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14 décembre 2015 1 14 /12 /décembre /2015 06:00
Je me suis abstenu…

Ouille, ouille Jacquouille, j’imagine votre tête. Il s’est abstenu, non, pas lui. Si, si, si, je me suis abstenu mais attendez avant de monter sur vos grands chevaux, n’instruisez pas mon procès et ne me condamnez pas avant de m’avoir lu.

 

Oui tout au long de la semaine passée je me suis abstenu mais, rassurez-vous, hier, je suis passé par la case isoloir pour faire mon devoir électoral à l’heure du déjeuner.

 

Hormis le petit plaisir de vous faire bisquer – j’adore cette expression si peu usitée – mon titre reflète mon profond désarroi face à la prolifération des analyses, des contre-analyses en long, en large et de travers, des tribunes, des points-de-vues, des invectives, des petites phrases, des discours furieux, creux, des petites et minables manœuvres, des postures, des appels à…

 

Dans notre vieux pays fourbu, une grande majorité de citoyens ne votent pas, à chaque scrutin qui s’offre à eux ils sanctionnent soit en allant à la pêche, soit en votant pour n’importe qui. Vous me direz qu’ils n’ont pas tout à fait tort puisqu’à force de gober, comme des jobards, des promesses, ils estiment qu’ils sont en droit de sortir les sortants. Pourquoi pas, même si ce slogan a un fumet qui me déplaît.

 

Dans cette dernière votation, je rappelle que ce n’était que des élections régionales, avec de nouvelles géométries pour beaucoup de régions, et qu’une grande majorité des électeurs se fichait pas mal de savoir si les sortants avaient ou non démérités. L’essentiel était ailleurs : sanctionner la majorité nationale, la caste politique dite républicaine dans son ensemble, les élites pour faire court. Là encore pourquoi pas !

 

Ce qui m’interroge c’est que l’électeur éjecteur choisi par défaut ceux qui se proclament anti-système, contre les élites, en une forme de national-populisme, avec une prédilection très forte pour une droite extrême ; l’extrême-gauche, elle, se contente des miettes.

 

Et c’est à ce moment-là que nos grands politologues, éditorialistes et intellectuels de toutes les crèmeries à cervelle, sortent l’arme fatale, celle qui, telle les V1-V2 d’oncle Adolphe, va régler tous nos problèmes : le nécessaire renouvellement de l’offre politique.

 

Et c’est à ce moment-là où je m’abstiens face à un problème qui relève du paradoxe de la poule et de l’œuf.

 

En effet pour générer une nouvelle offre politique encore faudrait-il pouvoir identifier clairement quelle est la demande politique. Et là c’est le souk, le capharnaüm, le bordel pour causer poliment…

 

Alors vous comprenez pourquoi je fuis, je me dérobe, je m’abstiens.

 

Et pourtant, je pourrais donner un point de vue sur ce grand foutoir car, pendant des années, j’ai vécu à l’intérieur, dans l’ombre des politiques, à m’occuper du cambouis du quotidien. Comme le chantait Gabin : Je sais. Mais c’est parce que je sais ce que je sais que jamais au grand jamais il ne m’est venu à l’esprit d’avoir l’ambition de me présenter à une élection, d’embrasser la carrière politique.

 

Pourquoi ?

 

  1. Car les appareils politiques et leur mode de sélection des candidats m’ont toujours révulsé ;

 

​2. Pour pouvoir être, en toutes circonstances, maître de mes choix ;

 

 

​3. Parce que j’ai vu ce qu’était la condition quotidienne du député et, au risque de vous étonner, elle n’est pas aussi enviable que le bon peuple le croît.

 

Fort bien me direz-vous mais pourquoi se refuser à apporter une pierre, aussi petite soit-elle, à l’érection d’une nouvelle offre politique ?

 

La réponse est aussi simple que l’équation est complexe : appeler à un renouvellement complet de l’offre politique n’est qu’un leurre commode pour amuser la galerie.

 

Le faire est une autre paire de manches.

 

Ce grand-ménage, cette place nette, n'est possible que si des circonstances exceptionnelles, telles celles que j’ai connues, malgré mon jeune âge, avec l’arrivée de Gaulle et l’instauration de la Ve République, interviennent. Ainsi, beaucoup de notables de droite comme de gauche, vieux routiers de la IVe, ont été balayés et ont laissé la place petit à petit à une nouvelle race d’élus et de Ministres : les énarques et les fonctionnaires en général.

 

Nous n’en sommes pas là et si nous en arrivions-là je ne vois aucun vivier disponible où aller puiser cette fraie politique.

 

De grâce arrêtons d’invoquer le recours à la société civile !

 

Là encore comme sœur Anne, depuis le temps qu’on l’attend, je ne vois toujours rien venir…

 

Alors que faire ?

 

Comment le faire ?

 

Je ne sais mais ce que je sais, et là j’en reviens à mon cœur de cible : le vin, c’est que si, petit à petit, on laisse une coterie exercer sa mainmise sur les lieux de décision, il ne faut pas ensuite venir se plaindre des disfonctionnements du système.

 

Je n’en dirai pas plus car je rabâcherais au risque de vous lasser.

 

Mais, comme mon espace de liberté se nomme Vin&Cie, je dois vous avouer que la semaine passée je me suis aussi abstenu :

 

- De chroniquer sur la campagne de Vin&Société signée « Le Vin. Je l’aime, je le respecte », portée par les grains de raisin baptisés les vindomptables et soutenue par le slogan « Aimer le vin, c’est aussi avoir un grain de raison » Une campagne dites d’information visant à faire connaitre les repères de consommation et à donner un cadre clair à la notion de modération ainsi qu’une définition de la consommation excessive.

- De chroniquer sur le Spécial champagne du journal Le Monde.

 

Pourquoi me direz-vous ?

 

Ma réponse va peut-être vous surprendre : parce que je suis abonné au journal le Monde et que j’ai bien conscience que mon apport financier est fort marginal face à la toute-puissance de la Régie Publicitaire. Si vous consultez le spécial champagne du Monde vous pourrez constater les motivations de mes 2 abstentions.

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, « Marine Le Pen, a été le père de substitution de Marion Maréchal-Le Pen » Christine Clerc, Les Conquérantes

La semaine fut rude. Je me suis fait moine.

 

« Comme ceux qui dessinent les paysages se placent dans la plaine pour observer la nature des montagnes et des lieux élevés, et pour observer celle des lieux bas se placent en haut sur la montagne, de même, pour bien connaître la nature des peuples, il faut être prince et pour bien connaître celle des princes, il faut être du peuple. »

 

Je lis le Prince de Machiavel

 

 

Notes de lecture

 

« Grandes actions, grands hommes, grandes choses » font la virtù.

 

Avec complaisance et jubilation Machiavel n’a de cesse de s’interroger sur leur « mobile » et leur efficacité pour en dégager le modus operandi de leur action. Quelles sont donc les qualités requises du Prince dans l’exercice de ses fonctions ? Quelles sont les vertus princières ? » Libéralité, générosité, courage, sens de l’honneur, loyauté, gloire, confiance, clémence, aptitude au bon conseil, discernement, virilité, vaillance… Toutes dimensions que Machiavel incarne dans la virtù.

 

L’homme princier en serait-il pour autant un être plénier, un Dieu sur terre ? La parfaite coïncidence du dire, du faire et de l'être est, dans l’espace de la condition humaine, une illusion : « Je sais que chacun confessera que ce serait chose très louable, que chez un prince, l’on trouvât, parmi toutes les qualités susdites, celles qui sont tenues pour bonnes. Mais on ne peut les avoir ni les observer entièrement, car les conditions humaines ne le permettent pas. »

 

Cependant Machiavel affronte le dilemme de tout ordre politique : la cruauté, qui lui est consubstantielle, ne doit pas le rendre odieux et méprisable, rapace et haïssable. « Il lui est nécessaire d’être assez prudent pour savoir fuir l’infamie de ces (vices) qui lui feraient perdre son État.

 

« Un prince doit donc prendre grand soin qu’il ne sorte pas de sa bouche une chose qui ne soit pleine des cinq qualités susdites et il doit paraître quand on le voit et l’entend, toute pitié, toute foi, toute intégrité, toute humanité et toute religion : et il n’est pas de chose qui soit plus nécessaire que paraître avoir cette dernière qualité. »

 

L’aura, ce que l’on appelle aujourd’hui le charisme pour gagner la confiance et l’estime du peuple.

 

Il s’agit donc de discriminer à quelles conditions et dans quelles circonstances, l’homme acquiert la virtù ?

