Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 00:03

Comme j’ai un esprit de contradiction fort développé au lieu de commencer par : « La Roumanie est un pays viticole depuis l'Antiquité. Au flanc des contreforts des Carpathes, il existait de vastes plantations de vignes il y a 2 700 ans, bien avant la colonisation du bord de la mer Noire par les Grecs (7e siècle av. J. C.). Certains vestiges archéologiques attestent même une activité viticole remontant à six millénaires. Quant au vin, il a été produit ici depuis le 7ème siècle av. J-C. Plusieurs sources écrites nous apprennent que la vigne et le vin ont joui d’une grande attention parmi les ancêtres des Roumains, les Daces (des Thraces septentrionaux) » je vais aborder l’Histoire de la vigne et du vin dans ce pays par une période que le régime du Conducător, le « Génie des Carphates » Nicolae Ceauşescu, qualifiait « d’âge d’or »

Si vous souhaitez humer l’atmosphère incomparable de cette période sous un régime au « bilan globalement positif » selon l’inénarrable Georges Marchais allez voir un merveilleux film : « Les contes de l’âge d’or » de Cristian Mungiu. C’est 5 histoires courtes racontées du point de vue des gens ordinaires qui, pour survivre face à l’absurdité de la bureaucratie du Parti, la logique insensée de la dictature, avec un fatalisme et une extraordinaire vitalité, se débrouillent et composent sans le savoir des situations hors du commun, comiques, bizarres et surprenantes.  


CONTES DE L'AGE D'OR- La légende du policier affamé

19203257_jpg-r_160_214-b_1_CFD7E1-f_jpg-q_x-20091124_010552.jpg Après la seconde guerre mondiale, le régime communiste nationalise les vignobles et leur exploitation, confiée à l’Etat. Peu d’investissements et une priorité absolue a été donnée à la quantité : dans les années 1960, la Roumanie est devenue le cinquième plus gros producteur de vin d'Europe. Mais dans les collines de Munténie et d’Olténie (au Sud du pays voir la carte) le petit village de Drobiţa les vignes individuelles sont florissantes. Je vous livre ce qu’en écrit Jean Cuisenier dans Mémoires des Carpathes La Roumanie millénaire : un regard intérieur Terre Humaine chez PLON (2000).

Roumanie_3_CarteVignobles.jpg
« Le vignoble, à Drobiţa comme dans toute la région, se révèle, à l’observation, plus varié qu’il ne paraît d’abord. Aux vignes domestiques, s’opposent massivement celles des coopératives issues de la collectivisation des terres anciennement possédées par les boyards, sur des dizaines d’hectares. De la viticulture pratiquée sur ces dernières, il y a peu à dire. La technique en est entre les mains d’agronomes d’État, l’administration entre les mains de gestionnaires d’État. Là, travaillent des salariés de coopératives, descendants d’anciens petits agriculteurs-vignerons, petit-fils, eux-mêmes, de serfs des boyards. Tout autre est la viticulture pratiquée sur les parcelles laissées, en régime communiste, à la disposition des familles. Celle-ci conserve les éléments d’une viticulture plus ancienne, bien vivantes en ces années 70, plus vivante encore après la chute du régime communiste, en raison du regain de l’économie domestique dans les années 90.

Qu’on imagine des dizaines, des centaines de petites parcelles de quelques ares chacune, voire, pour les plus grandes, de deux ou trois décares. Closes de haies où abondent les arbres fruitiers, framboisiers, cassissiers, noisetiers, elles sont disposées à flanc de coteau entre la montagne et la forêt, au nord, la plaine où s’étendent les anciennes propriétés des boyards, au sud. Un réseau serré de chemins sinueux les dessert, ponctué par des croix plantées à des multiples carrefours. La plupart de ces parcelles sont complantées d’espèces diverses et variées : une ou deux lignes de pommiers et poiriers, deux ou trois cerisiers, un noyer sur une haie. Les pieds de vigne sont disposés en ranges, soigneusement fixés sur échalas, taillés assez bas, aux environs d’un mètre. Si quelques rangs de jeunes ceps viennent renouveler une vieille plantation, des rangs de maïs s’intercalent entre eux, pour ne pas laisser le moindre mètre de terre dans l’improductivité. Tout indique que cette viticulture procède d’un jardinage intensif, ménager de l’espace, privilégiant la pluralité des espèces et le diversification des variétés plutôt que l’abondance de la production et l’économie du temps productif. Il suffit pour s’achever de s’en convaincre, d’examiner comment sont composés les rangs dans une parcelle et répartis les pieds dans un rang. J’ai pu compter, sur une parcelle de onze ares, neuf variétés différentes, et sur chaque rang, trois ou quatre variétés distinctes !

A cette disposition apparemment erratique, deux explications sont données. Ce serait, assure Constantin Cîrciu, « pour tromper les voleurs ». Si ces derniers repèrent sur une vigne des rangs régulièrement plantés en une variété greffée et prisée, ils ont plus vite fait d’opérer leurs prélèvements que s’il leur fallait chercher, pied après pied, les bonnes grappes de raisin à cueillir. Le pope Dabela avance une autre explication. Il ne croît pas à la stratégie de la ruse pour dissuader les voleurs, « car tout le monde, à Drobiţa, a sa vigne et fait son vin ». Il pense que cette manière de planter la vigne est mauvaise, et que l’erreur persiste depuis longtemps. Elle révèlerait une autre stratégie, consciemment gustématique : « Chacun, assure-t-il, veut avoir un peu de vin de chaque variété, pour en goûter la qualité et apprécier la différence ; un peu de Nova plus corsé, un peu de Noc, plus léger ; et aussi faire des mélanges à son goût. »

Ces deux explications ne sont pas contradictoires, mais complémentaires. Et fort insuffisantes l’une et l’autre. Car le degré de compétence des cultivateurs de vignes domestiques est, à Drobiţa, très inégal. Pour un Constantin Cîrciu, expert en greffage et en traitements, nombreux sont les Virgil Gîngioveanu ou les Dinu Sîrbu qui savent tout juste biner et tailler. Qui se contentent du vin pressé et fermenté dans leur cellier, même si le goût en est acide et l’arôme évanescent. Mais qui, pour rien au monde, ne se passeraient des avantages de la production domestique : sa gratuité monétaire, sa disponibilité, sa destination. Car en ce pays de vieille culture méditerranéenne, la valeur vénale du vin n’est rien par rapport à sa valeur d’usage, et sa valeur d’usage, rien par rapport à sa valeur symbolique et sociale. Goûter ses vins, faire ses propres assemblages, suivre son vieillissement, l’offrir aux repas de fête, tout cet ensemble concourt au rang social et au prestige de la famille. Et pour ceux qui en ont le temps, on va cueillir son raisin, variété par variété, pied par pied, grappe par grappe, au moment où il le faut pour une exacte maturation. »
Chou-7056.JPG 

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
22 juin 2010 2 22 /06 /juin /2010 00:09

J'exagère bien sûr. L'art du jet post-dégustatif, précis, sans éclaboussure, n'est pas à la portée du premier goûteur venu. Dans les multiples lieux de dégustion au premier regard il est facile de faire le tri entre les grands pros et la piétaille gazouillante. Pour moi y'a du Clint Eastwood, dans un de ses film-culte «Impitoyable», chez ces maîtres dégustateurs : ils ne se vautrent pas au-dessus du baquet, buste droit, décontractés, à l'instant crucial la bouche se fait cul de poule et le vin, en une courbe élégante, s'élance vers sa triste fin. Chapeau les artistes !

Je plaisante à peine mais, ce qui me semble naturel et recommandé en des lieux où il n'y a pas d'autre issue, me semble totalement incongru en d'autres lieux publics, tout particulièrement le restaurant. Rassurez-vous, je ne repasse pas les plats http://www.berthomeau.com/article-lettre-ouverte-au-president-de-l-universite-du-vin-de-suze-la-rousse-a-propos-de-miss-glou-glou-50442183.html mais je vous propose de lire ci-dessous une prise de position militante d'un éminent dégustateur (la lire avant de croquer ma chronique vous sera utile). C'est un vrai bonheur. Je me gondole grave. Comme l’aurais dit le regretté Francis Blanche : « c’est vareuse, c’est vareuse... pardon c’est tunique... » et notre grand Desproges aurait lui sans doute eu des mots uniques pour tailler un costar aux promoteurs du « Recracher le vin au restaurant » nouvelle pratique préconisée, sans malice, par un vigneron à Miss Glou Glou sur son blog

 

« Je suis mille fois d’accord avec miss glou glou. Cette idée, je l’ai depuis longtemps, et j’essaie d’en convaincre les autres. Enchaînant les repas avec de nombreux vins les uns après les autres, c’est un atout pour la santé. J’ai un gobelet en argent (mais l’argent n’est pas obligatoire bien sûr) qui me permet de le faire avec une discrétion totale, puisque quelqu’un à ma table m’a demandé : « mais pourquoi buvez-vous le vin dans cette timbale au lieu de le boire dans votre verre ». Donc, c’est discret. Ensuite, je quitte le repas l’esprit léger, même quand on s’est partagé nettement plus d’une bouteille par personne en moyenne. Enfin, on goûte mieux quand on recrache car l’air qui pénètre en bouche exacerbe le final. De plus, ça devrait intéresser les vignerons, car on boit beaucoup plus quand on recrache : on ouvre toujours une bouteille de plus. Si on veut avoir le délicieux picotement du vin que l’on avale, eh bien, on avale une fois sur trois et on a l’excitation du vin sans la lourdeur. Oui, je recommande l’extension de cette pratique qui n’a que des avantages. » François Audouze

 

Toutes les pratiques entre adultes consentant sont admissibles, défendables, j’en conviens aisément sans pour autant en appeler, comme le vigneron Philippe Gimel du domaine Saint Jean de Barroux, le promoteur de la pratique, au respect de la démocratie ; la pauvre est déjà fort fourbue sans qu’on lui jetât en plus sur le dos une aussi petite cause. En effet, à trop vouloir prouver le risque est grand de donner des arguments à ceux qui guettent la moindre occasion pour stigmatiser la simple pratique de boire du vin, à table ou ailleurs. Le double argument avancé que c’est à la fois bon pour la santé « c’est un atout pour la santé » et « de plus, ça devrait intéresser les vignerons, car on boit beaucoup plus quand on recrache... » Pas mal comme dynamisation du marché – en l’occurrence ici celui des GCC ou des raretés – qui s’apparente, si l’on pousse la logique jusqu’à son terme, pour des vins bien plus modestes vers l’écoulement des surplus dans le caniveau. Nos « amis » les cagoulés du CRAV ont pratiqué, et pratiquent encore parfois, ce sport.

 

Bien sûr, je comprends parfaitement que les Stakhanov de la dégustation, les inimitables goûteurs de vin, l’élite de l’élite quoi, tel François Audouze, qui enchaînent « les repas avec de nombreux vins les uns après les autres » recrachassent une partie des breuvages proposés à leurs yeux, leur nez, leur palais, pour garder intact leur plaisir intellectuel. Toutefois je m’interroge au vue des nourritures solides qui accompagnent les vins – j’insiste sur cet ordre – ne sont-elles pas, par leur richesse, très nuisibles pour la santé des « enchaînés » ?

 

Passe encore, je suis contre les interdits, simplement, laissant à chacun sa liberté de choix, une question bien plus importante me taraude : pourquoi va-t-on au restaurant entre amis, en famille, en amoureux ?

Pour goûter du vin ?

Manifestement non pour une écrasante majorité de gens, leurs motivations sont multiples, depuis la plus simple : se nourrir jusqu’au plaisir de la gastronomie la plus raffinée. Donc si, cédant à la maladie des sondages, nous interrogions à la sortie des restaurants «monsieur et madame tout le monde» je ne pense pas que le pourcentage de ceux ayant choisi d’aller au restaurant pour goûter du vin dépasserait le seuil du significatif. En effet, peu de gens alignent de nombreux vins sur leur table de restaurant, encore heureux quand ils en commandent.

Alors, il me semblerait plus pertinent, plutôt que de militer pour la vidange, même dans un gobelet d’argent – et pourquoi pas chez les étoilés dans des vasques portées par des serviteurs – pour améliorer la santé financière de beaucoup de vignerons de se battre pour que les prix des vins au restaurant soit plus raisonnables, pour un service au verre digne et abordable et la proposition d’emporter chez soi dans de bonnes conditions, comme aux Papilles par exemple, la bouteille non entièrement consommée...

Que les goûteurs de vin fassent comme bon leur semble, au restaurant ou ailleurs, peu me chaut mais de grâce qu’ils veuillent bien nous épargner «l’extension du domaine du vin perdu sans être bu» car vraiment c’est à la fois une bien triste fin que de finir sa vie à l’égout. Certes le vin n’est pas nécessaire à la vie de nos corps mais il est si utile à celle de nos cœurs et de nos âmes par son passage furtif, enivrant parfois, en nos mortelles carcasses que de le pisser me semble de nos jours si coincés, si intellectualisés, un acte profondément «révolutionnaire» 

 

Pour mémoire une chronique de mars 2009 « Il vaut mieux être saoul que con, ça dure moins longtemps» à intégrer dans le Manuel du petit dégustateur borné   http://www.berthomeau.com/article-28979241.html  Il s’agissait ici des dégustateurs patentés et non des dégustateurs distingués...

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 00:09

La langue de la rue claque, pète, se vautre, elle accroche, capte, détourne, met cul sur tête les choses de la vie avec ironie, dérision, gouaille. Ses mots ou ses expressions marqueuses du temps, d’abord confinés au sein de tribus en des zones dites « mal fréquentées », s’installent dans le langage courant, sont adoptées par monsieur et madame tout le monde avant parfois de faire leur entrée dans le Petit Larousse Illustré.

 

Tel est le cas de l’expression « faire genre » qui, traduite en langage « correct » signifie faire croire ou accroire quelque chose qui ne repose sur aucune réalité, faire comme si pour masquer ses insuffisances ou pour combler son absence de résultat. L’interjection « genre » qui ponctue une phrase marque, elle aussi, le côté je me donne une belle contenance en dépit de mon côté tocard, creux, parvenu ou minable. L’utilisation d’un synonyme : « style » ou « faire style » permet à certains, adeptes du « franglish » de se distinguer de la piétaille en prononçant « staile »

 

Ces précisions linguistiques étant faites, je me dois d’argumenter mon affirmation selon laquelle : « faire genre » constituerait la nouvelle attitude des concepteurs de vin. Précision : j’aurais du écrire de certains concepteurs de vin. Autre précision : par conception du vin j’entends bien sûr le vin lui-même, mais aussi son « packaging » et la communication qui va avec. Enfin, cette chronique ne constitue qu’une ébauche, elle n’épuise pas le sujet ce qui signifie que vous pouvez l’enrichir ou la démolir selon votre inclinaison.

 

Dans le genre « faire genre », je m’attacherai à 2 tendances lourdes : la tendance 4x4 en ville et la tendance over-rose. La première peut se résumer par « il fait des vins qui ont des tronches de GCC pour ceux qui veulent faire genre » ; la seconde, plus style, se décline ainsi « il fait des rosés éthérés fagotés comme des minettes évaporées pour des mecs et des gonzesses qui veulent faire style ». À dessein je n’ai utilisé que le pronom il afin de bien marquer la prédominance mâle encore très marquée sur la conception du vin (propriétaires emblématiques, vignerons médiatiques, œnologues-stars, critiques et notateurs divers...)

 

La tendance 4x4 en ville relève du détournement de fonction. En effet, à l’origine le 4x4 est un véhicule tous terrains bien utile pour les zones difficiles : le légendaire Land Rover roi du désert. Sa transplantation en ville traduit la quintessence du « faire genre » avec bien évidemment toute la palette du paraître : du grossier Hummer (victime de la déconfiture des grands constructeurs américains) à l’élégant Cayenne en passant par toute une flopée de japonais, d’allemands et bien évidemment de pâles français). Le même phénomène s’applique avec une belle homothétie aux vins « de statut » depuis que la crème des GCC s’envole vers des cimes inaccessibles au commun des « qui se la pètent grave ». Nous assistons donc à une course effrénée au captage de buveurs d’étiquettes. À toutes fins utiles je signale que je ne fais ici qu’un pur constat et que, comme pour les 4x4 en ville, les vendeurs de vin vont allécher la demande là où elle se trouve.

 

La tendance over-rose frise, elle, la caricature. C’est une déferlante, la danse du ventre, la ruée du rose fadasse sur la « génération soft drink » des gars et des filles qui boivent glacé avec une paille, qui se baladent en Repetto été comme hiver pour les bimbos, se fringuent comme un titulaire de RMI pour aller à user leurs fonds de jeans troué, à 200 euros l’unité, sur les bancs de Janson-de-Sailly, qui passent leur vie sur Facebook et sur Twitter, qui bouffent des séries américaines...

Entendez-moi bien, que ce segment de marché en plein boom suscite un regain d’intérêt de la part des concepteurs de vin est dans l’ordre des choses, ce qui suscite ma légère ironie c’est l’adoption quasi-unanime des mêmes codes. Comme si le rosé, qui n’est pas comme ses frères baptisé d’un nom de couleur, en rajoutait dans le rose. Ce n'est plus du vin mais de la layette.

Le plus étonnant dans cette affaire, alors que les Provençaux au nom du rosé authentique se sont portés au front, ont terrassé l’hydre européenne, ce produit se massifie, s’enfonce dans l’uniformité voire même la banalité. À force de vouloir « faire genre », style jupe Vichy, dans toutes les catégories de vins, plus personne n’y retrouve ses petits. Sans avancer le syndrome Beaujolais Nouveau, le nouveau de nos jours vieillit vite, pour consolider la vague rose un peu de créativité ne nuirait pas. Si ça vous dit lire ou relire la chronique http://www.berthomeau.com/article-over-rose-notre-rose-du-camping-des-flots-bleus-a-l-anti-strategie-de-l-ocean-bleu-51361072.html

 

Pour ne pas vous laisser sur l’impression que je passe mon temps à remonter les bretelles à tout le monde à propos de tout et de rien je vous signale que, moi aussi, je fais genre. En effet, comme je l’ai écrit dans mes chroniques je ne suis qu'« un dégustateur imposteur ». Je fais genre avec mes beaux costars et mes Richelieu bien cirées mais, ne vous y trompez pas, je donne le change... car je suis un bad boy !

 

Si ça vous dit encore à propos de l'affaire d'Etat du Nicolas  lire  http://www.les5duvin.com/article-mal-eleves-les-vins-les-gamins-et-les-soi-disant-responsables-en-peau-de-lapin-52639678.html

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 02:18

Comment allions-nous faire pour nous éclipser sans éveiller l’attention de nos cerbères ? L’avion décollait au milieu de l’après-midi et, par chance, l’aéroport se situait à quelques kilomètres de notre hôtel. L’achat de nos billets, via l’agence d’Air France à Prague, fut le premier test de notre capacité à passer au travers des mailles du filet. Mon choix de la Compagnie Française, qui assurait la représentation de SAS dans la capitale tchécoslovaque, n’était pas du tout innocent. Je m’y étais rendu sitôt que nous avions formé le projet de nous éclipser et j’avais remarqué que le personnel y était jeune et français. Ce constat m’avait mis en confiance car la mauvaise conscience des français vis-à-vis de ressortissants algériens, surtout celle de la génération qui n’avait pas participé sous les drapeaux au conflit, me paraissait un gage d’un service rapide et discret. Jeanne se chargeait de l’achat et tout se déroula pour le mieux. J’ignorais si les services de la police aux frontières examinaient les listes des noms des passagers en partance. Le risque existait mais nous devions bien évidemment le courir. Restait maintenant à organiser le scénario de notre départ. Devions-nous partir ensemble ou prendre des chemins séparés ? Nous optâmes pour la seconde branche de l’alternative, plus discrète, en convenant, bien sûr que si l’un de nous deux se faisait choper avant l’arrivée dans l’aéroport, l’autre ne monterait pas dans l’avion. J’avais tenté de convaincre Jeanne de partir si c’était moi qui me retrouvais dans cette situation. « Moi je ne risque pas grand-chose, alors que toi tu es vraiment dans le collimateur des cosaques... » Elle refusa.

 

Officiellement, le matin de notre départ, Jeanne serait malade et garderait la chambre. En fait, avant que le jour ne se lève, elle partirait en petites foulées, traverserait le massif forestier fort bien balisé pour aller se réfugier au petit matin dans un parc animalier où elle jouerait les touristes jusqu’à la fin de la matinée. Notre chance c’est que le personnel de service de l’hôtel, que nous avions arrosé de dollars, nous avait à la bonne et il ne viendrait pas fourrer son nez dans notre chambre ce matin-là. Restait à régler les modalités de mon propre départ. Pour donner le change je décidais de beaucoup me montrer, d’aller et de venir auprès des officiels, de les saturer de ma présence pour que le moment venu ils ne s’étonnent pas de mon absence. Pour arriver dans de bonnes conditions à l’aéroport je devais m’éclipser sitôt le déjeuner. Nos amis tchécoslovaques, pour mieux surveiller nos aller-venues, nous transbordaient dans de petits autobus ou même parfois dans des limousines. Jeanne et moi nous nous étions soumis sans rechigner à cette contrainte. Toutes nos escapades, avec leur assentiment, se déroulèrent dans la bonne ville de Prague, pour des temps limités, et avec des motifs culturels. De plus, le temps passant l’attention de nos chiens de garde s’émoussaient. Notre bonne conduite les endormait. Plutôt que d’inventer un gros bobard j’optai pour un coup de poker.

 

Chaque jour, une camionnette conduite par un vieux pépère très porté sur le schnaps se rendait à l’aéroport en début d’après-midi pour aller récupérer la presse internationale qui était ensuite distribuée aux différentes délégations. Mes relations avec le préposé étaient des meilleures. Je lui avais, en effet, procuré une bouteille de Cognac que j’avais déniché dans un magasin d’Etat réservé aux hiérarques auquel lui, simple pékin, n’avait pas accès. À plusieurs reprises je l’avais accompagné. Mon plan était simple mais risqué. Après le déjeuner j’annoncerais très officiellement que je devais me rendre à l’ambassade d’Algérie pour y réceptionner des documents arrivés par la valise diplomatique. Les seconds couteaux des services de Sécurité sont toujours très respectueux vis-à-vis de ceux qui manient des documents de ce type. Ma demande les prendrait de court. La bureaucratie à en horreur l’improvisation. Afin de leur sortir une épine du pied je proposerais d’accompagner le préposé à la presse à l’aéroport puis de là je prendrais le bus pour me rendre à l’ambassade. De nouveau c’était risqué mais jouable. Si tout fonctionnait comme je l’envisageais à l’aéroport il me serait facile de me défaire du brave pépère. Dernier point d’importance : nous ne pouvions, sans éveiller les soupçons des douaniers, partir pour l’Amérique du Sud sans bagage. Jeanne ne pouvait faire son petit footing munie d’une valise et moi partir à l’ambassade avec armes et bagages. C’est Ernesto, l’amoureux transi qui me procura la solution.     

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
commenter cet article
20 juin 2010 7 20 /06 /juin /2010 00:09

L’ami Michel Chapoutier, lors d’un déjeuner impromptu dans l’une de ses « cantines » sise à l’angle de la rue de Varenne et de Bourgogne, m’a livré la clé du buzz qui a agité mon espace de liberté après mes écrits incongrus sur le Symposium Grenache. Son regard pétillait et, en riant, il m’assurait que s’il avait su... je n’en ajouterai pas plus.

Bref, fort de mon ignorance crasse, je me suis plongé dans la lecture de l’histoire du Grenache. Tout d’abord, à tout seigneur tout honneur, dans les minutes du « Symposium du Grenache, ce héros inconnu... » de Jacques Perrin.

« Mentionné pour la première fois en France par Eustache Deschamps en 1400, le grenache serait en effet originaire de l’Aragon selon le comte Odard. Jusqu’à la fin du XIXème siècle, le grenache fut l’un des cépages les plus cultivés dans le monde et si sa présence demeure importante, notamment en Espagne et en Italie, sa surface diminue. Elle a passé de 240 000 à 200 000 ha en douze ans : le grenache est en effet l’une des « victimes » des campagnes d’arrachage. »

Ensuite, je lis sur Wikipédia que « L'Histoire précoce du Grenache est étroitement associée aux territoires inféodés à la Couronne d'Aragon et tirent leur origine soit de la métropole catalano-aragonaise, soit de la Sardaigne, partie intégrante du pays pendant près de 500 ans » et qu’ « En Espagne, il est cultivé dans presque tout le nord du pays, en Aragon, (présent dans tous les vins rosés) Castille, Pays basque, Catalogne, (présent dans toutes les appellation) ou Estrémadure. »

Enfin, Désiré Bois écrit dans son Encyclopédie Biologique Volume IV « Les Plantes à Boissons » qu’ « On suppose qu’il est originaire d’Espagne, d’où il aurait été introduit dans le Roussillon, et se serait répandu dans le Languedoc, puis en Vaucluse et en Provence, notamment dans le Var »

Arrivé à ce stade, comme Désiré Bois qui le mentionne comme l’un des de ses noms synonymes, je ne puis m’empêcher de penser que ce brave GRENACHE eut sans doute été plus respecté s’il avait pris le beau nom d’ARAGONAIS. Bien sûr ça n’engage que moi.

Et c’est alors que dans mes neurones chauffés à blanc – je ponds un Rapport en ce moment – surgissait la bouille épanouie de Bobby Lapointe et de sa merveilleuse chanson : ARAGON&CASTILLE.

Ni une ni deux je décidais derechef d’offrir 2 versions d’ARAGON&CASTILLE en rémission des fautes que j’ai commises envers ce pauvre Grenache :

-         celle bien évidemment de Bobby lui-même

-         celle de la Chorale des Ecoles de Cerdagne joyeuse et bordélique...

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 00:09

C’eut été du Mumm « Cordon Vert » ! Gag ? Non voir l’image ci-dessous. Le 12 juillet 1998 restera le jour de notre unique étoile. Aimé Jacquet, contre vents et marées, tirait parti des forces et faiblesses de ses joueurs, des egos des uns et de l’altruisme d’autres, pour constituer une équipe. Le football est un sport collectif et, même si la victoire fut belle, les matches de qualification ne furent pas tous, loin s’en faut, des emblèmes de beau jeu.  Genou-6799.JPG

Le collectif, un mot un peu abimé par le collectivisme niveleur, est une force lorsque la somme des individualités est supérieure à leur stricte addition. Dans un collectif soudé l’individualité talentueuse s’épanouit plus encore au contact du joueur de devoir et le joueur ordinaire se transcende. Au-delà des tactiques, des consignes, du tableau noir, dans cette alchimie le rôle de l’entraineur est bien de transfuser à ses individualités cet altruisme qui mène aux plus belles victoires.

 

Dans le football français dans les années 60 qui suivirent la fameuse Coupe du Monde de 1958 où la France de Kopa et de Fontaine se classa 3ième un drôle de bonhomme chauve, discret, un émigré espagnol, José Arribas, tira le FC Nantes de la 2de Division en 62-63 pour conquérir en 64-65 le titre de « champion de France » avec une équipe « sans vedettes » selon des principes nouveaux.  Genou-8027.JPG

« Faire confiance aux hommes, provoquer une crise de conscience chez tous ceux qui ont accepté de le suivre, telle est la ligne de conduite de José Arribas. Pour lui, l’esprit collectif prime tout. Il n’admet pas qu’un joueur puisse profiter du travail des autres, à son seul avantage.

José est bien placé pour savoir qu’un être isolé éprouve des difficultés à survivre. L’expérience des Halles de Bordeaux est constamment présente à sa mémoire : sans le soutien des « forts », il n’aurait pu franchir la plus noire période de son histoire.

Parce qu’il a vu la force l’emporter sur la loi, dans son propre pays* il exige le strict respect des règlements sur le terrain. Arribas est l’ennemi de la brutalité, du football purement physique. Le mouvement doit se fonder sur l’intelligence. »

François Cavil dans L’Évènement  mensuel d’Emmanuel d’Astier N°2 1966

 

  • José Arribas est né à Bilbao en janvier 1921. Le père de José prend les armes contre les franquistes. Après la défaite sa famille émigre dans le Sud-Ouest. À 16 ans il travaille aux Halles de Bordeaux et ce sont les « forts » qui lui apprennent le français. Lorsque les allemands occupent la France il devient un clandestin. Honnête footballeur il joue dans des petits clubs puis devient »entraîneur-joueur : « contremaître » du football à Noyen-sur-Sarthe 2000 habitants. Il conduit cette modeste équipe jusqu’à la Division d’Honneur. Il postule pour le FC Nantes. Les dirigeants le choisissent. En 3 ans avec un savant dosage de jeunes et de vieux briscards : André Strappe, Pancho Gonzales et André Guillot il hisse le club en 1ière Division. La belle aventure du FC Nantes commençait.  Nantes.jpg

Je l’ai suivi avec amour et passion. Je n’ai jamais eu l’âme d’un supporter, j’aime le jeu, l’intelligence du jeu, la joie de la victoire, l’acceptation sportive de la défaite. Gondet, Budzinsky, Simon, Suaudeau n’étaient pas des stars mais d’excellents joueurs au service d’un collectif. Reste le grand Max Bossis : si vous avez un peu de temps je vous conseille de lire la chronique que je lui avais consacrée en novembre 2005 « Le Grand Max » http://www.berthomeau.com/article-1154159.html Elle est courte et elle a le mérite d’aborder le sujet du jour.

 

Je n’ai pas regardé, hormis un beau match de l’Allemagne, les « prestations » de l’équipe de France. Je n’ai guère de sympathie pour Raymond Domenech mais dans cette affaire il n’est que l’expression la plus affirmée d’une absence d’ambition collective de ses joueurs et des dirigeants du football français. Pour ces derniers, les traiter de petits boutiquiers ce serait insulter le petite commerce. Ils ne sont qu’insignifiance et vacuité. Quand aux joueurs le qualificatif de « lopettes » me semblent le plus approprié. Jouer semble étranger à leur vocabulaire. Pour le Raymond, tirer sur un corbillard n’est pas dans ma culture alors, puisque la retraite est à l’ordre du jour, je lui en souhaite une pleine de regrets éternels et plein de petits Ribéry...

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 00:09

Tous les grands amateurs connaissent le fameux Château des Jacques en Beaujolais, 35 ha de Moulin à Vent et de Chénas appartenant à la « maison de confiance » Louis Jadot http://www.berthomeau.com/article-25113132.html . Moins connu est le Château Saint Jacques d’Albas en Minervois www.chateaustjacques.com. Pour ce qui concerne le « Clos Saint Jacques » vu sa position géographique dans la bonne ville de Cambrai dans le Nord www.leclosstjacques.com les bêtises y sont plus à l’honneur que les ceps de vigne. Quand aux « Mas Saint Jacques » il y en a une tripotée de Céret aux Saintes Maries de la Mer mais pas de trace de vignes. Bref, lorsqu’il s’est agi d’accrocher un nom à ma nouvelle acquisition, sans hésitation, j’ai choisi Le Clos Saint Jacques des Achard.

 

Explication :

-         Pourquoi Clos ? Parce que c’est un Clos soit une parcelle cernée de murs ou de murets : le Clos Vougeot par exemple ;

-         Pourquoi Saint Jacques ? Parce que la parcelle est sise tout en haut d’un coteau bordant le Boulevard St Jacques, orientation selon la boussole de mon Iphone : 208° SO ;

-         Pourquoi des Achard ?  C’est mon fief de naissance : le pays des Achard, né à la Mothe-Achard d’une mère née à la Chapelle Achard et d’un père né lui à Saint-Georges-de-Pointindoux. Si j’eus accolé à mon Clos St Jacques, de Pointindoux, je soupçonne que certains mal intentionnés eussent susurrés : Potins Doux ;

 

Qu’est-ce donc que cette nouvelle engeance me dire-vous ?

 

Serais-je en train d’anticiper la « libéralisation des droits de plantation » en jetant une tête de pont francilienne afin de mener l’assaut contre les Barbares du Nouveau Monde ?

 

Que nenni, loin de moi une telle ambition car, comme chacun sait, je suis un artisan de la régulation des droits de plantation et un chantre du small is beautiful.

 

Ma motivation est bien plus noble : témoigner de mon indéfectible engagement pour que vivent nos beaux terroirs.

 

Pour ce faire il me fallait chérir celui qui fait le lien entre la terre et le ciel sous la main de l’homme : le cep de vigne.  Genou-7985.JPGProfitant d’une escapade dominicale aux Journées de la Rose de l’abbaye de Chaalis – ne pas confondre avec les Fêtes de la Rose chère au cœur de Martine – sur les magnifiques pelouses, en dehors de rosiers magnifiques, des pépiniéristes proposaient des plantes de toute sorte. Je flânais donc lorsque « mon cœur de battre s’est arrêté » car sous mes yeux de beaux ceps de vigne en pots formaient un beau carré verdoyant.

 

Bien évidemment, en ce lieu dédié aux jardiniers urbains je ne pouvais que me voir proposé des cépages de raisins de table. Par bonheur, les beaux, je veux dire ceux qui avaient de l’âge, étaient tous – le pépiniériste étant du Lot-et-Garonne – du CHASSELAS. Vous direz qu’avec lui je pourrais faire le Suisse en tentant le fendant mais loin de moi toute idée mercantile je vais me contenter de l’élever comme mon enfant.

 Genou-8009.JPG Genou-8011.JPG

Et c’est là que je vais avoir besoin de vos conseils mes amis de la vigne.

 

Pour l’heure mon cep vit sa vie dans un horrible pot en plastique noir que bien évidemment je vais conserver jusqu’à l’heure du rempotage. C’est à ce moment-là que j’aurai besoin de vous.

Quel type de pot et surtout ses mensurations, avec pour corollaire le terroir qui va avec. Peut-être que je pourrais importer du terroir ? Dites-moi tout !

 

Ensuite je la mène comment ma vigne ?

 

En bio, en biodynamie, en conventionnel... mais je vous signale que mon brave pied de chasselas est environné d’une nature cultivée, pas par moi, sans engrais ni pesticides et c’est plein d’adventices.

Genou-8012.JPGGenou-8015.JPGGenou-8014.JPG

Voilà je suis donc dans les affres de la paternité. Je veux le bichonner mon Clos Saint Jacques des Achard qui a une densité de pieds à l’hectare à nulle autre pareille puisque dans la représentation de Von Neumann des nombres naturels, 1 est défini comme l'ensemble {0}. Il a un seul élément, c'est un ordinal et un cardinal, son rang héréditaire est 1. Bref il est UNIQUE.

Genou-8016.JPG

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
17 juin 2010 4 17 /06 /juin /2010 00:03

En ces temps où dans le grand sac fourre-tout dit des signes de qualité, sans grand discernement, et surtout avec une impéritie coupable, nous laissons se diluer, se dissoudre, ce que des hommes courageux et visionnaires ont su en leur temps forger : l’appellation d’origine contrôlée, je me sens encore capable non de me mettre en colère mais simplement d’aller puiser un peu de réconfort dans l’étonnante simplicité de nos aînés.

Face à nos non-choix, à nos ambigüités, notre art de défendre des prés carrés qui ne sont que des grands lacs déversoirs, les « grisouilloux » de Bairlaymont on beau jeu de proposer, en vue de simplification, la fusion des AOP et des IGP. Mes positions sont connues (lire ou relire ma chronique http://www.berthomeau.com/article-comment-federer-des-ilots-d-excellence-dans-un-ocean-de-mediocrite-et-si-nous-reparlions-de-rene-renou-42562696.html ) mais mon bref passage près du château du Roi René me pousse à remettre sur l’ouvrage sur le métier.

Le 25 juin 1948, à Deauville, à l’initiative du Syndicat de la marque d’origine « Pays d’Auge » se tenait, sous la présidence du baron Le Roy président de l’INAO, le 1ier Congrès de l’Origine. A la fin du dîner de clôture, auquel le Ministre de l’Agriculture de l’époque n’assistait pas, le baron Le Roy « qui a présidé tous les travaux de la journée avec infiniment d’autorité et d’entrain » soumettait à l’assemblée un projet de DÉCLARATION. Mise aux voix, elle fut adoptée à l’unanimité. Pour les congressistes elle devait devenir « la charte des produits d’origine en créant l’unité de doctrine ».

baron.jpg

La voici, et ne me dite pas qu’elle sent la naphtaline, surtout le point I.

 

I.                   – Un produit est d’origine lorsqu’il a une originalité propre, une personnalité consacrée par des usages et une renommée constatée.

Les qualités substantielles que doit présenter un produit s’origine résultent :

1°- de facteurs naturels dont le rôle est prépondérant : le climat, la nature du sol, l’exposition, la flore spontanée, les variétés végétales cultivées ou espèces ou races animales élevées. Ces facteurs se situent dans les limites d’une aire de production qui constitue la circonscription d’origine ;

2°- de facteurs dus à l’action continue du producteur qui contribue à l’affirmation et au développement de l’originalité du produit : méthodes de cultures, procédés de fabrication, de transformation et de conservation.

 

II.- Les produits d’Origine constituent, pour la France, un patrimoine d’une richesse incomparable qui bénéficie d’une réputation mondiale qu’il convient, dans l’intérêt national de sauvegarder, de développer et de valoriser.

Dans ce but, il importe :

1°- que les producteurs intéressés consentent l’effort de discipline nécessaire pour maintenir et affirmer l’originalité ayant fait la réputation de leur produit ;

2°- que les Pouvoirs Publics, avec le concours des organisations professionnelles intéressées, aient une politique suivie en matière de protection des appellations d’origine, notamment dans les négociations avec les pays étrangers en vue d’éviter les usurpations et les fraudes, à charge de réciprocité ;

3°- que les groupements agricoles intéressés mettent au premier rang de leurs préoccupations cette protection agissante des appellations d’origine qui constituent un des éléments fondamentaux du relèvement de l’agriculture ;

4°- que, dans le cadre actuel de la politique économique de taxation des prix, les produits d’origine bénéficient d’un réajustement relatif de prix correspondant à leurs qualités substantielles.

 

III. – Décide, en vue de poursuivre l’action entreprise, la création d’un organisme professionnel de coordination et d’action ayant pour mission de veiller au maintien de l’unité de doctrine établie par le 1ier Congrès de l’Origine.

 

Vieilleries que tout cela diront certains ! Pas si sûr, même si bien évidemment nous ne sommes plus en 1948. Ce qui me frappe dans les évolutions actuelles, alors qu’à l’envi j’entends proclamer la nécessité de réguler nos productions agricoles, c’est l’abandon de la réflexion et de l’action collective pour refonder un système de création de valeur sur nos territoires.

Les fronts du refus ne débouchent sur rien. L’aquoibonisme conduit lui à un repli sans plus de perspectives. Reste à prendre de la graine sur ces bâtisseurs, à sortir des postures, à faire bouger les lignes, à inventer de nouveaux espaces d’initiative, à bousculer le conformisme des lamineurs simplificateurs pondeurs de directives. Leur laisser le champ libre c’est leur abandonner notre avenir et je sais d'expérience qu’il n’est pas dans de bonnes mains. À nous de sortir de nos ronchonnements pour reprendre le pouvoir, là où il est, là où il est toujours prenable. Je ne vais pas vous bassiner avec mes vieilles antiennes mais les absents ont toujours torts !   

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 00:09

Pour un tout petit blasphème j’ai failli, tel la Jeanne de Domremy, finir sur un bûcher. La Sainte Inquisition d’Aragon&Castille me clouait au pilori pour que l’honneur du Grenache et de l’English réunis soit sauf. À peine avais-je eu le temps de reprendre mes esprits, de faire résipiscence, que je lisais sous la plume du natif d’un des 3 évêchés de l’Est au temps du Saint Empire Germanique un outrage d’une toute autre portée : les Châteauneuf-du-Pape goûtés par lui, hormis le Rayas, ne seraient que des « vins de chasseurs ». De plus, l’homme à la barbe fleurie, emporté par sa provocation osait compresser cette illustre appellation en un CNDP fleurant bon un quelconque comité. J’en fus, vous le comprendrez, totalement bouleversifié.  tartarin_de_tarascon02.jpg

Certains m’objecteront que cette qualification n’a rien d’outrageante, les chasseurs étant, en règle générale, des gens forts honorables. Bien sûr il y a des viandards, des je tire sur tout ce qui bouge, mais sans aller jusqu’à la caricature type Tartarin de Tarascon je ne suis pas certain que dans la bouche de François le Débonnaire cette appellation non contrôlée générique puisse être assimilée à un compliment. Mais alors, qu’est-ce donc un vin de chasseurs ? N’étant moi-même ni chasseur, ni très intéressé à la chose cynégétique je vous confesse ma totale incompétence pour amener des éléments de réponse à cette angoissante question. Reste à ce que vous, vous vous y colliez pour nous éclairer. Dans le lot de mes lecteurs y doit bien y avoir quelques chasseurs. Attention, mon appel n’est pas le signal de l’ouverture de la chasse au François. Ici, seul le ball-trap est admis, vous pouvez lui voler dans les plumes mais avec courtoisie.

 

Je pourrais en rester-là sur les « chasseurs » chers à François le Débonnaire mais ce serait de ma part pure hypocrisie car en effet, dans ma vie professionnelle, par deux fois j’ai eu à l’occasion de « croiser » des chasseurs d’en haut. Ceux du bas, je les ai aussi fréquentés lorsque je chalutais du côté du Marais Vernier mais je ne suis pas sûr qu’ils fussent de grands amateurs de CNDP lui préférant le petit jaune avec des glaçons.

 

Au 78 rue de Varenne, avec l’ONF, nous gérions des « chasses » à Chambord, Rambouillet et Auberive en Haute-Marne. Les ministres y invitaient de fines gâchettes ou de supposées telles. La chasse étant, en l’occurrence, un haut lieu de ce que l’on qualifie « d’influence ». Mon Ministre se tamponnait des chasses, je devais donc opérer en ses lieux et place le choix des invités. Hormis quelques habitués : Charasse, Souchon, Guy Ligier j’avais tout le loisir de puiser dans le vivier de nos obligés qui se bousculaient au portillon. Dans le lot un beau paquet de gens du vin, des Bordelais entre autres François mais, même sous la torture, je ne parlerai pas. De vrais chasseurs, des fines gueules et des grands amateurs : alors vin de chasseurs ?

 

Sorti des ors de la République un jour je fus chassé par un cabinet de chasseurs de têtes de la rue de la Paix pour le compte d’un « gros machin » (sans rapport avec le secteur du Vin sauf à l’occasion de la vinification) Je consultai donc le profil du poste et, à ma grande stupéfaction, je découvris que parmi les compétences requises pour le poste y figurait : la chasse. Ces messieurs avaient omis bien sûr la capacité à bien se tenir à de grandes tables tant pour le solide que pour le liquide. N’ayant pas donné suite je ne puis me prononcer sur les qualités de ces messieurs à la chasse comme à la table : alors vin de chasseurs ?

 

Pour que tu en prennes bonne note, cher François, sache que le domaine de l’ami Alain Jaume c’est « Le Grand Veneur » sans doute pour être vraiment pile poils dans ton cœur de cible.   les-20origines_1.jpg

Enfin, j’ose espérer que sur le bord du lac de Garde, à la Villa d’Este, une grande dégustation  de « Vins de Pêcheurs à la Mouche » sera organisée par nos amis vignerons suisses ?

 

J’oubliais, comme j’ai un faible pour une « chasseresse » je puis témoigner de son inclinaison, non pour le CNDP, mais pour le Banyuls, le Porto et autres douceurs dois-je en conclure que sont des « Vins de Chasseresses »

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 00:09

Comme la modestie n'est pas mon fort il est des jours où je me dis «Berthomeau mon coco t'es le meilleur !» Rassurez-vous chers lecteurs pas l’once d’une polémique dans cette chronique mais je profite que l'actualité adore les pieds de nez pour ajouter une petite couche d'ironie à une histoire qui a fait ler buzz avant de déballer ma marchandise. En effet Le Monde titrait hier « L'anglais est-il en danger ?» Alors qu'il conquiert le monde, pourquoi recule-t-il aux USA et au Royaume Uni ? La linguiste Henriette Walter soulignait dans un entretien « l'anglais est beaucoup plus menacé que le français, car il existe aujourd'hui sortes d'anglais à travers le monde. Il y a l'anglais d'Inde, d'Afrique du Sud, du Canada, etc. Sans compter l'anglais international, le pauvre petit enfant de la famille, le plus malheureux.»

 

Fermez le ban !

 

Je reviens à mon affirmation titre : Accéder à la splendeur d’un Grand Grenache est plus aisé que de goûter l’Humour Anglais pour, tel l’arrogant Saül, après avoir laissé accroire que je fusse un pourfendeur du Grenache et de ses adorateurs causant anglais, j’emprunte avec le peu d’humilité dont je dispose mon chemin de Damas. Pour autant je ne vais pas vous infliger, tel St Paul, des épîtres mais seulement justifier le titre de mon chapitre.

 

Vous commencez à me connaître et si j’osais écrire que, tel les 6 malheureux bourgeois de Calais, j’allais, corde au cou, en chemise, livrer à nos amis anglais les clés du Clos des Papes, vous ne me prendriez pas au sérieux. Mon projet est bien plus ambitieux comme vous allez pouvoir le constater.

 

Tout d’abord, pour couper court à mon soi-disant désintérêt pour le Grenache, en dépit de mes récentes frasques, sachez qu’icelui me doit beaucoup.

Incommensurable orgueil !

J’en conviens, et pourtant c’était au temps où le regretté Paul Avril présidait le Comité National Vins de l’INAO. La République me dépêcha dare-dare sur les terres chères au feu baron Le Roy de Boiseaumarié pour démêler les lances et les dagues, non des Armagnacs et des Bourguignons, mais de deux maisons antagonistes. Rien ne pouvait plus les rassembler, même pas le Grenache. Dans les litanies des conflits, pensez-donc, même la fameuse bouteille écussonnée, aux armes du Pape se trouvait prise en otage. Allais-je devoir, tel Salomon, menacer de la trancher en deux ? Pas très pratique pour livrer le nectar, fils du Grenache et de quelques autres géniteurs, aux fines papilles de nos amis anglais.

 

Belle transition pour revenir à mon sujet du jour en vous proposant quelques tranches de « l’un des plus grands romans humoristiques du siècle » selon Anthony Burgess : « Augustus Carp » de Sir Henry H. Bashford.

Pourquoi diable, me direz-vous ?

Tout bêtement pour vous démontrer, sans l’ombre d’un doute, qu’ « Accéder à la splendeur d’un Grand Grenache est plus aisé que de goûter l’Humour Anglais ». Subsidiairement aussi pour justifier mon anglophilie déclarée mais contestée par notre Hervé.

Bien sûr j’ai lu ce livre en français mais avec l’onction du défunt académicien Pierre-Jean Rémy « Comment le traducteur a-t-il su s’y prendre pour nous donner l’illusion de lire en anglais ? ». Entendez-moi bien chers lecteurs même si goûter l’humour anglais est plus mal aisé que d’accéder à la splendeur d’un Grand Grenache, ce n’est pas pour autant mission impossible surtout avec « Augustus Carp » publié en 1924 dont l’incandescence satirique est sans pareille. Je suis à peu près sûr de vous convaincre même si l’humour anglais se mérite.

 Démonstration !

Genou-7981.JPGLe baptême d’Augustus Carp ou l’art du slips au cricket  

 

« ... je venais à peine d’être tendu au vicaire quand survint une exacerbation si vive de mon érythème que, dans les convulsions qui s’ensuivirent, il fut incapable de me tenir [...] Cependant, ayant chu des bras du vicaire, je restai un moment en équilibre sur le bord extrême des fonts puis, basculant vers l’avant, entrai en collision avec le pasteur qui, dans un effort pour me sauver, fit un faux pas en arrière. D’un mouvement que j’estime inspiré par la meilleure science balistique, je rebondis alors du pasteur titubant vers les pieds du vicaire adjoint qui devint inopinément l’instrument de la Providence. Je ne suis pas personnellement adepte des disciplines dites athlétiques, que d’ailleurs, je n’approuve guère. Mais en l’occurrence, il fut peut-être heureux que le vicaire adjoint en question se trouvât être un fin joueur de cricket. Car, alors que le sang se figeait dans toutes les veines et que ma tête n’était plus qu’à un pouce du sol, il projeta ses mains en avant et réussit à m’attraper, accomplissant du même coup le geste connu, je crois, sous l’appellation technique de slips. »

 

 Le choix de la profession d’Augustus Carp ou la langue française fait obstacle

 

«Pendant un certain temps aussi, nous examinâmes soigneusement les éminents mérites de la diplomatie pour laquelle, nous en convînmes, mon père et moi, j’étais à bien des égards admirablement prédisposé. Et je reste convaincu que j’aurais trouvé, dans le poste d’attaché comme dans celui d’ambassadeur, un emploi conforme à mon tempérament et à ma foi. Malheureusement, une telle carrière impliquait l’apprentissage de la langue française avec tous les périls afférents, et mon père ne put se résoudre à m’y exposer. Avait-il raison en cela ? On peut sans doute en discuter et j’ai rencontré depuis plusieurs messieurs apparemment pieux qui, non seulement, à ce qu’on m’a dit, parlaient cette langue couramment, mais avaient délibérément séjourné dans son pays d’origine. Personnellement, tout en me refusant à les condamner, je dois toutefois avouer que je partage les vues de mon père et je m’avise sans déplaisir que le pasteur de ma paroisse est précisément de la même opinion. »

 

L’entrée dans la vie de jeune homme d’Augustus Carp ou le temps des vices

 

« Fort heureusement, toutefois, et en grande partie grâce aux incidents relatés qui avaient forgé mon caractère, je pris conscience d’emblée que j’étais irréversiblement engagé dans la période la plus critique de la vie d’un jeune homme, savoir les années, si fatales à la grande majorité, comprises entre son dix-septième et son vingt-quatrième anniversaire. C’est alors, hélas, enivré qu’il est de se savoir bon à marier, pour reprendre l’expression de mon père, qu’il commence à fréquenter le bureau de tabac et le débit de boissons, afin d’acheter la cigarette qui, inéluctablement, l’attirera vers la compagnie d’être veules et licencieux, et la liqueur fermentée qui les mènera que trop sûrement au cercueil de l’ivrogne.

Ce n’est pas tout. Car c’est au cours de ces mêmes années que, délaissant les joies du foyer – ces innocents jeux de groupe que sont, par exemple, le cache-dé à coudre ou le moins connu Up Jenkins *, ou encore la joyeuse réunion devant l’harmonium familiaux accents de « une souris verte » -, c’est alors qu’il pénètre dans la fosse (si bien nommée) d’un quelconque théâtre tapageur et dégradant »

 

  • divisés en 2 équipes, douze joueurs se passent une pièce de main en main sous la table, le but du jeu étant de savoir qui tient la pièce au signal d’arrêt.

 

Bien évidemment, j’encours de la part de certains d’entre vous le reproche, en agissant de la sorte, de tourner autour du pot de Grenache, de me dérober à ma nécessaire repentance, mais tout arrivera en son temps. Pour l’heure, il me fallait retisser les liens de l’Entente Cordiale que j’avais brisé en une chronique gouailleuse et si représentative de mon absence de flegme face à la toute puissance de la langue anglaise en notre monde mondialisée. Il n’est qu’un point sur lequel je ne céderai pas c’est que l’on qualifiât, pour me river le clou, que celle usitée dans les tours de verre et d’acier brossé soit celle de Wiliam Shakespeare.    

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents