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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, Bruxelles est l’1 des rares villes au monde où l’on peut consommer de l’alcool dès le petit matin. Pas dans un café, hein: dans une poissonnerie. Arno

« Descends, si tu es un homme ! »Il n’est pas descendu. Mais l’apostrophe du président de la République à un inconnu qui l’agressait verbalement au cours d’une sortie publique ponctuait et officialisait en quelque sorte une autre descente : la dégringolade générale vers les cloaques de la vulgarité… »

 

« … Bien sûr, nous n’allons pas jouer les chochottes coincées ni les puritains blêmes. Nous ne bramons pas au retour de l’œillet à la boutonnière, nous ne gémissons pas de la disparition des glaïeuls du paysage floral, nous ne rêvons pas de curés en soutane de soie ni enfants de chœur amidonnés dans l’encens, qui chantent dans les rues. Mais enfin, quand les troupes de trivialité, de l’impudeur et du cynisme occupent nos écrans, défilent dans les salons les plus huppés, exhibent le spectacle de revenus indécents comme on promeut de la barbaque, corrompent les esprits, pourrissent la langue – notre langue chérie… – font étalage de l’intimité jusqu’à transformer le « moi » en porcherie, financent l’immondice sur papier glacé ou en prime time, hissent sur le podium des héros du people game ceux qui se traînent à genoux vers la pâté et vers la niche… »

 

Claude Cabanes éloge de la vulgarité.

 

Aux côtés des maîtres de la vulgarité frétillent les valets, les passeurs de plats, les courtisans, ceux dont la posture ridicule amuse ceux dont ils sont les jouets et qui les méprisent.

Qui de Maïa Mazaurette du Monde ou de Perico Légasse de Marianne est vulgaire ?

 

Plaisirs de bouche, sans doute, mais entre fellation et fornication avec Nestlé, il est facile de trancher.

 

Périco Légasse VRP De Nestlé (à peine dissimulé) 

 

« Grand moralisateur devant l’éternel quand il s’agit de pointer du doigt ses confrères qui déraillent, Périco Légasse persifle couramment sur ce qu’on appelle « la grande distribution ». Notamment lorsqu’à l’époque, il dévoile les accointances douteuses entre Leader Price et… Jean Pierre Coffe, son mentor! On sait depuis que l’élève a dépassé le maitre dans ses contradictions. Pour qui suit ses fougueuses publications à la Danton et ses saillies verbeuses à la colère calculée, il est aisé de constater que dans le grand carambolage d’intérêts de marchés entre « industrie agroalimentaire » et « grande distribution », Périco Légasse a choisi son camp: l’industrie. De fait il s’oppose à l’autre partie: la grande distribution.

 

En effet, pour mener à bien sa stratégie de com’, dans la plupart de ses récentes attaques – à charge presque exclusivement contre la grande distribution et l’agro-industrie – il s’est choisi comme opposant l’enseigne française « E. Leclerc » avec comme « sparring partner » son président Michel Edouard Leclerc [3]. Mais une seule cible faisait un peu louche pour la photo, ce n’est pas bon pour l’image. Et Périco Légasse est soucieux de son image. Alors après s’être frotté la barbe et gratté la tête, Périco Légasse choisit de noyer le poisson en ciblant également lors de ses saillies verbeuses accompagnées de grands gestes à la télé, le syndicat paysan FNSEA [4]. Curieusement, dans ses nouvelles diatribes sélectives, notre fin stratège des médias fait l’éloge de Richard Girardot, PDG de Nestlé France. En fin calculateur, Périco Légasse n’abuse jamais du cirage de pompes envers son nouvel allié de circonstance. Surtout, ne pas donner l’impression de trop en faire. »

 

L’Eros à la bouche : comment recevoir une fellation ? Le Monde.fr | 24.01.2016 par Maïa Mazaurette

 

« Avez-vous remarqué cette tendance des articles de conseil sexuel, qui privilégient toujours le plaisir d’offrir à la joie de recevoir – le rôle actif plutôt que le rôle passif ? Le problème, c’est qu’on définit rarement la passivité. Est-ce une question de coups de reins ? Est-on toujours passif quand on est au-dessous ? Faut-il décompter la dépense calorique pour savoir qui se « donne » le plus ?

 

A vrai dire, la passivité n’existe que de manière périphérique, soit dans l’absence de consentement (de la dramatique agression au somnambulisme, en passant par la consommation excessive de substances), soit dans des cas allant du bondage (les gigots d’agneau étant peu connus pour leur capacité d’action) aux jeux de domination. Le reste du temps, décider qu’un seul des partenaires serait actif, de préférence celui qui porte le pénis (mais pas la culotte, allez comprendre) relève de la pure construction sociale… et du manque d’imagination. Pour donner un exemple cru : allez donc recevoir une sodomie sans y mettre du vôtre, qu’on rigole.

 

La fellation, donc. Nous voici face à une très exceptionnelle situation de mâle passif, en attente, en repos du guerrier. Pantalon aux chevilles. Une véritable étoile de mer, du moins dans la représentation. Mais quid de la réalité ? »

Qui d’Arno ou de Sarko est vulgaire ?

 

« Bruxelles est probablement la ville la plus laide au monde. C’est un gros bordel, et ça pue la merde. Mais c’est l’odeur d’une bonne merde une des rares villes au monde où l’on peut consommer de l’alcool dès le petit matin. Pas dans un café, hein: dans une poissonnerie. »

 

lettre d'Arno à Trump

 

Xavier Bertrand, "ce pingouin qui fait un score minable", selon Sarkozy cité dans

La lettre d'Arno à Trump

 

Traduction : Liesbet Temmerman (source: Sarah Bachelart)

 

Monsieur Trump,

 

Hier sur CNN, tu as catalogué Bruxelles de "hellhole". À vrai dire, ça m’a fait rire, parce que je n’ai jamais fait l’expérience d’une telle fournaise. Cela fera bientôt 33 ans que j’habite dans "the capital of Europe", et je ne compte pas décamper d’aussitôt. Même un chien enrhumé le sentirait à des kilomètres: Bruxelles, c’est ma ville. Dans ma vie, j’ai habité un peu partout: à Londres, à Amsterdam, à Paris. Et en hiver, je m’exile souvent à la mer pour quelques jours. Mais la ville d’Ostende n’est rien d’autre que la fille de Bruxelles. Difficile donc de dire que je m’éloigne vraiment.

 

Nous sommes plus d’un million à habiter dans cette ville où l’on rencontre le monde entier et où toutes les nationalités se côtoient et s’entremêlent. Parfois, je rentre chez moi le soir sans me souvenir dans quelle langue s’est déroulée ma dernière conversation. J’étais à New York l’année passée d’ailleurs. En terrasse à la Meat Factory, le menu était bilingue Anglais-Français: je m’y suis senti comme chez moi.

 

 

Je ne pense pas que tu sois passé souvent par Bruxelles. Pour pas mal de Flamands et de Wallons, ça vaut également, en fait: ils pensent qu’ils doivent échanger leurs billets contre une monnaie étrangère quand ils descendent du train à la Gare Centrale. Bruxelles est une ville qui en inspire plus d’un: cela explique aussi pourquoi tant d’artistes atterrissent ici. Lemmy de Mötorhead y a habité. Quand Édith Piaf voulait sortir, elle venait à Bruxelles. Le chanteur de Joy Division y est tombé amoureux. On peut y être connu ou célèbre et pourtant rester anonyme. En tout cas, on m’adresse plus souvent la parole ici qu’à Paris. Il m’est arrivé de voir passer Madonna à vélo Rue Dansaert, et de remarquer David Bowie assis tout seul à une table en terrasse: personne ne le dérangeait. Bryan Ferry donnait ses interviews à l’Archiduc, sans être submergé par les foules. Faut l’essayer ailleurs qu’à Bruxelles, ça. Nous n’avons pas de "Star System" comme le vôtre aux États-Unis. Pour beaucoup de jeunes créatifs, Bruxelles est le nouveau Berlin: un lieu où ils peuvent se développer. Cinéma, salles de concert, théâtre, danse… toute la ville est culture.

 

Autre chose: Bruxelles est une des rares villes au monde où l’on peut consommer de l’alcool dès le petit matin. Pas dans un café, hein: dans une poissonnerie. Quand je sors avec des amis étrangers, ils n’en croient pas leurs yeux: c’est du jamais vu pour eux. Je connais des cafés et des bars dont les propriétaires ont paumé la clé de la porte d’entrée il y a des années. Nous avons notre cul dans une énorme motte de beurre ici, mec.

 

 

En même temps, je ne mentirai pas: Bruxelles est probablement la ville la plus laide au monde. C’est un gros bordel, et ça pue la merde. Mais c’est l’odeur d’une bonne merde. Quand j’ai déménagé vers Bruxelles, je me suis souvent réveillé avec un gros mal de tête – et ce n’était pas à cause de l’alcool, parce qu’à l’époque, je ne buvais pas encore. C’était à cause de l’odeur. Bruxelles est une "sale beauté". Oui, il y a plein de trucs qui ne tournent pas rond ici, chaque grande ville a ses problèmes. Il y a beaucoup de jeunes chômeurs d’origine étrangère, il y a du racisme partout: chez les blancs-bleus belges, mais aussi dans d’autres communautés. Des gros cons, on en trouve partout: aucune communauté ne pourra en revendiquer l’exclusivité. Pour moi, la rue appartient à tous ceux qui ont deux narines, qu’il soit Juif, Arabe, Eskimo ou Africain. Peut-être as-tu peur de tous ces gens, et est-ce pour cela que tu dis que Bruxelles est l’enfer ?

 

 

Car en toute franchise: je trouve que toi, tu es un bonhomme dangereux, un psychopathe. Un type qui se met à bander dès qu’on lui accorde un peu d’attention. Quelqu’un qui verrait bien un retour aux années 1930, aussi, une époque à laquelle il y a avait une grosse crise et où tout le monde avait peur. S’est alors profilé un type moustachu en Allemagne, suivi d’un autre avec une moustache plus impressionnante encore, en Russie. Hitler et Staline: tu les connais, n’est-ce pas? Ta drôle de chevelure montre selon moi clairement que tu as été taillé dans le même bois. Les Américains que je connais habitent New York, Los Angeles, Miami et Washington, et ils ne sont pas du tout impressionnés par ton discours. Mais il y a apparemment beaucoup d’Américains assez crédules qui adhèrent à tes propos ultraconservateurs. Quand les choses vont mal et que les gens ne sont pas rassurés, il est beaucoup plus facile de leur faire croire que tout est de la faute de l’autre. L’Histoire se répète, et on sait jamais comment une vache finira par attraper un lièvre. Mais ce que je sais, c’est que beaucoup d’Américains ont assassiné des populations entières de villages vietnamiens, et qu’il y a eu plus d’attentats à Paris qu’à Bruxelles. Et aussi que dans n’importe quelle grande ville américaine, chaque jour, plus de personnes sont tuées que chez nous. Tout ça "grâce" à la loi sur la possession d’armes – soutenue par les Républicains, d’ailleurs. S’il devait y avoir un "hellhole" sur cette Terre, il serait bien là me semble-t-il.

 

 

Tout le rapportage sur Bruxelles et Molenbeek dans les médias étrangers est d’ailleurs sérieusement sous influence. Il y a quelques semaines, un journaliste néerlandais est venu faire un reportage dans ma rue. Il disait que tous les magasins ferment leur porte à 18h pour des raisons de sécurité. C’est du bullshit pure souche. À la longue, on a l’impression que nous vivons dans une zone de guerre. C’est mauvais pour les cafés et les restos. Juste après les attentats à Paris, le chiffre d’affaires à Bruxelles a chuté de 85%. Je voulais donner une tournée générale dans un café, mais il n’y avait personne – bizarre. Quand à Bruxelles, il y a un truc qui merde, c’est la faute aux politiques: des gens aux grosses moustaches et aux drôles de chevelures.

 

 

Pour le moment, je donne beaucoup d’interviews à l’étranger, et tout le monde me demande quelle est la situation à Molenbeek. Molenbeek est devenue plus célèbre que la Belgique. Et quand je réponds que là aussi, il y a de l’eau qui sort des robinets, oui, on me regarde bizarrement. S’il y a des crapules qui se baladent à Molenbeek, il ne faut pas avoir pitié d’eux, non. Mais 95% de la population est constitué de gens accueillants et propres sur eux. On y trouve plein de chouettes coins.

 

 

Juste une dernière chose: j’espère que tu sais que Jésus était Bruxellois ? James Ensor en a fait un beau petit tableau: la Joyeuse Entrée du Christ à Bruxelles. On peut l’admirer dans un musée à Los Angeles. Faudrait que t’aille voir ça.

 

 

Salut en de kost,

 

 

Arno

Mais comment ne pas finir la semaine sans évoquer l’icône de la gauche Christiane Taubira

 

Taubira et le montreur d’ours par Claude Askolovitch

 

« Dans la comédie du pouvoir, il faut que sortent les fauves quand leur numéro ne sert plus. Christiane Taubira n’est plus ministre, mais l’a-t-elle jamais été? Quand se dissiperont les vapeurs du lyrisme et des méchancetés, on restera face à un vertige: il ne s’est pas passé grand-chose en quatre ans –ou plus exactement: ce qui s’est produit aurait eu lieu sans Taubira. La gauche de pouvoir ne pouvait que nettoyer quelques aspérités du sarkozysme judiciaire, libérer un peu le mammouth et convier les homosexuels au mariage: cela, même David Cameron l’a fait. Tout serait arrivé à peu près à l’identique, mais avec un autre bruit, un moindre bruit sans doute, moins de musique et un verbe ténu.

 

C’est cette musique qui comptait, cette musique seule qui restera, et c’est pour elle que Taubira exista. Non pas nulle, mais non avenue, décevante dans l’exercice quotidien de sa tâche? Mais indispensable pourtant, un moment, comme le personnage majeur d’un cirque qu’on appelle politique.

 

Derrière chaque cirque, il y a le montreur d’ours. Taubira fut le plus chatoyant de ses fauves. La droite la détestait tant que le pouvoir semblait de gauche; elle prenait si bien la lumière, on pouvait croire que Valls n’était pas seul... Le montreur d’ours s’appelle François Hollande. C’est son métier, de les faire danser pour nous. Le président de la République n’est pas un inventif en politique mais un classique, le meilleur d’entre tous. Il connaît, entre autres, les figures des couples dialectiques, ces personnages symboliques que l’opinion oppose et identifie, et qui permettent au chef d’apparaître en prince réconciliateur –dans leur langage, on dit la synthèse. »

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 06:00
Chronique d’Anaïs Ginori sur la vie d’un homme ordinaire Patrick le kiosquier de Charlie, sa Clio grise, la rue de Meaux, son chien Gabin et la C3 noire des frères Kouachi…

L’ironie du sort, le livre de Paul Guimard m’a toujours fasciné :

 

« Nantes, le 11 septembre 1943, juste avant 23 heures à proximité de la Kommandantur, Antoine Desvrières caché dans une porte cochère guette le passage du « lieutenant Werner » pour l’abattre. Celui-ci, Werner de Rompsay, un descendant de huguenots, est sur le point de terminer son enquête sur le réseau « Cornouaille ». Rue Monselet, Marie-Anne de Hauteclaire, fille du bâtonnier de Nantes, enceinte des œuvres d'Antoine, attend dans l’angoisse. Devant la Kommandantur, place Louis XVI. Le feldgendarm Helmut Eidemann essaie de faire démarrer le camion pour la patrouille de 23 heures Ainsi commence l’Ironie du sort de Paul Guimard : le destin de tous les protagonistes de l’histoire sera changé par le fait qu'Helmut Eidemann allume son moteur quelques secondes plus tôt ou plus tard. »

 

Patrick est kiosquier à Saint-Germain-des-Prés, « il aime la presse », son kiosque longtemps face à la librairie emblématique La Hune, aujourd’hui remplacé par une boutique Louis Vuitton, est sur le chemin des 2 Magots, du café de Flore et de mon grenier de livres l’Écume des Pages. En face il y a LippCabu déjeune parfois à « une table toujours réservée, près de la terrasse mais un peu en retrait du grand aquarium auquel seuls quelques privilégiés ont accès. ». Le kiosque de Patrick « fort de ses deux mille cinq cents titres… est le mieux achalandé de paris avec celui des Champs Élysées. « Georges Wolinski s’y sent chez lui, il habite sur le boulevard. » Grand lecteur de la presse le dessinateur est « l’un des rares clients à avoir son compte chez le marchand de journaux. Il paye tous ses achats en fin de mois. » Puis vient Cabu « Avec Wolinski, ils forment un couple atypique. L’un casanier, sortant peu le soir, l’autre mondain et plus fêtard. » Il paye Patrick puis « va s’asseoir au Flore, près du bar à gauche après de l’entrée. » Il prend son café en lisant son journal. « Il échange quelques mots avec Marc, un des garçons historiques du Flore. » Mais « la conférence de rédaction va commencer. Il paye son café et sort. Le sacristain de Saint-Germain l’aperçoit, courant sur les pavés devant l’église, vêtu de son duffle-coat, sacoche noire à la main. »

 

Comme chaque jour Patrick rentre chez lui, il compte une vingtaine de minutes avec sa vieille Clio grise. Ce jour-là, « au lieu de passer par la rue Bourret et l’avenue Secrétan, il s’engage sur le boulevard de la Villette jusqu’à la place du Colonel-Fabien. La station Esso y est l’une des moins chère de Paris. Au moment de payer, il découvre que le montant indiqué à la caisse est encore plus bas que le prix affiché. Une belle surprise. »

 

Ces lieux me sont familiers, j’y passe souvent à vélo pour aller à la rencontre de mes amies qui habitent le quartier. Ironie du sort !

 

Il écoute Radio Classique la vitre ouverte été comme hiver. « Au feu rouge, il entend soudain un bruit d’accrochage entre deux voitures derrière lui. Dans son rétroviseur, il aperçoit un véhicule noir qui accélère… » Il ne s’inquiète pas c’est si fréquent à Paris. Patrick « veut s’arrêter chez le boucher acheter à déjeuner. »

 

« Vert. Après le rond-point, Patrick prend la rue de Meaux… Il n’a pas encore enclenchée la troisième qu’il freine brusquement. Une C3 noire lui coupe la route… Chérif Kouachi (dont Patrick ignore tout, il n’est même pas au courant de la tuerie de Charlie) s’approche de sa Clio grise. Il n’est pas cagoulé. Il porte sa kalachnikov en bandoulière. La fenêtre de Patrick est ouverte. C’est son habitude, même l’hiver. « Descends, on a besoin de ta voiture. » Le type est calme, professionnel. Pas d’agitation ni d’insultes. La rue de Meaux est presque déserte. »

 

Voilà le début de l’histoire. Comme dans l’Ironie du sort « La vieille Clio vieille de quinze ans fait des caprices. » Elle cale. Patrick « se tient debout au milieu de la rue. Un éclair le traverse. Il n’était pas seul dans sa voiture. » Son chien, il prend le risque, il doit profiter de ce moment d’incertitude. Il ouvre la portière arrière. « Je récupère mon chien », articule-t-il rapidement. »

 

Le soir, avant de s’endormir, il pense à ce scénario ubuesque « Comment le kiosquier de Saint-Germain-des-Prés qui a vendu les journaux aux deux célèbres dessinateurs assassinés quelques heures après, est à son tour braqué par les deux mêmes terroristes. Le tout se déroulant en deux heures dans trois quartiers différents de Paris. Au cinéma, personne n’y aurait cru. »

 

 

L’auteur du livre, « le kiosquier de Charlie » Anaïs Ginori est franco-italienne, correspondante du journal La Repubblica est la petite-fille de Jacques Nobécourt, longtemps correspondant du Monde à Rome « L’Italie était la patrie de cœur de mon grand-père… Il cherchait à ce que l’on prenne l’Italie au sérieux sans pour autant trahir sa complexité. On sait qu’il est toujours plus facile de reproduire des clichés. »

 

« Rigueur, modération, précision, référence... Ces qualificatifs reviennent dans la bouche de ceux qui côtoyèrent Jacques Nobécourt, italianiste et vaticaniste, correspondant du Monde à Rome et au Vatican de 1965 à 1974. » écrivait la Croix en mai 2011 au moment de sa mort. 

 

Selon l’écrivain et journaliste Jean-Claude Guillebaud : « c’était quelqu’un d’à la fois très cultivé et un peu sombre. Son retour de Rome a été très difficile pour lui qui n’était plus habitué au journalisme de « desk ». A cette époque, il était l’une des cinq grandes signatures, avec Robert Guillain pour le Japon et Éric Rouleau pour le Proche Orient. Son travail d’historien aussi est à retenir. »

 

Ces grandes signatures j’en faisais mon miel, et Jacques Nobécourt évoque pour moi un temps d’une presse de haute lignée.

 

Comme l’écrivent les Inrocks « Le livre d’Anaïs Ginori détonne. Pas d’explication sociologique, d’enquête sur le profil des terroristes ou de luttes sur l’héritage de Charlie Hebdo ; à travers Patrick le kiosquier, la journaliste a voulu prendre le contre-pied des livres d’ « experts ». Le résultat est probant, juste sans en faire trop, à l’heure où les commémorations se multiplient et où la crainte du sensationnalisme se fait sentir.

 

Surtout, outre les attentats, outre Patrick, Anaïs Ginori nous raconte une belle et émouvante histoire de la presse papier. »

 

« Le Kiosquier de Charlie est également une magnifique déclaration d'amour à la presse papier et à ceux qui la font. De la rédaction de Charlie à l'imprimerie de Dammartin-en-Goële, Anaïs Ginori parle « d'un fil de papier [qui] relie tous ces hommes, toutes ces victimes ». « En Italie, la presse papier souffre moins qu'ici », explique-t-elle après une année 2015 riche en actualité : « On a beaucoup parlé avec les autres correspondants étrangers à Paris et on a fait le constat que la France n'a jamais autant fait la une des journaux dans le monde qu'en 2015.

 

Anaïs Ginori, 40 ans, elle, veut encore croire à l'avenir du papier, même pense-t-elle, "écrire pour la presse est une contradiction : le caractère figé de l'écrit et du papier s'oppose à la précipitation d'un quotidien et au fil toujours plus rapide de l'actualité à l'ère du numérique. C'est une escale en pleine course. »

 

Cyril Petit - leJDD.fr samedi 02 janvier 2016.

 

Et puis bien sûr il y a Patrick, « fils de deux employés de la RATP » qui n’a pas grandi dans une famille d’intellos… à quatorze ans, il avait quitté l’école… il a fait plein de petits boulots… à trente ans Patrick de retrouve au chômage alors qu’il venait de se séparer de sa première femme… et puis un soir alors qu’il dînait chez sa sœur coup de foudre et le début d’une longue histoire… Sa fiancée était fille de kiosquière. Le métier l’intéressait…

 

Voilà, c’est ainsi que je me suis rendu au bar le 61, pas très loin de la rue de Meaux, Anaïs Ginori y dédicaçait son livre et j’ai pu saluer Patrick et son épouse.

 

 

Bien sûr, rentré chez moi, j’ai lu ce livre avec grand intérêt, il est empli d’une humanité simple et sensible, à la bonne distance Anaïs Ginori aime les gens, ceux que chez moi on appelait les gens de peu. Son pas de côté, comme elle dit, son enquête sur des détails moins connus, sa mise en perspective des événements de manière différente, font de ce livre, sobrement écrit, bien construit de la belle ouvrage comme je l’aime.

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30 janvier 2016 6 30 /01 /janvier /2016 06:00
« Exagérément libres » : existe-t-il un plus beau programme de vie aujourd’hui ? La magistrale leçon de Patrick Boucheron historien !

Souvent les jeunes gens du Lapin Blanc, lorsque nous partageons un verre servi par nos cantinières d’altitude me disent « Le vin c’est ta passion » et ils sont très surpris lorsque je leur réponds sans hésitation « non ».

 

La monoculture n’est pas ma tasse de thé car je suis né en un pays bocager où l’on pratiquait la polyculture-élevage, la diversité des champs, des labours, des prés, du verger, des carrés de choux et de navets, des vaches, cochons, couvées…

 

Aimer ce n’est pas se confiner dans une spécialité mais accueillir par les fenêtres grandes ouvertes tout ce qui fait la complexité et la richesse de notre monde.

 

Pourquoi me priverais-je de la musique, de la peinture, de la sculpture, des arts de toute nature, de la simplicité d’un repas partagé, de la danse, de la littérature, de l’amour des femmes, du sport, des affaires du monde, de la politique, de la géopolitique, de l’économie et de l’Histoire

 

J’ai placé un H majuscule à dessein car cette discipline, depuis mon plus jeune âge, me passionne.

 

Au temps de mes humanités j’ai englouti de lourds pavés et j’ai longtemps songé à embrasser le métier d’historien. Je me voyais bien passer ma vie penché sur des manuscrits anciens dans le silence d’une bibliothèque.

 

Mon goût de l’action m’a tiré vers le brouhaha du monde sans pour autant me faire oublier ma passion de jeunesse.

 

Et puis voilà qu’hier matin, sur France-Inter Patrick Boucheron vint.

 

Sa magistrale leçon inaugurale de Patrick Boucheron au Collège de France en décembre dernier m’avait enthousiasmé et j’avais songé à chroniquer.

 

 

« Ce que peut l’Histoire », c’était le titre de la leçon.

 

Boucheron y a tordu le cou à l’idée que l’Histoire serait là pour remonter aux origines et fixer des identités. Il a taclé les déclinistes de tous poils, qui «répugnent à l’existence même d’une intelligence collective». Il a contesté que l’Histoire soit finie. «Pourquoi se donner la peine d’enseigner sinon, précisément, pour convaincre les plus jeunes qu’ils n’arrivent jamais trop tard?»

 

Pour Boucheron, rien n’est plus mortifère que de faire l’Histoire une machine à fabriquer des leçons de désespoir et à propos d'Alain Finkielkraut, je souscris à son propos « On a mieux à faire que de se porter au chevet des mélancoliques »

 

Nora en désaccord avec Finkielkraut sur l'immigration

 

« À l'issue de son discours, Alain Finkielkraut a été officiellement reçu à l'Académie par Pierre Nora qui lui a répondu avec un discours. « Je pourrais dire sur vous des horreurs. (...) Rassurez-vous, je n’abuserai pas du privilège momentané", a lancé l'historien qui n'a cependant pas manqué de marquer son opposition avec l'une des thématiques privilégiée par le nouvel académicien.

 

« D’accord avec vous sur le constat – la désintégration de l’ensemble national, historique et social et même sur le naufrage d’une culture dans laquelle nous avons tous les deux grandi – j’exprimai mon désaccord sur les causes de cette décomposition. Vous aviez tendance à en faire porter la responsabilité principale sur l’immigration et à réduire le phénomène à la confrontation avec l’Islam. À mon sens, le mal vient de plus loin », a estimé Pierre Nora.

 

Celui-ci a également pointé « l'omniprésence médiatique » d'Alain Finkielkraut. « La télévision, m’avez-vous dit, vous obligerait à être un personnage, la radio vous laissait être vous-même. Et pourtant, quel personnage télévisuel vous êtes devenu! Survolté, convulsif, habité d’une gestuelle, disons, bien identifiable", a-t-il lancé, rappelant aussitôt la colère la plus mémorable du philosophie. »

 

Oui comme le dit Patrick Boucheron « Nous avons besoin d’histoire car il nous faut du repos »

 

« Une halte pour reposer la conscience, pour que demeure la possibilité d’une conscience, non pas seulement le siège d’une pensée, mais d’une raison pratique, donnant toute latitude d’agir. Sauver le passé, sauver le temps de la frénésie du présent : les poètes s’y consacrent avec exactitude. Il faut pour cela travailler à s’affaiblir, à se désœuvrer, à rendre inopérante cette mise en péril de la temporalité qui saccage l’expérience et méprise l’enfance. ‘Étonner la catastrophe’, disait Victor Hugo, ou avec Walter Benjamin, se mettre en travers de cette catastrophe lente à venir, qui est de continuation davantage que de soudaine rupture ».

 

« Voici pourquoi cette histoire n’a, par définition, ni commencement ni fin. Il faut sans se lasser et sans faiblir opposer une fin de non-recevoir à tous ceux qui attendent des historiens qu’ils les rassurent sur leurs certitudes, cultivant sagement le petit lopin des continuités. L’accomplissement du rêve des origines est la fin de l’histoire, elle rejoindrait ainsi ce qu’elle était, ou devait être, depuis ces commencements qui n’ont jamais eu lieu nulle part sinon dans le rêve mortifère d’en stopper le cours. »

 

Patrick Boucheron, historien, médiéviste, est réputé, auprès de ses élèves, pour la qualité de son enseignement, soucieux qu’il est de la transmission du savoir en affirmant que la jeunesse « nous oblige ».

 

Professeur il aime à rappeler tout ce qu’il doit à ses maîtres, Roger Chartier, Georges Duby, Jacques Le Goff, Fernand Braudel…

 

« Ce qui surviendra, nul ne le sait. Mais chacun comprend qu’il faudra, pour le percevoir, être calme, divers, et exagérément libres… »

 

« Exagérément libres » : existe-t-il un plus beau programme de vie aujourd’hui ?

 

Il écrivait 6 janvier 2016 dans Libération :

 

«Les événements de janvier nous somment, ceux de novembre nous assomment» 

 

« Depuis janvier 2015, comme une houle battant la falaise, le temps passait sur le socle des pierres blanches qui fait un piédestal à la statue de Marianne. Le temps passait, les nuits, les jours, la pluie, le vent qui délavait les dessins d’enfants, éparpillait les slogans, estompant leur colère. Et l’on se disait : c’est cela un monument, qui brandit haut dans le ciel une mémoire active, vivante, fragile. Ce n’est que cela une ville : cette manière de rendre le passé habitable et de conjoindre sous nos pas ses fragments épars. C’est tout cela l’histoire, pourvu qu’elle sache accueillir du même front les lenteurs apaisantes de la durée et la brusquerie des événements ».

 

Une année de publications

 

« Outre la reprise en poche de son formidable Essai sur la force politique des images, à partir des peintures siennoises d’Ambrogio Lorenzetti, Conjurer la peur (Points Histoire, Seuil), l’édition, avec Jacques Dalarun de l’introspection biographique de Georges Duby, Mes égo-histoires (Gallimard), parallèlement à la direction d’un collectif, emmené par les mêmes maîtres d’oeuvre, Georges Duby. Portrait de l’historien en ses archives (Gallimard), Patrick Boucheron a assuré avec Stéphane Gioanni la publication des fruits d’un chantier international transdisciplinaire sur les « usages politiques et sociaux d’une autorité patristique en Italie (Ve-XVIIIe siècle) », La Mémoire d’Ambroise de Milan (Publ. De la Sorbonne) et dialogué avec Mathieu Riboulet sur les événements de janvier 2015 (Prendre dates, Verdier).

 

Depuis l’automne, on peut retrouver son Éloge dantesque de la transmission, prononcé à Bordeaux, puis à Pau en septembre 2014 (Au banquet des savoirs, P.U. de Bordeaux/P.U. de Pau et des Pays de l’Adour, 7 €) et son échange avec le théoricien politique américain Corey Robin, à Sciences Po Lyon en novembre 2014 (L’Exercice de la peur. Usages politiques d’une émotion, P.U. de Lyon, 10 €). Lire surtout sa lumineuse introduction à la Chronique de l’Anonyme romain qui relate la révolte du tribun romain Cola di Rienzo au mitan du XIVe siècle (Anarcharsis, « Famagouste », 320 p., 24 €) et découvrir Un Tyran attirant, le premier chapitre d’un récit à paraître chez Verdier, donné en ouverture de la livraison que la revue Critique consacre à Patrick Boucheron : l’histoire, l’écriture (n°823, décembre 2015, 11,50 €) et qui se clôt sur un entretien mené par Marielle Macé et Vincent Azoulay, interrogeant les adresses de l’historien (« défaire les continuités »).

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29 janvier 2016 5 29 /01 /janvier /2016 06:00
Comme 1 vache normande n’y retrouverait plus son veau je demande à l’INAO de procéder à la louche au classement en Grand Cru des calendos au lait cru de Normandie

Nonobstant :

 

  1. Que j’adore le camembert fermier au lait cru bien coulant ;

2. Que l’INAO aime parrainer les beaux classements avec critères aux petits oignons ;

3. Que le camembert est, avec le kil de rouge et la baguette de pain, l’emblème de notre identité nationale ;

 

4. Que le calendos peut être produit par monts et par vaux de Oulan-Bator jusqu’à Bamako en passant par La Mothe-Beuvron ;

 

5. Que le chevalier blanc Périco Légasse a fait don de son corps à la France et à la cause du lait cru ;

 

6. Que Jean-Luc Thunevin, notre sémillant garagiste de Saint-Émilion, grand amateur de camembert a décidé de les noter sur 100 comme le grand Bob Parker le fait avec ses vins ;

 

Après langoustines et poularde de bresse voilà un vrai camembert noté 100 / 100

 

 

7. Que le cahier des charges pourrait largement s’inspirer de la technique du Sapeur Camember, «… et la terre du trou ?

— Que vous êtes donc plus herméfitiquement bouché qu’une bouteille de limonade, sapeur ! Creusez un autre trou ! — C’est vrai ! » approuve Camember.

 

8. Qu’une vache normande n’y retrouve plus son veau entre les plâtreux de la GD et les mous des rares fermiers ;

 

9. Qu’il est très louche de mentionner « moulé à la louche » alors que c’est R2 D2 qu’y s’y colle pour le plus grand bénéfice de la productivité ;

 

10. Que l’on pourrait inclure dans les critères de classement l’adage populaire « le beurre, l’argent du beurre, et le sourire de la crémière… » en l’adaptant au temps moderne et en veillant bien de moduler le nombre de points en fonction de la longueur de la jupe de la crémière ;

 

11. Que le tribunal administratif de Caen, tout comme celui de Rouen, seraient enfin compétents pour juger de l'extension du domaine des m2 des parkings des usines élément déterminant de la notoriété d'un Grand Cru ;

 

12. Que notre Laurent, qu’a été normand du côté du Grand-Quevilly, pourrait inviter au Quai d’Orsay les membres de la commission pour les initier à la dégustation à l’aveugle des plus belles pièces ;

 

13. Que la commission de classement pourrait être présidée par le célèbre philosophe bas-normand Michel Onfray qu’a des avis sur tout ;

 

14. Que le calendos au Calvados hors d’âge pourrait ainsi accéder à l’appellation Grand Cru classé A ;

 

15. Que le sacristain des célèbres cloches de Corneville pourrait enfin se pacser avec celui du célèbre carillon multilingues de Saint-Émilion ;

16. Que cette classification mettrait en valeur l’auteur du discours de Bayeux qui avait affirmé avant le débarquement en Normandie qu’ « Un pays qui produit plus de 365 sortes de fromages ne peut pas perdre la guerre ! »

17. Que ça ferait plaisir à Michael Steinberger, critique gastronomique pour le New York Times et le Financial Times et auteur de La Cuisine française, un chef-d’œuvre en péril chez Fayard qui a écrit un chapitre entier sur le camembert au lait cru, pour raconter la colère au Japon et aux Etats-Unis quand il a été question de le supprimer.

 

18. Que l’inusable et insubmersible normand Michel Drucker pourrait, avec Mylène Farmer, faire partie de la commission de classement et FOG aussi ;

 

19. Que Gérard Blanchard, pourrait ainsi « revoir sa Normandie » ;

20. Que les mannes de Bouvard et Pécuchet pourraient largement inspirer les auteurs du futur décret de classement ;

21. Que la Rouletabille des classements en tout genre, Isabelle Saporta, me dit-on aimerait se pencher sur ce beau cas ;

 

22. Que l’avenir du petit peuple des BOF en dépend ;

 

Je fais requête express auprès du Ministre de l’Agriculture, tuteur de notre grande et belle patrie des fromages AOC, pour qu’il mette ses plus fins limiers de l’INAO au boulot afin qu’ils nous mijotassent, avec bien sûr le truchement de la plume de L'Association de Défense et de Gestion de l'AOC* Camembert de Normandie un beau cahier des charges de classement en Grand Cru des camemberts au lait cru… fait à cœur bien entendu !

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 06:00
La Tartarie du steak « Quand le seigneur à envie de boire, les coupes se soulèvent de leur place sans que nul ne les touche et s’en vont devant le seigneur… » Michel Strogoff, Giovanni Drogo, Jules Verne et Dino Buzzati

Bien avant de consommer un steak tartare, ce que je n’ai fait que sur le tard vu que chez moi dans ma Vendée profonde manger de la viande crue aurait relevé de la barbarie.

 

Dans nos esprits peu éveillés le barbare absolu était Attila « le fléau de Dieu » « Là où mon cheval passe, l'herbe ne repousse pas. » et ses Huns, peuple asiatique turco-mongol, de langue turque, tribus nomades qui surpassèrent les autres « dans la maîtrise du cheval, grâce à leur promptitude et à leur étonnante mobilité, ainsi qu’à la dextérité de leurs cavaliers, entraînés dès leur plus jeune âge. Cette habileté, couplée à l’arc court pouvant être utilisé depuis le dos de la monture, fut un avantage lors des nombreuses batailles que livrèrent les Huns. »

 

« Les Huns furent des éleveurs consommant principalement de la viande (en abondance, qu’ils mangent crue et qu’ils font aussi sécher) et des produits laitiers. La chasse avait également une grande importance dans leur économie, notamment la chasse des grands-roi pour l’alimentation de l’armée.

 

Leur bétail fournissait également le cuir, la laine et les os. Le cuir servait à la fabrication des bottes, du harnachement, du carquois ; la laine à celle du feutre des tentes, des capes et peut-être des tapis. »

 

Ils pratiquaient l’infanticide des filles et le géronticide.

 

Bref, de quoi peupler mes nuits de rêves d’images sanglantes.

 

Les tartares sont apparus dans mon imaginaire par la littérature :

 

- Michel Strogoff le roman de Jules Verne paru en 1876

 

 

Michel Strogoff, capitaine cosaque, est chargé par le Tzar Alexandre II de porter une lettre stratégique de Moscou à Irkoutsk, pour prévenir le grand-duc, frère du Tzar, de l’arrivée prochaine de hordes tatares commandées par un officier russe félon, Ivan Ogareff, à la solde d’un Khan de Boukhara, Feofar Khan, en révolte contre l’empire russe et qui essaye de déstabiliser le Kirghizstan puis la Sibérie.

 

La naissance du steak tartare à Paris

 

Jules Verne n’a pas inventé le steak tartare, mais c’est le succès de sa pièce de théâtre (Jules Verne en 1880 a adapté Michel Strogoff pour le théâtre) qui a incité les cuisiniers des plus grandes brasseries parisiennes se sont inspirés du « Koulbat » de la pièce de théâtre en créant cette recette à base de viande de boeuf ou de cheval, coupée en petits morceaux et servie crue avec un œuf et des épices. Cette recette sanguinaire collait parfaitement à l’image des tatars, qui depuis leurs présumés ancêtres « les Huns » mangeaient de la viande crue, attendrie seulement sous la selle de leurs chevaux !

 

Cette recette est donc inspirée de seulement cinq répliques de la scène 5 de l’acte 2 entre deux personnages secondaires, un journaliste anglais Harry Blunt et un hôtelier tatar le Maître de Poste :

 

...

 

LE MAÎTRE DE POSTE. – Je puis offrir à Monsieur du koulbat.

BLOUNT. – Quelle est cette chose... koulbat ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Un pâté fait avec de la viande pilée et des œufs.

BLOUNT. – Alors, servez koulbat. Et vous avez encore ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Du kwass.

 

Bien évidemment cette anecdote, au fin fond de mon bocage, je l’ignorais.

 

Michel Strogoff fut adapté au cinéma en 1956 par Carmine Gallone, je l’ai vu au REX de la Mothe-Achard, avec de grands acteurs : Curd Jürgens : Michel Strogoff/Geneviève Page : Nadia/Jacques Dacqmine : Le grand-duc/Sylva Koscina : Zingara/Gérard Buhr : Blond/Jean Parédès : Jolivet/Françoise Fabian : Natko/Henri Nassiet : Ivan Ogareff/Sylvie : Marfa Strogoff/Louis Arbessier : le tsar/Michel Etcheverry : le général Krisloff…

 

 

Les yeux bleus d’acier de Curd Jürgens, brûlés, la beauté des femmes : Geneviève Page, Sylva Koscina, Françoise Fabian, ma machine à rêves les plus fous.

 

- Le Désert des Tartares (Il deserto dei Tartari) roman de Dino Buzzati paru en italien en 1940, traduit en français par Michel Arnaud, publié en 1949 aux éditions Robert Laffont.

 

 

Ce roman je l’ai lu adolescent et il a beaucoup compté dans ma destinée de petit Vendéen crotté :

 

« Tout près de la frontière, aux confins de mon univers connu, j'attendais le jour où la vraie vie commencerait. J'étais le clone de Giovanni Drogo, ce jeune ambitieux pour qui " »tous ces jours qui lui avaient parus odieux, étaient désormais finis pour toujours et formaient des mois et des années qui jamais plus ne reviendraient... » Aux yeux du clan des femmes je croissais, en âge et en sagesse, dans l'étroit périmètre de notre bocage cernée de hautes haies, alors que je ne poussais vraiment que dans l'obscurité du Rex et du Modern. Perfusé par les yeux verts et le nombril de Debra Paget dans le Tigre du Bengale et par les bas de soie glissant sur les cuisses diaphanes de Catherine Deneuve dans Belle de Jour, je me lignifiais en silence. Jour après jour j'accumulais la chlorophylle des belles étendues sur le papier glacé des magazines de mode de ma mère. Je thésaurisais de la beauté pour gagner les centimètres qui me placeraient au-dessus du commun. C'était le bonheur de jours passés à regarder filer les heures, hors des limites du réel, avec pour seule ligne d'horizon la belle destinée qu'allait m'offrir la vie, au plus haut, à l'étage des seigneurs. Quand parfois le doute m'effleurait - allais-je pouvoir m'extraire de ce monde contraint ? - je me parais des oripeaux d'Edmond Dantès, le trahi, le paria surgi de nulle part accomplissant son implacable vengeance ; les yeux topaze d'Yvonne Furneau m'irisaient... »

 

  • Le Désert des Tartares, Valerio Zurlini, en fit un film sorti sur les écrans en 1976, avec une brochette de grands acteurs : Vittorio Gassman : Filimore/Giuliano Gemma : Mattis/Philippe Noiret : le général/Jacques Perrin : le lieutenant Drogo/Francisco Rabal : Tronk/Fernando Rey : Nathanson/Laurent Terzieff : Amerling/Jean-Louis Trintignant : le médecin-major Rovin/Max von Sydow : Ortiz.

 

Le beau Jacques Perrin incarnant Giovanni Drogo je me voyais bien me glisser dans sa peau…

 

Mon premier tartare je l’ai mangé à Paris dans une grande brasserie dont j’ai oublié le nom.

 

Les origines du steak tartare sont difficiles à déterminer, plusieurs versions circulent :

 

  1. « Parce qu’à l’origine, le tartare est tout sauf français. Il n’est même pas européen. Il nous vient en réalité des Cosaques Zaporogues et non des Tartares, que nous avons rencontrés en Ukraine et dont nous avons piqué l’idée au début du XVIIème. Nous avons amalgamé Cosaques et Tartares car leurs cultures de cavaliers nomades d’Asie centrale étaient suffisamment semblables aux yeux des Français du XVIIème siècle pour être confondues. Les Zaporogues plaçaient des filets de viande de cheval crue et salée sous leur selle et galopaient jusqu’à totalement vider la viande de son sang, puis la mangeaient simplement tranchée ensuite. Nous avons repris l’ingrédient de base, mais sans la selle, et avec deux ou trois ingrédients supplémentaires bien locaux. La viande de cheval est utilisée chez nous aussi, mais la plus courante de nos jours reste le boeuf. »

2. « le steak tartare tel que nous le connaissons aujourd’hui nous provient plus probablement de la ville de Hambourg, en Allemagne, où l’on servait un plat de viande hachée assaisonnée et généralement crue, accompagné d’oignons et de chapelure. Ce plat, appelé « steak d’Hambourg », a donné naissance à deux mets tout à fait différents, mais néanmoins très populaires, le steak tartare et le… hamburger.

 

La ville d’Hambourg étant une très grande ville portuaire, il fût facile pour le steak d’Hambourg de se transporter à travers les grandes villes maritimes d’Europe, et c’est probablement en Belgique qu’il est devenu ce que nous connaissons comme le steak tartare, c’est à dire une préparation de cheval ou de boeuf hachée au couteau (car c’est la tradition, même si plusieurs endroits le font au moulin) et assaisonnée de mayonnaise, de câpres, de cornichons, de moutarde, de sauce forte... C’est d’ailleurs en raison de son origine belge que l’accompagnement traditionnel du steak tartare est la pomme frite. »

 

Selon chef Simon du Monde la Recette de tartare de boeuf pour 4 personnes se décline ainsi :

 

 

400 à 500 g de filet de boeuf (vous pouvez également utiliser toutes les pièces de boeuf tendres) - 4 échalotes ciselées (ou oignons blancs) - 4 cuillers à soupe de câpres - 1/2 bouquet de persil plat - 10 cornichons - 4 jaunes d'oeufs - 4 cuillers d'huile de tournesol - 2 cuillers à soupe de worcestershire sauce - 2 cuillers à soupe de moutarde - Quelques gouttes de tabasco - sel et poivre du moulin.

 

 

Mais revenons à la TARTARIE la Terre des diables extraits de l’Atlas des Contrées Rêvées de Dominique Lanni chez Arthaud illustrations Karin Doering-Froger.

 

« Il en est des Empires comme des glaciers qui couvrent le flanc des montagnes : ils grandissent ou s’amenuisent selon les âges. Celui que le Moyen Âge appelait Tartarie s’étendait au XIIIe siècle de l’Oural à l’océan Pacifique. Et si les Tartares désignèrent le peuple mongol, leur territoire dépassait les frontières qu’on leur connaît actuellement : Gengis Khan les mena jusqu’aux portes de l’Europe. Au milieu du XIIIe siècle, la chrétienté s’interroge avec anxiété et effroi sur « cette race épouvantable de monstres qui n’ont rien d’humain. »

 

« En 1245, le pape Innocent IV charge le franciscain Giovannni di Pian Carpino d’une mission pour le moins délicate : se rendre auprès du Grand Khan Guyuk afin « d’examiner toutes choses avec soins. »

 

Malgré les risques le moine est convaincu de « porter la bonne nouvelle au-devant de « nations barbares ».

 

Dans son Histoire des Mongols il livre ce portrait :

 

« L’aspect des individus diffère de celui des autres hommes. Entre les yeux, en effet, et entre les pommettes, ils ont plus d’écartement que les autres hommes. De plus leurs pommettes sont saillantes par rapport aux joues, ils ont le nez plat et petit, ils ont les yeux petits et les paupières tirées jusqu’aux sourcils. Ils ont, en général, la taille mince, sauf quelques-uns ; presque tous sont de statures moyennes. »

 

Louis IX, le futur Saint-Louis, en 1254-1255, envoie lui aussi un franciscain, le flamand Guillaume de Rubrouck, auprès du Grand Khan.

 

Mais c’est Marco Polo, « le vénitien raffiné, rompu aux mœurs d’une Italie déjà saisie du frisson de la renaissance » qui fera disparaître la frontière entre l’Occident médiéval et cet empire du bout du monde.

 

Le chroniqueur Rustichello de Pise, sous la dictée de Marco Polo écrira sur la découverte des mondes inconnus apportant son lot de merveilles.

 

« Ces enchanteurs, dont je vous ai parlé, font tant par leurs enchantements que, quand le seigneur à envie de boire, les coupes dont je vous ai parlé, se soulèvent de leur place sans que nul ne les touche et s’en vont devant le seigneur… »

 

Que boire avec votre tartare ?

 

Je vous conseille : BRUTAL

Rouge brutal 2012

 

 

La Tartarie du steak « Quand le seigneur à envie de boire, les coupes se soulèvent de leur place sans que nul ne les touche et s’en vont devant le seigneur… » Michel Strogoff, Giovanni Drogo, Jules Verne et Dino Buzzati
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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 06:00
Le vin nature est-il vulgaire « Aucun crime n'est vulgaire, mais la vulgarité est un crime. La vulgarité, c'est ce que font les autres. » Oscar Wilde

Suis-je vulgaire ?

 

Les vins nature et leurs défenseurs sont-ils vulgaires ?

 

De hautes plumes le pensent et l’écrivent, libre à eux de le penser et de l’écrire.

 

Mais qu’est donc que la vulgarité ?

 

Longtemps la vulgarité fut un préjugé de caste, et dans la bouche ou sous la plume de certains qui se vivent comme l’élite elle le reste encore car elle est la marque infâmante du vulgum pecus, de la masse et du bas peuple.

 

« Prenez un homme d'une capacité ordinaire, vous savez toujours ce qu'il va dire dans un cas donné (...) La société d'élite raille impitoyablement cette vulgarité, elle se croit beaucoup plus originale, beaucoup plus personnelle » J. Simon, Devoir, 1854.

 

En février 1857, le gérant de la Revue de Paris dans laquelle Madame Bovary a été publiée sous la forme de feuilletons, l’imprimeur et Gustave Flaubert sont jugés pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ».

 

Gustave Flaubert sera blâmé pour « le réalisme vulgaire et souvent choquant de la peinture des caractères » mais il est acquitté malgré le réquisitoire du procureur Ernest Pinard.

 

Évoquer la vulgarité, ce qui est vulgaire, ce qui manque de distinction, de délicatesse, ce qui choque la bienséance, forme de bassesse, de grossièreté, de trivialité, et le souci de la combattre, cache souvent l’ambiguïté du propos car il peut se retourner contre ceux qui en font un argument imparable.

 

Vulgarité morale, physique…

 

Vulgarité prétentieuse…

 

Vulgarité de caractère, de conduite, des goûts, des mœurs, de parole, des sentiments, du style, du ton, des traits…

 

« Un jour que la conversation tournait à des vulgarités écœurantes (...) elle dit à Fred: « Je ne sais pas si les gens dont vous parlez sont horribles comme vous le dites, mais je sais qu'ils vous ressemblent (...) »

 

Aragon, Les Communistes, t. 1, 1982

 

Je partage l’opinion d’Oscar Wilde « Aucun crime n'est vulgaire, mais la vulgarité est un crime. La vulgarité, c'est ce que font les autres. »

 

Florilèges

 

L’origine du Monde de Courbet est-elle une œuvre vulgaire ?

 

Reiser était-il vulgaire ?

 

Le Pr Choron était-il vulgaire ?

 

Les Hara-Kiri, Charlie and Co étaient-ils et sont-ils encore vulgaires ?

 

Madame Sans-Gêne était-elle vulgaire ?

 

« Casse-toi pauvre con ? » était-il vulgaire ?

 

« Les Bio-cons » était-ce une désignation vulgaire ?

 

Certains critères du classement de Saint-Émilion sont-ils vulgaires ?

 

Les prix de certains GCC sont-ils vulgaires ?

 

Les salaires de certains footballeurs sont-ils vulgaires ?

 

« Merci pour ce moment » est-il un livre vulgaire ?

 

Les Balkany sont-ils vulgaires ?

 

Éric Zemmour est-il vulgaire ?

 

Nadine Morano est-elle vulgaire ?

 

Pamela Anderson est-elle vulgaire ?

 

« On s’en bat les couilles » vin de Pascal Simonutti est-il vulgaire ?

 

Les paroles de certains rappeurs sont-elles vulgaires ?

 

Les tatouages sont-ils vulgaires ?

 

La Rolex de Séguéla est-elle vulgaire ?

 

Mouton-Cadet est-il vulgaire ?

 

Nul n’est à l’abri de la vulgarité… moi le premier… mais ne pas confondre vulgarité et grossièreté car si cette dernière est fracassante elle est curable, alors que l’autre est insidieuse et profondément enracinée.

 

Pour reprendre l’imagerie populaire, la poissonnière ou le charretier, au langage grossier, valent souvent bien mieux que les monstres de vulgarité au langage châtié.

 

Le monde du vin, son bling-bling, ses nouveaux riches, son paraître, sa nuée de courtisans n’est donc pas exempt d’une forme de vulgarité.

 

La vulgarité moderne est violente car elle nivelle et abaisse sous le prétexte de se mettre à la portée, d’être plus accessible, plus compréhensible, plus intelligible pour l’autre, « l’autre » étant l’auditeur, le spectateur, l’électeur…

 

Dans notre monde pressé, qui se dit et se veut efficace, c’est le chemin le plus court pour être compris. La vulgarité est alors un artifice au service d’une communication de proximité, une sorte de communication identitaire. Se faire comprendre de son interlocuteur nécessiterait de se mettre à son niveau. Être vulgaire pour être sûr d’être compris par la base que je cherche à séduire…

 

« Regarde-moi, je parle, j’écris comme toi, je suis toi ».

 

Une faute de français pour « faire peuple »

 

Mais de quel niveau parle-t-on ?

 

Claude Cabanes écrivait dans son Éloge de la vulgarité aux éditions du Rocher lire ICI

 

« Nomenclature sémantique en forme de monologue que le « dominant » adresse au « dominé » sous les vivats du public du chapiteau :

 

« Je suis distingué, tu es vulgaire.

 

Je suis rare, tu es commun.

 

Je suis unique, tu es quelconque.

 

Je suis irremplaçable, tu es habituel.

 

Je suis incomparable, tu es banal.

 

Je suis brillant, tu es terne.

 

Je suis fin, tu es grossier.

 

Je suis raffiné, tu es trivial.

 

Je suis aisé, tu es pauvre.

 

Je suis le consommé, tu es la soupe (le public rit)

 

Je suis un prince, tu es un bouseux.

 

Je suis profond, tu es futile.

 

Je suis mince, tu es gras. »

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 06:00
L’anti-Manifeste lâchez-nous la grappe « Ces vins sont en train de sauver l’image du vignoble français. » Olivier Roellinger

Pour parodier ce bon François Morel dans sa dernière chronique sur France-Inter, par les temps qui courent il pleut, dans le petit monde du vin, des Manifestes comme à Gravelotte.

 

Chaque camp est solidement retranché, celui des insurgés, qui tient dans un mouchoir de Chollet noué aux 4 coins, fait beaucoup de bruit médiatique, trop, ce qui irrite le camp d'en face celui des tenants de l’ordre établi.

 

Comme l’Islam est très tendance, ces derniers où se mêlent les repentis, les ouvriers de la 25e heure du bio et de la biodynamie, les purs et durs des produits en cides, les Paganini de l’œnologie de confort, balancent leurs scuds sur la piétaille naturiste : ayatollah, fatwa

 

Des mots qui se veulent assassins mais qui, à la manière de la désignation des pauvres automobilistes piégés par la neige sur l’autoroute, pris en otage, sont des abus de langage.

 

Un ayatollah à la mode iranienne n’est pas qu’un prêcheur mais quelqu’un qui impose sa loi au plus grand nombre. Il ne me semble pas vraiment que ce soit le cas des zélateurs des vins qui puent. Dans notre paysage du vin la force et le poids sont plutôt du côté de ceux que l’on qualifie de conventionnels, soit les tenants du modèle dominant.

 

Que la gente qualifiée par l’émigré d’au-delà des Pyrénées de « bobo-parigot-alterno-mélanchoniste » donnât de l’urticaire à l’establishment riquiqui des qui vivaient très bien dans le petit monde du vin de ces 20 dernières années, j’en conviens aisément. Pour autant, l’appel à la résistance d’un autoproclamé gardien du temple, «Contre la bêtise des gourous des vins nature», me fait rétorquer de quoi se mêle -t-il celui-là ?

 

« Viticulteurs, réveillez-vous ! Reprenez le pouvoir, il n’est que temps. » proclame-t-il !

 

Ha ! bon, les viticulteurs auraient donc perdu le pouvoir…

 

Quel pouvoir ?

 

Celui de faire du vin à leur manière ?

 

Il me semble que dans ce domaine, les exclus sont plutôt du côté des vins qui n’empruntent pas les autoroutes de l’œnologie moderne.

 

Mais ce fameux pouvoir, le seul juge de paix du devenir d’un vin n’est-il pas entre les mains de ceux qui le choisissent ?

 

Entre nous soit-dit, qu’est-ce qu’ils en ont à péter les buveurs des cris d’orfraies des défenseurs de ce qui se fait ou ne se fait pas ?

 

Rien !

 

Ils s’en tamponnent le coquillard…

 

Alors pourquoi une telle agitation du côté des défenseurs de la bienséance ?

 

Tout bêtement parce que derrière cet appel à la résistance se cache une volonté, celle d’exclure ces vins dit déviants, d’insinuer que ces vins, dit naturels ou nature, ne sont pas des vins. En effet, il s’agit d’un appel pur et simple à leur exclusion du champ du commerce alors que je sache à partir du moment où un vin est considéré par la répression des fraudes comme étant un produit sain, loyal et marchand c’est du vin soumis à l’acquittement d’un droit de circulation.

 

Si un vin circule pour arriver jusque sur les étagères d’un caviste ou la table d’un restaurant je ne vois pas au nom de quoi il faudrait le vouer aux gémonies parce qu'il ne plaît pas à un auto-désigné juge aux élégances.

 

Alors est-ce la peur de voir ces vins pleins de défauts faire une concurrence déloyale aux vins bien formatés, bien lisses, bien au goût des goûteurs patentés, qui anime la croisade de ce Godefroy de Bouillon du XXIe siècle ?

 

Si tel était le cas, et ça ne l’est pas, pourquoi en appeler à un sursaut des vignerons qui suivent le droit chemin ? De deux choses l'une : soit les vins dit déviants trouvent des consommateurs, soit ils n'en trouvent.

 

Les seuls décideurs ce sont les cochons de payant et non les conseilleurs, patentés ou non. Et c’est heureux…

 

Tous les goûts sont dans la nature dit l’adage populaire et François Jacob dans le Jeu des possibles, Fayard, 1981, rive le clou à tous ceux qui veulent nous imposer le leur « Vouloir séparer le biologique du culturel n’a pas de sens. Pas plus que de demander si le goût de Roméo pour Juliette est d’origine génétique ou culturelle. »

 

Pourquoi, dans ces conditions, instaurer un débat, ce serait du même tonneau que d'en instaurer un sur le sexe des anges ?

 

D'ailleurs je n’ai jamais assisté à un vrai débat entre les deux camps car tout bêtement aucun d'eux ne se risque à affronter l’adversaire, à confronter ses idées, tout le monde préfère l’entre-soi et l’instruction de procès à charges. C’est plus confortable.

 

L’intolérance est partout : essayez donc de contredire Nossiter !

 

Je fais un rêve : si un vrai débat s’instaurait, celui-ci mériterait mieux que l’échange d’horions, de raccourcis faciles peuplant les réseaux sociaux, qui permettent aujourd’hui de jeter principalement le discrédit sur un produit, le vin nature, qui se vend parce qu’il est apprécié par une catégorie, certes minoritaire, de consommateurs qui ne sont ni des déviants, ni des fauteurs de goût.

 

Le vin véritable n’existe pas mais la ligne de partage est bien entre ceux qui veulent définir des valeurs moyennes de composants avec une marge de tolérance et ceux qui affirme qu’un «produit naturel» est par définition soumis à des grands écarts du fait même des caprices de la nature.

 

Que je sache la liberté du consommateur de choisir son vin selon son goût, ses désirs, ses envies, son porte-monnaie, n’est entravé par qui que ce soit.

 

Alors où est le danger ?

 

Qui est en danger ?

 

Ceux qui ont peur de perdre ce qu’ils considéraient comme leur pouvoir, qui se vivaient – et qui en vivaient – défenseurs du bon goût, d’une forme d’académisme. Les gardiens de tous les temples, tous les musées, toutes les chapelles

 

En matière de vin, comme en tout, je suis athée et laïc.

 

Donc « Lâchez-moi la grappe ! »

 

Et je ne demande pas, à qui que ce soit, de me suivre comme les moutons suivent le Bon Pasteur. 

 

Mon phare, ma balise, mo étoile polaire c’est la sincérité. Pas la mienne, celle de ceux qui font le vin.

 

Et je souscris à 100% à ce qu’a déclaré Olivier Roellinger au sieur Sébastien Lapaque qui graphe maintenant dans la pointe avancée de la Résistance aux vins conventionnels : la RVF, environné qu’il est d’encarts vantant les mérites des plus beaux fleurons de ceux-ci. 

 

« J’avais besoin de cette forme de sincérité. Dans une Bretagne massacrée par l’agriculture chimique, il était inévitable que la rencontre se fasse avec des vignerons en train de proposer un autre modèle. J’ai toujours mis un point d’honneur à travailler avec des légumes bio, des œufs bio, des volailles bio. Ma femme Jane a même poussé la démarche jusqu’à exiger des fleurs bio pour nos bouquets. Il était normal que le vin suive. C’est une cohérence qu’on doit avoir. »

 

Dangereux extrémiste ce chef breton d’autant plus qu’il aggrave son cas en prenant fait et cause pour les affreux, sales et méchants naturistes.

 

« Nous avons commencé avec Bruno Schueller, Patrick Meyer, Dominique Derain, Claude Courtois et Pierre Overnoy.

 

… Aujourd’hui au Coquillage on peut boire un vin d’Auvergne de Patrick Bouju, un chardonnay de Noëlla Morantin

 

… Pour suivre il y a du Ganevat, du Arena, du Vallette, du Peron, du Jambon

 

Ces vins sont entrain de sauver l’image du vignoble français. »

 

La patrie du vin français n’est donc pas en danger du fait des vins de chemin de traverse mais plutôt du fait de l’ennui provoqué par l’uniformité des vins dont on peut douter de la sincérité…

 

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 06:00

 

Sur les réseaux sociaux tout un chacun s’essaie à sortir la tête du flux ininterrompu en jouant, avec un bonheur inégal, sur le registre de l’humour, de la vacherie, de la parodie, de la pochade. C’est à qui fera un « bon mot » pour attirer le gogo.

 

Jusqu’à ces derniers temps le monde du vin, toujours à la traîne, se complaisait dans les sempiternels j’aime ton cru, ça sent la pêche melba, ça goûte bien, assorti chez l’exilé d’au-delà des Pyrénées d’une iconographie dans le style LUI des origines.

 

Bref, on s’ennuyait ferme et petit à petit beaucoup de blogueurs jetaient l’éponge ou s’engageaient dans la sous-traitance là où affleure encore le peu de pognon de la presse écrite.

 

Et puis, surgissaient du diable vauvert, la Revue des Gros Vins de France d’un certain Marc Hélalie et le Glourafi sur Twitter. Des pseudos bien évidemment, c’est plus commode, ça évite comme pour moi de se faire blacklister par la RVF et interdire de séjour par B&D.

 

Qu’importe !

 

Mettre un peu d’animation, foutre le bordel dans les conventions, asticoter les prétendues icones, qui souvent rient jaune, se la jouer Canard Déchaîné avec un zeste d’impertinence, une pincée de méchanceté et beaucoup de mauvaise foi, ça ne peut nuire à l’extension du domaine du vin.

 

Bien sûr il leur faudra tenir la distance, durer sans lasser et ça c’est une autre paire de manches…

 

Ce dernier samedi, alors que j’avais d’autres chats à fouetter, façon de parler, en une concomitance étrange, j’ai assisté bien au chaud à une partie de ping-pong sur la Toile.

 

Tout d’abord via Bourgogne-Live voilà t’y pas que l’ami Confédéré Paysan, Lilian Bauchet, du fin fond de sa nouvelle patrie du Beaujolais, sortait de son long silence d’ermite :

 

« Bon, deuxième post de l'année et nous ne sommes pas encore fin janvier. Le moral est bon, les jambes aussi. Ah, j'en ai bouffé des kilomètres de brouillon pendant la morte saison, je suis affûté comme jamais, c'est sûr, le titre de blogueur vin de la RVF 2016 ne m'échappera pas.

 

Qui pour me barrer la route ?

 

Olif ? Trop orienté vins naturels. Escapades gourmandes ? Trop léger, le vin, c'est un sujet sérieux…

 

Du morgon dans les veines ? Au contrôle antidopage, il ne passera pas.

 

Nicolas Lesaint ? Trop sensible, ça se sent dans ses écrits, son côté poète va lui jouer des tours quand ça va frotter dans le peloton à l'approche de l'arrivée, il n'aura pas les nerfs pour rester au contact.

 

Jacques Berthomeau ?

 

La réponse de Lilian, pleine d’à-propos est ICI 

 

Sa conclusion m’a fait sourire « Tu dois te demander pourquoi je te donne tous ces conseils, toi qui es un de mes principaux rivaux pour le titre ? Parce que j'aime trop ce sport pour voir un compétiteur de ton calibre passer à côté de sa carrière. Maintenant, tu en fais ce que tu veux de mes conseils, si tu veux rester le Poulidor de la blogosphère vin, ça te regarde. »

 

 

 

Rassure-toi Lilian, Poulidor n’est pas ma tasse de thé et si le vélo est l’un de mes amours c’est parce que je suis un bobo parigot cher au blogueur de l’année 2016.

 

Et là cher Lilian, tout comme Marc Hélalie, vous êtes largués par le peloton lorsque vous prétendez postuler pour ce titre 2106 déjà attribué par le RP Saverot.

 

Ce sera pour 2017, année des revenants dans une autre compétition. Peut-être face à l’afflux de candidats de droite comme de gauche vous devrez passer par la case des Primaires. Pour ma part, le Soviet Suprême de la RVF sous la férule du petit père du peuple de Marie-Claire, la barbe de 3 jours JP Lubot, m’a assigné au Goulag de la Toile, et je ne pourrai être des vôtres. Ce que je ne regrette en rien, cher Lilian, je préfère mes belles amies du haut de Ménilmontant à l’engeance postulante au titre.

 

 

Pour finir avec toi, un reproche de haute portée politique : comment peux-tu Lilian Confédéré Paysan publier ton blog sur une plate-forme inféodée à l’impérialisme US comme on disait de mon temps.

 

Mais ce samedi me réservait d’autres surprises puisque No Wine is Innocent sur rue 89 L’Obs. publiait :

 

Le Glourafi et La Revue des gros vins de France se moquent du vin par Antonin Iommi-Amunategui. Publié le 23/01/2016 à 14h46

 

« La Revue des gros vins de France et le Glourafi sont apparus récemment, et vite tombés dans les radars des amateurs et pros de vin : deux producteurs d’infos factices, décalées, ironiques, railleuses du « mondovino ».

 

Le premier via un blog, le second sur Twitter exclusivement, où ils se moquent, avec un humour cruello-tendre, des postures, figures et tendances du vin actuel. Mais comme pour les sites parodiques dont ils s’inspirent, sous les délires, il y a le sens.

 

On a donc essayé de faire parler leurs deux créateurs/animateurs. Les réponses sont parfois à prendre avec deux-trois litres de pincettes (notamment celles de la RGVF qui sont toutes, faut-il le préciser, farfelues voire outrancières, à l’image de ce qui est publié sur le blog en question). »

 

La suite ICI 

 

Sitôt, l’Hélalie qui doit fichtrement s’emmerder le samedi, rétorquait :

 

« Une interview de notre cher leader a été diffusé sur le média communiste Rue 89. Malheureusement, le journaliste Antonin Iommi Amunategui a coupé l'interview de notre grand leader, Marc Hélalie. Il a de plus mis côte à côte le glourafi qui est le pendant "gendre idéal" de notre magnifique maître de la pensée, Marc Hélalie, loué soit-il. Nous apportons ICI la version originale pour éclairer cette sombre histoire.

 

MDR le « trio BNP » Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse, également principaux actionnaires du Monde, comme le disaient les jeunes avant que ce soit ringard : média communiste Rue 89 !

 

Qu’importe ce genre de détail, l’important c’est que face à ce déferlement, le duo Butane&Degaz sentait le couperet de la faux les frôler. Face à l’échec de leur stratégie d’entrisme chère aux trotskystes, menée par leur bedeau aux Richelieu bien cirées, il leur fallait réagir dans l’heure.

 

Comme je suis bon prince, lisant dans leurs pensées affolées, je leur ai proposé de recruter Lilian Bauchet pour lancer leur contre-attaque avec un titre qui en jette un max : En Bonbonne

 

De Gaz bien sûr !

 

La photo titre est tirée d'ICI 

 

Après Olif, c'est la deuxième grosse prise de guerre, dans le cercle très fermé des vins à poils, de l'infernal duo Butane&Degaz... Inutile de vous signaler que le répondeur de Nicolas 2 R répond inlassablement : j'ai piscine !

 

Désolé Lilian mais aller à vélo le week-end prochain, aux anonymes à Angers, est au-dessus de mes dernières forces. Je mandate donc la cantinière d’altitude du Lapin Blanc, mon amie Claire, elle aussi adepte du vélo de ville, un Poulidor je crois, tu n’y perdras pas au change…

 

 

Pour ton info, jeudi prochain, je vais écouter tes idoles José Bové et Carlo Petrini… Je les embrasserai de ta part…

Face à la résistible ascension de la Revue des Gros Vins de France et du Glourafi, Butane&Degaz lancent En Bonbonne avec Lilian Bauchet aux rennes…
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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 08:00
CHAP.15 opération Chartrons « On n’est jamais meilleur qu’au moment de quitter le pouvoir » la contrition versus Nicolas Sarkozy.

Ma gestation est celle des éléphants qui ont la plus longue gestation parmi les mammifères terrestres : elle dure de 20 à 22 mois et ma période d’allaitement de mon bébé risque fort d’être aussi longue 36 à 48 mois. Irais-je cette fois-ci au bout de ma quête d’une impossible étoile ? Faudrait-il utiliser les fers ou pratiquer une césarienne pour vaincre mon indolence coupable ? Je ne le crois pas, une épaule bienveillante sur laquelle me poser suffira.

 

Un des maîtres du cynisme contemporain, Olivier Bardolle, éditeur-écrivain, vient de pondre un petit opus « Le cynisme comme remède au chagrin d’amour »

 

« Le cynisme ayant pour objet de combattre toutes les illusions, il était naturel qu’il constitue l’antidote à la première d’entre elles : l’amour. »

 

« L’énamoration, mot savant pour désigner le coup de foudre, est une période particulière pour les acteurs de la rencontre amoureuse. Elle les met en état de choc, état proche de la sidération, annihile tout sens critique, abrase l’estime de soi, neutralise l’humour un peu trop vif, et rend les amants complètement indifférents au monde et à ceux qui les entourent. Un couple amoureux n’est qu’un bloc d’égoïsme. »

 

« Donc, l’amour est une catastrophe, l’affaire est entendue et c’est sans doute ce que voulait dire Coco Chanel lorsqu’elle énonça cette idée-force : « Une femme qui aime est foutue. »

 

« De fait, la disqualification de l’amour s’exprime pleinement dans la rupture. Comme le disait Zsa Zsa Gabor : « On ne connaît pas un homme tant que l’on n’a pas divorcé de lui. »

 

« En général, l’état amoureux se manifeste par une forme d’idiotie béate qui met le sujet dans l’incapacité d’avoir un œil critique sur l’objet de son amour, devenu comme par magie un dieu / une déesse parmi les hommes. »

 

« Ceux qui sont en proie aux tourments du chagrin d’amour doivent admettre que c’est simplement leur cerveau de junkie qui souffre du sevrage. L’effet de manque est douloureux et générateur d’angoisse. Mais ils peuvent aussi se dire qu’hier, lorsqu’ils aimaient « comme des fous », ils étaient aliénés, assujettis à leur passion, asservis à autrui. La rupture dès lors peut-être vécue comme une libération. »

 

Citant Baudelaire : « Plus l’homme cultive les arts, moins il bande. Il se fait un divorce de plus en plus sensible entre l’esprit et la brute. La brute seule bande bien, et la fouterie est le lyrisme du peuple. Foutre, c’est aspirer à entrer dans l’autre, et l’artiste ne sort jamais de lui-même. »

 

Le milliardaire John Paul Getty Jr., fit cette réflexion désabusée « la fidélité envers une femme n’est concevable que si l’on a échoué en affaires. »

 

À l’autre extrémité Arletty relativisait le malheur « Les chagrins d’amour, c’est comme les régiments, ça passe. »

 

J’ai fait le choix de vie de mettre l’amour en berne alors je ne vais pas me lamenter parce qu’il m’est tombé dessus un beau jour d’été sur les bords du Bassin de La Villette.

 

Sarkozy le retour d’un pénitent.

 

Histoire de créer l’évènement, Nicolas Sarkozy a fait circuler le titre de son ouvrage La France pour la vie quelques jours avant sa publication, et Le Figaro en publie les bonnes feuilles ce 22 janvier. « Sarkozy mise sur un tirage de 120 000 exemplaires et espère en faire la pierre angulaire de sa réélection »

 

« Au creux de l’hiver, tandis que les Français passaient à table pour ce qui s’annonçait comme leur pire Noël depuis des années, l’ancien président Sarkozy écrivait un livre, relate le journal belge De Morgen. Et ce dans le plus grand secret ».

 

« Malheureusement, la France est impitoyable avec ses politiciens. Et personne ne le sait aussi bien que cet ancien chef de l’Etat devenu président du parti conservateur Les Républicains. A ce stade, personne n’a lu l’œuvre, mais au vu des commentaires, la probabilité est forte que la sortie du bouquin, le 25 janvier, n’y change pas grand-chose. »

 

« Pendant ce temps, au sein du parti Les Républicains, “le curseur se déplace vers le centre”, écrit De Morgen. Et cette configuration profite à l’ancien Premier ministre Alain Juppé, qui “est aujourd’hui l’homme politique le plus populaire de France ».

 

« Quant à Nicolas Sarkozy, il a bien sûr toujours une cour de fidèles « qui lui prédisent un soudain regain de popularité. Mais il lui faudrait un miracle pour qu’il remporte la primaire – sans parler de la présidentielle, dans un an et demi ».

 

« 260 pages pour renouer le lien avec les Français. Rejeté selon les sondages, distancé par Alain Juppé dans la course à la primaire, Nicolas Sarkozy joue son va-tout. Voici le contenu de ce livre écrit dans le plus grand secret et tiré à 120 000 exemplaires.

 

Le mea culpa

 

Nicolas Sarkozy fait son mea culpa et cette fois-ci n’y va pas par quatre chemins. Il confie n’avoir pas mesuré « la portée symbolique » du Fouquet’s. Le séjour sur le yacht de Bolloré quelques jours après son élection : « une erreur de jugement incontestable. Je me demande encore comment j’ai pu commettre un tel impair ». Le « casse-toi pauv’con » du salon de l’agriculture en 2008 : «une bêtise que je regrette encore aujourd’hui. J’ai abaissé la fonction présidentielle. Avoir du caractère n’autorise pas tout. »

 

François Hollande

 

Nicolas Sarkozy répète à plusieurs reprises qu’il n’a « ni amertume, ni détestation » à l’égard de son successeur. Pourtant il le cible dès le prologue : « Qui pourra décemment prétendre que la sécurité des Français est entre de bonnes mains? » Puis tout au long son livre : « Il sait dissimuler, masquer, parfois même travestir la vérité (…).Il n'aime ni décider, ni trancher. Son monde est celui de l'ambiguïté sympathique.». Retour aussi sur la passation de pouvoir du 15 mai 2012 où François Hollande n’attendit pas qu’il monte dans voiture pour tourner les talons. Nicolas Sarkozy se montre cinglant. « Son comportement avec Carla (…) fut d’une froideur à la limite de la mauvaise éducation. L’homme amical et chaleureux en privé laissa place à un Président distant, glacial et mal à l’aise. »

 

La suite ICI

 

ON PEUT PAS, ON A PISCINE

 

Les temps sont durs pour Nicolas Sarkozy. Même réussir à organiser un déjeuner avec les nouveaux présidents de région LR semble être une gageure pour le président du parti. Car le "tout sauf Sarkozy" est ressuscité par… la droite elle-même. Et cet épisode en donne une certaine illustration.

 

Ainsi apprend-on ce jeudi 21 janvier tant dans L’Opinion que dans les confidentiels du Point que l’invitation à déjeuner des présidents de région n’a pas reçu l’accueil espéré. Loin de là. Très loin de là même. Nicolas Sarkozy les avait pourtant invités pour un petit gueuleton le 20 janvier. Mais les multiples désistements ont poussé le probable candidat à la primaire à annuler le rendez-vous. Un camouflet.

 

Un proche d’un "édile" ironise ainsi dans Le Point :

 

Ils avaient tous piscine !

 

Premiers à décliner ce déjeuner, Xavier Bertrand, nouveau patron de la grande région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Valérie Pécresse, nouvelle présidente de l’Ile-de-France et Christian Estrosi, boss de la région Paca à l’antisarkozysme grandissant. Tous avaient annoncé au lendemain de leur victoire régionale l’envie de "faire de la politique autrement". Ceci explique-t-il cela ?

 

Et puisque le président de la grande région Est Philippe Richert s’est mêlé à la cohorte des déserteurs, Nicolas Sarkozy a préféré tout annuler que de faire un dej’ a minima avec seulement deux des six présidents des régions gagnées par son parti, Bruno Retailleau et son nouveau numéro 2 rue de Vaugirard Laurent Wauquiez.

 

Thierry Breton, ancien ministre de Jacques Chirac, était ce matin sur France Inter.

 

Une intervention surprenante durant laquelle il a tour à tour défendu la politique de formation de François Hollande, critiqué Nicolas Sarkozy et lancé l'idée d'une mutualisation des dettes de défense des pays européens.

 

« Interrogé sur les raisons de cette crise sans fin sur le front de l'emploi et celui de l'économie qui touche la France, l'ancien ministre a eu cette réponse surprenante : "On a eu une gestion de la crise entre 2007 et 2012 qui a été la plus mauvaise de tous les pays européens", a-t-il lâché, devant une Léa Salamé prise de court. Et de poursuivre sur la même tonalité : "On a augmenté la dette de la France de 600 milliards d'euros, on a décroché totalement par rapport à l'Allemagne (...) ce décrochage est absolument tragique pour la construction européenne et pour l'avenir de nos concitoyens". Et vlan pour Sarko ! Même les socialistes, depuis leur arrivé au pouvoir, n'avaient osé faire un inventaire si cruel de la gestion sarkozyste de la crise. Il faudra donc rajouter Thierry Breton, à la longue liste de ces hommes de droite qui n'ont plus peur de critiquer le tenancier des LR. »

 

La suite ICI 

 

LA CONFIANCE – Pour être élu président de la République, il faut croire en sa bonne étoile. Et ne pas trop se fier aux sondages. C'est en tout cas ce que l'on veut croire dans l'entourage de Nicolas Sarkozy : la popularité d'Alain Juppé ne veut rien dire et l'ancien Premier ministre finira par se ramasser à un moment où un autre, c'est une certitude.

 

Nicolas Sarkozy lui-même est persuadé que son principal adversaire pour la primaire de la droite et du centre finira par s'écrouler. Pourquoi en est-il sûr ? Parce que l'histoire comporte de nombreux exemples de gens adorés par le peuple mais jamais porté aux responsabilités. Cité par Le Parisien ce dimanche 17 janvier, l'ancien président dit :

 

Les François ont adoré Simone Veil, Jacques Delors, Edouard Balladur et Bernard Kouchner. Mais ils ont voté pour Mitterrand, Chirac et moi !

 

Et Nicolas Sarkozy est plutôt bien placé pour savoir que les gens n'ont pas toujours voté pour les gens populaires, comme Edouard Balladur qu'il a soutenu en 1995, ce qui lui a valu une jolie traversée du désert après la défaite de l'ancien Premier ministre au premier tour de la présidentielle... Mais c'est une autre histoire.

 

ISLAMISME vous avez dit islamisme !

 

« Nos cœurs se serrent un peu plus chaque jour, quand, à Marseille, un enseignant juif est attaqué à la machette par un émule de Daech avant que des islamistes tuent 29 personnes dont des Français dans un hôtel de Ouagadougou, au Burkina Faso.

 

Jusqu'à présent, il régnait à Marseille un esprit bonasse qui permettait de penser que de tels actes y étaient impossibles. De même, le Burkina Faso semblait une oasis dans un océan terroriste. Mais la barbarie islamiste n'a plus de frontières. Elle va nous chercher partout, jusque dans nos retranchements, pour nous saper le moral.

 

L'agonie, c'est long, surtout vers la fin : ce n'est pas seulement vrai pour les civilisations. Elle est d'autant plus pénible que l'esprit du temps, mélange de confusionnisme et d'acculturation sonore, nous empêche de comprendre ce qui se passe. Notez que, à gauche comme à droite, on ne s'exprime souvent qu'en slogans sur l'islamisme. Résultat : l'avalanche des mauvaises nouvelles nous tétanise.

 

Dans ce monde en démolition, Un silence religieux (1), le livre de Jean Birnbaum, est une très bonne nouvelle, le signe que les yeux s'ouvrent enfin, la preuve qu'il ne faut jamais désespérer. Écrit par l'un des piliers du Monde, journal qui a fait preuve d'une incroyable cécité sur le phénomène islamiste, c'est un essai profond et courageux qui bouscule les idées reçues, à faire lire d'urgence dans les universités et les salles de rédaction. »

 

C’est signé FOG le néo-marseillais ICI 

 

La gauche et l’islam : le cas «Libé» le 21.01.2016 l’Hebdo

 

Le quotidien libertaire est accusé par les laïcs de donner des gages aux « bigots ».

 

« Libération a une partie de son avenir qui se joue dans les quartiers populaires. » En d’autres termes, dans les banlieues où vivent de nombreux musulmans. C’est Johan Hufnagel, patron des éditions numériques du quotidien français, qui l’affirme à L’Hebdo. Pour un titre se revendiquant de gauche, viser le lectorat des quartiers populaires, rien de plus normal. Sauf que cette déclaration en forme de positionnement commercial, suppose également une orientation éditoriale, en l’occurrence assez nouvelle. Pour ce journal à l’ADN libertaire, il s’agit désormais d’être islamo-friendly. Au point de faire copain-copain avec les « bigots », pire, avec les « islamistes », ces « ennemis de la laïcité », dénonce, à gauche toujours, le camp laïque, où l’on trouve notamment un ancien rédacteur en chef de Libération, période 1981-1987, Jean-Marcel Bouguereau. »

 

La suite ICI 

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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 06:00
Ettore Scola n'est plus, une journée particulièrement triste pour le cinéma et pour moi.

Un des derniers grands maîtres du cinéma italien Ettore Scola, réalisateur de chefs d'oeuvre mettant en scène Marcello Mastroianni, Sophia Loren, Vittorio Gassman ou Nino Manfredi avec, « Nous nous sommes tant aimés » 1974, « Affreux, sales et méchants » 1976, « Une journée particulière » 1977 est mort mardi à Rome à 84 ans.

 

 

Le 8 mai 1938, Rome en fête organise un grand défilé en l'honneur d'Adolf Hitler, venu en Italie pour consolider son alliance avec le Duce. Dans un immeuble d'un quartier populaire, Antonietta, Sophia Loren, épouse d'un petit fonctionnaire fasciste, se consacre aux tâches ménagères. Son mainate s'échappe et se pose sur le rebord d'une fenêtre. Antonietta en avertit le locataire concerné. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Gabriele, Marcello Mastroianni un commentateur de radio homosexuel, récemment licencié, qui attend son arrestation imminente...

 

 

Le décor de ce film prestigieux mais crépusculaire est un immeuble mussolinien filmé comme un tombeau : toute vie semble y avoir disparu en ce jour de mai 1938 où les Romains fêtent la visite de Hitler. Ne restent dans l'immeuble que deux exclus de l'héroïsme fasciste : un homosexuel persécuté et suicidaire, et une mère de famille abandonnée à ses casseroles.

 

Le film est un huis-clos dans un immeuble reconstruit en 1934, selon les critères de la nouvelle architecture fasciste pour les fonctionnaires viale XXI Aprile à Rome. Les distinctions sociales étaient prises en compte dans la répartition des logements. Tout était fait pour que les gens puissent s’épier, s’espionner, dénoncer.

 

 

Histoire d’apparence banale, mais qui ne l’est pas : deux êtres que tout sépare se rencontrent et s’aiment dans une période troublée, où triomphe l’exaltation de l'héroïsme fasciste. Une histoire d'amour qui semble la première pour Antonietta et la dernière pour Gabriele. Le contre-emploi de Sophia Loren, mal fagotée, mère au foyer abandonnée à son train-train quotidien, toute dévouée à sa famille correspond parfaitement au modèle de la mère prôné par le fascisme. Elle ne remet jamais en cause ce système, elle l’accepte docilement. Et le couple improbable qu’elle forme avec un Marcello Mastroianni, en intellectuel homosexuel, et donc forcément célibataire, raffiné et sensible, loin des valeurs viriles défendues par le fascisme, devient bouleversant. Aucun mélo, la peinture des sentiments est juste, sensible, émouvante.

 

J’ai pleuré.

 

Le fossé infranchissable, intellectuel, politique, social, et moral qui sépare ces deux êtres, est balayé par les circonstances exceptionnelles. Tout s’efface, les cases disparaissent, restés seuls dans cet immeuble mussolinien filmé comme un caveau : toute vie semble y avoir disparu en ce jour de mai 1938, Gabriele ne devrait pas pouvoir tomber amoureux d’une femme et Antonietta succomber à l’adultère. Tout devient possible du fait de leur fragilité, fragilité liée à leur solitude. Sans elle chacun serait resté sur ses positions, il n’y aurait pas eu de volonté de se lier à l’autre. C’est elle qui m’a bouleversé. Ce sentiment fort et irrépressible qui naît bouscule le système qui emmurait ces deux êtres si différents. L’amour l’emporte !

 

Tout cela est magnifié par une mise en scène impeccable, c'est du grand cinéma .

 

Les belles histoires sont intemporelles. Une journée particulière fait partie de ces films qui ne vieilliront jamais.

 

Dans un entretien avec Jean A. Gil, auteur du Cinéma italien (La Martinière), Ettore Scola expliquait, au sujet de l'homosexualité, que, «sous le fascisme, celui-ci n'existait même pas comme concept. Le mot n'est jamais apparu sur un journal de l'époque. […] Beaucoup d'homosexuels étaient indirectement accusés et éloignés de leur travail, ils étaient envoyés au confino de Carbonia, en Sardaigne, où étaient détenus également des subversifs non homosexuels.»

 

En 2012, lors une intervention à la Cinémathèque française, après la projection du film, Ettore Scola, cinéaste multi-récompensé, a confié que la distinction qui l'a rendu le plus fier lui a été donné par une association gay italienne, Fuori!, pour son respect des personnes homosexuelles.

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