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26 juillet 2016 2 26 /07 /juillet /2016 06:00
Non messieurs les « dégustateurs patentés » vous ne pouvez juger du niveau global d’une appellation !

Arrêtez de nous faire prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages, messieurs !

 

Y’a peu de dames.

 

Quel part volumique de la production d’une appellation dégustez-vous lorsque vous vous rendez à l’invitation de son interprofession ?

 

Je n’ai pas de % mais je défie quiconque d’entre vous de me démontrer que celui-ci est représentatif du gros de la troupe.

 

Vous ne dégustez que ce qu’on vous propose, une minorité de vins, et je suppose que les interprofessions ne mettent pas en avant la sauce.

 

Alors, comment donc l’un de vos confères, qui gigote dans tous les sens pour se faire reconnaître, quitte à affirmer sur Face de Bouc qu’il est tricard dans certaines appellations pour cause de critique non-conforme à la ligne de communication de leur maison (tout le monde rigole), qui cherche à corps perdu des piges pour exercer son don pour le « journalisme libre » (ça l’empêche pas de dîner dans les châteaux de Bordeaux), peut-il écrire ceci :

 

« À Sancerre, comme dans toutes les appellations françaises, il y a les viticulteurs consciencieux et les autres. Certains réalisent des vins de très grands niveaux, ils sont connus et majoritaires, et d’autres profitent d’une demande élevée pour afficher des prix encore plus élevés. Or, déguster des sancerres c’est aussi s’apercevoir que les vins ne sont pas toujours au niveau qualitatif exigé par de tels prix. Et cette vérité n’est pas toujours bonne à dire. Dès lors, s’attaquer à la sacro-sainte appellation, c’est aussi, un peu, s’attaquer à la poule aux œufs d’or. »

 

C’est clair comme du jus de boudin et surtout ça n’est étayé sur aucun chiffre, aucun pourcentage permettant de juger de la représentativité de l’échantillon que ce grand homme en devenir a dégusté.

 

Que cette part soit ultra-minoritaire c’est consubstantiel au métier de «dégustateur qui fait payer l’accès ses prestations» : notes et commentaires. Il ne va se commettre à déguster des jus qu’achètera madame Michu chez Lidl.

 

Il est donc normal qu’on lui dise camembert lorsqu’il vient du haut de sa haute expertise nous délivrer des bons et des mauvais points sur la qualité générale des sancerres ou des vins de l’IGP Val de Loire.

 

Le monde des amateurs de vin est fort étroit, élitiste, et je comprends parfaitement que la compétition fasse rage pour tenter de gagner leurs faveurs, leur faire ouvrir leur porte-monnaie.

 

Ce que je conteste c’est, qu’au nom d’un accès privilégié à la dégustation, certains s’érigent en journaliste défenseur des consommateurs alors qu’ils ne s’en donnent pas les moyens ou qu’ils ne soient en capacité de se les donner.

 

À chacun son job, et je préfère la relation du journaliste du Berry-Républicain de l’affaire des arrachages des vignes IGP, imprégnée de l’esprit du lieu, modeste, factuelle, à l’analyse d’un soi-disant spécialiste qui ne voit pas plus loin que le bout de son verre.

 

L’entame était pourtant alléchante : « Comme Xavier de Maistre en son temps, tout porte à croire que certains ont surtout voyagé dans leur chambre et n’ont pas eu plus de soucis du monde réel qu’un enfant dans un bac à sable. Le monde pour certains de la presse vinique se résume aux dépêches de l’AFP. Ainsi, de l’affaire des plants arrachés à Sancerre, une grande majorité de médias viniques reprennent les écrits de l’agence française sans se soucier d’un quelconque intérêt du réel.

 

Réduisant les frais de piges et l’activité journalistique à son degré le plus faible, il aurait été intéressant de mener un peu l’enquête. Car finalement, derrière ce vandalisme primaire il se cache des choses bien plus complexes. »

 

La complexité du réel : oui je plussoie mais j’avoue que cet esprit supérieur n’a guère éclairé ma lanterne. Sans doute suis-je imperméable à la pertinence de sa pensée.

 

Rester dans le flou, l’ambiguïté, la généralité, sur la base d’une affirmation péremptoire non étayée, ce n’est pas du journalisme mais simplement l’expression d’un point-de-vue, qui peut avoir une certaine valeur mais qui ne peut se prévaloir d’un travail exhaustif d’enquête et de mise en perspective.

 

Bon prince je comprends tout à fait la prudence de ce dégustateur patenté qui fait payer par abonnement ses prestations : il ne va pas risquer de se faire mettre à l’index du côté de sancerre en levant trop haut le voile qui, selon lui, cache plus ou moins bien la réalité.

 

Retournez à vos chères notes, épargnez-nous vos postures de sachant, contentez-vous de votre biseness, vous n’êtes et vous ne serez jamais un vrai journaliste mais bien sûr libre à vous d’exprimer votre point de vue sur le Mondovino mais ce ne sera qu’un point de vue parmi d’autres. Rien de plus, rien de moins.

 

« Sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur. »

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25 juillet 2016 1 25 /07 /juillet /2016 06:00
La fille de la belle-mère de Denis Saverot qui ne boit que du Bordeaux a rendu visite à Robert Parker dans son bourg natal de Monktown Maryland.

« Avant de prendre l’avion, un négociant bordelais nous a prévenus : « Parker a fait trembler pendant plus de trente ans les plus grands châteaux, et de riches propriétaires s’abîmaient en génuflexions comme s’il était le représentant de Dieu sur terre. Mais vous verrez, aux Etats-Unis, le pape des vignobles vit dans un trou paumé. Tout près de la maison de son enfance »

 

D’entrée de jeu ce nous m’interroge * : l’envoyée spéciale du Monde à Monktown Maryland n’est donc pas allé seule jusque dans ce trou paumé du Maryland, a-t-elle été accompagné par sa moitié notre Denis de la RVF ?

 

* Si le nous est ici de modestie il est donc masculin singulier et s’utilise pour un seul locuteur à la place du je pour gommer le côté trop individualiste du je, tout en maintenant un accord sylleptique au singulier. en conséquence prévenu devrait être au singulier. Idem pour le nous de majesté.

 

Je comprends aisément que le grand Bob vaille le déplacement et qu’un journal de référence comme le Monde, que je soutiens financièrement par mon abonnement, ouvre sa tirelire pour que Raphaëlle Bacqué, plutôt branchée politique, aille l’ausculter.

 

Mais il est où ce trou de Monktown Maryland ?

 

 

« Maintenant que l’on traverse les forêts du Maryland et de vastes étendues herbeuses où trônent de grandes laiteries, on comprend mieux. L’autoroute entre Washington et Baltimore est embouteillée, mais Monkton (Maryland), le bourg natal de Robert Parker, à trente minutes de Baltimore, a gardé cette allure de campagne américaine un peu terne. Six mille habitants, une poste, des commerces en bord de route, pas de centre. Une sorte d’opposé esthétique aux beaux villages de Saint-Emilion ou de Châteauneuf-du-Pape, dont Parker aime tant les vins. »

 

Pas de doute ils ont fait le déplacement et Robert Parker leur a donné « rendez-vous pour le déjeuner au Vito’s Café, un restaurant italien posé au bord d’une route, où il a ses habitudes. Il est là, installé tout au fond, près des cuisines. Très grand même assis, massif et bien carré à sa table, le visage barré d’un grand sourire : un genre d’Orson Welles dans Falstaff.

 

Derrière lui, on devine à peine deux béquilles avec lesquelles celui qui arpentait autrefois les vignes se déplace désormais, handicapé par un mal de dos chronique que les années – il court sur ses 70 ans – et l’embonpoint n’ont pas arrangé.

 

Posées sur la nappe blanche, deux bouteilles. L’une de blanc, l’autre de rouge. « Ils font partie de mes préférés », dit négligemment Robert Parker, et les serveurs du restaurant sont venus discrètement examiner les deux élus. »

 

« … Le vin blanc qu’il a apporté vient d’Amérique. « C’est un chardonnay du nord de la Californie, un Aubert », explique-t-il en le faisant servir pendant qu’on apporte du jambon italien. Le rouge, un Saint-Préfert, « un châteauneuf-du-pape racheté par une Parisienne, Isabel Ferrando, une ancienne financière qui s’est reconvertie dans la vigne et fait ce vin superbe ».

 

On le boira en dégustant ces petits crabes à la carapace molle que l’on ramasse à la fin du printemps dans la baie de Chesapeake. Le serveur a eu droit de goûter les breuvages. Aux tables voisines, la plupart des convives déjeunent en buvant des sodas.

 

« Je bois du vin tous les jours. C’est mon plaisir, reconnaît le dégustateur. Même lorsque je dois tester 150 ou 200 vins dans la journée. Jamais je ne m’en suis lassé.»

 

Fort bien me dis-je tout en pensant dans ma petite Ford d’intérieur que les époux n’ont pas fait le déplacement que pour licher deux belles bouteilles choisies par le Robert ?

 

Puisque la cave du Robert est, dit-on, l’une des plus belles des Etats-Unis et qu’il ne la fait que très rarement visiter, notre Raphaëlle Bacqué aurait pu tenter d’obtenir ce privilège au lieu d’interroger au téléphone, son ami Jeffrey Davies, un négociant américain installé à Bordeaux, pour qu’il lui confie : « Je crois qu’il en a deux, protégées comme des abris antiatomiques, contenant près de 40 000 bouteilles… ». Un trésor donc, « Tout juste avoue-t-il conserver « 90 % de vins français, surtout des bordeaux, des vins du Rhône et des alsaces, de grands californiens, des nebbiolo du Piémont, des sangiovese de Toscane, de magnifiques espagnols, des grands vins blancs allemands, des australiens et quelques sud-américains ».

 

Sans être taxé de mauvaise langue je suis en droit de me demander pourquoi l’envoyée spéciale du Monde et son accompagnateur – rappelez-vous le nous initial – a fait ce long déplacement pour rencontrer le grand Bob car, hormis ce que je viens de citer, tout le reste de l’article aurait pu être écrit depuis Paris sur la base de la documentation existante.

 

De même, les 2 photos illustrant l’article sont des photos d’archives, pourquoi ne pas avoir saisi notre cher Parker à la table du Vito’s café avec ses deux bouteilles ? Peut-être que notre Bob ne l’a pas souhaité ? Je ne sais.

 

Ce que je sais en revanche, en tant lecteur abonné du Monde, c’est que je paie pour avoir des nouvelles fraîches, pas du réchauffé : la énième évocation du fameux millésime 1982, du jugement de Paris, sa rencontre avec les époux Rolland, la saga de Valandraud…

 

Que cette histoire constitua la toile de fond du reportage, pourquoi pas, les lecteurs du Monde pour leur plus grande part ne font pas partis du Mondovino, mais tout de même ce déjeuner au Vito’s café aurait dû être l’occasion d’un portrait du Robert Parker en semi-retraite, d’une vraie interview le poussant un peu dans ses retranchements à propos de ceux qui prétendent lui succéder ou du devenir de sa méthode. Bref, faire le job de journaliste.

 

Nos grands médias papier souffrent nous dit-on, leur lectorat payant s’effrite, ils sont en quête d’un nouveau modèle économique pour répondre au défi d’INTERNET, mais ce n’est pas très étonnant au vu de ce cas précis : rien de neuf dans votre papier madame Bacqué !

 

À quoi rime ce déjeuner au Vito’s café de Monktown Maryland ?

 

Simplement à déguster avec Bob deux de ses beaux flacons, tirés de sa fantastique cave, en mangeant des petits crabes à la carapace molle ramassés à la fin du printemps dans la baie de Chesapeake ?

 

Ça fait cher l’emprunte carbone !

 

Mon dernier espoir c’est que le Denis, qui aime tant les déjeuners people, nous ponde un édito flamboyant dans la prochaine RVF où, avec son sens aigu des trémolos, il nous contera par le menu ce déjeuner avec Robert Parker au Vito’s café.

 

J’attends.

 

Je vous donne le lien pour accéder, si vous êtes abonnés, à l’intégralité de l’article de madame Bacqué : ICI 

 

Cet article a aussi été publié dans le numéro papier du samedi 23 Juillet page 20 L’été du Monde, dans la rubrique : ils ont façonné le goût, sous le titre : Robert Parker, palais royal.

 

Là nous avons droit à une photo de Bob, datée du 12 juillet, dans sa fabuleuse cave. Donc madame Bacqué n’a pas tout à fait « fait le voyage pour rien » à Monktown Maryland…

La fille de la belle-mère de Denis Saverot qui ne boit que du Bordeaux a rendu visite à Robert Parker dans son bourg natal de Monktown Maryland.
La fille de la belle-mère de Denis Saverot qui ne boit que du Bordeaux a rendu visite à Robert Parker dans son bourg natal de Monktown Maryland.
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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, à l’occasion, venez nous voir, me voir : il faut garder les liens. Peut-être entendrez-vous les grillons, sans doute écouterez-vous le silence… Michel Rocard

J’ai enfin fait mon deuil.

 

Toute une vie pour revenir à la vie, traverser mon chagrin, lâcher mon refus, ne plus maîtriser mes émotions et accepter la réalité de la perte.

 

« Le travail du deuil est incompressible, on ne peut ni l’accélérer ni sauter des étapes. Il ne connaît pas le temps, il a ses tours et ses détours, ses haltes, on ne peut que se rendre disponible pour ne pas entraver ses mouvements. »

 

« On devient jeune à 60 ans. Malheureusement c’est trop tard. »

Pablo Picasso

 

Entre Marie et Émilie, ma vie, trop tard !

 

Moi je me souviens du 24 mai 68

 

Elle et moi, comme isolé du monde, nous étions seuls au monde, sur une île, genoux contre genoux car elle venait de s'asseoir face à moi. Ce elle me crispait. L'échange était inégal. Insoucieuse de mon infériorité, elle se penchait vers moi pour me murmurer à l'oreille, en pouffant, « vous croyez que nous allons bâtir un monde meilleur... » Tout en m'extasiant sur ce nous, que je réduisais à deux, je réfrénais mon envie d'effleurer de mes lèvres la peau ambrée de son cou. Une trace de sel, d'embruns, je la sentais naïade. Tel un naufragé, abandonnant le souci du bonheur de l'humanité opprimée, je m'agrippai à cette intuition en lui posant une question étrange : « aimez-vous la mer ? »

 

Marie aimait l'océan. Dans son maillot de bain une pièce blanc nacré elle était sirène glissant vers le large pour n'être plus à l'horizon que le petit point blanc de son bonnet de bain. Moi, terrien balourd, emprunté je l'attendais, un peu anxieux, debout sur la grève. Elle était mon Ursula Andress que j’enveloppais à sa sortie de l’eau dans un grand drap de bain. La frictionner. Lui dire que ne nous ne nous quitterions jamais. Elle répondait oui vif et enjoué. La serrer fort pour entendre son coeur cogner contre ma poitrine.

 

Ce premier jour d'elle, à la terrasse du Conti, place Royale, pendant le temps où elle ne fut encore qu'elle, j'en garde bien plus qu'un souvenir, je le revis chaque jour. À ma question idiote elle avait répondu, en empoignant son grand cabas de fille, un oui extatique, en ajoutant « c'est mon univers Benoît... »

 

Nous nous étions levés, hors le monde, ce monde plein de bruits et de fureur. Naturellement elle avait glissé son bras sous le mien. Devant nous les cercles s'ouvraient. Nous les fendions sourire béat aux lèvres. Nos amis, nos camarades, des à elle, et des à moi, nous lançaient des petits signes de la main. Aucun ne s'étonnait de nous voir ainsi, c'était cela le charme de mai, ce doux parfum de folle liberté, coeur et corps, hors et haut. J'étais fier. Elle traçait un chemin droit. Nous laissâmes le fracas de la nouvelle place du Peuple derrière nous. Sur le cours des 50 otages nous croisions un groupe de blouses blanches remontées, bravaches comme s'ils allaient au front. Dans le lot, un grand type tweed anglais, nœud papillon et Weston, gesticulait plus que les autres, l'oeil mauvais et le rictus aux lèvres. Arrivé à notre hauteur, il vociférait :

- Alors Marie on se mélange à la populace...

Les doigts de Marie se faisaient fermes sur mon bras. Nous passions outre. Elle, devenue soudain Marie par le fiel de ce grand type hautain, d'une voix douce, me disait comme à regret, « ne vous inquiétez pas Benoît, ce n'est qu'un de mes frères... Il est plus bête que méchant... » Son vouvoiement, léger, mutin, me transportait, tout en elle me plaisait. Elle m'emballait. Je la suivais. Sur le trottoir du grand magasin Decré Marie me montrait un vieux Vespa vert d'eau. Nous l’enfourchâmes. Tous les gestes de Marie étaient déliés, aériens, dans ma tête en éruption je me jurais que je la suivrais tout autour de la terre, tout au bout du monde, là où elle voudrait. Pour l'heure, sans casque, nous filions vers Pornic. Filer est une façon de parler car l'engin ronronnait comme un vieux matou, il nous laissait le loisir d'apprécier le paysage et de papoter. Tout un symbole, Marie pilotait et moi, avec délicatesse, j'enserrais sa taille et je l'écoutais. Quel bonheur de se taire. Marie volubile parlait, parlait de moi et j'avais le sentiment de faire partie de sa vie depuis toujours. Spectatrice de nos palabres interminables elle avait su pénétrer dans les brèches de mon petit jardin d'intérieur. Moi, le si soucieux de préserver l'intégrité de celui-ci, sans me cabrer, j’entendais Marie la douce me dire tout ce que je refusais d’entendre.

 

Marie, son prénom, son scooter vert et son grand frère arrogant, voilà en tout et pour tout ce que je savais d'elle et l'affaire était pliée. J'allais passer ma vie avec cette grande fille droite et simple. Nous sommes allés manger des berniques et des sardines grillées sur la terrasse d’un petit restaurant aux volets bleus. Nous étions les seuls clients. Le serveur, sans doute impressionné par nos airs extatiques, nous offrait Françoise Hardy :

 

Tous les garçons et les filles de mon âge

Se promènent dans la rue deux par deux

Tous les garçons et les filles de mon âge

Savent bien ce que c'est qu'être heureux

Et les yeux dans les yeux et la main dans la main

Ils s'en vont amoureux sans peur du lendemain

Oui mais moi, je vais seule par les rues, l'âme en peine

Oui mais moi, je vais seule, car personne ne m'aime...

 

Le 45 tours du juke-box grésillait. Je disais à Marie : « J’aime bien Françoise Hardy…

 

Elle riait : « Et moi tu m’aimes comment ?

 

- Comme le beurre de sardines...

 

- J'ai peur... Tu vas me croquer...

 

- J'hésite...

 

- Menteur !

 

- Quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...

 

- Je note et je commence à te croire…

 

- Je t'aime tout court !

 

- Que tu dis.

 

- Avant toi je ne l'ai jamais dit.

 

- Menteur !

 

- Et toi tu m’aimes ?

 

- Je ne veux que toi !

 

- Alors c'est simple, puisque je t'aime plus que le beurre de sardines, je vends mon âme au diable pour toi.

 

Nos mots, nos rires, nos silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, des draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonflait sous la brise, nos caresses, nos premiers émerveillements, le coeur de la nuit, le lisse de ses cuisses, son souffle sur mon cou, nos enlacements, nos maladresses, le rose de l'aurore, la découverte de nos corps, notre désir. Chaque seconde était bonheur, simple comme le bonheur. Mettre des mots sur lui serait le rendre mièvre. Marie et moi on se fichait pas mal de le cerner, de le retenir, il nous était tombé dessus comme ça, c'était bon, c'était à nous rien qu’à nous. Le 24 mai 1968 fut le jour d'elle, le seul jour, l'unique et irremplaçable.

Aujourd’hui, je m’enferme et je pose la première pierre « D’extrait sec. »

 

Seule la dédicace est couchée sur ma page.

 

Peut-être ne verra-t-elle jamais le jour par la faute d’un éditeur insoucieux de mes amours.

 

Qu’importe !

 

Après le deuil, la renaissance dans la douleur de ce qui ne sera jamais abouti.

 

J’écris !

 

Elle est partie au bout de la terre et elle ne pense même pas à moi qui ne pense qu’à elle, ainsi va la vie.

 

Je m’accroche à la vie en pensnat à ce que me disait ma mère « à l’écoute de toi du passe trop de temps… »

 

Je lis aussi.

 

Dans ce texte écrit deux ans avant sa mort, l’ancien Premier ministre, qui n’a «pas une goutte de sang corse» explique pourquoi il voulait reposer à Monticello. Lues par son fils aîné lors de la cérémonie au temple de l’Etoile, ces lignes nous ont été transmises par un ami de la famille.

 

Michel Rocard : «J’irai dormir en Corse»

 

Le temps viendra bientôt, pour moi, comme pour tous, de quitter la compagnie des vivants. Enfant de la guerre, préservé presque par hasard des souffrances les plus atroces qu’elle a pu engendrer, j’en ai côtoyé le risque d’assez près pour avoir ensuite voulu découvrir, observer, savoir, analyser, comprendre, visiter aussi les lieux d’horreur d’Alsace, d’Allemagne, de Pologne, plus tard d’Algérie ou du Rwanda. Toute mon adolescence, j’ai rêvé que ma trace soit porteuse de paix. Je ne pense pas avoir manqué à ce vœu. Certains le savent encore en Algérie, tous en Nouvelle-Calédonie, je fus un combattant de la paix. N’était la violence des hommes, la nature étant si belle, la vie aurait toutes ses chances d’être merveilleuse si nous savions y créer l’harmonie. Ce fut l’effort de mon parcours.

 

Reste un rêve un peu fou, encore un : que ma dernière décision, l’ultime signal, le choix du lieu où reposer, soit pour tous ceux qui m’ont aimé, ou même seulement respecté, une évidente, une vigoureuse confirmation. Après tout, le déroulement de la vie elle-même a son rôle à jouer dans ce choix final.

 

Sylvie, ma dernière épouse, m’a fait, le temps de ce qui nous restait de jeunesse, redécouvrir l’amour, puis surtout rencontrer sérénité, tranquillité, confiance, le bonheur tout simplement.

 

A son père adoptif corse, elle doit le sauvetage de son statut social, mais pas l’affection. Elle lui doit pourtant un lieu, celui de ses joies d’enfant, de ses premières et longues amitiés, de l’exubérance de la nature, de sa beauté et de ses odeurs, au fond le lieu de son seul vrai enracinement. C’est un village, Monticello en Balagne.

 

Je n’ai pas une goutte de sang corse, et n’avais jamais mis les pieds sur l’île avant 1968. Le mois de mai de cette année-là avait échauffé les esprits. Je ressentis puissamment le besoin de rassembler pour une bonne semaine, la quarantaine la plus active d’étudiants et de cadres du PSU. La mutuelle étudiante rendit cela possible en Corse. «De la violence en politique et dans l’histoire, pourquoi ? Jusqu’où ?». Tous les jours exposés, découvertes de textes, réflexions, discussions… Tous les soirs et le dimanche, pour moi, découverte de cette merveille du monde, la Corse, qu’habitaient deux bonnes centaines de militants PSU… Paysans, historiens, chercheurs, animateurs du nationalisme non violent prirent à cœur d’être mes instructeurs. Je découvris la violence de l’histoire corse, ne l’oubliai plus, j’appris surtout à la connaître et à la respecter. J’en parlai beaucoup, j’écrivis même.

 

Mais je m’occupais d’autre chose, longtemps d’Europe notamment sur la fin. Vint cette situation bizarre où la régionalisation des élections européennes, combinée avec les manœuvres internes au PS firent de moi la «tête de liste» socialiste pour les élections européennes de 2004 en Corse… J’avais sur ma propre tête 22 campagnes électorales de toutes dimensions de la France entière à ma commune. La Corse m’honora de 28 %. C’est le record absolu de toute ma vie sur trente-cinq ans. C’est aussi le record régional du PS à ces élections-là. C’est enfin le record historique de la gauche sur l’île. Et puis Monticello : 37,2 % tout de même. L’occasion ne m’avait jamais été donnée de remercier. Ce sera fait. A Monticello, le cimetière est plein. Ne restait dans la partie haute, au-delà des caveaux, qu’une microparcelle trop petite pour une tombe, suffisante pour deux urnes, au ras de la falaise. Arbres et tombeaux, tout est derrière nous. L’un des plus beaux paysages du monde. Et puis bien sûr, qui dit cimetière dit réconciliation… Le grand Pierre Soulages s’est chargé de pourvoir à ce que les objets à placer là, une urne puis deux, un support, une plaque puis deux, magnifient la beauté du lieu plutôt que de la déparer.

 

A l’occasion, venez nous voir, me voir : il faut garder les liens. Peut-être entendrez-vous les grillons, sans doute écouterez-vous le silence… A coup sûr la majesté et la beauté de l’endroit vous saisiront. Quel autre message laisser que de vous y convier ?

 

Michel Rocard ancien Premier ministre

 

Boualem Sansal : «Nommez l’ennemi, nommez le mal, parlez haut et clair»

Le Monde.fr | 25.03.2016 à 10h13

 

Si, aujourd’hui, il est un mot à bannir du langage, c’est le mot « résister ». Résister, c’est donner l’avantage à l’ennemi, lui offrir l’honneur de porter le dernier coup, c’est capituler et mourir.

 

Résister c’est quoi, quand l’ennemi est déjà dans la forteresse et dispose alentour de réserves fraîches qui ne demandent qu’à passer à l’action ? C’est quoi, quand on a si peur de lui qu’on l’appelle ami, qu’on lui trouve toutes les excuses, quand en vérité l’ennemi c’est nous-même ? Il ne faut quand même pas oublier le début de l’histoire : cet ami qui égorge nos femmes et nos enfants et saccage nos demeures, nous l’avons accueilli, couvé, choyé et même, à tout dire, créé. Ben Laden était le fils de qui, le protégé de quelle compagnie ? Khomeiny habitait où, Bouteflika se soigne où et à l’œil, où Kadhafi a-t-il planté sa tente, etc., etc., etc., etc., etc. ? Ces hommes ne sont-ils pas, n’étaient-ils pas des ennemis de l’humanité, de peuples entiers à tout le moins ?

 

Résister c’est quoi, quand on travaille à faire taire toute contestation dans le pays et empêcher les citoyens de se mobiliser et de monter au front ? Priver un peuple du combat pour sa vie et son honneur, c’est le tuer et le déshonorer, ses enfants ne le lui pardonneront jamais. C’est un génocide. Ce combat, on le mène soi-même, il ne se délègue pas, ne se reporte pas, le sang du peuple doit couler héroïquement pour que les chants de gloire à venir soient de vrais chants.

 

Ce n’est pas tout. Contre qui et quoi veut-on résister ? Les Chinois, les Martiens, la fièvre jaune, la pollution ? Qui veut-on éliminer : des lampistes, des poseurs de bombes occasionnels, la finance internationale, une religion, une organisation secrète, une secte, des émirs ?

 

Nommez l’ennemi, nommez le mal, parlez haut et clair, tout est là, le reste est détail, il relève de la technique.

 

Si les autorités manquent de mots, je peux leur prêter les miens : l’islam radical, l’islam modéré comme son appoint, le salafisme, l’Arabie, le Qatar, les dictatures arabes malfaisantes.

 

Au stade où en est l’affaire, le seul mot valable est ­ « attaquer ».

 

Et là se posent deux questions cruciales. La première : sommes-nous capables de nous battre et de verser notre sang si on ne croit pas à nos valeurs, si on les a déjà trahies mille fois ? La seconde : quel est ce brillant et courageux chef qui va nous conduire à la victoire ?

 

Il faut y répondre avant tout ordre de marche, car s’apercevoir en chemin de l’inutilité de son combat et de l’incompétence de son commandant en chef, c’est offrir gratuitement son cou au couteau de l’ennemi.

 

Quand on sait cela, on sait se battre et on sait aussi être magnanime. La victoire n’est pas tuer mais sauver, aider, accueillir, construire.

 

« Aux arrrrmes citoyens, formeeeeez vos bataillons… » est-il toujours l’hymne de ce pays ?

 

Boualem Sansal, écrivain algérien, a reçu le Grand prix du roman de l’Académie française 2015 pour ­2084 : la fin du monde (Gallimard).

 

Pourquoi nommer les choses

 

Si les espèces incarnent la vie sous toutes ses formes et que les nommer permet de les sortir de l’anonymat, alors il convient de bien choisir ces noms. Quel bonheur à ce titre que la bien nommée Umma gumma, une libellule étincelante désignée de la sorte en référence à un album des Pink Floyd, Ummagumma (qui signifie « faire l’amour » en argot). Quant aux libellules à longues pattes, Notogomphus kimpavita et N. gorilla, elles furent appelées ainsi en référence au saint patron et symbole de la conservation des régions en Angola et en Ouganda.

 

Mais qui donc part à la découverte de ces espèces, qui donc les fait connaître au genre humain ? La nature est aujourd’hui prisonnière des demandes et besoins sans cesse grandissants des hommes… L’expertise environnementale est à la solde du marché. Nombreux sont les biologistes qui ne sortent plus de leurs labos et, sans moyens pour découvrir et faire connaître, même les muséums d’histoire naturelle semblent avoir jeté l’éponge.

 

Seules 9 de nos 60 libellules furent découvertes par l’un d’entre nous alors qu’il travaillait pour une université ou un muséum. 33 autres le furent lors d’une mission de consultation et 18 autres par un professeur. Aujourd’hui, les meilleures recherches en biodiversité proviennent d’amateurs et d’universitaires dévoués qui y consacrent leur temps libre.

 

Dans nos sociétés gouvernées par l’argent, la bienfaisance réside dans ce que nous faisons à titre gracieux pour les autres. Mais nous ne pouvons pas uniquement nous reposer sur les bonnes volontés pour protéger l’environnement ; de même que nous ne pourrons conduire l’exploration de la vie sur la planète Terre sans de vrais renforts. La nature a besoin de plus d’explorateurs !

 

Valls hué: une injure à la République, une aubaine pour le FN ICI 

 

Menteur, narcissique, sociopathe : Donald Trump vu par sa plume cachée

LE MONDE | 18.07.2016 à 16h35| Par Luc Vinogradoff

 

Donald J. Trump est devenu, à la fin des années 1980, l’incarnation d’une certaine idée du rêve américain : le businessman charismatique et manipulateur, le self-made-man capable de vendre de l’eau à un homme qui se noie, l’homme qui ne doit rien à personne.

 

Cette image soigneusement entretenue a pris une autre dimension depuis que Trump s’est lancé, avec succès, dans la course pour la nomination républicaine à la Maison Blanche. A quelques heures de l’ouverture de la convention qui scellera son statut de candidat, un homme qui connaît très bien Donald Trump, et qui n’avait jamais abordé le sujet avec autant de détails jusqu’à présent, a parlé. C’est l’homme qui a façonné « le mythe Trump ».

 

En 1985, Tony Schwartz, alors journaliste, devient le nègre de celui qui n’est alors qu’un joueur parmi d’autres dans l’immobilier et les casinos de la côte Est. Après avoir passé plus de dix-huit mois en sa compagnie, il écrit Trump, the Art of the Deal, mi-hagiographie, mi-manuel de motivation pour devenir Donald Trump. Le livre fut un immense best-seller, rapportant des millions de dollars et cimentant dans l’imaginaire collectif l’image que Trump voulait donner de lui-même.

 

Or tout ou presque était romancé, exagéré ou carrément faux. Presque vingt ans plus tard, alors que le « héros » du livre peut potentiellement devenir l’homme le plus puissant de la planète, le désormais ex-journaliste qui a tout fait pour le rendre sympathique – « J’ai mis du rouge à lèvres sur un cochon » – prend la parole dans le New Yorker pour dire qu’il « regrette profondément ». Et qu’il a de plus en plus peur. Car toutes les tares et les traits de caractère qu’il avait perçus à l’époque (le mensonge systématique, l’absence d’empathie, le narcissisme extrême, une coupure totale avec la réalité) se sont dangereusement exacerbés depuis.

 

C’est un « sociopathe »

 

« Je pense sincèrement que si Trump gagne et obtient les codes nucléaires, il y a de très grandes chances que cela entraîne la fin de notre civilisation. »

 

Le constat de Tony Schwartz peut sembler exagéré, mais il le dit très sérieusement. Cela n’a rien à voir avec l’idéologie, dit-il, car il pense que Donald Trump n’en a pas. « Le problème était sa personnalité, que Schwartz considérait comme pathologiquement impulsive, égocentrique » et « obsédée par la publicité » écrit le New Yorker.

 

A ceux qui pensent que le Trump de la campagne, insultant, abrasif, moqueur, incohérent parfois, sera différent du Trump qui entrerait à la Maison Blanche, l’ex-journaliste répond : « Il n’y a pas un Trump privé et un Trump public […]. Tout ce qu’il veut, c’est de la reconnaissance extérieure, toujours plus. » S’il devait écrire à nouveau The Art of the Deal et être honnête, il l’appellerait Le Sociopathe.

 

« Les millions de personnes qui ont voté pour lui et croient qu’il représente leurs intérêts apprendront ce que tous ceux qui ont vraiment eu affaire à lui savent déjà : il se fiche complètement d’eux. »

 

Il n’a aucune capacité de concentration

 

Tony Schwartz se rappelle que, pour écrire le livre, il a dû abandonner la technique de travail habituelle, qui consiste à poser des questions à la personne dont parle le livre, car Trump se comportait « comme un gamin de maternelle qui ne peut pas rester tranquille en cours ».

 

« Il est impossible de le faire se concentrer pendant plus de quelques minutes sur un sujet qui ne concerne pas son auto-glorification (…). Il est stupéfiant de voir à quel point ses connaissances sont superficielles (…). S’il devait être briefé dans la “situation room” [salle de crise de la Maison Blanche], je ne l’imagine pas rester concentré très longtemps. »

 

Sa nécessité d’être au centre des choses est aussi « complètement compulsive ». Schwartz use d’une métaphore un peu douteuse avec un junkie voyant dans la présidence des Etats-Unis le fix ultime d’un homme qui s’est toujours shooté à la reconnaissance.

 

« Il a réussi à augmenter la dose pendant quarante ans. La seule chose qui lui manquait était d’être candidat à la présidence. S’il pouvait se présenter pour être empereur du monde, il le ferait. »

 

Il ment comme il respire

 

Le mensonge est un outil que tout homme politique qui veut durer a utilisé, mais pour Donald Trump, c’est plus profond – « une seconde nature » – et presque maladif, à en croire Tony Schwartz.

 

« Il a, plus que n’importe quelle autre personne que j’ai connue, cette capacité à se convaincre lui-même que tout ce qu’il dit est vrai, ou à moitié vrai, ou, au moins, devrait être vrai. »

 

Les mensonges que Schwartz a passés sous silence pour la biographie sont anodins (le prix d’un achat, le lieu de sa naissance), financiers (pour doubler un concurrent ou écarter un partenaire) ou plus profonds (le mythe du self-made-man s’effondre lorsqu’on sait que c’est le père, Fred Trump, qui a lancé le fiston), mais ils sont constants.

 

S’il était attaqué sur ses mensonges ou approximations, « Trump en remettait une couche et devenait agressif », ce qui n’est, note le New Yorker, « pas une qualité idéale pour un chef d’Etat ».

 

Donald Trump, qui n’a jamais caché ce comportement pendant la campagne, le prouve lorsque le New Yorker l’appelle pour les besoins de l’article. Il jure que Tony Schwartz – « très déloyal ! » – n’est que le « coauteur » et que c’est lui qui « a écrit le livre […], certains disent même que c’est le livre de business le plus vendu de tous les temps ». Ce que la maison d’édition dément totalement – « Trump n’a pas écrit une ligne ». Le milliardaire « s’est apparemment auto-convaincu de l’avoir écrit », constate le New Yorker.

 

La croix de Tony Schwartz

 

« The Art of the Deal », sorti en 1987, fut un immense best-seller, rapportant des millions de dollars et cimentant dans l’imaginaire américain l’image que Trump voulait donner de lui-même.

 

Après avoir lu cette longue confession, on comprend que Tony Schwartz a l’impression de porter une croix. Il se sent coupable d’avoir participé à la création d’un monstre, et à mesure que la candidature de Donald Trump passait de la blague à la réalité, il a décidé de dire sa vérité, même si cela s’apparentait à un crachat dans la soupe (en tant que coauteur, il a empoché la moitié des royalties, qui s’élèvent à plusieurs millions de dollars).

 

« J’ai de profonds remords d’avoir contribué à faire de Trump quelqu’un de plus attirant qu’il ne l’est réellement, et à lui avoir donné un public élargi […]. Je garderai cela en moi pour le reste de ma vie. Il n’y a aucune façon de le réparer. »

 

Pour tenter de « racheter son âme », il va donner sa part des royalties reçues en 2016 à des ONG et œuvres caritatives « qui défendent des personnes dont Trump veut réduire les droits ».

 

Sa contribution à détruire l’idole qu’il a en partie érigée a beau être l’équivalent politique d’un bombardement au napalm, on a bien vu, tout au long de la campagne, que même les polémiques les plus toxiques glissent sur Donald Trump comme de l’eau sur les plumes d’un canard.

 

Dérapages de Wauquiez et Douillet : au secours, la droite revient ! ICI 

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24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 06:00
Anti-terrorisme État Islamique : comment l’armée française avait gagné la bataille d’Alger en 1957 grâce à des méthodes peu orthodoxes… certains y pensent…

Un éditorialiste écrit à juste raison :

 

« Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ne peuvent s’exonérer de toute part de responsabilité dans ces dérives extrémistes, dont celle d’un Laurent Wauquiez qui a demandé (une fois de plus) l’instauration d’un Guantanamo à la française, où l’on pourrait enfermer à volonté, selon le bon plaisir d’on ne sait qui, ceux qui pourraient être suspects d’un éventuel passage à l’acte criminel ?

 

L’un comme l’autre, en se lançant dans un procès en responsabilité de François Hollande, Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, ont libéré l’habitus sécuritaire, si ce n’est contre révolutionnaire, d’une partie de la droite que l’on baptise encore «républicaine» par convention sémantique. »

 

Les dernières sorties de Laurent Wauquiez et David Douillet ne sont pas le seul fruit de la vacuité politique de l’époque, elles sont aussi le produit d’une histoire propre à la droite française. Sa tradition. Son héritage. Sa vocation historique qui la pousse, dès que l’histoire lui en offre l’opportunité, à tenter de reprendre, en tout ou partie, ce qui a été concédé depuis 1789. »

 

L’exemple de la bataille d’Alger certains, les éradicateurs, y pensent au nom de l’efficacité.

 

Le 7 janvier 1957, c’est sous le gouvernement de Guy Mollet, dont François Mitterrand était Garde des Sceaux, que le ministre résidant à Alger Robert Lacoste confie les pouvoirs de police à Alger au général Massu, chef de la 10ème division parachutiste, afin de détruire l’organisation terroriste du FLN, qui s’attaquait aux civils français depuis le 20 juin 1956, et surtout depuis le 3O septembre par des attentats à la bombe commis dans des lieux publics.

 

 

« De janvier à Octobre 1957, l'Armée française s'efforce de juguler le terrorisme du Front de Libération Nationale par le démantèlement de ses réseaux à Alger et par une répression massive. Si la bataille d'Alger s'achève par une victoire militaire de l'Armée française, l'usage massif de la torture suscite de vives protestations de la Communauté internationale ainsi qu'en métropole.

 

Au commencement de 1957, les tensions sont particulièrement vives à Alger entre les différentes communautés. Dès lors, le 7 janvier, une ordonnance de Robert Lacoste confie au général Massu les pleins pouvoirs sur le Grand Alger. La 10ème division parachutiste, division élitiste qui compte en son sein de nombreux hommes nés en Algérie, anciens combattants d'Indochine, reçoit alors la mission de "pacifier" la ville.

 

Afin d'exercer une pression sur l'Assemblée générale des Nations Unies qui se réunit alors en session et l'inciter à adopter un texte sur l'autodétermination algérienne, le FLN ordonne de son côté une grève générale de 8 jours, à compter du 28 janvier. Cela permet également au FLN de faire la démonstration de son emprise sur la population algérienne. Cependant, immédiatement, les parachutistes du général Massu cassent la grève. A 7 heures le 8 janvier, ils pénètrent dans la casbah d'Alger et forcent les hommes à reprendre le travail et ouvrir leurs boutiques.

 

Le FLN réplique à l'entrée de l'armée dans la ville par la multiplication d'attentats concentrés à Alger, où l'impact médiatique est plus important. Le 26 janvier 1957 des bombes explosent dans trois cafés fréquentés par des Européens, l'Otomatic, la Cafétéria et le Coq Hardi, et le 10 février, les attentats du stade municipal d'Alger et du stade d'El Biar font 10 morts et 34 blessés. Le 9 juin 1957, l'attentat au casino de la Corniche tue 8 personnes et en blesse une centaine.

 

 

Les parachutistes de général Massu s'efforcent de démanteler le FLN. A cette fin, ils quadrillent la ville avec des troupes imposantes, bouclent les quartiers arabes et multiplient les points de contrôle. Surtout, en utilisant les fichiers de la police, l'Armée procède à des arrestations massives pour débusquer les militants du FLN dont le nombre est évalué à 5 000 à Alger. Des centaines de suspects sont regroupés dans des centres de triage, qui se transforment rapidement en centres de torture. L'annonce du "suicide" de Larbi Ben M'Hidi, un des fondateurs du FLN le 14 mars, puis de celui d'Ali Boumendjel, suscitent de vives protestations, dont celle de René Capitant, professeur d'Ali Boumendjel à la faculté d'Alger. En métropole, la presse, L'Express et Le Monde en tête, lancent alors une campagne de dénonciation des méthodes utilisées par l'Armée à Alger. Le président Guy Mollet, est dès lors contraint d'annoncer le 5 avril 1957, la création d'une Commission de sauvegarde des droits et libertés individuelles. Toutefois, cette mesure n'empêche pas la poursuite des arrestations et de la torture. Les 11 et 12 juin, Maurice Audin et Henri Alleg, militants communistes, sont arrêtés puis torturés. Maurice Audin, déclaré évadé par l'Armée, décède en réalité des suites des tortures subies. Au total, plusieurs milliers de "disparitions" sont recensées au cours de la bataille d'Alger.

 

Les renseignements obtenus sous la torture et l'infiltration des filières du FLN, permettent à l'Armée française de progressivement démanteler le réseau. L'arrestation de Yacef Saadi le 24 septembre, puis la mort d'Ali La Pointe le 8 octobre marquent la fin de la bataille d'Alger.

 

Ainsi, La bataille d'Alger se solde par une victoire militaire de l'Armée française, qui est parvenue à décapiter le FLN. Néanmoins, le prix de cette victoire est lourd. L'usage massif de la torture provoque de vives protestations à l'étranger et en métropole. Parallèlement, l'escalade de la violence entre le terrorisme d'une part et la torture de l'autre, conduit à une radicalisation communautaire, qui rend impossible la recherche d'un compromis.

 

Julie Le Gac

Anti-terrorisme : comment l’armée française avait gagné la bataille d’Alger (mais qui oserait employer les mêmes méthodes aujourd’hui ?) 

 

Guy Pervillé professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Toulouse - Le Mirail.

 

Gérald Arboit directeur de recherche au Centre français de recherche sur le renseignement et chargé de cours dans plusieurs universités français (Colmar, Strasbourg, Metz).

 

En 1957, la bataille d'Alger opposait les forces de l'armée française au FLN. Durant cette bataille, les Français ont fait face à de nombreuses initiatives terroristes, contrecarrées grâce à des méthodes peu orthodoxes. Pour autant, outre les notions de morale ou d'éthique, le combat contre l'Etat Islamique présente trop de différences pour appliquer les mêmes tactiques.

 

 

Guy Pervillé : Le 7 janvier 1957, le ministre résidant à Alger Robert Lacoste confia les pouvoirs de police à Alger au général Massu, chef de la 10ème division parachutiste, afin de détruire l’organisation terroriste du FLN, qui s’attaquait aux civils français depuis le 20 juin 1956, et surtout depuis le 3O septembre par des attentats à la bombe commis dans des lieux publics. Mais aussi pour éviter le développement de groupes contre-terroristes européens et le risque de tentatives de coup d’Etat militaire. Pour venir à bout du FLN dans les plus brefs délais, l’usage de la torture (eau, électricité) fut admis, et même recommandé pourvu qu’il reste limité.

 

Mais une équipe spéciale, confiée au commandant Aussaresses, était secrètement chargée de liquider les individus jugés dangereux ou en trop mauvais état pour pouvoir être confiés à la justice. Des « suicides » mystérieux (ceux du chef FLN Larbi Ben M’hidi, puis d’Ali Boumendjel, et plus tard en juin la prétendue évasion du communiste Maurice Audin) semèrent l’inquiétude à Paris et imposèrent au gouvernement Mollet la création d’une commission de défense des droits et libertés individuelles. L’Etat de droit était de fait suspendu, bien que le secrétaire général de la préfecture d’Alger, Paul Teitgen, ait été chargé de contrôler les arrestations et les assignations à résidence, mais sans pouvoir le faire efficacement. Cependant l’organisation FLN-ALN d’Alger fut rapidement démantelée de janvier à mars 1957, mais une organisation beaucoup plus réduite fut reconstituée par Yacef Saadi, et commit les attentats les plus meurtriers (bombes à l’arrêt des tramways, puis au Casino de la Corniche) au début juin 1957. C’est alors que la prétendue « évasion » du communiste Maurice Audin, qui fit scandale, obligea le général Massu à révoquer Aussaresses et à confier la lutte anti-terroriste au colonel Godard, qui la mena avec des méthodes moins violentes, plus subtiles et plus efficaces. A partir de la mi-octobre 1957, l’organisation du FLN-ALN disparut d’Alger, et elle ne put se reconstituer avant décembre 1960, mêmes si des attentats beaucoup moins meurtriers furent encore commis par des groupes venus des wilayas voisines entre juin 1958 et janvier 1960.

 

 

Gérald Arboit : Après avoir donné les pouvoirs spéciaux à l'armée à la fin de l'année 1956, on a envoyé la 2ème DB (Division Blindée des parachutistes) en raison de l'aspect psychologique. Cela pouvait rassurer les Français comme l'opération Sentinelle que l'on connait actuellement dans le cadre du plan Vigipirate. On a souvent donné à l'autorité militaire les pouvoirs de police. Pour Alger « la blanche » cela ne changeait rien tandis que pour l'Alger algérienne cela changeait tout. Dans les mois précédents, une succession d'attentats avaient eu lieu dans la Casbah. Pour les Algériens l'arrivée de la 2ème DB a eu pour conséquence la création de camps de rétention, le blocage de toutes les sorties de la casbah en direction de la ville blanche et on a interpelé tout mâle de 15 ou 16 ans pour les envoyer dans des camps de rétention. On a fait ce que les américains avaient fait avec les Japonais au lendemain de Pearl Harbour. Une fois qu'on a mis tout le monde dans les camps, on fait le tri entre les "bons" et les "méchants". On a utilisé la torture pour faire le tri. Dès le mois de mars le général Jacques Pâris de Bollardière démissionne puisqu'il est contre parce qu'elle ne sert strictement à rien selon lui. On a "terrorisé les terroristes", en tout cas ceux d'Alger. Mais ailleurs il y a eu de nombreux autres attentats. On a pacifié une situation violente mais en même temps on l'a exportée dans le reste du pays. D'un point de vue purement tactique la victoire est totale, mais à quel prix ? D'un point de vue stratégique la victoire est nulle.

 

La suite ICI et ICI 

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23 juillet 2016 6 23 /07 /juillet /2016 06:00
Amadeo Modigliani aimait l’osso bucco et le barolo de Rosalie mais aussi son collègue Maurice Utrillo dit Litrio…

Lors de l’une des nombreuses et somptueuses cérémonies qui ont marqué mon anniversaire, au bar Hemingway du Ritz, Judith, je crois, évoqua les riches heures du Montparnasse des artistes et dans ma tête un peu embuée par les vapeurs de nos buvaisons je me souvins d’une chronique pondue sur ce thème.

 

Grâce au petit moteur de recherche je l’ai retrouvée.

 

C’est une histoire vraie comme on n’en vit plus dans notre vie bien propre et bien sage disais-je le 16 juin 2008.

 

Rosalie Tobia, une romaine, qui au temps de la splendeur de ses appâts fut le modèle favori du maître des pompiers, le peintre Bouguereau, l’âge venant, s’épaississant, avait acquis pour 45 francs* une petite crèmerie, au 3 rue Campagne Première, où elle installa 4 tables et ce qu’il faut de tabourets.

 

Tout normalement elle baptisa sa crèmerie-restaurant Chez Rosalie.

 

La Rosalie, dure au labeur, a du cœur, n’aime pas les snobs et leur dit, s’emporte facilement pour redescendre aussitôt, prend parti et a un faible pour Amadeo Modigliani.

 

Entre eux deux c’est toujours la commedia qui vire souvent à la tragedia.

 

Bref, son Osso Bucco, sa lasagne al forno, ses tagliatelles et ses vins : barolo, valpolicella, frascati, lambrusco, chianti, le tout à petits prix, sont connus dans le monde entier. Rosalie est la madone des artistes dans la dèche et, Dieu sait, qu’ils sont légion dans cet état car comme le lui dit Modigliani :

 

« Un artiste ne peut gagner sa vie. Il peint… Le reste ? Pfutt ! Est-ce qu’on sait ? Vois !» en lui présentant une superbe étude de nu : Commediente l’Amadeo

 

Mais revenons à notre histoire.

 

Un jour comme tous les autres jours, un jeune type barbu aux joues creuses, déjà bien éméché, pousse la porte de Rosalie. Il s’enfile trois verres de vin rouge, les paye, puis demande qu’on aille lui acheter des « caramels de couleur » * chez le marchand de couleur voisin.

 

On s’exécute. Il les mets dans sa bouche et quand ils sont à point, bien mous, il se met à peindre directement sur le mur des esquisses de Montmartre. L’artiste c’est Maurice Utrillo surnommé par les poulbots de Montmartre pour son goût immodéré de la boutanche : Litrio.

 

Sur les entrefaites, Modigliani entre chez Rosalie. L’estime des deux peintres est réciproque : ils tombent dans les bras l’un de l’autre et entament des libations vineuses. Les bouteilles descendent sans que les deux larrons daignent mettre la main à la poche.

 

Rosalie s’inquiète, demande son dû et de guerre lasse les prie d’aller cuver leur vin ailleurs. Litrio balbutie pour se dédouaner :

 

« Regardez ce que je viens de vous peindre sur votre mur » et reçoit en retour une volée de bois vert « Je ne vais pas découper le mur pour payer mon vin » éructe-t-elle.

 

Rosalie se déchaine en exploitant toute la palette du vocabulaire d’une matrone du Transtevere. Pendant ce temps les deux maîtres se font assaut de compliments : « Le plus grand peintre c’est toi » « Non, c’est toi » pour en venir aux mains et tout casser dans la crémerie de Rosalie.

 

Les pandores en pèlerine, alertés par le souk des deux compères, ramènent leur gros tarin et les menacent de les embarquer au commissariat de la rue Delambre. Litrio, en dépit de sa vinosité avancée, trouve la force de bredouiller le sésame des artistes en perdition : « Lé-on Za-ma-ron » Les hirondelles se font alors clémentes.

 

Mais, me direz-vous, qui est ce Léon Zamaron ?

 

Si vous voulez le savoir rendez vous ICI 

 

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22 juillet 2016 5 22 /07 /juillet /2016 06:00
Supplique pour sauver le soldat Thierry Desseauve de l’anonymat... il faut que les mouches changent d'âne…

Fut un temps où pour accéder au faîte de la notoriété il fallait avoir sa marionnette aux Guignols de l’info.

 

Dans le Vinoland, de nos jours, l’irruption de Gros Vins de France qui semble avoir cessé d’émettre, du Glourafi sur Twitter et tout récemment Terre de Vinasse, secoue le convenu qui sied à nos grands, ou ceux qui aspirent à l’être (oui, oui, j’en connais) critiques notateurs commentateurs en mots fleuris et payants.

 

Ce matin, avant que la touffeur de cette fin de juillet ne m’oblige à sucer de la glace, je prends la plume pour réparer l’injustice faites à Thierry Desseauve.

 

Dans un couple, il y a toujours un dominant, voyez par exemple chez Pernod-Ricard c’est le père Paul qui a tenu le manche avant de le céder à un autre Ricard. Qui connaît les Hémard ? Moi bien sûr car je sais tout ou presque…

 

Chez Bettane&Desseauve y’en a que pour le premier.

 

Pour preuve Terre de Vinasse qui le met à nouveau à sa Une :

 

« Suite à un énième article volontairement polémique sur l’éternel sujet du vin bio (passé dans un premier temps de la rédemption à l’imposture, puis à l’avenir du vin, tout ça en moins de 3 ans) et du vin naturel (une « tromperie« , dont de plus en plus de spécimens sont cependant « quite good » ), publié cette fois en anglais, Terre de vinasse est allé à la rencontre de Michel Bettane, le critique francophone le plus anglophone de la planète wine, véritable dégustateur extraterrestre planant à des années-lumière au-dessus de ses contemporains. »

 

La suite ICI 

 

Et pourtant ces derniers temps le Thierry il est sorti de l’ombre pour monter au front sabre au clair et proclamer que le bio était l’avenir du vin.

 

Vent debout plein gaz : On ne peut plus dire aux consommateurs « buvez notre vin cher » tout en le cultivant comme un champ de patates ! » Thierry Desseauve 

 

« Comme toujours, il y a des gens en avance, reconnaît Thierry Desseauve. Mais au début des années 90, il n'y avait pas grand-chose ». Et puis une nouvelle génération de viticulteurs est arrivée, consciente que l'on ne peut plus polluer les sols impunément, soutenu par des cavistes et des bars à vin avant-gardistes. »

 

Pourquoi cet ostracisme à l’égard de ce bon Thierry ?

 

Moi je l’aime bien le Thierry, il fait du vélo comme Sarko…

 

 

Mon Ventoux de la journée ! notait-il le 14 juillet.

 

C’est tout de même lui qui tient les rênes de la boutique même si N de R ne lui coûte pas très cher en notes de frais vu qu’il se fait rincer au château en permanence.

 

Thierry il est encore jeune et beau même s’il a pris quelques kilos. Certes il a un côté gendre idéal qui sans doute le dessert mais que diable il mérite mieux que ce dédain.

 

Je lance donc un appel, suis même prêt à financer un publi-reportage dans la RVF afin que justice lui soit rendue.

 

Alors en parodiant Jean-Michel Larqué à propos de Thierry Rolland nous pourrons, vous pourrez affirmer « Tout à fait Thierry… » et celui-ci pourra répondre « J'ai bien l'impression que les mouches ont changé d'âne ».

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21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 06:00
Facile comme le bien manger et le bien boire : la preuve par l’image… le manifeste de ceux qui ignorent la GD

Il fait trop chaud pour travailler mais ça ne m’empêche pas de pédaler, sur mon fier destrier, pour aller faire mon marché, mes courses comme dirait madame Michu. C’est meilleur pour la santé que de pousser son caddie dans les allées de la GD pour acheter des légumes frigorifiés, des fruits anesthésiés, du pain congelé, de la viande operculée…

 

Bien évidemment les grincheux vont m’objecter que j’ai le temps, tout mon temps, puisque je me tourne les pouces aux frais des caisses de retraite. Certes, mais combien de retraités dans nos belles provinces, dans leur grosse ou leur petite auto, vont pousser le chariot en des centres commerciaux sis aux lisières de la ville.

 

Le temps je l’ai toujours pris et je ne vais pas entonner mon couplet sur celui passé, par les je n’en ai pas, devant leur télé ou leur écran d’ordinateur.

 

Au petit matin je bâte mon vélo (pour les ignorants : je muni ses flancs de sacoches) et je fonce ventre à terre vers un Terroir d’avenir sis rue du Nil. En un petit quart d’heure je suis à pied d’œuvre. D’abord les légumes et les fruits de saison puis la crèmerie-fromagerie, je laisse mon cabas empli pour me rendre à la boucherie-charcuterie où je croise Lily ma bouchère, je choisis, je paye et part vers la boulangerie. Même procédure : je choisis, je paye, et je retourne vers mes premiers achats. L’heure est à emplir mes calebasses. Je le fais avec soin, les patates au fond, les fruits fragiles au-dessus.

 

Je charge mon cheval et repart lourdement lesté.

 

Une fois passé le Pont neuf le parcours est plus tranquille, c’est comme si mon fidèle destrier posait la gomme de ses pneus sur les rails évitant ainsi les fondrières que notre maire ne prend pas la peine de boucher. Elle préfère communiquer sur son amour du vélo.

 

Arrivé au bas de mon château je déleste ma bête, l’attache dans sa stalle et dans un dernier effort je trimballe mes courses jusqu’à l’office.

 

Déballage.

 

Mise en place.

 

Photos.

 

Nature morte sur Face de Bouc.

 

Celles-ci vont de septembre en Corse jusqu’à ce mois de juillet enfin ensoleillé.

 

Vous voyez le bien manger c’est simple.

 

Le bien boire vient par surcroît.

 

Facile comme le bien manger et le bien boire : la preuve par l’image… le manifeste de ceux qui ignorent la GD
Facile comme le bien manger et le bien boire : la preuve par l’image… le manifeste de ceux qui ignorent la GD
Facile comme le bien manger et le bien boire : la preuve par l’image… le manifeste de ceux qui ignorent la GD
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Facile comme le bien manger et le bien boire : la preuve par l’image… le manifeste de ceux qui ignorent la GD
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 06:00
Ça a l'odeur du sancerre, ça en a la couleur, mais ça n'en est pas. « C’est au pied du pied de vigne qu’on trouve l’arracheur. » la guerre des litrons…

Pour traiter d’un problème local rien ne vaut qu’un journal local sinon c’est l’AFP à tous les étages et ça a l’odeur du journalisme, ça en a la couleur, mais ça n'en est pas. Même dans un journal comme Sud-Ouest, où d’éminents journalistes, tel César Compadre qui, dans une vie antérieure a bourlingué dans tout le vignoble, pas la plus petite trace d’analyse sur ce sujet éminemment sensible : la plantation de vignes IGP dans un territoire d’AOC. Sans doute notre homme est-il en congés ou peut-être préfère-t-il nous servir le énième papier sur un chai futuriste érigé grâce au crayon d’une star parisienne de l’architecture.

 

Bref, comme disait Pépin (de raisin dixit Pierre Dac) revenons au Berry RépublicainRémy Beurion entre dans le sujet en détournant un célèbre proverbe :

 

« C’est au pied du pied de vigne qu’on trouve l’arracheur. Et pas deux ou trois plants, comme ça, en passant, comme on se débarrasse d’une mauvaise herbe. Non, 5.600 pieds de sauvignon en un temps record, la semaine dernière, probablement de bon matin.

 

Le viticulteur de Bué victime de cet arrachage sauvage et illégal ne découvre le pot aux roses que samedi matin, sur l’une de ses parcelles, non classées, situées à Saint-Satur».

 

« Ce ne sont pas n’importe quels pieds de vigne qui subissent les assauts d’arracheurs que la brigade de gendarmerie de Sancerre doit maintenant identifier. Ils sont issus d’une parcelle destinée à la production de vins d’identification géographique protégée (IGP), c’est-à-dire l’antithèse de l’AOC sancerre, garant de sa qualité depuis exactement quatre-vingts ans cette année en ce qui concerne le blanc depuis 1959 pour le rouge.

 

L’homme du cru, seul en capacité de restituer l’ambiance régnant dans le vignoble sancerrois, note que la tension est palpable, comparaison n’étant pas raison ça sent un chouïa la guerre des boutons, chère à du petit Gibus « Si j'aurais su, j'aurais po v'nu », où les gamins de Longeverne se querellent avec ceux de Velrans.

 

Alors le camarade Beurion y va encore avec la formule choc :

 

Tant que les antagonismes restent sous les bouchons, pas de problème. Sauf qu’à quelques arrachages symboliques, par-ci, par-là, se greffe aujourd’hui un arrachage de grande ampleur. Le viticulteur a déposé une plainte auprès de la gendarmerie de Sancerre, pour un préjudice estimé, à la louche, à 12.000 euros. La première récolte, issue de cette plantation effectuée il y a deux mois, devait être mûre dans trois ans. Ce ne sera pas le cas.

 

Pour le viticulteur, une chose est sûre : il fallait marquer le coup. Et la poignée d’hectares de vignes IGP arrachées, sur le sol sancerrois, est un marqueur symbolique. Mais qu’elle est cette indication géographique protégée qui fait tant hurler les viticulteurs enracinés dans l’AOC Sancerre?

 

La réponse est ICI 

 

Voilà pour le contexte, les faits, mais le sujet de la cohabitation, de la mixité à l’intérieur du périmètre d’une AOC, d’un vignoble dédié à l’IGP pose sans aucun doute des problèmes qu’on ne peut balayer d’un revers de la main.

 

Je ne vais pas ici entrer dans les subtilités de la règlementation française qui adore empiler des textes pour soi-disant protéger l’esprit de nos beaux terroirs pour ensuite s’en accommoder au gré des intérêts économiques d’une appellation.

 

En l’espèce tout part de l’œuvre magistrale, que nos grands chefs du vin ont érigé, la gestion à la française des autorisations de plantation. « Père, gardez-vous à droite; père, gardez-vous à gauche. » (Philippe le Hardi), érigeons des barrières, fabriquons des interdictions, bridons les initiatives au nom de la régulation pour ensuite pleurer sur notre incapacité à répondre aux attentes de ces fameux marchés.

 

Mais au bout du bout, lorsque le vin est tiré et qu’il faut le boire, l’argument qui se veut décisif de la directrice de l’Union viticole sancerroise, Nathalie Prieur, risque de se retourner vers l’envoyeur :

 

« Ça en a l’odeur du sancerre, ça en a la couleur, le message auprès du consommateur est donc moins évident, la classification devient floue pour lui. C’est un préjudice à moyen terme mais certains ne le voient pas arriver. »

 

D’autant que la différence de prix est significative.

 

Et si dans cette affaire, une grande part des vins de sancerre, vendue à bon prix du fait de la notoriété de cette appellation, n’était de par leur mode d’élaboration des parents très proches de l’IGP ?

 

Battre le tambour du terroir c’est bon pour le commerce mais nous les consommateurs qu’on appelle en renfort pour défendre une classification qui, rappelons-le, se voulait dès l’origine protectrice de l’origine (façon de parler) et qui par le biais des nouvelles ODG, cahier des charges, dégustations d’agrément, s’est muée en machine à égaliser, à normaliser, à nous proposer un breuvage blanc sans grande originalité.

 

Allez donc faire le tour des bistrots parisiens alimentés par la poignée de gros distributeurs du CHR et commandez un verre de sancerre !

 

C’est au mieux un petit blanc, au pire un truc insignifiant et c’est cher par-dessus le marché ; en clair ça équivaut à une brave IGP au prix d’une AOP renommée.

 

Arrachez tout ce que vous voulez mais sachez que la vérité est dans le verre non dans l’illusion de l’étiquette !

 

Avoir le beurre et l’argent du beurre c’est bien mais ça ne dure qu’un temps, alors au lieu de faire un sort à des ceps de vigne, d’avancer des arguments qui ne tiennent pas la route, tel «Si les gens veulent planter, qu’ils plantent autre chose que du sauvignon ou du pinot noir. Il est trop facile de mettre un vin de pays et un vin AOC dans une même cave. », de nous faire prendre des vins d’AOC pour des vins de terroir alors qu’ils ne sont que des enfants de l’œnologie moderne, les « concombres masqués de Bué » feraient mieux de se préoccuper de l’évolution des attentes des consommateurs. Vivre son stock de vieux buveurs c’est bien, anticiper les évolutions c’est mieux.

 

Et, entre nous, ce ne sont pas quelques arpents de vignes IGP nichés dans l’AOC sancerre qui vont faire de gros accrocs dans la notoriété de cette appellation. Avant de crier à l’incendiaire mieux vaut se préoccuper du feu qui couve dans la maison.

« J'ai gardé en mémoire le bruit des galoches cloutées qui résonnaient sur le chemin gelé d'école. J'ai fait mes humanités à la communale. Les bandes et les bagarres, je connais. La lutte des classes, la lutte pour la différence, la lutte pour une vieille et sombre histoire du passé. Il y a toujours eu ça, et il y a encore ça, pas seulement de village en village, mais de trottoir à trottoir... J'ai bien peur qu'aujourd'hui, dans certaines banlieues, la guerre des boutons soit plus violente. C'est peut-être là la vraie différence. Avec l'auteur de ce chef d'œuvre sur l'enfance, Louis Pergaud, je me sens chez moi, je suis un des enfants de cette guerre et je crois bien que tout le monde s'y retrouve en voyant le film. Pour moi, La Guerre des boutons, c'est la République des enfants... »

— Yves Robert

 

La célèbre phrase du petit Gibus « Si j'aurais su, j'aurais po v'nu » n'appartient pas au roman original. C’est en fait une reprise de la phrase « Si j’aurais su, j’aurais pas venu », figurant dans la rubrique « Une heure dix avec... » de L'Os à moelle (no 61, du vendredi 7 juillet 1939)

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19 juillet 2016 2 19 /07 /juillet /2016 06:00
L’art de penser : se distraire à en mourir « aucun média n’est excessivement dangereux si ses utilisateurs en connaissent les dangers. »

Mon ami Philippe a écrit hier en commentaire de ma chronique Nous ne sommes pas à la hauteur : seule la mobilisation de la société française peut détruire le défi djihadiste 

 

« Merci Jacques, de penser. »

 

J’essaie Philippe, avec mes moyens, le legs de mon père passionné de la chose publique, préoccupé qu’il était du bien commun, sans avoir la prétention d’être un intellectuel je crois, et j’ai toujours cru dans la force de l’intelligence, pas la mienne, celle des sages, pas les maîtres penseurs du prêt à penser en kit, ceux qui traversant l’Histoire nous donnent des repères nous permettant de surmonter nos malheurs, les horreurs, sans pour autant nous dédouaner de notre part de responsabilité.

 

J’ai toujours aimé lire, enfant dans le grenier du Bourg Pailler je me nourrissais de tout ce qui me tombait sous la main.

 

En octobre 2011 j’écrivais :

 

Orwell craignait ceux qui interdiraient les livres. Huxley redoutait qu’il n’y ait même plus besoin d’interdire les livres car plus personne n’aurait envie d’en lire. Orwell craignaient ceux qui nous priveraient de l’information. Huxley redoutait qu’on ne nous en abreuve au point que nous en soyons réduits à la passivité et à l’égoïsme. Orwell craignait qu’on ne nous cache la vérité. Huxley redoutait que le vérité ne soit noyée dans un océan d’insignifiances. Orwell craignait que notre culture ne soit prisonnière. Huxley redoutait que notre culture ne devienne triviale, seulement préoccupée de fadaises. Car comme le faisait remarquer Huxley dans Brave New World Revisited, les défenseurs des libertés et de la raison, qui sont toujours en alerte pour s’opposer à la tyrannie, « ne tiennent pas compte de cet appétit insatiable de l’homme pour les distractions ». Dans 1984, ajoutait Huxley, le contrôle sur les gens s’exerce en leur infligeant des punitions ; dans le Meilleur des Monde, il s’exerce en leur infligeant du plaisir. En bref, Orwell craignait que ce que nous haïssons ne nous détruise ; Huxley, redoutait que cette destruction ne nous vienne plutôt de ce que nous aimons. »

 

Que des vieilleries tout ça, Orwell et Huxley, des concurrents de Maxwell qualité filtre et de Max Mosley l’ancien président de la Fédération du Sport Automobile ? Du même tonneau que Zadig&Voltaire sur votre table de nuit ! Pire, cette citation est tirée d’un bouquin paru en 1985 aux USA « Se distraire à en mourir ». Pensez-donc, la préhistoire, un temps sans tweet, sans Face de Bouc, sans sms, donc un temps de vieux, de vieux ronchons, de vieux cons quoi ? Lire, pourquoi faire, L’important c’est de capter l’instant, de se marrer, de faire du second degré. Tout commence avec nous, les bouquins ça se couvrent de poussière, nous préférons la neige de nos petits écrans.

 

La prise du pouvoir par les médias de masse avec comme projet exclusif le divertissement, l’entertainment, alors la langue s’est appauvrie, a perdu ses nuances et sa complexité, et l’effort nécessaire ou acquérir une culture ou un savoir tend à disparaître.

 

« J’ai toujours été navré – je l’ai beaucoup dit et écrit – de l’étrange guérilla à laquelle se livrent politiques et journalistes. Il est assez évident, pour tout observateur de bonne foi, que la télévision casse le travail des politiques.

 

Amplification de l’effet d’annonce, absence totale de toute mesure de résultat, présentation de toute intention de changement comme un conflit, annonce de toute décision dans sa sécheresse brutale sans rappel ou à peine des raisons et du contexte, transformation de tout débat en conflit, de tout conflit en crise et de toute crise en sécession ou éclatement, disparition du temps long, abolition de la complexité, tout cela est bien connu, répété tous les jours… »

 

Ces lignes de la préface du livre « Se distraire à en mourir » écrit en 1985 par un universitaire américain est de la plume de Michel Rocard qui s’exclamait : Enfin !

 

Certains me reprocheront sans doute de « profiter » des mannes d’un homme que nous venons d’enterrer en le couvrant de brassées fleurs et de regrets.

 

Qu’importe !

 

Lire, tenter de comprendre, de nourrir son action avec autre chose que de l’émotion, de réactions immédiates, à chaud, sans recul.

 

Que dit Neil Postman ?

 

« Le problème, en tout cas, ne réside pas dans ce que les gens regardent. Le problème réside dans le fait que nous regardions ? »

 

« C’est assez poignant quand on pense que nous utilisons si souvent, et avec un tel enthousiasme, des expressions comme « l’âge de l’information », « l’explosion de l’information » et « la société de l’information ». Il semble que nous ayons compris qu’un changement dans les formes, le volume, la vitesse et le contexte de l’information signifiait quelque chose mais nous en sommes restés là »

 

Oui nous en sommes resté là et, tels des Tesla, nous surfons à grande vitesse sur le Net, fonçons sur les autoroutes de l’information à tombeau ouvert, nous likons sur Face de Bouc sans prendre la peine de lire, nous commentons sans comprendre, ironisons, prenons des positions irréfléchies, condamnons, approuvons le meilleur et trop souvent le pire.

 

Et pourtant comme le note Postman « aucun média n’est excessivement dangereux si ses utilisateurs en connaissent les dangers. »

 

Toujours se poser des questions mais « poser la question c’est rompre le charme ».

 

« L’accumulation massive des données et leur traitement à la vitesse de la lumière aura été très utile pour les grandes organisations mais aura pour la plupart des gens résolu peu de choses vraiment importantes. »

 

La solution que suggère Postman « est la même que celle que suggérait Huxley » Il concède qu’il ne peut faire mieux que celui car « il pensait, comme H.-G. Wells, que se jouait une course entre l’éducation et le désastre. »

 

Dans Le Meilleur des mondes « il essayait de nous dire que la plus grande cause d’affliction des gens n’était pas de rire au lieu de penser mais de ne pas savoir pourquoi ils riaient et pourquoi ils avaient arrêté de penser. »

 

 

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18 juillet 2016 1 18 /07 /juillet /2016 06:00
Vous aimez ce vin nature : justifiez-vous !

Dans le cadre des nombreuses et brillantes cérémonies organisées pour fêter mon passage au millésime 68, j’ai eu à subir un étrange et arrogant questionnement.

 

Les faits : je dînais à l’une de mes tables favorites et, alors que je m’apprêtais à quitter le lieu, le chef me proposa de partager une belle bouteille avec des clients assemblés autour de la table d’hôte. Parmi eux des personnes de connaissance, lecteurs, amis sur Face de Bouc, j’acceptais.

 

Le chef me proposa une bouteille de vin de macération naturiste en diable.

 

J’opinais sans réserve.

 

Quand le vin est tiré il faut le boire.

 

Nous trinquâmes dans les règles.

 

Dans le tour de table, face à moi, une matrone, au visage guère avenant, me laissa à peine le temps de tremper mes lèvres dans le breuvage, me fusillant du regard, elle lâchait avec une moue méprisante :

 

- Vous aimez ça ?

 

Surpris mais peu enclin à me laisser agresser par quelqu’un que je ne connaissais ni d’Ève ni d’Adam, je contentai d’un : oui sec !

 

Le revers fut tout aussi rageur et cinglant :

 

- Développez !

 

Autour de la table, dans un silence gêné, les convives attendaient mon retour à deux mains mais comme je n’avais aucune envie d’en découdre, de me justifier face à une adversité fielleuse je me contentai d’un : j’aime et ça suffit à mon bonheur !

 

La mégère non apprivoisée ne lâchait pas prise : «c’est un peu court comme réponse !»

 

J’étalais un sourire narquois qui multipliait la fureur intérieure de l’aigre.

 

À ma gauche une jeune femme, mezzo voce, me disait : moi j’aime ce vin.

 

Moi je consommais.

 

En face, la madame fulminait avec des mots choisis que je vous épargne mais qui se résumaient en « si vous n’avez rien à dire sur ce vin c’est qu’il n’y a rien à en dire.

 

Je reposai mon verre pour stopper sa logorrhée vinaigrée : « madame je n’ai nul besoin de mettre des mots sur mes émotions… c’est vrai aussi bien pour le vin, que pour la musique… la peinture. »

 

Autour de la table on respirait, la passe d’armes aussi déplacée que virulente laissait la place à une conversation normale.

 

Pour la bonne compréhension du contexte cette petite escarmouche s’est déroulée dans un restaurant dont la carte des vins est exclusivement nature. Quant à la désagréable je sais par la magie de Face de Bouc qu’elle était là par la grâce d’une invitation du chef.

 

Alors pourquoi tant de haine face à ce vin de macération ?

 

Je ne sais mais ce que je sais c’est que ce type de comportement est le lot de ceux qui voient dans les vins nus, comme le dirait mieux que moi l’Apollon de Barcelone, des vins d’évier, des vins de bobos parisiens snobs, des friqués qui se la pètent.

 

Libre à eux de ne pas aimer, c’est leur droit le plus strict, mais qu’ils arrêtent de nous faire chier !

 

Au-delà de cette anecdote, plus largement je ne supporte plus l’engeance dégustative qui, à propos de tout et de rien, transforme le plaisir du vin en une forme de contrôle des connaissances : je n’en ai rien à péter d’identifier le cépage ou d’étaler une science du vin que je ne possède pas.

 

Bref, le vin de macération était bon, j’étais là pour fêter mon anniversaire non pour subir un interrogatoire musclé de la part de quelqu’un qui ne s’est même pas présenté : les bonnes manières se perdent ma bonne dame.

 

L’invitation du chef et ma présentation à la tablée par lui, trop aimable, trop élogieuse, est sans doute aussi pour une part dans l’ire de la revêche.

 

Sur le chemin du retour, Élisa Berthomeau me confiait qu’elle avait eu très envie de river le clou à cette malpolie. Elle trouvait, à juste raison, que ça ne faisait pas de tomber sur le râble de quelqu’un avec autant de véhémence à propos d’un simple verre de vin. Je lui répondais qu’avec ce genre de personnage il faut être économe de ses mots et qu’engager le fer ne sert à rien.

 

Et puis le lendemain dans ma revue de presse j’ai noté ceci :

 

«Ne pas trouver les mots pour décrire ce que l'on ressent en matière de goût, d'odeur et de texture est tout à fait naturel. Tout simplement parce que les mots et les sensations ne se forment pas dans les mêmes zones du cerveau.»

 

«J'irais jusqu'à dire que certaines sensations sont indicibles. Quand vous êtes bouleversé par une belle musique, vous ne parvenez pas à en expliquer la raison. C'est pareil. C'est pourquoi il est important de ne pas trop intellectualiser la dégustation, qui est plus un exercice sensuel qu'intellectuel».

Denis Dubourdieu

 

Merci pour ce moment de partage chère madame que Face de Bouc me demande avec insistance depuis d’intégrer à mes amis.

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