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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 08:00
« Tallone, seul endroit d’Europe où l’on arrache des vignes pour les transformer en poubelle. »

Le leader maximo de la Canebière, fait la Une de Corse-Matin en lançant un pavé dans la « tambouille corse » : traduction ce cher Jean-Luc dénoncé ainsi l’accord entre les Insoumis corses et les communistes insulaires. On ne badine pas avec le chef suprême, il faut obéir le doigt posé sur la couture du pantalon.

 

L’arithmétique électorale il s’en branle le Mélenchon, même si les 2 formations ont vu leur score passe de 20 000 voix aux présidentielles à 10 000 pour les législatives, c’est de la tambouille tout ça ! Son objectif au leader de plus de 65 ans c’est de faire la peau aux cocos. D’ailleurs, il ne mettra pas les pieds à la fête de l’Humanité les 14,15 et 16 septembre.

 

Mais les Insoumis corses, via Jacques Casamarta leur leader, sont clairs « Quoiqu’il arrive, les décisions concernant les territoriales seront prises en Corse. »

 

Et si le leader Maximo envoyait Garrido pour jouer madame les bons offices…

 

Plus sérieusement, en Corse, la question des déchets empoisonne, si je puis dire, la vie de l’île.

 

 

Enfin, à Sagone, à quelques kilomètres de mon lieu de résidence paradisiaque, ça pue l’œuf pourri près d’un poste de relevage de la Dordana. Les riverains excédés par l’incurie du Sivom, ont accroché le panneau ci-dessous et rebaptisé le lieu « U Puzzichegju » soit « l’endroit qui pue ».

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (27)

(27) « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres… »

 

Armando, chic à l’italienne, m’expliqua que lui et ses frères ont été les premiers à travailler en Chine. « Nous avons assuré une continuité dans nos interventions, avec des conseils techniques, en fournissant des techniciens italiens. Et nous sommes aujourd’hui parmi les plus gros importateurs de produits chinois au monde. »

 

Au début des années 90, Armando, qui avait alors une trentaine d’années découvre une Chine radicalement différente de celle d’aujourd’hui. « Les gens étaient encore vêtus de costumes maoïstes. Les rues comptaient peu d’automobiles, énormément de bicyclettes. C’était une Chine ancienne. Le pays s’est transformé à très grande vitesse. Voyager à travers la Chine à cette époque, se rendre dans les zones rurales les plus reculées, celles qui allaient devenir d’importantes zones de production de tomates, a été pour moi une véritable aventure. Je me souviens d’avoir fait un voyage en train couchette, interminable, de vingt-quatre heures, dans des conditions d’hygiène particulièrement difficiles… Au Xinjiang, faute de ponts, il m’est arrivé de traverser des rivières en voiture. Cela vous donnait vraiment la sensation d’être un pionnier. »

 

Il me souriait en ajoutant « vous n’êtes pas venue jusqu’à Parme pour m’entendre radoter sur mes exploits de jeunesse et vous documenter sur la mondialisation de la filière tomate. Cependant votre demande m’a beaucoup surpris. Je n’ai pas très bien compris en quoi je pouvais être en mesure de vous mettre en contact avec un consortium de mystérieux investisseurs s’intéressant à des GCC de Bordeaux. Si je vous reçois c’est que des amis français m’ont dit grand bien de vous, mais vous allez devoir m’expliquer plus précisément cette étrange affaire. Si vous le voulez bien nous allons aller déjeuner.

 

Nous sommes allés prendre l’apéritif Via Farini, une superbe rue piétonne où l’on trouve probablement la plus grande concentration de restaurants avec terrasses, en plus de très appétissantes salumeria, des charcuteries où l’on vend le proscuitto di Parma et sa version très haut de gamme, le culatello di Zibello, qui, contrairement ce dernier, est fait avec seulement le haut de la cuisse du porc, et seulement dans la région humide de Polesine, aux abords de la rivière Po.

 

Puis nous nous rendîmes dans le meilleur restaurant de cuisine italienne à Parme « Al Tramezzino ».

 

Nous commençâmes commence avec les grissini croquants que nous saucions dans une soucoupe pour goûter quelques-unes des huiles fraîchement arrivées.

 

Puis vint  le choix des spécialités parmensi" artisanales : le jambon Sant'Ilario avec 38 mois de maturation, le spalletta de cochon noir et le strolghino de Bocchi. Et encore la zuppetta de châtaignes, les cannellini et écrevisses rouges ; l’oeuf croquant à la vanille avec des noisettes et truffe noire ; le tartara de boeuf avec Parmesan fumé. Les tagliolini durs en assaisonnement crémeux avec des écrevisses roses, le bergamotto et fleurs; le risotto avec du Carnaroli vieilli, travaillé avec citrouille cloche, le cocozza, enrichi avec des cailles désossées et passées en poêle. Les spaghetti avec pulpe de hérisson et cimes de navet, ainsi que les ravioli d'orties à la plaque avec piment doux. Le cerf "en Black" a cuisson rose précise, ail noir, feuilles de chou noir, mûre de ronce. Et encore le mérou de fond, artichauts, Chartreuse ; la dentice avec citrouille ; le filet de cochon au cacao.

 

Je ne savais que choisir. Mon hôte nous fit servir un superbe assortiment d’un peu de tout.

 

La carte des vins était internationale. Armando insista pour que nous déjeunions au champagne, celui de Selosse que le patron suivait depuis toujours.

 

Au fur et à mesure que je développais mon histoire Armando devenait de plus en plus perplexe, il fronçait les sourcils, s’interrogeait en silence. Manifestement cette affaire le dépassait mais il cherchait le pourquoi de son implication par Arkan Jr dont il connaissait bien sûr l’existence. « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres. Arkan Jr est de ceux-là. Je pense qu’il vous envoie vers moi pour que je vous oriente discrètement vers son, ou ses véritables commanditaires. La loi de son milieu lui interdit, sous peine d’y laisser sa peau, de vous révéler qui est véritablement derrière cette étrange proposition.

 

J’ai ma petite idée mais avant de vous orienter vers ceux qui sont, à mon avis, les employeurs d’Arkan Jr, il faut que je fasse faire une discrète enquête dans les milieux de l’agromafia.

 

« En Italie, la criminalité dans le secteur agro-alimentaire a pris une telle ampleur que les institutions de la Péninsule la désigne d’un néologisme : agromafia. Avec la saturation des activités « traditionnelles » des mafias et sous l’effet du ralentissement économique engendré par la crise de 2008, les affaires d’agromafia n’ont cessé de se multiplier depuis une dizaine d’années. La Direction nationale antimafia a estimé le chiffre d’affaires des activités mafieuses dabs l’agriculture italienne à 12,5 milliards d’euros pour l’année 2011, soit 5,6% du produit annuel de la criminalité en Italie. Un chiffre passé à 15,4 milliards d’euros en 2014. La même année, à titre de comparaison, le groupe Danone réalisait un chiffre d’affaires de 21,14 milliards d’euros.

 

Les boss sont désormais présents dans toutes les branches de l’agrobusiness italien. De la mozzarelle à la charcuterie, aucun produit typiquement italien n’échappe à l’influence des clans. La fluidité de la circulation des marchandises propres à la mondialisation, le prestige dont jouissent les produits « Made in Italy », les mutations structurelles propres à l’agrobusiness ont largement contribué à l’essor de l’agromafia. De la Commission parlementaire antimafia aux syndicats italiens, tous soulignent et s’inquiètent de l’influence croissante de la criminalité organisée dans l’industrie agro-alimentaire.

 

La logique est simple. Les capitaux accumulés résultant des activités criminelles sur des territoires contrôlés par la Camorra (Campanie), Cosa Nostra (Sicile), la ’Ndrangheta (Calabre) ou la sacra Corona Unita (Pouilles) ont besoin de débouchés dans l’économie « blanche », afin de circuler, d’atteindre de nouveaux territoires, de générer de nouveaux profits.»

 

Nous finîmes ce plantureux déjeuner avec un superbe plateau de fromages et une glace à la pomme cuite au chocolat fumé.

 

« À mon avis votre affaire c’est du billard à trois bandes mais l’important pour vous c’est de savoir qui tient la bonne queue, celle qui fait le coup gagnant… »

 

Armando me fit le baisemain en me confiant à l’honorable correspondant qui nous avait discrètement accompagnés au restaurant « Prenez soin de vous mademoiselle et, à l’avenir, évitez de venir piétiner les plates-bandes de gens qui ne reculent devant rien… »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 08:00
Jean-Yves Bizot, comme Henry Miller, lit aux cabinets et il nous dit : « On n’y voit rien. Question de lunettes ? » Nos beaux terroirs partent-ils à l’encan ?

Dans un monde obsédé par l’instantanéité, qui prend le temps, la peine de lire, de réfléchir, de tourner 5 fois sa langue dans sa bouche avant de blablater, de pondre des commentaires féroces pour faire le buzz ?

 

Pas grand monde !

 

Alors c’est un véritable défi que de proposer une réflexion construite, argumentée, pesée au trébuchet d’une pensée solide.

 

Jean-Yves Bizot l’a relevé ce défi en nous livrant, avec humour, comment, en un lieu dont l’exotisme vous ravira, il a entrepris de réfléchir, de sortir des sentiers battus, des idées reçues, ressassées, élimées, pour bâtir un texte, que les pressés vont trouver long et ardu, sur un sujet qui agite le tout petit monde des grands amateurs : la mainmise d’investisseurs sur les Grands Domaines.

 

 

Avant de lui céder la plume, juste une  petite explication à propos du titre, Henry  Miller a écrit un tout petite opus Lire aux cabinets « Quand j’étais jeune garçon, et que je cherchais un endroit où dévorer en paix les classiques interdits, je me réfugiais parfois aux cabinets. Depuis ce temps de ma jeunesse, je n’ai plus jamais lu aux cabinets. »

 

Merci Jean-Yves pour cette contribution.

 

 

Ah… les lunettes chauffantes. Installé sur l’une d’elles, dans les toilettes d’un restaurant japonais, mon esprit vagabonde : « les lunettes chauffantes sont-elles vraiment un confort supplémentaire ? » Je me perds dans cette interrogation existentielle laissant mon regard se promener sur le porte-revue pendu au mur. Il accroche de l’une d’elle l’angle supérieur gauche, révélant une portion de titre « LA RE» blanc en défonce sur rouge.

 

Je quitte immédiatement mes hautes sphères de méditation : une RVF, dans des toilettes nippones ?

 

Totalement improbable...

 

Mais où vont donc se nicher les RVF ?

 

Dans ce contexte, enfermé dans ces toilettes au bout du monde, sa lecture n’est pas interdite. Alors par chauvinisme peut-être, par sentiment d’appartenir à une même culture, plus que par conviction, je prends plaisir à l’ouvrir. Je néglige la lecture, en tout début pourtant, de l’interview de Guy Roux. Trois pages : je crains de l’affronter dans sa totalité au risque d’avoir les œufs cuits au dur. Chercher un article d’une page, pas plus… Le siège chauffe, n’oubliez pas… La chronique de Jean-Robert Pitte… tiens tiens… elle est courte : deux colonnes sur 2/3 de page. Le titre « les grands Domaines à l’Encan » s’annonce des plus prometteurs.

 

La promesse est tenue, et me voilà sûrement tout agacé pour le reste de la soirée. Non du fait du contenu, qui n’a rien de particulièrement irritant. On y trouve les habituels propos qui surgissent à chacune de ces transactions. Mais justement, je suis irrité parce que cet article n’a rien d’irritant, ne contient rien à quoi s’opposer, rien sur quoi rebondir. Lisse. Il enchaîne tranquillement les poncifs, les uns après les autres, comme s’ils étaient naturels, inexorables, comme s’il y avait une fatalité contre laquelle toute lutte serait vaine, jusqu’à la petite phrase de conclusion qui est une plainte pour les amateurs. Petite plainte qui arrive après un coup de griffes aux vendeurs : tout y est, bien en place.

 

Une fois évoqués les besoins ou l’avidité, on ne sait trop, des cohéritiers qui suivent juste l’inévitable mais très bref reproche à la fiscalité sur la fortune – tiens on échappe aux droits de succession, pourtant généralement invoqués ! – pour montrer l’aveuglement de l’Etat, et pour finir, les capitaux sans fond des investisseurs, on passe au constat historique, le cœur du texte. Il se veut rassurant, ce constat, car le phénomène est historique donc naturel donc normal, n’est-ce pas – de telles transactions ont toujours eu lieu.

 

A-t-on avancé d’un iota ?

 

Non, bien sûr, car les causes sont tellement bien connues, comme le rappelle Jean-Robert Pitte qu’il devient presque lassant de les répéter et inutile de s’étendre dessus. Bien connues, ou seulement bien répétées, ânonnées comme une litanie jusqu’à en perdre le sens des mots et des phrases ? Car il doit bien y avoir quelque chose de cet ordre-là : on les trouve quasi à l’identique – avec des chiffres en plus pour conforter la démonstration : ultime raison ! – dans le film de Cédric Klapisch, Ce qui nous lie. Idées reçues ? Faits réels ? Je me méfie bien trop des évidences présentées comme telles et des idées qui tournent en rond pour ne pas titiller les propos de l’article.

 

Pour commencer, oui, je suis d’accord avec le constat historique : la vigne appartient rarement à ceux qui la travaillent au cours de l’histoire. Les propriétaires sont souvent des « étrangers » : abbayes parfois lointaines, seigneurs de la grande ville d’à côté, Parisiens, 2 bourgeois, notables, banquiers... alors pourquoi pas Hongkongais, Américains ou Singapourien ? Mais quand même, aujourd’hui, pour une grande partie du vignoble, il est difficile de dissocier exploitants et propriétaires ou au moins famille et exploitations. C’est une donnée et à moins d’en faire fi, l’histoire est-elle une justification suffisante pour se résigner et dont on doit se satisfaire ? Considérer ces acquisitions comme une évolution normale évite de poser les questions : qu’une telle évolution survienne doit révéler quelque chose, à condition de creuser un peu plus loin ou un peu à côté de l’histoire. Je suis d’accord aussi pour dire que ces achats ne signent pas la fin des vins de qualité. Reste tout de même à s’entendre sur la qualité : nous ne serions pas forcément en phase. Ceci étant dit, allons visiter les causes.

 

Comme causes de ces ventes, bien sûr l’impôt sur la fortune et les droits de succession… D’autant que le foncier atteint des prix faramineux, hors de toute raison. Alors bien sûr, quand ils tombent…

 

Certes ces impôts sont chers, mais changeons un peu la perspective : cette cause n’est-elle pas tout autant une conséquence ? C’est-à-dire qu’en incriminant de facto l’Etat on élude la cause réelle, le fond, voire on inverse le raisonnement.

 

Et les cohéritiers ? Idem ! Il y a un foncier qui croît en valeur d’année en année, mais dont la rentabilité relative diminue. De l’autre côté, il y a une exploitation qui n’assure pas un revenu à hauteur de ses enjeux financiers. Ce sont les faits. On ne peut reprocher effectivement à personne de vendre un bien pour partir vers d’autres projets, avec les conséquences que l’on connaît, mais nombre de successions se traduisent par une vente. Souvent des vignes changent de main, mais pas leur exploitant. Vu de l’extérieur, rien ne bouge. D’autres fois, c’est tout le poisson qui est avalé. Alors, on en parle.

 

Mais en face, pour acheter ces fonciers qui ne rapportent rien, à des prix inimaginables, déraisonnables, fous… il y a des personnes. Elles ont beau être riches, elles doivent réfléchir un peu quand même, non ? Même l’antipathique Anselme dans Ce qui nous lie ! Arrogant, mais la tête sur les épaules. Viticulteur lui aussi, il a pourtant les moyens de les racheter, les vignes de ses voisins. Il faut dire qu’il est tellement châtelain... Mais s’il en est capable, pourquoi pas les autres ? Tout n’est pas aussi limpide. Alors…

 

Les impôts et les cohéritiers sont-ils réellement des causes ou au contraire, le signe d’un problème plus profond ? On ne peut pas réduire ces ventes simplement à des histoires de besoins ou d’avidité des coactionnaires, des copropriétaires, des cohéritiers ou du fisc. Cet état de fait a lui-même un pourquoi. A ce niveau d’interrogation, j’ai beau lire tous les articles, tous les blogs, je ne trouve rien. On achoppe sur ces clichés : les capitaux, la fiscalité, l’avidité, auxquels s’ajoute l’incapacité de la SAFER à enrayer le mouvement.

 

Alors non, finalement, à mon avis, elles ne sont pas si bien connues, ces causes et la question voire les questions de fond demeurent non abordées. Alors même que le secteur viticole est toujours présenté comme un modèle florissant - La première est criante : pourquoi des domaines sont-ils obligés de vendre tout ou partie de leur foncier pour continuer, voire pour se vendre ? - Une autre, très proche, en découle naturellement : pour quelles raisons les structures viticoles sont-elles finalement aussi fragiles ?

 

Une fois posées ces deux questions, d’autres apparaissent, tout aussi évidentes :

 

- Pourquoi le foncier est-il aussi cher ?  

 

- Pourquoi sa rentabilité est-elle aussi faible ?

 

- Pourquoi, malgré cela, y a-t-il tout de même des acquéreurs ?

 

D’autres suivent, plus ou moins importantes, mais je m’attache tout particulièrement à la première, qui touche au déclassement. La liste n’est pas exhaustive :

 

- Quelles sont les conséquences sociales et sociétales d’une telle évolution ?

 

- Quelles sont ses conséquences pour les appellations et les vins ?

 

- Quelles sont ses conséquences économiques sur les régions ?

 

- …

 

Voilà tout ce que je perçois comme remous sous la surface assez lisse, trop lisse de cet article. Mais bien évidemment, je vois les choses du côté de la production donc de mon intérêt. Jean-Robert Pitte écrit dans une revue à destination des consommateurs… « Pour les amateurs, hélas, les conséquences sont contrastées : la qualité du vin demeure ou s’améliore, mais les prix s’envolent hélas assez vite… » Deux « hélas » dans cette dernière phrase, je vous avais bien dit que le ton était à la plainte ! Scorie de correction certainement plus que figure de style. Quand même, cet « hélas » de trop est passé inaperçu à la relecture, sans choquer. Un signe, tout de même.

 

Que se passe-t-il quand un investisseur rachète un domaine ? Ses prix montent, voire s’envolent. S’agit-il, comme le suppose Olivier Peols dans son commentaire du 8 août sur sa page Facebook, juste d’une tentative pour rentrer dans des frais somptuaires : « Le rachat de la Bourgogne petit à petit par de grosses fortunes est hélas inéluctable... pour les amateurs la conséquence sera sans appel : une hausse continue des prix des vins que nous aimons, ces investisseurs qui dépensent des sommes folles étant contraints de rentabiliser leurs investissements. C'est une révolution pour cette région ! » ?

 

Je bute : je veux bien prêter – mais seulement prêter – une bonne dose d’ineptie et d’inconséquence aux riches, tout de même… un, oui, deux pourquoi pas… mais là, ils deviennent trop nombreux à être fous. Alors je ne pense pas que la hausse des prix soit due exclusivement à une tentative désespérée de rentrer dans leurs investissements. Le problème, une fois encore est probablement présenté à l’envers : inverser les causes et les conséquences pour comprendre réellement ce qui se passe. Car pour construire – je devrais dire étayer – le raisonnement d’Olivier Poels et très certainement celui de Jean-Robert Pitte il faut faire des acrobaties et émettre des hypothèses plus ou moins fantaisistes, en premier lieu que les investisseurs sont inconséquents. Hypothèse non recevable. La deuxième, répétée à l’envi, est le retour sur investissement séculaire pour une parcelle de vigne : 100, 110 ans, donc, une rentabilité très faible. Certes le foncier est cher, très cher, trop cher.

 

De quoi parle-t-on au juste et qu’y intègre-t-on ?

 

D’une part le fermage (loyer), toujours faible comparé aux capitaux en jeux, nettement en dessous de 1%. Je le place ici, ce loyer, car si c’est un coût pour le domaine, lorsque l’exploitant est propriétaire, il fait partie de son revenu. Sinon, effectivement, ce montant part vers les investisseurs, les actionnaires ou les cohéritiers. Ce fermage a finalement une situation assez ambiguë, ce qui complexifie l’analyse.

 

D’autre part, bien sûr, le fruit de la vente du vin : il dépend du rendement et du prix de vente. Aucune surprise jusque-là. La rentabilité d’un vignoble, de tous les vignobles, est faible si on considère les coûts de production, les aléas climatiques et le prix de vente habituel des vins.

 

Mais le client est un étranger aujourd’hui. « La mondialisation, c’est d’abord du territoire », écrit le géographe Laurent Carroué. Territoire commercial déjà et sans conteste. Certains domaines, quelques appellations dont les grands crus de Bourgogne, ont des images très fortes, construites par les acheteurs dont certains margent plus que confortablement. Nous y contribuons volontairement, à cette création d’image, par notre discours collectif, comme dans le cas des grands crus de Bourgogne. Alors en ajustant le prix du vin à son cours mondial, d’un coup, l’investissement devient transparent. Ces achats sont déjà l’acquisition d’une image forte et d’un potentiel inexploité. Autrement dit : rentable. Ces investisseurs achètent de surcroît de quoi alimenter leur réseau commercial déjà bien établi. La communication faite autour de ces achats leur fait déjà une page de pub.

 

Aucune des dernières transactions survenues en Bourgogne, perçues sous cet angle et mesurées à l’aune de ces grands financiers – je parle non de leur disponibilité monétaire, mais de leurs possibilités commerciales – ne semble folle ou démesurée. Il en va de même très certainement pour le Clos-Rougeard. Ces investissements sont fondés sur des raisons solides, rentables et l’ensemble tient sans étais. Raisons et rentes qui n’interdisent nullement l’amour du vin ou le goût du prestige. Bien au contraire, j’oserais dire, car l’histoire a beaucoup à nous apprendre, si on veut la regarder sans filtre.

 

Donc il a fallu atteindre l’extrême fin de ce texte pour toucher l’essentiel. M. Pitte sait écrire ! En terminant sur cette note (laquelle explicitement ?), se résigne-t-il ou tente-t-il de faire admettre aux amateurs l’inéluctable ? Je ne sais trop, mais cette phrase glissée juste à la fin en réalité ouvre des perspectives. Je le pense trop fin pour ne pas les saisir mais le texte s’arrête là où il devrait commencer. En continuant le raisonnement comme un gant, tout s’éclaire : le prix du vin n’est-il pas à l’origine de ce phénomène ? La cause profonde de Montesquieu. Celles qui sont évoquées habituellement seraient juste des conséquences induites de cette cause première, la cause de la faiblesse structurelle des exploitations.

 

Plus que le prix, je dirais la commercialisation d’ailleurs : il y a un moment où leur marché a échappé aux producteurs. Le marché et la valorisation. En assez peu de temps, nous sommes passés d’un marché local, presque de proximité, avec une vente en bouteille au caveau directement aux consommateurs, à des marchés internationaux, plus ou moins en en réseau : importateurs, grossistes, revendeurs, prescripteurs… qui ont su créer la réputation mondiale bien souvent à leurs seuls bénéfices. La marge a échappé aux producteurs.

 

L’extension géographique du commerce a changé la donne, sans que les pratiques commerciales ne bougent. Quel est le prix du vin : celui que l’on fixe (celui que l’on souhaite) ou celui auquel le vin s’achète ? Un ami, au cours d’une discussion sur ce sujet il y a quelques jours me parlait de l’irrationalité des marchés. Une illusion : ce qui est irrationnel, ce ne sont pas les marchés mais la façon dont le vin est mis en vente. Faute d’avoir évolué sur cet aspect, le monde viticole se retrouve dans une impasse. Cette absence de vision, ’il y a 20 ou 30 ans se paye aujourd’hui. A la fin des années 80, les exploitants ont perdu la capacité de le racheter leur foncier. Aujourd’hui, ce sont les loyers qui leur posent problème. Je me suis longtemps demandé ce que serait la prochaine variable d’ajustement : Olivier Peols me donne la réponse.

 

La chronique en fait bien sûr une histoire de riches : « Comme consolation, ils se retrouvent à la tête d’un capital confortable qui leur permet mais aussi à leurs descendants, l’aisance et le rebondissement vers d’autres affaires. » Bien évidemment, il est plus facile de partir avec un matelas que sans rien. Ceci est vrai mais pour tellement peu d’élus ! Une infime fraction. Dans d’autres appellations, moins prestigieuses, pour beaucoup de domaines, la donne n’est plus la même : le chèque est nettement moins gros, quand il est là. La raison est identique : une insuffisance de revenus. Peu à peu, la machine s’enraye. On assiste en fait à une dépossession progressive mais inéluctable, semble-t-il, des exploitants, qui aboutit de fait à un déclassement social. Bien sûr, la terre n’est pas délocalisée. Et alors ? Mais ce qui se perçoit dans l’ultime phrase de la chronique de Jean-Robert Pitte est la même inquiétude sociale, vue en miroir, la crainte du déclassement : ne plus être ce qu’on était, ne plus avoir accès à ce quoi on avait droit.

 

 

On n’y voit rien est le titre d’un ouvrage de Daniel Arasse, sa lecture de tableaux au travers de petits textes. Petit ouvrage essentiel, plus par l’esprit qu’il instille que pour son objet : il est inutile d’être féru de peinture pour le lire, quel plaisir de le suivre dans sa démarche ! Je me suis permis de reprendre son titre, à mon niveau. J’espère ne pas avoir trahi son esprit.

 

C’est la volonté de regarder qui importe, et c’est peut-être elle qui nous donne les outils pour saisir les bonnes clefs. Le vin, comme la peinture est un monde d’illusion. Mais comme la peinture, le vin est aussi un monde concret, ce que l’on tente de masquer. Un subterfuge. On peut s’y perdre, volontairement ou non, trop souvent avec complaisance voire par complicité. Daniel Arasse nous invite à regarder le réel, les faits, non les concepts, pour accéder à ce qui se cache derrière un tableau, à saisir sa signification au-delà du sujet, à tenter de percer son mystère, son pourquoi. Ne pas s’arrêter à la surface.

 

Je m’étonne toujours que dans le monde du vin, du producteur, de l’œnologue au critique, jusqu’au chercheur même bien souvent, la plupart restent à ce niveau, refusant de creuser et répétant très souvent, trop souvent le même discours comme pour se convaincre de sa vérité ou par refus de regarder ce qu’il cache. Tout est dans les détails, mais surtout dans leur organisation dans l’ensemble. Une question de distance.

 

Alors comment regarder le monde du vin, aujourd’hui qu’il a changé de dimension ?

 

Quelles lunettes choisir ?

 

Pour comprendre ce qui se passe à l’autre bout du monde, et l’incidence sur notre travail et notre vie, arrêter son regard à son pas de porte est inutile. Il vaudrait mieux une longue vue. En tout état de cause, les lunettes de lecture ne sont pas adaptées.

 

Pas plus adaptées en fait, que des lunettes chauffantes.

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (26)

(26) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 5 lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Rosa et moi, flanquées du jeune VO  nous nous sommes rendus à la petite coopérative laitière de San Lucio située sur la route entre Felino et Marzorlara, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Parme.

 

C’est Antonio le fromager qui nous a reçues.

 

Après avoir effectuée la collecte dans les fermes avoisinantes, le camion de lait arrive à huit heures dans la petite coopérative laitière San Lucio. Antonio, le responsable de fabrication est fin prêt. Depuis longtemps d’ailleurs. Comme chaque matin, sa journée avait commencé à 6 heures. Il lui avait fallu enlever la crème de la traite du soir et mettre le lait écrémé dans les immenses cuves en cuivre en forme de cloche renversée.

 

Le lait qui venait d’arriver était du lait frais, c’est-à-dire juste trait et acheminé à la température ambiante, voire même tenu au chaud en hiver, car il ne devait pas descendre sous les 18°C afin de ne pas modifier la flore lactique.

 

C’est du lait cru, bien sûr, provenant de vaches élevées et nourries au foin de la région. Comme vous vous en doutez Antonio ne peut utiliser des bactéries lactiques provenant de laboratoires. Il doit obligatoirement utiliser du séro-ferment indigène, provenant de son petit lait de la veille.

 

« Nous le goûtons, ce fameux petit-lait. Il a la consistance de l’eau avec une teinte jaunâtre. En bouche, on a l’impression de boire un jus de citron. Rien à voir avec le petit lait du jour, au goût de lait très sucré. Les bactéries de l’acide lactique ont eu le temps, pendant la nuit, de croître et de se multiplier en mangeant le lactose du petit-lait et en le transformant en acide lactique, qui aura un rôle primordial dans l’affinage.» Nous confie-t-il.

 

Depuis le Moyen-Âge, la méthode reste la même : le lait frais est ajouté au lait écrémé de la veille. Chaque cuve en cuivre contient 1000 litres de lait. Le lait est porté à 36°C, à l’aide de vapeur qui circule entre la paroi intérieure et la paroi extérieure de la cuve, puis le petit lait des fromages de la veille et la présure sont ajoutés.

 

La présure est d’origine animale, et le chauffage à 36°C est la même que celle de l’estomac du veau précise Antonio.

 

C’est ensuite le stade du caillé, opération délicate car il faut éviter qu’il ne devienne dur. Alors, Antonio et ses acolytes le casse à l’aide de la spinatura – le tranche-caillé – « Ainsi le caillé passe d’une masse compacte à un agrégat de grains de la taille de grains de riz. »

 

La main d’Antonio est l’outil technologique dernier cri pour savoir si le caillé est au bon stade de la déshydratation.

 

Ensuite on chauffe pendant une dizaine de minutes le caillé pour que les grains se rétractent et perdent leur eau. Mais il ne faut pas que la déshydratation soit complète sinon les petits grains ne pourront s’unir pour faire une masse compacte de fromage.

 

L’œil et le toucher d’Antonio sont donc des outils essentiels dans cette opération délicate et cruciale.

 

Puis, il faut attendre l’agrégation en fond de cuve. La masse est ensuite soulevée avec une pale en bois pendant que l’on glisse une toile de lin par-dessous. Le tout est suspendu à une barre puis coupé en deux. Ce sont 2 futures meules placées dans des toiles en lin pour s’égoutter. Elles seront ensuite placées dans leur forme couverte du Tagliere, un lourd disque en bois, pour les aplatir et aider le petit-lait à s’évacuer. Lors de la première journée les meules sont retournées toutes les deux heures et à chaque retournement on change le linge.

 

Vers 20 heures, lors de la dernière rotation, Antonio va procéder, à l’aide d’un cerceau en plastique, au marquage de la mention Parmigiano Reggiano et aux mentions de l’autorité sanitaire indiquant le mois et l’année de la production et le code de la fromagerie.

 

Ensuite, les meules dans leur moule iront passer une vingtaine de jours immergées dans de l’eau saturée de sel. Elles vont perdre environ 2 kg et le sel aura pénétré 3 cm dans le fromage.

 

Elles gagneront après ce bain des caves maintenues à une température d’environ 17°C et à un taux d’humidité de 80% afin de se débarrasser doucement de leur eau ; pour ce faire on les retournera et les brossera chaque semaine.

 

Au bout d’un an les meules passeront à l’examen des « experti battitori » qui inspectent chaque meule avec un marteau. En une dizaine de coups, la meule gagne ou perd sa mention Parmigiano Reggiano.

 

« Si le son n’est pas homogène, cela veut dire qu’il y a des défauts à l’intérieur. Ce peut-être des trous ou des ruptures de la pâte dut à une fermentation non désirée. »

 

Ces défauts s’expliquent en règle générale par une mauvaise fermentation, et notamment la fermentation butyrique. Celle-ci est liée à l’alimentation des vaches et plus particulièrement à l’ingestion de végétaux fermentés, notamment l’ensilage.

 

Celui-ci est interdit pour la nourriture des vaches produisant du lait pour le Parmigiano Reggiano et autorisé pour le Grana Padano.

 

Les meules n’en ont pas pour autant fini, elles vont encore séjourner une ou plusieurs années en cave. C’est dans cette dernière ligne droite de leur vie que va se produire, sous l’effet de l’absence d’eau et d’une diffusion parfaite du sel, la protéolyse.

 

Les bactéries de l’acide lactique meurent et libèrent un enzyme qui va désintégrer la caséine. Au cours de ce processus la pâte devient plus friable et plus granuleuse. Un acide aminé se fragmente pour s’amasser sous forme de cristaux.

 

Voilà, lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Nous avons regagné le tarmac de Giuseppe Verdi chargées comme des mules – pas de confusion merci – d’une belle meule de Parmigiano Reggiano de 36 mois. La pasta allait s’éclater rue Charles Floquet !

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 08:00
Les élucubrations d’un pinzutu en exil in Golfu di a Liscia : le vin a aussi besoin d’eau…

« La progression du sentiment anti-France me préoccupe » proclame Jean-Martin Mondolini leader de la droite régionaliste en Haute-Corse, en page 5 de Corse-matin, le JO de l’île.

 

En tant que pinzutu indécrottable je ne suis pas en capacité de décrypter les subtilités de l’échiquier complexe des tendances et des sous-tendances politiques qui traversent droite et gauche insulaire avec leur lot de grands feudataires, les nationalistes et les indépendantistes, et y’a même ici des insoumis et un paquet qui fricotent avec la fille du borgne.

 

Si je vous cite ce jeune loup de Mondolini, un chouïa dégagiste, et poliment partisan de remplacer les vieilles canailles, c’est qu’il souhaite éclairer l’électeur sur les conséquences d’un Corsexit.

 

J’avoue que le concept de Corsexit m’a séduit.

 

« Je souhaite que chaque électeur soit éclairé sur les enjeux du processus d’autodétermination validé par la majorité territoriale, notamment en faisant expertiser et connaître les conséquences d’un « Corsexit ». Je suis le premier à dénoncer les maladresses de l’État, à demander plus de compétences, plus de moyens, à vouloir tendre vers une République fédéraliste mais je trouve préoccupant le sentiment anti-France qui gagne certains esprits dans une attitude de déresponsabilisation infantile sur le thème : » Quand ça ne va pas, c’est la faute de l’État. » Inversement, je trouve assourdissant le silence qui prévaut chaque fois que nous sommes rattrapés par nos propres turpitudes. Je songe à la catastrophe économique, sportive et sociétale du Sporting, ou encore la folie incendiaire. Que n’aurait-on lu si des « Gaulois » en avaient été les protagonistes. »

 

La chronique de Roger Antech en page 40 au titre accrocheur : Le vin peut aussi manquer d’eau, en référence à l’extrême sécheresse qui a sévi sur l’île, est un peu du même tonneau.

 

C’est un joyeux méli-mélo d’irresponsabilités sur la gestion de l’eau en Corse, comme celle des déchets… Tout le monde se renvoie la balle et rien n’avance.

 

Et Antech revient bien sûr au jeu électoral qui va s’ouvrir dans 3 mois lors des élections territoriales : « La Corse manque d’eau. Elle ne manquera pas de candidats en décembre prochain, si l’on en juge par la frénésie qui agite tous les camps à trois mois seulement de l’échéance.

 

La droite se présente comme de coutume sous une multitude de ruisseaux, deux déjà, trois bientôt dont on n’est même plus sûr qu’ils rentreront en confluence avant le 17 décembre, jour du second tour des territoriales. Il y a longtemps qu’ils ne font plus ici les grandes rivières.

 

La gauche pour avoir pratiqué si souvent cette même politique, y apparaît comme une terre brûlée, un maquis étêté, sans chef légitime ou même désigné, un paysage dévasté d’après déluge.

 

Plutôt que de se demander « qui ? » pour conduire la liste, ces deux bords, si longtemps au pouvoir territorial, devraient d’abord s’interroger sur quelle politique de droite ou de gauche pour la Corse. Mais le lit des idées semble lui-même tari…

 

Chez les nationalistes, le partage des eaux paraît mieux établi entre indépendantistes et autonomistes au pouvoir, même si une nouvelle démarcation apparaît avec l’autodétermination. C’est donc moins le choix des personnalités, et moins les niveaux qui préoccupent que le diamètre, le calibrage du tuyau. Union ou pas dès le premier tour, entre Femu et Corsica Libera ? L’Évangile paraît écrit mais on ne le dit pas encore. »

 

Je m’en tiens là car ensuite le chroniqueur s’adonne à l’art corse de l’image sainte où le pinzutu que je suis ne comprends goutte fusse-t-elle bénite.

 

Samedi 2, lorsque j’ai posé le pied sur le tarmac de Campo del Oro, notre ex-président arrivait à Monticello pour faire du Hollande : remettre les insignes de la Légion d’Honneur à Hyacinthe Mattei, l’ancien maire de Monticello (son fils Joseph lui a succédé). Le François adore ce genre d’exercice, il y excelle…

 

 

Enfin, un cliché qui va vous surprendre : Le Grand Prix Lucien Tirroloni à Vignetta.

 

 

Pourquoi ?

 

Tout simplement parce que j’ai bien connu Lucien Tirroloni lorsqu’il présidait la Chambre d’Agriculture de Corse-du-Sud et que je pilotais au cabinet le dossier Corse sous la responsabilité du Premier Ministre Michel Rocard. Lucien Tirroloni a été assassiné. Aucune revendication, le ou les auteurs ou commanditaires jamais identifiés et bien sûr condamnés.

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (25)

(25) Le Falcon 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques

 

Des motos-taxis nous conduisirent à l’aéroport du Bourget, en dépit de leurs casques je savais que c’étaient des yakusas. Un cross-over Nissan ouvrait la route et un autre nous collait au cul. Le Tarpon ne lésinait pas sur la sécurité, ça le faisait bander !

 

L’équipage du Falcon EX, le commandant de bord, le copilote et une hôtesse nous attendaient au pied de l’appareil, souriants. Ils nous saluèrent au fur et mesure de notre passage. Les trois filles nous nous installâmes à l’avant. Nos protecteurs à l’arrière. L’équipage se mit en place. L’hôtesse referma la porte. Les réacteurs feulèrent. L’avion entama son roulage jusqu’en bout de piste. Nous décollâmes à 17h35. Le 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques. Le jeune VO nous en fit la remarque en souriant.

 

Nous atteignîmes notre altitude de croisière très rapidement. L’hôtesse nous proposa des rafraichissements. J’optai  pour un Cristal 2004 de Roederer, alors qu’Adelphine et Rosa s’en tinrent sagement au jus d’orange. Les hommes sirotèrent du Lagavulin.

 

Le commandant de bord nous avait annoncé dès notre départ que la distance de vol entre Paris et Venise était d’environ de 470 miles soit 755 kms et des poussières, et qu’il nous faudrait compter sur 1 heure 15 minutes de voyage pour atteindre l’aéroport Giuseppe Verdi de Parme.

 

Après les rafraîchissements notre charmante hôtesse dressa la table et nous servit une collation. Les filles picorèrent, nos hommes se goinfrèrent. Adelphine lisait en mangeant. J’avais remarqué dès le départ qu’elle tenait à la main un livre sur la jaquette duquel trônait une jeune vache pie noire dans un décor de papier vert d’eau très bucolique, « Laitier de nuit » d’Andrei Kourkov.

 

J’avais lu son désopilant best-seller « Le Pingouin » qui contait l’histoire, à Kiev, de Victor Zolotarev, un journaliste sans emploi et de son pingouin Micha rescapé du zoo de la ville en pleine débine. Tous deux tentent péniblement de survivre, entre la baignoire et le frigidaire de l'appartement. J’avis adoré Victor et son pingouin neurasthénique se trouvent plongé dans la tourmente d’un monde impitoyable et sans règles, celui d’une république de l’ancien  empire soviétique

 

 Adelphine lut à voix haute :

 

« Nous sommes à l’aéroport de Bérispol, un matin. » c’est l’aéroport de Kiev. «Un maître-chien, Dmitri Kovalenko, employé des douanes inspectait avec son berger Chamil les rangées de bagages enregistrées, en  fredonnant une chanson inepte. Chamil reniflait les valises et les sacs depuis quatre du matin. Après trois heures de boulot le clebs fatiguait… »

 

« … Ce matin-là, comme par un fait exprès, les passagers aériens se révélaient étonnement respectueux de la loi. Aucune trace de drogue dans leurs bagages. Or le chien avait grande envie de faire plaisir à son maître qui, à voir son regard, ne semblait pas connaître le sens du mot « excitation». Comme il aurait aimé le voir cesser de bailler ».

 

Le gabelou, n’avait pas son compte de sommeil car il avait fêté jusqu’à l’aube les 25 ans de sa sœur cadette Nadka avec une vingtaine de personnes. « Ils avaient bu, mangé et joué au karaoké » et c’est que cette fichue rengaine lui était rentré dans la tête. « Tu nous ne rattraperas pas ! » Chamil, lorsque soudain « une fragrance tout à fit neuve et insolite attira son attention. Ce curieux parfum émanait d’une petite valise de plastique noir à roulettes. Celle-ci était flambant neuve, et ce détail participait également de l’odeur, cependant il y avait autre chose encore, qui inspirait comme un étrange et pesant sentiment de joie mauvaise. »

 

Le Falcon se posait en douceur. Un van m’attendait au pied de la passerelle pour me conduire dans les locaux de l’entreprise Gandolfo, numéro un mondial du trading de concentré de tomates, aussi spacieux que discrets. Les trois frères Gandolfo, les « Marco Polo » de la tomate, la troisième génération à parcourir le monde pour acheter et vendre des barils d’or rouge. Chaque été, ces traders se relaient en Chine dans le cadre de leurs voyages d’affaires rituels. Les 3 frères scrutent attentivement l’évolution de la production chinoise.

 

C’est Armando, l’aîné qui me reçut.

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 06:00
Le « Petit Paysan » d’Hubert Charuel, le bouseux de Haute-Marne à la Fémis couronné par le jury de John Malkovich au 10e Festival du film francophone d'Angoulême

La Haute-Marne ce fut d’abord pour moi, à l’école, le département où la Seine prenait sa source sur le plateau de Langres (Haute-Marne). Une simplification géographique.

 

« En fait, les sources de la Seine jaillissent aux confins de trois pays : à l’ouest, l’Auxois et ses collines de prairies verdoyantes où paissent de paisibles bovins blancs, à l’est le Châtillonnais et ses grandes plaines de céréales, et enfin au sud la Montagne dijonnaise »

 

La Seine naît donc en Bourgogne.

 

Ensuite ce fut Jean-Noël Bongrain, discret, ex-séminariste, l'homme du Caprice des Dieux, du Boursin et autres spécialités fromagères, l'homme des marques, fondateur et patron du groupe laitier éponyme créé dans une petite laiterie de Haute-Marne.

 

Je dirige la négociation pour sauver l’ULN en faillite. La bataille fait rage entre le groupe Besnier et le groupe Bongrain. Jean-Noël Bongrain demande à me voir. La rencontre a lieu dans un discret hôtel particulier du VIIe arrondissement assez mal meublé. Gris sur gris, l'homme m'accueille avec la componction des prélats. À peine suis-je assis que J.N. Bongrain d’une voix doucereuse, chanoinesque, me pose une question : « Monsieur Berthomeau pourriez-vous me citer les vertus cardinales ? »

 

Inversion des rôles, d'ordinaire mes interlocuteurs me cirent les pompes, lui me met en difficulté. Il sait que je suis un pur produit de l'enseignement catholique vendéen. Il me teste. Dans les tréfonds de mes souvenirs de catéchisme je ne retrouve que les 3 vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité mais du côté des cardinales, qui elles sont au nombre de 4, je suis à la ramasse.

 

Pourtant je m'arrache et risque la justice et le courage puis je jette l'éponge. J.N. Bongrain, toujours aussi chanoinesque me félicite, d'ordinaire ses interlocuteurs sèchent totalement. Il complète ma liste : la prudence et la tempérance...

 

Et puis, il y eut Auberive, la forêt d’Auberive où nous expédiions nos chasseurs. Je n’y suis jamais allé.

 

Enfin, il y eut la vie que l’on vit, la mienne fit un détour en ce département sans y trouver ce que je désirais.

 

Le jury de John Malkovich a récompensé le premier long-métrage d'Hubert Charuel par le « Valois de diamant » au 10e Festival du film francophone d'Angoulême, « Petit Paysan » sortira le 30 août. Le réalisateur, originaire du nord-est de la France, la ferme de ses parents est situé aux Granges, hameau du village agricole de Droyes (Haute-Marne). Hubert Charuel, 32 ans, n'en revient pas. Et pourtant, son film, un premier long métrage "cathartique" filmé dans la ferme familiale, entre fable sociale et fiction rurale, avait déjà créé l'événement au 70e festival de Cannes en mai dernier dans le cadre de la Semaine de la critique.

 

C'est dans la ferme de ses parents, aux Granges, que la plupart des scènes du film ont été tournées, là aussi que ce fils unique a grandi, aidant à la traite les « gaudelles », les   le patois haut-marnais. Gérer l'exploitation n'a jamais vraiment été pour une lui une option. « Je n'ai jamais grandi en me disant que j'allais reprendre la ferme.

 

 

La fiction fait écho au quotidien éprouvant des agriculteurs, Hubert Charuel met en scène Pierre - Swann Arlaud -, un éleveur de vaches laitières trentenaire qui organise ses journées autour de ses bêtes, sa soeur vétérinaire - Sara Giraudeau - et ses parents. Alors qu'une épidémie se répand en France, il est prêt à tout pour sauver son troupeau. Ses parents, son grand-père et des amis d'enfance, tous non professionnels, donnent également la réplique, car « la paysannerie c'est aussi le lien, la transmission, une histoire de famille »

 

« L'idée était de sortir du naturalisme (...) de ne pas se servir du monde rural juste comme décor. On savait qu'il y a avait un potentiel fictionnel énorme dans cet univers-là »

 

« Au départ, j'ai plus fait ce film par nécessité que par envie. Il y a un énorme truc cathartique, c'est un peu une manière pour moi de dire au revoir à ce monde-là, à cette ferme que je ne reprendrai pas. »

 

 

Diplômé de la Fémis en production en 2011, il met vite le cap sur la réalisation. En arrivant à la Fémis, « j'avais peur d'être considéré comme le bouseux de la classe, confie Hubert, qui estime être « un gros inculte du cinéma. »

 

Source AFP, publié le 28/08/2017

« Petit paysan » : un thriller mental dans une étable ICI 

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 

 

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 06:00
Les chapitres 19 à 24 du roman de plage de l’été : Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers

(19) « Pas de témoins, pas vu, pas pris, prévenez vos collègues du 13e et ceux de la BRB, je pense que notre ami Arkan est derrière ce joyeux gymkhana… »

 

Au retour de la rue des Saussaies nous avons décidé de faire une pause, Arkan localisé, Agrippine entravée mais sans savoir si elle avait été enlevée ou simplement mis au frais, il ne nous restait plus qu’à attendre la réaction d’Aadvark lorsqu’il apprendrait que sa douce avait disparu et, bien sûr, celle du Serbe. Marie allait pousser plus avant sa collaboration avec le cabinet de Collomb afin de trouver une passerelle avec les stars de la BRB dont la susceptibilité est bien connue.

 

Dans l’après-midi, alors qu’Adelphine et Rosalie s’affairaient à transformer une des pièces de la rue Charles Floquet en centre opérationnel je décidai de reprendre langue, si je puis m’exprimer ainsi, avec mon éruptive banquière Lucette Durand. Au téléphone l’accueil fut polaire. Je ripostai en surjouant l’outragé « et comment se terminent les promenades nocturnes des toutous avec le beau Houellebecq ? Sans doute par de profonds échanges littéraires… » Un léger zéphyr souffla sur la banquise. J’enfonçai le clou « la confiance ça se mérite ma chère, je ne suis pas certain que si tu engages un bras de fer sur ce terrain-là ce sera à ton avantage ! » L’iceberg se fissurait, avec des petits sanglots dans la voix elle ânonnait des « je suis désolée, je suis désolée… »

 

Le dégel total intervint sur le pieu de Lucette, ce fut Ouragan sur le Caine. Par bonheur le régime cardio-muscu d’Adelphine me permit de tenir la distance. Elle était insatiable. Je pourrais, comme le font certains auteurs, pour pimenter ce récit, vous décrire par le menu notre corps à corps, nos extases et épectases. Si je m’abstiens c’est que : primo, ça n’apporte rien à l’action de savoir qu’à  des préliminaires d’enfer a succédé un super 69 – les deux partenaires sont allongés tête-bêche, sur le côté ou l’un sur l’autre. La bouche de l’un est contre le sexe de l’autre, ils se prodiguent mutuellement fellation et cunnilingus –, secundo, que dans cette affaire je n’étais pas spectateur, vous relater notre fusion équivaudrait à demander à un curé comment le vin blanc doux de messe se transmue en sang du Christ, tertio, ce qui va suivre est bien plus excitant qu’une banale, même torride, partie de jambes en l’air.

 

Mes gonades essorées – oui, oui, vulgaire un jour vulgaire toujours, la vulgarité c’est comme le communisme on n’en guérit jamais – il me fallait injecter des sucres lents dans mon corps flapi. Paris au mois d’août c’est le désert de Gobi, le triomphe de la mal bouffe, toutes les bonnes crèmeries ont tirées le rideau de fer, alors où allions-nous aller ? À titre préventif j’écartai deux possibilités : les baguettes de Chinatown et la livraison Deliveroo at home, pour une bonne et unique raison : je ne voulais pas repasser les plats avec mon essoreuse de Lucette une fois ma force de frappe restaurée, je voulais dormir seul dans mon grand lit pour ronfler tout mon saoul.

 

À l’heure avancée qu’il était, seules les grandes brasseries pouvaient nous accueillir. Lucette, très En Marche, décréta qu’elle serait ravie d’aller en pèlerinage à la Rotonde. Je rappelle aux ignares que le dîner de victoire, de Macron, au premier tour de la Présidentielle à la Rotonde, fut considéré par la bonne presse comme son Fouquet’s.

 

« C’est le symbole de son ascension. Ça deviendra celui de sa victoire, s’il bat la candidate du Front national, Marine Le Pen, au second tour de la présidentielle, le 7 mai. C’est à La Rotonde, mythique brasserie du quartier Montparnasse, que le leader d’En marche !, Emmanuel Macron, a pris ses habitudes quand il était ce talentueux banquier bien décidé à conquérir Paris.

 

C’est là aussi qu’il réunissait le groupe d’économistes chargés d’élaborer le programme économique de François Hollande, en 2012. Là encore qu’il se fournit pour les déjeuners de travail organisés à son QG, depuis le début de sa campagne : « C’est la salade Rotonde ! Ça vous va ? », glisse-t-il à ses invités.

 

C’est dans cette brasserie autrefois fréquentée par Cocteau, Apollinaire et Hemingway, tenue par des générations d’Auvergnats, que M. Macron avait convié ses amis à prendre un verre, après l’annonce des résultats du premier tour, dont il est arrivé en tête, dimanche 23 avril. « On s’y retrouve quand vous serez sortis des plateaux télé », avait-il lancé à ses soutiens, en début de soirée. Un SMS de son staff est venu confirmer l’invitation. »

 

Lucette enfila une combinaison de latex noir, chaussa des baskets constellées de paillettes, après coup je m’en félicite. Nous descendîmes au parking où le petit bolide rouge nous attendait. Même si le trajet pour Montparnasse était très court je m’attendais à subir les joies d’un Warm-Up d’enfer. Comme l’avenue de Choisy est à sens unique nous rejoignîmes le boulevard Masséna afin d’enfiler l’avenue d’Ivry qui nous conduirait Place d’Italie. Lucette pilotait fluide, je desserrai les fesses. Peu de circulation sur cette avenue sinistre, Lucette jetait pourtant un regard, qui me parut angoissé, dans son rétroviseur.

 

Aux feux de Masséna le rouge était mis. Lucette pointa lentement le bout du nez de son petit bolide à l’orée du passage piétons – autrefois dit cloutés – derrière nous l’arc de phares puissants illuminaient notre habitacle. Accélération brutale alors que le feu était toujours au rouge, virage à gauche sur les chapeaux de roue, la petite Cooper crachait ses boyaux en enfilant le boulevard Masséna. Belle anticipation car, avec un temps de retard, un énorme 4X4 reprenait notre trace. « … des amis à toi Tarpon… ils ont la puissance… moi j’ai la ruse… » Elle ralentissait. Le monstre nous collait au cul jusqu’à lui donner des petites tapettes. Nous longions la ligne du tramway. Lucette accélérait. Nos poursuivants, tels des matous, revenaient vers nous sans effort puis nous laissaient du champ. Nous plongions à fond la caisse dans la descente vers la Seine.

 

« Accroches-toi ! »

 

Nous plongions à fond la caisse dans la descente vers la Seine, dérapage contrôlé, profitant du large passage coupant la ligne de tramway qui permettait d’accéder à la rue de Patay, Lucette venait d’effectuer un tête-à-queue impeccable. Nos poursuivants qui avaient pilé nous voyaient passer, sous leur nez, sur la voie remontant vers la porte d’Italie « … ce n’est qu’un amuse-gueule Tarpon… s’ils sont cons à la prochaine tentative ils mordront à l’hameçon… ça passe ou ça casse ! » Nos poursuivants avaient fait demi-tour et nous recollaient aux fesses. Lucette roulait, sur la voie de gauche, à tombeau ouvert. Nos poursuivants jouaient avec nous à cache-tampon en se positionnant à notre hauteur. Lucette exécutait à merveille sa partition décélération- accélération. Ils se lassèrent et reprirent position à notre cul.

 

À hauteur de l’avenue d’Ivry Lucette vira sec, à la limite de l’adhérence, pour s’engager à gauche toute sur la voie herbée du tramway. Le gros 4X4 opéra la même manœuvre sans problème. Nous étions secoués comme des pruniers. Je commençais à baliser car subodorant que Lucette mijotait un coup pourri. Elle ralentissait en de déportant insensiblement vers la droite, les bestiaux nous collaient pare-chocs contre pare-chocs, soudainement Lucette faisait barre à droite en accélérant, la petite caisse chassait, frôlait le poteau de la caténaire du tramway, puis contre-braquait en décélérant. Le fracas fut effroyable, le gros 4X4 emporté par sa force d’inertie venait de s’empaler sur le pilier. Contrairement à la jurisprudence des séries américaines le véhicule ne s’embrasa pas.

 

« Maintenant cap sur la Rotonde, les émotions ça creuse Tarpon ! »  

 

J’appelai le 06 du joufflu de la sécurité intérieure. Il décrocha de suite. En quelques mots je lui relatais ce qui venait d’arriver. « Pas de témoins, pas vu, pas pris, prévenez vos collègues du 13e et ceux de la BRB, je pense que notre ami Arkan est derrière ce joyeux gymkhana… »

 

« Tant pis pour la Rotonde, réunion de crise rue Charles Floquet… »

 

(20) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 4 « Et si nous recrutions des hommes de mains sur le Bon Coin ? »

 

Rosa et moi regardions la télé lorsque Tarpon s’est pointé, excité comme une puce en manque de jaja, flanqué d’une petite nana manière Lucy Liu, ORen Ishii, dans Kill Bill, le film culte de Quentin Tarantino, où une tueuse professionnelle, Uma Thurman : Beatrix Kiddo est agressée le jour de son mariage par son ancien chef, Bill, David Carradine, qui la laisse dans le coma. Quand elle se réveille, elle n'a qu'un mot en tête: vengeance.

 

«  La vengeance est un plat qui se mange froid »

 

À propos de manger Tarpon me mobilisa de suite pour préparer une tortore roborative « J’ai une dalle de seigneur de la guerre ! »

 

« Les filles, je vous présente celle qui veille sur mon trésor de guerre et mes bijoux de famille : Lucette Durand »

 

Vulgaire un jour, vulgaire toujours, c’est l’ADN de Tarpon, un chouïa aussi le mien quand je me laisse aller.

 

Marie nous rejoignit dans les minutes qui suivirent. Nous réveillâmes Lulu qui dormait.

 

Tarpon choisit le vin, un rosé de Tavel, l’Anglore, pour accompagner mes Spaghetti All’arrabbiata.

 

Attablés, Tarpon fit le point de la situation avec une certaine emphase teintée d’une réelle admiration pour les talents de Lucette au volant. Il était clair qu’Agrippine, lors de sa rencontre, avec Arkan Jr, avait évoqué notre proposition, identique à celle de ses commanditaires, émanant d’un  cabinet « Eugène Tarpon II conseil en affaires réservées ». Les sbires d’Arkan, les hommes au 4X4 empalé, avait sans doute pour mission de faire battre en retraite l’intrus en lui foutant les chocottes.

 

Le smartphone de Tarpon se manifestait. Il décrochait. Se contentait d’écouter. Raccrochait. C’était son contact de la sécurité intérieure.

 

« Le chauffeur est salement blessé, son passager a rejoint l’enfer en express… »

 

Effet boomerang, Arkan Jr n’allait pas apprécier la plaisanterie, nous allions déguster !

 

C’était moi qui commentais.

 

Tarpon réfléchissait tout haut « Il faudrait lui mettre un nouveau coup derrière la cafetière pour l’amener à réfléchir, à venir à Canossa… »

 

Marie, réaliste, soupirait « nous sommes comme le Pape, combien de divisions ? »

 

  • Et si nous recrutions des hommes de mains sur le Bon Coin ?

 

Ça c’était Adelphine pour détendre l’atmosphère. « Qui veut des glaces ? » lançait-elle dans la foulée.

 

Tarpon maugréait au bout de la table qu’il occupait tel un patriarche.

 

Alors que je prenais commande des différents parfums la petite voix sucrée de Lucette Durand, qui jusqu’ici s’était tue, déclarait comme si c’était une évidence « moi j’ai ce qu’il vous faut sous la main… »

 

Tarpon sursauta « des yakusas ? »

 

  • Bien sûr !

 

  • Mobilisable rapidement ?

 

  • De suite ?

 

  • Oui, j’appelle de suite le boss des Yamaguchigumi de Paris qui est l’un de mes meilleurs clients

 

Les Yakuzas, comme tous les japonais, adorent la France, sa gastronomie, sa mode.

 

Au milieu des années 80, le marché des œuvres d’arts volées s’était considérablement développé au Japon. Non seulement les gens étaient riches et aimaient les artistes, mais, selon la loi nippone, il était presque impossible de remettre la main sur les objets volés.

 

Mais l’art n’est pas la seule chose qui intéresse les yakuzas en France. En avril 1992 à Paris, les autorités mirent fin aux activités d’une filière sophistiquée de blanchiment d’argent. En six ans, 75 millions de dollars en liquide avaient été clandestinement importés en France pour acheter des produits de luxe. Chaque jour, les gangsters envoyaient des étudiants japonais, voire chinois ou vietnamiens, faire les boutiques dans les beaux quartiers pour y acheter des sacs à main ou des vêtements de chez Hermès, Vuitton, Chanel et Lancel. Ces clients détenaient des liasses de billets de cinq cents francs que les Yakuzas avaient retirés dans des banques au Luxembourg ou en Suisse. Par l’intermédiaire d’une société écran, le gang exportait alors ces biens au Japon où il les revendait à faible perte, ce qui leur permettait de disposer d’une grande quantité d’argent « propre ». La police française saisit lors de l’arrestation de quatre japonais, pour 2,3 millions de dollars d’objets de luxe.

 

Aujourd’hui les yakuzas sont surtout présents en France par le biais de sociétés écrans. Il n’y a pas de gangs connus, la France reste relativement préservée de l’influence des Yakuzas.

 

(21) Le recadrage de ce soir, au 36 quai des Orfèvres, allait être encore plus pimenté pour les fines gueules de la haute hiérarchie policière.

 

Nous avions conclu le contrat dans la nuit. Lucette, garante de la transaction, assurerait les paiements, arrhes et solde, dans la plus grande discrétion, par des petites ponctions régulières sur mes comptes courants afin de ne pas attirer l’attention de sa hiérarchie.

 

Devais-je avertir la maison poulaga de mon action préventive ?

 

L’urgence ne me le permettait pas, les rouages administratifs, y compris ceux de la police, sont si tortueux et si lents que je risquais de perdre un temps précieux. La vitesse de ma réaction était un gage de ma puissance de feu. Les mandataires d’Arkan Jr ne seraient ébranlés que s’ils se sentaient en état d’infériorité.

 

Nous avions décidé d’enlever Arkan Jr en le cueillant dès qu’il serait en position de l’être. Ça ne saurait tarder car la tuile d’hier au soir devrait l’amener à contre-attaquer très vite. Si besoin était je servirais d’appeau sur mon frêle scooter électrique.

 

Nos alliés yakuzas l’avaient localisé dès le matin, il tenait un conseil de guerre à la Mouzaïa.

 

Ils ne nous restaient plus qu’à attendre. L’atmosphère, rue Charles Floquet, était à couper au couteau, nous chalutions dans un monde qui n’était pas le nôtre et nous n’en menions pas large. Pour calmer ses petits nerfs Rosa surfait sur le Net. Soudain, triomphalement elle s’écria :

 

« Parker-Parker&Parker, n’existe pas! J’ai fait toutes les recherches et je n’ai rien trouvé nulle part… »

 

Je ne pus m’empêcher de répondre « nous sommes vraiment des amateurs, c’était la première vérification que nous devions faire… »

 

Arkan Jr venait de quitter la Mouzaïa dans une Porsche Cayenne sans escorte. Ses suiveurs habituels le suivaient. Le reste de sa troupe, deux cross-over BMW, semblait se mettre en ordre de marche pour une opération. Consigne : notre troupe devait se replier fissa sur la place Fürstenberg, chez Marie, lieu sans doute encore inconnu de la bande d’Arkan Jr ; le siège de la rue Charles Floquet serait immédiatement sécurisée par les yakusas ; une chaîne de filoche de la Porsche Cayenne était en place avec une forte présomption qu’Arkan Jr aille rendre une petite visite à Agrippine. 

 

Les yakusas nous convoyèrent dans des cross-over Nissan jusque chez Marie. Au cours du trajet celle-ci reçu un appel d’Aadvark qui lui annonçait son retour immédiat, la disparition de sa chère et tendre lui causait souci. Marie joua à merveille les étonnées. Avait-il averti la police ? Il lui répondait que non. Mais alors pourquoi cet affolement ? Elle est injoignable ! Était-elle coutumière de ce genre d’escapade ? Aadvark répondait que non. Que sans aucun doute sa disparition avait un rapport avec ces foutues propositions. Pourquoi ce pluriel ? Aadvark bafouillait, se reprenait pour dire qu’il était perturbé, qu’il souhaitait vivement rencontrer Marie pour l’aider à dénouer les fils d’une affaire qui le dépassait. C’est tout juste s’il ne fit dans le pauvre paysan de Fernand Raynaud. « … ça eu payé mais ça ne paye plus… »

 

Marie me dit « la poire est mûre, espérons qu’elle ne soit pas blette lorsque nous la réceptionnerons. »

 

Mon smartphone se manifestait lui aussi, un numéro masqué cherchait à me joindre, je me connectais « Tarpon… »

 

  • Le directeur de la PJ de Paris !

 

  • Mes respects monsieur le directeur…

 

  • Vous me causez des soucis monsieur Tarpon…

 

  • J’en suis désolé…

 

  • Un recadrage de vos activités me semble le bienvenu dans les meilleurs délais.

 

  • À votre disposition monsieur le directeur…

 

  • Ce soir à 21 heures à mon bureau au 36 quai des Orfèvres.

 

  • J’ai toujours rêvé de cette adresse mythique !

 

  • Vous avez de la chance monsieur Tarpon nous allons déménager au 36 rue du Bastion dans le XVIIe.

 

  • Puis-je me faire accompagner par Marie de Saint-Drézéry monsieur le directeur ?

 

  • Comment pourrais-je refuser de recevoir une amie de monsieur le Ministre ?

 

  • Je vous comprends…

 

  • J’aurai moi aussi de la compagnie monsieur Tarpon.

 

Le chef de convoi des yakusas se tournait vers moi « le colis a été intercepté, sans casse, au péage de la A14 à Nanterre. Nous le plaçons en consigne… »

 

Le recadrage de ce soir, au 36 quai des Orfèvres, allait être encore plus pimenté pour les fines gueules de la haute hiérarchie policière.

 

Ça allait sûrement bouillir !

 

Nous allions devoir jouer serré mais que pouvait-on nous reprocher ? L’accident d’hier au soir ne pouvait nous être attribué, quant à l’enlèvement d’Arkan Jr il dépassait nos capacités. Ces messieurs allaient devoir nous donnez de vraies contreparties dans cette affaire pour que nous cessions de jouer les idiots utiles.

 

Les idiots utiles seraient partout. Il faut reconnaître que pour déstabiliser, voire humilier un adversaire, la formule est efficace. Personne n’aime se faire traiter d’idiot –même utile. Seul problème: la formule est souvent mal utilisée.

 

Excluons d’emblée l’application de cette qualification aux crapules, qui servent sans y croire une idéologie ou une cause dans leur propre intérêt –pour l’argent, la notoriété ou le pouvoir. Réservons le même sort aux cyniques. Car l’Idiot utile est sincère, il croit à la cause dont il se fait l’avocat; ainsi, André Gide qui défendait la révolution de 1917 au début des années 1930 pouvait être rangé dans cette catégorie jusqu’au Retour de l’URSS écrit en 1936, où il fait part de son désenchantement. De nombreux intellectuels occidentaux –Jean-Paul Sartre, qui ne voulait pas désespérer Billancourt, les «compagnons de route» du Parti communiste de Maurice Thorez  qui vantaient les mérites de la «Patrie des travailleurs» dans les années 1950, pendant la Guerre froide– croyaient pour la plupart participer à un combat progressiste, pour le bien de l’humanité.

 

L’Idiot utile pense servir une cause juste.

 

Mais, par manque de jugement ou d’information, il sert en fait, involontairement, une cause qu’il ignore, et qui peut contredire ses convictions profondes. Il est naïf, n’ayant pas su percevoir la réalité de cette cause, ou trop pressé, n’ayant pas encore les éléments qui lui permettraient de bien analyser les conséquences de la voie qu’il soutient.

 

Plus généralement, il faut rappeler qu’on attribue l’expression à Lénine, qui appelait ainsi cyniquement les intellectuels occidentaux avec lesquels il voulait s’allier, ceux qu’il voulait manipuler parce qu’ils n’avaient pas compris la réalité de la cause défendue, tout en se félicitant de leur «utilité», par le soutien qu’ils apportaient aux communistes.

 

(22) Lulu dit « Sarkozy dit qu’il s’emmerde… nous devrions l’embaucher…»

 

Les Arkan boys s’étaient déployés autour de la rue Charles Floquet, ignorants qu’ils étaient que le poulailler était vide. Nos yakusas roulèrent des mécaniques sous leur nez avant que, depuis son smartphone, Arkan Jr leur annonce sa capture. Les mouches venaient de changer d’âne, comme aimait à le dire Thierry Rolland. Ils battirent en retraite tels des vautours déçus de devoir abandonner leur pitance.

 

Que faire d’ici le rendez-vous de ce soir au 36 quai des Orfèvres ?

 

Nous phosphorâmes tout en consommant des bolées de thé vert, boisson chère à ma couvée de filles. Lénine se pavanait entre nous, se frottant, se léchant, prenant des pauses indécentes, ce qui fit dire à Adelphine que les mâles dominants étaient tous les mêmes, ils ne pensaient qu’au cul. Tintin au Congo reprit « au cul, au cul, au cul… »

 

Lulu dit « Sarkozy dit qu’il s’emmerde… nous devrions l’embaucher…»

 

Nous rîmes de bon cœur.

 

Rosa, qui se badigeonnait les ongles de pieds en bleu, avec son petit air de sainte nitouche, sur le ton de la confidence nous confia « mon père était syndiqué à FO, qu’il continuait à appeler CGT-FO car il était de la tendance hébertiste, et il citait souvent André Bergeron, le boss dont le slogan-culte était « il faut toujours du grain à moudre… »

 

Elle enchaînait, si vous voulez que ces messieurs de ce soir vous prennent au sérieux, vous lâchent les baskets, il faut que vous leur apportiez du grain à moudre.

 

Nous acquiesçâmes.

 

Pour les ignares qui sont légion :

 

Alexandre Hébert fut durant quatre décennies l'âme de la CGT-Force ouvrière de la Loire-Atlantique, et l’une des figures centrales du mouvement ouvrier du département depuis l’après-guerre. Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ce personnage énigmatique et sulfureux.

 

Pour certains, « Alex », c'était « la dernière figure historique du mouvement anarchiste », un tribun à la voix tonitruante, un intellectuel ouvrier comme le mouvement syndical n’en produit plus. Pour d'autres, Hébert était, au choix, un bureaucrate syndical aux pratiques douteuses, un « trotskyste lambertiste déguisé en libertaire », un manœuvrier, voire même un « flic » ou un « crypto-fasciste ». Si on mesurait l'importance politique et sociale d'un homme à la multiplicité des portraits paradoxaux que peuvent en faire ses amis et ennemis, Alexandre Hébert serait alors, pour la Loire-Atlantique, l'un des personnages centraux de l'après-guerre !

 

Lui, l’anar franc-maçon et libre-penseur, était lié à Pierre Boussel-Lambert, incontournable dirigeant de l’une des tendances du trotskysme hexagonal et syndicaliste à FO. Trotskyste, Hébert ? Oui, répondent les uns. Lui se dit simple « compagnon de route » et explique que c’est son amitié avec Pierre Boussel-Lambert qui fît qu’il participa aux réunions du bureau politique, nanti comme tous les autres d’un pseudo, comme le veut la coutume révolutionnaire.

 

« Quel grain pourrions-nous moudre les amis ? Tout bêtement celui qui est à notre disposition entre nos mains. Et qu’est-ce qui est entre nos mains ? Arkan Jr ! Nous allions, de suite, lui faire une proposition ferme et irrévocable : s’il nous donnait de suite, le ou les coordonnées de ses commanditaires, pour que nous puissions engager avec eux, entre gens du même monde, une franche négociation, nous le libérerions dès que le rendez-vous pris avec eux se traduirait par une rencontre en bonne et due forme en terrain neutre.  Sinon, il finira sa belle vie dans un bloc de béton.

 

  • Oh ! là, là, comme tu y vas Marie… s’exclama Adelphine

 

  • Suis désolée ma belle mais avec cette engeance nous n’avons pas d’autre choix que celui qu’ils sont prêt à nous appliquer. Rassures-toi, s’il ne cale pas nous nous retirerons de l’affaire et nous le remettrons entre les mains de nos amis de la police qui en feront ce qu’ils voudront bien en faire.

 

  • Tu crois qu’il va céder, c’est un dur à cuire ? s’inquiéta une Adelphine rassérénée.

 

  • Je le pense, le petit traitement que nous avons administré hier au soir à ses troupes va sûrement lui attendrir le cuir et être entre les mains de yakusas ça le faire vraiment réfléchir.

 

C’était Tarpon qui venait d’intervenir. « J’appelle Lucette Durand pour qu’elle joue les petits télégraphistes… »

 

Nous nous étonnions nous-mêmes de notre créativité.

 

Adelphine à peine remise de ses émotions posa la question qui fâche : « Mais pourquoi personne ne s’intéresse à la disparition de Touron ?

 

  • Parce que tout le monde se fout de Touron !

 

  • Tarpon, il est peut-être coulé dans un bloc de béton…

 

  • Ça m’étonnerais, ce serait gâcher du béton pour pas grand-chose.

 

  • Mais si ce n’est que de la roupie de sansonnet pourquoi l’avoir enlevé ?

 

  • Rien n’indique qu’il ait été enlevé. Il a disparu. D’ailleurs choupinette puisque la gendarmerie de Libourne a ouvert une enquête tu devrais faire du charme aux pandores pour savoir où ils en sont…

 

  • Tu es dure avec moi Tarpon mais je vais me mettre sur les traces de Touron.

 

Rosa qui en avait fini avec ses ongles de pied avant de s’attaquer à ceux de ses mains demanda « il est comment ce Touron ? »

 

-  C’est un pervers polymorphe, une couille molle, un aboyeur planqué…

 

- Monsieur Tarpon vous l’habillez pour l’hiver ce pauvre garçon.

 

- Pour ne rien te cacher j’ai ma petite idée sur sa disparition mais je la garde pour moi c’est plus jouissif !

(23) « monsieur le directeur de cabinet gardez votre sang-froid ! Si vous avez des éléments de preuve mettant en cause ce brave Tarpon donnez-les nous ! »

 

« Ces couloirs contorsionnistes, où la logique se serait perdue, ces bureaux d’où on s’attendait à voir jaillir à tout instant le médecin de famille en complet veston ou à surprendre la dactylo, blondeur naïve et boucles pimpantes, taille serrée en jupe crayon, assidue sur les genoux du dirlo, ce parfum des années 50 qui suintait des murs, ce séduisant bordel organisé, cette ruche qui jamais ne dormait, c’était la BRB. La brigade de répression du banditisme, coincée entre Sainte-Chapelle et préfecture de police et non moins célèbre que sa cousine, un poil plus  sévère, la Crime… »

 

« … Après avoir gravi les deux étages de l’escalier comme une fusée, il donna un coup de pied dans la porte grisée du Balto, le bar de la brigade…»

 

« … Le nom était inscrit près de la porte. Modèle plaque de rue en lettrage de la Belle Époque : Balto. Une marque de cigarettes de la SEITA – des années 50, justement. Balto pour Baltimore. Le quartier général de la centaine de policiers où en tiendraient dix tassés. Le modèle kitchenette d’étudiant, exiguë, débrouillarde et conviviale où on ne déboule pas en meute. Le nom BALTO était réinscrit sur le frigo du fond, entre deux silhouettes de pistolets collées… »

 

« … La ruche bourdonnait, les tâches se répartissaient. Dans le petit espace qui avait jadis été un bureau, elles valsaient. Lécher les constatations, constituer les scellés et les exploiter, récupérer les albums photo et les plans de l’IJ, leur mettre la pression pour l’envoi des prélèvements au labo, obtenir les vidéos et la téléphonie, bornage, diffusions des voitures, auditions, et rendre compte à la hiérarchie, la sauce PJ courante… »

 

J’avais lu avec gourmandise HAUTE VOLTIGE d’Ingrid Astier.

 

Lorsque nous nous pointâmes, Marie et moi, à l’entrée du 36 quai des Orfèvres le planton nous mena jusqu’à une berline garée dans la cour et nous invita à y prendre place. Nous saluâmes le chauffeur qui s’empressa de nous charroyer. Notre réunion, je le subodorais, après la prise d’Arkan Jr, allait se tenir au sommet. En effet, nous roulâmes jusqu’à la place de la Concorde, prîmes l’avenue Gabriel, longeâmes l’ambassade des Usa puis derrière le cul de l’Elysée avant de virer dans l’avenue de Marigny. Nous entrâmes par la grande grille du Ministère.

 

Ces messieurs nous attendaient dans un grand salon, debout en rang d’oignons. Le directeur de cabinet, très courtois, surtout avec Marie, nous présenta les uns aux autres ; une belle brochette : le directeur général de la Police Nationale, le directeur général de la gendarmerie, le directeur général de la sécurité intérieure, le directeur de la PJ parisienne, manquait à l’appel le boss de la DGSE. Nous nous assîmes autour d’une table ronde. Avec le sens de la synthèse qu’ont les énarques et la componction que cultivent les membres de la préfectorale, le directeur de cabinet, un homme d’une cinquantaine d’années, cheveux grisonnants taillés courts, fines lunettes sans monture, mine acétique, fit un point de la situation dont il ressortait que notre irruption intempestive dans un dossier sensible mettait en péril le travail patient des services. Dis en langage moins diplomatique « nous faisions chier tout le monde ! »

 

Je laissai le soin à Marie, plus en cour que ma pomme dont le CV peu glorieux avait dû plonger tout ce beau monde dans une affliction dédaigneuse, de répondre. Elle le fit avec un naturel qui dérida légèrement ces messieurs.

 

Que leur dit-elle :

 

Point1 : qu’elle avait été contacté par son éminent collègue du château d’Ô, grand cru classé A de saint-émilion, qui lui avait fait part d’une offre étrange faite par le cabinet d’avocats parisien Parker-Parker&Parker – qui vérification faites n’existait pas – au nom d’un consortium d’investisseurs. Celle-ci consistait à ce qu’Aadvark – bien évidemment Marie n’utilisa pas notre nom de code – céda ses parts à ce consortium et s’entremette, moyennant une juteuse commission, auprès de moi pour que je leur cède l’intégralité de mon portefeuille de propriétés bordelaises. Sans aucun doute le plus beau de la place. Je vous cite mon collègue, pour lui « ça sentait mauvais »

 

  • Qu’avez-vous fait depuis cette révélation ?

 

  • Rien monsieur le directeur puisque j’avais indiqué à mon collègue du château d’Ô que je n’étais pas vendeuse, et surtout pas à ce type de fonds d’investissements sûrement blanchisseur d’argent sale.

 

  • Vous avez des informations sur lui ?

 

  • Nada, pardon absolument rien, pure intuition !

 

  • Monsieur Tarpon qu’êtes-vous allé faire à Saint-Émilion ?

 

  • Grand amateur que je suis, déjeuner excellemment au Logis de la caserne en compagnie du plus grand winemaker que la terre est portée.

 

  • Vous vous fichez de nous !

 

  • Monsieur le directeur je ne me le permettrais pas, vos services ont dû vous rapporter que ma courte visite à Saint-Émilion n’a provoqué aucune perturbation.

 

  • Comment expliquez-vous le rendez-vous soudain d’Agrippine – le directeur bien évidemment nomma la dame par son patronyme – avec Arkan Jr au George V qui s’est ensuivi de la disparition de cette dame ?

 

  • Mais je ne me l’explique pas. J’ignorais, jusqu’à ce que vous me le révéliez, ce rendez-vous et que cette chère dame soit dans l’embarras.

 

  • En revanche, peut-être pourrez-vous nous expliquer les raisons qui ont motivé votre chasse hier au soir en plein Paris par des hommes de main d’Arkan Jr ? Avec le beau bilan que l’on sait…

 

  • Monsieur le directeur je ne sais de quelle chasse vous parlez. Hier au soir j’étais en compagnie de ma maîtresse, mademoiselle Lucette Durand qui est aussi ma banquière. Nous avons passé notre nuit à des jeux que vous me permettrez de ne pas vous décrire. Elle peut en témoigner si vous la sollicitez.

 

  • C’est est trop monsieur Tarpon !

 

Marie intervint sèchement « monsieur le directeur de cabinet gardez votre sang-froid ! Si vous avez des éléments de preuve mettant en cause ce brave Tarpon donnez-les nous ! »

 

  • Désolé mademoiselle de Saint-Drézéry mais admettez qu’avec l’enlèvement d’Arkan Jr au péage de l’A14 la coupe est pleine !

 

  • Certes mais nous n’y sommes pour rien. Vous nous prêtez à tort des capacités d’action dont nous ne disposons pas.

 

  • J’en conviens mademoiselle mais qui est à l’origine de ce bordel ? C’était le directeur général de la Police nationale qui venait de déborder…

 

  • Monsieur le directeur général, je suis doté d’un sens de l’humour très au-dessus de la moyenne, mais permettez-moi de vous dire que si vous vous ne le savez pas comment un ramier comme Tarpon et une donzelle évaporée comme moi pourraient éclairer votre lanterne ?

 

À cet instant précis mon smartphone afficha un message.

 

« Vous permettez ? »

 

Le directeur de cabinet opina.

 

(24) « les Ministres passent, les services restent… »

 

Nous avions enfin du grain à moudre mais je décidai de ne pas l’apporter au moulin de nos hôtes de la place Beauvau. Après avoir lu le SMS je décidai de continuer avec eux notre partie de poker menteur mais en leur promettant que j’abattrais mon jeu s’ils me laissaient jouer un dernier coup. Le bluff c’est de l’adrénaline garantie, ça passe ou ça casse !

 

« Un élément nouveau vient d’être porté à ma connaissance monsieur le directeur de cabinet ; j’espère que ces messieurs comme vous même comprendrez que, pour la sécurité de mon informateur, je puisse l’exploiter à mes seuls risques et périls. Si vous me laissez le champ libre pendant une semaine je vous promets que je mettrai l’ensemble de ce que je sais du dossier à votre disposition et que vous n’entendrez plus parler de nous… »

 

Ces messieurs se retirèrent pour conférer. Tarpon en profita pour prendre connaissance de l’information. Il me conseilla de le scratcher, sait-on jamais s’il venait à l’esprit à ces messieurs d’utiliser la manière forte en me faisant confisquer mon smartphone. Je le fis tout en sachant que s’ils en arrivaient à cette extrémité ma dernière donne ne serait plus jouable pour la bonne et simple raison  que lorsqu’on a supprimé un message sur son iPhone, le message n'a pas été vraiment supprimé, il existe encore dans le stockage de votre iPhone sous une forme invisible. Pour retrouver l’historique des messages cachés, et les restaurer c’est possible en utilisant un outil tiers. PhoneRescue qui est un logiciel de récupération de données iOS.

 

En attendant le retour de ces messieurs, qui tardait, je m’imaginais qu’ils en référeraient à l’étage supérieur. Le smartphone de Marie vibrait. C’était le Ministre. Son message était d’une clarté politique limpide « je te donne carte blanche, à toi et à ton étrange partenaire, mais la contrepartie c’est que vous nous rapportiez un succès de taille exploitable auprès des médias… ménage la susceptibilité de mes directeurs… je sais que tu sais faire… bon vent… prends soin de toi… dès que j’aurai un peu de temps nous déjeunerons ensemble… »

 

Marie se tira avec maestria de l’exercice de haute-voltige consistant à faire reluire le poil susceptible de ces hauts-fonctionnaires tout en ironisant avec légèreté sur les politiques « les Ministres passent, les services restent… ». Très solennelle, elle termina son petit speech bien troussé tout d’abord par une promesse « avant de nous retirer, quelle que soit l’issue de notre démarche, je vous communiquerai un mémo où vous aurez en votre possession tout ce que nous savons de cette affaire, puis par un serment « jamais au grand jamais nous ne ferons état de cet entretien… »

 

Ces messieurs nous saluèrent avec un respect distant, le directeur de cabinet fut plus chaleureux, surtout avec Marie. Nous rentrâmes à pied rue Charles Floquet.

 

Arkan Jr s’était déballonné et avait craché au bassinet le nom de son mandataire, plus précisément  nous devions entrer en contact avec un grand courtier international basé à Parme qui nous mettrait en rapport avec les investisseurs désireux d’acquérir les parts d’Aadvark dans le château d’Ô et ses petits frères et de bouffer le portefeuille de GCC de Marie de Saint-Drézéry.

 

Adelphine, s’extasia, « La Chartreuse de Parme je me souviens de l’avoir lue lorsque je tenais le stand de charcuterie au Monoprix de la rue de Rennes… Lorsque j’étais plongé dedans j’en oubliais les clients qui faisaient la queue sans protester.

 

C'est le 3 septembre 1838 que Stendhal a l'idée d'écrire la Chartreuse de Parme. Pendant 2 mois, il garde le silence, préférant se consacrer à la rédaction des Mémoires d'un touriste. Puis, le 4 Novembre, Stendhal s'installe au 4 Rue Caumartin à Paris. Pendant 7 semaines, il se met au travail et dicte à un secrétaire le texte de la Chartreuse. Le 26 décembre, il remet à son éditeur un texte de plus de cinq cent pages.

 

La Chartreuse de Parme est publiée en deux volumes en mars 1839. Un extrait du roman, notamment la bataille de Waterloo, a été publié en avant-première dans Le Constitutionnel. Balzac envoie alors une lettre de félicitations à Stendhal.

 

La Chartreuse de Parme ne recevra que peu d'échos et d'éloges dans la presse. Balzac, toujours lui, publiera en septembre 1840 un très long article élogieux sur ce roman : « M. Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. » Il émet également quelques réserves et donne plusieurs conseils à Stendhal. Malgré les quelques critiques, Stendhal est flatté de l'intérêt que lui porte le père de la Comédie humaine. Il commencera même à apporter des modifications au texte de la Chartreuse, allant dans le sens souhaité par Balzac. Mais La Chartreuse de Parme ne connaîtra pas de réédition du temps du vivant de Stendhal, celui-ci mourant dès 1842. Ces corrections ont été le plus souvent reprises en notes, car si parfois elles corrigent une obscurité, « le plus souvent elles alourdissent le trait, et confirment que l'art de Stendhal est fait d'abord de liberté et de spontanéité ».

 

Dès le lendemain matin nous prenions contact avec le courtier parmesan, c’est Marie qui s’en chargea, elle maîtrise parfaitement la langue de Dante, qu’est-ce-que Marie ne maîtrise pas ? Pour faire preuve de sa bonne volonté elle proposait à celui-ci de lui rendre visite. Il en fut enchanté. Toujours habile à la manœuvre elle prévenait nos contacts dans les hautes sphères policières de ce déplacement. Ces messieurs flattés par autant de prévenance lui firent savoir que leurs collègues italiens assureraient sa protection. On n’est jamais trop prudent dans ce monde de brutes.

 

Nous décidâmes de louer un jet, un Falcon.

 

Le Falcon EX est un triréacteur dernier né de la lignée des Falcon 50 construit par Dassault Aviation. Un petit bijou  dont la vitesse de croisière de 840 km/h et le rayon d’action maximum de 6000 km.

 

Cette petite gâterie permettait à Marie d’offrir à Adelphine et à Rosa une petite virée aéronautique au pays du Parmesan. En haut lieu il fut décidé qu’un officier des VO et un honorable correspondant des grandes oreilles nous accompagneraient.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (24)

(24) « les Ministres passent, les services restent… »

 

Nous avions enfin du grain à moudre mais je décidai de ne pas l’apporter au moulin de nos hôtes de la place Beauvau. Après avoir lu le SMS je décidai de continuer avec eux notre partie de poker menteur mais en leur promettant que j’abattrais mon jeu s’ils me laissaient jouer un dernier coup. Le bluff c’est de l’adrénaline garantie, ça passe ou ça casse !

 

« Un élément nouveau vient d’être porté à ma connaissance monsieur le directeur de cabinet ; j’espère que ces messieurs comme vous même comprendrez que, pour la sécurité de mon informateur, je puisse l’exploiter à mes seuls risques et périls. Si vous me laissez le champ libre pendant une semaine je vous promets que je mettrai l’ensemble de ce que je sais du dossier à votre disposition et que vous n’entendrez plus parler de nous… »

 

Ces messieurs se retirèrent pour conférer. Tarpon en profita pour prendre connaissance de l’information. Il me conseilla de le scratcher, sait-on jamais s’il venait à l’esprit à ces messieurs d’utiliser la manière forte en me faisant confisquer mon smartphone. Je le fis tout en sachant que s’ils en arrivaient à cette extrémité ma dernière donne ne serait plus jouable pour la bonne et simple raison  que lorsqu’on a supprimé un message sur son iPhone, le message n'a pas été vraiment supprimé, il existe encore dans le stockage de votre iPhone sous une forme invisible. Pour retrouver l’historique des messages cachés, et les restaurer c’est possible en utilisant un outil tiers. PhoneRescue qui est un logiciel de récupération de données iOS.

 

En attendant le retour de ces messieurs, qui tardait, je m’imaginais qu’ils en référeraient à l’étage supérieur. Le smartphone de Marie vibrait. C’était le Ministre. Son message était d’une clarté politique limpide « je te donne carte blanche, à toi et à ton étrange partenaire, mais la contrepartie c’est que vous nous rapportiez un succès de taille exploitable auprès des médias… ménage la susceptibilité de mes directeurs… je sais que tu sais faire… bon vent… prends soin de toi… dès que j’aurai un peu de temps nous déjeunerons ensemble… »

 

Marie se tira avec maestria de l’exercice de haute-voltige consistant à faire reluire le poil susceptible de ces hauts-fonctionnaires tout en ironisant avec légèreté sur les politiques « les Ministres passent, les services restent… ». Très solennelle, elle termina son petit speech bien troussé tout d’abord par une promesse « avant de nous retirer, quelle que soit l’issue de notre démarche, je vous communiquerai un mémo où vous aurez en votre possession tout ce que nous savons de cette affaire, puis par un serment « jamais au grand jamais nous ne ferons état de cet entretien… »

 

Ces messieurs nous saluèrent avec un respect distant, le directeur de cabinet fut plus chaleureux, surtout avec Marie. Nous rentrâmes à pied rue Charles Floquet.

 

Arkan Jr s’était déballonné et avait craché au bassinet le nom de son mandataire, plus précisément  nous devions entrer en contact avec un grand courtier international basé à Parme qui nous mettrait en rapport avec les investisseurs désireux d’acquérir les parts d’Aadvark dans le château d’Ô et ses petits frères et de bouffer le portefeuille de GCC de Marie de Saint-Drézéry.

 

Adelphine, s’extasia, « La Chartreuse de Parme je me souviens de l’avoir lue lorsque je tenais le stand de charcuterie au Monoprix de la rue de Rennes… Lorsque j’étais plongé dedans j’en oubliais les clients qui faisaient la queue sans protester.

 

C'est le 3 septembre 1838 que Stendhal a l'idée d'écrire la Chartreuse de Parme. Pendant 2 mois, il garde le silence, préférant se consacrer à la rédaction des Mémoires d'un touriste. Puis, le 4 Novembre, Stendhal s'installe au 4 Rue Caumartin à Paris. Pendant 7 semaines, il se met au travail et dicte à un secrétaire le texte de la Chartreuse. Le 26 décembre, il remet à son éditeur un texte de plus de cinq cent pages.

 

La Chartreuse de Parme est publiée en deux volumes en mars 1839. Un extrait du roman, notamment la bataille de Waterloo, a été publié en avant-première dans Le Constitutionnel. Balzac envoie alors une lettre de félicitations à Stendhal.

 

La Chartreuse de Parme ne recevra que peu d'échos et d'éloges dans la presse. Balzac, toujours lui, publiera en septembre 1840 un très long article élogieux sur ce roman : « M. Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. » Il émet également quelques réserves et donne plusieurs conseils à Stendhal. Malgré les quelques critiques, Stendhal est flatté de l'intérêt que lui porte le père de la Comédie humaine. Il commencera même à apporter des modifications au texte de la Chartreuse, allant dans le sens souhaité par Balzac. Mais La Chartreuse de Parme ne connaîtra pas de réédition du temps du vivant de Stendhal, celui-ci mourant dès 1842. Ces corrections ont été le plus souvent reprises en notes, car si parfois elles corrigent une obscurité, « le plus souvent elles alourdissent le trait, et confirment que l'art de Stendhal est fait d'abord de liberté et de spontanéité ».

 

Dès le lendemain matin nous prenions contact avec le courtier parmesan, c’est Marie qui s’en chargea, elle maîtrise parfaitement la langue de Dante, qu’est-ce-que Marie ne maîtrise pas ? Pour faire preuve de sa bonne volonté elle proposait à celui-ci de lui rendre visite. Il en fut enchanté. Toujours habile à la manœuvre elle prévenait nos contacts dans les hautes sphères policières de ce déplacement. Ces messieurs flattés par autant de prévenance lui firent savoir que leurs collègues italiens assureraient sa protection. On n’est jamais trop prudent dans ce monde de brutes.

 

Nous décidâmes de louer un jet, un Falcon.

 

Le Falcon EX est un triréacteur dernier né de la lignée des Falcon 50 construit par Dassault Aviation. Un petit bijou  dont la vitesse de croisière de 840 km/h et le rayon d’action maximum de 6000 km.

 

Cette petite gâterie permettait à Marie d’offrir à Adelphine et à Rosa une petite virée aéronautique au pays du Parmesan. En haut lieu il fut décidé qu’un officier des VO et un honorable correspondant des grandes oreilles nous accompagneraient.

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1 septembre 2017 5 01 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (23)

(23) « monsieur le directeur de cabinet gardez votre sang-froid ! Si vous avez des éléments de preuve mettant en cause ce brave Tarpon donnez-les nous ! »

 

« Ces couloirs contorsionnistes, où la logique se serait perdue, ces bureaux d’où on s’attendait à voir jaillir à tout instant le médecin de famille en complet veston ou à surprendre la dactylo, blondeur naïve et boucles pimpantes, taille serrée en jupe crayon, assidue sur les genoux du dirlo, ce parfum des années 50 qui suintait des murs, ce séduisant bordel organisé, cette ruche qui jamais ne dormait, c’était la BRB. La brigade de répression du banditisme, coincée entre Sainte-Chapelle et préfecture de police et non moins célèbre que sa cousine, un poil plus  sévère, la Crime… »

 

« … Après avoir gravi les deux étages de l’escalier comme une fusée, il donna un coup de pied dans la porte grisée du Balto, le bar de la brigade…»

 

« … Le nom était inscrit près de la porte. Modèle plaque de rue en lettrage de la Belle Époque : Balto. Une marque de cigarettes de la SEITA – des années 50, justement. Balto pour Baltimore. Le quartier général de la centaine de policiers où en tiendraient dix tassés. Le modèle kitchenette d’étudiant, exiguë, débrouillarde et conviviale où on ne déboule pas en meute. Le nom BALTO était réinscrit sur le frigo du fond, entre deux silhouettes de pistolets collées… »

 

« … La ruche bourdonnait, les tâches se répartissaient. Dans le petit espace qui avait jadis été un bureau, elles valsaient. Lécher les constatations, constituer les scellés et les exploiter, récupérer les albums photo et les plans de l’IJ, leur mettre la pression pour l’envoi des prélèvements au labo, obtenir les vidéos et la téléphonie, bornage, diffusions des voitures, auditions, et rendre compte à la hiérarchie, la sauce PJ courante… »

 

J’avais lu avec gourmandise HAUTE VOLTIGE d’Ingrid Astier.

 

Lorsque nous nous pointâmes, Marie et moi, à l’entrée du 36 quai des Orfèvres le planton nous mena jusqu’à une berline garée dans la cour et nous invita à y prendre place. Nous saluâmes le chauffeur qui s’empressa de nous charroyer. Notre réunion, je le subodorais, après la prise d’Arkan Jr, allait se tenir au sommet. En effet, nous roulâmes jusqu’à la place de la Concorde, prîmes l’avenue Gabriel, longeâmes l’ambassade des Usa puis derrière le cul de l’Elysée avant de virer dans l’avenue de Marigny. Nous entrâmes par la grande grille du Ministère.

 

Ces messieurs nous attendaient dans un grand salon, debout en rang d’oignons. Le directeur de cabinet, très courtois, surtout avec Marie, nous présenta les uns aux autres ; une belle brochette : le directeur général de la Police Nationale, le directeur général de la gendarmerie, le directeur général de la sécurité intérieure, le directeur de la PJ parisienne, manquait à l’appel le boss de la DGSE. Nous nous assîmes autour d’une table ronde. Avec le sens de la synthèse qu’ont les énarques et la componction que cultivent les membres de la préfectorale, le directeur de cabinet, un homme d’une cinquantaine d’années, cheveux grisonnants taillés courts, fines lunettes sans monture, mine acétique, fit un point de la situation dont il ressortait que notre irruption intempestive dans un dossier sensible mettait en péril le travail patient des services. Dis en langage moins diplomatique « nous faisions chier tout le monde ! »

 

Je laissai le soin à Marie, plus en cour que ma pomme dont le CV peu glorieux avait dû plonger tout ce beau monde dans une affliction dédaigneuse, de répondre. Elle le fit avec un naturel qui dérida légèrement ces messieurs.

 

Que leur dit-elle :

 

Point1 : qu’elle avait été contacté par son éminent collègue du château d’Ô, grand cru classé A de saint-émilion, qui lui avait fait part d’une offre étrange faite par le cabinet d’avocats parisien Parker-Parker&Parker – qui vérification faites n’existait pas – au nom d’un consortium d’investisseurs. Celle-ci consistait à ce qu’Aadvark – bien évidemment Marie n’utilisa pas notre nom de code – céda ses parts à ce consortium et s’entremette, moyennant une juteuse commission, auprès de moi pour que je leur cède l’intégralité de mon portefeuille de propriétés bordelaises. Sans aucun doute le plus beau de la place. Je vous cite mon collègue, pour lui « ça sentait mauvais »

 

  • Qu’avez-vous fait depuis cette révélation ?

 

  • Rien monsieur le directeur puisque j’avais indiqué à mon collègue du château d’Ô que je n’étais pas vendeuse, et surtout pas à ce type de fonds d’investissements sûrement blanchisseur d’argent sale.

 

  • Vous avez des informations sur lui ?

 

  • Nada, pardon absolument rien, pure intuition !

 

  • Monsieur Tarpon qu’êtes-vous allé faire à Saint-Émilion ?

 

  • Grand amateur que je suis, déjeuner excellemment au Logis de la caserne en compagnie du plus grand winemaker que la terre est portée.

 

  • Vous vous fichez de nous !

 

  • Monsieur le directeur je ne me le permettrais pas, vos services ont dû vous rapporter que ma courte visite à Saint-Émilion n’a provoqué aucune perturbation.

 

  • Comment expliquez-vous le rendez-vous soudain d’Agrippine – le directeur bien évidemment nomma la dame par son patronyme – avec Arkan Jr au George V qui s’est ensuivi de la disparition de cette dame ?

 

  • Mais je ne me l’explique pas. J’ignorais, jusqu’à ce que vous me le révéliez, ce rendez-vous et que cette chère dame soit dans l’embarras.

 

  • En revanche, peut-être pourrez-vous nous expliquer les raisons qui ont motivé votre chasse hier au soir en plein Paris par des hommes de main d’Arkan Jr ? Avec le beau bilan que l’on sait…

 

  • Monsieur le directeur je ne sais de quelle chasse vous parlez. Hier au soir j’étais en compagnie de ma maîtresse, mademoiselle Lucette Durand qui est aussi ma banquière. Nous avons passé notre nuit à des jeux que vous me permettrez de ne pas vous décrire. Elle peut en témoigner si vous la sollicitez.

 

  • C’est est trop monsieur Tarpon !

 

Marie intervint sèchement « monsieur le directeur de cabinet gardez votre sang-froid ! Si vous avez des éléments de preuve mettant en cause ce brave Tarpon donnez-les nous ! »

 

  • Désolé mademoiselle de Saint-Drézéry mais admettez qu’avec l’enlèvement d’Arkan Jr au péage de l’A14 la coupe est pleine !

 

  • Certes mais nous n’y sommes pour rien. Vous nous prêtez à tort des capacités d’action dont nous ne disposons pas.

 

  • J’en conviens mademoiselle mais qui est à l’origine de ce bordel ? C’était le directeur général de la Police nationale qui venait de déborder…

 

  • Monsieur le directeur général, je suis doté d’un sens de l’humour très au-dessus de la moyenne, mais permettez-moi de vous dire que si vous vous ne le savez pas comment un ramier comme Tarpon et une donzelle évaporée comme moi pourraient éclairer votre lanterne ?

 

À cet instant précis mon smartphone afficha un message.

 

« Vous permettez ? »

 

Le directeur de cabinet opina.

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