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26 mai 2022 4 26 /05 /mai /2022 06:00

Le blocage des ports ukrainiens, Kiev étant le cinquième exportateur mondial de blé, explique la flambée des prix du blé depuis le 24 février, date de l’invasion russe.

 

L’Afrique affamée par la spéculation sur les céréales ICI 

 

Photo

Dessin de Bénédicte paru dans 24 Heures Lausanne

 

Les prix alimentaires ont augmenté de 30 % en un an. Pourtant, malgré la guerre en Ukraine, les ressources sont stables et il n’y a pas de pénurie. Mais des fonds de pension jouent sur les prix de la nourriture, aggravant la faim sur une grande partie du continent.

Margot Gibbs, Thin Lei Win, Sipho Kings

 

The Continent

Johannesburg Hebdomadaire en Anglais 

 

C’est au cœur d’un monde bouleversé par la pandémie de Covid-19 que The Continent s’est lancé, en avril 2020. Ce média original a pour ambition de réunir “les meilleurs des reportages” faits aux quatre coins du continent africain. “Jamais le besoin d’avoir accès à une information précise, profonde et juste n’a été aussi pressant”, écrit le titre dans son premier éditorial. “Nous ne pouvons vous distribuer des tests de dépistage. Nous n’avons pas de respirateurs, mais nous avons un travail vital à faire : vous informer.” Adossé au très réputé journal sud-africain Mail & Guardian, The Continent est un hebdomadaire disponible gratuitement, au format PDF, et pensé pour être partagé sur les réseaux sociaux.

 

 

Des contrats alimentaires de plus en plus spéculatifs

 

Le cours du blé de meunerie à Paris, plus grand marché aux grains d’Europe, est symptomatique de la conjoncture actuelle. En 2018, environ un quart des contrats alimentaires étaient spéculatifs. Ce chiffre a depuis triplé, pour atteindre trois quarts.

 

Ces marchés permettent aux futurs stocks d’être vendus dès aujourd’hui. Habituellement, un agriculteur estime le volume de sa récolte en fin de saison ; un négociant convient de l’acheter à un prix donné. L’agriculteur est alors rémunéré pour acheter de l’engrais et tout ce dont il a besoin pour produire cette récolte. Ensuite, il livre le blé. Cette série d’étapes présente toutefois des risques : les récoltes peuvent être mauvaises, des guerres sont susceptibles d’éclater, une récolte exceptionnelle peut entraîner un effondrement des prix.

 

Pour gérer ce risque, le négociant peut vendre un contrat pour le même volume de céréales sur le marché à terme. C’est à ce stade qu’intervient le spéculateur : un investisseur peut parier sur une hausse du prix d’ici à la récolte [en raison de la météo ou d’une pénurie, par exemple] et acheter le contrat proposé. Si le prix augmente, l’investisseur encaissera la différence.

 

Une spéculation maîtrisée permet aux agriculteurs et à leurs acheteurs de limiter leurs risques et de prémunir leurs revenus des imprévus et des instabilités. Mais si la spéculation est excessive, la demande artificielle des spéculateurs peut pousser à la hausse les prix des contrats à terme, indépendamment de l’offre et de la demande réelles. Et comme les prix de ces contrats servent de référence pour le cours réel du blé, les prix alimentaires en font les frais.

 

Le rôle néfaste des fonds de pension

 

Depuis le début du XXIe siècle, les investisseurs institutionnels comme les fonds de pension se sont engagés sur les marchés à terme de matières premières, qui sont vus comme une protection contre l’inflation. Les prix des contrats à terme sont [donc] dictés par les arbitrages de ces organismes en matière d’investissement, qui n’ont rien à voir avec les fondamentaux du marché.

 

Normalement, la nourriture est achetée en supposant qu’elle peut être revendue avec une marge. Plus il y a de nourriture, moins elle coûte cher et moins il y a de bénéfices à en tirer. Par conséquent, les prix alimentaires évoluent d’une année à l’autre, car les sécheresses et les inondations alternent avec les récoltes exceptionnelles dans les différentes régions du monde. En revanche, une spéculation excessive des investisseurs, qui voient l’alimentation comme n’importe quelle autre matière première, change la donne. L’offre et la demande ne sont plus les principaux arbitres des prix. Depuis une quinzaine d’années, ce phénomène a créé de fortes fluctuations alors même que les réserves mondiales sont stables.

 

Teucrium et Invesco, deux prédateurs financiers

 

Entre janvier et avril 2022, au moins 1,3 milliard de dollars a été versé dans deux fonds de contrats de marchandises, gérés par Teucrium et Invesco. En octobre 2021, le gestionnaire de Teucrium responsable du blé écrivait sur le site de l’entreprise : “Si l’inflation des prix alimentaires risque d’avoir des effets négatifs sur l’économie mondiale, les investisseurs éclairés pourraient tirer partie d’une tendance à la hausse des prix.”

 

Auteur d’un rapport sur les prix alimentaires paru au printemps 2022, le groupe de travail d’Olivier De Schutter (rapporteur spécial de l’ONU sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, et coprésident du Groupe international d’experts sur les systèmes alimentaires durables - Ipes-Food) a souligné que “les prédateurs financiers qui font des paris sur l’alimentation” et “jouent sur les prix de la nourriture” étaient des facteurs à l’origine de la flambée des prix.

 

En réponse, Teucrium s’est contenté de déclarer que “les flux d’investissement dans les matières premières permettent, à terme, un approvisionnement (alimentaire) plus fiable et un gain de stabilité sur la durée”. Invesco, lui, a souligné la violence des phénomènes météorologiques pour justifier les fluctuations des prix.

 

La suite ICI

Une grosse partie des exportations de céréales ukrainiennes sont désormais exportées depuis le port de Constanta, en Roumanie. — © REUTERS/Olimpiu Gheorghiu

 

BONUS (demander au Taulier les articles)

 

La crise des céréales ukrainiennes décryptée à Genève ICI

AGRICULTURE

 ABONNÉ

Un colloque réunit cette semaine des négociants suisses, actifs en mer Noire, et des politiques ukrainiens, sur fond de crise alimentaire mondiale. Kiev cherche des solutions pour exporter, par rail, ses denrées agricoles

En pleine guerre, de nouvelles routes céréalières se forment à Genève ICI

MATIÈRES PREMIÈRES

 ABONNÉ

Un tiers des exportations mondiales de grains venaient de mer Noire avant la guerre en Ukraine. Les négociants, concentrés sur l’Arc lémanique, cherchent d’autres fournisseurs pour les marchés africains et du Moyen-Orient notamment, quand ils ne se font pas doubler par des concurrents à Dubaï ou à Singapour

Entreposage de blé dans le village de village de Zhovtneve, en Ukraine. Photo d'archive. — © Valentyn Ogirenko/Reuters

En Ukraine, la guerre du blé ICI

ALIMENTATION

 ABONNÉ

Comment exporter les millions de tonnes de céréales qui s’amoncellent en Ukraine et dont dépend la survie de millions de personnes? La communauté internationale s’active

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25 mai 2022 3 25 /05 /mai /2022 06:00

relativite - Twitter Search / Twitter

La question du jour : « Ultracrépidarianisme : pourquoi certains ont-ils une opinion sur tout ?»

 

Pour madame, monsieur tout le monde, dont je suis, se rendre chez son caviste c’est, prosaïquement, aller acheter du vin. Bien évidemment, s’il est compétent, s’il connaît ses clients, ce commerçant, qui achète pour revendre, vous fait bénéficier de ses conseils pour que vous puissiez découvrir la vigneronne ou le vigneron qui monte, et Dieu sait que ça foisonne les petites bêtes qui montent.

 

Avec le vin nu est apparu une nouvelle race de caviste : le caviste militant, en général tendance insoumis, qui se faisant tellement chier dans son échoppe passe son temps à martyriser son clavier, non pour nous abreuver de ses découvertes de nectars nu, mais pour inonder les réseaux sociaux de ses opinions, en général tranchées comme le saucisson, sur tout et le contraire de tout.

 

« Je ne vais pas énumérer ici ses champs de compétence, ils sont sans limites puisqu’il sait tout sur tout et le contraire de tout. »

 

Afin d’éclairer votre lanterne je vous propose de lire les explications d’Hadrien Chevalier sur cette engeance sans qui on ne peut plus prendre une décision sans avoir recourt à leurs lumières.

 

« Il est complètement ridicule de penser que votre opinion d'amateur a une quelconque valeur. D'ailleurs, voici la mienne sur ce sujet que je n'ai pas du tout étudié. »

 

« Nous avons tous des croyances (ou opinions). Par exemple, qu'on ne mourra pas demain (quand on est jeune et en bonne santé), qu'il ne faut pas mettre ses doigts mouillés dans une prise électrique, qu'il ne vaut mieux pas essayer de sauter du dixième étage, ni faire le malin devant un ours brun. On ne cherche pas à démontrer méthodiquement que ces décisions ou ces croyances sont en adéquation avec le réel, on les admet souvent.

 

En une journée, vous prenez inconsciemment des milliers de microdécisions. Et parce que nos cerveaux sont super efficaces (ou plutôt, ils ont évolué ainsi), ils nous font grâce d'un long traitement analytique, conscient, calculatoire, de chaque décision. Cela est remplacé par de l'intuition. Et en général, ça ne marche pas trop mal –après s'être bien entraîné et familiarisé avec l'environnement.

 

Sauf que ça ne marche qu'avec ce sur quoi on a entraîné le cerveau, donc avec des phénomènes qui sont assez communs pour en avoir fait de malheureuses expériences (souvent pendant l'enfance) : le fait que les objets chutent, que les trucs pointus font mal, que le feu est dangereux. 

 

Experts en amateurisme

 

L'erreur de l'ultracrépidarianiste, c'est de penser qu'au sujet d'une prise de décision mettant en jeu des concepts et des phénomènes dépassant largement le quotidien moyen, ses intuitions, ses croyances, ses opinions et même son expérience personnelle auraient autant ou plus de valeur qu'un consensus d'experts ou qu'une méta-analyse scientifique.

 

La suite ICI 

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24 mai 2022 2 24 /05 /mai /2022 06:00

Peut être une image en noir et blanc de 1 personne et plein air

Le graphomane que je suis écrivait le 8 octobre 2012 :

 

Comme Alice et Olivier de Moor sont des amis discrets ils n’avaient pas mis votre Taulier dans la confidence mais, lorsque leur enfant paraît sur l’écran de ses nuits blanches, à l’aurore, c’est pour lui la divine surprise, le plaisir de la découverte et venu le temps d’officier : d’être à sa manière l’officier d’état-civil de la Toile. À la plume sergent major plongée dans l’encrier de céramique blanche, sur le grand registre des naissances il inscrit les noms et prénoms des parents et leur ascendance, en violet bien sûr, l’heure : 9 heures du soir, c’est mieux que 21 heures qui font très chef de gare – et quarante grosses minutes, le lieu : Courgis et le jour le dimanche 7 octobre 2012. Pour le prénom le vieil animal use d’encre sympathique pour laisser à votre imagination tout le loisir d’exercer son talent. Comme mon petit doigt m’a dit qu’Alice, venue du Jura a rencontré Oliver en 1992, à Chablis, donc 30 ans, voilà un bel âge pour donner naissance à un enfant. Cet enfant-là va leur permettre de conter leur histoire, car comme le dit si bien Alice, eux deux ont toujours voulu « faire du vin comme on raconte une histoire »

 

La suite ICI

 

Aucune description de photo disponible.

Aujourd’hui, c’est Olivier qui prend la plume :

 

Chers collègues,

 

Je vais essayer d’être aussi court et concis que nécessaire. Pour solliciter votre attention et votre aide.

 

Les dérèglements climatiques annoncés, nous les vivons désormais. Et cela est synchrone d’une extinction de masse des espèces. Car cela est lié. Et bien entendu, vous comme moi semblons bien désarmés face aux périls annoncés et aux moyens à disposition pour répondre et nous adapter. Pour ce qui est de la vigne seulement, en projetant nos habitudes de travail actuelles, il est annoncé au minimum, une diminution moyenne de nos rendements d’ici 10 ans, de 35 %.

 

 

Je sais très bien que je suis bénéficiaire d’un travail successif de plusieurs générations qui a permis la construction de ce vignoble et la reconnaissance de ses vins. Cela est le résultat d’un travail collectif, et d’individualités qui ont amené de l’exigence ou des idées et des projets nouveaux. Dont nous profitons.

 

Face aux changements annoncés, deux réponses sont possibles.

 

Soit une réponse individuelle, soit une réponse de l’ensemble.

 

Individuellement, nous agissons pour que nos vignes soient alimentées du mieux possible pour qu’elles produisent le raisin nécessaire et fidèle à notre région. Ce travail se fait par l’intermédiaire des bactéries du sol. Il réclame cependant les outils pour cela en termes de mécanisation et d’intrants. Cela a ses avantages, ses inconvénients, et ses limites qui sont de plus en plus proches. Et surtout qui ne conduisent qu’à entretenir et accentuer ce qui désormais nous affecte. Nous entretenons voire amplifions des causes de nos problèmes.

 

L’autre solution plus ambitieuse, parce que collective est liée à ce que depuis seulement quelques dizaines d’années nous expliquent les scientifiques. Qu’une plante n’est pas véritablement une plante mais une symbiose, et qu’elle se nourrit de cela, qu’elle se nourrit de tout ce qui l’entoure en particulier des mycorhizes. Cependant pour re-nourrir nos plantes par ce processus naturel et initial que nous avons rompu, il faut un vaste chantier collectif et ambitieux.

 

Croire dans le vivant, respecter toutes les plantes possibles, toutes les haies en formation, tous les arbres isolés, toutes les surfaces boisées. Ce n'est que par ce respect le plus complet du vivant, que nous permettrons plus de diversité écologique, plus de fraicheur, plus de régulation et d’inertie thermique, et une distribution naturelle de l’eau qui se fait depuis les points d’eau jusqu'à la matière organique de nos sols.

 

Ce chantier auquel j’aspire, et qui me paraît la seule vraie réponse tourne autour de ce qu’on appelle les corridors écologiques. À savoir des couloirs où l’on laisse la vie s’installer pour la relier à ses origines, pour la mettre en lien et venir la redistribuer jusqu’à l’intérieur de nos parcelles cultivées. Si nous ne faisons pas cela, j’ai la grande crainte que nos cultures que l’on destine artificiellement à leur isolement du vivant pour produire uniquement ce que nous voulons, connaisse sa fin.

 

Bien entendu, je suis à votre disposition. Et je peux si vous réclamez plus de précisions, vous les donner. Ainsi que vous mettre en lien avec les experts qui saurons nous conseiller. Cependant au final, c’est extrêmement simple. Laisser revenir la vie partout où elle peut l’être.

 

 

Salutations vigneronnes.

Olivier De Moor

 

Lecture recommandée: Marc-André Selosse

 

Jamais seul et L'origine du monde

 

Jamais seulL'origine du monde

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23 mai 2022 1 23 /05 /mai /2022 06:00

Les jeunes gens

Brillant diplômé de la promotion Senghor de l’ENA (2002-2004), Boris Vallaud – monsieur Najat –lançait en guise de plaisanterie, quand on lui faisait remarquer que ses camarades et lui avaient investi à une vitesse éclair les sommets de la République : « N’exagérons rien. J’ai 38 ans. À cet âge, Napoléon était déjà empereur… » Il ne savait pas encore qu’à tout juste 39 ans, Emmanuel Macron deviendrait chef de l’Etat, et ferait de la cour Napoléon du Louvre le lieu de son couronnement.

 

Depuis lors, la classe Senghor est associée au nom du plus jeune président de la Vème République. Emmanuel Macron est-il le fruit très exceptionnel d’une cuvée comme une autre de l’école du pouvoir ?

Les jeunes gens

Mathieu Larnaudie

Face aux jeunes gens qui s’enthousiasment pour un vieux de 71 ans, les gens vieux font les yeux doux pour une jeune de 44 ans. Étrange inversion qui remet en question ce qu’est aujourd’hui la jeunesse et la vieillesse, que des jeunes veuillent renverser la table c’est de leur âge, que des vieux veuillent préserver leurs acquis c’est de leur âge, mais, le vieux, que je suis, est frappé par le fait que ces jeunes se réfugient dans les bras d’un vieux politicien roublard, blanchi sous le harnois du Sénat, inflexible patron de sa boutique, grand admirateur des hommes main de fer dans un gant de velours, alors que ces vieux s’abandonnent à un jeune, emblématique d’un monde dont ils sont pas, abandonnant derrière eux les références de leur jeunesse.

 

Orphelin de la social-démocratie, je repousse en même temps l’étrange attelage électoral de la NUPES (affreux acronyme) et le grand fourre-tout flou d’ENSEMBLE, ce qui ne fait pas de moi ni un traître selon la terminologie de ceux qui confisquent la gauche, comme au bon vieux temps des staliniens du PCF de ma jeunesse, ni un allié objectif de cette gauche autoritaire, aux yeux des adorateurs de notre président Janus, me retrouvant ainsi dans une forme inédite de jachère électorale.

 

En suis-je responsable ?

 

Oui comme nous tous mais, j’ose l’écrire moins que beaucoup, pour autant je ne renierai pas mes idéaux de jeunesse et, n’en déplaise à certains éructeurs qui passent leur vie sur les réseaux sociaux, le cul sur leur chaise, à martyriser leur clavier, à faire la révolution en chaise longue, convertis de fraîche date au féminisme, à la gauche radicale, je me sens à l’aise dans mes baskets et pour tout vous dire je les emmerde.

 

Le Mot est un poème de Victor Hugo, paru en 1888 dans le recueil posthumeToute la Lyre.

 

«Portrait de l’ecrivain francais Victor Hugo (1802-1885)» Peinture de Leon Joseph Bonnat (1833-1922), Versailles, musée du château ©Photo Josse/Leemage

 

Jeunes gens, prenez garde aux choses que vous dites.

Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes.

Tout, la haine et le deuil ! - Et ne m'objectez pas

Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas... -

Ecoutez bien ceci :

 

Tête-à-tête, en pantoufle,

Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,

Vous dites à l'oreille au plus mystérieux

De vos amis de cœur, ou, si vous l'aimez mieux,

Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,

Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,

Un mot désagréable à quelque individu ;

Ce mot que vous croyez que l'on n'a pas entendu,

Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre,

Court à peine lâché, part, bondit, sort de l'ombre !

Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin.

Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,

De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;

- Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle ! -

Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera.

Il suit le quai, franchit la place, et caetera,

Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,

Et va, tout à travers un dédale de rues,

Droit chez l'individu dont vous avez parlé.

Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,

Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe,

Entre, arrive, et, railleur, regardant l'homme en face,

Dit : - Me voilà ! je sors de la bouche d'un tel. -

 

Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.

La poétisation du mot chez Victor Hugo. ICI

[article]

 

 

M. Riffaterre

Cahiers de l'AIEF  Année 1967  19  pp. 177-194

 

 

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21 mai 2022 6 21 /05 /mai /2022 06:00

En sud-Vendée, il existe 25 bassines comme celle-ci. De l'eau principalement pompée dans la nappe lorsqu'il pleut, et restituée aux agriculteurs en période d'irrigation ou de sécheresse.

 © image UIAP

Vendée : face aux sécheresses récurrentes, les bassines sont-elles la solution ? ICI 

Publié le 13/05/2022

Écrit par Sandrine Gadet avec Cathy Colin

 

Dans un contexte de dérèglement climatique, la question de l’irrigation agricole se pose chaque année. Dans le Sud Vendée, un plan de gestion équilibrée de la ressource en eau du marin poitevin a été initiée il y a une quinzaine d'années, avec notamment la mise en place de grandes réserves collectives, remplies en hiver et utilisées en été, pour 11 millions de m³ d'eau. Un système qui, s'il permet de aux agriculteurs d'arroser leurs cultures, ne fait pas l'unanimité.

 

Mégabassines : «<small class="fine d-inline"> </small>Les pouvoirs publics démultiplient les effets des sécheresses<small class="fine d-inline"> </small>»

C’est un record au printemps. Pendant 38 jours consécutifs, les températures ont été au-dessus des normales de saison. « Avec les températures attendues au moins jusqu'à samedi, ce record est appelé à être encore battu » précise Météo France. Les températures sont plus chaudes et, dans le même temps, les risques de sécheresse s’amplifient.

 

« On a un mois de mai non seulement très chaud, mais très sec. De la frontière belge à l'Atlantique, on a un déficit pluviométrique de 20 à 30%", explique à l'AFP Olivier Proust, prévisionniste. La carte des risques de sécheresse, publiée ce mercredi par le ministère de la Transition écologique illustre ces propos. L’automne 2021 et l’hiver 2022 ayant été pauvres en pluie, cette cartographie recense les départements où ont été pris des arrêtés préfectoraux et ceux où le déficit du cumul de pluie est supérieur à 20%.

 

22 départements avec un fort risque de sécheresse

 

Dans la carte des risques de sécheresse en France d’ici la fin de l’été, 22 départements apparaissent en rouge, avec un risque très "probable" de sécheresse. Plusieurs départements de l’ouest, de la côte atlantique sont concernés (Vendée, Charente, Loire-Atlantique, Maine-et-Loire) mais aussi du sud-est (de la Haute-Loire jusqu’au Alpes-Maritimes, dans le Var, le Vaucluse).

 

La suite ICI

 

22 départements sont exposés à un fort risque de sécheresse

« Méga-bassines » : aux sources d’un conflit pour l’eau ICI 

Par Benoît Grimonprez

JURISTE

 

La sécheresse précoce cette année alimente un conflit déjà ancien autour des « méga-bassines », et ce sont deux grands courants qui s’affrontent à l’intérieur du concept de durabilité de l’agriculture. L’un pense en termes de substitution, c’est-à-dire de remplacement d’une pratique nuisible par une autre qui l’est moins. L’autre prône la reconception, autrement dit le changement global de l’agrosystème. Mais les réflexions sur la gestion de la ressource en eau, trop figées dans le présent, ont du mal à se projeter dans un futur climatique inédit et à saisir la nature des véritables enjeux.

 

Avec la lumière et le sol, l’eau est la principale ressource des plantes. L’agriculture dépend ainsi, pour sa croissance, de la présence de la juste quantité d’eau. Depuis la naissance des sociétés agraires, certains cultivateurs, aux endroits ou périodes où la pluie tombe insuffisamment, vont la chercher dans le milieu naturel : ils irriguent.

 

Mais voilà, certains bassins versants français disposent de ressources structurellement incapables de satisfaire tous les besoins. On parle de « zones de répartition des eaux ». Parmi eux, l’ex-région Poitou-Charentes. Les volumes d’eau prélevables pour l’irrigation y ont été drastiquement réduits en 2013 (de l’ordre parfois de 50 %), tandis que des arrêtés préfectoraux de crise paralysent, presque chaque année maintenant, les ponctions en période d’étiage des nappes et des cours d’eau. Frappées par ces restrictions, les exploitations irrigantes du territoire, réunies au sein de coopératives de l’eau, ont voulu sécuriser leur accès à la ressource en portant des projets d’ouvrages de stockage : les fameuses bassines !

Pourquoi des bassines ?

 

L’idée est en apparence frappée au coin du bon sens paysan : retenir une partie de l’eau qui tombe en abondance l’hiver et qui irait rejoindre la mer ; la conserver pour arroser les cultures en saison estivale ; du coup, puiser moins dans le milieu quand celui-ci est en tension. C’est le principe de la substitution des prélèvements. Selon le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux du bassin Loire-Bretagne (2016-2021), « une réserve dite de substitution a pour objet de remplacer des prélèvements d’étiage par des prélèvements en période de hautes eaux. Sa conception la rend impérativement étanche et déconnectée du milieu naturel en période d’étiage ». La fonction de la substitution se veut double : soulager les nappes phréatiques l’été, et libérer des volumes estivaux au profit des irrigants qui ne bénéficieront pas de l’eau mise en réserves.

 

On prendra l’exemple du bassin du Clain dans la Vienne. Ici, le volume global alloué à l’irrigation est de 28,7 Mm(mégamètres cubes). Mais sur ce volume, 11 Mm3, correspondant à la contenance des futures retenues, sont dits provisoires ; le préfet ne les conservera que si les ouvrages de stockage sont construits ; à défaut, les prélèvements totaux autorisés chuteront à 18,2 Mm3.

 

En plus de ce contexte déjà singulier, intervient la problématique centrale du réchauffement climatique et des moyens de s’y adapter. Dans les bassins agricoles du grand Ouest, il fait craindre le pire, du fait notamment qu’aux productions actuellement dépendantes de l’irrigation (maïs, légumes, tabac, semences) pourraient, demain, s’en ajouter d’autres incapables de survivre à des sécheresses répétées et extrêmes (vignes, prairies, couverts automnaux…).

 

Bien que la recherche génétique avance sur la création de variétés plus résistantes au stress hydrique, la création artificielle de nouvelles ressources paraît une solution incontournable aux yeux de plusieurs rapports[1] et maintenant du législateur. Issu de la loi du 28 décembre 2016, l’article L. 211-1, I, 5° bis du Code de l’environnement vise à assurer « la promotion d’une politique active de stockage de l’eau pour un usage partagé de l’eau permettant de garantir l’irrigation, élément essentiel de la sécurité de la production agricole et du maintien de l’étiage des rivières, et de subvenir aux besoins des populations locales ».

Pourquoi, pas des bassines ?

 

Les projets de réserves, aussi colossaux que nombreux, ont rapidement soulevé une vague de contestations chez la frange alternative de la profession agricole (Confédération paysanne) et la mouvance écologiste. Dans les départements des Deux-Sèvres et de la Vienne, des manifestations, souvent émaillées de violence (dégradations, arrestations…), rassemblent une foultitude d’opposants aux bassines sorties de terre et à celles encore en chantier.

 

Voici un petit florilège des principaux arguments « contre ». Les installations sont le fait d’une minorité d’agriculteurs qui, par ce moyen, s’accaparent un bien commun dont ils privent les autres usagers. Stocker l’eau pour l’irrigation se fera au détriment des milieux aquatiques qu’on assèchera et de la consommation en eau potable des populations locales. Aussi, loin de résoudre les conflits d’usage, les bassines les exacerberont. Surtout, ces projets correspondent à une fuite en avant du modèle agricole intensif qui continue de camper sur ses pratiques et d’exporter à l’étranger une grande partie de sa production.

 

Des bassines en sur-dimension

 

Les mots ont un sens. Le terme de « bassines » est géographiquement circonscrit au territoire du Centre-Ouest en référence à un certain type d’ouvrages. Il s’agit de plans d’eau artificiellement créés à ciel ouvert et qui sont remplis en période hivernale par pompage en eaux superficielles ou souterraines. Ailleurs, d’autres techniques de stockage de l’eau sont privilégiées depuis longtemps : les barrages sur les cours d’eau, les retenues collinaires recueillant les eaux de ruissellement. Bien que plus traditionnels, ces aménagements ne sont pas épargnés par les conflits : rappelons-nous le projet abandonné du barrage de Sivens (Tarn) ou plus récemment l’affaire du lac de Caussade (Lot-et-Garonne).

 

Le préfixe « méga » pour qualifier les bassines est récemment apparu dans le discours de leurs détracteurs. Ce qui pose la question des critères d’acceptabilité ou non des projets : est-ce le principe même du stockage qui est combattu ? Ou bien le gigantisme des infrastructures ? Car insister sur la taille, le dimensionnement des retenues, c’est en filigrane concéder qu’il sera sûrement compliqué, avec un climat beaucoup plus chaud, de se passer de l’irrigation et de la rétention d’une partie de la ressource. L’enjeu devient alors de savoir si des ouvrages plus modestes, plus accessibles à tous, mais fatalement plus nombreux sur le territoire, pourraient recevoir l’assentiment de la société civile.

 

Substitution versus reconception

 

En prenant un peu de hauteur, on retrouve derrière ce conflit, presque caricaturalement, les deux grands courants qui s’affrontent à l’intérieur du concept de durabilité de l’agriculture. En présence de pratiques dégradantes de la nature et de la santé, un courant traditionnel pense en termes de substitution, c’est-à-dire de remplacement d’une pratique nuisible par une autre qui l’est moins. C’est l’idée de substituer des prélèvements hivernaux à ceux estivaux ; mais aussi, sur des questions comme la protection des cultures, d’utiliser certaines alternatives, par exemple les méthodes de biocontrôle, à la place des pesticides chimiques. L’autre camp, face aux mêmes problèmes environnementaux, prône la reconception, autrement dit le changement global de l’agrosystème. Cette vision est au cœur du discours des opposants aux bassines qui fondent quasi-exclusivement leur argumentaire sur la révolution agro-écologique.

 

Là où la première approche, dite réductionniste, part d’un existant que la substitution cherche à transformer pas à pas, l’approche systémique insiste sur la dimension holistique du changement à accomplir dans une logique du tout ou rien. Opposition méthodologique qui est devenue dogmatique. Pourtant, sur un plan pratique, seule la combinaison des deux semble un chemin empruntable à l’avenir pour les agriculteurs : avoir pour cap la transformation des systèmes de cultures sans s’interdire, comme levier, les solutions de substitution disponibles, même à regret. Les agriculteurs bio peuvent-ils, en l’état des savoirs, se passer du labour ou du cuivre ? Pourront-ils demain se passer d’eau pour implanter leurs couverts végétaux et éviter que leur sol ne reste stérile ?

 

Quels problèmes pour quels remèdes ?

 

C’est légitimement que les projets de stockage doivent être passés au crible de la critique. Les maux qu’on leur prête sont-ils irrémédiables ? Si non, où se situent les blocages ?

 

En amont, il y a l’impact supposé des infrastructures sur l’écosystème aquatique et la concurrence avec les autres usages de l’eau. Sur ce point, la loi, mais aussi les documents de planification de gestion de l’eau (SDAGE, SAGE), sont transparents : les ponctions agricoles ne peuvent se faire que dans le respect des équilibres naturels, donc sans porter atteinte aux fonctionnalités des milieux. Il en va de même pour l’alimentation en eau potable qui est toujours prioritaire par rapport aux autres consommations, notamment l’irrigation.

 

Des moyens simples existent pour faire respecter ces principes et dissiper les fantasmes : déterminer, sur des bases scientifiques, le volume prélevable en période de hautes eaux sans dommage à l’écosystème ; conditionner le remplissage des ouvrages à la recharge préalable des aquifères ; ne pas permettre le remplissage les hivers insuffisamment humides (comme celui que nous venons de vivre). Ces garanties, déjà en partie inscrites dans les arrêtés préfectoraux qui encadrent le fonctionnement des ouvrages, mériteraient d’être martelées.

 

En aval, c’est aussi la destination de l’eau stockée qui interroge : va-t-elle servir à cultiver comme avant, ou à favoriser la transition agricole ? Les ouvrages, vus leurs coûts, sont en effet financés à hauteur de 70 % par les agences de l’eau ; cette irrigation par les deniers publics oblige l’agriculture envers la société. C’est pourquoi la dimension territoriale des projets est un aspect essentiel. En ce sens, une instruction ministérielle du 7 mai 2019 subordonne le financement des installations de stockage à l’élaboration de projets de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), auxquels participe l’ensemble des usagers de la ressource.

 

Dans deux départements où le sujet est explosif (Deux-Sèvres, Vienne), des négociations ont été menées dans le but précisément de définir ce projet territorial et la place que les retenues y occupent. Pour des raisons techniques – complexité des situations – et surtout politiques, la démarche a révélé ses limites. Les protocoles d’accord qui en sont ressortis présentent, cela dit, une avancée majeure : les engagements des agriculteurs des bassins concernés en matière de pratiques culturales (engrais, pesticides) et de gestion de la biodiversité (haies, zones humides…).

 

On peut reprocher à ces engagements de ne pas aller assez loin (en termes de reconception). Ils n’en constituent pas moins un changement de paradigme important en ce qu’ils inscrivent l’utilisation d’une ressource commune dans une démarche globale de transition agro-écologique à l’échelle d’un territoire. Il n’y a pas de précédent de cette envergure.

 

Moralité, ce n’est pas tant le stockage qui, en soi, pose problème, mais bien ses modalités. Le diable n’est pas dans la taille, mais dans les détails : quels volumes sont prélevés ? dans quelles conditions ? pour quoi faire ? Non seulement les réponses adéquates sont possibles, mais elles peuvent être écrites, noir sur blanc, dans la langue d’un document juridique qui oblige les parties prenantes.

 

Le vécu de l’intérieur des discussions sur plusieurs territoires du nord de la Nouvelle-Aquitaine tempère cependant cet optimisme tout universitaire. Soyons honnêtes, peu d’acteurs connaissent et maîtrisent un tant soit peu les règles – absconses – de la gestion de l’eau. Au-delà même de l’ignorance, le droit est ici regardé avec incrédulité. Quelles que soient finalement les conditions dont le stockage serait assorti, les opposants ne croient pas à la volonté de l’autorité publique, en l’occurrence le préfet, de les appliquer. Suspicion qui peut en partie s’expliquer par les accointances que l’État entretient avec la profession agricole, lesquelles ont parfois pu conduire à des décisions d’octroi de volumes excessifs et d’ailleurs sanctionnées par les tribunaux administratifs[2]. Tant et si bien que le problème de fond est moins d’ordre environnemental que politique : la confiance perdue dans les institutions. Combler ce fossé démocratique sera long et supposera de travailler en profondeur sur la gouvernance des biens communs.

 

Tragédie communautaire

 

En France, l’eau est déjà devenue un théâtre d’affrontements idéologiques entre communautés, c’est-à-dire des groupes de personnes ne partageant pas les mêmes valeurs, et donc réfractaires au partage des usages. Notre-Dame-des-Landes (qui impliquait une zone humide), le barrage de Sivens, et maintenant les bassines du Poitou-Charentes semblent les points d’acmé de ces crises socio-environnementales. L’arrivée concrète du réchauffement climatique est un facteur majeur d’aggravation de ce risque du fait qu’il y aura toujours moins de ressource disponible (en été) et toujours plus de besoins fondamentaux à satisfaire.

 

L’eau, d’une certaine manière, est la version parabolique de la tragédie qui attend nombre de biens communs : être des facteurs de déchirement social. Mais il existe d’autres histoires d’eau possibles, plus positives, où ce patrimoine commun de la Nation devient un lieu de rapprochement, de convergence des intérêts a priori contraires. Les démarches en faveur de la ressource aquatique sont, à la base, beaucoup plus consensuelles qu’on ne croît. À rebours des idées reçues, la plupart des agriculteurs adhèrent à une meilleure gestion tant quantitative que qualitative du milieu et sont disposés, au nom de sa protection, à amender leurs pratiques, voire à accepter une forme de tutelle des gestionnaires de la ressource (État, établissements publics, collectivités locales, associations)[3] ; attitude impensable sur d’autres sujets, les pesticides ou le bien-être animal par exemple.

 

On l’a vu, l’eau est aussi le levier de potentielles démarches collectives et territoriales envers lesquelles le secteur agricole nourrit en principe beaucoup de réticences. Une fois n’est pas coutume, les projets de réserves ont été l’occasion de créer de véritables communautés d’agriculteurs consentant, via leurs coopératives de l’eau, à s’engager solidairement dans des programmes d’actions environnementales. Là où les plans alimentaires territoriaux (PAT) se contentent d’états des lieux et échouent à passer à l’étape opérationnelle, le projet hydrique, comparativement, permet d’aller beaucoup plus loin dans les dynamiques transitionnelles, au prix certes d’efforts de concertation importants.

 

Tristes tropiques

 

Les réflexions sur la gestion de la ressource en eau, trop figées dans le présent, ont du mal à se projeter dans un futur climatique inédit et à saisir la nature des véritables enjeux. Tentons cet exercice de prospection en explorant trois grandes hypothèses possibles : des territoires sans « méga-bassines » ; des territoires avec ; et des territoires ayant fait un choix intermédiaire.

 

Selon un premier scénario hautement probable, l’accumulation des contestations et des procédures juridiques, les dissensions politiques, la lassitude des porteurs de projets conduisent à l’abandon des bassines. Le climat apaisé mais pas refroidi, tous les problèmes restent entiers : un milieu aquatique dégradé par les assecs, l’incapacité d’adaptation de l’agriculture au changement climatique… Les volumes de prélèvements provisoires correspondant à l’eau qui devait être stockée s’évaporent ; la ressource se faisant rarissime, l’irrigation est fortement compromise dans les années à venir. Économiquement, de nombreuses fermes familiales sont menacées de disparition, provoquant encore l’agrandissement des plus puissantes. La transition agro-écologique même se verrouille : le manque d’eau pénalise un certain nombre de bonnes pratiques, telles l’implantation de couverts végétaux à la sortie de l’été (censés piéger les nitrates) ou la création de linéaires boisés. Faute de projet de territoire et de contrepartie tangible – l’accès à l’eau –, plus aucun levier n’existe localement pour engager les producteurs dans la reconception de leur système cultural.

 

Dans un autre scénario, la hantise du changement climatique et de l’indépendance alimentaire décide les pouvoirs publics à favoriser la construction de nouvelles ressources. Plus les territoires à se lancer dans cette stratégie sont nombreux (Vendée, Grand-Est…), plus les contestations se diluent. Des études scientifiques indépendantes finissent par déterminer les volumes prélevables, en été comme en hiver. Se créent alors des formes d’oasis dans un désert agricole, cristallisant la problématique de l’inégal accès à la ressource entre les agriculteurs. Situation qui existait auparavant, mais dont l’exacerbation impose de réfléchir à une nouvelle solidarité entre agriculture « raccordée » aux bassines, et donc irriguée, et celle non-irriguée ; sont envisagées des formes de mutualisation des risques ou des productions, ou encore de soutien des filières, voire d’aides publiques reconfigurées. Enfin les retenues, parce que gigantesques, sont mobilisées pour servir à d’autres usages en tant que de besoins : même stockée, l’eau ne perd pas son caractère de bien commun imposant le partage. Tous ces aspects de la question sont intégrés au contrat de territoire pour la gestion de l’eau, réanimé par une gouvernance désormais plurielle et transparente.

 

La dernière voie explorée pour sortir de l’impasse climatique et sociale est médiane. Elle est promue par une partie de la profession agricole, notamment la chambre d’agriculture de la Vienne représentée par le syndicat Coordination rurale, et finit par devenir acceptable aux yeux mêmes des réfractaires à l’irrigation. Il s’agit du stockage à des échelles plus réduites, au moyen par exemple de petites retenues collinaires. Small is beautiful ! Plus discrètes, ces infrastructures se fondent mieux dans le paysage et rappellent celles que les populations mettent elles-mêmes en place pour récupérer les eaux pluviales. Cette stratégie séduit aussi les agriculteurs attachés à leur indépendance économique, et qui ne se retrouvent pas dans le « collectivisme » qu’implique l’adhésion à des coopératives de l’eau.

 

La solution n’en reste pas moins imparfaite. Elle suppose une multiplication des ouvrages reliés au milieu hydrographique dont les impacts cumulés sont difficiles à mesurer. Même chose pour les volumes d’eau stockés : autant on peut savoir avec précision, grâce à des compteurs, ce que quelques grands ouvrages pompent en hiver ; autant le remplissage de petits bassins à n’importe quel moment de l’année est pratiquement incontrôlable, ce qui nuit à la planification de la gestion du bassin versant. Enfin l’optique du « chacun pour soi » fait tomber à l’eau les projets de territoire, tant il ne paraît pas possible de conditionner le fonctionnement de ces mini-ouvrages à des engagements collectifs du monde agricole en faveur d’autres manières de gérer les ressources naturelles. Dans ce contexte, la mise en place d’une gouvernance rénovée et pluraliste ne se justifie plus.

 

Les voies de la résilience climatique sont beaucoup moins pénétrables qu’il n’y paraît. À l’incertitude scientifique s’ajoute une bataille idéologique qui obscurcit le débat et les décisions politiques. À l’évidence, on ne sortira – par le haut – de la guerre de l’eau qu’en inventant, au niveau territorial, un système de gestion des biens communs qui fasse sens pour presque tous.

 

Benoît Grimonprez

JURISTE, DIRECTEUR DE L'INSTITUT DE DROIT RURAL DE POITIERS, ENSEIGNANT-CHERCHEUR SPÉCIALISÉ EN DROIT RURAL ET DE L'ENVIRONNEMENT

Mégabassines : « Les pouvoirs publics démultiplient les effets des sécheresses » ICI

En plus d’aggraver la sécheresse, les gigantesques retenues d’eau irriguant les cultures de l’agro-industrie « sont accélératrices du gigantisme et donc de la concentration des richesses », selon Julien Le Guet, du collectif Bassines non merci.

 

Julien Le Guet, batelier, accompagne les intéressés voguer à la découverte de la biodiversité et de l’histoire du Marais poitevin. Pour le protéger, il est devenu porte-parole de Bassines non merci, un collectif de citoyens opposés à la construction de mégabassines. Dans le périmètre immédiat du Marais poitevin, il y en aurait une quarantaine. Ces bassins d’eau gigantesques, rendus étanches par des bâches en plastique, forment des lacs artificiels pouvant s’étendre sur plus de 15 hectares. Le but : irriguer les cultures de l’agro-industrie.

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19 mai 2022 4 19 /05 /mai /2022 06:00

 

 

Je n’ai vu aucune fumée blanche s’élever dans les airs de la rue de 9, Rue de la Grand'Velle à VOSNE-ROMANEE lorsque j’y suis allé partager le pain et le sel avec Claire et Jean-Yves ; de même, au temps préhistorique où je trainais mes guêtres sur les terres catalanes, à la recherche d’une issue de secours pour les VDN, et que je montais, avec la vieille auto qu’on m’avait allouée, sur les hauteurs du cirque de Vingrau, pour rencontrer Hervé Bizeul, alors inconnu des radars officiels, ébloui par la splendeur du lieu, dans l’ombre de sa maison je n’eus pas l’impression de découvrir un sorcier.

 

Le cirque de Vingrau (66) – Déclic en stock

 

« Dans la montée au-dessus de Rivesaltes, Raynaud tourne brusquement à droite et s'enfonce dans la sauvagerie sublime qui bouleverse son passager. En résonance avec ce paysage méditerranéen, l'enfant né à Perpignan retrouve la marque de son identité fondatrice, se reconnaît ici une place : « Croyez-vous que cette parcelle soit à vendre ? » s'entend dire Bizeul surpris de sa demande. « Elle l'est. » répond Raynaud. Un petit jardin de vigne, 35 ares d'enchantement encadrés de murets, au milieu des genévriers, des amandiers en fleurs plantés ici et là sur une « sarrat », ces vallées transversales catalanes dominées par les masses de carbonate de calcium, roche mère plus pure que le marbre de Carrare. » ICI

 

Dans ma longue, trop longue, vie de blogueur, mes relations avec HB connurent des hauts et des bas pour atteindre le calme plat, alors qu’avec JYB nous partageons, pas toujours, la même vision du monde en général, et du monde du vin en particulier.

 

Frédérique Michalak dans l’Indépendant s’extasie : un vin du Clos des Fées s'échange jusqu'à 2 500 euros la bouteille

ICI 

 

Le Clos des Fées 100 Phrases pour Eventails 2020 - Le Clos Privé

 

Le viticulteur catalan Hervé Bizeul, sorcier du Clos des Fées, est le co-auteur, avec le Bourguignon Jean-Yves Bizot, d’un vin exceptionnel produit à 1 200 bouteilles, dont certaines s'échangent 2 500 euros.

 

« C’est un épiphénomène, ça ne veut rien dire". Face à l’envolée stratosphérique du prix de ces 75 cl de Pinot noir, Hervé Bizeul, heureux propriétaire du domaine Clos des Fées, veut recentrer sur l’essentiel à ses yeux: lhistoire dhommes derrière « 100 phrases pour éventails », du nom dun recueil dhaïkus signé Paul Claudel. ICI

 

Du Pinot noir dans le Roussillon

 

« Ce vin est né d’une envie de planter du Pinot noir sur un endroit très particulier, j’ai essayé entre Tautavel et Paziols où on faisait les meilleurs vins avant les arrachages, raconte-t-il. Je correspondais avec Jean-Yves Bizot (le pape de Vosne-Romanée-NDLR), je sais comment il travaille, boire un de ses vins donne une émotion incroyable ».

 

Le Bourguignon fait le déplacement: « Il est émerveillé par l’endroit et on décide de faire quelque chose ensemble. Quand on a partagé la première bouteille, on l’a trouvée aussi bonne qu’un Vosne-Romanée, alors on le vend au même prix, 360 euros, puis ça m’a échappé, je ne sais pas l’expliquer, le vin est très bon bien sûr et sur 1 200 bouteilles, il n’y en a qu’une dizaine spéculées à 2 500 euros. Pour moi, ce prix ne veut pas dire grand-chose, mais ce vin, oui. Et là, c’est comme être en finale des Jeux Olympiques, le performeur en moi se dit: « Quest-ce que j’ai eu raison de planter cette parcelle! ».

L’effet BIZOT pratiquer le « non-agir »

 

« ... j’ai pris ma voiture et j’ai fait le pèlerinage vers la rue Grand’Velle, vers sa cave d’une modestie de moine, à la découverte de sa façon de faire, qui est en fait plus une façon de ne rien faire. »

 

« En conduisant, sur la longue route qui sépare Beaune de Vingrau, j’ai décidé de suivre un instinct puissant, cet étrange fait « d’être certain de savoir une chose sans avoir aucune idée de pourquoi on le sait ». Une intuition est parait-il un raisonnement inconscient et celui-ci me hurlait que qu’il fallait que je mette mes pas dans les siens. J’ai acheté une cuve bois, quelques pièces de chez Rousseau puis, à vrai dire, je l’ai surtout sollicité pour qu’il me calme à des moments où, devant ma cuve, je pensais tout perdre et où il m’a, rieur, convaincu que faire des grands pinots, c’était, étrangement, pratiquer le « non-agir ». Cuve bois, pièces neuves de qualité au bois séché juste ce qu’il faut, vendange entière, sans soufre, l’alliance de son expérience et de mes pinots noirs de coteaux, plantés en 2012 et donc entrant dans l’adolescence a fait jaillir quelque chose, comme le choc du silex et de la pyrite donne naissance au feu. 

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18 mai 2022 3 18 /05 /mai /2022 06:00

 

Nous avons à nouveau une femme 1ière Ministre, plus de 30 ans après Edith Cresson – j’étais au 78 rue de Varenne et j’ai vécu cette période en première ligne, pas simple – désolé pour Catherine Vautrin, mes réflexions auprès d’Emmanuel Macron lui ont fait rater le coche, je plaisante. Bref, puisque notre polytechnicienne de Ministre, Elisabeth Borne, a passé du temps à s’occuper de transport, SNCF, RATP, j’ai retrouvé dans mes archives un petit livre une nouvelle : l’homme orange/ou comment séduire quand on est dans un RER tous les matins à la même heure.... 7h12

 

Une jeune femme entre

 

Depuis 10 ans je fais le même trajet, Hérouville/Stains. Je prends le train de 7h12.

 

Depuis 10 ans je me dis que la vie doit être ailleurs. Mais bon.

 

Je croise toujours les mêmes personnes.

 

On ne se dit jamais bonjour.

 

Je trouve ça plutôt bien.

 

Un temps

 

Je passe environ deux heures avec des gens que je reconnais mais que je ne connaitrai jamais. Une grande majorité lit, essentiellement des revues et des magazines de télé, certains sont plongés dans les affres des mots croisés, fléchés… je déteste ça.

 

Moi, dans un train, je ne peux rien faire d’autre que de rêver.

 

J’imagine la vie des gens. Je les observe.

 

Depuis 6 mois, il y a un type qui me plaît.

 

Séduire à 7 heures du matin, il faut se coucher tôt.

 

J’ai tout fait. Une tenue nouvelle par jour. Des coiffures différentes ; je suis passée du blond platine au roux flamboyant. J’ai essayé tous les parfums de la terre. Je lui ai écrasé les pieds. Je l’ai bousculé. Rien.

 

C’est long 6 mois.

 

Un temps

 

Il fallait que je trouve quelque chose de plus subtil ou de plus original.

 

Un temps

 

Un lundi soir, j’ai eu une idée.

 

J’ai décidé de faire une sorte d’inventaire par écrit.

 

Dans un petit carnet vert pomme.

 

Ça commençait comme ça :

 

Il en va des hommes comme des fruits.

 

Raoul était un homme banane. Lourd à digérer. Sa chair blanchâtre était recouverte d’une peau constellée de dizaines de grains de beauté. (…)Quand enfin je les ai eu comptés, je l’ai quitté. La banane est un fruit à consommer tout de suite, sinon il se gâte. Aussitôt cueilli, aussitôt avalé. Avoir un homme banane en guise de mari c’est idéal. J’avais cru comprendre que sa femme l’adorait. Pensez, un homme consommable de suite ! Le côté toujours prêt de l’homme banane peut plaire comme amant c’est étouffant. Trop nourrissant. Un bon amant ne doit pas être une repas complet. Il doit nous laisser sur notre faim. L’homme banane s’est décomposé lorsque je lui ai fait part de mon écœurement, voire même de mon indigestion.

 

 

L’homme poire est plus subtil. Il n'a qu'un défaut, sa peau. La peau d'une poire est rugueuse, elle n'a pas de goût. Elle râpe le palais. Moi qui aime tant mordiller chaque centimètre de leur peau. Là, non rien à faire même après avoir passé mes mains chiffon-soyeux sur tout son corps. Je ne réussissais pas à déguster le meilleur de lui-même. J'étais certaine pourtant que c'était un homme moelleux à l'intérieur…Je ne parvenais pas à dévorer sa carapace. Il gardait le meilleur pour sa femme. À sa maîtresse il se donnait avec la peau. Impossible de faire en sorte qu'il se déshabille. On a beau aimer n'être aimée que de 5 à 7, ils nous doivent un minimum celui d'ôter leurs oripeaux. Jacques était une de ces poires qui ravissait l’œil, rafraichissant mettant l'eau à la bouche. Il ne donnait pas tout de lui. (...). Je ne l'ai pas croqué, juste effleuré. Je l'ai quitté. Il est tombé de haut. C'était un homme mûr.

 

L'homme coing est immangeable. Il faut le faire cuire très longtemps. C'est un célibataire endurci. Il ne peut s'entendre qu'avec une femme coing. Je n'en suis pas. Pas encore, du moins.

 

Il existe tout un tas de fruits exotiques : mangue, papaye, kaki... Je ne voyage jamais. Donc.

 

L’homme melon est bon. Il se trouve facilement en période de vacances. J'en consomme régulièrement l'été. Seulement une fois avalé, dévoré, croqué, il n'en reste rien. Un vague souvenir. C'est un homme déliquescent. Un goût d'eau sucrée. C'est une petite entrée, un quatre heures qui ne laisse pas de traces. Une petite poire pour la soif. Je n'ai aucun souvenir des noms de cette espèce.

 

L’homme litchi est asiatique. Petit avec un gros noyau.

 

L’homme cerise. Ha ! L’homme cerise est un Don Juan. Et Don Juan c'est moi. Quand un Don Juan en jupons rencontre un homme cerise c'est la porte ouverte à la souffrance. Je le sais et pourtant je ne résiste pas à l'envie de m'en empiffrer jusqu'à l'aube. Comment ne pas avoir envie de manger les cerises par poignée, pour les sentir craquer sous la langue et faire rouler les noyaux contre la paroi des joues. La cerise est un fruit qui tâche. J'ai dû jeter mon corsage blanc tant il était souillé. Je n'ai jamais pu le "ravoir". Je ne mangerais plus d'homme cerise, c’est trop dangereux. Ce sont les hommes tentants qu'on n'a pas le temps de quitter. Ils vous quittent avant. Les chagrins d'amour me font grossir. J'évite.

 

 

L’homme orange n’aime que les garçons. Les garçons clémentine.

 

 

L'homme abricot a été bon. Musclé, ferme tendre et sucré juste ce qu'il faut. D'une telle couleur orangée, constellée de petites étoiles dorées sur les épaules, dans le dos. Il vieillit mal l'homme abricot. C'était un amour de jeunesse. Aujourd'hui il a grossi, il est farineux. Il n'y a plus de bons abricots. Jeunes ils étaient succulents. Ils ont pris du poids dans la vie, leur situation est stable au détriment de leur saveur.

 

Les meilleurs abricots que j'ai jamais mangés étaient ceux du verger de ma grand-mère à droite de la petite cabane.

La petite cabane.

Antoine.

L'abricotier.

16 ans.

 

Un temps

 

L’homme ananas vient des îles. Pour moi c’est trop un ananas entier. Si j’y goûte de temps en temps c’est parce que je suis invitée chez des amis. À plusieurs on peut en venir à bout. Je n’aime pas trop partager. Donc c’est l’occasion et encore.

 

Tous ces fruits sont hélas accessibles au plus grand nombre. J'ai goûté à chaque espèce de la corbeille et je me rends bien compte que celui que je cherche est ailleurs, caché quelque part. Sûrement pas à l'étalage du marché mais plutôt dans un train. Celui que je cherche est défendu. La petite cerise sur le gâteau. J'avais dit plus de cerise !

 

Un temps

 

Où se trouve-t-il celui qui donne l'eau à la bouche, qui fait mourir d’envie, de désir ? Celui-là même qui vous donne des ailes, vous coupe l'appétit. Ce fruit qui vous fait fondre, qui vous fait passer de la taille 40 à un 36 fillette.

 

Ce fruit qui vous fait traverser Paris en disant :"Que c'est chouette le métro ! Les gens si laids d'habitude sont presque beaux transparents ou absents, c'est selon."

Ce fruit d'amour qui me jettera dans tes bras essoufflée, timide, la gorge sèche, des fourmis dans le bas du ventre ; la première morsure sur tes lèvres sanguines aura le goût unique de l'amour.

 

Je t'aime comme je te mange.

Je te mange comme je t'aime.

 

Un temps

 

Je me suis relue plusieurs fois. J'ai refermé le petit carnet.

Je n'ai pas dormi de la nuit.

Le lendemain matin j'ai attrapé le 7h12, in extremis. Mon fruit défendu était là. Je me suis assise à côté de lui. Je suis descendue à Stains, comme d'habitude en prenant bien soin de laisser mon petit carnet sur le siège.

Forcément il le verrait.

Forcément il le lirait.

Forcément.

 

Les 24 heures qui ont suivi furent terribles. Je ne voulais plus prendre ce train. Je me sentais ridicule.

Qu'allait-il penser de moi ?

"Cette fille est une mangeuse d'hommes. Elle couche avec la terre entière." J’entends les insultes.

 

Un temps

 

Je suis arrivée sur le quai très en avance. Il faisait un temps de chien. On se serait cru dans un film de Ken Loach. J'étais très calme. Je m'étais fait tous les scénarios possibles. Sauf celui-là.

 

 

Un temps

 

Je l'ai vu. J'étais de moins en moins calme. Il est venu vers moi. Là, j'ai cru que j'allais mourir. Il m'a parlé.

-Vous n'auriez pas perdu un petit carnet hier ? Un petit carnet vert pomme.

-Non.

-Non ? C'est dommage.

-Enfin si. Oui. Non. Ça dépend il était comment ?

-Je l'ai ramené. Tenez.

Il l'a sorti de sa poche. Cet homme était beau souriant. Je ne l'avais jamais vu aussi décontracté.

-Ah, oui le petit carnet...

-Vert pomme.

-Vert Pomme. Ah ben, c'est le mien.

-Je suis très curieux, j'ai lu ce que vous avez écrit. Ça nous a beaucoup plu.

Nous ? J'avais bien entendu nous.

-Tant mieux.

J'ai dit tant mieux mais je pensais tant pis. Ce n'était plus un film de Ken Loach mais un mauvais téléfilm. Je devais être pâle parce qu'il a continué à me parler très gentiment. Je ne l'entendais plus. Et puis il a ouvert le carnet, il a lu une phrase :

L’homme orange n’aime que les garçons.

Le train est arrivé en faisant hurler ses freins sur les rails mouillés. Je n'ai pas voulu monter.

Lui ne voulait pas le rater.

Je suis restée là. Assez seule. Assez triste. Toute petite. C'est toujours mélancolique un train qui s'éloigne. Surtout si dans ce train vous avez laissé partir celui que vous appeliez avant de le connaître : votre fruit défendu. "

 

Lise Martin ICI 

 

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16 mai 2022 1 16 /05 /mai /2022 06:00

photo  teresa berganza photographiée le 20 août 2013 à santander, en espagne.

© Alberto Aja / EPA/MAXPPP

J’ai un faible pour l’opéra.

1 mars 2007

Pépé aimait l'opéra ICI 

 

J’ai un faible pour les cantatrices.

24 février 2021

L’amour de Maria Callas : Aristote Onassis et les arias de la Callas La Traviata, Norma, Madame Butterfly, Lucia di Lammermoor… ICI 

 

J’ai un faible pour CARMEN de Bizet

 

Mes gamins de 6e au collège de Pouzauges je leur ai fait aimer la musique classique avec Carmen de Bizet.

 

Ce fut mon premier job alors que j’entamais ma seconde année de droit à Nantes.

Voulais avoir quelques sous, être indépendant et acheter la 2 CV du curé-doyen.

 

Celui-ci m’a aidé, nous sommes allés à la Roche-sur-Yon au siège de l’enseignement catholique tout puissant dans cette contrée dominée par les nobles et les curés.

 

 On m’a demandé de produire mon certificat de baptême, que j’avais, et mon passé brillant d’enfant de chœur m’a permis de décrocher un poste à mi-temps au CEG de Pouzauges.

 

Pouzauges la patrie de Fleury-Michon, mon début de carrière sera marqué par le cochon puisqu’ensuite il sera le sujet de mon doctorat de droit.

 

 1967.

J’avais 18 ans.

 

 

La paye 700 francs par mois, pour arrondir mon maigre pécule je faisais aussi des vacations à la cantine et sur la cour de récréation : le pion quoi.

 

 

Bouche-trou : histoire-géo, dessin et musique… en 6e.

La cantatrice espagnole Teresa Berganza, inoubliable « Carmen », est morte

 

Idéale dans Mozart et Rossini, la grande cantatrice s’est éteinte le 13 mai, à l’âge de 89 ans, dans sa ville natale de Madrid.

 

Par Marie-Aude Roux

 

Elle fut la « Carmen du siècle » de Karajan, l’interprète idéale de Mozart et Rossini : la grande mezzo-soprano espagnole Teresa Berganza s’est éteinte dans sa ville natale de Madrid le 13 mai, à l’âge de 89 ans. Aix-en-Provence l’avait découverte à l’été 1957, voix plus insolemment veloutée que le ciel nocturne, jeune femme de 24 ans qui allait devenir l’une des cantatrices préférées des mélomanes français.

 

Née dans la capitale espagnole le 16 mars 1933, la petite Teresa est tôt sensibilisée à la musique (solfège et piano) avant de poursuivre des études complètes au conservatoire. Une enfance merveilleuse, dans une famille dont le mot d’ordre est l’amour. Ses premiers souvenirs, la guerre finie, chevauchent les épaules paternelles, « pour mieux écouter la Banda municipale des dimanches » comme elle l’avait raconté au Monde en 2005. « On y jouait Mozart, Beethoven, Wagner. Chaque semaine, on allait aussi dans une des salles du Prado. Mon père nous expliquait l’histoire de l’art en mêlant le vrai et le fantastique. Il nous lisait Alexandre Dumas, Victor Hugo, Cervantès, les Russes… C’était un homme de gauche. Il avait fait un an de prison et maman s’était mise aux travaux de couture pour nous élever, mon frère, ma sœur et moi. Mais on était heureux. »

 

Dès l’âge de 8 ans, elle est initiée au chant par Lola Rodriguez Aragon (une élève de la cantatrice allemande Elisabeth Schumann), qui la forme au répertoire mozartien et rossinien. La jeune fille possède une voix exceptionnelle, dont l’amplitude couvre les tessitures de mezzo et de soprano. Elle possède le meilleur : la rondeur pleine de l’une, la virtuosité de l’autre, capable d’atteindre sans effort le contre-mi bémol. C’est en février 1957 que Teresa Berganza fait ses débuts, en concert, à Madrid puis au Théâtre des Champs-Elysées, à Paris.

 

Coup de foudre à Aix-en-Provence

 

1957, une année faste qui verra la jeune cantatrice s’envoler vers l’Italie, enchaîner les rôles, tournant notamment pour la télévision une rossinienne Isabella dans L’Italienne à Alger (DVD paru chez Hardy Classic) avant de faire ses premières armes à Aix-en-Provence dans les habits de la sensuelle Dorabella du Cosi fan tutte de Mozart sous la direction d’Hans Rosbaud. Coup de foudre réciproque entre la cantatrice et le grand festival, qui en fera l’une de ses figures aux côtés de Teresa Stich-Randall, Luigi Alva, Rolando Panerai et Gabriel Bacquier. Sur la scène du Théâtre de l’Archevêché, la jeune femme écrit l’histoire mozartienne d’Aix – Cosi fan tutte (1957, 1961, 1965), Les Noces de Figaro (1960, 1962, 1964). Mais se fait aussi rossinienne dans Le Barbier de Séville (1958, 1965), monteverdienne dans L’Incoronazione di Poppea (1961, 1964), sans oublier Dido and Aeneas de Purcell (1960, 1961).

 

En 1958, Teresa Berganza débute à Milan (Piccola Scala) puis à Covent Garden, à Londres, dans le rôle travesti d’Isolier, page du pétulant Comte Ory de Rossini tandis que Mozart et son « Cherubino d’amore » (Les Noces de Figaro) la propulsent sur les scènes de Glyndebourne (1958), de la Staatsoper de Vienne (1959), avant, une décennie plus tard, le Metropolitan Opera de New York (1967) puis le Festival de Salzbourg (1972) et enfin l’Opéra de Paris (1973). Pendant deux décennies, ces quelques rôles, auxquels il convient d’ajouter l’Angelina de La Cenerentola de Rossini, abordé dès 1958 à Naples, vont constituer le cœur du répertoire « berganzien », sous la direction des chefs les plus en vue – de Karl Böhm à Claudio Abbado, en passant par Herbert von Karajan, Georg Solti, Carlo Maria Giulini – dans les mises en scène mythiques de Giorgio Strehler ou Jean-Pierre Ponnelle.

 

Loin des « habaneras » frelatées et des espagnolades de bazar, Teresa Berganza incarne une Carmen passionnée mais d’une grande noblesse

 

Il faudra cependant attendre 1977 pour que, à 44 ans, la grande mezzo accepte le rôle qu’on lui réclame depuis toujours et qu’elle n’a eu de cesse de refuser, ne le jugeant pas pour elle : Carmen. La première a lieu au Festival d’Edimbourg sous la direction d’Abbado. Des débuts aussitôt captés en studio par Deutsche Grammophon. Loin des « habaneras » frelatées et des espagnolades de bazar, Teresa Berganza incarne une cigarière passionnée mais d’une grande noblesse, pour mieux dessiner une femme indépendante, sûre d’elle et de ses désirs.

 

Commencent alors deux décennies de Carmen, notamment à Paris (Opéra-Comique en 1980, Bercy en 1989). La mezzo aborde certes Haendel – le chevalier Ruggiero dans Alcina à Aix (après l’avoir enregistré en 1962 pour Decca), le rôle-titre de Rinaldo –, incarne la romantique Charlotte du Werther de Massenet, confie au disque une vivifiante Périchole d’Offenbach (avec Michel Plasson, EMI/Warner Classics), meurt avec Suzuki dans Madame Butterfly de Puccini. Mais c’est la gitane qui fait chavirer le public. D’autant plus que le Don Giovanni de Mozart tourné en 1979 par Joseph Losey a métamorphosé la vive et brune Zerlina en vedette de cinéma.

 

En 1992, c’est encore dans Carmen que Teresa Berganza fera ses adieux au théâtre de la Maestranza à Séville. Après trente-cinq ans passés à courir le monde, la mezzo s’adonne plus volontiers au récital de mélodies, ambassadrice naturelle du répertoire espagnol (Falla, Granados, Turina) mais aussi de Schumann, Ravel et Moussorgski. Tout en se retirant peu à peu, elle continue à dispenser des classes de maître, participant à des émissions de radio ou des jurys de concours.

 

Une vie simple, presque retirée

 

La cantatrice avait été mariée deux fois. La première, avec le pianiste Felix Lavilla, qui l’accompagne notamment dans les Seis canciones castellanas de Guridi (Decca) et dont elle divorcera en 1979 après une tentative de suicide. Son second mariage se solde par un divorce en 1995. Elle vit alors dans sa maison face au monastère de San Lorenzo de L’Escurial. Une vie très simple, presque retirée. « J’aime la nature, le silence. Je ne savais pas que la solitude pouvait être une telle joie. Je vis pour la musique, pour ma famille, pour les amis », disait-elle encore en 2005.

 

Nous restera en mémoire un beau visage au regard noir, rieur et séducteur, une énergie communicative et un legs discographique important. Au tournant des années 1950-1960, Teresa Berganza avait enregistré Les Noces de Figaro avec Otto Klemperer, puis Daniel Barenboïm (EMI/Warner Classics), Cosi fan tutte avec Georg Solti, et La Clemenza di Tito avec Istvan Kertesz (Decca). Toujours pour Decca, de Rossini Le Barbier de Séville et L’Italienne à Alger avec Silvio Varviso, puis pour Deutsche Grammophon, à nouveau un Barbier ainsi que La Cenerentola, tous deux avec Claudio Abbado, deux gravures toujours au sommet de la discographie depuis leur sortie en 1972.

 

« A 60 ans, il faut commencer à se préparer à accepter de vieillir car sinon on s’étonne de tout, d’avoir mal ici, de souffrir de ça. A partir de 70 ans, il faut se préparer à la mort », disait la grande dame qui s’y employait en faisant du yoga, en lisant des textes religieux ou philosophiques, en vivant pleinement son bonheur d’être en vie. « J’ai fait mon testament, je veux être incinérée puis enterrée près d’un arbre dans le monastère de San Lorenzo de l’Escurial. Je n’ai pas peur. »

 

Teresa Berganza en quelques dates

 

16 mars 1933 Naissance à Madrid

 

1957 Débuts à Aix-en-Provence dans Cosi fan tutte

 

1958 Débuts à La Scala de Milan puis à la Royal Opera House de Covent Garden, à Londres dans Le Barbier de Séville

 

1967 Débuts au Metropolitan Opera de New York

 

1973 Débuts à l’Opéra de Paris

 

1977 Première Carmen au Festival d’Edimbourg

 

1979 Tourne dans le Don Giovanni de Joseph Losey

 

1992 Fait ses adieux à la Maestranza de Séville

 

13 mai 2022 Mort à Madrid

 

ENTRETIEN AVEC TERESA BERGANZA « Ma Carmen ? une vraie femme libre et fière »

 

Ce vendredi soir 9 mai, l'Opéra - Comique accueille la Carmen du Festival d'Édimbourg, mise en scène par Piero Faggioni, dans des décors d'Ezio Frigerio. Il n'y manquera que Claudio Abbado et l'Orchestre symphonique de Londres, dont l'absence a fait couler beaucoup d'encre (le Monde des 17,18 et 25 janvier), et qui seront remplacés par l'orchestre de l'Opéra dirigé par Pierre Dervaux. En tête de la distribution : Placido Domingo, Katia Ricciarelli, Ruggero Raimondi et, bien sûr, la Carmen que tout le monde attend, Teresa Berganza. (Retransmission par Antenne 2 et France-Musique le 15 mai.)

Par JACQUES LONCHAMPT.

Publié le 10 mai 1980

 

Carmen habite un vénérable palace au milieu d'une forêt royale... Ce n'est pas le repère qu'on imagine pour la gitane de Séville, mais Teresa Berganza est venue y panser ses blessures, l'entorse qu'elle s'est faite sur la scène de l'Opéra-Comique (" Une fière Espagnole ne peut tout de même pas regarder où elle met les pieds ! "), et surtout cuver l'immense fatigue nerveuse de la répétition générale. " Sans Don José, précise-t-elle. C'est Faggioni qui m'a donné la réplique, et il a une telle force intérieure, une telle vérité et une autorité si fascinante que je n'ai jamais été Carmen comme hier ; mais il m'a brisée ! "

 

Les disputes de " paternité " autour du spectacle l'agacent : " J'entends parler de la Carmen d'Abbado, de la Carmen de Faggioni, voire de celle de Berganza, mais c'est d'abord la Carmen de Peter Diamand [le directeur du Festival d'Édimbourg]. C'est lui qui est venu me voir en me disant que je devais chanter Carmen : " Avant c'était trop tôt ; " après ce sera trop tard. " Et c'est à moi qu'il a demandé de choisir dans des listes de metteurs en scène et de chefs d'orchestre.

 

" Le fond de l'affaire Abbado ? Je ne sais pas. À chacun sa vérité. Mais mes oreilles se rappellent avoir entendu Claudio me dire au téléphone que, s'il ne pouvait venir avec l'orchestre londonien, il dirigerait celui de l'Opéra. Je regrette Claudio ; c'est merveilleux de chanter avec lui : il n'a pas besoin de faire un geste, je sais ce qu'il veut, nos cœurs battent toujours à l'unisson. J'ai accepté quand même de venir à Paris parce que c'était Pierre Dervaux, avec qui j'ai chanté souvent, au Festival d'Aix notamment. Il sent merveilleusement la musique, et il est tellement gentil. Nous avons parlé des heures de Carmen, et c'est comme si nous avions eu une semaine de répétitions...

 

Personnalité et beauté d'âme

 

" Car vraiment cela avait mal commencé : à peine deux répétitions d'orchestre, avec des musiciens qui ne semblaient guère se donner de mal. Sans doute se réservent-ils pour la première... Et puis il y avait sur la scène un haut-parleur d'ambiance qui m'exaspérait. J'ai été obligé de crier et de taper du pied, de menacer de partir pour me faire entendre.

 

" Pourtant, j'adore l'Opéra-comique ; mon émotion était grande de chanter Carmen sur la scène même où elle a été créée. Quel dommage que ce théâtre soit à moitié à l'abandon; il y a de la poussière partout, et le portrait exquis d'Adelina Patti est lacéré. C'est lamentable. Quand on pense au passé de l'Opéra-comique ! "

 

" Ma Carmen, c'est celle de Bizet, bien sûr, et, dans cette partition limpide et merveilleuse, je découvre chaque jour du nouveau; mais c'est aussi celle de Mérimée que j'ai lu et relu. Je suis épouvantée de ce qu'on voit en général dans les théâtres : une vraie prostituée... Mais non, c'est une gitane espagnole, qui travaille, une femme libre et fière, qui veut être à parité avec les hommes. Une vraie révolution en Espagne, où l'on trouvait tout naturel qu'un homme quittât une femme quand il ne l'aimait plus, mais l'inverse, jamais.

 

" Je n'aurais jamais pu jouer Carmen plus tôt avec l'éducation rigoureuse, chrétienne, " espagnole ", de mon temps. Il a fallu que mes filles grandissent, que je réfléchisse sur l'éducation si différente que je leur donnais pour que je me sente capable, et en droit, d'incarner ce personnage de femme, de vraie femme.

 

" J'ai l'impression aujourd'hui seulement d'arriver à maturité. Avant, je n'avais pas le temps : très jeune, j'ai été lancée dans la carrière, j'ai triomphé à Aix-en-Provence, je me suis mariée, j'ai eu des enfants, tout en étant obligée d'entrer dans la peau de tant de personnages, et il m'était impossible de mûrir. Maintenant ça y est, et j'écris même un livre : pas un roman, ni ma vie, mais des réflexions sur ma vie.

 

" Comme je l'ai écrit à Peter Diamand, j'admire en Carmen la sécurité, la force de tempérament, la personnalité et la beauté d'âme qui émanent de cette grande figure. C'est cela que je veux être au théâtre. "

 

Fatiguée Teresa ? Allons donc ! Vive et souple comme un jeune chat, passionnée, craintive, furieuse tour à tour, elle prend feu et flamme, pétille d'intelligence et d'humour, et puis avoue avec une tendre volupté : " J'ai besoin d'affection et de tendresse pour bien chanter. " Car cette Carmen émancipée et moderne, c'est aussi, peut-être d'abord, l'adorable Chérubin qu'elle a cent fois joué (ne parlons pas de Zerline ; elle n'aime pas son rôle dans le film de Losey, alors même qu'elle y a si bien tiré son épingle du jeu).

 

JACQUES LONCHAMPT.

 

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13 mai 2022 5 13 /05 /mai /2022 06:00

Des célébrités alchimistes - Les Amis d'Hermès

« Nous invoquons une œnologie plus juste, plus raisonnée, et surtout plus humble »

 

Matthieu Dubernet, œnologue

 

Nous de majesté ou expression d’un collectif éprouvant le besoin de corriger – normal pour une profession dont l’essence est d’accompagner, dit-on l’élaboration du vin – une image écornée par l’interventionnisme et la chimie ?

 

Les 20 dernières années furent pour l’œnologie : flamboyantes, sûres d’elles, dominatrices, les winemaker globe-trotter jetaient leurs filets sur le monde des grands vins, haro sur la nature, les médecins du vin « oxygénaient ! », remettaient sur pieds, chassaient en bandes les défauts, formataient.

 

Hors eux point de salut !

 

Je force à dessein le trait pour souligner le caractère tardif du chemin de Damas évoqué par Matthieu Dubernet, que de lazzis, de mépris, d’exclusion m’a-t-il fallu subir de la part des sachants, des vendeurs de poudre de perlimpinpin, excommunication de buveur de vins nu... J’en passe et des pires...

 

Pour autant, je ne me suis jamais rangé dans les chapelles de naturistes sectaires qui ont fait de cette démarche un fonds de commerce, trop de cavistes se prennent pour des pères prêcheurs, mêlant l’insoumission politique à leur prosélytisme, ils m’emmerdent !

 

Mon passé vendéen, de l’humilité à la sauce des curés me font me méfier de ce sentiment où, l’individu qui l’invoque, affirme avoir conscience de ses insuffisances, de ses faiblesses et est porté à rabaisser ses propres mérites...

 

« L'orgueil n'est jamais mieux déguisé que lors qu'il se cache sous la figure de l'humilité. »

François de La Rochefoucauld ; Les réflexions et sentences morales (1665)

 

« L'humilité est un sentiment de l'imperfection de notre être. »

Voltaire ; Le dictionnaire philosophique (1764)

 

Groupe Laboratoires Dubernet | Œnologie | Conseil en vinification | Analyse  du vin | Analyse chimique | Analyse microbiologique

 

Matthieu Dubernet, œnologue expert de l’analyse des vins : « Nous invoquons une œnologie plus juste, plus raisonnée, et surtout plus humble »

Scientifique à la tête du plus gros laboratoire indépendant d’Europe, ICI Matthieu Dubernet revient pour le Figaro Vin sur sa découverte d’une technologie d’analyse microbiologique du vin censée mener à une œnologie plus à l’écoute du vivant.

Par Alicia Dorey

Publié le 09/05/2022

 

 

Président du groupe de laboratoires d'œnologie qui porte son nom – basé en Languedoc et dans la Vallée du Rhône – Matthieu Dubernet est à la fois ingénieur Agronome de l'Agro Paris, titulaire du diplôme national d'Œnologue, ainsi qu'expert dans la délégation française de l'Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV). S'il défend l'idée selon laquelle « le grand prodige du vin est d'être le reflet de l'environnement dans lequel il est produit », il entend proposer à travers ses travaux de recherches une approche humaniste de l'œnologie contemporaine. Dans ces lignes, il partage avec le Figaro Vin sa vision d'un métier aujourd'hui profondément transformé par les avancées technologiques, et notamment la microbiologie.

 

LE FIGARO. – Quelle serait votre définition de l’œnologie aujourd’hui ?

 

Matthieu Dubernet. – L’œnologie est une science au service d’un projet presque esthétique, ayant pour objet d'accompagner le vin, qui, ne l'oublions pas, reste un produit issu de la main de l’homme. En ce qui me concerne, je cumule plusieurs métiers qui me permettent une mise en perspective, puisque je suis à la fois œnologue-conseil, mais aussi laborantin, une profession peu connue du grand public.

 

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Quel doit être le rôle premier de l'œnologue ?

 

L'œnologie est basée sur l'observation d'une rencontre entre des phénomènes naturels et le savoir-faire humain. En tant qu'œnologue, le premier critère consiste à s'assurer que le vin n’a pas de défaut qui vienne brouiller sa signature organoleptique. Mais il faut faire attention à cette notion de défaut. Certains sont considérés à tort comme une forme de singularité. Il faut par conséquent se méfier des effets de mode, et toujours en revenir au terroir et à l’origine, qui sont les composantes élémentaires de toute singularité. Selon moi, l’authenticité passe par une absence de défaut.

 

 

Malgré ces critères, subsiste-t-il toujours dans le vin une part de mystère ?

 

Le vin est aujourd'hui l'un des produits les plus réglementés et analysés qui soit, car il contient de l’alcool et qu'il est éminemment fragile. Il reste un ensemble de données physicochimiques, mais c'est aussi du vivant, avec une première fermentation alcoolique via les levures, la malolactique via les bactéries, puis les brettanomyces, ces levures qui donnent au vin un goût phénolé. La science nous apprend paradoxalement à être très humble, dans la mesure où certains de ces phénomènes naturels à l'œuvre dans le vin gardent une part de mystère qui nous échappe. Au sein du laboratoire, nous marchons en permanence sur deux jambes : d'une part une science très objective, et d'autre part un savoir très empirique, basé sur l'expérience. Nous revendiquons cette subjectivité.

 

En quoi la microbiologie vient-elle révolutionner l’œnologie ?

 

La suite ICI 

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11 mai 2022 3 11 /05 /mai /2022 06:00

POINT DE VUE IMAGES DU MONDE N° 93 DU 16 03 1950: (1950)  Magazine&nbsp;/&nbsp;Periodical | Chapitre.com : livres et presse ancienne

De mon temps, expression favorite du pépé Louis pour critiquer l’irruption de la modernité mécanique en agriculture, ses deux grands bœufs blancs, dans les salles d’attente des arracheurs de dents et autres Diafoirus pour humains et cheptel, il nous était proposé, afin de meubler notre attente, souvent longue, Point de Vue Images du monde.

 

Nos mères étaient people, mais pas dans le vulgaire, les aventures de la princesse Margaret avec Antony Armstrong-Jones ICI  c’était plus classe que les frasques des sœurs Kardashian dans Voici ou Gala.

 

Princesse Margaret et Lord Snowdon, le mariage qui offusquait l'Angleterre  des années 1960

Point de Vue, hebdomadaire dédié à l'actualité des têtes couronnées et du gotha, a été fondé à la Libération. Il a été racheté au bout de quelques années par son concurrent Images du monde. Il a fusionné avec ce dernier et pris le nom de Point de vue Images du monde, qu'il a conservé pendant plusieurs décennies.

 

 

« Stéphane Bern agrandit son empire. Royalement Vôtre, un consortium qui rassemble notamment l'animateur et la holding de la famille Pinault, a racheté l'hebdomadaire des têtes couronnées Point de vue. Altice avait annoncé fin mars le projet de cession du magazine pour recentrer ses activités en presse écrite sur quelques titres, dont les plus emblématiques sont L'Express et Libération.

 

Point de vue, qui avait vu ses ventes chuter en France durant plusieurs années, est parvenu à les stabiliser l'an dernier : elles ont progressé de 0,3% à un peu plus de 152 000 exemplaires en moyenne, selon les chiffres de l'Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM). Ce magazine a la particularité d'avoir de nombreux lecteurs hors de l'Hexagone, avec 41 000 exemplaires vendus à l'étranger en moyenne.

 

Le prince Robert de Luxembourg met en vente 4200 bouteilles de sa cave estimées à 2,65 millions d’euros

Photo : Sebastien Ortola/Pool/ABACAPRESS.COM)

par NICOLAS FONTAINE

 

Sotheby’s organisera le 21 mai une vente aux enchères exceptionnelles à New York. Ce sont 4200 bouteilles appartenant au prince Robert de Luxembourg qui seront mises en vente au profit de sa fondation PolG. Le cousin du grand-duc Henri est connu depuis trente ans comme le prince des Bordeaux, à la tête de plusieurs grands châteaux.

 

Le prince des vins de Bordeaux met en vente des bouteilles de sa cave

 

Le prince Robert de Luxembourg, né en 1968, est le fils du prince Charles, frère du grand-duc Jean et fils de la grande-duchesse Charlotte. Le prince Robert est l’arrière-petit-fils (par sa mère, Joan Dillon, plus tard connue comme la duchesse de Mouchy) du financier américain Clarence Dillon. Ce dernier, œnologue et francophile, avait notamment acheté le Château Haut-Brion.

 

Domaine Clarence Dillon, présidé par le prince Robert de Luxembourg, détient le grand cru classé de Saint-Émilion Château Quintus. L’entreprise possède aussi le restaurant doublement étoilé Le Clarence à Paris.

 

Ce 21 mai, une vente aux enchères aura lieu à New York, tenue par la prestigieuse maison Sotheby’s. Ce sont 818 lots, qui représentent un total de 4200 bouteilles, qui seront mises en vente, annonce Paperjam. Il s’agit principalement de bouteilles appartenant personnellement au prince Robert, d’autres appartiennent à sa famille. La valeur totale est estimée à 2,65 millions d’euros (2,8 millions de dollars).

 

Blagounette à 2 balles : il se peut que si le royaume de France fait accéder Jean-Luc Mélenchon au rang de vassal d’Emmanuel Macron, l’annexion du Luxembourg, après une guerre-éclair, soit l’une des premières actions héroïques de notre Lider Maximo contre les paradis fiscaux.

 

2 septembre 2013 ICI 

 

Le domaine Clarence Dillon, propriétaire de Haut-Brion et Mission Haut-Brion vient d’acheter le château L’Arrosée, grand cru classé, à Saint-Emilion. En 2011, il devenait acquéreur de Terte Daugay, situé juste au-dessus de l’Arrosée et le rebaptisait Quintus. Quand je pense à ces deux crus, je vois la fougue puissante et rustique de la zone de Daugay et la texture plus délicate, mais manquant de puissance, de celle de l’Arrosée.

 

Comment ne pas penser à les assembler ?

 

Alors Quintus, non classé, est-il destiné à se fondre dans l’Arrosée, grand cru classé ?

 

 

Le principe d’absorption en Médoc

 

Ce principe de l’absorption d’un cru par un autre est une réalité historique médocaine qui tend à s’étendre progressivement à d’autres vignobles de Bordeaux au fur et à mesure que l’économie viticole se porte au mieux. Le récent classement de Saint-Emilion (2012) vient de déverrouiller ce qui constituait une des plus fortes différences entre la rive gauche et la rive droite : la préférence du sol et tout le discours vitivinicole attenant pour la rive droite à celui de la marque et de ses exigences commerciales sur la rive gauche.

 

À ce sujet, Philippe Casteja, négociant de longue date à Bordeaux, mais aussi propriétaire sur les deux rives, à Pomerol et Saint-Emilion comme dans les Graves et à Pauillac, est très clair. Le grand cru classé Bergat a disparu pour intégrer le foncier de Trottevieille pourtant d’un rang au-dessus (premier grand cru classé B) parce que « Trottevieille manquait de second vin sur le marché ». Evidemment, rien n’empêche désormais que toutes les vignes de l’ex Bergat rentrent dans l’assemblage de Trottevieille. Comme dégustateur, je ne doute pas que certains lots puissent être du même niveau.

 

 À l’annonce du nouveau classement l’an dernier, je me suis dit que Michel Bécot, décédé il y a peu, devait se retourner dans sa tombe ! En effet, Beauséjour Bécot perdit son rang de premier grand cru classé en 1986 pendant 10 ans pour y avoir intégré le château La Carte. Ses enfants le calmeront en lui chuchotant que le château La Gomerie qui leur appartient, cru non classé, disparaît et se voit officiellement intégré par le miracle d’une nouvelle convention entre les hommes à Beauséjour Bécot. Quel revers de l’histoire ! C’était une autre époque, une autre économie !

 

Magdelaine, premier grand cru classé B, disparaît aussi pour s’intégrer à Belair Monange premier grand cru classé B appartenant au même propriétaire. Cadet Piola disparaît de la carte au profit de son voisin Soutard, grand cru classé comme lui. Les 2 crus appartiennent aux assurances La Mondiale. Matras, grand cru classé, où était fait la surprenante cuvée Hermitage, s’intègre à Canon, premier grand cru classé B qui voit ainsi son patrimoine foncier s’agrandir et s’élever. Enfin, Grand Corbin, récupère Haut Corbin, son voisin grand cru classé du même rang.

 

Même le très exigu Pomerol est concerné. L’Evangile a récemment acquis La Fleur de Gay. Le Pin a manqué la vente de château Guillot, sa vigne mitoyenne, au profit des établissements Jean-Pierre Moueix. J’avoue ne pas savoir si le château Guillot existe encore ou si ce superbe terroir s’est fondu dans un Pomerol déjà existant.

 

L’histoire est donc en marche sous nos yeux et montre que Bordeaux s’adapte en permanence aux marchés. Ces réalités économiques chatouilleront l’imaginaire du vin de ceux qui croient à de belles histoires où l’on paye cher des valeurs pérennes à l’aspect unique dans lesquelles le terroir, la nature, jouent le rôle essentiel. Ah mes amis, le vin ne serait que du vinaigre sans le travail des hommes !

 

Dans la vieille compétition entre le Médoc et Saint-Emilion, le nouveau classement de Saint-Emilion lâche donc la bride à ce vignoble qui a longtemps cherché à se différencier y compris en créant sa propre classification, faite de premiers grands crus classés A et B, puis de grands crus classés, au lieu de reprendre celle du Médoc (ce qui fût plus simple pour les amateurs) où l’on trouve non plus des grands crus classés, mais seulement, si je puis dire, des 1er crus classés, 2ème crus classés, 3ème crus classés, 4ème crus classés et 5ème crus classés. Sans ce débridage et ces avantages fonciers colossaux, Clos Fourtet aurait-il acheté 3 grands crus classés en mars dernier ? Son voisin le château les Grandes Murailles qui le touche, Clos St Martin, un peu plus loin mitoyen de Beausejour Duffau Lagarrosse et Côte Baleau un peu plus bas. Que deviendront-ils ?

 

 

C’est amusant de constater que les Médocains ne veulent pas chez eux du classement révisable chaque dix ans à St Emilion. Ils préfèrent garder leur historique classification de 1855, ne trouvant rien de plus attractif ni de plus glorieux, laissant ceux de « là-bas » à leurs « petites affaires ». Il faut dire que malgré son antériorité de presque mille ans sur le Médoc, le vignoble de Saint-Emilion n’a jamais su s’imposer sur les marchés mondiaux de par son manque de volume. Aujourd’hui encore, lors de la mise en marché en primeur de la nouvelle récolte, le Médoc fixe les prix et Saint-Emilion suit.

 

Alors Quintus intègrera-t-il l’Arrosée ? Les deux propriétés changeront-elles de nom ? Pourquoi pas ? Belair est bien devenu Belair Monange du nom de la grand-mère de Christian Moueix. Une façon de faire qui s’inspire de l’histoire des grands crus médocains. Par le passé les trois nouveaux propriétaires du domaine de Léoville ont bien accolé leur nom à leur nouvel achat : Las Cases et Barton et plus tard Poyferré. Idem pour M Lynch Irlandais qui, au XVIIéme siècle, ajouta son nom à deux crus pour donner Lynch-Bages mais aussi, un peu plus loin, Lynch-Moussas. Etc.

 

Alors que diront les Bordelais et les Français le jour où un dénommé Li ou Chang, homme d’affaires chinois respectable, ajoutera son nom au cru qu’il vient d’acheter ? Les Français qui savent si peu de Bordeaux penseront que leur patrimoine fou le camp. Les Bordelais se réjouiront du cadeau fait à l’égo de ce nouvel investisseur. Il sonne comme une garantie dans cette économie libérale.

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