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22 juin 2020 1 22 /06 /juin /2020 06:00

 

Louis Dreyfus Company (LDC) ça ne vous dit peut-être rien, sauf peut-être aux footeux qui ont connu Robert-Louis Dreyfus, qui fut pendant un temps le propriétaire de l’OM (Olympique de Marseille) et le boss d’Adidas, sur les  ruines laissées par Bernard Tapie.

 

Moi j’ai connu Gérard-Louis Dreyfus, qui partageait son temps entre New-York et Paris, au temps où Jean Pinchon officiait dans les bureaux de l’avenue de la Grande Armée qui jouxtaient ceux d’Interagra du fameux Jean-Baptiste Doumeng. Gérard-Louis Dreyfus, qui vouait à mon boss une admiration sans bornes.

 

C’était la grande époque des excédents agricoles de l’Europe des 6, ce fameux Marché Commun si protecteur pour nos agriculteurs, (céréales, poudre de lait, beurre, viande) qui ont permis de nourrir les consommateurs de l’empire soviétique incapable de produire assez de nourriture pour sa population. Les appels d’offres, grâce au mécanisme des restitutions à l’exportation, permirent à Louis-Dreyfus, allié à Doumeng, d’empocher de grasses marges. Le Jean-Baptiste était copain comme cochon avec la nomenklatura soviétique, et plus particulièrement avec un certain Mikhaïl Gorbatchev, chargé des questions agricoles dans le gagatorium du Comité Central avant d’accéder à la première marche.

 

Bref, la maison Louis Dreyfus était une institution, en effet Pierre la 3e génération fils de Louis le fils aîné de Léopold (17 mai 1908 et mort le 15 janvier 2011) rallie de Gaulle à Londres où son engagement lui vaut d’être fait Compagnon de la Libération. J’ai le souvenir qu’il faisait l’objet au siège parisien de l’avenue de la Grande-Armée d’un immense respect et d’une quasi-vénération.

 

Maison secrète, c’était une commandite simple qui n’avait aucune obligation de publier ses comptes mais « officiellement » un code de déontologie non écrit évitait les dérapages. Lorsque je pris mes fonctions au cabinet je découvris dans mon portefeuille le dossier « alcool », l’un des plus obscurs, en France c’était le temps du Service des Alcools dépendant directement du Ministre du Budget, et le marché mondial de l’alcool (il s’agit ici de l’alcool neutre) était aussi important que celui des céréales et, bien sûr, Louis Dreyfus y était le numéro 1.

 

Si vous voulez tout savoir ou presque (la chronique à 7 ans, et de l’eau a coulé sous les ponts) reportez-vous ICI 

 

1 décembre 2013

Si tu veux comprendre le monde mondialisé fixe les yeux dans les yeux les marchés de matières premières : mais qui c’est ce Louis Dreyfus ?

 

Ce matin c’est sur la toute-puissance de LDC dans le jus d’orange que je vais chroniquer.

 

En effet, lors d’un séjour dans l’Etat de São Paulo en février, un enquêteur d’une ONG helvétique Public Eye s’est penché sur le cas des fournisseurs ou autres filiales d’un géant des matières premières siégeant à Genève, Louis Dreyfus Company (LDC).

 

© Marcos Weiske

 

Les conditions de vie des cueilleurs, des «forçats» qui viennent souvent du nord du pays, sont précaires et elles se détériorent avec les années, pointe l’ONG. Les salaires sont souvent inférieurs au minimum légal chez des fournisseurs de LDC qui utilisent par ailleurs régulièrement des pesticides sans équipement de protection. Le groupe genevois respecterait pour sa part la loi dans ses rémunérations à ses salariés.

 

Présent sur toute la chaîne

 

LDC et les sociétés brésiliennes Cutrale et Citrosuco se partagent à elles seules 75% du marché́ mondial du jus d’orange, relève l’ONG. De quoi influencer à leur avantage les conditions-cadres et les tarifs, quitte à fixer le prix d’achat des fruits à un niveau parfois en dessous des coûts de production et concentrer encore plus le marché, selon l’ONG. Depuis le début des années 1990, 20 000 exploitations ont renoncé à la culture d’oranges car elles n’étaient plus rentables et il en reste 7000, selon l’association brésilienne des producteurs d’oranges, Associtrus.

 

L’intégration est également verticale. Jadis un pur négociant, LDC intervient désormais tout au long de la chaîne de valeur. La multinationale possède 38 plantations d’agrumes au Brésil, sur 25 000 hectares. Elle détient trois usines de transformation d’oranges, en concentré ou en jus, et emploie 8000 personnes au Brésil. Le groupe possède des terminaux portuaires pour le stockage du jus, à Santos, au Brésil, et à Gand, en Belgique, et trois navires pour son transport. LDC dit offrir ses services «de la ferme à l’assiette».

 

Mais il n’assume pas ses responsabilités sur cette chaîne logistique, selon Public Eye, qui souligne que l’inspection du travail brésilienne a enregistré près de 200 violations du droit du travail par LDC dans le secteur des agrumes ces dix dernières années.

 

«Vu le niveau du salaire minimum au Brésil, le débat est surtout éthique. Est-ce juste de payer des gens moins de 200 francs par mois pour cueillir jusqu’à 3 tonnes de caisses d’oranges par jour?» demande Adrià Budry Carbó, enquêteur chez Public Eye.

 

«Non seulement nous respectons les lois du travail au Brésil, mais nous nous efforçons constamment d’aller au-delà pour nous assurer que nos employés, permanents et saisonniers, travaillent dans un contexte sûr et sain et se voient offrir des avantages sociaux équitables et encourageants», répond le service de presse de LDC, contacté par nos soins.

 

L’entreprise dit avoir un code de conduite exigeant de ses fournisseurs qu’ils respectent les règles en matière de droits de l’homme, de santé et de sécurité, d’intégrité commerciale et d’environnement. «Nous travaillons en permanence avec nos fournisseurs pour que les règles soient respectées, indiquent les porte-parole. Si nous observons des problèmes, nous travaillons à leurs côtés pour les aider à se mettre en conformité. Si ces efforts échouent, nous cessons de commercer avec eux.»

 

Alors vous comprendrez que Tropicana très peu pour moi !

 

Source ICI 

jus d'orange

Unijus

Pourquoi le cours du jus d'orange baisse, mais pas son prix en rayon ICI

Regain de tonus pour le jus d'orange en 2019

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 08:00

 

Le 12e se gentrifie, il  « compte parmi ceux qui ont été très chamboulé entre 1960 et 2000. Ont disparu la gare de Vincennes, les entrepôts de Bercy, les lieux que fréquenta Dora Bruder dans son enfance. »

 

 

 

 

À la SVF j’ai connu les derniers jours de Bercy où nous avions des vins entreposés en tiré-bouché*

 

11 avril 2007

Les soigneurs du vin

 

« Nous l'avons vu, Bercy, desservi par la Seine et le chemin de fer, se trouve dans une situation privilégiée pour ses arrivages et ses expéditions. Les wagons-réservoirs amènent jusqu'au seuil de ses magasins les vins de toutes les régions vinicoles. Ces wagons sont vidés au moyen de pompes mues électriquement, et la transfusion dans les cuves des magasins réceptionnaires s'opère par le canal de tuyaux de cuivre étamé extra-fin. Les vins sont reçus dans des fûts, des cuves verrées ou des foudres en bois dont le nettoiement s'opère méticuleusement par des lavages et des brossages intérieurs pour les foudres et les cuves ; par l'échaudage et l'étuvage à la vapeur pour les fûts. [...]

 

Logés dans les magasins, abrités sous les arbres, les vins, aux Entrepôts de Bercy, se trouvent dans les conditions les plus favorables à leur conservation. [...]

 

Les vins de consommation courante, comme les vins vieux destinés à la mise en bouteille, reçoivent les mêmes soins méticuleux. [...] »

 

La suite ICI 

 

 

12 mars 2015

Bercy, son entrecôte, ses marchands de vin, le « Paris de la Soif » à jamais englouti…

 

Au tout début de ma carrière, les Finances, le gratin des hauts-fonctionnaires c’était Rivoli, mais en dépit de la résistance de Balladur celui-ci fut « déporté » à Bercy dans un navire-amiral de style post-soviétique, œuvre de Paul Chemetov. ICI

 

 

Aujourd’hui Bercy c’est tout à la fois un Palais des Sports où l’on chante aussi et la grande cabane abritant ce qui se veut encore la fine fleur de l’Administration Française

 

La suite ICI 

 

Fleurs de ruine - broché - Patrick Modiano - Achat Livre | fnac

 

Mais c’est dans Fleurs de Ruine que j’ai découvert La Gare de la Bastille.

 

« J’ai connu encore cette ligne au début des années soixante avant […] que la gare de la Bastille ne soit détruite pour laisser la place à un Opéra. La voie courait sur le viaduc de l’avenue Daumesnil dont les arches étaient occupées par des cafés, des dépôts et des commerces. »

 

« En juin-juillet 1943, les parents de Patrick Modiano séjournent quelque temps à la Varenne-Saint-Hilaire. Empruntent-ils la « ligne Vincennes » dont la gare de la Bastille était le terminus ? Située là où s’élève l’Opéra Bastille, elle permettait de relier la capitale à Marles-en-Brie via Brie-Comte-Robert. Le dimanche, ses trains aux voitures vertes emmenaient les parisiens vers les guinguettes de Nogent-sur-Marne ou de Joinville-le-Pont.

 

 

La gare de la Bastille fut la dernière gare parisienne à être desservie exclusivement par des locomotives à vapeur… qui ne manquaient pas d’enfumer généreusement les premiers et deuxièmes étages des immeubles longeant le viaduc. Fin 1969, un calicot fut accroché au-dessus  de la Porte : « ATTENTION, le 14 décembre 1969, fermeture de cette gare au service voyageurs. Report de la tête de ligne à la station RATP NATION. » Désaffectée, la gare accueillit diverses expositions jusqu’à sa démolition, en 1984 »

 

SOURCE : Paris dans les pas de Patrick Modiano - broché - Gilles Schlesser ...

 

©R. Gouault/Coll. D. Leroy

IL Y A 50 ANS… DISPARAISSAIT LA GARE DE PARIS-BASTILLE ICI
 12 mars 2020
- -

Opéra Bastille | Agence-ai.com FR

La décision de la construction

Le président François Mitterrand décide en 1982, sur proposition de son ministre de la culture Jack Lang, la construction d’un nouvel opéra dans Paris, considérant l’opéra Garnier trop petit en jauge et dépassé en matière technique. Il veut un opéra « moderne et populaire ». Pour les besoins de l’époque, on crée en 1983 l'établissement public Opéra-Bastille (EPOB).

L’emplacement de la gare de Paris-Bastille, situé entre la rue de Lyon et la rue de Charenton et au niveau de la place de la Bastille, est choisi. Les travaux débutent en 1984 avec la démolition de la gare de Paris-Bastille, ouverte en 1859 et fermée le .

 

Le concours d'architecture

Un concours pour désigner l’architecte de ce nouvel opéra est lancé en 1983. 1 700 cabinets d'architecte du monde entier y participent. Carlos Ott, un architecte uruguayen et canadien qui remporte le concours le 

 

 

La détérioration de la façade
 
L'opéra Bastille, derrière la colonne de Juillet, vu de la rue Saint-Antoine.

L’État a par ailleurs engagé un procès pour malfaçon en 1991 contre les entrepreneurs en raison de la dégradation très rapide de la façade du bâtiment. Une dalle était tombée en 1990 et avait nécessité la pose de 5 000 m2 de filets de sécurité pour 530 000 euros. Une polémique, de nombreux audits et études vont faire durer pendant de nombreuses années la détermination des torts, la part des assureurs et les montants financiers d’autant plus que les études vont révéler de nouveaux problèmes. Cependant la seule pierre qui soit tombée était collée et non attachée. L’urgence de la livraison pour être prêt pour le bicentenaire de la révolution a conduit à des raccourcis coûteux pour la suite. L’État va finalement gagner ce long procès en 2007 : les constructeurs ont été condamnés à payer neuf millions d’euros pour le remplacement des 36 000 dalles en pierre calcaire de 90 cm × 90 cm. Les études ayant été faites en 2005-2006, les travaux ont pu commencer durant l’été 2007 et ont duré 2 ans.

Avec la vétusté due au temps, les besoins du bâtiment pour les mises aux normes, notamment incendie, sont évalués à hauteur de 12 millions d’euros sur cinq ans jusqu'en 2011 selon un rapport d'information sénatorial.

 

L'extension de l'opéra

En 2016, l’Opéra de Paris obtient 60 millions d’euros pour la construction d’une salle modulable destinée aux répétitions, pouvant aussi accueillir 800 spectateurs. L’emplacement de 1 400 m2 existe dès l’origine mais les travaux ont été continuellement reportés. De plus un nouveau lieu de stockage et de construction des décors sera construits sur le « terrain des délaissés », une zone laissée en jachère entre l'opéra et le viaduc des arts. Les travaux devraient être achevés à l’horizon 2022-2023.

L’espace libéré à cette occasion aux ateliers Berthier, où l’Opéra disposait d’une salle de répétition, d’un atelier pour les peintures de grand format, de stockages pour les costumes et accessoires et d’une zone de réparation de décors, permettra de créer une Cité du théâtre, à l’image de la Cité de la musique du parc de la Villette

Projet opéra Bastille

L'opéra Bastille sera parachevé par un architecte danois ICI 

CARMEN

OPÉRA Georges Bizet

 

Opéra Bastille - du 16 au 31 décembre 2020

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21 juin 2020 7 21 /06 /juin /2020 06:00

Le 19 avril, la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern et son conjoint étaient conviés au banquet de bienvenue, donné par la reine Élisabeth II, durant le sommet du Commonwealth.

  PHOTO DANIEL LEAL-OLIVAS / REUTERS

Je ne sais si nous avons une Jacinda Ardern en magasin, j’en doute fortement, mais je ne résiste pas au plaisir de mettre sous le nez de toutes nos haridelles politiques franchouillarde le portrait dressé par Isabelle Dellerba dans le journal Le Monde

 

En Nouvelle-Zélande, Jacinda Ardern, une première ministre dans la mêlée ICI 

 

Cette jeune femme de 40 ans incarne pour moi ce que la pratique politique devrait être dans le fameux monde d’après où les mâles dominants occupent presque toutes les places de pouvoir.

 

Je rêve sans aucun doute mais peu m’importe I have a dream…

 

Ça me désintoxique des Bigard, Onfray, Retailleau, Zemmour, et tout le cheptel des vieux boucs…

 

(200528) -- WELLINGTON, May 28, 2020 (Xinhua) -- New Zealand Prime Minister Jacinda Ardern speaks at the art gallery of the national museum

 

PORTRAIT La chef de gouvernement a sorti l’archipel de la crise due au coronavirus avec un mélange de fermeté et de bienveillance qui n’a fait que renforcer sa cote auprès de ses compatriotes. Elle briguera un deuxième mandat, en septembre.

 

Ses adversaires politiques ne donnaient pas cher de sa peau. Trop tendre. Trop douce. Trop aimable. « Rien dans le fond », persiflait-on dans les rangs de la droite néo-zélandaise, en observant Jacinda Ardern, 37 ans, chevelure brune tombant en cascade autour d’un visage constamment illuminé par un immense sourire et nouvelle présidente du Parti travailliste. C’était à l’hiver austral 2017. Quelques semaines avant qu’au terme des élections législatives du 23 septembre, la députée, déjouant tous les pronostics, ne devienne la plus jeune femme première ministre du monde.

 

Trois ans plus tard et alors que le prochain scrutin doit se tenir le 19 septembre, l’heure n’est plus aux sarcasmes dans les rangs de l’opposition. Selon un sondage, paru le 18 mai, l’élue est la chef de gouvernement la plus populaire depuis un siècle. Non seulement elle a fait de sa bienveillance naturelle une arme de séduction massive, mais elle s’est révélée solide comme un roc quand une succession de crises a secoué l’archipel, d’ordinaire si paisible : de la tuerie de masse commise par un suprémaciste blanc dans deux mosquées de Christchurch, le 15 mars 2019, à l’éruption du volcan de White Island, qui a coûté la vie à 21 personnes en décembre de la même année, en passant par le nouveau coronavirus, en février. A chaque fois, son calme, sa détermination et la qualité de son leadership ont été salués.

 

Sa gestion de la crise due au SARS-CoV-2 a emporté tous les suffrages dans l’archipel. Après avoir fermé les frontières pour bénéficier des avantages de l’insularité, la travailliste a fait le pari d’éradiquer le Covid-19 et décidé, pour y parvenir, d’imposer aux 5 millions de Néo-Zélandais– comme à l’économie – l’un des confinements les plus stricts de la planète.

 

Verdict : après avoir culminé à 1 504 cas, la courbe s’est écrasée et le virus a cessé de circuler dans le pays. Le 8 juin, sous les applaudissements de ses compatriotes, la première ministre a annoncé la levée des restrictions et le retour à une vie normale. Seules les frontières resteront fermées. Elle a été « impressionnante », n’a pu que concéder, le 22 mai, le chef de l’opposition conservatrice, Todd Muller. « Après ces trois années au pouvoir, elle bénéficie d’une image pratiquement parfaite, analyse Jennifer Lees-Marshment, spécialiste en marketing politique. A la fois proche des gens et compétente.»

 

En direct depuis son canapé

 

Car si, au fil des années, Jacinda Ardern a gagné le respect des Néo-Zélandais, elle reste aussi, à leurs yeux, ce leader facile d’accès qu’ils avaient tant aimé en 2017 et qu’ils continuent à plébisciter en 2020. Une personnalité politique à part, capable de lancer un échange en direct sur Facebook au premier soir du confinement, depuis son canapé, les traits tirés, portant un haut de survêtement informe, pour répondre aux questions de ses concitoyens, même les plus anodines, sans jamais se départir de son sens de l’autodérision. Manière de créer une relation unique avec sa population.

 

C’est que, jeune et diplômée en communication, « Jacinda Ardern maîtrise parfaitement les réseaux sociaux », souligne Mme Lees-Marshment. Ainsi, c’est sur Internet qu’elle annonce sa grossesse en postant la photo de trois hameçons, clin d’œil à son compagnon, Clarke Gayford, animateur d’un programme sur la pêche à la télévision. Enceinte pendant la campagne électorale de 2017, elle devient la deuxième chef de gouvernement au monde, après la Pakistanaise Benazir Bhutto, à donner la vie durant son mandat. Mais contrairement à sa prédécesseure, elle prend six semaines de congé maternité avant que son conjoint ne s’occupe du bébé et devienne « père au foyer », écrit-elle sur Instagram. La Nouvelle-Zélande – qui a été le premier pays à accorder le droit de vote aux femmes, en 1893 – applaudit à tout rompre.

 

De cette grossesse, les Néo-Zélandais retiendront aussi une autre image. Celle de leur dirigeante arrivant au palais de Buckingham, à Londres, en avril 2018, pour un banquet avec la reine Elizabeth II, drapée d’une cape traditionnelle maorie, la kahu huruhuru, symbole du pouvoir. Une image forte pour les femmes, mais aussi et surtout pour les Maoris, premiers habitants de l’archipel, avec lesquels elle a réussi à tisser un lien de confiance.

 

 « Elle a été très sous-estimée, y compris dans son propre parti, souligne Harry Duynhoven, un ancien député travailliste qui l’a rencontrée au tout début de son parcours, quand il l’a embauchée comme stagiaire, puis assistante, en 2001. Les gens font l’erreur de penser qu’elle est faible parce qu’elle est bienveillante, mais elle a toujours eu cette force. De toute évidence, on n’en arrive pas là où elle est aujourd’hui sans une bonne dose de volonté et de détermination. »

 

A l’époque, la jeune femme, qui a sa carte au Parti travailliste depuis l’âge de 17 ans, ne songe pas aux plus hautes fonctions mais à la politique comme un moyen de changer les choses. « Je me souviens qu’elle était particulièrement sensible à la question des plus défavorisés, poursuit Harry Duynhoven. Cela vient de là où elle a grandi. » Jacinda, fille d’un policier et d’une cantinière, passe en effet une partie de son enfance, avec sa sœur et ses parents, à Murupara, une petite ville déshéritée à majorité maorie, perdue à quelque 300 km au sud-ouest d’Auckland. C’est là qu’elle découvre la pauvreté, la violence et surtout, comme elle le dira plus tard, « le concept d’injustice ».

 

Idées larges

 

La religion jouera un grand rôle dans la formation de Jacinda Ardern. Sa famille, très pratiquante, appartient à l’Eglise de Jésus-Christ des saints des derniers jours, qui loue les vertus de la famille, du travail, de l’honnêteté, de l’entraide et de la charité. A Morrinsville, une bourgade rurale où la petite famille déménage ensuite, Gregor Fountain, son ancien professeur d’histoire, se souvient d’une élève « très engagée dans la vie sociale et qui avait un profond sens moral ».

