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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 06:00
Tribulations d’un Strasbourgeois en Boboïne mais qu’est-il allé faire dans ce repaire de naturistes qu’est la Lapin Blanc à Ménilmontant ?

Mes lecteurs, oui, oui, j’en ai, me lisent, pour preuve la plus petite erreur en fin de chronique m’est immédiatement signalée, certains m’abordent dans les restaurants, d’autres m’écrivent, même le Michel Bettane, pensez-donc, puisqu’il commente mes chroniques lorsqu’elles lui hérissent le poil.

 

 

Mais, parmi mes lecteurs il y a un cas, commentateur assidu, chic vieille France, cultivé, grand amateur de vin, tout ce que je ne suis pas moi le péquenot vendéen monté à Paris.

 

 

Et voilà que ce cher homme, pour des raisons professionnelles, débarque à Paris en compagnie de madame. J’en suis averti par mon service personnel de renseignement du haut de Ménilmontant : “ un de tes lecteurs de Strasbourg a réservé pour 19 h au Lapin…”

 

 

Fort bien, si maintenant je favorise le petit commerce en jouant les petits Lebey ou autre Pudlo, ça me va très bien. Mais, le rédachef qui sommeille toujours en moi ne va pas rater une si belle occasion de mettre notre homme à contribution.

 

 

Ce que je fis ICI.

 

 

La réponse fut OUI.

 

 

Mais le temps passait, notre homme niaisait. Il fallut un événement fortuit pour qu’il m’envoya enfin sa copie.

 

 

L’homme est disert, alors pour donner de l’air à son texte j’ai introduit des titres en italique.

 

 

Rien de plus, rien de moins, même si ma plume m’a fortement démangé, telle est la philosophie de mon espace de liberté.

 

 
 

Où le dénommé Pax se prend pour Georges Marchais.

 

 

- Chérie fait les valises on va à Paris !

 

 

- Chic on va magasiner !

 

 

Zut, c’est peut être pas la bonne idée de l’emmener, je crains la surchauffe de nos cartes bancaires.

 

 

Mais après tout, c’est mon épouse préférée et puisque la raison essentielle de ce voyage est une invitation professionnelle frais de déplacements payés cela nous fera un petit crédit à dépenser.

 

 

- Vous vous occupez des spectacles à voir vendredi et samedi ?

 

 

- On achètera PARISCOPE à la gare.

 

 

Au temps de la marine à voile il fallait 7 heures pour rejoindre Paris en locomotive à vapeur !

 
 

Dans le TGV dernière formule (+/- 2 h) nous cherchons les spectacles intéressants en essayant de nous souvenir des critiques du CANARD ENCHAINE et les expositions possibles pour les après midi.

 

 

Le lèche vitrine soit mais pas seulement.

 

 

On ne réalise pas que nous roulons à 320 à l’heure. Cela laisse songeur. Ce que c’est que nous autres ! La dernière heure paraît aussi longue que les deux dernières heures du trajet quand il durait quatre heures. Je me souviens, lors d’un des tous premiers voyages, avoir fait observer à une enfant accompagnée de ses parents que, lorsque j’avais son âge, le trajet durait sept heures. Bien que ses parents opinaient de la tête, je ne sais si elle a compris ce que l’émotion m’incitait à faire partager.

 

 

Gare de l’Est, tout le monde descend ! Taxi !

 

 

A Paris, pour un court séjour je privilégie le taxi à l’hôtel ; pour moi le luxe c’est cela, et je pense à la classe de cet épicurien qu’était Bernard FRANK qui à chaque commande de taxi précisait : « Même de loin !»

 

 

Où le dénommé Pax s’installe sur mes terres et abandonne sa moitié dans l’horreur du temple de Toubon place d'Italie

 

 

Les bagages déposés à l’hôtel rue de Tolbiac il nous reste le temps de déjeuner avant de nous séparer. Non loin, rue BOBILLOT, un vrai bistrot de quartier nous sert un tartare préparé accompagné d’une bière pour Marie Louises, des œufs mayo et des harengs pommes à l’huile des plus honnêtes avec un verre de Macon blanc pour moi et tout cela avec le sourire. Ce séjour semble être des plus prometteurs

 

 

Marie Louise me rejoint pour le cocktail du soir clôturant ma manifestation ; elle me raconte son après midi au centre commercial monstre de la place d’Italie – nul, archi nul – et le quartier de l’hôtel «  La Petite Alsace » qu’elle a parcouru.

 

 

Vendredi matin programme : passage obligé chez ce couturier Italien créateur d’un parfum qui enchante Marie Louise et qu’on ne trouve qu’à Paris.

 

 

- Et après ?

 

 

Où Pax regrette le temps du bonheur des dames

 

 

- Si vous voulez le BON MARCHE puis déjeuner au PIED DU FOUET rue de Babylone. Et après ces fantaisies nous passerons aux choses sérieuses : le musée BOURDELLE. Ce sculpteur a la renommée immense de son vivant est mis un peu à l’écart aujourd’hui alors qu’il assure une transition incontournable entre RODIN de vingt ans son ainé et la sculpture contemporaine. J’y ai un intérêt personnel.

 

 

 

En route mi flânant mi marchant nous examinons toutes les plaques affichées sur les murs et devisons à la mode de VIGNY : «  Tranquille cependant Charlemagne et ses preux descendaient la montagne et se parlaient entre eux »

 

 

Le BON MARCHE : pour être clair il n’y a rien de BON dans ce qui se révèle être un temple de la frime et de la kitchitude et rien de bon marché bien sur. Du marbre, des stucs, du laiton partout. Ca brille au point que l’on comprends pourquoi tout le monde, clientes et vendeuses portent des pantalons. On déambule comme dans une églises de chapelles latérales en chapelles latérales chacune consacrés qui à Saint DIOR, qui à Sainte CHANEL etc. etc. Chacune de ces alcôves ne présente que très peu d’articles de la marque comme pour en accentuer la valeur (pièces rares et uniques !) La JOCONDE au LOUVRE est moins bien traitée 

    

                          Les servants de messe de tout sexe et tout de noir vêtus  semblent ne pas savoir comment passer le temps. On les interroge discrètement pour savoir pourquoi ces mines grises et ce noir généralisé. Est ce que Bernard ARNAULT serait soudain décédé ? Portent ils le deuil des 400 000,00 € que le cher homme a du payer au fisc au titre des plus values générées par son raid raté sur HERMES. Sourire pincés et visages hautains.

    

                                                    Nous quittons les lieux en quête d’air moins frelaté et de monde réel. En fait, grâce au BON MARCHE vous pouvez faire de sérieuses économies. Ce lieux doit vous donner une idée de ce que doivent être les centres commerciaux géants des pétromonarchies et ainsi vous éviter le voyage.

 

Oui le Pied de fouet d’Andrée et de Martial a disparu en ce temps-là il n’y avait pas de salle à l’étage

 

 

Après un grand éclat de rire nous reprenons notre déambulation vers le bistrot prévu pour midi. Je précise à Marie Louise que ce fût, un temps la cantine, sacré veinard, de Jacques BERTHOMEAU collaborateur de Michel ROCARD qui y avait son rond de serviette. Nous arrivons au PIED DU FOUET et MLA de s’exclamer : « Mais j’y est déjà été ! »

 

Personnellement aussi lorsque, mes séjours parisiens étaient plus fréquents et que j’arpentais la capitale « Petit Lebey des bistrots de Paris » en main. On nous propose en haut ou en bas.

 

Nous choisissons en bas sans savoir si c’est ce qui est mieux mais par rapport au service chez LIPP ou les touristes incultes sont envoyés à l’étage. Carte en main, devant 2 verres de Touraine en guise d’apéritif on tourne la tête dans tous les sens pour retrouver le décor immuable, le casier à serviettes, et essayer de repérer les convives touristes comme nous ou les habitués. (Nous n’avons vu personne prendre son rond de serviette – légende ou réalité ?) La marche donne faim alors, comme nous n’avons pas à travailler l’après midi, foin de la frugalité : entrée, plat, fromages ! accompagné d’un verre pour chaque plats, brouilly, chinon, côtes de Gascogne et vogue la galère. On se régale de ces plats simples : rillettes d’oie, œufs mayo, entrecôte, confit de canard dans une vrai ambiance de restaurant, bruits de couverts, de conversations et surtout, pas de musique, pas de musique ! Tout cela par un service alerte et souriant qui fait mine de ne pas s’amuser de notre coté évidemment provincial. Et en plus ,offre d’une larme de cognac au comptoir en attendant de taper son code bancaire. Ambiance agitée certes mais pas de bousculade. On est loin de l’atmosphère guindée, coincée et obséquieuse du BON MARCHE. On souffle, on revit.

 

Et ils ne sont pas allé, hé, hé, à la Fondation Louis Vuitton !

 

Pourquoi le musée BOURDELLE ? Nous possédons un bronze représentant Beethoven du fondeur Susse marqué IX Symphonie et attribué à ce sculpteur très inspiré par ce compositeur tout au long de sa carrière. Choux blanc on ne trouve rien de semblable. Il faudra prendre contact avec le conservateur. En revanche on apprend que GIACOMETTI fréquentât l’atelier du Maître même s’il s’en défendit avec insistance par la suite. Sujet intéressant qui va modifier le programme de notre séjour.

 

Après midi libre comme ont dit dans les programmes des voyages organisés.

 

Dîner au drôle de Terrier de Ménilmontant mais qu’est-il allé faire dans ce repère de naturistes ?

 

De l’hôtel, taxi jusqu’aux hauts de Ménilmuche (Faisons provincial jusqu’au bout. Il y a fort à parier que plus aucun parisien n’utilise ce mot.) Bien nous a pris de recourir au taxi. La cote est raide, pleine de travaux et de « piétons prenez le trottoir d’en face » Un panneau sur le trottoir posé en forme de jeu de carte nous indique que nous y sommes. Pile poil à l’heure – 19h à la provinciale- nous entrons quelque peu intimidés dans ce lieu objet de tant de chronique du Taulier. Il y a déjà suffisamment de monde pour ne pas avoir l’air de ceux qui dans les réceptions «  allument les bougies » tant ils sont à l’avance.

 

                                                       Accueil souriant, mais un peu réservé. Un peu dubitatif certainement devant ces gens qui viennent de Strasbourg pour dîner chez nous ? Une petite table en vitrine, pas de vestiaire ou du moins de crochet pour manteau écharpe etc. on se cale comme on peu et commandons un apéritif : des «  bulles » .Il y en a deux sur la carte. Un de chaque ce qui nous permet de goûter à tous et d’échanger nos impressions. Préférence pour le plus doux sans que cela fasse de ce vin un frères d’un Vouvray ; même pour Marie Louise dont les goût vont d’habitude à ce qui est plus sec.

 

                       Le temps aux verres d’arriver, je fais le tour du propriétaire pour m’imprégner des lieux et pouvoir me les remémorer lors des prochaines chroniques du Taulier. Je passe ainsi en revue toutes ces dames affairées derrière leur comptoir qui sourient, quelque peu amusée. Au fond de la salle un immense affiche d’un vieux film de CHABROL (1968) « Les Biches » avec La très jolie Jacqueline SASSARD (un mélange de Anne HATHAWAY et de Jeanne TRIPPLEHORN avant leur, ceci pour les plus jeunes) Étonnement, je ne m’attendais pas à ca : 48 ans après ! On m’explique que c’est le cadeau d’un ami à force d’entendre ces dames s’appeler ma biche à tout bout de champ. Un lapin blanc, des biches, est ce vraiment un resto ?

 

Je retourne sagement m’asseoir à ma place : la salle commence à se remplir. Nous attaquons nos plats : des terrines et pâté pour moi, un fromage cuit aux poires pour Marie louise. Les vins sont servis au verre, en présence de la bouteille plutôt genre pot de Beaujolais avec une étiquette sommaire plus ou moins farfelue. On nous précise à chaque fois l’origine avec plus ou moins des mines de dealer  vous proposant une bonne occase. Les vins sont finalement, comme tout le reste, bon enfant. Ils ne laissent pas indifférents et sont plus que des vins de soif. Ils n’en jette pas : bel équilibre en bouche confirmant la bonne impression faite au nez. Peu de longueur sans être court et suffisamment amples pour réjouir le palais. Je retiendrais surtout un «toucher soyeux » qui évite le commentaire usuel regrettant le manque de fondu de beaucoup de vin (pas pour autant forcément mauvais). Désolé je ne vais pas commencer à énumérer les arômes que l’on pourrait retrouver dans ces vins. Cela fait longtemps que je ne joue plus à ça surtout que désormais j’ai une occupation  assez prenante à savoir, goûter des fruits et y chercher des arômes de cépages. Enfin pour être complet ces vins tous natures nous précise t’on à chaque fois manque un peu de puissance : voilà !

 

                           Il est temps de quitter les lieux qui se sont remplis entre temps permettant à l’ambiance de s’installer. Mon caractère bonnet de nuit me fait me coucher comme Marcel ; dommage plus tard cela doit être moins sage que lors de notre dîner. Quand au brunch dominical il vaut peut être le voyage.          

 

Quoi dire enfin du LAPIN BLANC et de ses Biches ? Tout d’abord que c’est un lieux et une cuisine atypique, plein de la personnalité de ces dames qui sont certainement à prendre ou à laisser. Tout respire le plaisir à être et à faire : plaisir qui est communicatif si on laisse dehors, habitudes, préjugés et certitudes. Psychorigides et bien pensants passer votre chemin. Un lieu difficile à cerner et à classifier, ni vraiment restaurant, ni uniquement bar. Mais après tout en s’en fou, c’est le LAPIN BLANC. Mais langue de pute je suis, langue de pute je reste. Après avoir dit tout le bien que je pensais du lieu des folles nuits de notre Taulier décochons la flèche du Parthe, terrines, pâtés et rillettes sont un peu grasses (mais peut être n’avons nous pas les mêmes valeurs !)

 

Où Pax zappe Giovanni Passerini le meilleur de l’Italie à Paris !

 

Dernier jour. Le rapprochement GIACOMETTI/BOURDELLE nous incite à visiter l’exposition au Musée PICASSO ou l’on présente une confrontation entre ces deux artistes majeurs du XX éme siècle. BOUAH ! Encore une idée de l’intelligentsia ! Rien de plus artificiel et qui ne démontre rien même si Philippe DAGEN se fend d’une demi page dans LE MONDE pour faire l’éloge de cette exposition sans convaincre car manifestement elle est bancale. Une confrontation pourquoi pas mais pour le démontrer, à l’évidence ou avoir l’honnêteté de reconnaître que si la confrontation méritait d’être tenté elle tourne finalement à vide. Foin de toutes ses notices, légendes des œuvres, textes tirés par les cheveux (abondant chez Alberto et inexistant très tôt chez Pablo) et patin couffin.

 

Le soir devait être consacrée à une visite imprévue dans ce restaurant italien qui le samedi soir fait bar sans réservation et bien sûr recommandée par le Taulier.

 

Fatigues, on jette l’éponge. Retour à l’hôtel. La faim fait sortir le loup du bois et les touristes affamés de l’hôtel trouvant idiot de grignoter dans la chambre quand on est à Paris ou on le sait il n’y à de bon bec nulle part ailleurs On flâne et après moult lecture de carte aux devantures des restaurant du quartier on arrive à « L’Avant Goût »** carte alléchante ambiance cosy : complet ! Il est 20 h : quand arrive votre dernière réservation ? 21 h 30 – nous serons parti d’ici là, garanti ! On nous installe, service efficace et chaleureux. Plats revisités avec goût et précisions, carte de vins originale sans affectation. Une belle fin de séjour grâce à des professionnels qui savent ce que restaurer veut dire alors que très souvent, dans pareil cas on se fait jeter avec un souverain mépris : « mais pour qui il se prend celui la, n’a qu’a réserver comme les autres » (Faux professionnel qui se rengorge parce qu’il est plein et se croit arriver parce qu’il peut renvoyer du monde.)

 

Beau séjour en somme plein de belles et bonnes rencontres qui renvoie aux oubliettes le parigot tête de veaux/ parisien tête de chien et donne une envie de revenez y.

 

Lutzelhouse le 25 novembre 206

 

 

*     Le voyage à Paris – titre d’une pièce du répertoire du théâtre alsacien de Gustav STOSSKOPF               

**    Ne soyons pas égoïste bien qu’excentré ce restaurant vaut le déplacement 26, rue Bobillot 75013 Paris

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28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 06:00
Les Ignorés 2 : « Bah ! Je sais bien que c'est pour des sous que vous venez et pas pour mes beaux yeux ; des sous je n’ai point : plus une brebis, plus un agneau, plus rien ! »

Et Fred de poursuivre: « ...donc, jeudi dernier, vers 17h, une charmante dame se pointe à la ferme au volant de sa voiture de service; accueil mitigé des deux bergers beaucerons, par précaution elle klaxonne. »


Edgar sortant de la grange :


- Qu’est-ce que vous me voulez encore ? clame-t-il suspicieux.


Elle abaisse la vitre juste à hauteur des chiens silencieux mais peu souriants.


- Monsieur Samson ? Edgar Samson ? Bonjour Monsieur ! Désolée de vous déranger, mais vous avez dû recevoir mon avis de passage ?


- Sais pas, j’n’ouvre point l’courrier !...


- S’il vous plaît pourriez-vous ranger vos chiens, si l'on pouvait se parler au calme.


- Dame ! Vont point vous bouffer, sont braves !...


Il les enferme dans la remise à bois.


- Entrez donc et regardez pas le décor, je n'ai plus de femme de ménage.


Il repousse une assiette sale et un croûton :


- On va se mettre là ! Voulez-vous un café ? dit-il écartant le chat endormi sur le banc.


- Non merci j'en ai pris il y a 10 mn dit-elle contemplant la pièce en désordre.


- Je suis Madame Pichon de votre caisse d’entraides mutuelles, la CREM* dit-elle en allumant son ordinateur. Voici l'objet de ma visite Monsieur Samson, à cette heure vous accumulez un énorme retard de cotisations ...


- Bah ! Je sais bien que c'est pour des sous que vous venez et pas pour mes beaux yeux ; des sous je n’ai point : plus une brebis, plus un agneau, plus rien ! A mon âge croyez-vous que c'est une situation ?! J'en suis à attendre les mandats de ma pauvre fille qui élève seule ses deux gamins ! Vous trouvez ça normal vous ?


Les doléances des ruraux, Anne Marie Pichon en entend : rodée à la législation complexe du monde agricole, elle anime les stages de sensibilisation de la Caisse Mutuelle ; en professionnelle avertie, elle connaît les sautes d’humeur de ces gens souvent acculés au désespoir. Issue de ce milieu elle sait maintenir le dialogue tout en restant ferme sur les objectifs : récupérer les arriérés de cotisations.


- Vous aviez reçu de nombreux rappels et votre cas a été mis au contentieux d’où ma visite. À ce jour, nous vous réclamons trois années d’impayés auxquels s’ajoutent les frais de dossier et d'huissier. Vous êtes d'accord ? Ça fait bientôt trois ans que l’on vous informe...

 

- Qu’on m’informe, qu’on m’informe ! Qu’on me menace oui ! J'ai demandé un étalement à une dame au printemps, j’ai même passé une matinée dans vos bureaux avec de la moquette jusqu’au plafond, des ordinateurs et des machines à café que c’est payé avec nos sous et j’ai même fait appel aux gens du syndicat, la Confédération Rurale là ! Vrai ou faux ?


- Si vous le dites Monsieur Samson ! Je vous crois; pour ce qui me concerne je vous réclame à ce jour les douze mensualités plus les frais ; il vous est possible de demander un recours gracieux pour ces frais en remplissant ce formulaire destiné à la Commission de Recouvrement.


Elle sort un imprimé et lui tend un stylo : vous écrivez là « Bon pour accord » en toutes lettres, la date et vous signez ici.


J’écris rien... j’signe rien et vous vous me débarrassez le plancher, ça suffit vos conneries : payer pour rien toucher quand on est dans la mouise ! Terminé !


Edgar exaspéré se lève et sort dans la cour ; Anne Marie paniquée à l'idée qu’il va libérer les chiens se précipite vers sa voiture : faisant volte-face, il lui saisit le bras et la plaque brutalement contre l’auto.


- Arrêtez Monsieur Samson, ne faites pas ça, vous pourriez avoir de graves ennuis !...


- Ma belle j'en ai d'jà plus qui n’en faut alors tu vas pas t’en tirer à la parlote et il l'entraîne vers la bergerie désertée.


Les chiens hurlent dans leur réduit. Terrorisée, Anne Marie découvre ce hangar vide, l’odeur âcre du fumier, les mangeoires encore pleines de foin odorant, des ficelles bleues en vrac sur les balles. Le paysan prend une des ficelles au passage et saisissant les poignets de la femme les lui attache sans ménagement ; elle hurle « A l’aide, au secours !.. » sa voix résonne sous les tôles, les aboiements couvrent ses cris. Ce secteur tout au bout du village est peu fréquenté : les premiers voisins sont à plus de 100 mètres. Elle lance un coup de genou, tente de le déséquilibrer comme elle voit faire ses enfants au cours de judo.


Mais l’homme est alerte, il esquive et la culbute, nez dans les crottes de mouton ; elle sent la peur l’envahir, une peur sourde : il faut le calmer, le distraire, lui parler simplement mais elle ne peut articuler une phrase...


- Ah ma belle pintade tu fais moins ta maligne à présent hein ! Tu vas voir de quel bois on se chauffe chez les Samson... !


Il lui colle un genou sur la nuque comme il faisait à ses brebis aux tontes de printemps et lui passe un autre lien autour des chevilles.


Le désespoir l'envahit, elle sanglote incapable de prononcer un mot : elle aurait voulu lui donner un coup de pied, un coup de tête, le mordre : trop tard et ça va mal finir. Tirant de sa poche un mouchoir crasseux, comme dans un western de série B, il la bâillonne puis la chargeant tel un ballot sur l'épaule se dirige vers le pré derrière le bâtiment.


- Et maintenant tu vas apprendre la campagne, t’auras toute la nuit pour réfléchir à ton boulot de merde mais, rassure-toi, demain y fera jour !

 

Il la redresse contre un vieux pommier, défait son ceinturon pour tel un condamné au poteau d’exécution l’attacher au tronc : tu vois, y reste deux crans, je pourrais serrer plus fort mais c’est juste pour te donner une bonne leçon et que tu pisses dans ton froc comme un vieux.


Il regagne la cour maintenant dans la pénombre et libère les chiens.

Dans la cuisine sur la table, l’ordinateur et les documents : il s’en saisit et les balance dans la cheminée où mouronnent quelques braises, puis se réchauffe le café du matin, le calva à portée de main il s’en verse une bonne rasade.


- Tiens ça va me remettre les idées en place » ... quand une détonation soudain le fait sursauter : l'ordinateur brûle en crépitant, l'écran vient d'exploser.


Mathilde : « Mais cette pauvre femme est restée attachée toute la nuit à son arbre ?


- Attends, je t'ai dit que ça finissait en tragédie, un peu de patience ma chère ...

 

Pendant ce temps, au verger, notre Anne-Marie se repasse le film des événements : elle tremble, la fraîcheur tombe sur le vallon, une chouette lance son cri aigre: « Comment ai-je pu me retrouver dans ce guêpier ? A quel moment ai-je dérapé pour que ce vieux se transforme en tortionnaire ? Et qui va s'inquiéter ? Au siège à cette heure il n’y a plus que les femmes de ménage et le gardien de nuit. Et les enfants ?!


Sa vue s'adapte à la nuit, derrière, elle perçoit des bruits étranges dans les fourrés : un blaireau peut être ?


C’est dangereux ces bestioles, comme le père Samson et ses sales clébards qui vont me bouffer...


Le bruit de sa voiture qui démarre, la marche arrière qui grince : Edgar s'enfuit au volant de sa voiture de service … Cette fois, ça va vraiment mal se terminer !

- Et j’imagine qu’elle sera dévorée par les chiens comme Ste Blandine ? demandais-je.


- D'abord Ste Blandine n'a pas été dévorée, les méchants lions ont refusé de jouer le jeu et je te rassure notre séquestrée s’en est sortie » poursuit Fred qui, saisissant le journal posé là, l’ouvre à la page « faits divers » : tiens la suite, la voilà ! et maintenant on va pouvoir passer à table !...

- Mathilde ! Sois mignonne, lis nous le papier de Fred pendant que je m’occupe du feu dis-je en quittant mon siège pour allumer le barbecue. 

 

- Alors non seulement Madame se tape la cuisine mais en plus elle doit lire le journal car Monsieur est occupé !... ben tu le liras toi-même, moi, je vais faire un tour de jardin c’est magnifique tous ces beaux asters ...


- Ah moi qui croyais que c'était des marguerites ! Des asters ? Tu es sûre Mathilde ?s’enquiert Frédo.


- Sûre et certaine ! mon beau Frédo, et je vais nous en cueillir un gros bouquet.

 

 

L’écho de la Plaine.



Affaire de la séquestrée de St Martin du Bocquey : un témoignage.
 

L’agriculteur retrouvé noyé au Pont de la Coudre.


La voiture de service sortie de la rivière par les secours. (Photo Fred Alban)

 

On en sait un peu plus sur la triste aventure de cette femme retenue contre son gré par un agriculteur se prétendant harcelé par les mutuelles agricoles. Les faits relatés dans notre édition d’hier semblent corroborer la thèse du coup de folie.


La voiture de service a été retrouvée vers le Pont de la Coudre par la gendarmerie. À son bord le corps sans vie du paysan. Le véhicule n’a pas freiné avant de plonger dans la rivière longeant cette petite route : la thèse du suicide semble retenue.


Voici le témoignage de l’habitante de la commune, Joëlle A. qui est venue en aide à la malheureuse :


« Vers minuit et demi, j’ai entendu un appel sous ma fenêtre encore éclairée car je lisais. Une inconnue, choquée, vêtements en désordre et pieds nus demandait secours. Je l’ai faite entrer et l’ai réconfortée : nous avons pu joindre son mari qui est venu la récupérer ; j’ai aussi averti notre maire Jeanne Chapeau et la gendarmerie locale » déclare cette femme encore sous l’émotion.


Elle poursuit : « Venue récupérer les arriérés de cotisations agricoles et après un échange qui a dégénéré en altercation, cette déléguée au contentieux s’est soudainement retrouvée ligotée à un pommier et bâillonnée sans pouvoir signaler son drame.


Puis, dans son accès de folie, l’agriculteur s’est enfui au volant de sa voiture pour finir où l’on sait.


A notre question « Comment a-t-elle pu se libérer ? » et c’est là l’aspect insolite de cette sordide affaire, le témoin poursuit : « Elle m’a dit que c’est la chèvre, occupante de ce verger qui avait brisé les liens avec ses cornes. J’ai toujours pensé que les humains avaient encore à apprendre des animaux » conclut cette habitante très appréciée dans la commune.


Sur décision du maire, Biquette, l’héroïne involontaire de cette histoire, a été confiée à une voisine : elle s’y trouve en bonne compagnie : dans le pré pâturent déjà âne, chevaux et chèvres.

Aide-mémoire :

 

CREM : Caisse rurale d’entraide mutualiste: le siège est à Caen.


CARI : Confédération agricole rurale indépendante / maison de l'agriculture


Fred Alban, correspondant local


Anne Marie Pichon 41 ans déléguée au contentieux CREM


Edgar Samson 68 ans agriculteur éleveur écologiste anti vaccins


Jeanne Chapeau maire de la commune


Aimé Lecaplain 1er adjoint chargé du patrimoine, de la voirie et des réseaux.
Adjudant-Chef de gendarmerie.

 

Obsèques d’Edgar Samson mardi 15 h en l'église St Martin du Bocquey.

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 12:17
L’automne d’Apollon, en attendant l’hiver, dig, ding, dong : les misères d’Hubert Le Forestier contées par François le poète aubergiste…

Dans notre vieille Histoire du pays François, il y eu le François Villon le poète maudit, le François premier du nom qui fut défait à Pavie pas encore 1 GCC classé A, le François de Jarnac issu du lignée vinaigrière, et maintenant le François affublé du titre de Flamby… Jules d’une Julie…

 

Par bonheur il y a toi le François qui aimait les ânes au temps où tu tenais les rennes d’un château familial avant, sans déchoir un seul instant, d’endosser avec talent les habits d’aubergiste poète, fidèle à ses racines et fier de témoigner de la dérive bling-bling des parvenus arrogants et si sots.

 

Merci de m’avoir fait parvenir par le Canal Habituel ton petit et humble « poème mythologique » inspiré par Dionysos…

 

Les vers ont 22 pieds en l'honneur du 22 Septembre! Heureusement que le résultat n'était pas proclamé le 3 Octobre, j'aurais eu plus de difficultés pour raconter cette histoire (merci Madame la présidente de la 17e Chambre!). Cela plombe un peu le rythme du récit mais donne finalement un genre particulier relativement compatible avec les textes anciens.

 

Apollon, le dieu vindicatif qui à sa convenance organisait les oracles,

 

Vêtu pour l’occasion particulière de ses plumes de coq et de peaux de serpent,

 

Outragé par des écrits en forme de juste portrait et publiés hors du cénacle,

 

Traduisit en justice la déesse Iris pour qu’elle puisse être condamnée à ses dépens.

 

 

Regardant peu à la dépense et voulant sur la messagère faire monter la pression,

 

En toute innocence, il se tourna vers Mercure qu’il croyait être le dieu des baromètres.

 

Bien lui en prit car, outre qu’il soit la divinité des voleurs de toute condition,

 

Osons ici la parenthèse pour dire, et c’est regrettable, que certains l’ont pris pour maître,

 

N’oublions pas qu’il est le dieu de l’éloquence et même le père de tous les avocats.

 

C’est ainsi qu’Apollon demanda à Mercure de détruire Iris en termes pernicieux.

 

 

On fixa l’audience au Palais, dans la Chambre Septendecime, pour apprécier ce tracas

 

En ce jour béni des dieux qui célèbre la déesse Diane au caractère si gracieux.

 

 

Il y a un avant jour inondé de lumière chaque fois se termine en chassant le dieu Apollon

 

Réveillant par là même la déesse Diane qui resplendit dans les mystères de la nuit.

 

Méditant cette image, Iris s’adressa à Minos de sa voix douce comme un violon

 

Et trouva les bons mots pour se défendre afin de dissiper la cause de ses ennuis.

 

Sans état d’âme, Apollon et Mercure, convoquèrent Achille pour son idéal moral

 

Souhaitant que son talent précipite à jamais dans le Styx Iris et son éditeur.

 

Il faut vous dire que leurs témoignages contradictoires assénés sur un ton doctoral

 

Eurent comme effet de réveiller Éole qui balaya vite les espoirs de leurs auteurs.

 

Un à un, ils firent ruisseler des sanglots sur leurs joues pour exprimer leur triste sort

 

Rappelant plutôt les fausses larmes de Crésus versées dans le grand fleuve Pactole.

 

Sans précaution, Mercure récusa un témoin d’Iris tel un diable absent sans ressort.

 

Dans la soirée, Minos prit rendez-vous avec l’automne avant de plier son étole.

 

 

Ainsi, le jour de la saison qui précède l’hiver, le verdict tomba net et clair:

 

Mercure fut prié sans aucun ménagement d’accompagner Apollon en Enfer

 

Et Iris fut lavée de toutes ses misères grâce à cette décision exemplaire

 

Sauvant l’honneur de la liberté en renvoyant Apollon à ses tristes affaires…

 

 

Extrait de l’Odyssée des Temps Modernes

 

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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 06:00
Les Ignorés : la triste histoire d'Edgar Samson de la ferme au bout du chemin de la Planche, un pauvre gars qui collectionnait les malheurs.

C’est ce dont je rêve chaque jour que Dieu fait : que l’une ou l’un d’entre vous prenne sa plume, ou plus prosaïquement pianote sur son clavier, pour emplir la page blanche qui est mon lot quotidien depuis plus de dix années.

 

Mon espace de liberté est espace ouvert, offert à ceux qui veulent bien l’occuper. Dans mon pays crotté, au Bourg-Pailler, la porte, les portes n’étaient jamais verrouillées, je n’ai pas le souvenir d’avoir gamin su ce qu’était une clé.

 

Et puis, au petit déjeuner, les bonnes venaient chercher le lait de leur patronne ; les jours de marchés et de foires c’était un véritable défilé : les clients de mon père passaient prendre un verre, restaient jusqu’à pas d’heure, discutaient et parfois payaient leurs dettes.

 

La France paysanne de ma jeunesse, celle que la Révolution silencieuse chère à Edgard Pisani et à Michel Debatisse, métayage, polyculture-élevage, valets de ferme, ni eau courante, ni électricité, allait être arasée comme les haies du bocage par le remembrement. Les bras inutiles migraient vers les grandes villes. L’exode, un exode invisible, qui allait faire proclamer à certains « nous ne voulons pas des hectares mais des voisin. »

 

La solitude, l’endettement, la bureaucratie des organismes agricoles, le délitement du mutualisme, le triomphe des gestionnaires, des comptables, broient et continuent de broyer ceux qu’on ne nomme plus paysans mais agriculteurs ou éleveurs.

 

Dans notre société urbanisée les grands médias fonctionnent à l’émotion, alors de temps en temps, lorsque survient une crise, comme celle du lait, on s’apitoie, on larmoie sur le triste sort de certains d’entre eux avant de passer à d’autres sujets d’émotion.

 

Les donneurs de solution et de leçons m’exaspèrent souvent, gouverner notre pays n’est pas une sinécure, se mettre réellement les mains dans le cambouis de la vie de ceux que je continue de nommer paysan n’est guère gratifiant dans les sphères du pouvoir. Notre administration territoriale noyée dans la paperasse, la gestion de dossiers d’aides de l’UE, a perdu le contact avec ce qu’on appelle chez les politiques : le terrain. Les administrations agricoles sont logées à la même enseigne, elles ne sont plus les outils au service du plus grand nombre, elles vont vers ceux qui peuvent payer leur service.

 

Il ne s’agit pas ici de dresser un acte d’accusation, d’instruire systématiquement à charge, mais de faire ce qu’un de mes fidèles lecteurs, Jean-Pierre Glorieux, conter une histoire qui plonge ses racines dans le quotidien des IGNORÉS.

 

Merci Jean-Pierre de cette contribution que j’ai scindé en 2 épisodes.

 

 

Le monde rural subit une crise profonde, souvent silencieuse.


Des drames surviennent qui ne font pas les gros titres de la presse, pourtant chaque jour des paysans mettent fin à leurs jours: Edgar Samson était l'un d'entre eux.

Un beau soleil réchauffait ces vacances d’automne.


Nous profitions de l’invitation de mon vieux pote Frédo pour passer la semaine en Normandie à St Martin du Bocquey et l’aider à la réfection de sa maison : des bricoles genre peinture des radiateurs et carrelage des murs de la douche, bref rien de bien compliqué.


Mathilde et moi avions saisi l’occasion mainte fois reportée mais, Nathalie partie, nous n’avions plus d’excuses.


Frédo se remettait tant bien que mal de cette séparation rugueuse ; au printemps elle l’avait subitement quitté : en rentrant un soir, il avait découvert l’armoire vidée son contenu et un post-it sur le frigo :


« J’en peu plus, tu n’as plus aucune attention envers moi
je préfère tirer le rideau : j’ai besoin de prendre du champ
»


Ps: n’essaie pas de me joindre – je t’appellerai dans qqe jours et SURTOUT EVITES D'EMMERDER MES COPINES à coup de TÉLÉPHONE.

 

Nath.


La mauvaise surprise fut le délestage du compte bancaire des trois-quarts de son modeste contenu, ce qui mit Frédo en mauvaise posture : contraint de mettre en vente l’appartement commun, il avait opté pour la campagne, mais avec la crise de l'immobilier, la vente ne s’était toujours pas conclue et il devait continuer à rembourser le crédit contracté quatre ans plus tôt.


Cette modeste maison ferait l’affaire, le propriétaire lui accordant une large remise de loyer en échange d’une restauration conséquente.


Fred qui n’avait plus d’emploi stable depuis longtemps bossait à droite à gauche et avait acquis assez de savoir-faire pour se passer d’artisans chers et rarement au rendez-vous.


Quand il nous avait sollicités, Mathilde et moi avions mis au pot comme la plupart de ses amis. Il était malaisé de refuser à un type aussi chaleureux et ami de trente ans !

 

Connu dans la région, on le voyait dans toutes les manifestations, lui le correspondant de l’Echo de la Plaine, la gazette locale.


On l’entendait de loin sur sa vieille Moto Guzzi au son si particulier.

Arrivés de Paris le dimanche midi après un détour par le marché de Caen, voici l’histoire telle que Fred nous l’a racontée à l’apéro sous le gros tilleul du jardin.

« A 8 h jeudi dernier j'ai été appelé par l'adjoint Aimé Lecaplain. Le pauvre arrivait à peine à parler et c'est seulement sur place que j'ai compris l’enchaînement de cette histoire digne d'un mauvais polar.


Depuis des mois la CREM * tentait de recouvrer les cotisations du vieux paysan Edgar Samson habitant la ferme au bout du chemin de la Planche.


Il faut dire que ce pauvre gars collectionnait les malheurs.


Il n'arrivait plus à s'en sortir entre les règlementations et cotisations : la paperasse n'était pas son fort. À la mort de sa femme, tuée par une vache subitement devenue furieuse, il avait décidé d’arrêter la production de lait qui ne rapportait plus vraiment.
Les cours n'en finissaient pas de baisser et la surproduction n'arrangeait pas les choses d'autant que la mise aux normes européennes de son installation coûtait des sommes colossales, or la banque rejetait ses demandes de prêt.


Soutenu par la CARI* un temps, il s’était fâché avec le responsable local, un écolo pourtant pas maladroit.

 

Il faut dire qu'Edgar n'était pas des plus conciliants et se moquait bien des conseils amicaux de ce jeune éleveur très au fait de la législation.


Aussi, sa reconversion s'était portée sur l'élevage de brebis et la production d'agneaux.
Pour son malheur la maladie de la « langue bleue » obligeait chaque éleveur à vacciner le troupeau agneaux inclus dès 3 mois.


Notre Edgar, soudainement converti aux thèses des écolos les plus radicaux, s'était «pris le chou» avec le véto du coin, un «étranger pro-européen», dont la voiture arborait la cocarde bleue étoilée fait assez rare pour lui valoir les sarcasmes des gars du coin.


Il avait bradé les quinze normandes du troupeau et entrepris d'aménager l’étable en bergerie à l’aide de palettes en bois. Des semaines durant il avait enclos les six hectares, séparés par la Coudre en dessous de l’ancien moulin avec du grillage spécial à mailles carrées.

 

Cette parcelle, un temps convoitée par la mairie pour y installer un épandage des eaux usées n’était pas constructible, il avait vendu les autres, plus éloignées, à un jeune agriculteur aux dents longues qui raflait tout avec l’appui de la Safer.


- C’est quoi cette Safer demandais-je ?


- Bah je t’expliquerai, c’est une invention de Pisani sous de Gaulle dans les années 60.


Donc notre Edgar se rend au marché des ovins de Gavray dans la Manche et en ramène 6 brebis et un blin : le blin, c’est le mâle, le bélier quoi.


- Ah je croyais que c'était un bouc moi remarque Mathilde tout en épluchant la salade.


- Ben si tu mets un bouc avec une brebis, ils vont peut-être s’amuser un temps mais tu n’auras pas de naissance ma belle ! lui répond Frédo.


- Ah moi je croyais que c'était comme les ânes et les juments : qu’on obtenait des sortes de mulets !


- Mais non Mathilde ! Ça ne marche pas comme ça, je t'emmènerai au prochain Salon de l’Agriculture répondis-je amusé.


Donc voilà notre Edgar producteur d'agneaux. La première saison, il y a 3 ou 4 ans, 10 naissances, 4 mâles et 6 agnelles soit 17 têtes, pas d’accident, pas de chiens errants qui vous bousillent les bêtes …


- Et toujours pas de loups dans le secteur ?? ironise Mathilde


- Ah tu es en forme toi ! rétorque Fred


- On n’en est pas encore là Dieu merci ! Bien que le loup soit une vraie calamité en montagne, je plains les éleveurs sinistrés.


Avec ce cheptel il ne peut guère rentrer d'argent même si le congélateur est bien garni.

 

Mais l’élevage, c’est aussi tenir un registre des naissances, acheter ces affreuses médailles plastique, couper les queues et depuis 2007 la vaccination est obligatoire.


- Oui, cette fameuse maladie de la langue bleue qui arrive d'Afrique ? dis-je l'air informé


- Voilà et c'est le début de la fin en quelque sorte, enfin ce qui va précipiter sa chute.


- Mais .... ? interroge Mathilde tout en s'activant au repas tandis que Fred refait les niveaux de Sauvignon, mais, comment tu sais tout ça Fred ? Tu es devenu spécialiste en élevage ou tu as fait des stages ?


- Ma chère amie, n’oublie pas que je viens de la Manche, pays des Avranchins, les fameux agneaux de prés salés; gamin j’accompagnais grand-père, on comptait les bêtes à la jumelle et au moindre signe suspect on démarrait la 2 cv (troupeau affolé rentrant en milieu de journée, promeneurs louches ou chiens errants sur les herbues) répond l'ami Fred fier de ses racines rurales.


- Bon alors qu’on en termine avec ton fameux Edgar, j'ai une vraie faim de ...loup moi !


- Ainsi, à force de relances sans suites et de lettres recommandées, un beau matin Edgar reçoit la visite du vétérinaire accompagné de deux gendarmes pour, officiellement, vérifier la conformité de son élevage avec la réglementation européenne.


Le vétérinaire lui met sous le nez une série de photos prises en hélicoptère.


- Non tu plaisantes ?


- Je t'assure véridique ! Quatre clichés en couleur ; on y distingue toutes les bêtes dans le champ et même l'ânesse en plus sombre, dans le champ voisin on voit un tracteur et les deux couvreurs sur le toit de la mairie : Aimé, l’adjoint toujours prudent a fait un dossier et m’a montré les copies : incroyable. Il m'a avoué être écolo et comprendre les réactions de ces paysans récalcitrants.


- Alors on paie des heures d’hélico pour emmerder des pauvres types en infraction !... C’est aussi drôle que les radars routiers ton affaire ...Vas-y, continue, j’ai faim...!


- Donc les flics dressent procès-verbal et la suite, vous l'imaginez ...Deux jours plus tard, un camion embarque tout le troupeau soit vingt-deux bêtes, sauf la chèvre, son petit et l'ânesse qui seront épargnés.


Edgar furieux insulte la terre entière, le chef de la gendarmerie est venu sur place, navré mais la loi n’est-ce pas... il tente de le calmer, demande à l’adjoint si « notre gars ne serait pas en possession d'un fusil ou d’une arme ? « Il n’est pas chasseur répond Aimé, si oui, on se serait déjà fait tirer dessus ! »


On lui demande de signer des formulaires de reconnaissance des faits, là sur le capot du fourgon, il refuse obstinément et les traite de « soviétiques, barbares pires que les nazis » qu’il n’a pas connus mais son père, torturé par la Gestapo, oui !


- Alors une fois le troupeau embarqué, question : va-t-il toucher quelqu’argent ? Je suppose que ses bêtes, même non vaccinées ; étaient saines, l’administration lui versera-t-elle une indemnisation ? demandais-je.


- Pardi, mais tu connais notre système, ce maigre revenu six semaines plus tard ne permettra pas de solder assurances, cotisations et frais courant (carburant, achat de foin, EDF) et il y a tout juste trois jours, le drame est arrivé.

 

- Quel drame ? Tu nous dis qu’il n’était pas belliqueux, seulement vindicatif mais brave type...


- Oui, au fond, un de ces paysans qui n’a pas vu venir la modernisation et ses contraintes, on est au XXIème siècle tout de même..! Le plus triste dans cette histoire...


Mathilde intervient « Ohé ! Les hommes: on mange des sandwiches ou quelqu’un allume le barbecue pour griller les maquereaux ??


- Je m’en occupe, reste avec nous tu vas savoir la suite... tragique ! dis-je sarcastique.

 

à suivre...

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22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 06:00
« Saint-Sulfite, priez pour nous ! » Jean-Yves Bizot vigneron instille de l’intelligence dans la bataille de chiffonniers autour d’Onfray.

Le titre est de mon cru.

 

Le choix de la photo aussi, j'ai toujours aimé Reiser...

 

Le verbe instiller m’a été révélé par le François de Jarnac, grand maître de l’ambiguïté, lorsqu’il a, pour les élections de 1986, instillé une dose de proportionnelle aux législatives, provoquant le départ au cœur de la nuit de mon ministre Michel Rocard.

 

Quant à l’intelligence, il serait bon qu’elle revienne au galop dans tous nos débats.

 

Pour la bataille de chiffonniers, ma chronique Pour Onfray Steiner est un imposteur mais notre conteur de philosophie se prend les pieds dans le tapis de l’œnologie en faisant 1 drôle de méli-mélo entre les vins bios, biodynamiques et les natures. roule tranquillement vers ses 6000 lecteurs.

 

Depuis l’irruption de Face de Bouc sur la Toile les commentaires se font rares sur les blogs et pourtant certains s’y risquent encore tel celui-ci :

 

« Michel a raison sur bien des points surtout la dégustation des vins natures et autres biodynamique ...pour avoir dégusté de nombreux vins de la sorte j’en ressort toujours déçu bon à mettre à l’évier... aucune finesse...border line sur la volatile ou avec une bonne salade… désolé mais c’est la réalité d’un bon nombre de ces affreux breuvages...alors sous prétexte de l'écologie bobo parigo on devrait se coltiner ces vins infâmes… non, stop !

Après vous parlez de Pontet-Canet… ah oui très bien vin mais à quelle prix????? Descendez dans le monde réel et venez déguster des vins bio ou nature a 20 euros...et là c’est un autre plaisir… beurkkk… »

 

Seb œnologue de métier et passionné de bons vins (Sébastien Cruss)

 

NB. Même si plus personne ne s’en inquiète sur FB je me suis permis de corriger les nombreuses fautes d’orthographe, comme diraient les dégustateurs de Siqocert ce sont des défauts.

 

J’ai donc commis une nouvelle chronique Pourriez-vous me dire ce qu’est un amateur de bons vins ?  pour que cet homme de l’art me réponde, mais, sans doute trop occupé à préparer sa trousse pour la prochaine campagne de vinification, il est resté muet.

 

Et pendant ce temps-là sur Face de Bouc, les divers camps s’écharpaient, s’invectivaient, les coups volaient parfois très bas, même au-dessous de la ceinture, et fallait même que Pierre Guigui, grand maître des amphores bios sommât l’inénarrable Fuster, grand vendeur de poudres et d’onguents, de débattre sur le sujet. Ayant viré ce dernier de mes amis FB je ne puis vous relater l’empoignade. Mais, avait-elle un quelconque intérêt ?

 

Je ne sais, mais ce que je sais c’est que le sujet révèle une ligne de fracture qui inquiète de plus en plus les tenants de l’idéologie dominante. Le revirement du couple Bettane&Desseauve sur la bio et la biodynamie en est la preuve la plus mercantile. Dans le dernier En Magnum l’immense Michel, Bettane, concède que le « désolant concept de vin nature » (sic) « produit de plus en plus souvent des vins bien fait et très plaisants. »

 

Bref, y’a le feu au lac ! Les grands de la chimie rachètent à tour de bras des start-ups de biotechnologie, beaucoup d’œnologues, tels St Paul sur le chemin de Damas, se convertissent, du moins officiellement, le CIVB bat sa coulpe doucement et lentement, le grand Gégé en bon commerçant se voit déjà en pape de la biodynamie, comme c’est étrange Michel Chapoutier est resté muet, et même si le millésime 2016 fut compliqué, provoquant la remontée des on vous l’avait bien dit, le virage d’une viticulture plus respectueuse de l’environnement se prend au grand dam de certains dirigeants aux casquettes multiples.

 

Le vin n’est pas pour moi une nourriture, même spirituelle, c’est un plaisir partagé et ceux qui mettent des tonnes de mots sur « leur dégustation » me saoulent. Je me contente de boire ce que j’aime, sans exclusive mais avec le souci que ceux qui le font aient une ligne de conduite qui corresponde à mes valeurs.

 

Comme je fais mien les propos de De Gaulle à propos des vins dit nature « Naturellement on peut sauter sur sa chaise comme un cabri, en criant l'Europe, l'Europe, l'Europe ... mais ça ne mène à rien ! »

 

Mon passé de Vendéen qui a sifflé le vin des burettes fait que je ne suis idolâtre de rien, vin nature compris.

 

Ce qui me plaît, me passionne, c’est ce que font ceux des vignerons qui ne suivent pas les chemins balisés pour emprunter les chemins de traverse, libre ensuite à chacun d’aimer ou de ne pas aimer, de ne pas acheter leur vin, de dire qu’ils sont bons pour l’évier, mais comme ils ne mettent qui que ce soit en danger je demande un peu plus de respect.

 

Je me tais et je laisse la parole à un vigneron dont j’aime les vins et apprécie sa pratique : Jean-Yves Bizot de Vosne-Romanée.

 

 

Lors d’un cours de vinification que je donnais à des BTS, je posai la question : « que faut-il pour faire du vin ?

 

Du sulfite. »

 

Euh…

 

Même pas une cuve, ou un pressoir ou mieux encore, du raisin ? Non. Du sulfite. Le reste est secondaire.

Serait-ce de l’idéologie…

 

« Je compris que ce vin avait moins à voir avec le raisin qu’avec l’idéologie et qu’il procédait d’une croyance qui lui donnait sa loi.

 

Remplaçons « ce vin » par « le vin » et tout le monde sera en phase.

 

Merci Michel, finalement ! Car quelle que soit l’approche, on va dire usuelle (ou conventionnelle ?), biodynamique et/ou naturelle, il y a toujours une idéologie, quasiment la même d’ailleurs, qui se cache : la foi absolue dans la technique, la primauté de celle-ci sur sa finalité, qui la rend plus importante que le produit lui-même ; ce vin est bon (ou mauvais) parce qu’il est nature ; ce vin est bon (ou mauvais) parce qu’il est « technologique » (faute de mieux).

 

 

Dans le cas de l’approche usuelle, plus personne ne se rend compte de ce renversement. Elle est devenue naturelle à force d’être conforme. Impression renforcée par le profil des vins obtenus, qui répondent parfaitement à la définition des « bons » vins pour lesquels Seb se passionne. Mais profil tout autant conforme donc devenu naturel que la technique qui préside à leur élaboration. On est qu’on le veuille ou non, dans la convention. Technique et (donc) esthétique.

 

la photo n'est pas de moi, qui n'achète pas En Magum, mais de Vincent Bonnal vigneron

la photo n'est pas de moi, qui n'achète pas En Magum, mais de Vincent Bonnal vigneron

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 06:00
Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »

Ce que j’aime dans ce texte, hors le fond, c’est le ton, une liberté de ton emprunte d’une grande érudition, d’une langue maîtrisée et d’un humour sans férocité.

 

Ce n’est pas faire injure à Louis Latour que de penser qu’il aurait été, s’il en avait eu le loisir et la volonté, un grand chroniqueur sur la Toile.

 

Admiration !

 

Texte dédié au nouveau directeur du BIVB Christian Vanier tout droit venu de notre beau Ministère de l’Agriculture ICI 

 

Bonne lecture…

 

« Une certaine vision de l’histoire du vignoble a depuis longtemps pris racine en Bourgogne. Elle se singularise par un panégyrique répétitif à la gloire des grands vins de la Côte. Selon cette conception, l’analyse des causes de la qualité conduit automatiquement à l’accumulation de bonnes notes décernées rétrospectivement par l’historien au « terroir » du grand vin, décliné en ses divers grands crus. Pour faire court, nous appellerons « cavalcade du grand vin » le récit coloré de sa destinée historique, telle qu’elle est perçue en Bourgogne par les divers protagonistes qui participent à sa promotion et lui manifestent, sans aucune réserve, une admiration indéfectible.

 

Les récits consacrés à la gloire des grands crus n’admettent en conséquence aucun faux pas dans un parcours de près de vingt siècles. Ils n’ont que faire de la recherche des paramètres œnologiques d’une qualité présumée absolue et définitive. Selon eux, la supériorité de nos grands vins s’impose toujours et en tout lieu. Il est donc sacrilège de la soumettre au moindre questionnement. La Côte apparaît alors comme une sorte de mine d’or, dont on a su à toute époque exploiter avec succès l’inépuisable filon. Le bruit de fond qui accompagne cette présentation simpliste est le cuivre des trompettes de la renommée, embouchées par tout ce que la Bourgogne compte de propagandistes convaincus et acharnés. Cette « réclame », comme on disait autrefois ne s’embarrasse pas de nuances et inspire encore aujourd’hui d’auteurs, dont l’unique ambition est d’entretenir une sorte d’exaltation collective. Cette appréciation, sans doute excessive de la qualité des vins de la Côte, bien qu’elle soit fondée sur des informations historiques parfaitement exactes, soigneusement choisies et mises en valeur.

 

La critique qu’on peut adresser à cette conception exaltée d’une qualité « historique », ne porte pas sur l’insuffisance de preuves qui existent, bien réelles et parfaitement convergentes, mais sur l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. Cette présentation est contraire à toute réalité, car seule l’œnologie, c’est-à-dire la mise en valeur patiente et obstinée du terroir bourguignon par des vignerons compétents et expérimentés, explique la qualité et donc le succès des vins de la Côte. Leur suprématie fut toujours contestée par les prétentions concurrentes d’autres genres, qui lui ont de tout temps disputé le champ étroit de la notoriété suprême. Elle fut aussi menacée par les faiblesses d’une pratique œnologique qui n’a pu constamment se situer au plus haut niveau, car l’œnologie est œuvre humaine et ne peut manquer d’être entachée d’erreur, ce qui veut dire que certains vins ne furent pas à la hauteur de la réputation européenne des vins de Bourgogne.

 

La faveur accordée par de grands personnages aux crus d’un vignoble connu, était autrefois par définition le ressort qui permettait d’étendre la notoriété et d’augmenter leur prix, comme plus tard pour le « vin de Nuys », remède miracle qui aurait permis la guérison de Louis XIV après l’opération de la fistule. L’usage du bourgogne en cette occasion exceptionnelle, imposait le respect et témoignait de la qualité hors du commun des vins consommés par ces personnages illustres, mais on ne peut résumer à ce seul trait l’activité viticole d’une province entière. »

 

[…]

 

« … l’orgueil bourguigno ne peut manquer d’être tempéré par la présence en Avignon du vin de Saint-Pourçain, qui eut, lui aussi, son heure de gloire au Moyen Âge avant d’être englouti dans une décadence irrésistible, dans des circonstances mal élucidées. À l’égal des vins de Beaune et malgré un parcours par voie de terre immensément coûteux, le vin de saint-Pourçain a participé, aux côtés de la Bourgogne, à l’approvisionnement des caves pontificales. Son prix d’achat était égal à celui des vins de Beaune, ce qui signifie qu’à cette époque il surclassait lui aussi, les abondantes productions provençales dont le niveau de qualité n’était pas jugé suffisant, au goût des princes de l’Église. Ces remarques seraient évidemment sans portée aucune, si les vins de Beaune envoyés au pape, auraient été des tonneaux de vinaigre. »

 

Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »
Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »
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13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 06:00
Jean-Yves Bizot vigneron bourguignon « le cahier des charges et le contrôle ont remplacé l’ambition par le grégarisme, la personnalité par le panurgisme, la lucidité par la conduite du groupe. »

Dans ma chronique du 6 juillet « Le tri sélectif selon SIQOCERT ou l’art de la sanction et de l’exclusion en mode bourguignon… » je soulignais que « la machine à éliminer les déchets tourne à plein sur elle-même, dans des conditions qui diffèrent d’une région à l’autre.

 

La bureaucratie comme toujours se nourrit de sa propre substance, il y va de sa survie. Nous avons l’art de nous lester de boulets aux pieds pour mieux rouscailler contre la prolifération des contraintes.

 

Le paradoxe c’est que le système mis en place l’est avec la caution des dirigeants professionnels et que son fonctionnement reçoit une approbation sans faille de leur part.

 

La mécanique est infernale car elle permet à l’ensemble des géniteurs du système le Ministère, l’INAO, le CAC, les ODG… de se retrancher derrière un ponce-pilatisme bien commode.

 

C’est la faute du système chante le chœur sauf qu’ils sont que nous sommes tous le système. »

 

Étrange dérive d’un système de gestion, longtemps vanté, mis en avant, pour sa capacité à générer de l’excellence, à préserver la diversité, à laisser éclore des produits originaux, dans un monde où l’uniformisation, la standardisation, la normalisation devenaient la règle.

 

Les pommes devaient être lisses, fermes, sans défaut… adieu les petites pommes ridées, onctueuses, goûteuses… vive le calibre… la normalisation… sauf que dans les deux hémisphères on produisait des pommes, toutes les mêmes… tout au long de l’année dans les allées de la GD toutes les pommes sont cousines germaines.

 

Triste comme l’ennui qui naquit dit-on de l’uniformité, alors pourquoi diable ce vin français qui revendique haut et fort son origine, son terroir, l’intelligence de la main, se fourvoie-t-il dans un système ubuesque, kafkaïen ?

 

Pour trier le bon grain de l’ivraie me rétorquera-t-on.

 

Pour nous soumettre aux exigences européennes se lamentera-t-on.

 

Pour que les vins d’une même appellation aient tous le même air de famille.

 

De la gueule de qui se fout-on ?

 

Qui pilote la machine infernale ?

 

Plus personne ou plus précisément ceux qui ont intérêt à ce qu’elle continue de fonctionner.

 

Bref, lorsque l’on constate le niveau de médiocrité qualitativement correcte qu’adoube le système on est en droit de se demander « tout ça pour ça… »

 

L’analyse que nous livre Jean-Yves Bizot est à lire avec attention car elle a le mérite de susciter la réflexion sur le devenir de notre système d’AOC.

 

De toute ma vie je n’ai jamais douté de la force de l’intelligence…

 

« Les signes d’intelligence : école buissonnière, indiscipline, grain de folie, distraction, refus d’obéir. »

 

Félix LECLERC chanteur québécois

Jean-Yves Bizot vigneron bourguignon « le cahier des charges et le contrôle ont remplacé l’ambition par le grégarisme, la personnalité par le panurgisme, la lucidité par la conduite du groupe. »

Partant du principe qu’un bon schéma vaut mieux qu’un long discours, mon père accueillait toujours mes idées par cette réflexion : « Dessine-la. Si tu n’y arrives pas, si le dessin est trop compliqué, reformule ! » Je fais de même aujourd’hui avec mes enfants : « représente ton idée. » Car une idée, c’est déjà une forme, un volume. Pas quelque chose d’amorphe. Et bien la construire, bien en saisir la forme, c’est encore le meilleur moyen de la faire partager.

 

Lorsqu’elle est improbable, que le dessin alors devient impossible, aberrant, alors le biais est dans l’idée elle-même, non dans la capacité à la représenter.

 

Ici, la représentation a été tentée, c’est louable : ce qu’elle révèle de l’idée est sa propre monstruosité.

 

Ce qui se cache derrière ce schéma, qui tente vainement de masquer le vide sur lequel il est bâti par ce tricot de flèches et d’accolades, ce n’est rien d’autre que la bienséance. La bienséance ne signifie pas clairvoyance.

 

A-t-elle été un jour suffisante pour savoir ce qui est bon ou mauvais ?

 

À partir du moment où tout le monde suit la même conduite… Je deviens bon parce que je ressemble et je peux juger parce que je ressemble. Beaucoup d’oubli là-dedans. Rappelons-nous, quelqu’un a dit : « que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. »

 

Le cahier des charges et le contrôle ont remplacé l’ambition par le grégarisme, la personnalité par le panurgisme, la lucidité par la conduite du groupe. Tout est sûr : on est tenu par des équerres, des supports. Rien ne bougera. On pédale, les roues tournent, mais c’est du vélo d’appartement. Alors que, Jacques le sait très bien, un vélo tient parce qu’il est en mouvement, pas parce qu’il est fixé.

 

A l’entrée, en haut à gauche, vous avez la « non-conformité ». Tout en découle pour aboutir, en bas à droite, à la « sanction ». En soi même, la non-conformité n’est pas une aberration, mais là, si. Le jugement précède : ce qui est « non- conforme » est une erreur , un biais, ou une aberration voire même un vice, puisqu’on peut « corriger », donc remettre droit. Si le vin est non-conforme, c’est parce qu’il y a eu un « manquement ». Il est donc, par a priori, forcément diminué, amoindri, gauchi. A aucun moment, il n’est supposé que la démarche puisse être inverse, et que la non-conformité existe aussi par excès. Le manquement pourrait-il être collectif ? Non, bien sûr : je suis bon parce que je ressemble. Un système statique sans autre volonté que la fixité

 

Je reviens sur ma conclusion de ma chronique de janvier : « Peut-on être plus ambitieux que son appellation ? ».

 

La réponse est : non, définitivement non.

 

Chacun a sa place et chacun à sa place.

 

 

Jean-Yves Bizot

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 08:00
De ce jour, les fascistes désertèrent le bordel. Le fréquenter revenait à se proclamer antifasciste.

Si vous n'avez pas lu les 3 épisodes précédents c'est ICI

 

 

Alors, pour la première fois en soixante ans d’existence, le professeur Santino alla au bordel. Ce fut pour supplier Oriana de lui accorder un quart d’heure.

 

Il sut se montrer convaincant, mais pendant ce quart d’heure il ne consomma pas, se limitât à interroger la jeune femme.

 

Il apprit ainsi qu’Oriana, originaire de Bologne, avait travaillé comme ouvrière à dix-huit ans. On l’avait licenciée parce qu’elle était la fille d'un cheminot, qui lui aussi avait été licencié vingt ans plus tôt pour ses idées socialistes. Accusé de complot contre le fascisme, il avait été arrêté.

 

Le travail d’Oriana constituait la seule source de revenus de la famille, parce que sa mère, institutrice, avait perdu son poste quand elle avait refusé de prendre la carte du parti fasciste.

 

Pour subvenir à ses besoins et à ceux de ses parents, Oriana avait été obligée de mener cette vie. Mais la police politique s’en était mêlée, craignant que dans l’exercice de sa profession Oriana ne répande les idées socialistes. Par conséquent, pas de contacts prolongés avec les clients, durée maximum un quart d’heure.

 

« La haine mortelle qu’elle voue aux fascistes se concentre chez elle en cet endroit, et les envoie au tapis, expliqua le professeur aux membres du club. J’en veux pour preuve que l’aviateur en est sorti indemne. »

 

De ce jour, les fascistes désertèrent le bordel. Le fréquenter revenait à se proclamer antifasciste.

 

La période écoulée, on ne put renouveler la quinzaine, impossible de voyager sous les bombardements et mitraillages alliés. La maison de tolérance fut fermée. Les filles se dispersèrent.

 

En reconnaissance pour ses mérites, Oriana fut embauchée chez maître Guarnaccia, avocat et vieux député socialistes qui lui aussi avait payé cher ses idées.

 

Quand, trois semaines plus tard, les Américains arrivèrent aux portes de la ville, le comité antifasciste qui les accueillit comptait parmi ses membres Oriana, en pleurs, un drapeau rouge au poing.

 

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 08:00
Accompagné d’1 garde rapprochée de 3 chemises noires le federale annonça le regard fier : « Je suis venu sauver l’honneur des fascistes. »

Si vous n'avez pas lu les deux premiers épisodes c'est ICI 

 

 

 

 

Il était plus qu’évident que le vice-federale Pasquinotto avait passé l’arme à gauche parce que c’était une mauviette, comme tous mes fascistes, ajouta une voix, et pas parce que le, disons, poing d’Oriana était doté d’une puissance particulière.

 

Cette nouvelle thèse arriva aux oreilles du federale. Lequel, trois soirs plus tard, dépêcha un de ses sous-fifres à la Pension Ève avec ordre que la clientèle vide les lieux dans la demi-heure. Puis il apparut en uniforme, fit le salut romain devant Madame et annonça le regard fier :

 

« Je suis venu sauver l’honneur des fascistes. »

 

Il était accompagné d’une garde rapprochée de trois chemises noires. Mais le federale était disposé à s’exposer jusqu’à, un certain point. En effet, il ne demanda à Oriana que la demi-heure, et cette dernière, dûment chapitrée par Madame, ne fit pas d’histoires.

 

Trente-cinq minutes plus tard, le federale sortait de la chambre d’Oriana, un sourire aux lèvres. Il se montra à la rambarde devant ses hommes, qui se levèrent d’un bond et se figèrent au garde-à-vous.

 

« Mission accomplie. Saluons le Duce !

 

- A noi ! »

 

Le federale descendit la première des dix marches qui menaient au salon, puis il vacilla, porta une main à son cœur, s’effondra et dégringola les neuf autres, s’arrêtant inerte au pied de l’escalier.

 

Le docteur Sciacchitano réussit à le réanimer, mais ordonna qu’on le conduise dare-dare à l’hôpital.

 

L’incident se sut et acheva de jeter le discrédit sur les fascistes locaux.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 08:00
Une légende circula, à savoir que le commun des mortels ne résistait pas aux talents amoureux d’Oriana qu’un temps limité

Si vous n'avez pas lu le premier épisode c'est ICI

 

 

 

Mais le lendemain surgit un imprévu. Six dignitaires fascistes emmenés par le vice-federale d’Agrigente, Pasquinotto, débarquèrent dans la maison de passe, firent évacuer les clients et prirent leur place. Les fascistes s’engagèrent auprès de la tenancière à occuper ces dames jusqu’à l’heure de la fermeture ou à payer de toute façon l’équivalent de la recette d’une soirée normale.

 

Pasquinotto choisit Oriana, en lui proposant de passer avec lui les quatre heures disponibles.

 

Oriana opposa un refus ferme. Au mieux, considérant qu’il était vice-federale, elle pourrait monter à une demi-heure.

 

Pasquinotto piqua une colère et alla protester auprès de Madame, laquelle prit Oriana à part et fit tant et si bien que, pour cette seule et unique fois, la jeune femme obtempéra.

 

Une petite heure plus tard, Oriana sortit en trombe de sa chambre en poussant de grands cris et courut chercher madame. Celle-ci monta, entra dans la chambre de sa pensionnaire et se mit à crier elle aussi. Les cinq dignitaires accoururent, toutes affaires cessantes, en costume d’Adam.

 

Pasquinotto gisait en travers du lit, bouche déformée, langue pendante, les yeux révulsés. Mort sur le coup.

 

« Infarctus », certifia le docteur Sciacchitano, appelé en grand secret.

 

Ses collègues rhabillèrent le cadavre tant bien que mal, l’installèrent dans la voiture, se firent promettre le silence par les filles et repartirent pour Agrigente.

 

Mais la chose s'ébruita quand même.

 

Aussitôt une légende circula, à savoir que le commun des mortels ne résistait pas aux talents amoureux d’Oriana qu’un temps limité, qui oscillait précisément entre le quart d’heure et la demi-heure. Au-delà, on s’exposait à un risque mortel.

 

« Elle a le c… comme le poing de Primo Carnera expliqua le professeur Santino. On encaisse un coup, voire deux, mais cinq vous envoient ad patres. »

 

Trois soirs plus tard se présenta un as de l’aviation, un lieutenant médaille d’argent, qui avait vu plusieurs fois la mort en face et qui voulait la revoir en passant une heure avec Oriana. Laquelle se fit d’abord prier, mais finit par accepter.

 

Le lieutenant monta l’escalier un bras autour de la taille de la jeune femme et l’autre levé pour répondre aux souhaits de la bonne chance et aux incitations des clients.

 

Il le redescendit indemne et souriant une heure et cinq minutes plus tard, parmi les applaudissements de l’assistance.

 

La thèse du professeur Santino recevait un démenti cinglant.

 

à suivre

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