Est-ce mon passé de précoce buveur de la limonade du père Morisset de la Mothe-Achard - l'équivalent au physique du célèbre Nectar dessiné par Dransy pour Nicolas - les bulles m'ont toujours fasciné. Tout d'abord, le rituel de l'ouverture du flacon : nul besoin de tire-bouchon, sous le muselet le bouchon-champignon coiffé de sa capsule métallique, fardée ou non, attend sa libération. Selon l'humeur du moment celle-ci peut se jouer sur le mode discret : un simple pfutt ou se laisser-aller à claquer comme un chassepot ou encore, au comble de l'excitation, se sabrer à la méthode boyard. Ensuite, comme toujours dans notre beau pays, avant que la mousse ne s'épande, le choix du receptacle fait polémique : coupe ou flûte ? La coupe a le privilège de l'ancienneté mais la flûte a, dit-on, la préférence des connaisseurs. Pour ne pas me mouiller je me contenterai de citer Barbey d'Aurevilly : "Et il leva son verre de champagne, qui n'était pas la coupe bête et païenne par laquelle on l'a remplacé, mais le verre élancé et svelte, qui est le vrai verre de champagne - celui-là qu'on appelle une flûte, peut-être à cause des célestes mélodies qu'il nous verse souvent au coeur !" Comme vous l'avez sans doute immédiatement remarqué, pour ce cher dandy catholique, la bulle c'est le champagne ; toute autre bulle est roturière dans notre doulce France où les rois allaient en la cathédrale de Reims se faire sacrer.

Et pourtant ce matin, par pur esprit de contradiction, mon chemin m'amène chez un gars de la marine, pardon des Causses Marines, un drôle d'oiseau qui fait aussi des bulles du côté de Gaillac. Comme il a langue bien pendue je lui laisse la soin de se présenter : "Certaines mauvaises langues l’appellent domaine de Grosses Narines. D’autres prétendent que le nom viendrait de sa fille Marine. Que nenni ! Causse Marines fut baptisé ainsi lors de son rachat, en 1993, eut égard au nom du ruisseau, Marines, délimitant le bas de la propriété. L’ensemble du vignoble s’étendant sur un Causse calcaire fort maigre, l’ambiguïté du nom était toute trouvée.
Le Lescarret ne but que du Bordeaux jusqu’à l’âge de 16 ans. Ça n’aide pas. Et quand on sait que peu après, il passa par l’Institut d’oenologie de Bordeaux, on comprendra les préjugés et le manque d’objectivité du garçon. Heureusement, un accident salvateur le frappa d’amnésie. D’abord salarié comme brandouilleur de burette à Sancerre et ensuite régisseur en Provence, il fit naïvement ses classes avant de se jeter à l’eau inconsciemment en 1993 à Gaillac Au départ sur 8 ha, aujourd’hui sur 15, nous nous efforçons de mettre à l’honneur les cépages autochtones ancestralement cultivés sur la région. Les décrets d’appellation miteux et poussiéreux (tentant d’éviter le pire, mais assurément empêchant le meilleur) ont eu raison de notre pugnacité. La plupart des vins produits aujourd’hui par le domaine sont élevés au rang de vin de table."

 

  Ses bulles à lui le Lescarret se dénomment Préambulles, belle bouteille au beau cul, étiquette mauderne viaulette, c'est djeun avec de la gueule quoi ! Faut le servir très frappé le Préambulles car il est d'une nature éruptive le bougre : un petit côté geyser. La bête est en effet nature, pas dégorgée, elle pète le fruit : un nez de pomme surprenant. Le jour où j'ai laché le muselet de la première bouteille devant un jeune public ce fut la cataracte assurée, le tapis et la table basse furent aspergés mais par la suite nos palais et nos gôsiers furent enchantés. Good, très good, le Préambulles. Bien sûr, évitez de le servir le jour de la venue de votre belle-mère où lors du dîner chic où vous avez convié votre patron, car c'est vraiment un mauvais garçon, pas gêné pour deux sous, et même si le Lescarret affirme "qu'on on peut faire bio "sans avoir le cheveu long et fumer la moquette" ; on peut faire des vins natures qui ne sentent pas le pet de vache" son Préambulles à un petit fond de soixante-huitard, il est le fils naturel de Dany le Rouge et de Joan Baëz. À boire en ce temps de haute commémoration sans aucune espèce de modération rien que pour faire un bras d'honneur aux nouveaux censeurs...

Pour le reste allez sur
www.causse-marine.com

Raymond Boulard est un sage. J'ai du respect et une grande affection pour les sages lorsque leur sagesse ébranle les idées reçues sans emboucher les trompettes de la renommée chères aux grands gourous qui encombrent les pages des magazines spécialisés. Discret et chaleureux, tranquille, Raymond Boulard, dès notre première rencontre à Montreuil, m'a captivé. Pour faire simple, et sans vouloir le compromettre avec un affreux Jojo comme moi, il n'a pas eu besoin de traducteur pour comprendre Cap 2010. On ne réforme pas les sociétés par décret et ce n'est pas en stigmatisant les pratiques des autres que l'on fait avancer ses idées mais en les appliquant au quotidien tout simplement. 

Raymond Boulard c'est le champagne Raymond Boulard situé au coeur du vignoble, entre Reims et Epernay ; c'est une exploitation familiale de 10 ha 25 cultivé par les 2 frères Boulard et les 2 fils de Raymond ; c'est 7 Crus et 1 Grand Cru répartis sur 8 villages; c'est un savoir-faire qui s'appuie sur l'expérience de 5 générations ; c'est la mosaïque et la diversité des 21 terroirs : la vallée de la Marne et ses sols argilo-calcaires et silex, la Vallée de la Vesle et ses sols silico-calcaires, la Montagne de Reims et ses sols calcaires ; c'est les 3 cépages traditionnels cultivés à flanc de coteaux ; ce sont des méthodes culturales respectueuses de l'environnement et c'est depuis janvier 2001, sur 1 ha 20 en 2004 une conversion non certfiée du vignoble en bio-dynamie ; ce sont des vins élaborés en cuves de petits volumes, barriques et fûts de chêne qui permettent des assemblages respectant la diversité d'expression des différents terroirs ; c'est un champagne au plus près de la nature et des spécificités de l'année de sa production.

 

La cuvée dégustée : Les Rachais est un Blanc de Blancs Extra-Brut, Chardonnay des vendanges 2002 issu des raisins de la partie du vignoble cultivé en bio-dynamie. Pour moi ce champagne est, dans sa structure et son élégance dépouillée, le fils naturel d'une toile de Nicolas de Staël, il allie le trait pur, sous tension, la finesse, à l'allure de  ces hommes qui traversent leur époque avec hauteur et détachement. Je sais que certains vont me reprocher cette métaphore mais qui puis-je, bien plus que le vocabulaire coutumier de la dégustation, elle traduit la même émotion que celle ressentie face aux compositions du grand Nicolas peintes dans les années 50 dans son atelier de Montparnasse aux hauts murs blancs illuminés par une verrière verticale comme suspendue dans le vif argent du ciel. Dans son flacon de belle facture, cette superbe cuvée est de celle que l'on réserve à des moments dont on veut souligner l'intensité et la rareté. Pour moi, les Rachais sont la touche invisible, le raffinement extrême, la note des hommes élégants qui plaisent aux femmes éternelles : l'Ingrid Bergmann de Casablanca, l'Audrey Hepburn de Vacances Romaines, la Catherine Deneuve de Belle de Jour, la Eva Marie-Saint de Mort aux trousses, l'Alida Valli de Senso, la Carole Bouquet de Trop belle pour moi...Pour plus de précisions allez sur www.champagne-boulard.com



 

 

* En hommage à la chanson de Salvatore Adamo " Z'étaient chouettes les filles du bord de mer Z'étaient chouettes pour qui savait y faire" elle date de 1964  je vous l'offre par le déjanté Arno :

http://www.dailymotion.com/video/x2qjc0_arno-les-filles-du-bord-de-mer_music
ou
http://www.youtube.com/watch?v=OwzWDuK1Hfk

1-   
Les prémices : le 18 janvier 1968


« Votre fameux livre blanc sur la jeunesse ne contient même pas une seule ligne sur la sexualité. »

Apostrophe de Cohn-Bendit à François Missoffe, Ministre de la Jeunesse lors de sa visite officielle à l’Université de Nanterre où il vient inaugurer la piscine.


« Si vous avez des problèmes de cet ordre, personne ne vous empêche de plonger dans la piscine. »

c'est la réponse du Ministre.


2-  
Le diagnostic : le 22 mars 1968


« Le seul problème des étudiants français est de coucher avec les filles. »

Réflexion de Georges Gorse, Ministre de l’Information. – selon Le Canard Enchaîné du 22 mai 1968.


3-  
Presque dix ans après : 2ième Trimestre 1977


« Vous, chez Mao !... » Apparemment ils en sont restés aux années 30 ; à cette époque, dit-on, il n’y avait pas à s’en faire, un fils succédait à son père dans la foulée, les jeunes filles « comme il faut » allaient au couvent des Oiseaux, les autres à Tanger ou à Bobo-Dioulasso. À ce compte-là, parce que nous sommes ce que nous sommes, nous pourrions aller n’importe où – sauf à Pékin."


Extrait de la Vie en Jaune Sept jeunes giscardiens* en Chine populaire
chez Stock 1977

* Dominique Bussereau, Jean-Pierre Raffarin, Henri et Nicolas Giscard d’Estaing, Benoît Roger-Vasselin, Pierre Simonet et Marc-Philippe Daubresse.

J’ai découvert Aline debout sur son canapé, un verre de rouge à la main. J’étais dans le TGV. Là, je sens poindre une touche d’agacement : « que  ne va-t-il pas encore inventer pour se rendre intéressant ? » Et, pourtant c’est pure vérité. C’est dans la revue de la SNCF de Pepy – un ancien collègue qui à réussi dans le chemin de fer – que la dite Aline Goldschmidt, et Paul son mari, proposent des « petits verres entre amis », sorte de vente Tupperware, pour faire découvrir et aimer les vins de leurs belles propriétés sises autour du château de Siaurac : le pays des merveilles aux confins de Pomerol et de Saint-Émilion. Qu’à cela ne tienne, dès le lendemain, j’envoie, par la voie de la toile, un message à la dame pour lui proposer de causer dans mon « Espace de Liberté ». En retour je reçois un petit mot m’indiquant que la dame souhaite que nous causions au téléphone. Alors nous causons. Nous causons beaucoup. Et me voilà invité à Siaurac par Aline. Une première pour Vin&Cie : me voilà reporter sur le terrain.

 

Le TER de fin de journée, empli de lectrices de Gala ou de Choc, me porte sous une pointe de soleil vers la gare de Libourne. Paul m’y attend. Mon écharpe rouge et mon manteau noir sont mes signes de ralliement. Des vignes, des vignes, mais quelles vignes, que des noms prestigieux qui font rêver : Pétrus, La Conseillante, l’Évangile, Lafleur, Trotanoy, Petit-Village, Gazin, Vieux-Château-Certan, Nénin, le Gay, Clinet, Vray-Croix de-Gay… J’écoute Paul religieusement. Passionné le Paul, j’adore lorsqu’il me parle de ses petits bébés à propos de ses nouvelles plantations. Ici enherbement, là labour, plus loin parcelles où ondulent des graminées en l’attente des bébés de Paul. Sous les mots de Paul s’exprime une tranquille passion, dans sa bouche le mot terroir à des accents de vérité. Nous empruntons le long chemin de terre menant au travers des vignes au château de Siaurac. C’est le chemin des noces me dira plus tard Aline. Le parc est somptueux, reposant et étrange dans cet océan de vignes. Sitôt entré le fumet de la cuisine d’Aline – c’est elle qui est aux fourneaux – m’enchante. Là voici qui surgit, primesautière, ses yeux sont du bleu de mon gilet bleu et nous voici face au majestueux chêne, de près de six-cent ans, qui se meurt rongé de l’intérieur. Aline, sans façon, avec une simplicité rafraîchissante me parle de sa grand-mère, celle qui épouse un Amiral écrivain, la Baronne Guichard emblème du domaine ; de son père Olivier Guichard baron gaulliste qui se laisse convaincre par Paul de prendre le virage de la modernisation en profondeur du vignoble et des installations ; de la saga familiale aux couleurs mauriaciennes ; d’elle, la parisienne qui travaillait à Bayard-jeunesse, qui s’est prise d’amour pour cette terre, ce lieu magique. «  Élever nos vignes comme nos enfants » Les mots sont justes. Les mots sont vrais. Belle fin de journée au pays des merveilles.

 

 

 

Nous dînons dans la vaste cuisine : asperges, hachis Parmentier, salade, fraises des bois en dégustant le millésime 2005 des trois propriétés : Château Vray Croix de Gay – le Pomerol – Château Siaurac – le Lalande de Pomerol – Château Le Prieuré – le Saint-Émilion Grand Cru Classé. La conversation va bon train. Chacun dans son registre : Aline sur le mode passionné, Paul sur celui de l’équilibre, mes deux hôtes me font partager leur belle aventure. C’en est une, une aventure moderne qui, en ce triangle d’or, plus habitué aux grands investisseurs, lointains et anonymes, garde toute son épaisseur humaine, son poids affectif, et une dimension familiale forte. Ils se retroussent les manches, mettent les mains à l’œuvre : les plantations nouvelles, la rénovation du chais, l’arrivée de Yannick Reyrel – l’adjoint de JC Berrouet à Petrus – en 2001, pour faire le vin, le développement des ventes directes : quel plaisir d’entendre Aline parler de l’ambiance du salon des caves particulières de la Porte Champerret à Paris, de la biodynamie, la création de deux nouvelles gammes de vins : les vins Faciles et les Vins des Beaux Jours, les relations partenariales avec le négoce à l’exportation… Montée des marches avec son lot de succès, d’attente, de challenges à relever : la vraie vie, celle que l’on vit pour, comme le dit Aline « pour élever le monde vers son meilleur ». Conjugaisons des talents, richesse sans limite d’une conversation qui roule dans la tranquille paix d’un lieu magique. Tant de choses à écrire, à traduire sur l’éternelle alchimie entre la main de l’homme, le raisin et le vin. Il se fait tard.

 

 

 

Je couche dans la chambre Papillon. Demain nous irons à Saint-Émilion sur le site du Château Le Prieuré. Avant de m’endormir je me dis que je n’ai même pas pris le temps de donner mon sentiment sur les vins. Normal, tout était si chaleureux, si simple et de bon goût, que tout naturellement les vins, ces grands enfants, à l’image de ceux qui les ont enfantés, étaient à la hauteur. Discrets mais élégants, de belles pousses en devenir dignes de gravir les marches pour rejoindre les plus grands. Il y a tant à écrire que l’invitation d’Aline et de Paul de revenir pour les vendanges me permettra de mieux pénétrer les secrets de la maison. Laisser le temps au temps, prendre son temps, marcher, sentir, découvrir… Pour les plus impatients, ils peuvent aller de suite sur le site  www.baronneguichard.com pour en savoir plus. Pour ma part, chers lecteurs, si j’ai un conseil à vous donner, la maison vaut le détour. Si vous passez aux pays des Merveilles faites un petit tour au Château de Siaurac vous y serez bien reçu, par Aline et Paul, ou par quelqu’un de leur équipe, même sans indiquer que vous venez de ma part. Je m’endort ravi. Le lendemain un vent glacial nous transperce les os sur le site magnifique du Château Le Prieuré. C’est l’heure du retour en TGV pour Paris. Difficile, mais comme je sais que je ne pose pas un point final à ma petite histoire d’Aline au Pays des Merveilles c’est avec légèreté que je dis au revoir et, à bientôt pour de nouvelles aventures dans ce superbe confetti de nature préservée au cœur d’un bel océan de vignes aux noms enchanteurs…

 

À suivre…   

 

 

 

Comme l’aurait dit, dans mon beau pays de la Mothe-Achard, à propos du père Troussicot qui remuait beaucoup d’air,  madame Ginette, la coiffeuse de maman, qui n’avait pas sa langue dans sa poche : « Y’en a que pour lui… » Pour le vin c’est tout comme : en tout lieu ou presque, en tout temps, y’en a que pour lui, il occupe le haut du pavé, il est même par la transmutation le sang du Christ, en un mot comme en cent le roi du monde c’est lui. Le seul qui ose, depuis une période récente, s’aventurer à contester sa suprématie, et qui dans le gotha des critiques est une star incontestée, j’ai nommé le terroir.

 Si j’osais j’écrirais : « Terroir combien de discours insanes écrits et prononcés en ton nom… » Je l’ai écrit et, comme je suis un ignare, je laisse la plume sur ce sujet à un philosophe, Michel Le Gris : « Mise au jour par l’histoire de la culture de la vigne et de l’élaboration des vins, exploitée et, dans une large mesure, pervertie par le commerce, cette notion de terroir est, faut-il le dire, tout à fait étrangère à une quelconque idéologie du sol, de la race et du sang. Sous son aspect géologique, le terroir désigne les éléments du règne minéral que les racines vont puiser et transmettre aux raisins, dans la mesure où cette action de la plante ne se trouve pas entravée par une alimentation abusive répandue à la surface du sol et perturbant le métabolisme entre le minéral et le végétal. Cette logique du vivant, dans laquelle les crus puisent leurs spécificités, est en effet susceptible d’être gravement détériorée lorsque le végétal ne prélève plus aucune nourriture par lui-même, se contentant de celle apportée sous forme d’engrais. On sait aussi, grâce aux précieux travaux de Claude Bourguignon, que ce métabolisme naturel de la vigne est d’autant plus perturbé que la vie microbienne du sol, indispensable à l’assimilation des minéraux, se trouve elle aussi détruite à la suite des agressions chimiques dont les plantations sont fréquemment l’objet. Là se trouve très probablement l’une des causes de la perte de spécificité de nombre de vins actuels. »

 

 

Fermer le ban ! Moi ce qui m’intéresse ce matin ce sont les petits bourgeons qui, lorsque le sommeil hivernal se termine et que la sève boute, gonflent le long des sarments et déchirent la mince pellicule ligneuse qui les protégeait des rigueurs de l’hiver. Tout au début nos petits bourgeons sont ténus – chétifs – laineux, duveteux comme des chatons de coudrier. La vigne débourre, mais on ne la dresse pas, elle, comme on le pratique avec les yearlings de pur sang. Elle va recommencer à croître et à embellir sous les rayons du Dieu Soleil, conjuguant son fameux terroir. Mais c’est aussi pour elle la période de tous les dangers : en une nuit blanche de gel les frêles bourgeons peuvent être rayés de la carte à tout jamais réduisant ainsi à néant tous les espoirs du vigneron. Oui, même si on ne parle pas souvent de lui dans les gazettes, le petit bourgeon, comme tous les nouveau-nés, est une promesse. À l’intérieur de ce minuscule réceptacle, les inflorescences sont déjà marquées par leur environnement singulier et attendent le moment opportun pour s’épanouir. La vie, le cycle de la vie, renouvelé par la taille, où les bourgeons sont des « yeux », sculpture vivante, recherche de l’équilibre et de l’harmonie, prémice de l'éternelle renaissance. Regardez-le, contemplez-le, ce frêle réceptacle de vie et, lorsque vous porterez à vos lèvres le verre empli du nectar exhalant ses subtiles fragrances, ayez une petite pensée émue pour mon petit bourgeon encore tout nimbé de perles de rosée par qui le miracle est arrivé…


La symbolique des couleurs, celles qui nous apaisent, celles qui nous agressent, le bleu marine la couleur vestimentaire la plus portée, le rouge dont le code de la route fait un usage immodéré, le vert des pharmacie devenu couleur des bennes à ordures... La place de la couleur est immense dans nos sociétés contemporaines. Le vin qui se décline principalement que sous trois couleurs, dont l'une le rosé n'en est pas une, n'échappe pas à la difficulté à mettre une signification sous ces dénominations. Michel Pastoureau, directeur à l'Ecole pratique des hautes études, s'y essaie dans un dictionnaire des couleurs de notre temps " aux éditions Bonneton. 

Vin

" Nous appelons vin blanc un vin qui est jaune et rouge un vin qui n'a presque rien de rouge. De même nous qualifions de noir un raisin qui est violet, et de blanc un raisin qui est soit vert, soit jaune. C'est dans la plupart des langues et depuis la nuit des temps (ou presque).

Ces écarts entre la couleur réelle et la couleur nommée à propos de produits à fortes dimensions symboliques et anthropologiques, comme le vin et le raisin, nous rappellent combien les couleurs sont avant tout des codes sociaux, des conventions, des étiquettes. Leur fonction première est de distinguer, de classer, d'associer, d'opposer, de hiérarchiser. Le vin et le raisin ont reçu leurs étiquettes colorées à une époque très ancienne, lorsque seules trois couleurs - le blanc, le rouge, le noir : les trois couleurs "de base" dans la civilisation occidentale comme dans la plupart des autres civilisations - étaient sollicitées pour organiser de tels codes. Les autres couleurs, qui existaient matériellement mais qui jouaient un faible rôle dans l'univers idéologique et dans les systèmes symboliques, ne pouvaient pas encore remplir de telles fonctions. Dire qu'un vin était jaune ou un raisin violet n'aurait alors guère eu de sens. Les qualifier de blanc, de rouge, de noir leur conférait en revanche une authentique fonction sociale, permettait de les inclure dans toutes sortes de systèmes et de rituels, et leur donnait une véritable dimension poétique et mythologique. Toutes carctéristiques que le vin et le raisin ont conservé jusqu'à aujourd'hui.

En langage oenologique, on ne parle pas de la couleur d'un vin mais de sa robe. Comme pour les chevaux, celle-ci peut revêtir des nuances variées, qui se qualifient par un vocabulaire aussi pédant qu'imprécis."

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