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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 00:04

Féministes patentées, culs bénis confits, chastes glacés et glacées, pudibonds et bondes assorties, esprits étroits et sectaires de tous poils, censeurs de toutes obédiences, passez votre chemin car ce qui suis, écrits lestes et autres gâteries, outrageraient votre regard et troubleraient votre esprit de cilice.



Ce matin mon espace de liberté se veut libertin


 
pour honorer notre seigneur le vin


et vous donner un peu d’ivresse,


sans risque de contrôle gendarmesse,


en ces temps


bien pesants.

Les illustrations sont d'époque...


 

 

Vin Papal*


« Paul III…, l’instigateur du concile de Trente, l’homme qui approuva en 1540 l’ordre des Jésuites, qui confia l’exécution des fresques de la Chapelle Sixtine et dont la jeunesse inspira à Stendhal le personnage de Fabrice del Dongo, Paul III donc aimait tellement le vin de Crète qu’il s’en baignait les genitalia tous les matins. On pourra s’étonner d’un tel souci. Était-ce pour les rafraîchir ou pour les enflammer ? »


Jean-Luc Henning  Érotique du Vin


* San Antonio aurait titré : « Vin de Popaul »


 

 

 

Vin Seigneurial



« Les jeunes seigneurs qui étaient à table avec elle la firent boire du vin dont elle s’enivra. Ensuite, elle dansa presque nue, puis ils la livrèrent dans une antichambre à des valets qui en firent leur plaisir. On l’entendit dire :  " Ah ! la bonne journée. "



Mathieu Marais à propos de madame de Gacé


 

 

 

Vin en Vers de Verlaine



« Heureux qui, profitant des plaisirs de la terre,


Baisant un petit cul, buvant dans un grand verre


Remplit l'un, vide l’autre, et passe avec gaieté


Du cul de la bouteille au cul de la beauté. »


 

Les commentaires peuvent se faire sous le manteau...

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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 00:01

 

Le XO de Hennessy déliait enfin la langue de William Winslow. Sans se préoccuper le moins du monde du babillage de nos compagnes – qui dépiautaient toujours la vie agitée de Margaret : elles en étaient à l’île Moustique dont un de ses riches chevaliers servants, l’écossais Tennant, lui avait offert un « morceau » : un caillou sans eau, ni gaz et électricité, même pas une piste d’atterrissage – il m’entreprenait sur l’idéologie marxiste qui, d’après lui, gangrénait la France et ses élites. Même de Gaulle qui en quittant l’Otan faisait le jeu des rouges ! Par bonheur, martelait-il – même si la notion même de bonheur ne me semblait pas consubstantielle aux citoyens de la perfide Albion –, la Grande-Bretagne, en refusant d’entrer dans le Marché Commun, se préservait du cancer communiste. Comme je souriais en affichant un air narquois son teint de rouquin s’empourprait : « Vous en êtes ! » éructait-il entre ses dents jaunies par la nicotine. Sans même réfléchir, du tac au tac, je lâchais avec un grand sourire, en français, « désolé je ne suis pas de la jaquette qui flotte… » Ses gros yeux injectés de sang me contemplaient, intrigués et il balbutiait : « jacket, jacket… ». J’enfonçais le clou, en piochant dans mon maigre stock de slang : « queer… une pédale… un pédé quoi…» Son dentier fut à deux doigts de choir sur la nappe blanche. À nos côtés, les récents déboires de Margaret avec Antony Armstrong-Jones, un photographe qu’elle avait épousé en mai 60, semblaient occuper tout l’espace de Chloé et d’Alexandra car elles ne prêtaient aucune attention à notre passe d’armes.

 

Piqué au vif, William Winslow qui, je n’en doutais pas, lui en était, amorçait un virage à 180° en embrayant sur les vertus du Cognac qu’il sirotait en prenant des mines extatiques. Sa compagne officielle gloussait en confiant, à une Chloé plus vraie que nature en petite dinde du Berry, que Margaret ne carburait qu’au Famous Grouse, ajoutant, en français, que la pauvre chérie, dotée bien sûr d’un humour en béton, affirmait, en tirant sur l’une de ses 60 cigarettes quotidiennes, que c’était le seul gibier qu’elle supportait. Le recours au français m’allait bien, j’en profitais pour lancer une contre-offensive éclair totalement improvisée : « vous êtes un ancien du MI 16, cher William ! » affirmais-je sur un ton ne souffrant pas la contestation. Le dit William manquait de s’étouffer en régurgitant la lampée de XO et, cette fois-ci, Alexandra sursautait. Chloé, oie blanche parfaite, ne cillait pas et, alors que William tentait dignement de remonter la pente, elle entreprenait de se poudrer le nez. Sans médire sur nos amis anglais, force est de constater qu’ils sont prévisibles. Plutôt que de le convaincre de la véracité de mon propos je le laissais patauger dans des explications aussi compréhensibles que les règles du cricket. Mon silence l’usait. C’est Alexandra qui dénouait la situation en confiant à Chloé « votre frère me semble être, comme vous dites en France, un fin psychologue alors que ce cher William sonne aussi creux qu’un tambour du régiment écossais de la Reine. Donnez-lui votre carte de visite, je crois que ce jeune homme fait lui aussi parti de votre corporation de « fouilleurs de cul de basse fosse » Elle le disait, à mon grand étonnement, dans un français impeccable.

