par lequel le présent ne cesse de se succéder à lui-même. Pareille immobilité agissant au creux même du temps nous étonne, car elle vient contredire l’idée commune selon laquelle le temps serait toujours associé à la fuite. »

 

« Qui prend son temps n’en manque jamais. » est ma devise empruntée à Mikhaïl Boulgakov.

 

Enfin, puisqu’il se dit, dans les milieux autorisés - en langage non diplomatique ceux que j’insupporte, ce qui n’est pas pour me déplaire - que mon ego est surdimensionné, ce que j’ai toujours assumé, la fausse modestie n’est pas ma tasse de thé, oui je l’avoue je suis trop, too much quoi…

 

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15 juin 2016 3 15 /06 /juin /2016 06:00
 Monsieur René le dernier maraîcher du Neuf 3 aborde sa dernière saison de maraîchage, c’est Marie, sa grand-mère qui a fondé l’exploitation en 1920 fuyant la Bretagne et la misère

« Son tracteur file entre les hauts immeubles gris. Au pied de la cité du clos Saint-Lazare, à Stains, en Seine-Saint-Denis, l’engin serpente entre les voitures, sans être perturbé par l’intense circulation. Dans la petite cabine, on ne distingue d’abord qu’un large chapeau de paille enfoncé jusqu’aux sourcils du conducteur. René Kersanté, 75 ans, descend d’un saut habile. Il a pourtant le corps tassé et le ventre arrondi. Un cou puissant ajusté a de larges épaules. Il tâte de ses bottes la terre humide puis salue les silhouettes ployées dans ses champs. »

 

Des champs dans le neuf 3 ça ne semble pas raccord avec l’image de ce département qui colle mieux à celle décrit par Olivier Norek dans son polar Code93 :

 

« … les rues vides lui offrirent une allée de feux rouges qu’il grilla doucement jusqu’à s’insérer sur la route nationale 3.

 

Quatre voies grises et sans fin s’enfonçant comme une lance dans le cœur de la banlieue. Au fur et à mesure, voir les maisons devenir immeubles et les immeubles devenir des tours. Détourner les yeux devant les camps de Roms. Caravanes à perte de vue, collées les unes aux autres à proximité des lignes du RER. Linge mis à sécher sur les grillages qui contiennent cette partie de la population qu’on ne sait aimer ni détester. Fermer sa vitre en passant devant la déchetterie intermunicipale et ses effluves, à seulement quelques encablures des premières habitations. C’est de cette manière que l’on respecte le 93 et ses citoyens : au point de leur foutre sous le nez des montagnes de poubelles. Une idée que l’on ne devrait proposer à la capitale, en intramuros. Juste pour voir la réaction des Parisiens. À moins que les pauvres et les immigrés n’aient un sens de l’odorat moins développé… Passer les parkings sans fin des entreprises de BTP et saluer les toujours mêmes travailleurs au black qui attendent, en groupe, la camionnette de ramassage. Tenter d’arriver sans déprimer dans cette nouvelle journée qui commence. »

 

 

La plaine des Vertus, qui a constitué jusqu’à la fin du XIXe siècle le plus vaste espace légumier d’Europe et qui a longtemps nourri la population parisienne, s’est rétrécie pour se réduire au 9 ha répartis entre Stains et Saint-Denis, de la Courneuve à Aubervilliers, à l’exploitation de « Monsieur René » comme ses saisonniers ont l’habitude de l’appeler.

 

« Il est rond, gros, sa pelure a une belle couleur mordorée dès qu'il atteint la pleine maturité. Il se conserve tout l'hiver, pour peu qu'on le suspende dans un endroit sec et bien aéré. C'est l'oignon «jaune paille des Vertus», bien connu des jardiniers amateurs et des professionnels. Ses vertus? Nombreuses, sans doute. Mais en l'occurrence, les Vertus de l'oignon jaune paille, comme celles du «navet marteau des Vertus» ou du «chou Milan des Vertus» ont une majuscule. Car les Vertus dont il s'agit n'ont rien à voir avec leurs qualités, gastronomiques ou horticoles. C'est le nom d'un lieu-dit aujourd'hui oublié: la «plaine des Vertus», drainée par le «ru de Montfort». Elle s'étendait sur Aubervilliers et La Courneuve, jusqu'aux limites de Bobigny et de Drancy (Seine-Saint-Denis). L'église d'Aubervilliers, Notre-Dame-des-Vertus, lui doit son nom. L'actuel parc départemental de la Courneuve a été aménagé sur sa partie nord, tandis qu'au sud la plaine des Vertus venait buter sur le côteau de Pantin.

 

Sous le Second Empire, on comptait ainsi, sur les mille hectares de la plaine des Vertus, près de cinq cents ménages de cultivateurs, dont les plus riches possédaient quatre ou cinq chevaux, plusieurs charrues et chariots. Ces laboureurs de légumes, conduisaient eux-mêmes vers le «Ventre de Paris» leurs charrettes emplies d'une montagne de choux et de poireaux, qu'ils déversaient à une heure du matin aux Halles, où ils restaient «sur le carreau» en cas de mévente; à l'aube, ils regagnaient La Courneuve ou Aubervilliers avec un chargement de pierre, pour les routes, ou de «boues d'aisance», pour la fumure.

 

Les «laboureurs de légumes», mi-paysans, mi-maraîchers. Car sur la plaine des Vertus, on ne pratiquait pas le forçage des primeurs, on n'amenait pas sur les marchés de détail la botte de persil, la poignée d'épinards ou les premiers haricots de la saison, comme le font les maraîchers traditionnels. On produisait en masse, pour le carreau des Halles, les légumes de pleine saison, base de l'alimentation du peuple de Paris, selon un système économique rodé au fil des générations. »

 

François Wenz-Dumas — 21 août 1995 pour Libération

 

Maraîcher à Bobigny

 

« C’est Marie, ma grand-mère. C’est elle qui a fondé cette exploitation. Elle a quitté sa Bretagne en 1920, avec ses sabots et sa valise, fuyant la misère. Elle ne connaissait rien aux légumes mais, par liens familiaux, elle a commencé à travailler sur une exploitation de la plaine. Puis elle s’est mise à son compte. C’est elle qui gérait tout, surtout après le décès de son mari, qu’elle avait rencontré ici. À cette époque les Auvergnats devenaient cafetiers et les bretons maraîchers. »

 

C’est Sébastien Deslandes du mensuel 75 qui recueille ces propos.

 

« À cette époque plusieurs centaines d’agriculteurs travaillaient la terre limoneuse de cette plaine. »

 

René, dès 13 ans, son certif en poche, s’y colle « Mon père m’a dit : c’est bien, mais maintenant au travail ! »

 

« Chaque jour, dès 2 heures du matin, nous allions aux Halles décharger nos légumes. Nous étions face à l’église Saint-Eustache. C’était une époque formidable. Tout le monde se tutoyait. Les artistes venaient y finir leur nuit. Et les boucher les rudoyaient en louchebem, leur argot. »

 

photo d'Hervé Lequeux pour 75

 

C’est la dernière saison de René, de la soixantaine de saisonniers il ne reste plus que Moravia « fidèle à son patron depuis trente-trois ans ». Elle est serbe et habite le quartier voisin. « Les autres Serbes sont partis à la retraite. Moi aussi, bientôt, j’ai quand même 65 ans. Je vais rentrer au pays. »

 

La banlieue a tout dévoré « Tout autour de ces champs bruns, c’est un paysage de béton qui se déploie. Le domaine semble coincé entre les hautes barres HLM et l’enseigne lumineuse du restaurant McDonald’s. »

 

« J’ai très longtemps vu la basilique de Saint-Denis d’ici »

 

La menace a toujours plané au-dessus de l’exploitation de René « Il y a soixante ans, on nous a dit que nous devions partir pour laisser la place à la construction d’immeubles. » Beaucoup de ces collègues ont empochés le chèque et sont partis. Lui a tenu bon et en 1983 la mairie a fait jouer son droit de préemption et il est son locataire.

 

« Il n’y a pas que le quartier qui a changé. Nos méthodes de travail aussi »

 

Adieu les cloches en verre et les châssis propres, place aux voiles de forçage.

 

 

Adieu aussi les tas de fumiers qui faisaient l’objet de compétitions entre les maraîchers « C’était à qui aurait l plus beau tas de fumier ! »

 

Et puis Rungis est arrivé en 1969, René vend 90% de sa production aux Carrefour et autres Cora environnants « Ils nous achètent notre salade autour de 45c, pour la revendre 99c. C’est dur. Mais aujourd’hui, selon moi, même les distributeurs ne margent plus beauoup, du fait de la concurrence entre eux. »

 

Gaëlle la fille de René et son mari ne reprendront pas l’exploitation de la plaine. Peut-être iront-ils travailler la petite exploitation achetée par René dans l’Oise lorsqu’il craignait d’être expulsé ?

 

Pourtant ils aiment cet endroit « c’est la campagne dans la ville. Mais c’est un travail de plus en plus dur. Les gens ne se rendent pas compte des heures exigées, ils nous parlent uniquement des prix. Ce n’est plus viable pour nous. »

 

René plaisante « Nous avons été longtemps les culs-terreux… Aujourd’hui, nous faisons partie du paysage. Il est de bon ton de venir nous voir. Je participe même aux Journées du patrimoine ! »

 

Adieu à « l’as de la laitue passion » et de « l’oignon jaune paille »

 

Lire Le maraîchage en Seine-Saint-Denis et ICI belles illustrations

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