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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 06:00
Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête

« J’ai un penchant pour le caché, l’invisible. Une ruelle discrète ? Il faut que je l’explore. Un porche entrouvert ? Je dois m’y faufiler. Un jardin bruissant derrière une vieille muraille me poussera toujours à l’escalade, car rien n’est plus émoustillant, plus gouleyant, plus enivrant qu’un poumon de verdure emprisonné dans un carcan de pierre. D’une manière générale, je goûte ce que l’on ne voit pas (du moins pas forcément), j’aspire à ce qui est secret. J’ai même pour habitude de citer en maxime cette phrase de Dominique de Roux : « Le secret doit exister, ce n’est pas un vide que l’on cache. »

 

Quel rapport avec la viande, me direz-vous ? Avec la viande je ne sais pas ; avec les abats, cela me semble clair comme de l’eau lustrale. Les abats sont le coeur secret de la gastronomie carnivore, son jardin caché, sa parenthèse enchantée. Tapis aux tréfonds des carcasses, discrets comme des conspirateurs, négligés par certains, méprisés par d’autres, ils sont de ces merveilles qui se méritent. Ils illustrent parfaitement ce goût du mystère et du secret. Combien de fois ai-je vu la grimace dégoûtée d’une bouche articulant sans grâce : « Tu aimes les abats ? Beurk. lire ICI » Que répondre à cela ? Rien. Rien du tout. Les abats sont comme un club, un aréopage, qui ne s’offrent pas au premier venu. Une aristocratie. Quelle plus grande noblesse que le ris de veau ? Quoi de plus élégant qu’une fraise, un chaudin ? Et que dire de l’andouillette, mon péché mignon, ma petite reine, dont la rusticité et les fragrances stercoraires ont provoqué maintes polémiques chez mes voisin(e)s de table, soi-disant incommodé(e)s par l’aspect et le fumet.

 

Mais avec les abats, il est bien question de vue, d’odorat. Les cinq sens sont toujours au rendez-vous, et là il n’est plus question de mystère, de secret caché. Tout est « à vue ». Au contraire, on dévore ce qui est parfaitement visible, ce qui est authentiquement extérieur, exotérique. Qu’est-ce qu’une « tentation de Saint- Antoine », sinon un groin, une oreille, un pied, et une queue ? (le tout délicieusement grillé, sans jamais perdre son esprit). Et la mamelle : charmante et suave pellicule encore laiteuse, qu’on déguste poêlée ou en pressé. Et la langue, véritable mise en abyme du goût. Goûter le goût même de la bête, n’est-ce pas là une promesse de joies inattendues ? On se fond dans l’animal, on communie avec lui par un spiritisme gustatif. On l’embrasse à pleine bouche. Ultime palot avant la digestion. Je ne vais pas dresser une liste (passionnante mais fastidieuse) des mille et une merveilles que réserve la triperie. Car il faudrait passer des abats aux abattis ; parler des issues, du cinquième quartier ; employer des termes désuets et intrigants. Je me contenterai seulement de vous inviter à l’exploration. Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête. Glissez-vous sous la panse, égarez-vous dans les viscères, abandonnez-vous aux folles joies de la tripaille. C’est une odyssée sans espoir de retour : l’horizon du nouveau monde. »

 

Bon voyage

 

Sus à la tripe !

 

Nicolas d’Estienne d’Orves

 

4 octobre 2011

 

Tous les jours pendant cinq semaines, la Règle du Jeu vous propose la contribution de 35 écrivains, artistes et personnalités diverses au journal Louchebem sur le thème de la viande.

 

« Ceux qui ont eu la chance de l'approcher savent que ce garçon charmant qui manifeste en matière vestimentaire un goût certain pour les tenues voyantes a du talent à revendre. Après lui avoir décerné le prix Nimier en 2002 pour Othon ou l'Aurore immobile, les puissants du monde littéraire ont fini par ranger ce «dingue absolu», pour reprendre les mots de Yann Moix, dans la catégorie «auteur de littérature de genre», ce qui signifie peu ou prou «infréquentable»

 

« Avec La Dévoration, (en 2014) neuvième roman au titre joliment impropre, NéO assure. Pas rassure. Il est encore question de viande sanguinolente, d'exécutions, d'amour monstre dans cette histoire. Mais chaque pièce du puzzle a sa raison d'être, sa pertinence, chaque élément s'emboîte grâce à une écriture fluide, agréable. »

 

«La souffrance est mon jardin. La douleur porte mes mots. Je ne vois là ni fatalité, ni complaisance. Telle est juste ma nature: je suis chez moi dans le carnage.» Et il ajoute: «Je garde le nez vissé à ma sanglante marmelade. Puisque son fumet enivre, pourquoi changer de recette?»

 

« Page 33, le roman change de cap. Nous voici transportés en 1278 à Rouen, où un boucher nommé Rogis se trouve confronté à un dilemme des plus intéressants: être exécuté, voir son nom sali à jamais et sa famille condamnée à la misère ou devenir bourreau. Ce court chapitre sera suivi d'autres qui composent sur sept siècles la saga des Rogis, bourreaux de père en fils. »

Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête
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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 06:00
Ça lèche, ça mord, la pente fatale des intervenants dans les médias : classons-les comme pratiquant des métiers de bouche…

Où que mon regard se porte, que mes oreilles entendent, aussi bien dans le tout petit marigot du vin que dans celui de la bonne bouffe, et bien sûr dans le grand bal des faux-culs de la politique, que vois-je, qu’entends-je ?

 

Des lécheurs et des lécheuses, des cireurs et des cireuses de pompes, des louangeurs et des louangeuses, des pratiquants et des pratiquantes de l’encens, des qui sont toujours dans le sens du vent, mais aussi des qui éructent, des qui pourfendent, des qui vomissent, des qui sont toujours en colère…

 

Tout ce beau monde, logé le plus souvent à Paris, est installé dans des postures confortables, cultive avec soin soit sa belle image d’Épinal, soit sa figure de chienne de garde ou de redresseur de torts, se pose en expert en tout ou presque, positionnement médiatique destiné à faire fructifier leur fonds de commerce.

 

En effet si l’on prend la peine de gratter un peu la fine couche de vernis que nous proposent ces « haut-parleurs » omniprésents, on découvre aisément, en observant leurs pratiques quotidiennes, au jour le jour, dans la vie que l’on vit, faite de compromis, de petits copinages, de silences sur leur supposé indépendance, qu’ils pratiquent des métiers de bouche.

 

Leur échine souple ou leur colère sont leur fonds de commerce qu’ils se doivent de faire fructifier sous peine de disparaître des écrans radars des médias, de ne plus apparaître sur les plateaux, de tomber dans l’abime de l’oubli.

 

L’impératif d’audience, la tyrannie de l’instantanéité, le flux continu de l’info, des commentaires exige donc que l’on clive, que l’on privilégie la double polarité, blanc ou noir, être pour ou contre, adieu les subtilités, aucune place au doute, à la nuance. Triomphe de la forme sur le fond. Le buzz, le coup de gueule, la phrase assassine… on ne pratique plus l’escrime à fleuret moucheté mais la boxe française ou le catch. L’ange blanc contre le bourreau de Béthune.

 

Les médias classiques comme les réseaux sociaux hébergent donc les deux tendances claniques : les lécheurs, lécheuses et les éructeurs, éructrices, mais dans le temps turbulent que nous venons de connaître la plus grande pente tend à privilégier les adeptes des gueuloirs, des déversoirs, des vomissoirs…

 

La force et le poids des convictions avec eux se mesurent au niveau de la hauteur et de l’intensité des décibels et non à celui des idées.

 

La conjonction du mou des thuriféraires à géométrie variable et du faux-dur des ferrailleurs, ferrailleuses patentés n’est en soi porteur d’aucune espèce de contradictions, bien au contraire c’est, à l’image de la présence et du développement du bio dans la GD, l’extension du domaine de chalandise du grand bazar des médias.

 

Nos tribuniciens, tribuniciennes, qu’ils soient cajoleurs, cajoleuses ou fouetteurs, fouetteuses, sont ultra-majoritairement de purs produits hors-sol, vivants à Paris intra-muros, loin de ce terrain qu’ils invoquent à tout de champ, loin des gens, des gens de peu qu’on dit d’en bas. Certes, les autoproclamés défenseurs et défenseuses de la veuve et de l’orphelin, des ruraux isolés, des paysans ignorés, font de temps à autres des descentes dans la France profonde pour recharger leurs batteries mais ils rentrent vite à Paris pour ne pas trop s’éloigner des plateaux.

 

Lisez-moi bien, je ne suis en rien partisan des robinets d’eau tiède ou des porteurs d’encensoir, il faut savoir à bon escient élever la voix, tremper sa plume dans du J’accuse, affirmer sans fard que certaines situations sont intolérables, se mettre au service de causes qui semblent justes.

 

Mais pour moi il y a un GRAND MAIS, en rester au stade de la pure dénonciation, s’installer dans la posture commode de celle ou de celui qui se contente de dire, n’est pas suffisant.

 

Chez moi, dans mon patelin de Vendée, la césure se faisait entre les « disous » et les « faisous », en bon français entre ceux qui disent et ceux qui font.

 

Ce que je reproche à celles et ceux qui occupent de strictes postures tribuniciennes c’est que leurs propositions pour que ça change ont trop souvent l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette ou se cantonne dans des généralités, des lieux communs sans grande portée. Ils dénoncent le système mais ils sont encore plus que nous le système, ils s’en repaissent, ils en vivent.

 

Ma position sur notre incapacité à dépasser les incantations des hurleurs, hurleuses, ou le ronron des gentils commentateurs, commentatrices, ne date pas d’aujourd’hui.

 

Dans mon fichu rapport j’écrivais :

 

Dans notre beau pays il y a beaucoup d’architectes, de généralistes, très peu de maçons qui acceptent de se colleter aux tâches d’apparence peu gratifiantes. On ne fait pas évoluer les mentalités par décret. Si l’on souhaite que la puissance publique pèse sur les évolutions, joue un rôle de catalyseur, pas pour faire mais aider à faire, il faut avoir le courage, en période de crise, de prendre sa part de responsabilités, d’écouter, de comprendre, pour ensuite proposer, expliquer, convaincre pour enfin être en capacité de mener des politiques de moyen terme avec l’appui du plus grand nombre.

 

Si cette orientation n’est pas validée il ne faudra pas s’étonner d’en être réduit à une pratique de guichetier distributeur, de contrôleur tatillon et, lorsque le feu prend dans la maison, de pompier pas forcément doté des bons instruments pour éteindre les incendies. A situation nouvelle, nouveau métier.

 

Mon souhait de VC en roue libre c’est que l’engeance tribunicienne caquetante sache laisser la place dans les médias à ceux d’en bas qu’ils disent représenter. Je crois à l’exemplarité de l’exemple, la parole doit être rendue à celles et ceux qui font.

 

Bien avant le guignol Onfray, le 30 avril 1966, Michel Rocard affirmait qu’il fallait DÉCOLONISER LA PROVINCE :

 

« Ce texte a été présenté à la Rencontre Socialiste de Grenoble et publié sous le titre « Rapport Général proposé par le Comité d’Initiative aux délibérations des colloques sur la vie régionale en France » Ce texte a été présenté par Michel Rocard, sous le pseudonyme de Georges Servet. Une partie de ce texte a été également publiée dans le Numéro 303 de Tribune Socialiste datée du 29 Novembre 1966 et a été également prononcé au Colloque de St Brieuc en décembre 1966. »

 

Lire ICI

 

L’entre-soi des hors-sol parisiens, leur rébellion bien confortable affichée, leur petit jeu dans les médias ou sur les réseaux sociaux sous les applaudissements de leurs supporters ou les insultes de leurs adversaires est si dérisoire que j’en arrive à les plaindre tellement ils sont pitoyables.

 

Je n’aime ni l’esbroufe, ni la génuflexion, ni le bruit et la fureur permanente, je n’ai pas le peuple à la bouche en permanence, mais je sais d’où je viens, j’assume ce que j’ai fait et surtout, comme je suis sur mon dernier bout de route, j’ai décidé de me mettre en mode avion, imperméable, distant, plus jamais compatissant pour tout ce petit monde. Plus personne ne m’attend nulle part alors je profite de mes amies, mes vraies amies… Les chiens et les chiennes aboient ma caravane passe…

 

Je coupe le son, je lis, j’écris, j’écoute de la musique, j’aime…

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 06:00
Du dérèglement alimentaire : lorsque manger devient un acte politique.

Le 8 août 2013, je postais une chronique :

 

« Mangerons-nous encore ensemble demain ? » en voilà une vraie question.

 

« Quand tu prépares à manger pour quelqu’un et qu’il ne veut pas en manger, c’est comme quand tu veux embrasser quelqu’un et qu’il se détourne » déclarait une Française interrogée dans une enquête (Masson 2001). Un livre très savant vient d’être publié chez Odile Jacob 24,90€ sous la direction de Claude Fischler « Les Alimentations Particulières Mangerons-nous ensemble demain ? »

 

« Ainsi, dans des situations et des sociétés très diverses, le refus de la nourriture offerte revient à un refus de la relation : il produit une déception, voire une blessure et une offense grave. Car ne pas accepter un aliment, un plat ou une boisson peut purement et simplement signifier la méfiance » écrit Claude Fischler. »

 

La suite ICI 

 

Juliette Montilly le 19 mai 2017 dans Rue 89 pose la même question.

 

Comment l'obsession d'une alimentation saine et équilibrée peut devenir pathologique, et même dangereuse ?

 

« Il n'y a pas très longtemps, alors que j'étais en famille, quelque chose m'a interpellée. Qui dit réunion de famille dit grande tablée, des plats qui défilent toute la journée : un vrai marathon.

 

Tout le monde discutait, buvait, mangeait, rigolait. Sauf ma cousine. Ma cousine Manon et ses milles questions :

 

"D'où viennent les fruits de mer ? Est-ce que les légumes sont bio ? Et quand les fruits ont-ils été cueillis ?"

 

S'intéresser à ce qu'on a dans son assiette, c'est une bonne démarche à priori. Sauf que Manon n'a pas avalé une bouchée au cours du repas (si vous sentiez l'odeur du bœuf bourguignon de mon père, vous comprendriez que cela relève de l'exploit).

 

Elle a même sous-entendu qu'elle n'aurait pas dû venir, qu'elle aurait dû manger chez elle. En fait, le comportement de ma cousine n'est pas nouveau, s'énerve ma tante :

 

« Elle est orthorexique ! »

 

Le mot vient du grec : "orthos" droit, correct, et "orexis" appétit, alimentation. Il apparaît pour la première fois dans l'article de 1997 "The Health Food Eating Disorder", du médecin américain Steven Bratman, et fait son entrée dans le Larousse en 2012.

 

L'orthorexie est l'obsession pour la qualité de l'alimentation : celle-ci doit répondre à des exigences que le mangeur s'impose en vue d'être en bonne santé, jusqu'à être assujetti à cette idée fixe.

 

Cela mène à des comportements énigmatiques : mâcher 50 fois un aliment avant de pouvoir avaler, exiger que le fruit que l'on mange ait été cueilli il y a quelques minutes seulement, etc.

 

La suite ICI 

 

Le combat le plus violent, le plus politisé, frontal, concerne la consommation de viande :

 

« Un monde vegan, donc ? La consommation moyenne des Français est aujourd'hui de 86 kilos de viande par an, mais elle évolue à la baisse depuis 1998, de 0,6% en moyenne chaque année. Plusieurs indicateurs montrent que même si l’homme est loin d’être prêt à rayer la viande et le poisson de son alimentation, et encore moins les oeufs ou le lait, un glissement des valeurs s'opère et une révolution est en cours. Au-delà d’un supposé effet de mode. C’est la thèse défendue par Théo Ribeton, lui-même végétarien pour des raisons éthiques (et non pas écologiques ou sanitaires), et avec « un pied dans l'ancien monde », dit-il, car pas encore vegan.

 

Son essai dit d’emblée ce qu’il n’est pas : une analyse des raisons pour lesquelles on choisit de devenir végétarien. Faut-il manger des animaux ? de Jonathan Safran Foer (L'Olivier, 2011) ou No Steak d’Aymeric Caron (Fayard, 2013), parmi d'autres manifestes, s’en sont chargés avant lui. »

 

Dans Usbek & Rica le 19 mai Annabelle Laurent donne la parole à Théo Ribeton :

 

«Les défenseurs de la viande vont devenir des punks de droite »

 

« Les steaks de soja déferlent sur les rayonnages des supermarchés. Les restaurants revoient leur carte. Les végétariens convertis en convainquent d’autres, et la minorité grossit. Pour Théo Ribeton, l’auteur de V comme Vegan, paru en avril aux éditions Nova, c’est entendu : le monde est en train de devenir vegan. Et si l’ascension ne peut être freinée, c’est précisément parce que le véganisme a dépassé sa frange militante pour toucher la société dans son ensemble, estime l’auteur.

 

V comme vitesse. Parce que le véganisme se répand aujourd'hui rapidement : « Le discours a vraiment basculé depuis un an, estime Théo Ribeton. « Je remarque une bienveillance nouvelle, renchérit Sébastien Arsac, de l’association L214, connue pour ses vidéos choc de l’intérieur des abattoirs et des élevages industriels, et cité en début d’ouvrage. Beaucoup autour du terme "vegan" qui, de façon inédite, se trouve très bien connoté et fait beaucoup moins peur qu’auparavant. »

 

Le mot « vegan » entendu au sens large

 

Une précision d'emblée : si le vegan va plus loin que le végétalien au sens où il refuse strictement toute exploitation animale (en plus des choix alimentaires du végétalien - pas d’oeufs, de lait, etc. - il ne porte pas de cuir et de laine, entre autres), le mot vegan s'entend ici au sens large, tel qu'il est utilisé aujourd'hui dans le marketing ou la pub. Devenu « une sorte de logo », international qui plus est, il peut offrir « un meilleur outil », estime le journaliste, comparé au lexique qui contraint à slalomer entre végétarien, végétalien, vegan, fléxitarien ou encore antispéciste, et peut désarçonner les moins avertis. »

 

La suite ICI 

 

Du dérèglement alimentaire : lorsque manger devient un acte politique.
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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 06:00
Photo le Soir

Photo le Soir

Sept cents agriculteurs français se sont suicidés l’an dernier.

 

SAÔNE-ET-LOIRE

 

Un agriculteur en fuite abattu par des gendarmes

 

Un éleveur bovin de 37 ans de Saône-et-Loire, en fuite depuis plus d’une semaine après un contrôle sanitaire conflictuel, a été abattu samedi par des gendarmes sur qui il fonçait en voiture.

 

Cet agriculteur du village de Trivy était recherché depuis le 11 mai, date du dernier contrôle de son exploitation lors duquel il avait foncé avec son tracteur sur les forces de l’ordre qui accompagnaient les inspecteurs, selon Le Journal de Saône-et-Loire.

 

ICI 

 

Le nouveau ministre de l’Agriculture Jacques Mézard au chevet de la profession titre la Dépêche du Midi

 

Ce titre en dit plus long qu’une longue chronique sur l’absence de compréhension de ce que sont devenus les agriculteurs, les éleveurs, les viticulteurs, les vignerons, les arboriculteurs… Le vieux mythe de l’unité paysanne est depuis longtemps obsolète. La Profession, dénomination ambigüe, recouvre la cogestion chère à la FNSEA.

 

Cette gestion, strictement politique, du secteur de l’Agriculture a conduit, et conduit encore, à une incapacité de l’Administration de ce Ministère, avec ses multiples facettes, à prendre en compte la diversité des situations au plus près des femmes et des hommes de la Terre.

 

L’administration territoriale de l’Agriculture, compactée au temps de Sarkozy, n’est plus qu’une lourde machine à appliquer des normes, les contrôler, à faire du dossier PAC et à le contrôler.

 

Ses satellites, tels l’INAO et les défunts Offices, qui maintenaient un lien avec une forme d’autogestion, sont aussi devenus de lourdes machines administratives accueillantes pour la fine fleur des chefs professionnels.

 

Dans la dernière ligne droite de mon parcours, Bruno Le Maire, alors Ministre de l’Agriculture, m’a nommé Médiateur pour les dossiers laitiers difficiles.

 

J’ai donc passé l’essentiel de mon temps, avec pour seule arme mon téléphone, sur ce fameux terrain, dans le Grand-Sud-Ouest d’abord, sur des dossiers ponctuels ensuite, la Fourme de Montbrison, la collecte de lait dans le Cantal, le devenir de la CLHN en Normandie… etc.

 

Chaque éleveur disposait de mon numéro de téléphone et pouvait m’appeler quand il le souhaitait. Relié directement au cabinet du Ministre je l’alertais en temps réel. Loin de court-circuiter l’administration locale et régionale je l’ai pleinement impliqué dans mon travail et, croyez-moi, elle a mis beaucoup de cœur à l’ouvrage pour m’aider à générer des solutions opérationnelles.

 

Avant de quitter mon travail j'ai tenté, en vain, de convaincre mes collègues du Conseil Général, là où sont parqués les Ingénieurs Généraux, les Vétérinaires et les Inspecteurs Généraux, en fin de carrière, de la nécessité de s'investir dans ce type de mission de médiation. Alors qu'ils coûtent très cher à la République, que le taux d'activité de certains voisine le néant, ils préfèrent pondre des rapports que personne ne lit. Navrant, mais bien représentatif de la bureaucratisation des hauts fonctionnaires de ce Ministère.

 

Le 22 février 2012, j’étais encore en fonction, j’écrivais cette chronique :

 

Et si un instant vous quittiez vos clichés pour vous intéresser un peu à la vie quotidienne des « Fils de la Terre »

 

« J’en ai conscience, mais peu m’importe, qu’un type comme moi, bien installé, sans souci d’argent, occupant des fonctions confortables, viennent, tel un témoin de Jéhovah sonnant à votre porte, vous interpeler sur la vie que vivent les paysans d’aujourd’hui, en l’occurrence ici celle d’un producteur de lait du Lot : Sébastien Itar.

