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24 août 2017 4 24 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (16)

(16) « Je petit déjeune avec le direcab de Collomb demain matin. On fait le point ce soir chez toi avec l’équipe…»

 

- Rassurez-vous je ne piétine pas vos plates-bandes, votre type, dont j’ignore tout, je le filoche parce qu’il est en cheville avec une nana qui est dans le collimateur d’une de mes clientes et il vient de la rencontrer au George V, ça s’est mal passé. Suis réglo, ce que je vous propose c’est du gagnant-gagnant. Vous me dites ce que vous avez envie de me dire, ce qui vous arrange, et moi je mets tout ce que récolte sur la table.

 

Ils se marrèrent.

 

  • Tu te crois dans un film de série B mec ?

 

  • Pas vraiment, j’ai du répondant.

 

  • Allonge !

 

  • Pas si vite mes lascars, laissez-moi le temps de contacter ma donneuse d’ordres pour que je vous puisse vous donner toutes les garanties que je ne suis pas un guignol.

 

  • Tu es du genre à pouvoir vendre père et mère mec pour conclure, avec nous ça ne prend pas. Retourne jouer dans ton bac à sable et lâches-nous les baskets !

 

  • Ok je m’incline, qui vivra verra…
  •  

À ce moment précis mon smartphone bipa « Vous permettez ? »

 

C’était Marie « Je petit déjeune avec le direcab de Collomb demain matin. On fait point ce soir chez toi avec l’équipe…»

 

  • Ça vous dit de lire ce SMS ?

 

  • Montre !
  •  

Ils se repassèrent l’engin plusieurs fois, le doute s’instillait dans leur petite tête de bourres. Les politiques ça ne leur disait rien qui vaille, ils balisaient.

 

Le plus grand, avec un catogan et une barbichette ridicule, réagit le premier « Et si tout ça ce n’était qu’un coup monté pour nous rouler dans la farine ?

 

  • Là mon gars je suis un extralucide car je te signale que c’est vous qui m’êtes tombés sur le râble en venant dans ce troquet pour m’impressionner. Tu tombes dans le roman-feuilleton à deux balles !

 

Son collègue le grassouillet aux cheveux gras ne put s’empêcher de m’approuver :

 

  • Il n’a pas tout à fait tort Kevin !

 

Tempête sous un crâne, je venais de marquer un point décisif. Mon Smartphone bipa à nouveau, c’était Adelphine. « Vous permettez ? »

 

Je souris, je tenais une belle martingale.

 

  • Un van Mercédès noir immatriculé ça vous dit quelque chose ?

 

Ils sursautèrent de concert avant de répondre un « Ouais ! » teinté d’acrimonie.

 

  • Sans trop m’avancer, il semblerait que ce beau véhicule serve en ce moment à exfiltrer la dame du George V…

 

  • La dame du George V !

 

Ils roulaient des yeux de merlans frits. J’enfonçai le clou « faut suivre les gars, c’est la gonzesse qu’a rencontré ce matin à la Galerie du George V votre filoché… »

 

Au lieu de pousser mon avantage je leur dis d’un air bonasse « vous voudrez bien m’excuser mais il faut que j’aille pisser, ma prostate ne supporte pas la bière… ». Fallait que je leur laisse le temps de se concerter.

 

Les chiottes de certains cafés parisiens sont des cloaques pestilentiels, celui-ci était digne de rentrer au Guinness des records. Le modèle à la turque constellé de merde. Je pris sur moi d’y stationner un long moment. Les graffiteurs habituels de ce genre de lieu y avaient déployés leur art avec un sens aigu de la glorification de leur bite.

 

À mon retour sur zone je compris que leur décision était prise. « Je remets ça ? »

 

  • Ouais…

 

  • 3 demis sans faux-col.
  •  

Le patron était au même niveau que ses chiottes, cra-cra de la tête aux pieds.

 

C’est le petit joufflu, Clovis, qui prit la parole « on veut bien marcher dans ta combine, tu n’as pas l’air complètement mariole. Pour conclure on se retrouve avec ta donneuse d’ordre à la brasserie Le saint Laurent au 10 rue des Saussaies. T’es raccord ? »

 

  • C’est noté mais il va falloir que nous échangions nos 06…

 

  • Pas de blême !
  •  

À nouveau mon smartphone grelota. « Vous permettez ? » Je voyais dans leurs yeux que vraiment je les faisais chier.

 

« Messieurs le van vient d’entrer sur la A 14, auriez une petite idée de là où il se rend ? »

 

  • Ouais !

 

à suivre...

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23 août 2017 3 23 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (15)

(15)  le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 3 « Faut te calmer ma grande, t’es pas dans un film, tu mets tes pompes dans la réalité… »

 

Mimmo, le serveur du George V, mon nouvel ami, fut intarissable sur monsieur Granjus qui, selon lui, passait sa vie à faire banquette dans la galerie du George V. « Il joue les importants mademoiselle mais vous avez vu ses pompes. Des écrase-merde ! C’est une planche pourrie… » J’opinais. Nous échangeâmes nos O6.

 

La châtelaine éplorée raquait, ces salauds lui avaient laissé la douloureuse. Alors qu’elle passait devant moi, décomposée, les yeux rougis, je décidai, puisqu’elle occupait une place centrale dans cette affaire, de lui donner un nom de code. Ce serait Ricotta.

 

Pseudo qui n’a rien de vulgaire, ma référence est littéraire, sarde, La comtesse de Ricotta de l’incomparable Milena Agus. « La splendeur ancienne n’est plus, le palazzo familial se délabre, la plupart des appartements ont été vendus et les trois sœurs se partagent ceux qui restent. Seule l’aînée, Noémie, rêve de reconquérir le faste perdu et de restaurer la demeure sur les hauteurs de Cagliari. Les deux autres s’accommodent de la déchéance. Le sujet sur lequel en revanche toutes les trois s’accordent est l’amour imparfait.

 

Toujours imparfait. Pour Maddalena, qui s’adonne avec persévérance à une sexualité fiévreuse, le désir d’enfant n’est pas satisfait. Pour Noémie, l’objet de l’amour est fuyant et dédaigneux. Quant à la plus jeune, la fragile comtesse de Ricotta, on dirait que la vie entière lui échappe. Comme les objets de ses mains maladroites. Comme l’étrange petit garçon qu’elle élève seule. Mais peut-être que l’espoir se cache tout près, juste de l’autre côté du mur. »

 

J’informai le réseau du nom de code de la dame d’Aadvark.

 

Je claquai deux bises à Mimmo avant de suivre les belles fesses de Ricotta. La pauvre, désemparée, cheminait comme un zombi. Dans le grand hall d’entrée, d’un geste brusque elle arracha sa perruque pour la balancer au pied de la banque de réception. Les réceptionnistes, habituées à toutes les excentricités, ne se départirent pas de leur inoxydable sourire. La meuf devait être au bord de la crise de nerfs.

 

Sur le perron deux hommes vêtus de noir l’encadrèrent. Elle les suivit sans broncher jusqu’à un van noir dans lequel elle s’engouffra. Putain ça sentait le roussi il fallait que je lance les fusées de détresse. « Tarpon, je crois qu’ils enlèvent Ricotta… Ils vont me semer fastoche…»

 

« Note le numéro de la plaque, balance le à Marie et à moi et suis les tant que tu peux » Tarpon.

 

À ma grande surprise les molosses conduisirent leur van Mercédès à un train de sénateur. Je bichais, arrivés à la Porte Maillot, toujours tranquillos, ils remontèrent l’avenue Charles-de-Gaulle, axe majeur de l’ancienne patrie de Sarkozy. Je gardais mon cul bordé de nouilles sauf que, lorsqu’ils s’engagèrent dans les boyaux qui serpentent sous la Défense, je pressentis la tuile : ils allaient s’enfiler la A 14. Bonne pioche, les carottes étaient cuites : ma Vespa n’était pas de taille à lutter avec leur grosse cylindrée.

 

Au péage je me garai sur le parking « Tarpon, ils prennent la A14 suis larguée, désolée… »

 

La réponse tarda à venir mais, quand elle s’inscrivit sur mon écran, je n’en ai pas cru mes yeux : « T’inquiètes pas choupinette je sais où ils vont. Rentre au bureau, je t’y rejoins dès que j’en ai terminé avec mes nouveaux amis… »

 

J’en restai, un long moment, comme deux ronds de flan avant de faire demi-tour. Quand Tarpon m’avait embauché j’étais loin de me douter que j’allais me payer de telles doses d’adrénaline. « Faut te calmer ma grande, t’es pas dans un film, tu mets tes pompes dans la réalité, Ricotta vient de se faire enlever par des mecs qui ont des tronches de tueurs… »

 

La seule thérapie pour retrouver ma sérénité : tirer des longueurs à la piscine rue de Pontoise. « Merde ! Elle était fermée pour vidange… »

 

Arrivé à la Motte-Piquet je m’arrêtai à la terrasse d’une brasserie pour me jeter un demi derrière la cravate, la bière ça calme…

 

Je me plongeai dans le dernier Vargas Llosa, Aux Cinq Rues, Lima que j’avais acheté chez Gallimard.

 

«… Sa main droite restait posée sur la cuisse de Chabela et Marisa se rendit compte qu’elle s’était mise à transpirer.

 

Là-dessus, son amie bougea. Elle crut que son cœur s’arrêtait. Elle cessa quelques secondes de respirer et ferma les yeux avec force en feignant de dormir. Chabela, sans changer de place, avait levé le bras et voilà que Marisa sentait sur sa main posée en travers de la cuisse de son amie la main de Chabela. Allait-elle la retirer d’un coup ? Non, au contraire, avec douceur, tendresse aurait-on dit, Chabela, entrelaçant ses doigts aux siens, d’une légère pression tirait maintenant la main, toujours collée à sa peau, vers son entrejambe. Marisa ne parvenait pas y croire. Elle se sentait sous les doigts de sa main saisie par Chabela les poils d’un pubis légèrement renflé et l’orée humide, palpitante, contre laquelle elle la pressait. Tremblant à nouveau de la tête aux pieds, Marisa se tourna de côté, collant ses seins, son ventre, ses jambes contre le dos, les fesses et les jambes de son amie en même temps que de ses cinq doigts elle lui frottait la chatte, à la recherche de son petit clitoris, fouillant, écartant les lèvres mouillées de son sexe gonflé de désir, toujours guidée par la main de Chabela, qu’elle sentait trembler elle aussi, s’accouplant à son corps, l’aidant à se mêler et à fondre en elle. »

 

J’envoyai un SMS « Rosa ma belle arrive vite rue Charles Floquet, j’ai besoin d’amour… »

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22 août 2017 2 22 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (14)

(14) quelle brigade était sur le coup : à priori la BRB mais il valait mieux que ce soit confirmé…

 

Je chevauchais un Cityscoot électrique. La maison poulaga, devant moi, se trimballait dans une voiture banalisée. À vue de nez ils ne m’avaient pas repéré car mon gros pif les avait flairé dès que le bellâtre avait planté le Pourri sur le trottoir du George V avant de s’engouffrer dans un taxi. Notre affaire se corsait. Aadvark avait vu juste « ça sentait mauvais »

 

Mes interrogations du moment :

 

  • est-ce que sa moitié jouait solo ou n’était-elle que le porte-parole d’Aadvark ?

 

  • dans les 2 cas de figures : qui avait contacté qui dans cette affaire ?

 

J’optai pour l’hypothèse la plus logique : madame, via le Pourri, devait avoir été mise au parfum de la proposition par le grand que je filochais… restait à savoir pourquoi elle n’en avait rien dit à Aadvark – pure intuition de ma part mais étayée par le fait qu’il ait mis cette andouille de Touron sur l‘affaire dès qu’il en avait été informé par Parker-Parker&Parker – et pourquoi aujourd’hui elle venait benoîtement de révéler, au bellâtre, notre proposition de même nature. Ce n’était pas raccord.

 

C’était le bordel, un bordel qui dépassait toutes mes espérances.

 

Autre interrogation plus immédiate : « pourquoi les flics pistaient-ils l’objet de ma filoche ? »

 

Gros poisson sans aucun doute, Marie, qui a ses entrées place Beauvau, allait devoir nous aider à identifier quelle brigade était sur le coup : à priori la BRB mais il valait mieux que ce soit confirmé pour que nous puissions aller à la pêche aux renseignements sur notre homme.

 

Le taxi s’arrêta à l’embouchure de la voie « Villa Émile Loubet », à la Mouzaïa. Dans mes souvenirs d’écolier, la Mouzaïa c’était l’Algérie, le col de la Mouzaïa, le duc d’Aumale, sous les ordres du duc d'Orléans commandant en chef, combattant la Smalah de l’émir Abd-el-Kader qui inspira aux zouaves du maréchal Bugeaud le chant de l’Armée d’Afrique : « La casquette du père Bugeaud » que j’avais braillée au temps de mes culottes courtes.

 

« Villa Émile Loubet » la République troisième du nom et ses présidents oubliés : Félix Faure, Sadi-Carnot et Armand Fallières mais aussi les poètes Rimbaud, Verlaine, Monet, Laforgue qui voisinaient avec les rues de la Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et du Progrès, la République, toujours la République et ses valeurs.

 

Là, dans le haut du 19ème arrondissement, se nichait une oasis, un petit bout de campagne à Paris, des fleurs, des oiseaux, des voies pavées, 250 maisonnettes habitées à la fin du 19ème siècle par les ouvriers qui travaillaient dans les carrières de gypse et de meulière du quartier. Le gypse des Buttes Chaumont, d'excellente réputation,  chauffé à 120 ° dans des fours, donnait un plâtre de grande qualité et la légende, à tort, affirme que celui-ci fut exporté aux États-Unis pour édifier la Maison Blanche, à Washington. En témoigne une rue des Carrières d'Amérique, celle-ci plongeait à pas moins de 1000 mètres de profondeur, étayée par d’énormes piliers soutenant des voûtes hautes de 15 mètres ; des cathédrales !

 

Le lieu n’allait pas être facile à surveiller, une coopération avec les limiers de la BRB s’imposait : je filai sur mon scooter électrique jusqu’au premier café pour actionner d’urgence Marie. Quelle ne fut pas ma surprise, alors que je venais tout juste d’entamer mon demi de bière, de voir se pointer deux mecs caparaçonnés en motard. Ils ôtèrent leur casque, me firent un petit signe de tête, auquel je répondis, puis allèrent s’asseoir à une table qui me faisait face.

 

D’où sortaient ces deux zèbres ?

 

Mon flair de vieux clebs ne me menait pas sur la piste de keufs modèle classique mais plutôt vers les sentiers des limiers de la sécurité intérieure, l’ex DST. Je devais les avoirs au cul depuis le George V.

 

Question « qu’est-ce qu’ils foutaient là ? »

 

Sans doute faire pipi autour de leur territoire, me foutre la pétoche pour que je ne vienne pas fourrer mon groin dans cette affaire qui, manifestement, intéressait beaucoup de monde.

 

Que faire ?

 

Me tirer la queue entre les jambes !

 

Hors de question, la meilleure défense c’est l’attaque, je sirotai ma bière puis me levais pour rejoindre leur table.

 

« Eugène Tarpon II, conseil en affaires réservées, si ça ne vous dérange pas j’aimerais discuter le bout de gars avec vous camarades ! »

 

Je suis sûr que Bernadette Soubirous ne fut pas plus surprise qu’eux lorsque la Vierge Marie se pointa dans la grotte de Massabielle.

 

à suivre...

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21 août 2017 1 21 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (13)

(13) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 2 «je ne suis pas seul sur la filoche, la maison poulaga est aussi de la partie» Tarpon

 

Agrippine circulait en Uber et moi en scooter, ça faisait marrer Tarpon que je dise ça, allez savoir pourquoi ?

 

Et vous ça vous dit quoi ?

 

Filocher quelqu’un c’est totalement jouissif, surtout lorsque la proie ne se doute de rien, faut simplement faire gaffe à ce que ta fiole ne croise jamais son champ de vision. Dans les règles de l’art une filoche se fait à plusieurs, ça je l’apprendrai plus tard.

 

Profitant d’un énième déplacement de la star mondiale du conseil vineux, en Australie je crois, la madame filait vers Paris par le chemin de fer. Comme elle semblait pressée elle avait pris la LGV depuis la gare Saint-Jean de Bordeaux.

 

J’avais une pensée pour ce pauvre Juppé qui allait réunir ses derniers amis politiques, une quarantaine de juppéistes pourraient participer à ce séminaire, dont l'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, les 25, 26 et 27 août à Bordeaux, le temps d' « un week-end de réflexion pour faire vivre ses idées ». « Il s'agit d'organiser un rendez-vous annuel d'amitié et de réflexion, sur le modèle de ce que faisait Jacques Delors à Lorient. Cela ne vise pas à structurer un courant », assure le juppéiste Dominique Bussereau. Entre 1985 et 1996 avait lieu chaque fin d'été à Lorient une réunion des « transcourants » PS de François Hollande et Yves Le Drian, sous le parrainage de Jacques Delors.

 

Avant de monter dans le TGV Agrippine avait fait une escale dans un immeuble de la périphérie. Je notai l’adresse pour vérification. Elle en était ressortie dans une tenue bobo-chic : jeans délavé cisaillé aux genoux, tee-shirt arborant la tronche d’Obama, perfecto et ballerines Repetto, petit sac à dos Kipling, j’ai été à deux doigts de ne pas la reconnaître car elle portait une perruque noire de jais. Je passai l’info par SMS à l’ensemble de la bande. Tarpon en retour : « ça sent le mâle ma gisquette ! »

 

Dans son Uber aux vitres teintées Agrippine filait vers les beaux quartiers. À notre arrivée à Montparnasse, Lulu, le coursier que Tarpon venait d’embaucher, m’attendait avec mon scooter. Paris au mois d’août est quasi-vide je me contentai donc de suivre la grosse allemande à bonne distance. La course fut courte, l’Uber la déposa devant le George V qui, pour  les ploucs qui l’ignorent est situé avenue George V.

 

Tarpon aurait-il raison : madame venait-elle se faire honorer dans un palace par un jeune voyou, je dis ça vu la dégaine de la madame ? En la voyant entrer prestement je notai dans ma petite tête, ce que j’aurais dû faire dès sa prise en charge à Bordeaux, un détail intéressant : Agrippine ne trimballait, en dehors de son sac à dos, aucun bagage.

 

Qu’allais-je faire si elle rejoignait, avant le 7e ciel, une chambre du palace ?

 

Mon inexpérience allait-elle me faire foirer ?

 

Dans les films noirs, les flics ont toujours des indics pour leur mâcher le travail, moi je ne me voyais pas, la gueule enfarinée, aller demander à l’homme aux clés d’or, où la madame allait se faire tringler.

 

Mon Dieu que je suis vulgaire ?

 

Mais, comme j’ai le cul bordé de nouilles, la madame délaissant les ascenseurs filait vers la Galerie.

 

« Ornée de magnifiques tapisseries flamandes, de tableaux et d'un mobilier datant du XIXe siècle, ainsi que de sublimes objets d'art, La Galerie est à la fois le cœur et l'âme de l'hôtel. Chaque jour à partir de 15h, un pianiste contribue à l'ambiance paisible de ce haut lieu parisien. Confortable et élégante, la Galerie abrite aussi bien les conversations intimes que les repas animés. En été, La Galerie assure un service en terrasse de 12h30 à 22h. »

 

Agrippine n’était pas attendue mais manifestement elle était connue du personnel qui, dès son arrivée, fut aux petits soins avec elle. Ce n’était pas mon cas, j’étais dans mes petits souliers, des Veja équitables, tout en me disant que mon air nunuche jouait en ma faveur. Je posai mes petites fesses, assez loin d’Agrippine sur l’un des superbes canapés et je me plongeai dans le numéro des Inrocks que j’avais acheté à la gare Saint-Jean.

 

À mon grand étonnement le garçon ne me demanda pas de lui montrer ma carte d’identité lorsque je commandai un Bloody Mary en début d’après-midi. En me l’apportant, c’était un pépère à la tronche sympathique, il me dit tout sourire dehors « Vous ressemblez à ma fille… ». Dans ma petite Ford d’intérieur je me dis « pas besoin d’indic, le pépère va te dégoiser tout ce que tu voudras… » mais sans pour autant lui tomber de suite sur le râble. Pas de souci, comme nous le disons aujourd’hui, il fut conquis par ma courtoisie.

 

L’arrivée de deux gus interrompit notre bavette, le premier au teint gris, vouté, flottait dans un costar pas très tendance, sa barbe poivre et sel accentuait les ravines de son visage, sa tronche me disait quelque chose – Tarpon nous avait concocté un trombinoscope des bestiaux du marigot de Bordeaux – était suivi par un colosse sanglé dans un costar noir épaulé sur chemise blanche ouverte, belle gueule, trop, mâchoire carrée, mains battoirs, cheveux ras, sourire carnassier. Ils rejoignirent Agrippine, le vieux lui claqua deux bises, le bellâtre lui secoua la main.

 

« Suis dans la galerie du George V - deux nouveaux arrivants sur zone – radine pour les prendre en filoche à la sortie »

 

« Ok, j’arrive » Tarpon

 

De là où j’étais je ne pouvais, bien sûr, suivre l’évolution de la conversation qui s’était engagée entre Agrippine et la belle gueule, mais à un moment je perçus, à la crispation du visage de celui-ci, qu’elle prenait une tournure désagréable. Le vieux ne mouftait pas, il se liquéfiait. Agrippine, elle aussi semblait n’en mener pas large, ses mains tremblaient. Manifestement il y avait de l’orage dans l’air et mon petit doigt me disait que la proposition de Tarpon y était pour quelque chose.

 

« Nous avons ferré un gros poisson… »

 

« Suis en place » Tarpon.

 

Le grand type se leva brusquement, laissant Agrippine en plan sans même la saluer, suivi du vieux la queue basse. J’avertis Tarpon en lui envoyant la photo de dos des 2 que je venais de prendre lorsqu’ils étaient passés devant moi.

 

Sur le canapé Agrippine était en charpie, elle pianotait sur son smartphone.

 

« Réceptionné les poissons, je suis le squale… le vieux est un pourri… nom de code Pourri. » Tarpon

 

Mon serveur revint vers moi. Je l’entrepris gentiment « ça avait l’air de chauffer à côté ? »

  • À qui le dites-vous je n’avais jamais vu monsieur Granjus dans cet état…

 

  • Un habitué ?

 

  • Oui

 

  • Et l’autre vous le connaissez ?

 

  • Non, mais c’est la deuxième fois que je le vois avec la dame et monsieur Granjus. Cette fois-là tout allait bien, ils ont même terminé au Krug.

 

  • Comme quoi, un jour Jean qui rit le lendemain c’est Jean qui pleure.

 

  • Le grand il a un drôle d’accent…

 

  • Ha !

 

  • Je dirais que c’est un serbe.

 

  • Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

 

  • J’ai fait la Légion Étrangère, je suis Sicilien d’origine…

 

  • Mafiosi ?

 

Il partit dans un grand éclat de rire. Mon smartphone bipa « je ne suis pas seul sur la filoche, la maison poulaga est aussi de la partie » Tarpon

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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 08:00
« Gouverner, c'est tendre jusqu'à casser, tous les ressorts du pouvoir. » Georges Clemenceau un Vendéen vraiment pas comme les autres…

Né en 1841 à Mouilleron-en-Pareds en Vendée, il y est enterré, Clémenceau a une place à part en Vendée où dans l’imaginaire populaire, celui cultivé par le clergé et les maîtres, les Bleus, les Républicains n’étaient que des hordes sanguinaires venues réprimer le soulèvement Vendéen.

 

C’est le Père la Victoire qui y est honoré.

 

Le 11 novembre 1941, jour anniversaire de l'armistice de 1918 dans l'année du centenaire de Georges Clemenceau, le général de Gaulle se rend à la BBC, et harangue la France de l'ombre en invoquant les mânes du « Tigre » :

 

« De votre temps, nous avions des canons qui hachaient les rangs allemands, des chefs que rien n'abattait et une caponnière à Vincennes pour faire justice de la trahison... » Férocité rare parmi les harangues du futur libérateur, comme si l'hommage au Père la Victoire imposait soudain un surcroît d'agressivité, par mimétisme, pour se mettre dans le ton de la figure implorée. 

 

Incarnant par le verbe et l'action un idéal politique fondé sur la conception intransigeante qu'il avait de l'intérêt général, Georges Clemenceau fut l'une des grandes figures de la IIIe République. «Il y a en moi un mélange d'anarchiste et de conservateur dans des proportions qui restent à déterminer.» La vie de Clemenceau illustre assez bien ce jugement de l'homme d'État sur lui-même. Au terme d'une carrière politique qui a marqué un demi-siècle, c'est lui qui mena la France à la victoire en 1918.

 

Dans une bande dessinée Clémenceau, chez Glénat fayard, dont le scénario est signé par Renaud Dély le rédacteur en chef de Marianne, les premières planches indique clairement quelles furent ses valeurs originelles essentielles :

 

18 Octobre 1856, forêt de Mouilleron-en-Pareds.

 

Georges à 15 ans

 

Son père : « Tu vois Georges, le bois Goulard est là-bas, sur la gauche, et la Châtaigneraie de l’autre côté, sur la droite, par-delà la colline…

 

Lui : « la Châtaigneraie, c’est bien là qu’eut lieu la bataille, père ? »

 

Son père : « Oui Georges, les combats furent terribles mais à la fin de la journée, le général Bonnaire et ses troupes ont réussi à libérer la ville… Ils ont vengé les massacres commis par les Chouans un an plus tôt et conforté la République. C’était en juillet 1794… C’était la Convention, Robespierre dirigeait le pays, mais deux semaines plus tard, il fut trahi et envoyé à l’échafaud. »

 

Lui : « Mais pourquoi Robespierre a-t-il été trahi ? »

 

Son père : « Parce qu’il voulait le bien, la vertu et qu’il les voulait trop et trop vite… c’était un idéaliste. Un homme épris de morale et de pureté… Les silencieux, les muets, les prudents l’ont lâché…

 

Lui : « C’est terrible…

 

Son père : « Toute existence ne prend sens que si elle est, jusqu’au bout, révolte contre l’ordre des choses. Ne l’oublie pas mon fils ! »

 

Lui : « Je ne l’oublierai pas, je te le promets… »

 

Nantes, rue Crébillon, à table

 

Son père : « Tu comprends, mon fils, la Révolution, ses idéaux, sa quête de la liberté, c’est Robespierre et sûrement pas ce corrompu de Danton qui voulait entraîner le peuple sur une fausse route… C’est cet idéal que nous avons voulu perpétuer en 48 et c’est pour cela que nous combattrons encore demain. La République, toujours, c’est important, tu comprends ? »

 

Lui : Je comprends père, je comprends…

 

 

 

LIRE Danton, première victime des « affaires » ICI 

Machination. Sous le règne de la Terreur, son ami Robespierre le fit tomber, notamment pour corruption. Un piège qui en rappelle d'autres, plus récents...

PAR LORIS CHAVANETTE

 

Je ne vais pas vous conter la carrière de Clémenceau, mais en vrac, montrer le caractère bien trempé du personnage :

 

« Pour mes obsèques, je ne veux que le strict minimum, c'est-à-dire moi».

 

« Une terrasse plantée d'acacias qui domine le lit d'un ruisseau. Des arbres, beaucoup d'arbres. Quelque chose dans tout cela de simple et en même temps d'orgueilleux. Une sorte de paix des premiers âges […] M. Clemenceau me montrant sa tombe : voilà la conclusion de votre livre : un trou et beaucoup de bruit pour rien»

 

Bertrand Beyern, Guide des tombes d'hommes célèbres, Le Cherche Midi, 2011, p. 267.

 

Une légende tenace veut qu'il ait été enterré debout afin d'être tourné vers la « ligne bleue des Vosges » voire pour défier l'Église catholique; en réalité, du fait d'une des grosses racines du cèdre impossible à réduire, le cercueil ne put être posé à plat, mais fut légèrement incliné.

 

Un de ses familiers, le commandant Jean de Lattre de Tassigny, futur maréchal de France — dont la pieuse mère disait chaque jour son chapelet depuis 1918 pour la conversion de Clemenceau — fut avec son épouse parmi ses rares amis vendéens à assister à ses obsèques, et protesta ensuite envers l'évêque qui n'avait cru devoir annuler une réjouissance publique prévue le soir même.

 

Deux monuments dans mon souvenir : le Monument aux Morts de Mouilleron-en-Pareds, son village natal, il inaugure le 9 octobre 1921  et son propre monument, au centre du bourg de Sainte-Hermine qu’il inaugure le 20.

 

Le groupe sculpté sur place en deux ans par son ami le sculpteur François Sicard, qui le représente debout sur un rocher surmontant plusieurs « Poilus » : la statue, décapitée pendant l'Occupation par les troupes d'Occupation, a été restaurée — la tête originale est conservée au musée national « maison de Georges Clemenceau » de Saint-Vincent-sur-Jard.

 

À l'Assemblée nationale, son talent d'orateur éclate ; dans les tranchées, on retient son inflexibilité et ses rencontres avec les poilus ; avec Georges Mandel, son mépris pour Pétain et sa loyauté absolue envers l'esprit républicain... Sans oublier l'évocation du journaliste, qui, engagé pour Dreyfus, permit la publication dans l'Aurore du J'accuse de Zola.

 

Va-t-en-guerre, vendéen et républicain laïc convaincu, généreux, mais troublant dans son autoritarisme. Radical-socialiste, il n'a pas hésité à réprimer férocement des grèves, d'où son surnom de Tigre. 

 

« Clemenceau cachait une forte sensibilité. Il représente l'archétype du républicain intègre, homme fort capable de sauver la patrie en danger ».

Serge Berstein historien

 

Georges Clemenceau étudia la médecine avant d'être journaliste et homme politique. Il fut maire du XVIIIe, à Paris, deux fois président du Conseil et fut surnommé le Tigre et Premier flic de France, au poste de ministre de l'Intérieur. Il créa les fameuses brigades du Tigre.

 

« Clemenceau fut un bloc, comme la Révolution telle qu'il la défendit lors de l'interdiction de la pièce Thermidor, en 1891. Un bloc de républicanisme et d'anticléricalisme, un bloc de détermination et d'ambition, un bloc de courage et de haine pour ses ennemis. Un bloc avec des arêtes « tranchantes comme un rasoir », outil terrible au service d'une « agressivité incongrue », selon les mots de Julien Gracq. Et comme chaque bloc, comme la Révolution, Clemenceau est parcouru de fissures: il y a, derrière l'homme désintéressé, le manœuvrier interlope de l'affaire de Panama, il y a un tacticien retors tapi sous le tribun inébranlable et des rancunes égoïstes enfouies dans la moustache mythique. Quand il le fallait, le Tigre savait se faire renard, voire serpent...

 

« Ainsi, un peu de fébrilité velléitaire explique sa volonté de concilier versaillais et communards en 1871, une rasade d'opportunisme colore ses indulgences boulangistes en 1887 et la tentation du pouvoir personnel meut cet autoritarisme maladif que Thibaudet appela "radicalisme de proconsulat". Clemenceau est aussi un briseur de grèves, qui ne conçoit pas de République sans ordre ni de démocratie sans bornes. Cela ne le fait pas moins grand, cela le rend moins lumineux. Et plus français encore, de cette tradition qui, de Bonaparte à De Gaulle, fait rimer légitimité avec autorité. Clemenceau, c'est une main de gauche dans un gant de droite. 

 

Les bons mots du cruel Vendéen :

 

« En entrant dans le néant, il a dû se sentir chez lui » à propos de Félix Faure, qui « se crut César et mourut Pompée », ou encore, à l'encontre d'un vieux ministre des Finances : « Il est voûté, mais cela n'en fait pas un abri sûr... » Ces mots pour rire n'en ont donné que plus de force à ses formules pour l'Histoire.

 

Quand, le 16 novembre 1917, il prend les rênes d'un pays travaillé par le pacifisme derrière un front lézardé par le défaitisme, c'est par le verbe qu'il s'impose : « Je ne vous ferai pas de promesses, je ferai la guerre : voilà tout. Politique intérieure, je fais la guerre; politique extérieure, je fais la guerre »

 

Le verbe à l'Assemblée, mais aussi dans les tranchées, où il passe un tiers de son temps, ravaudant la confiance entre la troupe et les officiers, renouant ce lien armée-nation sans lequel les démocraties se liquéfient dans la lâcheté.

 

Ce bellicisme insensible au doute, inaccessible aux hypothèses de paix négociée, est au coeur du Clemenceau. C'est « l'indomptable petit vieillard » que le Kaiser désigne dans ses Mémoires comme la cause principale de la défaite allemande, c'est le chef persuadé que gagnera celui qui tiendra moralement le plus longtemps.

 

Clémenceau le meneur qui sait choisir des collaborateurs hors norme (Georges Mandel, Jules Jeanneney) et le provocateur qui obtient le soutien de tous en ne cherchant l'allégeance de personne. « Il fallait, pour qu'on s'en remît à ce lutteur effréné, que la crise atteignît le degré où tout ménagement est exclu », résume De Gaulle dans La France et son armée. Oui, il fallait avancer à l'aveugle et frapper comme un sourd, jusqu'à la reddition de l'ennemi.

 

Hélas, Clemenceau rata la paix, n'obtenant pas ce qui aurait pu éviter la Seconde Guerre mondiale (l'annexion à la France de la rive gauche du Rhin) et imposant ce qui allait la favoriser (le démembrement de l'Autriche-Hongrie). S'il avait encore vécu, aurait-il, d'un rugissement, empêché la République de se vautrer dans la poltronnerie munichoise?

 

Marcelin rencontre Clémenceau par Jean Clavel

 

Le 23 Juin 1907,  Marcelin Albert rencontre Clémenceau à Paris, et retrouve les autres prisonniers :

 

« Je viens solliciter de vous, le retrait des troupes du Midi, la mise en liberté des détenus d’Argeliès, de Ferroul, la répression des fraudes, et vous prier de tendre une main amie à la viticulture, pour le grand bien de la République ».

 

Le dimanche 23 juin Marcelin se présente aux grilles de la place Beauveau :  « Je viens voir le Président du Conseil, je suis Marcelin Albert »

 

Il est introduit aussitôt, les policiers de permanence tentent de s’emparer de lui, mais Clémenceau chasse les inspecteurs, après un échange un peu vif, Marcelin est a court d’argument, le « Tigre » dit qu’il a pleuré : Il se fait patelin : « Je suis sûr que vous êtes un honnête homme. Vous dites que vous êtes républicain, prouvez le : essayez de réunir les principales villes du Midi, les maire,s les conseillers municipaux, et proposez leur de rentrer dans la légalité. Je retirerai les troupes quand tout sera rentré dans la légalité ! Quant à la fraudes nous ferons l’impossible pour la réprimer ».

 

- Je ne refuse pas d’aller prêcher  à mes amis de rentrer dans la légalité et dans l’ordre, en leur promettant de votre part ce que vous venez de me dire. Mais je ne garanti pas de réussir… »

 

- Eh bien ! vous aurez fait votre devoir, et vous irez vous constituer prisonnier. On me traite d’assassin, mais je vous donne ma parole que force restera à la loi… »

 

Il rédige un laisser passer qu’il tend à Marcelin :

 

« J’invite les autorités civiles et militaires à laisser circuler, jusqu’à nouvel ordre, dans  toute l’étendue du territoire, M. Marcelin Albert, porteur du présent écrit, qui retourne dans le département de l’Aude pour se mettre à la disposition de la loi » A Paris le 23 Mai, (il commet l’erreur de date….)

 

- Avez-vous de l’argent ?

 

- J’ai 50 francs mais je ne sais pas si j’en aurai assez pour le voyage !!

 

Clémenceau lui tend un billet de 100 francs, fait appeler une voiture, reconduit Marcelin par une porte de la rue des Saussaies,  l’abrite d’un parapluie.

 

L’ensemble de la chronique ICI 

 

À lire : Clemenceau, chef de guerre, par Jean-Jacques Becker. Armand Colin, 224 pages, 20 euros.

 

La bande dessinée Clémenceau, chez Glénat fayard

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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20 août 2017 7 20 /08 /août /2017 06:00
Les chapitres 7 à 12 du roman de plage de l’été : Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers

(7) le milieu bordelais me gonfle… ça se voit et ça se sait. Depuis toujours les mouches à merde me tournent autour

 

Adelphine prépara mon costume, le bleu marine à revers Kennedy, ma chemise, une rose parme, mes chaussettes en fil d’Écosse, rose aussi mais plutôt fuchsia, et mes Richelieu gold. Elle tailla ma barbe à la tondeuse. « Je vais vous conduire aux Climats sur mon scooter comme ça vous serez pile poil à l’heure !

 

  • L’exactitude est la politesse des rois !

 

  • Prêt à faire le baisemain ; j’rigole chef !

 

Adelphine pilotait son petit bolide avec un art consommé de la débrouillardise, en respectant pour autant le code ce qui lui permettait d’injurier copieusement les beaufs en 4X4 et ceux aux gros culs posés sur de monstrueux scooters. Elle connaissait Paris comme ses poches. Nous arrivâmes deux minutes avant l’heure « Faites une exception à la règle, mangez tout ce qui vous fait envie, buvez bon, moi je vais faire une  razzia de livres chez Gallimard… »

 

Je montai prestement les marches des Climats où je fus accueilli avec courtoisie. Le lieu était magique. « Je déjeune avec mademoiselle de Saint-Drézéry… » et alors ce fut comme si j’avais déclaré « sésame ouvres-toi ! » les visages de mes interlocuteurs s’éclairèrent d’un large sourire. Carole, la patronne, me conduisit jusqu’à une table dans le jardin. Le temps était tendre, le ciel pur, les clients affichaient des mines réjouies. Alors que je m’apprêtais à m’asseoir je croisai le regard effaré de Lucette Durand ma banquière aux mille talents. Elle s’empourpra. Je fis celui qui ne l’avait vu, elle était en compagnie de Michel Houellebecq, d’Antoine Gallimard et d’un inconnu. On me servit des amuses bouches raffinés, le sommelier Frank-Emmanuel, très rock-and-roll, me proposa une coupe de Crémant de Bourgogne de chez Picamelot.

 

Marie de Saint-Drézéry apparut en haut des marches vêtue d’une petite robe toute simple, en popeline, blanche à petits pois rouge, avec des sandales lianes. Tous les regards convergèrent vers cette grande bringue dégingandée, tachée de son, au regard espiègle, dont le visage enfantin était bordé de tresses interminables. Frank-Emmanuel le sommelier la pilota, l’air hilare, jusqu’à moi. De nouveau je croisai le regard de ma banquière qui me fusillait. Ça me plaisait.

 

Je me levai, Marie me claqua deux bises. Nous trinquâmes à notre future collaboration et nous commandâmes :

 

Elle : araignée des côtes bretonnes, artichaut Salammbô cuit à la grecque garnie d'araignée au naturel. Onctueux de burrata et bouillon frais de crevette grise / céleri branche / crustacés…

 

Ris de veau maison Vadorin doré au sautoir croustifondant, boulgour cuisiné et jus de veau relevé d'angustura. Pâte de citron Amalfitano et ravigote d'avocat.

 

Pêche blanche florale rôtie dans un sirop aux baies des Bataks ; crème légère parfumée au Bourbon Géranium, sorbet aux pêches fraiches et siphon au crémant extra brut Gruhier.

 

Moi : homard bleu en deux services : - Queue enrobée d'un beurre doux au Noilly Prat ; fine purée d'abricots au Viré Clessé, girolles et thé vert matcha.

 

                                                            - Pince au basilic, gaspacho d'amande et concombre Battaglione.

 

Cochon Iberico entrecôte saisie au sautoir, fondue d'oignons doux des Cévennes et tempura de fleurs de courgette farcie à la ricotta et aromates. Jus court à la sauge.

 

Fraises de saison maison Bourjot, biscuit cuillère imbibé, mousseline de petit pois, marmelade et fraises au naturel ; Crème glacée à la verveine.

 

Pour le liquide ce fut :

 

  • Saint-Aubin 1er cru Les Murgers des dents de chien 2014 Dominique Derain

 

  • Vosne-Romanée les jachées 2013 Jean-Yves Bizot

 

  • Clos de Monsieur Noly PouillyFuissé 2003 Domaine Valette

 

Marie sortit de son sac à dos une chemise cartonnée qu’elle posa devant moi. « Tu liras ça à tête reposée, Tarpon. C’est une bonne synthèse de notre petite affaire… Pour ne pas te faire languir, en deux mots, je te dresse le tableau : comme tu le sais Tarpon j’ai le plus beau portefeuille de GCC de Bordeaux… mais comme tu le sais aussi le milieu bordelais me gonfle… ça se voit et ça se sait. Depuis toujours les mouches à merde me tournent autour. Les grosses, les assureurs, les zinzins, les blindés jusqu’aux yeux : Bernard, François et les autres ; les petites aussi qui me prennent pour une fofolle frivole prête à se laisser séduire par le premier con venu ; bref pas de quoi fouetter mon Lénine ! (le chat de Marie) Le fait nouveau c’est l’irruption soudaine dans ma cour d’un drôle d’oiseau : donnons-lui un nom de code pour ne pas attirer l’attention Aadvark…

 

  • Pardon, d’où tu sors ce nom d’oiseau ?

 

  • De l’afrikaans, c’est un cochon de terre, un oryctérope du Cap, sorte de fourmilier…

 

  • Tout l’art du contrepied, je te reconnais bien là Marie

 

… donc Aadvark m’a téléphoné, tout miel, faut dire qu’il venait tout juste de recevoir une nouvelle fessée judiciaire, le grand jeu avec violons, jouez hautbois et résonnez musettes… les excuses hypocrites « vraiment chère madame, je suis désolé de n’avoir pu jusqu’à aujourd’hui prendre rendez-vous avec vous qui occupez une place si particulière dans notre petit monde des GCC ; comme vous le savez je sillonne le monde et lorsque je rentre chez moi je me replonge dans mes vignes… elles sont ma vie mes vignes… je suis un terrien…» Je l’ai laissé s’essouffler avant de placer la première banderille « vous souhaitez que nous nous voyions à Paris je suppose… c’est plus discret ! » Il a protesté mollement. J’ai placé ma seconde banderille plus vénéneuse « mes lopins de terre vous intéressent… ». Grand blanc, désarçonné, il a bafouillé « Vous êtes fidèle à votre réputation, comtesse…

 

Là, mon sens n’a fait qu’un tour je l’ai mouché sèchement « laissons de côté les quartiers de noblesse car, là comme ailleurs, il faut séparer le bon grain de l’ivraie ! Ne pas mélanger les torchons et les serviettes. Cher monsieur, proposez-moi des dates, un lieu à Paris et nous nous rencontrons. Ça vous va ? » À l’autre bout, je ne sais pas lequel puisque nos fichus Smartphone n’ont plus de fil, j’ai cru entendre un ouf  de soulagement. L’homme au sécateur d’argent s’embarquant pour la Chine le lendemain me demanda si cette date me convenait et si le Grand Hôtel m’allait.

 

 Aadvark, crinière au vent, tirant sa valise à roulettes, a déboulé sous la verrière du Grand Hôtel rouge comme une pivoine. Il devait avoir bien gueuletonné. Je l’ai de suite mis à l’aise. « Cher collègue – c’est la dénomination la plus neutre que j’avais trouvé le concernant – je vous sais fort occupé, laissons de côté les préliminaires, venez-en de suite aux faits qui me valent le plaisir de cette rencontre… » Il esquissa un petit sourire avant de se jeter à l’eau.

 

Un mystérieux groupe d’investisseurs avait pris langue avec lui, via un cabinet d’avocats d’affaires américain Parker-Parker&Parker, pour racheter ses parts dans le capital de son château d’Ô. Rien de très original dans cet intérêt, Aadvark, l’air entendu, me confia que depuis le nouveau classement de saint-émilion c’était en permanence qu’on le sollicitait. Il s’épongea le front. Le fait nouveau c’est que cette proposition était assortie d’un gros bonus pour lui s’il me convainquait de vendre mon portefeuille de propriétés au même groupe… »

 

  • Pourquoi vous ?

 

  • Sans vous paraître prétentieux sans doute du fait de ma grande influence dans le vignoble…

 

  • Vous avez le bras long cher Aadvark…

 

  • J’ai toujours eu un sens aigu du service des autres, je me dévoue corps et âme pour développer la notoriété de notre beau vignoble…

 

  • Et dans le cas présent avec un putain de jackpot !

 

  • Je n’ai rien demandé…

 

  • Mais vous venez m’en parler…

 

  • Oui mais c’est pour une autre raison.

 

  • Laquelle ?

 

  • L’affaire sent mauvais…

 

(8) «Vous n’avez pas de vit entre les jambes, vous n’avez qu’un trou»

 

Nous avons parlé politique, Marie en attaquant son entrée m’a demandé « Tarpon que penses-tu de Macron ? » J’ai liché une rasade du Saint-Aubin de Derain avant de lui balancer « pour moi c’est Bonaparte qui perce sous Napoléon… Au siège de Toulon, c’est le moment, comme le dit Las Cases, où «l’histoire le prend pour ne plus le quitter» lui ce petit officier provincial. Lui le petit capitaine d’artillerie y impose un plan génial pour prendre la ville, aux mains des royalistes et des Anglais. C’est là, dans le feu de l’action, que Napoléon surgit: «Il y révèle des qualités, un tempérament, un charisme, un style même dont on ne trouve pas trace auparavant».

 

Le jeune Napoléon aurait pu n’être qu’un petit officier provincial. Mais avoir 20 ans en 1789 ouvre des perspectives. Après ses études militaires en France, il tente de faire pénétrer la Révolution en Corse, avant de gravir les échelons de l’armée française. Qu’importe sa petite taille, son air maladif, son accent. Son côté impérieux, sans réplique, en jette. Promu général, il ne fera que dévoiler l’immensité d’un talent militaire inné.

 

Impitoyable pour la discipline, c’est un harangueur né qui sait exciter «tantôt leur cupidité, tantôt leur sens de l’honneur». «Vous n’avez pas de vit entre les jambes, vous n’avez qu’un trou», hurle le général à ses troupes pendant l’expédition d’Egypte, qui raconte ensuite placidement: «Ils firent ensuite merveille à Aboukir».

 

Après le coup d’Etat du 18 Brumaire on ne cesse de se demander si Napoléon, en marchant, fait ployer la réalité sous ses pieds ou si c’est l’histoire qui «l’a pris par l’épaule et le pousse» écrit Jacques Bainville. «Je n’avais pas la folie de vouloir tordre les événements à mon système: au contraire, je pliais mon système aux événements», proclamait le consul. Bonaparte est surtout un stratège qui repère les faiblesses du système et calcule le meilleur timing pour réussir sa percée.

 

Le problème de Macron c’est qu’il ne dispose pas en magasin d’un Talleyrand et d’un Fouché, à ses côtés ; ni d’un Barras, ni d’un Sieyès, ces autres grands révolutionnaires qui, chacun leur tour, s’effacèrent sur son chemin.

 

Macron ne sera-t-il qu’un météore ? Lui qui est parti de si loin du pouvoir pour parvenir aux cimes, «à force de volonté, de travail et de talent» je ne sais pas mais ce que je sais c’est que ce putain de pays, peuplé de gueulards, de jamais contents, de petits profiteurs du système, avait besoin d’un mec qui lui botte le cul.

 

« Tarpon tu gagnes à être connu, moi qui ne suis pas vraiment branché politique je ne suis pas loin de penser que t’as raison. J’en ai ras la coupe des ce n’est pas de ma faute, des insoumis de salon, ce connard de Miller, des vieux chevaux de retour du communisme, et ne parlons pas de ces raclures de pelle à merde que sont les nationalo-populistes, ce connard de Collard, visqueux et merdeux. Je n’aime pas Macron mais quand tu vois ce Mélenchon qui n’a jamais rien branlé de sa vie, plante en pot  de ce vieux s’attrape de Mitterrand, me fais gerber.

 

Comment tu trouves la tortore ici Tarpon ? »

 

  • Je vais en faire ma cantine.

 

  • Un détail Tarpon, important pour la suite de notre affaire : il faut que tu t’habilles en surmesure et que tu te chausses de John Lobb

 

  • Tu veux que je me fillonnise…

 

  • Sauf que t’as les moyens de te passer des services d’un Robert Bourgi pour te les offrir.

 

  • Tu n’aimes pas mes costars Paul Smith ?

 

  • Ce n’est pas une question de goût Tarpon mais tu vas chaluter dans un milieu où ça ferait un peu miteux. Les nouveaux riches ne s’habillent pas en prêt-à-porter.

 

  • Adelphine va s’en occuper.

 

  • Tu devrais l’appeler pour qu’elle vienne prendre le café avec nous car je pense qu’elle nous sera utile dans notre dispositif.

 

  • Elle va être ravie !

 

L’irruption d’Adelphine dans le jardin des Climats ne passa pas inaperçu, surtout aux yeux furibards de Lucette Durand ma féroce banquière. J’allais passer un sale quart d’heure lors de l’examen hebdomadaire de mes placements. Adelphine salua Houellebecq, lui chuchota même quelque chose à l’oreille.

 

Marie remit l’affaire sur le tapis « Aadvark est dans la fausse à lisier jusqu’aux oreilles car ce con a mis le fouille-merde de Vincent Touron sur le coup.

 

  • Bon choix, c’est un pervers polymorphe, en plus il a besoin d’oseille depuis ses déboires avec les kolkhoziens.

 

  • Sauf que Touron a disparu…      

(9) employer cette raclure de Touron pour une affaire de cette dimension c’est comme si tu demandais à Nabila de postuler à la médaille Fields

 

- Dis-moi pimprenelle tu dragues Houellebecq ?

 

- Boss vous déraillez, je lui ai glissé à l’oreille « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : « Dieu a voulu des inégalités pas des injustices » disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. »

 

- « Extension du Domaine de la lutte » !

 

- Ce n’est pas une agence de recherches que tu devrais tenir Tarpon mais un think tank, vous êtes géniaux tous les deux. J’ai fait le bon choix…

 

- Qu’attends-tu de nous ?

 

- Que vous me disiez ce que vous pensez  de ce Pouilly-Fuissé 2003 du Domaine Valette ?

 

- C’est de la bombe j’en prends une caisse ! Adelphine dégainait toujours très vite.

 

S’ensuivi un vif débat sur les vins nature auquel participa Franck-Emmanuel. Adelphine, toujours conciliante, médiatrice née, ramena tout le monde à la raison en proposant une dégustation de pur jus nature rue Charles Floquet « je me suis constitué une cave aux petits oignons… ce sera une vraie tuerie… »

 

Moi, rabat-joie, je rétorquais « à propos de tuerie Marie, quel est le cahier des charges de notre mission sur la goûteuse affaire de notre ami Aadvark ?

 

« Toi, Tarpon tu vas filer jusqu’à Saint-Émilion où tu inviteras Aadvark à déjeuner, au Logis de la Caserne, pour lui faire la même proposition que le cabinet d’avocats Parker-Parker&Parker

 

  • Donc Aadvark ignorera que nous sommes en cheville…

 

  • Tu piges vite Tarpon. Je veux savoir ce qu’il a dans le ventre, s’il ne me mène pas en bateau. Ta proposition va le déstabiliser. À toi de jouer serré. Ensuite nous verrons si nous avons ferré le poisson.

 

  • Et Touron qu’est-ce qu’on en fait ?

 

  • Rien ! On s’en branle de ce minable…

 

  • Et moi je fais quoi dans ton scénario Marie ? Adelphine, qui s’empiffrait de fraises ramenait sa fraise.

 

  • Tu vas marquer Aadvark à la culotte, tu ne le lâches pas une seule seconde. J’ai fait « pucer » ses smartphones il sera en permanence géolocalisé.

 

  • Ok, mais comme il bouge tout le temps, toujours entre deux avions, comment savoir ?

 

  • T’inquiètes pas Adelphine j’ai des taupes bien placées qui nous informerons de l’agenda d’Aadvark.

 

  • Marie tu crois vraiment que je vais être crédible en tant que mandataire d’investisseurs ? Ma raison sociale « Eugène Tarpon Jr Conseil en Affaires réservées » ça ne fait pas très sérieux auprès d’un gros poisson comme Aadvark…

 

  • Détrompetoi Tarpon, primo il n’est pas si futé que ça notre châtelain, déjà employer cette raclure de Touron pour une affaire de cette dimension c’est comme si tu demandais à Nabila de postuler à la médaille Fields ; deuxio, son ego bodybuildé fait qu’il est facile à piéger, rappelletoi la Isabelle ; tertio, comme t’as pignon sur rue dans un quartier huppé il va être impressionné, il est fasciné par les paillettes ; quarto, tu sors de nulle part, ça pourrait être un handicap mais là, j’en suis persuadé, c’est un plus auprès d’Aadvark qui, s’il est mouillé dans la combine, ne va rien comprendre au film. Il va se poser plein de questions auxquelles il ne pourra répondre, s’imaginer qu’il est piégé, paniquer…

 

Adelphine était aux anges « c’est vachement mieux que le CAPES. Tu m’imagines Marie, prof dans le neuf 3, sauf à me la jouer à la Norek, je serais en train de bouffer au Mac Do avec un conseiller d’orientation boutonneux. Déprime assurée, j’espère que je vais être à la hauteur ! »

 

Julien le chef des Climats se pointait à notre table. Marie et Adelphine l’accaparaient, faut dire qu’il est beau gosse le Julien. Ils parlèrent bons produits. Moi je mis en chauffe un Puros en me disant qu’enfin j’accédais au monde dont je rêvais.

 

Me glisser dans la peau de…

 

James Hadley Chase, doté d’un patronyme banal René Brabazon Raymond, ne se rendra en Amérique pour la première fois en 1965 et pourtant « il continuait à rêver son Amérique, grâce à des plans de villes et des guides, définissant une sorte de paysage mental où, implacablement, il menait d’une main de fer des intrigues surprenantes. »

 

« Il dit aimer l’argent, la bonne chair et les vins de Bordeaux. C’est un gentleman d’un mètre quatre-vingts, le teint rouge brique, cheveux poivre et sel, moustache soignée. » 

 

Chandler, lui, est bien américain « Et si vous allez jusqu’à Los Angeles, la ville des anges, travelos, amateurs de poudre, n’oubliez surtout pas le guide, Raymond Chandler, l’homme aux gants de coton blanc. Il y a vécu, déménageant sans cesse, et son héros aux noms multiples (Mallory, Carmady, John Dalmas) qui finit par trouver son identité, sous les traits de Philippe Marlowe, « l’homme complet, inhabituel, un homme d’honneur », y connut une existence fictive faite de mouvements et de filatures, de fuites de cavalcades et de dérives, résumés par le rictus d’Humphrey Bogart. »

 

Sortir enfin de mes rêves, entrer de plain-pied dans la réalité !

 

Oui la réalité, le problème immédiat et urgent à régler c’était de commander mes costards sur-mesure, mes chemises fil à fil et mes John Lobb. Marie avait tout programmé et Adelphine me traîna dans les bons endroits. Il me fallait programmer ma descente sur Saint-Émilion.

 

Pour bien préparer cette séquence déterminante je décidai de constituer une task-force avec Isabelle, Alain, Jean-Luc et François, d’éminents spécialistes des bas-fonds de Saint-Émilion et, bien sûr, grands connaisseurs d’Aadvark…

 

(10) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin

 

Si Tarpon savait, mon profil sur face de bouc était bidouillé, arrangé à ma sauce pour planquer mes nobles origines. En effet, mon géniteur est le comte Enguerrand de Tanguy du Coët qui m’a prénommé Pervenche comme sa maîtresse. Ma sainte et soumise mère souhaitait Adelphine comme sa bien-aimée grand-mère, et bien sûr elle abdiqua. M’attribuer cet étrange prénom c’était lui rendre justice, pour Sarrazin c’était un mélange entre Albertine, l’auteur de l’Astragale, et mon amour pour les galettes de blé noir. 

 

Pour le reste je m’en étais tenu à la réalité.

 

J’avais aussi omis de signaler que j’étais l’auteure d’un mémoire très engagé :

 

« Le métayage ou la survivance du servage au profit des grands latifundiaires de la noblesse ».

 

Cet opus touffu, gentiment orienté, avait bien évidemment comblé d'aise mon comte de père qui comptait parmi les plus grands propriétaires foncier de la région et qui, à ce titre, présidait la section des bailleurs ruraux.

 

Joseph Potiron, qui m'avait guidé et conseillé pour ce travail, représentait l'image vivante de la pertinence de ma thèse. Les Potiron c’était, comme le disait Joseph, avec un sourire, une vraie famille, solide, où le patriarche, Donatien, soixante et onze ans, avait appris à ses sept enfants  « à ne pas être des valets ».

 

Dans ce pays, où la vigne voisine les vaches et des boisselées de blé, la cave est un lieu entre parenthèses. Au café, les joueurs d'aluette, se contentaient de « baiser » des fillettes, ce qui, dans le langage local, consiste à descendre petit verre après petit verre, des petites bouteilles d'un tiers de litre à gros culot, emplies de Gros Plant ou de Muscadet. Ils picolaient.

 

À la cave, le rituel était différent. Certes c'était aussi un lieu d'hommes mais le vin tiré directement de la barrique s'apparentait à une geste rituelle, c'était un soutien à la discussion. Dans la pénombre, le dimanche après-midi, tels des conspirateurs, les hommes déliaient leur langue. Ces « peu diseux » disaient ; ils se disaient, ce qu'ils n'osaient dire à l'extérieur. Échappant à la chape qui pesait sur eux depuis des millénaires, ils se laissaient aller. Les maîtres et leurs régisseurs en prenaient pour leur grade, surtout ces derniers, supplétifs visqueux et hypocrites. Ces hommes durs et honnêtes se donnaient la main pour soustraire du grain à la part du maître. Le curé, lui aussi, recevait sa dose, en mots choisis, il ne fallait pas blasphémer tout de même. Pour lui taper sur le râble, ils raillaient leurs bonnes femmes, culs bénites, auxiliaires dévotes de leur servitude. Et quand le vin les y poussait un peu, les plus chauds, versaient dans leurs exploits de braguette.

 

Chez les Potiron, la JAC aidant, leur prosélytisme un peu naïf, ce tout est politique, avait bien du mal à briser la carapace de servitude affichée par beaucoup de ces hommes méfiants vis à vis de l'action collective. Alors le Joseph il donnait l'exemple, se surexposait, ne se contentant pas de récriminer dans le dos des maîtres. Syndicalement il leur tenait tête. Qui peut imaginer aujourd'hui que le Joseph s'était trimballé dans le patelin avec un drapeau rouge flottant sur son tracteur ? On l'avait traité de communiste, ce qu'il n'était pas. Comme dans l'Espagne de la guerre civile les bonnes âmes lui ont taillé un costard de quasi-violeur de bonnes sœurs.

 

C’était mon quart d’heure politique…

 

Le cambouis m’attendait.

 

Comme j’allais devoir, sans doute, beaucoup voyager au cul d’Aadvark, donc être contrainte d’utiliser mes vrais papiers d’identité j’ai été obligé de tout déballé à Tarpon qui s’est gondolé « c’est tout bon, si, pour une raison ou pour une autre, tu es dans l’obligation d’entrer en contact avec ta cible, ta particule et tes vrais quartiers de noblesse ça le fera bander… »

 

Pour autant je n’allais pas abandonner Adelphine Sarrazin dans la peau de laquelle je m’étais glissée avec délice, j’ai donc décidé d’ouvrir un blog le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin, où chaque jour je consignerais ma filature d’Aadvark.

 

Le 4 août : ma rencontre avec Houellebecq

 

« Ce Houellebecq m'avait dérangé. Il m'énervait même si son style atone, minimal, s'élevait parfois jusqu'à devenir Bovien. Son Tisserand, l'un de ses personnages, venait de détruire mon postulat de la laideur. Ce type « dont le problème - le fondement de sa personnalité, en fait - c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… » Ce type grotesque, lamentable, j'avais envie de tirer la chasse d'eau sur lui mais je ne pouvais pas. Que pouvait-il faire ce laid, en dehors de se résigner, d'épouser une moche, d'aller aux putes ou de devenir riche ?

 

Note de lecture d’Extension du domaine de la lutte

 

Je reçois à l’instant un e-mail d’une de nos gorges profondes de Saint-Émilion « Avant de disparaître Touron aurait été vu dans un bar-tabac de Libourne, en compagnie d’un vigneron naturiste ramenard avec lequel il est en cheville, rond comme une queue pelle… »

(11) Ben ouais, dans ses vieilles pierres, Saint-Émilion n’était qu’un village, un beau trou.

 

Le réseau très fourni de Marie chez les people parisien m’a permis d’accéder très facilement à Aadvark, je lui ai placé au téléphone un name dropping étincelant, que du lourd, qui lui a fait accepter ce déjeuner au Logis de la Caserne. Ce qui m’a étonné c’est qu’il ne m’a pas interrogé sur les motifs de mon invitation, il faut dire que je m’étais présenté comme un grand amateur désireux de bénéficier de ses incomparables lumières de winemaker international.

 

Adelphine m’avait mijoté une fiche aux petits oignons sur tout ce qu’il fallait savoir sur saint-émilion, les hommes qui comptent, les amitiés et les inimitiés, le classement bien sûr et sur le château d’Ô ainsi que ses petits frères. J’ai lu l’opus de Saporta. Mon seul souci portait surtout sur mes capacités à jouer un grand amateur crédible face au monument qu’est le vin le vin d’Aadvark, très tendance Parker. Avant de partir pour Libourne, afin d’être à la hauteur je me suis entraîné, mais mes papilles habituées au vin nature regimbaient. Pour les commentaires ce fut plus simple, je potassai les dithyrambes de Butane&Degaz, et les léchages de cul du petit Nicolas Derrien.

 

Pour calmer mes angoisses j’ai un peu trop picolé.

 

Le lendemain matin dans le TGV Paris-Libourne j’étais frais comme une limande de supermarché délaissée, l’œil vitreux, la bouche pâteuse et de brutales envies de pisser. Au bar, où je me rinçais à l’eau minérale, une conversation captait mon attention. Il y était question du propriétaire du château d’Ô, plus précisément de sa nouvelle moitié, « d’une vulgarité à décoiffer les adeptes les plus chics du Ferret » sic je cite. S’en suivait une revue d’effectifs complète sur un phénomène qui semblait fort répandu sur ce terroir d’exception : « les secondes épouses des propriétaires en retour d’âge ». Passionnant ! J’emmagasinais dans ma petite tête le fruit de ce name dropping ferroviaire émanant de deux nanas connectées.

 

En découvrant la gare de Libourne mon seul qualificatif fut : minable ! En la matière je suis un grand expert. Aucun taxi à l’horizon, je restais un moment planté comme un cierge sur le parking dans l’espoir d’en voir s’en pointer un. Comme une envie de foutre le camp, je hais la province, les routes départementales, les prés, un côté Jean Yanne très prononcé.

 

Libourne c’était Robert Boulin, une des énigmes de la Ve ?

 

Boulin le « parachuté » doté d’une envergure nationale qui avait dû tenir compte du « patriotisme de clocher » en « jouant le jeu » des spécificités du monde du vin libournais. « il a dû également prendre en compte les rivalités de territoires, entre les appellations, les « bons » terroirs et les terroirs banals, « les gros » et les « petits », nombreux dans un Libournais caractérisé souvent par de petites exploitations dotées d’un relief pentu qui compliquait le travail de la vigne, les concurrences multiples d’images de marque, de caractéristiques vinicoles, les rivalités entre le monde du négoce et celui des coopératives (désormais relativement puissantes quoique, à cette époque, fragmentées). Il a dû aussi respecter le chauvinisme du St-Émilionnais, marqué à la fois par un « petit peuple » de vignerons et certaines appellations moins prestigieuses et par une « bourgeoisie » articulée autour de domaines et appellation renommés et surtout d’un réseau de sociabilité dense (compagnonnage, Crédit Agricole) animé à cette époque par la dynastie Capdemourlin : Jean Capdemourlin présidait le Syndicat viticole de St-Émilion et animait la Jurade (recrée en 1948). »

 

L’autre facette de l’action de Boulin en faveur du monde du vin tient aussi à son positionnement par rapport à Chaban-Delmas, l’homme de Bordeaux, et le restant du personnel politique local, tel le centriste Aymar Achille-Fould. Il devient le « passeur » des demandes des professionnels, « il se voit investi d’une mission indicible mais réelle de porte-parole des campagnes au sein de la majorité parlementaire et auprès de la technocratie des Ministères. Ce lobbying viticole très territorialisé va marquer durablement la perception qu’auront nos concitoyens du monde du vin et faire accroire qu’il existe un lobby puissant du vin alors qu’il ne s’agit qu’un conglomérat de circonstances de baronnies locales.

 

Une voix derrière moi me tira de mes souvenirs historiques :

 

  • Monsieur Tarpon ? 

 

  • Lui-même.

 

  • Marie m’a demandé de vous convoyer.

 

  • Merci.
  •  

J’avais reconnu l’une des gorges profondes de Saint-Emilion dont je tairais le nom et n’en ferait aucune description afin de ne pas le griller. Dans son auto bien ordinaire pour un châtelain, en peu de mots il me dressa le portrait d’Aadvark, ironique, réaliste, illustré par une description pointue du panier de crabes familial de notre homme. Il me déposa discrètement à l’entrée du village.

 

Ben ouais, dans ses vieilles pierres, Saint-Émilion n’était qu’un village, un beau trou. Ça sentait, dès le matin, le touriste en chenilles débarqué par une fournée d’autocars. Les boutiques à pinard de luxe étalaient une chiée lassante de boutanches aux étiquettes rutilantes. Ma dose de caféine baissant dangereusement j’errai dans la bourgade pour trouver un boui-boui digne de ce nom, pas envie de m’asseoir en terrasse en compagnie d’un club du 3e âge. Enfin, dans ce qui devait être la rue principale je repérai un café-tabac-journaux plus adapté à la délivrance d’un caoua démocratique.

 

Les conversations se figèrent. Je saluai la patronne et la clientèle au sein de laquelle je reconnus deux de mes gorges profondes, dont mon chauffeur, qui me retournèrent mon bonjour sans rien laisser paraître. Pour faire couleur locale, les bars ça me connaît j’y ai fait pilier pendant des années, je balançai à mes voisins des sujets tartes à la crème : le temps qu’il fait, les bouchons du chassé-croisé, les incendies de forêt… sans grand succès… dépité je lançai « et Brigitte Macron qu’est-ce-que vous en pensez ? »

 

Succès assuré, c’était parti comme en 14, seules mes deux gorges profondes se taisaient en me lançant des regards affligés. Mes vieux démons revenus en force ne donnaient pas de moi une image conforme à mon statut d’apporteur d’affaires. Il fallait que je me reprenne sinon j’allais tout faire foirer. Je payai, saluai et décidai d’aller explorer quelques boutiques à GCC pour tuer le temps avant le déjeuner.

 

Dans l’une d’elle je suis tombé sur le couple d’enfer Périco Légasse-Natacha Polony qui,  renseignements pris, venait de débarquer pour faire dans la soirée un juteux « ménage » pour le compte d’un château propriété d’une compagnie d’assurances. Avec mon air le plus mielleux je couvris l’imbus de compliments ampoulés ce qui le fit se rengorger et je crus qu’il allait s’envoler tel la montgolfière de Mgr Ricard lors du baptême des cloches du château d’Ô. Entre nous je trouvai la Polony vulgaire.

 

L’heure était venue de me rendre au Logis de la caserne.

 

(12) à propos, saviez-vous que la gendarmerie de Libourne vient d’ouvrir une enquête sur la disparition de Touron ?

 

Ce déjeuner était pour moi une première, après mûre réflexion et approbation de Marie, j’avais opté pour une stratégie attentiste : voir venir, attendre le moment favorable pour porter l’estocade. Plutôt que d’étaler ma science toute fraîche, avec le risque de commettre des bourdes, j’ai laissé Aadvark venir à moi en me contentant de placer, à bon escient, de pertinentes remarques montrant que je n’étais pas un perdreau de l’année en matière de GCC. Mon seul souci résidait dans le fait que je me devais de boire, de déguster, pour cadrer avec mon statut de grand amateur, le vin d’Aadvark, très tendance Parker bodybuildé. Ce que je fis, à petites lampées, en émettant de brefs commentaires extatiques qui eurent l’heur de plaire à Aadvark qui avait un bon coup de fourchette et une bonne descente.

 

Le dindon devrait être à point au dessert je le laissai donc s’épandre et se répandre, se laisser de plus en plus aller dans la conversation. Je me garderai bien de transcrire les horreurs qu’il me livra sur une putain de salope qui l’avait roulé salement dans la farine, l’avait humilié au Palais. Moi, j’opinais, il était chaud bouillant tant et si bien qu’il me proposa de m’introniser à la prochaine Jurade. « C’est trop d’honneur cher ami, si je puis me permettre cette familiarité… » Aadvark se rengorgea, dans mon fors intérieur je me suis dit c’était le moment de le prendre à contre-pied.

 

C’est pile poil l’instant où le grain de sable se glissa dans ma belle mécanique : Aadvark s’était soudain redressé en affichant un sourire béat « J’ai demandé à ma douce et tendre de nous rejoindre pour le dessert… ». En me relevant, je réprimai difficilement un rictus de désagrément avant pratiquer un baisemain des plus conventionnels. Marie m’avait entrainé, ça peut te servir dans ce milieu qui se la pète m’avait-elle dit. Elle avait raison. Aadvark fit avancer un Yquem d’un millésime dont je ne me souviens pas. Je hais ces putains de millésimes !

 

Que faire ?

 

Battre en retraite en bon ordre en attendant une situation favorable ?

 

Impossible !

 

L’urgence impliquait que j’aille au charbon.

 

Je déteste les liquoreux !  Première estimation : « la vulgaire à décoiffer les adeptes les plus chics du Ferret… » n’était pas si vulgaire que ça et surtout c’était elle qui portait la culotte… Blitzkrieg ! Foncer dans la brèche. C’est à elle que m’adressai « Je fais un étrange métier chère madame, il est assez frustrant, je vais à la pêche au gros…

 

  • J’adore la pêche au gros monsieur Tarpon !

 

  • Sauf que tu ne la pratiques pas…

 

Le ton ironique confortait ma stratégie. J’embrayais avec le même ton qu’elle « sauf chère madame que les gros poissons que je chasse, façon de parler, c’est vous…

 

  • Nous ! s’exclamèrent-ils de concert.

 

Sans leur laisser le temps de reprendre leur souffle je déballais ma marchandise. Aadvark, interdit, virait du cramoisi au rouge brique ; elle ne cillait pas sauf qu’à la fin elle s’exclama :

 

  • C’est une épidémie !

 

  • Pardon…
  •  

Aadvark en dépit d’un état d’attrition avancé, réussit tout de même à bafouiller « admettez que votre marché est très surprenant…

 

  • J’en conviens mais, si j’ai bien saisi la remarque de madame, c’est du réchauffé…

 

  • Vous allez vite en besogne Tarpon…

 

  • Cesse de jouer les vierges effarouchées nous sommes la cible d’un tir groupé, laissons monsieur Tarpon nous dire qui le mandate…

 

  • Je ne sais pas !

 

  • Vous vous fichez de nous !

 

  • Absolument pas, mon cabinet a reçu pour mission de tâter le terrain.

 

  • Mais cette mission ne vous est pas tombée du ciel via l’archange Gabriel

 

  • Bien sûr, tout ce que je puis vous révéler c’est que lors de la visite de Poutine à Versailles, où j’étais invité, un membre du cabinet de Macron m’a remis un pli.

 

  • Les Russes alors ?

 

  • Je l’ignore…

 

  • Comment ferez-vous pour transmettre notre réaction à vos ou votre mystérieux mandataire ?

 

  • Il me recontactera. Je lui répondrai qu’il n’est pas le premier sur le coup…

 

  • Pas si vite, pas si vite Tarpon… discutons…

 

Et nous avons discuté.

 

Le poisson était ferré me restait plus qu’à attendre pour le remonter ou non. Mon seul souci en quittant pédestrement le Logis de la Caserne : qui était le poisson : Aadvark ou son omniprésente moitié ? Les deux ?

 

Allais-je trancher ce nœud gordien ou suivre mon intuition ?

 

Je consultai par téléphone la gorge profonde qui m’avait convoyé, elle confirma à 100 % mon intuition : il nous fallait concentrer nos investigations sur la permanentée d’Aadvark. Nous lui attribuâmes le nom de code d’Agrippine. Toujours des A, allez savoir pourquoi !

 

Julia Agrippina dite Agrippine la Jeune, née le 6 novembre 15 apr. J.-C. à Ara Ubiorum – morte assassinée dans sa villa de Baule près de Baies sur ordre de Néron entre le 19 et le 23 mars 59, est la sœur de Caligula, empereur de 37 à 41, l’épouse de Claude, empereur de 41 à 54, et la mère de Néron, empereur de 54 à 68. Elle est en outre la descendante directe d’Auguste, empereur de 27 av. J.-C. à 14, et petite-nièce et petite-fille adoptive de Tibère, empereur de 14 à 37.

 

 

Dare-dare je convoquai Adelphine sur zone pour prendre en charge la filoche d’Agrippine, ce que je ne pouvais faire puisqu’elle me connaissait. Marie actionna ses infiltrés au château d’Ô pour qu’ils nous informent en temps réel des déplacements d’Agrippine.

 

Le soir-même nous étions tous en place. Nous allâmes tous discrètement dîner dans l’un des châteaux de Marie. L’ambiance était joyeuse, nous carburions aux vins nu, lorsque l’une de nos gorges profondes disent « à propos, saviez-vous que la gendarmerie de Libourne vient d’ouvrir une enquête sur la disparition de Touron ? »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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19 août 2017 6 19 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (12)

(12) à propos, saviez-vous que la gendarmerie de Libourne vient d’ouvrir une enquête sur la disparition de Touron ?

 

Ce déjeuner était pour moi une première, après mûre réflexion et approbation de Marie, j’avais opté pour une stratégie attentiste : voir venir, attendre le moment favorable pour porter l’estocade. Plutôt que d’étaler ma science toute fraîche, avec le risque de commettre des bourdes, j’ai laissé Aadvark venir à moi en me contentant de placer, à bon escient, de pertinentes remarques montrant que je n’étais pas un perdreau de l’année en matière de GCC. Mon seul souci résidait dans le fait que je me devais de boire, de déguster, pour cadrer avec mon statut de grand amateur, le vin d’Aadvark, très tendance Parker bodybuildé. Ce que je fis, à petites lampées, en émettant de brefs commentaires extatiques qui eurent l’heur de plaire à Aadvark qui avait un bon coup de fourchette et une bonne descente.

 

Le dindon devrait être à point au dessert je le laissai donc s’épandre et se répandre, se laisser de plus en plus aller dans la conversation. Je me garderai bien de transcrire les horreurs qu’il me livra sur une putain de salope qui l’avait roulé salement dans la farine, l’avait humilié au Palais. Moi, j’opinais, il était chaud bouillant tant et si bien qu’il me proposa de m’introniser à la prochaine Jurade. « C’est trop d’honneur cher ami, si je puis me permettre cette familiarité… » Aadvark se rengorgea, dans mon fors intérieur je me suis dit c’était le moment de le prendre à contre-pied.

 

C’est pile poil l’instant où le grain de sable se glissa dans ma belle mécanique : Aadvark s’était soudain redressé en affichant un sourire béat « J’ai demandé à ma douce et tendre de nous rejoindre pour le dessert… ». En me relevant, je réprimai difficilement un rictus de désagrément avant pratiquer un baisemain des plus conventionnels. Marie m’avait entrainé, ça peut te servir dans ce milieu qui se la pète m’avait-elle dit. Elle avait raison. Aadvark fit avancer un Yquem d’un millésime dont je ne me souviens pas. Je hais ces putains de millésimes !

 

Que faire ?

 

Battre en retraite en bon ordre en attendant une situation favorable ?

 

Impossible !

 

L’urgence impliquait que j’aille au charbon.

 

Je déteste les liquoreux !  Première estimation : « la vulgaire à décoiffer les adeptes les plus chics du Ferret… » n’était pas si vulgaire que ça et surtout c’était elle qui portait la culotte… Blitzkrieg ! Foncer dans la brèche. C’est à elle que m’adressai « Je fais un étrange métier chère madame, il est assez frustrant, je vais à la pêche au gros…

 

  • J’adore la pêche au gros monsieur Tarpon !

 

  • Sauf que tu ne la pratiques pas…

 

Le ton ironique confortait ma stratégie. J’embrayais avec le même ton qu’elle « sauf chère madame que les gros poissons que je chasse, façon de parler, c’est vous…

 

  • Nous ! s’exclamèrentils de concert.

 

Sans leur laisser le temps de reprendre leur souffle je déballais ma marchandise. Aadvark, interdit, virait du cramoisi au rouge brique ; elle ne cillait pas sauf qu’à la fin elle s’exclama :

 

  • C’est une épidémie !

 

  • Pardon…

 

Aadvark en dépit d’un état d’attrition avancé, réussit tout de même à bafouiller « admettez que votre marché est très surprenant…

 

  • J’en conviens mais, si j’ai bien saisi la remarque de madame, c’est du réchauffé…

 

  • Vous allez vite en besogne Tarpon…

 

  • Cesse de jouer les vierges effarouchées nous sommes la cible d’un tir groupé, laissons monsieur Tarpon nous dire qui le mandate…

 

  • Je ne sais pas !

 

  • Vous vous fichez de nous !

 

  • Absolument pas, mon cabinet a reçu pour mission de tâter le terrain.

 

  • Mais cette mission ne vous est pas tombée du ciel via l’archange Gabriel

 

  • Bien sûr, tout ce que je puis vous révéler c’est que lors de la visite de Poutine à Versailles, où j’étais invité, un membre du cabinet de Macron m’a remis un pli.

 

  • Les Russes alors ?

 

  • Je l’ignore…

 

  • Comment ferezvous pour transmettre notre réaction à vos ou votre mystérieux mandataire ?

 

  • Il me recontactera. Je lui répondrai qu’il n’est pas le premier sur le coup…

 

  • Pas si vite, pas si vite Tarpon… discutons…

 

Et nous avons discuté.

 

Le poisson était ferré me restait plus qu’à attendre pour le remonter ou non. Mon seul souci en quittant pédestrement le Logis de la Caserne : qui était le poisson : Aadvark ou son omniprésente moitié ? Les deux ?

 

Allais-je trancher ce nœud gordien ou suivre mon intuition ?

 

Je consultai par téléphone la gorge profonde qui m’avait convoyé, elle confirma à 100 % mon intuition : il nous fallait concentrer nos investigations sur la permanentée d’Aadvark. Nous lui attribuâmes le nom de code d’Agrippine. Toujours des A, allez savoir pourquoi !

 

Julia Agrippina dite Agrippine la Jeune, née le 6 novembre 15 apr. J.-C. à Ara Ubiorum – morte assassinée dans sa villa de Baule près de Baies sur ordre de Néron entre le 19 et le 23 mars 59, est la sœur de Caligula, empereur de 37 à 41, l’épouse de Claude, empereur de 41 à 54, et la mère de Néron, empereur de 54 à 68. Elle est en outre la descendante directe d’Auguste, empereur de 27 av. J.-C. à 14, et petite-nièce et petite-fille adoptive de Tibère, empereur de 14 à 37.

 

Dare-dare je convoquai Adelphine sur zone pour prendre en charge la filoche d’Agrippine, ce que je ne pouvais faire puisqu’elle me connaissait. Marie actionna ses infiltrés au château d’Ô pour qu’ils nous informent en temps réel des déplacements d’Agrippine.

 

Le soir-même nous étions tous en place. Nous allâmes tous discrètement dîner dans l’un des châteaux de Marie. L’ambiance était joyeuse, nous carburions aux vins nu, lorsque l’une de nos gorges profondes disent « à propos, saviez-vous que la gendarmerie de Libourne vient d’ouvrir une enquête sur la disparition de Touron ? »

 

à suivre...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (11)

(11) Ben ouais, dans ses vieilles pierres, Saint-Émilion n’était qu’un village, un beau trou.

 

Le réseau très fourni de Marie chez les people parisien m’a permis d’accéder très facilement à Aadvark, je lui ai placé au téléphone un name dropping étincelant, que du lourd, qui lui a fait accepter ce déjeuner au Logis de la Caserne. Ce qui m’a étonné c’est qu’il ne m’a pas interrogé sur les motifs de mon invitation, il faut dire que je m’étais présenté comme un grand amateur désireux de bénéficier de ses incomparables lumières de winemaker international.

 

Adelphine m’avait mijoté une fiche aux petits oignons sur tout ce qu’il fallait savoir sur saint-émilion, les hommes qui comptent, les amitiés et les inimitiés, le classement bien sûr et sur le château d’Ô ainsi que ses petits frères. J’ai lu l’opus de Saporta. Mon seul souci portait surtout sur mes capacités à jouer un grand amateur crédible face au monument qu’est le vin le vin d’Aadvark, très tendance Parker. Avant de partir pour Libourne, afin d’être à la hauteur je me suis entraîné, mais mes papilles habituées au vin nature regimbaient. Pour les commentaires ce fut plus simple, je potassai les dithyrambes de Butane&Degaz, et les léchages de cul du petit Nicolas Derrien.

 

Pour calmer mes angoisses j’ai un peu trop picolé.

 

Le lendemain matin dans le TGV Paris-Libourne j’étais frais comme une limande de supermarché délaissée, l’œil vitreux, la bouche pâteuse et de brutales envies de pisser. Au bar, où je me rinçais à l’eau minérale, une conversation captait mon attention. Il y était question du propriétaire du château d’Ô, plus précisément de sa nouvelle moitié, « d’une vulgarité à décoiffer les adeptes les plus chics du Ferret » sic je cite. S’en suivait une revue d’effectifs complète sur un phénomène qui semblait fort répandu sur ce terroir d’exception : « les secondes épouses des propriétaires en retour d’âge ». Passionnant ! J’emmagasinais dans ma petite tête le fruit de ce name dropping ferroviaire émanant de deux nanas connectées.

 

En découvrant la gare de Libourne mon seul qualificatif fut : minable ! En la matière je suis un grand expert. Aucun taxi à l’horizon, je restais un moment planté comme un cierge sur le parking dans l’espoir d’en voir s’en pointer un. Comme une envie de foutre le camp, je hais la province, les routes départementales, les prés, un côté Jean Yanne très prononcé.

 

Libourne c’était Robert Boulin, une des énigmes de la Ve ?

 

Boulin le « parachuté » doté d’une envergure nationale qui avait dû tenir compte du « patriotisme de clocher » en « jouant le jeu » des spécificités du monde du vin libournais. « il a dû également prendre en compte les rivalités de territoires, entre les appellations, les « bons » terroirs et les terroirs banals, « les gros » et les « petits », nombreux dans un Libournais caractérisé souvent par de petites exploitations dotées d’un relief pentu qui compliquait le travail de la vigne, les concurrences multiples d’images de marque, de caractéristiques vinicoles, les rivalités entre le monde du négoce et celui des coopératives (désormais relativement puissantes quoique, à cette époque, fragmentées). Il a dû aussi respecter le chauvinisme du St-Émilionnais, marqué à la fois par un « petit peuple » de vignerons et certaines appellations moins prestigieuses et par une « bourgeoisie » articulée autour de domaines et appellation renommés et surtout d’un réseau de sociabilité dense (compagnonnage, Crédit Agricole) animé à cette époque par la dynastie Capdemourlin : Jean Capdemourlin présidait le Syndicat viticole de St-Émilion et animait la Jurade (recrée en 1948). »

 

L’autre facette de l’action de Boulin en faveur du monde du vin tient aussi à son positionnement par rapport à Chaban-Delmas, l’homme de Bordeaux, et le restant du personnel politique local, tel le centriste Aymar Achille-Fould. Il devient le « passeur » des demandes des professionnels, « il se voit investi d’une mission indicible mais réelle de porte-parole des campagnes au sein de la majorité parlementaire et auprès de la technocratie des Ministères. Ce lobbying viticole très territorialisé va marquer durablement la perception qu’auront nos concitoyens du monde du vin et faire accroire qu’il existe un lobby puissant du vin alors qu’il ne s’agit qu’un conglomérat de circonstances de baronnies locales.

 

Une voix derrière moi me tira de mes souvenirs historiques :

 

  • Monsieur Tarpon ?

 

  • Lui-même.

 

  • Marie m’a demandé de vous convoyer.

 

  • Merci.

 

J’avais reconnu l’une des gorges profondes de Saint-Emilion dont je tairais le nom et n’en ferait aucune description afin de ne pas le griller. Dans son auto bien ordinaire pour un châtelain, en peu de mots il me dressa le portrait d’Aadvark, ironique, réaliste, illustré par une description pointue du panier de crabes familial de notre homme. Il me déposa discrètement à l’entrée du village.

 

Ben ouais, dans ses vieilles pierres, Saint-Émilion n’était qu’un village, un beau trou. Ça sentait, dès le matin, le touriste en chenilles débarqué par une fournée d’autocars. Les boutiques à pinard de luxe étalaient une chiée lassante de boutanches aux étiquettes rutilantes. Ma dose de caféine baissant dangereusement j’errai dans la bourgade pour trouver un boui-boui digne de ce nom, pas envie de m’assoir en terrasse en compagnie d’un club du 3e âge. Enfin, dans ce qui devait être la rue principale je repérai un café-tabac-journaux plus adapté à la délivrance d’un caoua démocratique.

 

Les conversations se figèrent. Je saluai la patronne et la clientèle au sein de laquelle je reconnus deux de mes gorges profondes, dont mon chauffeur, qui me retournèrent mon bonjour sans rien laisser paraître. Pour faire couleur locale, les bars ça me connaît j’y ai fait pilier pendant des années, je balançai à mes voisins des sujets tartes à la crème : le temps qu’il fait, les bouchons du chassé-croisé, les incendies de forêt… sans grand succès… dépité je lançai « et Brigitte Macron qu’est-ce-que vous en pensez ? »

 

Succès assuré, c’était parti comme en 14, seules mes deux gorges profondes se taisaient en me lançant des regards affligés. Mes vieux démons revenus en force ne donnaient pas de moi une image conforme à mon statut d’apporteur d’affaires. Il fallait que je me reprenne sinon j’allais tout faire foirer. Je payai, saluai et décidai d’aller explorer quelques boutiques à GCC pour tuer le temps avant le déjeuner.

 

Dans l’une d’elle je suis tombé sur le couple d’enfer Périco Légasse-Natacha Polony qui,  renseignements pris, venait de débarquer pour faire dans la soirée un juteux « ménage » pour le compte d’un château propriété d’une compagnie d’assurances. Avec mon air le plus mielleux je couvris l’imbus de compliments ampoulés ce qui le fit se rengorger et je crus qu’il allait s’envoler tel la montgolfière de Mgr Ricard lors du baptême des cloches du château d’Ô. Entre nous je trouvai la Polony vulgaire.

 

L’heure était venue de me rendre au Logis de la caserne.

 

à suivre...

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (10)

(10) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin

 

Si Tarpon savait, mon profil sur face de bouc était bidouillé, arrangé à ma sauce pour planquer mes nobles origines. En effet, mon géniteur est le comte Enguerrand de Tanguy du Coët qui m’a prénommé Pervenche comme sa maîtresse. Ma sainte et soumise mère souhaitait Adelphine comme sa bien-aimée grand-mère, et bien sûr elle abdiqua. M’attribuer cet étrange prénom c’était lui rendre justice, pour Sarrazin c’était un mélange entre Albertine, l’auteur de l’Astragale, et mon amour pour les galettes de blé noir. 

 

Pour le reste je m’en étais tenu à la réalité.

 

J’avais aussi omis de signaler que j’étais l’auteure d’un mémoire très engagé :

 

« Le métayage ou la survivance du servage au profit des grands latifundiaires de la noblesse ».

 

Cet opus touffu, gentiment orienté, avait bien évidemment comblé d'aise mon comte de père qui comptait parmi les plus grands propriétaires foncier de la région et qui, à ce titre, présidait la section des bailleurs ruraux.

 

Joseph Potiron, qui m'avait guidé et conseillé pour ce travail, représentait l'image vivante de la pertinence de ma thèse. Les Potiron c’était, comme le disait Joseph, avec un sourire, une vraie famille, solide, où le patriarche, Donatien, soixante et onze ans, avait appris à ses sept enfants  « à ne pas être des valets ».

 

Dans ce pays, où la vigne voisine les vaches et des boisselées de blé, la cave est un lieu entre parenthèses. Au café, les joueurs d'aluette, se contentaient de « baiser » des fillettes, ce qui, dans le langage local, consiste à descendre petit verre après petit verre, des petites bouteilles d'un tiers de litre à gros culot, emplies de Gros Plant ou de Muscadet. Ils picolaient.

 

À la cave, le rituel était différent. Certes c'était aussi un lieu d'hommes mais le vin tiré directement de la barrique s'apparentait à une geste rituelle, c'était un soutien à la discussion. Dans la pénombre, le dimanche après-midi, tels des conspirateurs, les hommes déliaient leur langue. Ces « peu diseux » disaient ; ils se disaient, ce qu'ils n'osaient dire à l'extérieur. Échappant à la chape qui pesait sur eux depuis des millénaires, ils se laissaient aller. Les maîtres et leurs régisseurs en prenaient pour leur grade, surtout ces derniers, supplétifs visqueux et hypocrites. Ces hommes durs et honnêtes se donnaient la main pour soustraire du grain à la part du maître. Le curé, lui aussi, recevait sa dose, en mots choisis, il ne fallait pas blasphémer tout de même. Pour lui taper sur le râble, ils raillaient leurs bonnes femmes, culs bénites, auxiliaires dévotes de leur servitude. Et quand le vin les y poussait un peu, les plus chauds, versaient dans leurs exploits de braguette.

 

Chez les Potiron, la JAC aidant, leur prosélytisme un peu naïf, ce tout est politique, avait bien du mal à briser la carapace de servitude affichée par beaucoup de ces hommes méfiants vis à vis de l'action collective. Alors le Joseph il donnait l'exemple, se surexposait, ne se contentant pas de récriminer dans le dos des maîtres. Syndicalement il leur tenait tête. Qui peut imaginer aujourd'hui que le Joseph s'était trimballé dans le patelin avec un drapeau rouge flottant sur son tracteur ? On l'avait traité de communiste, ce qu'il n'était pas. Comme dans l'Espagne de la guerre civile les bonnes âmes lui ont taillé un costard de quasi-violeur de bonnes sœurs.

 

C’était mon quart d’heure politique…

 

Le cambouis m’attendait.

 

Comme j’allais devoir, sans doute, beaucoup voyager au cul d’Aadvark, donc être contrainte d’utiliser mes vrais papiers d’identité j’ai été obligé de tout déballé à Tarpon qui s’est gondolé « c’est tout bon, si, pour une raison ou pour une autre, tu es dans l’obligation d’entrer en contact avec ta cible, ta particule et tes vrais quartiers de noblesse ça le fera bander… »

 

Pour autant je n’allais pas abandonner Adelphine Sarrazin dans la peau de laquelle je m’étais glissée avec délice, j’ai donc décidé d’ouvrir un blog le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin, où chaque jour je consignerais ma filature d’Aadvark.

 

Le 4 août : ma rencontre avec Houellebecq

 

« Ce Houellebecq m'avait dérangé. Il m'énervait même si son style atone, minimal, s'élevait parfois jusqu'à devenir Bovien. Son Tisserand, l'un de ses personnages, venait de détruire mon postulat de la laideur. Ce type « dont le problème - le fondement de sa personnalité, en fait - c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… » Ce type grotesque, lamentable, j'avais envie de tirer la chasse d'eau sur lui mais je ne pouvais pas. Que pouvait-il faire ce laid, en dehors de se résigner, d'épouser une moche, d'aller aux putes ou de devenir riche ?

 

Note de lecture d’Extension du domaine de la lutte

 

Je reçois à l’instant un e-mail d’une de nos gorges profondes de Saint-Émilion « Avant de disparaître Touron aurait été vu dans un bar-tabac de Libourne, en compagnie d’un vigneron naturiste ramenard avec lequel il est en cheville, rond comme une queue pelle… »

 

à suivre...

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16 août 2017 3 16 /08 /août /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (9)

(9) employer cette raclure de Touron pour une affaire de cette dimension c’est comme si tu demandais à Nabila de postuler à la médaille Fields

 

- Dis-moi pimprenelle tu dragues Houellebecq ?

 

- Boss vous déraillez, je lui ai glissé à l’oreille « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : « Dieu a voulu des inégalités pas des injustices » disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. »

 

- « Extension du Domaine de la lutte » !

 

- Ce n’est pas une agence de recherches que tu devrais tenir Tarpon mais un think tank, vous êtes géniaux tous les deux. J’ai fait le bon choix…

 

- Qu’attends-tu de nous ?

 

- Que vous me disiez ce que vous pensez  de ce Pouilly-Fuissé 2003 du Domaine Valette ?

 

- C’est de la bombe j’en prends une caisse ! Adelphine dégainait toujours très vite.

 

S’ensuivi un vif débat sur les vins nature auquel participa Franck-Emmanuel. Adelphine, toujours conciliante, médiatrice née, ramena tout le monde à la raison en proposant une dégustation de pur jus nature rue Charles Floquet « je me suis constitué une cave aux petits oignons… ce sera une vraie tuerie… »

 

Moi, rabat-joie, je rétorquais « à propos de tuerie Marie, quel est le cahier des charges de notre mission sur la goûteuse affaire de notre ami Aadvark ?

 

« Toi, Tarpon tu vas filer jusqu’à Saint-Émilion où tu inviteras Aadvark à déjeuner, au Logis de la Caserne, pour lui faire la même proposition que le cabinet d’avocats Parker-Parker&Parker

 

  • Donc Aadvark ignorera que nous sommes en cheville…

 

  • Tu piges vite Tarpon. Je veux savoir ce qu’il a dans le ventre, s’il ne me mène pas en bateau. Ta proposition va le déstabiliser. À toi de jouer serré. Ensuite nous verrons si nous avons ferré le poisson.

 

  • Et Touron qu’est-ce qu’on en fait ?

 

  • Rien ! On s’en branle de ce minable…

 

  • Et moi je fais quoi dans ton scénario Marie ? Adelphine, qui s’empiffrait de fraises ramenait sa fraise.

 

  • Tu vas marquer Aadvark à la culotte, tu ne le lâches pas une seule seconde. J’ai fait « pucer » ses smartphones il sera en permanence géolocalisé.

 

  • Ok, mais comme il bouge tout le temps, toujours entre deux avions, comment savoir ?

 

  • T’inquiète pas Adelphine j’ai des taupes bien placées qui nous informerons de l’agenda d’Aadvark.

 

  • Marie tu crois vraiment que je vais être crédible en tant que mandataire d’investisseurs ? Ma raison sociale « Eugène Tarpon Jr Conseil en Affaires réservées » ça ne fait pas très sérieux auprès d’un gros poisson comme Aadvark…

 

  • Détrompe-toi Tarpon, primo il n’est pas si futé que ça notre châtelain, déjà employer cette raclure de Touron pour une affaire de cette dimension c’est comme si tu demandais à Nabila de postuler à la médaille Fields ; deuxio, son ego bodybuildé fait qu’il est facile à piéger, rappelle-toi la Isabelle ; tertio, comme t’as pignon sur rue dans un quartier huppé il va être impressionné, il est fasciné par les paillettes ; quarto, tu sors de nulle part, ça pourrait être un handicap mais là, j’en suis persuadé, c’est un plus auprès d’Aadvark qui, s’il est mouillé dans la combine, ne va rien comprendre au film. Il va se poser plein de questions auxquelles il ne pourra répondre, s’imaginer qu’il est piégé, paniquer…

 

Adelphine était aux anges « c’est vachement mieux que le CAPES. Tu m’imagines Marie, prof dans le neuf 3, sauf à me la jouer à la Norek, je serais en train de bouffer au Mac Do avec un conseiller d’orientation boutonneux. Déprime assurée, j’espère que je vais être à la hauteur ! »

 

Julien le chef des Climats se pointait à notre table. Marie et Adelphine l’accaparaient, faut dire qu’il est beau gosse le Julien. Ils parlèrent bons produits. Moi je mis en chauffe un Puros en me disant qu’enfin j’accédais au monde dont je rêvais.

 

Me glisser dans la peau de…

 

James Hadley Chase, doté d’un patronyme banal René Brabazon Raymond, ne se rendra en Amérique pour la première fois en 1965 et pourtant « il continuait à rêver son Amérique, grâce à des plans de villes et des guides, définissant une sorte de paysage mental où, implacablement, il menait d’une main de fer des intrigues surprenantes. »

 

« Il dit aimer l’argent, la bonne chair et les vins de Bordeaux. C’est un gentleman d’un mètre quatre-vingts, le teint rouge brique, cheveux poivre et sel, moustache soignée. » 

 

Chandler, lui, est bien américain « Et si vous allez jusqu’à Los Angeles, la ville des anges, travelos, amateurs de poudre, n’oubliez surtout pas le guide, Raymond Chandler, l’homme aux gants de coton blanc. Il y a vécu, déménageant sans cesse, et son héros aux noms multiples (Mallory, Carmady, John Dalmas) qui finit par trouver son identité, sous les traits de Philippe Marlowe, « l’homme complet, inhabituel, un homme d’honneur », y connut une existence fictive faite de mouvements et de filatures, de fuites de cavalcades et de dérives, résumés par le rictus d’Humphrey Bogart. »

 

Sortir enfin de mes rêves, entrer de plain-pied dans la réalité !

 

Oui la réalité, le problème immédiat et urgent à régler c’était de commander mes costards sur-mesure, mes chemises fil à fil et mes John Lobb. Marie avait tout programmé et Adelphine me traîna dans les bons endroits. Il me fallait programmer ma descente sur Saint-Émilion.

 

Pour bien préparer cette séquence déterminante je décidai de constituer une task-force avec Isabelle, Alain, Jean-Luc et François, d’éminents spécialistes des bas-fonds de Saint-Émilion et, bien sûr, grands connaisseurs d’Aadvark…

 

à suivre...

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