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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 06:00

 

Sans me vanter j’ai du nez, à la veille de la commémoration du 10 mai 1981, 40 ans déjà, certes Tonton n’est pas Napoléon, il a ses grognards, mais nous commémorons beaucoup dans notre vieux pays.

 

Du côté de ce qui reste du PS, le dimanche 9 mai, au Creusot, la Fondation nationale des élus socialistes et républicains, la Fneser, a organisé de son côté  une journée consacrée à l'héritage de l'ancien chef de l'État socialiste. François Hollande a été invité par les organisateurs à prononcer un discours, annoncé comme très politique. Outre cette intervention de l'ex-chef de l'État, plusieurs tables rondes sont prévues pour cette commémoration « officielle », avec ou en présence de personnalités telles que les anciens ministres Bernard Cazeneuve, Jean Glavany, Lionel Jospin, Pierre Joxe, François Rebsamen, Jean-Pierre Sueur mais aussi la maire PS de Paris Anne Hidalgo, potentielle candidate socialiste en 2022 ou encore Anne Lauvergeon, Béatrice Marre, Gilbert Mitterrand...

 

Francois Hollande avec Lionel Jospin, Anne Hidalgo au Chateau de la Verrerie au Creusot

 

Du côté du maigre côté gauche de Macron celui-ci va réunir tous les anciens collaborateurs de Mitterrand, en guise d'hommage. L'événement ne figure pas à l’agenda d'Emmanuel Macron. Ni hommage officiel ni message prévu, à l’occasion du quarantième anniversaire de l’élection de François Mitterrand. Néanmoins, d’ici à deux semaines, Emmanuel Macron organisera à l’Élysée « un moment de convivialité », dans le respect des règles anti-Covid, pour réunir tous les anciens collaborateurs des deux septennats de Mitterrand (1981-1995). Le service RH de la présidence a ressorti les listes, cela représente une centaine de noms.

 

Les cartons d’invitation sont prêts à partir : Jacques Attali, Ségolène Royal, Jean-Louis Bianco... En revanche, pour l’anecdote, pas de trace d'un certain François Hollande dans les fichiers.  En 1981, il était pourtant chargé de mission à l’Elysée.

 

les vieux éléphants ressassent le passé mitterrandien  ICI

 

En Taulier peu porté sur les hommages aux anciens combattants des guerres politique j’ai choisi de rappeler aux Français encore confinés que le premier estampillé socialiste aux commandes de la France fut Léon Blum

 

Le 13 février 1936, la voiture de Léon Blum est attaquée par des nationalistes d’extrême droite à sa sortie de la Chambre des députés. « À mort Blum ! » hurle la foule. Il est roué de coups et n’évite le lynchage que grâce à l’intervention de la police et de passants qui ont accouru. Trois mois plus tard, la France se donne, en toute connaissance de cause, un président du Conseil juif et socialiste. On est là au cœur de la grandeur et du mystère français.

 

Frédéric Salat-Baroux : « Léon Blum incarne l’idéal de justice »

Frédéric Salat-Baroux : « Léon Blum incarne l’idéal de justice » 

 

- Vous êtes gaulliste, vous avez été le bras droit de Jacques Chirac, dont vous avez épousé la fille, Claude. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur l’homme du Front populaire, une icône de la gauche ?

 

Pour moi, la République est un bloc constitué de valeurs issues de la droite et de la gauche. Après avoir écrit sur de Gaulle, il m’a semblé naturel, nécessaire de mieux comprendre Blum et ce qu’il incarne : l’idéal de justice, l’importance de la culture comme ciment d’une nation.

 

La suite ICI 

 

Frédéric Salat-Baroux livre une biographie sensible de Léon « Blum le Magnifique »

 

Comment se forge un destin ?

 

Il y a un « mystère Léon Blum », écrit Frédéric Salat-Baroux, et c’est le cœur de ce livre consacré aux années de formation de l’homme du Front populaire. L’ancien secrétaire général de l’Elysée (sous Chirac) raconte les ambiguïtés, les fragilités aussi, de cet « homme double » ayant longtemps privilégié la littérature et l’amour plutôt que le pouvoir. L’affaire Dreyfus, d’abord, puis la mort de Jaurès le conduiront à la politique. En filigrane, Salat-Baroux peint le portrait d’une époque, bouleversée par le triomphe du capitalisme et la montée de l’antisémitisme, avant la guerre qui vient.

 

Tout au long du livre, l’auteur laisse filtrer une discrète tendresse pour son sujet dans lequel, on le sent, il semble parfois se retrouver. Il le cache à peine d’ailleurs, quand il décrit cet homme « mince, de haute stature », au « regard tout de douceur, un peu perdu », travaillé par une « lave intérieure » et plus de « frustrations » qu’on ne le croit. Blum fut aussi, un siècle avant lui, commissaire du gouvernement au Conseil d’Etat.

 

Blum le Magnifique

Léon Blum, les lettres avant l’Etat

 

 

 

LIVRES

 ABONNÉ

La passionnante biographie de Frédéric Salat-Baroux raconte l’itinéraire d’un leader socialiste français écartelé entre sa passion de l’écriture et celle de la politique. Avec Jean Jaurès en modèle.

Richard Werly

Publié vendredi 7 mai 2021

«Pourquoi le Conseil d’Etat ?

À première analyse, il s’agit d’une évolution assez logique du parcours que Léon Blum a voulu se construire en refusant de choisir entre le monde des lettres et la vie professionnelle.» Frédéric Salat-Baroux est un haut fonctionnaire, ancien secrétaire général de la présidence sous Jacques Chirac. Conseiller d’Etat lui-même, il connaît par cœur, place du Palais-Royal, «ce long couloir de bois verni et de tapis rouge qui mène à la salle de l’Assemblée générale» de la plus haute institution juridique française, «sorte de cathédrale de la République». Voilà sans doute pourquoi sa biographie Blum le magnifique donne au lecteur cette impression de proximité. Le leader socialiste français (1872-1950), l’homme du Front populaire, n’y est pas seulement dépeint sous l’angle de la politique et du pouvoir. C’est l’intellectuel Blum qui, sous sa plume, apparaît comme magnifique.

Deux éléments, à eux seuls, justifient de se plonger dans ce récit assez court (240 pages), dont les racines plongent dans la jeunesse de Léon Blum, en pleine affaire Dreyfus (1894-1906). Le premier est le goût de l’auteur pour l’itinéraire personnel de celui qui deviendra l’un des ténors du socialisme européen. Etre un jeune homme juif, prix du concours général de philosophie, dont l’ambition est de servir la République, devient, alors que «l’affaire» fait rage, une charge très lourde à porter. «Je suis né à Paris, Français de parents français […] Mon père est né dans un village d’Alsace, Westhoffen, il y a maintenant plus d’un siècle, de parents français», écrira Léon Blum dans Le Populaire, en 1938, en réponse aux odieuses allégations de Charles Maurras le traitant de «juif allemand naturalisé».

 

L’intelligence de Frédéric Salat-Baroux est de dresser, en même temps que la jeunesse de Blum, l’arrière-plan de cette France où «les juifs sont une forme d’harmonie intérieure car ce pays, qui fonde la Nation sur l’adhésion à des valeurs, ne les oblige pas à mettre en balance cette fidélité à leur appartenance et la fidélité à leur religion».

 

Le second élément mis en avant par Frédéric Salat-Baroux est l’amour de Blum pour la littérature et le théâtre. Ce combattant politique dont Jean Jaurès est d’abord le modèle nourrit une «passion de la littérature qui répond à une double aspiration; un désir d’assimilation propre à tant de juifs européens de l’époque et une volonté de rupture avec l’ordre établi». Voici Blum au théâtre, dans les couloirs de l’imprimerie de L’Humanité, ce journal fondé par ce Jaurès qu’il dit être frappé «par le sceau du génie». Blum admire le lutteur chez Jaurès, mais aussi sa profonde connaissance historique de la France. Il a trouvé un maître, dans tous les sens du terme.

Pour L’Humanité, il tient une chronique littéraire à connotation sociale. Solidaire, il cotise lorsque la survie économique de ce journal (déjà) est menacée. La presse, parce qu’elle est indissociable de l’action, est son terrain de jeu littéraire: «Je suis critique de profession et, j’ose dire, de vocation», écrit-il en 1913. Un projet de roman est abandonné. Deux pièces de théâtre sont inachevées. «Blum avait fait le choix de mêler critique et militantisme socialiste», raconte Frédéric Salat-Baroux.

Prince des artistes

Les contours d’un homme peuvent être tracés par les mots qu’il écrit. Ce sera le cas de Léon Blum tout au long de sa vie. Salat-Baroux a retrouvé ses écrits. Il a lu Blum lorsqu’il écrit sur Goethe, prince des artistes. Il s’est penché sur ses lettres d’amour pour les deux femmes qui marqueront sa vie, côte à côte, en parallèle, son épouse Lise et sa maîtresse Thérèse. Les batailles politiques et la «naissance d’un chef» ne sont pas oubliées dans ce livre d’un biographe clairement sous le charme de son personnage. Léon Blum est vivant lorsque Frédéric Salat-Baroux nous le dépeint, entre théâtre, livres et journaux. L’évocation du Front populaire, puis de la Seconde Guerre mondiale ponctue évidemment l’ouvrage. Ce Léon Blum plongé dans l’écriture apparaît tel que Jaurès: doté d’une immense humanité.

 

 

 

 

Les multiples vies de Léon Blum

Brillant normalien, héritier de Jaurès, captif des Nazis... Deux précieux ouvrages explorent toutes les facettes de la grande figure du Front populaire.

Par 

Publié le 06 juin 2016

 

 

Léon Blum. Un portrait, de Pierre Birnbaum, Seuil, 264 p., 20 €.

Léon Blum. Le socialisme et la République, d’Alain Bergounioux, Fondation Jean-Jaurès, 149 p., 6 €.

Léon Blum (1872-1950) fut sans doute le plus haï et attaqué des hommes politiques français. On sait que le 6 juin 1936, alors même qu’il venait de présenter à la Chambre le programme de son gouvernement de Front populaire, il fut injurié par le député Xavier Vallat qui monta à la tribune pour le disqualifier en tant que juif. Quatre mois plus tôt, Blum avait failli être lynché en pleine rue. Sous l’Occupation, c’était presque quotidiennement qu’une presse abjecte le prenait pour cible. Dans le beau livre qu’il lui consacre, Pierre Birnbaum restitue l’antisémitisme virulent qui accompagna l’action et la vie de ce « juif d’Etat » venu à la politique et au socialisme au temps de l’affaire Dreyfus.

 

Mais il montre que la judéité de Blum ne se réduit pas à ces vilenies : cette identité qu’il ne renia jamais, sans non plus l’opposer à un parfait patriotisme républicain, explique également son attention et son soutien au projet sioniste jusqu’à la ­naissance de l’Etat d’Israël, en 1948, ­révélant par là « l’intensité d’un engagement largement ignoré par l’historiographie ».

 

Multiples vies

 

Ce n’est en réalité que l’une des facettes ici renouvelées par le recours à de nombreux documents inédits. L’auteur propose un portrait complet, vivement rythmé, éclairant les multiples vies de Léon Blum : le brillant normalien devenu dandy stendhalien, le conseiller d’Etat à l’impeccable culture juridique, le socialiste lucide, en héritier de Jaurès, sur la « cruauté » bolchevique, le captif de Vichy et des nazis, enfin, à l’humanisme inentamé au retour de Buchenwald.

 

Et pour qui veut lire la pensée souple et convaincue de Blum dans le texte, il faut se reporter au précieux petit livre d’Alain Bergounioux. Outre un portrait politique bref mais précis et bien pensé, il donne de très larges extraits de quatre grandes allocutions de Blum : son discours d’investiture de 1936 déjà mentionné, celui de 1920, au congrès de Tours, où il s’oppose à la bolchevisation du Parti socialiste, ses réponses aux juges lors du procès de Riom le 11 mars 1942, et, enfin, son ultime prise de parole désenchantée lors du congrès de la SFIO en 1946 au cours duquel il fut mis en minorité, longue méditation sur le difficile exercice du pouvoir « dans les cadres du régime capitaliste ».

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 08:00

 

Marie avait dû différer son départ pour Yeu afin de régler son dossier universitaire. Elle ignorait que je m'y trouvais déjà. Au téléphone je lui racontais des bobards. Officiellement je faisais la moisson avec mon père ce qui expliquait que je ne pouvais la joindre que tard dans la soirée. Il n'empêche que je piaffais d'impatience. Pour me calmer, sous la lune, j'allais en compagnie d'Achille, me jucher sur l'une des tours du vieux château, face à l'océan et j'échafaudais le scénario de notre première journée ensemble sur l'île. J'avais prévenu Jean : je m'octroyais un jour de congé. Ce vieux gauchiste avait ronchonné, sans doute un peu jaloux de cette future rivale. Nos journées étaient bien remplies, l'affaire tournait bien. Mon plan de rigueur, suite à l'incident des enchères, portait ses fruits. Nous allions pouvoir de nouveau claquer un peu de fraîche. Je me découvrais expert dans le maquillage de comptes, je ne savais pas que ça me servirait dans une autre vie, plus glauque. Ce que je préférais dans notre turbin c'était chiner et livrer. La chine c'est l'art d'enfumer le gogo, de lui faire accroire que certaines de ses petites merdes ont de la valeur, de bien les payer, pour mieux le rouler dans la farine en y incluant la seule pièce de valeur. Jean, à qui on avait toujours envie de donner deux balles pour qu'il se fringue en un peu mieux qu'une cloche, était un maître. Je me délectais, surtout chez les vieilles peaux permanentées.

 

Pour les livraisons ce qui me fascinait c'était les intérieurs de nos clients. Je découvrais, chez ces gens-là, l'extrême élégance du beau niché derrière les modestes façades chaulées des petites maisons îliennes. Loin de l'ostentation des villas de la Baule, cette gentry de gens fortunés, cultivait le simple et le bon goût. Jean excellait là aussi. Nous passions des heures à converser avec eux, autour d'un verre de Muscadet ou de Gros Plant. Jean était des leurs. Moi, à chaque visite, je n'arrivais pas à sonder la profondeur du fossé culturel qui nous séparait. C'était affreux, j'étais un ignare. Déjà, avec le père de Marie, face à ses toiles, en l'écoutant, je me sentais nu, mal équarri, un fils de paysan. En d'autre temps, c'est-à-dire avant l'irruption de Marie dans ma vie, je me serais rué sur des livres. Je me serais goinfré. J'aurais bachoté. Gavé comme un canard gras j'aurais pu étaler ma culture fraîche. Là, à ma grande stupéfaction, j'écoutais. Je m'imprégnais. Après dîner, en sirotant des bières, Jean, avec force de digressions, ajoutais des couches aux strates du jour. Parfois, au téléphone, avec Marie, je devais réfréner mon envie de lui parler de mes découvertes.

 

Juste avant le 14 juillet, enfin, Marie m'annonçait qu'elle partait pour l'Ile d'Yeu. « Viens me rejoindre pour le week-end du 14 me disait-elle... »

 

- S'il fait beau ça va être dur. La moisson n'attend pas...

 

- Moi je t'attends. Tu me manques...

 

- Alors j'y serai.

 

L'ambiguïté de ma réponse me plut. Marie était aux anges. J'ajoutai pour ajouter une touche de mystère « C'est dit nous y serons...

 

- Tu ne viens pas seul ?

 

- Surprise ma belle...

 

- Une vraie ?

 

- Une énorme !

 

- Une bonne ?

 

- Tu verras petite curieuse...

 

- Un petit indice pour te faire pardonner...

 

- Me faire pardonner quoi ?

 

- Ton absence...

 

- Alors pas de prob’,  petit coeur ma surprise est à la hauteur de ton pardon.

 

- Dis-moi ?

 

- Je t'aime ! Pense aux femmes de marins...

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 06:00

110 Propositions pour la France

J’avais, bien sûr, voté Mitterrand aux deux tours, sans grand enthousiasme, ses 101 propositions pour la France ICI, grand fourre-tout, rassemblait une seule ligne programmatique qui cachait des conceptions divergentes entre les différents courants, Chevènement, Poperen, Deferre, et cette foutue deuxième gauche venue rejoindre le char du PS d’Epinay tardivement avec le chouchou des sondages, Rocard.

 

À l’occasion d’un colloque célébrant les trente ans du 10 mai 1981, le mitterrandiste historique Pierre Joxe entreprit par ces quelques phrases de minimiser la contribution des programmes électoraux à la victoire de François Mitterrand. L’ancien ministre expliqua par ailleurs que les discussions programmatiques menées avec le Parti communiste au cours des années 1970 n’avaient été au fond que de simples « opérations de vérification d’orientations politiques ».

 

« François Mitterrand ne croyait pas aux programmes. Il n’en voulait pas. Il a dû s’en accommoder. C’est contraint et forcé par Chevènement, il faut le dire, qu’il est entré dans la mécanique infernale des programmes. […] L’histoire a montré qu’on ne gagne pas avec un programme. Un programme est une illustration, est un catalogue, est un prospectus, mais la volonté politique, l’ambition politique, la certitude de la volonté de gouverner ensemble ne tenaient que partiellement à un programme dont tout le monde savait à l’avance ce qu’il y aurait dedans et ce qu’il n’y aurait pas. »

 

Le 10 mai 1981 fut le triomphe de l’ambiguïté, dont on ne sort qu’à son détriment (cardinal de Retz pour la mouche), cher au florentin de Jarnac, le tournant de la rigueur de mars 1983, sonna à la fois la fin de la récréation et le glas des illusions.

 

« L’idée appelée socialisme est morte », écrit le Wall Street Journal après le tournant de la rigueur annoncé par François Mitterrand en mars 1983. Pierre Mauroy, lui, est bien vivant, malgré une bataille longue de plus d’un an qu’il a dû mener, avec le soutien indéfectible de Jacques Delors, contre le président de la République qui, sourd à ses appels à la prudence, lançait à l’un de ses ministres : « Quand même, la France n’est pas à 100 milliards de francs près ! » Si, Riboud (le frère d’Antoine le fondateur de Gervais-Danone, Fabius, Bérégovoy et quelques autres « visiteurs du soir » avaient imposé leurs vues, la France serait sortie du système monétaire européen, l’ancêtre de l’euro.

 

J’ai vécu cette période aux côtés d’un Mitterrandien pur sucre, Louis Mermaz, guère féru d’économie, proche de Delors, se méfiant aussi bien de Fabius que Chevènement, ça tanguait fort sur le char de l’Etat. Delors menaçait chaque matin de démissionner, Rocard dans son placard du Plan est inaudible.

 

Jacques Delors sort de son isolement après la première dévaluation du franc, le 4 octobre 1981. Lors d'une réunion gouvernementale, il formule le vœu de réduire le train de vie de l'Etat et d'améliorer la compétitivité des entreprises. Mais il n'est pas entendu. Il n'obtient que des miettes : une réduction des dépenses de l'ordre de 15 milliards de francs (soit 2,29 milliards d'euros) et des conseils sans lendemain visant à modérer la hausse des salaires...

 

Un mois plus tard, lors d'un passage à la télévision, Jacques Delors réclame une pause dans les réformes. L'expression est forte, elle fait explicitement référence à un discours prononcé par Léon Blum, président du conseil du Front populaire, le 17 février 1937. Ce sera peine perdue.

 

La parenthèse enchantée durera à peine deux ans, après quoi les Français devront ingurgiter la potion amère de l'austérité. Le 23 mars 1983, il y a trente ans, la France inaugure la politique de la rigueur, toujours bien présente dans l'actualité, même si son nom n'est pas cité. ICI

 

C’était le début de la fin de l’Union des gauches inconciliables que le jeune Macron désintégrera en 2017. Il aura fallu plus de 30 ans et les couplets pour le grand rassemblement des gauches en 2022 se briseront sur le pic nommé Mélenchon qui se la joue Tonton : la troisième fois l’on gagne.

 

Donc, le 10 mai 1981, j’étais sur le flanc, coincé par mes vertèbres, je ne pus me rendre à la Bastille à la grande fête de Popaul, Paul Quilès le député de mon 13e arrondissement. Et pourtant, la victoire de Mitterrand allait changer le cours de ma vie par l’entremise de mon ami Jean-Michel Belorgey qui sera élu à Vichy dans la vague rose. Il m’appellera à mon bureau de l’Office du Vin « Veux-tu occuper de le hautes fonctions ? » Ahuri je répondis « Dis comme ça, pourquoi pas… ». Ce ne fut pas Matignon auprès de Mauroy mais ce fut l’hôtel de Lassay dans l’équipe du président de l’AN.

 

Ma vie prenait un tournant imprévu, en petit soldat rocardien je prêchais la bonne parole pendant près de 3 ans, puis je rejoignis mon « idole » au 78 pour négocier la réforme de l’OCM vin, puis 76 je me mis à embouteiller du rouge et à le vendre, enfin en 1988 avec Tonton 2 et mon « idole » à Matignon retour au 78 avec des galons.

 

J’ai donc servi pendant 10 ans sous les ordres du Pacha de l’Elysée, je ne crache pas dans la soupe mais je ne peux me départir de mon absence d’admiration pour Tonton.

 

 

« On entre dans un nouveau monde »

 

De Château-Chinon à la Bastille, ceux qui ont vécu la victoire de François Mitterrand racontent.

 

Dimanche 10 mai 1981. Second tour de l'élection présidentielle. Le face-à-face s'annonce prometteur. D'un côté, le président sortant, Valéry Giscard d'Estaing, qui a recueilli 28,32% au premier tour. De l'autre, le leader socialiste, François Mitterrand, déjà candidat en 1965 et 1974 et qui a obtenu 25,85% des suffrages quinze jours plus tôt. Les voix de Georges Marchais, le patron du Parti communiste français, lui semblent acquises, mais que feront les électeurs de Jacques Chirac, arrivé troisième avec 18% des voix ? L'attitude dans l'entre-deux-tours du chef de file du RPR, qui a ouvertement refusé d'appeler ses troupes à voter Giscard, porte à croire qu'en ce jour de mai, la France peut basculer à gauche.

 

Quarante ans plus tard, France-info a recueilli les témoignages de ceux qui ont vécu au plus près cette élection. Dans ce récit choral, les leaders du PS, de l'UDF, du RPR, les proches de François Mitterrand, les journalistes stars du petit écran mais aussi des Français de tous bords racontent cette journée entrée dans l'Histoire.

 

Propos recueillis par Margaux Duguet ICI 

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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 08:00

 

Jean RIGAUD (Bordeaux, 1912 - Paris, 1999)
"Les thonniers verts, île d'Yeu", 1967.

Les marins l'appelaient le « marchand de vermoulu » et se faisaient un devoir de lui faire prendre, à chacune de ses sorties, une mufflée. Mon baptême du feu se révéla redoutable. Après les bières nous étions passés au pastis et, sans nous avoir mis une quelconque nourriture sous la dent, l'heure du Cognac sonnait. Je pratiquais, autant que je le pouvais, la politique du verre plein sans toutefois pouvoir éviter d'en descendre quelques-uns. Jean semblait imperturbable. Droit, rallumant ostensiblement sa pipe toujours éteinte, dans le brouhaha, il me narrait sa « guerre d'Algérie » comme infirmier. Achille, le chien, me fixait de ses yeux tendres. Tous les deux nous allions aussi former une belle paire d'amis. On m'observait. Soumis au rite initiatique d'admission dans le cercle restreint des gus capables de marcher droit après une poignée d'heures passées à écluser sec je devais triompher. Aux alentours de minuit, avec la raideur hésitante de ceux qui sont pleins comme des huîtres mais qui veulent encore porter beau, Jean et moi, côte à côte, sans nous porter secours mutuel, quittions le bar en saluant les derniers piliers de bistrot. La C4 nous mena sans encombre jusqu'à la Ferme des 3 Moulins

 

Nous étions les seuls brocanteurs de l'île. Je dis, nous, car Jean, dès le premier jour, me présenta comme son associé aux voisins et aux clients. Située en bordure de la route qui mène de Port-Joinville à St Sauveur, au lieu-dit Ker Chalon, la « Ferme des 3 Moulins », bâtisse pourvue d'un étage et de dépendances, n'usurpait pas sa dénomination : ça avait été, au début du siècle, une des rares fermes de l'île, et nous étions entourés par trois Moulins transformés en résidence de vacances. Le magasin occupait tout le rez-de-chaussée, trois pièces, et Jean couchait dans l'une d'elle, dans un lit à colonnes partie intégrante du mobilier proposé à la vente. Ce lit, que nous disions toujours en voie d'être vendu, intriguait nos visiteurs. Un jour, las de ma réponse vaseuse, j'improvisai une histoire qui ravit mes interlocuteurs. Il y était question d'une nuit de tempête, du père de Jean parti accoucher la femme du sacristain de Port-Joinville, de la mère de Jean, elle aussi enceinte, et qui, seule, la cuisinière étant au chevet de son père à St Sauveur, mit au monde ce même Jean, dans ce grand lit en noyer. Jean trouva ça très drôle mais il me dit, sur un ton pour une fois très sérieux, « ne dis pas ça à mon père… » Bourgeois un jour, bourgeois toujours. Moi j'occupais le grenier qui nous servait tout à la fois de cuisine, de salle d'eau et de salle à manger. A la tête de mon lit un petit coffre-fort contenait notre fortune. Foin des exigences comptables et fiscales nous y mélangions les recettes du magasin, nos dépenses domestiques, les achats de meubles chinés, l'argent de poche de mon employeur et bien sûr mon salaire de travailleur au black.

 

Chaque matin, le père de Jean venait à pied nous rendre visite. Achille, le chien, courrait à sa rencontre. Jean, tel un gamin, trouvait toujours le moyen de s'éclipser. Le vieil homme s'asseyait dans un fauteuil et je lui rendais compte de notre activité, au début très honnêtement, puis, après l'incident des enchères à l'américaine, en maquillant la réalité tel un caissier de la mafia. Mon cher Jean avait fait des siennes. Près de la ferme des 3 Moulins, une association restaurait une petite chapelle et, pour financer les travaux, son président, un officier de la Royale à la retraite, mettait aux enchères des tableaux offerts par la colonie des peintres en villégiature sur l'île. Ce soir-là j'avais envie de dormir. Jean, de mauvaise grâce, se rendit seul à la vente. Dix fois, avant de partir, il me répéta « tu comprends, je suis obligé d'y aller pour faire plaisir aux notables, mais, je t'assure, je n'achèterai rien. La peinture ce n'est pas mon truc. D'ailleurs, rien que pour voir leurs têtes, tu devrais m'accompagner, nous rentrerons aussitôt... » Une telle insistance aurait dû me mettre la puce à l'oreille mais, fatigué par ma journée de ponçage de meubles, je n'y cédais pas.

 

À minuit, alors que je dormais comme un bienheureux, un flot de lumière, des grommellements sourds et un bruit de verre me tiraient du sommeil. Jean, attablé face à une bouteille de Cognac bien entamée, semblait foudroyé. Assis sur mon céans je l'interpellai avec ménagement « allez, ne fait pas l'enfant, montres-moi le tableau que tu as acheté ? » En guise de réponse j'eus droit à des borborygmes renifleurs accompagnés d'une salve ininterrompue d'allumettes craquées et sitôt éteintes. Ce devait être grave alors je me levai. Il fallait que je joue serré. Une petite faim me tenaillait. Je fis des pâtes. Pendant qu'elles cuisaient, sans me soucier de Jean qui alternait apathie et excitation, je disposai nos couverts et j'ouvris une bouteille de vin rouge. Un premier signe de retour à la normale me conforta dans ma stratégie : Jean venait enfin d'allumer sa pipe et elle se mit à grésiller doucement. Après nous avoir servi je m'assis face de lui. Nous mangeâmes en silence. Jean le rompit. « C'est affreux ! Quand je pense que cette superbe petite marine, un bijou, va se retrouver au-dessus du buffet Henri II de Turbé le quincaillier... »

 

- C'est ça qui te met dans cet état ?

 

- Oui !

 

Je respirai d'aise.

 

- Y'a pire que ça, non...

 

- Pourtant j'ai mis le paquet.

 

- Combien ?

 

- Dans les 8 à dix mille...

 

- Tu t'es arrêté à temps. C'est mieux comme ça.

 

- Non j'aurais dû aller au bout !

 

- Ce n'est pas vraiment dans nos moyens.

 

Un silence s'installa. La mèche de Jean flottait au-dessus de son regard vitreux. Il descendit son verre de rouge. Fit claquer sa langue. Renfourna son tuyau de pipe entre ses dents et tout à trac me déclara « le problème c'est que c'était des enchères à l'américaine...

 

- C'est quoi cette engeance ?

 

- Tu couvres en liquide à chaque surenchère...

 

L'étendue du désastre me sautait à la gueule, dans un souffle je murmurai « alors t'as claqué 8 à dix milles balles pour des nèfles... » Jean opinait en affichant la tête d'un gosse pris les doigts dans le pot de confiture. 

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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 06:00

Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint-Urbain  les tient tous dans sa main. - Juvelize - Moselle

S’assurer proclame le chœur des assureurs !

 

 

La côte a éteint ses bougies. Les hélicoptères se sont posés. La vague d’émotion se tasse. Dans le silence et la transparence regagnée de l’air, la sérénité revenue, on s’attend à d’autres propos que l’émotion et la compassion, une vision plus à distance. Une vaque de froid traverse la France. Nous prenons, nous citoyens, politiques, journalistes, administrations etc. d’un coup tous conscience de la fragilité des exploitations agricoles : quelques degrés en moins, un coup de grêle, trop d’eau, pas assez, et le revenu d’une année  s’évapore. Je dis bien le revenu, car le travail est toujours là. Ce n’est pas lui qui disparaît. Mais est-ce aussi accidentel, aussi fatidique que ce que l’on se plait à croire ? Ne s’agirait-il pas plutôt de la fragilité structurelle des exploitations qu’il faudrait évoquer ? Les vieux réflexes veillent. Les technocrates,  les chercheurs, les politiques, ont dans leur chapeau quelque palliatif tout prêt. Tous se penchent sur notre petit monde maintenant avec compassion,  commisération mais aussi parfois avec une certaine goujaterie.  

 

Deux articles sur le sujet, au moins, cette semaine m’ont interpellé. Du premier, j’ai juste le titre, mais il donne le ton ICI

 

Le second, paru dans The Conversation, pourra être l’objet d’une autre chronique.

 

 

https://images.lindependant.fr/api/v1/images/view/607d5497d286c26fa2136456/hd/image.jpg?v=1

 

 

M. Assemat est président de Groupama Aude. Nous prend-il pour des dindons ? Sa phrase est assez crue, et assez subtilement méprisante, non ? 

 

J’ai caressé un moment le projet d’une assurance production. Ce ne sont pas les montants qui m’ont arrêté ni une attirance particulière pour les tracteurs. En fait, plus que le prix, c’est l’analyse de fond qui pousse à mettre en place cette assurance  fond qui pose question. Les discussions ultérieures avec les assureurs ont achevé de me convaincre de ne pas le faire.

 

Bien sûr, le montant de la prime est assez élevé. Et il dépend aussi de ce qu’on assure. Car la question est bien là : qu’assure-t-on ? Les coûts de production, le manque à gagner ou le chiffre d'affaires ? Je veux bien assurer juste les coûts de production, mais je ne vis pas de mes coûts de production. Je vis de ce que dégage comme résultat mon exploitation. Pas très facile d’assurer son revenu, non ? Admettons que l’on y mette juste les coûts de production. Dans ceux-ci, entrent les fermages ou les locations. On les assure aussi. Si je suis propriétaire des terres, j’assure tout ou partie de mon revenu. Si elles sont louées, on assure une rente. Là aussi, c’est douteux… Donc l’objet de l’indemnisation est assez mal cerné. Dans mon projet, j’avais assuré le coup de production, les fermages – revenus familiaux - et mes revenus propres, incluant les remboursements d’emprunt. Quelle franchise choisir ? 10 % ? 30 % Quel seuil d’intervention ? Tout devient très compliqué. En cas de perte complète - elle peut survenir – quel capital estimer du coup ? Parce qu’avec 30 %, on ne touche que 70 % du montant assuré. Il faut gonfler les montants pour être certain de couvrir ses frais et assurer du vent. Rien de très clair juridiquement.

 

2 autres éléments viennent perturber le système d’assurance. Déjà le versement des indemnités. Il survient dans l’année en cours. Dans le cas d’un vignoble comme celui de la Côte de Nuits, les conséquences économiques dus à un accident climatique surviennent généralement un an, voire 2 ans après. Les indemnités surviennent donc  à contretemps, à un moment où il y a du revenu – donc imposition et taxation sociale – puis ne sont pas là quand on en a besoin. 

 

Le deuxième élément est le mode de calcul de la production. Jusque-là, nous avons parlé argent. Nous allons parler du volume de production. Pour savoir ce qui a été perdu, on part d’une moyenne calculée sur les 5 années antérieures, dont on détourne l’année de plus forte production et celle de plus faible. Moyenne sur 3 ans disons en fait. 3 années de grêle de suite sur la Côte de Beaune, une de gel. On élimine le gros millésime, il en reste 2 petits et un moyen. C’est à ce niveau qu’achoppent les discussions entre les producteurs et les assureurs. Mais si je partage le point de vue de mes collègues, j'adhère à la logique de l’argument des assureurs. Ils ne sont pas là pour assurer une production qui n’est pas adaptée au lieu. Assez logique, mais pas facile à comprendre dans un vignoble, plantation pérenne, et d’appellation de surcroît.

 

J’en suis donc resté avec le projet. Aux préliminaires, pour filer subtilement la métaphore de M. Assemat.

 

Car pour moi, il y a un leurre. L’assurance est un outil tout trouvé, efficace sans conteste, mais ce n’est qu’un outil. En assurant un capital, peut-être un jour un revenu, on évite de se poser véritablement les questions sur la stabilité et la pérennité de son exploitation. « Une stratégie de d’évitement » me dit souvent un ami Bruno, professeur de révérenciel bondissant.

 

Et l’évitement n’est en aucun cas la bonne méthode

 

 

© Jean-Christophe Bott/Keystone

 

Après l’épisode de gel de fin avril 2017, il y a celui de mi-avril 2021. Les pertes sont considérables pour l’agriculture. Ces événements désastreux sont-ils appelés à se répéter plus souvent en raison du changement climatique, qui entraîne un réveil de la végétation toujours plus précoce?

Les experts répondent par la négative

Grégoire Baur

Publié dimanche 25 avril 2021

 

Mamert, Pancrace, Servais et Boniface. Ces noms ne vous disent peut-être rien. Ils représentent les saints de glace, qui correspondent, en Europe centrale, aux journées du 11 au 14 mai. Traditionnellement, ils font référence à une croyance d’un refroidissement des températures durant ces quatre jours. Cette période traversée, le gel ne représente plus de risque pour l’agriculture. Certaines coutumes ajoutent d’autres dates, comme la Saint-Urbain, autrefois célébrée le 25 mai, qui une fois passée, selon le dicton, rassure le vigneron. Mais ces traditions sont mises à mal par le changement climatique. Et si l’on voulait toujours parler de saints de glace, il faudrait alors changer les dates.

 

 

Au fil des décennies, et en raison du réchauffement climatique, le démarrage de la végétation s’est décalé dans le temps. Le réveil de la nature est ainsi plus précoce au printemps. Cette réalité pourrait donc entraîner un risque accru face au gel. Il n’en est pourtant rien, pour l’instant. Du moins en plaine, à moins de 800 mètres d’altitude, assure Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches WSL.

 

 «On lutte donc plus tôt, mais pas plus souvent»

 

Autrice de deux études récentes sur l’impact du gel sur les cultures, la climatologue souligne que «sur les 150 dernières années, il n’y a pas de tendance à une péjoration de la situation». Et pour cause: le décalage du réveil de la végétation se fait en parallèle et approximativement à la même vitesse que celui de la date du dernier gel. «On lutte donc plus tôt, mais pas plus souvent», résume Danilo Christen, le responsable du groupe production fruitière en région alpine à l’Agroscope de Conthey, qui a cosigné l’une des deux études avec Martine Rebetez. Cela se ressent dans les dates de différents grands épisodes de gel: celui de 1867 a eu lieu fin mai, en 2017 c’était un mois plus tôt et cette année, mi-avril déjà.

 

Pour certains arboriculteurs, c’est le travail de toute une année qui a été détruit ces dernières semaines. Sur le coteau valaisan par exemple, les dégâts dus au gel concernent la quasi-totalité des abricotiers. En moyenne cantonale, la perte de récolte du prince du verger avoisine les 70%. Le bilan provisoire dressé par le service valaisan de l’agriculture est supérieur aux 50% de pertes de production dues à l’épisode dévastateur de 2017. Au niveau national, un état des lieux est en cours de réalisation, indique Fruit-Union Suisse. Il sera communiqué ce mardi.

 

Si l’arboriculture a été touchée de plein fouet, la viticulture n’est pas forcément mieux lotie. En Valais, les cépages les plus précoces, comme l’emblématique cornalin, ont également été touchés, dans une proportion qu’il n’est pour l’heure pas possible de mesurer. Et ce n’est pas fini. «La période de gel printanier n’est pas encore terminée et de nouveaux épisodes pourraient survenir», prévient l’Etat du Valais.

 

Des arbres pas adaptés à nos régions

 

Pour Martine Rebetez, cette triste réalité n’est pas une surprise. «Les arbres fruitiers proviennent de régions, comme l’Iran, où une fois l’hiver terminé il n’y a pas de retour en arrière. Ils ne sont donc pas tout à fait adaptés à nos régions, où l’afflux d’air du nord entraîne régulièrement des vagues de froid après des périodes douces», appuie-t-elle. Ces épisodes de gel ne vont donc pas s’arrêter. Ils reviendront périodiquement, sans que l’on puisse prédire quand.

 

Pour y faire face, les agriculteurs ont recours à la lutte par aspersion, l’utilisation de bougies à la paraffine ou encore celle de brûleurs au gaz. Mais, on l’a vu cette année, cela ne suffit pas toujours. «Les agriculteurs doivent faire face à de nombreux aléas climatiques. Après le gel, il peut y avoir la grêle, la sécheresse ou des précipitations trop intenses au moment de la récolte. Si les pertes sont trop lourdes et qu’elles ne peuvent pas être compensées par les bénéfices des bonnes années, les producteurs et productrices pourraient devoir cesser leurs activités ou changer de cultures», souligne Martine Rebetez.

 

Des arbres dont la floraison est plus tardive?

 

Une autre solution paraît toutefois envisageable. Favoriser des arbres dont la végétation se réveille plus tardivement serait bénéfique, puisque l’impact du gel est moins fort en tout début de végétation. «Pour l’heure, nous n’avons pas focalisé nos recherches sur ces types de variétés, car nous avions d’autres urgences, notamment celle liée à la résistance aux maladies», indique Danilo Christen, qui reconnaît peut-être «une erreur de ne pas avoir lancé des recherches liées au gel». L’ingénieur agronome assure que cette anomalie sera corrigée.

 

L’objectif est donc de trouver des arbres dont la floraison est plus tardive, mais dont la récolte des fruits demeure aux périodes actuelles. En d’autres termes, le cycle végétatif doit être plus court. «Prenons les abricots, ce sont des fruits d’été. S’ils arrivent sur les étals à fin août, le marché n’en veut plus. Ce sont d’autres fruits, comme les poires ou les pruneaux, que l’on retrouve dans les rayons», appuie Danilo Christen.

 

Le marché semble dicter sa loi à la nature. Cela ne peut-il pas évoluer? «Si le marché change, c’est que le consommateur a changé. Seul le comportement de ce dernier peut avoir un effet», répond Danilo Christen. Un avis que ne peut que partager Martine Rebetez: «Il faut sensibiliser la population pour qu’elle soutienne la production locale et qu’elle ne veuille pas, à tout prix, les premiers fruits qui arrivent d’autres pays, comme l’Espagne. Nous devons être capables d’attendre, par exemple, les abricots locaux. La qualité d’un fruit cueilli à maturité n’est absolument pas comparable à celle d’un fruit cueilli vert et transporté vers la Suisse.»

 

© Sebastien Salom-Gomis/AFP Photo

 

En France, un «quoi qu’il en coûte» viticole

 

La vague de gel du début avril a contraint les viticulteurs français touchés à demander l’aide de l’Etat. Un milliard d’euros ont été débloqués

Richard Werly

La réponse budgétaire ne s’est pas fait attendre, conforme au «quoi qu’il en coûte» devenu, en France, le mot d’ordre pour la réponse économique à la pandémie et aux aléas du confinement. Un milliard d’euros débloqués le 17 avril 2021 pour les viticulteurs, après une vague de gel sans précédent sur leurs exploitations. Selon les premières estimations, 80% du vignoble français, toutes régions confondues – sauf le littoral azuréen (vallée de la Loire, Bourgogne, Bordelais, Champagne, Sud-Ouest…) – a subi un redoutable refroidissement des températures entre le 5 et le 10 avril. Les maraîchers sont aussi touchés. «Le seul sentiment possible est celui de la fatalité face à une telle dévastation naturelle», commentait, début avril, Anne Colombo, du centre œnologique des Côtes du Rhône.

 

«Quoi qu'il en coûte»

 

Pour le secteur français du vin et des alcools, cette «épidémie» de gel est venue aggraver les problèmes de l’autre pandémie: celle du Covid-19 qui a entraîné la fermeture, fin octobre, des cafés et restaurants. S’il n’est pas encore chiffré pour ces derniers mois, l’impact de la crise sanitaire est estimé, pour 2020, à des ventes diminuées de 60% pour les contrats d’achat en sortie de chais. Environ 500000 personnes sont, en France, employées dans la viticulture. 4,2 milliards de litres de vin français sont sortis des cépages de l’Hexagone en 2019, soit 17% de la production mondiale. Or qui dit pandémie dit aussi plongée des exportations, sur fond de guerre commerciale avec les Etats-Unis, où Donald Trump avait, en 2019, augmenté les taxes d’importation de 25%. La mesure, suspendue par Joe Biden dès son entrée en fonction, aurait entraîné une baisse de 14% des exportations et un manque à gagner de 400 millions d’euros. «La réalité, c’est que nous enchaînons les calamités l’une après l’autre, déplore, au téléphone, le propriétaire d’une appellation Pouilly Fumé, dans le nord de la Nièvre. En Saône-et-Loire, le gel qui s’est infiltré dans les bourgeons prêts à éclore a ruiné de la future vendange. C’est une question de survie.»

L’expression «quoi qu’il en coûte» résume, depuis l’apparition du coronavirus, la doctrine économique française. Entre 160 et 170 milliards d’aides tous secteurs confondus ont été distribués dans le pays en 2020. Raisonnable, alors que la dette dépassera sans doute les 120% du produit intérieur brut? Robert Vidal, responsable d’une cave coopérative près de Montpellier, a justifié cet effort lors d’une conférence de presse: «Le vignoble, c’est en enjeu d’avenir. C’est un secteur où beaucoup de jeunes, nos propres enfants, se démoralisent et vont arrêter. Depuis 2015, on n’a pas eu une année de récolte normale.»

 

Dans le Bordelais où la Cité du Vin de Bordeaux (inaugurée en 2016) est fermée comme les autres lieux publics, un autre phénomène inquiète: la possible désaffection des investisseurs internationaux, surtout ceux d’Extrême-Orient, une fois passé le tunnel de la pandémie. Trois pour cent des surfaces viticoles de la région appartiennent à de riches Chinois: «Le monde d’avant, celui de la spéculation viticole, est clairement ébranlé, juge un conseiller financier en investissements fonciers agricoles. Les domaines très endettés, et très dépendants de l’exportation, vont en faire les frais.»

 

Le gel des vignobles du début avril a trouvé un ardent avocat: le premier ministre français Jean Castex, originaire des Pyrénées et ancré dans le terroir. Il avait déjà, en 2020, annoncé des aides exceptionnelles de 80 millions d’euros lors d’une visite sur le site de Sancerre. En se faisant au passage le défenseur de futures restructurations foncières, et d’une possible diminution de la production. Un tournant que la catastrophe climatique du printemps pourrait bien accélérer.

 

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 08:00

 

 

Marie me pressait « Allez, soit pas fier, viens avec moi à l'Ile d'Yeu... » Je haussai les épaules sans répondre. « Alors on ne va pas se voir pendant deux mois ? » Elle tapait là où ça faisait mal. Je me regimbais. « T'en fais pas, je vais me débrouiller. Je t'appelle ce soir... » Aux Sorinières, le pouce levé, je regrettais ce départ précipité. Le stop marchait encore. À la maison on me ne posa pas de questions. Maman trouvait que j'avais maigri. Le clan des femmes s'activa pour me faire festin. Papa, pour la première fois, me parla politique. Notre première proximité. La mémé Marie, qui elle avait tout compris, interrompant son rosaire, me dit «  Elle est doit être jolie cette petite... » En lui montrant une photo de Marie je lui fis remarquer que maintenant j'avais deux Marie dans ma vie. Dans l'après-midi, le docteur Lory vint délivrer l'ordonnance de calmants pour le dos de la tante Valentine. C'était un type froid, avare de mots. Pourtant, ce jour-là, aimable, il me demandait « Tu fais quoi de tes vacances ? » Ma réponse évasive me valut une proposition qui me laissait pantois « Mon cousin, Jean Neveu-Derotrie, brocanteur, cherche, disons un homme à tout faire, pour l'aider. Deux mois à l'Ile d'Yeu ça te dirais ? »

 

Aussi bizarre que ça puisse paraître, moi qui suis né à quelques kilomètres de la mer je n'avais jamais quitté la terre ferme sur un quelconque bateau. L'avion, n'en parlons pas,  en ces années-là voyager était un luxe. À l'embarcadère de Fromentine, face à l'île de Noirmoutier, je découvrais notre navire propret, tout blanc, « la Vendée ». Les marins y embarquaient victuailles et fournitures entassées sur des palettes. Ils chargeaient aussi quelques voitures. Sur la jetée de bois, tout un petit monde de vacanciers, d'îliens, de passagers d'un jour se pressaient. Tout était allé si vite, je n'en revenais pas. Ma croyance dans les fenêtres ouvertes par le hasard se renforçait. Au téléphone avec Marie j'étais resté évasif, lui faire la surprise, aller la cueillir à son arrivée à Port-Joinville serait un vrai bonheur. Pour l'heure je me laissais aller à imaginer l'accueil de celui que je devais assister. D'une manière très étrange nous n'avions eu aucun contact. Au téléphone c'était son père, médecin de l'île, retraité, qui m'avait sondé. Plus exactement, l'homme, policé et courtois, m'expliquait que Jean, son fils, avait besoin d'une sorte de tuteur. Quelqu'un qui tienne les comptes, fasse les courses, la cuisine, assure en gros l'intendance générale du magasin de brocante de la Ferme des 3 Moulins. De prime abord étonné c'est avec un réel enthousiasme que j'avais accepté les conditions proposées.

 

Mon arrivée à Port-Joinville, sous un ciel si bleu, un air tendre et des bouffées de senteurs fortes, restera pour moi l'un des moments forts de ma vie. Jean Neveu-Derotrie était le sosie de Jacques Tati sans l'imperméable. Sa garde-robe se résumait en trois pantalons de tergal gris, deux chemises nylon blanches et une paire de sandales de plastic blanc. Mèche sur les yeux, pipe éteinte au bec, flanqué de son chien, appuyé aux ridelles d'une camionnette C4 il me tendait une main ferme et chaleureuse. L'homme était merveilleusement loufoque, cultivé. Au bar de la marine il me comptait son histoire de rejeton d'une famille où l'on était médecin ou dentiste. Lui s'était fait visiteur médical. Il sillonnait la France en fourgonnette J7 pour placer des matelas anti-escarts dans les hôpitaux et chiner toutes les vieilleries qui lui tombait sous la main. Militant au PSU, pacifiste, son sens des affaires consistaient à savoir acheter. L'argent ne représentait rien pour lui. Un vieux Rouen, une commode Régence ou un homme debout marqueté, ça lui parlait, ça le faisait bander. Capable des pires manœuvres pour acquérir le meuble ou l'objet sur lequel il avait jeté son dévolu il se fichait ensuite pas mal de vendre. Jean n'aimait rien tant que de voir son magasin empli de belles choses. C'était un esthète, un pur esprit, notre accord fut instinctif, immédiat. Sans paroles.

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 06:00

 

La terre, la terre arable, est basse, rude, ingrate, le soleil, le ciel ne sont pas toujours cléments, le terroir profond, celui de la vigne bien sûr, chanté par ceux qui n’y ont jamais les pieds, jamais poudré leurs godasses, n’est pas un doux tapis de pétales de rose où l’on assouvit sa passion.

 

Tout ça et bel et beau mais en dépit de l’image d’Épinal véhiculé par « la presse du vin », le retour à la terre débouche souvent sur un simple aller-retour. Bien sûr, il est possible d’en tirer parti pour écrire un livre comme le fait Laure  Gasparotto.

 

Vigneronne, de Laure Gasparotto | Éditions Grasset

 

« La viticulture est un métier d’une grande violence, climatique et financière » ICI 

Dimanche 25 avril 2021 par Aude Lutun

 

Laure Gasparotto, journaliste Vin au journal Le Monde, a été viticultrice pendant cinq ans dans les Terrasses du Larzac (Hérault). Elle dépeint les bons et moins bons côtés du métier dans un nouveau livre.

 

Laure Gasparotto, journaliste Vin au journal Le Monde, a été viticultrice pendant cinq ans dans les Terrasses du Larzac (Hérault). Elle publie « Vigneronne » (ed Grasset) qui relate son enthousiasme et sa joie de produire un vin qui lui ressemble.

 

Elle décrit aussi les petites et grandes galères de ce métier entre le gel, les problèmes de pompes, les cotisations MSA à régler et les problèmes de transporteur à gérer. Laure Gasparotto est sans concession sur ses limites, notamment en matière de commerce. Après cinq années intenses et engagées, partageant son temps entre Paris et l’Hérault, elle arrête l’aventure.

 

Entretien avec une ex-vigneronne qui pose un regard admiratif sur la profession. ICI 

 

 

Je n’ai pas lu le livre mais, au risque de choquer, je suis plus Catherine Bernard, une vraie journaliste, qui, elle, 20 ans après, a toujours ses bottes dans les vignes.

 

Amazon.fr - Dans les vignes: Chroniques d'une reconversion - Bernard,  Catherine - Livres

 

Bref, hormis ceux qui avaient un beau carnet d’adresses, Hervé Bizeul, et plus récemment Fabrice Le Glatin qui a fait encore prof d’anglais pendant sa reconversion, les expats de la ville qui s’incrustent, et vivent de leur nouveau métier, ne sont pas légion, il y a bien sûr des exceptions qui confirment la règles, tel Nicolas Carmaran, le fondateur du café de la Nouvelle Mairie dans le Ve qui est solidement implanté dans l’Aveyron.

Gamine Magnum 2020 · Domaine de la Cure — buneba · vins libresNicolas Carmarans Maximus | Vivino

 

Tout ça pour dire, que le métier, est un 3 en 1, viticulteur-vigneron-vendeur, et que l’offre des cavistes est déjà bien encombrée, que la notoriété des premiers installés sur un créneau de marché est un barrage difficile à surmonter pour les nouveaux entrants, alors il n’est pas interdit de rêver, d’être passionné, loin de moi cette exigence, mais avant de se lancer dans cette aventure, qui n’en est pas une, il est bon  d’en évaluer toutes les faces.

 

Bref, la chronique de l’aigre Cobbold, pour les 5 du vin, au-delà de sa tendance à être désagréable, met le doigt sur les failles d’une approche romantique. Ayant vécu, en direct live, en tant que membre de son GFA, le parcours de Catherine Bernard, je conseille à tous les apprentis néo-vignerons, de bien évaluer leurs capacités avant  de sauter le pas.

 

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Pour l’Histoire : 24 août 2014

C’était au temps d’après mai 68 où les parents de Thomas Piketty partaient élever des chèvres dans l’Aude… ICI 

 

L’image des intellos soixante-huitards larguant les amarres, quittant Paris, s’installant à la cambrousse pour élever des chèvres et vivre du produit de la vente de fromages sur les marchés locaux fait partie intégrante de l’historiographie officielle du fameux mois de mai.

 

« Mes parents se sont connus dans une manifestation, ils étaient extrêmement jeunes : mon père avait dix-sept  ans, il était en première, ma mère en avait dix-neuf ; issue d’un milieu modeste, elle avait dû cesser ses études en 3e et gagnait sa vie comme employée de banque. Elle était militante à Lutte Ouvrière, mon père l’a suivi à  LO et a plaqué le lycée (…) ils se sont très vite sentis ostracisés par leurs compagnons de militantisme : à LO c’était mal vu d’avoir des enfants (ndlr 2) ! Trop bourgeois ! De plus, mon père (ndlr fils d’une famille aisée) subissait des pressions de l’organisation qui voulait qu’il prélève l’impôt révolutionnaire auprès de sa famille(…)

 

 

« Avec les chèvres, mes parents vont jusqu’au bout de l’esprit de 68 ; je précise qu’il n’y a aucune origine paysanne dans ma famille de part et d’autre : mes parents sont tous les deux nés dans la capitale ; en vérité, ils n’avaient jamais vu une charrue de leur vie… Je garde une impression homérique de ce voyage pour l’Aude. Mon père ouvrant la route au volant d’un camion rempli de chèvres qu’il venait d’acheter. Nous, suivant derrière, dans une deux-chevaux bourrée à craquer, conduite par ma mère. Je me rappelle très précisément m’être dit à ce moment-là : « Mais qu’est-ce que c’est que cette blague ? » Des années plus tard, j’ai été faire un pèlerinage dans le village où nous vivions ; j’ai été frappé par la beauté du lieu, je ne me souvenais pas que le presbytère de l’église où nous vivions, était si joli… Il faut dire que la difficulté de la vie quotidienne nous occupait complètement. Je garde le souvenir de nos départs à l’aube pour le marché de Perpignan, la voiture bourrée de fromages, je garde également en mémoire l’amertume de nos retours lorsque nous en avions vendu seulement trois. Ce n’est pas si facile de s’improviser fabricant et vendeur de fromage ! C’était pathétique. Très vite les gens du village ont chargé de vendre d’autres choses pour eux au marché, cela permettait de se faire des marges minuscules. Financièrement, c’était vraiment tendu (…)

 

 

« Je n’ai aucun souvenir joyeux de cette période. Mes parents n’étaient pas préparés à vivre ces années de chômage, nous vivions dans la précarité. On oublie que 68 a coûté très cher à un certain nombre de gens qui ont tout plaqué du jour au lendemain pour des idéaux, puis se sont fait cueillir par la crise économique des années 70. Comme beaucoup d’autres, mes parents ont adhéré très jeunes, dix-huit ans à peine, à un discours  libérateur, ils en ont payés les pots cassés. Il n’avaient pas fait d’études, ce n’étaient pas des intellectuels, ils avaient rompu avec leur famille… Ils font partie de cette majorité anonyme de post-soixante-huitards dont on ne parle jamais, qui est venue gonfler les rangs des chômeurs à partir du milieu des années 70, sans y avoir été préparée. Je me demande même si ces incidences économiques n’expliquent pas pour partie les discours que l’on a entendus par la suite, ce rejet viscéral des années 68. »

Dur d’être vigneronne parisienne ICI

Je viens de terminer le petit livre de Laure Gasparotto intitulé simplement « Vigneronne » (208 pages, Grasset). Je connais une peu Laure, en tant que collègue journaliste et elle a eu la gentillesse de me l’envoyer.

J’avais essayé de lire deux autres de ses livres avant, mais sans arriver à les terminer. Cette fois-ci, je suis arrivé au bout. Il y a pas mal de choses à dire à propos de ce bouquin et de l’aventure personnelle qu’il raconte, mais, avant tout, j’ai trouvé très courageux de sa part de se mettre à nu (au sens figuré, bien entendu !) avec ses états d’âmes, sa naïveté (parfois), son enthusiasme et ses échecs, sans parler d’une partie de sa vie privée, afin de raconter sa brève expérience de néo-vigneronne (4 millésimes), partageant sa vie entre Paris (et ses deux jeunes enfants) et sa vigne et son chai dans l’appellation Terrasses du Larzac. Quand je pense à ce grand écart et à la détermination qu’il a fallu pour tenter cela, je suis béat d’admiration.

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7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 08:00

30 mai comme 30 mai 1968 - De Jour en Jour, La Politique au Quotidien

La journée plana, d'abord suspendue à l'attente du discours du voyageur de Baden-Baden, avant de prendre son envol avec le bras-dessus, bras-dessous des Excellences soulagées sur les Champs-Elysées, elle s'acheva, telle une feuille morte se détachant de sa branche, dans un mélange de soulagement et de résignation. Mai était mort et tout le monde voulait tourner la page, l’oublier. L'allocution du Général fut prononcé sur un ton dur, autoritaire, menaçant. L'heure de la normalisation avait sonnée. De Gaulle ne sait pas encore, qu'en fait, c'est une victoire à la Pyrrhus, une droite réunifiée et les veaux français ne tarderont pas à le renvoyer à Colombey pour élire Pompidou le maquignon de Montboudif. Avec Marie, en cette fin de journée, nous sommes assis dans les tribunes du vieux Stade Marcel Saupin, au bord de la Loire, tout près de l'usine LU pour assister au match de solidarité en faveur des grévistes, entre le FC Nantes et le Stade Rennais. En ce temps-là, les footeux, parties intégrantes de la vie des couches populaires venant les supporter match après match, osaient mouiller le maillot, prendre parti  pour eux. José Arribas, l'entraîneur des Canaris, républicain espagnol émigré, à lui tout seul personnifiait cette éthique.  

 

Le stade semblait abasourdi, comme si on venait de lui faire le coup du lapin. Les Gondet, Blanchet, Budzinsky, Le Chénadec, Suaudeau, Simon, Boukhalfa, Robin, Eon, conscients de la gravité du moment, nous offraient un récital de jeu bien léché, à la nantaise comme le dirait bien plus tard, un Thierry Rolland revenu de ses déboires de mai. Il fera partie de la charrette de l'ORTF. Comme quoi, mai, ne fut pas, contrairement à ce nous serine l'iconographie officielle, seulement un mouvement de chevelus surpolitisés. Marie, ignare des subtilités de la balle ronde, applaudissait à tout rompre. A la mi-temps, en croquant notre hot-dog, dans la chaleur de la foule, sans avoir besoin de nous le dire, nous savions que ce temps suspendu que nous venions de vivre marquerait notre vie. Nous ne serions plus comme avant. Lorsque l'arbitre siffla la fin du match, l'ovation des spectateurs, surtout ceux des populaires, sembla ne jamais vouloir s'éteindre. C'était poignant. La fête était finie, personne n'avait envie de retrouver la routine du quotidien. Dans la longue chenille qui se déversait sur le quai, le coeur serré je m'accrochais à la taille de Marie comme à une bouée.

 

L'ordre régnait à nouveau. Le pouvoir n'était plus à prendre. A la Sorbonne le comité d'organisation décidait de chasser les « Katangais » et de fermer les portes pour quarante-huit heures ; y'avait beaucoup de détritus. Daniel Cohn-Bendit, convoyé par Marie-France Pisier, rentrait en Allemagne avant que le pouvoir ne prononce la dissolution de plusieurs organisations gauchistes. Le 16 juin, la Sorbonne capitulait sans heurt. Le 17 juin, les chaînes de Renault redémarraient. Le 30 juin, au second tour des législatives, c'est un raz-de-marée, les gaullistes et leurs alliés obtenaient 358 des 465 sièges de l'Assemblée Nationale. Nous à Nantes, forts du sérieux de notre organisation, face à des caciques revigorés, nous sauvions les meubles. Ici, le vent de mai, laissera des traces durables, aussi bien chez les paysans, que dans les organisations ouvrières et politiques : la deuxième gauche allait prendre d'assaut le Grand d'Ouest et investir la plupart des places fortes d'une démocratie chrétienne à bout de souffle et incapable d'influencer son camp : Nantes, Rennes, La Roche sur Yon, Brest, Lorient viendraient s'ajouter au fief de St Brieuc.

 

Mon parcours d'avant-mai me valut d'être exempté de tout examen. C'est Hévin qui me l'apprit. Mon premier mouvement fut de refuser. « Evitez la bravoure Benoît, en septembre ça va être un véritable carnage. Vous avez été le témoin de leur lâcheté, ils ne vous le pardonneront pas. Examen ou pas, quelle importance pour vous, ça n'est pas du favoritisme mais l'application pure et simple de l'accord conclu. Partez en vacances ! On aura besoin de vous l'année prochaine pour tenir le choc de l'onde en retour... »

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7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 06:00

 

Blue Country Mag': Boby Lapointe - Comprend qui peut !

Un ami vigneron, dont je tairai le nom, qui s’est fait un nom, un beau nom tout seul, qui chalute avec celui de Lalou  Bize-Leroy ou de la Romanée du joyeux Aubert de Villaine, on s’arrache ses vins qui s’envolent à des prix qui rendent l’immense Bettane, le Parker raté des gaulois, vénère, en cette étrange Bourgogne où beaucoup, se pensent et se vivent, dans un monde fantasmée, celui du pépé, m’a rapporté cette histoire.

 

L’un de ses rejetons, a osé, citer Bobby Lapointe, dans un devoir sur les poètes, en rouge : « ne pas confondre chanteur populaire et poète ! » Et dire, que ces gens-là, qui se revendiquent le plus souvent de gauche, donc près du peuple, des gens, osent ce type de remarque débile. Ça explique beaucoup de l’état  de notre vieux pays, encalminé, poussiéreux, en cale sèche. Des étroits du bulbe !

 

20 juin 2010

Aragon&Castille : l’hommage de Bobby Lapointe au Grenache ICI

Et, par la vertu de cet espace de liberté, quelques jours après je reçois un message sur mon blog :

 

Après le gros succès de notre spectacle Boby Lapointe (mari de ma maman) nous proposons un spectacle sur le vin et la nourriture jouable en extérieur...

je suis dans le Minervois à Agel

Merci

Bien à vous

 

Marc Feldhun

 

Je téléphone, on papote et voilà le résultat.

L'A-Musée Boby Lapointe - Les choses de la vie en ce moment sur France 5 |  Facebook

Musique et chansons - Truffaut par Truffaut (14/15) - La Cinémathèque  française

 

FICHE DE RENSEIGNEMENTS

 

Titre (exact) du spectacle : From two to Boby Lapointe

Nom(s) du /des Comédien(s) : Marc Feldhun – Hervé Tirefort

Nom de l’Auteur : Boby Lapointe

Nom du Metteur en scène : Emmanuelle Osmont

Durée du spectacle : 1h15

Age du public minimum requis (si pas d’âge mini, noter « tout public ») : tous publics

Catégorie (danse, théâtre, …) : spectacle musical

Style  (magie, seul en scène, comédie, …) : cabaret musical

Résumé du Spectacle : Le duo« From Two to Boby Lapointe » revisite avec fantaisie le répertoire de Boby Lapointe.
Bobylisez-vous pour ce spectacle musical enjoué, coup de coeur de la presse et du public en Avignon.
Deux artistes complices, contrepétris de talent cuisinent au piano et à feu vif les chansons de Boby.Des invités surprises apparaissent dans ce tour de chants des possibles. Vous en saurez plus sur cet artiste iconoclaste et intemporel, rappeur avant l’heure, accrobate du langage, inventeur à ses heures.



 

Nom de la cie, association ou production pour le contrat : atomes prod carcassonne

Adresse exacte : 46 allée d’iena 11000 CARCASSONNE

Nom du responsable et fonction (président, directeur, …) : Stephane Cano

Numéro de Siret : 533 320 123 00029

Code Ape : 9001Z

Licence(s) : 2-1076956    3-1076957

Contact et téléphone Administratif : 04.68.47.68.19

Contact et téléphone Jour J : tirefort 0616097971

Taux de TVA : 5%

RiB :  A JOINDRE Séparément  (COPIE INTEGRALE)

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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 08:00

 

Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre, tel un grand fou rire, la nouvelle se propageait sur les ondes : Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaissait à la Sorbonne. Tout le monde riait, jaune pour certains, le pouvoir connaissait quelque-chose de pire que l'impuissance, le ridicule. Christian Fouchet, car les télévisions des chaînes internationales sont là, est la risée du monde entier. Avec Marie, alors que nous redescendions sur Nantes dans notre 2CV capotée, nous l'avions entendu sur le transistor miniature, made in japon, que nous avait offert son père. Cet épisode, grand guignolesque, devait conforter le général dans son incompréhension de cette chienlit si éloignée de l'ordre militaire. Mais comme nous l'avait expliqué le père de Marie, il le tenait de l'épouse du Premier Ministre qui appréciait sa peinture, ce que de Gaulle supportait mal c'était de voir beaucoup des Excellences du gouvernement - la saillie est de Bernard Tricot - se « décomposer biologiquement ». Seuls quelques originaux, du style Sanguinetti, ne cédaient pas à la panique. Le Vieux, ne pouvait camper sur cette position désabusée. Son goût du poker politique, qui l'avait vu affronter des pointures comme Churchill et Roosevelt, allait le pousser à un dernier coup de bluff.

 

A Nantes, le front ouvrier est solide. La Faculté de Lettres est un cloaque. En Droit, tout est figé. Seuls les médecins, partis sur le tard, hors structures syndicales, ruent dans les brancards. Avec Marie je participe à l'intendance du mouvement en tirant des affiches à l'atelier improvisé dans la buanderie du CHU. Les carabins ont une bonne descente, un goût prononcé pour la copulation, alors les fins de soirée s'apparentent à de quasi orgies. Le nouveau statut de Marie, la nana du grand juriste gaucho, la préservait de leurs assauts, car même si le carabin est chaud il reste encore très respectueux des codes de la bienséance. A notre retour de Paris nous fûmes traités tels des émissaires venant de rendre visite au grand Mogol. En dépit de ses protestations, je laissai la parole à Marie. « My chérie c'est la meilleure thérapie que je connaisse pour guérir tes chers collègues de leur machisme policé... » Le résultat dépassa mes espérances, les blouses blanches lui firent une standing ovation. Il faut dire que l'amour de ma vie, fine mouche, avait su brosser un tableau de la situation qui ne pouvait que satisfaire ces grands jeunes gens dont l'immaturité politique était proportionnelle au sectarisme des extrémistes des deux bords.

 

Ce soir-là Marie voulut que nous couchions chez sa mère. A peine rentré le téléphone sonnait. C'était son père. La nouvelle était d'importance : de Gaulle venait de quitter Paris en hélicoptère. Le grand poker menteur venait de commencer. Flore dînait en ville. Plus exactement elle passait sa soirée chez son notaire. Seuls, dans le grand appartement, étendu sur le grand canapé du salon, nous écoutions Procol Harum en boucle en sirotant de grands verres de citronnade glacée. Mai, ce mois de mai fou, échevelé, toujours à la limite sans jamais la franchir, retenait son souffle, en apnée, tel un coureur insoucieux de ses forces qui, dans le dernier virage, alors que la ligne d'arrivée est proche, sait qu'il va perdre ; que ceux qu'il a nargué pendant sa folle chevauchée vont fondre sur lui, le laisser sur place, gagner. La France qui avait peur, celle qui se terrait, allait débouler sur les Champs Elysées, le tricolore allait flotter, la Marseillaise sortir des gosiers jusqu'ici serrés de trouille. Marie, en se blottissant contre moi, me disait « il est à nous ce mois, ça ils ne pourront pas nous l'enlever... »

 

Au lever du jour, investit par le frère de Marie – celui que nous avions croisé le premier jour – et quelques-uns de ses acolytes, l'appartement se transforma en repaire de conspirateurs. Ignorant notre présence, ces jeunes gens exaltés se préparaient à la grande manif commanditée par une étrange coalition de gaullistes, d'anciens pétainistes, de partisans de l'Algérie française et des fafs habituels de la Fac. La spontanéité de la marée des Champs-Elysées, et des foules des grandes villes de province, s'appuyait sur l'art consommé de la vieille garde du Général à mobiliser ses réseaux de la France libre. Mobilisation amplifiée par l'adhésion d'une partie du petit peuple laborieux excédé par le désordre et de tous ceux qui voulaient voir l'essence réapparaître aux pompes pour profiter du week-end de la Pentecôte. La majorité silencieuse, mélange improbable de la France des beaux quartiers et du magma versatile de la classe moyenne, trouvait ce jeudi 30 mai sa pleine expression.

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