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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 06:00

Votre serviteur, bien sûr !

 

18 septembre 2010

« La cuisine émoustille l’âme : je choisis mon pain entre cent, à des lieues, et je foule mon vin moi-même... »

 

Retour au calme ce matin, désolé de ne pas tendre la joue gauche lorsque l'on me soufflète la droite, je suis ainsi fait mais je continue de penser que certains volent plus vite au secours des importants alors qu'ils s'abstiennent lorsqu'il s'agit de défendre des va-nu-pieds des railleries d'une huile... Mon papier sur la Corse valait quelques commentaires, pourquoi n'y en a-t-il pas cher Norbert et autres ? J'adore la cannelle mais pas dans le vin...

 

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La parole est à un sage : Joseph Delteil. ICI  

 

Et voilà t’y pas que le POINT Florence Monferran

 

* Historienne, chercheuse diplômée de l’université Jean-Jaurès à Toulouse, vigneronne aujourd’hui près de Montpellier, Florence Monferran s’attache depuis une dizaine d’années à mettre en lumière des patrimoines et des terroirs de grande qualité, des vins et des cépages du Languedoc, afin tant d’œuvrer au maintien de la viticulture que d’éveiller à une culture du vin protéiforme. Elle a ainsi mené le projet Terre apiane sur les muscats et travaille à démontrer l’excellence des productions en vins blancs en Languedoc. En 2020, elle a fait paraître l’ouvrage « Le Breuvage d’Héraclès », aux éditions Privat. Du discours à la pratique, il ne restait plus qu’un pas, que Florence Monferran a franchi en redonnant vie à de petites parcelles entièrement en muscat à petits grains, à Mireval (Hérault). Une façon de passer du mot à l’ouvrage, de tendre des ponts entre les temps.

 

Tuilerie de Massane a proximite de Montpellier, demeure du poete Joseph Delteil (1894-1978).

 

Joseph Delteil et la Tuilerie de Massane : un patrimoine à sauver ICI

 

Prix Femina en 1925, ami de Chagall, Soulages ou Henry Miller, cet écrivain avait investi une demeure historique aujourd’hui à l’abandon et menacée par un projet immobilier.

 

Tuilerie de Massane a proximité de Montpellier, demeure du poète Joseph Delteil (1894-1978).

 

Par Florence Monferran*

 

La vigne est la plante délicate par excellence. Elle exige des soins constants, une sorte d’intelligence ou de divination manuelles. Puis, un beau matin, une gelée, un coup de grêle emportent tout. Dans ces soucis, dans cette précarité́, le plus humble paysan puise le sens d’une vie supérieure. De se savoir à la merci d’un nuage prédispose l’âme à la métaphysique, à la religiosité́ – aux chimères aussi… Le vin, d’ailleurs, est aujourd’hui l’âme de ce territoire, et son espèce de dieu. Il lie et centre l’esprit d’un peuple entre tous individualistes, et dont la vie sociale risque de retourner à la tribu. Il l’enjolive aussi et le pare de ses grâces. Il lui apporte la dorure de Bacchus. » Extrait de La Belle Aude, 1930

 

À la saison des vendanges, les Journées européennes du patrimoine nous ouvrent des portes inconnues. Arpentant des chemins inattendus, elles dévoilent des histoires, ravivent de délicieux souvenirs. Mais elles alertent aussi sur la préservation nécessaire de pans de notre mémoire collective. Tel est le cas d’un domaine viticole en perdition, lieu de création d’une œuvre littéraire effacée.

 

Aux portes de Montpellier, à Grabels, à deux pas du Domaine d’Ô, haut lieu de la culture locale, la Tuilerie de Massane attend de renaître enfin de ses cendres. Figés dans l’instant, comme victimes d’une catastrophe naturelle, l’édifice, pillé, fragilisé, ses jardins et terrasses sont désormais interdits d’accès. Pourtant, ils accueillirent pendant plus de quarante ans un des écrivains les plus originaux du XXe siècle, Joseph Delteil, mi-écrivain mi-vigneron, et sa compagne, l’Américaine Caroline Dudley.

 

Joseph Delteil avait été adulé à la capitale, notamment par les surréalistes, pour avoir écrit en quelques années des livres incandescents. Il enchaîna Sur le fleuve Amour (1922), Choléra (1923) et une Jeanne d’Arc iconoclaste (1925, Prix Femina) adaptée au cinéma par Carl Dreyer. Né près de Limoux, son accent occitan à couper au couteau détonnait dans les salons parisiens, dont il était la coqueluche. Pourtant, il fuit… cap au sud, avec ses amis Marc Chagall et Robert Delaunay. Perpignan (1927), La Belle Aude (1930) portent trace de ce retour aux sources. Sa rencontre en 1930 avec Caroline Dudley, initiatrice de La Revue nègre, marque un tournant. Caroline a fait venir des États-Unis une troupe d’artistes noirs autour du jazz-band de Sidney Bechet. Elle triomphe avec une jeune inconnue, Joséphine Baker. Joseph Delteil, émerveillé, fait de Caroline la compagne de sa vie. Elle achète une propriété viticole, Trinquevedel, près de Tavel, puis la Tuilerie de Massane en 1937. Joseph Delteil se retire alors de la vie intellectuelle parisienne pour entamer une longue quête du bonheur. « Et je suis parti… J’ai quitté Paris, j’ai quitté le monde pour un monde meilleur. » (La Deltheillerie)

 

La Tuilerie de Massane

 

De la métairie du XVIe siècle des seigneurs de Massane, ventre de Montpellier qui nourrissait la ville, il fit son repaire. « Donc il y avait là-bas dans les garrigues de Montpellier une espèce de vieille métairie à vins, à lavandes et à kermès, a demi abandonnée, et dont j’ai fait une oasis dans le désert, un point de vie comme il y a des points d’eau. » Il y produisit son vin, au milieu des vignes et des garrigues mêlées, autant qu’il y instaura un mode de vie poétique. La Deltheillerie (1968), véritable profession de foi qui inspire les soixante-huitards, décrit cette vie à l’écoute des sens et des sensations.

 

La Tuilerie en elle-même constitue un patrimoine bâti remarquable, utilisé dès le Moyen Âge pour fabriquer tuiles et briques à destination de Montpellier. Charles Gabriel Leblanc la rachète en 1736. Il se sert de la source d’eau antique pour créer un vaste réseau hydraulique. Ainsi, il alimente les immenses jardins et fontaines du Domaine d’Ô voisin, qu’il vient également d’acquérir. L’ensemble constitue, selon le jeune historien Elias Burgel, l’une des dernières traces d’un patrimoine diffus, éclaté sur la périphérie de Montpellier en Folies [1] et métairies aujourd’hui bétonnées.

 

Le vin et les passants célèbres

 

À l’intérieur, un chai aux dimensions colossales, aux immenses foudres, témoigne d’un XXe siècle où le vin coulait à flots en Languedoc. Quelques bouteilles noyées de poussière, un foudre effondré sur lui-même, il reste bien peu. Le comédien Jean-Claude Drouot se rappelle comment élaborer du vin était « quelque chose de merveilleux » pour lui. Il raconte comment Joseph servait son vin à table, à la pipette, comment il avait ritualisé les toasts portés entre amis. Il faisait lui-même sa cartagène et donnait ses conseils pour bien embouteiller, que la biodynamie ne désavouerait pas. Mais ses écrits parlent encore mieux de son lien intime à la vigne et au vin, né dès son enfance au pays de la blanquette et de La Belle Aude, conforté par ce rapport étroit à la nature qui pétrit dès lors son œuvre.

 

 

Là, dans cette tuilerie surplombant Montpellier de son sauvage espace, le milieu intellectuel dont il s’est retiré vient à lui, du monde entier. On ne compte plus les passants célèbres. Les amis fidèles – Chagall, les Delaunay, Pierre Soulages qu’il héberge pendant la Seconde Guerre mondiale –, les écrivains, d’Henry Miller – « Delteil est un ange, d’où sort ce type ? » – à Frédéric-Jacques Temple, Lawrence Durell et bien d'autres, se croisent là, en un impressionnant carrefour de cultures.

 

Aujourd’hui encore, les intellectuels défilent à la Tuilerie en ruines. Ils se mobilisent autour du lieu, de l’homme, de l’œuvre. En 2018, Fabrice Luchini et Pierre Soulages soutiennent la pétition lancée par la revue Souffles. En juillet 2021, le philosophe Michel Onfray et le peintre Robert Combas se déplacent également sur le site.

 

Delteil, plus célébré aux États-Unis qu’en France

 

L’esprit qui préside à son œuvre résonne à nos oreilles d’une étonnante modernité pour un homme qui prônait une Cuisine paléolithique (1964), « celle qui apparut dès le commencement par pur instinct, simple appétit entre l’homme et le monde ». Un retour aux origines, à l’état naturel, évocateur de pratiques culturales récentes. À l’homme-machine, utilisé comme un outil, il substitue l’avènement de l’homme-nature. Il dépeint une « frugalité heureuse » – aux accents de décroissance – qui doit nous inciter à repenser nos modes de vie. La rupture brutale avec la capitale comme l’harmonie entre humains, animaux et campagne qu’il recherche à Grabels parlent à nos propres interrogations.

 

 

L’œuvre et la vie de Joseph Delteil et Caroline Dudley sont célébrées dans le monde entier, notamment aux États-Unis, à l’université Columbia ou chez les Amis d’Henry Miller. Mais nul n’est prophète en son pays. Malgré la densité de l’œuvre, l’acuité de la vision, rien n’a été fait, encore, pour sauvegarder ce lieu mythique. Rien n’a été fait, encore, pour protéger des patrimoines remarquables, tant bâtis que naturels. La métairie, la source de Massane, sources de vie de Montpellier depuis le Moyen Âge, le parc et ses jardins, les vignes et les garrigues interpellent nos consciences.

 

Quel avenir pour La Deltheillerie ?

 

Après trente-cinq ans d’indifférence et de tergiversations, le projet de la ZAC Gimel, élaboré en 2019, englobe la Tuilerie et ses sept derniers hectares dans un équipement culturel (salle des fêtes, cinéma, école) au milieu de 850 logements [2]. Il ne correspond pas, pour les associations fédérées aujourd’hui en Comité de sauvegarde de la Tuilerie de Massane, à l’esprit de La Deltheillerie [3].

 

Gardarem lo Delteil propose d’isoler la Tuilerie de l’ensemble de la ZAC, de porter le projet à la compétence de la métropole et de travailler en trois axes : restaurer les bâtis, protéger les espaces naturels, la source d’eau et leur biodiversité, défendre un projet culturel (autour d’une maison d’écrivain) pour que la Tuilerie de Massane, lieu de mémoire et lieu de vie, retrouve sa dignité, sa fonction et son objet. « Un rapport à l’autre, à la nature et à la culture », commente, en première ligne de ce mouvement de sauvegarde, Alice Ciardi-Ducros, médecin qui côtoya Joseph et Caroline.

 

La thématique des Journées du patrimoine cette année, « Patrimoine pour tous », prenait tout son sens à Grabels. Joseph Delteil appartient à tous, et il nous appartient de nous en souvenir. Dans une lettre à Henry Miller, il écrit : « N’essayez pas de changer le monde. Changez de monde ! » Des mots que le temps, les modes ne démodent pas. C’est sans doute pour cela que Joseph Delteil et Caroline Dudley ne peuvent être effacés du paysage littéraire et montpelliérain, avec ses vignes, son vin et ses garrigues mêlées.

 

[1] Le terme désigne des résidences d’été de l’aristocratie, qui fuit la chaleur urbaine à la campagne, tout en restant proche de Montpellier.

 

[2] Projet consultable ici : ville de Grabels

 

[3] Pétition en ligne ICI 

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commentaires

J
le serpent, madame, qui tenta Eve, il avait, je le sens, la forme  d’une bouteille de vin. Le vin est le plus antique compagnon de l’homme. Toujours il fut un peu là aux grandes dates de l’humanité. Quelque chose de mystérieux, de sacré même, est en lui…
Elever, créer le vin, quelle auguste fonction ! Il y faut les connaissances, les loisirs, les vertus les plus diverses et les plus rares. Car le vin est un être vivant qui, dans sa prison de verre, respire, mue, chante et peut-être pense…
Entre le vin et l’amour, de tout temps, les poètes ont pris soin de marquer l’alliance et la quasi-conjugaison. Le vin divin, le vin d’amour : voilà ses deux attributs, ses deux titres de gloire…  
Toi qui te repais de songe et d’absolu, va au vin ; toi qui cherches le sens des choses, toi qui hèles la justice et la vérité, va au vin ; toi qui aimes la sagesse, va au vin !
Joseph Delteil né à Villar en Val dans les Corbières et fils de vigneron de Pieusse proche de Limoux où il repose
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