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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 00:07

 

Comme l’aurait dit, dans mon beau pays de la Mothe-Achard, à propos du père Troussicot qui remuait beaucoup d’air,  madame Ginette, la coiffeuse de maman, qui n’avait pas sa langue dans sa poche : « Y’en a que pour lui… » Pour le vin c’est tout comme : en tout lieu ou presque, en tout temps, y’en a que pour lui, il occupe le haut du pavé, il est même par la transmutation le sang du Christ, en un mot comme en cent le roi du monde c’est lui. Le seul qui ose, depuis une période récente, s’aventurer à contester sa suprématie, et qui dans le gotha des critiques est une star incontestée, j’ai nommé le terroir.

 

 Si j’osais j’écrirais : « Terroir combien de discours insanes écrits et prononcés en ton nom… » Je l’ai écrit et, comme je suis un ignare, je laisse la plume sur ce sujet à un philosophe, Michel Le Gris : « Mise au jour par l’histoire de la culture de la vigne et de l’élaboration des vins, exploitée et, dans une large mesure, pervertie par le commerce, cette notion de terroir est, faut-il le dire, tout à fait étrangère à une quelconque idéologie du sol, de la race et du sang. Sous son aspect géologique, le terroir désigne les éléments du règne minéral que les racines vont puiser et transmettre aux raisins, dans la mesure où cette action de la plante ne se trouve pas entravée par une alimentation abusive répandue à la surface du sol et perturbant le métabolisme entre le minéral et le végétal. Cette logique du vivant, dans laquelle les crus puisent leurs spécificités, est en effet susceptible d’être gravement détériorée lorsque le végétal ne prélève plus aucune nourriture par lui-même, se contentant de celle apportée sous forme d’engrais. On sait aussi, grâce aux précieux travaux de Claude Bourguignon, que ce métabolisme naturel de la vigne est d’autant plus perturbé que la vie microbienne du sol, indispensable à l’assimilation des minéraux, se trouve elle aussi détruite à la suite des agressions chimiques dont les plantations sont fréquemment l’objet. Là se trouve très probablement l’une des causes de la perte de spécificité de nombre de vins actuels. »

 

 

Fermer le ban ! Moi ce qui m’intéresse ce matin ce sont les petits bourgeons qui, lorsque le sommeil hivernal se termine et que la sève boute, gonflent le long des sarments et déchirent la mince pellicule ligneuse qui les protégeait des rigueurs de l’hiver. Tout au début nos petits bourgeons sont ténus – chétifs – laineux, duveteux comme des chatons de coudrier. La vigne débourre, mais on ne la dresse pas, elle, comme on le pratique avec les yearlings de pur sang. Elle va recommencer à croître et à embellir sous les rayons du Dieu Soleil, conjuguant son fameux terroir. Mais c’est aussi pour elle la période de tous les dangers : en une nuit blanche de gel les frêles bourgeons peuvent être rayés de la carte à tout jamais réduisant ainsi à néant tous les espoirs du vigneron. Oui, même si on ne parle pas souvent de lui dans les gazettes, le petit bourgeon, comme tous les nouveau-nés, est une promesse. À l’intérieur de ce minuscule réceptacle, les inflorescences sont déjà marquées par leur environnement singulier et attendent le moment opportun pour s’épanouir. La vie, le cycle de la vie, renouvelé par la taille, où les bourgeons sont des « yeux », sculpture vivante, recherche de l’équilibre et de l’harmonie, prémice de l'éternelle renaissance. Regardez-le, contemplez-le, ce frêle réceptacle de vie et, lorsque vous porterez à vos lèvres le verre empli du nectar exhalant ses subtiles fragrances, ayez une petite pensée émue pour mon petit bourgeon encore tout nimbé de perles de rosée par qui le miracle est arrivé…

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 00:07


La symbolique des couleurs, celles qui nous apaisent, celles qui nous agressent, le bleu marine la couleur vestimentaire la plus portée, le rouge dont le code de la route fait un usage immodéré, le vert des pharmacie devenu couleur des bennes à ordures... La place de la couleur est immense dans nos sociétés contemporaines. Le vin qui se décline principalement que sous trois couleurs, dont l'une le rosé n'en est pas une, n'échappe pas à la difficulté à mettre une signification sous ces dénominations. Michel Pastoureau, directeur à l'Ecole pratique des hautes études, s'y essaie dans un dictionnaire des couleurs de notre temps " aux éditions Bonneton. 

Vin

" Nous appelons vin blanc un vin qui est jaune et rouge un vin qui n'a presque rien de rouge. De même nous qualifions de noir un raisin qui est violet, et de blanc un raisin qui est soit vert, soit jaune. C'est dans la plupart des langues et depuis la nuit des temps (ou presque).

Ces écarts entre la couleur réelle et la couleur nommée à propos de produits à fortes dimensions symboliques et anthropologiques, comme le vin et le raisin, nous rappellent combien les couleurs sont avant tout des codes sociaux, des conventions, des étiquettes. Leur fonction première est de distinguer, de classer, d'associer, d'opposer, de hiérarchiser. Le vin et le raisin ont reçu leurs étiquettes colorées à une époque très ancienne, lorsque seules trois couleurs - le blanc, le rouge, le noir : les trois couleurs "de base" dans la civilisation occidentale comme dans la plupart des autres civilisations - étaient sollicitées pour organiser de tels codes. Les autres couleurs, qui existaient matériellement mais qui jouaient un faible rôle dans l'univers idéologique et dans les systèmes symboliques, ne pouvaient pas encore remplir de telles fonctions. Dire qu'un vin était jaune ou un raisin violet n'aurait alors guère eu de sens. Les qualifier de blanc, de rouge, de noir leur conférait en revanche une authentique fonction sociale, permettait de les inclure dans toutes sortes de systèmes et de rituels, et leur donnait une véritable dimension poétique et mythologique. Toutes carctéristiques que le vin et le raisin ont conservé jusqu'à aujourd'hui.

En langage oenologique, on ne parle pas de la couleur d'un vin mais de sa robe. Comme pour les chevaux, celle-ci peut revêtir des nuances variées, qui se qualifient par un vocabulaire aussi pédant qu'imprécis."

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 00:00

À la reprise du lundi, Nez de bœuf, un ancien flic pote du sinistre commissaire Dides, dont le seul boulot consistait à foutre son tarin – d’où son sobriquet – dans nos petites affaires : la perruque*, la fauche et, bien sûr, le boulot syndical, donc à nous pourrir la vie, me chopait juste avant la grille d’entrée. Tout dans ce type suintait la vérole. Ce matin-là il arborait la tenue du parfait gestapiste : long manteau de cuir ceinturé qui lui battait les mollets et dont le col était relevé, galure de feutre noir incliné et rabattu sur son regard de faux-derche, cigarette américaine collée au coin de ses lèvres épaisses, gants fins et des écrases-merde à bout ferré et à semelles renforcées de plaques d’acier. Sa voix de fausset et son tortillement de cul à peine perceptible lorsqu’il parlait, juraient avec ses airs de stümbahnfhurer. Quand il posa sa main gantée sur mon bras je la repoussai avec énergie :  « ils ferment dans une minute, je n’ai pas envie de me faire sucrer un quart d’heure de salaire… » Nez de bœuf éclata d’un petit rire grasseyant qui agita sa cigarette dont le bout incandescent rougeoyait dans la nuit. « Tu te fous de ma gueule l’intello, ces pieds plats : je claque des doigts et ils me taillent une pipe, alors tu t’arrêtes et tu m’écoutes… »

- Non…

- Fais gaffe, ici je pèse lourd…

- Le poids d’une grosse merde, lâches moi j’ai mieux à faire qu’à écouter les conneries d’un mec qui a du sang sur les mains…

- Là tu pousses le bouchon trop loin sale gauchiste. Ton compte est bon je vais t’en faire baver à mort. Tu vas ravaler tes paroles et tu regretteras même d’être né…

- La gégène, l’entonnoir ou le merlin… T’es bon à tous les étages ordure. T’as de la bouteille, surtout te prive pas de repasser les plats ça réveillera en toi de beaux et grands souvenirs…

 

Nez de bœuf me laissait aller. Ses trous du cul fermaient les grilles. Je les bousculais. Ils voulaient me faire barrage mais dans mon dos l’ordre claquait : « laissez-le passer ! » Je hâtais le pas car il ne me restait tout juste cinq minutes pour pointer, enfiler mon bleu et aller rejoindre mon poste de travail. Deux heures plus tard, Dahan, le régulateur de la chaîne, m’apostrophait :  « t’es attendu au bureau du planning… »

-         C’est où ?

-         Au fond de la cour.

-         Qu’est-ce qu’ils me veulent ?

-         Je n’en sais fichtre rien. Grouille-toi !

Lorsque l’ingénieur en blouse grise jeta sans même me prêter attention : « Mettez-le au 86 ! », si j’avais su ce qui m’attendait, mon moral en aurait pris un sale coup. Bien sûr, je voyais, derrière ce changement d’affectation, la main de Nez de bœuf et je m’attendais au pire. Ce ne fut pas le pire mais l’horreur. Le 86 c’était l’atelier de soudure. En apparence, le boulot qu’on me demandait me parut simple lorsque j’observai l’ouvrier qui me montrait le geste : poser un point de soudure à l’étain d’un mouvement de chalumeau. L’atmosphère de l'atelier saturé d’une odeur âpre de ferraille et de brûlé, le rougeoiement des étincelles jetant sur les murs gris des flammèches infernales qui donnaient à la cohorte des soudeurs, aux yeux masqués par de grosses lunettes noires, courbés sur leur tâche, des airs de hannetons aveugles s'agitant en enfer ; un enfer bombardé d'une avalanche de bruits assourdissant. Très vite je m’aperçus que je ne parvenais ni à acquérir le coup de main, ni à coordonner mes mouvements avec ceux de la chaîne. Celle-ci avançait, calmement, inexorablement et je n’arrivais pas à suivre : toujours un temps de retard. Je cafouillais. Mélangeais les procédures. Mes mains et ma tête ne connectaient plus. J’avais envie de chialer.

