Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 06:00

"Récolte des pommes de terre", par Jules Bastien-Lepage (1877).

Antoine-Augustin Parmentier Apothicaire royal de l’Hôtel des Invalides, sera le plus grand célébrant et cultivateur de la pomme de terre.

 

Patates et pommes de terre ! Histoire et expressions | Coop'ICEM

 

« À la Saint-Louis de 1784, il peut présenter au roi une vaste corbeille de tubercules choisis et un bouquet des fleurs de la plante. Louis XVI met à sa boutonnière une des fleurs, la reine en décore de plusieurs sa chevelure. La Cour renchérit sur la délicatesse du légume servi à la table royale.

 

Le roi octroie à Parmentier des terrains pour ses expériences, dans la plaine des Sablons. Des pommes de terre y viennent à point, des maraudeurs vont en déterrer, s’en régalent tant que les barrages sont forcés par la foule. Quand les gardiens annoncent ce coup de force à Parmentier, au lieu de s’en fâcher, il exulte de joie et leur donne des pièces d’or pour la bonne nouvelle. »

 

Mais d’où vient cette petite patate ?

 

couverture

 

Jean Follain dans son petit opus Célébration de la pomme de terre en retrace les origines et l’histoire, à travers les continents et les siècles.

 

« Née au Pérou sur les plateaux des Andes qui firent partie de l’Empire des Incas, la pomme de terre s’y trouve encore dans son premier aspect, celui de ces minuscules boules rondes veinées d’orange que j’ai vu vendre sur le marché de Pizac.

 

Au temps de Pizzare, un conquistador envoie quelques tubercules de « PAPA » au roi d’Espagne, celui-ci en fait cadeau de quelques-uns au pape. Charles de l’Écluse, savant français, peint méticuleusement une planche botanique de la plante qu’il baptise taratoufli : petite truffe. »

 

Fichier:Aquarelle de Clusius représentant un plant de Taratouffli  (1588).jpg — Wikipédia

 

Olivier de Serres (1539-1619), l'un des pères de l'agriculture française, au retour d'un voyage en Helvétie, ramena quelques plants de « cartoufle », comme on l'appelait alors. En 1613, la pomme de terre fut même servie à la table du jeune roi Louis XIII qui ne l'apprécia guère. Et, pendant longtemps, ce légume fut cultivé uniquement comme plante ornementale.

 

« Une pharmacopée, parue à Toulouse en 1614, fait état de ces « racines rondes, blanches, tant dehors que dedans, et tendrelettes qui venues à perfection, se couvrent d’une membrane menue et déliée ».

 

« Les premiers, des religieux d’un hôpital sévillan offrent en mets à leurs malades des pommes de terre acquises à des colons d’Amérique »

 

« Dans le premier quart du XVIIIe, la pomme de terre s’implante en France dans l’Est : Franche-Comté, Bourgogne et Lorraine. Elle ne manque pas de détracteurs. Un ouvrage intitulé L’École des Potages, en 1748, l’appelle le plus mauvais des légumes. Quant à l’académie de Besançon, elle en interdit la culture, prétendant qu’elle amène la lèpre. »

 

Et Parmentier vint.

 

Antoine Parmentier, en habit d'académicien et portant la Légion d'honneur. © DP

 © DP 

La citation-titre est extraite de son Traité sur la culture et les usages de la pomme de terre, de la patate et du topinambour, où il souhaite de voir les vignerons, « au lieu de se nourrir d’un pain grossier d’orge, de sarrasin et de criblures où domine l’ivraie, mettre au pied de leurs ceps des pommes de terre », et de préciser « que cette plante ne craint ni la grêle, ni le vent, ni la coulure, ni les autres accidents arrivant à nos champs et vergers ».

 

Dans la postface du petit livre de Jean Follain, Élodie Bouygues présente Jean Follain comme un « poète des splendeurs minuscules et grand ordonnateur du sacré dans la marche des jours » qui « considère sa vie durant la cuisine comme u art et le sceau des civilisations. Se résolvent en elle l’industrie humaine, l’imagination, l’inépuisable pouvoir des métamorphoses, la mémoire et ses alambics, le désir et la quête éperdue de la beauté. »

Pomme de terre — Wikipédia

Sans la pomme de terre, la face du monde aurait changé ICI

Le légume préféré des Français : La pomme de terre, trésor du Pérou - Le  Petit VendomoisPomme de terre - L'incroyable épopée, des Andes à Versailles - Herodote.netFichier:Louis XVI et Parmentier.jpg — Wikipédia

Partager cet article

Repost0
25 septembre 2020 5 25 /09 /septembre /2020 06:00
Détail de «La Bataille de Marignan», par Fragonard.

 

C’était au temps où en Histoire nous apprenions les dates de grandes batailles que nous récitions sur le mode recto tono, c’est ainsi que 1515 Marignan – j’ignorais que ce lieu se situait dans le duché de Milan actuelle Lombardie, tout comme j’ignorais que l’Italie n’existait pas en tant qu’État à l’époque – fut gravé dans ma mémoire.

 

Je ne suis pas le seul, Antoine Bourguilleau pose la question :

 

Marignan 1515, c'est quoi, déjà?

 

 

12 septembre 2015

 

Rares sont les Français à ne pas connaître cette date, mais tout aussi rares sont ceux qui peuvent décrire le déroulement de cette bataille. Pourquoi est-elle restée gravée dans l'inconscient collectif ? ICI

 

Le 25 janvier 1515, François Ier accède au trône après la mort de son cousin Louis XII, Valois-Orléans. François Ier a en effet épousé Claude de France, la fille aînée de Louis XII, qui a eu des héritiers mâles, mais dont aucun n’a vécu plus de quelques jours. À son sacre, François Ier est un jeune homme de 20 ans, véritable colosse de près de deux mètres de haut, plein de vigueur –mais l’esprit un peu brouillon.

 

Dès son avènement, une de ses obsessions, comme ses deux prédécesseurs, Louis XII et Charles VIII, c’est l’Italie. La péninsule, qui ne sera pas avant longtemps un pays, fascine par son dynamisme et sa richesse. Les Français y ont déjà conduit des opérations militaires. Mais chacune des campagnes s’est peu ou prou soldée par un échec.

 

Par son arrière-grand-mère, François a des droits dynastiques sur le duché de Milan. Il aimerait les faire valoir et pourquoi-pas, étendre ainsi les terres du royaume de France au-delà des Alpes. Au printemps 1515, il assure ses arrières en établissant des traités de paix avec ses voisins. Il a pour seule opposition celle du duc de Milan, Maximilien Sforza qui, très étonnamment, n’a absolument pas l’intention de céder son duché! Il peut, pour se défendre, compter sur ses alliés des cantons suisses et sur celui, théorique, du Pape.

 

 

Les Suisses, les durs à cuire du XVIe siècle

La discorde règne chez les adversaires de la France

La bataille

Ses conséquences

Une histoire militaire déconsidérée depuis 1945

 

François Ier, vers 1527, par Jean Clouet.

 

L’intérêt scolaire que l’on porte à François Ier remonte aux années 1880

 

Pascal Brioist, historien

 

C’est déjà parce que l’histoire militaire n’a plus très bonne presse en France. «Le désamour pour l’histoire militaire vient de l’Ecole des Annales, dans les années 1930, explique Benjamin Deruelle, maître de conférence en histoire moderne à l’Université de Lille 3. Par rejet notamment des méthodistes, on ne veut plus entendre parler d’"histoire casquée".» Un tournant à lieu dans les années 1960 et 1970. Benjamin Deruelle poursuit:

 

«Après la Seconde Guerre mondiale, la guerre a moins bonne presse dans les circuits scolaires. Il y a un changement aussi avec les années 1970 et les guerres de décolonisation. Le concept de "guerre propre" apparaît. Et au niveau universitaire, on s’intéresse davantage à l’histoire des foules, des masses ou des marginaux, et plus tellement à celle des élites. Dans le secondaire, on préfère que les élèves apprennent la Renaissance de Botticelli et de Vinci plutôt que celle des guerres d’Italie.»

