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25 mars 2016 5 25 /03 /mars /2016 06:00
À Marengo Bonaparte retarda son avancée pour observer aux premières lueurs de l’aube, un essaim gigantesque, accroché à la branche d’un chêne, ça devrait intéresser Jean-Paul Kauffmann…

L’apiculteur de Bonaparte, un bijou de petit livre de José Luis de Juan, né à Majorque en 1956, juriste, spécialiste des relations internationales. Il collabore régulièrement au quotidien El Païs, glané jeudi dernier chez Gallimard.

 

 

Pourquoi Napoléon a-t-il fait de l’abeille l’emblème de l’Empire ?

 

 

« Les abeilles du manteau impérial sont aussi mystérieuses pour moi qu’elles durent l’être pour Chilpéric et Napoléon lui-même, aussi parfaitement indevinables que les énigmes de Salomon ou les paraboles de l’Évangile. Il suffit d’espérer avec certitude que nous saurons un jour ce qu’elles furent dans la destinée du grand Empereur et dans celle de notre vieux monde qui ne s’arrête pas de descendre dans les ténèbres depuis qu’il a disparu. »

 

Léon Bloy

 

« Bonaparte, conclut Anselmo, sentencieux, et en fixant ardemment Pasolini dans les yeux, a seulement besoin d’un apiculteur. »

 

« La question obsède Pasolini, l’apiculteur elbois, convaincu que l’esprit de la ruche a inspiré au grand Corse ses plus belles batailles. Lorsqu’en mai 1814, le souverain déchu arrive sur l’île, l’émotion est à son comble. Alors que le rendez-vous est pris entre les deux hommes, on découvre qu’une Société Bonapartiste, déterminée à libérer l’Italie, voit en Napoléon son homme providentiel. Dans cette atmosphère étouffante, où Pasolini devient fou à force d’attendre la rencontre de sa vie, l’empereur d’Elbe ne rêve que d’un retour triomphal sur le devant de la scène européenne… »

 

Bonaparte… s’effondre devant le bureau anglais et se met à écrire :

 

Mon fidèle apiculteur,

 

Je suis heureux de savoir que nos abeilles sont en bonne santé et les ruches en pleine production. C’est presque mon unique réconfort durant ces jours amers. Je sais qu’il n’y a point de défaite si l’on se refuse à la reconnaître. Je n’ai pas encore les yeux bandés ; je sens toujours le poids de mes couilles.

 

Les abeilles. Dis-moi, les abeilles peuvent-elles trahir ? T’ont-elles trahi quelquefois ? Comment pourraient-elles trahir si ce qu’on appelle instinct est certitude ? Les abeilles ignorent le doute et c’est pour cela qu’elles ne peuvent avoir peur. De la même façon, elles ne sont ni héroïques ni exaltées. Qui exigerait d’elles un héroïsme plus fort que leur abnégation virginale ? Tantus amor florum, et generandi gloria mellis, s’exclamait l’ingénu Virgile.

 

Conte-moi la couleur du miel cette année. Ces tons dissemblables d’une année sur l’autre me surprennent. Est-ce parce que qu’il s’opère un changement dans les caractéristiques du pollen des fleurs d’Ajaccio ? Ou bien peut-être parce que la corrélation des forces des fleurs d’oranger et de lavande, celles des fleurs sauvages, du trèfle, du chèvrefeuille et de la mûre sauvage n’est jamais la même ? Je me souviens des miels de l’an dernier ; les différences étaient notables même entre ceux de mai et de juin : le premier offrait un ton clair, presque transparent, tandis que celui de juin se devinait épais, foncé, bien qu’il parût léger comparé à celui de septembre, noir et pétrifié comme de l’ébène. Les abeilles ont disciplinées et prévisibles, mais le résultat de leurs actions est incertain et fluctuant, comme cela arrive avec les hommes.

 

Je me souviens quand tu me disais : « Votre Majesté souhaiterait uniquement du miel de trèfle à quatre feuilles. » C’est vrai.

 

Dis-moi que fais-tu maintenant sur Elbe ? Qui t’a dit de venir ? Comment as-tu su que j’avais besoin de toi ? Non, Bonaparte n’a besoin de personne, bien qu’il dépende de tant de gens pour agir. Je ne devrais pas aller te voir demain. Que peux-tu connaître du miel d’Elbe et des abeilles de cette île ? TU ne me tromperas pas déguisé en apiculteur local. On dit que ces ruches sont les plus anciennes d’Elbe, que le miel de Pasolini distille de la sagesse, comme les pelouses d’Albion. On n’est pas si raffinés à Ajaccio, hein !

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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 06:00
Napoléon 1er sa « limonade » champenoise et son Chambertin coupé d’eau…
Napoléon 1er sa « limonade » champenoise et son Chambertin coupé d’eau…

Homme pressé, Napoléon, où qu’il soit, à Paris ou en campagne, mange vite, des repas engloutis en moins d’un quart d’heure, ses déjeuners étaient expéditifs - moins de dix minutes -, et ses dîners en famille dépassaient rarement les vingt minutes, et peu, ce n’est pas un gourmet.

 

Cependant, il buvait à chaque repas.

 

Que buvait-il ?

 

Là les avis divergent sur le cru bourguignon qui avait sa préférence : gevrey-chambertin ou chambertin ?

 

J’opte pour le chambertin mais peut-être que Jean-Paul Kauffmann pourrait éclairer notre lanterne ?

 

Je lis en effet que : « Le Chambertin doit son nom à un paysan nommé Bertin, propriétaire d'un terrain voisin des vignes du Clos de Bèze, cultivées par les moines de l'abbaye du même nom. Bertin pensa que ce terrain devait, lui aussi, produire un bon vin. Peu après, le vin du champ de bertin fut bientôt aussi célèbre que celui de Clos de Bèze. A la mort de Bertin, les moines achetèrent ses vignes et la réputation de ce vin grimpa pour atteindre son heure de gloire sous Napoléon qui en fit son vin préféré.»

 

Bourrienne, son secrétaire particulier, raconte dans ses Mémoires comment Napoléon embarqua pour l’expédition en Egypte une telle quantité de bouteilles de chambertin qu’il ne parvient pas à les boire toutes. Le vin traverse deux fois la Méditerranée et le désert, pour être rapporté à Fréjus. À la surprise générale, le chambertin est aussi bon à l’arrivée qu’au départ, assurant à ce cru une réputation de grand vin de garde.

