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Vendredi 19 décembre 2014 5 19 /12 /Déc /2014 00:09

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Trop tard ! Monsieur le Directeur Général !


« Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. » le général Douglas MacArthur.


Dans L’Usine Nouvelle j’ai lu que l’objectif de votre groupe est de « tenir tête aux négociants privés, et se développer à l’exportation avec des marques et des cépages. »


Belle envolée mais, même si vous me trouvez prétentieux, monsieur le Directeur Général, je crois que vous arrivez après la bataille.


Pourquoi m’objecterez-vous ?


Tout simplement parce que vous ne disposez pas des moyens pour développer des marques mondiales qui puissent concurrencer celles qui sont en place.


Pourquoi donc un tel pessimisme ?


-         Les conditions pour un vrai sourcing de vin de marque n’existent pas, y compris dans les coopératives.


-         La faiblesse de vos capacités d’investissement pour développer une marque mondiale.


-         Les nouvelles tendances du marché mondial : le vrac et l’origine.


-         Le peu d’appétence des 2 poids lourds français : Castel et GCDF pour une idylle avec un groupe coopératif.


Bref, monsieur le directeur général, il est d’autres choix stratégiques bien plus pertinents pour la coopération viti-vinicole mais, comme me le faisait remarquer l’ancien Président de la CCVF, Denis Verdier, dispenser des conseils gratuitement est une bien mauvaise pratique face à mes collègues patentés.


Avoir raison trop tôt est aussi insatisfaisant que le trop tard de Mac Arthur mais lorsque l’on se veut stratège il est important de fonder ses choix sur sa capacité à les traduire dans la réalité.


Je me contente donc de vous citer en sachant fort bien que mes « lumières » ne vous seront pas nécessaires :


« Se développer dans l’agroalimentaire ». C’était l’un des objectifs annoncés par InVivo il y a quelques mois dans le cadre de son plan stratégique 2025. Le groupe coopératif, qui présentait ses résultats annuels le 16 décembre, confirme son intérêt dans ce secteur, particulièrement dans le vin. « Nous voulons investir dans des métiers d’avenir pour créer des champions français. Le secteur coopératif possède des leaders dans le lait, le porc ou la volaille. Nous pensons qu’il y a un espace pour InVivo dans le vin », a expliqué le 16 décembre, Thierry Blandinières, le directeur général du groupe, confirmant des discussions avec différents acteurs.


Dans le secteur coopératif viticole, les groupes Val d’Orbieu et les caves de Plaimont, tiennent le haut du pavé, suivi par une multitude de petits acteurs très éclatés. « Les caves coopératives savent très bien vendre du vin en vrac et des bouteilles en France », a souligné Thierry Blandinières, pointant leurs difficultés par contre pour s'imposer à l’export. InVivo pourrait ainsi se rapprocher de négociants pour faire émerger progressivement un poids lourd coopératif national. « Notre objectif est de vendre des cépages et des marques, dans le sens du marché mondial, plutôt que des terroirs », a-t-il assuré, espérant voir des opérations se concrétiser en 2015. »


IN VIVO ICI : link  et link

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Jeudi 18 décembre 2014 4 18 /12 /Déc /2014 00:09

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Au début de cette semaine j’ai quitté mes douillets chaussons pour aller faire le bourguignon le temps d’une journée.


Qu’ai-je fait de cette journée ?


J’ai marché, beaucoup ; merci les taxis de province !


J’ai écouté, beaucoup ; merci aux présidents !


J’ai échangé, beaucoup ; merci pour ce moment fort intéressant !


Enfin, lorsque la nuit commençait à tomber, après un court parcours en Bombardier, j’ai gagné Nuits.


Pas gai, gai, le quartier de la gare de Nuits… pas âme qui vive… pas de taxis non plus… marcher c’est bon pour la santé… un hôtel de lisière pour voyageurs solitaires… ce n’est pas mon cas car ma soirée je l’ai passée à cultiver l’amitié mais ça c’est du domaine privé.


À bâtons rompus*, j’aime cette expression appliquée à une conversation qui n’a nul besoin d’ordre du jour car elle reprend le fil d’échanges sur la toile, s’insère dans une communauté de pensée, marque la trame d’une empathie mutuelle.


Nous parlons du vin bien sûr, mais pas que ; le vin est là, en présence visible, le vin bu, qui, sans être au centre, accompagne, sollicite, fluidifie la conversation.


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Leur Métier : vigneronne et vigneron chacun de leur côté, et puis dans notre conversation se glisse cette affirmation 100 fois assénée par le petit monde du vin : « le métier de vigneron est le plus beau métier du monde… »


Image d’Épinal masquant une réalité plus dure, moins idyllique, où la souffrance physique et morale marque les vies de jeunes hommes encore sous le joug familial.


Ça m’a rappelé ma Vendée natale.


Mais là-bas, comme les haies du bocage, ce huis-clos a été emporté par le flux de cette modernité si souvent vilipendée. Ici, nous sommes dans la pérennité pas facile de « faire bouger les lignes quand la sédentarité se décline en siècles. »


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Vous me connaissez, ça ma turlupiné, alors sitôt rentré j’ai consulté la Toile pour y glaner au hasard ce type d’affirmation.


1-     Un ancien industriel reconverti « C’est le plus beau métier du monde, parce que c’est un métier complet. On produit, on fait du marketing et on fait de la vente. Ce qui est compliqué c’est qu’il faut faire plaisir au consommateur sans renier le terroir ni son envie de faire du vin »


2-   35 vignerons belges « Bien sûr, c’est un sentiment extraordinaire de se lever le matin, voir que le soleil est déjà haut dans le ciel, se balader dans le vignoble, flanqué d’un chien qui remue la queue. Tout cela en sachant que l’on exerce sans doute le plus beau métier du monde, celui de vigneron. On fait du vin depuis des siècles de la même façon, mais chaque année différemment. Qu’y a-t-il de plus passionnant ? »


3-   Un vigneron  « Quand on a la passion c'est le plus beau métier du monde… »


4-   Pierre Bonte « Au troisième verre de Saumur 90, il m’a dit avec conviction « Vigneron c’est le plus beau métier du monde ! » sans doute l’euphorie du moment le portait-elle à l’exagération. Il en est d’autres tout aussi exaltants. Mais c’est à coup sûr le plus beau métier de la terre… Je veux dire que, de tous ceux qui travaillent la terre, le vigneron est certainement celui qui en retire le plus de plaisir. Le producteur de blé, de pommes de terre ou de maïs est content quand il a fait une bonne récolte, mais ça ne va pas au-delà. Il n’a pas le privilège de pouvoir accompagner son produit jusqu’à la transformation finale et de le signer, comme un créateur. Le bon vin réjouit le cœur de l’homme, mais avant tout celui qui le fait. C’est pourquoi les pays de vigne m’ont toujours paru plus gais, leurs habitants plus ouverts, plus « causants ».

Les viticulteurs ont eu la chance, en outre de sortir à peu près indemnes des grands bouleversements que vient de subir l’agriculture. La plupart des exploitations sont restées familiales, à taille humaine, parce qu’il est encore possible de vivre de la vigne sur des surfaces modestes, dans les zones d’appellation contrôlée. Oui, en dépit de toutes les difficultés du métier, le vigneron est le plus heureux des paysans. »

 

 

5-    L’ami François Desperriers qui sait de quoi il parle du fait de sa trajectoire personnelle et de ses origines bourguignonnes : Le métier de vigneron…un artiste en équilibre sur le fil tendu de la rentabilité dans un cirque médiatique

 

«  Vigneron est sans doute l’un des plus beaux métiers comme l’un des plus ingrats. A la fois créateur et vendeur de vin, le vigneron doit savoir rester en équilibre sur le fil tendu de la rentabilité. Parfois tout se passe bien avec un millésime de rêve et parfois la traversée se révèle être un cauchemar avec des difficultés parfois insurmontables. Les sociétés d’entraides que l’on voit défiler le jour de la Saint-Vincent sont là pour nous rappeler que la solidarité entre vignerons ne date pas d’hier: un décès, une maladie ou un accident et les collègues étaient présents pour soutenir le vigneron dans une mauvaise passe. » link


 Tous les éléments d’une réflexion sont sur la table, à vous de vous en emparer pour vous faire opinion, dépasser les éléments de langage de la communication.


Sans vouloir conclure, je me permets d’évoquer Albert Camus qui exerça le métier de journaliste à l’Alger républicain, au Soir républicain, à Combat et à L’Express Albert Camus qui considérait les journalistes comme des «historiens au jour le jour, dont le premier souci est la vérité» et le journalisme comme « le plus beau métier du monde » en justifiant son affirmation « parce qu'il vous force à vous juger vous-même »


 

* L'origine de cette expression reste floue. Cependant, certains pensent qu'elle date du Moyen Age. En effet, à cette période, "bâtons rompus" renvoyait à des tapisseries ayant des bâtons entremêlés en motifs. Mais il est plus probable que cette expression vienne de la fanfare militaire où elle signifiait donner deux coups de baguettes successifs sur un tambour.

 

Les photos de Janine Niepce ont été réalisées à partir de 1947 in Les Vendanges chez hoëbeke texte de Bernard Clavel


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mercredi 17 décembre 2014 3 17 /12 /Déc /2014 00:09

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Marguerite Duras aimait faire la cuisine et l’affirmait volontiers avec un plaisir non-dissimulé… C’est ce qu’affirme Michèle Kastner l’auteur de la Cuisine de Marguerite Une cuisine populaire «  Je n’ai pas du tout la prétention de faire une cuisine extrêmement raffinée… Je fais  une très bonne cuisine mais c’est tout… » et conviviale… « Je ne suis pas très expansive, mais les gens ne se trompent pas là-dessus parce que je leur donne à manger… Je ne dis pas que je les aime, je ne les embrasse pas, je ne suis pas quelqu’un de tendre, alors je fais à manger pour les autres… »


« Vous voulez savoir pourquoi je fais la cuisine ? Parce que j’aime beaucoup ça… C’est l’endroit le plus antinomique de celui de l’écrit et pourtant on est dans la même solitude, quand on fait la cuisine, la même inventivité… On est auteur. »


« À Neauphle, souvent je faisais la cuisine au début de l’après-midi. Ça se produisait quand les gens n’étaient pas là […] C’était à ces moments-là de ma vie que je voyais clairement que je les aimais et que je voulais leur bien. La sorte de silence qui suivait leur départ je l’ai en mémoire. Rentrer dans ce silence  c’était comme rentrer dans la mer. C’était à la fois un bonheur et un état très précis d’abandon à une pensée en devenir, c’était une façon de penser et de non penser peut-être – ce n’est pas loin – et déjà, d’écrire… »


La soupe aux poireaux


« Dans les maisons son odeur se répand très vite, très fort, vulgaire comme le manger pauvre, le travail des femmes, le coucher des bêtes, le vomi des nouveau-nés. On peut ne vouloir rien faire et puis, faire ça, oui, cette soupe-là : entre ces deux vouloirs, une marge très étroite, toujours la même : suicide. » 


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La liste de Marguerite


« À Neauphle-Le-Château, dans ma maison de campagne, j’avais fait une liste de produits qu’il fallait toujours avoir à la maison. Il y en avait à peu près vingt-cinq. On a gardé cette liste, elle est toujours là, parce que c’était moi qui l’avais écrite. Elle est toujours exhaustive. La liste est toujours là, sur le mur. On n’a ajouté aucun autre produit que ceux qui sont là. Aucun des cinq à six cents nouveaux produits qui ont été créés depuis l’établissement de cette liste en vingt ans, n’a été adopté. »


Le manque de Marguerite


« Je ne supporte pas du tout, qu’il n’y ait rien à manger à la maison… Si vous voulez, c’est un petit peu… étrange ça, chez moi… Il manque par exemple des œufs ou bien il manque du beurre ou il manque  des fruits, ça me torture. Il me semble que c’est toute la maison, qui est atteinte, qui penche, qui penche comme les fleuves de mon enfance pour aller vers l’océan… qui va à vau-l’eau, parce qu’il manque une chose vitale… »


Un beau, un élégant petit livre comme je les aime : Duras La cuisine de Marguerite chez Benoît Jacob 9€.


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Indispensable !


À glisser dans les souliers de votre aimé (e)

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Mardi 16 décembre 2014 2 16 /12 /Déc /2014 00:09

Nous allons bientôt aborder la séquence des fêtes de fin d’année avec au final les vœux de bonne et heureuse année 2015.


Il m’a donc semblé intéressant de m’interroger sur qui sont « les gens heureux » dont on dit qu’ils n’ont pas d’histoire.


« Quatre sortes de personnes dans le monde : les amoureux, les ambitieux, les observateurs et les imbéciles. Les plus heureux sont les imbéciles. »


Hippolyte Taine, Notes sur Paris Vie et opinions de Frédéric-Thomas Graindorge, Hachette, 1867


« Dira-t-on bientôt « heureux comme un...Français ? ». La question peut se poser à en croire un sondage BVA de juin  2013 réalisé pour Le Monde.  


« Certes 59% des Français n'ont pas confiance en l'avenir du pays, mais sur le plan personnel, plus de huit sondés sur dix assurent ainsi qu'ils sont heureux. »


« Ce n'est plus dans les grandes aventures collectives que les Français puisent leurs raisons d'espérer, mais dans un certain repli sur soi-même.


Les Français chercheraient à la fois la convivialité et le partage, qu'on retrouve dans l'usage grandissant des réseaux sociaux, tout en restant très attachés à «moi, ma tribu, ma famille, mes amis, potes de travail, mon club», selon le sociologue Bernard Cathela. Il ajoute que les Français sont en quête d'un mode de vie plutôt «cocooning»: «profiter de tous les petits bonheurs de la vie que l'on peut partager avec les siens, au jour le jour».link

 

3 pistes pour être heureux :


-         Faire la vaisselle : alors heureuse ?


« Faire la cuisine, les courses, le ménage, la vaisselle rend les hommes heureux. On ne rigole pas, c’est la prestigieuse université de Cambridge qui le dit : le bien-être des hommes est lié au temps passé à collaborer aux activités domestiques ! Grâce à cette collaboration, le mâle est plus à l’aise, moins stressé, en un mot plus heureux. Qui l’eût cru… Les scientifiques pensent qu’il s’agit là de la conséquence de l’évolution des mœurs qui amènerait les hommes à culpabiliser quand ils restent les bras croisés à  regarder leurs compagnes briquer, frotter, lustrer. Et un homme plus heureux,  c’est moins de disputes de couple. Si c’est Cambridge qui le dit… »


-         Payer des Impôts : l’impôt fait le bonheur


« Le 2 avril 2012, un débat intitulé « L’impôt heureux, c’est possible ! Comment rééquilibrer les finances publiques par le renforcement du consentement à l’impôt » était organisé à l’Assemblée Nationale. Mazette ! Entre scandales liés aux paradis fiscaux et autres Cahuzaqueries, on aurait presque oublié les 99,99% de contribuables « normaux » et la façon dont l’impôt affecte leur vie et leur bien-être individuel.


On a tous notre petit avis là-dessus, mais une enquête allemande arrive à la conclusion suivante : le contribuable est heureux s’il a la sensation qu’une partie de l’impôt qu’il verse lui revient sous forme de biens ou de services publics ou aide véritablement les plus pauvres. Dans ces conditions seulement, l’impôt renforce le sentiment collectif. Des résultats qui corroborent ceux d’une étude parue en 2007 dans la revue Science et qui montrent que les contributions volontaires (de type don) quand l’individu sait que sa participation est utile à la société et sert une bonne cause. Voilà, voilà… »


-         S’offrir 35 mn de bonheur en :

 

1-     Faisant valser Claudia Cardinale, comme Burt Lancaster dans Le Guépard (Luchino Visconti, 1963)


2-   Matant une fille à la robe plus que suggestive en train de laver sa voiture, comme Paul Newman et ses compagnons de chaîne dans Luke la main froide (Stuart Rosenberg, 1967)


3-   Donnant du feu à Laureen Bacall, comme Humphrey Bogart dans Le Port de l’angoisse (Howard Hawks, 1944)

 

Vous pouvez donc offrir ou vous faire offrir ou vous offrir tout court : Miscellanées à l'usage des gens heureux (ou désirant le devenir) d'Agnès Michaux&Anton Lenoir chez autrement, les citations précédentes en sont issues.

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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 15 décembre 2014 1 15 /12 /Déc /2014 00:09

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Ma chère Claire,


Ce vendredi gris, pluvieux, venteux ne me plaisait guère, j’allais devoir laisser ma flèche d’argent au garage et me résoudre à emprunter nos bétaillères parisiennes pour aller faire ma moisson de livres.


Douché je descendais quérir mon courrier. Plaisir, comme chaque mois, dans ma boîte aux lettres, le facteur venait d’y déposer LeRouge&leBlanc.


Allais-je y trouver mon miel ?


Un simple coup d’œil sur la couverture me donnait la réponse… À la rencontre de… Claire Naudin même que François Morel en faisait le titre de son édito : Rencontres…


Notre rencontre à nous, ma chère Claire, date du 24 juin 2008 Paroles simples d'une vigneronne bourguignonne sur la typicité... link et Mes Riches heures en Bourgogne 2, Claire Naudin-Ferrand : vigneronne passionnée des « Hautes-Côtes ». link


Sitôt remonté avec mon courrier, face à mon écran, hasard du calendrier de l’Avent de Rue89, il m’offre « Lucia di Lammermoor » de Donizetti avec Maria Callas


Ça va bien à mon écriture et me rappelle ce temps où face au conservatisme, au diktat des dominants, à l’arrogance des sachants, j’ai, au mieux que je le pouvais, accompagné tes doutes, tes angoisses et tes justes colères… Dans ces échanges j’ai beaucoup appris, je me suis remis en  cause, j’ai dépassé le simple « je comprends » pour m’engager.


Paul Hayat, le note avec justesse « L’évidence, c’est que les vins de Claire ne laissent pas indifférents, certains n’y retrouvent pas la sève des vins de Bourgogne et vous renvoient tranquillement que toute cette énergie est dépensée pour rien !


Il est inévitable, quand on se tient en marge, de ne pouvoir plaire à tous. Plus grave est le risque, d’année en année, pour ces vins en vendange entière et vinifié sans soufre, de ne pas obtenir l’agrément. En Bourgogne, encore plus qu’ailleurs, perdre l’AOC peut vous mettre en grand danger financier. Claire, comme malheureusement trop peu de vignerons bourguignons, se bat pour faire évoluer les critères d’attribution. En cas de refus, elle sait qu’elle ne reviendra pas en arrière, qu’elle ne suivra pas le chemin de ceux qui ont renoncé pour des raisons économiques. »


Oui, Claire, pas facile de « faire bouger les lignes quand la sédentarité se décline en siècles. »


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« Du plaisir et de l’évidence ressentis, l’intuition du goût recherché pour les Hautes-Côtes est là comme une articulation intime autour duquel tout le travail va s’organiser : un discernement nouveau qui permet de juge, de comparer, qui permet enfin d’oser « ne pas faire ce que l’on ne comprend pas. », oser choquer et générer en soi et autour de soi de fortes inquiétudes et malgré tout, tenir bon. »


Prendre le temps de trouver sa manière n’est jamais perdre son temps, la vie est faite de temps longs comme de temps courts comme ce que tu confies à Paul Hayat de la tension qui a précédé la vinification de 2014.


Comme je comprends ton désir profond de ne rien imposer et ton souhait de te faire « adopter » par tes vignes. Tu préfères les accompagner…


Merci à mes amis du LeRouge&leBlanc de cette approche sensible, discrète, loin des gros tambours des masters class, des amasseurs de notoriétés bien assises, des qui ne butinent que sur des vins au pedigree établis. Faire entendre la différence, permettre qu’elle s’immisce dans un monde formaté, c’est sans aucun doute le moyen le plus sûr de défendre l’enchantement du Pinot de Bourgogne.


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Comme ton père j’écris « Orchis, c’est comme j’aime »


Aujourd’hui, 6 ans après, je suis de nouveau à Beaune pour l’AG du BIVB…


Bonne journée Claire.


Avec mon meilleur souvenir et ma fidèle amitié.


JB

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Dimanche 14 décembre 2014 7 14 /12 /Déc /2014 07:00

Émilie s’est remis au jogging, elle est un peu courbatue. Dieu que j’aime ses grands compas. Elle ne marche pas, elle plane. Je lui ai confié l’autre soir, alors que nous prenions un verre, que je l’aimais un pied sur l’accélérateur et l’autre sur le frein. Elle a souri. C’est ainsi, je l’aime à la folie mais je m’interdis d’aller au-delà de la ligne jaune.  Noël approchant j’ai fait le tour de mes boutiques fétiches pour lui dénicher un cadeau. C’est fait. La voir et non l’avoir, la voir heureuse, je suis heureux ainsi. Ma seule hantise : la perdre ! Je suis prêt à tout, je m’apprête à tout, elle a réveillé ma vie, je lui dois tout. C’est une reine, ma gelée royale. Je me fais tout petit sans me préoccuper des petits bourdons qui tournent autour d’elle. Encore dans les jupes de leur mère ils sont si peu dignes d’elle. L’enlever ! Comment peuvent-ils ne pas flamber face à elle, se brûler les ailes, l’aimer comme je l’aime ? Tendrement ! Et la tendresse bordel ! Il faut que je me calme. Monologuer ne sert à rien. Mes troupiers vont arriver : plonger dans le travail, excellente thérapie.


Nous évoquons d’entrée un angle d’attaque, peu utilisé jusqu’ici à propos de Sarkozy, le contenu de ses fameuses conférences payées au prix du caviar alors qu’elles sont au mieux de la daube, au pire du copié-collé d’un brave nègre sous-payé.  Sur invitation de la Qatar national Bank, il a de nouveau donné une conférence, le 6 décembre dernier à Doha. J’y étais. Le chèque qu’il a touché m’importe peu, il pourrait se situer aux environs de 100.000 dollars, ce qui m’intéresse en premier c’est le pedigree de la puissance invitante. C'est des plus intéressant. La Qatar National Bank a massivement investi dans l’hexagone, tout particulièrement dans le Paris Saint-Germain. Notre ex, fan du PSG, spectateur assidu dans les loges du Parc des Princes, fut l’un des principaux artisans du rachat du PSG par ses propriétaires qataris. Beau renvoi d’ascenseur, bien juteux, pour une prestation très au-dessous de la moyenne. Je l’ai enregistrée sur mon nouveau petit Nagra Seven, un petit bijou de 800 g. Nous avons confié la bande à nos experts pour analyse et mise en forme de petit Twittos assassins. Habitué de ce genre de raout pour milliardaires désœuvrés je n’ai pas été particulièrement étonné par le faible niveau de l’intervention de Sarko mais je dois avouer que, de tous les intervenants ex-chefs d’Etat que j’ai audité, Sarko c’est le degré zéro du conférencier qui se fait du blé sur sa réputation d’ancien maître du monde. Il peut toujours se foutre de la gueule de Hollande, le pépère est plus doué que lui pour réfléchir. Agir, ça c'est un autre sujet. Reste pour nous à remonter la piste pour découvrir le ou les nègres de notre cher, même très cher, conférencier. Ce n’est qu’une question de temps et d’argent. Le temps nous l’avons et l’argent aussi. Une confidence en passant, si notre ex-Président a gardé des taupes dans toutes les allées du pouvoir, y compris au château, nous aussi avons nos agents dormants à tous les étages de l’UMP et d’ailleurs.


Ensuite nous ouvrons l’épais dossier « Le fou du Puy » dit aussi « le faux jeton de présence » ou encore « le bébé Buisson ». Avec lui « la trahison n’est qu’une question de date » comme le notait un expert en la matière Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord. Son parcours est exemplaire en la matière. « Son talent caché, c’est son extraordinaire capacité à séduire la personne qu’il a ciblé. » Feu Jacques Barrot, centriste mou, fut sa première victime. « Le jeune normalien, énarque, agrégé d’histoire, fayote comme personne. Il ouvre ses grands yeux, avoue ses doutes, demande conseil. J’ai tant à apprendre de vous, cher grand homme. Que feriez-vous à ma place ? » C’est la période Wauquiez bons sentiments, son engagement auprès des déshérités, ses cours pour les plus démunis, « le bidonville de Mokkatam au Caire, où il s’est rendu en 1995. » Il raconte la misère, la marée humaine, l’odeur âpre du lieu, sœur Emmanuelle qui vient à sa rencontre… » Mais sitôt son mentor à Bruxelles et qu’il a investi la place, exit le petit père Barrot. Enterré avant l’heure, mais le jour de ses obsèques « il paraît étonné de ne pas avoir sa place au premier rang dans l’église ». Et pourtant il sait jouer des coudes ce grand dadais tour à tour chiraquien, filloniste puis maintenant sarkozyste. Il était europhile le voilà europhobe ; il était avec les démunis le voilà qui pourfend le « cancer de l’assistanat ». Le petit père Sarko, grand expert en traîtrise, ne s’y est pas trompé : « le problème avec lui, c'est que personne ne peut le saquer. Évidemment, il sera parfait. Un secrétaire général de parti n'est pas fait pour être aimé, et comme tout le monde le hait, il ne pourra pas durablement comploter contre moi. » Fermez le ban, nous allons le surveiller comme du lait sur le feu. Reste les dossiers mineurs : le cas Peltier que notre « coqueluche sur échasse», dixit Morano, déteste car elle déteste les fascistes ; le cas Morano qui estime que le strapontin que lui a concédé son maître «C’est une plaisanterie, c’est indigne, scandaleux, un manque de respect à mon égard» ; le cas Rachida qui ne souhaite pas « vivre une campagne fondée sur les cantines halal et la burqa ». « J'attends de savoir la ligne » dit-elle, la réponse ne s'est pas fait attendre. « Commence par payer tes cotisations ». Sarko et les femmes… toute une histoire… nous la suivons avec attention…

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 14 décembre 2014 7 14 /12 /Déc /2014 00:09

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François Mitterrand, ce grand Florentin, élevé au lait des curés à  Sainte-Marie de Jarnac, adepte de l’ambiguïté la plus subtile et la plus féroce, visait juste lorsqu’il faisait remarquer à ses interlocuteurs « Ne vous y trompez-pas, l’extrême-droite est aussi dans la droite ».


Parole d’expert, il en venait.


Lorsqu’il prit d’assaut la vieille gauche moribonde héritière de la  SFIO il appliqua le même calque à l’extrême-gauche, celle qui maniait avec hauteur et suffisance la vulgate marxiste : le CERES de Chevènement. Au fameux congrès fondateur d’Épinay c’est avec l’appui de Deferre le centriste et de Chevènement le néo-marxiste qu’il vira ce pauvre Savary.


Oui « Ne vous y trompez-pas, l’extrême-gauche est aussi dans la gauche»


Mais le fait nouveau aujourd’hui c’est que sous les décombres du débat d’idées se cache une étrange porosité entre les deux extrêmes. Sous le couvert de la lutte contre la mondialisation sauvage, au nom d’une europhobie viscérale, face à la disqualification des élites dirigeantes, les discours s’emboîtent, les hommes n’hésitent plus à sauter le pas.


Loin de mes bases je m’égare me direz-vous, je fais de la politique. En êtes-vous aussi sûr, du moins ceux qui jettent un œil sur les fameux réseaux sociaux : Face de Bouc et Twitter. Ce qui s’y  écrit souvent en est la démonstration.


Ne pas faire de politique, ou du moins affirmer qu’on n’en fait pas, c’est admettre le choix des autres, l’approuver et le subir.


Les grands consommateurs passifs que nous sommes devenus se goinfrent des idées reçues, du débat politique en kit, servis par la cohorte des éditorialistes qui courent les plateaux télé.


La plupart des soi-disant débats sur les réseaux sociaux, où règnent quelques imprécateurs, petits ou grands, relèvent de la pure régurgitation.


Que faire à ce déferlement, à ce grand bordel des idées ?


Parler clair et pratiquer sans aucune gêne le mépris.


Un art que pratiquait avec maestria le Florentin.


« Ah, le mépris… Ce savoir-faire devenu si rare dans notre sphère démocratique assoupie par les vapeurs sucrées du politiquement correct. Cette forme de franchise intellectuelle qui signifie spectaculairement un désaccord irréconciliable. Cette autre musique du "Silence de la mer" qui refuse toute connivence médiatique et rejette les artifices hypocrites des plateaux de télévision où tout finit toujours bien. Trop bien.


Dans ce grand bordel des idées, il est important de parler clair. De savoir dire publiquement, durement mais sans haine ce qu’on rejette et ce qu’on combat. C’est un courage qui peut coûter cher : les médias, ces faux-culs magnifiques et timorés, adorent la polémique mais n’aiment pas les esprits tranchés. Dans ce métier, on sait bien qu’il est risqué de travailler et d’écrire à découvert. »


Je souscris sans aucune  réserve à l’opinion exprimée par Olivier Picard chroniqueur politique et je pratique à visage découvert avec une toute particulière intransigeance. 


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 13 décembre 2014 6 13 /12 /Déc /2014 10:03

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Le ridicule n’a jamais tué quiconque et ce n’est pas la dernière « surprise » de l’ANPAA qui va inverser cette jurisprudence constante.


En effet, son inamovible président, Alain Rigaud « a rencontré le 3 décembre le député PS Olivier Véran, rapporteur sur la loi de santé publique (qui devrait être débattue en mars ou en avril à l'Assemblée Nationale). Au cours de ce rendez-vous, le président de l'ANPAA a présenté neuf amendements soutenus par l'Association, faisant preuve d'une certaine dextérité à s'adonner à l'exercice de lobbying. Si la plupart des amendements reprennent les positions traditionnelles de l'Association de prévention, il en est un qui est une véritable surprise. »


C’est Vitisphère qui nous le dit.link


« L’ANPAA s'attaque en effet aux noms des cuvées, dont certaines sont accusées de contourner la loi Evin en évoquant de trop près le champs lexical lié à l'hédonisme. Jamais l'ANPAA n'avait affiché une telle volonté de contrôle et d'intrusion. Elle souhaite « revenir à l'esprit originel » de la loi Evin, fait-t-elle savoir mais, avec cette proposition, l'ANPAA va incontestablement plus loin et s'attaque à la liberté des entreprises de choisir le nom de leurs vins. »


Pendant qu’ils y sont les tristes sires pourquoi ne demandent-ils pas d’interdire les noms de châteaux ou de domaines qui font outrageusement référence, et en gros caractère sur leurs étiquettes, à l’hédonisme, au plaisir.


Quant aux joyeux lurons des vins nus, aux étiquettes foutraques et suggestives, ils devraient  se remuer eux aussi le cul : « il est interdit d’interdire… »


Bien évidemment il ne s’agit que de propositions d’amendement mais elles en disent long sur le degré de « bêtise » de ces gens-là.


Le poids des mots : la bêtise, la connerie, l’idiotie et la sottise…link


 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Samedi 13 décembre 2014 6 13 /12 /Déc /2014 00:09

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Au Bourg-Pailler, les grains de maïs que nous égrenions avec une petite machine manuelle avaient pour seul usage de nourrir les poules de mémé Marie, ça donnait à leur jaune un orangé profond.


La culture du maïs pour le grain était à cette époque peu développée, il était récolté en vert pour être consommé par nos vaches. Bien plus tard, l’irruption de l’ensilage, avec ses affreuses bâches noires et ses odeurs acres, assurera le développement dans l’alimentation des animaux.


Pour nous, adolescents, les champs de maïs avec leurs hautes enfilades ployant sous la brise venue de l’océan furent des refuges sûrs pour nos premiers ébats.


Mais, ils furent aussi, un lieu où notre inventivité pour tourner les interdits fit merveille. Alors que nos mères combattaient avec pugnacité notre penchant pour les P4 – paquet de 4 cigarettes – le maïs, du moins ce que l’on dénommait les poupées de maïs, nous offrit un étrange substitut. En effet, ces poupées enveloppées dans leurs longues feuilles étaient surmontées d’une abondante chevelure châtain clair, ce qui justifiait sans doute leur nom, et nous avions constaté que celle-ci, lorsque l’épi était mur, se muait en une longue barbe rêche et brune.


Je ne sais auquel d’entre nous vint l’idée de dépouiller quelques poupées de leur tignasse pour, après un bref séchage au soleil, l’utiliser comme substitut au tabac proscrit par nos intransigeantes mères. Nous le roulions bravement dans du papier kraft. Afin d’éviter une combustion trop rapide il nous fallait bien tasser notre ersatz. Ça grésillait et nous ramonait la gorge. Fait étrange, nos mères n’y trouvèrent rien à redire le jour où nous nous exhibâmes devant elles avec nos étranges clopes.


Cet épisode fut de courte durée, nos moyens financiers, quoique modestes, nous permettaient de nous offrir des cigarettes. Pour épater les filles au bal c’était tout de même plus classe.


Quand à manger du maïs, que nenni !


Mon premier contact gustatif se déroula à Lourdes où notre curé-doyen nous avait conduits en pèlerinage dans sa petite auto du fait de notre statut d’enfant de chœur, sous la forme de « pain de maïs ». De la galette pas du pain !


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La polenta, elle, je l’ais découverte chez une amie de ma mère, représentant la marque Linvosges, et bien sûr d’origine italienne. Je dois avouer que ça ne m’avait pas transporté.


C’est mon amie Alessandra qui m’a fait changer d’avis.


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François-Régis Gaudry

 

Alessandra écrit. Elle écrit de goûteux et savoureux petits livres imprégnés de son enfance tout en nous régalant à sa nouvelle adresse : 4, rue Fléchier tout près de l'église ND de Lorette link


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François-Régis Gaudry

 

Aujourd’hui, elle avoue « la polenta, c’est ma petite madeleine à moi, une saveur qui me restitue mes sept ans et ma grand-mère chérie. »


Le goût de l’enfance, les goûts de l’enfance, de son enfance à « Vesta, petit village perdu aux pieds du Mont Groppo dans la province de Parme en Émilie-Romagne. »


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Gestes ancestraux autour du paiolo, suspendu à la crémaillère dans l’âtre, qu’elle observait lorsque sa grand-mère préparait la polenta. De l’eau frémissante, de la farine de maïs versée en pluie, et puis avec le mescion, un long bâton de bois, tourner le mélange afin qu’il soit bien lisse, dépourvu de grumeaux. Alessandra n’a pas souvenir « d’avoir jamais vu sa grand-mère se servir d’une balance, ni lire une recette d’ailleurs, alors c’est au jugé qu’elle évaluait la cuisson terminée lorsque la polenta se détachait toute seule des bords du chaudron. »


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C’était alors le moment préféré d’Alessandra, avec la force d’un homme, sa grand-mère, « décrochait le paiolo, le retournait et versait son contenu brûlant sur le buràs, torchon réservé à cet effet qu’elle avait étalé sur une planche de bois de forme arrondie appelée tavluén. Elle nouait ensuite en croix les quatre coins du buràs sur la polenta rassemblée à l’aide d’une paltena, une petite spatule au bout carré. »


Bien au chaud la polenta attendait d’être coupée à l’aide d’un fil en tranches.


L’impatiente Alessandra patientait avec les restes de la polenta, fins, croquants et appétissants, qui s’accrochaient au fond du paiolo. Cette polenta abbrustolita relevée d’une pincée de sel équivalait à mon beurre de sardines épongé au fond de la poêle de ma mémé Marie.


Mais ce n’est pas seulement par la magie de ses mots qu’Alessandra m’a rallié à la polenta, originellement plat des gens de peu, mais par l’art et la manière d’en faire le support de ma gourmandise.


« La pulenta  a fa quatr mesté : a serv de mnestra, a serv de pan, a ‘mpiniss la pansa e a scauda ‘l man »


En substance, « la polenta a quatre destinations : elle sert de soupe, elle sert de pain, elle remplit le ventre et elle réchauffe les mains » dit un vieux proverbe piémontais.


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Par la grâce de deux petits livres d’Alessandra Polenta dans la collection Petit Précis de la gastronomie italienne aux éditions du Pétrin 11€ dont je me suis inspiré pour cette chronique et la polenta dix façons de la préparer aux éditions de l’Épure, vous saurez tout sur la polenta, origines, ses innombrables déclinaisons en cette Italie qui est une mosaïque culinaire : 11, sa couleur généralement jaune mais il existe aussi un maïs spécifique privé de pigment « bianco perla », sa mouture fine ou grossière, la mixité des farines : moitié maïs-sarrasin la Taragna, maïs-froment, sa cuisson et des recettes bien sûr dont une m’a particulièrement séduit mais, chaque chose en son temps, elle fera sans doute l’objet d’une chronique d’ici la Noël.


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buono appetito !


Et si vous buviez un Ageno ! link


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Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Vendredi 12 décembre 2014 5 12 /12 /Déc /2014 00:09

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Pizza outragée, pizza brisée, pizza martyrisée par les hordes de l’agro-alimentaires et les petits faiseurs-livreurs à mobylette pour bâfreurs sur canapé canette de bière incorporée, mais pizza sauvée par nos voisins Napolitains.


Mon hymne à la pizza napolitaine doit tout à l’excellent livre de Marcelle Padovani  « Les Napolitains »


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« À Naples, il est banal de dire que l’on naît et grandit autour d’une pizza. Hypercompétents en la matière, il arrive aux Napolitains d’exprimer à propos de ce plat typique d’authentiques sentiments de désir, de douleur, de passion, de pragmatisme ou de frustration. Des sentiments que l’on réserve généralement  aux rapports  avec les êtres humains. »


Alors, il est normal que Naples ait son « Monsieur Pizza » : Gino Sorbillo dont la trattoria au cœur de la vieille ville, Via dei Tribunali, à deux pas du Dôme, est bien plus qu’un  restaurant : un  lieu de pèlerinage, un laboratoire, un musée, une église et une institution. »


Le roi de Naples, qui « à 39 ans, travaille seize heures par jour pour enfourner 1200 pizzas – dont la plus courante, la margherita, coûte au client dans les 4 euros, et la plus sophistiquée dans les 6 euros. » Enfant de la balle, son commerce prospère depuis 1822, il vit en pleine harmonie avec sa ville. « Regard clair, sourire franc, cheveux coupés, grand par la taille, Gino n’a au premier abord pas grand-chose de napolitain, mais il surprend vite par la synthèse volcanique, toute napolitaine, qu’il réalise entre pratique de la modernité et sens aigu de la souffrance, créativité débridée et obéissance aux traditions. »


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Pour preuve sa pizza sucrée, servie en 2005, à Sophia Loren originaire de la région et qui s’y connaît en matière de pizzas. Toutes les apparences d’une classique margherita « bords ondoyants et gonflés, sa tomate rouge et sa blanche mozzarella… » En fait « sa base était une pâte feuilletée, sa sauce tomate une crème de fraises des bois, et sa mozzarella d’inattendues fleurs d’oranger. Seules les deux feuilles de basilic étaient identiques à la margherita originale. »  Voir la seconde et la troisième vidéo où est évoqué le film de Vittorio de Sica L'Or de Naples.


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Mais, foin de nouveauté, « aucune pizza ne ressemble à une autre. De la même manière qu’aucun homme ne descend jamais le même fleuve, selon l’expression d’Héraclite d’Éphèse, il ne mangera pas davantage la même pizza. »


« Facile à réaliser, mais seulement en apparence : c’est en tout cas ce que l’on ressent lorsqu’on regarde le pizzaiolo étaler sa pâte avec douceur en évitant de trop la manipuler (car même la chaleur de la main en modifie la texture), la garnir avec le doigté ancestral, la déposer sur une pelle en bois, avant de la passer brièvement au four. »


Alors comment réussir une bonne pizza ?


Elle n’a ni besoin de l’air, ni de l’eau ou du soleil de Naples. « Il suffit d’une bonne farine de froment venue d’une bonne entreprise agricole, une mozzarella de la campagne napolitaine, de l’huile extra-vierge, des tomates bien mûres ou une sauce tomate pas top liquide ; il faut faire lever la pâte pendant vingt-quatre heures, l’étaler sur un diamètre d’environ trente-cinq centimètres. Mieux vaut utiliser du lieveto madre, explique Gino Sorbillo, un « levain mère » fait de de farine fermentée pendant 48 heures dans une eau qui sera ensuite filtrée, la mixture étant ensuite mélangée à nouveau à de la farine de froment et de l’eau fraîche dans une proportion de 100g de levain pour 200g de farine. Travaillée pendant 40 jours en ajoutant chaque jour de la farine, la pâte devient un excellent levain au bout de ce processus complexe. »


Garnie puis passé au four, jamais plus d’une minute, une minute et demi, la pizza doit selon Gino Sorbillo avoir « un aspect harmonieux, franc du collier, avec des bords réguliers, bien gonflés et bien dorés, mais sans trop de trous. Au toucher, elle doit se révéler souple et pliable, mais pas caoutchouteuse ou élastique, jamais rigide ou croquante en tout cas. Elle doit exhaler un parfum franc, presque aphrodisiaque,  et chatouiller le palais avec sa mozzarella non filandreuse, non chewing-gommeuse et non  desséchée. »


« La pizza est un droit populaire ! » avec elle on ne plaisante pas, Gino Sorbillo se sent, l’une des mémoires fondamentales de Naples. Un traditionnaliste innovant. »


Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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