Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 08:15
Enterrement de 1er Classe des vins Parker « lourds comme des bouteilles de butane » Michel Rolland tiendra-t-il les cordons du poêle ?

L’ami Dupont, le rédacteur de la Revue des 2 Rives, est en état de siège permanent alors il ne faut pas venir lui casser les cojones et, comme la meilleure défense c’est l’attaque, il vient de sortir sa sulfateuse.

 

« Parker a fait perdre 10 ans à Bordeaux ! »

 

2 quinquennats, ça sent la lourde charge électorale !

 

Ça fleure bon l’Audiard dans les Tontons Flingueurs

 

« Mais il connaît pas Raoul, ce mec ! il va avoir un réveil pénible. J'ai voulu être diplomate à cause de vous tous, éviter que le sang coule. Mais maintenant c'est fini, je vais le travailler en férocité, le faire marcher à coup de lattes ! À ma pogne, je veux le voir ! Et je vous promets qu'il demandera pardon, et au garde-à-vous ! »

 

Bernard Blier, Les Tontons flingueurs

 

« J'ai connu une Polonaise qu'en prenait au p'tit déjeuner. Faut quand même admettre : c'est plutôt une boisson d'homme… »

 

Lino Ventura, Les Tontons flingueurs

 

Extraits non sur-extraits :

 

« Tout le monde, doté de cojones ou pas, n'a pas suivi la mode Parker et, parmi ceux qui l'ont fait, tous ne renient pas l'apport de celui-ci au commerce du vin de Bordeaux. Encore moins, ce propriétaire médocain qui nous a offert le titre de de cet article et qui n'a jamais cédé aux charmes des sirènes parkériennes. Certes, avec le millésime 2016 – et c'en était déjà l'amorce avec le 2015 –, une page semble bel et bien tournée : celles des vins « trop, plus ou sur… » Sur maturité, sur extraction, plus d'alcool, trop de boisé envahissant...

 

Les vins « lourds comme des bouteilles de butane », comme dit le poète d'Astaffort, disparaissent aussi vite de nos paillasses de dégustation qu'un jeu de cartes dans la main de David Copperfield. Des monstres qui, encore en 2014, nous agressaient la bouche à coups de tanins atomiques et de boisé à rendre jalouse la maison Lapeyre sont devenus de gentils minous-calinous, caressants et fruités. Le changement est vraiment étourdissant. Nous ne citerons pas de nom, mais quelle surprise quand après nos dégustations nous découvrons dans la liste que nous remet le (ou la) responsable de l'appellation les noms de ceux que nous avons qualifiés de frais et élégants… Que sont nos patapoufs devenus, que nous avions de si près tenus ?* « Par chance, on vient à des choses plus simples, plus pures car ça lasse, ces vins boisés. Le très extrait, les vins confiturés étaient d'un abord plus facile et on avait construit une machine de guerre autour de ces vins, avec Parker qui aimait ces vins très riches, très épais », déclarait dans le spécial vin du Point en septembre 2016 Nicolas Vivas, technicien, chercheur, spécialiste du rapport entre vin et barriques.

 

Faut-il aujourd'hui tout oublier et jeter le Boby avec l'eau du bain ?

 

Pour le savoir lisez ICI 

 

Autrefois, tenir les cordons du poêle, c'était tenir les cordons reliés au drap funéraire qui recouvrait le cercueil.

 

Car le poêle, entre autres significations, désigne aussi le drap mortuaire ou la grande pièce de tissu noir ou blanc dont on couvrait le cercueil pendant les cérémonies funèbres. Il disposait auparavant de cordons généralement cousus aux coins et sur les bords, cordons qui, alors que le cercueil était amené à l'autel pour la cérémonie funèbre, étaient tenus par des proches ou membres de la famille, ou des personnes de haut rang, selon le défunt.

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 06:00
Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama

Photo : Jérôme Bonnet pour Télérama

Télérama j’y suis abonné depuis que j’ai quitté le sein de ma mère ; j’exagère à peine ça remonte à un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître celui où Télérama était un fleuron de la Bonne Presse.

 

Couston c’est le genre de mec à écrire à propos des hauts de Vauxrenard : « Pas le genre de paysage monotone et monochrome typique des vignobles de la plaine de Villefranche (et d’autres) où l’alignement des parcelles évoque les cimetières militaires. Ici, les vignes dégringolent des vallons mais ce sont les arbres, omniprésents, qui gagnent aux points. Il s’en est d’ailleurs fallu de peu, à l’automne dernier, pour que l’immense forêt qui domine le village ne soit défigurée par un « parc de loisirs motorisés », projet manigancé par le maire mais très vite battu en brèche par ses administrés, attachés à leur calme et à leur nature. »

 

Il a une très bonne descente… sur son vélo comme en des lieux plus improbables…

 

Très belles photos de Jérôme Bonnet pour Télérama

 

Isabelle et Bruno Perraud je ne daterai pas au carbone 14 notre première rencontre à Montreuil car, avec le temps qui passe, votre Taulier à la mémoire qui flanche. Pour autant il ne perd pas les pédales, même s’il lui arrive d’être parfois déjanté, et il revient toujours à ses premières amours. En l’occurrence, dans le cas présent, c’est Isabelle qui a répondu avec enthousiasme à ma sollicitation de venir présenter le domaine des Côtes de Molière sur mon espace de liberté.

 

Avant de lui laisser la plume je mets comme elle en exergue la belle citation de Goethe : « La matière n'est rien, ce qui compte, c'est le geste qui la faite » qui est sur le site du Domaine.

 

C’était une chronique du 16 juillet 2012 Les vins de la Maison Perraud Isabelle et Bruno c’est beau comme des Côtes de la Molière en Beaujolais ICI 

 

Isabelle est redoutable : elle chronique sur son blog  , elle twitte et retwitte plus vite que son ombre, like sur face de bouc, embrasse des causes avec fougue, détermination et pugnacité.

 

Bruno et Isabelle sont des amis, des vrais, j’y ajoute Élodie la seule de la bande des 4 enfants que je connaisse.

 

A Vauxrenard, Yohan, apprenti vigneron, fait ses classes auprès de Bruno et Isabelle, un couple qui a rompu avec la viticulture industrielle en 1999 après une intoxication au pesticide. Heureux de cultiver autrement, dans un métier et une région où tout est à (re)faire.

 

« Avant de rencontrer les Perraud, Yohan aussi s’était toujours « promis de ne jamais devenir viticulteur ». Il avait vu ses parents souffrir dans les vignes de Brouilly, son père arrêter le métier de vigneron, trop stressant, pour se reconvertir en simple ouvrier viticole. S’il a décidé malgré tout de faire un bac pro, c’était avec l’objectif de devenir technicien de la vigne : chef de culture, gérant de domaine, maître de chai, mais pas viticulteur. Quant au bio, il ne voulait pas en entendre parler.

 

La rencontre avec les Perraud sera encore plus décisive. Adepte des vins nature, c’est-à-dire sans intrants, ni à la vigne, ni au chai, hormis une dose homéopathique de soufre dans certains cas, Bruno et Isabelle convertissent leur jeune apprenti en quelques semaines. « Ils m’ont transmis la passion, avoue Yohan avec une touchante humilité. Avec eux, j’ai retrouvé l’envie de cultiver la vigne. Je ne critique pas les méthodes d’avant, car le contexte était différent, mais quand je vois des jeunes de 25 ans qui continuent à désherber dans le but de faire du vin, j’ai du mal à comprendre leur démarche. En BTS, on nous apprend au contraire à penser par nous-mêmes, à être curieux pour aller plus loin, à ne pas avoir de préjugés, à savoir se défaire de l’influence de ses parents. »

 

Lire tout le Couston ICI

 

Lire aussi :

 

Enfin, presque caché dans un repli de terrain, voici le dernier village du haut Beaujolais, celui qui s’élève au-dessus de tous les autres : Vauxrenard. » la maison Perraud est en haut !

 

ICI 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
1 avril 2017 6 01 /04 /avril /2017 06:00
Adresse d’1 courtier de grand cru bordelais à 1 autoproclamé journaliste ennuyeux et très ennuyant.

Suite à la publication de Chronique vacharde et ironique sur le courtier de grands crus ICI j’ai reçu en réponse cette lettre d’un courtier bordelais.

 

Monsieur le journaliste autoproclamé, ennuyeux et très ennuyant,

 

Manier la dérision est malaisé, n’est pas polémiste qui veut, il vous manque l’essentiel : le talent de plume, vous « puttez »* plus haut que votre cul, vous êtes besogneux, votre prose est pesante, poussive comme un diesel.

 

Vous me qualifiez d’espèce en voie de disparition, libre à vous mais permettez-moi de vous signaler, jeune prétentieux, que votre pérennité est bien plus en danger que la mienne. Qui vraiment en notre beau et grand vignoble a besoin de vos lumières ? Croyez ma vieille expérience : pas grand monde !

 

Avec l’irruption du cheval-vapeur, les cochers, les fabricants de pied de fouet ont disparu, alors croyez-vous vraiment, ou êtes-vous tout bêtement jaloux de ma notoriété, que si nous n’étions que des sangsues inutiles se gavant du sang du haut terroir bordelais, ces chers propriétaires continueraient de faire appel à nous.

 

Vous endossez avec facilité les brailles usées de psychologue de comptoir pour affirmer que nous sommes des ignorants, que nous ne connaissons rien à la viticulture, que nous nous contentons de disserter, de contempler notre nombril pour vanter nos mérites, pour nous auto-reproduire, que nous nous irritons des commentaires de certains journalistes : les vôtres je suppose, sur ce point vous faites péché d’orgueil : tout le monde à la propriété se fout de ce que vous écrivez !

 

Vous faites état, dans votre poulet ampoulé, d’un de ces fameux dîners en ville, dont nous nous repaîtrions, où vous auriez été invité. Loin de moi l’idée de remettre en doute la réalité de ce que vous contez, même si vous êtes coutumier du flou dans la relation de vos déboires.

 

La caricature, tout comme la dérision n’est pas à la portée du premier venu, n’est pas Cabu ou Wolinski qui veut. Je ne nie pas qu’il puisse y avoir des cons dans notre profession mais tout de même affirmer que « durant tout le repas, ce ne fut que génuflexions et circonvolutions pour nous expliquer la qualité de son travail, sa valeur ajoutée, son dévouement personnel. Il est comme cela, le courtier de grands crus, il ne compte pas sa passion, juste son argent. »

 

Là vous êtes insultant !

 

À force de forcer le trait vous tentez d'endosser le rôle de Pignon dans le dîner de cons. Vous n'êtes pas à la hauteur du rôle. Que n’avez-vous, du haut de votre suffisance, claqué le bec de ce coq de basse-cour ? Est-ce par couardise ou par sous-développement intellectuel ?

 

Sans doute étiez-vous trop heureux d’être en bout de table chez un bourgeois rance pour qui le vin n’est qu’un faire-valoir. Comment avez-vous pu vous mêler, vous le grand dégustateur, aux convives d’un affreux pour qui peu importe que le vin soit bon ou mauvais, ce n'est qu'un relégué à une ligne dans un catalogue qu’il convient d’optimiser au maximum. Point de qualité de dégustation, non, seul l’aphorisme compte. Cette sentence énoncée en peu de mots est claire : «2016 est grand, augmenter tu dois »

 

Je vous plains vraiment, vous avez dû souffrir face à un tel cuistre, vous avez du bouillir, atteindre un point de fusion où votre bile a pris le dessus sur ce qui vous reste de raison.

 

Comme je n’ai jamais eu l’occasion de vous croiser, vous, l’homme de terrain que je ne suis pas à vos dires, je ne conclurai pas cette adresse par une quelconque formule de politesse, vous laissant à vos phantasmes tout en vous souhaitant d’être toujours présent dans dix ans.

 

Un courtier de salon

 

* Sur le rapport entre ennuyant et ennuyeux, le Littré fait l'observation suivante :

 

« L'homme ennuyant est celui qui ennuie par occasion; cela est accidentel; l'homme ennuyeux est celui qui ennuie toujours; cela est inhérent. Un homme ennuyant peut n'être aucunement ennuyeux. »

 

Mais le fait est que dans l'usage ces deux mots se confondent; seulement, ennuyeux est plus usité qu'ennuyant.

 

* Je fais ici allusion au putting, coup majeur du golf, puisque selon vous nous passons notre précieux temps sur les greens « Cloitré dans (par) un hiver particulièrement gélif blanchissant le gazon impeccable de (son) parcours de golf, le courtier de grands crus bordelais a trouvé le temps long. Impossible de taquiner la balle blanche, pourtant l’essentiel de son travail. Fort heureusement, le printemps revenu, le courtier s’égaye (s’égaille), sort son minois apaisé par un millésime d’exception et la sensation printanière que l’été sera chaud et bon….en trésorerie. »

 

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
31 mars 2017 5 31 /03 /mars /2017 06:00
La gastronomie est le révélateur des pulsions d'un peuple Jean-Claude Ribaut nous livre sa vision du petit théâtre politicien français, à la façon des Lettres persanes

L’ami Jean-Claude Ribaut, qui savait se servir aussi bien d’une fourchette à poisson que de sa plume, signa chaque semaine du 8 octobre 1993 au 17 novembre 2012 une chronique consacrée à la table et au vin avec la complicité graphique de Desclozeaux.

 

Sa première chronique gastronomique est parue en 1980 dans Le Moniteur des Travaux Publics, sous le pseudonyme Acratos (celui qui ne met pas d’eau dans son vin). Il collabore au journal Le Monde, depuis 1989, au temps du magistère de La Reynière, puis aux côtés de Jean Pierre Quélin. Jean-Claude Ribaut est né à Valence (Drôme). Architecte D.P.L.G. et élève titulaire de l’Ecole pratique des hautes études (E.P.H.E.), il a fait ses premières armes journalistiques dans Combat, et participé à la création d’un magazine d’architecture qu’il a dirigé jusqu’en 1996.

 

Il a livré ICI , depuis novembre, une vision du petit théâtre politicien français, à la façon des Lettres persanes, roman épistolaire publié anonymement par Montesquieu en 1721, qui rassemble la correspondance fictive échangée entre deux voyageurs persans, Usbek et Rica, et leurs amis restés en Perse...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec sa permission en voici quelques extraits, la lecture intégrale est possible en cliquant sur le lien en commençant par la fin.

 

  1. La gastronomie est le révélateur des pulsions d'un peuple. Beaucoup dénoncent ici ces débats comme un calcul politique destiné à exacerber les passions. Je ne crains rien pour une nation dont l’un des candidats, auteur d'une biographie de Montesquieu, écrit dans la préface de la nouvelle édition : « A l'heure où les tenants de la rupture cèdent à la tentation de la table rase, l'esprit de modération de Montesquieu est une leçon pour tous. » Voilà un propos raisonnable pour ceux qui, comme moi, cherchent à satisfaire le légitime désir de délicates agapes où ils aimeraient que figurassent huîtres fines, foie gras d'oie frais et chapons dorés.

 

  1. Elle nous incite à prendre un peu de hauteur et à rouvrir le Catéchisme du Japonais (in Dictionnaire philosophique de Voltaire. 1764) dans lequel un Indien et un Japonais débattent des mœurs de table et des interdits religieux. L’Indien s’étonne du fait que l’empire du Japon possède douze factions de cuisine :

 

« Vous devez avoir douze guerres civiles par an ? »

Le Japonais lui répond qu’à la table du cuisinier pacifique chacun est libre de manger ce qui lui plait « lardé, bardé, sans lard, sans barde, aux œufs, à l’huile, perdrix, saumon, vin gris, vin rouge. »

 

L’Indien insiste : « Mais enfin il faut qu’il y ait une cuisine dominante, la cuisine du roi. »

 

Le Japonais admet : « Il n’y a que ceux qui mangent à la royale qui soient susceptibles des dignités de l’Etat, tous les autres peuvent dîner à leur fantaisie mais ils sont exclus des charges […] Le dîner est fait pour une joie recueillie et honnête, et il ne faut pas se jeter les verres à la tête. »

 

Depuis Voltaire, le progrès a singulièrement rétréci le globe, mais il n’a pas eu raison des barrières, fussent-elles électorales, qui divisent ses habitants.

 

  1. Le dernier en date de ces intrépides est un homme encore jeune, formé aux meilleures écoles, mais qui court le monde à la recherche de soutiens pour sa candidature. On l'a vu à Londres, où j'ai tenté en vain d'établir une ambassade, réunir dans des banquets de charité nombre de ses compatriotes acquis aux idées libérales pour recueillir des subsides, car l'Angleterre, réfractaire à l'influence des Jansénistes et des Jésuites, est avide de ce genre d'agapes fraternelles. Le paradoxe est que ce benjamin de la politique porte le même patronyme qu'un haut fonctionnaire de l'Empire romain : Macron (Quintus Naevius Cordus Sutorius Macro), né vers 21 avant notre ère mort en l'an 38, qui a passé sa jeunesse sous le règne d'Auguste, lequel avait créé, à sa mesure, un modèle de gouvernement républicain, gouverné... par lui seul. Auguste, ne l'oublions pas, avait d'abord refusé de porter un titre monarchique, se qualifiant de Premier Citoyen (Princeps Civitatis).

 

  1. Ajustant ses salves contre le Premier Vizir de l'époque, Dominique de Villepin attaquait avec appétit les assiettes de charcuterie et de fromages :

 

«En 2007, François Fillon disait être à la tête d'un Etat en faillite. Qu'a-t-il fait ? Il a augmenté la dette même avant le début de la crise et depuis elle a bondi de 700 milliards d'euros».

 

La sentence tomba : «L'irresponsabilité ne peut pas rester dans l'impunité. Ils ont menti aux Français et, ça, ça va se payer.»

 

Au moment de quitter Rungis, il lança à ses hôtes, conquis par sa fougue : «C'était roboratif et ça met en jambes. Je reviendrai.» Le peuple de France, Mon cher Usbek a la mémoire courte : ses ainés et ses bigots ennemis des Lumières, viennent de désigner François Fillon à la candidature suprême.

 

 

  1. La table comme arme politique ou diplomatique fut employée par tous les régimes. C'est une fatalité française. On a retenu le mot fameux de Talleyrand, s'adressant à Louis XVIII avant de partir pour le Congrès de Vienne : « Sire, j'ai plus besoin de casseroles que d'instructions écrites ! »

 

  1. C'est le destin de ce pays de considérer la table comme le support nécessaire de l'ambition. Brillat-Savarin, ancien conventionnel, prophétisait bien avant José Bové que « la destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent ». A un point tel que l'histoire de France s’apparente à une succession de festins, depuis le « Triomphe des pauvres » institué par les Jacobins de Rodez, jusqu’aux banquets organisés, sous Louis-Philippe, par les partisans de la Réforme, ou, d’après Flaubert, on mangeait du dindon froid et du cochon de lait.

 

  1. De là à imaginer que la table peut réconcilier les Français au centre, je suis bien perplexe, comme le philosophe Alain : « Quand on me dit qu'il n'y a pas de différence entre la gauche et la droite, la première pensée qui me vient est que celui qui me dit cela n'est certainement pas de gauche ».

