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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 17:00

J’avoue humblement que, jusqu’à il y a quelques jours, j’ignorais qu’il existât une AOP fromagère : Fourme de Montbrison. Celle d’Ambert, oui je connaissais, mais sa cousine germaine nichée dans le Forez n’avait jamais eu l’honneur de mes plateaux de fromage. Je n’ai pas coutume de mélanger mes activités professionnelles avec ma seconde vie de chroniqueur mais, sans vraiment faire une réelle exception, je vais ce soir faire la promotion de la Fourme de Montbrison. Pourquoi ce soudain intérêt me direz-vous ? La réponse tient en une forme de communiqué « l’Entreprise Forez-Fourme (10.5 Ml et 70 producteurs va être mis en liquidation judiciaire et depuis le 31 décembre leur lait n’est plus collecté. » Je n’entrerai pas dans le détail du dossier car ce n’est pas ici le lieu d’en parler mais sachez que cette entreprise produisait 150 tonnes de Fourme de Montbrison sur les  500 tonnes de cette AOP.

Fourme-005.JPG

 

C’est dans le TGV du retour de ma réunion à Lyon mardi dernier (pour les Nuls en Géo le Forez se situe dans le département de la Loire qui fait partie de la Région Rhône-Alpes) que m’est venue l’idée de faire une chronique de fin de journée sur la Fourme de Montbrison. Comme vous le savez pour moi fromage rime avec Alleosse donc sitôt rentré je fonds sur mon clavier www.fromage-alleosse.com et je découvre que la Fourme de Montbrison fait partie de l’achalandage de Philippe et de Rachel Alleosse. Petit e-mail nocturne, réponse au matin et passage au magasin le soir pour photo et part de Fourme de Montbrison pour dégustation. Ce qui fut fait au dîner : excellent fromage à pâte fine persillée, fondante, proche du Stilton, un vrai délice plus tome en texture que les fromages persillés traditionnels. Bien sûr Philippe Alleosse est un maître affineur et sa Fourme de Montbrison est au top. Il s’approvisionnait chez www.fourme-tarit.fr l’entreprise qui vient d’être mise en liquidation judiciaire. Philippe Alleosse m’a indiqué que les japonais raffolaient de la Fourme de Montbrison, alors beau produit AOP s’il est bien affiné mais en manque de notoriété.

photoFdeM.jpgJe vous propose donc un geste simple : dès que vous irez chez votre fromager vous lui demanderez « comme un seul homme » : une part de Fourme de Montbrison. S’il n’en n' a pas : tant pis mais peut-être, si vous un bon client, ça lui donnera l’idée d’en commander. Bien sûr ma plume brûle de vous donner plus d’explications mais vous comprendrez que je ne puis, pour l’instant, aller au-delà de ce minuscule coup de pouce à la notoriété de la Fourme de Montbrison. Mais, pour faire simple, si nous voulons que des producteurs « s’accrochent » à certains territoires difficiles, il est vital, qu’en l’occurrence dans le cas présent, leur lait soit valorisé au mieux par les produits transformés. Une AOP ne suffit pas en elle-même à générer cette valeur si le consommateur n’est pas au rendez-vous. Bien sûr celui-ci est en droit de demander, en contrepartie, d’en avoir pour son argent. C’est un « cercle vertueux » qu’ont su construire certaines AOP fromagères, à nous consommateurs de contribuer à donner leurs chances à ceux qui souhaitent s’engager sur ce difficile chemin. Pas simple dans une conjoncture où le facteur prix et le mode de distribution donne le la à la consommation.

 

Comme nous sommes ici sur un site dédié aux vins que le taulier, tire de temps à autre vers d’autres sujets, je vous propose d’accompagner votre Fourme de Montbrison avec un vin des Côtes du Forez ou un vin de pays d’Urfé : www.vins-g-bonnefoy.com Je demande aussi aux experts dégustateurs lecteurs de nous tuyauter sur le bon choix.

300px-Vignoble_du_Cotes-du-forez_.jpgEn quelques mots sachez que la Fourme de Montbrison est un fromage au lait de vache à pâte persillée (moisissures internes) originaire de Montbrison, chef-lieu d'arrondissement du département de la Loire dans la région Rhône-Alpes mais est proche culturellement de l'Auvergne avec les parfums de fleurs de bruyère et de gentiane. C’est un fromage cylindrique de 20cm de hauteur et de 14cm de diamètre de 2,1 à 2,7 Kg avec une durée d’affinage de 1 à 3 mois.

 

L’histoire de la Fourme de Montbrison se calquait sur celle du pays avec en point d’orgue : l’estive. De mai à octobre les bêtes étaient menées vers les plateaux des Hautes Chaumes à  plus de 1000 mètres d’altitude. Coupés du monde pendant la moitié de l’année, dans leur jasserie, une construction qui leur servait à la fois d’habitation, d’étable, d’atelier de fabrication de la fourme et de cave, des hommes et des femmes ont donné ses lettres de noblesse et son authenticité à la Fourme de Montbrison.

 

Le mot Fourme vient du grec « formos » puis du latin « Forma » (récipient où on caillait le lait). De cette racine, sont nés, en vieux français «fourmage» et «formage» devenus ensuite «fromage». La fourme est certainement un des fromages à pâte persillée les plus anciens. « L’origine de la Fourme se situe aux premières époques de la féodalité au VIIIe ou IXe siècle. Une preuve irréfutable démontre qu’au IXème siècle la fourme était connue et appréciée. A La Chaulme, 7 pierres taillées bien conservées surplombent la porte d’entrée de la chapelle féodale. L’œil reconnaît immédiatement le beurre, le saucisson, le jambon, les œufs, le foin, les céréales et… la Fourme. » L’histoire de la Fourme de Montbrison s’inscrit dans celle de ce versant ligérien des monts du Forez où les conditions de vie ont toujours été difficiles. Au milieu du XXe siècle au mode agro-pastoral de l’estive a succédé, avec l’irruption de l’exode rural, les citernes de ramassage du lait. « Dès 1945, à la demande de la société d’amélioration des produits laitiers de Pierre sur Haute, un premier décret légalise la première définition du produit. Modifiées en 1948 puis en 1953, les décrets définissent la méthode de fabrication et d’affinage. Ils autorisent 3 dénominations : « Fourme de Montbrison », « Fourme d’Ambert » et « Fourme de Pierre sur Haute ». Au niveau européen, la Fourme de Montbrison est aujourd’hui protégée par une Appellation d’Origine Protégée (A.O.P.). »

 

Fabrication de la Fourme de Montbrison.

Chaque Fourme nécessite 20 à 25 litres du lait de vache. Sa fabrication suit les étapes traditionnelles (voir Vidéo) : le travail en cuve, le moulage, l’égouttage, le salage, le piquage et l’affinage. Son bleu, au goût si original, naît du salage réalisé en cours de moulage. Sa belle croûte orangée se développe lorsque la fourme est couchée sur les chéneaux d’épicéa. Là, durant huit jours, les maîtres fromagers la retourne d’un quart de tour toutes les 12 heures. Ensuite, les Fourmes sont placées en cave d’affinage durant plusieurs semaines. Les affineurs les piquent avec de longues aiguilles afin d’encourager le développement des marbrures bleutées. »

 

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5 janvier 2012 4 05 /01 /janvier /2012 00:09

Je ne suis jamais allé au SITEVI car je n’ai pas le cœur très porté vers les machines. Et pourtant j’ai vécu un bel amour de jeunesse avec les tracteurs Société Française Vierzon de mon père, et ses machines à battre aussi, mais l’irruption des moissonneuses-batteuses : les Claas ont sonné le glas de ma passion. Au Sitevi on ne fait pas que lécher les machines on colloque aussi : tribune avec une belle brochette de ce qui compte dans la Gaule du Sud pour fixer le cap vers 2025. La prospective c’est le grand amour de mon ami Patrick Aigrain alors je ne résiste pas au plaisir de vous donner en lecture le CR de cette conférence-débat fait par le portail du Ministère. Bien évidemment ne comptez pas sur moi pour faire des commentaires car je n’ai nulle envie de compter ensuite mais abattis mais vous, si ça vous chante, vous pouvez en faire…

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« La DRAAF Languedoc-Roussillon, FranceAgrimer et InterSud de France ont organisé le 30 novembre 2011 au Sitevi 2011 une conférence-débat pour rendre compte d’une étude prospective sur la filière viticole régionale à l’horizon 2025

Cette étude lancée il y a deux ans à la demande de la DRAAF, a été conduite par l’INRA, Montpellier SupAgro et FranceAgrimer. Elle se base sur le travail d’un groupe d’experts et la participation des responsables professionnels à travers les réunions du conseil de bassin viticole du Languedoc-Roussillon.

 

Des avenirs possibles

 

Hervé Hannin (Directeur de l’Institut des hautes études viticoles) et Patrick Aigrain, de FranceAgrimer (Prospective), ont insisté sur la signification d’une étude prospective, qui n’est pas une prévision, mais cherche à éclairer des « avenirs possibles ». Ils ont rapidement décrit la méthode adoptée pour avancer collectivement dans des réflexions les plus partagées et les plus interdisciplinaires possibles sur le devenir de la filière vitivinicole en région. De nombreux responsables régionaux et nationaux se sont succédés à la tribune

Cette méthode vise aussi à aider à l’émergence de stratégies d’actions partagées en faveur du secteur. Ils ont ensuite « raconté » les 4 scénarios construits à l’issue de cette étude, en ont détaillé les enjeux et les conséquences possibles de chacun d’eux.

 

Les scénarios

 

1. Filière plurielle

* « Des viticultures plurielles organisées »

* « L’union fait la force »   

 * Superficie : 230 000 ha

* Volume produit : 13 à 15 millions d’hl

 

2. Filière paysagère

* « L’oenotorium »   

* « Ceux qui restent en vivent correctement »    

* Superficie : 120 000 ha    

* Volume produit : 4 à 6 millions d’hl

 

3. Filière déclinante

* « Une organisation sans âme ni projet »

* « Les occasions manquées »

* Superficie : 150 000 ha

* Volume produit : 7 à 9 millions d’hl

 

4. Filière libérale

* « Un développement sélectif et industriel »

* « Chacun pour soi… certains s’en sortent »

* Superficie : 180 000 ha

* Volume produit : 10 à 12 millions d’hl

 

Bernard DEVIC, Président de la fédération InterSud de France, a expliqué pourquoi les professionnels avaient écarté, en Conseil de bassin du 20 mai 2011, le scénario «filière déclinante» ainsi que celui de la «Filière paysagère», sans écarter définitivement la  «Filière libérale» et retenu finalement, à l’unanimité, le scénario n°1 : «Une filière plurielle : l’union fait la force».

 

Au cours de la table ronde animée par le journaliste Frédéric Maurel (Directeur du Paysan du Midi), les intervenants ont souligné la qualité et l’intérêt de ce travail pour:

 

* soutenir des propositions structurées dans le cadre de la discussion de la réforme de la PAC après 2013 (Jérôme Despey – Président du conseil spécialisé de FranceAgrimer) ;

* s’inscrire dans les marchés d’avenir, notamment à l’export et soutenir l’installation des jeunes et les démarches contractuelles (Jacques Gravegeal – Président de l’interprofession des vins de l’IGP Pays d’Oc-, Boris Calmette – Président de la fédération régionale des coopératives viticoles) avec l’exemple du groupe ADVINI (Sébastien Narjoud – Directeur général de la société Jeanjean Languedoc) ;

* rappeler la place de la viticulture dans l’économie du Languedoc-Roussillon, ainsi que les enjeux sur les questions sociales, le maintien du tissu rural et des paysages, mais aussi l’association du tourisme et de l’œnologie (Boris Calmette, Agnès Payan – Présidente des vignerons indépendants du Languedoc Roussillon).

 

La nécessité de poursuivre la construction d’une gouvernance plus forte, a été affirmée par plusieurs participants et a été reprise en conclusion par Bernard Devic, pour donner les moyens au Languedoc-Roussillon de devenir un véritable « cluster » vitivinicole au plan mondial.

 

Enfin Pascal Augier, DRAAF Languedoc-Roussillon, a souligné que ce travail était maintenant entre les mains des responsables professionnels viticoles de la région : à eux d’écrire la suite de l’histoire, les services de l’État restants disponibles pour appuyer les actions qui en découleront.

 

Les quatre scénarios prospectifs globaux de l’étude prospective sur l’avenir de la filière viticole, en Languedoc-Roussillon, à l’horizon 2025

 

Macroscénario n° 1 : Filière plurielle

 

Des viticultures localisées et organisées

   « L’union fait la force »

 

Dans un contexte où l’image du vin est positive, l’intervention publique agricole pourtant d’inspiration libérale s’emploie à défendre les territoires agricoles, et à promouvoir la prise en compte par la sphère agricole des attentes sociétales notamment environnementales. La gouvernance régionale de la filière réussit à intégrer ces attentes et à coordonner la production et la mise en marché d’une gamme régionale complète, cohérente en termes économiques pour les professionnels et lisible pour les consommateurs.

Ainsi la région récolte-t-elle sa part de la croissance de la consommation mondiale et le potentiel viticole se maintient. Pour ce faire, la viticulture est localisée en îlots, chacun d’eux privilégiant nettement soit une stratégie de réelle différenciation (AOP, bio…) soit une stratégie « coût-volume » assumée. Ces derniers bénéficient notamment d’investissements d’origine publique en matière d’irrigation, également localisés. Clairement identifiées, ces logiques permettent une intégration efficace des avancées de la R&D. Elles se révèlent attirantes pour les investisseurs extérieurs à la région et propices au développement d’un œnotourisme efficace et diversifié : Le LR devient un véritable « cluster » vitivinicole.

 

Macroscénario n° 2 : Filière paysagère

 

L’oenotorium

   « Ceux qui restent en vivent correctement »

 

Dans un contexte où l’image du vin est dégradée du fait de son contenu en alcool et par la mise en cause des pratiques agricoles conventionnelles, la consommation mondiale du vin recule et la région en souffre. L’intervention publique agricole, quasi-stable en montant, ne trouve cependant sa légitimité que dans une intervention territoriale à très forte connotation protectrice de l’environnement et de la santé. Elle contribue ainsi à limiter le développement de la production, en réservant son appui à des zones viticoles à forte connotation paysagère qui proposent des vins présentant une réelle différenciation pour une clientèle impliquée.

Seul un œnotourisme « à la ferme » dans une logique de « parc régional » se développe, et c’est dorénavant des circuits de distribution spécialisés qui écoulent la majeure partie des vins. La gouvernance régionale de la filière qui a intégré en urgence les attentes sociétales pressantes a travaillé efficacement à l’intégration rapide des avancées de la R&D mais le contexte n’a pas permis de développer une stratégie « coût-volume », autrement qu’à la marge. Le LR voit son potentiel volumique se restreindre sensiblement.

 

Macroscénario n° 3 : Filière déclinante

 

Une organisation sans âme ni projet

   « Les occasions manquées »

 

Ce scénario est celui d’un déclin doux et lent de la viticulture régionale. Le fait qu’il se déroule dans un contexte de marché ouvert (marché mondial libéral, en croissance, dopé par la distribution de masse, de nouvelles zones et occasions de consommation, et une inscription croissante du vin dans l’univers des boissons) le fait apparaître aussi, pour les entreprises du LR qui perdent pied, comme celui des occasions manquées.

Certes leur contexte immédiat les pénalise, qui refuse les soutiens publics attendus (sociaux, économiques, environnementaux), accroît les coûts de production par une pression environnementaliste et jette l’opprobre sur les boissons alcooliques auprès des consommateurs sur leurs marchés traditionnels. Mais elles démontrent aussi une organisation faible et une productivité insuffisantes. S’ensuivent alors des stratégies trop anarchiques, de sens et d’intensités trop divergents pour construire une cohérence régionale, et par suite pour susciter des investissements en R/D (malgré une réelle richesse locale en matière grise).

 

Macroscénario n° 4 : Filière plurielle

 

Un développement sélectif et industriel

   « Chacun pour soi…. certains s’en sortent »

 

Dans ce scénario, à côté de vignobles différenciés sur la base des traditionnelles AOC, se développent localement sur certains territoires du LR, des vignobles compétitifs conduits sur un mode industriel. Favorisés par un marché mondial porteur (mais compétitif), un environnement réglementaire très libéral, et une gouvernance régionale faible, ils sont le fait d’investissements privés qui visent à exprimer une compétitivité régionale respectueuse des principes libéraux de l’OMC : ouverture de la concurrence et intégration du progrès technique allant jusqu’à une ouverture maximale des pratiques œnologiques admises, y compris l’aromatisation.

Leur développement est organisé en phase avec des projets oenotouristiques rentables et en synergie avec des réalisations « culturelles » attractives, également mises en œuvre par des investisseurs privés, qui font de la culture vitivinicole, un axe de leur marketing. Peu encadrés et peu demandeurs d’encadrement, ces investisseurs libéraux mettent en œuvre leurs projets sans nécessairement de grands appuis publics et sans grand souci des effets macro-économiques induits. Ces évolutions sauvent le vignoble du LR mais pas les petites exploitations. »

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4 janvier 2012 3 04 /01 /janvier /2012 00:09

Je ne devrais pas l’écrire mais je l’écris tout de même « c’était au temps où l’INAO, vieille maison sise tout en haut des Champs Elysées s’appuyait en nos terroirs profonds sur des « barons régionaux » qui connaissaient les hommes et le terrain. Je l’ai bien connue même si j’ai fait mes débuts dans la crèmerie de la rue de Rivoli : l’ONIVIT (Office des Vins de Table) qui donnait, du fait du poids de ses gros hectos et des importations de vins d’Italie, bien des soucis à Paris comme à Bruxelles : la garantie de bonne fin c’était la dernière rustine avant le clap de fin. Par la suite, et je ne vais pas vous raconter ma vie, j’ai suivi de près la boutique. Aujourd’hui, de beaux esprits ont cru bon d’ajouter un Q à cette maison où la normalisation – la culture de la norme s’entend – va bon train sous la férule d’un CAC bien réducteur. Tout ça pour dire que, ce matin, la plume de la chronique, de mon espace de liberté, est tenue par Jules Tourmeau www.crvf.com un de ces grands régionaux de l’INAO. Jules et moi nous nous étions recroisés dans la région délimitée de Cognac où j’exerçais alors mon métier de médiateur lors de la dernière grande crise. Lui était venu porter la parole de l’AOC à des charentais qui n’en avaient pas la moindre idée. Maintenant il me lit et, c’est ainsi que lui est venu l’idée de vous conter cette belle histoire. Merci Jules.

BILD2006.jpg 

Le 18 septembre 1978, je « débarque » à ANGERS pour occuper le poste de Chef de centre de l’INAO avec mission de « réveiller » la production angevine. Il faut dire qu’elle en a besoin car sur le million d’hectolitres que produit ce vignoble, 500000 hectolitres concernent l’appellation ROSÉ D’ANJOU qui se vend alors 2, 50 FF le litre ; les COTEAUX DU LAYON (50000 hl) se vendent eux : 5 FF le litre. Mais là n’est pas mon propos d’aujourd’hui.

 

En 1982, M. SAMSON, père, hôtelier-restaurateur établi à HONFLEUR me téléphone pour un rendez-vous ; demain si possible, c’est urgent, mon fils veut faire le métier de vigneron et je souhaiterais vos conseils. Difficile, mais nous nous mettons d’accord pour le lendemain matin. Le temps de venir : vers 9h ? D’accord.

 

A l’heure dite, je vois arriver mon restaurateur accompagné de son épouse et du jeune Gérard. Tout de suite, je me dis que ce jeune homme me paraît bien frêle et menu, mais pas de délit d’appréciation hâtive !  Notre dialogue s’engage : Que fait-il ce jeune homme ? Il est en 2ème année de notariat et il veut arrêter et devenir vigneron, que doit-il faire comme formation et comment s’y prendre ? J’essaie, compte tenu de l’apparence et de la formation en cours, de décourager mon client et de le persuader de suivre son cursus. Vous savez, Monsieur, le métier de vigneron, comme tous les métiers de la terre – et j’en viens – est dur physiquement, puis il faudra que Gérard acquiert une formation spécifique qui peut s’avérer longue, et puis ensuite il faudra qu’il trouve un emploi, un vignoble, que sais-je ?

 

Rien n’y fait, je veux être vigneron. Bon, on envisage les formations et un contact avec le CFPPA de BEAUNE, nous octroie une place pour notre protégé.

 

En 1984, après un stage d’un mois à la Cave Coopérative de SAUMUR, c’est à dire en Novembre 1984, notre Gérard inscrit à la formation pour adultes, arrive à BEAUNE pour 1 an. Tout se passe bien, suivant en même temps sa formation pratique dans une exploitation bourguignonne, dans l’année suivante, les résultats sont là. Gérard est déjà rôdé aux nombreux aspects du métier. Il sort du CFPPA nanti de son diplôme, qui plus est avec la meilleure note de sa promotion, pourtant composée de gens plus proches du milieu vigneron que lui. Plusieurs stages, dont un à CHINON chez un « grand » viticulteur-négociant et un au Château DOISY-DAËNE à SAUTERNES, vont compléter cette formation et conforter Gérard dans sa destination.

 

Maintenant, il faut trouver un domaine car mon vigneron en herbe veut exploiter lui-même !

Le papa a quelques moyens pour soutenir le projet et nous partons en chasse ! Il jette son dévolu sur le Val de Loire : JASNIÈRES, COTEAUX DU LOIR, CHINON, VOUVRAY… on ne trouve pas ce qui convient, malgré un (presque) aboutissement sur CHINON.

 

Je retourne à  mon ouvrage et pendant quelques mois, le projet me semble en sourdine ! C’est sans compter sur la ténacité de mes amis. Gérard reprend le notariat. Je me dis que mes prédictions étaient bonnes et que cette  transition était irréalisable.

 

ERREUR !

 

Études de notariat terminées, Gérard prend une étude (de notaire cette fois) associé  à un confrère. Et comme nous sommes devenus amis et toujours en contact, j’accompagne à distance les projets et j’apprends que l’idée de travailler la vigne et faire vin est toujours présente, mais que cette fois elle a migré ! – on n’arrête pas Gérard comme cela ou, la passion plus forte que les réalités - de la possibilité de planter de la vigne en Normandie  s’est faite jour et de bibliothèques en archives départementales, mon vigneron découvre qu’il y a eu autrefois (en 1762 selon la carte de Cassini) de la vigne sur un coteau d’une petite commune du Calvados, proche de l’étude notariale de SAINT PIERRE sur DIVES ( et de CAEN !!), à GRISY, sur la commune de VENDEUVRE, sur un coteau bien exposé et dont le lieu-dit porte le nom de « Le Soleil ». Ce coteau a toutes les qualités : il est sur substratum calcaire, les sols sont argilo calcaires, en pente, bien exposés à l’est, bien drainés, sur le même étage géologique qu’un cru bourguignon réputé, proche du lieu de stage de mon vigneron et que donc, c’est là que je vais planter ma vigne.

Le parcours du combattant commence !  IMG-grisy.jpg

Et Jules est appelé  à la rescousse, comment planter de la vigne ici ? C’est impossible…. Les droits de plantation sont réservés aux vignerons installés dans des régions viticoles établies et dont l’économie est florissante. La CEE distribue des deniers pour éliminer dans certaines régions des surfaces plantées, afin d’adapter l’offre à la demande…. Etc, …etc.

 

Une voie n’a pas été explorée dit-on, celle de l’expérimentation. Après tout, l’ONIVINS a mis en place dans d’autres régions de France des expérimentations sur des territoires autrefois en vigne, Pourquoi pas en Normandie ?

Un dossier est constitué et en 1995, Gérard se voit octroyer 50,00 ares de droits. Il les plante avec 4 cépages : Muller-Thurgau, Pinot gris, Auxerrois et Melon, + quelques pieds de Pinot noir (pour voir).  La vigne pousse bien, apporte des raisins qui murissent bien, même en année difficile et l’aventure de la vinification commence.

 

Mais Gérard est exigeant ! Il veut devenir vigneron et 50 ares ne suffisent ni à faire des cuvées, ni à rentabiliser un minimum d’équipements. Alors, l’expérimentation validée par l’ONIVINS, suivie, est concluante. Il demande donc de nouveaux droits pour étendre son domaine ; la parcelle sélectionnée a une superficie totale de près de 5 hectares plantables. Il formule donc une demande nouvelle de droits et obtient, non sans mal, mais après études et enquêtes,  successivement plusieurs autorisations,  2 hectares en 2004, puis 2 en 2009-2010, pour arriver aux  5 hectares actuels.  

BILD1997BILD1994.jpgLe vignoble se compose toujours des 4 cépages du départ auxquels ont été ajoutés un peu de Chardonnay, Sauvignon, Pinot noir. Le Muller-Thurgau et le Melon ont été maintenus dans leur surface initiale, cependant que le Pinot gris et l’Auxerrois ont été développés. La culture est raisonnée et  les méthodes utilisées sont toutes soucieuses de la protection de la biodiversité. Mais pour être persuadé de tout cela, il vaut mieux se rendre sur le site : www.arpents-du-soleil.com et se rendre directement à GRISY. L’homme et le paysage valent le détour. »

 

Jules Tourmeau

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 00:09

Buoux-021.JPGCe matin je vais vous entretenir d’un beau vin blanc du Sud et de l’art d’être grand-père, pas sûr que j’en sois un très bon mais là n’est pas la question. Sur le plateau des Claparèdes, au lieu-dit Salen, à Buoux, dans les taillis de chênes verts s’élèvent d’étranges érections de pierres blanches. Qu’est-ce donc ? Le hobby d’un homme, enseignant, donc homme de tête se rêvant bâtisseur, qui les a façonné de ses mains. Rien n’est plus fascinant que la beauté d’un geste sans autre utilité que celle de son accomplissement.  

 

Quel rapport avec l’art d’être grand-père me direz-vous ?  

 

Réponse : « l’allée des gâteaux »   

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Suivez-moi ! Le sentier zigzague sous les ramures d’un taillis ouvert et bas, ça et là, des tas éboulés de pierres blanches, vestiges de constructions humaines ou d’accumulations de ce qui a du être extrait des champs pour les rendre cultivables. Labeur énorme que ce charroi incessant. Partout les murets portent témoignage d’un temps où chacun ici assurait sa subsistance en tirant d’une terre pauvre des céréales et de quoi nourrir quelques animaux domestiques. La nature a repris ses droits diront certains qui seront sans doute les premiers à déplorer l’exode des paysans vers des lieux plus cléments. 

 

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Le premier gâteau de pierres est une merveille de légèreté, d’élégance, de sérénité, avec planté au centre, la signature, la patte de l’architecte, une pyramide gracile. Viennent ensuite deux œuvres monumentales, le gâteau d’anniversaire de Luca, grand gâteau de Savoie encerclé de petits chênes qui filtrent le jour et le birthday cake de Paul, lui aussi cerné de chênes, mais plus exposé à l’ardeur du soleil qui jette sur ses flancs blancs une lumière crue. Le gâteau suivant est austère, lunaire, plus tourné vers l’introspection, la recherche d’une pure simplicité. C’est celui de Flora. Le dernier, tel un pot renversé à l’image de ce que les enfants font moulé dans leur petit seau avec le sable de la plage, est la torta de cumpleaños de Violaine. Ce qui m’a fasciné c’est que sur son flanc, une niche à la bonne hauteur n’attendait que ma belle bouteille de Grande Toque vienne y trouver sa place. 

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Même si vous allez me taxer d’orgueil : dites-moi, où trouverez-vous ailleurs qu’ici, dans la modeste crèmerie du taulier, un tel parcours initiatique permettant de déposer dans un bel écrin de pierres sèches, au cœur d’une nature sauvage, une belle bouteille symbole de la capacité de femmes et d’hommes de donner des lettres de noblesse à un terroir plein de promesses. Le Luberon, cher à Jean Lacouture dans les ocres de Roussillon, aux peuplades nordiques qui ont investi ses villages, tels Peter Mayle à Menherbes, ou les parigots pas encore bobos tel Wolinski à Gordes, ou encore le grand John Malkovitch, aussi snob qu’il fut devenu (le Luberon bien sûr, paas John!) n’a pas placé sur sa lancée les vins du Luberon sur une trajectoire de notoriété. Pour ce faire, en dépit de belles réussites individuelles, tels mes chouchous du château de La Canorgue il a fallu que le gros chat se réveille : Marrenon in Luberon. 

Buoux-033.JPGQu’on ne me taxe pas ici de favoritisme parce que j’applaudis le travail accompli par le Piton du Luberon et son équipe conduite d’une main experte par Philippe. Pensez-donc : une Union de coopératives, l’abomination de la désolation pour le petit monde vibrionnant et inconséquent des goûteurs de little wine fait à la main, au piquet, même pas question d’en parler. Sauf qu’en bas ça travaille ! Que le collectif n’est pas synonyme de médiocrité, de négligence et de vin fait à la va que je me pousse. Ils ont des valeurs les gens de Marrenon, sans beaucoup de bruit médiatique ils construisent pierre par pierre leur maison, un peu à l’image du grand-père avec ses gâteaux. Beaucoup de militants du terroir microscopique oublient trop souvent que la diversité qu’ils prônent passe aussi par celle des modèles économiques. Contradiction entre leur discours très communautaire et leur recherche exclusive d’une singularité individuelle. Dresser des barrières, exclure, débouche sur l’incapacité à vaincre le conservatisme. 

Buoux-017.JPGIl n’y a aucune contradiction à conjuguer le cousu-main d’un vigneron porté sur le pavois avec celui mené avec le même soin à l’intérieur d’une maison telle celle de Marrenon in Luberon. Ainsi la Grande Toque m’apparaît comme issu de ce souci de proposer aux consommateurs, non pourvus de toutes les références des amateurs des vins authentiques, un vin bien accroché à son terroir originel. C’est du Vermentino majoritaire (70%) en assemblage avec du Grenache blanc qui le démarque de ses voisins rhodaniens ou provençaux. Vignobles d’altitude, 300 à 400 mètres récoltés dans la fraîcheur des nuits des monts du Luberon entre le début et la fin de septembre en fonction de leur situation et des cépages. Robe jaune paille, bel éclat et nez de flore méditerranéenne, intense. De la fraîcheur, de la vivacité, une belle longueur en bouche et une finale qui donne envie de marée. Au marché de l’Isle s/la Sorgue j’ai acheté un beau filet de Baccalhau salée : 24 heures au bain avec 4 changements d’eau, cuisson al dente, pommes de terre bouillies, petite sauce échalotes revenues dans un soupçon de Grande Toque, beurre salé, et le tour est joué. Plat simple, vin de belle tenue : 4,30 € le flacon. Pourquoi se priver de petits bonheurs en ces temps d’anxiété ?  

 

Donc sur www.marrenon.com y’a du bon, allez-y faire un tour du côté de la Tour d’Aigues et pour les membres de l’ABV qui le souhaiteraient, même si je ne me prénomme pas Nathalie, je pourrai vous servir de guide pour vous faire découvrir l’allée des gâteaux.

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 11:17

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Les souhaits d’une bonne et excellente année 2012 sur mes lignes vont de soi, c’est notre intérêt bien compris : nous espérons, vous et moi, être au rendez-vous du dernier des 366 jours qu’elle va nous offrir.

 

Temps de crise, ou plus exactement, temps d’un violent ajustement entre des pays qui émergent et ceux qui se croyaient, ou se voulaient, les gestionnaires du monde. Délocalisation, financiarisation, quasi-faillite d’Etats souverains, conflits larvés, radicalisation des extrêmes, alors que la paix s’est installée depuis plus de 60 ans sur notre vieux Continent des menaces, des peurs, des angoisses d’une autre nature s’y installent et nous inquiètent. Face à elles nous nous sentons désarmés, impuissants et ceux qui nous gouvernent nous apparaissent de plus en plus comme des capitaines sans boussole qui « naviguent » à vue au gré des vents ou des courants contraires. Certes il n’est pas facile de gouverner, de passer du discours plein de promesses aux actes, de « parler vrai », d’agir juste et de redonner à notre vieux pays et à ses citoyens de l’élan. Pas simple aussi pour nous de comprendre, de choisir, mais reste que dans notre quotidien, pour certains de nos choix, nous pouvons encore faire bouger des lignes, agir…

 

Ce petit espace de liberté, qui n’est qu’une minuscule fenêtre sur le monde, le nôtre bien sûr : celui du vin, mais aussi bien au-delà : celui de nos voisins, de nos clients proches ou lointains, celui de ceux avec qui nous travaillons, de ceux avec qui nous partageons joies et peines. Cette communauté de destin qui nous permet de vivre ensemble. Mes chroniques se veulent un lien entre un monde de plus en plus urbanisé et un autre : celui des paysans, des vignerons, des ruraux, celui de tous ceux qui produisent et vivent sur nos territoires. Alors, par un petit clin d’œil à propos d’un thème, mis en avant par ceux qui se présenteront à nos suffrages, rappeler qu’au temps des 30 Glorieuses les décideurs affirmaient qu’« il ne fallait pas désespérer Billancourt… », alors maintenant puisqu’il n’y a plus de Billancourt reste pour nous à ne pas gaspiller nos plus beaux atouts : le vin, les femmes et les hommes qui le font et le vendent en sont un et il est majeur…

 

Bonne année à tous…

 

Jacques Berthomeau

 

« Il y a deux sortes de prévisionnistes : ceux qui ne savent pas et ceux qui ne savent pas qu’ils ne savent pas. »

John Kenneth Galbraith

 

La terre française doit être mise en valeur par un tracteur français. 

 

 Les tracteurs sont américains et d’invention récente, puisque le premier, de marque Burger, semble dater de 1889. En France, des constructeurs automobiles comme Renault essayèrent après la Première Guerre mondiale d’adapter la technologie des chars d’assaut à chenilles aux engins agricoles : ce fut le « char agricole », sorti en 1918.

 

L’affiche est d’Éric de Coulon, vers 1925

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2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 00:09

Je suis persuadé que de vous proposer de commencer l’année nouvelle en compagnie de notre Eva, en quasi lévitation sur les sentes de ce qui se fait de mieux dans les Coteaux du Layon, va vous donner un bel élan. Vous n’imaginez pas l’effet que ça va provoquer sur notre Léon de Gaule Sud… Moi si ! Au temps de mes premières lichettes de vin accompagnant le gâteau de Savoie de ma pâtissière de mère deux d’entre eux : le Coteau du Layon et le Monbazillac s’apparentaient pour moi aux sirops contre la toux que la mémé Marie me faisait avaler avec une cuillère à soupe ;  sucraillou en diable je les trouvais lourds et mous. Il faut dire que depuis tout gamin je n’ai jamais apprécié le sucré : mon plus grand plaisir était de manger des feuilles d’oseille crue du jardin. J’adore l’acidulé ! Bref, comme Eva va vous le dire beaucoup mieux que moi, par bonheur des vignerons de cette belle région, les Coteaux du Layon, ont su redonner leur lettre de noblesse à ces vins que l’on qualifiait autrefois de dessert. Belle et douce année avec Eva chroniqueuse avisée et enthousiaste de mon petit espace de liberté. Que du bonheur pour le taulier !

photo Eva     

Voilà, ça y est les fêtes de fin d'année sont déjà passées, avec leur dose de repas plus ou moins gargantuesques et leurs incontournables huîtres-saumon-fumé-foie-gras. Cette année pour Noël, comme depuis quelques années maintenant, ma mère fait son foie gras maison, avec des foies de canard-de-la-ferme-d'à-côté-de-chez-mon-oncle. Cuisson au torchon, ça le rend moelleux et fondant. Le tout étant de savoir l'accorder correctement avec un vin. Par chez moi, on a l'habitude de l'accorder avec un Coteau du Layon. Mais il y a Coteau du Layon et Coteau du Layon. Pendant des années, j'ai été dégoûtée de cette overdose de sucre et de cette lourdeur écœurante en bouche. Je ne voulais plus de ces vins, de cette appellation. Pour y revenir finalement, avec délice, en découvrant des domaines qui subliment le Chenin en moelleux et liquoreux.

 

Mes deux coups de cœurs sont le domaine Philippe et Catherine Delesvaux et le domaine de Juchepie. Des personnes adorables qui font de merveilleux vins, trop peu reconnus dans leur région malheureusement. Nul n'est prophète en son pays parait-il. L'année dernière, j'avais déjà fait partager à ma famille mon émotion autour de la Quintessence de Juchepie, liquoreux du domaine qui a bouleversé ma conception du vin liquoreux. Il avait conquis tout le monde. Ce vin reste une de mes plus belles émotions vins...

 

Autour du foie gras, j'ai donc décidé de revenir vers Juchepie en dégustant cette fois-ci un de leurs deux cuvées de moelleux, les Quarts, qui correspond à une parcelle du domaine. Millésime 2003. 2003, millésime chaud et lourd. Pas ici. Ce vin est incroyablement frais malgré son millésime. Et ce nez, ce nez... Le nez est si complexe que l'on doit se concentrer quelques minutes pour essayer de distinguer les différents arômes qui dansent dans le verre. J'ai toujours beaucoup de mal à parler de ce type de vin, tant leur complexité me charme et me désarme. Les arômes sont ceux de fruits secs, avec des notes presque champignonnés. Mais j'ai senti sur leurs vins des notes uniques, que je n'ai retrouvé dans aucun autre. En bouche, la matière est belle, elle glisse dans le bouche comme de la soie, légère mais remarquable. Un moment de bonheur. Le sucre se fait discret derrière une certaine fraîcheur qui surprend pour un vin de cette année. C'est beau. On en reste bouche bée. La longueur en bouche est telle qu'il nous faut des minutes entières pour apprécier chaque gorgée. Tout le monde aime. Tout le monde est conquis.

 Juchepie-11.jpg 

photoJuchepie.JPG

 

Et sur le foie gras, c'est une merveille. Le foie gras est quelque chose d'assez lourd qui doit à mon sens être accordé avec un vin qui le relève sans être trop sucré, trop lourd. Surtout quand le foie gras introduit un long repas. La douceur des deux s'accorde bien. Et le vin est tellement bon... On se régale ! Le verre se vide trop vite alors on prend le temps d'apprécier chaque goutte. Eddy & Mileine Oosterlinck Bracke font des merveilles. Une fois de plus, ils nous ont mis sur les fesses. Merci à eux.

 

Alors il me reste plus qu'à vous souhaiter à tous une bonne année 2012, tout plein de belles choses et des belles quilles, à partager avec ceux que vous aimez, pour aller un peu au-delà de la morosité ambiante.

 

Domaine Philippe Delesvaux

Les Essards -La Haie Longue

49190 Saint-Aubin-de-Luigné

+33 (0)2 41 78 18 71

dom.delesvaux.philippe@wanadoo.fr

 

DOMAINE de JUCHEPIE

Eddy & Mileine Oosterlinck-Bracke

Les Quarts

49380 FAYE d'Anjou

+33 (0)241 54 33 47

contact@juchepie.com

http://www.juchepie.com

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 07:00

Ce nous me plut car il recouvrait un périmètre très flou. J’assurai Octave de mon entière collaboration. Ce serment d’allégeance lui tirait un petit sourire pincé. « Ne jouez pas trop perso sinon je ne vous garantis rien... » Mon air las et désabusé fut ma seule réponse qu’il reçut avec fatalisme. Des garanties, et pourquoi pas des assurances, Lebon jouait dans un registre qui collait mal à la situation. Le Cognac se révélait acceptable. Je me sentais bien. C’est alors que Victorine se pointa simplement vêtue d’un grand pull de laine qui recouvrait ce qu’il devait recouvrir. Lebon ne savais pas quel parti prendre. Je le soulageais. « Vous faites le voyage avec une collaboratrice... » Il transpirait en opinant sans beaucoup de conviction. Victorine s’asseyait à califourchon face à moi. « Tu ne me présente pas ? » Octave bredouillait, s’empêtrait, je volais à son secours « je fais dans l’import-export et je me rends à Milan » Elle me tendait la main. Je la lui serrais. L’encolure en V de son pull avait une forte tendance à glisser sur son épaule gauche dévoilant ainsi un de ses seins. Le Contrôleur Général ne goûtait qu’à demi la tournure prise par les événements mais, privé de sa capacité d’initiative, il rongeait son frein avec superbe. Le petit numéro de Victorine était prévu dans notre scénario : Lebon était ainsi en compte avec moi, madame Lebon, pharmacienne de son état, n’apprécierait que très modérément la place occupée par l’aguichante Victorine. Après avoir bu un soda elle nous quittait en ondulant gentiment de la croupe. Lebon était en nage. « Vous la trouvez comment ? » chuchotait-il en reprenant ses esprits. « Craquante ! » Il soupirait « À mon âge je n’en espérais pas tant... » Je captais dans son regard une supplique. Le train s’ébranlait. « Soyez sans crainte, monsieur le Contrôleur Général, je garderai tout ça pour moi. » Le con soupirait d’aise alors que je lui serrais sa main moite.

 

Qu’en avais-je à foutre au fond de moi des derniers feux d’un vieux flic qui, tout au fond de lui, vivait assez mal de ne jamais avoir occupé des postes de premier plan à la hauteur de ses ambitions ? Pas grand-chose, sauf que je continuais à faire comme si mes faits et gestes avaient un sens. En fait, je continuais d’avancer sans bien savoir où je voulais en venir. Ce n’était pas nouveau mais je commençais vraiment à fatiguer. J’étais las, las de tout à un point que j’en arrivais à souhaiter que tout ça s’arrête sans que j’ai à en prendre la décision. Chien crevé au fil de l’eau j’avais parfois hâte d’arriver à l’estuaire pour me fondre dans l’immensité de mon inutilité. Là où j’allais je pressentais que tel serait sans doute mon destin. Assis sur la lunette des chiottes de mon wagon de 2de je rêvais d’une grande table avec plein de mouflets autour et je n’arrivais même plus à pleurer. La perspective de me retrouver sur le bat-flanc de ma couchette en compagnie des gnards et de leurs parents me déprimait plus encore. Il me fallait de la chaleur. Je graissais la patte au chef de train de la CWLT et j’emménageais dans un single dans le même wagon que Victorine et Lebon. Le train se traînait. Je sortais dans le couloir en caleçon fumer une cigarette. Au dehors l’obscurité absorbait le paysage. Le cœur de la nuit, ces heures que l’on vit rarement éveillé, vides, sans consistance. Je ne l’entendais pas arriver. « J’étais certaine que tu viendrais ». Elle m’entrainait vers la porte ouverte de mon T1. De la chaleur, elle m’en donnait, m’en perfusait, jusqu’à Turin je m’accrochais à son corps pour ne pas couler. Le jour n’étais pas encore levé lorsque je la quittai pour regagner mon wagon pourri.

 

Quand j’entrais dans le compartiment juste éclairé par la veilleuse, assise sur sa couchette, dépoitraillée, la mère donnait la tétée à son bébé. Son homme et les deux aînés dormaient. Je chuchotais des excuses. La femme me souriait. Ses seins gonflés, tendus, restaient haut perchés. Le mouflon s’accrochait au téton goulument. La femme me fit signe de venir m’asseoir près d’elle. Je le fis avec précaution. Sa chemise de nuit retroussée jusqu’aux haut des cuisses laissait voir de belles jambes. Elle surprenait mon regard et sa main se posait dans ma cuisse. Je sursautais à peine. L’enfant imprimait à son corps des boutées soudaines. Je ne pouvais détacher mon regard de ses seins nourriciers. Elle se levait, changeait l’enfant non sans avoir relevé sa chemise pour exhiber un cul aux fesses larges et fermes. Le train brinqueballait. Elle recouchait l’enfant, se réajustait et reprenait place dans sa couchette du bas. Je fis de même en ne la lâchant pas des yeux. Elle se donna du plaisir d’une main habile, en silence, avec une forme de désespoir tranquille, résigné.  J’ôtai mes baskets, m’enroulai dans la couverture et je m’endormis. Lorsque le train entra en gare centrale de Milan une main douce me secoua gentiment. La femme, son enfant en bandoulière, me souriait. Je la trouvais belle et je le lui dis dans mon italien encore hésitant. Elle ébouriffa ma tignasse de ses doigts fermes sans rien dire et s’éloigna d’un pas lourd.

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 00:09

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Aubert Jean-Louis, 56 balais et Charlie Winston 31 printemps, ont récemment chanté ensemble, le 22 décembre, sur RTL « The Last Time » link un vieux morceau des Rolling Stones. Ça tombe bien j’aime beaucoup le Jean-Louis link et je passe en boucle le jeune Charlie, un british très parisien : Like a Hobo, Like a Hobo et Hello alone


Au moins je me dis qu’avec la musique y’a moins danger qu’avec mes chroniques, il suffit de l’écouter ! Ainsi je ne risque pas de me faire allumer par ceux qui les lisent en travers, souvent de travers, et qui me font dire ce que je n’ai jamais écrit. C’est la vie. C’est Noël. Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté…

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 16:00

8vh3whwp.jpgRassurez-vous je ne veux pas casser l’ambiance de ce dernier jour de l’année 2011 je ne fais que citer le titre d’un opus du regretté Pierre Desproges qui, lui, aimait citer Peter Ustinov « Je plains les gens petits. Ils sont les derniers à savoir quand il pleut. »

 

Pour l’année qui va s’ouvrir : 2012, une bissextile, il m’apparaît que former des vœux relève de la minute nécessaire de Monsieur Cyclopède. En 1966, l’une des chroniques de la haine ordinaire de Desproges, s’intitulait « Bonne année mon cul »

 

Extraits « janvier est de très loin le mois le plus saumâtre, le plus grumeleux, le moins pétillant de l’année (…)

Et qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent  sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père Lachaise.

Dieu merci, cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiastes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de « Bonjour à tous », j’ai mis « Bonne année mon cul ». C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamement bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire (…)

 

Desproges notait :

-          Le 15, premier coup dur, Balavoine est mort.

-          Et le soir du 31, comme tous les soirs, Joëlle Kauffmann embrasse ses deux garçons. Et elle entre dans sa chambre. Elle est toute seule. Elle ne dort pas très bien. »

 

Pas gai, gai, me direz-vous mais les raisons d’être gai ne sont pas légion. Dans ses fonds de tiroir à DICTONS Desproges notait : « Thierry Le Luron est mort. Coluche est mort. Jamais deux sans trois » alors pour rire je vous offre Les vœux du Président de la République au coin du feu avec Desproges et Le Luron.

                                        

 

                            Allez, j'arrête de décoconner

 

 Bonne Année 2012 à tous sur mes lignes

 

 

et comme le notait Desproges à propos d'In vino veritas dans son dictionnaire superflu : un petit rouge bien tassé... 

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 00:09

Nous voguons vers la Saint Sylvestre et dans ma ville capitale pour cette dernière soirée de l’année les restaurants se divisent en deux catégories : les fermés majoritaires et ceux qui sacrifient à la tradition du Réveillon avec addition en relation (l’exception ce sont quelques brasseries connues qui sont prises d’assaut). Je ne vais pas vous faire le coup très en vogue d’affirmer que je hais les fêtes obligatoires, non tout bêtement je n’ai nulle envie d’aller m’empiffrer, m’emmerder au prix fort… Alors adieu foie gras, caviar, bûches et cotillons, j’irai me taper une enfilée de toiles dans des cinés vides. Ainsi je rattraperai mon retard de films car ces derniers temps mes vaches m’ont énormément pris du temps.

 

Cependant, afin de célébrer dignement la nouvelle année qui est bissextile je propose à ceux qui réveillonneront, en guise d’hépatoum, et pour les autres, ceux qui bossent ce soir-là et les gars comme moi, en guise d’exercice des zygomatiques et décalaminage des neurones, une perle de Desproges.

 

À la soupe

 

« Pot au fou dans la bouillon

Grosses cargos de Bourgogne

Tournedos de la chef végétarienne

Camembert dans son boîte en bois

Pinard de Bordeaux et Cie. »

 

C’est le menu d’une auberge « française » à la sortie de Dallas, qui s’appelle : « Ah ! Le grand vin blanc ».

 

Publié dans le journal l’Aurore « gardien des rudes valeurs de la France profonde » sous la rubrique « Bref »

photoBref.jpg 

Celle-ci valut au journal un flot de courrier exigeant la démission de Desproges. En conférence de rédaction un des directeurs s’était déjà inquiété de l’identité de l’hurluberlu chargé de cette rubrique. En effet, Desproges venait de signaler qu’ « un groupe de 19 Écossais ivres morts circulant dans un taxi a été intercepté par la police d’Aberdeen au motif que le chauffeur était noir. »

 

Desproges fut sauvé par une lettre adressée à la direction « Je ne lis pas l’Aurore mais je l’achète chaque matin pour Desproges. » Et c’était signé Françoise Sagan.

 

Desproges noua avec Sagan des liens d’amitié encore renforcés par la non-interview d’anthologie qu’il lui fit subir à la télé quelques années plus tard en posant des questions loufoques et hors sujet… Énorme !

 

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