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26 août 2018 7 26 /08 /août /2018 06:00
21 août 1968 : la Vie brève de Jan Palach, le destin d’Alexandre Dubcek agent technique des eaux et forêts, Waldeck Rochet le bourguignon issu de la paysannerie, Aragon la Tchécoslovaquie le « Biafra de l'esprit… »

« Au-delà des malentendus, c’est aussi de la postérité différente des mouvements de 1968 qu’il s’agit. Celle du Printemps de Prague, c’est d’abord l’échec de la réforme à l’intérieur du régime communiste, qui a discrédité définitivement la perspective « révisionniste » dubcekienne à l’Est, tout en inspirant l’Eurocommunisme à l’Ouest (auquel tenta tardivement d’accrocher son wagon le PCF, en quête de crédibilité pour son adhésion au « Programme commun » – qui sera la référence des partis de gauche pendant les années soixante-dix).

 

Ce qui reste de l’échec de 1968 à Prague, c’est « la mort clinique du marxisme en Europe » (Kolakowski) et la perestroïka de Gorbatchev, arrivée vingt ans trop tard. Il reste aussi cet autre Printemps 1968, celui du renouveau de la société civile et de la « citoyenneté retrouvée », évoqué par Vaclav Havel « La citoyenneté retrouvée », introduction.... Ivan Svitak résumait ainsi « l’autre » programme de 1968 :

 

« De la dictature totalitaire vers la société ouverte, la liquidation du monopole du pouvoir, le contrôle effectif de l’élite du pouvoir par une presse libre et une opinion publique. De la gestion bureaucratique de la société et de la culture par les ‘coupe-gorge de la ligne officielle’ (terme de C. Wright Mills) vers l’application des droits de l’homme fondamentaux. » 

 

 

La Tchécoslovaquie, était sous la botte soviétique depuis 1948, Alexandre Dubcek le premier secrétaire du PC entend donner au socialisme « un visage humain ». Le «Printemps de Prague», commence en janvier 1968 et trouve un grand écho au sein de la population. En témoigne le « Manifeste des 2000 mots », en juin 1968, signé par 70 personnalités qui réclament la liquidation de l'ancien régime. Alexandre Dubcek supprime la censure, autorise les voyages à l'étranger et fait même arrêter le chef de la police.

 

Les gérontes du Kremlin craignent que l'aventure tchèque du « socialisme à visage humain » fasse tache d’huile et corrompe les autres « républiques démocratiques » du bloc soviétique. Dès le mois de juillet, Brejnev exige le rétablissement de l'ordre et surtout l'abolition du pluralisme politique tout juste restauré.

 

Au matin du 21 août 1968, les Européens se réveillent en état de choc. Des troupes blindées d'un total de 300.000 hommes ont envahi dans la nuit la Tchécoslovaquie sur décision de l'autocrate soviétique Leonid Brejnev. Des dizaines de milliers de parachutistes ont aussi atterri sur l'aéroport de Prague.

 

Les agresseurs appartiennent à cinq pays du pacte de Varsovie, dont fait partie la Tchécoslovaquie elle-même (URSS, Pologne, Bulgarie, Allemagne de l'Est, Hongrie). Ils prétendent intervenir à l'appel de responsables locaux en vue de sauver le socialisme dans ce pays d'Europe centrale où il a été imposé vingt ans plus tôt par l'Union soviétique à la faveur du «coup de Prague».

 

Dans la nuit du 20 au 21 août afin d'écraser le mouvement tchécoslovaque il envoie les troupes du Pacte de Varsovie afin d'écraser le mouvement tchécoslovaque. Le PC tchécoslovaque tient un congrès extraordinaire clandestin dans les usines CKD, près de Prague, et reconduit Alexandre Dubcek dans ses fonctions. Pendant ce temps, celui-ci a été jeté manu militari dans un avion et transféré en Union soviétique. Le 23 août, il est fermement convié par ses hôtes soviétiques à signer un texte de capitulation. Après trois jours de pressions et de brutalités, il se résigne enfin.

 

Le 27 août, de retour à Prague, abattu et défait, il présente ce texte à ses concitoyens. Il y est question pour la première fois de «normalisation». C'en est brutalement fini du «Printemps de Prague» et de l'illusion d'un «socialisme à visage humain». Devenus inutiles à l'occupant, Alexandre Dubcek et les autres responsables du pays sont rapidement isolés et remplacés.

 

Les premiers jours, la population décide de résister pacifiquement à l'intervention soviétique. Les manifestations sont nombreuses, notamment à Prague. Les manifestants, surtout des étudiants, assiègent les chars. Les forces du Pacte de Varsovie ont l'ordre de réprimer la contestation. En quelques jours, les affrontements font un peu plus d'une centaine de morts et des milliers de blessés dans tout le pays. À l'automne, ce sont les ouvriers qui se mobilisent. La répression fait toutefois faiblir le mouvement, jusqu'à son épuisement en janvier 1969.

 

Désespéré, un étudiant, Jan Palach, s'immole par le feu le 16 janvier 1969 sur la place Wenceslas, à Prague. Des centaines de milliers de personnes assisteront aux funérailles de celui qui est devenu la figure légendaire de la contestation étudiante en Tchécoslovaquie.

 

Croyez-moi Jan Palach je ne l’ai pas oublié et si vous visionnez la vidéo ci-dessous  vous comprendrez ce que liberté veut dire. (désactivez le son pour lire la chronique)

 

Alexandre Dubcek  pendant des années vécut dans un faubourg de Bratislava comme agent technique des eaux et forêts. Dans une longue lettre qu'il adressa le 28 octobre 1974 au Parlement tchécoslovaque figure une esquisse d'autoportrait : « Le bouleau, bien qu'il soit un arbre délicat, fait montre d'une grande résistance et d'une capacité de vivre dans des conditions difficiles.»

 

La Vie brève de Jan Palach

SITRUK Anthony

ICI 

 

L’Histoire, « avec sa grande hache », prend tour à tour tous les visages, ceux d’un général à lunettes noires ou d’un gouvernement endimanché à la placidité rondouillarde, d’un survivant au corps raclé jusqu’à l’os par la famine et la mort ou du badaud qui regarde passer le train-train des événements, ivre d’indifférence. Le 16 janvier 1969, l’histoire tchécoslovaque n’a qu’un visage, celui, défiguré, calciné, de Jan Palach, étudiant praguois de vingt ans dont l’immolation publique, accomplie en protestation contre l’occupation « fraternelle » des forces soviétiques, vient de sidérer l’Europe. Il existe bien des moyens d’afficher son refus de l’asservissement et son désir de liberté, beaucoup optent pour le comptoir ou le mégaphone, le papier et la colle, Palach, lui, a choisi sa peau et le feu, passant en un éclair des partiels à l’Histoire. C’est l’histoire de ce geste qu’Anthony Sitruk, au fil d’un essai-reportage précis et fervent, nous narre avec une précision de témoin. Histoire d’un enfant parmi d’autres, d’un adolescent qui ne fait pas de vague, d’un étudiant moyen, histoire d’un Tchèque parmi beaucoup d’autres Tchèques qui soudainement, à l’issue d’une maturation lente et d’une volonté forcené, sort du lot pour se faire la Torche n°1, celle qui, espère-t-il embrasera le pays. D’autres suivront, d’un éclat égal, donnant à cette résistance l’allure d’une confrérie kamikaze d’« exaltés véridiques ». Médaillée, muséographiée, devenue icône de l’histoire tchèque, la figure de Jan Palach, c’est ce que nous montre cette enquête, résiste à l’embaumement, gardant après un demi-siècle sa véhémence tragique et sa fraternelle proximité.

 

              

Dans son livre “Communistes en 1968, le grand malentendu”, enrichi de nombreuses archives internes du PCF, l'historien Roger Martelli analyse l'attitude du “grand parti de la classe ouvrière” en Mai 68. S'il montre bien que le PCF a méprisé le mouvement étudiant, il réévalue son rôle moteur, via la CGT, dans la grève des travailleurs. Entretien. ICI

 

Un autre événement préoccupe le PCF en 1968 : le printemps de Prague, et la menace de son écrasement par l’URSS. Quelle a été son attitude à cet égard ? A-t-il loupé une occasion de montrer qu’il était moderne, en soutenant ce mouvement de libéralisation ?

 

  • Tout à fait. Quand se déclenche le printemps de Prague, le PC hésite dans un premier temps. Début avril, la direction condamne un responsable communiste, Paul Noirot, très favorable au printemps de Prague. Deux jours après, il fait volteface et le soutient, sans en faire un modèle, car ça revalorise en France l’image du monde socialiste. Mais il garde une attitude ambiguë. Il ne veut surtout pas en faire un modèle avant la crise de l’été. Puis, quand le PC voit la situation se crisper avec l’URSS et les dirigeants du bloc, il tente d’éviter le pire. En juillet, il veut jouer le rôle de médiateur entre les Tchécoslovaques et les Soviétiques, mais cela échoue. Le 21 août les Soviétiques interviennent militairement en Tchécoslovaquie. Pour la première fois de son histoire, le PC condamne l’intervention soviétique. Pour les militants c’est un choc mental, un cataclysme.

 

Le PC condamne, mais il veut éviter la rupture irréversible à l’intérieur du mouvement communiste mondial. Il espère déboucher sur une solution pacifique. Le 27 août, les dirigeants tchécoslovaques arrêtés une semaine plus tôt signent un accord de “normalisation”. Mais ce terme pouvait être entendu de deux façons : la normalité de la paix civile, ou la mise à la norme. Le PCF veut entendre le premier sens, donc il s’en réjouit, mais ne voit pas le second aspect. Or la “normalisation” se traduit par l’éviction de Dubcek [premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque en 1968-1969 et figure de proue du Printemps de Prague, ndlr], et le démantèlement de l’œuvre réformatrice de 1968. Le PCF ne prend pas de distance suffisamment forte avec la mise à la norme qui envahit hélas la société tchécoslovaque. Il ne voit pas que la force propulsive du soviétisme est terminée. En 68, sa position le range du côté de ce monde de l’Europe de l’Est qui révèle de plus en plus son obsolescence, voire même sa nécrose.

 

  • L’année 1968 met en lumière le rôle joué par un secrétaire général du PCF un peu oublié, Waldeck Rochet. Pourquoi n’estil pas retenu ?

 

Il mérite plus de considération que le sort que l’histoire lui a réservé. Il est porté à la tête du PC par Thorez lui-même. C’est un communiste à l’ancienne, un kominternien [de Komintern, Internationale communiste, ndlr], pour qui l’Union soviétique est le pivot de toute avancée démocratique. Mais en même temps c’est un homme très réservé, pas un doctrinaire, ni un violent. En 1956, il accepte de soutenir l’intervention soviétique en Hongrie, mais il le fait en des termes incomparablement plus mesurés que d’autres dirigeants politiques comme Thorez. Quand il devient secrétaire général du PC, officiellement en 1964, quelques mois avant la mort de Thorez, il impulse un aggiornamento prudent mais déterminé. Ça conduit le PC à peaufiner sa stratégie d’alliance, à mettre au centre la question de l’union de la gauche, revalorisée par la bipolarisation du conflit politique. Waldeck porte ce changement.

 

Mais en 1968, cet homme discret et distrait est confronté à deux chocs. En mai-juin, bon an mal an, il arrive à rester dans le jeu. Mais la fin du Printemps de Prague est encore pire à gérer pour lui. Il ne parvient pas à éviter le drame, il doit condamner l’Union soviétique, ce qui pour lui est une fracture mentale absolue, une fracture existentielle. De ce fait, à la fin de l’année il craque et entre dans une maladie neurovégétative qui le fait disparaître brutalement de la vie politique, laissant la place au seul qui donne l’apparence d’être un homme fort dans le parti : Georges Marchais.

 

Waldeck Rochet était issu de la paysannerie, il avait l’accent bourguignon, et ce n’était pas un tribun ni un homme de média. C’est un modèle de dirigeant politique hors du temps, qui a conduit un mouvement prudent mais déterminé de rénovation communiste, mais qui a butté devant ce double malentendu. Le PC n’a pas vu que la crise tchécoslovaque avait sonné le glas de l’expérience soviétique, en faisant la démonstration que décidément, soviétisme et liberté ont du mal à se conjuguer.

 

Propos recueillis par Mathieu Dejean.

 

Communistes en 1968 – Le grande malentendu, de Roger Martelli, éd. Sociales, 304 p., 22 €

 

PRAGUE 1968 : LE SOCIALISME PERD SON VISAGE HUMAIN

Lundi, 25 Août, 2008

Le témoignage de Roland Leroy ICI

 

La réaction du Parti communiste français se voulait sans équivoque. Réprobation vigoureuse de l'intervention soviétique, réaffirmation d'une conception unissant de façon absolue le socialisme et la démocratie, indépendance nationale des pays socialistes. Sans équivoque, mais limitée. Limitée par la volonté de ne pas rompre le « front anti-impérialiste », limitée par la conception du rôle pour le moins prééminent de l'Union soviétique, limitée aussi par une conception du rapport des classes sociales, conception retardant sur la réalité comme l'avaient déjà montré nos difficultés à saisir le sens nouveau des mouvements étudiants et universitaires français de Mai 68. D'ailleurs, ce qui se passa ensuite dans le Parti communiste français en témoigne. Le Comité central du Parti communiste français, en une sorte de balancement que nous appelions depuis longtemps déjà « lutte sur les deux fronts », fut amené à relever de leurs responsabilités Roger Garaudy et Jeannette Vermeersch ; le premier condamnant sans nuance l'attitude soviétique, la seconde tentant de la justifier. Mais, pour le plus grand nombre de communistes, cette épreuve fut douloureuse, à la fois source de déception par rapport à l'idée de la réalité soviétique, source de déchirement pour choisir entre la solidarité avec l'URSS et le respect de nos propres principes et engagements.

 

Nous ne sommes pas allés au bout de notre prise de position avec la conscience de ne pas devoir, de ne pas pouvoir aller plus loin. L'illustration la plus éloquente et sans doute la plus émouvante de cette attitude est donnée par Aragon. Il approuva avec vigueur la prise de position de son parti contre l'intervention. Il l'illustra de façon retentissante par sa magnifique préface à l'oeuvre de Milan Kundera la Plaisanterie : « Je me refuse à croire qu'il va se faire là-bas un Biafra de l'esprit... »

 

Aragon, interrogé sur 1968 en Tchécoslovaquie, explicita clairement cette, notre, position : « En1968, l'entrée à Prague des chars de divers pays socialistes a posé une grave question devant nous. On connaît à cet égard la position qui a été celle du Parti communiste français, et il ne l'a jamais reniée, ce qui n'implique pas que, par là, nous ayons l'intention d'aller au-delà de cette position comme on cherche par-ci par-là à nous le faire faire. Par exemple en niant l'existence du socialisme dans les pays socialistes ». Quarante ans plus tard, il semble évident que nous aurions dû, à ce moment, non seulement condamner l'intervention soviétique, ce que nous avons fait ; mais, plutôt que de préconiser une sorte de prudence, soutenir les efforts de ceux qui, en Tchécoslovaquie comme ailleurs, cherchaient une voie démocratique de transformation de la société.

L’été 68: après Prague, la rébellion d'Emil Zatopek

Une fois la Tchécoslovaquie envahie, le célèbre coureur de fond demande une action forte du CIO juste avant les Jeux olympiques de Mexico. En vain
Publié vendredi 24 août 2018 

Les sportifs sont «en colère» et les Jeux olympiques de Mexico «compromis», annonce la Gazette de Lausanne du 24 août 1968. C’est que la flamme olympique a été «solennellement allumée» la veille, «selon le rite antique aux rayons du soleil d’Olympie». Mais le quotidien vaudois se demande «si elle éclairera le 12 octobre le stade olympique de Mexico», car «une vaste campagne se déclenche en vue d’exclure des Jeux les sportifs soviétiques et les représentants des pays» qui prennent part «à l’occupation armée de la Tchécoslovaquie» depuis trois jours.

Rien de tout cela ne se concrétisera. Malgré le contexte politique extrêmement tendu avec Mai 68, les assassinats de Martin Luther King et de Bob Kennedy, l’invasion de la Tchécoslovaquie, la guerre du Vietnam, le génocide du Biafra, le massacre de Tlatelolco par l’armée mexicaine, commis quelques jours avant la cérémonie d’ouverture – et l’on en passe – les JO auront bien lieu, avec leur célèbre scène de protestation contre la ségrégation raciale aux Etats-Unis par des sympathisants des Black Panthers.

Les athlètes soviétiques, au nombre de 312, y remporteront 91 médailles, juste derrière les 377 Américains, avec 107 médailles. Sans compter les résultats, brillants aussi, des alliés de Moscou dans l’affaire tchécoslovaque: Hongrie, Allemagne de l’Est et Pologne, notamment. Avery Brundage, le président du CIO de 1952 à 1972, n’avait pas remis en cause le déroulement des Jeux, qui auront finalement lieu dans une atmosphère pesante. Et avec des médias mexicains sommés d’évoquer le moins possible les remous estudiantins et la répression militaire, afin de ne pas «saboter» les JO.

La Locomotive gronde…

 

A l’époque, il fallait aussi compter avec l’aura des athlètes tchécoslovaques – 13 médailles à Mexico, 7es au classement des nations. Voilà pourquoi, adulé du monde entier, Emil Zatopek(1922-2000), le spécialiste des courses de fond (du 5000 mètres au marathon), dit «La Locomotive tchèque», se fâche. «Dans une édition spéciale clandestine du journal sportif Stadion affichée sur les murs de Prague», il demande que «les sportifs soviétiques», au même titre que les Sud-Africains, «ne soient pas admis à concourir aux Jeux olympiques de Mexico en raison de la situation tragique créée par l’occupation illégale de la Tchécoslovaquie».

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26 août 2018 7 26 /08 /août /2018 06:00
« Il a passé sa vie à lutter pour le bien commun, sans vanité, sans orgueil déplacé, toujours prêt à servir, comme son maître Pierre Mendès-France » Anne Sinclair me touche avec son portrait de Michel Rocard

Pour les gens de ma génération on ne présente pas Anne Sinclair, elle fut sans contestation une icône de la télé avec à partir de septembre 1984 7 sur 7 dont elle tiendra magistralement les rênes pendant 13 ans.

 

« Ici, le ton se veut résolument moderne : tous les dimanches en première partie de soirée, on va parler de politique autrement, avec des  invités qui s’expriment sur l’actualité de la semaine... et se font bousculer par les questions précises et acérées de la journaliste.

 

Le succès est sans précédent, les pics d’audience atteignent des records (jusqu’à  13 millions de téléspectateurs) et marqueront l’histoire de la télévision, tout comme les yeux bleus et les pulls angora de la présentatrice. »

 

« On se souvient entre autres de Daniel Balavoine qui, sous le coup de l'émotion et de la colère, avait lancé un « J'emmerde les anciens combattants » ou encore de Serge Gainsbourg brûlant un billet de 500 francs sur le plateau de l'émission. »

 

Elle connaissait bien François Mitterrand, « qu’elle n’hésitera pourtant pas à exaspérer au cours d’une interview qui reste encore aujourd’hui un modèle du genre. »

 

«Je ne suis ni une sainte, ni une victime, je suis une femme libre !» déclare-t-elle en janvier 2012 au Parisien, mettant ainsi un terme à des mois de silence après l’affaire du Sofitel.

 

Bref, son portrait ICI 

 

 

Dans le livre Michel Rocard par… le portrait qu’elle dresse de celui-ci qui m’apparaît, même si je ne suis pas le mieux placé pour en juger, teinté d’une réelle empathie, il sonne juste.

 

 

« Le jour de sa mort, beaucoup de gens, bien au-delà du cercle intime, se sont trouvés orphelins. Ce fut mon cas, je l’aimais et l’admirais. Il a compté pour moi et ma génération.

 

Il a passé sa vie à lutter pour le bien commun, sans vanité, sans orgueil déplacé, toujours prêt à servir, comme son maître Pierre Mendès-France. Il a donné de la noblesse à la politique, quand tant de ses congénères l’ont dégradée et rabaissée, plein d’enthousiasme pour faire, plus que pour dire. Que ce soit pour la négociation collective, pour l’agriculture, pour la Nouvelle-Calédonie, pour l’Afrique, pour l’Arctique.

 

Elle rappelle, comme je l’ai déjà écrit ICI, la source de son engagement, lorsqu’il aida, jeune scout de 15 ans, au retour des déportés au Lutétia.

 

« Le « rocardisme », la « deuxième gauche », quelle que soit la façon dont on surnomme le courant de pensée qu’il créa, restera comme une combinaison de fois, de contrat, de conviction et de sens du collectif. Après Pierre Mendès-France, avec lui, comme lui, il incarne le respect de la chose publique et de la parole donnée.

 

Pour l’avoir si souvent interviewé, j’entends encore si bien sa façon de parler. Ce débit rapide et saccadé, avec des inflexions tonitruantes et des points de suspension quand arrivaient les sujets difficiles. Son vocabulaire n’était pas simple et sa syntaxe complètement incompréhensible. Mais on le respectait. Parce que c’était un homme politique créatif (ce deux mots accolés sont si rares !), parce qu’il faisait appel au meilleur de nous-mêmes, parce qu’il était d’une intelligence supérieure, totalement engagé dans sa sincérité, toujours en avance d’une idée et d’une solution. Il chérissait la vérité, même si elle était à contre-courant, il vénérait la franchise, même quand elle coûtait cher, il  pensait sans biaiser, il a eu souvent raison. Il fut peut-être le dernier de cette lignée.

 

[…]

 

« Différent de tous ses congénères, il n’avait pas une once  de vanité personnelle, il avait le sens du travail collectif, il lui importait seulement de servir l’État. »

 

[…]

 

« J’ai eu la joie de le voir quelques semaines avant sa mort. L’entretien, comme toujours avec lui, était tendre, affectueux, amical. Privilégiant l’horizon intelligent sur la basse cuisine, il se demandait avec curiosité ce que l’effervescence intellectuelle de sa génération donnerait dans l’histoire. Ce jour-là, il régalait de ses souvenirs les proches qui étaient présents : l’Algérie, le PSU, Charléty, les grandes et petites heures de la Ve République et des combats qu’il a menés, défilaient en rang serré.

 

Mitterrand aussi, bien sûr. Il restait sévère sur ce qu’on a appelé la « parenthèse »  de 1983, faute pour le pouvoir socialiste d’avoir su nommer le tournant vers une social-démocratie attendue. Plus qu’un épisode, c’était pour lui le grand mensonge des septennats Mitterrand. Il regrettait que le PS soit resté englué si longtemps dans l’éternel complexe d’une gauche qui n’ose pas rompre avec la radicalité empreinte de substrat marxiste. Une gauche qui, depuis Jaurès, reste inhibée par le Parti communiste et la radicalité. »

 

[…]

 

« Il faisait partie de ces optimistes impénitents et de ces pessimistes toujours actifs, qui pensent que le pire n’est pas forcément sûr, et que l’avenir dépend des hommes qui le font. Il a incarné beaucoup d’espoirs en un monde fraternel, collectif, autonome, soucieux du bien commun. Avec lui s’en est allée un part de nous-mêmes. »

 

[..]

 

Le dernier jour où je l’ai vu, c’est sur une note nostalgique qu’il était reparti avec Sylvie, sa femme. J’ai encore dans l’oreille cette phrase faussement désinvolte et vraiment émue, qui dit bien l’amour qu’il lui porta et les déceptions qu’elle lui causa : « Faut se la faire, la France ! »

 

Lire ICI 9 juillet 2016

La fidélité est une valeur sûre parole d’un vieux grognard de Michel Rocard… Joxe, Julliard, Cavada, Chavagneux parlent vrai

 

Mais c’est Pierre Joxe vieux bretteur du mitterrandisme, le seul qui pouvait dire son fait à Tonton, qui met en exergue le Rocard qu’on a oublié, celui qui a motivé mon engagement politique : 

 

 

Évocation de l’« audacieux militant anticolonialiste » et du « talentueux serviteur de l'Etat » que fut Rocard, ce texte sobre et grave est aussi une critique de ceux qui, aujourd'hui, «encensent sa statue mais tournent le dos à son exemple en détruisant des conquêtes sociales pour s’assurer d’incertaines « victoires » politiciennes, contre leur camp, contre notre histoire, contre un peuple qui n’a jamais aimé être trahi ».

 

Michel Rocard, in memoriam

 

A l’annonce de la mort de Michel Rocard, la plupart des réactions exprimées par les hommes politiques au pouvoir - et par ceux qui espèrent les remplacer bientôt - ont été assez souvent purement politiques ou politiciennes.

 

A gauche, l’éloge est de règle. A droite, l’estime est générale.

 

Mais deux aspects de la personnalité de Michel Rocard semblent s’être volatilisés : avant de réussir une grande carrière politique, il a été un audacieux militant anticolonialiste et un talentueux serviteur de l’Etat.

 

Il lui fallut de l’audace, en 1959 pour rédiger son Rapport sur les camps de regroupement en Algérie.

 

Il fallait du talent en 1965, pour être nommé secrétaire général de la Commission des comptes et des budgets économiques de la Nation .

 

Je peux en témoigner.

 

Pour la Paix en Algérie

 

Quand je suis arrivé en Algérie en 1959, jeune militant anticolonialiste d’une UNEF mobilisée contre la sale guerre coloniale, le prestige de Rocard était immense parmi nous. C’était comme un grand frère, dont on était fier.

 

Car il avait rédigé – à la demande de Delouvrier, le délégué du gouvernement à Alger – un rapport impitoyable sur les « camps » dits « de regroupement » que les « pouvoirs spéciaux » de l’époque avaient permis à l’Armée française, hélas, de multiplier à travers l’Algérie, conduisant à la famine plus d’un million de paysans et à la mort des centaines d’enfants chaque jour…

 

Le rapport Rocard « fuita » dans la presse. L’Assemblée nationale s’émut. Le Premier ministre Debré hurla au « complot communiste ». Rocard fut menacé de révocation, mais protégé par plusieurs ministres dont le Garde des sceaux Michelet et mon propre père, Louis Joxe.

 

Quand j’arrivai alors à mon tour à Alger, les officiers dévoyés qui allaient sombrer dans les putschs deux ans plus tard me dirent, avant de m’envoyer au loin, dans le désert : « … Alors vous voulez soutenir les hors la loi, les fellaghas, comme votre ami Rocard…? »

 

Je leur répondis, protégé par mes galons d’officier, par mon statut d’énarque – et assurément par la présence de mon père Louis Joxe au gouvernement : « C’est vous qui vous mettez « hors la loi » en couvrant, en ne dénonçant pas les crimes commis, les tortures, les exécutions sommaires et les mechtas incendiées. » J’ignorais alors que ces futurs putschistes allaient tenter un jour d’abattre l’avion officiel où mon père se trouvait…

 

En Janvier 1960, rappelé à Alger du fond du Sahara après le virage de de Gaulle vers « l’autodétermination » et juste avant la première tentative de putsch – l’ « affaire des barricades » –, j’ai pu mesurer encore davantage le courage et le mérite de Rocard. Il avait reçu mission d’inspecter et décrire ces camps où croupissait 10% des paysans algériens, ne l’oublions jamais !

 

Il lui avait fallu une sacrée dose d’audace pour arpenter l’Algérie en civil – ce jeune inspecteur des finances –, noter tout ce qu’il voyait, rédiger en bonne et due forme et dénoncer froidement, sèchement, ce qui aux garçons de notre génération était une insupportable tache sur l’honneur de la France. Nous qui avions vu dans notre enfance revenir d'Allemagne par milliers les prisonniers et les déportés dans les gares parisiennes, nous étions indignés par ces camps.

 

Car en 1960 encore, étant alors un des officiers de la sécurité militaire chargé d’enquêter à travers l’Algérie, d’Est en Ouest, sur les infractions, sur ceux qui désobéissaient aux ordres d'un de Gaulle enfin converti à l’« autodétermination » qui allait devenir l’indépendance, j’ai pu visiter découvrir et dénoncer à mon tour des camps qu’on ne fermait pas ; des camps que l’on développait ; de nouveaux camps… Quelle honte, quelle colère nous animait, nous surtout, fils de patriotes résistants !

 

Pour le progrès social

 

Aux yeux de beaucoup de politiciens contemporains qui ont choisi la politique comme métier – et qui n’en ont jamais exercé d’autre – Rocard devrait être jugé à leur aune : Élu ou battu ? Ministre ou non ? Président ou même pas ?

 

Mais le service de l’Etat, dans la France des années 60 – enfin débarrassée de ses maladies coloniales –, fut une mission autrement exaltante que le service militaire de trente mois que nous avait imposé la politique de Guy Mollet et de ses séides honnis: Robert Lacoste, Max Lejeune et d’autres, aujourd’hui heureusement oubliés.

 

Le service de l’Etat, dans cette France à peine reconstruite, la définition et l’exécution d’une action économique orientée à la fois vers l’équipement, la croissance et le progrès social, ce fut la mission passionnante et mobilisatrice de plusieurs centaines de hauts fonctionnaires économistes, ingénieurs, statisticiens et bien d’autres, qui orientaient tout le service public et ses milliers de fonctionnaires vers les missions d’intérêt général et le progrès. J’ai eu la chance d’y participer.

 

Les chefs de file, nos maîtres à penser, s’appelaient Pierre Massé, Commissaire au Plan ; Jean Ripert, son adjoint ; Claude Gruson, à la tête de l’INSEE ; François Bloch Lainé à la Caisse des Dépôts ; Jean Saint-Geours, au Trésor – bientôt premier Directeur de la prévision. Il y avait aussi, dans leur sillage quelques jeunes individus prometteurs, comme un certain Michel Rocard. Il fut bientôt chargé de la prestigieuse Commission des comptes et des budgets économiques de la Nation, précieux outil d’action publique.

 

Tous ces serviteurs de l’Etat – aujourd’hui disparus – étaient d’anciens résistants animés par trois idéaux : le bien commun, la justice sociale, le patriotisme. Tous étaient plus ou moins imprégnés des idées du vieux courant du « Christianisme social », né au XIXème siècle face aux inégalités croissantes engendrées par le capitalisme et adeptes du « Planisme » du Front populaire. Tous étaient « mendésistes ». Beaucoup étaient protestants, mais les catholiques comme Bloch-Lainé étaient leurs cousins et les francs-maçons… leurs frères.

 

Parmi tous ceux-là, Michel Rocard fut bientôt enlevé, écarté du service public par une urgence politique majeure : rénover, reconstruire le socialisme déshonoré par les années de compromissions politiciennes et les dérives autoritaires nées des guerres coloniales. Avec Savary et Depreux, il créa le PSA, puis le PSU. On connaît la suite.

 

J’ai vécu ces années avec lui mais aux côtés de Mitterrand dès 1965, animé par les mêmes idéaux. Nous avons longtemps participé ensemble à l’action associative [1], puis parlementaire, puis gouvernementale, en amateurs. Non comme politiciens professionnels – car nous avions nos professions, honorables et satisfaisantes – mais en amateurs, comme jadis au rugby. Non pour gagner notre vie, mais pour la mériter.

 

Pour l’honneur

 

Michel Rocard, et beaucoup d’autres serviteurs de l’Etat, nous avons été conduits à la politique par nécessité civique. Non pour gagner notre pain, mais pour être en accord avec notre conscience, nos idées, nos espoirs.

 

Les exemples contemporains de programmes électoraux trahis, oubliés ou reniés, de politiciens avides de pouvoir, mais non d’action, « pantouflant » au besoin en cas d’échec électoral pour revenir à la chasse aux mandats quand l’occasion se présente, tout cela est à l’opposé de ce qui anima, parmi d’autres, un Rocard dont beaucoup aujourd’hui encensent la statue mais tournent le dos à son exemple en détruisant des conquêtes sociales pour s’assurer d’incertaines « victoires » politiciennes, contre leur camp, contre notre histoire, contre un peuple qui n’a jamais aimé être trahi.

 

Pierre Joxe, 7 juillet 2016.

 

 

[1] Notamment dans la pépinière de l’ADELS (Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale) créée en 1959.

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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 06:00
Maximilien Luce-La Gare de l'Est sous la neige-1917

Maximilien Luce-La Gare de l'Est sous la neige-1917

L’auteur, Pierre Lassus, du Petit éloge des gares aux éditions François Bourin, dans son premier chapitre, sobrement intitulé Gares, confie qu’enfant, il a passé des heures sur un quai de la gare de l’est à contempler, en attente de départ, les fabuleuses 241P, ces locomotives des années 1950, de dix-huit mètres de long, pesant 84 tonnes et pouvant atteindre la vitesse, alors vertigineuse, de 120 km/h, tractant les trains lourds et les « rapides ».

 

 

« Le mécano, chiffon à la main, lustrait les bielles et les roues. C’est que cette loco était « sienne », nul ne la conduisait sinon lui, et il tenait à la faire belle avant de s’élancer sur les rails. Dans la cabine, le chauffeur, projetant au cœur de la fournaise des pelletées de charbon puisées au « tender », nourrissait le foyer, et, de temps à autre, il faisait s’échapper un jet de vapeur pour diminuer la pression formidable des flancs. À l’heure dite, les deux hommes, casquette bleue vissée sur la tête, leurs yeux protégés par d’épaisses lunettes, allaient libérer la machine, rouler à pleine puissance vers d’autres gares en attente… »

 

 

« En ce temps-là donc, la gare sentait la fumée, celle des locomotives, celle des cigarettes que les voyageurs avaient encore le droit de griller sur les quais, l’hiver, celle des braseros installés entre les voies pour éviter le gel des aiguillages. On pouvait humer, devant les baraques proposant nourritures et boissons, l’odeur des « hot-dogs » tenus chaud dans leur bocal de verre, celle de l’encre fraîche devant les kiosques à journaux, celle des parfums bon marché devant les boutiques de souvenirs… »

 

C’était l’époque du ticket de quai.

 

 

« Dans les gares de ce temps-là je parle ici des « grandes gares », on ne pouvait pas s’acheter de vêtements, ni d’épicerie fine, de produits de beauté, de pharmacie, ni de chaussures, ni de vins, de charcuterie, de miel et d’autres »produits régionaux ». La gare n’était pas encore devenue un centre commercial. Les quelques « commerces » présents dans l’enceinte étaient liés au voyage : vente de boissons et de sandwiches, réputés, à juste titre, pour leur extrême médiocrité, journaux et tabacs agrémentés de quelques « souvenirs » et cartes postales, quelques « zincs » offrant cafés, « demis », vins de basse extraction et calvados perforants.

 

Mais cette médiocrité participait de l’essence même d’une gare, le « populaire » alors était frugal, plus regardant sur les dépenses que sur la qualité. Une canette de bière et un sandwich, fait de deux tranches de pain, généralement rassis, et d’une tranche de jambon, si fine qu’on pouvait voir au travers, parfois enrichi de quelques fragments de cornichons et d’une fine pellicule de beurre, constituaient le « casse-croûte » parfaitement adapté aux voitures de troisième classe, à l’aménagement spartiate et à la propreté douteuse. Bien entendu, les « riches », qui voyageaient en première classe, et les « moins pauvres » qui voyageaient en seconde, pouvaient bénéficier d’une restauration de qualité supérieure : le « wagon-restaurant » pendant le voyage et, dans la gare elle-même, le « buffet ». Point de gare, alors, sans buffet. Entendons-nous bien : le buffet n’était pas un « self-service » ou un « fast-food », mais un restaurant authentique, souvent de grande qualité, que fréquentaient même des  non-voyageurs, des gens de la ville appréciant la cuisine, le cadre et l’ambiance particulière de la gare. Ils ont disparu et, à ma connaissance, le seul vrai rescapé est à Paris, le célèbre Train Bleu de la gare de Lyon qui, probablement, n’a survécu qu’en raison de son décor Belle Époque, sauvé de la démolition par André Malraux en 1966, puis classé monument historique en 1972. Dans les grandes gares on disposait de plusieurs buffets et, à côté des établissements plus ou moins luxueux, les voyageurs pouvaient se restaurer dans des lieux plus modestes, proposant des menus « rapides » pour les clients pressés par l’horaire ; ils étaient le royaume du « harengs-pommes à l’huile », du « steak-frites » et de la macédoine de fruits.

 

 

 

Le 9 janvier 2009 j’écrivais :

 

Qu’il est loin l’âge d’or des buffets de gare… lettre à Guillaume Pepy président de la SNCF

 

Cher Guillaume,

 

Le temps des voyages, des excursions, des balades a-t-il définitivement laissé la place à celui des migrations, celles des fins de semaine, celles des grandes et petites vacances : les fameux chassés croisés, celles des charters, où, en cohortes serrées, pressées, plus personne ne prend le temps de se poser, de se restaurer ? Alors, dans tous les lieux drainant les grands flux : les gares, les aires d’autoroute et les aéroports, les points de restauration, à quelques rares exceptions, s’apparentent à des bouibouis, chers, malpropres, proposant le plus souvent une nourriture indigne que même un quelconque Mac Do n’oserait pas servir. Sous le prétexte, souvent justifié, que les voyageurs ne sont qu’en transit, qu’ils ne viennent pas dans ces lieux pour le bien manger, que c’est dans tous les pays pareil, le traitement qu’on nous inflige donne de notre beau pays, qui se vante d’être celui de la bonne chère, une image déplorable.

 

Nous qui adorons tant les exceptions, la culturelle surtout, pourquoi – restons modeste laissons de côté les aires d’autoroute, qui me semblent incurables, et les aéroports qui eux ne sont plus que des hubs – ne changerions-nous pas cet état de fait, dans quelques-unes de nos gares emblématiques, des très anciennes si belles comme des nouvelles, ces cathédrales TGV labellisées QF, au nom de l’attractivité de la France. Il me semble que ce serait bien plus utile, pour l’image de la France de la bonne chère et du bien boire, que de revendiquer auprès de l’Unesco l’inscription de la Gastronomie française au patrimoine de l’humanité. Vaste programme, belle ambition, mon cher Guillaume, qui ne sauraient buter sur des objections du type : la SNCF a d’autres chats à fouetter que de s’occuper de toutes ces broutilles qui ne sont que des services concédés ou que l’heure n’est pas aux opérations de prestige… car, je te rassure, cher Président du Chemin de Fer Français, dans mon esprit il ne s’agit pas de faire dans le somptuaire – des petits « Train Bleu » en tout lieu – mais de retrouver l’esprit des pionniers des gares et de buffets, d’apporter un plus au service ferroviaire dans la compétition européenne qui s’ouvre. Alors, parlons-en cher Guillaume, réinventons le buffet de gare du XXIe siècle et, peut-être que nous en exporterons le concept.

 

La suite ICI 

Gastronomie : les grands chefs entrent en gare

 

Michel Roth, l’enfant du pays, célèbre sa région aux Terroirs de Lorraine, dans la gare de Metz.

Michel Roth, l’enfant du pays, célèbre sa région aux Terroirs de Lorraine, dans la gare de Metz.

© Milan Szypura/Haytham-REA pour "Le Point"

 

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24 août 2018 5 24 /08 /août /2018 06:00
image empruntée à Vitisphère

image empruntée à Vitisphère

Le vocabulaire du vin ne cesse de m’étonner, après avoir découvert le goût de serpillière – comme de bien entendu, il existe des dégustations de jus de serpillière dans les instituts d’œnologie – voilà t’y pas qu’on me sert le goût de souris.

 

Moi, dans ma candeur, j’ai cru que la souris dont il s’agissait était une souris.

 

Naze, le gus !

 

Pas tant que ça les grelus, ben oui, des souris les polars en sont bourrés :

 

« C'était mauvais de se monter le bourrichon pour une souris, si mignonne fût-elle. »

 

« Les femelles, en grande majorité, possèdent un coeur entre les cuisses. Tant qu'une souris bande pour son mec, il n'y a rien craindre. »

 

Mais non, il ne s’agissait que d’ajouter le petit mammifère rongeur au bestiaire ou au potager des flaveurs et des saveurs du vin souvent accolés au foutus vin nu.

 

Il est en effet très courant que chez les bobos parisiens y’ai un pékin ou une greluche qui s’exclame « Pourquoi il pue, ce vin ? »

 

Là, je sors de ma manche, Miss Glou-Glou, celle qui sait tout sur le glou :

 

« Il est temps de passer à table, chéri(e) regarde ce que j’ai pour le dîner, l’autre répond aah !, vous êtes fier/fière comme « un petit banc ». Vous débouchez enfin, versez dans le verre et là « oh…oh! C’est pouah, c’est beurk !! ». Ça sent l’aisselle pas propre, le chou mariné oublié sur un coin de table pendant 3 jours. Mais ça ne sent pas le bouchon, non, ni la souris, ni le vinaigre, ni le dissolvant. Juste le chou dégueu. C’est grave ? Ben non, pas tant que ça. »

 

Mais au lieu de ramener ma science, bien défaillante, je sors de ma manche la Science, celle des formules chimiques : « En 2002, des Australiens avaient identifié trois pyridines responsables du phénomène : les molécules ATHP (2-acétyl-tétrahydropyridine), ETHP (2-éthyl-tétrahydropyridine) et APY (2-acétyl-1-pyrroline). »

 

Et sachez donc mes biens chers frères, mes bien chères sœurs :

 

« Il n'y a pas un mais des goûts de souris », classés en trois catégories sensorielles, en allant du pop-corn au vomi et en passant par des notes d'urine de souris.

 

« C’est plus une texture, avec un côté gras de cacahuète. Et l’odeur du poil, voire de la pisse de souris »

 

Et bien sûr, pour la bonne bouche, je sors un grand amateur de la LPV qui se fait un plaisir de le décrire  avec gourmandise et un lot de conneries :

 

« … tout amateur de vins natures a forcément rencontré ce défaut, qui est sans doute le pire que je puisse rencontrer dans un vin.

 

Ce fameux goût de souris fait allusion à un goût qui, s'il est discret, se contente d'apparaître en fin de bouche voir parfois longtemps (plusieurs secondes) après que le vin ait été avalé ou craché. C'est un gout tenace, difficile à décrire, faisant une subtile synthèse entre le rance et le pourri (miam!!). Ce goût peut arriver rapidement après l'ouverture de la bouteille ; dans ce cas il ne fait qu'empirer rendant le breuvage imbuvable. S'il est très fort on peut même le sentir au nez. Mais heureusement il arrive généralement après quelques heures d'ouverture. Il est rare de le trouver sur des blancs et n'apparaît jamais chez les vignerons maniaques de l'hygiène. Mais ce même goût se retrouve à l'identique quelle que soit la région d'origine du vin. »

 

Eulala, vous imaginez la tronche de madame Michu, qui a peur des souris, si on déclare devant elle afin de lui éviter la panique : « Ce vin a goût de vomi… »  

 

Attention, ce n’est pas une découverte, le phénomène n’a rien de nouveau : « C’est un défaut répertorié dans les livres, que l’on pensait disparu. »

 

Ceci étant écrit, selon les pontes de l’œnologie, le goût de souris n'est pas simple à décrire. Car il s'agit d'un défaut olfactif quasi indétectable au nez.

 

Là, je me trouble, tel un vin nu, en effet je croyais avoir saisi que c’était l’odeur de pisse de souris dont il était question alors que non « Il peut se détecter en bouche, mais aussi sur le doigt : « si vous trempez votre doigt dans un verre, que vous l’agitez ensuite, et qu'en séchant il y a de la souris, vous le sentirez »

 

Dieu que c’est compliqué la technique !

 

Je résume, les éminents chercheurs, pour étalonner le goût de souris, ont testés en lapant le contenu de petites fioles : le goût de souris blanche, de souris grise, de souris verte qui courrait dans l’herbe… je l’attrape par la queue… je la donne à ces messieurs…, de mulot, de campagnol, de rat musqué, de loir…

 

Je plaisante bien sûr, ignorant crasse que je suis !

 

J’adore le test du petit doigt, en le pratiquant dans les dîners en ville tu fais un tabac…

 

Revenons au sérieux qui sied dans les chais :

 

  • Blancs ou rouges, tous les vins peuvent être concernés, quelle que soit leur région d'origine. Mais, diton, ce sont les vins nature les plus exposés vu qu’ils ne sont pas soufrés.

 

  • Les molécules à l’origine du goût de souris sont bien connues : il s’agit de lactobacilles, « plutôt favorables habituellement. Mais c’est aussi lié au développement des bretts en présence de sucre, donc pendant la fermentation ».

 

  • Ce goût n’est pas lié à l’hygiène, mais aux méthodes de vinification.

 

  • Il se manifeste « lorsque le pH augmente et que l’acidité diminue »

 

  • La particularité du goût de souris, c’est qu’il s’agit d’un « défaut passager ». Il peut apparaître aussi bien dès l’ouverture de la bouteille que plusieurs heures après, avant de disparaître tout aussi mystérieusement. Comme si le vin le digérait. Ça, on ne sait pas encore l’expliquer.

 

  • Pour compliquer encore la chose, tout le monde n’est pas égal face au goût de souris. Beaucoup détestent, mais certains adorent. Et quelquesuns n'y sont pas sensibles. « Quand les vins sont complexes, ça peut ne pas être un problème ».
  •  

Première conclusion utile pour le buveur : une fois que la souris est là il n’y a qu’une seule solution : attendre qu’elle s’en aille.

 

Reste l’utilisation de l’arme atomique : le SOUFRE

 

« Évidemment, il suffirait de mettre 6 grammes de soufre et le problème serait résolu » mais « Je ne vois pas l’intérêt d'ajouter du soufre. Tu n’as plus aucun défaut, mais tu n’as plus aucune qualité non plus. »

 

Là, s’arrête ma capacité de compréhension car, comme vous vous en doutez l’ignare crasse que je suis s’est contenté de pomper la science des autres, tel un Shadocks.

 

Pour ceux d’entre vous qui aiment la science c’est ICI 

 

Pour finir, j’ai un secret pour détecter à coup sûr le goût de souris.

 

Lequel me direz-vous ?

 

Allons, allons, bande de petits canaillous, il est clair – avec aussi un e – qu’un secret ça ne se jette pas sur la Toile, on le garde pour soi.

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23 août 2018 4 23 /08 /août /2018 06:00
Dédié aux petites louves et petits loups Grenadou paysan français « L’histoire d’être cultivateur, c’est d’observer. Toutes ces plantes-là, c’est comme des animaux, ou même des enfants. »

En juin 1959, Alain Prévost, écrivain achète le presbytère de Saint Loup près de Chartres en pleine Beauce et fait la connaissance de son voisin Ephraïm Grenadou. De là naît l'idée de ce livre, « récit d'une vie consacrée à la vie d’un paysan de la Beauce, celle d’un homme de la grande culture céréalière qui a vécu toute sa vie au rythme saisonnier des labours, de l’ensemencement des champs, de la moisson et du battage. Il a été élevé dans la familiarité des bêtes, des chevaux en premier lieu, car le paysan beauceron ne pouvait accéder à l’indépendance que s’il possédait un attelage et c’est la maîtrise de la conduite des chevaux, à la charrue et dans les charrois, qui conférait la qualification la plus noble. »

 

Vie quotidienne : Grenadou, paysan beauceron

GÉRARD VINDT

01/03/1999

ALTERNATIVES ECONOMIQUES N°168

 

Saint-Loup se modernisait. L’électricité est venue en 26 et l’eau dix ans plus tard. En 30, (...) j’ai acheté d’occasion pour six mille francs une batteuse à moteur qui pouvait faire jusqu’à soixante quintaux par jour 1. Et je crois que c’est en 30 que j’ai acheté ma première voiture : une B2 d’occasion que j’ai payée six mille francs (...). On allait tous les samedis à Chartres, on se rencontrait. Tous, on s’intéressait à la nouvelle culture. « ça changeait d’avant la guerre, quand les gens n’étaient amis qu’avec le monde du village »

 

Grenadou, paysan français, par Ephraïm Grenadou et Alain Prévost, coll. Points-Histoire, première éd. Le Seuil, 1966).

 

 

Ephraïm Grenadou est né à Saint-Loup en 1897, commune de Luplanté, Eure-et-Loir, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de Chartres, « avec la cathédrale sur l’horizon ». Son père, charretier, avait réussi à s’acheter un bout de terrain : « C’était des gens tout à fait économes. Ils travaillaient comme des serfs. »

 

Grenadou, revenu de la guerre, se marie et se met en quête de terres à blé. Il loue neuf hectares et achète les vingt-cinq de son beau-père. Il met tout de suite de l’engrais à la place du fumier, innove dans l’élevage de cochons, ouvre en 1926 un compte au Crédit agricole et achète un tracteur d’occasion qui fait bien « le travail de huit chevaux ». En 1928, après avoir repris la ferme de son père et acheté encore une dizaine d’hectares, il se retrouve à la tête de 75 hectares. Suivent la batteuse et la voiture. Il est assez fort pour encaisser la crise des années 30 et même pour s’agrandir, en rachetant les terres de deux petits paysans : « J’étais pas loin de la centaine d’hectares et la crise était passée. »

 

Parti de peu, Grenadou a fini par " commander une grande ferme ". Il est de cette paysannerie moyenne qui prospère et se modernise dans l’entre-deux-guerres, alors que l’agriculture française fait encore preuve d’un retard certain. Un résultat de la lenteur de la modernisation et de la décrue rurale. Ainsi, c’est seulement en 1926 (soixante-quinze ans après le Royaume-Uni) que la population urbaine passe définitivement la barre des 50 %. Depuis le milieu du XIXe siècle en effet, seuls les ouvriers agricoles ont quitté massivement la terre : de 3,7 millions en 1851, ils passent à 1,9 million en 1921, puis à 1,5 million en 1936. Mais les exploitants agricoles, qu’ils soient propriétaires ou locataires, s’accrochent à leur terre et se maintiennent autour de 5,8 millions depuis le milieu du XIXe siècle.

 

Il faut la guerre, le déficit de jeunes, la concurrence de produits meilleur marché d’outre-mer, l’attraction des emplois industriels ou du service public et la crise pour qu’ils cèdent inexorablement du terrain : ils ne sont plus que 4,5 millions en 1936.

 

Mais ce nombre est encore important et traduit les faiblesses de l’agriculture française. Peu productive, elle n’est pas capable d’alimenter le marché national et le pays importe 25 % de sa consommation en 1929. Les rendements moyens à l’hectare sont nettement inférieurs à ceux des principaux concurrents européens : 14 quintaux pour le blé (20 en Allemagne, 29 aux Pays-Bas), 104 quintaux pour les pommes de terre (207 en Belgique). Si l’araire a été remplacée par des charrues plus perfectionnées, beaucoup de fermes ont des râteaux et des faucheuses à traction animale, les machines plus performantes sont rares : 322 000 semoirs mécaniques, 422 000 moissonneuses-lieuses, une centaine de moissonneuses-batteuses en tout et pour tout, 27 000 tracteurs.

 

L’agriculture modernisée est donc clairement minoritaire. Mais elle existe. C’est même son essor qui explique largement la croissance annuelle moyenne du produit de l’agriculture de 2 % dans les années 20, le recul de la jachère, la croissance des dépenses pour produire, qui passent de 10 à 20 % du montant du produit brut final entre 1913 et 1936. Sur une bonne terre et en pratiquant une agriculture moderne, Grenadou fait deux fois plus de blé à l’hectare que la moyenne nationale.

 

Les bienfaits de la République

 

Il n’est pas le seul dans ce cas et ne doit pas tout à sa seule vaillance et à son sens, bien réel, du marché. Il bénéficie d’abord des politiques publiques. Au début, pour acheter six hectares, il emprunte 10 000 francs : « La République prêtait de l’argent à 2 % aux anciens soldats. «  Grenadou a bonne mémoire : dès avril 1918, une loi accorde des prêts à taux très bas en cette période de forte inflation, sur 25 ans (1 %, puis 2 % après la fin de la guerre), par l’intermédiaire des caisses de Crédit agricole, pour l’acquisition ou l’aménagement des petites propriétés rurales, afin de " donner un témoignage de la sollicitude à l’égard de ceux qui ont été particulièrement éprouvés par la guerre ". Grenadou, d’autre part, ne se plaint guère des impôts, et pour cause : la paysannerie, qui représente 38 % de la population active en 1929, verse 5 % de l’ensemble de l’impôt sur le revenu, et l’impôt foncier connaît une nette baisse.

 

Dans le même temps, l’Etat finance l’équipement du monde rural. Il n’y a pas qu’à Saint-Loup que l’électricité arrive. En 1917, 17 % des communes étaient raccordées, elles sont 48 % en 1927 et 95 % en 1938. Par cette politique volontariste, l’Etat veut pallier le manque de main-d’œuvre salariée en facilitant l’usage des machines. Il entend aussi réduire le décalage entre les modes de vie ruraux et urbains, afin de freiner l’exode rural. D’ailleurs, Grenadou, né en terre de radicalisme, reconnaît volontiers ce qu’il doit à la République, comme il sait gré au Front populaire de stabiliser les prix des céréales avec la création de l’Office du blé. Grenadou peut compter aussi sur tout un réseau de modernistes comme lui, qui s’entraident. Le samedi, à Chartres autour d’un billard, ces paysans qui " s’intéressent à la nouvelle culture " se rencontrent et s’épaulent. Plus tard, en 1946, les mêmes fondent une coopérative pour se payer une grosse batteuse et d’autres engins.

 

Mais Grenadou est aussi, par d’autres traits, représentatif de l’ensemble de la paysannerie française : quand la crise survient, on retrouve, y compris chez lui, l’importance de l’autosubsistance : « Presque tout ce qu’on mangeait venait de la ferme : le cochon, les légumes, les pommes de terre. Je faisais du fromage blanc. Une fois par semaine, on tuait un lapin. » Une autosubsistance qui, au niveau national, représente encore le quart de la production des paysans en 1938. Malgré son enrichissement, il reste fidèle à son mode de vie austère et à son milieu d’origine. Il est fier de se dire « paysan », attaché à garder des bêtes, même si elles ne rapportent pas. C’est son beau-fils, d’une autre génération, qui deviendra  « cultivateur ».

 

Chapitre 13 et dernier chapitre : Aujourd’hui

 

Nous voilà aujourd’hui.

 

J’ai soixante-neuf ans et je cultive cent soixante-dix hectares.

 

Tous les matins, je me lève à six heures. Mes compagnons viennent manger et je fais chauffer le café. La patronne se lève après, tout doucement. Pendant que mes ouvriers déjeunent, je prends seulement du café et on cause boulot de la vieille, d’où on en est, de ce qu’on va faire. Quand ils savent leur travail de la journée, je vais curer mes deux vaches.

 

Si j’ai encore deux vaches, c’est parce que je veux pas être cultivateur et aller au lait chez le voisin. Je peux pas lui dire : « J’ai plus de vache parce que ça me rapporte pas. » Pourquoi est-ce qu’il me vendrait du lait, alors ?

 

Curer les vaches, ça e met en train. La patronne vient tirer quelques litres de lait pour la maison et après, je fais boire les veaux. Tout en faisant mon ouvrage, j’entends les tracteurs qui démarrent.

 

Je déjeune : des œufs. Je soigne les poules, les canards, mon chien. J’aide la patronne ; je vais lui chercher ses pommes de terre, ses poireaux dans le jardin. Je lui apporte tout à la maison parce qu’avec l’âge, elle est moins magnante.

 

Après, je prends ma voiture et fais un tour, voir mes gars. Je prends les chemins de traverse, je passe dans le bout de mes champs, je vois le blé où j’ai semé. Je le vois lever, je le vois pousser, je vois ce qu’il lui manque, s’il a faim, s’il faut que je traite, que je le nettoie.

 

L’histoire d’être cultivateur, c’est d’observer. Toutes ces plantes-là, c’est comme des animaux, ou même des enfants. Je les regarde grandir et si elles profitent mal, je fais ce que je peux. Ce qui m’intéresse dans la moisson, c’est de la voir pousser belle. Elle me plaît parce qu’elle vient de moi, un peu. Quand elle est battue et stockée sous le hangar, je la regarde plus.

 

Je retrouve mes gars, je descends de l’auto, je marche derrière le tracteur. Ça m’intéresse tellement qu’au lieu de faire un tour, j’en fais trois. Midi arrive, je suis surpris.

 

Le midi, je mange avec mes ouvriers. Là, c’est plus la même conversation que le matin et on ne parle plus boulot. On parle du journal et de toutes sortes. Après les grandes tablées d’autrefois, nous voilà quatre. C’est plutôt la vie de famille. Quand on était beaucoup, on avait des horaires, tandis que là, on a des heures pour rentrer, mais pour sortir, les gars font ce qu’ils veulent ; ils lisent, ils flânent, ils se reposent.

 

Quand le journal arrive le matin, je regarde seulement les grandes lettres. Après-midi, je dors mon somme et je lis les articles qui me plaisent. C’est pour ça que je fais jamais marcher la TSF,  parce que si j’ai entendu les nouvelles à la radio, je veux plus lire le journal.

 

À deux heures moins dix, je suis tellement habitué que je me lève sans regarder la montre. Mes gars partent. Souvent, j’ai des courses à faire ; comme aujourd’hui, j’ai été à Chartres avec Marius et on a acheté une tronçonneuse ; ou bien la banque, des visites, emmener la patronne chez le médecin.

 

Vers cinq heures, je vais à Luplanté faire ma partie de billard. Je retrouve les copains : Chaboche, Chevalier, Balais et puis toi. On joue jusqu’à sept heures et je rentre.

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22 août 2018 3 22 /08 /août /2018 06:00
Au café des Alpes, chez Pierre Jancou, Patrick Axelroud, enchanté par 1 vin nature de 18 ans, «encore jeune» avec 1 légère pointe d’oxydation qui équilibre le «beurré» du chardonnay. 1 super bonne pioche à même de convaincre le plus réticent et opposant aux vins nature.

Lundi, je reçois un SMS de l'ami Pierre Jancou « … Jacques, un monsieur très classe est venu, suite à ta chronique. Un fervent lecteur alsacien mais qui ne connaît que ta plume. Il était un poil contre les vins nature… »

 

Alors, alors… je me suis dit que, pour connaître le fin mot de l’histoire, je n’avais qu’à tendre la perche «au monsieur très classe» connu de moi sous le timbre PAX, soit Patrick Axelroud.

 

Je le fis.

 

Et voilà, ça donne une chronique de haute volée.

 

Merci, cher Pax, de soulager mon lourd labeur journalier…

 

 

Y m’lâche plus c’Taulier ! C’chais pas si c’est ce statut auto proclamé de mouche du coche qui me vaut cette exigeante attention mais va falloir faire gaffe !

 

À peine les valises déposées, l’ordre tombe : « Pax, au rapport ! »

 

Certes j’avais laissé entendre que, sur le chemin du retour, nous irions voir ce qu’il y avait  à voir à Châtillon-en-Diois et goûter ce qu’il y avait à goûter : la cuisine d’un certain Jancou.

 

Nous y fûmes donc, mon épouse préférée et moi. Le Taulier qui, sans doute, a des yeux et des oreilles partout, aussitôt le dos tourné, en fut immédiatement informé ; d’où cette demande (après le pensum, gonflé l’autre, vivement la reprise du boulot !)

 

En annonçant que nous avions réservé et compte-tenu des chroniques sur Châtillon qui n’arrêtaient pas de tomber, nous précisions craindre, dans ces conditions, de ne pas trouver de place.

 

Nous ne pouvions mieux dire.

 

C’est par un direct du droit, suivi d’un sévère uppercut que nous fûmes accueillis à Châtillon et qui nous laissât K.O. debout au point que Marie- Louise déclara ne pas vouloir rester. Je lui rappelai que l’important détour avait pour motif la rencontre avec le sieur Jancou et que je ne partirais pas avant d’avoir satisfait ma curiosité.

 

Une population souriante nous oriente et nous voilà rendu,  quelque peu hébété (K.O. debout vous dis-je.)

 

J’observe l’ancien bar PMU «Au café des Alpes» avec quelques habitués attablés en terrasse en ce calme et paisible dimanche matin. J’entre et j’aborde, chapeau bas, quelqu’un dont l’assurance et la prestance indique le propriétaire des lieux. Il me confirme être Jancou. Tout en lisant le menu du tableau mural, qui laisse dubitatif, je demande s’il est possible de réserver 2 couverts pour le dîner. Je décline mon identité et l’affaire est dans le sac.

 

Reprenant un peu, nous nous installons en terrasse et commandons une boisson : jus de pomme au gingembre pour moi et chocolat chaud pour MLA. Nous voyant feuilleter dépliants et prospectus Jancou nous demande où nous déjeunons à midi et nous recommande immédiatement le Mont Barral, aux Nonières, à l’extérieur de Châtillon. Un Logis de France avec tout ce qu’il fallait pour nous requinquer et nous rabibocher avec l’existence. En attendant le soir, montée au col de la Menée (Maman, peur, vertige ! - Je m’arrête pour laisser passer les voitures qui nous croise tant je redoute de serrer trop à droite vers l’à pic pour laisser passer l’autre véhicule)

 

Redescendu dans le village nous flânons sur les traces du Taulier (cherche Nane, cherche bon chien, qui s’en fout et ne course que les oiseaux – il n’a peut-être pas tort et pense qu’il peut y avoir confusion entre ses proies habituelles et ce drôle d’oiseau de Taulier.)

 

Le service démarre à 20 h. A 20 h 15 nous pénétrons en salle et demandons où nous avons été installés. Table dressée simplement, menu du soir modifié par rapport à ce que nous pouvions lire le matin. Quelques tablées déjà affairées déclinent leur choix.

 

Nous commandons.

 

Pour Marie Louise :        Soupe froide au fenouil et jambon de                                               brebis

                                              Karbanatky à la purée de carottes

                                              Clafoutis de mirabelles

 

Pour Pax :                           Arancini

                                              Karbanatky à la purée de carottes

                                              Tarte aux mirabelles

 

Je ne dévoilerais pas ce que recouvre le nom des plats. Pour les amateurs deux alternatives : l’insipide quoiqu’utile Wikipédia ou aller au Café des Alpes écouter Jancou chanter et faire saliver ses convives en décrivant le comment de chaque plat.

 

Pour la qualité de la cuisine tout était au top. Marie-Louise, cordon bleu hors pair, difficile et exigeante n’a pu que décerner un savoureux sans faute. Le Taulier y a goûté avec bonheur semble-t-il. Pour vous faire une idée exacte, n’écoutez pas n’importe qui, faites le voyage.

 

Et pour boire ? Pour boire…

 

La carte des vins est remplie de VDP ! Ça sent le vin nature…

 

Je fais part de mes réticences à l’attentif Jancou et blablabla et blablabli…

 

Je sors mon joker, c’est J. Berthomeau qui nous a donné l’envie de venir, comme je lui fais confiance, nous allons vous faire confiance. Et Jancou de me parler avec une gourmandise éclairée de sa carte des vins. Quand il arrive à un Chardonnay nature 2000 *, malgré le prix (au diable les avares et les avaricieux, c’est la fin des vacances etc. etc.) On pourrait aussi parodier l’âne des « Animaux malade de la peste » La soif, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense quelque diable aussi me poussant, je passais commande de ladite bouteille.

 

Un vin nature de 18 ans, « encore jeune » avec une légère pointe d’oxydation qui équilibre le «  beurré » du chardonnay. Une super bonne pioche à même de  convaincre le plus réticent et opposant aux vins nature. *

 

Nous ne terminons pas la bouteille et demandons à Jancou de nous la garder au frais pour l’emporter le lendemain.

 

Ce qui fut fait. Quand il nous vit arriver Jancou était sur le seuil de son café. Il nous remis la bouteille, sans un mot mais avec un œil pétillant mi amusé mi intrigué en tout cas sans malice.

 

Après 7 heures de route, le vin mis au frais a retrouvé toutes ses qualités, Nature ! 18 ans ! Sans souffre ! Faut le faire !

 

Dans les observations utiles accompagnant la demande de rapport on a cru devoir rappeler que ce n’est pas d’un 3 étoiles qu’il s’agissait comme pour nous inciter à quelques modérations éventuelles. Est-il ballot, parfois, ce bon Taulier. On n’a pas besoin de lui pour fréquenter ces lieux onéreux, prétentieux et obséquieux. C’est justement des « Cafés des Alpes » au diable vauvert qu’on attend de lui. Il devrait savoir que s’il nous recommandait un coupe-gorge, moi du moins, j’irai me faire couper la gorge en toute confiance et y prendrais sans doute plaisir.

 

Alors dans la série «  Je l’aurai un jour, je l’aurai ! »

 

C’est pas demain la veille : encore raté !

 

pax

 

Lutzelhouse le 21 août 2018

 

 

*   Le Mazel 2000 – VDP Ardèche – Cuvée Charbonnière

 

 

Gérald et Jocelyne Oustric  

      

En 1983 Gérald Oustric et sa sœur Jocelyne reprennent la propriété familiale de 24 hectares (aujourd’hui 30) à Valvignères, petit village au sud de l'Ardèche, pour créer le Domaine du Mazel. Comme la quasi-totalité des vignerons de la région, ils vendent l’ensemble de leur production à la cave coopérative. En 1997, une rencontre avec Marcel Lapierre, illustre vigneron du Beaujolais et Jacques Néauport, vinificateur de légende, va tout changer.

 

Sur des sols souvent argilo-calcaires, voire résolument calcaires, sont plantés des cépages tels que syrah, grenache, carignan, merlot, cabernet et même le rare et local portan, dont la majorité a plus de cinquante ans. Du côté des blancs, les viognier, chardonnay et grenache blanc ont au moins dix à treize ans et souvent vingt à vingt-cinq ans.

 

Toutes les cuvées de rouges sont vinifiées en macération semi-carbonique. La vendange est ramassée en caissettes entreposées entre 10 et 15°. Les raisins sont mis entiers en cuve, sans pigeage, pour 30 à 45 jours de macération. Ils sont ensuite pressés à l’aide d’un pressoir en bois vertical. Les fermentations durent de six mois à un an. Tout le processus, y compris la mise en bouteilles, se déroule sans aucun intrant, aucun apport chimique et zéro soufre. Une dizaine de cuvées sont disponibles au domaine, le plus souvent des mono-cépages dont la plupart porte le nom de la parcelle d'origine. Pour les rouges la fraîcheur et le fruité sont résolument le style de la maison ; tandis que les blancs, qui patientent un peu plus en fûts, présentent des notes aromatiques plus évoluées.

 

Et, fait unique et remarquable, en réduisant sa propre part d’exploitation, Gérald a permis l'installation de nouveaux vignerons comme Andréa Calek, Jérôme Jouret ou Sylvain Bock :  un très beau système d'entraide s'est mis en place, notamment pour la vinification qui a abouti à une mise en commun des moyens pour tout ce qui concerne la commercialisation et l'expédition.

 

SourceLa cave des Papilles 5, rue Daguerre, 75014 PARIS - Tél.: 01 43 20 05 74

lacavedespapilles@gmail.com

 

 

KARBANÁTKY ICI

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 09:10
1 vigneron d’1 région où l’on ne peut plus boire l’eau du robinet répond à  Emmanuel Ferrand et à Marion Sépeau Ivaldi « Pauvre Galilée ressorti à toutes les sauces, pauvre martyr de l’obscurantisme... La religion hier, aujourd’hui, cet âne de citoyen. J’ai du mal à placer Monsanto au même niveau que Galilée... »

Avant de lire ce qui suit pour ceux qui ne l’aurait fait consulter ma chronique du 18 août 2018

 

Haro sur les consommateurs, la FNSEA et ses séides Marion Sepeau Ivaldi et Emmanuel Ferran montent au créneau pour défendre Monsanto : ils nous disent quelle est la vraie guerre à mener…

ICI 

 

Encore un « c’est pas moi c’est lui » qui ne fait rien avancer, au contraire. Oui, il y a une guerre à mener, et elle est peut-être déjà contre notre attitude vis à vis des traitements : prendre comme excuse que l’autre salit aussi pour ne pas bouger est de l’aveuglement, pas de la raison.

 

D’ailleurs en parlant de raison.  «… le déploiement de la technologie et de l’innovation pour que chaque décision technique soit fondée sur un raisonnement scientifique ». 

 

Ça me fait doucement rire ce genre de phrases ronflantes, qui servent aussi d’excuse.  Joli mélange de concepts qui échappent en grande partie, dans l’enthousiasme de sa croisade, à cette pauvre éditorialiste : technologie, technique, science, tout cela mélangé dans une seule phrase.

 

Bravo, belle maîtrise des éléments de langage ! 

 

Mais est-ce que cela apporte une information ?

 

Une idée ?

 

Que nenni, as la moindre.  Elle duplique juste, en plus policé disons, le : «Alors foutez nous la paix !! et faites-nous confiance !! » d’Emmanuel Ferrand. Mais la teneur est bien la même, mais en pire presque : Circulez, il n’y a rien à voir, nous on sait, c’est fondé car c’est scientifique.

 

Mais c’est le début de quoi comme discussion ?

 

La demande de ses concitoyens est un élément majeur à intégrer dans une réponse technique, ce qui nous éloigne fort heureusement du diktat scientiste de Mme Marion Sépeau Ivaldi.

 

Pauvre Galilée ressorti à toutes les sauces, pauvre martyr de l’obscurantisme... La religion hier, aujourd’hui, cet âne de citoyen. J’ai du mal à placer Monsanto au même niveau que Galilée... Je dois me forcer. La science a du bon, elle nous apprend déjà le doute, et si je me souviens bien de mes cours de philo, le cardinal  Bellarmin lui reprochait déjà de présenter l’héliocentrisme comme la seule vérité. 

 

Mais de ce débat fondateur au glyphosate, victime de la vindicte « politique médiatique », il y aurait comme un amoindrissement, non ?

 

On a les controverses philosophiques qu’on mérite.  Mais ce succédané de débat manque la question de fond, qui est celui de notre modèle de production, fondé sur les traitements.

 

Traitements en général, qu’il soit chimique ou bio et un éditorial d’une revue avec un minimum d’ambition aurait été de poser la question à ce niveau : le modèle de production convient-il  encore à la société ?

 

Pour répondre aux propos douteux de M. Ferrand sur 45, il nous sera peut être reproché demain d’avoir été complice d’un empoisonnement. Le contrat social n’est plus le même, il faut faire avec.  Cherchons la réponse, elle sera à terme tout aussi raisonnable et scientifique.

 

 

En Bourgogne, le micmac aquatique d’Etais-la-Sauvin

 

Depuis près de deux ans, les habitants de la commune doivent se passer d’eau courante. En cause : une présence trop importante de pesticides dans la nappe phréatique.

 

Par HENRI SECKEL Étais-la-Sauvin (Yonne), envoyé spécial

 

On peut manifestement vivre sans eau courante, les 840 habitants d’Etais-la-Sauvin y parviennent depuis bientôt deux ans. Il y a bien de l’eau aux robinets de ce village de l’Yonne situé à quarante kilomètres au sud d’Auxerre, mais on n’a pas le droit de la consommer, ordre de la préfecture, qui a donc contraint la mairie à fournir de l’eau en bouteille en quantités industrielles. Evidemment, cela complique un peu l’existence.

 

Au seul restaurant du bourg, le patron dilue son pastis dans de la Cristaline, fabrique ses glaçons avec de la Cristaline, fait bouillir sa potée auvergnate, spécialité de la maison, à la Cristaline. A la boulangerie, éclairs et mille-feuilles sont préparés à la Cristaline. Dans les foyers, on lave la salade à la Cristaline, la tétine du bébé aussi, et les enfants prennent des douches plutôt que des bains, pour éviter d’ingurgiter trop d’eau courante.

 

Impossible, pourtant, de faire respecter l’interdit préfectoral à 100 %. A l’Ehpad, les soixante-dix résidents avalent une soupe à la Cristaline, mais ceux atteints d’Alzheimer oublient qu’on leur a dit de ne pas boire l’eau du robinet. Dans les jardins, on ne peut pas remplir les piscines gonflables de Cristaline, alors, quand les bambins boivent la tasse, c’est de l’eau courante. Quand on est lassé de se laver les dents à la Cristaline, on les rince normalement, même si c’est défendu.

 

De toute façon, une bonne partie des citoyens d’Etais passent outre la consigne de la préfecture, à commencer par le premier d’entre eux : « Moi, j’ai toujours bu l’eau du robinet », dit fièrement le maire, Claude Macchia, qui n’a pas l’air particulièrement mal en point du haut de ses 71 ans. Et qui, aujourd’hui, ne prend pas de risque, car l’eau courante, interdite à la consommation, est en fait… potable. Voilà où l’on en est de cet absurde micmac aquatique au cœur de la Bourgogne, à mi-chemin entre querelles de clochers dérisoires et enjeux sanitaires, commerciaux et sociétaux majeurs.

 

L’eau, enjeu hautement symbolique

 

Point de départ de cet imbroglio d’une complexité formidable : le 16 octobre 2016. Une analyse de la nappe phréatique d’Etais-la-Sauvin, menée par l’Autorité régionale de santé (ARS) de l’Yonne, y révèle la présence trop importante de plusieurs pesticides, notamment le métazachlore, utilisé pour la culture du colza. Principe de précaution : la préfecture interdit dès lors la consommation de l’eau – uniquement pour les femmes enceintes et les nourrissons par périodes, pour toute la population la plupart du temps.

 

Que faire ? Construire une unité de traitement pour assainir l’eau de la nappe phréatique ? La municipalité n’en a pas les moyens. Se raccorder à la Fédération des eaux Puisaye-Forterre, réseau local mieux équipé qui alimente déjà vingt-sept communes alentour ? Hors de question pour le maire de renoncer à sa ressource, garantie d’une eau à un prix imbattable, et enjeu hautement symbolique : « Notre réseau date du début des années 1960. Avant, on devait tirer l’eau du puits, et on se lavait dans un grand bac, à l’éponge. La première douche que j’ai prise, j’avais 14 ans, j’en aurais pleuré ! Subitement, on ouvrait le robinet, et il y avait l’eau sur l’évier, vous vous rendez compte ? Mais c’est merveilleux ! Mon pépé et mon frère ont fait les tranchées à la pioche pour mettre l’eau ici, et aujourd’hui, tout est balayé d’un coup de crayon. Ça fait mal. Nous avons toujours eu de l’eau saine, et maintenant nous sommes pollués par les pesticides. »

 

Ces pesticides, d’où viennent-ils ? « A 98 % », assure Claude Macchia, de chez un certain François Durand : « C’est un agriculteur qui habite sur la commune voisine, dans le département de la Nièvre [une route tient lieu de frontière avec l’Yonne]. Il traite ses champs, en toute légalité certes, mais ses eaux arrivent dans notre captage. C’est aussi simple que ça. »

 

Il suffirait donc de le convaincre de passer au bio, ou d’envoyer l’eau de ses champs ailleurs ? « Mais ça ne vient pas de chez moi, répond calmement M. Durand. Le maire se trompe de cible, j’en ai assez de cette instruction à charge. » L’agriculteur estime qu’il paie la « jalousie » que suscite son vaste domaine, et le fait qu’il ne soit pas étaisien : « C’est plus simple d’incriminer quelqu’un d’ailleurs. » Il a « la preuve absolue » que ce n’est pas lui : « Une étude a été confiée en 2017 à la chambre d’agriculture de l’Yonne pour déterminer l’origine des pesticides. Pourquoi les résultats n’ont-ils jamais été publiés ? »

 

Ils le seront le 18 septembre, assure-t-on à la chambre d’agriculture où, en attendant, on estime que « M. Durand ne peut être tenu pour unique responsable. L’ensemble des parcelles situées sur le bassin d’alimentation du captage est concerné par un risque de transfert, vers l’eau du captage, des molécules utilisées par les agriculteurs. » Traduction : dans la nappe phréatique d’Etais-la-Sauvin arrive aussi l’eau des champs de plusieurs agriculteurs d’Etais-la-Sauvin, qui utilisent du métazachlore. Or, six agriculteurs siègent au conseil municipal du village. Ainsi, et l’ubuesque confinerait là au scandaleux, il n’est pas impossible que des élus d’Etais-la-Sauvin « polluent » l’eau d’Etais-la-Sauvin…

 

« Sujet qui fâche »

 

« On évite d’en parler au conseil municipal, c’est un peu le sujet qui fâche », admet Nicolas Gauthier, l’un des six agriculteurs élus – pas sur la liste du maire, en ce qui le concerne – qui précise que ses champs ne se trouvent pas sur le bassin-versant dont les eaux s’écoulent vers la nappe phréatique. « La première fois qu’on a entendu parler de ça, je me suis dit que nous, les agriculteurs, allions sûrement avoir des problèmes, qu’il y aurait des parcelles qu’on n’aurait plus le droit de cultiver, etc. Mais non. On nous a dit “c’est en vente libre, c’est légal, vous pouvez continuer à travailler”. »

 

« Vu les doses détectées par les analyses, ça ne peut pas être que M. Durand. On pollue notre eau nous-mêmes ! », s’étrangle Rémy Moulin. Cet agriculteur bio, qui ne siège pas au conseil municipal, a un jour suggéré que tout le monde abandonne les pesticides, afin de retrouver une eau saine : « Je n’ai reçu que des sourires moqueurs, et un agriculteur qui est un élu m’a dit “t’as qu’à faire comme nous, bois du rouge.” »

 

Bannir les pesticides : seul l’Etat pourrait prendre cette décision compliquée, contraire aux intérêts économiques des agriculteurs – rendement moindre – et, à plus grande échelle, de la France – exportations moindres –, sans même parler de ceux de l’industrie phytosanitaire. « D’accord, mais enfin, il faut savoir quelle société on veut, soupire Philippe, Etaisien depuis une vingtaine d’années. Une autre agriculture doit être possible. C’est important l’eau, quand même, non ? »

 

Ça l’est tellement que Claude Macchia a tout de même fini, à contrecœur et contraint par la préfecture, par accepter d’être raccordé au réseau de la Fédération des eaux Puisaye-Forterre, le temps de trouver une solution pour débarrasser son captage des pesticides. Depuis début juillet, une eau certifiée conforme par l’ARS arrive donc au robinet des habitants. Qui n’ont pourtant toujours pas le droit de la boire.

 

Le problème se niche cette fois dans les tuyaux vétustes du réseau d’Etais-la-Sauvin. Plus de la moitié de l’eau (propre) qui y circule se perd dans la nature en raison de fuites, à cause desquelles « la Fédération n’est pas en capacité d’alimenter Etais à 100 % », assure la préfecture, car, « si la Fédération alimentait Etais en totalité, ce sont les communes en bout de réseau qui n’auraient plus de pression à leur robinet ». Dans ces conditions, la préfecture redoute que le maire ne rouvre les vannes de son eau au métazachlore, et maintient donc son interdiction.

 

De son côté, la Fédération des eaux Puisaye-Forterre dément : « On peut sans problème alimenter Etais à 100 %. C’est un argument que met en avant la préfecture pour faire pression sur la commune d’Etais. » Et l’obliger à refaire sans traîner ses quarante kilomètres de tuyauterie souterraine, voire à renoncer à sa souveraineté sur la gestion de l’eau – qu’il faudra de toute façon abandonner en 2026. Claude Macchia promet que les travaux seront bouclés avant 2019. Cela mettrait fin à une situation qui, pour saugrenue qu’elle soit, n’est pas unique : selon l’ARS, « une quinzaine de communes sont concernées par des interdictions d’eau », rien que dans l’Yonne. Où l’on n’a pas fini de boire de la Cristaline.

 

Par HENRI SECKEL Étais-la-Sauvin (Yonne), envoyé spécial

 

Publié Hier à 05h20

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21 août 2018 2 21 /08 /août /2018 06:00
L’auteur que je suis du Manifeste du Cochon libre vous offre « Les trois petits cochons » basque, noir de Bigorre et Corse de Blandine Vié

Le 3 septembre 2011

 

Mon séjour dans un pays où de tradition on tue les sciocche sous le châtaignier éveille en moi des sentiments indépendantistes. Dans ma Vendée profonde, comme en  Corse, dans nos campagnes beaucoup élevaient quelques gorets en les nourrissant avec les lavures (eaux grasses de vaisselle), les épluchures et les restes des repas. Au Bourg-Pailler, chez nous aussi, tout près des cabinets, juste avant les clapiers de la mémé Marie, une petite bâtisse cernée d’un enclos rudimentaire abritait un ou deux gorets à l’engrais. Le pépé Louis achetait les porcelets sur le foirail aux gorets des foires de Mothe.

 

Ben oui, sans nostalgie, je me souviens que « tous les ans, après la Toussaint, dans la première semaine de novembre, on tue le cochon acheté en avril » et je me dis pourquoi, nous les urbains, lorsque nous mangeons du saucisson y’a de forte chance que la truie (oui, oui, ce sont les vieilles coches qui font le bon saucisson) dont il est tiré provenait d’un de ces élevages industriels qui puent et enlisent d’azote les terres bretonnes (y’a pas qu’eux d’ailleurs, les champs de maïs pour l’ensilage aussi).

 

Pour être sûr de la provenance de la cochonnaille que l’on ingurgite il est possible de s’approvisionner chez un charcutier-artisan qui achète et fait abattre des cochons d’origine et d’élevage fermier, mais y sont pas nombreux. Alors, pour inverser la tendance je propose que nous, les urbains, puissions mettre en pension des petits cochons chez des paysans d’accueil. Tous nos politiques nous bassinent et vont, dans les mois qui viennent, nous bassiner plus encore avec les circuits courts, la proximité pour être carbon neutral, sauver nos campagnes et la sécurité sociale, alors prenons-les au mot : exigeons d’eux la liberté de mettre un cochon en pension pour notre consommation personnelle.

 

3 septembre 2011

 

Manifeste du cochon libre : de la liberté de mettre un cochon en pension pour notre consommation personnelle. ICI

 

 

Trois jambons crus français rivalisent avec les jambons ibériques ICI 

 

BLANDINE VIÉ

 

Article publié le 30 mars 2018 

 

Il y a 3 semaines, nous vous racontions tout sur les jambons ibériques. Les jambons crus français sont aussi épatants. Notamment au Pays basque, en Bigorre et en Corse où des races de cochons ancestrales comme le porc kintoa ont été sauvées et élevées de manière traditionnelle afin de revenir aux fondamentaux. Cela donne des cochons qui ont le goût de leur terroir, des goûts de sous-bois et de noisette, de glands, de châtaignes et d’herbes du maquis.

 

Le « prisuttu » (jambon) AOC de porc nustrale corse

 

Prisuttu est l’appellation en langue corse d’un jambon cru et sec issu de la race porcine autochtone (élevée seulement sur l’île) « nustrale » (le nôtre) dite « porcu nustrale » et par conséquent de la région administrative Corse (Corse du Sud).

 

De souche méditerranéenne, le porc nustrale se caractérise par sa petite taille, la diversité de ses couleurs et sa grande rusticité. Il a une croissance lente et est mené en liberté toute l’année. Il estive en été sur des pâturages de haute montagne où il se nourrit essentiellement d’herbe verte et d’herbes du maquis (la flore est très variée) qui lui donnent son goût caractéristique. Il redescend à l’automne pour se gaver dans les châtaigneraies et les chesnaies. Son alimentation peut être complémentée par de l’orge et des céréales en fonction des conditions climatiques. Sa saveur est douce et onctueuse et son gras oscille entre 2,5 et 5,5 cm d’épaisseur. Cet élevage dure de 12 à 24 mois et les porcs sont abattus en hiver, quand ils sont âgés de 14 à 24 mois et pèsent entre 160 kg (femelle) et 220 kg (mâle).

 

 

L’Espagne compte désormais plus de porcs que d’habitants

par   Servan Le Janne   | 20/08/2018 ICI

L’Espagne compte désormais plus de porcs que d’habitants

Des cochons noirs ibériques
Crédits : Melissa Golden

Le cochon est bel et bien dans l’ADN de l’Espagne. Connu pour sa production de jambon, le cinquième pays le plus peuplé d’Europe compte désormais plus de porcs que d’habitants, selon les chiffres du ministère de l’Environnement rapportés dimanche 19 août 2018 par le Guardian. Non content de partager certains éléments génétiques avec son éleveur, l’animal le dépasse désormais en nombre au sud des Pyrénées : il s’en trouve 50 millions pour 46,5 millions de citoyens. Le troupeau a gagné neuf millions de têtes en cinq ans.

Alimentée par une industrie qui a généré six milliards d’euros l’an passé, cette croissance inquiète les défenseurs de l’environnement. Les porcs sont les quatrièmes émetteurs de gaz à effet de serre derrière les moyens de transport, les centrales produisant l’électricité et les usines. Chaque individu nécessite du reste 15 litres d’eau par jour alors que le sud du pays souffre de la sécheresse. À lui seul, l’élevage de cochons en consomme plus que Saragosse, Séville et Alicante. Il rejette en plus des nitrates polluant les sols.

Pour ne rien arranger, les normes qui encadrent le marché ont été à plusieurs reprises violées ces derniers mois. Quelque 50 tonnes de jambon impropre à la consommation ont été découvertes chez des fournisseurs de supermarchés français. Les dates de péremption avaient été frauduleusement modifiées. En Espagne, le label jamón ibérico de bellota est régulièrement donné à des producteurs qui bafouent pourtant ses critères, faute de contrôles. Il faut dire que le cheptel a pris une dimension sur-humaine.

Source : The Guardian

 

L’Espagne compte désormais plus de porcs que d’habitants

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20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 06:00
©Thierry Zoccolan/AFP

©Thierry Zoccolan/AFP

Je prenais un petit noir sur la terrasse du café des Alpes, le nouveau bouiboui de Pierre Jancou, en feuilletant  l’édition drômoise du Dauphiné Libéré, lorsque mon œil acéré de chroniqueur est tombé sur un titre, en première page, qui m’a mis la puce à l’oreille : Découvrez les vertus de l’ail noir.

 

 

« Mais c’est bien sûr ! », comme le disait le commissaire Bourrel dans les 5 dernières minutes, l’ail noir je l’ai découvert, en juillet 2013, au restaurant Simone 33 boulevard Arago sous les arbres de la contre-allée du boulevard Arago. Il faisait aussi très chaud et je commençais par me désoiffer avec un Sancerre blanc de Sébastien Riffault les quarterons, droit comme un I, frais, vif. Le patron Alain m’a fait déguster l’Ail noir d’Aomori. Étonnant, sa tête est d’aspect tout fripé, souple et sa gousse d’un noir intense, luisante, charbonneuse. Sa texture est ferme  et il se découpe facilement en lamelles. Mais ce qu’il y a de plus stupéfiant c’est qu’au nez comme en bouche cet ail n’exhale aucune odeur forte et n’a aucun goût âcre. Bien au contraire il est moelleux et à une saveur de pruneau. En fin de bouche l’arôme qui persiste peut s’apparenter au balsamique.

 

Lire la chronique ICI 

 

Sous la plume de Julien Combelles je découvre que Fanny et Stéphane Boutarin, depuis un an se sont lancés dans la production de l’ail noir. Lui cultive, elle le confit.

 

L’idée leur en est venue sur l’île de Wight où le couple s’était rendu pour découvrir le Garlic Festival. « Un endroit incroyable où l’on célèbre l’ail comme à Woodstock »

 

Pour s’initier à la technique Fanny Boutarin a intégré, fin 2017, l’incubateur Agropole de l’ISARA de Lyon. « Ça m’a permis de réaliser toutes les analyses physico-chimiques et mettre au point le process idéal. Nous avons testé tous les ails noirs du monde et croisé les différentes bases de données pour aboutir au produit le plus qualitatif possible. »

 

L’ail noir est un ail maturé et confit après une très lente caramélisation, connue sous le nom de réaction de Maillard.

 

« Il y a trois facteurs à maîtriser : l’hygrométrie, la température et le temps de cuisson et de séchage. Tout d’abord on le cuit à 70°, ce qui va transformer l’ail blanc en noir. Ensuite, nous procédons à une deuxième cuisson très basse entre 20 et 30°, qui va être proche de la fermentation, pendant 28 jours.

 

L’ail blanc utilisé est un ail IGP de la Drôme et dans une phase de test les Boutarin ont transformé et commercialisé 1 tonne 5 d’ail blanc en ail noir. Ils ont créé une start-up Ail Shake.

 

Voir ICI Maison Boutarin

 

 

Mon Ail noir d’Aomori était produit ainsi : « L’ail est mis à fermenter dans des vases d’argile avec une eau de mer puisée en profondeur d'une extrême pureté entre 45 et 60 jours. Température et hydrométrie contrôlées sans additif ni conservateur.  L’ail se confit dans sa chemise, sans subir aucun chauffage. Il devient souple. C’est une technique ancestrale spécialité de la région d'Aomori. »

 

Utilisations en cuisine : Pilé au mortier avec de l’huile d’olive du sel et du poivre, c’est un excellent condiment pour les poissons blanc, la viande d'agneau, de porc et de volaille. Il leur apportera couleur et fruité. On peut aussi l'utiliser pour enrichir les sauces.  Emincé, il parfumera délicatement vos pizzas, riz blanc, riz sauté et pâtes. Dégusté tel quel c’est aussi délicieux.

L'ail noir, pépite culinaire venue d'Asie à la conquête de l'Occident

Publié le 
19 Décembre 2016

 

 

A Billom (Puy-de-Dôme), le premier producteur d'ail noir français part à la conquête des gastronomes et des tables étoilées pour faire connaître un condiment déjà fort apprécié en Asie.

 

Au milieu du capharnaüm de la vieille demeure familiale, qui abritait autrefois un magasin de meubles dans cette cité médiévale connue pour son ail rose, Laurent Girard toilette, une à une, les gousses d'ail d'un blanc éclatant pour les faire confire.

 
 

Alignées en rang d’oignons, elles vont cuire lentement au four pendant quatre à six semaines dans un savant dosage d'humidité, de température et de temps de cuisson, tenu secret.

 

La suite ICI

 

 

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19 août 2018 7 19 /08 /août /2018 07:00
À l’attention de Me Morain, le naturiste en robe noire, qu’est devenu le brie de Meaux Roi des Fromages et Prince des desserts ?

C’est du Talleyrand qui le sacra « Roi des Fromages » lors du Congrès de Vienne de 1815 devant les ambassadeurs de 30 nations, et parmi 50 fromages !

 

 

Me Éric Morain, qui fait ses courses à Terroirs d’avenir, mais qui va aussi à Monoprix, qui ne liche que des vins nus, vendredi dernier sur Twitter plantait une nouvelle flèche dans le flanc de son ennemi préféré : l’INAO :

 

« Quand on vous dit que nos Appellations d'Origines ne valent plus grand chose.

Merci @Monoprix de nous rappeler que #Meaux est en Espagne. »

 

 

Bien évidemment pour l’érudit que je suis, oui, oui, quand on évoque Meaux c’est à Jean-Bénigne Bossuet, Évêque de Meaux, prédicateur et écrivain, « le plus grand orateur que le monde ait connu » pour certains, que je pense puisqu’il fut surnommé l’aigle de Meaux.

 

 

Mais comme le virus de la politique ne m’a pas encore quitté je m’empresse d’évoquer Jean-François Copé, le roi de la Cocoe de l’ex-UMP.

 

 

Pour les petites louves et les petits loups ignares :

 

Le brie de Meaux, appellation d'origine protégée depuis 1980, est un fromage au lait cru de vache, à pâte molle, à la croûte fleurie d'un fin duvet blanc. Il est formé d'un cylindre plat (35 à 37 cm de diamètre, 2,5 cm d'épaisseur), dont la teneur en matière grasse est de 45 %. Le brie de Meaux se distingue par sa pâte jaune paille clair, sa consistance onctueuse, bien souple, mais non coulante, son bouquet développé au nez et, au goût et sa fine saveur de noisette. »

Source : France.fr

 

« Le Brie tout court on peut en faire partout dans le monde (tombé dans le domaine public en 1926) comme le Camembert d’ailleurs. En revanche, le Brie a deux AOC depuis 1980 : le Brie de Meaux (Décret du 29 décembre 1986) et le Brie de Melun Décret du 29 décembre 1980 et il existe aussi le Brie de Nangis, le Brie de Montereau et le Brie de Coulommiers pour lequel le chevalier blanc du lait cru, notre Périco Légasse, a lancé un cri d’alarme en  avril 2009 : « Il faut sauver le brie de Coulommiers », depuis je ne sais pas ce qu’est devenu son titanesque combat et s’il a sauvé le brie de Coulommiers des « griffes de Besnier »

 

L’aire de production du Brie de Meaux s'étend sur tout l'Est du bassin parisien (tout le département de Seine et Marne auquel s'ajoute une partie des départements de l'Yonne, de l'Aube, de la Marne, de la Meuse, de la Haute-Marne). C’est un poids lourd 6 798 tonnes, 1 producteur fermier, 6 fabricants : industriels privés et coopératives.

 

« L’histoire du Brie fermier en Brie va néanmoins de pair avec la diminution du nombre de vaches : 75000 en 1880, 53000 en 1914, 50000 en 1953, 12000 en 1985, avec une industrialisation qui consacre la Seine-et-Marne à la betterave et donc au sucre plutôt qu’aux pâturages (...) En 1914, on évaluait à 900 les producteurs de fromages fermiers en Seine-et-Marne. Ils «étaient encore 500 en 1928, mais en 1955 leur nombre était tombé à 28 »

 

 

Reste pour moi le Brie de Provins®

11 octobre 2011

Quand un Rothschild fait dans le fromage ça fait le brie de Provins ®

Lire ICI 

 

Pour finir, comme Me Morain roule dans Paris avec une petite anglaise je lui offre ce morceau de bravoure so british :

 

« Mesdames, messieurs, la seule notion de "normes minimales d'hygiène" a de quoi glacer le coeur de tout Français normalement constitué ! Je la trouve, quant à moi, terrifiante, comme tous ceux de mes compatriotes qui pensent que la vie ne vaut plus d'être vécue si l'on n'a plus le loisir de savourer les défis à l'hygiène que sont certains produits, créé avec amour par l'humanité - la France surtout - à partir de la planète de Dieu !

 

Dans une société irréprochable sur le plan bactériologique, qu'adviendra-t-il du Brie de Meaux, du crottin de Chavignol, ou du bleu d'Auvergne ? Dans un futur aseptisé, expérimental, génétiquement organisé, quelle place y aura-t-il pour l'archaïque fourme d'Ambert, le gruyère de Comté mal formé ou l'odorant Pont-l'Evêque ? L'obsession de l'homologation, de la catégorisation, de l'homogénéisation et de la pasteurisation viendra-t-elle émasculer les robustes roqueforts, reblochon vacherin et même le sempiternel camembert ? Cela paraît peut-être stupide à dire, mais une part importante de la civilisation européenne réside dans le génie et le savoir-faire que se transmettent d'âge en âge les auteurs de ces illustres concoctions... »

 

Extrait de l'allocution de son Altesse Royale le Prince de Galles pour le 75ième anniversaire de l'association France-Grande-Bretagne le lundi 2 mars 1992. Sacré Charles !

 

Là où Emmanuel Besnier passe le lait cru trépasse !

 

Seine-et-Marne : la Confrérie du brie de Meaux égratigne Lactalis

« Le lobbying de Lactalis […] est très actif auprès de la préfecture et de l’Institut national de l’origine et de la qualité. Leur objectif commun [NDLR : des industriels] est bien d’éliminer la concurrence notamment des deux fromageries familiales implantées en Brie. […] »

 

« On connaît la puissance de frappe [NDLR : de Lactalis] qui lui permet de racheter toutes les fromageries familiales et d’acquérir dans un premier temps une capacité de production de fromage authentique avant d’obtenir, par lobbying, un détournement de la notion d’appellation d’origine protégée (AOP) de produit de terroir. »

 

ICI 

 

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