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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 06:00
Le pot-au-feu d’Houellebecq dans la carte et le territoire, accompagné de 2 bouteilles de chablis d’Alice&Olivier de Moor et de Thomas Pico…
Le pot-au-feu d’Houellebecq dans la carte et le territoire, accompagné de 2 bouteilles de chablis d’Alice&Olivier de Moor et de Thomas Pico…

Houellebecq à table n’est pas pour moi une fiction, nous avons, l’été dernier, dans le jardin du restaurant Les Climats, partagé, si je puis m’exprimer ainsi, le menu déjeuner. Lui, à une table voisine, en compagnie de son éditeur Gallimard et d’un autre convive, et moi en bonne compagnie.

 

En revanche, je ne l’ai jamais vu aux fourneaux dans sa « grande cuisine, prolongée par une réserve – qui servait également de bûcher et de cave » (La carte et le territoire), alors lorsque j’ai appris la parution de Houellebecq aux fourneaux de Jean-Marc Quaranta, je me suis précipité chez l’un de mes libraires : Compagnie pour l’acheter. Pensez-donc, c’est du sérieux : Jean-Marc Quaranta est maître de conférences en littérature française et création littéraire à l’université d’Aix-Marseille. Il est l’auteur du Génie de Proust (Honoré Champion, 2011).

 

 

« Livre de cuisine et analyse approfondie de l’œuvre de Michel Houellebecq, cet essai d’un genre inédit renouvelle la connaissance de l’auteur de Soumission à partir d’une évidence que personne, jusque-là, n’a remarquée : la nourriture occupe chez lui une place centrale. L’étudier met en lumière la complexité, les nuances de ses livres, loin des caricatures médiatiques qu’ils ne cessent de susciter.

 

Jean-Marc Quaranta explore cette table bien garnie, définit avec rigueur et clarté son rôle romanesque, tout en donnant les recettes qui la composent, mélange de terroir et d’exotisme où l’on trouve aussi bien les poivrons à l’huile, le pot-au-feu ou la tarte aux pommes que le poulet aux écrevisses, les baklavas, le biryani d’agneau… Il nous invite, de toutes les manières possibles, à dévorer les romans de Houellebecq, à entrer dans la bibliothèque en passant par la cuisine, pour devenir les intimes de cette œuvre inépuisable, qui n’a pas fini de nous surprendre. »

 

 

La seule liberté que je me suis permise dans cette chronique se situe dans le titre où, pour amis Alice et Olivier de Moor et Thomas Pico, durement et doublement éprouvés par les fureurs du ciel, je leur ai attribué les deux bouteilles de Chablis bue par le Houellebecq de papier avec Jed lors de son dernier repas.

 

 

La carte et le territoire, « est certainement le roman où l’on mange le plus, et le mieux. »

 

Le roman est le récit de la vie du peintre Jed Martin, « rythmé par les grandes périodes de l’œuvre de l’artiste, par ses repas avec son père et par les péripéties de sa relation avec Olga, qui travaille au service communication du guide Michelin et avec qui il parcourt les relais et Châteaux. »

 

« Houellebecq est capable d’intégrer dans son roman des tendances authentiques de la cuisine des années deux mille, deux mille dix. L’usage de la roquette (aragula) ou celui du turbotin, plus petit que le turbot et dont l’élevage s’est développé à cette époque. »

 

« Tout au long du roman, Houellebecq joue avec la complexe et confuse notion de terroir pour prophétiser un retour à la nature et un exode urbain qui repeuplerait la diagonale du vide et ramènerait les Français à une vie rurale réinventée. »

 

« Pour la première fois, en réalité en France depuis Jean-Jacques Rousseau, la campagne est redevenue tendance »

 

« Ce retour à la terre passe par l’assiette et par les fourneaux, puisqu’il s’accompagne du « succès croissant, sur l’ensemble du territoire français, de cours de cuisine ; [de] l’apparition récente de compétions locales destinées à récompenser les nouvelles créations charcutières et fromagères »

 

« Dans l’enquête marketing que mène Olga pour Michelin, les « animaux bizarres, à connotation non seulement française mais régionale, tels que la palombe, l’escargot ou la lamproie, atteignaient des scores exceptionnels. »

 

« Le phénomène est d’une telle ampleur que même Libération parle de « la magie du terroir.»

 

« … c’est aussi l’occasion d’une satire du discours gastronomique » […] « La cuisine, selon le guide, « sublimait un terroir d’une richesse infinie » ; on était là en présence d’ « un des plus beaux concentrés de France »

 

«Au-delà de cet hymne à une France du terroir, une France mitterrandienne incarnée dans des paysages repris sur les affiches électorales – Vault-en-Lugny se situe dans l’Yonne, plus précisément dans le Morvan, lieu mitterrandien par excellence –, le discours gastronomique du roman port aussi sur la mondialisation et dessine une géopolitique qu’on retrouvera dans Soumission. »

 

« Dans ce livre qui se veut un hymne aux terroirs, les lieux de grande distribution demeurent « les seuls centres d’énergie perceptibles, les seules propositions sociales susceptibles de provoquer le désir, le bonheur, la joie. »

 

« Ce n’est pas un paradoxe houellebecquien mais celui de la société de consommation qui a récupéré la notion de terroir pour rassurer le consommateur et recréer un monde que l’industrialisation de la nourriture et l’évolution des mœurs ont détruit. »

 

Lors de son dernier repas avec Jed c’est un Houellebecq cuisinier qui s’annonce :

 

- On va passer à table. … J’ai préparé un pot-au-feu hier, il va être meilleur. Ça se réchauffe très bien le pot-au-feu

 

« Cette nouvelle incarnation de l’auteur est un Houellebecq aux fourneaux. Il cuisine et reçoit Jed en parfait maître de maison le repas s’ouvre par un apéritif composé d’olives et de saucisson, accompagnés de chablis. Il n’y a pas d’entrée, mais le pot-au-feu qui suit justifie cette entorse, d’autant que c’est l’auteur qui ‘a préparé.

 

En hôte attentionné Houellebecq demande : « Vous prenez un peu plus pot-au-feu ? » mais Jed décline l’offre et le repas se poursuit avec un saint-nectaire et un époisses que Houellebecq sort du réfrigérateur ; il les accompagne de tranches de pain et d’une nouvelle bouteille de chablis. Ensuite, il fait passer son invité dabs la salle de séjour pour servir des macarons et du café, accompagnés d’un alcool de prune. À part le fromage, qui aurait dû être sorti du réfrigérateur au moins une heure avant d’être consommé, le Houellebecq du Loiret connaît son affaire gastronomique et sait recevoir. »

 

« Le choix du pot-au-feu témoigne aussi d’une bonne connaissance de l’histoire de la gastronomie française, puisqu’il est vu comme un « plat national » et s’inscrit dans l’entreprise de définition de la cuisine française qui parcourt tout le XIXe siècle. »

 

« Lorsque Houellebecq se met en scène heureux, réconcilié avec lui-même et ses origines, il est aux fourneaux. Ce n’est pas qu’une question de retour à l’enfance mais une affaire politique, sociale et même socialiste. »

 

« Houellebecq cite à Jed cette conclusion d’une conférence de Morris dont il va chercher le fascicule dans sa bibliothèque : « Voilà en bref notre position d’artistes : nous sommes les derniers représentants de l’artisanat auquel la production marchande a porté un coup fatal »

 

« Il s’agit d’une conférence donnée par Morris le 30 octobre 1889, lors du deuxième congrès de l’Association nationale pour la promotion de l’art et son application à l’industrie, à Edimbourg. »

 

« … il est juste et raisonnable que les que les hommes, à l’instar de la nature, s’efforcent d’embellir ce qu’ils fabriquent, et que ce travail soit lui-même agréable, comme la nature rend agréable le fait de manger. »

 

« En faisant de son double de papier un Houellebecq aux fourneaux, Michel Houellebecq met en œuvre cette partie du programme de William Morris : il situe l’alimentation hors du champ de l’industrie agro-alimentaire, dans la vie de chacun, et en fait une occasion de produire quotidiennement de la beauté – et de la saveur. »

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Jean-Marc Quaranta 05/06/2016 08:58

Merci à Jacques Berthomeau pour sa lecture attentive et gourmande de Houellebecq aux fourneaux (et pour sa belle et généreuse idée d'hommage aux vignerons touchés par la grêle). L'anecdote sur le repas de Houellebecq aux Climats témoigne qu'il est bien un Houellebecqfin. Pour prolonger le plaisir de lire et de manger, je suis à la recherche de restaurants pour accueillir des repas inspirés des romans de Houellebecq et accompagnés d'une présentation du livre. Deux établissements ont déjà voulu tenter l'expérience Le XXe à Cassis (13) le 1er juillet, le Caffé Bianco, à Nice (06) le 9 juillet !

olivier de Moor 03/06/2016 08:27

Monsieur Tourmeau,

Je suis obligé de vous retourner une question: à quoi sert l'INAO ? Ce qui veut dire également: Est-ce qu'il y a eu une évolution de l'INAO, et est-ce qu'il a connu une dérive ?
Je pose cette question à l'ancien responsable régional de l'INAO en Bourgogne.

Merci par avance pour votre réponse.

tourteau 06/06/2016 08:50

Bonjour Olivier,
Comme dit par ailleurs, je prendrai le temps d'échanger avec vous, nous avons certainement des choses à nous dire, mais vous m'invitez à répondre sur cette page, donc je m'y sens obligé.
Je veux dire dans ma question: qui est l'INAO? que l'INAO, c'est avant tout les opérateurs de l'appellation et dans les opérateurs, avant tout les producteurs. Quelle production, quel système de production autre que celui de l'AOC a permis au producteur de vivre décemment de son produit?
Les AOC ont été créées en 1935 par les producteurs qui en ayant marre de se faire plagier ont défini des règles ... que vous connaissez. La gestion de ces règles a jusqu'en 2006 été confiée aux producteurs, qui l'on laissé échapper au profit de l'administration. Mais ce sont les producteurs qui doivent se battre pour faire respecter leur point de vue ... dans le respect, bien sur, de l'esprit de l'AOC: PROPRIETE COLLECTIVE.
Si je me mets dans la peau de l'ancien responsable de l'INAO. Certes je pense avoir quelques fois, été directif avec les demandes des vignerons de l'AOC, mais ceux de Chablis peuvent témoigner, car j'ai visité entre 1970 et 1973, toutes les caves de l'AOC CHABLIS et entre 1976 et 1980, presque toutes les vignes. Alors quand je faisaient se retrancher les vignerons dans leur pré carré pour bien réfléchir à leur demande, je savais de quoi je parlais et ...eux aussi le savaient. Je peux dire que pendant l'installation de ce concept d'AOC, auquel je pense avoir activement contribué (entre 1965 et 1985), les services de l'INAO avaient une réelle connivence avec "leurs" producteurs. C'est plus difficile aujourd'hui, car l'INAO est devenu un organisme (administratif essentiellement) qui porte plusieurs discours sur les signes de qualité à conception différente, et les services n'ont plus la possibilité de porter, à l'exception de quelques agents qui se font de plus en plus rares, ce discours sur l'AOC.
L'AOC est en grand danger, et si vous vignerons, vous ne reprenez pas le flambeau, elle disparaitra dans son état actuel (Suivez Règlements européens et accords internationaux sur le commerce: TAFTA....).
Mais comme je suis d'un caractère optimiste, le phoenix renaitra de ses cendres, sous cette forme ou sous une autre avec la bénédiction - ou non - des tutelles actuelles.

TOURMEAU 02/06/2016 08:30

Bonjour M. olivier de Moor.
Qui est l'INAO?

BAUDOUIN PATRICK 07/06/2016 11:21

Monsieur Tourmeau, hier je discutais de l'INAO avec Henri Rochais, Chateau de Plaisance, et il me parlait -en bien- de vous...!
J'ai assisté à l'AG de la Cnaoc le 17 novembre 2009 pour l'association Sève. Jean Louis Buer, alors directeur, a expliqué à la salle qu'il fallait réécrire le lien au terroir dans les cahiers des charges, pour l'Europe, que les délais étaient très serrés, qu'il y avait plus de 450 aoc, donc l'inao Paris allait le faire pour les vignerons, il y aurait un aller retour, faites nous confiance, on sait faire. Je m'étais permis de manifester notre désaccord...J'ai eu une discussion en fin d'AG avec un responsable de l'INAO qui m'a dit, en privé, qu'effectivement, toute la réforme avait été conduite à l'envers, le juridique d'abord, au forcing, puis maintenant avec les mêmes arguments, le contenu. Résultat : j'ai de nombreux exemples, aussi bien en Anjou, à Banyuls, dans le Rhône, où les volontés, même modestes, des vignerons, sur les cépages, le désherbage, etc...n'ont absolument pas été respectées. Les refus -illégaux, non justifiés- sont tombés "d'en haut", d'on ne sait d'où...dépossédant les vignerons de leur droit à définir leur appellation. L'INAO est aujourd'hui une annexe du ministère de l'Agriculture, pilotée par la Fnsea et des notables vignerons qui s'échangent des petits arrangements entre amis. La réforme portée par René Renou, Sève, et bien d'autres, n'est plus à l'ordre du jour. L'INAO ne répond absolument plus (délais invraisemblables, lourdeur administrative, obstacles juridiques) aux besoins de la viticulture d'excellence qui devrait pourtant être le fer de lance des vins français. Au lieu de cela, Franceagrimer a sorti un plan stratégique pour 2025 qui ne parle que des vins de volume et d'une meilleure valorisation des produits de base issus des raisins ! Donc, il va falloir faire autrement...pas forcément en sortant des aoc, quand on peut y rester -ce n'est pas toujours le cas, et les jeunes ne veulent plus s'emmerder avec des fossiles- mais en construisant autre chose, une autre ambition, une autre éthique.
Avec mes meilleurs sentiments, Patrick Baudoun

olivier de Moor 06/06/2016 14:01

M. Tourmeau,

Merci pour votre réponse. Elle m'éclaircit car je sais que votre avis est plus fondé que le mien. Je reste optimiste même si les nuages sont bien nombreux.

olivier de Moor 03/06/2016 08:07

Bonjour Monsieur Tourmeau,

Au final je ne sais pas. Et je ne sais pas si c'est à prendre au premier ou bien au second degré. Si vous voulez sous-entendre que l'INAO ou le nouvel intitulé ne fait qu'appliquer et organiser les volontés des vignerons qui composent une appellation ?
Votre ancienne fonction devrait nous permettre de nous éclairer sur la procédure, sur les échanges ODG(ex-syndicat...plutôt l'inverse) et l'INAO. Ce que j'ai observé de l'intérieur ici dans le CA de mon ODG c'est que c'est surtout un vigneron qui a défini le CDC de mon AOC. Il a fait le travail. Mais quand on compare avec le CDC des appellations voisines, on est sidéré par la similarité. A part en gros la différence de limite géographique et les références historiques. N'ayant vu aucune réelle discussion entre vignerons sur la gestion de cette propriété collective (je ne supporte pas ici la notion de marque, la marque s'appliquant au vigneron), je considère que le canevas du CDC a été donné par l'INAO.

Alors oui qui l'INAO ? A t'il pris en considération la mesure des grêlons qui nous tombent sur le coin du nez, leur fréquence qui ici en Bourgogne selon les prévisionnistes risque d'augmenter, a t'il encore anticipé tout ce que nous devons appliquer en terme de produits chimiques ou bio pour maintenir une image du vignoble, et enfin l'INAO a t-il réellement réfléchit au coût humain de notre inadaptation pour le maintien d'un modèle disons le dépassé ?

Sommes nous la noblesse, sommes nous la vaillance ou le dernier coquelicot ?

Notre droit est-il de vivre dans un musée même si les tracteurs sont plus brillants, plus gros, les chais plus rutilants , mais les taux d'endettements aussi. Combien de temps, combien de temps ...

olivier de Moor 02/06/2016 08:04

Bonjour Jacques,
Merci pour ton soutien. Merci au soutien que tout nos amis nous ont témoignés.

Cependant il ne faut pas oublier que nous ne sommes pas les seuls durement touchés. Je pense surtout aux vignerons de Saint-Bris, Chitry et Préhy.

Sur les aides on peut les espérer. Cependant mêmes avec les assurances pour ceux qui sont assurés, cela est loin de permettre de supporter l'épreuve si facilement.

Je pense que ce métier est à réformer profondément. Nous ne pouvons plus rester à la merci de tels fléaux. J'observe une augmentation très nette de ce fléau. Et nous ne changeons rien. Et pour cause l'INAO interdit toute protection à ce sujet. De même qu'il est interdit les bâches contre le gel.

Egalement, nous nous écharpons tous sur le choix du type de viticulture que nous devons mettre en oeuvre. Il ne faut pas oublier que depuis 150 ans nous cultivons des plantes malades et cela pour des raisons diverses. Je ne suis pas sûr que les premiers vignerons qui nous ont précédé, seraient restés dans la même dépendance. Ils se seraient certainement tournés vers des cultivars moins sensibles en faisant plus preuve d'adaptation que nous-même.

Le chantier est énorme mais les vrais blocages sont dans nos têtes.

Merci à tout le monde et courage aux vignerons.

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