 

« Seuls la défense de la patrie et le maintien de l’État peuvent légitimer pour Machiavel le sacrifice absolu d’une « entrée » dans le mal : « C’est que l’amour de ma patrie avait dans tous les cœurs plus de pouvoir qu’aucun autre sentiment. »

 

« En toute cité, on trouve ces deux humeurs différentes ; et cela naît de ce que le peuple désire ne pas être commandé ni écrasé par les grands, et que les grands désirent commander et écraser le peuple ; et de ces deux appétits différents naît dans les cités un de ces trois effets : ou le principe ou la liberté ou la licence. »

 

Je referme le Prince et me voilà sitôt face à la tribu Le Pen…

 

 

« Sans Lambert, pas de FN. Sans Le Pen, pas de Lambert »

 

« Ce sont quelques mots prononcés par Lorrain de Saint Affrique, conseiller en communication de Jean-Marie Le Pen pendant dix ans (1984-1994). Ils concernent deux hommes : l'ancien président du FN et Hubert Lambert, riche industriel français… et grand admirateur des présidents des formations d’extrême droite.

 

Le 27 septembre 1976, Hubert Lambert dit Saint-Julien, actionnaire de la société Lambert Frères et Cie, décède. Dans son dernier testament, ce quadragénaire fragile physiquement et psychologiquement a fait de Jean-Marie Le Pen son exécuteur testamentaire et son unique héritier. Les commentaires, les polémiques et sous-entendus consécutifs à cet héritage ne changent rien. À l’automne 1976, Jean-Marie Le Pen devient un homme riche, très riche. De plus, l’héritage Lambert lui donne les outils et les moyens structurels pour relancer son histoire, intimement liée à celle de son parti.

 

Au FN, on apprécie cet homme discret, « très gentil ». On évoque également sa faiblesse de caractère. On sait également qu’il est fortuné… pour preuve : la Rolls avec chauffeur qui le dépose rue de Surène, lorsqu’il se rend au siège du FN. Cependant, on ignore sa filiation avec les ciments Lambert et, donc, sa fortune colossale.

 

Le Président du FN, lui, fait la connaissance d'Hubert Lambert au début des années soixante-dix. En 1973, il convie Jean-Marie Le Pen à un dîner. Hubert Lambert arrive avec une serviette en cuir. Selon Roger Mauge, l’un des hagiographes de Jean-Marie Le Pen, les deux hommes auraient tenu le dialogue suivant, en rapport avec les premières élections législatives auxquelles le FN participe (mars 1973) :

 

« - Il faut absolument que tu te présentes aux prochaines élections, Jean-Marie [...]. Je t’ai apporté 300 000 francs pour ta campagne électorale. Ils sont là [...].

 

– Tu es très généreux, Hubert. [...] Permets-moi de me servir de cet argent pour saupoudrer partout où nous présenterons une candidature. (…)

 

Hubert plaisante :

 

– Aucune importance ! Prends, et rends-moi la serviette. Elle pourra encore servir ! »

 

Après ce déjeuner, rapporte Roger Mauge, Jean-Marie Le Pen et Hubert Lambert se «voient plus souvent et d’une certaine manière deviennent amis» ! Car les Le Pen se montrent particulièrement attentifs à cet homme, notamment en lui rendant visite régulièrement. Jean-Marie Le Pen va jusqu’à lui attribuer des fonctions officielles au FN. Membre du Comité central et conseiller national du parti pour les questions militaires, Hubert Lambert affiche régulièrement sa présence aux réunions du parti. Il participe au comité de rédaction du journal du FN, Le National. Il y signe même quelques articles.

 

L'héritage Lambert... une des causes de la suspension de Jean-Marie Le Pen ? par Valérie Igounet historienne

 

« L’héritage Lambert change considérablement la vie de Jean-Marie Le Pen sur les plans politique et personnel. Il lui permet de faire – comme il l’entend - de la politique. L'ancien président du FN devient propriétaire du domaine de Montretout, sise au 8 parc éponyme. Jean-Marie Le Pen y reçoit encore aujourd’hui dans son bureau, à l’étage de cette imposante bâtisse qui domine tout Paris. Cette demeure n’a pas seulement été le lieu d’habitation de la famille Le Pen et le quartier général du FN pendant de nombreuses années. C’est aussi un symbole pour l’ancien président du FN qui désire laisser son nom dans l’Histoire. Montretout est un lieu singulier : le premier propriétaire, Napoléon III, l’avait offert à son chef de cabinet, Jean-François Mocquard. Hubert Lambert le lègue à Jean-Marie Le Pen en 1976. »

 

Revenons aux héritiers de l’immonde de Montretout

 

Marion Maréchal-Le Pen et Florian Philippot, la concurrence de deux forces ascendantes au FN

 

« Malgré son omniprésence politique et médiatique depuis plusieurs années, le vice-président du FN reste considéré par de nombreux historiques du parti comme une personnalité d’ouverture. Critiqué, au choix, pour son gaullisme revendiqué, son étatisme assumé en matière économique ou son influence auprès de Marine Le Pen, le député européen de 34 ans est placé en concurrence avec Marion Maréchal-Le Pen, 25 ans. Dépositaire de la « marque » Le Pen, catholique, libérale et identitaire, la députée du Vaucluse, elle, n’hésite pas à jouer de sa popularité auprès de la base pour marquer sa différence. Elle avait fini première lors du congrès de Lyon en 2014 pour l’élection du comité central du FN, devant M. Philippot, seulement quatrième.

 

La jeune femme a ainsi réaffirmé, vendredi 27 novembre, sa volonté de supprimer les subventions accordées par la région au Planning familial, malgré le fait que sa tante ait rappelé que cela n’était « pas dans les projets du Front national ». En 2013, sa présence dans les cortèges de la Manif pour tous, contrairement à Mme Le Pen et à M. Philippot, avait déjà été remarquée. Ses propos sur la République aussi. La députée avait avoué en juin ne pas comprendre l’« obsession pour la République » exprimée par la majorité de la classe politique, estimant qu’« il y a des monarchies qui sont plus démocratiques que certaines Républiques ». Une vraie différence avec sa tante et son bras droit, qui ne manquent jamais de faire assaut de républicanisme dans leur entreprise de dédiabolisation. »

 

D’où sort-elle cette Marion Maréchal-Le Pen ?

 

 

« En 2013, on apprenait que le père de Marion Maréchal-Le Pen n'était pas Samuel Maréchal, mais Roger Auque, journaliste aujourd'hui décédé et qui n'avait pas reconnu sa fille à l'époque. Dans le même temps, L’Express, qui disait tenir ses informations de l'ouvrage de Christine Clerc, Les Conquérantes, nous apprenait que Marine Le Pen avait joué auprès de la jeune Marion le rôle d'un père de substitution, s'occupant tout particulièrement d'elle. « Marine, ma petite sœur, a été son papa à l'accouchement. Elle m'a aidée à l'élever », a raconté Yann Le Pen, sœur de Marine et mère de Marion, dans l'ouvrage Les Conquérantes.

 

L’égaré du Che de Belfort et l’héritière de la Manif pour tous : le national-populisme ratisse au plus large…

 

- Dans le Nord, le « silence terrifiant » des patrons face au FN 

 

« No Pasaran ». C’était il y a un mois. Bruno Bonduelle, l’un des bâtisseurs de l’empire international de légumes en boîtes, tirait la sonnette d’alarme. Ce chef d’entreprise à la retraite prenait la plume pour crier son angoisse de voir le Front national remporter les élections dans la nouvelle grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie. « Comment peut-on prôner la fermeture des frontières alors que notre économie régionale est immergée dans le monde, avec un salarié sur quatre qui travaille dans une entreprise aux capitaux étrangers, alors que nous vantons dans nos brochures ce carrefour transfrontalier ouvert aux quatre vents de l’Europe, nos succès à l’exportation ? », écrivait Bruno Bonduelle.

 

Son billet d’humeur se terminait par une supplique à l’adresse des élus qui affronteraient Marine Le Pen au second tour : « De grâce, ne laissez pas notre économie sombrer dans le repli sur soi ! »

 

Ce cri du cœur est devenu prophétie. Mais la pythie a perdu sa voix. Contacté, l’ancien grand patron du Nord ne souhaite pas commenter la situation. Sa sortie dans les médias n’a pas été sans conséquence. Des consommateurs ont écrit au groupe en menaçant de boycotter les produits Bonduelle. Des agriculteurs de la région qui fournissent les usines ont menacé de ne plus les approvisionner en légumes si Bruno Bonduelle, ou d’autres, prenaient encore position. L’ancien patron se dit « effondré ». « Ils ont déjà réussi à instaurer la terreur », ajoute-t-il. Christophe Bonduelle, l’actuel PDG, a été contraint de se désolidariser des propos de l’ancien président du groupe. »

 

- Régionales: les catholiques ont plus voté FN (Ifop)

 

« Les catholiques ont davantage voté pour les listes Front national aux élections régionales que l'ensemble des Français (32% contre 27,7%), selon une étude Ifop publiée aujourd'hui par l'hebdomadaire Pèlerin, pour qui « la digue catholique s'effondre» face à l'extrême droite. Les listes Les Républicains-UDI-MoDem arrivent toutefois légèrement devant le FN dans la population catholique, à 33%, les candidats PS-PRG obtenant 19%, selon ce sondage.

