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Samedi 1 novembre 2014 6 01 /11 /Nov /2014 00:09

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Les Gagnon sont légions au Québec…


Il y a Pierre  « Je viens d’adopter un vieux... Pierre Gagnon de la Belle Province l’a fait sur de belles lignes... »link


Il y a Marc-André « Critique ou promotion du vin : lettre du cousin Gagnon de la Belle Province « Honte à la presse du vin de France » link qui colle bien à l’actualité de l’affaire Pontet-Canet.


Et puis, il y a Gagnon sans prénom rayée du monde par un vote


Imaginez dans notre vieux pays un gros bourg de 4000 habitants effacé physiquement, rayé de la carte de France ! La tête de Pousson 


« Ville fauchée en pleine jeunesse. La fin de Gagnon est surréaliste : la ville a été purement et simplement rayée de la carte du monde par un vote, celui de l’assemblée nationale du Québec, en octobre 1984 ! Quelques mois plus tard, bulldozers et pelleteuses n’ont laissé derrière eux qu’une vaste étendue de terre retournée et deux routes dont le croisement marque l’ancien centre de la bourgade. »


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C’est écrit dans « l’Atlas des cités perdues » d’Aude de Tocqueville chez Artaud.


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Un très beau et précieux livre.


« La ville doit son nom à Onésime Gagnon, un ancien lieutenant-gouverneur de la province de Québec qui, entre autres portefeuilles ministériels, avait détenu celui des Mines. Et c’est tout naturellement que son nom est donné à celle qui naît en 1957 de la découverte de gisements de minerai de fer près des lacs Jeannine et Barbel, dans la région québécoise de la Côte-Nord. En 1960, la commune est officiellement créée. Moderne et bien équipée, elle plaît aux habitants – des Québécois « de souche », mais aussi  des émigrants originaires du Portugal ou d’Italie – malgré ses conditions climatiques difficiles et son relatif isolement. La ville n’est accessible que par avion ou chemin de fer en attendant l’aménagement d’une route reliant à Baie-Corneau qui ne sera ouverte qu’en 1897, soit… Moins de trois ans après la disparition officielle de Gagnon… »


Plus de mines, plus de ville « il ne reste plus rien des habitations, typiques de l’architecture des années 1960, à l’exception d’émouvants témoignages laissés par quelques visiteurs nostalgiques : ainsi un panneau à l’encre bleue déjà délavée où il est écrit « Durant vingt belles années nous avons habité dans cette ville. Jamais au grand jamais nous ne t’oublierons ville de Gagnon, ville de notre jeunesse et de nos rêves ensevelis. »


Une petite annonce Anciens résidents de la ville de Gagnon recherchés link

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Vendredi 31 octobre 2014 5 31 /10 /Oct /2014 00:09

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Certains clients d’un établissement du Triangle d’Or, au dessert, lui demandaient si elle était « incluse dans la carte » une cheffe de rang expérimentée de 28 ans, licenciée abusivement, son employeur sera condamné pour le préjudice lié au harcèlement sexuel, coucher avec elle pour enterrer sa vie de fille avant son mariage, « avec ta grosse poitrine, ton copain doit se régaler », après 8 ans de procédure. L’employeur ne fera pas appel.


S, pâtissière, 23 ans, chaque jour son chef, à la mise en place fait le tour de la brigade « distribuant conseils, compliments ou reproches. Il aimait aussi corriger la tenue, celle de S notamment. Renouer lui-même un tablier enserrant la taille, vérifier un boutonnage, parfois un soi-disant faux-pli. Inutile de résister, de se récrier sous peine d’être rétrogradée, disgraciée, chassée. Jour après jour, affirmant son pouvoir sur sa jeune recrue, le mentor se fait bourreau. Gestes déplacés, mots exagérés… »


Et après, silence, solitude, voire le dédain… Se confier pour se voir conseiller de se taire… « En parler au chef star ? La tête dans les étoiles, loin des casseroles, il préfère répondre aux interviews, de signer de son nom des produits dérivés plutôt que des plats » Faut pas l’embêter avec ce genre de broutilles.


Ces témoignages sont dans un article de Frédéric Brun « arrière-cuisine Droit de cuissage » dans le dernier n° de 180°C.


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« Une enquête de l’IFOP réalisée en janvier 2014 pour le compte du Défenseur des droits a mesuré que, si 1 femme active sur 5 a dû faire face en France, au cours de sa vie professionnelle à une situation de harcèlement sexuel, seulement 5% des cas ont été portés à la connaissance de la justice. Les victimes sont le plus souvent des femmes, jeunes célibataires dans une situation précaire ou cadres et professions libérales exerçant dans des structures de taille réduite et, en particulier dans des environnements professionnels majoritairement composés d’hommes… 

 

Toute ressemblance avec l’univers de la cuisine ne serait donc pas tout à fait fortuite… »


À lire donc dans ce numéro


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Jeudi 30 octobre 2014 4 30 /10 /Oct /2014 00:09

Dimanche dernier à l’Écume des Pages cherchant sur le présentoir gastronomie le dernier opus de Jean-Claude Ribaut, « Voyage d’un gourmet à Paris » et ne le trouvant pas, je me suis adressé à l’un des libraires pour vérifier s’il était en stock. Là, face à l’écran, je me suis emmêlé les pinceaux dans l’orthographe de Ribaut en lui collant un d.


Erreur gravissime puisque ribaud avec un d c’est un débauché alors que Jean-Claude Ribaut avec un t c’est un fin lettré qui jusqu’à très récemment exerçait ses talents comme chroniqueur des plaisirs de la table au journal le Monde. 


Du 8 octobre 1993 au 17 novembre 2012, il rendit une chronique hebdomadaire, consacrée à la table et au vin, illustrée par  Desclozeaux.


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Avec l’aide de 3 libraires de l’Écume des Pages nous avons enfin découvert le livre de Jean-Claude Ribaut, posé sur le flanc, coincé entre deux gros machins, sur la table des guides de Paris. Comme quoi un titre peut « enduire » en erreur les meilleurs libraires.


Le livre a donc rejoint mon cabas.

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Je connais Jean-Claude Ribaut, érudit, curieux, gourmand, dilettante, féru de politique, l’homme manie la plume avec élégance, sait attiser la curiosité de ses lecteurs par ses références culturelles, littéraires, historiques, sociales. C’est un excellent conteur doté d’un beau coup de fourchette et d’une bonne approche du vin ; qualité rare chez beaucoup de chroniqueur gastronomique contemporain.


« Jean-Claude Ribaut, on le connaît de longue main: c’est cet architecte dévoyé en gourmandise par la magie d’une série de jolis repas chez le maître Jacques Manière au Pactole puis au Dodin-Bouffant. » écrit Gilles Pudlowski.


Avec une pointe de perfidie qu’il nie celui-ci note que le nouveau livre de Jean-Claude Ribaut « somme de ses balades savoureuses dans Paris » fait songer à la manière de Robert Courtine alias la Reynière, qu’il ne cite pourtant pas dans sa bibliographie.


Toujours bon camarade de table Pudlowski poursuit « mêlant, d’agréable façon, balade géographique, randonnée culturelle et guide non-dit. Il y a là le souci de tout raconter, de n’oublier personne, de louanger Ducasse, Rostang, Dutournier ou Savoy avec science, de rendre hommage à Raquel Carena au Baratin de la rue Jouye Rouve (manque le trait d’union Pudlo) sans omettre Yannick Alléno et son « Terroir Parisien », dont Ribaut fut le transcripteur précis et fin. Féru de gourmandise autant que de culture éclectique, JCR puise aux meilleures sources d’un genre usité depuis Grimod ou Curnonsky. Il cite Proust, Fargue, narre la saga des bistrots comme celle des maisons de plaisir, évoque les vogues nouvelles moléculaires, sent, avec précision, revenir le balancier de la tradition. Autant dire que rien ne lui échappe. » 


Bel entre soi très parisien, un tout petit monde qui tire sans doute à sa fin, raison de plus pour suivre JCR dans son périple parisien, « dans le café de la jeunesse perdue » roman de Modiano « Des deux entrées du café, elle empruntait toujours la plus étroite, celle qu’on appelait la porte de l’ombre. Elle choisissait la même table au fond de la petite salle. Les premiers temps, elle ne parlait à personne, puis elle a fait connaissance avec les habitués du Condé dont la plupart avaient notre âge, je dirais entre dix-neuf et vingt-cinq ans. Elle s’asseyait parfois à leurs tables, mais le plus souvent, elle était fidèle à  sa place, tout au fond… »


Le livre de Jean-Claude Ribaut c’est une trace… le témoignage d’un temps passé… un part de notre mémoire… ce Paris méconnu ou oublié… une bouffée d’une vraie vie de quartier… des figures… un terreau sur lequel s’épanouissent aujourd’hui une floppée de jeunes cuisiniers qui revisitent le bien manger, celui  de nos mères et de leurs bons produits… loin des chichis pour nouveaux enrichis.


N’ayant pas l’âme d’un dégustateur, je ne suis guère porté sur les étoilés et leur paraître, je préfère les bonnes tables où j’atteins une belle et saine satiété et où l’on me sert des vins qui respectent la nature à des prix raisonnables. Je préfère m’encanailler et c’est pour cela que je vous ai choisi « le cas de l’Assiette, chez Lulu, rue du Château, créé par Lucette Rousseau dans les années 80 »


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Je le fais car c’est chez moi dans mon XIVe à portée de mon petit vélo et parce que sa « célébrité immédiate de cette table tenait à sa clientèle, recrutée parmi les proches de François Mitterrand qui venaient s’encanailler dans ce quartier excentré. »


De Christophe Barbier dans « Les derniers jours de François Mitterrand » « Il avait lu un jour  dans l’Express « c’est un restaurant où va Pierre Bergé ». Il m’a donc apostrophé : « Vous ne m’y avez jamais emmené ! » Et je lui ai promis de le faire : «  La patronne vous plaira, c’est une ancienne communiste ; » Il a beaucoup aimé, au point de me dire à de nombreuses reprises, dans d’autres restaurants : »C’est moins bon que chez Lulu »


JCR poursuit « Tous n’étaient peut-être pas des gourmets mais ils venaient d’abord chez Lulu pour la qualité d’un travail artisanal appliqué au choix des meilleurs produits : « Respect du produit, respect, respect ! » disait-elle volontiers. Et surtout pas – ou très peu – de mise en place, tout était préparé et envoyé à la commande. Son second s’occupait du froid ; elle réalisait avec brio tous les plats chauds. C’était là le secret de l’exceptionnelle qualité de son magret fumé maison, tranché à l’instant, d’un fricot de girolles de Sologne sautées à feu vif, d’un brillant merlan de ligne poêlé, d’un petit salé de canard poché à la poitevine. Promue au firmament de la gauche cassoulet, Lulu a connu ensuite les vicissitudes de la cohabitation, puis la désaffection du Tout-Paris mitterrandien. Nous eûmes droit également à Lulu sur Canal Plus : piment d’Espelette et béret basque vissé sur la tête pour vanter les plats de là-bas. Lulu était intarissable. Parfois elle engueulait ses clients. Au début de l’hiver, son grand plaisir était de juxtaposer les derniers cèpes avec les premières truffes de l’année. Tout cela avait un prix : « Il y a des gens qui disent que je vends cher et ça m’emmerde parce qu’ils ne savent pas faire la différence, c’est tout ».


Depuis 2008, David Rathgeber, a succédé à Lulu et selon JCR « le destin de cette maison est assuré. »

L’Assiette

181, rue du Château

75014 Paris

01 43 22 64 86

 

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Mercredi 29 octobre 2014 3 29 /10 /Oct /2014 08:43

Moi aussi je proteste en tant que chroniqueur :


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-        Contre l’emploi du mot acescence plutôt que vin piqué qui me rappelle le goût de celui  de mon pépé Louis pur noah...


Acescence : défaut d’un vin caractérisé par un taux trop élevé d’acétate d’éthyle. Cet ester se forme sous l’action des bactéries acétiques qui dégradent l’alcool (éthanol) contenu dans un vin. Communément, on parle alors de vin « piqué », c'est-à-dire d’un vin qui se transforme en vinaigre (chimiquement l’acide acétique). Une teneur anormalement élevée de cet acide acétique, que l’on détecte aisément au plan aromatique sous sa forme évaporée (acidité volatile), rend le vin impropre à sa commercialisation et à sa consommation.


-        Contre le fait d’avoir boudé l’excellente tourte sucrée aux blettes de la maman de Jane link Si vous souhaitez comme moi l’extension du domaine du vin il faut que vous leviez le nez de votre verre. D’ailleurs cette chronique vantait l’excellent rosé le Sot de l’ange issu du cépage grolleau.


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-        Contre préventivement votre désintérêt de ma chronique du jour vantant les terroirs bretons.


Alors pour lutter contre l’inculture, celle de la non-lecture de livres, de roman, je cite Aurélien Bellanger auteur de « l'Aménagement du territoire », un roman sur cette belle invention qu'est la France que je lis en ce moment :


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Question : Vous montrez que la Bretagne est un casse-tête historique et politique.


Aurélien Bellanger « C’est très mystérieux, la Bretagne. La réussite de De Gaulle, c’est d’avoir sorti la Bretagne de la misère. Dans le livre, je cite Debré qui dit à De Gaulle: «Si vous rattachez la Loire-Atlantique à la Bretagne, vous faites un crime.» Paul Delouvrier, le père des villes nouvelles, voulait s’occuper de la Bretagne. Mais Debré avait refusé. La Bretagne est française depuis 500 ans, personne ne prend l’hypothèse de l’indépendance au sérieux, mais ça reste un dossier sensible. Il n’y a qu’à voir l’embarras pendant la réforme des régions.

 

J’aime bien l’idée que, de Colbert à Jean-Marc Ayrault, il y une vieille tradition d’Etat selon laquelle on ne touche pas à la Bretagne. Comme si c’était une question qui concernait la nature même de la France. Les militants bretons se fondent sur des vieux textes de loi, d’avant la Révolution. Quand j’ai vu les Bonnets rouges, je me suis fait la réflexion que cette union entre les petits patrons et ouvriers, on la comprend difficilement ailleurs. »

 

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Mercredi 29 octobre 2014 3 29 /10 /Oct /2014 00:09

La mélopée de Bagdad Café reste gravée dans toutes les têtes de ceux qui ont vu ce film Out of Rosenheim de Percy Adlon sorti en 1987.


Pour autant je ne me permettrai pas ici d’évoquer, à propos du Breizh Café, une chanson dont on ne connait que le refrain où, chapeaux ronds riment avec bretons, car les couplets sont très paillards du genre Quand il passe un "aéroplane", Tous les hommes lèvent les yeux, Quand il passe une jolie femme, Tous les hommes lèvent la queue...


La Bretagne est belle, tout le monde en convient, mais dès qu’on évoque le terroir breton un ange passe car l’image qui colle aux produits de l’agriculture bretonne est celle d’un productivisme débridé : vaches, cochons, couvées embastillés et, du côté de la gastronomie, hormis les produits de la mer, la galette de sarrasin arrosée d’une bolée de cidre tient lieu de haute-cuisine.


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Et c’est là que Bertrand Larcher prend tout le monde à contre-pied avec son Breizh Café.link


« Pour comprendre Breizh Café, il faut d’abord connaître mes origines. Né dans une ferme bretonne, près de Fougères, je suis issu d’une famille modeste qui a toujours su vivre en autosuffisance : mes parents cultivaient leur jardin potager, élevaient leurs cochons, leurs vaches, leurs poules et quelques chèvres. Dès l’enfance, j’ai été nourri aux produits sains et frais de ma région, ce qui m’a rendu non seulement exigeant sur la qualité des produits mais aussi respectueux des hommes et des femmes qui les réalisent. Très tôt, j’ai eu la conviction que leur travail était pour nous une leçon d’humilité, car sans eux, il ne saurait y avoir de cuisine exceptionnelle… »


Tout pareil pour moi : la meilleure école du goût est tout entière dans ce qu’écrit Bertrand Larcher, le jardin de pépé Louis, ses vaches, le cochon, les poules de mémé Marie, les talents de cuisinière de maman. J’ai tout appris au Bourg-pailler dans ma Vendée crottée aussi pauvre que la Bretagne de Christian Larcher.


Notre jonction ce sont les galettes de blé noir que mémé Marie confectionnait tous les vendredis de la semaine sainte pour toute la maisonnée. Que des natures au beurre de pot (beurre salé conservé en pot de grès), sauf au dessert où nous avions droit au raisiné link que nos voisins du nord les bretons ne peuvent pas connaître vu qu’ils n’ont pas de vignes.


Oui mais ils ont du cidre ! Mon cœur d’ancien président des AOC cidricoles se réjouis de ce qu’écrit Bertrand Larcher : « Parce que je suis entre Bretagne et Normandie (Cancale) aux premières loges pour étudier et valoriser le cidre, trop souvent considéré comme une boisson de « ploc ». Au contraire, je veux lui  donner le rang qu’il mérite, et c’est la motivation première des généreuses cartes de cidres de mes restaurants : allez, goutez-moi ça ! C’est plus naturel que la majorité des vins, ça peut même vieillir en fût et en bouteille, aucun cidre ne ressemble à un autre et quel plaisir ! »


Encore un naturiste !


Lire ma chronique « Ma tarte aux pommes ne supporte que des bulles iconoclastes : Z comme Zangs ! »link


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Enfin, pour évoquer encore mes souvenirs, avec mon père qui avait des machines à battre, nous battions du blé noir avec une machine spécifique : mon Dieu quelle poussière ! Le soir nous étions noirs !


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à Paris c’est Restaurant Breizh Café

109, rue Vieille du Temple

Paris (75003)

TÉL : +33 1 42 72 13 77

MÉTRO : Filles du Calvaire, Arts et Métiers, Saint-Sébastien-Froissart

 

Un très beau livre à offrir !


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Mardi 28 octobre 2014 2 28 /10 /Oct /2014 08:36

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En France on n’a plus d’idées me dit-on mais on a beaucoup d’autorisations monsieur Tesseron.


Comme c’est pour vous une nouveauté que de revendiquer pour votre second vin hauts-de-pontet-canet la mention Vin de France créée suite à la réforme de l'OCM vin pour remplacer l’ancienne catégorie Vin de Table je me permets de porter à votre connaissance la réglementation.


En effet, votre second vin entre dans la catégorie des vins sans appellation d'origine protégée ni indication géographique protégée, dit VSIG. Pas très sexy mais l'étiquetage doit mentionner obligatoirement, la catégorie « vin » et le nom de l'Etat membre producteur : indication « vin de France », lorsque les raisins sont récoltés et transformés en vin sur le territoire national (Règlement (CE) n° 607/2009 du 14 juillet 2009, article 55).


Fort bien mais l’étiquetage de cette catégorie de vins peut être complété, depuis le 1er août 2009, par les mentions de cépage ou de millésime. L’utilisation de ces mentions est soumise à un agrément préalable de l’opérateur et à une certification des volumes commercialisés par FranceAgriMer.


Ce dispositif est encadré par le décret n° 2010-1327 du 5 novembre 2010 relatif aux modalités d'agrément des opérateurs et de certification des vins ne bénéficiant pas d’une appellation d’origine protégée ou d’une indication géographique protégée et portant une mention de cépage ou de millésime.


L’agrément de l’opérateur doit être sollicité auprès de FranceAgriMer avant toute commercialisation. Il doit être demandé par :


-         les opérateurs qui réalisent le conditionnement d’un vin. Sont concernés les opérateurs qui réalisent le conditionnement pour leur compte, les opérateurs qui font réaliser le conditionnement à façon par un tiers ;


-         les opérateurs qui réalisent la mise à la consommation sur le territoire national d'un vin non conditionné. Sont donc concernés les opérateurs type cavistes qui commercialisent directement au consommateur « à la tireuse » ;


-         les opérateurs qui réalisent l’expédition hors du territoire national    d'un vin non conditionné.


Il s'agit donc des opérateurs tels que : une cave particulière, une cave coopérative, un groupement de producteurs, un négociant vinificateur, un négociant, un détaillant type caviste.


Bref puisque vous mentionnez le millésime : 2012 sur l’étiquette de votre hauts-de-pontet-canet je vous transmets le lien link qui vous indiquera la procédure.


Voilà j’ai fait mon devoir monsieur Tesseron. Vous pouvez aussi vous rapprocher du président de l'ANIVIN : Bruno Kessler bkessler@oenovia.com


Avant d’en terminer permettez-moi aussi de vous dire qu’une bonne information vaut 100 fois mieux que de la communication.


Vous avez, en effet, pris la peine de répondre à mon mail de demande d’explication et je vous en remercie mais comme c’est un copié-collé  de ce vous aviez déjà balancé au JO de Bordeaux Sud-Ouest vous n’auriez pas du vous donner cette peine.


Cher Monsieur,

 

Merci beaucoup pour vos messages.

 

Afin de pouvoir utiliser l’Appellation d’Origine Contrôlée Pauillac, les vins doivent répondre à certains critères définis par l’Appellation.


Pour cela, le cahier des charges de l’Appellation Pauillac prévoit une dégustation obligatoire par l’ODG (Organisme de Gestion) avant la mise en bouteille.


Comme chaque année, nous y avons présenté nos vins et à notre très grand étonnement, Hauts de Pontet-Canet 2012 n’a pas obtenu l’agrément et portera donc la dénomination « Vin de France ».


De mon côté, je suis très fier de ce vin et absolument sûr de sa qualité, comme l’ont été 99.9% des négociants qui ont confirmé leurs achats primeurs en Vin de France.

 

C’est en train de devenir un vrai collector… !

 

Bien à vous,

 

Alfred Tesseron.


Enfin, par votre entremise je réponds à certains joyeux débatteurs de la LPV que  je suis le seul à avoir donné une information vérifiée il n’y a eu aucun acte de déclassement de la part de Qualisud sur Pontet Canet. Ça devrait clore toutes les gloses sur le sujet mais tel n’est pas le cas. Ainsi va la vie de la Toile chacun reste dans son petit tunnel. Le seul qui peut révéler le déroulé de toute cette affaire c’est vous monsieur Tesseron, pas moi qui ne suis pas journaliste... comme ce cher et unique César Compadre brillant lauréat de la Chambre d'Agriculture de la Gironde.

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Mardi 28 octobre 2014 2 28 /10 /Oct /2014 00:09

Les amis sur face de bouc c’est bien mais c’est loin.


Les amis tout court c’est beaucoup mieux.


Jane Drotter est une amie, et son restaurant le Yard link fait partie de ma short-list des lieux où j’aime me poser pour manger. C’est un repaire de naturistes, de vins nus bien sûr.


Jane est niçoise et lorsqu’elle rentre au pays sa maman lui confectionne une tourte de blettes.


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Et que fait Jane lorsqu’elle est de retour à Paris ?


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Elle me fait découvrir la tourte de blettes sucrée.


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Comme je suis un drôle coco j’arrose cette tourte d’un beau « Sot de l’Ange rosé »link


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Vous savez tous, du moins je l’espère, ce qu’est une tourte ?


Mais la blette, qu’est-ce ?


Une réponse en direct de Nice :


« L’identité culturelle niçoise s’est forgée dans la blette, je n’exagère rien. A l’époque où les habitants de la Côte d’Azur s’affublaient les uns les autres de sobriquets « affectueux », toujours plus ou moins en lien avec leur alimentation (« Manja cèba » ou « Mange oignons » à Colomars, les « Suça carouba » ou « Suce caroubes » à Villefranche), les Nissarts ont été surnommés « Caga blea », en français « les chieurs de blettes ». En effet, ils en mettent partout : dans les tartes, les tourtes, les pâtes, le pain, les gnocchi etc, et mangent ses feuilles comme ses côtes. »


S’il ne devait y avoir qu’un seul dessert niçois, ce serait la tourte de blettes, torta de blea en nissart. Chez nous, cette étrange pâtisserie sucrée-salée est disponible toute l’année sauf en été, et fait partie des 13 desserts de Noël. Complexe, surprenante, délicieuse, elle en dit long sur les patrimoines naturel et culturel niçois ; nous allons donc prendre le temps de voir tout ça, et promis, en fin d’article, vous trouverez une recette authentique, transmise de génération en génération au sein de ma famille. »

 

Lire tout sur la tourte de blettes  ICI link


Mes souvenirs de Nice…


-         Au temps de mes culottes courtes, lorsque j’écoutais le dimanche après-midi Sports&Musique sur Paris-Inter lire : Georges Briquet link  et que je me désespérais de voir le FC Nantes se traîner en seconde division. C’était le temps du grand Reims mais l'OGC Nice avec ses quatre titres de champion de France en huit saisons (1950-1951, 1951-1952, 1955-1956 et 1958-1959) et deux Coupes de France (1951-1952 et 1953-1954) rivalisait avec les Rémois.


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Le « Gym » était emmené par « son légendaire capitaine, Pancho Gonzales (1951-1961) et des joueurs devenus mythiques : Victor Nurenberg (1951-1960), qui sera de tous les titres comme Pancho Gonzales, Yeso Amalfi, Antoine Bonifaci (1950-1953), Just Fontaine qui inscrit 44 buts entre 1953 et 1956, Hector De Bourgoing, Rubén Bravo (1954-1957), Joseph Ujlaki (1953-1958), Jacques Foix (1956-1961), Georges Lamia (1957-1963), Keita Oumar dit Papa Barrou, resté célèbre pour ses fameux pointus. Il est conduit par de grands entraîneurs dont Numa Andoire (1951-1952), Luis Carniglia (1955-1957) et Jean Luciano (1957-1962). En 1960, grâce à un triplé de Victor Nurenberg, l'OGC Nice bat à domicile le Real Madrid de Ferenc Puskás (3 à 2) en quart de finale de la Coupe des clubs champions européens. Au retour, les madrilènes s'imposent 4 à 0 devant 85 000 spectateurs, face à des niçois contraints de jouer à dix pendant plus de la moitié du match. »


 

Dans les années 60-70 l’OGCN rentrera dans le rang et ce sera la grande époque des Canaris.


 

-         Et puis en 1976 j’ai lu la grande saga de Max Gallo : « La baie des Anges »


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Les trois frères Revelli, des Piémontais quittent leur terre de montagnes et d'oliviers, cette terre sèche et pierreuse où l'on vient d'ensevelir leur mère. Cette terre qui donne faim. Cette terre qui jette, par centaines, par milliers, ses enfants sur les routes. L'aîné, Carlo, marche devant. Fier, dur, décidé. Le deuxième, Vincente, vient ensuite. Puis Luigi qui peine, du haut de ses dix ans. Les frères Revelli ne s'arrêteront pas avant Nice. S'ils cheminent côte à côte, c'est déjà chacun pour soi. De chantiers en maisons bourgeoises, d'illusions  concessions, la première génération de ces nouveaux français trace, dans le sable niçois, le carrefour où se séparent les destins...


« Le roman de Nice est inscrit dans la courbe de la baie des Anges », écrivait en 1960 Jean Médecin qui fut maire de Nice pendant 37 ans. Son fils Jean règnera sur la mairie de 1965 à 1990. Un sacré bail qui se terminera pour ce dernier en prison pour corruption après une fuite à Punta-del-Este en Uruguay.


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-         Nice dernière grande ville à avoir rejoint le giron national, le comté de Nice rattaché ou annexé du fait de la volonté de Napoléon III, qui en échange de son aide pour l’unité italienne réclame en échange le duché de Savoie et le comté de Nice, qui constituent deux régions stratégiques importantes sur le plan militaire. « Le principe de cet échange est établi en 1858, lors des accords de Plombières, entre Napoléon III et Cavour, même si ce dernier a tenté ensuite de « sauver Nice ». Le Traité de Turin, le 24 mars 1860, entérine le changement de souveraineté de la ville. »


 

Lire Nice, qu'as-tu fait de ton identité? L'histoire d'un peuple  : link

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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Lundi 27 octobre 2014 1 27 /10 /Oct /2014 00:09

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Dans une chronique du 8 janvier 2010 je charriais notre Périco « On m'dit que Périco Légasse fait le vin de Suresnes mais pourquoi diable le maire recherche-t-il un vigneron désespérément ! » link


« La ville cherche à faire revivre le vin à Suresnes depuis plusieurs années, mais ne veut surtout pas changer cette activité en folklore, comme sur la butte Montmartre. Pour cela la municipalité s’est fait secondée par de grands noms pour stimuler la production viticole. Le grand critique gastronomique Périco Légasse est préposé à la vinification. » Là les bras m’en sont tombés tout le long du corps, j'ai brandiguolé, non que je misse en doute l’appellation de grand critique gastronomique octroyé à notre irremplaçable Périco, mais de là qu’on l’affublât du titre de préposé, qu’est celui dont la technocratie apatride des ex-PTT a collé à nos braves facteurs de terroir type Jacques Tati dans Jour de fête, ça ne m'allait pas du tout.


Pour moi la seule appellation d'origine contrôlée pour notre Périco c’était : vigneron sinon rien ! »


Donc Antoine Chopin, 25 ans, Parisien à la formation et l’expérience en viticulture déjà solides, a été recruté par la ville de Suresnes pour prendre soin des vignes municipales.


Il a 25 ans et c’est probablement le seul vigneron de France à se rendre dans sa vigne avec un Pass Navigo et à la bichonner avec vue sur la Tour Eiffel. Antoine Chopin a été recruté par la ville de Suresnes pour prendre soin des 4 800 pieds de la vigne municipale, plantés sur les pentes du Mont Valérien. Ce Parisien de naissance qui s’est destiné à l’âge de 20 ans à la viticulture, s’attendait logiquement à poser ses bagages professionnels en province. Jusqu’à ce qu’il tombe sur l’annonce passée par Suresnes.


Ancien élève du lycée Henri IV, Antoine doit sa passion pour le vin à ses parents, amateurs éclairés, et son grand père «chimiste de profession mais qui exploitait quatre hectares de vigne à Villié-Morgon (Beaujolais) ». De là sans doute son tropisme pour la Bourgogne voisine. « Ce qui m’a très vite intéressé c’est la rencontre entre l’agronomie et la culture, entre la viticulture et le patrimoine ». Un profil doublement fait pour Suresnes, dont le vignoble aujourd’hui replanté à 80% de Chardonnay, cépage bourguignon par excellence, remonte au 3e siècle de notre ère et orne le blason de la ville. » link


Alors, ce matin, je me suis dit qu’il fallait que je contribue à l’extension de votre culture du vin francilien en vous offrant de l’info sur le vignoble du Neuf 2 qui fut si cher à notre ex-Président. Voir chronique « La bandaison papa ça ne se commande pas…» link


« Depuis les années 1980, un regain d'intérêt entoure le vignoble des Hauts-de-Seine. Huit communes entretiennent des vignes municipales : Bagneux, Clamart, Chaville, Courbevoie, Rueil-Malmaison, Suresnes, Issy-les-Moulineaux et Meudon


L'Île-de-France a connu une longue tradition viticole. Rue du Pressoir, des Pincevins, clos des Morillons..., le nom des rues et des sentiers en a gardé la trace. Cap sur les raisins de Suresnes, Rueil-Malmaison, Bagneux ou Clamart… »link

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : berthomeau
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Dimanche 26 octobre 2014 7 26 /10 /Oct /2014 07:00

« L’amour, comme dit le poète, c’est le printemps. Il monte en vous, vous séduit doucement et tendrement, mais il vous arrime comme les racines d’un arbre. C’est seulement en s’apprêtant à partir qu’on s’en rend compte qu’on est incapable de bouger, qu’il faudrait se mutiler pour se libérer. Voilà ce qu’on ressent. Ça ne dure pas, du moins ça ne devrait pas. Mais ça vous serre la poitrine comme une pince métallique… »


Allongé sur le lit de Claire, immergé dans le livre de Walter Mosley que je venais d’acheter à l’Écume des Pages, « Un homme dans ma cave », je n’entendis pas venir Émilie. De retour, elle me faisait face telle que je l’aime depuis le premier jour. Cataclysme soudain, le manque d’elle radical en un retour en force irrépressible me ravageait. Éruption. Je la voulais tout contre moi. La sentir. Graver son corps sur le mien. Explorer chaque courbe, chaque sente secrète du pays de son corps. L’embrasser. La sentir palpiter. S’abandonner. Se donner. S’offrir à mes caresses. Ne lui laisser aucun répit. La faire prisonnière de mon désir dur, me libérer de la tenaille de cet amour sans avenir. J’inspirais. Me maîtrisais. Mes mains, mes mains, me contenter d’effleurer ses épaules, de tenir, de me retenir. Les mots me manquaient. Je laissais la tendresse m’investir doucement, avec ce nœud de regrets indémêlable, mais pourquoi diable étais-je tombé amoureux d’elle, amoureux à la folie, sans espoir de rémission. Pour la première fois de ma vie je ne combattais pas à armes égales, je subissais mais j’étais heureux comme jamais je ne l’avais été. Apaisé.


Émilie n’étant pas très vélo, après le déjeuner, nous avons souscrit un abonnement à Autolib pour qu’elle puisse se rendre plus facilement à son association des jardins urbains. À son retour j’inspectais ses paumes de main : « Mais tu n’as pas attrapé d’ampoules tu vas devenir une vraie fille de la terre… » Elle riait. Pendant son absence, tout à fait par hasard j’étais tombé sur le générique d’un film de Serge Leroy La Traque sur une chaîne du câble : Policier, et je l’avais regardé. C’est le défilé des noms des acteurs : Jean-Pierre Marielle, Philippe Léotard, Michel Constantin, Jean-Luc Bideau, Michael Lonsdale, Paul Crauchet, Michel Robin, Georges Géret, qui me fit faire une entorse à mon ascèse d’écrivain besogneux. Casting extraordinaire : monsieur Sutter, un Michael Lonsdale tel qu’en lui-même, onctueux et autoritaire, puissant bourgeois local, Mansart un Jean-Luc Bideau, bonnasse et coureur, futur conseiller régional, les Danville Philippe Léotard et Jean-Pierre Marielle, deux ferrailleurs paillards grossiers et pervers, le capitaine Nimier jugulaire-jugulaire l’efficace Michel Constantin, Rollin, un Paul Crauchet, froid, distant et implacable, notaire, Chamond, Michel Robin, le con de service, ahuri,  assureur, Maurois Gérard Darrieu, le garde forestier aux ordres et, pour une brève séquence, Georges Géret en braconnier goguenard.


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Dans l’une des dernières séquences, Paul Crauchet, a cette phrase terrible : « nous ne sommes pas des gens facilement soupçonnables ». Des salauds ordinaires, rien qu’une horde d’honorables bourgeois, des pleutres entraînés vers l’horreur, par deux frères ferrailleurs qui les tiennent par la barbichette, les lourds secrets du petit marigot d’un bled de la campagne, après le viol de la pauvre Helen Wells qui sera le point de départ d’une chasse impitoyable. Aucun voyeurisme, tout le film, est mis en scène avec une forme de hâte sauvage. La caméra est portée, de longs plans restituent sans artifice la frénésie et l’âpreté de la traque, la photo superbe est moite, boueuse comme le lieu. La musique anxiogène, entêtante n’est présente qu’en ouverture et pour le générique de fin, Serge Leroy n’a ajouté aucun artifice à son récit sans concession. Aucune échappatoire n’est possible, on guette un sursaut d’humanité qui n’arrivera jamais, chaque personnage se révèle implacable par lâcheté, par corruption de la préservation de son rang social, par cette lourde fraternité des mâles en bande, même par une forme d’honneur militaire chez Jean Constantin. Aucun manichéisme, de l’horreur ordinaire, sans fioritures, froide, inéluctable, qui m’a scotché à l’écran 90 minutes. Cet excellent film, méconnu, m’a replongé dans des souvenirs de ma jeunesse, comme une trace indélébile de tous ces viols enfouis sous l’hypocrisie des gens honorables ou bien de chez nous. Combien de bonnes engrossées, de gamines souillées par leur père, de filles forcées au sortir du bal par des bêtes avinées ? Les faiseuses d’anges, avec leurs bottes de persil ou leurs aiguilles à tricoter, avaient bien du travail en ce temps-là. Lors de sa sortie en 1975, l’année de la loi Veil, je ne vivais pas en France, mais je suis certain que ce film a dû  choquer les bonnes âmes et horrifier les chasseurs. C’est sans doute pour cela qu’il est tombé dans l’oubli ou presque, il n’existe même pas d’édition en DVD.


Claire avait séduit, lors du pince-fesses d’Anne H, un beau grand jeune homme qui s’avéra être un des gros bras du catalan, un VO dans notre jargon. Le lendemain matin je le croisai dans la salle de bain. Ce finaud avait déposé son instrument de travail sur la tablette du lavabo, entre les brosses à dents et les pots de crème des filles. Je l’avais vaguement salué puis nous nous étions retrouvés à la table de la cuisine face à nos bols de café. Mon jeune collègue, très jeune coq, émoustillé, baratinait Émilie tout juste sortie du lit. Vénère une folle envie de lui clouer le bec me pris. J’évoquai devant lui, sans m’adresser à lui, des souvenirs de la grande maison, me livrant à un name dropping des huiles qui le fit blêmir. Il restait coi, sa tartine beurrée pointée au-dessus de son bol. Je bichais, puis changeant de pied, je pianotais sur mon smartphone pour appeler Patrice Gassenbach, le patron de la fédération de Paris du Parti radical valoisien, pour lui parler de l’élection du président de l’UDI. Il me prenait et pêle-mêle, j’évoquais Borloo, Rama Yade, et bien sûr Hervé Morin. C’est à ce moment-là qu’Émilie, encore dans la ouate du sommeil, intervenait ingénument pour me dire que « ce Morin elle l’avait entendu le matin sur radio classique où il tenait une émission sur la musique elle aussi classique ». J’opinais en me marrant. Émilie ajoutait qu’il en parlait bien mais qu’elle ne le trouvait pas très sympathique. Mon jeune collègue ne savait plus où il habitait, coincé qu’il était entre mon Hervé Morin, con comme un bourrin à sulky d’Épaignes, et le Christian Morin d’Émilie plutôt joueur de clarinette sur les bords. Nous voyant pouffer il a levé l’ancre vite fait sans demander son reste. Rétrospectivement je m’en suis voulu, non pas de lui avoir cloué le bec mais de l’avoir mis sur ma piste. J’étais repéré.

 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Roman
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Dimanche 26 octobre 2014 7 26 /10 /Oct /2014 00:09

Cette maxime (1) de François de La Rochefoucauld me donne à penser.


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Albert et son frère Pierre, célibataires, ainsi que Roger veuf depuis peu.link

 

 

Les vieillards, ça me fait penser à Suzanne et les vieillards link


 

« Suzanne a l'habitude de se promener dans le jardin. Les deux vieillards libidineux la désirent. Ils l’observent. Un soir, Suzanne demande à ses servantes de fermer les portes du jardin et d'aller quérir de l'huile et des parfums afin qu'elle se baigne parce qu'il fait chaud. L’occasion est trop belle pour les deux lubriques qui soumettent Suzanne à un odieux chantage : « tu te donnes à nous sinon nous te dénonçons en affirmant que tu étais avec jeune homme… »


 

« Sulfureuse histoire où la belle et jeune Suzanne repousse 2 vieillards libidineux et non le péché de chair : aurait-elle été aussi farouche si la proposition était venue de la bouche d’un jeune tourtereau ?  Tous les ingrédients sont assemblés pour laisser planer sur cette histoire un érotisme torride : le bain, les huiles, la nudité, le désir, la concupiscence, la bestialité… »


 

Ça me donne aussi à penser que doucement avec le temps les vieillards ont laissé la place aux vieux. En 1963, Brel écrira Les Vieux, où il décrit sans complaisance le quotidien des personnes âgées, de leurs diminutions physiques et intellectuelles, qui n'ont pour tout avenir que la perspective de la mort :


 

Les vieux ne parlent plus ou alors seulement parfois du bout des yeux

Les vieux ne rêvent plus, leurs livres s´ensommeillent, leurs pianos sont fermés

Les vieux ne meurent pas, ils s´endorment un jour et dorment trop longtemps.


 

En 1963 j’avais 15 ans et les amies de maman lui disait « Il fait plus vieux que son âge ». Ça me plaisait car j’avais hâte d’être adulte pour entrer de plain-pied dans la vraie vie.


 

Mais les vieux de ce temps-là c’étaient des gens comme ma mémé Marie, usés, cassés, qui touchaient une maigre retraite des vieux travailleurs.


 

Ça me donne encore à penser que presque 50 ans plus tard, les vieux ont laissé place aux seniors qui filent droit vers le 3e âge avant de verser dans la catégorie des personnes âgées dépendantes ou non.


 

Alors, aujourd’hui, alors que je sors doucement de la vie professionnelle, que je suis un senior avec réduction à la SNCF, au ciné…, le plaisir est-il le même de m’entendre dire, à 66 ans, « Tu fais plus jeune que ton âge… » ?


 

Non, car « Vivre, c’est vieillir rien de plus. » comme l’écrit très justement Simone de Beauvoir.


 

Nous ne sommes pas en mesure de faire jouer un quelconque curseur, ce plus vieux ou ce plus jeune n’a pas grand sens sauf à cultiver une harmonie entre la précocité et la vivacité de son corps et celle de son esprit. Bien évidemment j’exclus l’irruption de la maladie ou d’un accident sur lesquels nous n’avons guère de prise même en ayant ce que l’on nomme une bonne hygiène de vie.


 

Mon principe de vie est simple : je vis ma vie comme elle vient sans m’embarrasser du qu’en dira-t-on tel Berthe Bertini, la vieille dame indigne du très beau film de René Allio.


 

La voix off sur le générique de fin résume en quelques mots cette philosophie de la vie :


 

« À bien voir les choses elle vécut seulement deux vies successives, la première en tant que fille, femme et mère ; la seconde simplement en tant que madame Berthe, personne seule, sans obligations, aux moyens modestes mais suffisants.


La première vie dura environ 60 ans ; la seconde pas plus de 18 mois.


Elle avait savouré pleinement les longues années de servitude, les brèves années de liberté et consommé le pain de la vie jusqu’aux dernières miettes… »


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Madame Berthe c’est la mémé type de mon enfance, petit chapeau, petit sac, de noir vêtue, simple et modeste, nous sommes dans les années 50, même vie de servitude, mais au contact de Rosalie serveuse de bar, jeune femme très libre et d’Alphonse, merveilleux Jean Bouise, cordonnier libertaire, des marginaux, madame Berthe consomme le pain de la vie jusqu’à sa dernière miette.


 

Ma mère se prénommait elle aussi Berthe, lorsque mon père mourut prématurément, elle dut travailler à l’usine  de confection de Saint-Julien-des-Landes pour se constituer une retraite. Ce fut dur mais elle se fit de jeunes copines à l’atelier et, sans prendre la liberté de Berthe Bertini, elle profita de la vie, voyagea avec son amie Madeleine Remaud. Juste retour d’une vie de labeur.


 

Alors tout ça pour vous dire que moi, qui ai eu la chance d’avoir une vie avec bien peu de servitudes mais seulement quelques contraintes liées à mes activités, devoir de réserve, représentation, pour mon dernier tronçon je goûte le pain de la vie jusqu’à sa dernière miette avec qui bon me semble en laissant les envieux et les bilieux aboyer.


 

Comme « Vieillir est le seul moyen qu’on ait trouvé pour vivre longtemps »*, mon compte âge ne m’ayant apporté ni un supplément de sagesse et de bonté d’âme, ni un excès de dévergondage, seulement un zeste supplémentaire de liberté, je laisse les bons préceptes et le mauvais exemple aux autres. 

 

* Sainte-Beuve

 

(1)          « La critique contemporaine se montre dans l’ensemble assez peu favorable à la maxime.

 

Non qu’elle adopte le point de vue de Voltaire, aux yeux de qui la réflexion brève n’est au plus que l’ornement d’un plus long discours. Elle ne dénie pas toute vertu  à une littérature du discontinu, bien au contraire : elle accorde à l’aphorisme et au fragment ce qu’elle retire à la maxime, l’authenticité d’un dire originel. » 

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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