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30 mai 2021 7 30 /05 /mai /2021 06:00

 

Je sais, je sais, je sais, comme le chante Gabin, en affichant ce tee-shirt de Jean-Baptiste Bruant, artiste plasticien français, je vais me faire avoiner par les «gardes rouges» du bon goût à la française. Depuis 1991 en duo avec Maria Spangaro « ils élaborent un univers artistique proposant une mystique de la corporalité, privilégiant pour cela le médium de la performance et les installations vidéo et sonores. » Ouille, ouille, Jacquouille, Bruant déclare « Mon travail est extrêmement sexuel »

 

La Fab.

 

Styliste, mécène et collectionneuse, Agnès b. soutient depuis de nombreuses années la création artistique sous toutes ses formes, la solidarité et l’environnement. « La Fab. », siège du fonds de dotation « Agnès Troublé dite Agnès b. » a pour ambition de rassembler toutes ces actions sous un seul et même toit. C’est un lieu unique, ouvert au public depuis février 2020, situé sur la place Jean-Michel Basquiat, à Paris dans le 13e arrondissement.

 

« J’aime Paris, et le treizième arrondissement est un nouveau Paris. Je suis très contente d’être dans ce quartier. J’avais d’abord cherché un lieu dans le nord de la capitale ou à Montreuil. Je voulais un quartier populaire. J’aime bien m’adresser à tout le monde en estimant que tout le monde a des capacités de comprendre, de voir, d’aimer. Et il n’y a pas non plus de passé historique dans ce quartier. On a l’impression d’être en voyage. Il y a le MK2, Tolbiac, les incubateurs, la Bibliothèque François Mitterrand, les planches à roulettes. Et le Point Ephémère, pour un café ou faire la fête, avec qui on est amis depuis toujours. »

 

Agnès b édite des tee-shirts d’artistes : Jean-Baptiste Bruant

 

 

J´suis snob... J´suis snob/C´est vraiment l´seul défaut que j´gobe/Ça demande des mois d´turbin/C´est une vie de galérien/Mais lorsque je sors avec Hildegard/C'est toujours moi qu'on r'gard'/J´suis snob... Foutrement snob/Tous mes amis le sont/On est snobs et c´est bon…

 

Boris Vian - J'suis snob by JusteLaurence and Xsmile32 on Smule

 

Marseille va-t-elle devenir la première capitale régionale à se donner à ceux qui se disent nationaux ?

 

Je ne sais.

 

Pour l’heure je vous offre :

 

La recette des spaghettis à l'ail de l'un des meilleurs restaurants de Marseille ICI 

 

À la maison

 

Dans le livre « Á La Maison » de Victoire Loup, sont réunies les recettes confidentielles des plus grands chefs français. Mahéva Angelmann, à la tête de la pizzeria marseillaise La Bonne Mère, révèle comment cuisiner les pasta alla piazza à base d'ail et d'huile d'olive.

 

Après un séjour italien, la Bonne Mère prépare sa rentrée

 

 

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29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 08:00

Gare de Zoug | Suisse Tourisme

Pour une petite ville de 30 000 habitants, le canton 120 000, la gare de Zoug vaut le détour, un côté mégalo, on y sent déjà pognon même si ceux qui en ont prennent rarement le train pour s’y rendre, ces gens-là préfèrent l’hélicoptère depuis l’aéroport de Kloten à Zurich, le plus grand de Suisse. Au temps de la splendeur de leur petite entreprise, qui ne connut pas la crise, les oligarques garaient leur jet privé à Kloten, louaient les services d’une compagnie d’hélicoptères pour gagner Zoug où ils ne séjournaient jamais.

 

Concession Ferrari et Maserati, Zoug.

 

Ils préféraient le «Dolder Grand Hotel » l'un des palaces les plus prestigieux de Zurich, dont le promoteur du projet, en 1899, le Zurichois Heinrich Hürlimann, tonnelier de profession, fut dessiné par l'architecte Jacques Gros dans le «style suisse» qu'affectionnait à l'époque la bourgeoisie helvétique, l'imposant édifice tient à la fois du château de conte de fées et du chalet.

 

Adossé à la forêt, en marge des beaux quartiers du Zürichberg qui se tiennent à distance respectueuse, le Dolder trône depuis plus d'un siècle au sommet d'un des panoramas les plus époustouflants de Zurich, offrant une vue imprenable sur la ville, le lac et les Alpes. Il est la propriété du financier et «trader» Urs Schwarzenbach, milliardaire, qui vit entre la Grande-Bretagne et Saint-Moritz. D’abord prisé des familles royales et des pontes du pouvoir, Winston Churchill, le Shah d’Iran, Henry Kissinger, le palace draine une clientèle de peoples charmés par le cadre old-fashioned et rock’n’roll assumé par l’établissement. Luciano Pavarotti, Michael Jackson, Keith Richards, Rihanna ou Leonardo di Caprio ont paraphé le livre d’or pour la postérité.

 

 

La discrétion étant la philosophie de la maison Ambrose&Louis, les rencontres avec ces maîtres du paraître se déroulaient dans des salles anonymes nichées dans les locaux des innombrables avocats d’affaires ayant pignon sur rue.

 

En avril 2020, le Luzerner Zeitung a publié une recherche de données sur les sociétés-écrans du canton de Zoug, indiquant qu’en 2018, 33 000 entreprises étaient enregistrées pour 127 000 habitants, soit une pour quatre personnes. Dans la ville de Zoug, la proportion s’élevait à une société pour deux habitants. Selon l’Office fédéral de la statistique, environ la moitié des 33 000 entreprises du canton emploient du personnel, et quelque 15 000 d’entre elles ne sont pas considérées comme des entreprises. Selon les journalistes, le canton compte 49 adresses qui abritent plus de 99 entreprises, deux d’entre elles comptant respectivement 328 et 277 sociétés. Ces adresses suspectes sont souvent celles de « fiduciaires et d'avocats – des professions qui assument la responsabilité principale dans l’établissement de sociétés-écrans ». Il en résulte une longue liste de scandales : or et œuvres d’art volés, exportation illégale d’armes, affaires avec le régime de l’apartheid, innombrables cas de blanchiment d’argent, avoirs de potentats, évasion fiscale, corruption dans le négoce de matières premières et dans les fédérations sportives internationales. La Suisse est en fait un « repère de pirates avec ses boîtes aux lettres pour argent sale.

 

 

Entre cabinets d'avocats, sociétés de conseils en gestion d'actifs, on trouve aussi les sièges de mastodontes de la finance tels Rothschild Continuation Holdings AG, qui contrôle la plupart des banques d'investissement du groupe Rothschild, ou encore Partners Group, une multinationale de gestion d'actifs, des sociétés pharmaceutiques comme Biogen Idec ou Amgen, et surtout un grand nombre d'entreprises liées au négoce, au courtage et à l'extraction de matières premières comme Precious Woods, bois exotiques, Nord Stream qui gère le futur gazoduc du même nom ou encore Transocean,la plus grande société de gestion de plate-forme pétrolière offshore au monde propriété de Deepwater Horizon, et bien sur le géant Xstrata et sa maison mère Glencore.

