Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 06:00
La parmigiana d’aubergines d’Erri De Luca, plat de fête de cuisine modeste, reposé, sage, gisement de 4 couleurs séparées qui feront alliance au four… Ce n’est pas une recette, mais un tout petit acte d’héritier

Foutus droits d’auteur, tu achètes 15€ une revue FEUILLETON, tu tombes sur un superbe texte d’Erri de Luca sur la parmigiana d’aubergines héritée d’Emma et de Lillina, sa grand-mère et sa tante « expertes en fritures et en tant d’autres bonnes choses. » et là tu es condamné à le déguster seul, pas moyen de le partager car © Éditions du Seuil, sous la marque des Éditions du sous-sol.

 

C’est chiant !

 

Bien sûr je pourrais faire circuler sous le manteau la revue Feuilleton mais l’époque est plutôt au partage sur les réseaux sociaux.

 

 

Alors, je suis obligé de saucissonner le texte d’Erri De Luca, de ne vous en livrer que des bouts, ce qui bien sûr lui ôte une bonne partie de sa saveur.

 

Dans Le plus et le moins chez Gallimard, mai 2016, page 26, Erri De Luca parle de la Parmigiana d’aubergines d’« Emma et Lillina qui « les préparaient en faisant passer le légume par trois feux. Elles coupaient les aubergines en tranches, les mettaient au soleil, la flamme la plus puissante, pour sécher leur eau et renforcer leur goût. Puis, elles les faisaient frire, dorant la cuisine d’une couleur de fête. Dernier feu, le four, après les avoir disposées par couches, chacune recouverte de sauce tomate, basilic, mozzarella et d’une poignée de parmesan. Trois feux participaient au plat qui coïncide le mieux pour moi avec le mot « maison ».

Mon ami Daniele De Michele, dit Don Pasta, l’homme de Puglia écrit à propos d'Erri De Luca sur son blog :

 

 

« Erri de Luca pourrait tranquillement me dénoncer pour plagiat. J'ai bu, mâché, volé son écriture, sa pensée, sa reprise de la pratique politique. J'avoue sereinement que son court texte, Trois feux en hommage aux lasagnes d'aubergines de sa mère, est à l'origine de tout mon travail sur la cuisine. À cette époque difficile je suis allé souvent à demander de l'aide à ses livres pour me protéger. J’ai fait appel à lui, qui utilise des mots plantés dans la terre depuis des siècles, comme nos oliviers, dans un temps où les gens utilisent des mots fuyants, vaniteux. Nos échanges épistolaires, même s’ils se sont fait par mail, je l’en remercie car dans ses réponses il utilise des pensées, des mots qui ont une cuisson longue, inexorable, comme celle des aubergines qui, avant d'être conservé pour l'éternité dans l'huile et le vinaigre, se sont laissées sécher par la vent et le soleil. »

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Erri De Luca voici ce qu’écrit Marcelle Padovani

La parmigiana d’aubergines d’Erri De Luca, plat de fête de cuisine modeste, reposé, sage, gisement de 4 couleurs séparées qui feront alliance au four… Ce n’est pas une recette, mais un tout petit acte d’héritier

« Yeux bleu céramique, silhouette hié­ratique et passion tatillonne pour les citations bibliques. Voici Erri De Luca, 64 ans. Cet auteur prolifique (plus de soixante titres publiés) est aussi un militant buté et coriace qui n’en démordra jamais. Sa vie est imprégnée de mystère. (...)

 

Erri De Luca vit aujourd’hui en ermite avec ses deux chats dans la campagne romaine au-dessus du lac de Bracciano. Amant du secret, du silence et de la pudeur, il préfère en général «écouter que parler». (...)

 

Auteur encensé, il est connu en Italie pour une autre spécialité : son obstination à défendre les années de la révolution, du temps où il était responsable du service d’ordre de Lotta continua, un groupe qui flirta avec la lutte armée dans les années 1970 et 1980. On ne peut pas dire que son militantisme soit toujours apprécié. (...)

 

Son engagement aux côtés des «No TAV», les contestataires violents du train à grande vitesse Lyon-Turin, conduit le quotidien en ligne «Lettera43» à parler de l’«incroyable culot d’Erri De Luca».

 

Par lui-même :

 

« Écrivain est un titre pour piédestal et dans mon cas je retouche volontiers la formule : c’est quelqu’un qui écrit des histoires. Écrivain sonne péremptoire à mes oreilles, un omnipotent susceptible d’écrire toutes les histoires et non pas seulement celles extraites de son propre gisement. Ainsi, tout comme j’évite le titre d’écrivain, je ne suis pas non plus un cuisinier, mais quelqu’un capable de se préparer quelques plats. Mon préféré est la parmesane d’aubergines. Une coïncidence de lieux me fait rapprocher ces deux exercices, j’écris souvent à la cuisine, durant les heures de feux éteints. Des histoires, des pages s’en imprègnent. »

 

Tre Fuochi a été traduit de l’italien par Danièle Valin. Le texte a paru pour la première fois en 2012, chez Dante & Descartes, Naples. © Erri De Luca, 2012.

La parmigiana d’aubergines d’Erri De Luca, plat de fête de cuisine modeste, reposé, sage, gisement de 4 couleurs séparées qui feront alliance au four… Ce n’est pas une recette, mais un tout petit acte d’héritier

Erri De Luca écrit « souvent à la cuisine, durant les heures de feux éteints. Des histoires, des pages s’en imprègnent. »

 

Il écrit sur une table qu’il a fabriqué de ses mains il y a 20 ans à partir de chutes de bois. « La table de cuisine est le nombril de la maison, on ne doit jamais la déplacer. »

 

« Appuyé sur son bois, j’écris, je m’endors, je lis les pages de livres anciens sur lesquels, je me réveille, je coupe les aubergines. »

 

Des aubergines « Il lui en faut tous les mois de l’année. Sans parmesane d’aubergines, un mois est un exil »

 

«Pour De Luca ce plat l’enracine au sol, il plante son Sud dans son assiette « avec sa peau brillante, effrontément noircie par le soleil absorbé, le clair de l’intérieur qui doit être doré dans l’huile de la poêle. »

 

Il achète 1 kg d’aubergines.

 

Pour découper ses aubergines dans la longueur il se sert « d’une arme, une lame espagnole excessive par rapport à la résistance de l’aubergine. »

 

Des tranches pas trop fines qu’il va exposer à l’intempérie : « j’expose donc l’aubergine coupée à la première cuisson, qui consiste à lui faire perdre de l’eau et du poids entre une nappe et le ciel.

 

« L’été, une heure suffit, en retournant la tranche après 30 mn. »

 

« L’hiver, tout le soleil possible, car dès le matin on comprend si c’est un jour à aubergines. Mais quand l’envie du plat me prend en l’absence de soleil, je me fie au vent… Le vent aussi sèche ma lessive d’aubergines étendues en plein air.»

 

Puis vient le temps de la friture « dans une vieille poêle noire » il « verse une bonne dose d’huile, pour une pêche dans un demi-ongle de profondeur. Pas de l’huile d’olive, mais de l’huile d’arachide, qui convient à un plat de fête de cuisine modeste.

 

Conseils : « L’huile doit s’impatienter, cracher de petites bulles… » Couvrir toute la surface de la poêle sans superposer les tranches.

 

Armé d’une grande fourchette à deux dents pointues. « Appiza, c’est-à-dire je pique le bord de chaque tranche et je la retourne quand le côté immergé est déjà bronzé. Je les repique une à la fois en les tenant en l’air deux secondes, pour égoutter l’huile. »

 

Dépôt des tranches frites dans une passoire où elles subissent une « deuxième purge. Dans l’assiette qui est dessous, on recueille lentement ce qui reste : s’il n’y a presque rien c’est que la friture était bonne.

 

Autre conseil, laissez passer la nuit à vos tranches d’aubergines frites car « la parmesane d’aubergines est un plat reposé, sage. »

 

Puisque la nuit a porté conseil, dans la poêle encore grasse de friture, Erri De Luca mets « un demi-kilo de tomates pelées qui se frottent au reste de saveur... » Ses deux vielles cuisinières, Emma et Lillina, sa grand-mère et sa tante, « ajoutaient un double concentré d’une marque locale raffinée. »

 

Montage des couches :

 

« Dans un plat à four, j’étale d’un doigt un peu de cette sauce tomate et je mets la première couche d’aubergines que je retire de la passoire, revigorées, détendues au bout d’une nuit. J’ajoute une cuillère de sauce, des feuilles de basilic ciselées, un peu de mozzarella déjà égouttée de son lait, déjà pressée, une neige de parmesan que je viens de râper et fin de la première couche. Je continue jusqu’à la dernière tranche foncée, recouverte de rouge, de vert et de blanc, car la parmesane d’aubergines est un gisement de 4 couleurs séparées qui feront alliance au four. »

 

Il confie le plat au dernier feu : 200° « elle ne doit pas cuire, mais faire fondre la distance entre les parties, devenir un plat. »

 

Dernier conseil : « même si je la goûte dans la journée, je sais qu’elle sera meilleure le lendemain. »

 

Erri De Luca « pose le plat tiédi sur la veine de bois et « il « plonge le couteau dans sa consistance. Elle résiste comme le sable d’où arrive la vague à la pelle de l’enfant. »

 

Le Sud est dans son assiette « l’avant de temps et de lieu d’où » il vient « sans arriver de nulle part. Ce n’est pas une recette, mais un tout petit acte d’héritier. »

 

Voilà c’est fait, pour lire le texte dans son intégralité pour en goûter tout le suc il vous suffit d’acheter FEUILLETON…

 

Avec la parmigiana d’aubergines d’Erri de Luca vous buvez quoi ?

La parmigiana d’aubergines d’Erri De Luca, plat de fête de cuisine modeste, reposé, sage, gisement de 4 couleurs séparées qui feront alliance au four… Ce n’est pas une recette, mais un tout petit acte d’héritier
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 06:00
Supplique à Périco Légasse, le preux chevalier des fromages qui puent au lait cru, quel est donc ce fromage coupé en deux, « blanc et gras », dont Charlemagne raffola ?

Dans le dernier Hors-Série de Marianne, « les derniers vrais fromages de France », Périco Légasse est à nouveau au front pour proclamer au peuple de France : « Halte aux mensonges anti lait cru : il n’est de véritable fromage que fermier. »

 

 

N’allez pas vous imaginer que je vais contester cette affirmation péremptoire, sauf à faire comme notre preux chevalier des fromages qui puent au lait cru, que l’hygiénisme proliférant ne touche pas que les seuls fromages au lait cru mais menace aussi la petite et moyenne industrie laitière attachée au lait cru victime du « zèle, voire du harcèlement, de certains agents de l’État. » De plus, Périco cite dans ses conseils des producteurs laitiers : coopératives ou fromagers artisans.

 

Pour le Roquefort, le premier fromage français protégé par une AOC, c’est le cas : Périco utilise la dénomination : producteurs traditionnels pour les fromageries Carles, Papillon, Gabriel Coulet et Combes. Il chante, aussi à juste raison, les louanges de mon ami André Valadier, sauveur du Laguiole mais aussi fondateur de la coopérative Jeune Montagne.

 

Du côté du dieu camembert, où Périco vante mon favori Champ Secret au fermier au lait bio de vache normande, il cite aussi les marques Jort et Moulin de Carel qui sont dans l’escarcelle du diable Lactalis ex-Besnier. Jort, bon prince s’offre même une pleine page de publicité.

 

Mais je ne suis pas là pour chercher des poux dans la crinière de Périco mais pour lui demander de trancher, tel le bon roi SALOMON, entre deux versions d’une histoire de fromage où notre grand empereur Charlemagne, qui a inventé l’école comme nous l’a seriné France Gall, s’est illustré.

 

 

1ière Version selon les chroniques du moine de Saint-Gall, Eginhard, qui fut l’historien et le secrétaire de Charlemagne à la fin de sa vie.

 

L’Empereur à la barbe fleurie, arrivé à l’improviste chez un pauvre évêque un jour maigre, celui-ci dut se contenter de lui proposer du fromage. Le fromage avait des taches vertes dont Charlemagne ignorait la nature, il prit donc soin de les ôter avec la pointe de son couteau. Son hôte lui fit respectueusement observer qu’il enlevait ainsi ce qu’il y avait de meilleur. Charlemagne écouta cet avis et fut bientôt convaincu qu’au point qu’il pria son amphitryon de lui en faire expédier chaque année deux caisses à Aix-la-Chapelle.

 

Malheureusement, Eginhard ne mentionne pas dans quelle localité cela se passait mais il est plus que probable qu’il s’agisse de Vabres, petit village proche de Roquefort où il existait une importante abbaye dont le révérendissime abbé, bien que n’étant pas évêque, était cependant mitré, et recevait par tradition les hôtes de marque de passage.

 

Mais il précise qu’au bout de trois années Charlemagne prit en pitié le malheureux prélat qui devait parcourir le pays en quête de fromages bien à point en quantité suffisante pour le satisfaire.

 

2ième Version selon Notker le Bègue moine de Saint-Gall, auteur d’une biographie de l’empereur à la fin du XIIe siècle.

 

« L’empire de Charlemagne n’a pas de véritable capitale : Aix-la-Chapelle est son lieu de résidence préféré. »

 

« Le souverain est toujours en voyage, car seule sa présence physique garantit son contrôle politique sur les nombreuses régions de son royaume. »

 

« … un jour où Charles voyageait dans la campagne française, il arriva dans une ville dont le nom n’est pas précisé et décida à l’improviste de se rendre chez l’évêque… »

 

« Ni simple visite de courtoisie, ni simple hommage rendu à l’autorité religieuse du lieu : à l’époque carolingienne, les évêques étaient étroitement intégrés au système politique et constituaient même, à l’instar des comtes, un des piliers de l’autorité royale au niveau périphérique. »

 

Le roi, bien entendu, reste manger mais pris au dépourvu l’évêque est bien embêté il n’a pas le temps de dresser une table digne de cette grande occasion. De plus, c’est un samedi, jour maigre comme le mercredi et le vendredi, exit la viande et il n’a pas de poisson à sa disposition « à cause de la pauvreté de la région »

 

« Ce que son garde-manger a de mieux à offrir, c’est un bon fromage, « blanc et gras ». il ordonne qu’on l’aille quérir et qu’on le serve à l’empereur. »

 

Tel notre Jacques Chirac « Charlemagne ne fait pas de manières : ses fréquents voyages l’ont habitué à s’adapter « à tous les lieux et à toutes les situations ».

 

« … il ne demande rien d’autre, empoigne son couteau, enlève la croûte du fromage « qui lui semblait abominable » et commence à manger la pâte blanche. »

 

L’évêque assiste au repas derrière lui, debout, plein de déférence et de respect « comme le font les serviteurs »

 

Prêt à intervenir en cas de nécessité, et c’est ce qu’il fit en voyant Charlemagne ôter la croûte du fromage. Il lui murmure à l’oreille :

 

- Pourquoi fais-tu cela, mon seigneur et empereur ? Ce que tu élimines, c’est qu’il y a de meilleur.

 

Surpris Charlemagne fait confiance à son hôte « il porte à sa bouche une partie de la croûte et l’avale comme si c’était du beurre. »

 

Il marque son contentement :

 

- Tu as dit la vérité, mon bon hôte.

 

« Et, montrant par là qu’il est un vrai gourmet, il ajoute :

 

- N’oublie pas de m’envoyer chaque année à Aix-la-Chapelle deux pleines caisses de ces fromages.

 

Le prélat est satisfait mais aussi inquiet : « comment pourra-t-il garantir leur qualité au souverain ? »

 

Notker le Bègue note « Consterné à l’idée qu’il n’y arrivera pas, il se sent presqu’en danger de perdre sa charge et son ministère »

 

- Mon seigneur, admet-il, je peux acheter les fromages mais je crains de confondre ceux de cette espèce avec d’autres, et d’être ensuite coupable à tes yeux.

 

Charles n’est pas empereur pour rien, lui qui n’avait à ce jour jamais goûté ce fromage mais qui était prêt à tout expérimenter « même les choses étranges et inconnues » donne à cet évêque « qui ne connaissait même pas les choses au milieu desquelles il avait été élevé » le bon conseil :

 

- Coupe-les tous en deux, puis réunis avec une tige de bois ceux de cette espèce (les bons) et envoie-les moi dans une caisse. Garde les autres pour toi, pour ton clergé et tes serviteurs.

 

Massimo MONTANARI dans Les Contes de la Table d’où est tirée cette histoire conclut :

 

« Il s’agit de la plus ancienne mention connue de cette variété de fromages à pâte molle, recouverts d’une couche de moisissure protectrice, qui deviendront plus tard célèbres dans la gastronomie française. L’habitude de les couper en deux, selon ce récit, découlerait donc d’une curieuse requête de l’empereur en personne. »

 

Voilà, tout ça est bel et beau Périco mais même si l’Italie est aussi un grand pays de fromages, il ne m’est pas possible d’en rester sur cette ambiguïté.

 

Aide-moi à faire jaillir la vérité !

 

Pour t’aider, Eginhard cité dans la première version, écrivit aussi : « Charlemagne rentrent d’Italie où il venait de battre les Lombards s’arrêta au prieuré de Reuil-en-Brie. Là, le père prieur fit monter de sa cave quelques-uns des merveilleux fromages de Brie qui lui étaient personnellement remis au titre de la dîme.

 

L’empereur et sa suite y goûtèrent copieusement.

 

« Je croyais connaître tout ce qui se mange, dit Charlemagne, ce n’était que vanité de ma part ; je viens de découvrir l’un des mets les plus merveilleux et ordonne que deux fois l’an une quantité de ces fromages me soit envoyée en mon palais d’Aix-la-Chapelle. »

 

Le Brie est bien que je sache une pâte molle à croûte fleurie comme tu le spécifie à la page 6 de ton numéro hors-série « fromages présentant une moisissure en surface durant l’affinage, évoluant en croûte légèrement colorée et tendre. Le terme fleuri provient de l’apparition d’un duvet légèrement coloré issu du pénicillium. Leur pâte est onctueuse, parfois coulante, type brie, camembert, coulommiers, chaource ou saint-marcellin. »

 

Merci Périco d’élucider ce mystère de la fille coupée en 2, pardon de ce fromage coupé en deux, «blanc et gras», dont Charlemagne raffola…

 

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
24 mai 2016 2 24 /05 /mai /2016 06:00
La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier

En mai 1981, lorsque je débarquais à vélo à l’Hôtel de Lassay, mon bureau sous les toits était doté d’une unique fenêtre qui donnait sur la quai Anatole France. Il faisait beau et chaud, et sur la Seine flottait la piscine Deligny.

 

Celle-ci était l’héritière d’un établissement de bains fondée en 1785 et de l’école de natation ouverte par le maître-nageur Deligny en 1801. Les premiers championnats de France du 100 mètres nage libre s’y dérouleront en 1899.

 

La piscine Deligny fut le lieu des épreuves de natation des Jeux olympiques de 1900.

Championnats militaires de natation aux Bains Deligny le 16 aout 1913, Source gallica.bnf.fr

Championnats militaires de natation aux Bains Deligny le 16 aout 1913, Source gallica.bnf.fr

Ces bains renommés étaient aménagés sur douze barges sur les vestiges du bateau cénotaphe inachevé voulu par Napoléon III pour ramener les cendres de Napoléon depuis Sainte-Hélène. Fier d'un bassin de 50 mètres, d'un solarium et d'un bar-restaurant.

 

Extrait de « L’Histoire de Pi » par Yann Martel.

 

« Mamaji avait étudié à Paris pendant deux ans, aux frais de l’administration coloniale. Il s’y était follement amusé. C’était au début des années trente, alors que les Français essayaient encore de rendre Pondichéry aussi française que les Anglais tentaient de rendre britannique le reste de l’Inde. Je ne me souviens pas exactement de ce que Mamaji étudiait, quelque discipline touchant le commerce, je suppose.

 

L’eau de la piscine venait directement de la Seine, sans être filtrée ni chauffée. « Elle était froide et sale, disait Mamaji. L’eau, qui avait déjà traversé tout Paris, était plutôt dégoûtante. Et en plus les baigneurs la rendaient totalement infecte. » D’un air entendu, Mamaji murmurait des détails choquants qui étayaient son propos. Il nous confiait que les Français avaient de très mauvaises habitudes d’hygiène personnelle. « La piscine Deligny, de ce côté-là, était déjà plutôt mauvaise. Le Bain-Royal, un autre lieu d’aisances sur la Seine, était pire. À Deligny, au moins, on recueillait les poissons morts. » Quoi qu’il en soit, une piscine olympique est une piscine olympique, effleurée par une gloire immortelle. Mamaji parlait toujours de Deligny avec un sourire attendri, même si c’était un cloaque. »

Vue intérieure des bains Deligny, à Paris. Gravure de Grandville vers 1845, source www.parisenimages.fr © Roger-Viollet.

Vue intérieure des bains Deligny, à Paris. Gravure de Grandville vers 1845, source www.parisenimages.fr © Roger-Viollet.

Au XXe siècle, on y discute, on y drague, on y bronze, on y prend un verre, on y joue au ping-pong... et, éventuellement, on y nage. On s'y montre aussi : Jean Marais, Michèle, Michèle Morgan ou Audrey Hepburn... Les premiers seins nus y font leur apparition au début des années 70, au grand dam du maire du 7e arrondissement, l’inamovible Édouard Frédéric-Dupont, dit «Dupont des Loges» . Le très prude député du Rhône Emmanuel Hamel écrira une lettre de protestation au ministère de l'Intérieur en août 1973, en raison de la proximité de la piscine avec l'Assemblée nationale.

 

Gabriel Matzneff, le « pédophile » (cabine 41) note dans ses Carnets :

 

« Samedi 1er octobre 1983. Hier, amour (sodomite) avec Anne, sortie de classe à 10heures, puis piscine -la mélancolie dorée de la fin de saison à Deligny, le soleil pale décrit dans Isai-, visite de Marie Elisabeth qui se plaint de ma froideur ».

 

« En 1993, trois ans seulement après un accident provoqué par le heurt d’une péniche, la piscine Deligny sombra en moins de quarante minutes. Deux cent ans d’exotisme et de frasques aquatiques parisiennes finirent par quatre mètres de fond. »

 

Les bien-pensants virent sans doute dans ce naufrage, le 8 juillet, le châtiment de ce lieu de perdition.

La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier

À partir de ce Je me souviens à la Pérec j’ai pensé, en passant devant l’ancienne salle de cinéma Mesnil Palace, au 38 de la rue de Ménilmontant, avec son Tati en façade, disparu pour laisser la place à un Market Carrouf.

 

Je me souviens du cinéma Les Agriculteurs, rue d’Athènes fermé en 1962.

 

De fil en aiguille j’ai retrouvé un texte de Guy Debord, en 1978, In girum imus nocte et consumimur igni où il évoque avec nostalgie la perte de Paris :

 

« Paris alors, dans les limites de ses vingt arrondissements, ne dormait jamais tout entier, et permettait à la débauche de changer trois fois de quartier dans chaque nuit. On n’en avait pas encore chassé et dispersé les habitants. Il y restait un peuple, qui avait dix fois barricadé ses rues et mis en fuite des rois. C’était un peuple qui ne se payait pas d’images […] Les maisons n’étaient pas désertes dans le centre, ou revendues à des spectateurs de cinéma qui sont nés ailleurs, sous d’autres poutres apparentes. La marchandise moderne n’était pas encore venue nous montrer tout ce qu’on peut faire d’une rue. Personne, à cause des urbanistes, n’était obligé d’aller dormir au loin… »

 

Et puis bien sûr je ne puis que terminer que sur « Le Paris toujours déjà perdu » de Patrick Modiano.

 

« Le Paris où j’ai vécu et que j’arpente dans mes livres n’existe plus. Je n’écris que pour le retrouver. Ce n’est pas de la nostalgie, je ne regrette pas du tout ce qui était avant. C’est simplement que j’ai fait de Paris ma ville intérieure, une cité onirique, intemporelle où les époques se superposent et où s’incarne ce que Nietzsche appelait « l’éternel retour. »

 

Entretien avec Jérôme Garcin Le Nouvel Observateur 27 septembre 2007

 

Fleurs de Ruine

 

« Nous nous engagions avenue de la Porte-des-Ternes dans le quartier qu’on avait éventré pour construire le périphérique. Une zone comprise entre aillot et Champerret, bouleversée, méconnaissable, comme après un bombardement. »

 

Ville méconnaissable : Un cirque passe

 

« J’ai débouché dans cette zone de pavillons administratifs, au bord de la Seine. On était en train de détruire la plupart d’entre eux. Des tas de gravats, des murs éventrés, comme un bombardement. Les bulldozers, de leur mouvement lent, dégageaient des décombres.

 

L’Horizon

 

« Je ne sais si vous avez connu les entrepôts et le quai de Bercy […] Il y avait des platanes qui formaient une voûte de feuillages […] Des rangées de tonneaux sur le quai […] Aujourd’hui on se demande si cela a vraiment existé […] »

La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier

Mon vin du jour : le Volnay 2010 du domaine Régis Rossignol-Changarnier choisi par Carole Colin du restaurant Les Climats

 

 

Après avoir travaillé pendant 16 ans avec mes parents, vignerons à Volnay depuis plusieurs générations, je me suis installé en 1966 pour créer, puis développer, ce domaine.

 

Avec mon épouse, nous exploitons une surface de 7ha20 répartie sur les communes de Volnay, Pommard, Beaune, Savigny-les-Beaune et Meursault.

 

Comme partout en Bourgogne, nos vignes sont plantées soit en pinot noir, pour les vins rouges, soit en Chardonnay pour les vins blancs.

 

Nous avons toujours cultivé nos vignes de la façon la plus traditionnelle possible, en labourant le sol assez profondément. Les racines descendent alors plus bas ce qui permet au terroir  de mieux s'exprimer dans nos vins.

 

Le travail de la vigne est primordial et rigoureux. Nous avons toujours employé le minimum de produits phytosanitaires afin de respecter et la nature et la vigne.

 

" C'est la qualité du raisin qui fait la qualité du vin et pas seulementl'œnologie".

 

La maîtrise de nos rendements (entre 25hl et 40hl / ha maximum) est un facteur très important pour que le pinot noir développe tout son potentiel aromatique. Dans cette optique, il nous arrive fréquemment de pratiquer une vendange « en vert », c'est à dire éliminer, au moment où le raisin commence à murir, des grappes que nous jugeons excédentaires.

Les raisins sont toujours récoltés manuellement et ne sont pas, ou peu, égrappés, ce qui donne à nos vins plus de caractère, de fruits et de garde.

 

La cuvaison dure en moyenne une douzaine de jours et le foulage (action de mettre en contact les marcs avec le jus de raisin) s'effectue traditionnellement (avec les pieds).

 

Les vins sont élevés pendant 13 mois avant la mise en bouteilles, exclusivement en fûts de chêne dont 20% maximum sont neufs.

 

Nos vins ne seront commercialisés qu'après avoir passé trois années dans nos caves.

La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier
La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier

Mes plats de la semaine :

 

  • Le ris de veau est fondant, les petit pois et asperges justes croquants de Giovanni Passerini 65, rue Traversière
La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier
La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier
  • ROGNON DE VEAU, en tranches fines au romarin, asperges blanches du Poitou croustillantes, fricassée de girolles et mousserons des prés. Jus de viande relevé au vinaigre de Banyuls.

 

Triperie Maurice Vadorin – 176, rue Lecourbe (Paris 15e)

 

Le blog de Tout n'est que litres et ratures par Roger Feuilly

 

« La triperie à Paris ? Il reste quelques survivants, mais si peu. L’un d’entre eux s’appelle Maurice Vadorin. Celui-là, il est né dans les abattis : son grand-père et son père étaient déjà tripiers. Et il ne voit la vie qu’à travers les abattis, reprenant cette échoppe antique, au sol carrelé et avec son enseigne en lettres chromées. Pour être modeste, il n’en fournit pas moins quelques grandes tables de la capitale. »

 

La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier
La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier

Ma cueillette sur les toits de Paris : mes pois, mes pieds… Veni Verdi...une association 1901 dont l'objectif est de créer des jardins en milieu urbain pour agir sur notre Environnement, notre Société et Économie.

La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier
La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier
La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier

La chanson de la semaine : Tarn-et-Garonne dans le nouvel album Morituri de Jean-Louis MURAT

 

Mon plat à moi : petits pois, salade de Veni Verdi, jeunes carottes et pommes de terre nouvelles de l’île de Ré

Vin de France DOMAINE LE FAY D'HOMME (VINCENT CAILLÉ) "Je t'aime mais j'ai soif"
Vin de France DOMAINE LE FAY D'HOMME (VINCENT CAILLÉ) "Je t'aime mais j'ai soif"

Vin de France DOMAINE LE FAY D'HOMME (VINCENT CAILLÉ) "Je t'aime mais j'ai soif"

Le livre de la semaine : Les Contes de la Table de Massimo Montanari l’Écume des Pages

 

« Laissez-vous transporter par les textes d’autrefois. Chroniques, contes, vies de saints et d’empereurs, romans de chevalerie, pièces d’archives ou livres de cuisine? Ils racontent des histoires amusantes, dramatiques, édifiantes ou simplement étonnantes à propos de ce sujet central de la vie des hommes de tous les temps : la nourriture et son partage, à table et ailleurs. Vous y croiserez Charlemagne, saint François d’Assise et Dante, des inconnus, et des personnages de roman, comme Yvain, le chevalier au lion, et bien d’autres encore. » M. M. Cette succession d’histoires qui se lisent comme autant de contes savants nous font voyager à travers les saveurs du passé. Illustré par Harriet Taylor Seed Traduit de l'italien par Jérôme Nicolas Né en 1949, Massimo Montanari est un historien de l’alimentation internationalement reconnu. Son histoire de l’alimentation en Europe, La Faim et l’Abondance, été publiée par Jacques Le Goff au Seuil, en 1995. Il enseigne à l’université de Bologne. »

La traversée de Paris (3) la piscine Deligny…je me souviens… Pérec, Debord, Modiano… les ris de veau, les rognons…mes pois, mes pieds et le Volnay de Régis Rossignol-Changarnier
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
23 mai 2016 1 23 /05 /mai /2016 06:00
Les patates nouvelles des  îles Noirmoutier et Ré ce n’est pas donné… 12,95€ et 13,90€ le kg
Les patates nouvelles des  îles Noirmoutier et Ré ce n’est pas donné… 12,95€ et 13,90€ le kg

Le beaujolais à son nouveau, les primeurs ont leur Bordeaux et les patates, elles, sont nouvelles. Quoi de plus banal qu’une patate, même qu’au pensionnat nous chantions patates-fayots pour nous moquer de leur grande inventivité culinaire.

 

Pendant longtemps ce sont les grosses patates, les Bintje, qui trustaient une grosse part du marché, pour les frites, la purée et la soupe. Et puis, le « génie » des obtenteurs et des gars de la GD, pour se faire du blé, nous ont mis sous le nez des patates avec de jolis noms : la Charlotte, l’Agata, la Mona Lisa, la Belle de Fontenay, la Pompadour… Sur la lancée, certaines se sont colorées : la Roseval, la Vitelotte… d’autres ont été sauvées telle la Ratte du Touquet… Bref, l’offre de patate s’est étoffée, bien lavées, traitées, les prix ont aussi grimpés.

 

Lorsque je trimais au 78 rue de Varenne, la patate primeur c’était, une année sur deux, un cauchemar breton, because surproduction et la patate déversée dans la rue ça ne fait pas de la purée mais de la glue. Le sieur Gourvennec, grosse légume de Saint Pol de Léon, empereur du cochon, banquier agricole, armateur de brittanies Ferry, chaussait ses habits de meneur, en souvenir de sa jeunesse où avec son pote Léon, il cassait de la sous-préfecture. Fallait raquer pour avoir la paix.

 

La primeur est la plus jeune des deux, sa peau est très fine, si fine qu'elle est dite "pelucheuse". En général on la consomme avec la peau ou on se contente de la frotter. Elles sont récoltées 90 jours après la plantation c'est à dire au début du jaunissement des feuilles avant une complète maturité. Elles sont riches en vitamines et plus pauvres en amidon que les pommes de terre de conservation.

 

Et puis, dans leur petit coin, à côté de la grosse cavalerie bretonne, les gars de Noirmoutier puis ceux de l’île de Ré se sont dit « les bretons sont des cons » nous allons faire de la petite patate primeur un produit rare donc un produit cher.

 

Les Noirmoutrins ont ouvert le bal avec un génial coup de pub : en 1996, ils ont fait une vente aux enchères à l'hôtel Drouot avec Me Pierre Cornette de Saint Cyr. Le premier lot de 5 kilos de bonnotte a atteint 15.000 francs ! Davantage que la truffe...

 

Lire une chronique de mai 2009 :

 

 

 

Mesclun de l’Océan aux Bonnottes de Noirmoutier confites et le vin qui va avec…

La bonnotte, avec le mimosa, c’est l’emblème de l’île. En effet, historiquement, au début des années 1920, il y avait la bonnotte : une variété ultra-précoce mise au point à Barfleur, qui a fait la réputation de Noirmoutier et dont l'île détient maintenant la propriété exclusive. Mais, « trop délicate pour que sa culture soit mécanisée, elle ne peut être semée et récoltée qu'à la main », raconte Gérard Sémelin. De forme irrégulière, elle présente en outre des yeux creux qui résistent à l'économe. Aussi la bonnotte ne pèse-t-elle plus à présent qu'un petit pourcent de la production totale. Une centaine de tonnes : de quoi entretenir le folklore avec sa traditionnelle fête annuelle, début mai, dans la cour de la coopérative.

 

Mais qu'est-ce qu'elle a donc de si spécial, cette Noirmoutier ?

 

« D'abord, un terroir exclusif, exigu et morcelé. Elle est essentiellement cultivée dans la plaine agricole de l'Herbaudière, au nord de l'île, sur quelques lopins en zone urbaine, et au sud dans les dunes de la Tresson, près de Barbâtre. Il lui faut une terre sablonneuse, si possible enrichie avec du goémon ramassé sur la grève à marée basse. Les agriculteurs font germer les tubercules fournis par la coopérative puis les plantent en billons. Une méthode spécifique de profilage du sol en buttes parallèles de 70 cm de large, qui permet de garder une terre chaude, bien aérée et bien drainée. L'atout maître de cette patate pour gourmets ? « Grâce au microclimat de l'île, elle est la plus précoce des pommes de terre primeurs françaises », explique Gérard Sémelin, un natif de l'île d'Yeu voisine, qui vient de prendre sa retraite après plus de trente ans à la direction de la coopérative agricole de Noirmoutier. »

 

En 2014, Gérard Sémelin tirait sa révérence : « Pour moi, c'est la der des ders, la dernière campagne, après 34 ans au même poste, record ou folie. » Indéniablement, c'est une grande page de l'histoire de la coopérative de pommes de terre de Noirmoutier qui se tourne, avec le départ à la retraite de son directeur, Gérard Sémelin.

 

« Mon premier contact avec l'Île de Noirmoutier fut une rencontre de foot. Puis j'y suis revenu en 1979 pour postuler à la criée de l'Herbaudière. En 1980, c'est au poste de directeur de la coopérative que je commençais ma seconde vie d'îlien. »

 

Il se souvient « En 1980, il n'y avait pas que des tracteurs pour livrer à la Frelette, on comptait encore huit chevaux, un âne et un mulet. »

 

Louis Bouvet, son prédécesseur, avait lancé le slogan « Quelle saveur, quel régal, la pomme de terre de Noirmoutier est sans rivale ! »

 

N’en déplaise au Pousson, la saga de la patate de Noirmoutier c’est celle d’une coopé !

 

Bien sûr, la coopérative a bien changé depuis sa création en 1945. « Car l'histoire de cette patate noirmoutrine, introduite sur l'île par les Anglais au début du XXe siècle, tient de la saga. « En juillet, emprisonnement à Poitiers, pendant 80 jours, de notre directeur monsieur Clemot [...], qui avait interdit aux mandataires nantais de vendre aucune 'Noirmoutier' en dessous de 22 francs le kilo le 21 mai », peut-on lire dans un article de presse datant de 1948.

 

L'une des missions stratégiques de la coopérative est donc de trouver constamment de meilleures variétés. « En 1945, 500 producteurs récoltaient 5.000 tonnes de patates. Aujourd'hui, une trentaine d'exploitations sortent 12.000 tonnes », rappelait Gérard Sémelin. Les années de gel, où l'on peut perdre un quart de sa récolte, ont eu raison des producteurs artisanaux. Et dans les champs, la légendaire bonnotte a été supplantée par la sirtema, la lady christl, l'esmeralda, la charlotte, avec pour chacune un créneau spécifique dans le calendrier d'arrachage. « Nous travaillons étroitement avec des obtenteurs pour trouver des variétés de primeurs à la fois très goûteuses et bien adaptées au terroir noirmoutrin »

 

« Sans la coopérative de pommes de terre, l'agriculture sur l'île serait morte », affirme Luc Jeanneau, l'un des plus gros producteurs de l'île, sur ses terres de l'abbaye de la Blanche.

 

Tout n’est pas rose pour autant du fait de la monoculture intensive qui a conduit à la multiplication des traitements phytosanitaires, la Noirmoutier n’est pas un produit franchement écologique. Comme pour toutes les patates, elle est la proie du nématode à kyste (un ver rond qui parasite les racines du tubercule), du taupin (larve de coléoptère), du doryphore et du mildiou. Pour améliorer la performance écologique les producteurs pratiquent un taux de rotation des terres de 10 à 25%, et la coopé recherche des variétés résistantes et veut combattre maladies et parasites par des techniques culturales non chimiques. En progrès mais peut mieux faire.

 

 

Vous allez me dire tout pour Noirmoutier rien pour l’île de Ré dont la patate primeur est pourtant une AOP.

 

Il existe plus de 15 variétés de pommes de terre primeur cultivées en France soit 120 000 tonnes annuelles. Elles sont cultivées principalement dans les régions littorales de la Manche (pointe du Cotentin, val de Saire) et de la côte atlantique (îles de Ré et de Noirmoutier) ainsi que dans le val de Saône, la Camargue et le Roussillon. Des régions où la terre est légère voire sablonneuse.

 

Seules les pommes de terre nouvelles de l'ile de Ré et du Roussillon bénéficient d'une AOC et d'une AOP. Il s'agit des variétés "Béa" dans le Roussillon et alcmaria, goulvena, pénélope, starlette, carrera, amandine, BF 15, charlotte, roseval pour l'ile de Ré.

 

 

Bonnotte, Charlotte, Bea... quelles variétés pour quelles utilisations ? selon chef Simon du Monde

 

La Bonnotte : La production est faible, 100 tonnes c'est peu par rapport aux autres variétés dont la production oscille entre 4000 et 5000 tonnes. Elle est récoltée début mai. Sa chair est fine mais elle doit être consommée dans les 72 heures.

 

La Sirtema : (Noirmoutier) Récoltée du 15 avril au 20 juin. C'est une pomme de terre ronde à la chair blanche et un peu sucrée. Elle a une bonne tenue à la cuisson, idéale pour les pommes de terre rissolées.

 

La Lady Cristl : (Noirmoutier) Récoltée du 5 mai jusqu'au 1er juillet, la Lady Cristl a une forme plus allongée et une chair jaune. Elle est idéale pour une cuisson vapeur.

 

La charlotte : (Île de Ré) Récoltée du 1er juin au 15 août, c'est sans doute la variété la plus connue. Elle a une chair blanche et ferme et sa forme est plutôt allongée. D'une bonne texture elle supporte autant d'être cuite vapeur ou rissolée.

 

La Bea : (Roussillon) C’est une belle pomme de terre de forme allongée et plate, très régulière, à peau de couleur jaune. Sa chair est jaune pâle. En bouche, elle libère une saveur légèrement sucrée, sans amertume et sa texture est fondante.

 

À l’île de Ré c’est aussi une affaire de coopé Uniré, grosso modo 2200 tonnes par an, 2,2 millions d’euros de CA. Comme à Noirmoutier, 12.000 tonnes sur 350 hectares de terre noirmoutrine, la patate primeur est vendue majoritairement en GD, le reste part chez les grossistes, sur les marchés, chez les restaurateurs qui adorent la grenaille.

 

Moi je les aiment ni trop petites ni trop grosses et j'adore les cuisiner avec des petits pois, des carottes et des oignons nouveaux ou carrément cuites à l'eau pour être consommées avec une noix de beurre salé.

Vin de France DOMAINE LE FAY D'HOMME (VINCENT CAILLÉ) "Je t'aime mais j'ai soif"
Vin de France DOMAINE LE FAY D'HOMME (VINCENT CAILLÉ) "Je t'aime mais j'ai soif"

Vin de France DOMAINE LE FAY D'HOMME (VINCENT CAILLÉ) "Je t'aime mais j'ai soif"

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 08:00
CHAP.16 code acratopège, « Nous, socialistes, devons reconnaître que nous n’avons pas assez travaillé avant 2012 »

Ce mois de mai, en passe de se terminer, s’égare, il ne sait plus où il en est, sur le pavé ils défilent, alliance étrange de la vieille CGT qui tente de se refaire une beauté, de FO qui a depuis longtemps perdu les pédales, sauf à pédaler dans la semoule, d’une bande de jeunes acnéens tout juste sortis des jupes et des pantalons de leurs parents, des gentils, des sincères, du contingent classique des récupérateurs qu’ont usé leur fond de culotte sur tous les bancs de qui se dit de gauche, et, bien sûr, des fameux casseurs, les antifa, cagoulés, barre de fer, pois chiche incorporé. Ça donne quoi tout ça ? Pas grand-chose, ça s’étire, ça donne du grain à moudre aux réseaux sociaux. Paris brûle-t-il ? Bien sûr que non, hors les rares abcès de fixation, amplifiés, qui tournent en boucles, la ville vit sa vie sous l’état d’urgence avec une étrange normalité. Calme avant la tempête, un remake de Viansson-Ponté, avec juste ce qu’il faut de gaz lacrymogène, de baston policier, un pouvoir à la ramasse, une opposition occupée à sa Primaire, la droite extrême qui veut ramasser la mise du ras-le-bol policier, même pas la chienlit, reste le blocage du fluide essentiel : l’essence, ça pourrait fâcher la France qui roule.

 

« Poulets rôtis, prix libre. » pancarte en carton retrouvée à terre à côté de la carcasse calcinée de la voiture de police, des terroristes selon Péchenard le porteur d’eau de Sarko ? Le sociologue, chercheur au CNRS, Christian Mouahanna rappelle qu’historiquement, les groupes d’extrême gauche français ne sont jamais passés à l’action terroriste comme en Allemagne ou en Italie avec la bande à Bader ou les brigades rouges. « Il y a eu Action directe, mais on avait affaire à un groupe extrêmement réduit de 5 à 8 personnes » note-il. Intenter à la vie de fonctionnaire de police ou de gendarmerie relève-t-il de l’action terroriste ? Là encore tout est affaire de perception, et « de niveau d’acceptation de ce type d’actes par le pouvoir politique » comme le fait remarquer Laurent Mucchielli sociologue, directeur de recherches au CNRS.

 

Sans remonter à très loin, en 2008 dans l’Hérault, des viticulteurs en colère s’en étaient eux aussi pris à une voiture de gendarmerie avec 6 gendarmes à son bord. Après avoir renversé le véhicule, ils l’avaient incendié. Quand j’étais aux affaires des éleveurs de moutons des Deux-Sèvres avaient incendié un camion britannique transportant des ovins, manquant rôtir le chauffeur. Le Ministre de l’Agriculture de l’époque avait menacé de traverser le Channel dans un camion pour protester contre cette agression. Autre exemple, dans la nuit du 4 au 5 février 1994, à l’occasion d’une visite à Rennes du Premier ministre de l’époque Edouard Balladur, des milliers de marins pêcheurs excédés par la baisse de leur pouvoir d’achat manifestent dans le centre-ville. S’en suit de violentes confrontations avec les forces de l’ordre. De nombreux jets de fumigènes provoqueront l’incendie du parlement de Bretagne.

 

« Le seuil de tolérance par rapport aux actes des agriculteurs, des viticulteurs, qui eux aussi sont capables d’actes hyper violents est différent. Cela est dû au système politico électoral. Les agriculteurs votent et ont un poids important dans le département. Leur image est plus positive, plus saine, c’est le retour à la terre. Elle contraste avec celle de l’action violente de jeunes d’extrême gauche ou de jeunes de banlieues qui, elle, est perçue comme moins légitime » analyse Christian Mouahanna.

 

Inutile de rappeler ici que bon nombre de manifestations au fil des années et des gouvernements agrègent malgré elles la présence de casseurs. « Il y a toujours des groupes qui considèrent que la contestations politique doit se faire sur un mode violent. D’autres ont des motivations plus mercantiles. Ils profitent de la casse pour voler dans les magasins ou voler les manifestants eux-mêmes » explique Christophe Mouahanna. Pour Laurent Mucchielli, « il ne faut pas oublier non plus qu’il y a toujours deux acteurs dans les manifs : les policiers et les manifestants. La stratégie policière de ces derniers mois consiste à coller de près les manifestants au lieu de rester à distance. En créant ce système de nasse, les manifestants ont tendance à être plus énervés et à être plus solidaires avec les casseurs ».

 

Et moi, pendant ce temps-là, je me retrouve dans une salle de concert, Le Trianon, pleine à craquer, c’est la première fois depuis la nuit du Bataclan que je retrouve au pied d’une scène, au coude à coude, comment ne pas y penser puisque lorsque j’avais réservé ma place j’avais noté « Les dates d'Arno, initialement prévues au Bataclan, sont reportées au 19 et 20 mai 2016 à 20h00 Le Trianon 80 boulevard de Rochechouart. Tous les âges, toutes les conditions, Arno a mis le feu pendant deux heures avec ses musiciens qui envoyaient du bois, même que la salle a chanté juste avec lui Putain, putain, nous sommes tous des Européens et, bien sûr, tout à la fin, les filles du bord de mer, nous ont permis de reprendre en chœur : et encore, et encore… de faire tchouin, tchouin… que du bonheur. Y’a pas d’âge pour ça et ça c’est aussi Paris…

CHAP.16 code acratopège, « Nous, socialistes, devons reconnaître que nous n’avons pas assez travaillé avant 2012 »
CHAP.16 code acratopège, « Nous, socialistes, devons reconnaître que nous n’avons pas assez travaillé avant 2012 »

Parlons femme :

 

« C’est l’histoire d’une photo. Fin septembre 2012, l’habituel portrait de dernière page de Libé est consacré à Barbara Pompili. L’actuelle secrétaire d’Etat à la Biodiversité est alors une toute nouvelle députée. Nommée coprésidente du groupe EE-LV à l’Assemblée nationale, elle est la première femme de l’histoire, à 37 ans, à occuper une telle fonction.

 

Mais la photo qui accompagne le portrait et qui la montre assise en robe blanche sur un rebord de canapé, les cuisses et le décolleté apparents, n’est pas de son goût. Elle la trouve bien trop sexuelle. Il y a deux jours, devant l’association des journalistes parlementaires, elle a estimé que c’était l’épisode le plus «humiliant» de sa carrière politique, regrettant que Libé ne se soit jamais excusé, selon elle.

 

On est allé la voir, au moment du café, vendredi après-midi, en terrasse d’un restaurant de Saint-Germain-des-Prés, pour lui demander ce qui l’avait choquée, lors d’une discussion sincère sur le sexisme et la fabrique de l’information médiatique et politique. »

 

- Pourquoi vous êtes-vous sentie humiliée par cette photo ?

 

Parce que j’ai été trompée, déjà. Parce que, quand la photo a été prise, j’avais expressément demandé au journaliste quel était le cadrage de sa photo. J’avais dit : «Vous faites quoi, vous prenez le haut ?» Il m’avait dit: «Oui, oui, le haut.» Du coup, je n’ai absolument pas fait attention au bas, je n’ai pas fait attention que ma jupe était un peu redressée. C’est très formateur. Je n’ai plus jamais fait l’erreur.

 

Ce jour-là, il faisait très chaud, et j’étais habillée exactement comme le jour où j’avais été élue. J’ai ressorti des photos de ce jour. La robe est parfaitement normale, elle n’a rien de spéciale, et j’avais en plus une veste rouge. La seule chose que j’ai acceptée, à la demande du photographe, c’est de l’enlever. Je savais que j’avais un décolleté, mais je n’en ai pas honte.

 

Quelque temps plus tard, j’ai vu les autres photos prises lors de cette séance. Et quasiment toutes sont des photos de buste. Toutes sont des photos correctes, qui allaient bien avec le thème de l’interview. Là, quand le portrait est paru, ça m’a fait énormément de mal. Evidemment une photo comme ça, sauf à vraiment mentir, on sait que va attirer l’œil, c’est le moins qu’on puisse dire.

 

La suite ICI 

CHAP.16 code acratopège, « Nous, socialistes, devons reconnaître que nous n’avons pas assez travaillé avant 2012 »

Parlons toujours femme : Aude Lancelin virée pour avoir fait battre le cœur de «l’Obs» trop à gauche ?

 

« Y a-t-il une reprise en main politique de l’Obs ? Aude Lancelin, directrice adjointe de la rédaction et numéro 2 de l’hebdomadaire, est convoquée ce vendredi après-midi à un entretien préalable en vue d’un licenciement. Marquée à la gauche de la gauche, proche du philosophe marxiste Alain Badiou et de l’économiste radical Frédéric Lordon, la journaliste a été brutalement écartée de ses fonctions la semaine dernière par le directeur du magazine, Matthieu Croissandeau, qui l’avait pourtant nommée à ce poste il y a deux ans, peu après son arrivée. Cette décision a été prise la veille d’un conseil de surveillance réunissant le 11 mai les actionnaires du titre : le trio Pierre Bergé, Xavier Niel, Matthieu Pigasse (deux tiers du capital) et Claude Perdriel, le cofondateur historique (un tiers). Très rare dans un magazine habitué à recaser ses plumes tombées en disgrâce, la sanction a provoqué l’émoi en interne et abouti à une motion de défiance contre Croissandeau, approuvée par 80 % de la rédaction.

 

La suite ICI 

 

Pour finir, sans oublier que je fus précurseur de tendance avec l’opération Chartrons : Juppé dans son miroir

 

« Juppé s’est installé dans le rôle incontesté du favori. Quel que soit les critère retenus – popularité ou intentions de vote –, il devance ses rivaux, à droite et domine ses adversaires, à gauche et à l’extrême droite. D’autres avant lui ont déjà occupé semblable position sans pour autant être élu, au final. L’élan qui les portait lorsqu’ils étaient loin du but était sans doute trop artificiel ou trop ambigu pour résister au choc d’une campagne. Alain Juppé est-il un de ceux-là ? Son succès actuel dans les sondages, en tous cas, laisse perplexe.

 

Les Français, qu’ils soient de droite ou de gauche, veulent du neuf. Alain Juppé file sur ses 71 ans.

 

Les Français, dit-on, veulent du renouvellement. Alain Juppé est entré en politique à la fin des années soixante-dix. Il a conquis son premier mandat national en 1986. Il a été Premier ministre, il y a de cela plus de vingt ans. Il a été ministre du Budget, ministre des Affaires étrangères à deux reprises, ministre de la Défense et même, quelques semaines, ministre de l’Écologie. Il a servi sous trois Présidents. Il a été député de Paris puis de la Gironde. Il est encore maire de Bordeaux.

 

Les Français ne supportent plus leurs élites. Alain Juppé est normalien, agrégé de lettres classiques, énarque et Inspecteur des Finances.

 

Les Français n’aiment pas les hommes de parti et rêvent d’être gouvernés par des représentants issus de la société dite civile. Alain Juppé a été le patron du RPR puis le fondateur de l’UMP. Il reste l’un des principaux dirigeants des Républicains.

 

Les Français ne supportent plus le système qui assure à leur élus une forme d’impunité politique. Alain Juppé a échoué à Matignon et c’est son impopularité abyssale qui en 1997, a conduit la droite tout droit à la défaite que l’on sait. En 2007, il a même réussi l’exploit assez rare d’être battu aux législatives dans la foulée d’une présidentielle pourtant gagnée par son camp. Ce qui ne l’a conduit qu’à une courte traversée du désert.

 

Les Français, enfin, veulent des dirigeants intègres. Alain Juppé a été au cœur des différents scandales qui ont terni l’image de la capitale sous la mandature de Jacques Chirac. En 1995, il a été contraint d’abandonner dans des conditions humiliantes l’appartement que lui louait à prix d’ami la ville dont il était l’élu. En 2004, il a été condamné à un an d’inéligibilité pour prise illégale d’intérêt dans une affaire qui certes ne mettait pas en cause son honnêteté personnelle mais qui révélait l’un des mécanismes de son ascension politique dans le sillage de son mentor de l’époque. »

 

Lire la suit ICI 

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
commenter cet article
22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 06:00
SENS DESSUS DESSOUS : la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier peut-être.

S’il est une appellation que j’exècre c’est celle de Seniors pour désigner les vieux.

 

Senior je le suis le temps où à 18 ans je jouais au basket à La Vaillante Mothaise, maillot blanc (marcel) liseré bleu.

 

Vieux, avec tous les qualificatifs plus ou moins sympathiques accolés à cet état, je le suis, je le revendique, je l’assume, oui je suis un vieil homme indigne !

 

Ma Caisse d’Assurance Retraite de la Sécurité Sociale, qui me verse chaque mois un petit bout de ma pension, vient de m’expédier une invitation au Forum Bien Vivre sa retraite qui se tiendra le mardi 7 juin à la Cité des Sciences et de l’Industrie du côté de la Villette.

 

 

Au programme entre autres :

 

  • Une conférence « Programme Seniors en vacances » : des séjours tout compris à un tarif préférentiel.

  • Une pièce de théâtre : « Vieillir, c’est vivre ! » suivie d’un échange avec Jean-Jacques Amyot, psychosociologue.

Je me vois déjà, descendant de l’autocar Macron, avec le troupeau des seniors agglutinés derrière le guide à petit drapeau errant dans les ruelles de Rocamadour. Après ça je serai un gibier de choix pour le psychosociologue de service.

 

« Vieillir, c’est vivre ! » fait le pendant au célèbre « Vieillir, c’est mourir un peu. »

 

« Apprendre à vieillir, c’est apprendre à mourir, accepter notre finitude, ajuster nos comportements à cette réalité inscrite en nous quand bien même elle reste impensable. On sait que la mort est là, présente depuis toujours, nourrie de notre sang. La mort nous constitue, elle détermine nos actes. Mais comment y croire ? »

 

Françoise Giroud, grand séductrice, écrivait dans Arthur ou le bonheur de vivre (1997) :

« Avant de s'éteindre, il faut vieillir, c'est là une série de petites morts qu'il faut subir. Perdre ses moyens, c'est mourir un peu, et c'est révoltant. Voir un visage se faner, un corps se déformer, des mains se couvrir de taches, c'est mourir un peu, et c'est dégoûtant. Renoncer enfin à sa capacité de séduction, devenir transparente aux yeux des hommes, c'est mourir à toute une part de soi-même, et c'est dur à vivre. »

 

Vous allez me dire que ce matin je ne suis pas gai. Détrompez-vous, je vais vous parler d’amour, de tomber amoureux même lorsqu’on est vieux.

 

Je le fais avec jubilation après avoir dévoré le dernier livre de Milena Agus SENS DESSUS DESSOUS

 

« Mr. Johnson, le monsieur du dessus, a toujours les lacets défaits et des vestes trouées. Pourtant, c’est un violoniste célèbre qui vit dans le plus bel appartement de l’immeuble, avec vue sur la mer. Anna, la voisine du dessous, partage un petit entresol obscur avec sa fille, taille ses robes dans de vieilles nappes et fait des ménages. Pourtant, elle cache dans ses tiroirs des dessous coquins et des rêves inavoués. Ces deux-là, plus tout jeunes, débordants de désirs inassouvis, étaient faits pour se rencontrer. Dans les escaliers, où montent et descendent des voisins occupés par une farouche quête du bonheur, se tricotent à tous les étages situations rocambolesques, amours compliquées, jalousies absurdes. Mais n’est-ce pas là la clef de voûte de toute vie?

 

Milena Agus, la sarde de Cagliari, je l’ai découverte en Corse, en 2007, avec Mal de pierres qui fut un énorme succès de librairie en France 400 000 exemplaires vendus et aujourd’hui adapté au cinéma par Nicole Garcia avec Marion Cotillard, en compétition à Cannes et qui sortira en salles le 19 octobre.

 

Dans son nouveau roman, avec son écriture à fleur de peau, malicieuse, où se mêle poésie et un brin de folie, beaucoup d’humanité, Milena Agus atteint pour le sommet de son art. C’est magique.

 

« Le petit théâtre de Milena Agus est une île sur l'île un écrin à la fois clos et ouvert, où les liens électifs supplantent ceux du sang et offrent l'opportunité d’être soi-même, dans un joyeux désordre qui fait un bien fou »

 

Johnson Junior à la narratrice :

 

« C’est pourquoi il me conseille de devenir plutôt écrivain, le rêve de ceux qui ne savent pas où donner de la tête. »

 

Les deux amoureux :

 

« Beau, Mr. Johnson est beau. Sec, la peau si bien tendue sur les muscles que de loin, on lui donne vingt ans de moins. Malgré ses lacets défaits et ses vestes en loques, il n’a pas un physique ordinaire. Anna, en revanche, si, à cause de ses jambes gonflées par la maladie […]

 

Belle ou non, vieille ou pas, elle a tout de même dépensé une fortune en lingerie dans un sex-shop de Cagliari. Je l’ai découvert un jour qu’elle m’a demandé au téléphone de chercher quelque chose pour elle dans un tiroir : elle était en plein repassage chez Mr. Johnson, et n’avait pas le courage de descendre les escaliers. Je me suis trompée de tiroir et j’ai trouvé une tunique en résille avec des mailles de sept ou huit centimètres de large, un ensemble rose et noir, un soutien-gorge carioca qui laisse les nénés découverts, des culottes fendues pour permettre la pénétration et des pinces à tétons avec des pendentifs de brillants, de cœurs en acier er de dés, un string en petites perles multicolores, un body presque sans culotte avec deux bandes étroites à nouer à l’américaine, des petits caracos de dentelle ultra courts couvrant à peine le nombril… »

 

SENS DESSUS DESSOUS, par Milena Agus, trad. de l'italien par Marianne Faurobert. Liana Levi, 160p. 15€.

 

L’espérance de vie a progressé de cinq ans depuis 2000, indique l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dans les « Statistiques sanitaires mondiales » (194 pays) publiées jeudi 19 mai. C’est la hausse la plus rapide depuis plus de cinquante ans. Depuis les années 1950, le gain était de trois ans par décade. L’espérance de vie était en 2015 de 73,8 années pour les filles et de 69,1 ans pour les garçons (71,4 en moyenne).

 

L’espérance de vie des nouveau-nés dans vingt-neuf pays à hauts revenus atteint au moins 80 ans alors qu’elle est inférieure à 60 ans en Afrique subsaharienne. Dans douze pays – Suisse, Espagne, Italie, Islande, Israël, France, Suède, Japon, Singapour, Australie, Corée du Sud et Canada –, elle dépasse même les 82 ans. Dans tous les pays au monde, les femmes ont une espérance de vie supérieure à celle des hommes, mais le différentiel, qui était de 6,9 années il y a quarante-cinq ans, n’est plus que de 4,6 années en 2015. Et c’est dans les pays scandinaves que cette différence est la moins importante. Les femmes peuvent espérer vivre le plus longtemps ( 86,8 ans) au Japon, alors que les hommes doivent se tourner vers la Suisse, avec 81,3 années. A l’inverse, la Sierra Leone détient le record de la plus faible espérance de vie pour les deux sexes, 50,8 ans pour les femmes et 49,3 ans pour les hommes, suivi par l’Angola (54 et 50,9). »

 

SENS DESSUS DESSOUS : la vieillesse ne m’apparaît plus comme une ombre mais comme un éclat de lumière, le dernier peut-être.

Nicole Garcia présente cette année “Mal de pierres”, un drame intime et rural porté par la force de sa direction d'acteur.

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
21 mai 2016 6 21 /05 /mai /2016 06:00
Des bonnes manières à table à l’attention de vos enfants… Ne bois pas non plus tant que ta bouche est encore pleine de nourriture.

Dans l’espace public, « Fliqués, surprotégés, les enfants d’aujourd’hui ont à peine le droit d’aller acheter seuls une baguette de pain. Une culture du risque zéro qui les prive de liberté et les prépare mal aux aléas de la vie. »

 

Et si on lâchait la bride à nos enfants ?

 

S’interrogeait Guillemette Faure dans M le Monde du 13 mai.

 

« On nous accordait, quand nous étions enfants, une confiance que nous n’accordons pas à nos propres enfants, Peter Gray. Croire que les enfants et même les ados sont incapables de prendre des décisions rationnelles devient une prophétie autoréalisatrice. En les confinant dans des cadres supervisés par des adultes, on les prive du temps et des occasions dont ils ont besoin pour se prendre en charge. Ils finissent par le croire eux aussi… »

 

L’ensemble ICI 

 

Dans l’espace privé ou dans des espaces protégés tel le restaurant, c’est une autre paire de manche, là on aurait tendance à exiger que les parents mettent la bride à leurs enfants. Alors, rien que pour le plaisir je vous propose ce texte, gentiment désuet, de Carl Friedrich von Rumohr, publié en 1822, dans L’esprit de l’art culinaire.

 

Manière dont doits se comporter un jeune garçon qui a pris place parmi les autres convives.

 

« … au cours des dernières décennies, l’esprit de notre époque a, par son influence, peu à peu évincé cette forme d’éducation guindée. Et, comme en toute chose, on passe généralement d’un extrême à l’autre, on s’est d’autant plus hâté d’émanciper les enfants qu’on ne les avait jusqu’alors que par trop accablés, bridés et enchaînés. C’est un trait d’une belle humanité que de vouloir également accorder des droits aux enfants ; mais ce faisant, il n’aurait point fallu oublier de bien leur inculquer leurs devoirs. Car nul n’a autant besoin de concevoir clairement ce qu’est le droit de l’individu tout juste libéré de son joug. »

 

« Si tu prends toi-même place parmi les convives, conforme tes mœurs à la règle suivante. En premier lieu, coupe-toi les ongles, pour qu’ils ne paraissent point être bordés de velours ; lave-toi les mains et assieds-toi convenablement. Tiens-toi droit, et ne te sers pas le premier dans le plat. N’avale pas la nourriture, la soupe par exemple, en l’aspirant bruyamment, à la manière d’un cochon ; ne souffle pas non plus trop fortement dessus, qu’elle n’éclabousse pas alentour. Ne renâcle pas comme un hérisson, ni ne bois le premier ; garde la mesure, et évite d’être saoul ; ne bois et ne mange qu’autant que nécessaire, car les abus engendrent la maladie. Une fois que chacun s’est servi dans le plat, alors seulement, sers-toi à ton tour.

 

Ne laisse pas tes mains trop longtemps sur l’assiette, ni ne balance tes pieds sous la table d’avant en arrière, à la manière d’un tisserand.

 

Lorsque tu bois, ne t’essuie pas les lèvres de la main, mais avec une serviette. Ne bois pas non plus tant que ta bouche est encore pleine de nourriture. Ne retrempe pas dans le plat un morceau dans lequel tu as déjà mordu. Ne te lèche pas les doigts, ni ne ronge les os, mais sers-toi de ton couteau pour couper ce que tu veux manger.

 

Ne te cure pas les dents avec ton couteau, mais avec un cure-dent ou un tuyau de plume ; car le couteau oxyde les dents, comme l’eau le fer. Et quand tu te cures les dents, garde une main devant ta bouche. Ne coupe pas le pain devant ta poitrine. Commence par manger ce qui se trouve devant toi, et ne te sers pas ailleurs ; ne tourne pas non plus le plat de manière à avoir devant toi ce qui te plaît.

 

Si tu veux servir la viande ou le poisson, fais-le avec ton couteau, et non avec les doigts, comme tant de nations y sont aujourd’hui accoutumées.

 

Ne mange pas bruyamment, comme un cochon. Ne te gratte pas la tête, ni ne te cure le nez.

 

Il ne faut pas non plus parler en mangeant : c’est un comportement de rustre.

 

Éternuer, se moucher et tousser fréquemment ne se fait point. Lorsque tu manges un œuf, commence par couper du pain, sans faire de trop gros ni de trop longs morceaux. Veille à ce que rien ne tombe à côté, et mange promptement. N’écrase pas les coquilles, remets-les dans le plat ; mange ton œuf, ne le gobe pas.

 

Ne salis pas la nappe, non plus que ton pourpoint. Ne fais pas des tas d’os, de croûtes de pains ou autres autour de ton assiette, à la manière d’un chercheur de trésors.

 

Ne balance pas non plus les jambes sous la table, pour éviter qu’une échauffourée n’éclate entre les chiens, ce qui agacerait, tes voisins. Une fois le repas achevé, lave-toi les mains et le visage, remercie Dieu et loue le Seigneur de ses paternels bienfaits. »

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 06:00
« L’excès de vin, tel est le péril le plus grave de la bonne chère… notamment pour les femmes. » qui font gogaille

« L’histoire de la bonne chère rencontre obligatoirement celle du péché de Gula, l’un des 7 péchés capitaux codifiés au cours du Moyen Âge et réaffirmés par le concile de Trente… manger  et boire au-delà de ses besoins physiologiques ; manger gloutonnement, avec avidité, et salement, se goinfrer… »

 

« La goinfrerie et la gloutonnerie, le détournement hédoniste de l’alimentation, et l’ivresse sont les trois principales expressions d’une bonne chère condamnée par les ecclésiastiques. »

 

« Les catéchismes du Grand Siècle condamnent fermement les excès de boire et de manger comme pouvant conduire à des actes d’impureté dans les actions – gestes obscènes, attitudes bouffonnes, sexualité hors mariage ou ayant d’autres buts que la procréation – et dans les paroles – chansons à boire, paroles paillardes, propos blasphématoires. »

 

Celui de Meaux, publié sous l’égide de Bossuet, mentionne l’ivrognerie comme la plus dangereuse gourmandise car elle « nous fait perdre la raison & nous change en bête furieuse », son « plus grand danger » est de « nous porte (r) à la luxure. »

 

« L’excès de vin, tel est le péril le plus grave de la bonne chère… notamment pour les femmes. »

 

« À la fin du règne de Louis XIV, Edme Jeaurat produit une série consacrée à la vue, l’ouïe, le toucher, le goût et l’odorat évoquant les dangers des sens. Pour le goût il convoque le vin :

 

« Le vin a des charmes funestes. Une belle qui laisse suspendre à l’attrait et à la force de cette liqueur, est  capable des dernières faiblesses. Erigone trompée par Baccus, caché sous la figure d’une grappe de raisin, en est la preuve. » Outre ce texte accompagnant la gravure, les effets désinhibiteurs du vin sur le comportement de la jeune femme sont clairement indiqués, par son absence de retenue, le mouvement du corps, repris par celui de la mante, la gorge offerte, le motif érotique du pied levé enfin, et par le regard confiant de Cupidon, petit amour armé de son arc. En revanche, la tempérance, une des quatre vertus cardinales, continue à être représentée par une femme versant de l’eau dans une coupe de vin. »

 

* Gogaille « faire bonne chère avec bruit et réjouissance » il pourrait être une déformation de godailler, verbe formé à partir de godale, de l’anglais good ale, et désignant, à la fin du Moyen Âge, une bière d’orge parfois agrémentée d’épices et de miel.

 

Source : Florent Quellier Festins, ripailles et bonne chère au Grand Siècle Belin 

« L’excès de vin, tel est le péril le plus grave de la bonne chère… notamment pour les femmes. » qui font gogaille
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
19 mai 2016 4 19 /05 /mai /2016 06:00
Ménagère de + de 50 ans cherche le Val IGP d’Oc désespérément dans Paris intra-muros évidemment !

Quand, comme moi, « ménagère de + de 50 ans du 3e type », qui fait ses courses dans le petit commerce, sa bouffe avec que du bon, qui boit ce qui se fait de mieux, tu es de sortie dans Paris tu ne peux pas la rater la campagne de publicité pour le VAL, IGP d’Oc, elle s’affiche sur une flopée d’abribus.

 

Dans mon 14e limite 13e y’en a partout, grosse artillerie.

 

Comme je ne suis pas né de la dernière pluie mon petit doigt me dit : avec un tel patronyme c’est sûrement un nectar du géant de Narbonne.

 

Alors, ni une, ni deux, en ancien vendeur de vin parisien au temps de la défunte SVF où nous faisions quasi-seuls de la publicité, comme nous les gars du Val doivent avoir mis leur marque en avant dans tout Paris. En effet, le consommateur par l’odeur de la publicité va se précipiter pour trouver ce vin.

 

Donc je me mets en chasse.

 

D’abord au plus près, en aval de chez moi le Franprix doté d’un rayon vins conséquent, chou blanc !

 

Je descends sitôt du côté du petit Auchan où je n’ai jamais les pieds, de nouveau le chou est blanc.

 

Pas découragé je pousse jusqu’au Monoprix de le rue Daviel qui fait une belle place au vin, je cherche en vain.

 

Comme je ne suis pas du genre à jeter l’éponge je décide, au fil de mes échappées belles à vélo de m’arrêter au hasard chez d’autres enseignes.

 

Je signale à mon lectorat provincial que Paris est envahi par la GD format riquiqui.

 

Super U rue Montorgueuil, je fais mon deuil.

 

Et puis, réflexion faite, que du côté de la Place d’Italie y’avait autrefois un Champion et un Géant Casino, alors encore un coup de vélo.

 

Le Champion, allée Django Reinhardt, est maintenant un Market Carrouf, j’attache ma bête et je pénètre, fouine, rousine, pas de Le Val que dalle !

 

 

Je poursuis car à quelques mètres l’ex-Géant Casino est devenu un grand Monoprix. C’est immense, je me perds dans la lingerie, j’erre, enfin je tombe sur la cave, genre chic, petite, me fait une fausse joie avec un VAL qui n’est pas Le Val et là encore queue de chique !

 

 

Je rumine et je décide de pousser jusqu’à la Chine là où dans mes souvenirs fut implanté rue de Choisy l’un des premiers hypermarchés de Paris dont j’ai oublié le nom. Le père Houellebecq doit y aller acheter ses boîtes de thon.

 

Je remonte en selle et je me retrouve à Chinatown face à un Géant Casino. Ça grouille, des turfistes, je progresse jusqu’au rayon vin. Je commence par la muraille de rosés. Je commence à désespérer lorsque presque que tout en bas je tombe nez à nez avec Le Val rosé. Faut vraiment être doué pour le trouver.

 

 

3,50€ la boutanche. Ne reculant devant aucun sacrifice : j’achète.

 

Remarque de la ménagère de + de 50 ans du 3e type : tout au long de mon périple je suis toujours tombé nez à nez avec La Roche-Mazet le nectar IGP d’OC de la petite maison Castel. Au Géant Casino la boutanche est à 2,40€.

 

Autre remarque la Mythique AOP Languedoc est, elle, à 3,80€ soit l’épaisseur d’une feuille de cigarette entre l’AOP et l’IGP. Ils font tout pour me donner raison les gars de South of France.

 

Ma conclusion après ce long périple (autour du Géant Casino de la rue de Choisy je n’ai croisé aucune publicité pour Le Val) c’est que lorsqu’on engage une campagne de pub aussi massive dans Paris on prend le soin de placer le maximum de produit dans les enseignes parisiennes.

 

Bien évidemment, pas question de trouver Le Val chez Nicolas, notre Pierre Castel ne promeut pas les marques des grosse coopés qu’il a toujours détestés.

 

On va m’objecter que cette publicité sur les abribus va être vue par les banlieusards qui vont s’empresser de se précipiter dans leurs hypermarchés pour acheter ce nectar. Permettez-moi d’en douter, l’usager du bus comme celui du métro tourne le dos à la pub obnubilé qu’il est par sa course contre la montre pour arriver à l’heure au boulot.

 

Il faudra donc que l’on m’explique quel est l’objectif de cette campagne de publicité pour un vin de GD dans un Paris qui n’est pas le paradis des hypermarchés.

 

Je ne ferai aucune remarque ni sur le packaging ni sur l’affiche ça m’évitera de me faire de nouveaux amis dans l’Aude.

 

 

Mais c’est quoi ce Le VAL ?

 

C’est la nouvelle gamme de vins IGP d’Oc de Vinadeis.

 

Mais c’est qui Vinadéis ?

 

Version officielle

 

« Aventure humaine avant tout, Vinadeis est une vision de la viticulture et du vin, alliée à un esprit pionnier que ses promoteurs ont souhaité mettre au cœur de l’entreprise. Pour nous, qui sommes les héritiers de cette épopée, il s’agit de poursuivre une œuvre et de puiser dans ses origines l’inspiration qui doit nous conduire au dépassement.

 

Le Groupe, dont le siège est basé à Narbonne, fait référence en tant que première entreprise coopérative française de vins tranquilles, dans la première région vinicole du monde, le Languedoc Roussillon. »

 

« 7 vignerons des Corbières en 1967, aujourd’hui plus de 1 600 vignerons et près de 400 collaborateurs, notre groupe est devenu le premier producteur de vin en France. Vinadeis conjugue un esprit pionnier, ouvert sur le monde et un attachement fort aux valeurs de respect des hommes et des territoires. »

 

Version du Taulier

 

Pour les vieux de la vieille Vinadeis c’est le mariage des mammouths de l’Aude : le Val d’Orbieu et d’UCCOAR avec dans sa calebasse Cordier-Mestrezat de Bordeaux.

 

Mais ce n’est pas tout Vinadeis s’est aussi pacsé avec au printemps dernier avec le géant coopératif In Vivo (céréales, santé, nutrition animale, distribution…) pour devenir un ténor mondial de la viticulture.

 

C’est Vinadeis-Vivo Wine;

 

« Un objectif d'un demi-milliard de CA dans 4 ans

 

L'objectif initial de 500 M€ de chiffre d'affaires en 2020 pourrait être atteint dès 2017. La semaine dernière, le conseil de surveillance a entériné la montée en puissance à l'international et la mise à disposition d'une capacité d'investissements de 100 M€ aujourd'hui disponible. Il s'agit de procéder à de nouvelles acquisitions alors que les premiers chiffres de l'activité 2015 sont excellents.

 

«Nous espérons boucler Vinadéis à 308 M€. C'est le plus haut niveau historique jamais atteint par notre groupe. En 2014, c'était seulement 268 M€. Avec In Vivo Wine, on peut estimer que le nouveau périmètre du groupe s'établit autour de 345 M€ en prenant notamment en compte les activités de Cordier-Mestrezat» s'enthousiasme Bertrand Girard, président du directoire de Vinadeis, prolongement de Val d'Orbieu et d'Uccoar. Lui-même a rappelé la farouche volonté d'avancer vite sur tous les marchés.

 

«Depuis quelques mois, on note la faiblesse des chiffres nationaux sur différents marchés. La France a reculé en 2015. Les chiffres nous ont donné raison. On peut le regretter mais c'est comme ça. Il nous faut donc anticiper et réagir, trouver des relais de croissance externe dans des pays consommateurs comme les Etats-Unis, l'Angleterre ou l'Europe du Nord. Il s'agit de favoriser des appels d'air pour mieux vendre nos vins» poursuit Thierry Blandinières du groupe coopératif In Vivo. »

 

La suite à la fin de ma chronique.

 

Mais revenons à la gamme Le VAL : 2 rouges Merlot, Pinot Noir, un blanc Chardonnay et un rosé Pinot Noir 

 

Version officielle

 

LE VAL

 

« Le Val est la meilleure sélection du « jardin » Val d’Orbieu. Un jardin de 17 000 ha situé au cœur du Languedoc. Une gamme à l’image du groupe coopératif Val d’Orbieu composé de plusieurs vignerons, personnalités, caractères, mais qui s’entraident et s’unissent pour proposer des vins de qualité.

 

Nos œnologues ont élaboré avec le plus grand soin ces vins de cépage de caractère, sophistiqués, novateurs et conviviaux qui restent fidèles à leur origine : la terre du Languedoc.

 

Fiche technique du vin : (je reproduis la fiche sur le site Vinadeis mon rosé à moi est étiqueté Pinot Noir et sur l'affiche de pub c'est du Grenache) c'est vraiment le grand jardin des cépages on s'y perd...

 

Fiche technique du vin :

 

 
Couleur : Rosé

 

 

Appellation : IGP Pays d’Oc
 

 

 

Cépage : Mourvèdre

 

Notes de dégustation :

 

Ce Mourvèdre Rosé offre un nez élégant dominé par des arômes de petits fruits rouges dévoilant une bouche fraîche à la finale gourmande et fruitée. 

 

Données utiles :

 

Vinification : Démarre avec une sélection des raisins aux moments des vendanges. Sélection de nos caves adhérentes. Utilisation d’un procédé moderne de vini­fication en contact avec du bois qui combine les méthodes traditionnelles avec une longue période de macération et le procédé de macération à chaud.

 

Méthode de récolte : Mécanique

 

Ce vin est conduit sous la houlette du Faiseur de Vin Olivier Dauga

 

 

Il est estampillé par Butane&Degaz.

 

 

Je ne l’ai pas encore goûté mais j’ai visionné la vidéo ci-dessous Accord Met et Vin: Carré d'agneau de Provence - Le Val Pinot Noir 2013

 

Ajoutée le 20 janv. 2015

 

« Découvrez l'accord Met et Vin: Carré d'agneau de Provence, haricots coco, girolles et jus de chèvre cuisiné par Ludovic Dziewulski du restaurant Le Vivier à L'Isle sur la Sorgues, accompagné du vin Le Val Pinot Noir 2013, IGP Pays d'Oc. »

2 remarques :

 

  • Cette vidéo a reçu 105 visites depuis sa mise en ligne il y a presque 18 mois dont 3 pour mon compte. On ne peut pas dire que la stratégie sur le Net de Vinadeis soit au top. Sans me pousser du col sur mon petit blog je fais beaucoup mieux.

 

  • La seconde est beaucoup plus corrosive : à qui fera-t-on croire qu’un étoilé au MICHELIN va inscrire un IGP d’OC de GD à 3,50€ prix consommateur sur sa carte des vins. Ça sent la vidéo sponsorisée soit zéro crédibilité pour tout habitué de ce genre de maison.

 

Sans faire le ramenard ceux qui m’ont tout appris du côté de la maison Pernod-Ricard m’ont toujours dit, et ils ont raison, qu’il faut d’abord être fort sur son marché domestique avec ses marques avant d’espérer en développer à l’international.

 

Et de ce côté Vinadeis-In Vivo Wine n’en manque pas d’ambition :

 

« Pour booster la croissance rapide, le groupe doit procéder à des acquisitions et à des partenariats. Un premier dossier est cours de finalisation au Japon, une société de distribution qui pourrait apporter 25 M€ de chiffre d'affaires supplémentaires. La course aux opportunités est ouverte en Amérique du Nord et en Europe du Nord.

 

Le groupe coopératif audois Vinadeis veut accélérer son développement à l'exportation. Axes de développement : le Japon mais aussi les marchés du vin d'Amérique Latine en s'implantant au Brésil.

 

Pour améliorer la balance des échanges viticoles à l'export, Vinadeis et son partenaire In Vivo Wine préconisent un développement ultrarapide. Le groupe Vinadeis-Vivo Wine accélère. L'ensemble constitué au printemps dernier avec le géant coopératif In Vivo (céréales, santé, nutrition animale, distribution…) pour devenir un ténor mondial de la viticulture, entend singulièrement augmenter le rythme de son développement.

 

Un objectif d'un demi-milliard de CA dans 4 ans

 

Pour booster la croissance rapide, le groupe doit procéder à des acquisitions et à des partenariats. Un premier dossier est cours de finalisation au Japon, une société de distribution qui pourrait apporter 25 M€ de chiffre d'affaires supplémentaires. La course aux opportunités est ouverte en Amérique du Nord et en Europe du Nord.

 

En avril, le groupe inaugurera son centre ultramoderne de traitement du vrac à Béziers. Mieux, le 4 mai prochain, la méga coopérative française va, officiellement installer, à Sao Paulo (Brésil), un nouvel établissement cofinancé et cogéré par FéCoVita le partenaire coopératif argentin.

 

«C'est pour nous une précieuse opportunité d'entrer dans le Mercosur, le marché des vins d'Amérique latine. Les argentins vont nous aider et de la même manière nous allons accompagner leur démarche en Chine» explique le Leucatois Joël Castany, président de Vinadeis, qui entend jouer sur tous les marchés existants, y compris dans le créneau des entrées de gamme. C'est la stratégie du cheval de Troie pour mieux vendre ensuite les premiums languedociens et les grands crus bordelais de Cordier.

 

C'est dans cet état d'esprit, conquérant, qu'est envisagé le développement d'accords avec les coopératives italiennes ou espagnoles, seules capables de présenter des vins payés entre 30 et 40 € l'hecto aux producteurs. Pour que la France regagne quelques parts de marchés évaporés. »

 

Ce discours, Joël Castany me le tenait déjà en l’an 2000, même si j’en souris, Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage. Morale qui conclut la fable de La Fontaine Le Lion et le Rat.

 

 

 

Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 06:00
La notation du roi Parker est « morte » vive les algorithmes impartiaux et complexes de Wine Lister concocté par Bettane+Desseauve and Co !

Le 13 mai à mon réveil la nouvelle est tombée dans ma boîte électronique.

 

Dans le monde impitoyable de la notation du vin, orphelin du grand Bob, on m’annonçait qu’un nouveau-né allait ramasser son héritage.

 

C’était le couple Bettane+Desseauve qui se disait est fier de m’annoncer le lancement officiel de Wine Lister, le tout nouveau standard de notation, avec lequel nos équipes collaborent.

 

Vous vous doutez bien que je fus bouleversé.

 

Comme vous le savez je suis très friand de notation, je m’en délecte sans retenue et là loin de l’antique artisanat on ne me proposait rien moins qu’un standard.

 

Ça me rappelait l’aura et le prestige des désormais célèbres agences de notation qui se sont illustrés sur notre belle planète mondialisée. : Standard & Poor's, Moody's et Fitch.

 

Les géniteurs de Wine Lister, comme de bien entendu, soulignait que ce standard était attendu, tel l’enfant Jésus, pour mettre de la rationalité dans le grand foutoir de la notation du vin.

 

Que voulez-vous une vache n’y retrouvait plus ses veaux entre l’héritière de notre bonne école publique le sur 20 et le fameux sur 100 du grand Bob qui, en bon impérialiste américain, l’avait imposé au nez et à la barbe des braves franchouillards.

 

À Bordeaux, point de salut pour la notoriété et la cagnotte des propriétaires de GCC en dehors des 100/100 de Parker.

 

Aujourd’hui le vieux monde est derrière nous le monde du vin « a besoin d’un système de notation objectif et complet, intégrant tous les indicateurs qui comptent :

 

  • la qualité
  • la notoriété de la marque
  • les facteurs économiques

Ça fleure bon les nouveaux critères du dernier classement de Saint-Émilion.

 

C’est du sérieux, du dur, un vrai outil moderne qui a nécessité « plus de 4 années de recherche et développement. En effet, l’équipe de Wine Lister a : interviewé pendant 12 mois les membres clés du monde des grands vins ; établi des partenariats avec les meilleures sources d’informations ; compilé des données exclusives. »

 

Pour les geeks vous pouvez retrouver tout ça dès aujourd’hui sur le site www.wine-lister.com.

 

La note de qualité sera définie m’indique-t-on par l’association de « Trois équipes d’experts parmi les plus renommées au niveau international, Jancis Robinson, Antonio Galloni (Vinous) et Bettane+Desseauve. Ils ajouteront une évaluation du potentiel de garde de chaque vin.

 

La somme des « meilleurs » ne peut qu’accoucher bien évidemment que de l’excellence. Je n’aurais pas l’outrecuidance de contester cette auto-proclamation même si j’éprouve bien des réticences sur cette forme d’arithmétique de l’entre-soi.

 

Du côté de la force des marques, pour l’évaluer « Wine Lister a aussi analysé l’ampleur et la profondeur de la distribution dans les meilleurs restaurants du monde et conclu un partenariat avec Wine-Searcher, le site de vin le plus visité au monde, pour incorporer les analyses de recherches. »

 

Là j’avoue que la formulation des géniteurs ne m’éclaire guère sur la valeur de l’évaluation de ce qu’est réellement leur notoriété sur les différents marchés. Attendre et voir...

 

Enfin, la force économique d'une marque me dit-on « se compose du volume traité compilé par le Wine Market Journal, le leader mondial des données relatives aux ventes aux enchères de vin, ainsi que de données de prix méticuleusement traitée par Wine Owners, une référence en termes de gestion de portefeuilles et plateforme d’échanges. Parmi les facteurs économiques, Wine Lister prend aussi en compte l’évolution des prix ainsi que leur stabilité.

 

Là encore je rends les armes, je reste très dubitatif sur la valeur de ces grandes compilations qui ne m’apparaissent pas comme un gage de pertinence. Ça me rappelle les mégas-études chères aux scientifiques de santé publique qui compilent souvent des choux et des navets.

 

Mais ne soyons pas négatif laissons-nous charmer par le doux chant des «algorithmes impartiaux et complexes de Wine Lister»

 

En effet, rassurez-vous bon peuple des grands amateurs, ceux-ci « appliquent les mêmes paramètres à chacun des vins traités par le système, exploitant de manière anonyme l’abondance de données à leur disposition – approximativement dix fois plus que n’importe quel autre système de notation. »

 

Et voilà le nouveau-né accouché : l’échelle sur 1 000 points qui permettra de conserver toute la précision et le potentiel de différentiation qu’offre cette combinaison de facteurs.

 

« Cette redéfinition fondamentale de l’échelle de notation permet à Wine Lister d’éviter la concentration des notes dans le haut de la traditionnelle échelle sur 100 points. Les notes de Wine Lister couvrent la totalité de l’échelle sur 1 000 points, ce qui signifie que les notes autour de 900 points sont beaucoup plus dures à atteindre que les notes autour de 90 données par les critiques. »

 

Acceptons-en l’augure ! N’étant ni mathématicien, ni concepteur d’algorithmes «impartiaux et complexes» je ne peux que me prosterner devant le bel outil.

 

Le succès, la crédibilité d’une telle entreprise se jugera à partir de l’adhésion et de la confiance des futurs utilisateurs.

 

Les concepteurs se veulent rassurant : « Wine Lister est un centre d’informations détaillées pour tous ceux qui travaillent dans le monde du vin, s’y intéressent ou y sont impliqués d’une quelconque autre manière. Il vous apportera une aide unique et précieuse. »

 

Ils nous invitent à visiter le site et à découvrir près de 20 000 évaluations de millésimes, pour environ 2 000 étiquettes différentes (un chiffre qui atteindra 5 000 la première année) www.wine-lister.com

 

Alors lecteurs consommateurs, allez-y, découvrez, forgez votre opinion, posez des questions, dites-nous si ce merveilleux outil vous l’attendiez, vous semble-t-il utile, indispensable, incontournable comme on le dit aujourd’hui.

 

La notation du roi Parker est « morte » vive les algorithmes impartiaux et complexes de Wine Lister concocté par Bettane+Desseauve and Co !
La notation du roi Parker est « morte » vive les algorithmes impartiaux et complexes de Wine Lister concocté par Bettane+Desseauve and Co !
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents