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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 00:00

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La chronique de ce matin vous conte comment Claude Got a fabriqué le lobby des "moines civils pour la défense de la santé publique" qui agit, depuis plus de vingt ans, avec une efficacité redoutable. En résumé c'est : comment travailler, intelligemment et efficacement, l'opinion publique à partir de vrais problèmes : l'alcoolisme, le tabagisme, les accidents de la route mais sans pour autant se donner, la plupart du temps, et c'est surtout vrai pour l'alcoolisme, les vrais moyens d'agir sur le fond de ces problèmes, c'est-à-dire de peser sur les causes économiques et sociales qui les génèrent. Avec une vision anticipatrice de la puissance des mass médias, de la force d'une communication pensée et compassionnelle, Claude Got a, comme dans le jeu de Go, patiemment encerclé ses "adversaires" et les a réduit à une stricte défensive, inefficace et contre-productive. Jugez par vous-même en lisant cet extrait du dossier n°39 du Canard "L'Archipel du Goulot" d'avril 1991.
 

C'est Got qui parle : «  Moi j'ai envie d'être efficace. Et aujourd'hui, rien ne se fait sans les médias. C'est pour cela que nous avons adopté un travail de lobbying. »

 

Étonnant travail, en effet ! Pour la première fois en France, un aréopage de médecins s'est constitué en groupe de pression. À l'américaine. Un groupe efficace, à moitié clandestin, organisé et sachant user de tous les relais. Un groupe qui a une longue histoire derrière lui.


Une histoire qui se confond avec celle de Claude Got. D'abord, à côté de son travail hospitalier; le professeur Got a été membre du cabinet de Jacques Barrot, de 1979 à 1981, alors ministre de la Santé, où des premières amitiés se sont nouées, des réseaux se sont constituées. Ensuite, c'est la rencontre avec le professeur Hirsch, chef de service de pneumologie à Paris. Celui-ci est l'auteur d'un rapport sur le tabagisme, en 1987. Beaucoup de propositions y sont faites, mais le pouvoir politique hésite à les mettre en pratique.

 

«  Au début 1988, raconte alors le professeur Hirsch, je me trouve dans une impasse. La lutte contre le tabagisme n'avance pas. Alors je décide de me joindre à Claude Got que je voyais très efficace. » Résultat, après de mûres réflexions, c'est le Groupe des Cinq sages qui se met en place. Une structure on ne peut plus originale, fonctionnant comme une tête agissante dans la lutte contre les méfaits de l'alcool, du tabac, et aussi des accidents de la route. Il y a là, non seulement Got et Hirsch, mais également le professeur Dubois (médecin conseil à la SS); le professeur Maurice Tubiana (grand mandarin, ancien directeur de l'Institut Gustave Roussy, à Villejuif) et, enfin, François Grémy (professeur de santé publique). «  Vis-à-vis du monde politique, le groupe des 5 n'a pas été constitué au hasard explique l'un d'entre eux. Deux d'entre nous sont proches du PS, un autre est centriste, un autre encore proche du RPR. Le dernier n'a pas d'affiliation politique déclarée. Et de préciser sans faux-fuyant : 

« Lors des nombreux meetings avec des hommes politiques, nous étions toujours deux. L'un politiquement proche de nos interlocuteurs, l'autre opposé. Ce procédé a été très efficace. »


On le voit, c'est sans ambigüité aucune qu'ils ont décidé de faire monter la pression. Première étape : s'assurer du soutien de la communauté médicale. Pour cela, ils n'ont aucun mal à mettre dans le coup les deux prix Nobel de médecine français (Jean Dausset et François Jacob), le président du comité d'éthique, Jean Bernard, ainsi que le docteur Louis René, président du Conseil de l'ordre.

 

Assurés de leurs arrières, ils peuvent passer à la deuxième étape : le recours systématique aux médias. Jouant habilement des rivalités des uns et des autres, ils arrivent à faire publier, sans mal, de nombreuses et répétitives tribunes dans le « Monde », sur leur combat. De même « Libération » fait régulièrement écho à leur travail. « Je suis toujours disponible, reconnaît le professeur Got. Pas un journaliste ne peut dire que j'ai refusé de lui parler. »



Troisième étape : l'attaque. Elle est sans concession. La veille de tout débat parlementaire, c'est la publication d'une tribune dans « Le Monde » et l'envoi d'un signal très clair au ministre de la Santé ; en substance, il lui est dit que, s'il recule, le groupe des 5 le dénoncera «  pour lâcheté politicienne ». C'est le combat frontal contre un conseiller du ministre, en l'occurrence le docteur Marschall, jugé trop mou. Et son remplacement par le docteur Cahuzac, considéré comme un des leurs. C'est un travail de lobbying, constant et dévoué : ce sont d'interminables soirées passées, pour Claude Got, dans son petit bureau de l'hôpital, où il écrit, sans fin, sur son Macintosh. C'est enfin le vrai sourire, le premier depuis des années, lorsque le combat paraît gagné, et que la fameuse loi interdisant toute publicité est votée, dans une nuit froide de décembre. »


En face, depuis 20 ans, qui est le stratège de la France du vin ?  Qu'elle est la stratégie du secteur face aux hygiénistes, où sont les moyens mis en oeuvre par ce si fameux lobby viticole pour promouvoir une image adaptée de son produit  et construire des messages compréhensibles par le grand public ? Des communicateurs pourtant ça ne manque pas, chaque appellation, chaque interprofession, chaque entreprise, fait du bruit chacun de son côté.

 

Ensemble : que dalle ! Dans la réalité, en dehors des effets de manche autour et sur la loi Evin, c'est beaucoup de bruit pour rien, des discours pour se faire plaisir, des jérémiades, une méconnaissance absolue de l'évolution de notre société et une persistance dans l'erreur affligeante de beaucoup de « défenseurs » du vin.

 

Alors, moi qui ne suis qu'un observateur, certes engagé, je contemple avec tristesse la pagaille qui règne, navré de voir l'agitation stérile et l'inefficacité chronique de la myriade des pompeurs de CVO qui n'ont pas encore compris que c'était aussi ça leur boulot. Oui, l'union fait la force, la stratégie du jeu de Go déployé par ce satané Claude Got en est la preuve mais ça les beaux esprits, jacobins ou girondins, de notre nébuleuse du vin ne l'ont toujours pas compris. Grand bien leur fasse mais, de grâce, ne nous plaignons pas des résultats de cette absence de stratégie : quand on laisse le champ libre à ses « adversaires » il est rare de gagner la partie... 

 


 

 

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Pour ceux qui veulent suivre l'actualité du vin sur la toile : en haut à gauche de ce blog, en vis à vis du titre de la chronique sous la rubriques Pages ils peuvent consulter les "WINES NEWS DE LA TOILE".
Les n°6 et 6 bis abordent la question de l'alcoolisme des jeunes.
Bonne lecture.

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30 mars 2008 7 30 /03 /mars /2008 00:06


L’écriture épure. Mes bouffissures, tout ce mou engrangé au temps de ma déglingue, stocké dans tous mes pourtours en petites poches de gras, ma nouvelle ascèse les avait siphonnées. À nouveau je sentais mon corps, dur et ferme. Levé à cinq heures, éveillé et avide, je me jetais dans l’écriture sans douleur. Raphaël me préparait du café. À l’à pic de la grande baie vitrée les eaux noires de la Seine, lustrées par la chape d’éternelle lumière de la ville capitale, traçaient une invisible frontière qui me rassurait. Aux premières lueurs de l’aurore, Jasmine, pointait son arrogante nudité à mon côté. Du bout de ses doigts glacés elle effleurait ma nuque puis, en un va et vient onctueux, elle me massait le bas du cou, là où le poids de ma tête formait un nœud serré. C’était comme si elle me pénétrait sans effraction. Les ondes de ses mandibules expertes et la proximité de son corps parfumé m’instillaient des pensées érotiques que je laissais s’épandre en mousse sur le sable sec de mon étrange chasteté. Je ne baisais plus, mais chaque matin, à neuf heures, à la salle de sport du Cour St Emilion, je ramais, je suais, soulevais de la fonte et tirais des brasses dans la petite piscine du sous-sol. C’était ma seule sortie, mon seul voyage. Jasmine, mère-poule, à mon retour me gavait de jus de fruits frais, veillant, disait-elle en riant, à l’équilibre de mon alimentation. Elle qui vivait, calée sur son horloge biologique arythmique, des vies multiples, s’en inventait une nouvelle en écumant les marchés bio de la capitale pour me nourrir sainement. Raphaël, lui, pourvoyait à tout le reste. Toute leur vie tournait autour de moi et nous aimions ça.

 

Vers la fin d’un après-midi de septembre, le chapitre 4 venait de tomber au champ d’honneur, dixit Raphaël, et Jasmine décidait que le temps de la débauche était revenu. Nous fîmes un peu la sieste. Nous fîmes beaucoup l’amour. Et puis, sur le coup des 7 heures, sapés comme des princes, nous partîmes en taxi rejoindre la terrasse du café de l’Homme au Trocadéro. Le soleil tiède de la fin du jour m’enveloppait d’une tendre béatitude que le Krug 1997, commandé par l’intraitable Jasmine, irisait de fulgurantes images. Depuis un nombre de jours et de nuits, que je n’avais pas comptabilisé, je vivais reclus avec et dans mes souvenirs, choyé, dorloté, coupé du monde, tel la Reine de la ruche et là, d’un seul coup, je recollais à la réalité : le corps de Jasmine, le champagne, les conversations alentour, le mouvement des clients, des garçons qui d’ailleurs étaient des filles, les odeurs, la facilité me guettait. On ne fumait plus dans les cafés et c’était comme si le dernier pan de ma jeunesse enfumée, celles des AG, des réunions interminables, des bords de bar, tombait dans la froideur de l’époque. Sans doute ne voulait-on plus mourir, tout semblait imprégné du blanc laiteux des murs des hôpitaux. Raphaël faisait les frais de la conversation et moi je me contentais de bouts de phrases inachevées pour tenter de la faire rebondir ce qui mettait Jasmine en joie. « Notre ermite a besoin de notre sève Raphaël, nous allons le perfuser jusqu’au bout de la nuit… » raillait-elle en me tendant sa flute pour que je la lui remplisse.

 

Au cœur de la nuit, au bar Hemingway du Ritz, je sortais de ma poche intérieure un porte-cartes au cuir blond patiné – un cadeau de Marie pour le seul anniversaire que nous ayons fêté ensemble – qui contenait tous mes trésors. Précautionneusement j’en tirais une coupure de journal, toute jaunie, un confetti de quelques lignes que je tendais à Jasmine. Nous étions ivres mais d’une ivresse légère et, pour moi, le temps était venu de plonger. Je ne pouvais plus reculer. « Lis-le nous mon Raphaël… » la voix de Jasmine n’était qu’un chuchotis. Sans nous concerter nous nous penchions en avant jusqu’à former un faisceau humain au-dessus de la table basse. Nos souffles alcoolisés se mêlaient. D’une voix mal assurée Raphaël se lançait « Condamnée le 10 juillet dernier à douze mois de prison avec sursis et à 500 F d’amende pour détournement de mineur, Mme Gabrielle Russier, trente-deux ans, professeur de lettres, a été trouvée morte, lundi soir, dans son appartement marseillais de la résidence Nord : elle s’était suicidée en s’intoxiquant par le gaz. L’aventure vécue pendant plusieurs mois par la jeune femme avec l’un de ses jeunes élèves trouve ainsi un épilogue tragique. »

