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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 06:00

Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de Glace, mais Saint-Urbain  les tient tous dans sa main. - Juvelize - Moselle

S’assurer proclame le chœur des assureurs !

 

 

La côte a éteint ses bougies. Les hélicoptères se sont posés. La vague d’émotion se tasse. Dans le silence et la transparence regagnée de l’air, la sérénité revenue, on s’attend à d’autres propos que l’émotion et la compassion, une vision plus à distance. Une vaque de froid traverse la France. Nous prenons, nous citoyens, politiques, journalistes, administrations etc. d’un coup tous conscience de la fragilité des exploitations agricoles : quelques degrés en moins, un coup de grêle, trop d’eau, pas assez, et le revenu d’une année  s’évapore. Je dis bien le revenu, car le travail est toujours là. Ce n’est pas lui qui disparaît. Mais est-ce aussi accidentel, aussi fatidique que ce que l’on se plait à croire ? Ne s’agirait-il pas plutôt de la fragilité structurelle des exploitations qu’il faudrait évoquer ? Les vieux réflexes veillent. Les technocrates,  les chercheurs, les politiques, ont dans leur chapeau quelque palliatif tout prêt. Tous se penchent sur notre petit monde maintenant avec compassion,  commisération mais aussi parfois avec une certaine goujaterie.  

 

Deux articles sur le sujet, au moins, cette semaine m’ont interpellé. Du premier, j’ai juste le titre, mais il donne le ton ICI

 

Le second, paru dans The Conversation, pourra être l’objet d’une autre chronique.

 

 

https://images.lindependant.fr/api/v1/images/view/607d5497d286c26fa2136456/hd/image.jpg?v=1

 

 

M. Assemat est président de Groupama Aude. Nous prend-il pour des dindons ? Sa phrase est assez crue, et assez subtilement méprisante, non ? 

 

J’ai caressé un moment le projet d’une assurance production. Ce ne sont pas les montants qui m’ont arrêté ni une attirance particulière pour les tracteurs. En fait, plus que le prix, c’est l’analyse de fond qui pousse à mettre en place cette assurance  fond qui pose question. Les discussions ultérieures avec les assureurs ont achevé de me convaincre de ne pas le faire.

 

Bien sûr, le montant de la prime est assez élevé. Et il dépend aussi de ce qu’on assure. Car la question est bien là : qu’assure-t-on ? Les coûts de production, le manque à gagner ou le chiffre d'affaires ? Je veux bien assurer juste les coûts de production, mais je ne vis pas de mes coûts de production. Je vis de ce que dégage comme résultat mon exploitation. Pas très facile d’assurer son revenu, non ? Admettons que l’on y mette juste les coûts de production. Dans ceux-ci, entrent les fermages ou les locations. On les assure aussi. Si je suis propriétaire des terres, j’assure tout ou partie de mon revenu. Si elles sont louées, on assure une rente. Là aussi, c’est douteux… Donc l’objet de l’indemnisation est assez mal cerné. Dans mon projet, j’avais assuré le coup de production, les fermages – revenus familiaux - et mes revenus propres, incluant les remboursements d’emprunt. Quelle franchise choisir ? 10 % ? 30 % Quel seuil d’intervention ? Tout devient très compliqué. En cas de perte complète - elle peut survenir – quel capital estimer du coup ? Parce qu’avec 30 %, on ne touche que 70 % du montant assuré. Il faut gonfler les montants pour être certain de couvrir ses frais et assurer du vent. Rien de très clair juridiquement.

 

2 autres éléments viennent perturber le système d’assurance. Déjà le versement des indemnités. Il survient dans l’année en cours. Dans le cas d’un vignoble comme celui de la Côte de Nuits, les conséquences économiques dus à un accident climatique surviennent généralement un an, voire 2 ans après. Les indemnités surviennent donc  à contretemps, à un moment où il y a du revenu – donc imposition et taxation sociale – puis ne sont pas là quand on en a besoin. 

 

Le deuxième élément est le mode de calcul de la production. Jusque-là, nous avons parlé argent. Nous allons parler du volume de production. Pour savoir ce qui a été perdu, on part d’une moyenne calculée sur les 5 années antérieures, dont on détourne l’année de plus forte production et celle de plus faible. Moyenne sur 3 ans disons en fait. 3 années de grêle de suite sur la Côte de Beaune, une de gel. On élimine le gros millésime, il en reste 2 petits et un moyen. C’est à ce niveau qu’achoppent les discussions entre les producteurs et les assureurs. Mais si je partage le point de vue de mes collègues, j'adhère à la logique de l’argument des assureurs. Ils ne sont pas là pour assurer une production qui n’est pas adaptée au lieu. Assez logique, mais pas facile à comprendre dans un vignoble, plantation pérenne, et d’appellation de surcroît.

 

J’en suis donc resté avec le projet. Aux préliminaires, pour filer subtilement la métaphore de M. Assemat.

 

Car pour moi, il y a un leurre. L’assurance est un outil tout trouvé, efficace sans conteste, mais ce n’est qu’un outil. En assurant un capital, peut-être un jour un revenu, on évite de se poser véritablement les questions sur la stabilité et la pérennité de son exploitation. « Une stratégie de d’évitement » me dit souvent un ami Bruno, professeur de révérenciel bondissant.

 

Et l’évitement n’est en aucun cas la bonne méthode

 

 

© Jean-Christophe Bott/Keystone

 

Après l’épisode de gel de fin avril 2017, il y a celui de mi-avril 2021. Les pertes sont considérables pour l’agriculture. Ces événements désastreux sont-ils appelés à se répéter plus souvent en raison du changement climatique, qui entraîne un réveil de la végétation toujours plus précoce?

Les experts répondent par la négative

Grégoire Baur

Publié dimanche 25 avril 2021

 

Mamert, Pancrace, Servais et Boniface. Ces noms ne vous disent peut-être rien. Ils représentent les saints de glace, qui correspondent, en Europe centrale, aux journées du 11 au 14 mai. Traditionnellement, ils font référence à une croyance d’un refroidissement des températures durant ces quatre jours. Cette période traversée, le gel ne représente plus de risque pour l’agriculture. Certaines coutumes ajoutent d’autres dates, comme la Saint-Urbain, autrefois célébrée le 25 mai, qui une fois passée, selon le dicton, rassure le vigneron. Mais ces traditions sont mises à mal par le changement climatique. Et si l’on voulait toujours parler de saints de glace, il faudrait alors changer les dates.

 

 

Au fil des décennies, et en raison du réchauffement climatique, le démarrage de la végétation s’est décalé dans le temps. Le réveil de la nature est ainsi plus précoce au printemps. Cette réalité pourrait donc entraîner un risque accru face au gel. Il n’en est pourtant rien, pour l’instant. Du moins en plaine, à moins de 800 mètres d’altitude, assure Martine Rebetez, professeure à l’Université de Neuchâtel et à l’Institut fédéral de recherches WSL.

 

 «On lutte donc plus tôt, mais pas plus souvent»

 

Autrice de deux études récentes sur l’impact du gel sur les cultures, la climatologue souligne que «sur les 150 dernières années, il n’y a pas de tendance à une péjoration de la situation». Et pour cause: le décalage du réveil de la végétation se fait en parallèle et approximativement à la même vitesse que celui de la date du dernier gel. «On lutte donc plus tôt, mais pas plus souvent», résume Danilo Christen, le responsable du groupe production fruitière en région alpine à l’Agroscope de Conthey, qui a cosigné l’une des deux études avec Martine Rebetez. Cela se ressent dans les dates de différents grands épisodes de gel: celui de 1867 a eu lieu fin mai, en 2017 c’était un mois plus tôt et cette année, mi-avril déjà.

 

Pour certains arboriculteurs, c’est le travail de toute une année qui a été détruit ces dernières semaines. Sur le coteau valaisan par exemple, les dégâts dus au gel concernent la quasi-totalité des abricotiers. En moyenne cantonale, la perte de récolte du prince du verger avoisine les 70%. Le bilan provisoire dressé par le service valaisan de l’agriculture est supérieur aux 50% de pertes de production dues à l’épisode dévastateur de 2017. Au niveau national, un état des lieux est en cours de réalisation, indique Fruit-Union Suisse. Il sera communiqué ce mardi.

 

Si l’arboriculture a été touchée de plein fouet, la viticulture n’est pas forcément mieux lotie. En Valais, les cépages les plus précoces, comme l’emblématique cornalin, ont également été touchés, dans une proportion qu’il n’est pour l’heure pas possible de mesurer. Et ce n’est pas fini. «La période de gel printanier n’est pas encore terminée et de nouveaux épisodes pourraient survenir», prévient l’Etat du Valais.

 

Des arbres pas adaptés à nos régions

 

Pour Martine Rebetez, cette triste réalité n’est pas une surprise. «Les arbres fruitiers proviennent de régions, comme l’Iran, où une fois l’hiver terminé il n’y a pas de retour en arrière. Ils ne sont donc pas tout à fait adaptés à nos régions, où l’afflux d’air du nord entraîne régulièrement des vagues de froid après des périodes douces», appuie-t-elle. Ces épisodes de gel ne vont donc pas s’arrêter. Ils reviendront périodiquement, sans que l’on puisse prédire quand.

 

Pour y faire face, les agriculteurs ont recours à la lutte par aspersion, l’utilisation de bougies à la paraffine ou encore celle de brûleurs au gaz. Mais, on l’a vu cette année, cela ne suffit pas toujours. «Les agriculteurs doivent faire face à de nombreux aléas climatiques. Après le gel, il peut y avoir la grêle, la sécheresse ou des précipitations trop intenses au moment de la récolte. Si les pertes sont trop lourdes et qu’elles ne peuvent pas être compensées par les bénéfices des bonnes années, les producteurs et productrices pourraient devoir cesser leurs activités ou changer de cultures», souligne Martine Rebetez.

 

Des arbres dont la floraison est plus tardive?

 

Une autre solution paraît toutefois envisageable. Favoriser des arbres dont la végétation se réveille plus tardivement serait bénéfique, puisque l’impact du gel est moins fort en tout début de végétation. «Pour l’heure, nous n’avons pas focalisé nos recherches sur ces types de variétés, car nous avions d’autres urgences, notamment celle liée à la résistance aux maladies», indique Danilo Christen, qui reconnaît peut-être «une erreur de ne pas avoir lancé des recherches liées au gel». L’ingénieur agronome assure que cette anomalie sera corrigée.

 

L’objectif est donc de trouver des arbres dont la floraison est plus tardive, mais dont la récolte des fruits demeure aux périodes actuelles. En d’autres termes, le cycle végétatif doit être plus court. «Prenons les abricots, ce sont des fruits d’été. S’ils arrivent sur les étals à fin août, le marché n’en veut plus. Ce sont d’autres fruits, comme les poires ou les pruneaux, que l’on retrouve dans les rayons», appuie Danilo Christen.

 

Le marché semble dicter sa loi à la nature. Cela ne peut-il pas évoluer? «Si le marché change, c’est que le consommateur a changé. Seul le comportement de ce dernier peut avoir un effet», répond Danilo Christen. Un avis que ne peut que partager Martine Rebetez: «Il faut sensibiliser la population pour qu’elle soutienne la production locale et qu’elle ne veuille pas, à tout prix, les premiers fruits qui arrivent d’autres pays, comme l’Espagne. Nous devons être capables d’attendre, par exemple, les abricots locaux. La qualité d’un fruit cueilli à maturité n’est absolument pas comparable à celle d’un fruit cueilli vert et transporté vers la Suisse.»

 

© Sebastien Salom-Gomis/AFP Photo

 

En France, un «quoi qu’il en coûte» viticole

 

La vague de gel du début avril a contraint les viticulteurs français touchés à demander l’aide de l’Etat. Un milliard d’euros ont été débloqués

Richard Werly

La réponse budgétaire ne s’est pas fait attendre, conforme au «quoi qu’il en coûte» devenu, en France, le mot d’ordre pour la réponse économique à la pandémie et aux aléas du confinement. Un milliard d’euros débloqués le 17 avril 2021 pour les viticulteurs, après une vague de gel sans précédent sur leurs exploitations. Selon les premières estimations, 80% du vignoble français, toutes régions confondues – sauf le littoral azuréen (vallée de la Loire, Bourgogne, Bordelais, Champagne, Sud-Ouest…) – a subi un redoutable refroidissement des températures entre le 5 et le 10 avril. Les maraîchers sont aussi touchés. «Le seul sentiment possible est celui de la fatalité face à une telle dévastation naturelle», commentait, début avril, Anne Colombo, du centre œnologique des Côtes du Rhône.

 

«Quoi qu'il en coûte»

 

Pour le secteur français du vin et des alcools, cette «épidémie» de gel est venue aggraver les problèmes de l’autre pandémie: celle du Covid-19 qui a entraîné la fermeture, fin octobre, des cafés et restaurants. S’il n’est pas encore chiffré pour ces derniers mois, l’impact de la crise sanitaire est estimé, pour 2020, à des ventes diminuées de 60% pour les contrats d’achat en sortie de chais. Environ 500000 personnes sont, en France, employées dans la viticulture. 4,2 milliards de litres de vin français sont sortis des cépages de l’Hexagone en 2019, soit 17% de la production mondiale. Or qui dit pandémie dit aussi plongée des exportations, sur fond de guerre commerciale avec les Etats-Unis, où Donald Trump avait, en 2019, augmenté les taxes d’importation de 25%. La mesure, suspendue par Joe Biden dès son entrée en fonction, aurait entraîné une baisse de 14% des exportations et un manque à gagner de 400 millions d’euros. «La réalité, c’est que nous enchaînons les calamités l’une après l’autre, déplore, au téléphone, le propriétaire d’une appellation Pouilly Fumé, dans le nord de la Nièvre. En Saône-et-Loire, le gel qui s’est infiltré dans les bourgeons prêts à éclore a ruiné de la future vendange. C’est une question de survie.»

L’expression «quoi qu’il en coûte» résume, depuis l’apparition du coronavirus, la doctrine économique française. Entre 160 et 170 milliards d’aides tous secteurs confondus ont été distribués dans le pays en 2020. Raisonnable, alors que la dette dépassera sans doute les 120% du produit intérieur brut? Robert Vidal, responsable d’une cave coopérative près de Montpellier, a justifié cet effort lors d’une conférence de presse: «Le vignoble, c’est en enjeu d’avenir. C’est un secteur où beaucoup de jeunes, nos propres enfants, se démoralisent et vont arrêter. Depuis 2015, on n’a pas eu une année de récolte normale.»

 

Dans le Bordelais où la Cité du Vin de Bordeaux (inaugurée en 2016) est fermée comme les autres lieux publics, un autre phénomène inquiète: la possible désaffection des investisseurs internationaux, surtout ceux d’Extrême-Orient, une fois passé le tunnel de la pandémie. Trois pour cent des surfaces viticoles de la région appartiennent à de riches Chinois: «Le monde d’avant, celui de la spéculation viticole, est clairement ébranlé, juge un conseiller financier en investissements fonciers agricoles. Les domaines très endettés, et très dépendants de l’exportation, vont en faire les frais.»

 

Le gel des vignobles du début avril a trouvé un ardent avocat: le premier ministre français Jean Castex, originaire des Pyrénées et ancré dans le terroir. Il avait déjà, en 2020, annoncé des aides exceptionnelles de 80 millions d’euros lors d’une visite sur le site de Sancerre. En se faisant au passage le défenseur de futures restructurations foncières, et d’une possible diminution de la production. Un tournant que la catastrophe climatique du printemps pourrait bien accélérer.

 

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 08:00

 

 

Marie me pressait « Allez, soit pas fier, viens avec moi à l'Ile d'Yeu... » Je haussai les épaules sans répondre. « Alors on ne va pas se voir pendant deux mois ? » Elle tapait là où ça faisait mal. Je me regimbais. « T'en fais pas, je vais me débrouiller. Je t'appelle ce soir... » Aux Sorinières, le pouce levé, je regrettais ce départ précipité. Le stop marchait encore. À la maison on me ne posa pas de questions. Maman trouvait que j'avais maigri. Le clan des femmes s'activa pour me faire festin. Papa, pour la première fois, me parla politique. Notre première proximité. La mémé Marie, qui elle avait tout compris, interrompant son rosaire, me dit «  Elle est doit être jolie cette petite... » En lui montrant une photo de Marie je lui fis remarquer que maintenant j'avais deux Marie dans ma vie. Dans l'après-midi, le docteur Lory vint délivrer l'ordonnance de calmants pour le dos de la tante Valentine. C'était un type froid, avare de mots. Pourtant, ce jour-là, aimable, il me demandait « Tu fais quoi de tes vacances ? » Ma réponse évasive me valut une proposition qui me laissait pantois « Mon cousin, Jean Neveu-Derotrie, brocanteur, cherche, disons un homme à tout faire, pour l'aider. Deux mois à l'Ile d'Yeu ça te dirais ? »

 

Aussi bizarre que ça puisse paraître, moi qui suis né à quelques kilomètres de la mer je n'avais jamais quitté la terre ferme sur un quelconque bateau. L'avion, n'en parlons pas,  en ces années-là voyager était un luxe. À l'embarcadère de Fromentine, face à l'île de Noirmoutier, je découvrais notre navire propret, tout blanc, « la Vendée ». Les marins y embarquaient victuailles et fournitures entassées sur des palettes. Ils chargeaient aussi quelques voitures. Sur la jetée de bois, tout un petit monde de vacanciers, d'îliens, de passagers d'un jour se pressaient. Tout était allé si vite, je n'en revenais pas. Ma croyance dans les fenêtres ouvertes par le hasard se renforçait. Au téléphone avec Marie j'étais resté évasif, lui faire la surprise, aller la cueillir à son arrivée à Port-Joinville serait un vrai bonheur. Pour l'heure je me laissais aller à imaginer l'accueil de celui que je devais assister. D'une manière très étrange nous n'avions eu aucun contact. Au téléphone c'était son père, médecin de l'île, retraité, qui m'avait sondé. Plus exactement, l'homme, policé et courtois, m'expliquait que Jean, son fils, avait besoin d'une sorte de tuteur. Quelqu'un qui tienne les comptes, fasse les courses, la cuisine, assure en gros l'intendance générale du magasin de brocante de la Ferme des 3 Moulins. De prime abord étonné c'est avec un réel enthousiasme que j'avais accepté les conditions proposées.

 

Mon arrivée à Port-Joinville, sous un ciel si bleu, un air tendre et des bouffées de senteurs fortes, restera pour moi l'un des moments forts de ma vie. Jean Neveu-Derotrie était le sosie de Jacques Tati sans l'imperméable. Sa garde-robe se résumait en trois pantalons de tergal gris, deux chemises nylon blanches et une paire de sandales de plastic blanc. Mèche sur les yeux, pipe éteinte au bec, flanqué de son chien, appuyé aux ridelles d'une camionnette C4 il me tendait une main ferme et chaleureuse. L'homme était merveilleusement loufoque, cultivé. Au bar de la marine il me comptait son histoire de rejeton d'une famille où l'on était médecin ou dentiste. Lui s'était fait visiteur médical. Il sillonnait la France en fourgonnette J7 pour placer des matelas anti-escarts dans les hôpitaux et chiner toutes les vieilleries qui lui tombait sous la main. Militant au PSU, pacifiste, son sens des affaires consistaient à savoir acheter. L'argent ne représentait rien pour lui. Un vieux Rouen, une commode Régence ou un homme debout marqueté, ça lui parlait, ça le faisait bander. Capable des pires manœuvres pour acquérir le meuble ou l'objet sur lequel il avait jeté son dévolu il se fichait ensuite pas mal de vendre. Jean n'aimait rien tant que de voir son magasin empli de belles choses. C'était un esthète, un pur esprit, notre accord fut instinctif, immédiat. Sans paroles.

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8 mai 2021 6 08 /05 /mai /2021 06:00

 

La terre, la terre arable, est basse, rude, ingrate, le soleil, le ciel ne sont pas toujours cléments, le terroir profond, celui de la vigne bien sûr, chanté par ceux qui n’y ont jamais les pieds, jamais poudré leurs godasses, n’est pas un doux tapis de pétales de rose où l’on assouvit sa passion.

 

Tout ça et bel et beau mais en dépit de l’image d’Épinal véhiculé par « la presse du vin », le retour à la terre débouche souvent sur un simple aller-retour. Bien sûr, il est possible d’en tirer parti pour écrire un livre comme le fait Laure  Gasparotto.

 

Vigneronne, de Laure Gasparotto | Éditions Grasset

 

« La viticulture est un métier d’une grande violence, climatique et financière » ICI 

Dimanche 25 avril 2021 par Aude Lutun

 

Laure Gasparotto, journaliste Vin au journal Le Monde, a été viticultrice pendant cinq ans dans les Terrasses du Larzac (Hérault). Elle dépeint les bons et moins bons côtés du métier dans un nouveau livre.

 

Laure Gasparotto, journaliste Vin au journal Le Monde, a été viticultrice pendant cinq ans dans les Terrasses du Larzac (Hérault). Elle publie « Vigneronne » (ed Grasset) qui relate son enthousiasme et sa joie de produire un vin qui lui ressemble.

 

Elle décrit aussi les petites et grandes galères de ce métier entre le gel, les problèmes de pompes, les cotisations MSA à régler et les problèmes de transporteur à gérer. Laure Gasparotto est sans concession sur ses limites, notamment en matière de commerce. Après cinq années intenses et engagées, partageant son temps entre Paris et l’Hérault, elle arrête l’aventure.

 

Entretien avec une ex-vigneronne qui pose un regard admiratif sur la profession. ICI 

 

 

Je n’ai pas lu le livre mais, au risque de choquer, je suis plus Catherine Bernard, une vraie journaliste, qui, elle, 20 ans après, a toujours ses bottes dans les vignes.

 

Amazon.fr - Dans les vignes: Chroniques d'une reconversion - Bernard,  Catherine - Livres

 

Bref, hormis ceux qui avaient un beau carnet d’adresses, Hervé Bizeul, et plus récemment Fabrice Le Glatin qui a fait encore prof d’anglais pendant sa reconversion, les expats de la ville qui s’incrustent, et vivent de leur nouveau métier, ne sont pas légion, il y a bien sûr des exceptions qui confirment la règles, tel Nicolas Carmaran, le fondateur du café de la Nouvelle Mairie dans le Ve qui est solidement implanté dans l’Aveyron.

Gamine Magnum 2020 · Domaine de la Cure — buneba · vins libresNicolas Carmarans Maximus | Vivino

 

Tout ça pour dire, que le métier, est un 3 en 1, viticulteur-vigneron-vendeur, et que l’offre des cavistes est déjà bien encombrée, que la notoriété des premiers installés sur un créneau de marché est un barrage difficile à surmonter pour les nouveaux entrants, alors il n’est pas interdit de rêver, d’être passionné, loin de moi cette exigence, mais avant de se lancer dans cette aventure, qui n’en est pas une, il est bon  d’en évaluer toutes les faces.

 

Bref, la chronique de l’aigre Cobbold, pour les 5 du vin, au-delà de sa tendance à être désagréable, met le doigt sur les failles d’une approche romantique. Ayant vécu, en direct live, en tant que membre de son GFA, le parcours de Catherine Bernard, je conseille à tous les apprentis néo-vignerons, de bien évaluer leurs capacités avant  de sauter le pas.

 

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Pour l’Histoire : 24 août 2014

C’était au temps d’après mai 68 où les parents de Thomas Piketty partaient élever des chèvres dans l’Aude… ICI 

 

L’image des intellos soixante-huitards larguant les amarres, quittant Paris, s’installant à la cambrousse pour élever des chèvres et vivre du produit de la vente de fromages sur les marchés locaux fait partie intégrante de l’historiographie officielle du fameux mois de mai.

 

« Mes parents se sont connus dans une manifestation, ils étaient extrêmement jeunes : mon père avait dix-sept  ans, il était en première, ma mère en avait dix-neuf ; issue d’un milieu modeste, elle avait dû cesser ses études en 3e et gagnait sa vie comme employée de banque. Elle était militante à Lutte Ouvrière, mon père l’a suivi à  LO et a plaqué le lycée (…) ils se sont très vite sentis ostracisés par leurs compagnons de militantisme : à LO c’était mal vu d’avoir des enfants (ndlr 2) ! Trop bourgeois ! De plus, mon père (ndlr fils d’une famille aisée) subissait des pressions de l’organisation qui voulait qu’il prélève l’impôt révolutionnaire auprès de sa famille(…)

 

 

« Avec les chèvres, mes parents vont jusqu’au bout de l’esprit de 68 ; je précise qu’il n’y a aucune origine paysanne dans ma famille de part et d’autre : mes parents sont tous les deux nés dans la capitale ; en vérité, ils n’avaient jamais vu une charrue de leur vie… Je garde une impression homérique de ce voyage pour l’Aude. Mon père ouvrant la route au volant d’un camion rempli de chèvres qu’il venait d’acheter. Nous, suivant derrière, dans une deux-chevaux bourrée à craquer, conduite par ma mère. Je me rappelle très précisément m’être dit à ce moment-là : « Mais qu’est-ce que c’est que cette blague ? » Des années plus tard, j’ai été faire un pèlerinage dans le village où nous vivions ; j’ai été frappé par la beauté du lieu, je ne me souvenais pas que le presbytère de l’église où nous vivions, était si joli… Il faut dire que la difficulté de la vie quotidienne nous occupait complètement. Je garde le souvenir de nos départs à l’aube pour le marché de Perpignan, la voiture bourrée de fromages, je garde également en mémoire l’amertume de nos retours lorsque nous en avions vendu seulement trois. Ce n’est pas si facile de s’improviser fabricant et vendeur de fromage ! C’était pathétique. Très vite les gens du village ont chargé de vendre d’autres choses pour eux au marché, cela permettait de se faire des marges minuscules. Financièrement, c’était vraiment tendu (…)

 

 

« Je n’ai aucun souvenir joyeux de cette période. Mes parents n’étaient pas préparés à vivre ces années de chômage, nous vivions dans la précarité. On oublie que 68 a coûté très cher à un certain nombre de gens qui ont tout plaqué du jour au lendemain pour des idéaux, puis se sont fait cueillir par la crise économique des années 70. Comme beaucoup d’autres, mes parents ont adhéré très jeunes, dix-huit ans à peine, à un discours  libérateur, ils en ont payés les pots cassés. Il n’avaient pas fait d’études, ce n’étaient pas des intellectuels, ils avaient rompu avec leur famille… Ils font partie de cette majorité anonyme de post-soixante-huitards dont on ne parle jamais, qui est venue gonfler les rangs des chômeurs à partir du milieu des années 70, sans y avoir été préparée. Je me demande même si ces incidences économiques n’expliquent pas pour partie les discours que l’on a entendus par la suite, ce rejet viscéral des années 68. »

Dur d’être vigneronne parisienne ICI

Je viens de terminer le petit livre de Laure Gasparotto intitulé simplement « Vigneronne » (208 pages, Grasset). Je connais une peu Laure, en tant que collègue journaliste et elle a eu la gentillesse de me l’envoyer.

J’avais essayé de lire deux autres de ses livres avant, mais sans arriver à les terminer. Cette fois-ci, je suis arrivé au bout. Il y a pas mal de choses à dire à propos de ce bouquin et de l’aventure personnelle qu’il raconte, mais, avant tout, j’ai trouvé très courageux de sa part de se mettre à nu (au sens figuré, bien entendu !) avec ses états d’âmes, sa naïveté (parfois), son enthusiasme et ses échecs, sans parler d’une partie de sa vie privée, afin de raconter sa brève expérience de néo-vigneronne (4 millésimes), partageant sa vie entre Paris (et ses deux jeunes enfants) et sa vigne et son chai dans l’appellation Terrasses du Larzac. Quand je pense à ce grand écart et à la détermination qu’il a fallu pour tenter cela, je suis béat d’admiration.

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7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 08:00

30 mai comme 30 mai 1968 - De Jour en Jour, La Politique au Quotidien

La journée plana, d'abord suspendue à l'attente du discours du voyageur de Baden-Baden, avant de prendre son envol avec le bras-dessus, bras-dessous des Excellences soulagées sur les Champs-Elysées, elle s'acheva, telle une feuille morte se détachant de sa branche, dans un mélange de soulagement et de résignation. Mai était mort et tout le monde voulait tourner la page, l’oublier. L'allocution du Général fut prononcé sur un ton dur, autoritaire, menaçant. L'heure de la normalisation avait sonnée. De Gaulle ne sait pas encore, qu'en fait, c'est une victoire à la Pyrrhus, une droite réunifiée et les veaux français ne tarderont pas à le renvoyer à Colombey pour élire Pompidou le maquignon de Montboudif. Avec Marie, en cette fin de journée, nous sommes assis dans les tribunes du vieux Stade Marcel Saupin, au bord de la Loire, tout près de l'usine LU pour assister au match de solidarité en faveur des grévistes, entre le FC Nantes et le Stade Rennais. En ce temps-là, les footeux, parties intégrantes de la vie des couches populaires venant les supporter match après match, osaient mouiller le maillot, prendre parti  pour eux. José Arribas, l'entraîneur des Canaris, républicain espagnol émigré, à lui tout seul personnifiait cette éthique.  

 

Le stade semblait abasourdi, comme si on venait de lui faire le coup du lapin. Les Gondet, Blanchet, Budzinsky, Le Chénadec, Suaudeau, Simon, Boukhalfa, Robin, Eon, conscients de la gravité du moment, nous offraient un récital de jeu bien léché, à la nantaise comme le dirait bien plus tard, un Thierry Rolland revenu de ses déboires de mai. Il fera partie de la charrette de l'ORTF. Comme quoi, mai, ne fut pas, contrairement à ce nous serine l'iconographie officielle, seulement un mouvement de chevelus surpolitisés. Marie, ignare des subtilités de la balle ronde, applaudissait à tout rompre. A la mi-temps, en croquant notre hot-dog, dans la chaleur de la foule, sans avoir besoin de nous le dire, nous savions que ce temps suspendu que nous venions de vivre marquerait notre vie. Nous ne serions plus comme avant. Lorsque l'arbitre siffla la fin du match, l'ovation des spectateurs, surtout ceux des populaires, sembla ne jamais vouloir s'éteindre. C'était poignant. La fête était finie, personne n'avait envie de retrouver la routine du quotidien. Dans la longue chenille qui se déversait sur le quai, le coeur serré je m'accrochais à la taille de Marie comme à une bouée.

 

L'ordre régnait à nouveau. Le pouvoir n'était plus à prendre. A la Sorbonne le comité d'organisation décidait de chasser les « Katangais » et de fermer les portes pour quarante-huit heures ; y'avait beaucoup de détritus. Daniel Cohn-Bendit, convoyé par Marie-France Pisier, rentrait en Allemagne avant que le pouvoir ne prononce la dissolution de plusieurs organisations gauchistes. Le 16 juin, la Sorbonne capitulait sans heurt. Le 17 juin, les chaînes de Renault redémarraient. Le 30 juin, au second tour des législatives, c'est un raz-de-marée, les gaullistes et leurs alliés obtenaient 358 des 465 sièges de l'Assemblée Nationale. Nous à Nantes, forts du sérieux de notre organisation, face à des caciques revigorés, nous sauvions les meubles. Ici, le vent de mai, laissera des traces durables, aussi bien chez les paysans, que dans les organisations ouvrières et politiques : la deuxième gauche allait prendre d'assaut le Grand d'Ouest et investir la plupart des places fortes d'une démocratie chrétienne à bout de souffle et incapable d'influencer son camp : Nantes, Rennes, La Roche sur Yon, Brest, Lorient viendraient s'ajouter au fief de St Brieuc.

 

Mon parcours d'avant-mai me valut d'être exempté de tout examen. C'est Hévin qui me l'apprit. Mon premier mouvement fut de refuser. « Evitez la bravoure Benoît, en septembre ça va être un véritable carnage. Vous avez été le témoin de leur lâcheté, ils ne vous le pardonneront pas. Examen ou pas, quelle importance pour vous, ça n'est pas du favoritisme mais l'application pure et simple de l'accord conclu. Partez en vacances ! On aura besoin de vous l'année prochaine pour tenir le choc de l'onde en retour... »

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7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 06:00

 

Blue Country Mag': Boby Lapointe - Comprend qui peut !

Un ami vigneron, dont je tairai le nom, qui s’est fait un nom, un beau nom tout seul, qui chalute avec celui de Lalou  Bize-Leroy ou de la Romanée du joyeux Aubert de Villaine, on s’arrache ses vins qui s’envolent à des prix qui rendent l’immense Bettane, le Parker raté des gaulois, vénère, en cette étrange Bourgogne où beaucoup, se pensent et se vivent, dans un monde fantasmée, celui du pépé, m’a rapporté cette histoire.

 

L’un de ses rejetons, a osé, citer Bobby Lapointe, dans un devoir sur les poètes, en rouge : « ne pas confondre chanteur populaire et poète ! » Et dire, que ces gens-là, qui se revendiquent le plus souvent de gauche, donc près du peuple, des gens, osent ce type de remarque débile. Ça explique beaucoup de l’état  de notre vieux pays, encalminé, poussiéreux, en cale sèche. Des étroits du bulbe !

 

20 juin 2010

Aragon&Castille : l’hommage de Bobby Lapointe au Grenache ICI

Et, par la vertu de cet espace de liberté, quelques jours après je reçois un message sur mon blog :

 

Après le gros succès de notre spectacle Boby Lapointe (mari de ma maman) nous proposons un spectacle sur le vin et la nourriture jouable en extérieur...

je suis dans le Minervois à Agel

Merci

Bien à vous

 

Marc Feldhun

 

Je téléphone, on papote et voilà le résultat.

L'A-Musée Boby Lapointe - Les choses de la vie en ce moment sur France 5 |  Facebook

Musique et chansons - Truffaut par Truffaut (14/15) - La Cinémathèque  française

 

FICHE DE RENSEIGNEMENTS

 

Titre (exact) du spectacle : From two to Boby Lapointe

Nom(s) du /des Comédien(s) : Marc Feldhun – Hervé Tirefort

Nom de l’Auteur : Boby Lapointe

Nom du Metteur en scène : Emmanuelle Osmont

Durée du spectacle : 1h15

Age du public minimum requis (si pas d’âge mini, noter « tout public ») : tous publics

Catégorie (danse, théâtre, …) : spectacle musical

Style  (magie, seul en scène, comédie, …) : cabaret musical

Résumé du Spectacle : Le duo« From Two to Boby Lapointe » revisite avec fantaisie le répertoire de Boby Lapointe.
Bobylisez-vous pour ce spectacle musical enjoué, coup de coeur de la presse et du public en Avignon.
Deux artistes complices, contrepétris de talent cuisinent au piano et à feu vif les chansons de Boby.Des invités surprises apparaissent dans ce tour de chants des possibles. Vous en saurez plus sur cet artiste iconoclaste et intemporel, rappeur avant l’heure, accrobate du langage, inventeur à ses heures.



 

Nom de la cie, association ou production pour le contrat : atomes prod carcassonne

Adresse exacte : 46 allée d’iena 11000 CARCASSONNE

Nom du responsable et fonction (président, directeur, …) : Stephane Cano

Numéro de Siret : 533 320 123 00029

Code Ape : 9001Z

Licence(s) : 2-1076956    3-1076957

Contact et téléphone Administratif : 04.68.47.68.19

Contact et téléphone Jour J : tirefort 0616097971

Taux de TVA : 5%

RiB :  A JOINDRE Séparément  (COPIE INTEGRALE)

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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 08:00

 

Le soir du mardi 28 mai, coup de théâtre, tel un grand fou rire, la nouvelle se propageait sur les ondes : Cohn-Bendit, en dépit de l'interdiction qui lui a été notifiée de rentrer en France, réapparaissait à la Sorbonne. Tout le monde riait, jaune pour certains, le pouvoir connaissait quelque-chose de pire que l'impuissance, le ridicule. Christian Fouchet, car les télévisions des chaînes internationales sont là, est la risée du monde entier. Avec Marie, alors que nous redescendions sur Nantes dans notre 2CV capotée, nous l'avions entendu sur le transistor miniature, made in japon, que nous avait offert son père. Cet épisode, grand guignolesque, devait conforter le général dans son incompréhension de cette chienlit si éloignée de l'ordre militaire. Mais comme nous l'avait expliqué le père de Marie, il le tenait de l'épouse du Premier Ministre qui appréciait sa peinture, ce que de Gaulle supportait mal c'était de voir beaucoup des Excellences du gouvernement - la saillie est de Bernard Tricot - se « décomposer biologiquement ». Seuls quelques originaux, du style Sanguinetti, ne cédaient pas à la panique. Le Vieux, ne pouvait camper sur cette position désabusée. Son goût du poker politique, qui l'avait vu affronter des pointures comme Churchill et Roosevelt, allait le pousser à un dernier coup de bluff.

 

A Nantes, le front ouvrier est solide. La Faculté de Lettres est un cloaque. En Droit, tout est figé. Seuls les médecins, partis sur le tard, hors structures syndicales, ruent dans les brancards. Avec Marie je participe à l'intendance du mouvement en tirant des affiches à l'atelier improvisé dans la buanderie du CHU. Les carabins ont une bonne descente, un goût prononcé pour la copulation, alors les fins de soirée s'apparentent à de quasi orgies. Le nouveau statut de Marie, la nana du grand juriste gaucho, la préservait de leurs assauts, car même si le carabin est chaud il reste encore très respectueux des codes de la bienséance. A notre retour de Paris nous fûmes traités tels des émissaires venant de rendre visite au grand Mogol. En dépit de ses protestations, je laissai la parole à Marie. « My chérie c'est la meilleure thérapie que je connaisse pour guérir tes chers collègues de leur machisme policé... » Le résultat dépassa mes espérances, les blouses blanches lui firent une standing ovation. Il faut dire que l'amour de ma vie, fine mouche, avait su brosser un tableau de la situation qui ne pouvait que satisfaire ces grands jeunes gens dont l'immaturité politique était proportionnelle au sectarisme des extrémistes des deux bords.

 

Ce soir-là Marie voulut que nous couchions chez sa mère. A peine rentré le téléphone sonnait. C'était son père. La nouvelle était d'importance : de Gaulle venait de quitter Paris en hélicoptère. Le grand poker menteur venait de commencer. Flore dînait en ville. Plus exactement elle passait sa soirée chez son notaire. Seuls, dans le grand appartement, étendu sur le grand canapé du salon, nous écoutions Procol Harum en boucle en sirotant de grands verres de citronnade glacée. Mai, ce mois de mai fou, échevelé, toujours à la limite sans jamais la franchir, retenait son souffle, en apnée, tel un coureur insoucieux de ses forces qui, dans le dernier virage, alors que la ligne d'arrivée est proche, sait qu'il va perdre ; que ceux qu'il a nargué pendant sa folle chevauchée vont fondre sur lui, le laisser sur place, gagner. La France qui avait peur, celle qui se terrait, allait débouler sur les Champs Elysées, le tricolore allait flotter, la Marseillaise sortir des gosiers jusqu'ici serrés de trouille. Marie, en se blottissant contre moi, me disait « il est à nous ce mois, ça ils ne pourront pas nous l'enlever... »

 

Au lever du jour, investit par le frère de Marie – celui que nous avions croisé le premier jour – et quelques-uns de ses acolytes, l'appartement se transforma en repaire de conspirateurs. Ignorant notre présence, ces jeunes gens exaltés se préparaient à la grande manif commanditée par une étrange coalition de gaullistes, d'anciens pétainistes, de partisans de l'Algérie française et des fafs habituels de la Fac. La spontanéité de la marée des Champs-Elysées, et des foules des grandes villes de province, s'appuyait sur l'art consommé de la vieille garde du Général à mobiliser ses réseaux de la France libre. Mobilisation amplifiée par l'adhésion d'une partie du petit peuple laborieux excédé par le désordre et de tous ceux qui voulaient voir l'essence réapparaître aux pompes pour profiter du week-end de la Pentecôte. La majorité silencieuse, mélange improbable de la France des beaux quartiers et du magma versatile de la classe moyenne, trouvait ce jeudi 30 mai sa pleine expression.

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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 06:00

Le Vieux qui se disait Pape, son petit gris des Sables et une Villageoise  très rase moquette… - Le blog de JACQUES BERTHOMEAUPiquette à table - Le rétroblogpub

Au temps où je bossais à la SVF, au siège sis sur le merveilleux port de pêche de Gennevilliers, la Villageoise était embouteillée à l’usine de Châteauneuf-les-Martigues, le sourcing étant très majoritairement du rosé acheté par Franck Passy en Provence. Suite à la catastrophe du méthanol dans les vins italiens nul mélange de jus de différents pays  de la communauté. Mon seul souci était la logistique puisque la consommation de ce nectar populaire grand format : 1 L 5 plastifié se situait en Ile-de-France, Nord-Pas-de-Calais et Bretagne, j’affrétais  d’énormes semi-remorques 26 palettes.

 

J’avoue humblement que je n’ai jamais trempé mes lèvres dans un verre de ce nectar mais je puis vous assurer que ce n’était pas une horreur et que les consommateurs n’étaient pas des clochards. Il faut cesser de diaboliser le vin de table de cette époque, même si notre concurrent Castel, avec sa marque Castelvin, était réputé pour vendre de la bistrouille. La Villageoise était alors la 3e marque française de vin.

 

Bref, 30 ans sont passés, la SVF s’est fait bouffé par le père Pierre Castel :

30 septembre 2005

SVF

 

« Toujours pour alléger nos coûts, je me tournai vers notre premier concurrent, Pierre Castel, numéro deux des vins de table en France, pour lui proposer de partager avec nous les fonctions de back-office en créant une filiale commune qui serait chargée du stockage, de l'assemblage, de l'embouteillage et des livraisons(...) Mon idée lui plut. Un groupe de travail réunissant les directeurs des deux sociétés fut constitué. En vain ! Chacune de nos équipes s'agrippait à son pré-carré. Après avoir usé deux présidents, nous décidâmes finalement de vendre la SVF (...)

 

La suite ICI 

 

Le groupe Castel, avec cette acquisition, s’est doucement converti en direction d’une politique de marques, à l’instar du Vieux Papes, en créant Baron de Lestac pour ses bordeaux et La Roche Mazet pour ses vins Sud de France.

 

Bref, la vidéo qui suit, sur le mode humoristique, est intéressante, à plus d’un titre, pour mesurer l’impact d’un marketing intelligent pour transformer une marque vieillissante, un peu ringarde, avec un packaging peu écologique, en une marque adaptée à une certaine forme de consommation.

 

La Villageoise, ce VDQN

Soulographie d’un breuvage bon marché.

Le Beaujolais Nouveau est arrivé ! Evénement qu’il faut bien évidemment arroser en organisant une soirée de dégustation au goulot. Ivresse garantie pour les petites bourses et l’occasion pour moi de rendre hommage à une piquette qui depuis des années suscite ma curiosité : La Villageoise.

A première vue

Supermarché, rayon vin : c’est en penchant la tête bien bas que vous apercevrez une rangée de bouteilles en plastique translucide, exhibant un liquide rouge, blanc ou rose et dont l’étiquette champêtre marquera à jamais votre esprit : une femme (cette villageoise) qui porte un panier de raisins, rentre cheveux au vent des champs de vignes, par une belle journée d’été.  L’esquisse a la poésie des vignobles du Languedoc, région dans laquelle ce délicieux suc est d’ailleurs mis en bouteille. Son estampille n’a pas d’égal : la pastille rouge autocollant sur la capsule vous assurera son appellation VDQN (Vin De Qualité Négligeable) de la même façon qu’une pastille verte atteste un AOC (Appellation d’Origine Contrôlée). En se penchant sur l’étiquette, on découvre qu’il s’agit non seulement d’un vin, mais en plus, qu’il vient de France. Quant  à la description on aura droit à : « La Villageoise, un vin léger, fruité et gouleyant, d’une robe rubis, franche et brillante ».

 

On se laisse tenter ? On a le choix entre deux formats : la bouteille d’1,5 L ou le pack de six bouteilles de 25 cl à emporter partout avec soi.

 

Mise en bouche

 

A la première lampée, on retrouve effectivement une saveur de vin. Identifier les cépages serait mission impossible… On note en revanche une sorte d’aigreur au fond de la bouche et surtout, une rébellion certaine du système digestif… sauf que ce tord-boyau ne contient que 11% d’alcool.  On suppose  que sa fabrication est le résultat d’un mélange de divers vins français (comme l’indique la bouteille) mais les informations sur le procédé de vinification restent pour le moins mystérieuses. Le packaging plastique joue aussi en défaveur de ce breuvage, étant donné que la capsule n’est pas hermétique comme peut l’être le bouchon en liège. En outre, il a été prouvé que le plastique était ce qu’il y avait de plus mauvais pour la conservation d’un vin rouge. Il s’oxyderait plus vite.

 

A la source

 

La suite ICI 

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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 08:00

Ce qui fut dit fut fait. Marie était ainsi, un gros grain de folie dans un petit coeur simple. Nous débarquâmes donc, en fin de matinée chez le grand homme. C'est lui qui nous ouvrit, blouse bise ample, saroual bleu et sandales de moine. Chaleur et effusions, l'homme portait beau, un peu cabotin, la même coquetterie dans l'œil que ma Marie – c'est l'inverse bien sûr – et surtout, une voix chaude, charmeuse et envoutante. Sous la verrière de son atelier, sous un soleil au zénith, nous fîmes le tour de ses toiles récentes. Il s'était tu. J'estimai le moment venu d'avouer mon inculture crasse. Sa main se posa sur mon épaule, protectrice « Avec Marie vous faites la paire mon garçon. Chirurgienne ! Un métier de mains habiles fait par des imbéciles prétentieux. Qui puis-je ? C'est de famille. Rien que des clones en blouses blanches ! Pour eux je suis le raté. Un millionnaire par la grâce des galeristes américains, l'horreur pour ces Vichyssois refoulés ! Ha, le Maréchal il allait les protéger tous ces bons juifs, bien français... Des pleutres, de la volaille rallié sur le tard au grand coq à képi. Et ils sont allés le rechercher pour défendre l'Algérie française. Bernés ! Mais on leur sert de l'indépendance nationale alors ils baissent leur froc. Ils se croyaient bien au chaud et vous déboulez, tels des enragés. Panique dans le Triangle d'or, tous des futurs émigrés... » Le tout ponctué d'un grand rire tonitruant et de rasades de Bourbon. L'homme pouvait se permettre de railler le héros du 18 juin, résistant de la première heure, à dix-huit ans, un héros ordinaire, compagnon de route des communistes un temps malgré le pacte germano-soviétique et les vilenies de Staline en Espagne, il rompra avec eux bien avant Budapest. Marie m'avait tout raconté sur le chemin de Paris.

 

Pendant que je pataugeais avec Marie dans le bonheur, le 25 mai, rue de Grenelle Pompidou veut reprendre la main, être de nouveau le maître du jeu. Il joue son va-tout. L'important pour lui c'est de lâcher du lest sur les salaires pour neutraliser la CGT de Séguy. Le falot Huvelin, patron d'un CNPF aux ordres suivra en geignant. Les progressistes de la CFDT, bardés de dossiers, assistent à un marchandage de foirail. Comme un maquignon sur le marché de St Flour, baissant les paupières sous ses broussailleux sourcils, tirant sur sa cigarette, roublard, tendu vers l'immédiat, le Premier Ministre ferraille, main sur le coeur en appelle à la raison, pour lâcher en quelques heures sur tout ce qui avait été vainement demandé depuis des mois, le SMIG et l'ensemble des salaires. Le lundi, chez Renault, à Billancourt, Frachon et Séguy, se feront huer. Chez Citroën, Berliet, à Rodhiaceta, à Sud-Aviation et dans d'autres entreprises, même hostilité, même insatisfaction. Le « cinéma » des responsables de l'appareil cégétistes à Billancourt n'a pas d'autre but que de blanchir les négociateurs, de mettre en scène le désaveu de la base.

 

La semaine qui s'ouvrait devait être décisive. Pompidou sur la pente savonneuse, la célèbre « voix » jusque-là infaillible semble douter après le bide de sa proposition de référendum, Mendès le chouchou de l'intelligentsia, qui le considère comme l'homme providentiel, consulte, mais comme d'habitude attend qu'on vienne le chercher. Le 28 mai sous les ors de l'hôtel Continental Mitterrand, avec sa FGDS, se pose en recours. Tous les camps s'intoxiquent. Le vrai s'entremêle au faux. On parle de mouvement de troupes au large de Paris. La frange barbouzarde des gaullistes mobilise. On affirme que les membres du SAC ont déballé dans leur repaire de la rue de Solférino des armes toutes neuves. Le Ministère de l'Intérieur révèle la découverte de dépôts d'armes dans la région lyonnaise, à Nantes, dans la région parisienne, ce qui ajoute du piment à une situation déjà quasi-insurrectionnelle. Ce qui est vrai, c'est que depuis plusieurs jours certains membres de la majorité ne couchent plus chez eux. Avec Marie nous décidons de nous joindre au cortège qui se rend à Charléty.

 

Dans la foule : Mendès-France. Le PC et la CGT ont refusé leur soutien. Dès la mise en place du cortège, au carrefour des Gobelins, il est évident pour les organisateurs que la manifestation rencontre un vrai succès populaire. Des drapeaux rouges et noirs flottent au-dessus de la foule. Le service d'ordre de l'UNEF nous encadre. A Charléty, nous nous installons dans les gradins. « Séguy démission ». André Barjonet, en rupture de ban avec la centrale lance « La révolution est possible » Geismar annonce qu'il va donner sa démission du SNESUP pour se consacrer à ses tâches politiques. Pierre Mendès-France n'a pas pris la parole. Aux accents de l'Internationale nous quittons calmement le stade. La manif est un succès mais elle nous laisse sur notre faim. Le mouvement est frappé d'impuissance et ce n'est pas la prestation de Mitterrand le lendemain qui va nous ouvrir des perspectives. A sa conférence de presse, l'un des nôtres, lui a demandé s'il trouvait « exaltante la perspective de remplacer une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix jours, par une équipe qui n'a plus d'autorité depuis dix ans... » Le député de la Nièvre, pincé, répliquera « je me réserve de vous montrer que vous avez peut-être parlé bien tôt et avec quelque injustice... » La suite allait prouver que le vieux matou avait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Mai 68
Le 26 mai vu par Célia Houdart : on va à Charléty
Mai 68 raconté par des écrivainsdossier

 

 
 

 

 

 

 
«Tu vois le moment où le peuple va chercher Ivan ? Il y a ce plan où Ivan regarde le peuple de loin. Pour moi c’était ça, le peuple en marche, étudiants et ouvriers confondus.» Célia Houdart s’entretient avec son père, Dominique Houdart, marionnettiste et à l’époque jeune adhérent du PSU, qui était au stade Charléty le 27 mai 1968.
 
par Célia Houdart
publié le 25 mai 2018
 

«Je l'ai trouvée hier à la Foire de Paris sur un stand tenu par un vieux Chinois», me dit mon père en me montrant sa veste rouge à col Mao. C'est un jour férié du mois de mai, nous sommes assis, mon père et moi, à une petite table ronde à la terrasse du Café des phares, place de la Bastille. Nous nous y retrouvons régulièrement, comme ça, pour se voir, pour parler. Mon père a souvent évoqué le mois de Mai 68 tel qu'il l'a vécu, comme jeune metteur en scène de théâtre et membre du non moins jeune PSU. J'avais le souvenir qu'il était au stade Charléty le 27 mai. Je l'ai donc interrogé. «Je suis venu avec les copains du PSU. Pas tellement les gens de la profession, qui étaient plutôt à l'Odéon. J'y étais moi aussi au début. Il faut imaginer, Madeleine Renaud nous suppliant : "Mes enfants, ne touchez pas aux costumes !" On a aussi occupé le théâtre Chaptal. A vrai dire, j'avais compris qu'il n'y avait pas grand-chose à espérer de la profession politiquement. Je préférais être sur le terrain. Je venais de monter une pièce de Luc de Goustine. Il l'avait écrite à chaud. Cela s'appelait 10 mai 1968. On l'a tournée dans les comités d'action un peu partout avec des étudiants, car les professionnels du théâtre étaient en grève, il n'était pas question que des comédiens jouent. Comme je faisais partie d'un comité d'action dans le IIIe arrondissement de Paris, qui se réunissait souvent à l'école des Arts appliqués, j'ai embarqué les étudiants dans l'aventure. Et puis, je venais de faire la rencontre du Bread and Puppet de Peter Schumann, dont toute la troupe habitait rue Saint-Jacques, dans l'appartement de la fille de Brecht. On s'était vus chez Gabriel Garran, au théâtre d'Aubervilliers, où j'étais en stage. J'avais découvert leurs spectacles au festival de Nancy. Comme je baragouinais l'anglais et que, surtout, j'avais une camionnette, je les ai trimballés dans les usines en grève pour qu'ils puissent jouer Fire, un spectacle avec masques et marionnettes géantes, qui dénonçait les atrocités de la guerre du Vietnam. Un théâtre visuel, gestuel, chanté, avec très peu de mots. J'étais leur accompagnateur, chauffeur, assistant. Napo, le technicien de Garran, avait trouvé une combine, par le PC, je crois, pour me fournir de l'essence, parce qu'il fallait qu'on roule ! Le soir en douce, je me souviens, il me filait des bidons, on remplissait le réservoir de ma camionnette. Cette aventure a été très marquante pour moi, décisive même. L'équipe du Bread and Puppet m'a offert à la fin une oriflamme que j'ai gardée pieusement. Je l'ai encore dans mon bureau.»

 
 

Quand avais-tu adhéré au PSU ? «En 1968. Je ne sais plus exactement la date. Les manifs, les réunions. C'était une période d'une densité. Tu sais, parfois, tout se brouille. J'ai l'impression d'avoir vécu tout cela en même temps. Pour revenir au 27 mai, le rendez-vous était en fin de journée après le protocole d'accord dit de Grenelle, que rejetaient les ouvriers des grandes entreprises. On est partis des Gobelins. Il y avait un mot d'ordre : "On va à Charlety", et beaucoup de monde. Tu as vu le film Ivan le terrible d'Eisenstein ?» Oui. «Tu vois le moment où le peuple va chercher Ivan ? Il y a ce plan où Ivan regarde le peuple de loin. Pour moi c'était ça, le peuple en marche, étudiants et ouvriers confondus, qui allait porter quelqu'un au pouvoir pour l'arracher aux mains du gaullisme dont on ne voulait plus. On a traversé ce quartier aux abords de la Porte de Gentilly. La rue de l'Amiral- Mouchez, le boulevard Kellermann. C'était un peu mort, assez bourgeois. Les gens devaient avoir la trouille. Rien à voir évidemment avec le Quartier latin. Je crois en fait que les habitants ne se rendaient pas bien compte de ce qui se passait.»

 

Les images de l'INA montrent les groupes courant en brandissant des banderoles. Comme les parades des équipes avant un meeting sportif. «Oui exactement, j'ai le souvenir d'une sorte de cavalcade. De courses dans le stade. C'était très joyeux. Après on s'est assis sur la pelouse au centre. On crevait de chaud. On avait soif. Mais on avait l'habitude. On avait passé tout le mois de mai dehors à marcher dans Paris. C'était extrêmement joyeux. On blaguait. C'était la fête. Il faisait très beau. Un temps un peu comme aujourd'hui. La réussite de Mai 68 c'était aussi le beau temps. On dormait très peu. Mais c'était tellement exaltant.»

 

Tu étais là pour quoi ? «Pour Mendès. J'avais beaucoup d'admiration pour lui et pour Rocard. Au début, je ne l'ai pas vu, mais on m'a dit qu'il était en tête de cortège. J'étais venu avec l'espoir non seulement qu'il prenne la parole mais qu'il se déclare candidat pour prendre la tête d'un nouveau gouvernement. On a écouté le discours de Sauvageot : "Ce n'est qu'un début, continuons le combat." De Geismar. Puis celui de Rocard. Ensuite on a vu qu'on tendait le micro à Mendès France. Et là rien. Il est resté muet.» Il n'a pas voulu tout mélanger, c'est ça ? C'était un meeting syndical. «Oui, mais étant donné le contexte et la vacance du pouvoir gaulliste, on rêvait d'un putsch de la gauche, avec Mendès France en tête. Il y avait une possibilité de prise de pouvoir qu'il a écartée. On savait bien que tout cela avait un côté coup d'Etat qui n'était pas du tout son style, il était trop démocrate et légaliste pour cela. Mais on espérait quand même. Et cela a été une grande déception. C'est François Mitterrand qui a profité de tout cela, juste après, en proposant la formation d'un gouvernement provisoire de gestion.»

Et le ralliement de l'ORTF qui venait de se mettre en grève, cela a été une étape importante ? «Je me rappelle surtout cette affiche sortie des ateliers se sérigraphie des Beaux-Arts, où l'on voyait le sigle de l'ORTF avec des anneaux comme ceux des Jeux olympiques en fils barbelés. A vrai dire, on écoutait surtout Europe 1. Ta grand-mère suivait en pleurant les émeutes en direct sur Europe 1.»

 

Et la police ? Les CRS ? Vous étiez très surveillés ? «Non pas tellement. Ils étaient sur le côté. C'était la police à l'ancienne, sans équipement particulier. Je ne les revois même plus dans l'enceinte du stade. Et pourtant, c'était un peu le grand soir pour nous. On était exaspérés par Pompidou et de Gaulle. D'ailleurs, inspiré sans doute par l'exemple du Bread and Puppet, j'avais fait fabriquer une grande marionnette par les étudiants des Beaux-Arts. Un personnage hybride, une sorte de monstre fabriqué à partir de cageots, qui s'appelait "le Pompigaullidou". Je l'avais emmené aux manifestations. Il était l'objet de quolibets, d'insultes très violentes. Cela a été une révélation pour moi. J'ai compris à cette occasion la force symbolique de l'objet, de la marionnette. C'était ça aussi Mai 68, une expérience de théâtre de rue. Une ferveur nous gagnait tous. Une créativité. Il y avait beaucoup d'invention formelle, plastique. On était dans la plus grande utopie, mais on y croyait fortement. A la fin de Mai 68 à Paris, quand j'ai senti que c'était la fin, que c'était perdu, je suis parti à Prague.»

Est-ce que tu dialogues souvent encore avec le jeune homme que tu étais à l'époque ? Es-tu encore en contact avec lui ? Est-ce que tu le consultes pour agir aujourd'hui ? «Je ne prends pas conseil auprès de lui, mais j'essaie de rester dans la même ligne. J'ai vraiment découvert ma ligne à ce moment-là. Je me suis forgé politiquement et artistiquement, surtout avec l'utilisation de l'objet-signe. Et j'essaie de ne pas déroger.»

 

Née en 1970, Célia Houdart est philosophe, romancière, metteure en scène et auteure de textes pour des pièces sonores,  e la danseet de l'opéra

Dernier ouvrage paru : Tout un monde lointain, POL, 2017.

 

Lundi, le 28 mai vu par Luc Lang.

26 et 27 mai : De grenelle à Mendès

La France entière est suspendue aux négociations de Grenelle. Elles sont tout sauf faciles. Outre des augmentations de salaire, la CGT demande l’abrogation des ordonnances de 1967 et l’échelle mobile des salaires. Pompidou ne peut pas tout lâcher, sauf à perdre son autorité. Toute la journée, on discute discrètement. Pompidou concède à la CFDT la section syndicale d’entreprise, au grand dam du patronat. Il voit ensuite Séguy et Frachon. Il leur parle avec un réalisme brutal, selon les mémoires de Séguy. De Gaulle et moi, dit-il en substance, menons une politique étrangère indépendante d’ouverture à l’Est. Mitterrand et Mendès sont atlantistes. Si nous tombons, les Américains gagnent. Les syndicalistes se récrient en protestant de leur indépendance vis-à-vis du PCF et de Moscou. Mais Pompidou espère que le message passera…

 

A la reprise, la CGT réitère ses demandes. «Est-ce un préalable ?», demande Pompidou. «Non, discutons…» La CFDT complique les choses en dissertant sur la crise du capitalisme et l'état de la société. «Quels cons !», lâche Séguy. A 20 h 15, la discussion est bloquée. On va dîner. A cette heure, Séguy pense qu'il faut maintenir la pression et conclure dans un ou deux jours. Il le dit à Aimé Halbeher, chef du syndicat chez Renault. «Pas d'accord avant mardi», glisse-t-il à un journaliste. A deux heures, on apprend que l'Unef et la CFDT ont convoqué un meeting pour le lundi soir à Charléty. Mendès y sera. L'opération Mendès France, montée par le PSU, prend corps. Est-ce le déclic ? Peut-être. A 3 h 30, Krasucki fait un large geste et lance : «Bon, il faut en finir.» Chirac et Séguy se parlent encore en tête-à-tête. Il veut bien payer les jours de grève à 50%, rendez-vous dans six mois pour l'échelle mobile, débat au Parlement sur les ordonnances. Séguy acquiesce. On met en place deux commissions. Section syndicale, 7% sur les salaires, puis 3% en octobre, retraite améliorée, baisse du ticket modérateur sur la Sécu, etc. L'accord est fait mais pas signé : il faut consulter la base. A la sortie, vers 6 heures, Pompidou demande à Séguy :

«-Pensez-vous que le travail va reprendre rapidement ?

 

- Les travailleurs risquent de trouver ces résultats insuffisants.

- Cela dépend de la manière dont vous les présenterez.

 

- Je ferai un compte rendu objectif.»

Séguy monte en voiture pour se rendre à Billancourt. Il va vers une sévère déconvenue. Arrivé chez Renault, il trouve des syndicalistes persuadés qu'il faut maintenir la pression. Il trouve surtout des ouvriers qui veulent poursuivre la grève. «On n'a pas fait tout ça pour 10%.» C'est la phrase de l'heure. Séguy énumère les acquis et les refus. A chaque refus, les ouvriers huent et sifflent. On vote. L'accord est refusé. Dans la matinée, Citroën, Sud-Aviation, Rhodiacéta décident de continuer le mouvement.

 

Alors commence le grand vertige. Si la CGT, malgré les concessions obtenues n'a pas faitreprendre le travail, c'est que tout devient possible. Cette fois le spectre de la révolution, ou à tout le moins du changement de régime, se matérialise dans l'esprit des Français. Mitterrand voit les dirigeants communistes, on discute d'une solution pour l'après-gaullisme, sans conclure. Mitterrand annonce qu'il parlera le lendemain. Pendant ce temps, l'opération concurrente, montée par l'Unef, le PSU et la CFDT, autour de Mendès France, prend un tour plus précis. Le soir, une foule fiévreuse se réunit au stade Charléty, les discours enflammés se succèdent. «La situation est révolutionnaire ! Tout est possible !» Arrive Mendès, conduit par Kiejman et Rocard. Va-t-il parler ? Mendès veut bien prendre la tête d'un gouvernement de toute la gauche. Mais il refuse de s'avancer trop et se méfie surtout du maximalisme des étudiants. «C'est une réunion syndicale», dit-il. Il s'abstient de prendre la parole. Mais pour l'opinion, le message reste clair : le régime tombe, la gauche va lui succéder, avec Mendès à sa tête.

Laurent Joffrin

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5 mai 2021 3 05 /05 /mai /2021 06:00

 

L'oreille collée au transistor, dans ma jeunesse, le dimanche soir, dans mon lit, j'écoutais le Masque et la Plume animé par Michel Polac puis François-Régis Bastide. Les joutes entre Jean-Louis Bory de l'Obs et Georges Charensol de France-Soir, me fascinaient.

 

L'intello et le populo, l'art de la critique, avec juste ce qu'il faut de mauvaise foi, de mise en boîte et de légèreté, tout ce qu'il faut pour durer 50 ans ICI

 

Ou sera-ce la dernière séance ?

 

Il y a comme ça des chansons qui rencontrent leur époque. Au fil des ans, elles en deviennent ainsi l'image synonyme, sensible et nostalgique. En 1977, Eddy Mitchell écrit La dernière séance, l'histoire en quatre couplets des petits cinémas de quartier qui ferment les uns après les autres, mortellement pris en sandwich entre la télévision d'un côté et les multiplexes de l'autre.

 

Les eaux glacées du calcul égoïste -- Le Grand Paris et le Chourizo

 

En plus d'être une chanson, La Dernière séance a également été le titre d'une émission de télévision animée sur FR3 par le chanteur lui-même. Une fois par mois, de 1982 à 1998, Schmoll nous entraînait dans un de ces cinémas, le Trianon de Romainville (avec la façade du Palace de Beaumont-sur-Oise) et nous faisait vivre une de ces séances composées de deux films américains, une série B et une série A des années 50 et 60, des publicités de l'époque et des "actualités".

 

Détail familial, mes enfants sont producteurs de cinéma : Mille & Une production et ils habitent à Beaumont-sur-Oise

 

Ou encore Pax préfèrerait-il Henry Chapier 


L'animateur du légendaire "Divan", Henry Chapier, est mort
 

On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Ça, c'est un truc que le Taulier n'a pas oublié.

 

En plein marché, à Collioure, me préparant à déguster ma douzaine dominicale de « belles moyennes » de Leucate, vibration soudaine de mon smerdphone. Ecailler arrête un peu le bras..  j’m’en va voir de quoi il retourne. 

 

Un message : « Bonjour heureux sudiste. Proposition matinale honnête. Vous tenez une chronique cinéma sur mon blog à votre rythme. Bonne journée. » 

 

Quoi c’est y donc qu’ça ? 

 

Le Taulier ? 

 

Il fait un appel au peuple ?

 

Le malin singe sait fort bien à qui il s’adresse. En caressant un graphomane impénitent dans le sens de la plume il sait que c’est gagné d’avance. 



 

Voilà pour le bulletin de naissance d’une série soumise aux aléas de la Tramontane « Le mercredi c’est Ciné Papy »



 

Pour cette première chronique évoquons «  Clair de femmes » (1979) tiré d’un livre de Romain Gary. 

 

Clair de femme - Blanche - GALLIMARD - Site Gallimard

 

Pourquoi Romain Gary ? 

 

Consul Général de France à Los Angeles, il a fréquenté le tout Los Angeles partant le tout Hollywood pendant la mise en disponibilité que lui accorda le Quai d’Orsay. 

 

Mais ce n’est pas pour cela. Pas non plus parce qu’il épousa Jean Seberg sa cadette de 25 ans, mignonne starlette qui enflamma les fans de la nouvelle vague la voyant débouler sur les Champs au coté d’un Jean Paul Belmondo déjà plus goguenard que jamais dans A bout de souffle de Jean Luc Godard. 

 

Peut être, parce que c’est quelqu’un qui m’impressionne et m’intrigue par son mystère .Je l’aime aussi pour son désespoir profond que dissimulaient toutes ses mystifications. 



 

Pour cette première chronique évoquons «  Clair de femmes » de Costa-Gavras prosaïquement peut être parce que la Revue de Deux Mondes en a fait l’objet de son dossier du mois.

 

Clair de femme - Film (1979) - SensCritique

 

D’accord pour Gary, mais pourquoi « Clair de femme » ? En effet l’œuvre de Gary a été  portée à l’écran de nombreuses fois. Il y a des films plus flamboyants que celui-là.

 

Par exemple : « Les Racines du ciel » , « La Promesse de l'aube » et surtout « La Vie devant soi » etc. 

 

C’est le moment de dessiner le cadre de ce que seront ces chroniques. Elles traiteront de films que j’ai aimés. Je dirai pourquoi je les ai aimés et les aimes toujours et que chaque rediffusion m’est un plaisir renouvelé. Ce sont donc des critiques impressionnistes qui seront livrées. Attention, les films seront évoqués avec mon regard de l’époque et non les critères en vogue aujourd’hui avec lesquels, on le devine à l’avance, je ne partage pas grand chose. 

 

Je ne parlerai pas non plus des castings ni de « la troisième assistante maquilleuse de la deuxième équipe ». Wikipédia est là pour satisfaire les plus curieux amateurs d’exhaustivité. Je n’en parlerai que si l’un ou l’autre acteur est concerné par mon souvenir du film évoqué.

 

« Clair de femme »  est un film de Costa Gavras avec Yves Montant et Romy Schneider. Si avec une telle affiche on ne décroche pas la timbale c’est qu’il y a un hic. 

 

Clair de femme (Costa-gavras, 1979) : Vos critiques

 

Le livre dont est tiré le film est, nous dit sa biographe Myriam  Anissimov  « Un roman tragique et ténébreux. Une histoire d’amour fraternel et sans espoir entre un homme presque veuf et une femme qui venait de perdre un enfant » Presque veuf car, pendant qu’il déambule, désemparé, dans les rues, les seules lueurs d’espoir qui lui parviennent sont celles blafardes des réverbères, sa femme agonise. Elle l’a supplié de partir. Elle ne veut pas qu’il la voie mourir. Elle veut qu’il continue à vivre et garde d’elle un souvenir intact de ce que furent leurs jours heureux. Elle l’envoie vers un nouvel amour qui rendra le leur éternel. Il croise une peine aussi grande que la sienne : une mère qui vient de perdre un enfant et dont le mari est handicapé. Je trouve Romy Schneider assez mal à l’aise dans ce film et donc peu crédible. Je dois avouer que j’ai un problème avec Romy Schneider dont, l’aura et la légende qui l’entoure fait que je ne voit plus qu’elle à l’écran ce qui est un peu gênant. Il vont tenter de conjurer la mort le temps d’une nuit mais en vain.

 

J'avais lu le livre avant d’avoir vu le film. Le livre sacrifie aux formules définitives qui font mouche.Pour le reste, il est écrit comme souvent chez Gary, à l’estomac. La critique littéraire bien pensante en est déroutée et même dégoutée. Cela n’empêche nullement Gary d’avoir un réel et immense succès. Aucune comparaison à voir avec les succès frelatés de nos Marc Lévy et/ou Guillaume Musso dont les tirages n’impressionnent que leurs banquiers. 

 

Le film est à l’avenant du texte. Je dirais de guingois. On voit des images qui se contentent d’illustrer les dialogues. Les formules définitives entre les deux acteurs sont échangées comme un match à Roland Garros. Mais en nocturnes car les couleurs de la nuit ne quittent pratiquement pas l’écran. Du moins c’est ma mémoire qui me laisse ce souvenir. On n’est pas loin du documentaire avec des images défilant en banc titre avec des commentaires en voix off.

 

Romain Gary savait que sa vie et ses récits n’étaient pas à l’eau de rose.Le message qu’il a laissé pour expliquer son suicide deux ans après l’étrange mort de sa femme est clair et net : « Aucun rapport avec Jean Seberg. Les fervents du cœur brisé sont priés de s’adresser ailleurs. » C’est peut être là que se situe le hic qui expliquerait pourquoi ce film n’a pas rencontré son public même s’il existe quelques inconditionnels grâce aux formules choc qui savent nous toucher. En effet, il y a là de quoi chagriner les amateurs d’histoires d’amour fussent elles tristes.

 

Pourtant Gary se rend compte qu’il charge la barque avec cette situation limite. Elle lui permet surtout d’enfiler des formules en virtuose. Il introduit donc des scènes où le burlesque le dispute au dérisoire : des scènes de music-hall de chiens savant. 

 

Ce n’est quand même pas le livre le plus fameux de Romain Gary et Costa Gavras s’est illustré par de plus grands films. Pourtant si ce film m’a fait autant d’impression c’est que j’étais moi même entre deux histoires d’amour. Les formules à l’emporte pièces des dialogues me faisaient rêver à tout ce qu’on pouvait dire à une femme qui telle celle de Verlaine « n'est, chaque fois, ni tout à fait la même ,ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend. »

La niaiserie n’a pas d’âge.

 

Pax

 

Prochainement «Mes funérailles à Berlin »

 

P.S Avant de remettre mon papier au Chroniqueur en chef, j’ai eu, in extremis, la curiosité de vérifier si le blog n’en avait pas déjà parlé. Bingo le 16 août 2020 avec, comme à l’ordinaire, un commentaire de mézigue . 

 

Pour mémoire : «  Claire de Femme, j’avais adoré le livre de Romain Gary . Et oui, cette midinette de mouche du coche aime les histoires d’amour surtout racontées par un être aussi blessé et tourmenté que Gary. Mais alors, le film ! Au secours ! Personne n’y croit, ni les acteurs (pardon, les très grands acteurs que dis je, les Monstres Sacrés qui s’y collent), ni le metteur en scène. Un éclairagiste peut-être ou une maquilleuse ?

 

Et bien voilà encore un commentaire qui casse la baraque. Ben oui, c’est comme ça.

 

J’ai déjà dit que je ne connaissais rien à la musique du magazine Rolling Stone et évoquée quelques fois par notre Taulier mélomane éclectique mais tout n’est pas à jeter dans ce monde là. Il me plait de faire mienne cette phrase de Kurt Cobain “Ils se moquent de moi parce que je suis différent, je me moque d’eux parce qu’ils sont tous pareils »

Na ! » ( Ouah les chevilles putaing ! Le mec il se cite lui même cong !)

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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 08:00

 

De fringant jeune mâle énamouré je passai à chiffe molle éberluée pointant grossièrement du doigt ce nom célèbre - en ce temps reculé on n'utilisait pas le qualificatif people - en balbutiant « C'est lui... » Ma Marie acidulée se gondolait gentiment « Mais oui, mon Louis, c'est lui... C'est un monument qu'il te faudra affronter par la face nord dimanche. Pour la minute contente-toi de maman. Elle, c'est tout simple. Tu l'écoutes, elle adore ça... » Je bardai ce qui me restait d'énergie pour carillonner. Madame mère nous ouvrit dans un froufroutement vaporeux. Elle tenait du cygne et de l'échassier. Marie lui claquait une bise sur le front avant de me présenter d'un « C'est Louis…» Madame mère m'invitait, sourire narquois accroché à des lèvres discrètement peintes, regard mi-ironique, mi-étonné sous de longs cils, à m'asseoir sur un canapé blanc, long comme un chemin de halage. Je m'y sentais perdu. Marie s'était éclipsée. « Vous n'avez pas les cheveux longs... » me disait le flamand rose en se posant sur l'accoudoir d'un fauteuil en vis à vis. En un ultime effort je me tins droit, plantai mon regard dans ses yeux tilleul afin de ne pas m'attarder sur ses jambes croisées qui saillaient entre les pans du déshabillé.

 

Flore conquise – la mère de Marie se prénommait Flore – il ne me restait plus qu'à affronter le grand homme. La paralysie générale, faute de transports en commun et d'essence pour les autos, me rassurait. Je pensais que le projet de Marie s'enliserait dans les sables de la grève générale. C'était sans compter sur sa tendre pugnacité. Sitôt congé pris de la vaporeuse et envahissante Flore, dans l'ascenseur la mâtine me susurrait, très bonbon anglais, « pour monter à Paris tu pourrais emprunter la 2 CV de ta copine Pervenche ? »

 

- C'est ça petit coeur et pour l'essence je fore illico le Cour des 50 otages...

 

- Pas besoin mon Louis, tu demandes des bons au Comité de grève...

 

- Et je dis quoi aux mecs du Comité ? Que c'est pour aller faire une virée à Paris pour demander la main de ma douce Marie à son père. Pas très porteur en ce moment les bonnes manières bourgeoises très chère...

 

- Tu leur dis que c'est pour une ambulance...

 

- D'où tu la sors ton ambulance fantôme ?

 

- Des Urgences mon amour, avec tous les tampons que tu veux. Je crois qu'ils adorent les tampons tes camarades du Comité...

 

- Tu ferais ça !

 

- Bien sûr mon Louis, ce n'est pas trahir la cause du peuple. Tout juste un petit mensonge de rien du tout...

 

- Ma présentation à ton cher père ne peut pas attendre ?

 

- Non !

 

- Et pourquoi non ?

 

- Parce que c'est drôle...

 

- Pouce Marie ! Fais-moi un dessin, je me paume dans ta logique de fille.

 

- Pourtant c'est simple joli coeur. Imagine-nous sur les routes désertes, filant vers Paris, capote ouverte, cheveux au vent. Non, toi seulement. Moi, je mettrai un foulard noué derrière le cou. Très Jan Seberg. Aux carrefours nous passerons sous les regards étonnés des pandores. Bonjour, bonjour les hirondelles... Nous serons les rois du monde. Nous mangerons des sandwiches en buvant un petit rosé glacé. Nous entrerons dans Paris par la porte d'Orléans. J'y tiens. Puis nous descendrons les Champs-Elysées en seconde. Je prendrai des photos. Oui, pendant que j'y pense, il faudra que j'achète des berlingots pour papa. Il adore ça. Surtout ceux à l'anis. La Concorde, trois petits tours, et on débarque avenue de Breteuil chez le père. Rien que du pur bonheur !

 

- Dis comme ça ma douce je capitule. Reddition sans condition...

 

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