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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 08:00
En dévers et contre tout (9), le clergé du vin me saoule, on ne fait du vin avec des mots…

Comme au temps d’Avignon certains se disputent le titre de Pape du vin pendant que le reste du clergé, haut et bas, monte en chaire pour admonester les mécréants, les hérétiques, les schismatiques, et les athées comme ma pomme.

 

Ça me fait penser au temps des prêcheurs qui venaient dans la paroisse Saint-Jacques pour la Mission, beaucoup de calvaires en Vendée témoignent de ces passages pour raviver la foi des braves paroissiens.

 

Ces prêcheurs, très dans le style de ce que pratiquent les gourous des sectes américaines, ne faisaient pas dans la dentelle, ils terrorisaient, surtout les femmes gardiennes de la religion dans nos campagnes ; les hommes, eux, attendaient que l’orage soit passé.

 

Le missile le plus redoutable, celui qui touchait au cœur les femmes, était le péché de chair, le plaisir, les filles, la lessive à la main et patin couffin…

 

Cette engeance ayant fait le vœu de chasteté je me disais qu’en savaient-ils, puisqu’officiellement ils ne pratiquaient pas ?

 

Sauf que, comme le notait Gustave Flaubert dans son Dictionnaire des Idées reçues :

Prêtres : On devrait les châtrer. Couchent avec leurs bonnes, et ont des enfants qu’ils appellent leurs « neveux ».

 

Le clergé du vin – tous ceux qui grenouillent autour des vignerons – n’a même pas cette porte de sortie, cette échappatoire, en dehors de branler sa plume ou d’astiquer son clavier elle ne mets pas les pieds dans un chai pour faire le vin.

 

Nul besoin de savoir faire du vin pour écrire sur le vin j’en conviens.

 

La blogosphère a étendu le domaine de ceux qui, en long en large et de travers, étalent leur science du vin. Ma pomme, qui grenouille dans le même bénitier, confesse depuis longtemps, qu’il n’y connait rien, qu’il s’en porte bien, ce qui lui attire les foudres d’un des Papes du vin, le Roux de Roux&Combaluzier dit B&D.

 

Ces écrivaillons me saoulent, ils n’en ratent pas une, ils fondent sur les « levures » comme la vérole sur le bas-clergé. Ils se permettent de donner la leçon, y compris aux vignerons, d’étaler leur savoir-faire, de tancer leurs collègues, de faire étalage de leur science du vin, de leur culture, de se positionner comme des détenteurs de vérités révélées.

 

Que savent-ils ?

 

En général, ce qui traine un peu partout sur les réseaux sociaux, les épluchures qui font le buzz et dont ils se gavent.

 

Écrire, quoi de plus facile !

 

« Un auteur, comme chacun sait, n'est capable de rien d'autre que d'écrire, et écrire est à la portée de n'importe qui. Pas besoin d'avoir des connaissances ou des compétences spécifiques, ou des choses particulières à dire sur soi, aucune information digne de ce nom qui s'impose, il suffit d'avoir un peu vécu, personne ne vous demandera de présenter un diplôme. »

 

Alors, écrivons, contentons-nous d’écrire, informons-nous comme tout un chacun, pour choisir en fonction de nos goûts, de notre volonté de boire ce que nous estimons bon, sain, authentique, mais de grâce ne faisons pas de la technique l’alpha et l’oméga du vin.

 

La dérive techniciste, surtout pour un produit comme le vin, dit de culture, non indispensable à la ration alimentaire, masque des combats beaucoup plus terre à terre, des non-choix, des postures bien commodes… Le clergé qui, comme toujours, vit sur la bête, soit se masque hypocritement les yeux pour ne pas s’aliéner une grande part de sa clientèle, soit pour celle d’en face faire comme-ci la vigne France n’était pas un ensemble complexe, avec une histoire, des pesanteurs et des contradictions.

 

Et si nous en revenions à une vision esthétique du vin ?

 

« La qualité du beau n’a de signification qu’en référence à une espèce capable de l’éprouver, c’est-à-dire, aux êtres humains. Est belle toute perception ou sensation susceptible de provoquer une émotion agréable sans lien direct avec une quelconque fonction d’utilité et sans qu’il soit nécessaire d’en fonder l’origine en raison. Il est possible de demander à quelqu’un s’il trouve un objet ou une idée beaux, mais certainement pas d’exiger de lui qu’il nous en démontre les raisons objectives. » Axel Kahn

 

On va me rétorquer qu’en l’espèce il s’agit de bon plutôt que de beau, j’en conviens mais, comme il s’agit dans les 2 perceptions d’une question de goût personnel je persiste à croire que mettre des mots mécaniciens sur sa perception, sa sensation, n’apporte rien aux autres.

 

Et c’est là que les athéniens s’atteignirent, les mots du clergé du vin ne sont là que pour faire miroir à leurs auteurs : voyez comme je suis supérieur à la piétaille, moi je sais, moi je dis, moi j’écris, moi je vous fous la honte…

 

AMEN

 

Cette chronique écrite, comme souvent est tombée le lendemain la confirmation sous la plume d’un petit cureton du vin qui, dit-il, à la fin de sa chronique, ne veut pas qu’on le prenne pour un con. Qu’il se rassure grâce à sa prose prétentieuse et minable nous avons la réponse. Selon lui, du haut de sa chaire branlante qui va se casser la gueule dans quelques temps, le chenin ne serait pas un grand cépage. Libre à lui mais, comme juge au racolage non-artistique on fait beaucoup mieux que lui. Quand est-ce que cette espèce en voie de déclin va-t-elle cesser de se tortiller pour subsister ? Je ne sais, mais ce que je sais  c’est que n’est pas en se payant méchamment la fiole de Patrick Baudouin, en croyant faire de l’humour, qu’il sauvera sa corporation. Et dire que j’ai fait route commune avec ce genre de crétin ! Mais qu’est-ce que nous en avons à foutre que le chenin soit ou non un grand cépage ? Nous buvons du vin et nous n’avons nul besoin pour le faire de nous référer à un plumitif qui lui, sans contestation possible, est d’une cuvée bien médiocre.

 

La patrouille me signale que c'est du second degré : du lourd sans doute moi je suis athée et je déteste les curés même belges... n'est pas Desproges qui veut... ça ne s'adresse qu'aux paroissiens de la Paroisse comme en témoignent les commentaires. Les non-initiés bitent que dalle mais ça tout le monde s'en branle...

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5 septembre 2015 6 05 /09 /septembre /2015 06:00
Les tonnelets de scabecciu ont longtemps constitué avec le vin le premier produit d’exportation du Cap Corse.

Musarder, quel beau verbe, si rare, perdre son temps, flâner le long du sentier douanier du Cap Corse, contempler l’ourlet du rivage, s’imprégner des senteurs, rencontrer les hôtes du maquis.

 

Les éditions Actes Sud sont, sans conteste, de celles qui savent nous proposer de beaux et précieux petits livres.

Les tonnelets de scabecciu ont longtemps constitué avec le vin le premier produit d’exportation du Cap Corse.

Michel Delaugerre écrit :

 

« Il faut longer le rivage pour se rendre au hameau de Tollare. Sur les rochers, le statice et la criste marine affrontent les embruns et, juste en arrière, l’immortelle Italie croit en un ourlet pâle qui embaume le curry. Une pétarade tranquille sur la mer ; c’est un pêcheur relevant ses filets. L’automne est une bonne saison pour les rougets et les pageots. Si le vent ne souffle pas trop. Quelques anciens savent encore lancer l’épervier pour prendre les saupes ou les mulets aventurés en bancs près du bord. »

 

Nous sommes à l’extrême pointe du Cap Corse, de Centuri à Macinaggio en passant par Tollare, où aujourd’hui encore la pêche occupe une place importante dans la vie économique et culturelle… « … seule région de l’île avec Bonifacio à posséder une authentique tradition de pêche. »

 

Pêche mais aussi commerce maritime des patrons capcorsins qui entreposaient leurs marchandises dans les magazzini, et plus particulièrement les tonnelets de scabecciu (scabechju) qui ont longtemps constitué avec le vin le premier produit d’exportation du Cap Corse. Ce produit étant très apprécié en Provence ou en Toscane.

 

En 1839 Guillaumin écrit dans son « Dictionnaire du commerce et des marchandises, « On prépare dans quelques localités, le thon, la sardine et les huitres, que l’on vend ensuite en Italie »

 

« Les jarrets (ou picarels) étaient pêchés en grand nombre à la cala pescatoria de la Giraglia ; ces poissons bleus étaient ensuite étêtés, frits et marinés dans le vinaigre (à l’escabèche), les couches de poissons alternant avec les feuilles de myrte. L’âge d’or du scabecciu a culminé vers 1835, pour décliner ensuite avec la concurrence de la boîte en fer blanc et s’éteindre tout à fait vers 1920. »

 

Les jarrets nommés zerri en Corse, ont donné leur nom à l’île de Zerlaia… qui s’est déformé en Giraglia.

Les tonnelets de scabecciu ont longtemps constitué avec le vin le premier produit d’exportation du Cap Corse.

« On pratique toujours la pêche à la tonnara, et les pêcheurs affrontent encore aujourd’hui la mer dans d’exigus « pointus », les bateaux de pêche traditionnels. C’est à leur bord que l’on capture la langouste, ressource à l’origine de la notoriété du port de Centuri. La pointe du cap est un des rares endroits où le plateau continental se poursuit au large, c’est-à-dire que les eaux restent longtemps peu profondes. C’est la raison pour laquelle les pêcheurs de Centuri et de Barcaggio calent leurs filets et palangres loin des côtes. Ce plateau est aussi favorable au développement des herbiers de posidonies, véritables prairies sous-marines qui servent de refuge à des milliers d’espèces. »

 

Michel Delaugerre écrit

 

« Les pêcheurs du cap… ont su à la fois tirer parti de potentialités liées à l’existence d’un plateau continental vers le nord, adapter leurs embarcations et leurs modes de pêche à des vents fréquents et des houles importantes et innover dans la commercialisation de leurs produits en devenant pêcheurs-restaurateurs, comme à Centuri. » 

Les tonnelets de scabecciu ont longtemps constitué avec le vin le premier produit d’exportation du Cap Corse.

U Marinaru Centuri Port, 20238 Centuri

 

« Une petite merveille que ce restaurant qui vaut vraiment la peine de s'éloigner des quelques centaines de mètres qui le "préserve" du port. En cuisine, le patron et son épouse, en salle une magnifique vue sur la mer. A table, une bouillabaisse mémorable, des poissons pêchés le matin par le patron lui-même… »

 

Les pêcheurs du Cap Corse «... ont jusqu’à présent évité une surexploitation d’un petit nombre d’espèces en pratiquant une pêche diversifiée. »

 

« Au fil de l’année se succèdent :

 

  • Les thonaires calés à la côte pour les sérioles ;

  • Les chapelets de nasses en myrte pour les tanuti ou dorades grises;

 

  • Les filets trémails ou droits, les palangres de fond ou de surface… ainsi que les prises : dorades roses, saint-pierre, araignées de mer, langoustes rouges, pageots, sars, dorades grises, denti, corbs, mostelles, mérous… »
  •  

Ça donne faim !

 

Et quand on mange ça donne soif.

 

Alors, 

 

Domaine Arena,

Cuvée Lisandra,

2013Blanc - 0,75L

Domaine Arena, Cuvée Lisandra, 2013

Antoine Arena fait cette cuvée Lisandra blanc spécialement pour Lavinia. Epuré de tout artifice, ce vermentinu dégage des notes citronées, anisées, florales… Une palette aromatique saine et joyeux. Une Lisandra à boire dans sa jeunesse

Les tonnelets de scabecciu ont longtemps constitué avec le vin le premier produit d’exportation du Cap Corse.
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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 08:00
En dévers et contre tout (5), le parti socialiste n’est pas plus socialiste que le crédit lyonnais n’est lyonnais…

Au 78 rue de Varenne affirmer que le Crédit Agricole n’était pas plus agricole que le Crédit Lyonnais n’était lyonnais était l’une de nos plaisanteries favorites. Nous savions bien que, dès que les vents politiques seraient favorables, à droite donc, le couple Barsalou-Douroux s’empresserait de jeter l’État hors de la Caisse Nationale pour ramasser la mise. Ce qui fut fait sous Balladur et, ironie de notre petite formule CASA racheta le Crédit Lyonnais privatisé pour le baptiser LCL afin de lui redonner une virginité perdue. Mais, bien plus encore, le mutualisme fut mis sous le boisseau, vive le grand large des acquisitions : Grèce, Portugal et autres pays faciles pour ramasser au bout du compte des ardoises salées. Depuis la maison se recentre sur ses métiers de base dit-elle et nous serine qu’elle est une banque mutualiste.

 

Mais la question n’est pas là, revenons au socialisme du Parti Socialiste auquel le Cambadélis 1er Secrétaire souhaite apporter, en ces temps de désamour populaire, un supplément d’âme.

 

Le socialisme a-t-il une âme ?

 

Je ne vais pas engager une nouvelle controverse de Valladolid…

Je plaisante bien sûr mais quand j’entends les braiements de certains petits frondeurs évoquant à propos des 35 heures égratignés par Macron les mannes de Jaurès, Blum, Mitterrand, Jospin et pourquoi pas Martine Aubry je me dis drôle d’attelage !

 

Socialisme vous avez dit socialisme !

 

Le Congrès de Tours, la grande césure de la première Internationale Socialiste, qui s’en souvient ?

 

PCF et SFIO…

 

Rocard sans aucun doute, intarissable sur le sujet, lui qui ne pouvait pas piffer la SFIO de Guy Mollet avec sa parole dure et sa pratique molle, et qui a tenté de driver un Parti Socialiste qui se disait Unifié alors qu’il n’était que divisé, avant de rejoindre celui d’Épinay accouché par le charentais de Jarnac dans le lit commun des cryptocommunistes du CERES de Chevènement et des qui bouffaient des communistes comme le Gaston Deferre de Marseille.

 

 

Appellation récente donc que ce Parti Socialiste qui, pour se hisser au pouvoir, a joyeusement pompé les voix des communistes empêtrés dans leur soutien au « socialisme réel » qualifié de « globalement positif » par la clique de Marchais.

 

Qui se souvient des 110 propositions de Mitterrand en 1981 ?

 

Socialistes vous avez dit socialistes ?

 

Vous m’expliquerez…

 

Même qu'ils sont obligés de ressortir ce pauvre Joxe caricature du Mitterrandisme...

 

Et du virage de la rigueur chère à Jacques Delors qui s’en souvient ?

 

Beaucoup d’éléphants j’en suis certain mais ce ne devait être qu’une péripétie dans la longue marche vers le socialisme, celui qui se situait entre le marché et le communisme selon Fabius au Congrès de Metz.

 

Ne riez pas…

 

Autre congrès fameux, celui de Rennes, où les éléphants du PS s’étripèrent comme jamais, Julien Dray et Mélenchon étaient copains comme cochon, sur la même ligne disons. Aujourd’hui le premier vote Macron, le second Varoufakis-Marinière et fait des risettes aux « khmers verts » en draguant le petit Laurent fils de son père.

 

Colonne vertébrale, vous avez dit colonne vertébrale !

 

Opportunisme oui, bonne vieille pratique mollétiste, c’est dans les vieux pots qu’on fait le bon beurre.

 

Allons, allons, c’est bien le Tonton qu’adulait Mélenchon qui a mis le gauchiste Tapie dans les pattes de Rocard pour lui faire ramasser une gamelle et l’exterminer politiquement.

 

Allons, allons, rappelons que c’est le Lolo qui a voté Non au référendum sur la constitution européenne qui est notre Ministre des Affaires Étrangères.

 

Allons, allons rappelons aux jeunes cons du MJS qui ont scandé à La Rochelle le nom de Christiane Taubira, pour remplacer Valls à Matignon, que c’est elle qui a fait prendre une gamelle à ce pauvre Jospin dont Mélenchon fut un sous-Ministre.

 

Liste non exhaustive à compléter si vous le souhaitez…

 

Accéder au pouvoir est une ambition légitime pour un parti politique dont c’est la raison d’être et l’alternance peut constituer la respiration de la démocratie si elle correspond à l’expression de choix clairs.

 

Du côté du PS, après la divine surprise de 1981 puis le bis de la France Unie où Mitterrand n’eut de cesse de virer son 1er Ministre trop populaire, puis une autre belle surprise avec la dissolution ratée de Chirac et une cohabitation inversée dont Jospin espérait tirer les marrons du feu, ce fut une longue traversée du désert avec un double effet : la prise du pouvoir local par une nouvelle génération de notables et l’installation dans une opposition frontale sans vrai projet d’alternance.

 

Résultat la rue de Solferino, qui déjà ne volait pas très haut, a enfanté une génération de petits apparatchiks pendant que les barons régionaux se constituaient des fiefs entourés de petites mains.

 

Résultat : une synthèse bouillie pour les chats comme projet et une impréparation dramatique à tenir les rênes du pouvoir d’État.

 

Voilà pour mon constat.

 

Je ne fais pas parti des déçus, j’assume mes choix.

 

J’ai été de ceux qui ont fait partie de la « 2e gauche » qualifiée par les plus sympas d’américaine, par les plus virulents de social-traîtres, derrière Rocardestaing, dixit le ressuscité Chevènement compagnon de route de Dupont-Aignan, et j’en suis fier.

 

De Rugy et Placé disent avoir abandonné EELV pour cause de dérive gauchiste, ils se trompent d’appellation, ils se trompent absolument, leurs ex-copains campent dans la maladie des partis groupusculaires : le sectarisme.

 

L’extrême-gauche française le cultive comme un bonzaï le sectarisme.

 

L’autre, celle de droite, n’a pas changée de nature, elle est xénophobe, raciste, démagogue, incompétente, pour moi infréquentable.

 

L’abstention est le premier parti de France !

 

De Gaulle a fait fabriquer par Debré une Constitution pour lutter contre le régime des partis et de leurs appareils. Nous sommes en plein dedans. Le récent épisode de l’ex-président, reprenant la tête de son parti, qui fut celui de De Gaulle, est édifiant.

 

Alors, socialiste le Parti Socialiste, je n’en sais fichtre rien car dans tout mon parcours citoyen je n’ai jamais vu ou lu, au-delà d’un étatisme de plus en plus inopérant et illusoire, le début d’un corps de doctrine me précisant ce qu’était ce fameux socialisme à la française.

 

On n’adhère plus au PS pour ses idées mais pour se faire élire, y’a qu’à vérifier le CV de ses élus pour être édifié. Pour ma part, j’ai adhéré à une section du XIIIe, celle de Paul Quilès, j’ai tenu 2 ans et j’ai fuis face au grenouillage et aux petits marquis.

 

Alors de gauche ?

 

Oui, par choix et conviction, mais pour gouverner et gouverner c’est choisir, ce n’est pas louvoyer, égrener des promesses pour se faire élire puis faire comme Tsipras ou notre Président, sous la pression de l’UE majoritairement favorable à une politique d’inspiration allemande, comme les autres : subir les évènements.

 

La césure n’est plus pour moi entre une Gauche et une Droite, par ailleurs fragmentées en de multiples chapelles ou écuries, mais entre les conservateurs de tous poils qui y campent et ceux qui veulent réellement réformer nos sociétés complexes aux opinions publiques velléitaires et traversées de désirs contradictoires.

 

Mon interrogation du moment est donc de savoir où sont ces femmes et ces hommes de bonne volonté prêt à s’engager pour gouverner la cité en lui permettant de s’adapter au monde tel qu’il est et non tel qu’on le rêve ?

 

Pour l’heure, comme sœur Anne, je ne vois rien venir et d’expérience je sais malheureusement que ceux qui parleront vrais n’auront aucune chance d’être élus.

 

Que faire alors ?

 

Pour tout vous dire je n’en sais fichtre rien ou, plus exactement, l’heure du choix n’étant pas encore venue je me contente, comme simple citoyen, de cultiver mon jardin loin du bruit et de la fureur du petit marigot politique si, disons-le tout net, très décevant.

 

En fait je ne suis guère optimiste car je sais qu’au bout du bout de l’élection présidentielle, suivi des législatives par la grâce d’un quinquennat renouvelable 1 fois, merci Jospin, les Français auront le Président et la majorité qu’ils méritent et ça ne me tirera pas une larme pour les plaindre, car croyez-moi, sitôt l’élection ils se plaindront…

 

 

la CROIX

la CROIX

En Corse, je me lève tôt pour écrire sur la terrasse face à la mer. En prenant mon café je fais le tour de l’actualité. La photo de cet enfant gisant sur une plage était partout. La mort m’impose toujours le silence, le recueillement, les mots sont de trop, impuissants, mal venus. Les pensées face à ce drame chaque jour renouvelé sont intimes, nul besoin d’en faire étalage. Ce soir je sais que cet enfant avait une grande sœur, noyée elle aussi, comme leur maman. Le père reste seul avec sa douleur. Ils fuyaient la Syrie pour tenter de rejoindre le Canada. À l’heure où il est si facile pour nous d’aller et de venir, eux, pour s’extraire de leur pays ravagé, ils ont été contraints de se mettre entre les mains de bandits. L’émotion ne suffit pas, une émotion chasse l’autre dans la fuite en avant des médias. Notre devoir d’humanité nous impose de combattre notre frilosité, nos peurs, nos murs, d’accueillir celles et ceux qui fuient la barbarie. Ce n’est pas simple loin s’en faut mais, sans pour autant accueillir toute la misère du monde, prenons toute notre part. Nous pourrions, face à un tel drame, esquisser une réelle et utile union nationale.

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4 septembre 2015 5 04 /09 /septembre /2015 06:00
L’énigme de l’été du Taulier : du rouge, rien que du rouge, une montagne de rouge… un magnum de vin nu à gagner !

C’était un temps que les jeunes naturistes lichant des vins à poils aux noms provocateurs ne peuvent pas connaître ; un temps qu’ont oublié ceux qui pleurent sur la chute, non de l’empire romain, ni de la loi Evin, mais celle qui marque le déclin inexorable de la consommation du vin dit de consommation courante. Celui que l’on livrait en casiers rouge emplis de 6 litres étoilés consignés chez les épiciers. Le populo consommait du rouge principalement, au degré : du 10 au 13°.

 

Bercy règnait sur Paris.

 

Mais, l’empereur du rouge, qui n’était pas Pierre Castel, lui, voyait grand, très grand, il s’expatriait aux lisères de Paris : port pour les péniches, embranchement ferré pour les trains-citernes complet. C’était la plus grande usine à vin du monde, même les chinois de Mao viennent la visiter. Il y avait un monstre pour constituer les casiers mixtes : rouge-blanc-rosé.

 

Bref, il est au sommet. Ce n’est pas lui qui trône sur la montagne de casiers mais celui par qui l’usine s’est édifiée.

 

Simple question du Taulier : où se situait cette usine à vin ?

 

Les anciens de la maison ne peuvent participer ?

 

Elle n’existe plus, qui l’a remplacé ?

 

2 bonnes réponses et vous aurez gagné 1 magnum de vin nu…

L’énigme de l’été du Taulier : du rouge, rien que du rouge, une montagne de rouge… un magnum de vin nu à gagner !
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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 08:00
En dévers et contre tout (4), le paradoxe naturiste Corse.

En probabilité météo la Corse donne de très sérieux gages d’ensoleillement, nombre de jours, intensité, faible pluviométrie estivale, c’est donc le paradis des naturistes.

 

Quels naturistes ?

 

«Les non-textiles »

 

 

 

La France est la première destination naturiste mondiale : sur les 84 millions de touristes étrangers « textiles », les non sont 2 millions, Allemands, Hollandais, Britanniques ou encore Belges.

 

Avec une petite dizaine de sites la Corse est dans le Top 5 des destinations préférées des « non textiles »

 

Alors pourquoi du côté des vins naturistes la Corse est-elle proche du degré zéro ?

 

Pourtant par rapport à son faible nombre d’exploitations agricoles 6,3% de sa SAU est certifiée bio contre 4% pour l’ensemble de la France.

 

On m’objectera que beaucoup de naturistes, habillés pour l’hiver par Roux&Combaluzier dit B&D, ne sont pas certifiés. J’en conviens mais en Corse, eu égard à la climatologie, le vignoble devrait sans problèmes être 100% « organic » comme disent les rosbeefs.

 

C’est donc du côté du vin que ça coince, les vignerons corses restent traditionnalistes.

 

À mon avis ce conservatisme est lié au fait qu’ils commercialisent la plus grande part de leurs vins sur leur marché domestique pendant la saison touristique.

 

Si j’osais j’écrirais que les « non-textiles », les naturistes, n’aiment pas les vins nature.

 

Ce serait un peu court.

 

Ce sont les restaurants qui sont les principaux prescripteurs et là l’image du vin Corse reste pour eux sur une conception, dite identitaire, avec ses cépages spécifiques, une tradition qui est plutôt une réaction, même une révolution, à ce que fut la viticulture insulaire, ultra-productiviste, avec l’arrivée massive dans la Plaine Orientale des rapatriés d’Algérie.

 

Sans doute que l’arrivée d’une nouvelle génération de vignerons, mais aussi la tendance des jeunes à se tourner vers les vins natures, va changer la donne dans les temps à venir.

 

Ne faites pas semblant de tomber des nues…

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3 septembre 2015 4 03 /09 /septembre /2015 06:00
Le déjeuner au Bourg-Pailler revisité par le Taulier : œufs au plat à la panzetta

Les hommes, au Bourg-Pailler, se levaient tôt, avec le soleil, ils buvaient un bol de café sucré avant d’aller s’occuper des bêtes, les panser, les brosser et les nourrir.

 

Sur le coup de 8 neuf heures ils avaient faim : c’était l’heure du déjeuner.

 

Ma pomme, devant son bol de cacao et ses tartines grillées beurrées, je les voyais avec envie manger surtout de la cochonnaille, celle du cochon qu’ils avaient fait trépasser au début de l’hiver dans l’aire, ha ! les cris du goret, l’odeur des soies brûlées sur un lit de paille, l’entonnoir dans lequel on versait le sang dans les boyaux pour faire le boudin, la fressure… le futur jambon sec… le lard. Mangeaient avec leur couteau. Pour les fayots froids ils les étendaient sur les tartines de pain de quatre. Ils buvaient un coup pour faire couler la miette, du vin nature trouble et acide. L’hiver ils commençaient par de la soupe. Comme nous n’étions pas un pays de fromage, ils ne mangeaient pas de fromage. À la fin ils enfilaient un nouveau bol de café sans goutte ; la goutte c’était pour la rincette dans les petites tasses du midi.

 

Ils mangeaient à leur faim et buvaient à leur soif.

 

En vacances, si tant est que je puisse le dire puisque je suis en vacance permanente depuis qu’on m’a signifié de battre en retraite, j’aime me lever avec le soleil, boire un bol de café bouillant sans sucre après m’être enfilé un jus d’oranges pressées. M’installer face à la baie pour écrire. Voir le soleil émerger de derrière la montagne avant de flamboyer sur la mer.

 

Le déjeuner au Bourg-Pailler revisité par le Taulier : œufs au plat à la panzetta

En vacances, si tant est que je puisse le dire puisque je suis en vacance permanente depuis qu’on m’a signifié de battre en retraite, j’aime me lever avec le soleil, boire un bol de café bouillant sans sucre après m’être enfilé un jus d’oranges pressées. M’installer face à la baie pour écrire. Voir le soleil émerger de derrière la montagne avant de flamboyer sur la mer.

 

Alors, j’ai faim.

 

Alors je me fais des œufs au plat à la Pancetta et, pour me caler, un petit supplément, ratatouille froide de la veille, confite, un bout de fromage : de la tomme de brebis corse. Mais au risque de décevoir les piccolos, je ne bois pas de vin. Ce n’est pas mon heure. Je pars, mes palmes sous le bras, saluer les barracudas…

Le déjeuner au Bourg-Pailler revisité par le Taulier : œufs au plat à la panzetta
Le déjeuner au Bourg-Pailler revisité par le Taulier : œufs au plat à la panzettaLe déjeuner au Bourg-Pailler revisité par le Taulier : œufs au plat à la panzetta

Qu’est-ce que la pancetta ?

 

C’est une charcuterie, une salaison, à base de poitrine de porc. La pancetta est aussi appelée «poitrine roulée sèche». Elle peut être fumée ou nature.

 

La pancetta est originaire d’Italie. C’est l’un des moyens pour conserver la viande afin de la consommer toute l'année qu’utilisaient Les familles paysannes pour leur propre consommation.

 

En Corse c’est la Panzetta di Corsica.

 

La pancetta est de la poitrine du porc salée et poivrée. Elle est ensuite séchée pendant environ 3 mois. Une fois cette préparation terminée, la pancetta peut alors être consommée. On la découpe en tranches très fines pour la déguster sur du pain frais ou pour accompagner d’autres recettes comme mes œufs frits.

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 08:00
En dévers et contre tout (3) «Les héros du peuple sont immortels»

J’ai quitté Paris, ses bobos, ses vins nus, sa débauche, ses petits matins blêmes, et mon vélo…

 

« La nuit à Paris, je m’en tape, car je sais maintenant que toutes les vieilles histoires qui traînent sur cette fameuse nuit libératrice sont fausses : les cons que l’on croise station Châtelet sont aussi cons quand la nuit se casse la gueule sur la ville et je me demande toujours comment ils font, ceux dont ce n’est même pas le métier, pour ne vivre que pour cette frime, vaine, si vaine. »

 

Signé, Jean-Michel Gravier disparu en 1994, les moins de 40 ans n’ont sans doute jamais entendu parler de lui.

 

Il écrivait des chroniques « Elle court, elle court la nuit » entre 1978 et 1982 dans les colonnes du défunt « Matin de Paris ».

 

Il eut été un grand blogueur.

 

Jean-Michel Gravier - BENJAMIN BALTIMORE/ÉCRITURE

 

Même le féroce Patrick Besson du POINT était sous le charme « Jean-Michel Gravier, l'esprit des années 80 » 

 

« Qui se souvient de Jean-Michel Gravier ?

 

Moi, nous nous étions croisés à Grenoble.

 

« Ni dandy ni ange noir, il promenait sur les nuits parisiennes, le cinéma, la chanson et l’art en général un regard d’enfant ébloui – parfois gentiment méchant, toujours acéré, jamais dupe ni blasé […] il préférait les petits bars et les ambiances feutrées […] les jeunes talents et ceux passés de mode aux valeurs dites sûres et il ne s’encombra jamais de contingences éditoriales ou publicitaires pour dire haut et drôlement ce qu’il pensait. Un style qui ne se porte plus beaucoup. »

 

Marie-Elisabeth Rouchy L'obs.

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2 septembre 2015 3 02 /09 /septembre /2015 06:00
Lettre d’un habitué du déjeuner à ses cantiniers, cantinières, préférés… Pierre, Vincent, François, Paul et les autres comme disait Sautet…

 

Chers amis cantiniers, cantinières,

 

 

Vous cuisinez, avec vos petites mains ou celles d’un jeune chef, féminin-masculin, plein d’ambition et de promesses, de bels, beaux et bons produits, arrosés de charmants vins nus pleins de poils, en des lieux sympathiques. Le service est jeune et décontracté. La vaisselle et les couverts au goût du jour, les verres sont de qualité et les serviettes ne sont pas riquiqui et en papier. Les chiottes, désolé pour ma vulgarité, sont des merveilles et en sortant il est possible de se laver et essuyer les mains comme chez soi.

 

Donc, tout va très bien madame la Marquise, tout va très bien, sauf que vous semblez avoir oublié l’une des vieilles règles de la restauration populaire : se faire une solide clientèle d’habitués au déjeuner.

 

L’habitué, c’était dans les temps anciens, comme au Pied de Fouet, celui qui avait sa serviette à carreaux avec un rond à son nom. Celui à qui on offrait parfois un gentil surnom.

 

Y’avait de tout au Pied de Fouet, mixité sociale absolue mêlant les hauts gars de l’hôtel Matignon et de la rue Varenne, costards croisés et cravates, avec les petits gars et filles, la bonne clientèle du quartier, les intellos qui se souvenaient que c’était la cantine de Gide, la fine fleur de l’ambassade du Japon, des ricains tendance beat génération, des avocats pas marrons, des écrivains en cour, des égarés de passage, même des belges, bref un solide fonds de commerce d'habitués, accros du Pied de Fouet.

 

La nouvelle génération de cantiniers que vous êtes semble avoir oublié qu’à Paris vit encore une population indigène laborieuse en manque d’un lieu où elle peut déjeuner en paix, bon, sans se ruiner. Y’en a plus que pour le populo chic de passage, qui passe, paye et puis s’en va.

 

Bon, pour le dîner, je comprends, même les indigènes se mettent sur leur 31, sortent madame ou l’inverse, s’encanaillent avec leurs maîtresses, se débauchent avec une flopée de copains ou de copines. Là, pas de souci comme disent les jeunes !

 

Donc ayez une pensée pour nous qui vous sommes fidèles, qui bouchons les trous les jours de vaches maigres, les petits ruisseaux faisant les grandes rivières nous assurons un bouche à oreille puissant et efficace.

 

Pour nous, pas besoin de mettre les petits plats dans les grands, faites simple et de bon goût un vrai plat du jour, rentable pour vous, et acceptable par nous. Adaptez même vos portions à nos appétits. Ne nous escagassez-pas avec des prix du vin au verre qui frisent la correctionnelle. Ainsi, nous reviendrons, nous nous incrusterons, assurerons la pérennité du service du déjeuner. Nous serons des habitués, discrets et fidèles.

 

Rassurez-vous, les jours enjoués ce sera même entrée, plat et dessert avec café et pousse-café et bien sûr un ou plusieurs verres de jaja nu ; d’autres jours nous viendrons accompagnés de belles ensorceleuses ou de copains de régiment et là nous enverrons du bois et les quilles tomberont au champ d’honneur ; les jours sans, nous nous contenterons d’un merlan en colère ou d’une sole meunière avec un grand verre d’eau.

 

Attention, je ne m’associe pas aux ronchons ronds du bidon, qui ne jurent que par la tête de veau ou le veau Marengo, non, non, ma supplique ne vise en rien à vous demander de mettre dans mon assiette de la nostalgie, du c’était mieux avant. L’inventivité doit rester à l’ordre du jour, le plat du jour ne doit pas être « bonjour tristesse ».

 

Surprenez-moi, toujours et encore !

 

Prenez soin de moi, sans ostentation ou vaine précaution, je saurai les jours d’affluence, de coup de feu, me faire patient, tout petit au coin du bar, même capable de donner un coup de main. Évitez simplement de me donner du Monsieur avec prénom incorporé, ça fait trop souteneur ou VRP en goguette. Je ferai partie du paysage, me fondrai en lui, serai le vivant témoin du bien vivre de votre belle cantine. Mieux que Tripadvisor !

 

Suis en vacances sur une île pas si lointaine, alors prenez le temps d’y réfléchir en cette rentrée et, si vous le souhaitez, nous en reparlerons autour d’un verre dès que j’aurai regagné la terre ferme.

 

Ne vous sentez pas obligés, faites comme bon vous semble, je peux comprendre que les suggestions d’un vieil homme indigne vous paraissent hors de saison et que vous souhaitiez continuer à bichonner les oiseaux de passage. Je ne vous en tiendrai pas rigueur mais vous me verrez moins souvent à l’heure du déjeuner. C’est la vie.

 

Dans l’attente de vous revoir, je vous claque des bises.

 

Avec mon amitié et ma fidélité.

 

Le drôle d’oiseau

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 08:00
En dévers et contre tout (2) une haine de Corse

Ce titre c’est du Talleyrand pur sucre.

 

C’est le titre d’un des livres que je lis, signé Marie Ferranti, une Bastiaise.

 

 

En Corse, je lis rarement corse.

 

Mais la règle souffre d’exceptions, en 2013 je me suis plongé dans « La chambre noire de Longwood » de Jean-Paul Kaufmann.

 

Lire permet de s’extraire des turbulences du jour, de tirer son rideau de fer pour s’isoler, ne pas se laisser happer par le dégoût, se mettre entre parenthèses, loin de tout, hors tout sur son île, refuge de l’extraterritorialité.

 

Talleyrand est un scalpel : « composant ses Mémoires et se souvenant de Pozzo, a, comme toujours le mot juste : « M. Pozzo di Borgo, écrit-il, est un homme de beaucoup d’esprit, aussi Français que Bonaparte, contre lequel il nourrissait une haine qui avait été la passion unique de sa vie, haine de Corse. »

 

Je ne sais si je chroniquerai à propos de ce livre ?

 

Pour l’heure, je vous rapporte un fait historique que j’ignorais ?

 

Comme vous le savez sans doute la Corse fut longtemps sous le joug génois.

 

En 1864, moins de 100 ans avant que la République de Gênes « ne cède ses droits sur la Corse à la France, le doge de Gênes avait commis l’erreur de défier Louis XIV en fournissant des galères à l’Espagne… »

 

Le Roi Soleil l’écrasa comme une vulgaire punaise il « fit envoyer dix mille bombes incendiaires des galiotes de Duquesne sur Gênes ; la ville fut dévastée en moins de six jours »

 

Le doge « alors qu’il lui était interdit de quitter la ville durant son mandat… dut aller s’humilier à Versailles, vêtu d’un habit de velours, en plein mois d’août. À Louis XIV qui lui demandait ce qui l’avait le plus étonné à Versailles, le Génois, maître de la ville qu’on appellera la « New York du Moyen-Âge » avec ses somptueux palais hauts de huit étages et cette strada nuova dont Mme de Staël dira qu’elle était « la rue des rois et la reine des rues », n’eut l’air étonné de rien. Il répondit avec simplicité : « Mi chi » (Moi ici). »

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1 septembre 2015 2 01 /09 /septembre /2015 06:00
France Gall Noirmoutier 1964 http://www.jean-marie-perier.net/france-gall.html

France Gall Noirmoutier 1964 http://www.jean-marie-perier.net/france-gall.html

Noirmoutier, son bois de la Chaise, et France Gall qui dans le n°59 de Melle Âge Tendre d’octobre 1969 confiait « Dès les premiers beaux jours je redevenais Babou et nous allions en vacances dans la maison que nous avions à Noirmoutier ». Toute seule sur cette plage pauvre petite fille riche, je me souviens même que Jack Troussicot, qui osait tout, s’est fait prendre en photo avec elle.

Le feuilleton de l’été Taulier (1) : qui couche avec la baronne des Sables de Saint-Émilion ?

Agrafé tout de traviole sur la porte de mon 5e sans ascenseur de l’Impasse du marché aux chevaux, dans le 5e arrondissement, un bristol tout jauni indiquait sans équivoque à la chalandise ma raison sociale : Eugène Tarpon Jr, privé.

 

 

Faut avouer que le chaland ne se bousculait pas dans mon 10 m2 sur cour vu qu’en bas, sur la rue qu’est une impasse, y’avait pas la moindre plaque de cuivre à mon nom et profession, car le syndic de la copropriété, un gros véreux, me l’avait refusé pour un beau paquet de raisons, dont une m’avait scié à la base : « je n’avais pas la gueule de l’emploi. »

 

 

Et pourtant, « bon sang ne saurait mentir » pensais-je sur le coup, Eugène Tarpon mon père, Tarpon un nom de poisson, eut son heure de gloire dans laSérie Noire de Gallimard avant de prendre la gueule de Jean-François Balmer au ciné. Pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, quand il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, il marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.

 

 

Délire d’ivrogne, ma mère infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée vite fait mal fait avec un jeune interne boutonneux qu’était parti s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du pinard, un GCC qu’y disaient les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé ! Même que j’ai été enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de biniou. J’étais tout boulot car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de goret et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des filles. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la grand-mère de la dénoncer au curé.

 

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension mais, comme y pouvait plus payer, les curés m’ont viré. C’est alors qu’au lieu de rentrer à Paris j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, avant de me retrouver dans mon 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai même eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles de mon père. Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, mon père, aussi pochard qu’il fut, avait su se glisser dans les lignes d’un héros romanesque. Alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me lovais à nouveau dans la peau d’Eugène Tarpon qu’avait eu la bonne idée de me donner le même prénom que lui.

 

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant sa télé ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas car, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec mes jaunes, suis allé pisser avant de m’en aller. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie.

 

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde, ducon bouges-toi les fesses !» Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape ! C’est Simone, la femme du patron, qu’est bien roulée mais qu’a la tronche de travers, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné.

 

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans mon bureau miteux au 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Mon pognon je l’ai tout mis sur un compte non rémunéré à la Caisse d’Épargne. Pas question d’y toucher. Pour m’installer j’ai pioché dans mes maigres économies. C’était une question d’honneur vis-à-vis des mannes de mon vioque. J’allais relever le défi, le réhabiliter lui qui avait fini à l’hospice. Mes débuts furent calamiteux, un seul client qui me refila un chèque en bois. Têtu je m’accrochais en campant dans mon bureau, bouffant des sardines à l’huile, en souvenir de la grand-mère, et du camembert. Faut être aussi con que moi pour vivre comme un mendigot alors que j’avais un gros magot qui roupillait sur un compte.

 

 

La chance ne sourit pas qu’aux audacieux mais aussi aux merdouilleux dans mon genre. Pour faire mes filoches je m’étais acheté un vélo d’occasion, un Raymond Poulidor violet. Ça allait bien à mon état de looser. Je pédalais dans Paris, surtout la nuit. C’est ainsi que je me suis retrouvé un soir dans un bar, une cantine d’altitude tenue par des filles bien roulées. Elles m’ont déniaisé, mentalement j’entends. Au début, leurs vins qui puaient me ramenaient à la Bretagne et son lisier de gorets. Et puis je m’y suis fait. Ça m’a même guérit des petits jaunes. J’étais chez elles, dixit le gros Mao variqueux, comme un poisson dans l’eau. Reines d’la com qu’elles étaient, l’m’ont filé le virus : j’ai acheté un vieux Mac, un ordinateur quoi, et me suis torché un profil Face de Bouc aux petits oignons. Addiction radicale !

 

 

Le démarrage fut du genre diesel, poussif, besogneux, les amis ne se bousculaient pas au portillon. Scotché à mon écran je guettais le moindre frémissement. Rien, morne plaine, peine perdue, sur la Toile je n’existais pas. Alors je me suis mis à poster les photos des boutanches de vin nature, les vins à poils que j’éclusais, en dézinguant les Grands Crus Bordelais. Vengeance rance à l’égard du château Mandigot que ma très chère mère menait d’une main de fer car son époux avait d’autres chats à fouetter. Je retrouvais ma verve de gamin. Faut dire que dans le marigot de Bordeaux le matériau était de choix, un vrai bouillon de culture. Eugène Tarpon Jr, privé attira sur son mur la fine fleur des mouches à merde tourbillonnant autour des crus. J’en profitai pour aller mettre mon tarin dans tous les bons coups de la profession. Ma surface médiatique croissait.

 

Tout ça était bel et beau mais pour ce qui était des clients, Nada !

 

 

Au tout début août, étant à sec, je m’apprêtais à déclencher le Plan Orsec. L’idée me vint de solliciter un prêt auprès de ma Caisse d’Épargne. Ma conseillère financière, Mlle Durand, qui me harcelait avec constance pour que je place mon magot, me reçut illico. Ma proposition de solliciter un prêt la jeta dans une forme d’attrition ricanante. Elle bafouilla, me jeta des regards suppliants, m’implora. Je lui concédai l’ouverture d’un Livret A en échange d’un prêt de 1000 euros pour assurer mon mois. Son sourire désespéré, alors qu’elle remplissait la montagne de papiers pour le prêt, vainquit mes dernières résistances. Bandant ce qui me restait de courage, tout à trac, je lui déclarai :

 

 

- Je serais ravi que vous acceptiez de dîner avec moi pour que nous discutions de mes placements…

 

Elle rougit et me dit oui.

 

 

Mademoiselle Durand, comme son nom de l’indique pas, était une vietnamienne adoptée par un couple de postiers du Kremlin-Bicêtre. Sans le savoir je venais d’avancer un pion essentiel sur l’échiquier de mon job de privé. Guilleret je regagnais mon bureau. Faisait beau, je me sentais un homme nouveau. Décidais de changer de peau. M’achetais des fringues, des pompes, m’offrais une nouvelle coupe de cheveux, des lunettes de soleil. Bon, je n’étais pas un Apollon mais, comme avec mon régime alimentaire spartiate j’avais fondu comme de la Vache qui rit, je me trouvais assez potable et sortable.

 

 

Y’a des jours comme ça où tout va, et même si les vaches maigres occupaient encore mon pré, ce jour se révélait être d’un excellent millésime.

 

 

Au bureau, grande première, sur mon écran ouvert, à ma page Face de Bouc s’étalait une demande d’ami émanant d’un certain « c’est à bouar ou à laisser»

 

Je cliquai de suite sur « accepter »

 

Quelques secondes plus tard je recevais mon premier message, de lui bien sûr : «qui couche avec la baronne des Sables de Sainte Émilion ? »

 

 

Le feuilleton de l’été du Taulier (2) : « c’est à bouar ou à laisser » voulait m’engager…

 

L’échange avec « c’est à bouar ou à laisser » fut intense et dense mais je ne réussis pas à lui tirer le moindre vers du nez. Mon interlocuteur était retord, vicieux, il voulait m’engager à moindre frais. Pour le déstabiliser je lui fis une proposition malhonnête qui lui coupa l’herbe sous le pied pendant de longues minutes : « j’acceptais sa proposition à la seule et unique condition de travailler gratos. »

 

 

- Pourquoi ?

 

-  Pour rien !

 

- Je ne comprends pas…

 

- Ne cherchez pas à comprendre mais topez de suite sinon je vous vire !

 

 

Nouveau silence radio, puis tombait un « c’est d’accord… »

 

 

- Très bien mais avant que je lance mon enquête vous devez me faire parvenir un dossier complet sur la baronne des Sables de Sainte Emilion…

 

- Je veux savoir comment vous allez procéder !

 

- Vous n’avez rien à vouloir, c’est mon affaire…

 

- Vous ne manquez pas d’air !

 

- Normal, Tarpon c’est un nom de poisson…

 

 

« C’est à bouar ou à laisser » capitula en rase campagne. Je passai mon après-midi à faire la sieste. Fallait que je sois en forme pour faire bonne impression à ma banquière. Nous dinâmes japonais, rue Sainte-Anne, et nous finîmes dans son lit, face à la Seine, elle créchait dans une tour du XVe, au 28e étage, où je me révélais au-dessous du niveau de la mer. Normal, Tarpon, un nom de poisson…

 

 

Le lendemain matin dans le TGV Paris-Libourne j’étais frais comme une limande de supermarché délaissée par les ménagères de plus de 50 ans, l’œil vitreux, la bouche pâteuse et de brutales envies de pisser. Au bar, où je me rinçais à l’eau minérale, une conversation, de deux greluches sapées court et moulé, captait mon attention. Il y était question du propriétaire du château la Cloche, plus précisément de sa nouvelle moitié, «d’une vulgarité à décoiffer les adeptes les plus chics du Ferret» (sic) je cite. S’en suivait une revue d’effectifs complète sur un phénomène qui semblait fort répandu sur le terroir d’exception où je me rendais : « la seconde épouse des propriétaires en retour d’âge ». Passionnant ! J’emmagasinais dans ma petite tête le fruit de ce name dropping ferroviaire émanant de deux nanas informées et connectées.

 

 

En découvrant la gare de Libourne mon seul qualificatif fut : minable ! En la matière je suis un grand expert. Aucun taxi à l’horizon, je restais un moment planté comme un cierge de Pâques sur le parking dans l’espoir d’en voir s’en pointer un. Comme une envie de foutre le camp, je hais la province, les routes départementales, les prés, les vaches, les veaux, les cochons et les couvées, j'ai un côté Jean Yanne très prononcé.

 

 

- Monsieur Tarpon vous attendez quelqu’un ?

 

 

La voix m’interpellant provenait d’un type, avec des Ray Ban sur le front, assis au volant d’un gros 4x4 teuton noir. Je m’approchai :

 

 

-  Bonjour monsieur, vous me connaissez ?

 

- Bien sûr que oui je vous suis sûr Face de Bouc. J’aime bien votre style…

 

- Merci !

 

Jean-Luc Boisduvin, garagiste… Qu’est-ce qui vous amène dans notre beau pays monsieur Tarpon ?

 

 

Le gus avait une bonne bouille sympa, des yeux rieurs, et une tenue décontractée, je n’avais aucune raison de jouer les mijaurées. Bien au contraire il me fallait saisir l’occasion. J’étalais ma science vineuse : « très heureux de faire la connaissance de l’érecteur du château Vadanleau… »

 

 

- Toujours le mot qui fait mouche monsieur Tarpon !

 

- Appelez-moi Eugène !

 

- Et vous Jean-Luc… Je rentre à Saint-Émilion, je peux vous poser à votre destination…

 

- C’est très aimable à vous mais, pour ne rien vous cacher, je ne sais pas très bien où aller…

 

- … et si nous allions discuter de tout cela autour d’un verre ?

 

- Avec plaisir mais je vous préviens, Jean-Luc, je n’ai pas un palais très raffiné…

 

- Faites comme-ci, jouez la comédie, ici c’est le bal des faux-culs…

 

 

Dans la bourgade pleine de belles pierres, de pavés, de hordes de retraités drivés par des nénettes bien gaulées, Jean-Luc s’arrêtait tous les 3 mètres pour serrer des pinces mâles locales et me présenter d’un «Eugène Tarpon, un nom de poisson… ». Poilant le Jean-Luc, mais comme arrivée discrète faudrait que je repasse, d’ici à ce soir j’allais faire l’objet des conversations du tout Saint-Émilion des châteaux.

 

 

Nous atterrîmes enfin à «L’Endroit du décor» chez l’aubergiste poèteFrançois Des Lices. Jovial, disert, accueillant, sous les charmilles, il déflora toute une floppée de belles quilles. Le téléphone arabe, aussi efficace que le télégraphe Chappe à Austerlitz, draina la fine fleur du cru. En moins de temps qu’il faut pour dire une messe basse je me retrouvais au centre d’une tablée des plus belles gorges profondes des GCC hauts perchés ; pas la piétaille. Tels des chiens truffiers ils avaient repéré le bon client. Nous dînames jusqu'à une heure fort avancée. Sans que j’eusse à lever le petit doigt je me retrouvais logé en un lieu prestigieux que je tiendrai secret. Sur les hauteurs, disons…

 

 

Ces messieurs ne se firent pas prier pour dévider la cotriade des vacheries les plus savoureuses et les plus croustillantes circulant à propos d’untel ou d’une telle. J’enrichissais mon vocabulaire. Bizarrement aucune allusion ne fut faite à la baronne des Sables de Sainte Émilion. Un peu parano, et surtout flottant dans des vapeurs alcoolisées, je commençais à me demander si je n’étais pas en train de tomber dans un coup fourré. Au dessert, en sirotant un Yquem de je ne sais quel vieux millésime, je lançais à la cantonade : « l’un d’entre vous pourrait-il me prêter une mobylette ? »

 

 

Loin de les désarçonner, ma demande incongrue trouva un écho favorable...

 

Le feuilleton de l’été du Taulier (3) : de gros engins épandaient sur les vignes des nuages aux fragrances acides

 

L’effet de surprise passé, et malgré l'heure tardive, mon vœu fut rapidement exhaussé par Pierre Luron. Un des ouvriers du chai du château Âne Blancpossédait une superbe mobylette bleue, siège biplace, moteur débridé, un petit bijou. Il se ferait un plaisir de me la prêter. 

 

 

Après une bonne nuit dans une superbe chambre d’un château mythique, et un petit déjeuner copieux, en forme olympique je pris la route sur ma mobylette bleue siège biplace, au petit bonheur la chance. Il faisait beau, de gros engins épandaient sur les vignes des nuages aux fragrances acides. Je nouais un large mouchoir sur le bas de mon visage. Les routes étaient étroites, je croisais deux mondes : celui de messieurs et madames tout le monde dans des voitures de monsieur et madame tout le monde et celui des grosses cylindrées des maîtres de la contrée et de ceux qui venaient les visiter.

 

 

Mon but inavoué : le château La Cloche pour y faire toc, toc, qui qu'est là à la porte , ce n'est pas la Charlotte et demander au maître de chai que l’on fasse carillonner, rien que pour moi, à l’heure de l’Angélus bien sûr, les deux gros bourdons et le carillon de 18 cloches.

 

 

Après avoir tournicoté, je me présenterais enfin au portail, nu-pieds, vêtu d’une simple robe de bure que m’avait prêté François Des Lices, comme un saint homme sur le chemin de Compostelle, et rappellerais que la prière de l’Angelus tire son nom des premiers mots de la prière en latin : Angelus Domini nuntiavit Mariae, «L’Ange du Seigneur annonça à Marie», coutume établie dans les monastères franciscains, encouragée par saint Antoine de Padoue, de réciter trois Ave Maria après l’office du soir et codifiée par un décret du roi Louis XI en 1472. Cette prière est récitée trois fois par jour, à l’aube, à midi et le soir, au son des cloches.

 

 

Mon beau plan dérapa sur une chargée de com junior circulant sur un scooter rose bonbon qui, après m’avoir doublé, cheveux au vent, donc sans casque, m’attendait au carrefour suivant. Maigre comme un coucou, montée sur des échasses Lauboutin, sourire carnassier, ongles carminés, slim déchiré aux genoux, elle n’y alla par 4 chemins « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

 

 

- Avec qui ?

 

- Tu verras bien mon gros, du lourd bien sûr !

 

- J’espère que ton beau cendré viendra en bottes avec son petit sécateur… suis très sentimental…

 

- Très drôle !

 

- Envoie de suite un petit message à ton maître !

 

- Pour quoi faire ?

 

- Lui transmettre mes exigences !

 

- Et puis quoi encore !

 

- Ne discutes pas carpette !

 

- T’es grossier Tarpon !

 

- Ouais c’est ma marque de fabrique. Exécution !

 

 

Tu lui dit « Accord, mais en couple… »

 

 

- T’es louf Tarpon !

 

- Oui, j’attends sa réponse…

 

- C’est un homme très occupé…

 

- Remballe ton baratin ma poule je ne suis pas d’humeur à me faire enfumer.

 

- Tu cherches le baston Tarpon ?

 

- Ferme ton claque merde tu me gonfles !

 

 

Pincée, elle s’exécutait. La réponse ne se fit pas attendre.

 

 

C’était oui, un oui franc et massif !

 

 

La communicante étique en fut toute bouleversifiée. Bon Prince, afin d’atténuer ma grossièreté, je lui proposais d’aller sucer une glace au village. Surprise, retrouvant un semblant de sourire, elle acceptait. Pour ne rien vous cacher, sachant que ces petites communicantes Twittaient comme elles respiraient, je faisais du marketing viral. J’allais, grâce à elle, être géo-localisé, repéré sur Instagram, toute la place de Bordeaux allait bruir de mon insolite présence en ce village plein de bruits et de rumeurs.

 

 

Restait pour moi à me trouver une dame à la hauteur pour m’accompagner à ce dîner au Logis de la Caserne. Mon carnet d’adresses étant aussi mince que la taille de la communicante junior je commençais à baliser lorsqu’une idée, aussi sotte que grenue, se mit à tourner dans ma tête.

 

 

Gouverner, c'est choisir proclamait Mendès-France.

 

 

Illico ma décision fut prise :

 

 

« Et si je demandais à mon absentéiste de mère, épouse du propriétaire du château Mandigot ? »

 

 

Le feuilleton de l’été du Taulier (4) : « Tarpon tu as une table réservée pour dîner au Logis de la Caserne…

 

La manœuvre était à hauts risques mais comme j’étais le dos au mur il me fallait aller jusqu’au bout de ma provocation. Tout en contemplant la brindille anorexique suçant sa glace, à petits coups de langue vipérine, je composais le numéro du portable de ma mère que je n’avais jamais utilisé jusqu’ici.

 

 

Elle décrocha très vite. La voix était sèche :

 

« Allo, à qui ai-je l’honneur ?

 

- Eugène Tarpon le fruit chéri de ta chair…

 

 

Le blanc qui suivi me parut interminable. Un raclement de gorge l’interrompit, suivi d’une interrogation balbutiée « … Que veux-tu ?

 

 

- Que tu me rendes un service ?

 

- Tu es où ?

 

- À Saint-Émilion…

 

- Que fais-tu à Saint-Émilion ?

 

- Je mange une glace vanille-chocolat…

 

- Épargnes-moi ton humour de potache sinon je raccroche !

 

- Tu es coutumière de ce genre de fuite ma chère mère…

 

- Je te l’accorde. Que veux-tu ?

 

- Que tu m’accompagnes à dîner ce soir au Logis de la Caserne !

 

- C’est hors de question…

 

- Pourquoi ?

 

- Je ne mettrai jamais les pieds dans ce restaurant…

 

- Le propriétaire n’est pas dans tes petits papiers ?

 

- Oui c’est un cuistre et un arriviste…

 

- C’est un bon point pour toi mais il ne reste pas moins vrai que tu devrais faire un effort pour moi. Tu me dois bien ça.

 

- Je te l’accorde.

 

- Alors force-toi.

 

- Non, mais j’ai une proposition qui va te satisfaire : la fille de mon mari sera ravie de t’accompagner.

 

- Pourquoi ?

 

- Elle te lit tous les jours sur Face de Bouc…

 

- En voilà une bonne nouvelle. J’ignorais son existence.

 

- C’est Émilia.

 

- Beau prénom, elle a quel âge ?

 

- 35 ans, célibataire, une beauté !

 

- Je vais être intimidé.

 

- Ça m’étonnerait. J’ai à faire. Je la préviens et elle te rejoint pour 21 heures je suppose…

 

- Oui, merci beaucoup.

 

 

Elle avait raccroché. Tout à trac j’ai balancé sur un ton sans appel à ma communicante, déjà passablement éberluée par le bout de conversation qu’elle venait de capter, « Emmenez-moi à Bordeaux avec votre scooter, il faut que je m’achète un costard, une chemise et des pompes ! »

 

 

Bordeaux est une belle ville, le Alain s'est décarcassé.

 

 

Comme pour lui rendre hommage, en attendant de voter pour lui aux Primaires de l'ex-UMP pour faire la nique au petit ex, je me suis sapé à la manière d’unAlain Juppé post-moderne, une décontraction étudiée, sans ostentation, l’anti-bling bling. Dans mon costume gris souris de belle coupe, chemise blanche ouverte en coton égyptien, j’étais présentable, quoiqu’un peu engoncé, les grolles, des Richelieu black, me serraient un peu les pieds, mais ce n’étaient là que de tous petits désagréments au regard de l’angoisse qui m’étreignait en attendant Émilia.

 

 

Du côté fille, surtout les belles, j'étais très au-dessous du niveau de la mer - j'sais Tarpon, un nom de poisson - au degré zéro quoi. Jamais osé les trop belles pour moi, j'suis pas Depardieu moi pour m'attaquer à la face Nord de Carole Bouquet ! Mon expérience se résumait à la drague laborieuse de gros boudins de campagne dans des boîtes pourries. Je ruminais. Qu'allais-je lui dire ? Comment allais-je me présenter? T'es con, elle sait qui tu es ! Calme-toi sinon tu vas ressembler à une serpillière. Je me dandinais, avais une folle envie de me tirer. Fumer ! Non, t'as déjà l'air vulgaire alors n'en rajoute pas mon coco. Bouger. Je me mis à faire les cents pas d'un air le plus dégagé possible. 

 

 

Ponctuelle, elle arriva quelques secondes avant l’heure. Le doute n’était pas permis c’était bien elle cette haute et belle tige en ballerines noire vernies qui s’avançait vers moi d’un pas fluide, aérien, un léger sourire aux lèvres, vêtue d’une robe légère noire  à pois blancs qui laissait de l’ampleur à ses longs compas. Elle me tendit une main aux doigts fins et déliés avec de beaux ongles carminés, que je secouai avec conviction. J’étais au bord de l’asphyxie. Puis, d'une voix rieuse, elle me dit :  « Allez, faisons nous la bise, nous sommes un peu frère et soeur d'une certaine manière...

 

 

Elle me claquait deux bises. Avec l'énergie d'un quasi-noyé qui espère encore être sauvé j'en déposai gauchement qu'une sur sa joue droite. 

 

 

Cramoisi le Tarpon, incapable de la moindre initiative, figé comme une statue de sel, en attrition, mais Émilia le sauva : « Vous êtes sapé à la Alain Juppé, le pull sur les épaules en moins. Très bon point mon cher Eugène...

 

 

Elle me vouvoyait, ça me décoinçait. Je m'animais.

 

 

Émilia  glissa sa main sous mon bras et nous nous ébranlâmes. Elle me chuchota :

 

 

« Disons-leur que nous sommes fiancés ! »

 

Le feuilleton de l’été du Taulier (5) : Ce n’est pas parce que l’homme a soif d’amour qu’il doit se jeter sur la première gourde…

 

Décrire mon état avec Émilia à mon bras relèverait du même défi que de demander à un Henri Guaino de faire preuve, une seule seconde, d’une once de modestie. Je flottais dans les éthers puissants d’un monde où de petits vieux bedonnants trimballent à leurs côtés de jeunes beautés. Notre entrée dans la salle du restaurant ne passa pas inaperçue, le ton des conversations baissa, les fourchettes se suspendirent, les regards envieux des messieurs, et ceux moins charitables de ces dames, nous entourèrent. Crinière au vent notre hôte se propulsa vers nous, surpris, il marqua un temps d’arrêt face à Émilia, se ressaisit pour effectuer un baisemain emprunté avant de me serrer la louche « Très heureux de vous recevoir en si bonne compagnie cher monsieur Tarpon…

 

 

Les affaires sont les affaires, je ne suis pas très porté sur les mondanités…

 

 

Ma saillie ajouta au malaise de notre hôte qui s’attendait à tout sauf à voir arriver dans son petit jeu une locale de l’étape. Nous nous installâmes après les présentations croisées. De suite on nous servit du Krug millésimé. J’avais décidé de me réfugier dans un mutisme souriant. Ce que je fis avec une componction qui m'étonna. Je hochais la tête, me me contentant de lâcher que quelques vagues banalités ponctués  d'onomatopées. Notre hôte épandait le miel à  grandes louches mais s'épuisait face à mes minauderies. J'avais décidé de laisser la main à Émilia, qu'elle soit à la manœuvre. Ce qu’elle fit avec humour et brio. Nous ne nous étions pas concertés mais mon intuition me suggérait que c’était le parti le plus déstabilisateur pour notre homme aux mille facettes. Le pauvre ramait comme un galérien sans pouvoir se défaire des fers que nous venions de lui passer. Sa compagne ne comprenait rien au film et tentait d’amener Émilia sur des terrains futiles, en vain. Afin d’ajouter à la confusion je ne sortais de mon silence que pour elle. Je lui citais dans un désordre étudié : Onfray, Zemmour, BHL, Guaino, Lucchini… avant de placer, avec une fraîcheur d’enfant de chœur, ma belle proximité avec Isabelle Supportable

 

 

Un très long blanc suivi cette annonce cataclysmique, accompagné d’un rouge écrevisse flamboyant pour lui, de stupeur et tremblements pour elle, une séquence à la Woody Allen du genre « Quand j'écoute trop Wagner, j'ai envie d'envahir la Pologne. » Il me fallait pousser plus loin mon avantage, je plaçais alors plus qu’une banderille, une quasi-estocade « vous le savez mieux que moi, tout homme a son prix pour lequel il se vend

 

 

La tension était palpable, notre hôte ne pouvait que réfréner sa fureur intérieure, l’heure n’était pas aux esclandres. Émilia me lançait un clin d’œil pour me signifier qu’il me fallait revenir à plus d’urbanité. Ce que je fis en levant mon verre pour porter un toast. Jusqu’à cet instant je n’avais pas encore trempé mes lèvres dans le château La Cloche, dont j’ignorais le millésime puisqu’il nous avait été servi en carafe. Nous en étions au lièvre à la Royale façon Joël Reblochon.

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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