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29 mars 2008 6 29 /03 /mars /2008 00:00
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" Quand à la montée vers la "campagne du champagne", elle rentrera dans l'Histoire comme une offensive dont la tactique fut directement influencée par des considérations oenologiques. Le général Lucien de Montsabert prit soin de réserver à ses troupes la rive droite du Rhône où poussent les meilleurs vignobles. Les Américains étaient assignés rive gauche. Ce n'était pas un hasard. Le général français confia les secrets de sa manoeuvre à Wynford Vaughan-Thomas." Un jour, un historien remarquera que les forces américaines n'ont jamais approché un vignoble réputé. En revanche, si l'on suit les mouvements de l'armée française, elle s'est rapidement emparée de Tavel. Après s'être assurée de la qualité du rosé, elle a courageusement attaqué Châteauneuf-du-Pape, avant de faire tomber la Côte Rôtie par une brillante manoeuvre sur le flanc."
Le correspondant britannique a capté l'esprit de cette campagne dans un savoureux petit livre intitulé Comment j'ai libéré la Bourgogne. Il y rapporte un échange qu'il eut avec un général américain soucieux qui se perdait en conjectures sur l'étrange comportement des combattants français :
- Thomas, on m'a dit que vous retourniez cet après-midi chez ces mangeurs de grenouilles. J'ai le sentiment qu'ils font tout pour nous ralentir, et je ne parviens pas à comprendre leurs raisons. Pour le moment, nous ne parvenons pas à les faire décoller de cette localité, Chalon-je-ne-sais-quoi.
Or, Chalon-je-ne-sait-quoi était en fait Chalon-sur-Saône, la porte de la Côte-d'Or. Ce qui ne signifie pas pour autant que les Français étaient ivres morts, mais tout simplement ils traînaient des pieds, afin d'éviter d'avaoir à mener des combats dans le vignoble. Un peu plus tard dans la journée, un officier du renseignement français fournit la clef de l'explication au journaliste :
- Imaginez une bataille de chars au milieu des grands crus ! La France ne nous l'aurait jamais pardonné. Nous n'avons pas oublié 1870. En 1870, en effet, les troupes allemandes avaient détruit les vignobles de la tâche, romanée-conti et richebourg. 
Ub jeune officier fit irruption dans la pièce. Le visage radieux, il prit à peine le temps de saluer son supérieur.
- Grande nouvelle, mon colonel, nous avons trouvé des points faibles dans les défenses allemandes. Tous situés sur des crus secondaires.
Le général de Montsabert en fut rapidement informé et l'attaque fut lancée.
- En vingt-quatre heures, les Allemends furent ainsi expulsés de Bourgogne, poursuit Vaughan-Thomas. Nous crisions bien, ici et là, un pont ou une maisondétruits. Mais c'était un détail, en regard du vignoble intact qui s'étendait devant nous sur des kilomètres. 
Dans son ouvrage, il tirait cette morale : " Le temps adoucit souvent les disputes des hommes. Même l'histoire des guerres acquiert avec les années un certain velouté, tout comme un bourgogne 1949."
 

Ce texte étonnant est extrait du livre de Don et Petie Kladstrup " La guerre et le vin " publié en 2002 chez Perrin qui aborde le pillage de notre vignoble par l'occupant allemand, au même titre que les musées et les collections d'art privées. Les Weinfürers, choisis dans le monde du négoce des vins allemands, vont faire à Bordeaux, en Bourgogne, en Champagne, vont " en tant que Beauftragter für den Wein-import aus Frankreich (agents d'importation du vin français) était d'acheter autant de grands vins que possible afin de les envoyer en Allemagne où ils seraient aussitôt revendus sur le marché international avec un gros profit,contribuant à financer les dampagnes du Reich. " N'oublions pa s que Ribbentrop représentait les maisons Mumm et Pommery en Allemagne avant la guerre, que Goebbels appréciaient les grands bourgognes et Goering préfèrait le Bordeaux. A lire par les amateurs d'Histoire et de vin. 
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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 00:00

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"Vin&Cie" l'espace de liberté poursuit sa mue de nouveau média de la Toile en ouvrant ses colonnes aux dirigeants des grandes organisations nationales du secteur du vin sous la forme d'un entretien. Le président de la Confédération des Coopératives Vinicoles de France, Denis Verdier, a accepté le challenge d'essuyer les plâtres de cette nouvelle rubrique. Je l'en remercie sincèrement. On ne présente pas Denis Verdier, il est à la fois l'homme de sa cave coopérative de Générac "Costières et Soleil" fruit de la fusion de 6 caves, et un leader national très attaché à défendre les grands principes fondateurs du mouvement coopératif et, loin de la toute puissance de la "main invisible" du marché, une certaine idée de la gestion du secteur où l'on ne met pas les outils de régulation au rencart. En ce temps où, semble-t-il, l'heure des grands choix longtemps différés a sonnée, son expérience des lieux de pouvoir donne à ses propos une saveur toute particulière. 

JB : " Bonjour Président Verdier, j'entends des voix autorisées comme on dit chez les diplomates, affirmer " que le gros temps est derrière nous et que le paquebot France avec ses diverses classes – en langage INAO : la hiérarchie des vins – reprend sa croisière dans l'optimisme et la sérénité..." 

Le président de la CCVF partage-t-il cette analyse ?

 

DV : « En viticulture la situation du marché s’est améliorée, parce que l’offre, européenne et nationale, a été une des plus faibles que l’on est eu depuis quelques années ; cela est dû en grande partie à des vendanges marquées par la sècheresse et à un déstockage lié aux faibles cours.

Si l’on ne fait pas dans cette période d’amélioration des cours des réformes importantes, il suffira d’une récolte abondante pour que l’on retombe à nouveau dans une situation de crise grave.

Il ne faut pas avoir la mémoire courte ; le compte d’exploitation de nombreux vignerons, mais on peut aussi dire de nombre de maisons de négoce, a subi des pertes importantes au cours des derniers exercices. Il y a donc urgence à agir.

Quant à être optimistes et sereins, il faudra surtout pour ce faire que l’envie de réformer soit plus forte que le conservatisme traditionnel.

Nous serons fixés sous peu puisque le Ministre veut mettre en œuvre un plan à cinq ans.


JB
 : « Avant d’aborder le prospectif, arrêtons-nous quelques instants sur la toute nouvelle réforme de l’OCM vin. Ne croyez-vous pas qu’en demandant au Ministre de tout défendre, sans réelles priorités, les Organisations Professionnelles ne lui ont pas rendu service ? Cependant, au bout du compte, les résultats de cette négociation vous satisfont-ils ? »


DV
 : « Tout d’abord, concernant la négociation de l’OCM, il faut dépeindre le cadre dans lequel elle s’est négociée en France, et se féliciter que les fonctionnaires assurent la continuité du travail de l’Etat.

On peut le regretter, mais il n’y a pas eu de position unique au niveau des professionnels, et, au-delà des réunions parisiennes « tout sourire », les professionnels, qu’ils soient du négoce, de la production et des interprofessions sont allés « en file indienne » négocier leur point de vue avec la Commission.

Ainsi, on pouvait compter entre 4 ou 5 démarches de lobbying au niveau des professionnels français (ce n’était pas mieux dans les autres pays, que ce soit en Espagne ou en Italie), la Commissaire Fischer-Böel avait devant elle, une multitude de négociateurs en herbe…

Par souci de clarté, il faut dire aussi que les périodes électorales en France – des présidentielles aux législatives – occupent fortement les ministres à « labourer » le terrain électoral plus que le Bureau d’un commissaire européen.

On peut le dire : à son arrivée rue de Varenne, M. BARNIER a trouvé un dossier mal ficelé à Bruxelles. S’il faut résumer en un mot son travail. je dirais simplement qu’il a dépensé beaucoup d’énergie, et qu’il a, finalement, « sauvé les meubles ». L’accord n’est pas celui auquel nous avions travaillé. Mais il nous reste une enveloppe nationale ; une modeste possibilité de gérer la crise et une segmentation des produits modernisés. »

 

JB : « Si les meubles sont sauvés, la gestion de crise notamment, c’est déjà ça mais nous avons tout de même fait arbitrer par Bruxelles notre incapacité à trancher au plan national le débat récurent sur la segmentation ; ceux qui ne voulaient pas de « Vignobles de France » récoltent la mention du cépage sur tous les vins. Mais tout ça est derrière-nous. Parlons de l’avenir : de la préparation du plan à 5ans. Trois groupes thématiques – gouvernance, compétitivité, recherche-développement – ont planché et un pré-rapport a été remis au Ministre, Denis Verdier est-ce-que d’après vous ça va dans le bon sens ou du moins dans celui que souhaite le président de la CCVF ?

 

DV : S’il faut rendre acte aux trois Présidents des groupes thématiques désignés par le Ministre de leur volonté d’aboutir, il faut convenir et ils le disent eux-mêmes, que le pré rapport déposé en Mars alors qu’il était attendu fin décembre, est un document qui doit sérieusement être enrichi.

Une première remarque : lorsqu’on est président d’une institution para publique, et je suis bien placé pour en parler, on a un certain devoir de réserve lié à la charge et on sent bien dans les propositions une recherche d’un consensus qui risque d’être à minima.

Deuxième remarque : il a été confié aux hauts fonctionnaires de « tenir la plume » et on voit bien que « dans la soute » il a eu un équilibre dans les propositions pour satisfaire les institutions en place notamment  pour la gouvernance de la filière. Mais, dans le  fond, c’était le risque de ce genre d’exercice, il ne faut pas s’en offusquer outre mesure.

Il appartient d’autant plus aux organisations professionnelles et donc à la CCVF de s’exprimer clairement et de s’approprier positivement la démarche. Nous allons donc déposer sur le Bureau du Ministre une contribution pour lui donner tous les éléments et il lui appartiendra d’arbitrer au final la concertation.

D’ores et déjà trois commentaires :

-         Concernant la segmentation de l’offre française, on comprend pour ce qui est des AOP et des IGP ce qui va en advenir.  Par contre, dans le domaine des vins sans IG qui pourront porter le nom du cépage et des mentions valorisantes, tout reste à construire. Nous sommes quant à nous chauds partisans du travail fait dans le cadre de l’ANIVIT sur les travaux « Vignobles de France » ; quelques garde-fous avaient été proposés : contractualisation, agrément des entreprises, dégustation du produit etc… Ils alliaient souplesse et compétitivité mais permettait une rigueur qualitative. On a l’impression aujourd’hui, et le Négoce est inaudible sur ce point, que d’aucun rêve, comme pour la conquête de l’ouest, à une liberté totale de l’utilisation de ces mentions valorisantes au risque de les banaliser. Nous le disons clairement : si l’on tombe dans le travers de ce libéralisme à outrance sur l’utilisation du cépage, le règne des « faiseurs de miracles » va s’amplifier. Ce n’est plus de la valeur ajoutée qu’on va additionner dans la filière, c’est la prime au moins-disant avec son concert, au niveau de la propriété comme au niveau du négoce, de marge écrasée et des comptes d’exploitation exsangues. La liste des entreprises en difficulté dans la filière liée aux petits prix ne cessera de croître. N’ayons pas la mémoire courte.

-         En matière de « Gouvernance », s’il existe un transfert de compétences entre l’Etat et les interprofessions, il faudra qu’il y ait aussi un transfert de « pouvoir » que ce soit au plan des bassins qui doivent être unifiés, ou que ce soit au plan national. Nous souhaitons une interprofession nationale composée majoritairement des représentants de bassins, et des organisations nationales de la filière. Elle devra gérer tout ce qui est « horizontal » dans nos métiers (image du vin, vin et santé, stratégie de recherche fondamentale, restructuration des entreprises…) ainsi que le devenir des vins sans IG. Cette interprofession nationale sera le lieu naturel de concertation entre les bassins. L’ANIVIT et le CNIVE devront être intégrés dans cette interprofession.

-         En matière d’innovations et de recherches fondamentales, dans ce domaine tout reste à écrire ; le pré rapport est plus que modeste. Pour les orientations stratégiques, il y est fait allusion à une note d’expert qui n’a pas élaboré des objectifs prioritaires clairs. Nous pensons qu’il faut évoquer la demande du consommateur et les nouvelles préoccupations de la société que ce soit sur le respect environnemental, la diminution des intrants avec les solutions alternatives et sur bien d’autres points encore qui touchent au développement durable.

Pour en terminer, le Conseil d’Administration de la CCVF a travaillé sur ces orientations stratégiques que nous allons apporter sur le Bureau du Ministre début avril.

JB : Denis Verdier, avant de terminer cet entretien, un petit mot sur votre cave "Costières et Soleil".

 

DV : Costières&Soleil, à Générac, est une entreprise qui est le fruit d’une politique volontariste de modernisation et d’organisation du secteur coopératif gardois. En effet, elle est issue de fusions-absorptions  mises en place autour de petites caves qui, en se regroupant, ont souhaité obtenir une taille leur permettant d’investir dans la technologie moderne, dans l’innovation et dans la « matière grise ». Elle regroupe 300 vignerons coopérateurs dans le Sud du département, 110 000 hl avec une gamme « Côtes du Rhône » «  Costière de Nîmes » « Vin de Pays d’Oc » et « Vin de Pays du Gard ».


