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17 août 2015 1 17 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (6) : Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion

Après avoir pris congé, de la manière que vous savez, Émilia et moi avons filé jusque Bordeaux pour rejoindre une fête. Nous l’avons fait sur son gros cube, une Ducati Diavel Titanium, bicylindres en L, 1198,4cc, 106 CV, un beau monstre en série limitée 500 exemplaires. Comme nous n’étions pas équipés de combinaisons Émilia ne poussa pas la bête fauve dans ses derniers retranchements mais je dois avouer que ce fut grisant de filer sur l’asphalte en l’enserrant fort par la taille. Comme la chevauchée de moto ne favorise guère la conversation, avant de nous joindre à la fête, nous en avons grillé une sur le quai des Chartrons afin de mieux faire connaissance.

 

Émilia me bluffa. C’était un oiseau rare.

 

Je me sentais gros et laid. Je le lui avouai.

 

Elle me répondit qu’elle s’en foutait.

 

Moi pas, je lui rétorquai-je en lui disant que je faisais mienne l’interrogation de Houellebecq, dans Extension du domaine de la lutte : « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : «Dieu a voulu des inégalités pas des injustices» disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. ».

 

Oui Émilia son Tisserand c’était moi Tarpon Eugène de la seconde génération, un type « dont le problème – le fondement de sa personnalité, en fait – c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… »

 

- Que sera sera… ce qui doit arriver arrivera me répondit-elle en m’entraînant par la main vers l’hôtel particulier où se tenait le pince-fesses.

 

Je dois avouer que, pour la première fois de ma putain de vie, je me sentais à l'aise prêt à affronter les zozos du marigot du beau Bordeaux des châteaux.

 

Là encore, dans cette volière de luxe, je pus mesurer le pouvoir d’attraction d’Émilia sur la faune des héritiers.

 

Ils bourdonnaient lourdement.

 

Elle les ignorait superbement.

 

Nous n’étions pas là pour des plans culs mais pour chaluter les ragots dans le marigot. Le Sonar d’Émilia nous dirigea sans hésitation vers le lieu le plus poissonneux où siégeait la nouvelle compagne de Michel Roncevaux, l’homme des plus beaux tonneaux de Bordeaux, monsieur 100/100. Je ne fus pas déçu du voyage, la pêche fut miraculeuse sans pour autant me donner le moindre indice sur qui pouvait bien coucher avec la baronne des Sables de Saint-Émilion.

 

Pour m’aérer les neurones je fis un raid en direction d’un splendide balcon donnant sur le fleuve. Des fumeurs y tiraient diverses fumées aux arômes pas toujours catholiques. Dans un coin, une grappe de winemakers échangeaient autour de Stéphane Detoutautourdelacour et, à ma grande surprise, j’étais leur sujet de conversation.

 

Plutôt que de disserter sur les raisins mûrs et sains ils se perdaient en conjectures sur mon intrusion dans le fleuve si tranquille de Saint-Émilion.

 

Étais-je là pour enquêter sur les dessous affriolants du nouveau classement ?

 

Quel était mon commanditaire ?

 

Pourquoi m’étais-je rendu à l’invitation du maître du Logis de la Caserne ?

 

Ce privé minable ne pouvait que nager en eaux troubles ?

 

Mais pourquoi était-il accompagné de la belle Émilia ?

 

Quelqu’un affirma que, selon le Nicolas qui ne dit jamais rien pour rien, il y avait là la main de la perfide et redoutable Supportable.

 

Un murmure de désapprobation courru à la seule évocation de ce nom honni de la Bordeaux Connection.

 

Émilia, qui m’avait rejoint discrètement, me tirait par le bras jusqu’à la brochette des rois de la vinification :

 

- Je vous présente mon fiancé Eugène Tarpon, le privé pouilleux qui enquête sous les jupons de Saint-Émilion…

 

Les princes de l'oxygène manquaient d'air, je les achevai en leur balançant : « Oui, Eugène Tarpon, un nom de poisson...

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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, Sarko sirote 1 jus de tomate, Carla passe et repasse, entre bain de mer et plongeon dans sa piscine, sont extatiques les gars de Valeurs Actuelles

Qui n’a pas envie d’écrire sur une belle page vierge les premières lignes d’une aventure, de conjuguer séduction et plaisir ?

 

J'avoue un besoin irrépressible de cette légèreté qui «touche aux choses sans y toucher», de cette attirance chaque jour renouvelée qui m’émeut, me touche au plus profond. Diable qu’y-a-t-il de plus excitant que d’enflammer son imagination, faire fondre une à une les dernières résistances, de s’égarer, d’avancer les yeux bandés vers le danger. Être séduit bien plus que séduire, être conquis plutôt que conquérir, je ne sais, je ne puis, le John Malkovich-Valmont qui sommeille en moi, brouille les pistes, joue à colin-maillard, se souvient de Madame de Tourvel, les beaux yeux implorants de Michèle Pfeiffer dans Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, elle résiste certes, avec l’énergie du désespoir, aux avances de Valmont, mais quand elle cède, elle cède, c’est fini, elle ne négocie pas sa reddition, elle se donne tout entière à lui, généreusement, à corps perdu. L’Enfer n’est jamais loin du Paradis.

 

Magie de l’écriture, dans la solitude, l’aridité de la page blanche j’accepte d’être surpris, séduit. On ne peut aimer que si l’on accepte d’être séduit, que si l'on prend le risque de se perdre. Passé le surgissement imprévu de l’amour, c’est la braise vive de l’admiration, étonnement renouvelé, ravissement étonné, qui lui donne sa force, l’insinue dans la vie que je vis. Qu’importe si je ne suis qu’un passager clandestin dans sa vie à elle, celui qui sera débarqué sans ménagement à la première escale, l’important, l’essentiel, le sel de cette dernière tranche de ma vie, c’est elle.

 

Qu’importe, tout m’importe, j’écris. Les mots, que je couche dans l’indifférence de la nuit, sont la dernière digue que j’érige pour durer. Tel Hans Bricker, le petit garçon de Haarlem, qui pose son doigt sur la petite brèche de la digue, je retiens le flux du temps sans pour autant le stopper.

 

Qui pourrait m’interdire d’aimer ?

 

La mort, bien sûr, qui me tombera dessus sans préavis sauf à la programmer. Pourquoi pas, ce serait mon ultime liberté, mon dernier péché d’orgueil. Il m’arrive d’y songer lorsque mon corps donne des signes de faiblesse. Alors je me lève de ma table de travail, dans le silence de la cuisine verse de la farine dans une grande écuelle de verre, ajoute un à un les ingrédients, sans peser, au jugé, pétrir, sentir, mettre la main à la pâte, la maîtriser. Résister ! Aimer ! L’aimer !

 

Le jour va se pointer. Le premier métro va passer sous mes fenêtres. Je suis nu-pieds. Ma tarte aux mirabelles, encore tiède, gît sur son plat. Le chat s’étire. Ma bulle de silence se déchire. Là-bas, elle dort encore. « Je suis une petite nature… dit-elle. Magie de l’écriture, j’anticipe. Le café est un peu amer. Dans la presse, le marronnier du jour est la fuite des riches. Je souris, songe à l’amour en fuite, me prépare, avec mon goût immodéré de la lenteur, à partir. Pour l’heure je lis « À nos enfants » de Bruno Le Maire.

 

Bruno Le Maire, surnommé « Bac + 18 » par Nicolas Sarkozy, qui s'échine selon lui à écrire des «livres en allemand que personne ne lit». «Le pauvre, il écrit des livres que personne ne lit. Ah si, il y en a un que j'ai lu, c'est celui où il se masturbe!», aurait ironisé Nicolas Sarkozy.

 

« Un techno atypique qui a le profil brillant du haut fonctionnaire doublé d'un bon vivant qui n'est pas le dernier à raconter des conneries » selon le Juppéiste Benoît Apparu. Politique, amoureux des lettres, surtout de celles de Proust, à qui il a consacré une maîtrise, un DEA et une thèse et du dramaturge autrichien Thomas Bernhard, il manie la plume avec aisance et talent. Il peut se targuer d’être l’un des rares hommes politiques à être édités sous l'élégante couverture de la collection blanche de Gallimard, dédiée à la littérature et à la critique.

 

« Écrire est une question de liberté, Je ne la négocie pas. Je veux me ménager la liberté intellectuelle la plus forte possible. Je la trouve dans les livres et dans les mots. »

 

La politique et la littérature sont indissociables de la vie de Bruno Le Maire : « J’ai toujours beaucoup écrit et toujours beaucoup lu, c’est ma vie, confie-t-il « Tous ceux qui ont réussi à mêler politique et culture m’inspirent ».

 

Le lire, c’est percer son armure, et surtout pouvoir par la suite mettre ses bonnes intentions à l’épreuve des faits.

 

« Bruno Le Maire est le seul lettré. C'est une dimension que les autres n'ont pas. Pour faire de la politique, il faut être un artiste. Churchill et De Gaulle l'étaient», souligne Frédéric Mitterrand. «Bruno Le Maire les rejoint dans ses origines sociales et sa pratique de l'État. Il est en train de blanchir sous le harnois: il est tout à fait capable d'exercer des fonctions très importantes, mais il va devoir patienter, comme Mitterrand avant lui. Attendre que Nicolas Sarkozy ait assassiné tous ses copains», ironise l'ancien ministre de la Culture dans l'hebdomadaire. Référence à François Mitterrand qui, engagé en politique à la toute fin de la seconde guerre mondiale, a attendu plus de trente ans et vu passer quatre élections présidentielles avant de pouvoir accéder à la plus haute fonction de l'État. »

 

 

« Les prétendus patriotes (ils ont sans cesse ce mot à la bouche) qui veulent fermer à double tour les frontières de la France, la replier sur elle, comme on plie bagages, oublient que notre nation a grandi aussi hors de ses frontières ; que ses conquêtes ont fait sa grandeur ; que son universalisme a pu agacer, mais aussi forcer le respect. La France ne retrouvera pas ses racines en se coupant du monde : elle les retrouvera au contraire en renouant avec son esprit de conquête, qui voit le monde comme il est, ou comme il devient, ne le redoute pas, mais le comprend, ne le fuit pas, mais se donne les armes pour l’affronter.

 

Les changements sont allés plus vite que prévu ? Certainement. Mais pourquoi renoncer ? Vous avez grandi en considérant la Chine comme une des grandes puissances du monde contemporain, à vos âges je connaissais à peine son existence, elle était une province immense, reculée, surpeuplée de paysans, dont il ne me serait jamais venu à l’idée d’apprendre la langue. À l’été 1976, prise d’une nouvelle frénésie de voyage, Isabelle projeta de se rendre en Chine. Nous rentrions tous les deux en voiture de Revel, elle me faisait part de son projet, qui me semblait aussi saugrenu que de partir en expédition pour le Kamchatka. Dans la montée qui conduit à Saint-Ferréol, à un tournant, nous croisâmes ma mère, qui nous faisait de grands signes de la main. Ma grand-mère gara la voiture sur le bas-côté et ouvrit sa fenêtre ; ma mère lui dit tout essoufflée : « Mao est mort ! » Ce jour-là je pris conscience de la Chine, et je compris qui était Mao. Votre rôle, dans les années qui viennent, ne sera pas de solder les atouts de la France, mais de les valoriser partout où ils sont présents et de les développer ailleurs. Nous devons faire en sorte que ce siècle nouveau, qui connaîtra en deux décennies plus de bouleversements technologiques, scientifiques ou humains que ce que vos grands-parents ont vécu en cinquante ans, profite à tous, et pas seulement à quelques-uns. Avec le monde ou contre le monde, solidaire ou isolée, voilà le choix devant lequel se trouve la France. Pour moi, la réponse est claire : la France a son rang dans le monde et doit le conserver. C’est une somme de progrès modestes qui nous fera avancer dans cette direction. Rue de Varenne, nous avons mis trois ans avec les producteurs de viande bovine pour structurer une filière d’exportation. Personne ne prétend que la viande bovine soit le fer de lance de nos exportations dans le monde, quoique la qualité de notre viande soit reconnue, et appréciée : mais en faisant ce choix, les producteurs rappelèrent que chacun a une responsabilité pour que la France reprenne sa place dans le monde, et lui permette de vivre mieux. Cette volonté de conquête, commerciale ou culturelle, politique ou scientifique, vous devez la garder en vous, quel que soit votre métier demain. Élargissez votre regard, ne méprisez jamais les nations qui ne sont pas la France, ne pensez pas un instant que qui que ce soit sur la planète suivra nos idées, si nous ne nous donnons pas les moyens économiques de les défendre. On noircit la mondialisation pour la discréditer : elle est un fait, pas une valeur. Et combien de continents naguère en proie à la misère ont amélioré le sort de leur population – pas toute, hélas, mais une partie seulement – en plongeant dans ce grand bain de la mondialisation ? Toutes les grandes nations d’Europe ont sauté le pas de la mondialisation, sauf la France. En souffrent-elles ? Quelle autre conquête offrir à nos enfants que celle des continents où la croissance se développe, où les idées naissent, où la richesse croît ? Quelle autre grande bataille à livrer que celle de la meilleure gouvernance de ce monde neuf ? Au 11, Downing Street, le ministre des Finances britannique est assis dans un canapé qui tourne le dos à une baie vitrée. Dehors, une bruine grisâtre enveloppe un jardin tarabiscoté, encastré entre des murs de brique. Il me sourit : « Je ne comprends pas pourquoi vous ne vous donnez pas les moyens de réussir comme les autres. Quand est-ce que vous ferez votre révolution mentale ? »

 

Un soir dans les années 80, un Président de la République déclara à la télévision : « La France est une puissance moyenne. » Sans doute voulait-il faire preuve de lucidité, on ne le lui reprochera pas, pourtant ces mots sonnaient faux, et continuent de sonner faux à mes oreilles. Enfoncé dans son fauteuil devant sa télévision, mon père eut ce jugement lapidaire : « On ne peut pas dire que la France soit vraiment une puissance, et elle ne sera jamais moyenne. » Pour la première et la dernière fois, je l’entendis critiquer ce Président qu’il tenait pourtant en très haute estime, pour son intelligence, et dont le départ, quoique maladroitement mis en scène par une chaise vide, le fit pleurer. Néanmoins mon père avait raison. Ne quittez pas cette France qui vous attend : en secret, elle reste grande. Ne quittez pas cette France qui a tous les moyens de réussir dans le monde comme il est. Opposez-vous à ces politiques qui depuis des années reculent devant les changements nécessaires et, proclamant leur volonté de résistance à la Chine, au Brésil, à tout ce qui devient grand et fort, proclament en fait leur impuissance. La vraie résistance est dans notre changement. La vraie résistance est dans la valorisation de nos atouts. La vraie résistance est dans la défense de notre place dans le monde. »

 

Et pendant ce temps-là, le petit Nico, profitant du creux du creux de l'été, confie à Valeurs Actuelles, toute la vacuité de sa pensée.

 

Maurice Szafran ironise :

 

« On ne peut tout de même s'empêcher de sourire en examinant de près la mise en scène à laquelle nos confrères de Valeurs Actuelles se sont prêtés : Sarkozy faussement détendu dans la maison de vacances de son épouse, Carla Bruni, sirotant un jus de tomate et dissertant sur les dizaines de kilomètres que, chaque jour, il "avale" sur son vélo - de course cela va de soi. Pendant ce temps, Mme. Bruni apparaît, passe et repasse, "entre un bain de mer et un plongeon dans la piscine", estiment utile de préciser les journalistes de Valeurs Actuelles, extatiques, quasiment en lévitation. »

 

Olivier Picard enfonce le clou :

 

C’est d’ailleurs assez drôle. On croit lire une parodie de « Voici » : « alors qu’un vent léger flotte sous les tentures » de la résidence d’été de Carla Bruni, en avant pour un entretien « sans tabou ». En « bras de chemises et lunettes de soleil », l’ex, avec « une barbe de trois jours » nous réserve – nous promet-on, « un entretien sans tabou » sur lequel veillera, Carla « entre un bain de mer et un plongeon dans la piscine, pieds nus et couverte d’un chapeau ».

 

Seulement d’un chapeau ?

 

C’est chaud chez Sarko & Co. D’ailleurs, "sa décontraction trahit son état de vacancier". Le voilà démasqué. Carla est là, qui lui fait du teasing, mais, nous dit-on encore, c’est Madeleine que notre héros rêve de reconquérir. Et même « toutes les Madeleine de France », passées des bras de feu l’UMP à ceux du Front national. Quel homme !

 

Alors il fait du muscle : « Il avale des dizaines de kilomètres à vélo chaque jour ». Des « dizaines » on vous dit. Et chaque jour ! Comme sur le Tour. On met le grand braquet pour la grande révélation avec « un nouveau mantra » : « en disant la vérité, on crée de la confiance ». C’est beau. C’est nouveau. Mais dès les premières lignes, on s’aperçoit assez vite que l’ancien président de la république ne s’est pas converti à l’acte de contrition.

 

Reconnaître ses fautes ? Ce n’était clairement pas son truc. Le confessionnal a simplement été le cadre d’une énième opération d’auto-promo où l’enfumage dissimule la manipulation derrières les « tentures » estivales de la fausse sincérité, aussi toc qu’une babiole de vacances. Parfaitement inoffensives, les questions sont autant de sucettes chupa qui permettent au futur candidat de dérouler son argumentaire de candidat. »

 

Fermez le ban !

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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16 août 2015 7 16 /08 /août /2015 06:00
À qui appartient « Le Sud de France » ? Pour moi sans contestation à Nino Ferrer !

L’appropriation par les Languedociens de la dénomination « Sud de France », pour en faire une marque, dite ombrelle, m’a toujours étonné car dans l’imaginaire de beaucoup le vrai Sud est ailleurs sur les plages de la mythique « Côte d’Azur » on l’on descendait par la célèbre Nationale 7. Et puis, n’étant pas à un paradoxe près, les Français attribuaient au Sud-Ouest un goût de Sud, sans doute pour son « bien manger » et sa douceur de vivre. Ironie de l’histoire le Languedoc-Roussillon va se fondre dans le Midi-Pyrénées, la capitale régionale migrer à Toulouse, et il n’est pas sûr que la marque « Sud de France » couvre ce vaste territoire. Ainsi va la France des clochers !

 

« Le Sud » dernier grand succès de Nino Ferrer dandy hanté par le soleil noir de la mélancolie qui nous quittait un 13 août de 1998, à deux jours de ses 64 ans.

 

Il a choisi sa fin et le lieu de sa fin : un champ de blé fraîchement moissonné, un bouquet d'arbres qu'il avait peint. Il a visé le cœur, à quelques kilomètres de là où il vivait le domaine de la Taillade à Saint-Cyprien. Il a laissé une lettre pour les siens. Secret absolu, irréductible à tout, détermination implacable.

 

L’argent, les femmes, l'amitié de ses pairs, l'admiration d'une génération, Nino connaissait mais, en lui, par-delà « son allure solaire, son rayonnement de grand blond aux yeux clairs, athlétique et fin, délié, par-delà son goût de la séduction et du partage, du rire, de la démesure, un désespoir profond, quelque chose de ténébreux et d'inconsolé. Jamais il ne s’est reconnu : « ce ne sont jamais les chansons qu'il aimait le plus qui marchaient, et le plus souvent les albums les plus élaborés étaient écrasés par un titre qui triomphait en 45 tours. »

 

« C'est exactement ce qui advint avec Le Sud, si belle composition, si délicate épiphanie d'une vie heureuse et simple. »

 

« Le Sud va triompher en 1975 et se vendre à plus d'un million d'exemplaires. «Elle fut immédiatement considérée comme un classique», dit Christophe Conte, coauteur avec Joseph Ghosn d'une biographie précise (Éditions No 1, 2005). 

 

« En 1973, lorsque Nino Ferrer la compose, il ne vit pas en­core dans le Lot. Mais dans une superbe maison de Rueil-Malmaison, une demeure d'apparence coloniale, La Martinière ! Une maison du Vieux Sud à l'américaine. Ce qui convient parfaitement à ses rêves et à sa formation première. Sa musique, c'est le jazz, qu'il a appris tout seul, alors qu'il étudiait à la Sorbonne l'ethnographie, l'archéologie, la préhistoire… parce qu'il veut devenir… explorateur! »

 

« Pour enregistrer cette pépite, le chanteur s’est entouré du guitariste irlandais Micky Finn, un vieux complice dans lequel il a trouvé un alter ego, et de Leggs, groupe d’Anglais qui lui a amené dès le début des seventies la culture du rock. « On avait de très bons rapports avec Gilbert Montagné et Nino avait décidé de travailler avec ses musiciens, se rappelle Kinou Ferrari, l’épouse de Nino Ferrer. Mais ce qui a bien fonctionné pour Gilbert n’a pas du tout marché pour Nino. Au bout de quinze jours, les choses ne venaient pas. On a donc rappelé les Leggs et dès lors, tout est allé très vite : en un mois et demi, l’affaire était pliée. »

 

« Dans une interview d’août 1979, le chanteur indique avoir choisi Blanat, ce "vieux château isolé au bout du monde" parce que "c’est la planète Mars d’où l’on voit très bien ce qui se passe sur terre". "On peut donc l’oublier complètement et se plonger dans la musique", précise-t-il. C’est bien cette aventure qui a mené Nino Ferrer dans le sud de la France. C’est à deux heures de route de Blanat, dans une grande bâtisse du XVIIe siècle situé au lieu-dit La Taillade, qu’il vivra sa retraite à la campagne de la fin des années 70 jusqu’à son suicide, le 13 août 1998. »

 

« Nous avons amené avec nous notre bulle. Nino continuait d’enregistrer ses albums et de créer ici »

 

Savoir tirer sa révérence à temps, en voilà un vrai défi pour une vie !

 

Sources :

 

- Le Sud de Nino Ferrer 

 

 

Le Sud de Nino Ferrer 15 ans après sa disparition

 

 

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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15 août 2015 6 15 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (5) : Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde…

Décrire mon état avec Émilia à mon bras relèverait du même défi que de demander à un Henri Guaino de faire preuve, une seule seconde, d’une once de modestie. Je flottais dans les éthers puissants d’un monde où de petits vieux bedonnants trimballent à leurs côtés de jeunes beautés. Notre entrée dans la salle du restaurant ne passa pas inaperçue, le ton des conversations baissa, les fourchettes se suspendirent, les regards envieux des messieurs, et ceux moins charitables de ces dames, nous entourèrent. Crinière au vent notre hôte se propulsa vers nous, surpris, il marqua un temps d’arrêt face à Émilia, se ressaisit pour effectuer un baisemain emprunté avant de me serrer la louche « Très heureux de vous recevoir en si bonne compagnie cher monsieur Tarpon…

 

- Les affaires sont les affaires, je ne suis pas très porté sur les mondanités…

 

Ma saillie ajouta au malaise de notre hôte qui s’attendait à tout sauf à voir arriver dans son petit jeu une locale de l’étape. Nous nous installâmes après les présentations croisées. De suite on nous servit du Krug millésimé. J’avais décidé de me réfugier dans un mutisme souriant. Ce que je fis avec une componction qui m'étonna. Je hochais la tête, me me contentant de lâcher que quelques vagues banalités ponctués  d'onomatopées. Notre hôte épandait le miel à  grandes louches mais s'épuisait face à mes minauderies. J'avais décidé de laisser la main à Émilia, qu'elle soit à la manœuvre. Ce qu’elle fit avec humour et brio. Nous ne nous étions pas concertés mais mon intuition me suggérait que c’était le parti le plus déstabilisateur pour notre homme aux mille facettes. Le pauvre ramait comme un galérien sans pouvoir se défaire des fers que nous venions de lui passer. Sa compagne ne comprenait rien au film et tentait d’amener Émilia sur des terrains futiles, en vain. Afin d’ajouter à la confusion je ne sortais de mon silence que pour elle. Je lui citais dans un désordre étudié : Onfray, Zemmour, BHL, Guaino, Lucchini… avant de placer, avec une fraîcheur d’enfant de chœur, ma belle proximité avec Isabelle Supportable

 

Un très long blanc suivi cette annonce cataclysmique, accompagné d’un rouge écrevisse flamboyant pour lui, de stupeur et tremblements pour elle, une séquence à la Woody Allen du genre « Quand j'écoute trop Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne. » Il me fallait pousser plus loin mon avantage, je plaçais alors plus qu’une banderille, une quasi-estocade « vous le savez mieux que moi, tout homme a son prix pour lequel il se vend

 

La tension était palpable, notre hôte ne pouvait que réfréner sa fureur intérieure, l’heure n’était pas aux esclandres. Émilia me lançait un clin d’œil pour me signifier qu’il me fallait revenir à plus d’urbanité. Ce que je fis en levant mon verre pour porter un toast. Jusqu’à cet instant je n’avais pas encore trempé mes lèvres dans le château La Cloche, dont j’ignorais le millésime puisqu’il nous avait été servi en carafe. Nous en étions au lièvre à la Royale façon Joël Reblochon.

 

En fait, plus qu’un toast, je me fendis d’un petit discours mezzo voce afin de me pas ameuter la clientèle  huppée :

 

« Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde… plaisantait à juste raison le regretté Pierre Desproges. Je reprends à mon compte cette image appliquée à la vérité. Les vérités devrais-je dire, je m'éclaircicait la voix avant de poursuivre :

 

Certes « toutes ne sont pas bonnes à dire » mais les autres, « en plus grand nombre, ne sont pas meilleures à entendre… »

 

Je me gardais bien de signaler que je paraphrasais là Léon Bloy. Mon chapelet de citations n’avait d’autres fonctions que d’embrouiller le poisson, de lui donner le tournis, de faire en sorte qu’il ne sache plus si c’était du lard ou du cochon, foi de Tarpon !

 

Émilia était aux anges, nos hôtes proches de l'Enfer...

 

Afin de parachever mon œuvre, pour la chute, je fis dans l’autodérision érudite en plaçant une vacherie de ce salonnard de Paul Morand « Les citations sont les béquilles des écrivains infirmes…»

 

Suite à cet acte de bravoure, certes sans queue ni tête mais avec beaucoup de corps comme le disent les grands amateurs de vin, je portais mon verre à mes lèvres, par la rondelle du pied, tel un calice, avec religiosité, bus à petites lampées, le nectar des stars. Simulant une forme d'épectase dégustative je déposais mon verre avec grâce et me rasseyais en levant les yeux au ciel.

 

Émilia en profita pour lancer la conversation sur la douloureuse retraite de Bob Parker, l'essor du consulting mondialisé, les affres du classement... Ainsi je pus me replonger dans mon abîme de silence que je déchirais de temps à autre, pour bien montrer à notre hôte toute l’étendue de ma perspicacité, en plaçant des scuds très affutés.

 

Pour ceux que la relation de ce dîner rendrait perplexes je me dois de leur avouer que, moi-même, je serais bien incapable de justifier ma méthode. En avais-je une d’ailleurs? Au risque de vous étonner la réponse est assurément oui. Quand on ignore le fond de la pensée de son interlocuteur on se contente de semer le doute en espérant qu’il produira des fruits.

 

Même le Roundup ne viendrait pas à bout des graines d’adventices que je venais de balancer !

 

Nous prîmes congés. Auparavant j'avais réclamé l'addition en dépit des protestations de notre hôte. Mon dernier scud le cloua au sol définitivement : « Il est hors de question que je laisse ce festin à votre charge, les conflits d'intérêts ne sont pas ma tasse  de thé. Je ne mélange jamais les genres, ici je ne suis pas votre obligé mais un privé sous contrat...»

 

Émilia contenait avec peine un fou-rire qu'elle laissa éclater sitôt que nous fûmes sortis.

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (4) : « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

La manœuvre était à hauts risques mais comme j’étais le dos au mur il me fallait aller jusqu’au bout de ma provocation. Tout en contemplant la brindille anorexique suçant sa glace, à petits coups de langue vipérine, je composais le numéro du portable de ma mère que je n’avais jamais utilisé jusqu’ici.

 

Elle décrocha très vite. La voix était sèche :

« Allo, à qui ai-je l’honneur ?

 

- Eugène Tarpon le fruit chéri de ta chair…

 

Le blanc qui suivi me parut interminable. Un raclement de gorge l’interrompit, suivi d’une interrogation balbutiée « … Que veux-tu ?

 

- Que tu me rendes un service ?

 

- Tu es où ?

 

- À Saint-Émilion…

 

- Que fais-tu à Saint-Émilion ?

 

- Je mange une glace vanille-chocolat…

 

- Épargnes-moi ton humour de potache sinon je raccroche !

 

- Tu es coutumière de ce genre de fuite ma chère mère…

 

- Je te l’accorde. Que veux-tu ?

 

- Que tu m’accompagnes à dîner ce soir au Logis de la Caserne !

 

- C’est hors de question…

 

- Pourquoi ?

 

- Je ne mettrai jamais les pieds dans ce restaurant…

 

- Le propriétaire n’est pas dans tes petits papiers ?

 

- Oui c’est un cuistre et un arriviste…

 

- C’est un bon point pour toi mais il ne reste pas moins vrai que tu devrais faire un effort pour moi. Tu me dois bien ça.

 

- Je te l’accorde.

 

- Alors force-toi.

 

- Non, mais j’ai une proposition qui va te satisfaire : la fille de mon mari sera ravie de t’accompagner.

 

- Pourquoi ?

 

- Elle te lit tous les jours sur Face de Bouc…

 

- En voilà une bonne nouvelle. J’ignorais son existence.

 

- C’est Émilia.

 

- Beau prénom, elle a quel âge ?

 

- 35 ans, célibataire, une beauté !

 

- Je vais être intimidé.

 

- Ça m’étonnerait. J’ai à faire. Je la préviens et elle te rejoint pour 21 heures je suppose…

 

- Oui, merci beaucoup.

 

Elle avait raccroché. Tout à trac j’ai balancé sur un ton sans appel à ma communicante, déjà passablement éberluée par le bout de conversation qu’elle venait de capter, « Emmenez-moi à Bordeaux avec votre scooter, il faut que je m’achète un costard, une chemise et des pompes ! »

 

Bordeaux est une belle ville, le Alain s'est décarcassé.

 

Comme pour lui rendre hommage, en attendant de voter pour lui aux Primaires de l'ex-UMP pour faire la nique au petit ex, je me suis sapé à la manière d’un Alain Juppé post-moderne, une décontraction étudiée, sans ostentation, l’anti-bling bling. Dans mon costume gris souris de belle coupe, chemise blanche ouverte en coton égyptien, j’étais présentable, quoiqu’un peu engoncé, les grolles, des Richelieu black, me serraient un peu les pieds, mais ce n’étaient là que de tous petits désagréments au regard de l’angoisse qui m’étreignait en attendant Émilia.

 

Du côté fille, surtout les belles, j'étais très au-dessous du niveau de la mer - j'sais Tarpon, un nom de poisson - au degré zéro quoi. Jamais osé les trop belles pour moi, j'suis pas Depardieu moi pour m'attaquer à la face Nord de Carole Bouquet ! Mon expérience se résumait à la drague laborieuse de gros boudins de campagne dans des boîtes pourries. Je ruminais. Qu'allais-je lui dire ? Comment allais-je me présenter? T'es con, elle sait qui tu es ! Calme-toi sinon tu vas ressembler à une serpillière. Je me dandinais, avais une folle envie de me tirer. Fumer ! Non, t'as déjà l'air vulgaire alors n'en rajoute pas mon coco. Bouger. Je me mis à faire les cents pas d'un air le plus dégagé possible. 

 

Ponctuelle, elle arriva quelques secondes avant l’heure. Le doute n’était pas permis c’était bien elle cette haute et belle tige en ballerines noire vernies qui s’avançait vers moi d’un pas fluide, aérien, un léger sourire aux lèvres, vêtue d’une robe légère noire  à pois blancs qui laissait de l’ampleur à ses longs compas. Elle me tendit une main aux doigts fins et déliés avec de beaux ongles carminés, que je secouai avec conviction. J’étais au bord de l’asphyxie. Puis, d'une voix rieuse, elle me dit :  « Allez, faisons nous la bise, nous sommes un peu frère et soeur d'une certaine manière...

 

Elle me claquait deux bises. Avec l'énergie d'un quasi-noyé qui espère encore être sauvé j'en déposai gauchement qu'une sur sa joue droite. 

 

Cramoisi le Tarpon, incapable de la moindre initiative, figé comme une statue de sel, en attrition, mais Émilia le sauva : « Vous êtes sapé à la Alain Juppé, le pull sur les épaules en moins. Très bon point mon cher Eugène...

 

Elle me vouvoyait, ça me décoinçait. Je m'animais.

 

Émilia  glissa sa main sous mon bras et nous nous ébranlâmes. Elle me chuchota :

 

« Disons-leur que nous sommes fiancés ! »

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13 août 2015 4 13 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (3) : de gros engins épandaient sur les vignes des nuages aux fragrances acides

L’effet de surprise passé, et malgré l'heure tardive, mon vœu fut rapidement exhaussé par Pierre Luron. Un des ouvriers du chai du château Âne Blanc possédait une superbe mobylette bleue, siège biplace, moteur débridé, un petit bijou. Il se ferait un plaisir de me la prêter. 

 

Après une bonne nuit dans une superbe chambre d’un château mythique, et un petit déjeuner copieux, en forme olympique je pris la route sur ma mobylette bleue siège biplace, au petit bonheur la chance. Il faisait beau, de gros engins épandaient sur les vignes des nuages aux fragrances acides. Je nouais un large mouchoir sur le bas de mon visage. Les routes étaient étroites, je croisais deux mondes : celui de messieurs et madames tout le monde dans des voitures de monsieur et madame tout le monde et celui des grosses cylindrées des maîtres de la contrée et de ceux qui venaient les visiter.

 

Mon but inavoué : le château La Cloche pour y faire toc, toc, qui qu'est là à la porte , ce n'est pas la Charlotte et demander au maître de chai que l’on fasse carillonner, rien que pour moi, à l’heure de l’Angélus bien sûr, les deux gros bourdons et le carillon de 18 cloches.

 

Après avoir tournicoté, je me présenterais enfin au portail, nu-pieds, vêtu d’une simple robe de bure que m’avait prêté François Des Lices, comme un saint homme sur le chemin de Compostelle, et rappellerais que la prière de l’Angelus tire son nom des premiers mots de la prière en latin : Angelus Domini nuntiavit Mariae, «L’Ange du Seigneur annonça à Marie», coutume établie dans les monastères franciscains, encouragée par saint Antoine de Padoue, de réciter trois Ave Maria après l’office du soir et codifiée par un décret du roi Louis XI en 1472. Cette prière est récitée trois fois par jour, à l’aube, à midi et le soir, au son des cloches.

 

Mon beau plan dérapa sur une chargée de com junior circulant sur un scooter rose bonbon qui, après m’avoir doublé, cheveux au vent, donc sans casque, m’attendait au carrefour suivant. Maigre comme un coucou, montée sur des échasses Lauboutin, sourire carnassier, ongles carminés, slim déchiré aux genoux, elle n’y alla par 4 chemins « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

 

- Avec qui ?

 

- Tu verras bien mon gros, du lourd bien sûr !

 

- J’espère que ton beau cendré viendra en bottes avec son petit sécateur… suis très sentimental…

 

- Très drôle !

 

- Envoie de suite un petit message à ton maître !

 

- Pour quoi faire ?

 

- Lui transmettre mes exigences !

 

- Et puis quoi encore !

 

- Ne discutes pas carpette !

 

- T’es grossier Tarpon !

 

- Ouais c’est ma marque de fabrique. Exécution !

 

Tu lui dit « Accord, mais en couple… »

 

- T’es louf Tarpon !

 

- Oui, j’attends sa réponse…

 

- C’est un homme très occupé…

 

- Remballe ton baratin ma poule je ne suis pas d’humeur à me faire enfumer.

 

- Tu cherches le baston Tarpon ?

 

- Ferme ton claque merde tu me gonfles !

 

Pincée, elle s’exécutait. La réponse ne se fit pas attendre.

 

C’était oui, un oui franc et massif !

 

La communicante étique en fut toute bouleversifiée. Bon Prince, afin d’atténuer ma grossièreté, je lui proposais d’aller sucer une glace au village. Surprise, retrouvant un semblant de sourire, elle acceptait. Pour ne rien vous cacher, sachant que ces petites communicantes Twittaient comme elles respiraient, je faisais du marketing viral. J’allais, grâce à elle, être géo-localisé, repéré sur Instagram, toute la place de Bordeaux allait bruir de mon insolite présence en ce village plein de bruits et de rumeurs.

 

Restait pour moi à me trouver une dame à la hauteur pour m’accompagner à ce dîner au Logis de la Caserne. Mon carnet d’adresses étant aussi mince que la taille de la communicante junior je commençais à baliser lorsqu’une idée, aussi sotte que grenue, se mit à tourner dans ma tête.

 

Gouverner, c'est choisir proclamait Mendès-France.

 

Illico ma décision fut prise :

 

« Et si je demandais à mon absentéiste de mère, épouse du propriétaire du château Mandigot ? »

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12 août 2015 3 12 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier (2) : « c’est à bouar ou à laisser » voulait m’engager…

L’échange avec « c’est à bouar ou à laisser » fut intense et dense mais je ne réussis pas à lui tirer le moindre vers du nez. Mon interlocuteur était retord, vicieux, il voulait m’engager à moindre frais. Pour le déstabiliser je lui fis une proposition malhonnête qui lui coupa l’herbe sous le pied pendant de longues minutes : « j’acceptais sa proposition à la seule et unique condition de travailler gratos. »

 

- Pourquoi ?

 

-  Pour rien !

 

- Je ne comprends pas…

 

- Ne cherchez pas à comprendre mais topez de suite sinon je vous vire !

 

Nouveau silence radio, puis tombait un « c’est d’accord… »

 

- Très bien mais avant que je lance mon enquête vous devez me faire parvenir un dossier complet sur la baronne des Sables de Sainte Emilion…

 

- Je veux savoir comment vous allez procéder !

 

- Vous n’avez rien à vouloir, c’est mon affaire…

 

- Vous ne manquez pas d’air !

 

- Normal, Tarpon c’est un nom de poisson…

 

« C’est à bouar ou à laisser » capitula en rase campagne. Je passai mon après-midi à faire la sieste. Fallait que je sois en forme pour faire bonne impression à ma banquière. Nous dinâmes japonais, rue Sainte-Anne, et nous finîmes dans son lit, face à la Seine, elle créchait dans une tour du XVe, au 28e étage, où je me révélais au-dessous du niveau de la mer. Normal, Tarpon, un nom de poisson…

 

Le lendemain matin dans le TGV Paris-Libourne j’étais frais comme une limande de supermarché délaissée par les ménagères de plus de 50 ans, l’œil vitreux, la bouche pâteuse et de brutales envies de pisser. Au bar, où je me rinçais à l’eau minérale, une conversation, de deux greluches sapées court et moulé, captait mon attention. Il y était question du propriétaire du château la Cloche, plus précisément de sa nouvelle moitié, «d’une vulgarité à décoiffer les adeptes les plus chics du Ferret» (sic) je cite. S’en suivait une revue d’effectifs complète sur un phénomène qui semblait fort répandu sur le terroir d’exception où je me rendais : « la seconde épouse des propriétaires en retour d’âge ». Passionnant ! J’emmagasinais dans ma petite tête le fruit de ce name dropping ferroviaire émanant de deux nanas informées et connectées.

 

En découvrant la gare de Libourne mon seul qualificatif fut : minable ! En la matière je suis un grand expert. Aucun taxi à l’horizon, je restais un moment planté comme un cierge de Pâques sur le parking dans l’espoir d’en voir s’en pointer un. Comme une envie de foutre le camp, je hais la province, les routes départementales, les prés, les vaches, les veaux, les cochons et les couvées, j'ai un côté Jean Yanne très prononcé.

 

- Monsieur Tarpon vous attendez quelqu’un ?

 

La voix m’interpellant provenait d’un type, avec des Ray Ban sur le front, assis au volant d’un gros 4x4 teuton noir. Je m’approchai :

 

-  Bonjour monsieur, vous me connaissez ?

 

- Bien sûr que oui je vous suis sûr Face de Bouc. J’aime bien votre style…

 

- Merci !

 

- Jean-Luc Boisduvin, garagiste… Qu’est-ce qui vous amène dans notre beau pays monsieur Tarpon ?

 

Le gus avait une bonne bouille sympa, des yeux rieurs, et une tenue décontractée, je n’avais aucune raison de jouer les mijaurées. Bien au contraire il me fallait saisir l’occasion. J’étalais ma science vineuse : « très heureux de faire la connaissance de l’érecteur du château Vadanleau… »

 

- Toujours le mot qui fait mouche monsieur Tarpon !

 

- Appelez-moi Eugène !

 

- Et vous Jean-Luc… Je rentre à Saint-Émilion, je peux vous poser à votre destination…

 

- C’est très aimable à vous mais, pour ne rien vous cacher, je ne sais pas très bien où aller…

 

- … et si nous allions discuter de tout cela autour d’un verre ?

 

- Avec plaisir mais je vous préviens, Jean-Luc, je n’ai pas un palais très raffiné…

 

- Faites comme-ci, jouez la comédie, ici c’est le bal des faux-culs…

 

Dans la bourgade pleine de belles pierres, de pavés, de hordes de retraités drivés par des nénettes bien gaulées, Jean-Luc s’arrêtait tous les 3 mètres pour serrer des pinces mâles locales et me présenter d’un «Eugène Tarpon, un nom de poisson… ». Poilant le Jean-Luc, mais comme arrivée discrète faudrait que je repasse, d’ici à ce soir j’allais faire l’objet des conversations du tout Saint-Émilion des châteaux.

 

Nous atterrîmes enfin à «L’Endroit du décor» chez l’aubergiste poète François Des Lices. Jovial, disert, accueillant, sous les charmilles, il déflora toute une floppée de belles quilles. Le téléphone arabe, aussi efficace que le télégraphe Chappe à Austerlitz, draina la fine fleur du cru. En moins de temps qu’il faut pour dire une messe basse je me retrouvais au centre d’une tablée des plus belles gorges profondes des GCC hauts perchés ; pas la piétaille. Tels des chiens truffiers ils avaient repéré le bon client. Nous dînames jusqu'à une heure fort avancée. Sans que j’eusse à lever le petit doigt je me retrouvais logé en un lieu prestigieux que je tiendrai secret. Sur les hauteurs, disons…

 

Ces messieurs ne se firent pas prier pour dévider la cotriade des vacheries les plus savoureuses et les plus croustillantes circulant à propos d’untel ou d’une telle. J’enrichissais mon vocabulaire. Bizarrement aucune allusion ne fut faite à la baronne des Sables de Sainte Émilion. Un peu parano, et surtout flottant dans des vapeurs alcoolisées, je commençais à me demander si je n’étais pas en train de tomber dans un coup fourré. Au dessert, en sirotant un Yquem de je ne sais quel vieux millésime, je lançais à la cantonade : « l’un d’entre vous pourrait-il me prêter une mobylette ? »

 

Loin de les désarçonner, ma demande incongrue trouva un écho favorable...

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11 août 2015 2 11 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été Taulier (1) : qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ?

Agrafé tout de traviole sur la porte de mon 5e sans ascenseur de l’Impasse du marché aux chevaux, dans le 5e arrondissement, un bristol tout jauni indiquait sans équivoque à la chalandise ma raison sociale : Eugène Tarpon Jr, privé.

 

Faut avouer que le chaland ne se bousculait pas dans mon 10 m2 sur cour vu qu’en bas, sur la rue qu’est une impasse, y’avait pas la moindre plaque de cuivre à mon nom et profession, car le syndic de la copropriété, un gros véreux, me l’avait refusé pour un beau paquet de raisons, dont une m’avait scié à la base : « je n’avais pas la gueule de l’emploi. »

 

Et pourtant, « bon sang ne saurait mentir » pensais-je sur le coup, Eugène Tarpon mon père, Tarpon un nom de poisson, eut son heure de gloire dans la Série Noire de Gallimard avant de prendre la gueule de Jean-François Balmer au ciné. Pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, quand il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, il marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.

 

Délire d’ivrogne, ma mère infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée vite fait mal fait avec un jeune interne boutonneux qu’était parti s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du pinard, un GCC qu’y disaient les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé ! Même que j’ai été enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de biniou. J’étais tout boulot car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de goret et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des filles. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la grand-mère de la dénoncer au curé.

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension mais, comme y pouvait plus payer, les curés m’ont viré. C’est alors qu’au lieu de rentrer à Paris j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, avant de me retrouver dans mon 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai même eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles de mon père. Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, mon père, aussi pochard qu’il fut, avait su se glisser dans les lignes d’un héros romanesque. Alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me lovais à nouveau dans la peau d’Eugène Tarpon qu’avait eu la bonne idée de me donner le même prénom que lui.

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant sa télé ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas car, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec mes jaunes, suis allé pisser avant de m’en aller. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie.

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde, ducon bouges-toi les fesses ! » Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape ! C’est Simone, la femme du patron, qu’est bien roulée mais qu’a la tronche de travers, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné.

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans mon bureau miteux au 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Mon pognon je l’ai tout mis sur un compte non rémunéré à la Caisse d’Épargne. Pas question d’y toucher. Pour m’installer j’ai pioché dans mes maigres économies. C’était une question d’honneur vis-à-vis des mannes de mon vioque. J’allais relever le défi, le réhabiliter lui qui avait fini à l’hospice. Mes débuts furent calamiteux, un seul client qui me refila un chèque en bois. Têtu je m’accrochais en campant dans mon bureau, bouffant des sardines à l’huile, en souvenir de la grand-mère, et du camembert. Faut être aussi con que moi pour vivre comme un mendigot alors que j’avais un gros magot qui roupillait sur un compte.

 

La chance ne sourit pas qu’aux audacieux mais aussi aux merdouilleux dans mon genre. Pour faire mes filoches je m’étais acheté un vélo d’occasion, un Raymond Poulidor violet. Ça allait bien à mon état de looser. Je pédalais dans Paris, surtout la nuit. C’est ainsi que je me suis retrouvé un soir dans un bar, une cantine d’altitude tenue par des filles bien roulées. Elles m’ont déniaisé, mentalement j’entends. Au début, leurs vins qui puaient me ramenaient à la Bretagne et son lisier de gorets. Et puis je m’y suis fait. Ça m’a même guérit des petits jaunes. J’étais chez elles, dixit le gros Mao variqueux, comme un poisson dans l’eau. Reines d’la com qu’elles étaient, l’m’ont filé le virus : j’ai acheté un vieux Mac, un ordinateur quoi, et me suis torché un profil Face de Bouc aux petits oignons. Addiction radicale !

 

Le démarrage fut du genre diesel, poussif, besogneux, les amis ne se bousculaient pas au portillon. Scotché à mon écran je guettais le moindre frémissement. Rien, morne plaine, peine perdue, sur la Toile je n’existais pas. Alors je me suis mis à poster les photos des boutanches de vin nature, les vins à poils que j’éclusais, en dézinguant les Grands Crus Bordelais. Vengeance rance à l’égard du château Mandigot que ma très chère mère menait d’une main de fer car son époux avait d’autres chats à fouetter. Je retrouvais ma verve de gamin. Faut dire que dans le marigot de Bordeaux le matériau était de choix, un vrai bouillon de culture. Eugène Tarpon Jr, privé attira sur son mur la fine fleur des mouches à merde tourbillonnant autour des crus. J’en profitai pour aller mettre mon tarin dans tous les bons coups de la profession. Ma surface médiatique croissait.

 

Tout ça était bel et beau mais pour ce qui était des clients, Nada !

 

Au tout début août, étant à sec, je m’apprêtais à déclencher le Plan Orsec. L’idée me vint de solliciter un prêt auprès de ma Caisse d’Épargne. Ma conseillère financière, Mlle Durand, qui me harcelait avec constance pour que je place mon magot, me reçut illico. Ma proposition de solliciter un prêt la jeta dans une forme d’attrition ricanante. Elle bafouilla, me jeta des regards suppliants, m’implora. Je lui concédai l’ouverture d’un Livret A en échange d’un prêt de 1000 euros pour assurer mon mois. Son sourire désespéré, alors qu’elle remplissait la montagne de papiers pour le prêt, vainquit mes dernières résistances. Bandant ce qui me restait de courage, tout à trac, je lui déclarai :

 

- Je serais ravi que vous acceptiez de dîner avec moi pour que nous discutions de mes placements…

Elle rougit et me dit oui.

 

Mademoiselle Durand, comme son nom de l’indique pas, était une vietnamienne adoptée par un couple de postiers du Kremlin-Bicêtre. Sans le savoir je venais d’avancer un pion essentiel sur l’échiquier de mon job de privé. Guilleret je regagnais mon bureau. Faisait beau, je me sentais un homme nouveau. Décidais de changer de peau. M’achetais des fringues, des pompes, m’offrais une nouvelle coupe de cheveux, des lunettes de soleil. Bon, je n’étais pas un Apollon mais, comme avec mon régime alimentaire spartiate j’avais fondu comme de la Vache qui rit, je me trouvais assez potable et sortable.

 

Y’a des jours comme ça où tout va, et même si les vaches maigres occupaient encore mon pré, ce jour se révélait être d’un excellent millésime.

 

Au bureau, grande première, sur mon écran ouvert, à ma page Face de Bouc s’étalait une demande d’ami émanant d’un certain « c’est à bouar ou à laisser »

 

Je cliquai de suite sur « accepter »

 

Quelques secondes plus tard je recevais mon premier message, de lui bien sûr : « qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ? »

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 07:00
Les  nouveaux marronniers : le vin le plus cher du monde, les Sages du Conseil Constitutionnel sont anti-vin, et vive mes 2 millions de lecteurs uniques
Les  nouveaux marronniers : le vin le plus cher du monde, les Sages du Conseil Constitutionnel sont anti-vin, et vive mes 2 millions de lecteurs uniques
Les  nouveaux marronniers : le vin le plus cher du monde, les Sages du Conseil Constitutionnel sont anti-vin, et vive mes 2 millions de lecteurs uniques

Il est des jours où une folle envie me prend de quitter mon vieux pays à la cloche de bois, tel un vulgaire exilé fiscal, pour ne plus avoir à subir la vacuité qui règne en maître sur les réseaux sociaux et dans beaucoup de médias classiques.

 

Plus ça va moins ça va, c’est le déferlement, un flux ininterrompu de copié-collé de l’AFP ou autre source d’info, un torrent de prises de position de quidams qui ne savent pas de quoi ils parlent, le tam-tam exaspérant d’opportunistes qui découvrent l’eau chaude pour faire bouillir leur pauvre marmite, bref la digue est rompue : quand les bornes sont dépassés y’a plus de limites à la stupidité.

 

« Il y a deux choses d’infini au monde : l’univers et la bêtise humaine mais pour l’univers je n’en suis pas très sûr » Albert Einstein

 

« Les dictateurs sont les domestiques du peuple, - rien de plus -, un foutu rôle d’ailleurs, - et la gloire est le résultat de l’adaptation d’un esprit avec la sottise nationale. » Baudelaire

 

Carlo M. Cipolla dans Les lois fondamentales de la stupidité humaine

 

« L’individu stupide est le type d’individu le plus dangereux. »

 

Il s’agit de la Troisième Loi fondamentale : « Est stupide celui qui entraîne une perte pour un autre individu ou pour un groupe d’autres individus, tout en n’en tirant lui-même aucun bénéfice et en s’infligeant éventuellement des pertes. »

 

Face de Bouc est peuplé de je sais tout sur tout, de yaka faukon, de redresseur de torts, de néo-poujadistes, d'adeptes du bashing, d'aspirants à tenir les rênes du pays qui, pour la plupart, ont déjà du mal à maîtriser notre langue et sa syntaxe, et dont on peut supposer que leur expérience et leur pratique soient à la même hauteur.

 

Tout ça vole très bas, en rase-mottes...

 

Vous me direz que je m’exaspère pour pas grand-chose et que je ferais mieux d’ignorer tout ce petit monde insignifiant. Mais ce monde est notre monde, c'est aussi la pâte de notre pays, celle qui vote aussi, et lorsque l’on veut se tenir informé, comprendre, il faut tout prendre en compte, même les inepties.

 

Et encore je ne lis pas, bien sûr, les énormités conspirationnistes ou autres écrits délirants à l'attention de débiles profonds.

 

Alors, en dépit de mon allergie elle aussi profonde, je continue de lire et je jette les épluchures au compost. C’est bon pour la nature le compost !

 

Donc, si vous ne le savez pas encore, c’est sans doute que vous êtes parti en vacances sur une île déserte ou que vous avez cessés d’écouter la radio, de regarder la télé ou que vous vous foutez comme de votre première chemise des réseaux sociaux.

 

Même le Courrier du Vietnam nous fait part de sa surprise. 

 

Même l’ancien quotidien du soir dit de référence nous torche un article simple resucé de la dépêche AFP.

 

« Le vin le plus cher au monde est un bourgogne et il ne s’agit pas d’un romanée-conti, mais un vin d’Henri Jayer à 15 195 dollars (14 254 euros) la bouteille de 75 cl. Le premier bordeaux sur la liste, le réputé Pétrus, doit se contenter du 18e rang, selon un classement établi par le site en ligne spécialisé Wine Searcher.

A eux seuls les bourgognes font un tir groupé impressionnant trônant aux trois premières places, avec quatre autres vins dans les dix premiers et au total pas moins de 40 vins sur 50 ! »

 

Lire ma chronique : 

 

« Il n’y aura plus d’autre Henri Jayer… Il ne peut y avoir qu’un seul « Dieu des Bourgognes » ce n’est pas Jacky Rigaud qui l’a dit, alors c’est qui ?

 

Nulle part pas le moindre pet d’analyse, c’est cocorico ou bien le genre : les braves vignerons bourguignons font la nique aux cons de bordelais des châteaux. Tout le monde est content et roule Mimile la viticulture française se porte comme un charme, mieux que le vignoble qui tremble sous l’esca et la flavescence, et les boucs émissaires ne manquent pas, on les ramasse à la pelle : les écolos, les bios, les bobos, la loi Evin

 

À propos de cette dernière, le rejet par le CC de l’amendement à la loi Macron concernant un assouplissement de la loi Evin, pour cause de cavalier législatif, c’est le déferlement habituel de commentaires stupides qui taxent ces pauvres sages de Montpensier, Debré Junior en tête, de participer au désamour du vin. Mis dans le même sac que ces « vendus » de politiques, des moins que rien, des ennemis de nos si beaux équivalents Rafale.

 

La forme et le fond, y connaissent pas les crétins : en France nous avons une vision de sanction pour tout ce qui touche à toute forme de juridiction. tout prend figure de condamnation.

 

N'en déplaise au sénateur César, le CC a simplement appliqué sa jurisprudence constante et renvoyé la modification de la loi Evin à un texte de Santé Publique qui est son fondement originel. Rien de plus normal et le gouvernement se devra de faire, si ce n'est déjà fait puisque l'amendement avait reçu l'aval de l'exécutif, les arbitrages entre les Ministères en présence, c’est son boulot, rien de plus, rien de moins. J’ai pratiqué, ça se passe à Matignon, ensuite aux députés de voter, avec ou sans 49/3. C’est aussi leur job.

 

Je rassure Jacques Dupont, le Président Farge sur son tracteur est tout à fait légitime lorsqu'il demande au gouvernement de remettre l'ouvrage sur le métier.

 

Mais le pompon, sans contestation, est revenu sur ce sujet à la Grosse Caisse la plus tonitruante, pas forcément la plus entendue hormis le cercle de ses zélotes, le Périco du pauvre qui, drapé dans notre drapeau tricolore, cria à l’anti-France et, Ô grande découverte réinventa  l’eau chaude pour proclamer qu’il existait en France un lobby anti-alcool qu’il réduisit à l’anti-vin pour enfoncer son petit clou plus encore. Ce lobby, ne lui en déplaise, est plus vieux que l’invention des contributions indirectes, puisque Pasteur et Clémenceau en furent. Mais, que voulez-vous faut bien qu'il fasse bouillir sa pauvre marmite l'exilé de par delà les Pyrénées. Ça lui fait du bien et moi ça me fait rigoler. J'adore les grosses caisses mais dans les orchestres symphoniques où il faut beaucoup de doigté.

 

 

Je rigole d’autant plus qu’en plein mois d’août, ce 10 août, ma crèmerie vient de passer la barre des 2 Millions de visiteurs uniques.

 

 

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Bonne journée et large soif comme le proclame notre Roger Feuilly national qui aime tant les moutons de chez Etchemaïté à Larrau, face aux falaises noires du massif de Mendibelza.

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10 août 2015 1 10 /08 /août /2015 06:00
Le feuilleton de l’été du Taulier en 10 épisodes avec Eugène Tarpon, un nom de poisson, qui plonge dans l’Enfer de Saint-Émilion…

Comme vous le savez j’ai une addiction toute particulière pour l’AOC Saint-Émilion car, comme le disait le vétérinaire de mon père, c’est un beau cas. Elle a un petit côté Galeries Lafayette car il s’y passe toujours quelque chose.

 

J’y compte une poignée d’amis et une flopée de gens que j’insupporte car en effet je suis insupportable avec mon goût immodéré de ramener ma fraise à tout propos alors que nul ne me demande rien.

 

Comme le disait Niels Bohr prix Nobel de Physique « Un expert est une personne qui a fait toutes les erreurs qui peuvent être faites dans un domaine très étroit. »

 

J’ai tété le lait des grands polards américains, bouffé aussi du Frédéric Dard et fait du vocabulaire avec Audiard, un expert « Quand on parle pognon, à partir d’un certain chiffre, tout le monde écoute. »

 

Ancien 68 huitard j’ai découvert Jean-Patrick Manchette et son Eugène Tarpon

 

« Après avoir exploré sur deux années quelques intrigues offertes à l’auteur de roman noir, Manchette s’attaque à une figure du genre, le détective privé. Hommage à ses glorieux aînés d’outre-Atlantique ou même plus proches, Manchette, comme pour les intrigues précédentes, décide d’inscrire son personnage dans le présent.

 

En 1973 paraît le premier des deux romans narrant les aventures d’Eugène Tarpon. Il s’intitule Morgue pleine.

 

Tarpon est un ancien gendarme devenu enquêteur privé. Le décor est posé en quelques lignes, il vit dans un appartement qui lui sert également de bureau. Son lit, transformé en canapé dans la journée, est dans l’antichambre, son bureau juste à côté et une cuisine complètent le tout. Les WC sont sur le palier. Un lieu de vie simple, spartiate, Morgue pleine (Gallimard, 1973) qui est quand même parvenu à lui grignoter ses économies. Tarpon est au plus bas, financièrement, quand l’affaire commence… Nous sommes indiscutablement chez Manchette, les descriptions sont rapides et efficaces et l’intrigue est lancée immédiatement. »

 

Eugène Tarpon dans Morgue pleine :

 

« Il s'est levé avec un sourire de mépris, il a jeté sa cigarette sur la moquette et il l'a écrasée paisiblement avec son pied. J'ai voulu poser mon verre sur le coin du bureau et il a oscillé et dégringolé sans se casser, et j'ai fait deux pas vers le jeune mec que j'ai empoigné au col. Il a essayé de me repousser en me collant son poing dans les côtes et je l'ai frappé à l'estomac, très sec. Il s'est tout de suite plié en hoquetant. Il était léger. J'avais honte de moi. Je luttais de toutes mes forces contre la honte. Je ne savais pas comment nous en étions venus là. - Espèce de vieux con, sale flic ! Il a murmuré. Je l'ai redressé contre le mur. Mes lèvres étaient tout près de son visage. Il était très pâle, il avait un masque de Méduse, sous ses cheveux crépus. - Écoute, petit. Essaie pas de lutter. Fous le camp. Et je veux dire, pas seulement de chez moi. Barre-toi de ta boîte, barre-toi de toute cette merderie. Tu m'entends ? Il n'y a plus rien à faire. C'est fini. - Vous puez l'alcool, il a observé. Vous êtes complètement bourré. Lâchez-moi. Je l'ai lâché ». (p. 26-27)

 

La morne plaine parisienne d’août aidant j’ai donné un fils à Eugène Tarpon et je me suis lancé à l’aveugle, comme nos grands experts de la dégustation pour pondre une quinzaine de pages au fil de mon imagination.

 

À la manière du rosé piscine qui est très tendance je vous propose Le feuilleton de l’été du Taulier en 10 épisodes à consommer sans modération en tout lieu et à toute heure du jour et de la nuit.

 

Bonne lecture… et large soif !

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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