 

Siège de Glencore, Zoug.

 

Ambrose&Louis, avant toute prise de contact, exigeaient des oligarques qu’ils choisissent un mandataire domicilié à Zoug qui serait leur seul contact officiel. Ils travaillaient à l’ancienne, que les week-ends, pas de mails, pas de téléphones cellulaires, rien que du bon vieux papier, sans en tête, dactylographié sur d’antiques machines à écrire électriques. Leurs séjours à Zoug relevaient pour Louis de sa légitime présence au domicile conjugal, pour Ambrose afin de passer le week-end avec ses filles pensionnaires à la Hull's School de Zurich. Les règlements de leurs prestations se liquidaient sous la forme d’œuvres d’art contemporains achetées par leurs clients à la galerie de Clotilde, à Londres, le blé filant ensuite le plus légalement du monde sur un compte à Jersey. Sur cette petite île, selon les statistiques officielles, plus de 350 milliards d’euros en dépôt et en cash, plus de 1500 fonds d’investissement et une quarantaine de banques y ont trouvé refuge, elles ne paient que 10 % d’impôt sur leurs bénéfices. Quant aux clients et aux entreprises qui s’y installent, ils ne paient rien du tout.

 

Louis attendait au bout du quai. Pandémie oblige, pas de bises, « Clotilde est à Londres, elle rendre ce soir… »

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29 mai 2021 6 29 /05 /mai /2021 06:00

 

Le président français a préféré ne pas répondre. Car le sujet est explosif.

 

OPINION

Richard Werly

Publié mercredi 28 avril 2021

 

L’Insee, l’institut national français de la statistique, aime d’ordinaire empiler les chiffres. Un classement annuel, pourtant, échappe aux mathématiques: celui des prénoms les plus utilisés au pays de Molière, de Voltaire et de Napoléon. Résultat pour 2019: Emma et Gabriel restent, selon l’Insee, les plus populaires devant Jade, Louise, Léo, Raphaël… Les deux premiers caracolent en tête depuis 2017. Tandis que, dans le peloton de tête des dix premiers, figurent aussi Anna, Maël, Manon, Nathan et Jules…

 

Vous avez bien lu. A lire ce classement basé sur les actes de naissance, les prénoms typiquement français se portent plutôt bien. Et pourtant, voici que l’incendie des patronymes s’est remis à flamber le 18 avril, lors d’une visite d’Emmanuel Macron à Montpellier, dans le quartier de la Mosson, présenté souvent comme l’un des plus pauvres de la capitale de la région Occitanie. Une habitante, membre du conseil de quartier, l’interpelle alors face caméra sur le thème de la mixité sociale: «Mon fils, qui a 8 ans, m’a demandé si le prénom Pierre existait vraiment ou si ça n’était que dans les livres. […] Cela m’a vraiment choquée.» Le chef de l’Etat français hausse les sourcils et reste coi. Les caméras des chaînes d’information filment la scène qui, bientôt, repasse en boucle sur les écrans. Le prénom Pierre – issu du latin petrus, traduction du mot grec πέτρος (petros) signifiant… «pierre» (souvent évoqué, à l’origine, dans le sens de «pilier» ou de «fondation») – devient soudain une sorte de grenade dégoupillée. Puisque plus personne ne porte ce prénom, la «francité» doit être en train de disparaître. «Il n'est pas impossible que les Pierre et Corinne de France ne soient pas exagérément enthousiastes à l'idée d'évoluer dans un environnement urbain qui leur donnera la désagréable impression d'être devenus minoritaires dans leur propre pays» assénait samedi dans Le Figaro le chroniqueur souverainiste Mathieu Bock-Coté

 

« Vivre en France, et y naître, implique-t-il de donner à ses enfants des prénoms bien français? »

 

Cette guerre des prénoms n’est pas une surprise. Un éditorialiste en a fait l’une de ses lignes d’attaque pour dénoncer l’immigration de masse et ses conséquences sur les cours d’écoles de la République: Eric Zemmour. En septembre 2018, sur un plateau de télévision, le polémiste du Figaro et de CNews – objet depuis quelques jours d’une plainte pour harcèlement sexuel pour des faits prétendument commis en 2004 – s’en prend à celle supposée lui apporter la contradiction: Hapsatou Sy, animatrice et chroniqueuse d’origine africaine. «Votre prénom est une insulte à la France», lâche-t-il, ce qui lui vaudra d’être renvoyé devant la justice pour «injure raciale» après dépôt d’une plainte par l’intéressée.

 

La suite ICI 

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28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 08:00

 

Louis rendait le micro à Dieulangard, leader de la tendance dure des Mao Spontex, qui le toisait.

 

« T'es qui toi ?

 

- Un mec qui va te marquer à la culotte...

 

- Faudra d'abord ôter tes couches branleur !

 

- Et toi compter sur les doigts d'une main tes clampins décervelés...

 

- Tu nous cherches ?

 

- Non camarade je t'explique que le rapport de force est en ma faveur et faudra que tu en tiennes compte...

 

- Que tu dis...

 

- Ce n’est pas ce que je dis bouffeur du petit Livre Rouge. C'est ! Regarde bien cet amphi. Ta Révolution, versus longue marche, ils s'en branlent. Ce qu'ils veulent c'est que ça change même s'ils ne savent pas ce qu'ils veulent changer...

 

- T'es qu'un petit bourgeois vérolé ! Tu n'as aucune perspective historique...

 

- Coupe ton magnéto petit Mao je connais par cœur tes sourates...

 

- On t'écrasera comme une punaise !

 

- Avec tes potes staliniens versus Budapest...

 

« Libérez nos camarades...Libérez nos camarades... »

 

L'amphi tonnait.

 

Le Comité de grève se réunit le lendemain matin, il exigea la venue du Doyen, C.D.P, flanqué de quelques professeurs, ceux qui ne s'étaient pas tirés, d'un paquet de maîtres-assistants et d'assistants penchant vers nous. Nous avions convoqué le Doyen – avec la dose de grossièreté qui sied à une assemblée dont c'était le seul ciment – pour vingt heures, afin qu'il prenne acte de nos exigences. Pas question de négocier avec lui, même si nous n'étions d'accord sur rien, sauf de maintenir la mobilisation, il devait bouffer sa cravate. Sans protester, le Doyen et son dernier carré avait tout avalé. Tous arboraient le col ouvert, le tableau était pathétique. Tous à plat ventre, même Salin, l'un des futurs thuriféraires des papes de l'Ecole de Chicago nous donnait du cher collègue. Mais si eux étaient pathétiques nous, nous étions lamentables. Nous pratiquions une forme très primaire de langue de béton brut mal décoffré, grisâtre, granuleuse, du genre de celle qu'on utilise pour se lester avant de se jeter à la baille un jour de désespoir sans fond. « Sous les pavés, la plage... » Nous étions à cent lieues de la poésie de nos graffitis.

 

Vers onze heures, face à l'enlisement, Louis et moi priment deux initiatives majeures : primo ouvrir en grand les fenêtres – le nuage de notre tabagie atteignant la cote d'alerte – deuxio proposer une pause casse-croûte. Pervenche, la grande amie de Marie, avec un sens inné de l'organisation, à moins que ce ne fusse son atavisme de grande bourgeoise, nous avait fait porter par le chauffeur de son père – sans doute était-ce là une application directe de l'indispensable liaison entre la bourgeoisie éclairée et le prolétariat qu'elle appelait de ses vœux – deux grands cabas emplis de charcuteries, de fromages, de pain et de beurre, de moutarde et de cornichons, de bouteilles poussiéreuses de Bordeaux prélevées dans la cave de l'hôtel particulier de la place Mellinet.

 

- Tu n’aurais pas fricoté avec cette Pervenche ?

 

- Non, elle aimait les filles… Donc, Pervenche nous avait dotés de bons produits du terroir issus de la sueur des fermiers des Enguerrand de Tanguy du Coët, nom patronymique de notre indispensable Pervenche. Quant au Bordeaux, le prélèvement révolutionnaire s'était porté sur un échantillon représentatif de flacons issus de la classification de 1855. Face à cette abondance, la tranche la plus radicale du Comité hésitait sur la conduite à tenir : allions-nous nous bâfrer en laissant nos interlocuteurs au régime sec ou partager avec eux notre pitance ? Ces rétrécis du bocal exigeaient un vote à bulletins secrets. à dessein je les laissais s'enferrer dans leur sectarisme. Sans attendre la fin de leur délire je sortais un couteau suisse de ma poche, choisissais la plus belle lame et tranchais le pain. Louis fit de même avec son Opinel. Face à ce geste symbolique le silence se fit.

 

- La classe les mecs !

 

- De nouveau nous venions de prendre l'avantage sur les verbeux, leur clouant le bec par la simple possession de cet instrument que tout prolo a dans sa poche. Eux, l'avant-garde de la classe ouvrière, à une ou deux exceptions près, en étaient dépourvus. C.D.P étalait sur sa face suffisante un sourire réjoui : il exhibait un Laguiole. Je lui lançais « au boulot Doyen, le populo a faim ! »Spectacle ubuesque que de voir notre altier agrégé de Droit Public embeurrer des tartines, couper des rondelles de saucisson, fendre des cornichons, façonner des jambons beurre avant de les tendre à des coincés du PCMLR ou des chtarbés situationnistes. Nous mâchions. Restait le liquide et là, faute de la verroterie ad hoc, nous séchions. Se torchonner un Haut-Brion au goulot relevait de la pire hérésie transgressive dans laquelle, même les plus enragés d'entre nous, ne voulait pas tomber. Que faire ? Face à cette question éminemment léniniste, nous dûmes recourir à l'économie de guerre, c'est-à-dire réquisitionner les seuls récipients à notre disposition soit : trois tasses à café ébréchées, oubliées là depuis des lustres ; deux timbales en fer blanc propriété de deux communistes de stricte obédience qui les trimballaient dans leur cartable, un petit vase en verre soufflé et quelques gobelets en carton gisant dans une poubelle.

 

- Super !

 

 

- Muni de cette vaisselle vinaire hétéroclite, après avoir donné un peu d'air aux grands crus, je procédai d'autorité à une distribution équitable. Le doyen, toujours aussi ramenard, délivrait de doctes appréciations, faisant étalage de sa science de la dégustation. à ma grande stupéfaction, un panel représentatif de l'orthodoxie prolétarienne, fit cercle autour de lui pour gober ses lieux communs. Magie du vin, la perfusion des nectars de haute extraction dans de jeunes veines révolutionnaires et, dans celles plus obstruées, des mandarins, déliait les langues, attisait l'esprit, donnait de la légèreté aux mots. Ils fusaient. L'euphorie montait. Le professeur Salin abandonnait Milton Friedmann en rase campagne pour raconter des histoires salaces. Marie et Pervenche, venues nous rejoindre dans ce marigot de mâles enivrés, subissaient les assauts conjugués de Dieulangard, le Spontex, et du Prof de droit pénal que j'avais surpris, quelques minutes auparavant, en train de siffler les fonds de bouteille. Nous étions tous pétés. À la reprise de la séance, sur proposition de Jean-Claude Hévin, un assistant famélique, spécialiste du droit de la Sécurité Sociale, le principe du passage automatique en année supérieure fut voté à l'unanimité. À la suite de ce vote historique, le doyen se levait pesamment pour porter un toast, en dépit de son verre vide : « au succès du plus grand mouvement populaire du siècle... »

 

Ils arrivèrent à Zoug à 16:59 pile, précision horlogère suisse. 

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28 mai 2021 5 28 /05 /mai /2021 06:00

 

- Je pense que c’est une sacré pétaudière que cette affaire, vous pouvez rien mettre dans l’ordre… Comment ça s’appelle ? Vous savez dans un syllogisme…

 

- La concaténation

 

- La concaténation, quel mot ce mot !

 

Quel est le point commun entre la tirade d’une pièce de Molière, une comptine pour enfants et la chanson d’un boys band anglais ?

 

À première vue pas grand-chose ! Pourtant elles utilisent toutes les trois un procédé stylistique fondé sur la répétition et qui répond au doux nom de « concaténation ».

 

« Mourir pour des idées, l’idée est excellente », chante Georges Brassens. Avez-vous remarqué que le mot qui termine la première proposition est repris au début de la proposition suivante ? Ce procédé de redoublement s’appelle l’anadiplose. Et une suite d’anadiploses forme une concaténation.

 

La concaténation, comme d’autres figures fondées sur la répétition, permet d’accentuer une idée ou un mot et peut être utile pour donner force et conviction à ses propos.

 

1- La concaténation dans Dom Juan de Molière

 

Si la concaténation a vraisemblablement été définie au XVIIIe siècle, Molière la pratiquait déjà dans sa pièce Dom Juan ou le Festin de pierre, jouée pour la première fois en 1665.