 

Comme toujours le hasard s’avérait mon meilleur allié et cette vieille raclure de William Winslow, accessoirement, et surtout la charmante et subtile Alexandra, une ancienne du 10 Downing Street, francophile et folle de Paris, me permettraient bien plus tard de sortir au mieux d’une mauvaise passe. De retour dans notre T2, Chloé et moi, pelotonnés dans le sac à viande sur l’étroite couchette du bas, nous mesurions l’inanité de ce que nous étions en train de faire. Le no man’s land que nous disions occuper existait-il vraiment ou n’étais-ce qu’une invention de pure justification ? Nulle part où aller alors nous fuyions en nous réfugiant, chacun à notre manière, dans les interstices qui s’offraient à nous. En Italie, les historiens parleront des années de plomb, grises et sales, éclaboussées d’un sang innocent, que bien des années plus tard les Battesti&Cie, idéologues aux mains souillées, n’auront même pas le courage d’assumer. Les fascistes de la Loge P2, tout aussi maculés de sang qu’eux, auront le dos large pour donner appui au verbiage auto-justificateur des idéologues « repentis ». Nous ne voulions pas en être mais nous ne pouvions pas non plus couler des jours paisibles avec les repus d’en face. Pas le choix entre les établis en usine comme Pierrot Overney, les délirants de la GP, les vieilles badernes du PC et la nouvelle bourgeoisie triomphante du président Pompe et de ses alliés naturels, toutes les issues étaient verrouillées. Que ça étonne les jeunes générations qui affublent si facilement les soixante-huitards de toutes les tares de la jouissance égoïste, les années 70 furent des années de grandes désespérances. Sur le quai de la Gare Saint-Charles, François Franchey d’Espéruche, flanqué de la capiteuse Angéline Labrousse, nous attendaient tout sourire. Ce cher Contrucci voulait nous tenir sous contrôle, ça nous motivait à nouveau.  

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 00:02

Rappelez-vous le slogan « Au secours la droite revient ! »

Aux législatives de 1986, où le François de Jarnac, pour brouiller les cartes, au lieu d’instiller de la proportionnelle dans notre célèbre scrutin majoritaire à deux tours d’arrondissement, avait carrément joué la totale ce qui avait provoqué la démission de Rocard du gouvernement Fabius au beau milieu de la nuit. Par la grâce de ce scrutin, Henri Nallet, le successeur de Rocard, parachuté dans l’Yonne sera élu et s’implantera à Tonnerre et, au lieu d’une déroute annoncée, le PS sauvera les meubles ce qui ouvrira les portes de la 1ière cohabitation de la 5ième République avec Jacques Chirac à Matignon. Dans son dernier livre "Mémoire" *, Catherine Clément, raconte que le 9 mai 1981, Chirac lui donne rendez-vous à l’Hôtel de Ville de Paris, et lui confie d’un air inspiré : « Admettons que Mitterrand soit Président. Il dissout l’assemblée, que feriez-vous à sa place, vous ? Il dissout, évidemment. Dans cinq ans, il perd les élections. Il ne peut pas les gagner. Vous qui le connaissez bien, pouvez-vous lui dire de ma part que je suis prêt à devenir son Premier Ministre dans cinq ans ? »


L’affiche du PS pour cette campagne de 1986, avec le slogan choc « Au secours la droite revient ! », va faire florès et plaire aux futurs tontons maniaques, ceux de la « Génération Mitterrand ». Elle sera suivie par l’affiche d'un grand méchant loup, très Tex Avery, aux allures chiraquiennes : «Dis-moi, jolie droite, pourquoi as-tu de si grandes dents ?». Bonne pioche que d’avoir confié la communication de campagne à Daniel Robert l’inventeur de formules choc comme : « Un verre ça va, trois verres, bonjour les dégâts ! » « Tu t'es vu, quand t'as bu ? » « BNP : pour parler franchement, votre argent m'intéresse. » C'est aussi le père de « Bison Futé » et du fameux "Monsieur Plus" pour une marque de biscuit. J’avoue que j’avais trouvé ça revigorant car pour une fois une campagne électorale, plutôt que de se complaire dans les slogans éculés et les clichés convenus, se risquait dans  l'humour vache et la dérision. Bref, ce soir en rentrant chez moi ma petite machine à reconnecter le temps passé au présent a fonctionné et je vous livre le tout dans un désordre complet.


Tout commence par ce que je vois sur les colonnes Morris et les vitrines des kiosquiers : la Une de l’hebdomadaire le Point « La conscience de gauche de Sarkozy »


Ensuite, ça continue par la lecture  d’un portrait de Bernard de la Villardière, journaliste sur M6 - le magazine « Enquête exclusive » - et toujours en vrac je vous cite ce qu’il a confié à la journaliste Mariella Righini. Il se dit « contre la culture du consensus ». Il avoue que « de temps en temps, pour régler les problèmes, mieux vaut un bon conflit. » Contre qui se bat-il ?« contre l’injustice, sous toutes ses formes. Contre les gens qui se comporte mal. Les salauds. Les organisations criminelles. Les mafias. La corruption. Le blanchiment. Les paradis fiscaux. Le capitalisme sans morale. » Pour quoi, pour qui se bat-il ? « Pour ceux qui, dans les circonstances les plus dramatiques, luttent contre pour que les choses changent, ceux qui vous donnent des messages d’espoir, qui vous réconcilient avec la nature humaine » Et d’ajouter : « Moi qui étais profondément libéral, je suis en train de devenir de gauche. »


Enfin je chute avec Michel Rocard qui a annoncé mercredi qu'il allait quitter prématurément, fin janvier, son poste de député au Parlement européen et ne briguerait plus aucun mandat. « Je prends ma retraite parlementaire, mais je ne me retire pas de la vie civique », a annoncé Michel Rocard, qui va fêter cette année ses 79 ans, et qui n'entend pas rester inactif. "Je ne vais pas cesser de réfléchir, je vais continuer à lire et à m'inquiéter", a-t-il précisé.


La morale de mon histoire : à vous de la trouver ?
Peut-être qu'il n'y en a pas car comme y'avait 2 gauches y'en a peut-être plus du tout ou peut-être qu'avec Obama la "gauche américaine" va renaître de ses cendres ou je ne sais pas moi... Bonne fin de semaine et il ne vous est pas interdit de commenter très chers lecteurs…


* " Mémoire" Catherine Clément Stock 592 pages 24 euros


Vous pouvez lire à la rubrique PAGES en haut à droite du blog le N° 40 de la Wine News :  " Pesticides : l’UE interdit 22 substances dangeureuses sur le champ " c'est très complet...

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16 janvier 2009 5 16 /01 /janvier /2009 00:01

C'est la suite d'hier, toujours aussi "politiquement incorrecte" en effet, dans son « Petit Manuel du Parfait Suicidé », Jean Bruller dit Vercors écrit : « Le suicide est l’acte qui consiste à se donner la mort de sa propre main. Il est généralement mal jugé, et l’opprobre qui s’attache au nom du suicidé s’étend jusque sur sa famille. Je ne connais point de préjugé à la fois aussi stupide, néfaste et malsain. Aussi ai-je résolu de consacrer ma vie à combattre et à le vaincre, et ce livre est le résultat de mes recherches et de mes travaux. Il tombera sur le monde comme un roc dans l’eau dormante, et je ne doute pas que les ondes ne s’en propagent jusque dans les plus lointaines contrées.

Mon but n’est pas de réhabiliter le suicide*. Ma tâche est plus haute, et d’une portée autrement étendue. Je n’ai pas consumé une vie entière en d’ingrates compilations pour obtenir seulement qu’on laissât les suicidés tranquilles. Le rêve que je poursuis est plus absolu : je voudrais que la lecture de mon livre fît admettre à la Société que l’anormal est, non point qu’on se suicide, mais bien qu’on ne se suicide pas.

Il est peu de personnes qui ne regrettent de n’avoir pu choisir le lieu, l’époque et les circonstances de leur naissance. Or, il a été donné à l’homme de pouvoir mourir, s’il le veut, quand il lui plaît, et comme il lui plaît. Or, loin de profiter d’un avantage aussi merveilleux, non content de laisser, par une surprenante paresse, le hasard se substituer à sa volonté, il dit des sages qui osent attenter à leur vie qu’ils sont fous, et les accablent de son mépris. Cela dépasse l’esprit ! Conçoit-on un dîneur qui, après avoir soigneusement composé le détail de son menu, confierait le choix de l’entremets et le moment de le servir au goût de son cuisinier ? Cela semblerait extravagant. »

  * L’auteur serait d’ailleurs bien tard venu. Il y a beau temps que les stoïciens, Zénon et Chrysippe en tête, en avaient fait une vertu (N.de.É.).


16ième recette : du suicide par excès hydraulique

« Cette forme de suicide, inspirée d’un supplice fameux de l’Inquisition, n’est plus guère employée. Elle ne manque point pourtant de caractère, et mérite un meilleur sort. Très favorable aux hydropiques, qui n’auront que quelques gouttes à absorber pour obtenir l’effet désiré, très plaisant pendant les rigueurs de la canicule où l’on ne saurait manquer d’apprécier l’agrément d’un tel trépas, très attrayant en tout temps pour les amateurs de bon vin qui pourront remplacer l’eau par le produit d’un cru renommé, cette méthode regorge d’attraits qui me font espérer qu’elle rencontrera, à l’avenir, les nombreux adeptes sur lesquels ses qualités lui donnent droit de compter. »

 

Commentaire de l’auteur (lors de la réédition en 1977 par Tchou)

« Hélas, cinquante années d’observation n’ont pas permis à l’auteur, si incroyable que cela paraisse, de constater le plus humble succès de cette méthode pourtant exquise, et en laquelle il mettait ses plus grands espoirs. Les statistiques, de plus en plus sûres n’ont toujours pu signaler aucun suicide par ce moyen et ce dans aucun suicide recensé comme tel : car si l’excès de boisson a souvent causé des morts, il n’est pas prouvé que celles-ci fussent volontaires) ; et de leur côté les sondages d’opinion, qui n’existaient pas encore en 1926, ne révèlent aucun goût de la population à recourir à cette méthode. Pénible déchéance, si l’on pense en quel honneur ce procédé é été tenu non seulement au Moyen Age mais, depuis, par diverses polices. C’est pourquoi, sans nous décourager, nous persistons à le faire figurer dans cet ouvrage, dans l’espoir qu’il finira par convaincre les hésitants. »

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15 janvier 2009 4 15 /01 /janvier /2009 00:07

Peu de gens connaissent Jean Bruller, moi le premier jusqu’à l’acquisition de sa version américaine de 1930 « 21 Delightful Ways of Committing Suicide ». En revanche qui ne connaît pas VERCORS, le très sérieux auteur du « Silence de la Mer » qu’il avait rédigé pour la revue clandestine la Pensée libre, et qui ne put paraître car la Gestapo avait mis la main sur la revue et l’imprimerie, et qu’il édita lui-même – ce qu’il avait du faire en 1926 pour la version française des « 21 recettes pratiques de mort violente », entièrement souscrit et donc « épuisé d’avance » – ce qui donna naissance aux célèbres Éditions de Minuit, comme l’écrit son éditeur : « petites causes, grands effets. »

http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=livAut&auteur_id=1662

Ce texte, la recette n°16, que je vous livre d’abord en anglais – demain vous aurez droit à la fois à un texte de Vercors, la version française et un commentaire de l’auteur pour la réédition de 1977 – peut choquer. Il est « politiquement incorrect » et, comme il arrive souvent sa conception est due à des circonstances tout à fait fortuites : « Dans les années 20, Bruller poursuivait encore ses études d’ingénieur. Il fait la connaissance d’une demoiselle qui lui accorde de l’amitié, mais rien d’autre. Un jour – pour l’avertir du risque que comporte cette cruauté – il griffonne devant elle un homme qui se brûle la cervelle. Sans s’émouvoir, elle esquisse à son tour un homme qui s’asphyxie, raide comme balle, sur un poêle à charbon. Il réplique par un homme qui se noie. Elle, par un homme qui se pend. Ainsi encouragé… »

 

 
" This form of suicide, which owes its inspiration to one of the more lingering tortures of the Inquisition, is not without a certain intrinsic charm. It is eminently suited to persons of dropsical tendency, since it is only necessary to absorb a small quantity of liquid in order to achieve the desired results. It is very attractive during at heat wave, when such a death could not fail to be refreshing. In addition, it is pleasing in any weather for true connoisseurs of wine, who may substitute for water, some noted vintage of the proper year.

 
" This form of suicide, which owes its inspiration to one of the more lingering tortures of the Inquisition, is not without a certain intrinsic charm. It is eminently suited to persons of dropsical tendency, since it is only necessary to absorb a small quantity of liquid in order to achieve the desired results. It is very attractive during at heat wave, when such a death could not fail to be refreshing. In addition, it is pleasing in any weather for true connoisseurs of wine, who may substitute for water, some noted vintage of the proper year.

Incidentally, it is this form of suicide which slowly but surely is becoming the outstandingly popular pastime in America, under the present Prohibition regime. (Also cf. Chap. 8: Suicide by Means of Poison.)"

à demain pour en savoir plus...

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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 00:00

 Mon père, Arsène Berthomeau, possédait un alambic mobile, il était un « bouilleur ambulant », son père, mon grand-père Louis,  propriétaire de quelques ares de vignes, en vertu de ce qu’il qualifiait du « droit de bouillir » ses lies*, une liberté fondamentale à qui les opposants, qui considérait ce droit comme une tolérance, donnait le nom de privilège, le fameux « privilège des bouilleurs de cru ». Louis Berthomeau était donc un « bouilleur de cru ». Mon père installait son alambic dans un atelier public établi en un lieu déclaré aux Indirectes, généralement près d’un point d’eau où l’on déversait les effluents). Donc la « goutte » je connais, les 10 ter, « la volante », les bonbonnes et les baricauts de gnôle issus de droits de défunts (le privilège n’était pas transmissible après les lois Mendès-France) en transit dans le grenier, le petit doigt sous le mince filet translucide, la vapeur de l’alambic dans les petits matins d’hiver, les briquettes de coke dans la gueule rougeoyante de la chaudière, la canadienne de mon père, le casse-croute sur le pouce des hommes…

  

* (tout propriétaires, fermiers, métayers ou vignerons pouvait distiller des vins, des cidres ou poirés, marcs, lies, cerises, prunes et prunelles provenant exclusivement de leur récolte personnelle à la condition de ne pas se livrer au commerce des alcools)

 

 

« Ce mercredi, Léon Bouillard et Gustave, son commis, n’avaient pas gaspillé la plus petite miette de temps. Ils s’étaient levés dès potron jaquet. À peine debout, ils avaient assurés l’essentiel du travail du matin. C’est qu’il y avait, avant toute chose, le bétail à soigner, les vaches à traire, les chevaux à conduire au pâturage puisqu’il était dit qu’ils seraient au repos tout le jour.

 

Par-dessus tout, ce mercredi-là, Léon l’avait décidé, on ferait chauffer la « bouillotte » sans désemparer. La veille, le bois avait été entassé près de la chaudière. Un fagot de coudrier bien sec et de belles bûches de ce châtaignier du pays qui fait les flambées convenables. Les seaux et l’entonnoir en fer-blanc, les brocs en bois de chêne, les bonbonnes clissées et la futaille avaient été rassemblés sous un hangar voisin. Et puis, les deux hommes avaient commencé à préparer l’appareil. Gustave avait rempli comme il convient le réfrigérant, sorte de long tonneau vaguement cylindrique dépourvu de fond supérieur, dressé debout tout près de la chaudière déposé à même le sol. Il avait « tiré » l’eau glacée du puits, seau après seau (…) Il puisait ainsi consécutivement deux seaux qu’il allait vider dans le réfrigérant dont une échelle lui permettait d’atteindre le sommet. Il fallait près de mille litres pour emplir suffisamment le tonneau. Cela représentait un assez gros travail.

Tandis que Gustave avait puisé, Léon avait vérifié que les tuyaux s’emboîteraient aisément. Tout était prêt. Il ne restait plus qu’à verser dans la cucurbite le cidre vieux, à assujettir soigneusement le chapiteau, à assurer l’étanchéité des jonctions au moyen d’argile. À allumer l’habituel feu paisible dont les flammes domestiquées mettaient toujours le cœur de Léon en gaieté. Et à attendre.

Ce mercredi-là, dès huit heurs, le cidre, tourmenté par l’ardeur du feu, se prit à prononcer ses premiers gargouillements. Bientôt de courtes mèches de vapeur s’échappèrent autour du chapiteau. Paisiblement, Léon Bouillard qui, à l’image d’un vitrier malaxant son mastic, pétrissait une boule d’argile, en préleva une noisette dont il renforça le colmatage insuffisant. D’autres mèches ébouriffées jaillirent aux endroits de raccordement des tuyaux. Puis le travail retrouva sa sérénité. Prisonnières du serpentin enroulé à l’intérieur du réfrigérant, les premières vapeurs utiles, refroidies, transformées, condensées en larmes, commencèrent à venir mourir à sa sortie. Léon attendit. Comme l’exigeait une coutume soucieuse de qualité, il abandonna les premières mesures à la terre. Puis, sans se hâter, il plaça un seau pour collecter le meilleur produit.

À présent, les deux hommes, assis sur des billots, surveillaient le feu, observaient le filet de liqueur légèrement louche. Il en allait toujours ainsi. « L’eau blanche », en un mince filet, coulait vers le récipient métallique comme une huile impure. L’eau blanche (ou petites eaux, ou brouillis), produit de la distillation directe du cidre, portait ce nom en raison de son manque de limpidité et de sa légèreté. Elle titrait entre 25 et 30° d’alcool. L’obtention du produit fini nécessitait une repasse. Les eaux blanches récoltées au terme de plusieurs distillations directes – généralement deux « chauffes » étaient rassemblées dans la cucurbite pour une ultime opération durant laquelle le filet qui s’échappait de l’orifice terminal du serpentin s »avérait d’une lumineuse transparence. Tout semblable à une belle eau de puits. On l’appelait « la goutte ». Elle titrait au moins 65°.

Les deux hommes en étaient à la fin de la première « chauffe ». Léon se mit en devoir de peser « l’eau blanche ». Il plongea précautionneusement l’alcoomètre au centre d’un seau rempli. Il se mit à genoux pour mieux lire. Il approuva de la tête. Le produit lui plaisait (…)

(…) Léon abandonna la bouillotte, laissant la fin de la distillation s’épuiser dans la terre. « Ni la tête, ni la queue », c’était ainsi qu’on obtenait la meilleure goutte.

 

Extraits de « Bouilleurs de cru » Hippolyte Gancel (professeur de lettres honoraire fils de bouilleur de cru) et Jacques Le Gall (inspecteur des Impôts et descendant de contrôleur des Indirectes) éditions Ouest-France pages 11 à 13.

Dans le Nouvel Obs de cette semaine Jérôme Garcin recommande chaleureusement un petit opus de Jean-Loup Trassard " Sankasi" Le temps qu'il fait 86 pages " Qu'on ne s'y trompe pas, Sankasi n'est ni le titre d'un manga ni la marque d'une moto japonaise. C'est le nom donné, par les gendarmes de Chantrigné (Mayenne), à un cultivateur, Léandre Marceau, suspecté de trafic illégal d'eau-de-vie"

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13 janvier 2009 2 13 /01 /janvier /2009 00:15

 

Moi qui ne suis qu’un mécréant, enfant de chœur défroqué et enfant du rock essoufflé, je suis un fan du chant byzantin et de l’une de ses stars Sœur Marie Keyrouz  www.kairouz.com/ (si vous souhaitez avoir un petit aperçu de son talent cliquez sur le lien) et, il y a quelques années, j’ai eu le plaisir d’aller l’écouter en l’église Saint Roch dans le premier arrondissement de Paris. « Il faut l’entendre pour comprendre ce que spiritualité veut dire comme une lente montée vers les sublime… Son dernier disque (La Passion 2CD) n’est rien d’autre qu’une stupéfiante improvisation où la Callas croiserait Oum Kalsoum. » écrit le critique musical du Point.

Comme musique et vin, en une forme sublimée de la spiritualité, s’accordent et se transcendent, je vais chroniquer sur le vin des moniales du Monastère de Solan dans le Gard qui, chaque jour s’assemblent à l’église pour « louer le Seigneur, dans des offices de rite byzantin, chantés en français et célébrés selon la tradition du mont Athos, dont elles dépendent. » Lors du salon Marjolaine, au parc Floral de Vincennes, j’ai gouté et acquis auprès de deux de leurs représentantes, une très jeune et une assez âgée, en soutane et foulard traditionnel, deux flacons représentatifs de leur production : un haut de gamme la Cuvée St Porphyre 2006 vin de pays des Cévennes, 85% de Syrah et 15% de Grenache noir  à 18 euros, c'est du costaud, bien membré mais qui gagnerait à un peu plus de subtilité, et la Cuvée St Martin 2007 vin de pays des Cévennes un patchwork de cépages 30% de Grenache, 25% de Syrah, 25% de Cinsault et 20% de Carignan,fort agréable, léger et fruité, à 6,5 euros. Pour plus de renseignement www.monasteredesolan.com/   















Solan, qui fut à l’origine une propriété agricole de l’abbaye Saint-Saturnin-du-Port cultivé par des moines du XIe au XVIIIe siècle, a retrouvé sa vocation monastique depuis 1992 avec les sœurs qui ont décidé de ne pas « abandonner la terre » mais de repenser la mise en valeur du domaine : 40 ha de forêt et 20 ha agricole. Afin d’assurer leur subsistance, elles cultivent des vignes, des fruitiers et un grand potager tout en veillant sur la forêt méditerranéenne avec sa zone humide comportant des espèces de flore et faune protégées. Les sœurs ont donc choisi une option écologique globale en « partant d’un inventaire des ressources disponibles…de cultiver l’ensemble du domaine en tenant compte de la nécessité d’entretenir et de prendre soin de la vitalité du sol. Traitée selon des méthodes agronomiques respectueuses de son intégrité, la terre peut ainsi donner le meilleur d’elle-même avec des produits bénéfiques à la santé de ceux qui s’en nourrissent. Par ailleurs transmettre une terre féconde et vivante est un devoir moral incontournable à l’égard des générations futures » écrivent-elles.

Alors, il ne faut pas s’étonner que Le Monde du jour de l’An titre : « L’artisanat monastique ne connaît pas la crise ». On se presse, tout près de chez moi dans la boutique de l’Artisanat Monastique, tenue par des bénévoles www.artisanat-monastique.fr, là où j’achète mes confitures ou au Comptoir des abbayes www.comptoir-des-abbayes.fr qui vient d’ouvrir dans le 9ième où « les huiles d’olive des bénédictins du Monte Olivo, en Toscane, y côtoient les vins au genévrier et au gingembre confectionnés par les Sœurs de Solan dans les Cévennes. » La cuvée Saint Porphyre 2006 est présente chez Lafayette Gourmet. Nos chères Sœurs de Solan, toutes écologistes qu’elles fussent, ne sont pas non plus dépourvu d’humour et d’un sens aigu du marketing, puisque leur rosé elles l’ont baptisé « Mon bien aimé avait une vigne. » Et oui, le vin monastique c’est très chic et écologique ma chère !

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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 00:05

 

En ce samedi, premier samedi de soldes, Paris se gèle le cul. Que les bobos, frigorifiés sur leurs Vélib, puissent s’étonner qu’il fît froid en hiver, passe encore, mais que les Neuf Deux (92) à peine sortis du cul de leurs 4X4 pour mener leurs femmes « aux soldes » se permettent de pester contre la soupe grise et salée qui souille leurs Tods impeccables, y’a de quoi virer au Rouge vif. C’est ce j’ai fait, mais en adoptant le Rouge tendance, le seul qui vous réchauffe le corps, l’âme et le cœur, le Rouge du vin Rouge, en me plongeant dans les entrailles d’une de mes librairies fétiches, « Compagnie », 58 rue des Écoles, à deux pas de ce qui fut le Boul’mich de mes jeunes années, et y découvrir, entre autres,  « La coupe d’Eros » qui est le premier tome d’une tétralogie * : L’Or du vin. Le second, me dit-on, sera consacré au vin mystique, le troisième à la vigne et à la vie, quant au quatrième on ne sait pas encore (la tétralogie étant un ensemble de 4 œuvres).

Avant de vous offrir 2 des Vins d’Éros à savourer, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer en amuse-gueules le texte de la 4ième de couverture qui est fort goûteux.

« Plus d’un auteur nous tend ici sa coupe avec le lyrisme d’un qui boit et qui jouit. Si vous êtes de ceux qui croient que toute coupe est bonne à prendre, alors portez cette coupe aux lèvres et passez donc avec gaîté, comme dit l’un d’eux avec une verve un peu raide, « du cul de la bouteille au cul de la beauté ».

Manuelle de Birman a fourragé sous bien des couvertures de toutes les littératures pour nous con, pour nous con, pour nous concocter cette petite anthologie. Elle nous offre en prime à la fin du volume quelques recettes de vins aphrodisiaques qu’elle tient de son vieil oncle, autrefois barman « À la feuille de rose » (maison turque). Les a-t-elle goûtés elle-même tous ces suggestifs breuvages aux noms tentateurs ? Qu’importe ! Nous la croyons sur mots : un vin de figue, un Champagne fulgurant ; ça ne peut-être que foutrement mieux que le vi, que le vi, que le vinaigre. »


VIN FARAMINEUX

 

« Versez dans un broc le contenu d’une bouteille de Faugères. Ajoutez dix grammes de racine de gingembre frais râpée, une pincée de piment (Espelette ou Cayenne), dix grammes de coriandre concassées, cinq clous de girofle, un verre de whisky, deux cuillérées de miel. Laissez macérer dix-huit heures au frais. Filtrez. Servez très frais.

 

CHAMPAGNE FULGURANT

 

Mélangez dans une carafe 2 verres de jus de citron, 2 verres de gin, 2 verres de Cointreau et 2 verres de Champagne. Ajouter une pointe de fenugrec. Servez glacé.

 

Les autres vins d’Éros, au nombre de 4, Vin Noir, Vin de Figue, Vin Jaune *, Vin de Rose sont dans« La coupe d’Éros » publié à L’Archange Minotaure Collection Format du Soleil (Largeur d’un pied d’homme). 10 euros.

 

·        la tétralogie étant un ensemble de 4 œuvres.

·        Le fenugrec plante dont les grains riches en mucilage sont employés en cataplasmes.

 

Petit concours vicieux pour les amateurs, tout aussi vicieux, de vin d’Éros :

1ière Question : quel Faugères conseilleriez-vous pour le vin faramineux ?

2ième Question : quel champagne conseilleriez-vous pour le vin fulgurant ?

Question subsidiaire pour départager les ex-æquo : estimez-vous que je sois un garçon sortable ?

Ne soyez pas raisonnables : répondez !

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11 janvier 2009 7 11 /01 /janvier /2009 00:11

 

Le plus extraordinaire au cours de cette période où se mêlaient le plomb des enragés et l’or pétant des parvenus sur le fond mou d’une classe moyenne désintégrant de l’intérieur ce que les hiérarques néostaliniens du PC, assujettis à la nomenklatura soviétique, et leurs permanents de la CGT, continuaient de qualifier de classe ouvrière, fut le délitement de l’influence de église catholique de France à la fois sur les élites et surtout sur le petit peuple. Les séminaires se vidèrent. Toute une génération de prêtres défroquait. L’irruption du sexe-roi et de l’amour libéré par la pilule autorisée par la loi Neuwirth du 27 décembre 1967 mettaient à mal la chape de sujétion pesant sur les femmes depuis des millénaires. Elles bossaient, revendiquaient le droit de faire des enfants à leur guise, de disposer de leurs corps, de divorcer, de ne plus assurer seule l’élevage des enfants et les tâches ménagères, sapant ainsi les derniers supports de la cellule familiale. Le pompidolisme, avec son enrichissez-vous débridé, ouvrait la voie du déclin des grandes citadelles du contrôle social du peuple : l’Église et le PC. Et pourtant, pour ce dernier, le score mirobolant du pâtissier stalinien Jacques Duclos à l’élection présidentielle de 1969,  4 808 285 voix, 21,27% des exprimés, faisait illusion. Le fiasco du couple improbable Deferre-Mendès-France y était certes pour beaucoup mais les masses amorçaient lentement le grand virage qui allait mener une partie d’entre-elles dans les bras de Jean-Marie Le Pen. Mitterrand achèverait le travail du côté gauche, Giscard lui, avec son libéralisme avancé, le ferait à droite du côté des bien-pensants quelque peu médusés.

La croisière sur le Mermoz organisée par les fondateurs de la Garantie Foncière : Robert et Nicole Frenkel pour séduire les rentiers de la France profonde, celle qui avait tant aimé Vichy et le Maréchal, de façon caricaturale offrait un échantillon représentatif de cette France éternelle qui osait de nouveau affirmer son attachement aux valeurs du bon monsieur Guizot. Ces petits bourgeois, boutiquiers ou notaires, maquignons ou petits patrons, ralliés bon gré mal gré au grand escogriffe de Colombey, qui après tout, en dépit de son reniement algérien et de ses fantaisies d’indépendance nationale, avait ramené la stabilité et l’ordre, trouvaient en Pompidou un bon syndic de succession. Après la grande peur de mai l’heure était de nouveau au recyclage des bas de laine et des lessiveuses dans la pierre pour les accédants à la propriété.  En embarquant sur le Mermoz je ne pouvais m’empêcher de penser à mes compagnons de mai, les ouvriers des chantiers de Penhoët, à Saint-Nazaire, où le navire fut construit pour l’armement Fabre-Fraisinet et lancé le 17 Novembre 1956 sous le nom du célèbre aviateur Jean Mermoz et, comme avant de passer aux croisières Paquet, en 1965, il fut réquisitionné pour rapatrier les troupes françaises d’Algérie suite aux accords d’Évian, je fis remarquer à Chloé, alias Ingrid Dulong, ma sœur pour les besoins de la cause, que je voyais là un symbole de la France du président Pompe : toute une flopée d’anciens partisans de l’Algérie française allait se goberger sur un rafiot, symbole de la dernière retraite de notre armée d’Afrique, et reformaté par la classe laborieuse en paquebot de croisières d’hiver. En plus, ce pauvre Mermoz en avait perdu au passage son prénom.

C’était l’une de mes dernières lubies, nous allâmes à Marseille, pour nous embarquer, en wagon-lit, un T2, ce qui pour un frère et une sœur n’était pas très convenable. Notre chef de cabine, même si nous ne passions aucune frontière, dans la tradition de la Compagnie des Wagons-Lits, nous avait demandé avec nos billets nos passeports. Lorsqu’il revint préparer nos couchettes il nous gratifiât d’un sourire entendu. Nous dînâmes au wagon-restaurant : potage St Germain, Darnes de saumon Nantua, Brie de Melun, Profiteroles au chocolat, Fourcas-Hostein 70. Servis en gants blancs par un personnel délicieux et attentionné nous engageâmes la conversation avec un couple d’anglais sans âge, les Winslow, plus rosbifs que nature. Ma chère Chloé-Ingrid, jamais en reste dans l’art d’aller au bout de nos rôles,  prenait des airs de petite provinciale évaporée, tout en parlant un anglais très châtié, pour amener Alexandra Winslow sur le terrain des potins de Buckingham. À mon grand étonnement, elles étaient intarissables sur les amours impossibles de la pauvre princesse Margaret avec le capitaine Peter Townsend, pilote de la Royal Air Force, devenu l'écuyer du roi. Tous les ingrédients du scandale, de l’affaire d’État, sont réunis, avec ce roturier de 34 ans, marié et père de deux enfants, qu’elle rencontre à l’âge de 18 ans qui divorcera pour elle. Margaret a alors 25 ans, elle peut dire « oui », mais épouser un divorcé c’est renoncer, au cas où Elizabeth disparaîtrait, à tout droit au trône et aux avantages pécuniaires liés à son statut de princesse royale. Le très coincé Anthony Eden, Premier Ministre, soumis à la pression de  l'Église anglicane, bien sûr hostile à cette union, et au risque de démission d'une partie de son cabinet, temporise car lui est prêt à abolir le Royal Marriage Act datant de 1772, ce qui aurait permis à Margaret d'épouser un homme divorcé. William Winslow, lui, se désintéressait absolument du papotage de ces dames et, en l’observant à la dérobée, je m’apercevais que c’était moi qui l’intéressait.

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 00:25

« La femme est l’avenir de l’homme… » écrivait, en parodiant Marx, Aragon, qui aima tant les garçons à la fin de sa vie, dans le bandeau de la première édition du Fou d'Elsa, en 1963. Alors, les Françaises, si belles, si brillantes, si libres… comme le titre Le Courrier International du début d’année, sont-elles l’avenir de notre vieux pays. « Enviées pour leur liberté par le New York Times, admirées pour leur élégance par The Gardian, les Françaises sont un inépuisable sujet de conversation – et de livres * – tant en Grande-Bretagne qu’aux USA » et, comme l’écrit The Independant « en plus elles font des enfants », la France est vice-championne d’Europe de la fécondité juste derrière l’Irlande : « alors que le reste de l’Europe lutte contre la dénatalité, la France assure le renouvellement des générations grâce à une politique familiale généreuse. » écrit le Washington Post.

La bordée de chiffres qui suivent, n’en déplaisent aux hygiénistes compulsifs et aux dispensateurs de peurs en tous genre, montrent à l’évidence, qu’en dépit de ses insuffisances ou de ses débordements, le modèle social français – au sens large, c’est-à-dire incluant les habitudes alimentaires, le mode de vie en général – est pour une large part responsable de la vitalité démographique française. Pour moi, les pousseuses et les pousseurs de poussettes « Mac Laren » que l’on croise partout, enfants de parents baby boomer qui se sont épanouis au cours des foutues « 30 Glorieuses », qui vont certes devoir affronter les effets des ajustements liés à la démission des gouvernants face à la toute puissance de la main invisible du marché, constituent avec leur progéniture un exceptionnel capital humain qui nous permettra de rester un pays sur lequel il faudra compter au sein de l’Union Européenne.

 

Avec 63,392 millions d’habitants, soit 13,6% de la population de l’Union Européenne, la France se maintient au deuxième rang des pays les plus peuplés de l’Union Européenne à vingt-sept, derrière l’Allemagne. Les données de 2006 montrent un excédent naturel record, qui dépasse les 300.000 personnes, « niveau inégalé depuis trente ans » car le nombre de naissances en a connu une hausse (+ 22.500 par rapport à 2005) tandis que le nombre de décès a diminué (- 11.200). Le taux de fécondité, indice stratégique de la vitalité d’une nation, a atteint 2 enfants par femme, tout proche du taux de renouvellement de la population. Enfin, le solde migratoire a légèrement diminué en 2006, avec 90.100 personnes. Notre dynamisme démographique n’enraye pas, pour autant, le vieillissement. En effet la part des moins de 20 ans est tombée de 26,7% en 1994 à 25% en 2006. Tandis que les plus de 65 ans, qui représentaient 15% en 1994, composent 16,2% de la population en 2006. Des tendances qui se poursuivent en 2007 puisque les naissances sont restées vigoureuses (816.500), même si le taux de fécondité s’infléchit légèrement à 1,98 enfant par femme. La population poursuit son accroissement, avec 63,7 millions dont 61,8 en métropole, tandis que le solde migratoire ne cesse de baisser. L’INSEE évoque 71.000 entrées nettes l’année dernière.

Tous les commentateurs le soulignent : « la France présente un destin singulier dans une Europe en prise au malthusianisme. Un destin qui repose largement sur “ces super-Frenchies” que nous envient les USA : des femmes qui font plus d’enfants, travaillent pour la plupart et connaissent une longévité qui impressionne. Leur espérance de vie franchit la barre des 84,5 ans en 2007. Elles sont, avec l’Espagne, en tête des pays de l’Union Européenne ». Face à cette déferlante, la situation des mâles français est moins favorable puisque leur espérance de vie à la naissance : 77,6 ans se situe à peu près au niveau de la moyenne de l’ancienne Europe des Quinze. C’est la Suède qui présente la plus grande longévité : 78,8 ans, devant lItalie et les Pays-Bas. L’espérance de vie des Français se situe au niveau de celle des Allemands, des Irlandais, des Grecs et des Autrichiens. Enfin, sur le versant juridique, le passage devant le maire se raréfie : 274.000 mariages en 2006,  266.500 en 2007 (8 mariages/10 sont des premières unions et les femmes officialisent pour la première fois en moyenne à 30 ans, alors que 10 ans plus tôt, elles se mariaient à 27,4 ans, les hommes eux craquent à 32,2 ans en moyenne. En revanche boom sur les unions libres et le PACS : 77.400 ont été conclus en 2006, 28% de plus qu’en 2005. Entre sa création, en novembre 1999, et 2006, 282.900 pacs ont été contractés et 12,8% ont été dissous. Les divorces ont légèrement diminué en 2006, après le pic de 2005 qui avait accompagné la nouvelle procédure par consentement mutuel. Quand aux risques de rupture sa fréquence est la plus élevée entre la 3ième et la 6ième année du mariage et, à mesure que les unions se défont, la recomposition progresse et contribue, semble-t-il, à la natalité tardive, avec des femmes qui, à l’aube des 40 ans, font plus fréquemment des enfants.

Pour conclure, je laisse la plume à John Lichfield, non soupçonnable, en tant que fils de la « perfide Albion », de nous ménager : « La France est un pays heureux, confiant dans l’avenir, un pays dynamique, qui évolue rapidement, où la société laisse disparaître ses vieilles certitudes sans guère plus de cérémonie qu’un haussement d’épaules typiquement gaulois. Pardon, vous parlez bien de l’hexagone ? […] Le plus étonnant, c’est que lorsqu’on interroge les Français, ils voient majoritairement un avenir calamiteux pour leur nation, menacée par la mondialisation, par une Europe toujours plus tentaculaire, par l’immigration, par la fiscalité, par l’ultralibéralisme et par le réchauffement climatique. Mais ils sont bien plus positifs lorsqu’on les interroge sur leur vie personnelle. »

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