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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 07:00
Tout le monde, ou presque, connaît le fantôme de l’Opéra mais qui connaît les truites et les abeilles de l’Opéra Garnier ?

Au temps où je travaillais rue de Rivoli souvent à midi j’allais flâner chez Old England, vénérable maison fondée en 1867, qui symbolisait – elle a disparue en mars 2012 ICI  :

 

« L'établissement sera remplacé par « le plus grand magasin de montres de luxe du monde », qui exposera des modèles Cartier, Piaget, Montblanc ou Rolex sur un total de 2000 mètres carrés, à partir de Noël 2012, rapporte Le Parisien. Classée monument historique, la façade boisée d'Old England sera conservée. Seules les fenêtres actuelles seront changées par des vitres blindées pour des raisons de sécurité. Le groupe suisse Bucherer s'est vu confier la gestion de la future boutique d'horlogerie, située à quelques mètres de la place Vendôme, par le propriétaire Richemont. »

 

Old England symbolisait « la perfection de l’élégance cossue des lords Highlanders. La réputation de l’honorable maison est aussi due à la coupe de kilts des clans écossais. Les armoiries du so British magasin proclament sur sa façade Sincerity & Confidence, un slogan qui ne saurait mentir. »

 

L’heure est à la Rolex, passons !

 

Dans ce quartier où le Monopoly de ma jeunesse situait les plus belles adresses, la fameuse rue de la Paix, se dresse la façade imposante de l’Opéra Garnier.

 

Pourquoi Garnier ?

 

Tout simplement parce que le 30 mai 1861, Charles Garnier, jeune architecte de 35 ans, Grand prix de Rome, remporte le concours à l’unanimité, à la barbe des vieilles barbes officielles de l’Empire, dont Eugène Viollet-le-Duc favori de Napoléon III et de l’impératrice.

 

Je ne vais pas vous narrer les péripéties de la construction de l’édifice, ce ne fut pas simple, les exigences d’Haussmann, la guerre de 1870, la défaite de Sedan, l’occupation militaire de Paris, la Commune de Paris en 1871… Le chantier est en panne mais dans la nuit du 28 au 29 octobre 1873 un incendie ravage l’opéra de la rue La Peletier qui n’est plus qu’un amas de cendres. Paris ne peut rester sans opéra, alors Garnier doit reprendre les travaux et là…

 

« Tandis qu’il fait procéder aux excavations nécessaires pour les fondations, il découvre que la nappe phréatique envahit les bases de l’ouvrage. L’eau pompée jour et nuit ne peut être qu’une solution provisoire. Pour pallier tout risque d’inondation, Garnier fait construire une énorme cuve de béton afin de récolter l’eau et permettre aux infrastructures de résister à la pression des infiltrations et de mieux répartir les charges du bâtiment. Le bassin existe encore aujourd’hui, il fait office de réserve d’eau très utile en cas d’incendie. Les techniciens qui veillent à son entretien y circulent en barque. Dans cette eau d’excellente qualité, ils nourrissent des carpes. »

 

Dans l’Express ICI 

 

« La réserve couvre une surface de 25 m sur 50, divisée entre une vaste cuve et un bassin plus petit. Une armée de piliers et de voûtes rendent l'endroit labyrinthique. L'eau effleure les briques du plafond.

 

Les hommes-grenouilles des sapeurs-pompiers de Paris viennent régulièrement s'y entraîner. « L'avantage est que l'eau est vraiment claire, avec une température idéale de 12°C », avance le caporal Antoine Gsegner, qui garde un souvenir ému de « la beauté des voûtes » sous-marines.

 

La maintenance est effectuée en barque par les techniciens responsables de l’endroit, qui nourrissent aussi les carpes qui y vivent, excellent indice, de surcroît, de la qualité de l’eau.

 

Dominique Bonneau y signale aussi « des barbeaux, des poissons rouges et des perches ». Et même une anguille géante baptisée « Neunœil », « rescapée de la poissonnerie d'un hypermarché » selon son adjoint. « Une légende dit qu'à chaque fois que les pompiers perdent un des leurs, ils lâchent un poisson dans le bassin », rapporte le capitaine Jean-Marie Lecoq, chef de la brigade des plongeurs. »

 

Autre légende, celle d’une rivière alimentant un lac souterrain, qui a inspiré Gaston Leroux pour son Fantôme de l’Opéra. En réalité, la rivière coule un peu plus loin… un cours d’eau portant le nom de « Grange-Batelière », recouvert par la rue éponyme, transformé en égout, tout comme la Bièvre.

 

Mais ce n’est pas tout, une initiative plus contemporaine de Jean Paucton, accessoiriste de l’Académie de musique et de la danse, passionné d’apiculture, est la présence depuis 1983, d’un rucher sous le toit de l’Opéra.

 

En effet, celui-ci y dépose alors « un essaim dans une ruche placée juste derrière le dôme doré au-dessus duquel Apollon lève sa lyre d’or entre la Poésie et la Musique. Un mois plus, Paucton constate que les abeilles se portent à merveille. Les butineuses trouvent dans les jardins et les squares de Paris  tout ce qu’elles désirent, les fleurs fraîches des parterres du Palais-Royal, ainsi que les cimetières parisiens, le bois de Boulogne. Autant d’espaces assez bien protégés des redoutables herbicides et autres défoliants.

 

Quoi de mieux pour les mouches à miel de l’Opéra de Paris ! Avec maintenant ses cinq ruches, Jean Paucton produit l’un des meilleurs miels du monde et l’on trouve sa production dans les épiceries fines de Paris et d’ailleurs ou à la boutique de l’Opéra. »

 

Mais en mai 2013, Clap de fin pour l'apiculteur de l'Opéra de Paris

 

L'apiculteur Jean Paucton ne montera plus sur les toits de l'Opéra Garnier pour s'occuper de ses abeilles. La raison? Il serait trop vieux pour jouer les acrobates. Une décision qui divise dans l'établissement.

 

Jean Paucton, l'apiculteur du Palais Garnier a quitté mardi les toits du monument. Depuis 1981, il produisait du miel grâce à ses insectes. Une question sème la discorde dans cette affaire: Jean Paucton a-t-il décidé de partir ou l'y a-t-on incité? Différentes versions s'affrontent.

 

Lire ICI 

 

Mais en juin 2013 Les ruches de l'Opéra de Paris confiées à deux jeunes apiculteurs

 

Les abeilles de l'Opéra de Paris, orphelines depuis la cessation d'activité, après plus de 30 ans de bons soins, de l'ancien machiniste Jean Paucton, ont été confiées à deux jeunes apiculteurs, a annoncé lundi l'Opéra de Paris.

 

L'Opéra de Paris n'héberge pas que des petits rats, il abrite aussi des abeilles. Deux jeunes apiculteurs vont désormais s'occuper de ses ruches. Les abeilles de l'Opéra de Paris étaient orphelines depuis la cessation d'activité, après plus de 30 ans de bons soins, de l'ancien machiniste Jean Paucton.

 

Lire ICI 

 

Le rucher de l’Opéra ICI 

 

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18 septembre 2018 2 18 /09 /septembre /2018 06:00
Au bon vieux temps on chantait sous la pluie * à Paris, aujourd’hui on nous dit « pas pipi dans Paris » le point de vue lassé d’un vieux cycliste parisien…

Madame la maire,

 

Je ne veux en rien ajouter un souci à vos nombreux soucis : votre campagne « pas pipi dans Paris » fait l’objet de railleries, de moqueries… faut dire que vous l’avez bien cherché… mais pire encore que la chasse aux débraguettés sauvages voilà qu’un de vos adjoints, le premier adjoint et adjoint à la culture, Bruno Julliard, vous rentre salement dans le lard.

