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20 février 2018 2 20 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H La France qui avait peur, celle qui se terrait, allait débouler sur les Champs Elysées, le tricolore allait flotter, la Marseillaise sortir des gosiers jusqu'ici serrés de trouille (21)

Ce soir-là Marie voulut qu’ils couchent chez sa mère. À peine rentré le téléphone sonnait. C'était le père de Marie. La nouvelle était d'importance : de Gaulle venait de quitter Paris en hélicoptère. Le grand poker menteur venait de commencer. La maman dînait en ville. Plus exactement elle passait sa soirée chez son notaire. Seuls, dans le grand appartement, étendu sur le grand canapé du salon, ils écoutaient Frank Zappa en boucle en sirotant de grands verres de citronnade glacée. Mai, ce mois de mai fou, échevelé, toujours à la limite sans jamais la franchir, retenait son souffle, en apnée, tel un coureur insoucieux de ses forces qui, dans le dernier virage, alors que la ligne d'arrivée est proche, sait qu'il va perdre ; que ceux qu'il a nargué pendant sa folle chevauchée vont fondre sur lui, le laisser sur place, gagner. La France qui avait peur, celle qui se terrait, allait débouler sur les Champs Elysées, le tricolore allait flotter, la Marseillaise sortir des gosiers jusqu'ici serrés de trouille. Marie, en se blottissant contre lui, murmurait « il est à nous ce mois, ça ils ne pourront pas nous l'enlever... »

 

Au lever du jour, investit par le frère de Marie – celui que nous avions croisé le premier jour – et quelques-uns de ses acolytes, l'appartement se transforma en repaire de conspirateurs. Ignorant notre présence, ces jeunes gens exaltés se préparaient à la grande manif commanditée par une étrange coalition de gaullistes, d'anciens pétainistes, de partisans de l'Algérie française et des fafs habituels de la Fac. La spontanéité de la marée des Champs-Elysées, et des foules des grandes villes de province, s'appuyait sur l'art consommé de la vieille garde du Général à mobiliser ses réseaux de la France libre. Mobilisation amplifiée par l'adhésion d'une partie du petit peuple laborieux excédé par le désordre et de tous ceux qui voulaient voir l'essence réapparaître aux pompes pour profiter du week-end de la Pentecôte. La majorité silencieuse, mélange improbable de la France des beaux quartiers et du magma versatile de la classe moyenne, trouvait ce jeudi 30 mai sa pleine expression.

 

La journée plana, d'abord suspendue à l'attente du discours du voyageur de Baden-Baden avant de prendre son envol avec le bras-dessus, bras-dessous des Excellences soulagées sur les Champs-Elysées, elle s'acheva, telle une feuille morte se détachant de sa branche, dans un mélange de soulagement et de résignation. Mai était mort et tout le monde voulait tourner la page, l’oublier. L'allocution du Général fut prononcée sur un ton dur, autoritaire, menaçant. L'heure de la normalisation avait sonnée. De Gaulle ne sait pas encore, qu'en fait, c'est une victoire à la Pyrrhus, une droite réunifiée et les veaux français ne tarderont pas à le renvoyer à Colombey pour élire Pompidou le maquignon de Montboudif. Avec Marie, en cette fin de journée, assis dans les tribunes du vieux Stade Marcel Saupin, au bord de la Loire, tout près de l'usine LU pour assister au match de solidarité en faveur des grévistes, entre le FC Nantes et le Stade Rennais, Benoît se sentait désemparé. En ce temps-là, les footeux, parties intégrantes de la vie des couches populaires venant les supporter, match après match, osaient mouiller le maillot, prendre parti pour eux. José Arribas, l'entraîneur des Canaris, républicain espagnol émigré, à lui tout seul personnifiait cette éthique.  

 

Le stade semblait abasourdi, comme si on venait de lui faire le coup du lapin. Les Gondet, Blanchet, Budzinsky, Le Chénadec, Suaudeau, Simon, Boukhalfa, Robin, Eon, conscients de la gravité du moment, nous offraient un récital de jeu bien léché, à la nantaise comme le dirait bien plus tard, un Thierry Rolland revenu de ses déboires de mai. Il fera partie de la charrette de l'ORTF. Comme quoi, mai, ne fut pas, contrairement à ce serine l'iconographie officielle, seulement un mouvement de chevelus surpolitisés. Marie, ignare des subtilités de la balle ronde, applaudissait à tout rompre. À la mi-temps, en croquant notre hot-dog, dans la chaleur de la foule, sans avoir besoin de nous le dire, ils savaient que ce temps suspendu qu’ils venaient de vivre marquerait leur vie. Ils ne seraient plus comme avant. Lorsque l'arbitre siffla la fin du match, l'ovation des spectateurs, surtout ceux des populaires, sembla ne jamais vouloir s'éteindre. C'était poignant. La fête était finie, personne n'avait envie de retrouver la routine du quotidien. Dans la longue chenille qui se déversait sur le quai, le cœur serré Benoît s'accrochait à la taille de Marie comme à une bouée

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 07:00
Séparer de façon capitalistique le conseil de la vente, faut-il s’en tenir qu’aux produits phytosanitaires où les coopératives et le négoce agricole, assurent 60 % et 40 % des ventes.

En 2007, le Grenelle de l’environnement abordait déjà ce sujet :

 

« Le conseil séparé de la vente, une logique implacable : Un pharmacien n’est pas un médecin et réciproquement. Le pharmacien est tout aussi respectable que le médecin, mais ce sont bien deux personnes, deux métiers et deux organismes différents. Ainsi tous les élus, les dirigeants..., de syndicats, d’OPA, d’offices et de commissions de toutes sortes..., qui prétendent désirer la meilleure santé économique possible aux agriculteurs, associée à un respect de l’environnement, et une meilleure considération de l’agriculture par les consommateurs, devraient facilement le comprendre et faire leur possible pour que la fonction de chacun soit précisément définie et respectée, sans privilèges statutaires... C’est aussi cela la bonne image de l’agriculture : il ne s’agit pas de révolution mais simplement d’évolution. La crédibilité et l’avenir de l’agriculture passent par-là. A moins d’être directement ou indirectement lié à ces organismes..., à ce manque de transparence, il est facile de comprendre qu’il ne s’agit ici ni de polémique, ni d’attaque, mais tout simplement de bon sens, de logique.

 

Les freins à cette évolution, à cette logique, sont multiples et variés. Si le cumul des postes, n’est normalement plus d’actualité, il l’est encore hélas trop souvent en agriculture, aussi bien dans la quantité que dans la durée et avec des contradictions (certains sont à la fois juge et parti : syndicat + coopérative + chambre d’agriculture + ... + ... + ...). S’ajoute à cela, la surcharge et les chevauchements d’offices et de commissions de toutes sortes, avec les mêmes ou leurs exécutants... (nommer ou s’octroyer un poste..., sécurise les situations...). Leur premier critère de recrutement est la capacité à rentrer dans le moule, sans jamais chercher à en sortir.

