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30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 06:00

Ce matin à nouveau je fais « un Bizot », expression passé dans le langage courant, je démonte un « mythe de la gastronomie française » : l’origine de la raviole de Royan.

 

GASTRONOMIE La raviole du Royans, un héritage ancestral ICI 

Par la rédaction du DL - 02 août 2011

 

Véritable fierté royannaise, vantée à toutes les sauces, les ravioles font partie de ces plats ancestraux, “bien de chez nous”, passés de la table de la cuisine aux meilleures adresses de l’hexagone.

 

Élevé au rang de produit de luxe, tant par son goût fin et délicat que part son prix, la raviole jouit d’une réputation grandissante qui lui permet de faire, chaque jour, de nouveaux adeptes.

 

« Les ravioles, dont les origines sont à rechercher dans les cuisines antiques romaine et médiévale, sont vendues par “grosse” de 144 ravioles. Cette manière de compter, utilisant le système duodécimal, est antérieure à la diffusion du système décimal dans la première moitié du 19 e siècle, ce qui confirme la présence de ce plat dans le pays de Romans. »

 

« Au 19 e siècle et au début du 20 e siècle, les ravioles étaient d’abord consommées lors des fêtes familiales et confectionnées, à cette occasion, par des “ravioleuses” qui se déplaçaient de maison en maison. À Romans et Bourg-de-Péage, on allait manger quelques grosses de ravioles, entre amis, à 17 ou 19 heures dans les cafés des deux cités. »

 

La préparation de la farce

 

Le Comté (du Jura), coupé et râpé dans des meules de 40 kg, est mélangé avec du persil, des œufs, du sel, et du caillé de vache. Après avoir malaxé et bien mélangé la farce, Thierry l’a fait reposer pendant plusieurs heures afin d’obtenir une texture onctueuse, légère et homogène.

 

Le fourrage

C’est la partie délicate de la fabrication. Jason est aux manettes de la “raviolatrice”, une machine fabriquée par une entreprise locale servant à fourrer la pâte, elle-même fabriquée sur place avec de l’eau, des œufs, de la farine et du sel.

 

L’emballage

 

À la fin de la chaîne de production, Martine récupère les plaques pour les emballer. Elles partiront ensuite directement dans l’un des multiples points de vente.

 

Démontage de la tradition ancestrale in La Sacrifiée du Vercors François Médeline.

 

La Sacrifiée du Vercors

 

Les femmes de bûcherons italiens :

 

« Les survivants de cette époque sont très peu nombreux. Ceux qui ont accepté de témoigner dans les livres d’histoire reconnaissent que les Italiens n’étaient pas intégrés avant la guerre, que l’accueil ne leur a pas été favorable, et qu’il a fallu laisser le temps au temps. Comme compensation, on leur accorde l’invention de la raviole, la spécialité de la région. On raconte que les femmes des bûcherons transalpins ont farci leurs raviolis avec ce qu’elles avaient sous la main, c’est-à-dire de la tomme, du fromage blanc et du persil. La recette a fait son chemin et la tomme a depuis été remplacé par du comté. Ces femmes étaient peut-être celles des ouvriers qui ont percés les Grands Goulets et y sont morts. Mais il n’en est jamais fait mention. La route des Grands Goulets a de toute façon été fermée en 2004 aux voitures et au public pour des raisons de sécurité et remplacée par un tunnel de mille sept cent dix mètres de long, au grand dam de certains Vertacomicoriens* et d’une bande d’amis romanais qui criaient sous chaque tunnel aux touristes ébahis : « Attention à l’ours ! »  

*Nom des habitants du Vercors : étymologie : Vertacomacori peuple celte de la Narbonnaise.

 

 

Charbonnage et CharbonniersCharbonnage et CharbonniersCharbonnage et Charbonniers

Charbonniers, le métier du diable ?

 

ICI

 

 

[article]

sem-linkDanielle Musset

Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie  Année 2000 

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29 juin 2022 3 29 /06 /juin /2022 06:00

J’ai connu les « faiseuses d’anges », en mes années étudiantes à Nantes, l’une de mes petites amies était infirmière, souvenir de l’avoir vu pleurer en rentrant de l’hôpital où des jeunes filles avaient eu recours à elles, faute de pouvoir se faire avorter médicalement, ou d’avoir agi seule avec des aiguilles à tricoter ou du persil.

 

Marie-Louise Giraud, la faiseuse d'anges qui a fini guillotinée à Paris ICI 

 

Marie-Louise Giraud est morte à 39 ans

 

30 juillet 1943, ce jour-là, Marie-Louise Giraud, 39 ans, est condamnée à mort pour avoir pratiqué des avortements illégaux à Cherbourg est guillotinée.

 

Le 30 juillet 1943 dans la cour de la prison de la Roquette à Paris, Marie-Louise Giraud, 39 ans, s’approche de la guillotine près de laquelle l’attend le bourreau.

 

Son crime ?

 

Avoir pratiqué 27 avortements illégaux dans la région de Cherbourg (Manche). Elle reste dans l’histoire comme la seule « faiseuse d’anges » exécutée pour ce motif.

 

Une affaire de femmes DVD - Claude Chabrol - DVD Zone 2 - Achat & prix |  fnac

 

Une affaire de femmes film de Claude Chabrol sorti en 1988. Il est adapté du livre du même nom écrit par l'avocat Francis Szpiner et paru aux éditions Balland. Il s'inspire de l'histoire vraie de Marie-Louise Giraud, une des dernières femmes guillotinées en France.

 

Halimi 7111973 Phot Julien Quideau copyr. L'express.JPG

 

Le procès de Bobigny : La cause des femmes. La plaidoirie de Me Gisèle Halimi ICI  

 

Et si je ne parle aujourd’hui, Messieurs, que de l’avortement et de la condition faite à la femme par une loi répressive, une loi d’un autre âge, c’est moins parce que le dossier nous y contraint que parce que cette loi est la pierre de touche de l’oppression qui frappe les femmes.

 

C’est toujours la même classe, celle des femmes pauvres, vulnérables économiquement et socialement, cette classe des sans-argent et des sans-relations qui est frappée.

 

Voilà vingt ans que je plaide, Messieurs, et je pose chaque fois la question et j’autorise le tribunal à m’interrompre s’il peut me contredire. Je n’ai encore jamais plaidé pour la femme d’un haut commis de l’État, ou pour la femme d’un médecin célèbre, ou d’un grand avocat, ou d’un P-D-G de société, ou pour la maîtresse de ces mêmes messieurs.

 

Je pose la question. Cela s’est-il trouvé dans cette enceinte de justice ou ailleurs ? Vous condamnez toujours les mêmes, les « Mme Chevalier ». Ce que nous avons fait, nous, la défense, et ce que le tribunal peut faire, ce que chaque homme conscient de la discrimination qui frappe les mêmes femmes peut faire, c’est se livrer à un sondage très simple. Prenez des jugements de condamnation pour avortement, prenez les tribunaux de France que vous voudrez, les années que vous voudrez, prenez cent femmes condamnées et faites une coupe socio-économique : vous retrouverez toujours les mêmes résultats…

 

Et puis il y eut enfin la loi Veil

 

 
La bataille de Simone Veil pour le droit à l’avortement ICI 

 

Il y a quarante ans, Simone Veil défendait à l’Assemblée son projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse. Retour sur un combat âpre, et même violent, jusqu’à l’adoption de cette loi.

 

La bataille pour le droit à l’avortement commence bien avant l’arrivée de Simone Veil au gouvernement. La question divise la société. Le 5 avril 1971, 343 femmes réclament le droit à l’avortement dans le Nouvel Observateur

 

.

 

«Un million de femmes se font avorter chaque année en France… Je déclare que je suis l’une d’elles»

 

,

 

[écrivent Simone de Beauvoir, Delphine Seyrig, Catherine Deneuve, Françoise Sagan, Jeanne Moreau ]

 

… et d’autres que

 

Charlie Hebdo rebaptisera les

 

«343 salopes»

 

Le manifeste des 343 (salopes), pour le droit à l'avortement | Raconte-moi  l'HistoireDroit à l'IVG : l'histoire du Manifeste des 343 - Elle

Image

La décision de la Cour suprême américaine prétexte d’une manœuvre politique en France 

 

 

 La décision du 22 juin de la Cour suprême a suscité un véritable tollé aux États-Unis, c’est normal. Mais on ne pouvait pas soupçonner qu’elle aurait des conséquences aussi immédiates sur la vie de notre pays. À peine a-t-elle été connue qu’une modification de notre constitution était annoncée. 

 

Pourtant, en France, le droit à l’avortement n’est pas menacé. Il est autorisé pour les femmes majeures ou mineures. Il a été renforcé par une loi récente, promulguée le 2 mars 2022, qui porte de 12 à 14 semaines de grossesse le délai pendant lequel il est possible de recourir à une IVG. Cette même loi a étendu aux sages-femmes la compétence de pratiquer des IVG chirurgicales. Elle a pérennisé l'allongement du délai de recours à l’IVG médicamenteuse (sept semaines contre cinq semaines jusqu’en 2020). Elle précise qu’un pharmacien refusant la délivrance d’un contraceptif en urgence sera en méconnaissance de ses obligations professionnelles. Enfin, un répertoire recensant les professionnels et structures pratiquant l'IVG devra être publié par les agences régionales de santé. Il sera librement accessible.

 

Si le droit à l'avortement est menacé en France, il l’est plus par le délabrement de notre système de santé, le manque de médecins, de sage-femme  et d'infirmiers dans les hôpitaux, le manque de soutien dont bénéficie le planning familial, que par les lois. 

 

Cela ne signifie pas qu'il y ait un consensus en France. Les représentants de différents cultes religieux sont fermement opposés à l’avortement, mais pour le moment, dans notre République laïque, ils ne font pas la loi. Souhaitons que cela dure. Le parti « Les Républicains » s'est illustré par son opposition à l'adoption de la loi du 2 mars 2022, ne sachant plus très bien comment se distinguer du parti d'Emmanuel Macron. Mais ni du côté des partis politiques ni du côté de l'opinion publique française il n'existe de risques réels de remise en cause du droit à l'avortement consacré par la loi du 17 janvier 1975 défendue par Simone Veil. 

 

Pourtant, la toute nouvelle présidente du groupe parlementaire « La République en marche », Aurore Bergé, soutenue par la Première ministre Élisabeth Borne, a indiqué le jour même où était rendue publique la décision de la Cour suprême américaine, qu'elle allait proposer de modifier notre constitution pour y inscrire le droit à l'avortement. Une telle prise de position, évidemment, a reçu l'approbation du Président de la République qui navigue à vue pour essayer de reprendre la main après la défaite sévère qu'il a subie lors de l'élection législative. La République en marche avec ses 154 députés sur un total de 577 sièges, soit un peu moins de 27% des députés élus, tente sans trop de succès de faire vivre l'idée qu'elle reste le parti majoritaire à l’Assemblée, au mépris de l'évidence la plus aveuglante. Elle n’est que le parti ayant obtenu le plus de sièges lors de cette élection, très loin de la majorité des sièges à l'Assemblée nationale, pour ne pas parler de la majorité des électeurs inscrits. 

 

Ne voulant pas passer d'accord avec d'autres partis qui partagent pourtant l'essentiel de son orientation politique, comme les Républicains, ou incapable de le faire, Emmanuel Macron a maladroitement essayé de renvoyer la responsabilité de l’impasse dans laquelle il se trouve sur les autres partis. 

 

Dans ce contexte, la décision de la Cour suprême américaine est une véritable aubaine. Alors qu'il n'y a pas de débat sur le droit à l'avortement en France, Emmanuel Macron va le créer, obligeant les autres partis politiques à se rallier à sa proposition d'inscription du droit à l'avortement dans la constitution de la Vème République, se réservant ensuite de dénoncer comme d'affreux réactionnaires ceux qui refuseront de le faire. Ce faisant, il devra sans doute stigmatiser ceux qui sont le plus proches de lui, c'est à dire Les Républicains, puisque Marine Le Pen a indiqué qu'elle n'était pas opposée à la constitutionnalisation du droit à l'avortement. Quant à la NUPES, elle pourra difficilement faire autre chose qu'appuyer cette proposition après que la France Insoumise a présenté une proposition de loi dans ce sens au cours de la précédente législature, rejetée à l’époque par le camp macroniste. 

 

La grossièreté de la manœuvre politique devrait conduire tous les partis à la rejeter sans équivoque pour ce qu'elle est, une manœuvre politicienne de la pire espèce. Ils pourraient d'ailleurs reprocher en même temps au président de la République de diviser inutilement la société qui l’est déjà suffisamment, sans qu'il soit besoin d'en rajouter. Je ne sache pas que cette proposition ait figuré dans le programme du candidat Macron à la présidence de la République pas plus que dans celui du mouvement Renaissance pour l’élection législative. Une révélation sans doute d’un péril jusque-là inaperçu…

 

Une manœuvre qui doit être rejetée sans équivoque

 

En plus des circonstances, il y a aussi des raisons de fond pour s'opposer à cette proposition d’E Macron. 

 

L’objet d'une constitution est de définir le fonctionnement des pouvoirs publics, les principes d'organisation de l'administration et les conditions dans lesquelles est assurée la séparation des pouvoirs sans laquelle il n'y a pas de démocratie. Elle est là pour garantir que le pouvoir exécutif ne pourra pas empiéter sur le pouvoir législatif et le pouvoir judiciaire ; mais aussi pour assurer qu'il n'y aura pas de gouvernement des juges et préciser les limites dans lesquelles s'exercent le rôle de représentant de la souveraineté populaire du pouvoir législatif. 

 

Évidemment nous avons un peu oublié cela avec la constitution de la Vème République qui donne un pouvoir exorbitant à l'exécutif et réduit le pouvoir législatif au rôle de godillot en période ordinaire. Quant à notre système judiciaire, il est regardé comme une curiosité à l’étranger. 

 

Si une réforme de la Constitution française devait intervenir (ce ne serait que la 25ème depuis 1958), c'est de cela dont elle devrait traiter : comment faire de la France un pays organisé démocratiquement ? Comment faire pour que nos institutions permettent une représentation réelle de la volonté populaire et que des évolutions soient possibles sans affrontements, parfois violents, entre un peuple méprisé et un exécutif méprisant ?

 

Ce n’est pas ce que souhaite Aurore Bergé, au contraire il s’agit pour elle d’éviter un débat sur les institutions au moment où celles-ci montrent leurs limites et où le gouvernement est dans une impasse, pour faire diversion sur un sujet qui ne suscite pas de polémique pour le moment dans notre société.

 

La seconde objection à cette proposition tient à sa nature même. La constitution n'est pas une déclaration des droits mais la description du fonctionnement des institutions qui permettront de les garantir et d'assurer la protection des libertés individuelles contre la tendance à l'oppression des institutions étatiques, quelles qu'elles soient. Le pouvoir exécutif tend naturellement à abuser des prérogatives qui lui sont données ; le pouvoir judiciaire ne l’est pas moins et la décision de la Cour suprême nous le rappelle avec force. Enfin, le pouvoir législatif qui dans certaines circonstances pourraient se considérer comme absolu ne doit pas l’être non plus. « La souveraineté du peuple n’est pas illimitée ; elle est circonscrite dans les bornes que lui tracent la justice et les droits des individus. La volonté de tout un peuple ne peut rendre juste ce qui est injuste. Les représentants d’une nation n’ont pas le droit de faire ce que la nation n’a pas le droit de faire elle-même », écrivait B. Constant

.  

Les révolutionnaires de 1789 avaient sagement distingué la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, de la Constitution. D’un côté l'énumération des droits de l’homme considérés comme naturels ; de l'autre les règles d'organisation des pouvoirs publics, du régime politique dans lequel nous souhaitons vivre. 

 

La proposition d'Aurore Bergé, en dehors de son aspect politicien, prolonge la tendance à transformer la constitution en un catalogue de droits et de principes placé sous le contrôle d’un juge, en lieu et place d'un texte fondamental exposant les limites du pouvoir des institutions étatiques et les garanties ainsi apportées aux citoyens. Le projet de constitution européenne élaboré par Valéry Giscard d'Estaing souffrait de ce défaut qui voulait instituer dans le même texte le rôle de la Commission et du Parlement européen, la réduction du champ de compétences des institutions nationales et les origines chrétiennes de la France. C'est entre autres ce que les Français, avec d'autres Européens, ont refusé en 2005. C'est ce que leurs dirigeants leur ont imposé par la voie parlementaire au mépris de l'opinion clairement exprimée par référendum.

 

À rebours de cette tendance, il faut dire clairement que le mariage et ses différentes formes, nos pratiques sexuelles, la protection de l'environnement, de l'eau, de la biodiversité, la politique culturelle, l'idée que nous avons de ce qu'est un beau paysage, l'amitié ou l'amour, bref tout ce qui constitue la toile serrée de notre vie quotidienne, sociale ou individuelle, et la plupart des politiques publiques, n'ont rien à faire dans la Constitution. 

 

Cette boursouflure croissante de la Constitution et des textes juridiques en général, nous enferme dans une camisole qui nous prive progressivement de toute liberté de mouvement. Le seul régulateur de la société devient le juge qui décide non pas comme une simple autorité de mise en œuvre des textes, mais en faisant intervenir ses opinions personnelles, ses orientations politiques, son interprétation des faits et des circonstances, en élargissant sans cesse le champ des principes auxquels il fait appel pour prendre ses décisions.

 

Il faut donc dire très clairement non à cette proposition de la République en marche.

 

Une révision complète de notre constitution est nécessaire, pour nous permettre de retrouver un fonctionnement démocratique. Elle doit être préparée par une commission désignée pour cela par le Parlement, rassemblant les représentants des partis politiques, des membres du Conseil économique, social et environnemental, des syndicalistes et des responsables associatifs. Son projet devrait être soumis aux citoyens par référendum après un examen par le Parlement.

 

L’utilisation politicienne du droit à l'avortement par le parti du Président de la République affaiblit ce droit et la Constitution.

 

Le 27 juin 2022

Jean-François Collin


 

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 06:00

"Pizza?  Celui que nous connaissons aujourd'hui est né en Amérique.  Au début c'était blanc, avec de l'huile et de l'ail » : les faux mythes de la cuisine italienne en podcast

Le sieur Jean-Yves Bizot, vigneron à Vosne-Romanée, est un lève-tôt, c’est un commentateur régulier mais via WhatsApp qui grelotte sur ma table nuit dans la foulée de la mise en ligne de mes brillantes chroniques. Dimanche matin, sur ma salade Waldorf, il a embrayé sec sur le nationalisme culinaire

 

Comme Alberto Grandi, professeur d’histoire de l’alimentation à l’université de Parme qui se propose de « démonter les mythes sur la cuisine italienne », il affirme que la pizza et la carbonara sont d’origine américaine.

 

https://www.corriere.it/methode_image/2022/04/01/Interni/Foto%20Interni%20-%20Trattate/combo1-kWbD-U333016027140799NI-656x492@Corriere-Web-Sezioni.jpg

 

Selon les dires du professeur, la carbonara ne serait pas un plat romain, mais trouverait son origine à la fin de « la Seconde Guerre mondiale, lorsque les soldats américains apportent le bacon en Italie et ont l’idée de l’associer aux œufs et aux pâtes ».

 

Quant à la fameuse pizza napolitaine, poursuit le média, elle serait aussi le fruit d’une rencontre italo-américaine. Alberto Grandi s’explique à ce sujet dans les colonnes du journal romain Il Fatto Quotidiano :

 

« La version que l’on connaît aujourd’hui est née aux États-Unis, et jusqu’aux années 1950, une grande partie des Italiens ne connaissait pas la pizza, on en parlait comme d’un plat exotique. Ce plat est né à Naples, certes, mais à l’origine, la pizza était blanche, sans tomate ni mozzarella, riche en ail et en huile et consommée dans la rue. Une sorte de street-food avant l’heure. Les Italiens qui ont émigré outre-Atlantique y ont appris à préparer la pizza avec la mozzarella et la tomate, et ont ensuite rapporté cette recette au pays, où elle a été intégrée à notre tradition. »

 

Les relations culinaires entre les deux rives de l’Atlantique créées par l’émigration prennent une telle importance que les Italo-Américains deviennent parfois eux-mêmes les gardiens d’une tradition, explique encore Grandi.

 

C’est le cas du parmigiano, le célébrissime fromage transalpin qui a un cousin américain, le parmesan, longtemps moqué comme une vulgaire imitation. En réalité, explique le professeur au média italien, « l’histoire du parmesan américain commence dans les années 1920 et 1930. Des producteurs d’origine italienne fabriquent ce fromage dans le Wisconsin en suivant les méthodes de fabrication traditionnelles. Par la suite, le processus de fabrication du parmigiano a changé et s’est amélioré en Italie, mais dans le Wisconsin, on produit encore ce fromage comme au début du XXe siècle. Donc, pour retrouver la saveur d’origine de ce fromage, c’est dans le Wisconsin qu’il faut se rendre. »

 

« On ne mangeait que de la soupe et de la polenta »

 

Qu’il s’agisse de carbonara, de pizza ou d’autres plats et aliments cités par Grandi, il est difficile de valider ou d’invalider de façon définitive les théories du professeur. Les sources sur les origines d’une recette sont souvent multiples et contradictoires et, dans le fond, la démarche de Grandi – dont il assume le côté provocateur – ne vise pas à attribuer une paternité différente à des plats italiens, mais plutôt à déconstruire un mythe plus général relatif à cette cuisine.

 

À savoir, qu’elle ne repose pas sur des « traditions séculaires », comme un certain marketing voudrait le faire croire, et que le développement de mets savoureux et raffinés est lié à l’enrichissement de la population pendant l’après-guerre.

 

« L’idée que les Italiens mangent bien depuis des siècles est une sottise, car ils ne pouvaient pas se le permettre », explique donc Grandi à Specchio :

 

« S’ils avaient eu pizza, carbonara, viande et ravioli tous les jours à leur table, auraient-ils émigré pour faire des travaux humbles dans le monde entier ? Ils ne mangeaient que de la soupe, et de la polenta au Nord. »

 

Bien évidemment, j’attends avec impatience une chronique du sieur Bizot sur un sujet chaud en Bourgogne : comment a-t-on dessiné la carte des crus, les fameux Climats ?

Denominazione di origine inventata. Le bugie del marketing sui prodotti  tipici italiani: Grandi, Alberto: 9788804683957: Amazon.com: Books

Pizza ? Celui que nous connaissons aujourd'hui est né en Amérique. Au début c'était blanc, avec de l'huile et de l'ail » : les faux mythes de la cuisine italienne en podcast

 

Depuis plus de quinze ans, je m'occupe de l'histoire de la nutrition et des marchés alimentaires et, au cours de cette période, je me suis progressivement rendu compte que j'avais moi-même nourri certains mythes sur l'alimentation et la cuisine italiennes qui, documents en main, n'étaient pas supporter. C'est pourquoi j'ai décidé de les démonter ». Et pour ce faire, le professeur Alberto Grandi , professeur d'histoire de l'alimentation à l' Université de Parme, a écrit deux livres ( Denominazione di Origine Inventata et Parla while mangi , tous deux publiés par Mondadori) et, récemment, a condensé tous les arguments contenus dans le deux textes dans un podcast en douze épisodes, réalisés avec Daniele Soffiati et produits par Gabriele Beretta, qui est en tête des charts Spotify et dans lesquels, comme dans une sorte de menu de vérité, il fait des révélations surprenantes.

 

Même si Grandi ne doute jamais de la qualité et de l'excellence de nos produits, il démonte des reconstructions historiques imaginatives désormais consolidées comme vérité. « Toute cette mythification de notre cuisine m'avait saturé - raconte le professeur - et j'ai décidé d'essayer de fixer quelques vérités plus historiques ». « Je partirais d'une considération de base », explique Grandi, « à savoir que la cuisine italienne, telle que nous la connaissons aujourd'hui, n'a pas plus de 50 ans. Après le boom économique des années 1960, notre pays s'est arrêté et ce rêve de croissance infinie de la décennie précédente a été interrompu. L'Italie a ainsi commencé à construire un passé « mythique » en confirmant cette théorie de l'invention de la tradition forgée par Hobsbawn en 1983, selon laquelle une société dans les phases historiques de transition tend à inventer des traditions capables de concevoir une nouvelle identité. La cuisine italienne n'a pas échappé à ce processus. Tout en s'appuyant sur des bases solides, notre cuisine s'est largement inventée une glorieuse tradition historique ».

 

En réalité, la cuisine italienne d'avant le boom économique était monotone, pauvre, comme la majorité des Italiens étaient pauvres, et basée sur quelques éléments. Il suffit de remonter au début des années 1900 pour découvrir que même s'asseoir à table était un luxe pour la plupart des Italiens : « Au tournant de la Grande Guerre, 80 % des Italiens, raconte l'instituteur, étaient employés aux champs et la plupart mangeaient au sol avec bol et cuillère : des soupes de céréales au sud et beaucoup de polenta au nord ». Les processus migratoires vers les États-Unis ont influencé le changement de la manière de cuisiner et d'utiliser les ingrédients, de les varier et de les combiner, ainsi que la manière de se comporter à table.et le retour des Italiens dans leur patrie. En Amérique, les migrants italiens ont acquis de nouveaux concepts alimentaires, de nouveaux comportements, comme s'asseoir à table par exemple, puis les ont emmenés avec eux une fois rentrés en Italie, contribuant aux changements qui sont effectivement entrés dans notre tradition.

 

Prenons, par exemple, la pizza : « Celle que nous connaissons et mangeons encore aujourd'hui - explique Grandi - est née en Amérique et jusque dans les années 1950, la plupart des Italiens ne la connaissaient pas. On en parlait presque comme s'il s'agissait d'un plat exotique. Bref, c'est vrai que la pizza est née à Naples mais c'était une pizza blanche, sans tomate ni mozzarella, riche en ail et en huile, mangée dans la rue. Une sorte de street food primordiale".

Vient ensuite ce que les anthropologues américains ont défini comme « l'effet pizza » lié à la migration : « Les Italiens - poursuit Grandi - apprennent à faire de la pizza à la tomate et à la mozzarella aux États-Unis puis, une fois de retour en Italie, ils empruntent ce chemin avec eux. Pour le préparer qui devient une partie de notre tradition ". Un épisode relaté dans un article publié dans "Usa History" est significatif, dans lequel des soldats américains écrivaient des lettres chez eux se plaignant qu'il n'y avait pas de pizzerias en Italie, alors qu'il y en avait déjà aux États-Unis.

 

Un autre pilier de la gastronomie italienne sont les pâtes. Mais même dans ce cas, Grandi fait des révélations plutôt surprenantes et l'Amérique y est encore pour quelque chose : « Jusqu'à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle - explique Grandi - la consommation de pâtes sèches était surtout répandue en Sicile et Naples, tandis que dans le nord on mangeait autre chose, de la polenta par exemple. Puis la pauvreté a accéléré les phénomènes migratoires et de nombreux Italiens du Nord ont émigré aux États-Unis où ils sont entrés en contact avec des compatriotes du Sud dans la Petite Italie et là ils se sont familiarisés avec les pâtes, l'appréciant pour son goût et aussi pour sa facilité de conservation et de préparation. Lorsque certains de ces émigrants sont revenus en Italie, ils ont à leur tour répandu la production et la consommation de pâtes sèches également dans le nord ».

 

Mais il y a aussi la main de l'oncle Sam dans un plat réputé très italien comme les spaghettis à la carbonara : « Dans ce cas aussi », explique le professeur Grandi, « les Américains nous ont donné les leurs. En fait, pendant la Seconde Guerre mondiale, ce sont les soldats américains qui ont fourni des ingrédients tels que des œufs en poudre et du bacon, pratiquement inconnus et indisponibles en Italie. Sans oublier que depuis sa naissance, dans les années 1950, et jusque dans les années 1980, le seul ingrédient fixe de la carbonara était l'oignon. Si vous le mettez aujourd'hui, vous commettez une hérésie gastronomique.

 

Curieux, toujours en train de parler de pâtes, que le régime fasciste n'aimait pas ça : « Selon les fascistes », dit Grandi, « c'était un plat qui alourdissait, provoquait de la somnolence, ramollissait et n'était pas bon pour un peuple guerrier. De plus, il était perçu comme un plat importé, un plat américain ».

 

Enfin, parlons d'une autre excellence italienne comme le parmesan : "Le fameux parmesan qui en Italie est presque diabolisé, a en fait sa propre histoire qui commence en Amérique dans les années 1920 et 1930 grâce à des producteurs aux noms italiens qui l'ont produit dans les laiteries du Wisconsin. Et ils l'ont produit comme le Parmigiano était produit en Italie à cette époque, lui donnant un nom assonnant par rapport aux nobles parents italiens pour des raisons de marketing interne. La raison pour laquelle je dis que le vrai parmesan est fabriqué dans le Wisconsin est due au fait que, alors que les méthodes de traitement et de production du parmesan et du Grana Padano en Italie ont changé et se sont améliorées, dans le Wisconsin, le parmesan est toujours produit comme il se faisait au début Années 1900. Donc si on veut savoir quel goût avait le parmesan original, il faut aller dans le Wisconsin ».

 

 

Alberto Grandi : tous les produits | fnacDenominazione di origine inventata: intervista ad Alberto Grandi

Vous affirmez que la cuisine italienne a à peine 50 ans de vie. Thèse bizarre.


« L'Italie ne croit plus en l'avenir depuis longtemps, elle s'est donc inventé un passé magnifique. La vérité est que nous étions affamés. Nous avons peu et mal mangé. Puis nous avons commencé à manger beaucoup et mal. A la fin on s'est dit qu'on avait toujours beaucoup et bien mangé ».

 

Je dois le nier: la "castradina" que Giorgio Gioco cuisinait avec de l'agneau aux 12 Apostoli de Vérone provenait des esclaves de la Sérénissime emmenés de Dalmatie.


«Regardez, le très célèbre Pellegrino Artusi, qui en 1891 a compilé La science dans la cuisine et l'art de bien manger , a rafistolé des recettes. Et il conseillait de copier des allemands et des anglais, pas des français, jugés trop raffinés pour nos palais ».

 

Et le « De re coquinaria », excusez-moi ?
« La cuisine romaine racontée au premier siècle par Marco Gavio Apicius ne serait pas reproductible de nos jours. Pensez au garum, la sauce la plus populaire à l'époque : les restes de poisson pourris dans le sel ».

 

Quand la faim italienne a-t-elle pris fin ?
« Au début du XXe siècle, avec l'avènement de la mécanique et de la chimie dans l'agriculture. De 1876 à 1915, pas moins de 20 millions d'Italiens sont allés chercher de la nourriture à l'étranger. Un agriculteur vénitien sur trois souffrait de pellagre, c'est-à-dire d'un manque de vitamine PP, abréviation de « Pellagra prevent », découverte aux États-Unis seulement en 1937. Les médecins américains la comparaient à un fléau apporté par nos compatriotes, habitués à consommer 3 kilos de polenta par habitant et par jour. Ils ont enlevé leur faim, mais ils sont tombés malades. Cesare Lombroso a été le premier à étudier la pathologie. Il est arrivé à une conclusion erronée : il pensait que c'était le mauvais stockage du maïs, et non le régime monotone, qui en était la cause. C'est ainsi que sont nés les greniers publics. Un beau cas d'hétérogénèse des fins ».

 

Apollinare Veronesi, magnat du poulet Aia, m'a dit : "Quand de mon temps on arrachait le cou d'une poule, soit il y avait un malade dans la maison, soit la poule était malade."


« En fait, Artusi met de la viande de poulet dans des tortellinis. Ce n'est qu'en 1974 que la Chambre de Commerce enregistrera la recette du « vrai tortellino di Bologna » à base de longe de porc, jambon et mortadelle ».

 

Selon un autre cahier des charges de la chambre, la légendaire sauce bolognaise comprend du lait. Personne ne s'en est jamais plaint.


« Oui, mais ça date de 1982, quand la crème à cuisiner était à la mode. C'est dire l'artificialité de certaines opérations ».

 

Montrez-moi un plat qui est certainement italien.
"C'est dur. Ils m'ont crucifié pour avoir écrit que les pizzerias étaient nées en Amérique, pourtant c'est là que les gens ont commencé à manger de la pizza assis. Dans notre Sud, c'était de la nourriture de rue. Le Napolitain Raffaele Esposito était très doué pour inventer en 1889 ayant créé la Margherita en l'honneur de la reine d'Italie, arrivée à Capodimonte avec Umberto I. Aux USA c'était un aliment pour les désespérés, fortement déconseillé par les médecins, comme les macaronis »

 

Mais vous attribuez même le parmesan aux Yankees, vous vous rendez compte ?


« Non, je dis que Boccace l'aimait déjà et que Napoléon envoya Gaspard Monge à Parme pour enquêter sur un fromage qui se conservait bien. Seulement que dans cette ville il n'y avait pas de vaches laitières, il fut donc envoyé à Lodi, d'où il envoya à l'empereur un rapport sur le "fromage Lodezan dit aussi Parmezan". Il y a un écart de 150 ans, de 1700 à 1850, dans l'histoire de cet excellent produit. Aujourd'hui on parle beaucoup de contrefaçon de parmesan, mais c'est à la fin du 19e siècle que le très décrié parmesan fait son apparition dans le Wisconsin, sous des formes d'environ 20 kilos et à croûte noire. Qui l'a fait? Quelques crémiers italiens qui y ont émigré. Je n'en mentionne qu'un : Magnani. Un patronyme très répandu entre Parme et Mantoue. Ce n'est qu'en 1938 que le premier consortium pour la protection du Parmigiano Reggiano voit le jour ».

 

Et quelle est l'histoire des spaghettis nés en Afrique ?


«Aujourd'hui, les pâtes sont faites avec du blé Crésus, sur le marché depuis 1974, qui a supplanté le célèbre Senatore Cappelli. Elle a quelque chose à voir avec la « bataille du blé » menée par Benito Mussolini, puisque le tiers de la matière première du pain dépendait des importations, avec de lourdes répercussions sur la balance commerciale. Le généticien Nazareno Strampelli est venu en aide au Duce. C'est lui qui a inventé le blé dur dédié au sénateur Raffaele Cappelli, qui fut le premier à financer ses recherches. Grâce à de patients croisements, l'agronome des Marches a créé une variété très productive et résistante aux maladies : le blé Ardito. Mais il y est arrivé en utilisant une variété trouvée en Tunisie.

 

Bref, y a-t-il quelque chose qui n'appartient qu'à nous ?


«Le vinaigre balsamique traditionnel de Modène, qui dans la version IGP, la moins noble, est l'une des cinq spécialités les plus exportées avec le Parmigiano Reggiano, le Grana Padano, le Prosecco et le Prosciutto di Parma. Dommage que l'original coûte 10 000 euros le litre et nécessite au moins 12 ans de vieillissement, qui peuvent atteindre 30. Le risque commercial est énorme : au final un jury décide à qui attribuer le cachet. Le substitut est fait avec du moût, du vinaigre de vin et du caramel. Une opération commerciale astucieuse ».

 

Cela a dû l'horrifier.


«Mais non, je suis omnivore, je passe indifféremment du McDonald's aux grillons frits que je mangeais à Pékin. Aujourd'hui juste un yaourt et une banane. Je suis au régime".

 

Vous souvenez-vous d'un aliment de votre enfance ?
«Oui, et c'est très triste de le rappeler, malgré le fait qu'à Mantoue c'était le plat typique du dimanche: ris e tridura, riz bouilli dans un bouillon, avec ajout d'œuf battu et de parmesan en fin de cuisson».

 

Est-ce un goût perdu à jamais ?


«Le fiapòn , un dessert. Les restes de polenta étaient frits dans une poêle graissée et saupoudrés de sucre glace ».

 

Mais qui devrait se soucier de savoir si un aliment est vraiment né en Italie ou ailleurs ?
« Certainement pas moi. Tant que c'est bon et que ça ne fait pas mal. Cependant, je déteste la mystique du made in Italy : du pur marketing ».

 

La tomate cerise me semble bonne.


"Bien sûr. Et dire que les paysans de Pachino n'en voulaient pas, ils ont préféré s'adonner à la salade de cœur de bœuf. Il a été breveté en 1989 par la génétique Hazera de Tel-Aviv, à laquelle les Siciliens paient encore aujourd'hui des royalties pour les graines ».

 

Le saindoux Colonnata est également délicieux.


« Qui dit non ? Fantastique. Mais avez-vous déjà été dans ce hameau des Alpes Apuanes ? Il est si petit que deux cochons auraient du mal à y rester. Et en effet je connais des éleveurs de Mantoue qui fournissent le saindoux à affiner dans les bassins de marbre. S'agissant d'une IGP, une indication géographique protégée, le lien entre le territoire et la matière première n'est pas obligatoire".

 

Qu'enseigne-t-il à ses élèves ?


« Comment l'homme mangeait avant la découverte du feu. L'idée qu'il se nourrissait de ce qu'il chassait est fausse ».

 

Qu'a-t-il mangé alors ?


"Les hominidés étaient des charognards, comme les vautours et les hyènes."

 

Et il vous a semblé! Quelle horreur.


« Je n'ai rien inventé. Il suffit de lire l’Histoire de la nutrition de Jean-Louis Flandrin, un tome de 750 pages édité par le médiéviste Massimo Montanari, érudit suprême du sujet. Il était mon professeur et nous avons ensuite enseigné ensemble pendant deux ans. L'homme chasseur l'a créé par l'anthropologie pour réhabiliter nos ancêtres ».

 

Ne pensez-vous pas que l'appellation d'origine inventée nuit à l'une des rares industries nationales encore florissantes ?


"C'est ce que me reprochait mon concitoyen Gianni Fava lorsqu'il était conseiller régional pour l'agriculture de Lombardie : "Si vous enlevez l'histoire d'un plat, vous le privez d'un ingrédient." Il avait raison. Ça m'a mis en crise. J'ai été invité à parler de la table tricolore à Ankara. Avant de partir, ils m'ont dit : "Fais attention à ta façon de parler..." ».

 

Nous vivons dans une civilisation gastrique.


"Et comment. Un jeu démesuré se joue sur la nourriture, comme si l'esprit italien passait par la défense de l'amatriciana ».

 

Allons-nous encore avoir faim ?


« Je ne crois pas à une famine en Italie. Le blé russe et ukrainien qui nourrit l'Afrique nous sera donné. Nous le payons plus ».

 

 

 

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27 juin 2022 1 27 /06 /juin /2022 06:00

Elizabeth II : Ses soucis de santé derrière elle ? Apparition surprise et  très rassurante !

L’équation sans aucune inconnue est facile à résoudre : Pax est une fine gueule + Marie-Louise est un cordon bleu + Les 2 sont des fans de Pierre Jancou + Le dit Jancou hors les vins nu est un gars qui aime la pasta = marre du parmesan sur la pasta vive les jaunes d’œufs séchés au sel ou en langue de Boris Johnson les «salted egg yolks »

 

 Le jaune d’oeuf séché au sel est un plat très ancien et consommé dans plusieurs pays d’Asie. A l’époque, en l’absence de réfrigération, les œufs étaient plongés dans une saumure d’eau salée pour prolonger leur durée de conservation.

 

À l’école d’agriculture de la Mothe-Achard le cuistot pour conserver les œufs les plaçaient dans du sable, ils étaient cuits durs pour orner le plat le plus immonde de la cantine : les épinards bouillis.

 

Apprécié pour sa polyvalence, le jaune d’oeuf durci au sel est utilisé dans la préparation de plats sucrés et salés. On peut en trouver dans les pâtisseries, les gâteaux, le pain à l’ail et même sous forme de chips.

 

Il est généralement râpé sur les plats. Le jaune d’oeuf ainsi mangé prend à la fois l’apparence et un goût presque similaire à celui du fromage.

C’est une recette simple

 

  • Il suffit de plonger des jaunes d’oeufs dans un récipient rempli de sel et de sucre et de les recouvrir délicatement avec le mélange.
  • De mettre ensuite les jaunes d’oeufs à reposer au frigo pendant une semaine.

 

  • Sortir le récipient du réfrigérateur, rincez soigneusement les jaunes durcis à l’eau pour retirer le sel et les mettre au four pendant une heure environ.

 

Conseils et Utilisations

 

Râper (avec une micro râpe) sur vos soupes, vos salades, vos pâtes, risotto, légumes grillés ou même sur une rôtie.

 

Vous pouvez choisir de faire sécher vos jaunes à l’air libre plutôt qu’au four. Vous n’avez alors qu’à emballer vos jaunes d’œufs séparément dans du coton à fromage et les placer au frigo pour 7 à 10 jours additionnels … Pour goûter la perfection, il faut parfois être patient!

 

Voilà le travail d’un retraité dont la retraite de base va être revalorisée de 4% en juillet, merci Macron (rire jaune de Pax) mais pour les complémentaires qui font mon magot faudra attendre les négociations des partenaires sociaux.

 

Du côté du vin nu, là aussi il faudra vous armer de patience et attendre le futur vin de Padern du néo-vigneron Pierre Jancou.

 

Café des sport | Padern (Aude) | Jean BIGUE | Flickr

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26 juin 2022 7 26 /06 /juin /2022 06:00

 

Suis snob, les insoumis vont me taxer de mépris de classe, de railleur des gilets jaunes de rond-point, de boomer qui a ruiné la France,  oui je fais mon coming-out : je déteste les barbecues, dit BBQ, ça pue, ça fume, la bidoche est carbonisée, les saucisses dégoulinent de graisse, on s’en fout partout. L’horreur !

 

Les Vins de barbec solidaires d'Eva - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

 

Même si je ne suis pas vegan en ce temps de chaleur estivale, ça me rappelle mai 68, je préfère, sous la tonnelle, une belle salade Waldorf.

 

« Fatiguer la salade » j’adore cette expression, par ailleurs définie dans le Robert Culturel : comme étant l’action de « la remuer pour y mêler l’assaisonnement » (1845), tout d’abord parce que je la trouve bien plus belle que « mélanger sa salade » ou « touiller sa salade », mais surtout parce qu’elle transpire d’une chaude sensualité.

 

C’est une salade excentrique avec ses dés de pommes et de céleri agrémentés de noix, intimement mêlés par une mayonnaise, couchés sur un lit vert printanier...

 

Et comble de snobisme, cette entrée acidulée, croquante, colorée et rafraîchissante est désuète et pire encore, elle est née à New York, la Grosse Pomme ! Là, je suis taxé d’être complice de l’impérialisme américain.

 

Recette dépouillée

 

Salade Waldorf légère (Waldorf salad light)

 

« La Waldorf est ancienne. Elle a été inventée en 1896 à l’occasion d’un gala de charité qui se tenait au célèbre hôtel Waldorf Astoria de New York. Bizarrement ce n’était pas une création des chefs mais du maître d’hôtel, Oscar Tschirky. Ce dernier avait, à l’époque, un véritable don pour inventer des plats qui allaient devenir des classiques, comme la vinaigrette Mille-Îles et les œufs Bénédictine. Le nom de la salade pourrait laisser croire que celle-ci fait la part belle aux noix [Waldorf ressemble à walnut, qui veut dire noix], mais il s’agit juste du nom du lieu où elle a été créée, et les noix n’ont été ajoutées qu’en 1928. »

 

« Mais la Waldorf n’est pas un classique pour rien : c’est vraiment un plat délicieux, où l’association des ingrédients instaure un bel équilibre entre le sucré et le salé, le croquant et le moelleux. »

 

La délicieuse désuétude de la salade Waldorf ICI 

Pomme, céleri, raisins, noix et mayonnaise… Cette semaine, l’hebdomadaire britannique « The Spectator » nous sert une salade Waldorf.

Pomme, céleri, raisins, noix et mayonnaise… Les ingrédients qui composent la salade Waldorf forment un attelage improbable. Mais cette composition aux “airs seventies” est un savant dosage entre le sucré et le salé. L’hebdomadaire britannique “The Spectator” dresse le couvert

 

 

1 petite grappe de raisins (environ 100 g)

1 pomme croquante

4 côtes de céleri

75 g de noix

½ cuillère à soupe de jus de citron

1 cuillère à soupe d’huile d’olive extra-vierge

3 cuillères à soupe de mayonnaise

Mettez les noix dans une poêle et faites chauffer jusqu’à ce qu’elles soient grillées : dès que vous sentez leur arôme, elles sont prêtes. Transférez immédiatement sur une planche à découper, et hachez grossièrement.

 

Coupez le céleri en tronçons de 2 cm et coupez les raisins en deux. Pelez et épépinez la pomme, puis coupez-la en tranches aussi fines que possible.

 

Mélangez le jus de citron, l’huile et la mayonnaise, ainsi qu’une bonne dose de poivre noir et de sel pour assaisonner. Ajoutez le céleri, les raisins, la pomme et les noix à la sauce mayonnaise, mélangez et servez dans un saladier.

 

 

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25 juin 2022 6 25 /06 /juin /2022 06:00

Notre histoire – 1904: les artichauts violets s'épanouissent à Plainpalais  | Tribune de Genève

Tout comme le cardon, l’artichaut violet a été ramené à Genève par les Huguenots qui ont fui le midi de la France après la révocation de l’édit de Nantes au XVIIe siècle.

 

À l’origine, l’espèce n’était pas du tout faite pour être cultivée sous les cieux genevois. Mais les maraîchers ont sélectionné une variété qui s’est bien acclimatée et qui est devenue spécifique de la Cité de Calvin.

 

Ses particularités: d’un goût très fin et très tendre, elle est plus petite que les traditionnels artichauts de Bretagne ou d’Espagne. Il s’en est cependant fallu de peu pour qu’elle ne disparaisse.

 

«La revue horticole de 1877 atteste que nos maraîchers cultivaient des milliers de plants d’artichauts violets de Plainpalais». Puis, petit à petit, ce légume a failli disparaître complètement, victime de l’agriculture intensive et des importations d’artichauts moins chers, notamment d’Espagne.

 

« On n'a qu'à manger des artichauts. Les artichauts, c'est un vrai plat de pauvres. C'est le seul plat que quand t'as fini de manger, t'en as plus dans ton assiette que quand tu as commencé ! »

Coluche

 

Festival de l'artichaut de Sant'Erasmo | Luxrest Venice

28 juillet 2011

 

De l’amer en Italie : que boire avec les castraure de San’Erasmo ? ICI 

 

L’île de Sant’Erasmo, située à quatre mètres au-dessus du niveau de la mer, est le point le plus haut de la lagune. Depuis le XIIIe siècle, elle fait pousser les légumes qui nourrissent les habitants de Venise. Ils ont « un goût beaucoup plus parfumé » que ceux de la terre ferme, assure un agriculteur, grâce au sel des sols qui fait ressortir le sucre naturel. Parmi les incontournables, les artichauts violets y poussent au printemps, puis le fenouil et les citrouilles à l’automne.

 

Donc revenons à nos petits castrats des artichauts violets de San Erasmo les castraure qui sont « ces premiers bourgeons qui sont coupés, « castrés », en début de saison, afin de redoubler la vigueur de la plante. De taille d’un gros chou de Bruxelles, leur renommée est telle qu’ils s’arrachent à des prix indécents au marché de la Pescheria, à côté du pont du Rialto. »

 

L’artichaut Violet de Plainpalais est une variété traditionnelle genevoise, héritée des Plantaporrêts, retrouvée par hasard en 1959, dans un jardin privé au Grand-Saconnex. Réputée pour son adaptation au climat genevois et son goût particulier, des maraîchers ont récemment proposé la création d’une filière de production contrôlée pour cette variété locale. A cette fin, des essais de culture et des travaux de caractérisation organoleptique ont été initiés depuis 2010. Les données aujourd’hui rassemblées sur cette variété et ses qualités gustatives offrent de belles perspectives de développement. Ainsi, une dizaine de maraîchers la cultivent et la commercialisent actuellement.

L'artichaut violet de Plainpalais | Genève Terroir - Le portail du terroir  genevois

L’artichaut violet, rareté genevoise
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TERROIR

 ABONNÉ

Présent depuis une soixantaine d’années en Suisse romande, ce légume-fleur à la saveur délicate peut être apprêté de multiples façons ICI 

 

L’artichaut est l’une des fiertés de la gastronomie italienne. Un beau produit printanier que les Suisses, faute de savoir que faire de tant de feuilles, consomment souvent en boîte ou en pot. Pourtant, une variété de ce légume s’épanouit dans le bassin genevois en été. Le «violet de Plainpalais» aurait dit-on été découvert par hasard en 1959, dans un jardin privé au Grand-Saconnex. Son adaptation au climat local et son goût particulier ont poussé le Service cantonal de l’agronomie à entreprendre un projet de mise en valeur, avec la participation des étudiants de la filière agronomie de la Haute Ecole du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia) et une dizaine de maraîchers qui le cultivent et le commercialisent.

 

«C’est un travail de longue haleine. Il faut compter deux à trois ans pour récolter les premiers légumes. Avec le risque de perdre des plantes à cause des campagnols qui attaquent les racines. Mais nous sommes ravis de préserver cette variété sélectionnée dans la région depuis des décennies», confirme Hugo Dufour, cofondateur des Potagers de Gaïa, à Hermance.

 

C’est en se baladant un dimanche en bordure des champs du domaine que le chef Olivier Jean a rencontré le maraîcher qui plaide pour une agriculture «écologique et éthique». Ce dernier lui a présenté un bouquet d’artichauts violets. «Un légume doux, délicat, raffiné qui peut se travailler sous différentes formes. Il a l’avantage d’être plus tendre en termes de feuilles et de queue, d’avoir un cœur plus charnu et moins de foin que les autres», analyse-t-il. Pour le chef qui officie aux deux restaurants (L’Atelier Robuchon et Le Jardinier) de l’hôtel The Woodward, à Genève, ce légume est une star et se suffit à lui-même. Pour ne rien gaspiller, il suggère de faire une infusion avec les feuilles dont on ne mange que la base. A boire tel quel pour ses qualités drainantes ou comme bouillon dans une sauce pour poisson. Poché à la vapeur, rôti à la poêle ou juste coloré à la plancha, l’artichaut violet gagne parfois à être réveillé avec un peu d’ail, de citron ou de piment chipotle, curry ou curcuma. Et basta.

L’Artichaut violet de Plainpalais rôti sur une purée onctueuse, infusion au curcuma frais de Suisse

Pour quatre personnes

  • 8 artichauts violets
  • 50 g de beurre
  • 100 g d’oignons nouveaux
  • sel et poivre
  • 50 g d’huile d’olive extra-vierge
  • 25 g de fécule de pommes de terre
  • 2 g de poudre de curry

La suite ICI 

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 12:55

Passation des pouvoirs à Matignon : Pierre Mendès France devient président du Conseil
juin 1954
© Rue des Archives / AGIP

Quand il monte à la tribune de l’Assemblée nationale, le 17 juin 1954 vers 15 heures, pour solliciter l’investiture du gouvernement que le président Coty l’a chargé quatre jours plus tôt de former, Pierre Mendès France est, à 47 ans, un homme d’expérience. Il a même celle de l’épreuve qu’il aborde ce jour-là. Un an plus tôt, le précédent chef de l’État, Vincent Auriol, lui avait confié la même mission, mais il lui avait alors manqué 13 voix pour être investi.

 

Celui qu’à l’exemple du journal l’Express, son plus notoire porte-parole, chacun va appeler « PMF », est une figure de la vie politique française (où il est entré dans les rangs du parti radical) depuis près de vingt ans. Plus jeune député de France en 1932, il a été appelé – dès 1938 – par Léon Blum à faire partie de son deuxième gouvernement comme secrétaire d’État au budget. Arrêté par Vichy, condamné pour « désertion » alors qu’il a fourni toutes les preuves de son acharnement au combat en 1940, évadé de la prison de Clermont-Ferrand, il a combattu dans l’aviation des Forces françaises libres avant d’être fait par le général de Gaulle ministre de l’Économie nationale de son gouvernement -provisoire. En désaccord avec l’homme du 18 juin sur la stratégie financière après la Libération, il a démissionné en mars 1945, non sans recevoir un vibrant hommage de son chef de file.

 

Depuis avril 1945, il est à la fois représentant de la France au Fonds monétaire international, et avocat, au Palais Bourbon, d’une politique conduisant, par la négociation, à la fin de la guerre d’Indochine. Car selon lui, ce conflit impose à la France un fardeau qui interdit son redressement. C’est cette prise de position inflexible qui a détourné le président Auriol, jusqu’en 1953, de l’appeler à la tête du gouvernement, sachant qu’il en est le plus digne, sa politique indochinoise n’ayant pas de majorité à la Chambre. Mais entre-temps, il y a eu la défaite de Diên Biên Phu, le 7 mai 1954, 32 jours avant la séance d’investiture et l’ouverture d’une conférence à Genève, réunie en vue de la recherche de la paix. La voix de Cassandre, qui n’était pas entendue avant le désastre, apparaît comme celle du Sage, de l’indispensable syndic de faillite.

 

Pierre Mendès France ne voudrait pas se laisser enfermer dans ce rôle. Il a bien d’autres projets. Mais il sait bien que c’est pour cela qu’il a été appelé, et que c’est sur ce terrain qu’il lui faut se battre. Il va le faire avec un esprit de décision et une imagination tactique exceptionnels :

 

 

a) en faisant connaître à la Chambre que s’il n’a pas obtenu à la Conférence de Genève le cessez-le-feu dans un délai d’un mois, le 20 juillet, il remettra la démission de son gouvernement après avoir envoyé le contingent français sur le front indochinois ;

 

b) qu’au moment du décompte de la majorité nécessaire, il ne tiendra pas compte des 71 voix du parti communiste (5 millions d’électeurs, alors …) qui vient de lui apporter son soutien : car il estime que ces suffrages émanent d’hommes trop liés à l’adversaire pour que le compromis recherché ne soit pas entaché de suspicion, et n’encourage ses interlocuteurs à une intransigeance accrue.

 

Le fait est que cet apport de voix ne lui sera pas nécessaire pour obtenir, aux premières heures du 18 juin 1954, une très confortable majorité : 419 bulletins sur 466. Le mandat est clair, et le soutien de l’opinion massif, comme en témoignera la presse du lendemain, qui salue, avec André Siegfried, cet audacieux « ultimatum lancé à soi-même ». Les militaires surtout, connaissant l’état désastreux des positions françaises en Indochine, se félicitent de la brièveté des délais ainsi imposés aux négociateurs, ceux qui parlent au nom de la France ne disposant, selon l’un d’eux, que « du 2 de trèfle et du 3 de carreau ».

 

On sait que le cessez-le-feu fut signé à Genève le 21 juillet 1954 à 3 heures du matin, ouvrant la voie à un partage provisoire du Vietnam (qui devait se prolonger pendant 20 ans). Rentrant à Paris, le président du Conseil se garda d’exprimer le moindre triomphalisme, parlant des clauses « cruelles » auxquelles il avait fallu consentir. Mais l’approbation de l’opinion fut aussi massive que celle de l’Assemblée.

 

Restait, après cette chirurgie nécessaire, la cure de vérité et d’énergie qu’exigeait la situation du pays. Le praticien avait son plan mais la majorité de la classe politique ne l’avait soutenu qu’en tant que négociateur. Elle devait bientôt faire défaut au reconstructeur.

 

Jean Lacouture

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 06:00

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Qu’est-ce-donc ce trésor breton ?

 

Le pousse-pied, ou pouce-pied ou encore anatife est un drôle de crustacé qui adore les roches abruptes battues par les vagues car ça lui assure d’être tranquille pour proliférer en groupe sans avoir à se soucier du pire des prédateurs : l’homme. «Le pied qui lui permet de s’accrocher au rocher, musculeux, est couvert d’une peau noirâtre. Lorsque sa coquille s’ouvre, de petites pattes brassent l’eau qui baigne les branchies. En près de deux ans, il atteint une taille commercialisable, de 3 à 15 centimètres de long. Plus il est court et trapu, plus sa chair est charnue

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Les faits

 

« Il est environ 2 h 30 du matin, dans la nuit du mardi 31 mai au mercredi 1er juin 2022, lorsque les gendarmes du peloton de surveillance et d’intervention (Psig) de Quimper (Finistère) repèrent une voiture immatriculée en Espagne. Elle circule à une vitesse étonnement lente. À l’intérieur, un Espagnol âgé de 49 ans, « une forte odeur de marée et plusieurs morceaux de pouces-pieds, ce crustacé dont Espagnols et Portugais sont si friands », raconte un gendarme.

      

31 000 € de préjudice

 

Le véhicule est saisi. Lors de sa garde à vue, entre 3 h du matin et la fin d’après-midi, le mis en cause reconnaît « être venu spécialement en France pour pêcher les crustacés et les revendre à des restaurateurs ibériques après en avoir gardé une partie pour lui », poursuit le gendarme. Ses confrères du Psig ont retrouvé 158 kg de pouces-pieds, soit un préjudice estimé à plus de 31 000 € si l’on se base sur un prix au kilo d’environ 200 € en Espagne. »

 

« Les forces de l’ordre ont également fait main basse sur un canot à moteur, un kayak et tout le matériel de pêche et de plongée sous-marine nécessaire à cette pratique illégale. L’homme a reconnu s’y adonner dans le secteur de La Torche. Il est convoqué en justice le 28 septembre 2022 pour répondre de ses actes devant le tribunal judiciaire de Quimper. En attendant son procès, il a été remis en liberté et doit rentrer en Espagne par ses propres moyens. »

 

Un Espagnol contrôlé en Bretagne avec 158 kg de pouces-pieds ICI 

 

L’occasion pour vous de découvrir, pour PAX, ou de redécouvrir une superbe chronique - on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même - du 6 mai 2013

 

l'oeuvre est signé Bruno Verjus TABLE

 

Pour le « pouce-pied » je vote sans hésiter Pico-de Moor du parti néo-minéral ICI 

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23 juin 2022 4 23 /06 /juin /2022 06:00

29 mai 1968 : coup de théâtre, le Général a disparu ! - Valeurs actuelles

Le 29 mai 1968, rien ne se passe comme prévu. Alors que le pays s'enlise dans le blocage des universités et des usines et vit au rythme des manifestations souvent violentes, le Conseil des ministres est avancé à 10 heures à l'Élysée. Mais il est annulé à la dernière minute. «Le Président s'en va !», lancent les huissiers aux membres du gouvernement déjà sur place. Juste avant son départ du palais présidentiel, le général prévient son Premier ministre Georges Pompidou qu'il se retire pour la journée dans son fief de Colombey-les-Deux-Églises afin «de réfléchir tranquillement, de ne pas rester dans la fournaise» parisienne.

 

Quelques minutes plus tard, à 11 h 24, deux Citroën DS sortent de l'Élysée à toute allure par la grille du Coq, à l'arrière des jardins de l'Élysée. Yvonne de Gaulle est du voyage tout comme l'aide de camp du général et ses gardes du corps. Le cortège présidentiel file à l'aérodrome d'Issy-Les-Moulineaux près de Paris où trois hélicoptères attendent le général. Ordre est donné aux peu qui savent (dont fait partie Alain de Boissieu le gendre du Général) de ne rien révéler du voyage présidentiel. En fin d'après-midi une dépêche de l'AFP laisse entendre que le général de Gaulle est bien arrivé dans sa résidence de La Boisserie.

 

Pourtant le Général est loin de la Haute-Marne : son escadrille a atterri à Baden- Baden, cette ville thermale allemande proche de la frontière alsacienne. Sur place, le président de la République a rencontré plusieurs chefs militaires, parmi lesquels le général de corps d'armée gouverneur militaire de Metz mais surtout le général d'armée Massu, commandant les forces françaises en Allemagne. Abattu, de Gaulle s'est confié à son fidèle compagnon d'armes dès son arrivée : «Tout est foutu Massu !»

 

 

Le soutien de l'armée

 

«Un homme de votre prestige a encore des moyens», lui a aussitôt répondu Massu. Les deux hommes engagent une conversation d'une dizaine de minutes. Un échange qualifié par le général lui-même de «providentiel».

 

Craignant des débordements incontrôlables, de Gaulle était venu à Baden-Baden s'assurer du soutien de l'armée et de la loyauté de ses généraux si une intervention militaire dans les rues de Paris s'avérait nécessaire. Son État-major en a aussi profité pour assurer le général de la participation de l'armée pour garantir, si besoin, la sécurité des élections générales des 23 et 30 juin. Les généraux ont également présenté au président un plan secret afin d'implanter en urgence un poste de commandement opérationnel à Verdun dont les soldats seraient capables d'intervenir dans Paris.

 

La panique à Paris

 

Ragaillardi par ses pairs, à 16 h 30 le général de Gaulle donne l'ordre de lever le camp et de repartir en hélicoptère pour Colombey. Pendant ce temps, dans la capitale, la confusion règne. À 14 heures, le secrétaire général de l'Élysée avait informé Pompidou que le général n'était pas à La Boisserie sans toutefois révéler sa vraie destination.

 

Sentant la vacance du pouvoir, la classe politique pressent la fin d'une ère. Si le général s'est retiré à Colombey c'est pour préparer son discours de démission. La rumeur court : le général se retirerait ! Déjà certains commencent à se partager les responsabilités. Mitterrand se voit déjà en chef de gouvernement provisoire.

 

C'était enterrer le général un peu vite. À peine arrivé dans sa résidence à 18 h 15, le chef de l'exécutif appelle son Premier ministre à qui il demande de convoquer un Conseil des ministres pour le lendemain à 15 h 30. Les journalistes évoquent l'annonce de la démission du président de la République pour le lendemain. Raté. Toutefois, même s'il est requinqué, le général juge la situation sérieuse. L'après-midi même, la manifestation de la CGT soutenue par le Parti communiste a rassemblé 100 000 personnes entre Bastille et la gare Saint Lazare. Mais de Gaulle est de nouveau aux commandes !

 

Le 30 mai, il va reprendre l'initiative par une allocution musclée où il affirme « Je ne me retirerai pas » qui sera suivie par une gigantesque manifestation de soutien sur les Champs-Elysées et, quelques semaines plus tard, des élections triomphales rétabliront son autorité.

Les témoignages qui suivent, dont celui du général Massu lui-même, vont éclairer ce mystère historique. Dans Les dossiers de l'écran en juin 1983, les langues se délient.

 

Jacques Massu lève le voile

 

Jacques Massu lève le voile sur ce pan d'histoire méconnu dont il fut un témoin privilégié. Il revient en détails sur sa rencontre à Baden-Baden avec un général De Gaulle aux abois.

 

Après avoir expliqué que le film diffusé avant le débat ne correspondait pas aux faits historiques, il relate comment il a tenté de pousser le général à se ressaisir : « Il m'a dit : tout est foutu. Les communistes ont provoqué une paralysie totale du pays, je ne commande plus rien […]  donc je me retire. Comme je me sens menacé en France, je viens chez vous chercher quoi faire. »

 

Leur entrevue se déroule dans le bureau de sa résidence. Le général, affalé dans le fauteuil des invités face à un Massu perplexe, adossé à son bureau, lui explique qu'il a fait venir son fils et sa famille car il craignait pour leur vie à Paris. Il lui confie également son désespoir face à la situation catastrophique de la France qu'il se sent incapable de reprendre en main :

 

« Au début, il soliloque et je suis évidemment très étonné de voir le général tel qu'il m'apparait à ce moment-là. Il me demande tout de suite s'il pourrait aller à Strasbourg. »

 

Ils évoquent la situation dans cette ville et le général déclare souhaiter rester en Allemagne. Massu, contre cette idée, temporise. Il va tenter de convaincre le général de rentrer en France :

 

« Je vais assez loin  […] allant jusqu'à lui dire qu'un homme comme lui ne peut pas laisser tomber le pays… qu'il se déshonorerait ».

 

Au bout de quelques heures, le général reprend ses esprits et l'écoute plus attentivement. La conversation continue et alors que Massu désespère et s'apprête à appeler l'ambassadeur de France en Allemagne pour organiser l'exil du président, le général se lève et lui demande d'appeler sa femme. Puis, il s'entretient avec d'autres membres de l'équipe. Il s'est ressaisit et repartira le soir même. Le général Massu avoue ne jamais avoir compris pourquoi de Gaulle était venu le voir lui.

De Gaulle à la plage", série courte adaptée de la BD, diffusée dès le 2  novembre sur ARTE (vidéo) - Le Zapping du PAF

27 avril 1969

Démission du président de Gaulle

 

 

Le 27 avril 1969, le peuple français est consulté par référendum sur une réforme du Sénat associée à la mise en oeuvre d'un ambitieux projet de régionalisation. Cette réforme proposée par le président Charles de Gaulle est rejetée à la majorité de 52,41% des suffrages exprimés. Les électeurs manifestent de la sorte moins leur opposition à la réforme de la Constitution que leur lassitude après onze ans de présidence gaullienne.

 

Le soir même, le général de Gaulle assume avec panache son échec et fait porter au président du Conseil constitutionnel Gaston Palewski le message suivant : « Je cesse d’exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd’hui à midi ». Dès le lendemain, lundi 28 avril, le président du Sénat Alain Poher exerce donc par intérim la présidence en attendant le scrutin qui verra l'élection de Georges Pompidou, le 15 juin suivant.

 

https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAxODA5MWRiYzU5ZjNhNTViN2I5YzA1NGU1ZTUzZWJjYzAyNGU?width=1260&height=708&focuspoint=50%2C25&cropresize=1&client_id=bpeditorial&sign=ef24a6d917202d3302f2119fbb5852b56baca1a10c46f89db6a054dc1551bace

 

L'Irlande du Général

 

Par Dominique De la Tour ICI 

 

Publié le 11 janv. 2013

 

Parions que ce sera votre porte d'entrée : Ballygarvan, l'aéroport de Cork. La halle de verre futuriste rappelle peu les hangars et la piste sommaire qui voient atterrir le Mystère 20, ce 10 mai 1969. Il est 10 h 30. Le comité d'accueil est restreint. « S'il y a foule, il est capable de redécoller », avait prévenu l'ambassade. « Welcome home ! » risque la délégation - car notre homme a un point commun avec le célèbre brasseur Guinness : il a des ancêtres chez les McCartan, un clan du sud de Belfast.

 

Ce visiteur flanqué de son épouse, c'est de Gaulle. Il n'est pas en mission officielle, et pour cause : à la suite d'un référendum défavorable, il vient de démissionner. C'est sur la terre des ancêtres qu'il compte lécher ses plaies.

 

La Hillman Hunter roule vers l'ouest. Killarney. Sur ses traces, la voiture fait ses premiers miles sur la boucle de 170 km qui, depuis Killarney, longe la péninsule : l'anneau de Kerry. Des horizons courts, à cause du relief et des virages. Sur la droite, les monts beiges et chauves. A gauche, de menus ports de pêche qui sèchent leurs flotteurs rose et leurs casiers à homards. L'un des premiers rencontrés est Sneem. Les maisons bariolées ont l'exubérance latine. Sur la grand-place, une stèle brandit fièrement une citation : « En ce moment grave de ma longue vie, j'ai trouvé ici ce que je cherchais : être en face de moi-même. » C'est signé de Gaulle. Charles de Gaulle, dit le boucher d'en face - qui prononce comme Ray Charles : « Oui, il a logé à Sneem, mais où ? » Une cliente - qui prononce « general » comme General Motors - a un avis sur la question : « C'était au Parknasilla. » Un président pouvait-il descendre ailleurs que dans le seul golf-hôtel du coin ? Erreur. Le Parknasilla n'hébergeait que la meute de photographes traquant le chef déchu. Les de Gaulle, eux, avaient préféré un hôtel déclassé à 500 livres la semaine, avec vue sur mer, le Heron Cove - aujourd'hui maison privée.

 

 

Entre deux messes, Charles et Yvonne font leurs 4 à 6 km de promenade quotidienne, détaillant ce décor de genêts et de murets croulants, de ponts de pierre griffés par les ronces. Si, comme eux, on prise la botanique, on est à son affaire sur cette côte qui, à toutes les nuances du vert, ajoute les pointes vives des rhododendrons, des arbouses, ou l'éclat rarissime d'un lis blanc du Kerry. Magnolias, palmiers, fuchsias : les chaleurs du Gulf Stream éveillent les luxuriances exotiques.

 

 

Au volant de sa Mini Morris, Flohic, l'aide de camp, reconnaît à l'avance les itinéraires, calculant toujours une issue si un photographe venait à surgir. Malgré ces précautions, des reporters locaux, Joan et Padraig Kennelly, feront la « couve » de « Match », avec le couple à genoux à la messe de Sneem et, célèbre entre tous, le géant blessé arpentant la grève venteuse de Derrynane, trop grand dans son pardessus.

 

Une fois de Gaulle « dans la boîte », la presse passe à autre chose. C'est sans encombre que le vieux soldat visite les curiosités incontournables du comté; la rude enceinte ronde du fort celtique de Staigue, la demeure lambrissée de Daniel O'Connell, à Derrynane, justement. Sur ce pionnier de l'indépendance du XIXe, le Grand Charles en sait autant que le prof dublinois venu lui faire visiter : dès l'enfance, il a lu et relu sa bio, « Le Libérateur de l'Irlande », dont l'auteur n'était autre que... grand-mère de Gaulle !

 

La gifle à Robert Mitchum

 

De village en bourgade, on poursuit sur le fameux anneau : le front de mer à Waterville, la lande à Portmagee donnant sur l'île sauvage de Valentia, Glenbeigh, dérapée au pied de sa montagne trop lisse. Les de Gaulle déménageront dans l'ancienne laiterie du manoir de Kenmare, chassant grossièrement Robert Mitchum et David Lean en plein tournage de « La Fille de Ryan ». De là, ils arpenteront les lacs à cygnes de Killarney, leurs châteaux, leurs futaies rescapées de la manie gaélique du défrichement. Mais auparavant, le 3 juin, le couple a fait une incursion au nord, vers une autre péninsule, la terre brûlée du Connemara.

 

Cashel House, leur nouvel hôtel sur la baie homonyme, est masqué de la route par un jardin digne d'Uzès. Quelques connaisseurs viennent parfois, et s'enquièrent de la chambre du « Général ». « Il y en occupait deux », sourit le réceptionniste qui vous fait visiter de bonne grâce, « celle-ci pour travailler... l'autre pour dormir ». Le lit n'est pas le bon : Dublin en avait dépêché un de 2 m 13, aux mensurations gaulliennes. Les Irlandais avaient l'habitude : leur président, Eamon de Valera, avait la même taille.

 

Plutôt Valera que le Valérien

 

Un panneau signale pieusement l'endroit où Charles contemplait la mer, pendant que Flohic pêchait la truite et qu'à Clifden, la ville voisine, Yvonne achetait de quoi tricoter, pour passer le temps, pendant que son mari rédigeait ses « Mémoires d'espoir ». Ici, vous goûterez des paysages plus austères, les étendues de fange somptueuse, les briques de tourbe, tranches luisantes comme des fondants au chocolat. Autour des Twelve Bens, ces monts qui forment le noyau du Connemara, les routes sont compliquées, échancrées de balcons sur la mer, sur des lacs bleu prune, ou ceux, rouillés et écumeux, où se mire la belle abbaye de Kylemore... tout cela peuplé par le battement d'ailes des pétrels et des busards, et ces moutons de pré-salé plongeant dans une crissante touffe d'ajoncs. De Gaulle boudait leur viande savoureuse, depuis qu'il avait offert son agneau de compagnie pour amuser les bambins d'un orphelinat - qui l'avaient préféré en gigot... Il boude aussi la chaumière d'un autre héros de l'indépendance irlandaise, celle du poète Padraig Pearse, fusillé après la révolte de Pâques 1916 contre Londres.

 

Le 17 juin, nos touristes ont fait leurs valises et roulent vers Aras an Uachtaráin, la « Maison-Blanche irlandaise » de Dublin. Ils y sont accueillis par Valera, le vieux révolutionnaire. Fêté par des octogénaires condamnés à mort pour rébellion contre l'Angleterre, le rebelle de 1940 oublie qu'on est ce fatidique 18 juin, commémoré au mont Valérien - sans lui. Une rencontre avec le clan McCartan, et déjà de Gaulle remonte dans son Mystère, pour reprendre le ciel. Vers Saint-Dizier.

 

Dominique de La Tour

 

Bandes dessinées - De Gaulle - Tome 1 De Gaulle à la plage - DARGAUD

13 septembre 2008

 

Les Tongs et les mots du Général...

 

ICI

 

Ce matin, jour de retour, de l'humour et de la réflexion, à propos du Général...

 

Extrait d'une bande dessinée " de Gaulle à la plage" désopilante de Jean-Yves Ferri chez Dargaud dont Libé publie des planches cet été. Achetez-là, elle pourra de toute façon, avec sa jaquette rigide, vous servir à protéger votre visage du soleil à la plage (fonction principale du livre de plage selon le critique littéraire de Libé)

 

« L'armée allemande vient d'envahir la Russie. Des militaires britanniques invitent le Général à suivre, devant une radio d'état-major, le déroulement des opérations.

 

La rapidité de la progression allemande étonne, puis scandalise et enfin désespère les stratèges britanniques. Silence du Général qui, seul, ne participe pas au concert de lamentations. Les villes russes tombent les unes après les autres. Les officiers anglais s'interrogent sur le sort réservé aux armes alliées. Le Général continue de méditer.

 

- Et vous, de Gaulle, que pensez-vous de la façon dont les blindés allemands pulvérisent les défenses russes ? demande un officier britannique qui a lu "Vers l'armée de métier".

 

- Je pense, dit le Général, qu'il faudra désormais songer... aux moyens d'arrêter la progression communiste en Europe.

 

Il dit, puis déploie sa haute taille et plante là l'assistance médusée.

 

Sur le pas de la porte, il confie à son aide de camp :

 

- N'oubliez pas ces heures-là ! Je me trompe souvent dans ce que je fais, mais jamais dans ce je prédis.

 

Extrait du livre "Les Mots du Général" de Ernest Mignon chez Fayard

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22 juin 2022 3 22 /06 /juin /2022 06:00

Les députés et l'Assemblée nationale victimes d'un désintérêt général

Jean-François lance, en fin de chronique, un appel à la raison :

 

« Notre pays doit se livrer à un examen de conscience collectif pour reconstruire les bases d'une vie en commun fondée sur un minimum de confiance réciproque sans laquelle rien n'est possible. »

 

Je suis plus pessimiste que lui, l’âge sans doute, lorsqu’il écrit aussi : « Nous allons connaître des difficultés économiques importantes liées au contexte international belliqueux, à la reprise de l'inflation qui n'est pas due à une forte croissance économique mais à un ensemble de désajustements économiques mondiaux, sur fond d'endettement public et privé considérable et de remontée des taux d'intérêt. Dans ces situations, les préoccupations écologiques passent habituellement au second plan parce qu'il faut assurer l’essentiel. »

 

Le chacun pour soi a de « bonnes chances » d’être à l’ordre du jour.

Les commentaires sur les résultats de l'élection législative, dont le deuxième tour s'est déroulé le 19 juin, portent sur le fonctionnement à venir de l'Assemblée Nationale, la plus ou moins grande solidité de l'alliance de la gauche autour de la France Insoumise, la question de savoir si elle formera un groupe unique ou quatre groupes à l'Assemblée nationale, les alliances possibles entre la République en Marche et ses satellites et ce qui reste du parti Les Républicains, etc.

 

Pourtant, il ne s'agit là que de questions secondaires au regard de ce qui se passe dans le pays.

 

Abstention ou sécession ?

 

Le résultat le plus important de cette élection est le pourcentage des suffrages exprimés par rapport à l'ensemble du corps électoral.

 

Aux 53,8% d'abstentionnistes, il faut ajouter 7,6% de votes blancs ou nuls, ce qui porte le total des Français qui ont refusé d'exprimer une préférence entre les candidats à 61,4% du corps électoral.

 

38,6% des inscrits seulement ont voté en faveur de l'un des candidats. Sur les 48,6 millions d’électeurs français, 20,7 millions d'entre eux ont exprimé un choix, les autres n’ont pas votés ou ont mis dans l’urne un bulletin indiquant qu’aucun des candidats ne leur convenait.

 

Les voix recueillies par les partis politiques ayant participé au scrutin ne représentent qu’une part marginale du corps électoral : Ensemble = 16,5% des inscrits ; NUPES = 14% des inscrits ; RN = 7,4% des inscrits ; LR-UDI (dont les commentateurs écrivent qu’ils ont résisté) = 3,1% des inscrits ; autres partis 1,8%.

 

En Seine Saint-Denis où la NUPES rafle toutes les circonscriptions, l’abstention atteint 63,3%. Clémentine Autain est élue avec 22% des suffrages des électeurs inscrits dans sa circonscription.

 

Le procès en illégitimité, assez justifié, qui était intenté à Emmanuel Macron après son élection, pourrait à bon droit être instruit contre tous les députés élus dimanche dernier.

 

On peut se dire que ce n'est pas très grave, que ceux qui désirent participer à la vie politique et en désigner les responsables ont pu le faire. Mais il est tout de même difficile d’interpréter la signification de ce scrutin en analysant seulement la part minoritaire des suffrages exprimés.

 

  • Quel sens faut-il donner au refus de près des deux tiers des électeurs d'exprimer une préférence à l'occasion du choix de leur député ?

 

S'agit-il, comme on le dit souvent, d'une forme de vote protestataire qui viendrait s'ajouter à d'autres formes de protestation, le vote pour la France Insoumise ou le Rassemblement National ? Mais alors, pourquoi les Français qui s'abstiennent n'accordent-ils pas leur suffrage à ces partis dits protestataires ? Est-ce parce qu'ils ne les trouvent pas suffisamment radicaux ou au contraire parce qu'ils les trouvent excessifs ?

 

Nous manquons d’une analyse sérieuse de ce que pensent cette vaste majorité d’abstentionnistes et de votes blanc ou nuls.

 

Près de deux tiers des français en sont-ils arrivés à la conclusion que le jeu politique est vain, que l'élection de l'un ou de l'autre ne change rien à leur sort, que les responsables politiques sont incapables de mettre en œuvre ce qu'ils promettent en raison des contraintes auxquelles ils se disent soumis ( appartenance à l'Union européenne qui limite drastiquement la possibilité le choix d'une politique nationale, rapport de forces mondiaux qui ne sont en faveur ni de l'Union européenne ni de la France, puissance de l’exécutif qui de toute façon aura les moyens d'imposer ses choix, etc.). Ou bien encore pensent-ils que ceux qui se présentent à leur suffrage, n’ont en fait aucune intention véritable de prendre les mesures qui permettraient d’améliorer leur sort, parce qu’ils partagent peu ou prou tous les mêmes idées sur ce qui est raisonnable et faisable ?

 

L'argument du beau temps ou de l'attrait de la pêche à la ligne, dont je ne sache pas pourtant que la pratique se développe de façon aussi importante, est une façon de se rassurer à bon compte.

 

La constance du phénomène abstentionniste, sa croissance continue en même temps qu'augmente le nombre de bulletins blancs ou nuls, témoignent plutôt d'une sécession d'une grande partie de la société française qui n'accorde plus aucune importance au discours politique.

 

À la sécession des riches qui dans les années quatre-vingt ont considéré que « la solidarité, ça commençait à bien faire », pour paraphraser N. Sarkozy parlant de l’environnement, et ont donné le coup d’envoi de la contre révolution fiscale et sociale (baisse des impôts, réduction des moyens consacrés aux services publics, augmentation des inégalités de revenus et de patrimoine…), répond aujourd’hui celle de ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose.

 

Margaret Thatcher avait résumé le programme de la contre révolution libérale en une phrase : « la société, ça n’existe pas », seuls les individus existent et ils sont responsables de ce qui leur arrive. Elle ajoutait qu’il n’y avait pas d’alternative à la politique qu’elle conduisait, qui d’ailleurs ne se distinguait pas de celle de R. Reagan aux États-Unis ou de F Mitterrand en France après 1983.

 

Des décennies de trahison des promesses électorales, de désillusion, de dépolitisation de la société, au nom de la raison, des contraintes objectives et des mille et une autres raisons qui justifient que bien que nous changions de Président de la République, de ministres ou de députés, les choses elles ne changent pas, nous ont conduit là où nous sommes.

 

Il en sera bientôt des bureaux de vote, comme des salles de concert de musique classique, des salles de théâtre ou des cinémas. On n’y verra plus passer que des personnes de soixante ans et plus, appartenant aux catégories sociales les plus favorisées et les mieux insérées socialement.

 

Cela devrait inquiéter aussi bien les organisateurs de spectacles vivants que les organisateurs de spectacles politiques, car un jour ceux qui viennent encore y assister auront complètement disparu et ces deux secteurs d'activité pourraient bien disparaître avec eux.

 

Pour compléter ce tableau, on notera que les électeurs ne sont pas les seuls à se désintéresser des élections et de leurs résultats. La bourse est restée parfaitement insensible au résultat du scrutin du 19 juin, dont les commentateurs disent pourtant qu'il rend la France ingouvernable ; elle a progressé au même rythme que celle de Francfort en ce début de semaine, et pour le moment aucun frémissement n'a été constaté sur les taux d'intérêt de la dette publique. C'est dire s'il ne faut pas trop surestimer ce qui se passe dans le champ de la politique...  

 

Un seul vainqueur, le Rassemblement national

 

En réalité, le seul vainqueur de cette élection législative est le Rassemblement national.

 

Seul, sans accord avec un autre parti, même pas avec « Reconquête » d’E Zemmour, avec un mode de scrutin qui lui est complètement défavorable, le RN passe de 7 à 89 députés, l'emportant aussi bien sur le parti « Les Républicains » que sur «La France Insoumise». Au passage le naufrage d’E. Zemmour devrait entrainer des démissions et des licenciements dans la plupart des médias et instituts de sondage qui ont consacré tous leurs efforts entre l’été 2021 et le mois d’avril 2022 à le présenter comme celui que les Français attendaient et le vainqueur probable de l’élection présidentielle. Mais dans le monde des médias et des instituts de sondage, comme dans celui de la politique (ils vivent l’un de l’autre), il ne faut jamais présenter ses excuses car c’est un aveu de faiblesse. Il faut embrayer sur autre chose.

 

Le succès de la NUPES est un effet d'optique.

 

La stratégie d'union a permis de limiter la casse, mais avec 27% des sièges, la gauche réalise son troisième plus mauvais score depuis 1981 et ne progresse pas quant au nombre de suffrages recueilli. L’union de la gauche a permis de limiter la casse en nombre de sièges, elle n’a créé aucune dynamique électorale, sauf dans les médias.

 

Le parti d'Emmanuel Macron LRM, passe de 314 sièges à 154. C'est un échec cuisant pour celui qui prétendait transformer la scène politique française, faire exploser la droite traditionnelle et disparaître l'extrême droite. Ensemble est devenu une coalition de droite parmi d’autres, quant à l'extrême droite elle ne s'est jamais aussi bien portée. Son parti devra revoir à la baisse ses effectifs et son niveau de vie.

 

Cependant, la droite, c'est à dire le mouvement « Ensemble » et « Les Républicains », dispose de 56% des sièges à l’Assemblée nationale. Si l'on y ajoute le Rassemblement National, la droite dans ses différentes composantes est ultra majoritaire à l'Assemblée nationale et recueille plus des 2/3 des suffrages exprimés.

 

On a du mal à comprendre dans cette situation les cris de victoire de Jean-Luc Mélenchon et des responsables de « la France Insoumise ». Une large partie du territoire national ne compte plus de représentants des partis se présentant comme de gauche. La NUPES gagne dans les métropoles, sur le même terrain qu’E Macron, Mais dans les zones rurales et dans l’électorat populaire traditionnel elle est absente. Paris est la terre d’élection de la NUPES et d’Ensemble, ils se partageant la quasi-totalité des circonscriptions. Le PS et LR ont disparu.

 

Parmi les perdants, il faut aussi compter Lionel Jospin et son idée géniale de coupler le quinquennat et l'inversion du calendrier électoral qui était destinée à garantir au Président nouvellement élu une majorité absolue à l'Assemblée nationale et les pleins pouvoirs dont rêvent de doter le Président de la République, tous les aspirants au régime présidentiel qui sauverait la France, ceux-ci considérant que la 5e République donne encore trop de place au gouvernement et au Parlement par rapport au pouvoir d'un seul homme.

 

À propos du « front républicain »

 

Pour expliquer ce qui est tout de même un mauvais résultat, la chasse aux déserteurs du « front républicain » est ouverte. Emmanuel Macron et son mouvement « Ensemble » se retrouvent à juste titre sur le banc des accusés, puisque dans six circonscriptions seulement ses partisans ont appelé à soutenir le candidat de la NUPES contre celui du Rassemblement National. Ceux auxquels il faisait les yeux doux entre les deux tours de l’élection présidentielle étaient devenus des candidats antirépublicains contre lesquels il fallait faire front.

 

Quelle ingratitude de la part d'un Président réélu grâce à ceux qui ont accepté, encore une fois, de faire barrage à Marine Le Pen malgré l’aversion qu’ils avaient pour lui ! Comme Jacques Chirac en son temps, il considère qu’il ne doit rien à l’électorat de gauche qui l’a sauvé, sans gloire, de la défaite.

 

Pour se défendre, les Macronistes rappellent qu'ils ont utilisé pour l’élection législative, la même formule que Jean Luc Mélenchon au soir du premier tour de l'élection présidentielle : « pas une voix pour les candidats du Rassemblement national », ce qui ne vaut évidemment pas appel à voter pour le candidat de la NUPES, pas plus que Mélenchon n’appelait à voter Macron. 

 

De façon parfaitement incohérente, Jean-Luc Mélenchon dénonce « ceux qui ont perdu tout droit à faire des leçons de morale puisqu'ils ont abandonné cette pratique ancienne du Front républicain », tout en indiquant qu'il ne passera aucun accord avec Emmanuel Macron et ceux qui le soutiennent « parce qu'il ne fait pas partie du même monde qu’eux ».

 

Comprenne qui pourra… Pourquoi deux partis politiques n'appartenant pas au même monde devraient-il appeler à voter l'un pour l'autre à quelque élection que ce soit ?

 

On s'y perd ...

 

En vérité, cette idée de front républicain n'est pas morte d'être trahie où abandonnée par tel ou tel parti. L’appel au front républicain n'a tout simplement plus aucun écho parce que, sur cette question comme sur les autres, les responsables politiques ont perdu toute crédibilité. Lorsqu'ils disent « front républicain », beaucoup de Français entendent « solidarité de la classe politique pour conserver les sièges qu'elle occupe ». Et ils s’abstiennent ou votent blanc ou nul, ou pratiquent le « dégagisme ». À ce propos, Rappelons qu’Emmanuel Macron en 2017 appelait à dégager ceux qui occupaient depuis trop longtemps la scène politique. Il ne peut pas s’étonner que son temps soit venu d’en être victime.

 

Si l'esprit du Front républicain doit renaître, il faudra d'abord s'entendre sur la République que nous voulons défendre.

 

Nous en sommes loin.

 

Le mot a été galvaudé. Pour certains, défendre la République signifie défendre la constitution de la Vème République ; pour d'autres, il s'agit de retrouver l'inspiration de la période glorieuse des débuts de la IIIème République, celle de l'adoption des grandes lois libérales consacrant par exemple le droit d'association, la démocratie municipale, la laïcité, etc.

 

Pour d'autres La République doit être sociale et elle doit s'attaquer d'abord à la réduction des inégalités et à la pauvreté.

 

Il ne suffit donc pas de répéter République, République, comme une incantation qui à elle seule nous permettrait de sortir de l'ornière. Une profonde réflexion à droite comme à gauche sur le système politique et économique que nous voulons est nécessaire et cette réflexion doit se traduire par une proposition de réforme de nos institutions permettant de faire revivre la démocratie.

 

Et maintenant ?

 

La France redevenant un peu plus normale avec un Parlement divisé qui n'est plus totalement à la botte du président de la République, serait devenue ingouvernable. C'est le leitmotiv des commentateurs depuis dimanche soir. Comment font les autres pays européens qui pour la plupart vive depuis très longtemps avec des majorités relatives ? Sans doute ne sont-ils pas gouvernés et leurs citoyens vivent-ils dans la terreur de l'absence d'un pouvoir exécutif tout puissant.

 

Le grand sujet du moment est de savoir qui sera Président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, à laquelle les médias accordent soudainement une importance déterminante. Pourtant, s'il est bien un domaine où l'exécutif décide de tout, c'est celui de la préparation et de l'adoption des lois de finances. Il est vrai que l'Assemblée nationale consacre de longues semaines à en débattre, mais ce n'est que pour les modifier de façon extrêmement marginale et le projet présenté par Bercy au début du mois d'octobre de chaque année n'est pas véritablement modifié par les débats parlementaires. S'il prenait au député l'envie de faire autrement, le gouvernement dispose de l'article 49. 3 de la Constitution pour faire adopter son projet.

 

Bien sûr, chacune des composantes de la droite veut profiter de la situation de faiblesse d'Emmanuel Macron pour améliorer sa position, mais un fait est là, la droite est majoritaire à l'Assemblée nationale et « Les Républicains » vont choisir entre un accord de gouvernement avec Macron ou bien un soutien au cas par cas aux projets que celui-ci présentera à l'Assemblée nationale.

 

Si j'avais un conseil à leur donner, ce serait plutôt d'opter pour un accord de gouvernement avec Emmanuel Macron qui leur permettrait d'absorber une fois pour toute celui-ci et de le faire apparaître pour ce qu'il est, un candidat de droite et rien d'autre que cela, ce qui leur dégagerait la voix pour les élections suivantes. Mais la politique n'est pas une chose rationnelle. Macron pense être assez malin pour décrédibiliser encore un peu plus « Les Républicains » en les mettant en porte-à-faux, projet de loi après projet de loi. « Les Républicains » surestiment leur force et pensent qu'ils pourront au cas par cas vendre très cher leur ralliement. Les uns et les autres surestiment l'intérêt que les citoyens porteront à ce petit jeu.

 

Bien sûr, il sera plus difficile que dans la mandature précédente de faire adopter des textes législatifs à jet continu, en recourant le plus souvent à la procédure des ordonnances, ce qui évitait dans les faits tout débat parlementaire.

 

Nous devrions tous nous en réjouir. Notre pays étouffe sous les lois et les textes réglementaires, traduits ensuite en circulaires de dizaines de pages par les directions d’administration des ministères.

 

En 2021, les préfets ont reçu plus de 1300 circulaires ; on ne voit même pas comment ils peuvent trouver le temps de les lire, quant à les mettre en œuvre n'en parlons même pas. Le plus sage est d'attendre le texte suivant.

 

Cela n'a aucune importance pour l'équipe qui exerce le pouvoir car il s'agit avant tout d'occuper le champ médiatique et non de transformer réellement les choses ou simplement de les administrer avec bon sens.

 

Alors, dédramatisons cette idée de blocage politique du pays. Il n'y a pas besoin de lois pour augmenter les salaires dans les entreprises privées comme dans les administrations ou les entreprises publiques. Il n'y a pas besoin de loi pour préserver le régime des retraites par répartition qui n'est pas menacé par une crise à court terme.  Pas besoin de loi pour que le Parlement contrôle réellement l'action du gouvernement, ce qu'il s'est bien gardé de faire au cours des cinq dernières années, trop occupé qu'il était à voter des centaines de lois. En réalité, beaucoup de choses peuvent être faites sans recourir à la loi et pour tout dire beaucoup de choses seraient mieux faites en laissant les citoyens, les associations, les entreprises et les administrations trouver des solutions plutôt que de leur imposer de façon détaillée ce qu'il doivent faire.  

 

L'essentiel n'est pas de trouver un mode d'organisation de la relation entre le président de la République et le Parlement (on peut oublier le gouvernement qui n'est plus qu'un bureau d'exécution de ce qui est décidé à l'Élysée, personne d'ailleurs ne se demande quel est l'avis d’Élisabeth Borne sur le sujet), mais de trouver une solution à la crise politique que traverse notre pays.

 

La dissolution de l’assemblée nationale est un fusil à un coup qu’E. Macron maniera avec précaution. J Chirac a montré en 1997 que la balle pouvait suivre une trajectoire imprévue et ne pas atteindre la cible visée.

 

Nous vivons une crise morale, institutionnelle, écologique et économique. Elle ne sera pas surmontée par des coalitions à géométrie variable sur des textes de lois.

 

Crise morale parce que nous ne savons plus ce qui nous rassemble, ce qui fait de nous, Français, une Nation, ce qui vaut la peine d’être défendu collectivement.

 

La défense de services publics, des systèmes de protection collective quels qu’en soient les mérites, ne suffit pas à souder une société. Le délitement des principaux services publics auxquels nous assistons, qu'il s'agisse de l'éducation nationale, du système de santé ou de la justice, est à la fois la conséquence de choix politiques réduisant les moyens qui leur sont consacrés, mais aussi d'une rupture de confiance au sein de ces grandes institutions, de divergences sur les objectifs qu'elles doivent atteindre, d'une mise en cause de la part de ceux qui travaillent comme de ceux qui doivent bénéficier de leurs services. Toutes les grandes institutions publiques sont mises en cause, la méfiance prévaut à l'égard de ceux qui sont chargés de les diriger, leur capacité d'action sur la société est de plus en plus réduite. Il ne suffira pas d'augmenter les salaires et de mieux aménager les bâtiments pour que les choses s'arrangent.

 

Ce qui vaut pour les entreprises et les administrations publiques vaut aussi pour le secteur privé. Les entreprises sont en crise, les salariés sont de plus en plus nombreux à se demander ce qu'ils y font, à ne pas supporter leur organisation de plus en plus bureaucratique qui souvent surpasse celle des administrations. La qualité des services et des marchandises qu'elles produisent est contestée, pour des raisons sanitaires où environnementales, parce que la surconsommation a des effets dramatiques sur notre environnement qui sont maintenant bien connus et aussi parce que la qualité de ce qui est produit souvent n'est pas bonne. Quelques exemples récents dans des secteurs industriels considérés comme d'excellence en France sont venus nous le rappeler. La moitié des réacteurs nucléaires du pays et à l'arrêt depuis plusieurs semaines en raison de défauts constatés sur les soudures d'éléments essentiel à leur fonctionnement. La SNCF vient de renvoyer à Alstom un nombre assez important de rames de TGV dernier modèle qui souffrent également d'un défaut de soudures qui en affectent la sécurité. Il faudra plusieurs mois pour remédier à ces défauts.  Les exemples pourraient être multipliés.

 

Notre pays doit se livrer à un examen de conscience collectif pour reconstruire les bases d'une vie en commun fondée sur un minimum de confiance réciproque sans laquelle rien n'est possible. Ce n'est pas un grand débat dans lequel le président de la République fait son numéro pour montrer qu'il a réponse à tout et qu'il est capable de convaincre chacun qui permettra cela. Il s’agirait d’un échange de chacun d’entre nous avec sa propre conscience et avec les autres, mené dans des milliers de lieux en même temps, sur une période de temps qui pourrait être de deux ou trois ans qui le permettra. On peut rêver et se dire que les journaux les radios les télévisions, au lieu d'obéir à la dramaturgie des jeux du cirque, pourraient être des endroits ou des discussions honnêtes, sans enjeu de pouvoir immédiat, correctement modérées seraient conduites. On peut rêver que les essais qui seront écrits, les livres qui seront publiés participeront à cet examen de conscience collectif en laissant de côté les invectives, la condamnation de l'autre, les jugements définitifs, bref tout ce qui interdit une véritable discussion, un véritable échange de points de vue permettant à chacun de faire évoluer le sien. 

 

Chacun devrait l’aborder avec humilité et une seule certitude, celle qu’il ne sait pas tout, qu’il n’a pas à lui seul la solution, que rien ne sera possible si nous ne pouvons pas compter les uns sur les autres, que la compétition n’est pas le meilleur moyen d’atteindre un objectif collectif, qu’elle est toujours inférieure à la collaboration. Une société dans laquelle chacun se méfie de l’autre, dans laquelle l’affrontement et la victoire d’un groupe sur l’autre est vue comme la seule solution est vouée à la dissolution.

 

Nous sommes dans cette société.

 

Cette idée d’examen de conscience collectif sera considérée par beaucoup comme naïve ou dangereuse. Elle me paraît indispensable et ce sont les mieux lotis qui devraient commencer.

 

Crise institutionnelle ensuite. Il n’est plus question que de cela. La Vème République a longtemps été considérée comme un régime garantissant la stabilité politique du pays et l'efficacité de son gouvernement. Un nombre croissant de citoyens et de responsables considère que cela n'est plus vrai et que ses inconvénients l'emportent sur ses avantages.

 

Elle est très centralisée mais ne garantit pas l'égalité de traitement sur le territoire national ; les métropoles concentrent les richesses et les services, le reste du territoire a un sentiment d'abandon.

 

Elle donne à l’exécutif des pouvoirs considérables, et pourtant celui-ci est impotent, les leviers à sa disposition ne répondent plus et il ressemble à hamster qui pédale dans une roue sans produire le moindre mouvement.

 

Le pays n'est plus correctement représenté par ses institutions. Certains se réjouissent de la fin de la majorité absolue à l'Assemblée nationale considérant que nous serions arrivés presque au même résultat que celui qui aurait été permis par un scrutin proportionnel sans avoir besoin d'y recourir. C'est faire peu de cas de la très forte majorité qui a refusé de participer à cet exercice et de la distorsion introduite par ce mode de scrutin entre la composition de l'Assemblée nationale et la réalité politique du pays.

 

Nos institutions doivent être réformées. Une commission composée de parlementaires de toutes les obédiences politiques, de membres du Conseil économique social et environnemental, de syndicalistes, de représentant du mouvement associatif et de juristes devrait être chargée de préparer un projet, d'organiser le débat public autour de ses propositions, de laisser ensuite le Parlement en débattre avant que cette nouvelle constitution soit soumise à la population par référendum.

 

Crise économique et écologique enfin.

  

Elles sont intimement liées. La crise écologique ne résulte pas de la gloutonnerie des gens, de leur manque de conscience, de leur méconnaissance des petits gestes qui arrangeront tout. Elle résulte d'abord d'un système économique dont la finalité assignée à chacun de ses acteurs est celle du profit maximum. Les économistes classiques considéraient qu'en cherchant à satisfaire son envie individuelle de réussite, chacun contribuait au mieux à la réalisation du bien commun. Le boulanger permet à chacun de manger du pain non par altruisme, mais pour faire prospérer son commerce. Il y avait malheureusement un vice dans cette pensée qui généralisait un exemple particulier qui ne pouvait pas l'être. Les entreprises ont recherché le profit maximum au mépris des conséquences désastreuses de leur activité sur l'environnement. La croissance des entreprises transformées en monopole étouffe l'innovation. Les relations internationales sont dominées par les grands groupes multilatéraux dont les gouvernements défendent les intérêts plutôt que les intérêts des peuples et des Nations.

 

Nous allons connaître des difficultés économiques importantes liées au contexte international belliqueux, à la reprise de l'inflation qui n'est pas due à une forte croissance économique mais à un ensemble de désajustements économiques mondiaux, sur fond d'endettement public et privé considérable et de remontée des taux d'intérêt. Dans ces situations, les préoccupations écologiques passent habituellement au second plan parce qu'il faut assurer l’essentiel.

 

Les idées actuelles d'instituer une planification écologique confiée à une instance administrative placée auprès du Premier ministre sont totalement inopérantes pour surmonter la crise écologique, nous dirons pourquoi dans un autre texte. La réponse aux crises économique et écologique conjointes passe par une autre conception de la manière de les aborder, loin de la planification bureaucratique et de la centralisation.

 

Oublions donc les questions qui dominent le débat public au lendemain de l'élection législative sur les arrangements qui doivent être trouvés à l'Assemblée nationale. Ceux-ci ne font que nous détourner une fois encore de l'essentiel et montrent que les véritables leçons de ce scrutin n'ont pas été tirées.

 

Jean-François Collin

21 juin 2022

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