 

Mais si les Français ne connaissent plus que le nom et la date de Marignan, tel n’a pas toujours été le cas. Pascal Brioist, professeur des universités et membre du Centre d’études supérieures de la Renaissance, évoque l’utilisation républicaine de la bataille pour en arriver à des conclusions voisines de celles de Benjamin Deruelle:

 

«L’intérêt scolaire que l’on porte à François Ier remonte aux années 1880. La France vient de subir une cuisante défaire militaire face à la Prusse en 1870, il faut donc redorer l’honneur national. On met alors en avant les figures de Bayard et François Ier. Ce mythe est très représentatif de l’école de Lavisse. Il y a une rupture ensuite avec les années 1960 où l’on sort de l’histoire nationaliste: dans l’Union européenne, plus question de célébrer une France va-t-en guerre. Aujourd’hui, en seconde, on n’étudie plus l’histoire de Lavisse, on ne fait plus d’histoire des batailles.»

 

La mythologie de Marignan

 

Est-ce à dire que l’on a tort ?

 

Pas forcément, estime Pascal Brioist, car ce qui était autrefois véhiculé était de l’ordre de la construction mythologique. Par exemple avec Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche, qui adoube François Ier sur le champ de bataille:

 

«Au XVIIe siècle, c’est en plutôt la figure de Bayard que l’on glorifie. Sous la Révolution aussi: on ne va pas glorifier un roi à cette période. En revanche, pendant la Restauration, François Ier a une bonne image. Louis-Philippe va d’ailleurs commander un tableau de la bataille à Fragonard pour la galerie des Batailles à Versailles.

 

Le mythe de François Ier repose en grande partie sur sa force physique. Il mesure deux mètres, il se rêve en Alexandre le Grand, il est âgé de seulement 21 ans, c’est l’archétype du jeune roi guerrier. C’est aussi un roi qui a une image raffinée, il initie la France à la Renaissance, aux arts et crée une Cour de France.»

 

Benjamin Deruelle surenchérit:

 

«Le mythe de François Ier naît aussi de la littérature. Son rôle est de donner une image du roi aux sujets, et en l’occurrence, une image de roi guerrier. Le Moyen Age et la Renaissance n’ont pas du tout la même chevalerie, on va donc adapter la chevalerie à l’époque. Les rois en ont conscience, ils ont conscience du pouvoir de l’écrit et du verbe. Par la littérature, le roi doit être montré comme le meilleur chevalier du moment.»

 

Un pur produit de propagande?

 

La suite ICI

 

Partager cet article

Repost0
24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 06:00

 

L’énumération de ces grosses bourgades ne doit rien évoquer pour vous alors que pour moi elles sont des scories de ma jeunesse passée au Bourg-Pailler à la lisière du bas-bocage.  

 

  • Les Ursulines de Jésus de Chavagnes-en-Paillers ICI 

 

 

  • Durant la première guerre de Vendée, le 2 février 1794, Charette met en fuite le général Joba et culbute le général La Chenaie à la bataille de Chauché, leur infligeant de lourdes pertes.

 

  • Le Poiré-sur-Vie est située dans le bocage vendéen, sur un promontoire dominant la Vie.

 

  • Enfin, Saligny, la patrie des grands-parents maternels de mon  vieux pote Dominique Remaud où nous allions le dimanche, le grand-père boulanger recevait des lettres de Gaston Chaissac qui habitait alors Sainte-Florence-de-l’Oie où Camille son épouse est institutrice à l’école publique.

 

Reste les mogettes ! mojhette ou mojette…

 

1 août 2011

La mogette de Vendée se la pète grave dans la haute cuisine ICI 

 

Sème à la Saint-Didier et tu récolteras un plein panier.

 

Anthony et Freddy Lardière, 2 frères agriculteurs du Gaec Le Parpounet, à Chavagnes-en-Paillers, ICI respectent chaque année l’adage, « à peu de jour près », lors de la semaine de l’ascension.

 

Dans leurs champs, 22 ha sont entièrement dédiés à la mogette. 6 autres ha permettent de faire pousser des cocos, des flageolets et des haricots rouges.

 

« La mogette est une histoire familiale chez les Lardière. « Quand on plonge dans les archives, on voit que la mogette a toujours été cultivée sur nos terres. On remonte au début des années 1800, mais à cette époque, chaque famille cultivait pour sa consommation personnelle. Ce sont mes grands-parents qui, dans les années 1980, ont commencé à la commercialiser. »

 

Fin août c’est le temps de la récolte de mogettes se termine : 70 tonnes sont prêtes à être dégustées.

 

Anthony Lardière sort la calculatrice et pianote. « Une portion de mogettes, c’est 60 grammes. Là, avec ce qu’on a récolté, on peut remplir plus de 1 100 000 assiettes », s’amuse-t-il. Les clients sont là. « C’est la première fois que nous en faisons autant, mais c’est sûr, on ne pourra pas faire plus ! »

 

Pour en arriver à ce résultat, il y a un sacré travail en amont. Les haricots sont des légumes exigeants. « Une expression dit que pour faire pousser des haricots, il faut aimer haricoter »

 

Dictionnaire Du Monde Rural Les Mots Du Passe de Marcel Lachiver | Rakuten

 

Les mots du passé Marcel Lachiver

 

 

« Une fois les semis réalisés, vient le temps des binages, « environ quatre pendant la période de pousse car on est en agriculture raisonnée, on n’utilise pas de produits phytosanitaires. » Puis l’irrigation, « qu’il faut réaliser régulièrement, six à sept fois. » Mi-août, généralement, « on arrive à la période des demi-secs ». Le coup de jus arrive quelques jours plus tard, « selon l’ensoleillement, plus ou moins rapidement » avec l’arrachage : « On coupe les racines des plantes pour enlever la sève. Le grain va alors finir de sécher ». L’andainage est peut-être le moment le plus délicat, très dépendant de la météo : « On récupère six rangs coupés pour n’en faire qu’un seul. Il suffit d’une pluie ou de trop d’humidité pour tout recommencer ». Viennent ensuite le battage, puis le triage avant que les mogettes ne soient mises en sachets. »

 

Pourquoi la mogette pousse-t-elle si bien ici ?

 

« C’est grâce au type de sol. Nous avons de la terre de limon, de la terre des landes, très poussiéreuse. » Des terres douces qui font « la tendreté du haricot », mais aussi sa couleur, très blanche. « Faites pousser de la mogette dans le sud de la Vendée, où la terre est plus argileuse : le grain sera plus dur, plus difficile à cuire, et il sera gris. »

 

Voilà c’est dit, il ne vous reste plus pour votre petit déjeuner qu’à trancher une belle tartine de pain de quatre, à l’embeurrer avec du beurre salé avant d’y déposer une couche de mogettes tièdes ou froides ICI ; un p’tit verre de vin qui pue pour faire couler la miette est conseillé pour donner de l’urticaire aux pisses-froids modèle déposé, type Stéphane Derenoncourt, le pompier pyromane, l’invité du François-Régis, l’idole des papy-boomers, pour causer du Bordeaux-bashing

Partager cet article

Repost0
23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 06:00

PIQUET Visites

Qui en Vendée ne connaît pas le chaos de Piquet ?

 

C’est Ouest-France, Thierry DUBILLOT le 06/09/2020 qui pose la question dans un papier titré : Le chaos de Piquet, un site idyllique de la vallée de l’Yon à préserver ICI 

 

 

Moi qui pourtant y suis né, y est vécu jusqu’à l’âge de 16 ans, y a habité quelques années à la Roche-sur-Yon...

 

Le chaos de Piquet « C’est un paysage des plus romantiques. Un concentré de carte postale. Qui en Vendée ne connaît pas le chaos de Piquet ? Incontestablement, c’est le plus joli coin de la vallée de l’Yon, rivière qui se faufile entre des rochers de granit, jetés là par un jardinier géant. »

 

La Vendée a été suffisamment massacrée dans son bocage par nos chers Ingénieurs du Génie Rural : arrachons ces buissons, nivelons, remembrons, c’est la modernisation, les vaches n’ont plus besoin d’ombre, elles bouffent à l’étable de l’ensilage de maïs qui pue, et le maïs il lui faut de la place, défigurée sur ses côtes, nos belles dunes, par des promoteurs type Merlin plage y jetant des bicoques à deux balles, pour mettre en avant ce site remarquable plutôt que le barnum de cette raclure de De Villiers au Puy du Fou. Sommes pas gâté du côté personnel politique, pensez-donc ce petit couteau de Retailleau se voit un destin national. Comme le disait un vieux latifondiaire vendéen, Boux de Casson, indépendant-paysan, à propos de ses électeurs : « Ils voteraient pour mon âne si le présentait. »  

 

Pour y aller, si on n’est pas du coin, le chaos de Piquet se mérite.

 

Il n’y a pas vraiment de pancarte qui l’indique. On le rejoint un peu par hasard la première fois. Le parcours est presque initiatique. Le plus simple, à partir de La Roche-sur-Yon, est de prendre la route de Luçon. Arrivé à Saint-Florent-des-Bois, on tourne à droite en direction du village du Tablier.

 

À la sortie de la commune, suivre la route sur un kilomètre environ, puis tourner à droite. Une pancarte indique la guinguette de Piquet. On continue sur cette route et l’on tombe sur un groupe de statues monumentales.

 

Vous y êtes presque. Face à la guinguette, deux parkings ont été aménagés, qui dominent le site. Attention à la descente, elle est un peu périlleuse.

 

Comment préserver le chaos de Piquet ?

 

Ce site remarquable « a un succès qui ne se dément pas. Un peu trop d’ailleurs. En 2019, le Département, propriétaire du site, a décidé de le classer en espace naturel sensible. Les interdictions se sont mises à pleuvoir. Interdit de se baigner, interdit de faire du feu, obligation de tenir les chiens en laisse…

Le chaos de Piquet n’est plus vraiment un espace de liberté. Mais il faut l’accepter pour essayer de préserver au maximum ce lieu exceptionnel. »

 

bastien Guilhemjouan, jeune homme éleveur, qui appartient au réseau Paysans de nature, a été chargé par le Département de mettre en valeur ce milieu naturel. Il installe son troupeau de vaches maraîchines (une dizaine) et ses quatre-vingts brebis Landes de Bretagne dans ces espaces.

 

La vie aux champs (1945 à 1950) | Memoiresduncheminotduperche

 

« Cela favorise la biodiversité, tout en permettant de promouvoir les filières d’élevage de races locales »​

 

« Les sols sont peu riches. Si l’on fauche, on ne parvient pas à maintenir cette biodiversité. Le piétinement des animaux est mieux indiqué. »

 

La filature

 

« Parmi les choses insolites qui attirent les promeneurs, il y a les ruines encore spectaculaires d’une filature et d’une teinturerie. « La filature de Piquet, construite en 1861 par Félix Grimaud, teinturier à Champ-Saint-Père, et Léon Beneteau, son beau-frère, instituteur à Luçon, a été acquise sur le 27 mars 1865, par Jean Aimé Drochon, marchand de tissus à La Roche-sur-Yon, place du Marché », ​apprend-on par les historiens locaux.

 

La filature, qui n’aura donc fonctionné que quatre ans, employait cinquante personnes. Rachetée, l’usine est démolie au début des années 1870, et sert de carrière de pierre. Certains matériaux ont été utilisés pour la construction du château de Rosnay.

 

Deux facteurs sont à l’origine de l’abandon de la production : le manque d’eau d’abord dans la rivière, notamment en été. Pénurie qui ne permettait pas d’entraîner la roue à aube et les machines de la filature. Les propriétaires ont tenté de résoudre ce problème en installant une machine à vapeur près de l’usine mais sans succès.

 

L’autre facteur tient à un conflit avec un meunier, qui possédait un moulin en amont et avait lui aussi besoin de l’eau de la rivière… »

 

La guinguette

 

 

On peut aussi en saison aller déjeuner au restaurant de la guinguette dans le cadre idyllique de Piquet. Le 20 septembre, ce sera terminé. Au moins jusqu’en mars 2021.

 

« Comme tout le monde, j’ai ouvert en juin. Comme nous sommes en plein air, je n’ai pas eu de problèmes de distanciation » ​, raconte la propriétaire Kateline Jarin. « Nous avons eu des concerts de musique, mais on n’a pas pu danser. »

 

Kateline est aux premières loges pour voir ce qui se passe sur le site. Et c’est peu dire qu’elle est très en colère.

 

« Sous prétexte de gratuité, les gens font n’importe quoi. Ils ne respectent rien et surtout pas la nature. J’en ai vu qui descendait au bord de la rivière avec un barbecue à roulettes. Ils font des feux, ils laissent leurs chiens divaguer, ils vont jusqu’à piller les nénuphars dans la rivière. Pour quoi faire ? Pour les mettre dans leur lavabo ? Il y en a qui ont cassé mes clôtures pour récupérer des bulbes de cyclamens. »

 

Pour elle, la sauvegarde du site de Piquet passe par une répression accrue. Particulièrement en cette période estivale.

 

« J’ai alerté tout le monde. Sur les parkings qui ont été aménagés, il n’y a même pas de poubelle. Du coup, les gens se débarrassent de leurs déchets n’importe où. Imaginez que dans mon établissement, j’ai retrouvé des couches de bébé sales sous les tables ! »

 

La propriétaire demande un minimum de surveillance, et des actions pour responsabiliser les visiteurs. « Ce qui m’intéresse, ce sont les amoureux de la nature et de la musique. Les autres, je n’en veux pas chez moi ! »

 

 

 

Partager cet article

Repost0
21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 06:00

Paul Douard est Rédacteur en chef de Vice  ICI 

 

paul.douard@vice.com 

Spécialiste monde moderne

 

Le vieux cycliste parisien que je suis, 40 années au compteur, signe des 2 mains cette adresse de Paul Douard aux nouveaux cyclistes parisiens :

 

 

Le cycliste de fin 2020 est une fusion entre tout ce qui se fait de pire dans nos villes : les scooters à trois roues, les trottinettes électriques et les chauffeurs de taxi. Ils veulent toujours être les premiers au feu, ne respectent aucune règle basique de circulation et, si le besoin se fait sentir, lâchent une petite insulte avant de monter sur le trottoir pour gagner quelques centièmes de secondes.

 

Le confinement a amené avec lui des néo-cyclistes, qui en bon piétons parisiens qu’ils étaient jusque-là, n’ont pas encore pris conscience des concepts de sens de circulation, de feux rouges ou encore de mortalité sur la route. Cela donne des choses invraisemblables : un carrefour entier devient une sorte de fourmilières de suicidaires à vélo qui traversent au milieu des bus, les yeux rivés sur leur téléphone, le tout en pédalant comme des hamster cocaïnomanes dans leur roue. Au milieu, je me trouve souvent à me faire conspuer, voire insulter, par la foule de cyclistes pour avoir laissé des piétons traverser.

 

Un certain nombre de choses me donnent envie de voir notre monde disparaître dans nuage atomique. Par exemple, les films de François Ozon, les escape games entre collègues et les gens qui parlent fort à leur fenêtre. Mais depuis le déconfinement et l’envie de vivre autrement, rien ne m’aura plus poussé vers la haine de mon prochain qu’une sonnette de vélo qui s’excite frénétiquement derrière moi, un peu comme des coups de taser cherchant à me faire comprendre dans un morse aléatoire « DÉGAGE CONNARD JE VEUX TE DOUBLER », le tout à 35 km/h sur une piste cyclable large de quinze centimètres et à proximité d’un feu rouge. À force de subir cette agression quotidienne, il m’arrive la nuit de rêver que je propulse cette personne sous un bus de la RATP en souriant.

 

Avant que vous vous emportiez d’un commentaire du type « lol encore un automobiliste de droite qui veut une ville pleine de bagnoles », sachez que je suis cycliste et que j’aime les animaux. Je suis donc des vôtres. Moi aussi je veux une ville moins bruyante, moins polluée et réservée aux riches.

 

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, j’avais pris l’habitude de me balader en vélo – parce que j’aime faire du vélo et que c’est moins pénible que le métro. Et s’il est vrai les cyclistes parisiens se sont longtemps retrouvés tout en bas de la liste des priorités de la ville de Paris, loin derrière les jardins partagés posés sous des lampadaires et les projets de barrières anti-SDF, force est de constater que des efforts ont été faits. Pour faire face à la pandémie sans pour autant empêcher les gens de se déplacer, la mairie a créé de plus grandes pistes cyclables, balisé le sol en vert et fermé certaines rues à la circulation le weekend. À partir de là, je me suis dit, « super ».

 

La suite ICI 

Partager cet article

Repost0
18 septembre 2020 5 18 /09 /septembre /2020 06:00

 

Ni le temps, ni l’envie, je n’achète ni ne lis la prose politique, pourtant je pense que pour ce livre Confusions je vais faire une exception à ma règle.

 

Le vieux rocardien que je suis fait mien ce sage avertissement du secrétaire-général de la CFDT à cette jeune femme qui travaillait à la CFDT, où elle était en charge des discours.

 

« Ces gens-là, ils ne sont pas comme toi, Marie », la prévient Laurent Berger, le jour où elle lui annonce son envie de rejoindre la macronie.

 

« Plus qu'un pamphlet, un repentir. La force de ce livre, Confusions, est dans sa nuance et dans le calme avec lequel Marie Tanguy, ancienne plume d'Emmanuel Macron, narre son expérience. De la déception, oui, de la haine, jamais, ce qui rend ce récit d'autant plus redoutable. »

 

En dépit de ces avertissements, « elle y est allée quand même par goût de l'aventure et pour une certaine idée de l'émancipation, née chez elle à gauche, et qu'elle retrouvait chez l'ancien ministre de Hollande. Elle a passé des entretiens avec Brigitte Macron et Ismaël Emelien. Son profil Sciences Po et les quelques essais qu'elle a rédigés ont joué en sa faveur. Aussitôt, la jeune provinciale, originaire de Cahors et issue d'un milieu modeste, s'est retrouvée membre du pôle Idées de l'équipe de campagne du candidat, partageant un étroit bureau avec Quentin Lafay et David Amiel, au QG rue de l'Abbé-Groult. « David » et « Quentin » (elle les présente ainsi), « cinquante ans à eux deux », sont deux des acteurs centraux du livre. Comme ça, désignés par leurs prénoms, ils rappellent un duo de comiques vu à la télé (« Éric et Quentin »), mais ils peuvent se vanter d'être « les chefs de chantier » du programme présidentiel. Il leur revenait de donner de la substance aux intuitions et aux promesses du candidat, de trouver eux-mêmes des idées pour se démarquer de Hollande, pour faire mieux que Benoît Hamon, plus écolo que les écologistes, mieux que tout le monde. »

 

Elle écrit : « Ceux du sixième étage n'avaient rien à faire avec les bénévoles… » On découvre, effaré, la langue de ces « gens-là ». C'est technique, prétentieux, abstrait, sec, froid. Rien de charnel, rien de vécu, rien de spontané. Un bureau des Idées dans lequel défilent des surdiplômés et si peu d'élus… »

 

Tout est toujours « TTU » – « très très urgent » –, animée par des « mecs », mangeurs de chirashis, qui ne communiquent que sur Telegram, se droguent aux sondages (« Quel est le rolling du jour, Denis ? ») et truffent les discours du candidat de citations de René Char. 

 

L’article Le livre choc d'une repentie de la macronie ICI

 

 

Avec l'ancienne plume de Macron qui a démissionné après un burn-out

 

Après avoir lu le récit de Marie Tanguy, on s’imagine une femme endurcie par la politique qui lui a fait tant de mal. La réalité est tout autre. Lorsque j’arrive dans le café où nous avons rendez-vous, sa jeunesse me frappe. Plus tard, elle me confiera qu’on la confond souvent avec la baby-sitter quand elle va chercher sa fille à la crèche. Pour me saluer, elle se lève précipitamment, faisant tomber son sac à dos qui s’écrase bruyamment contre le sol.

 

Trente-trois ans ? J’aurais parié qu’elle avait moins. Ses grands yeux qui ont, un jour, été cernés de noir me sourient. Son débardeur laisse entrevoir deux larges tatouages sur ses bras. C’est la première interview qu’elle donne pour la promotion de son livre : « Je suis un peu stressée » avoue-t-elle. Posé sur la table à côté d’un expresso, son livre Confusions s’apprête à sortir en librairie. Elle y raconte son ancienne vie de plume pour Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle de 2017.

 

« Politiquement, j’y croyais très fort. J’ai vu en Macron quelque chose qu’il n’était pas »

 

« Quand ils parlaient de la classe moyenne et en ricanaient, c’est comme s’ils parlaient de ma mère »

 

L’interview ICI 

 

L’Hommage d’Emmanuel Macron à Michel Rocard ICI 

 

Quand Emmanuel et Brigitte Macron recevaient les Rocard à dîner ICI  

Marie Tanguy a écrit pour le Président pendant deux mois et demi.

ENTRETIEN. Marie Tanguy, la Lotoise qui a écrit pour Emmanuel Macron : "Sa campagne, c'était de l'enfumage" ICI 

Emmanuel Macron, à Paris, en juillet 2016.

Emmanuel Macron et la deuxième gauche, le malentendu ICI 

Parrainé par des rocardiens pendant sa campagne en 2017, le président de la République s’est éloigné des principes de ce courant de pensée.

Partager cet article

Repost0
16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 06:00

Statue de Saint Jacques.Cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation du  Puy-en-Velay | Camino de santiago, Santiago de compostela, Santiago

Statue de Saint Jacques.Cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation du Puy-en-Velay
 
 
 

Sur Face de Bouc comme sur Twitter les adulateurs, les idolâtres, des vins nu qui puent ferraillent dur contre ceux qui passent leur sainte journée à affirmer que ces breuvages infâmes sont abominables et infect, bons pour l’évier…

 

Même si ça démange ma plume, au nom du serment fait à la femme de ma vie d’être gentil, sage comme une image, bienveillant, je n’ironiserai plus sur les uns et les autres, libre à eux de se la jouer tempête dans un petit verre de vin nu…

 

Cependant, ce matin, je ne résiste pas au plaisir de vous proposer l’article d’un aficionado du vin nu : Eric Asimov ICI

 

C’est engagé mais nuancé. C’est bien écrit. De la belle ouvrage sans jargonnage ni charge inutile...

 

Même si je reste peu convaincu de la nécessité d’enserrer les vins nature dans le carcan d’un cahier des charges spécifique, une nouvelle petite chapelle pour l’entre-soi – en effet les faux vins nu ne sont vendus que dans la GD, alors que les petits cavistes sont les seuls vrais garants de l’authenticité, par leur choix et leur sélection de vins nu originels – ce genre d’article me réconcilie avec le travail de journaliste.

 

Dessin de Skopein, Royaume-Uni.

Dessin de Skopein, Royaume-Uni.

 

Les vins sans intrants chimiques font de plus en plus d’adeptes. En France, le label “vin méthode nature”, créé cette année, tente de donner un cadre à ce vaste champ d’expérimentation, écrit ce journaliste américain.

 

“Le vin naturel est pur et bon pour la santé.”

 

“Le vin naturel est abominable et infect.”

 

“C’est l’avenir.”

 

“C’est la mort du vin.”

 

Depuis quinze ans, le vin naturel divise une bonne partie du milieu viticole et suscite une hargne qu’on ne voit généralement que chez les gens réduits aux dernières extrémités.

 

Depuis 2003 et ma rencontre avec ce que l’on appelle aujourd’hui le vin naturel, au 360, un restaurant en vue [du quartier de] Red Hook, à Brooklyn, je suis un aficionado de ce vin – tout en restant clairvoyant, je l’espère. Je crois à la promesse et à la beauté des vins naturels, tout en reconnaissant que beaucoup d’entre eux ne sont pas bons, ce que l’on peut dire de tous les types de vins.

 

La vérité, c’est que les vins naturels ont bonifié le vin dans son ensemble.

 

Les vins naturels n’auraient pas pu offrir un contraste plus saisissant avec les pratiques industrielles d’un secteur qui se fait passer pour pastoral. La plupart des vins grand public sont fabriqués avec du raisin cultivé à coups de produits chimiques, puis transformé, comme on le fait de la nourriture industrielle, au moyen de manipulations technologiques et d’ingrédients artificiels pour obtenir un goût et un arôme définis à l’avance.

 

Des vins aléatoires mais vivants

 

Les vins naturels, produits avec du raisin bio ou équivalent, fermentent et vieillissent sans aucun adjuvant. Ce sont des vins certes aléatoires mais vivants, intenses, toniques et surprenants. Autant comparer des cerises fraîchement cueillies sur l’arbre à des [bonbons industriels] Life Savers à la cerise.

 

La fabrication du vin couvre un très large éventail de techniques. Tous les vins conventionnels ne sont pas transformés. Et tous les vins dits naturels ne se plient pas au protocole rigoureux en vertu duquel “rien n’est ajouté, rien n’est enlevé”. Mais l’apparition des vins naturels, voilà une vingtaine d’années, a bousculé un secteur inféodé à la promesse d’après-guerre d’une vie meilleure grâce à la technologie et à la chimie.

 

À l’époque, la production s’homogénéise. Le vin est élevé au rang de produit de luxe, et les cépages sont rangés dans un système de castes et classés par “noblesse”. Le vin naturel, à l’inverse, prône la diversité. Il ressuscite et célèbre les variétés anciennes et les traditions locales qui ont été oubliées ou écartées par les hautes instances du milieu. Il cherche à faire tomber le vin de son piédestal avec irrévérence en le présentant comme une boisson gouleyante et joyeuse qui n’en véhicule pas moins une forte charge émotionnelle et culturelle.

 

Surtout, il reconnecte le vin aux méthodes traditionnelles telles qu’elles ont été observées pendant des siècles, avant l’avènement de l’industrie et de la technologie. Le fait de voir le vin comme un produit de la terre parle aux jeunes qui s’inquiètent pour l’environnement, la santé et le bien-être dans toute l’acception de ce terme aujourd’hui en vogue.

 

J’ai vu la clientèle des vins naturels changer. Elle ne se résume plus à quelques connaisseurs évoluant dans une obscure galaxie parallèle, mais s’est élargie à un nombre grandissant d’amateurs enthousiastes et curieux. Ces dernières années, le vin naturel a été qualifié de nouvelle révolution, de nouveau must, et paré de toutes les autres étiquettes ennuyeuses que peuvent coller les chasseurs de tendances.

 

Un pied de nez à l’establishment viticole

 

Le vin naturel est sorti de l’ombre. La plupart des grandes villes ont des bars à vins naturels, et certains restaurants huppés lui consacrent des cartes entières. Cet engouement récent appelle une caractérisation que les producteurs de vins naturels ont longtemps esquivée avec succès : qu’est-ce au juste qu’un vin naturel et qui est autorisé à employer ce terme ?

 

Par le passé, c’est l’establishment viticole qui réclamait une définition des vins naturels, une requête dont la plupart des producteurs ont allègrement fait fi. Une telle caractérisation fleurait l’autoritarisme, l’orthodoxie, la bureaucratie, c’est-à-dire précisément les contraintes que beaucoup de producteurs de vin naturel considèrent depuis toujours comme des entraves à leur liberté.

 

J’ai toujours jugé comme une force le fait de refuser ainsi de se laisser enfermer dans une définition. Une caractérisation précise augmenterait le risque de récupération, comme on le voit pour quantité de productions bio qui sont aujourd’hui des branches très lucratives de l’agrobusiness.

 

Mais l’image des producteurs de vins naturels, présentés comme des artisans indépendants et bohèmes, souffre de l’engouement pour leur produit, synonyme d’affaires juteuses, non seulement pour les services financiers des grandes entreprises mais aussi pour les petits margoulins.

 

Des cuvées maquillées en vin naturel

 

Lors d’un débat récent sur le vin naturel organisé [en visioconférence] sur Zoom, pandémie oblige, Alice Feiring, apologiste de longue date des vins naturels et auteure en 2019 du guide Natural Wine for the People [“Le Vin naturel pour tous”, non traduit en français], confiait qu’elle avait changé d’avis sur le besoin de donner une définition officielle au vin naturel. “Je ne voyais pas la nécessité d’une réglementation, mais c’était avant que des imitations n’apparaissent [sur le marché]”, disait-elle.

 

Dans une tribune publiée dans le New York Times en décembre 2019, Alice Feiring prévient ainsi que des gros producteurs sont en train de créer des cuvées maquillées en vin naturel afin de surfer sur l’engouement qu’ils suscitent. Mais la menace vient aussi des plus petits.

 

Jacques Carroget, du domaine la Paonnerie, dans la vallée de la Loire, préside une association de producteurs de vin naturel qui, après des décennies de labeur, a obtenu l’année dernière une certification officielle (mais facultative) “vin naturel”. Les domaines qui rejoignent le syndicat agréé et qui se conforment aux règles édictées en matière de viticulture et de vinification pourront désormais apposer le label “vin méthode nature” sur leurs bouteilles.

 

Jacques Carroget, qui a participé au débat sur Zoom, explique que l’idée est née du constat que certains petits producteurs qui prétendaient produire des vins naturels se servaient en réalité de raisins qui avaient été traités. “Nous avons analysé 34 vins naturels et découvert que deux d’entre eux contenaient des résidus, dont un vin qui venait d’un célèbre producteur de vin naturel, explique-t-il par e-mail. Nous ne voulons pas de chimie de synthèse dans les vins naturels.”

 

Tant que les vins naturels étaient l’apanage d’un petit nombre de producteurs, précise-t-il, il ne voyait aucune raison d’en donner une définition officielle. “Hélas, le business, l’appât du gain… Dès que le vin naturel est sorti de son petit créneau, on a découvert des abus inacceptables”, déplore-t-il.

 

Une indulgence pour le dioxyde de soufre

 

La suite  ICI 

Partager cet article

Repost0
15 septembre 2020 2 15 /09 /septembre /2020 06:00

50 ans jour pour jour après la guerre du Biafra - les blessures ... Des enfants souffrant de malnutrition à Port Harcourt, au Nigeria, en 1970. A. ABBAS / MAGNUM PHOTOS

Libre à chacun de nous, d’aimer ou de ne pas aimer Bernard Kouchner, de ne pas apprécier sa trajectoire mais pour moi il reste l’homme qui nous a montré les horreurs du Biafra.

 

Médecins sans frontières fête ses 40 ans

« Les enfants étaient en première ligne », raconte au Monde Afrique Bernard Kouchner, parti au Biafra en mai 1968 en tant que médecin urgentiste : « C’était la première fois qu’on voyait des gamins squelettiques victimes du kwashiorkor [un syndrome de malnutrition par carence en protéines]. Les troupes nigérianes bloquaient tous les ravitaillements et les bombardements aériens ciblaient les récoltes. Les enfants mouraient en masse et la faim était devenue une arme de guerre. Le spectacle était désastreux : il n’y avait absolument rien à manger. »

 

Il y a cinquante ans au Biafra, l’avènement de l’humanitaire « à la française » ICI

 

En mai 1968, Bernard Kouchner rejoint une équipe de dizaines de médecins volontaires de la Croix-Rouge dirigée par Max Récamier et qui intervient des deux côtés du blocus. Il se souvient :

 

« Dans une école où il y avait près d’un millier d’enfants affamés, on a fait des perfusions avec de la noix de coco pour les retaper le temps que les sucs digestifs se reforment. Quand ils allaient mieux, ils repartaient dans leurs villages et revenaient quelques semaines plus tard de nouveau épuisés par la faim… Comme les avions ne bombardaient pas la nuit, les blessés arrivaient le soir dans notre petit hôpital. Nous étions deux pour soigner une centaine de blessés. On a appris à faire le tri des blessés, une discipline difficile, un apprentissage cruel. Le Biafra m’a marqué à vie. Ça a été le début de mes colères et de mon engagement, de mon histoire avec l’Afrique. Il a nourri, plus tard, mes combats au Rwanda. »

 

« La lutte et les drames vécus-là vont inspirer les « French doctors ». Max Récamier, Bernard Kouchner et d’autres médecins passés par l’enfer du Biafra vont créer en 1971 (avec des journalistes du journal médical Tonus qui avaient lancé un appel aux médecins pour aider des victimes d’inondations au Pakistan) Médecins sans frontières (MSF). L’ONG, spécialisée dans l’assistance médicale aux populations victimes de conflits armés, d’épidémies, de pandémies ou de catastrophes naturelles, a reçu le prix Nobel de la paix en 1999 et officie aujourd’hui dans plus de 70 pays, dont 52 en Afrique. « Le Biafra nous a appris la médecine du dénuement », insiste Bernard Kouchner. Il a aussi fait prendre conscience aux médecins français qu’une organisation humanitaire doit être libre de sa parole et de ses actes. »

 

Des photographes occidentaux prennent en photo un enfant qui souffre de malnutrition à cause de la guerre du Biafra, à Owerri, en 1970.

Des photographes occidentaux prennent en photo un enfant qui souffre de malnutrition à cause de la guerre du Biafra, à Owerri, en 1970. A. Abbas / Magnum Photos

 

Il y a cinquante ans au Biafra, la surmédiatisation d’un drame humain

 

Génération Biafra (2/3).

 

Pendant le conflit au Nigeria, des images insoutenables ont inondé les journaux et la télévision. Avec le recul, leurs auteurs disent avoir été « manipulés » par l’Elysée.

Par Pierre Lepidi et Mariama Darame

 

Le 31 décembre 1968, lors de sa traditionnelle allocution de fin d’année aux Français, le Général de Gaulle déplore le « passage à vide » qu’a connu le pays au mois de mai. « Mais la nation s’est ressaisie », assure le général lors de ces vœux, ses derniers. Il décrit ensuite la situation au Moyen-Orient, parle du rôle « gigantesque » de la Chine, puis évoque « le droit de disposer de lui-même du vaillant Biafra ». Fin 1968, les Français connaissent cette province du sud-est du Nigeria qui a proclamé son indépendance dix-huit mois plus tôt et la catastrophe humanitaire qui s’y joue. A grand renfort de reportages, ils ont pris fait et cause pour ce territoire africain qui se bat contre l’armée régulière nigériane.

 

La France ne soutient pas officiellement la sécession biafraise. Mais l’Elysée voit dans cette volonté d’émancipation une occasion d’affaiblir le Nigeria, pays anglophone entouré d’anciennes colonies francophones, qui a reçu le soutien du Royaume-Uni et des Etats-Unis. « La zone pétrolière du Biafra était revendiquée par tout le monde, y compris par les Anglais car le Nigeria est une ancienne colonie britannique », se souvient Bernard Kouchner, parti en mai 1968 au Biafra pour la Croix-Rouge en tant que médecin : « Les rapports entre De Gaulle et le monde anglo-saxon étaient exécrables à cette époque. »

 

La suite ICI 

 

Lorsque les armes se taisent, en janvier 1970, après la capitulation des forces biafraises soutenues par des centaines de mercenaires (Français, Allemands, Rhodésiens, Sud-Africains…), le bilan humain est abyssal. Cinquante ans plus tard, le nombre de victimes des combats et de la famine reste imprécis, estimé à « plus de 1 million ». Mais la surmédiatisation du conflit et les images insoutenables diffusées dans les journaux et à la télévision imprègnent encore les mémoires. En renvoyant une image misérabiliste du continent africain, elles ont nourri pendant des décennies un imaginaire collectif où l’Afrique est assimilée aux guerres, aux famines et à l’instabilité politique.

 

A qui la faute ?

 

« On a souvent dit que le drame du Biafra était la honte de l’Afrique », écrit Phlippe Decraene, envoyé spécial du Monde, dans un reportage publié en 1969 : « C’est aussi, sans aucun doute, la honte de l’Europe. »

 

 

Je me plongeais dans mes archives. Au milieu de ce capharnaüm de coupures de journaux, de photos jaunies, de livres annotés, de petits carnets, de lettres, de documents administratifs, de factures, assis à même le sol, sous le trait blanc d’une grosse lampe d’architecte, je triais, jetais, empilais, en écoutant des galettes de vinyle sur une platine-disque hypersophistiquée. Jasmine me portait des brocs de café. Parfois elle s’asseyait en tailleur face à moi pour me regarder faire. Je lui tendais une photo « Tiens, regarde notre nouveau Ministre des Affaires Etrangères au temps des matins blêmes du quartier Latin… » 

 

Partager cet article

Repost0
12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 06:00

François Mauriac : «De Gaulle et Malraux», «Le Figaro littéraire», n° 637,  5 juillet 1958, p. 1. - Malraux.org

Hier j’ai étrillé le sémillant FRANZ-OLIVIER GIESBERT en tant qu’éditorialiste politique en surnuméraire au POINT, j’ai lu quelques-uns de ses romans qui ne m’ont guère convaincu de son talent d’écrivain. Il a écrit depuis 1972, plusieurs ouvrages sur François Mitterrand. Il a toujours suivi le président de près, tenant constamment à conserver et à honorer son rôle de journaliste indépendant. Après la mort du président, Giesbert décida de refondre ses ouvrages en un seul : François Mitterrand, une vie, une biographie scrupuleuse et profonde, portrait saisissant d'un personnage insaisissable.

 

Acheter le livre d'occasion François Mitterrand. Une vie sur livrenpoche.com

 

Ce garçon est très cultivé, sa plume est fort bien aiguisée, comme en témoigne son dernier billet littéraire intitulé Saint François Mauriac, priez pour nous ICI

 

Pour le cinquantenaire de la mort de l’écrivain journaliste, son mythique Bloc-notes est réédité. Un bonheur de lecture et d’intelligence qui ne doit pas faire oublier les travers du personnage…

 

Je le lisais lorsqu’il était publié dans Le Figaro littéraire.

 

FOG s’en donne à cœur joie je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager sa verve.

 


En apesanteur. Francois Mauriac dans son domaine de Malagar, en 1959.

 

En littérature, il y a plusieurs types de journaux. Ou bien ils sont à la gloire de l’auteur, qui travaille à son autopromotion. Ou bien, chose plus rare, ils auraient pu être écrits par son pire ennemi. Ou bien ils racontent une époque. Le Bloc-notes de François Mauriac, paru dans L’Express, puis dans Le Figaro littéraire, procède des trois genres en même temps.

 

On dit souvent de Mauriac qu’il était meilleur chroniqueur qu’écrivain. Le poète et le dramaturge sont oubliés, recouverts de pelletées de terre. Quant à l’auteur du Sagouin ou de Thérèse Desqueyroux, il n’a certes jamais cassé trois pattes à un canard, mais c’était un bon façonnier, une sorte de Maupassant de poche du Sud-Ouest qui sait trousser des histoires.

 

Le chroniqueur rehausse-t-il le romancier ?

 

Le tenancier du plus célèbre des Bloc-notes écrit pur, sans gras, en se regardant sans arrêt dans la glace. Aussi décrépit soit-il, il s’aime comme s’il avait 20 ans. Ivre de componction et de contentement, il ne rate jamais une occasion de se tresser des couronnes, n’hésitant pas à épiloguer longuement sur la grand-croix de la Légion d’honneur qui lui est décernée, sur proposition du général de Gaulle, en 1958.

 

Homosexuel caché, contrairement à André Gide ou à Julien Green, il est perpétuellement dans la pose et ne nous offre jamais un moment de doute, d’abandon. Aspergé d’eau bénite et confit de bons sentiments, son Bloc-notes sent cette odeur de renfermé si particulière des sacristies, les anciens enfants de chœur me comprendront. Pour un peu, on dirait que Mauriac concourt pour une place dans Le Grand Livre des saints, entre saint François d’Assise et saint François de Paule.

 

Au fil des pages et des jours, Mauriac repousse toujours plus loin les limites de la fatuité. Il revient souvent sur son « œuvre », un mot qu’il affectionne, son prix Nobel reçu en 1952, ou encore les dernières nouvelles de l’Académie française, dont il aura été l’un des parangons pendant près de quatre décennies. Il ne souffre pas qu’un gougnafier ait osé écrire que sa littérature « n’avait pas de dimension cosmique » et lui répond, blessé, en long et en large, qu’il ne se sent pas à l’étroit dans le monde intérieur, celui des âmes.

 

Il y a beaucoup de puérilité dans ce grand homme qui ne cesse de se rapetisser en érigeant sans répit sa statue. Un comportement assurément peu catholique quand on a tout le temps le mot de Dieu à la bouche. Tout le contraire de celui de l’immense Simone Weil, qui écrivait dans La Pesanteur et la Grâce que, pour accéder à la vérité du monde, il faut « se dépouiller » de sa « royauté imaginaire ». Devant la bouffissure de Mauriac, on a envie de l’inviter à descendre un moment de son ciel pour lui intimer, comme les anciens maîtres d’école, d’écrire cinquante fois sur son cahier la grande phrase de l’Ecclésiaste, qui ne figure manifestement pas parmi ses lectures : « Vanité des vanités, tout est vanité. »

 

D’où vient, alors, l’espèce de fringale qui vous prend quand on entame la lecture de ce monument journalistique qu’est ce Bloc-notes publié en coédition par Robert Laffont et Mollat dans la collection « Bouquins » ?

 

 C’est que ce livre nous parle de nous et qu’il est resté incroyablement actuel quand l’auteur évoque, par exemple, « l’effroyable disproportion entre l’Histoire et les petits hommes qui se bousculent pour la faire ».

 

Ou quand il note qu’en France « la droite et la gauche sont la trop équivoque expression d’une inimitié foncière, enracinée dans les siècles ». Et de rappeler qu’après les Gaulois et les Francs, les seigneurs du Nord contre les Albigeois, « Armagnacs et Bourguignons, huguenots et catholiques, patriotes et émigrés, antidreyfusards et dreyfusards, collaborateurs et résistants donnent des noms successifs à cette haine ininterrompue, diversement colorée par les remous de l’Histoire. »

 

S’il porte à de Gaulle le regard énamouré que devait avoir, dans sa grotte de Lourdes, Bernadette Soubirous pour la Vierge Marie, c’est parce que le Général a été l’un des rares personnages historiques à réaliser la synthèse entre toutes ces passions, ces remugles. Ce qui n’empêche pas Mauriac d’avoir un gros faible pour Mendès France ou un petit pour Mitterrand.

 

Un style qui perce, éventre, dépiaute, comme une épée, où s’enchaînent les vacheries sur ses contemporains et les formules qui claquent.

 

Rajeunir en vieillissant. Pour couronner le tout, fascinante est la prescience de Mauriac qui, avec son œil de lynx, lui permet d’avoir plusieurs années d’avance sur tant de sujets, à commencer par l’inévitable décolonisation en Algérie ou le nécessaire retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958. Avec ça, un style qui perce, éventre, dépiaute, comme une épée, où s’enchaînent les vacheries sur ses contemporains et les formules qui claquent : « Il ne sert à rien à l’homme de gagner la Lune s’il vient à perdre la Terre. »

 

Ces pages sont un bonheur de lecture et d’intelligence. Il serait complet si l’auteur consentait, de temps en temps, à laisser son habit vert d’académicien brodé d’or sur un portemanteau pour se présenter à nous nu et sans apprêt, comme un écrivain, un vrai. Même si, comme l’observe son préfacier et biographe Jean-Luc Barré, il n’a cessé de rajeunir en vieillissant, il y a chez Mauriac quelque chose qui le retient sur son estrade où, toujours en représentation dans la comédie des apparences, il n’est jamais vraiment lui-même.

 

En attendant, ses chroniques sont très souvent irrésistibles : avec ses contradictions et son honnêteté, il nous donne une grande leçon de journalisme, denrée périssable s’il en est. Obsédé par la postérité, ce « discours aux asticots », comme disait Céline, François Mauriac croyait qu’il y accéderait par la littérature. Las ! C’est, ô paradoxe, la recension de l’éphémère qui l’a sorti du purgatoire où il purgeait sa peine depuis sa mort, en 1970.

 

Son Bloc-notes reste un témoignage incomparable sur un temps englouti que les moins de 40 ans ne peuvent pas connaître et dont il égrène, entre fulgurances, bondieuseries, saillies ou nécrologies, les notes d’un long glas. Il nous prouve la débilité du vieux dicton qui prétend que le journalisme mène à tout, à condition d’en sortir.

Que resterait-il de son « œuvre » sans ce magistral et majestueux Journal ?

 

Le Bloc-notes, de François Mauriac. Préface de Jean-Luc Barré, édition établie et annotée par Jean Touzot (« Bouquins », Robert Laffont/ Mollat, 2 tomes, 1 344 p., 32 € chacun).

 

Le bloc-notes. Volume 1, 1952-1962 Le bloc-notes. Volume 2, 1963-1970

 

À lire aussi Correspondance intime, de François Mauriac. Réunie et présentée par Caroline Mauriac (« Bouquins », Robert Laffont, 768 p., 30 €). François Mauriac, biographie intime, de Jean-Luc Barré (Éditions Pluriel, 736 p., 15 €).

 

Partager cet article

Repost0
10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 06:00
C'est parti pour une nouvelle campagne de vendanges chez Alice et Olivier de Moor. Et ça pourrait être pire ! Une tarentelle pour commencer !

À genoux sur un prie-Dieu, je me bats la coulpe, me couvre la tête de cendres, je confesse, qu’encore gamin, à l’école d’agriculture de la Mothe-Achard, dans les vignes d’hybrides à numéros et cépages interdits, du frère Bécot, maintenant chers à Lilian Bauchet, je détestais vendanger. Passer mon temps de travaux pratiques, 3 heures chaque matinée, à couper des grappes avec un sécateur me paraissait une geste bien peu à la hauteur de mon futur métier de paysan que je n’embrasserai jamais.

 

Dans les vignes du pépé Louis, du même acabit pour les cépages, je préférais conduire Nénette, notre vieille jument, le tombereau plein de grappes de raisins. Ce que j’aimais au Bourg-Pailler, c’était le vieux pressoir monté sur des roues en fer qui, en la période de vendanges, était installé sur le trottoir du devant de la bâtisse. Un monument de bois circulaire, ses grosses poutrelles entassées autour de la vis sans fin, le cliquetis de la lourde presse actionnée par une longue tige en fer, enfin le jus blanc ou rouge qui s’écoulait mousseux dans la vasque de bois, la pompe à mains, le gros tuyau qui s’étalait jusqu’à la cave, les gros tonneaux juste méchés, et dire que ce vin naturel allait sombrer devenu piquette bientôt couvert de fleurettes. Ma fonction à la maison était d’aller emplir les litres en tournant la clé encastré tout en bas du tonneau.

 

J’ignorais que la mention « vendangé à la main » allait devenir une marque de résistance

 

Et puis, je suis entré dans le vin par la politique, mais ça c’est une autre histoire…

 

 

Ce matin, ce sont Alice et Olivier de Moor qui tiennent ma plume, du côté d’Olivier c’est aussi le pinceau.

 

Quelques petites nouvelles des vendanges. Après ce début et cette tarentelle, qui avait quelque chose d’une veillée d’armes. L’exercice de communication sur cet outil est de dire que tout va bien, et que si ça va mal c’est de la faute des autres ou bien que le ciel nous a maudit. Alors maudits les pinots noirs de mes amis qui ont fondus comme neige au soleil. Il y a de grosses questions à se poser.

 

Du côté de Chardonnays, on a eu de la chance. Même si la situation est hétérogène. Une petite photo des grappes millerandée des Monts de Milieu en est la preuve. Car depuis quelques temps nous travaillons deux premiers crus. Et je dois bien avouer que non seulement je ne pensais jamais en travailler, et qu’en plus cela ne provoquait aucun manque chez nous. Je me souviens encore des gens qui nous regardaient de haut de ce fait. Ils n’imaginaient pas comment cela pouvait nous stimuler que de se moquer de cette hiérarchie. Qui reposait sur quoi, et qui repose encore sur quoi ?

 

 

Bien entendu cela me renvoie à des notions de peinture, que j’utilise comme un exutoire. La lecture récente d’ « Histoires de peintures» de Daniel Arasse fourmille d’anecdotes et d’explications qu’on peut utiliser à propos pour éclairer ce monde du vin. Alors ici comment ne pas utiliser Chardin maitre de la nature morte méprisée et renvoyée à un rôle secondaire de décors. Et Daniel Arasse d’expliquer son travail d’historien de la peinture :

 

LIVRE/Folio réédite encore une fois "On n'y voit rien" de Daniel Arasse -  Bilan

 

« J’ai personnellement une très grande admiration pour les artistes, quel que soit leur médium et même s’ils ne sont pas très bons, parce qu’ils prennent des risques. Ils partent de rien pour en faire quelque chose. L’historien ou le critique, de son côté, part de quelque chose pour en faire autre chose, ce qui est très intéressant mais secondaire. Je pense toujours à cette phrase de Chardin que rapporte Diderot dans sa préface au Salon de 1765 ou 1767 : Chardin était responsable de l’accrochage des tableaux (titre très important qui lui donnait le pouvoir de mettre en avant ou de désavantager un tableau), il dit à Diderot, après lui avoir fait visiter le Salon : « Monsieur Diderot, de la douceur... », avant que celui-ci ne commence à descendre sauvagement les peintres... »

 

 

Cependant dans les « Mont de Milieu » tout se télescope, s’entrechoque. Je ne peux m’empêcher de penser ici à plus de mille ans de vigne, de couches successives de travail et d’interprétations de ce lieu. Depuis ces possibles moines de l’ordre de Saint-Martin qui venant de Tours auraient ramené avec eux la vigne. Fuyant la Loire qui portait Drakkars. L’ami Patrick Baudouin un rien taquin m’avait dit qu’ils avaient dû ramener du Chenin. Donc en quoi peut-on avoir un intérêt à se confronter à une telle histoire. On peut considérer que ...la messe est dite. Que nous ne sommes plus là que pour reproduire des gestes devenus perpétuels, une règle.

 

Vous le croyez vraiment ?

 

On se heurte alors à ce socle que l’on pourrait qualifier d’anthropologique, avec la petite liberté que l’on veut encore préserver comme une interprétation. En imaginant ce premier moine qui a peut-être planté de la vigne ici, ou juste à côté.

 

 Quelle idée le traversait ?

 

Avait-il une idée de la suite ?

 

Le vigneron ici doit-il encore se poser des questions de son individualité ?

 

Daniel Arasse me sauve une nouvelle fois :

 

Le Détail : Pour une histoire rapprochée de la peinture

 

« Il y a deux autres façons de cadrer le détail, bien qu’il échappe toujours. Je me sers de l’italien, qui souvent rend les choses très claires. Il y a d’abord le détail particolare particolare, le détail de quelque chose de représenté, un endroit particulier de la chose représentée. Par exemple la croûte dans un morceau de pain est un particolare. Il existe dans la tableau comme détail de la chose représentée. L’autre, c’est ce que l’italien appelle le dettaglio, « détail » en français, qui implique quelqu’un qui découpe, comme de la viande au détail, comme le boucher qui découpe au détail. Il en va de même pour un tableau. Tout spectateur détaille son tableau, il le découpe. Quand vous regardez un tableau ou une photo, vous avez certainement une vue d’ensemble, mais qu’est-ce que l’on voit quand on voit l’ensemble ? J’aimerais le savoir. On perçoit l’ensemble, mais quand on commence à regarder, l’œil va s’attacher à certains éléments. Il va non pas découper physiquement, mais isoler, mettre en relief, avec une zone de flou autour, des éléments qui sont des détails. Mais ce ne sont plus les mêmes que les premiers. Ce sont à présent les détails, produits par chaque regardeur ou regardant de tableaux. »

 

Alors plutôt du côté particolare Mont de Milieu avec ses raisins régulièrement millerandés, et du côté dettaglio une vigne travaillée grâce à Valérie  dont le sol est entretenu par le labour des chevaux de Cyrille Prestat, travaillée proprement en bio, vendangée à la main, et dont les jus sont maintenant en fûts et dans une amphore.

Partager cet article

Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents