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10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 08:00

 

Résultat de recherche d'images pour "terroir de Mendoza"

 

 

figure1

En Argentine, l’analyse chimique des vins issus de cépage malbec a montré que le terroir viticole peut être détecté dans différents millésimes.

 

Résultat de recherche d'images pour "mendoza malbec raisin"

Voilà qui réjouira les amateurs de vin sans pour autant les étonner : les vins issus de cépage malbec de différents vignobles argentins ont une signature chimique spécifique que des chercheurs ont pu détecter.

 

Leur analyse, dont les résultats sont présentés le 3 février dans Scientific Reports ICI , valide ainsi le concept de terroir, l’idée selon laquelle la géologie du lieu où poussent les ceps de vignes combinée au climat local et aux pratiques viticoles d’un exploitant donnent aux vins leur goût unique et associé à un endroit précis.

 

figure3

 

Les chercheurs ont utilisé la chromatographie – une méthode physico-chimique qui sert à séparer les différentes substances présentes dans un mélange – sur les vins obtenus à partir de raisins cultivés sur 23 parcelles différentes. Ils y ont cherché la présence de 27 composés différents qui interviennent dans la sensation en bouche et la couleur du liquide. La concentration de plusieurs d’entre eux a pu être reliée à certaines parcelles.

 

Déterminer la signature chimique d’autres cépages

 

Les auteurs de l’étude espèrent que leur travail constituera un point de départ pour mieux définir le terroir pour le malbec argentin mais aussi pour d’autres cépages et régions du monde.

 

« Il est terriblement difficile de déterminer les facteurs qui interviennent dans le terroir et leur importance relative, assure à l’hebdomadaire Alex Maltman, de l’université d’Aberystwyth (Royaume-Uni), qui n’a pas participé à l’étude. Même si je suis un peu étonné qu’ils soient arrivés à trouver ces corrélations malgré tous les caprices des vignobles naturels et de la vinification, ce travail me paraît très intéressant. »

 

De son côté, Charles Spence, de l’université d’Oxford, qui n’a pas non plus été impliqué dans ces travaux, estime qu’ « étant donné le succès très limité de l’analyse chimique pour prédire l’expérience des consommateurs en termes de saveurs, ce [travail] constitue une utilisation pertinente des données de l’analyse chimique », puisqu’il a l’avantage de permettre de relier un vin à un lieu. Il ajoute :

 

Croisons les doigts et espérons que cela mettra fin aux scandales des vins vendus sous de fausses appellations.”

 

figure5Cluster analysis with data from 23 Malbec parcels by using concentrations of PCs from three vintages (2016, 2017, and 2018). The figure was generated using Adobe Illustrator, version 22.1.0 (https://www.adobe.com/products/illustrator.html) and R-package factoextra and R-package factoextra—‘factoextra’.

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10 février 2021 3 10 /02 /février /2021 06:00

 

La Ve, particularité française dans l’UE, c’est un exécutif à deux têtes mais c’est Macron qui représente la France au sommet européen à côté de la chancelière Merkel et les autres chefs de gouvernement .

 

Avec Macron l’exécutif a toujours deux têtes mais celle du Président Jupiter transforme, plus encore, la seconde, Castex, en valet de pied.

 

Sous la Ve le 1er Ministre n’est que le premier des Ministres, alors que sous la IVe, avec un Président inaugurant les chrysanthèmes, c’était le président du Conseil.

 

Du Conseil des Ministres, et sous la Ve il y a toujours un Conseil des Ministres présidé par le Président de la République, le mercredi, salon Murat. Y assiste tout le temps les Ministres de plein exercice. En dépit des promesses électorales le nombre des Ministres va croissant afin de récompenser les fidèles.

Et pourtant, seuls les Ministres dit régaliens, Défense, Justice, Intérieur, Affaires Etrangères, Economie et Finances, et ceux plus politiques, Agriculture, Santé, Culture, Environnement… pèsent et existent, les autres  souvent « dirigent » des coquilles vides.

 

Il serait donc possible, sans risques de perturber la machine administrative, de réduire le nombre des Ministres à 15 maxi.

 

Un Ministre est à la fois, un politique en charge de la mise en œuvre de la politique du gouvernement et le patron d’une administration. Cette seconde fonction n’intéresse guère les politiques c’est le cambouis. Afin, de servir de courroie de transmission avec la haute-administration le Ministre dispose d’un cabinet qui chapeaute les grandes directions. Sous la Ve les politiques de premier plan sont d’anciens hauts-fonctionnaires, la consanguinité entre les patrons des administrations, les membres de cabinet, souvent poussés en avant par ces derniers, permettait, en dépit de cet empilement, une prise de décision et son exécution relativement fluide.

 

Les Ministres passent, la haute-administration reste !

 

La haute-administration est structurellement conservatrice, j’en sais quelque chose celle de l’Agriculture avec ses ingénieurs, ses vétérinaires, n’est pas un modèle d’imagination, elle a besoin d’être prise en main. Les hauts-fonctionnaires, bien commandés, obéissent, il y a peu de rebelles en leur sein.

 

Face à cet immobilisme, 2 éléments nouveaux sont apparus avec le coup de torchon de Macron et la gestion de la crise sanitaire :

 

  • Les nouveaux élus LREM, issus pour la plupart de nulle part, des bleus en politique, sauf quelques poids lourds : Le Maire, Le Drian, Philippe… lorsqu’ils ont été nommés Ministres, sans grande connaissance des us et coutumes de la haute-administration, ont vite été phagocytés par elle. Les techniciennes Buzyn et Pénicaud se sont plantées aussi.

 

  • L’irruption du Conseil de Défense sanitaire a accentué plus encore le côté chambre d’enregistrement du Conseil des Ministres. Celui-ci installé à l’Elysée dans le salon Murat (le lieu habituel du conseil des ministres), ce cénacle rassemble des responsables politiques, des hauts fonctionnaires, des spécialistes… Avec généralement une dizaine ou une vingtaine de participants. Bien moins que le conseil des ministres. En dehors des inamovibles – tels le premier ministre, le ministre des armées ou le ministre de l’intérieur –, d’autres membres du gouvernement peuvent y être conviés pour aborder un sujet précis.

 

Ce que je propose pour simplifier, rendre plus efficace notre machine administrative accusée dans la gestion de la crise sanitaire, à torts ou à raison, de lourdeur, de lenteur, d’absence d’anticipation : masques, tests, vaccins :

  • Que 15 Ministres forment le Conseil des Ministres, ils fonctionnent suivant le système antérieur sous la houlette du valet de pied en chef mais seront en prise directe avec Dieu.

 

  • Pour les autres Ministères, la nomination à leur tête d’un Secrétaire-Général du même type que celui qui, à Matignon, SGG, gère l’interministériel. Ces SG seront placé sous la tutelle du 1er Ministre, un peu moins valet de pied.

 

 

  • Ces SG seraient issus d’un vivier citoyen, ouvert à tous les citoyens, dont les membres volontaires auraient bénéficié d’une longue et lourde formation sur le fonctionnement de l’État, les règles de la haute-administration, ses rouages, ses subtilités, ses arbitrages… Lors de l’élection présidentielle, les membres de ce vivier déclareraient, sous le sceau d’un anonymat préservé, leurs préférences politiques.

 

  • Élu le nouveau Président de la République pratiquerait le spoil system en puisant dans ce vivier citoyen.

 

Notez bien que ma proposition est adaptée à une Constitution constante, je ne suis pas persuadé que la majorité des électeurs soit friands d’une VIe République et de l’instauration de la proportionnelle intégrale.

 

Quelques explications :

 

 

Le grand regret d'Emmanuel Macron 

 

Le président s'en veut. Il se mord les doigts de ne pas avoir pratiqué un vrai « spoil system » à l'américaine lorsqu'il est arrivé aux commandes en 2017. Le « spoil system », c'est le remplacement de toutes les directions d'administration, ou presque, pour bien s'assurer de leur loyauté vis-à-vis du nouveau pouvoir. Macron l'avait annoncé pendant la campagne, mais une fois à l'Elysée, il ne l'a pas fait, ou très partiellement. Aujourd'hui, il le regrette amèrement et le confie parfois, en privé.

 

Par exemple, lors de ce déjeuner au mois de juillet avec tous les présidents de groupe parlementaires de l'Assemblée nationale. A l'époque, le chef de l'Etat s'exaspère, entre autres, du bazar des tests. Il reconnaît, devant des patrons de groupe d'opposition interloqués, qu'il aurait mieux fait de ne pas épargner à l'administration cet électrochoc de début de mandat, le « spoil system ».

 

Sans doute cela aurait-il permis de secouer le cocotier et d'atténuer les réflexes procéduraux qui sont apparus de manière si criarde tout au long de la crise sanitaire. Emmanuel Macron a-t-il été freiné par le fait qu'il est lui-même issu de la haute administration (inspection des finances) ou bien, peut-être aussi parce que son Premier ministre de l'époque, Edouard Philippe, vient du Conseil d'Etat ? Quoi qu'il en soit, il est rare (mais cela arrive) qu'un responsable politique admette un regret.

 

Si Emmanuel Macron y consent c'est parce qu'il sait que l'impression d'inefficacité offre, sur un plateau, du carburant à Marine Le Pen. Il est persuadé que si les Français devaient nourrir le sentiment qu'il n'a pas su efficacement (adverbe-clé) les protéger, alors elle pourra l'emporter en 2022. On comprend, dans ces conditions, qu'il puisse s'en vouloir.

 

Avec Macron, une valse des hauts fonctionnaires modérée

 

Depuis son arrivée à l’Elysée, le président a changé  66 % des directeurs d’administration centrale, soit moins que ses prédécesseurs, selon les données recueillies par « Le Monde ».

Par Benoît Floc'h

Publié le 17 octobre 2019

 

On s’attendait à un grand coup de balai dans la haute administration. Cela fait deux ans que le président de la République Emmanuel Macron répète qu’il veut des directeurs totalement engagés dans la mise en œuvre de sa politique.

 

Pourtant, visiblement, il n’existe pas de spoils system « à la Macron », une pratique, notamment utilisée aux Etats-Unis, qui consiste pour un gouvernement à remplacer les fonctionnaires en place par des fidèles. Du moins si l’on s’en tient aux seuls chiffres. Selon les statistiques inédites recueillies par Le Monde, le chef de l’Etat a en effet changé moins de directeurs d’administration centrale (DAC) que ses prédécesseurs.

 

De mai 2017 à septembre 2019, 128 de ces hauts cadres de l’Etat ont été déplacés. Sur un total de 194, cela représente une proportion de 66 %. Deux tiers, ce n’est pas rien. Mais le mouvement avait été plus ample lors des deux quinquennats précédents. Sur la première moitié de son mandat (2007-2009), Nicolas Sarkozy avait procédé au remplacement de 80 % des DAC – soit 177 sur 221 ; le taux fut de 82 % (160 sur 196) pour François Hollande, entre 2012 et 2014.

 

« Il n’y a pas de renouvellement massif. Parler de spoils system “à la Macron’’, ou sous Macron, me paraît erroné », constate Jean-Marc Sauvé, ancien secrétaire général du gouvernement et ancien vice-président du Conseil d’Etat, tandis qu’un autre haut fonctionnaire suivant ces mouvements de près s’étonne, sous couvert d’anonymat, du profil des directeurs nommés : « Je constate que contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, le recrutement de profils classiques, lisses, accommodants, est préféré aux profils disruptifs. »

 

Ne se préoccuper que du fond

 

Ce bilan à mi-mandat est donc étonnant. Début 2017, le candidat Macron avait prévenu : « Je changerai ou confirmerai l’intégralité des postes de direction dans la fonction publique » dès les premiers mois du mandat. Dans son esprit, les DAC doivent en effet « porter la politique du gouvernement ». Tant et si bien que certains s’inquiétaient même de l’édification d’un « Etat Macron », comme furent jadis brocardés « l’Etat-RPR » ou « l’Etat-PS ».

 

En juin de cette année, la porte-parole du gouvernement en remettait d’ailleurs une couche. Soulignant la nécessité que les DAC soient « à l’aise avec la feuille de route des ministres », Sibeth Ndiaye annonçait une nouvelle vague de nominations. « Il y a des endroits où cela ne se passe pas très bien », avait-elle justifié.

 

Des nominations ont eu lieu pendant l’été, mouvements habituels à cette période de l’année. Mais pas au point de mettre le chef de l’Etat à l’étiage de ses prédécesseurs. L’entourage du premier ministre Edouard Philippe rappelle néanmoins qu’« il y a très peu d’organisations qui changent leur top management à hauteur de deux tiers en deux ans ».

 

Pour le reste, Matignon défend une approche nouvelle, dépassionnée. A l’inverse des quinquennats précédents où l’alternance politique a influencé le changement des cadres, la nouvelle majorité gèrerait cette question en ne se préoccupant que du fond. « Nous avons beaucoup de ministres qui viennent de la société civile, poursuit-on. Ils ont à cœur de prendre le temps de travailler avec leurs directeurs avant, éventuellement, de les changer. »

 

Et « notre idée n’était pas de virer tout le monde ! Il a été demandé aux ministres de se poser ces questions : êtes-vous en confiance avec vos directeurs ? Ont-ils l’expertise et la compétence pour mener nos politiques ? Ont-ils toujours l’énergie nécessaire pour le poste ? » Ce qui n’empêche pas le pouvoir de débarquer sans ménagement les cadres considérés comme insuffisants. Plusieurs préfets en ont fait l’expérience.

 

Tension terrible

 

Il ne faut pas confondre « mise sous tension de l’appareil d’Etat », comme Emmanuel Macron l’a promis, et grand ménage. « A chaque conseil des ministres, confie-t-on encore chez Edouard Philippe, il est rappelé qu’il n’est pas seulement important de faire voter des lois, mais qu’il faut également aller voir jusqu’au dernier kilomètre si la réforme se déploie ou pas. »

 

« Il faut des résultats, et l’administration en est comptable », assure le ministre de l’économie et des finances Bruno Le Maire. Et Emmanuel Macron veut que les Français voient les réformes dans leur quotidien. Les présidents qui se succèdent depuis le début du siècle ont connu la même urgence, car « ils ont la juste perception que le quinquennat est une machine à perdre l’élection présidentielle », note Jean-Michel Eymeri-Douzans, professeur de sciences politiques à Sciences Po Toulouse.

 

Entre l’installation et la campagne présidentielle de fin du mandat, le « temps utile » est court. Les présidents sont pris dans un vortex où l’impatience des citoyens, la frénésie des chaînes d’info et des réseaux sociaux, l’immanquable impopularité sondagière, les élections en cascade et, dans le même temps, la lenteur de mise en œuvre des réformes créent une tension terrible. « Le rythme politique est devenu hectique, estime M. Eymeri-Douzans. Le président de la République veut être le maître des horloges. Or, celles-ci échappent de plus en plus à sa maîtrise. Cela le pousse à exercer toujours davantage de pression sur son administration. »

 

A sa façon, Emmanuel Macron s’inscrit donc bien dans la tradition française : depuis 1981, en effet, la haute fonction publique est constamment renouvelée. Parfois massivement. En 1981, lorsqu’il accède à l’Elysée, François Mitterrand, premier président socialiste, trouve une administration marquée par vingt-trois années de gaullo-giscardisme. En un an et demi, il changera la moitié des préfets et des DAC.

 

Dilemme

 

Pour autant, malgré la coloration politique parfois évidente de ces mouvements, il est délicat de parler de spoils system. Pour M. Eymeri-Douzans, cela n’a rien à voir avec ce qui se pratique « aux Etats-Unis, ou plus encore en Europe centrale », où des milliers de fonctionnaires changent d’affectation après une alternance.

 

« Le président de la République, note le politologue, veut juste que ça marche, que ça aille vite. Il souhaite que les hauts fonctionnaires soient loyaux aux contenus, aux objectifs de sa politique, et non pas à sa personne. »

 

D’ailleurs, souligne Bruno Le Maire, avec le quinquennat, « je trouve que ce serait extrêmement risqué » de mettre en place un vrai spoils system« Aux Etats-Unis, quand vous avez un nouveau président élu, il a quasiment un an à attendre avant que les directeurs soient changés, que l’administration soit opérationnelle. » Efficacité à court terme ou loyauté à long terme ? Une autre façon de résumer le dilemme de chaque président en début de quinquennat...

 

Benoît Floc'h

 

Covid-19 : le Conseil de défense, où se décide la gestion de crise, est prisé par Emmanuel Macron et décrié par l’opposition

 

Depuis mars, le président a fait de cette vieille instance un lieu-clé dans la prise des décisions. Pour certains, elle illustre le manque de transparence du gouvernement.

Par Alexandre Lemarié et Olivier Faye

Publié le 11 novembre 2020 

 

C’est une vieille instance longtemps restée dans l’ombre qui a émergé de la crise sanitaire. Depuis mars, les arbitrages qui y sont pris rythment la vie des Français. En quelques mois, Emmanuel Macron a fait du Conseil de défense et de sécurité nationale (CDSN) le lieu-clé dans les prises de décision les plus sensibles de l’exécutif, son principal outil de gestion de crise, lequel se réunit à un rythme quasi hebdomadaire.

 

Jeudi 12 novembre, une nouvelle réunion de ce type est prévue le matin, autour du chef de l’Etat, afin d’évaluer les options possibles pour freiner l’épidémie de Covid-19 – avant une conférence de presse du premier ministre, Jean Castex, l’après-midi. Un rituel. En l’espace d’un mois, ce sera le cinquième conseil de défense convoqué par le chef de l’Etat. A chaque fois pour décider d’annonces fortes, comme le couvre-feu ou le reconfinement.

 

Installé à l’Elysée dans le salon Murat (le lieu habituel du conseil des ministres), ce cénacle rassemble des responsables politiques, des hauts fonctionnaires, des spécialistes… Avec généralement une dizaine ou une vingtaine de participants. Bien moins que le conseil des ministres. En dehors des inamovibles – tels le premier ministre, le ministre des armées ou le ministre de l’intérieur –, d’autres membres du gouvernement peuvent y être conviés pour aborder un sujet précis.

 

Depuis le début de la crise du Covid-19, le ministre de la santé, Olivier Véran, et le directeur général de la santé, Jérôme Salomon, y sont présents en permanence. « C’est une ambiance de réunion de travail, explique un participant. Les sujets sont pris les uns après les autres : tests, traçage, mesures de gestion. Le président ou les ministres peuvent poser des questions – parfois précises – aux ministres et aux responsables d’administration. » Avec une constante : à la fin, c’est toujours le chef de l’Etat qui tranche.

 

« On peut tout s’y dire. Et cela ne fuite pas »

 

Ce cadre restreint, à l’abri des regards, est prisé par M. Macron, qui en apprécie le caractère « très opérationnel », selon son entourage. Cela lui permet de prendre des décisions rapides, sans s’embarrasser de la lourdeur des discussions inhérentes au fonctionnement normal d’un gouvernement. « Le Conseil de défense, c’est une organisation efficace dans notre système présidentiel. Tu peux aller sur le fond du fond d’un sujet », défend une source gouvernementale.

 

Le chef de l’Etat en apprécie la confidentialité des échanges ; ses participants étant tenus au secret-défense. « Il y a besoin d’un endroit où l’on puisse tout mettre sur la table », justifie un ministre. « L’avantage, c’est que l’on peut tout s’y dire. Et cela ne fuite pas », complète un autre. D’autant qu’à la différence du conseil des ministres, il n’y a pas de compte rendu.

 

Sauf que le recours croissant à cet organe jugé opaque suscite des critiques au sein de l’opposition. A gauche comme à droite, on dénonce un supposé manque de transparence de l’exécutif. M. Macron « décide seul avec quelques conseillers », s’est indigné l’écologiste Yannick Jadot, en plaidant pour la création d’un « Conseil de sécurité sanitaire » élargi aux « forces vives du pays ».

 

D’autres, comme le sénateur Les Républicains (LR) Philippe Bas, accusent l’exécutif d’avoir détourné le Conseil de défense de son usage en l’utilisant pour trancher des questions de santé publique ou concernant la transition écologique, alors qu’il est à l’origine consacré à la stratégie militaire et à la sécurité. Faux procès, selon les macronistes. « La gestion de la crise implique des prises de décision qui concernent tous les enjeux de sécurité, notamment sanitaires », rétorque un conseiller du chef de l’Etat.

 

Le secret-défense, « cela n’empêche pas les poursuites »

 

Mais le plus virulent est sans nul doute Jean-Luc Mélenchon. Ces derniers jours, le chef de file de La France insoumise a multiplié les attaques, comparant le Conseil de défense à un « comité secret » autour de M. Macron, lequel permettrait à ce dernier de « se protéger judiciairement »« Pourquoi une invention pareille a-t-elle fini par se substituer à quasiment tous les organes constitutionnels de prise de décision ? », a-t-il demandé, en soulignant « le problème grave que soulève la direction du pays » par un organe « tenu au secret-défense »« Autrement dit, [cet organe] ne rend compte à personne et n’informe personne des décisions qu’il a prises », permettant à ceux qui le composent d’être « placés hors de tout recours ».

 

Des accusations sans fondement, aux yeux du constitutionnaliste Jean-Philippe Derosier. « Le président de la République n’a pas à se servir du Conseil de défense pour se protéger de la justice puisqu’il bénéficie d’une immunité totale dans l’exercice de ses fonctions », corrige-t-il.

 

Quant au secret-défense, « cela n’empêche pas les poursuites, sa levée pouvant être demandée par un juge », rappelle ce professeur de droit public, en soulignant que le précédent premier ministre, Edouard Philippe, ou encore l’ancienne ministre de la santé Agnès Buzyn sont aujourd’hui « tenus de rendre des comptes » quant aux décisions prises dans le cadre des conseils de défense tenus au moment de la première vague. « Le code de procédure pénale prévoit des dispositions sur la levée du secret-défense et le Conseil de défense n’en fait pas exception », souligne l’exécutif.

 

Pour les macronistes, présenter le Conseil de défense comme « antidémocratique » serait donc un non-sens. « Ce n’est pas une instance d’exception. Ses décisions impactant les libertés publiques doivent toujours être adoptées par le conseil des ministres, souligne le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal. Quand le président a tranché sur le couvre-feu, par exemple, c’est évidemment le conseil des ministres qui l’a acté par décret. »

 

Le conseil des ministres supplanté

 

Ces dernières années, alors qu’il était président de la République, François Hollande avait régulièrement recours à cette instance pour faire face à la menace terroriste – une habitude reprise par son successeur.

 

Lors du premier conseil de défense organisé après l’attentat contre Samuel Paty, le 18 octobre, chaque ministre présent était invité à venir avec des solutions opérationnelles à proposer. Ce conseil terminé, l’Elysée a ainsi pu annoncer des actes « concrets », comme des visites domiciliaires chez des membres de la mouvance islamiste. Depuis, deux autres conseils de défense ont été organisés sur ce même thème. Ou comment donner à voir à l’opinion l’image d’un pouvoir en pleine action, alors que la défiance grimpe quant à la capacité de M. Macron à répondre au défi terroriste.

 

Peu à peu, le Conseil de défense en vient à supplanter le conseil des ministres, lequel devient de plus en plus souvent une simple chambre d’enregistrement, avec un déroulé très codifié et protocolaire. Lors de sa réunion du 28 octobre, M. Macron n’a ainsi rien laissé filtrer de son choix d’annoncer le soir même aux Français le retour du confinement. Seul comptait à ses yeux le conseil de défense sanitaire organisé quelques heures plus tôt. « Le président sait la confidentialité d’une réunion à quarante personnes, ironise un ministre. Il y avait [la] nécessité de créer un effet de “blast”. »

 

Il est à noter que depuis mars et le début de la crise sanitaire, le fonctionnement normal des conseils des ministres n’a jamais été retrouvé, ces derniers se déroulant toujours en visioconférence pour ce qui est de certains participants. De quoi déclencher un trait d’humour de l’ancien ministre de la santé Xavier Bertrand, qui, lors de son audition du 22 septembre par la commission d’enquête du Sénat sur la gestion de l’épidémie, avait lancé : « Le haut Conseil de défense, c’est ce qui est en train de remplacer le conseil des ministres, en ce moment, c’est ça ? »

 

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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 08:00

 

La fille coupée en deux de Claude Chabrol - (2007) - Drame, Drame  sentimental

Ce matin en attendant l’annonce du futur confinement resserré je joue avec les mots « La Fille coupée en deux » ICI est un film de Claude Chabrol avec Ludivine Sagnier, François Berléand, Benoît Magimel, que je n’ai pas du tout aimé.

 

 

Une affaire de fille

 

La fille coupée en deux s'inspire d'un fait divers retentissant : l'assassinat du célèbre architecte new-yorkais Stanford White en 1906. Cet homme à (jeunes) femmes a été tué, à l'âge de 52 ans, alors qu'il assistait à un spectacle. Son meurtrier est Harry Thaw, un playboy millionnaire, qui était l'époux de son ex-maîtresse, Evelyn Nesbit, une jolie mannequin et actrice de music-hall, alors
âgée de 22 ans.



Les jurés n'ayant pu se prononcer sur la culpabilité de Thaw au terme du premier procès, un deuxième procès a suivi, et cette fois les jurés ont déclaré le prévenu non-coupable, attribuant son geste à sa "démence".

 

Mon sujet je l’ai puisé en Suisse :

 

 

Il y a un siècle, un magicien sciait une femme en deux pour la première fois ICI

ILLUSIONS

A Londres en janvier 1921, l’illusionniste P.T. Selbit découpait son assistante en deux devant un public ébahi. Un tour devenu mythique, qui connaîtra de multiples revisites et transformera le monde de la magie

Samedi soir, 17 janvier 1921. Le Finsbury Park Empire Theatre, au nord de Londres, est le théâtre d’un spectacle glaçant: sous les yeux du public, la jeune Betty Barker se couche dans une boîte en bois… avant de se faire scier vivante.

 

L’auteur du méfait, nœud papillon et mèches gominées, se nomme P. T. Selbit – et n’est autre que le premier magicien à avoir «coupé une femme en deux», il y a exactement un siècle. Un anniversaire célébré en grande pompe le week-end dernier lors d’un live stream de quatre heures orchestré par le Magic Circle, organisation réunissant les plus grands magiciens internationaux. L’occasion de rendre hommage à ce tour qui, avant de rejoindre le lapin dans le chapeau au rang des grands classiques, a déchaîné les passions et transformé le monde de l’illusion.

 

Des airs de cercueil

 

Découper son assistante en plein milieu: l’idée apparaît à P. T. Selbit, Percy Thomas Tibbles de son vrai nom, en 1920. Connu pour son sens aigu du commerce et du spectacle, le magicien n’aurait toutefois pas inventé le concept de toutes pièces. Le tour figure en effet dans un livre publié soixante ans plus tôt par l’illusionniste français Jean-Eugène Robert-Houdin. Dans Confidences d’un prestidigitateur, il conte les mémoires d’un certain Torrini, saltimbanque italien qui aurait coupé un homme devant le shah d’Iran. «Les deux «moitiés» se seraient transformées en jumeaux avant de chanter un duo, raconte Jim Steinmeyer, illusionniste et auteur américain. Il s’avérera que ces souvenirs étaient fictifs, mais Robert-Houdin était une star, et tous les magiciens du début du XXe l’avaient lu.»

 

P. T. Selbit sera donc le premier à matérialiser ce fantasme furieusement dans l’air du temps: c’est aussi dans les années 1920 que s’implante à Londres le Grand Guignol, théâtre parisien connu pour ses pièces courtes et macabres mettant en scène des tortures et mutilations – un genre populaire de l’après-guerre.

 

La suite ICI

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9 février 2021 2 09 /02 /février /2021 06:00

 

J’ai des lecteurs historiques, fidèles au poste, au premier rang d’entre-eux Jean Pierre Glorieux qui le 3 février m’écrit :

 

Bonjour Jacques

 

En copie ce courriel envoyé à ma Conseillère Régionale (PCF) de Normandie.

 

François Morel a commis une belle chronique Vendredi dernier 29/01

 

Faut -il que débarque sur nos plages une équipe d’Elise Lucet pour qu'on y voie plus clair sur ce projet "à la con" ?

 

Cordialitudes   

         

 Jean pierre Glorieux

 

Nb : Le Pierre M. évoqué est maire d’une commune locale.

 

Lire plus bas

Hervé Morin est un cas, un beau cas comme le disait le vétérinaire du pépé Louis lorsqu’il intervenait sur des 

 

Ce monsieur, fut  maire d’Épaignes, 1598 habitants, dans l’Eure près de Pont-Audemer, juin 1995-juin 2016, Député, Président de la région Normandie réunifiée depuis 2016.

 

Jean Pinchon, président de l’INAO, ancien directeur de cabinet d’Edgard Faure à l’Agriculture, Épaignes, y résidait et me loua au temps de mon mandat de président de l’interprofession des AOC de la pomme, cidres, calvados, poiré… une petite chaumière normande à Selles.

 

 

Ce monsieur, alors inconnu au bataillon, fut administrateur de l’Assemblée Nationale (1987-1993 et 1998) (une catégorie que j’ai côtoyé lors de mon passage 1981-83 à l’hôtel de Lassay, l’une des mieux payée  de la République des fonctionnaires) ce qui ne l’empêcha pas d’être un grand pourfendeur de ces féniasses surpayées.

 

L’homme du Nouveau Centre, lieutenant de François Bayrou, il s'implique fortement dans la campagne électorale du candidat centriste pour la présidentielle en 2007. Pourtant, à l'issue du premier tour, il s'oppose à la stratégie de troisième voie du président de l'UDF et appelle à voter pour Nicolas Sarkozy, entrainant avec lui les trois quarts des députés centristes.

 

Le 18 mai 2007, il est nommé ministre de la Défense dans le gouvernement Fillon.

 

 

J’ai fait dire à l’un de mes personnages dans mon roman du dimanche :

 

« Comment notre président a-t-il pu confier le portefeuille de la Défense à un Hervé Morin ? Moi qui suis un héritier de la pensée du Général, pensez-donc j’ai défilé sur les Champs en 68 pour protester contre la chienlit et renvoyer la racaille gauchiste à ses débats fumeux, je ne comprends pas ce choix. Les centristes sont des couilles molles et ce Morin un j’en foutre ! »

 

Toujours dans ce monument littéraire de la part d’une jeune nana :

 

Comme le dit mon père : Morin est aussi con que ses bourrins ! »

 

Hervé Morin est propriétaire de pur-sang : HERVÉ MORIN : « CHACHNAK PROGRESSE… ET IL VA COURIR L’ARC ! » ICI  

 

Résultat de recherche d'images pour "herve morin et les chevaux"

 

Mais le sommet, le pic de Morin, est contestation possible, sa déclaration de Nice :

 

 

Morin a "vu débarquer les alliés" en 44

Par AFP

Publié le 23/01/2012

 

Le candidat centriste Hervé Morin, 50 ans, s'est emballé dimanche lors d'un déplacement à Nice en affirmant dans un discours avoir vu les alliés débarquer en Normandie... il y a 67 ans. « Vous qui, pour certains d'entre vous, avez les cheveux blancs, vous qui avez vu tout près d'ici le débarquement de Provence », a lancé Hervé Morin en s'adressant aux plus âgés de l'assistance, qui participaient aux vœux du député des Alpes-Maritimes Rudy Salles.

 

« Moi qui ai vu en Normandie le débarquement des alliés, nous avons vécu des épreuves drôlement plus difficiles que celles que nous avons à vivre aujourd'hui », a ajouté dans la foulée le président du Nouveau centre, crédité de 0 à 1% dans les sondages, dont le « dérapage historique » est épinglé par le site Voici.fr, qui note que "pour un homme né en 1961 assister au débarquement allié sur les plages normandes en 1944, c'est fort. Très fort."

Bonjour Madame,

 

Je suis un collègue (retraité) de Pierre Mouraret

 

Ce mail pour connaître votre position relativement à ces rumeurs d'une sorte "d’espace mémoriel d’animation" près des zones de débarquement de 1944.

 

En totale opacité  notre président de région est en contact avec des équipes anglo canado américaines pendant que le maire de Carentan et son conseil préemptent une ferme pour acquérir un espace d’une trentaine d’hectares de terres agricoles (herbages ).

 

Je m’adresse à vous afin que ces plans obscurs soient mis au débat en assemblée (existe -il une commission traitant de la question ?)

 

Dans une déclaration (Manche Libre ?) Hervé Morin déclarait que "ça ne coûterait pas un Kopeck à la région...!

 

Faut-il en conclure que les fonds ne sont pas transparents (Fonds de pension anglo saxons sortis de quelque paradis fiscal ??) ou prêts bancaires avec retour sur investissements.

 

Nombre de maires de communes de la Manche avouent en privé que cette entreprise mémorielle provoquerait des retombées favorables au tourisme et à l’économie locale

 

Certes !

 

Ma démarche est avant tout éthique (je n'ai pas "la fibre écolo") mais jouer à la guerre sur Utah Beach c'est à mes yeux plus grave que l'installation du Futuroscope ou Disneyland.

 

Existent maints lieux de mémoire dans la région, du meilleur au pire , faut-il y ajouter cet affront à la Mémoire des jeunes tombés  là en juin 44 ?

 

J'ai signé hier cet appel et rejoint le comité de défense (PJ)

 

En vous remerciant pour votre attention.

 

Cordialitudes               jean pierre Glorieux  ex éducateur ACSEA

 

Hervé Morin défend le projet D-Day Land

 

Le président de la Région défend le projet de parc-spectacle dédié au Débarquement de Normandie, qui devrait voir le jour en 2024 sur les terres normandes.

 

Trois questions à Hervé Morin, président de la Région Normandie.

 

Le projet du D-Day Land rencontre une première vague d’opposition, des habitants ou de certains maires normands. La comprenez-vous ?

 

Le D-day Land ne sera ni un parc d’attractions, ni un Puy du Fou, contrairement à ce que ses détracteurs l’accusent d’être. Il s’agit d’une évocation historique, portée par des grands acteurs du monde de la production et de la culture. Il repose sur un comité scientifique intégrant les plus grands historiens, qui feront en sorte que cette évocation ne puisse pas faire l’objet d’errements.

 

Certains acteurs politiques et habitants considèrent que ce projet ne respecte pas la mémoire des soldats sacrifiés lors du Débarquement.

 

Je rappelle que j’ai été ministre de la Défense. Est-ce que je porterais un projet qui ne respecte pas la mémoire de soldats ? Non, j’ai suffisamment présidé de cérémonies militaires pour savoir ce que représente le don du sang.

 

Le D-Day Land est porté par des acteurs privés qui respectent la mémoire de nos soldats, mais qui souhaitent donner un nouvel élan au partage de cette période historique.

 

Oui, c’est un projet de développement touristique. Mais toutes les infrastructures déjà en place autour des plages du Débarquement vivent aussi du tourisme de mémoire : du Mémorial, jusqu’aux structures privées. Je pense qu’il y a aussi derrière ces attaques un procès d’intention qui est politique, à huit mois des élections régionales.

 

Quel est l’intérêt d’un nouveau projet touristique autour du Débarquement ?

 

Nous avons besoin de faire évoluer ce tourisme de mémoire. Le Mémorial fait de plus en plus de place à l’audiovisuel, à la présentation de films par exemple. On ne peut pas s’adresser aux nouvelles générations comme on s’adressait aux anciennes : ce projet veut que l’émotion créée permette aux plus jeunes de faire eux aussi cet exercice de mémoire.

 

LE BILLET DE FRANÇOIS MOREL

 

On le croyait annulé. En, fait, dans la torpeur covidesque, il avance en silence. Je parle du fameux projet appelé le D-Day Land !

 

Vous aimiez la Normandie pour son Pont-L’Evêque et son Camembert, son Livarot et son Neufchâtel, son bocage verdoyant, son calvados gouleyant, ses plages, ses pommiers, ses vaches, sa crème et son beurre frais,  vous l’aimerez désormais pour le D-Day Land ! Le 6 juin 1944 comme vous ne l’avez jamais imaginé ! Un parc d’attraction mémoriel pour reconstituer le jour le plus long! 30 hectares pour jouer à la guerre, se prendre pour un GI et faire son propre débarquement sur les plages de Normandie.

 

Se recueillir sur les tombes des américains tués pour avoir combattu le nazisme, marcher sur les plages et profiter du ressac pour laisser son esprit vagabonder en invoquant ses hommes si jeunes, si courageux qui, un matin de printemps 1944, avaient risqué, parfois perdu la vie, pour que d’autres puissent être libres, c’est très gentil mais ça ne rapporte rien ! C’est quand même dommage, tout ce sang versé pour si peu de dividendes ! Pas un euro, pas un dollar, pas un kopeck, rien !

 

 

En France, on n’a pas de pétrole mais on a des idées derrière la tête.

 

Ce qu’il faut, coco, c’est retenir le touriste avec un grand machin qui va l’occuper, qui va le distraire. Un truc marrant, sexy, un projet pharaonique  pour raconter les 156 000 hommes engagés dans l’Opération Neptune, les 10 600 tués, les 11 912 tonnes de bombes, les 11 500 avions déployés, les 6 939 navires !

 

Une guerre en virtuelle, une immersion totale, un voyage totalement dépaysant ! Plongeon dans l’univers merveilleux de l’armée américaine, fontaines et spectacles aquatiques, reconstitutions en 3D, parcours d’obstacles inspirés par les stages commandos avec tirs factices qui amuseront petits et grands !

 

Des attractions formidables ! Opération Tonga, accroché à un parachute puis à un planeur au dessus de la mer et des paysages magnifiques de la campagne caennaise telle qu’elle était en 1944, reconstituée par images de synthèses, avec un passage ultra-comique où l’on aura l’impression de rester coincé sur l’église de Sainte-Mère-Eglise, voyages en jeeps, en sous-marins, bombardements aériens, vous aurez l’impression vous tout seul  d’exploser la défense allemande.

 

Et puis repartir du D-Day Land, le cœur léger après avoir acheté à la boutique du D-Day Land les produits du terroir revisités, coca-cola au cidre et chewing-gum au Livarot !

 

Fini la culture, vive l’animation.

 

A l’heure où les pouvoirs publics favorisent le Puy du Fou au détriment du Festival d’Avignon, une mine de travail pour les intermittents du spectacle qui pourront se reconvertir en figurants et crapahuter sur de fausses plages en silicone reconstituant Omaha Beach.

 

Que ça donne des idées à d’autres territoires qui pourraient se servir de leur patrimoine historique afin de valoriser leurs régions. Bientôt un Oradour land pour les amateurs d’émotions fortes, intenses, extrêmes ! Et un Verdunland avec ses reconstitutions de tranchées, de tirs d’obus et de quiches lorraines ! La honte doit être interrégionale !

 

En France, on n’a pas de pétrole mais des idées à la con, ça on n’en manque pas !

D-Day Land, un projet qui ne dit pas son nom

 

En janvier 2020, à l’occasion de la présentation de ses vœux, le président de la Région  Normandie, Hervé Morin, évoquait la possible création d’un parc mémoriel, d’abord connu sous  le nom de « D- Day land » après l’emploi de cette expression par le président du Comité du  Débarquement, Monsieur Lefranc.

 

Si l’année qui s’est écoulée depuis a été riche de très nombreuses communications sur le projet, elle n’a  aucunement permis que soient apportées des réponses sérieuses aux nombreuses critiques. Reprenons : « D-Day land », « Épopée », « Hommage aux héros » : trois manières aussi contestables de  nommer ce projet, l’une marquée par une référence fort déplacée à Disneyland, les autres par  l’évocation racoleuse d’un héroïsme collectif. « Ce n’est pas un projet sur la guerre », disent ses  promoteurs, mais l’héroïsme est évidemment plus « vendeur » que l’hommage aux victimes et plus  propice à la mise en spectacle.

 

« Spectacle », « cinéscénie », « évocation historique », « événement pérenne », « effet waouh », «  documentaire vivant », « théâtre sur rails », « des comédiens, des figurants »… la manière dont est  décrit ce projet reste aujourd’hui confuse, et plus encore, contradictoire. Jugeons-en  simplement en rapprochant les propos du scénariste Serge Denoncourt, qui nous dit le 17 septembre :

 

« En 45 minutes de spectacle, on va apprendre plein de choses… », et ceux de Régis Lefebvre, directeur  de la communication de la société EuropaCorp, le 18 octobre : « Certains disent que notre projet est  un spectacle .... Cela nous choque. » Soit l’équipe porteuse du fameux projet ne sait pas encore ce  qu’elle veut faire, soit, et plus probablement, elle le sait clairement et cherche à jouer avec les mots  pour cacher une intention fondamentalement mercantile dont fait d’ailleurs état le président du  Comité du Débarquement quand il annonce qu’ « une rue principale est également prévue, avec la  mise en valeur des produits régionaux. »

 

De grosses sommes sont en effet en jeu, mais là aussi, le brouillard est tenace : entre 50 et 200 millions  d’Euros ! Comment prendre au sérieux et avoir confiance en un projet chiffré avec une telle  imprécision ? Et surtout, d’où vient le financement, sachant que la Région assure qu’elle ne mettra  pas au pot ? De fonds américains ? De banques françaises qui, en soutenant un projet de ce type,  contribueraient à financer la destruction de terres ? Pour l’heure, et en dépit de la transparence  annoncée, le financement est absolument opaque. Mais si les choses devaient néanmoins se faire, que se passerait-il dans quelque temps si, l’affaire battant de l’aile, la Région Normandie était appelée à la  rescousse ? L’argent public ne serait-il pas alors mis à contribution ?

 

Au registre des approximations, il faut aussi inscrire l’évaluation des superficies, qui évolue au fil  du temps, passant d’une vingtaine d’hectares à 40 ! Quoi qu’il en soit, ce sont autant de  surfaces soustraites à l’agriculture, artificialisées au mépris des préoccupations  environnementales, sans souci des nuisances engendrées par des flux estimés à 600 000 visiteurs  sur les 6 mois d’ouverture annuelle, et à rebours de récentes décisions – conformes aux principes  de la transition écologique ! - qui ont conduit à renoncer à la construction de nouveaux centres  commerciaux et parcs de loisirs.

 

Une autre zone de flou, majeure, concerne l’emploi. Sur ce sujet, contrairement aux surfaces  requises par le projet, les chiffres fondent comme neige au soleil : après l’effet d’annonce, il y a  quelques mois, de 1000 créations de postes, il est désormais question de 100 à 200 emplois. Et comme  le reconnaît un des concepteurs, « donner un chiffre aujourd’hui n’est pas sérieux », d’autant moins  que la plupart de ces emplois seront nécessairement saisonniers, le parc n’étant appelé à fonctionner  que 6 mois par an.

 

Quant à la prétendue dimension éducative, elle est triplement suspecte. Le principe d’un  spectacle et de son « effet waouh », jouant de surcroît fortement sur l’émotion, est intolérable eu égard  aux drames qui se sont déroulés pendant le Débarquement et la bataille de Normandie. L’argument  selon lequel seules les technologies de pointe permettraient de retenir l’attention des nouvelles  générations est aussi révélateur d’un certain mépris de la jeunesse chez qui la visite des musées et des  sites liés au Débarquement ne susciterait ni réflexions ni sentiments. Enfin, l’ambition de faire tenir  toute cette période de l’histoire en 45 minutes est un non–sens pédagogique. En fait, plutôt que la  transmission aux jeunes générations, il semble bien que tout ce projet vise surtout les tour operators,  supposés être en mesure de fournir, par bus entiers, les centaines de visiteurs qui rempliront la tribune  mobile 6 à 10 fois par jour.

 

Si le tourisme mémoriel est d’abord du tourisme, avec tout ce que cela implique sur le plan  commercial et économique, il touche aussi au sacré. Un spectacle qui ne dit pas son nom, mais  qui se sert de la mort de 140 000 soldats et civils pour produire du cash, déshonorerait ses  promoteurs et la Normandie toute entière et traduirait un complet manque de respect pour les  victimes et leurs familles.

 

Il est encore temps d’y renoncer !

 

Contact : comit50480@orange.fr

 

La liste des premiers signataires de cette lettre ouverte comprend les représentants  des comités d’opposition de Bayeux, Carentan, Courseulles-sur-Mer, Sainte-Marie-du Mont et Ver-sur-Mer, des représentants d'associations mémorielles françaises et  étrangères, d’associations d’action citoyenne et de protection de l’environnement, des  élus, des universitaires parmi lesquels de nombreux historiens, et des représentants  de la société civile.

 

Dominique ACHILLE (écrivain public), Bernard ALLAYS, Stéphanie ASTIER (élue municipale de la minorité Bayeux demain ; enseignante), Isabelle ATTARD (directrice de musée, ex-députée du  Calvados), Jacques AUVRAY (retraité), Monique AUVRAY (retraitée), Jean-Pierre  AZEMA(historien, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale), Jean-Loïc BAGOT (fils aîné  d’André Bagot, officier du Commando Kieffer), Olivier BAGOT (fils d’André Bagot, officier du  Commando Kieffer), Ella BALAERT, Annie BAMAS (retraitée), Grégory BAUDOUIN (président  fondateur du Cercle Jean Moulin), Laurent BEAUVAIS (ancien Président de la Région Basse Normandie), Xavier BEAUVOIS (cinéaste), Thor BERBEN (animateur), Lisa BERTOT (actrice),  Anne-Marie BOUGLÉ (psychologue), Gilles BOULAN (écrivain de théâtre), Mélanie  BOULANGER (maire de Canteleu), Ali BOURIDANE (artisan), Faroud BOURIDANE  (retraitée), Jean-Pierre BOURRY(retraité, membre de l'association du musée America-Gold Beach),  Veronika BOUTINOVA (autrice et enseignante), Jacques BRALEY (rescapé du bombardement de  Saint-Lô), Xavier BRAUD, Lisa BROUTTÉ (candidate aux élections régionales en Normandie),  Michel CAEN, Mireille CANAL (orthophoniste), Belinda CANNONE (universitaire, romancière),  Angie CAPETTA (artisan), Claude CARREY (écrivain), François CHAGNAUD (retraité de la  fonction publique), Françoise CHAPRON (maitresse de conférence en sciences de l’éducation), Grégory CINGAL (historien, auteur), Dominique CLERBOUT (coordinatrice pédagogique), Lorie  COFFEY (Project 71 ; UK), Alain COHEN ADAD (comité d’opposition de Bayeux), Sonia  COMBE (historienne), Sophie CREZE (enseignante), Emmanuel DALL'AGLIO, Guillaume  DAUXAIS, Serge DAVID (libraire), Véro DAHURON (comédienne), Jacques DECLOSMENIL  (militant associatif, politique et syndical), René DEHÉE (comité d’opposition de Courseulles-sur mer), Jean-Marc DELAGNEAU (universitaire, promoteur de partenariats européens), Eric  DELAMOTTE (professeur des universités), Guy DELAMOTTE (metteur en scène), Régine  DELAMOTTE (professeur émérite des universités), Christian DEROSIER (médecin, comité  montois d’opposition), Daniel DEVAUX, Michel DIGEON (éleveur), Ariane DOUBLET (réalisatrice), Louis DUHAUTBOIS (fils de résistant), Fred DUVAL (scénariste), Pierre EFRATAS  (romancier et conteur), Bernard FELLAH (retraité), Jacques FRANÇOIS (universitaire retraité),  Sylvaine FRANCOISE, Agnès FURON (élue municipale à Bayeux et au conseil communautaire de  Bayeux Intercom), Leila GALI (cadre supérieur de santé), Christine de GEMEAUX (professeur  émérite des universités), Olivier GOSSE (auteur & metteur en scène), Nathalie GOULET (sénatrice  de l’Orne ; candidate aux élections régionales en Normandie), Anneke GROOT (guide et  enseignante ; D), Utta GROOT (retraitée, survivante de WWII / NL), Nicolas GROOT (General  Manager of Iberiana Frucht S.A; E), Catherine GUITTON (Attac 14), Françoise HAMEL  (écrivaine), Madeleine HARDY (ancienne responsable du Centre Charles de Gaulle à Bayeux), Bill  HARVEY (fils de Gunner William Harvey du N° 4 Army Commando ; UK), Jean-Marc HELM  (retraité secteur tertiaire), Isabelle HEUDELINE (imprimeur) , Xavier HOUSSIN (écrivain, journaliste), Claudine JOLY (membre association de protection de l'environnement), Michel JOUEN  (enseignant retraité), Nicolas KLOTZ (réalisateur) , Basile KOUROTCHKINE(ancien  combattant), Maxi KRAUSE (universitaire retraitée, comité d’opposition de Ver-sur-Mer, et  présidente de l’association Protection Nature et Patrimoine), Hughes LABRUSSE (enseignant,  écrivain), Claude LAFRAGETTE (médecin), Alain LAMBERT (enseignant retraité, écrivain,  chroniqueur musical), Laurent LAMOUREUX (artiste peintre), Philippe LANE (professeur émérite  des universités), Christian LANGEOIS (auteur), Lydia LEDANOIS (auto-entrepreneur), Bertrand  LEGENDRE (professeur des universités), Marie-Françoise et Peter LEHMEIER (couple franco allemand), Jean-Luc LELEU (historien), Marc LE ROCHAIS (vice-président de Bayeux-Bessin  Demain), Irina LEROUGE (guide), Ide LEROY (enseignante retraitée), Gérard LESEUL (député  de la Seine-Maritime), Jean-Marc LESUEUR (secrétaire de US Memory Grand Ouest ; membre de 

la 49th Division britannique), Marie-Thérèse LETABLIER (sociologue, directrice de recherche au  CNRS), Rudy L'ORPHELIN (conseiller municipal de Caen), Eric LOUVIOT (directeur de théâtre,  metteur en scène et comédien), Ludovic MAULNY (conseiller municipal de Ver-sur-mer), Nicolas  MAYER-ROSSIGNOL (maire de Rouen, président de la Métropole Rouen Normandie), Valérie  MILLOT (fonctionnaire, comité d’opposition de Carentan), Jean-Yves MOLLIER (historien),  George de MONTLAUR (fils du Commando Kieffer Guy de Montlaur), Douglas MOODIE (fils  de vétéran, 9th para battalion/UK), François MOREL (comédien et auteur), David  MYLCHREEST(vétéran de la 43e Wessex Division ; UK), Henri NALLET (ancien Garde des  Sceaux, Président de la Fondation Jean Jaurès), Michel NIQUEUX (professeur émérite), Esther  PAREDES (étudiante ; E), Bernard PEIGNOUX (directeur de banque retraité), Jacqueline  PEIGNOUX (chercheur au CNRS retraitée), Catherine PELTIER (Alternatiba Caen), Elisabeth  PERCEVAL (actrice et scénariste), Gilles PERRAULT (journaliste et écrivain), Véronique  PIANTINO (dramaturge), Dario PIZZUTO (élu « Bayeux demain » au conseil municipal de  Bayeux et au conseil de Bayeux Intercom), Véronique PLANTAGENEST (sage-femme), Martine  POULAIN (conservatrice générale des bibliothèques honoraire), Sophie POULAIN (enseignante),  Noé ROLAND (enseignant et écrivain), Jean-Louis ROUSSEL (maire de Hautot-sur-Seine,  historien), Laetitia SANCHEZ (conseillère régionale écologiste de Normandie), Dominique-Marie  SARGOS GODFARD (écrivain), André SAVARY (bibliothécaire), Hélène SAVARY (travailleuse  sociale), Isabelle SAVARY (opticienne), Alain SCHNAPP (professeur émérite d'archéologie ;  université Paris-I Panthéon-Sorbonne), Angélique SEMRIN (guide conférencière), Jacqueline  SÉNÉCHAL (commerçante), Loïc SERON (photographe), Philippe SIMON (journaliste et auteur),  Jacques TANGUY (historien et guide- conférencier), Céline TANNE (commerçante), Philippe  TANNE (commerçant), Philippe TORRETON (comédien et auteur), Frédric TOUTAIN (adjoint  au maire de Nonant), Gérôme TRUC (sociologue, chargé de recherche au CNRS), Loïc  VADELORGE (professeur d’histoire contemporaine), Clotilde VALTER (ancienne Ministre et  députée du Calvados, Vice-présidente de l'Agglomération de Lisieux), Eric Van GOETHEM (pour  The British 49th West-Riding Infantry Division Association ‘The Polar Bears’), Nathalie  VILLERMET (militante associative, Chevalier de l'Ordre national du Mérite), Olivier  WIEVIORKA (historien, professeur des universités), Alex WILSON (guide conférencier)

 

Des habitants de Ver-sur-Mer rassemblés en collectif dénoncent le projet "D-Day Land" qui pourrait voir le jour en 2024 en Normandie

"D-Day Land" : des Normands se mobilisent contre le projet d'un nouveau site de mémoire autour du Débarquement ICI
« D-Day Land » : le mystérieux projet d’Hervé Morin qui agite la Normandie ICI

Annoncé en début janvier par le président de région Hervé Morin, le projet de parc d’attractions consacré au Débarquement avance en toute discrétion. Un flou qui génère des critiques.

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 08:00

 

Au temps où Pierre Jancou tortorait chez les parigots, au bar d’Heimat, nous lichions des lampées de vin nu en échangeant sur tout et rien, et c’est ainsi que Pierre me conseilla de lire Chaud brûlant de Bill Buford.

 

Ce que je fis.

 

18 avril 2015

L’érotique ragù « Mi da libidine » de Gianni Valdirisi vu par Bill Buford et Pierre Jancou ICI  

 

Pierre Jancou est sans concession « Le ragù mérite une thèse. La thèse d’une vie. Les gestes, la patience… Il faut sentir, comprendre ce plat « patrimoine », avant même oser en parler ! »

 

Dans son livre « Le coup de feu » Bill Buford raconte que lorsque Gianni Valdirisi s’était marié avec Betta « il avait été horrifié de s’apercevoir que, dans la précipitation, il avait omis de goûter à son ragù. Celui-ci qu’elle avait appris auprès de sa tante, avait été transmis par des générations de femmes de sa famille et serait forcément différent du ragù que Gianni avait mangé à la table de ses parents, à savoir celui de sa propre mère, dont la saveur profonde et complexe le touchait tout au fond de l’âme. »

 

« Un ragù, affirmait-il, était une chose très personnelle. Aussi imaginez son bonheur quand, goûtant pour la première fois au ragù de Betta, il s’aperçut que, en effet, il était différent de celui de sa mère… et meilleur. »

 

Et le ragù, prévient Pierre Jancou « n’a rien à voir avec cette sauce pseudo-bolognaise à la française qui, ironie du sort n’existe pas là-bas. » C’est ce que retient une pâte de la catégorie « sorties » comme les orecchiette : « une minuscule larme de sauce dans leur pavillon » note Buford.

 

Photograph: Ashley Gilbertson/New York Times/Redux/eyevine

 

Romans non-traduits, nanars introuvables, bizarreries oubliées… François Forestier dégaine ses livres du second rayon. Cette semaine, toqué de toques.

 

 

Bill Buford, l’Américain qui voulait apprendre la gastronomie française en accéléré ICI

 

Bill Buford est incontestablement un Américain louftingue, probablement crazy, définitivement astap. Dans les années 1980, il pilotait avec talent une revue littéraire géniale, « Granta », et, brusquement, il a décidé de prendre la plume, persuadé que l’écriture (dans la tradition yankee) exigeait de se colleter au monde, donc de voyager, de se bagarrer, de plonger dans le baquet, d’affronter les dacoïts du Middlesex et les ragazzi de la banlieue italienne. Dans son nouveau livre « Dirt », il explique avec entrain son ambition : avoir un tablier de cuisine avec son nom brodé sur la poitrine. En conséquence, à 66 ans, il décide de venir en France, pour apprendre en quelques mois (c’est bien américain, ça, faire speedy) les subtilités de la French Gastronomy. Le sous-titre du livre précise : « Adventures in Lyon as a Chef in Training, Father, and Sleuth Looking for the Secret of French Cooking ». Il va en baver, oui, le new Chef, mais c’est ça qui fait de la littérature (pour lui). Sans sueur, pas de livre.

 

Buford commence par lire le manuel classique d’Ali Bab (1907), apprend à dire « Merde ! » (il ne parle pas français, ce qui complique légèrement les choses quand on lui demande de fraiser la pâte à la main, avant de faire rissoler la crépine), cherche à rencontrer Veyrat, pense que la Bourgogne se situe dans le Nord de la France, vénère Paul Bocuse et demande un visa de travail à l’administration française. Un fonctionnaire l’interviewe en français, et prend les empreintes digitales de ses enfants (tout petits). Buford arrive à Lyon, cherche un appartement, mange de l’andouillette (« qui vous donne l’impression d’habiter dans l’estomac d’une bête »), lit Brillat-Savarin (1825), rencontre Daniel Boulud, passe chez la Mère Brazier, cite Michel Viannay, et comprend (assez vite, pour un Américain) qu’on ne devient pas chef en regardant les émissions culinaires à la télé.

 

La suite ICI 

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8 février 2021 1 08 /02 /février /2021 06:00

 

Mardi dernier, la société qui gère le chauffage de mon immeuble a dépêché deux spécialistes de la clé à molette pour intervenir afin de colmater une fuite de robinet chez une résidente. Ces deux as y sont allés à l’aveuglette, bloquant au petit bonheur la chance des vannes. Le soir venu, je sens la fraîcheur me gagner, je palpe le radiateur le plus proche : glacé ! Je fais le tour de l’appartement : les radiateurs sont de glace. Il est trop tard pour alerter les chauffagistes. Le lendemain matin, après une nuit sous la couette, je fais le nécessaire : réponse intervention dans l’après-midi.

 

J’ai donc passé ma journée de mercredi emmitouflé sous ma couette, un petit chauffage électrique soufflant un peu d’air chaud dans la chambre. Et j’ai lu d’une seule traite : Retour de  service de John Le Carré publié au Seuil.

 

 

Détail : les as de la clé à molette sont intervenus dans la chaufferie, ne n’en ont pas averti comme promis, sérieux des services pourtant facturés fort chers, et ce n’est que vers 22 heures que l’eau chaude a atteint le 9ième étage. Bravo !

 

Bref, y’a pire… la rue par exemple…

 

 

L’intrigue du roman de Le Carré, publié en 2019 en Angleterre, se noue autour de parties de badminton entre un espion de sa gracieuse majesté et un mystérieux Fred qui ne porte ni le Brexit, ni Trump dans son cœur.

 

 

Page 74

 

Un dernier mot sur ce que le badminton représentait pour Ed (et représente pour moi, d’ailleurs). Les non-pratiquants y voient une version soft du squash adaptée aux hommes en surpoids qui redoutent la crise cardiaque. Pour les adeptes, c’est le seul et unique sport qui existe. Le squash, c’est un jeu de massacre. Le badminton, c’est de la subtilité, de la patience, de la vitesse, des remontées impensables. C’est planifier sa prochaine attaque surprise pendant que le volant décrit tranquillement son arc. Contrairement au squash, le badminton transcende les distinctions de classe. Il n’est pas associé aux écoles privées, il n’a pas l’attrait des sports d’extérieur tel le tennis ou le foot à cinq, il ne récompense pas un beau swing, il n’offre aucun pardon, il épargne les genoux mais abime les hanches – et pourtant, selon des études scientifiques, il requiert des réactions plus vive que le squash. Les badistes sont généralement des solitaires qui ne cultivent guère la convivialité. Pour les autres sportifs, nous sommes un peu bizarres et sans amis.

 

Les rosbifs, adeptes des jeux aux règles incompréhensibles par les bouffeurs de grenouilles, dont le fameux cricket qui se joue avec deux équipes de 11 joueurs chacune, sur un terrain ovale. Chaque équipe joue tour à tour pour essayer de marquer des points. Il y a des batteurs, des gardiens de guichet et des lanceurs et dont les règles sont actuellement constituées de 42 lois… ont aussi inventé l’un des jeux de raquette le plus simple du monde : le badminton.

 

 

L’un des ancêtres du badminton est le « battledore and shuttlecock » pratiqué en Angleterre dès le Moyen-Âge : l’objectif de ce jeu était de maintenir en l’air un shuttlecock (volant) à l’aide d’une battledore (raquette).

 

Le badminton actuel, il trouve son origine dans l’anecdote suivante :

 

On raconte qu’un jour de 1873, des officiers anglais revenus des Indes se trouvant réunis dans le château du Duc de Beaufort à Badminton, ville anglaise du Gloucestershire, en viennent à évoquer le jeu indien du « poona », qui se pratiquait avec une raquette et une balle légère. Ils se mettent alors en tête d’y jouer. Mais n’ayant pas de balle sous la main, ils décident d’utiliser un bouchon de champagne, auquel ils attachent quelques plumes. Amusés et séduits par leur trouvaille, ils décident de faire connaître ce jeu, sous le nom du château où il est né : Badminton*. Quatre ans plus tard, ils publient les premières règles du jeu et s’en attribuent la paternité, bien qu’ils n’aient en fait rien inventé.

 

* Badminton est un village Anglais situé dans le Gloucestershire du Sud. Il est situé à 17 km à l’est de Bristol, célèbre pour le château des ducs de Beaufort.

 

 

Le squash, lui, a été inventé vers 1850 par des élèves de l’école privée de Harrow à Londres. Ils auraient imaginé ce nouveau jeu en s’amusant à lancer une balle malléable "lente" contre les Murs de leur vestiaire.

 

Le premier court de squash a été créé à Oxford en 1883, mais il a fallu attendre le début du XXe siècle pour que ce sport devienne vraiment populaire.

 

Même si ce sport a vu le jour dans les écoles et les universités britanniques, c’est aux Etats-Unis qu’a été fondée la Première association et que ce jeu a été codifié en 1907.

 

Le tournoi le plus prestigieux est le British Open créé en 1930. Les femmes y participent depuis 1950.

 

 

 

Le squash est le sport le plus populaire en Angleterre depuis le début des années 1980 et s’est rapidement développé dans les anciennes colonies anglaises comme le Pakistan, le Canada ou l’Australie

 

La Fillette au Volant de Chardin

Le badminton c’est aussi des records : ICI

 

  • Le badminton est le sport de raquette le plus rapide : le record de vitesse étant détenu en 2011 par le Malaisien Tan Boon Heong (3ème paire mondiale en double homme avec Koo Kien Keat), dont le smash a été chronométré à 421 km/h en Octobre 2009, contre 251 km/h pour le tennis.

 

  • Chez les dames, c’est une chinoise Huang Sui qui a fait le smash le plus rapide, 246 km/h.

 

  • C’est le deuxième sport exigeant la plus grosse dépense énergétique (derrière le hockey sur glace), à titre de comparaison, un match de badminton est environ 5 fois plus intense qu’un match de tennis.

 

  • Au moment de la frappe, le volant peut atteindre la vitesse de 300 km/h.

 

  • Le record de l’échange le plus long de France date du 4 décembre 2010 avec 3713 échanges (1 échange = 1 aller-retour). Il a été établi à Toulouse.

 

  • Le record du point le plus long: en 1/4 de finale aux Championnats du Monde de Canton, en 2013. Un échange de deux minutes pendant lequel 108 coups ont été échangés.

          (Les deux joueurs: Tien Minh Nguyen (Vietnam) et Jan Jorgensen (Danemark)

 

  • Un joueur de badminton peut courir plus d’un kilomètre et demi au cours d’un seul match.

 

  •  Des études scientifiques menées par le Département d’Education Physique de l’Université de Baylor présentent le Badminton comme l’une des meilleures disciplines sportives en termes de mise en forme.

 

 

Pourquoi seuls les Danois rivalisent avec les joueurs asiatiques en badminton ? ICI
Par Adrien Franque  

 

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 08:00

 

Alors que le PS de Mitterrand est subclaquant, qui se souvient de Guy Mollet dernier secrétaire-général de la SFIO ?

 

Pas grand monde et pourtant : lors de la campagne pour les élections législatives du 2 janvier 1956, il anime, aux côtés de Pierre Mendès France, François Mitterrand et Jacques Chaban-Delmas, le « Front républicain », coalition réunie sur un programme de modernisation économique et sociale et de paix négociée en Algérie, qui obtient une courte majorité. Alors que le président René Coty propose à Pierre Mendès France de former un gouvernement en 1956, celui-ci refuse et lui suggère Guy Mollet. Il est le dirigeant du Front républicain et la guerre d'Algérie est pour lui « imbécile et sans issue » ; l'indépendance est dictée par le bon sens.

 

 

L’Humanité le journal du PCF écrit :

 

Guy Mollet, à peine nommé chef du gouvernement, limoge le gouverneur général d’Algérie, Jacques Soustelle, trop proche des tenants de l’Algérie française. Il décide dans la foulée de se rendre sur place. Les activistes algérois lui ont préparé un comité d’accueil musclé.

 

Chacun connaît la formule de Marx : « L’histoire se répète toujours deux fois, la première comme tragédie, la seconde comme comédie. »

 

Démonstration : l’histoire politique française a connu deux 6 février : en 1934, à Paris, les troupes fascistes tentèrent de prendre d’assaut la Chambre des députés – et faillirent réussir (drame) ; le 6 février 1956, à Alger, un président du Conseil socialiste capitula honteusement face à des manifestants ultras, décidés à tout faire pour garder « leur » Algérie française (mauvaise comédie). ICI 

 

 

 

La Delahaye du président du Conseil vient de quitter l'aérodrome de Maison-Blanche. Guy Mollet tire sur la cigarette qu'il a nerveusement allumée. Tout au long des vingt kilomètres qui le séparent d'Alger, il aperçoit le cordon de policiers et de soldats qui lui font une haie d'honneur, mais surtout un rempart. Le gouvernement a dépêché sur place le directeur de la Sûreté nationale, Jean Mairey, et fait acheminer de métropole douze compagnies de CRS, par Bréguet deux ponts et DC 4. Paris se méfie d'Alger.

 

Le secrétaire d'État aux Forces armées, Max Lejeune, qui l'a devancé de deux jours, a prévenu le président du Conseil : «Ton arrivée sera mouvementée.» Guy Mollet a seulement accepté de modifier l'heure de son départ, dans l'espoir, dérisoire, de tromper les manifestants. Parti de Villacoublay sous la bruine, le SO Bretagne s'est posé vers 15 heures à Alger. «Je lance un appel de paix à tous les esprits sages, à tous ceux qui ne se laissent pas entraîner par la passion, déclare-t-il au pied de la passerelle. J'ai vu avec surprise et tristesse des hommes s'interroger : « La France va-t-elle abandonner l'Algérie ? » Que signifie la présence du président du Conseil, sinon l'affirmation encore renouvelée du caractère indissoluble des liens entre l'Algérie et la métropole ?»

 

Pour les Français d'Algérie, la victoire du Front républicain n'est pas une bonne nouvelle. Ils ne veulent pas des élections au collège unique que le gouvernement prétend organiser alors que la paix n'est pas revenue. Ils se souviennent que Guy Mollet a dénoncé cette «guerre imbécile et sans issue», dans l'organe officiel de la SFIO, le Populaire. Ils se méfient de son ministre d'État, Pierre Mendès France, qui a mis fin à la souveraineté française sur l'Indochine en 1954. Surtout, ils récusent le général Catroux, que Mollet veut leur imposer comme ministre résident : ils l'accusent d'avoir préparé la "capitulation" de la France au Maroc en négociant le retour à Rabat de Mohammed V, en novembre 1955. Pour eux, Catroux est «le symbole de l'abandon».

 

Le 2 février, ils ont fait un triomphe romain à son prédécesseur, Jacques Soustelle qui, s'il a tenté des réformes, a refusé de négocier avec les fellaghas : 80.000 personnes l'accompagnent sous les vivats jusqu'au bateau qui le ramène en France. On crie «Soustelle avec nous», «Catroux à la mer».

 

Comment Guy Mollet n'y penserait-il pas ce lundi 6 février, en roulant vers Alger sous un ciel gris ?

 

Tomates pour le Président

 

C'est dans une ville morte que pénètre le cortège officiel : les commerçants européens ont baissé le rideau de fer de leurs boutiques. «Fermé pour cause de deuil», affichent les devantures. Les Français d'Algérie ont suivi les consignes du Comité d'entente des anciens combattants, travaillés par Me Biaggi, un héros de la résistance «si grièvement blessé en Alsace qu'on en a fait un officier de la Légion d'honneur à titre posthume», raconte Claude Paillat dans Vingt ans qui déchirèrent la France (Robert Laffont). Il faut aussi compter avec les troupes du "chouan de la Mitidja", Robert Martel, et celles du cafetier du Forum, Jo Ortiz, le patron du groupe action du mouvement poujadiste. Sept cents hommes décidés à faire entendre la voix d'Alger à Guy Mollet.

 

Le président du Conseil a prévu d'aller déposer une gerbe au monument aux morts, situé au centre d'un escalier-jardin qui dévale du gouvernement général jusqu'à la mer. 20.000 manifestants l'y attendent. Quand il descend de sa Delahaye, on n'entend plus rien que le grondement assourdissant de la foule en colère. «Guy Mollet à Paris !», «L'armée avec nous !», «Al-gé-rie fran-çaise !» Des balcons s'abat sur le cortège une pluie de légumes et de tomates mûres. Plusieurs s'écrasent aux pieds du président du Conseil qui, bien que livide, parvient à se maîtriser. La minute de silence ne dure que quelques secondes, avant que les officiels ne regagnent prestement leurs voitures «dans l'odeur piquante des grenades lacrymogènes», écrit l'envoyé spécial du Figaro, Serge Bromberger.

 

 

Il était temps ! Un groupe d'étudiants réussit à rompre le cordon de police et met en pièce la gerbe que Guy Mollet vient de déposer auprès de la stèle. L'émeute s'étend aux alentours du Palais d'Été où s'est réfugié le président du Conseil. Il appelle l'Élysée, bouleversé par la révolte du petit peuple d'Alger. «Je suis ému, je suis ému profondément, dit-il à René Coty. Les manifestations que nous craignions se sont déroulées. Mairey ne répond pas du maintien de l'ordre si Catroux persiste à vouloir venir». La démission du général Catroux est connue peu après 17 heures. Alger, en liesse, réclame aussi celle de Guy Mollet, mais les manifestants qui tentent d'investir le Palais d'Été dans la soirée seront dispersés sans l'obtenir.

 

Dans la presse, le revirement du président du Conseil est diversement apprécié.

 

«M. Guy Mollet n'a pas pris la foudre. Il a pris des tomates pourries, mais sur le nez. Et si ce n'était que sur le sien, nous nous serions fait une raison. Mais c'est l'État qui a reçu cet outrage», grince François Mauriac dans l'Express, cependant que Combat affirme : «Le terrain est ainsi déblayé pour un nouveau départ».

 

Pour remplacer Catroux, Guy Mollet choisit Robert Lacoste : «Toi seul peux nous sauver. Tu es un homme de caractère. Viens !» Militant syndicaliste, élu socialiste de Dordogne, Lacoste est un lutteur. «Un ventre confortable, un langage truculent, du rire mais aussi d'effroyables colères, écrit Claude Paillat. L'empire colonial, qu'il ne connaît pratiquement pas, a été construit par des gens de gauche : à Alger, il ne l'oubliera pas. Il réagira donc en conservateur d'un legs familial».

 

De retour à Paris, Guy Mollet justifie sa décision devant l'Assemblée nationale, le 16 février. La «douloureuse manifestation» d'Alger, dit-il, était «l'expression de sentiments profonds et hautement respectables : l'attachement à la France, l'angoisse d'être abandonnés». Surtout, il proclame «l'inébranlable volonté française à la fois de présence en Algérie et d'évolution». En mars, les députés, communistes compris, autorisent le gouvernement à prendre par décret toutes mesures relatives au développement économique de l'Algérie ainsi qu'au rétablissement de l'ordre. C'est la loi sur les pouvoirs spéciaux. ICI

 

NB. François Mitterrand est le Garde des Sceaux de Guy Mollet

 ICI 

 

 Le 1er février 1956. A un ministre de l'intérieur florentin succède un garde des sceaux autoritaire et répressif. C'est le onzième portefeuille de François Mitterrand. Dès le premier conseil des ministres du gouvernement Guy Mollet, à la mi-février, le garde des sceaux fait partie de ceux qui donnent leur accord pour que soient appliquées "des" condamnations à mort prononcées par les tribunaux. Pierre Mendès France, Gaston Defferre, Alain Savary se sont prononcés contre.

Un mois plus tard, le même François Mitterrand signe les décrets des "pouvoirs spéciaux". Désormais, les tribunaux militaires prennent le pas sur les juridictions civiles. La loi autorise la "traduction directe devant le tribunal militaire permanent des forces armées, sans instruction préalable, des personnes prises en flagrant délit de participation à une action contre les personnes ou les biens, même si ces infractions sont susceptibles d'entraîner la peine capitale". Ce faisant, rappellent les auteurs, François Mitterrand approuve une mesure que son prédécesseur, Robert Schuman, avait refusée car il y voyait une "négation du droit de la défense".

A juridiction d'exception, verdict d'exception. Les condamnations à la peine capitale pleuvent. La guillotine, jamais utilisée contre un nationaliste depuis le début des "événements", fait son office à Paris comme à Alger. Les têtes des fellaghas tombent à une cadence oubliée depuis l'Occupation allemande : jusqu'à cinq certains jours. Sans résultat probant sur le plan sécuritaire : loin de réduire la violence, la "Veuve" la nourrit.

Avant chaque exécution le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), dont la vice-présidence est assurée par le garde des sceaux, se réunit pour conseiller le président de la République sur les recours en grâce des condamnés à mort. Pendant des décennies, on a ignoré dans quel sens s'était prononcé François Mitterrand au cours des seize mois où il fut ministre de la justice. Ses biographes assuraient que la peine de mort lui répugnait, et qu'il avait sauvé des têtes.

L'examen du registre des grâces (partiellement ouvert depuis 2001) contredit cette image : "Sur les quarante-cinq dossiers d'exécutés lors de son passage Place VendômeFrançois Mitterrand ne donne que huit avis favorables (cinq autres avis sont manquants). On peut le dire autrement : dans 80 % des cas connus, il a voté la mort."

 

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 06:00

 

Je sens que le PAX va me dire « mais où va-t-il cherchez tout ça ?

 

En l’occurrence ici dans la lecture du livre de Jean-Marc Dreyfus Vollrath d’Hitler à Adenauer 1 ambassadeur entre deux mondes

 

 

« Demi-juifs, ou « Mischling », en allemand : tel est le terme forgé en 1935 par les nazis, dans leur folie de classification des races, pour désigner les individus descendant d'un ou deux grands-parents juifs. Issu de la très ancienne aristocratie terrienne du Mecklembourg par son père et de la bourgeoisie juive par sa mère, Vollrath von Maltzan est assigné à cette catégorie. S'attachant à retrouver les traces de ce personnage aujourd'hui oublié, qui fut un brillant diplomate à travers trois régimes politiques, Jean-Marc Dreyfus éclaire à travers son parcours ce que put être, dans la tourmente du IIIe Reich, le sort de ces « sang-mêlés ».

 

Il relate également celui du reste de sa famille, qui connut l'enfer de la persécution, de la déportation et de l'exil pour la branche juive, et s'accommoda du nazisme pour la branche protestante. Au plus près des archives et des témoignages de survivants, ce récit est aussi celui de la reconstruction d'après-guerre, quand Vollrath obtient le poste prestigieux de premier ambassadeur de la RFA à Paris.

 

 

Le pays cherche alors, en mettant au premier plan un homme qui fut menacé par le nazisme, à faire oublier la présence, au sein même du ministère des Affaires étrangères, de hauts fonctionnaires qui, quelques années auparavant, ont été complices du génocide...

 

 

 

Vollrath von Maltzan a résidé à Odratzheim, petit village d’Alsace typique qui ne compta jamais plus de 600 habitants, dans un château : « une bâtisse d’un étage, augmenté de combles, avec quatre grandes fenêtres de chaque côté de la porte, de style Régence, Auguste-Pierre Giraudon, commissaire royal à la guerre, l’avait fait construire au début du XVIIIe siècle. La propriété est protégée par un grand portail en fer forgé, d’où part une allée droite jusqu’au bâtiment. »

 

« C’est à Odratzheim qu’ont grandi Vollrath et sa fratrie à partir de 1902. »

 

Le propriétaire actuel est allemand.

 

« En 1902, lorsque les Maltzan s’installèrent à Odratzheim, Strasbourg était la capitale d’un Reichland d’Alsace-Lorraine florissant et en pleine expansion économique. Les mouvements protestataires qui refusaient la germanisation des trois départements français s’y faisaient plus discrets. L’annexion était pour la jeune génération une chose acquise, même si les partis politiques, très actifs, se divisaient entre factions plus ou moins francophiles et assimilationnistes. »

 

 

 

« La ville s’était considérablement développée avec l’afflux d’Allemands qui composaient désormais 40% de la population de la capitale. Le Reich construisit des bâtiments administratifs autour d’une vaste place circulaire bordée par le Palais impérial, créant une nouvelle cité, allemande par son esprit et son lexique architectural : la Ville Nouvelle, Neustadt. L’Université Empereur Guillaume était un fleuron allemand depuis 1872, avec ses recherches en anthropologie et sa chaire de psychiatrie, les sciences naturelles et même l’égyptologie. »

 

« Le français n’était plus parlé en 1902 que par une frange de la bourgeoisie, mais un sentiment francophile se maintenait, surtout dans les campagnes… »

 

 

« Vollrath von Maltzan était élève au grand lycée protestant, le Gymnase Jean Sturm. »

 

 

« Le Gymnase est aujourd’hui encore l’héritier de la Haute école libre de Strasbourg, fondée en 1538. L’institution était directement issue de la Réforme, et voulait former non seulement des clercs mais aussi des laïcs. Il instruisit, en s’adaptant, des générations de jeunes gens de la bourgeoisie locale, et fut à l’origine de la création de l’Université. »

 

Le Gymnasium ICI 

 

Eve-Marie Grosset-Bourbange a reçu le 12 juillet 2018 le titre de lauréate en philosophie au Concours général, série Littéraire. Elle a reçu très précisément le deuxième prix national, ce qui fait d’elle en quelque sorte la vice-championne de France de la discipline.

Le Gymnase Jean Sturm félicite très chaleureusement Eve-Marie pour ce résultat éclatant, qui illustre la qualité de l’enseignement prodigué en Terminale L au Gymnase Jean Sturm.

 

Le Gymnase Jean Sturm de Strasbourg, établissement d’enseignement primaire et secondaire privé, aujourd’hui sous contrat avec l’État, se prête particulièrement bien à ce type d’enquête, d’abord à cause de sa très grande longévité. Fondée en 1538, au moment où la Réforme structurait ses institutions dans la ville passée au protestantisme, cette école confessionnelle luthérienne, élitiste par la réussite de ses élèves plus encore que par son recrutement social, peut s’enorgueillir d’un passé lointain et prestigieux. Elle porte le nom de Jean Sturm, son premier recteur. D’origine rhénane, mais passé par Paris, celui-ci la dota d’une organisation des études fondée sur une doctrine humaniste, qui fut un modèle pour l’enseignement secondaire au XVIe siècle, avant l’essor des collèges jésuites.

 

 

III. Le gymnase au temps du Reichsland (1888) ICI 

 

Cet idéal avait été mis à rude épreuve, lorsqu’en 1888 eurent lieu les célébrations du 350e anniversaire, alors que l’Alsace était devenue un Reichsland. On sait peu de choses sur les festivités. L’imposant volume de Festschrift en deux tomes qui parut à cette occasion est un travail d’érudition, qui ne fait que des allusions marginales à l’actualité.

 

[…]

 

Sous l’annexion. Auguste Schneegans en fit une critique vive dans un ouvrage paru en 1878. Selon lui, le Gymnase avait été avant 1870 « une oasis au milieu des établissements officiels », une école qui prônait la « méthode allemande » et qui, en prenant le « contrepied de la méthode officielle et jésuitique » avait fourni les preuves de sa supériorité ». Le Regulativ de 1873, qui fixait les nouveaux programmes, aurait par contre imposé le retour à l’ancienne méthode des jésuites, qui faisait de l’enseignement « un dressage », et remplaçait « l’éducation des humanités » par « une science de perroquet […] aussi inutile qu’indigeste », visant à faire de l’enfant « une recrue ».

 

Les souvenirs pleins d’ironie de Robert Redslob montrent le corps des professeurs et celui des élèves nettement divisés en « Alsaciens » et « Allemands immigrés », qui réduisaient leurs relations réciproques au minimum. À l’en croire, il vécut une jeunesse partagée entre deux mondes sans communication, celui de l’école et celui de la maison. Alors que généralement, depuis le temps de Jean Sturm, on insistait sur le fait qu’instruction et éducation devaient aller de pair au Gymnase, il s’écrie: « À l’école, nous faisions un apprentissage, c’était tout. Instruction, mais non pas éducation. Nous étions élevés, non par nos maîtres, mais par nos parents. Nous grandissions à un foyer qui était une enclave spirituelle de la France »

 

 Il se pourrait que ce témoignage ne soit pas totalement représentatif. Le régime prussien s’était en effet assoupli, et une partie des élites strasbourgeoises avait alors accepté le compromis avec les Allemands. Robert Ernst, fils de pasteur libéral et ancien élève du Gymnase, devait aller plus loin, en adhérant au nationalisme pangermanique. Il devait s’engager volontaire à 17 ans en août 1914, puis vivre à Berlin, avant de se mettre au service du régime nazi, qui en fit un temps l’Oberbürgermeister de Strasbourg. Dans ses mémoires, rédigés dans une prison française en 1951, il confirme néanmoins l’attachement de la bourgeoisie protestante strasbourgeoise à la France, à sa langue et à ses mœurs, encore que, selon lui, l’esprit de résistance et le culte de la patrie perdue, caractéristiques d’une étroite classe sociale, se fussent atténuées à partir des années 1900.

 

En 1888, il devait en tout cas être difficile d’envisager, par exemple, une participation massive des anciens élèves, organisés en association, alors que beaucoup avaient quitté la région en « optant » pour la France, et que, parmi ceux qui vivaient encore sur place, le traumatisme de 1871 n’avait pas été surmonté. La reconstruction rapide du Gymnase après l’incendie de 1860 avait été possible grâce à la souscription de nombreux donateurs, surtout locaux, qui, en retour, avaient exigé une place plus grande dans la gestion de l’établissement, aux dépens des autorités de l’Église luthérienne. Ils avaient affirmé notamment l’autonomie de l’établissement par rapport à l’administration publique de l’enseignement, en même temps que son caractère laïque, qui devait éviter de le concevoir comme un séminaire protestant.

 

L’ouvrage d’Auguste Schneegans qui avait rendu compte des fêtes d’inauguration, avait présenté l’école de Sturm comme « le bien de tous les protestants, de l’ancienne bourgeoisie ou plutôt de l’ancienne population protestante de Strasbourg, de l’Alsace, de la France entière ». Il avait proposé une implication plus large des anciens élèves et de la communauté protestante, regroupés en association, dans la vie de l’établissement, pour « former un corps compact », « qui aurait voix au chapitre non pas aux heures de crise seulement, mais encore et surtout aux heures de prospérité et de réorganisation ».

 

Cette vision du Gymnase était complètement dépassée en 1888. Le directeur Charles-Frédéric Schneegans, qui avait voué toute sa vie à l’école strasbourgeoise, appartenait à la tendance libérale et laïque du protestantisme, qui s’était imposée lors de la reconstruction. Pendant le terrible siège de la ville en 1870, il avait dû payer de sa personne pour empêcher la destruction des nouveaux bâtiments, lorsque des bombes s’abattirent sur sa toiture pendant les violents bombardements allemands.

 

Lors de l’installation de l’administration allemande, il avait tenté coûte que coûte, en s’appuyant sur une partie des enseignants et sur les parents d’élèves, de sauver l’autonomie de son établissement et le caractère original de son programme de formation. Préserver un enseignement de valeur du français devait en particulier permettre aux élèves de se présenter au baccalauréat français. En 1872, le comité de l’Association des anciens élèves et amis avait d’ailleurs adressé une lettre au directeur, dans laquelle il demandait de ne pas accepter l’ingérence de l’État dans la direction de l’établissement, de veiller à conserver son caractère « libre et international », d’empêcher la diminution, voire la disparition des « cours de langue française ».

 

Ces appels ne furent pas entendus par la nouvelle administration, et, au moment des festivités de 1888, l’école avait en fait été mise au pas.

 

À partir de 1873, la désignation d’un Konrektor allemand à côté de C. F. Schneegans réduisait l’autorité de celui-ci, et fut le point de départ d’une normalisation.

 

En 1883, il ne restait plus que 9 Alsaciens sur un total de 34 enseignants : tous les autres étaient immigrés du Reich. Il faut dire que ces derniers se caractérisaient par leur professionnalisme, alors que les autochtones étaient jugés de formation inférieure, et voués aux petites classes. En contrepartie, la plupart des professeurs allemands ne faisaient que des passages brefs au Gymnase, avant de poursuivre leur carrière ailleurs. Le volume de Festschrift témoignait de ce nouvel état de fait dans le corps enseignant. Si l’histoire de la Haute École protestante, exclusivement dans sa période allemande, y faisait l’objet de nombreuses contributions, dans un esprit positiviste peu polémique, l’ouvrage accordait aussi de la place à des articles qui illustraient la science allemande, sans aucun lien direct avec Strasbourg et sa région.

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 08:00

 

Les agros, les purs, la crème de la crème, les futurs hauts-fonctionnaires du 78 rue de Varenne, pas tous, les futurs IGREF, sortaient non de la cuisse de Jupiter mais de l’INAPG Institut National Agronomique Paris-Grignon.

 

Je les ai côtoyé, j’ose : commandé, j’ai même eu l’outrecuidance de dresser avec le vice-président du corps, le président étant le Ministre qui s’en tamponnait le coquillard, leur tableau d’avancement, atteindre le Graal du grade d’Ingénieur Général.

 

Depuis, les appellations ont changées :

 

  • L’INAPG  a disparu se fondant dans AgroParisTech en fédérant sous sa belle ombrelle : l’institut national agronomique Paris-Grignon, l’école nationale du génie rural, des eaux et des forêts (ENGREF) et l’Ecole nationale supérieure des industries agricoles et alimentaires (ENSIA)

 

  • Le corps des IGREF est devenu celui des IPEF : Ponts, des Eaux et des Forêts, créé en 2009, est issu de la fusion de deux corps d’ingénieurs, celui des ponts et chaussées et celui du génie rural, des eaux et des forêts. Sans être mauvaise langue nos IGREF atteignaient ainsi un nouveau Graal : le sommet des échelles lettres.

 

Dernier acte du drame, celui du décès de l’Agro coupé en deux, les locaux du 16 rue Claude Bernard, le château et le domaine de Thiverval-Grignon vont être vendus.

 

Avant de proposer à votre lecture un article bien documenté, deux anecdotes :

 

  • Lors de l’examen du budget de fonctionnement du Ministre, en épluchant celui de la Direction de l’enseignement et de la recherche je m’étonnai de l’importance des frais de déplacement de celle-ci. Le directeur n’y alla par quatre chemins, il m’expliqua que les professeurs parisiens de l’INAPG bénéficiaient de frais de déplacement lorsqu’ils allaient enseigner à Grignon. France paradis de la bureaucratie, de la paperasserie, des ordres de mission, signés, tamponnés, les dépenses ordonnancées, visées par le contrôleur financier et bien sûr payées…

 

  • Lorsque je fus nommé professeur-associé de l’Université de Nantes pour 3 ans, en accord avec les autorités compétentes il fut convenu que devraient des heures à mon Ministère de rattachement en dispensant des cours à l’INAPG et à l’ENSA de Nantes. Ce que je fis, mais je ne le fis qu’une fois dans chacun de ses établissements. Bien sûr je m’étonnai auprès du Directeur de l’enseignement et de la recherche de l’absence de propositions, celui-ci, un grand courageux, me répondit en se tortillant « Tu comprends, tes interventions ne sont pas du goût du corps professoral… » Traduction, comment un pauvre docteur en droit, même s’il fut directeur du cabinet du Ministre, peut-il avoir la prétention d’aller transmettre son expérience de la prise de décision dans les instances communautaires, à la future crème de la crème des ingénieurs. Heureuse France des corporatismes, celle des enseignants est assez haut placée sur l’échelle de Richter du ne viens pas picorer dans mon écuelle.

 

 

 Thiverval-Grignon, le 20 janvier. Le domaine de 310 ha sur lequel se trouve le château est en vente.

Thiverval-Grignon : la vente du domaine bientôt scellée

Les candidats retenus pour le rachat des locaux que se partagent AgroParisTech et l’Inrae seront connus le 8 février. Parmi ces projets : celui d’un site de recherche agronomique mélangeant tourisme et innovation

 

 

Des logements sortiront-ils de terre sur le domaine historique de Thiverval-Grignon? Si ce n'est clairement pas la volonté des élus locaux, le destin de ce vaste parc de 310 ha est encore incertain. Appartenant à l'Etat, il est officiellement en vente depuis mars 2020. Les étudiants d'AgroParisTech et les chercheurs de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae), qui l'occupent depuis 1826, plieront bagage en 2022 pour faire leur rentrée à Paris Saclay (Essonne).

Gérée par le ministère de l'Agriculture et la direction de l'immobilier de l'Etat (DIE, c'est-à-dire Bercy), l'acquisition avait un temps intéressé le PSG en 2016 avant qu'il n'opte finalement pour Poissy. À l'époque, l'annonce avait fait grand bruit et suscité une vive opposition.

« On nous proposait 400 logements, c'est non ! »

Depuis, le processus est tenu confidentiel « afin de garantir une égalité de traitement entre les porteurs de projets », indique le ministère en précisant que « la commune de Thiverval a été régulièrement informée de l'avancement de la procédure de cession ». Pourtant, la maire elle-même révèle ne savoir que très peu de choses « car l'Etat ne dit rien ». Nadine Gohard a bien reçu des promoteurs immobiliers dans son bureau il y a plusieurs mois ; il s'agissait de Nexity et Cogedim qui seraient toujours en lice pour le rachat du domaine. Depuis, plus rien.

Lors de cette rencontre, l'édile est restée ferme : « On nous proposait 400 logements, c'est non ! Ce domaine est dévolu à l'agriculture, c'est l'identité du village. On ne changera pas le fond du plan local d'urbanisme qui le préserve. » Ce PLU, c'est justement la contrainte majeure pour les promoteurs. Sur les 310 ha, 288 se trouvent en « zone naturelle à protéger en raison de la qualité du site ». Sur les 22 ha restants se trouve également le Château de Grignon, classé monument historique. Les possibilités d'aménagements sont donc limitées.

« Faire un mini Davos permanent dédié à l'agriculture »

« Le seul projet d'intérêt général qui respecte le PLU c'est le nôtre », lance Hervé Planchenault, président (DVD) de la communauté de communes Cœur d'Yvelines. La collectivité propose, en partenariat avec l'association Grignon 2000, de préserver les activités de recherche agronomique tout en ouvrant les lieux au public. Un hôtel avec des espaces d'accueil pour des séminaires, un incubateur d'entreprises innovantes et un lieu de recherche regroupant laboratoires privés et publics sont notamment prévus. Les bâtiments, eux, seraient en partie transformés en musées pour valoriser les vestiges de deux siècles d'histoire. « L'idée est de faire un mini Davos permanent dédié à l'agriculture et l'environnement », résume Hervé Lecesne, président de Grignon 2 000.

 

Les étudiants d’AgroParisTech rêvent d’un site consacré à la transition écologique. LP/Julie Ménard
Les étudiants d’AgroParisTech rêvent d’un site consacré à la transition écologique. LP/Julie Ménard  

Les étudiants rêvent d'un haut-lieu de la transition écologique

 

Mais pour les étudiants en 1re année d'AgroParisTech qui occupent le domaine nuit et jour, cette réflexion ne va pas assez loin. « On se coupe trop de la recherche agronomique, si on était cynique on pourrait dire que c'est du green washing », tacle l'un d'eux. « C'est trop partial, développe Boris qui souhaite un projet plus social et scientifique. Grignon pourrait devenir une référence de la transition écologique en créant un centre de permaculture pour alimenter tout le secteur et approfondir les recherches dans ce domaine. » Une position en faveur de la production intensive dans le respect des sols que défendent ces jeunes, conscients d'être « les inventeurs de l'agriculture de demain ».

 

« Tous ceux qui passent à AgroParisTech sont marqués par Grignon, enchaîne Elsa. On voudrait qu'il y ait une gouvernance partagée avec les étudiants, que l'on garde des chambres étudiantes. On a récemment rencontré Grignon 2000 à ce sujet, ils se sont montrés bienveillants et à l'écoute, ça nous rassure. » L'association, en majorité constituée d'anciens élèves d'AgroParisTech (NDLR : les Alumnis), se dit « tout à fait dans la ligne de ce qu'ils proposent là », confirme Hervé Lecesne.

 

Du côté de la communauté de communes en revanche, ces suggestions font plutôt sourire. « Il faut un peu de réalisme… Qui payera le chèque ? », interroge Bertrand Hauet, vice-président à Cœur d'Yvelines, en charge des finances. « Ce site est non viable pour maintenir une activité purement agricole, tranche d'emblée François Moutot, vice-président au développement économique et maire de Thoiry. Le château est dans un état déplorable, il faudrait plus de 20 M€ pour le rénover. Ce n'est pas la permaculture qui permettra ça. »

 

La crainte d'une logique économique

 

Quoi qu'il en soit, élus et étudiants s'accordent sur un point : ils redoutent que seuls les arguments économiques ne scellent la transaction dont la finalité est attendue au second semestre 2021. D'autant que sur les 130,7 M€ d'objectif que l'Etat s'est fixé pour la liquidation des 4 sites franciliens d'AgroParisTech, la somme de 110 M€ a déjà été atteinte avec la seule vente des locaux de la direction à Paris.

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6 février 2021 6 06 /02 /février /2021 06:00
Les planteurs entourent Catherine

Les planteurs entourent Catherine

Catherine est née sur des terres proches de l’océan Atlantique où, à l’heure des marées, portée par une brise marine, une pluie fine s’égoutte sur les vertes prairies cernées de haies vives. Mémé Marie disait : « ça guenasse » 

 

 

 

Issu du radical gaulois wadana : “eau”. - Dans la région de Redon : guenasser = bruiner. C’est le pied de cuve du climat breton.

 

 

 

Vous comprenez alors pourquoi, exilée sous des cieux sans nuages où règne un Dieu soleil implacable, ce Languedoc qui fut une mer de vignes, Catherine a vécu, plus encore que les « indigènes », le coup de sirocco du 28 juin 2019.

 

 

 

Alors, passé le moment de l’émotion, de l’impuissance face au déchaînement du climat, 44° à l’ombre un 28 juin, de ce texte qui a beaucoup circulé sur la Toile, écrit sous le choc, qui mettait en mots le doigt sur ce que beaucoup d’entre nous avons ressenti ce jour-là, ou les jours précédents ou suivants, j’en suis : le sentiment de vivre la fin de l’ère climatique dans laquelle nous sommes nés et avons vécu jusqu’à ce jour, naît dans son esprit fertile, le contre-pied au découragement, de ne pas l’art et la manière de ne pas baisser les bras, de laisser tomber, de fuir.

 

 

 

 

Bien sûr, Catherine vit dans un milieu hostile, qui n’est pas propre au Languedoc mais largement partagé par les dominants qui se disent les gardiens d’une agriculture nourricière, défenseurs d’une productivité à tout crin garante de l’indépendance alimentaire, des gens qui ont les deux pieds sur terre loin  des bobos urbains, des nantis des bureaux, vieille rengaine des agrariens des grandes plaines tenant en laisse les agriculteurs qui ne sont plus des paysans.

 

 

 

Romantisme, éternel couplet du “c’était mieux avant”, que nenni, il ne s’agit en rien d’un retour au passé,  une resucée de la terre ne ment pas, mais d’embrasser à bras le corps les réalités du jour, d’agir, d’anticiper, d’expérimenter des voies nouvelles, d’emprunter des chemins de traverse, de se prendre en main plutôt que de se réfugier derrière les tares du système.

 

  

 

« L'avenir ne sera pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire » Henri Bergson

 

 

Pour se prémunir des lazzis, des quolibets, de l’arrogance des sachants, Catherine avoue : « Oui, je divague, mais divagant, je m'extrais du carcan du raisonnable, ce raisonnable qui nous a, au fil du temps, conduit à la rationalité, laquelle nous a plongés dans le primat de l’économie… » 

 

 

Que faire?

 

 

Faire !

 

 

Agir !

 

 

Retrouver de l’ombre, celle des canopées des arbres, de la fraîcheur captée, rompre la monotonie des vignes en rangs alignées au cordeau, arrimées à des piquets, des fils, prisonnière, condamnée à la réclusion d’une rigidité mortifère.

  

 

Un jardin pour commencer encore écrit-elle.

 

 

 

Pour moi c’est son, et aussi un le nôtre, « jardin extraordinaire »

 

 

Avant de la lire, moi qui suis de ces fameux baby-boomers couverts d’opprobre, profiteurs des 30 Glorieuses, corrupteurs de la jeunesse, chouchoutés par les pouvoirs publics au détriment de la jeunesse dans ce moment confinement-couvre-feu de la Covid19, des futurs dépendants coûteux pour la Sécu, de ceux qui vont léguer une montagne de dettes à leur descendance, je pose ici le brevet de mon vaccin post Covid 19 :

 

 

« Mes sous, ma thune, mon bas-de-laine, mon blé, je ne les emporterai pas pour engraisser la terre du cimetière, je préfère en faire des petites graines à semer, à germer, à s’élancer vers le ciel, à s’enlacer pour former des haies, des ronceraies piquetées de mûres - je m’emporte - à abriter des petits oiseaux, des rongeurs, des reptiles, à servir d’ombrelles à un tapis de prairies naturelles constellées de fleurs oubliées, plein de petites bestioles, de la vie quoi ! Pour parodier la formule-culte de Michel Rolland dans Mondovino “oxygéner, oxygéner…” de l’air, de l’air, pour en avoir manqué avec mon poumon perforé, je ne vois pas au nom de quoi, la vigne qui fait le raisin que l’on pressera pour faire du vin, dont on me dit que c’est le symbole de la convivialité, dont je n’ai nul besoin pour m’alimenter, devrait être conduite comme une formule 1, sous perfusion, à fond à fond, dans une solitude mortifère, laissons-là vivre au milieu des siens, même s’il faut lui tenir la main : n’en déplaise aux chanteurs du terroir c’est la main de l’humain qui l’a créée, implantée, sculptée, c’est elle qui fait le vin, alors je la souhaite douce et soucieuse de l’avenir, avoir la tête dans les étoiles, rêver, accoucher d’un monde plus respectueux, est porteur de la future valeur du PIB face à l’impérialisme de la Chine, au conservatisme des anciens dominants, à l’émergence des anciens pauvres, investissons, tels des chercheurs s’aventurant sur des pistes jugées iconoclastes, dans ce qui affleure sous la chape du convenu...Même je ne suis pas un grand admirateur d’Ernesto Che Guevara, au nom de la marque d’infamie que fut mai 68, en tordant le slogan, j'inscris au fronton du jardin extraordinaire :

 

 

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Soyons réalistes, divaguons, égarons-nous, défions l'impossible. »

 

 

Une suite au coup de chalumeau du 28 juin 2019

 

 

Un après-midi de janvier 2021, tandis que l’hiver que nous n’avions pas connu dans le Midi depuis 2017 s’est installé avec des températures nocturnes négatives, Jacqueline Bellino m’a appelée. Nous nous étions rencontrées il y a, j’ai envie de dire, bien des années, puis la vie nous avait depuis tenues éloignées. Pas la pensée. Cet après-midi de janvier, elle m’a demandé si j’acceptais que le texte que j’ai écrit en 2019 après un coup de chalumeau qui a brûlé les vignes et s’est avéré être un coup du sirocco, soit publié sur le site des écrivains-paysans. Outre la joie d’échanger avec elle, j’ai non seulement dit oui, mais je lui ai proposé d’écrire pour les écrivains-paysans une suite. 

 

 

 

 

Le texte écrit en juillet 2019 a beaucoup circulé. Il a touché des citadins, des paysans, des jeunes, des vieux, des Français, des étrangers. Écrit sous le choc, sans doute mettait-il en mots le doigt sur ce que nous sommes nombreux à avoir ressenti  le 28 juin 2019 ou les jours précédents ou suivants : le sentiment de vivre la fin de l’ère climatique  dans laquelle nous sommes nés et avons vécu jusqu’à ce jour. Ce phénomène exceptionnel (44° à l’ombre un 28 juin, aux jours les plus longs de l’année quand le soleil est au zénith, associé à des courants d’air brûlants comme il y en a dans le Sahara) incarnait tout d’un coup non seulement les prévisions du GIEC, jusqu’alors abstraites, mais aussi et surtout la dimension essentielle et déterminante du climat dans le cours de la vie. Il a suffi d’un jour pour que nous nous souvenions que nous vivions entre ciel et terre. Il a suffi d’un jour pour que nous prenions conscience de la douceur de notre climat, dit tempéré, c’est-à-dire qui épargne la nature comme les hommes et les animaux de la violence des extrêmes. Il a suffi d’un jour pour réaliser que ce climat tempéré avait aussi beaucoup aidé au confort dans lequel nous vivons, et que nous étions dès lors nous, j’entends par nous, nous les occidentaux universalistes, peu de chose au regard de la puissance des quatre éléments d’Empédocle, la terre, l’eau, le feu, le vent, auquel Aristote ajouta l’éther. 

 

 

 

Empédocle, Aristote, Platon, la Bible, voilà à qui, à quoi, ce mauvais coup du ciel m’a ramenée. Il me fallait retourner aux sources pour appréhender le présent, retourner, non pas à l’essentiel, notion que la pandémie du Covid-19 a remise au goût du jour, mais à l’essence. Renouant avec l’essence, et non pas l’essentiel, qui est du ressort vulgaire du besoin, j’ai recommencé à voir briller l’étincelle de la vie. Vous me direz que nous sommes là bien loin d’une préoccupation agronomique, agricole, ou paysanne, que je m’écarte du sujet, que je m’égare, que je perds la raison.

 

 

Oui, mais non. 

 

 

Oui, je divague, mais divagant, je m'extrais du carcan du raisonnable, ce raisonnable qui nous a, au fil du temps, conduit à la rationalité, laquelle nous a plongés dans le primat de l’économie, soit, concrètement pour nous travailleurs de la terre, dans la monoculture, ici de la vigne, là des céréales, ailleurs de l’élevage. Et c’est précisément cette monoculture qui détruit l’équilibre des écosystèmes, menace le vivant, et fait tomber le ciel sur nos têtes, localement, le 28 juin 2019, le coup de sirocco, globalement aujourd’hui le coronavirus Sars-Cov-2. Dans notre rêve prométhéen, dans notre quête babylonienne, nous avons oublié que les éléments sont puissants et la vie fragile. Nous avons tout simplement oublié de lever les yeux vers le ciel et nous ne voyons plus briller les étoiles. Nous ne voyons plus l’évidence. J’entends par évidence, l’evidentia de Cicéron, c'est-à-dire la manière dont le monde se donne à voir à l’homme, mais aussi le evidence anglo-saxon, c’est-à-dire la preuve qui fait force de loi. Je dirais que nous sommes au point de rencontre de ces deux sens de l’évidence : ce qui nous est donné à voir et ce qui fait voir.

 

 

 

A dire vrai, depuis quelques années déjà, j’observais le changement du climat, les étés de plus en plus longs, de plus en plus chauds, de plus en plus secs, des vents que plus rien n’arrêtent, la sensibilité de plus en plus grande des vignes aux maladies, au stress hydrique, leur dépérissement précoce, l’affaiblissement de leur vigueur, le dérisoire de la haie de fruitiers plantée au milieu. J’étais la spectatrice interdite de ces évolutions, ne sachant plus à quel saint me vouer, aucun n’étant à la hauteur du défi à relever, nonobstant les solutions tonitruées de tous bords comme autant de mirages dans le désert. Bientôt l’expérience ne me serait plus d’aucun recours. C’est ce que disent les suicides d’agriculteurs, la fin de l’expérience sur laquelle jusqu’alors on pouvait s’appuyer.

 

 

 

Peu à peu, j’ai commencé à ne plus supporter la vision des vignes en rangs, arrimées à des piquets et des fils. J’ai même fini par y trouver de la laideur. J’ai commencé à y voir la rigidité mortifère de notre pensée, la croyance en notre suprématie, et au bout du compte l’avidité et la cupidité qui nous a fait oublier que vitis vinifera est une cousine descendante de vitis sylvestris.

 

 

Qui est vitis sylvestris ?

 

 

Une liane vigoureuse qui vit en lisière des bois, entre ombre et lumière, comme un trait d’union entre deux contraires. C’est ce qui a fait dire à Goethe que la vigne est une plante de l’échange, échange entre la terre et le ciel.

 

Notre lien à la vigne est d’abord philosophique, métaphysique même. Avec la vigne, nous essayons de vivre stricto sensu entre terre et ciel, et c’est dans le vin, son fruit transformé en éther, que nous décryptons notre humanité comme une gitane lit dans les lignes de la main. 

 

 

 

La crise phylloxérique est le premier avertissement aveuglant que les vignerons ont reçu de la Terre. Elle surgit en 1866 quand la vigne achève de couvrir le relief de la campagne française et a quasiment les traits qu’on lui connaît, c’est-à-dire seule dans son champ, en rangs, et en bien des endroits déjà sur fil.

 

 

 

Le vin, lui, vient consacrer l’éclosion du citadin, ou plus exactement incarne la réponse au mystérieux mais puissant désir de la ville, à ses lumières qui percent le voile de l’obscurantisme rural. Ainsi, plante-t-on des vignes, et commence-t-on à asservir vitis vinifera au rendement. C’est précisément à l’apogée de ce moment de l’histoire qu’un minuscule nématode, phylloxera vastratrix, au cycle de reproduction redoutable, va foudroyer le vignoble, français d’abord, puis en dix ans seulement, européen, et finalement mondial. Une pandémie. La réaction fut à la hauteur du choc et de la peur. En moins de dix ans, on isola l’agent pathogène, on le nomma, et on trouva la parade : la greffe de vitis vinifera sur ses cousines américaines porteuses asymptomatiques du phylloxera, une sorte de vaccin. Ainsi put-on continuer à s’enfoncer dans la monoculture, usant bientôt du bras armé de la sainte trinité NPK (Azote, Phosphore, Potassium) et des pesticides. On crut au miracle. On s’émerveilla de notre génie scientifique. On resta sourd et aveugle à l’avertissement. 

 

 

 

D’Eden à Epicure, tout commence toujours par un jardin. Au dernier soir des vendanges 2019, regardant sur les marches de la cave le soleil se coucher sur le Pic Saint Loup et la lune monter rouge dans les derniers feux du jour, nous décidâmes, Nicolas, mon fils aîné, et moi-même, de faire des cinq mille mètres carrés où s’érige la cave, un jardin. Nous avons rêvé les yeux ouverts, c’est-à-dire avec la connaissance des plantes, de leurs propriétés, des contraintes du climat méditerranéen, la représentation de ce que pouvait être le jardin d’Eden, ceux que nous avons vus dans nos voyages, ceux de mon enfance, les jardins fleuris, nourriciers, royaux, bucoliques, au cordeau, folâtres, insolites. Les jardins depuis l’Eden sont des oasis dans le désert, des ailleurs familiers. 

 

 

 

Nous avons imaginé ce jardin. Il serait planté d’arbres, forestiers et fruitiers, d’arbustes, de vivaces, aromatiques et médicinales, dans lesquels les vignes grimperaient. Il n’y aurait pas que des grenadiers, nouvelle sirène du Midi, mais des grenadiers, des arbousiers, des jujubiers, des pêchers et, leur tenant compagnie, des érables, champêtres et de Montpellier, des caroubiers, des arbres de Judée, des mûriers, des schinus molle, des romarins et des sauges, des lavandes, de l’origan.

 

 

 

Nous avons regardé de l’autre côté de la Méditerranée. Nous avons fait de l’ombre au soleil, retenu la pluie torrentielle des automnes et des printemps pour les jours sans des étés, ralenti la vitesse des vents. Nous avons décidé d’œuvrer au beau en soi, c’est-à-dire à ce qui est dicté par le juste. Entendons-nous, œuvrer au beau n’est pas retourner béatement à la nature, mais renouer avec l’intelligence de la main, en l’espèce celle du jardinier, car en agriculture, juchés sur des machines et inféodés à la technologie, nous l’avons perdue. 

 

 

 

Et après ?

 

 

Me demanderez-vous. Et après ?

 

 

« Rappelle-toi, écrit, de son jardin au nord d’Athènes, Epicure à Ménécée, que l’avenir n’est ni à nous, ni pourtant tout à fait hors de nos prises, de telle sorte que nous ne devons ni compter sur lui comme s’il devait sûrement arriver, ni nous interdire toute espérance, comme s’il était sûr qu’il dût ne pas être ». Ni Nicolas, ni moi, ne doutons que nous trouverons dans la confiance du vivant le concours de la bonne fortune et les voies de l’inventivité pour commencer encore. Car c’est bien de cela dont il s’agit. Commencer encore, pour vivre en intelligence avec la vie dont, nous qui, les pieds dans la terre, sommes les premiers témoins et acteurs de son évolution. Voilà qui occupe mes jours et mes nuits depuis lors. Nous venons de planter quelque six cents arbres et arbustes. Nous avons nommé ce jardin : Jardin expérimental de conduite radicalement différente de la vigne pour vivre de la terre en Languedoc. 

 

 

Catherine Bernard 


 

 

 

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