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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 06:00

 

Si l’on ne m’avait pas offert À la merci du désir Last Notes from Home, publié par Monsieur Toussaint Louverture, en me la jouant à la Frederick Exley, l’auteur sarcastique et alcoolisé, je me suis dit, dans ma petite Ford d’intérieur, que je l’aurais acheté rien que pour la recherche extrême de son « packaging », couverture et 4e de couverture.

 

 

C’est de la sobriété raffinée, du naturel étudié, élégant, minimaliste, extrémiste, marque de fabrique d’un éditeur bordelais, à rebours de « l'incontinence éditoriale » actuelle. « Moi, je serais plutôt dans le tantrisme éditorial », Dominique Bordes. Il sort rarement plus de trois titres par an, dont beaucoup d'Américains inconnus. ICI 

 

 

 

Démonstration par l’image :

 

 

La production littéraire de Frederick Exley se résume à seulement trois romans:

 

  • Le Dernier stade de la soif (1968)

 

  • Pages from a Cold Island (1975)

 

 

  • Last Notes From Home (1988),

 

… et suffisamment d’articles de presse pour remplir un petit volume. Aucun de ces romans ne fut une réussite commerciale, et seul Le Dernier stade de la soif eut un succès digne d’être remarqué. Cette œuvre de qualité s’attira quelques lecteurs dévoués, elle fut lue et appréciée par des étudiants et des auteurs prometteurs, le phénomène est donc comparable à celui que connut le roman L'attrape Cœur de J.D. Salinger dans les années 1950.

 

« Exley mourut à Alexandra Bay le 17 Juin 1992 à la suite d’une attaque cardiaque. L’ensemble de son œuvre est toujours en attente de la critique approfondie qu’elle mérite. A ce jour, il n’existe aucun livre qui y soit consacré, ni aucune étude biographique, et peu d’essais sur le sujet ont vu le jour. Certains critiques considèrent Le Dernier stade de la soif comme étant le seul véritable succès d’Exley. D’autres trouvent dans toutes ses œuvres un jugement pertinent et approfondi de la culture américaine, une originalité stylistique, et un courage et une passion qui font de lui un grand écrivain. Larry McMurtry disait d’Exley qu’il était, « bien que plus brutal, une sorte de Dante américain. » 

 

 

Lire ICI

L A   V I E
D E   F R E D E R I C K   E X L E Y
C O U R T E   E T   E F F I C A C E
B I O G R A P H I E

J’ai donc découvert Exley en le prenant par son « dernier bout », soit le 3e volet de son unique triptyque et non son dard omniprésent*, et, une fois entré dans son dispositif narratif, « qui relie fiction et autobiographie, son écriture repose sur le mode de la confession », je n’ai pas été déçu et j’ai lu À la merci du désir Last Notes from Home à un rythme soutenu

 

* « Côté cul, ça ne débandera pas. Dialogue entre un barman et une serveuse, à Hawaï : «Dis-donc, je donnerais bien un mois de salaire pour dix minutes avec ça ! - Dix minutes avec ça te coûterait bien plus qu’un mois de salaire.» Quant au narrateur, il a un «petit jeu visant, à terme, à séparer Miss Robin Glenn de sa petite culotte». Ça va se faire. »

 

 

Page 293-294 Ex s’adressa à Alissa sa psy :

 

« Écoutes-moi bien, Alissa : la seule chose à peu près exacte que Robin avait retenue de toute l’histoire, c’est ce que portait la fille, et la fait que, ma génération ne connaissant pas la pilule, il y avait une peur panique de tomber ou de mettre enceinte, et par triples sauts temporels successifs, elle avait transposé cette anecdote aussi ridicule que cocasse…

 

(Ndlr. Faire ce que je voulais avec elle – une condisciple qui jamais ne m’avait jusque-là témoigné le moindre intérêt – se réduisait finalement (oh extase !), à l’embrasser, à jouer à touche-pipi (et encore, sans même pouvoir lui enlever sa culotte) et à me faire branler. Au cours de ce dernier exercice, elle me demande si j’ai un mouchoir, je dis non, elle file dans la cuisine, revient avec un torchon à vaisselle encore humide, et pendant que je décharge là-dedans, elle le laisse bien par-dessus, ses doigts étranglant mon gland et garde la tête tournée, tout en émettant des beurk et en répétant « dégueu, dégeu, dégue, beurk !... » )

 

une ou deux générations plus tard, à sa propre adolescence, bien plus « avertie ». Alors Robin commençait par me tailler une pipe, de façon à pouvoir garder sa tenue de teenager années quarante ; puis je soulevais sa jupe plissée gris acier, lui ôtais sa culotte, lui faisais un cunnilingus, après quoi elle me faisait à nouveau bander avec sa bouche, et comme par hasard, à dix-sept ens, elle avait sous la main un préservatif strié et un tube de lubrifiant (merde, moi je n’ai jamais entendu parler de lubrifiant avant mes quarante ans, par un ami pédé, un comédien que j’admirais beaucoup), et je la sodomisais pour éviter tout risque de grossesse, tout cela, bordel, étant censé se passer à Watertown, dans les années quarante. Écoutes-moi, Al, moi, vu l’âge que j’ai, jamais eu le cran d’aller voir de mes yeux ce qu’il y avait au milieu d’une paire de cuisses avant l’âge de vingt-cinq ans, jamais je n’ai fait de cunnilingus avant toi, et j’en avais alors vingt-huit, toi dix-sept et plus belle que jamais, sans vouloir te vexer, car aujourd’hui tu es bien plus belle, mais pas de la même façon. Et donc là, sur un lit, allongé nu auprès d’une Robin habillée, car elle avait quand même suffisamment d’imagination pour ne pas me demander, Dieu merci, que je sois moi-même accoutré comme je pouvais l’être à l’époque au lycée, elle commençait à me sucer, car jamais, vraiment jamais elle n’avait pu savoir cette simple vérité : sucé, je l’avais beaucoup été quand j’étais au lycée. Mais c’est là une autre histoire, une histoire qui ne parle pas à des givrées comme Robin, car dans cette histoire-là se mêle une tristesse incommensurable, un chagrin si profond qu’il réside dans ces noires abysses où se tapissent la malédiction de la vie, une bonne dose d’humour noir inévitable et une culpabilité si terrible que, même après toutes ces années, je ne suis pas capable de la regarder en face. »

 

Ceci est un échantillon représentatif  d’À la merci du désir/Last Notes from Home de Frederick Exley, qui pourra pour certains jouer le rôle de répulsif, pour d’autres d’hameçonnage, mes goûts, contrairement à ce que pensent les critiques du vin, ne sont que les miens et libre à chacun d’en l’usage qui lui semble opportun.

 

Comme il l’écrit dans Last Notes From Home, Exley est outré par le fait que l’Amérique soit devenue « un spectacle obscène », mais il réalise qu’il doit se confronter à la réalité de cette Amérique, quoi qu’il lui en coûte, et quoi qu’il en coûte à ses personnages. Pour quelques lecteurs, son succès tient à la critique qu’il fait de l’Amérique contemporaine, mais sa véritable force réside dans l’analyse impitoyable qu’il fait de lui-même, dans un style à la fois drôle et émouvant, et dans les portraits à la loupe des personnages que l’on croise au fil d’incidents riches de détails. Tous ces éléments constituent une voie formidable et unique dans la littérature américaine contemporaine.

 

Pourquoi le lire ?

 

« Parce qu'au fond heureusement qu'Exley ne reçut pas (ou ne crut pas recevoir) de son vivant la gloire qu'il méritait. On n'aurait pas eu droit au côté face de sa déprime abyssale et féconde. Parce que c'est rare, une dépression ambitieuse. Parce que le dégoût d'Exley, pour lui et l'univers, est largement partagé par le lecteur, et qu'on en est fou quand même. Parce que cette lecture défoule. Et parce que bien sûr qu'il faut vivre mal pour écrire bien. »

 

Le Dernier Stade de la soif", l'autobiographie cultissime du freak  Frederick Exley

 

Je vous propose l’excellent critique de Mathieu Lindon17 janvier 2020  dans Libération

 

FREDERICK EXLEY, ENTRE L’ENVIE ET LA MORT ICI 

Ça commence dans un avion vers Hawaï où le narrateur, qui s’appelle Frederick Exley comme l’auteur - lequel est né en 1929 et mort en 1992 et a publié deux volumes de «mémoires fictifs» avant celui-ci, le Dernier stade de la soif et A l’épreuve de la faim -, se retrouve coincé entre une hôtesse dont ce n’est rien de dire qu’elle est sexy et un Irlandais dont ce n’est rien de dire qu’il est ivre. Le sexe, l’alcool et les diverses déchéances qu’ils peuvent susciter sont au cœur d’A la merci du désir dont l’harlequinesque titre français est moins bien trouvé que les précédents de la trilogie (le titre original est Last Notes from Home).

 

Le narrateur fait le voyage des Etats-Unis pour assister aux derniers instants de son frère mourant (dont l’une des dernières phrases fut pour savoir «s’il y a quelqu’un qui a déjà dit à Dustin Hoffman qu’il en fait des tonnes»), frère aîné qu’il surnomme «le Général» quoiqu’il ne soit que colonel. Leur proximité fut fluctuante : «Il y avait des jours où je me demandais vraiment comment on avait pu sortir du ventre de la même bonne femme à trois ans d’intervalle.» C’était comme si, estime le narrateur à propos de la verve de son intarissable voisin avec une jambe dans le plâtre qui ne lésine pas sur les termes impolitiquement corrects, lui-même avait obtenu une audience du pape «et que ce dernier avait passé les cinq minutes allouées à me faire l’éloge de tous les avantages pour la santé (bonnes joues rouges, tranquillité d’esprit, sérénité) d’une participation régulière à des partouzes effrénées.» Côté cul, ça ne débandera pas. Dialogue entre un barman et une serveuse, à Hawaï : «Dis-donc, je donnerais bien un mois de salaire pour dix minutes avec ça ! - Dix minutes avec ça te coûterait bien plus qu’un mois de salaire.» Quant au narrateur, il a un «petit jeu visant, à terme, à séparer Miss Robin Glenn de sa petite culotte». Ça va se faire.

 

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 07:00

Oui, on s'occupait d'hygiène sous Louis XIV

Depuis quelque temps sur mon « immense et incomparable blog » la mouche du coche a un contradicteur qui se plaît, comme à Roland – la terre rouge pilée de la porte d’Auteuil – à lui renvoyer la balle de ses commentaires, parfois en un revers le long de la ligne qui lui donne le point.

 

Ainsi sur la chronique : Louis XIV « le roi sans dents », le père Hollande fut un incompris, il condamnait les excès de sucre des Grands ! ICI   l’éminent PAX commentait : « Ils devaient également puer du bec tous ces braves gens. Quand on sait qu’on ne se lavait pas beaucoup non plus et que, à part quelques chaises percées, on se soulageait n’importe où, le monde du « beau linge » devait schlinger pas mal. »

 

Ce à quoi l’impertinent Pierre lui répondait :

 

« Pas mal de légendes urbaines courent cependant sur l'hygiène à Versailles au temps de Louis XIV. Rappelons que Versailles est à la pointe de la technologie mondiale du moment. Quelques éléments ci-après » :

 

Hygiène à Versailles : bain, dentifrice et chaise percée !

18 mars 2017 /

 

Une légende persistante veut que Louis XIV n’ait pris qu’un seul bain au cours de sa vie… De nos jours, la Cour du Roi-Soleil est particulièrement décriée pour son hygiène déplorable. Il est vrai qu’au Moyen-Âge, on se lave beaucoup plus souvent que sous l’Ancien-Régime, époque qui semble afficher une régression dans ce domaine. Mais les courtisans de Versailles sont loin d’être ces monstres de saleté, ces personnages crasseux et emperruqués qui se soulagent dans les couloirs et se parfument à l’excès dans le seul but de camoufler leurs odeurs corporelles.

 

L’eau et la propreté

 

Contrairement à une idée reçue, Versailles dispose d’arrivées d’eau courante dès le règne de Louis XIII, alors que le château n’est encore qu’un modeste relais de chasse. Pour son palais des merveilles, Louis XIV exige tout ce qui est à la pointe de la technologie, y compris en terme d’installations d’hygiène. Il dépense des fortunes colossales pour faire arriver l’eau jusqu’au château : l’eau pour le parc et ses innombrables fontaines, mais aussi pour les usages quotidiens, la nourriture et les ablutions. Le Roi n’oublie pas non plus sa capitale, puisque dans les années 1680/1685, il fait installer onze fontaines permettant aux habitants d’accéder à ce que l’on appelle alors l’eau « bonne à boire ».

 

Rappelons tout de même qu’à l’époque louis-quatorzienne, la peur de l’eau est très présente : on trouve de nombreux traités mettant en garde contre l’eau qui, en dilatant les pores, pourrait pénétrer à l’intérieur de la peau, contaminer les organes et transmettre des maladies… On préfère donc la toilette sèche : Louis XIV est frotté régulièrement avec une serviette parfumée imbibée d’alcool, qu’un courtisan lui présente religieusement au petit lever et au petit coucher.

 

En outre, la propreté n’a pas la même signification qu’aujourd’hui. Elle est alors plus proche de la notion de netteté : une apparence propre qui montre que l’on respecte son entourage, un visage, des mains et des pieds impeccables.

 

Ce qui nous semble peu « hygiénique » de nos jours se veut pourtant à cette époque le must de la bienséance : le monarque et ses courtisans changent de chemise jusqu’à cinq fois dans la journée ! Le peuple, qui ne peut pas se payer ce luxe, se lave donc plus souvent que les courtisans…

 

On se lave en revanche minutieusement les dents et la bouche : la bonne haleine est un signe de beauté ! Louis XIV par exemple se frotte régulièrement les dents avec un mélange astringent qui est en fait l’ancêtre du dentifrice : racines de bois de rose, de cyprès, du romarin ou du myrte, associés à des pâtes à base d’opium parfumées de plantes aromatiques telles que l’anis, la cannelle, le thym ou la menthe… Certains courtisans persistent cependant à se laver les dents avec du tabac (que l’on croit bourré de vertus désinfectantes !) ou avec de l’essence d’urine, ainsi que le conseille Mme de Sévigné à sa fille… On retiendra la méthode de Louis XIV !

 

La suite ICI

 

 

 

Capture d’écran 2015-12-11 à 12.27.49

Louis XIV et la propreté: une sale affaire ? ICI 

 

« Louis XIV ne se lavait pas », « les rois de France cachaient leur odeur sous le parfum »,… Dans l’imaginaire collectif, la monarchie française sent le soufre. Stanis Perez, historien spécialiste de l’hygiène à la cour nous aide à démêler le vrai du faux.

Quel aspect et quelle odeur avait le château de Versailles sous le règne de Louis XIV ?Le parfumeur de la cour

Quel aspect et quelle odeur avait le château de Versailles sous le règne de Louis XIV ? ICI

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 06:00

Sacres et sacrifices » à la Cité de la musique

Le sacrifice d'Abraham Rembrandt © DR

Sommités dans leurs domaines, Jacqueline Chabbi, historienne de l’islam, et Thomas Römer, spécialiste de l’Ancien Testament, publient une réflexion conjointe sur la Bible et le Coran. Et enjoignent de ne pas confondre sacré et histoire.

Jacqueline Chabbi et Thomas Römer : « Prenons garde à ne pas fantasmer les origines des religions » ICI

Propos recueillis par Virginie Larousse Publié le 27 septembre 2020

 

L’une exhume dans le texte coranique les traces de ce qu’a pu être la société qui l’a vu naître, l’autre scrute l’Ancien Testament dans les moindres détails, derrière les murs du prestigieux Collège de FranceJacqueline Chabbi et Thomas Römer se sont retrouvés, à l’initiative de l’éditeur Jean-Louis Schlegel, pour dialoguer sur leurs recherches respectives dans un livre intitulé Dieu de la Bible, Dieu du Coran*.

 

De leurs savantes conversations, une évidence s’impose : Bible et Coran sont l’un et l’autre des récits construits pour asseoir une idéologie, une organisation sociale ou politique – ce qui n’enlève rien à leur dimension religieuse. Une approche salutaire, qui vient bousculer les certitudes de tous les fanatiques d’une lecture littérale de la Bible et du Coran, autant qu’elle invite à oser un enseignement des religions digne de ce nom – qui privilégierait l’histoire critique et non la légende dorée.

 

- A notre époque, où les chercheurs ont tendance à être de plus en plus spécialisés dans leurs domaines respectifs, qu’est-ce qui vous a donné envie d’entamer ce dialogue ?

 

Thomas Römer : Nous nous connaissons depuis longtemps, et Jacqueline Chabbi intervient régulièrement dans les colloques que j’organise au Collège de France, où j’aime développer une veine comparatiste et interdisciplinaire. Il est vrai que les gens sont de plus en plus spécialisés, mais on voit tout de même que l’interdisciplinarité est nécessaire. Par ailleurs, nous sommes tous les deux auteurs, entre autres, aux Editions du Seuil. Aussi, quand les éditeurs Jean-Louis Schlegel et Elsa Rosenberger nous ont proposé ce dialogue, nous avons tout de suite accepté.

 

Jacqueline Chabbi : Je crois que ce qui nous unit, c’est notre méthode : l’histoire critique. Alors que cette dernière est très avancée dans les études bibliques, c’est une véritable catastrophe chez les musulmans, qui se bornent pour la plupart à faire de l’histoire sacrée.

 

« Je crois que ce qui nous unit, c’est notre méthode : l’histoire critique »

 

- De manière générale, les personnes qui s’investissent dans le dialogue interreligieux ont tendance à insister sur ce qui rapproche les traditions dites abrahamiques, plus que sur ce qui les sépare. Voyez-vous le judaïsme et l’islam comme les deux faces d’une même pièce, ou jugez-vous les différences plus profondes ?

 

T. R. : Beaucoup tombent dans la tendance à tout mettre sur le même niveau : tout se vaut, les religions abrahamiques sont issues d’un même fonds, etc. Ce livre entend montrer que les choses sont un peu plus compliquées. Evidemment, on peut comparer. Mais dire « c’est la même chose, nous descendons tous d’Abraham », est caricatural.

 

On ne peut pas se contenter de faire une lignée des trois religions : le judaïsme aurait donné naissance au christianisme, duquel serait né à son tour l’islam – manière de voir très fréquente chez les musulmans et les chrétiens. Oui, il y a des influences. Mais si on veut vraiment dialoguer, il faut être en mesure d’entendre les spécificités propres à chacune des traditions. En les gommant, on pense aider à la concorde, alors que cela s’avère contre-productif.

 

Prenons garde, aussi, à ne pas fantasmer les origines : dans le judaïsme, le Talmud est d’une certaine manière plus important que la Torah. Souvent, les gens sont trop centrés sur les écrits fondateurs, alors que la tradition est tout aussi importante. D’ailleurs, aujourd’hui, on voit bien que le judaïsme, le christianisme et l’islam ne sont l’émanation directe ni de la Bible ni du Coran.

 

Dieu de la Bible et Dieu du Coran ont en commun d’être des dieux « uniques », c’est pourquoi on parle de « monothéisme ». A-t-on raison de recourir à ce mot pour caractériser ces deux religions ?

 

T. R. : Pour la Bible, le terme est biaisé, car le texte garde des traces de conceptions polythéistes, avec, par exemple, des références à Yahvé comme le fils du dieu levantin El, de Yahvé dans une cour céleste, ou accompagné d’une parèdre – c’est-à-dire d’une déesse qui lui était associée. Durant et après l’Exil, les Judéens qui se trouvent à Babylone, dès le VIe siècle avant notre ère, commencent à produire une réflexion qu’on pourrait qualifier de monothéiste, mais ce concept est anachronique : dans la Torah, on ne parle ni de polythéisme ni de monothéisme, on parle des autres dieux qu’il ne faut pas suivre.

 

« Dire “c’est la même chose, nous descendons tous d’Abraham”, est caricatural »

 

La Bible étant une collection de textes qui s’étalent sur sept ou huit siècles, les choses évoluent. Ils présentent souvent Yahvé à l’image du grand roi assyrien, celui-là même qui a asservi les royaumes de Juda et d’Israël au VIIIe siècle avant J.-C. Les Assyriens, si décriés dans la Bible, servent pourtant de modèle au discours religieux sur le dieu d’Israël : c’est ce qu’on appelle la compensation ou la « contre-histoire » – on récupère le discours de l’oppresseur et on se l’approprie.

 

Quoi qu’il en soit, parler de manière rapide de monothéisme n’est pas vraiment pertinent. Ce vocabulaire est en fait hérité des Lumières, époque à laquelle s’est développée l’idée d’un évolutionnisme religieux : l’humanité serait passée du polythéisme à l’hénothéisme [forme particulière de polythéisme, dans laquelle un dieu joue un rôle prédominant par rapport aux autres, sans toutefois exclure ces derniers], puis au monothéisme, avec l’idée que le monothéisme serait l’aboutissement de la pensée religieuse – avant de préparer la sortie de l’homme de la religion.

 

J. C. : Les choses sont totalement différentes en islam. Dans l’imaginaire tribal préislamique, des puissances masculines cohabitaient avec des puissances féminines. Les puissances masculines étaient liées à la fécondation : l’eau, la Lune et sa lumière froide étaient associées au masculin, contrairement au soleil et à tout ce qui est chaud, perçus comme des principes féminins, qui demeurent stériles sans la fécondation du principe opposé.

 

Or, La Mecque n’est pas une oasis ; elle ne vit que grâce à un point d’eau qui abrite un dieu masculin. Les Mecquois étaient obligés d’aller s’approvisionner à plusieurs jours de marche, dans la montagne de Taëf, à dos de chameau, et avaient donc besoin de protections extérieures. C’est pourquoi il y avait également, sur chacune des pistes, des déesses vues comme liées à ces espaces de chaleur.

 

« Judaïsme et islam sont marqués par une vision utilitaire du divin, alors qu’il y a chez les chrétiens une approche beaucoup plus mystique »

 

On ne peut pas être plus pragmatique qu’un homme dans le désert, ancré dans un régime de survie : le ou les dieux doivent être utiles. Pourtant, dès le départ, le Coran dit qu’il ne faut désormais rendre un culte qu’au seul dieu du point d’eau, lequel sécurise aussi les pistes. Comment comprendre ce changement ? On sait que Mahomet était orphelin, donc un homme sans père, et qu’il n’a pas non plus eu de fils ayant atteint l’âge adulte, ce qui constituait un handicap dans une société de tribu. Sur le plan psychologique, faut-il voir dans cette mise en avant du dieu du point d’eau une volonté de valoriser le masculin qui lui faisait défaut ?

 

Selon vous, qu’est-ce qui, fondamentalement, rapproche le judaïsme et l’islam dans leur conception du divin ?

 

T. R. : Judaïsme et islam sont l’un et l’autre marqués par une vision utilitaire du divin, alors qu’il y a chez les chrétiens une approche beaucoup plus mystique, plus théologique, dans un sens spéculatif, avec cette obsession de l’après-mort, de l’enfer, du paradis… Bien sûr, il y a aussi des courants mystiques dans l’islam et le judaïsme, mais on y trouve fortement cette idée que la religion doit nous enseigner comment vivre ici et maintenant, avec par exemple les 613 commandements de la Torah qu’il faut interpréter et respecter. Ces traditions ont développé un rapport fondamental à la Loi, qui permet de mener une bonne vie.

 

Et qu’est-ce qui les sépare fondamentalement ?

 

J. C. et T. R. : Finalement pas grand-chose. Judaïsme et islam partagent un certain nombre de figures fondatrices, comme Moïse, Abraham – même si elles sont interprétées différemment –, une ritualité commune.

 

J. C. : Néanmoins, la genèse du judaïsme est très différente de celle de l’islam. Si le premier est devenu une religion au terme d’un processus très long, pour l’islam, cela s’est fait sur un laps de temps extrêmement court. On est passé d’un type de société à un autre très rapidement, de la tribu à l’empire. De ce fait, cela peut donner à penser que tout s’est fait dans la continuité, alors qu’il y a eu une série de ruptures majeures. In fine, cela conduit à sacraliser le Prophète comme figure fondatrice.

 

Or, si cet homme de tribu a eu une inspiration et a réussi à monter une structure politique, il ne s’agissait certainement pas de la nation musulmane qu’on imagine. Il a suivi le modèle de son époque, en montant ni plus ni moins qu’une confédération tribale. Il faut raisonner politiquement et sociologiquement, revenir à la réalité de la société de l’époque.

 

Ce qui frappe, en lisant votre livre, c’est l’insistance que vous mettez quant aux circonstances politiques ayant conduit à l’émergence de ces deux religions. Est-ce à dire que le message spirituel qu’elles portent est, finalement, secondaire ?

 

T. R. : Je ne sais pas s’il faut faire une hiérarchisation. Aujourd’hui, avec la laïcité, on a bien sûr tendance à séparer les domaines. Mais à l’époque où ces textes sont écrits, il est inconcevable de séparer le politique du religieux.

 

J. C. : L’alliance avec le dieu ne fait que reproduire l’alliance entre les hommes. La spiritualité est un luxe qu’on ne peut pas se payer à cette époque ! La notion de fuir le monde, telle que l’apôtre Paul la développera plus tard, n’existe pas : il faut faire des enfants, donner un avenir à sa famille pour faire vivre la tribu. Le célibat est inconcevable dans le judaïsme comme dans l’islam.

 

L’expansion fulgurante de l’islam n’a donc rien à voir avec son aspect religieux ?

 

J. C. : Absolument rien à voir. Ce sont des razzias surdimensionnées, et totalement imprévues, qui se sont produites à un moment où le Proche-Orient était exsangue à cause de l’affrontement récent des Empires byzantin et sassanide. Personne n’attendait la sortie des tribus du périmètre arabique.

 

Ensuite, les tribus ont conquis à leur manière, c’est-à-dire en demandant un tribut en échange de la promesse de ne pas piller. Les villes se sont donc pliées très rapidement à ce pacte, et il y a eu très peu de grandes batailles. Il n’y a pas eu non plus de pression idéologique, pas de massacre. Les fonctionnaires locaux et les notabilités se sont rapidement mis au service du nouveau pouvoir.

 

« Les idéologues du monde musulman ont cru trouver le remède en se tournant vers le passé, dans un surcroît de religiosité »

 

Dans la veine historico-critique, vos recherches conduisent à ne pas prendre les textes religieux – et, a fortiori, la tradition – au pied de la lettre. Les croyants vivent souvent mal cette démarche, qu’ils peuvent percevoir comme sacrilège. Que leur répondez-vous ?

 

J. C. : Je leur répondrais qu’il faut regarder le religieux du point de vue humain. Ils sont des croyants d’aujourd’hui, tandis que les croyants du passé appartiennent au passé. Il faut cesser de se projeter sur le passé.

 

T. R. : Les gens doivent prendre conscience de la distance qui existe entre eux et ces textes, leur contexte d’origine et notre contexte actuel. Il faudrait par ailleurs qu’ils réfléchissent sur quoi reposent leurs convictions religieuses. J’entends souvent, pendant mes cours, des étudiants désappointés lorsque je leur explique que l’épisode de la mer Rouge n’a pas d’historicité. « Si ça ne s’est pas passé comme c’est écrit, c’est que la Bible est un tissu de mensonges ? », s’indignent-ils.

 

Or, il ne faut pas le prendre comme cela. La Bible est un ensemble d’histoires qui ont donné naissance à des convictions et des croyances. Ces histoires doivent être réinterprétées. Le drame, aujourd’hui, c’est ce fantasme d’immédiateté par rapport au texte, censé nous dire de faire ci ou ça, et sur lequel chacun projette sa propre lecture.

En islam, le statut particulier du Coran, perçu comme une parole divine directe et intemporelle (théorie du Coran incréé), peut-il expliquer cette réticence vis-à-vis de l’histoire critique ?

 

J. C. : Non, je ne pense pas. Le problème, c’est la crise dans laquelle se trouve le monde musulman aujourd’hui. Jusqu’à la chute des Ottomans, les musulmans ont eu le pouvoir en continuité pendant plus d’un millénaire. Ils étaient puissants et n’avaient jamais connu un empire qui les aurait asservis, comme les Assyriens l’avaient fait avec Israël. Mais les Ottomans n’ont pas pris le tournant du modernisme, et, comme ailleurs, la colonisation leur est tombée dessus. Alors, depuis plus d’un siècle, avec le début du salafisme, les idéologues du monde musulman ont cru trouver le remède en se tournant vers le passé, dans un surcroît de religiosité et de sacralisation. Le statut du Coran n’a rien à voir avec cela.

 

« Le drame aujourd’hui, c’est ce fantasme d’immédiateté par rapport au texte, sur lequel chacun projette sa propre lecture »

 

Une question qui revient souvent à notre époque est celle des liens entre violence et monothéismes. Bible et Coran sont-ils tout aussi violents ?

 

T. R. : Entre Moïse, qui ordonne de tuer les Madianites – femmes et enfants compris –, la conquête sanglante de Josué, il y a un discours violent dans l’Ancien Testament, c’est certain. Mais c’est souvent une violence rhétorique. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que la conquête de Josué telle qu’elle est décrite dans le livre qui porte son nom n’a jamais existé : elle reprend en réalité la rhétorique militaire assyrienne pour affirmer que le dieu d’Israël égale la puissance de l’empereur assyrien.

 

Donc, oui, il y a de la violence dans le texte biblique, mais pouvait-on sérieusement imaginer un discours pacifique dans l’Antiquité ? Du reste, on compare souvent la violence de l’Ancien Testament au pacifisme supposé du Nouveau Testament… Or, à y regarder de plus près, on voit bien que ce dernier n’est pas non plus exempt de brutalité.

 

J. C. : Toute société est bâtie sur des rapports de force, qu’on le veuille ou non.

 

T. R. : Ce qui explique que, dans les faits, le judaïsme n’ait jamais été aussi violent que l’islam ou le christianisme, c’est qu’il n’avait pas les moyens de l’être, puisqu’il a toujours été minoritaire à l’échelle du monde et n’a jamais été religion d’Empire. Il s’agit de textes compensatoires d’une minorité qui essaie de s’affirmer, mais qui, en réalité, n’a pas les moyens de mettre en pratique les discours auxquels elle a recours. Et si le Dieu de la Bible présente des facettes inquiétantes, il est également le miséricordieux, l’image d’un père protecteur. L’homme est créé à l’image de Dieu… et vice-versa !

Dans le Coran, les passages violents sont-ils compensatoires ?

 

J. C. : La violence, dans le Coran, est essentiellement eschatologique [relative à la fin des temps] : lorsque Mahomet tente de rallier sa tribu à son message, il leur dit, au fond : « Vous allez voir ce qui va vous arriver après la mort. » Mais ce message ne prend pas, car les hommes de tribu n’ont que faire de la vie après la mort. Ensuite, lorsqu’il est banni de La Mecque et qu’il s’installe à Médine, il commence à faire de la politique tribale, selon les règles de son époque : la razzia, par exemple, était une technique légale donnant droit d’attaquer les caravanes non alliées.

 

Il s’agit de sociétés de petit nombre où on essaie de ne pas tuer, car cela entraînerait la loi du talion. Il faut être suffisamment malin pour piller sans tuer. Quand deux tribus étaient en conflit, si l’une était plus forte, l’autre se ralliait par pragmatisme. On ne cherchait pas le martyre mais la survie, et l’arrangement était toujours la voie privilégiée. Ce n’est que dans les sociétés de grand nombre que l’on peut se permettre de prendre le risque de se faire tuer.

 

« Oui, il y a de la violence dans le texte biblique, mais pouvait-on sérieusement imaginer un discours pacifique dans l’Antiquité ? »

 

Diriez-vous que cette conversation approfondie avec un spécialiste d’une autre discipline vous a permis de mieux saisir certains aspects de votre propre champ de recherches ?

 

T. R. C’est toujours très éclairant de recevoir un regard extérieur et de mieux comprendre les disciplines de nos collègues. Notre méthodologie nous rapproche beaucoup : en étant attentifs aux contextes dans lesquels ces religions ont émergé, nous faisons attention à ne pas reconstruire de fantasme.

 

J. C. : On a souvent une représentation totalement fantasmée du passé, parce qu’on ne prend pas suffisamment en compte l’aspect sociopolitique. Un fantasme, même « gentil », est toujours dangereux. Rêver n’est pas interdit, mais il faut garder les pieds sur terre. Or, dans nos disciplines, les croyants ont tendance à ne pas voir les choses humainement. Le rôle de l’historien est de montrer la réalité humaine, et non d’entretenir la mystification.

 

Nos connaissances en histoire des religions ont énormément progressé depuis le XIXsiècle. Pourtant, clichés et lieux communs sont toujours aussi prégnants, sans parler des dérives fondamentalistes. N’est-ce pas un peu démoralisant pour les historiens que vous êtes ?

 

T. R. : [Rires] Cela fait partie du métier. Il est en effet effrayant de voir le nombre de clichés qui circulent sur l’islam à l’heure actuelle, notamment dans la bouche de nos politiques. L’idée que l’islam serait une religion horrible est un phénomène de la modernité. Notons d’ailleurs qu’il y a autant de fantasmes sur l’islam chez les musulmans que chez les non-musulmans. Il est urgent de réfléchir à l’enseignement des religions dans les écoles, même si le sujet est compliqué en France, car on ne veut pas toucher aux convictions des uns et des autres. Mais on étudie bien les classiques grecs, l’Epopée de Gilgamesh… Pourquoi n’enseignerait-on pas les religions en utilisant la méthode historico-critique et non l’histoire sacrée ?

 

« Le rôle de l’historien est de montrer la réalité humaine, et non d’entretenir la mystification »

 

J. C. : Les programmes en histoire sont effarants. On apprend aux enfants l’histoire sainte, le discours religieux officiel, au lieu de partir de la méthode historico-critique ! On partage le discours sacralisant, ce qui entretient l’engrenage de l’histoire sacrée. Depuis quelques mois, je fais des petites vidéos de vulgarisation sur Internet (« Les Mots du Coran », sur Facebook). Les réactions sont extraordinaires ! Nombre de croyants ne comprennent pas qu’on puisse avoir une approche historique de la religion, et me demandent de quel droit j’aborde ce sujet.

 

T. R. : La tradition est le fruit d’une évolution, et non quelque chose d’immuable : beaucoup de fêtes, de rituels ne figurent pas dans les textes fondateurs. La religion ne tombe pas toute faite du ciel !

 

*Dieu de la Bible, Dieu du Coran, par Jacqueline Chabbi et Thomas Römer (entretiens conduits par Jean-Louis Schlegel), Editions du Seuil, septembre 2020.

 

Thomas Römer, spécialiste mondialement reconnu de l’Ancien Testament, occupe la chaire « milieux bibliques » du Collège de France, dont il est par ailleurs l’administrateur. Parmi ses nombreux ouvrages : La Bible, quelles histoires ! (Bayard, 2014), L’Invention de Dieu (Seuil, 2014), et L’Ancien Testament (PUF, Que sais-je ?, 2019).

 

Jacqueline Chabbi est agrégée d’arabe, professeure émérite des universités, spécialiste des origines de l’islam. Elle est, en particulier, l’autrice de : Le Seigneur des tribus. L’islam de Mahomet (rééd. CNRS Editions, 2013), Les trois piliers de l’islam. Lecture anthropologique du Coran (Seuil, 2016), On a perdu Adam. La création dans le Coran (Seuil, 2019).

 

Virginie Larousse

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 06:00

 

Tandis qu’une nouvelle classe de marchands s’enrichissait (en grande partie grâce à la colonisation, au commerce impérial outre-mer), les habitudes de luxe se répandaient au sein de la classe supérieure ; on commençait à utiliser le sucre pour impressionner et distraire.

 

On ne sera donc pas surpris d’apprendre que les cours française et anglaise souffraient d’effrayants problèmes dentaires – caries et dents manquantes, gingivites, bouches édentées et visages défigurés – tous causé par le sucre.

 

Histoire générale des drogues, traitant des plantes, des animaux et des  minéraux... avec un discours qui

 

En France, Louis XIV, employait M.Pomet en tant que « pharmacien en chef » ; ce dernier publia plus tard, en 1694, Une histoire générale des drogues, un ouvrage traduit et publié à Londres dans une version augmentée en 1712. Il consacre cinq pages au sucre – sa nature, sa culture et ses usages thérapeutiques et culinaires. Outre le goût agréable qu’il donne aux desserts et aux boissons, il est, selon l’auteur, bon pour les seins et les poumons, pour soigner l’asthme, la toux, les reins et la vessie. Néanmoins – et sur ce point Pomet doit avoir soigneusement observé Louis XIV –, « il gâte et pourrit les dents ».

 

Le Roi-Soleil se lève encore | Livres Hebdo

Louis XIV peint par Rigaud : le portrait en majesté - Hyacinthe Rigaud  (1659-1743) : Le blog

 

En 1701, Hyacinthe Rigaud a peint un magnifique portrait de Louis XIV, le « Roi Soleil », alors âgé de soixante-trois ans. C’est une mise en scène majestueuse du pouvoir royal, accompagné de tous les symboles de la richesse et de l’autorité régalienne. Ce petit homme chauve semble de grande taille, la tête couverte d’une perruque frisée. L’habileté et les artifices déployés par l’artiste étaient néanmoins impuissants devant l’état de la bouche et des joues. Louis était « un roi sans dents ». Il les avait toutes perdues à l’âge de quarante ans, malgré les soins de son escouade de médecins qui lui prodiguaient les meilleurs traitements de l’époque. Alors qu’ils veillaient à son bien-être général, ils ne portaient aucune attention à sa consommation de sucre.

 

Élisabeth Ire, reine d'Angleterre (1558-1603)

 

Sous le règne d’Elizabeth 1er (1558-1603), le sucre était extrêmement populaire au sein de la société anglaise. On en mangeait et buvait en abondance (le Falstaff de Shakespeare aime ses vins doux, rendus plus suaves encore par l’ajout de sucre), et l’on se délectait de somptueuses manifestations de puissance et de prestige, où le sucre occupait une place de choix. »

 

En 1597, alors qu’elle a soixante-quatre ans, l’ambassadeur français note : « ses dents sont très jaunes et irrégulières. Il lui en manque beaucoup, au point que l’on a de la peine à comprendre lorsqu’elle parle vite. » Un an plus tard, un autre visiteur constate qu’elle a les dents noires. »

 

Ces dernières années, les archéologues ont montré que nos ancêtres ne souffraient pas de problèmes dentaire, comme on l’imagine souvent – du moins pas avant l’apparition du sucre raffiné. Étonnamment, on doit de précieuses données à l’éruption dévastatrice du Vésuve.

 

L’examen au scanner des ossements de trente personnes a notamment mis en évidence un état dentaire tout à fait remarquable. Les scanners, les rayons X et les autres analyses montrent que les victimes (hommes, femmes, enfants) n’avaient pas besoin de traitement dentaire ; peu d’entre eux souffraient de caries. Au moment de leur mort, leurs dents étaient très saines.

 

D’après Colin Jones : « Les bouches édentées étaient une réalité de la vie d’adulte dans l’Ancien Régime européen […]. Quand le sucre a gagné le bas de l’échelle en France, il a produit les mêmes dégâts.

 

The Times le 20 mars 2015 passe un message simple :

« LES DENTS POURRIES SONT LA RAISON SECRÈTE POUR LAQUELLE LES ADOLESCENTS NE SOURIENT PAS »

 

Louis XIV n’aurait pas été dépaysé, conclut James Walvin dans sa remarquable Histoire du sucre histoire du monde dont sont tirés ces extraits.

À suivre…

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 06:00

Paola Abraini Stende mentre il Filindeu

Les « fils de Dieu », c’est littéralement le sens du mot sarde Filindeu.

 

L’origine du mot semble pourtant remonter à l’arabe « fidaws », ce qui signifie que les cheveux, précisément à cause de l'extrême minceur de ce type de pâtes. « fideu »à Valence du «fideos» espagnol.

 

Art très ancien, qui remonte à plusieurs siècles, une des plus anciennes traditions d'Europe alliant la simplicité des ingrédients : semoule de blé dur, eau, sel, et complexité technique entre les doigts des femmes sardes.

 

Eliot Stein, ICI  journaliste et écrivain américain, qui s’est rendu à Nuoro pour interviewer Paola di cui Abraini, 64 ans l’une des dernières gardiennes de cet art ancien, seulement cinq personnes aujourd'hui sont en mesure de réaliser à la main les filindeu, écrit :

 

« Loin de ses plages céruléennes, l'intérieur rocheux de la Sardaigne est un labyrinthe de fissures profondes et de massifs impénétrables qui protègent certaines des plus anciennes traditions d’Europe ».

 

L’essentiel de cette recette simple et extraordinaire, est le sens du toucher, c’est lui qui fait la différence, la mémoire des mains qui ont répété les gestes des milliers de fois, la sensibilité des doigts qui captent la texture de la pâte pour savoir si elle a atteint la bonne tension. Cette mémoire tactile permet de comprendre ce qu'il faut ajouter à la pâte, l'eau douce ou salée, et en quelle quantité. La chaleur de la main contribue à donner de l'élasticité à la pâte, de lui transmettre la vie, en faire une chose vivante.

 

Lorsque le mélange a atteint la consistance parfaite, il faut tirer les pâtes avec de grands gestes et, à partir d'une pâte unique, en 8 étapes, obtenir 256 fils très minces, qui sont ensuite superposés en trois couches sur des plateaux en bois forme ronde et aplatis. Autrefois les femmes utilisaient des feuilles séchées d’asphodèle entrelacées pour former un plateau. Le filindeu est laissé au soleil et à l'air pour sécher. Enfin, les brins de pâtes du parchemin sont cassés. Ils sont prêts à être consommé. Le filindeu est si mince que sa cuisson dure moins d'une minute. Traditionnellement le filindeu est jeté dans un bouillon mangent du mouton et assaisonné avec du pecorino frais.

 

Dans la tradition sarde, dans les villes de Nuoro et Lula, le filindeu est toujours offert à ceux qui participent au pèlerinage en l'honneur de saint François de Lula.

 

 

La grande écrivaine Grazia Deledda, prix Nobel de littérature en 1926 décrit la fête dédiée à saint François, et parle du filindeu et de la recette traditionnelle:

 

« Tout le blé accumulé est réduit au pain et à la soupe, une sorte de soupe appelée « filindeu ». c’est une soupe très spéciale pour ces vacances. Elle ressemble à un grand-voile et son nom signifie peut-être « fils de Dieu ». Le filindeu est assaisonné avec du fromage frais. Il est considéré comme presque miraculeux et est donné aux malades ».

 

Mais, me direz-vous, pourquoi ce matin nous faire tout un fromage à propos des filindeu ?

 

La réponse est là :

 

Les pâtes, une passion française ICI 

 

De recettes authentiques en plats sophistiqués, de trattorias en tables huppées, les stars transalpines prennent du galon au Panthéon de la gastronomie hexagonale.

 

Minestra de tubetti et cocos de Paimpol, tomates, n'duja et basilic, chez Passerini, à Paris, le 24 septembre.

Minestra de tubetti et cocos de Paimpol, tomates, n'duja et basilic, chez Passerini, à Paris, le 24 septembre. FREDERIC STUCIN POUR « LE MONDE »

 

« Il existe une variété presque infinie de pâtes. Elles sont différentes suivant les régions, les provinces, parfois d’un village à l’autre », Giovanni Passerini, chef de Passerini, à Paris.

 

La preuve :

 

 

Dans une rue sans âme du 15e arrondissement de Paris, il suffit de pousser la porte du Ristorantino Shardana ICI  pour découvrir toute la richesse des spécialités sardes. Aux commandes de cet établissement au look de paillote avec son faux toit de paille, un magicien de 32 ans, Salvatore Ticca, fait goûter pour une vingtaine d’euros des raretés exquises. Le patron, débordant d’enthousiasme, présente chaque variété comme un trophée, ces filindeu par exemple, des fils de semoule de blé très fins imbriqués puis séchés à plat, composant comme une feuille de matière textile. « Ce sont les pâtes les plus rares au monde, je ne connais que trois vieilles dames qui savent les fabriquer dans un petit village de l’est de la Sardaigne », explique le chef tout sourire qui les fait cuire dans un bouillon avec des morceaux de rascasse.

Ristorantino Shardana

134 rue du Théâtre
Paris 15e
Tél. 06 25 19 53 07
Carte : 45-65 €
Fermeture hebdo. : Lundi, dimanche
Métro(s) proche(s) : Emile Zola
Site: www.restaurant-shardana.fr

À la découverte des pâtes les plus rares du monde ICI 

Un petit détour par Nuoro, en Sardaigne, où seules trois femmes sont encore en mesure de fabriquer ces pâtes pas comme les autres.

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 06:00

Reiser et l'écologie NE | Éditions Glénat

La bataille fait rage pour la reprise de Bio C' Bon ICI 

 

Carrefour, Auchan, Casino (via Naturalia)µ, Biocoop et la famille Zouari : la chaîne de 120 magasins bio suscite la convoitise. Le réseau est à l'agonie, mais ses emplacements sont excellents et le marché toujours porteur.

 

https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAyMDA5ZmRjY2VmYWZmZTRlYTQ2NzZiYThlNjYzMGE3MTQxMGQ?width=1260&height=712&focuspoint=50%2C25&cropresize=1&client_id=bpeditorial&sign=4bde59a8426bcf4128f5188bb900e62fa3308ab74d3e3cc399a0e12dc4cff460

*Naturalia retire son offre de reprise de l'enseigne Bio c' Bon

- L'enseigne bio du groupe Casino s'était associée à l'ancien patron de Monoprix Bernardo Sanchez Incera pour reprendre l'enseigne en redressement judiciaire. Elle pointe «des zones d'ombre» persistantes à propos de Bio c' Bon.

 

Le titre de cette enseigne m’a toujours fait sourire car c’est faux le bio n’est pas forcément bon ; depuis toujours adepte d’une consommation responsable et le plus possible locale, je n’achète pas mes fruits et légumes dans les magasins bio mais à Terroirs d’avenir dont les engagements vis-à-vis de ses producteurs-fournisseurs m’apparaissent fiables. Pour les produits carnés, le pain, le beurre, les produits laitiers même tarif j’ai mon carnet d’adresses, c’est parfois bio ou pas.

 

 

Pour autant, je suis depuis des décennies un ardent défenseur de la culture et de l’élevage propre, partisan des circuits courts permettant d’identifier et de vérifier les méthodes du producteur ou de l’éleveur, comme je l’ai précédemment écrit : le label bio est la porte ouverte aux prédateurs de la GD.

 

Pour le vin, même attitude, le refrain bio est un masque pour ceux qui continuent de faire du vin avec des poudres de perlin-pinpin. Je mets au défi les dégustateurs patentés, à l’aveugle de faire la différence entre un vin bio et un vin tradi, seul les vins nu qui puent sont sans souci identifiable (rires)

 

1 décembre 2016

Dans le vin : « Le cahier des charges de la vinification permet à l’industrie de bénéficier du label bio, tout en gardant des pratiques très interventionnistes » Lionel Labit Nature et Progrès… ICI 

 

5 mars 2018

L’appétit des gros pour le bio n’est pas nouveau : Carrefour est le n°1 Danone veut devenir le leader mondial. ICI 

 

 6 février 2019

Bio par ci, bio par là, les médias en font tout un plat, raisins bio, vins bio, mais le consommateur sait-il de quoi les sachants lui parlent ? ICI 

 

Les imposteurs du BIO - Brusset, Christophe - Livres - Amazon.fr

 

 

Comme le dit Christophe Brusset, ancien cadre de l'agro-industrie, déjà auteur de Vous êtes fous d'avaler ça !, dans une interview accordée à Pauline Vallée*, lors de la parution de son nouveau livre-enquête qui paraît le mercredi 7 octobre en librairie, Les imposteurs du bio, le bio est victime de son propre succès...

 

L'écologie selon Reiser dans une anthologie aussi hilarante que déprimante  | Le HuffPost

 

Les derniers chiffres de l’Agence bio montrent que, si les Français sont de plus en plus nombreux à manger bio, les deux tiers d’entre eux doutent de la fiabilité de ces produits.

 

À raison ?

 

Le cahier des charges actuel pour le bio est un contrat a minima, fait pour soutenir le marché, mais pas pour informer le consommateur ou tirer la qualité vers le haut. Les producteurs bio ne sont par exemple contrôlés qu’une seule fois par an. La nouvelle législation européenne [qui entrera en vigueur au 1er janvier 2021 ndlr] prévoit même d’abaisser la fréquence des contrôles à une fois tous les deux ans chez les "bons élèves".

 

La réglementation bio européenne s’applique à l'ensemble des membres de l'UE. Dans les faits, on observe de grosses disparités entre les pays. Le bio italien est complètement gangrené par la mafia, alors que le comportement des acteurs de la filière est plus vertueux en Allemagne, en Autriche et en Europe du nord.

 

L’intégralité de l’interview ICI 

 

Amazon.fr - Les imposteurs du BIO - Brusset, Christophe - Livres

Prix, mafia, faux certificats : enquête sur "les imposteurs du bio"ICI

Des amis, ­Christophe Brusset en avait encore "trop", alors il a eu envie "de faire un peu de ménage". Il plaisante, mais il est tout de même un brin inquiet. Car si cet ancien cadre de l'industrie agroalimentaire a cette fois décidé de s'attaquer aux "imposteurs du bio", il demeure un fervent défenseur de cette agriculture. 

 

"Je viens d'ailleurs de déménager en Autriche, pays le plus bio d'Europe, précise-til. Je veux juste secouer le cocotier." La recette d'un succès assuré, à en juger par les ventes (100.000 exemplaires) de son premier livre, paru en 2015, Vous êtes fous d'avaler ça!, dans lequel l'ex-acheteur de matières premières dénonçait les dérives des industriels de l'agroalimentaire, en s'appuyant sur des exemples spectaculaires (piment moulu aux crottes de rat, thé bio aux pesticides…)

Marges "hallucinantes", fraudes, opacité : quand le bio vire à l'imposture ICI

 

Plusieurs études très sérieuses ont été menées sur le sujet. Lorsque l’on compare le prix d’achat payé au producteur par les grandes surfaces, et le prix de vente en rayons, on s’aperçoit que les marges sur le bio sont largement supérieures à celles pour les produits conventionnels. Cela va jusqu’à 90 % pour certains fruits et légumes, ce qui est totalement hallucinant et injustifié !

CHRISTOPHE BRUSSET (auteur de "Les imposteurs du bio")

 

D’après de toutes nouvelles méthodes d’analyse, encore au stade expérimental, 80 % des denrées labellisées qui viennent de ce pays contiennent en fait des engrais de synthèse ! On est sur de la fraude à grande échelle.

CHRISTOPHE BRUSSET (auteur de "Les imposteurs du bio")

Les Zouari revalorisent leur offre pour Bio c’Bon [Exclu LSA] ICI

 

LSA s’est procuré la nouvelle lettre que viennent d’adresser les candidats Zouari et Gilles Pillet-Pellorce aux salariés de Bio c'Bon dans le cadre du projet de reprise de l'enseigne. Les potentiels repreneurs revalorisent leur offre et s’engagent désormais à reprendre 100 % du parc et des salariés. Ils détaillent également les axes de travail prioritaires.  

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 06:00

20121009-Vignobles.jpg

Le sieur Jérémie Couston, ci-devant journaliste cinéma à Télérama, cosignataire d’un opus le Glou guide 3 proposant uniquement de nouvelles cuvées, du premier guide de vins naturels dont toutes les bouteilles présentées sont à moins de 15 euros, qui d’ailleurs n’a pas commis depuis un bail un article sur les vins nu dans les colonnes de ce magazine très comme il faut, auquel je suis abonné depuis Mathusalem, aurait dû conseiller aux faiseurs de titre de ne pas nous embeurrer avec l’érection future d’un Grand Cru dans la modeste IGP Île-de-France, reconnue depuis le 19 mai.  

 

Glou guide 3

 

Faut arrêter de nous la jouer sur le mode petit sécateur de notre cher Hubert, pour qui sonnent les cloches, ou de La Romanée-Conti du joyeux Aubert, ce goût immodéré de la presse de racoler avec des titres, qui se veulent accrocheurs, me gonfle. Pourquoi pas un classement type Saint-Émilion, ça donnerait du grain à moudre à Me Morain.

 

Les vignes de Suresnes font partie des plus anciennes et importantes de la région.

Les vignes de Suresnes font partie des plus anciennes et importantes de la région.  © Florie Castaingts - France 3 Paris Ile-de-France

 

Bref, pour ne rien vous cacher, ce qui m’intéresse dans cette affaire, c’est qu’avec la libération des droits de plantation à venir cette petite IGP va « faire chier » (désolé je suis vulgaire) les champenois et mettre un peu de clarté dans les étiquettes parisiennes :

 

« Attention toutefois de ne pas se mélanger les étiquettes avec certains vins de négoce, comme c’est le cas du « Petit Parisien » vu en rayon chez Monoprix. Ces flacons en trois couleurs, s’ils sont bien vinifiés et élevés intra-muros (rue de Turbigo, 3e) par les Vignerons parisiens, viennent de grains cultivés en vallée du Rhône notamment. Ils ne remplissent pas le cahier de charges de l’IGP IDF. Idem pour ce « Don Paris », un blanc pétillant concocté par la Winerie parisienne à partir d’un cépage… corse ! »

 

 

C’est dire si l’IGP fait du bien, car elle garantit un vin produit avec 100 % de raisins franciliens. Et des perspectives de ventes meilleures en matière de prix et de notoriété.

 

 

Bravo aussi à Patrice Bersac, président du Syndicat des vignerons d’Île-de-France.

 

 

Un grand jour également pour Patrice Bersac, président du Syndicat des vignerons d’Île-de-France. « Il mérite une statue », lance Daniel Kiszel à l’adresse de cet ingénieur Arts et Métiers, vigneron lui-même à Provins.

 

 

« Cette IGP, commente sobrement l’intéressé, est une excellente chose, car elle est le seul moyen de valoriser le travail du vigneron en lien avec son territoire. »

 

 

Aujourd’hui, l’aire de l’IGP IDF concerne 404 communes des huit départements de la région, auxquels s’ajoutent l’Oise et une frange de l’Aisne et de l’Eure-et-Loir.

 

En chiffres :

 

Selon le Syvif (Syndicat des vignerons d’Île-de-France), la superficie plantée en Île-de-France avoisine les 100 ha, dont 20 ha de vignes en Seine-et-Marne, 34 ha dans les Yvelines et un 1 ha dans le Val-d’Oise. Auxquels s’ajoutent des plantations dans l’Aisne et l’Oise (IDF viticole historique). L’IGP pourrait couvrir 1 000 ha en 2030 | www.syvif.vin/  

 

Où les trouver ?

 

Cuvées blanc et rouge du Domaine Bois Brillant, en vente au caveau de Vigne EnVie, 30, rue de la Brosse, 77 Guérard | 15 €/bout. | Rens., visite, dégustation et atelier : 06 16 93 31 14. |

Cuvées 2019 blanc et rouge du Domaine la Bouche du Roi, en vente en ligne ou au chai, 14, rue Saint-Jacques, 78 Davron | 23 €/bout. | Visite du domaine (2 h, sur rés., 49 €/pers.) : la-bouche-du-roi.com/

 

|

Le Clos du Pas Saint-Maurice, en vente (11-14 €/bout.) à l’Office de tourisme, 50, bd Henri-Sellier, 92 Suresnes, du mar. au sam., 10h-12h et 13h-17h | Visites gratuites de la cave en présence du vigneron | Rens. : 01 42 04 96 75. |

 

 

Pour réserver sa bouteille de Clos Ferout : ICI

 

Enfin le sous-titre ne casse pas trois pattes à canard aussi :

 

Une Indication géographique protégée vient saluer le savoir-faire de vignerons qui ancrent une production de qualité dans la région.

Article réservé aux abonnés  6 minutes à lire

Pierre Pinelli

 

Publié le 30/09/20 ICI

 

Vendange chez Daniel Kiszel à Guérard (77)

Vendange chez Daniel Kiszel à Guérard (77)

Léa Crespi

 

18 mars 2010

Le Vin de Suresnes : le passé, le présent avec Chopin sous la baguette du maestro Perico Légasse ICI 

 

« Rien ne surprend davantage un amateur de vin d’aujourd’hui*, que le réputation des vins d’Ile-de-France au temps jadis » Vins d’Argenteuil, du Laonnois, de Marly, de Meulan, de Montmorency, de Pierrefitte, de Deuil, de Saint-Yon, étaient connus : on savait distinguer ces crus les uns des autres.

 

Au commencement du XVIIIe siècle, Paumier, médecin normand, qui a écrit sur le cidre et le vin, ne parle qu’avec enthousiasme des vins français, car c’est ainsi que l’on désignait les vins de l’Ile de France. Il va jusqu’à leur donner la préférence sur ceux de Bourgogne : « Tout ce que peut prétendre celui-ci, dit-il, quand il a perdu toute âpreté, et qu’il est en sa bonté, c’est de ne point céder aux vins français ».

 

Le vin de Suresnes était l’un des plus connus de ces vins français.

 

« C’est le premier vin, dit, l’Encyclopediana, qu’on ait vanté en France. »

 

8 janvier 2010

On m'dit que Périco Légasse fait le vin de Suresnes mais pourquoi diable le maire recherche-t-il un vigneron désespérément ! ICI 

 

Pour moi y’a un lézard quelque part, je lis dans le Télégramme de Brest que la ville de Suresnes « cherche vigneron désespérément ». Fort bien me dis-je, puisque tout le monde en parle, y compris les télés, c’est donc terriblement important comme info, même si les vendeurs de papier ou d'images nous servent tous la même tartine avec la même confiture dessus. Je cite le Télégramme : « A cinq kilomètres de la Tour Eiffel, Suresnes est à la recherche d'un vigneron pour s'occuper de ses 4.800 pieds de vigne, étendus sur un hectare, sur les pentes du Mont-Valérien. La grimpante rue du Pas-Saint-Maurice mène aux vignes municipales. Avec vue sur le Sacré-Cœur et la Tour Eiffel. Au milieu, un bâtiment moderne abrite la cave, réalisée d'après les plans de l'œnologue Jacques Puisay (sic).« Depuis dix ans, nous produisons dans les règles de l'art du vin, autorisé à la vente. L'Institut français du vin (sic) nous aide à constituer un dossier pour l'obtention du label d'Identité géographique protégée, souligne Jean-Louis Testud, adjoint au maire de Suresnes, en charge des vignes depuis 1983. »

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13 octobre 2020 2 13 /10 /octobre /2020 06:00

 

Un peu de géographie de la Vendée pour les Nuls :

 

  • Soullans c’est tout près de Challans dans le Marais Breton cher à René Bazin.

 

  • Olonne-sur-Mer c’est la « banlieue » des Sables-d’Olonne, sur la côte, souvent sauvage, qui borde le bas-bocage dont la Mothe-Achard est l’un des derniers patelins. Pour nous y rendre, en car Citroën, nous passions par Saint-Mathurin.
  •  

 

 

Souvenirs

 

Le beurre de la Tante Valentine baratté à la main dans un tarrasson de crème fraîche, salée au gros sel, posée dans sa dorne, égoutté puis tassé dans un moule en bois dentelé lui imprimant des petites fleurs, empaqueté dans du papier sulfurisé, stocké dans la garde-manger de la souillarde et mangé par votre serviteur sur des tartines de pain de quatre de chez Remaud au petit-déjeuner et au goûter avec des carreaux  de chocolat Poulain.  

 

26 octobre 2006

 

Le bon beurre de la tante Valentine...ICI 

 

 

 

Lorsque la sonnette de l'écrémeuse commençait à tinter, ma chambre était au-dessus de la laiterie, je savais que la crème allait commencer de s'épandre dans le tarrasson. La tante Valentine, préposée au beurre, après en avoir fini avec l'écrémeuse, déposait le tarrasson de crème au frais et lorsque celle-ci était raffermie, elle y jetait une poignée de gros sel, puis assise sur une chaise paillée, à la main, elle barattait avec un pilon de bois.

 

 

Tant que j’ai vécu au Bourg-Pailler je n’ai accepté de manger que du beurre de la tante Valentine ; à la Mothe-Achard il y avait le vendredi un marché au beurre sur la place des Tilleuls près de l’église Saint-Jacques où les fermières venaient vendre leur beurre aux négociants approvisionnant les BOF. Mémé Marie, qui vendait ses poulets au marché de volailles sur la place du vieux château, n’y a jamais mis les pieds, la charité chrétienne ne l’empêchait pas de dire que beaucoup étaient rances et que certaines y glissaient un peu de purée de patates, et c’était pure vérité.

 

Marie-France Bertaud c’est un blog :

 

UNE CUILLERÉE POUR PAPA ICI 

Texte de Marie-France Bertaud sur Face de Bouc ICI

 

 

Il faut que je vous parle d'un magasin à la ferme vraiment formidable. C'est à Olonne-sur-Mer et il s'appelle la Ferme de la Goulpière. C'était ma première visite, j'ai été conquise !

 

Voilà qui me conforte plus que jamais dans mon choix de faire travailler directement les producteurs.

 

La ferme de la Goulpière, c'est une affaire familiale. Parents, enfants, gendres... tout le monde s'implique avec passion et chaque génération apporte ses connaissances pour faire évoluer l'affaire, de manière positive, en gardant toujours les mêmes valeurs du départ, transmises par les parents.

 

Valeurs de la qualité du produit et du respect du client. Des produits certifiés "bio" depuis déjà belle lurette.

 

Donc, à la Ferme de la Goulpière, on y trouve de tout ou presque. De la viande de boeuf, du porc, de la volaille en direct de la ferme et transformés sur place.

 

Mais aussi des oeufs, du lait cru- on se sert directement à une "bonbonne" dans des bouteilles en verre consignées, ainsi que des laitages maison, des fromages excellents affinés dans une salle de halage à l'arrière du magasin et du beurre, du vrai moulé à la baratte ! Trop trop bon !

 

Et on y trouve aussi des fruits et légumes et produits d'épiceries provenant de producteurs locaux.

 

La qualité tient toutes ses promesses. J'ai préparé un énorme poulet fermier dont je vous donnerai prochainement la recette. je me suis régalée avec la crème chocolat.

 

Bref ! Je vous recommande chaudement cette adresse formidable à laquelle je consacrerai un article plus complet sur le blog, parce qu'elle le vaut bien.

 

Ferme de la Goulpière - route de Sainte-Clementine en direction de Sainte-Foy à Olonne-sur-Mer ICI

Les photos sont de Marie-France Bertaud

 

 

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12 octobre 2020 1 12 /10 /octobre /2020 07:00

Le domaine de Casabianca (469 hectares, dont 228 de vignes) sur la Plaine orientale de la Corse.

Je ne m’explique pas comment ce livre, les INVISIBLES d’Antoine ALBERTINI, publié en mars 2018, a pu échapper à ma veille corse. Sans vous tartiner de nouveau mes souvenirs de « monsieur agriculture Corse » sous l’égide de Michel Rocard, vous reporter ICI, je me souviens de la journée passée, comme témoin dans l’affaire du détournement des crédits agriculteurs en difficulté, dans le cabinet du juge Duchaine. « Comment expliquez-vous que l'Etat ait pu consacrer plus de 440 millions de francs à la mesure [Nallet], alors que l'enveloppe prévue était de 185 millions ? » m’avait demandé le magistrat.

 

© Photographies Yann Rabanier

 

J’avais expliqué au juge Duchaine, une pointure ICI , la mécanique infernale qui présidait à l’attribution de ces aides, tout comme des prêts (faux) du Crédit Agricole ICI : les représentants officiels de la profession agricole, dont tout le monde savait qu’ils étaient « pourris » jusqu’à l’os, le président du plus puissant Office Corse par exemple, tenaient le haut du pavé, faisaient financer des boîtes de nuit ou l’achat de terre en Amérique du Sud, et les pouvoirs publics fermaient les yeux. L’heure était au combat contre les nationalistes, nettoyer les écuries d’Augias n’était pas à l’ordre du jour. Simple remarque, toutes ces procédures n’ont débouchées sur aucune condamnation.

 

« Se revoit-il quinze ans plus tôt, alors magistrat à Bastia, perquisitionner ce même ministère de l’Économie et des Finances dans l’affaire des faux prêts du Crédit agricole en Corse ? »

 

Les invisibles, du Maroc à la Corse

 

Les invisibles, du Maroc à la Corse | Le Club de Mediapart

15 MARS 2018 par D. CODANI BLOG : DIDIER CODANI blog de Médiapart

 

Pour les lecteurs du continent, le tableau clair et net que peint Antoine ALBERTINI à coups de clavier et de stylo est surprenant. Ils découvrent que le gros des immigrés dans la plaine orientale de Corse (Marocains pour la plupart) ne sont pas des « parasites de la société » vivant d’allocations, mais de vrais ouvriers agricoles discrets, efficaces, exploités autant sinon plus par leurs « compatriotes » qui les font payer à l’avance depuis le Maroc pour les « présenter » à un éventuel « employeur » Français et ensuite pour les « loger » dans des taudis immondes, que par quelques patrons « négriers ».

 

Ce livre est spécial, d’abord parce qu’il nous trompe, et ensuite parce qu’il a raison de tenter de nous tromper.

 

Précisons tout de suite que je l’ai lu entièrement.

 

Vivant en province, j’ai cru cette formalité indispensable.

 

Disons aussi un mot de l’auteur, que je connais en personne un peu plus que juste de réputation. Correspondant du journal « Le Monde » c’est pour certains la bénédiction des bien – pensants. Donc forcément il va nous décrire, sur du papier de soie, dans une novlangue de qualité, des clichés bien cadrés à gauche.

 

Essayer de classer Antoine ALBERTINI à gauche ou à droite en commentant  son bouquin… c’est un peu comme prendre un peigne et se demander si on va lui faire la raie à gauche, à droite ou au milieu. Ceux qui connaissent l’artiste de visu comprendront tout de suite que c’est impossible !!!

 

La suite ICI 

 

« Ce n’est pas un Cluedo. On ne cherche pas à savoir si c’est le colonel Moutarde avec un chandelier dans la bibliothèque. C’est moins cette enquête criminelle-là qui prend le dessus que le besoin de comprendre comment fonctionne ce système clos sur lui-même des invisibles sur la Plaine orientale. Et c’est là que je me dis que le sujet d’enquête est là », indique Antoine Albertini.

 

« La violence quand elle s’exprime sur des heures de travail, sur des travails mal payés, sous-payés, des conditions de vie déplorables, c’est déjà une grosse violence. Mais là en plus quand on s’aperçoit que ça peut aller jusqu’au crime, on se dit que l’on franchit un pas », explique Grégoire Bézie qui a travaillé sur l'enquête avec Antoine Albertini.

 

Avec Les Invisibles, l'auteur n'espère pas résoudre la situation en Plaine orientale mais peut-être plus simplement une prise de conscience de tout un chacun. « J’ai voulu exposer un problème, une situation et dire aux gens : ‘À côté de vous, à 6, 10, 30 kilomètres de là où vous habitez, parfois à deux pas il y a des gens qui vivent dans des taudis. Ils sont exploités, parfois battus et qui sont humiliés », continue Antoine Albertini.

 

Selon le journaliste, les autorités seraient réticentes à agir puisque ce système soutiendrait des pans entiers de l'économie corse. Les invisibles ne sont pas prêts de disparaître

 

La côte orientale

 

LA PLAINE ORIENTALE

 

« Il existe deux manières de considérer la Plaine orientale de la Corse, une bande de terre de dix kilomètres de large sur près d’une centaine de long, qui s’étire depuis le sud de Bastia jusqu’aux plages de sable blanc de Porto-Vecchio et Bonifacio, le long de la route territoriale numéro 1O, que tout le monde continue d’appeler la « nationale » ou la « quatre-voies ».

 

La première consiste à quitter cet axe routier très fréquenté pour emprunter les routes secondaires. À l’ouest, vers l’intérieur des terres, on découvre de magnifiques villages aux placettes veillées par d’antiques chapelles et de vieilles maisons de pierre qui refusent obstinément de n’être plus rien. De la Casinca au Fium’Orbu, ce côté-ci du paysage offre d’immenses châtaigneraies, des fleuves et des rivières – le Fium’Altu, l’Alesani, la Bravona – où fraient parfois les saumons de fontaine dans l’ombre des forêts et de bouquets de chênes verts, de frênes, d’ifs et d’arbousiers. On y cueille l’asphodèle et la digitale pourpre, l’hellébore, l’immortelle, c’est une région de parfums et de saisons encore respectées, de légendes et de clochers centenaires, une terre riche et accueillante où l’on a longtemps pratiqué le partage des cultures, où vibre encore un peu de l’âme corse.

 

Dans la direction inverse, c’est-à-dire en se rapprochant de la côte, on quitte la RT 10 pour approcher les endroits du littoral encore préservés. Au bord des étangs de Diana, de Palu ou d’Urbinu, d’où les patriciens de la Rome antique faisaient venir leurs huîtres, il est encore possible d’apercevoir des colverts et des sarcelles, des foulques, des compagnies de grands cormorans et les silhouettes précieuses des flamants roses, quelques tortues d’Hermann, des busards des roseaux et des hérons pourprés qui s’attardent au crépuscule sous le ciel embrasé.

 

Mais la plupart des visiteurs qui traversent la région ignorent tout de ces merveilles. Ils se contentent de filer à 110km/h le long de la nationale pour faire halte dans n’importe quel Canaan pour touristes décavés semés au bord de la mer. À l’intérieur de la berline familiale aux vitres remontées, la climatisation poussée à fond, le soleil des congés payés laisse entrevoir les percées urbaines et des dizaines de campings, une enfilade de centres commerciaux et de stations-services ponctués de panneaux criards annonçant des opérations immobilières en cours et leurs infinies déclinaisons de « dispositifs fiscaux avantageux », les lotissements aux murs jaunâtres et rose tendre, un fort contingent de résidences hôtelières défraîchies et de centres de vacances à la mode des années 70, tout ce que l’industrie des loisirs peut offrir de médiocrité urbanistique et esthétique.

 

C’est ici que l’île a entamé son agonie et, paradoxalement, c’est ici que se dessine son futur, un avenir proche et désincarné où les métastases périurbaines coloniseront définitivement le territoire en lançant leurs « ensembles résidentiels » à l’assaut des piémonts encore vierges, où le littoral se prostituer à la spéculation effrénée des marchands de loisirs – un cauchemar pavillonnaire jalonné de snacks pour vacanciers fauchés, de grandes surfaces et de désillusions. »

 

MAIS

 

« La plaine orientale est aussi la première région agricole de l’île, particulièrement à proximité immédiate de Ghisonaccia et d’Aleria, ses deux « capitales historiques ».

 

[…]

 

« … en 2010 (…) la production brute standard, indicateur qui imite le PIB en matière d’agriculture, s’y établit à 67,28 millions d’euros : c’est la moitié des sommes générées par l’agriculture dans toute la Corse Au nombre de 162, les grandes exploitations y sont majoritaires, quand presque partout ailleurs prédomine le modèle d’une agriculture familiale et montagnarde.

 

On y compte plus de cinq cents exploitations viticoles et arboricoles, plus de six mille hectares cultivés (et deux mille de plus si l’on inclut les terres du nord de la Plaine, en Casinca) : c’est davantage que toutes les surfaces cultivées de tous les terroirs de l’île et, note l’Atlas agricole de la Corse, « un tiers des surfaces agricoles dédiées à l’arboriculture et près des deux tiers de celles dédiées à la viticulture ». À quoi il convient d’ajouter plus de mille hectares de cultures céréalières, quatre cent cinquante de maraîchage, un cheptel de 45 000 vaches, chèvres, brebis. 

 

Ce petit miracle économique a été rendu possible par le développement de l’irrigation et de l’assèchement des marais insalubres, entamé puis abandonné par l’État en 1935 avant que l’armée américaine ne règle définitivement la question à coups de DDT lord de la Seconde Guerre mondiale… »

 

C’est une autre histoire, importante pour l’émergence du nationalisme en Corse : « En 1975, le point de rupture est atteint lorsqu’une maigre troupe de l’Action régionaliste corse emmenée par Edmond Simeoni, un jeune et charismatique médecin bastiais, investit la cave d’un rapatrié impliqué dans un énième scandale financier, à Aleria. Les guérilléros de circonstance sont treize, pas un de plus, armés de pétoires de chasse et d’un drapeau à la tête de Maure. Leurs intentions sont claires : lassés de prêcher dans le désert, ils souhaitent attirer des médias jusque-là peu sensibles à leur cause et plier bagage après une conférence de presse.

 

Mais en guise de réponse, le prince et ministre de l’Intérieur, Michel Poniatowski dépêche sur place un corps expéditionnaire de deux mille gardes mobiles et CRS appuyés par des hélicoptères et des blindés légers. L’assaut est donné dans l’après-midi d’une journée d’août 1975. Deux membres de l’ordre y perdent la vie. Le docteur Simeoni est emprisonné après avoir exigé la liberté pour ses camarades.



22 août 1975 - La Corse ensanglantée - Herodote.net

22 août 1975

La Corse ensanglantée

ICI

Le nationalisme corse vient de naître.

 

Dans la Plaine orientale. »

 

Amazon.fr - Aleria 1975, tome 1 : Escrocs fora ! - Frédéric Bertocchini,  Michel Espinosa - Livres

La France organise un pont aérien pour faire venir plus de 900 saisonniers marocains en Corse ICI

Pour sauver les récoltes de clémentines, les agriculteurs corses ont financé cinq vols devant acheminer ces travailleurs agricoles. Un protocole exceptionnel a été mis en place.

Chiffres clés édition 2019

XI ème édition de l’annuaire agricole corse réalisé en collaboration avec l’ODARC et la Chambre régionale d’agriculture de Corse. Bilan de campagne 2018 des principales productions végétales et animales, l’ouvrage propose une présentation synthétique des données et de leur évolution sur cinq années aiLe « Panorama de l'agriculture en Corse » un document essentielnsi qu’un résumé des faits marquants de la campagne n-1.

Corse - Le domaine viticole de Casabianca vendu à la Safer ICI

Le domaine de Casabianca, présenté comme l'un des plus grands domaines viticoles de Corse, placé en liquidation judiciaire depuis janvier 2017, a été vendu sur décision de justice à la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer).

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11 octobre 2020 7 11 /10 /octobre /2020 07:00

Les années 70 - 1972 - mon'Yeu

En effectuant des recherches pour une chronique je suis tombé nez à nez avec un titre d’Ouest-France (je suis abonné) publié le 18/04/2015 : L'héritage familial de Jean Neveu-Dérotrie par Philippe GILBERT.

 

Jean Neveu-Dérotrie, ancien antiquaire challandais, défend aujourd'hui le livre de sa grand-tante, Michelle, sur l'île d'Yeu.

 

Quel livre !

 

Regards de femme est en effet constitué de clichés pris au début du XXe siècle, par Michelle Neveu-Dérotrie, installée alors sur l'île d'Yeu.

 

« Dès le milieu du XIXe siècle, mon arrière-grand-père, issu d'une petite noblesse bretonne, est arrivé comme médecin sur l'île, où il a épousé Reine Cantin, fille d'un capitaine au long cours, rappelle Jean. Mon grand-père est, lui, devenu médecin à Challans. »

 

Jean « mon marchand de vermoulu » avec qui j’ai travaillé sur l’île à la Ferme des 3 moulins en juillet-août 1968

 

C’est donc une bouteille que je jette à la mer depuis Port-Joinville en espérant qu’elle flottera jusqu’à l’embarcadère de Fromentine pour être repêchée et portée à Jean Neveu-Derotrie avec qui, en juillet-août 1968 j’ai fait « marchand de vermoulu », appellation des marins qui transportaient nos meubles, désignant la profession de Jean : entre antiquaire et brocanteur à la Ferme des 3 moulins. J’étais son homme à tout faire : comptable-cuisinier-arpète, nous circulions en C4, j’avais un mini-solex, notre chien s’appelait Achille (un jour il me suivit alors que je repartais sur le continent embarquant sur la Vendée, je le découvris sur le pont, les marins le prirent en charge pour le retour. Jean, pipe au bec, pantalon de tergal, chemise blanche en nylon, sandales plastic aux pieds, est, comme le confie à Ouest-France (ci-dessous » le raté de la famille, ne passait pas inaperçu sur l’île. Son père, venait nous voir pédestrement depuis Port-Joinville pour s’inquiéter auprès de moi de la bonne tenue des affaires de Jean.

 

 

Jean m’a dégrossi, m’a tout appris sur l’art et la manière de chiner, de restaurer les meubles, lui qui, avant de s’installer, se baladait dans la France profonde en camionnette pour placer des matelas anti-escarres dans les hôpitaux et chiner de quoi alimenter son futur fonds de commerce.

 

 

Une anecdote qui résume bien Jean.

 

27 janvier 2007

 

Enchères à l'américaine ICI 

 

Artisan

 

L'héritage familial de Jean Neveu-Dérotrie ICI 

 

Le Dr Neveu-Dérotrie est mort en 1946, tandis que son fils, « mon père », fut stomatologue, toujours à Challans, et disparu en 1980. Une tradition médicale « qu'ont poursuivie mes frères et ma soeur ». Et Jean ? « Je suis le raté de la famille », s'amuse-t-il. Car notre fringant septuagénaire, qui fut brocanteur puis antiquaire, connaît la formule de Roger Martin du Gard : « On t'a dit qu'il fallait réussir, moi je te dis qu'il faut vivre ! »

 

En attendant, ce livre, édité en 2010, « grâce à mon neveu Hervé Neveu-Dérotrie », vient d'être réédité, tant son succès a été fort. « Ma grand-tante a fait partie des pionnières de la photo en Vendée. » Michelle est née en 1873, à Challans, et a obtenu son appareil photo en 1902, avec tout le matériel pour développer ses clichés. Tous en noir et blanc.

 

Photos de famille mais pas que... Avec un tirage étonnant, celui du Maréchal Pétain, en 1921, alors en pleine gloire après la Première Guerre mondiale, que l'on voit devant la maison où il mourra trente ans plus tard. Étonnant !

 

 

 la photo du Maréchal Pétain, alors en pleine gloire, puisque nous sommes en 1921. Il est alors le vainqueur de Verdun et sa visite à l'île d'Yeu ne préfigure en rien sa fin de vie. Car sur ce cliché, il passe devant la maison, la maison « Luco »,  où il mourra à l'âge de 95 ans, après avoir été écroué de la forteresse de Pierre-Levée en 1945. Michelle Neveu-Derotrie, la photographe, avait pris ce cliché, tout simplement, parce qu'à cette époque, elle habitait la maison quasiment en face !

 

Il est en compagnie du Ministre de la Marine Gabriel Guisth’au (qui faut aussi maire de Nantes, et dont un lycée porte son nom, là où j’ai passé mon oral de Bac) 

Les années 70 - 1972 - mon'Yeu

 

Regards de femme : Île-d'Yeu au début du XXe siècle :

Photographies de Michelle Neveu-Dérotrie

 

Les années 70 - 1972 - mon'Yeu

 

Présentation du contenu : Hervé Neveu-Dérotrie, lui-même photographe, est l'arrière-petit-neveu de Michèle Neveu-Dérotrie et dépositaire de son oeuvre. Née en 1873 à Challans, d'un père, Victor, médecin de marine, et d'une mère, Reine Cantin, fille d'un capitaine au long cours de l'Ile-d'Yeu, Michèle Neveu-Dérotrie arrive sur l'île avec sa famille en 1893 et se lance dans la photographie à partir de 1902. Elle pratique son art une quinzaine d'années, puis occasionnellement jusqu'aux années trente. Très vite, elle édite des cartes postales à l'imprimerie Saint-Amand d'Anne-Thérèse Nolleau, sa cousine. Ses photographies, qui témoignent de la vie quotidienne à l'Ile-d'Yeu au début du XXe siècle, sont ici accompagnées d'extraits du bulletin paroissial de l'île et de la correspondance de Michèle avec sa famille. 

 

« Le fait marquant des années 60 est sans aucun doute l'arrivée de l'eau courante et le début du tourisme de masse. Encore que de vieux islais se plaignaient dès les années 20 d'une certaine invasion :

 

« L'île d'Yeu est bondée d'étrangers, c'est une invasion ! Tous les beaux coins même l'anse des vieilles où, samedi nous avons passé une joyeuse journée en pique-nique, sont visités. Ce n'est plus l'île d'Yeu sauvage ! et ça nous navre. »

 

Propos relevés dans le livre "Regard de femme", photo de Michelle et réalisation de Hervé Neveu-Dérotrie ICI 

Regard d'une photographe sur Yeu au début du XXe siècle ICI

Les années 70 - 1972 - mon'Yeu

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