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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 00:09
Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons « la prohibition valait mieux que l’absence totale d’alcool »

Le vieux schnock en question ce n’est pas moi, et les jeunes cons sont étasuniens, des étudiants fraîchement diplômés de l’Université devant lesquels Kurt Vonnegut, disparu en 2007, le vieux schnock en question, prononçait des discours lors des cérémonies de remise de diplômes. « À l’écrit comme à l’oral, Vonnegut usait de mots directs et de phrases franches, ceux et celles que les gens pensaient mais ne disaient pas, des idées qui exprimaient des sentiments profonds, qui démontaient les préconceptions et vous faisaient voir les choses sous un autre angle» note dans la postface l’écrivain Dan Wakefield, ami de longue date également originaire d’Indianapolis. Chaleur taquine, dérision imprègnent le recueil de 9 discours « Elle est pas belle, la vie ? Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons » traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guillaume-Jean Milan. Denoël, 180 pp., 15 €. La simplicité bonhomme et une franchise étonnante faisait de Kurt Vonnegut l’un des orateurs les plus demandés pour les cérémonies de remise de diplômes en Amérique.

Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons « la prohibition valait mieux que l’absence totale d’alcool »

Je vous livre mes soulignés, crayon de papier bien sûr, de lecture…

 

« Quand j’étais petit, à Indianapolis, il y avait un humoriste du nom de Kin Hubbard. Il écrivait chaque jour un petit billet pour The Indianapolis News. Indianapolis a grand besoin d’humoristes. Souvent de type était aussi spirituel qu’Oscar Wilde. Un jour il a dit, par exemple, que la prohibition valait mieux que l’absence totale d’alcool»

 

« Des années durant j’ai cherché la meilleure blague du monde. Je crois l’avoir trouvée. Je vais vous la raconter, mais il va falloir m’aider. Vous devrez dire « Non » quand je lèverai la main comme ça. D’accord ? Ne me laissez pas tomber.

Vous savez pourquoi la crème est incroyablement plus chère que le lait ?

LE PUBLIC : Non.

Parce que les vaches détestent s’accroupir sur des petits pots.

Voilà la meilleure blague que je connaisse. »

 

« Qu’attendent les gens légèrement plus vieux des gens légèrement plus jeunes ? Qu’on leur reconnaisse le mérite d’avoir survécu si longtemps, et souvent, on peut l’imaginer, dans des conditions difficiles. Les gens légèrement plus jeunes rechignent incroyablement à leur accorder cela. »

 

« … vous avez passé la majeure partie des seize dernières années, ou plus, à apprendre à lire et à écrire… Il est terriblement difficile d’apprendre à lire et à écrire. Ce n’est tout simplement jamais fini… »

 

« Deux sujets essentiels demeurent néanmoins à traiter : la solitude et l’ennui. Quel que soit l’âge que nous avons aujourd’hui, nous nous ennuierons et nous sentirons seuls pour ce qui nous reste à vivre. »

 

 

« … la haine bat la cocaïne à plate couture.

C’est grâce à la haine, rien de plus, que Hitler a fait renaître une nation éreintée, en faillite et à moitié affamée. Vous imaginez. »

 

Kin Hubbard à nouveau :

 

« Il n’y a pas de honte à être pauvre… mais un peu quand même. »

 

« Personnellement, j’ai un beau-fils qui a été avalé par son ordinateur. Il a disparu dedans et je ne sais pas si nous pourrons l’en sortir un jour. En plus il a femme et enfants ! »

 

« William Ross Wallace : « La main qui balance le berceau dirige le monde. »

Et de grâce éloignez-moi cet enfant des ordinateurs, de la télé, à moins que vous ne vouliez en faire un imbécile solitaire qui vous pique l’argent dans votre porte-monnaie pour s’acheter du matériel.

Ne renoncez pas aux livres. Ils sont si agréables – ce poids amical. »

 

Question posée à Joe Heller auteur de Catch 22 lors d’une fête chez un multimillionnaire à Long Island : « Joe, quel effet ça te fait de voir que dans la seule journée d’hier notre amphitryon a sans doute gagné davantage que ce Catch 22, l’un des livres les plus célèbres de tous les temps, a rapporté dans le monde entier durant les quarante dernières années ? »

Joe a répondu : « J’ai quelque chose qu’il ne pourra jamais avoir. »

J’ai répliqué : « Quoi donc, Joe ? »

Il a rétorqué : « La conscience d’en avoir assez. »

 

Mark Twain, au terme d’une vie riche de sens, se demanda pourquoi nous vivions tous ?

Il trouva six mots pour le satisfaire : « Faire bonne impression à nos voisins. »

 

« … le pouvoir nous corrompt, et que le pouvoir absolu nous corrompt absolument. Les êtres humains sont des chimpanzés qui se soûlent de pouvoir à en devenir fous. »

 

« Le formidable écrivain Albert Murray, qui fut historien de jazz entre autres choses, m’a énoncé une atrocité, durant l’esclavage, dans notre pays même, dont nous ne nous remettrons jamais : le taux de suicide par habitant était nettement supérieur chez les propriétaires d’esclaves que chez les esclaves.

Selon Al Murray c’est parce que les esclaves savaient gérer la dépression, contrairement à leurs propriétaires blancs. Ils jouaient du blues. »

 

Bertrand Russell disait que la planète était « l’asile d’aliénés de l’univers. »

 

« Les Arabes ont aussi inventé les chiffres qu’on utilise, dont un symbole pour le zéro, ce que personne d’autre n’avait fait jusque-là.

Vous pensez que les Arabes sont stupides ? Essayez-donc de faire une division avec des chiffres romains ? »

 

« Nous diffusons la démocratie n’est-ce pas ?

De la même façon que les explorateurs européens ont apporté le christianisme aux Indiens, qu’on appelle désormais « Amérindiens ». Ce qui me rappelle l’histoire de ces Espagnols qui s’apprêtaient à brûler vif un Amérindien parce qu’il s’était énervé. Il fut conduit au bûcher à coups de fouet, en guise de divertissement, et un Espagnol attacha une croix au bout d’un long bâton, qu’il souleva pour que l’Amérindien puisse l’embrasser.

L’Amérindien demanda pourquoi il devait l’embrasser, l’espagnol lui répondit qu’il irait au paradis s’il le faisait. Et l’Amérindien demanda s’il y avait des Espagnols au paradis. On lui répondit qu’il y en avait, et l’Amérindien dit qu’il n’irait jamais.

Quel ingrat, quand même ! Quels ingrats ces habitants de Bagdad ! »

 

« Je connais des diplômés de Yale, de la haute société, qui parlent et écrivent comme un pied. »

 

« Nous vivons à une époque où les gens ne s’excusent jamais de quoi que soit. Ils pleurent et piquent une crise… »

 

« Je m’excuse pour ce désastre qu’est aujourd’hui la planète. Mais elle a toujours été un désastre. Il n’y a jamais eu de « bon vieux temps », il y a seulement du temps. Et comme je le dis à mes petits-enfants : « Pas la peine de me regarder, moi-même je viens d’arriver. »

 

« J’ai engagé un de mes voisins – il était bricoleur – pour ajouter un « L » à ma maison, où je pourrais écrire. Il a tout fait de A à Z – il a construit les fondations, puis les murs et le toit. Il a tout fait lui-même. Et quand tout a été fini, il a fait quelques pas en arrière et dit : « Mais comment ai-je pu faire ça ? On l’a fait ! Elle pas belle la vie ? »

 

L’oncle Alex Vonnegut, un courtier d’assurances « m’a dit que quand les choses allaient vraiment très bien, il fallait toujours le constater. Il parlait d’occasions très simples, pas de grandes victoires. Boire de la citronnade à l’ombre d’un arbre, sentir les effluves d’une boulangerie, pêcher ou écouter de la musique venant d’une salle de concert tandis qu’on est dehors dans le noir ou, si je puis me le permettre, après un baiser. Il m’a dit qu’il était important dans pareilles circonstances de dire à voix haute: « Elle est pas belle, la vie ? »

Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons « la prohibition valait mieux que l’absence totale d’alcool »

Biographie de Kurt Vonnegut 

 

Extraits

 

« Kurt Vonnegut était une conscience. Le porte-parole de la contre-culture née du désarroi d'une génération que l'on disait volontiers "perdue" ainsi que du rejet de la guerre du Vietnam - son premier chef-d’œuvre, l'extraordinaire Abattoir 5, fut publié en 1969 et resta trois ans en tête des listes de meilleures ventes! 

 

« Avec une tornade de cheveux roux et bouclés sur la tête, ses longues moustaches en broussaille, son jean trop large et ses bretelles de fermier, Kurt Vonnegut faisait irrésistiblement penser à un épouvantail. Ou à un clochard céleste, tout droit sorti d'un roman de son copain Kerouac. Il allait et venait pieds nus, et son grand corps décharné tremblait dès qu'il allumait ses cigarettes, l'une après l'autre. Il avait l'air égaré. Parlait peu - ou seulement par aphorismes géniaux, entre deux larges rasades de vodka-orange: « On est ce qu'on fait semblant d'être, aussi faut-il faire très attention à ce qu'on fait semblant d'être ». Ecrivait moins encore, conscient que son oeuvre parlait déjà pour lui. Il a fallu que l'Amérique, ce pays qu'il adorait, tombe bien bas pour qu'il sorte de sa retraite et publie, en 2005, son dernier livre, Un homme sans patrie, bombe anti-Bush d'une virulence et d'un comique plutôt revigorants - et encore une fois best-seller aux Etats-Unis: « Non, je ne me présente pas à la présidence, même si je sais, moi, qu'une phrase doit avoir, pour être complète, un sujet et un verbe. » L'Amérique lettrée, celle qui pense par elle-même et le plus souvent contre elle-même perd un de ses héros. Et les lecteurs, un de leurs amis. »

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 00:09
Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?

J’en viens à me demander si notre slogan soixante-huitard, que nous croyions éculé, « élections, piège à cons ! », n’est pas d’une brûlante actualité. Quand je vois ce que l’avenir nous promet j’en viens même à regretter la royauté. Au moins, avec eux, même s’il y en eut de tous les acabits, le bon peuple ne pouvait s’en prendre qu’à Dieu. Aujourd’hui, il confond l’isoloir avec le défouloir ou, quand il se dit intelligent, comme l’immense Onfray, orphelin de la gauche, qui a déclaré « Il y a 90% des gens qui sont de gauche et qui ne se reconnaissent pas dans Hollande, Mélenchon ou Besancenot. En gros, vous me dites que la gauche, ce sont trois cageots et qu'il va falloir aller puiser ». Michel Onfray reproche à Hollande de suivre la politique libérale de Nicolas Sarkozy, à Mélenchon de soutenir des personnalités « toxiques et dangereuses » comme Vladimir Poutine ou Fidel Castro et accuse aussi le NPA d'être « d'une certaine manière dans l'antisémitisme », dans leur propos contre Israël et leur soutien à la Palestine.

 

Le philosophe de la Normandie profonde ira sans doute à la pêche, moi pas même si je ne vote pas vu qu’à Paris nous mettons tous nos œufs dans le même panier. Bon, je ne vais pas en faire tout un fromage sur un scrutin local où les gloses nationales sentent trop l’impatience de certains à prendre en main notre destin.

 

Revenons au Roi, en l’occurrence le Roi Soleil, Louis XIV et son fils dit le Grand Dauphin qui, s'étant arrêtéz à Maroilles après la signature de la paix de Nimègue (1678) pour s’y restaurer auraient beaucoup apprécié la saveur du fromage que les paysans leur servirent en collation.

 

Dans cette belle région herbagée du Nord de la France il existait un impôt dit « les droits du dauphin » réservé aux charretiers qui devaient verser à Cambrai un denier pour chaque chariot venant du Hainaut.

 

Le Roi Soleil était heureux des avantages qu’il venait de tirer du traité de Nimègue consentit, sur la requête de son fils, à dispenser les paysans des droits du dauphin. En signe de reconnaissance, ceux-ci baptisèrent le fromage apprécié par les bouches royales du nom de « dauphin »

 

Cette légende a pris corps à la suite d'une remarque fortuite faite par des chercheurs. Il n'est fait mention du dauphin, il s'agissait d'un fromage aromatisé aux herbes, dans les comptes de l'abbaye de Maroilles qu'après 1670. Et l'on peut estimer, avec Léon Albert Fargues, l'éminent historien du Maroilles, que la « création ou la modification d'un fromage ne se fait pas du jour au lendemain ». Par la suite, on s'est rendu compte, en examinant les archives, que dans l'acte du roi déterminant les droits du Dauphin les charretiers de Maroilles étaient exemptés de la taxe de 1 denier perçue à Cambrai sur chaque chariot du Hainaut qui passait dans la ville.

Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?
Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?

Le Dauphin est préparé à base de Maroilles blanc, c’est à dire de Maroilles à peine sorti du moule. Cette pâte est alors mélangée à des herbes et des épices (estragon, poivre et clous de girofle à l’occasion) avant d’être placée en cave humide.

 

Durant les 2 à 4 mois d’affinage, sa croûte est régulièrement lavée à l’eau salée. Celle-ci prend alors une teinte orange.

 

La forme que prend le Dauphin est variable, bien qu'il soit souvent présenté en pain et sous la forme de poisson stylisé. Il pèse 200 grammes en pain, et 500 grammes en poisson…

 

Selon le fromager Androuet :

 

Choix à l'aspect du dauphin : croûte lisse orangée, pouvant tendre vers le brun.

 

Choix à l'odeur du dauphin : puissante assez pénétrante et légèrement ammoniaquée.

 

Choix au toucher: souple sans excès.

 

Choix au goût: relevé et aromatisé.

 

Comme nous sommes dans le Nord j’en profite pour vous recommander 3 fromages politiques :

Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?
  • Le vieux gris ou gris de Lille, puant macéré ou encore fromage fort de Béthune :

En 1960, lors de sa venue à Lille, Nikita Khroutchtev, ancien maître de l’URSS y fit grand honneur. C’est une pâte de Maroilles. Salé deux fois, sans croûte, de couleur grisâtre à odeur légèrement ammoniacale, son goût est plus prononcé, plus salé et un peu piquant. Sa pâte est souple, sans trou. L’affinage du Gris de Lille, connu autrefois, sous le nom de Maroilles gris, est plus long que son cousin : il dure 5 ou 6 mois.

Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?
  • La mimolette dite boule de Lille ou Vieux Lille :

On affirme que c’était le fromage préféré du Général de Gaulle. Fromage en boule à croûte grise et à chair orangée, d’un poids de 4 kg (au départ) qu’on désigne encore sous le nom de Vieux Hollande dans la région lilloise.

 

On le désigne ainsi : demi-vieux, vieux gras, vieux cassant. Son affinage atteint parfois 24 mois (entre 16 et 18 mois, le fromage est donc à plénitude et développe alors tout son arôme, c’est à cette époque qu’il est le meilleur), sa croûte naturelle est brossée régulièrement afin que les cirons n’attaquent pas toujours la croûte au même endroit ; on fabrique la mimolette dans d’autres régions de France, mais beaucoup viennent vieillir dans les célèbres caves du nord, spécialisées dans le brossage et le travail du “maillet de bois” (c’est au son que l’on détermine si la boule est bonne ou trouée).

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  • Le Rollot :

Le souvenir de Louis XIV s’attache à ce fromage ; on raconte en effet que le roi Soleil s’étant arrêté pour déjeuner dans la région, un Rollot lui fut servi par un nommé Debourges. Le Roi s’en régala tant qu’il lui décerna le titre de Fromage Royal. Au XVIIIe siècle dans cette région, il n’était pas rare que, des propriétaires en règlement des fermages qui leur étaient dus, exigent en complément, la fourniture de quelques délicieux Rollots. Le Rollot tient son nom d’une petite localité du Santerre en Picardie, dans les environs de Montdidier. C’est un petit fromage au lait de vache de 8 à 9 cm de diamètre sur 3,5 cm de hauteur. Son extérieur est rougeâtre. Sa fabrication a beaucoup diminué et a presque disparu à ce jour. Madame Henguelle près de Fruges, en fabrique une petite centaine par jour de manière tout à fait traditionnelle. (Certains industriels de l’avesnois le commercialisent en forme de cœur).

 

Pour accompagner ces fortes personnalités je vous conseille pour le vin du puissant La Papesse 2013 un vinsobres domaine de Gramenon 100% Grenache 15°

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, Colmou le rocardien qui rétrécit la gauche et le Buisson ardent qui brûle les doigts de Mélanchon

Semaine étrange, pleine d’absence, de trous, de fureurs intérieures, de dépressions suivies de remontées vertigineuses, je ruminais. Toujours précédées d’un long temps de lenteur, masqué par une manière d’être, absente, insondable, mes décisions importantes ont toujours été aussi soudaines qu’imprévisibles. Je tranche ! Laisse derrière moi ce qui n’est qu’après tout du passé sur lequel qui que ce soit n’a de prise. Hôtel de l’avenir, quel avenir s’interroge dans sa langue concise souvent imperméable, Patrick Modiano, par la bouche de son héros qui arpente les rues du Ve au petit matin tout près de l’église Saint-Jacques-Haut-le-Pas ? L’équation est simple, sans aucune inconnue, elle est mon avenir, je ne suis pas le sien, insoluble et je ne cherche pas à la résoudre. Précautionneux et attentif je me contente de me glisser dans tous les espaces qu’elle me donne. Et elle m’en donne. Apaisé face à elle j’en deviens contemplatif. M’envole ! La connexion se fait : amarrée sur l’autre rive du bassin, Milou, la péniche bleue et jaune, devient notre trait d’union, « je l’achète et nous partons ! » Elle sourit. Nos secrets, une forme d’intimité tendre, je m’inquiète, elle s’inquiète, mes mots, les siens. Et puis il y a le regard des autres… qu’importe… peu m’importe… C’est simple : débarrassé de mes vieux habits je revis. Prends de plus en plus de distance avec mon job, j’en ai marre de voir les gens de pouvoir sombrer dans la médiocrité la plus crasse. « Chronique d’un désastre annoncé » avis de gros temps, une vraie grande marée qui va tout emporter. Devant ma petite bande de bras cassés sympathiques je me roule une petite clope, tabac naturel et papier chanvre, et j’entame ma conférence de début semaine en évitant d’avoir l’air désabusé.

 

Au temps d’une Rocardie planant sur un petit nuage bleu ciel, sondages au zénith pour son cher Premier Ministre, souvenir du fameux Congrès de Rennes où les courants du PS s’étripèrent sans prendre de gants, juchés sur des chaises, tout près de moi, le couple Dray-Mélanchon leaders d’une motion à leur nom, très à gauche bien sûr, conspuait les sociaux-traîtres que nous étions. Et dire que Mitterrand avait refusé de voir Julien Dray entrer dans le gouvernement Rocard avec son petit sourire carnassier qui voulait dire : « je ne vais pas vous faire ce cadeau Monsieur le Premier Ministre, donner une gamelle de soupe à l’un de vos adversaires le plus acharné c’est me priver des services d’un roquet qui vous mordra les chevilles à la première occasion… » Par dérision nous les avions baptisés : Gueule de Raie et Méchant Con. Mais, en ce temps-là, les deux larrons ne faisaient pas parti de nos préoccupations premières : l’adversaire à abattre était le puissant et redoutable Laurent Fabius et ses troupes avec à leur tête l’actuel président de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone, et entre autres Didier Migaud, alors député de l’Isère et maintenant Premier Président d’une Cour des Comptes qui nous coûte bien cher pour des résultats insignifiants et un inconnu qui n’est pas devenu célèbre : Jean-Pierre Philippe, ex-Mermazien cherchant une belle écuelle, et qui la trouvera sous le gouvernement Jospin en se faisant nommer à la SOPEXA, présentement légitime époux de Longueurs&Pointes, la clopeuse des quais de Paris NKM alliée intermittente de Sarkozy. La Bretagne, foyer principal de la Rocardie, tous ces cathos de gauche passés avec armes et bagages au service de cette Deuxième Gauche honnie par tous les hiérarques du Parti. Les restaurants de Rennes étaient bondés et nous avions dû, un petit carré de suppôts de Rocard, accepter de partager le nôtre avec un bloc des partisans de Lolo du Grand Quevilly. L’atmosphère, tendue au départ, devint plus fluide au fur et à mesure que le vin produisait ses effets de convivialité. Si je vous parle de cet épisode c’est que ce soir-là, Yves Colmou, alors chef de cabinet du Premier Ministre, s’endormit pendant le repas.

 

En dehors des petits cercles du PS et de la gente politique, qui adore les coups fourrés, hantant les couloirs du Parlement, qui connaît Yves Colmou ? Les Préfets ! Ce cher Yves adore orchestrer le ballet des Préfets… Homme de l’ombre, comme l’écrit David Revault d'Allonnes, grand spécialiste de la 2e gauche, dans le Monde « il n'aime rien moins que d'apparaître en pleine lumière. «Moi, je ne m'occupe de rien», tente d'abord d'évacuer Yves Colmou, 58 ans. La réalité est tout autre. Adepte de la discrétion, le «conseiller auprès du premier ministre», numéro deux du cabinet dans l'ordre protocolaire entre la directrice et le directeur adjoint, n'en est pas moins l'un des piliers du système Valls. Conseiller politique et parlementaire, DRH et chasseur de têtes, expert ès cartographies électorales et éclaireur dans les méandres du PS. « Colmou est multifonction, estime un proche de M. Valls. Il est capable d'avoir un œil sur l'administration, le groupe, le parti. C'est le couteau suisse. » Son bureau, plutôt exigu et situé au rez-de-chaussée, ne fait pas partie de ceux, plus vastes et majestueux, qui entourent celui du chef du gouvernement, au premier étage de l'hôtel Matignon. Mais il se trouve juste à côté du salon où se tiennent toutes les réunions importantes. Vieux routier de la Rocardie et de la Jospinie, professionnel de l'appareil et des réseaux socialistes, capable d'égrener sans ciller les résultats électoraux, sur trente ans, des cantons les plus reculés, Yves Colmou ne saurait ignorer que l'essentiel, en politique, se joue ailleurs : en coulisses. »

 

Mais avec le premier tour des élections départementales, Yves Colmou est sorti brutalement de l’ombre, surnommé dans Le Parisien «l’homme qui rétrécit la gauche». Et d’énumérer les tares congénitales de la réforme menée en solitaire, lorsqu’il occupait le même poste Place Beauvau : fin du renouvellement des départements par moitié ce qui démultiplie la tendance générale du scrutin, qualification au second tour à 12 et demi pour cent des inscrits contre 10% jusqu’ici ce qui n'est pas très malin en ces temps d’abstention record et de gauche est faible est divisée.

 

Mes troupiers fascinés m’écoutaient dérouler la démonstration de Frédéric Métézeau dans son billet politique de France-Culture : Les apprentis sorciers se brûlent toujours les doigts 

 

« Avec ce nouveau mode de scrutin, le gouvernement s’est piégé tout seul mais ce n’est pas la première fois et c’est une nouvelle preuve que les redécoupeurs de cantons, les tripatouilleurs de calendrier, les appsrentis-sorciers des élections se brûlent toujours les doigts. Que ces réformes lancées comme des grandes avancées démocratiques avec en arrière-pensée l’espoir d’une victoire sans forcer, leur reviennent dans le visage comme le boomerang d’une défaite inattendue…

 

1986 : premières élections législatives à la proportionnelle sous la Vème République qui n'évitent pas la défaite de la gauche au pouvoir, 35 députés FN entrent à l'Assemblée et c’est la cohabitation.

 

1988 : la droite est passé par là et Charles Pasqua avec ses grand ciseaux pour le rétablissement du scrutin majoritaire mais la gauche retrouve la majorité, certes relative.

 

1997 : Jacques Chirac bouleverse le calendrier et dissout l’Assemblée Nationale, ses stratèges croient au bain de jouvence pour la suite du septennat, c’est la douche froide.

 

2002 : Lionel Jospin et Jacques Chirac (aiguillonnés par VGE) passent au quinquennat avec inversion du calendrier électoral. L’entourage du Premier ministre dont Manuel Valls et Yves Colmou y voient une réforme d’une si grande modernité et d’une si grande logique institutionnelle qu’elle va porter leur champion et son si bon bilan vers l’Elysée. Chou blanc donc…

 

2012 : redécoupage Marleix pour les législatives avec la création de 11 circonscriptions pour les Français de l’étranger (la 1ère Etats-Unis Canada, la 2ème Amérique centrale Amérique du sud, la 5ème Espagne Portugal et Monaco, la 8ème Italie, Grèce, Chypre, Israël, la 11ème qui couvre la moitié de la planète : la Russie, toute l’Asie et l’Océanie !) mais en juin 2012 malgré les craintes du PS la droite n’en remporte que 3 sur 11.

 

À l’inverse, en 2011 la gauche remporte le Sénat sans aucune réforme de ce scrutin pourtant censé favoriser la droite.

 

Moralité : la carte électorale et le mode de scrutin ne changent pas une élection. Un scrutin reste une démarche politique.

 

Jusqu’ici, redécoupages et tripatouillages pouvaient limiter les dégâts mais cette année cela risque d’être le contraire, reste que les scrutins sont de plus en plus illisibles pour les Français. Quand il était président, Nicolas Sarkozy confiait « les Français sont le peuple le plus politique du monde ». Il est vrai qu’avec une monarchie, deux empires, cinq républiques et quantité de réformes nous avons goûté à tout avec des cuistots très imaginatifs dans l’arrière-cuisine électorale mais aujourd’hui on frise l’indigestion ou pire… l’indifférence. »

 

J’abordais en dessert le cas de Mélanchon, un beau cas que je connais sur le bout des doigts depuis que je l’avais croisé alors qu’il était grouillot du maire de Massy Claude Germon

 

Dans leur dernier livre Le Mauvais Génie,  Ariane Chemin et Vanessa Schneider, grands reporters au Monde, révèlent comment Patrick Buisson, ancien prof d’histoire, proche des « néofascistes » Alain Renault et François Duprat, a bénéficié d’une mansuétude fascinante au sein de la Sarkozie. Non content d’insuffler ses thèses identitaires au président de la République, il a irrigué toute la droite, fabriquant de nombreux « bébés Buisson ». Dans le sillage de l’ex-directeur de la rédaction de Minute, un inframonde politique, réactionnaire ou ultracatholique, a retrouvé le chemin du pouvoir. Ça tout le monde le sait, ou presque, mais pour Mélanchon, à part nous les Grandes Oreilles, pas grand monde. Le journalisme d’investigation a besoin de sources, de vraies gorges profondes.

 

« J’en suis sûr. Je suis écouté. » La voix de Jean-Luc Mélenchon a blanchi. Près de lui, à quelques mètres, un collaborateur voit des gouttes perler sur son front. Le candidat du Front de gauche à la présidentielle vient de raccrocher après quelques mots murmurés au téléphone, mais la conversation semble l’avoir plongé dans une angoisse irraisonnée. Comme si le seul fait de s’être entretenu avec ce mystérieux correspondant avait suffi à le plonger dans cet étrange accès de fébrilité. (…)

 

L’homme avec lequel Jean-Luc Mélenchon était en ligne n’est autre que Patrick Buisson. (…) Buisson et Mélenchon se sont rencontrés au début de l’année 1993. Un jeune journaliste de Valeurs actuelles, Éric Branca, a décidé de s’atteler à une biographie de Philippe de Villiers. Patrick Buisson rejoint le projet en cours de route. Il donne au livre du souffle, du lyrisme, de la flamme. Pour clore l’ouvrage, les deux auteurs demandent à quatre « hérétiques » qui « ne supportent ni les carcans ni les contraintes » de donner leur avis sur le vicomte vendéen. Buisson a choisi Raoul Girardet, Marie-France Garaud, Bernard Debré et Jean-Luc Mélenchon.

 

« Mélenchon est l’un des derniers socialistes à se référer à une grille d’interprétation marxiste de l’économie et de la société, écrit Buisson après avoir reçu le texte du socialiste. Paradoxalement, ce n’est ni un brasseur de vulgate ni un adepte de la langue de bois. » Il est conquis. « Il faut absolument que tu me le présentes », demande-t‑il à Branca. Le début d’un long dialogue et d’une amitié. (…)

 

« Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. (…) Lorsque l’ami Jean-Luc Mélenchon se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS »

 

Régulièrement remise sur le tapis depuis 2012, comme une petite ritournelle que l’on chantonne quand revient le beau temps, ainsi de la présence de Jean-Luc Mélenchon en 2007 à la remise de la légion d’honneur de Buisson comme preuve flagrante de leur proximité. Face à Marc Oliver Fogiel, récemment dans l'émission Le Divan, Mélenchon propose un argumentaire plus sophistiqué mais pas vraiment plus convaincant. « Aller à la légion d'honneur de Patrick Buisson par Nicolas Sarkozy, c’est une curiosité, c'est une gourmandise, un spectacle gratuit. Comme si vous me disiez 'ah ! On a trouvé un papillon qui a des pattes, des pattes de lapin. J'y vais. Je vois le président de la république qui dit remercier l'homme qui lui a permis d'être élu. C'est extraordinaire !».

 

Ce n’est pas de la langue de bois mais de la langue de pute comme l’adore le monde médiatique. Ça ne draine pas les voix des gens d’en bas mais la Merluche, qui a tété au sein des hiérarques Mitterrandien, le sait mieux que quiconque : le peuple c’est beau mais, à démagogue, démagogue et demi, il préfère l’original à la copie… Alors le pont avec Buisson n’est pas une vue de l’esprit…

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 00:09
Un carnet taché de vin « J’avais tout de l’étron qui attire les mouches plutôt que de la fleur qui fait venir les papillons et les abeilles » Charles Bukowski

« Né le 16 août 1920 à Andernach (Allemagne) hors les liens sacrés du mariage, je suis un bâtard, mais pas un enfant illégitime. Mon père était l’un des soldats américains qui occupaient le pays ; ma mère était une jeune Allemande écervelée. Je venais d’avoir 2 ans quand mes parents partirent vivre aux États-Unis – d’abord à Baltimore, puis à Los Angeles où j’ai gâché la majeure partie de ma jeunesse et où je vis encore aujourd’hui.

 

Mon père était une brute et un lâche qui n’avait d’autre satisfaction que de me punir pour mes fautes, vraies ou imaginaires, à coups de lanière de cuir, celle-là même dont il se servait pour affûter son rasoir. Ma mère se contentait de l’approuver. Leur devise préférée était : « Un enfant doit être toujours visible et tenir sa langue. »

 

Confessions d’un vieux dégueulasse (1971)

 

« Un carnet taché de vin » n'est pas un fond de tiroir écrit Anthony Palou dans le Figaro culture. 

 

« Bukowski, c'est l'évidence d'une littérature pas coupée à l'eau tiède. Et c'est pour ça qu'il nous émeut, nous traverse comme une flèche. Il fait dans la vie telle qu'elle va ou ne va pas trop. Ce gars-là, ce pas grand-chose ne fut jamais le premier de la classe, mit tout son talent à n'être que lui. Ses influences? Hemingway, Saroyan, Fante, etc. et comme ses pairs, il s'est acharné à dépuceler la littérature à coup de burin, à aplatir la langue américaine tel le boucher du coin qui attendrit une escalope. À fleur de peau fouettée, il mit aussi toute son énergie au service de ce que nous sommes, de sombres insectes cherchant à s'en sortir. »

 

Bukowski n'utilise jamais le frein à main, il est un vrai raffiné, un tribal civilisé. Il ne carbure pas aux hormones, il est né rageur, ne fut never pas une grande tête molle, s'est décarcassé chaque jour que dieu fait pour affronter un monde pas terrible. Toujours à la limite de l'optimisme, il sait que le boulot, que le jeu aux courses, la biture et la castagne en vaudront toujours la chandelle. »

 

Ce n’est pas l’avis de Philippe Garnier des Inrocks : Racler les souvenirs dans les fonds de tiroirs 

 

« Plus de vingt ans après sa mort, et bientôt un demi-siècle après la publication du Journal d’un vieux dégueulasse, il est peut-être temps de vérifier les prédictions d’Allen Ginsberg sur Bukowski (“poète mineur, il ne durera pas”), ou les estimations sceptiques du monde universitaire américain – Robert Peters, qui aimait l’œuvre, la qualifiait de « gab poetry » (poésie de la parlotte), en référence à son « naturel”, proche de la conversation. »

 

« L’édition reflète bien la tendance actuelle : les livres de témoignages, biographies, études et archives photographiques se sont multipliés outre-Atlantique. Et les parutions posthumes de l’auteur vont bientôt égaler en nombre (déjà considérable) les textes publiés de son vivant. L’année dernière nous avait amené Le Retour du vieux dégueulasse, et Grasset sort à présent ce Carnet taché de vin, similairement estampillé du logo Buko façon bague de cigare, similairement réuni et préfacé par David Stephen Calonne, en passe de devenir le Matthew J. Bruccoli de la Dégueulasserie. Comme Bruccoli avec Hemingway et Fitzgerald, qui ne s’est arrêté de publier leurs fonds de tiroirs et listes de provisions qu’à sa mort en 2008, ce professeur émérite (spécialiste de William Saroyan et Henry Miller, deux influences de jeunesse pour Bukowski) a entrepris l’excavation des archives du Vieux, dispersées entre la Huntington Library à Pasadena, l’université de Californie à Santa Barbara, et les Special Collections de l’université d’Arizona. »

 

 

Un carnet taché de vin « J’avais tout de l’étron qui attire les mouches plutôt que de la fleur qui fait venir les papillons et les abeilles » Charles Bukowski

Confessions d’un vieux dégueulasse (1973)

 

« Je me suis forgé, livre après livre, la réputation d’un éternel soiffard, et elle est plutôt méritée. Je ne pense pas pour autant que mon travail puisse se résumer à cela. Il n’empêche qu’ils sont nombreux ceux que cette réputation émoustille. En général, ils me téléphonent sur le coup de 3 h 30 du matin :

 

« Bukowski ?

 

  • C’est du domaine du possible.

  • Charles Bukowski ?

  • Exactement.

  • Salut, mec. Je t’appelle juste pour qu’on cause un peu tous les deux.

  • T’es bourré mon, mon gars, je l’entends.

  • Ma valise aussi est bourrée. Et alors ?

  • Écoute, je ne sais pas qui tu es mais tu ne peux pas réveiller des gens à pareille heure, et encore moins des inconnus. Ça ne se fait pas.

  • Vraiment ?

  • Vraiment.

  • Pas même Bukowski ?

  • Surtout pas lui. »

Et, point final, je raccroche.

 

Ces gamins sont persuadés avoir trouvé en moi l’âme sœur, tout simplement parce que je ne déteste pas, comme eux, boire plus que de raison et que je n’ai pas caché dans mes textes mon faible pour les coups de fil après minuit. Mais quel besoin ont-ils de vouloir me copier ? À propos de téléphonages, je me souviens encore de la nuit où, déchiré grave et tricard chez toutes celles que j’avais aimées, j’ai appelé l’horloge parlante pour entendre, pendant de longues minutes, la voix d’une femme m’égrener le temps qui passe : « Au quatrième top, il sera exactement 3 heures 30… au quatrième top, il sera exactement 3 heures 30 et 15 secondes… » Hein, que vous la connaissez, sa voix ! Aussi la prochaine fois que l’envie vous vient de me bigophoner, appelez l’horloge parlente et, si vous en êtes encore capable, branlez-vous en l’entendant. »

 

Fragments d’un Carnet taché de Vin 

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 00:09
L’appel du 21 mars pour vivre mieux mangez du printanier local c’est bon pour le moral et votre porte-monnaie…

Ça ne va pas tarder les bubons cramoisis d’Espagne vont débouler sur nos étals. J’ai toujours milité contre la fraise « bubonique » rouge cramoisie cultivées par des émigrés payés par des coups de pieds au cul, en provenance, via des gros camions qui puent, des tunnels d’Andalousie : « elles déboulent sur les étals dès avril, grosses, moches, grenues, rouge brique, empilées, entassées, venues par camions entiers de la province de Huelva en Espagne. « L’Espagne exporte chaque année vers l’Hexagone, selon les douanes, 68000 tonnes de fraises (60% des importations françaises), soit un ballet de quelque 22000 camions par an, sur 2500 km. Un bilan carbone désastreux… 

 

Les autorités ne cessent de nous bassiner avec leur slogan sanitaire « Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour ».

 

Oui, mais quels fruits et légumes choisir ?

 

Quels critères privilégier pour faire ce choix ?

 

Le goût, le prix, la variété…

 

Avec l’arrivée du printemps j’affirme que l’on a tout à gagner en achetant des fruits et légumes de saison en privilégiant la proximité.

 

Kurt Vonnegut, qui est étasunien, parle du moment où « Dame Nature boucle tout. Novembre et décembre, ce n’est pas l’hiver. C’est le verrouillage. Puis vient l’hiver, janvier et février. Diable ! Pour faire froid, il fait froid ! Qu’y-a-t-il ensuite ? Pas le printemps. C’est le déverrouillage. Qu’est-ce qu’avril pourrait être d’autre ? »

 

La terre, la vraie, pas celle de Pétain qui ne ment pas, l’humus, la glèbe, le terroir, revit sous la douce chaleur du soleil printanier. Tout pousse, c’est la renaissance de tout ce qui se cachait en son sein. C’est le moment de se gaver de légumes de saison !

 

Les légumes de saison… c’est quoi ?

 

Ce sont des légumes qui poussent dans une région ou un pays, en pleine terre ou sous abri non chauffé, les serres froides, les belles cloches en verre.

 

Oui mais les légumes de saison sont-ils bons pour notre porte-monnaie ?

 

Bien sûr le prix des légumes varie au cours de l’année en fonction de multiples variables, mais souvent hors-saison ils sont plus chers, leur qualité est moyenne car ils sont souvent importés ou cultivés sous serre chaude. Acheter vos légumes à des producteurs locaux, sur les marchés, reste la solution idéale pour avoir des légumes frais et pas trop chers.

 

Dans tous les cas de figure soyez attentif à l'origine géographique, et au mode de culture, des légumes proposés sur les étals des marchés urbains, de votre marchand de fruits et légumes, et si vous y allez, les rayons de la GD, mais aussi des magasins bio : les légumes locaux et de saison valent souvent mieux, dans beaucoup de cas, que des produits bio importés par avion !

 

Sans être un écolo forcené vous pouvez éviter les produits empruntant de longs transports par avion, bateau ou camion qui génèrent un grand nombre de nuisances environnementales : consommation de ressources non-renouvelables et pollution (il faut ainsi 5 litres de gasoil pour un kilo de fraises d'hiver), mais aussi embouteillages et accidents de la circulation (en Europe, un camion sur trois transporte de la nourriture).

 

De plus, au lieu de chialer hypocritement sur le sort des petits producteurs, ça permet à ceux de vivre et à des jeunes de s’installer. C’est bon pour la planète et l’emploi. Et ne me dites pas que c’est trop cher : faites une croix sur les saloperies payés au prix du caviar que vous achetez à vos chiarres type M&M's, dangereux, nocifs car bourrés de dioxyde de titane. 

 

Pour les fruits, n’oubliez pas qu’un fruit local et de saison, cueilli à maturité peu de temps avant que vous ne le consommiez, a des qualités gustatives et nutritionnelles bien plus importantes qu’un fruit qui a mûri au frigo sur un bateau - lequel doit en plus souvent être traités avec des produits facilitant sa conservation voire emballé dans une coque plastique qui le protège durant le transport.

 

Attention le slogan achetez Français n’est pas toujours pertinent pour ceux qui veulent acheter des légumes de saison car beaucoup provenant du Sud sont cultivés sous serre chaude en France et sont hors saison. L'affichage du mode de culture n'est pas obligatoire et est donc souvent absent. Le problème est que la culture sous serre nécessite jusqu’à neuf fois plus d’énergie qu’une production à l’air libre - cette technique requiert en effet un chauffage constant pour une température ambiante stable, et parfois même l’utilisation de lumières artificielles… sans compter évidemment l’ajout de produits chimiques si la culture n'est pas bio et que les produits doivent voyager.

 

Les tomates sont le plus « bel exemple » de cette totale dessaisonalisation.

 

 

L’appel du 21 mars pour vivre mieux mangez du printanier local c’est bon pour le moral et votre porte-monnaie…
L’appel du 21 mars pour vivre mieux mangez du printanier local c’est bon pour le moral et votre porte-monnaie…

C’est la saison des asperges alors ne vous privez pas Tout savoir sur l’asperge … et les respounchous 

 

Conseils pratiques

 

Quelques conseils pratiques pour ne pas dénaturer les vitamines contenues dans les légumes :

 

N’éplucher les légumes que si cela est vraiment nécessaire,

 

Laver rapidement sans excès,

 

Ne laisser pas tremper les pommes de terre et les légumes verts trop longtemps surtout si ils sont épluchés ou coupés,

 

Pour les crudités, ne les râper qu’au dernier moment et ajouter aussitôt du vinaigre ou du citron.

 

Superbe interprétation des 4 Saisons par Richard Galliano à l'accordéon 

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 10:15
Les 2 Dupont, le Jacques et le Bompas explorent le territoire de « pruneau-land » où un baron a changé son eau en vin grâce à une pointe Bic…

En ce temps d’élections cantonales, les 2 missionnaires du Point et du vin battent vaillamment la campagne encépagée de la rive droite. Est-ce un signe que le fléau de la balance va pencher à dextre dimanche prochain ? Je ne sais, mais ce que je sais c’est que ces deux beaux nez (les amateurs de contrepèterie sont priés de s’abstenir) ont le fessier fragile, oui rappelez-vous « le fameux siège de roto-faneuse en fer troué qui fit la gloire de la mécanisation au temps de la traction animale équipe également la Maison des vins... Les élus du syndicat de l'époque où fut adopté cet instrument de torture ne devaient guère passer de temps en dégustation... ».

 

Le meilleur de leurs amis de Saint et Millions, Hubert le bourguignon, devrait leur offrir un coussin à ses armes pour qu’ils puissent continuer à décocher en toute sérénité leurs perfides flèches sur les nouvelles reines de beauté du classement qui fait jaser jusqu’à la concierge de cette charmante bourgade : « Nous n'avons pas encore goûté les montagne-saint-émilion ni les saint-georges. Mais les lussac et les puisseguin-saint-émilion se sont montrés remarquables, surtout si on les compare à certains saint-émilion grands crus qui semblent parfois manquer un peu de « racines » en s'affirmant davantage grâce aux pratiques œnologiques et au bois ».

 

Et toc, ce n’est pas de la langue de bois mais faudra tout de même qu’un jour on explique au bon peuple de la France qui boit ce que sont ces fameuses pratiques œnologiques ! Faire toute la lumière ce qui, un jour d’éclipse, va s’en dire.

 

Pour le reste si vous souhaitez suivre les tribulations des deux larrons chez le baron allez voir ICI. 

 

Confidence pour confidence j’ai toujours détesté les pointes BIC, ça écrit trop gros et ça bave, et, comme je ne me rase pas, et que j'allume mes roulées avec des allumettes, je n’ai guère contribué à arrondir la pelote du baron Bich

 

Aux dernières nouvelles Vin : les bordelais annoncent « un beau millésime 2014 »
 

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 00:09
« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

S’il est un livre dont j’ai savouré chaque page, dont je me suis délecté en souriant, c’est bien «Aujourd’hui caviar, demain sardines» de Carmen et Gervasio Posadas, aux éditions de l’Épure. Sœur & frère, enfants de l'ambassadeur d'Uruguay, dotés d’une mère capable « avec quatre sous, beaucoup d’imagination et en mettant tout le monde à l’ouvrage, du premier au dernier membre de la famille (d’où le Posadas Inc.), pour nettoyer, peindre et cirer… capable de transformer une ruine en ambassade de rêve. »

« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

Madame l’ambassadrice d’Uruguay était aussi un cordon bleu capable de faire prendre des vessies pour des lanternes à ses invités pour pallier les petits moyens que leur octroyait leur Ministère des Affaires Étrangères. Ainsi, son gâteau de fausse langouste confectionné avec de la lotte était du plus bel effet présenté avec des carapaces de langoustes vides qui pouvaient resservir plusieurs fois. Plat dont raffolait le redoutable Manuel Fraga Iribarne, Ministre du Tourisme et de l’Information sous un Franco qui commençait à sucrer les fraises, membre du conseil des ministres qui refusa la grâce à Julián Grimau, dirigeant du Parti communiste Espagnol, arrêté, torturé, défenestré, condamné à mort et exécuté en 1963 que Fraga qualifiera alors de criminel et justifiera son exécution. En 1964, il se baignera à Palomares sur la côte d'Almería à l'endroit où un avion militaire américain a perdu accidentellement quatre bombes H, pour y démontrer que les eaux n'y sont pas polluées par la radioactivité.

 

« … quelles que soient mes résolutions, chaque fois que je viens ici, je mange comme un ogre… c’est impossible de respecter un régime. »

« Nous supposâmes qu’il s’agissait du régime alimentaire, car il commença immédiatement à manger et se resservit de l’entrée le fameux gâteau de fausse langouste… »

 

L’humour est au coin de chaque page, pour preuve l’épisode d’un déjeuner chez une vieille marquise, l’une des plus célèbres de Madrid, dans un palais décrépi, aux murs recouverts de Greco, Velasquez et Goya, où elle fut accueillie par un majordome dont la bouche « s’ornait d’une moue de lassitude et d’un mégot » lui contant l’histoire de la rencontre de Fabiola « fille des marquis de Cas Riera, l’une des meilleures familles de Madrid… Je n’ai jamais vu fille aussi laide et avec aussi peu de grâce… Comme elle était très croyante, tout le monde pensait qu’elle entrerait au couvent… » et de Baudoin au ski en Suisse. Celui-ci « très croyant voulait à tout prix se trouver une fiancée en Espagne parce que c’est le pays le plus catholique du monde et il eut la chance de tomber sur la femme la plus catholique d’Espagne. »

 

« Je suis allé au mariage à Bruxelles. C’était spectaculaire. La robe de la mariée était une merveille de Balenciaga, mais Dieu que la mariée était laide. Je ne sais ce que l’on va penser dans le monde d’une reine aussi peu gracieuse… »

 

  • Vous savez comment on appelle maintenant les 2cv Citroën ? demanda l’une des invitées qui n’avait pas ouvert la bouche jusque-là.

  • Comment ?

  • Les Fabiola, parce qu’elles sont très laides, mais très fiables.

L’épisode moscovite est aussi un petit bijou que nos petits enfants pour qu’ils puissent mesurer ce qu’était l’enfer bureaucratique de l’ex-URSS.

 

« Ce pays devrait s’appeler l’Union bureaucratique. Il faut tout faire par l’intermédiaire de l’UPDK qui est l’organisme du Ministère des Affaires étrangères chargé de s’occuper des ambassades, évidemment avec ces initiales, on dirait plutôt une annexe du KGB. Vous voulez un menuisier ? UPDK. Vous voulez une voiture ? UPDK. Vous voulez faire réparer votre voiture ? UPDK, madame et quand on s’adresse à eux, ils disent toujours que ce qu’on demande est très difficile et qu’ils ne savent pas combien de temps ça va prendre. »

 

L’épisode du « domovoï » (revenant) de la résidence est aussi très drôle. L’ancien propriétaire, un commerçant riche à millions, « un porc réactionnaire » tomba amoureux de la plus belle des « zingari » (bohémienne) avec « d’immenses yeux verts de chat ». De retour plus tôt que prévu d’un voyage il la trouva dans les bras de l’un des zingari. Il les tua tous les deux sur place et « il donna le cadavre de l’amant à manger aux chiens et celui de la femme… il le découpa en morceaux et le fit brûler dans la cheminée de la bibliothèque. »

 

La recette du poulet à la Kiev, farci de beurre fondu, plat phare de la cuisine russe, délicieux, servi au restaurant Berlin, datant d’avant la révolution et qui gardait « son ancien charme, avec ses grands miroirs, ses candélabres et ses fresques du XIXe. »

 

À la recherche de l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne :

 

« À l’entrée de ce qui était autrefois le quartier chinois (à côté des murs du Kremlin à quelques cinquante mètres de la fameuse Lubianka, le siège du KGB) se trouve un marché clandestin de copies artisanales de livres interdits, que l’on appelle « samizdat »

 