 

De même, si les privilèges ne sont normalement plus d’actualité, là aussi, ce n’est pas encore le cas en agriculture et dans ses filières. Un conservatisme agricole (para-agricole) protégeant et garantissant l’avenir de carriéristes et d’opportunistes. C’est ainsi que l’on entend des dirigeants, des présidents de coopératives..., faire des déclarations comme : « On ne pourra pas accepter que les distributeurs ne puissent plus diffuser de conseil » Rien ne peut être crédible dans l’argumentation de tels propos (voire de telles pressions, menaces...) . C’est encore une fois la démonstration des dangers qu’entraîne le conservatisme, le protectionnisme de nombreux intérêts personnels d’une minorité... (Performants dans la tromperie, donc gênés par la transparence).

 

Lire  ICI 

 

 

À Rungis, le 11octobre 2017, le président de la République a réitéré son engagement de campagne: il veut séparer le conseil et la vente des produits phytosanitaires, via une loi.

 

 

Le gouvernement veut une nette séparation entre les vendeurs de pesticides aux agriculteurs et ceux qui les conseillent, pour réduire l'utilisation de ces produits, une mesure qui va obliger les professionnels à revoir leur modèle.

 

Cette séparation, prévue dans le projet de loi présenté mercredi au Conseil des ministres, doit permettre de diminuer drastiquement le recours aux produits phytosanitaires, selon l'exécutif.

 

Le 31/01/2018 une dépêche AFP synthétisait les réactions des principaux intéressés : 

   

Du côté des agriculteurs, la FNSEA, le syndicat majoritaire s'inquiète d'un éventuel surcoût pour les agriculteurs.

 

« On peut très bien aboutir à un scénario catastrophe qui conduise à une distorsion de concurrence », avec les autres pays européens qui ne seront pas soumis à la même loi, estime Eric Thirouin, secrétaire général adjoint du syndicat.

 

La Confédération paysanne juge pour sa part que cette mesure « tombe sous le sens », mais questionne « sa portée réelle », selon Emmanuel Aze, l'un de ses responsables.

 

Mais le projet va surtout contraindre coopératives et le négoce agricole, qui assurent respectivement 60 % et 40 % des ventes aux agriculteurs, à revoir leur modèle.

 

« Si les entreprises doivent faire un choix entre l'une ou l'autre des missions, elles seront fragilisées du point de vue économique, assure Damien Mathon, délégué général de la Fédération du négoce agricole (FNA).

 

Le négoce agricole comme les coopératives ont un double métier: ils conseillent et vendent tous types de solutions, dont les pesticides, en amont, et en aval, ils collectent les productions agricoles pour les vendre aux industriels ou les transformer eux même.

 

« L'accompagnement tout au long du cycle cultural permet de respecter au mieux les cahiers des charges vis à vis des acheteurs. Si on coupe le lien conseil/vente, le niveau de responsabilité de l'entreprise ou du négoce pour pouvoir tenir des engagements contractuels devient de plus en plus compliqué », souligne M. Mathon.

 

« Ce qui nous importe aujourd'hui c'est moins la question de la vente pour la vente mais la vente pour répondre à des marchés, d'où l'importance du lien avec le conseil », explique également Pascal Viné, le directeur général de Coop de France, qui représente 2.600 coopératives hexagonales de toutes tailles.

 

Ambiguïté

 

« Le rôle des coopératives c'est d'acheter de manière collective des produits pour leurs adhérents pour jouer sur les économies d'échelle », assure-t-il.

 

Il reconnait cependant que « pendant des années le conseil a été intégré à la vente des produits et il y a eu des situations de compensation qui ont conduit un certain nombre d'acteurs à critiquer le système ».

 

« Il faut faire évoluer cette organisation là pour qu'il n'y ait plus cette ambiguïté qui puisse laisser penser que les produits phytosanitaires sont une source de profit pour les coopératives », ajoute le responsable de Coop de France.

 

La FNA propose de son côté une facturation séparée pour que les choses soient plus claires.

 

 

« Le conseil a une valeur, mais le prix du conseil est inclus dans la vente de produits », reconnait M. Mathon.

 

 

Le gouvernement veut aller plus loin que la proposition de la FNA, en imposant une « séparation capitalistique » entre les deux activités, donc des sociétés différentes.

 

 

« On l'a dit de manière un peu caricaturale, si on a à choisir entre l'un et l'autre, on choisira le conseil », déclare M. Viné qui défend cependant l'idée « qu'il est possible d'articuler conseil et vente pour accompagner la baisse annoncée des phytosanitaires ».

 

 

C'était d'ailleurs l'idée qui sous-tendait la création en 2015 de certificats d'économie des produits phytosanitaires (CEPP), distribués aux vendeurs de pesticides quand ils réussissent à faire acheter aux agriculteurs une solution plus verte: produits de biocontrôle ou variétés de semences plus résistantes aux maladies.

 

 

Le gouvernement veut maintenir ce dispositif des CEPP tout en séparant le conseil et la vente des produits phytosanitaires.

 

 

« Nous avons besoin d'avoir le modus operandi, car le dispositif des CEPP n'a de sens que parce que les vendeurs de solutions sont aussi des préconisateurs et des conseils », selon M. Mathon.

 

 

Les coopératives estiment pour leur part « qu'on doit pouvoir trouver un équilibre, par exemple que le conseil annuel soit totalement indépendant des liens capitalistiques, mais après qu'il y ait au quotidien le conseil des cultures et l'achat pour le compte des adhérents de produits, c'est parfaitement articulable dans le contexte des CEPP », assure M. Viné.

 

 

SÉPARATION DE LA VENTE ET DU CONSEIL : CATACLYSME OU CATALYSEUR POUR LA DISTRIBUTION AGRICOLE ?

 

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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaissait à la Sorbonne. (20)

Dans la foule : Mendès-France. Le PC et la CGT ont refusé leur soutien. Dès la mise en place du cortège, au carrefour des Gobelins, il est évident pour les organisateurs que la manifestation rencontre un vrai succès populaire. Des drapeaux rouges et noirs flottent au-dessus de la foule. Le service d'ordre de l'UNEF nous encadre. A Charléty, nous nous installons dans les gradins. « Séguy démission ». André Barjonet, en rupture de ban avec la centrale lance « La révolution est possible » Geismar annonce qu'il va donner sa démission du SNESUP pour se consacrer à ses tâches politiques. Pierre Mendès-France n'a pas pris la parole. Aux accents de l'Internationale nous quittons calmement le stade. La manif est un succès mais elle nous laisse sur notre faim. Le mouvement est frappé d'impuissance et ce n'est pas la prestation de Mitterrand le lendemain qui va nous ouvrir des perspectives. A sa conférence de presse, l'un des nôtres, lui a demandé s'il trouvait « exaltante la perspective de remplacer une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix jours, par une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix ans... » Le député de la Nièvre, pincé, répliquera « je me réserve de vous montrer que vous avez peut-être parlé bien tôt et avec quelque injustice... » La suite allait prouver que le vieux matou avait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

 

Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre, tel un grand fou rire, la nouvelle se propageait sur les ondes : Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaissait à la Sorbonne. Tout le monde riait, jaune pour certains, le pouvoir connaissait quelque chose de pire que l'impuissance, le ridicule. Christian Fouchet, car les télévisions des chaînes internationales sont là, est la risée du monde entier. Avec Marie, alors qu’ils redescendaient sur Nantes dans leur 2CV capotée, ils l’avaient entendu sur le transistor miniature. Cet épisode, grand guignolesque, devait conforter le général dans son incompréhension de cette chienlit si éloignée de l'ordre militaire. Mais comme leur avait expliqué le père de Marie, il le tenait de l'épouse du Premier Ministre qui appréciait sa peinture, ce que de Gaulle supportait mal c'était de voir beaucoup des Excellences du gouvernement – la saillie est de Bernard Tricot – se « décomposer biologiquement ». Seuls quelques originaux, du style Sanguinetti, ne cédaient pas à la panique. Le Vieux, ne pouvait camper sur cette position désabusée. Son goût du poker politique, qui l'avait vu affronter des pointures comme Churchill et Roosevelt, allait le pousser à un dernier coup de bluff.

 

A Nantes, le front ouvrier était solide, la Faculté de Lettres un cloaque. En Droit, tout était figé. Seuls les médecins, partis sur le tard, hors structures syndicales, ruaient dans les brancards. Avec Marie ils participaient à l'intendance du mouvement en tirant des affiches à l'atelier improvisé dans la buanderie du CHU. Les carabins ont une bonne descente, un goût prononcé pour la copulation, alors les fins de soirée s'apparentaient à de quasi orgies. Le nouveau statut de Marie, la nana du grand juriste gaucho, la préservait de leurs assauts, car même si le carabin est chaud il reste encore très respectueux des codes de la bienséance. À leur retour de Paris ils furent traités tels des émissaires venant de rendre visite au grand Mogol. En dépit de ses protestations, Benoît laissa la parole à Marie. « Ma chérie c'est la meilleure thérapie que je connaisse pour guérir tes chers collègues de leur machisme policé... » Le résultat dépassa ses espérances, les blouses blanches lui firent une standing ovation. Il faut dire que l'amour de sa vie, fine mouche, avait su brosser un tableau de la situation qui ne pouvait que satisfaire ces grands jeunes gens dont l'immaturité politique était proportionnelle au sectarisme des extrémistes des deux bords.

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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 07:00
Sebastian Barry : « J’ai mis plus de cinquante ans à écrire Des jours sans fin » et moi quelques heures à le dévorer.

Ma critique de « Des jours sans fin » de Sebastian Barry se résume ainsi « lisez ce livre, vous n’en sortirai pas indemne… »

 

 

« Mon roman préféré de l’année reste le magnifique Des jours sans fin », a écrit dans The Guardian Kazuo Ishiguro, prix Nobel de littérature 2017.

 

« L’écrivain Sebastian Barry livre en effet une fresque puissante, une épopée au souffle terriblement romanesque où il n’épargne à ses héros ni la faim ni le froid ni l’horreur. Mais la voix de Thomas McNulty ne perd jamais de son humanité, ce qui rend si bouleversant ce récit qui lie épique et intime dans un style spontané et souvent poétique. »

 

« Une rencontre sous une haie. Les nuages noirs du Missouri se sont fendus pour déverser un déluge sur deux garçons qui se sont réfugiés sous le même bosquet. L’un et l’autre ont déjà fui bien pire que les colères mouillées des cieux. Lorsque la terre de son père a fini par s’épuiser, John Cole a quitté seul la Nouvelle-Angleterre pour filer vers l’ouest et ses promesses d’une vie meilleure. Thomas McNulty vient de beaucoup plus loin, de Sligo en Irlande où il a vu mourir toute sa famille pendant la disette de 1847. À 13 ans, il a embarqué à destination du Canada dans les cales d’un bateau où des Irlandais faméliques ont péri par centaines pendant la traversée. Dans le Nouveau Monde, sa vie n’a pas plus de valeur que dans l’Ancien. « Ça vous donne une idée de mon bonheur d’avoir croisé John Cole, explique Thomas McNulty. C’était la première fois que j’avais l’impression d’être à nouveau humain. » Ces deux fétus de paille ballottés par l’histoire deviennent tout l’un pour l’autre: ami, famille, amour. »

 

Corinne Renou-Nativel la Croix

 

« C’est à la fois le livre d’un père à son fils, mais aussi d’un petit-fils à son grand-père. »

 

  • Des jours sans fin s’appuie aussi sur une solide documentation, à propos des massacres des Indiens, puis de la guerre de Sécession. Comment avez-vous préparé ce roman ?
  •  

« Le matériau dont je me suis servi pour écrire ce livre fut un mélange de lectures et d’imagination. J’ai lu environ cent soixante ouvrages en un an, sans forcément prendre de notes, plutôt pour m’imprégner d’eux. Je suis allé aussi aux Etats-Unis, dans le Tennessee entre autres. Tout ça fut bien sûr nécessaire, mais ce n’est pas ce qui a donné vraiment naissance au roman. Dans mes lectures, c’était souvent les toutes petites choses qui me nourrissaient. »

 

  • Vous évoquez la voix de Thomas mais, justement, sa langue simple et candide, sa syntaxe sont particulières...
  •  

Quand on parvient à attraper la syntaxe et la manière de parler d’un personnage, c’est comme si l’on avait accès à son cœur et à son âme. J’ai passé trente ans à étudier la langue anglaise. Longtemps, les Irlandais ont été obligés de parler anglais. Je me suis donc interrogé sur l’évolution de cette langue au Royaume-Uni dans les années 1850, mais aussi sur ce qu’elle est devenue quand les Irlandais sont partis pour les Etats-Unis, avec les métissages qu’elle a connus. Ensuite, il faut faire confiance au personnage qui, un jour, se met à s’exprimer comme ça et pas autrement. Là, il faut l’écouter.

 

Lire ICI

 

 

« Au fond de nous, on savait que la mission, ça serait les Indiens. Les colons de Californie voulaient qu’on les en débarrasse. Il les voulaient plus en travers de leur chemin. Alors, bien sûr, les soldats avaient pas le droit aux primes, mais un haut gradé avait accepté de donner un coup de pouce. Deux dollars le scalp d’un civil, c’était quand même pas rien. Une façon amusante de gagner de l’argent pour le jouer aux cartes. Des volontaires partiraient en mission, tueraient pour environ soixante dollars et ramèneraient les corps ».

 

« Puis la mission a pris fin on entendait plus que les pleurs des survivants et les terribles gémissements des blessés. La fumée s’est dissipée, et on a enfin pu voir notre champ de bataille. Mon cœur s’est tapi dans le nid formé par mes côtes. Il y avait là uniquement des femmes et des enfants. Pas un seul brave. On était tombés sur la cachette des squaws, le refuge qu’elles avaient trouvé pour échapper à l’incendie et à la tuerie. J’étais épouvanté et étrangement outré, surtout envers moi-même, car j’avais ressenti un étrange plaisir dans cet assaut ».

 

« L’aide-soignant, qui était tout ce dont on disposait à l’époque comme médecin, faisait ce qu’il pouvait, mais à part éponger, y avait pas grand-chose à faire. Tous les tuyaux dans le ventre du sergent étaient foutus, la merde lui sortait parfois par la bouche comme si elle avait perdu le sens de l’orientation dans les plaines de son corps ».

 

« On a pas envie que ça arrive. On refuse qu’une histoire de défaite remonte jusqu’au Nord. Voilà le genre de petites choses auxquelles on pense. Il y a aussi cette étrange terreur qui nous fait mal au ventre. Qu’on a rempli de porc salé et de biscuits. Certains doivent déféquer, mais les latrines sont trop loin derrière. Quand vous rotez, la nourriture remonte dans votre gosier comme si elle voulait à nouveau saluer le monde. Vous pissez dans votre froc, aussi. La vie de soldat, c’est ça. Maintenant, on bien les troupes des Fédérés, la bannière de chaque régiment, eux aussi ont une cavalerie qui approche lentement. Il déploient leurs forces, on imagine  les colonels tenter de maintenir tout ça en ordre. Le cousin de l’ordre, c’est le chaos…Chaos et ordre, ça fait partie de la même famille. On sent presque le sol trembler sous nos pieds. Pendant qu’il s’assure que les hommes sont en position, ce pauvre Starling Carlton vomit son porc à grands jets. Il perd pas une seconde pour autant, et il se moque qu’on le voie. Il essuie sa bouche sale et lâche rien. La terreur est la cousine du courage, aussi. »

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18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Avec Marie ils décident de se joindre au cortège qui se rend à Charléty. (19)

Ce qui fut dit fut fait. Marie était ainsi, un gros grain de folie dans un petit coeur simple. Ils débarquèrent, en fin de matinée chez le grand homme. C'est lui qui leur ouvrit, blouse bise ample, saroual bleu et sandales de moine. Chaleur et effusions, l'homme portait beau, un peu cabotin, la même coquetterie dans l'oeil que Marie - c'est l'inverse bien sûr - et surtout, une voix chaude, charmeuse et envoutante. Sous la verrière de son atelier, blanche du soleil au zénith, il leur fit faire le tour de ses toiles récentes. Benoît estima le moment venu d'avouer son inculture crasse. La main du grand artiste se posa sur son épaule, protectrice « Avec Marie vous faites la paire mon garçon. Chirurgienne ! Un métier de mains habiles fait par des imbéciles prétentieux. Qui puis-je ? C'est de famille. Rien que des clones en blouses blanches ! Pour eux je suis le raté. Un millionnaire par la grâce des galeristes américains, l'horreur pour ces Vichyssois refoulés ! Ha, le Maréchal il allait les protéger tous ces bons juifs, bien français... Des pleutres, de la volaille rallié sur le tard au grand coq à képi. Et ils sont allés le rechercher pour défendre l'Algérie française. Bernés ! Mais on leur sert de l'indépendance nationale alors ils baissent leur froc. Ils se croyaient bien au chaud et vous déboulez, tels des enragés. Panique dans le Triangle d'or, tous des futurs émigrés... » Le tout ponctué d'un grand rire tonitruant et de rasades de Bourbon. L'homme pouvait se permettre de railler le héros du 18 juin, résistant de la première heure, à dix-huit ans, un héros ordinaire, compagnon de route des communistes un temps malgré le pacte germano-soviétique et les vilénies de Staline en Espagne, il rompra avec eux bien avant Budapest. Marie avait tout raconté sur le chemin de Paris.

 

Pendant que Benoît pataugeait avec Marie dans le bonheur, le 25 mai, rue de Grenelle Pompidou voulait reprendre la main, être de nouveau le maître du jeu. Il jouait son va-tout. L'important pour lui était de lâcher du lest sur les salaires pour neutraliser la CGT de Séguy. Le falot Huvelin, patron d'un CNPF aux ordres suivra en geignant. Les progressistes de la CFDT, bardés de dossiers, assistèrent à un marchandage de foirail. Comme un maquignon sur le marché de St Flour, baissant les paupières sous ses broussailleux sourcils, tirant sur sa cigarette, roublard, tendu vers l'immédiat, le Premier Ministre ferrailla, main sur le coeur en appela à la raison, pour lâcher en quelques heures sur tout ce qui avait été vainement demandé depuis des mois, le SMIG et l'ensemble des salaires. Le lundi, chez Renault, à Billancourt, Frachon et Séguy, se feront huer. Chez Citroën, Berliet, à Rodhiaceta, à Sud-Aviation et dans d'autres entreprises, même hostilité, même insatisfaction. Le « cinéma » des responsables de l'appareil cégétistes à Billancourt n'a pas d'autre but que de blanchir les négociateurs, de mettre en scène le désaveu de la base.

 

La semaine qui s'ouvrait était décisive. Pompidou sur la pente savonneuse, la célèbre « voix » gaullienne jusque-là infaillible semblait douter après le bide de sa proposition de référendum, Mendès le chouchou de l'intelligentsia, qui le considère comme l'homme providentiel, consulte, mais comme d'habitude attend qu'on vienne le chercher. Le 28 mai sous les ors de l'hôtel Continental Mitterrand, avec sa FGDS, se pose en recours. Tous les camps s'intoxiquent. Le vrai s'entremêle au faux. On parle de mouvement de troupes au large de Paris. La frange barbouzarde des gaullistes mobilise. On affirme que les membres du SAC ont déballé dans leur repaire de la rue de Solférino des armes toutes neuves. Le Ministère de l'Intérieur révèle la découverte de dépôts d'armes dans la région lyonnaise, à Nantes, dans la région parisienne, ce qui ajoute du piment à une situation déjà quasi-insurrectionnelle. Ce qui est vrai, c'est que depuis plusieurs jours certains membres de la majorité ne couchent plus chez eux. Avec Marie ils décident de se joindre au cortège qui se rend à Charléty.

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 07:00
Dans les clubs anglais du XIXe les jeunes gens désargentés en jouant au whist buvaient de la fine à l’eau. En 2017, le cognac pète les compteurs à l’export.

Étonnant non, dans l’imaginaire du gaulois du XXIe siècle, devenu après la seconde guerre grand buveur de whisky, du plutôt mauvais, un anglais ne boit, hormis de la bière dans les pubs, que ce fameux whisky.

 

Et bien non, dans la haute société de Londres du XIXe, si j’en crois l’une de mes dernières lectures, les jeunes gens désargentés en jouant au whist buvaient de la fine à l’eau.

 

Brandy ou Cognac, je ne sais car je m’en tiens à la traduction française.

 

Dans ma vieille tête ça fait tilt, ça s’enchaîne car en même temps tombent les excellents résultats du commerce extérieur des vins et spiritueux pour 2017 présentés par le président de la FEVS Antoine Leccia (un symbole ce corse dirige la maison languedocienne Jeanjean)

 

« Le chiffre d'affaires des vins et spiritueux français à l'export a bondi de 8,5 % à 12,9 milliards d'euros en 2017. De beaux scores et de très fortes progressions. Deux marchés ont servi de locomotives, les Etats-Unis et la Chine, qui ont généré 1 milliard de chiffre d'affaires de plus à eux deux. La croissance a été tirée pour plus de moitié par les vins, pour 23 % par les champagnes et pour 25 % par les spiritueux. Les vins et spiritueux dégagent le deuxième excédent commercial français derrière l'aéronautique et devant les parfums. »

 

La dominante cognac

 

Apprécié pour son dynamisme et sa rentabilité, le marché américain est la première destination des vins et  spiritueux français. Ils y ont réalisé un chiffre d'affaires en hausse de 9,5 % à 3 milliards d'euros en 2017. Les exportations vers les Etats-Unis ont augmenté de 50 % en 3 ans. Avec 40 % des ventes, le cognac pèse toujours très lourd.

 

Hennessy revisite les classiques

 

Publié le 11 décembre 2014 par la blogueuse Elodie

 

Il y a des évènements que nous ne manquerions pour rien au monde. Une invitation au « Blogger Lunch LVMH », et nous voilà avenue de la Grande Armée à Paris, pour une présentation 2.0 des marques de vins et spiritueux du groupe LVMH (Veuve Cliquot, Terrazas de los Andes…) C’était, pour nous, l’occasion de retrouver l’équipe Hennessy et de découvrir leurs nouveautés de fin d’année!

 

Une fois de plus, la Maison Hennessy innove, tout en restant fidèle à ses valeurs, pour le plus grand plaisir des amateurs de Cognac et des collectionneurs

 

En dehors de ses partenariats artistiques, la Maison cognaçaise s’inscrit dans la tradition en remettant la « fine à l’eau » au goût du jour. Pendant plus d’un siècle, cette coutume populaire a fait de l’eau l’exhausteur de goût incontournable des « fines » (Cognac, Armagnac ou encore Calvados).

 

Garçon, une fine à l'eau ! publié en 2012 par un blogueur

 

« Qui n'a entendu dans tel film ancien un personnage à la terrasse d'un café réclamer d'une voix gouailleuse une fine à l'eau, que le taulier s'empresse de lui servir sans s'étonner.

 

Combien parmi nous savent de quelle boisson il s'agit ?

 

Bien peu, surtout parmi les plus jeunes. Et pourtant, c'est bien l'une des productions les plus prestigieuse de notre pays qui est ainsi désignée, additionnée d'aqua simplex : J'ai nommé le cognac. Oui, oui, vous lisez bien, j'entends consacrer ce billet à un sujet aussi futile que le cognac !

 

Parmi les merveilles que notre sol et le travail de nos producteurs ont dû engendrer, l'eau de vie de Charente est aujourd'hui bien oubliée des français. Nous avons tous une bouteille poussiéreuse au fond de notre bar que nous ne sortons guère que pour faire la cuisine, ou pour la proposer au cousin de passage qui s'empresse de refuser. Dix ans après son ouverture, elle encombre encore, à peine entamée.

 

La faute à quoi, à qui ?

 

Sans doute à l'attrait sans nuance de l'exotisme alcoolique : le whisky lui a taillé des croupières, à mon sens sans raison objective valable. Sans doute aussi à la rigidité traditionnelle des idées mal reçues qui veut que le cognac ne peut dignement s'apprécier qu'en digestif. Or, par les temps qui courent, se boire un Dijo après apéritifs, et vins, c'est le retour en taxi, si taxi il y a...donc, pas de dijo, et pas de cognac.

 

Le résultat, c'est que la reine des eaux de vie est bue à 97  % à l'étranger, et que les français en viennent à l'ignorer totalement.

 

Voilà, je vous ai livré là où je voulais en venir suite à ma lecture d’un monument de la littérature anglais Quelle époque ! Anthony Trollope (1815-1882)

 

 

Ces derniers temps, pour cause de repos suite à mon changement de cardan, j’ai beaucoup lu.

 

Télérama nous dit :

 

« Henry James, son contemporain capital, l'admirait infiniment. Quelques décennies plus tard, c'est Chesterton, guère enclin pourtant à la complaisance, qui chanta ses louanges, plaçant son oeuvre au sommet, plus haut même que celle du génial Thackeray (La Foire aux vanités). Anthony Trollope (1815-1882) continue aujourd'hui de bénéficier, en Angleterre, des faveurs conjointes des fins lettrés et du grand public. Prophète en son pays, donc, mais guère en France, où ne sont traduits qu'une quinzaine des quelque quarante romans qu'il a écrits - notons cependant que, dans le cas des auteurs victoriens en général, et de Trollope en particulier, quinze romans, cela représente environ dix mille pages, de quoi voir venir... »

 

Excellemment traduit par Alain Jumeau Quelle époque ! est peut-être le chef-d’œuvre de Trollope. Assurément, le roman le plus caustique et ironique de cet auteur dont l'oeuvre tout entière brosse le tableau d'une société anglaise dont la finance est venue, en ce XIXe siècle, bousculer les mœurs et les règles de vie traditionnelles.

 

Au centre de Quelle époque ! est Augustus Melmotte, capitaliste à la morale douteuse. Autour de lui, assistant à sa gloire et à sa chute annoncée, une galaxie de personnages savoureux, guère moins ambitieux, guère plus nobles et plus droits. A cette fresque, Trollope instille vigueur, sagacité, précision du détail, intelligence, humour - tout cela, à haute dose. Alors, pour changer un peu, pourquoi ne pas passer l'été en compagnie du plus victorien des Victoriens ? »

 

 

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17 février 2018 6 17 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Nous serons les rois du monde. Nous mangerons des sandwiches en buvant un petit rosé glacé. Nous entrerons dans Paris par la porte d'Orléans (18)

« Cause toujours ma belle. Tu pourrais m'annoncer que tu es la fille adultérine de Pompidou ou la bâtarde de Couve de Murville que ça ne me ferait ni chaud ni froid. Sur son petit nuage Benoît s'en tamponnait la coquillette... » Sitôt congé pris de la vaporeuse et envahissante mère de Marie, dans l'ascenseur la mâtine lui susurrait, très bonbon anglais, « Pour monter à Paris voir mon père tu pourrais emprunter la 2 CV de ta copine Pervenche ? »

 

- C'est ça petit cœur et pour l'essence je fore illico Cour des 50 otages...

 

- Pas besoin mon Benoît, tu demandes des bons au Comité de grève...

 

- Et je dis quoi aux mecs du Comité ? Que c'est pour aller faire une virée à Paris pour demander la main de ma douce Marie à son père. Pas très porteur en ce moment les bonnes manières bourgeoises très chère...

 

- Tu leur dis que c'est pour une ambulance...

 

- D'où tu la sors ton ambulance fantôme ?

 

- Des Urgences mon amour, avec tous les tampons que tu veux. Je crois qu'ils adorent les tampons tes camarades du Comité...

 

- Tu ferais ça !

 

- Bien sûr mon Benoît, ce n'est pas trahir la cause du peuple. Tout juste un petit mensonge de rien du tout...

 

- Ma présentation à ton cher père ne peut pas attendre ?

 

- Non !

 

- Et pourquoi non ?

 

- Parce que c'est drôle...

 

- Pouce Marie ! Fais-moi un dessin, je me paume dans ta logique de fille.

 

- Pourtant c'est simple joli cœur. Imagine-nous sur les routes désertes, filant vers Paris, capote ouverte, cheveux au vent. Non, toi seulement. Moi, je mettrai un foulard noué derrière le cou. Très Jan Seberg. Aux carrefours nous passerons sous les regards étonnés des pandores. Bonjour, bonjour les hirondelles... Nous serons les rois du monde. Nous mangerons des sandwiches en buvant un petit rosé glacé. Nous entrerons dans Paris par la porte d'Orléans. J'y tiens. Puis nous descendrons les Champs-Elysées en seconde. Je prendrai des photos. Oui, pendant que j'y pense, il faudra que j'achète des berlingots pour papa. Il adore ça. Surtout ceux à l'anis. La Concorde, trois petits tours, et on débarque avenue de Breteuil chez le père. Rien que du pur bonheur !

 

- Dis comme ça ma douce je capitule. Reddition sans condition...

 

 

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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 07:00
Cultures et nature : « La terre entre les plants était une surface uniforme, désherbée : la steppe après le passage de la cavalerie gengiskhanide. »
  • Vous portez sur les paysages un regard plutôt scientifique, de botaniste, de naturaliste, de géologue…

 

  • J’ai une formation de géographe, et j’aime beaucoup Vidal de La Blache quand il explique que nous croyons être les régents de l’histoire, alors que nous sommes d’abord les disciples du sol. Le fait de marcher à travers cette extraordinaire mosaïque climatique, géologique, écosystémique de la France, m’a confirmé dans cette idée. Je ne crois pas qu’on soit tout à fait le même quand on vit dans le calcaire que lorsque l’on vit dans le granit.

 

« Le monde devint mauve. Un plateau de lavande, Valensole? Non, une place d'armes ! Les rangs étaient alignés, militaires. Les plantations intensives d'hévéas en pleine Malaisie procuraient le même sentiment de mise en ordre. Ici, le pinceau paysan avait produit une toile parfaitement lissée, brossée de longs à-plats acryliques où naissait la perspective de la rentabilité. La terre était cimentée, lavée de produits chimiques, domestiquée pour les besoins de la parfumerie et de la production de miel. La lutte contre les insectes avait été remportée. On y avait gagné un silence de parking. Il n'y avait pas un vrombissement dans l'air.

 

Et moi je divaguais dans ces rainures bleutées avec des pensées de Parisien stupide, admiratif des insectes. Elles auraient fait ricaner les producteurs qui craignaient, malgré des décennies de napalm, les attaques des cicadelles sur les plants.»

 

[...]

 

« Au pied de la colline du Cheval Long apparurent les premières vignes sulfatées, industrielles. La terre entre les plants était une surface uniforme, désherbée : la steppe après le passage de la cavalerie gengiskhanide. Les grappes étaient lourdes de grains identiques, dopées de chimie. Ces vignes-là étaient parfois lardées de parcelles où des herbes folles poussaient entre des pieds moins conformes : celles-là étaient des vignes d’appellation biologique, sans traitement chimique. Elles offraient du vin qui rendait les matinées moins douloureuses au buveur. Un vin à faire boire sans crainte aux petits enfants. »

 

Sylvain Tesson

Sur les chemins noirs

 

 

  • L’homme qui arrive dans le Cotentin est différent de celui parti du Mercantour ?

 

  • D’abord, je m’étais reconstruit physiquement par cette belle activité, très simple, très pure, et probablement fondatrice, qu’est la marche. Deuxièmement, j’avais porté un regard sur un pays que je ne connaissais pas, la France, et j’avais pu me rendre compte de la disparition d’une catégorie de population, les paysans, ceux-là même qui ont forgé le visage de la France. Ils nous lèguent quelque chose qui s’appelle le paysage, et ils ne seront plus jamais là pour nous l’expliquer. Troisième leçon, c’est qu’il est possible de traverser le pays en se glissant dans les interstices grâce à un outil très simple, la carte au 1/25000e, cette carte au trésor qui nous révèle les chemins de traverse. J’ai essayé de bâtir un texte autour de cette idée qu’il y avait une forme d’accomplissement intérieur de la pensée, de l’équilibre, du sentiment d’être à la verticale de soi-même, à condition de se tenir sur ces chemins où on est autonome, libre, environné par la beauté des paysages.
  •  

Il y a plus de virus dans les plantes cultivées que dans les végétaux "sauvages"

SCIENCES ET AVENIR  Par Loïc Chauveau le 10.02.2018 à 06h00

 

HYPOTHESES. Les virus se diffusent plus facilement quand ils sont en présence d'une population –animale, humaine ou végétale- ayant un même patrimoine génétique. C'est ce que confirme une étude que vient de publier la revue d'écologie microbienne ISME Journal. De plus, une hypothèse ancienne vient d'être validée : les maladies virales qui représentent 50% des maladies émergentes chez les plantes, sont plus fréquentes au sein des zones cultivées qu'au sein des zones non cultivées. "L'idée a été de comparer la biodiversité de virus présents dans des agrosystèmes où les plantes sauvages voisinent avec les cultures", explique Philippe Roumagnac, chercheur au Cirad et co-auteur de l'article.

 

Grâce à une bourse Marie-Curie de l'Union européenne, ce phytopathologiste a pu travailler deux ans en Afrique du sud dans la région floristique du Cap, une zone où la culture des céréales voisine avec le Fynbos un milieu naturel au fort taux d'endémisme. Les chercheurs ont défini dans la nature des points de collecte où les plantes les plus répandues ont été prélevées. Par analyse génétique, ils ont ensuite identifié les différentes familles de virus présentes sur les plantes sauvages et les céréales cultivées. Puis retour en France, où la même démarche de prélèvements et de séquençage génomique a été effectuée sur des plantes sauvages de Camargue voisinant avec les rizières intensives du delta du Rhône. Et les résultats ont été comparés.

 

La concentration d'êtres génétiquement proches favorise les épidémies

 

SAUVAGES. Premier enseignement : les plantes cultivées sont plus fréquemment infectées par des virus que les plantes sauvages. "En écologie virale, c'était une affirmation qui n'avait jamais été vérifiée", précise Philippe Roumagnac. La concentration dans un même endroit d'individus ayant le même patrimoine génétique favorise la diffusion d'agents pathogènes ou non. Les maladies humaines sont ainsi apparues au moment de l'apparition de l'agriculture qui a poussé les hommes à se regrouper dans des villages, favorisant ainsi les épidémies. "

 

Que ce soit en Afrique du Sud ou en France, nous constatons par ailleurs la présence d'au moins 19 familles de virus ainsi qu'une distribution similaire entre sauvages et cultivées", poursuit Philippe Roumagnac.

 

Le fait qu'il s'agit des mêmes familles, voire des mêmes espèces virales entre milieux naturel et cultivé démontre qu'il y a des échanges importants entre ces deux compartiments du paysage. "Or, contrairement aux espèces cultivées, les virus des espèces sauvages ont jusqu'ici été très peu étudiés et on aurait tout intérêt à s'intéresser à la grande quantité de virus présents dans les zones bordant les parcelles agricoles pour mieux comprendre l'émergence des maladies des plantes", assure le chercheur. L'étude montre en effet qu'en Afrique du Sud comme en Camargue, 80% des nouveaux virus révélés par les analyses génétiques proviennent des plantes sauvages.

 

Mieux connaître les virus des plantes sauvages permettrait de mieux endiguer les maladies émergentes

 

AGRO-ECOLOGIE. Depuis un siècle et la découverte du tout premier virus, le virus de la mosaïque du tabac à la fin du XIXe siécle, la recherche s'est concentrée sur les virus des plantes cultivées pour connaître leurs effets pathogènes car 50% des maladies émergentes sont d'origine virales. Sur les 1400 espèces de virus des plantes répertoriées par le Comité international de taxonomie des virus, 10% seulement proviennent de plantes sauvages. "Notre connaissance du monde des virus des plantes reste donc extrêmement partielle en termes de diversité, mais aussi en termes de répartition à l'échelle de l'agroécosystème, souligne Denis Filloux, chercheur en virologie végétale au Cirad. Ce manque de connaissances représente un écueil dans la compréhension du fonctionnement global des agrosystèmes, et dans la définition et la quantification des facteurs de risque d'émergence de nouvelles maladies virales des plantes ou la définition de stratégies de lutte contre ces maladies".

 

Mieux connaître les espèces de virus, savoir quelles plantes-hôtes ils préfèrent, cartographier leurs aires de répartition, pourrait permettre à terme de gérer les paysages agricoles pour empêcher la survenue et la diffusion des maladies virales. " Une meilleure connaissance des virus donnerait ainsi à l'agroécologie un moyen supplémentaire de contenir les maladies en favorisant par exemple les mélanges variétaux ou la culture simultanée de diverses espèces végétales" conclut Philippe Roumagnac.

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16 février 2018 5 16 /02 /février /2018 06:00
La résistible ascension de Benoît H Leurs mots, leurs rires, leurs silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, les draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonflait sous la brise, leurs caresses, leurs premiers émerveillements (17)

Marie, son prénom, son scooter vert et son grand frère arrogant, voilà en tout et pour tout ce que Benoît savait d'elle et l'affaire était pliée. Il allait passer sa vie avec cette grande fille droite et simple. Ils étaient allés manger des berniques et des sardines grillées dans un petit restaurant aux volets bleus. Le serveur avait allumé des bougies. Elles grésillaient. Marie était aussi fraîche et belle. Il le lui dit. Elle rosit : « tu me flattes, tu dis ça à toutes tes conquêtes…

 

- Non, toi je t’aime…

 

- Ho là, là, déjà…

 

- Oui…

 

- Tu m’aimes comment ?

 

- Comme le beurre de sardines...

 

- J'ai peur...

 

- Quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...

 

- Alors je suis fichue Benoît. Tu vas me croquer...

 

- J'hésite...

 

- Menteur !

 

Leurs mots, leurs rires, leurs silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, les draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonflait sous la brise, leurs caresses, leurs premiers émerveillements, le cœur de la nuit, le lisse de ses cuisses, son souffle sur son cou, leurs enlacements, leurs maladresses, le rose de l'aurore, la découverte de leurs corps, leur désir, le café chaud dans de grands bols... Pourquoi confierait-il à d’autres la plus petite parcelle de cet espace de temps où chaque seconde était bonheur ? C'est trop simple le bonheur. Traduit en mots on le trouve mièvre. Qu'importe, peu lui importait, il était là, sans nuance, débordant, éclaboussant, Marie et lui se fichait pas mal de le cerner, de le retenir, il leur était tombé dessus comme ça, c'était bon, c'était bien. Nul besoin de serments, d'arrangements, de tous ces atours, ces colifichets, le 24 mai 1968 fut le jour d'elle, le seul jour, l'unique.

 

La révélation de son nom attendit le lendemain. Marie était ainsi, insoucieuse d'elle. Pour autant elle ne l'envahissait pas. Ils se découvraient sans s’embarrasser du fatras des apparences, par petites touches. Pour la première fois de sa vie Benoît agissait sans calcul. Imprégné de la spontanéité de Marie il ne connaissait plus la peur de ne pas être à la hauteur. Il n'y avait ni barre, ni compétition, nul besoin de jouer, d'endosser mon rôle. Tout lui semblait simple avec elle, et ça l'était. Alors ce fut Marie jusqu'au lendemain.

 

Donc, le lendemain du premier jour, sous la douche, Marie lui savonnait le dos. Benoît fermait les yeux sous le jet dru et il l'entendait dire « dimanche nous irons voir mon père... » En ouvrant les yeux il répondait un sonore « oui bien sûr » comme si ça allait de soi. La situation matrimoniale des parents de Marie était simple et originale. Toujours mari et femme, ils vivaient séparés : elle à Nantes, officiellement seule, en fait occupant la position de maîtresse du plus riche notaire de la ville ; lui à Paris, seul avec quelques éphèbes par ci par là. Entre Nantes et Paris leurs cinq enfants allaient et venaient. Marie lui exposa tout ça, au bas de l'immeuble de sa mère, en attachant l'antivol de son scooter.

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15 février 2018 4 15 /02 /février /2018 07:00
Dame Buzyn nous ne sommes pas des rats de laboratoire mais des animaux sociaux qui partageons le pain, le vin et tous ces petits riens qui font la vie.

Madame la Ministre,

 

Ce titre je l’avais griffonné avant que vous modériez vos propos  ICI sur le fameux premier verre, confirmant par la même que vous nous preniez pour des rats de labo.

 

Je vous cite « L’alcool contenu dans tous les spiritueux, que ce soit la bière, le vin ou le whisky c’est la même molécule d’alcool. [Je parlais] pour le foie. »

 

Fort bien, vous vous préoccupez, c’est dans vos attributions, de Santé Publique, mais ça ne vous autorise pas d’être aussi péremptoire surtout de la part de quelqu’un qui a prêté le serment d’Hippocrate.

 

Affirmer que, celle ou celui qui trempe, ses lèvres dans un premier verre d’une boisson alcoolisée, et le vin en est une, est un alcoolique en puissance, c’est nous prendre pour des cons.

 

Qu’en savez-vous ?

 

Sur quelles études vous appuyez-vous ?

 

Quelle expérience en avez-vous ?

 

Ça sent bon la propagande d’un hygiénisme militant, ignorant de la vie sociale, ce vieux fond prohibitionniste s’appuyant sur la fumeuse loi de Sully Ledermann.

 

En 1956, Sully Ledermann, publiait un ouvrage en deux volumes intitulé « Alcool, alcoolisme, alcoolisation ». Dans son chapitre V : « Mesures du degré d'alcoolisation alcoolique d'une population » l'auteur expose une hypothèse. Il entend démontrer que la consommation moyenne d'alcool d'une population en détermine la proportion de buveurs excessifs.

 

Notre démographe formule donc une théorie entendant démontrer que la consommation moyenne d'alcool d'une population détermine le nombre de buveurs excessifs (la proportion de buveurs excessifs augmentant selon le carré de la consommation moyenne en suivant une distribution log gaussienne).

 

La lutte contre le fléau qu’est l’alcoolisme, lutte où vos services et leurs alliés : ANPAA, médecins alcoologues, en ciblant, grâce à la loi Évin, essentiellement la promotion, ont fait faillite, exige bien autre chose que des postures, des effets sur des plateaux de télévision.

 

Ce genre de chiffons rouges provoquent dans le camp d’en face, se sentant agressé, d’autres postures outragées qui aboutissent à ce que rien ne change.

 

J’ai en son temps, tenté, au nom du Ministre de l’Agriculture de l’époque, sans grand appui des professionnels du vin de l’époque, de faire que la loi dites Evin ne soit pas une machine de guerre contre le vin. Si nous avons échoué ce n’est pas du fait de Claude Evin, encore moins de Cahuzac simple sous-fifre, mais des 4 grands professeurs de médecine drivé par Claude Got.

 

Le 31 mars 2008, j’ai commis une chronique : La stratégie du Go de Claude GOT ICI qui éclaire bien ce qui s’est passé en ce temps-là.

 

C’est de l’histoire ancienne m’objecterez-vous. J’en conviens mais depuis les lignes n’ont guère bougé, tout est figé, chacun se tient dans sa casemate.

 

Et pourtant, les vins, autrefois dit fins et de consommation courante, ces derniers ayant alimenté un alcoolisme de masse, ont laissé la place à des vins consommés différemment.

 

Les gens du vin, lorsqu’ils parlent de culture du vin, mettent en avant les vins du dessus du panier, les vins des guides, des grands amateurs, sans trop s'apesentir sur la grande masse écoulée à deux balles dans la GD.

 

Par la grâce de l’œnologie moderne, presque tous les vins sont dit de qualité – je n’aborde pas ici le grand débat qui agite le monde du vin autour du bio, des vins natures – mais ce faisant ces vins se rangent de plus en plus dans la catégorie des boissons fabriquées qui appartiennent à l’univers de l’agro-alimentaire.

 

En faire des objets de culture, pourquoi pas, mais il s’agit sans aucun doute d’une autre culture, celle qui a enseveli le goût sous le marketing et la communication.

 

Y réfléchir pour le monde du vin est indispensable et souhaitable si on souhaite mettre du corps au discours sur la culture du vin.

 

Les hommes, écrit Claude Lévi-Strauss, ont dû surmonter deux grands périls de leur existence alimentaire, « l’insuffisance de la nourriture et sa fadeur. Car il ne suffit pas de manger assez. Il faut, comme le proverbe français le dit excellemment, ne pas perdre le « goût du pain ».

 

J’ajoute et celui du vin, son compagnon…

 

 

« Bien manger, c’est bien vivre… » écrit Corine Pelluchon  dans les Nourritures, et bien manger s’est aussi bien boire, «  et il faut de l’art pour y parvenir, c’est ce qu’on appelle le savoir-vivre. »

 

« Savoir vivre, c’est avoir envie de vivre, savoir comment vivre, vivre en trouvant du plaisir à vivre, sans que l’accès à la jouissance soit empêché ni part l’indigence, ni par une sorte d’amputation des sens les rivant aux fonctions vitales qui assurent la survie ou le ordonnent à un ordre factice, réglementé par l’impératif de minceur, le travail ou les multiples obligations d’une vie où l’on n’a jamais le temps.

 

Le bien vivre se reflète assurément dans le bien manger. »

 

Et pour ceux qui le désirent, dans le bien boire.

 

Partager un bon repas, une belle bouteille, chez soi, au restaurant c’est la preuve d’une vie bonne, équilibrée, conviviale, loin des diktats de ceux qui se disent les protecteurs de nos vies.

 

Du haut de mes presque 70 ans, madame la Ministre, je vous conseille vivement de sortir de vos schémas, ou de ceux qui vous sont dictés par votre administration, pour aller au-devant de la réalité, pour que les choses et les pratiques changent.

 

De leur côté les gens du vin, qui se disent préoccupés eux aussi par notre santé, avec le concept normatif de la modération, devront aller au bout du bout de leur raisonnement, soit dès le pied de vigne et à l’intérieur des chais.

 

Bien à vous…

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