 

Fait notable, les catholiques ont voté FN à 32%, alors que 26% d'entre eux l'avaient fait lors des départementales de mars, selon un sondage Ifop pour Atlantico. Le ralliement à l'extrême droite reste moins marqué chez les pratiquants réguliers que dans l'ensemble de la population, mais il progresse très fortement dans ce segment d'une élection à l'autre, de 9% à 24%. «Cette poussée s'est faite avant tout dans l'électorat traditionnel de droite, composé de catholiques pratiquants et âgés», observe Jérôme Fourquet, directeur du département opinion et stratégies de l'Ifop, cité par le magazine catholique Pèlerin. »

 

En l’état, la percée de Marine Le Pen, de sa nièce Marion et de l’énarque Florian Philippot, c’est en effet moins un triomphe idéologique du discours simpliste et baroque du Front national qu’un formidable coup de pied au derrière aux partis de gouvernement, de gauche comme de droite.

 

Le gouffre n’est pas loin

 

Beaucoup de Français, c’est clair, en ont, en effet, par-dessus la tête de partis qui, disent-ils, ne s’occupent pas d’eux, ne les écoutent pas, parfois les méprisent, vivent en vase clos. Le 6 décembre, une partie des électeurs ont voté FN par exaspération. D’autres se sont réfugiés dans une abstention agressive. Pour le moment, Marine Le Pen et ses amis ne sont encore qu’un gigantesque signal d’alarme. Mais le gouffre n’est pas loin.

 

En 1989, au moment de la chute du Mur de Berlin, l’historien américain Françis Fukuyama se faisait applaudir - y compris en France - en prophétisant la fin de l’Histoire. Erreur monumentale. Naïveté grandiose. Sans perspective historique, les Français, qui ne sont pas des Suisses, sont perdus, et ils le sont. Qui sommes-nous? Où allons-nous? Que voulons-nous? Et aussi : que pouvons-nous?

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans roman
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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 06:00
Que reste-t-il ? La langue maternelle. C’est ce que répond Hannah Arendt à propos de son lien personnel à l’Allemagne, sa terre natale.

J’aime ma langue maternelle !

 

Ce samedi, après déjeuner, je suis allé piller l’Écume des Pages sise sur le boulevard St Germain et voisine du café de Flore où ne chalutent plus que les touristes en mal d’images fanées du temps où les « intellectuels » venaient s’y réchauffer.

 

J’ai acheté, entre autres livres, « La langue maternelle » d’Hannah Arendt.

 

On y trouve une conversation entre elle et Günter Gauss, alors journaliste célèbre avant son investiture au sein de l’administration de Willy Brandt en tant que haut-fonctionnaire, et qui fut diffusée sur une chaîne de la télévision ouest-allemande le 28 octobre 1964.

 

50 ans déjà, la préhistoire pour ceux qui ne vivent que dans l’immédiateté.

 

La question posée est essentielle : «Que reste-t-il ? La langue maternelle reste.

 

- Günter Gauss : … je m’interroge sur votre rapport à cette Europe de l’époque pré-hitlérienne à jamais disparue : vous manque-t-elle ? Lorsque vous vous rendez en Europe, avez-vous l’impression que certaines choses demeurent et que d’autres sont irrémédiablement perdues ?

 

- Hannah Arendt : L’Europe de le période pré-hitlérienne ? Je ne la regrette pas, soyez en assuré. Que reste-t-il ? Et bien la langue reste.

 

- Günter Gauss : Et cela a beaucoup d’importance pour vous ?

 

- Hannah Arendt : Oui, beaucoup. J’ai toujours consciemment refusé de perdre ma langue maternelle. Mais j’ai toujours gardé une certaine distance aussi bien avec le français que je parlais autrefois très bien, qu’avec l’anglais qui est la langue dans laquelle j’écris aujourd’hui.

 

« J’écris en anglais, mais j’ai toujours gardé le sentiment d’une certaine distance avec cette langue. Il existe une différence et une autre langue… Je fais des choses en allemand que je ne me serais jamais permise de faire en anglais… »

 

Même dans les temps les plus amers ?

 

Toujours. Je me disais : que peut-on y faire ? Après tout, ce n’est pas la langue allemande qui est devenue folle. Et par ailleurs, rien ne remplace la langue maternelle.

 

Langue maternelle, un féminin bien singulier ?

 

Nous qui cherchons des repères, en voilà un d’une force insoupçonnée…

 

Cultivons notre langue sans l’enfermer en des frontières qui n’existent que dans les discours de ceux qui veulent nous enfermer, nous barricader !

 

Aimer sa langue maternelle c’est pouvoir s’ouvrir au monde, l’accueillir, sans se renier…

 

« La notion de langue maternelle est en elle-même complexe. De quoi parle-t-on à ce propos ? On peut déjà faire un premier constat : la question « quelle est ta langue maternelle ? » ne laisse personne indifférent. Après un temps d’arrêt, elle engendre parfois l’hostilité, le rejet mais le plus souvent, un plaisir à raconter.

 

Mais de quoi s’agit-il ? Est-ce la langue que parle la mère ? Est-ce la langue de l’enfance, une langue intime, la langue particulière dans laquelle on a prononcé les premiers mots, la langue dans laquelle on a été parlé ? Ou faut-il y voir une langue fantasmée après-coup comme originelle? Une fiction nécessaire participant du mythe et du fantasme des origines ? Ce n’est qu’une notion, rien à voir avec les termes conceptuels dont le sens est fixé. Elle est incernable et se présente comme une sorte de point de fuite.

 

« Langue maternelle » s’oppose à « langue étrangère » mais, pour l’infans, toute langue n’est-elle pas étrangère au début ? La rencontre entre l’enfant et la langue que l’Autre lui transmet n’est-elle pas nécessairement traumatique ? La langue maternelle ne porte-t-elle pas les traces d’une perte structurante, traces par lesquelles elle est chevillée au corps ?

 

En faisant ce travail, je me suis rendu compte que j’associais toujours la langue maternelle à l’idée de perte et de langue étrangère. J’ai une langue maternelle, au sens le plus courant du terme, la langue de mon enfance qui n’est pas la langue française. Pendant longtemps, j’ai pensé que les Français nés en France, ayant de tout temps baigné dans cette langue, parce qu’ils n’ont jamais eu à quitter la France, n’avaient pas de langue maternelle, puisqu’ils n’avaient rien perdu, et ne s’étaient jamais confrontés à une langue étrangère qu’on leur faisait obligation d’utiliser. »

 

La suite ICI

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12 décembre 2015 6 12 /12 /décembre /2015 06:00
Donna Eleonora Di Mora

Donna Eleonora Di Mora

Si vous n’avez qu’un seul livre à commander pour vos petits souliers de la Noël, aucune hésitation demandez sans vergogne : La Révolution de la Lune d’Andrea Camilleri chez Fayard !

 

C’est du grand, du très grand Camilleri, pour moi son meilleur roman toujours excellemment traduit par Dominique Vittoz (là encore toutes les expressions, siciliennes, italiennes ou espagnoles, sont comprises aisément grâce au contexte.)

 

 

J’ai lu tous les romans de Camilleri et j’ai chroniqué très souvent (pour le vérifier renseigner en haut à droite du blog la rubrique RECHERCHER : Camilleri).

 

 

C’est un fait historique, la Sicile en 1677 est sous domination espagnole, entre la mort du vice-roi, don Angel de Guzmán qui meurt en pleine séance du Conseil et l’arrivée du cardinal Portocarrero, pendant 27 jours, l’île va être gouvernée par une femme, donna Eleonora di Mora, l’épouse du vice-roi.

 

Celui-ci avait couché sur son testament qu’il voulait pour successeur sa propre femme. Ce n’était pas la première fois qu’un vice-roi sur le point de mourir désignait un membre de sa famille pour lui succéder. Mais là c’était une femme et alors que l’évêque de Palerme avait des vues sur le trône vice-royal, celui-ci dut se plier à la volonté testamentaire.

 

Donna Eleonora di Mora fut donc la seule femme du monde à accéder à une charge politique et administrative aussi élevée.

 

En 27 jours elle ne perdit pas son temps :

 

Elle prend la charge à cœur et décide de combattre la corruption et la luxure de ses conseillers. D'une intelligence redoutable, donna Eleonora, « sans prendre merle pour renard », s'entoure de conseillers intègres, civils, militaires et ecclésiastiques. Elle dénoue un à un les fils de la malhonnêteté des uns et des autres et condamne sans remords, en toute légalité, les princes du sang et le prince de l'Eglise.

 

« C’est elle qui sans aucun doute qui baissa le prix du pain er institua le prévôt qui réunissait les 72 corps de métiers palermitains.

 

Concernant les mesures prises en faveur des femmes, elle rouvrit l’hospice pour les vierges en danger et celui pour les prostituées âgées, tous deux à l’époque fermés depuis longtemps par manque de fonds, tandis que la création de la dot royale et l’hospice des Madeleines repenties sont de son fait.

 

C’est elle qui abaissa à 8 le nombre d’enfants pour bénéficier des avantages accordés aux « pères surchargés ».

 

Il reste donc d’elle en Sicile l’image d’une femme extraordinaire qui sut gagner un large respect pour toute son action durant la courte période où elle gouverna la Sicile.»

 

Bien évidemment, Andrea Camilleri, en grand romancier qu’il est, prend de nombreuses libertés avec l’Histoire pour broder avec verve et humour de Camilleri, une histoire dont je me suis régalé lors de mon voyage Paris-Brest-Paris.

 

 

Quelques joyaux :

 

- On n’en pissera pas, plus raide, ce ne sera quand même la loi ! repipa don Cono.

[…]

 

- C’est plutôt bien chié chanté, rebriqua l’évêque.

[…]

 

- On ponera chacun son tour. Il y a des moments où débourser dix peut rapporter mille », déclara le prince.

[…]

 

- Parce qu’ainsi comme ainsi, parlant par respect, elle vous l’a mis profond.

[…]

 

« Croyez-moi, le roi la rappellera en Espagne sans qu’elle est le temps de dire au cul de venir. »

[…]

 

« La liqueur en question était à laver les pieds des chevaux. »

[..]

 

« Il plongea dans une révérence à cul ouvert. »

[…]

 

« Maigre à baiser une bique entre les cornes, il avait la cociuce aussi déviandée qu’une tête de mort. »

[…]

 

« Ces derniers, les mains en l’air comme pour se rendre, se rentournèrent à toute éreinte à leur place, le toupet rogné. »

 

Page 145-146

 

« Pendant ce temps, à l’intérieur, dans le réfectoire, la grande lippée généreusement arrosée se déroulait dans l’allégresse générale. En effet, don Alterio, tout affligé et chancagné qu’il était, faisait semblant de trouver lui aussi le jus bon.

 

Chaque invité jouissait des services d’une poupine chargée de lui apporter les plats de la cuisine et de remplir son verre de vin tant que de besoin.

 

Don Simone avait eu une jolie idée. Il avait habillé les huit orphelines d’une robe de religieuse, sous laquelle elles étaient nues comme des juments. Chaque habit avait été découpé à quatre endroits : deux trous en haut pour laisser sortir les belons et un troisième en bas donnant accès au bosquet et à la vallée qu’il abrite, et derrière le quatrième, le plus grand, qui permettait de caresser tout à sa mode la lune ronde. »

 

Page 188

 

« Don Serafino prit le message : en effet il était rédigé en sicilien, que donna Eleonora comprenait mal.

Tâchez donc le moyen d’assavoir ce que cette sale charipe d’évêque a bricaté avec un pauvre pettiot de la chorale de la cathédrale qui s’appelle Cinzino. Il l’a tant dessampé que le père a dû appeler le médecin qui lui a fait des points.

Mais quand donc ce grand chavaroute sera-t-il empêché de marpailler les petits mamis ? Pensez-y.

 

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11 décembre 2015 5 11 /12 /décembre /2015 06:00
Lettre d’un vieux blogueur à un blogueur devenu restaurateur : cher Bruno Verjus de TABLE…

Bruno,

 

Si je prends la peine de t’écrire en ce matin de décembre frisquet c’est pour te dire tout le plaisir que m’a procuré la lecture de la belle et pertinente chronique de Jacky Durand, au titre très Libé « BRUNO VERJUS SES METS À TABLE ».

 

Si je puis dire et, mieux encore, l’écrire : enfin !

 

Ce n’est pas trop tôt…

 

 

Je l’ai lu avec gourmandise, de la bien belle ouvrage, bien saisie comme l’une de tes belles soles d’hiver de l’Ile d’Yeu au beurre clarifié de vache Rouge des Flandres.

 

Ha ! l'Ile d’Yeu, Bruno, nous avons pour elle les mêmes yeux de Chimène… la loubine du plateau de Rochebonne qui se situe à plus de trois heures de mer* des côtes d’Yeu.En juillet, la loubine (bar) se pêche à la canne avec des lançons. En août elle musarde et modifie son régime alimentaire. Elle ne résiste pas aux ballardes, lignes de fond garnies de chancres-ballants, petits crabes blancs. »

 

Juillet-août 68, la ferme des 3 moulins, marchand de vermoulu (antiquités) avec Jean Neveu-Derotrie, notre C4 et Achille le chien...

 

Comme d'accoutumée je m’égare dans mes chers chemins de traverse.

 

Le port de la Meule où je mangeais des tellines, le vieux château où j'allais contempler l'océan en furie, les bars de Port-Joinville...

 

Souvenirs, souvenirs... comme le chantait Johnny !

 

Mais revenons à mes moutons : y'a pas à dire cette chronique quel bel envoi !

 

Moi, le vieux blogueur blanchi sous le harnois, qui besogne chaque jour que Dieu fait, je suis un peu jaloux d’une telle aisance. Ce qui me console, pour ne rien te cacher, c’est que je ne suis pas peu fier d’avoir été l’un des premiers, dès 2013, alors que tu découvrais « les joies et les peines » de ton nouveau métier, à pressentir que par-delà les embuches, les difficultés, tu irais jusqu’au bout de ton défi.

 

Tu tiendrais ta ligne de conduite…

 

Avec un peu d’emphase je titrais alors : TABLE est une Grande Table : Bruno Verjus inventeur* de produits de génie. 

 

Depuis tu n’as pas dévié d’un pouce de tes choix initiaux : tu cherches et tu trouves le produit d’exception, tu lui donnes sa chance, tu le révèles en magnifiant, avec simplicité, honnêteté, ses saveurs originelles. Chez Table vous respectez le goût des choses et ça cadre bien avec ma philosophie du bien vivre.

 

Comme la rue de Prague n’est qu’à quelques tours de roue de chez moi, il me suffit de sauter la Seine sur le pont d’Austerlitz, de passer sous le viaduc de l’ancienne ligne qui desservait les bords de Marne, d’accrocher mon fidèle destrier aux barres prévues à cet effet, lorsque je pousse ta porte – façon de parler – je me sens un peu chez moi.

 

Fleurs de ruine, Modiano…

 

« En ce temps-là, on allait de Paris à Nogent-sur-Marne et au Perreux par la gare de la Bastille ou par la gare de l’est. Les trains partaient de la Bastille suivaient la ligne dite de Vincennes, jusqu’à Verneuil-L’étang. J’ai connu encore cette ligne au début des années 60 avant que le RER ne lui succède, et que la gare de la Bastille ne soit détruite pour laisser la place à un Opéra.

 

La voie courrait sur le viaduc de l’avenue Daumesnil dont les arches étaient occupées par des cafés, des dépôts et des commerces. Pourquoi je longe ce viaduc si souvent dans mes rêves ? »

 

Le café Bosc, Alligator, Ghesquière&Cie, Chauffage la Radieuse… 

 

Les indigènes de Paris, espèce en voie de disparition... ne reste plus que certains parisiens de fraîche date pour relever le défi  de la vie de village de la ville capitale. J'en suis et m'assimile à l'indigénat de Paris. Nous nous accrochons, sommes un peu chiants, mais fidèles. Depuis la Corse, en septembre, j’ai commis une lettre d’un habitué du déjeuner à ses cantiniers, cantinières, préférés…  je n’y reviens pas.

 

En revanche je reviens à l’objet de la présente lettre, la chronique de Jacky Durand.

 

À la différence de beaucoup de ses confrères, il me donne le sentiment – tu le sais je suis mauvaise langue – d’avoir pris son temps, avant d’écrire, de humer l’air du lieu, de ton lieu, de comprendre, de s’imprégner de l’esprit de ta maison.

 

 

Ça part bien : « Il cuisine en chaussures de ville, pantalon rouge et grosse écharpe, avec un air mi-Topor, mi-Bébel, appelle son second «Loulou» en écoutant Leonard Cohen. Bruno Verjus, le chef de Table, à Paris, est un peu sorcier du goût, rebouteux des papilles et ménestrel des fourneaux. »

 

La suite est ICI

 

Bonne lecture à mes chers lecteurs en grande majorité non parisiens mais qui, comme nous le disions dans ma Vendée crottée, montent aussi à Paris aux grandes occasions.

 

Dans ce cas y’ pas photo, si vous recherchez une belle TABLE pour déjeuner ou dîner, allez donc saluer le patron de TABLE qui s’appelle Bruno – rien à voir avec celui de Pierre Perret – il vous surprendra.

 

En plus à TABLE les vins sont au top, comme je les aime : un peu nature sur les bords…

 

Bruno, à bientôt…

 

Un vieux blogueur qui s’aventure de temps à autre à faire des tartes aux pommes…

 

* au sens de celui qui a découvert un trésor (article 68-9 du Code minier français).

 

Lettre d’un vieux blogueur à un blogueur devenu restaurateur : cher Bruno Verjus de TABLE…
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10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 06:00
ceci est une huître non laiteuse

ceci est une huître non laiteuse

Au Lapin Blanc, la petite cantine d’altitude du haut de Ménilmontant, les taulières n’y vont pas avec le dos de la cuillère lorsqu’il s’agit de faire découvrir aux oiseaux de nuit, qui viennent se restaurer et se substanter chez elles, des liquides et des solides naturels…

 

Le mardi au menu du Lapin c’est la mer avec Poiscaille en direct de la mer !