JB
 : Merci Denis Verdier d’avoir bien voulu inaugurer la nouvelle formule : « Entretien avec…une personnalité. » sur Vin&Cie l’espace de liberté et de l’avoir fait dans l’esprit du lieu. Je suis persuadé qu’on vous a lu avec intérêt et attention.

 

 

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27 mars 2008 4 27 /03 /mars /2008 00:09

Lorsqu'il animait la tranche horaire du matin d'i-Télé Thierry Gilardi m'avait invité pour parler de la mondialisation du secteur du vin. De lui j'ai gardé le souvenir d'un journaliste très professionnel, précis, simple et avenant. J'envisageais, car c'était un bon vivant, de le soumettre un jour à mes 3 questions... La vie, celle que l'on perd sans préavis, en a décidé autrement. Depuis mon petit blog j'adresse à sa famille et à ses proches ces quelques mots de sympathie pour un homme qui, bien que parti trop vite, a réussi sa vie...



Cher Monsieur,

     Merci de votre lettre. Entendu pour le départ de cartons début octobre.


     Je suis tout à fait désolée de vous avoir ainsi contrarié au sujet du prix du vin. Je vous avais fait un prix amical pour le 1979, et ne pensais pas que cela deviendrait une habitude !


     Si j'ai le plaisir de vous revoir, je vous montrerai les factures de mes fournisseurs et de la main-d'oeuvre pour le chai !


    Je ne compte pas mon temps, et vous n'ignorez pas que les expéditions pour les USA sont plus longues à préparer, le paiement plus lent aussi.


   Mes clients européens n'ont fait aucune difficulté concernant l'augmentation.


   Le 1979 était à trente francs ; il ne me reste que vingt-quatre bouteilles et autant de magnums, que je voudrais garder. Il me semble tout à fait normal d'augmenter de trois francs mon prix de vente.


    Le 1980 est peut-être médiocre chez les autres, mais pas ici.


    J'ai augmenté mon prix lors d'une réunion du CIVB après avis autorisé.


    N'oubliez pas que mon vignoble bien modeste, bien petit, est un cru exceptionnel rattaché aux Graves de Léognan. Sur ce territoire, il est impossible de trouver un prix approchant ; certains crus y jouent la politique du rendement et leur qualité ne vaut pas...la mienne.


    Comme je ne veux pas ruiner un homme aussi aimable et aussi amoureux du vin que vous, je veux bien vous consentir une nouvelle fois le prix amical de trente francs au lieu de trente-trois francs pour le millésime 1980, en échange de quoi vous voudrez bien me régler plus rapidement.


    Recevez, cher Monsieur, mon souvenir le meilleur.

                                                  Mme de Lacaussade


 

Ce courrier adressé à Kermit Lynch, par Madame de Lacaussade propriétaire du château de l'Hospital, dans les années 1980, puisque celui-ci le publie dans son livre en 1988.

 

La traduction française : "Mes aventures sur les routes du vin" vient d'être réédité à la Petite Bibliothèque Payot.



Madame de Lacaussade " La propriétaire du château de l'Hospital, dans les Graves, près de Bordeaux, a une abondante chevelure grisonnante qui se plaît à retomber sur ses yeux pleins de vivacité. Elle s'habille de manière raffinée et insouciante : un pull-over chiné aux couleurs terriennes, une jupe de laine anthracite et des mocassins de cuir un peu usagés. Elle a de la classe et de la personnalité. Plus proche de soixante-dix ans que de soixante, elle incarne ce que les français appellent affectueusement la vieille France." écrit Kermit Lynch. ICI 


Le château l'Hospital rouge 2003 et 2004 = 12 euros TTC départ propriété

 

Le château l'Hospital blanc 2003 et 2004 = 11,50 euros TTC départ propriété

 

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26 mars 2008 3 26 /03 /mars /2008 00:02

Paris le dimanche des Rameaux,

 

Chers moutons,

Le Général, dit-on, nous qualifiaient, nous français, de veaux. C'est beau un petit veau qui vient de naître, avec mon pépé Louis puis mon père j'officiais comme assistant vêleur de nos quelques vaches normandes. Bien sûr, le devenir du veau, lié à son sexe : les génisses pour le lait, les mâles pour la boucherie, est tout tracé, sans surprise, un parmi d'autres au sein du troupeau. Le veau est brave, au sens populaire, c'est-à-dire un peu con*.

 

Le cas du mouton est bien plus grave. En effet du mouton noir aux moutons de Panurge en passant par sa tremblante cousine germaine de la vache folle pour finir par celui à 5 pattes, sa psychologie se situe aux extrêmes limites de la dérision. En effet, suivre les mauvais bergers semble être la destinée du mouton. Foncer tête baissée avec une belle unanimité vers les pires inanités est consubstantiel à son existence. Bien sûr, dans le vin il y a une superbe exception le Mouton des Rothschild et son petit Cadet, et dans l'imagerie populaire y'a aussi les moutons de la crèche du Petit Jésus, sympas, santonisés, agnelisés. En effet, c'est toujours le problème de la profusion dans les appellations : le bélier c'est la brutalité, la brebis c'est la tendresse, l'agneau c'est le mignon, mais en définitive le mouton c'est le plus con* que la moyenne. Terrible chute dans le panthéon des espèces domestiquées pour ces inoffensifs ovins, triste fin pour l'agneau de pré-salé ou de Sisteron que de se voir labellisé au royaume des cons*.

La faute à qui ?

À nous, bien sûr, les humains qui affublons ces braves bêtes de nos travers, comme si par un effet miroir nous voulions exorciser notre tendance à crier en foule le matin : vive Pétain ! et le lendemain : vive de Gaulle ! La versatilité du troupeau des humains vaut bien celle des ovins. Comme vous commencez à me connaître, vous comprendrez que si je viens de prendre ce long chemin de traverse c'est que suis fatigué d'entendre les cris d'orfraies de ceux qui s'inquiètent - à juste raison d'ailleurs - de l'autorisation de la mention du cépage sur les vins de table. Pourquoi me fatiguent-ils ? Tout simplement parce que ce sont les mêmes qui ont fait badigeonner, par de braves moutons, sur les cuves des caves : "Non, à Cap 2010" Et pourtant, s'ils l'avaient lu cette foutue Note stratégique qu'auraient-ils lu page 7 au 2° : 

" Sur l’autre versant nous proposons de créer une nouvelle catégorie les Vins de cépages des pays de France, nouvel espace de compétitivité, produits et assemblés aux normes des règles de la compétition internationale, sur la base d’une liste de cépages, à l’intérieur des vins de table à indication géographique. L’ouverture de ce nouvel espace est une chance pour nos entreprises, à elles de s’en saisir et surtout à elles de s’appliquer un corps de règles contractuelles pour que cette nouvelle catégorie devienne le réservoir de marques nationales et internationales, le vecteur de notre conquête de nouveaux consommateurs, de nouveaux marchés, le moteur d’un véritable repositionnement de nos vins d’entrée de gamme. Sans vouloir jouer les Cassandre dans ce nouvel espace il n’y a aucune place pour les faiseurs de miracle, les vendeurs de prix et les bricoleurs sans génie.

 

Mais ils ne l'avaient pas lu et ce qu'ils viennent de se voir notifier c'est la version Fisher-Bohlisé : le meilleur ou le pire pour nos cépages. Dans l'hypothèse optimiste : version faire du vin qui se vend sur les marchés export où l'on peut espérer que cet espace de liberté sera utilisé avec rigueur et professionnalisme ; dans l'hypothèse "on continue comme par le passé, on prend des libertés dans l'espace de liberté", alors ce sera le grand bassin déversoir pour les faiseurs de daube et ce, pour le plus grand bénéfice de nos concurrents.

Alors, en ce dernier cas, les mêmes, ceux qui ont jeté la proposition Cap 2010 aux orties, pointeront un doigt vengeur vers le mauvais berger que je suis en criant " on vous l'avait bien dit il a mis le ver dans le fruit..." Alors moi je dis : "Un ver ça va, deux vers bonjour les dégâts !" Facile comme répartie mais, comme pour détourner l'opprobe de nos chers moutons, qui ne savent fichtre rien de ce qui leur arrive, pour les maîtres du troupeau l'important c'est de désigner le mauvais berger par qui tout le mal est arrivé alors, je dis pouce, ça suffit la plaisanterie. On m'oublie. J'ai refait ma vie dans un autre pays où les bergers sont une espèce protégée.

Certains d'entre vous vont dire que j'exagère, que j'extrapole, à peine, je vous assure. D'autres s'étonneront de ce soudain coup de chaud au matin du dimanche des Rameaux. La raison en est simple : lors du lancement de son petit dernier : Bad Boy, JL Thunevin exprime un regret : ne pas pouvoir assembler des cépages produits dans nos beaux vins de pays. Lui n'a pas eu besoin qu'on lui fasse un dessin. Lisez !

La mise en bouteille de BAD BOY 2005  se prépare : probablement 6666 cartons de 6, soit 39996 bouteilles. 
95 % merlot, 5 % cabernet franc, vignes âgées de plus de 40 ans, grand terroir argilo-calcaire.
 »

Je pensais créer cette cuvée quand le Vin de Pays de France verrait le jour et nous permettrait d’assembler des grenaches ou des carignans de Maury avec nos merlots de Pomerol, Saint Emilion ou Bordeaux. Hélas, les règlementations n’évoluent pas rapidement et le vin de table ne permet pas encore de millésimer un vin.


Si j’ai pu réaliser cette cuvée 2005, et comme pour les Oscars à Hollywood, je me dois de remercier mes parents sans qui rien n’aurait été possible, ma femme et ma fille qui acceptent mes lubies, mes banquiers qui financent comme toujours, en espérant que ça va marcher, mes clients passés et à venir qui me font ou me feront confiance, le négoce bordelais et les courtiers (qui pour le coup n’y sont pour rien !), et surtout, je remercie :
 
Robert Parker qui m’a donné l’idée d’appeler cette cuvée Bad Boy lors d’un commentaire sur Valandraud :
Anticipated maturity: 2010-2025+. terrific effort from bad boy and leading garagiste, Jean-Luc Thunevin, and his sidekick, Murielle Andraud, the inky/blue/purple-tinged 2005 Valandraud exhibits superb aromas of graphite, black currants, blackberries, violets, white chocolate, sweet licorice, and espresso roast. Boasting great intensity, full-bodied power, beautiful purity, and layers of complexity, this stunning wine should be unusually long-lived.
 
Eric Soulat qui a donné le ton et l’esprit de l’étiquette.
 
Guillaume Quéron, avec l’aide de Jean Philippe Fort,  qui a réalisé le millésime 2005 de ce vin
 
Avec un  prix de vente aux particuliers de 15 euro (et de 25 à 30 dollars aux USA et en Asie), ce vin a pour ambition d’être autant apprécié (voire plus) par les consommateurs que des vins valant beaucoup plus cher.
Bien malheureux qui ne peut promettre… En tout cas, c’est mon premier vin « marketing » 
Def. :  Le marketing est l’effort d’adaptation des organisations à des marchés concurrentiels, pour influencer en leur faveur le comportement de leurs publics, par une offre dont la valeur perçue est durablement supérieure à celle des concurrents,  (Mercator, 8° édition, 2006)
Bad-boy.JPG



GARAGISTE je suis

MOUTON NOIR ne daigne

BAD BOY je reste

Merci à JL Thunevin pour ce réconfort. 

Voilà c'est dit mes chers amis, en ce dimanche des Rameaux, je viens de confesser auprès de vous ma faute : "oui je me suis trompé", battu ma coulpe : "c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute...", récité mon acte de contrition et bien sûr expédié ma pénitence.  À nouveau me voici aussi pur que l'agneau qui vient de naître, en capacité de regagner le troupeau, d'y retrouver une place au chaud et de crier avec les bons bergers - ceux qui ne se trompent jamais, les gardiens de l'ordre éternel des vignes d'AOC - "Au loup !" 

Bien à vous,

Le mauvais berger du vin français qui a fait résipiscence...

* " Traiter son prochain de con n'est pas un outrage, c'est un diagnostic." Frédéric Dard 


 

 

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25 mars 2008 2 25 /03 /mars /2008 00:04
Encore du nouveau sur Vin&Cie l'espace de liberté : un chroniqueur vient de rejoindre l'équipe de rédaction qui jusqu'ici se composait de moi et de moi-même. C'est un journaliste. Il aura l'entière liberté du choix de ses sujets et signera ses chroniques Paul Bats. Je le remercie. Comme vous pouvez le constater le doute n'est plus permis, Vin&Cie est le média qui monte dans l'univers tentaculaire et impitoyable de la Toile... Bonne lecture.
DSC_0768-s.jpgMais où va le blé ? Je ne parle pas de celui de la Bear Stearns, ni de celui de la Société Générale. Je parle du blé de la farine avec lequel le boulanger fait la baguette. En deux ans, Son prix a été multiplié par trois. Et le maïs, et le beurre, et le soja ? Par deux, ma pauvre dame. A ce rythme, dans six mois on ira acheter son pain place Vendôme et ses sandwichs avenue Montaigne. Après la bulle immobilière, la bulle high tech, on a la bulle agricole. Les fonds de pension spéculent sur la hausse des cours pour verser payer leur retraite aux retraités qui avec vont acheter leur nourriture de plus en plus cher.
Trop fort ! On croit rêver. Derrière nos écrans, on ne savait même plus que l’agriculture ça existait encore à part sur « second life ». Dans la vraie vie on trouverait des fermes, des champs et des trucs qui poussent dessus, comme dans la nature. Des gens y vivent, aux confins de nos villes, après les banlieues, entre les derniers du neuf trois et les premiers des ch’tis. On lit dans les journaux que l’agriculture redevient stratégique. On va jumeler le salon de l’agriculture et celui du Bourget, et vendre des betteraves à sucre à côté des rafales. Le président de la FNSEA va devenir un people. Il va être invité chez Fogiel, passer ses vacances sur le tracteur d’un ami milliardaire.
Tout ça parce que les chinois veulent manger de la viande. Quelle drôle d’idée. Lisent jamais les journaux, les chinois. L’encéphalite spongiforme bovine, le poulet à la dioxine, la grippe aviaire, les OGM, les pesticides, les nitrates, le gaucho ? connaissent pas. La malbouffe et son cortège grandissant d’obèses insaturés dévoreurs de coupe faim arrosés de soda ? Non plus. Ils confondraient pas obèse et sumotori les chinois ? Et puis il y a les autres, ceux qui veulent manger tous les jours. Des types à qui on ne pourrait même pas fourguer un crédit pour acheter un grain de riz sur trente ans. Même les marchés ne peuvent pas tout.
Nous, pour sauver la planète on essaye de rouler propre. De faire le plein au végétal. Que font les mexicains ? Le maïs pour faire du carburant pour nos voitures, ils veulent le manger. En faire des tortillas. Et le CO2, ils y pensent au CO2, du côté de Mexico ? Ils veulent la guerre ou quoi ? Nous, pendant ce temps, on ne sait plus à quelle protéine se vouer. Le glucide fout la trouille. Ne parlons pas du lipide, sérial killer récidiviste notoire. Il faut oser le dire aux chinois, aux africains : manger réclame un sacré courage, une forme d’inconscience. C’est une mauvaise habitude dont une fois prise on ne se débarrasse pas facilement. Depuis des millénaires, l’homme lutte contre la faim sans même savoir pourquoi. Quand il peut il mange. L’instinct sans doute, le dernier combat du mammifère en nous. Heureusement que les marchés sont là, qu’ils veillent au grain s’il l’on peut dire. Bientôt manger sera hors de prix. Il le faut, c’est une évidence.   

Paul Bats   le 19 mars 2008

Même si je ne partage pas forcément toutes ses opinions je vous recommande la lecture du blog de Philippe Bilger Avocat Général auprès de la Cour d'Appel de Paris : décapant et dérangeant...
http://www.philippebilger.com/blog/2008/03/un-chec-insolen.html
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24 mars 2008 1 24 /03 /mars /2008 00:07

Le vigneron girondin/Willy Ronis/1945cartes-postales-001.jpgTrop de mots Berthomeau ! Carême verbal... Abstinence radicale... Chasteté d'un moine civil... Cilice du silence... Solitude du gardien de but de Carquefou... Ce matin du lundi de Pâques, après toutes ces photos licencieuses d'hier, je vous offre ces deux instantanés d'un mode de vie englouti. Des vignerons, des ouvriers, des gens de peu, faites comme eux mangez sur le pouce un bout de gâche ou une tranche de fion en vous envoyant un petit gorgeon sympa, au verre ou goulot, et longue vie à ce qui reste du populo des parigots et des gars des vignes de Bordeaux...

Paris dans les années 30 Lucien Aigner
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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 05:07
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À la tentation j’ai longtemps résisté mais ce matin j’y ai succombé avec un grand plaisir que j’espère vous partagerez.
 
Pudibonds, pudibondes passez votre chemin, l’ouverture de la porte de son Enfer par notre Bibliothèque Nationale, ce grand X rose placardé la nuit sur le flanc d’un des 4 grands vits érigés sous le règne de François Mitterrand, m’y invitait depuis des mois. Bien évidemment je ne puis me pencher sur un tel sujet sans vous offrir quelques gâteries, le sexe dans tous ses états, frivole, grave, polisson, esthétique et parfois sadique…
 
Âmes pudiques, femmes honnêtes ou sages, prudes et prudes retirez-vous nous allons emprunter le chemin de la licence, de l’indécence et de l’obscénité. Mais, permettez-moi quand même, en un temps où la sexualité trop souvent se réduit à une frénétique mécanique des corps, de vous confier qu’il est temps de réenchanter le désir. Ne rallumez pas pour moi les feux de l’enfer mes propos matinaux, comme toujours, sont là pour vous éclairer non pour vous dévergonder.
 
Emmanuel Pierrat – avocat spécialiste de la censure – écrit « L’autodafé des livres licencieux a certes existé, pour la démonstration publique, la beauté de la flambée, l’édification et la satisfaction des masses. Mais le censeur, en bon bibliophile, a toujours pris soin de collecter quelques exemplaires à placer à l’abri, en « réserve ». Et même, d’organiser savamment cette étrange collectionnite au sein des bibliothèques. Ces pièces aux rayonnages secrets sont désignées communément comme des « Enfers »…
 
 
Le Supplément du Grand Dictionnaire universel de Larousse précise qu’ »il existe à la Bibliothèque nationale un dépôt qui n’est jamais ouvert au public : c’est l’Enfer, recueil de tous les dévergondages luxurieux de la plume et du crayon ».
 
C’est l’ouverture de l’Enfer de la BNF sur le site François Mitterrand/Grande Galerie qui fait l’objet d’une expo L'Enfer de la Bibliothèque, Eros au secret jusqu’au 22 mars ICI

Bateaux-et-Sexe-021.jpg
 
Avant de vous laisser au plaisir des yeux, en ces temps où l’on chante l’irruption de la mondialisation, l’Internationale des Enfers existe et je vais vous en livrer un échantillon :
 
 
–       « Private Case » de la British Library de 1865 à 1953 est riche des centaines de livres produits aux riches heures de la très chère reine Victoria et d’objets « symbole du culte primitif de l’Humanité ».
 
 
–       À Moscou, une section spéciale de la « Leninka » constituée à partir de 1924, avec bien sûr des écrits politiques séditieux, 12 000 ouvrages, mais aussi d’une section érotique réservée aux seuls apparatchiks et au KGB ; Béria signa un document « ultrasecret » pour commander 95 voitures de pompier, en 1941, pour sauver des flammes ce Trésor dissimulé aux masses.
 
 
–       Enver Hodja, le Staline albanais disposait d’un Enfer personnel de grande ampleur.
 
 
–       Les chantres de la Révolution Culturelle de Mao ont accumulé des stocks de livres sulfureux réservés aux cadres de haut rang.
 
 
–       Enfin, un enfer mythique tant il est inaccessible où est accumulée « la plus impressionnante et la plus ancienne des collections d’ouvrages qui ne se lisent que d’une main… » la Bibliothèque… vaticane.

PHOTOS INTERDITES AUX MOINS DE 16 ANS

Bateaux-et-Sexe-026.jpgBateaux-et-Sexe-027.jpg
Bachus et Ariane
Bateaux-et-Sexe-022.jpgBateaux-et-Sexe-023.jpg 
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23 mars 2008 7 23 /03 /mars /2008 00:03

     

Dans la cour de la gendarmerie de Coye-la-Forêt j’avais entraîné Bourrassaud et Gendron sous l’auvent de la remise à vélos. Avec un aplomb, qui me stupéfiait moi-même, je proposai à l’adjudant-chef Gendron de rédiger deux procès-verbaux : l’un, que nous garderions par devers nous, relatant la réalité des évènements, l’autre, la version officielle, copie conforme des exigences de cette vérole de Mignon, dormirait dans les archives. J’ajoutai, pour emporter leur assentiment, qu’il s’agissait pour nous d’une assurance-vie. C’était une affaire d’Etat et que ce type de précaution nous servirait de monnaie d’échange face au pouvoir si un fouille-merde quelconque de la presse se mettait en tête de mettre son groin dans les petites affaires du fourgue de missiles. Et de conclure, froidement, que les morts subites et en chaîne faisaient parti du quotidien des services Action. Bourrassaud se grattait les couilles, ravi. Le gendarme Gendron, perplexe, soulevait son képi pour s’éponger le front avec un grand mouchoir à carreaux. « Et mon trou du cul de machin chose de la Reynardière, j’en fait quoi ?
-         Rien ! Ce monsieur aux mains propres, comme ce cher Mignon, va jouer au Ponce-Pilate…
-         Et mon collègue Buchou qu’est plus con que la moyenne je lui dis quoi ?
-         Rien ! Si, que les ordres viennent d’encore plus haut et qu’il a intérêt à fermer son clapet sinon les mecs cagoulés du Puma lui offriront un baptême de l’air…
-         Bordel de merde c’est pire que d’avoir un essaim de frelons au cul cette affaire. Z’en pensez quoi, vous, commissaire ?
-         Que Benoît est un sage. Quand on est dans la fosse aux lions mieux vaut se préparer au pire.
-         Bon, puisque vous le dites, on va faire comme ça. Quand je vais dire ça à ma femme elle ne va pas en revenir…
Bourrassaud le prenait par l’épaule, paternel, et le morigénait. « Adjudant, même si elle vous bouffe la queue jusqu’à plus soif votre femme, ou même si elle vous promet de se faire défoncer la rondelle comme vous en mourrez d’envie depuis que vous l’avez épousé, bouclez-là, sinon il ne nous restera plus qu’à vous porter des chrysanthèmes les jours de Toussaint… » Gendron hochait la tête, pas convaincu, les perspectives évoquées par ce porc de Bourrassaud semblaient même l’émoustiller.
 
Dans la voiture, alors que nous rentrions au Blanc-Mesnil, après avoir gueuletonné à l’auberge de la Chapelle-en-Serval, je confiais à Bourrassaud, assis à l’avant, qu’un sale pressentiment me bouffait la tête : « crois-moi, après ce petit raout, ces morpions de la place Beauvau ils ne vont pas lâcher la grappe. Je suis sûr qu’il faudra que paye l’addition un jour ou l’autre… » Mais je m’aperçus que Bourrassaud dormait déjà, la bouche ouverte et, fataliste, je me disais, qu’après tout, descendre un peu plus bas dans la merde ne me déplairait pas. Le soir je regagnai Paris. En robe de chambre, Sylvie affichait une mine de papier mâché. Son atterrissage sur le ventre, soudain et brutal, dans la triste réalité, la pétrifiait. Adieu, le bel Henri, les fourrures, le champagne, les virées en jet et autres joyeusetés, le coup foireux de ses deux associés, Hortz et Dragan, qui se soldait par leur mise en sac à viande après la fusillade du petit Mont-Royal, ne lui laissait pas augurer des jours heureux. Le retour au bitume ne la remplissait pas d’allégresse. Connement je lui conseillais de rentrer dans le giron conjugal. Soudain panthère, me faisant face, je crus qu’elle allait m’arracher les yeux mais, plus prosaïquement, elle ouvrait les pans de sa robe de chambre, et me lançait, la bouche mauvaise, « Baise-moi, salaud ! » Ce que j’aurais fait, par pure faiblesse, si ma libido, soudain polaire, ne m’avait pas jeté dans les affres de la panne de bandaison. Je le regretterai toute ma vie car, huit jours plus tard, alors que nous étions plus revu, un coup de téléphone d’un certain Dornier du commissariat de la rue d’Aligre, m’annonçait froidement que Sylvie Brejoux venait de se faire sauvagement assassiner par son mari.          
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