 

  1. Intrigué, je prolongeai ma méditation en consultant le Dictionnaire du Diable, publié naguère aux Amériques par un esprit libre du nom d'Ambrose Bierce, et fus aussitôt éclairé : « Un militant, c'est un militaire qui porte son uniforme à l'intérieur. » Pour la première fois, je me mis à douter de la sagesse des Français, tant leurs mœurs sont éloignées du caractère et du génie persan.

 

  1. Les causes de la décadence du régime de l'actuel Grand Shah tiennent à la corruption grandissante introduite par le luxe et l'argent. Les ministres se succèdent et se détruisent, ici, comme les saisons. Tel haut intendant du budget cachait son magot, m'a-t-on rapporté, au pays de Calvin, chez les Helvètes, peu regardants – quoi qu'ils disent – sur les turpitudes de leurs voisins français. Un autre, au nom cocasse de Thévenoud, ne conserva la charge du commerce extérieur que pendant neuf jours parce qu'il ne payait ni son loyer, ni la dîme, ni la taille, ni la gabelle.
Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 06:00
Tribulations d’un Strasbourgeois en Boboïne mais qu’est-il allé faire dans ce repaire de naturistes qu’est la Lapin Blanc à Ménilmontant ?

Mes lecteurs, oui, oui, j’en ai, me lisent, pour preuve la plus petite erreur en fin de chronique m’est immédiatement signalée, certains m’abordent dans les restaurants, d’autres m’écrivent, même le Michel Bettane, pensez-donc, puisqu’il commente mes chroniques lorsqu’elles lui hérissent le poil.

 

 

Mais, parmi mes lecteurs il y a un cas, commentateur assidu, chic vieille France, cultivé, grand amateur de vin, tout ce que je ne suis pas moi le péquenot vendéen monté à Paris.

 

 

Et voilà que ce cher homme, pour des raisons professionnelles, débarque à Paris en compagnie de madame. J’en suis averti par mon service personnel de renseignement du haut de Ménilmontant : “ un de tes lecteurs de Strasbourg a réservé pour 19 h au Lapin…”

 

 

Fort bien, si maintenant je favorise le petit commerce en jouant les petits Lebey ou autre Pudlo, ça me va très bien. Mais, le rédachef qui sommeille toujours en moi ne va pas rater une si belle occasion de mettre notre homme à contribution.

 

 

Ce que je fis ICI.

 

 

La réponse fut OUI.

 

 

Mais le temps passait, notre homme niaisait. Il fallut un événement fortuit pour qu’il m’envoya enfin sa copie.

 

 

L’homme est disert, alors pour donner de l’air à son texte j’ai introduit des titres en italique.

 

 

Rien de plus, rien de moins, même si ma plume m’a fortement démangé, telle est la philosophie de mon espace de liberté.

 

 
 

Où le dénommé Pax se prend pour Georges Marchais.

 

 

- Chérie fait les valises on va à Paris !

 

 

- Chic on va magasiner !

 

 

Zut, c’est peut être pas la bonne idée de l’emmener, je crains la surchauffe de nos cartes bancaires.

 

 

Mais après tout, c’est mon épouse préférée et puisque la raison essentielle de ce voyage est une invitation professionnelle frais de déplacements payés cela nous fera un petit crédit à dépenser.

 

 

- Vous vous occupez des spectacles à voir vendredi et samedi ?

 

 

- On achètera PARISCOPE à la gare.

 

 

Au temps de la marine à voile il fallait 7 heures pour rejoindre Paris en locomotive à vapeur !

 
 

Dans le TGV dernière formule (+/- 2 h) nous cherchons les spectacles intéressants en essayant de nous souvenir des critiques du CANARD ENCHAINE et les expositions possibles pour les après midi.

 

 

Le lèche vitrine soit mais pas seulement.

 

 

On ne réalise pas que nous roulons à 320 à l’heure. Cela laisse songeur. Ce que c’est que nous autres ! La dernière heure paraît aussi longue que les deux dernières heures du trajet quand il durait quatre heures. Je me souviens, lors d’un des tous premiers voyages, avoir fait observer à une enfant accompagnée de ses parents que, lorsque j’avais son âge, le trajet durait sept heures. Bien que ses parents opinaient de la tête, je ne sais si elle a compris ce que l’émotion m’incitait à faire partager.

 

 

Gare de l’Est, tout le monde descend ! Taxi !

 

 

A Paris, pour un court séjour je privilégie le taxi à l’hôtel ; pour moi le luxe c’est cela, et je pense à la classe de cet épicurien qu’était Bernard FRANK qui à chaque commande de taxi précisait : « Même de loin !»

 

 

Où le dénommé Pax s’installe sur mes terres et abandonne sa moitié dans l’horreur du temple de Toubon place d'Italie

 

 

Les bagages déposés à l’hôtel rue de Tolbiac il nous reste le temps de déjeuner avant de nous séparer. Non loin, rue BOBILLOT, un vrai bistrot de quartier nous sert un tartare préparé accompagné d’une bière pour Marie Louises, des œufs mayo et des harengs pommes à l’huile des plus honnêtes avec un verre de Macon blanc pour moi et tout cela avec le sourire. Ce séjour semble être des plus prometteurs

 

 

Marie Louise me rejoint pour le cocktail du soir clôturant ma manifestation ; elle me raconte son après midi au centre commercial monstre de la place d’Italie – nul, archi nul – et le quartier de l’hôtel «  La Petite Alsace » qu’elle a parcouru.

 

 

Vendredi matin programme : passage obligé chez ce couturier Italien créateur d’un parfum qui enchante Marie Louise et qu’on ne trouve qu’à Paris.

 

 

- Et après ?

 

 

Où Pax regrette le temps du bonheur des dames

 

 

- Si vous voulez le BON MARCHE puis déjeuner au PIED DU FOUET rue de Babylone. Et après ces fantaisies nous passerons aux choses sérieuses : le musée BOURDELLE. Ce sculpteur a la renommée immense de son vivant est mis un peu à l’écart aujourd’hui alors qu’il assure une transition incontournable entre RODIN de vingt ans son ainé et la sculpture contemporaine. J’y ai un intérêt personnel.

 

 

 

En route mi flânant mi marchant nous examinons toutes les plaques affichées sur les murs et devisons à la mode de VIGNY : «  Tranquille cependant Charlemagne et ses preux descendaient la montagne et se parlaient entre eux »

 

 

Le BON MARCHE : pour être clair il n’y a rien de BON dans ce qui se révèle être un temple de la frime et de la kitchitude et rien de bon marché bien sur. Du marbre, des stucs, du laiton partout. Ca brille au point que l’on comprends pourquoi tout le monde, clientes et vendeuses portent des pantalons. On déambule comme dans une églises de chapelles latérales en chapelles latérales chacune consacrés qui à Saint DIOR, qui à Sainte CHANEL etc. etc. Chacune de ces alcôves ne présente que très peu d’articles de la marque comme pour en accentuer la valeur (pièces rares et uniques !) La JOCONDE au LOUVRE est moins bien traitée 

    

                          Les servants de messe de tout sexe et tout de noir vêtus  semblent ne pas savoir comment passer le temps. On les interroge discrètement pour savoir pourquoi ces mines grises et ce noir généralisé. Est ce que Bernard ARNAULT serait soudain décédé ? Portent ils le deuil des 400 000,00 € que le cher homme a du payer au fisc au titre des plus values générées par son raid raté sur HERMES. Sourire pincés et visages hautains.

    

                                                    Nous quittons les lieux en quête d’air moins frelaté et de monde réel. En fait, grâce au BON MARCHE vous pouvez faire de sérieuses économies. Ce lieux doit vous donner une idée de ce que doivent être les centres commerciaux géants des pétromonarchies et ainsi vous éviter le voyage.

 

Oui le Pied de fouet d’Andrée et de Martial a disparu en ce temps-là il n’y avait pas de salle à l’étage

 

 

Après un grand éclat de rire nous reprenons notre déambulation vers le bistrot prévu pour midi. Je précise à Marie Louise que ce fût, un temps la cantine, sacré veinard, de Jacques BERTHOMEAU collaborateur de Michel ROCARD qui y avait son rond de serviette. Nous arrivons au PIED DU FOUET et MLA de s’exclamer : « Mais j’y est déjà été ! »

 

Personnellement aussi lorsque, mes séjours parisiens étaient plus fréquents et que j’arpentais la capitale « Petit Lebey des bistrots de Paris » en main. On nous propose en haut ou en bas.

 

Nous choisissons en bas sans savoir si c’est ce qui est mieux mais par rapport au service chez LIPP ou les touristes incultes sont envoyés à l’étage. Carte en main, devant 2 verres de Touraine en guise d’apéritif on tourne la tête dans tous les sens pour retrouver le décor immuable, le casier à serviettes, et essayer de repérer les convives touristes comme nous ou les habitués. (Nous n’avons vu personne prendre son rond de serviette – légende ou réalité ?) La marche donne faim alors, comme nous n’avons pas à travailler l’après midi, foin de la frugalité : entrée, plat, fromages ! accompagné d’un verre pour chaque plats, brouilly, chinon, côtes de Gascogne et vogue la galère. On se régale de ces plats simples : rillettes d’oie, œufs mayo, entrecôte, confit de canard dans une vrai ambiance de restaurant, bruits de couverts, de conversations et surtout, pas de musique, pas de musique ! Tout cela par un service alerte et souriant qui fait mine de ne pas s’amuser de notre coté évidemment provincial. Et en plus ,offre d’une larme de cognac au comptoir en attendant de taper son code bancaire. Ambiance agitée certes mais pas de bousculade. On est loin de l’atmosphère guindée, coincée et obséquieuse du BON MARCHE. On souffle, on revit.

 

Et ils ne sont pas allé, hé, hé, à la Fondation Louis Vuitton !

 

Pourquoi le musée BOURDELLE ? Nous possédons un bronze représentant Beethoven du fondeur Susse marqué IX Symphonie et attribué à ce sculpteur très inspiré par ce compositeur tout au long de sa carrière. Choux blanc on ne trouve rien de semblable. Il faudra prendre contact avec le conservateur. En revanche on apprend que GIACOMETTI fréquentât l’atelier du Maître même s’il s’en défendit avec insistance par la suite. Sujet intéressant qui va modifier le programme de notre séjour.

 

Après midi libre comme ont dit dans les programmes des voyages organisés.

 

Dîner au drôle de Terrier de Ménilmontant mais qu’est-il allé faire dans ce repère de naturistes ?

 

De l’hôtel, taxi jusqu’aux hauts de Ménilmuche (Faisons provincial jusqu’au bout. Il y a fort à parier que plus aucun parisien n’utilise ce mot.) Bien nous a pris de recourir au taxi. La cote est raide, pleine de travaux et de « piétons prenez le trottoir d’en face » Un panneau sur le trottoir posé en forme de jeu de carte nous indique que nous y sommes. Pile poil à l’heure – 19h à la provinciale- nous entrons quelque peu intimidés dans ce lieu objet de tant de chronique du Taulier. Il y a déjà suffisamment de monde pour ne pas avoir l’air de ceux qui dans les réceptions «  allument les bougies » tant ils sont à l’avance.

 

                                                       Accueil souriant, mais un peu réservé. Un peu dubitatif certainement devant ces gens qui viennent de Strasbourg pour dîner chez nous ? Une petite table en vitrine, pas de vestiaire ou du moins de crochet pour manteau écharpe etc. on se cale comme on peu et commandons un apéritif : des «  bulles » .Il y en a deux sur la carte. Un de chaque ce qui nous permet de goûter à tous et d’échanger nos impressions. Préférence pour le plus doux sans que cela fasse de ce vin un frères d’un Vouvray ; même pour Marie Louise dont les goût vont d’habitude à ce qui est plus sec.

 

                       Le temps aux verres d’arriver, je fais le tour du propriétaire pour m’imprégner des lieux et pouvoir me les remémorer lors des prochaines chroniques du Taulier. Je passe ainsi en revue toutes ces dames affairées derrière leur comptoir qui sourient, quelque peu amusée. Au fond de la salle un immense affiche d’un vieux film de CHABROL (1968) « Les Biches » avec La très jolie Jacqueline SASSARD (un mélange de Anne HATHAWAY et de Jeanne TRIPPLEHORN avant leur, ceci pour les plus jeunes) Étonnement, je ne m’attendais pas à ca : 48 ans après ! On m’explique que c’est le cadeau d’un ami à force d’entendre ces dames s’appeler ma biche à tout bout de champ. Un lapin blanc, des biches, est ce vraiment un resto ?

 

Je retourne sagement m’asseoir à ma place : la salle commence à se remplir. Nous attaquons nos plats : des terrines et pâté pour moi, un fromage cuit aux poires pour Marie louise. Les vins sont servis au verre, en présence de la bouteille plutôt genre pot de Beaujolais avec une étiquette sommaire plus ou moins farfelue. On nous précise à chaque fois l’origine avec plus ou moins des mines de dealer  vous proposant une bonne occase. Les vins sont finalement, comme tout le reste, bon enfant. Ils ne laissent pas indifférents et sont plus que des vins de soif. Ils n’en jette pas : bel équilibre en bouche confirmant la bonne impression faite au nez. Peu de longueur sans être court et suffisamment amples pour réjouir le palais. Je retiendrais surtout un «toucher soyeux » qui évite le commentaire usuel regrettant le manque de fondu de beaucoup de vin (pas pour autant forcément mauvais). Désolé je ne vais pas commencer à énumérer les arômes que l’on pourrait retrouver dans ces vins. Cela fait longtemps que je ne joue plus à ça surtout que désormais j’ai une occupation  assez prenante à savoir, goûter des fruits et y chercher des arômes de cépages. Enfin pour être complet ces vins tous natures nous précise t’on à chaque fois manque un peu de puissance : voilà !

 

                           Il est temps de quitter les lieux qui se sont remplis entre temps permettant à l’ambiance de s’installer. Mon caractère bonnet de nuit me fait me coucher comme Marcel ; dommage plus tard cela doit être moins sage que lors de notre dîner. Quand au brunch dominical il vaut peut être le voyage.          

 

Quoi dire enfin du LAPIN BLANC et de ses Biches ? Tout d’abord que c’est un lieux et une cuisine atypique, plein de la personnalité de ces dames qui sont certainement à prendre ou à laisser. Tout respire le plaisir à être et à faire : plaisir qui est communicatif si on laisse dehors, habitudes, préjugés et certitudes. Psychorigides et bien pensants passer votre chemin. Un lieu difficile à cerner et à classifier, ni vraiment restaurant, ni uniquement bar. Mais après tout en s’en fou, c’est le LAPIN BLANC. Mais langue de pute je suis, langue de pute je reste. Après avoir dit tout le bien que je pensais du lieu des folles nuits de notre Taulier décochons la flèche du Parthe, terrines, pâtés et rillettes sont un peu grasses (mais peut être n’avons nous pas les mêmes valeurs !)

 

Où Pax zappe Giovanni Passerini le meilleur de l’Italie à Paris !

 

Dernier jour. Le rapprochement GIACOMETTI/BOURDELLE nous incite à visiter l’exposition au Musée PICASSO ou l’on présente une confrontation entre ces deux artistes majeurs du XX éme siècle. BOUAH ! Encore une idée de l’intelligentsia ! Rien de plus artificiel et qui ne démontre rien même si Philippe DAGEN se fend d’une demi page dans LE MONDE pour faire l’éloge de cette exposition sans convaincre car manifestement elle est bancale. Une confrontation pourquoi pas mais pour le démontrer, à l’évidence ou avoir l’honnêteté de reconnaître que si la confrontation méritait d’être tenté elle tourne finalement à vide. Foin de toutes ses notices, légendes des œuvres, textes tirés par les cheveux (abondant chez Alberto et inexistant très tôt chez Pablo) et patin couffin.

 

Le soir devait être consacrée à une visite imprévue dans ce restaurant italien qui le samedi soir fait bar sans réservation et bien sûr recommandée par le Taulier.

 

Fatigues, on jette l’éponge. Retour à l’hôtel. La faim fait sortir le loup du bois et les touristes affamés de l’hôtel trouvant idiot de grignoter dans la chambre quand on est à Paris ou on le sait il n’y à de bon bec nulle part ailleurs On flâne et après moult lecture de carte aux devantures des restaurant du quartier on arrive à « L’Avant Goût »** carte alléchante ambiance cosy : complet ! Il est 20 h : quand arrive votre dernière réservation ? 21 h 30 – nous serons parti d’ici là, garanti ! On nous installe, service efficace et chaleureux. Plats revisités avec goût et précisions, carte de vins originale sans affectation. Une belle fin de séjour grâce à des professionnels qui savent ce que restaurer veut dire alors que très souvent, dans pareil cas on se fait jeter avec un souverain mépris : « mais pour qui il se prend celui la, n’a qu’a réserver comme les autres » (Faux professionnel qui se rengorge parce qu’il est plein et se croit arriver parce qu’il peut renvoyer du monde.)

 

Beau séjour en somme plein de belles et bonnes rencontres qui renvoie aux oubliettes le parigot tête de veaux/ parisien tête de chien et donne une envie de revenez y.

 

Lutzelhouse le 25 novembre 206

 

 

*     Le voyage à Paris – titre d’une pièce du répertoire du théâtre alsacien de Gustav STOSSKOPF               

**    Ne soyons pas égoïste bien qu’excentré ce restaurant vaut le déplacement 26, rue Bobillot 75013 Paris

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
28 septembre 2016 3 28 /09 /septembre /2016 06:00
Les Ignorés 2 : « Bah ! Je sais bien que c'est pour des sous que vous venez et pas pour mes beaux yeux ; des sous je n’ai point : plus une brebis, plus un agneau, plus rien ! »

Et Fred de poursuivre: « ...donc, jeudi dernier, vers 17h, une charmante dame se pointe à la ferme au volant de sa voiture de service; accueil mitigé des deux bergers beaucerons, par précaution elle klaxonne. »


Edgar sortant de la grange :


- Qu’est-ce que vous me voulez encore ? clame-t-il suspicieux.


Elle abaisse la vitre juste à hauteur des chiens silencieux mais peu souriants.


- Monsieur Samson ? Edgar Samson ? Bonjour Monsieur ! Désolée de vous déranger, mais vous avez dû recevoir mon avis de passage ?


- Sais pas, j’n’ouvre point l’courrier !...


- S’il vous plaît pourriez-vous ranger vos chiens, si l'on pouvait se parler au calme.


- Dame ! Vont point vous bouffer, sont braves !...


Il les enferme dans la remise à bois.


- Entrez donc et regardez pas le décor, je n'ai plus de femme de ménage.


Il repousse une assiette sale et un croûton :


- On va se mettre là ! Voulez-vous un café ? dit-il écartant le chat endormi sur le banc.


- Non merci j'en ai pris il y a 10 mn dit-elle contemplant la pièce en désordre.


- Je suis Madame Pichon de votre caisse d’entraides mutuelles, la CREM* dit-elle en allumant son ordinateur. Voici l'objet de ma visite Monsieur Samson, à cette heure vous accumulez un énorme retard de cotisations ...


- Bah ! Je sais bien que c'est pour des sous que vous venez et pas pour mes beaux yeux ; des sous je n’ai point : plus une brebis, plus un agneau, plus rien ! A mon âge croyez-vous que c'est une situation ?! J'en suis à attendre les mandats de ma pauvre fille qui élève seule ses deux gamins ! Vous trouvez ça normal vous ?


Les doléances des ruraux, Anne Marie Pichon en entend : rodée à la législation complexe du monde agricole, elle anime les stages de sensibilisation de la Caisse Mutuelle ; en professionnelle avertie, elle connaît les sautes d’humeur de ces gens souvent acculés au désespoir. Issue de ce milieu elle sait maintenir le dialogue tout en restant ferme sur les objectifs : récupérer les arriérés de cotisations.


- Vous aviez reçu de nombreux rappels et votre cas a été mis au contentieux d’où ma visite. À ce jour, nous vous réclamons trois années d’impayés auxquels s’ajoutent les frais de dossier et d'huissier. Vous êtes d'accord ? Ça fait bientôt trois ans que l’on vous informe...

 

- Qu’on m’informe, qu’on m’informe ! Qu’on me menace oui ! J'ai demandé un étalement à une dame au printemps, j’ai même passé une matinée dans vos bureaux avec de la moquette jusqu’au plafond, des ordinateurs et des machines à café que c’est payé avec nos sous et j’ai même fait appel aux gens du syndicat, la Confédération Rurale là ! Vrai ou faux ?


- Si vous le dites Monsieur Samson ! Je vous crois; pour ce qui me concerne je vous réclame à ce jour les douze mensualités plus les frais ; il vous est possible de demander un recours gracieux pour ces frais en remplissant ce formulaire destiné à la Commission de Recouvrement.


Elle sort un imprimé et lui tend un stylo : vous écrivez là « Bon pour accord » en toutes lettres, la date et vous signez ici.


J’écris rien... j’signe rien et vous vous me débarrassez le plancher, ça suffit vos conneries : payer pour rien toucher quand on est dans la mouise ! Terminé !


Edgar exaspéré se lève et sort dans la cour ; Anne Marie paniquée à l'idée qu’il va libérer les chiens se précipite vers sa voiture : faisant volte-face, il lui saisit le bras et la plaque brutalement contre l’auto.


- Arrêtez Monsieur Samson, ne faites pas ça, vous pourriez avoir de graves ennuis !...


- Ma belle j'en ai d'jà plus qui n’en faut alors tu vas pas t’en tirer à la parlote et il l'entraîne vers la bergerie désertée.


Les chiens hurlent dans leur réduit. Terrorisée, Anne Marie découvre ce hangar vide, l’odeur âcre du fumier, les mangeoires encore pleines de foin odorant, des ficelles bleues en vrac sur les balles. Le paysan prend une des ficelles au passage et saisissant les poignets de la femme les lui attache sans ménagement ; elle hurle « A l’aide, au secours !.. » sa voix résonne sous les tôles, les aboiements couvrent ses cris. Ce secteur tout au bout du village est peu fréquenté : les premiers voisins sont à plus de 100 mètres. Elle lance un coup de genou, tente de le déséquilibrer comme elle voit faire ses enfants au cours de judo.


Mais l’homme est alerte, il esquive et la culbute, nez dans les crottes de mouton ; elle sent la peur l’envahir, une peur sourde : il faut le calmer, le distraire, lui parler simplement mais elle ne peut articuler une phrase...


- Ah ma belle pintade tu fais moins ta maligne à présent hein ! Tu vas voir de quel bois on se chauffe chez les Samson... !


Il lui colle un genou sur la nuque comme il faisait à ses brebis aux tontes de printemps et lui passe un autre lien autour des chevilles.


Le désespoir l'envahit, elle sanglote incapable de prononcer un mot : elle aurait voulu lui donner un coup de pied, un coup de tête, le mordre : trop tard et ça va mal finir. Tirant de sa poche un mouchoir crasseux, comme dans un western de série B, il la bâillonne puis la chargeant tel un ballot sur l'épaule se dirige vers le pré derrière le bâtiment.


- Et maintenant tu vas apprendre la campagne, t’auras toute la nuit pour réfléchir à ton boulot de merde mais, rassure-toi, demain y fera jour !

 

Il la redresse contre un vieux pommier, défait son ceinturon pour tel un condamné au poteau d’exécution l’attacher au tronc : tu vois, y reste deux crans, je pourrais serrer plus fort mais c’est juste pour te donner une bonne leçon et que tu pisses dans ton froc comme un vieux.


Il regagne la cour maintenant dans la pénombre et libère les chiens.

Dans la cuisine sur la table, l’ordinateur et les documents : il s’en saisit et les balance dans la cheminée où mouronnent quelques braises, puis se réchauffe le café du matin, le calva à portée de main il s’en verse une bonne rasade.


- Tiens ça va me remettre les idées en place » ... quand une détonation soudain le fait sursauter : l'ordinateur brûle en crépitant, l'écran vient d'exploser.


Mathilde : « Mais cette pauvre femme est restée attachée toute la nuit à son arbre ?


- Attends, je t'ai dit que ça finissait en tragédie, un peu de patience ma chère ...

 

Pendant ce temps, au verger, notre Anne-Marie se repasse le film des événements : elle tremble, la fraîcheur tombe sur le vallon, une chouette lance son cri aigre: « Comment ai-je pu me retrouver dans ce guêpier ? A quel moment ai-je dérapé pour que ce vieux se transforme en tortionnaire ? Et qui va s'inquiéter ? Au siège à cette heure il n’y a plus que les femmes de ménage et le gardien de nuit. Et les enfants ?!


Sa vue s'adapte à la nuit, derrière, elle perçoit des bruits étranges dans les fourrés : un blaireau peut être ?


C’est dangereux ces bestioles, comme le père Samson et ses sales clébards qui vont me bouffer...


Le bruit de sa voiture qui démarre, la marche arrière qui grince : Edgar s'enfuit au volant de sa voiture de service … Cette fois, ça va vraiment mal se terminer !

- Et j’imagine qu’elle sera dévorée par les chiens comme Ste Blandine ? demandais-je.


- D'abord Ste Blandine n'a pas été dévorée, les méchants lions ont refusé de jouer le jeu et je te rassure notre séquestrée s’en est sortie » poursuit Fred qui, saisissant le journal posé là, l’ouvre à la page « faits divers » : tiens la suite, la voilà ! et maintenant on va pouvoir passer à table !...

- Mathilde ! Sois mignonne, lis nous le papier de Fred pendant que je m’occupe du feu dis-je en quittant mon siège pour allumer le barbecue. 

 

- Alors non seulement Madame se tape la cuisine mais en plus elle doit lire le journal car Monsieur est occupé !... ben tu le liras toi-même, moi, je vais faire un tour de jardin c’est magnifique tous ces beaux asters ...


- Ah moi qui croyais que c'était des marguerites ! Des asters ? Tu es sûre Mathilde ?s’enquiert Frédo.


- Sûre et certaine ! mon beau Frédo, et je vais nous en cueillir un gros bouquet.

 

 

L’écho de la Plaine.



Affaire de la séquestrée de St Martin du Bocquey : un témoignage.
 

L’agriculteur retrouvé noyé au Pont de la Coudre.


La voiture de service sortie de la rivière par les secours. (Photo Fred Alban)

 

On en sait un peu plus sur la triste aventure de cette femme retenue contre son gré par un agriculteur se prétendant harcelé par les mutuelles agricoles. Les faits relatés dans notre édition d’hier semblent corroborer la thèse du coup de folie.


La voiture de service a été retrouvée vers le Pont de la Coudre par la gendarmerie. À son bord le corps sans vie du paysan. Le véhicule n’a pas freiné avant de plonger dans la rivière longeant cette petite route : la thèse du suicide semble retenue.


Voici le témoignage de l’habitante de la commune, Joëlle A. qui est venue en aide à la malheureuse :


« Vers minuit et demi, j’ai entendu un appel sous ma fenêtre encore éclairée car je lisais. Une inconnue, choquée, vêtements en désordre et pieds nus demandait secours. Je l’ai faite entrer et l’ai réconfortée : nous avons pu joindre son mari qui est venu la récupérer ; j’ai aussi averti notre maire Jeanne Chapeau et la gendarmerie locale » déclare cette femme encore sous l’émotion.


Elle poursuit : « Venue récupérer les arriérés de cotisations agricoles et après un échange qui a dégénéré en altercation, cette déléguée au contentieux s’est soudainement retrouvée ligotée à un pommier et bâillonnée sans pouvoir signaler son drame.


Puis, dans son accès de folie, l’agriculteur s’est enfui au volant de sa voiture pour finir où l’on sait.


A notre question « Comment a-t-elle pu se libérer ? » et c’est là l’aspect insolite de cette sordide affaire, le témoin poursuit : « Elle m’a dit que c’est la chèvre, occupante de ce verger qui avait brisé les liens avec ses cornes. J’ai toujours pensé que les humains avaient encore à apprendre des animaux » conclut cette habitante très appréciée dans la commune.


Sur décision du maire, Biquette, l’héroïne involontaire de cette histoire, a été confiée à une voisine : elle s’y trouve en bonne compagnie : dans le pré pâturent déjà âne, chevaux et chèvres.

Aide-mémoire :

 

CREM : Caisse rurale d’entraide mutualiste: le siège est à Caen.


CARI : Confédération agricole rurale indépendante / maison de l'agriculture


Fred Alban, correspondant local


Anne Marie Pichon 41 ans déléguée au contentieux CREM


Edgar Samson 68 ans agriculteur éleveur écologiste anti vaccins


Jeanne Chapeau maire de la commune


Aimé Lecaplain 1er adjoint chargé du patrimoine, de la voirie et des réseaux.
Adjudant-Chef de gendarmerie.

 

Obsèques d’Edgar Samson mardi 15 h en l'église St Martin du Bocquey.

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 12:17
L’automne d’Apollon, en attendant l’hiver, dig, ding, dong : les misères d’Hubert Le Forestier contées par François le poète aubergiste…

Dans notre vieille Histoire du pays François, il y eu le François Villon le poète maudit, le François premier du nom qui fut défait à Pavie pas encore 1 GCC classé A, le François de Jarnac issu du lignée vinaigrière, et maintenant le François affublé du titre de Flamby… Jules d’une Julie…

 

Par bonheur il y a toi le François qui aimait les ânes au temps où tu tenais les rennes d’un château familial avant, sans déchoir un seul instant, d’endosser avec talent les habits d’aubergiste poète, fidèle à ses racines et fier de témoigner de la dérive bling-bling des parvenus arrogants et si sots.

 

Merci de m’avoir fait parvenir par le Canal Habituel ton petit et humble « poème mythologique » inspiré par Dionysos…

 

Les vers ont 22 pieds en l'honneur du 22 Septembre! Heureusement que le résultat n'était pas proclamé le 3 Octobre, j'aurais eu plus de difficultés pour raconter cette histoire (merci Madame la présidente de la 17e Chambre!). Cela plombe un peu le rythme du récit mais donne finalement un genre particulier relativement compatible avec les textes anciens.

 

Apollon, le dieu vindicatif qui à sa convenance organisait les oracles,

 

Vêtu pour l’occasion particulière de ses plumes de coq et de peaux de serpent,

 

Outragé par des écrits en forme de juste portrait et publiés hors du cénacle,

 

Traduisit en justice la déesse Iris pour qu’elle puisse être condamnée à ses dépens.

 

 

Regardant peu à la dépense et voulant sur la messagère faire monter la pression,

 

En toute innocence, il se tourna vers Mercure qu’il croyait être le dieu des baromètres.

 

Bien lui en prit car, outre qu’il soit la divinité des voleurs de toute condition,

 

Osons ici la parenthèse pour dire, et c’est regrettable, que certains l’ont pris pour maître,

 

N’oublions pas qu’il est le dieu de l’éloquence et même le père de tous les avocats.

 

C’est ainsi qu’Apollon demanda à Mercure de détruire Iris en termes pernicieux.

 

 

On fixa l’audience au Palais, dans la Chambre Septendecime, pour apprécier ce tracas

 

En ce jour béni des dieux qui célèbre la déesse Diane au caractère si gracieux.

 

 

Il y a un avant jour inondé de lumière chaque fois se termine en chassant le dieu Apollon

 

Réveillant par là même la déesse Diane qui resplendit dans les mystères de la nuit.

 

Méditant cette image, Iris s’adressa à Minos de sa voix douce comme un violon

 

Et trouva les bons mots pour se défendre afin de dissiper la cause de ses ennuis.

 

Sans état d’âme, Apollon et Mercure, convoquèrent Achille pour son idéal moral

 

Souhaitant que son talent précipite à jamais dans le Styx Iris et son éditeur.

 

Il faut vous dire que leurs témoignages contradictoires assénés sur un ton doctoral

 

Eurent comme effet de réveiller Éole qui balaya vite les espoirs de leurs auteurs.

 

Un à un, ils firent ruisseler des sanglots sur leurs joues pour exprimer leur triste sort

 

Rappelant plutôt les fausses larmes de Crésus versées dans le grand fleuve Pactole.

 

Sans précaution, Mercure récusa un témoin d’Iris tel un diable absent sans ressort.

 

Dans la soirée, Minos prit rendez-vous avec l’automne avant de plier son étole.

 

 

Ainsi, le jour de la saison qui précède l’hiver, le verdict tomba net et clair:

 

Mercure fut prié sans aucun ménagement d’accompagner Apollon en Enfer

 

Et Iris fut lavée de toutes ses misères grâce à cette décision exemplaire

 

Sauvant l’honneur de la liberté en renvoyant Apollon à ses tristes affaires…

 

 

Extrait de l’Odyssée des Temps Modernes

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 06:00
Les Ignorés : la triste histoire d'Edgar Samson de la ferme au bout du chemin de la Planche, un pauvre gars qui collectionnait les malheurs.

C’est ce dont je rêve chaque jour que Dieu fait : que l’une ou l’un d’entre vous prenne sa plume, ou plus prosaïquement pianote sur son clavier, pour emplir la page blanche qui est mon lot quotidien depuis plus de dix années.

 

Mon espace de liberté est espace ouvert, offert à ceux qui veulent bien l’occuper. Dans mon pays crotté, au Bourg-Pailler, la porte, les portes n’étaient jamais verrouillées, je n’ai pas le souvenir d’avoir gamin su ce qu’était une clé.

 

Et puis, au petit déjeuner, les bonnes venaient chercher le lait de leur patronne ; les jours de marchés et de foires c’était un véritable défilé : les clients de mon père passaient prendre un verre, restaient jusqu’à pas d’heure, discutaient et parfois payaient leurs dettes.

 

La France paysanne de ma jeunesse, celle que la Révolution silencieuse chère à Edgard Pisani et à Michel Debatisse, métayage, polyculture-élevage, valets de ferme, ni eau courante, ni électricité, allait être arasée comme les haies du bocage par le remembrement. Les bras inutiles migraient vers les grandes villes. L’exode, un exode invisible, qui allait faire proclamer à certains « nous ne voulons pas des hectares mais des voisin. »

 

La solitude, l’endettement, la bureaucratie des organismes agricoles, le délitement du mutualisme, le triomphe des gestionnaires, des comptables, broient et continuent de broyer ceux qu’on ne nomme plus paysans mais agriculteurs ou éleveurs.

 

Dans notre société urbanisée les grands médias fonctionnent à l’émotion, alors de temps en temps, lorsque survient une crise, comme celle du lait, on s’apitoie, on larmoie sur le triste sort de certains d’entre eux avant de passer à d’autres sujets d’émotion.

 

Les donneurs de solution et de leçons m’exaspèrent souvent, gouverner notre pays n’est pas une sinécure, se mettre réellement les mains dans le cambouis de la vie de ceux que je continue de nommer paysan n’est guère gratifiant dans les sphères du pouvoir. Notre administration territoriale noyée dans la paperasse, la gestion de dossiers d’aides de l’UE, a perdu le contact avec ce qu’on appelle chez les politiques : le terrain. Les administrations agricoles sont logées à la même enseigne, elles ne sont plus les outils au service du plus grand nombre, elles vont vers ceux qui peuvent payer leur service.

 

Il ne s’agit pas ici de dresser un acte d’accusation, d’instruire systématiquement à charge, mais de faire ce qu’un de mes fidèles lecteurs, Jean-Pierre Glorieux, conter une histoire qui plonge ses racines dans le quotidien des IGNORÉS.

 

Merci Jean-Pierre de cette contribution que j’ai scindé en 2 épisodes.

 

 

Le monde rural subit une crise profonde, souvent silencieuse.


Des drames surviennent qui ne font pas les gros titres de la presse, pourtant chaque jour des paysans mettent fin à leurs jours: Edgar Samson était l'un d'entre eux.

Un beau soleil réchauffait ces vacances d’automne.


Nous profitions de l’invitation de mon vieux pote Frédo pour passer la semaine en Normandie à St Martin du Bocquey et l’aider à la réfection de sa maison : des bricoles genre peinture des radiateurs et carrelage des murs de la douche, bref rien de bien compliqué.


Mathilde et moi avions saisi l’occasion mainte fois reportée mais, Nathalie partie, nous n’avions plus d’excuses.


Frédo se remettait tant bien que mal de cette séparation rugueuse ; au printemps elle l’avait subitement quitté : en rentrant un soir, il avait découvert l’armoire vidée son contenu et un post-it sur le frigo :


« J’en peu plus, tu n’as plus aucune attention envers moi
je préfère tirer le rideau : j’ai besoin de prendre du champ
»


Ps: n’essaie pas de me joindre – je t’appellerai dans qqe jours et SURTOUT EVITES D'EMMERDER MES COPINES à coup de TÉLÉPHONE.

 

Nath.


La mauvaise surprise fut le délestage du compte bancaire des trois-quarts de son modeste contenu, ce qui mit Frédo en mauvaise posture : contraint de mettre en vente l’appartement commun, il avait opté pour la campagne, mais avec la crise de l'immobilier, la vente ne s’était toujours pas conclue et il devait continuer à rembourser le crédit contracté quatre ans plus tôt.


Cette modeste maison ferait l’affaire, le propriétaire lui accordant une large remise de loyer en échange d’une restauration conséquente.


Fred qui n’avait plus d’emploi stable depuis longtemps bossait à droite à gauche et avait acquis assez de savoir-faire pour se passer d’artisans chers et rarement au rendez-vous.


Quand il nous avait sollicités, Mathilde et moi avions mis au pot comme la plupart de ses amis. Il était malaisé de refuser à un type aussi chaleureux et ami de trente ans !

 

Connu dans la région, on le voyait dans toutes les manifestations, lui le correspondant de l’Echo de la Plaine, la gazette locale.


On l’entendait de loin sur sa vieille Moto Guzzi au son si particulier.

Arrivés de Paris le dimanche midi après un détour par le marché de Caen, voici l’histoire telle que Fred nous l’a racontée à l’apéro sous le gros tilleul du jardin.

« A 8 h jeudi dernier j'ai été appelé par l'adjoint Aimé Lecaplain. Le pauvre arrivait à peine à parler et c'est seulement sur place que j'ai compris l’enchaînement de cette histoire digne d'un mauvais polar.


Depuis des mois la CREM * tentait de recouvrer les cotisations du vieux paysan Edgar Samson habitant la ferme au bout du chemin de la Planche.


Il faut dire que ce pauvre gars collectionnait les malheurs.


Il n'arrivait plus à s'en sortir entre les règlementations et cotisations : la paperasse n'était pas son fort. À la mort de sa femme, tuée par une vache subitement devenue furieuse, il avait décidé d’arrêter la production de lait qui ne rapportait plus vraiment.
Les cours n'en finissaient pas de baisser et la surproduction n'arrangeait pas les choses d'autant que la mise aux normes européennes de son installation coûtait des sommes colossales, or la banque rejetait ses demandes de prêt.


Soutenu par la CARI* un temps, il s’était fâché avec le responsable local, un écolo pourtant pas maladroit.

 

Il faut dire qu'Edgar n'était pas des plus conciliants et se moquait bien des conseils amicaux de ce jeune éleveur très au fait de la législation.


Aussi, sa reconversion s'était portée sur l'élevage de brebis et la production d'agneaux.
Pour son malheur la maladie de la « langue bleue » obligeait chaque éleveur à vacciner le troupeau agneaux inclus dès 3 mois.


Notre Edgar, soudainement converti aux thèses des écolos les plus radicaux, s'était «pris le chou» avec le véto du coin, un «étranger pro-européen», dont la voiture arborait la cocarde bleue étoilée fait assez rare pour lui valoir les sarcasmes des gars du coin.


Il avait bradé les quinze normandes du troupeau et entrepris d'aménager l’étable en bergerie à l’aide de palettes en bois. Des semaines durant il avait enclos les six hectares, séparés par la Coudre en dessous de l’ancien moulin avec du grillage spécial à mailles carrées.

 

Cette parcelle, un temps convoitée par la mairie pour y installer un épandage des eaux usées n’était pas constructible, il avait vendu les autres, plus éloignées, à un jeune agriculteur aux dents longues qui raflait tout avec l’appui de la Safer.


- C’est quoi cette Safer demandais-je ?


- Bah je t’expliquerai, c’est une invention de Pisani sous de Gaulle dans les années 60.


Donc notre Edgar se rend au marché des ovins de Gavray dans la Manche et en ramène 6 brebis et un blin : le blin, c’est le mâle, le bélier quoi.


- Ah je croyais que c'était un bouc moi remarque Mathilde tout en épluchant la salade.


- Ben si tu mets un bouc avec une brebis, ils vont peut-être s’amuser un temps mais tu n’auras pas de naissance ma belle ! lui répond Frédo.


- Ah moi je croyais que c'était comme les ânes et les juments : qu’on obtenait des sortes de mulets !


- Mais non Mathilde ! Ça ne marche pas comme ça, je t'emmènerai au prochain Salon de l’Agriculture répondis-je amusé.


Donc voilà notre Edgar producteur d'agneaux. La première saison, il y a 3 ou 4 ans, 10 naissances, 4 mâles et 6 agnelles soit 17 têtes, pas d’accident, pas de chiens errants qui vous bousillent les bêtes …


- Et toujours pas de loups dans le secteur ?? ironise Mathilde


- Ah tu es en forme toi ! rétorque Fred


- On n’en est pas encore là Dieu merci ! Bien que le loup soit une vraie calamité en montagne, je plains les éleveurs sinistrés.


Avec ce cheptel il ne peut guère rentrer d'argent même si le congélateur est bien garni.

 

Mais l’élevage, c’est aussi tenir un registre des naissances, acheter ces affreuses médailles plastique, couper les queues et depuis 2007 la vaccination est obligatoire.


- Oui, cette fameuse maladie de la langue bleue qui arrive d'Afrique ? dis-je l'air informé


- Voilà et c'est le début de la fin en quelque sorte, enfin ce qui va précipiter sa chute.


- Mais .... ? interroge Mathilde tout en s'activant au repas tandis que Fred refait les niveaux de Sauvignon, mais, comment tu sais tout ça Fred ? Tu es devenu spécialiste en élevage ou tu as fait des stages ?


- Ma chère amie, n’oublie pas que je viens de la Manche, pays des Avranchins, les fameux agneaux de prés salés; gamin j’accompagnais grand-père, on comptait les bêtes à la jumelle et au moindre signe suspect on démarrait la 2 cv (troupeau affolé rentrant en milieu de journée, promeneurs louches ou chiens errants sur les herbues) répond l'ami Fred fier de ses racines rurales.


- Bon alors qu’on en termine avec ton fameux Edgar, j'ai une vraie faim de ...loup moi !


- Ainsi, à force de relances sans suites et de lettres recommandées, un beau matin Edgar reçoit la visite du vétérinaire accompagné de deux gendarmes pour, officiellement, vérifier la conformité de son élevage avec la réglementation européenne.


Le vétérinaire lui met sous le nez une série de photos prises en hélicoptère.


- Non tu plaisantes ?


- Je t'assure véridique ! Quatre clichés en couleur ; on y distingue toutes les bêtes dans le champ et même l'ânesse en plus sombre, dans le champ voisin on voit un tracteur et les deux couvreurs sur le toit de la mairie : Aimé, l’adjoint toujours prudent a fait un dossier et m’a montré les copies : incroyable. Il m'a avoué être écolo et comprendre les réactions de ces paysans récalcitrants.


- Alors on paie des heures d’hélico pour emmerder des pauvres types en infraction !... C’est aussi drôle que les radars routiers ton affaire ...Vas-y, continue, j’ai faim...!


- Donc les flics dressent procès-verbal et la suite, vous l'imaginez ...Deux jours plus tard, un camion embarque tout le troupeau soit vingt-deux bêtes, sauf la chèvre, son petit et l'ânesse qui seront épargnés.


Edgar furieux insulte la terre entière, le chef de la gendarmerie est venu sur place, navré mais la loi n’est-ce pas... il tente de le calmer, demande à l’adjoint si « notre gars ne serait pas en possession d'un fusil ou d’une arme ? « Il n’est pas chasseur répond Aimé, si oui, on se serait déjà fait tirer dessus ! »


On lui demande de signer des formulaires de reconnaissance des faits, là sur le capot du fourgon, il refuse obstinément et les traite de « soviétiques, barbares pires que les nazis » qu’il n’a pas connus mais son père, torturé par la Gestapo, oui !


- Alors une fois le troupeau embarqué, question : va-t-il toucher quelqu’argent ? Je suppose que ses bêtes, même non vaccinées ; étaient saines, l’administration lui versera-t-elle une indemnisation ? demandais-je.


- Pardi, mais tu connais notre système, ce maigre revenu six semaines plus tard ne permettra pas de solder assurances, cotisations et frais courant (carburant, achat de foin, EDF) et il y a tout juste trois jours, le drame est arrivé.

 

- Quel drame ? Tu nous dis qu’il n’était pas belliqueux, seulement vindicatif mais brave type...


- Oui, au fond, un de ces paysans qui n’a pas vu venir la modernisation et ses contraintes, on est au XXIème siècle tout de même..! Le plus triste dans cette histoire...


Mathilde intervient « Ohé ! Les hommes: on mange des sandwiches ou quelqu’un allume le barbecue pour griller les maquereaux ??


- Je m’en occupe, reste avec nous tu vas savoir la suite... tragique ! dis-je sarcastique.

 

à suivre...

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
22 août 2016 1 22 /08 /août /2016 06:00
« Saint-Sulfite, priez pour nous ! » Jean-Yves Bizot vigneron instille de l’intelligence dans la bataille de chiffonniers autour d’Onfray.

Le titre est de mon cru.

 

Le choix de la photo aussi, j'ai toujours aimé Reiser...

 

Le verbe instiller m’a été révélé par le François de Jarnac, grand maître de l’ambiguïté, lorsqu’il a, pour les élections de 1986, instillé une dose de proportionnelle aux législatives, provoquant le départ au cœur de la nuit de mon ministre Michel Rocard.

 

Quant à l’intelligence, il serait bon qu’elle revienne au galop dans tous nos débats.

 

Pour la bataille de chiffonniers, ma chronique Pour Onfray Steiner est un imposteur mais notre conteur de philosophie se prend les pieds dans le tapis de l’œnologie en faisant 1 drôle de méli-mélo entre les vins bios, biodynamiques et les natures. roule tranquillement vers ses 6000 lecteurs.

 

Depuis l’irruption de Face de Bouc sur la Toile les commentaires se font rares sur les blogs et pourtant certains s’y risquent encore tel celui-ci :

 

« Michel a raison sur bien des points surtout la dégustation des vins natures et autres biodynamique ...pour avoir dégusté de nombreux vins de la sorte j’en ressort toujours déçu bon à mettre à l’évier... aucune finesse...border line sur la volatile ou avec une bonne salade… désolé mais c’est la réalité d’un bon nombre de ces affreux breuvages...alors sous prétexte de l'écologie bobo parigo on devrait se coltiner ces vins infâmes… non, stop !

Après vous parlez de Pontet-Canet… ah oui très bien vin mais à quelle prix????? Descendez dans le monde réel et venez déguster des vins bio ou nature a 20 euros...et là c’est un autre plaisir… beurkkk… »

 

Seb œnologue de métier et passionné de bons vins (Sébastien Cruss)

 

NB. Même si plus personne ne s’en inquiète sur FB je me suis permis de corriger les nombreuses fautes d’orthographe, comme diraient les dégustateurs de Siqocert ce sont des défauts.

 

J’ai donc commis une nouvelle chronique Pourriez-vous me dire ce qu’est un amateur de bons vins ?  pour que cet homme de l’art me réponde, mais, sans doute trop occupé à préparer sa trousse pour la prochaine campagne de vinification, il est resté muet.

 

Et pendant ce temps-là sur Face de Bouc, les divers camps s’écharpaient, s’invectivaient, les coups volaient parfois très bas, même au-dessous de la ceinture, et fallait même que Pierre Guigui, grand maître des amphores bios sommât l’inénarrable Fuster, grand vendeur de poudres et d’onguents, de débattre sur le sujet. Ayant viré ce dernier de mes amis FB je ne puis vous relater l’empoignade. Mais, avait-elle un quelconque intérêt ?

 

Je ne sais, mais ce que je sais c’est que le sujet révèle une ligne de fracture qui inquiète de plus en plus les tenants de l’idéologie dominante. Le revirement du couple Bettane&Desseauve sur la bio et la biodynamie en est la preuve la plus mercantile. Dans le dernier En Magnum l’immense Michel, Bettane, concède que le « désolant concept de vin nature » (sic) « produit de plus en plus souvent des vins bien fait et très plaisants. »

 

Bref, y’a le feu au lac ! Les grands de la chimie rachètent à tour de bras des start-ups de biotechnologie, beaucoup d’œnologues, tels St Paul sur le chemin de Damas, se convertissent, du moins officiellement, le CIVB bat sa coulpe doucement et lentement, le grand Gégé en bon commerçant se voit déjà en pape de la biodynamie, comme c’est étrange Michel Chapoutier est resté muet, et même si le millésime 2016 fut compliqué, provoquant la remontée des on vous l’avait bien dit, le virage d’une viticulture plus respectueuse de l’environnement se prend au grand dam de certains dirigeants aux casquettes multiples.

 

Le vin n’est pas pour moi une nourriture, même spirituelle, c’est un plaisir partagé et ceux qui mettent des tonnes de mots sur « leur dégustation » me saoulent. Je me contente de boire ce que j’aime, sans exclusive mais avec le souci que ceux qui le font aient une ligne de conduite qui corresponde à mes valeurs.

 

Comme je fais mien les propos de De Gaulle à propos des vins dit nature « Naturellement on peut sauter sur sa chaise comme un cabri, en criant l'Europe, l'Europe, l'Europe ... mais ça ne mène à rien ! »

 

Mon passé de Vendéen qui a sifflé le vin des burettes fait que je ne suis idolâtre de rien, vin nature compris.

 

Ce qui me plaît, me passionne, c’est ce que font ceux des vignerons qui ne suivent pas les chemins balisés pour emprunter les chemins de traverse, libre ensuite à chacun d’aimer ou de ne pas aimer, de ne pas acheter leur vin, de dire qu’ils sont bons pour l’évier, mais comme ils ne mettent qui que ce soit en danger je demande un peu plus de respect.

 

Je me tais et je laisse la parole à un vigneron dont j’aime les vins et apprécie sa pratique : Jean-Yves Bizot de Vosne-Romanée.

 

 

Lors d’un cours de vinification que je donnais à des BTS, je posai la question : « que faut-il pour faire du vin ?

 

Du sulfite. »

 

Euh…

 

Même pas une cuve, ou un pressoir ou mieux encore, du raisin ? Non. Du sulfite. Le reste est secondaire.

Serait-ce de l’idéologie…

 

« Je compris que ce vin avait moins à voir avec le raisin qu’avec l’idéologie et qu’il procédait d’une croyance qui lui donnait sa loi.

 

Remplaçons « ce vin » par « le vin » et tout le monde sera en phase.

 

Merci Michel, finalement ! Car quelle que soit l’approche, on va dire usuelle (ou conventionnelle ?), biodynamique et/ou naturelle, il y a toujours une idéologie, quasiment la même d’ailleurs, qui se cache : la foi absolue dans la technique, la primauté de celle-ci sur sa finalité, qui la rend plus importante que le produit lui-même ; ce vin est bon (ou mauvais) parce qu’il est nature ; ce vin est bon (ou mauvais) parce qu’il est « technologique » (faute de mieux).

 

 

Dans le cas de l’approche usuelle, plus personne ne se rend compte de ce renversement. Elle est devenue naturelle à force d’être conforme. Impression renforcée par le profil des vins obtenus, qui répondent parfaitement à la définition des « bons » vins pour lesquels Seb se passionne. Mais profil tout autant conforme donc devenu naturel que la technique qui préside à leur élaboration. On est qu’on le veuille ou non, dans la convention. Technique et (donc) esthétique.

 

la photo n'est pas de moi, qui n'achète pas En Magum, mais de Vincent Bonnal vigneron

la photo n'est pas de moi, qui n'achète pas En Magum, mais de Vincent Bonnal vigneron

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 06:00
Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »

Ce que j’aime dans ce texte, hors le fond, c’est le ton, une liberté de ton emprunte d’une grande érudition, d’une langue maîtrisée et d’un humour sans férocité.

 

Ce n’est pas faire injure à Louis Latour que de penser qu’il aurait été, s’il en avait eu le loisir et la volonté, un grand chroniqueur sur la Toile.

 

Admiration !

 

Texte dédié au nouveau directeur du BIVB Christian Vanier tout droit venu de notre beau Ministère de l’Agriculture ICI 

 

Bonne lecture…

 

« Une certaine vision de l’histoire du vignoble a depuis longtemps pris racine en Bourgogne. Elle se singularise par un panégyrique répétitif à la gloire des grands vins de la Côte. Selon cette conception, l’analyse des causes de la qualité conduit automatiquement à l’accumulation de bonnes notes décernées rétrospectivement par l’historien au « terroir » du grand vin, décliné en ses divers grands crus. Pour faire court, nous appellerons « cavalcade du grand vin » le récit coloré de sa destinée historique, telle qu’elle est perçue en Bourgogne par les divers protagonistes qui participent à sa promotion et lui manifestent, sans aucune réserve, une admiration indéfectible.

 

Les récits consacrés à la gloire des grands crus n’admettent en conséquence aucun faux pas dans un parcours de près de vingt siècles. Ils n’ont que faire de la recherche des paramètres œnologiques d’une qualité présumée absolue et définitive. Selon eux, la supériorité de nos grands vins s’impose toujours et en tout lieu. Il est donc sacrilège de la soumettre au moindre questionnement. La Côte apparaît alors comme une sorte de mine d’or, dont on a su à toute époque exploiter avec succès l’inépuisable filon. Le bruit de fond qui accompagne cette présentation simpliste est le cuivre des trompettes de la renommée, embouchées par tout ce que la Bourgogne compte de propagandistes convaincus et acharnés. Cette « réclame », comme on disait autrefois ne s’embarrasse pas de nuances et inspire encore aujourd’hui d’auteurs, dont l’unique ambition est d’entretenir une sorte d’exaltation collective. Cette appréciation, sans doute excessive de la qualité des vins de la Côte, bien qu’elle soit fondée sur des informations historiques parfaitement exactes, soigneusement choisies et mises en valeur.

 

La critique qu’on peut adresser à cette conception exaltée d’une qualité « historique », ne porte pas sur l’insuffisance de preuves qui existent, bien réelles et parfaitement convergentes, mais sur l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. Cette présentation est contraire à toute réalité, car seule l’œnologie, c’est-à-dire la mise en valeur patiente et obstinée du terroir bourguignon par des vignerons compétents et expérimentés, explique la qualité et donc le succès des vins de la Côte. Leur suprématie fut toujours contestée par les prétentions concurrentes d’autres genres, qui lui ont de tout temps disputé le champ étroit de la notoriété suprême. Elle fut aussi menacée par les faiblesses d’une pratique œnologique qui n’a pu constamment se situer au plus haut niveau, car l’œnologie est œuvre humaine et ne peut manquer d’être entachée d’erreur, ce qui veut dire que certains vins ne furent pas à la hauteur de la réputation européenne des vins de Bourgogne.

 

La faveur accordée par de grands personnages aux crus d’un vignoble connu, était autrefois par définition le ressort qui permettait d’étendre la notoriété et d’augmenter leur prix, comme plus tard pour le « vin de Nuys », remède miracle qui aurait permis la guérison de Louis XIV après l’opération de la fistule. L’usage du bourgogne en cette occasion exceptionnelle, imposait le respect et témoignait de la qualité hors du commun des vins consommés par ces personnages illustres, mais on ne peut résumer à ce seul trait l’activité viticole d’une province entière. »

 

[…]

 

« … l’orgueil bourguigno ne peut manquer d’être tempéré par la présence en Avignon du vin de Saint-Pourçain, qui eut, lui aussi, son heure de gloire au Moyen Âge avant d’être englouti dans une décadence irrésistible, dans des circonstances mal élucidées. À l’égal des vins de Beaune et malgré un parcours par voie de terre immensément coûteux, le vin de saint-Pourçain a participé, aux côtés de la Bourgogne, à l’approvisionnement des caves pontificales. Son prix d’achat était égal à celui des vins de Beaune, ce qui signifie qu’à cette époque il surclassait lui aussi, les abondantes productions provençales dont le niveau de qualité n’était pas jugé suffisant, au goût des princes de l’Église. Ces remarques seraient évidemment sans portée aucune, si les vins de Beaune envoyés au pape, auraient été des tonneaux de vinaigre. »

 

Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »
Les illusions de « la cavalcade du grand vin » par Louis Latour « … l’affirmation naïve d’une supériorité de principe accordée à nos vins, par un providentiel décret de la nature. »
Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents