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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 06:00
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?

Avril 68, dans la France qui s’ennuie (dixit Pierre Viansson-Ponté) Jacques Dutronc chantait dans Il est cinq heures Paris s’éveille :

 

« … à la Villette on tranche le lard…

Tout commence avec le baron Haussmann qui affectionne tout ce qui est grand et moderne : pourquoi conserver 5 abattoirs disséminés (les abattoirs de Montmartre, du Roule, de Ménilmontant, de Grenelle et celui de Villejuif). tout autour de Paris et plusieurs marchés à bestiaux ? En 1858, le baron convainc le conseil municipal de Paris de créer un abattoir général sur la commune de La Villette dont l’annexion est imminente. Le complexe construit par Baltard est inauguré en 1867.

 

Celui-ci scindent en 2 les activités : au nord les abattoirs, au sud le marché aux bestiaux ; entre les 2 le canal de l’Ourcq.

 

Tout ça est rendu possible grâce aux chemins de fer : une bretelle de la Petite Ceinture qui encercle Paris est aménagée, elle dessert deux gares distinctes : « Paris-Bestiaux » et « Paris-Abattoirs ».

 

La difficulté pour les trains était d’emprunter le pont-levant au-dessus du canal de l’OURCQ pour atteindre les abattoirs. Certains demandent la fermeture de Paris-Abattoirs car les animaux débarqués franchissent souvent le canal sur une rampe aménagée à cet effet en 1874.

 

Paris-Bestiaux proche de la saturation est ouverte au service de nuit par rames complètes jusqu’à 24 wagons. Un « saut de loup » (fosse) établi sous les voies de sortie en 1892, prévient toute escapade d’un animal en direction des voies de la Petite Ceinture.

 

Un autre problème préoccupant c’est le grave danger que faisait courir à l’élevage français le mélange au débarquement en gare de Paris-Bestiaux des animaux à destination du marché et de ceux destinés aux abattoirs. En effet, la contamination pouvait se produire car du bétail malade pouvait être abattu et il voisinait sur le marché avec des animaux sains qui étaient réexpédié en province propageant ainsi des épizooties.

 

La décision du gouvernement en 1959 d’implanter à la Villette un MIN de la viande pour suppléer le transfert à Rungis des halles centrales de Paris, promet un nouvel avenir au complexe ferroviaire Paris-Bestiaux : nouveaux abattoirs et équipements frigorifiques, le canal de l’Ourcq par un tunnel.

 

Commencé en 1961, pour les travaux de gros œuvre en 1968, sont brutalement interrompus pour des raisons budgétaires en 1971. L’opération n’a plus de raison d’être en raison de la désaffection des utilisateurs. Laissée sans emploi la gare Paris-Bestiaux est fermée définitivement le 31 décembre 1977. Les terrains, y compris ceux du raccordement sont rétrocédés à la Ville de Paris en novembre 1983.

 

« Au moment de son ouverture les abattoirs généraux de La Villette occupaient 20 hectares et pouvaient recevoir dans ses étables et dans ses cours 1 360 têtes de gros bétail, 1 950 veaux, 3 900 moutons et 3 240 porcs. Les abattoirs comptaient alors 151 échaudoirs et 23 ateliers d’abatage; puis un abattoir spécial à porcs y fut établi en 1874. Sont alors concentrés sur un même lieu un marché aux bestiaux, un abattoir et une partie du commerce de gros des viandes mortes. Composé pour l’essentiel d’une halle centrale pour les boeufs (actuelle Grande Halle) et de deux autres halles aujourd’hui disparues, réservées aux veaux et aux moutons et d’un abattoir pour les porcs cette « cité du sang » vivait alors son âge d’or.

 

À l’aube du XXème siècle dans ce lieu consacré au négoce et à l’abattage du bétail trois mille personnes aux noms évocateurs de « sanguins », « pansiers », « fondeurs » ou encore « boyaudiers » travaillaient chaque jour sur près de 50 hectares. Les métiers pratiqués y étaient particulièrement pénibles et firent très rapidement de la Villette la « cité du sang »: 4.000 boeufs, 22.000 moutons, 4.000 veaux et de 7.000 porcs passaient alors chaque jour par les abattoirs de La Villette.

 

… certaines activités sont spécifiquement réservées aux femmes: en triperie et charcuterie notamment, avec la préparation des carcasses de porc, récupération des soies, sang et abats, dégraissage, etc… »

 

Voici ce qu’on peut lire dans Paris-Atlas (1900) de Fernand Bournon « Les étables où les malheureux animaux attendent le coup de massue ou le coup de couteau final y alternent avec les échaudoirs, nom bizarre donné aux salles où se donne la mort. On y tue pendant la nuit, on y prépare et débite les viandes dans la journée. Les ouvriers employés à ce dernier travail sont, non moins étrangement, nommés chevillards, parce qu’ils disposent les bêtes dépecées sur des crocs en fer nommés chevilles. Il parait que ce rude métier, qui exige beaucoup de force et d’adresse, ne porte pas à la mélancolie: les bouchers de La Villette sont d’humeur joyeuse, de santé robuste comme il convient à des gens qui, par métier, font des cures de sang ordonnées aux personnes débiles. »

 

En 1900 le marché aux bestiaux de La Villette est la grande plaque tournante française du trafic des bestiaux de boucherie: 300 chevillards parisiens sont regroupés à la Villette et 2 000 bouchers détaillants se répartissent dans la ville de Paris. 137 881 tonnes sortent des abattoirs cette année là pour nourrir les Parisiens. »

Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?
Lard pour l’art… mais où sont passés les chevillards de la « cité du sang » La Villette ?

De la gare de La Mothe-Achard, les jours de foire de Mothe, j’ai vu embarqués les bestiaux, des bœufs et des vaches, dans les wagons qui avaient servis à de plus sinistres usages. Les maquignons, avec leur blouse noire, ceux que le pépé Louis détestait tant, les embarquaient sans ménagement. On disait : les bêtes partent pour La Villette.

 

Tout là-haut régnaient les chevillards sous la houlette du tout-puissant président Lemaire-Audoire… Mais l’arrivée des wagons-frigorifiques vont rendre le transport des bêtes sur pied jusqu’à Paris obsolète. Place aux abattoirs dans les grandes régions d’élevage. Et pourtant, en 1959, on décide de les reconstruire. Le but ? Installer un marché d’intérêt national de la viande. Mais rien ne se déroulera comme prévu. En 1961, les travaux commencent. Mais le chantier prend du retard et ce n’est que trois ans plus tard, en 1964, qu’est achevé le bâtiment de stabulation et en 1967 que se finit la construction du bâtiment des abattages, prévu pour produire 450.000 tonnes de viande.

 

Entre-temps, les coûts s’envolent et, surtout, avec le développement du transport frigorifique, l’abattage sur les lieux d’élevage est devenu beaucoup plus rationnel… Le chantier est arrêté en 1971. L’ensemble des activités du site sera supprimé trois ans plus tard.

 

L'Affaire de La Villette

 

S'il est une affaire qui a fait couler beaucoup d'encre c'est bien celle qu'on a appelée l'affaire de La Villette. Une affaire grave s'il en fut, la Commission d'enquête parlementaire, créée en vertu de la résolution adoptée par le Sénat, le 14 décembre 1970, ne concluait-elle pas son rapport par cette phrase terrible: « Le renom et l'autorité de l'État pourraient ne pas résister à une seconde affaire de La Villette. »

 

Hé, oui, même sous notre cher Général il y eut des scandales : 1 milliard de francs jetés par la fenêtre, soit actualisé à notre époque le même chiffre mais en euros.

 

Ce fut la folie des grandeurs avec du béton cher aux Ingénieurs du Génie Rural du Ministère de l’Agriculture, des étages avec des rampes par lesquelles les animaux ne pourront même pas monter il faudra construire des ascenseurs, c’est « Chicago sur Seine » 

 

Le 23 octobre 1973, les services du Premier ministre annoncent que le Gouvernement a décidé de mettre un terme à l'ensemble des activités du marché d'intérêt national à compter du 15 mars 1974.

 

Les 54 hectares de La Villette sont alors presque entièrement détruits pour faire place au Parc de la Villette et de nouveaux bâtiments et de nouvelles activités.

 

On ne conserva que la fontaine aux Lions (1811), où les animaux venaient s'abreuver les jours de marché, l'ancien fondoir à suif (1867) reconverti en Maison de la Villette, un espace d'exposition de 1 130m², l'ancien poste de police et bureau de poste, le Pavillon Janvier aujourd'hui siège de l'Etablissement, l'ancienne bourse aux bestiaux à la criée, le Pavillon de la Bourse, siège du Théâtre Paris-Villette, l'ancienne buvette du marché, le Pavillon du Charolais, l'ancienne salle de vente des abattoirs, qui abrite la Cité des Sciences et de l'Industrie, le Pavillon des Maquettes et la Halle aux boeufs, qui est aujourd'hui une merveille de la technologie : une salle de spectacles et d'expositions, dont les plateaux et les passerelles mobiles permettent de moduler les surfaces et dont un mur acoustique permet la tenue de plusieurs concerts en même temps !

 

Aujourd’hui, cet espace de 55 hectares situé entre deux portes de Paris est occupé par des lieux d’études, loisirs et distractions, comme le Parc de la Villette, la Cité de la musique, la Cité des sciences et de l’industrie, le Zénith et dernièrement la Philharmonie de Paris.

 

DIAPORAMA ICI

 

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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 06:00
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.

Sylvia Plath est une artiste anglaise, poète et dessinatrice, née le 27 octobre 1932, qui se suicida en février 1963. Elle avait épousé le poète Ted Hughes dont elle divorça en octobre 1962.

 

Jeune épousée elle écrit le 15 décembre 1956 à son amie Marty (Marcia) Brown Stern à propos de son mari «Il m’a remise sur la voie de l’écriture et du dessin après un mauvais hiver… »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sa fille Frieda Hughes note « Elle attribuait souvent à mon père le don de lui rendre son inspiration créatrice lorsqu’elle était empêchée ou ne savait pas qu’elle direction prendre. »

 

Sylvia Plath écrit à son mari, un dimanche matin 7 octobre 1956

 

Mon Teddy bien-aimé,

 

[…]

 

« Hier, sitôt le déjeuner, j’ai pris mon carnet à croquis et j’ai marché, marché jusqu’à Grantchester Meadows où je me suis assise dans l’herbe haute et verte au milieu des bouses et j’ai dessiné deux vaches, mes premières vaches. Elles sont restées couchées gentiment pendant que je dessinais la première, au repos, la tête très bovine mais le corps un peu comme un sofa en crin de cheval, tout plat et informe puis, soudain, elle sont eu faim et un troupeau entier s’est levé, je crois que c’étaient des taureaux, elles n’avaient pas l’air d’avoir de pis. J’ai déguerpi et suis allé m’installer au bord de la rivière, j’ai fait une ébauche rapide de l’une d’entre elles en train de paître ou, plus exactement, de plusieurs réunies en une seule car elles bougeaient continuellement, si bien que les muscles des flancs sont tous ratés, mais fort décoratifs. J’ai reçu de ces vaches un sentiment de paix, le don étrange de leurs regards pensifs, la merveille colossale de leurs jets de pisse et de merde. Je vais y retourner bientôt, remplir tout un cahier de dessins de vaches.

 

[…]

 

Hier j’ai dessiné avec bonheur un parapluie et une bouteille de chianti, aussi des châtaignes plus réussies, des chaussures ratées, une bouteille de beaujolais. Je ne vais pas tarder à m’attaquer avec fanatisme à de douloureux paysages d’herbe – je parie que si je couvrais une page entière de brins d’herbe ça se vendrait ; je vois l’Infini dans un grain de sable. »

 

Croyez-moi, l’ancien gardien des vaches du pépé Louis que je suis ça me parle et ça me touche au cœur.

« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
« Je vois l’Infini dans un grain de sable. » Sylvia Plath qui dessine avec bonheur une bouteille de beaujolais.
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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 06:00
Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…

Nul besoin de vous faire un dessin pour vous donner le sens de l’expression sucrer les fraises.

 

« Je l'empochai [le trousseau de clés], et tranquillisé de ce côté, m'emparai avec précaution du portefeuille qui faisait coucou. Je sucrais passablement les fraises, mais ce qui doit être fait doit être fait, et je n'allais pas laisser passer l'occasion. »

 

Léo Mallet 1955. Fièvre au Marais

 

Mais comme j’aime ramener ma fraise, alors que je n’avais pas pris le temps de lire un encadré dans le dernier LeRouge&leBlanc, Alice et Olivier de Moor sur leur mur de Face de Bouc m’ont mis la puce à l’oreille.

 

« Je me permets de faire circuler ce texte extrait de LeRouge&leBlanc.

 

Il s'agit simplement d'essayer. Ce fut une des pistes pour lutter contre le Phylloxera. A tous les vignerons, vous pouvez risquer quelques francs de pied. Si ça ne marche pas vous aurez des fraises. Mais si ça marche !!! On peut toujours l'espérer. Précision utile: à cette époque tous les fraisiers originaires d'Amérique étaient prénommés "fraisiers ananas"...

 

J'espère que vous pourrez lire cet extrait, ce qui ne vous empêche pas de vous abonner au R&B.

 

Bon jardinage !!! »

 

Vérification faite c’est Alice et Olivier qui ont confié à Sonia Lopez-Calleja un texte où il est fait état des observations de Mme Amélia de Bompar. (Ci-dessous)

 

Qui est donc cette dame ?

 

C’était la propriétaire du château Laffitte Grand Orme à Bordeaux à la fin du XIXe. Elle constata que certaines de ces vignes au milieu desquelles étaient plantés des fraisiers-ananas, étaient épargnées par le phylloxera.

