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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 06:00
C’est dur la culture : Jérôme Deschamps Évin m’a tué ! « La censure pardonne aux corbeaux et poursuit les colombes »

C’est Juvénal, au premier siècle de notre ère, qui le dit dans ses fameuses Satires.

 

Il fut un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître où il fallait cacher ce sein que je ne saurais voir, aujourd’hui la connerie pousse bien plus loin la tartufferie.

 

C’est bien connu le ridicule ne tue plus mais les ridicules tuent les clowns.

 

Jérôme Deschamps, le père des Deschiens, en est un.

 

« Jérôme Deschamps, dix ans que ça dure ! »

 

Il a dirigé l’Opéra-Comique depuis 2005.

 

C’est donc légitimement que la Réunion des opéras de France lui a demandé de réaliser un petit clip pour assurer la promotion de « Tous à l'Opéra », un événement auquel participent 25 opéras nationaux. Les 7 et 8 mai, ils ouvriront gratuitement leurs portes au public.

 

C’est tout aussi logiquement que Jérôme Deschamps a souhaité traiter le sujet sur le ton de l'humour.

 

On y voit un beauf machiste et ivrogne se faire ridiculiser par la marraine de « Tous à l’opéra », Patricia Petibon porteuse du message de bonheur.

 

Mais c’était sans compter sur les censeurs d’un machin, comme nous aimons les collectionner dans notre vieux pays fourbu, l’ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité), bras armé du CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), chargée de contrôler « le contenu et les modalités de programmation des communications commerciales diffusées par les services de communication audiovisuelle » L’ARPP est une association privée, loi de 1901, complètement indépendante des pouvoirs publics.

 

Sous prétexte que « le plan présentant des boissons alcoolisées (bouteilles et verres) est contraire aux dispositions de la loi du 10 janvier 91 relatives à la lutte contre l'alcoolisme », la fameuse loi Évin les censeurs anonymes ont intimé l’ordre à l’auteur de le couper.

 

Que le scénario tourne l’ivrogne en ridicule et donc par voie de conséquence incite au contraire à ne pas boire) n’a pas effleuré l’esprit des censeurs.

 

Comme le souligne Jérôme Deschamps dans sa lettre à François d’Aubert président du zinzin :

 

« Éloignez-vous de vos conjoints machistes, brutaux, incultes, voire alcooliques qui vous maltraitent, et allez à l'Opéra pour y connaître le bonheur, le paradis. »

 

Lire la lettre ICI 

 

François d'Aubert, encore un recasé de la République, est l’ex-député, l’ex-maire de Laval battu en 2008 et nommé à la tête de l'ARPP (Autorité de régulation professionnelle de la publicité) en 2011.

 

Affaire à suivre donc comme le souligne notre ferrailleur de service, l’Invigné de la République, vent debout, ai-je besoin de nommer Jacques Dupont :

 

« Cela signifie qu'aujourd'hui par exemple, le célèbre sketch de Bourvil sur « l'eau ferrugineuse », celui de « Gérard » de Coluche, ou les Deschiens (et leur « pitchette » of côtes-du-rhône) de Canal+, réalisé par le même Jérôme Deschamps, seraient aussi interdits. Dans la série, il faudrait aussi revoir, censurer et récrire un grand nombre d'opéras, d'opéras comiques, de pièces de théâtre où figurent bouteilles et verres. Sans compter les films. Déjà à l'époque, une poignée d'intégristes avaient tenté de bloquer la sortie du Singe en hiver d'Henri Verneuil avec Gabin, Belmondo et Suzanne Flon car on y voyait trop de bouteilles d'apéritif, mais comme la loi Évin n'existait pas, ils avaient dû renoncer. Aujourd'hui, on peut. »

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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 06:00
Pierre-Auguste Renoir nature morte avec fraises

Pierre-Auguste Renoir nature morte avec fraises

Au temps d’avant 1981, je croisais fréquemment le samedi au Pied de Fouet Jean-Marie Rouart et sa fiancée du moment Dominique Bona.

 

Z’étaient en ce temps-là rien que des écrivains, depuis ils sont devenus académiciens : elle le 18 avril 2013 au fauteuil 33 de Michel Mohrt, devenant ainsi la huitième femme immortelle depuis la création de l'Académie en 1635 et la benjamine des Immortels. Lui, le 18 décembre 1997, au fauteuil 26 de Georges Duby.

 

 

Jean-Marie Rouart était discret, courtois, bien élevé, élégant, j’ai lu quelques-uns de ses livres, ils lui ressemblent ; l’homme s’est révélé courageux dans l'affaire Omar Addad, et sa plume fine, acérée parfois, jamais méchante, peut faire mouche lorsqu'elle se fait insolente.

 

« Sarkozy a peut-être rajeuni la politique mais il m'a donné un coup de vieux..." écrit-il dans la préface de Devoir d'insolence journal de la première année du quinquennat de notre ex-président. « Pour une fois, je n'ai plus un président qui a l'âge de mon père comme Giscard, Pompidou, ou de mon grand-père comme de Gaulle, mais un frère cadet. Et quel frère ! Turbulent, piaffant d'impatience, agité, dopé au Gurosan, gonflé à bloc, il me donne la sensation que je me suis levé un peu tard, couché un peu tôt et que je n'ai pas un centième de son énergie. Agaçant non ! Sarkozy m'a aussi irrité. Surtout depuis qu'il est président. J'ai vécu comme tous les français au rythme de ses foucades, de ses projets pharaoniques, de ses lubies autant que de ses réformes. »

 

Pour Ségolène la madone défaite il pointe là où ça fait mal : « les failles de son caractère que dissimulait son indéniable charme. Elles sont apparues à la télévision face à Sarkozy. Pète-sec, méprisante, elle n'a pas fait le poids. En traitant de haut les éléphants du PS, elle s'est enfermée dans l'exercice solitaire de la candidature. En congédiant le premier secrétaire du PS, elle a montré aux Français un visage peu conciliable avec le minimum d'impassibilité, de résistance aux offenses qu'exige la charge présidentielle. Bien sûr elle a souffert. Mais tout le monde souffre. »

 

Mais je ne suis pas là pour faire de la politique mais pour vous faire part de la déclaration d’amour de Jean-Marie Rouart pour la gariguette.

 

 

« Elle a un nom qui fleure le bon vieux temps de la binette de grand papa et de la sarclette de grand-mère : un monde englouti avec la marine à voile, le temps des équipages, la messe en latin et les romans de Pierre Benoît. Cette petite fraise qui ne la ramène pas est un précieux vestige de nos nostalgies. À côté de ses consœurs obèses, aqueuses, cellulitiques, inodores er=t sans saveur, elle apparaît comme un miracle : elle reste parfumée, rouge et ferme un sein de jeune fille. Comment a-t-elle pu résister aux directives de Bruxelles, à la tyrannie des fonds de pension ou aux oukases des grandes surfaces, aux ravages du pesticide Monsanto ? Avec la reine des comices, la beurré-hardy, le puligny-montrachet, le château d’Yquem, elle s’est hissée dans l’aristocratie des saveurs. Pourquoi n’est-elle pas présente à la présidentielle, elle aussi ? Mieux que Nicolas Hulot, elle aurait plaidé pour cette cause mille fois perdue : le goût, la variété des espèces naturelles, la diversité des fruits. Devant l’eau qui sent la Javel, les abricots sans saveur ni parfum, les pommes insipides, ces fruits endeuillés de soleil et qu’on nous sert transis de l’hiver de la congélation, la gariguette est tout simplement une vraie fraise. Quand tout est dévasté, nous dit Giraudoux, quelque chose de merveilleux subsiste encore, « cela s’appelle l’aurore ». À nous, il reste la gariguette. »

 

Dans Nouvelles Mythologies 2007

 

Je ne veux pas faire la honte à l’académicien mais la gariguette est une invention de chercheur, d’une chercheuse plus particulièrement, Georgette Risser – qui a dirigé pendant des années des travaux de recherches au Centre Inra d’Avignon pour créer cette nouvelle variété à la fin des années 70.

 

Georgette Risser, lors de la journée fraise à destination des partenaires de la filière le 17 mai 1979, dans le Gard. (Photo Inra)

 

Elle doit son nom à l’adresse d’un des chercheurs : le chemin des Gariguettes, à Châteauneuf-de-Gadagne.

 

«Vous allez me parler de la gariguette ? J’en étais sûre… Toute façon, dès qu’un journaliste parle de fraise, c’est la même histoire. Il bloque sur la gariguette comme s’il n’y avait qu’elle.» Sylvie Angier démarre au quart de tour. Avec mari et beau-frère, elle cultive dans le centre de la France des plants de fraisiers vendus ensuite aux jardiniers amateurs comme aux gros producteurs. «Je ne comprends pas ce qu’ils ont tous avec la gariguette. Il existe plein d’autres variétés délicieuses, qui méritent d’être plus connues. Mais on a un mal fou à les vendre…»

 

Aujourd’hui, c’est la gariguette qui rafle la mise, représentant un tiers des fraises produites en France. Son succès interroge. Son prix, autour de 2,50 euros la maigrelette barquette de 250 grammes aussi. Justifié ? Ou résultat d’un plan marketing rondement mené ? Vérification faite, l’histoire de la gariguette est bien plus croustillante, et illustre à merveille la montée en puissance du marketing dans l’agriculture française. » 

 

« Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les variétés françaises traditionnelles sont en piteux état. Affectées par la virose, cultivées pendant des années sur les mêmes sols, elles sont d’une faible productivité. Dès la fin des années cinquante, les chercheurs sont chargés de sélectionner de nouvelles variétés plus résistantes aux maladies, plus productives, mais qui conservent néanmoins une qualité gustative. Pas simple, car rien n’est plus fragile que le goût dans lequel interviennent de nombreux arômes. Et plus le fruit est parfumé, plus la frontière est fragile entre maturité et surmaturité. Sans oublier une foule de facteurs qui jouent sur la saveur, selon l’époque de production, les conditions climatiques, l’évolution du fruit après cueillette, ou l’insuffisance de l’apport d’eau. Autant de points qui furent analysés.

 

Arrivent les années 80. A l’époque, en France, les premières fraises de la saison ne peuvent guère rivaliser avec les variétés précoces d’Italie et d’Espagne. Leur prix s’effondre. Seule la qualité gustative pouvait faire la différence.

 

C’est tout l’enjeu de Gariguette, précoce elle aussi, et savoureuse dès le début de la récolte. Seul problème : de taille plus petite que les autres, elle est difficile à ramasser et à rentabiliser, d’autant que ses rendements sont moyens. Résultat : autour d’Avignon, les premiers cultivateurs auxquels elle sera proposée feront la moue. Peu importe, d’autres vont raisonner différemment : les fraiséristes du Lot-et-Garonne, qui estimèrent que le consommateur était prêts à payer un peu plus cher un produit de qualité. ? Et c’est effectivement ce qui se passera, campagne publicitaire à l’appui, menée par le groupement « Fraise de France ». Dès lors, la Gariguette devient la variété précoce la plus cultivée dans l’hexagone.

 

(Chronique Histoire de... plantes. Mission Agrobiosciences. 13 Octobre 2006)

 

« Tous les fraisiers actuellement cultivés appartiennent à une espèce récente, apparue au 18ème siècle et dont les ancêtres sont américains. Avant, régnait la fraise des bois, toujours répandue à l’état sauvage et dont les premières cultures ont été menées à des fins médicinales. Pour ses fruits, il faudra en fait attendre le 14ème siècle, dans un écrin royal : 2 000 pieds sont alors plantés dans les jardins du Louvre. Deux siècles plus tard, une autre espèce de fraisier sauvage, d’origine inconnue, supplante la fraise des bois en Allemagne et en Belgique, pour leur calibre plus gros et leur parfum. Mais entre-temps, survient la découverte de l’Amérique et de ses fraises d’une grosseur jusque-là inégalée. L’importation ne tarde guère : des fraisiers canadiens, ramenés semble-t-il par Jacques Cartier à la fin du 16ème siècle, sont implantés en France, suivis par d’autres en provenance de Virginie ou du Chili, notamment dans les bagages d’un dénommé... Frézier ! De ces deux espèces naîtra un hybride, le premier fraisier moderne, appelé « fraisier ananas ». Aujourd’hui, les principales variétés cultivées en France restent peu nombreuses, au nombre d’une vingtaine. »

 

V.P Mission Agrobiosciences

 

En quelques chiffres

 

Avec une production annuelle de 54 000 t en 2014, la France se situe au 6e rang des pays producteurs européens derrière l’Espagne, la Pologne, l’Allemagne, l’Italie et la Grande Bretagne (Source Eurostat). L’Aquitaine est au 1er rang national de la production française (20 000 t). (Source : Statistique agricole annuelle). La fraise est le 9e fruit le plus consommé par les Français en volume : 2,8 kg par an et par ménage (Source : Kantar Worldpanel - Moyenne 2012-2014). En 2009, la Gariguette représente le plus gros segment en valeur du marché de la fraise en France (25,7% des ventes). Sur un marché en baisse, elle tire son épingle du jeu en progressant de 3 %. Cette variété progresse également en volume (+5,5 %). (Source : TNS Worldpanel)

 

Résistance aux maladies

 

De nombreuses maladies dues à des champignons peuvent causer d'importants dégâts dans les cultures de fraisiers. L'anthracnose, en particulier, provoque des nécroses sur stolons, fruits, pétioles et folioles et des flétrissements du plant. La lutte chimique, les techniques culturales et les mesures prophylactiques ne sont pas totalement efficaces contre cette maladie. Aussi l'Inra s'est-il attaché à élaborer une stratégie de lutte génétique pour sélectionner des variétés présentant une résistance efficace et durable. Des tests de sélection pour la résistance à l'anthracnose ont été mis au point à différents stades physiologiques de la plante. Ces résultats des recherches sont aujourd'hui utilisés par les sélectionneurs dans leur programme d'amélioration du fraisier pour la résistance à l'anthracnose.

 

 

Notre académicien vert à épée et bicorne n’est pas très vert tendance Bové, peu au fait de la culture de la fraise il ignore que la Gariguette, la fraise bretonne dans toute sa splendeur, est cultivée en majorité sous serres dans le nord-Finistère. Deux champions, Savéol et Prince de Bretagne (SICAFEL) se partagent le marché de cette première fraise (française) de la saison.

 

Les fraises françaises et espagnoles malades de leurs pesticides

 

Après avoir dénoncé la teneur en pesticides des céréales, Générations futures publie le deuxième volet de son enquête destinée à démontrer la charge considérable de perturbateurs endocriniens contenus dans nos assiettes. Ce mardi, l'association militante a dévoilé les résultats d'une étude* réalisée de février à avrilsur des fraises issues de l'agriculture conventionnelle, choisies au hasard dans les supermarchés français. Les fruits proviennent de France et d'Espagne, respectivement cinquième et premier producteur européen. Et les quantités de pesticides mesurées sont loin d'être négligeables...

 

Seules 8 % des fraises sans résidus

 

Du côté du vin je vous propose une Soupe de fraises au vin

 

 

Pour terminer sur une note so british, puisée dans le panier de JP Géné Mes chemins de table chez hoëbeke voici la Strawberry and cream une tradition qui a court à Wimbledon, pas sur les cours bien sûr, mais là où les élégantes donnent du plaisir aux yeux.

 

« Il* connaît moins une autre tradition étroitement associée à cet évènement sportif : strawberry and cream, la consommation de fraises à la crème dans les gradins et alentour. Selon la légende, ce serait le roi George V (1865-1936) qui aurait introduit cette pratique pour distraire les spectateurs, mais Audrey Sell, bibliothécaire au Wimbledon Lawn Tennis Museum, assure que les fraises sont apparues dès le premier tournoi (1877) qui correspondait à leur pleine saison, fin juin. Cultivées principalement dans le Kent, elles sont cueillies la veille et réceptionnées à Wimbledon dès 5h30 pour être inspectées et réparties en barquettes de 10 unités vendues la saison 2008, 2,25 livres (2,60€). L’elsanta est la fraise officielle de Wimbledon, une variété abondante en Europe, à chair ferme, au goût sucré légèrement acide et d’un rouge brique à maturité. Elle doit être accompagnée de crème double d’un minimum de 48% de matière grasse selon le règlement. En 2008, il s’en est consommé 7000 litres pour 28 tonnes de fraises avalées en quinze jours. Les fermiers du Kent sont ravis. »

* Il = le télespectateur

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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, Raffarin à propos de Macron le Coluche de Hollande « Ça faisait longtemps que je n'avais pas rencontré de jeune Giscardien »

Avec horreur je découvre la gelée noire, de mon enfance je me souvenais de la gelée blanche qui, au cours de la nuit, alors que la température s'abaisse plus ou moins régulièrement, en moyenne de un degré par heure, survient au passage à 0°C, dit « température du point de rosée », sous forme de rosée prise en glace. Avec la gelée noire c’est brutal, la température peut s'abaisser de plusieurs degrés en quelques minutes par la convection d'une masse d'air froid à température négative.

 

« Les gelées noires sont causées par un refroidissement de l'atmosphère au réveil de la végétation » (Brunet, Matériel. vinicole, 1925, p. 202.

 

Beaucoup de mes amis de la vigne sont de nouveau à la peine mes mots de réconfort sont bien petits.

 

Le tohu-bohu des politiques m’apparaît encore plus vain.

 

Dans ces circonstances je fais le hérisson, en boule et qui s’y frotte si pique. Pas bon à prendre avec des pincettes, dans ma bulle je lis.

 

D’abord je relis Bove, le minimaliste. Je suis bovien.

 

Le plus beau texte de Bove, pour moi, est la nouvelle Bécon-les-Bruyères dont je possède l'édition originale.

 

« De même qu’il n’existe plus de bons enfants rue des Bons Enfants, ni de lilas à la Closerie, ni de calvaire place du Calvaire, de même il ne fleurit plus de bruyères à Bécon-les-Bruyères. Ceux qui ne sont pas morts, des personnages officiels qui, en 181, inaugurèrent la gare et des premiers joueurs de foot-ball dont les culottes courtes tombaient jusqu’aux genoux, se rappellent peut-être les terrains incultes où elles poussaient, les quelques cheminées d’usines perdues au milieu d’espaces libres, et les baraques de planches qui n’avaient pas encore les inclinaisons découvertes pendant la guerre. En retournant aujourd’hui en ces lieux, ils chercheraient vainement les drapeaux et les lampions, ou le vestiaire et les buts de leurs souvenirs. Bien qu’ils fussent alors adultes, les rues leur sembleraient plus petites, Bécon-les-Bruyères a grandi sans eux. La ville a eu du mal, comme le boute-en-train assagi, à se faire prendre au sérieux. Les témoins de son passé la gênent. Aussi les accueille-t-elle avec froideur, dans une gare semblable aux autres gares.

 

[…]

 

« Bécon-les-Bruyères existe à peine. La gare qui porte pourtant son nom printanier prévient le voyageur, dès le quai, qu’en sortant à droite il se trouvera côté-Asnières, à gauche, côté-Courbevoie. »

 

[…]

 

« En écrivant, je ne peux m’empêcher de songer à ce village encore plus irréel que Bécon, dont le nom teinté de vulgarité est frère de celui-ci, à ce village qui a été le sujet de tant de plaisanteries si peu drôles qu’il est un peu désagréable de le citer, à Fouilly-les-Oies. Pendant vingt ans, il n’est pas un des conscrits des cinq plus grandes villes de France qui n’ait prononcé ce nom. Ainsi que les mots rapportés de la guerre, il a été répété par les femmes et les parents. Mais il n’évoque déjà plus le fouillis et les oies d’un hameau perdu. Le même oubli est tombé sur lui, qui n’existe pas que sur Bécon. Car Bécon-les-Bruyères, comme Montélimar et Carpentras ont failli le faire, a connu la célébrité d’un mot d’esprit. Il fut un temps où les collégiens, les commis voyageurs, les gendarmes et les étrangers, comparaient tous les villages incommodes et malpropres à Bécon. C'était le temps où les grandes personnes savaient, elles aussi, combien de millions d'habitants avaient les capitales et la Russie ; le temps paisible où les statistiques allaient en montant, où l'on s'intéressait à la façon dont chaque peuple exécutait ses condamnés à mort, où la géographie avait pris une importance telle que, dans les atlas, chaque pays avait une carte différente pour ses villes, pour ses cours d'eau, pour ses montagnes, pour ses produits, pour ses races, pour ses départements, où seul l'almanach suisse Pestalozzi citait avec exactitude la progression des exportations, le chiffre de la population de son pays fier de l'altitude de ses montagnes et confiant à la pensée qu'elles seraient toujours les plus hautes d'Europe. Les enfants s'imaginaient qu'un jour les campagnes n'existeraient plus à cause de l'extension des villes. »

 

Les amateurs de Bove se recrutent dans un éventail assez large pour preuve cette lettre adressée au surréaliste Philippe Soupault :

 

Cher Monsieur,

 

J'espère que vous ne m'en voudrez pas de l'indiscrétion qui consiste à vous écrire sans vous connaître et qui est d'autant plus coupable qu'il s'agit de renseignements à vous demander. J'ai été intéressé récemment par la lecture de l'oeuvre d'Emmanuel Bove, qui a aujourd'hui complètement disparu, non seulement de la devanture mais de l'arrière-fond des librairies. J'imagine que vous avez eu l'occasion de le rencontrer, puisque l'essentiel de son oeuvre se situe à une époque où vous animiez les mouvements littéraires contemporains. Ce serait pour moi un grand privilège si vous pouviez me donner quelques renseignements à son endroit. Qui était-il ? Quelle était sa manière d'être ? Quelles traces a-t-il laissées ? J'ai appris que madame Bove vivait encore à l'heure actuelle. Avez-vous eu l'occasion de savoir où on peut la joindre ? Vous serez surpris de cette curiosité qui n'entre pas dans l'exercice normal de mes fonctions, mais s'il est interdit au ministre des Finances d'avoir un coeur, du moins selon la réputation, il ne lui est pas interdit de s'intéresser à la littérature.

 

Valéry Giscard d'Estaing en 1972

 

Bove encore :

« Dans le calme de la matinée, on n’imagine aucune femme encore couchée avec son amant, aucun collectionneur comptant ses timbres, aucune maîtresse de maison préparant une réception, aucune amoureuse faisant sa toilette, aucun pauvre recevant une lettre lui annonçant sa fortune. Les moments heureux de la vie sont absents. »

 

Et puis je me replonge dans mon monstre américain, La femme qui avait perdu son âme. Bob Shacochis, 789 pages, typographie serrée, une difficile immersion dans le marigot des agences et officines US en Haïti. Tordu, les méandres de l’impérialisme américain, le brave manipulé, la fille du sous-Secrétaire, je m’accroche. Il y a même une pincée de sexe. C’est bien fabriqué, trop…

 

« Mais il aurait dû se douter que ça n’était pas terminé, que Jackie avait le chic pour refaire surface. Un peu avant l’aube, elle essaya de glisser son corps nu et moite sur l’étroit matelas, près du sien, également nu et couvert de sueur et il fit le mort – il n’y avait pas de place pour elle dans ce lit, de toute façon – et avant même qu’il ait pu s’en rendre compte, elle était à genoux au-dessus de lui, à califourchon sur ses hanches, et elle se mit à tirer sur son pénis obtenant une érection docile et automatique, et il grogna contre sa présence, s’étonnant lui-même par la spontanéité de son rejet. Mais qu’est-ce-que vous fichez là. Laissez-moi, et elle répondit, Oh allez Burnette, baisez-moi, qu’on ait cette histoire de sexe derrière nous, d’accord. Faites-le. Sa bite était raide comme le mât d’un drapeau, bien droite dans la main de Jacquie et aille commença à s’abaisser sur lui, mais il la repoussa sur le côté, contre le mur et il roula sur lui-même pour sortir du lit, avançant à quatre pattes pour trouver son sac de couchage et son matelas mousse, une sensation de malaise lui nouant l’estomac d’un spasme nauséeux. Il passa le reste de la nuit-là, sur le sol, avec l’impression d’être une boulette cuite à la vapeur, la chaleur trop lourde, l’air trop confiné, le sac remonté jusque sur le visage, écoutant la respiration sifflante et les ronflements assourdis de Jackie, allongée sur le lit, au-dessus de lui, et qui s’était rendormie quelques minutes à peine après leur non-accouplement, qu’il ne serait jamais capable de s’expliquer, faute de véritable principe pouvant justifier cette soudaine attitude pudibonde et lâche. »

 

Je ne sors de ma bogue qu’à la nuit tombée, ma chérie après sa journée de labeur trouve encore une ardente énergie pour m’organiser des dîners. Elle adore ! Je jette mes derniers feux pour lui plaire…

 

Par bonheur il y a Macron, la Nuit debout, oh ! hé la gauche, et bien sûr notre cher Président…

 

Un peu d’huile sur le feu ne nuit jamais pour animer une conversation languissante :

 

Mardi 19 avril. L’ancien ministre des Finances grec Yanis Varoufakis affirme dans l’Opinion que «François Hollande mérite un zéro pointé», et loue au contraire Emmanuel Macron, qu’il «aime beaucoup personnellement». «Nous avons travaillé ensemble, c’était le seul ministre français qui semblait comprendre ce qui était en jeu au sein de la zone euro […] Nous partageons la même vision des profonds défauts de la zone euro, de la différence entre productivité et compétitivité», poursuit Varoufakis, ovationné un peu plus tôt à Nuit debout.