 

Je l’ai rencontré dans mon bureau avec ses collègues le matin de la première du documentaire d’Edouard Bergeon, « Les fils de la terre », au Gaumont-Opéra. C’est l’un des 29 producteurs de lait de Cantaveylot (contraction de Cantal, Aveyron, Lot) petit groupe d'éleveurs laitiers qui se sont pris en main et avec qui je travaille dans le cadre de ma mission de médiateur dans le grand Sud-Ouest. Ces 29 producteurs, lorsque le GIE Sud-Lait qui collectait leur lait a dû mettre la clé sous la porte car son principal client Leche-Pascual (entreprise espagnole) n’était plus preneur n'ont pas baissé les bras. Bref, ce petit collectif, qui se bat, qui fait, je vous invite à découvrir son site pour commencer à comprendre que votre lait quotidien, cette brique, ce pack, n’est pas un produit anonyme, mais le fruit d’un labeur quotidien de femmes et d’hommes accrochés à leur terre »

 

Lire la suite ICI

 

Dans LE MONDE TELEVISION du 27.02.2012 Martine Delahaye écrivait :

 

« Âmes sensibles, ne pas s'abstenir. Les premières phrases du film expliquent pourquoi Edouard Bergeon a « dû » réaliser ce documentaire, son premier en tant qu'auteur : « Christian Bergeon, mon père, était agriculteur, comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père. Mon père était agriculteur et il en est mort. Il s'est suicidé, et il n'est pas le seul. »

 

Chute du prix du lait et de la viande, deux incendies, des crises sanitaires : les dettes se sont accumulées et ont eu raison de cet homme qui dirigeait jusqu'alors une très belle exploitation ; à 45 ans, il avale des pesticides et tombe agonisant sur le lit de son fils. Edouard Bergeon avait alors 16 ans.

 

Treize ans plus tard, devenu journaliste à France 2 puis ayant pris son indépendance en tant que reporter, Edouard Bergeon ne pouvait pas « tricher », explique-t-il, pour ce premier documentaire coécrit avec Luc Golfin, par ailleurs monteur du film : « Le gouvernement évoque 400 suicides chez les agriculteurs en 2009, et l'Association des producteurs de lait indépendants en a décompté 805. Si on fait une moyenne, ce sont deux agriculteurs qui se suicident chaque jour ! Mais ça, ça ne fait pas la « une » des journaux... Alors qu'il s'agit, de loin, de la catégorie socioprofessionnelle la plus en crise. Je veux montrer autre chose que le discours parisien sur l'agriculture, son Salon, ses beaux petits fromages de chèvre vendus très cher chez les crémiers. »

 

Après des recherches, le réalisateur, en 2010, rencontre une famille assez semblable à la sienne : Sébastien (38 ans), éleveur dans le Lot, doit faire face à 500 000 euros de dettes, à des journées de travail sans fin et sans vacances, pour produire à perte, sans compter le regard réprobateur d'un père qui l'épaule chaque jour après lui avoir cédé l'exploitation mais qui ne comprend pas son fils ("il a pris goût à une certaine liberté, alors que nous, nous avons été esclaves toute notre vie", commente-t-il).

 

Fatigue et antidépresseurs ; trou noir malgré un sursis du tribunal face au dépôt de bilan ; sentiment d'échec doublé de honte : au fil de quatorze mois, Edouard Bergeon filme le quotidien et les réactions de Sébastien, de sa femme, de ses parents. Le réalisateur établissant régulièrement des parallèles entre sa famille et celle de Sébastien. Jusqu'au dilemme que pose l'hospitalisation de force d'un paysan en détresse.

 

« A Charroux, l’orgueil blessé des forçats de la terre. »

 

Sept cents agriculteurs français se sont suicidés l’an dernier. Le quotidien belge Le Soir s’est rendu dans la Vienne, où les paysans disent à la fois leur fierté et leur souffrance.

 

“C’est ma tournée !” sourit Dominique Pipet en débouchant son meilleur pineau. L’éleveur n’en revient pas de voir assis dans la cuisine de sa ferme isolée au fin fond de la Vienne quatre journalistes européens. “J’ai l’impression de jouer dans un épisode de Rendez-vous en terre inconnue !” dit celui qui depuis des années se révolte de n’être jamais entendu. Car s’il a gardé l’humour, c’est celui du désespoir. Il se bat pour honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour l’amour de la terre et pour redonner à ceux qui souffrent la fierté de continuer. “Il y a eu cette année 732 suicides de paysans. Deux par jour ! C’est trois fois plus qu’il y a un an !” alerte-t-il.

 

Dominique Pipet est monté récemment au Salon parisien de l’agriculture pour “déposer une plaque en mémoire du génocide”. “On m’a pris pour un plouc. On m’a dit, le génocide, c’est le Rwanda.” Mais lui n’en démord pas. “Les paysans sont des morts-vivants. Moi, j’ouvre ma gueule, mais les taiseux, on les retrouve pendus.” Sur une grande table, la paperasse est étalée. Montagne de formulaires, de passeports vétérinaires et autres courriers administratifs. À 60 ans, Dominique Pipet exploite 235 hectares. “Mais ce n’est pas la Beauce ou le Champenois,” dit-il pour relativiser la valeur de ces terres à petit potentiel qu’il loue pour de la culture sèche et pour un troupeau de 200

 

Le travail sept jours sur sept

 

D’ailleurs, sa plus grande richesse, dit-il, c’est d’avoir reçu au départ la reconnaissance des anciens qui lui ont donné ses premières terres en friche. Et la nature, qu’il ne se lasse pas d’admirer. Devant ses bêtes, il raconte son labeur. Le travail sept jours sur sept sans jamais de vacances. Pour une viande qu’il vend moins cher qu’il y a vingt-cinq ans. “Avant, la PAC [politique agricole commune] c’était le Samu agricole, dit-il. Aujourd’hui le Samu arrive quand vous êtes déjà mort.”

 

Il raconte les injonctions à toujours plus de compétitivité, les contrôles vétérinaires et les aides compensatoires qui n’arrivent pas. “L’État me doit 45 000 euros, fait-il valoir. Un bug informatique, soi-disant ! Ça fait cinq ou six ans que je travaille à perte. Je ne me verse aucun salaire. Avec la reconnaissance de dettes, je vis de prêts de trésorerie.”

 

À quelques kilomètres de là, la pluie tombe à verse sur le hangar de Patrick Guerin. Sa salle de traite est à l’arrêt. Vide. “Je suis né dans cette ferme, raconte-t-il. Dans les années 1960, on vivait bien. C’était la belle vie. Mes parents venaient de Vendée. Il y avait toujours du monde qui venait.” C’était avant qu’il reprenne l’exploitation avec son frère et subisse de plein fouet la chute des prix du lait chez le fameux géant Lactalis. “Au départ, on pouvait discuter. Après, c’était à chialer”, dit-il encore, la gorge nouée.

 

L’agriculture, c’était le fleuron de la France. L’Hexagone est encore la première puissance agricole de l’Europe et l’agroalimentaire reste un maillon essentiel de son industrie. Mais la production souffre, concurrencée par le travail à plus bas coût ailleurs en Europe. Certaines filières, comme la filière viticole, s’en sortent. Mais même les exportations de fromage – fierté de la France ! – sont désormais dépassées par celles des Pays-Bas. Les exploitations ferment. Les surfaces agricoles diminuent.

 

En 1957, l’Europe mettait en place la PAC, pour assurer la sécurité alimentaire du continent. Mais il y a longtemps qu’elle ne garantit plus les prix. Les primes favorisent les grosses exploitations. La France reste la première bénéficiaire des aides mais 80 % d’entre elles vont à 20 % des exploitations. L’UE planche sur une nouvelle réforme, avec des instruments de gestion de crise, comme les aléas climatiques et les chutes des cours. Mais c’est insuffisant, jugent les paysans.

 

Spéculation, volatilité des prix et concurrence à bas coût

 

Guillaume Poinot est éleveur caprin dans la même région. Il est en redressement judiciaire pour quatorze ans. “J’accepte de repartir parce que j’aime mes bêtes. Mais si je dois mettre le pied à terre, je les tuerai toutes plutôt que de les voir monter dans le camion, lance-t-il dans un cri du cœur. Toutes les productions en France restent aujourd’hui impactées par la crise, à part quelques microniches économiques.” Il dénonce la spéculation sur les produits alimentaires, la volatilité des prix et la concurrence à bas coût. Les camions de matières premières qui arrivent d’Europe pour être transformées avant d’être étiquetées “nourriture française”. “À gerber”, dit-il.

 

À Charroux, le Ryden est un resto-bar-tabac qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il était. Un établissement figé comme sur une photo de Raymond Depardon. Avant, c’est deux fois par jour que l’on servait ici à manger. Il y avait une laiterie toute proche, des artisans, se souviennent les anciens. Ce jour-là, la patronne n’a cuisiné que pour nous. “Ce que les politiques n’ont pas compris, c’est qu’en détruisant l’élevage et l’agriculture en général, c’est le socle de la société qu’ils ébranlent”, explique Vincent Colombel, cultivateur. “Plus de paysans, c’est plus d’enfants dans les écoles, des commerces qui ferment, des villages qui se dépeuplent et des maisons qui tombent en ruines, des paysages qui disparaissent, rasés pour des questions d’efficacité économique, quand ce n’est pas d’avidité énergétique (pour les éoliennes) ou bien pour gagner de précieuses minutes (avec les TGV).” Quand les déserts ruraux avancent…

 

Autour de la table, une demi-douzaine d’hommes résument d’une phrase la coexistence de deux mondes :

 

Pisser à Paris, ça coûte deux litres de notre lait.”

 

La déprime, racontent-ils, ne se traduit pas que par les suicides. Jean-Claude Mercier avait repris en 1997 la suite de ses parents. Trente-six hectares, 270 chèvres. “À l’époque, c’était une petite affaire qui marchait, dit-il. Je gagnais très bien ma vie (de 1 500 à 2 000 euros par mois) en travaillant jusqu’à quatre-vingt-dix heures par semaine. En 2007, avec la crise, c’est parti en cacahuètes.”

 

Le prix des aliments pour ses bêtes a triplé, pas le prix du lait qu’il produisait. Depuis, il a arrêté les chèvres, s’est reconverti dans les céréales. Mais le divorce a frappé. “Quand vous vous levez le matin avec les soucis dans la tête et que la nuit ils vous empêchent de dormir, vous allez dans le mur”, dit-il. Les éleveurs appellent ça pudiquement “les dommages collatéraux”.

 

Autour de la tablée, l’addition est vite faite. Le montant des aides que l’État doit depuis deux ans à ces éleveurs pour leur conversion au bio grimpe à 200 000 euros. “J’ai voulu rembourser mes dettes, j’ai vendu mon tracteur. Le banquier, suspicieux, m’a demandé d’où venait cet argent”, se désespère Jean-Claude. Qui n’a pas apprécié non plus qu’on lui reproche ses premières vacances prises depuis dix ans.

 

“Que peuvent faire les politiques ?”

 

Ceux-là ne veulent pas tourner le dos à l’Europe. Dominique Pipet sort de temps en temps sa fourche, symbole de la jacquerie paysanne, mais il ne veut pas de la prétendue révolution que prône Marine Le Pen avec sa “francisation” de la PAC. “En fermant les frontières, qu’est-ce qu’elle croit, qu’on va tout régler ?” ironise-t-il, alors que les sondages prêtent 35 % au FN chez les agriculteurs. Lui-même ? “En 2012, je n’ai pas voté, finit-il par lâcher comme on insiste. Enfin, j’ai enveloppé un boudin dans du papier toilette plutôt que de mettre un bulletin dans l’urne.” Les politiques n’ont plus aucun pouvoir, dit-il, sinon celui d’avaliser les règles d’un syndicat ultradominant, la FNSEA, avec lequel ils ont la politique agricole en cogestion. Un syndicat que beaucoup décrivent comme “une pieuvre” à qui il faut acheter la protection mais avec laquelle les éleveurs se retrouvent pieds et poings liés. “Les politiques sont devenus impuissants. Ils ne connaissent ni le prix du pain ni celui du steak, juge Guillaume Poinot, l’éleveur caprin. À partir du moment où l’État ne peut pas agir sur les prix, que peuvent faire les politiques ?”

 

Ceux-là espèrent une énième réforme de la politique européenne. Qui tiendrait davantage compte de la qualité de leur production plutôt que de tout miser sur la quantité et la compétitivité. Au lendemain de notre visite, ils multiplient les messages de remerciements. “On peut espérer que quelques décideurs liront vos médias, eux qui orientent notre avenir”, écrit Vincent Colombel, le cultivateur.

 

À l’intérieur même de sa maison, Dominique Pipet s’est construit un chalet en bois. Quand on ouvre le faux volet, on découvre sur la fenêtre en trompe-l’œil un paysage de montagne. Un poster en forme de vie rêvée qu’il admire quand il déprime.

 

Joëlle Meskens

 

Bagnolet, le 21 mai 2017

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Justice pour Jérôme

 

A la suite d'un contrôle de l'administration, Jérôme Laronze, 37 ans, paysan, militant de la Confédération Paysanne de Saône-et-Loire, est décédé ce samedi, suite aux tirs des gendarmes venus l'interpeller. Nous souhaitons avant toute chose exprimer toute notre solidarité avec la famille de Jérôme ainsi qu'aux militants de la Conf' de Saône-et-Loire.

 

Nous sommes choqués, nous sommes en colère. Il faut que toute la lumière soit faite sur ce drame. Nous espérons qu'une enquête sérieuse et indépendante détermine comment en sommes-nous arrivés à cette fin tragique.

 

Au-delà, de cet acte et de ses circonstances propres, Nous ne pouvons que nous insurger devant les méthodes employées face à la détresse économique et humaine. Nous mettons ici en question, l’absence de prise en compte de la détresse des hommes, souvent seuls dans leur ferme, confrontés à l'humiliation d'un contrôle qui peut parfois faire agir les paysans au-delà de la raison.

 

Dans l'immédiat la Confédération paysanne demande un moratoire sur les contrôles, de plus il faut que le travail des paysans trouve une reconnaissance humaine et économique. Ce n’est qu’à ce moment que les normes et les contrôles retrouveront tout leur sens et serviront l’intérêt général.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 06:00
Glanes de nuit, la Provence est mauve, glacée. Un soleil russe rase les vignes. Un jour, elles nous rendront en vin ce qu’elles raflent en lumière.

Ce samedi le ciel s’apaisait, entre les nuages de traîne le soleil pointait son nez je pédalais gaiement pour aller quérir mon pain de l’autre côté de la Seine. Comme la boulangerie est face à Giovanni Passerini je vais ensuite claquer des bises et boire un verre au bar.

 

Arrive un vieil habitué. Nous sommes présentés par Julie et nous décidons de partager un plat. Nous conversons. Aligre, le Faubourg St Antoine. C’est très agréable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je repars après avoir acquis 3 beaux flacons de Rietsch à Ici Même la cave d’en face.

 

Caramba, de retour à la maison, je m’aperçois que j’ai oublié mon livre : Une très légère oscillation de Sylvain Tesson sur le bord du bar.

 

Frustré je décide d’aller le rechercher en début de soirée…

 

Rien d’extraordinaire me direz-vous ?

 

Certes, mais pour moi les fenêtres du hasard sont de fidèles et discrètes alliées, elles s’ouvrent souvent à des moments où je ne m’y attends pas, me surprennent, offrent à mon regard des perspectives insoupçonnées.

 

Il en fut ainsi samedi, hors le monde, cerné de bruits, j’ai lu… j'ai bu, et…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici quelques-unes de mes glanes de nuit :

 

« Un jour en Corse, près de Figari. Sur la plage, nos hôtes ont organisé un spuntinu, comme on dit ici quand on prend du bon temps en même temps que le maquis. Autour du feu de bois, figatelle et vin de Sartène. Le ciel est une flanelle mitée de trouées solaires. La mer est en peau de taupe. Des blocs de granit rose encadrent la forêt d’arbousiers. Le genre de paysage que n’aiment pas les peintres : le travail est déjà fait. Une tour génoise veille, elle nous survivra. Soudain les invités lèvent la main dans un même mouvement. Ils prennent des photos, brandissent l’appareil à bout de bras. Ce geste, c’est le symbole de notre temps, la liturgie moderne. La société du spectacle a fait de nous des cameramen permanents. Quelle étrange chose, cette avidité de clichés chez des gens qui se pensent originaux. Quelle indigestion, cette boulimie d’images. Plus tard, ils regarderont les photos et regretteront que le moment consacré à les prendre leur a volé le temps où ils auraient pu s’incorporer au spectacle, en jouir de tous leurs sens et, le regard en haleine, célébrer l’union de l’œil avec le réel. »

Janvier 2014

 

« Le Ventoux coiffe le Comtat Venaissin. C’est un autel de 2000 mètre de haut au bout d’une plaine parfaite (…) En ce jour de l’an, la Provence est mauve, glacée. Un soleil russe rase les vignes. Un jour, elles nous rendront en vin ce qu’elles raflent en lumière.

 

« Encore de longues marches dans les plis du Comtat. Cette chance, en France, de disposer de la couverture cartographique de l’IGN, au 1/25 000. Et si nos malheurs venaient de ce que nous vivons à trop grande échelle ? La Terre se globalise, les frontière se dissolvent, les marchandises circulent. J’ai la subite envie de m’inventer une vie au 1 :25 000. C’était le rêve des anarchistes, des communards et des Grecs qui lisaient Xénophon : réduire l’espace de notre agitation, se replier dans un domaine, ne vouloir atteindre que ce qui est accessible. Accueillir des pensées universelles en cultivant un lopin. Ne côtoyer que les gens qu’on peut aller visiter à pied. Ne manger que les produits de sa proche région, en bref, vivre sur les chemins noirs, ces sentes secrètes qui strient les feuilles de l’IGB, échappant aux contrôles de l’État. Il est urgent de changer d’échelle. »

 

Janvier 2015

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, 2 présidents de la République jetés, 3 premiers ministres virés, 2 ralliés, 2 oubliés la malédiction des primaires.
  • Pull !
  •  

Le ball-trap, le « tir aux pigeons d'argile » des kermesses de ma jeunesse, le plateau d’argile fusait, le tireur épaulait, visait, le coup partait et le pigeon d’argile s’éparpillait dans les airs.

 

Les as rataient rarement leur cible, leur vista m’épatait, moi qui n’est jamais touché une arme à feu, leur hécatombe d’argile me donnait bonne conscience.

 

Les primaires m’ont procuré la même sensation, ce fut un festival de casse-pipes, les têtes couronnées roulaient, une à une, dans la poussière sous les hourras du peuple en folie…

 

J’exagère à peine.

 

Bilan du jeu de massacre :

 

  • La première tête à tomber fut celle de Sarkozy le honni,

 

  • Très vite suivi par celle de Juppé le banni,

 

  • La main passa de droite à gauche pour voir Hollande jeter le gant,

 

  • Valls se précipita puis gicla ;

 

  • Et puis ce fut le tour de Fillon se vautrer salement ;

 

  • L’Emmanuel devint roi et Bruno Le Maire et NKM se rallièrent ;

 

  • Au fond du panier : Hamon et Montebourg à gauche et Copé à droite, ça fait pas bézef !

 

Enfin, dernier acte : « La nomination d’Edouard Philippe est l’amère victoire d’Alain Juppé »

 

La nomination à Matignon, lundi 15 mai, du maire (Les Républicains, LR) du Havre (Seine-Maritime) Edouard Philippe, c’est l’amère victoire d’Alain Juppé qui s’était trompé sur la nature de la primaire de la droite et du centre mais qui avait vu juste sur la recomposition politique.

 

C’est l’histoire d’un homme battu par son propre camp et qui avait pourtant eu la vision gagnante. Celle d’un ancien premier ministre qui ne sera jamais chef de l’Etat mais qui a la consolation de voir l’un de ses anciens conseillers – « un homme de grand talent » – devenir chef du gouvernement et être ainsi l’artisan de la recomposition politique menée par Emmanuel Macron.

 

Edouard Philippe a sauvé l’honneur du maire de Bordeaux. Il a réhabilité le camp des juppéistes. Cette revanche ne va cependant pas sans un pincement de cœur ni une certaine gêne car Alain Juppé n’oublie pas qu’il a été, en 2002, le principal artisan de la création de l’UMP qui se voulait, face au Front national de Jean-Marie Le Pen, l’indestructible parti de la droite et du centre.

 

Implacable logique

 

Aujourd’hui, il peut difficilement assumer de voir l’un de ses lieutenants être nommé premier ministre pour dynamiter son camp. « Pendant cette campagne, je soutiendrai les candidats investis par LR et l’UDI [Union des démocrates et indépendants] », a-t-il précisé.

 

Et pourtant, tout ce qui arrive aujourd’hui est d’une implacable logique : pendant des mois, le maire de Bordeaux, au faîte de sa popularité, a préparé l’avènement d’un nouveau rassemblement.

 

Défenseur de l’« identité heureuse » là où une partie de son camp s’employait à exacerber les passions tristes, Alain Juppé avait promis, s’il était élu président de la République de faire ce à quoi s’attelle aujourd’hui M. Macron : « couper les deux morceaux de l’omelette pour que les gens raisonnables gouvernent ensemble et laissent de côté les deux extrêmes, de droite comme de gauche, qui n’ont rien compris au monde ».

 

Son rêve d’une recomposition politique, après deux quinquennats marqués par un échec cuisant sur le front du chômage et de la cohésion sociale, s’opposait à la vision très droitière de Nicolas Sarkozy et de François Fillon qui avaient scellé une alliance efficace entre les deux tours de la primaire de la droite et du centre pour l’éliminer.

 

Aspiration de l’opinion au rassemblement

 

Il reflétait cependant une aspiration si profonde de l’opinion au rassemblement que lorsque le maire du Havre a été nommé premier ministre, lundi, la transgression n’en était – presque – plus une : après avoir investi d’anciens candidats socialistes tout acquis à sa cause, le chef de l’Etat a pu tranquillement choisir un premier ministre de droite au demeurant tellement consensuel que son prédécesseur n’a rien trouvé à redire. Au contraire : la passation des pouvoirs entre Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe a été inédite : deux Normands au caractère bien tempéré, l’un se revendiquant « de gauche », l’autre « de droite » et finissant par s’embrasser en souhaitant le meilleur pour le pays.

 

Alain Juppé était passé par là. Pendant des mois il avait préparé le terrain, labouré la terre du rassemblement, aidé par le centriste François Bayrou qui l’avait d’abord soutenu, sous les quolibets de la droite, avant de rejoindre, à la fin février, le président d’En marche !

 

Sur le fond, le choc n’en est pas moins considérable. Après avoir pulvérisé la gauche, Emmanuel Macron exploite avec une facilité déconcertante les divisions de la droite dans l’espoir de construire une majorité à sa main aux législatives. Les juppéistes ont servi d’avant-garde, le reste de la droite modérée est tout près de suivre.

 

Françoise Fressoz (éditorialiste au Monde)

 

Un peu d’humour pour alléger l’atmosphère :

 

Le dernier chef de gouvernement français à avoir arboré une pilosité faciale comparable était Paul Ramadier, c'est en 1947. Après lui, seuls des mentons imberbes ou impeccablement rasés sont entrés à Matignon.

 

La Voix du Nord écrit :

 

« Révolution pileuse à la tête du gouvernement: Edouard Philippe a fait entrer la barbe à Matignon, une première sous la Cinquième République, très remarquée, qui illustre la popularité de ce look auprès de toute une génération.

 

Si barbes, barbiches et rouflaquettes étaient de mise chez les dirigeants sous les Troisième voire Quatrième Républiques, le glabre l'avait depuis largement emporté.

 

Et le monde politique restait jusqu'ici relativement hermétique à la tendance qui a fleuri depuis une dizaine d'années, sous diverses versions, sur les joues des hipsters, artistes, sportifs et cadres dynamiques.

 

Quand Emmanuel Macron, alors ministre, avait brièvement arboré une barbe naissante en janvier 2016, l'initiative avait créé le buzz sur les réseaux sociaux. En septembre, c'est en se faisant raser par un barbier devant les caméras, au salon de la coiffure, qu'il avait assuré le spectacle.

 

La barbe de trois jours de Nicolas Sarkozy en 2012, elle, avait fait dire à l'ex-ministre Roselyne Bachelot qu'il avait renoncé à revenir en politique, car « ce n'est pas avec un look pareil qu'on reconquiert le coeur d'un électorat hanté par la respectabilité ».

 

Lors de l'arrivée lundi à Matignon d'Edouard Philippe, 46 ans, considéré comme le premier chef de gouvernement à arborer une barbe depuis la barbiche de Paul Ramadier en 1947, le détail pileux n'est pas non plus passé inaperçu. Un autre barbu, Christophe Castaner, a été nommé porte-parole du gouvernement.

 

La barbe, fournie et taillée, que le maire du Havre porte depuis quelques années, est un signe de changement de génération à la tête du pouvoir, commente Samir Hammal, enseignant à Sciences Po spécialiste de l'apparence en politique.

 

Indice de jeunesse

 

« Édouard Philippe correspond bien au sociotype du quadragénaire à barbe convoqué dans de nombreuses campagnes de publicité », relève-t-il. Un détail qui par ailleurs « lui enlève son côté technocrate en l'humanisant ».

 

Ce phénomène de mode « a inversé les codes », souligne également le professeur d'ethnologie Christian Bromberger: « auparavant la barbe, c'était plutôt les personnes âgées, elle était blanche, maintenant c'est plutôt un indice de jeunesse. Une jeunesse non pas adolescente mais plus +start up+ ».

 

Nulle subversion dans ce type de barbe, domestiquée: « ce n'est pas la barbe des prophètes, des ermites, des hippies, des anarchistes ou de Che Guevara. Ce n'est pas celle de la gauche républicaine voire révolutionnaire », souligne Christian Bromberger, auteur de l'ouvrage Les sens du poil. Une anthropologie de la pilosité.

 

La vogue de la barbe, née du mouvement hipster aux Etats-Unis et inspirée par les « bears » homosexuels poilus, a pris le contre-pied de celle du métrosexuel imberbe des années 1990-2000.

 

Elle correspondait alors à une tendance à « l'ensauvagement » et au « lâcher-prise », même si cette barbe est aujourd'hui très travaillée, explique Pierre-Emmanuel Bisseuil, directeur de recherches au cabinet de tendances Peclers.

 

« C'est un signe d'affirmation de la virilité face à une féminité qui revendique certaines marques de pouvoir », juge l'expert, qui « voit donc encore pas mal d'avenir dans cette mode ».

 

Debray et les débrayeurs in Le temps

 

« L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron est peut-être en train de ringardiser une intelligentsia vieillissante, qui tourne en rond dans l’Hexagone morose plutôt que d’affronter le monde avec un peu d’esprit de conquête, écrit notre chroniqueur Alain Campiotti

 

La main sur le cœur? Il est cuit ! Régis Debray l’avait repéré avant même qu’il ne fût élu. Emmanuel Macron chante La Marseillaise en portant la main au cœur, comme n’importe quel Etats-unien devant sa bannière étoilée. C’est la preuve: l’Amérique imprégnante, comme de nous tous, s’est emparée de l’esprit du jeune président. Mais après tout, qu’est-ce que ça change? La France, comme l’Europe dans l’ombre de l’empire, est de toute manière sortie de l’Histoire. Il n’y a plus rien à sauver, sinon danser joyeusement dans notre décadence subjuguée qui a de beaux restes.

 

C’est ce qu’écrit Debray dans Civilisation, l’essai – paradoxalement roboratif et pétillant – qu’il vient de publier. Il n’est pas seul: toute l’intelligentsia française morose ou imprécatrice patauge dans la même eau. Michel Onfray, le bateleur multimédia de la décrépitude, explique que le «moloch totalitaire qui impose la religion du Veau d’or» a placé un de «ses desservants là où ils doivent se trouver pour bien faire fonctionner la machine». Emmanuel Todd, le démographe constamment furibard, avertissait par avance: voter Macron, c’est l’acceptation de la servitude. Le pompon revient à Alain Finkielkraut, l’académicien fébrile: il conseille au nouveau président de «vieillir vite». Il y en a d’autres, et bien pires…

 

Un pays occupé en douce

 

Pauvre France naguère jeune et vraiment rebelle ! Elle voit surgir un homme à l’air encore adolescent, formé dans la philosophie, la banque et l’Etat, qui prétend empoigner le réel pour, par exemple, sortir le pays de son chômage de masse et redonner à l’Europe du rayonnement, et tout ce que trouvent à dire ces penseurs fatigués, c’est de lui postillonner au nez.

 

Qu’arrive-t-il à cette intelligence – celle des intellectuels publics? La dernière fois qu’elle a essaimé au-dehors, on l’avait baptisée «French theory» (Derrida, Foucault, Lacan & Co) et son audience était dans les minuscules enclos des campus. Puis le reflux est venu, et le Paris bavard se retrouve avec GAFA à sa porte et un tiers-monde délibérément négligé dans ses banlieues.

 

Régis Debray s’est réveillé là et il a découvert, flânant dans les rues de la Rive gauche, un pullulement d’enseignes franglaises et américaines. Quand il a commandé un jambon-beurre, on lui a servi un hamburger. Un pays occupé en douce. Pour ce militant qui voulait, en commençant par la Bolivie, allumer «deux, trois, plusieurs Vietnam» afin d’ébranler l’empire, le choc fut rude.

 

Le désastre a eu lieu

 

Que faire? – comme dirait l’autre. «Conserver autant que se peut, répond-il dans un entretien, l’imparfait du subjonctif, la Sécurité sociale, les poulets de ferme…» Et avant de mettre en place cette modeste ligne Maginot, relire les livres oubliés qui annonçaient ce qu’on subit. Paul Valéry, par exemple, constatant il y a près d’un siècle que l’Europe aspirait «à être gouvernée par une commission américaine». Ou Simone Weill, prévoyant en 1943 que l’humanité allait perdre son passé par l’américanisation de l’Europe puis du globe.

 

Si Debray se replonge avec mélancolie dans ces écrits anciens, c’est qu’à ses yeux le désastre a eu lieu. Il y avait une civilisation, dit-il, définie par le temps, l’écrit, le drame de vivre, l’intérieur, l’être et la transmission. Elle s’est affaissée devant une autre, dominée par l’espace, l’image, le bonheur obligatoire, l’extérieur, l’avoir et la communication. Et c’est un grand malheur parce que nous y avons perdu «le sens de la durée et le goût des perspectives». La langue est le signe le plus visible de cette défaite. L’anglais est partout, et Régis Debray recense avec une cruelle jubilation maniaque son envahissement dans tous les domaines, jusqu’à repérer qu’Emmanuel Macron, de passage à Las Vegas dans une foire technologique, avait promis de faire de la France une smart nation. L’horreur.

 

Mais il faut s’y faire, dit l’ancien guérilléro. Les civilisations durent grosso modo cinq siècles, et l’américaine n’en est qu’à son deuxième. Ce fatalisme est d’autant plus étrange qu’il est avoué au moment où le pouvoir qui s’est installé au cœur de l’empire, à Washington, se décompose sous nos yeux dans une sorte de clownerie pathétique. Debray répondrait que ce cirque est sans importance: nos maîtres bienfaisants conservent leurs porte-avions, leurs missiles balistiques, Hollywood et la maîtrise du bœuf haché.

 

Un basculement géopolitique de retard

 

Il y a une autre objection plus sérieuse. Dans Civilisation, il n’est à aucun moment question, pour rendre compte de ce qui nous bouleverse, de la Chine et de l’Inde. Or comment ne pas le voir, la minorité de petits Blancs qui a mis Donald Trump au pouvoir est animée par les mêmes peurs et les mêmes frustrations que les électeurs du Front national et de ses cousins européens, affolés, même s’ils ne le savent pas, par le réveil des multitudes naguère dominées et soumises.

 

Régis Debray a sans doute un basculement géopolitique de retard, et le jeune Macron comprend mieux que lui nos nouveaux défis. C’est pour cela qu’il ne tient pas, lui, l’Europe pour un ectoplasme, mais pour notre chance et notre obligation.

 

Dans le fond, l’intelligentsia française vieillissante ne parvient pas à sortir des ornières dans lesquelles elle s’est enfermée en préférant toujours l’idéologie à la pensée pratique, le commentaire à l’action. La France est en train de changer et ses penseurs publics, comme cela arrive souvent dans le pays, ont débrayé.

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 06:00
La force des avant-gardes, ce noyau dur, d’acier trempé, est d’avoir raison contre tous. « Mourir, c’est toujours grave ; mais mourir pour le peuple, c’est léger comme une plume… »

Sur son blog, le belge Marcel Sel, écrivait la semaine passée :

 

« Ils vont changer le monde. Je les croise à chaque décennie, ces militants de l’un ou l’autre gauchisme radical. Mais ils n’ont rien changé du tout. Jamais.

 

C’étaient les maos, d’abord, que j’ai beaucoup fréquentés. Ils m’expliquaient que la révolution culturelle était un formidable outil d’émancipation. Je lisais les magazines venus de Chine qu’ils me donnaient. La Chine en Construction, si je me souviens bien. C’était bien écrit, en Chine, parfois remarquablement, et ça ne coûtait rien. Je n’y voyais pourtant qu’une seule opinion, trop enthousiaste pour être vraie. J’appris plus tard que ces magnifiques messages de liberté, de solidarité et de progrès cachaient une hideuse oppression, un million de morts. Tout cela accompagné d’une haine systématique des libertés à l’occidentale et surtout, toujours, toujours, toujours, de l’Amérique. »

 

Ce texte que j’avais publié dimanche dans mon petit roman a été repris par une lectrice sur sa page Face de Bouc et l’un de ses commentateurs, un suisse lui répondait :

 

« Faudra réactualiser Anna, on avait compris que dans votre jeunesse vous avez fréquenté la gauche communiste, maoïste, ou trotskiste, vous leur ressemblez, En 68 bardée de certitudes et de convictions vous parliez avec la même conviction qu'eux, le même besoin pathologique de convaincre, de faire du prosélytisme les temps ont changé, mais vous pas, comme eux, Aujourd'hui vous dites le contraire de hier, vous défendez le libéralisme et la finance avec le même aveuglement que les utopies communistes de l'époque. Mais les lois du monde qu'on est en train de foutre en l'air, ont changé… »

 

Cette relecture de l’Histoire, simplette, m’a fait toucher du doigt l’inculture de beaucoup et j’ai éprouvé le besoin de ressortir des extraits de mon petit roman du dimanche, où j’évoquais les années post-68, pour remettre les pendules à l’heure.

 

Ceux qui n’ont pas vécu l’effervescence échevelée du mois de mai 68 ne peuvent pas comprendre l’étrange état, mélange de frustration, de manque, d’envie de repasser les plats, dans lequel se sont retrouvés certains lycéens qui avaient dû se contenter, dans leur bahut de province, du rôle de spectateur de la chienlit chère au vieux général. Beaucoup d’entre eux avaient bien sûr organisé des répliques, des poussées d’acné juvénile, de la contestation contre la machine à ingurgiter, mais ce n’était que des ersatz.

 

Alors, ceux d’entre eux qui étaient monté à Paris pour entrer en Prépa, avaient élevé les évènements de mai68 au rang d’un mythe fondateur. Ils ne touchaient plus terre. Ils ne voulaient pas descendre de leur petit nuage. Ce coitus interruptus, fin prématurée de la grande fête de printemps, les plongeaient dans une forme avancée de fouteurs de merde professionnels.

 

L’ordre régnait à nouveau mais la sève vive de ces jeunes pousses, à la tête bien faite, ne demandait qu’à gicler. Et elle giclait : du règlement intérieur tatillon, avec ses contrôles, ses justifications d’absence, du cérémonial des mandarins, du folklore poussiéreux de Louis-le-Grand, ils font table rase. Le tout est possible est autoproclamé. C’est le règne du bon vouloir d’une poignée de trublions. La hiérarchie s’écrase. S’incline. Se couche. La spirale du bordel s’installait.

 

Happening permanent, où ce pauvre Lagarde, le coéquipier de Michard, connu de tous les potaches de France et de Navarre pour ses manuels de littérature, tête de turc n°1, harcelé, bousculé lors d’un concours blanc, débordé, s’écroula victime d’une crise cardiaque dans l’indifférence générale.

 

La Cause du Peuple, le grand organe révolutionnaire, osera écrire « Lagarde meurt mais ne se rend pas ; en l’occurrence l’imbécile réactionnaire pique sa crise cardiaque. Et, alors que l’administration, les réformistes et les révisos s’empressent autour de la sommité académique à terre, le camp antiautoritaire continue son action ; pourquoi s’arrêter pour une autorité académique ? Peu nous importe le sort d’un pauvre type, du moment qu’il cesse de répandre ses insanités !»

 

Ce n’était pas du karcher mais du lance-flammes. Féroces les tigres de papier, adeptes de l’eugénisme «intellectuel», ils régnaient sans partage sur « Base Grand ». Tout le monde s’écrasait, le proviseur et le censeur sont aux abonnés absents, les surgés ne voyaient et n’entendaient rien, alors les insurgés s’enhardissaient, libéraient le « jardin privé » du proviseur, le portrait du Grand Timonier ornait le monument aux morts.

 

La cellule « gépéiste » de « Base Grand se réunissait. L’ambiance était électrique car la semaine précédente, à l’issue de la projection de l’Orient rouge, opéra socialiste-réaliste à la sauce aigre-douce chinoise du Grand Timonier, où, bien sûr, les larges masses paysannes triomphaient des affreux contre-révolutionnaires, les « nouveaux enragés » s’étaient payés le luxe d’envahir la salle voisine où se tenait une réunion d’une association de parents d’élèves « réac ». Bombages des visons de ces dames, croix gammées sur les murs, horions divers et variés : pourris, bourgeois décadent, crises de nerfs, en dépit de la position minoritaire des larges masses étudiantes les mâles bourgeois décadents laissaient les gardes rouges humilier leurs dignes épouses. En dépit du caractère minable, honteux, de cette action, les « partisans » de «Base Grand» sont donnés en modèle. Portés au pinacle de la Révolution prolétarienne.

 

Les larges masses de la cellule «gépéiste» de «Base Grand», n’étaient qu’un ramassis de petits frelons : des impuissants dangereux ; les « larges masses » ne sont que des escarbilles, aussi grises que les poussières de l’atelier de soudure, qui flottent sans jamais vraiment prendre en masse.

 

Dans le hall de Louis le Grand l’un des meneurs de la GP des khâgneux, Guy Lardreau, drapé dans son long manteau de cuir noir battant les talons de ses lourdes bottes. Le louangeur de Beria, se la jouait Guépéou avec un zeste de dandysme canaille en se trimballant en permanence avec une cane gourdin : son instrument de travail pour casser du facho, tout particulièrement les fafs d’Occident.

 

Comme l’écrivait d’une main, avec gourmandise, ce vieux pédéraste de Mao, en fouinant de l’autre dans la petite culotte des petites filles en fleurs : « Feu sur le quartier général » : pào sīlìngbù zhāng.

 

Dans le nid de frelons ma tête grésillait, une envie cataclysmique de me vautrer dans le lit d’une grande bourgeoise me consumait. Feu sur le quartier général ! Il me fallait reprendre l’initiative. Sortir de la nasse. En clair, devenir un agent double. Trahir tout le monde. M’installer à mon compte. Tirer parti de la situation. Jouir sans entrave comme les murs de la Sorbonne le proclamaient.

 

Comme l’actionnaire majoritaire de ma petite entreprise était ce paranoïaque de Marcellin, j’allais le gaver de dividendes. Lui servir la soupe qu’il espérait : la main du KGB via Georges Habache et le FPLP, celle vérolée du Mossad pour les attaques de banque et, bien sûr, cerise sur le gâteau, celle tentaculaire et omniprésente de la CIA qui, pour l’attentat de la Piazza Fontana à Milan, charge l’extrême-gauche qui a le dos si large. Restait à convaincre les adorateurs des larges masses de marner pour mon compte au moindre coût. La voie s’avérait étroite.

 

Les « nouveaux barbares » étaient en retard ce qui me laissait tout le loisir de contempler quelques beaux spécimens de petits culs des beaux quartiers qui cherchaient des mains prolétariennes, rudes et calleuses, pour connaître le grand frisson que seules les « larges masses », fleurant bon la sueur et le cambouis, pouvaient leur procurer. Je ne raille pas, elles n’attendaient que ça.

 

Les têtes d’œufs de la GP, sinistres, fuyaient le sexe considéré comme la faille suprême où la pureté révolutionnaire risquait de s’engloutir, se diluer, alors ils combattaient et réprimaient les délices de la chair comme l’opium des fils de bourgeois en quête de rédemption des maîtresses de leurs pères et des amants de leurs mères.

 

Cet ascétisme ne pouvait que profiter à ceux qu’ils vénéraient : les prolos. L’érection des damnés de la terre en phares de la Révolution les plaçaient en position de se servir à volonté au grand festin du cul. Mes sources de basse-police brodaient avec délectation sur les parties de jambes en l’air entre les belles héritières et la nouvelle race des élus dans les alcôves des grands appartements du Triangle d’or. On aurait cru qu’ils tenaient la chandelle les balourds des RG.

 

Les politiques pétaient de trouille face à la Gauche Prolétarienne, ce groupuscule sans adhérents revendiqués, cultivant la Révolution en serre comme une plante en pot, étrange cercle d'initiés cooptés, forme vide où, entre la périphérie et le centre va et vient une fluence insaisissable, floue, pas de chef connu, rien d'interprétable, de la bouillie de chiots enragés.

 

À la GP tout semble provisoire, intérimaire, inorganisé au nom de la primauté des masses - des larges masses aussi maigres qu'improbables comme le vocabulaire de leurs tracts était lui aussi boursouflé que prévisible - cette volonté maladive de s'effacer, de laisser les manettes aux prolétaires lorsqu'ils prendraient les armes.

 

Pour tout le beau monde calamistré de la place Beauvau, ces hauts-fonctionnaires, ça n'avait ni queue ni tête car dans les usines les plus dures, en dehors des poches connues et circonscrites d'anarcho-syndicalistes, d'agitateurs de l'extrême-gauche non communiste, toujours les mêmes, aucun élément identifié ne permettait d'accréditer que le couvercle de la marmite allait sauter sous la pression de la base.

 

La base jardinait, picolait, forniquait sans porter grande attention à ces gamins aux mains blanches faisant le pied de grue aux grilles de l'usine pour leur fourrer des tracts baveux d'encre, illisibles et déconnectés de leur saloperie de vie. En bons flics opportunistes qu'ils étaient, les tenanciers de la Place Beauvau, face à ce nid de frelons qui bourdonnaient dans un creux de mur, calmaient les angoisses de leur Ministre et de son cabinet avec l'opération foireuse baptisée pompeusement : double chevron.

 

Comme le disait Fouché – pas Christian, mais l'autre, le vrai, l’inventeur de la police politique moderne – toute personne à un prix mais pour l’acheter, sans ruiner le Trésor Public, il suffit de la dévaluer. Les fiches sont d'excellents dépresseurs de prix et, tout pur et dur qu’il soit, le gauchiste peut aussi se trimballer des casseroles dont le bruit pourrait importuner ses camarades, surtout les grands guides toujours prompts à condamner et à jeter les déviants dans les ténèbres extérieurs. Je disposais donc d’une relation crédible, vu de l’intérieur du mouvement, qui me permettait d’aborder les chefs militaires de la GP, surtout ceux qui avaient joué un rôle éminent dans l’équipée de Flins, sans me prendre les pieds dans le tapis.

 

Entre autre connerie, il les enfilait comme les saucisses et les petites filles en fleurs, le Grand Timonier variqueux, dans son petit livre rouge, avait déclaré pour stimuler les larges masses : « Mourir, c’est toujours grave ; mais mourir pour le peuple, c’est léger comme une plume… »

 

L'état-major de la GP, au nom du son nécessaire sacrifice pour le peuple, avait besoin de martyrs et ce fut le malheureux Gilles Tautin, noyé accidentellement le 10 juin dans la Seine, alors qu’il tentait d’échapper aux gendarmes mobiles, qui avait eu l'insigne honneur de voir son nom gravé dans le marbre du mausolée de la Révolution prolétarienne, nouveau Panthéon des sacrifiés de la longue marche des partisans de la prise du pouvoir par les damnés de la terre. Vous apprécierez, je l'espère, le poids de ma phrase, lourde, ancrée dans le plomb, parfaite image de la littérature ordinaire des fêlés que je devais infiltrer.

 

Même si la soldatesque de Marcellin, avec son nouvel équipement : visières anti gaz, bouclier en plastique, plus mobile, mieux aguerrie à la guérilla, n’avait pas à proprement parlé poussée Tautin à la baille, on l’accusait de l’avoir sciemment laissé mourir en ne lui portant pas assistance. Ce qui était faux puisque d’autres baigneurs involontaires avaient été tirés de l’eau par les gendarmes. Le cadavre embaumé de Tautin, modeste tireur de portraits pour La Cause du Peuple couvrant la bataille de Flins, va être instrumentalisé par les « maos » dans un exercice dont les français raffolent : la commémoration de la date anniversaire de son "assassinat". Un an après, commémorer « l’assassinat » du martyr permettrait, selon l'état-major de la GP, de raviver la violence insurrectionnelle pour qu’elle explosât à la gueule des chiens de garde du capitalisme.

 

Pour Pierre Victor, le Raïs de la GP, le faux clandestin reclus au fond de Normale Sup, petit brun affublé grosses lunettes d’intello qui donnaient, à son regard « gris et froid comme celui d’un héros de James Hadley Chase » (1), la dureté consubstantielle à sa position de chef suprême, la «guerre civile» ne pourra être menée par la classe ouvrière sans que des flots de sang soient versés.

 

Le gourou fascine son entourage, sa douzaine de zélotes, par son verbe brillant, son goût de la synthèse et l’art qu’il a de déceler chez ses interlocuteurs la faille dans laquelle il s’engouffre sans pitié - l'autocritique étant à la GP la seule thérapie autorisée. Tout passait par lui, il auditionnait ses lieutenants et parfois même de simples hommes de troupes, dépiautait leurs dires, tranchait, approuvait ou désapprouvait, sans appel possible, lançait des ordres du jour délirants.

 

Ses batailles de référence, Flins et Sochaux, ses Austerlitz à lui, loin des bastions tenus par ceux qu’il nomme avec mépris les chiens de garde du PCGT, dans le terreau vierge des prolétaires, fondait sa stratégie militaire. Ceux qui n’ont pas connu cette période de diarrhée verbale putride et délirante ne peuvent comprendre l’ambiance qui régnait dans les hautes sphères de la GP. Pour convaincre les sceptiques je leur propose ce que Benny Levy, alias Pierre Victor, confiait à Michel Foucault en 1972.

 

« Soit le patron d’une boîte moyenne, on peut établir la vérité des faits, à savoir qu’il a exploité les ouvriers abominablement, qu’il est responsable de pas mal d’accidents du travail, va-t-on l’exécuter ?

 

Supposons qu’on veuille rallier pour les besoins de la révolution cette bourgeoisie moyenne, qu’on dise qu’il ne faut exécuter que la toute petite poignée d’archi-criminels, en établissant pour cela des critères objectifs.

 

Cela peut constituer une politique tout à fait juste, comme par exemple pendant la révolution chinoise…

 

Je ne sais pas si cela se passera comme cela ici, je vais te donner un exemple fictif : il est vraisemblable qu’on ne liquidera pas tous les patrons, surtout dans un pays comme la France où il y’a beaucoup de petites et moyennes entreprises, cela fait trop de monde. »

 

Sympa le petit juif pro-palestinien, enfin un politique qui se préoccupait du sort des PME, qui dans les années 80 jettera sa défroque marxiste par-dessus bord pour renouer avec le judaïsme de son enfance, un judaïsme ultra-orthodoxe, deviendra rabbin et affirmera toujours aussi implacable « Le peuple palestinien n’existe pas. Il n’a pas le droit d’exister…»

 

« Soyez sans inquiétude, messieurs je vais dépiauter le moineau... ». Leur haut le corps imperceptible me confortait dans ma supériorité : à Beauvau on ignorait tout du langage imagé du Président Mao.

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20 mai 2017 6 20 /05 /mai /2017 06:00
H comme Hulot, H comme Hugo, H comme Horiot… j’explore les Contrées des Riceys !

Rappelez-vous la pipe de Monsieur Hulot censurée par la RATP !

 

ICI 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Chez-moi Hugo c’est Valentine folle amoureuse de son gardian.

 

Valentine Hugo, 1887-1968. Epouse de Jean Hugo, arrière-petit-fils de Victor. Artiste ayant vécu près des « grands " du XXe siècle à Paris, de Picasso à André Breton, morte dans la misère. Il n'existe pas de telle notice sur Valentine Hugo. Elle est le plus souvent absente des dictionnaires d'art, mais on sait que Jean Cocteau l'appelait « mon beau cygne », le compositeur Erik Satie la nommait « ma chère grande fille », et le poète Paul Eluard aimait à rappeler qu'il s'agissait de son « amie fidèle, celle avec qui [il a] passé des jours innombrables, délicieux ou pathétiques ».

 

En savoir plus sur ICI 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’en arrive aux Horiot, patronyme certes moins connu que celui des précédents cités, c’est Marie et Olivier des Riceys :

 

Rappelez-vous, c’était en juin 2015, sous le quinquennat de notre roi déchu :

 

Alors, lorsque mon amie Magalie, l’exilée de Barcelone, m’a écrit « pour mon anniversaire je veux retourner en Champagne » mon choix fut vite fait : cap sur les Riceys !

 

Elle en fut fort étonnée : « C’est où les Riceys ? »

 

Aux confins de la Champagne et de la Basse-Bourgogne lui répondis-je en lui précisant, rappelle-toi notre déjeuner chez Alice et Olivier de Moor à Courgis dans la mer de vignes de Chablis.

Oui, bien sûr que je m’en souviens, même qu’en quittant Courgis nous nous étions goinfrés de cerises dans la cerisaie de la vallée de l'Yonne mais tu nous amènes chez qui ?

Chez Olivier Horiot !

Qui c’est ?

Demande à Claire elle est fan !

Le sésame de Claire suffisait à Magalie et c’est ainsi que nous sommes partis, un beau jeudi, dans une auto rouge cerise, en direction des Riceys.

 

Lire la suite ICI 

 

Y’a de la matière et de belles photos.

 

Déjà le 27 avril 2014, je me pâmais :

 

J’ai envie de radis d’Ouzbékistan avec un rosé des Riceys d’Olivier Horiot

 

ICI 

 

Le 6 novembre 2015, chez Saturne je mariais les mets de Sven Chartier avec les plus beaux flacons d’Olivier ICI 

 

Donc, lorsque le diligent agent des Horiot Philippe Sergent me hélait, j’acquiesçais.

 

Bonjour à tous,

Je me fais le porte-parole d’Elise Dechannes, d’Arnaud Lamoureux et d’Olivier Horiot pour vous inviter au lancement officiel de leur projet Contrées (*)

 

Il aura lieu à Paris le jeudi 18 mai à 19 heures au Bar à Vins "O Château" en présence de l’artiste Claire Combelles qui a réalisé la lithographie qui illustre le coffret et les étiquettes.

 

Nous réservons cet évènement à quelques amis, journalistes et cavistes. C’est pourquoi nous aurons le plaisir de vous recevoir pour cette dégustation exceptionnelle des 4 champagnes, accompagnée de quelques mises en bouche.

 

En même temps, direct live, 3 amis importateurs, cavistes et particuliers vont faire cette dégustation comparative, à l'étranger, et nous pourrons interagir sur les réseaux sociaux ce soir-là, entre Paris, Londres, Milan et Hong Kong !

 

Pour la bonne organisation de la soirée, j’ai besoin de votre réponse par retour de mail.

 

Merci d’avance

 

Donc jeudi, en fin de journée, sous un ciel bubonique, j’enfourchais mon fidèle destrier pour filer tout près de l’ancienne Bourse de commerce. J’appuyais fort sur les pédales car au-dessus de ma tête les lourds nuages se préparaient à craquer. Je passais au travers des premières gouttes avant d’attacher ma bête face au bar.

 

Bises à Olivier et Marie, au dehors le ciel balance des seaux.

 

En attendant que tous les invités arrivent nous lichions un beau blanc puis Métisse.

 

Je m’inquiètais d’Emilie qui doit nous rejoindre en affrontant un véritable déluge. Vaillante et déterminée elle nous arriva trempée de la tête au pied.

 

La fête pouvait commencer :

 

(*) L’idée de Contrées est née l’association de 3 amis ricetons, Elise Dechannes, Olivier Horiot et Arnaud Lamoureux, qui depuis 2008, cherchent à faire découvrir et partager la complexité des terroirs des Riceys.

 

Contrées en riceton signifie lieu-dit, comme on dit climat dans la Bourgogne toute proche. Pour info, il en existe 353 !

 

L’objectif de ce coffret est de permettre une dégustation horizontale simultanée de 4 Champagnes de 4 Contrées différentes et du même millésime

.

Les vins sont tous issus de Pinot Noir, vendangés à la même maturité, vinifiés de manière identique, sans collage ni filtration, élevés pendant un an en fût, dégorgés en même temps, non dosés (bruts nature) afin de ne pas masquer les différences dues à leurs origines différentes.

 

Les coffrets actuellement en vente sont des millésimes 2008 et 2009.

 

Ils sont composés des vins d’Olivier et d’Arnaud (Elise arrive à partir de 2012) : Val Bazot et Val du Clos sur argiles, Escharère et Fragnoy sur marnes.

 

Ils sont en bois.

 

Claire Combelles, une amie artiste plasticienne, a posé son regard sur les vallons et a signé une aquarelle que l’on découvre à l’ouverture du coffret.

 

Et sous l’aquarelle, on retrouve les quatre bouteilles, dont chaque étiquette reprend une partie de cette aquarelle. Le nom des Contrées est identifiable sur les plaques et sur les contre-étiquettes (faites comme des fiches techniques).

 

125 caisses ont été produites en 2008, et 250 caisses en 2009.

 

L’ambiance est simple et chaleureuse, nous papotons, nous dégustons les 4 champagnes, nous mangeons de belles planches de charcuterie et de fromages.

 

Federico Pasetto @fedpase

@olivierhoriot commentaires sur Escharrere puissance, tabac, bois, amandes noisettes muscles paille final moussant #contrees #OlivierHoriot

 

Emilie et moi, nous n’avons pas la même richesse de vocabulaire mais nous avons beaucoup aimé Escharère.

 

Au dehors la saucée battait toujours la chaussée. L’ambiance était chaleureuse, nous décidions de nous offrir une belle bouteille de rosé des Riceys 2011 d’Olivier.

 

Un vrai bijou de fraîcheur, d’une belle couleur vermeil, vineux, structuré qui fila aussi vite dans nos gosiers que cette belle soirée que je vous retrace en quelques clichés.

 

Merci à Marie et Olivier Horiot, à Elise Dechannes, à Arnaud Lamoureux et bien sûr à Philippe Sergent l’orchestrateur de cette belle soirée.

H comme Hulot, H comme Hugo, H comme Horiot… j’explore les Contrées des Riceys !
H comme Hulot, H comme Hugo, H comme Horiot… j’explore les Contrées des Riceys !
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19 mai 2017 5 19 /05 /mai /2017 06:00
Hello Alessandra Pierini : dis-moi ce fortanina que l’on boit sur les rives du Pô du côté de Parme c’est quoi ?

J’ai toujours lu des polars, à l’époque surtout étasunien avec aussi dans mes années SNCF un focus des premiers San Antonio de Frédéric Dard.

 

Le genre longtemps jugé mineur par l’intelligentsia germanopratine, est maintenant reconnu par les hautes instances cultureuses de notre vieux pays : même France Culture a encensé la Daronne.

 

Notre nouveau Premier Ministre en a écrit 2 : « L’Heure de vérité » (2007) et « Dans l’ombre » (2011)

 

En savoir plus ICI

 

Après une période islandaise avec un auteur au nom imprononçable : Arnaldur Indriðason qui mangeait de la tête de mouton à la petite cuillère, puis une addiction française à Olivier Norek, je suis entré dans une séquence italienne avec Mimmo Gangemi, Antonio Marzini et aujourd’hui Valerio Varesi.

 

Le premier situant ses enquêtes dans le Sud profond pouilleux, les deux derniers dans le Nord industrieux.

 

Leurs livres valent bien plus que des enquêtes de sociologues, dit sérieux, on y plonge dans la vraie vie de la mosaïque italienne. Nul n’y est ménagé, le héros en premier incarné par des commissaires ou « préfets » désabusés, vieillissant, sans illusions, mais œuvrant pour la beauté du geste avec un certain panache.

 

Ils sont juste ce qu’il faut machos à l’italienne mais pas trop et leurs compagnes leur en font voir de toutes les couleurs, et ils aiment ça.

 

Mais ce qui me plaît aussi c’est que dans ces polars, la table occupe une place de choix : nos amis italiens aiment se restaurer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Fleuve des Brumes de Valerio Varesi

 

Il est né à Turin le 8 août 1959 de parents parmesans. Diplômé en philosophie de l'Université de Bologne, il est aujourd'hui journaliste et auteur de onze romans au héros récurrent. Le Fleuve des Brumes a été nominé au prestigieux Gold Dagger Award.

 

Le thème du roman : le Pô

 

La crue menace dans la campagne parmesane. La pluie tombe sans relâche, nuit et jour, le Pô est à saturation et l'eau commence à dangereusement flirter avec les rives. Une péniche, comme un bateau ivre, passe sous le nez des hommes chargés de surveiller le fleuve, elle n'a aucune attache, dérive sans moteur dans le courant, mais parvient tout de même à éviter les arches difficiles du pont.

 

Aperçue échouée au petit jour, son pilote est introuvable, il est pourtant hautement improbable qu'elle ait réussi à ne pas se briser sur les piles du pont sans être guidée. Le batelier, un solitaire qui gagnait sa vie de quelques transports, avait un frère. Celui-ci est découvert quelques heures plus tard défenestré. Assassinat ou suicide ?

 

Ces deux hommes avaient très activement participé aux méfaits des milices fascistes à la prise du pouvoir par Mussolini, cinquante ans plus tôt. Les anciens de la région, tous communistes ou ex partisans, s'en souviennent. Le commissaire Soneri, au fur et à mesure de l'avancée de son enquête pense que ce lourd passé est directement lié à cette mort et cette disparition.

 

Les années passent, les rancœurs restent.

 

« L'écriture est belle comme les volutes de brume sur l'eau aux aurores. Elle accompagne la promenade têtue du commissaire, le courant du fleuve charriant des vérités qu'il faut savoir scruter et découvrir lentement. C'est la mémoire des anciens qui recèlent les alluvions du passé, c'est là que ce sont déposées les vérités, il faut le talent de Varesi pour les en extraire sans artifices. »

 

Un beau et sombre polar, une atmosphère magnifique, sobre, puissante comme le flot du fleuve qui modifie les terres et fait vivre les hommes.

 

Notes de lecture :

 

Le lieu : l’auberge du Sordo

 

Soneri le commissaire

 

« Il promena son regard dans la pièce et il vit les murs recouverts de photographies de grands interprètes d’opéra. Rien que des personnages de Verdi. Il fixa ses yeux sur un Rigoletto tandis que, en guise de fond sonore, s’élevaient les notes d’une romance.

 

« Aureliano Pertile », se pressa de dire Ghezzi*.

 

Le Sourd souhaitait rester silencieux, mais à ses clients il offrait de la musique. Il réapparut avec cinq bols en faïence remplis de vin mousseux et une bouteille en verre épais. Soneri reconnut le fortanina, un vin peu alcoolisé et riche en tanin, aussi pétillant qu’une limonade.

 

« Je croyais qu’il avait disparu de la circulation, dit-il.

 

  • Il est interdit par la loi parce qu’il ne contient pas beaucoup d’alcool, mais le Sourd le prépare dans sa cave l’informa Vernizzi *. Vous n’avez pas l’intention de nous dénoncer ?

 

  • Non, si vous m’apportez un peu de jambon blanc, répondit le commissaire. Je m’occupe d’un autre genre de délits.

 

[…]

 

Soneri, respectant les pauses, souleva le bol en faïence et but une longue gorgée de fortanina. Il s’apparente au vin nouveau, quelque chose à mi-chemin entre moût fraîchement pressé et le lambrusco noir des terres du Pô. »

 

[…]

 

« Personne ne fit de commentaires avant que n’arrive le Sourd et que les notes lentes de la Messa da Requiem submergent l’auberge, en provenance de cavités mystérieuses. Ils levèrent alors les verres de fortanina mousseux en mimant un toast muet. La tension atteignit un degré insupportable après la première gorgée, dans le plaisir sourd du vin… »

 

[…]

 

« Le fortanina est la meilleure chose de la basse plaine du Pô après Verdi et le cochon, déclara Torelli. *

 

  • Et celui du Sourd est incomparable », ajouta Vernizzi.*

 

[…]

 

* des hommes du fleuve communistes

 

« Lorsqu’il sortit, le fortanina pétillait encore dans son estomac. »

 

Question à Alessandra Pierini : est-il possible de déguster chez toi du fortanina interdit ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis chère Alessandra du côté des plats consommés par le commissaire Soneri il en est un qui va faire se dresser les cheveux des défenseurs des animaux.

 

  • Anolini au bouillon et au sanglier accompagné de polenta. Le gutturnio était de règle.

 

  • Tortelli aux herbes et à la ricotta

 

« C’est ce qui je dis toujours : la sonnerie de ces portables fait tourner la ricotta »

Alceste de la trattoria Le Milord

 

  • Les pâtes “mal coupées” aux haricots chez le Sordo

 

Barigazzi *

 

« Vous avez bien choisi, le félicita-t-il en indiquant les pâtes aux haricots. »

 

  • « Il s’assit à la table d’un restaurant sans prétention, qui promettait de l’âne en daube s’annonçant tout à fait alléchant. »
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18 mai 2017 4 18 /05 /mai /2017 06:45
La Culture aura 1 éditrice novatrice Françoise Nyssen, l’Agriculture 1 sénateur très sénateur Jacques Mézard …

Les pronostiqueurs et pronostiqueuses agricoles ont eu, comme souvent, tout faux, ils ou elles devront manger leur chapeau. Ayant vécu de près la constitution d’un gouvernement je savais que souvent le Ministère de l’Agriculture sert en dernier ressort d’une variable d’ajustement des équilibres gouvernementaux. Je n’ai donc pas participé à ce petit jeu.

 

Le Foll lors du premier gouvernement Ayrault Stéphane Le Foll fut rattrapé par les cheveux car Hollande voulait y nommer le patron du PRG, le « veau sur sous la mère » JM Baylet. La FNSEA se fâcha et Le Foll arriva et resta au 78 tout au long du quinquennat.

 

Avant d’évoquer le nouveau titulaire du maroquin agricole une plaisanterie de garçon de bain : comme certains pensent que lorsque l’on a occupé un poste au plus près du pouvoir on ne pense qu’à y retourner, mes arguments forts pour rejeter toute idée de retour étaient dans l’ordre : mon âge et mon sexe.

 

Hé ! bien, là j’avais tout faux le nouveau Ministre de l’Agriculture est Jacques Mézard, 69 ans, ancien avocat aujourd’hui en retraite, fils de sénateur, est l’une des personnalités de la gauche au sein d’un Massif central ancré dans le centre droit.

 

« Il est né à Aurillac, dans le Cantal, tout comme la présidente de la FNSEA Christiane Lambert ainsi que l’ancien président de la République Georges Pompidou.

 

Membre du Parti radical de gauche, il est président de la communauté d’agglomération d’Aurillac depuis 15 ans (après en avoir été longtemps conseiller municipal). Il est aussi sénateur du Cantal depuis 2008 et préside au sein de la chambre haute le groupe Rassemblement démocratique et social européen. Elu de terrain, bon connaisseur de l’élevage et de l’agriculture dans les régions difficiles, il est d’ailleurs membre de plusieurs groupes d’étude sur ces thèmes au Sénat.

 

La suite ICI

 

Comme je suis un grand lecteur, la nomination d’une femme de culture, la présidente d'Actes Sud, Françoise Nyssen, comme ministre de la Culture, me comble. Cette femme de 65 ans, d’origine belge naturalisée, est connue pour son engagement citoyen et une détermination sans faille qui a fait d'une "petite" maison un des fleurons de l'édition française.

 

« Françoise Nyssen est l'heureuse éditrice de trois Prix Goncourt (Laurent Gaudé, Jérôme Ferrari et Mathias Enard) et de trois prix Nobel de littérature (Naguib Mahfouz, Imre Kertész et Svetlana Alexievitch).

 

Défricheuse en littérature, elle a publié des auteurs comme l'Algérien Kamel Daoud, le Britannique Salman Rushdie, la Turque Asli Erdogan ou l'Américain Paul Auster.

 

Mais sa maison est également l'éditeur de la série de polars suédois "Millenium", imaginée par Stieg Larsson et poursuivie par David Lagercrantz, ou du best-seller mondial "Le charme discret de l'intestin" de l'Allemande Giulia Enders. »

 

Lire la suite ICI 

 

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