 

« C’était une lycéenne brillante, curieuse, travailleuse et très douée à l’oral », ajoute-t-il. « Une jeune fille bien. Avec beaucoup de compassion. Une mormone », complète Carole Covich, propriétaire du fish and chips où l’adolescente gagnait un peu d’argent de poche le week-end. « Elle menait une vie plutôt stricte, elle ne buvait ni alcool ni café », se remémore Tony Milne, son ancien colocataire. Elle a alors une vingtaine d’années et la politique l’a conduite jusqu’à Wellington, la capitale, où elle partage bientôt un appartement avec trois amis homosexuels. C’est là que ses valeurs mormones entrent en collision avec ses idées progressistes et qu’elle décide de quitter l’Eglise. Elle se définit depuis comme « agnostique ».

 

« Nous étions avant tout des militants, nous travaillions énormément, et j’étais persuadé que Jacinda irait loin, raconte encore Tony Milne. D’ailleurs, elle a rejoint le cabinet de la première ministre, Helen Clark, avant les élections législatives de 2005. Elle a aussi été la première présidente néo-zélandaise de l’Union internationale des jeunesses socialistes, en 2008. Elle avait cette facilité à nouer des liens avec tout le monde et à emporter l’adhésion autour d’elle. »

 

Parmi les cadres travaillistes, Paul Tolich, également convaincu de son potentiel, pousse le parti, qui manque de visages féminins, à lui offrir une place éligible sur sa liste aux législatives de 2008 : « Elle cochait toutes les cases. Elle était compétente, représentait la jeunesse et c’était une femme ». A 28 ans, après un séjour de quelques mois à New York, où elle a notamment fait du bénévolat dans une soupe populaire, puis à Londres, où elle a intégré le cabinet du chef du gouvernement de l’époque, Tony Blair, Jacinda Ardern devient la plus jeune députée du Parlement kiwi.

 

Epaisseur politique

 

Mais personne n’imagine alors que, dix ans plus tard, elle prendra la direction du gouvernement. Pas même elle. Dans les interviews, la parlementaire évoque surtout son rêve de fonder une famille et souligne que ce projet est difficilement conciliable avec un poste aussi prenant. « Ce n’est pas quelqu’un qui voulait “être”, elle voulait “faire” », se rappelle Colin James, journaliste politique. A droite, on ne prête guère d’attention à une élue que l’on considère manquer autant d’expérience que de « substance ».

 

Une succession de démissions surprises, en 2017, précipite pourtant son destin et la propulse jusqu’à la présidence du Parti socialiste, le 1er août, en pleine campagne électorale. Sa personnalité, son charisme comme ses promesses de changement, dans un pays où les inégalités sont criantes, ressuscitent un centre gauche en déshérence. Le 26 octobre, à l’issue des législatives, Jacinda Ardern est nommée première ministre et met fin à neuf ans de règne conservateur. A la tête d’une coalition tripartite, celle qui se définit comme une « idéaliste pragmatique » donne la priorité aux laissés-pour-compte de la réussite néo-zélandaise et à la lutte contre le réchauffement climatique. Un agenda de gauche, mais qui laisse sur leur faim ceux qui rêvaient de réformes plus radicales.

 

C’est à travers sa réponse au massacre de Christchurch que l’élue change de stature en donnant une épaisseur politique à cette empathie qu’elle porte en bandoulière. « Dans les périodes de crise, il y a toujours un risque de division, explique le politologue Bryce Edwards. Avec Jacinda Ardern, qui privilégie une approche fondée sur la bienveillance, les Néo-Zélandais ont réussi à traverser toutes ces crises en restant unis et solidaires. »

 

Personnalité mondiale

 

Le 15 mars 2019, devant un pays pétrifié par l’ampleur du carnage – 51 musulmans exécutés en quelques minutes, la pire tuerie de masse de l’histoire récente de l’archipel –, Jacinda Ardern trouve d’abord les mots : « Ils sont nous. » Puis, les cheveux recouverts d’un voile en signe de respect, elle se porte au chevet des familles de victimes qu’elle écoute, soutient et étreint avec une émotion non feinte. Dans son sillage, tout le pays fait bloc.

 

« Elle est différente des autres politiques. Elle est sincère, c’est ce que l’on a ressenti », tente de décrire Anthony Green, l’ancien porte-parole de la mosquée Al-Noor, l’un des deux lieux de culte visés. Au président américain, Donald Trump, qui lui demande par téléphone comment son pays peut aider, la jeune femme répond sans sourciller : en ayant « de la compassion et de l’amour pour toutes les communautés musulmanes ». Dans la foulée, elle durcit la législation sur les armes et lance une série d’initiatives afin de lutter contre « le racisme, la violence et l’extrémisme en ligne ».

 

Aux quatre coins de la planète, on salue sa réaction à la fois ferme et humaine. Les grands médias internationaux lui consacrent de longs portraits. Son nom grimpe dans le classement des personnalités les plus influentes du monde. Pas de quoi faire tourner la tête de Jacinda Ardern, consciente qu’en Nouvelle-Zélande, on n’aime guère ceux qui s’imaginent au-dessus de la mêlée.

 

L’élue s’apprête désormais à briguer un deuxième mandat. Forte de sa victoire contre le virus, elle sait qu’elle va devoir gérer une nouvelle crise, économique cette fois. La quatrième.

Le joueur néo-zélandais Dan Carter, ici lors de la finale de la Coupe du monde 2015, vient d’intégrer l’équipe des Auckland Blues. REUTERS / Toby Melville Le joueur néo-zélandais Dan Carter, ici lors de la finale de la Coupe du monde 2015, vient d’intégrer l’équipe des Auckland Blues. REUTERS / Toby Melville

Les rugbymans néo-zélandais

 

retrouvent le terrain… et le

 

public !ICI

Jacinda Ardern reçue par Elizabeth II

La Première ministre néo-

 

zélandaise fait sensation en portant

 

une cape maorie à Buckingham ICI

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 06:00

Peter Beard - image 2 https://weekend.lesechos.fr/medias/2020/04/20/2340067_photographie-les-mondes-sauvages-de-peter-beard-web-tete-0603067868484.jpg

Vendredi 12 au petit matin je décide de publier, comme chaque jour, dans ma story de Face de Bouc, une photo du grand photographe américain Peter Beard.

 

Dans la seconde qui suivit le robot censureur a frappé :

 

« Vous ne pouvez ni publier ni commenter pendant 24 heures

 

Votre publication ne respectait pas nos Standards de la communauté concernant la nudité ou les actes sexuels »

 

Amoureux fou de la savane kényane et de ses animaux, le photographe américain Peter Beard, décédé, fin avril, à 82 ans, laisse des clichés exceptionnels de la destruction de la vie sauvage en Afrique. L’aventurier défraya aussi la chronique pour ses images des plus belles femmes de son époque.

 

Agnes d’El Molo Bay, Loyangalani, Lake Rudolf, Kenya, 1968-2002.

 

Un beau livre, Peter Beard, éditions Taschen, coll. « xl », 770 pages, 100 €, retrace son parcours.

 

« Laissez Beard seul quelques minutes et les femmes se matérialisent autour de lui comme des champignons après la pluie », une journaliste de « Vanity Fair »

Photo : les mondes engloutis de Peter Beard

Par Stéphanie Chayet

ICI 

 

Deux remarques pour les hypocrites de Face de Bouc :

 

1- Depuis le confinement je reçois sur mon compte des sollicitations de « jeunes femmes » au profil physique très accrocheur, légèrement vêtue, me proposant leurs services : là pas de censure, le biseness est le biseness pour le sieur Zuckerberg qui censure l’œuvre d’un de ses compatriotes photographiant la réalité.

 

Connaissance du monde - Cergy

 

2- Les premiers seins nus que j’ai vus sont ceux des Africaines dans les films projetés par le curé au patronage dans Connaissance du Monde fondée en 1945 par Camille Kiesgen. Le tout premier des conférenciers n'était autre que Paul-Émile Victor. Il relatait son expédition sur la traversée du Groenland en février 1943. Après le succès médiatique de cette première conférence salle Pleyel à Paris, de très nombreux grands noms de la découverte et de l'aventure vinrent raconter leurs voyages sous l'égide de « Connaissance du Monde ». Parmi eux : le commandant Cousteau, Maurice Herzog, Louis Lachenal, Haroun Tazieff, Alain Bombard, Marcel Isy-Schwart, Arnaud Desjardins, Jean Raspail, René Vernadet, Maurice et Katia Krafft, Vitold de Golish, la famille Mahuzier, Jacques Villeminot, Antoine, Olivier Föllmi, etc.

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19 juin 2020 5 19 /06 /juin /2020 06:00

Modèle du virus SARS-CoV-2 en 3D, proposé par le studio Visual Science, le 11 mai.

Et si le fameux système, perverti par le serpent de mer du « néo-libéralisme », gonflé comme un soufflé par une débauche de mondialisation sauvage, d’externalisation à tout va, de consommation effrénée de produits importés de Chine, Vietnam, Bangladesh…, enserré  par le FMI dans une stricte discipline financière, ligoté par  des plans d’austérité aux effets contre-productifs, cache-sexe pour nous gaulois de nos faiblesses, de nos renoncements et de nos mauvais choix, venait d’être sauvé par la crise sanitaire qui oblige les dirigeants à jeter aux orties les outils forgés par des économistes dont l’art consiste à se planter systématiquement.

 

 Souvenirs :

 

VIVE LA CRISE !  Le sous-titre étonne : La grande mutation des années 80, racontée par Yves Montand. ICI 

 

 

C'était un dimanche ensoleillé d'avril de 2007, à un grand vide-greniers de la rue de Flandres, le numéro spécial de "Libération" Antenne 2 de février 1984, à même le sol, perdu dans une marée d'objets hétéroclites, me sautait aux yeux. Quel bonheur que de se retrouver projeté 23 années en arrière !

 

J'achetais bien sûr.

 

THE BIG SHORT: LE CASSE DU SIÈCLE", BANDE-ANNONCE - Planète Cinéphile

Puis il y eu la fameuse crise des subprimes en 2008

 

Bernard Madoff

 

Arrêté fin 2008 pour escroquerie, il a été condamné à 150 ans de prison pour avoir monté la plus gigantesque chaîne de Ponzi de l'Histoire. L'ex maître-nageur sauveteur à Long Island a fini par couler de nombreux investisseurs avec une escroquerie (estimée à près de 50 milliards de dollars) révélée par la crise financière de 2008. « Bernie » est devenu une star - incarné par Robert de Niro dans le téléfilm The Wizard of Lies sur HBO - en prison. Et il n'aurait pas perdu la main. Un journaliste a en effet révélé qu'il a monopolisé la totalité du chocolat en poudre pour le revendre plus cher dans la cour de la prison. Ce qui ne l'empêcherait pas d'être vu comme un « héros » par ses codétenus. Selon un ancien compagnon de cellule, quand il ne spécule pas sur la poudre (en chocolat), « Bernie » écouterait du rap et passerait son temps à la bibliothèque pour lire des livres de finance, mais aussi l'histoire du Petit Lord Fauntleroy.

 

« Ils savaient que les contribuables les renfloueraient. Ils n'étaient pas stupides, ils s'en foutaient ».

The Big Short : Le casse du siècle (2015)

 

Histoire vraie tirée du bestseller The Big Short: Inside the Doomsday Machine (À l’intérieur de la machine de la fin du monde), le cynisme et l’amoralité d’une certaine finance est encore plus marquée. On suit un trio de jeunes financiers interprétés brillamment par Brad Pitt, Christian Bale, Ryan Gosling. Ils découvrent la faiblesse du système de financement immobilier aux États-Unis.

 

Anticipant à plus ou moins long terme la crise des subprimes, ils vont parier sur la faillite du système. Les autres banques les regarderont agir sans y croire, tandis que leurs propres clients s’inquiéteront de ce pari. Alors qu’une partie du monde sera ruinée, les trois financiers feront fortune. « C'est un très bon film », estime l'investisseur Steve Eisman, qui a inspiré l’un des personnages, et dont le portefeuille est passé de 700 millions de dollars à 1,5 milliard durant la crise.

 

2020, la crise du Pangolin !

 

Billets de banque de différents pays ou régions. — © JASON LEE/REUTERS

 

La dette explose. Et alors?

 

Les gouvernements n’ont guère eu d’autres choix que d’avancer des dizaines de milliards pour éviter une catastrophe économique. Beaucoup craignent un endettement qui pèsera sur les prochaines générations dans les pays occidentaux. A l’inverse, il pourrait leur offrir une croissance plus durable

Mathilde Farine

 

Publié jeudi 11 juin 2020 ICI 

 

Rarement, en temps de paix, les gouvernements ont à ce point ouvert les vannes budgétaires. Les uns après les autres, à coups de dizaines de milliards de francs, d’euros, de dollars, les Etats ont injecté des liquidités dans des économies qu’ils ont eux-mêmes dû mettre provisoirement à l’arrêt.

 

Vertigineux?

 

Peut-être, mais c’est une bonne chose:

 

«Ils ont vite réagi, cela montre qu’ils ont tiré les leçons de 2008 où, en Europe surtout, ils avaient fait une erreur de diagnostic, en pensant que l’économie allait rebondir d’elle-même rapidement et fortement», une fois la tempête passée, assure Mathilde Lemoine, cheffe économiste à la banque Edmond de Rothschild.

 

Les chiffres sont spectaculaires.

 

En absolu et ramenés aux économies de chaque pays. Juste en dessous de 10% du PIB en Suisse, juste en dessus aux Etats-Unis, plus de 30% en Allemagne. Pourtant, ils le sont moins lorsqu’on les compare aux trous béants créés par la crise sanitaire: «Le Seco avance une perte de PIB de 25%. Les mesures prises, même si elles sont impressionnantes, ne la compensent pas», nuance Mathilde Lemoine, qui s’attend à une deuxième phase de relance.

 

Début de la phase deux

 

Le creusement des déficits n’est donc peut-être pas fini. Parce qu’après avoir paré au plus pressé pour éviter des faillites et un chômage de masse, s’être assuré que la machine reparte dès que possible, il faut maintenant se concentrer sur l’investissement, qui créera les conditions de la croissance, ajoute Valentin Bissat, économiste chez Mirabaud Asset Management.

 

Si les emprunts n’évoquent a priori rien de positif, c’est en partie le fait de préjugés. Ou d’exemples de pays où la gestion financière a mal tourné, de fiascos historiques qui ont laissé des traces dans la mémoire collective. Or la crise n’est pas inéluctable. D’abord, elle est rarement le fait de la seule dette elle-même. Ensuite, les exemples d’endettements massifs, résorbés avec le retour de la croissance, existent aussi. Enfin, si les montants asphyxient une économie, des solutions existent et ne cessent d’être inventées.

 

Les emprunts, en soi, ne sont donc pas mauvais. S’endetter est même nécessaire pour des pays comme la Suisse, guetté par le vieillissement de la population et dont la croissance potentielle est faible: «L’augmentation de la croissance en Suisse ces dernières années avait résulté de la hausse de la population. Or cette dernière, qui compensait la productivité faible, est stabilisée. Donc pour que le soufflé ne retombe pas, il faudrait investir dans les infrastructures et encourager l’investissement privé», reprend Mathilde Lemoine.

 

Financer la transition énergétique

 

A défaut, la Suisse et nombre de pays européens auront un problème: «Des dépenses publiques qui n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant la crise de 2008, couplées à un sous-investissement privé ont entraîné un vieillissement du stock de capital [le patrimoine non financier d’une économie, ndlr]. Or si cela continue, le potentiel de croissance va encore diminuer et rendra plus difficile le remboursement des dettes qu’elles soient publiques ou privées.»

 

Dans ce sens, ce n’est pas la dette qu’il faut craindre, mais le manque de dette qui trahirait de trop faibles investissements. Et qui empêcherait par exemple de financer la transition énergétique que de nombreuses personnes appellent de leurs vœux.

 

D'ailleurs, «le Fonds de relance européen « Next generation EU » change la donne. En investissant plutôt qu’en voulant gérer les dettes du passé, les chefs d’États et de gouvernement européen évitent un nouveau déclassement de la zone euro et son risque d’éclatement», ajoute Mathilde Lemoine.

 

Peur psychologique

 

Si on craint autant la dette, c’est en partie parce qu’on l’associe à un boulet qui freinera la croissance future, nourrira l’inflation ou l’hyperinflation.

 

Qu’on a ainsi créé une «peur inconsciente» exagérée. Pendant des décennies, le Fonds monétaire international (FMI) a imposé une stricte discipline financière pour fournir des prêts, arguant que trop de dette freinerait la croissance.

 

2 experts de renommée mondiale l’ont même théorisé, Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, avant de se rendre compte qu’une erreur avait faussé tous leurs calculs, qui avaient établi à 90% du PIB un endettement qui freine la croissance. «Tout comme la zone euro avait fixé la limite à 60% du PIB, parce que c’était la moyenne au sein des pays membres avant l’introduction de la monnaie unique, pas parce que la théorie économique le recommandait», rappelle Valentin Bissat. On a utilisé ces théories lors de la crise de l’euro, avant de se rendre compte que les plans d’austérité avaient un effet contre-productif.

 

En outre, on raisonne, à tort, comme des ménages, déplorent les tenants de la théorie monétaire moderne toujours plus en vogue et incarnée par la professeure d’économie à New York Stephanie Kelton. Pour elle, on est tombé dans un piège linguistique en assimilant le vocabulaire des ménages qui doivent par exemple «se serrer la ceinture» à un Etat : rapportés à un individu, les «déficits» deviennent quelque chose à éliminer, alors que l’Etat, lui, ne fonctionne justement pas de la même manière. L’économiste se met en porte-à-faux avec l’idée que, pour dépenser, il faut d’abord savoir comment payer. Le marché obligataire et la banque centrale sont là pour veiller à ce que la pompe ne se tarisse pas. La contrainte budgétaire n’existant tout simplement pas, la vraie limite se trouve ailleurs: lorsque les dépenses publiques risquent de provoquer une surchauffe économique et de l’inflation.

 

La réaction à cette crise sanitaire s’apparente d’ailleurs déjà à une application de cette théorie, relèvent des économistes de Pictet dans une étude. Au moins dans une forme adoucie: les gouvernements empruntent, les banques centrales rachètent les créances et maintiennent les taux d’intérêt à des niveaux bas, évitant ainsi que le paiement des intérêts ne devienne ingérable.

 

Il faudra donc peut-être s’habituer à cette présence, finalement pas si menaçante, d’une montagne de dette. Et accepter que sa réduction doive prendre des décennies pour ne pas entraver la croissance. Dans une hypothèse de taux bas pendant une longue période, schématiquement, «les jeunes générations, qui ont tendance à consommer ou emprunter davantage, s’en sortent dans ce contexte mieux que les plus âgés, dont l’épargne stagne», souligne Valentin Bissat. Ils s’en sortiront d’autant mieux si ces emprunts servent à stimuler une croissance plus durable, plus verte.

Une dette publique à 120 % n’est « pas en soi une catastrophe », juge le président de la Cour des comptes ICI 

 

Dans un entretien à « L’Opinion », Pierre Moscovici, qui a pris ses fonctions le 3 juin, argue que « quand la dépense est justifiée par des raisons exceptionnelles, économiques ou sociales, quand elle est bien utilisée, elle est légitime ».

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18 juin 2020 4 18 /06 /juin /2020 06:00

Fricandeau à l'oseille de Didier - France 3 - 05-06-2020

La Mothe-Achard se situe à équidistance entre le chef-lieu du département : La Roche-sur-Yon, au nom fluctuant, et Les Sables d’Olonne, sous-préfecture balnéaire.

 

De mon temps, pendant les congés payés d’été les voitures des vacanciers défilaient devant le Bourg-Pailler et nous nous amusions à les décompter selon leurs marques et leurs cylindrées. Au carrefour de la pharmacie Mignen, à gauche pour les Sables d’Olonne, les riches, à droite pour Saint Gilles Croix de Vie pour les plus modestes.

 

C’est fini, la nationale n’est plus qu’une minable départementale, à la manière de Jean Yanne qui haïssait les départementales, les bagnoles filent à toute vapeur sur l’autoroute.

 

Pour aller à la plage nous prenions le car Citroën en provenance de Nantes.

 

Les michelines pour les Sables d’Olonne faisaient haltes en gare de la Mothe-Achard maintenant les TGV du grand escogriffe de Villiers pour les Sables d’Olonne ne s’arrêtent plus à la gare de La Mothe-Achard.

 

Nous allions au ciné Au Modern sis sur le remblai.

 

Les marins Chaumois avinés foutaient le bordel dans les bals.

 

J’ai suivi ma terminale Philo à l’Amiral Merveilleux du Vigneau…

 

Mon oncle Gilbert, dit Gomina, marié à Agnès la sœur de ma mère, a pris sa retraite à La Chaume, de l’autre côté du port des Sables d’Olonne.

 

Mon copain d’enfance, Dominique Remaud, le fils de Louis et de Madeleine Remaud les boulangers, a terminé sa brillante carrière de pharmacien à La Chaume ; il a fait un peu de politique municipale.

 

Ça fait un bail que je n’ai mis les pieds aux Sables d’Olonne…

 

Mais voilà t’y pas que l’ancien maire des Sables-d’Olonne, Didier Gallot, ancien juge, à l’origine du festival consacré à Georges Simenon aux Sables-d’Olonne, fan de Fillon, vient de passer de la cuisine politique aux fourneaux pour l’émission de France 3 les Carnets de Julie qui consacre un numéro à la cuisine de Georges Simenon.

 

Découvrez Maigret et son mort de Georges Simenon sur NousLisons.fr

 

Point de banquette de veau si chère à Maigret au menu pour l’ancien maire des Sables-d’Olonne.  Didier Gallot a préparé un fricandeau à l’oseille : une fricassée de veau associée à de l’oseille et mélangée à des épinards. Ce plat apparaît dans plusieurs romans, notamment « Maigret et son mort».

 

« Et si nous allions à la Brasserie Dauphine. C’est le jour du fricandeau à l’oseille me semble-t-il. »

 

 

Double crime aux Sables-d'Olonne : La Dernière enquête du commissaire Grasset de Didier Gallot

 

L’émission « A la table de Simenon » a été tournée en début d’année à Fontenay-le-Comte. Elle a été diffusée le samedi 6 juin 2020 à 16 h 15 sur France 3

Maigret -1- Maigret et son mort

Maigret et le marchand de vin - Georges Simenon - Babelio

L'affaire Maigret. Les 10 vins et spiritueux du commissaire ICI

Suivre les enquêtes de Jules Maigret, c'est s'aventurer dans tout ce que la France produisait comme alcools et vins dans les années trente à soixante.

 

Publié le 

 

 

Jules Maigret, fils d'un régisseur de château du côté de Moulins, devenu le flic le plus célèbre de France grâce à Simenon, possédait un lever de coude à provoquer un tennis-elbow et une descente qu'aucun cycliste n'aurait souhaité remonter. Déjà en temps « normal », il passe facilement du sauvignon au calvados, sans oublier l'étape demi de bière pour faire descendre les sandwichs les soirs d'interrogatoire. Mais, quand il s'enrhume, alors là, c'est l'enfer. C'est le cas dans « Maigret et le marchand de vin », où le fin limier tousse, mouche et dépasse les 38° de température. La méthode de soins façon Maigret est assez radicale : deux verres de marc avec le père de la victime, un grog bien tassé côté rhum, un cachet d'aspirine et au lit.

 

La suite ICI 

 

Et on pourrait ainsi faire défiler muscadet, sancerre : Maigret, qui devait pour sa retraite se retirer en Touraine, avait un petit penchant pour les vins de Loire, sans pour autant bouder toutes les autres richesses alcoolisées dont la France s'enorgueillissait au temps où Georges Simenon faisait vivre le personnage. Tellement présent dans la ville et dans le quartier proche du Quai des Orfèvres, où se trouvait la PJ collée au palais de justice, qu'à la pointe de l'île de la Cité, entre Pont-Neuf et place Dauphine, Robert Cointepas, qui tenait le bistrot à vins La Taverne Henri IV, avait fait poser sur une des tables une plaque signalant qu'il s'agissait de celle du commissaire Maigret…

Maigret et le marchand de vin (1978)

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 06:40

 

Le paisible bourg d'Yvorne, classé parmi les plus beaux villages de Suisse Chantal Dervey

Nature, vous avez dit vin nature, pardon vin méthode naturelle avec un gros cahier des charges syndical… qu’il est loin le temps de l’aventure, le temps des défricheurs de l’espace de liberté, des « on s’en bat les couilles » des rets des vins formatés… ils voulaient faire la Révolution, renverser la table, respirer l’air vif du grand large et les voilà qui finissent, sérieux comme des papes, assis dans les tristes bureaux de la DGCCRF face à ceux qui sauront manier le procès-verbal, flanqués qu’ils sont des contrôleurs de l’INAO, ceux qui savent mesurer la hauteur de l’herbe dans des vignes dont les raisins devenus vin finiront à la chaudière pour faire du gel hydro alcoolique.

 

 

Triste fin !

 

 

À l’aridité, aux barbelés, à l’encre épaisse du cahier des charges je préfère la poésie, la légèreté des mots, ceux de Charles-Ferdinand Ramuz dans son petit livre Vendanges

 

 

Vendanges

 

Souvenirs d'enfance de Charles-Ferdinand Ramuz, sa participation à la saison des vendanges à Yvorne, dans le Chablais vaudois, vers 1890. Durant trois semaines en octobre, à date fixe, les écoliers du Collège classique cantonal de Lausanne passaient des vacances à faire les vendanges, où l'on sortait de ses devoirs d'écolier pour s’atteler aux travaux des hommes.

 

 

Un texte poétique magnifique, empreint de la nostalgie d'instants précieux. Ces petits riens qui transforment des jours de labeur en un émerveillement.

 

 

 

 

« Ce n’est pas au bord du lac. Ce n’était pas ce vignoble de Lavaux tombant à pic et d’une seule haleine vers cette petite mer intérieure qui est notre mer à nous. Il fallait quitter ses rivages et s’engager dans la vallée, où le grand Rhône n’était plus vu qu’à peine, bien qu’il y fût toujours le même Rhône, mais il se trouvait là réduit aux pauvres dimensions s’un torrent dont le cours devenait presque secret derrière ses hautes berges, au milieu des roseaux. C’était pourtant là-bas un vignoble fameux ; il était, parmi les plus renommés du pays. Seulement la renommée des vins, tout comme celle des hommes, est pleine de vicissitudes, d’insécurité, de renversements ; et aujourd’hui l’Yvorne n’ose même plus porter son nom, je crois ; la mode s’est déplacée.

 

 

[…]

 

 

Toutes les modes passent ; et c’est ainsi que ce beau vin doré d’alors semblerait suspect aujourd’hui que la mode est au « vin gris », comme on l’appelle, c’est-à-dire un vin sans couleur, un vin pour gens qui ne savent pas ce que c’est que du vin, un vin pour clientèle étrangère, un vin pour buveurs d’eau ou pour buveur de goutte. L’Yvorne de l’ancien temps était comme du soleil, il était couleur de bouton d’or, couleur de fleur de pissenlit ; et ce n’était pas du vin fait seulement avec la pulpe du raisin, mais avec la gousse, c’est-à-dire que c’était du vin « complet », et donc du vrai vin. Par la suite, nos temps d’hygiène et de prophylaxie en sont venus à se méfier de tout ce qui est complet, c’est-à-dire vivant. On pasteurise, on sépare, on décante ; on confond pureté et stérilisation.

 

 

Par le progrès d’une civilisation à rebours, essentiellement scolaire, la complexité de toute saveur véritable est devenue synonyme de grossièreté et d’imperfection ; le dépouillement naturel des choses a cédé la place aux opérations brusquées de la chimie ; la peur maladive des « germes » ou des microbes l’a emporté pour finir sur toute espèce de délectation. Ainsi on sépare le miel de la cire ; on ne consomme plus que du miel « coulé », qui n’est plus du miel. ET de même on fait du vin qui doit d’abord avoir l’aspect de l’eau chimiquement pure si on veut qu’il passe encore pour du vin, c’est-à-dire si on veut le vendre : et, les vignerons étant bien forcés de vendre le vin qu’ils font et par conséquent de suivre la mode, même quand ils la désapprouvent, le bel Yvorne bouton d’or de mon enfance a été détrôné par un vin qui ne s’appelle plus de l’Yvorne, mais de l’Aigle et est devenue un « vin gris ».

 

Yvorne, classé parmi les plus beaux villages de Suisse

Située dans le Chablais vaudois, la commune d’Yvorne compte un peu plus de 1’000 habitants qui se répartissent dans plusieurs hameaux : Versvey, Vers Morey, Vers-Monthey.

 

 

Ses 1’200 hectares s’étalent des berges du Rhône aux contreforts des Tour d’Aï, à près de 2’000 mètres d’altitude. Plaine agricole, coteaux viticoles, forêts et pâturages s’y mèlent en une douce harmonie.

 

 

Avec près de 160 hectares de vignes, Yvorne est l’une des plus grandes communes viticole du canton. Vignoble connu dans tout le pays et même au-delà de nos frontières, la réputation de ses vins blancs et rouges n’est plus à faire. La production se répartit entre l’Association viticole, quelques négociants en vin, et plusieurs encaveurs privés.

 

 

Les crus issus des vignobles propriété de la commune sont élevés et embouteillés au sein des installations sises au sous-sol de son bâtiment administratif, au coeur du village.

 

 

Si la viticulture et ses dérivés sont la principale source économique, notons qu’une importante surface agricole fait partie de son territoire. S’étendant sur les terres parfaitement plates de la plaine du Rhône, on y pratique la culture intensive sans bétail.

 

 

Véritable embellie florale connue loin à la ronde, plusieurs entreprises horticoles cultivent de nombreuses spécialités distribuées et vendues sur l’ensemble du territoire national. Ces entreprises cultivent sous serres une surface qui est la plus importante de suisse.

Carte détaillée Yvorne - plan Yvorne - ViaMichelin

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16 juin 2020 2 16 /06 /juin /2020 06:00

Pont de Pirmil - Wikiwand

La seconde partie de bac en poche direction la Faculté de Droit de Nantes, simple annexe à l’époque de la prestigieuse Faculté de Droit de Rennes, les profs des matières prestigieuses étaient tous Rennais, les bâtiments étaient en préfabriqués nichés dans la verdure de la Jonelière aux bords de l’Erdre.

 

Je logeais rue Noire au rez-de-chaussée d’une maison de ville dont l’étage était occupé par une vieille dame glavioteuse qui bouffait des gâteaux secs devant sa télé en noir et blanc ; le loyer était modeste car je devais assurer le service de la chaudière à charbon située dans ma cuisine qui donnait sur un petit jardin.

 

La ville de Nantes avait, comme beaucoup de ville, mis au rencart ses tramways. Le 29 janvier 1958, le tramway nantais cesse de fonctionner ; à partir de cette époque, les dessertes seront effectuées par des autobus jugés plus rentables. (3)

 

Je me rendais donc à la Fac à vélo.

 

Tous les week-ends je rentrais à la Mothe-Achard. J’aurais pu prendre le train Nantes-La Roche-sur-Yon changement pour Les Sables d’Olonne avec arrêt à la Mothe-Achard, mais j’étais plus fauché que les blés donc je pratiquais l’auto-stop.

 

Nantes, toue de pêche à l'alose, pont de Pirmil

NANTES avant & en 39/45: NANTES pont de Pirmil Dynamitage du pont de Pirmil le 16 août 1944 | Nantes, Nantes ... Pont du bras de Pirmil à Nantes - Marc Mimram

 

Nantes est une ville à ponts.

 

Passer le pont de Pirmil, Rezé, pour aller me poster aux Sorinières pour tendre le pouce : Saint-Philbert de Bouaine, Rocheservière, Les Lucs-sur-Boulogne, Belleville, La Roche-sur-Yon… arrivée au Bourg-Pailler…

 

Lorsque j’eus acquis, avec mes petits sous gagnés, la 2 CV du curé, le parcours n’était pas le même je passais aux abords du Lac de Grandlieu pour rejoindre les Sorinières, mais j’allais buter sur un bras de la Loire qu’il fallait enjamber au pont de Pirmil.

 

Le pont de Pirmil fut pendant longtemps le seul accès possible à la ville de Nantes par le sud. Elément primordial de la première ligne de ponts, il permet de traverser le bras de Pirmil, le plus large et tumultueux des bras de la Loire.

 

La date de construction du premier pont de Pirmil est inconnue néanmoins selon les historiens on peut la situer entre le IXe et le XIe siècle. Les matériaux alors utilisés pour sa construction sont inconnus, mais on sait que le pont était un édifice essentiellement fait de pierre au XIVe siècle.

 

Seule voie d'accès à la cité depuis la rive sud de la Loire, le pont de Pirmil fut un édifice majeur pour Nantes du point de vue économique et militaire. C'est pourquoi l'entrée sud du pont fut fortifiée au milieu du XIVe siècle sur ordre du duc de Bretagne Jean IV. Une forteresse y fut élevée afin d'en commander l'accès, elle prouva son efficacité à plusieurs reprises notamment en 1793 lors de l'avancée des armées vendéennes. Elle fut démolie en 1849. ICI  

 

Sur l' pont de Nantes un bal y est donné.

Sur l' pont de Nantes un bal y est donné.

 

La belle Hélène voudrait bien y aller.

La belle Hélène voudrait bien y aller.

 

Ma chère mère m'y laisserez-vous aller?

Ma chère mère m'y laisserez-vous aller?

 

Non, non ma fille vous n'irez point danser.

Non, non ma fille vous n'irez point danser.

 

Monte à sa chambre et se met à pleurer.

Monte à sa chambre et se met à pleurer.

 

Son frère arrive dans un bateau doré.

 

Alors ce matin, je vous offre ce beau texte d’Aurélien Bellanger : La LOIRE

 

On tombe parfois, dans les faubourgs de Nantes, sur des petites maisons blanches de plain-pied recouvertes de tuiles. Ce sont des maisons vendéennes. Si elles sont majoritaires, dans les quartiers pavillonnaires du sud de la Loire, on en trouve ainsi quelques-unes, égarées, sur l´autre rive, où elles côtoient des maisons plus bretonnantes : les maisons nantaises traditionnelles, avec leurs cuisines à l’étage et leurs balcons ceints d’une mantille de ferronnerie noire, et ces grandes maisons à pignons pointus, à murs blancs et à bossages granitiques qui viennent rappeler que la Bretagne est toute proche et que le catholicisme, cette grande religion triste et digne, n’est pas si éloignée encore.

 

C’est cela, la Loire, à Nantes : une typologie binaire du bâti pavillonnaire. Ardoise et tuile, morgue armoricaine au nord et simplicité marécageuse au sud, une dualité encore accentuée par la présence, au-delà des faubourgs de Nantes, de l’austère Châteaubriant au nord et de l’italianisante Clisson au sud.

 

Nantes de nouveau capitale

 

Nantes, capitale déchue de la Bretagne, se retrouve là en position de capitale — la capitale des deux Frances, celle du Nord de la Loire et celle du Sud.

 

Il n’existe pas en France de frontières plus profondes et Nantes est à peu près le seul endroit où elle est aussi immédiatement visible.

 

La Loire est le reste du temps plus ouverte et plus vague.

 

Elle est l’été presque à sec, comme un long désert de sable, et elle disparait chaque hiver dans les remous qui noient ceux qui tentent de la traverser à la nage pour le changement d’année.

 

C’est le seul fleuve entièrement français, apprenait-on autrefois à l’école, le seul fleuve dont aucun des affluents ne dépasse les frontières sacrées de l’hexagone.

 

Au temps des Valois le fleuve aura même servi de capitale indécise à la France.

 

Comme Paris, en comparaison, a l’air vissé à son sol : crocheté pierre à pierre dans le calcaire lumineux du lutétien, remonté à la main des profondeurs de ses catacombes, réassemblé comme une gigantesque serrure à combinaison — Paris comme un sablier qui remonterait le temps, le sable aggloméré de son sol jaillissant par les trous d’homme des anciennes carrières jusqu’aux boucles de convection de sa visqueuse cathédrale. 

 

La suite ICI 

 

« Remonter la Loire depuis Nantes oblige à réformer son image mentale de la France.

 

Le fleuve, dont on avait fini par accepter les caprices, allant même jusqu’à entrevoir une solution mathématique de son cour en spirale — une suite de Fibonacci (1) quasi parfaite —, le fleuve enfin, près de sa source, hésite une dernière fois et dessine une boucle à l’envers, un crochet vers l’est, vers l’extérieur du Massif Central nourricier, comme s'il cherchait à s’enrouler autour de la cheminée volcanique bizarrement préservée du Mont Gerbier de Jonc — un objet presque plus exotique encore qu’une de ces longères vendéennes (2) qu’on aurait laissé construire, dans un moment de distraction, au nord de Nantes. Ou qu’une Unité d’Habitation corbuséenne qu’on aurait laissé s’échapper par-dessus les toits en terre cuite de la rive sud. »

 

L'Afrique et les fractales : une extraordinaire épopée | Suite de ...

 

(1) La suite de Fibonacci doit son nom au mathématicien italien Leonardo Fibonacci qui a vécu au XIIème et XIIIe siècle. Il est connu pour avoir introduit et popularisé en Europe et en Occident la numérotation indo-arabe qui a remplacé pour les calculs la notation romaine peu pratique aux opérations arithmétiques.

 

Mais il est aussi connu pour avoir mis en évidence une suite mathématique qui porte désormais son nom. Dans la suite de Fibonacci, il n’est pas nécessaire de mémoriser chacun des termes ou nombres de la suite (qui est d’ailleurs infinie). Il suffit de se rappeler sa règle de construction: à l’exception des deux premiers, chaque terme de la suite est égal à la somme des deux termes qui le précèdent immédiatement, dit autrement il s’agit d’une suite de nombres dans laquelle tout nombre (à partir du troisième) est égal à la somme des deux précédents:

 

1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89,…

 

Il suffit de prendre deux nombres de départ. Les ajouter donne le troisième, puis le deuxième + le troisième donne le quatrième et ainsi de suite. Les termes de cette suite sont appelés nombres de Fibonacci. ICI 

 

(2) La longère est, en architecture rurale, une habitation étroite, à développement en longueur selon l’axe de la faîtière, aux accès généralement en gouttereau (mais parfois en pignon). Répandues dans de nombreuses régions françaises, les longères étaient de manière générale l'habitat des petits paysans et artisans.

 

La longère de la Thébine - Les Brouzils - Gites & Chambres d'Hôtes ...

La longère de la Thébine - Les Brouzils

 

(3) L'exploitation commerciale du premier tramway nantais débuta le 13 décembre 18792 avec des motrices à air comprimé qui reliaient Doulon (à l'est) à la Gare Maritime (à l'ouest). Le tramway était alors surnommé le « Péril jaune »

 

 

 

 

 

Le réseau fut ensuite électrifié à partir de 1911 jusqu'en 19172, année qui vit la disparition des tramways Mékarski à air comprimé. Puis, il se densifia progressivement allant jusqu'à compter 20 lignes desservant 14 itinéraires bien distincts dans les années 19303. Les bombardements durant la Seconde Guerre mondiale provoqueront de sérieux dégâts au réseau et entamera le début du déclin pour le tramway

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15 juin 2020 1 15 /06 /juin /2020 06:00

 

Au temps du confinement, chaque soir tombait le décompte des morts du Covid 19

 

Le GORAFI

En pleine pandémie, il déçoit tout le monde en décédant de mort naturelle

Publié le 31/03/2020

 

Laval – Denis Delaunay, un retraité de 78 ans, est mort paisiblement dans sa maison, alors même que la pandémie de coronavirus fauche des centaines de vies chaque jour dans le pays. Une mauvaise surprise pour son entourage.

 

« Honnêtement, on l’a quand même mauvaise » déclare Annie, 51 ans, la fille aînée de Denis, décédé dans la nuit. « Il est mort dans son lit, tranquillement, sans même une mauvaise toux ou une montée de fièvre. On ne pourra pas dire que le coronavirus l’a emporté, et que c’est la faute des Chinois ou du gouvernement. Je suis un peu dégoûtée ». Son frère René, 49 ans, partage cet avis et nous livre ses impressions : « Il respectait scrupuleusement le confinement, il se lavait les mains 10 fois par jour, alors forcément il l’a pas attrapé… On aurait bien aimé que la télé vienne nous filmer quand même, pour qu’on témoigne, mais même ça, il nous l’a pas laissé ».

 

La déception est palpable chez toute la famille, et le caractère prudent de Denis agace. Antoine, son petit-fils n’en revient toujours pas : « Il a même rédigé un testament pour répartir équitablement son héritage, pour qu’il n’y ait pas d’histoires entre nous. Là encore, c’est vraiment dommage. Je pensais vraiment qu’il y aurait des surprises, et qu’on aurait pu découvrir une maîtresse ou un fils privilégié. On a vraiment l’impression d’être une famille banale ». Sylvie la fille cadette ajoute alors « Banale de chez banale ! » ce qui n’apporte rien au débat mais nourrit encore la rancune que la famille a aujourd’hui contre Denis.

 

L’enterrement aura lieu après-demain au cimetière communal, mais déjà certains membres de la famille ont déclaré qu’ils « boycotteront l’évènement »

 

Francis Blanche

 

« Les huîtres meurent dans le citron, les truites dans le court-bouillon, les langoustes au fond d’un chaudron, les dindes dans les marrons, la rascasse dans l’aïoli, les maharadjas dans le patchouli, les doux  dingues dans la folie et les généraux dans leur lit. Mais quand sonne leur heure, les escargots meurent debout, debout dans l’ail et le beurre. »

 

 

Revenons aux choses sérieuses :

 

Michel Piccoli est mort le 12 mai à 94 ans a annoncé sa famille des suites d'un accident cérébral à Saint-Philbert-sur-Risle, dans l'Eure.

 

Jean-Loup Dabadie est mort, le 24 mai, à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, d’une autre maladie que le Covid-19, a précisé son agent. Il avait 81 ans

 

Nicolas et Victoria Bedos, les deux derniers enfants de Guy Bedos, ont annoncé la mort de l’artiste en fin d’après-midi, jeudi 28 mai. Il était âgé de 85 ans. Jérôme Garcin, qui lui a rendu hommage dans un texte bouleversant. Il y révèle que Guy Bedos était atteint de la maladie d’Alzheimer. 

 

« A la fin, il avait tout oublié. Jusqu’à son inscription prémonitoire au comité d’honneur de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Frappé par la maladie d’Alzheimer, Guy Bedos ne reconnaissait plus les siens, ni lui-même », écrit-il dans l’Obs. Et d’ajouter : « Il n’eut pas davantage l’occasion de pleurer, le 24 mai, la disparition de son indéfectible complice Jean-Loup Dabadie, qui lui avait écrit tant de sketches, parmi lesquels Bonne fête Paulette ou le Boxeur, mais dont le visage de prince italien ne lui disait plus rien. »

 

Édouard Limonov, en 2011, lorsqu’on lui demande de quoi il a peur, il répond : «  De mourir dans mon lit. »

 

Le diable est mort Édouard Limonov a rendu les armes à 77 ans, d’un cancer dans un lit d'hôpital en Italie. Le diable aimait aussi le soleil.

 

«Personne ne peut réellement traiter de la mort qu’il n’a pas connue ; de la souffrance, oui».

 

Selon Ivan Illich [1926-2002]

 

«Dans toute société, l'image dominante de la mort détermine la conception de la santé». Partout où a pénétré la civilisation médicale des pays avancés, une nouvelle image s'est implantée. C'est celle de la «mort technique» ou de la mort inopportune. Elle succède à celle de la «mort naturelle » ou de la mort opportune, qui, elle a succédé à la «mort primitive». La «mort primitive» résulte de l'intervention d'un agent surnaturel ou divin. C'est un idéal relativement récent que celui de la «mort naturelle», c'est-à-dire d'une mort devant survenir chez des êtres médicalement «suivis», bien portants et avancés en âge. L'auteur se préoccupe, dans le présent chapitre de la Némésis médicale, de l'image de cette mort naturelle et de son évolution durant les quatre siècles où elle fut commune aux civilisations occidentales.

 

La suite ICI 

 

La distinction entre mort naturelle et mort violente remonte à Aristote et présente d’emblée un paradoxe, puisque, de façon exceptionnelle dans le système péripatéticien où ce qui est naturel s’identifie au bien, la naturalité de la mort ne l’empêche pas d’être un mal, pour l’homme, dès lors qu’elle est dépassée par une naturalité plus forte : car les hommes se caractérisent par leurs «appétit d’éternité», « et c’est à cette fin que visent toutes leurs actions lorsqu’elles suivent la nature [1]

 

Manifestant une remarquable pérennité, cette distinction, engageant d’autres paradoxes, organise encore aujourd’hui l’univers du droit, qui ajoute cependant la catégorie de mort suspecte, laquelle semble devoir se dissoudre, une fois l’enquête médico-légale menée, dans l’une ou l’autre catégorie. Toute définition juridique est par essence dans un sens figée, et en même temps ouverte, puisque c’est à la justice que revient la qualification ultime. En l’occurrence, ce qui paraît une mort naturelle – un cancer de la plèvre – peut devenir, après enquête et jugement, une mort violente, avec responsabilité délictuelle et dommages et intérêts : exposition d’un travailleur à des éléments cancérigènes sur les lieux de travail.

 

Ce n’est pas le travail des légistes que de s’intéresser philosophiquement à la mort, et d’une certaine façon la biologie semble être mise au premier plan, puisqu’ils sont des médecins, pour pouvoir mieux reculer. Cette spécialité médicale singulière est étroitement liée à la justice, tout en étant totalement autonome par rapport à elle. C’est elle qui fait parler la mort, dans la mesure où elle accole à la mort un de ces trois qualificatifs, naturelle, violente ou suspecte, si bien que la qualification par des adjectifs arrache la mort à la mort, c’est-à-dire renvoie la mort à des causes ; comme si tout le monde savait que la mort en tant que telle n’est rien, selon l’antique pensée, exprimée par exemple dans le vers 636 des Troyennes, « le non être est égal à la mort ».

 

L’adjectif marque la volonté, pour les vivants, que la mort soit tout de même quelque chose, quelque chose qui arrive à celui qui était vivant, comme à ceux qui lui survivent et continuent de parler de la mort. La nécessité d’attendre que la justice passe refroidit considérablement la mort ; il est insupportable pour ceux qui restent (les parents, amis, etc.) que la violence d’une mort criminelle soit alignée avec la violence d’un accident. Les différentes sortes de violence qui organisent la catégorie de mort violente (accident, catastrophe naturelle, délit, crime, suicide) sont-elles si différentes qu’il conviendrait de transformer le droit pour répondre à la subjectivité des victimes et de leurs ayants-droit ?

 

Toute mort est violente, toute mort est naturelle

 

La mort est pour celui qui meurt simplement la fin de sa vie. La simple distinction entre mort naturelle et mort violente ne fait pas grand sens, non plus que celle entre la mort et le mourir : si la mort est ce qui précède le mourir comme conscience de la fin de vie inéluctable et ce qui lui succède comme l’absence de vie, point n’est besoin, pour méditer sur l’inéluctabilité de la mort, de pouvoir anticiper les conditions du mourir.

 

Ces oppositions – mort violente et mort naturelle, la mort et le mourir – créent une scission au sein d’un événement qui est en fait un et le même, pour celui qui le vit. Du reste, hormis le cas du suicide, dans les traditions religieuses, le destin du sujet après sa mort n’est pas déterminé par les conditions de sa mort, qui ne comptent pas, mais par son comportement dans sa vie. Tout au plus, dans une conception superstitieuse ou mythique, le contenu de son existence peut déterminer sa mort : ainsi d’Empédocle, penseur du feu et « naturellement » mort dans les fournaises de l’Etna, interprété par Gaston Bachelard (chapitre ii de la Psychanalyse du feu) ou de la prétendue action d’un dieu vengeur que réfute du reste par exemple Jésus-Christ avec le cas de l’effondrement de la tour de Siloé (Évangile de Luc, 13). Assurément dans les mentalités primitives, on imputait à une faute de l’homme le déchaînement de la nature, réputée douce sans l’homme – ainsi du déluge qui aurait détruit l’humanité s’il n’y avait eu Noé.

 

L’événement de la mort est fondamentalement un : il est un par la certitude de la mortalité et par la façon dont cette conclusion révèle l’absurdité de la vie. À l’aune de l’absurdité de l’existence, une aune qui nous éloigne de la biologie, comme le voulait déjà Aristote par la mise en avant du désir d’éternité, une catégorie autre que la mort naturelle serait plus judicieuse à opposer à la mort violente, en tout cas plus explicite : la mort non motivée.

 

La sagesse du droit : mort naturelle, mort violente, mort suspecte

Sylvie Taussig dans Le Philosophoire 2016/1 (n° 45), pages 73 à 83

La suite ICI 

Amazon.fr - Mort ou est ta victoire - ROPS DANIEL - Livres

« MORT OU EST TA VICTOIRE ? » UN MAUVAIS FILM SUR UN BON ROMAN

Par H. F. Publié le 02 décembre 1963

 

L'Office catholique international du cinéma a présenté en avant-première aux pères du concile un film d'Hervé Bromberger tiré du roman " Mort où est ta victoire ? ", de Daniel-Rops.

 

De cette œuvre de jeunesse de l'académicien français, nous avions gardé un excellent souvenir. Il a été singulièrement abîmé par la Lande projetée à Rome. Sauf quelques rares séquences, ce film nous a paru trahir le livre par sa psychologie rudimentaire, son caractère officiel et surtout terriblement prétentieux.

 

Le rôle du prêtre est exécrable. C'est de la contre-apologétique.

 

PASCALE AUDRET GABRIELE FERZETTI MORT OU EST TA VICTOIRE ? 1964 ...

 

Pascale Audret joue de son mieux les situations abracadabrantes qui ne semblent guère la concerner. Qu'est allée faire dans cette galère une actrice d'une féminité si émouvante ?

 

Les pères du concile n'ont vraiment pas de chance. Déjà " le Cardinal "... Espérons qu'ils ne seront pas tentés de juger le cinéma moderne sur des projections aussi médiocres qui croient échapper au genre " patronage " en tombant dans le drame à bon marché.

Mort, où est ta victoire ? - Film (1964) - SensCritique

Médecine Légale – Les différents types de mort ICI 

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14 juin 2020 7 14 /06 /juin /2020 08:00

 

Chaîne de montage de la 2CV dans l’usine Citroën de Levallois (vers 1981).

Pour qui, comme moi, a vécu mai 68, à 20 ans, au cœur de la Commune de Nantes, le livre de Robert Linhart, L'établi, aux Editions de Minuit, éclaira ma lanterne sur ces intellectuels qui s’embauchèrent comme simple OS dans les usines. Pour peu de temps pour la plupart, ce fut le cas de Robert Linhart.

 

Amazon.fr - L'établi - Robert Linhart - Livres

 

« Dans cet ouvrage étincelant comme une pièce d’usinage, net et précis, l'intellectuel proche de Louis Althusser raconte son expérience de manœuvre à l’usine Citroën de la Porte de Choisy, en 1968. Tout y est dit de la pénibilité des tâches, de la violence du management, du racisme décomplexé, de l’anéantissement de la volonté individuelle ou encore de la psychologie de la grève. Ce témoignage, le fondateur du mouvement maoïste français a mis dix ans avant de l’écrire. »

 

« Robert Linhart étant toujours en vie, il fallait l’interroger. Or depuis une tentative de suicide, en 1981, le philosophe s'est réfugié dans le silence. Dans l’intimité, comme l’a raconté sa fille Virginie dans le passionnant Le jour où mon père s’est tu (Editions du Seuil, 2008), mais aussi dans la vie publique. Une seule fois, Laure Adler l’a convaincu de se confier à elle pour son émission Hors Champs, sur France Culture; allait-il la recevoir une nouvelle fois, lui que la maladie bipolaire tient à l'écart de la société ? Ce fut encore oui.

 

D’une voix affaiblie, l’homme raconte comment, tant d’années après, il continue de rêver de la cadence de production, qu’il « n’arrive pas à suivre ». Entre deux souvenirs, les silences paraissent longs comme le passé. Quand il s'agit de tirer les enseignements de ses années militantes, les affirmations se font chancelantes.

 

« Est-ce que vous pensez que la révolution était une illusion ? » le bouscule Laure Adler, cruelle malgré elle.

 

« Oui, enfin bon, répond dans un murmure l’ancien militant de la Gauche prolétarienne. La révolution… Y avons-nous cru vraiment ? Je ne sais pas. » Un aveu qu’on dirait sorti d’un songe...même si, il y a près de 50 ans, ce rêve lui semblait bien réel. »

 

Robert Linhart intègre Normale Sup de la rue d'Ulm en 1963, adhère à l'Union des Etudiants Communistes l'année suivante et y anime le cercle des ulmards. Il est exclu de l'UEC pour ses positions prochinoise et ses critiques virulentes à l'égard du révisionnisme du PCF.

 

Il créé alors l'Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes. UJCML veut mener une lutte intransigeante contre l'idéologie petite-bourgeoise et son complice révisionniste, particulièrement l'idéologie pacifiste, humaniste et spiritualiste… Elle doit créer une université rouge qui pourra se mettre au service des ouvriers avancés, de tous les éléments révolutionnaires.

 

À l'été 68, l'UJCML se scinde et Robert Linhart rejoint la Gauche prolétarienne, fondée à la fin de l'année par Benny Lévy. Séduit par le mouvement des établis, il entre comme ouvrier spécialisé chez Citroën.

 

© Pascal Ito/Flammarion

 

Virginie Linhart avoue qu’elle s’est longtemps retenue d’écrire, empêchée par la figure paternelle — « Mon père est un grand écrivain, que j’admire énormément. Comment pouvais-je me comparer à lui ? »

 

Oui, certes Robert était, comme le confiait à Virginie ses ex-camarades gauchistes, « intellectuellement le plus fort de nous tous, celui qui parlait le mieux, celui qui réfléchissait le plus vite, celui qui comprenait tout avant tout le monde » mais Robert « au temps de sa gloire de grand timonier de l’UJC (ml) alors que les barricades s’érigeaient au Quartier Latin et que les « émeutiers » s’affrontaient avec les mobiles et les CRS et qu’il campait à Ulm dans son splendide et orgueilleux isolement, comme à l’habitude consistait en un ramassis de ragots de fond de chiottes et d’analyses foireuses. Il en ressortait tout de même que notre homme ne dormait plus, vivait dans une excitation extrême car, déjà, la réalité échappait à ses schémas théoriques. Lui qui rêvait debout de la jonction des étudiants avec le prolétariat assistait au dévoiement d’un puissant mouvement par des « petits bourgeois ». C’était infantile. Il enrageait. Voir des non-organisés confisquer le grand élan de la révolution populaire, la transformer en un happening violent, à coups de pavés, de manches de pioches, dans les quartiers bourgeois, le plongeait dans un abime d’incompréhension. Lui et ses amis prochinois avaient beau distribuer un tract « Et maintenant aux usines ! » pour exhorter les étudiants à migrer vers la banlieue, là où vivent et travaillent les larges masses, ils sont à côté de la plaque. Hors la vie, comme toujours. La garde rapprochée de Robert, même si certains sont ébranlés, comme Roland et Tiennot, par la spontanéité et la force de la rue, ne réfute en rien sa dialectique impeccable. La force des avant-gardes, ce noyau dur, d’acier trempé, est d’avoir raison contre tous. Personne n’ose l’interrompre, il sur l’Olympe, sourd dans sa bulle d’exaltation »

 

Amazon.fr - L'établi - Linhart, Robert - Livres

 

Déjà chez Citroën « je pressentais en lui tout le capital d’intransigeance des hommes d’appareil, sûr d’eux-mêmes, de leurs implacables analyses, imperméables à tout ce qui n’était pas la cause, insensibles aux petitesses de la réalité. Et pourtant, à l’atelier, sur les chaînes, dans le système Citroën, la vie de tous les jours ne collait pas avec les attentes de cet intellectuel en mal de contact avec les prolétaires. Loin d’être comme un poisson dans l’eau, mon Robert se retrouvait sur du sable sec, privé de son élément naturel, incapable d’agir selon ses schémas, soumis comme les autres à la chape du boulot, de la fatigue extrême, de la routine des gestes, de la connerie des petits chefs, de la suffisance des impeccables, de la soumission et parfois même du stakhanovisme de beaucoup de collègues, du temps qui file, des soucis familiaux, de la peur des nervis, de la débrouillardise et de la bonne humeur de ces damnés de la terre. Ici on survit. On s’économise. Parfois, comme une houle soudaine, la masse s’anime pour protester contre un temps de pause écourté. On court tout le temps après le temps. Tout n’est que parcelle, les conversations, les pauses, la cantine, l’embauche, la fin de la journée. On s’égaille. Les « larges masses » ne sont que des escarbilles, aussi grises que les poussières de l’atelier de soudure, qui flottent sans jamais vraiment prendre en masse. Je voyais bien que Robert était désemparé. »

 

Robert Linhart, comme tant d’autres ultras, les frelons de la Gauche Prolétarienne de Benny Levy, l’Althusser à rien, ont raté mai 68. Ils étaient « trop intelligents »

 

Virginie Linhart, la fille de Robert, a donc d’abord dit nous :

 

« L’histoire de son père, plutôt que de s’en emparer frontalement, Virginie Linhart en a nourri il y a douze ans un documentaire, 68, mes parents et moi (éd. du Seuil, 2008), et un récit, Le jour où mon père s’est tu, pour lesquels elle était allée rencontrer des hommes et des femmes nés comme elle dans les années 1960, et élevés dans l’effervescence post-Mai 68 par des parents engagés dans le combat politique — et bien moins investis dans l’éducation de leurs enfants, qui grandirent plutôt solitaires, livrés à eux-mêmes. De la même façon, dans le film Après les camps, la vie (2010) et l’ouvrage La Vie après (2012), la parole des survivants du génocide que Virginie Linhart a interrogés semblait pallier le silence obstiné de ses grands-parents paternels sur ce sujet : « C’est derrière les autres, à travers eux, que j’arrive à raconter les miens. »

 

La documentariste Virginie Linhart, en 2012.

 

Dans L’Effet maternel, publié le 5 février par Flammarion Virginie Linhart, passe  au nous :

 

L'effet maternel - Virginie Linhart - Babelio

 

Nathalie Crom dans Télérama note :

 

« Pour raconter sa vie au « je », et non plus au « nous ». Est-ce cette mise en avant d’elle-même qui la rend fébrile, intense autant que nerveuse, ce jour de janvier où on la rencontre, pour l’écouter évoquer la genèse de ce beau livre ? Une œuvre littéraire d’une spectaculaire franchise, qui fera sans doute frémir d’exaspération les contempteurs de la littérature intimiste, réputée narcissique… »

 

Dans L’Effet maternel, c’est donc de sa mère, sans prénom dans le livre, alors autant que je m’en souvienne elle se prénommait Nicole, seule voix discordante s’élevant pour contester le n°1, l’interrompre. Crime de lèse-majesté, cette femelle osait lui balancer que les choses ne se passaient plus ici, dans ce huis-clos surréaliste, mais dans la rue. Le maître l’avait viré sans ménagement, avec un argument d’autorité : « elle n’avait pas le droit de parler dans ce Saint des saints des détenteurs de la vérité révolutionnaire. »  dont parle Virginie Linhart

 

« À travers sa personnalité et ses choix, je voulais dire comment, dans les années 1970 et 1980, grâce au féminisme et à la révolution sexuelle, nos mères se sont émancipées de l’asservissement dans lequel étaient tenues leurs propres mères. Certes, notre histoire familiale est particulière, mais il me semble néanmoins qu’elle rencontre l’expérience commune des femmes. Même en écrivant à la première personne, ça ne m’intéresse pas de juste dérouler ma propre vie. J’ai besoin qu’elle soit universalisée, cela la rend à la fois plus commune et plus intéressante à mes yeux. »

 

Pour autant Virginie Linhart ne rejoint pas les contempteurs de ce mai 68, les procureurs de la permissivité mère de toutes les dérives libertaires de notre temps : « Certes, c’était une période excessive, mais nous, les enfants des années 1970, serons perpétuellement nostalgiques de ce moment, de la liberté qui régnait alors. Bien entendu, il ne m’est rien arrivé d’aussi dramatique qu’à Vanessa Springora, dont le livre m’a beaucoup touchée. Mais il ne faut pas tout  mélanger, tout confondre. Ces années ont été une ère de liberté et d’expérimentation, et la pédophilie a pu bénéficier alors d’un certain libéralisme. L’enfant était considéré comme autonome très jeune, parfois beaucoup trop jeune. Aujourd’hui, on sait qu’il doit être défendu contre les adultes, mais à l’époque, cette idée n’allait pas de soi. »

 

« L’histoire centrale est celle d’une jeune femme amoureuse et enceinte qui, abandonnée par l’homme qu’elle aime, décide néanmoins de garder l’enfant qu’elle porte, explique-t-elle. C’est, du moins, l’idée initiale. Cela m’est arrivé il y a vingt ans, et j’ai été bouleversée alors de découvrir combien notre société était encore patriarcale, archaïque, et jugeait sévèrement les jeunes femmes qui ont un bébé toutes seules. Je ne m’y attendais pas. Désormais, les choses ont enfin changé, mais je peux attester du fait qu’à l’aube du XXIe siècle encore on vous regardait bien différemment qu’aujourd’hui. » Pour résumer ce qu’elle ressentit alors, Virginie Linhart, la cinquantaine -juvénile et la parole rapide, a cette jolie formule : « J’avais le sentiment d’être au XIXe siècle, dans un roman de Maupassant, alors que j’ai été élevée dans un film d’Agnès Varda ! »

 

Tout ce qui concerne cette mère divorcée, indépendante, aux mœurs très libres et jalouse jusqu’à l’égoïsme de son indépendance nouvellement conquise et sourde au désarroi de sa progéniture m’a laissé de marbre, Virginie Bloch-Lainé dans Libération, note que « le récit manque d’air, d’universel et de distance pour toucher vraiment le lecteur. Comme si elle restait dans la bulle où ses parents se sont enfermés, et où ils l’ont enfermée. »

 

Mais si sa mère je la trouve moche, ce qui m’a bouleversé et ému dans ce livre c’est la relation de Virginie Linhart avec la maternité, à partir de la page 123 je n’ai pu décrocher de la narration de sa grossesse apocalyptique.

 

Bouleversant, bouleversé, j’ai refermé le livre tout chamboulé…

 

Pourquoi ?

 

C’est mon secret, ma part d’intime, mon présent partagé avec quelqu’un qui, comme l’écrit page 45 Virginie Linhart « Fidèle à une ligne de conduite, dont j’ai encore aujourd’hui du mal à me départir, plus on est odieux avec moi, plus je m’excuse et demande pardon. »

 

Ce livre est dérangeant, si vous n’aimez pas être dérangés ne faites pas l’acquisition de L’Effet maternel, de Virginie Linhart, éd. Flammarion, 240 p., 19 €

 

L'effet maternel - Virginie Linhart - Babelio

Le sucre et la faim par Linhart Le jour où mon père s'est tu - Virginie Linhart - Babelio

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