« Cela semble incroyable, mais il (son mari l’ambassadeur) raconte qu’un jour, il a rencontré là-bas Molotov, celui du cocktail, le célèbre ministre des Affaires étrangères de Staline, qui est aujourd’hui dans la disgrâce la plus totale. Ce que Luis n’a pas réussi à savoir, c’est s’il vendait de la littérature interdite, s’il en achetait, s’il promenait tout simplement sa nostalgie au pied du Kremlin ou s’il cherchait à se procurer un kilo d’oranges en contrebande »

 

« Ici, en Union Soviétique, il y a beaucoup de restrictions, de manques et d’incommodités, mais si tu ne cherches pas les problèmes et si tu regardes ailleurs, tu peux avoir une vie assez tranquille : les gens ont un logement assuré, même s’il est insalubre ; l’électricité et le chauffage ne coûtent pas cher et les gens travaillent très peur. Comme ils disent par ici : « Nous faisons semblant de travailler et l’État fait semblant de nous payer. » Mais si on affronte le système, la vie devient un enfer : harcèlement, perte d’emploi, prison et dans le pire des cas, traitement de « rééducation » en clinique psychiatrique. »

 

Mais le bijou d’humour est les pages consacrées à la présentation à la Queen Élizabeth II qui n’aime que les couleurs « vivacious » ou gaies. Donc pas de noir, « dans ce cas, elle pensera immédiatement que vous êtes en deuil, et elle vous présentera ses condoléances, ce qui serait une gaffe (en français dans le texte) très désagréable qu’il nous faut éviter. »

 

Je brûle de vous raconter l’épisode, mais je ne le ferai pas, vous laissant le soin d’acheter le livre pour 18€ seulement pour le découvrir tout à la fin de l’opus.

 

Accueillie à Buckingham par Lady Pirrit qui « aimait aussi les couleurs vivacious. Elle portait une très élégante robe en taffetas jaune poussin et un châle jaune canari… » l’ambassadrice avait choisi « pour l’occasion une robe en voile de mousseline fuchsia, très léger et printanier » qui lui allait très bien. Elle portait « bien entendu les gants règlementaires ainsi qu’un chapeau blanc et pour tout ornement, une longue et fine chaîne en or qui m’arrivait jusqu’à la taille et d’où pendait une médaille qui avait appartenue à ma mère. »

 

Alors pourquoi diable « Embassador’s Wife shows Knikers to the Queen? »

 

  • Petits incidents de travail qui arivent, me dit-elle (la Queen) avec un doux sourire, moi aussi j’en ai eu quelquefois “So, don’t worry, mistress Pilladas”.
« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

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19 mars 2015 4 19 /03 /mars /2015 00:09
Pourquoi cette soudaine danse du ventre autour des vins nus ?

D’abord il y eut le temps du mépris, de l’ignorance, puis vint celui des tirs qui se voulaient ravageurs type grosse Bertha, des railleries, voire des insultes, des pugilats, il y eut même des excommunications, certains parlaient de schisme, mais en dépit de la disproportion des camps, le bruit médiatique tournait doucement et sûrement en la faveur des ultras-minoritaires et voilà qu’aujourd’hui, en un soudain revirement de jurisprudence, sentant le vent de la tendance se retourner, des ouvriers et des ouvrières de la 25e heure, en se tortillant le popotin, se livrent à une étrange danse du ventre autour des vins nus. Beaucoup de ces Paul sur le chemin de Damas ont bien du mal à cacher que leur soudaine conversion a des motivations très mercantile : la nouvelle chalandise, souvent taxée de boboïste, est tout compte fait bonne à prendre. Mieux vaut donc la caresser dans le sens de ses beaux poils friqués à l’instar d’un Gainsbourg face à la vague yéyé.

 

Denise Glaser

Quand vous parlez des jeunes gens qui chantaient, alors cette fois il n'y a pas trois ans mais il y a deux ans, vous me disiez : « Je suis en train de m'apercevoir que leurs blousons - qui est un vêtement pour aller tous les jours, enfin pour vivre tous les jours - que leur vêtement est doublé de vison et que il serait peut-être intéressant de le retourner ».

 

Serge Gainsbourg

Le mien.

 

Denise Glaser

Oui, un jour vous m'avez dit ça ; « je vais retourner le mien ».

 

Serge Gainsbourg

Ma veste est doublée de vison.

 

Denise Glaser

Vous l'avez retournée ?

 

Serge Gainsbourg

Oui, ça y est, c'est fait.

 

Ce tout petit monde des réseaux sociaux du vin, qui se regarde surtout le nombril pour se persuader d’exister, paraît bien vain. En effet, force est de constater que la part de voix de tous ces prescripteurs autoproclamés ne dépasse guère la limite étroite de leur pré et que leur influence est donc fort limitée. Y’a un côté cour de récré, avec ses clans, ses inimitiés, ses copinages, ses fâcheries, ses rabibochages et, comme on le dit chez moi, ça ne pisse pas loin. Rassurez-vous, j’en suis, je ne place pas hors du champ de jeu, j’ai mes têtes et je les cible, parfois je participe à quelques pugilats sur Face de Bouc mais de moins en moins souvent. Cependant, contrairement à beaucoup, je n’ai rien à vendre, je ne suis ni dégustateur, ni prescripteur, ni caviste et vu mes heures de vol je n’ai plus rien à prouver. 10 ans sur la Toile ça donne du recul et je dois avouer que je ressens un certain plaisir à voir beaucoup de mes chers collègues s’essouffler ou brasser toujours les mêmes sujets jusqu’à plus soif. Ça ne relève même pas du marronnier mais plutôt d’une recherche éperdue du fameux buzz. En remettre une couche sur les affreux vins nus, ceux qui ont du poil aux pattes, sentent le foutre de lièvre et la petite culotte de la fermière, permet de redonner des couleurs à une audience bien pâlichonne.

 

Ces asticotages n’ont guère d’intérêt.

 

À partir du moment où un vin est sur le marché, car loyal et marchand, le buveur/payeur n’en a rien à foutre – c’est le cas de la dire – rien à péter des avis de ces juges aux excellences. Qu’il ait une tronche un peu trouble, qu’il frétille du popotin, qu’il pète, qu’il soit adulé par les hipsters ou les jeunes bobottes, que son père le vigneron porte des tongs ou des Richelieu, qu’il plaise ou non à Pousson, qu’il pousse la vieille RVF à draguer les résistants en peau de lapin, qu’il permette à B&D de faire ou non leur beurre, qu’il incite des blogueurs des deux sexes à se masturber gaiement ou tristement, ça ne fait ni chaud, ni froid aux abrutis comme moi car moi je bois ! Oui je bois, vieux con que je suis, toujours en bonne compagnie, et croyez-moi nous ne nous privons pas de nous foutre de la poire de ceux qui veulent nous imposer leur critère du bien boire.

 

Lâchez-nous les baskets !

 

Ce qui m’étonne dans ces petites joutes picrocholines c’est que pas grand monde prend en compte l’essentiel : les réelles perturbations provoquées par les vignerons de vins nus et autres vins différents dans l’équilibre d’un système à la française qui se veut bien huilé comme une démonstration de Vin&Société. Quand est-ce que ce beau monde va arrêter de nous gonfler avec cette histoire de Rafales ? Que le secteur du vin pèse lourd dans la balance ce n’est pas moi qui vais le contester mais il me semble que pour un produit de haute culture il serait plus pertinent d’utiliser d’autres images.

 

Revenons aux turbulences des trublions.

 

 

Pourquoi cette soudaine danse du ventre autour des vins nus ?

Pour illustrer mon propos je vais vous conter la fable du petit caillou dans la chaussure.

 

Un fermier avait une très jolie fille et les hommes venaient de très loin pour lui demander sa main, mais, respectueux des traditions, il voulait être sûr que sa fille aurait un mari qui subviendrait à ses besoins – fort, raisonnable et diligent.

 

Le père arrêta son choix sur trois jeunes garçons et leur posa une simple question : « Si vous travaillez dans les champs et que vous trouvez un caillou dans votre chaussure, pendant combien de temps travaillerez-vous dans cette condition ? »

 

Le premier jeune homme, sans réfléchir, répondit « Je peux travailler toute la journée en ignorant le caillou dans ma chaussure jusqu’au coucher de soleil. Je suis robuste et je pourrai supporter la douleur.»

 

Le fermier acquiesça et se retourna vers le second jeune homme, qui en rajouta : « Je peux faire la même chose, mais je sifflerai pour montrer que le caillou ne me dérange pas le moins du monde ! J’ignorerai la douleur. »

 

Le fermier se retourna vers le troisième jeune homme, qui déclara : « Je ne peux pas travailler une seule seconde avec un caillou dans ma chaussure».

 

Mais avant que les 2 autres pensent avoir partie gagnée, ce dernier ajouta « Je m’arrêterai, retirerai le caillou de ma chaussure et continuerai à travailler comme je l’ai toujours fait. Ainsi à la fin de la journée, mon épouse n’aura pas à laver une chaussette pleine de sang. »

 

Lui et la belle fille du fermier se marièrent au printemps suivant.

 

La morale de cette histoire est que souvent il ne s’agit pas d’être le plus fort ou d’être le plus entêté – quelque fois il s’agit d’être plus intelligent, plus subtil, et un chouia malin.

 

Le petit caillou des vins nus et de leurs cousins germains, le deuxième opus de Tronches de Vins ratisse bien au-delà la stricte frontière du « nature », dérange le confort du discours dominant qui, sous le couvert du poids économique du secteur, mélange les torchons et les serviettes. Sous les grandes ombrelles des AOC ne se cachent plus forcément des vins indignes, comme je l’avais écrit dans l’introduction de mon rapport de 2001, mais des vins qui ne sont que d’honnêtes IGP sans grand caractère, bien fait au sens de l’œnologie moderne, des ni-ni : ni vin d’artisan, ni vin industriel, écoulés dans les rayons de la GD à des prix minables qui ne sont pas en rapport avec les exigences d’une véritable AOC.

 

Le choix de Vin de France par la grande majorité des vignerons qui n’entrent pas dans le grand moule ou qui ne veulent pas se soumettre à son formatage, ne relève pas seulement du pied-de-nez, du goût de la provocation d’une bande de va-nu-pieds adeptes du laisser-aller. Ces vignerons ne sont pas que de gentils rêveurs qui ne savent pas compter ou une bande de militants qui veulent en découdre avec le système. Ce sont des vignerons à part entière confrontés à l’obligation de vendre leur vin. Si ceux-ci trouvent preneur je ne vois pas en quoi il faille les considérer comme hors-jeu, les exclure des cénacles dit représentatifs. C’est encore plus vrai pour ceux d’entre-eux qui, contre vents et marées, tracasseries en tout genre, rebuffades, se maintiennent dans le giron de leur appellation, loin de la dévaloriser, comme ils se situent le plus souvent dans le haut du panier, ils apportent un plus à la notoriété de celle-ci. Qu’ils soient des emmerdeurs, des empêcheurs de tourner en rond, des originaux, c’est l’évidence mais pour moi c’est une chance. Dans ce fichu monde mondialisé, uniformisé, sortir de l’uniformité, être original, c’est de la création de valeur. Une valeur territorialisée, le fondement même de ce qui fut l’origine.

 

Tout cela va bien donc bien au-delà des piapiapas des experts en tout genre, des intermédiaires, des conseilleurs, des vendeurs de produits en tout genre, des œnologues, des winemaker, des restaurateurs, des journalistes, des blogueurs, sur l’avenir des vins nus pour bobos, bobottes et autre engeance urbanisée face au rouleau compresseur des autres vins, auxquels on a du mal à accoler un qualificatif, destinés soit au petit peuple pousse-caddie ou soit à ceux qui peuvent s’acheter des étiquettes pour éblouir le populo.

 

Rassurez-vous, comme toujours, même si ça déplaît à ceux qui l’abhorrent, c’est le marché qui arbitrera le match, pas la danse du ventre des nouveaux convertis ou l’exécration des amortis : en effet si les déviants versent dans le fossé nul n’ira les ramasser et si les vins tous faits pareils se font tailler des croupières par la concurrence ce sera bien évidemment de la faute à loi Evin ou autre bouc-émissaire.

 

En effet, ce qui me semble important c’est de souligner que ces vignerons différents sont, à leur manière, et à leur place, des innovateurs car ils reprennent ou tentent de reprendre en main leur destin en se dégageant de l’emprise des grands systèmes massificateurs verrouillés par les multinationales et la distribution de masse. C’est en cela qu’ils sont pour moi un petit caillou dans la chaussure de ceux qui n’ont de cesse de les exclure du jeu car ils se placent là où ça fait mal : montrer que les vins de masse français sont des vins de masse comme les autres et que les parer des artifices d’un terroir qui ressemble de plus en plus à une fermière sur une boîte de camembert ne trompe plus grand monde dans notre vaste monde mondialisé.

 

Savoir boxer dans sa catégorie est le seul moyen de lutter à armes égales, c’est ce que nous avions écrit dans Cap 2010, et ces lignes n’ont guère vieillies à la différence de ceux qui les ont combattues et enterrées. Satisfaits ils dorment. Surtout ne les réveillez-pas ils ont l’éternité devant eux… D’ailleurs, ils n’ont pas trop de soucis à se faire vu que les minoritaires, comme tous les minoritaire, adorent se tailler entre eux des croupières à l’instar de ce que fut feu le PSU. Un exemple d’actualité parut dans Vitisphère : Bordelais un jour bordelais toujours Yvon Minvielle : « les vins natures portent atteinte à la représentation des vins en biodynamie »

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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 10:45
Quand sonnera l’Angélus Hubert nous proclamerons que nous t’aimons ding ding dong ! Petit message de bienvenue d’un Saint‐Émilionnais à un Saint‐Émillionnaire

Il y a du Pierre dans notre Hubert, ce Pierre qui avant que le coq ne chanta 3 fois renia. À peine Robert a-t-il enfilé ses pantoufles pour passer la main à Neal Martin pour la dégustation des primeurs 2014 que notre Hubert toujours habillé de l'habit du donneur de leçons magistrales, sachant que le dégustateur anglais n'apprécie pas les vins puissants qu'affectionnait le célèbre dégustateur américain, ne cesse de faire savoir partout que cette année son vin encloché a un style bourguignon qui lui va à merveille. Cela tombe bien: d'une part, Neal Martin aime les vins délicats et élégants et d'autre part, les chinois quittent les vins de Bordeaux pour les vins de Bourgogne… Notre Hubert devrait inviter Jacques Dutronc, celui qui retourna sa veste avant de la jeter pour chanter nu devant le président Pompidou

 

Mais notre entreprenant Hubert le Magnifique va aussi célébrer cette semaine l'ouverture de la nouvelle version de son restaurant la Cadène. Baudouin Havaux qualifie La Cadène de « restaurant le plus ancien et le plus emblématique de Saint-Emilion » (La Libre Belgique le 02/02/2015). C'est le Gérard Perse qui va être content qu'Hubert s'approprie les caractéristiques de son Hostellerie de Plaisance… Amour quand tu nous tiens… amour contrarié… pacte de circonstance pour rejoindre Ausone et Cheval-Blanc brisé… Reste plus qu'à inviter le cireur de pompes patenté de B&D.

 

Dallas ton univers impitoyable… Dallas glorifie la loi du plus fort…

 

« Quand les bornes sont dépassées, il n y a plus de limites » comme le disait le sapeur Camembert

 

Reste pourtant dans cet océan d’arrogance et de suffisance une plume qui n’est pas serve, celle du Taulier de L'Envers du Décor qui a écrit un acrostiche pour souhaiter la bienvenue à Hubert le bourguignon dans l’enclave de Saint-Émilion à quelques mètres de sa délicieuse crèmerie où l’on rit. Passant au-dessus des perfidies du susdit François écrit, la nuit, des alexandrins (13 pieds… Eh oui, tout augmente ma bonne dame!) pour lui dire que tout va bien pour lui…

 

Un petit cadeau (digne-d'un-don…)

 

Petit message de bienvenue d’un Saint‐Emilionnais à un Saint‐Emillionnaire

 

Bien qu’au village sa présence soit vraiment des plus rares,

 

Il défile en tête pour les caméras et les stars

 

En des cortèges aussi éphémères que sa mémoire…

 

Nobliau de province empêtré dans ses déboires,

 

Vous lirez, çà et là, ses mérites illusoires

 

Ecrits, si l’on peut dire, par ses valets provisoires,

 

Nyctalopes de surcroît car ils arrivent à voir

 

Un si pâle esprit au beau milieu de la nuit noire...

 

Et pour être certain que l’on célèbre sa gloire,

 

A force de légendes, il se fabrique une histoire :

 

«Hic est bibendum» s’écria chez lui un beau soir

 

Ubu, le roi tourmenté par la soif du pouvoir,

 

Bien assis sur son cheval à phynances dérisoire…

 

En mil neuf cent douze, pour inaugurer son pressoir,

 

Raspoutine en personne fut envoyé par le Tsar…

 

Tourné dans son vignoble, « Tarzan dans la Préhistoire »

 

Date l’origine du domaine de façon péremptoire…

 

Emile Zola rédigea en ces lieux L’Assommoir,

 

Brossant ainsi le projet des cloches sur le manoir,

 

Occultant qu’un prélat en nacelle, dans le brouillard,

 

Un jour, viendrait les bénir avec ses accessoires…

 

Au banquet qui suivit, les verres furent, pour la plupart,

 

Remplacés pour déguster les vins par des ciboires

 

Démontrant sans aucune précaution oratoire,

 

D’une part, qu’en mise en scène, il mériterait l’Oscar

 

Et que, d’autre part, il avait bien raison Audiard…

 

Le célèbre Pétomane, de vents jamais avare,

 

A préservé une récolte avec son fessard

 

Faisant fuir tous les nuages pour qu’il cesse de pleuvoir…

 

On l’entend parfois dire, à sa table, que Jules César,

 

Revenant fatigué d’une battue au renard,

 

Est allé se reposer en fumant le cigare

 

Sous les grands arbres du parc, légèrement à l’écart…

 

Tôt, le jour suivant, il salua avant son départ,

 

Loua la fraîcheur de l’ombre ainsi qu’un très beau char

 

Et alla sur les hauteurs déguster un nectar…

 

Nombreux témoins virent chez lui de sacrés lascars

 

Oublier les usages pour étaler leurs milliards,

 

Un verre dans chaque main et, sans le moindre savoir,

 

Vidant toutes les bouteilles dans un triste foutoir…

 

Et quand un touriste, arrivé là en autocar,

 

Lui demande «Le terroir, qu’est‐ce?», il arme son regard,

 

Attrape de quoi écrire et lui dessine un tiroir…

 

Une vocation nouvelle advenue sur le tard

 

Berce ses espoirs de hisser plus haut son étendard:

 

En quittant la plaine, il s’élève enfin, c’est notoire,

 

Rejoignant la cité pour y faire manger et boire…

 

Geste théâtral, décorations sur le costard,

 

Il est là, certains l’ont vu, avec ses beaux falzars,

 

Soies précieuses autour du cou, souliers un peu criards,

 

Toujours des bijoux, comme s’il allait à un rancard,

 

Et cet air qui donne envie de changer de trottoir…

 

Pour financer les frais de son passage au prétoire,

 

S’il vous plait, Messieurs‐dames, n’oubliez pas le pourboire…

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18 mars 2015 3 18 /03 /mars /2015 00:09
Le droit d’aînesse du Barbacarlo vin « unique » du Commendatore Lino Maga à Broni province de Pavie…« un grande vino contadino »

C’est l’histoire d’un mec, bibi sans majuscule, accoudé sur le bord d’un zinc après avoir fait l’ouverture du nouveau restaurant de Pierre Jancou Heimat, qui cause vin, vin nu bien sûr, avec le taulier.

 

Avant d’aller plus loin dans mon histoire, pour fermer le clapoir des plumes langues de putes, je précise que j’étais chez Pierre Jancou de mon plein gré, j’avions point demandé à être invité comme le Lubot, boss de la RVF, l’avait fait dans le passé avec ses gros sabots bien cirés de DG de Marie Claire.

 

Bref, pas d’embrouilles, j’avions – j’étions point seul – bien mangé et bien bu et nous nous étions attardés à table. Avant de lever l’ancre nous levions une dernière fois le coude : Pierre nous offrait un dernier verre pour la route. Pas de souci Claire et moi z’étions à vélo. Dans la conversation, je ne sais pas pourquoi, nous en sommes venus à causer d’Alessandra Pierini mon amie qui tient l’une des plus belles épiceries italienne de Paris. Quoi qu’il en soit, je repartais avec dans ma gibecière une information de première Alessandra était en possession, dans sa superbe cave voutée, d’un trésor rare : un Barbacarlo 1996 !

 

Moi il ne faut pas me dire ça deux fois, vous me connaissez, en quelques tours de roues je débarquais chez Alessandra pour mettre la main sur un des derniers flacons de ce Barbacarlo millésime 1996.

Le droit d’aînesse du Barbacarlo vin « unique » du Commendatore Lino Maga à Broni province de Pavie…« un grande vino contadino »
Le droit d’aînesse du Barbacarlo vin « unique » du Commendatore Lino Maga à Broni province de Pavie…« un grande vino contadino »

Je ne vais vous faire le coup du grand sachant, le genre exilé au-delà des Pyrénées ou passeur de plats pour GCC classé A, avant ce moment j’ignorais l’existence du Barbacarlo.

 

Mais qu’a-t-il donc de spécial ce cru pour que j’en fasse tout un plat ?

 

C’est un vin rouge produit exclusivement dans l’Oltrepò Pavese près de Broni par le Commendatore Lino Maga et son fils sur son vignoble.

 

C'est environ 10 000 bouteilles par an.

 

C’est un vin est fait à partir de 50% de Croatina, 30% de raisins rares et 20% d’Ughetta

 

C’est une marque enregistrée Barbacarlo.

 

Horreur, malheur, me direz-vous : une marque !

 

Pas si vite mes cocos, rien à voir le Cadet de Mouton, ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas du triomphe d’un mercanti contre la tradition mais le contraire : Lino Maga est une sorte d’irréductible gaulois qui a résisté à la facilité des faiseurs de raisins industriels.

 

Ça c’est un truc qui va plaire aux Tronches de Vin, sans doute un peu moins à leur préfacier révolté du ciné.

 

Je m’explique : l’Oltrepò Pavese est le premier producteur de Pinot Noir au niveau italien, plus de 3000 hectares et ce depuis longtemps: plus de 150 ans. La présence de Pinot Noir en Oltrepò est due au comte Carlo Giorgi des Vistarino qui, à partir de 1860 a facilité son implantation. Dès le début, la production fut orientée vers l'utilisation des raisins Pinot noir pour les mousseux. Ils prenaient la route du Piémont. Mais bientôt avec ce Pinot noir on a commencé à faire du vin en rouge, aux côtés des nombreuses variétés autochtones 225 variétés de raisins.

 

Confusion donc, car l’Oltrepò Pavese signifiait Barbacarlo traditionnel.

 

C’est dans ce contexte que Lino Maga a entreprit de défendre son Barbacarlo traditionnel en revendiquant un droit d'aînesse, contre les puissances qui avaient appauvri la désignation historique locale.

 

Au-delà des Alpes comme ici le coup de la dilution chère à nos nouveaux défendeurs des AOC à la mode de tout le monde il est content d’en décrocher une nouvelle du grand sac de l’INAO.

 

La pugnacité et la ténacité du Commendatore Lino Maga, après 23 années de procédure, lui ont permis de s’approprier la dénomination Barbacarlo pour préserver son authenticité. Ce qui aurait pu être une DOC est devenu une marque. C’était malheureusement le prix à payer pour éviter la mainmise sur la dénomination Barbacarlo de grandes sociétés acheteuses de raisins.

 

Lino Maga est un personnage, une forte personnalité, passionnée, authentique, qui parle vrai, sans détours ni emphase. Il a un petit côté Hubert de Montille, une forme de noblesse à l’ancienne, accrochée à ses valeurs et à la tradition. Pour ceux qui le connaissent Lino Maga est « un grande vino contadino » (cf. extrait d’un article en italien ci-dessous)

Le droit d’aînesse du Barbacarlo vin « unique » du Commendatore Lino Maga à Broni province de Pavie…« un grande vino contadino »
Le droit d’aînesse du Barbacarlo vin « unique » du Commendatore Lino Maga à Broni province de Pavie…« un grande vino contadino »

Tout ça et bel et beau me direz-vous mais ce Barbacarlo 1996 quand l’as-tu bu espèce de bavassou ?

 

Pas tout seul bien sûr, bu le jour de du Jour des femmes lors de mon traditionnel dîner de filles : 6 !

 

Florence a dit : Le Barbacarlo me fait penser à certains hommes :

 

- le premier contact est viril et un peu flambeur (avec les arômes de fruits mûrs et des touches animales)

 

- puis quand on approche (on goûte) il est surprenant avec son coté frizzante qui donne une impression de fragilité et de naturel

 

- on découvre ensuite qu'il est plutôt fin et délicat

 

- et là il se boit tout seul !

 

Marie a dit : ce Barbacarlo c’est, soit une autruche, différent, grand, puissant mais pas capable de s’envoler ou comme une crème de cassis après une prise de mousse surprise.

 

Claire fut la plus prolixe et la plus enthousiaste mais je n’étais pas en mesure de prendre des notes.

 

Émilie fut concise : comme ouvrir une boîte en thuya d’Essaouira… réminiscence d’enfance..;

 

Gaëlle resta sur l’Aventin et Daniela l’italienne s’abstint…

 

Quant à votre serviteur selon une tradition bien établie : il but à la fois les paroles des filles et le nectar inclassable du Commendatore Lino Maga mais ne prit pas part au débat vu sa position ultra-minoritaire.

Le droit d’aînesse du Barbacarlo vin « unique » du Commendatore Lino Maga à Broni province de Pavie…« un grande vino contadino »

Pour clore cette chronique sachez que « Le nom Oltrepò se compose de oltre, en signifiant outre ou au-delà, et pò, qui désigne le fleuve Pô, d’où au-delà du Pô.

 

Le territoire a la forme d’un triangle dont la base, côté nord, est limitée par le lit du fleuve Pô qui en fait la partie de plaine. Les deux côtés descendent vers le sud où ils rencontrent les premières collines de l’Apennin ligure et former la pointe entourée des sommets, dont le plus élevé de la province de Pavie, le mont Lesima (1724m), puis le mont Chiappo (1700 m), la cime de la Colletta (1494 m) et le mont Penice (1460 m).

 

La limite occidentale est formée par le val Staffora et la partie orientale par le val Tidone ; ce sont ses deux principales vallées qui encadrent plusieurs autres petites vallées et reliefs montagneux. L’hydrologie est assurée par le fleuve Staffora et sont affluent le torrent Ardivestra, la Versa, la partie avale du fleuve Tidone et une partie du lac de Trebecco.

 

Les centres principaux sont : Voghera, Casteggio, Broni, Stradella, Varzi.

Le droit d’aînesse du Barbacarlo vin « unique » du Commendatore Lino Maga à Broni province de Pavie…« un grande vino contadino »
Le droit d’aînesse du Barbacarlo vin « unique » du Commendatore Lino Maga à Broni province de Pavie…« un grande vino contadino »

“Maga Lino, il commendator Maga Lino. Ci troviamo a Broni, in provincia di Pavia, nel cuore dell’Oltrepò vitivinicolo. Lui è il discendente diretto di una famiglia di agricoltori, coltivatori di vigna sulla collina di Barbacarlo a partire dal 1860. Che poi, ‘sto nome, Barbacarlo, nulla ha a che vedere con toponimi o compagnie cantanti, macché: solo il tributo al vecchio zio Carlo (“barba”, in dialetto pavese, sta per “zio”), fra gli iniziatori della saga familiare. Da allora vigna e uve son sempre le stesse: la vigna è struggente, alcune sue parti accolgono ceppi molto vecchi; ti colpisce per l’eroica vertiginosa pendenza e per l’esposizione propizia, che guarda a sud ovest. Quanto alle uve, trattasi di croatina in maggior misura, a gettare le fondamenta strutturali, ughetta e uva rara a connotarne gli aromi. Più un goccio di barbera a conforto. La vinificazione avviene in botti di rovere vecchie e vecchissime (ognuna delle quali dedicata a una persona cara), senza controllo della temperatura, e dura assai poco, per arrivare a svinare e imbottigliare nella primavera successiva alla vendemmia, seguendo i suggerimenti della luna. “Il vino deve maturare in bottiglia, non in legno”- questo il diktat di casa Maga. E l’imbottigliamento può portare con se la naturale conseguenza di una rifermentazione in bottiglia, visto che in quel periodo evolutivo il vino potrebbe non averla ancora completamente svolta. Da qui la speciale “venatura” carbonica -a volte carezzevole, altre volte più indomita e affilata- e la mutevole dolcezza che da sempre caratterizzano questa etichetta. Assieme alla sontuosa avvolgenza del frutto di mora e mirtillo e alla fremente acidità, dote salvifica per alimentarne la proverbiale “vocazione da maratoneta”. E a una tannicità salata e profonda, che ne caratterizza l’eloquio in gioventù ma che lentamente si stempera negli anni, fondendosi mirabilmente al corpus del frutto. E alle ghiaie tufacee di quel vigneto pendente che si riflettono nel timbro minerale, nettissimo, che ti inchioda all’ascolto nella persistenza.

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