 

Le 1er décembre c’était huîtres sentinelles slow food de la ria d’Etel de chez Jean-Noel Yvon

 

Tout d’abord pour les petites louves et loups sous-culturés, une ria est « la partie inférieure d'une vallée, ou d'un système de vallées, profondément envahie par la mer lors de la transgression flandrienne » Larousse

 

« La transgression, en géologie, est un déplacement de la ligne de rivage vers l'intérieur des terres, due à un affaissement continental ou à une élévation du niveau de la mer ou à une conjonction de ces deux situations (par exemple en période de réchauffement climatique).

 

On appelle première transgression flandrienne l'épisode où, au pléistocène récent, à la fin de la dernière glaciation de Würm, c'est-à-dire il y a environ de 17 000 à 10 000 ans, l'eau des inlandsis a fondu et a entrainé une remontée du niveau de la mer (d'environ 100 m) : à cette époque la Manche, puis les Pays-Bas et les Flandres belge et française se sont trouvées envahies par la mer, d'où le nom de cet épisode.

 

La ria d’Etel est située dans le département du Morbihan.

 

 

C’est quoi une huître sentinelle ?

 

« Au même titre que la vache Pie Noire, ou le chou de Lorient, l’huitre de l’Istrec, produite en pleine mer et dans le respect de son environnement avec une culture traditionnelle, est devenue sentinelle pour la fondation Slow Food, comme d’autres ostréiculteurs de l’ouest qui décident de suivre cette démarche.

 

L’huître de l’Istrec, (l’Istrec, c’est « l’huitrière ») devient un témoin de la qualité des eaux de la Ria d’Etel, d’une saveur particulière, dépendant de la salinité des eaux, des marées, des courants…C’est une huître responsable ne se consomme que les mois en R, de septembre à avril.

 

C’est donc la saison, profitez-en !

 

« Depuis 2008, l’huître des côtes françaises connaît une crise grave de surmortalité

 

« On met en cause une nouvelle souche du virus, la dégradation de l’écosystème ou la fragilisation des populations d’huîtres liée aux conditions d’élevage intensif, à un appauvrissement génétique ou encore aux manipulations que certaines ont subies. Mais nul ne sait précisément » (fondation Slow Food). Un virus qui n’est pas transmissible à l’Homme.

 

La Ria d’Etel n’échappe pas au phénomène, et de la vingtaine de fermes ostréicoles de Locoal Mendon, on ne sait exactement combien vont mettre la clé sous la porte.

 

Les sentinelles sont des projets de Slow Food, créés pour accompagner les petits producteurs et préserver les productions artisanales de qualité. Ils tentent de sauvegarder et relancer un produit alimentaire menacé, comme c’est le cas de l’huître.

 

Jean-Noël Yvon, ostréiculteur à l’Istrec, appartient au réseau Cohérence, et produit une huître qui correspond, de fait, à ce cahier des charges. En effet, le réseau Cohérence promeut des solutions alternatives rentables économiquement, écologiquement saines et socialement équitables et depuis 2009 a entamé une démarche d’ « Ostréiculture durable et solidaire ».

 

Source : Se nourrir de la Tête aux Pieds by Tifenn

 

 

L’ours hiberne en hiver, l’ostréiculteur hiberne en été ! (il éterne?). 

 

« Nous reprenons des forces, nous compilons assez de lumière et de soleil, de vitamines et de sommeil, pour nous remettre de la saison passée et nous préparer à la prochaine. Et puis, l’huître a un rythme de vie auquel nous sommes tenus de nous adapter. Ainsi, alors qu’elle se prépare à la reproduction, nous la laissons tranquille juste ce qu’il faut, pour ne pas l’épuiser. Son énergie n’est plus concentrée sur sa croissance, mais sur l’appel de la nature qui dit, alors que les températures remontent, qu’il va être temps de produire les gamètes… Nous avons tourné toutes les poches déjà une fois, pour éviter que la végétation luxuriante du printemps, en mer comme dans les jardins, n’empêche l’eau de filer entre les mailles des poches. Un peu de soleil pour faire dessécher les belles mousses, un peu d’eau pour étouffer les algues de couleurs verte, ces filaments doux et longs, comme des cheveux. Et Jean noël est présentement en train de tourner celles du naissain que nous avons été chercher en Charente, un naissain capté naturellement dans une zone où le captage se fait en quantité, ce qui n’est pas le cas ici. Ici, on sait mieux faire grandir les huîtres. Je suis privée de marée le temps de remettre en état un bras récalcitrant, et ça me manque.

 

En attendant, je tourne autour du bassin, pour regarder, surveiller, les huîtres qui ont été levées cette semaine. Nous attendons la délaitance des huîtres. Ce moment où elles larguent dans l’eau leurs gamètes, pour que la reproduction se fasse. L’huître peut être mâle ou femelle d’une année sur l’autre (l’huître plate est encore plus performante puisqu’elle peut être mâle ou femelle le même été!) Si nous surveillons ce moment, c’est parce qu’une fois que la laitance se retrouve dans l’eau du bassin, il n’est pas question qu’elle y reste: quand l’huître voudra se nourrir, elle s’étouffera avec la laitance. Ainsi, une fois que nous avons constaté le phénomène mentionné, il faut jouer juste; etre certain d’avoir attendu assez pour que toutes les huîtres aient délaité, mais ne pas attendre trop longtemps non plus, pour éviter qu’elles s’en nourrissent! »

 

Lire la suite sur le site de Jean-Noël Yvon, ostréiculteur à l’Istrec

 

ET SI L’HUÎTRE DEVENAIT UNE PERLE RARE ? (INTERVIEW ORIGINALE)

INTERVIEW DE JEAN-PIERRE BAUD, BIOLOGISTE, COORDINATEUR TRANSVERSAL CONCHYLICOLE À L’IFREMER

COP 21 : pour les fêtes de fin d’année mangez des huîtres sentinelles naturelles de la ria d’Etel de chez JN Yvon en buvant du Muscadet

Appellation Muscadet Sèvre et Maine - Château-Thébaud

 

Terroir : granit de Château-Thébaud

 

Encépagement : 100% Melon de Bourgogne

 

Age des vignes :  50 ans

 

Densité de plantation : environ 7000 pieds/Ha

 

Taille : Gobelet

 

Culture : Sols labourés, sans intrants chimiques

 

VINIFICATION

 

Egrappage : Non

 

Type de cuve :  souterraine pour éviter les variations de températures

 

Elevage à la nantaise, sans batonnage

 

Vignerons récoltants Jérémie HUCHET & Jérémie MOURAT

L’îlot de Nichtarguer est une minuscule bande de terre sur la rivière d'Etel,

L’îlot de Nichtarguer est une minuscule bande de terre sur la rivière d'Etel,

La rivière (ou le ria) d'Etel est un magnifique coin de Bretagne et l'île de Saint Cado est un petit bijou baigné par le flux et le reflux. Saint Cado fit un pacte avec le diable. Si ce dernier construisait un pont pour relier l'île à la berge, Saint Cado lui offrirait l'âme du premier être vivant à traverser. Dès que le diable eut achevé le pont, Saint Cado y jeta un chat...

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 06:00
Pourra-t-on défendre les AOC à l’OMC ? « Le système américain est une prime au producteur le plus malhonnête et au consommateur le plus stupide… » Louis Lorvellec.

À l’heure où nous voguons dans le monde du vin français sur le mol océan du tout AOC-IGP, c’est-à-dire d’une identification du produit par son origine géographique fondé sur un cahier des charges, et que les tenants de cette dérive font la chasse à tout ce qui ressemble à la diversité, au nom d’un air de famille symbole de l’uniformité, sortir nos têtes du petit marigot national, où d’ailleurs les vins cohabitent avec d’autres produits, tout particulièrement les fromages, me semble bon pour nos neurones bien encrassés par un goût immodéré du repli sur nous-même.

 

C’est pour cette raison que je vous propose la lecture du CR d’une conférence de Bertyl Sylvander lors d’un des Cafés-débats de Marciac en Aveyron.

 

Une autre raison, plus personnelle, m’y pousse : Bertyl Sylvander cite quelqu’un qui m’a été très cher : Louis Lorvellec, professeur de droit rural à la faculté de Nantes. Nous nous sommes rencontrés lorsque je pilotais la réécriture de nos textes sur les AOC afin de pouvoir entamer la négociation au plan européen. Et puis, le jour où j’ai quitté les manettes, lui et son collègue JC Hélin qui avait été mon mentor en droit administratif en 1968, m’ont demandé si je serais intéressé par un poste de professeur-associé à mi-temps à la Faculté de Nantes. Étonné, et aussi flatté, j’ai accepté. Ils m’ont fait coopter et pendant 3 ans j’ai donc pu apporter « mon expérience de la négociation européenne » auprès d’étudiants de 3ième cycle. Ce fut une expérience riche et unique. Louis Lorvellec nous a quiité en 2001.

 

L’auteur dans son introduction, avec humour, indique : « J’ironisais tout à l’heure sur mon nom. Bertil Sylvander n’est pas un nom d’ici : mon père est Suédois et je suis né en Algérie. La mère de mon père était anglaise d’adoption et son père était russe… Je suis donc très mal placé pour parler d’origine, mais c’est peut-être pour cela que je suis fasciné par les gens qui ont des racines, qui savent parler du coin où ils sont nés, où leurs grands-parents sont nés, qui connaissent toutes les histoires du village… »

 

 

Si l’on regarde plus précisément l’état des forces par rapport à la question de départ, on constate que les manières de concevoir le commerce dans les pays libéraux et dans les pays de tradition administrative et étatique reposent sur des principes différents.

 

Cette conception est étroitement liée à l’histoire, à la culture, à la religion, à toutes sortes de déterminants socio-politiques. Prenons la tradition latine : on estime que les gens n’ont pas toutes les cartes en main, qu’il peut y avoir tromperie et sous-information : l’Etat doit donc jouer un rôle de régulateur. En revanche, l’approche anglo-libérale considère que tout est possible : vous avez le droit de tout faire si vous ne trompez pas vos concurrents et vos clients. Sur le marché, l’étiquette, le nom du produit, et la communication sont donc déterminants. De ce point de vue, la stratégie du me too (du « moi aussi ») est légitime. Si je suis capable de faire ce que fait l’autre, moins cher et mieux, et qu’en plus, j’arrive à promouvoir mes activités par la publicité, il n’y a pas de problème. C’est ce qu’indiquent les accords de l’OMC sur la propriété intellectuelle, dont l’article 23 concerne le vin et liste les produits d’appellation qui ne doivent pas être imités. En revanche, l’article 22 stipule que tous les autres produits peuvent être imités à condition que le consommateur ne soit pas lésé. Mais qui décide que le consommateur est lésé ou non ? La question reste posée. Les juristes américains disent ainsi que les Etats-Unis peuvent fabriquer du vin et l’appeler « chablis », tout simplement parce que les consommateurs américains ne savent pas qu’il existe en France une zone d’appellation d’origine contrôlée ainsi nommée. S’ils l’ignorent, ils ne sont donc pas lésés !

 

Quand vous faites vos courses dans un supermarché américain, vous vivez des expériences assez étonnantes. Vous trouvez par exemple du brie from old Europ, ce qui signifie que le terroir, c’est l’Europe tout entière. De même, les Canadiens estiment pouvoir faire un produit qui s’appelle parmesan, car il ne s’agit après tout, à leurs yeux, que d’un fromage en poudre un peu fort que l’on met sur les pâtes... Ils ne savent absolument pas que ce fromage est issu d’une région autour de Parme. Il y a pire : 80% des Chinois ignorent que la France existe. Ils n’en connaissent même pas le nom. Nous-mêmes faisons souvent la même chose. Quand nous parlons du « frigo », nous évoquons la marque Frigidaire. Nous devrions donc dire « réfrigérateur »...

 

Cela dit, chez nous, concernant l’origine, finies les approximations. Bien des viticulteurs vinifient à la parcelle. Leur produit est identifié comme issu précisément d’une parcelle de tant d’ares, aux caractéristiques extrêmement précises. Et mentir sur la parcelle, c’est bien tromper le consommateur. Il y a là non seulement une différence de stratégie commerciale, mais surtout une différence de culture. Ce qui a fait dire à un juriste de Nantes, disparu en 2001, Louis Lorvelec, que le système américain est une prime au producteur le plus malhonnête et au consommateur le plus stupide… »

 

L'intégralité  de l'intervention ICI

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8 décembre 2015 2 08 /12 /décembre /2015 06:00
«Qu’appelle-t-on penser, sinon disputer avec soi-même ?» Botul l’anti FacedeBouc des Hautes-Corbières « Clouer le bec à l’autre, avoir le dernier mot, couper la parole, ferrailler : cette culture du duel me fatigue. »

JBB, Jean-Baptiste Botul, est un philosophe méconnu auteur de La Métaphysique du Mou, né à Lairière, située à 360 mètres d’altitude, canton de Mouthoumet, proche de Limoux. Toute la vie de Botul se résume à une naissance difficile un 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge Marie, et par son refus obstiné à l’âge de 10 ans de s’engager dans la grande révolte des viticulteurs du Langue d’Oc car il se trouvait ridicule avec ses culottes courtes au milieu des bourgerons des vignerons.

 

Ce double traumatisme explique largement l’échec de sa liaison romantique et de ses fiançailles ratées avec Marthe Richard, la future « Veuve qui clôt » en 1913. Certains biographes osent affirmer que ce fut sur une histoire de bulles, Blanquette ou Champagne, que l’incompréhension s’installa entre eux. D’autres encore, plus audacieux, trouvent le fondement philosophique de l’affaire des Pinot Noir dans les principes énoncés par Botul dans la Métaphysique du mou (moûts et mou permettent moult digressions).

 

Ses manuscrits furent découverts « en ouvrant la grande armoire en bois fruitier de la chambre à coucher « sur les trois étagères du haut » : 143 liasses de feuillets et d’enveloppes de formats divers. Cette découverte capitale, puisque « si Botul n’avait rien publié, il n’était pas prouvé qu’il n’avait rien écrit » Par bonheur, « la sécheresse ordinaire de l’air des Corbières a plutôt bien préservé le fonds de la moisissure, mais des épanchements anciens de liquide divers : vin rouge, bière, Viandox... ont souillé des pièces importantes. »

 

 

Bref, dans Botul au bordel de Frédéric Pagès chez Buchet Chastel, l’auteur seul spécialiste de JBB, met en lumière la prescience, à propos des adeptes de commentaires sur face de Bouc, de ce philosophe, qui pratiquait la « taxi-analyse » en énonçant le principe : «on doit pouvoir quitter son psychanalyste comme on descend d’un taxi». Certes Botul volera d’échec en échec, rencontrera Léon Trotski qu’il trouvera «étonnamment bronzé» puis, après une brève liaison avec Marguerite Donnadieu à la Sorbonne en 1935, il se brouille avec Giraudoux car trompé par le titre de sa pièce La Guerre de Troie n’aura pas lieu, il joue au billard avec des amis le soir de la première.

 

Dans une lettre à Stefan Zweig il se justifiait : « Je ne suis pas à l’aise dans la conversation « à la française ». Clouer le bec à l’autre, avoir le dernier mot, couper la parole, ferrailler : cette culture du duel me fatigue. Pour moi, une conversation ne doit pas se terminer par un KO mais par un OK. La concorde est une forme de savoir-vivre.»

 

JBB avoue être lent, avoir « l’esprit d’escalier, détester les prises de bec entre intellectuels même « élevés au grain. ». Pour lui, « la pensée est un exercice solitaire » et la « seule conversation qui vaille est celle qu’on entretien avec soi-même. »

 

En 1922, il écrivait à la « Vénus noire », Joséphine Baker : «Qu’appelle-t-on penser, sinon disputer avec soi-même ?»

 

Celle-ci lui répondait par une autre question « Je me dispute souvent avec moi-même. Suis-je normale ? »

 

Réponse de Botul : « Baissez le volume de votre radio intérieure si vous voulez vous entendre. »

 

Mais qui était donc ce Botul qui, au cours de son séjour parisien, fréquentait La Coupole, où il retrouvait Sartre, Beauvoir et leurs amis ?

 

Jean-Laurent Bost, dans une lettre à Beauvoir, se moquait de lui : « Votre pâtre occitan n’en décoince pas une. Il fume des cigarillos tordus en cherchant au loin la ligne verte des Hautes Corbières. Ce que je préfère en lui, c’est le ruban de son chapeau, chaque jour d’une couleur différente. C’est évident qu’il travaille énormément du chapeau, malheureusement, on n’en voit pas les effets. Il pense très fort, mais à quoi ? »

 

L’ironie du ton « nous fait entrevoir la distance sidérale qui séparait Botul des intellectuels parisiens de l’époque. »

 

Ne restait plus à « Ce paysan descendu de sa montagne » qu’à donner le change. Dans une lettre, au printemps 1945, à Maurice Merleau-Ponty, il confiait « Pendant toutes ces années parisiennes, j’écoutais, je ne disais rien. J’ai passé mon temps à prendre un air entendu et à faire semblant de comprendre de quoi parlaient ces gens. »

 

Botul, l’homme des Hautes Corbières, prudent, secret, taiseux, avait sans doute médité ce conseil de Sénèque à Lucilius, lui recommandant de « converser très peu avec les autres, beaucoup avec soi » et mettant en garde contre les confidences : « Il existe dans la conversation un je ne sais quoi d’insidieusement doux qui, comme l’ivresse, comme l’amour, nous soutire les secrets. »

 

Note du Taulier à propos de Botul au bordel :

 

En mai 1928, Botul, éphémère professeur de philosophie, conduisit sa classe de lycéens dans un bordel de Carcassonne nommé Mon Caprice. Sa conviction : « Si l'école ne va pas au bordel, ce sera le bordel à l'école. » À travers les discours enflammés de la sublime Divine, l'étonnante correspondance de Botul avec Simone de Beauvoir, Marthe Richard et Simone Weil, nous approfondissons ainsi notre connaissance du botulisme « avec la joyeuse insouciance de kangourous bondissant.»

 

Marthe Richard descend d’un Potez 53, « moulée dans sa combinaison de cuir. Elle soulève ses lunettes d’aviatrice : quelle belle femme ! Elle dépose un baiser sur la bouche de Botul et fait signe à la Divine de monter dans l’avion. Avant de fermer le cockpit, elle déclame ces vers du poète Gustave Nadaud :

 

Je vois bien qu’il n’est ici-bas

De bonheur complet pour personne

Mon vœu ne s’accomplira pas

Je n’ai jamais vu Carcassonne.

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7 décembre 2015 1 07 /12 /décembre /2015 06:00
Le magazine des femmes chics ELLE n’aime pas les femmes vigneronnes : le triomphe du féminisme de salon et si nous disions non !

Comme chacun sait le magazine Elle se dit à la pointe du combat du féministe, même que dans Elle à table la rubrique vin a été confiée une femme affichant avec force son militantisme pour cette cause. Je trouve ça très bien, sauf que derrière la belle façade en papier glacé se cache des mecs en costars de prix, des avocats, qui font la traque à tout ce qui pourrait, selon leurs intérêts, nuire à la marque Elle.

 

 

Dernière victime en date : le domaine viticole d'Elles fondé depuis juin 2014 par Anne Rouxelin&Sophie Raimbault, viticultrices à Benais, près de Bourgueil, sommé par les avocats du géant des médias : le groupe Lagardère Active dont dépend Hachette Filipacchi propriétaire de la marque ELLE, d’abandonner sous peine de poursuites le nom de leur domaine pour homophonie, a décidé de jeter l’éponge !

 

« Nous avons proposé une solution amiable, en vain » regrette Anne Rouxelin.

 

« Nous n'avons pas d'autre choix que de changer et de réinvestir dans une nouvelle marque », expliquent Anne Rouxelin et Sophie Raimbault.

 

Pas abattues pour autant, elles travaillent désormais à valoriser la production des 4,6 hectares de vignes d'Ansodelles.

 

Au nom du droit des marques jusqu’où les cabinets d’avocats au service des grands groupes iront-ils ?

 

Avant de citer quelques exemples de cette chasse, je propose :

 

- pour de rire : à des vignerons téméraires de baptiser leur domaine : domaine de LUI, une marque fondée par Daniel Filipacchi.

 

- plus sérieusement de harceler le petit Lagardère propriétaire de ELLE !

 

- Une centaine d'habitants de Champagne, un petit village situé au pied du Jura suisse, ont manifesté samedi pour avoir le droit de continuer à utiliser le nom de leur commune, qu'ils ne peuvent déjà plus apposer sur leurs bouteilles de vin.

 

Depuis 2004, un accord entre la Suisse et l'Union européenne interdit aux viticulteurs locaux d'appeler leur vin du « Champagne ».

 

Situées face au lac de Neuchâtel dans le canton vaudois (sud-ouest de la Suisse), les vignes de la commune de Champagne, cultivées depuis le Moyen Age et qui produisent un vin blanc destiné à la consommation locale, sont au centre d'un litige entre vignerons suisses et français depuis près de dix ans.

 

Des documents officiels indiquent que le village existe sous le nom de Champagne depuis plus d'un millénaire.

 

En 2004, le gouvernement suisse avait accédé à une demande des Champenois français en interdisant aux habitants du village suisse d'utiliser l'appellation Champagne pour du vin blanc rebaptisé depuis vin de "Libre-Champ".

 

En conséquence, les ventes ont chuté de 110.000 bouteilles en 2000 à 32.000 en 2008, selon M. Bindschedler.

 

- Les autorités chinoises viennent de clore un nouvel épisode de la guerre que livre le Premier Grand Cru de Pauillac château Lafite à château Lafitte, un simple Côtes de Bordeaux, propriété de Philippe Mengin. Celui-ci peut déposer sa marque en Chine et bénéficier de toutes les garanties qui y sont attachées.

 

La décision rendue par L'office des marques de l'Administration chinoise de l'Industrie et du Commerce, sans appel possible, constitue un cinglant camouflet pour Château Lafite-Rothschild. Le 19 août dernier, après un peu plus de deux ans d'instruction du dossier, les autorités de l'Empire du Milieu ont en effet rejeté les demandes de la famille du même nom d'empêcher l'enregistrement dans ce pays de la marque Château Lafitte.

 

Les attendus de cette décision, rendue publique le 4 septembre, sont sans indulgence pour Le Premier Grand Cru de Pauillac à un seul "t": Il n'existe aucune similarité entre les deux marques et donc aucun risque de confusion dans l'esprit des consommateurs chinois. Contrairement au vœu des Rothschild, le Lafitte avec deux "t" est comme en France une marque notoire, avec tous les droits et garanties attachées à un tel statut. Cette décision de l'administration chinoise signe donc l'épilogue d'une bataille judiciaire longue de douze ans entre les deux vignobles. »

 

- Paris pourrait bientôt être achetée par un industriel russe pour commercialiser des bérets en zibeline. Gien, être une marque déposée par la Chine pour vendre de la lingerie fine; Camembert, une licence détenue par le Pakistan pour de l'engrais et Cambrai par les Américains pour une ligne de sextoys. L'absurde de ces scénarios n'en est pas moins probable, à considérer la réalité des déboires de la ville de Laguiole. Dépossédée de son nom, la ville aveyronnaise, célèbre pour sa fabrication de couteaux depuis le XIXe siècle, vient de se voir déboutée de son recours en justice pour continuer à exploiter son nom. Et crie son indignation en retirant symboliquement, mercredi, le panneau du village.

 

Déposée comme marque en 1993 par Gilbert Szajner, Laguiole est la propriété de ce particulier du Val-de-Marne qui exploite la commercialisation de coutellerie sous ce nom mais aussi de linge de maison, vêtements, briquets et barbecues, le plus souvent importés d'Asie, auprès de revendeurs français et étrangers qui lui achètent des licences. «Il a déposé Laguiole dans 38 classes, une vraie toile d'araignée!, s'étouffe Vincent Alazard, maire de la commune de 1300 habitants. Moi, je n'ai rien contre lui mais contre le droit qui lui permet de faire ça!»

 

La justice européenne a rendu son nom aux couteaux Laguiole en annulant, mardi 21 octobre, la marque déposée par un particulier pour vendre de la coutellerie, tout en l'autorisant à le faire pour une série d'autres produits.

 

Soulignant qu'avant la date de la plainte, en 2001, « Forge de Laguiole exerçait uniquement des activités dans le secteur de la coutellerie et des couverts ainsi que dans le secteur des cadeaux et souvenirs », le tribunal a conclu que la marque Laguiole pouvait être enregistrée par M. Szajner « pour les produits et services d'autres secteurs ».

 

S'agissant de la coutellerie et des cadeaux et souvenirs, les juges ont estimé qu'un « risque de confusion » existait pour un certain nombre de produits, dont les « outils et instruments à main entraînés manuellement ». Cela inclut en premier lieu les couteaux, mais aussi les cuillers, les scies, rasoirs, lames de rasoir et nécessaires de rasage, les limes, pinces à ongles, coupe-ongles et trousses de manucure, les coupe-papiers, les tire-bouchons et ouvre-bouteilles, les blaireaux à barbes et nécessaires de toilettes, les coupe-cigares et cure-pipes.

 

En France, la cour d'appel de Paris a débouté en avril la commune de Laguiole, qui souhaitait voir la justice reconnaître « une spoliation », une pratique commerciale « trompeuse » et une « atteinte à son nom, à son image et à sa renommée ». Le village a décidé en septembre de se pourvoir en cassation.

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6 décembre 2015 7 06 /12 /décembre /2015 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, «Les petits garçons de onze ou douze ans que je mets ici dans mon lit sont un piment rare.» Gabriel Matzneff.

Samedi-dimanche derniers je logeais à Ixelles. Des voitures blindées, comme dans Tintin, stationnaient sur les places, des jeunes troufions patrouillaient le FM en bandoulière. La police faisait couiner ses sirènes. Nous avons trainés dans les bars. Au retour, sur l’autoroute nous avons redécouvert les joies de la frontière, file d’attente, barrage filtrant, nous régressons. Comme je ne suis pas d’humeur j’ai mis mes amours entre-parenthèses. Ma colère est sourde. Je retiens mes mots, je les pèse, j’en suis économe. Face aux égouts qui débordent, aux vieux rats qui refont surface pour profiter de nos malheurs, mon cœur se soulève, j’ai envie de gerber.

 

Que lis-je dans le flux ininterrompu ?

 

Que face à Daesh Matzneff le « pédéraste » et De Villiers « l’illuminé » en appellent au retour de la transcendance !

 

Je rêve, je me frotte les yeux :

 

De Villiers d’abord dans son registre de gouaille populiste :

 

« Les laïcards font le vide et les islamistes le remplissent. Le nihilisme occidental, prenant congé d'une chrétienté flageolante, s'exprime comme la neutralisation religieuse de l'espace public. Résultat : c'est le vide. Il n'y a pas de réponse à la quête de l'absolu, et les jeunes Français, quelle que soit leur origine, ethnique ou religieuse, sont tentés de partir ailleurs pour chercher des drames, des gloires, des fiertés que la France ne leur offre plus. »

 

Matzneff ensuite, l’ignoble, qui évoquait dans son journal des années 1983-84 «un joli gamin, pétillant de malice, parlant un bon anglais, écolier bien propre, treize ans», qu’il rencontra en Asie: «Il n’a pas voulu que je le baise, mais il m’a sucé à merveille et m’a fait jouir.» il pérore :

 

« À part le pape de Rome et le patriarche de Moscou, qui, en Europe, fait appel aux forces de l'Esprit, invite les gens à la transcendance ? Personne. En tout cas, personne en France où les responsables politiques pleurnichent contre la montée de l'islamisme, mais leur unique réponse, pour endiguer cette montée, est d'interdire les crèches de Noël dans les mairies. Bientôt, j'en fais le pari, la passionnante fête de la Nativité, du mystère de l'incarnation, du Verbe qui se fait Chair, du Christ Dieu et homme, sera, comme en Union soviétique à l'époque de la persécution antichrétienne, remplacée par une fête du Bonhomme Hiver, Diadia Moroz, mouture léniniste du père Noël. »

 

Matzneff le compagnon de libation de Jean-Marie Le Pen : 

 

« Je me souviens d'une de nos soirées à l'époque du traité de Maastricht. Les propos que nous tint Jean-Marie Le Pen étaient la raison même, la justesse même, l'avenir allait nous le prouver, et ce soir-là je pris conscience à quel point était absurde l'image d'excité extrémiste que la presse purée de droite et de gauche s'appliquait à donner de lui.

 

Dans la vie française, en littérature comme en politique, il y a les gens qui sont blanc-bleu, les bien-pensants, les vertueux ; et puis il y a les sulfureux, les infréquentables. Jean-Marie Le Pen fait partie de ces derniers. Même si je n'avais pas déjà des raisons personnelles d'avoir de l'amitié pour cet homme, son éternel statut d'excommunié suffirait à me donner l'envie de le défendre, et quand il a raison (en ce moment sur la Russie, par exemple), de l'applaudir. »

 

Matzneff qui ironise dans le POINT sur « La médiocrité de cette « génération Bataclan » 

 

« Trafalgar Square et la gare de Waterloo sont à Londres. La gare d'Austerlitz et la rue d'Arcole sont, elles, à Paris. Aux lieux, aux monuments, on donne des noms de victoires, non de défaites. De même, dans les écoles militaires les promotions de jeunes officiers prennent les noms de soldats victorieux : « Maréchal de Turenne », « Général Lassalle », « Lieutenant-Colonel Amilakvari ». Quand, par extraordinaire, il s'agit de vaincus, ce sont des vaincus qui se sont battus héroïquement jusqu'au bout, ont été vaincus avec tous les honneurs de la guerre : une des promotions de Saint-Cyr se nomme « Ceux de Diên Biên Phu ».

 

Quel est le suicidaire crétin qui a donné le nom de « génération Bataclan » aux jeunes femmes et jeunes hommes qui ont l'âge des victimes du vendredi 13 novembre 2015 ? C'est l'État islamique qui doit donner ce nom à ses jeunes citoyens, non la France, pour qui ce vendredi 13 novembre 2015 demeurera la date d'une de ses plus spectaculaires et déprimantes défaites.

 

Ce choix de « génération Bataclan » exprime un masochisme, un mépris de soi ahurissant. Et l'on est accablé par la médiocrité petite-bourgeoise, l'insignifiance des propos tenus par les survivants de cette « génération Bataclan » lorsqu'ils sont interrogés par les journalistes ou s'expriment sur les réseaux sociaux. Le zozo qui s'est mis une ceinture de cœurs autour de la taille, l'autre imbécile qui se balade avec une pancarte « Vous êtes tous super ! », le troisième qui déclare fièrement que son but dans la vie est de continuer à se distraire, à voir les copains, ces petits bourgeois qui tiennent pour un acte de courage de dîner au restaurant le vendredi soir.

 

S'il s'agissait de gamins de douze ans, ce serait admissible. Hélas, ce n'est pas le cas. Ceux qui se comportent de manière si niaise, si médiocre sont des adultes, des barbus. J'ai dit « ahurissant », mais le mot juste est « consternant ». Comme a été consternante la cérémonie d'hommage aux victimes dans la cour des Invalides. J'adore Barbara et je connais par cœur certaines de ses chansons, mais ce jour-là, c'est le « Dies irae » qui, après La Marseillaise, devait retentir en ce haut lieu, non une gentille chansonnette, et nous aurions été autrement saisis aux tripes si, à la place du discours fadasse de M. Hollande, un acteur de la Comédie-Française nous avait lu le Sermon sur la mort de Bossuet.

 

Ils ne vivent pas, ils existent… »

 

Qui est ce Matzneff ?

 

Gabriel Matzneff, sans doute peu connu des jeunes générations, l’est bien plus de ceux qui avaient déjà l’âge de s’intéresser à la littérature dans les années 1970, quand l’écrivain, essayiste, romancier, journaliste (collaborateur du Point), aujourd’hui âgé de 77 ans, publia Les Moins de seize ans. Il y expliquait son amour pour les très jeunes adolescents:

 

«Ce qui me captive, c’est moins un sexe déterminé que l’extrême jeunesse, celle qui s’étend de la dixième à la seizième année et qui me semble être —bien plus que ce qu’on entend d’ordinaire par cette formule— le véritable troisième sexe

 

A l’époque, dans ce livre notamment, Matzneff défendait sans complexe ses goûts pour les jeunes gens. Lors de sa publication, il était venu expliquer sur le plateau d’Apostrophes que «rien ne peut arriver de plus beau et de plus fécond à un adolescent et une adolescente qu’un véritable amour avec quelqu’un de son âge mais aussi peut-être avec un adulte qui l’aide à se découvrir soi-même».

 

Il dit bien plus tard, en 2011:

 

«Dans les années 1970, il existait en France une certaine liberté de mœurs, d’esprit, qui a depuis disparu

 

Après le scandale des Moins de seize ans, quelques autres: la publication d’Ivre du vin perdu, roman racontant son histoire d’amour avec une adolescente; l’évocation dans Mes Amours décomposés, journal des années 1983-84 d’«un joli gamin, pétillant de malice, parlant un bon anglais, écolier bien propre, treize ans», qu’il rencontre en Asie:

 

«Il n’a pas voulu que je le baise, mais il m’a sucé à merveille et m’a fait jouir.»

 

Il y écrit aussi:

 

«Les petits garçons de onze ou douze ans que je mets ici dans mon lit sont un piment rare.»

Puis sa mise en cause dans l’affaire du Coral (affaire d'abus sexuels sur mineurs) lui vaut d’être renvoyé du Monde. En 1990, il se retire quelques temps de la vie publique.

 

Qui a salué la chronique de Matzneff ?

 

Un petit tour sur les réseaux sociaux suffit à le percevoir: les admirateurs de la prose de l’écrivain se recrutent en majorité du côté de ces réactionnaires qui, sous couvert de laïcité et de philosophie des Lumières, tentent de lier culture chrétienne et République française. Le plus souvent, et comme par hasard, ce sont ceux qui sont parmi les premiers à réclamer un aménagement de la loi de 1905 au prétexte que cette dernière, serait inadaptée au problème que pose l’intégrisme religieux musulman.

 

Pour ce courant politique, protéiforme et qui avance masqué, l’air du temps est à l’instrumentalisation de ces idiots utiles que sont les fondamentalistes afin de tenter de réintroduire la religion catholique, en tant que fait religieux dominateur, dans la République. »

 

« Il faut prendre la mesure de la charge menée par Gabriel Matzneff contre la Génération Bataclan. Le passé "hédoniste" de l’auteur a occulté ce qu'exhibe sans retenue cette tribune publiée sur le site du Point: à savoir que c’est au nom d’un spiritualisme catholique d’essence réactionnaire que l’écrivain s’en est ainsi pris à la jeunesse contemporaine. Or, depuis quelques mois, ce courant, dont il est un nouvel avatar révélé, est à l’œuvre dans la sphère publique, qui demande sans cesse à la République de se plier au fait religieux. Sous couvert de lutte contre l’intégrisme islamique, il conviendrait de réinjecter dans la République une bonne dose de catholicisme ; c’est en cela que la tribune de Matzneff dit une tendance de l’époque. »

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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