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26 janvier 2010 2 26 /01 /janvier /2010 00:02

Vous ne pouvez pas savoir comme je goûte avec une forme de gourmandise rigolarde les déclarations d’amour enflammées des Nouveaux Convertis au Bio, qui ne sont pas bien évidemment les vignerons en conversion bio mais les gens de plume patentés écrivant sur papier glacé. En ce début d’année nous subissons une inflation de superlatifs pompeux tel 2010 année du Bio, nous observons une surenchère très putassière des anciens petits marquis qui, toute honte bue, se ruent dans les rangs de vigne enherbés, se vautrent dans le naturel, s’agenouillent devant les nouveaux autels, psalmodient les antiennes autrefois méprisées, se poussent du col pour avoir le privilège d’aborder en premier les calices non soufrés, se rengorgent du plaisir extrême de troquer leur costume de pingouins très je vais souper au château pour enfiler un bon vieux falzar en velours côtelé plus adapté aux agapes roboratives de ces « braves petits vignerons » si soucieux de dame nature. Certains, biens sûr, m’objecteront qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ! Certes oui et même si je suis, comme le père tout disposé à faire tuer le veau gras pour les enfants prodigues, un peu de modestie ne nuirait pas aux nouveaux convertis.
99-005964.jpgParabole des ouvriers de la dernière heure (1600-1637) 158x174 Jacobsz Lambert musée des Beaux-Arts de Rouen

Comme le notait un grand expert de la question, Edgard Faure, ce n’est pas la girouette qui tourne c’est le vent. Nous sommes en notre beau pays coutumier de ces grands retournements historiques : nous brûlons facilement ce que nous avons adorés et nous n’aimons rien tant les esprits forts quand ils ont rejoins le royaume des morts : Philippe Seguin encensé par tous, Pierre Mendès-France promu référence absolue... Ceci écrit, avec les proclamations d’amour au bio des nouveaux convertis nous nous situons dans le champ du dérisoire qui ne change rien au cours de l’Histoire donc je m’empresse de dire que ma chronique se place, elle, dans le domaine de la jubilation. Ce qui me plaît beaucoup dans ce grand virage c’est qu’il ne fallait pas être un grand prévisionniste pour observer dans les faits la montée d’une demande sociale pour une agriculture plus respectueuse de son environnement. Mais, comme l’écrit judicieusement Aldous Huxley « Les faits ne cessent pas d’exister parce qu’on les ignore ».

Des ignorants, oui, parfois méprisants et suffisants, mais surtout des gens qui ont l’art de fermer les yeux sur ce qui les dérangent. Les adeptes du «Ce n’est pas vrai parce que ce n’est pas bien » qui comme l’écrit dans le Bêtisier du sociologue Nathalie Heinich, elle-même sociologue, « ainsi se résume, en forme de wishfull thinking, le déni politiquement correct du réel »  Et de citer les plus beaux spécimens : Beauvoir&Sartre « parangons de l’intellectuel engagé, qui ont cru bon de traîner dans la boue deux rescapés David Rousset et Margarete Bubber-Neumann, parce qu’ils affirmaient qu’il existait des camps en URSS ». Qu’ils aient des circonstances atténuantes – les nouveaux convertis pas Beauvoir&Sartre – je veux bien en convenir car dans le camp d’en face le radicalisme de certains, adeptes du « tout est politique... » les confortaient dans leur aveuglement. Dans ma vie professionnelle j’ai toujours constaté que les radicaux de tout poil se révélaient être les meilleurs alliés des conservateurs. Et là mon sourire goguenard a tendance à virer au rictus.

En effet, au-delà de ces pauvres petits revirements, ce qui est en jeu c’est la capacité de ceux dont le métier consiste au travers de leurs écrits de donner une vision de la réalité qui ne soit pas tronquée par leur subjectivité. « Le je pense que... » qui règne en maître est dérisoire. Bien sûr, il est difficile de se départir de ses présupposés idéologiques, culturels, sociaux, mais il me semble tout à fait possible de décrire des faits qui ne correspondent pas à l’idée que l’on s’en faisait avant d’entreprendre de les observer. Ce type d’approche que j’ai tenté de mettre en œuvre lors de l’écriture de mon rapport m’a valu d’être vilipendé par tous les camps. Sans me poser en Saint Sébastien criblé de flèches, ni m’ériger en donneur de leçons – ce que certains peuvent me reprocher j’en conviens – permettez-moi tout de même de regretter que lorsque les termes des choix vitaux pour l’avenir de notre secteur ont été posé, tout ce beau monde soit s’était fait porté pâle, soit enfourchait avec les conservateurs de toutes obédiences de vieilles haridelles en laissant accroire que sortir les AOC de leur ambigüité c’était faire le lit des « vins industriels ».

Désolé de vous avoir infligé mon humeur du moment mais depuis mon plus jeune âge je suis affligé du syndrome « Croix d’Or » (chronique du 26/11/2005 ICI-> http://www.berthomeau.com/article-534935.html qui a muté récemment grâce à l'impayable Chabalier en « Allergie au Sot d’eau » les nouveaux convertis ramenards et prosélytes me gonflent absolument. Pires encore sont ceux qui, tout en gardant leurs convictions anciennes bien ancrées, pour des raisons de développement de fonds de commerce, se croient obligés de tomber la veste et la cravate pour accueillir en leur cercle soit une grande prêtresse de la religion naturelle ou d’enluminer leurs chroniques d’une touche de carbone neutral car ça plaît au bobobio mon coco. Bon quand je me relis je me dis que je viens de me faire un petit paquet d’amis... mais « sans la liberté de blâmer il n’est pas d’éloge flatteur » alors ça ne m’empêchera pas de trinquer même avec ceux qui me donnent de l’urticaire car au moins ils le sauront.

PS : dans mon rapport de 2001 page 23 j'énonçais les 4 priorités de ce que j'avais baptisé «  Le Nouvel Elan des Vins Français pour 2010 » et la première était : devenir leader en matière de pratiques respectueuses de l’environnement. Aujourd’hui je suis à Millésimes Bio à Montpellier...

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25 janvier 2010 1 25 /01 /janvier /2010 00:00

200px-Edmund_Blair_Leighton_-_Abaelard_Und_Seine_Schulerin.jpgvignerons-vignes-repas.jpgToujours le poids des mots : oser l’extase au pays de naissance de Pierre Abélard, surtout connu auprès du grand public pour sa liaison tragique avec Héloïse, c’est gonflé quand on sait ce qu’il advint à ce pauvre Abélard pour le punir de son péché de chair. Moi qui suis border line, et un poil provocateur, je ne puis m’empêcher de d’écrire : ça sent le soufre ! Mais au-delà des mots il y a les hommes, en l’occurrence ici, au Pallet, dix vignerons qui affichent « plus forts ensemble que le plus fort de l’ensemble » et, comme vous vous en doutez, moi qui n’aime rien tant que les aventures collectives ça me plaît.

Le Pallet c’est à deux pas de Nantes donc dans le vignoble du Muscadet. Là encore les plus fidèles des fidèles, ceux qui lisent depuis l’origine mon petit roman du dimanche, savent que Nantes est cher à mon cœur de jeune homme qui n’avait pas tout à fait 20 ans en mai 68. Pour le Pallet mes souvenirs sont plus anciens, ils remontent au temps où la Vaillante Mothaise, club de basket lui aussi cher à mon cœur de Vendéen, jouant dans la ligue Atlantique, se déplaçait au Pallet, soit le bout du monde pour les gars de la Mothe-Achard qui y allaient en car. Moi j’étais encore en culotte courte et c’est mon frère aîné Alain qui portait le maillot blanc de La Vaillante, club du patronage bien sûr, les laïcs eux tapaient dans le ballon au FCM. Au XXIe à la Mothe-Achard ce sont les filles qui portent haut le basket et on me dit qu’au Pallet les gars ont connu les beaux jours de la Nationale...

Je sais, je sais, nous ne sommes pas là pour bavasser sur le ballon, quoique un petit ballon de Muscadet du Pallet je suis sûr que vous ne diriez pas non. Bref, revenons à nos dix larrons. Si j’ai bien compris le scénario, ce qui les a réunis c'est la volonté de créer un cru communal « Le Pallet ». Alors ils se sont collés à des formations techniques « du sol au verre » avec une géologue et un oenologue du GDDV (groupement de développement viticole) de l'Anjou qui travaillait selon la méthode Hérody, il s'agissait pour eux de mieux comprendre leurs sols – le terroir pour les intimes – et d'optimiser ce potentiel en vinification, pour trouver l’identité communale de leurs vins. Donc démarche collective classique mais pendant ce temps là, chacun dans son coin, nos garss s'essayaient à élaborer ce type de vin selon un cahier des charges commun à l'ensemble du muscadet avec plus ou moins de réussite. C’est sans doute pour cette raison, mais aussi parce qu’ils avaient appris à réfléchir et à travailler ensemble, donc à mieux se connaître, qu’ils ont décidé, à 10  vignerons, de créer la SCA Vignerons du Pallet pour élaborer en commun le millésime 2007 « selon un cahier des charges spécifique et plus pointu que le cadre général ( grattage du sol, vendange en vert, maturité optimale, pas de chaptalisation, élevage sur lie  de 18 mois, 15 à 20% de fûts neufs, malo partielle...). »

Voilà l’histoire reste à parler des vins et là je ne peux pas puisque je ne les ai pas goûtés. Faut pas m’en vouloir je ne suis qu’un artisan qui fait tout à la main. Donc pour parler des vins je laisse la plume à Michel Bedouet, l’un des 10, un gars de l'ABV, : « Nous avons fait une véritable révolution culturelle en créant nos différentes cuvées :  

« Les roches blanches » et « Les roches noires » sont nos deux cuvées découvertes, elles sont notre signature géologique, par leur élégance elles sont une invitation aux plaisirs du Pallet .Ce sont deux muscadet Sèvre et Maine vinifiés et élevés sur lie.  

« Jubilation le Pallet » est notre cuvée d'appellation communale, ce grand vin de Loire Bretagne est la quintessence de notre grand terroir et du meilleur de nous mêmes. C’est un muscadet Sèvre et Maine Le Pallet qui a vocation à devenir l'appellation Le Pallet (la commission nationale de l'INAO est venu pour la première fois dans notre vignoble visiter trois futures appellations communales : Gorges, Clisson et le Pallet). La vinification et l'élevage sont conformes au cahier des charges évoqué plus haut.  

Reste le mystère « O » comme « Overdose » ou comment dire autrement que par les mots que le vin est un produit culturel et que le seul risque encouru à déguster cette bouteille rare est une overdose de plaisir. Cette cuvée baptisée « Overdose » est un vin de France, il s'agit d'une vendange tardive mise en  à fermenter dans une barrique neuve enterrée pendant 18 mois et qui a fermentée pour partie en automne suivant la récolte, pour terminer au printemps suivant, les anciens l'appelaient le vin muet car on ne l'entend pas fermenter. »

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Comme vous vous en doutez je ne peux pas laisser le dernier mot aux gars du Pallet, il faut que je ramène ma fraise à propos de la cuvée « O ». Pour moi « O » évoque plutôt « Histoire d’O » de Pauline Réage, qui défraya la chronique en 1954 et qui parut avec une préface extatique de Jean Paulhan
: « 
Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus qu'aujourd'hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu'elles ne cessent pas d'obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu'à l'esprit. Qu'il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu'elles ont simplement besoin d'un bon maître, et qui se défie de sa bonté... » L’overdose, même de plaisir, n’est pas vraiment ma tasse de thé puisque c’est l’épectase qui, dans son sens le plus connu selon le Robert,  est la « mort durant lorgasme ». C'est ainsi que le cardinal Daniélou passa de vie à trépas...
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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 02:00

Ce fut un garçon et nous l’appelâmes Matthias en souvenir de Matthias Sandorf ;  Jasmine adorait Jules Verne et dans mon imaginaire Sandorf avait tenu une place majeure.  Le travail, puisque c’est ainsi que les douleurs de l’enfantement sont dénommées, se déroula à une vitesse vertigineuse : pertes des eaux à vingt heures, début des contractions sitôt, et à peine une heure après l’enfant paraît. Gluant, braillard mais rose bonbon avec des cheveux de jais, lui, contrairement à son vieux père, accédait à la vie la tête la première en une sublime fluidité. Jasmine, en le tenant dans ses premiers langes, décrétait qu’elle en voulait plein d’autres, une couvée, de moi bien sûr. Encore sous le choc de mon absolue inutilité, en me gardant bien de la contrarier, je caressais ses cheveux encore humides de sueur. Elle l’avait conçu, porté, nourri, alors que moi je m’étais contenté de l’envahir, de la féconder au hasard d’une de nos étreintes, et de n’être ensuite qu’un spectateur impuissant. La césure du cordon ombilical changeait tout, libéré de sa sujétion maternelle Matthias, même s’il tétait le sein de sa mère, allait pouvoir compter sur moi. Être père c’était, si je le voulais bien, aussi être mère. L’instinct maternel est une invention des mecs pour se défausser du quotidien. Moi aussi j’allais veiller, torcher, me lever la nuit, donner, écouter, consoler, puisque plus aucune barrière ne s’élevait entre Mathias et moi. Grâce à cette parfaite interchangeabilité je pouvais lui donner du temps, beaucoup de temps car, suprême privilège de mon âge et de ma condition, je disposais de mes jours sans aucune contrainte. Vers 3 heures du matin nous avions tous réveillonné autour du lit de Jasmine alors que dans son berceau Matthias dormait. Jasmine, au dessert, nous annonçait que puisque son père était d’origine grecque, nous baptiserions Matthias à l’église de rite oriental de Cargèse, que Raphaël serait le parrain et que Marie-Églantine, la nièce de mon vieux complice Raymond toujours droit comme un I en dépit de ses 90 ans, serait la marraine. Elle venait de la prévenir par sms et qu’elle l’attendait, accompagnée de son mari et de ses deux enfants, pour le Nouvel An. Lorsque tout le monde fut parti, aux environs de 6 heures, pendant que Raphaël rangeait et que Jasmine s’était assoupie je me suis installé avec mon ordinateur près du berceau. Écrire en l’entendant respirer me ravissait. Maintenant j’allais vivre à son rythme pour lui.

 

Nous ne partîmes pas, Chloé et moi, le nez au vent pour Berlin-Ouest. Les semaines qui précédèrent notre départ furent toutes entières consacrées à des prises de contact avec des camarades allemands.  Là-bas comme ici les groupuscules florissaient, la méfiance régnait face au risque d’infiltration et, comme notre réputation française de légèreté et d’inorganisation ne plaidaient pas en notre faveur, nous ne recevions que des réponses vagues. Ce fut le hasard qui nous tira d’affaires, lors d’une manif contre la guerre du Vietnam, lors de la dispersion nous dégotâmes auprès d’une grande bringue, Ilse Meyer, fille d’un grand industriel allemand, qui avait défilé à nos côtés, un contact répondant au prénom de Sacha. « Tout le monde à Berlin connaît Sacha... » se contenta-t-elle de nous répondre lorsque nous lui demandâmes un peu plus de précisions. « Dites-lui que vous venez de ma part et tout ira bien... Là-bas, c’est encore plus simple qu’ici, c’est noir ou c’est rouge, si tu cries par ta fenêtre « salaud de nazi ! » à un mec de plus de 40 ans tu tombes à chaque fois juste... » et, sans aucune retenue, elle avait embrassé Chloé sur la bouche tout en lui pelotant les fesses. Sa compagne, une hommasse, plate comme une limande, avec ses poignets de force cloutés et ses Doc Martens, mit fin aux effusions en les traitant de « grosses salopes ! » Comme je me sentais en forme je lui empoignais l’entrejambes en ricanant « allez, un petit effort ma grande, tu verras comme c’est chiant d’en avoir entre les cuisses... » Autour de nous les slogans contre les faucons du Pentagone, Harry Kissinger, Lyndon Johnson et le napalm de l’impérialisme américain couvraient les cris et les jurons de celle qu’Ilse tirait par la manche de son Perfecto : « allez viens ma grande, les mecs sont tous des porcs... ». Rétrospectivement ça me fait sourire car, dans le Berlin coupé en tranches, « le Schweinesystem : le système des porcs », dans la bouche de l’ultra-gauche ouest-allemande, qualifiait la collusion des chrétiens-démocrates avec l’impérialisme américain. Le problème là-bas, avec le foutu mur de Berlin, c’était que le plutôt rouge que mort sonnait encore plus faux qu’à Paris car l’Ours soviétique et ses alliés de la RDA faisait bander mou beaucoup d’entre nous. Chloé me morigénait « arrête de jouer les machos, ça m’énerve ! ». Je l’immobilisais en la prenant par les poignets « Je ne joue pas ma belle. Je surjoue car je ne supporte pas ce féminisme dévoyé. La haine du mâle ne fait pas avancer d’un poil la cause des femmes. J’aime trop les femmes pour céder un seul pouce sur la dérive agressive de ces soi-disant femmes libérées qui sont pire que les plus bornés des couillards... » Chloé m’enlaçait « Tu es beau lorsque tu es en colère. Lâches-toi plus souvent c’est comme cela que je t’aime... »      

 

Sacha rien qu’un prénom, seul viatique pour notre introduction dans la nébuleuse « révolutionnaire » de Berlin-Ouest me plaisait bien car il nous évitait de débarquer dans des groupes trop structurés avec le risque de s’y retrouver enfermé. Ilse, avant ses exubérances sexuelles, nous avait précisé qu’il nous faudrait chercher Sacha à Kreutzberg.  Nous nous documentâmes sur ce quartier populaire, inclus dans le secteur américain, et qui recélait deux caractéristiques intéressantes pour nous : la présence au sud de l’aéroport de Tempelhof – celui du pont aérien de 1948–49 ravitaillant Berlin-Ouest lors du blocus grâce aux Rosinenbomber – et celle, au nord, de Check-point Charlie donnant accès au secteur soviétique. Avant notre départ nous fûmes convoqués par la garde rapprochée du « Grand Chef » de la GP pour justifier notre refus de confier, tout ou partie, de « l’impôt révolutionnaire » en notre possession, à la branche militaire du mouvement. Gustave se chargea, avec un plaisir non dissimulé, de signifier notre fin de non-recevoir lors d’une séance houleuse qui faillit tourner au pugilat entre la fraction dure (les futurs activistes du NAPAP qui tremperont dans l’assassinat de Tramoni le vigile qui a descendu Pierre Overney à l’île Seguin) et celle qui déjà ne savait plus très bien où elle habitait. Dans la voiture de Gustave qui nous menait à Orly, une Mercédès rutilante noire métallisée – j’avais charrié Gustave sur cette acquisition tout à la fois peu conforme aux idéaux révolutionnaires des larges masses et au nécessaire soutien à notre industrie automobile nationale, ce qui m’avait valu une réponse sans appel de Gustave sur la seule qualité qui vaille : l’allemande et sur le doigt qu’il foutait jusqu’au trognon au cul des putains de bolchos de la CGT de l’île Seguin – Gustave n'en finissait pas de nous refaire sa prestation devant les frelons. « Je t’assure avec eux c'est ce qui faut – dans sa bouche ça donnait t’achure – pas leur laisser de répit, leur dire qu'y z'ont dans le calbar et qui sont juste bon à enculer des mouches avec leurs discours à la con, qu’on pouvait jamais compter sur eux pour casser du patron, que de toute façon comme y rentraient tous les soirs au chaud chez papa-maman pendant que nous on continuait de se peler les roubignols dans nos chambres de bonnes, notre flouze s’rait mieux placé chez les boches – t’as dit les boches ? Je me rappelle pas. Mouais j’ai même dit : chez ces putains de boches, fallait pas – y’ a que ce grand cornard d’Annibal – pourquoi tu le traites de cornard ? Parce que j’ai sauté sa pouffiasse – qui m’a donné du fil à retordre en disant que dans l’Nord j’avais déjà piqué dans la caisse du syndicat et que le blé j’l’avais mis dans mes fouilles. Celui-là t'as vu j’l’ai pas raté : « et qui c’est qui a rencardé la poulaille dans notre histoire du Lyonnais si ce n’est pas toi. T’étais où ce soir-là que j’lui claqué à la gueule ? Aux abonnés absents pour sauter ta pétasse qu’à un grain beauté sur’ le nichon droit. » KO debout, un carnage mon pote. J’crois que je suis fait pour le théâtre... » Ce fut la dernière fois que je vis Gustave. Nous nous serrâmes la main.

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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 00:00

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Le poids des mots : mon titre de ce matin, sans contestation possible, c’est du lourd, du très lourd même et, à défaut de briguer le Goncourt, je pourrais espérer le Pulitzer, mais ne boxant pas dans la catégorie des plumes patentées c’est de ma part pure vanité et, croyez-moi, j’en suis désespéré. Plus sérieusement l’avantage avec les frères Beigbeder c’est que ce soit Frédéric qui fait dans le littéraire ou Charles qui faisait dans le nucléaire, ce sont de très bons clients pour les médias.


En effet, qu’est-ce que je lis dans le Figaro : « Agriculteur, la nouvelle vie de Charles Beigbeder ». Vous imaginez le beau Charles sur un gros tracteur ou une gigantesque moissonneuse-batteuse ? Non, bien sûr notre beau gars c’est avant tout un gars qui fait du blé avec du blé, le sien puisqu’il a fourgué Poweo, et celui des autres. Pour sa « troisième vie » - les Beigbeder y z’ont plein de vies à leur disposition - Charles il a jeté son dévolu sur l’Ukraine qui, si vous étiez bon en géo, avant de bénéficier des bienfaits du « socialisme réel », était le grenier à blé de l’Europe avec ses 30 millions d’ha d’excellentes terres. Comme les kolkhozes ne se caractérisaient pas pour leur bonne gestion 6 millions sont en friches. Notre Charles, avec sa société agricole Agro Génération – c’est’ y pas mimi comme nom ça –, il a investi 30 millions de dollars pour louer à long terme ces terres. Donc notre nouveau gentleman-farmer exploite déjà 22000 ha de céréales sur 3 anciens kolkhozes de 6000 et 8000 ha. Et y compte pas en rester là « Le groupe veut doubler la mise. «Nous espérons disposer de 50 000 hectares dans les douze prochains mois, insiste Charles Vilgrain, directeur général d'Agro Génération » Après l'Ukraine, le groupe songe à moyen terme à investir en Roumanie et après en Afrique.


Des entreprenants nos pioupious, du genre pionniers de la nouvelle frontière au ras de l’ancien rideau de fer, mais des gars qui ne sont pas parti, chez le voisin « privilégié » de la Russie, la fleur au fusil : «Nous nous appuyons sur le groupe industriel céréalier français Champagne Céréales qui assure notamment le négoce, c'est un partenaire indispensable», poursuit Charles Vilgrain.

 

Pour ceux qui ne le sauraient pas Champagne Céréales est un groupe coopératif fondé par Jacques de Bohan que j’ai bien connu du temps du 78 rue de Varenne. En plus y sont pas les seuls gaulois : «Les entreprises françaises contrôlent ainsi directement 100 000 hectares, et participent, directement ou non, à l'exploitation d'un million d'hectares», estime Jean-Jacques Hervé, conseiller du ministre de la politique agraire d'Ukraine. Pour y aller, si je puis m’exprimer ainsi, faut beaucoup de blé : «Le ticket d'entrée est d'un million d'euros pour une exploitation de 2 000 hectares», indique Vincent Rocheteau, directeur général du groupe semencier Euralis en Ukraine (c’est aussi un groupe coopératif du Sud-Ouest). De plus ce n’est pas gagné d’avance car les rendements sont inférieurs à ceux de la Beauce mais comme le prix des engrais est moitié moindre qu'en France et le coût de main-d'œuvre, c'est un rapport de 1 à 10, nos « gentils investisseurs français » espèrent faire du beau blé, sonnant et trébuchant, très rapidement.


Comme Jacques Mounier, président du conseil de direction de Calyon Bank Ukraine (un gars du Crédit Agricole donc, Calyon est une filiale de CASA) déconseille l’aventure individuelle, alors les petits gars ne vous y risquez pas car je lis aussi dans une autre gazette que « l’Ukraine est dans un état désastreux. Le pays est tombé au 146e rang des pays les moins corrompus au même niveau que le Zimbabwe ! L’an dernier, son PNB a chuté de 15% et sa monnaie été dévaluée de 50%. » Le paradis pour les « astucieux investisseurs donc ! » Mais tout va peut-être rentrer dans l’ordre puisque le pro-russe Viktor Ianoukovitch, celui qui avait tripatouillé les urnes et déclenché la « révolte orange », est arrivé en tête des élections présidentielles devant la blonde comme les blés Ioulia Timochenko, la premier Ministre en titre.

 

Tout baigne donc et je comprends que tout ce beau monde hésite à mettre le moindre kopek dans un fonds d’investissement pour développer les petites entreprises de nos beaux terroirs viticoles du Sud car je suis sûr que les pauvres – façon de parler - craignent comme la peste et la SAFER et« les cagoulés du CRAV ».

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23 janvier 2010 6 23 /01 /janvier /2010 00:00

 

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Les Hennuyers qui, comme chacun sait, sont les habitants du comté de Hainaut, appréciaient le vin du « vignoble » français plus précisément, vers 1300, les « vins de Paris » dénomination recouvrant les 30.000 ha des vignes de ce qu’étaient les départements de la Seine, Seine-et-Oise et Seine-et-Marne. Comme le note Charles-Louis Binnemans « La soif wallonne n’a jamais été dédaignable » Tout le monde se régale « les nobles, et leurs hôtes princiers qui dégustent puissamment en leurs fêtes à Mons ou à Binche » Les moines de toutes obédiences qui se fixent une règle « au demeurant tonique pour leur vocation hospitalière, d’un bon litre par jour, et n’en concèdent qu’un demi aux religieuses. Comme toujours les bourgeois se distinguent tants ils sont « experts à discerner les appellations dans leur authenticité » Restait aux paysans « les joies du petit vin local de Saint-Brixe à Tournai. » qu’ils appréciaient au cabaret dont un édit interdisait l’accès à leurs épouses... Le vin circule donc facilement à pleins tonneaux mais aussi en muids, en setiers, en lots, en queues, en poinçons, en pipes en ce plat pays où le charroi est facile. « La navigation, axée sur l’Escaut » contribue à un important trafic de transit et de répartition locale. 

Mais comme souvent les « séductions se multiplient, et le progrès façonnant les mœurs, les habitudes de consommation changent » et de nouveaux fournisseurs de terroirs plus favorisés par la nature apparaissent jouant de « leurs arômes, attractifs sans doute puisque le client goûte et suit bien. » Les nouveaux venus sont « les crus de Bourgogne, Volnay, Pommard, Beaune » mais aussi les Arbois, les Auxerre et bientôt les marchands embarquent bientôt au passage à Reims des vins qui « profitent de la nouvelle vague, de la nouvelle vogue. »  Le catalogue se gonfle donc et « à la fin du 15ième siècle apparaissent les vins de Champagne. Ils ne s’appellent pas encore ainsi, mais bien « vins de la Montagne » ou « vins de la Rivière » Ce sont alors des vins rouges d’Ay « en attendant la prise de pouvoir par les bulles blanches, au moment où l’on constatera que le nom de « Champagne », terre ingrate, sèche et pauvre, est réellement porteur... »

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L’autre fleuve frère La Meuse, « abreuve Liège » même si sur sa rive gauche bien exposée mais peu gâtée par le climat « les vignerons s’obstineront longtemps » à y faire pousser de la vigne. Mais « si les coteaux sont chargés et généreux parfois, la vendange passe souvent à côté de la séduction. Elle se boit, mais le négoce, qui se sert du fleuve vers l’aval ou vers l’amont, étale un choix tôt varié et de plus en plus concurrentiel ». Qui un jour écrira une Histoire des fleuves et du vin ? Le rôle déterminant du commerce sur la notoriété des vins. Selon l’auteur, «  pendant des siècles à Namur, on a dit, lors d’une petite soirée où des amis se retrouvent au coude à coude pour lever le verre : une « réunion de Bourgogne » et d’ajouter qu’à Liège encore aujourd’hui l’expression à toujours cours entre amateurs. Sambre et Meuse, cette addition sonne à nos oreilles comme les clairons du régiment mais au confluent de ces deux fleuves « les Bourgogne Pinot noir étaient les favoris » On se les disputait et l’auteur rapporte l’anecdote relatée par les historiens qu’en 1278 « les Dinantais profitant des querelles locales arrêtèrent à leur profit un envoi de vin d’Auxerre, 33 tonneaux passés par Mézières pour approvisionner Namur. »

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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 00:00

Dans le commerce le client à toujours raison et même si du côté des Alters le vin n’est pas une marchandise faut bien le vendre quand même. Ceci écrit pour souligner que le Bobo est un consommateur qu’il faut bichonner car il boit bon et il boit cher (lire ou relire « Un mauvais vin c’est combien ? » ICI->http://www.berthomeau.com/article--un-mauvais-vin-c-est-combien--43225930.html). Nulle ironie dans cette remarque – les GCC n’ont jamais prétendu entrer dans la musette-type de l’ouvrier pour faire couler le casse-graine – mais tout simplement le désir de contribuer à l’affinage – au sens fromager – d’un socio-type par trop galvaudé depuis son apparition en 2000 dans un livre de David Brooks journaliste au New York Times sous l’appellation : Bohemian Bourgeois et popularisé dans notre beau pays la même année dans le Courrier International.


Donc, afin de mieux cerner les BBVE (Bobos Buveurs de Vins Enracinés), contribuer au fonds de commerce des adeptes du marketing en chambre qui adorent les socio-types qui leur permettent de mieux fourguer des conseils pointus et couteux, des conférences en marge de Vinisud ou des articles dans la JV destinés aux gogos, je puise ma science à la meilleure source : Dictionnaire du Look de Géraldine de Margerie chez Laffont.


VIEUBO
« Très porté sur la culture, il revendique fièrement son abonnement à Télérama et aux Inrocks. Il a jeté sa télé depuis cinq ans et trouve ça super parce que « putain, depuis, qu’est-ce que je peux bouquiner ! » Socialiste à tendance Modem, il dit à qui veut l’entendre que Bayrou est « un type bien ».

Ce qu’il n’avouera jamais, c’est qu’il a voté Sarkozy au second tour en 2007 car celui-ci avait promis de supprimer l’ISF et que ça l’a pas mal intéressé du coup. Rapport aux travaux qu’il veut faire dans sa propriété dans le Luberon. »

BIOBO « Les yuppies symbolisent l’argent facile, les bobos la culpabilité morale du bourgeois moderne et les débuts du développement durable » Guillaume Erner

Décroissant végétalien qui ne s’habille qu’en fibres naturelles, le biobo est connu pour se nourrir exclusivement d’aliments pour chevaux de types graines, granulés, herbes ou céréales au non étrange (boulgour, quinoa, seitan). Très maniaque et loin d’être cool, il fait la morale à qui veut l’entendre.

Grand donneur de leçons devant l’Éternel, le biobo culpabilise tout le monde, ne prend un bain qu’une fois par semaine, ne tire pas la chasse, récupère l’eau de pluie pour arroser ses plantes et rêve de vivre dans un buron, en Auvergne (avec un sauna aménagé à l’intérieur quand même). Le biobo nettoie son linge avec une boule de lavage sans lessive portant le nom étrange d’ecoball, ne se soigne qu’avec des plantes, est engagé politiquement (les Verts), aime voyager et reste sensible aux cultures orientales et africaines. Au réveil, le biobo boit de la chicorée produite en France car cela nécessite de moins long transport que le café de Colombie ou d’Éthiopie, ce qui présente un avantage certain pour son bilan carbone.

Bref, le biobo est globalement assez chiant.

ARIBO « Aristocrate-bohème, c’est de loin celui qui a le niveau de vie le plus élevé. Souvent rentier, propriétaire, l’aribo a ses terres dans les quartiers chic de France et occupe généralement une maison ou un hôtel particulier décoré avec goût (mobilier Knoll, Mies Van der Rohe, Jean Prouvé, Charles Eames, Werner Pantone). Il prend de la cocaïne de temps en temps, aime le rock, n’est pas marié, rejette son milieu dont il a reçu cependant le snobisme en héritage.

Il est fier de ne pas croire en Dieu, de dire merde aux conventions et d’avoir un ami noir et/ou homosexuel.

BOBOMALONGO « Ancien jah-jah *, proche du biobo mais nettement plus cool, il aime Cesaria Evora, Radio Nova, le café Malongo (café du commerce équitable), milite pour les sans-papiers, est sensible à l’écologie sans être un ayatollah. Le dimanche, il fume des pets et joue du jumbé. »

CLOBO « Intermittent du spectacle qui n’a pas fait ses heures et a, par conséquent, perdu son statut, le clobo est un bobo qui a échoué et mène une vie d’artiste. Resté sur le quia, il a vu le train de la boboïtude partir sans lui.

Pique-assiette notoire, parasite, le clobo squatte souvent, vient de temps en temps prendre des bains chez ses amis bobos qui ne savent plus comment s’en débarrasser.

Si le clobo est à deux doigts de la mendicité, il reste toujours bien habillé. Et conserve, de ses belles années, une vieille veste en velours et une jolie chemise qu’il revêt en toute occasion. « J’ai parfois, dans ma vie, été bien malheureux, mais je n’ai jamais quitté mes gants blancs. » Barbey d’Aurevilly

 

Comme pour tous les socio-types la plume tangente souvent la caricature j’en conviens et il faut se garder des amalgames faciles du type tous les bios sont de Bobos, mais comme on ne naît pas Bobo mais on le devient et que la maturité du Bobo se situe généralement vers 30 ans, et que beaucoup ont des enfants, aux prénoms originaux ou incongrus *, qu’ils trimballent partout dans ses poussettes Mac Laren, qu’ils influencent la tendance, qu’ils sont très présents dans les médias, qu’ils boivent majoritairement du vin, nous nous devons de les travailler au corps. Ce faisant je ne verse pas dans un parisianisme outrancier en me focalisant sur une couche de population minoritaire mais je tente de remettre en perspective une tendance très prégnante dans le monde du vin mettant en avant un retour vers le naturel s’appuyant sur une forme aigue de mauvaise conscience et se traduisant par l’hypertrophie du discours et une atrophie de sa mise en pratique au quotidien. Cette tendance projette, via les médias, une image surexposée d’une certaine forme d’approche du vin assez réductrice. En clair elle se présente comme un tout, excluant les autres, alors qu’elle n’est que partie. Saynette Parisienne : 

« Samedi 15h30 Petit café à la Terrasse du Progrès *. Ils croisent deux potes, Yanning et Juliette, qui viennent d’avoir un enfant, Mia-Louise, trop mignonne avec ses low-boots Marc Jacobs enfant. Ils discutent de choses et d’autres, et commandent un autre thé vert. Olivier choque l’assemblée en prenant un Earl Grey. »

« Le lendemain, à 13 heures : La bande se retrouve au marché d’Aligre et mange des huîtres, adossée à des poubelles, en riant avec les poivrots du coin. « Attends, gros Dédé c’est mon pote, j’te jure on s’adore. Il est juste dingue ce mec. Dingue. La poésie du type. »

 

Jah-jah : dernier survivant de la culture hippie

Le Progrès se situe près du Marché des Enfants Rouges 1 rue de Bretagne dans le 3ième

Marché d’Aligre marché culte dans le 11ième  
ces 2 lieux sont entourés de nombreux bars à vins et de cavistes.

Chronique trouvée sur le NET : 

Les Bobos, au-delà des mots juillet 16, 2008

« Rien à voir donc avec les petits tracas d’ordre physique et autres bleus au cœur, je le précise d’entrée pour ceux qui éventuellement sortiraient d’une longue retraite spirituelle dans des contrées retranchées, pour les autres impossible de l’ignorer, ce bobo-là est en fait la contraction du désormais fameux « bourgeois-bohème », représentant d’une nouvelle élite socio-économique hybride qui se revendique à la fois bourgeoise et bohème, confortable et artiste, bien pensante et zen. C’est ainsi, le bobo est de gauche, consommateur compulsif et altermondialiste, pour l’égalité des chances, assoiffé de culture, chic et débraillé, rat des villes et rat des champs… Bien souvent, il n’est même qu’un « bobopot », un bobo potentiel qui n’a de bobo que l’aspiration bohème, le look bourgeois-bohème et le côté « politbobo » (entendez le bobo politisé, écolo et/ou socialo)… sans forcément sombrer dans l’IP, l’intello précaire, mais encore loin de son modèle le « bobac », comprenez le bobo accompli avec portefeuille bien garni ! L’univers des bobos est tout à fait remarquable, au sens propre du terme, peuplé de livres de Beigbeder, Houellebecq, Nothomb, de « chansons à texte » façon Delerm, Bruni, Bashung, Renaud et Brigitte Fontaine, pour le fun, (oui le bobo est fun parfois), il aime le bon vin avec un petit joint et les produits Bio.
 

Aurore

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 00:00


Pour faire pièce à une chronique de Laurent Bazin sur son blog « le vin de mes amis » http://levindemesamis.blogspot.com/2010/01/un-bon-vin-cest-combien_16.html , où il commentait les résultats d’un sondage, réalisé par lui auprès de ses lecteurs au fil de son blog, se résumant à une question « Un bon vin c’est combien ? », je prends, vous vous en doutez, avec un peu de malice le contre-pied en m’interrogeant gravement – je garderai ainsi la maîtrise des réponses c’est plus confortable – « Un mauvais vin c’est combien ? » L’ami Laurent concède que l’intitulé de sa question est un poil vicieux mais, lui qui est un observateur privilégié du champ public, a-t-il un jour lu une question de sondeur patenté qui ne fut pas biaisée ? La notion de bon vin, qui rejette tous les autres dans l’infamante catégorie des mauvais, enferme le sondé dans un choix binaire fort réducteur du même type que celui entre le beau et le laid, entre le bien et le mal... Bref, si ce n’était qu’une affaire de goût ou de référence à un système de valeurs, pourquoi pas car nous nous cantonnerions dans un débat d’essence philosophique, mais s’interroger sur la valeur marchande du bon, du beau ou même du bien est d’une toute autre nature. Ce qui suit s'en veut la démonstration.

 

« Résultat sans appel: un « bon vin », pour 77% des visiteurs du blog, ça vaut moins de 15 euros... ... Pas radins, cependant, 67% des 700 votants estiment qu'il faut savoir ouvrir sa bourse (payer plus de 10 euros). Mais à peine 19% pensent qu'il n'y a point de salut en dessous de 15 euros (moins de 3% en dessous de 30 euros). En fait la majorité (48%) se retrouve dans ce triangle des Bermudes commercial qu'on appellera désormais le « dix-quinze ». Laurent dans sa première remarque, à juste raison souligne « pour les amis qui grimacent devant leur ordinateur...) : 15 euros, ce n’est pas mince. C'est le prix du Château « vieilli en fût de chêne » qu'on met sur la table une fois par an lors des repas de fêtes (et qui généralement n'a goût à rien).» 

 

Deux petites remarques à mon tour :

-         le radin est un individu aux poches pleines qui ne les lâche qu’avec un élastique, qui pointe, avant de raquer, sur l’addition commune les plats qu’il a mangé, qui se barre systématiquement en vous laissant à payer les consommations ; en revanche, je ne suis pas certain que placer la barre dans la zone des « dix-quinze » soit une preuve de générosité mais plutôt la preuve d’une excellente adéquation entre l’échantillon des sondés et le niveau de leur pouvoir d’achat ;

-         le Château « vieilli en fût de chêne » et qui généralement n'a goût à rien, et qui vaut lui aussi 15 euros, voilà une excellente définition du mauvais vin, et une merveilleuse réponse à la question que je posais dans le titre de ma chronique. Elle est tout aussi peu représentative que celles des amis de Laurent.

 

Moi qui ne fait pas que dans le vin, et qui ces derniers temps ai fait dans le lait, la réponse à la question du juste rapport entre la valeur intrinsèque du produit, celle désignée souvent par son prix de revient : coût de production et de commercialisation, de distribution dans le cas de nos amis vignerons qui vont jusqu’au consommateur, et le prix marchand, est aussi vieille que le commerce. Dans nos sociétés postmodernes notre capacité à supporter dans le prix d’un produit de grande consommation le coût du marketing, de la notoriété, de la mode, en dépit de la crise, me semble encore d’une grande élasticité pour faire genre grand économiste. Deux exemples : Evian et Nespresso, ça coûte cher les bébés rollers et le Clooney... Le coût de l'eau et du café qui s'en soucie ? A l'autre extrémité qui se pose la question du prix payé au producteur lors de l'achat d'une brique de lait à 2 balles ? Vous allez m'objecter que je m'éloigne du rapport entre la prix et la qualité du produit et qu'il y a de plus en plus de consommateurs qui s'en soucie. La réponse est oui mais à condition d'y mettre le prix fort.

 

Que des vins cousus mains soient rémunérés en conséquence, c’est dans l’ordre des choses, même si ça chagrine les poètes ça correspond à leur modèle économique, et je trouve tout a fait normal que le consommateur paye le prix, comme l’écrit Laurent Bazin «  du temps passé sous le cagnard, de l'incertitude, du risque, de l'aventure... de la volonté de retrouver le terroir, des petites mains qui ont remplacé les machines et la chimie pour produire mieux, plus fin, plus juste. » mais attention à deux écueils celui de laisser à penser que  « votre amour de la terre et des raisins » ça n’a pas de prix  et que dans le monde du vin il y ai d’un côté les bons qui font bon pour de bons consommateurs et de l’autre côté des mauvais qui font mauvais pour des mauvais consommateurs. Si ça vous dit lisez ou relisez :

-          Comment fédérer des îlots d’excellence dans un océan de médiocrité ? et si nous reparlions de René Renou  ICI ->     

-          Des marques, des marques de vin oui mais n’est pas le petit LU qui veut... ICI->    

-          Du pain, du vin et une saga qui donne à réfléchir... ICI->

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 00:00

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Suite à ma chronique
« Bordeaux à -50%, qui dit mieux ? Moi ! Je trouve que ça sent le sapin... ICI-> http://www.berthomeau.com/article-bordeaux-a--50-qui-dit-mieux-moi-je-trouve-que-ca-sent-le-sapin--41896150.html » sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, je profite d’un tri de début d’année dans mes archives, pour vous communiquer la teneur d’une note que m’avait adressé Jean Clavel en janvier 2004. Elle me semble bien poser le problème des ajustements nécessaires entre AOC et IGP afin de tenir compte des évolutions qu’ont connu les 2 grands vignobles français que sont Bordeaux et le Languedoc depuis les années 70.

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« Lorsque Turgot fit signer l’Édit royal de 1776 mettant fin à la « Police des Vins » qui, depuis 1241, contrôlait le commerce des vins du Languedoc, du Périgord, de l’Agenois, du Quercy et autres régions, il explique en préambule, comment, pendant des siècles, les Bourgeois de Bordeaux ont pu ainsi, pour leur plus grand bénéfice, faire fonctionner le « Privilège de Bordeaux » Roger DION, Histoire de la vigne et du vin en France, Flammarion 1977.

Successeur de ces grands ancêtres, le président des négociants bordelais, Allan Sichel a déclaré dans une interview récente sur la crise viticole bordelaise (SO 23 :12/2003) à Didier Ters : « Nous avons un potentiel de production de 7 millions d’hl et une commercialisation de 6 millions d’hl, il y a 1 million s’hl de trop. Il faut trouver des solutions pour qu’ils ne portent plus le nom de Bordeaux. Chercher du côté des vins de cépages de France, de pays d’Aquitaine, avec des pratiques œnologiques autorisées sans les pays tiers, bref permettre de faire des vins industriels... il va falloir piquer des parts de marché aux vins de pays...’

Vignerons du sud nous ne pouvons accepter sans réagir de telles affirmations. N’ayant plus de responsabilités professionnelles importantes, je peux me permettre maintenant de dire des choses que les présidents viticoles ayant des fonctions nationales ne peuvent exposer.

En 30 ans la superficie AOC de Gironde a progressée de 81% et le rendement moyen ha AOC a augmenté de 53%. C’est maintenant ¼ de la production française d’AOC.

Pendant la même période de 30 ans, la superficie totale du vignoble de l’Hérault a diminué de 34% et le rendement moyen des VQPRD produits dans le département a été réduit de 32%.

La variable d’ajustement du vignoble français de ces 30 dernières années a été le vignoble du Languedoc, principalement de l’Hérault (j’utilise une expression employée souvent par Jacques Gravegeal, président des Vins de Pays d’Oc) C’est cette réduction de 30% du vignoble régional qui a permis de supporter la réduction sensible de la consommation des vins en France.

Aujourd’hui les vignerons de notre région disent stop, que chacun prenne ses responsabilités.

Le développement bordelais a été facilité par l’INAO et le pouvoir économique et politique détenu par les représentants bordelais. C’est l’octroi annuel par « dérogation » de 2°5 de chaptalisation(pour 2003 l’autorisation a été réduite à 1°5), les facilités de classement AOC (la totalité du vignoble est classé) et les attributions annuelles de droits de plantation qui ont permis la transformation d’exploitations de polyculture-élevage qui étaient autrefois accessoirement viticoles, en exploitation de monoculture viticole.

C’est grâce à la chaptalisation que des zones de Bordeaux génériques, des Bordeaux supérieurs, certains Graves, des Entre-deux-mer, ont pu développer aussi massivement leur production. La chaptalisation girondine entraîne directement ou indirectement la création de 1 million d’hl de vin AOC. Le président Sichel le reconnaît implicitement. C’est ce volume qui plombe actuellement le marché national des AOC. Pourtant cette prise de conscience est récente, j’ai retrouvé une dépêche de l’AFP du 16/04/1997 donnant le compte-rendu de l’AG 1997 du CIVB, le président d’alors, Philippe Casteja, déclarait « la limitation des droits de plantation que nous subissons, génère une situation intenable, il y a encore de nombreux terrains libres en Gironde, qui pourraient être plantés et nous permettre de développer notre production pour être plus compétitifs face aux vignobles du Nouveau Monde... » Ces propos démontrent que la prospective viticole est bien incertaine en bordelais.

Le CIVB, qui centralise toute la communication vinicole de Bordeaux vient de lancer une grande campagne de communication, dont le thème est « Buvons moins, buvons mieux, buvons Bordeaux », il faut écouler le millésime 2002, qui a des difficultés à trouver des débouchés internationaux. Les moyens dont il dispose lui permet d’avoir une politique de communication très offensive en particulier en direction de la Grande Distribution française, mais comme les linéaires « vins » de celle-ci ne sont pas extensibles et sont plutôt en régression, il faut sortir des vins de moindre notoriété pour faire la place aux Bordeaux.

Toutes  ces choses vont inévitablement sortir en 2004 avec l’aggravation de la crise vinicole, on va peut-être aborder une analyse objective de la situation française, et rechercher de vrais solutions d’organisation de la production, de communication, de mise en marché qui n’ont rien à voir avec l’autorisation donnée aux AOC régionales Bordeaux ou Bourgogne de porter sur leur étiquette le nom des cépages, procédé contraire à la « doctrine » mainte fois affirmée de l’INAO (selon l’adage il faut vouloir ce que l’on ne peut empêcher).

Mais les producteurs du Languedoc, qui prennent enfin conscience des réalités nationales, ne permettront pas de servir, à nouveau, de variable d’ajustement du vignoble français »

 

Jean Clavel 24/12/2003

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19 janvier 2010 2 19 /01 /janvier /2010 00:00

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À ma connaissance, Jérôme Despey fut le 1ier Président National des Jeunes Agriculteurs en juin 2002 qui fut viticulteur. Il succédait à un producteur de lait normand, Jean-Luc Duval qui était aussi l’un de mes électeurs puisqu’il produisait aussi du Calvados dans l’Orne (Calvados de Domfront Lemorton). L’avantage avec les présidents des JA c’est, pour parler djeune, qu’ils ne font pas d’incruste : à 35 ans il leur faut laisser la place. Vu mon grand âge j’en ai connu beaucoup et même que lorsque j’étais aux manettes du cabinet, lors de la 1ière grande réforme de la PAC, mon président des jeunes était Christian Jacob, actuel maire de Provins et sénateur de la Seine-et-Marne, qui fut Ministre de 2002 à 2005, mais pas de l’Agriculture. Pour l’anecdote le directeur du CNJA de l’époque se dénommait Lejeune.

Revenons à Jérôme Despey qui en 1986 s’est installé comme  agriculteur à Saint Geniès des Mourgues dans l’Hérault en reprise familiale sur une exploitation de 30 ha dont 20 ha en vignes et 10 ha en blé dur. Pour la part viticole elle produit pour un tiers du vin de table, un autre tiers du vin de pays d’Oc et pour le dernier tiers des Coteaux-du-Languedoc. Tout le raisin est livré à la cave coopérative « les Coteaux de St Geniès des Mourgues ». Notre toujours jeune homme, il n’a que 40 ans, si je puis m’exprimer ainsi, est très vite tombé dans la marmite syndicale. Il en a gravi tous les échelons et depuis avril 2008 il est président de la Commission Viticole et Vice-président de la FNSEA. Ce matin il est mon invité au double titre de Président du Conseil Spécialisé Vin de France Agrimer (autrefois ONIVINS puis VINIFLHOR) et de missionné par Bruno La Maire Ministre de l’Alimentation, de la Pêche et de l’Agriculture.

Je l’en remercie et mes remerciements ne sont pas de pure convenance car, comme vous allez pouvoir le constater, ses réponses évitent l’écueil de la langue de bois. Comme vous le savez j’ai parfois l’ironie facile à l’égard des dirigeants professionnels mais, une fois n’est pas coutume, permettez-moi de profiter de l’occasion qui m’est donné en accueillant Jérôme Despey pour affirmer que le dépérissement ou l’affaiblissement des corps intermédiaires n’est pas une bonne chose dans nos sociétés complexes où les centres de décisions sont beaucoup plus difficiles à atteindre, à comprendre, à influencer : grandes entreprises de l’industrie ou de la Distribution, la Commission de l’UE, l’OMC, les ONG de l’environnement...etc. L’émiettement, les querelles de clochers, le néo-féodalisme des grandes régions viticoles, la vision étriquée de certains négociants, sont des handicaps bien plus lourds vis-à-vis de nos concurrents que ceux évoqués par de pures comparaisons économiques. L’investissement dans l’intelligence sous toutes ses formes, y compris celle du cœur, reste pour moi le meilleur bras de levier de notre beau secteur pour retrouver ses marques dans la nouvelle donne mondiale. À la belle formule d’Henri Bergson « J’ai toujours voulu que l’avenir ne soit plus ce qui va arriver mais ce que nous allons faire. » j’ajouterais ensemble.


1ière Question 
: Bruno Le Maire, lors de votre rencontre du 18 novembre dernier, a d’une certaine manière « tapé sur la table » en appelant au regroupement des Interprofessions et à une mise en commun des moyens. Il vous a confié une mission de fédérateur avec remise de copie d’ici 2 mois. Où en êtes-vous ? Quelle est votre méthode pour fédérer dans les grands bassins de production les 26 Interprofessions ? Quel accueil recevez-vous ? 

Réponse de Jérôme Despey : Effectivement. Dans la perspective de la discussion au Parlement du projet de loi de modernisation de l’agriculture et de la pêche dans le 1er trimestre 2010, le ministre de l’agriculture a souhaité approfondir sa réflexion sur la gouvernance de la filière notamment en ce qui concerne les interprofessions se rapportant aux vins avec indications géographiques. Il m’a proposé de mener une mission sur ce point et de piloter un groupe de travail national. Ma mission sera de proposer à l’échelle des bassins des regroupements ou des évolutions interprofessionnelles en cohérence avec les enjeux territoriaux et économiques de ces bassins et une rationalisation et une amélioration de l’efficacité des financements alloués à la promotion, à la recherche et au développement.

En parallèle à cette mission, le ministre de l’agriculture a demandé aux différents préfets de bassin de réunir les conseils de bassin pour que ceux-ci remettent à la fin du mois de janvier des propositions concernant l’évolution interprofessionnelle au sein du bassin concerné.

Et c’est donc bien évidemment sur ce travail dans les bassins, sur les conclusions et les synthèses qui émaneront des acteurs régionaux que je m’appuierai.

J’ai bien conscience que cette mission est importante pour notre filière mais qu’elle revêt aussi un caractère « délicat » : évoquer des sujets tels que fédérer des bassins de productions, regrouper ou réduire le nombre d’interprofessions et de mettre en commun des moyens financiers de promotion, de recherche et de développement a toujours été sensible dans la filière viticole. A ce stade des réflexions, je reçois un bon accueil et je souhaite rester optimiste. Je crois que la profession peut se donner une chance de faire évoluer les structures de gouvernance. Elle a, de mon avis, une vraie opportunité.  
 

2ième Question : Dans votre belle région de Sud de France la hache de guerre vient d’être enterrée puisque les Vins de Pays d’Oc et la Confédération Nationale des Vins de Pays fument le calumet de la paix.  La déclaration des 2 chefs sent le Cap 2010 et me semble aller dans le bon sens : « Dans les deux ou trois ans qui viennent, les curseurs vont bouger » : si certains vins de pays de petite zone décideront peut-être de passer en AOP, à l’inverse, les grandes AOP risquent d’éprouver du mal à prouver leur lien au terroir et pourront opter pour le passage en IGP. Et au niveau de l’économie des exploitations, les IGP progressant à la fois en France et à l’export, nombreux risquent d’être les viticulteurs qui préféreront produire des IGP de cépage sur des terres pourtant classées en AOP. » L’Interprofession unique est donc au bout d’un long chemin Jérôme Despey ? Reste que le partenariat entre metteurs en marché et production balbutie, comment pensez-vous donner un nouvel élan à ce lien indispensable entre une ressource mieux identifiée et ceux qui vendent le vin ? 

Réponse de Jérôme Despey : Je souhaite bien évidemment, et ce depuis très longtemps, que la « hache de guerre » puisse être enterrée entre les vins de pays d’Oc et la Confédération Nationale des Vins de pays, comme je souhaite que toutes « les haches de guerre » puissent être enterrées et ce, partout, tant sur le plan national ou dans toutes les régions viticoles où subsistent des conflits. Je rends hommage à ces femmes et à ces hommes qui par leurs volontés communes, faisant fi des querelles parfois historiques, ont su se rapprocher et construire un futur ensemble. Tout n’est bien évidemment pas réglé mais le futur est tracé et je leur fais confiance. Ils pourront compter sur mon appui sans réserve. 

Car, mais nous le savons tous, l’heure n’est plus aux querelles. Nous devons, non pas reconstruire notre viticulture (parce que je pense sincèrement qu’elle n’est pas détruite) mais dessiner la viticulture française de demain, celle qui lui permettra de rester le leader incontesté, la référence absolue.  

Avec cette nouvelle organisation commune du marché  que nous avons tous voulu rappelons le, que nous avons tous appelé  de nos vœux et qu’il nous faut assumer collectivement maintenant, toutes nos certitudes mais plus encore toute notre histoire s’en trouve bouleversée. Nous avons perdu nos repères, nos certitudes. La France viticole est donc en chantier, elle est en reconstruction. La difficulté est le manque criant de visibilité sur le moyen et le long terme et pourtant nous sommes condamnés à bouger tous les « curseurs ». Il serait trop long d’exprimer dans cette chronique tous les chantiers ouverts et à ouvrir, toutes les réflexions en cours mais il nous reste collectivement beaucoup à faire. 

Vous m’interrogiez sur la contractualisation. Je crois en la contractualisation ou tout du moins au concept. Mais pour être honnête, je doute vraiment que ce concept puisse vraiment aujourd’hui et à court terme se développer dans notre filière. Si je ne dois prendre qu’une raison c’est que notre filière est gouvernée historiquement, culturellement et politiquement à très court terme : toutes les réglementations, tous les textes, toutes les décisions, tous les dispositifs, se prennent campagne après campagne, année après année (rendements, plantations…) ; nous n’avons de lisibilité économique que sur les 7 mois qui viennent ; nous gérons vendanges après vendanges et nous avons tous collectivement beaucoup de difficultés à nous projeter dans les 3 ou 5 prochaines années, à tirer des orientations économiques sur du moyen terme. De ces faits, comment pouvons-nous développer la contractualisation (à une échelle plus importante qu’elle n’est aujourd’hui) c'est-à-dire s’inscrire sur un contrat moyen terme entre deux partenaires quand nous pensons collectivement aux trois mois qui viennent et au pire à la vendange prochaine. La filière viticole n’est pas formatée dans son ensemble sur ce point ; la contractualisation reste donc pour l’instant non pas un vœu pieu (puisque là où elle se fait elle est une solution extrêmement intéressante) mais la résultante d’initiatives individuelles. Nous sommes donc condamnés à continuer à prêcher, à accompagner les réflexions et les initiatives, à en présenter les bénéfices, à promouvoir les exemples de réussite que nous connaissons dans notre secteur.

 

3ième Question : Nos collègues et concurrents du Nouveau Monde parlent de leur « industrie du vin », comme je suis un peu provocateur j’aime utiliser cette dénomination pour notre secteur qui est un grand secteur stratégique pour la France. Récemment, dans le cadre du CGAER, j’ai assisté à une présentation par l’ancien Ministre de l’Agriculture Jean Puech du plan de relance de la filière bois et j’ai noté qu’un fonds stratégique était créé. Le développement des vins de cépages, à des coûts compétitifs pour le marché,  mais permettant aux viticulteurs de vivre, passe par la maîtrise de la ressource vin en partenariat avec les metteurs en marché. Ce couple, qui fonctionne si bien en Champagne, exige à la fois un vignoble dédié et des entreprises en capacité de générer des marques. Êtes-vous, Jérôme Despey prêt à soutenir la naissance d’un fonds stratégique vin qui mobiliserait des fonds privés (CASA, Groupama, Caisse des Dépôts...) et professionnels, pour accompagner la reconquête ? 

Réponse de Jérôme Despey : Je soutiendrais cette initiative comme du reste toutes les initiatives qui pourraient être prises pour aider notre filière dans son développement. Pour revenir au fonds stratégique, je pense réellement qu’il pourrait avoir un réel impact pour une partie des entreprises de notre filière ; et ce quelque soit leurs tailles (très petites, moyennes et grandes) et leur « famille d’appartenance » (coopératives, négociants ou caves particulières…). Je sais que l’idée d’un fonds stratégiques qui viendrait en soutien, en accompagnement du développement des entreprises est une idée déjà ancienne, qui vous est cher et qui peine à se réaliser.

Dans mon esprit, ce fonds ne peut, et ne doit pas accompagner seulement l’émergence de pôles « agro-alimentaires du vin » (terme que je préfère personnellement à « industrie ») mais aussi le développement d’entreprises de taille plus modeste qui ont des projets  de développement réels.

De mon point de vue, il est quelque peu illusoire d’attendre un quelconque « portage » de l’Etat ou des professionnels via leurs interprofessions. Les esprits ne sont pas encore vraiment prêts. Par contre, avançons sur la piste du fonds privés, avançons avec des fonds d’investissements qui seraient enclins aujourd’hui à accompagner le développement de nos entreprises sur le plan international. En fait, avançons aujourd’hui avec ceux qui ont une réelle envie d’avancer et construisons, bâtissons ….. Attendre est un luxe aujourd’hui que la filière viticole française ne peut plus se permettre.

 

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18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 00:00

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Dans mon premier livre de géographie je lisais que la vallée de la Loire était celle des châteaux : Chambord, Chenonceau, Azay-le-Rideau... et que la Loire était le plus long fleuve de France... « La voici à Chaumont. C’est l’été, elle a peu d’eau et des bancs de sable doré encombrent son lit ; elle n’est pas navigable. Elle coule entre une berge bordée de peupliers et un coteau planté de vignes qui donnent un vin renommé. »
Pendant longtemps les vins de Loire se résumait à l’Anjou et à la Touraine, en aval comme en amont les autres vins, simples timbres postes épars ou vin océanique, tel le Muscadet, n’étaient pas perçus comme fils de la Loire.  À propos de l’Anjou et de la Touraine Georges Montorgueil écrivait en 1927 « ces provinces sont deux sœurs jumelles qu’enveloppe une même admiration. Elles se complètent à ne les pouvoir à peine distinguer l’une de l’autre, encore qu’un légitime orgueil de terroir souligne, dans chacune des traits particuliers. Également vineuses, chacune à ses vins ; mais leur parenté est si évidente que, dans le passé, on nommait indifféremment vins d’Anjou les vins de Touraine ou de Touraine les vins d’Anjou. »
  
Ronsard, qui était Vendômois, y situait le paradis terrestre en Anjou
 :

... le nectar divin

Qui rend Anjou fameux, car volontiers le vin

Qui a senti l’humeur du terroir angevin

Suit les bouches friandes.

La Touraine est le pays de Rabelais dont on pourrait mettre « toute l’œuvre sous le pressoir sans en exprimer une goutte de mélancolie. »

Bref, beaucoup d’eau a coulé depuis sous tous les ponts de la Loire et entre les berges du grand fleuve né au Mont Gerbier des Joncs. Aujourd'hui nous voici face à plus de 40 appellations gravitant autour de son Val. Même mes Fiefs Vendéens, c’est dire. Fleuve lien certes mais aussi me dit-on une sécession consommée celle de Bourgueil, d’autres annoncées et certaines non dites. Contrairement à ce que certains pourraient espérer je ne vais pas m’attarder sur l’incapacité chez certains de concilier les intérêts de boutique avec ceux d’un socle collectif indispensable pour affronter le grand large. Ce disant je ne prends pas parti dans cette affaire car je ne sais si la barre du grand navire interprofessionnel tient le bon cap.

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Puisque les Vins de Loire tiennent Salon à Angers je vais me contenter d'évoquer un petit morceau d’histoire « De son commerce des vins d’autrefois, la banlieue d’Angers porte, aux Ponts-de-Cé, un témoignage irréfutable. Lorsque les Hollandais venaient chercher ses vins, ils remontaient la Loire jusqu’à ces ponts, où était établi l’embargo de leurs armateurs, reconnaissable dans un vieux pavillon à coupole de pierre. Là, arrivaient les vins de Saumur et du Layon. Les premiers en suivant le fleuve et les autres à terre, par des chemins affreux. Ce fut pour éviter ces embarras qu’on creusa et qu’on canalisa le Layon.

Nous sommes là dans la région vinicole de l’Anjou, et au point culminant de sa splendeur.

Le Layon est une petite rivière qui prend sa source aux étangs de Beaurepaire, dans les Deux-Sèvres, et se jette dans la Loire, à Chalonnes. Il promène ses eaux flâneuses entre des coteaux arrondis chargés de belles vignes. Il sépare, de sa longue vallée sinueuse, les Mauges du Saumurois. Sur la gauche, Saint-Lambert-du-Lattay présente la plus grande étendue de vignes. Rablay – un bien beau nom pour un cru – est à cheval sur les deux rives. La commune de Thouarcé, sur la rive droite, se flatte se son cru de Bonnezeaux qui produit un vin de premier ordre, ce qui serait un non-sens si l’on de savait qu’une source réputée donna son nom au pays :

C’est ici que s’élève une double colline

Dont l’une offre un nectar et l’autre une eau divine.

L’eau divine nous a paru beaucoup moins appréciée, de nos jours, que le nectar. »

Alors, irais-je faire Salon à Angers les 1-2 ou 3 février ? Je ne sais, sauf à ce que je suive la suggestion d’un membre ligérien de l’ABV qui souhaitait que nous nous y retrouvions pour trinquer. Pourquoi pas, mais encore faudrait-il que d’autres amicalistes du Bien Vivre se réveillasses pour exprimer le même désir. Qui vivra verra chers lecteurs. Si je ne dérange pas trop, un petit coup de TGV pour s’offrir quelques petits coups de nectar du Val de Loire c’est de l’ordre du possible. Affaire à suivre...

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