 

Olivier de Moor fait remarquer à juste raison :

 

« Cette dame n'était pas une scientifique. Elle s'est heurtée au milieu scientifique et politique. De plus, c'était une femme, et en jeu il y avait 1 250 000 francs, puis deux millions de prime à qui trouverait le remède. Elle ne fait qu'observer. Et de plus c'est une femme qui propose des choses "simples" à l'observation du rapport entre plantes. Il aurait fallu mobiliser des entomologistes et étudier la piste, pour la comprendre la valider ou la rejeter. Ce qu'elle demandait. Mais déjà Amélia de Bompar se confrontait aux moyens préconisés plus lourds, donc plus sérieux d'aspect. Immersion des vignes, sulfure de carbone, et greffage. Donc à un commerce naissant. »

 

Mme Veuve Bompard explique qu'au milieu du XIXe siècle, la vigne rapportant plus que le Blé, les agriculteurs se sont convertis à la vigne avec les même moyens. Le labour, selon elle, a fait beaucoup de mal detruisant certains équilibres.

 

Cette dame a publié 3 ouvrages sur le phylloxéra.

 

  • Le Précurseur du phylloxera, par Mme Amélia Bompar [Edition de 1876]
  • La Délivrance de la vigne, ou la Découverte du trombidion dévorateur du phylloxéra, par Mme Amélia de Bompar Reliure inconnue – 1878
  • Vve Amélia de Bompar. La Vigne phylloxérée, sa guérison radicale par le fraisier1887

 

Notes : ICI et ICI

 

Voici donc le texte publié dans LeRouge&leBlanc :

Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…
Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…

La fraise ananas pousse lentement, en novembre et décembre, discrètement, sur les hauts plateaux chiliens. Elle ravit le palais des Sud-Américains, tandis que les Européens commencent seulement à la connaître. Une pépite blanche aux akènes grenat, un fruit rare et précieux, qui ne résulte pas d'une mutation génétique, mais serait au contraire l'ancêtre de notre fraise, la mère de tous les pieds de fraises rouges qui auraient muté génétiquement pour s'adapter.

 

Pourtant, la dame blanche a déjà fréquenté le vieux continent. Elle a débarqué sur nos terres au XVIIIe siècle, dans les bras du bien nommé Amédée-François Frézier. Cet espion au service du roi de France parcourait les côtes de l’Amérique du Sud afin de croquer les fortifications espagnoles. Botaniste dans l’âme, il a rapporté en France cinq plants de Fragaria chiloensis, au terme d’une traversée de six mois. Charnues, grosses, et à l'incomparable goût d'ananas, ces pieds ne donneront pas, sur le sol français, le résultat escompté. Les pieds abondent en feuillage mais ne produisent aucun fruit.

 

La légende se poursuit et dit qu'un jeune soldat originaire de Plougastel aurait subtilisé un plant avant de le transplanter en pleine terre au milieu de ses fraisiers. Enfin le miracle se produit : la fraise-ananas donne ses premiers fruits sur le sol français.

 

En fit, en l’absence de plant mâle, ils se sont hybridés fortuitement avec le fraisier de Virginie. Et leurs descendants ont perdu la pâleur caractéristique de l’espèce.

 

Cette nouvelle variété, le fraisier ananas (Fragaria ananassa), a fructifié en presqu’île de Plougastel-Daoulas (29). Elle est devenue, par sélections successives, la variété à gros fruits que l’on cultive aujourd’hui en Europe. La fortune de la commune finistérienne était faite, et une expression-label était née, les “ Fraises de Plougastel ”.

 

Une des particularités de la fructification du fraisier-ananas est la nécessaire pollinisation par un fraisier semblable. Il faut donc planter et entretenir deux fraisiers côte-à-côte pour espérer obtenir quelques fruits.

 

Ce processus de pollinisation explique aussi en partie la difficulté de faire pousser cette espèce dans nos contrées.

 

À noter : le fruit de la fraise, qu'elle soit rouge ou blanche, n'est pas la partie charnue dans laquelle on croque mais les akènes, ces minuscules grains répartis tout autour de la chair.

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 06:00
1 photo sortie de l’oubli, Robert Linhart, auteur de “L'Etabli” sort de son silence et me voici quai de Javel chez André Citroën…

La photo, vous l’avez sous les yeux, short, chemisette et tennis blanche, c’est ma pomme posant devant la deuche de mon père. Celle avec laquelle j’apprendrai à conduire sur le chemin de la Garandelière (la clé de contact était de jour comme de nuit enclenchée, et la 2CV garée sous le hangar ouvert à tous les vents).

 

Le XVe, l’arrondissement le plus grand, le plus peuplé et le plus triste de Paris… un quartier résidentiel comme on dit.

 

Et pourtant, au début du XXe siècle, en 1915, sur les bords de la Seine, quai de Javel, l’ingénieur André Citroën offre ses services au Ministère de la Guerre pour produire en grande série des obus qui manquent cruellement au front. En 3 mois l’usine est née et des millions de pièces y seront fabriquées jusqu’à l’armistice.

 

L’industrie de guerre ça rapporte et avec les capitaux accumulés Citroën se reconvertit dans l’automobile. André Citroën la connait bien puisqu’il avait été directeur des usines Mors 48 rue du Théâtre. Il créé la marque aux chevrons symboles d’un procédé d’engrenage qu’il a breveté. En 1912 il a visité les usines Ford et il sait que l’avenir est à la production de masse et non à l’artisanat.

 

La première voiture de la marque est la Type A produite à raison de 30 exemplaires/jour en 1919 et 100 l’année suivante. Citroën innove, lance de nouveaux modèles, créé un service de pièces détachées, lance le crédit acheteur, les tests qualités, investit dans la publicité : en 1925 la Tour Eiffel est transformée en panneau publicitaire et une forme moderne de sponsoring avec la traversée du Sahara et la Croisière Jaune…

 

En 1933, André Citroën, transforme son usine du quai de Javel en un outil moderne pouvant produire 1000 véhicules/jour. C’est de là que va sortir la mythique Traction avant qui lui causera avant bien des soucis techniques.

 

Mais les soucis financiers s’accumulent et en 1935 son principal créancier Michelin prend les rênes. Ce sera la 2 CV et la DS 19, elles aussi culte mais l’innovation ne paie pas et Citroën est absorbé par Peugeot en 1973.

 

La dernière DS sort en 1975 des chaînes de Javel qui sont transférées à Aulnay-sous-Bois. L’usine est détruite de 1976 à 1984 pour laisser la place en 1992 au Parc André Citroën.

 

Source : Souvenirs de Paris

 

Mais l’ex 60 huitard que je suis a lu le livre de Robert Linhart, L'établi, aux Editions de Minuit.

 

 

Les établis furent des intellectuels qui s’embauchèrent comme simple OS dans les usines.

 

« Dans cet ouvrage étincelant comme une pièce d’usinage, net et précis, l'intellectuel proche de Louis Althusser raconte son expérience de manœuvre à l’usine Citroën de la Porte de Choisy, en 1968. Tout y est dit de la pénibilité des tâches, de la violence du management, du racisme décomplexé, de l’anéantissement de la volonté individuelle ou encore de la psychologie de la grève. Ce témoignage, le fondateur du mouvement maoïste français a mis dix ans avant de l’écrire. »

 

« Robert Linhart étant toujours en vie, il fallait l’interroger. Or depuis une tentative de suicide, en 1981, le philosophe s'est réfugié dans le silence. Dans l’intimité, comme l’a raconté sa fille Virginie dans le passionnant Le jour où mon père s’est tu (Editions du Seuil, 2008), mais aussi dans la vie publique. Une seule fois, Laure Adler l’a convaincu de se confier à elle pour son émission Hors Champs, sur France Culture; allait-il la recevoir une nouvelle fois, lui que la maladie bipolaire tient à l'écart de la société ? Ce fut encore oui.

 

D’une voix affaiblie, l’homme raconte comment, tant d’années après, il continue de rêver de la cadence de production, qu’il « n’arrive pas à suivre ». Entre deux souvenirs, les silences paraissent longs comme le passé. Quand il s'agit de tirer les enseignements de ses années militantes, les affirmations se font chancelantes. « Est-ce que vous pensez que la révolution était une illusion ? » le bouscule Laure Adler, cruelle malgré elle. « Oui, enfin bon, répond dans un murmure l’ancien militant de la Gauche prolétarienne. La révolution… Y avons-nous cru vraiment ? Je ne sais pas. » Un aveu qu’on dirait sorti d’un songe...même si, il y a près de 50 ans, ce rêve lui semblait bien réel. »

 

Sami Frey lit "L'établi" de Robert Linhart ICI 

 

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 06:00
Hier les bourgeois venaient prendre les eaux en Auvergne, maintenant les bobos y prennent leur vin chez Patrick Bouju…

« Il fut un temps où l’Auvergne était à la mode. On venait prendre les eaux dans des stations thermales toutes neuves, jolies comme des pâtisseries, posées sur la vieille montagne du Massif Central. On s’était aperçu qu’en plus des volcans et du saint-nectaire, la région produisait de l’eau miraculeuse. Il en jaillissait de partout, de chaque recoin de vallon, de chaque sommité volcanique. Mille sources gorgées de soufre, de chlorure de sodium, de bicarbonate, de cuivre, de calcium, de fer et d’arsenic. Mille bouillons chimiques venus des entrailles de la terre, et capable de soigner l’intestin, les bronches et les reins, la peau et les allergies. »

 

Ça avait commencé dès le Second Empire…

 

« … les demoiselles un peu trop pâlottes et les messieurs congestionnés partaient illico à Vichy. À la Belle Époque, on se rendait à Royat-Chamalières, Néris-les-Bains ou Bourbon-l’Archambault. Les dames portaient des corsets, des bottines lacées et des ombrelles. Les messieurs, des vestons et des montres à gousset. On croisait Sacha Guitry et Buster Keaton à La Bouboule, Sarah Bernhardt à Royat-Chamalières, Marcel Proust au Mont-Dore, Maupassant à Châtel-Guyon, pour ne rien dire des têtes couronnées. Bien avant Saint-Tropez, Gstaad ou Ibiza, le gotha mondain se pressait dans le Puy-de-Dôme. »

 

Mais il y eu Giscard, son accordéon et surtout Danièle Gilbert.

 

Je plaisante bien sûr, mais les stations thermales sont quasi-tombées dans l’oubli…

 

Par bonheur, il y eut Patrick Bouju !

 

Mais avant lui, Jean-Louis Murat chanta :

 

Les enfants forment une ronde

Les monos sont jolies

Allez suer belles têtes blondes

Aux thermes de Choussy

Allez soigner à l’arsenic

Vos souffles affaiblis

L’air est si doux dans la bruyère

Au mont Sans-Souci.

 

La Bourboule, au temps de ma jeunesse, fut la plus importante station thermale de France pour enfants, on y soignait l’asthme. Murat y est né et n’habite pas loin. Le mont Sans Souci se dresse à la sortie de la ville.

 

Sa chanson Au mont sans-Souci sur l’album Mustango fait partie de mon petit bagage musical.

 

Source : Tour de France des villes incomprises Vincent Noyoux 

Hier les bourgeois venaient prendre les eaux en Auvergne, maintenant les bobos y prennent leur vin chez Patrick Bouju…

Et puis vint le vin de Patrick Bouju.

 

Est-ce un vin de punk ?

 

Une spécialiste caviste, blogueuse, qui écrit aussi dans la presse répond à cette question.

 

PUNK ET VINS : ANARCHIE DANS LE VIGNOBLE

 

Sandrine Goeyvaerts 1 Juillet 2016 

 

La Bohême, c’est le domaine de Patrick Bouju se répartit entre trois communes, Égliseneuve-près-Billom, Chauriat et Corent car selon ses convictions, il est « à la recherche des meilleurs terroirs connus ou oubliés du Puy-de-Dôme »

 

Que dit Patrick ?

 

« Les vignes sont morcelées car je suis à la recherche des meilleurs terroirs connus ou oubliés du Puy-de-Dôme.

 

Ce sont en majorité de vieilles vignes avec des densités de plantation élevées (10000 pieds/ha) et la doyenne a 116 ans.

 

Ces vignes sont d’une biodiversité étonnante, on trouve de multiples cépages, comme le Limberger, le Mirefleurien, gamay Fréau, gamay de Bouze et de multiples variétés de gamay à petit grain ou gros grain.

 

En ces périodes d’uniformisation, ces cépages sont une richesse inestimable.

 

Ces vignes sont cultivées avec un grand respect de la nature. Les vignes sont enherbées.

 

Pour les traitements, j’utilise des produits à base de cuivre et de soufre ainsi que des extraits fermentés de plantes ou des tisanes comme l’ortie, la prèle, la consoude pour renforcer les défenses naturelles de la vigne.

 

Je n’utilise pas de désherbant ni de produits chimiques de synthèse.

 

La majorité des travaux à la vigne se fait manuellement. Dans mes vins, il y a du raisin et de la sueur... »

Hier les bourgeois venaient prendre les eaux en Auvergne, maintenant les bobos y prennent leur vin chez Patrick Bouju…
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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 06:00
« La pasta, est le mode d’expression le plus abouti du néo-réalisme italien… » signé le critique gastronomique masqué.

Les cuisines ouvertes sur la salle des restaurants contemporains permettent à des zozos comme moi de se muer dans la peau de nos éminents critiques gastronomiques qui adorent faire des phrases.

 

Le texte qui suit est la transcription à ma sauce d’un texte parodique d’un célèbre cinéaste dont je vous laisse le soin de découvrir l’identité.

 

« Les fettucine de Roberto Rossellini, bien que plissées d’une façon diabolique, doivent beaucoup à Luchino Visconti, dont l’utilisation des fettucine comme instrument du progrès social est universellement connue.

 

La différence réside dans le fait que chez Visconti, le client est fondé à espérer des fettucine blanches, et les obtient. Ici, chez Rossellini, il se voit servir des fettucine vertes. Pourquoi ? Tout cela semble gratuit. En tant que consommateurs, nous ne sommes pas préparé au changement car comme l’écrivit Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change »

 

Désormais la nouille verte ne nous amuse plus. Elle nous déconcerte d’une façon non préméditée par le chef. Les lasagne, en revanche, sont parfaitement délicieuses sans être le moins du monde didactiques. À vrai dire, il y réside un sournois relent marxiste, mais qui est dissimulé par la sauce. Rossellini a milité des années durant dans les rangs du Parti communiste italien, et s’est révélé par l’inclusion subtile de son marxisme dans ses tortellini.

 

J’ai commencé mon repas par un antipasto, qui me sembla de prime abord dénué d’intérêt, mais qui, lorsque je découvris les filets d’anchois, me devint plus clair. Rossellini tentait-il d’exprimer que la vie entière était symboliquement représentée dans ce hors-d’œuvre d’anchois allongés où les olives noires évoquent incoerciblement la mort ?

 

Mais où se trouvait donc le céleri ?

 

L’omission était-elle délibérée ?

 

Chez Vittorio De Sica, l’antipasto est entièrement constitué de céleri. Mais De Sica est un extrémiste. Il entend attirer l’attention sur l’absurdité de la vie. Qui pourrait oublier ses scampi : quatre crevettes fourrées à l’ail disposées de façon à en dire plus long sur notre intervention en Irak que les innombrables livres sur le sujet ?

 

Aujourd’hui, ce plat est insipide auprès de la piccata de Pasolini, une saisissante tranche de veau attachée à un drapeau noir. Pasolini s’exprime toujours mieux dans le veau que dans le poisson ou le poulet.

 

Rossellini, à l’encontre de ces chefs d’avant-garde, va rarement jusqu’au bout de ses idées. Il hésite, comme dans ses spumoni, et quand ils arrivent à table, ils sont ramollis.

 

Avant sa psychanalyse, Rossellini, qui avait la phobie des coquillages, répugnait à les sacrifier de façon barbare, eut toutes les peines du monde à réaliser des spaghetti vongole.

 

Chez lui, la touche artistique réside dans son poulet désossé à la Parmigiana. L’intitulé est au deuxième degré, puisqu’il a fourré le poulet de petits os supplémentaires, comme pour signifier que la vie ne doit pas être consommée trop vite ou sans précaution. L’obligation d’ôter constamment de petits os de sa bouche et de les déposer sur l’assiette donne au repas une sonorité mystique.

 

On est obligé alors d’évoquer Webern qui semble ressurgir à tout instant dans la cuisine de Rossellini. Gérard Depardieu, parlant de Stravinsky, suggère un intéressant rapprochement entre l’influence de Schoenberg sur les salades de Rossellini, et l’influence de Rossellini sur le Concerto en ré pour cordes de Stravinsky. À cet égard, le minestrone est un superbe exemple d’atonalité. Accompagné tel qu’il est de croûtons aillés et de petits morceaux de légumes, le dîneur, quand il le boit est obligé de faire des bruits harmonieux avec la bouche.

 

Ces accords sont disposés selon un rythme précis, et se répètent dans un ordre immuable. La première fois que suis allé dans son restaurant, deux clients, un jeune garçon et un gros homme, mangeaient leur soupe à l’unisson, et l’émotion fut telle qu’ils reçurent une vibrante ovation. Comme dessert, nous eûmes des tortoni, ce qui me rappela cette remarquable phrase de Leibnitz : « Les monades sont des fenêtres. » Quelle lucidité ! Les prix chez lui, sont, ainsi que me le dit un jour Hannah Arendt, « raisonnables sans être historiquement inévitables ». Je souscris à ce jugement. »

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 06:00
LeRouge&leBlanc aime l’herbe pour fumer le terroir, Sonia Lopez-Calleja « le beau, le propre, le sale »

En mars 2014 je notais : « Les vignes impeccables désherbées « au laser » qui faisaient autrefois la fierté de leurs propriétaires sont maintenant montrées du doigt et vilipendées. L’heure est à l’enherbement et au labour, les adventices ne sont pas toutes des herbes folles… »

 

Le 1er janvier 2017, les produits phytosanitaires seront interdits dans les parcs et jardins, promenades, forêts et autres voiries publiques. Bizarrement les cimetières sont exclus, les gisants ne peuvent pas protester.

 

Donc, cantonniers tous à vos binettes, débroussailleuse et huile de coude pour éradiquer les mauvaises herbes, les communes françaises doivent trouver une alternative aux pesticides dans l’entretien de leurs espaces verts, avec l’interdiction de ces produits dans l’espace public.

 

« C’est un peu une révolution culturelle dans le pays du jardin à la française, où tout est net et où pas une herbe ne dépasse. On pensait un petit coup de pulvérisateur et c’était fini », remarque Yann Lemoigne, directeur du service des techniques végétales à la mairie de Clermont-Ferrand

 

Le Sénat a voté le 10 juillet un amendement au projet de loi sur la transition énergétique qui fixe au 1er janvier 2019 la date à laquelle la vente des pesticides sera interdite aux particuliers. Cette interdiction était déjà prévue par la loi Labbé de février 2014 mais avec une application prévue en 2022.

 

« Les particuliers qui font usage de pesticides bénéficient rarement d'un niveau d'information suffisant concernant la dangerosité des produits qu'ils épandent, et ils ne bénéficient pas comme les professionnels d'une formation adaptée concernant les dosages et l'usage des équipements de sécurité nécessaires », justifient les sénateurs écologistes à l'origine de cet amendement. Ces derniers précisent que les pesticides utilisés en zones non agricoles représentent 7% (dont 6% en jardins particuliers) des substances actives phytosanitaires utilisées en France.

 

Mais moi dans le fin fond de ma Vendée crottée, patrie du bocage profond, des chemins creux, j’ai vécu la hantise des mauvaises herbes des paysans. Biner les betteraves sous le soleil n’était pas une sinécure. C’était le travail des femmes.

 

Lorsqu’il fallait pour les femmes : « allez aux champs » c’est-à-dire se coltiner des travaux pénibles : bêchage, sarclage, repiquage ou vendanges… en pleine chaleur la quichenotte s’imposait comme indispensable couvre-chef afin de ne pas attraper une insolation.

 

Reste que l’ennemi public n°1 c’était le chiendent.

 

Ha ! Le chiendent de ma jeunesse, celui des champs, proliférant, envahissant, quasi-indestructible, qui faisait écrire à un auteur que « La brave matrone, ne se tint point rigueur d'avoir laissé ses propres enfants pousser comme du chiendent. »

 

symbolisé par la brosse aux poils durs qui servait aussi bien à Alida la laveuse pour décrasser le linge ou l’essorer au lavoir, qu’à brosser les vaches et les bœufs du pépé Louis…

 

« Dans la cuisine aux volets clos, il entendit sa femme qui frottait le parquet avec une brosse de chiendent. »

 

Aymé, La Jument verte, 1933, p. 42.

 

 

« Les brosses à chiendent (ou brosses en chiendent, brosses de chiendent) sont d'usage courant. Cette fibre naturelle a résisté à la pression des fibres artificielles. Elles sont suffisamment rigides pour gratter et décrotter, et suffisamment souples pour ne pas rayer les objets ou blesser la peau.

 

Et pourtant, la nature botanique de leurs poils est inconnue ! Pratiquement aucun ouvrage récent ne précise l'origine et l'histoire de ces objets si communs.

 

« Il semble s'agir de racines ou de rhizomes d'une Gramineae. Leur forme tordue indique que ce ne sont ni des chaumes ni des ramifications de panicules. Il serait intéressant de savoir quelle est la source actuelle. Il doit y avoir quelque part une filière de collecte et de transformation de ces fibres. »

 

Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

 

Chiendent (Vergettier.)

 

Les Vergettiers le dépouillent de son écorce en le liant en paquets, & le foulent sous le pié. Ce frottement le sépare en peu de tems de ses rameaux.

 

Ils en distinguent de deux espèces :

 

  • du gros, qu'ils appellent chiendent de France;
  • du fin, qu'ils appellent barbe de chiendent.

 

Le gros, ce sont les rameaux les plus longs et les plus forts, ce qui sert de pié au chiendent. Le fin ou doux, ce sont les rameaux les plus fins, et les extrémités des branches.

 

Ils séparent ces parties, les mettent de longueur et de sorte font des vergettes.

 

Vergette, s. f. en terme de Vergettier, est un ustencile de ménage qui sert à nettoyer les meubles et les habits. On lui donne encore le nom de brosse, qui pourtant ne signifie pas tout à fait la même chose que vergette ; mais comme il est d'usage presque par tout de confondre ces deux termes, nous ne les séparerons point, et nous n'en ferons ici qu'un article.

 

Il se fait des vergettes de plusieurs matieres, de diverses formes, et pour differens usages. On y employe de trois sortes de matieres, de la bruyere, du chiendent et du poil, en soie de sanglier, qu'on tire de Moscovie, d'Allemagne, de Lorraine, de Danemarck. Voyez ces trois matieres differentes chacune à leur article.

 

Il y en a de rondes, de quarrées, sans manche, à manche, de doubles et même de triples; quelques-unes sont garnies d'une manicle, à l'usage des cochers; d'autres d'une courroye de pié, à l'usage des frotteurs; enfin il y a des brosses à decroter de deux especes; celles de la premiere espece sont les plus fortes et les plus courtes, et se nomment proprement décrotoires, les autres sont les plus fines; les plus douces, ont le poil plus long, et se nomment polissoires.

 

De toutes ces vergettes, il y en a qui servent de peigne pour la tête aux enfans, ou de ceux qui se sont fait raser les cheveux. Celles - ci aux habits, aux meubles; celles-là pour panser les chevaux, nettoyer les carrosses et frotter les planchers; enfin, il y en a aussi qui servent pour balayer, et qu'on appelle pour cela balais de poil.

 

De toutes ces vergettes, il n'y a que celles pour la tête des enfans, qu'on fasse d'une maniere différente de celle des autres qu'on fabrique toutes de cette facon. En pliant le poil en deux et en le faisant entrer à force, par le moyen d'une ficelle qui prend le poil au milieu, dans des trous d'une petite planche de hêtre mince, sur laquelle cette ficelle se lie fortement. Quand tous les trous sont remplis, on coupe la soie égale et unie avec des gros ciseaux, ou des forces.

 

Symbole de la mauvaise herbe par excellence,l’ Elytrigia (ou Agropyron) repens, ou chiendent rampant, est une plante herbacée vivace de la grande famille des graminées, aujourd'hui dénommées poacées (d'après le genre Poa : les paturins). Il a de nombreux cousins qui lui ressemblent, mais c'est lui, que l'on appelle aussi chiendent officinal, qui est, de loin, le plus répandu. Il doit son nom vernaculaire au fait que les chiens - de même que les chats et de nombreux animaux sauvages - mangent ses feuilles pour se purger. Utilisés depuis très longtemps en médecine naturelle, ses rhizomes, en infusion ou en décoction, ont un effet diurétique reconnu.

 

La suite ICI 

 

J’en ai fini avec mes élucubrations vendéennes qui n’étaient qu’amuse-bouche pour vous inciter à lire dans le dernier numéro de LeRouge&leBlanc de l’article très fouillé et sérieux de Sonia Lopez Calleja sur le grand retour de l’herbe dans les vignes.

 

Le titre n’est pas très sexy : Enfin, l’herbe revient mais le contenu a le grand mérite de traiter cette question avec une forme d’objectivité louable même si le cœur de Sonia penche pour l’enherbement.

 

J’ai tout lu.

 

Mais comme je ne suis pas, contrairement à Sonia, un type sérieux, ce que j’ai retenu c’est qu’Olivier de Moor utilisait un Rolofaca® pour rouler son herbe. Moi aussi j’ai une petite machine pour faire mes roulées.

LES PLANS DU ROLOFACA "BUZUK" EN LIGNE !
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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 06:00
Il faisait lent presque indolent, le temps s’en allait nonchalant, le patron a dit ce coup-là, c’est ma tournée vous prendrez quoi ?

Hier matin j’étais un peu triste, je pensais à tous ceux, connus et inconnus, pour qui 2016 fut le dernier millésime.

 

Alors va pour 2017 !

 

« Elle est pas belle, la vie ? »

 

« Il faisait bon, il faisait beau

Un grand soleil brillait là-haut

À l’aise dans nos espadrilles

On regardait passer les filles

Je ne sais pas très bien pourquoi

On était content d’être là

Il faisait beau, il faisait bon

Le patron a dit je suppose

Que vous reprendrez la même chose

Il faisait drôle il faisait doux

Le fond de l’air était voyou

Je ne sais plus trop qui a dit

Elle est pas belle la vie ?

 

Il faisait chaud presque trop chaud

Et le soleil ce grand salaud

Nous faisait suer dégouliner

On était tout déshydraté

Je ne sais pas très bien pourquoi

On était content d’être là

Il faisait lent presque indolent

Le temps s’en allait nonchalant

Le patron a dit ce coup-là

C’est ma tournée vous prendrez quoi ?

Il faisait tendre jamais trop tendre

Je ne sais plus trop qui a dit

Elle est pas belle la vie.

 

Il faisait nuit, il faisait tard

Le grand soleil comme par hasard

Comme un lâcheur, un dégonflé

Depuis longtemps s’était couché

Je ne sais pas très bien pourquoi

On était content d’être là

Il faisait vague, il faisait flou

Pas les yeux en face des trous

Mais le patron a dit du coup

Vous pourriez p’tète’ rentrer chez vous

Il faisait nuit, il faisait frais

On a voulu se réchauffer

Était-ce toi ? Était-ce moi ?

Moi dans tes bras, toi dans mes bras

Je ne sais plus trop qui a dit

Elle est pas belle la vie ?

 

       - Si.

 

François Morel

 

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 06:00
« Le président Mao a marché dans toute la Chine et les paysages sont devenus beaux » l’épopée du petit livre rouge.

Vous allez me dire qu’en ces derniers jours de l’année au lieu de dresser le palmarès des meilleures bulles, d’accorder les mets avec les grands vins que le monde nous envie, de vous conseiller sur les bons verres, sur la température de service des vins, le carafage, le boudin blanc, la poularde, la bûche et comment placer les invités à table, j’exhume de la naphtaline l’ouvrage culte de 泽东 Máo Zédōng.

 

Pour plein de mauvaises et de bonnes raisons.

 

La première c’est que je n’ai jamais, comme beaucoup d’anciens 68 hard, vénérer le Grand Timonier. Et pourtant, alors que je grandissais en âge et en sagesse au Bourg-Pailler, sur le transistor j’écoutais Radio Pékin. Je trouvais ça exotique cette voie métallique qui débitait des phrases longues comme des jours sans pain auxquelles je ne comprenais rien. La Chine ça ne faisait rêver, j’ai toujours été en avance (chevilles) et je pris ma plume pour demander à Radio Pékin de me trouver un correspondant chinois.

 

À partir de là la factrice Odette m’apportait chaque semaine de lourdes enveloppes en papier kraft frappé de l’emblème de la Chine Populaire. Mes parents n’y trouvèrent rien à redire, je continuais de servir la messe et on pouvait me donner le bon Dieu sans confession. Je ne lisais presque rien du Pékin Information et des multiples brochures rouges bien sûr de cette littérature mais je me sentais comme une sorte d’élu. Sauf que, un beau jour mon père fut alpagué par l’adjudant-chef commandant la gendarmerie de la Mothe-Achard qui s’inquiétait de savoir si le chef-lieu de canton n’abritait pas un Rouge. Mon père le rassura en lui disant qu’à 12 ans je ne menaçais pas la République. Efficacité du renseignement de proximité, de nos jours j’aurais été fiché S et assigné à résidence.

 

En mai 68, dans la myriade des groupuscules gauchistes, les Mao-Spontex étaient les pires. Nos contacts furent essentiellement physiques, de vraies batailles rangées.

 

«Les maîtres de la Chine-rouge-pour l’éternité n’aimaient pas La Cause* (ou plutôt les bureaucrates qui s’occupaient de ces affaires subalternes dans un recoin de la Cité interdite) : ils y voyaient non sans raison un ramassis d’irresponsables anarchisants susceptibles de gêner leurs négoces avec la France du président Pompe. Et ce n’était pas l’ambassade d’Angelo* qui risquait de les faire changer d’avis. Ils avaient commencé par l’expédier d’autorité chez le coiffeur, ils lui trouvaient les cheveux trop longs. Angelo avait eu beau protester, il avait dû se laisser détourer les oreilles. Puis devant le maréchal Lin Piao, le dauphin de l’époque, il avait détaillé son plan qu’il avait conçu d’établir dans le périmètre Saint-Jacques-Soufflot-Sainte-Geneviève-Saint-Germain une Commune insurrectionnelle étudiante et lycéenne défendue par les armes. Cela fait beaucoup de saints avait juste observé ce maréchal à tête de valet de comédie qui allait quelques années plus tard se désintégrer dans le ciel mongol. On avait finalement introduit Angelo, au sein d’une délégation « d’amis occidentaux», devant le Soleil rouge incarné : boudiné dans la toile kaki, ses petits pieds chaussés de vernis noirs croisés entre les dragons de bois-de-fer de son trône, le despote verruqueux portait à sa bouche, de cette petite main rose et comme bouillie qui avait si fort impressionné Malraux, d’incessantes cigarettes blondes. De l’autre il se tripotait nonchalamment la braguette. Le vieux Minotaure venait sans doute d’honorer une des lycéennes qu’il se faisait livrer »

 

Olivier Rolin « Tigre en papier »

 

* Angelo pseudo d’un mao de la GP délégué à Pékin lors d’un Congrès quelconque pour représenter les peuples soutenant la ligne chinoise contre la ligne soviétique

 

Histoire du petit livre rouge

Pascale NIVELLE

« Best-seller international, le petit livre rouge a été imprimé à plus d’un milliard d’exemplaires. Ce recueil de citations de Mao est rapidement devenu le manifeste de la Révolution culturelle et un objet de culte aussi bien en Chine que pour les maoïstes occidentaux.

Apparu en 1964, les Citations du président Mao Tsé-toung, bréviaire inspiré des discours ou des oeuvres du fondateur de la République populaire, est d’abord conçu comme un outil d’éducation politique pour l’armée, puis devient l’« arme spirituelle » des gardes rouges et le manuel de vie de 700 millions de Chinois. En Europe, il séduit une partie des intellectuels, les « maos » français de Mai 68, qui le rebaptisent « petit livre rouge » et en font le talisman de leur propre « révolution », ignorants les atrocités commises par le régime chinois.

Cinquante ans après le début de la Grande Révolution culturelle prolétarienne et quarante ans après la mort de Mao Zedong, la journaliste Pascale Nivelle raconte l’épopée de cette petite bible en vinyle rouge vif qui a été, de Pékin à Paris, le coeur d’une immense et folle passion collective. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce livre passionnant je souhaite extraire, pour leur rendre hommage, l’aventure du couple Claudie et Jacques Broyelle emblématique de la mouvance maoïste française, qui travaillait comme traducteurs à mon Pékin Information.

 

Lui, normalien, prochinois historique, fondateur de l’UJC-ML (Union des Jeunes Communistes marxistes-léninistes)

 

Elle, a écrit un livre à la gloire des Chinoises émancipées, La Moitié du ciel.

 

« Leur boulot consiste à mettre en bon français les traductions de leurs collègues chinois pour Pékin Information.

 

Ils déchantent assez vite. A plupart des articles exportés sont tirés du Quotidien du Peuple, principal organe en langue de bois du Parti. Au siège du journal, raconte Jacques Broyelle, il règne « un culte quelque peu exagéré de la division du travail ». Il décrit un cycle bureaucratique kafkaïen : chaque traduction nécessite une dizaine d’opérations enchaînées les unes aux autres, sans aucune coopération entre les six ou sept personnes qui travaillent dans l’unité française. Procédé qui qui entraîne « le désintérêt absolu des travailleurs », note le normalien coincé dans la chaîne, et la « multiplication des personnes inutiles ». Tout cela, expliquera-t-il plus tard, pour produire « des articles d’une monotonie éternellement triomphaliste ».

 

« Les traducteurs n’ont aucune marge de manœuvre. Ils sont obligés de piocher dans un énorme fichier d’expressions toutes faites, auxquelles il ne faut pas enlever un tiret ou une majuscule. Tel le bloc « Notre Grand Dirigeant le président Mao » ou le triptyque sacré « ouvriers-paysans-soldats ».

 

[…]

 

« Même aliéné par la propagande, même anesthésié par une situation matérielle confortable qui tranche avec celle des années de militantisme parisien, et même aveuglé par sa propre foi, Broyelle a encore quelques réflexes. Un jour, il voit passer la phrase « le modernisme, le fauvisme, le rock’n’roll et le strip-tease dominent dans les pays occidentaux pour la plus grande corruption des peuples ». À envoyer tel quel à Paris et dans toute l’Afrique francophone. Cette fois, le normalien proteste, oubliant d’y mettre les formes : « cette analyse est surtout la preuve de l’ignorance du rédacteur, elle exhale un chauvinisme assez malvenu. » Que n’a-t-il dit ! L’article en question a été dicté à un quotidien chinois par Jiang Qing en personne ! On ne touche pas à madame Mao. « Ce fut une affaire d’État a raconté Jacques Broyelle en 1977, deux ans après être rentré (traumatisé) de Chine.»

 

Ainsi allait le monde au temps où j’étais un jeune homme monté à Paris et je ne résiste pas à vous proposer la lecture d’un texte féroce sur une figure emblématique de ces années-là :

 

Serge July : l'ex-gros timonier de Libé

 

« Pour le gouvernement des hommes, le maoïsme est un machiavélisme au nom du prolétariat ; son modèle, celui de la Révolution culturelle, consiste, comme Mao le fit en son temps, à faire tuer les uns (la vieille garde, le « Quartier Général ») par les autres (les Gardes Rouges) dans une révolte instrumentalisée ; car le timonier secret tire les marrons du feu de ces révolutions manipulées. Tu as toujours fonctionné ainsi.

 

Autrefois, du temps du gauchisme, tu flottais entre l’anarchisme du «Mouvement du 22 mars» fondé par Cohn-Bendit et le stalinisme maoïste, ne sachant plus duquel tu étais l’agent double au sein de l’autre. À Libération, tu n’as jamais imposé une « ligne » ; en ce sens tu n’es pas un sectaire ni un dogmatique. Plus exactement, les problèmes de ligne, de fond, t’indiffèrent. Tu cherches surtout le pouvoir ; mais pas le pouvoir qu’on acquiert par la conviction ou l’énergie mise à exprimer des idées, le pouvoir qui demeure quand toutes les idées se sont envolées. Tu n’as pas vocation de dictateur ou de chef, mais tu sais te rendre aussi nécessaire que la souche aux grenouilles qui veulent un roi ; et c’est l’exacte histoire de ta montée en puissance au sein de Libé.

 

Tu es une souche, plus qu’un capitaine ; tu as compté, plus que sur ton énergie, sur la fatigue des autres. Après avoir poussé les clans les uns contre les autres, les avoir éliminés l’un par l’autre, la souche s’est révélée crocodile. À force de démissionner, il n’est resté que toi. Ta durabilité, c’est d’abord de compter sur la lassitude des passions ; tu as su faire l’œil du cyclone. Et c’est ainsi que le pouvoir t’es revenu, plus que tu ne l’as conquis »

 

Guy Hocquenghem « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary » publié en 1986 – l’auteur est mort 2 ans après du SIDA

 

 

 

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:00
dessin de Côté, Le Soleil, Québec

dessin de Côté, Le Soleil, Québec

Les Innocents d'Alep, du Yémen, et de tous les pays en guerre...

 

Mon long passé d’enfant de chœur m’a permis de bien connaître et de pratiquer le calendrier liturgique : les rogations, le lavement des pieds le jeudi-saint, la fête Dieu, la messe de Minuit… etc. mais une date m’a profondément marqué : le 28 décembre qui « fête » le massacre des Saints Innocents.

 

En dépit de mes mauvaises pensées, que j’omettais d’avouer en confession, je me vivais comme un innocent et, comme on nous mettait en permanence sous le nez de futurs saints martyrisés dans des conditions atroces, j’en rêvais la nuit. Aucune horreur ne nous était épargnée alors que nous entamions sans le savoir un long épisode de paix dans notre pays.

 

Pourquoi les nommait-on des Innocents ?

 

3 raisons :

 

  • Innocents en raison de leur vie, parce qu’ils ont eu une vie innocente, c’est-à-dire n’ont pu, de leur vivant, nuire à personne. 

 

  • Innocents en raison de leur martyre, parce qu’ils ont souffert injustement et sans être coupables d’aucun crime.

 

  • Innocents en raison des suites de leur mort, parce que leur martyre leur a conféré l’innocence baptismale, c’est-à-dire les a purifiés du péché originel.

 

La dernière m’a toujours plongé dans une incompréhension abyssale.

 

Voici l’histoire :

 

« Les mages vinrent à Jérusalem, s’informant de la naissance du nouveau roi que leur annonçaient les présages. Et Hérode, en les entendant, craignit que, de la famille des vrais rois de Judée, un enfant ne fût né qui pourrait le chasser comme usurpateur. Il demanda donc aux rois mages de venir lui signaler l’enfant royal dès qu’ils l’auraient trouvé, feignant de vouloir adorer celui qu’en réalité il se proposait de tuer.

 

Mais les mages s’en retournèrent dans leur pays par une autre route. Et Hérode, ne les voyant pas revenir, crut que, honteux d’avoir été trompés par l’étoile, ils s’en étaient retournés sans oser le revoir ; et, là-dessus, il renonça à s’enquérir de l’enfant. Pourtant, quand il apprit ce qu’avaient dit les bergers et ce qu’avaient prophétisé Siméon et Anne, toute sa peur le reprit, et il résolut de faire massacrer tous les enfants de Bethléem, de façon que l’enfant inconnu dont il avait peur pérît à coup sûr.

 

Mais Joseph, averti par un ange, s’enfuit avec l’enfant et la mère en Égypte, dans la ville d’Hermopolis, et y resta sept ans, jusqu’à la mort d’Hérode. Et Cassiodore nous dit, dans son Histoire tripartite, qu’on peut voir à Hermopolis, en Thébaïde, un arbre de l’espèce des persides, qui guérit les maladies, si l’on applique sur le cou des malades un de ses fruits, ou une de ses feuilles, ou une partie de son écorce. Cet arbre, lorsque la sainte Vierge fuyait en Égypte avec son fils, s’est incliné jusqu’à terre, et a pieusement adoré le Christ. »

 

Qui donc était cet Hérode ?

 

« Les Innocents ont été mis à mort par Hérode d’Ascalon. L’Écriture Sainte cite en effet trois Hérode, fameux tous trois pour leur cruauté. Le premier est appelé Hérode d’Ascalon : c’est sous son règne qu’est né le Seigneur et qu’ont été mis à mort les Innocents. Le second s’appelle Hérode Antipas : c’est lui qui a ordonné la décollation de saint Jean. Enfin le troisième est Hérode Agrippa, qui a mis à mort saint Jacques et a fait emprisonner saint Pierre. »

 

Seul l'évangéliste saint Matthieu (Matthieu 2, 16-18.) raconte l'épisode du massacre des Saints innocents que l'Eglise célèbre le 28 décembre.

 

« Même si ce massacre n’est pas certain historiquement, la folie paranoïaque d’Hérode est, elle, incontestable. Ce genre de projet lui ressemble, lui qui fit assassiner son épouse et plusieurs de ses enfants. Le passage est inséré au coeur de l’épisode de Jésus en fuite avec ses parents en Égypte. Il rejoint ainsi l’événement fondateur du Peuple élu : le massacre orchestré par Pharaon (Exode 1-2). La clé du récit est là. L’enfant Jésus échappe à la mort, comme le fut l’enfant Moïse sauvé par Dieu en vue de sa mission.

 

Le massacre des innocents annonce ainsi le massacre de l’Innocent, dont le don sauvera définitivement le Peuple. Jésus, le nouveau Moïse, accomplit ainsi les Écritures. En citant Jérémie 31,15, Matthieu fait allusion à d’autres événements douloureux et violents vécus par le Peuple de Dieu. Rachel, la « mère » des tribus du nord d’Israël, pleure ses fils et ses filles déportés par les Assyriens. C’est de Rama (l’un des lieux probables, avec Bethléem, du site de la tombe de Rachel) que les tribus du Sud partirent pour Babylone lors de l’Exil (Jérémie 40, 1). Des premiers moments de l’histoire d’Israël jusqu’à la naissance du Messie, la violence frappe. »

 

La violence !

 

Et Dieu dans tout ça ?

 

Comment me convaincre qu’il est innocent de ces carnages ?

 

Me persuader qu’il se met toujours du côté des violentés, solidaires de ceux qui souffrent et leur offrant le Salut.

 

 

 

Le massacre des Saints innocents le 28 décembre…
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