Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 septembre 2019 5 20 /09 /septembre /2019 06:00
«Comment vivre sans inconnu devant soi» interrogeait René Char ? Jean-Yves Bizot, explorateur des champs du possible des vins de Bourgogne.

Le sieur Jean-Yves Bizot, sis dans la charmante et illustre bourgade bourguignonne de Vosne-Romanée, où il dorlote amoureusement ses ceps de vigne et presse en douceur, dans le plus parfait dénuement, ses raisins mûrs et sains, que je fréquente depuis que les Gouttes de Dieu le portèrent au pinacle de l’Empire du Soleil Levant (1), est, sa modestie dusse-t-elle en souffrir, d’une espèce rare, il doute, il se pose des questions, il réfléchit, ne se laisse pas porter par le discours dominant, le politically correct, ni séduire par les images d’Épinal… Même si ses pas le portent souvent dans les monts tibétains, il n’est pas adepte du moulin à prières qui plaît tant aux joueurs de pipeau du monde du vin. Ce n’est pas forcément du goût de ses pairs, mais comme l’homme est courtois, civil, reconnu, ils sont bien obligés de faire avec.

 

Il aurait plu à Michel Rocard – pour autant je ne cherche pas à annexer Jean-Yves à mon romantisme rocardien – qui adorait les joutes intellectuelles nourrissant l’action. Agir plutôt que réagir, anticiper, ne pas en rester à de brillantes analyses mais oser proposer des voies et moyens pour mettre en œuvre des solutions, des compromis, ne pas en rester au tout change pour que rien ne change qui nous est cher.

 

Comme vous pouvez vous en douter cet état d’esprit me plaît car il intègre le temps long, cherche à éclairer cet avenir qui, à juste titre, fait peur. Mettre par écrit des mots sur les choses est essentiel, ça permet de ne pas se contenter de mots en l’air qui fusent et disparaissent, ça laisse des traces, petits cailloux indispensables pour baliser des chemins incertains.

 

Le sieur Bizot vient de donner une interview à :

 

Actualité économique du Grand Est et de Bourgogne Franche Comté

 

AVIS D'EXPERT - VINS - SPIRITUEUX - BOURGOGNE

 

Être vigneron demain sera-t-il un métier d’explorateur ou restera-t-il à jamais celui d'un gardien du temple ?

 

Publié le 12 septembre 2019

 

« S’appuyer, se justifier par le passé a quelque chose de rassurant puisque le passé est par essence connu, contrairement, pardonnez-moi ce truisme, au futur qui lui ne l’est pas ! Il paraît donc dangereux. Il est d’autant plus dangereux que du fait de cet inconnu, il offre des espaces de liberté. La liberté fait peur, et elle semble toujours destructrice. Est-ce lié à notre histoire viticole particulière ? Je ne sais pas, mais quoi qu’il en soit, on préfère le confort du passé, et dans le confort du passé, j’inclus toutes les règles tacites ou écrites, dont les cahiers des charges des appellations : ils entérinent et valident une démarche déjà constatée, ils la pérennisent en la transformant en schéma technique unique devenu protocole, norme, précept...

 

La suite ICI 

 

(1) 22 janvier 2009

3 verres pour réveiller le passé, les japonais sont fous des grands Bourgognes et de JY Bizot ICI 

Partager cet article

Repost0
19 septembre 2019 4 19 /09 /septembre /2019 06:00

Image associée

Extraits de la Madone Sixtine, prestigieux tableau (retable) peint par Raphaël en 1512, deux angelots mélancoliques

Catherine est cachottière.

 

Revenu sur la terre ferme lors de mon premier relevé de boîte aux lettres je découvre un petit paquet fleurant bon le petit livre. Je décachète. Ô surprise : un opus de ma très chère vigneronne au titre qui fleure bon les Charentes : Ma part des anges.

 

 

Sitôt je la sm… ise. « Cachottière ! »

 

Dans la foulée elle me bigophone.

 

Elle m’explique la genèse puis, c’est toute Catherine, elle en profite pour me faire une piqûre de rappel pour que je déplace mon auguste personne à l’AG du GFA.

 

Je lui réponds.

 

Ensuite, dans ma petite Ford d’intérieur je mouline.

 

Catherine exerçait un métier de plume, moi aussi, c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés à la terrasse d’un café place de la Comédie à Montpellier. Elle tenait mon rapport en mains, elle avait stabiloté les passages où j’étais prié de m’expliquer. Ce que je fis. Elle m’asticota grave mais ce fut la seule journaliste à avoir mesuré l’enjeu de ce foutu rapport.

 

Elle commit un portrait de ma pomme dans La Tribune (voir ci-dessous) ce qui me valut l’ire d’une gorgone du cabinet de ce pauvre Gaymard.

 

Ce qu’en disait Catherine :

 

« Quand je vous ai rencontré, j’étais journaliste, correspondante des quotidiens Libération et La Tribune en Languedoc-Roussillon, vous étiez commis de l’Etat, assigné aux tâches de pompier du vignoble. J’ai brossé votre portrait – ce qui m’a permis de mieux vous connaître et de nous découvrir des valeurs partagées – quand vous avez rédigé un rapport sur les exportations de vin français, mieux connu sous le nom de rapport Berthomeau. Ce rapport vous a valu les honneurs des medias – c’est la formule consacrée -, des amitiés et des inimitiés solides dans le petit monde du vin et, au bout du compte, une mise au placard.

 

Néanmoins, depuis ce placard, sans doute parce que grandi dans la culture du travail qui fait se lever le matin avec quelque chose de productif à faire de la sainte journée, vous faites entendre votre voix à travers un blog. Depuis le 23 mai 2005, le rendez-vous est quotidien, fidèle, libre, tonitruant, exploratif (je trouve cet épithète non répertorié plus adapté à ce que vous faites qu’explorateur), touffu, alternant coups de gueule contre ceux que du temps où j’étais journaliste et vous commis de l’Etat appeliez les « grands mamamouchis » (je traduis : les institutionnels) et coups de cœurs, pour des vins, des hommes et des femmes. Comme on le dit familièrement, vous ne mâchez pas vos mots et on sent que vous y prenez un réel plaisir, c’est-à-dire égoïste à son origine et souvent partagé à l’arrivée. »

 

Tout ça, non pas pour rouler ma caisse mais pour me dire, vous dire, que ce que Catherine a fait, une reconversion vigneronne réussie,  je n’en étais pas capable.

 

Catherine et moi sommes des pays, des gens d’un pays où paissent de paisibles vaches, paissaient plutôt, les vignes, hormis le Muscadet, c’était des ceps à raisins pour consommation personnelle…

 

Elle vira de bord, cap sur Saint-Drézéry, la Carbonnelle, l’Hérault des coopés du bougon des cépages en route selon le sabir officiel vers la qualité (prononcer qualiteu)

 

Et moi pendant ce temps-là je continuais d’écrire à compte d’auteur.

 

Et puis, je m’embarquai avec d’autres dans son aventure au travers du GFA, une manière d’en être.

 

Elle continuait d’écrire la revue de presse de Vitisphère et de publier des livres : au Rouergue Dans les vignes chronique d’une reconversion, 2011, Recettes de ma vigne avec Anne-Sophie Thérond, 2013, Une place sur terre, 2018.

 

Et puis vint cette Part des Anges qui, tel Mgr Marty en son temps avec l’accent rouergat, m’interroge, je me dis « toi mon gars, t’étais tout juste capable de garder les vaches à la Mothe-Achard ou d’être gardien de phare à l’île d’Yeu… alors va falloir mettre les pendules à l'heure. »

 

Oui, je l’avoue, allongé dans l’herbe fraîche du pré de la Garandelière, gardant les vaches normandes du pépé Louis, je rêvais d’être cow-boy, un Kit Carson sans révolver, un Lucky Lucke avec cigarette, chevauchant un fier mustang sauvage dressé, lasso intégré, liberté, grands espaces, bivouac, café, viande boucanée, corral, le train sifflera trois fois…

 

Résultat de recherche d'images pour "kit carson bd"

 

D’un autre côté, n’étant jamais à une contradiction près, mon goût pour la solitude, la contemplation, me faisait aussi pencher pour la position de gardien de phare.

 

Genou-7978.JPG

 

14 juin 2010

Faire l’amour dans un phare, au sommet d’une cheminée ou dans une chambre troglodyte : un vrai plaisir d’œnophile ! ICI 

 

5 mars 2016

Descente en « enfer » de Marc Pointud au phare de Tévennec au large de la baie des Trépassés avec la même foi animant les bâtisseurs des phares en mer lorsqu’ils œuvraient pour allumer des feux qui sauveraient des vies.  ICI 

 

Vous allez me dire, t’es bien gentil camarade mais pour l’heure tu ne bavasses que sur toi.

 

Oui mais c’est pour mieux souligner qu’étant un ramier j’en suis resté au stade de l’écriture, même si j’ai un temps embouteillé et vendu du vin, alors que la Catherine, elle, a sauté le pas, fait ce que je n’aurais jamais su faire : des raisins pour faire du vin.

 

Son éditeur, confirme :

 

« Ma part des anges est de fait l’autoportrait intime de l’invisible, profondément spirituel mais vif et passionné, d’une femme, vigneronne et écrivain. »

 

Ne vous inquiétez pas j'arrive à ce que ce matin j'ai envie d'écrire.

 

Au temps où nous nous sommes rencontrés, mes détracteurs surtout les bordelais me qualifiaient de haut-fonctionnaire parisien, j’étais le symbole de la caste élevée arrogante, j’osais dire ce qu’il ne fallait pas dire, je m’occupais de leurs oignons, mais comme l’envoyait dire finement le Grand Jacques « Ça m'en touchait une sans faire bouger l'autre » car j’ai toujours su d’où je venais, comme on le dit maintenant : d’en bas, et je savais là où je ne voulais pas aller, en haut.

 

J’étions donc ni haut, ni fonctionnaire, mais dans notre vieux pays soi-disant égalitaire faut sortir des Grandes Écoles, être placé tout en haut de la hiérarchie, être classé le meilleur par les maîtres : meilleur vigneron, meilleur chef de cuisine, meilleur poissonnier, meilleur fromager, MOF… Nos députés, sénateurs, ministres, chefs d’État sont majoritairement des énarques de la botte, sauf talonnette… Les parents, dès la maternelle, projettent leur rejeton vers les plus hautes marches du podium.

 

En clair, j’adore cette expression au féminin, allez savoir pourquoi, j’ai une profonde et sincère admiration pour ce qu’a fait Catherine.

 

La lecture de son dernier opus a encore fait monter d’un cran cette admiration, chez Catherine y’ a du fond, de la vraie réflexion, du doute, elle est profondément racinée tout en étant d’une agilité intellectuelle que j’envie, elle me surprend, je me sens tout petit et, croyez-le si vous le voulez, ça me fait du bien d’être à cette place, mon ego n’en est que renforcé car je me dis que j’ai la chance d’être son ami.   

 

Sûr qu’elle va m’engueuler gentiment pour ces brassées de fleurs la Catherine, mais il me fallait mettre les pendules à l’heure face aux fausses valeurs du monde du vin, y compris  du côté des vins nu, qui plastronnent  en ayant des idées tellement courtes étalées sur des pages indigentes, que j’ai envie soit de défourailler, soit de me retirer dans un phare, le problème c’est que, comme pour les vaches, y’a plus besoin de gardiens ni de caissières dans la GD.

 

Résultat de recherche d'images pour "ames vaillantes magazine"

 

Alors pour moi Catherine c’est « mère courage », « âme vaillante » (journal de la bonne presse pour filles), « adepte de la diagonale des anges » (lire la Transversale d’Alain Gheerbrant los Racionales y los Pelados ci-dessous (1)), « simple vigneronne… le luxe du dénuement», « manieuse de mots à la Bashung » « Si l’on suivait les voies ferroviaires /Qui aurait le pied marin ? », Montaigne&La Boétie : « parce que c'était lui, parce que c'était moi »au féminin.

 

Maintenant il ne vous reste plus qu’à filer chez votre libraire préféré pour faire l’acquisition de Ma Part des Anges Catherine Bernard les ateliers de l’Argol 15 euros. (Pour ne rien vous cacher ça vole bien plus haut que ce qui se publie en ce moment sur le vin, avec beaucoup de buzz sur les réseaux sociaux, genre les copines et les copains d’abord, ça n’est pas racoleur).

 

 

Catherine taille ses bébés Cinsault de la Carbonnelle

 

Nombre de ceps m’obligent à poser le genou. C’est cela, je m’agenouille, comme on tire la révérence, comme on s’incline devant plus grand que soi. La vigne engage le corps et l’esprit. Elle oblige à se donner à elle et ce don de soi conduit à l’oubli de soi. On me dit souvent il faut être passionné. Non, ce n’est pas le bon mot, ce n’est pas de la passion. La passion est dévorante, s’éteint, puis laisse exsangue. Rien de tout cela avec la vigne. La vigne, et tout travail de la terre, donne en retour la légèreté que donne l’oubli de soi. Malgré les kilos  de glaise que je traîne sous mes pieds, malgré la tension dans les cervicales à la fin de la journée, les vêtements terreux, les ongles noirs et cassés, la chevelure emmêlée, les joues rouges, je plane au-delà de la pesanteur de soi à laquelle les contraintes sociales ramènent immanquablement. Ce n’est pas exagéré de dire, je rentre à la maison sur un petit nuage, dans le luxe du dénuement. »

 

Résultat de recherche d'images pour "La Transversale d'Alain Gheerbrant Babel"

 

(1) Quelques coups de pagaie et je m'aperçus que nous allions donner droit sur un vaste entonnoir, creux d'un bon mètre en son centre. J'eus une seconde d'hésitation : barrer à droite, à gauche ? Ma tête me dit de barrer à droite, pour écarter la pointe de cette cible où nous allions nous planter.

 

Mais c'était aussi offrir le flanc à la force d'attraction croissante, qui nous happa par le travers. Toutes les têtes se tournèrent vers moi. J'allais perdre le contrôle de l'embarcation et nous basculerions inexorablement au fond de l'entonnoir dans un tête-à-queue.

 

La voix du capitaine lança un ordre bref, cinglant, courroucé, et ma pagaie se redressa, visant le tourbillon ; nous l'effleurâmes de la pointe et il nous lança au loin comme une flèche en tangente, de toute sa force devenue centrifuge. C'était cela qu'il fallait faire, aller dans le sens du danger, le toucher du bout du doigt de telle façon que sa force elle-même nous rejette après nous avoir attirés.

 

Eussé-je écouté le corps de la pirogue, accepté spontanément que mon propre corps en fût partie intégrante, je n'aurais pas fait cette faute. Au lieu de quoi, placé dans une situation nouvelle, je m'étais précipitamment réfugié dans ma tête close, et ses raisonnements abstraits, et nous avions failli naufrager. Six mois à l'école des Indiens n'avaient donc pas suffi : j'étais encore indécrottablement rationnel, prétentieux, timoré et avare dans ce dedans de ma tête de Blanc qui croit détenir le pouvoir de commander au mouvement en s'opposant à lui, au lieu d'aller avec lui, de se fondre en lui, d'abord, et d'obéir ensuite à ce que décide le corps.

 

Extrait de La Transversale d'Alain Gheerbrant Babel n°320 en Amazonie le titre de cette rubrique : los Racionales y los Pelados

L’image contient peut-être : 1 personne, marche, debout et plein air

 

La Tribune / Portrait 23 octobre 2002

 

Jacques Berthomeau, le pape du vin français

 

De sa mère couturière, il a hérité le goût de l’étoffe et des vêtements bien coupés. De son père, mendésiste et conseiller municipal à La Mothe-Achard, son village natal en Vendée, le goût de la chose publique. Fils et petit-fils de paysans, il a le pragmatisme des gens de la terre. Élevé à l’école des frères, où il apprend à tailler les vignes et brosser les vaches, il croise un aumônier qui lui dit :  « Toi, tu es fait pour faire une école d’agriculture, comme moi pour être pape. Tu vas faire l’ENA ». Jacques Berthomeau n’a pas fait l’ENA parce qu’il a « fait 68 ». Mais il est, à sa manière, devenu un pape. Celui de la filière vins française, gloire nationale ensuquée et menacée par d’impétueux conquérants du goût. Nommé contrôleur général des offices à l’Onivins (Office national interprofessionnel des vins), il l’a réveillée au beau milieu de l’été 2001 avec un rapport sans détour, ponctué de formules savoureuses. Il n’est guère de syndicat qui ne lui ait demandé de venir animer une assemblée générale ou une journée de réflexion. Voici donc plus d’un an qu’il prêche dans les vignobles, aiguillon « des grands mammouchis », selon son expression favorite pour désigner ceux qui font commerce du pouvoir et du blocage dans les quelque six cents organisations viti-vinicoles.

 

Hervé Gaymard, le nouveau ministre de l’Agriculture, a bien été tenté d’écarter l’ancien conseiller de Michel Rocard, Louis Mermaz, et Henri Nallet rue de Varenne. Des « pros » de la filière, négociants-exportateurs et acheteurs de la grande distribution en tête, ont su l’en dissuader. « C’est une sorte de moine moderne. Il roule pour la filière, rien que pour la filière », dit de lui Robert Skalli, négociant à Sète et l’un des six membres du groupe stratégique, baptisé « groupe Berthomeau ». « Il est le seul à avoir su mettre autour d’une table des producteurs, des négociants et des acheteurs de la grande distribition et leur faire oublier leur casquette », complète Jean-Louis Piton, président des Celliers du Marrenon dans le Lubéron, lui aussi l’un des six.

 

Jacques Berthomeau est donc un drôle de zèbre, habillé de polos oranges sous des vestes à carreaux, qui se déplace à bicyclette dans Paris. Un esprit libre, mais fidèle. Il n’a pas fait l’Ena, mais a presque toujours servi l’Etat. Nommé à des postes réservés aux hauts fonctionnaires, il n’a jamais été qu’un contractuel. Homme de gauche, il est vacciné aux lois du marché. Son père, qui à côté de l’expoitation était entrepreneur de battage, se faisait payer en sacs de blé, lui laissant une éthique de vie. « Quand la récolte était bonne, on partageait la prospérité, quand elle était mauvaise la misère ».

 

Son histoire avec le vin commence en 1978 avec celle de l’Onivit (Office interprofessionnel des vins de table), ancêtre de l’Onivins. Il découvre « le grand guignol des Languedociens », en même temps que le potentiel de ce vignoble. Devenu en 1981 conseiller de Louis Mermaz, qui préside l’Assemblée nationale,  il s’en souvient et remplace, dans la cave de l’Hôtel de Lassay, le Porto par du Banyuls. Arrive 1984. Michel Rocard est ministre de l’Agriculture. Jean-Paul Huchon, son directeur de cabinet, appelle Jacques Berthomeau :  « On va se colletiner l’élargissement de l’Europe, et une nouvelle politique agricole. Tu connais les Languedociens, viens t’occuper du vin ». Quelques mois plus tard, dans la négociation qui va déboucher sur les accords de Dublin, et l’instauration pour le secteur viticole de la distillation obligatoire, Jacques Berthomeau est à Montpellier. Il apostrophe ainsi les viticulteurs prêts à en découdre : « Vous voulez vivre au pays ? D’accord. Mais allez-vous continuer à faire de l’alcool pour les mobylettes de Brasilia ? ». Le quotidien Midi Libre titre alors : « Que sont ces socialistes libéraux ? ». Lui, en retient, une méthode. « Il ne faut ni brosser les gens dans le sens du poil, ni dire, je suis le meilleur. Il faut chausser des semelles de crêpes, écouter et dire un jour ce qu’il faut faire ».

 

Alternance politique oblige, il éprouve sa méthode à la Société des Vins de France, filiale de Pernod-Ricard, passée depuis dans le giron de Castel. Il achève de se tailler un habit de pompier des crises agricoles. Voit venir celle du vin au début de l’année 2000. A Jean Glavany, ministre de l’Agriculture, il tint alors à peu près ce langage. « Si nous n’y prenons garde, nous allons nous faire doubler par les Australiens et les autres producteurs du Nouveau Monde. Cela en sera fini de la France, patrie du vin ».  Sur la route de son rapport, il a pris soin de ne pas croiser les chefs. Et le termine ainsi : « Faire que notre culture du vin ne se cantonne pas à la seule mise en avant de notre passé mais sache aussi faire émerger des images, des valeurs plus accessibles à la génération de la Play Station, de l’Internet, de Loft Story ».

 

Catherine Bernard

 

Jacques Berthomeau

 

1948, naissance à la Mothe-Achard en Vendée

 

1960, élève à l’Ecole Notre-Dame de la Forêt à la Mothe-Achard, aux côtés de Luc Guyau

 

1975 : Chargé de mission à la Direction de la production et des échanges au ministère de l’Agriculture

 

1978 : Chef de la division administrative et financière de l’Onivit (Office interprofessionnel des vins de table)

 

1984 : Conseiller au cabinet de Michel Rocard, ministre de l’Agriculture

 

1999 : Médiateur de la crise des vins doux naturels dans les Pyrénées-Orientales, et du Cognac.

 

2001 : Auteur du rapport : « Comment mieux positionner les vins français sur les marchés d’exportation », remis à Jean Glavany. Chargé depuis d’animer un groupe stratégique.

Partager cet article

Repost0
18 septembre 2019 3 18 /09 /septembre /2019 06:00
Le veganisme militant comme le communisme promet des lendemains qui chantent… pas si sûr…

Je comprends parfaitement que des gens ne veuillent pas consommer des produits animaux, en revanche j’ai beaucoup de mal à les suivre dans leur « guerre » contre l’élevage des animaux domestiques.

 

Pour les militants virulents la question de l'abolition de l'élevage est intrinsèquement politique :

 

« Il s'agit bien de changer le regard que la société porte sur les animaux. Ensuite, elle ne peut être qu'extrême, comme toutes les revendications abolitionnistes le sont : on ne demande pas « un peu » l'abolition de la peine de de mort, pas plus qu'on ne demande que les assassinats ou le viol soient « légèrement » interdits. Une position extrême ne peut en outre pas être disqualifiée sur ce seul critère, à moins de tomber dans l'effet bof  (encore un raisonnement fallacieux, et ce n'est pas le dernier) : la radicalité n'est pas intrinsèquement bonne ou mauvaise. »

 

Dans l’histoire contemporaine, sauf à être de mauvaise foi, la radicalité politique des minorités agissantes, nous a conduits aux pires régimes politiques, les lendemains qui chantent se sont transformés en goulags.

 

Les vegan radicaux sont les idiots utiles des grands prédateurs industriels.

 

En effet, pourquoi fabriquer des fausses viandes, du lait végétal… et autre produit industriel pour soi-disant sauver la planète ?

 

De même pour les godasses, oui y’a des Doc Martens vegan qui utilisent du plastique polyuréthane synthétique au lieu du cuir qui ont fait bondir les bénéfices de la marque.

 

Ce nouveau monde que nous promettent les vegan forcenés est pire que l’ancien, il nous met entre les mains des grands groupes industriels fabricant de formules chimiques dites de substitution.

 

Que l’élevage industriel soit en cause je suis le premier à le reconnaître, mais pour les vegan radicaux c’est l’éradication de l’élevage qui est le but ultime au nom d’arguments animalistes qui ne résistent pas à une analyse sereine.

 

L’assiette vegan est-elle vraiment bonne pour la planète?

 

Faut-il que l’humanité passe à une alimentation exclusivement végétale pour réduire son impact sur la planète? La question est plus complexe qu’il n’y paraît. Dans certains cas, l’élevage serait même bénéfique pour l’environnement.

 

La crise environnementale remet en question le contenu de nos assiettes. Faut-il réduire notre consommation de viande, de lait ou de poisson pour «sauver la planète», comme le conseille le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) ? La pression s’accroît sur l’élevage, pointé pour son lourd bilan environnemental, et souvent accusé de maltraitance animale.

 

Plusieurs études scientifiques confirment les bienfaits de régimes végétariens (pas de produits carnés) ou véganes (alimentation exclusivement végétale) pour la santé de l’homme et de son environnement. Une récente analyse de l’Université d’Oxford et d’Agroscope suisse montre que la production d’aliments d’origine animale sollicite 83% des sols cultivables et génère 58% des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole. En limitant la consommation de viande et de produits laitiers ou en y renonçant complètement, on pourrait économiser jusqu’à 76% des terres et diminuer de moitié les émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole.

 

Quel que soit le scénario envisagé, l’élevage a toujours plus d’impact sur l’environnement que des cultures végétales, conclut l’étude. Notamment à cause de la déforestation et de l’appauvrissement des sols utilisés pour produire de la nourriture pour les animaux, ainsi que des grandes quantités de méthane émises lors de la digestion des ruminants.

 

Il n’y a pas de régime universel pour sauver la planète

Pierre-Marie Aubert, IDDRI

 

Valorisation des espaces

 

Alors, tous véganes ?

 

Ce n’est pas si simple. «Une alimentation sans produits d’origine animale diminuerait la pression de l’homme sur l’environnement, confirme Thomas Nemecek, chercheur à Agroscope et l’un des auteurs de l’étude. Mais les effets d’un tel changement doivent encore être étudiés, comme l’utilisation des sols libérés, le remplacement des engrais de ferme, fourni par des animaux, par des engrais minéraux, les impacts sur la biodiversité et la qualité des sols, et les conséquences économiques dans différentes régions.»

 

La question se pose notamment pour les pays qui vivent de l’élevage et dépendent des protéines animales à défaut d’alternatives végétales en quantité suffisante. Mais pas seulement. «Malgré leur lourde empreinte écologique, les animaux d’élevage valorisent certains espaces, en transformant en nourriture les ressources qu’on ne peut ni consommer ni utiliser pour réduire l’impact environnemental», relève Patrice Dumas, chercheur au Centre français de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad) et auteur de plusieurs études sur l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Il s’agit notamment de pâturages alpins et de sols arides, impropres à la culture ou à l’implantation de forêts. En renonçant à l’élevage sur ces terres, on perdrait une source de nourriture et augmenterait la pression sur d’autres ressources pour la compenser.

 

Un risque pour la Suisse la suite ICI 

 

 

Agroalimentaire. Le pois jaune, nouveau chouchou de l’industrie du vegan ICI

 

La protéine extraite de cette légumineuse entre dans la fabrication des fausses viandes, du lait végétal ou des compléments pour sportifs. La pénurie guette.

 

Les substituts de viande à base de végétaux connaissent une popularité croissante, et le secteur a désormais une nouvelle star : l’humble pois. De [la société californienne] Beyond Meat, dont l’action a crevé le plafond depuis son introduction en Bourse au mois de mai, au producteur de viande américain Tyson en passant par le suisse Nestlé, les entreprises de l’agroalimentaire s’intéressent maintenant au pois jaune, source de protéines et ingrédient essentiel des alternatives au burger, au bacon, au thon ou au yaourt.

 

Face à la demande croissante des consommateurs, les producteurs se dépêchent d’ajuster leur offre, et on a frisé la pénurie. Le problème n’est pas la rareté du pois jaune – les réserves sont abondantes, encore renforcées par les restrictions chinoises sur les importations canadiennes, dans le sillage du litige autour de Huawei, et par la décision de l’Inde d’imposer des barrières douanières sur les légumineuses –, mais le nombre insuffisant d’usines capables de produire la poudre de protéine extraite du légume. Les industriels n’ont tout simplement pas pu suivre le rythme.

 

Ainsi, la production de Meatless Farm, une start-up de Leeds [au Royaume-Uni] qui vient de signer un accord de distribution aux États-Unis avec Whole Food Markets, chaîne d’épiceries haut de gamme [et filiale d’Amazon], a été  multipliée presque par 30 depuis la création de l’entreprise, l’an dernier. Or, récemment, la société n’a reçu que 25 % d’une commande de protéine de pois, les fournisseurs ayant fait dévier le reste pour satisfaire d’autres acheteurs.

 

Les consommateurs se détournent du soja

 

“La hausse de la demande a eu des conséquences peu reluisantes, concède Morten Toft Bech, fondateur de Meatless Farm, qui admet que sa principale préoccupation est de s’assurer qu’il peut continuer à fournir ses clients. Nous avons commencé à constituer des stocks. Comme tout le monde.”

 

Le pois jaune, qui fait partie de la même famille que le soja, la lentille et le pois chiche, est devenu la source de protéine de prédilection pour de nombreuses entreprises agroalimentaires, alors que les consommateurs se détournent du soja. Si ce dernier reste la source la plus abondante et la moins onéreuse de protéine végétale, c’est également un allergène, et, aux États-Unis, il est souvent génétiquement modifié. Il est riche en phyto-œstrogènes, et d’aucuns redoutent qu’il n’ait des effets négatifs sur la santé de certaines personnes.

 

“Les consommateurs réclament des protéines ‘propres’, autrement dit : sans OGM, voire bio, explique Tyler Lorenzen, directeur exécutif de Puris, à Minneapolis, le principal producteur américain. La croissance est exponentielle.” La consommation de protéines de pois a presque doublé depuis 2015, atteignant 275 000 tonnes, selon Henk Hoogenkamp, consultant auprès de sociétés agroalimentaires. Il s’attend à une progression du marché de 30 % l’an prochain et au chiffre de 580 000 tonnes en 2025.

 

L’approvisionnement en question

 

Comme la protéine de pois des industriels chinois est moins chère que celle de gros producteurs comme [le français] Roquette ou le belge Cosucra, les prix n’ont pas explosé, précise Hoogenkamp. Il n’existe pas de Bourse de l’isolat de protéine de pois, et l’évolution des prix est difficile à surveiller, mais on estime que cet ingrédient se vend entre 4 200 et 4 600 dollars [entre 3 700 et 4 100 euros] la tonne. L’isolat de protéine de soja, lui, vaut environ 3 500 dollars [3 200 euros] la tonne.

 

Reste que la demande est tellement importante que les acheteurs peinent à assurer leur approvisionnement sur le long terme. “Alors que les entreprises [acheteuses] voudraient verrouiller les prix jusqu’en 2020, les fournisseurs rechignent à leur garantir la livraison de plus grandes quantités pour un prix plus bas”, poursuit Hoogenkamp.

 

En juin, à l’occasion de la publication des résultats trimestriels de la société, Ethan Brown, le fondateur de Beyond Meat, a avoué qu’il était “quelque peu préoccupé” par ce problème d’approvisionnement. Beyond Meat a signé un contrat de trois ans avec Puris, qui complète celui passé avec le français Roquette, expirant à la fin de l’année. L’entreprise cherche à agrandir son réseau de fournisseurs, souligne Brown.

 

Les entreprises agroalimentaires misent sur la protéine de pois

 

Ripple Foods, une start-up californienne qui produit du lait végétal à base de protéine de pois, a vu ses ventes doubler chaque année depuis sa création, en 2016. L’entreprise, qui compte la banque Goldman Sachs parmi ses investisseurs, a passé des accords commerciaux avec des agriculteurs dont elle traite la production pour en extraire les protéines. Ripple Foods est ainsi à l’abri des fluctuations de prix, explique son cofondateur, Adam Lowry : “Cela nous sort du marché de la protéine de pois”, résume-t-il.

 

Un nombre croissant d’entreprises agroalimentaires investissent dans la protéine de pois depuis quelques années. En 2018, le géant du Minnesota Cargill a injecté 25 millions de dollars dans la société Puris, avec laquelle il a créé une coentreprise.

 

De nouvelles unités de production devraient voir le jour d’ici l’année prochaine. Au Canada, Roquette fait construire une usine au Manitoba, tandis que Verdient Foods, un producteur de protéine végétale établi dans la Saskatchewan et soutenu par James Cameron, le réalisateur de Titanic, prévoit également d’augmenter ses capacités.

 

Le marché devrait cependant rester tendu. “Il y a eu des annonces, et les premiers coups de pioche ont été donnés, mais il va falloir attendre entre six mois et un an avant de voir la production démarrer”, tempère Chuck Penner, du cabinet d’analyse LeftField Commodity Research, à Winnipeg [Manitoba].

 

En attendant, de nouveaux produits devraient prochainement être commercialisés, annonce Pascal Leroy, vice-président de la filière pois et nouvelles protéines de Roquette. “La croissance est vraiment impressionnante. C’est la protéine de prédilection des dix prochaines années.”

Emiko Terazono

 

 

Le succès des Dr Martens vegan fait bondir les bénéfices de la marque

 

La gamme végan représente maintenant 4 à 5 % du total des ventes de la marque.

Par Marion Durand

 

MODE - Ces chaussures iconiques, portées aussi bien par les stars internationales que par les fans de mode, sont pour beaucoup un classique à avoir.

 

Si au début des années 2000 la marque a connu un léger déclin dans ses ventes, depuis 2012 l’entreprise a su se renouveler et a réussi a quasiment triplé ses revenus.

 

Mais c’est incontestablement sa gamme “vegan”, lancé depuis trois ans, qui séduit de plus en plus de consommateurs. Kenny Wilson, directeur général de la marque, a déclaré qu’au cours des dernières années, les ventes de ses chaussures végétaliennes avaient augmenté de “plusieurs centaines de pour cent”. Ces chaussures, fabriquées sans produit animal, représentent désormais 4 à 5 % des ventes totales de la société, peut-on lire sur le site The Guardian.

 

Selon Independent, l’augmentation des marges sur ces produits s’est traduite par une hausse des bénéfices d’environ 70% en un an, avec un total de 8,3 millions de paires de chaussures vendues en 2018.

 

La gamme vegan n’est pas la seule à séduire autant les clients, la collection de sandales, les versions pour enfants et certaines collaborations comme celle avec les Sex Pistols, Marc Jacobs ou la marque Lazy Oaf expliquent aussi en partie ce succès.

 

Cette collection végétalienne remplace le cuir par un matériau synthétique, appelé “Felix Rub Off”. La société affirme que le matériau fonctionne aussi bien que ceux avec du cuir et est fabriqué avec “absolument aucun produit animal”.

 

 

La gamme, qui a remporté l’année dernière la meilleure collection de bottes végétaliennes aux trophées de la mode PETA, utilise du plastique polyuréthane synthétique au lieu du cuir.

 

En mars 2019, l’entreprise Dr Martens possédait 109 magasins propres, dont deux nouveaux sites au Royaume-Uni et quatre nouveaux magasins aux États-Unis.

 

L’histoire des Dr Martens

 

A l’origine cette célèbre paire de chaussures appartient à un docteur allemand, Klaus Maertens, qui, à la suite d’un accident pendant la Seconde Guerre mondiale, décide de se créer une paire de chaussures orthopédiques.

 

Même si la famille Maertens était propriétaire de la marque, c’est une société privée anglaise, Griggs Ltd, qui obtient la licence de fabrication de la chaussure. La première paire à être commercialisée est la “1.4.60”, dont le nom est la date de fabrication (1 avril 1960). Elle sera à jamais, celle qui marquera les esprits.

 

Avant de devenir une chaussure emblématique, les Dr Martens sont d’abord des chaussures destinées aux ouvriers qui s’en servent comme chaussures de sécurité. Son bout coqué la rend solide et résistante, le cuir fin et la semelle remplie d’air quant à eux la rendent confortable.

 

C’est dans les années 60, pendant que se créer une libération intellectuelle et vestimentaire, que cette paire de chaussures ouvrière va devenir le symbole de toute une génération et surtout d’un style: le punk. Au fur et à mesure du temps, tous les mouvements contestataires de l’époque qui arborent des styles différents (gothiques, rock, etc) seront attirés par les Dr Martens.

 

Les leaders d’opinion ont amplement contribué à son succès, comme Madonna les portant dans les années 80 et plus récemment par des stars comme Miley Cyrus ou encore Kanye West.

Partager cet article

Repost0
17 septembre 2019 2 17 /09 /septembre /2019 06:00
Un curé pas ordinaire, plus Peponne que Don Camillo  « si l’évangile ne marchait pas, la Juventus marcherait » « mais comment ça se fait qu’il gagne toujours le maçon, vu qu’il est communiste ? »

J’adore ce genre d’histoires vraies.

 

C’est l’histoire d’un prêtre, cousin éloigné du narrateur, curé d’un petit village des Collines métallifères. La Maremme.

 

 

C’était pour lui « la punition, comme aller en Sardaigne pour un militaire : tu te fais chier. Personne ne va à l’église, seulement quelques rares femmes pieuses et les touristes en été. »

 

Il décida que « si l’évangile ne marchait pas, la Juventus marcherait »

 

« Il fonda un club de supporters, puis la gérance d’un bar du village  et le recouvrit de posters. À l’école, pendant l’enseignement religieux, à la place des santons, il offrait des images à collectionner, mais seulement celles avec les joueurs de la Juve. Au lieu du Notre-Père, c’est la formation qu’il nous demandait de savoir par cœur (Zoff-Gentile-Cabrini-Brio-Scurea et ainsi de suite) et il organisa même des pèlerinages, comme en 1983, où il emmena quelques personnes en bus jusqu’à Athènes pour voir la Juventus perdre un à zéro contre Hambourg lors de la finale de la Coupe des champions. »

 

Résultat de recherche d'images pour "La Juventus 1983"

 

C’était un énergumène à la force herculéenne.

 

Un jour, la maîtresse du narrateur amena sa classe à sa messe, où il y avait seulement deux vieilles et une femme avec un enfant qui n’arrêtait pas de pleurer.

 

Il expédiait la messe à toute vitesse dans un grommellement incompréhensible, entrecoupé  de rares amen.

 

Il s’adressa à la maman du chiarre braillard « Madame, si l’enfant pleure, mettez-lui une chaussette dans la bouche. »

 

Il se débarrassait de ses fidèles d’un sonore et libérateur « Allez en paix » qui avait tout l’air d’un « Allez vous faire foutre »

 

Plus jeune il concluait la cérémonie ainsi :

 

« La messe est finie… Allez manger des tortelli que vos mamans vous ont préparés. Moi maintenant je suis libre, si quelqu’un voulait m’inviter… voyez un peu ce que vous pouvez faire. »

 

Quand il passait bénir les maisons il fallait planquer tout ce qui était alcoolisé.

 

« Il y avait dans la rue une aimable veuve et à sa vue son cœur semblait s’attendrir, il laissait une lire aux enfants de chœur pour qu’ils aillent au magasin s’acheter des bonbons et qu’ils débarrassent le plancher.

 

Enfin, il arrivait chez nous, faisait main basse sur le vin et les œufs et bénissait. Il réapparaissait à Noël, lorsqu’il remettait le prix de la meilleure crèche. Ça étonnait beaucoup qu’il fasse gagner le maçon stalinien qui habitait à l’angle. Ma grand-mère disait : « mais comment ça se fait qu’il gagne toujours le maçon, vu qu’il est communiste ? » Elle avait de bons rapports avec le maçon et elle alla le lui demander. Il lui répondit : mais tu parles, la crèche d’Égypte. Le prêtre, il vient chez moi boire le vin, bourrique de Maremme, il sait bien que dans la rue c’est moi qui est le meilleur. La crèche, mon œil. »

 

« Le prêtre ne devait pas non plus être une mauvaise personne, étant donné qu’il collaborait avec les résistants. Même les nazis ne réussirent pas à le descendre, et ils essayèrent. Les fascistes voulaient sa mort (on murmure que c’est à cause d’histoires de femmes), mais le boche qui devait le tuer changea d’avis et le libéra : et c’est ainsi qu’il continua à manger les tortelli, à réclamer les œufs et le vin et à faire peur aux femmes, jusqu’à ce que le Très-haut le rappelât à lui, au grand soulagement des maris cocus. »

 

Alberto Prunetti  Amianto Une histoire ouvrière Agone

 

Les collines métallifères

 

ICI 

Partager cet article

Repost0
16 septembre 2019 1 16 /09 /septembre /2019 06:00

Résultat de recherche d'images pour "les bégonias origines"

On demandait à un élégant Bordelais le nom des fleurs qui ornaient un parterre de son château médoquin : « Je ne sais pas, répondit-il, mais en Angleterre on les appelle bégonias. »

 

« Bordeaux, anglaise jusqu’à la fin du XVe siècle, tout comme Londres elle a sa rue Saint-James, anglomane depuis Louis XV ne s’intéresse que fort peu à ce qui se passe à Paris. »

 

« Dans mon enfance on parlait plus volontiers d’un raout (mot démodé depuis plus de cent ans en Angleterre) que d’un cocktail. Les Misses appelaient les enfants au jardin public an criant « Tea time, children », et les Maud, Eddy, Jane, Willie répondaient dans un accent encore proche du terroir. Une dame vous invitait à des réunions en petit comité : ses in-between. »

Brown-Cantenac

 

Image associée

 

Le bégonia (Begonia) est une plante originaire des régions tropicales ce qui explique qu'elle soit frileuse et donc cultivée en annuelle en extérieur ou comme plante d'intérieur. Son très grand nombre d'espèces réunit des vivaces herbacées, des arbustes persistants, des grimpantes succulentes et des épiphytes. Les racines sont fasciculées, rhizomateuses ou tubéreuses avec des tubercules qui entrent en dormance en hiver.

 

Certains bégonias sont appréciés pour leur feuillage original, asymétrique, simple ou composé, vert ou bronze pourpré, mais la plupart des variétés sont choisies pour leurs fleurs unisexuées. Souvent groupées en cymes ou en grappes, doubles ou simples, elles arborent des couleurs lumineuses pouvant aller du jaune pâle au rouge foncé. Les fleurs mâles comptent de 2 à 4 pétales inégaux tandis que les fleurs femelles en ont de 2 à 6 qui sont égaux.

 

Contrairement aux autres fleurs qui ne cessent de parler d’amour, dans le langage des fleurs, le bégonia est le symbole de la cordialité et d’une amitié sincère. Par ailleurs, son nom lui a été donné par l’homme qui l’a découvert, Charles Plumier, au XVIIIème siècle lors d’une expédition en Amérique du sud. Il choisit ce nom en l’honneur de Michel Bégon, administrateur et intendant de Marine mais également collectionneur passionné de botanique, qu'il avait connu aux Antilles.

 

 

Famille : Bégoniacées

Type : vivace cultivée en annuelle

Origine : Amérique du sud, Afrique du Sud, Asie

Couleur : fleurs rouges, roses, jaunes, blanches, abricot...

Semis : oui

Bouture : oui

Plantation : mars

Floraison : de mai à octobre

Hauteur : jusqu'à 80cm

 

 

Géographie : L'origine des Begonia

Patrick Rose

ICI 

Partager cet article

Repost0
15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 07:00

 

Un Hautes-Côtes de Beaune (orchis masculata), vin élégant, raffiné même, qui vous caresse la bouche, lui donne un goût de fruit discret et léger mais persistant comme lorsque vous allez vous-même cueillir une baie aux premières lueurs de l’aurore et que vous la croquez.

 

Orchis masculata c’était le vilain petit canard noir de la couvée.

 

68027559.jpg

 

Pas d’orchidée pour Miss Naudin !

 

Mais qu’avait-il donc ce vin ?

 

Quelle était son histoire ?

 

Quel était son terroir ? 

 

Voilà ce qu’écrivait Claire en 2008 :

 

 

 

« A la base, il y a une petite vigne plantée en cépage aligoté, en 1902, donc par mon arrière-grand-père. Depuis plusieurs années, je rêvais d’en vinifier le raisin séparément, et d’une façon bien particulière, de le presser en raisin entier, sans apport de sulfites. Je voulais le travailler comme mes ancêtres… J’avais l’impression que cela m’apprendrait beaucoup, une intuition très forte, qui s'imposait à moi…

 

En 2007, année pourtant un peu difficile d’un point de vue météorologique, je me sens prête, je me lance. La vendange est rentrée à 11°2 d’alcool potentiel naturel, et là mon intuition me dit de ne pas y toucher : non seulement il n’y aura pas de sulfites, mais pas non plus de sucre ajouté, ni bien sûr de levures, d’enzymes, de bentonite (argile qui sert à clarifier le vin)…

 

Rien que du raisin ! 

 

Et tout se passe bien... J’envisage donc assez vite une mise en bouteille sans filtration, par gravité, avec juste un petit apport de sulfites afin de stabiliser le vin et de lui permettre de voyager un peu, si besoin !

 

À la dégustation il ne ressemble pas vraiment à l’appellation qui devrait lui correspondre : plus aromatique, plus complexe, avec des nuances inhabituelles... En outre, sa vinification particulière fait qu’il n’est pas tout à fait «dans le schéma type », qui vient d’être redéfini par la réforme de l’agrément. 

 

En effet, après questions aux organismes responsables, il apparaît :

 

Qu’il est de bon ton de filtrer les vins (en tous cas un dépôt, même naturel, même s’il n’est aucunement amer ni désagréable au goût, est considéré comme un défaut)…

 

Qu’il est bien vu de sulfiter les vins à des niveaux élevés (même si la loi fixe des valeurs maximums, non pas des valeurs planchers)… Par exemple, là où je me contente de 50 mg par litre de dioxyde de soufre, certains exigent plus de 100 mg/l…

 

Qu’il n’est pas prévu une expression aromatique aussi exubérante, même si elle est le fait d’un terroir, d’un raisin issu d’une très vieille vigne, d’une vinification peu interventionniste, c'est-à-dire de facteurs inhérents à l’appellation…. »

 

Que des choses qui fâchaient les agréeurs mais est-ce proférer des gros mots que :

 

-          d’affirmer qu’un « grand vin, d’où qu’il vienne, se construit 365 jours par an, des vignes à la mise en bouteille, grâce au travail persévérant de toute une équipe, motivée par un objectif commun : aller au bout des choses, oser croire au potentiel de ce vin, et oser se donner les moyens de l’exprimer. »

 

-         de souligner que « c’est sans doute la grande chance de la Bourgogne : le vigneron ici, commence bien souvent par travailler sa vigne lui-même (avec parfois ses ouvriers). Les heures de labeur manuel sont aussi des heures de réflexion. Le contact avec la terre et la plante est source d’intuition à qui veut bien se laisser faire pour ressentir cela. Utilisée en vinification, relevée de toutes sortes d’observations (inévitables lorsque l’on travaille la vigne), accompagnée de quelques résultats d’analyses, cette intuition permet au vinificateur-vigneron d’adapter encore mieux les opérations de vinification à chaque millésime, à chaque lot de raisin, donc à chaque matière première. »

 

Moi je ne trouve pas.

 

Qu’on ne vienne pas me jouer l’air du passéisme, du retour à…

 

Tous ceux qui nous bassinent avec le terroir et qui le traitent, parfois le maltraitent, avec des recettes toutes faites, importées, imposées, me semblent bien plus éloignés de la modernité que ceux qui, comme Claire, sont  attentifs, précautionneux, pour tenter de « tirer le meilleur parti du potentiel intrinsèque de chaque lot de raisin ».

 

Que ça plaise ou non aux tenants des solutions clés en mains, ces gestes, sont le fondement même du métier de vigneron lorsqu’il se fait artisan. Ils sont ce que fait la main après observation, réflexion, tâtonnements, hésitations pour aller, comme le dit Claire, « au bout de l’expression de nos terroirs, dans leur diversité, leurs richesses. »

 

Toute la chronique du 14 novembre 2011 ICI 

Partager cet article

Repost0
15 septembre 2019 7 15 /09 /septembre /2019 06:00

Donald Trump, left, and Bette Midler are bickering online — and have been for years.

(Alex Brandon / Associated Press, left; Ricardo DeAratanha / Los Angeles Times)

« Mon mari m’a dit : « Bette, si tu veux apprendre à cuisiner, on peut licencier notre chef », et j’ai répondu : « Martin, si tu veux apprendre à faire l’amour, on peut virer le chauffeur. »

Bette Midler

 

J’ignore tout de la vie conjugale de Bette Midler, « Depuis novembre 1984, Bette Midler partage la vie de l'artiste Martin von Haselberg (né le 20 janvier 1949) - qu'elle a épousé le 16 décembre 1984, soit six semaines après leur rencontre. Ensemble, ils ont eu une fille, nommée Sophie Frederica Alohilani von Haselberg (née le 14 novembre 1986). »

 

« J'ai épousé un allemand. Tous les soirs je me déguise en Pologne et il m'envahit. »

Bette Midler- La Bette et le bête

 

« Bette Midler est une femme répugnante, mais je ne le dis pas, car je suis politiquement correct », balançait un Donald Trump hautement magnanime il y a quelques années. En cause, une blague de la comédienne sur son improbable crinière. Quel toupet !

 

BIOGRAPHIE ICI

Partager cet article

Repost0
14 septembre 2019 6 14 /09 /septembre /2019 06:00

L’image contient peut-être : 1 personne, sourit, debout

Au temps préhistorique, 2006, de mes premiers pas de blogueur, afin de mettre au parfum mes nouveaux abonnés j’avais pondu 3 chroniques dans le genre d’où viens-tu, qu’as-tu fait de ta vie ? Elles couvraient la période 1948-1986

 

Je vous les livre brutes de décoffrage.

 

Ça évitera à l’ami PAX d’aller piocher tout au fond des archives de mon blog.

 

17 mars 2006

CV sans photo

 

À l'attention de ceux qui me lisent sans savoir d'où je sors...

 

Je suis né le 12 juillet 1948 à la Mothe-Achard un gros bourg du bocage vendéen, le bas bocage tout proche de la mer. Mon grand-père paternel était éleveur de grands boeufs blancs charollais, le maternel marchand de tissu et épicier. Mon père était entrepreneur de travaux agricoles et ma mère couturière. Petit dernier arrivé bien après un grand-frère, né en 39, et une grande soeur, née en 42, nous vivions en cohabitation avec mes grands-parents paternels. Je suis allé à l'école maternelle sous la férule douce des petites sœurs de Mormaison, puis pour le primaire chez les frères du bienheureux Louis Grignon de Montfort ensuite j'ai migré à 500 mètres de la maison à l'école d'agriculture ND de la forêt jusqu'à mon premier bac, enfin j'ai fait ma philo à l'Institution Amiral Merveilleux du Vignaux des Sables d'Olonne.

 

En 1965, j'ai émigré très loin à la ville, à Nantes à la Faculté de Droit sur les conseils du bon abbé Blanchet qui, à l'instar de son neveu Michel Albert, voulait faire de moi un énarque. Je n'ai pas fait l'ENA mais mai 68, désolé ! J'étais un étudiant salarié puisque je professais à l'école d'agriculture de la Roche s/Yon. Une thèse de 3ièm Cycle sous la direction d'Yves Prats, le frère de Bruno de Cos d'Estournel, sur les interventions de l'Etat sur la filière porc. Je dois vous avouer que ça les défrisaient un peu les universitaires de se colleter au monde réel mais moi j'avais envie de garder un pied dans mes origines.

 

Deux années de VSNA à Constantine, de 74 à 75, maître-assistant à l'Université Aïn El Bey construite par Oscar Niemeyer, la dictature de Boumediene, le fiasco des conseillers français du régime, déjà la montée des islamistes, une grande vitalité surtout chez les jeunes femmes, un grand gachis de potentialités et de richesses. Balades dans les Aurès, Ghardaïa et le grand sud dans ma petite R4. Retour au pays en 1975, recherche d'emploi, embauche comme contractuel par un jeune et sémillant Inspecteur des Finances, Bernard Auberger, à la Direction de la Production, des Marchés et des Echanges Extérieurs du Ministère de l'Agriculture. Petit salaire : 3000 F/mois mais une première expérience du terrain en liaison directe avec ceux qui bâtissaient le Marché Commun.

 

En effet, Christian Bonnet étant Ministre de l'Agriculture, le cabinet  m'envoya ausculter la Bretagne avicole profonde. Pendant plus de 6 mois je sillonnai les 4 départements : accouveurs, éleveurs, industriels de l'aliment intégrateurs les Guyomar, Sanders Co, les marchands de poulets, de dindes et autres volatiles les Doux, Tilly Co, les marchands d'oeufs... etc. J'observais, ayant déjà une bonne connaissance via ma thèse sur le cochon, la montée en puissance d'une Bretagne industrieuse, dure, productiviste mais avait-elle d'autres choix, je pondais des notes et pressentais que la machine à faire du poulet export, congelé, gorgé de flotte, expédié dans les pays du Golfe à grand coup de restitution était une machine infernale. Enfin, je constatais que nos petites bestioles consommaient du soja et des PSC importés alors que nos céréales étaient bradées vers l'Empire Soviétique avec le soutien des restitutions. La machine européenne commençait de s'emballer mais en France personne n'osait se risquer à critiquer une mécanique qui rapportait gros au Trésor...

 

21 mars 2006

Encore un bout de ma vie

 

1976 : la grande sécheresse, et me voici dans une soupente de la rue Barbet de Jouy, en compagnie d'un jeune et sémillant garçon frais émoulu de l'ENSAE, ce cher Claude qui, lui, savait faire fonctionner un ordinateur : un Wang, chargé par notre directeur de faire des propositions au cabinet pour indemniser les agriculteurs. Un grand moment je vous assure. Deux petits contractuels face aux ingénieurs du GREF et aux politiques, ça valait le déplacement. Mon premier souvenir de la salle à manger de l'hôtel du Ministre où se tenait les réunions. Peut-être qu'un jour je vous raconterai ces jours de canicule...

 

Ensuite, le directeur me demandait de plancher sur une importante question : faut-il, face à la surproduction, instituer des quotas pour le lait et pour le vin ?

 

Ma réponse : oui pour le lait, non pour le vin, le rapport a jauni et il fallut attendre 1983 et Michel Rocard Ministre de l'Agriculture pour que la PAC instaure des quotas laitiers. Pour le vin je vous raconterai les  accords de Dublin. Je commençais à m'ennuyer. En 1978, pendant mes week-end je suis « monsieur vin du Loir et Cher » et si vous ne me croyez pas demandez au président Coutoux. Ce premier contact de terrain m'amène à postuler à l'Office National des Vins de Table où je deviens le SG. Je découvre les grands chefs : Antoine Verdale, Marcelin Courret, Raymond Chandou et ceux qui sont encore là, PML le directeur, bordelais de Caudéran,  qui écrit un rapport sur la chaptalisation, je gratte les PV des conseils : entre opéra bouffe et grand guignol. À cette époque avec Boulet de l'INRA nous lançons la première et grande étude sur la consommation dans l'indifférence générale. J'apprends dans mon petit coin.

 

1981, les chars russes n'arrivent pas jusqu'à la Place de la Concorde ce qui me permet, déjà à vélo, de traverser la Seine pour me rendre au début du mois de juin jusqu'à l'hôtel de Lassay, résidence du Président de l'Assemblée Nationale, puisque je viens d'être nommé Conseiller Technique au cabinet du Président pour suivre la Commission de la Production et des Echanges. La buvette, les séances de nuit, les macarons, Guy Carcassonne, Philippe Valla, Frédéric Saint Geours, la cave de l'hôtel de Lassay, la salle Colbert, ça chahute dur dans l'hémicycle. Je côtoie les élus, les grands patrons : Georges Besse, Jean Gandois... des syndicalistes : Krasucki, Maire. Je continue de faire ma petite pelote...

 

4 mars 2006

Le bras droit du Ministre

 

Pour ceux qui débarquent sur ce blog cette chronique est la suite de CV sans photo et Encore un bout de ma vie...

 

En 1983, au grand tournant du réalisme, Rocard est sorti de son placard du Plan pour occuper le 78 rue de Varenne : il faut mettre de l'huile dans les rouages entre le pouvoir et la grande maison FNSEA, exit Edith et ses pulls mohair. A la tête du cabinet le rond Huchon que j'ai croisé à l'ONIVIT, il était chef du bureau agricole du Budget (avant lui Emmanuel Rodocanachi, après lui Daniel Bouton, l'agriculture attirait les énarques du top 10). Les dorures de l'Hôtel de Lassay me pèsent et lorsque Huchon me demande de rejoindre l'équipe Rocard pour être le conseiller technique en charge des productions végétales, plus particulièrement le vin et les fruits et légumes, je n'hésite pas, c'est oui.

 

Et pourtant ça chauffe, nous sommes dans la phase ultime des négociations d'élargissement de l'Europe à l'Espagne et au Portugal et bien sûr les deux produits sont au coeur du compromis. Sur le vin la vieille garde professionnelle (y’a des jeunes de cette période qui sont déjà vieux et qui aujourd'hui sévissent encore) ressort les vieilles lunes des quantum. Avec l'équipe de la Direction de la Production / André Lachaux, Jean Nestor, Yves Van Haecke nous proposons d'en finir avec la machinerie infernale des aides qui favorisent ceux qui surproduisent pour la chaudière. Nous déposons un mémorandum à la Commission. Les démagogues de tous poils braillent.

 

Dans les colonnes du Midi-Libre, Laurent Thieule, s'en donne à coeur joie (des pages spéciales, le débat est ouvert, ce n'est pas comme aujourd'hui où le ML ne donne la parole qu'à ceux qui entonnent le même refrain). Il m'a baptisé le « bras droit du Ministre » et, à chaque fois que l'occasion se présente sur le terrain, je vais aux charbons face à la base. À Bruxelles nous ferraillons avec nos collègues italiens, nous avons la main. Des souvenirs toujours : la salle de presse au petit matin pour le débriefe, avec en particulier Françoise Laborde la Gersoise qui pige pour les Echos (elle présente le Journal de la 2 maintenant), les passes d'armes entre Roland Dumas et Giulio Andreotti au Conseil Affaires Générales, les petits restos italiens, les séances Ministres seuls, le Conseiller du Président silencieux...

 

Deux belles années galerie Sully à souquer ferme, les accords de Dublin, les matches de foot du WE de la Pentecôte en Normandie, la démission de Rocard en pleine nuit sur la question de l'introduction de la proportionnelle, j'ai envie de changer d'air. Le temps me semble venu de sauter le pas, de me mettre les mains dans un autre cambouis : celui de l'entreprise. Comme je ne suis ni haut, ni fonctionnaire, le pantouflage n'est pas pour moi.

 

Ma décision est prise... J'allais me colleter à la réalité du commerce du vin, je partais à la Société des Vins de France qui, à l'époque, était la première entreprise généraliste en vins, elle était une filiale du groupe Pernod-Ricard.

Partager cet article

Repost0
13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 06:00

Résultat de recherche d'images pour "corbillard napolitain des années 30"

Comme mes fidèles le savent j’ai occupé, au temps de mes culottes courtes, les éminentes fonctions d’enfant de chœur à la paroisse Saint Jacques le Majeur de la Mothe-Achard.

 

Même si je dusse choquer certains d’entre vous la cérémonie que je préférais, avec les Rogations (là c’était dans les champs), c’était les enterrements car nous allions accompagner le ou la défunté (e) au cimetière.  

 

Nous précédions le corbillard tiré par une haridelle poussive drivé par je ne sais plus qui, ma mémoire flanche. Je me souviens des plumeaux, des cordons du poêle, du cérémoniel mais pour le nom du cheval et de son cocher que dalle !

 

Image associée

 

Nous revêtions les soutanes noires, surplis blanc empesés par les bonnes sœurs, au tour du catafalque dans l’église je passais l’encensoir au curé pour enfumer notre client (désolé) puis, flanqué de mes deux assesseurs portant leurs faux cierges calés à la hanche, je portais la croix. Le curé nous suivait drapé dans sa chasuble noire brodée de fils d’argent, un enfant de chœur à ses côtés portait le seau du goupillon rempli d’eau bénite qui servirait au cimetière à asperger le cercueil avant qu’il ne soit descendu dans la fosse ou pour les riches glissé dans le caveau familial.

 

Nous passions devant le Bourg-Pailler.

 

Résultat de recherche d'images pour "corbillard à cheval en Vendée"

Le corbillard de Vercel - Arnaud Poirier - france-sire.com

 

Tout ça sans tambour ni trompettes, seuls les ahanements de la haridelle, le bruit de ses sabots sur le macadam, ses flatulences, ponctuaient notre montée vers le cimetière. Parfois, le cheval faisait une pause pour se soulager en liquide ou en solide, ou les deux à la fois, ça nous faisait prendre des fous-rires de penser que les accompagnants allaient patauger dans le crottin ; des garnements nous étions mais il n’y avait aucune malice de notre part, hormis ce petit moment de relâchement nous gardions notre sérieux, le curé-doyen Bailly y veillait.

 

Au retour, le corbillard revenait au petit trot et nous nous retroussions nos soutanes pour courir derrière, je portais la croix sur mon épaule comme Jésus au Golgotha, en plus décontracté bien sûr.

 

Mon rêve caché c’est un enterrement avec de la musique comme ici dans le roman de Maurizio De Giovanni L’été du commissaire Ricciardi.

 

L'été du commissaire Ricciardi par Giovanni

 

« Quand Ricciardi et Maione tournèrent l’angle de la piazza Santa Marie la Nova, les attendaient des funérailles de première classe. Le corbillard était déjà arrivé et à lui seul, il était tout un spectacle. Huit chevaux attelés deux par deux, noirs, grands et magnifiques, écumaient sous leur charge et sous la chaleur : sur la tête un grand plumet, noir comme le harnais. Spécialement dressées, les somptueuses bêtes ne faisaient aucun bruit : pas un piétinement, pas un hennissement ou un ébrouement. Derrière eux le corbillard proprement dit : une marqueterie rococo de bois, de stuc et de verres translucides. Un dernier voyage en grand pompe, sous les yeux émerveillés de l’assistance.

 

Le silence qui écrasait la place n’avait rien de naturel. Une foule bigarrée s’entassait le long des demeures et de l’église ; seul l’espace autour du corbillard était vide, comme si la mort, dans sa représentation la plus populaire, était contagieuse. Le cocher, en queue-de-pie noire, coiffé d’un chapeau haut de forme brillant, attendait, debout, son fouet à la main, près de la roue arrière plus haute que lui. Devant, en quête d’un espace ombragé, les huit musiciens qui allaient ouvrir le cortège et jouer des marches funèbres attendaient en fumant et en maudissant la chaleur ; le soleil éclaboussait les instruments posés à terre et qui lui renvoyaient des éclairs dorés. »

 

[…]

 

« De la partie ouverte du portail sortit don Pierino qui avait revêtu les parements des funérailles, deux enfants de chœur à ses côtés. Derrière lui, le cercueil, en bois sombre sculpté, porté sur les épaules par quatre croque-morts. Le prêtre bénit la bière qui fut hissée dans le corbillard. Le soleil désormais haut dans le ciel rendait la chaleur insupportable. »

 

[…]

 

« Une fois la porte du corbillard fermée, le cocher monta sur son siège et fit claquer son fouet. Les musiciens attaquèrent la marche funèbre de Chopin et les chevaux se mirent en route, calquant leurs pas sur le rythme de la musique. »

 

[…]

 

« Le cortège funèbre devait parcourir la première partie du rectiligne corso Umberto pour se dissoudre piazza Nicola Amore : pour les Napolitains, il s’agissait toujours du Rettifilo et de la piazza Quatro Pallazzi : un trajet d’une certaine longueur, surtout sous ce soleil brûlant. À chaque pas martial des huit chevaux la foule s’amenuisait, au fur et à mesure qu’elle se rendait compte que les principaux protagonistes avaient tirés leur révérence et que la représentation n’offrirait plus de coups de théâtre. »

 

[…]

 

« Au passage du cortège, les magasins encore ouverts fermaient, les femmes se signaient et les hommes portaient la main au chapeau dans un geste de salut militaire. »

   

Partager cet article

Repost0
12 septembre 2019 4 12 /09 /septembre /2019 06:00
Voyager pour « frotter et limer notre cervelle contre celle d’aultruy » Montaigne « Ne voyage pas en épicier ou en commis-voyageur » Flaubert en Corse

« La Corse apparaît comme une terre étrangère, ni parfaitement italienne, ni totalement française, qu’on ne sait trop sous quelle latitude situer. Que vient-on chercher en Corse ? Un peu d’Italie ? Un ailleurs ? »

Eugène F.-X. Gherardi Revue des Deux Mondes 1829-1831

 

Flaubert part de Toulon le 4 octobre, il arrive aux abords d’Ajaccio le 5 octobre, secoué par les assauts du « perfide élément » Il est reçu à dîner, avec son accompagnateur le docteur Cloquet, par le préfet Honoré Jourdan, homme à la cordialité tout insulaire.

 

« Nous sommes partis d’Ajaccio pour Vico le 7 octobre, à 6 heures du matin. Le fils de M. Jourdan nous accompagnés jusqu’à une lieue hors la ville. Nous avons quitté la vue d’Ajaccio et nous nous sommes enfoncés dans la montagne. La route en suit toutes les ondulations et fait souvent des coudes sur les flancs du maquis, de sorte que la vue change sans cesse et que le même tableau montre graduellement toutes ses parties et se déploie avec toutes ses couleurs, ses nuances de ton et tous les caprices de son terrain accidenté. Après avoir passé deux vallées, nous arrivâmes sur une hauteur d’où nous aperçûmes la vallée de la Cinarca, couverte de petits monticules blancs qui se détachaient dans la verdure du maquis. Au bas s’étendent les trois golfes de Chopra, de Liamone et de Sagone ; dans l’horizon et au bout du promontoire, la petite colonie de Cargèse. »

 

Note de votre serviteur qui fut « monsieur Corse » sous Michel Rocard devenu « Corse d’honneur » depuis qu’il repose au cimetière de Monticello

 

J’ai laissé couler le temps puis je suis revenu tous les ans passer des vacances en Corse, à Tiuccia, commune de Calcatoggio, juste avant Sagone.

 

Cette année, au lieu de prendre l’avion, j’ai embarqué ma petite auto sur un ferry partant de Toulon. Sans le savoir j’ai mis mes pas dans ceux de Flaubert, à la différence près que la mer était d’huile et que la douceur de l’air m’a permis de dormir sur un transat sur l’un des ponts.

 

L’autre différence de taille c’est la route reliant Ajaccio à Sagone. Au tout début on grimpait jusqu’au col de San Bastianu, des virages des virages, des slogans peints en noir dénonçant la répression coloniale la DNAT de JP Chevènement, une chaussée pleine de trous, puis on plongeait vers la baie de la Liscia, la plus profonde de Corse, des virages des virages, les insulaires qui vous collent au cul pour tenter de vous doubler, faut s’y faire.

 

Et puis, il y eu le Tour de France en Corse, le ruban de la chaussée devint aussi lisse que le crane de Yul Brunner mais toujours des virages des virages et toujours la rage des insulaires face au pilotage des pinzutu, cependant année après année ma parfaite connaissance de la route me permettait de me la jouer tango corse sans toutefois me lancer dans des dépassements aussi hasardeux qu’inutiles.

 

Bref, cette année que vis-je en me rendant à Tiuccia avec ma petite Twingo, des travaux, des flancs de collines arasés, des énormes engins à l’arrêt, bien sûr je consultai Corse-Matin :   

 

Ajaccio-Sagone - D'importants travaux de sécurisation sur la RD81 / © FTVIASTELLA

 

Ajaccio-Sagone - D'importants travaux de sécurité sur la RD81

 

La route départementale 81 reliant Ajaccio et Sagone fait peau neuve. Les travaux ordonnés par l'ancien Conseil départemental de la Corse du Sud visent à sécuriser et fluidifier la circulation par la construction de deux ronds-points et de deux créneaux de dépassement.

 

Une stèle au bord de la chaussée pour rappeler que parfois, la route tue. La RD 81 entre Ajaccio et Sagone en est parsemée. C'est pour éviter des drames mais aussi pour fluidifier la circulation que des travaux ont été programmés.


Ronds-points, voies de dépassement, revêtement neufs, il en coutera 12 millions d'euros financés à 70% par l'Etat, via le PEI. Durant la pleine saison, chaque jour, un peu plus de 15 000 véhicules empruntent la RD 81. Les travaux sont prévus pour durer deux ans.

 

Pour Monsieur Bianchi mon propriétaire, ça fera gagner 10 mn sur le parcours car on pourra enfin dépasser les envahisseurs estivaux.

 

 

 

Laissons de côté les travaux publics pour revenir à la culture, le voyage de Flaubert :

 

 

 

« Nos chevaux broutaient dans le maquis, toute la nature rayonnait de soleil, la mer au fond scintillait sur le sable et ressemblait avec ses trois golfes à un tapis de velours bleu découpé en trois festons. »

 

[…]

 

« Il y a en effet en Corse une haine profonde pour l’Angleterre et un grand désir de le prouver. »

 

[…]

 

« … un Corse ne voyage jamais sans être armé, soit par prudence ou par habitude. On porte le poignard soit attaché dans le pantalon, mis dans la poche de la veste ou glissé dans la manche ; jamais on ne s’en sépare pas même à la ville, pas même à la table. »

 

[…]

 

 « Le système montagneux de la Corse à proprement parler, n’est point un système ; imaginez une orange coupée par le milieu, c’est la Corse. Au fond de chaque vallée, de temps en temps un village, et pour aller au hameau voisin il faut une demi-journée de marche et passer quelquefois trois ou quatre montagnes. »

 

[…]

 

« … le paysan cultive encore son champs comme l’Arabe : au printemps il descend pour l’ensemencer, à l’automne il revient pour faire la moisson ; hors de là il se tient chez lui sans sortir deux fois de son rocher où il vit sans rien faire. »

 

[…]

 

« Il ne faut pas juger les mœurs de la Corse avec nos petites idées européennes. Ici un bandit est ordinairement le plus honnête homme du pays et il rencontre dans l’estime et la sympathie populaire tout ce que son exil lui fait quitter de sécurité sociale. »

 

[…]

 

« Rien n’est défiant, soupçonneux comme un Corse. Du plus loin qu’il vous voit, il fixe sur vous un regard de faucon, vous aborde avec précaution, et vous scrute tout entier de la tête aux pieds. Si votre air lui plaît, si vous le traitez d’égal à égal, franchement, loyalement, il sera tout à vous dès la première heure, il se battra pour vous défendre, mentira auprès des juges, et le tout sans arrière-pensée d’intérêt, mais à charge de revanche. »

 

[…]

 

« C’est du reste, une chose à remarquer en Corse que le rôle insignifiant qu’y joue la femme ; si son mari tient à la garder pure, ce n’est ni par amour ni par respect pour elle, c’est par orgueil pour lui-même, c’est par vénération pour le nom qu’il lui a donné. »

 

[…]

 

« La femme compte pour peu de chose et on ne la consulte jamais pour prendre mari. »

[…]

 

L’esprit des Corses n’a rien de ce qu’on appelle l’esprit français ; il y a en eux un mélange de Montaigne et de Corneille, c’est de la finesse et d’héroïsme, ils sous disent quelquefois sur la politique et sur les relations humaines des choses antiques et frappée à un coin solennel ; jamais un Corse ne vous ennuiera du récit de ses affaires, ni de de sa récolte et de ses troupeaux ; son orgueil, qui est immense, l’empêche de vous entretenir de choses vulgaires. »

 

[…]

 

Ils arrivent finalement à Bastia le 16 octobre. Un bateau les attend le 18 octobre, qui accoste à Toulon le lendemain.

 

[…]

 

« Il ne nous restait plus qu’une journée, qu’une journée et tout était fini ! Adieu la Corse, ses belles forêts, sa route de Vico au bord de la mer ; adieu ses maquis, ses fougères, ses collines, car Bastia n’est pas la Corse ; c’en est la honte, disent-ils là-bas. Sa richesse, son commerce, ses mœurs continentales, tout la fait haïr du reste de l’île. Il n’y a que là, en effet, que l’on trouve des cafés, des bains, un hôtel, où il y ait des calèches, des gants jaunes et des bottes vernies, toutes les commodités des sociétés civilisées. Biastiacci, disent-ils, méchants habitants de Bastia, hommes vils qui ont quitté les mœurs de leurs ancêtres, pour prendre celles de l’Italie et de la France. Il est vrai que les petits commis des douanes, les surnuméraires des domaines, les officiers en garnison, toute la classe élastique désignée sous le nom de jeunes gens, n’a pas besoin, comme à Ajaccio, de faire de temps en temps de petites excursions à Livourne et à Marseille pour y bannir la mélancolie, comme on dit dans les chansons ; ces messieurs profitent ici de l’avilissement du caractère national. »

Partager cet article

Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents