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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 00:02
149_article.jpgL’AUTRE PÉCRESSE…
 
c’est Jean-Francis, journaliste aux Échos et vigneron à Bordeaux – appellation Canon-Fronsac -, et ce matin, vous qui connaissez mon goût immodéré pour raconter des histoires, je vais vous narrer la sienne, non qu’elle fût extraordinaire, mais parce qu’elle est celle d’un coup foudre d’un gamin de 13 ans pour quelques arpents de vignes superbement placés sur l’un des deux promontoires surplombant la Dordogne à St Michel de Fronsac. L’histoire commence avec le grand-père Francis, corrézien émigré à Libourne, comme Jean Pierre Moueix avec qui il est très lié et à qui il revendra certaines de ses propriétés comme Trotanoy à Pomerol. Il posséda aussi Lagrange à Pomerol et Grand Corbin à St Émilion, entre autres. Seuls les 4 ha 50 du château Vray Canon Bodet la Tour resteront dans la famille Pécresse.
 
La propriété gérée en bon père de famille n’est découverte par Jean-Francis, c’est ici une belle expression, alors qu’il n’a que 13 ans et c’est le coup de cœur pour le lieu, la vigne : cette plante extraordinaire, la chaleur et la convivialité des gens du vin, et bien sûr, le vin lui-même. Depuis ce jour, Jean-Francis ne ratera plus une seule vendange et d’évoquer l’immense soulagement, l’incroyable décompression ressentie, lorsque le raisin est ramassé, que la vendange est rentrée. Et puis, comme toujours dans l’histoire des hommes, le nœud des circonstances, le hasard des rencontres, celle d’Olivier Dauga, le désir de passer à l’acte, vont faire sauter le pas, en 2003, à Jean-Francis. Avec Olivier Dauga, avec qui il partage la même philosophie du vin, la même appréhension de la réalité économique, et un couple de jeunes vignerons, Jean-Francis va se lancer dans la grande aventure de faire son vin plaisir, authentique, expression de son terroir, et sans flagornerie, un vin qui lui ressemble. Ils le feront – c’est un travail d’équipe – avec leurs moyens, en se posant les questions qu’on ne se posait pas, une remise en cause perpétuelle. Comme me le confie Jean-Francis « il faut écouter la vigne, elle ne se laisse pas apprivoiser facilement. C’est dur et long… »
 
Toujours progresser mais aussi s’approprier le vin, on en est fier, on le signe et alors tout change : le nom d’abord, le château devient Canon-Pécresse, nouvelle étiquette plus contemporaine, le 2005 gagne en gras et en ampleur, l’enfant a belle allure, Wine&Co l’adopte, puis on le propose dans des lieux qui le valorisent : un caviste comme Legrand, une belle table comme le Carré des Feuillants, Jean-Francis fait des animations, livre parfois… Il tient à la proximité, à la connaissance de ses clients, pas d’agents, « ne travailler qu’avec des gens que nous connaissons » pour vendre ses 30 000 à 35 000 cols annuels du château et du 1 ha 50 de son petit frère Barrails en appellation Bordeaux. On travaille en famille. Alors, même si jamais rien n’est acquis, le défi du produit a été relevé, reste, et là c'est le chef du service économie France des Échos qui pointe sous le vigneron, à faire que cette petite entreprise agricole, qui n’a pas été rebâtie à coups d’investissements lourds et rapides, génère les moyens de son entretien et de son développement, qu’elle soit rentable. À Canon-Pécresse, sur le promontoire de ses premiers émerveillements, Jean-Francis, comme tout vigneron qui se respecte, s’inscrit dans la durée : la vigne est la reine des cultures pérennes.

Lundi dernier, hasard des choses, j'étais à déjeuner au Trou Gascon, second restaurant de Dutournier, et chateau Canon-Pécresse 2004 était proposé au verre en guise d'apéritif. Nous l'avons choisi et apprécié son élégance, sa finesse et un je ne sais quoi d'une noblesse revisitée. 
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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 00:01
Alfred_Tesseron_Portrait.jpg
 
Ma chronique d'hier vous l'annonçait, Alfred Tesseron a accepté de répondre à mes 3 questions, je l'en remercie chaleureusement.
 
Nous nous sommes jamais rencontré mais, lorsqu'il évoque dans sa réponse à ma première question, ses rapports avec son père, le souvenir du mien face à mon intraitable grand-père Louis me revient, voisinage de la Vendée et de la Charente, même rapports entre générations. Admiratif, je le suis, face à la passion, au travail patient, à cette volonté constante de faire mieux, de repousser la facilité, de toujours progresser.
 
Ma plume, que l'on dit trop incisive, inutilement provocatrice, sait aussi parfois trouver les mots dont il faut parer la réussite : le château Pontet-Canet, plus encore qu'au temps où j'en avais fait mon quotidien, est pour moi l'exemple de ce notre "génie" et notre travail peut faire pour que notre pays "moyen", la France, cultive sa différence et garde son rang dans notre monde mondialisé.

1ière Question : A propos du film documentaire « Pontet-Canet les 4 saisons » d’Arnaud Ducoux j’ai noté deux phrases : la première « mettre en valeur le travail et la passion du château Pontet-Canet, dévoués à la naissance d’un grand cru classé, en mélangeant esthétisme et émotion, dans le respect de ses traditions ! » et la seconde « l’idée était de faire un film non élitiste, permettant tant aux professionnels de pouvoir confirmer les qualités exceptionnelles de ce 5ème cru classé, mais aussi de faire découvrir auprès d’un public moins initié toute la dimension de ce château prestigieux ! » Alors, Alfred Tesseron : travail et passion, une approche non élitiste, respect des traditions… ce sont vos valeurs celles qui vous ont guidé pour faire du château Pontet-Canet ce qu’il  est aujourd’hui : une belle réussite « On ne saurait trop souligner le travail extraordinaire du propriétaire Alfred Tesseron qui a lui-même présidé à la transformation radicale de la qualité des vins de Pontet-Canet depuis 1994. » comme l’écrit un connaisseur.
 
Expliquez-nous Alfred Tesseron.
 
Réponse d'Alfred Tesseron :
 
Tout le travail réalisé à Pontet-Canet est celui d’une équipe soudée avec qui je partage les mêmes valeurs. Avec le Régisseur, Jean-Michel Comme, nous partageons la même passion pour la vigne et le travail bien fait. Nous formons une bonne équipe depuis plus de 19 ans et grâce à ce travail et cette compréhension mutuelle, nous avons pu améliorer la qualité des vins de Pontet-Canet.

Il faut de la passion car nous avons eu des périodes difficiles, notamment lorsque mon père, qui était d'une autre génération ne comprenait pas les efforts et les sacrifices que je souhaitais pour monter la qualité. Nous avons toujours essayé de respecter les objectifs que nous nous étions fixés, quelque soit les difficultés rencontrées. Parfois, il a fallu plusieurs années mais on a gardé le même cap. Nous n'avons jamais cédé à la facilité.

Quelques exemples sont significatifs.

Tout d'abord, la réhabilitation du cuvier en bois : nous avons changé 16 cuves sur plusieurs années. Malgré ces investissements lourds, nous avons gardé les mêmes priorités même si d’autres pouvaient se dessiner ailleurs certaines années.

Dès 1998, nous avons pensé à ce qu'il y avait techniquement de mieux pour le respect du raisin et nous avons mis en place la récolte en petites cagettes. Alors que le système était encore rarement égalé, nous l'avons amélioré plusieurs fois, toujours au seul profit de la qualité du vin que nous produisons.

Enfin, il ne faut jamais oublier le travail qui doit être à la hauteur des objectifs fixés.

Pour réussir, il faut être sur le terrain, tout le temps. Un vignoble livre tous ses secrets au compte-goutte. Parfois, on passe des années à un endroit avant de découvrir un élément qui va nous aider à comprendre un peu mieux le terroir. Tous les jours, on progresse un peu, même si on ne s'en rend pas compte.

Je n'oublie pas non plus la promotion qui constitue une part importante de mon activité. Il ne sert à rien de faire du bon vin si personne ne le sait! Cela me permet également de bien ressentir la distribution de mes vins et de connaître les attentes des professionnels et des consommateurs.
 
2ième Question : Le respect de la vigne, intervenir le moins possible, mais le plus naturellement possible dans les vignes, remettre les façons culturales et le travail du sol à l’honneur : l’arrivée des trois chevaux de race bretonne à Pontet-Canet « n’est pas un retour en arrière, ni la recherche d’une vision folklorique mais un véritable pari sur l’avenir qui nous oblige à adapter le travail du cheval aux contraintes modernes. » dites-vous, tout désherbant chimique est banni, la protection de l’environnement et l’intégrité de la plante sont au cœur de vos préoccupations. La vigne retrouve son équilibre, elle régule seule ses rendements. Vous respectez à la fois la vie de la plante et la vérité du terroir, en tendant vers une pureté naturelle du vin.
Alfred Tesseron ce retour aux sources de l’AOC est-il un privilège réservé aux GCC ou peut-on en faire la règle pour le plus grand nombre ?

Réponse d'Alfred Tesseron :
 
Je ne tiens pas à me placer sur le plan des AOC ou des moyens financiers pour commenter notre évolution technique. C'est avant tout une question de sensibilité.
 
Les changements ne sont pas venus brutalement. Ils sont le fruit d'un lent processus qui a débuté il y a une quinzaine d'années. 

Nous pensons que l'amélioration de la qualité que nous avons connue depuis 20-25 ans notamment à Bordeaux ne peut que nous amener à un palier si on conserve toujours les mêmes "recettes". Depuis quelques années, Jean-Michel "épure" sa viticulture de toute action agressive pour revenir aux fondamentaux qui ont conduit à la suppression du rognage, de l'effeuillage et des vendanges vertes, qui ne sont plus que des actions chirurgicales. C'est une viticulture ambitieuse mais complexe à mettre en œuvre.
 
Si on veut progresser encore, il faut réellement s'intéresser au terroir; ce qui n'a pas toujours été le cas dans le passé. Pour cela, il faut d'abord le comprendre puis le respecter. Les vrais gains de qualité à venir devront obligatoirement passer par lui, c'est-à-dire par des actions visant à redonner de la vie au sol. Un sol vivant donnera des ceps de vigne en "meilleure santé" qui eux-mêmes produiront  des "bons" raisins  et donc des vins de meilleure qualité.
 
Bien-sûr, en agissant de façon subtile sur le sol, il ne faut pas s'attendre à des effets spectaculaires instantanés sur les vins. Les futurs vins ne seront pas plus puissants, plus aromatiques, … Nous espérons au contraire obtenir un fruit plus complexe, des tanins plus fins, une belle fraîcheur,… mais à quelle échéance ?

L'arrivée des chevaux doit être replacée dans ce contexte d'actions à long terme. Il convient d'arrêter d'agresser les sols comme nous avons pu le faire pendant des années avec une accélération récente.

Il est évident que depuis 1950, les contraintes sociales ont beaucoup évolué et il faut intégrer cette réalité comme pilier incontournable dans le projet. Nous partons donc d'une page blanche ou presque.

Il y a un an que nous mûrissons ce "retour vers le futur" en passant en revue dans notre tête toutes les contraintes mécaniques, humaines,… qui sont susceptibles de se poser à nous.

La situation actuelle n'est que transitoire. Si tout fonctionne, on prévoit de l'étendre progressivement à l'ensemble du domaine. Dans le cas contraire, on en tirerait les conséquences pour revenir à des méthodes plus "classiques », mais nous mettons tout en œuvre pour réussir.
 
3ième Question : Alain-Dominique Perrin déclare à la RVF « L’afflux de liquidités déchaîne les passions : on vend des œuvres d’art à quatre fois le prix, du vin à dix fois le prix, tout s’emballe. Mais cela s’arrêtera un jour. Les grands bordeaux à 1250 euros, même à 800, même à 400 euros la bouteille, un jour, cela s’arrêtera. » Il ajoute « le consommateur, derrière, paie 80 fois le prix de revient ! Savez-vous que dans la haute joaillerie, les plus grandes marques ne multiplient que par 17 ? »
 
Alfred Tesseron qu’en pensez-vous ?

Réponse d'Alfred Tesseron

J’espère avoir la chance de connaitre Monsieur Alain-Dominique Perrin, qui, à mes yeux, a su faire de Cartier une marque mondialement reconnue dans la haute joaillerie.
 
La viticulture de haut niveau demande du temps, beaucoup de temps, de passion, d’investissements, et comme tout, un peu de chance et avant tout un grand terroir. Seuls quelques domaines peuvent prétendre à des vins d'exception. Il pense y arriver seul, l’avenir nous le dira. 
 
Je ne me vois pas commencer un nouveau métier en critiquant ouvertement des réussites incontestées du secteur. Il y a des amoureux du vin qui goutent et savent apprécier les Grands Vins à leur juste valeur, comme des amateurs d’art, de bijoux, de voiture, de haute couture…

Le prix des Grands Vins n’est jamais artificiel : L'offre est très limitée, la demande mondiale forte et les prix flambent.

Cela ne remet cependant pas en question le sérieux de vignerons qui sur des terroirs plus difficiles produisent de bons vins.

En achetant Pontet-Canet en 1975, mon père a fait un pari osé qui n'était pas gagné d'avance. J'en suis maintenant copropriétaire avec mon frère Gérard et je mesure la chance qui est la mienne. 

Actuellement, je ne pourrai pas m'offrir un tel cru.

J'invite Monsieur Perrin à nous rendre visite afin qu'il constate par lui-même le caractère magique de ces grands terroirs bordelais.
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10 mars 2008 1 10 /03 /mars /2008 00:02

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Au temps, c'était en 1986, où je passais mes jours sur les rives enchanteresses du merveilleux port de pêche de Gennevilliers à mettre du vin en bouteilles – des 6 étoiles et des verres perdus – à le distribuer avec mes petits camions dans le Grand Paris, à discuter avec les syndicats de notre avenir, à ferrailler avec mon PDG et sa cour pour obtenir le financement de mes investissements, le soir venu, fourbu, je rentrais chez moi à Courbevoie. J’avais acquis, en ce lieu merveilleux, sur une dalle de béton recouvrant un complexe commercial érigé sur l’emprise de l’ancienne caserne Charasse, un atelier d’artiste. Il y en avait une douzaine face à une barre UAP, c’était un ilot ignoré, calme et paisible, comme une anomalie dans un urbanisme dévoyé. Sous mes 6 mètres de plafond, comme dans une grosse bulle, je décompressais. Dans ce havre au parfum new-yorkais, mon vin quotidien était le Pontet-Canet. À la holding, Th. Jacquillat, se faisait livrer du « Vieux Papes » en magnum et moi je carburais au Pontet-Canet. Pourquoi diable me direz-vous ? L’histoire vaut d’être conté.
 
Dans l’enceinte de notre « usine » de Gennevilliers, en retrait du bloc de béton où nous embouteillions et stockions nos produits, un hangar anonyme, qui ne payait pas de mine, semblait être posé là comme une verrue sur un gros pif. Son appellation officielle « les eaux minérales » ne laissait en rien présager de la réalité de son contenu. Le lieu était bouclé. Les clés en ma seule possession avec un double pour le patron des achats. La première fois que j’y ai pénétré, c’était à la fin de l’été, je fus frappé par la sensation de fraîcheur : le lieu était bien isolé. Très vite j’en compris la raison : c’était le paradis de la caisse bois, une caverne d’Ali Baba de grands crus bordelais avec, entre autre, un stock étonnant de Léoville-Las-Cases, d’Ormes-de-Pez et de Pontet-Canet. On me dit que pour ce dernier longtemps propriété des Cruse, la raison de notre richesse s’expliquait : Cruse était maintenant dans l’escarcelle de la SVF (lors d’un déplacement à Bordeaux j’ai le souvenir du 124 quai des Chartrons).
 
Bref, l’ignare que j’étais se plongeait le soir même dans sa bible « L’encyclopédie des vins et alcools » d’Alexis Lichine. J’y appris l’essentiel, son voisinage avec Mouton, son classement de 1855 : en tête des cinquièmes crus, l’ampleur de ses caves souterraines et son rachat en 1976 par Guy Tesseron. Lichine le disait « parfois très distingué, lent à vieillir. Et d’autres années plutôt commun.» De retour sur les quais de mon ravissant port de pêche, je goûtais je ne sais plus quel millésime, je l’appréciais et l’adoptais (en l'achetant bien sûr, un prix qui rendrait vert les amateurs actuels). Ainsi je devins un « Pontet-Canet » addict.
 
Bien sûr, en ce temps-là, et aujourd’hui encore, je suis tout, sauf une référence pour les maîtres en dégustation, et j’entends déjà leurs ricanements : comme l’avait écrit un internaute, en 2001, à la suite de mon rapport : "Comment accorder un quelconque crédit à un gus qui a mis du « Vieux Papes » en bouteille ! " D’accord, j’en conviens, mais si j’ai pris la liberté de commettre cette petite chronique ce matin pour conter ma découverte du Château Pontet-Canet, ce n’est pas pour rouler des mécaniques, simplement pour vous dire que l’autodidacte que je suis dans le domaine des vins lui doit beaucoup. Il a été le pied de cuve de mon imaginaire, le point de départ d’une relation intime avec le vin et, je l’avoue sans honte, il épousait bien l’évolution de mon statut. Depuis, sous l'impulsion d'Alfred Tesseron mon chouchou est devenu un must, alors à défaut d'avoir du nez pour la dégustation j'en ai pour découvrir les pépites qui font les beaux joyaux.

Avant d’écrire cette chronique je suis allé faire un tour sur le site du château  pour rafraîchir ma mémoire et c’est avec plaisir que j’y ai découvert « Reine, Babette et Kakou, trois chevaux de race bretonne, qui viennent d’arriver à Pontet-Canet dans le but de cultiver la vigne.
 
C’est une véritable révolution dans la propriété.  Aujourd’hui, nous ne savons plus mener les chevaux. Il faut tout réapprendre et tenir compte du caractère et de l’humeur de chaque cheval.
 
Ce n’est pas un retour en arrière, ni la recherche d’une vision folklorique mais un véritable pari sur l’avenir qui nous oblige à adapter le travail du cheval aux contraintes modernes. 
 
C’est évidemment un challenge qui nous rapproche davantage de la nature et qui nous permet d’aller encore plus loin dans notre politique de respect des ceps de vigne et de notre terroir.
 
Si nous réussissons, nous envisagerons, petit à petit, d’agrandir nos écuries. Mais c’est une autre histoire… »
 
Le fondateur de la Journée Nationale du Cheval que je suis ne pouvait que s’en réjouir. Dans la foulée j’ai sollicité Alfred Tesseron pour un Trois Questions à… et très aimablement il a accepté de répondre à mes questions.
           
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9 mars 2008 7 09 /03 /mars /2008 00:04
Les cinq sacs à viande embarqués, les quatre membres du commando fantôme, sans saluer, s’engouffrèrent dans le Puma qui sitôt commença de lever son gros cul sous l’impulsion de ses pales arrière. Avant qu’ils n’entament leur macabre besogne, Gendron, conscient de son rôle, avait mis ses pas dans leurs pas. Le hall d’entrée criblé d’impacts, ressemblait à un saloon de western après le passage de Jessie James, mobilier sans dessus dessous, parfum âpre de cordite, tapis souillés de sang, et cinq cadavres de types qui manifestement ne s’attendaient pas à l’accueil qui leur avait été fait. Ils n’avaient pas eu le temps de dégainer, leurs assaillants les avaient fauchés comme des fleurs. Avant de les ensacher, les commandos leur firent les poches ; deux tas : les papiers et les effets personnels dans l’un, l’artillerie dans l’autre. L’élégant, flanqué du jeune type en perfecto, cigarette américaine pointée dans un fume-cigarette d’ivoire, surveillait l’opération avec un dédain plein de morgue. Gendron se tenait en retrait. Son statut de simple gendarme ne l’empêchait pas de réfléchir : les refroidis, vu leur dégaine vestimentaire, se classaient dans les petites frappes du milieu et, leur présence dans le baisodrome d’un vieux requin du commerce des armes cadrait mal avec ce statut. Et puis, que foutaient ces flics ici ? Le beau gosse en baskets le contemplait avec un air las. Lui aussi paraissait mal venu dans cette histoire merdique. La suite des évènements allait lui donner la première clé.
 
Le Puma, après sa phase ascensionnelle, virait plein ouest. L’élégant, plaçait une nouvelle cigarette dans son tube d’ivoire jauni par la nicotine, puis claquait des doigts en direction du jeune flic au visage angélique « allez la chercher ! » Une poignée de minutes s’écoulaient avant qu’il ne revienne flanqué d’une superbe tige, blême, sans un pet de maquillage, juchée sur des talons vertigineux qui donnait à sa démarche un chaloupé torride que soulignait une robe moulante rouge garance émergeant d’un opulent manteau de renard argenté négligemment jeté sur ses épaules. Gendron bandait instantanément. Portait sa main à son entrecuisse. Pour la première fois de sa simple existence de gardien de l’ordre établi il se sentait proche de l’insoumission, d’une irrépressible envie de basculer dans le camp de ceux qui peuvent se payer de telles merveilles : crapules en grôles de croco ou  grands de ce monde aux mains sales, tous les mêmes ! Et pourtant, en dépit de l’inflammation de ses gonades et de ses rêves de grand soir du sexe, le brave Gendron ne pouvait que constater la complexité de la réalité : manifestement, le jeune flic désabusé endossait les oripeaux du mac sans la moindre réticence. La belle s’accrochait à son bras telle une fille en fleur à son premier flirt. L’élégant se posait face à elle, quêtait sa main. Elle lui tendait la droite, libre. Scène étrange que de voir en ce lieu dévasté, souillé de sang, tout juste débarrassé des cadavres de la nuit, ce type calamistré se pencher sur cette main aux ongles carminés, l’effleurer d’un fugace baiser avant de déclarer, tout miel, « madame nous allons vous reconduire à Paris. L’ordre règne à nouveau. Je suis persuadé que vous partagerez notre façon de voir les choses : il ne s’est rien passé ici. Reposez-vous et, si vous êtes en proie à des insomnies, appelez-moi. Je me ferai un plaisir de vous répondre. Ma porte sera toujours grande ouverte pour vous… » Gendron étouffait d’une rage froide : ce saligaud se plaçait sans vergogne dans le pieu de la belle. Sa revanche de sans-grade vint, à sa grande surprise, du jeune flic, ironique : « Si monsieur le divisionnaire envisage de prendre ma place je me permets de lui signaler que le pas de porte est gratiné. Sans doute très au-dessus de ses émoluments de fonctionnaire… » L’élégant se cabrait sous l’insulte avant de lâcher entre ses dents acérées : « sale petit con, je te casserai… »  
  
      
                                       
 
 
  
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8 mars 2008 6 08 /03 /mars /2008 00:04


C'est la journée de la femme ce 8 mars alors, en un temps où l'émotion règne en maîtresse absolue sur les écrans de télévision - il faut toucher les gens - on exhibe la misère, la barbarie, l'intime enfoui, en une mise en scène raccoleuse, l'histoire n'échappe pas à ce raz-de-marée de bons sentiments. La chronique de ce matin montre, avec l'irruption de la mode nègre dans les années folles, portée par l'intelligentsia artistique progressiste parisienne, qu'il faut se garder des raccourcis commodes et de tout ramener à notre vision d'enfants gâtés du village mondial.

Au début du siècle dernier, les années 20, appelées "les années folles": après la Belle Époque de l’avant-guerre, voici les années folles de l’après-guerre. La génération qui a échappé aux massacres de 1914 – 1918 veut rattraper les années perdues : elle s’amuse éperdument, elle aime le risque et l’aventure, elle découvre la voiture et les trains internationaux et les autres continents. 


En 1925, l'administrateur du Théâtre des Champs Elysées, André Daven cherche en tant que directeur artistique un spectacle permettant à son établissement de sortir de sa mauvaise passe. Le peintre cubiste Fernand Léger, ami de Daven, qui venait de voir l'exposition d'art nègre au musée des Arts décoratifs lui conseille de présenter un spectacle entièrement exécuté par des Noirs. Peu de temps après la suggestion de Léger, Caroline Dudley, une Américaine globbe-trotter, déboule un beau matin dans le bureau de Daven pour lui présenter un spectacle drôle et authentiquement nègre. Tope là, elle part à New York pour constituer la troupe de comédiens, elle y rencontre Joséphine Baker, très enthousiaste, qui l’accompagne à Paris avec vingt-cinq artistes dont douze musiciens, parmi lesquels Sidney Bechet et huit chorus girls.

Paul Colin, engagé par Daven pour réaliser l'affiche de la revue, durant la première répétition trouve en Joséphine Baker le corps exceptionnel qu'il recherchait. Il décide de faire d'elle le sujet de son affiche et l'invite dans son atelier personnel. Sur l'affiche Joséphine apparaît dans une robe blanche ajustée, entre deux hommes, lèvres épaisses rouges, dents blanches étincelantes, casque de cheveux crépus. La vedette de la revue, poings sur les hanches, avec ses lèvres outrées, ne s'élève guère au-dessus du stéréotype, et les deux faciès noirs qui l'encadrent sont grotesques.
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La première de la Revue Nègre eut lieu le 2 octobre 1925. Le Paris chic se bouscule, dans la salle pleine à craquer, des nouveaux et d'anciens riches, des hommes d'affaires et des aristocrates, des dandies et des débauchés, dans l'auditoire Robert Desnos, Francis Picabia et Blaise Cendrars. On n'avait jamais vu un tel engouement depuis les Ballets Russes, avant la guerre. 

Joséphine Baker se pose en égérie de la libération de son sexe. Par ses attitudes résolument modernes, elle contribue à accélérer cette révolution en la portant comme un symbole. Dans le Paris des années vingt, son nom est synonyme de liberté. Avec ses petits seins, ses hanches dénudées, ses cheveux noirs coupés courts et collés à la gomina, Joséphine incarne un grand nombre de tendances, goûts et aspirations de l'époque. C'est la "garçonne"-type, celle du célèbre roman de Victor Margueritte (on retira à l'auteur sa Légion d'Honneur pour ce livre choquant).

L'affiche publicitaire des années folles illustre quelques-uns des rôles - emplois subalternes - attribués aux Noirs par la société occidentale. Josephine Baker, échappe certes à cette imagerie sulpicienne du bon noir, bamboula placide et jovial, résigné, mais elle participe à l'irruption des "objets" africains dans l'imaginaire de l'avant-garde parisienne dont l'enthousiasme pour l'art africain se développait depuis deux décennies. La mode de l'art nègre pénétre la vie quotidienne des artistes et des milieux mondains. La Revue Nègre vulgarise la mode nègre en France.
 
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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 00:03


Alors que nous en sommes réduit à constater que l'un des cyclistes les plus populaires de la dernière décennie en France est Richard Virenque, un demeuré roublard, sans envergure ni éthique, l'évocation des grandes rivalités historiques dans les grandes nations cyclistes : Koblet-Kubler en Suisse, Bobet-Robic et Anquetil-Poulidor en France, et surtout Coppi-Bartali en Italie, relève d'une ardente nécessité auprès des jeunes générations, celle de les édifier. Comme l'écrit Curzio Malaparte " Dans la rivalité de Bartali et de Coppi, peut-être, Pindare ne verrait que le symbole des luttes, des souffrances, des sacrifices, des espoirs de nos générations offrent à la liberté, à la paix, au bonheur des hommes et des nations".

Avant de vous offrir un extrait le beau texte de Curzio Malaparte "Coppi et Bartali Les deux visages de l'Italie", écrit en français, par l'un des géants de la littérature du XXe siècle. "Ecrivain surprenant et fascinant, idéologue au parcours sinueux, il fut aussi un personnage extravagant, un histrion de la littérature et de la politique." écrit l'éditeur, je tiens à rappeler à nos chers hygiénistes-prohibitionnistes que Gino Bartali, qui gagna son deuxième Tour de France en 1948, à 34 ans, "buvait du chianti, le chianti de ses vignes, et fumait des Gauloises, alors que Fausto, on l'a souligné, observait une discipline de vie monacal." écrit Jacques Augendre. Bartali est décédé en l'an 2000 à l'âge de 86 ans, Coppi en 1960 à l'âge de 41 ans. C'est pas bon pour vos statistiques les gars en blouses blanches !
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"C'est là un des aspects les plus modernes de la lutte entre les croyants et les libres-penseurs. Gino est un fils de la foi. Fausto un fils de la libre-pensée.
Tous les deux enfants du peuple, issus de la meilleure souche du peuple italien (les Toscans et les Piémontais sont considérés à juste titre, comme les plus intelligents parmi les italiens), ils représentent en quelque sortes les deux grands courants de la pensée italienne contemporaine. 
Chez Bartali, issu d'une famille de paysans de Toscane, c'est le paysan qui prévaut, avec sa mystique élémentaire, sa croyance en Dieu, sa fidélité aux sentiments traditionnels des paysans.
Chez Coppi, ce qui prévaut, c'est l'ouvrier, bien que lui aussi ait son origine dans une famille de paysans. Mais, tandis que Bartali est passé de la charrue à la bicyclette, Coppi avait déjà renié la terre quand il épousa la bicyclette.
Bartali est le fils d'une région de la Toscane qui s'est conservée paysanne, Coppi d'une région du Piémont où le paysan apparaît déjà teinté d'esprit "prolétarien". Pour être encore plus précis, j'ajoute que Bartali est sorti d'une famille de laboureurs, Coppi d'une famille d'ouvriers agricoles. Fausto est un ouvrier. Gino un paysan.
Le "mystère" physque de Bartali ne saurait s'expliquer, si l'on oublie que la vertu fondamentale des paysans de Toscane, c'est l'endurance, jointe à un sens de l'économie, au physique et au moral, poussé jusqu'à l'art. L'humain est plus développé chez Bartali que chez Coppi. Bartali est un homme. Coppi un "robot".
Le mystère physique de Coppi est lié à la nature même du peuple piémontais, un peuple dur, travailleur, aux grandes traditions militaires, qui, après avoir achevé, par des guerres inimterrompues, l'unité et l'indépendance de l'Italie, s'est voué aux machines, aux moteurs, au progrès technique et industriel. Le Piémont est la patrie de l'industrie italienne, et en particulier de l'industrie des automobiles. C'est la patrie de la Fiat. Ajoutons que les premiers coureurs cyclistes italiens ont été des Piémontais."
 

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6 mars 2008 4 06 /03 /mars /2008 00:07

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La diagonale du ouf est la fille spirituelle de la Transversale d'Alain Geerbrant (éditions Babel n°320):" C'était cela qu'il fallait faire, aller dans le sens du danger, le toucher du bout du doigt de telle façon que sa force elle-même nous rejette après nous avoir attiré (...) J'étais encore indécrottablement rationnel, prétentieux, timoré et avare dans ce dedans de ma tête de Blanc qui croit détenir le pouvoir de commander au mouvement en s'opposant à lui, de se fondre en lui, d'abord, et d'obéir ensuite à ce que décide le corps." A ce stade je sens, chez certains d'entre vous, un léger flottement, une oscillation qui vous incline à penser, qu'en effet, je suis totalement ouf et, qu'à mon âge, c'est incurable. Je veux bien en convenir mais, si vous m'accordez encore le peu du crédit que vous aviez en moi avant de lire ces lignes, permettez-moi de m'expliquer.

Entre le vin et moi, rien de rationnel, comme pour ce qu'on dénomme amour entre adultes consentants c'est d'abord le corps, dans toutes ses composantes, qui exulte. Nul besoin de mots, même si bien sûr ils sont aussi de la fête, j'aime ou je n'aime pas. C'est la sublime simplicité de l'amour. Tous les jours, à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, où que ce soit, je suis toujours prêt à tomber amoureux. Dire pour autant qu'elle soit belle, que je la classifie, l'épingle sûr un tableau de chasse, la compare en une verticale ou une horizontale, relèverait d'une forme vulgarité à laquelle je ne succombe pas. Seul compte l'échappée belle, la diagonale du ouf, où l'avant est toujours sublime, l'instant parfois céleste, l'après souvent dissous dans le flou des souvenirs. Qu'importe ! C'est l'insoutenable légèreté de l'être insoucieuse des docteurs de la loi, des pharisiens, des juges aux élégances ou autres docteurs ès-bouches cul-de-poulizées. Le plaisir, rien que le plaisir, et le plaisir si l'on se laisse aller dans le toboggan de la diagonale du ouf on peut le trouver partout.

La preuve, en vadrouille dans le pays du Der, cherchant le premier soleil se mirant dans une mer intérieure créée pour sauver Paris des eaux, là où les grues cendrées dessinent dans le ciel de fines et voluptueuses arabesques, cherchant une table pour déjeuner dans une suite étrange de restaurants complets, je me suis retrouvé "Au joli Bois". Auberge kitch, clientèle doucement vieillotte, menu traditionnel, et ô surprise de chez surprise : carte des vins éclectique et originale, y'avait même du Cellier de Marrenon de mon ami Piton. Bref, avec ma tête de veau - pas la mienne, celle de l'entrée - et le filet de sandre je jetai mon dévolu sur un vin de Pays des Côteaux de Coiffy. 

Interro écrite : "cé où ?"  

Décret du 02.11.89 – JORF du 08.11.89
Art. 2. – Pour avoir droit à la dénomination “ Vin de pays des coteaux de Coiffy ”, les vins doivent être issus de vendanges récoltées sur le territoire des cantons suivants :

− zone de Coiffy-le-Haut : canton de Bourbonne-les-Bains ;

− zone de Coiffy-le-Bas et zone de Laneuvelle : canton de Terre-Natale.

Art. 4. –

Pour avoir droit à la dénomination “ Vin de pays des coteaux de Coiffy ”, les vins doivent provenir des cépages suivants, à l’exclusion de tous les autres : chardonnay B, auxerrois, pinot noir, pinot gris, gamay noir à jus blanc, pinot blanc B, aligoté B, arbane B, petit meslier B. meunier N.

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Si la photo ci-contre ne vous guide pas, bon prince je vous donne un indice : c'est dans l'arrondissement de Langres et, pour un gars de la communale comme moi, le plateau de Langres c'est là où la Seine prend sa source. Bon, comme beaucoup pataugent, c'est avec plaisir que je note que Xavier Darcos va remettre nos chères têtes blondes même dans les livres de géographie. Pour faire simple : j'ai bu un vin rouge issu du vignoble de la Haute-Marne (à noter que pour le rosé c'est du Vdp de Haute-Marne). Vaste programme aurait dit le Général Haut-Marnais d'adoption à Colombey-les-Deux-Eglises. 

Bref, le Pinot Noir 2004 de Florence Pelletier propriétaire-récoltant à Coiffy-le-Haut 52400, m'a ravi dans sa bouteille élégante par sa gentille et agréable simplicité. Ce vin allait bien avec le temps qui avait un avant-goût de printemps. Confidence pour confidence, n'en déplaise à mon ami François connétable de Bourgogne, ce roturier valait bien mieux que beaucoup de ses voisins bardés de quartier de noblesse. Fallait-il encore le choisir pour le vérifier. Ce que, adepte de la diagonale du ouf, le bon plaisir, j'ai fait. Bon, si je n'ai pas convaincu les sceptiques qui ont eu le courage d'aller au bout de mes élucubrations je le regrette mais en tirant de l'ombre et les Coteaux de Coiffy et le vignoble de la Haute-Marne j'ai fait mon boulot de défricheur de notre belle France du vin...

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5 mars 2008 3 05 /03 /mars /2008 00:05


Je dois vous l'avouer, mes collègues bloggeurs qui à longueur de chroniques hument, mirent, lapent, gazouillent avant de régurgiter dans un crachoir en inox ou un vieux seau à champagne les divins nectars soumis à la dégustation, me fascinent. C'est beau comme la grand messe chantée : ça commence par l'introït et ça fini par l'ite missa est, le rituel est bien rodé. Bien évidemment, depuis le jugement de Paris, il est du plus grand chic de se faire une verticale ou une horizontale, comme ci-dessous celle du grand maître Poussier sur des Montrachet et celle d'un total inconnu sur l'incontournable Romanée Conti. J'en reste sans voix.

 

   

Grande descente de Montrachet !

Une dégustation verticale de Montrachet demeure un moment extraordinaire pour tout amateur de vin. Je dois au domaine Jacques Prieur d'avoir eu le bonheur d'en goûter récemment pas moins de onze millésimes, en compagnie de Nadine Gublin, l'œnologue du domaine. La maison Prieur possède deux parcelles sur ce terroir magique, situées sur la commune de Chassagne-Montrachet. La première de 37.73 hectares a été plantée en 1957 et en 1992. La seconde se situe sur la plus haute terrasse des " Dents de chiens ", 20.90 hectares replantés avec une densité de 13000 pieds / hectare.

Equilibre Royal
Le millésime 2005 impose immédiatement tout ce que l'on peut attendre d'un Montrachet : puissance et fermeté, avec une parfaite intégration du bois malgré un passage de 20 mois en fûts de bois neufs. La bouche est dotée d'un volume incroyable ! Une merveille d'équilibre, à laquelle une minéralité digne d'un Charlemagne assure persistance et finesse.

Le 2004 ne possède pas l'harmonie et le volume de 2005 ; son style est plus sphérique avec une acidité plus basse. C'est un vin plus facile d'approche, à la texture à la fois plus massive et la persistance moyenne.

Le 2003 s'exprime de façon légitime sur la puissance du millésime. Son boisé est toasté, la bouche se révèle opulente mais sans lourdeur, le support fraîcheur est apporté par une touche minérale qui apaise cette générosité.

Le 2002 est d'une grande rectitude, l'archétype du Montrachet à oublier en cave. D'une juste maturité, il affiche une grande rectitude de bouche, une minéralité à la limite de l'austérité et beaucoup de persistance.

Ciselé comme à Chablis
Suit un 2001 à la maturité plus hétérogène, déjà prêt à boire, dans un style classique, doté d'un bon support acide, en demi puissance. Il apparait cependant supérieur au 2000 qui n'a pas digéré son boisé et évolue sur des notes mellifères, d'infusion et de fougères. Sa bouche manque d'envergure, avec une pointe aqueuse en son milieu.

Le 1999 dévoile une grande complexité, une grande finesse de texture. Une touche minérale apporte un côté jonc, miel, fruits secs. La bouche est tendue et le vin se resserre, ciselé comme un grand chablis.

Le 1994 bascule dans un registre automnal avec une petite oxydation. D'amplitude moyenne, il faut le boire.

Dans un style différent le 1992 évolue sur des saveurs d'humus, de cake, de pain d'épices. Mais en bouche, la matière se délite et l'acidité fait défaut. Le vin semble déséquilibré.

Issu d'un millésime moins réputé, le 1991 se montre pourtant complexe et délicieux aujourd'hui avec des saveurs de beurre, d'acacia et de noisettes grillées.

Nous terminons cette dégustation par le 1990. Et quel 1990 ! Le vin se révèle à l'aération. Mûr et frais, sur des notes de pain aux céréales, de sésame, de biscuit. La bouche est magnifique, grasse, ample et dotée d'une belle persistance. 
Un vin immense d'une éternelle jeunesse.

 Auteur : N.Gemeline

 Vin N° 1 : Domaine de la Romanée Conti- 2003

Vin N° 2 : Domaine de la Romanée Conti- 2003

Vin N° 3 :Domaine de la Romanée Conti- 2003

Vin N° 4 : Domaine de la Romanée Conti- 2003

Vin N° 5 : Domaine de la Romanée Conti- 2003

Vin N° 6 : Domaine de la Romanée Conti- 2003

Synthèse de la dégustation

J'ai longtemps hésité à la mettre celle-là ! Et puis zut ! Je me lance ! 
Tout d'abord, où déguster année après année les vins de ce domaine mythique quand on n'est ni journaliste, ni fortuné ? La réponse : chez [b]Grains Nobles à Paris[/b], (www.grainsnobles.fr) l'école de dégustation au pieds du Panthéon. Ne cherchez pas, il n'y a aucun autre endroit au monde où l'on peut le faire! Merci donc à grains
Nobles pour ce rendez-vous formidable et la parfaite organisation de l'événement.
La dégustation en soi à présent.... Curieusement je n'ai pas grand chose à dire ! Les vins du domaine (il y en a d'autres, soyons honnête... Mais très peu...) échappent totalement à toute analyse sensorielle. C'est une expérience sensuelle absolue, une réunion presque animale entre nos sens et un produit d'exception qui se soustrait à la logique. Bref, après 6 millésimes goûtés, je reste absolument fasciné et totalement envoûté par
ces vins de légende.
Mon envie à présent ? Pouvoir regoûter de nouveau une de ces bouteilles lorsqu'elle sera parvenue à maturité. Dans 15 ou 20 ans... À noter que tous les vins (sauf les Echezeaux) on été goûtés en magnum.

Comme je suis d'humeur légère et que je l'espère mes propos légers ne donneront pas de l'urticaire aux intéressés, je trouve que la cérémonie de la dégustation des primeurs à Bordeaux participe, dans une certaine mesure, du même tonneau, même si c'est avant tout du buiseness, avec le côté théâtre, un scénario sans surprise : ils sont venus, ils sont tous là, la terre est plate, rien que des élus, alignés, recueillis, verre à la main, tout au bord de la Sainte Table, prêts à communier à la grande transmutation du divin nectar en sacro-saints dollars - je plaisante bien sûr vu que ce putain de billet vert est un peu pâlichon face à notre euro apatride - On prend des notes, on note, on classe, en fait on participe à l'élaboration de la cote. Les journalistes et autres faiseurs de guide ça les amusent, ce qui en soi est normal, leur porte-monnaie n'est pas en cause, mais pour les futurs acheteurs je trouve qu'il y a une forme de masochisme que de les voir ainsi, dans la joie et la bonne humeur, attiser les braises de l'inflation des prix qu'ils paieront. Qu'importe le niveau du prix me rétorquera-t-on, nous ne sommes plus tout à fait ici dans l'univers du vin mais dans celui des produits de luxe où, ce qui prime, c'est la hauteur du chèque qui préserve l'acquisition des vélléités de la piétaille. La déconnexion est totale comme sur le marché des oeuvres d'art contemporain où les grands galeristes font la cote d'un peintre ou d'un sculpteur, seuls maîtres d'un jeu où règnent une majorité d'ignorants friqués. Rassurez-vous, ça m'amuse plutôt car, par tempérament, je ne suis pas envieux. Mon seul souci dans cette histoire c'est madame et monsieur tout le monde, ignare de chez ignare mais pour autant acheteur de vin, pour qui tout ce cinéma s'apparente à une cérémonie d'initiés dont il est exclu. Des évènements récents nous ont démontré que ce n'est pas bon pour le moral du bon peuple.

Pour eux, immense troupeau, je préconise une nouvelle méthode, sans queue ni tête, ludique : la diagonale du ouf mais, comme j'ai déjà, comme trop souvent, été un peu long ce matin, je vous l'expliquerai dans la chronique de demain consacrée au vin de pays des Coteaux de Coiffy. A bientôt chers lecteurs... 

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4 mars 2008 2 04 /03 /mars /2008 00:00
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J’aime beaucoup les défis et plus encore ceux qui les relèvent : les Despagne sont de ceux-ci. Dans mon imagerie personnelle de petit Vendéen, le vignoble de l’Entre-deux-Mers s’identifiait avec des vins blancs secs qui font mal à la tête, comme le Gros Plant de mon grand-père Louis. Lorsque Jean-Louis Despagne, à 28 ans, reprend au pied levé, après la mort subite de son père, le vignoble familial dans l’Entre-deux-Mers c’est avec des idées plein la tête. De sa rencontre avec Robert Mondavi, et de ses visites des vignobles d’Amérique, il a pris conscience du fossé qui se creusait entre Bordeaux et ce Nouveau Monde. Alors, il décide de changer l’orientation de son vignoble. Il met le cap sur l’excellence technologique, conjugue rigueur et inventivité dans ses vignes, son chais et il bâtit un réseau commercial pour vendre en direct ses vins. Ecrit ainsi ça paraît simple mais moi, qui ai osé écrire des choses qui ont déplu sur les grandes ombrelles qui abritent des vins indignes de l’AOC, je mesure à sa juste valeur la somme d’énergie et de pugnacité que les Despagne ont du déployer pour arriver là où ils sont arrivés.
 
Pour Thibault Despagne, que j’ai rencontré dans le cadre du club « Sans Interdit » et qui ce jour-là m’a séduit par sa vitalité et son souci permanent de se remettre en question, «  Il y a d’excellents terroirs dans l’Entre-deux-Mers, dignes des plus grands Bordeaux. Malheureusement, dans cette région, rares sont les parcelles adaptées à la réalisation de vins fins en climat tempéré. Dès que l’on replante avec les bonnes densités (minimum 5000 pieds/ha), le bon clone, les bons porte-greffes et que l’on mène la vigne comme il faut, ça marche ! On produit des raisins de top qualité capables d’intéresser le monde entier. » Fermez le ban, pas celui des vendanges, mais celui du long lamento des chefs sur la fatalité de la crise, sur le poids insurmontable de nos handicaps, sur notre incapacité ressassée d’être en phase avec le village mondial. Bien sûr, rien n’est simple et même si, dans notre beau pays, certains s’ingénient – les hygiénistes prohibitionnistes pour ne pas les nommer - à véhiculer une image du vin d’un autre siècle, le pari gagné des Despagne est là pour montrer qu’à Bordeaux, navire-amiral, dans le South of France aussi, et sous la bannière France, en nous appuyant sur notre extraordinaire potentiel, en tenant nos promesses, nous sommes en capacité de relever les défis d’un marché mondial du vin en plein développement.
 
Les vignobles Despagne ce sont 300 ha de vignes, 5 propriétés, l'équivalent de 60 salariés à temps plein dans leurs différentes sociétés, 80 000 caisses de vins blancs produites, soit 52% de la production totale ; un chiffre d’affaires, en 2007, d'environ 7 millions d’euros, 95% des vins vendus à l’export avec un positionnement produits remarquable : des réserves (82 500 caisses) à 10 euros, en passant par les grands vins (13 000 caisses) à 20 euros et, tout en haut, le Girolate (1500 caisses) à 80 euros ; depuis 10 ans un taux de croissance moyen dépassant les 7% par an. Comme le souligne Jean-Marie Chadronnier le président de Vinexpo : « ils sont exceptionnels ». La reconnaissance des efforts accomplis est là, en décembre 2007, pour la première fois dans l’histoire du concours, les Vignobles Despagne sont le lauréat du Prix Français de la Qualité. Alors, me direz-vous, pourquoi diable Vin&Cie, ouvrier de la 25ième heure, vient-il se joindre au concert des louanges ? Deux raisons simples à cela, la première tient à mon bon plaisir : quand j’aime je ne compte pas mais j’adore conter des histoires vraies ; la seconde à pour nom Girolate, ce « retour vers le futur » d’un vin au plus près de la nature car Thibault Despagne pense «  qu’il serait vain de vouloir recréer dans le chai ce que la vigne n’a pas su exprimer, c’est ce que Girolate entend signifier. » Comme quoi, n’en déplaise aux gardiens du temple, on peut tout à la fois, être visionnaire, moderne, pratiquer une viticulture de pointe tout en redonnant du sens à notre divin nectar. 
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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 00:06
Pascal_Renaudat-copie-1.JPGL'homme est un séducteur, sous ma plume c'est un compliment, dérangeant, pugnace, le voilà qui, un beau jour, débarque sans crier gare dans le petit monde du vin avec de fortes convictions qu'il défend avec talent et brio. Le projet de Pascal Renaudat séduit les pouvoirs publics et convainc des coopératives : Chamarré, la marque, naît de cette volonté de faire autrement. Tout naturellement j'ai suivi avec attention OVS devenu Chamarré. Vin&Cie a déjà consacré deux chroniques au petit dernier venu dans la cour des marques : "Le David du vin contre les Goliath étrangers"
http://www.berthomeau.com/article-13833907.html et "vignerons coopérateurs connectez-vous sur Euronext"
http://www.berthomeau.com/article-13850819.html 
Ce matin j'ai tendu mon micro à Pascal Renaudat pour qu'il nous dise où il en est de sa belle aventure. Je l'en remercie sincèrement. 

1ière Question : Pascal Renaudat, Chamarré ça fait jaser dans le Landerneau du vin. Tout le monde en cause, en bien, en mal, ça fait de la notoriété mais c’est qui ? C’est quoi ? Une marque, une entreprise, la belle au bois dormant, le bon coup du siècle, une bonne idée qui n’a pas tout à fait les moyens de ses ambitions… dites-nous Pascal Renaudat !
 
Réponse de Pascal Renaudat :

Chamarré est né de la volonté d’une équipe de professionnels issue du monde du vin pour qui la perte de part de marché des vins français à l’export n’était pas une fatalité.
 
Nous sommes obligés de constater que ces dernières années le marché du vin à terriblement évolué dans des domaines tels que les modes de consommation, la concentration des circuits d’importation, le renforcement de la grande distribution, la montée en puissance des marques commerciales.
Fort de ce constat les opérateurs français  se doivent de réagir et de trouver des solutions innovantes et adaptées au marché international.
 
A ce titre, l’analyse et les conclusions de votre rapport confortait notre stratégie en partant des mêmes constats. La France a besoin de locomotives pour reconquérir des parts de marché à l’export et pour séduire les nouveaux consommateurs.

Si Chamarré fait jaser dans le Landernau, nous sommes souvent perçus comme le renouveau des vins français à l’export.

La presse internationale a largement salué Chamarré en s’interrogeant sur les raisons tardives d’une telle initiative.

Chamarré est aujourd’hui une entreprise cotée en bourse qui a pour ambition de construire une grande marque de vin français. Mais Chamarré c’est avant tout à travers son actionnariat plus de 13000 viticulteurs, 50 000 hectares de vigne répartis sur l’ensemble du terroir français, une capacité de production de plus de 300 millions de bouteilles.
 
 2ième Question : Chamarré collectionne les médailles, The Beverage Group vient de vous décerner le « Growth Brand Award 2008 » dans la catégorie des marques de vin, pour sa croissance la plus rapide sur le marché américain en 2007. Les politiques ont coutume de dire qu’à défaut de satisfaire une demande on donne à l’intéressé une médaille… » Pour un nouvel arrivant sur le marché une telle progression paraît dans l’ordre des choses. Combien de cols ça fait Pascal Renaudat ? Votre ambition de vous imposer comme la 2ième marque de vins français en Amérique du Nord c’est à quel horizon ? Avec quels moyens ?
 
Réponse de Pascal Renaudat :

Arrêtons de dévaloriser les succès commerciaux que connaissent les vins français à l’étranger. Soyons collectivement heureux qu’une jeune marque française reçoive cette distinction.
Chamarré connaît une progression importante au Etats-Unis. Nous subissons dans ce pays qui va devenir le premier consommateur de vins, une concurrence agressive  et le « growth award » qui n’avait jamais été jusqu’à présent décerné à une marque de vins français, prouve que nous sommes sur la bonne voie. 
De plus, 80% de la gamme Chamarré  est actuellement médaillée.
Ces récompenses donnent l’opportunité aux consommateurs américains de se procurer un vin français d’excellente qualité, à moins de 10 dollars.
Notre offre simple et claire correspond parfaitement aux attentes des consommateurs.

Nos vins sont distribués actuellement dans 25 états et nos objectifs devraient être atteints en mois de 5 ans.
 
 3ième Question : Dans sa réponse à Vin&Cie, Patrick Ricard reste dubitatif sur la capacité du modèle économique français, de part la non maîtrise du raisin par les « faiseurs » de vin, à enclencher le cercle vertueux qui génère les marques mondiales. Comment, vous, Pascal Renaudat, même si Chamarré vient de lever des fonds importants sur le 2d Marché, allez-vous pouvoir soutenir votre marque pour la porter sur le podium ? N’auriez-vous pas intérêt à vous adosser sur un grand groupe ou faire entrer dans votre capital un fonds d’investissement pour avoir les moyens de vos ambitions ? Au-delà de Chamarré c’est la crédibilité d’une démarche – celle que j’ai prôné en 2001 - qui est en question, alors votre réponse est attendue.
 
Réponse de Pascal Renaudat :

La force et l’originalité de notre projet est d’avoir fédéré plus de 6,5% de la production Française et de pouvoir aujourd’hui s’approvisionner dans toutes les grandes régions viticoles françaises. La catégorie Vin de Pays Vignobles de France offre une nouvelle dimension à notre structure en nous libérant de quelques carcans réglementaires. Cette liberté d’assemblage nous permet de garantir une constance qualitative, d’adapter le style de nos vins aux plus proches des gouts des consommateurs étrangers et de proposer un niveau qualitatif très satisfaisant. 
La qualité est une priorité absolue pour la marque Chamarré qui s’appuie sur la formidable richesse de terroirs et de cépages que nous offre la France.
 
Vous avez raison de dire que la création d’une marque commerciale internationale nécessite de gros moyens. De toute évidence, la puissance de frappe d’un groupe multinational permettrait de gagner du temps et accélèrerait considérablement le processus de développement de la marque à condition que ce soit une vraie priorité et non pas une opportunité.
 
Aujourd’hui les grands groupes internationaux, possèdent de nombreuses marques  provenant principalement des pays producteurs de vin du nouveau monde. La France y est malheureusement sous représentée. C’est pourquoi la viticulture française a besoin de locomotives capables de reconquérir des parts de marchés. Pour cela, tous les acteurs de la filière doivent soutenir et mettre en place un modèle économique favorisant leur émergence et leur développement. Chamarré en est, je l’espère, un exemple.
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