 

À la pause je m’apprêtais à me tirer lorsque je croisai le regard d’un type qui semblait encore plus désemparé que moi. Les humains sont de drôles de petites bêtes : le malheur de leurs semblables exerce sur eux à la fois de la fascination et une forme d’attraction irrépressible. Certains s’en gavent sans retenue comme des charognards, d’autres s’apitoient, d’autres encore compatissent, mais très peu se mettent en position de comprendre. Et pourtant, non que je fusse touché par la grâce, face à ce pauvre bougre, je puisai la force de rester en poste. Je découvrais un frère de chaîne. À nous deux, je le sentais, nous formions l’embryon d’un étrange noyau assemblant les fêlés qui étaient ici par choix. Robert, puisqu’il se présenta ainsi lorsque je lui tendis la main et qu’il s’y accrocha comme à une bouée, expiait. Dans son regard de pauvre hère, tout le malheur de l’intellectuel qui a failli et qui vient se plonger, se ressourcer, dans le bain purificateur des prolétaires. Il s’en défendait : bien sûr que non sa plongée en usine n’était pas destinée à le nettoyer des souillures de sa classe. L’embauche prenait son sens dans un travail politique aux côtés des si fameuses, et si insaisissables « larges masses ». Le problème c’est que la chaîne, n’avait rien à voir avec le ballet de Charlot dans les Temps Modernes, elle avançait avec lenteur mais sans cesse, sans aucun temps mort, tel un sablier inexorable. Il fallait pisser, chier, se moucher, se gratter, aux temps morts chronométrés. Alors, les belles paroles lancées dans un bistro du Quartier Latin sur la nécessaire implantation au cœur de la classe ouvrière se dissolvaientt dans la fatigue de bête de somme et l’évanescence de la dite classe que ce pauvre Robert cherchait en vain.

* la perruque : emprunter du matériel pour faire des travaux personnel.       

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 00:06

Les beaux jours toujours avec des envies de choses simples, sans façon, préparées en trois coups de cuillère à pot, servies dans la poêle ou la casserole, alliance de la fraîcheur et des saveurs préservées. Le bord de mer présente l'avantage de pouvoir aller s'acheter au débotté, en rentrant, sur le port, un litre ou deux - pas de vin les amis - mais de beaux coquillages juste sortis de la mer, vivants et luisants. À l'Ile d'Yeu, dans mes vertes années turbulentes de l'année 68, alors que je m'étais temporairement reconverti en marchand de vermoulu * et que j'assurais aussi l'ordinaire de la maison, j'allais comme ça acheter à Port-Joinville des patagos.

Le patagos ou vénus, est un petit bivalve, lisse, qui cache sa coque blanc d'ivoire sous les sables fins et dorés des plages de l'Ile. Au temps préhistoire dont je vous parle il pullulait. On le glanait, armé d'une petite pelle et muni d'un seau de plage, sans grand effort. Sa notoriété estivale a failli lui coûter la vie. Aujourd'hui, les pêcheurs professionnels le trouvent au large de Noirmoutier ou dans la baie de Bourgneuf. Dans mon 14 ième, rue Daguerre, mon poissonnier le propose régulièrement à sa clientèle. La recette est, comme je l'ai écrit, simple. Le mets est succulent : un goût de mer à l'état pur. En plus, comme on le mange avec les doigts, le plaisir est plus grand encore lorsque, bravant les convenances, on se les lèche en fermant les yeux pour garder en soi le souvenir de la pointe iodée soulignée par la douceur de la crème fraîche.

Vous achetez des patagos dans la quantité correspondant à votre appétit et de celui de votre entourage ou de vos invités.
Vous les lavez à grande eau sans les laisser séjourner afin de les débarasser du sable qu'ils peuvent encore contenir.
Vous tranchez en fines lamelles des oignons.
Dans un faitout ou une poêle munie d'un couvercle, que vous chauffez à feu vif, vous jetez les patagos et  les lamelles d'oignons puis vous couvrez.
Les coquillages s'ouvrent et rendent leur eau.
Versez la crème fraîche sur les coquillages chauds et servez.

 

Dans D'Yeu que c'est bon ! les éditions de l'épure www.epure.editions.com vous donne sa version des Patagos à la crème.

Pour accompagner ce festin maritime je vous recommande une Colombelle
www.plaimont.com

* marchand de vermoulu : brocanteur dans le langage islais...


  

 

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 00:00

Je verse deux pièces au dossier pour votre réflexion personnelle. Elles sont tirées de monographies et enquêtes du Lycée Robert Garnier de La Ferté-Bernard, dirigées par Hubert Néant, Raymond Cadiou et leur équipe. Il s’agit d’authentiques documents d’ethnologies de la région du Perche sarthois.

 

EXTRAIT de la Délibération du conseil municipal de Coudrecieux (14 août 1866)

 

« Quelques membres font observer qu’il est malheureux que la loi du 22 mars  1841, sur le travail des enfants dans les Manufactures, ne soit pas suivie plus rigoureusement, et qu’il serait très utile que les nombreux enfants qui travaillent à la verrerie, et qui sont presque tous sans instruction, y entrant vers l’âge de 7 à 9 ans, pussent suivre une école. Le cours des adultes ne pourra leur servir puisqu’ils commencent leur travail vers 2 heures du matin pour finir à une heure du soir. Ces mêmes membres, dans l’intérêt de ces pauvres enfants, verraient avec plaisir rétablir le cours qui a été supprimé il y a une dizaine d’années par le locataire actuel de la verrerie. »

 

RECHERCHE de MAIN D’ŒUVRE (lettre à un curé breton)

 

 

Verrerie de la Pierre

Par Coudrecieux (Sarthe)

 

Le 17 novembre 1926

 

 

Monsieur l’Abbé,

 

 

Je vous ai parlé, l’autre jour, de petits gamins dont nous avons toujours besoin, dans notre industrie. Nos environs n’arrivent que trop difficilement à nous alimenter, et si nous désirons intensifier notre production, nous sommes obligés d’aller chercher plus loin ce qui est trop rare ici.

 

On nous a dit qu’en Bretagne, notamment dans le Morbihan, où se rencontrent beaucoup de familles nombreuses, on peut trouver de bonnes petites recrues. Seulement, il faudrait y connaître quelqu’un d’assez indiqué pour s’en occuper, et je ne vois guère que le bon curé de campagne pour emplir cette mission.

 

C’est pourquoi je viens vous demander de sonder un peu le terrain et tâcher de recueillir d’utiles indications.

 

Nous sommes disposés à offrir les encouragements nécessaires sous forme d’allocations par chaque recrue que nous recevrons. Il est évident que ces gamins pourront venir d’ailleurs que de la Bretagne.

 

C’est intéressant pour les bonnes volontés qui désirent s’employer.

 

Veuillez donc, dans la mesure du possible, nous prêter votre concours dans la circonstance.

 

Je vous remercie à l’avance de ce que vous ferez dans ce sens et vous prie de recevoir, Monsieur l’Abbé, mes respectueuses salutations.

 

Signé : Marthe

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 00:03


" J'ai étudié tant d'autres choses. Ainsi, ce problème jamais réellement solutionné, je veux dire d'une manière générale, applicable à tous les camps : Quel est l'état le plus approprié à la vie du camp, celui qui concilie au mieux les exigences de la productivité du travail et les impératifs de sécurité ? Malades, trop affaiblis, ils ne foutent rien, ils gâchent le bien du Reich, en bon état ils sont dangeureux, ils réfléchissent, se révoltent, fomentent des mutineries, organisent des évasions, sabotent des installations, trompent les kapos, des brutes trop épaisses pour se méfier de ce qu'elles ne voient pas, sapent le moral des jeunes soldats qui ne sont pas rodés au vice. Simple à poser et difficile à résoudre, le problème a fait l'objet d'inombrables études et de très nombreuses expérimentations. D'abord les malades ne sont pas tous de vrais malades. On l'a assez vérifié, ceux qui se disaient à l'article de la mort ont vu mourir beaucoup de leurs coreligionnaires avant de tomber à leur tour ; et nombre de ceux qui se prétendaient au mieux de la forme étaient en vérité dans une démarche suicidaire, ils voulaient littéralement se tuer au travail ; c'est les plus dangereux, le désespoir les rend rusés, âpres, vicieux, ils sont capables de tout, s'emparer d'une mitrailleuse et arroser dans toutes les directions jusqu'à la dernière balle, mettre le feu aux baraquements, se ruer sur un garde et l'égorger ou le plaquer contre la clôture électrifiée jusqu'à ce que leurs chairs brûlées se soudent dans la mort. La consigne sans cesse rappelée est de les débusquer à temps et de les éliminer pour l'exemple ou, si cela est possible, c'est quand même de la force se travail, les remettre en position d'espérer ; les recettes ne manquent pas, parfois un geste d'amitié suffit à faire tomber la fièvre suicidaire, souvent la manière forte est la solution.
    Avec les mots d'aujourd'hui, on dirait que c'est un problème de recherche opérationnelle, un cas effroyablement complexe qui prend en compte des paramètres quantifiables, mesurés par les médecins, et d'autres qui ne le sont pas, comme l'influence des longs hivers sur le comportement, la pestilence qui horrifie l'âme et la déglingue, la terrible et infinie solitude de l'individu, les bisbilles entre internés, le poids des rumeurs, l'arrivée de nouveaux déportés qui enflamme l'attention ou au contraire la désespère, la brise, que sais-je, le moral d'un homme est comme la fumée, un rien l'emporte d'un côté ou de l'autre et au bout du compte il s'étiole et se perd dans la folie. Seul le flair et l'expérience des vieux routiers des stalags ont pu permettre de les surmonter. Les solutions ont toutes été trouvées dans les camps, de manière empirique, jamais dans les laboratoires de la capitale où on se plaisait dans les élucubrations intellectuelles et les expérimentations en vase clos. Comme pour tout, le terrain est plus à même de suggérer des solutions que les reconstitutions théâtrales aseptisées qui visent à impressionner les autorités, les Bonzen, et obtenir d'eux des crédits, des galons, des promesses. Foin des modèles réduits, ils sont la négation de la réalité, l'horreur n'est pas un paramètre marginal de l'expérience mais le coeur de l'affaire." (...)

"... N'oublions pas que la finalité des camps est l'extermination et que si tous le savent personne ne le dit, ne le pense vraiment, ni le condamné par besoin d'espoir, ni le bourreau par souci de productivité, on fait comme si la mort était une simple sanction lourde parmi d'autres sanctions lourde, et cela fait que leurs relations de travail sont extraordinairement complexes.
     La conduite de tels camps est tout sauf facile. Quand je me mets dans la peau de papa et que je me pénètre des incroyables difficultés qui étaient les siennes et que je les compare à celles que peut connaître une multinationale comme la nôtre, même au plus bas de la conjoncture économique, sous le pilonnage des échotiers, le bombardement des agioteurs, la fronde des clients, les ukases des fonctionnaires et le terrorisme des syndicats, je ricane. Les exploits de la formidable organisation militaro-industrielle nazie sont inégalés, inégalables."

Extraits du magnifique roman de Boualem Sansal paru dans la collection blanche de Gallimard : Le Village de l'Allemand ou le journal des frères Schiller.

À lire absolument.
 

 

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 00:09

 

Les beaux jours arrivent. Voici venu le temps des terrasses, des tonnelles et des pique-nique et de ce qui va avec : une petite bouteille de rosé toute embuée pour se rafraîchir le gosier et donner de l'animation à la conversation. Pour tenir la dite bouteille dans son état de fraîcheur on peut bien sûr avoir recours au seau à glace ; c'est encombrant et, parfois, les belles laissent leurs atours dans l'eau du bain et cette soudaine nudité leur ôte une part de leur identité. Plus esthétique est mon "Porta bottiglia of wine by Toscane" qui sur une table en jette, donne un côté "je vous reçois avec attention" au plus petit pince-fesses autour de quelques rondelles de saucisson. Pour le pique-nique c'est plus chic que la glacière démocratique. Matière naturelle l'ocre rouge en sa grande simplicité s'allie avec élégance avec nos frêles bouteilles. Bien sûr, les grincheux - mais je donne que cette engeance fasse partie de mon lectorat - m'objecteront que mon bel objet n'est pas français. Oui, il vient d'Italie, de Toscane plus précisément, et, cerise sur le gâteau, il est orné de l'emblème du Chianti : le Gallo Nero. Moi je l'ai trouvé beau et ça a suffi à mon bonheur. D'ailleurs, rien n'interdit, par exemple, à mes amis de Chateauneuf-du-Pape - que je salue -de nous en concocter un avec la belle terre de Roussillon et de le frapper de la tiare papale. Ça ferait, comme diraient les merchandiseurs, un bel objet dérivé pour garder un Château Mont-Redon blanc à la bonne température ou un Lirac rosé du Clos de Sixte ou encore un Côtes de Provence du domaine Houchart…

 


Pour les novices le mode opératoire est le suivant :

-         bien humidifier le Porta bottiglia ;

-         le placer une heure au réfrigérateur ;

-         ensuite il pourra maintenir la fraîcheur de nos précieux flacons de 4 à 5 heures, tout dépend de la température extérieure bien évidemment.

Vous pouvez vous rendre sur le site www.maisonentoscane.fr pour consulter le catalogue de vente.

Buvez bien, buvez bon, buvez avec émotion… désolé je ne serai jamais un modéré...

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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 00:04

Du pur jus vendéen, à lire avec attention pour comprendre l'idéologie de la terre qui elle ne ment pas, des principes fondateurs de la Corporation paysanne et de l'opposition entretenue entre la France rurale berceau des valeurs du pays et la France urbaine creuset de toutes les dérives et de tous les débordements...

 

Pareille à toutes les autres, c'est un petit royaume que la ferme du Breuil *. Une fois l'an, le maître, qui habite Nantes, vient la visiter, et on l'y reçoit comme un prince.
  Il a annoncé son arrivée pour ce jour même.
  Le fermier Pierre est allé le chercher à la gare, avec sa jument poulinière, lourde ventrue, dont les flancs débordent les brancards, un peu poussive, mais à laquelle on fait les crins pour la circonstance. Pendant ce temps ses fils étrilllent les bêtes, refont les litières, raclent la boue autour des toits *. La fermière, dans la belle chambre, a déplié trois nappes et choisi la plus fine. Elle ne dresse que deux couverts : celui du maître et celui du fermier. Les autres mangeront à la cuisine.

  Le roi et son ministre sont à table. Au rois seul on a donné une serviette. Le fermier s'excuse à propos de chaque plat que les ménagères apportent. " On voudrait faire mieux... mais on ne sait pas... Ce n'est pas la bonne volonté qui manque..." Il invite, à petits coups d'arguments nets, incisifs, le maître à se servir "convenablement", à boire davantage. Il veille que son verre soit toujours rempli jusqu'au bord. Il a l'oeil attentif d'un échanson au dossier d'une chaise haute. Le maître, qui connaît les usages, n'a pas voulu être en reste avec son fermier. Il se lève, ouvre son sac qu'il a déposé sur le lit des filles, et en retire deux bouteilles aux cachets piqués.
  - Pierre, c'est celui que tu préfères, quand tu viens me voir.
  L'homme se récrie : c'est trop de bonté.

  Avant de le prendre, sa main dessine autour du verre rempli des gestes flatteurs. Puis il le saisit comme une petite chose fragile et précieuse que l'on caresse, et boit avec recueillement. Quand il a bu, son admiration se traduit par une mimique expressive, des mots d'une telle saveur paysanne qu'on déboucherait une bouteille rien que pour le plaisir de les entendre.

  Qu'on ne s'y trompe pas, d'ailleurs, ni l'un ni l'autre n'a perdu de vue son intérêt. Mais nous sommes dans un royaume et tout débat est précédé de gestes de courtoisie, de vieilles formules de politesse. On a bien, entre deux bouchées, fait quelques allusions qui trahissent les pensées secrètes, mais sans appuyer, discrètement, - simple touche pour prendre le ton.

  Mais voilà que le repas s'achève. Le maître a allumé une cigarette. C'est l'heure du placet. Le fermier s'est tassé sur sa chaise, le dos rond, les coudes sur la table. Ses appuis sont fermes. On sent qu'il peut tenir là, une soirée durant, à soutenir son point de vue. Il a plusieurs demandes à formuler. Il voudrait, d'abord, qu'on remplaçât les deux petits portails de l'étable et le râtelier des génisses. Il voudrait aussi qu'on lui permît d'arracher un buisson inutile, là-bas, à mi-côteau, pour faciliter la culture dans les deux champs limitrophes. Un nouveau puits rendrait de grands services - l'ancien est presque inutilisable. Il sait bien qu'il ne l'obtiendra pas - le prix du fermage ne suffirait pas à toutes les dépenses - mais peut-être en amorcera-t-il l'idée pour l'année prochaine, et le refus du maître sur ce point le rendra plus conciliant sur le reste.

 Cela commence de loin, comme la plaidoirie de l'Intimé, mais sans drôlerie, sans excès. La harangue coule de phrase en phrase avec un naturel, une bonhommie où la ruse a caché tous ses ongles. Il parle de l'ancien maître et de son père à lui, qui n'ont "jamais eu ça ensemble" ; des bonnes et des mauvaises récoltes ; du bois qui n'est pas cher cette année ;  des ouvriers du pays, avantageux à l'ouvrage. Il va d'un sujet à l'autre sans jamais perdre le fil qui le dirige, abandonne celui-ci pour revenir à celui-là, et tour à tour conte avec aisance ou simule de l'embarras, pour aboutir enfin à la demande de ses portails et de son râtelier.
  - Allons les voir.
  Le maître s'est levé sans rien promettre. On entre dans l'étable murmurante du doux bruit des mâchoires. On s'arrête devant chaque animal. Un coup de pied sur la fesse et la bête se lève, s'étire, remontant son dos en bosse de dromadaire.
  - Attention, le maître ! ils sont peu polis à leur réveillée.
  La bouse tombe et éclabousse (...)

Jean Yole - Le Malaise Paysan La Nef 1929 réédité en 1943

* " nous sommes en Vendée, sur le versant sud-ouest de la Gâtine, pays aux ondulations molles, au charme humble et discret, mais auquel son histoire donne de l'accent."

* des toits au sens de toit à cochon ou tout autre animal...

* cachets de cire 

Jean Yole

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Léopold Robert, dit Jean Yole, écrivain et homme politique français.

Né à Soullans (Vendée) le 7 septembre 1878, mort à Vendrennes (Vendée) le 2 novembre 1956.

Médecin, se revendiquant comme catholique et traditionnaliste, il a été maire de Vendrennes de 1933 à 1945 et sénateur (conservateur) de la Vendée en 1936.

Il vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain le 10 juillet 1940. Nommé membre du Conseil National institué en 1941 par le Maréchal Pétain pour remplacer le Parlement et pour le conseiller, et membre du Conseil départemental remplaçant le Conseil général, il adhère pleinement à l'idéologie de la Révolution nationale. Il est déclaré inéligible par un jury d'honneur après la Libération.

Écrivain de la terre et chantre de l'éternel paysan, il a surtout traité dans ses romans, ses pièces de théâtre et ses essais, de la Vendée et des problèmes sociaux d'un monde rural affecté par des mutations venant bouleverser l'ordre ancien de la société traditionnelle. Originaire du marais breton, il a utilisé comme nom de plume un emblème de ce pays, la yole, qui est une petite embarcation.

Léopold Robert Jean-Yole fut élu membre de l'Académie d'agriculture en 1948



 

 

Devinez lequel des deux est Jean Yole ?

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 00:04

 

Du moins c'est ce qu'écrivait le doyen de l'époque : Yvan Audouard, dans le numéro spécial : "L'archipel du goulot" : L'alcool à tous les degrés, en avril 1991, en répondant à une question provocatrice en diable : " Et, au "Canard", on boit de la limonade, peut-être ? " Dans ces années là j'étais DirCab et, invité par mon correspondant au "Canard", Hervé Liffran, une fois l'an, pour partager avec lui le pain et le sel, j'ai pu constater que notre divin nectar était à l'honneur. Quand est-il aujourd'hui ? C'est la question que je me pose depuis que je chronique sur Vin&Cie. La nouvelle génération est-elle plutôt tendance "dionysiaque" ou plutôt tendance "apollinienne" ? Je ne sais. Pour le savoir j'ai lancé il y a quelques semaines une bouteille dans la mare au "Canard" pour leur demander de répondre à mes questions dans mon petit espace de liberté. Sans résultat, pour l'heure le volatile ne répond pas. Serait-il atteint par la vague des interdits ? J'en doute, mais comme je ne vais pas poser, comme au temps de Ponia, des micros dans leurs locaux - aujourd'hui se serait plutôt de la vidéo - dans l'attente d'une hypothétique réponse il ne me reste plus qu'à m'en tenir à la jurisprudence Audouard : "Au Canard, on ne boit, on se désaltère..." et, comme dit l'adage qui ne dit mot consent, sauf à ce que je reçoive un pan sur le bec je n'en démordrai pas. En conséquence de quoi je vous offre ce matin des morceaux choisis de la prose d'Yvan Audouard. 

    

 

 


" Nous habitions à l'époque rue des Petits-Pères, "Nous", c'est-à-dire "Le Canard". Je me trouvai exceptionnellement seul dans la salle à manger qui nous tenait lieu de salle de rédaction. Treno, le directeur d'alors, entre et s'étonne de ma solitude :

-         Où sont les copains ? …

C’est mon tour de me sentir étonné :

-         Au bistro, bien sûr

Alors j’ai vu dans son regard une lueur de désespoir et même une certaine détresse :

-         Tous… !

Bien que tout petit buveur lui-même, il pratiquait à notre égard une méritoire tolérance et son inquiétude d’ailleurs se dissipa aussitôt. Il savait, après trente ans d’exercice, que le journal continuait de se faire à « l’annexe », c’est-à-dire au comptoir du Vieux Saumur. Il lui arrivait même de trinquer avec nous.

Car il faut qu’on le sache et qu’on le répète « urbi et orbi » : au « Canard » on ne BOIT pas, on TRINQUE.

Importante distinction, qui fit dire un jour à Prévert :

-         Il y a des gens qui me prennent pour un ivrogne. Pourtant ils ne m’ont jamais vu boire seul ! …

Pour ramasser ma pensée en une formule lapidaire, je dirai simplement : « Les bons comptoirs font les bons amis. »

Nos lecteurs ne s’y trompent pas : ils lisent « le Canard » comme on boit un coup avec un ami. Et quand la cuvée n’est pas réussie, ils n’hésitent pas à nous engueuler et à nous dire avec un franc-parler sans indulgence :

-         Tu n’étais pas dans ton état normal quand tu as écrit cette connerie…

 

«  Il y a quelques années notre confrère Jean Egen avait écrit un livre intitulé « Messieurs du « Canard ». Je passe sur les éloges dont il nous avait accablés (simplement parce que je les trouve amplement mérités), mais je retiens de son remarquable ouvrage la distinction essentielle qu’il a établie entre les « apolliniens » et les « dionysiaques ». Ou, pour dire les choses plus simplement, entre les buveurs d’eau et les autres. Ou encore, pour employer le vocabulaire de la profession, entre les journalistes d’investigation et les « chroniqueurs ».

 

Et, Audouard d’écrire que le premier se doit d’être « pur comme le cristal » aussi bien pendant qu’il fait son enquête qu’au moment où il la rédige, alors que le chroniqueur, homme d’humeur, peu bien évidemment le faire à jeun, mais comme il se dévoile en même temps qu’il révèle ce que la vérité brute dissimule, rien ne lui interdit d’aller aussi la chercher au fond des verres. Autre temps, autres mœurs, au « Canard » de ce temps-là  on trempait sa plume dans le Juliénas pour lui donner de la fantaisie et de l’espièglerie, comme l’écrit Audouard « ce fragile dosage entre la raison et le désir contrôlé, cette acrobatie permanente où les cabrioles des uns soulignent la solidité de l’ensemble, qui font du « Canard » le plus sérieux des journaux ».  Certains esprits bien pensants vont m’accuser, et peut-être me faire condamner, pour incitation à une consommation excessive. Peu me chaut, je me refuse à l’apposition hypocrite du sacro-saint conseil de modération et comme le disait le très sérieux Paul Valéry « Ô récompense après une pensée qu’un bon canon à la gloire des dieux ! »

En complément de la chronique de Paul Bats du 30 avril  : "sans faim" vous pouvez lire l'interview d'Edgar Pisani : " Le monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" colonne de gauche du blog sous la rubrique : Pages .    

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4 mai 2008 7 04 /05 /mai /2008 00:06

Le Gustave, l’œil vitreux, teint cireux, barbe de deux jours, s’affalait sur la banquette de skaï en baillant. Son haleine fétide m’environnait, tel le fumet s’exhalant d’une lunette de chiottes à l’ancienne. Avachi, il se grattait les roustons avec un plaisir non dissimulé puis, sortant son canif, il curait ses ongles avec des mimiques satisfaites. Ça devait lui tenir lieu de toilette matinale car, sans se soucier de ma présence, il se grattait ensuite les oreilles avec une allumette pour terminer enfin par un ramonage de ses crottes de nez qu’il enfournait avec délice dans sa bouche après les avoir contemplé d’un air extatique. Face à ce spectacle peu ragoûtant, le garçon, restait de marbre ; il faut dire qu’il se posait en concurrent sérieux du Gustave pour ce qui est de la craderie matinale : ses effluves de pisse rance, sa gueule de vieux rapace déplumé couvert d’une neige de pellicules, ses pognes incrustées d’une crasse néolithique, dénotaient un sujet plein d’avenir en ce domaine. Bien évidemment, Gustave se commandait un bock de bière agrémenté d’une Francfort frites. Minimaliste, je me contentais d’un simple petit noir. Nous restâmes silencieux jusqu’à l’arrivée de sa pitance. D’un trait, le Gustave se sifflait la moitié du bock, claquait de la langue, rotait, puis tout en plongeant ses gros doigts dans la bouffe huileuse, il embrayait.

 

« Les frelons sont d’accord. Faut dire que je pétais le feu pour leur vendre ma soupe pas fraîche. Tu ne peux pas t’imaginer ce qu’une petite salope de négresse peut te soulager les glandes. Pompeuse à t’assécher en une passe. Goulue, avec des nibards pires que des obus de 75, elle m’a fait brailler pire qu’un goret. Quand on dit que les nègres sont des feignasses, c’est vrai, ce sont leurs gonzesses qui s’tapent le boulot. Ça m’a changé de la grosse Denise avec sa bidoche molle et ses outres pendouillantes. Bref, quand je suis sorti, essoré, je me sentais gai comme un jeune homme alors les têtes d’œufs avec leurs bites en rideau ils ont eu droit à ce que je sais faire de mieux : raconter des craques… » Satisfait, l’enflure se torchait la bouche du revers de sa main souillée, en quêtant des yeux mon approbation. Mon indifférence ostensible refroidissait son enthousiasme : « si je te fais chier faut me le dire ?

       Tu pues, t’es con et tu m’emmerdes…

       Vas-y mollo pti con sinon...

       Sinon quoi la balance, ici c’est boulot-boulot, tes histoires de cul j’en ai rien à traire, compris. Tu me dis comment je dois prendre contact avec les fêlés de la GP et tu me débarrasses de ta sale tronche. Elle me donne envie de gerber.

       Tu me le paieras…

       Je ne te paierai rien Gustave. Je suis flic et je peux t’écraser comme la mouche à merde que tu es, alors rengaine tes menaces et accouches…

 

Gustave, en bon faux-derche, virait brutalement à 180°, se faisait tout miel. M’assurait que ce n’était pas ce qu’il voulait dire, qu’il comprenait qu’un beau mec comme moi se foute de ses cochonneries avec des putes, qu’il ferait tout pour me faciliter le sale boulot. Loin d’attraper la perche qu’il me tendait je lui enfonçais plus encore la tête dans sa merde : « Porcheron, je sais que tu palpes des RG pour te payer un bistro alors fais gaffe que tes potes de Denain n’apprennent pas d’où te viens l’oseille. Ça ne serait pas bon pour ta clientèle qu’on sache que t’es une balance. À partir de maintenant tu m’évites le spectacle que je contemple et tu te cantonnes à parler de ce que pourquoi tu es payé. Compris ! » Il acquiesçait tout en raclant jusqu’à la dernière frite et en se commandant un nouveau bock. « T’as rendez-vous mardi soir, disons à neuf heures, à « Base-Grand » avec Antoine et Tarzan : c’est leur nom de code tout comme « Base-Grand » qu’est celui du lycée Louis-le-Grand rue St Jacques. Je n’ai pas eu grand mal à vendre ta candidature vu que t’es pour eux ce qu’ils appellent un représentant des larges masses : un ouvrier prêt à troquer sa clé à molettes pour un fusil quoi. Bien sûr, ils ont référé au guide, le leader suprême qui vit dans son camp retranché, Pierre-Victor, qui a du comme c’est son habitude les traiter en petites larves et leur dire que ça leur ferait du bien de se frotter à la réalité d’un vrai prolétaire. Tu te pointes là-bas, tout sera prévu pour t’accueillir avec les honneurs du à ton rang. Y sont cons à manger du foin faudra pas que t’es peur de les humilier : ils adorent ça se la faire mettre jusqu’au trognon… »  

En complément de la chronique de Paul Bats du 30 avril : "sans faim" vous pouvez lire l'interview d'Edgar Pisani : " Le monde peut-il nourrir le monde ? Sans doute pas !" colonne de gauche du blog sous la rubrique : Pages .
    

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