 

Plus sérieusement, Jacques Julliard, le survivant de la Deuxième Gauche égaré à Marianne délivre un texte sur lequel on se doit de méditer :

 

 

La faute à Hollande

 

« De Dunkerque à Perpignan, de Neuilly à la place de la République, de Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon, ce n'est qu'un cri : la France est mal gouvernée ! Et à cause de ce malgoverno, comme disent les Italiens, nous sommes très malheureux !

 

Ce long gémissement qui parcourt comme un frisson la France entière est en train de devenir, dans un pays qui chaque jour part en sucette, la dernière forme du lien social : c'est lui, et lui seul, qui réunit les paysans et les fonctionnaires, les professeurs et les parents d'élèves, les juges et les avocats, les notaires et les descendants d'esclaves, les motards et les intellectuels. Je ne vois guère que les ouvriers, manœuvres, OS, comme on disait jadis, à ne pas se plaindre quotidiennement de leur sort. Il faut croire que l'on a fait beaucoup, beaucoup pour eux, plus en tout cas que pour ces tristes patrons, plus que pour ces malheureux banquiers qui sont au premier rang des éplorés dans cette vallée de larmes...

 

Quand la France de la "diversité" (pour ça, oui) se refait un semblant d'unité sur le dos de son président, quand les chiffres publiés dans les médias ressemblent plus à un lynchage qu'à un sondage, il faut s'interroger : en piétinant Hollande, qu'est-ce donc au-delà de Hollande que les Français sont en train de se cacher à eux-mêmes ?

 

Quoi ! L'Ancien Régime a trouvé des défenseurs sous la Révolution, et la Révolution sous la Restauration ; la République a fait de même sous la monarchie et la monarchie sous la République ; de Gaulle a eu ses partisans sous Pétain, et Pétain en a conservé sous de Gaulle, et il n'y aurait personne, absolument personne aujourd'hui pour prendre la défense de Hollande ? Je dis que cette unanimité est louche, qu'elle est une étape nouvelle, et fort inquiétante, de ce long processus par lequel les Français ont entrepris, depuis la mort de De Gaulle, de se cacher la vérité à eux-mêmes.

 

Que signifie cette litanie qui a pour nom "la faute à Hollande", sinon que nous sommes tous innocents, tous victimes ? Que sans l'incompétence, voire la "trahison", du guide suprême nous serions tous heureux dans un pays qui baigne dans l'opulence, qui vit dans l'optimisme et déborde d'énergie ? Seulement voilà, il y a Hollande ! Un seul être nous manque et tout est détraqué ! Et nous mordons à de pareilles craques ! Et nous feignons de croire qu'une bonne primaire va nous dénicher le bon candidat, qui fera enfin la bonne politique ! On rêve. Je dis que la «bouc-émissarisation» de François Hollande constitue une rechute volontaire dans l'infantilisme national le plus désolant.

 

Entendons-nous bien : je ne suis pas en train de m'attendrir sur l'épreuve personnelle d'un homme. Quiconque fait acte de candidature à la présidence doit savoir qu'il existe, inscrite à l'encre sympathique sur la façade de l'Elysée, une devise qui est celle-là même de l'enfer dans le poème de Dante : «Vous qui entrez ici, quittez toute espérance !»

 

Je ne lui cherche même pas d'excuses, tant les exemples d'opérations lamentablement ratées se précipitent sous la plume. Ainsi, comment donner, pendant toute une campagne, à une fiscalité punitive de 75 % sur les hauts revenus la valeur d'un symbole et capituler à la première anicroche juridique ? Comment escamoter piteusement, devant la mobilisation des Bretons, une écotaxe votée à l'unanimité ? Comment annoncer à son de trompe la fin du département et finir par un simple regroupement des régions ? Comment, de la réforme des rythmes scolaires, qui devait renforcer les fondamentaux de l'éducation, accoucher du développement du macramé et du tir à l'arc ? Comment faire de la déchéance de nationalité pour les terroristes - j'en reste partisan - un symbole de la détermination de la France et la retirer précipitamment sous les huées ?

 

Non, ce n'est pas possible. Une seule question tout de même : êtes-vous sûrs que les Français eux-mêmes n'ont rien à se reprocher dans tous les cas que je viens de citer ? Mais il y a encore plus fort. Comment ne remarque-t-on pas que les grandes lignes de la politique du président le plus impopulaire de la Ve République sont massivement approuvées par les Français ?

 

Non, je ne fais pas du paradoxe de comptoir. Je tiens ici le pari que le futur président - soit Hollande ou Valls à gauche, voire Montebourg ; Juppé ou Sarkozy à droite, voire Le Maire ; Macron ou Bayrou au centre, voire Hulot - reprendra pour l'essentiel la même politique dans tous les grands domaines : libéralisation poussée de l'économie, réindustrialisation, réduction de la dette, allègement de la fiscalité, maintien du système social français, guerre contre Daech, alliance privilégiée avec l'Allemagne.

 

Et pourquoi cela, s'il vous plaît ? Parce que, sur chacun de ces points, la politique poursuivie par Hollande est majoritaire dans l'opinion, chacun des sondages qui paraît le prouve, autant que son abyssale impopularité ! Je conclus provisoirement, car il faudra y revenir, il y a dans l'hallali contre Hollande quelque chose qui me déplaît, car l'homme manifeste dans une telle épreuve un courage remarquable. Il y a ces trop nombreux journalistes qui ne connaissent à l'égard du pouvoir que deux attitudes : le prosternement ou le lynchage.

 

Mais il y a pis : il y a le risque, en cette année préélectorale, de voir la chasse à l'homme se substituer à la quête des solutions. Il y a ce trouble dans l'âme française, dont le Hollande bashing, comme on dit en français, n'est que le misérable symptôme. Il y a surtout que je ne voudrais pas que nous nous fassions les dupes de nos propres subterfuges. C'est essentiel, si nous voulons réinventer un avenir pour ce pays. «Dixi, et salvavi animam meam» («Ce disant, j'ai libéré ma conscience»), in Critique du programme de Gotha, de Karl Marx. »

 

Plus léger, plus parisien, avec le vibrion Attali :

 

Macron, le « Coluche utile » de Hollande

 

Pour autant, François Hollande, qui est dit-on un éternel optimiste et qui, à force de dire que "la France va mieux", pourrait bien avoir enfin raison (voyez la baisse du chômage et la vente des sous-marins), n’a pas tort non plus quand il compare le phénomène Macron avec le phénomène Coluche de 1980.

 

Il suffit de se souvenir qu’au tout début, la candidature de l’humoriste était apparue comme un geste purement contestataire, tout comme les velléités de Macron à se présenter en 2017.

 

Se disant "pas satisfait par la gauche", désireux de pratiquer "la politique autrement" au-delà des clivages traditionnels, ce dernier a donné un magistral coup de pied dans la fourmilière de toute la classe politique.

 

Alors, certes, on ne l’a pas vu avec une plume enfoncée dans les fesses, ce n’est évidemment pas son style, mais il ne fallait pas s’y méprendre : à Amiens, derrière son côté lisse, ses sourires et sa politesse, il y avait dans sa façon d’annoncer la création de son mouvement "En marche" quelque chose de contestataire, voire de révolutionnaire, un peu à la "Nuit debout".

 

Une comparaison osée, certes, entre les jeunes manifestants de la place de la République et le ministre des Finances mais après tout, ce n’est pas moi qui ai commencé : si l’on poursuit la pensée de François Hollande, Emmanuel Macron pourrait bien, de provocations en provocations, se révéler être son "Coluche utile".

 

Des points communs entre les 2 hommes

 

Il y a en effet plus de points communs qu’il n’y paraît entre les deux hommes. Un rien de dilettantisme d’abord, une légèreté rafraîchissante aussi. Au début, il s’agissait pour l’un comme pour l’autre de prendre la température, lancer un ballon d’essai au milieu des nuages noirs de la crise politique qui couvait.

 

Et puis, il y a eu les sondages qui ont montré que leur apparition dans le paysage politique était bien accueillie par les Français et qui ont poussé les deux vrais-faux candidats à la candidature à se prendre au sérieux.

 

Coluche s’est retrouvé avec 16% d’intentions de votes, en quatrième position derrière Giscard, Mitterrand et Marchais, tout comme Macron s’est révélé le candidat préféré de la gauche (48%) loin devant Aubry, Valls et Hollande.

 

Aussitôt, l’amuseur professionnel comme le ministre en rupture de ban sont devenus la principale attraction des médias en recherche permanente de nouveauté à se mettre sous la dent.

 

Jacques Attali, le trait d'union

 

Un personnage à la fois mystérieux et ambigu joue au-delà du temps le trait d’union entre Coluche et Macron : il s’agit de Jacques Attali, l’homme qui parlait et parle toujours à l’oreille des présidents, qu’il s’agisse de François Mitterrand ou de François Hollande.

 

Il faut relire "C’était François Mitterrand", le livre de Jacques Attali paru en 2005 et dans lequel il affirme avec sérieux que, même si le grand public ignore tout de ses manœuvres, c’est lui et lui seul qui aurait piloté la candidature de Coluche pour le compte du candidat Mitterrand.

 

On ne s’étendra pas sur le caractère sans doute un peu mégalo de l’affirmation, mais il se pourrait bien cependant qu’il y ait une part de vérité. Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir subi de multiples pressions de droite comme de gauche, Coluche a fini par choisir son camp et appeler à voter, très clairement, pour François Mitterrand.

 

On peut imaginer qu'Emmanuel Macron, qui sait ce qu’il doit au chef de l’État, qui mesure aussi sans doute jusqu’où il peut aller trop loin à la faveur des coups de gueule à peine voilés du président, n’aura aucune peine à soutenir le futur candidat Hollande pour sa réélection.

 

Et là encore, Jacques Attali pourra se vanter d’y être pour quelque chose. »

 

Mais pour qu’un dîner soit réussi il faut aussi savoir changer de pied, mettre les pieds dans le plat, déranger les bonnes consciences.

 

Jacques, esclave pendant trente ans

 

Un matelas en mousse moisie. Un toit en tôle. Des murs et un sol en planches. Une ampoule au plafond. Et un tas graisseux de haillons pour seule garde-robe. C’est dans ce taudis de 3 mètres sur 3, sans eau ni chauffage, que Jacques passait ses nuits. Il avait 42 ans quand il s’est pour la première fois couché sur ce grabat humide ; il y a dormi jusqu’à ses 71 ans, sans draps, sans rien, avec pour seul compagnon un vieux réveille-matin, détail sordide, quand on sait que Jacques vivait ici, sur le terrain de la famille André, pour travailler chaque jour de l’année, du matin au soir. Il ne s’agissait donc pas de traînailler au lit… Quand il est parti d’ici, après trente ans de labeur, le dos de Jacques formait presque une équerre. Son compte en banque, lui, affichait une platitude totale : 1,48 euro d’économies. Le reste avait disparu dans la poche du couple André.

 

A Saint-Florent-sur-Auzonnet, le village cévenol dans lequel cette histoire d’esclavage moderne s’est écrite durant toutes ces années, personne n’a réalisé que Jacques, un brave gars simple et sans malice, était exploité par Gérard André. «Ils étaient tout le temps ensemble, on les voyait passer sur le tracteur… Alors moi, je croyais qu’ils étaient frères», confesse un paroissien à la sortie de l’église. Près de lui, une femme confie : «Ces gens, les André, ils ne parlent pas, ils sont un peu sauvages. Et chez eux, avec tout ce débarras devant leur maison, c’est vraiment rustique…» Une autre intervient : «C’est vrai que ce monsieur, là, l’exploité, on ne le voyait jamais dans le village ni au marché.» Même son de cloche dans le quartier : «On le voyait toujours travailler, cet homme, peuchère ! Mais il ne parlait pas, ne se plaignait jamais. Il était habitué comme ça, sûrement, racontent Claude et Marie-Thé, qui résident près du couple André. On savait qu’il travaillait pour ces gens-là, mais on ne savait pas qu’il était si mal logé…»

 

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Ma belle Sophia adore Michel Bouquet, une interview remarquable de lui nous permet d’élever nos débats pour le plus grand plaisir de Sophia.

 

Michel Bouquet : « Une vie de malheur. On risque sa vie à chaque rôle »

 

« Je ne serais pas arrivé là si…

 

… Si une force mystérieuse n’avait pas poussé le petit apprenti pâtissier que j’étais à frapper un dimanche matin à la porte d’un grand professeur de théâtre. Je suis encore incapable d’expliquer ce qui m’a pris ce jour-là. Une étrange impulsion. Nous étions en 1943, en pleine Occupation. Je travaillais chez le pâtissier Bourbonneux, devant la gare Saint-Lazare à Paris, et j’habitais avec ma mère qui tenait un commerce de mode au 11, rue de la Boétie. Elle m’avait recommandé d’aller à la messe et j’avais pris sagement le chemin de l’église Saint-Augustin. Et puis voilà qu’au bout de la rue, j’ai bifurqué. Je me suis engagé sur le boulevard Malesherbes dans le sens opposé à l’église, suis parvenu à la Concorde et me suis engouffré sous les arcades de la rue de Rivoli jusqu’au numéro 190, une adresse, dénichée dans un bottin, que j’avais notée sur un petit bout de papier, dans ma poche depuis plusieurs jours. J’ai frappé chez le concierge et demandé M. Maurice Escande, le grand acteur de la Comédie-Française. « Il habite au dernier étage, vous ne pouvez pas vous tromper, il n’y a qu’un seul appartement. » J’ai sonné. Je n’avais pas encore 17 ans.

 

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Nous retombons en fin de soirée dans l'actualité qui électrise tout le monde.

 

Terrorisme : le « J’accuse » d’un expert engagé

 

« Etrange défaite. Comment, le 13 novembre 2015, des petites frappes du djihad de quartier ont-elles pu faire vaciller notre pays, sa cohésion, ses valeurs et sa Constitution ? A cause de « la médiocrité » du gouvernement français, qui a notamment refusé de lancer une commission d’enquête nationale sur les attentats de janvier 2015, accuse François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

 

Président du Centre de politique de sécurité de Genève, ce chercheur mesuré n’a pu s’empêcher de sortir de la réserve à laquelle il était habitué. Car c’est un « homme en colère » qui dresse le réquisitoire sévère des défaillances françaises. Pourtant, les services de renseignement avaient bien repéré les futurs auteurs des attentats, quasi tous fichés « S ». Preuve que la technique dite de « chasse au harpon » (ciblant des individus singuliers), choisie par les Français, est au moins aussi efficace que celle, prisée par les Américains, de la « pêche au chalut » (ratissant largement les données numérisées de l’ensemble de la population). Sans compter que la nouvelle loi sur le renseignement, assure-t-il, « renforce notablement la capacité de surveillance de nos services ».

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Yves Michaud : « La politique des bons sentiments et de la compassion mène à l’aveuglement »

 

Pourquoi s’en prendre à la bienveillance, qui est considérée comme une qualité ?

 

La bienveillance est un sentiment social, nécessaire à la sphère privée. Pour les philosophes du XVIIIe siècle, c’est un facilitateur de relations sociales, rien de plus. Mais si on en tient compte pour gouverner la collectivité, elle devient dangereuse, car elle conduit à se montrer bienveillant avec tous les droits catégoriels. C’est le cas quand nous concédons des droits spécifiques aux communautés religieuses, ethniques ou aux groupes de pression.

 

La politique des bons sentiments et de la compassion mène alors à l’aveuglement. On ne voit pas que ces droits émiettés font reculer la liberté collective. Je pense aux lois mémorielles, qui selon moi devraient être supprimées, ou aux attaques de collectifs se revendiquant Noirs contre les travaux de l’historien Olivier Genouilleau sur la traite négrière. Légitimer les droits catégoriels, c’est faire monter les partis populistes, de Podemos au FN, qui capitalisent sur toutes ces plaintes hétérogènes.

 

Est-on trop bienveillant avec l’islamisme ?

 

Cela fait des années que des intellectuels et des artistes arabes, comme les écrivains algériens Boualem Sansal et Kamel Daoud, dont on imagine mal le courage, dénoncent une dérive fondamentaliste apparue chez eux, et qui gagne chez nous. Pour les écouter, il a fallu les attentats. Je donne souvent des conférences dans le Maghreb. Quand on ouvre les yeux, on est forcé de reconnaître que l’islam n’est pas compatible avec la démocratie.

 

Pour la plupart des musulmans, ne pas croire est un crime, la charia prime sur tout autre droit, et l’apostasie est absolument interdite. Les atteintes à la liberté d’expression ou l’inégalité entre les sexes viennent de ces dogmes, et je souligne que l’immense majorité des pays arabo-musulmans n’ont pas ratifié la Convention universelle des droits de l’homme de 1948. La bienveillance provoque des réflexes stupéfiants, comme refuser de voir la dimension culturelle des agressions sexuelles à Cologne lors de la nuit du Nouvel An.

 

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« Nuit debout a attiré ceux qui pensent leurs intérêts particuliers comme universels, et a exclu les dominés »

 

« Quand un mouvement politique émerge, la position de l’intel­lectuel est toujours compliquée, surtout quand il souhaite que la mobilisation réussisse. Soutenir inconditionnellement, c’est se dissoudre comme intellectuel et ne pas assumer que la pensée puisse nourrir la pratique. Mais critiquer, c’est prendre le risque de nuire à la mobilisation ou d’être perçu comme un adversaire. Je conçois ce texte comme une discussion interne au mouvement social. Il partage la même ambition : la prolifération des contestations. Mais c’est au nom même de cette ambition que je crois nécessaire de proposer une réflexion sur Nuit debout et la conception de la politique dont elle est le produit. Je me demande si la relative stagnation de ce mouvement n’est pas due à sa constitution même. Ce qui doit nous inciter à interroger l’inconscient politique de ce mouvement et les catégories de la gauche critique et du mouvement social.

 

Nuit debout ne naît pas de nulle part. Il est le produit d’une histoire de la théorie et de la politique. Il s’appuie sur des cadres idéologiques précis et reprend des formes d’actions qui se sont stabilisées depuis au moins dix ans, notamment avec Occupy Wall Street et les « mouvements des places ». Ce mode de protestation rompt avec l’action traditionnelle. Il ne se déploie pas comme affirmation d’intérêts particuliers ou d’identités spécifiques – les ouvriers, les paysans, la Marche des fiertés LGBT, la Marche des Beurs, etc. Il se pense comme un mouvement général : par le rassemblement et l’occupation de l’espace public, les citoyens créent du commun, ils construisent un « nous » qui fait jouer une souveraineté populaire contre les institutions, les pouvoirs, l’oligarchie, etc.

 

Bien qu’ils soient nouveaux dans leur forme, les mouvements comme Occupy ou Nuit debout relèvent d’une conception traditionnelle de la politique. Ils s’articulent à un certain nombre de concepts hérités du contractualisme : « espace public », « citoyenneté », « rassemblement », « nous », « communauté ». Ils s’inscrivent ainsi dans une tradition bourgeoise contre laquelle s’est définie la critique sociale depuis Marx. De ce point de vue, Nuit debout pourrait bien être un effet de l’effacement de la pensée marxiste et sociologique. »

 

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L’inquiétante dérive des intellectuels médiatiques

 

Alors que l’un d’entre eux vient de mourir [André Glucksmann, voir Le Monde du 12 novembre 2015], les intellectuels envahissent plus que jamais l’espace public. Ils profitent de la prudence des chercheurs, qui, souvent, hésitent à livrer des diagnostics complexes dans un format réduit, et de celle des écrivains, qui préfèrent laisser la parole aux experts. Ceux-ci comme ceux-là ont retenu la leçon du philosophe Michel Foucault, qui invitait les intellectuels à se cantonner dans leur domaine de spécialisation plutôt que de parler à tort et à travers, sans pour autant renoncer à porter un regard critique sur la société à la manière de l’expert. Foucault opposait ce mode d’intervention de « l’intellectuel spécifique » à la figure sartrienne de « l’intellectuel total ».

 

Or, ce qui caractérise les intellectuels médiatiques, c’est précisément qu’ils sont capables de parler de tout sans être spécialistes de rien. Pénétrés de leur importance, ils donnent leur avis sur tous les sujets, par conviction sans doute, mais aussi et surtout pour conserver leur visibilité. Car la visibilité médiatique n’est pas donnée, elle se construit, elle s’entretient. Aussi sont-ils prompts à s’attaquer les uns les autres pour tenir en haleine les médias et le public, même si force est de constater qu’on est loin du panache d’un duel entre Mauriac et Camus.

 

La forme que prennent leurs interventions varie selon qu’ils sont plus ou moins établis, qu’ils occupent une position plus ou moins dominante : on peut ainsi distinguer les « notables » des « polémistes ». Forts de l’assurance des dominants, les « notables » parlent lentement, pèsent leurs mots, pour leur donner plus de poids, ils écrivent dans un style classique qui doit incarner les vertus de la langue française tout en touchant le plus de monde possible – car parallèlement aux apparitions publiques, il s’agit aussi de vendre des livres. Leur propos est moralisateur, ils prétendent incarner la conscience collective, même lorsqu’ils représentent des positions minoritaires. Les « polémistes » se caractérisent, quant à eux, par leur style pamphlétaire, ils parlent vite, pratiquent à l’oral comme à l’écrit l’invective et l’amalgame, assènent des jugements à l’emporte-pièce, avec des accents populistes. Ils sont coutumiers des revirements calculés qui sont autant de coups médiatiques.

 

Droitisation

 

Si les intellectuels médiatiques se recrutent dans toutes les tendances politiques, l’essentiel étant d’afficher sa différence, on n’en observe pas moins une droitisation de cette scène qui coïncide avec le phénomène identifié sous l’étiquette « néoréactionnaire ». Parmi les facteurs explicatifs de cette droitisation, il y a d’abord le vieillissement social, la scène en question ne s’étant pas beaucoup renouvelée depuis son émergence à la fin des années 1970 autour des « nouveaux philosophes ». On a vu ainsi d’anciens maos devenir des thuriféraires de la pensée néoconservatrice, des révolutionnaires d’hier appeler au retour à l’avant Mai 68, événement maudit dont découleraient tous les maux du présent. Jouent aussi les gratifications sociales, les réseaux de relations au sein du champ du pouvoir, les opportunités qui s’ouvrent dans des moments de reconfiguration des alliances politiques, comme ce fut le cas lors de la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République. Sa stratégie fut de tenter de rallier des intellectuels et des artistes identifiés à gauche, et elle rencontra un certain succès.

 

Aujourd’hui, c’est le Front national qui a entrepris de déployer une telle stratégie de séduction à l’égard des intellectuels et des artistes, en constituant entre autres un collectif Culture, libertés, création – excusez du peu ! Si pour l’heure, ce collectif n’a réussi à rassembler que d’illustres inconnu(e)s, qu’en sera-t-il demain ? La question se pose d’autant plus que l’afflux des migrants fuyant la guerre ou la pauvreté a suscité, à côté des manifestations d’empathie et de la mobilisation de larges fractions des populations européennes pour leur venir en aide, ou plus exactement contre elles, des réactions de xénophobie aiguë qui, pour être classiques, n’en sont pas moins inquiétantes. Nourries de l’islamophobie ambiante, ces réactions, dont le mouvement allemand Pegida [Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident] constitue l’expression la plus extrême et la plus organisée, révèlent des peurs profondes de nature diverse, qu’elles soient d’ordre « identitaire » ou économique.

 

Or ces craintes ont été largement attisées par nombre d’« intellectuels » médiatiques qui se sont érigés en gardiens de « l’identité » collective, qu’elle soit française ou européenne, contre les « barbares » à nos portes et parmi nous. Au lieu d’opérer les distinctions qu’impose une analyse lucide, ils pratiquent l’amalgame jusqu’à imputer des actes terroristes à une religion en tant que telle. Leur responsabilité dans la légitimation des réactions de peur et de haine, voire dans leur exacerbation, est grande. Or ce discours protectionniste, qui essentialise les identités et les cultures, n’est plus l’apanage de la droite conservatrice ou « néoréactionnaire », et c’est peut-être là que réside le point de bascule. Des intellectuels se disant de gauche ont dévoilé leurs réflexes de défense identitaire, ils ont mis en concurrence les populations démunies en fonction de leur origine géographique, iront-ils jusqu’à suggérer qu’il faudrait pratiquer ce que le FN appelle la « préférence nationale » ?

 

Drumont, Maurras

 

La présence de ce type de discours « néoconservateur » ou « néo-réactionnaire » dans l’espace public n’a rien de nouveau. La figure du polémiste d’extrême droite a des antécédents tristement célèbres en la personne d’un Drumont, d’un Maurras ou d’un Brasillach. A cette différence près que ceux-ci n’étaient pas des intellectuels médiatiques mais des journalistes dans une presse d’opinion où toutes les tendances étaient représentées. L’envahissement par ces « intellectuels » médiatiques d’une presse qui se veut d’information avant tout sature l’espace public de leur discours, donnant l’impression qu’ils sont les seuls survivants d’une espèce en voie de disparition : les intellectuels. Alors même que cette presse sait faire appel aux avis éclairés de chercheurs et d’universitaires sur des questions précises, leurs analyses se trouvent noyées dans le flot du discours omniprésent de quelques individus, toujours les mêmes, des hommes, blancs, qui ont dépassé la cinquantaine, et qui prétendent parler au nom de la collectivité, la « nation », le « peuple », l’« Europe ».

 

Les médias ont une responsabilité dans cette monopolisation de l’espace public. Même les tentatives de rééquilibrage ne font que renforcer le phénomène. Il faut y voir ce que Pierre Bourdieu appelle un « effet de champ » : la nécessité de se positionner les uns par rapport aux autres, de traiter des mêmes sujets. Le succès rencontré par les hebdomadaires qui consacraient des dossiers à ces intellectuels a entraîné dans son sillage la presse quotidienne. Les médias audiovisuels ont joué un rôle de premier plan. Car ces non spécialistes ont en commun une compétence qui fait défaut à la plupart des chercheurs et universitaires plus familiers de la chaire et des échanges entre pairs : ils maîtrisent fort bien les règles de ces hauts lieux de visibilité. Ils « passent » bien à la télévision ou à la radio. Cela contribue-t-il à expliquer ce qui n’en demeure pas moins un mystère, à savoir, pourquoi ils suscitent un tel intérêt auprès du public ? »

 

Gisèle Sapiro, sociologue, est directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Auteure de « La Responsabilité de l’écrivain. Littérature, droit et morale en France (XIXe-XXe siècle) », Seuil, 2011. Elle a participé au livre dirigé par Pascal Durand et Sarah Sindaco « Le discours “ néo-réactionnaire”», CNRS éditions, 25 euros.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 06:00
Dans ses vœux du 31 décembre 68 De Gaulle exhortait les Français : « Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentés pendant l'année qui s'achève ».

Mai, le printemps de la parole, des discours enflammés, des rêves fous, des slogans libertaires, des affiches provocatrices, se figeait dans le plomb groupusculaire. La masse des insurgés, les joyeux dépaveurs casqués, bien vaccinés contre la dictature des encartés, des porteurs de certitude, fondait sous le soleil des plages aux côtés des Français de la France profonde qui se remettaient de leur grande trouille. Même les évènements de Prague, le cliquetis des chenilles des chars des pays frères, ne les avaient pas tirés de leur léthargie bronzifaire.

 

Tout ce qui suit sont des extraits de mon roman du dimanche inspiré du livre de Robert Linhart L’Établi aux éditions de Minuit.

 

L’établi désignait les quelques centaines de militants intellectuels qui s’embauchaient, « s’établissaient » dans les usines.

 

Linhart passera une année comme OS2 dans l’usine Citroën de la porte de Choisy.

 

Dès son premier jour il écrit « la chaîne ne correspond pas à l’image que je m’en étais faite. » Loin des cadences infernales il ressent une sorte de monotonie résignée, une sorte de somnolence, scandée de sons, de chocs, d’éclairs, cycliquement répétés mais réguliers. La routine, l’anesthésie…

 

Ce qui le frappe c’est que tout est gris « les murs de l’atelier, les carcasses métalliques des 2 CV, les combinaisons et les vêtements de travail des ouvriers. Leur visage même paraît gris, comme s’il était inscrit sur leurs traits le reflet blafard des carrosseries qui défilent devant eux. »

 

Il s’embauche à un « moment favorable : en ce début septembre 1968, Citroën dévore de la main-d’œuvre […] Citroën travaille dans l’instable : vite entré, vite sorti. Drée moyenne d’un ouvrier chez Citroën : 1 an. »

 

Donc ce qui suit n’est, bien sûr, que roman mais la fiction est le plus souvent la réalité revisitée…

 

Ceux qui restaient, le noyau dur des militants professionnels absorbés par leurs psychodrames internes, s'enfouissaient afin de préparer leur longue marche. L'ordre régnait à nouveau, pesant. La Vermeersch démissionnait du Comité Central du PC pour protester contre les réserves émises, par ce brave plouc de Waldeck Rochet, au coup de force de Prague ; une stal de moins mais déjà la trogne noiraude de l'immonde Marchais pointait son groin dans le paysage dévasté de la gauche française. Féroces, les irréductibles jetaient le « caïman » de la rue d'Ulm aux chiens : « Althusser à rien ! » « Althusser pas le peuple ! ». De Gaulle exhortait les Français : « Portons donc en terre les diables qui nous ont tourmentés pendant l'année qui s'achève ». Les socialos cliniquement morts, les PSU en voie de fractionnement nucléaire, les Troskos pathologiquement sectaires, les révisos marxistes-léninistes hachés menus et en décomposition avancée, laissaient le champ libre aux purs révolutionnaires

 

Cette période, post 68, est étrange, en Italie on baptisera ces années : de plomb. Les attentats aveugles, la gare de Milan, le cadavre d'Aldo Moro, les brigades rouges et la loge P2. Ici, hors les folies d'Action Directe, Rouillan et Ménigon, l'assassinat de Georges Besse, on occulte ce temps comme s'il était impénétrable. C'est du dedans que vous allez y pénétrer.

 

 

Le 4 septembre 1969, c’était un jeudi, et c’était mon quatrième jour chez Citroën à l’usine du quai Michelet à Levallois-Perret, celle où l’on fabriquait la « deuche » la chouchoute des futurs babas cools. Pour moi c’était, tout, sauf cool, mais la galère. Mon boulot, boucheur de trou sur la chaîne de montage de la « caisse », consistait à charroyer entre l’atelier de soudure et celui d’emboutissage des structures métalliques pour pallier les anomalies constatées sur certaines caisses et éviter un trou dans l’assemblage. Entre les deux ateliers, cent mètres où je devais pousser, courbé, arc-bouté, une sorte de fardier, dont les toutes petites roues collaient au goudron, rempli de carcasses en tôle tout juste sorti des presses. J’en chiais, ça me sciait les reins et, comme ce sadique de contremaître, lorsque je lui avais demandé poliment des gants, m’avait ri au nez en me balançant goguenard « tu te démerdes y’en a pas… » - y’avais jamais rien dans cette boîte de merde c’était comme ça chez Citroën le royaume du bout de ficelle – je me faisais bouffer les mains par le nu tout juste refroidi de la tôle et cisailler les doigts par tous les angles de ces putains de pièces. Les nervis, la couche de brutes épaisses qui évitait à la caste des ingénieurs géniaux – les pères de la DS – de se préoccuper de la lie des OS, m’avait classé dans la catégorie « intellos », tous ces branleurs qui venaient les faire chier et foutre le bordel en s’immergeant dans la classe ouvrière, ici fortement représentée par les «bicots» et les «crouilles» ex-fellaghas coupeurs de couilles des braves défenseurs de l’Algérie Française. La manœuvre des « génies » de la place Beauvau fonctionnait à merveille : j’allais plaire aux illuminés de la Gauche Prolétarienne.

 

Quand je m’étais pointé le premier jour aux bureaux du quai de Javel, pleins de cols blancs et de petits culs frais de dactylos arpentant les couloirs, après les formalités d’usage, paperasses diverses, on m’avait dirigé vers le bureau du responsable du pointage où officiait, derrière un petit bureau métallique, un grand mec au crâne rasé qu’avait une gueule de juteux de l’armée, et qui s’avéra par la suite être un ancien sous-off qu’avait fait l’Indochine et l’Algérie, plus caricatural que nature, raide et con à la fois. Manifestement ma gueule lui déplaisait et, pour me faire chier, il m’avait collé dans l’équipe de nuit : j’embauchais à neuf heures du soir et je finissais à cinq heures du mat.

 

À l’usine de Levallois, mon premier contact avec le noyau dur des syndiqués, je l’avais eu avec les vendeurs du journal « l’Étincelle », des trotskystes marginaux, avec qui j’entamais des discussions animées dans les cafés environnant. C’étaient de braves mecs, englués dans leurs querelles intestines, en butte avec les membres du « parti ouvrier stalinien » qui tenaient, au travers de la cellule du PCF, les adhérents de la CGT de l’usine. Leur feuille de choux avait un certain succès auprès des ouvriers ce qui emmerdait les plus sectaires des communistes. Ils la bricolaient avec les moyens du bord, achetaient les stencils, le papier et l’encre, et avec le pognon récolté lors de l’organisation d’une tombola, qui eut un franc succès, ils purent acquérir la bécane pour tirer leur bulletin. De cette tombola, ils aimaient raconter l’anecdote des lots. Ceux-ci avaient été fournis par des copains du PSU : du vin, des conserves mais aussi des livres. Certains ouvriers, qui ne lisaient guère, leur dirent que c’était une bonne idée de placer des livres dans les lots, alors que les paniers garnis du PCF, eux, ne contenaient que de la bouffe. Lors du tirage de la tombola, autour d’un verre, les oreilles des alignés sur Moscou sifflèrent ce qui, bien sûr, mis un peu plus d’huile dans les rapports cordiaux entre la maigre poignée de militants syndicaux de l’usine.

 

Moi, ce que j’aimais par-dessus tout c’était d’entendre les histoires des anciens. Lucien, un vieux tourneur, racontait qu’à la Libération, le Parti Communiste était si puissant qu’il lui suffisait de convoquer une réunion de section pour que l’usine s’arrête. Mais, comme c’était, avec Marcel Paul Ministre de la Production Industrielle, l’époque du « produire d’abord ! » et que « la grève était l’arme des trusts », l’heure n’était pas aux débrayages, pire lorsque le directeur organisait une réunion à la cantine pour demander : « Mes amis, il serait bon qu’on puisse produire 17 tours le mois prochain ! » le responsable syndical prenait alors la parole pour surenchérir : « Camarades, nous pouvons en sortir 20 ! ». Et Lucien d’ajouter, en se marrant, « et, bien sûr, on les sortait ces putains de tours. Pour la France… ».

 

[…]

 

À la reprise du lundi, Nez de bœuf, un ancien flic pote du sinistre commissaire Dides, dont le seul boulot consistait à foutre son tarin – d’où son sobriquet – dans nos petites affaires : la perruque*, la fauche et, bien sûr, le boulot syndical, donc à nous pourrir la vie, me chopait juste avant la grille d’entrée. Tout dans ce type suintait la vérole. Ce matin-là il arborait la tenue du parfait gestapiste : long manteau de cuir ceinturé qui lui battait les mollets et dont le col était relevé, galure de feutre noir incliné et rabattu sur son regard de faux-derche, cigarette américaine collée au coin de ses lèvres épaisses, gants fins et des écrases-merde à bout ferré et à semelles renforcées de plaques d’acier. Sa voix de fausset et son tortillement de cul à peine perceptible lorsqu’il parlait, juraient avec ses airs de stümbahnfhurer. Quand il posa sa main gantée sur mon bras je la repoussai avec énergie : « Ils ferment dans une minute, je n’ai pas envie de me faire sucrer un quart d’heure de salaire… » Nez de bœuf éclata d’un petit rire grasseyant qui agita sa cigarette dont le bout incandescent rougeoyait dans la nuit. « Tu te fous de ma gueule l’intello, ces pieds plats : je claque des doigts et ils me taillent une pipe, alors tu t’arrêtes et tu m’écoutes… »

 

 

Lorsque l’ingénieur en blouse grise jeta sans même me prêter attention : « Mettez-le au 86 ! », si j’avais su ce qui m’attendait, mon moral en aurait pris un sale coup. Bien sûr, je voyais, derrière ce changement d’affectation, la main de Nez de bœuf et je m’attendais au pire. Ce ne fut pas le pire mais l’horreur. Le 86 c’était l’atelier de soudure. En apparence, le boulot qu’on me demandait me parut simple lorsque j’observai l’ouvrier qui me montrait le geste : poser un point de soudure à l’étain d’un mouvement de chalumeau. L’atmosphère de l'atelier saturé d’une odeur âpre de ferraille et de brûlé, le rougeoiement des étincelles jetant sur les murs gris des flammèches infernales qui donnaient à la cohorte des soudeurs, aux yeux masqués par de grosses lunettes noires, courbés sur leur tâche, des airs de hannetons aveugles s'agitant en enfer ; un enfer bombardé d'une avalanche de bruits assourdissant. Très vite je m’aperçus que je ne parvenais ni à acquérir le coup de main, ni à coordonner mes mouvements avec ceux de la chaîne. Celle-ci avançait, calmement, inexorablement et je n’arrivais pas à suivre : toujours un temps de retard. Je cafouillais. Mélangeais les procédures. Mes mains et ma tête ne connectaient plus. J’avais envie de chialer.

 

À la pause je m’apprêtais à me tirer lorsque je croisai le regard d’un type qui semblait encore plus désemparé que moi. Les humains sont de drôles de petites bêtes : le malheur de leurs semblables exerce sur eux à la fois de la fascination et une forme d’attraction irrépressible. Certains s’en gavent sans retenue comme des charognards, d’autres s’apitoient, d’autres encore compatissent, mais très peu se mettent en position de comprendre. Et pourtant, non que je fusse touché par la grâce, face à ce pauvre bougre, je puisai la force de rester en poste. Je découvrais un frère de chaîne. À nous deux, je le sentais, nous formions l’embryon d’un étrange noyau assemblant les fêlés qui étaient ici par choix. Robert, puisqu’il se présenta ainsi lorsque je lui tendis la main et qu’il s’y accrocha comme à une bouée, expiait. Dans son regard de pauvre hère, tout le malheur de l’intellectuel qui a failli et qui vient se plonger, se ressourcer, dans le bain purificateur des prolétaires. Il s’en défendait : bien sûr que non sa plongée en usine n’était pas destinée à le nettoyer des souillures de sa classe. L’embauche prenait son sens dans un travail politique aux côtés des si fameuses, et si insaisissables «larges masses ». Le problème c’est que la chaîne, n’avait rien à voir avec le ballet de Charlot dans les Temps Modernes, elle avançait avec lenteur mais sans cesse, sans aucun temps mort, tel un sablier inexorable. Il fallait pisser, chier, se moucher, se gratter, aux temps morts chronométrés. Alors, les belles paroles lancées dans un bistro du Quartier Latin sur la nécessaire implantation au cœur de la classe ouvrière se dissolvaient dans la fatigue de bête de somme et l’évanescence de la dite classe que ce pauvre Robert cherchait en vain.

 

* la perruque : emprunter du matériel pour faire des travaux personnel.

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30 avril 2016 6 30 /04 /avril /2016 06:00
Le terroir de Limoux a beaucoup d’atouts, pourquoi les gaspiller ?

À Limoux, pour faire court, le territoire viticole se partage très majoritairement entre 2 coopératives : Sieur d'Arques et Anne de Joyeuse, les blancs d’un côté, les rouges de l’autre, ce n’est pas une imagerie facile mais le fruit d’une histoire où la césure politique était sous-jacente.

 

Bien évidemment Limoux c’est d’abord la Blanquette : les bulles de Sieur d’Arques, puis vint le Crémant, le Chardonnay de Toques et Clochers, enfin une AOC limoux rouge… Les seigneurs, quoi, mais sans doute trop, à vouloir trop embrasser, la vieille maison n’a pas pu ou pas su tirer profit de l’explosion du marché de la bulle.

 

À côté, le challenger, Anne de Joyeuse, je la citais à titre d’exemple pour sa politique de pilotage du vignoble par l’aval.

 

Le bulletin de liaison des adhérents de la cave Anne de Joyeuse : L’Edit des Joyeuses écrivait sous le titre : la maîtrise des rendements : nouveau paiement différencié pour les cépages :

 

« La mondialisation nous fait connaître aujourd’hui les premiers effets d’une concurrence sévère sur le marché des vins.

 

La production mondiale du vin est en phase d’être excédentaire par rapport à la consommation. Nos futurs concurrents ne sont plus l’Espagne, l’Italie mais les pays de nouveaux producteurs (USA, Australie, Chili, Argentine, Nouvelle Zélande). Une concurrence se dessine : l’Europe viticole contre les pays du nouveau monde : celle-ci est d’autant plus facilité que les moyens de communication et de circulation ne sont plus un frein au développement. Ces nouveaux pays bénéficient d’un phénomène de mode sur le marché anglo-saxon et présentent des standards qualitatifs souvent supérieurs à nos vins de pays.

 

Nous nous devons de résister à cette concurrence. Pour cela la Cave Anne de Joyeuse doit produire des vins à très bonne typicité variétale avec des caractères plus « concentrés » et plus « complexes ». Cet objectif qualitatif nous permettra de maintenir l’accès au marché (la problématique commerciale des vins se pose en termes de prix et d’écoulement, il n’y a plus de place pour les vins moyens). »

 

Bref deux politiques, non pas antinomiques mais complémentaires. Elles le sont d’autant plus que bon nombre de vignerons coopérateurs limouxins (150 sur 227 à Sieur d'Arques) amènent leurs récoltes dans les deux établissements.

 

Mes liens avec les deux structures m’avaient amené à réfléchir sur leurs synergies, c’est-à-dire les étapes du chemin à parcourir pour qu’elles s’unissent. Les pesanteurs limouxines sur lesquelles je n’ai pas à revenir, ont empêché que les équipes dirigeantes s’engagent sur ce chemin. On ne réécrit pas l’histoire mais il n’est jamais trop tard pour renouer les fils et tirer parti d’une situation qui entrave la prospérité du terroir de Limoux.

 

Mon propos n’ira pas au-delà de ce questionnement, je n’ai pas et je n’ai jamais pour vocation de m’immiscer dans les affaires des vignerons de Limoux. Tout ce que je puis vous confier c’est que la situation actuelle m’attriste, me navre, comme une impression de gâchis.

 

À Sieur d’Arques la contestation qui couvait depuis de longs mois a débouché lors d'une assemblée générale extraordinaire sur un vote de défiance sur les 206 viticulteurs présents, 111 se sont prononcé contre l’équipe dirigeante.

 

Hormis le projet d’un nouveau caveau à 2 millions d'euros jugé trop onéreux au regard de la santé financière précaire de la coopérative, le deuxième sujet d'achoppement la rémunération des vignerons jugée beaucoup trop faible et c'est certainement là le nœud du problème. Aujourd'hui les vignerons de la cave voudraient voir le fruit de leur travail mieux rémunéré et selon l'opinion d'un vigneron au discours très imagé mais discret (les élections du prochain président se préparent activement) :

 

«Dorénavant il faudra faire pisser la vigne, maintenant on s'en fout des niches comme l'appellation d'origine protégée avec ses vendanges manuelles qui nous coûtent cher, et qui est mal commercialisée. Les Toques et Clochers qui ne font vibrer que des étoiles lointaines, il faut vendre notre récolte en indication géographique protégée avec moins de contraintes à la cueillette et faire du chiffre un point c'est tout

 

Discours choc d'un coopérateur, très Limouxin, un des bastions du rugby à XIII qui, sous ses excès de langage recouvre des problèmes bien concrets et pose la vraie question du retour pour les vignerons, le revenant bon, d’une politique aux ambitions qualitatives réelles mais dont les coûts commerciaux n’ont pas été générateur de ce retour.

 

« Difficile de comprendre pourquoi d'un côté les rémunérations sont au beau fixe et même en progression, pour leurs rouges chez ADJ, et frileuses et maigres pour leurs bulles à Sieur d'Arques, alors que les crémants alsaciens, par exemple, battent en ce moment tous les records de vente. »

 

La réaction de Rémy Fort, président de la cave Anne de Joyeuse à cette situation doit être décodée au regard de la vulgate limouxine.

 

« Le terroir de Limoux possède une richesse exceptionnelle, avec une diversité unique. Sur un même territoire on peut élaborer des vins effervescents de qualité, des chardonnays de réputation internationale et des vins rouges qui ont conquis le cœur d'opérateurs prestigieux et internationaux.

 

Dans un monde concurrentiel il ne faut pas voir l'avenir de cette petite région que par la bulle, ce serait une grave erreur économique. Les vins tranquilles sont également un atout indéniable pour demain. Cette diversité est un élément différenciant qui sera la richesse de notre avenir.

 

La vision scolaire d'un vignoble industriel, qui berce le vigneron dans la facilité, n'est pas concevable sur les terres du limouxin. Seul 15% du vignoble pourrait répondre à cette demande. On ne peut pas bâtir un développement sur une superficie marginale, ce n'est pas la politique des vignerons d'Anne de Joyeuse. »

 

À toute chose malheur est bon dit l’adage populaire, il est sans doute temps à Limoux de s’asseoir autour d’une table pour reparler avec pragmatisme d’Union entre les deux coopératives afin d’étudier les complémentarités, les doublons, les surinvestissements, les synergies.

 

Certes c’est une « affaire d’hommes » mais nul à Limoux, et Anne de Joyeuse en premier, n’a intérêt à ce que Sieur d’Arques s’enfonce ou s’engage dans une politique de sauve-qui peut. Avec autant d’atouts dans son jeu le terroir de Limoux doit jouer collectif, coopés et indépendants, pacifier le débat, revenir à l’essentiel.

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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 06:00
C’est dur la culture, l’art et le vin,  le mangeur de fèves d’Annibal Carracci et son vin  Capintancelli Piana dei Castelli  de Matteo Ceracchi…

Les marieuses et les marieurs de vin sont à la peine, pensez-donc, chaque jour que Dieu fait, il leur faut accorder le dernier petit plat tendance, la carotte nouvelle de Créances, avec le pur jus d’un GCC, d’un champagne millésimé, surtout d’un flacon qui draine de la publicité.

 

Ça lasse, usé le procédé, ils ou elles ne savent plus à quel saint se vouer : faut du nouveau coco ! Racole ! Déniche-moi vite fait sur le gaz un mec ou une nana qui fasse le buzz !

 

- Un Chef, chef…

 

- Explicite !

 

- Un truc du genre : un chef, un plat, un vin…

 

- Emballé c’est pesé ma poule, mais c’est toi qui choisit le vin à sa place. Faut bien placer notre camelote ma cocotte !  Faire plaisir au petit Michel...

 

Ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, mon rédachef m’a convoqué dare-dare pour que je m’engouffre dans la brèche. J’ai cogité et je lui ai proposé c’est dur la culture : l’art et le vin ! Je dois vous avouer que ça ne l’a pas enthousiasmé mais de guerre lasse il a cédé.

 

Me restait plus qu’à concrétiser. C’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon…

 

J’ai enfourché mon vélo pour dénicher une idée et je suis tombé sur des fèves qui sont, selon Jean-Marie Pelt dans sa petite encyclopédie gourmande des légumes, les plus vénérables ancêtres du monde des légumes.

 

 

Emballé c’est pesé, retour à la maisonnée pour dérober mes fèves. En effet, la fève doit être débarrassée de sa robe avant d’être consommée.

 

 

Un pet d’Histoire :

 

« Déjà connues des hommes du néolithique - on a trouvé des graines de fèves sur les emplacements de la ville de Troie – la fève a longtemps traîné une très mauvaise réputation due essentiellement à sa forme mais pas seulement !

 

Les égyptiens n'en supportaient pas la vue parce qu'ils y voyaient le lieu de transmutation des âmes. En Grèce, Pythagore en fait une vraie phobie. Les romains qui ne l'apprécient guère voient dans les fleurs de fèves des taches noires qui leur semblent un mauvais présage. Quant aux gens d'Eglise... ils prêtaient à la fève des vertus aphrodisiaques forcément incompatibles avec la vie monastique.

 

La fève est cependant consommée dans le bassin méditerranéen depuis l'Antiquité mais c'est surtout au Moyen-Age et à la Renaissance que la fève trouve vraiment sa place dans l'alimentation humaine. Elle paraît avoir été un des principaux légumes du paysan français avec les choux, les raves, les aulx, poireaux et oignons (cf. Histoire des légumes de Georges Gibault). N'oublions pas qu'avant la découverte de l'Amérique et des haricots mexicains, le cassoulet était confectionné avec des fèves. »

 

Rassurez-vous je ne vais pas faire tout un plat de mes fèves

 

Le Mangeur de Fèves d’Annibal Carrache ou Carracci 

 

(1580-90). Huile sur toile, 57 × 68 cm, Galleria Colonna, Rome. Annibal Carrache a commencé par des scènes de genre très réalistes. Une telle approche n'est pas commune au 17e siècle, d'autant que ce tableau, sans aucun artifice de composition, acquiert paradoxalement une modernité surprenante.

 

« Signe d’une transformation importante, ce tableau d’Annibal Carracci est une des toutes premières représentations de paysans en train de manger. Son repas, servi sur une nappe blanche, même chez les plus pauvres, est fait de fèves appelées « haricots noirs », originaires d’Afrique – bientôt supplantés par le haricot de la famille Phaeasalus plus facile à cultiver – d’oignons qui remplacent la viande, d’une assiette de salade qu’on souhaiterait un peu plus verte, de vin rouge réservé aux paysans et de pain en petites miches accolées. Aliment essentiel à la nutrition, le pain est l’objet de tous les soins. Sa composition, ses ingrédients, la qualité du blé et de la farine varient énormément d’un lieu à l’autre. Pain blanc pour les riches, pain noir ou complet pour les pauvres, son goût et sa qualité sont commentés par ceux qui ont la chance de pouvoir comparer. L’œil allumé, le sourcil levé, la bouche prête à avaler la cuillerée évoquent la gourmandise, celle du pauvre qui préfère la quantité à la qualité. Mais de même qu’on attribue au pauvre une gloutonnerie qui l’assimile à l’animal et au sauvage, il ne lui est pas interdit de faire preuve de goût dans la différenciation de la qualité de ses plats, aussi simples fussent-ils. »

 

Manuel Vásquez Montalbán

 

 

Je me confectionne une petite Salade de fèves à la ciboulette et je me débouche une bouteille de Capitancelli du domaine Piana dei Castelli achetée au Lieu du Vin chez le grand Philippe.

 

Normal c’est le vin de Matteo Ceracchi, un rouge IGP Lazio

 

Le domaine Piana dei Castelli  est situé près de Velletri, au sud-est de Rome, dans le Latium, il est consacré à la vigne depuis neuf générations. Son positionnement géographique se situe à la convergence entre des masses d’air sèches et humides, froides et tempérées d’origines maritimes et subcontinentales, provoquant une alternance climatique continue favorable à une lente maturation du raisin. L’identité du domaine est garantie par ces vents qui proviennent de l’est des monts Lepini.

 

Les 30 ha de vignes, à proximité de la mer, sont implantées sur un terroir crayeux/siliceux, typiquement volcanique La diversité des cépages : Malvasia Puntinata, Trebbiano, Grechetto, Sauvignon, Pinot Gris, Cesanese, Merlot etc. permet au domaine Piana dei Castelli d’élaborer une large palette de cuvées originales portant la signature de Matteo Ceracchi qui pratique une viticulture respectueuse de l’harmonie entre le sol et la plante et une vinification douce.

 

Capitancelli

 

Cépages : Sangiovese 30% - Shirah 30% - Cabernet Franc 20% - Merlot

 

Age des vignes : 60 ans

 

Rendement : 20/30 hl/ha

 

Date de récolte : Fin Octobre

 

Vinification : Vendange manuelle. Macération en cuve inox sur peaux pendant 6 mois.

 

Non-filtré

 

Robe rouge avec des reflets violacés. Nez très présent et mature. La bouche est concentrée et harmonieuse avec une longue finale sur les épices et la réglisse.

C’est dur la culture, l’art et le vin,  le mangeur de fèves d’Annibal Carracci et son vin  Capintancelli Piana dei Castelli  de Matteo Ceracchi…
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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 06:00
Moins la production est vitale pour l'humanité ou la planète, et moins son impact sur l'environnement devrait être important, la méthode Fukuoka appliquée à la vigne.

Hier matin l’ami Olivier dans les frimas chablisiens redoutables m’a expédié ce texte de Masanobu Fukuoka extrait de son livre « La révolution d'un seul brin de paille » Une introduction à l’agriculture sauvage.

 

 

Lecture ICI 

 

 

Le goût

 

Les gens disent: « on ne connait pas le goût des aliments jusqu'à ce qu'on y ait goûté »; mais même si l'on goûte, le goût des aliments peut varier selon le temps, les circonstances et les dispositions de le personne qui goûte.

 

Si vous demandez à un savant ce qu'est la substance du goût, il essaiera de la définir en isolant les divers composants et en déterminant les proportions de sucré, d'acide, d'amer, de salé et de piquant. Mais on ne peut pas définir un goût par l'analyse ni même du bout de la langue. Même si la langue perçoit les cinq goûts, les impressions sont rassemblées et interprétées par l'esprit.

 

Une personne naturelle peut atteindre une alimentation juste parce que son instinct fonctionne bien. Elle se satisfait d'une nourriture simple; elle est nourrissante, a bon goût, elle est une médecine quotidienne. La nourriture et l'esprit humain sont unis.

 

L'homme moderne a perdu la clarté de son instinct, par conséquent il est devenu incapable de cueillir et d'aimer les sept herbes du printemps. Il est parti à la recherche de la diversité des goûts. Son alimentation devient désordonnée, l'écart entre préférences et aversions s'élargit, et son instinct s'égare de plus en plus. A ce point les gens commencent à assaisonner fortement leur nourriture et à utiliser des techniques culinaires compliquées, augmentant encore la confusion. La nourriture et l'esprit humain sont devenus étrangers.

 

Dans ma petite tête de chroniqueur impénitent a resurgi l’une d’elle titrée : « J'ai en horreur la confusion, savamment entretenue par beaucoup, entre méthodes d'agriculture bio ou «naturelle» et vins «nature» ou «naturels »

 

Retour sur images :

 

Le 23/03/2009 je publiais anonymement, avec son accord, le texte d’un vigneron. Ce garçon discret m’avouait qu’il ne goûtait guère le côté place publique de la blogosphère, qu’il n’avait nulle envie de devenir un icône de tous les milieux alternatifs du microcosme de la viticulture française, qu’il ne souhaitait pas rejoindre telle ou telle micro mouvance, qu’il n'avait rien demandé à personne et n’avait aucune aspiration de la sorte.

 

Donc, c’est l’histoire d’un mec * qui un jour me dit, comme ça, qu’il mène un peu moins d'1 ha en « agriculture naturelle » (expression française de la méthode de M. Fukuoka) sur une parcelle expérimentale où il ne revendique aucune AOC car pour lui rien ne lui permet d'affirmer que ce type d'agriculture, qui n'autorise pas de forte densité de plantation à l'ha, permettrait de donner une image fidèle, ou plus exactement traditionnelle du terroir sur lequel elle est implantée. Je lui demande :

 

- pourquoi, faites-vous ça ?

 

- tout simplement parce que 8 années de viticulture de type bio, ne m'ont pas convaincu du bienfondé de cette approche.

 

Comme j’en reste coi, il ajoute :

 

- si le travail du sol permet de se passer de cette saloperie de glyphosate (nom générique du Roundup) et s'il existe bien des moyens de se passer d'insecticides organochlorés (confusion sexuelle, bacillus thuringiensis, abeilles,...) l'abandon de molécule de synthèse de type folpel, dithane et al pour retourner vers le cuivre sous quelque forme que ce soit me dérange énormément. Le cuivre est un polluant d'une rémanence et d'une toxicité exceptionnelle pour l'environnement et ne devrait d'ailleurs pas tarder à être interdit en agriculture conventionnelle comme bio !...

 

Je suis tout ouïe. Je fais bien car, ce qu’il me dit, sans élever le ton, ni se poser en donneur de leçons, exprime fort bien ce que pense au fond de moi.

 

- Dans tous les cas, la plante cultivée reste sous perfusion de l'homme. Et ceci me dérange sur un plan éthique et citoyen. Peut-on justifier qu'une production aussi peu indispensable à l'humanité provoque la mort biologique de sols dont on pourrait avoir un jour besoin pour des besoins vitaux. Rassurez-vous je n'y mets pas la Côte d'Or, mais honnêtement, quel est le pourcentage des terres viticoles qui produisent des vins dignes d'intérêt culturel et gastronomique à l'échelle mondiale?

 

Comme pour s’excuser il se croit obligé d’ajouter :

 

- Voilà mon idée stupide : moins la production est vitale pour l'humanité ou la planète, et moins son impact sur l'environnement devrait être important. Encore une fois, et bien qu'étant un passionné de longue date et tentant d'en tirer un revenu pour faire vivre ma famille, je ne mets pas le vin au rang des absolues nécessité pour la vie, n'en déplaise à Platon.

 

Et moi pour faire rebondir la conversation je le branche sur la méthode Fukuoka. Intarissable.

 

La suite ICI 

 

 

« Depuis des années, essai après essai, erreur après erreur, un agriculteur Japonais, Masanobu Fukuoka, a développé une approche faite de simplicité, une agriculture à contre-courant du modèle occidental. Comme toutes les idées simples mais révolutionnaires, elle surprend par sa banalité et étonne par ses innombrables retombées. Laisser la nature nous nourrir et intervenir le moins possible. Pas de labour, aucun produit chimique, pas de désherbage. Planter lorsque les plantes égrainent naturellement, laisser les plantes sauvages à leur place, enrichir le sol avec des légumineuses, quelques animaux et de la paille. Rien de bien impressionnant à première vue, pourtant vous en entendrez reparler, croyez moi. Quand cela? Attendez la dernière goutte de pétrole! »

 

« La méthode de culture de Masanobu Fukuoka ne pourra donc pas s’étendre tant que l’on vivra dans une société de croissance, car celle-ci est incompatible avec l’idée d’économie de ressources. Le déclin rapide du pétrole qui arrivera pendant ma vie (je suis encore jeune) verra triompher sans gloire des agricultures inspirées de cette méthode énergétiquement économe. Le simple fait que cette technique connue depuis plus de trente ans soit toujours marginale en est à mes yeux une des meilleures preuves. Il y a de quoi se réjouir toutefois, car cet homme simple nous a montré une chose dont les survivalistes ne semblent pas d’accord, la fin du pétrole n’est pas l’apocalypse. En effet, en faisant le pari de la diffusion de cette approche, il est possible à la fois de nourrir la planète sans l’or noir et de vivre en intelligence dans un environnement agréable. Toutefois, si cela se passait mal, je vous conseille de prendre les devants et de vous mettre un lopin de terre de coté…il n’y en aura pas pour tout le monde. »

 

Le texte intégral ICI

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 06:00
Et si « L’appellation » « vin de Beaune » connue dans toute l’Europe appréciée et connue des «riches gens» du Nord n’avait pas disparue le modèle champenois aurait-il été celui de la Bourgogne ?

Dans son dernier chapitre : la dernière offensive du vin commun, Louis Latour, met ou remet les pendules à l’heure.

 

« Le préjugé « moderniste » qui veut que la longue histoire du vignoble ait été toujours inspirée par une recherche de la qualité, a pour conséquence de minimiser les périodes de décadence, voire de les gommer entièrement. »

 

« Le récit « moderniste » de cette période décisive (ndlr la disparition de la Côte dijonnaise) insiste sur les supposés progrès de « l’art de faire le vin » et veut passer sous silence cet épisode peu glorieux, au nom d’une doctrine de la qualité qui est ici sévèrement contredite par les faits. Comment peut-on affirmer que la décadence du Dijonnais est un « fait de nature » alors qu’il est de toute évidence un « fait de culture » que les circonstances différentes auraient pu, auraient dû contrarier. »

 

La capitale de la Bourgogne « … en adoptant l’attitude qui fut toujours la sienne depuis lors, d’un véritable « déni œnologique » face à la côte vineuse, elle signifiait qu’au rebours de ce qui s’est fait à Reims et surtout à Bordeaux, elle voulait couper les ponts avec une tradition qui constitue pourtant la meilleure part de la notoriété mondiale de la Province dont elle est la capitale.

 

Il traite ensuite de la naissance des dénominations bourguignonnes, passionnant comme toujours.

 

Extraits

 

 

« Contrairement à une idée reçue, le choix d’un « site de terroir » adéquat à un projet viticole ambitieux, ne présente pas de difficultés insurmontables. L’œil exercé du vigneron repère très aisément les meilleurs emplacements, comme le prouvent les expériences anciennes et récentes qui conduisent très souvent à d’étonnants succès œnologiques. S’il ne peut deviner à l’avance quel sera exactement le résultat de ses efforts d’implantation, le vigneron fondateur sait par expérience qu’en appliquant les principes définis il y a vingt siècles par les agronomes latins et réitérés par tous les ouvrages spécialisés, il a très peu de chances de se tromper, car la problématique du site repose sur des exigences simples et faciles à mettre en pratique. Les difficultés commencent plus tard lorsque s’engage le dur parcours de la qualité. La situation actuelle des clos qui rythment les paysages d’une Côte bourguignonne permet de constater l’homogénéité de ces « sites de terroir » qui l’emporte de très loin sur les menues différences de sol ou d’exposition.

 

Compte une fois tenu de ces exigences fondamentales, la localisation actuelle des clos s’explique par des considérations très banales. Le réseau incroyablement complexe d’obligations et de droits ans la société féodale fut la raison qui détermina leur emplacement : donations, héritages, contraintes diverses, droits féodaux etc. Si les Cisterciens ont opté pour le Clos Vougeot et obtenu du duc de Bourgogne toutes facilités pour leur installation près des sources de la Vouge, ce fut parce que la Côte, à cet endroit, se situe au plus près de l’abbaye de Cîteaux. Ainsi furent conciliés les avantages du site et les commodités de la proximité avec le « chef d’ordre ». Les clos médiévaux ne sont devenus de grands crus, selon l’acception moderne du terme, qu’en raison d’une coïncidence réussie entre l’œnologie exigeante du vin fin qui inclus évidemment le choix judicieux du site et la pérennité d’une entreprise viticole poursuivie avec constance pendant des siècles.

 

Mais le clos seigneurial n’est pas toute la Bourgogne. Dans les interstices de ces « constructions » œnologiques réservées à la plus haute classe, se situent des vignobles de moindre envergure, cultivés et parfois possédés par de petits vignerons qui devaient se contenter des vignes basses, ou issues du démantèlement de certains clos seigneuriaux, comme ce fut le cas à Volnay par exemple où dès le XIVe siècle l’effritement du domaine ducal a laissé le champ libre à leurs initiatives. Plus tard les bourgeois de Nuys ou de Dijon acquirent ici ou là de belles pièces de vigne dans l’intention de tirer profit du commerce du vin vermeil. Lors de l’érection de Beaune en commune en 1204 par le duc Eudes IV, les énergies et les capitaux furent mobilisés autour de ce genre nouveau qui rencontrait un grand succès. Les échevins beaunois réussirent à cette époque à imposer aux paroisses circum voisines, de renoncer à promouvoir sous leur propre nom les vins qu’elles produisaient. « L’appellation », connue désormais dans toute l’Europe sous le nom de « vin de Beaune », fut le résultat de cette démarche audacieuse. Le contrôle strict de la qualité et de l’authenticité des vins était assuré par les ordonnances des échevins de la ville et leur notoriété par l’emploi d’une dénomination appréciée et connue des « riches gens » du Nord. Il serait d’un intérêt extrême pour l’histoire du vignoble de savoir à quelle époque cette dénomination, significative d’un genre qui préfigurait celle créée par la Champagne cinq siècles plus tard, a définitivement disparu. En 1728, en tout cas Arnoux ne mentionne pas le « vin de Beaune » dans son acception géographique ancienne.

 

Le nom de la paroisse apparut donc en pleine lumière quand disparut cette référence commerciale médiévale, qui ne s’appliquait d’ailleurs qu’à une partie d’entre elles. Chacune s’efforçait de défendre un projet œnologique distinct, mais les clos échappaient à toute préoccupation mercantile par le statut juridique supérieur de leurs propriétaires et ne se souciaient guère de ces variantes à finalité marchande. La hiérarchie des crus, d’abord confinée au territoire viticole d’un seul village, indépendamment de tous les autres, fut la conséquence toute naturelle d’une occupation du terroir, qui ne nécessitait aucune consécration « officielle ». Les meilleurs lieux-dits étaient mis en avant par la rumeur locale. On savait depuis longtemps qu’ils produisaient les meilleurs vins. Toujours aux mains des puissances établies, ils se situaient à mi-pente dans les meilleurs emplacements. Bien avant d’être introduits sous leur nom propre, dans le circuit commercial, ils étaient inscrits à la première place dans la conscience collective de la communauté de plusieurs dizaines de familles vigneronnes, qui composaient la population active de la paroisse. Ce fut une nouveauté quand Jobert, au XVIIIe siècle, s’empara, non sans quelques difficultés et procès, de l’écoulement de la récolte du Chambertin. Jusque-là il semble que seul le Clos Vougeot ait été introduit dans le circuit commercial.

 

L’effacement de la dénomination « vin de Beaune » permit l’émergence du « village », subdivision traditionnelle de l’espace viticole qui devint le canevas de toute dénomination. Le livre d’Arnoux ou celui de Courtépée individualisent en quelques phrases les paroisses qui deviendront après la Révolution, des communes, selon une présentation géographique qui est aujourd’hui encore la règle quasi absolue. C’est ainsi que Chassagne, selon Arnoux est « extrêmement violent, plein de feu, fameux, a ordinairement du vert qui le rend plus durable que les autres… » « Savigny produit d’excellents vins veloutés, moelleux, qui ont du corps et de la délicatesse. Quand ils ont été tirés en bouteilles, i faut de temps à autre les visiter, crainte d’échapper le temps auquel ils doivent être bus, etc. » On comprend que ces notations œnologiques, à visée commerciale, induisent un argumentaire centré sur le genre propre à chaque finage qui permet de le distinguer de toutes les autres provenances concurrentes.

 

La mise en valeur de ces particularismes locaux était à l’avantage des vignes moins bien situées qui occupaient de vastes surfaces au pied des coteaux, ou qui n’étaient pas incluses dans des clos. Notons que ces dénominations communales étaient appliquées à la totalité des vins issus d’un finage quelconque, y compris pour les parcelles encépagées en plants mi-fins ou même communs […] Il y eut donc confusion pendant des siècles entre les meilleurs crus et les vins secondaires qui portaient le même nom et se targuaient d’une même origine. On ne mit fin à cette anomalie qu’au XIXe siècle sous la pression de la clientèle qui ne pouvait accepter que des vins communs soient dénommés comme l’étaient les vins fins […] Au moment de la replantation post-phylloxérique on supprime carrément l’usage du nom de la commune pour les vins inférieurs. L’appartenance d’une parcelle à un cadastre, finalement reconnu par les usages puis par la loi, fut exigée et permit d’organiser la promotion d’un « village » qui ne « reconnaissait » plus que les vignes fines de son territoire. Les propriétaires des vignes mal situées et/ou mal encépagées durent se contenter d’appeler « bourgogne » les vins produits dans des localisations douteuses. Cette appellation dite « générique » remplaça les anciennes mentions et l’acheteur ne courut plus le risque d’être trompé par la notoriété d’un village déjà connu qui ne garantissait ni la qualité ni l’authenticité d’un vin. »

 

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 06:00
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile

Mon « collègue » J π tout à la fin de son bouquin rêve de faire son vin.

 

Ce n’est pas mon cas, ma seule expérience de vinification fut d’abord celle naturelle, du noah, du pépé Louis puis celle d’Alcide Robert, le winemaker du Frère Bécot à l’école d’agriculture de la Mothe-Achard.

 

En revanche je mets la main à la pâte depuis toujours et, déçu par le conformisme des magazines de cuisine, qui nous bassinent avec des recettes alambiquées, j’ai décidé de vous proposer de l’e-cuisine. Ça fera saliver les gourmets et les gourmands qui m’accusent de sadisme avec les photos de mes agapes ici ou là.

 

Aujourd’hui ce sera necci et millet

 

Dans l’e-cuisine on ne cause pas ce sera donc minimaliste :  

 

- Necci

L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile

Je signale à mes amis corses qu’il est quasiment impossible de s’approvisionner en farine de châtaignes insulaire en notre bonne ville de Paris.

 

Les necci se consomment chauds agrémentés de miel, de sucre, de confiture de figues ou du filet d’huile d’olive, de beurre salée, d’une fine tranche de lard de colonnata, de coppa, de lonzu… d’oignons confits… etc.

 

Vous pouvez boire corse bien sûr…

 

L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile

Deux points très important : le sucrage final et le blocage de la cuisson.

 

Soyez modérés avec le sucre, je vous conseille le sucre vanillé bio ou le sucre no-raffiné bio.

 

L’onctuosité de votre millet est conditionnée par l’aspersion immédiate avec du lait glacé de votre millet bouillant.

 

Du côté jaja c’est du blanc : du chenin de Jo Pithon, du chardonnay de la maison Perraud ou le Je suis Viré de l’ami Valette (interdit par la police des mœurs )

L’e-cuisine du Taulier : c’est un régal à domicile
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25 avril 2016 1 25 /04 /avril /2016 06:00
L’herbe naît après la pluie, les paroles après le vin, post vinum verba, post imbrem nascitur herba…

Samedi dernier dans mon éloge du trouble je plaidais pour que toujours soit ouvrir le champ des possibles, revendiquais le droit d’être curieux de tout !

 

Halte aux œillères des rabougris… Sus aux carcans, aux espaces exigus, aux limites artificielles…

 

Dimanche je défendais la gourmandise qui n’est pas un péché mais une vertu car l’aliment nourri le corps et l’esprit.

 

Dans son discours de Robinson sur la morue, Manuel Vásquez Montalbán, ode au péché de gourmandise, met en scène la rencontre de son texte inédit avec une sélection de peintures, du XVIe au XXe siècle, illustrant avec force la puissance d’inspiration de ce délicieux péché. Cet ouvrage offre une plongée sensuelle et jubilatoire dans l’univers de la gourmandise par une association élégance et inattendue entre littérature et peinture.

 

Je vous propose donc d’en découvrir un extrait qui illustre bien ma philosophie de la vie de chroniqueur impénitent.

 

 

« Piscis captivus vinum vult, flumina vivus : poisson pêché réclame le vin, poisson en liberté recherche l’eau. Et la morue ? Elle veut des vins rouges, et je le proclame après avoir stupidement ratissé mon île en essayant de croire que, sous ces latitudes, j’aurais pu trouver de quoi en élaborer un jour ou l’autre. Je fais ici référence à la morue ressuscitée, non à la fraîche, qui peut se manger avec tout ce que l’on veut, bien que le vin blanc, si possible fruité, lui convienne mieux. Mais la morue ressuscitée appelle des rouges légers, jeunes, à ceci près que certaines recettes portugaises tolèrent un vin du Duero un peu plus mûr, et les plats basques un bordeaux ou un rioja ayant déjà du corps. Enfin, post vinum verba, post imbrem nascitur herba, l’herbe naît après la pluie, les paroles après le vin, et moi je parle, je parle de vins et je fais comme si j’en avais bu en réalité, alors qu’il s’agit seulement pour moi d’enivrer mon imagination.

 

D’après la tradition hébraïque, Noé fut le premier homme à planter une vigne, à élever du vin, à se soûler, et à se conduire comme un poivrot jusqu’à finir par se faire remarquer et par susciter des réactions diverses de ses fils. Il devait être fort rancunier, ce Noé – à moins que ce ne fut son dieu, Jehovah –, puisqu’il chargea Sem et Japhet, les deux enfants qui avaient voulu étouffer le scandale, de fonder les dynasties d’Asie et d’Europe, alors que Cham, pour s’être moqué du vieux soûlard, fut condamné à devenir le père des Africains, c’est-à-dire des peuples les plus maltraités par une Histoire qui, pour reprendre un principe nietzschéen, accepte de se laisser faire par certains mais exige des autres qu’ils se contentent de la subir.

 

Descendant de Japhet, j’endure pourtant un bien triste sort : me voici devant plusieurs douzaine de morues séchées, intransformables, qui ne font que proclamer peu charitablement mon impuissance. Non sans frémir, j’ai lu un jour quelque part que l’avenir alimentaire de l’humanité d épendra essentiellement des levures, riches en protéines et en vitamines B, ainsi que des algues et du soja, toutes ces herbes folles asiatiques dont on dit, comme du porc – que rien ne se perd, et donc le potentiel protéinique attend le Girardet du XXIe siècle. Il y aura aussi des concentrés nutritifs comme l’incaparine, mélange de maïs et de sorgho moulus, de farine de de graines de coton et de vitamine A. Comment cuisiner pareil élixir ? On m’a assuré qu’il est possible d’obtenir une autre mixture, appelée « laubina », obtenue à base de blé, de pois chiches et de lait écrémé, ou encore du « fortiflex », composé de farine de soja et de cacahuètes. L’étonnement horrifié qu’avaient provoqué chez moi ces informations ne fut rien devant la révolte qui me saisit en lisant que nous pourrions bien finir par nous nourrir de scarabées, de fourmis, de libellules, de sauterelles, de punaises, de poux et de cigales, qui, d’après le National Geographic, sont particulièrement appréciées pour leur saveur[…]

 

Vive le monde selon Aymeric Caron : « La protection animale est le marxisme du XXIe siècle » 

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