 

En effet, dans l’acte V – scène 2, la célèbre tirade de Sganarelle est un cas d’école de concaténation. Jugez plutôt :

 

« Sachez, Monsieur, que tant va la cruche à l’eau, qu’enfin elle se brise ; et comme dit fort bien cet auteur que je ne connais pas, l’homme est en ce monde ainsi que l’oiseau sur la branche ; la branche est attachée à l’arbre ; qui s’attache à l’arbre suit de bons préceptes ; les bons préceptes valent mieux que les belles paroles ; les belles paroles se trouvent à la cour ; à la cour sont les courtisans ; les courtisans suivent la mode ; la mode vient de la fantaisie ; la fantaisie est une faculté de l’âme ; l’âme est ce qui nous donne la vie ; la vie finit par la mort ; la mort nous fait penser au Ciel ; le ciel est au-dessus de la terre ; la terre n’est point la mer ; la mer est sujette aux orages ; les orages tourmentent les vaisseaux ; les vaisseaux ont besoin d’un bon pilote ; un bon pilote a de la prudence ; la prudence n’est point dans les jeunes gens ; les jeunes gens doivent obéissance aux vieux ; les vieux aiment les richesses ; les richesses font les riches ; les riches ne sont pas pauvres ; les pauvres ont de la nécessité ; nécessité n’a point de loi ; qui n’a point de loi vit en bête brute ; et, par conséquent, vous serez damné à tous les diables. »

 

Ici, la concaténation est parfaite, mais il peut arriver que le mot repris ne soit pas exactement le dernier, comme dans ces vers de Joachim du Bellay :

 

Comme le champ semé en verdure foisonne,

De verdure se hausse en tuyau verdissant,

Du tuyau se hérisse en épi florissant,

D’épi jaunit en grain, que le chaud assaisonne…

 

Mais bon, on ne va pas chipoter !

 

La suite ICI 

 

PHILOSOPHIQUE : rare. Enchaînement nécessaire, lien logique, rapport de cause à effet.

 

« Ne lui demandez [à M. d'Aube] ni finesse ni observation : la concaténation du raisonnement lui suffit; il vous met à la chaîne

Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, t. 5

 

La concaténation en langage informatique

 

L’opérateur arithmétique + permet de faire des concaténations entre plusieurs chaînes de caractères.

 

La concaténation consiste à ajouter une chaîne de caractères à la fin d'une autre...

 

L’anadiplose est une figure par laquelle on répète le dernier mot d’une proposition (un même ensemble de termes) au début de la proposition suivante.

 

Je vis ce beau Lyon, Lyon que tant je prise. Du Bellay, Les Regrets, Lyon

 

Il y a anadiplose car le mot Lyon est répété dans deux propositions différentes, séparées par une virgule. 

 

L’absence, c’est Dieu. Dieu, c’est la solitude des hommes. Sartre, Le Diable et le bon Dieu

 

Quand plusieurs anadiploses se suivent, on peut parler de concaténation.

 

L’être vulgaire ne se connaît lui-même qu’à travers le jugement d’autrui, c’est autrui qui lui donne son nom, ce nom sous lequel il vit et meurt comme un navire sous un pavillon étranger. Bernanos, Romans, cité par le Gradus  

 

Anaphore, épanalepse et épanadiplose

 

L’anaphore répète un même mot ou un même groupe de mots en tête de phrases, de vers, de paragraphes qui se suivent 

 

Paris, Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré !… Charles de Gaulle

 

 L’épanalepse répète un ou plusieurs mots 

 

L’ombre d’elle-même ! l’ombre d’elle-même ! la malheureuse a vieilli de cent ans ! de cent ans ! Colette, Chéri

 

L’épanadiplose (une variété d’épanalèpse), répète un même mot en début et en fin de phrase de deux propositions juxtaposées par une virgule ou un point-virgule.

 

 Je vous salue, ma France, aux yeux de tourterelle Jamais trop mon tourment, mon amour jamais trop Aragon, Le Musée Grévin  

 

Et les princes et les peuples gémissaient en vain ; en vain, Monsieur, en vain, le roi lui-même tenant Madame serrée dans de si étroits embrasements. Bossuet, Oraison funèbre de la duchesse d’Orléans

 

La mélancolie et la tristesse sont déjà le commencement du doute ; le doute est le commencement du désespoir ; le désespoir est le commencement cruel des différents degrés de la méchanceté. Lautréamont, Chants de Maldoror

 

 

 

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27 mai 2021 4 27 /05 /mai /2021 08:00

 

Ambrose céda. Ils confièrent leurs enfants, elle sa choupinette à son père, pas content du tout, lui Beria, pas content du tout, à l’une de ses filles, celle qui vivait à Los-Angeles, de passage à Paris pour la vente des droits d’un best-seller à Gallimard. Ambrose, prévoyant, les firent partir en fin de matinée, « Nous déjeunerons à la place, la pitance suisse, en classe  Buiseness sur le Lyria Paris-Zurich, est acceptable, sauf le vin chouchou, tu nous feras une gourde de vin qui pue…

 

- En journée je ne bois que des tisanes…

 

- Je sais, ton rêve : herboriste !

 

- Moque-toi, ça draine le corps…

 

- Tu m’as converti mon bel amour, nous tisanerons ensemble…

 

- Ça me fait souci de laisser mon bébé.

 

- Maman poule, une petite séparation vous fera, te fera le plus grand bien et, qui plus est, tu as besoin d’un grand bol d’air pur…

 

- Je me suis imposée. J’ai peur que Clotilde et Louis me trouvent sans gêne. Je vais être intimidée…

 

- Arrête ton petit couplet chouchou, depuis que nous nous connaissons je les ai tellement bassinés sur toi, chouchou par ci, chouchou par là, que ta venue à Zoug était plus que souhaitée, surtout par Clotilde.

 

- C’est une grande galeriste…

 

- Et toi, un ex-galeriste tombée dans le vin nu. Mon seul souci avec toi chouchou c’est l’heure…

 

  • Pourquoi ?

 

  • Sans t’offenser, tu n’es jamais à l’heure.

 

  • Je sais mais je n’ai jamais raté un train dans ma vie.

 

On a testé la nouvelle « Business 1ère » de TGV Lyria

 

PARIS GARE DE LYON

Départ

12:22

 

Durée

4h04

 

LYRIA n°9213

 

16:26 ZUERICH HB

 

Correspondance 7 minutes

 

Départ 16:33

Durée 26 minutes

 

TRAIN ETRANGER n°2679

 

Arrivée ZUG

16:59

 

Comme prévu, elle arriva à l’arrache.

 

La classe Buiseness du Lyria Paris-Zurich, le nickel chrome suisse, feutrée, verre de bienvenue, serviette oshibori, restauration chaude avec un service à la place et à l’assiette, des menus assez  inventifs, Wi-Fi,  des boissons à discrétion, un petit côté Pan-Am, au temps où Louis et Ambrose empruntaient la ligne, toutes les semaines, n’existait pas. La première classe d’alors surclassait les bouis-bouis des TGV de notre nationale compagnie du rail, elle était leur bureau. Des habitués, discrets, sans bagage, Louis franco-suisse depuis son mariage avec la galeriste Zurichoise Clotilde, Ambrose quasi-résident puisque réalisant plus de 90%  de son revenu total en Suisse. À Paris, Louis continuait de vivre dans la maison de la rue Jules Siegfried alors qu’Ambrose, doté d’une imposante marmaille, résidait au Vésinet. Ce temps, les années 90, celui du sale boulot fait proprement, semblait bien loin à Ambrose. Ce voyage à Zug, où résidaient Clotilde et Louis, décidé sous l’emprise d’une impérieuse nécessité, lui permettrait, du moins il l’espérait, d’échapper au piège que lui tendait ADN. Louis possédait les clés du verrou, de ça il en était sûr et certain, mais allait-il pour autant remettre l’ouvrage  sur le métier, Ambrose en doutait.  

 

- Dis-moi, mon beau légionnaire qui sent le sable chaud, raconte-moi ton mai 68 à la Fac !

 

- Après les manifs nocturnes devant la Préfecture, pavés, lacrymogène, foulards, casques, charge des mobiles, la minorité sage roupillait, les vrais révolutionnaires copulaient…

 

- Tu étais dans quel camp ?

 

- Le premier !

 

- Menteur !

 

- Détrompe-toi chouchou, si je n’en étais pas c’est que, pour dire simple, nos nanas ne me plaisaient pas.

 

- Tu préférais les filles de droite de la bonne bourgeoisie nantaise…

 

- Oui !

 

- Révolutionnaire joli cœur…

 

- Et alors petit cœur, le Louis et moi sommes des romantiques, nous tombons amoureux… Lui, l’était de sa Marie, moi je contais fleurette à une douce infirmière du CHU, modèle Botticelli. Pour répondre à ta question : que faisions-nous en mai, hormis la castagne ? Nous passions nos journées dans des AG enfumées à pondre des résolutions, à débattre de  la suite du mouvement, à voter à mains levées notre exigence de ne pas subir l’examen de fin d’année. Sur l'estrade la foire d'empoigne, entre la nébuleuse, pileuse et hirsute, des multiples groupuscules politico-syndicaux, pour prendre la direction du mouvement faisait rage. Contraste étonnant entre le joyeux bordel de la base et la teigne des apparatchiks, image saisissante de ce que ce mouvement véhiculera d'images contradictoires. Les émeutes du Quartier Latin, relayées par les radios périphériques, l'ORTF étant muette, nous avaient électrisés, la bonde était ouverte et plus rien ne semblait pouvoir arrêter le flot de nos délires.

 

- J’ai bien aimé vos slogans sur les affiches.

 

- Nous les fabriquions avec les gus des Beaux-Arts avec du linoléum que nous piquions dans les couloirs.

 

- J’adore !

 

- La suite va te plaire toi qui aime les mauvais garçons. Profitant d’une brève accalmie, Louis se levait, montait sur l’estrade, arrachait le micro à un Mao Spontex qui n’en revenait pas. Face à l'amphi bruissant, au lieu de brailler comme ses prédécesseurs, de servir des tonnes de camarades, de proclamer sa foi en la révolution prolétarienne, de faire allégeance à une bannière, sur le ton de la confidence il se présenta comme le porte-parole de ceux qui n'avaient jamais eu la parole. Très vite le silence se fit, étonnés, pris de court, les chefs de meutes ne purent que me laisser faire. Alors, sans trémolo ni grosse caisse, il leur a parlé des  gens de peu de notre pays crotté, de notre servitude séculaire, de toutes ces années de génuflexion et de tête baissée.

 

- Un peu démago, non…

 

- À côté de celle qui régnait dans nos amphis, c’était un gentil filet de sincérité. Louis enchaîna, sans élever la voix, « le temps du silence, de la frustration et de l'obéissance venait de prendre de fin. L’amphi applaudissait. Il levait la main, l'amphi refaisait silence. » Il osait : « Oui cette parole arrachée à ceux qui nous en privaient nous n'allons pas nous la faire confisquer par d'autres ici présent ». Les nouveaux chefs conscients du danger voulurent le jeter. L'amphi gronda. Ils reculèrent. Louis, avec un aplomb que je ne lui soupçonnais pas, proposa l'élection d'un Comité de grève. L'amphi l'ovationna. Immédiatement il posa nos candidatures, celles des « sans voix » qui s’ajouteraient à celles naturelles des différents groupuscules. A mains levées l’amphi nous élisait.

 

- Ça devait être jouissif

 

- La suite aussi chouchou…

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27 mai 2021 4 27 /05 /mai /2021 06:00

 

Son importance est pourtant évidente, alors que la gauche française reste singulièrement muette sur cette implication française au Rwanda. Et que le Parti socialiste semble toujours déchiré sur le droit d’inventaire de l’héritage de François Mitterrand durant cette période cruciale de «l’histoire rwandaise de la France», pour reprendre une expression formulée dans le rapport Duclert.

 

«Décision incohérente»

 

En 1998, Rocard est donc invité à s’exprimer devant la mission parlementaire d’information (MIP) mise en place pour examiner les interventions militaires françaises au Rwanda entre 1990 et 1994. La MIP est présidée par un socialiste, Paul Quilès. Mais le 30 juin 1998, son «camarade» Michel Rocard ne sera apparemment pas autorisé à lire la déclaration qu’il a rédigée, selon ce qu’il avait déjà révélé à l’époque à Libération.

 

Qu’est devenue cette longue déclaration, nourrie par une visite au Rwanda l’année précédente? Malgré les mots forts utilisés, elle n’est pas mentionnée dans les annexes, pourtant abondantes, des travaux de la MIP, celles qui sont accessibles à tous. C’est déjà curieux.

 

Elle doit bien figurer dans les archives complètes de la MIP abritées par l’Assemblée nationale. Mais de façon encore plus surprenante, la commission Duclert s’en verra refuser l’accès. La lettre de mission du président Macron annonçant la création de cette commission en avril 2019 précisait bien que les chercheurs seraient pour la première fois autorisés à examiner tous les fonds d’archives français sans exception. Le bureau de l’Assemblée nationale, présidé par Richard Ferrand, ancien socialiste et désormais membre du parti présidentiel, en décidera autrement. Sans jamais justifier cette décision incohérente.

 

Le refus d’accès aux archives de la mission Quilès opposé à la commission est décidément bien troublant», confie aujourd’hui Vincent Duclert à Libération. Regrettant que son équipe de chercheurs ait été «privée de la connaissance du témoignage écrit de l’ancien Premier ministre. Alors même que ce document révèle le questionnement critique d’un ancien chef de gouvernement doublé d’un leader de gauche».

 

Que révèle donc de si sulfureux cette déclaration, finalement retrouvée dans les archives personnelles de Michel Rocard?

