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14 novembre 2015 6 14 /11 /novembre /2015 06:00
Le «financement par la foule» mariage finance&réseaux sociaux, participatif&démocratique de pour l’édition française de Patrick McGovern « La Naissance de la vigne et du vin »

Les lignes bougent, ça part dans tous les sens, les Échos écrivent « Menacées par les start-up de la finance et le « crowdfunding », les banques courent un risque majeur : celui de la marginalisation. Autre source d'inquiétude : les exceptions au « monopole bancaire » en vertu duquel seules les banques peuvent accorder des prêts se multiplient. »

 

Le « financement par la foule » mariage entre la finance et les réseaux sociaux, un type de financement participatif et démocratique :

 

« Les petits ruisseaux font les grandes rivières. » Autrement dit, les petites participations – dons, prêts ou investissements en capital – mises bout à bout permettent à des entrepreneurs, des inventeurs, des ambitieux de voir grand, de réaliser leurs rêves et de participer ainsi à l’essor économique du pays.

 

Une plate-forme de crowdfunding permet beaucoup plus qu’une levée de fonds, elle donne la possibilité à un entrepreneur de tester son idée, avant de la développer en lui donnant une visibilité auprès de la communauté des internautes, tout en veillant bien sûr à ne pas divulguer les informations confidentielles.

 

À qui profitent ces financements ?

 

« Un jeune entrepreneur de vingt-deux ans qui n’a pas d’apport personnel, pas de garanties à offrir, pas de connections, trouvera difficilement son financement auprès des banques, même s’il est diplômé et porteur d’une idée géniale. Il faut l’admettre. Les banques accompagnent plus difficilement cette phase, prometteuse mais très risquée, de l’amorçage d’une toute jeune entreprise. En revanche, ce même entrepreneur pourra bénéficier d’une levée de fonds suffisante pour développer son projet en passant par une plate-forme de crowdfunding, les risques étant mutualisés sur un nombre important d’individus et donc limités. En investissant 10 euros sur 100 projets différents, on perdra peut-être sa mise dans 40 projets, mais on peut la multiplier par 10 ou 100 dans d’autres. »

 

« Ce financement remplace le financement familial, amical, ce qu’on appelle le love money et qui donne un coup de pouce aux jeunes entreprises. Même si, à ce stade, ce modèle ne cannibalise pas les banques, ces dernières auraient tout intérêt à le considérer et à s’en inspirer. On peut tout à fait imaginer qu’elles proposent à leur tour ce service à leurs clients. Elles auraient même avantage à le faire, car les plates-formes de crowdfunding vont se multiplier pour répondre à des besoins économiques réels. »

 

Qui sont les investisseurs 2.0 des plates-formes de crowdfunding ?

 

« En 2014, un sondage de l’institut Adwise les a passés au crible. 7 % des Français interrogés ont déjà participé à une campagne de financement participatif. Parmi eux, des hommes principalement (57 %), jeunes – la plupart ont moins de trente-cinq ans – et urbains (60 % vivent dans des communes de plus de 200 000 habitants). Ils appartiennent aux classes moyennes – 24 % ont des revenus entre 24 000 et 36 000 euros. Ces derniers n’ont donc pas grand-chose à voir avec l’investisseur tel qu’on l’a beaucoup caricaturé, avec son haut-de-forme et son gros cigare... »

 

Quelles sont leurs motivations ?

 

« Une affinité avec les valeurs du porteur de projet (91 %) et l’envie de croissance de 1,4 milliard par trimestre ! Même si l’essor de ce nouveau modèle est encourageant pour l’économie, il l’est aussi sur un plan symbolique : il rapproche les particuliers de la finance et de la vie des entreprises, ce qui est très sain. »

 

« Le crowdfunding passera certainement par des bulles et des crises, mais il est voué à un bel avenir. »

 

Extrait de Changeons la banque ! - Plaidoyer pour une banque qui rend plus autonome, de Benoît Legrand, publié aux Editions Cherche-midi, 2015.

 

 

Jean-Paul Barriolade des éditions Libre & Solidaire qui a pu financer la réédition du Dictionnaire des cépages de Pierre Gallet grâce à la plate-forme de crowdfunding fundovino m’écrit :

 

Bonjour,

 

Nous avons besoin d’un coup de pouce sur deux projets auxquels nous tenons beaucoup :

 

- - L’ouvrage de Patrick McGovern Naissance de la vigne et du vin

 

- - La revue Autonomia.

 

Ces deux projets sont passionnants et vraiment originaux, mais comme vous pouvez vous en douter ils demandent une mobilisation d’énergie, de temps et d’argent très importante. Aussi pour cela nous avons engagé deux financements participatifs :

 

Fundovino pour Naissance de la vigne et du vin 

 

Kisskissbankbank pour Autonomia 

 

C’est pour cela que nous avons besoin d’un coup de pouce et nous vous sollicitons pour que vous relayiez l’information auprès de vos réseaux et de vos contacts en insistant sur l’intérêt de ces deux projets.

 

Merci pour votre soutien.

 

Bien amicalement.

 

« La publication de La Naissance de la vigne et du vin est un projet dont la réalisation implique de nombreuses étapes. Comme le montre le graphique ci-dessus, l’argent que nous récolterons nous permettra de financer tous ces aspects.

 

Il nous a paru indispensable de traduire cet ouvrage, le seul qui allie recherches archéologiques et sciences contemporaines pour nous donner une vision la plus exhaustive possible de l’origine de la viticulture.

 

Le but que nous avons fixé à cette campagne est de 3 800 € ; c’est le montant minimum nécessaire pour réaliser ce projet. Toutefois, la somme des coûts divers dépasse largement ce montant… C’est pourquoi nous cherchons à atteindre le second palier de 7 600 €. Cela nous permettra de compléter les frais de fabrication ‒ afin d’atteindre notre seuil de rentabilité ‒ et d’augmenter notre tirage et de faire une promotion importante pour que l’ouvrage puisse être connu d’un plus large public.

 

A propos du porteur de projet :

 

Patrick McGovern dirige le laboratoire d'archéologie moléculaire de l'Université de Pennsylvanie. Il utilise dans ses recherches l'archéologie moléculaire - technique émergente d'analyse des traces laissées par l'activité humaine -, l'analyse génétique (analyse ADN) conjointement à l'étude des mythologies.

 

Son ouvrage a reçu plusieurs prix, dont le Grand Prix de l'Organisation internationale de la vigne et du vin.

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 13:00
Aux marches du palais : le plaisir ! Retour à une simple esthétique du vin en Basse et Haute Bourgogne...

«Il ne faut jamais raconter une peinture. C'est la pire des choses. La peinture ne raconte pas d'histoire, elle produit de l'énergie. Oui, c'est de l'énergie qu'on a enfermée dans un cadre, dans un rectangle»

 

Le vin c'est de l'énergie enfermée dans une bouteille...

 

Claire Naudin, Thomas Pico, Olivier et Alice de Moor, Jean Yves Bizot marchent à côté des chemins balisés, venez découvrir leurs vins au Lapin Blanc en une buvaison dont vous vous souviendrez…

 

« Le monde évolue parce que certains marchent à côté des chemins. C’est dans la marge que se font les plus claires corrections » écrivait avec pertinence Robert Mallet.

 

Ils en sont les 3 Bas-Bourguignons de Chablis et sa mer de vignes : Thomas Pico, Olivier et Alice de Moor, Claire Naudin la fille des Hautes-Côtes de Beaune et de Nuits qui veut se faire adopter par ses vignes et enfin Jean-Yves Bizot l’ingénieur hydrogéologue mélomane de Vosne-Romanée qui jusqu’à 14 ans a été «de la ville», Dijon.

 

À Jean-Yves, voilà quelques années, en 2008, à partir de l’appréciation du manga « les Gouttes de Dieu » « Voisin du génial Henri Jayer. Il emploie des méthodes de production naturelles, dont il tire des vins profonds, moelleux et racés. Son « Vieilles Vignes », produit à partir de ceps ayant entre 50 et 70 ans, a un fort potentiel. »

 

J’ai posé la question :

 

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ces méthodes naturelles ?

 

« Méthodes naturelles : comment peut-on élaborer un vin (ou quoi que ce soit d’autre d’ailleurs) suivant des « méthodes naturelles » ? La définition du terme « naturel » dans ce cas s’éloignerait radicalement de la racine du mot. Mais comme il semblerait que personne n’en soit à un antagonisme près dans une locution, il existe déjà depuis longtemps le « naturel dans l’art », voire même « art primitif » qui s’en rapproche puisqu’il est sécrété par les « naturels ». Mais si sous ce vocable il faut comprendre « interventionnisme minimal » sur le vin je suis d’accord. Mais il y a probablement d’autres sens, tout aussi acceptables, et certains contesteront certainement celui que j’ai choisi. »

 

Pour Claire Paul Hayat du LeRouge&leBlanc, note avec justesse « L’évidence, c’est que les vins de Claire ne laissent pas indifférents, certains n’y retrouvent pas la sève des vins de Bourgogne et vous renvoient tranquillement que toute cette énergie est dépensée pour rien !

 

Il est inévitable, quand on se tient en marge, de ne pouvoir plaire à tous. Plus grave est le risque, d’année en année, pour ces vins en vendange entière et vinifié sans soufre, de ne pas obtenir l’agrément. En Bourgogne, encore plus qu’ailleurs, perdre l’AOC peut vous mettre en grand danger financier. Claire, comme malheureusement trop peu de vignerons bourguignons, se bat pour faire évoluer les critères d’attribution. En cas de refus, elle sait qu’elle ne reviendra pas en arrière, qu’elle ne suivra pas le chemin de ceux qui ont renoncé pour des raisons économiques.

 

J’aime la conclusion de Claire Naudin « un discernement nouveau qui permet de juger, de comparer, qui permet enfin d’oser « ne pas faire ce que l’on ne comprend pas. », oser choquer et générer en soi et autour de soi de fortes inquiétudes et malgré tout, tenir bon. »

 

Je n’ai pas peur des mots, ce sera une occasion unique et exceptionnelle, à vous de ne pas la rater… Et comme nous sommes des gens ouverts, d’autres flacons bourguignons seront aussi de la partie pour que chacun, en toute liberté, puisse se faire son idée…

 

- Deux ou trois lignes (plus n) sur le pourquoi de mon comment… par Jean-Yves Bizot

 

Quelques questions au cours de mon cursus d’œnologie sur la vinification suite à des affirmations comme : « on ne peut pas vinifier des vendanges non égrappées : le vin s’altère » ou « ajout du sulfite est obligatoire ». Plus les cours sur le matériel nécessaire en cuverie.

 

Cours auquel répondait mon projet d’installation, habilement conseillé par un technicien vendeur de matériel : il te faut une pompe machin, un foulo-pompe tartempion, des cuves trucs, un égrappoir bidule, et surtout un pressoir pneumatique (celui là est super : forcément le plus cher) , plus un échangeur thermique, un thermomètre électronique… Devis : 1.2 millions, de francs, bien sûr l’histoire est vieille ! Pour 2.5 ha.

 

A titre perso, j’étais à l’époque (je le suis toujours, mais je ne prends plus le risque) incapable de boire des vins des années 70 -90 sans être malade. Plus vieux, oui.

 

Réflexion sur le matériel : de quoi a-t-on besoin finalement pour faire du vin ? La question du sulfitage et de l’égrappage ajoutaient une pointe de défi.

 

En tirant un peu sur cette ficelle, on se pose la question : depuis quand ? pourquoi ? Et j’explique alors ma réactions aux vins des années 70-80-90 : le développement du matériel est rendu possible par la mise au point de la fabrication de la solution sulfureuse.

 

Mon objectif : me débarrasser de ce qui n’est pas indispensable : foin de l’égrappoir, du foulo-pompe, de la pompe, de tapis… Dans le même temps, on se rend compte facilement qu’encuver un raisin intact ne nécessite plus d’utilisation de SO2 : le meilleur système de protection contre l’oxydation, c’est encore la vie. Travailler avec un raisin vivant : important. Les problèmes biologiques : ils demeurent un risque, mais que n’évite pas le sulfitage. Enfin, pas autant qu’on le dit. On peut le limiter : hygiène, rigueur et protocole

 

Lors d’un cours à des élèves de BTS, je pose la question : « que faut-il pour faire du vin ?

- Du sulfite. »

 

Dans l’esprit d’un élève, le raisin n’est pas la fraction la plus importante de la vinification. Dommage, quand même.

 

 

- à propos d'1 des vignerons Olivier de Moor de Chablis dont les vins sont dans la dégustion

 

Amy Winehouse

 

« Mais pour une fois, je vais t’épargner le plaisir mélancolique de l’association vin rouge et chanson triste existentielle que j’aime tant, et je vais laisser la reine, Amy Winehouse, accompagner mon chablis. D’ailleurs, avec un nom pareil, elle doit s’y connaître »

 

« Miracle. Il existe encore des disques qui, certes, sont fait pour être vendus, mais qui savent aussi être incroyablement beaux. On avait un peu perdu leur trace, en raison de la stupidité des producteurs qui pensent que les gens sont complètement formatés.

 

 

(...) La production de l’album Back to Black d’Amy Winehouse est précieuse et soignée, mais en même temps roots et rétro, entre Motown et le hip hop des De la Soul (...) Back to Black est un album magnifique. Il faut espérer qu’il ne se fer pas écraser par le fantasme de l’artiste maudite, dont raffolent les maisons de disques et les journalistes, qui y trouvent le moyen de distraire les gens du caractère tragique du monde et de l’espoir d’un art plus pur. »

 

Chablis Bel Air et Chardy 2006 (De Moor)

 

(...) nous sommes entrés dans un bistrot pour acheter cette bouteille, comme c’est le cas le plus fréquent. La paresse se paie : il est un peu trop jeune, c’est la cuvée la moins minérale. Ce 2006 est très bon mais jeune, donc de caractère changeant. Il se présente en sourdine, timide, replié sur lui-même et protégé par sa réduction, mais en bouche, la trame est déjà magnifique, soyeuse. Il entre ensuite dans un état d’excitation et explose en un fruit de la passion charnu. Par excès de générosité, il perd son équilibre et fait de l’ombre à une belle veine minérale qui commence à se prononcer. Le peu qui a survécu à notre soif nous a séduits, quelques heures plus tard par sa finesse. De délicates notes de gingembre et de santal, la veine minérale et acide met de l’ordre et de la perspective. La timide et ténébreuse petite fille s’est transformée en une adolescente ébouriffée et extravertie, pour devenir, enfin, une magnifique bouteille de chablis. »  

Le vignoble de Chablis compte 47 Climats pouvant être mentionnés sur l’habillage du vin, 40 pour Chablis Premier Cru et 7 pour Chablis Grand Cru. Ces derniers sont tous sur la rive droite du Serein. Quant aux Climats de Chablis Premier Cru, ils se répartissent de part et d’autre de la rivière, 24 sur la rive gauche, 16 sur la rive droite.

 

 

 
 
chablis grand cru
 

 

L’AOC Chablis Grand Cru ne compte que 107 hectares de superficie, organisés en 7 climats. Le plus étendu est le climat Les Clos. Il se prolonge par le Blanchot d’un côté, et par le Valmur, les Grenouilles et le Vaudésir de l’autre côté, puis par les Preuses et le Bougros. Le coteau bénéficie d’une exposition sud-est plus ou moins variable et se situe à une altitude comprise entre 130 et 215 mètres. Les vins blancs, produits à hauteur de 5 400 hectolitres par an à partir du seul cépage chardonnay, expriment des personnalités différentes selon les climats, entre autres en fonction du type de calcaire kimméridgien. De plus, les millésimes sont marqués par des gelées ayant lieu au printemps et pouvant perturber la naissance des bourgeons. Ces Grands Crus blancs du Chablis ont en commun de se parer d’une robe magnifique or-vert pur, qui peut évoluer vers le jaune clair. Ils présentent un équilibre parfait entre gras et acidité, avec au nez des arômes riches de minéraux et des notes de tilleul, de fruits secs, et de miel et d’amande en finale. Le Blanchot donne les vins les plus complexes, mais ceux des Grenouilles sont plus puissants. Le Valmur se rapproche des Clos (vins très typés aux arômes de cannelle) tout en étant plus tendre. Quant aux Grands Crus de Vaudésir et des Preuses, ils sont respectivement très accomplis, et d’une grande finesse. Seul le climat Bougros donnent des vins un peu moins subtils et complexes. Ils permettent tous une bonne garde de 10 à 15 ans, et plus encore pour les meilleurs d’entre eux.  

 

 

 

- « La variation des couleurs est une tradition bourguignonne » «Vin de bourgogne Le parcours de la qualité 1er siècle-XIXe siècle» de Louis Latour aux éditions de L’Armançon

 

«Au prix de quelques aménagements mineurs (choix de variétés colorés, arrachage des plants de pinot blanc, option en faveur du beurot presque translucide), la production de la Côte a toujours oscillé entre trois pôles, dont les modifications à travers le temps ont été d’une extrême lenteur et ne peuvent être appréciées que sur la « longue durée » entre le XIIIe siècle, date de l’apparition du vin vermeil, et le XVIIIe siècle qui vit l’accentuation de la couleur et la réapparition du vin blanc, comme composant de l’arc-en-ciel bourguignon d’où il avait été évincé depuis la vinification « en rouge ».

 

L’activité viticole des diverses « paroisses » de la Côte, dotées si tôt d’un vignoble fin, par la faveur de quelques puissances établies : l’hôpital de Beaune, le chapitre de la cathédrale d’Autun à Rully et Aloxe, l’abbaye clunisienne de Saint-Vivant à Vosne, l’abbaye de Bèze à Gevrey, le Clos des Ducs à Chenôve, Germolles ou Volnay, de l’abbaye de Mezières à Blagny, etc. des Cisterciens enfin à Vougeot, Meursault, ou Aloxe, toutes ont eu comme dénominateur commun l’élaboration de vins vermeils « typés », selon les directives des cellériers. La diffusion de leur œnologie au-delà des cuveries et des murs d’enceinte des clos, s’est faite progressivement par une contagion facile à comprendre dans le principe, mais évidemment impossible à connaître dans le détail. La continuité œnologique est en ce cas notre seul guide. Elle décrit une sinusoïde difficile à retracer, parfois incompréhensible, autour du thème central qu’est depuis les XIIe-XIIIe siècles l’apparition d’une vinification nouvelle, celle du vin vermeil. Cette évolution fut étalée sur plusieurs siècles. Rappelons par exemple que le vin de Pommard, autrefois décrit comme rosé à l’égal de Volnay, est aujourd’hui considéré comme un vin coloré et tannique. Or cette observation ponctuelle résulte de documents très récents du XVIIIe siècle. Comment pourrions-nous remonter plus loin dans le passé et connaître avec certitude le genre de vins produits dans ce canton viticole trois ou quatre siècles auparavant ?

 

L’œnologie de consommation offre les mêmes incertitudes. Dans une étude sur le train de vie fastueux de Philippe la Hardi, un auteur nous montre le noble duc tournant dans son hanap, le vin de la nouvelle récolte, disponible dès la Noël, dont il admirait le chatoiement. Son choix était orienté, mais était-il en faveur du blanc eou du rouge ? Il suffirait à ses zélés cellériers de limiter ou d’augmenter la durée de cuvaison, de réduire la part de raisins blancs, d’extraire plus ou moins de jus coloré au sortir des pressoirs, pour faire varier une intensité colorante qi dépendait aussi de la saison, de la date des vendanges etc. L’orchestration de la vinification du pinot noirien autour du thème de la couleur assimile la vinification à d’autres aspects du décor de la vie médiévale où le choix des élites jouait un rôle déterminant.

 

Le volontarisme œnologique se heurte en effet à des obstacles souvent insurmontables, car la recherche de nuances colorantes précises et parfaitement « typiques » est souvent décevante. Les experts en dégustation déplorent que leurs efforts soient constamment remis en question par le caprice des saisons. Le vin de Bourgogne, sommé à notre époque de présenter une intensité colorante, « normée », échappe souvent à toute contrainte et offre en revanché la séduction des reflets changeants du vin rouge, variables avec chaque millésime. Les canons d’excellence qu’on veut lui imposer sont souvent désaccordés de la réalité œnologique. Cette particularité explique la variété des différents genres, qui fractionnent les villages de la Côte. Dans les années précoces, la couleur est vive et parfois d’un rouge profond. Elle s’oppose souvent aux nuances moins accentuées de millésimes qui n’ont pas, comme on dit en Bourgogne, le « goût de mûr ».

 

Olivier de Serres insiste sur le volontarisme du vinificateur « Il faut que la couleur réponde au désir » a-t-il écrit. Mais le désir est un souhait qui n’est pas toujours exaucé ! S’ensuivent toutes sortes de conséquences qui font les délices des spécialistes de la dégustation. Dans certains cas, la charge tannique oblige à un vieillissement de quelque durée, afin que les vins perdent leur caractère « rudastre » et trouvent le « droit point » d’une certaine harmonie. Mais les vins vermeils, en réalité des vins blancs, « qui auraient de la couleur », peuvent être appréciés sans délai par les amateurs. C’est donc dès les commencements de la carrière historique du vin vermeil, qu’apparaissent les catégories décrites par l’abbé Arnoux : vins de garde et vins de primeur dont en principe déduits se leur œnologie, manipulés par les vinificateurs de meilleurs crus, issus d’un terroir aux particularités bien connues et d’un stock végétal de pinot fin « immémorial », renouvelé très lentement, surveillé par des vignerons attentifs à la qualité, héritiers d’un savoir-faire millénaire… et surpris cependant à chaque vendange par une nouvelle facette offerte par l’infinie diversité du pinot.

 

On peut dire en tout cas que la limite fixée par ce qu’on peut appeler « l’éthique du vin vermeil », est celui qui sépare le vin fin du vin noir. Toute accentuation excessive de la couleur faisait croire en effet, que le vin vermeil d’une nuance trop accentuée était en réalité un vin commun issu des gouais à la chair colorée qui poussaient au pied des coteaux. Pour les experts le risque de confusion éveillait immédiatement la suspicion. On comprend les raisons de cette défiance, en un temps où la couleur était déjà comme à notre époque le discriminant le plus facilement observable, mais non le seul, de la qualité d’un grand vin. L’infinie variation des couleurs et des genres est la traduction visuelle et gustative d’une très longue histoire œnologique, renouvelée lors de chaque millésime, qui à peu de chose à voir avec les conclusions hâtives, imprudemment tirées de l’étude de la composition de sols qui ne jouent qu’un rôle mineur parmi la multitude d’autres causes toutes aussi importantes. »

 

- «L’imaginaire de la minéralité des vins : collectif ou individualiste ?» par l’INRA

 

Depuis une vingtaine d`années un nouveau mot est apparu pour décrire le gout et les arômes de certains vins : le mot minéralité. Les recherches menées à l'UMR CSGA (Centre des sciences du goût et de l'alimentation) visent à comprendre d`où vient ce mot, a quoi il correspond, comment nous pouvons le définir et si cette sensation est liée a des molécules chimiques spécifiques présentes dans les vins.

 

La minéralité est, parmi les descripteurs des vins « mal-définis », celui qui intrigue le plus. La presse fait de la minéralité une fabrique de spéculations. Cela génère une confusion dans la communication sur ce concept qui éveille la curiosité de plusieurs scientifiques et ouvre un éventail de possibilités aux tentatives pour le définir. Ceci fait toute la richesse et la complexité des recherches autour des « vins minéraux » (exemples, d`après la presse : le Chablis, le Sancerre, le Riesling d`Alsace, etc.). Les croyances illustrées dans les roues de dégustations, dans les affiches publicitaires attractives ou dans les discours élogieux des producteurs, journalistes et œnophiles, comme par exemple : « pour sentir la minéralité il faut sucer un caillou » ou encore « je bois un vin minéral et je sens une explosion de sensations marines… », nous ont conduit à essayer de comprendre quelle est la représentation sociale de ce descripteur et comment peut-il être utilisé par les différents groupes sociaux concernés ?

 

Le concept de « représentation sociale » permet de mieux comprendre les individus et les groupes en analysant la façon dont ils se représentent eux-mêmes, les autres, les objets et le monde. En l’occurrence elles nous informent sur ce qu’est l’objet social, et elles sont aussi des éléments de partage des groupes, qu’elles permettent d’unifier.

 

Pour répondre à nos questionnements, les chercheurs du CSGA se sont servis d’une théorie originaire de la psychologie sociale, « la théorie du noyau central » proposée par Jean Claude Abric en 1976. Cette approche est basée sur un système organisé en quatre différentes zones de représentation. Une zone appelée noyau central, qui génère le sens de la représentation et détermine les relations entre les éléments de celle-ci. Ces éléments du noyau central sont en quelques sorte les éléments qui caractérisent l’objet social et sans eux, la représentation n’est plus la même. Des éléments périphériques servent d’ajout à la représentation sociale, mais ne sont pas aussi importants pour la définir.

 

Pour cela, ils ont travaillé avec deux groupes sociaux : quarante producteurs de vins de Chablis et quarante-sept consommateurs. Au moyen d’une interrogation ouverte (« Quand je vous dis minéralité, qu’est-ce que vous vient à l’esprit ? »), nous leur avons demandé de produire des mots et de leur accorder à chacun une importance sur une échelle de 1 (pas important) à 10 (très important). Avec le croisement de ces deux informations, fréquence de citation et classement d’importance, nous sommes arrivés à la structure de la représentation.

 

Les résultats ont montré que, chez les producteurs, la zone du noyau central est composée d’éléments à connotation géologique (Chablis, géologie et terroir) et sensorielle (fraîcheur, calcaire et coquillage), tandis que chez les consommateurs, un seul élément évoquant la géologie apparaît : le terroir. Dans les autres zones de la représentation des consommateurs, nous pouvons trouver des éléments qui font référence aux dimensions sensorielles. Toutefois la magnitude de cette représentation des consommateurs est moins marquée quand nous la comparons à celle des producteurs.

 

Enfin, cette étude a démontré que les consommateurs et les producteurs de vins partagent une représentation commune sur le caractère local de l’origine de la minéralité (terroir), marquée par la mémoire collective. L’aspect sensoriel semble néanmoins plus important dans l’imaginaire des producteurs, que pour les consommateurs, ce qui révèle une pensée sociale unitaire chez les consommateurs.

 

Pour le moment aucune liaison concrète entre molécules et minéralité n’a été trouvée. Toutefois, la minéralité semble être le résultat de l`interaction de plusieurs sensations (goût, arôme, touché, etc.), qui le transforment dans un descripteur sensoriel multidimensionnel. Comme perspective de poursuite de ces études, il serait intéressant de lier les molécules chimiques présentes dans les vins avec les différentes sensations perçues par les dégustateurs.

 

 

Querelle des anciens et des modernes sur les facteurs de la qualité du vin

  Année 1952  Volume 61  Numéro 328  pp. 417-431

 

- Les Coteaux de l’Auxois (prononcez « aussois » comme Auxey-Duresses) s’étendaient en Bourgogne nord, au-dessus de Dijon, sur 40 000 ha avant le phylloxera. Ils n’en comptent plus qu’une quarantaine mais très convoités par les négociants beaunois.

 

Les Coteaux de l’Auxois étaient des petits vins de comptoir qui s’écoulaient facilement en remontant par bateau les affluents de la Seine, qui passe aussi par Chablis. Aujourd’hui, l’appellation en IGP est surtout bue localement. C’est avant tout une terre de blancs avec l’auxerrois (prononcez le x) et le chardonnay, un peu de rouge en pinot noir et pinot gris. Des vins souvent considérés trop proches des bourgognes sans en être, et donc difficiles à valoriser. Jusqu’à ce qu’un dénommé Louis-Fabrice Latour, l’un des principaux négociants de la place de Beaune, s’intéresse au début du siècle à ce petit vin et à ses terroirs via la maison Simonnet-Fevre rachetée en 2002 pour des premières vendanges en 2013. Latour est désormais propriétaire de plus de 13 ha près de Semur-en-Auxois, soit plus du tiers de l’appellation qui en compte 37. 14 autres hectares appartiennent à la société Flavigny-Alésia de la famille Nel, qui serait en train de les vendre à une autre maison beaunoise (on n’en connaît pas encore le nom mais les conjonctures vont bon train), 2 ha cultivés en bio à Aurélien Febvre, le reste étant éparpillé entre une dizaine de vignerons indépendants. Pas de vrac, tout est mis en bouteille, environ 300 000 par an, et même en capsule à vis chez Latour.

 

Une terre de blancs et d’IGP

 

Mais les grands bourguignons vont-ils maintenir les vins en IGP ou les passer dans leurs cuves de bourgogne ou coteaux bourguignons ? Louis-Fabrice Latour balaie ces soupçons d’un grand sourire : « En AOP, nous perdrions la possibilité de planter autre chose qu’une dizaine d’ouvrées par an et à 30hl/ ha et nous tablons plutôt sur 2-3 ha supplémentaires par an en IGP avec un potentiel d’une soixantaine d’ha, – nous avons d’ailleurs investi il y a deux ans dans une cuverie. L’intérêt est de vendre de l’Auxois, même si le nom de l’appellation comme du cépage ne sont pas simples à prononcer, surtout à l’étranger ; En revanche, il y a une histoire à raconter dans l’Hexagone. L’Auxois est le Chablis d’il y a 30 ans ».

 

L’idée est d’acheter et de remembrer pour étendre les surfaces de vignes conduites en lyre (mode de palissage en deux plans ouverts, NDLR). D’où le nom des cuvées comprenant toutes le mot Lyre (entre 7,50 et 10,50€). Louis-Fabrice, qui reste bourguignon dans l’âme, reconnaît avoir un faible pour le chardonnay, plus facile à vendre, mais avoue que les clients préfèrent l’auxerrois, un peu plus rustique mais plus original. Monoprix vient de référencer l’Esprit de Lyre, uniquement en auxerrois. La gamme comprend deux autre blancs, Saveurs de Lyre à 60% auxerrois, 40% chardonnay, et Quintessence de Lyre en 100% chardonnay. Jean-Philippe Archambaud, le DG de Simonnet-Febvre, a mis quelques pinots en cuve ; il hésite encore à lancer une cuvée de rouge sur ces terres de blancs, peut être début 2016.

 

Aux marches du palais : le plaisir ! Retour à une simple esthétique du vin en Basse et Haute Bourgogne...
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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 06:00
Revendiquer une définition officielle du vin nature équivaut à demander d'autoriser les mobylettes à circuler sur les autoroutes…

Je l’écris tout net les vins natures sont des vins de chemins de traverse sur lesquels on roule à mobylette sans casque, ce sont des vins de liberté. Vouloir les définir officiellement équivaut à les enfermer dans des carcans rigides et simplificateurs, à les livrer sur un plateau aux opportunistes. Les vins nature ne sont pas que des vins, en effet hormis leurs qualités liées à des modes culturaux respectueux de la nature et des hommes qui cultivent la vigne, et à un non-interventionnisme maîtrisé, ils ont fait naître un nouvel écosystème où se retisse entre le producteur et le consommateur de nouveaux liens de confiance et de respect mutuel.

 

Par ailleurs, les vignerons naturistes sont-ils vraiment en attente d’une définition de leur vin ?

 

Je ne sais car je n’ai jamais rencontré de vignerons qui posent ce préalable pour se défendre, non des imitations du négoce, mais de leurs chers collègues au sein de leur appellation. Un vin nature ayant un cadre juridique clair ne se verrait pas pour autant agréé dans sa propre appellation du fait de cette définition qui encadrerait la manière de faire ce vin.

 

Le combat ne se situe donc pas dans une exigence de définition du vin naturel mais consiste à tout mettre en œuvre pour que les appellations ne soient plus des carcans normés, certifiés, uniformisés, qui excluent ceux qui empruntent d’autres routes qu’eux.

 

Le vin a toujours occupé une place à part au sein de l’agriculture française, le viticulteur produit du raisin qu’il transforme, lui-même ou via une coopérative, en vin (le viticulteur peut aussi vendre son raisin à un négociant ou à un autre viticulteur pour qu’il le vinifie), c’est l’unique et première transformation que subit le raisin. Ce vin peut ensuite soit être commercialisé en vrac pour être embouteillé par un négociant ou une coopérative ou vendu en direct par le vigneron.

 

À Paris, comme dans beaucoup de grandes villes, les restaurants affichaient « vins de propriété » pour bien marquer la différence entre les vins produits par des vignerons et ceux vendus par le négoce. De façon ironique je faisais remarquer que dans beaucoup de châteaux prestigieux de Bordeaux les vins étaient des vins de salariés.

 

La vieille césure : vin de cave particulière aujourd’hui vigneron indépendant/ vin de coopérative ne signifie pas grand-chose car très souvent depuis l’irruption de l’œnologie moderne, avec son cortège de conseillers et de vendeurs de produits, ces deux types de structures utilisent les mêmes process. L’artisanat n’est pas un marqueur de différenciation.

 

Donc, même si la dénomination « vin industriel » fait florès dans les milieux naturistes il n’existe pas en France une industrie de transformation du raisin en vin sur le modèle des wineries du Nouveau Monde.

 

Mais en France même ce qui est simple est devenu compliqué.

 

Les bonnes vieilles AOC, où seule l’origine était contrôlée, se sont engouffrées dans le grand sac indistinct de la qualité certifiée par des organismes extérieurs. La norme, l’air de famille, des cahiers des charges : quel bénéfice en tire le consommateur ?

 

Boit-il en confiance ?

 

La grande majorité des acheteurs de vin ne se posent pas ce genre de question.

 

Reste les autres, ceux qui se préoccupent de l’impact de la conduite de la vigne sur son environnement. Ils ont à leur disposition des certifications bio et biodynamie. Fort bien, mais voilà qu’il est arrivé un petit nouveau dans la cour : le vin nature qui fout un joyeux bordel.

 

Voilà, nous en sommes-là, et le vieil observateur du marigot du vin que je suis doté d’un ADN de post-soixante 8 hard non révisé, ne partage pas les craintes exprimées par Antonin Iommi-Amunategui ci-dessous. * Bien au contraire je suis optimiste dans le devenir d’une nouvelle manière d‘acheter et de consommer, qui dépasse largement celle du vin.

 

Pour moi c’est là que se situe la vraie révolution citoyenne où le consommateur et le producteur tissent des liens de confiance qui sautent à pieds-joints par-dessus les pseudos protections édictées par mes industries agro-alimentaires qui équivalent à des boîtes noires d’où sortes des « objets comestibles non identifiés » comme le dit le sociologue de l’alimentation Claude Fischler. À trop vouloir protéger les gens on les déresponsabilise : on a beau tracer, coller des étiquettes dans tous les sens on ne sait pas toujours ce qui y a été ajouté.

 

Le combat pour le bien manger et le bien boire est unique, il ne souffre pas, si je puis dire, que ceux qui y prennent part s’égare dans des impasses qui font le jeu de ceux qui prétendent nous nourrir pour deux balles de produits transformés d’origine et de composition indéterminée.

 

80 % de ce que nous mangeons est composé de produits transformés.

 

* « Pas de règles, c’est le Far-West. Et comme le vin naturel marche de mieux en mieux, forcément les industriels tentent de récupérer le truc. C’est qu’il y a une vraie niche de buveurs qui, sans être forcément CSP++, ont en général les moyens de mettre 10-15 balles dans une quille ; c’est que les médias traditionnels s’y intéressent de plus en plus ; c’est que tous les projos sont braqués sur ce pinard naturel. C’est tristement facile de faire du beurre sur le dos du naturel puisque, encore une fois, il n’y aucun cadre juridique clair – c’est récup’ partout, justice nulle part. Du coup, nos industriels pinardiers, dont on retrouve les vins dans tous les linéaires des supermarchés, se la jouent surfeurs d’argent de la tendance et déclinent le concept à fond : « cuvée Naturae », « Naturalys », « Natur-machin-chose », « Sans-soufre-style »… Ils se lâchent. Mais ces vins, évidemment, si l’on se fie à la définition que j’ai donnée plus haut, ne sont pas naturels pour un sou. Ils en reprennent seulement certains codes, certains clichés, et in fine valent souvent à peine mieux que les obus chimico-conventionnels vendus juste à côté d’eux, dans le Carrouf ou le Franprice où on les trouve (rappel utile : les vins naturels dignes de ce nom ne sont vendus que chez les cavistes indépendants).

 

Selon moi, c’est d’ailleurs un argument imparable pour justifier qu’on reconnaisse et définisse enfin, officiellement, le vin naturel – sans quoi le grand n’importe quoi continuera de débarouler, et les vignerons naturels finiront juste par être engloutis sous les millions de litres de ces vins 100 % marketings et artificiels. »

 

Les « miracles » des architectes du vin par Isabelle Bunisset

 

Stars de la viticulture, "faiseurs" de vin, magiciens, hommes de l'ombre, les consultants travaillent à améliorer des crus de petite réputation, à en changer l'image. Et, surtout, la qualité.

 

Grâce à leur savoir-faire et leur pugnacité, des vins, issus d'appellations méconnues et mésestimées, peuvent rivaliser avec les plus grands. Les dégustations à l'aveugle organisées dans le monde entier l'ont prouvé maintes fois. Les polémiques aussi. 

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12 novembre 2015 4 12 /11 /novembre /2015 06:00
Jean Effel France Soir 25 février 1960

Jean Effel France Soir 25 février 1960

Moi, le petit vendéen baptisé à l’église Saint-Jacques le majeur de la Mothe-Achard, confirmé dans le même édifice par Mgr Cazaux évêque de Luçon, éduqué par les petites sœurs de Mormaison et les très chers frères du bienheureux Louis Grignon de Montfort, enfant de chœur de première catégorie – celui qui portait le goupillon, la croix et encensoir – programmé pour entrer au séminaire, je vous en supplie à genoux sur un prie-Dieu paillé, courez, ruez-vous à l’instant même chez votre kiosquier ou votre marchand de journaux, pour acheter le dernier numéro de la RVF, le N° 596, de novembre.

 

 

S’il vous reste une once d’estime pour moi, engagez cette dépense car c’est un futur collector comme le missel que l’on m’avait offert pour ma communion solennelle (j’avais omis dans ma déclaration préalable mes 2 communions : la petite, dite je ne sais pourquoi, privée et la grande, la solennelle).

 

 

Ça commence fort par une montée en chaire du révérend-père Denis Saverot ayant revêtu la chasuble brodée d’or des fêtes carillonnées (nulle allusion à la célèbre cloche)…

 

« Le vin est tout sauf un produit neutre. Arpentez les vignes de Saumur ou de Kaysersberg en Alsace, les collines de Madiran, les coteaux de Saint-Émilion ou de Vosne-Romanée. Qu’y voit-on, bordant les vignes ? Des croix. Des dizaines, des centaines de croix de pierre jalonnent les vignes de France, encore soigneusement entretenues aujourd’hui. L’essor du vignoble a aussi été et demeure un marqueur chrétien. »

 

À la fois héritage chrétien et conquête populaire, le vin reste donc aux racines mêmes de notre civilisation. Celle de la subtilité des saveurs, du respect de la terre, d’un goût certain de la liberté aussi. Il est notre culture et, dans ce monde déchiré entre l’uniformisation générale, les replis communautaires et la montée des interdits, une grande part de notre avenir. »

 

L’ensemble du sermon ICI 

 

Après avoir convoqué Mélenchon, Hollande, Sarkozy, Fabius, il en appelle au vin populaire qui fut « une conquête révolutionnaire, au même titre que le droit de chasser. Il a accompagné la Révolution française, les Communards en 1870 et la guerre de 14-18, lorsqu’on servait aux soldats des quarts de rouge au moment de sortir des tranchées. Comment d’ailleurs ne pas noter que la baisse de la consommation de vin en France (100 litres par an et par habitant en 1960, moins de 50 litres aujourd’hui) a mécaniquement, fidèlement, accompagné le déclin du parti communiste français ? »

 

De la petite bière que tout ça, tel un prédicateur exalté mais débordé, le Denis a convoqué le Michel Onfray qui est au coeur d'une « polémique sur l'identité française » sic afin qu’il nous fasse une piqure de rappel, en remontant nos bretelles de mécréants, oui couvrons-nous la tête de cendres, repentons-nous car le vin tire sa liberté des racines judéo-chrétiennes de la France.

 

N’étant point abonné, une gorge profonde m’a communiqué l’intégralité de cette interview qui fera date dans les chais et dans toutes les églises de France.

 

Deux grands moments hormis la citation titre  :

 

  • Saint Michel l’archange du bocage normand pourfend les biodynamistes.

« De la même manière que certains chrétiens prennent des libertés avec l’enfer et le purgatoire, certains marxistes avec la lutte des classes et la dictature du prolétariat, certains producteurs qui se disent bio-dynamiques ou bio ignorent paradoxalement ce qu’est vraiment la doctrine qui inspire leur pratique. Certains n’ont jamais lu une ligne de l’anthroposophe Steiner qui théorise la biodynamie, soit ne pratique ni le vortex, ni la corne de bouse… Difficile dès lors d’avoir un débat. Je juge pour ma part à ce qui se trouve dans un verre. Arrêter la chimie suffit à produire de bons effets. Nul besoin de prétendre que les bons effets sont induits par ce qui s’ajoute une fois qu’on a renoncé à la chimie. »

 

  • Pourquoi le Michel l’a pas fait le vigneron ?

Non, non, son père « n’était pas agriculteur, mais ouvrier agricole, ce qui change tout. Agriculteur, il aurait été propriétaire des biens matériels : une terre, des champs, des bois, une ferme, des animaux… J’y aurais alors été attaché. Mais ouvrier agricole, il ne possédait que sa force de travail et nous ne vivions pas dans une ferme avec les animaux de la basse-cour, des vaches ou des chevaux, mais dans une petite maison d’un étage qui faisait deux fois dix-sept mètres carrés. Je n’ai donc pas eu à me poser la question d’hériter, et je n’ai jamais eu envie d’être ouvrier agricole comme mon père. Quand à devenir viticulteur, ça supposait un investissement, donc de l’argent, des cautions, ce qui était impensable pour ma famille. Et puis mes parents avaient effectué le partage des rôles avec mon frère : il était manuel, ce qui était connoté positivement, j’étais l’intellectuel, plutôt une tare. Je n’ai donc pas eu de mal à vouloir ce que l’on déplorait pour moi. »

 

Merci Michel pour ces deux grands moments et tous les autres à découvrir dans l’apostolique et romaine RVF.

 

Amen.

 

Grand merci aussi au RP Denis de contribuer à faire avancer le débat dans le monde du vin et auprès de ceux qui le boivent…

 

NDLR : eu égard à mon lourd passé, certes non-marxiste, je ne me suis pas senti qualifier les saintes paroles de Michel Onfray qui aime tant les paysans honnis par le logiciel simpliste de la gauche des années marxistes, alors que lui serait plutôt dans l’Emmanuel Berl, la Terre ne ment pas, non revisité.

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 09:15
Malgré le boucan, les balles qui sifflaient, les shrapnells, il pensa « j’ai ma jambe »

Dédié aux souverainistes de tous poils qui relèvent la tête et se pavanent, héritiers de ceux qui ont envoyé mes ancêtres se faire massacrer et alimenté la longue liste du monument aux morts de la Mothe-Achard.

 

 

« Péricourt s’était fait faucher en pleine course. La balle lui avait fracassé la jambe. Il avait poussé un hurlement de bête, s’était effondré dans la boue, la douleur était insupportable. Il s’était tortillé et retourné dans tous les sens en continuant de crier et, comme il n’arrivait pas à voir sa jambe qu’il serait à deux mains au niveau de la cuisse, il s’était demandé si un éclat d’obus ne la lui avait pas sectionnée. Il fit un effort désespéré pour se soulever un peu, il y parvint et, malgré les terribles élancements, il fut soulagé : sa jambe était bien là, entière. Il apercevait le pied tout au bout, c’était en dessous du genou que c’était écrabouillé. Ça pissait le sang ; il pouvait remuer un peu le bout du pied, il souffrait comme un damné, mais ça bougeait. Malgré le boucan, les balles qui sifflaient, les shrapnells, il pensa « j’ai ma jambe ». Il en fut rassuré parce qu’il n’aimait pas l’idée de devenir unijambiste. »

 

Pierre Lemaître « Au revoir là-haut » Albin Michel Prix Goncourt

 

 

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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 06:00
Le jeu trouble des voyages de presse et les liaisons dangereuses des lobbies signé Géraldine Meignan grand-reporter à l’Expansion et à l’Express…

« Les voyages de presse, comme celui organisé par la filière viande, sont très prisé des entreprises. Ils consistent à convier des journalistes triés sur le volet, à les balader à grand frais dans des régions plus ou moins lointaines avec l’espoir d’obtenir en retour quelques retombées médiatiques. Évidemment, à aucun moment il n’est précisé dans l’article que le reportage a été intégralement financé par l’entreprise en question. Et c’est bien là le problème, l’essentiel c’est que ça marche. »

 

« … gare Montparnasse, au petit matin. Un groupe de journalistes encore ensommeillés était invité par l’Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes (Interbev) à visiter aux confins du Poitou, de la Vendée et de l’Anjou, une filière d’excellence dans le but de promouvoir l’opération. De l’éleveur aux arrière-cuisines du rayon charcuterie-traiteur d’un supermarché en passant par les ateliers de découpe, on allait leur montrer ce que la filière avait de meilleur, notamment la fameuse traçabilité de la viande bovine rendue obligatoire depuis la crise de la vache folle.

 

Pas d’élevages intensifs de vaches laitières en fin de carrière enfermées dans des cages, mais des superbes blondes d’Aquitaine nourries aux graines de lin et élevées sur la paille. Des bouchers qui achètent leurs bêtes sur pied à proximité, et non de la viande en vrac vendue à un trader qui cherche à se débarrasser d’un lot au plus vite. Le supermarché ? Pas n’importe lequel : un des meilleurs Intermarché de France. »

 

« Et que dire de l’invitation pendant sept jours, en 2013, de quelques journalistes par le Conseil malaisien de l’huile de palme ? Celle-ci a atterri dans leur boîte mail peu de temps après que des parlementaires ont proposé de financer le déficit de la Sécurité sociale en taxant cette huile que l’on trouve notamment dans les chips, les pâtes à tartiner, crèmes glacées et les pizzas industrielles. Le voyage avait vocation à « améliorer la compréhension des atouts et des bénéfices de l’huile de palme ». Et à en finir avec la mention « sans huile de palme », que le gouvernement malaisien juge discriminatoire. Au programme : grands hôtels, visites d’usines, rencontres avec des producteurs certifiés responsables, promenade dans une réserve protégée d’orangs-outangs, croisière sur le fleuve Kinabatangan. Il fallait bien ça pour protéger la principale richesse de la Malaisie. »

 

« Voilà pour l’opinion publique. Lorsqu’il d’agit de défendre leurs intérêts auprès de la classe politique, d’empêcher l’adoption d’une règlementation contraignante ou bien, à l’inverse d’autoriser la commercialisation d’une nouvelle molécule, les industriels sont prêts à dépenser des sommes folles. Le poids des groupes de pression, plus communément appelés « lobbies », est effarant, voire, dans certains cas démesuré. Bruxelles est considérée comme la deuxième capitale mondiale du lobbying derrière Washington. Des organisations non gouvernementales (ONG) aux multinationales, en passant par les cabinets d’avocats et les think tanks, ils s’agglutinent à l’est de la ville, à deux pas des institutions européennes. Certains sont d’anciens fonctionnaires passés dans le privé. »

 

L’auteur cite l’exemple du lobbying intense de l’industrie agrochimique visant à empêcher la Commission Européenne de suspendre 3 insecticides soupçonné d’être la cause du déclin des abeilles. « Travail de sape méthodique, organisé dans les moindres détails… alerte sur les conséquences économiques… sur les inévitables délocalisations entrainant des pertes d’emplois… » Quelques jours avant que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ne rendent un avis défavorable Syngenta menace de recours juridiques. Bruxelles n’en pas tenu compte, elle a suspendu les 3 insecticides pour 2 ans, mais il aura fallu beaucoup de temps.

 

Gagner du temps, jouer la montre pour repousser le vote…

 

Et puis « Si l’on croit le Corporate Europe Observatory (CEO), plus de 60% des experts siégeant au sein de l’EFSA ont des liens avec les industriels. Largement de quoi faire peser des doutes importants sur la crédibilité des avis scientifiques de l’agence dans des domaines tels que les OGM, les additifs alimentaires ou encore les pesticides. Certes, les scientifiques de haut niveau sont tous plus ou moins confrontés à des conflits d’intérêts. Cela rend-il pour autant tous leurs avis nuls et non avenus ? Évidemment non, à condition qu’ils agissent en toute transparence. »

 

« … qui sont les 20 000 à 30 000 lobbyistes qui font quotidiennement le siège des institutions ? Quels sont leurs objectifs, leurs clients et leurs sources de financement ?

»

Aux USA les lobbies évoluent en toute transparence « La mythique K-Street, à Washington, est assurément le lieu de toutes les influences, mais les citoyens américains savent tout du patrimoine de leurs élus, des dépenses de lobbying des entreprises et du financement des campagnes électorales. » via une plate-forme web.

 

Et en France : L’ONG Transparency International lui a donné la note de 2,7/10 pour son manque de transparence. « Dans l’Hexagone, aucune loi ne définit ni ne règlemente les activités de lobbying… »

 

La lente émergence des avocats lobbyistes

 

Pour le savoir lire Les réseaux de la malbouffe de Géraldine Meignan chez JC Lattès 

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 06:00
Deux sculptures en biscuit du XVIIIe siècle, représentant Madame de Pompadour en sphinge;  Circa 1780. Photo Artprice
Deux sculptures en biscuit du XVIIIe siècle, représentant Madame de Pompadour en sphinge;  Circa 1780. Photo Artprice

Deux sculptures en biscuit du XVIIIe siècle, représentant Madame de Pompadour en sphinge; Circa 1780. Photo Artprice

« Qu’importe le flacon pourvu qu’on est l’ivresse ! »

 

« L’habit ne fait pas le moine… »

 

« Si derrière toute barbe il y avait de la sagesse, les chèvres seraient toutes prophètes. »

 

Chacun sait que l'apparence peut être fausse, qu’elle peut tromper les gens, et pourtant quel individu n’est pas sensible au maquillage, à la façon de se vêtir, de se coiffer, de se mettre en scène pour séduire…

 

Séduction vient du latin se ducere, qui signifie conduire à l’écart ou amener à soi.

 

Séduire, c’est tirer quelqu’un à l’écart du groupe avec lequel il se confondait, le sélectionner, le persuader qu’il est unique, remarquable, et qu’il a été remarqué.

 

Ceci dit, la séduction opère de deux façons différentes, voire opposées : de façon active, quand une personne cherche à s’imposer à une autre par des moyens qui vont de la manipulation violente à la persuasion douce; de façon passive, quand quelqu’un cherche à attirer une personne vers soi ou, comme le dit le langage populaire, à « la prendre dans ses filets ».

 

La manière active est qualifiée de virile, la seconde de féminine. Séducteur d’un côté, séductrice de l’autre.

 

Comme on n’attrape pas des mouches avec du vinaigre depuis la nuit des temps les commerçants ne se privent pas d’appâter le chaland pour le prendre dans leurs filets. La réclame autrefois, puis la publicité, le marketing, le packaging, le merchandising… depuis l’irruption de la société de consommation, se veulent des outils de séduction.

 

Dans le vin, depuis qu’il est vendu très majoritairement en bouteilles, l’étiquette, la forme de la bouteille, son poids, son habillage, sont des instruments de séduction et de différenciation. Les naturistes ne s’en sont d’ailleurs pas privé, leurs étiquettes se veulent, et sont parfois, transgressives.

 

Brigitte Lahaie sur une étiquette - AIA/Rue89

 

Alors permettez-moi, à propos de l’étiquette, et plus particulièrement celle de la cuvée La Pompadour 2013, de la coopérative emblématique d’Embres&Castelmaure, de jouer un moment sur les mots.

 

Au temps de la Pompadour « les femmes abusaient du rouge… il devait être plus rouge à la cour qu’à la ville, au point que « l’on avait peine à voir les yeux ». « Ce rouge, qui semble vouloir être naturel, est une vraie ridiculité », reproche une mère à sa fille. »

 

« Mais il était de mauvais goût d’en mettre le matin, excepté en habit de cour. La jeune Infante qui venait épouser le Dauphin, reçue en France par ses dames trop fardées, envoya demander au Roi « la permission de mettre du rouge », afin d’être au diapason pour les fêtes des noces.

 

Quant aux mouches, c’était le point final du maquillage, il ne pouvait être question de les oublier.

 

Que de fastidieuses règlementations pour se plier aux usages ! On quittait les fleurs avant l’âge de 30 ou 35 ans ; on prenait une coiffe noire à 50 ans. »

 

« Les négligés à la Pompadour dont les formes sont telles qu’ils ressemblent aux vestes à la turque, pressent le col, et sont boutonnés au-dessus du poignet ; ils sont adaptés à l’élévation de la gorge et collent juste sur les hanches, rendant sensibles toutes les beautés de la taille, en paraissant vouloir les cacher. »

 

Henrielle Vannier étiquettes et élégances au temps de Madame de Pompadour

 

Comme certains l’ont peut-être compris ma chronique de ce matin est une fable qui met à mal l’ego des faiseurs de beaux plumages lorsqu’ils veulent faire accroire que le succès d'un vin est le fruit de leur seul talent. Le vin, et la manière de le faire, compterait pour du beurre ou presque

 

Face à une telle fatuité l’alternative est simple : soit ils nous bourrent le mou en nous vendant de la soupe pas fraîche, soit ils expriment avec un réel talent le travail et la sueur d’une poignée de vignerons…

 

Mon pluriel est bien singulier mais ce serait faire trop d’honneur que de personnaliser en effet « Les cimetières sont remplis de gens qui se croyaient indispensables. »

 

Dansla vie il faut savoir tirer sa révérence avec élégance, assumer le passé, ne pas le renier, le travestir, jouer les martyrs, la vie des hommes n’est jamais un long fleuve tranquille et dans toute rupture chacun porte sa part de responsabilité. La belle aventure humaine du petit village du fin fond des Corbières n'a pas soudain basculé dans un obscur kolkhoze du seul fait d'une rupture brutale. 

 

Pour ma part, je ne vois pas au nom de quoi je renierais mes amitiés anciennes. Chacun sa route, chacun son chemin...

 

Cette chronique est le pur fruit du hasard. Jeudi soir dernier de passage à Bottles , un bar à vin de la rue Sainte Anne, pour y déguster des huîtres de Bretagne , je suis tombé nez à nez avec La Pompadour 2013 dans ses nouveaux atours.

 

 

J’ai acheté 11 euros et j’ai chroniqué.

 

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 06:00
Lydia et Claude Bourguignon apôtres de la vie des sols  lanceurs d’alerte depuis 25 ans et nous que faisons-nous ?
Lydia et Claude Bourguignon apôtres de la vie des sols  lanceurs d’alerte depuis 25 ans et nous que faisons-nous ?

Je suis un ignorant et pourtant la terre, son labour, d’abord avec la charrue Brabant de mon pépé Louis tirée par sa paire de bœufs blancs, puis celle de mon père : la charrue Bonnel tractée par son SFV, fait partie de mon ADN. À l’École d’Agriculture de la Mothe-Achard on m’a enseigné les grands principes de l’agronomie mais, je l’avoue humblement, à partir de là j’en suis resté aux images de mon enfance d’une terre vivante où grouillaient les hachets (les vers de terre).

 

Oui, j’avoue que pendant fort longtemps je n’ai eu aucune conscience des ravages sur la vie du sol lui-même de la nouvelle agriculture productiviste.

 

Mon souci de consommateur était de trouver des produits bons et sains et de préserver la qualité des eaux.

 

Lorsque Lydia et Claude Bourguignon ont pris la tangente de l’INRA, en 1990, j’étais aux manettes au 78 rue de Varenne mais les échos de leur combat ne sont pas remontés jusqu’à nous. Responsabilité partagée entre ceux qui tenaient les manettes de la recherche agronomique et nous-même trop préoccupés par le quotidien chahuté du Ministère de l’Agriculture.

 

Et puis pour moi vint le temps, à la fin des années 2000, de me pencher sur le devenir des vins français face au défi des vins du nouveau monde. À la page 23, de mon rapport éponyme j’énonçais :

 

Les 4 objectifs du « Nouvel Elan des Vins Français pour 2010 »

 

Et le premier était a) devenir leader en matière de pratiques respectueuses de l’environnement...

 

Là encore, dans le grand débat qui s’est instauré autour de René Renou et du groupe stratégique, cet objectif ne reçut qu’un accueil poli mais non suivi d’effets.

 

La responsabilité de ce grand silence doit être prioritairement portée par le conservatisme des grands maîtres du vignoble, que je dénommais les grands mamamouchis, et par la frilosité des pouvoirs publics.

 

Mais, il en est une autre, qui ne doit pas être esquivée, celle de ceux qui aujourd’hui se qualifient « d’interface et de passeur » et cherchent, disent-ils, «à transmettre à tous les viticulteurs soucieux de continuer l’histoire passionnante de nos grands vins.» La presse du vin, les grands dégustateurs le nez rivés sur leur verre, étaient aux abonnés absents.

 

Il est des temps où les combats sont courageux, d’autres, lorsque vient la célébration de ces combats, plus confortables.

 

J’étais présent à Dijon lorsque Lydia et Claude Bourguignon ont fêté le 25e anniversaire de leur laboratoire. Attentif, j’ai pris des notes, nous étions entre nous, des convaincus, voire des militants, et il était réconfortant d’entendre témoigner les ouvriers de la première heure, tel ce vigneron bourguignon, assumant les choix d’après-guerre tout en exprimant avec la chaleur de son cœur son engagement pour redonner un sens à sa vie de paysan-vigneron et transmettre une terre vivante à ceux qui lui ont succédé.

 

Comme l’a justement souligné Claude Bourguignon dans son introduction « nous ne sommes qu’une partie de la solution » et, par-delà l’émotion d’un bel anniversaire, ce qui est en jeu c’est d’élargir le cercle des convaincus, de passer du statut de minoritaire à celui de modèle de référence.

 

C’est un défi d’importance face à un bloc solidement ancré sur un syndicalisme peu enclin à abandonner des pratiques qui ont structuré tous les outils : techniques, financiers, commerciaux… mis en place par eux.

 

Le pouvoir politique, quel qu’il soit, est peu enclin à ouvrir de nouveaux fronts si le rapport des forces reste aussi disproportionné. Les bonnes intentions se diluent dans le quotidien d’une société qui n’assume pas ses contradictions. Lors de la dernière manifestation parisienne des « agriculteurs » les gros tracteurs qui ont envahi Paris ont été chaleureusement applaudis. 

 

Le combat des époux Bourguignon, et de bien d’autres, ne prendra de l’ampleur que si le consommateur-citoyen change radicalement ses pratiques d’achat. À trop charger la mule des politiques on se trompe de cible : si l’opinion publique inverse ses comportements, croyez-moi ils galoperont derrière elle.

 

Et c’est là que le bât blesse, que la partie est loin d’être gagnée !

 

Les minorités agissantes ont, souvent à juste raison, une propension à dramatiser, mais cela ne suffit pas à inverser la tendance d’une consommation qui a perdu ses repères comme l’écrit Géraldine Meignan dans les réseaux de la malbouffe : « Autrefois, tout était simple. Ou presque. L’approvisionnement venait d’un écosystème local et diversifié et le consommateur avait une relation sinon avec l’agriculteur, du moins avec le commerçant. L’urbanisation s’est accompagnée de la dilution du lien social entre les producteurs, les aliments et les consommateurs. Le chemin entre le champ et l’assiette est devenu interminable, avec des filières industrielles d’approvisionnement étirées impliquant des producteurs, des traders, des grossistes et des sous-traitants répartis aux quatre coins du monde. La mondialisation des échanges, la banalisation des produits issus de l’agriculture et de l’élevage qui met les denrées alimentaires au rang de matières premières soumises aux lois du marché, la standardisation de l’industrie alimentaire, font que nous ne savons plus ce que nous mangeons. »

 

« En moins de vingt ans, la mondialisation a profondément modifié ce que nous mangeons. Les plats surgelés, le poisson, les légumes en conserve mais aussi les produits « bio » et les compléments alimentaires ont rejoint les téléphones portables et les écrans plats dans la liste des produits low cost importés d’Asie. Des conteneurs de nourriture affluent chaque jour sans relâche aux portes de l’Europe. Année après année, l’industrie agroalimentaire va chercher toujours plus loin et toujours moins cher des produits qu’elle trouvait autrefois à sa porte. »

 

C’est la triste réalité et ne pas aimer la réalité ne change pas la réalité, on ne fera pas s’inverser la tendance des modes de consommation avec simplement de bonnes intentions ou des appels au repli sur soi.

 

Les agriculteurs, les éleveurs, les vignerons seront d’autant plus incités à se défaire d’un système qui les ravale au rang de fournisseur de minerai, en concurrence avec l’ensemble des producteurs du monde, pour une poignée de grands groupes agro-alimentaires fournisseurs d’une forme de distribution qui privilégie le prix, s’il trouve en face d’eux une demande capable de valoriser leurs produits.

 

Si c’était simple ça se saurait.

 

Alors que faire ?

 

J’ai tenté d’y répondre dans une chronique récente « et si, au lieu de continuer de vous la jouer le bon, la brute et le truand, vous demandiez aux autres de décrocher la lune ?» 

 

Anselme Selosse nous a dit « à l’école d’agriculture on m’a appris à maîtriser, à dominer la nature, à exploiter mon sol… J’étais un colon dominateur qui ne respectait pas les indigènes… »

 

Nous les consommateurs nous sommes tous de grands prédateurs mais nous sommes si loin de la nature que nous nous réfugions dans une rhétorique bien commode, confortable : tout ça c’est la faute au Système, alors que nous sommes aussi un maillon, aussi petit soit-il, de ce système…

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, et si Nicolas Sarkozy devenait le Premier ministre de François Hollande ?

« Malgré nos différences, il m’a aidée à me structurer, en ignorant tout de sa tendre épouse, sans jamais poser la moindre question embarrassante ni faire couler la moindre larme. Peu de gens ont cette faculté de ne pas fouiller l’âme de l’autre. Chez beaucoup, cette propension frôle le viol. Edgar m’aimait sans raison, à la folie. Jamais je n’ai pu comprendre, même après quarante années de mariage, la raison de cet engouement stupéfiant. J’aimerais vous dire que j’étais d’une beauté saisissante, mais ce n’était pas le cas. Il est très difficile de se juger physiquement lorsque l’on a du mal à accepter sa féminité. Ce fut de tout temps l’un de mes principaux problèmes. La glace me renvoyait une image transformée par mes inhibitions, à la manière de l’un de ces miroirs déformants de fêtes foraines. »

 

Mon respect pour l’intimité de l’autre est, et a toujours été, sans faille, je ne pose jamais de question mais je suis accueillant à ce que l’être aimé veux bien me confier. M était une taiseuse, fermée, fière, grand oiseau blessé, sauf lorsqu’elle avait picolé et qu’elle s’épanchait ; L est volubile, légère, va, vient, revient, je ne sais rien d’elle et ça me va bien. L sera une hôtesse idéale, indépendante, hors le marigot, son charme jouera à plein. J’ai dressé mon plan de bataille, elle l’a approuvé sans réticence, ça l’amuse.

 

En attendant de le mettre à exécution je continue d’analyser au plus près la situation.

 

« Les sondages pour la primaire Les Républicains sont parfaitement bidons », assurait ainsi le politologue Thomas Guénolé dans un entretien au Figaro, en août dernier. Il soulignait à juste raison que « les instituts de sondage ne peuvent pas connaître la sociologie du futur électorat ». Ces enquêtes ne peuvent pas, par définition, prendre en compte d'autres paramètres de taille : la campagne électorale, l'évolution de l'actualité de chaque candidat, la perception évolutive des futurs électeurs.

 

Qu’est-ce qui peut faire bouger les lignes ?

 

Comment les deux outsiders que sont Bruno Le Maire et François Fillon peuvent-ils grappiller des points au détriment des deux favoris qui se situent très hauts dans les fameux sondages ?

 

Commençons par le gendre idéal Bruno Le Maire. Il peut se targuer d’avoir déjà créé la surprise, en novembre 2014, lors de l'élection du président de l'UMP, en frôlant la barre des 30%, empêchant le revanchard de s’octroyer un score de République bananière, un petit 64,5% des voix, soit 20 points de moins qu'en 2004. Le Bruno, faux modeste travaille son image en multipliant les réunions Tupperware. Il est jeune, ce qui renvoie en boomerang à la gueule de Sarko l’appellation vieux appliquée à Juppé et il se prévaut d’un beau parcours au Ministère de l’Agriculture, une maison difficile où de belles pointures : Edgar Faure, Chirac et Rocard se sont fait les dents. L’homme a des convictions et l’échine souple, il sait ondoyer avec élégance et efficacité. Son principal handicap : sa capacité à planter froidement un couteau dans le dos ceux qui l’ont fait roi : de Villepin puis Sarko.

 

Le cocker triste mise lui sur le libéralisme économique : la Droite revient. Il croît que son heure va sonner dans un petit englué dans l’immobilisme. Tout au fond de lui il est persuadé que Sarko va être rattrapé par l’un de ses nombreux dossiers judiciaires, plus particulièrement l’explosion de ses dépenses de campagne. C’est la vengeance, plat qui se mange froid, du collaborateur humilié. Il est populaire à droite, le succès en librairie de son livre « Faire » qui dessine les contours de son projet libéral, le prouve. Son handicap à lui c’est d’avoir collé à Sarkozy tout au long de son quinquennat et de partager la responsabilité des promesses non tenues et de l’échec. Looser et chien battu, ça amène un capital de sympathie dans la vieille droite mais ça n’emporte pas pour autant des votes à la Primaire hors le noyau dur des sarkozystes.

 

Ces deux-là sont donc à surveiller, non pas parce qu’ils vont menacer le duo de tête, mais pour deux raisons de la plus haute importance pour l’ordre d’arrivée au premier tour et les reports pour le second. Le premier se veut le candidat du renouveau, le second celui de la rupture, s’ils progressent : à qui prendront-ils des voix ? Plus le corps électoral sera large plus Sarko sera menacé d’érosion et plus ses chances au second tour se rétréciront. Juppé c’est un diesel, Sarko un lapin, tout se jouera dans la dynamique de campagne qui elle-même dépendra du paysage économique de l’époque.

 

Rien n’est joué, Fillon-Sarko sont irréconciliables, reste le cas Le Maire qui devra gérer son « indépendance » forcenée du premier tour, la monnayer intelligemment auprès de Sarko qui bien-sûr lui tendra les bras, pour ne pas apparaître comme un vulgaire opportuniste. La perspective ou la promesse d’être nommé Premier Ministre sera mère du reniement. Sarko aime les traîtres à la Besson, ils sont plus faciles à manipuler. Juppé peut tirer parti de ce reniement auprès de la frange modérée de centre gauche du futur corps électoral des primaires.

 

L’enjeu des manœuvres que je dois mener en sous-main se situe là. Moi aussi, comme Le Maire, je vais labourer patiemment tous ces déçus de Hollande qui ne veulent pas se retrouver face à des dilemmes : Le Pen-Sarko, Le Pen-Hollande, ou Sarko-Hollande. Le vieux Juppé c’est le recours gaullien.

 

Un nouveau scénario, pas si loufoque que cela est évoqué par Anthony Escurat doctorant en science politique à l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence.

 

« Dix-sept. Nous sommes à dix-sept mois de l’élection présidentielle de 2017 et le scrutin est déjà dans toutes les têtes. Fortement distancé dans les sondages, l’actuel locataire de l’Élysée semble d’ores et déjà disqualifié pour le second tour au profit d’un duel quasi joué d’avance opposant Les Républicains au Front national. Et si pourtant la droite ne gagnait que les législatives, tandis que François Hollande remportait quant à lui la présidentielle ? Une nouvelle cohabitation en perspective qui n’a rien d’un scénario improbable. Explications. »

 

Il conclut :

 

« Dans ce maelström et face à cette « gauche plurielle » mue aujourd’hui en « gauche plus rien », François Hollande voit s’éloigner le spectre des primaires – ainsi qu’une éventuelle candidature de Manuel Valls – que d’aucuns dans son camp réclamaient à hue et à dia. Mieux encore, alors qu’il avait dès 2013 lié sa candidature à la baisse du chômage, le président de la République a certainement dû accueillir avec délectation les chiffres du mois de septembre (-23 800 demandeurs d’emploi) ainsi que l’accalmie anticipée par l’UNEDIC pour 2016.

 

Une conjugaison de signaux positifs inespérée qui – sans trouver encore de véritable traduction dans l’opinion – accrédite l’idée d’une possible victoire du président sortant en 2017.

 

Une victoire favorisée par la présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle. Catalysée par la frénésie sondagière (31% des Français se déclarant prêts à voter pour la candidate frontiste lors d’un récent sondage IFOP), confirmée par ses succès électoraux, la présence au second tour du FN apparaît aujourd’hui comme une évidence. Dans cette configuration et face à l’étiolement de la gauche de la gauche, à l’atonie du centre ainsi qu’à la détestation que suscite Nicolas Sarkozy dans l’opinion, François Hollande dispose d’un boulevard pour prolonger son bail à l’Élysée.

 

En revanche, à la lumière des dernières élections européennes, municipales et départementales, et compte tenu du fait que le chef de l’État ne devrait pas modifier le mode de scrutin d’ici 2017 (pour réintroduire une dose de proportionnelle comme avait pu le faire François Mitterrand en 1986), les prochaines élections législatives s’annoncent périlleuses pour le Parti socialiste, même en cas de victoire à la présidentielle. À cette aune, ouvrant la voie à une nette victoire de la droite, elles pourraient déboucher sur une nouvelle cohabitation. Or, comme le veut la tradition inaugurée il y a bientôt trente ans, le président de la République a coutume de nommer à Matignon le chef de l’opposition. Pas certain que Nicolas Sarkozy accepte alors la proposition de François Hollande… »

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8 novembre 2015 7 08 /11 /novembre /2015 06:00
Une fable sur les mœurs du marigot politico-médiatique : « Qui du congre ou du homard mange l’autre ? »

Ce matin, si vous voulez bien me suivre, je vais vous entraîner dans les méandres d’une pensée qui n’est pas mienne. J’espère qu’ainsi vous comprendrez sans doute mieux un peu mieux les mœurs du marigot politico-médiatique ou pour causer chic de l’écosystème de ce que Raymond Barre (j’étais à Lyon dimanche dernier) nommait le microcosme politique.

 

Mais, me dire-vous, que viennent donc faire le congre et le homard dans cette galère ?

 

Commençons par le crustacé très prisé lorsqu’il est bleu et breton.

 

 

 

Doté d’une lourde épaisse carapace et munis de pinces redoutables le homard a des allures de Panzer redoutable et indestructible.

 

« Le homard capture ses proies à l'aide de ses pinces, très habiles et puissantes. Chaque pince est spécialisée dans un type de fonction.

 

L'une, appelée couramment « pince coupante » ou « ciseau », est effilée et tranchante. Elle sectionne les pattes des crabes agressés et peut également saisir un poisson imprudent. Lorsque les proies sont privées de mouvement, le homard les saisit alors avec sa seconde pince, appelée « marteau » ou « pince broyeuse », plus courte et beaucoup plus épaisse, et les broie avant de se nourrir de leur chair. Les victimes sont ensuite dépecées, dilacérées, mais non mastiquées, par de multiples pièces buccales, avant d'être ingérées »

 

Face à un tel crustacé cuirassé il est difficile d’imaginer qu’il se fasse bouffer par le grand congre tout mou, tout lisse, qui ressemble à une anguille (peut atteindre 3 mètres), même si les humains se méfient des congres, parce qu'on dit qu'ils mordent...

 

 

« … et le fait est que ce poisson très fort et toujours en mouvement peut à tout moment donner un coup de mâchoires lorsqu'il est manipulé. Sans être très dangereuse, la morsure donne une vilaine plaie, le congre râpant profondément la peau avec ses petites dents et mettant la chair à vif sur une large surface. Cependant, un congre qu'on ne provoque pas est avant tout un animal discret qui ne vous attaquera pas spontanément. Cet animal commun est fréquemment cité dans les ouvrages relatifs au milieu marin, on pourra ainsi citer « Les travailleurs de la mer » de Victor Hugo. »

 

Le discret congre est aussi casanier

 

« On a vu des congres devenus tellement gros à l'intérieur de leurs trous qu'en apparence ils ne pouvaient plus en sortir.

 

Jacques Lemanchois, qui pendant toute sa vie a plongé parmi les épaves du débarquement en Normandie, racontait qu'il en avait trouvait un énorme manifestement coincé dans l'habitacle d'un char américain.

 

Jacques Lemanchois, musée des Epaves à Port-en-Bessin Route de Bayeux - 14 520 Commes

 

L’affrontement paraît donc improbable et inégal. Mais il y a un mais d’importance le homard doit muer pour grandir.

 

« La rigidité de la carapace du homard s'oppose à sa croissance. Pour grandir, l'animal doit donc impérativement et périodiquement muer. Au début de l'été ou en début d'automne, le homard se cache au fond de son terrier, cesse de s'alimenter, et, donc, perd du poids. Il se couche sur le flanc et se replie en forme de V. La membrane reliant le céphalothorax à l'abdomen se rompt alors, créant une ouverture par laquelle le homard va s'extirper de sa carapace. Ainsi libéré, il se gonfle d'eau, ce qui va lui permettre d'acquérir une taille supérieure. »

 

Avant la mue, une nouvelle carapace souple et molle se forme sous l'ancienne.

 

C'est juste entre le thorax et l'abdomen qu'il sort de sa veille armure. La tête sort lentement la première. Le plus difficile est de retirer ses grosses pinces : c'est un peu comme essayer de retirer sa veste avec des gants de boxe. Heureusement, la carapace couvrant ses pattes se ramollit avant la mue, ce qui la rend plus souple.

 

Une fois tout beau et tout neuf, le homard mange son ancienne carapace pour en retirer le calcium qui aidera à durcir sa nouvelle.

 

Cette opération se déroule au moins 22 fois avant que le homard atteigne sa taille adulte

 

C’est aussi une affaire de sexe : un mâle dur et une femelle molle

 

« La période des amours survient dans les jours qui suivent la mue de la femelle. L'accouplement se fait donc entre un mâle « dur » et une femelle « molle ». La femelle émet alors dans l'eau des substances chimiques (phéromones sexuelles) qui inhibent l'agressivité et induisent un comportement de cour chez le mâle.

 

Après l'accouplement, les deux animaux peuvent partager le même terrier pendant quelques jours, au bout desquels ils se séparent. La fertilisation des œufs se fait lors de la ponte, qui survient de quelques semaines à quelques mois après l'accouplement. Durant cette phase, la femelle se met sur le dos, et dispose les œufs, au fur et à mesure de leur expulsion, sur ses appendices abdominaux. Ils y resteront solidement attachés par des filaments pendant environ 8 mois, durant lesquels la femelle ne mue pas. »

 

Un accouplement acrobatique

 

« Avant l'accouplement, les deux partenaires, face à face, font connaissance en se touchant du bout des antennes. Puis, la femelle fait volte-face, et présente son abdomen replié au mâle. Celui-ci la retourne alors sur le dos et utilise des appendices abdominaux pour déposer sa semence, sous forme d'un petit sac, dans le réceptacle séminal de la femelle. »

 

Rassurez-vous, ma fable, avec mes histoires de dur et de mou, ne va pas vous entrainer dans les alcôves de la République.

 

C’est du sérieux. En effet :

 

« Nos confrères de l’Écho des Pêcheurs sont catégoriques. Rien ne prouve que le homard mange les œufs du congre. Ce dernier, par contre, long poisson (il peut atteindre trois mètres), totalement dépourvu d’écailles, guette de son trou le moment où le homard fait sa mue. Alors il le dévore. Mais pourquoi le homard s’aventure-t-il dans les eaux dangereuses où sévit cet ennemi? »

 

Donc pendant les 15 à 20 minutes que dure la mue, le homard est en grand danger et le congre son voisin qui, comme lui, vit dans de véritables terriers, le guette pour lui faire sa fête.

 

 

« Le congre et le homard » est le titre donné par FOG, qui n’était alors que Franz Olivier Gisbert, à un article dans le journal du CFJ où il était élève en 1969 et il avait 21 ans.

 

Il traite de l’après-gaullisme.

 

« Un duel posthume : de Gaulle et Pompidou. César et Brutus le « faiseur d’Histoire » et le « Français moyen », l’éloquence mystique gaullienne et le terre à terre pompidolien. » écrit Marion Van Renterghem dans sa bio de FOG Don Juan du pouvoir.

 

« Débarrassé du manteau de sa légende, le gaullisme devient un régime de technocrates et un grand parti conservateur. » diagnostique le jeune Gisbert.

 

Pas faux !

 

Mais pourquoi le congre et le homard ?

 

Parce qu’aux yeux du futur FOG «… tout politique est… un homard assez naïf pour se faire engloutir par un congre. Il n’avait qu’à pas. Cette structure politique de base, il l’adapte au journalisme : le journaliste ne trahit pas l’homme politique, c’est l’homme politique qui fait tout pour se faire trahir. Il reçoit le journaliste et le voit prendre des notes. Il n’avait qu’à pas. Du journaliste et du politique, qui mangera l’autre ? Telle est la devise de FOG. Son amusement, son cynisme, son excitation, sa perversité, son goût de la vie. Doux comme un congre, doux comme un FOG. »

 

Bien vu !

 

Si vous avez eu le courage d’aller jusqu’au bout j’espère vous avoir éclairé sur les mœurs du marigot médiatico-politique…

 

Homard

 

Solitaire, agressif, nocturne, fouisseur, le homard peuple les profondeurs marines depuis des millions d'années. Mais ce redoutable crustacé, protégé par une carapace bleue marbrée de blanc et doté de pinces impressionnantes, ne nous a pas encore livré tous ses secrets.

 

Le congre et les hommes

 

Ce n'est pas réellement une histoire d'amour entre le congre et l'homme. Les pêcheurs le tuent rapidement pour éviter sa morsure et les plongeurs n'apprécient pas toujours les rencontres avec les énormes spécimens qui hantent les épaves. 

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