 

C’est du lourd et c’est ICI 

 

Mais ce n’est pas l’objet de mon courrier du jour.

 

Pour vous interpeller je n’ai pas eu à beaucoup me fouler je suis allé piocher dans mes archives et j’ai retrouvé mon courrier du 21 mai 2007 adressé à Bertrand Delanoë :

 

Lettre au maire de mon village

 

Monsieur le maire de Paris,

 

Mes amis du Gers ont coutume de dire de leur colombard sec et nerveux : " sitôt bu, sitôt pissé..." Chez nous, dans notre charmant village, nous n'avons pas les mêmes aises qu'à Condom, car ici nul bouts de champs, ni chaintre, ou autre lieu de plein air où l'on peut, en toute tranquillité, sans nuire à l'environnement, soulager sa vessie en toute sérénité. Même nos compagnes, à la campagne, à l'abri d'un fourré, peuvent elles aussi prendre cette liberté.

 

Je vous sais soucieux, comme vos prédécesseurs, un corse monté à Paris, dont l'un, corse monté à Paris, s'illustra, avec les motos-crottes, des aises de nos amies les bêtes. Même qu'un certain Contassot, vert de son état, un jour menaça ma vieille voisine et son chien incontinent d'une amende pharaonique pour levage de patte non prévu par ses règlements. Bref, faudrait que votre Contassot, avec son pote Baupin qu’aime pas les autos mais qui dit aimer les vélos – depuis il a élargi sa panoplie aux jupons –, se préoccupât de mes aises de cycliste : « où puis-je pisser, en toute liberté, cher Bertrand Delanoë ? »

 

Dois-je, avant de me soulager, m'envoyer un caoua dans un bar pour pouvoir accéder à la résolution de ce besoin pressant ?

 

Cercle infernal, car le petit noir ainsi ingurgité me poussera quelques kilomètres plus avant dans un autre établissement.

 

Alors que faire ?

 

Me précipiter dans un Grand Magasin, une Gare ou je ne sais quel lieu public, où la signalétique est aussi compréhensible que la lecture de Teilhard de Chardin et, où, une fois atteint le lieu d'aisance me retrouver coincé en une longue queue ?

 

Dois-je aller au cinéma ou me résoudre à rechercher une new sanisette aussi rare sur le territoire de notre charmant village qu'une femme souriante dans le métro. Si j'ai la chance d'en trouver une – pas une femme bien sûr –  à tout coup elle sera hors d'usage ?

 

Dois-je alors me résoudre à pisser le long d'un tronc d'arbre ou sous un porche? Non, monsieur le maire, c'est franchement dégueulasse et je vous invite à faire un petit tour sous le métro aérien entre St Jacques et Glacière pour apprécier les effluves de ces épanchements clandestins.

 

Dans le même temps je vous invite aussi, flanqué de Contassot et de vos services techniques, à venir contempler un édicule classé : la dernière Vespasienne parisienne sise sur le bord du boulevard Arago. C'est une honte de traiter ainsi une vieille dame. Ne me dits pas que vous z'avez plus de ronds les gars pour lui donner un p’tit coup de jeune ? Pour des mecs soucieux d'économiser l'eau la pauvre s'épanche comme une Perrette qu’aurait cassé son pot (tiens ça rime avec Contassot)

 

 

 

Bien sûr, je sais que ces lieux furent le siège de débauches nocturnes mais peu me chaut, si je puis m'exprimer ainsi, ce n'est pas une sulfureuse réputation qui saurait vous empêcher de vous colleter à ce service public du besoin pressant.

 

Dois-je, pour faire pression, créer le Mouvement de Restauration des Vespasiennes : M.R.V à ne pas confondre avec le MRG qui lui se réunit dans une cabine téléphonique – avec Tapie ça ne doit pas être aisé ?

 

Avant d'en arriver à cette extrémité, car je suis un homme de bonne volonté, je vous suggère d'ouvrir un grand concours d'architecte mobilisant les ressources des technologies modernes pour répondre à ma demande. Paris innoverait. Les touristes, provinciaux ou étrangers, apprécieraient cette délicate attention. Sachez aussi, monsieur le maire, sans vouloir être vulgaire, que le pisseur est aussi un électeur.

 

Je m'en tiens là pour aujourd'hui, monsieur le maire de Paris.

 

J'attends votre réponse avec sérénité, car j'en suis sûr mes écrits vous ont montré l'urgence qu'il y a de prendre en compte la satisfaction de ce besoin naturel, si bien traité par les Romains, et qui ne saurait plus encore être repoussée aux calendes grecques. L'approche des échéances électives devrait vous voir attentif à mes suggestions. Trop longtemps, à Paris, on a brocardé les dames pipis. L'érection de nouvelles vespasiennes, à la pointe de la technologie, nous permettrait de faire naître une nouvelle industrie qui porterait haut le prestige de la France dans toutes les grandes métropoles urbaines. Bref, laissons libre court à notre génie.

 

En vous remerciant du temps que vous venez de me consacrer, je vous prie d'agréer, monsieur le maire de Paris, l'expression de mes salutations les meilleures et empressées.

 

A vous lire, entendre, ou voir.

 

Jacques Berthomeau  du boulevard Saint-Jacques  

 

Depuis cette date, bien sûr je n’ai jamais reçu de réponse et surtout rien n’a changé, c’est pire : vos édicules technologiques qui parlent sont de plus en plus défaillants, puent, c’est scandaleux. Seule initiative notable il y a deux ans la mise en place temporaire d’entonnoir à pipi haut perché, pendant l’été, sur les berges du canal de l’Ourcq, ça cocotait sec sous le soleil, tout le charme de Paris en plus du vomi des gens bourrés.

 

Enfin, pour être dans l’air du temps, en 2018, sont apparues des pissotières écologiques un nouvel « uritrottoir » a été installé à la fin du mois de juillet sur l'île Saint-Louis, dans le très chic 4e arrondissement de la capitale. Le dispositif, originaire de Nantes, permet la fabrication d'un compost grâce à l'urine masculine, compost qui est ensuite utilisé pour faire pousser des plantes, précise le quotidien.

 

Une jardinière est en effet posée sur un réceptacle rouge dans lequel l'urine est filtrée grâce à de la paille, notamment pour pouvoir limiter les mauvaises odeurs. L'azote et le phosphate présents dans l'urine des hommes sont récupérés pour produire le fameux compost et ainsi servir de fertilisants naturels pour les fleurs. Le concept de cette pissotière écologique séduit particulièrement Paris, en quête d'un développement de plus en plus vert. »

 

Le Figaro rappelle que depuis le mois de mars, la mairie socialiste tente de développer le dispositif « uritrottoir » dans différents quartiers de la ville, afin notamment d'agir sur la propreté des rues. Avant l'île Saint-Louis, trois autres pissotières écologiques ont été installées dans Paris : sur le boulevard de Clichy (18 et 19e arrondissement), dans le jardin Tino Rossi sur le quai Saint-Bernard (5e arrondissement) et sur la place Henri Frenay (12e arrondissement).

 

Les critiques abondent ICI  

 

 

Ce qui me fascine dans cette affaire c’est cet acharnement à chercher des solutions compliquées alors que dans d’autres capitales on se contente de mettre en œuvre des solutions simples en incitant l’ouverture de lieux d’aisance privée à petit prix ; et qu’on ne vienne pas me faire chier avec la privatisation puisqu’elle est déjà en œuvre via les cafés où il faut raquer entre 3 et 5 euros pour pisser.

 

Autre question avant d’en finir : pourquoi le lavatory Madeleine, situé place de la Madeleine à Paris dans le 8e arrondissementest aujourd'hui fermé ? « Construit en 1905 par les établissements Porcher sur le modèle des lavatories existant dès les années 1880 en Angleterre, il s'agit du premier édifice de ce type en France. Son architecture fait appel à de beaux matériaux : acajou verni pour les portes et les boiseries, vitraux, céramique décorée de motifs, mosaïque, robinets en laiton, etc. On y trouve également la chaise d'un cireur de chaussures. Les établissements Porcher-Revin en font la vitrine de leur savoir-faire.

 

« L'ancien lavatory des femmes et son accès, ainsi que l'accès du lavatory des hommes, sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du 16 mars 2011. Malgré l'opposition du maire du 8e arrondissement qui y voit une forte opportunité touristique, les toilettes publiques ferment en mai 2011, faute, pour la ville de Paris, d'une fréquentation suffisante (350 passages/jour) pour justifier le maintien d'un agent d'entretien et du non-respect des normes d'accessibilité aux personnes à faible mobilité. »

 

Bravo la mairie, et pour suivre notre cher Président, qui n’en rate pas une, je propose :

 

1- que notre Bern verse son obole pour la remise en état du monument historique.

 

 

2 - que l’on fasse traverser la rue Royale à un chômeur pour qu’il fasse le job payé par le concessionnaire…

 

La propreté a un coût madame Hidalgo, la stigmatisation des pisseurs-debouts est inefficace, on ne peut traquer toutes les quéquettes à l’air, mettre un fonctionnaire derrière chaque libre-pisseur. Augmentez l’offre pour répondre à la demande !

 

Pendant que j’y suis madame, le cycliste que je suis vous demande de faire boucher les trous béants, les nids de poule gigantesques, qui ornent la chaussée de la capitale, demandez à vos services techniques de réfléchir à la bonne géométrie des ralentisseurs qui sont de véritables pièges pour le cycliste, 11 jours à Cochin ce fut pour moi le prix.

 

Merci.

 

La référence au film Chantons sous la pluie Singin'in the rain de Stanley Donen et Gene Kelly, sorti en 1952 n'est pas incongrue puisque l'on dit : il pleut comme vache qui pisse...

 

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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 07:00
Azélina Jaboulet Vercherre d’1 plume vive et acérée « Osez toutefois intimer votre désaccord à certains haltérophiles du goût lorsqu’ils menacent de vous emporter dans leur chausse-trappe majeure : l’affluence d’informations imbuvables. »

J’avoue : ils me saoulent !

 

Qui ?

 

« Certains  spécialistes du vin, thuriféraires du « tout arôme »

 

« … qui nous abreuvent d’arômes de roses et de pivoines, parfois dans les variantes séchées et, pour les légumes, concassées, rôties ou braisées. Abondance de biens nuit parfois : ces descriptifs nous rappellent assez peu le vin et frisent le dogmatisme. »

 

 Azélina Jaboulet Vercherre est bien gentille, je penche plutôt pour le pédantisme.

 

Sur Twitter, une communicante, s’esbaudit, nous tartine une « explosion de pivoine et de fruits noirs », ça fait genre, prétentieux et creux. Mais bon ça plaît aux clients.

 

Moi ça me gonfle grave.

 

Et, comme le hasard est mon allié, j’ai cherché dans ma pile de livres non-lus et j’y ai trouvé l’opus d’Azélina Jaboulet Vercherre : Le vin, entre nature&culture chez Féret 2016 service de presse. Je le feuillette, en lecture diagonale rapide et je trouve mon bonheur.

 

 

Petite remarque en passant, avoir le privilège d’associer un prénom rare et un nom connu c’est un sacré privilège dans la vie que l’on vit. Ceci écrit ça n’enlève rien aux mérites d’Azélina Jaboulet Vercherre.

 

Voici un petit aperçu de sa plume vive et acérée.

 

« Certains  spécialistes du vin, thuriféraires du « tout arôme », s’évertuent à décortiquer les vins comme s’ils étaient issus d’essences parfois bien curieuses. Ces dernières décennies ont en effet vu naître un fascinant engouement pour les recherches de notes confiturées, beurrées, briochées (ambiance petit-déjeuner, avec option de transfert du buveur beurré à son breuvage, de bon matin), tabagiques ou zoologiques (certains vins sentiraient même la fourrure), florales (variant de la fleur blanche fraîche à la pivoine séchée), mycologique (donnant dans l’organisme biologique haploïde sans chlorophylle et hétérotrophe appelé champignon), empyreumatiques (résultant du brûlage des douelles assemblées en fûts) ou carbonifères, amyliques (il paraît que certains vins sentent le vernis à ongles et que dans ce cas c’est un défaut – sans blague), hespérides (pour un zeste de mythologie) ou lithiques (le plus souvent qualifiées de « minérales ». Sucer des cailloux à l’apéritif est peut-être une bonne base de régime hypocalorique).

 

L’arôme de « pierre à fusil » présente une difficulté supplémentaire puisqu’elle nécessite une association perceptive pacifique, tandis qu’une aspiration « cristalline » emmène vers une étude de biologie moléculaire.

 

La géologie éclaire la notion de typicité des vins en fonction du terroir. Difficile cependant, pour la plupart d’entre nous, d’avoir couramment recours à ce savant terreau pour qualifier ce qui se trouve dans un verre, tant les strates dont la succession forme la « terre de vignes » sont nombreuses et leur superposition complexe. Plus troublant encore : les substances odorantes composent le vin (comme les aliments) par centaines de molécules.

 

La richesse lexico-sémantique complique le discours, que l’on appelle alors jargon. Indispensable à la précision du discours, il est généralement incompréhensible pour quiconque se trouve à l’extérieur des cercles d’initiés : trop  de technicité le défie. Voilà qui sert la réflexion des spécialistes nourrit la langue française et rend parfois justice aux crus dont la grandeur est  difficile à décrire avec de simples mots du langage courant. Le maniement de ces notions par de très estimables experts du vin, fruit de la vertueuse alliance du talent et du travail, a de quoi séduire les connaisseurs par la discipline requise. Les plus brillantes personnalités en la matière sont de véritables virtuoses, œuvrant à la connaissance des meilleurs vins et à l’épanouissement de leurs adeptes. Il arrive que des arômes se dessinent clairement dans votre esprit.

 

Cette évaluation suivant votre profil sensoriel s’explique par l’analyse scientifique.

 

Osez toutefois intimer votre désaccord à certains haltérophiles du goût lorsqu’ils menacent de vous emporter dans leur chausse-trape majeure : l’affluence d’informations imbuvables. Il arrive que de telles envolées complexent inutilement l’amateur de vin en l’assommant de concepts bizarres, soulignant ainsi à mauvais escient son illettrisme en la matière. Les débauches de termes maraîchers, cuisiniers, tabagiques ou forestiers tendent à irriter certains viticulteurs qui peinent à les associer à leurs soins patients et passionnés. Les buveurs n’y retrouvent pas non plus leur nez lorsque la corne d’abondance de la métaphore aromatique s’étend jusqu’aux connotations métalliques flirtant avec de surréalistes bananes molles. L’intérêt d’employer des mots que l’on ne connaît guère ou que l’on situe mal dans son contexte sensoriel est au mieux aléatoire, quand la surabondance de termes juxtaposés de manière hétéroclite ne mène pas à des associations répugnantes sur fond d’éponge en daube u sous-bois dormant. Franchement, avez-vous souvent une envie incoercible de trouver du cuir mijoté aux épices relevées de notes miellées et herbacées dans votre vin ? Que le soulier rissolé reste un hommage à Chaplin : inutile de suivre sa recette pour en faire un mets – ou, pire encore, un vin.

 

Le spectre de la caricature guette le débutant lorsqu’il veut singer ces professionnels en étalant une quantité de bouquets trop importante pour son univers sensoriel – et conceptuel – propre. Les colonnes destinées aux néophytes ont fini par être touchées par cette taxinomie perturbante. Que faire de tous ces savants mots, concepts, échantillons et banques d’arômes dont regorgent les comptes rendus de dégustation ?

 

Le passage du cercle professionnel au monde profane se fait aujourd’hui sans décodage.

 

Plutôt que de nous en lamenter, reconnaissons le désir de classifier comme un trait humain traditionnel. Tâchons simplement d’esquiver le péril principal : sa capacité de nuire au plaisir de l’amateur. Il lui appartient d’établir son vocabulaire à la mesure de ses ambitions. Les initiés montrent la route ; les profanes sont libres d’en suivre les méandres analytiques – ou non.  

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17 septembre 2018 1 17 /09 /septembre /2018 06:00
L’inexorable déclin du courrier papier, la lente agonie du stylo plume, nos petits-enfants ne seront-ils que des manieurs de clavier ?

L’e-mail tue le courrier papier !

 

Moi le premier, alors que j’étais un grand adepte du courrier papier, je n’écris plus de ma blanche main, je pianote sur le clavier de mon ordinateur, je clique sur envoi et c’est parti et sitôt l’e-mail est arrivé dans la boîte électronique du destinataire de mon courrier.

 

La boîte aux lettres physique ne reçoit plus que la presse papier à laquelle je suis abonné, des publicités, du courrier administratif mais, là encore, on dématérialise à tout va.

 

Alors notre Poste, autrefois dénommé PTT (les fameux petits travailleurs tranquilles) lorsqu’elle vivait avec le 22 à Asnières, lui aussi balayé par le téléphone cellulaire, exit les fixes et les cabines téléphoniques, va-t-elle larguer ses petites factrices et ses facteurs ? 

 

Le facteur de Jour de Fête de Jacques Tati (vidéo ci-dessous) 

           

« Entre 2009 et 2014, le nombre annuel de plis distribués est passé de 15,9 à 12,9 milliards (-22%) et cette baisse pourrait encore s'accélérer à l'avenir. Elle ampute le chiffre d'affaires de la Poste d'environ 500 millions d'euros chaque année, montant comparable à la marge de l'activité courrier », indiquaient les Sages de la rue Cambon en 2016.

 

Dans ces conditions, La Poste sera-t-elle contrainte à l’avenir d’en finir avec les tournées quotidiennes des facteurs? En réalité, ce scénario semble peu crédible, du moins à moyen terme. D’abord parce qu’une directive européenne impose la distribution du courrier dans les Etats membres de l’UE au moins une fois par jour, cinq jours sur sept. Et quand bien même La Poste aurait la possibilité de réduire drastiquement le rythme des tournées, elle risquerait de s’exposer à la concurrence d’opérateurs privés qui pourraient offrir des prestations de substitution.

 

Surtout, le groupe français a déjà fait savoir qu’il ne souhaitait pas remettre en cause la fréquence de distribution qu’il a fixée pour sa part à six jours sur sept (du lundi au samedi compris) en accord avec les syndicats. En effet, la direction ne prévoit pas d’enrayer le déclin du courrier traditionnel qui ne devrait plus représenter que 45% des revenus de la branche Services-Courrier-Colis dans deux ans (et 20% du chiffre d'affaires du groupe), préférant la compenser avec le développement de nouveaux produits.

 

L’entreprise entend notamment renforcer la distribution d'imprimés et surfer sur la livraison de paquets (Colissimo essentiellement) et de multiplier les services.

 

S'agissant des facteurs, leur nombre diminue avec un taux de remplacement de 75% et l'évolution de la profession va se poursuivre: « Les facteurs vont continuer à livrer du courrier. Le mix de la tournée change », indiquait en avril Philippe Dorge, directeur général de la branche Services-Courrier-Colis. Ils vont être appelés à distribuer davantage de paquets et à multiplier les services aux particuliers: livrer des repas, des médicaments, s'assurer que tout va bien... Chaque facteur délivre actuellement un de ces services une à deux fois par semaine. Une fréquence qui devrait passer à une à deux fois par jour en 2020, selon le responsable.

 

Des services postaux qui se transforment partout dans le monde ICI 

 

Pour rajouter au spleen de l’écriture que lis-je sur la Toile ?

 

La lente agonie du stylo plume

 

Le stylo plume connaît une chute des ventes sur les cinq dernières années, au profit de l'essor des feutres d'écriture et rollers effaçables. Vit-il ses dernières heures?

 

Des renards, des chiens, des tortues, des orques, des smileys, des skateurs, des ronds, des rayures, des fleurs; des roses, des verts, des bleus, des noirs; des métallisés, des translucides, des opaques: il y a quelques années, les rayons foisonnaient de stylos à plume, le nombre de modèles ayant pour seule limite l'imagination des créateurs - et la disponibilité des licences.

 

Aujourd'hui, la catégorie est réduite à l'ombre d'elle-même. Le stylo à plume a quasiment disparu des rayons. Seuls subsistent quelques modèles, relativement sobres, réduits à leur rôle simple et basique « d'outil d'écriture ».

 

« Le stylo plume est sur une tendance baissière linéaire chaque année depuis maintenant au moins 10 ou 15 ans », confirme à BFMTV.com Antonin Albaret, consultant marketing papeterie chez GfK, un institut d'études de marché qui se penche tous les ans sur la rentrée.

 

Lire ICI 

 

Le stylo plume était autrefois un marqueur entre « l'ordre primaire » et « l'ordre secondaire ». « Tant que l'école était composée en ordres, on finissait la classe de fin d'études avec sa plume d'acier, c'était le passage obligé au stylo », explique à BFMTV.com Brigitte Dancel, auparavant maître de conférences à l'université de Rouen et auteure du "Cahier d'élève: approche historique" et d'"Apprendre à écrire, quelle histoire!".

 

« Le violet, la plume et le cahier du primaire le disputent au bleu, au stylo et à la copie du secondaire; ces nuances, en apparence mineures, soulignent la fracture des ordres scolaires », note l'historienne des pratiques pédagogiques dans cet article publié en 2011 dans la revue Carrefours de l'éducation.  

 

J’ai, comme beaucoup, tracé mes premières pages d’écriture au porte-plume, encre violette mais ensuite n’étant pas un grand preneur de notes en cours je n’ai pas été un adepte du stylo plume. De même, je n’ai jamais aimé la pointe Bic. L’arrivée du Ball Pentel, outil d’écriture de Michel Rocard, fut pour moi une bénédiction, souplesse, finesse, fluidité. Créé en 1946 au Japon, l’origine du nom Pentel vient de PEN pour painting et TEL de pastel car Pentel est à l’origine, fabricant de produits beaux-arts.

 

Présent sur le marché français depuis 1963.

 

Mais mon outil d’écriture favori a toujours été, et reste, le crayon-papier car, comme je déteste les ratures, grâce à la gomme, lorsque j’écrivais les discours ou les notes pour mes chers Ministres, je confiais à la secrétaire une copie impeccable. Le passage au clavier fut donc pour moi extrêmement facile car il le permettait, sans difficultés, de construire, de modifier, de réaménager ce que je venais d’écrire. La pratique du blog a, bien évidemment, m’a fait abandonner l’écriture manuelle, sauf que, depuis deux ans, je pratique l’écriture de vacances sur carte postale. Ce fut, au tout début, un réel combat pour retrouver le rythme : pensée-écriture et surtout écrire lisiblement.

 

Reste mes petits-enfants, enfant de l’Internet, du clavier, de la tablette, des SMS… même si on leur fait refaire des dictées sauront-ils, voudront-ils, au-delà de leur scolarité, écrire sur du papier qu’ils confieront au courrier ?

 

Je ne sais, mais sait-on jamais !

 

En terminant cette chronique je pense à Boris Vian et aux paroles du Déserteur :

 

Monsieur le président

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être

Si vous avez le temps.

 

Le stylo plume de la photo-titre est un Mont Blanc qui me fut offert, dont je ne me suis jamais servi, c’était très nettement un signe évident de marqueur social : j’étais en ce temps-là sous les ors de la République.

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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 07:00
Maurice Audin, Rachid Taha, un facteur commun : l’Algérie…

« Il est parti en Algérie… »

 

Phrase tant de fois prononcé par nos mères pour dire que leur fils avait été appelé sous les drapeaux pour soi-disant faire une guerre qui n’en était pas une officiellement, on maintenait l'ordre dans des départements français.

 

Ce fut le cas de mon frère aîné Alain qui passa deux années à surveiller la frontière tunisienne électrifiée par André Morice.

 

En ce temps-là les infos étaient radiodiffusées étaient bien verrouillées, seule une partie de la presse parisienne levait le voile sur ce qui s’y passait.

 

Souvenir à l’école d’agriculture où j’étais pensionnaire de voir débarquer la gendarmerie pour nous confisquer l’exemplaire de la Vie Catholique qui évoquait la torture en Algérie, celle de l’armée française.

 

Tout comme, la collaboration de l’Etat Français avec Hitler, cet épisode peu reluisant de notre Histoire m’interrogeait. Alors je lisais tout ce qui me tombait sous la main.

 

L’Algérie, j’y suis allé moi aussi, à Constantine, à quelques kilomètres de là où mon frère avait fait son temps, comme on le disait. Coopérant à l’Université, sous le régime marxiste de Boumediene, avec mes étudiants les discussions étaient animées mais toujours courtoises. Nous avions une nounou algérienne, en fait kabyle, Mouni, qui gardait notre fille. Nous logions dans un quartier neuf, tout près des gorges de Constantine, et un jour, sans acrimonie, Mouni m’a dit en me montrant du doigt les gorges « C’est là qu’ils faisaient ça… » Traduction : l’armée fusillait les "fellaghas".

 

Ce conflit, une vraie guerre, a vu des atrocités commises par tous les camps, du côté algérien entre factions, contre les harkis ou les supposés traîtres ou tièdes ; de notre côté, grand pays qui s’affichait en état de droit, la torture longtemps cachée fut et reste une honte.

 

Avant de partir en Algérie j’ai lu tous les volumes du journaliste et historien Yves Courrière, monumentale somme sur la guerre d'Algérie.

 

Il y donne sa version de la mort de Maurice Audin :

 

« Tout le monde sait qu'O [nom donné à Aussaresses dans son ouvrage, NDLR] est responsable de la mort d'Audin. Ou plutôt ses hommes puisqu'il s'agit d'une méprise. C'est Alleg [...] qui, le 21, doit passer à la corvée de bois. On l'emmènera à la fosse entre Zéralda et Koléa. » Mais les hommes d'Aussaresses exécutent Maurice Audin à sa place : « Vous faites erreur, je suis européen » auraient été ses derniers mots, selon Yves Courrière. Ce même jour, Paul Teitgen, secrétaire général de la préfecture d'Alger – qui démissionnera en septembre –, annule l'assignation à résidence de Maurice Audin, « l'intéressé s'étant évadé du centre de tri du sous-secteur de Bouzarah. »

 

Voilà, je n’en dirai pas plus.

 

J’ai beaucoup aimé ce pays.

 

Ce matin, je salue la reconnaissance, par le Président de la République, d’un crime d’Etat pour la disparition de Maurice Audin.

 

 

J’aimais aussi beaucoup Rachid Taha

 

 

MAURICE AUDIN : LE CRIME D’ÉTAT ENFIN RECONNU !

 

Emmanuel Macron se rend aujourd’hui chez Josette Audin et publie une déclaration pour reconnaître le crime d’État commis sur son mari. En 1957, en pleine bataille d’Alger, l’armée française avait torturé et assassiné ce jeune mathématicien communiste anticolonialiste. Justice lui est enfin rendue. Après un demi-siècle de déni, avec ce geste historique, la France regarde en face l’une des pages les plus sombres de la colonisation.

 

61 ans, 3 mois et 2 jours… C’est le temps qu’il aura fallu à l’État français pour reconnaître que Maurice Audin a bien été torturé et assassiné par l’armée. La déclaration d’Emmanuel Macron et sa visite, cet après-midi, à Josette Audin, représentent une formidable victoire. Un bonheur inestimable pour sa famille, d’abord.

La suite ICI

 

Torture en Algérie : le geste historique d’Emmanuel Macron

Le chef de l’Etat reconnaît la responsabilité de l’Etat dans la mort de Maurice Audin, un mathématicien militant de l’indépendance de l’Algérie tué en 1957.

 

LE MONDE | 13.09.2018 à 06h32 par Cédric Pietralunga

ICI

 

Elle est mathématicienne, écrivain membre de l'Oulipo et fille de Maurice Audin, mort sous la torture infligée par les paras français à Alger en 1957. "Une vie brève", enquête sur son père, se situe à l'exacte intersection de ces trois faits

 

LE MONDE DES LIVRES | 10.01.2013 à 12h06 |

Par Catherine Simon

ICI

 

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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 06:00
Sur les réseaux sociaux clichés, idées reçues, éléments de langage font florès et si nous pensions par nous-même ?

Les politiques et les journalistes sont les plus présents sur les réseaux sociaux, suivent ceux qui sont maqués avec les politiques, les militants, sympathisants, les jamais contents et ceux qui se prennent pour des journalistes scotchés à leur écran tels des mouches vertes sur de la bidoche faisandée.

 

Ça caillasse dur, ça s’insulte grave, à coups de clichés éculés, d’idées reçues toutes faites, d’éléments de langage concoctés dans les alcôves des cabinets, ministériels ou médiatiques.

 

Résultat, le bon peuple, le petit peuple, moutonnier ou indifférent, n’a plus aucune espèce de confiance dans ce petit monde nombriliste, la porte est grande ouverte aux populistes de gauche extrême, rappelez-vous Doriot et Déat, de droite, les suceurs de roue de l’extrême droite.

 

 

 

Alors en ce dimanche, mes biens chers frères, mes biens chers sœurs je vous propose de réfléchir par vous-même après avoir lu cette réflexion salutaire.

 

« Les clichés : voilà pourquoi je nourris une telle méfiance à l’égard des « éléments de langage » et des « mots-clés ». Cet embrigadement langagier est le contraire du politique. Arendt nous demande de comprendre que le politique est une affaire de jugement, et même de goût : il faut pouvoir parler soi-même, sans répéter, les mots des autres, ni les emprunter comme allant de soi. Elle exige qu’on ne renonce jamais à exercer une pensée critique. Or, après tout, cela s’enseigne et s’apprends. C’est même cela qu’on devrait enseigner et apprendre. L’éducation, la culture, est tout autre chose qu’un formatage : être cultivé, c’est peut-être mettre ses mots dans les mots des autres, mais en choisissant comme on choisit ses amis, en les faisant jouer et en les transformants ».

Barbara Cassin

 

Conversation sur la banalité du mal d’Anna Arendt entre Barbara Cassin et Jérôme Ferrari

 

Hannah Arendt : "Pour être confirmé dans mon identité, je dépends entièrement des autres" ICI

 

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15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 07:00
Dans la seigneurie d’Istria, au XVIe siècle, Me Morain, dont la corsité est avérée, aurait-il eu droit à la parole ?

À l’origine, le seigneur exerçait sur ses vassaux le pouvoir de justice le plus absolu. C’est dans ce domaine que, partout ailleurs, en Corse, les droits seigneuriaux avaient été le plus nettement réduits au cours du XVIe siècle. Seule la seigneurie d’Istria était parvenue à conserver des privilèges judiciaires importants. Elle était dirigée par des officiers nommés par les seigneurs, aptes à juger tant au civil qu’au criminel et non soumis au contrôle des actes (ce qui s’appelait le syndicamento, exercé par des « syndicateurs »). D’ailleurs les seigneurs d’Istria invoquent-ils fréquemment, et avec succès le plus souvent, le caractère définitif de leurs jugements : ils disposent de ce que l’on nomme en droit romain le merum et mixtum imperium, c’est-à-dire le droit et le pouvoir de l’appliquer, et, en vertu d’anciens privilèges, périodiquement réaffirmés, on ne peut faire appel de leurs sentences (des seigneurs d’Istria et de leurs officiers) que devant la Banca Comune. Cette Banca était une cour d’appel locale, composée de seigneurs et de leurs officiers, qui, au début du XVIIe siècle, se tenait ordinairement à Bicchisano dans la maison de Giovan Maria d’Istria, et à Sollacaro dans celle d’Alessandro, suivant que les appelants étaient vassaux de l’une ou l’autre branche de la seigneurie. Cela illustre que, encore au milieu du XVIe siècle, et au début du siècle suivant, la dépendance de la maison d’Istria à l’égard de l’Office (l’office de Saint Georges* ) ou à l’égard du Sénat de Gênes était nulle ou à peu près, privilège dont ne jouissaient plus les seigneurs de Bozzi et d’Ornano. Ce qui permettra à Jean-Jacques Rousseau, quand, travaillant à un projet de Constitution pour la Corse, il se penchera sur ces curieuses survivances féodales, de constater n’être pas en présence de seigneurs fieffés, mais bel et bien de princes « dont les droits approchaient de la souveraineté même. »

 

Ce qui n’empêchait nullement les seigneurs en question, à l’occasion, de faire de leur droit de justice un usage parfois partial, en tout cas perçu comme tel par leurs justiciables ou leurs administrés. L’impression de mauvais traitements en matière judiciaire donne lieu, au début du XVIIe siècle, à beaucoup de réclamations et de doléances. On reproche en particulier au notaire ajaccien Francesco Bonaparte qui, en 1613, est lieutenant du fief – et apparenté aux seigneurs d’Istria –, d’être à la fois juge et partie dans toutes les affaires qui opposent les habitants des communautés aux feudataires. Il est reproché à ces derniers de s’octroyer des droits qu’ils n’ont pas, comme le droit de grâce, théoriquement réservé au Sénat de Gênes. Ils l’invoquent, par exemple, pour se faire de bandits ou de bergers condamnés des obligés, d’autant plus utiles qu’ils peuvent à l’occasion, en toute impunité, leur procurer des armes à fau… Autre grief adressé à la justice seigneuriale : de nombreux délits – et même des crimes, dit-on – restent impunis, particulièrement les fameux accatti *, strictement interdits par les statuts de l’île et passible des galères. Où la « principauté » prend des airs de quartier aux mains d’une bande, d’un « clan ».

 

[…]

 

Les griefs adressés à la justice seigneuriale – en partie fondés, mais quelle justice est idéale, exempte de critiques ? –sont à rapprocher de ceux qui à l’époque génoise allaient à l’ensemble de la justice exercée en Corse. Un expression est passée en dicton, le « juge génois ». La justice était si mal rendue dans l’île qu’on avait l’impression que Gênes y avait envoyé ses hommes les plus tarés… « Juge génois » est devenu une injure usuelle, qui évoque toutes les formes possibles de turpitudes et de prévarications. Il est juste d’indiquer que, toute humaine qu’elle ait été – donc bourrée de défauts, imparfaite à souhait –, jamais pareil reproche n’a été adressé à la justice féodale des seigneurs d’Istria.

 

*L’accato, il s’agissait d’une sorte de taxe – officiellement, c’était un « don » ; son institution était fondée sur un mécanisme psychologique curieux : les gens sont enchantés de faire des cadeaux aux puissants, pour s’en faire bien voir et obtenir leur protection… –, taxe prélevée par le seigneur en échange d’une protection ; en langage contemporain, on pourrait traduire ce mot par « racket ».

 

Source : Une famille corse 1200 ans de solitude Robert Colonna d’Istria Plon

 

 

*La République de Gênes, en 1453, en confie la gestion à une puissante banque génoise constituant une sorte d'état dans l'état: l'Office de Saint-Georges. Sous couvert de défendre et administrer l'île, il s'emploie en fait essentiellement, pendant plus d'un siècle, à l'exploiter comme une colonie, ce qui accentue le ressentiment des Corses à l'égard de Gênes et la conduit en 1562 à mettre fin à la mission de l'Office. De graves désordres s'ensuivent, mais après l'échec de la tentative d'insurrection générale de Sampieru Corsu, l'île retombe sous la domination de Gênes.

 

 

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15 septembre 2018 6 15 /09 /septembre /2018 06:00
© Joaquín-S. Lavado (Quino) Agence Litteraire Caminito

© Joaquín-S. Lavado (Quino) Agence Litteraire Caminito

« Penser qu’avec tous ces personnages intéressants sur la scène politique, personne n’achète de billets ! »

 

« La vérité sort de la bouche des enfants » dit-on, ça n’a jamais été vérifié et je pense que c’est de moins en moins vrai, la naïveté et l’innocence me semblent en régression. En revanche, nos enfants nous questionnent de plus en plus sur nos problèmes d’adultes. MAFALDA, l’héroïne de Quino, née d’une commande publicitaire en 1963 est de cette pâte là.

 

A l’origine, Mafalda devait servir de support à une publicité subliminale commandée par la société Siam Di Tella, afin de doper les ventes de sa nouvelle gamme d’appareils électroménagers de la marque Mansfield. L’entreprise Agens Publicidad, sur recommandation de Miguel Brascó, commande donc la bande dessinée à Quino. Les noms des personnages devaient commencer par la lettre M et un appareil électroménager de la marque en question devait figurer dans le dessin.

 

Nous sommes en Argentine. « Quand les journaux ont commencé à la publier, je me suis rendu compte que j’avais à faire à un personnage dont j’ignorais ce qu’il serait » note le dessinateur qui ajoute qu’il va prendre une revanche en s’évadant des premières bandes dessinées et faire de MAFALDA une gamine contestataire et engagée.

 

Tout comme moi, pour sa conclusion, Quino  avoue « J’aurais aimé avoir une sœur, parce que je me sens beaucoup plus à l’aise avec les femmes qu’avec les hommes. »

 

Mais son père, directeur d’un bazar, et sa mère, maîtresse de maison, sont morts trop tôt : elle, en 1945, quand Quino avait près de 14 ans ; lui en 1947, quand il en avait 17. Il ne termine pas ses études secondaires. Il commence les beaux-arts, puis vient à 18 ans battre le pavé de Buenos Aires, avec quelques pesos que lui a prêtés son frère aîné. Il rentrera trois semaines plus tard à Mendoza, sans argent et sans travail.

 

© Joaquín-S. Lavado (Quino) Agence Litteraire Caminito

 

Tous ses dessins étaient des chrysalides silencieuses.

 

C’est encore parfois le cas aujourd’hui. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à regarder les dessins de Quino où les personnages ne parlent pas. Le secret est dans leurs yeux : de simples points. Et c’est avec des points que, depuis quarante ans, il exprime la colère, l’amour et autres arghh, sniff et pouah.

 

« C’est un petit point de rien du tout, mais parfois on obtient l’expression voulue, et parfois non. »

 

 « J’ai arrêté Mafalda au bout de dix ans, parce que je me suis rendu compte que j’avais beaucoup de mal à ne pas me répéter, je souffrais à chaque livraison. Quand on cache la dernière vignette d’une bande et qu’on connaît déjà la fin, c’est le signe que quelque chose ne va pas. Alors, par respect pour les lecteurs et pour mes personnages, mais aussi pour ma manière de sentir le travail, j’ai décidé ’abandonner cette série, tout en restant fidèle à l’humour que je n’ai jamais cessé de pratiquer. »

 

Quino, sur son site web : www.quino.com.ar

 

Quino, a rejeté jeudi 19 juillet 2018 l’utilisation de sa légendaire Mafalda par le mouvement qui s’oppose à la légalisation de l’avortement en Argentine, en plein débat parlementaire. « Je ne l’ai pas autorisée, cela ne reflète pas ma position », a écrit Quino dans une déclaration sur l’usurpation de sa célèbre fille irrévérencieuse qu’il a créée il y a plus de cinquante ans.

 

Quino, qui vient d’avoir 86 ans, a expliqué que « des images de Mafalda portant le foulard bleu symbolisant l’opposition à la loi sur l’interruption volontaire de grossesse [avaient] été diffusées. Je n’ai pas donné mon autorisation, cela ne reflète pas ma position et je demande qu’elles soient retirées ».

 

« J’ai toujours suivi les causes des droits humains en général et les causes des droits des femmes en particulier, et je leur souhaite bonne chance dans leurs revendications. »

 

 

Umberto Eco établit le parallèle entre Charlie Brown le héros nord-américain « qui appartient à un pays prospère, à une société opulente à laquelle il cherche désespérément à s’intégrer en mendiant bonheur et solidarité » et Mafalda la sud-américaine qui « appartient à un pays plein de contrastes sociaux, qui ne demande pas mieux que de l’intégrer et de la rendre heureuse. » mais elle s’y refuse et repousse toute avance. Eco ajoute qu’elle est un « héros de notre temps » car elle est révélatrice des mœurs d’une époque. Bien sûr, pour beaucoup des générations Y ou pré-quadra les années 70 c’est aussi loin que l’Antiquité même si leurs références musicales y puisent l’essentiel. Quitte à passer pour un VC impénitent je persiste à penser que l’on ne se construit pas dans la pure immédiateté qu’il est indispensable de puiser dans l’Histoire des enseignements.

 

Nous les baby-boomers, post-soixante-huitard, avons été vilipendés par les héros de la nouvelle droite morale, libérale et nationale depuis, comme étant les corrupteurs de nos propres enfants alors que nous avons, trop sans doute, épousé notre temps en tournant la page des vieilles idéologies qui nous avaient nourries, structurées et en définitive bâties. Faire de nous un paquet compact, indifférencié, est une sottise qui est le signe le plus évident du niveau du débat actuel. Plus personne ne s’adresse plus à personne mais ceux qui tiennent le haut du pavé se contentent de délivrer du prêt à penser via les médias de masse qui déversent sur nous des images, du bruit, de l’absence de sens... Et quel prêt à penser ! J’aimerais qu’il ait une Mafalda qui surgisse pour railler ces postures de cour de récréation de prétendus grands de ce monde.

 

C’est à pleurer ! En ce moment, je l’avoue : pour la première fois de ma vie j’ai honte de nous…

 

Parents, offrez à vos adolescents scotchés sur leur tablette, bouffant des réseaux sociaux à longueur de journée, les albums de Mafalda !

 

© Joaquín-S. Lavado (Quino) Agence Litteraire Caminito

 

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14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 07:00
L’e-cuisine du Taulier en sur l’île de Beauté : spaghetti au brocciu arrosé de Memoria 1 patrimonio d’Antoine-Marie Arena

« Qui n’en a pas goûté ne connaît pas l’île » affirme Émile Bergerat dans son livre Souvenirs d’un enfant de Paris 1887.

 

Le brocciu ou encore broccio est une « friandise » qui se consomme tout au long de son vieillissement. Frais, il se prête à toutes les fantaisies, nature ou agrémenté de sucre, d’eau-de-vie, de fruit ou de confiture sur une belle tranche de pain. Avec l’âge, il s’affermit et son goût s’affirme, et alors le brocciu s’allie avec tous les moments du repas, chaud, froid, frit : entrées, légumes, pâtes, poissons, viandes, œufs et, bien sûr, desserts.

 

Art venu du fond des âges, l’élaboration du brocciu par les bergers, tour de main précis et délicat, relève d’une forme de magie où, avec le même corps de règles, chaque produit est unique. . Indifféremment confectionné à partir de lait de chèvre ou de brebis, le brocciu se trouve sur les marchés lors de la période de lactation des chèvres et des brebis (de septembre à juillet). Son goût évolue en fonction des conditions d’alimentation des animaux. Pour les puristes, le brocciu confectionné avec du lactosérum de chèvre et de lait de brebis est le meilleur.

 

 

Dans Bergers Corses, Georges Ravis Gordiani, décrit avec la précision de l’ethnologue la confection du brocciu par les bergers du Niolu.

 

Photo extraite ICI 

 

« Il reste à faire le brocciu avec le petit-lait recueilli soit avant la mise en fattoghje (fromage de chèvre), soit à la suite de l’égouttage des fromages. On fait chauffer ce petit-lait dans un chaudron de cuivre étamé – paghjolu – ; le feu est ici la grande affaire. Il y faut un bois sec, non résineux (hêtre, chêne, aulne), en aucun cas le pin qui donnerait une flemme trop vive et ferait « attacher » le brocciu au fond du chaudron.

 

Quand le petit-lait atteint la température de 30° environ, le berger avec un ballet de bruyère, enlève la scurza, sorte de dépôt qui se forme au fond du paghjolu. Quand le petit-lait atteint une chaleur suffisante (environ 60°), que le berger apprécie à la main, on y jette le lait entier (u purriciu) qu’on a réservé à cet usage, et un peu de sel, et on règle le feu de telle manière que les flammes ne touchent plus le fond du chaudron. À cette phase de l’opération, la réussite dépend de la surveillance constante du feu et du mélange que le berger tourne lentement avec un bâton pour assurer la fusion du lait entier et du petit-lait.

 

C’est à partir de ce mélange que se fait la coagulation de la caséine du purriciu qui monte à la surface en emprisonnant toutes les matières grasses résiduelles du petit-lait. Elle forme alors une sorte de masse blanchâtre et tendre. On dit que le brocciu vene (vient). Quand, quelques instants plus tard, il s’ouvre laissant voir le jaune du petit lait, il faut enlever sans tarder le chaudron du feu. On doit alors « essuyer » (asciuvà) la surface du brocciu, lui enlever son écume et les impuretés (cendres, poussières) que la proximité du feu y a fait voler. Le berger le fait délicatement, avec une cuillère, jusqu’à ce que la masse du brocciu, à la fois compacte et souple, soit parfaitement blanche. Alors seulement il le ramasse avec une écumoire en fer (a paletta) et le dépose délicatement dans des moules en jonc. Comme le fromage, il redouble (appicia) les brocci. Au Niolu, un brocciu pèse rarement moins de 2,5 kg. »

 

Bien sûr le problème du brocciu c’est qu’il est bien difficile de s’en procurer hors de l’Île de Beauté mais, si vous avez un bon fromager, ce n’est pas totalement mission impossible de lui demander d’en « importer » du Niolu. Bref, la recette qui suit est pour moi un de ces plaisirs d’été dont je souhaite vous faire profiter.

 

Elle est simple

 

Des tomates mûres, de l’ail, du basilic, des spaghettis n°7 et bien sûr du brocciu.

 

Dans un saladier vous découpez vos tomates en cubes, vous y ajoutez l’ail coupé en lamelles et le basilic cisaillé grossièrement. Versez sur la préparation de l’huile d’olive. Mélangez et laissez reposer.

 

Dans un plat creux coupez le brocciu en cubes moyens.

 

Pour les spaghettis : cuisson al dente puis égouttage et arrosage à l’eau froide.

 

Ajoutez-les au mélange tomates-ail-basilic-huile d’olive.

 

Versez le tout dans le plat creux et opérez le mélange avec le brocciu.

 

 

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14 septembre 2018 5 14 /09 /septembre /2018 06:00
M. le cardinal Fesch donnait de fort bons dîners dont les merles de Corse faisaient le principal attrait, Dumas père, Jean-Claude  Ribaut et Desclozeaux

« Dans toute la France, il y a un proverbe qui dit « Faute de grives, on mange des merles » ; la Corse seule, après avoir lutté inutilement pour sa nationalité politique, a lutté avec plus de bonheur pour sa nationalité culinaire, et parmi nos départements, il est le seul qui continue à dire « quand on n’a pas de merles, on mange des grives ». C’est que les merles de Corse ont une saveur toute particulière qu’ils doivent aux baies de genévrier, de lierre, de myrte, de nerprun, aux graines de gui, aux fruits de l’alisier, de l’églantier.

 

Aussi la Corse ne se contente-t-elle pas de manger ses merles, elle en envoie à pleines terrines dans toutes les parties du monde ; il suffit pour les conserver de verser dans un vase de grès du saindoux fondu et de jeter dans ce saindoux des merles plumés dont on a enlevé les gésiers ; le saindoux se prend sur eux, les enveloppe d’une couche de grasse que l’air essaie inutilement de percer, et qui les conserve pendant des années.

 

M. le cardinal Fesch donnait de fort bons dîners dont les merles de Corse faisaient le principal attrait gastronomiques.

 

Il est bon de tirer de cette graisse autant de merles qu’on en veut manger, de les passer à l’eau chaude pour leur enlever leur enduit huileux, après quoi on les assaisonne comme les ortolans, comme les becfigues, et enfin comme tous les petits pieds. Quant aux merles frais, ils subissent tous les modes de cuisson qui s’appliquent aux grives. »

 

 Ainsi écrivait Alexandre Dumas père, au soir de sa vie, dans son Dictionnaire de cuisine publié en 1872, puis en 1882, et réédité en 1998. 

 

Toute ma science est tirée de l’excellent livre de Paul Silvani «Cuisine corse d’antan» chez Albania. Lire ses pages sur les merlaghi est pur délice. Si vous aimez la Corse achetez-le. Vous saurez tout, entre autres, tout sur l’azimu di meruli, littéralement la bouillabaisse de merles, et sur l’histoire des fameuses terrines truffées de Louis Guidon cuisinier-pâtissier rue Napoléon à Ajaccio qui la présentera, au milieu de 47 autres produits corses, à l’Exposition Universelle de Paris de 1855.

 

 

Plus grand monde ne se souvient – en dehors des vieux – qu’u capone, les merles, « qui dans leur chair savoureuse, ont pris toutes les saveurs du maquis – les cédrats et les arbouses. » Curnonsky et Austin de Croze fut un plat de choix pour les Corses. « Les Corses, chiches de leur poudre, ne s’attachent qu’à prendre ou à chasser les seuls merles, qui sont en effet très estimés et d’un manger exquis. » Fernand Dupuy (1776).

 

Il s’agissait d’une chasse au lacet qui déjà, entre les deux guerres, était de nature à émouvoir les bonnes âmes et elle fut interdite « sans pour autant empêcher l’activité des cappiaghjoli (les chasseurs de merles), des aubergistes et des fabricants de terrines. » C’est le Parlement européen qui en 1976 et 77 en interdit le commerce et, en 1985, la fabrication de terrines et de pâtés. Ainsi va la vie des hommes et des becfigues : les touristes se contenteront du pâté de sansonnet, autorisé lui, en laissant accroire qu’il fut aussi bon que celui de merle alors que le sansonnet n’est que le vulgaire étourneau.

 

Le merle corse fait de succulents pâtés

 

La région du cap Corse est austère, accidentée et peu peuplée. Elle compte néanmoins deux tables étoilées Michelin (La Roya, à Saint-Florent, et Le Pirate, à Erbalunga).

Le Monde | 28.09.2011 par Jean-Claude Ribaut

 

« Sur chaque plage, une paillote offre des charcuteries corses et le poisson du jour (Barcaggio : menu à 25 euros). On trouve encore les fameux pâtés de merle. Permis, interdit ? Les usages insulaires s'écartent parfois de la législation en vigueur sur le continent. Ces oiseaux ne sont-ils pas nourris d'olives, de baies de myrte et d'arbousier ? Leur succulence brave le procès-verbal ! »

 

ICI

 

23 février 1986 : « Pâté de merle : en voie de disparition » 

 

Publié le 11 août 2017  

 

La mesure pour la protection de certaines espèces s’est concrétisée au plan européen. Au mois de juin, la vente sera interdite.

 

Le département de la Haute-Corse compte un important laboratoire de production de terrines : les «conserves Corsica » (Maison Alessandri), à la sortie nord de Bastia, distribue 50 000 boites par an, et 80% du chiffre d’affaires étaient représenté par le pâté de merle et de grive.

 

Pour compenser la disparition de ce marché, les producteurs demandent des primes, des allègements fiscaux et des prêts à taux faibles.

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