 

L’histoire est confirmée par les Mémoires du général Thiard, chambellan de l’Empereur, qui dans les jours qui précèdent la bataille d’Elchingen écrit : « Il est piquant de n’avoir que de la mauvaise bière dans une contrée de l’Europe si fertile, tandis que dans la haute Egypte ? même dans la traversée du désert, il avait toujours eu son vin de Chambertin. »

 

C’est la maison Soupé et Pierrugues qui livrait régulièrement à Napoléon son Chambertin, habituellement un Chambertin de 5 à 6 ans d'âge. Il en buvait une demi-bouteille à chaque repas. Napoléon ne le buvait jamais pur, Frédéric Masson, l’un des grands historiens de l’Empire, écrit que Napoléon buvait toujours son chambertin « très trempé d’eau ». Il ne manquait jamais de couper son Chambertin avec un volume équivalent d’eau

 

Durant les grands froids de la campagne de Russie, en 1812, l’aide de camp de Napoléon conservait ce vin contre sa poitrine pour pouvoir, à tout moment, lui servir du vin chambré. Il se dit aussi que le jour de la bataille de Waterloo Napoléon n’avait pas bu son verre de Chambertin. Les perfides anglais ont une autre version ils affirment que Napoléon aurait abusé de son vin préféré la nuit précédant la bataille et qu’il était saoul au combat, ce qui le fit tomber de cheval.

 

Outre le chambertin, Napoléon ne dédaignait pas un verre de champagne, sans jamais oublier d’y joindre au moins autant d’eau : c’était ce qu’il appelait sa « limonade ».

 

 

Le chambertin partage avec le chambertin-clos-de-bèze la couronne impériale.

 

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23 mars 2016 3 23 /03 /mars /2016 06:00
Mon coeur est à Bruxelles de Joann Sfar

Mon coeur est à Bruxelles de Joann Sfar

Bien sûr ce n’était qu’une contribution bien modeste à l’édification d’un Marché dit Commun, rien que des vaches, des cochons, des couvées, du blé et aussi du vin. Une petite pierre, une motte de terre dans le jardin d’une Europe sans guerre, paisible, fraternelle.

 

Nous allions donc, jeunes et joyeux, à Bruxelles dans le TEE qui ressemblait tôt le matin à une annexe de notre grande et belle administration française. En ce temps-là nous étions fiers de servir l’État, d’être des petits rouages d’une construction commune née de la volonté du plus jamais ça.

 

Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide De Gasperi, Paul-Henri Spaak, les pères de l’Europe disait-on.

 

Sicco Mansholt

 

Elle était bien petite : l’Italie, la RFA, le Benelux et nous les Français, les 6. Puis elle s’est élargie, pour moi jusqu’à 12.

 

Dans le train nous profitions des derniers ors des TEE, petit-déjeunions, nous nous chamaillions entre les bouseux de l’Agriculture et les petits marquis des Finances sous les regards narquois de ces messieurs du Quai. Presque que des mâles, des Français quoi.

 

Nous refaisions le monde.

 

Il ne pouvait qu’être beau et prospère, surtout sur notre nouvel îlôt !

 

Rassure-toi je ne vais pas retracer toute l’histoire de cette Union dont Bruxelles est la capitale, ce n’est ni le jour ni l’heure, en ce moment de douleur, de recueillement cher Arno.

 

Ce n’est pas le moment de faire des phrases ou des petits dessins mais d’être présent, discret, solidaire.

 

Si je prends la plume ce matin c’est pour te dire toute mon affection, celle que je te dois cher voisin de Bruxelles pour celles et ceux touchés dans leur chair, leur âme. Vie brisée, ravagée, victimes toujours innocentes.

 

Comme chez toi je me sens un peu chez moi, à l’aise sans rouler des mécaniques comme nous savons si bien le faire nous les Français, tout ce qui te touche me touche alors je te le dis tout simplement.

 

Je suis triste, très triste, impuissant...

 

J’aime Bruxelles pour un paquet de raisons cher Arno et je puis t’assurer que dès que je le pourrai j’y remonterai comme si de rien n’était.

 

Bon courage cher Arno, merci de te faire mon interprète auprès de tes concitoyens.

 

Je t’embrasse.

 

À bientôt, en mai, au Trianon.

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 06:00
« Le style gracieux en art culinaire engendre généralement un style sophistiqué, brillant, lequel néglige de plus en plus la nourriture, le contenu, et mise tout sur le décor et la préparation » le Clausewitz de la broche.

Pendant ma période de claustration, pour tromper l’ennui, j’ai observé sur les réseaux sociaux la scénarisation de la jeune cuisine au raout parisien d’Omnivore et j’ai eu le projet de pondre une chronique chichiteuse.

 

J’ai demandé à mon pote Google ce qu’il en pensait.

 

Et je suis tombé sur l’ami Pierre Jancou qui causait à Atabula

 

« Je suis outré de voir un peu partout cette nouvelle cuisine chichiteuse, paresseuse, non respectueuse des traditions et pour laquelle la photo, l’œil (du blogueur ou du client lambda) sont plus importants que le goût. »

 

Et j’en suis resté là attendant de nourrir un chouïa ma réflexion.

 

Jeudi, jour de rupture de mon jeûne, sur le chemin des Climats j’ai fait une halte à la librairie Gallimard, boulevard Raspail, entièrement rénovée, superbe palais de lumière, pour acheter La vache qui pleure.

 

Comme de bien entendu je suis ressorti avec ma vache et une moisson de livres.

 

Dans mon cabas l’Esprit de l’art culinaire, traité de gastronomie de Carl Friedrich von Rumohr (1785-1843, figure fondatrice de l'histoire de l'art allemande édité en 1822. à cette époque la cuisine et l’alimentation ne suscitaient dans les pays de langue allemande qu’un maigre intérêt — contrairement à la France.

 

Pourtant ce n’est qu’en 1826 que la littérature gastrosophique française voit paraître un ouvrage aussi ambitieux avec la Physiologie du goût de Brillat-Savarin. C’est dire l’originalité de ce traité qui est considéré outre-Rhin comme le grand classique de la littérature « gourmande ».

 

« Publié d’abord sous le nom de son cuisinier et serviteur Joseph König dans le but de lutter contre l’hégémonie de la cuisine française et de contribuer à l’émergence d’un art gastronomique véritablement national alors que l’Allemagne, en tant qu’État, n’existait pas encore, l’Esprit de l’art culinaire va bien au-delà d’un simple livre de recettes. Conçu comme un recueil de règles pratiques à l’usage de la cuisine quotidienne, il propose aussi une sociologie de l’art ménager et de l’hygiène alimentaire, et livre sous une forme scientifique et dans une langue à la fois claire et pédagogique, non dénuée d’humour, les principes fondamentaux de la gastronomie moderne dont Carl Friedrich von Rumohr, ce « Clausewitz de la broche », selon la formule d’Ernst Jünger, apparaît aujourd’hui comme le précurseur. »

 

Le hasard fait souvent avec moi bien les choses.

 

La preuve :

 

Définition de l’art culinaire

 

« L’art de la cuisine consiste à développer grâce au feu, à l’eau et au sel les propriétés nourrissantes, revigorantes et plaisantes des substances naturelles qui permettent généralement de nourrir ou de restaurer l’être humain. Aussi le célèbre mot d’Horace : « Mêle l’utile à l’agréable », que l’on a si souvent associé à la poésie et à la peinture, ces arts d’une inutilité suprême et des plus tendancieux, ne doit-il être appliqué qu’à l’art culinaire.

 

L’art culinaire est utile en ce qu’il poursuit inlassablement le but immuable : permettre de manger, de se nourrir et se restaurer. Mais il suscite également le plaisir, et ce deux manières : en poursuivant d’abord le but susnommé, car tous les plats nourrissants et sains ont aussi, la plupart du temps, très bon goût, puis en donnant aux plats et aux mets simplement nourrissants, l’assaisonnement qui leur sied, tout en leur conférant une apparence agréable.

 

D’ailleurs, l’on voit dominer tantôt l’un, tantôt l’autre caractère dans les différentes époques et écoles de l’art culinaire ; et l’on pourrait ainsi tout à fait admettre en cuisine, comme dans les beaux-arts, un style sévère, un style gracieux et un style brillant.

 

Du style sévère, on a jusqu’aujourd’hui conservé de nombreux exemples dans les plats véritablement nationaux. Ainsi, qu’est-ce que le rôti de bœuf des Anglais, sinon un vestige de cette époque antique que nous dépeignent les poèmes homériques ? Les Chinois, qui sont une nation séculaire et, comme les Anglais, un peuple isolé du monde, solitaire, respectueux de l’ancien, apprécient eux aussi la viande rôtie bien juteuse. Chez tous les peuples dont le riz constitue la principale culture, le pilaf, depuis des siècles, s’est perpétué de la même manière de la Chine jusqu’à l’Italie. Cette savoureuse préparation consiste à cuire le grain en veillant à ce qu’il reste ferme, puis à le refroidir avant de le porter de nouveau au feu avec une matière animale, de l’assaisonner et d’en achever la cuisson. Quand ce grain remarquable est préparé de la sorte, les substances farineuses et sucrées dont il est si riche sont préservés ; cependant dans le Nord, où l’on fait venir le riz des contrées lointaines, les gens laissent généralement ces éléments bénéfiques se volatiliser à la cuisson, et se contentent des fibres restantes vidées de leur chair, et dépourvues de saveur.

 

Le style gracieux de l’art culinaire, un sommet sur lequel il est difficile de se maintenir longtemps, allie à la qualité nutritive des aliments le charme et le décor. C’est un style que je m’efforce surtout de prendre en considération. C’est le genre mâle et élégant*, pour reprendre l’expression du grand Carême.

 

* En français dans le texte.

 

Mais le style gracieux, justement, engendre généralement le style sophistiqué, brillant, lequel néglige de plus en plus la nourriture, le contenu, et mise tout sur le décor et la préparation. Ce point de vue, les Grecs déjà l’embrassèrent très tôt ; les Romains plus tard l’adoptèrent, surtout à l’époque où Apicius rédigea le modèle de tous les livres de cuisine modernes. Son ouvrage est singulier à plus d’un égard : d’abord, l’on y trouve ici et là quelques règles domestiques romaines toujours utiles aujourd’hui, et que l’on pourra compléter en se référant notamment aux auteurs de traités d’agriculture ; par ailleurs, comme je l’ai déjà fait remarquer, il représente la plus grosse dégénérescence possible de l’art culinaire. On comprend en le lisant à quels goûts étranges l’homme est capable de s’habituer quand sans réfléchir ni s’imposer de bornes, il s’abandonne au charme de la nouveauté et s’efforce alors d’entretenir cette dernière par des innovations constantes et toujours plus aventureuses. »

 

Lire sur le sujet la prose pétaradante de Périco Légasse « Pour sa 108e édition, "le Guide rouge" bascule résolument dans le marketing et les paillettes. Du people, de la star et de la com, dans le mépris total du patrimoine culinaire. » 

 

« Il est vrai que la cuisine n'est plus seulement tendance, elle est sociétale, contractuelle, scoopable, indicielle, CAC-quarantée, numérique, liturgique et globalisée, et qu'il n'est pas question de passer à côté du spectacle si l'on veut rester dans le coup. Du coup, justement, la cuisine est devenue spectaculaire, et le sera toujours un peu plus dès lors que ceux qui la cotent ou la médiatisent auront besoin d'aller au spectacle en passant à table. Avouons que la course à l'Elysée sert de modèle à tous les secteurs de la société puisque ce sont désormais les communicants qui dictent leur programme électoral aux candidats. On ne dit plus «chers électeurs», mais «chers spectateurs», de même que l'on ne dit plus «à table» mais «à vos écrans».

 

Cette année, le Guide Michelin va un peu plus loin dans la fumette, en consacrant des numéros d'équilibriste où le quart de radis mariné à l'essence de tofu virtuel le dispute dans le ramequin en ardoise du Brésil à la demi-aiguillette de mérou infusée à la poudre de kumquat safrané. Certes, il n'y a pas que cela, et il va de soi que, sur les 470 nouveautés de l'édition 2016, il est un grand nombre de bonnes trouvailles. Mais, pour autant, l'usager du guide, le lecteur est-il vraiment informé ou renseigné sur les critères culinaires et professionnels qui prévalent à la starisation de telle maison ou à la déchéance de telle autre ? Pas le moins du monde. Michelin tranche mais ne justifie jamais ses choix. »

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21 mars 2016 1 21 /03 /mars /2016 06:00
Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…

Je plante le décor : jeudi de la semaine passée suite à un long épisode de claustration, une dizaine de jours, dû aux miasmes d’un hiver mou, au cours duquel mon régime alimentaire fut, très frugal, et à l’eau bien sûr, je décidais à nouveau bon pied bon d’œil de rompre cette forme d’ascèse obligée.

 

À vélo, direction la rue de Lille sous la véranda du restaurant Les Climats avec mon ami Claire, fraîche comme une rose. J’y suis comme à la maison sauf que du côté mets c’est une autre paire de manche : Julien Boscus est aux manettes avec sa belle brigade et, dans le secteur liquide, je laisse libre-cours au maître sommelier Franck-Emmanuel Mondésir ou à la belle Johanna. Tout ça sous l’œil attendri de Carole la Taulière et de tous nos amis du service.

 

L’heure était donc venue de porter à nouveau la coupe aux lèvres et pour ce type de rupture rien ne vaut les fines bulles d’un Crémant de Bourgogne.

Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…

Un de mes plus beaux repas aux Climats ; qu’il est doux de passer du jeûne radical à une cuisine inspirée, précise, attentionnée, où le talent est mis au service du produit, et si le diable se niche d’ordinaire dans les détails, en cuisine ce sont eux, leur maîtrise, qui font la différence.

Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…
Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…

LANGOUSTINES EN DÉCLINAISON,

 

En tartare rafraîchi d’une gelée pomme verte-verveine, mascarpone au citron ; croustillante relevée d’un condiment avocat - passion ; en raviole parfumée de combawa, bisque au Crémant rosé.

Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…
Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…
Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…

BARBUE DE L'ÎLE D'YEU,

 

Cuite à four doux et voilée d’une chapelure croustillante aux crevettes grises. Asperges blanches du Vaucluse, jambon noir de Bigorre, olives Taggiasche et bisque d’oursins.

Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…

SOUFFLE REGLISSE,

 

Biscuit soufflé chaud parfumé à la réglisse. Pomme Granny Smith (en sorbet, au sirop et en cristalline).

Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…

 

Je suis reparti sur mon vélo le cœur léger comme une plume et, comme je suis assez classique du côté dessert j’ai décidé de chroniquer sur la ou le réglisse.

 

« Le coco, boisson favorite du promeneur économe, fit sa première apparition en place publique vers la fin du dix-huitième siècle. Un grand gaillard, vêtu d'un habit écarlate galonné sur toutes les coutures et garni de grelots, vint établir, par une chaude journée de juin, sa fontaine ambulante sur la place de Grève, et se mit à débiter une tisane sucrée moyennant un liard le verre.

 

Or, cette boisson était si limpide, si fraîche, si écumeuse, et le pompeux limonadier servait les pratiques avec une telle célérité que tout Paris accourut sur la place de Grève pour lui voir d'un coup de main ouvrir ses trois robinets à la fois et servir trois verres du même coup. Il fit en moins de quelques années une fort belle fortune. Tels furent les brillants débuts du Coco. »

 

André Pasquet, article publié dans le Siècle

Le monde merveilleux de la réglisse ICI

Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…
Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…

Vendue comme boisson rafraîchissante dans les rues et sur toute la ligne des boulevards elle coûtait d’abord un liard, puis deux liards, puis un sou, tout le monde en voulait.

 

Le plus illustre des marchands de coco, de 1830 à 1848, fut le père La Rose, ainsi nommé parce qu'il portait une rose au-dessus de sa fontaine. C'était, sur les boulevards de Paris, un personnage populaire.

 

Il donnait à boire gratis aux gamins qui n'avaient pas d'argent.

 

Coco, Coco, Coco frais ! nouvelle de Guy de Maupassant, parue en 1878.

Si t’as jamais bu du coco dans ta vie alors va vite mon coco goûter le soufflé réglisse des Climats…

La RÉGLISSE Glycyrrhiza glabra de la famille des fabacées, en anglais : licorice, en espagnol : regaliz. Le mot « réglisse » est apparu par déformations successives du latin « licorece », qui a donné aussi le mot « liqueur ». Son nom scientifique, Glycyrrhiza, vient du grec glucus (sucré) et rhiza (racine).

 

Notez que le nom réglisse est féminin quand il désigne la plante et masculin quand il désigne le rhizome séché destiné à la consommation.

 

C’est un arbrisseau rustique buissonnant, d’une hauteur adulte de 1,20 m, d'une couleur vert tendre, comportant une dizaine de folioles oblongues et de petites fleurs mauves ou bleues. Sous terre, la racine pivotante et les stolons horizontaux de la réglisse peuvent s'étendre sur 1 m de long qui produisent chacun des tiges aériennes. On peut récolter en automne les racines et les stolons pour obtenir les bâtons de réglisse dès la 4ème année.

Le monde merveilleux de la réglisse ICI

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 08:00
CHAP.15 opération Chartrons, Bruno Retailleau, sénateur LR de Vendée « Ce n’est pas à Manuel Valls de défaire un cardinal, mais au Pape »

Je lis Comprendre le malheur français de Marcel Gauchet.

 

Je m’y retrouve.

 

« Avec Mitterrand, on entre dans quelque chose de totalement différent : un pouvoir qui ment parce qu’il ne peut pas dire les choses qu’il fait. Si bien que les Français ont, d’un côté, le spectacle délétère d’une politique rabaissée aux combines et, de l’autre, des effets réels incompréhensibles : on leur dit que l’on va rattraper la croissance grâce à l’Europe, mais dans les faits c’est le chômage qui triomphe, la pauvreté qui réapparaît. S’ajoute une fracture sociale avec désormais deux catégories de population qui divergent dans leur rapport à la politique : il y a ceux qui comprennent et adhèrent aux nouvelles règles du jeu, et il y a ceux qui ne les comprennent pas et qui en sont les victimes. Ceux-ci, du point de vue collectif, sont rayés de la carte. Un partie importante, et croissante, de la population a ainsi le sentiment d’être laissée à l’abandon. C’est un sentiment entièrement nouveau dans la France du XXe siècle, qui évoque ce que probablement les prolétaires du XIXe ont dû vivre dans un autre contexte. »

 

« Hollande est élu sur le rejet de Sarkozy et non sur un programme, il est élu en prenant le contre-pied du style de gouvernement de son prédécesseur ; c’est la trouvaille du « président normal ». Argument auquel Sarkozy s’est montré, contre toute attente, incapable de répondre. Hollande est donc élu sur un non-programme qui nous ramène en fait exactement au « ni-ni » de Mitterrand en 1988. Il se coule dans le schéma mitterrandien et dans le projet européen qui va avec, et par ailleurs il n’a rigoureusement rien à proposer pour l’aménagement de ce cadre. Non seulement il n’a pas de cap mais, plus encore, le cap lui est dicté par les circonstances. »

 

« Mais qu’est-ce qu’un « président normal » ? Ce slogan de campagne, qui s’est révélé une trouvaille efficace, a ouvert involontairement une vraie question ; Il pointait deux failles chez le président sortant. D’abord une conception ultra-personnalisée de son rôle, sur le modèle star ou du people, peu conforme à la norme républicaine de distinction entre le public et le privé. Il pointait ensuite, appelons les choses par leur nom, le côté psychopathe du personnage, l’ « anormalité » de comportement témoignant d’une certaine anomalie dans le contrôle de soi. De ces point de vue, rien à reprocher à François Hollande. Il s’est conduit « normalement », même si sa vie sentimentale a défrayé la chronique sous un jour qui n’était pas à son avantage. Il n’empêche que cette normalité revendiquée s’est retournée contre lui. Est-ce dire que l’anormalité est requise pour la fonction, comme on a pu l’entendre ? Avons-nous besoin de psychopathes et de mafieux, de déséquilibrés et de transgresseurs pour faire le job ? La réponse est dans la question quand celle-ci est clairement formulée. Le problème n’est pas là. Il est que l’élection d’un président de la République n’est pas le tirage au sort d’un Français moyen à peu près équilibré et honnête. La normalité s’est confondue en la personne de Hollande avec une vision étriquée et routinière de l’action gouvernementale, en l’absence de perspectives nourries par une réflexion sérieuse sur la situation du pays et les défis qu’il affronte, cela à un moment ressenti comme critique par un grand nombre de citoyens. Je ne crois pas du tout que Hollande a dévalorisé le rôle présidentiel. La déception qu’il a provoquée montre au contraire que les attentes à l’égard de la fonction sont plus grandes que jamais. Ce qu’il a fait ressortir, hélas, c’est que nous n’avons pas sous la main de candidats potentiels à la hauteur de ces attentes. »

 

Primaire: Juppé accroît son avance sur Sarkozy, Le Maire dépasse Fillon 

 

Alors que la course à la primaire de la droite a connu une nette accélération depuis le début de l'année, Nicolas Sarkozy semble de plus en plus dominé par son rival Alain Juppé. Malgré le succès de son livre-confession et ses déplacements multiples pour renouer avec les Français, le président des Républicains ne cesse de perdre du terrain face au populaire maire de Bordeaux.

 

Selon un sondage Elabe pour BFMTV et L'Opinion diffusé ce mercredi, Alain Juppé accroît son avance sur Nicolas Sarkozy avec 41% d'intentions de vote au premier tour contre 23% à l'ancien chef de l'Etat. Dans l'hypothèse d'un second tour, Alain Juppé écraserait son adversaire avec 64% des voix des personnes qui se disent "certaines" de participer à cette consultation, contre 36% à Nicolas Sarkozy.

 

Le rapport de forces au premier tour est très proche auprès des sympathisants de la droite et du centre, avec 42% pour Alain Juppé et 26,5% pour Nicolas Sarkozy. L'écart se resserre en revanche auprès des seuls proches du parti Les Républicains, qui opteraient à 37% pour Alain Juppé et à 32% pour Nicolas Sarkozy.

 

10% des personnes interrogées se disent "certaines d'aller voter" à cette primaire en vue de la présidentielle de 2017, soit selon Elabe un nombre d'électeurs potentiels d'environ 4,4 millions au premier tour, le 20 novembre.

 

Le Cardinal Barbarin pris en flagrant délit de contradiction 

 

C’est quand il ne reste plus rien, quand la bataille de l’opinion est perdue, que l’on invoque toujours la présomption d’innocence. On retrouve les vertus d’un droit pénal protecteur des Droits de l’Homme et du citoyen. Mais ici, il est trop tard. Barbarin est pris au piège, comme peut l’être Karim Benzema. Le dossier médiatique et politique est en l’état suffisamment accablant pour que le verdict de l’opinion soit prononcé. C’est ainsi.

 

Ce n’est plus un débat sur la présomption d’innocence (qui doit être reconnue) du cardinal Barbarin, mais un débat sur sa présomption d’inconscience. Dans Le Parisien, on peut lire que confronté à la question cruciale touchant à la révélation du jour: « savait-il que ce prêtre avait été condamné pour agressions sexuelles avant de le promouvoir? », un proche du cardinal répond: «Il n'a pas envie de répondre à cette question». Dès lors, l’alternative est simple. Ou le cardinal savait, et il fait preuve d’inconscience. Ou il ne savait pas, et il a fait preuve de tout autant d’inconscience. Dans les deux cas, le cardinal est moralement coupable.

 

Notons qu’une fois encore, la hiérarchie de l’Eglise, autour de Barbarin, oppose le silence. De nouveau, l’institution se mure en elle-même, au motif que ses règles de fonctionnement ne dépendent que d’elle. L’argument a encore été brandi sur Europe 1 par Bruno Retailleau, sénateur LR de Vendée, qui ne cache pas son inclination pour un catholicisme conservateur. « Ce n’est pas à Manuel Valls de défaire un cardinal, mais au Pape », a proclamé l’élu, comme s’il s’agissait, encore et toujours, de considérer que l’Eglise catholique est hors la morale publique (la « common decency » comme disent les Anglo-saxons) dès lors que celle-ci s’exprime hors les murs de la morale catholique et de préserver coûte que coûte cette conception de l’Eglise hors les murs de la République. On ajoutera également que l’Eglise ne peut pas réclamer un droit (par ailleurs légitime et incontestable) à peser dans les débats de société, et refuser d’être inclue dans ces mêmes débats de société.

 

Hélas pour eux encore, l’invocation d’une Eglise du secret, société dans la société vivant selon des règles qui échappent à la morale commune se heurte à la même réalité que leur défense de la présomption d’innocence du cardinal. Dans une France contemporaine avide de clarté et de transparence, en quête de laïcité réaffirmée, la défense d’une Eglise hors République n’est plus audible. Surtout s’il est question de viols ou agressions sexuelles sur des mineurs ou des majeurs. Confronté à l’impérieuse exigence de vérité, le cardinal Barbarin ne peut plus faire dire par un proche « Il n’a pas envie de répondre à cette question », parce qu’il se condamne lui-même aux yeux de l’opinion.

 

Valérie Pécresse-Marisol Touraine: L'habit fait-il la politique? 

 

Carapace, décor ou mise en scène, le vêtement est tout sauf futile pour les politiques. Regards croisés sur la mode, entre la gauche et la droite, entre la présidente de la région Ile-de-France et une ministre de François Hollande.

 

Toutes les deux sont en robe. Une tenue habituelle pour Marisol Touraine, ministre de la Santé, qui porte très rarement des pantalons. Mais pour Valérie Pécresse, présidente de la région ­Ile-de-France et ex-ministre du Budget, c’est une exception. Pour la sortie du livre des journalistes Gaëtane Morin et Elizabeth Pineau, « Le vestiaire des politiques » (éd. Robert Laffont), elles ont accepté de prendre la pose au musée Galliera, au milieu des robes trésors de la comtesse Greffulhe qui servit de modèle à Proust. Et de se livrer sans langue de bois.

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20 mars 2016 7 20 /03 /mars /2016 06:00
Y’a longtemps qu’on n’peut plus planter de tomates rue Watt et du côté du Pont de Tolbiac y’a plus la SUDAC avec ses petits messages bleus…
Y’a longtemps qu’on n’peut plus planter de tomates rue Watt et du côté du Pont de Tolbiac y’a plus la SUDAC avec ses petits messages bleus…

Longtemps j’ai habité dans le XIIIe arrondissement, quartier autrefois industrieux, à l’époque encore populaire. Dans mon imaginaire, la rue Watt rendue célèbre par Boris Vian, c’est Raymond Queneau qui l’a lui avait fait découvrir et visitée. Autrefois connue comme un véritable coupe-gorge elle attirait les photographes, les cinéastes : JP Melville Le Doulos et, disait-on, les mauvais garçons.

 

 

Vian a écrit pour Philippe Clay une chanson douce-amère :

 

Une rue bordée d'colonnes

Où y’a jamais personne

Y a simplement en l'air

Des voies de chemin d'fer

Où passent des lanternes

Tenues par des gens courts

Qu'ont les talons qui sonnent

Sur ces allées grillées

Sur ces colonnes de fonte

Qui viennent du Parthénon

On l'appelle la rue Watt

Parce que c'est la plus bath

La rue Watt…

Décrite en 1956 par Léo Mallet « Hautement pittoresque et basse de plafond, elle se prête admirablement aux agressions de toutes natures, et plus particulièrement nocturnes. Sur la moitié de sa longueur, à partir de la rue Chevaleret, elle est couverte par de nombreuses voies ferrées, auxquelles s’ajoutent celles de la gare aux marchandises. C’est sinistre, surtout entre chien et loup, un jour de novembre. On y éprouve une désagréable sensation d’étouffement, d’écrasement. De loin en loin, dans la perspective des maigres piliers de fonte soutenant la voie, la lueur courte d’un bec de gaz fait briller les rigoles des infiltrations suspectes qui sillonnent les parois de cet étroit couloir humide. Nous nous engageâmes sur le trottoir surélevé, bordé d’un garde-fou, qui domine la chaussée de plus d’un mètre. Au-dessus de nos têtes, un train passa dans un barouf d’enfer, faisant tout trembler sur son passage. »

 

 

En transcrivant ces lignes remonte en moi le souvenir de mes intrusions nocturnes rue Watt ; j’y allais après ma journée de travail, à vélo, sur mon grand Batavus, y chercher un Paris populaire disparu.

 

 

Brouillard au Pont de Tolbiac

 

« Brouillard dans les rues du brouillard du passé, brouillard dans l’âme de Nestor Burma, brouillard à peine dissipé par le pur amour de Bélita, la gitane, victime de la femme au fouet. »

 

« Sale quartier, quartier où le brouillard étend son empire du matin au soir en toutes saisons, quartier en bordure de la zone… »

 

Rue du Château-des-Rentiers, rue des Terres-au-Curé, rue des Reculettes, passage des Haute-Formes…

 

Dans le Doulos, au début du film de Melville, lorsque Serge Reggiani s’avance le long de la rue Watt… puis le plan suivant : un train dans le gris de sa fumée et le sifflement de sa locomotive.

 

Nul n’a pu sauver la rue Watt, elle existe encore mais elle n’est plus qu’une vieille image perdue dans un univers de grands travaux.

 

Pierre Assouline, arpenteur de cette nouvelle Rive Gauche écrit : « Il a manqué un romancier, un peintre, un poète pour chanter tout haut la gloire des Frigos, comme le fit Benjamin des passages parisiens. Entendez : l’ancienne gare frigorifique exploitée par la SNCF. Dans les années quatre-vingt, les Frigos étaient les seuls, les derniers de l’ancien temps à monter la garde dans le quartier en chantier. Alentour c’était la mort.»

 

Qui se souvient des pneumatiques ? Les petits messages bleus…

 

« Autrefois toutes les minutes, pendant vingt secondes, les compresseurs de l’immeuble envoyaient de l’air comprimé dans un réseau de quelque soixante-cinq kilomètres sous les rues de Paris, ce qui déplaçait les aiguilles des horloges publiques de la capitale, envoyait des pneumatiques qu’on recevait aussi vite que des télégrammes et qui ne coûtaient presque rien. »

 

C’était la SUDAC : la Société Urbaine d’Air Comprimé.

 

« Derrière ces installations fantastiques, ce rêve d’une modernité shootée à l’air pur, il y avait un inventeur hyperactif, le bien nommé Victor Popp, fondateur de la SUDAC. Il fit édifier, pour alimenter son réseau une usine avec s’énormes compresseurs sur une berge de la Seine, quai de la Gare – aujourd’hui ce bâtiment se dresse encore au 3, quai Panhard-et-Levassor, et il a une telle majesté, avec sa grande nef métallique en un seul berceau et ses briques vernissées qu’on l’a transformé en École Nationals d’architecture. »

 

Alexandre Lacroix, Voyage au centre de Paris, Flammarion, 2013.

 

Source : Le mal de Paris Régine Robin Stock

 

 

Y’a longtemps qu’on n’peut plus planter de tomates rue Watt et du côté du Pont de Tolbiac y’a plus la SUDAC avec ses petits messages bleus…
Y’a longtemps qu’on n’peut plus planter de tomates rue Watt et du côté du Pont de Tolbiac y’a plus la SUDAC avec ses petits messages bleus…
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19 mars 2016 6 19 /03 /mars /2016 06:00
« Messieurs, c’est sur le champ de bataille qu’il faut haranguer des guerriers ; c’est sur les débris d’un dîner qu’on doit pérorer des gourmands »

« Je veux que tu curasses les écuries d’Augias… » citation apocryphe notée à la Mutualité.

 

Curer, verbe peu usité et pourtant, enfant du latin curare, nettoyer quelque chose en grattant, en raclant et en enlevant les corps étrangers, il est toujours d’actualité même si, dans notre civilisation hygiéniste, il évoque un temps disparu : curer un égout, une pipe, des sabots, un canal, un fossé, une mare, un ruisseau, une écurie, une étable, une charrue, un trou, un bois.

 

Et pourtant, se curer le nez, les ongles, les dents, reste une activité intense en nos grandes cités.

 

Enfin, ne pas confondre curage, qui est le même geste mais fait avec un doigt et le curetage qui désigne le geste chirurgical.

 

Revenons au curage des dents !

 

Loin des chichis prétentieux et nombrilistes d’Omnivore bardé de sponsors qui adorent les petits producteurs, au XVIIIe siècle, lors des jurys de dégustateurs de Grimod de la Reynière, faire de la réclame était aussi au menu.

 

« Messieurs, c’est sur le champ de bataille qu’il faut haranguer des guerriers ; c’est sur les débris d’un dîner qu’on doit pérorer des gourmands. Vous quittez à l’instant un des banquets les plus somptueux qui ait jamais illustré les séances du Jury dégustateur. Je vois, Messieurs, rouler dans vos doigts ces jolis hochets dont vous m’avez nommé le panégyriste ; vous vous en servez pour caresser vos dents en les parcourant légèrement comme les cordes d’une guitare. Cet exercice charmant, cet usage des cure-dents, consacré par la plus respectable des Sociétés gourmandes, n’en est-il pas le plus bel éloge ? Il faut cependant entrer dans mon sujet, et ce sujet est une plume. Celle de Rousseau a fait des ravages dans la société avec le Contrat Social, Émile, La Nouvelle Héloïse. La plume du citoyen de Genève charma les esprits et désola les nations. Quant aux plumes des cure-dents, au contraire, leur innocence est généralement reconnue et si elles piquent quelquefois les gencives, c’est pour entretenir leur fraîcheur. Voilà l’unique sang qu’elles font couler… »

 

Le sieur de Rougemont était un fieffé baratineur, il ne recule devant rien en affirmant « qu’ils sont tous d’une coupe différente suivant la forme des dents… J’en ai pour les jeunes et pour les vieilles mâchoires… il y en a dans le nombre de très menus ; ce sont des plumes de tourterelles délicatement taillées : elles sont destinées aux bouches fraîches et rosées… »

 

Moins poétique : « En curant ses chicots avec des bouts d'épingles » Huysmans, Sœurs Vatard, 1879.

 

Un peu d’Histoire, je fais tout d’abord mon Jean-Pierre Kauffmann : Napoléon emportait, lorsqu’il était en campagne, un coffret de vingt-quatre douzaines de cure-dents en buis de chez Gervais-Chardin : « Sa figure et ses mains lavées, écrit Frédéric Masson, il curait soigneusement des dents avec un cure-dents en buis, puis les brossait longuement avec une brosse trempée dans de l’opiat, revenait avec du corail fin et se rinçait la bouche avec un mélange d’eau-de-vie et d’eau fraîche.»

 

« De plus, il dispose en la personne de Jean-Joseph Dubois-Foucou (SOP, 2006) d’un opérateur pour les dents qui a officié sur sa personne de 1806 à 1813. D’après F. Masson (Lamendin, 2000), l’un des plus grands historiographes de Napoléon, l’entretien que ce dernier a apporté à ses dents était tel qu’il avait « toutes ses dents belles, fortes et bien rangées. » Il ajoute : " …Il curait soigneusement ses dents avec un cure-dents en buis, puis les brossait longuement avec une brosse trempée dans de l’opiat, revenait avec du corail fin, et se rinçait la bouche avec un mélange d’eau-de-vie et d’eau fraîche. Il se raclait enfin la langue avec un racloir d’argent, de vermeil ou d’écaille. » En 1806, Gervais-Chardin, « parfumeur de Leurs Majestés Impériales et Royales », livre 52 boîtes d’opiat dentifrice pour un montant de 306 francs, 15 douzaines de cure-dents en buis et en ivoire. Le 25 octobre 1808, il livre 24 douzaines de cure-dents en buis, 6 boîtes de corail fin pour les dents au prix de 36 francs et 28 boîtes d’opiat superfin facturées 168 francs. Le 20 mars 1815, le parfumeur Teissier fournit 3 boîtes d’opiat en bois d’ébène pour la somme de 18 francs et 28 pots d’opiat à la rose au coût de 56 francs. Le 27 mars 1815, son nécessaire est entièrement réparé à la demande de Dubois-Foucou. Jamais durant son règne, le monarque ne semble avoir eu recours aux services de Dubois-Foucou, excepté pour des nettoyages. »

 

Les premiers cure-dents datent de l’âge de bronze.

 

Les Égyptiens et les Arabes utilisent des arêtes de poisson ou des tiges de câpriers en guise de cure-dents.

 

Dans l’Antiquité gréco-romaine les cure-dents en métal, argent et or, ou en ivoire apparaissent.

 

Pline l’ancien se sert « d’une épine de porc-épic pour nettoyer et consolider ses dents.»

 

« En France, du Moyen Âge à la Renaissance, les cure-dents sont montés sur pivot, se nomment fusequoirs et servent également à se curer les oreilles après la toilette, faisant alors office d’escurette. »

 

Photo d’un cure-oreille avec cure-dent escamotable. Il date du 17ème siècle et est en argent ciselé.

 

« On porte les cure-dents à la ceinture comme des objets précieux dont on ne veut se séparer. C’est le cas de l’amiral de Coligny, qui en tire un dans ses moments de fureur et le mâche pour se calmer. On dit alors : « Dieu nous garde du cure-dents de Monsieur l’Amiral. »

 

Lire Le cure-dent Africain, cette brosse à dent qui résiste au temps 

 

Source : L’histoire de la casserole Henri Pigaillem

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18 mars 2016 5 18 /03 /mars /2016 06:00
Vignerons si vous ne voulez pas mourir idiots customisez vos ½ bouteilles pleines de messages transparents que vous ferez livrer par Amazon en veillant au bien-être de vos clients pressés.

Souvenirs, souvenirs… titre phare du deuxième disque de Johnny Hallyday en 1960 et son premier grand succès…

 

Souvenir donc, lors d’un colloque des œnologues de Bordeaux, animé par Patrick Léon l’ancien Dr technique de Mouton-Rothschild, du bal de petits coqs du marketing, shootés à l’ego, ratiches acérées, morgue à la boutonnière, visionnaires auto-proclamés qui allaient tout révolutionner dans le monde du vin grâce à leur grande maîtrise des outils marketing.

 

Pas moyen de leur faire lâcher le micro, tout pour leur gueule, les portes dorées du monde du vin s’ouvraient grandes à eux, ils allaient évangéliser les crétins du vin.

 

La ruée vers l’or donc !

 

Vendre à prix d’or des services clé en main forme nouvelle de l’effet peau de lapin.

 

Une décennie après que sont-ils devenus ?

 

Portés disparus, perdus de vue, sortis des radars, reconvertis, en cure de modestie sans doute, engloutis par la dure réalité du monde du vin français. Bien sûr, du côté de la perfide Albion continue de sévir ce cher Robert Joseph qui psalmodie les mêmes antiennes depuis plus d’une décennie. Dis-moi la main qui te nourrit et je pourrai évaluer ta crédibilité avant de raquer...

 

Et puis bien sûr subsistent les éclaireurs de marché, ceux qui savent manier les chiffres, les panels, les beaux outils du marketing.

 

Parmi eux La Wine Intelligence  basée au 109 Maltings Place, 169 Tower Bridge Road, London SE1 3LJ, Royaume-Uni qui sur sa page d’accueil donne le ton « As an international team of market researchers and strategy consultants, we are known for being curious, flexible, rigorous and honest. We are also known for loving wine. Read more about what we do. Take a look at some of our work, see what our clients are saying about us and see who we work with…»

 

Le 15 mars à Prowein Lulie Halstead, directrice de Wine Intelligence, a présenté les 6 tendances émergentes dans l’univers de la consommation permettant dans l’univers du vin.

 

De quoi donner des idées aux marketeurs du monde du vin nous dit Marion Sepeau Ivaldi sur Vitisphère.

 

Sans ironiser, il faut qu’ils n’en aient guère des idées pour s’en remettre à un tel tissu de lieux communs.

 

Je sais ça fait frétiller les jeunes gogos des écoles de commerce, ils se voient déjà, comme leurs prédécesseurs de l’estrade des années 2000, révolutionner le monde compassé du vin. À eux les start-up, les applications, les innovations… Vive la canette ! Être ou ne pas être le Nespresso du vin !

 

Bis repetita placent !

 

Lisez-moi bien, je ne suis pas en train d’écrire que ces tendances n’existent pas dans l’univers des boissons, bien au contraire elles sont là et bien là mais à qui fera-t-on croire qu’elles sont des innovations qui vont révolutionner la part du marché du vin qui chalute dans les allées de la GD.

 

L’appauvrir, sans nul doute, le vin n’est ici qu’un minerai que l’on peut sourcer dans les bassins de production les plus attractifs en terme de prix.

 

La vigne française voguant vers le tout AOP-IGP ne me semble guère armée pour entrer dans ce monde impitoyable où la forme du flacon, sa customisation, par exemple, est la source de la valeur.

 

Allez donc faire un petit tour chez Coca-Cola Découvrez la liste complète des 250 prénoms disponibles sur les bouteilles de Coca-Cola 

 

Comment innover dans le marketing du vin ? La Wine Intelligence a identifié six tendances pour inspirer les visiteurs de Prowein.

 

La customisation

 

Déjà présente dans le mode du prêt-à-porter et notamment des chaussures, la customisation répond à un besoin de personnalisation du consommateur. Il s’agit de créer des produits uniques à l’image de l’acheteur. Certaines entreprises l’ont bien compris et proposent déjà de réaliser des étiquettes portant l’identité du client.

 

La transparence

 

Il s’agit de donner un message transparent au consommateur, notamment sur les prix. Disposant de moyens d’information démultipliés grâce aux mobiles, le consommateur peut désormais les comparer. La transparence s’applique également à la traçabilité ainsi qu’à l’information sur les conditions de transport et de conservation.

 

Le bien-être

 

Le bien-être n’est pas seulement l’état physique mais aussi social. Les consommateurs sont en recherche d’une vie équilibrée, ce qui veut dire mesurée, sans concessions sur les moments de décontraction et de convivialité. De nombreux produits alimentaires illustrent cette tendance comme la bière aromatisée au thé.

 

La suite ICI

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17 mars 2016 4 17 /03 /mars /2016 06:00
Je suis en quête d’un critique littéraire pour une chronique sur « Le vin, entre business et passion » de Jérôme Pérez le « Besancenot » de la LPV

J’ai reçu hier matin au courrier ce livre par les bons soins de Jean-Paul Barriolade des éditions Libre & Solidaire qui le publie.

 

Je l’ai lu dans la foulée, avec intérêt.

 

Je l’ai refermé.

 

Je me suis roulé une petite cigarette.

 

Je l’ai fumée.

 

En clopant j’ai réfléchi, ça m’arrive.

 

Que faire ?

 

Écrire une chronique ?

 

Il y a matière, l’opus est sincère, c'est un plaidoyé très personnel, touchant même à l'évocation du père, irritant aussi avec le côté entre soi de la LPV, très autocentré, intéressant dans la première motié, moins par la suite où certains comptes veulent être réglés et où l'analyse sur les vins de luxe part un peu dans tous les sens dans un doux mélange de morale et de dirigisme.

 

Ce livre mérite qu’on lui consacrât du temps.

 

Et pourtant, en dépit de cet intérêt, je ne me sentais pas motivé pour coucher une chronique sur mon espace de liberté.

 

La raison en est simple : le monde de la dégustation, et plus encore celui des dégustateurs passionnés du vin, m’est étranger. Même si je l’ai côtoyé, parfois même fréquenté, ce n’est pas mon monde. Il y a chez moi, à son égard, une forme d’incompréhension qui me met mal à l’aise. Ça me dépasse. Je n’arrive pas à entrer dans ce type de démarche. Me mettre dans la peau d'un dégustateur passionné est au-dessus de mes possibilités, ça tourne trop en rond.

 

Dans le doute abstiens-toi me suis-je dis, t'es pas du Cercle, du GJE, de feu Davos du vin, les grands vins ce n'est pas ton truc, tes mots risqueraient d’être mal compris.

 

Que faire alors ?

 

M'abstenir !

 

Ne rien faire, ne rien écrire, c’eut été de ma part une solution de facilité qui ne me convenait guère.

 

Alors j’ai à nouveau réfléchi et j’en suis très vite arrivé à la conclusion qu’il fallait que je vous sollicite, chers lecteurs, pour que vous fassiez le job à ma place.

 

Beaucoup d’entre vous êtes, en effet, des passionnés du vin, des amateurs éclairés, et je suis persuadé que vous saurez, bien mieux que moi, faire œuvre de critique littéraire.

 

Je vous propose donc de candidater via les commentaires ou le formulaire contact.

 

Si ça vous tente je vous ferai parvenir l’opus par la Poste pour lecture et critique en retour.

 

Merci par avance.

 

1 extrait pour la mise en bouche

 

« Et que dire de cette nouvelle façon d’apprécier le vin sans soufre ? Certains disent que ce sont des vins vivants sans que je puisse comprendre ce que cela revêt de réalité. Dans cette mouvance, on arrive même à se persuader que certaines déviances sont bonnes et source de plaisir. Je ne veux pas juger ici cette mode (car c’en est bien une), mais elle prouve que finalement les goûts, c’est-à-dire le faisceau de saveurs que l’on apprécie plus que d’autres, sont tout à fait changeants et qu’ils ne relèvent pas seulement de cet aspect sensitif, cela est bien plus intellectuel qu’il n’y paraît. Le goût n’appartiendrait pas à l’individu de façon innée, mais plutôt au « groupe », dont d’ailleurs il n’est pas facile de s’émanciper. De ce point de vue, je suis tout à fait certain – même si je les raille parfois –, que les adorateurs des déviances des mauvais vins natures sont tout à fait sincères. Ils sont victimes du phénomène de groupe auquel ils veulent appartenir, jusqu’à en accepter et apprécier les errances. Et il se peut que ce que j’appelle leur errance, ils en aient fait leur classicisme, reléguant et qualifiant le mien au rang de désuet, ridicule, artificiel, même si ce qu’ils apprécient sont des défauts œnologiques. »

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