 

Il rappelle d’abord comment, en tant que Premier ministre, il avait été totalement écarté de la décision d’intervenir au Rwanda en 1990, lorsque le régime en place sollicite l’aide de la France pour contrer une rébellion d’exilés rwandais venue d’Ouganda. Le chef du gouvernement de François Mitterrand apprend «par la presse» le lancement de l’opération Noroît qui va consacrer un engagement durable, et toujours croissant, en soutien à l’armée rwandaise.

 

En réalité, «du Rwanda, je n’entendrai jamais parler», souligne encore Rocard, qui dénonce dans sa déclaration une politique africaine essentiellement fondée sur des accords d’assistance militaire. Celui qui lie la France et le Rwanda a été scellé «au cours d’un safari» par Valéry Giscard d’Estaing en 1975, rappelle-t-il avant d’ajouter : «Le régime Habyarimana affiche déjà à l’époque une référence raciste marquée, mais s’il persécute, il tue encore peu.»

 

Valeur de testament

 

Et c’est bien là qu’il déconstruit un storytelling imposé durablement par l’Elysée, puis par ceux qui soutiennent encore la politique de la France au Rwanda, et qui voudrait faire du président Juvénal Habyarimana un partenaire acceptable pour la France, acculé face à une rébellion considérée comme «étrangère». Or, Rocard, qui s’est rendu au Rwanda après le génocide en 1997, perçoit la nature réelle du Front patriotique rwandais (FPR). Non pas un mouvement «ougando-tutsi», comme le définit l’entourage de Mitterrand, mais bien «une armée faite de citoyens rwandais exilés». Et qui s’oppose à un «régime oppresseur», devenu peu à peu «totalitaire mais légalement installé». Avec une certaine modestie, il pose également un certain nombre de questions : «Quel a été le rôle exact des conseillers militaires français de l’opération Noroît 

 

Les accords de paix d’Arusha, signés en août 1993 entre le FPR et le pouvoir en place, ont-ils réellement été facilités par la France ? Les interprétations divergent, constate-t-il. «En tout cas, à son retour d’Arusha, Habyarimana, contrairement à ce qu’il vient de signer, durcit son régime», note l’ancien Premier ministre.

 

«Quand ont pris fin les dernières livraisons d’armes françaises à Habyarimana ?» s’interroge encore Rocard. La question reste entière, vingt-deux ans après qu’elle a été ainsi posée. A cette époque, il émet aussi le souhait de «desserrer les contraintes économiques et politiques qui pèsent encore sur le Rwanda», confirmant qu’en 1998, la France restait hostile à un pays dominé par le FPR, vainqueur inattendu à l’issue de cette tragédie.

 

Ce souhait d’un rapprochement à la fois géopolitique et mémoriel est désormais assumé par Emmanuel Macron. Il se heurte encore à des résistances. Notamment à gauche, dans les rangs des anciens ténors du PS.

 

«N’oublions pas que Michel Rocard est l’homme qui, en 1958, jeune inspecteur des Finances, réalise un rapport historique sur l’impact de la guerre pour les populations locales, plaçant les socialistes devant leurs responsabilités face à l’histoire», souligne Vincent Duclert. Cette déclaration posthume pourrait-elle avoir le même effet ? Elle a en tout cas presque valeur de testament au moment où les tabous se trouvent ébranlés par un rapprochement historique entre les deux pays.

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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 08:00

LE VOLEUR - JEAN PAUL BELMONDO 1967 - BOX OFFICE STORY

Même si Ambrose pratiquait encore l’escrime, le fleuret, à la salle d’armes Coudurier, la plus ancienne salle d’armes en activité à Paris, avec Maître Pinel de la Taule, 6, rue Gît-le-Cœur, maîtrisait l’art de l’esquive, de toutes les parades, de l’estoc, allait-il devoir, ôter son masque, ses protections, se livrer à un exercice à haut risque, sans se battre la coulpe, ni  se justifier, lever le voile sur le fameux biseness « Faire proprement un sale boulot… ». Sans aucun  doute ça allait écorner auprès d’elle sa belle image. Ambrose, se donna encore du temps « Mon bel amour, je vais à Zoug tout simplement voir mon Louis, ça un bail que…

 

- Pipeau, le tout simplement c’est l’autre facette d’honnêtement, tu me racontes des craques mon Ambrose, il y a anguille sous roche…

 

- Ce n’est pas une anguille ma belle mais un alligator, une vieille affaire qui  remonte à la surface du marigot, il nous faut l’étouffer dans l’œuf.

 

- En prononçant ces propos vaseux Ambrose captait illico, dans son logiciel en défense, l’une des maximes de Talleyrand « Il faut se garder des premiers mouvements, parce qu’ils sont toujours honnêtes »  Plus question de se confesser, de dire la vérité, qui n’est jamais bonne à dire, mais de l’habiller, de la ripoliner, faire de leur histoire une forme d’épopée post-moderne de deux cinquantenaires joueurs qui, dans le nouveau monde impitoyable des oligarques ex-rouges, se vautrant dans le fric, le stupre, les clubs de foot et l’art contemporain, s’étaient offert, à leurs risques et périls, des parties de poker menteur. Leur petite entreprise, grâce aux liens noués, au temps de l’URSS, avec la nomenklatura du Parti, avait surfé sur le tsunami des années Eltsine, l’incroyable dilapidation des joyaux de l’empire, le casse du siècle, non pour mettre du beurre dans leurs épinards, leurs épinards baignaient déjà dans le beurre, mais pour mordre la ligne jaune, sans jamais franchir les frontières de la légalité, en se glissant dans les failles des lois, en appliquant à leur profit la stratégie des multinationales, être au bon moment, au bon endroit, rien que des facilitateurs, des porteurs de burettes d’huile pour lubrifier des transferts de gros paquets de capitaux vers l’eldorado londonien.

 

Pas de quoi pavoiser bien sûr, mais ce ne fut rien qu’un choix, celui de se mouler dans l’esprit des cambrioleurs à l’ancienne, tel Georges Randal, dans le film de Louis Malle, dandy vengeur qui se tourne vers la rapine, qu'il pratique sans état d'âme, avec une haine considérable pour les valeurs morales d'une société qu'il méprise. Rien d'un Arsène Lupin donc : un brise-fer, un fracasseur de meubles précieux, un saccageur qui rêve « de désosser la carcasse bourgeoise ». Rien non plus d'une bonne âme progressiste : la destruction lui tient lieu de cause, avec la conscience paradoxale de tirer subsistance de ce qu'il veut détruire. Randal est l'effroi fait homme, le pur symptôme d'une société gangrenée par l'hypocrisie, le mercantilisme, la corruption, la démagogie.

 

Louis et lui, des corsaires, des flibustiers, tirant des bords dans les eaux troubles de l’ex-Empire, essorer des profiteurs, leur piquer un max pognon, pure œuvre de salubrité publique face à des biens mal acquis. Plaidoyer pro-domo ? No ! Nous avons trempé nos pognes dans de l’argent sale, le fric a-t-il été un jour propre ? « Nous avons fait une rechute de soixante-huitard chouchou, nous nous sommes offerts une folle parenthèse, un pied-de-nez à l’esprit de sérieux, sans goût de lucre, pour le fun, l’adrénaline… » Et, de rebasculer dans le ciné : Georges Randal-Belmondo, sec comme l'effraction, froid comme un pied-de-biche, rapide et laconique comme une mise à sac, flanqué dans ses œuvres d’une clique édifiante d'un curé nihiliste : Julien Guiomar, d'un monte-en-l'air cynique : Paul Le Person, d'un truand anarchiste Charles Denner, grandiose et d'une cohorte de femmes plus charmantes, manipulatrices et ensorceleuses les unes que les autres Marie Dubois, Geneviève Bujold, Bernadette Laffont, Françoise Fabian...

 

- Tu es un virtuose Ambrose, le Paganini des joueurs de pipeau, j’adore !

 

Tu es dure avec moi chouchou…

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26 mai 2021 3 26 /05 /mai /2021 06:00

 

Aujourd’hui c’est « La Rose et la flèche » (1976)

 Ephémères : Des films qui marquent - 13 - "La rose et la flèche" de Richard  Lester

Comment ce film est entré dans ma vie de cinéphage je ne saurais le dire ?

Ce qui est sûr, c’est  que depuis, il occupe la toute première place. Il est suivi de très près par quelques autres films  enchanteurs mais sa place d’enfant chéri est solide. Certains, autour de moi, ont du mal à  comprendre mon intérêt pour ce qu’ils croient être une bluette. Quand je signale à ma fille son  prochain passage sur l’une ou l’autre chaîne, elle me remercie et avec un rire de connivence me rappelle quand même qu’elle va pleurer. 

 

De quoi s'agit-il ?

 

Le roi Richard Cœur de Lion est de retour de croisade, assez déconfit. Robin des Bois et Petit  Jean, fidèles d’entre les fidèles, sont toujours à ses côtés. Pour un caprice de roi, qui explique  peut-être pourquoi après ses années d’errance ans il est dans cet état, il meurt à Châlus. Robin et Petit Jean, libérés de leurs serments, rentrent à Nottingham et sa forêt de Sherwood. Ils retrouvent leurs vieux complices ainsi que l'amie de Robin, Marianne, tous vieillis et fatigués. Marianne est devenue abbesse et, à la suite des démêlés entre le roi Jean et le pape,  doit quitter l'Angleterre. Elle refuse. Le shérif a été chargé de l'arrêter. 

 

Robin rouvre donc les hostilités en s'opposant à l'arrestation de Marianne, qu'il emmène de  force en forêt. Là bas, Marianne apprend que le shérif a fait prisonnières les nonnes. Robin et  Jean se chargent de les délivrer, même si c'était un piège du shérif pour les capturer. 

 

Pendant ce temps, les habitants pauvres de Nottingham, jeunes et vieux pour la plupart, ont  rejoint Sherwood pour combattre à nouveau sous la bannière de Robin. Lorsque le shérif  arrive à la tête de ses hommes à l'orée de la forêt, il fait monter son campement et attend la  réaction de Robin. Celui-ci, galvanisé par la troupe qu'il a rassemblée et entraînée, et malgré  les réticences de Marianne, décide d'affronter le shérif en combat singulier, lui promettant la  soumission de ses hommes en cas de défaite. Bien que Ranulf représentant du Roi Jean s'oppose à sa décision, le shérif promet lui aussi le départ de ses troupes s'il venait à  succomber. 

 

Mais, Robin est moins jeune qu'il ne voudrait le croire, et le shérif en meilleure forme que lui. Bien que ce dernier l'exhorte à se rendre plutôt que mourir, Robin arrive in extremis à le tuer.  Ranulf et ses troupes en profitent pour charger les compagnons, qu'ils n'ont aucun mal à tuer  ou à neutraliser. 

 

Jean et Marianne arrivent tout de même à sauver Robin du champ de bataille et l'emmènent à l'abbaye où Marianne pense pouvoir le guérir.

 

Pendant que les compagnons sont tués ou capturés, Marianne s'empoisonne puis fait ingurgiter le poison à Robin, à son insu. Lorsque ce dernier comprend, il est trop tard.  Marianne se justifie en lui disant qu'elle l'aime plus que tout et qu'elle ne supporte pas qu'il se  berce encore d'illusions sur les exploits qu'il peut encore accomplir. Robin accepte sa mort  prochaine et demande à Petit Jean de les enterrer, lui et Marianne, là où sa dernière flèche se plantera. Puis il bande une dernière fois son arc. 

 

Les bons moments 

 

Ils sont plusieurs

 

L’enlèvement de Marianne par Robin, façons enlèvement des Sabines 

 

Escalade d’un mur de forteresse où l'on perçoit rhumatismes et raideur de Robin et Petit Jean  qui n’ont plus vingt ans. 

 

Les grandes chevauchées à travers prés et champs accompagné par la superbe musique qui  revient tout au long du film 

 

La confiscation de la carriole du colporteur pour permettre à Robin et Petit Jean d’entrer dans  la ville fortifiée. 

 

Marianne et Robin qui retrouvent leur ancien camp et la place de leur ancien logement. Elle se prend au jeu et demande à Robin qui envisage de rebâtir le camp et la cabane. Il y aura un  plancher demande-t-elle ? Et j’aurai une armoire ?

 

Robin qui se réveille et se brosse les dents avec un rameau. 

 

Les nonnes qui ne comprennent pas que Robin est venu les délivrer 

 

Ce sont presque tous des moments drôles pour escamoter le côté fin de vie et l’impasse  prévisible de l’histoire. Il n’y aura plus de Grand Jour. 

 

Les moments forts 

 

Il y en a deux. 

 

Robin est toujours en train de courir après son Grand Jour, alors que Marianne a compris que  ce n’est plus le Robin d’autrefois qui est de retour mais il garde toutes ses illusions. Marianne se rapproche de Petit Jean plus lucide et lui demande de l’aider à convaincre Robin. Ils sont assis côte à côte chacun regardant devant lui. Petit Jean ne répond pas à la demande. Marianne déclare : 

 

- Vous ne m’aimez pas Petit Jean

 

- ... 

 

- Vous ne m’aimez pas…

 

 Petit Jean regardant toujours devant lui :

 

- Si vous aviez été à moi Marianne, jamais je ne serai parti en croisade…Déchirant aveux d’un amour, tu depuis toujours par fidélité à l’amitié et au Roi. D’autant plus déchirant que pour cet amour, Petit Jean aurait renié cette amitié et sa fidélité 

 

Marianne a récupéré le corps blessé de Robin. Elle l’a installé dans une tour haute du couvent. Sur son lit, il parle et parle de ce que fut son grand combat contre le shérif qu’il a finalement tué alors qu’il était prêt à succomber. Il ne sent plus ses jambes.

  

Au lieu de lui administrer une potion, Marianne l’a empoisonné. Il comprend et appelle Petit  Jean au secours. Mais Marianne lui explique et lui dit les plus beaux mots qu’une femme peut dire à un  homme et qu’un homme peut avoir la chance d’entendre de la bouche d’une femme.  Bouleversant ! 

 

Petit Jean fait irruption alors que Marianne qui a bu également le poison, commence à faiblir.

 

Laisse Petit Jean dit il, tout va bien. Donne moi mon arc. Robin tire une dernière flèche par la  fenêtre et dit, va enterre nous ensemble là ou la flèche s’est plantée en terre. Et la scène se termine avec un long plan sur deux petites pommes en train de flétrir, sur le  rebord de la fenêtre. On ne peut s’empêcher de penser à des pommes semblables évoquées par  Rilke dans « Testament » nous faisant assister, là aussi, à un moment de grande émotion. 

 

Qui a fait quoi 

 

Richard Lester est le metteur en scène. C’est un cinéaste éclectique, réalisant des films  souvent un peu déjantés. 

 

 

Audrey Hepburn est Marianne. Elle revient à l’écran après huit ans d’absence. Le couple  qu’elle forme avec Sean Connery est superbe de complicité. 

 

La Rose et la flèche (Robin and Marian - Richard Lester, 1976) - Le Monde  de Djayesse

 

Robert Shaw est le shérif de Nottingham. C’est un acteur à forte personnalité à qui ont été  confié de grand rôle. Dans « l’Arnaque » par exemple ou « Bon baisers de Russie » Il est  souvent affecté à des rôles de méchant, pas vraiment méchant mais méchant quand même.  L’ambiguïté lui va bien. 

 

La Rose et la Flèche – Richard Lester – KinoScript

 

J’avais dit que Ciné Papy ne s'étendrait pas sur les castings. C’est l’occasion de préciser, sauf  s’il présente un intérêt particulier pour le film et qu’il y a des acteurs que j’aime particulièrement. 

 

Ainsi Richard Harris qui est Richard Cœur de Lion. Petit rôle assez court au début du film  mais qui laisse quand même percer le talent d’un acteur à la filmographie impressionnante. Il  m’est cher car il faisait partie d'une génération turbulente d'acteurs irlandais et britanniques  avec Albert Finney, Richard Burton et Peter O'Toole.

 

Enfin last but not least, il faut souligner la musique de John Barry qui fait beaucoup pour le  côté enchanteur voir envoûtant du film 

 

Le mot fin apparaît sur l’écran. La lumière s’allume dans la salle On reste dans son fauteuil. “ Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes.” disait Henri Calet… 

Pax 

Prochainement « Un homme pour l’éternité »

 

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25 mai 2021 2 25 /05 /mai /2021 08:00

La cigale et la fourmi : de la conception de l’autoroute en France et en Suisse… gardez la gauche ! Je roulais vers un paradis…

Elle ignorait tout de la période Zoug, en dépit de ses question, elle adorait les questions, il noyait le poisson, Ambrose lui servait la version officielle : 68-78 il faut que jeunesse se passe, 81-86 les années Tonton, 86-90 les années Doumeng-Louis Dreyfus, 90-2000 les années biseness, puis rideau. Ambrose, esquivait, très disert sur leurs jeunes années de petits sauvageons campagnards, les années 68, de Marie bien sûr, du temps des frelons de la GP, de leur virée au Chili d’Allende puis des années de plomb en Italie, l’écurie du présidentiable de Conflans, les joyeusetés du déclin de l’Empire Soviétiques puis, rideau… L’Omerta. Elle, fine mouche, au lieu de lui  tirer les vers du nez, s’amusait à le piéger gentiment lorsque, le vin nu aidant, il se laissait aller à lui conter comment Louis négociait avec les oligarques, un maître du jeu de go, la patience, piéger leur ego, les mettre en confiance, les laisser venir sur son terrain, ne jamais se mettre en avant, ni briller, faire apparemment des concessions, déjouer les pièges fiscaux, savoir conclure sur la base d’un protocole gagnant-gagnant… « Et toi mon Ambrose tu étais quoi dans tout ça ?

 

- Le scribe, le porte-plume, nous travaillions à l’ancienne, pas d’ordinateur, d’e-mail, le bon vieux papier…

 

 

- Tu dois avoir plein d’archives dans ton coffre...

 

 

- La Suisse mon bel amour, la Suisse…

 

 

- À Zoug ?

 

 

- Bien sûr, mais dans le duo, j’étais la taupe, invisible mais pas sourd, les discussions se déroulaient en anglais, un très mauvais anglais type Delors, ce qui me permettait, puisque je suis polyglotte, d’entendre et de comprendre ces gros cons lorsqu’ils échangeaient en russe sans se douter que je le comprenais. Avantage déterminant.

 

 

- Tu as appris le russe comment ?

 

 

- Olga !

 

 

- La belle Ukrainienne…

 

 

- Oui !

 

 

L’amour de ta vie…

 

 

- N’exagères pas, amour de jeunesse…

 

 

- La mère de tes enfants…

 

 

- Oui, des enfants que j’ai élevés seul…

 

 

- Pourquoi t’a-t-elle quitté ?

 

 

- Le mal du pays allié à un jeune oligarque…

 

 

- Mon pauvre Ambrose tu es né pour être une mère poule…

 

 

- Moque-toi petite patate, mes 4 filles, pas celles du docteur March, elles sont belles, intelligentes, indépendantes, ma fierté…

 

 

- Tu devrais écrire un traité Ambrose, le pendant de l’éducation des femmes de Choderlos de Laclos qui, loin du conservatisme de Rousseau sur la question de l'éducation des jeunes  filles, dressa un portrait flatteur de la femme naturelle des sociétés  primitives.

 

 

- Tu sais je n’ai fait que reprendre les préceptes de nos mères pour notre élevage, l’école pour les connaissances, à la maison les bases du vivre ensemble, ma liberté s’arrête à celle des autres, portes et fenêtres grandes ouvertes à la créativité, de l’amour, du  respect, bien se nourrir, rire, chanter, danser, lire, même regarder la télé, fuir les psys, se supporter, vivre, aimer, garder un parfum d’enfance, tracer sa route, préférer les chemins de traverse. Mes oiseaux ont quitté le nid presque toutes en même temps, faut dire qu’avec Olga nous avions fait un tir groupé, ça m’a fait tout drôle, mais elles sont toujours là, elles savent que papa réponds toujours présent pour elles. Bref, chouchou, avec la tripotée de mes petits-enfants, c’est le prix Cognacq-Jay qu’il aurait fallu me donner. 

 

 

- Belle tirade mon grand, mais que vas-tu faire à Zoug ?

 

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