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27 mai 2018 7 27 /05 /mai /2018 06:00
La fête des voisins : ceux de la prison de la Santé relookée et Belle de Jour square Albert Cachot rue Léon-Maurice-Nordmann.

Samedi on me dit que c’est la fête des voisins, moi je veux bien mais je pense que ça devrait être la fête au quotidien comme un simple bonjour…

 

 

Ce matin je ne vais pas vous parler de mes voisins du bâtiment 1 mais d’autres voisins : ceux qui vont réintégrer la maison d’arrêt de la Santé qui vient d’être rénovée et, plus étrange encore, une voisine qui  a peuplé mes rêves d’adolescent : Belle de Jour.

 

Ce  qui m’a mis la puce à l’oreille c’est que le 26 mai 1986, Michel Vaujour s'évadait de la prison de la Santé à bord d'un hélicoptère piloté par son épouse Nadine. Celui-ci se posa sur la pelouse de la Cité universitaire où ma collégienne de fille faisait du sport avec sa classe. Être au cœur de l’actualité ça laisse des souvenirs.

 

Lire plus bas l’histoire !

 

Ironie de l’histoire, j’ai acheté il y a 18 ans un appartement au 9e étage d’un immeuble dont l’arrière donne sur la maison d’arrêt de la Santé. De la fenêtre de ma cuisine, en sirotant mon café noir je pouvais voir des prisonniers aller et venir dans une petite cour surmontée d’un grand filet, souvenir de Vaujour.

 

Et puis un beau jour ce fut le grand silence : « La prison se refait une Santé » titrait une revue spécialisée.

 

« Edifiée de 1861 à 1867, la prison de la Santé (Paris XIVe ) répondait aux critères modernes et progressistes des lieux d’enfermement. Son architecte, Emile Vaudremer, Grand Prix de Rome, conçoit un dispositif parfaitement intégré au site, en quasi-périphérie du Paris de l’époque.

 

Sur ce terrain de 2,8 hectares en forte déclivité, l’architecte conçoit deux bâtiments distincts selon deux concepts : le quartier haut est constitué de plusieurs bâtiments longitudinaux autour de cours, réservés aux condamnés, qui y partagent de nombreuses activités. Le quartier bas accueille un bâtiment en croix, formé de quatre ailes centrées autour d’une rotonde couverte d’un dôme : les prévenus sont à l’isolement quasi total en attendant leur jugement.

 

Plus d’un siècle après, la prison de la Santé devait se remettre aux normes. Au terme de discussions entre le ministère de la Justice, la mairie de Paris et l’architecte des bâtiments de France, le choix s’est porté sur la démolition du quartier haut et la conservation ainsi que la rénovation du quartier bas. En 2013, après un dialogue compétitif avec plusieurs groupements, le maître d’ouvrage a signé un partenariat public-privé avec le groupement Quartier Santé, emmené par GTM Bâtiment. Deux contraintes pesaient sur le site. La première était liée au sous-sol, constitué d’anciennes carrières sur deux niveaux. La seconde tenait à son extrême exiguïté, car l’établissement est bordé de toute part de rues passantes. Ainsi, sous le contrôle de l’Inspection générale des carrières, l’ensemble du site, après avoir été analysé, a été conforté… »

 

Lire la suite ICI 

 

J’ai assisté à la destruction, même que je me suis fait une collection de photos souvenirs, puis à la construction. Les travaux sont terminés, ouverture en juin.

 

 

Mon deuxième voisinage est plus étrange, il était niché dans mes souvenirs d’adolescent, c’était au cinéma le Modern, aux Sables d’Olonne, mon trouble lorsque je découvris Belle de Jour le film de Buñuel, adaptation d'un roman de Joseph Kessel.

 

 

« Séverine, Catherine Deneuve, le personnage principal de Belle de jour, est une jeune bourgeoise mariée à Pierre Sérizy, un brillant chirurgien qu’elle aime mais avec lequel elle est physiquement distante. Sans doute marquée par un souvenir d’enfance qu’évoque Kessel dans le prologue de son roman, elle est tenaillée par un désir de luxure avec des hommes de classes sociales inférieures. Elle se rend un jour chez Madame Anaïs, qui tient une maison de rendez-vous rue Virène, et fait acte de candidature comme pensionnaire en demandant de ne travailler qu’entre 14h et 17h. »

 

Il n’y a pas de rue de Virène à Paris, en revanche, à deux pas de chez moi, la rue Léon-Maurice Nordmann, commence rue de la Santé. J’y passais souvent sur mon vélo.

 

« Cette voie faisait précédemment partie de la rue Broca et avant 1890 de la rue de Lourcine. Un arrêté du 18 décembre 1944 lui donna le nom de l'avocat résistant Léon-Maurice Nordmann (1908 - Mont Valérien, le 23 février 1942), fusillé par les nazis. »

 

Et puis un jour sur Twitter j’apprends que les prises de vues de la maison de passe de madame Anaïs furent tournées dans un bloc d’immeubles de cette rue : square Albin Cachot.

 

Georges Charpak adolescent a vécu avec ses parents dans le square de 1936 à 19451.

 

Plusieurs plans du film Belle de jour de Luis Buñuel ont été tournés dans le square Albin-Cachot, renommé pour l'occasion « cité Jean-de-Saumur » où est situé l'appartement de Mme Anaïs. Catherine Deneuve rentre au no 3 du square, numéroté 11 dans le film. L'appartement est situé au no 3, mais la cage d'escalier est située à un autre numéro. L'appartement utilisé était celui de l'assistant de Buñuel.

 

Clara Malraux a habité dans le square.

 

Alice Sapritch a habité sur le côté droit à l'entrée du square, elle y avait un atelier de couture.

 

La famille Séchan (le chanteur Renaud) a aussi habité le square sur la droite à la deuxième fontaine.

 

Je vous offre mes photos.

 

 

 

 

« Secrétaire, elle travaille «dans les bureaux» à Paris pour 1 500 euros par mois. Exilée, elle habite à la campagne, cultive son jardin et plante des arbres. Fauchée, elle conduit une vieille 205 Peugeot, «250 000 km au compteur». Classique, elle porte une jupe rouge sous le genou, un corsage à fleurs et des chaussures plates. Artiste, elle peint des paysages et dessine des portraits. Elle s'appelle Nadine Vaujour. Il y a vingt ans, elle a délivré son homme de la prison de la Santé, aux commandes d'un hélicoptère. Une évasion hardie qui a fait d'elle une héroïne, incarnée au cinéma par Béatrice Dalle. Modeste et incrédule, pas pasionaria pour un sou, elle concède tout juste avoir «fait un truc gonflé, du jamais vu. C'était quand même pas mal».

 

Fille d'émigrés italiens installés à Reims, père menuisier sur les chantiers, mère représentante en mixeurs, la benjamine passe un CAP de secrétariat. Sténodactylo à 17 ans, les bals du samedi soir, les tournées dans les bars de Reims et déjà le mariage avec un ouvrier. A 20 ans, elle a un enfant. Elle s'ennuie. Il boit. Divorce. C'est par son frangin Gilles qui a «mal tourné», petits casses et mauvais coups, que Nadine a «mis le pied là-dedans, prison, avocats, parloirs, planques...» Secrétaire dans une imprimerie de chéquiers, elle habite avec sa mère à Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine) et se tient «tranquille» jusqu'au jour de 1980 où un pote de son frère débarque à la maison. «Ce gars-là m'en a imposé, par ce mélange de virilité et de douceur, d'assurance et de délicatesse, troublant», dit-elle. Elle tombe raide amoureuse. Gilles, alors en fuite, la met au parfum. Ce clandestin s'appelle Michel Vaujour, un braqueur recherché pour deux évasions de la prison de Châlons-sur-Marne. «Inconsciente du danger», elle part avec le fugitif. «J'ai 25 ans, on se plaît. Il veut quitter la France, mettre les bouts, sans moi.» Elle l'en dissuade, tombe enceinte, prend la gestion d'une brocante. Ils mènent «une vie de famille d'apparence normale», mais, même «en promenade, Michel ne pouvait s'empêcher de repérer des banques». Il se «barre» parfois plusieurs jours pour monter ses coups. Elle n'aime pas ce «milieu» et ce «métier», «surtout les hold-up avec des armes, je lui faisais des crises là-dessus».

 

En 1981, ils achètent un mas dans la Drôme et trois chevaux. Elle croit que s'il «se tient à carreau, sous sa fausse identité, rien n'arrivera». Elle essaie de «le convaincre d'arrêter». En vain. Michel Vaujour finit par tomber pour un vol à main armée. «Les flics nous embarquent tous comme des enragés, ma mère et moi, enceinte à terme, et ma fille de 7 ans qu'ils ont mise à la Ddass.» Incarcérée, Nadine accouche et garde son bébé à la nursery de Fresnes. «C'est lourd et dramatique, cet enchaînement, et plus tu te débats, plus tu t'enfonces.» Malgré tout, Nadine et Michel s'unissent à la vie, à la mort, à Fresnes le 27 mai 1982. Cadeau : le juge Hümetz libère la mariée le soir même.

 

Secrétaire à nouveau, Nadine reprend le chemin du parloir. Michel l'affranchit d'emblée. Pas question de croupir des années à l'ombre. «Messagère» pour monter l'évasion avec des copains, Nadine décide de devenir actrice. Peu intéressée par les engins masculins («Je sais même pas changer un pneu de voiture»), pas «forcément attirée par les avions», elle propose d'apprendre à piloter. Car elle refuse de braquer des gens pour détourner un hélico : «C'est trop moche, la prise d'otages.» En 1983, elle prend des cours à 2 000 francs de l'heure à Cergy sur un hélicoptère Alouette. Libéré, son frère commence par l'épauler mais meurt brûlé dans une attaque de convoyeurs. «Et nous voilà avec ma mère, deux femmes dans le malheur, à élever les deux garçons de mon frère et les deux miens.» Elle cauchemarde la nuit, se voit «carbonisée dans la carlingue», mais tient «promesse». L'été 1985, elle passe son brevet de pilote à Annecy à bord «d'un vieux coucou rouge coq qui a servi au tournage de Fantomas». La veille du grand jour, elle passe un message codé dans l'émission radio de taulards «Ras-les-murs» : «L'amour donne des ailes.» Elle a imposé à son mari d'utiliser des armes factices, un pistolet en plastique pour lui, et «une maquette de mitraillette» pour elle, «pour éviter le sang».

 

Lundi 26 mai 1986, elle enfile une combinaison kaki, loue un hélico à Saint-Cyr-l'Ecole (Yvelines), traverse le périph, survole Paris, balance dans la cour de la Santé «une canne à pêche télescopique dotée d'un crochet» puis se maintient en vol stationnaire, au-dessus du toit qu'il escalade jusqu'à elle. Elle, l'émotive, ne «tremble pas, ne panique pas». Elle arrache son homme, atterri sur la pelouse de la Cité universitaire. Sans plan de repli, avec 2 000 francs en poche. Elle a été «estomaquée» par le tam-tam médiatique fait autour de son acte audacieux : «Il devait pas y avoir d'actualité.» Et s'étonne encore de sa détermination : «Je n'aurais jamais mobilisé une énergie pareille pour un hold-up. Là, j'ai trouvé une espèce de force pour arriver à une fin heureuse, propre, sans violence. Je montrais à la fois à mes hommes engagés dans une voie sans issue et à la justice avec ses barreaux, ses menottes et ses hauts murs, qu'ils se mettent tous dedans.»

 

Quatre mois de cavale amoureuse dans les Vosges, en Dordogne. Nadine attend un nouvel enfant. Michel tombe lors d'un braquage sanglant à Paris, une balle dans le cerveau. Le voilà hémiplégique et enfermé. Et elle, coffrée dix-huit mois pour l'évasion. Son second enfant avec Vaujour naît en prison, comme le premier. A la sortie, elle retrouve son triste sort de femme de taulard, seule dans une HLM avec trois gosses à nourrir, huit heures de bureau, les centaines de kilomètres le week-end vers les centrales au volant de sa vieille GS qui la laisse en rade. Pour visiter Michel qui veut encore s'évader : «J'ai dit non. J'ai déjà donné. Je veux élever les enfants. A un moment, faut en sortir, mais par la grande porte.» Libérable en 2019, il l'accuse de vouloir l'enterrer vivant. Elle résiste. Il réclame de l'argent pour payer des complices. Elle publie la Fille de l'Air, garde l'à-valoir de 100 000 francs pour vivre puis achète une maison avec les 300 000 francs du film. Ainsi, «plus de liquide pour l'évasion». Il la largue. Un jour, au parloir, Nadine découvre «l'autre femme», qui, en 1993, tentera en vain de l'enlever... en hélicoptère. «Un remake», critique la pionnière, désormais vaccinée contre les hommes.

 

«Vue» à la télé lors de la sortie du film, Nadine Vaujour est «virée par Pasqua» de sa place de secrétaire dans un musée des Hauts-de-Seine. D'où sa discrétion actuelle. Pendant dix ans, elle «tape les textes» de l'écrivain Yann Queffélec. Elle reprend des études, obtient l'équivalence du bac, une licence d'arts plastiques. Elle passe les concours de la fonction publique pour devenir secrétaire administrative. Elle «montre un exemple de vie plus droite» à ses enfants, la trouille au ventre qu'ils ne «deviennent délinquants». «Ce fut une lente remontée de la pente, c'est plus long qu'à la dégringoler.» Elle redescend bien bas, à l'automne 2005, lors de la parution intempestive du livre de Michel Vaujour. Elle ne supporte pas «qu'il se montre à la télé sans prévenir, sans se présenter avant à ses gosses, auxquels il n'envoyait même pas un petit mot aux anniversaires ou à Noël». Pas revancharde mais meurtrie. Toujours fleur bleue, l'antihéroïne «offre», vingt ans après, son envolée dans «ce carré de ciel bleu sous le soleil de mai, à tous les amoureux, car ça, c'était beau».

 

Nadine Vaujour en 9 dates

 

25 mai 1954 : Naissance.

 

1980 : Rencontre Michel Vaujour, braqueur en cavale.

 

Septembre 1981 : Arrestation, prison et naissance de leur fille.

 

27 mai 1982 : Mariage avec Vaujour en prison.

 

26 mai 1986 : Pilote l'hélicoptère pour l'évasion de son mari.

 

1989 : Parution de la Fille de l'air (Michel Lafon).

 

1992 : Sortie du film du même nom.

 

1999 : Secrétaire à Paris.

 

2001 : Licence d'arts plastiques.

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H. Le soir suivant l’assaut de la Préfecture, sur la place Graslin, avec quelques-uns de ses petits camarades, Benoît « évangélisait les masses bourgeoises »  (102)

Face à la grille de la Préfecture ce n’était plus la douce odeur du sablé chaud qui revenait flatter la mémoire de Benoît mais celle acidulée des gaz lacrymogènes des grenades des gardes mobiles. Toute une nuit passée à les harceler, à les faire tourner en bourrique ces caparaçonnés, ces lourds, en godillots cloutés, mal commandés, si peu mobiles en dépit de leur appellation officielle. Eux, les étudiants, les ouvriers, les paysans, étaient mobiles, chevaux légers en baskets, sans chef, jouant à merveille de l’entrelacé des rues pour fondre sur leurs arrières, les caillasser, se retirer aussi vite avant qu’ils n’aient le temps de balancer leurs lacrymogènes. Les plus organisés d’entre eux, casqués et embâtonnés, allaient au contact des bestiaux qui, bien sûr, les chargeaient pesamment en retour ce qui ouvrait des brèches dans lesquelles la troupe échevelée s’engouffrait pour tenter d’envahir la résidence du Préfet. Il n’y était jamais parvenu mais Benoît gardait le souvenir de ses yeux brûlants et de sa gorge ravagée lors des replis lorsqu’ils fendaient les épais nuages de lacrymogène. Jeu stupide aux yeux du très sérieux Comité de Grève mais la part du ludique de ce mois de mai 68, si beau, si chaud, a toujours été sous-estimé. Le soir suivant l’assaut de la Préfecture, sur la place Graslin, avec quelques-uns de ses petits camarades, Benoît « évangélisait les masses bourgeoises » Souvenir d'un monsieur bien comme il faut, très digne, promenant le petit chien de sa mémère qui lui tendait  un demi de bière qu’il venait de faire tirer à la Cigale. En dépit de la grève générale, du bordel général, de la vacuité du pouvoir, il régnait sur la ville une légèreté à nulle autre pareille, une liberté jamais plus retrouvée. Comme quelques heures auparavant, dans le Mystère 20, en entrant dans la Préfecture, Benoît appréciait le pied de nez à ses souvenirs. Le préfet couvert de ses lauriers dorés qui l’accueillait, avec la componction et la révérence qui sied si bien à sa fonction, effaçait définitivement son vague à l’âme. De nouveau il se sentait en ligne avec son statut de fouteur de merde.

 

Son escapade lui valut, de la part de son cher Ministre, sur le ton taquin qu’il affectionnait avec lui, un rapide interrogatoire sur ses racines locales. Benoît lui servit, avec  effronterie, l’histoire très image d’Epinal du petit vendéen crotté, né dans l’eau bénite, élevé par les frères, monté à Paris pour y faire son trou. Son silence sur sa contribution aux hautes œuvres de mai 68 le renforçait dans ses doutes sur la fraîcheur des salades qu’il lui servait mais Benoît restait persuadé que son ambigüité, ses mensonges, le séduisaient. Fin politique il le prît à son propre piège en exigeant qu’il l’accompagne à la tribune du meeting.  Benoît ne put se défiler. Chloé se gondolait en sirotant le mauvais champagne du Préfet. Du côté de ses « amis » de la GP il ne risquait pas grand-chose vu que ces têtes d’œufs ne se compromettaient pas en regardant la télévision de l’Etat oppresseur. C’est plutôt du côté de sa hiérarchie poulardière que son apparition aux côtés d’une des étoiles montantes du régime pouvait lui valoir une petite convocation chez le Ministre. Peu lui importait, ça mettait du piment dans ses activités qu’il commençait à trouver par trop  routinières. Sa ballade avec Chloé l’avait épuisé et, au grand étonnement du cher Préfet, Benoît réclamait une chambre pour y pousser un roupillon. Il s’exécutait en pensant sûrement que les cabinets ministériels accueillaient vraiment de drôles de zèbres ; impression renforcée par le fait que cette chère Chloé l’y accompagna. Ils y dormirent à poings fermés jusqu’à l’heure du meeting. Tout se déroula dans les meilleures conditions, salle bourrée de militants, ovations, discours, applaudissements, sauf que le lendemain, s’étalait à la Une de la Résistance de l’Ouest, une magnifique photo de son cher Ministre et de lui en plein conciliabule à la tribune. Sa maman la vit, elle prit soin que son père ne la vit pas. La messe était dite mais il ne le sut qu’au jour de la mort de son papa. 

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 06:00
L’e-cuisine du Taulier : un couple d’enfer, mais glacé, fraises&verveine et Rosé Saignée de Sorbée
L’e-cuisine du Taulier : un couple d’enfer, mais glacé, fraises&verveine et Rosé Saignée de Sorbée

Vaillant, « à cœur vaillant, rien n’est impossible ! » c’était la devise de Jacques Cœur, né à Bourges, homme d'affaire devenu grand argentier du Roi de France Charles VII, je reprends du collier après mon vol plané pour évangéliser les petites louves et les petits loups qui ne savent pas cuisiner.

 

J’ai hésité pour les fraises, je sais c’est encore un peu tôt pour qu’elles soient de plein champ, mais j’étais impatient de faire un galop d’essai. J’ai donc choisi des gariguettes assez goûteuses rue Daguerre.

 

Pour la verveine, n’ayant pu me mettre en chasse de la fraîche, je ne suis pas encore très mobile, j’ai utilisé de la séchée d’origine corse ; ma copine Camille m’en rapportera de la fraîche lorsqu’elle ira draguer des vins nu dans le terroir profond.

 

Le blog « Les mains dans la farine », avec humour, balance : « Si je vous dis « verveine », je suis sûre que vous pensez à « tisane ». Je me trompe ? Non, hein… Bon, on va un peu dépoussiérer cette plante qu’on associe trop souvent aux maisons de retraite et aux boissons relaxantes. »

 

ICI 

 

La verveine officinale, une aromatique aux vertus multiples

 

La verveine officinale (Verbena officinalis ; à ne pas confondre avec la verveine citronnelle) qui appartient à la famille des Verbénacées est une plante aromatique indigène en Europe où elle pousse sur les bords des chemins et dans les prairies. Vivace souvent cultivée comme une annuelle, elle fait de 40 à 60 cm de haut et possède des tiges ramifiées et dressées munies de feuilles ovales et dentées vert foncé dont la surface est rugueuse. De juin à octobre, des épis de fleurs tubulaires violet pâle apparaissent à l’extrémité des tiges.

 

Du côté opérationnel, c’est toujours la même chanson :

 

  • Pour les fraises (pour 6): 350 g de bien mûres que vous réduirez en bouillie et que vous passerez au tamis, puis vous ajouterez le jus d’un d’une orange et celui d’un citron et enfin le sucre : 175 g au maximum. Vous fouetterez ensuite 40 cl de crème liquide bien fraîche jusqu’à ce qu’elle devienne bien ferme. Mélangez avec la purée de fraises, battez légèrement et zou dans la sorbetière.

 

 

  • Pour la verveine (pour 4) c’est encore plus simple : dans une casserole, vous portez 30 cl de lait entier et 20 cl de crème à ébullition. Hors du feu, incorporer la verveine, couvrir et laisser infuser 30 minutes. Dans un saladier, blanchir les 3 ou 4 jaunes œufs avec les 75 g de sucre. Passez le lait au tamis pour ôter les feuilles de verveine puis vous le versez sur la préparation. Vous chauffez doucement en remuant avec une spatule, ça épaissi sans coaguler et zou direction la sorbetière.

 

 

Du côté arrosage j’ai choisi, sur les conseils avisés de Claire d’Ici Même, la Cuvée Rosé Saignée de Sorbée de Vouette et Sorbée

 

 

C’est un champagne issu de Pinot Noir, élaboré selon la méthode de la saignée. Macération carbonique longue, levures indigènes pour la fermentation alcoolique et la prise de mousse. Vinification prolongée en fût de chêne.

 

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H 1846, fut l’année de la dernière grande famine en Europe – le mildiou de la pomme de terre fut à l’origine du ravage des cultures –  qui extermina un million et demi de personnes. (101)

Sa belle main qui se posait sur son bras, sa belle voix qui lui disait « Vous devez avoir faim...», et qui ajoutait « c'est un sandwich au saucisson sec comme vous les aimez... », son rire, l’étonnement de Benoît, une apparition, elle n'était pas belle, elle était plus que belle, incomparable, une légère coquetterie dans l'œil, des cheveux longs et soyeux qui s'épandaient sur ses épaules nues et, tout autour d'elle, un halo de sérénité. « Mangez ! » Il avait obéi, la bouche pleine il la complimentait. Elle souriait « Je l’ai fait pour vous ». Et là, un garçon du Conti, toujours sanglé dans un grand tablier blanc, me dévisageait sans aucune aménité. Et lui de grommeler « Marie ! Marie ! Marie ! T'es chiante de m'avoir planté dans cette putain de vie où t'es pas... »

 

Chloé savait où le trouver et, comme le disent les supers-gendarmes, elle l’exfiltra rapidement de ce bocal empli de souvenirs. Le centre de Nantes, en ce temps-là, dès que les vents étaient favorables, embaumait des effluves chauds et rassurants du Petit LU  et, pour mieux exorciser ses démons, sitôt sortis du Conti, Benoît saisissait  Chloé par la taille pour la conduire, en marchant très vite, rue Boileau là où, en 1846, un jeune pâtissier lorrain, Jean-René Lefèvre s’installait au 5. Parler, parler, parler, déverser, dégorger, le libérait du joug de mes vieilles douleurs. Cette année-là, 1846, fut celle de la dernière grande famine en Europe – le mildiou de la pomme de terre fut à l’origine du ravage des cultures –  qui extermina un million et demi de personnes. Elle dévasta l’Irlande poussant près du quart de sa population à s’exiler, surtout vers les Etats-Unis. Quatre années plus tard notre pâtissier venu de l’Est épousait Pauline-Isabelle Utile. Le succès aidant La Fabrique de biscuits de Reims et de bonbons secs annexait le 7 de la rue Boileau. imaginez, dans ce centre de la vieille ville aux rues pavées, sous la pluie fine et collante du crachin breton, dans la pestilence des déjections et des ordures, les charrettes à chevaux cahotant, les cris et les jurons fusant, alors que les bourgeoises nantaises, ou le plus souvent leurs bonnes, s’agglutinaient dans ce lieu vaste, bien tenu, où un personnel bien mis servait avec des pincettes les macarons, les langues de chat, les massepains, les boudoirs, les petits fours aux amandes, et bien sûr les biscuits de Reims.

 

Le Petit LU n’était pas encore né, il sera le fruit de l’amour du goût de ce couple alliant sens du commerce et inventivité. Avec Chloé, pour aller au plus près de l’épicentre de la source de cet embeurré qui a égaillé les goûters de ma jeunesse, ils retraversèrent la ville en descendant la rue du Chapeau-Rouge, puis celle de la Contrescarpe pour rejoindre le quartier du Bouffay avant de couper le cours des Cinquante-Otages. Comme promis à Chloé, ils empruntèrent le passage Pommeraye mais Benoît refusa obstinément de faire un détour par le quai de la Fosse. Trop dur ! Ils attrapèrent un bus au vol pour effectuer le restant de leur périple qui les conduisit aux lisières de la gare face à la grande fabrique du quai Baco. Ils gagnèrent ensuite à pied la Préfecture en longeant le château des Ducs de Bretagne et la cathédrale St Pierre.

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25 mai 2018 5 25 /05 /mai /2018 06:00
La folie des grandeurs : InVivo Wine ou la petite histoire de 2 squales dans le même marigot !

La grenouille et le bœuf c’est l’image la plus ressemblante de l’ambition d’InVivo Wine « détrôner Castel Frères et Grands Chais de France. »

 

L’indéracinable Pierre tremblait, pendant que le père Joseph préparait ses valises, les vieux de la vieille comme moi se marraient.

 

D'un côté des coopérateurs on arbore du chiffres d'affaires alors que les pépères eux font du blé.

 

L'histoire :

 

Vous prenez 2 gus aux ratiches bien longues, Bertrand Girard qui se sent à l’étroit dans un Vinadéis amaigri, ex-Val d’Orbieu qui a mangé l’UCOAR, et Thierry Blandinières le boss d’In Vivo, groupe coopératif bien poussif, qui a la folie des grandeurs, ça donne un remake fascinant de ce que voulu faire Yves Barsalou au temps de sa toute-puissance du boulevard Pasteur, siège de Crédit Agricole SA.

 

Il rêvait du second marché l’Yves après avoir croqué Cordier Mestrezat à Bordeaux en 2015 et ramassé Listel jusqu’ici dans l’escarcelle des Salins du Midi.

 

Patatras, la débandade, on solde !

 

Et Bertrand Girard vint, les génies de Vitisphère et de la Vigne réunis l’élurent  « homme le plus influent de la filière » après qu’il se fut pacsé avec l’ambitieux Blandinières.

 

Je passe sur le baratin flamboyant d’InVivo Wine, les pharaoniques perspectives de croissance, bon bourrage de mou à l’attention des gobeurs d’illusions.

 

Et ce qui devait arriver arriva, « Stupeur et tremblements à la tête du troisième groupe français des vins avec le départ de l’homme fort de Vinadeis. La transition sera assurée par Thierry Blandinières, le directeur général du premier groupe coopératif national »

 

Comme je comprends Marion Sepeau Ivaldi, qui entre nous soit dit devrait ne pas se faire le simple haut-parleur des grands féodaux de la filière, ça fait grosse tache sur le beau tableau.

 

Le communiqué de Thierry Blandinières est à son image, plein empathie et d’humanité :

 

« Je vous informe d'un changement dans l'organisation d'InVivo Wine avec le départ de Bertrand Girard. Je reprends en direct la direction de cette activité pour une période transitoire qui permettra d'accélérer la dynamique du projet vin en France et à l'international »

 

Quitte à se ramasser la gueule vaut mieux accélérer...

 

Bien sûr Bertrand Girard est aux abonnés absents…

 

J’attends sans impatience la suite du feuilleton InVivo Wine, comme l’aurait écrit Gabriel Garcia Márquez, « chronique d’une mort annoncée ». Je ne sais de quel encre sera fait le communiqué…

 

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 07:00
Le 14 mai 1968, il y a un demi-siècle aujourd’hui, débutait l’occupation de l’usine Sud-Aviation de Bouguenais. | Photos Jean-Lucas, Centre d’histoire du travai

Le 14 mai 1968, il y a un demi-siècle aujourd’hui, débutait l’occupation de l’usine Sud-Aviation de Bouguenais. | Photos Jean-Lucas, Centre d’histoire du travai

Chloé en dépit de l’extrême sollicitude du Ministre, tout en jouant le jeu du badinage, couvait Benoît d’un regard tendre. Nul besoin pour elle de paroles, il était sous sa haute protection car elle le savait en péril. Sa volonté de l’accompagner à Nantes relevait de cette prescience de la louve, rassemblant ses petits face à l'imminence d'une menace, marque la réelle supériorité des femelles sur notre sexe dit fort. Elle ne pouvait le laisser affronter seul le champ de mines de ses souvenirs. Le steward sitôt le décollage leur servait des rafraîchissements. Benoît, loin de broyer du noir comme le craignait ma compagne, ne pouvait s’empêcher de penser que ce bel avion, joyau civil issu des solutions techniques développées dans le domaine militaire, avait été produit en coopération avec Sud-Aviation. Bouguenais, le noyau dur des grévistes de 68, les purs et durs, ceux qui voulaient vraiment gripper la mécanique pour que les politiques ramassent le pouvoir comme un fruit mûr. Et lui, le révolutionnaire d’opérette, qui les avait côtoyés au sein du Comité de grève il se gobergeait, bien assis dans un moelleux fauteuil, un verre de gin tonic à la main, aux côtés d’une des étoiles montantes du pouvoir. C’était une forme d’obscénité absolue, comme s’il leur chiait dessus. Au lieu de se sentir mal à l’aise il savourait la situation. Ce qu’il faisait depuis des mois était dépourvu de sens mais, s’il le souhaitait, à tout moment il pouvait faire éclater une bordée de scandales qui mettraient à mal le pouvoir ; bien plus sûrement que ne le feraient les escarbilles des délirants de la GP. Sa jubilation intérieure, qu’il avait du mal à réprimer, tenait au fait qu’il n’avait aucune envie de mettre à jour les turpitudes des officines ou des barbouzes dans lesquelles il se complaisait. L’important pour lui était de durer sans se soucier de justifications d’une quelconque nature. Son amoralité le comblait.

 

Lorsqu’ils atterrirent à Château-Bougon, et que Benoît se vit dans cette campagne pleine de haies, de vaches et de maisons basses, un soudain découragement lui était soudain tombé sur les épaules. Comme toujours avec lui c’est dans les moments où il se trouvait au fond du trou que lui venaient des idées les plus saugrenues. Dans la voiture qui les menait à la Préfecture, afin d’occulter le défilement d’un paysage trop connu, il se laissait aller à une forme de rêve éveillé, à l’instant où ils s’engageaient sur le Cours des 50 Otages, il  demandait au chauffeur de stopper pour le laisser descendre car il lui fallait, dit-il, comme si sa vie en dépendait, aller manger un sandwich au Conti. Stupéfait par une requête aussi loufoque le chauffeur obtempérait semant la zizanie dans le cortège officiel précédé de deux motards. Sitôt descendu, Benoît enfilait la rue d’Orléans, à grandes enjambées, sans même jeter un regard en direction des voitures officielles qui reprenaient leur progression dans un concert de deux tons. Il se ruait vers la Place Royale comme si elle risquait d’avoir été engloutie, elle aussi, dans le trou sans fond de ses rêves de belle vie avec Marie. Cette place Royale dont ils voulaient rayer le nom le 24 mai 1968, pour la rebaptiser place du Peuple. Oui, pendant que les tracteurs tournaient autour de la fontaine de cette place encore Royale, il était de ceux qui, installés dans la verrière de la terrasse du Continental, prêchaient la bonne parole. Comme il n'avait rien dans le ventre depuis son café du matin, ses yeux se brouillaient, il se sentait à la limite de l'évanouissement.

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24 mai 2018 4 24 /05 /mai /2018 06:00
Moi qui suis né péquenot je me revendique comme 1 homme de luxe : plaidoyer en défense d’une manière d’être   « Les jours de mélancolie, le vin est un merveilleux compagnon »

Prétentieux en plus !

 

Pas si sûr, je ne suis pas tendance « Si à 50 ans on n'a pas une Rolex, on a raté sa vie», je n’ai aucun goût pour les grosses, cylindrées et villas qui se foutent du POS, aucune appétence pour le jéroboam de champagne à 30 000 euros à Ibiza, aucune attirance pour les bijoux de la Place Vendôme pour madame, je trouve les fringues Gucci et Louis Vuitton vulgaires, pas envie de poser mes fesses dans les draps des suites au Ritz, nul besoin de m’acheter un club de foot pour faire mes courses en millions d’euros…

 

Vous allez me rétorquer que de toute façon je n’en ai pas les moyens, que je fais le ramenard à bon compte, que je m’envoie des fleurs sans grands risques, que je verse dans la démagogie mélanchoniste.

 

Je conviens que je ne dispose d’aucun argument concret en défense. Tout ce que puis écrire simplement c’est que, depuis le temps de mes culottes courtes, mon ambition a toujours été de me sentir bien dans mes baskets, de faire honneur à mon père, et que ma manière d’être soit respectueuse de là où je viens.

 

Je ne tire aucune gloire de mes modestes origines, ni n’en tire une quelconque absolution moi le péquenot du Bourg-Pailler, qui a gardé les vaches du pépé Louis, des normandes bien sûr !

 

Oui, j’assume ma part d’orgueil, mon front ne se couvre d’aucune honte lorsque je me revendique homme de luxe.

 

Robert Colonna d'Istria définit le luxe comme une manière d'être, un certain type de visée, plutôt que comme un état lié à certains objets de prix.

 

« Le luxe apparaît alors comme ce qui est tout à la fois inutile et essentiel. C'est-à-dire qu'il répond à une tendance inhérente à l'homme qui consiste à vouloir s'élever, à se dépasser, à refuser l'état présent. Le luxe ne réside pas dans les choses, mais dans l'homme lui-même en ce qu'il porte une exigence d'absolu, de perfection et d'harmonie avec lui-même, au-delà des choses bassement matérielles, utiles, au-delà de ce qui lui est donné. Aussi tout peut contribuer au luxe : l'eau, le temps, la soie, le beau » Matthieu Guével.

 

« Beaucoup d'objets considérés comme luxueux parce qu'ils coûtent très chers, ne sont que du domaine de l'ostentation, c'est-à-dire qu'ils sont à la fois socialement utiles, et du point de vue de la volupté, de l'exaltation des qualités les plus importantes de soi, parfaitement inessentiels » (p 18).

 

Suivez mon regard, chers lecteurs, la conjonction des nouveaux riches et des vendeurs de luxe ostentatoire, les noms vous les connaissez aussi bien que moi, me rend allergique aux donneurs de leçon grands bénéficiaires de ce monde du paraître.

 

Mon luxe, ma façon d’être, n’en déplaise aux ouvriers de la 25e heure, c’est de joindre le geste à la parole, c’est le moyen le plus simple et le plus efficace pour sauver ceux qui résistent à la banalisation, à l’uniformisation, à l’extension du domaine de la GD.

 

Faire ses courses, prendre le temps de faire ses courses, de choisir, c’est découvrir et acheter Champ Secret, l’un des derniers camemberts au lait cru AOP fermier, de n’acheter que du bon pain chez un boulanger qui boulange à l’ancienne, de siffler que des vins de vignerons soucieux de ne pas massacrer la nature et de laisser au jus sa liberté.

 

Ce luxe, m’objecterez-vous, coûte cher, c’est un luxe de vieux bobo parisien…

 

Faux, mon budget alimentaire est raisonnable, je fais des choix, je cuisine les restes, je n’ai aucun recours aux plats tout prêts, manger des pâtes et des patates c’est aussi pour moi un luxe à la portée de tous les porte-monnaie.

 

Le texte de Robert Colonna D'Istria extrait de son essai : «  L'art du luxe »  Court traité du luxe éditions transbordeurs, en 2007, a le parfum d’un monde en voie d’immersion, mais il garde sa part de vérité, reste que seule la conjonction de ceux qui font bon et de ceux qui achète bon sauvera le vrai luxe

 

« L'homme de luxe ne boit que deux types d'alcool : des vins, y compris de champagne, et des eaux-de-vie. Le reste n'existe pas.

 

      Aucun autre alcool n'offre la richesse et la variété du vin. A partir de procédés schématiquement comparables, cette production connaît, en fonction des terroirs, des climats, des cépages, des méthodes de vinification, une variété à peu près inépuisable. Le luxe du vin réside d'abord dans cette diversité.

 

       Il réside ensuite dans la qualité des produits eux-mêmes, dans les émotions que chaque cru peut apporter, dans les subtilités de chacun, qui se mesurent à mille éléments, la force, la couleur, l'arôme, le raffinement des parfums, la puissance, le charme. Peu de productions humaines, à un tel niveau de qualité et d'émotion, présentent pareille variété.

 

       Les jours de mélancolie, le vin est un merveilleux compagnon : un chambertin d'une belle année a sauvé plus d'un homme de luxe  de tracas passagers. Les jours de joie, rien, au contraire, ne met mieux en valeur la liesse qu'un excellent vin, rien ne fait mieux chanter les sentiments heureux. Les vins de Moselle, d'Alsace ou de Hongrie sont, par exemple, des vins de lumière et de gaieté. Et pour rompre simplement le quotidien, ce que le poète appelait les « jours machinaux », sans tristesse à combattre ou joie à célébrer, les hommes, depuis des siècles, connaissent les pouvoirs du vin. Chacun peut les apprécier à la sagesse, toujours gaie et généreuse, des habitants des régions qui en produisent.

 

       Par rapport aux autres produits de la vigne et du travail des hommes, né dans les profondeurs crayeuses, le champagne est d'invention récente. À son origine, il y a une espèce de fantaisie, et à son succès, croissant depuis deux siècles, un comportement qui relève de la mode. Car, par rapport aux volumes produits, il y a peu d'excellents champagnes. Il y a beaucoup de produits grossiers, capiteux, qui n'ont rien des qualités lumineuses que l'on doit attendre de cette prestigieuse invention. L'inconvénient de cette réalité - commune - est qu'elle touche un produit qui ne souffre pas la médiocrité. Si un bordeaux de deuxième zone peut être un vin à peu près acceptable, un champagne approximatif, comme s'il était éventé ou tiède, doit être directement vidé dans l'évier ; il ne vaut rien.

 

        Les eaux-de-vie constituent la dernière catégorie que l'homme de luxe peut envisager pour la célébration de son culte. Il suffit d'en prescrire une dégustation religieuse. »

 

Robert Colonna D'Istria   " L'art du luxe " Court traité du luxe Essai éditions transbordeurs

 

 

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 07:00
On y voit les appareils en dotation au sein du GLAM, le Groupement des Liaisons Aériennes Ministérielles, dans le courant de l’année 1972.

On y voit les appareils en dotation au sein du GLAM, le Groupement des Liaisons Aériennes Ministérielles, dans le courant de l’année 1972.

Le surlendemain, ils filaient au fond d’une DS21 vers l’aérodrome militaire de Villacoublay pour embarquer dans un Mystère 20 du GLAM. Ce cher Albin, lorsque Benoît lui présenta Chloé, déploya, avec élégance et détachement, toutes les facettes de son pouvoir de séduction en lui faisant remarquer d’un ton sérieux « Qu’il n’était pas à sa juste place... que son refus de la lumière l’intriguait... » Le silence de Benoît, loin de le désarmer le poussait à plus de causticité « Vous êtes un aventurier, je suis persuadé que vous rêvez de pervertir le système de l’intérieur pour que nous tombions le moment venu comme des fruits mûrs... je me trompe ? » Chloé se portait à son secours à sa manière « Vous vous méprenez monsieur le Ministre, ce grand jeune homme n’a de cesse d’enterrer, sous des tonnes de boue, le grand et seul amour de sa vie. Il jouit de son malheur. C’est un enfant gâté qui veut toujours être au centre de tout sans ne jamais rien assumer... » Présent à leur arrivée dans le bureau du Ministre, l’Archange Gabriel, toujours aussi chafouin les contemplait avec stupéfaction. La liberté de langage de Chloé le mettait mal à l’aise, son naturel de petit pâtissier respectueux monté par les cours du soir dans l’Olympe du pouvoir ne supportait pas l’arrogance tranquille de cette bien-née. Ce trouble n’échappait pas au Ministre. Il prenait un malin plaisir à lui mettre plus encore la tête dans le sac « Mon petit Gabriel ne gaspillez pas votre précieux temps à écouter des propos aussi légers. Allez vaquer à votre ouvrage et laissez-nous explorer des territoires qui vous sont inconnus... » Les petits yeux mobiles et inexpressifs  de l’Archange hésitaient entre la rage froide et la soumission servile. Il battait en retraite en murmurant des salutations confuses. Le temps était venu de partir, la répartition dans les voitures se fit à la grâce du Ministre qui prit à son bord Chloé pendant que Benoît partageait l’arrière de la seconde voiture avec le chef de cabinet grand ordonnateur de tous les déplacements.

 

Si le bel Albin, très préoccupé du confort de Chloé qu’il plaçait face à lui dans l’avion, avait pu lire dans les pensées de Benoît lorsqu’il installa à son tour dans le confortable fauteuil de cuir gris perle du Mystère 20, sa superbe se serait sans doute muée en stupéfaction. Bien évidemment c’était son premier vol dans cette belle aéronef conçue par Marcel Bloch dit Dassault, comme le dénommait ses sympathiques collègues des RG dont l’antisémitisme faisait bon ménage avec leur aversion des bougnoules et leur grande admiration pour l’efficacité israélienne dans son conflit avec les pays arabes. L’intérieur du biréacteur se révélait vraiment très classe, et comme d’emblée on s’y sentait en sécurité une forme de convivialité s’établissait entre les passagers des quatre sièges, placés deux à deux et face à face de chaque côté du couloir. Les six autres sièges, semblaient relégués dans une zone inférieure dans la mesure où ils étaient placés, eux, en rang d’oignons. Le commandant de bord et son second avaient accueilli le Ministre en bas de la coupée de l’avion. Ils étaient installés ainsi : le Ministre faisait face à Chloé, Benoît au chef de cabinet et les autres à l'arrière : une saine et salubre ségrégation. Se rendre à Château-Bougon avec un Mystère 20, qui volait à Mach 0,8, était un vrai luxe. Pour Benoît, ce retour en sa ville de Nantes le recollait à un passé douloureux.

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23 mai 2018 3 23 /05 /mai /2018 06:00
C’est le nouveau marronnier de l’été : vers une pénurie de rosé cet été ! « Bonne nouvelle ! »

Un chroniqueur vin ne devrait pas écrire ça…

 

Sont doués les producteurs de rosé pour caser leur camelote, tout le monde s’y mets : les dernières nouvelles d’Alsace, le Bien Public, le Dauphiné, le Progrès, Ouest France, France Soir, les Echos qui a levé le lièvre, le Figaro, tous les médias qui jacassent sur les écrans : c’est une traînée de poudre…

 

J’avoue que ça ne bouleverse pas outre mesure, la seule rareté que je craigne c’est celle des rosés authentiques, les biens nus, les pur jus, gaulois ou d’autres contrées…

 

Le pompon est attribué au Figaro, ça devrait faire hurler les pétitionnaires du vrai camembert AOP au lait cru :  

 

« Véritable vin à la française, le rosé a connu une petite récolte en 2017. L'offre est donc limitée. La demande, quant à elle, est toujours plus élevée.

 

Le rosé est très plébiscité par les Français! Et cette année, l'offre pourrait être inférieure à la demande, révèlent Les Échos. Vingt-quatre millions d'hectolitres - soit 10,6 % des volumes des vins tranquilles consommés dans le monde - ne vont probablement pas suffire à contenter les consommateurs: au total, l'ensemble de la consommation a augmenté de 31% en quinze ans selon l'AOC, et le nombre de pays importateurs a crû de 16%! Le rosé est un véritable succès à la française. La France est le premier producteur mondial de rosé, avec un tiers des volumes. C'est aussi le premier exportateur, avec 32 % des rosés exportés. Mais la France est aussi le premier consommateur: chaque Français en consomme en moyenne une vingtaine par an!

 

Les rosés français sont très diversifiés: 45% d'AOP, 45% d'IGP, 10% de vins de France. Idem pour les expressions déterminées par les cépages et les vinifications... Le succès du rosé commence à rattraper les producteurs. La France commence à manquer de vins, spécifiquement sur le millésime 2017 dont les volumes sont en recul, dans un contexte général de récolte historiquement faible. Et ce, malgré 6,4 millions d'hectolitres produits par an!

 

Le Languedoc, grand producteur de rosé

 

Quels terroirs dominent la production?

 

Le Languedoc produit 320 millions de bouteilles, le double de la Provence et trois fois plus que la Loire. Dans le Languedoc, la production de rosé a crû de 35% en seulement... sept ans, précisent Les Échos. En deuxième position, la Provence. En 2017, la récolte a baissé de 12% selon le Conseil Interprofessionnel des vins du Languedoc Conséquence direct: les prix ont grimpé et la production a compté 20 millions de bouteilles en moins... Fâcheux pour les clients, qui sont fort nombreux! États-Unis en premier lieu, Royaume-Uni, Allemagne... Le rosé made in France a énormément de succès.

 

En dix ans, l'exportation a été multipliée par 6,5 en volume et par 11,5 en valeur. Au total, le marché a généré 226,2 millions d'euros en 2017. Ces chiffres ont engendré - évidemment - une hausse du prix de la bouteille de rosé. En moyenne, il faut compter 4,44 euros. »

 

Le 27 juillet 2013 je rendais déjà une chronique qui fâchait :

 

Les rosés pâles tout comme les pantacourts sont un mauvais compromis… il faut choisir !

 

Le 2 juillet 2015 itou

 

Le rosé est-il un vin moderne ?

 

Je persiste et je signe : suis Anglore à 200 %

 

« Et puis il y a la manière d'Eric Pfifferling, vigneron au domaine de l'Anglore à Tavel, appellation réputée dans cette couleur, "entre le plus jamais blanc et le pas encore rouge", comme il aime à la définir. Chez lui, les raisins sont ramassés à la main et en caissettes mises à refroidir en conteneur frigo à 10°C. Ils sont ensuite manuellement placés en cuve pour une période de macération carbonique (méthode beaujolaise) qui peut aller de 5 à 10 jours et plus. "Goûter les raisins sur le haut de la cuve, ça c'est bonbon." Eric ne s'en prive pas pour décider le moment capital où il va stopper cette macération et passer à l'étape suivante : le pressoir pneumatique, où les grappes encore entières sont à nouveau transportées manuellement. "Il n'y a aucune intervention mécanique pour ne pas traumatiser la vendange." Le "gros coup de feu de la fermentation" a lieu dans des cuves en béton au frais et, "quand elle s'est calmée", le jus est transféré en pièces ou en fût tronconique pour achever sa fermentation alcoolique et enchaîner sur la fameuse "malo" (lactique), qui permet la stabilisation et l'assouplissement du vin. »

 

L'article ICI 

C’est le nouveau marronnier de l’été : vers une pénurie de rosé cet été ! « Bonne nouvelle ! »

L’encre de cette chronique n’était pas encore sèche, alors que je revenais en bus, le 68, bondé, 12 mn d’attente, mais assis, du restaurant les Climats où j’avais savouré une Tête de Veau Maison Vadorin, « En fines tranches assaisonnées d’une sauce Chimichurri. Asperges blanches croustillantes » et une Raie des Côtes Bretonnes, « Raidie au beurre ; fricassée de légumes printaniers et bouillon relevé d’un pesto aux herbes fraiches. » arrosé  d’un Hautes-Côtes de Nuit 2014 de Claire Naudin (je ne suis pas bas-bourguignon mais je carbure à 100% dans son terroir), mon petit insecte goulu des réseaux sociaux affichait : Pénurie de rosé ? Ou prétexte...

 

Un article des « Échos », largement relayé, alerte sur un éventuel manque de rosé cet été et une « mécanique » hausse des prix. Mise au point.

 

PAR JACQUES DUPONT

 

En forme notre bas-bourguignon, faut dire que le rosé n’est guère pissé dans les Climats, que Bordeaux s’échine à en faire alors que le Clairet, qui est un rouge qui à la gueule du rosé, peut-être un must, qu’en Champagne on ne prend pas de gants pour mélanger les raisins blancs et les raisins rouges pour faire du champagne rosé, il sort sa sulfateuse au risque de choquer le petit peuple des insoumis.

 

Le rosé « il est devenu une boisson toute saison, notamment chez les jeunes, à l'apéritif. Le rosé « Mimile » en « cubi » chargé de magnifier les chipolatas charbonneuses du barbecue spécial Patrick Chirac a perdu la partie. Place aux bouteilles « design » qui font parfois ressembler une Saint-Gobain 75 cl à un flacon de chez Chanel. »

 

Je suis taquin, l’article du Jacques est très sérieux, il rassure, avec son compère Bompas ils ont dégustés pour le Spécial vins d'été (sortie 28 juin) quelque 300 rosés de cette région et pas un des producteurs ne nous a spécifié une « quantité limitée ».

Lire ICI http://www.lepoint.fr/vin/chroniques/penurie-de-rose-ou-pretexte-22-05-2018-2220369_582.php#xtor=CS2-239

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H « La Révolution n’est pas un dîner de gala... » proclamait le grand président Mao (98)

Jean-Edern face à un flacon de champagne accompagné d’une jolie femme, plus encore qu’à son ordinaire déjà tonitruant, se muait en une forme unique d’hydre collante, vibrionnante, postillonnante, soulante, pire qu’une sangsue goulue et indécollable. Pour s’en débarrasser Benoît optait pour une stratégie radicale : le faire boire jusqu’à l’écroulement. La bête était coriace mais Benoît l’achevait à la vodka. Bon prince, avec l’aide du garçon, il le chargea dans un taxi, moyennant un pourboire royal en sus de la course, pour reconduite à la frontière et déchargement compris. Ils arrivèrent très en retard au consistoire de la branche action de la GP où la tabagie n’arrivait pas à masquer les remugles de jus de chaussettes et de calcifs confinés. Pour Pierre Victor-Benny Levy, qui bien sûr, n’était pas présent à la réunion, retranché qu’il était dans sa tanière de Normale Sup, il fallait mener à bien en France « la guerre civile » qu’il venait de décréter. Feu sur les capitalistes et ses chiens de garde le PC et la CGT. « La Révolution n’est pas un dîner de gala... » comme le proclamait le grand président Mao. Seule la violence pouvait renverser la classe dominante et amener le prolétariat au pouvoir. Dans la France pompidolienne résonnait selon eux le bruit des bottes. André Gluksmann dénonçait l’instauration d’un « nouveau fascisme ». Pour lui Marcellin est un émule d’Heydrich ». Entrer en Résistance, en appeler à Jean Moulin, à Guy Moquet déjà, au colonel Fabien s’il avait su, pour faire éclater le courroux des larges masses. Dans la feuille de chou « j’Accuse » Gluksmann tonnait « Chaque fourgon de police mis en déroute par une résistance violente, chaque manifestation qui oblige la police à céder le pavé, chaque séquestration où les forces de l’ordre n’osent pas intervenir de peur de la colère populaire est une victoire antifasciste ! » Pour faire parler la poudre il fallait des artificiers alors les chefs de la GP, en même temps que les Brigades Rouges en Italie, venaient de créer une sous-branche « militaire » : la NRP, la Nouvelle Résistance Populaire, forme « granguignolesque » d’une armée de l’ombre qui plastiquera Minute. Ce cher Gluksmann doit, sous les lambris des palais nationaux, prendre le thé avec Patrick Buisson et ils doivent égrener leurs souvenirs communs du bon vieux temps du « fascisme pompidolien ».

 

La présence de Chloé, seule femme tolérée dans ce tas de mecs frustrés eu égard à sa connexion directe avec les Brigades Rouges, provoquait chez certains des montées de sève violentes qui les poussaient à en rajouter dans leurs délires verbaux. Ces braves fantassins de la Révolution prolétarienne se seraient bien vus, en rêve bien sûr, monter à l’assaut de ce corps qui sentait bon pour se libérer de leur slip en zinc et connaître les délices du repos du guerrier. Mais comme l’écrira Olivier Rolin dans Tigre en papier « après ce vestibule donc il y a une porte ouverte dans laquelle s’inscrit en diagonale la moitié d’un lit sur quoi s’aperçoivent les jambes nues de Chloé, non le reste de son corps. Et ces jambes bougent. C’est peu dire qu’elles bougent : elles se nouent, se dénouent, glissent, se frottent l’une contre l’autre. Si crétin que tu sois, il ne t’échappe pas que ces jambes parlent, plus précisément qu’elles te parlent à toi : et même assez franchement. Or tu es fasciné et terrifié parce qu’elles te disent. Elles ne parlent pas la langue empesée des « réus », ni celle avec laquelle tu fabriques ton tract. Tu trouves qu’elles ne manquent pas d’air, ces jambes. Tu trouves que les jambes n’ont pas à se mêler de politique. Naturellement, tu ne penses pas cela vraiment : dans le tréfonds tremblant et véridique de toi-même tu penses surtout que le corps, et plus particulièrement ceux que tu désires, et plus particulièrement encore ce qui en eux est comme la signature de leur étrangeté, sont de purs volumes d’effroi. » avant de conclure « tu as peur du sexe de Chloé, voilà la vérité » Benoît dans cette fosse aux châtrés faisait l’objet d’une haine à peine dissimulée et, s’il n’avait pas été un protégé de la vieille roulure de Gustave, il n’aurait eu le choix qu’entre faire son autocritique pour déviationnisme petit bourgeois lié sa copulation intense ou de se faire exclure pour son entreprise de démoralisation du chaste fantassin de la GP.

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