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26 mars 2015 4 26 /03 /mars /2015 00:09
En 1 heure ½ maximum la récolte était vendue, parce qu’elle venait d’une terre cultivée avec amour et que l’amour ça donne bon goût…

Comme vous pouvez vous en douter je n’ai pas mis les pieds au grand barnum mercanti de la Mutualité, Omnivore, pas besoin de tout ce cinéma pour foodistas qui ne savent que Twitter pour savoir où se trouvent les bons produits, bien les préparer et les manger sans chichis. Notre monde mondialisé est peuplé de parasites qui vivent grassement sur la bête en se parant de plumes de paon, des petits laquais au service des barons de la bouffe industrialisée.

 

Après ce petit couplet, destiné à me dégager les bronches, j’en viens au sujet du jour et affirmer « Si a 50 ans tu n’as pas lu Andrea Camilleri, tu n’as pas réussi ta vie… »

 

Ce type est un génie, l’un des écrivains les plus aimé d’Italie, et il le mérite grandement, ses romans basés sur des faits réels exclus de l’histoire officielle sont de vrais bijoux où il cultive un amour savoureux et roboratif. Il est remarquablement traduit par Dominique Vittoz qui sait conserver toute la saveur de sa langue inimitable.

 

Son dernier opus, La Reine de Poméranie, recueil de 8 nouvelles, ne faillit pas à sa réputation de génial compositeur de scènes de vie des gens de peu et des « grands chavaroutes » dans une société à taille humaine où vices et vertus finissent toujours par prêter à sourire. La plume peut se faire féroce mais l’atmosphère reste bon enfant, Camilleri sait garder une légèreté qui laisse la place à l’optimisme. Ne nous y trompons pas nous sommes tous, à notre manière, des Vigàtais – habitants de la bourgade sicilienne de Vigàta imaginé par ce diable de Camilleri.

 

En général les recueils de nouvelles rassemblent des textes de qualité inégale où une pépite soutien l’ensemble, ici dans celui de Camilleri elles sont tous, sans exception, de vrais petits romans passionnants avec toujours des chutes surprenantes ou remarquables. L’art de la chute est la marque des grands romanciers.

 

J’ai donc eu beaucoup de difficultés à choisir la nouvelle dont j’allais extraire quelques pépites.

 

J’ai choisi Les chaussures neuves.

 

Ce pour plein de raisons, tout d’abord parce que c’est une histoire de paysans, ensuite parce l’âne baptisé Benito Mussolini, en plein régime fasciste, par un fieffé communiste y tient une belle place, enfin parce que cette tranche de vie de la famille Sgargiato touche mon cœur de petit vendéen crotté. Bien évidemment je ne vous révèlerai pas le cœur de cette histoire de « chaussures neuves » où la vie rude des paysans de ce temps laisse une large place à des sentiments qui m’ont émus jusqu’aux larmes.

 

Si vous ne courez pas jusqu’à la librairie la plus proche acheter ce livre de Camilleri il va me falloir rendre mon tablier pour aller planter mes choux ailleurs.

 

« Bartolomè Sgargiato était un paysan qui habitait à l’extérieur de Vigàta, sur la montagne du Crasto, où il possédait une petite maison, héritée de son père Jachino.

 

Il vivait là avec sa femme Assunta, leur fils aîné Jachino qui avait dix-neuf ans, leur deuxième fils ‘Ngilino qui en avait dix-sept et leur fille Catarina qui, avec ses quinze printemps, semblait déjà une femme. À côté de la maison, une étable abritait un âne, une cinquantaine de poules et une dizaine de lapins. La maison était placée au milieu d’un terrain de deux arpents de bonne terre cultivée en potager. Et c’était le potager qui, avec les œufs, nourrissait la maisonnée.

 

Tous les matins, un des fils à tour de rôle descendait à Vigàta avec l’âne enfardelé pour vendre à la criée les légumes tout frais et les fruits de saison, pommes de terre nouvelles, fèves, pois chiches, concombres, cornichons. En une heure et demie maximum, la récolte était vendue, parce qu’elle venait d’une terre cultivée avec amour par Bartolomè et ses enfants et que l’amour, ça donne bon goût. »

 

« Par le fait les Sgargiato affanaient dans la campagne tous les jours que Dieu fait, du matin au soir. Comme les dimanches étaient travaillés aussi, sur toute une année les jours de repos se réduisaient à quatre : la saint Càlo, Pâques, Noël et le jour de l’an.

 

En janvier, ils semaient en pleine terre les fèves, les fenouils, les petits pois et, sous abri, les oignons, les carottes, les tomates, les céleris, le persil, les radis, les concombres, les aubergines, les poivrons, les courgettes.

 

En février, l’ail, les asperges, les choux, la roquette.

 

En mars, les pommes de terre. Et ils buttaient les artichauts.

 

En avril, ils buttaient les fèves et les pommes de terre, ils ramaient les petits pois et ils plantaient le basilic, les pastèques et les melons.

 

Et ainsi de suite, tout au long de l’année.

 

Mais avant tout un potager a faute d’eau. Surtout quand il reçoit peu de pluie l’hiver et qu’il se trouve en plein soleil l’été.

 

Heureusement le terrain possédait un puits suffisamment alimenté pour arroser le jardin. Sauf que tous les après-midi la famille s’estringnolait quatre heures durant pour puiser l’eau.

 

Des années plus tôt, Bartolomè avait acheté une pompe à la coopérative agricole. Reliée à une bardouflée de tuyaux en pente, elle envoyait l’eau où il y en avait faute. Mais la pompe marchait à bras d’homme, au moyen d’un levier en bois qu’il fallait actionner sans décesser si on voulait que l’eau coule en continu.

 

Et ce levier, ce n’était pas des rises. On avait beau graisser le mécanisme, rien n’y valait. Aussi comme ainsi, au bout d’une demi-heure, on avait le bras tout endolori à ne plus pouvoir le dégrober. Alors un autre membre de la famille prenait le relais. Les deux femmes étaient toisées en un petit quart d’heure. Puis le premier reprenait le flambeau. »

 

Que voulez-vous quand je lis Camilleri j’en suis tout ébravagé

 

Comme moi La Vie aime beaucoup La Reine de Poméranie

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 08:00
Nouvelle attaque des hygiénistes le Dr Binet-Sanglé affirme que Jésus se murgeait grave au vin et qu’il était alcoolique
Nouvelle attaque des hygiénistes le Dr Binet-Sanglé affirme que Jésus se murgeait grave au vin et qu’il était alcoolique
Nouvelle attaque des hygiénistes le Dr Binet-Sanglé affirme que Jésus se murgeait grave au vin et qu’il était alcoolique

Mais jusqu’où iront-ils ?

 

La coupe déjà pleine débordait : pensez-donc l’amendement félon du sieur Véran provoquait des vapeurs à Jacques Dupont, et qu’il fallut dare-dare lui faire respirer des sels dans la salle de dégustation du syndicat de Pomerol pour qu’il reprenne ses esprits, poussait même le placide Président Farges  à dégainer ses Rafales de derrière les fagots « Quand le président de la République vient à Mérignac chez Dassault Aviation pour se féliciter des ventes de Rafale, c'est très bien. Mais les Rafale rapportent 3 milliards, et la filière viticole pèse 20 milliards. Disons qu'il y a deux poids, deux mesures... »

 

De mes lointaines études de droit constitutionnel je me souviens d’une notion d’importance : la séparation des pouvoirs entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif. Alors qu’un amendement d’un député en Commission des Affaires Sociales – celle-ci étant plutôt composée de parlementaires ayant une oreille attentive aux chants des hygiénistes – provoquât de telles outrances à l’égard des membres du gouvernement et du Président relève du grand n’importe quoi. Pour l’heure ils n’en peuvent mais. Tout se passera dans l’hémicycle lors de l’examen du texte et des amendements, alors la Ministre de la Santé pourra s’y opposer. Être vigilant est de bonne politique mais accuser de reniement à la parole donnée avant même le débat public ne soit engagé participe d'une forme de poujadisme qui ne grandit pas la cause défendue.

 

Bref, couiner avant d’avoir mal est bien dans l’air du temps. Ces fourbes socialos il ne faut jamais leur faire confiance, toujours prêts à mordre la main qui leur a tendu si généreusement un beau verre de vin. « De la bombe ! » quoi. Au bon vieux temps de Roselyne on préférait faire dans la dentelle.

 

C'est au pied  du mur que l'on juge le maçon. J'estime que l'amendement d'Olivier Véran (PS), qui propose de moduler l'actuel message sanitaire l'abus d'alcool est dangereux pour la santé en laissant toute latitude au Ministère de la Santé la possibilité d'adapter ce message, selon sa volonté, est un durcissement inacceptable de la loi actuelle et qu'il faut s'y opposer. Et je suis certain qu'il y aura une majorité pour cela. Pas la peine de pousser des hauts cris, d'en rajouter des tonnes. 

 

Plus sérieusement, je suis pour que Vin&Société se mobilise contre l’odieuse attaque des hygiénistes qui par les écrits du Dr Binet-Sanglé, dit Binet-Cinglé, soutiennent que Jésus est alcoolique et que sa « morale n'est inspirée que par la haine, la crainte et la pitié. Ses disciples sont des alcooliques patentés. « On buvait beaucoup [de vin], ainsi qu'en témoigne le fameux épisode des noces de Cana, où nous voyons servir aux convives six cruches de vin de deux ou trois métrètes, c'est-à-dire de soixante à quatre-vingt-dix litres chacune. » Mais de tous, c'est assurément le Christ qui est le plus atteint :

 

De l'hérédo-alcoolique, il avait la constitution médiocre, la faiblesse musculaire, la pauvreté des conceptions, du jugement et du raisonnement, les idées fixes, la déséquilibration intellectuelle, l'incohérence, l'hypersuggestibilité, les idées de grandeur, de persécution, mystiques, la déséquilibration émotive et sentimentale (alternances d'exaltation et de dépression, accès de tendresse, accès de colère), la tristesse chronique, l'irrésolution, le manque d'énergie, l'impulsivité, la paresse, le besoin de vagabonder »

 

C'est simple, Jésus « est fou à lier ». Autrement dit, il est à la fois aliéné, paranoïaque, mégalomane, téhomégalomane, et théomégalomane hystéroïde.

 

Comment va réagir François ?

 

Dans un sondage effectué en décembre dernier pour Le Parisien et Itélé près de 9 Français sur 10 avaient une bonne opinion du souverain pontife, qu'ils soient catholiques ou non.

 

Mais François montera à la tribune du Sénat avec un magnum de chambolle-musigny !

 

La folie de Jésus, son hérédité, sa constitution, sa physiologie du Dr Binet-Sanglé publié chez un éditeur de référence, Maloine, a fait les délices de Guy Bechtel et Jean-Claude Carrière dans leur Dictionnaire de la bêtise.

 

Aujourd'hui très recherchée par les bibliophiles, l'œuvre de Binet-Sanglé est consultable ICI

 

Merci à Pierre Menard écrivain, auteur de "20 bonnes raisons d'arrêter de lire" et "Comment paraître intelligent" auteur de cette excellente chronique Jésus, cet alcoolique notoire dont j’ai extrait quelques citations.

Nouvelle attaque des hygiénistes le Dr Binet-Sanglé affirme que Jésus se murgeait grave au vin et qu’il était alcoolique

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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 00:09
Ne pleure pas Jeannette t’auras ta « Pelure d’oignon » vieillie en fût de chêne à Beaune mais occupe-toi de tes oignons !

C’est plus classe que de lui balancer « occupe-toi de tes fesses ! » puisqu’en argot, les « oignons » désignent les fesses.

 

Et je ne vous demande pas de vous mettre en rangs d'oignons, expression qui n'a pas grand-chose à voir avec les rangées d'oignons du jardin. Elle est du cru du baron d'Oignon, maître de cérémonie à la cour des Valois, avait l'habitude de crier, lorsqu'il assignait leur place aux seigneurs : « Messieurs, serrez vos rangs ». Entre eux, les seigneurs se moquaient des rangs d'Oignon.

Peter Glazebrook présente son oignon géant durant le "Autumn flower show" à Harrogate (Royaume-Uni),

Peter Glazebrook présente son oignon géant durant le "Autumn flower show" à Harrogate (Royaume-Uni),

Oignon ou ognon

 

Le terme « ognon » est apparu dans la langue française en 1273. La forme définitive, « oignon », apparaîtra au XIVe siècle. Le mot vient du latin populaire unio, unionis qui, en Gaule, a éliminé caepa (d'où viennent « cive », « ciboule », « civette », « ciboulette »), mot employé jusque-là pour décrire ce légume.

 

Pourquoi unio? Tout simplement parce que l'oignon est l'une des rares alliacées dont le bulbe ne se divise pas (on parle ici de l'oignon dans le sens étroit du terme, ce qui exclut l'échalote) et est donc uni.

 

Selon la nouvelle nomenclature botanique, les plantes du genre Allium appartiennent désormais à la famille des alliacées, même si on les trouve encore parfois classées comme liliacées ou amaryllidacées.

 

« Bien qu'on n'ait pas trouvé l'ancêtre sauvage de l'oignon, son premier centre de domestication pourrait être le sud-ouest asiatique. C'est d’ailleurs certainement l'un des légumes les plus anciennement cultivés. On en fait mention dans des textes de l’Égypte antique datant de plus de 4 000 ans, ainsi que dans la Bible où l'on rapporte que, durant leur exode (1 500 ans avant notre ère), les Hébreux pleuraient son absence, de même que celle de l'ail et du poireau. En Grèce et à Rome, on en cultivait déjà de nombreuses variétés. Les Romains lui consacraient même des jardins particuliers, les cepinae.

 

Malgré tout, même si on en cultivait déjà quelques variétés au IXe siècle, l'oignon ne sera vraiment populaire en Europe qu'au Moyen Âge. Ce sera l'une des premières plantes européennes à être cultivées en Amérique, d'abord dans les Caraïbes, où Christophe Colomb l'y introduira. Au XVIIe siècle, il est établi dans le nord des États-Unis de même qu'au Canada, où il est cultivé tant par les colons que par les Amérindiens. Les Européens l'introduiront dans l'est de l'Asie au XIXe siècle bien que, dans ces régions, on préfère toujours consommer les nombreuses espèces indigènes qui lui sont apparentées. Aujourd'hui, on le produit dans toutes les régions tempérées du globe et des essais visant à l'implanter dans les régions semi-désertiques sont en cours. »

 

Mais revenons à l’expression s’occuper de ses oignons.

 

Du côté des étasuniens on trouve l'expression « know your onions » connaître ses oignons. Cette locution née dans les années 1920 faisait référence aux nombreuses variétés d'oignons que l'on cultivait à cette époque aux Etats-Unis, et qui rendait l'identification des espèces difficile. "Connaître ses oignons" signifiait donc savoir quelles étaient les espèces cultivées, et par extension, tout connaître sur un sujet. « S'occuper de ses oignons » voudrait donc dire « se mêler seulement de ce qu'on connaît ».

 

Au XIXe l'oigne, apocope d’oignon, désignait en argot aussi bien l'anus ou le cul que les pieds. L'expression « se le mettre dans l'oigne » voulait d'ailleurs dire mépriser.

 

Dans le centre de la France, c’était une marque d'indépendance des femmes, leur droit de cultiver un coin de jardin où elles faisaient pousser des oignons avant d'aller les vendre sur le marché pour se faire un peu d'argent de poche. Il était donc courant d'entendre les hommes dire aux femmes qui voulaient imprudemment se mêler de leurs affaires « occupe-toi de tes oignons » ou bien « ce n'est pas tes oignons ».

 

Toujours à propos d'oignon lorsqu’il désigne le postérieur, on peut tenter de remettre au goût du jour une expression complètement oubliée de la première moitié du siècle dernier qui pourrait avantageusement remplacer les très usuels avoir du cul, du bol ou de la chance par : « avoir l'oignon qui décalotte ».

 

« Arrivé à son étage, le second, il avait d'ailleurs réussi à se persuader que la psychologie de Pradonet, c'était pas ses oignons, non plus que celle de son hôtesse. »

 

Raymond Queneau - Pierrot mon ami

 

« J't'ai déjà répondu que j'avais assez de mal à m'occuper de mes oignons, sans aller m'amuser à jardiner les salades de mon voisin »

 

Mais hormis le mystère de l’origine de la soupe à l’oignon servie au lit dans un pot de chambre au petit matin de la nuit de noces aux mariés en Vendée bien sûr, la grande question avec les oignons c’est : pourquoi font-ils pleurer ?

 

« Parce qu’on trouve dans l’ail et l’oignon des dérivés soufrés contenant des acides aminés. Ils donnent à l’oignon son goût délicieux mais, quand on coupe un oignon, un de leurs composés, le S-1-propenyl-cystéine-sulfoxyde, est cassé par une enzyme pour donner du propanthial S-oxyde, qui est volatil et irritant. C’est lui qui fait pleurer.

 

Au contact de l’eau – en l’occurrence vos yeux –, ce composé s’hydrolyse an propanol, acide sulfurique et sulfure d’hydrogène. L’œil tente de diluer l’acide en produisant des larmes. Pour empêcher cet effet désagréable, vous pouvez soit arrêter de manger des oignons, soit mettre des lunettes quand vous les coupez, soit les couper sous l’eau, ou du moins, les garder bien humides. »

 

Bern Eggen dans Pourquoi les manchots n’ont pas froid aux pieds (réponses aux lecteurs de New Scientist)

 

Michel Thuriaux suggère de tenir un morceau de sucre entre ses dents, pour absorber la substance irritante. Un allumette marche très bien aussi.

 

Pour finir florilège de vin Pelure d'oignon à déguster en écoutant Les Oignons de Sidney Bechet

Ne pleure pas Jeannette t’auras ta « Pelure d’oignon » vieillie en fût de chêne à Beaune mais occupe-toi de tes oignons !
Ne pleure pas Jeannette t’auras ta « Pelure d’oignon » vieillie en fût de chêne à Beaune mais occupe-toi de tes oignons !
Ne pleure pas Jeannette t’auras ta « Pelure d’oignon » vieillie en fût de chêne à Beaune mais occupe-toi de tes oignons !
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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 00:09
Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons « la prohibition valait mieux que l’absence totale d’alcool »

Le vieux schnock en question ce n’est pas moi, et les jeunes cons sont étasuniens, des étudiants fraîchement diplômés de l’Université devant lesquels Kurt Vonnegut, disparu en 2007, le vieux schnock en question, prononçait des discours lors des cérémonies de remise de diplômes. « À l’écrit comme à l’oral, Vonnegut usait de mots directs et de phrases franches, ceux et celles que les gens pensaient mais ne disaient pas, des idées qui exprimaient des sentiments profonds, qui démontaient les préconceptions et vous faisaient voir les choses sous un autre angle» note dans la postface l’écrivain Dan Wakefield, ami de longue date également originaire d’Indianapolis. Chaleur taquine, dérision imprègnent le recueil de 9 discours « Elle est pas belle, la vie ? Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons » traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Guillaume-Jean Milan. Denoël, 180 pp., 15 €. La simplicité bonhomme et une franchise étonnante faisait de Kurt Vonnegut l’un des orateurs les plus demandés pour les cérémonies de remise de diplômes en Amérique.

Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons « la prohibition valait mieux que l’absence totale d’alcool »

Je vous livre mes soulignés, crayon de papier bien sûr, de lecture…

 

« Quand j’étais petit, à Indianapolis, il y avait un humoriste du nom de Kin Hubbard. Il écrivait chaque jour un petit billet pour The Indianapolis News. Indianapolis a grand besoin d’humoristes. Souvent de type était aussi spirituel qu’Oscar Wilde. Un jour il a dit, par exemple, que la prohibition valait mieux que l’absence totale d’alcool»

 

« Des années durant j’ai cherché la meilleure blague du monde. Je crois l’avoir trouvée. Je vais vous la raconter, mais il va falloir m’aider. Vous devrez dire « Non » quand je lèverai la main comme ça. D’accord ? Ne me laissez pas tomber.

Vous savez pourquoi la crème est incroyablement plus chère que le lait ?

LE PUBLIC : Non.

Parce que les vaches détestent s’accroupir sur des petits pots.

Voilà la meilleure blague que je connaisse. »

 

« Qu’attendent les gens légèrement plus vieux des gens légèrement plus jeunes ? Qu’on leur reconnaisse le mérite d’avoir survécu si longtemps, et souvent, on peut l’imaginer, dans des conditions difficiles. Les gens légèrement plus jeunes rechignent incroyablement à leur accorder cela. »

 

« … vous avez passé la majeure partie des seize dernières années, ou plus, à apprendre à lire et à écrire… Il est terriblement difficile d’apprendre à lire et à écrire. Ce n’est tout simplement jamais fini… »

 

« Deux sujets essentiels demeurent néanmoins à traiter : la solitude et l’ennui. Quel que soit l’âge que nous avons aujourd’hui, nous nous ennuierons et nous sentirons seuls pour ce qui nous reste à vivre. »

 

 

« … la haine bat la cocaïne à plate couture.

C’est grâce à la haine, rien de plus, que Hitler a fait renaître une nation éreintée, en faillite et à moitié affamée. Vous imaginez. »

 

Kin Hubbard à nouveau :

 

« Il n’y a pas de honte à être pauvre… mais un peu quand même. »

 

« Personnellement, j’ai un beau-fils qui a été avalé par son ordinateur. Il a disparu dedans et je ne sais pas si nous pourrons l’en sortir un jour. En plus il a femme et enfants ! »

 

« William Ross Wallace : « La main qui balance le berceau dirige le monde. »

Et de grâce éloignez-moi cet enfant des ordinateurs, de la télé, à moins que vous ne vouliez en faire un imbécile solitaire qui vous pique l’argent dans votre porte-monnaie pour s’acheter du matériel.

Ne renoncez pas aux livres. Ils sont si agréables – ce poids amical. »

 

Question posée à Joe Heller auteur de Catch 22 lors d’une fête chez un multimillionnaire à Long Island : « Joe, quel effet ça te fait de voir que dans la seule journée d’hier notre amphitryon a sans doute gagné davantage que ce Catch 22, l’un des livres les plus célèbres de tous les temps, a rapporté dans le monde entier durant les quarante dernières années ? »

Joe a répondu : « J’ai quelque chose qu’il ne pourra jamais avoir. »

J’ai répliqué : « Quoi donc, Joe ? »

Il a rétorqué : « La conscience d’en avoir assez. »

 

Mark Twain, au terme d’une vie riche de sens, se demanda pourquoi nous vivions tous ?

Il trouva six mots pour le satisfaire : « Faire bonne impression à nos voisins. »

 

« … le pouvoir nous corrompt, et que le pouvoir absolu nous corrompt absolument. Les êtres humains sont des chimpanzés qui se soûlent de pouvoir à en devenir fous. »

 

« Le formidable écrivain Albert Murray, qui fut historien de jazz entre autres choses, m’a énoncé une atrocité, durant l’esclavage, dans notre pays même, dont nous ne nous remettrons jamais : le taux de suicide par habitant était nettement supérieur chez les propriétaires d’esclaves que chez les esclaves.

Selon Al Murray c’est parce que les esclaves savaient gérer la dépression, contrairement à leurs propriétaires blancs. Ils jouaient du blues. »

 

Bertrand Russell disait que la planète était « l’asile d’aliénés de l’univers. »

 

« Les Arabes ont aussi inventé les chiffres qu’on utilise, dont un symbole pour le zéro, ce que personne d’autre n’avait fait jusque-là.

Vous pensez que les Arabes sont stupides ? Essayez-donc de faire une division avec des chiffres romains ? »

 

« Nous diffusons la démocratie n’est-ce pas ?

De la même façon que les explorateurs européens ont apporté le christianisme aux Indiens, qu’on appelle désormais « Amérindiens ». Ce qui me rappelle l’histoire de ces Espagnols qui s’apprêtaient à brûler vif un Amérindien parce qu’il s’était énervé. Il fut conduit au bûcher à coups de fouet, en guise de divertissement, et un Espagnol attacha une croix au bout d’un long bâton, qu’il souleva pour que l’Amérindien puisse l’embrasser.

L’Amérindien demanda pourquoi il devait l’embrasser, l’espagnol lui répondit qu’il irait au paradis s’il le faisait. Et l’Amérindien demanda s’il y avait des Espagnols au paradis. On lui répondit qu’il y en avait, et l’Amérindien dit qu’il n’irait jamais.

Quel ingrat, quand même ! Quels ingrats ces habitants de Bagdad ! »

 

« Je connais des diplômés de Yale, de la haute société, qui parlent et écrivent comme un pied. »

 

« Nous vivons à une époque où les gens ne s’excusent jamais de quoi que soit. Ils pleurent et piquent une crise… »

 

« Je m’excuse pour ce désastre qu’est aujourd’hui la planète. Mais elle a toujours été un désastre. Il n’y a jamais eu de « bon vieux temps », il y a seulement du temps. Et comme je le dis à mes petits-enfants : « Pas la peine de me regarder, moi-même je viens d’arriver. »

 

« J’ai engagé un de mes voisins – il était bricoleur – pour ajouter un « L » à ma maison, où je pourrais écrire. Il a tout fait de A à Z – il a construit les fondations, puis les murs et le toit. Il a tout fait lui-même. Et quand tout a été fini, il a fait quelques pas en arrière et dit : « Mais comment ai-je pu faire ça ? On l’a fait ! Elle pas belle la vie ? »

 

L’oncle Alex Vonnegut, un courtier d’assurances « m’a dit que quand les choses allaient vraiment très bien, il fallait toujours le constater. Il parlait d’occasions très simples, pas de grandes victoires. Boire de la citronnade à l’ombre d’un arbre, sentir les effluves d’une boulangerie, pêcher ou écouter de la musique venant d’une salle de concert tandis qu’on est dehors dans le noir ou, si je puis me le permettre, après un baiser. Il m’a dit qu’il était important dans pareilles circonstances de dire à voix haute: « Elle est pas belle, la vie ? »

Conseils d’un vieux schnock à de jeunes cons « la prohibition valait mieux que l’absence totale d’alcool »

Biographie de Kurt Vonnegut 

 

Extraits

 

« Kurt Vonnegut était une conscience. Le porte-parole de la contre-culture née du désarroi d'une génération que l'on disait volontiers "perdue" ainsi que du rejet de la guerre du Vietnam - son premier chef-d’œuvre, l'extraordinaire Abattoir 5, fut publié en 1969 et resta trois ans en tête des listes de meilleures ventes! 

 

« Avec une tornade de cheveux roux et bouclés sur la tête, ses longues moustaches en broussaille, son jean trop large et ses bretelles de fermier, Kurt Vonnegut faisait irrésistiblement penser à un épouvantail. Ou à un clochard céleste, tout droit sorti d'un roman de son copain Kerouac. Il allait et venait pieds nus, et son grand corps décharné tremblait dès qu'il allumait ses cigarettes, l'une après l'autre. Il avait l'air égaré. Parlait peu - ou seulement par aphorismes géniaux, entre deux larges rasades de vodka-orange: « On est ce qu'on fait semblant d'être, aussi faut-il faire très attention à ce qu'on fait semblant d'être ». Ecrivait moins encore, conscient que son oeuvre parlait déjà pour lui. Il a fallu que l'Amérique, ce pays qu'il adorait, tombe bien bas pour qu'il sorte de sa retraite et publie, en 2005, son dernier livre, Un homme sans patrie, bombe anti-Bush d'une virulence et d'un comique plutôt revigorants - et encore une fois best-seller aux Etats-Unis: « Non, je ne me présente pas à la présidence, même si je sais, moi, qu'une phrase doit avoir, pour être complète, un sujet et un verbe. » L'Amérique lettrée, celle qui pense par elle-même et le plus souvent contre elle-même perd un de ses héros. Et les lecteurs, un de leurs amis. »

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23 mars 2015 1 23 /03 /mars /2015 00:09
Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?

J’en viens à me demander si notre slogan soixante-huitard, que nous croyions éculé, « élections, piège à cons ! », n’est pas d’une brûlante actualité. Quand je vois ce que l’avenir nous promet j’en viens même à regretter la royauté. Au moins, avec eux, même s’il y en eut de tous les acabits, le bon peuple ne pouvait s’en prendre qu’à Dieu. Aujourd’hui, il confond l’isoloir avec le défouloir ou, quand il se dit intelligent, comme l’immense Onfray, orphelin de la gauche, qui a déclaré « Il y a 90% des gens qui sont de gauche et qui ne se reconnaissent pas dans Hollande, Mélenchon ou Besancenot. En gros, vous me dites que la gauche, ce sont trois cageots et qu'il va falloir aller puiser ». Michel Onfray reproche à Hollande de suivre la politique libérale de Nicolas Sarkozy, à Mélenchon de soutenir des personnalités « toxiques et dangereuses » comme Vladimir Poutine ou Fidel Castro et accuse aussi le NPA d'être « d'une certaine manière dans l'antisémitisme », dans leur propos contre Israël et leur soutien à la Palestine.

 

Le philosophe de la Normandie profonde ira sans doute à la pêche, moi pas même si je ne vote pas vu qu’à Paris nous mettons tous nos œufs dans le même panier. Bon, je ne vais pas en faire tout un fromage sur un scrutin local où les gloses nationales sentent trop l’impatience de certains à prendre en main notre destin.

 

Revenons au Roi, en l’occurrence le Roi Soleil, Louis XIV et son fils dit le Grand Dauphin qui, s'étant arrêtéz à Maroilles après la signature de la paix de Nimègue (1678) pour s’y restaurer auraient beaucoup apprécié la saveur du fromage que les paysans leur servirent en collation.

 

Dans cette belle région herbagée du Nord de la France il existait un impôt dit « les droits du dauphin » réservé aux charretiers qui devaient verser à Cambrai un denier pour chaque chariot venant du Hainaut.

 

Le Roi Soleil était heureux des avantages qu’il venait de tirer du traité de Nimègue consentit, sur la requête de son fils, à dispenser les paysans des droits du dauphin. En signe de reconnaissance, ceux-ci baptisèrent le fromage apprécié par les bouches royales du nom de « dauphin »

 

Cette légende a pris corps à la suite d'une remarque fortuite faite par des chercheurs. Il n'est fait mention du dauphin, il s'agissait d'un fromage aromatisé aux herbes, dans les comptes de l'abbaye de Maroilles qu'après 1670. Et l'on peut estimer, avec Léon Albert Fargues, l'éminent historien du Maroilles, que la « création ou la modification d'un fromage ne se fait pas du jour au lendemain ». Par la suite, on s'est rendu compte, en examinant les archives, que dans l'acte du roi déterminant les droits du Dauphin les charretiers de Maroilles étaient exemptés de la taxe de 1 denier perçue à Cambrai sur chaque chariot du Hainaut qui passait dans la ville.

Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?
Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?

Le Dauphin est préparé à base de Maroilles blanc, c’est à dire de Maroilles à peine sorti du moule. Cette pâte est alors mélangée à des herbes et des épices (estragon, poivre et clous de girofle à l’occasion) avant d’être placée en cave humide.

 

Durant les 2 à 4 mois d’affinage, sa croûte est régulièrement lavée à l’eau salée. Celle-ci prend alors une teinte orange.

 

La forme que prend le Dauphin est variable, bien qu'il soit souvent présenté en pain et sous la forme de poisson stylisé. Il pèse 200 grammes en pain, et 500 grammes en poisson…

 

Selon le fromager Androuet :

 

Choix à l'aspect du dauphin : croûte lisse orangée, pouvant tendre vers le brun.

 

Choix à l'odeur du dauphin : puissante assez pénétrante et légèrement ammoniaquée.

 

Choix au toucher: souple sans excès.

 

Choix au goût: relevé et aromatisé.

 

Comme nous sommes dans le Nord j’en profite pour vous recommander 3 fromages politiques :

Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?
  • Le vieux gris ou gris de Lille, puant macéré ou encore fromage fort de Béthune :

En 1960, lors de sa venue à Lille, Nikita Khroutchtev, ancien maître de l’URSS y fit grand honneur. C’est une pâte de Maroilles. Salé deux fois, sans croûte, de couleur grisâtre à odeur légèrement ammoniacale, son goût est plus prononcé, plus salé et un peu piquant. Sa pâte est souple, sans trou. L’affinage du Gris de Lille, connu autrefois, sous le nom de Maroilles gris, est plus long que son cousin : il dure 5 ou 6 mois.

Beau comme la mort d’un impôt « Le dauphin fromage flamand qu’on mange très fait et qui excite à  boire » Alexandre Dumas : à boire quoi ?
  • La mimolette dite boule de Lille ou Vieux Lille :

On affirme que c’était le fromage préféré du Général de Gaulle. Fromage en boule à croûte grise et à chair orangée, d’un poids de 4 kg (au départ) qu’on désigne encore sous le nom de Vieux Hollande dans la région lilloise.

 

On le désigne ainsi : demi-vieux, vieux gras, vieux cassant. Son affinage atteint parfois 24 mois (entre 16 et 18 mois, le fromage est donc à plénitude et développe alors tout son arôme, c’est à cette époque qu’il est le meilleur), sa croûte naturelle est brossée régulièrement afin que les cirons n’attaquent pas toujours la croûte au même endroit ; on fabrique la mimolette dans d’autres régions de France, mais beaucoup viennent vieillir dans les célèbres caves du nord, spécialisées dans le brossage et le travail du “maillet de bois” (c’est au son que l’on détermine si la boule est bonne ou trouée).

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  • Le Rollot :

Le souvenir de Louis XIV s’attache à ce fromage ; on raconte en effet que le roi Soleil s’étant arrêté pour déjeuner dans la région, un Rollot lui fut servi par un nommé Debourges. Le Roi s’en régala tant qu’il lui décerna le titre de Fromage Royal. Au XVIIIe siècle dans cette région, il n’était pas rare que, des propriétaires en règlement des fermages qui leur étaient dus, exigent en complément, la fourniture de quelques délicieux Rollots. Le Rollot tient son nom d’une petite localité du Santerre en Picardie, dans les environs de Montdidier. C’est un petit fromage au lait de vache de 8 à 9 cm de diamètre sur 3,5 cm de hauteur. Son extérieur est rougeâtre. Sa fabrication a beaucoup diminué et a presque disparu à ce jour. Madame Henguelle près de Fruges, en fabrique une petite centaine par jour de manière tout à fait traditionnelle. (Certains industriels de l’avesnois le commercialisent en forme de cœur).

 

Pour accompagner ces fortes personnalités je vous conseille pour le vin du puissant La Papesse 2013 un vinsobres domaine de Gramenon 100% Grenache 15°

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 07:00
CHAP.15 opération Chartrons, Colmou le rocardien qui rétrécit la gauche et le Buisson ardent qui brûle les doigts de Mélanchon

Semaine étrange, pleine d’absence, de trous, de fureurs intérieures, de dépressions suivies de remontées vertigineuses, je ruminais. Toujours précédées d’un long temps de lenteur, masqué par une manière d’être, absente, insondable, mes décisions importantes ont toujours été aussi soudaines qu’imprévisibles. Je tranche ! Laisse derrière moi ce qui n’est qu’après tout du passé sur lequel qui que ce soit n’a de prise. Hôtel de l’avenir, quel avenir s’interroge dans sa langue concise souvent imperméable, Patrick Modiano, par la bouche de son héros qui arpente les rues du Ve au petit matin tout près de l’église Saint-Jacques-Haut-le-Pas ? L’équation est simple, sans aucune inconnue, elle est mon avenir, je ne suis pas le sien, insoluble et je ne cherche pas à la résoudre. Précautionneux et attentif je me contente de me glisser dans tous les espaces qu’elle me donne. Et elle m’en donne. Apaisé face à elle j’en deviens contemplatif. M’envole ! La connexion se fait : amarrée sur l’autre rive du bassin, Milou, la péniche bleue et jaune, devient notre trait d’union, « je l’achète et nous partons ! » Elle sourit. Nos secrets, une forme d’intimité tendre, je m’inquiète, elle s’inquiète, mes mots, les siens. Et puis il y a le regard des autres… qu’importe… peu m’importe… C’est simple : débarrassé de mes vieux habits je revis. Prends de plus en plus de distance avec mon job, j’en ai marre de voir les gens de pouvoir sombrer dans la médiocrité la plus crasse. « Chronique d’un désastre annoncé » avis de gros temps, une vraie grande marée qui va tout emporter. Devant ma petite bande de bras cassés sympathiques je me roule une petite clope, tabac naturel et papier chanvre, et j’entame ma conférence de début semaine en évitant d’avoir l’air désabusé.

 

Au temps d’une Rocardie planant sur un petit nuage bleu ciel, sondages au zénith pour son cher Premier Ministre, souvenir du fameux Congrès de Rennes où les courants du PS s’étripèrent sans prendre de gants, juchés sur des chaises, tout près de moi, le couple Dray-Mélanchon leaders d’une motion à leur nom, très à gauche bien sûr, conspuait les sociaux-traîtres que nous étions. Et dire que Mitterrand avait refusé de voir Julien Dray entrer dans le gouvernement Rocard avec son petit sourire carnassier qui voulait dire : « je ne vais pas vous faire ce cadeau Monsieur le Premier Ministre, donner une gamelle de soupe à l’un de vos adversaires le plus acharné c’est me priver des services d’un roquet qui vous mordra les chevilles à la première occasion… » Par dérision nous les avions baptisés : Gueule de Raie et Méchant Con. Mais, en ce temps-là, les deux larrons ne faisaient pas parti de nos préoccupations premières : l’adversaire à abattre était le puissant et redoutable Laurent Fabius et ses troupes avec à leur tête l’actuel président de l’Assemblée Nationale, Claude Bartolone, et entre autres Didier Migaud, alors député de l’Isère et maintenant Premier Président d’une Cour des Comptes qui nous coûte bien cher pour des résultats insignifiants et un inconnu qui n’est pas devenu célèbre : Jean-Pierre Philippe, ex-Mermazien cherchant une belle écuelle, et qui la trouvera sous le gouvernement Jospin en se faisant nommer à la SOPEXA, présentement légitime époux de Longueurs&Pointes, la clopeuse des quais de Paris NKM alliée intermittente de Sarkozy. La Bretagne, foyer principal de la Rocardie, tous ces cathos de gauche passés avec armes et bagages au service de cette Deuxième Gauche honnie par tous les hiérarques du Parti. Les restaurants de Rennes étaient bondés et nous avions dû, un petit carré de suppôts de Rocard, accepter de partager le nôtre avec un bloc des partisans de Lolo du Grand Quevilly. L’atmosphère, tendue au départ, devint plus fluide au fur et à mesure que le vin produisait ses effets de convivialité. Si je vous parle de cet épisode c’est que ce soir-là, Yves Colmou, alors chef de cabinet du Premier Ministre, s’endormit pendant le repas.

 

En dehors des petits cercles du PS et de la gente politique, qui adore les coups fourrés, hantant les couloirs du Parlement, qui connaît Yves Colmou ? Les Préfets ! Ce cher Yves adore orchestrer le ballet des Préfets… Homme de l’ombre, comme l’écrit David Revault d'Allonnes, grand spécialiste de la 2e gauche, dans le Monde « il n'aime rien moins que d'apparaître en pleine lumière. «Moi, je ne m'occupe de rien», tente d'abord d'évacuer Yves Colmou, 58 ans. La réalité est tout autre. Adepte de la discrétion, le «conseiller auprès du premier ministre», numéro deux du cabinet dans l'ordre protocolaire entre la directrice et le directeur adjoint, n'en est pas moins l'un des piliers du système Valls. Conseiller politique et parlementaire, DRH et chasseur de têtes, expert ès cartographies électorales et éclaireur dans les méandres du PS. « Colmou est multifonction, estime un proche de M. Valls. Il est capable d'avoir un œil sur l'administration, le groupe, le parti. C'est le couteau suisse. » Son bureau, plutôt exigu et situé au rez-de-chaussée, ne fait pas partie de ceux, plus vastes et majestueux, qui entourent celui du chef du gouvernement, au premier étage de l'hôtel Matignon. Mais il se trouve juste à côté du salon où se tiennent toutes les réunions importantes. Vieux routier de la Rocardie et de la Jospinie, professionnel de l'appareil et des réseaux socialistes, capable d'égrener sans ciller les résultats électoraux, sur trente ans, des cantons les plus reculés, Yves Colmou ne saurait ignorer que l'essentiel, en politique, se joue ailleurs : en coulisses. »

 

Mais avec le premier tour des élections départementales, Yves Colmou est sorti brutalement de l’ombre, surnommé dans Le Parisien «l’homme qui rétrécit la gauche». Et d’énumérer les tares congénitales de la réforme menée en solitaire, lorsqu’il occupait le même poste Place Beauvau : fin du renouvellement des départements par moitié ce qui démultiplie la tendance générale du scrutin, qualification au second tour à 12 et demi pour cent des inscrits contre 10% jusqu’ici ce qui n'est pas très malin en ces temps d’abstention record et de gauche est faible est divisée.

 

Mes troupiers fascinés m’écoutaient dérouler la démonstration de Frédéric Métézeau dans son billet politique de France-Culture : Les apprentis sorciers se brûlent toujours les doigts 

 

« Avec ce nouveau mode de scrutin, le gouvernement s’est piégé tout seul mais ce n’est pas la première fois et c’est une nouvelle preuve que les redécoupeurs de cantons, les tripatouilleurs de calendrier, les appsrentis-sorciers des élections se brûlent toujours les doigts. Que ces réformes lancées comme des grandes avancées démocratiques avec en arrière-pensée l’espoir d’une victoire sans forcer, leur reviennent dans le visage comme le boomerang d’une défaite inattendue…

 

1986 : premières élections législatives à la proportionnelle sous la Vème République qui n'évitent pas la défaite de la gauche au pouvoir, 35 députés FN entrent à l'Assemblée et c’est la cohabitation.

 

1988 : la droite est passé par là et Charles Pasqua avec ses grand ciseaux pour le rétablissement du scrutin majoritaire mais la gauche retrouve la majorité, certes relative.

 

1997 : Jacques Chirac bouleverse le calendrier et dissout l’Assemblée Nationale, ses stratèges croient au bain de jouvence pour la suite du septennat, c’est la douche froide.

 

2002 : Lionel Jospin et Jacques Chirac (aiguillonnés par VGE) passent au quinquennat avec inversion du calendrier électoral. L’entourage du Premier ministre dont Manuel Valls et Yves Colmou y voient une réforme d’une si grande modernité et d’une si grande logique institutionnelle qu’elle va porter leur champion et son si bon bilan vers l’Elysée. Chou blanc donc…

 

2012 : redécoupage Marleix pour les législatives avec la création de 11 circonscriptions pour les Français de l’étranger (la 1ère Etats-Unis Canada, la 2ème Amérique centrale Amérique du sud, la 5ème Espagne Portugal et Monaco, la 8ème Italie, Grèce, Chypre, Israël, la 11ème qui couvre la moitié de la planète : la Russie, toute l’Asie et l’Océanie !) mais en juin 2012 malgré les craintes du PS la droite n’en remporte que 3 sur 11.

 

À l’inverse, en 2011 la gauche remporte le Sénat sans aucune réforme de ce scrutin pourtant censé favoriser la droite.

 

Moralité : la carte électorale et le mode de scrutin ne changent pas une élection. Un scrutin reste une démarche politique.

 

Jusqu’ici, redécoupages et tripatouillages pouvaient limiter les dégâts mais cette année cela risque d’être le contraire, reste que les scrutins sont de plus en plus illisibles pour les Français. Quand il était président, Nicolas Sarkozy confiait « les Français sont le peuple le plus politique du monde ». Il est vrai qu’avec une monarchie, deux empires, cinq républiques et quantité de réformes nous avons goûté à tout avec des cuistots très imaginatifs dans l’arrière-cuisine électorale mais aujourd’hui on frise l’indigestion ou pire… l’indifférence. »

 

J’abordais en dessert le cas de Mélanchon, un beau cas que je connais sur le bout des doigts depuis que je l’avais croisé alors qu’il était grouillot du maire de Massy Claude Germon

 

Dans leur dernier livre Le Mauvais Génie,  Ariane Chemin et Vanessa Schneider, grands reporters au Monde, révèlent comment Patrick Buisson, ancien prof d’histoire, proche des « néofascistes » Alain Renault et François Duprat, a bénéficié d’une mansuétude fascinante au sein de la Sarkozie. Non content d’insuffler ses thèses identitaires au président de la République, il a irrigué toute la droite, fabriquant de nombreux « bébés Buisson ». Dans le sillage de l’ex-directeur de la rédaction de Minute, un inframonde politique, réactionnaire ou ultracatholique, a retrouvé le chemin du pouvoir. Ça tout le monde le sait, ou presque, mais pour Mélanchon, à part nous les Grandes Oreilles, pas grand monde. Le journalisme d’investigation a besoin de sources, de vraies gorges profondes.

 

« J’en suis sûr. Je suis écouté. » La voix de Jean-Luc Mélenchon a blanchi. Près de lui, à quelques mètres, un collaborateur voit des gouttes perler sur son front. Le candidat du Front de gauche à la présidentielle vient de raccrocher après quelques mots murmurés au téléphone, mais la conversation semble l’avoir plongé dans une angoisse irraisonnée. Comme si le seul fait de s’être entretenu avec ce mystérieux correspondant avait suffi à le plonger dans cet étrange accès de fébrilité. (…)

 

L’homme avec lequel Jean-Luc Mélenchon était en ligne n’est autre que Patrick Buisson. (…) Buisson et Mélenchon se sont rencontrés au début de l’année 1993. Un jeune journaliste de Valeurs actuelles, Éric Branca, a décidé de s’atteler à une biographie de Philippe de Villiers. Patrick Buisson rejoint le projet en cours de route. Il donne au livre du souffle, du lyrisme, de la flamme. Pour clore l’ouvrage, les deux auteurs demandent à quatre « hérétiques » qui « ne supportent ni les carcans ni les contraintes » de donner leur avis sur le vicomte vendéen. Buisson a choisi Raoul Girardet, Marie-France Garaud, Bernard Debré et Jean-Luc Mélenchon.

 

« Mélenchon est l’un des derniers socialistes à se référer à une grille d’interprétation marxiste de l’économie et de la société, écrit Buisson après avoir reçu le texte du socialiste. Paradoxalement, ce n’est ni un brasseur de vulgate ni un adepte de la langue de bois. » Il est conquis. « Il faut absolument que tu me le présentes », demande-t‑il à Branca. Le début d’un long dialogue et d’une amitié. (…)

 

« Mélenchon a pris l’habitude de consulter son nouvel ami avant chaque décision stratégique. Buisson met avec plaisir sa science des sondages à son service. (…) Lorsque l’ami Jean-Luc Mélenchon se décide à concourir à la présidentielle, son conseiller occulte le convainc chiffres à l’appui, qu’il a un espace à conquérir à gauche du PS »

 

Régulièrement remise sur le tapis depuis 2012, comme une petite ritournelle que l’on chantonne quand revient le beau temps, ainsi de la présence de Jean-Luc Mélenchon en 2007 à la remise de la légion d’honneur de Buisson comme preuve flagrante de leur proximité. Face à Marc Oliver Fogiel, récemment dans l'émission Le Divan, Mélenchon propose un argumentaire plus sophistiqué mais pas vraiment plus convaincant. « Aller à la légion d'honneur de Patrick Buisson par Nicolas Sarkozy, c’est une curiosité, c'est une gourmandise, un spectacle gratuit. Comme si vous me disiez 'ah ! On a trouvé un papillon qui a des pattes, des pattes de lapin. J'y vais. Je vois le président de la république qui dit remercier l'homme qui lui a permis d'être élu. C'est extraordinaire !».

 

Ce n’est pas de la langue de bois mais de la langue de pute comme l’adore le monde médiatique. Ça ne draine pas les voix des gens d’en bas mais la Merluche, qui a tété au sein des hiérarques Mitterrandien, le sait mieux que quiconque : le peuple c’est beau mais, à démagogue, démagogue et demi, il préfère l’original à la copie… Alors le pont avec Buisson n’est pas une vue de l’esprit…

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22 mars 2015 7 22 /03 /mars /2015 00:09
Un carnet taché de vin « J’avais tout de l’étron qui attire les mouches plutôt que de la fleur qui fait venir les papillons et les abeilles » Charles Bukowski

« Né le 16 août 1920 à Andernach (Allemagne) hors les liens sacrés du mariage, je suis un bâtard, mais pas un enfant illégitime. Mon père était l’un des soldats américains qui occupaient le pays ; ma mère était une jeune Allemande écervelée. Je venais d’avoir 2 ans quand mes parents partirent vivre aux États-Unis – d’abord à Baltimore, puis à Los Angeles où j’ai gâché la majeure partie de ma jeunesse et où je vis encore aujourd’hui.

 

Mon père était une brute et un lâche qui n’avait d’autre satisfaction que de me punir pour mes fautes, vraies ou imaginaires, à coups de lanière de cuir, celle-là même dont il se servait pour affûter son rasoir. Ma mère se contentait de l’approuver. Leur devise préférée était : « Un enfant doit être toujours visible et tenir sa langue. »

 

Confessions d’un vieux dégueulasse (1971)

 

« Un carnet taché de vin » n'est pas un fond de tiroir écrit Anthony Palou dans le Figaro culture. 

 

« Bukowski, c'est l'évidence d'une littérature pas coupée à l'eau tiède. Et c'est pour ça qu'il nous émeut, nous traverse comme une flèche. Il fait dans la vie telle qu'elle va ou ne va pas trop. Ce gars-là, ce pas grand-chose ne fut jamais le premier de la classe, mit tout son talent à n'être que lui. Ses influences? Hemingway, Saroyan, Fante, etc. et comme ses pairs, il s'est acharné à dépuceler la littérature à coup de burin, à aplatir la langue américaine tel le boucher du coin qui attendrit une escalope. À fleur de peau fouettée, il mit aussi toute son énergie au service de ce que nous sommes, de sombres insectes cherchant à s'en sortir. »

 

Bukowski n'utilise jamais le frein à main, il est un vrai raffiné, un tribal civilisé. Il ne carbure pas aux hormones, il est né rageur, ne fut never pas une grande tête molle, s'est décarcassé chaque jour que dieu fait pour affronter un monde pas terrible. Toujours à la limite de l'optimisme, il sait que le boulot, que le jeu aux courses, la biture et la castagne en vaudront toujours la chandelle. »

 

Ce n’est pas l’avis de Philippe Garnier des Inrocks : Racler les souvenirs dans les fonds de tiroirs 

 

« Plus de vingt ans après sa mort, et bientôt un demi-siècle après la publication du Journal d’un vieux dégueulasse, il est peut-être temps de vérifier les prédictions d’Allen Ginsberg sur Bukowski (“poète mineur, il ne durera pas”), ou les estimations sceptiques du monde universitaire américain – Robert Peters, qui aimait l’œuvre, la qualifiait de « gab poetry » (poésie de la parlotte), en référence à son « naturel”, proche de la conversation. »

 

« L’édition reflète bien la tendance actuelle : les livres de témoignages, biographies, études et archives photographiques se sont multipliés outre-Atlantique. Et les parutions posthumes de l’auteur vont bientôt égaler en nombre (déjà considérable) les textes publiés de son vivant. L’année dernière nous avait amené Le Retour du vieux dégueulasse, et Grasset sort à présent ce Carnet taché de vin, similairement estampillé du logo Buko façon bague de cigare, similairement réuni et préfacé par David Stephen Calonne, en passe de devenir le Matthew J. Bruccoli de la Dégueulasserie. Comme Bruccoli avec Hemingway et Fitzgerald, qui ne s’est arrêté de publier leurs fonds de tiroirs et listes de provisions qu’à sa mort en 2008, ce professeur émérite (spécialiste de William Saroyan et Henry Miller, deux influences de jeunesse pour Bukowski) a entrepris l’excavation des archives du Vieux, dispersées entre la Huntington Library à Pasadena, l’université de Californie à Santa Barbara, et les Special Collections de l’université d’Arizona. »

 

 

Un carnet taché de vin « J’avais tout de l’étron qui attire les mouches plutôt que de la fleur qui fait venir les papillons et les abeilles » Charles Bukowski

Confessions d’un vieux dégueulasse (1973)

 

« Je me suis forgé, livre après livre, la réputation d’un éternel soiffard, et elle est plutôt méritée. Je ne pense pas pour autant que mon travail puisse se résumer à cela. Il n’empêche qu’ils sont nombreux ceux que cette réputation émoustille. En général, ils me téléphonent sur le coup de 3 h 30 du matin :

 

« Bukowski ?

 

  • C’est du domaine du possible.

  • Charles Bukowski ?

  • Exactement.

  • Salut, mec. Je t’appelle juste pour qu’on cause un peu tous les deux.

  • T’es bourré mon, mon gars, je l’entends.

  • Ma valise aussi est bourrée. Et alors ?

  • Écoute, je ne sais pas qui tu es mais tu ne peux pas réveiller des gens à pareille heure, et encore moins des inconnus. Ça ne se fait pas.

  • Vraiment ?

  • Vraiment.

  • Pas même Bukowski ?

  • Surtout pas lui. »

Et, point final, je raccroche.

 

Ces gamins sont persuadés avoir trouvé en moi l’âme sœur, tout simplement parce que je ne déteste pas, comme eux, boire plus que de raison et que je n’ai pas caché dans mes textes mon faible pour les coups de fil après minuit. Mais quel besoin ont-ils de vouloir me copier ? À propos de téléphonages, je me souviens encore de la nuit où, déchiré grave et tricard chez toutes celles que j’avais aimées, j’ai appelé l’horloge parlante pour entendre, pendant de longues minutes, la voix d’une femme m’égrener le temps qui passe : « Au quatrième top, il sera exactement 3 heures 30… au quatrième top, il sera exactement 3 heures 30 et 15 secondes… » Hein, que vous la connaissez, sa voix ! Aussi la prochaine fois que l’envie vous vient de me bigophoner, appelez l’horloge parlente et, si vous en êtes encore capable, branlez-vous en l’entendant. »

 

Fragments d’un Carnet taché de Vin 

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21 mars 2015 6 21 /03 /mars /2015 00:09
L’appel du 21 mars pour vivre mieux mangez du printanier local c’est bon pour le moral et votre porte-monnaie…

Ça ne va pas tarder les bubons cramoisis d’Espagne vont débouler sur nos étals. J’ai toujours milité contre la fraise « bubonique » rouge cramoisie cultivées par des émigrés payés par des coups de pieds au cul, en provenance, via des gros camions qui puent, des tunnels d’Andalousie : « elles déboulent sur les étals dès avril, grosses, moches, grenues, rouge brique, empilées, entassées, venues par camions entiers de la province de Huelva en Espagne. « L’Espagne exporte chaque année vers l’Hexagone, selon les douanes, 68000 tonnes de fraises (60% des importations françaises), soit un ballet de quelque 22000 camions par an, sur 2500 km. Un bilan carbone désastreux… 

 

Les autorités ne cessent de nous bassiner avec leur slogan sanitaire « Pour votre santé, mangez au moins cinq fruits et légumes par jour ».

 

Oui, mais quels fruits et légumes choisir ?

 

Quels critères privilégier pour faire ce choix ?

 

Le goût, le prix, la variété…

 

Avec l’arrivée du printemps j’affirme que l’on a tout à gagner en achetant des fruits et légumes de saison en privilégiant la proximité.

 

Kurt Vonnegut, qui est étasunien, parle du moment où « Dame Nature boucle tout. Novembre et décembre, ce n’est pas l’hiver. C’est le verrouillage. Puis vient l’hiver, janvier et février. Diable ! Pour faire froid, il fait froid ! Qu’y-a-t-il ensuite ? Pas le printemps. C’est le déverrouillage. Qu’est-ce qu’avril pourrait être d’autre ? »

 

La terre, la vraie, pas celle de Pétain qui ne ment pas, l’humus, la glèbe, le terroir, revit sous la douce chaleur du soleil printanier. Tout pousse, c’est la renaissance de tout ce qui se cachait en son sein. C’est le moment de se gaver de légumes de saison !

 

Les légumes de saison… c’est quoi ?

 

Ce sont des légumes qui poussent dans une région ou un pays, en pleine terre ou sous abri non chauffé, les serres froides, les belles cloches en verre.

 

Oui mais les légumes de saison sont-ils bons pour notre porte-monnaie ?

 

Bien sûr le prix des légumes varie au cours de l’année en fonction de multiples variables, mais souvent hors-saison ils sont plus chers, leur qualité est moyenne car ils sont souvent importés ou cultivés sous serre chaude. Acheter vos légumes à des producteurs locaux, sur les marchés, reste la solution idéale pour avoir des légumes frais et pas trop chers.

 

Dans tous les cas de figure soyez attentif à l'origine géographique, et au mode de culture, des légumes proposés sur les étals des marchés urbains, de votre marchand de fruits et légumes, et si vous y allez, les rayons de la GD, mais aussi des magasins bio : les légumes locaux et de saison valent souvent mieux, dans beaucoup de cas, que des produits bio importés par avion !

 

Sans être un écolo forcené vous pouvez éviter les produits empruntant de longs transports par avion, bateau ou camion qui génèrent un grand nombre de nuisances environnementales : consommation de ressources non-renouvelables et pollution (il faut ainsi 5 litres de gasoil pour un kilo de fraises d'hiver), mais aussi embouteillages et accidents de la circulation (en Europe, un camion sur trois transporte de la nourriture).

 

De plus, au lieu de chialer hypocritement sur le sort des petits producteurs, ça permet à ceux de vivre et à des jeunes de s’installer. C’est bon pour la planète et l’emploi. Et ne me dites pas que c’est trop cher : faites une croix sur les saloperies payés au prix du caviar que vous achetez à vos chiarres type M&M's, dangereux, nocifs car bourrés de dioxyde de titane. 

 

Pour les fruits, n’oubliez pas qu’un fruit local et de saison, cueilli à maturité peu de temps avant que vous ne le consommiez, a des qualités gustatives et nutritionnelles bien plus importantes qu’un fruit qui a mûri au frigo sur un bateau - lequel doit en plus souvent être traités avec des produits facilitant sa conservation voire emballé dans une coque plastique qui le protège durant le transport.

 

Attention le slogan achetez Français n’est pas toujours pertinent pour ceux qui veulent acheter des légumes de saison car beaucoup provenant du Sud sont cultivés sous serre chaude en France et sont hors saison. L'affichage du mode de culture n'est pas obligatoire et est donc souvent absent. Le problème est que la culture sous serre nécessite jusqu’à neuf fois plus d’énergie qu’une production à l’air libre - cette technique requiert en effet un chauffage constant pour une température ambiante stable, et parfois même l’utilisation de lumières artificielles… sans compter évidemment l’ajout de produits chimiques si la culture n'est pas bio et que les produits doivent voyager.

 

Les tomates sont le plus « bel exemple » de cette totale dessaisonalisation.

 

 

L’appel du 21 mars pour vivre mieux mangez du printanier local c’est bon pour le moral et votre porte-monnaie…
L’appel du 21 mars pour vivre mieux mangez du printanier local c’est bon pour le moral et votre porte-monnaie…

C’est la saison des asperges alors ne vous privez pas Tout savoir sur l’asperge … et les respounchous 

 

Conseils pratiques

 

Quelques conseils pratiques pour ne pas dénaturer les vitamines contenues dans les légumes :

 

N’éplucher les légumes que si cela est vraiment nécessaire,

 

Laver rapidement sans excès,

 

Ne laisser pas tremper les pommes de terre et les légumes verts trop longtemps surtout si ils sont épluchés ou coupés,

 

Pour les crudités, ne les râper qu’au dernier moment et ajouter aussitôt du vinaigre ou du citron.

 

Superbe interprétation des 4 Saisons par Richard Galliano à l'accordéon 

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 10:15
Les 2 Dupont, le Jacques et le Bompas explorent le territoire de « pruneau-land » où un baron a changé son eau en vin grâce à une pointe Bic…

En ce temps d’élections cantonales, les 2 missionnaires du Point et du vin battent vaillamment la campagne encépagée de la rive droite. Est-ce un signe que le fléau de la balance va pencher à dextre dimanche prochain ? Je ne sais, mais ce que je sais c’est que ces deux beaux nez (les amateurs de contrepèterie sont priés de s’abstenir) ont le fessier fragile, oui rappelez-vous « le fameux siège de roto-faneuse en fer troué qui fit la gloire de la mécanisation au temps de la traction animale équipe également la Maison des vins... Les élus du syndicat de l'époque où fut adopté cet instrument de torture ne devaient guère passer de temps en dégustation... ».

 

Le meilleur de leurs amis de Saint et Millions, Hubert le bourguignon, devrait leur offrir un coussin à ses armes pour qu’ils puissent continuer à décocher en toute sérénité leurs perfides flèches sur les nouvelles reines de beauté du classement qui fait jaser jusqu’à la concierge de cette charmante bourgade : « Nous n'avons pas encore goûté les montagne-saint-émilion ni les saint-georges. Mais les lussac et les puisseguin-saint-émilion se sont montrés remarquables, surtout si on les compare à certains saint-émilion grands crus qui semblent parfois manquer un peu de « racines » en s'affirmant davantage grâce aux pratiques œnologiques et au bois ».

 

Et toc, ce n’est pas de la langue de bois mais faudra tout de même qu’un jour on explique au bon peuple de la France qui boit ce que sont ces fameuses pratiques œnologiques ! Faire toute la lumière ce qui, un jour d’éclipse, va s’en dire.

 

Pour le reste si vous souhaitez suivre les tribulations des deux larrons chez le baron allez voir ICI. 

 

Confidence pour confidence j’ai toujours détesté les pointes BIC, ça écrit trop gros et ça bave, et, comme je ne me rase pas, et que j'allume mes roulées avec des allumettes, je n’ai guère contribué à arrondir la pelote du baron Bich

 

Aux dernières nouvelles Vin : les bordelais annoncent « un beau millésime 2014 »
 

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 00:09
« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

S’il est un livre dont j’ai savouré chaque page, dont je me suis délecté en souriant, c’est bien «Aujourd’hui caviar, demain sardines» de Carmen et Gervasio Posadas, aux éditions de l’Épure. Sœur & frère, enfants de l'ambassadeur d'Uruguay, dotés d’une mère capable « avec quatre sous, beaucoup d’imagination et en mettant tout le monde à l’ouvrage, du premier au dernier membre de la famille (d’où le Posadas Inc.), pour nettoyer, peindre et cirer… capable de transformer une ruine en ambassade de rêve. »

« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

Madame l’ambassadrice d’Uruguay était aussi un cordon bleu capable de faire prendre des vessies pour des lanternes à ses invités pour pallier les petits moyens que leur octroyait leur Ministère des Affaires Étrangères. Ainsi, son gâteau de fausse langouste confectionné avec de la lotte était du plus bel effet présenté avec des carapaces de langoustes vides qui pouvaient resservir plusieurs fois. Plat dont raffolait le redoutable Manuel Fraga Iribarne, Ministre du Tourisme et de l’Information sous un Franco qui commençait à sucrer les fraises, membre du conseil des ministres qui refusa la grâce à Julián Grimau, dirigeant du Parti communiste Espagnol, arrêté, torturé, défenestré, condamné à mort et exécuté en 1963 que Fraga qualifiera alors de criminel et justifiera son exécution. En 1964, il se baignera à Palomares sur la côte d'Almería à l'endroit où un avion militaire américain a perdu accidentellement quatre bombes H, pour y démontrer que les eaux n'y sont pas polluées par la radioactivité.

 

« … quelles que soient mes résolutions, chaque fois que je viens ici, je mange comme un ogre… c’est impossible de respecter un régime. »

« Nous supposâmes qu’il s’agissait du régime alimentaire, car il commença immédiatement à manger et se resservit de l’entrée le fameux gâteau de fausse langouste… »

 

L’humour est au coin de chaque page, pour preuve l’épisode d’un déjeuner chez une vieille marquise, l’une des plus célèbres de Madrid, dans un palais décrépi, aux murs recouverts de Greco, Velasquez et Goya, où elle fut accueillie par un majordome dont la bouche « s’ornait d’une moue de lassitude et d’un mégot » lui contant l’histoire de la rencontre de Fabiola « fille des marquis de Cas Riera, l’une des meilleures familles de Madrid… Je n’ai jamais vu fille aussi laide et avec aussi peu de grâce… Comme elle était très croyante, tout le monde pensait qu’elle entrerait au couvent… » et de Baudoin au ski en Suisse. Celui-ci « très croyant voulait à tout prix se trouver une fiancée en Espagne parce que c’est le pays le plus catholique du monde et il eut la chance de tomber sur la femme la plus catholique d’Espagne. »

 

« Je suis allé au mariage à Bruxelles. C’était spectaculaire. La robe de la mariée était une merveille de Balenciaga, mais Dieu que la mariée était laide. Je ne sais ce que l’on va penser dans le monde d’une reine aussi peu gracieuse… »

 

  • Vous savez comment on appelle maintenant les 2cv Citroën ? demanda l’une des invitées qui n’avait pas ouvert la bouche jusque-là.

  • Comment ?

  • Les Fabiola, parce qu’elles sont très laides, mais très fiables.

L’épisode moscovite est aussi un petit bijou que nos petits enfants pour qu’ils puissent mesurer ce qu’était l’enfer bureaucratique de l’ex-URSS.

 

« Ce pays devrait s’appeler l’Union bureaucratique. Il faut tout faire par l’intermédiaire de l’UPDK qui est l’organisme du Ministère des Affaires étrangères chargé de s’occuper des ambassades, évidemment avec ces initiales, on dirait plutôt une annexe du KGB. Vous voulez un menuisier ? UPDK. Vous voulez une voiture ? UPDK. Vous voulez faire réparer votre voiture ? UPDK, madame et quand on s’adresse à eux, ils disent toujours que ce qu’on demande est très difficile et qu’ils ne savent pas combien de temps ça va prendre. »

 

L’épisode du « domovoï » (revenant) de la résidence est aussi très drôle. L’ancien propriétaire, un commerçant riche à millions, « un porc réactionnaire » tomba amoureux de la plus belle des « zingari » (bohémienne) avec « d’immenses yeux verts de chat ». De retour plus tôt que prévu d’un voyage il la trouva dans les bras de l’un des zingari. Il les tua tous les deux sur place et « il donna le cadavre de l’amant à manger aux chiens et celui de la femme… il le découpa en morceaux et le fit brûler dans la cheminée de la bibliothèque. »

 

La recette du poulet à la Kiev, farci de beurre fondu, plat phare de la cuisine russe, délicieux, servi au restaurant Berlin, datant d’avant la révolution et qui gardait « son ancien charme, avec ses grands miroirs, ses candélabres et ses fresques du XIXe. »

 

À la recherche de l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne :

 

« À l’entrée de ce qui était autrefois le quartier chinois (à côté des murs du Kremlin à quelques cinquante mètres de la fameuse Lubianka, le siège du KGB) se trouve un marché clandestin de copies artisanales de livres interdits, que l’on appelle « samizdat »

 

« Cela semble incroyable, mais il (son mari l’ambassadeur) raconte qu’un jour, il a rencontré là-bas Molotov, celui du cocktail, le célèbre ministre des Affaires étrangères de Staline, qui est aujourd’hui dans la disgrâce la plus totale. Ce que Luis n’a pas réussi à savoir, c’est s’il vendait de la littérature interdite, s’il en achetait, s’il promenait tout simplement sa nostalgie au pied du Kremlin ou s’il cherchait à se procurer un kilo d’oranges en contrebande »

 

« Ici, en Union Soviétique, il y a beaucoup de restrictions, de manques et d’incommodités, mais si tu ne cherches pas les problèmes et si tu regardes ailleurs, tu peux avoir une vie assez tranquille : les gens ont un logement assuré, même s’il est insalubre ; l’électricité et le chauffage ne coûtent pas cher et les gens travaillent très peur. Comme ils disent par ici : « Nous faisons semblant de travailler et l’État fait semblant de nous payer. » Mais si on affronte le système, la vie devient un enfer : harcèlement, perte d’emploi, prison et dans le pire des cas, traitement de « rééducation » en clinique psychiatrique. »

 

Mais le bijou d’humour est les pages consacrées à la présentation à la Queen Élizabeth II qui n’aime que les couleurs « vivacious » ou gaies. Donc pas de noir, « dans ce cas, elle pensera immédiatement que vous êtes en deuil, et elle vous présentera ses condoléances, ce qui serait une gaffe (en français dans le texte) très désagréable qu’il nous faut éviter. »

 

Je brûle de vous raconter l’épisode, mais je ne le ferai pas, vous laissant le soin d’acheter le livre pour 18€ seulement pour le découvrir tout à la fin de l’opus.

 

Accueillie à Buckingham par Lady Pirrit qui « aimait aussi les couleurs vivacious. Elle portait une très élégante robe en taffetas jaune poussin et un châle jaune canari… » l’ambassadrice avait choisi « pour l’occasion une robe en voile de mousseline fuchsia, très léger et printanier » qui lui allait très bien. Elle portait « bien entendu les gants règlementaires ainsi qu’un chapeau blanc et pour tout ornement, une longue et fine chaîne en or qui m’arrivait jusqu’à la taille et d’où pendait une médaille qui avait appartenue à ma mère. »

 

Alors pourquoi diable « Embassador’s Wife shows Knikers to the Queen? »

 

  • Petits incidents de travail qui arivent, me dit-elle (la Queen) avec un doux sourire, moi aussi j’en ai eu quelquefois “So, don’t worry, mistress Pilladas”.
« L’ambassadrice d’Uruguay montre sa culotte à Buckingham Palace » tribulation d’un cordon bleu chez Franco, Brejnev et la Queen Élizabeth II « Aujourd’hui caviar, demain sardines »

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