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14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 06:00

 

Sur Twitter, Vincent Pousson @VincentPousson

Le 25 avril,

Sulfate comme un malade l’interview de Me Morain par Ophélie Neiman dans le Monde :

Au moins, quand @lemonde  sert la soupe au baveux des khmers #woke du rouge, de nouveaux horizons s’ouvrent aux neurosciences.

« Le vin nature donne du plaisir! Au-delà de l’étiquette. Et si on n’aime pas, ce n’est pas grave. Quand on sert un grand vin, à l’inverse, on est déjà complètement conditionné. On goûte avec son cerveau. »

Eh, banane, en général, quand on ne goûte pas avec son cerveau, c’est qu’on le fait comme un pied !

Je vous offre gracieusement cette interview sans faire de commentaires ni sur le contenu, ni sur la mitraille de Pousson qui, entre nous soit dit, ne se prend pas pour de la petite bière de dégustateur, un côté Bettane du pauvre.

Ceci écrit je n’en pense pas moins, car « Le silence est un état d'esprit qui devrait faire plus de bruit. »

« Manier le silence est plus difficile que de manier la parole. »

Georges Clemenceau

Quoi de plus complet que le silence ?

Honoré de Balzac

« Le silence n'a jamais trahi personne. »

Rivarol

Comprenne qui pourra, voudra, seuls ceux qui me connaissent perceront peut-être le secret de ma petite Ford d’intérieur…

 

« Le jour où on aura à l’Elysée quelqu’un qui achète du vin nature, il y aura une vraie volonté politique de mettre le sujet sur la table de l’Europe »

Par Ophélie Neiman

ENTRETIEN : Pénaliste réputé, Éric Morain, 50 ans, a participé à la création du Syndicat de défense des vins naturels, qui garantit un vin issu de raisins bio vendangés à la main, et vinifié sans intrant ni technique d’œnologie corrective.

 

Eclectique, très actif sur Twitter, Éric Morain a notamment fait libérer Michel Cardon, l’un des plus vieux détenus de France, défendu l’une des accusatrices de Tariq Ramadan pour violences sexuelles et s’apprête à défendre le trésorier de la campagne de l’élection présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2012 au procès Bygmalion.

 

Ce bon vivant et gourmand est surtout connu dans le milieu viticole pour défendre des vignerons adeptes du mouvement nature. Il anime d’ailleurs une chronique dans l’émission de France inter du dimanche « On va déguster » et, signe de reconnaissance, en janvier 2021, il a été nommé « personnalité de l’année » par le magazine La Revue du vin de France.

 

Comment est né votre amour pour les vins nature ?

 

C’était il y a plus de quinze ans, lors d’un festival Omnivore, spécialisé dans la gastronomie. Jusque-là, j’étais un buveur d’étiquettes et un consommateur de restaurants étoilés. A l’époque, le poids des guides était très fort, on avait peu accès aux nouveaux mouvements culinaires. Et là, j’ai découvert un tout autre univers gastronomique. Avec un public très jeune, des cuisiniers que je ne connaissais pas à part le Catalan Ferran Adrià. Je me souviens d’un déjeuner sur des ballots de paille avec des assiettes incroyables. Il n’y avait pas de snobisme dans mon intérêt.

 

Pour la première fois, je faisais un repas qui sortait des conventions. Et le soir, le vigneron Nicolas Reau, un gros nounours à casquette, s’est assis à côté de moi avec une quille de sa cuvée « Enfant terrible » qu’il m’a servie dans un verre en Pyrex. J’ai immédiatement trouvé ça formidable, avec un goût inconnu. Ça m’a bousculé. C’est comme ça que tout a commencé. Quelques années après, il a donné mon nom à Olivier Cousin, un vigneron qui avait des soucis avec l’appellation anjou. J’ai alors signé mon entrée dans le vin naturel par le volet juridique.

 

Que s’est-il passé ?

 

Olivier Cousin a débarqué au cabinet avec un magnum de vin et m’a expliqué sa situation. Je suis tombé des nues. Comment peut-on à ce point empoisonner la vie d’un vigneron qui ne cause de tort à personne et qui travaille bien ? On cherchait à l’éloigner de son appellation. Il était cité par le procureur de la République d’Angers pour avoir écrit « AOC, Anjou Olivier Cousin » alors que son vin ne relevait pas de l’AOC, appellation d’origine contrôlée, anjou. On lui a reproché ce jeu de mots. Par ailleurs, il avait imprimé le millésime sur le bouchon : hors AOC, on n’a pas le droit de le mentionner. Mais cette interdiction n’est liée qu’à l’étiquette.

 

Franchement, qui trompe qui ? S’il y a bien un élément important pour le consommateur en termes d’information, c’est de savoir si le vin a 20 ans ou 2 ans. Nous avons obtenu une dispense de peine, mais j’avais compris qu’il y avait là un problème plus profond.

 

En quoi le fait que des producteurs de vins nature comme Olivier Cousin ou Alexandre Bain [dont le domaine est basé sur l’aire d’appellation pouilly-fumé] ne puissent pas revendiquer leur AOC vous pose problème ?

 

Dans AOC, il faut se battre sur le O, origine. On est les rois du C, du contrôle. Mais si ce vin vient d’une aire déterminée, il doit bénéficier de son appellation. Peu importe le cépage, la hauteur de l’herbe dans les vignes, il a le droit de dire son origine. C’est terrible d’en être privé. On voit des vignerons stars, qui sont adorés, exclus de l’appellation dont leurs parcelles relèvent, parce que, par exemple, lors de dégustations par la commission organoleptique, les juges considèrent que le vin n’est pas typique. Ces derniers sont perdus car le goût ne ressemble pas à ce qu’ils connaissent. Mais en quoi est-ce un problème, tant que le raisin vient de là et que les clients et sommeliers s’arrachent leurs bouteilles ?

 

Mais quel préjudice subit un vigneron qui ne peut revendiquer une appellation d’origine contrôlée ?

 

Quand on est en dehors, on devient une sorte de pauvre avec des mots confisqués, interdits : vos raisins proviennent à 100 % d’Anjou ? Vous n’avez pas le droit de le dire. Vous habitez dans un château, vous avez un clos ? Vous n’avez pas le droit de l’afficher sur votre étiquette ! Ce système met en avant une certaine aristocratie du vin face à la plèbe, qui est en réalité pour beaucoup des baronnies de copains. On reproche aux vignerons que je défends de tromper le consommateur mais je rappelle que dans un « vin de France » (hors AOC), il peut y avoir jusqu’à 49 % de vin de l’Union européenne.

 

« Le vent de l’histoire, aujourd’hui, c’est une vigne plus propre et un chai débarrassé au plus possible de poudres de perlimpinpin. »

 

Alors à nouveau, qui trompe qui ? Beaucoup de vignerons ont quitté une appellation ou se sont installés hors appellation, cela doit interroger. Ça ne veut pas dire qu’il faut jeter l’AOC avec le moût du raisin, mais cette remise en cause se fait difficilement. Car chacune est gérée localement. Dans l’appellation pouilly-fumé, sur quarante domaines, deux seulement sont en bio, un troisième en conversion. Donc le poids d’une appellation comme celle-ci repose sur ceux qui ne sont pas en bio et qui ne veulent pas en entendre parler.

 

Pourtant, il est possible de se réformer. Par exemple patrimonio, en Corse, est la première appellation qui a inscrit dans son cahier des charges l’interdiction totale des pesticides il y a deux ans. Le vent de l’histoire, aujourd’hui, c’est une vigne plus propre et un chai débarrassé au plus possible de poudres de perlimpinpin. Le but doit être de tendre vers un mieux.

 

Vous êtes devenu l’avocat référent pour ce type de vignerons. Vous intervenez dans une centaine de conflits judiciaires. Pourquoi une telle nécessité ?

 

J’ai découvert que les organismes de défense et de gestion (ODG), les syndicats viticoles, l’INAO [Institut national de l’origine et de la qualité] se comportent en juges, en réalité plutôt en procureurs, mais sans donner à leurs interlocuteurs les règles fondamentales d’une procédure. Forts de leur puissance publique, ils imposent leur volonté. Les vignerons transigent beaucoup trop sur leurs droits.

 

« Ces vignerons dérangent. Certains continuent à acheter des pesticides mais à ne pas les mettre dans leurs vignes, car s’ils n’en achètent pas, ça se sait et ils sont mis au ban. »

 

Ils pensent que les autorités ont forcément raison. Je suis là pour leur dire qu’ils peuvent ne pas être d’accord, qu’un cabinet d’affaires international peut les défendre. Ce sont des gens entiers, dévoués à leur terre, qui font juste leur métier, il faut leur ficher la paix. Mon travail d’avocat a été de me plonger dans les cahiers des charges, qui sont des mille-feuilles de règles formant le droit qu’on applique aux vignerons.

 

Mais, dans la très grande majorité, ce type d’affaire démarre par de la dénonciation. Car ces vignerons dérangent. Ce sont souvent de grandes gueules, ils ont du succès et ça se voit, ils ont droit à leur portrait dans les journaux. Ils sont sur les tables de restaurants dont on parle. J’ai défendu des vignerons, et j’en connais d’autres, qui continuent à acheter des pesticides, à ne pas les mettre dans leurs vignes et à les revendre nuitamment en Allemagne. Car s’ils n’en achètent pas, ça se sait, et ils sont mis au ban. Parce que le vendeur ira dire aux voisins qu’il n’a pas vu Machin cette année. Et ça remonte aux oreilles des instances de l’appellation. C’est une réalité et ça n’est pas arrivé qu’une fois.

 

Vous avez participé, en juillet 2019, à la création du Syndicat de défense des vins nature’l. Pourquoi était-il nécessaire de se syndiquer ?

 

Il existait déjà plusieurs associations mais on voulait taper au plus haut niveau en trouvant une voie politique médiane, afin de contourner la réglementation européenne qui interdit d’accoler « nature » au mot « vin ». Et qui, en conséquence, ne permet pas de réglementer le vin nature. Nous sommes allés au ministère de l’agriculture, à l’INAO, et on a trouvé un compromis : « vin méthode nature ». C’est un label né en février 2020, officiellement validé par les services des fraudes, avec une charte en douze points. En résumé, elle garantit un vin issu de raisins bio vendangés à la main, et vinifié sans intrants ni technique d’œnologie corrective. Le label a été ralenti par la pandémie mais on rassemble plus d’une centaine de vignerons, 400 cuvées en tout. C’est un premier pas.

 

Les institutionnels, en fait, n’attendaient que cela. Ils savaient qu’il y avait un problème dans la notion floue de vin nature, mais ils ne savaient pas comment le gérer. Le fait qu’on soit arrivé en qualité de syndicat agricole offrait un début de solution. Ce n’est pas la panacée mais il y a un chemin possible. Des verrous se sont débloqués. On a parlé à des gens haut placés qui adoraient le vin nature.

 

Le jour où on aura à l’Elysée ou à Matignon quelqu’un qui achète du vin nature, il y aura une vraie volonté politique pour mettre le sujet sur la table de l’Europe. Il faut néanmoins mesurer le pas de géant que ce vin a accompli. En 2012, quand la réglementation sur le vin bio est sortie, les instances n’avaient pas la moindre idée de ce qu’était un vin nature.

 

Un autre de vos combats porte sur l’étiquetage avec la composition des vins. Avez-vous bon espoir que cela aboutisse ?

 

Ce n’est pas un espoir. Cela va arriver, d’ici à 2024 ou 2026, même si l’Union européenne a d’autres chats à fouetter en ce moment. Le moyen trouvé est un QR Code sur l’étiquette, cela me convient. Car actuellement on est privé de cette information.

 

« Il n’y a pas que du raisin dans la plupart des bouteilles de vin. Et les consommateurs ne le savent pas. »

 

Ce combat, en l’absence de lobby des vins naturels dans l’Union européenne, est porté par le lobby de lutte contre l’obésité, afin d’obtenir le degré de sucre. C’est quand même le seul produit alimentaire qui ne le mentionne pas.

 

On sait au milligramme près ce qu’il y a dans des croquettes pour chats mais là on ne sait rien, car le vin n’est pas considéré comme un produit alimentaire. C’est important car il n’y a pas que du raisin dans la plupart des bouteilles de vin. Et les consommateurs ne le savent pas. Encore une fois, qui trompe qui ?

 

Aujourd’hui, que buvez-vous ?

 

J’ai redécouvert les vins blancs. Je faisais partie de ceux qui n’en buvaient jamais, avec l’argument connu du mal de tête, et j’avais toujours cette espèce de goût métallique, agressif en bouche. Et là, j’ai découvert une palette aromatique sans commune mesure. Des rosés nature aussi, des vins corses, de Provence, de Loire… et puis je n’oublie pas les beaujolais, le champagne… c’est dur de choisir ! Là je bois un chenin merveilleux, signé Olivier Lejeune, du domaine Clos des Plantes, dont les vignes sont voisines de celles du grand vigneron Richard Leroy. J’ai goûté son premier millésime en 2018 et je l’ai rencontré au salon des Greniers Saint-Jean à Angers.

 

Qu’est-ce qui vous plaît tant, dans ce type de vins ?

 

Le vin nature donne du plaisir ! Au-delà de l’étiquette. Et si on n’aime pas, ce n’est pas grave. Quand on sert un grand vin, à l’inverse, on est déjà complètement conditionné. On goûte avec son cerveau. Attention, j’aime retrouver des vins plus classiques, qui vont me procurer une émotion affective, mais ce n’est pas la même chose. Pour faire découvrir le vin nature autour de moi, j’y vais par étapes. Le truc qui marche à tous les coups, c’est le tavel rosé d’Eric Pfifferling (Domaine l’Anglore), ça a même marché avec ma belle-mère. Tout le monde aime. Le problème, c’est qu’on ne peut pas en boire tous les jours, il n’y en a pas assez !

 

Faut-il parler de vins naturels ou de vins nature ?

 

Ce débat n’a aucune importance. C’est comme pâté croûte ou pâté en croûte, il faut dépasser cette futilité.

 

Ophélie Neiman

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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 08:00

Dangerous Liaisons | Michelle pfeiffer, Liebschaften, Schöne fotos

Avant l'irruption de Marie dans ma vie j'adorais me glisser dans la peau du libertin. Dans ces temps où le péché de chair pour les filles gardait un goût de fruit défendu, conduire hors du sentier balisé l'innocente victime, la séduire, l'amener dans ses filets, procurait des émotions fortes. Faire œuvre de séduction pour un libertin c'est suivre un plan déterminé, avoir un projet. Tout est dans l'avant, la traque, l'attente, la jouissance suprême de voir la caille innocente s'engager sur le chemin de l'abandon. Le libertinage est cérébral, on y manipule le cœur humain, on y est patient, calculateur. Se contrôler, ne pas céder à la passion, éviter l'écueil de l'amour forment l'armature froide du projet libertin. Dans ce jeu cruel, où la victime devient très vite consentante, l'important pour le libertin est de ne pas être conduit à son insu là où il n'a pas prévu d'être. Toute la jouissance vient de ce contrôle sur ses actes, ses sentiments, ses pensées et d'exercer sur l'autre un empire total. Comme dans un jeu d'échecs il faut toujours prévoir le coup d'après. Mais une fois l'acte accompli l'angoisse du vide vous saisit. On n'est plus qu'un animal à sang froid.

 

Comme dans les Liaisons Dangereuses j'avais levée, en mon pays, ma Mme de Tourvel. Femme mariée, aux yeux de biche effarouchés à peine masqués par sa voilette légère de pieuse se rendant à la messe du matin. Jeune, très jeune prisonnière de la couche d'un barbon ventru et moustachu, au portefeuille épais, pour moi ces messes matinales ne pouvaient être que le change donné à sa sèche et impérieuse belle-mère. Il me fallait donc me placer sur son chemin avec une régularité qui attiserait sa curiosité. Ce que je fis sans jamais lui adresser autre chose que des regards appuyés. Après avoir baissé les yeux puis sourit, je pressentis qu'une révolution s'opérait. Elle devait, avant son départ du domicile conjugal, ruser, se donner des frayeurs extrêmes. Restait pour elle à franchir une nouvelle étape : me donner le premier signe de sa soumission. Le printemps à cette vertu que les matins y sont souvent tendres. Ce matin-là, sa trajectoire ordinaire s'incurva et la belle, d'un pas vif, gagnait la place des tilleuls. Dans ma ligne de mire, elle posait le pied sur un banc de pierre dévoilant une jambe galbée d'un bas de soie. Imperméable à sa volupté j'exigeais d'elle plus encore. Ce qu'elle fit. Sous un imperméable mastic, perché sur des hauts talons, elle me présenta avec des yeux implorants son corps harnaché de dessous blanc. Nos amours dans les prés hauts de Bibrou furent catastrophiques, elle attendait, soumise, ma jouissance, alors que c'était la sienne dont je voulais.

 

Marie m'ôta ce carcan de froideur. Moi, le silencieux, le garçon qui tient tout sous contrôle, je me laissais aller à lui confier mes peurs et mes faiblesses. Cet abandon je le devais à l'absolue certitude, que le temps m'aurait démenti, que jamais Marie ne retournerait ces armes contre moi. Nous étions si différents, nos origines étaient aux antipodes, mais notre nous s'érigeait sans question, avec naturel. Elle me donnait la chance de m'aimer moi-même, de me départir de mes hautes murailles. Jamais nous ne faisions de projets. Nous vivions. À chaque moment, seuls ou ensemble, nous inventions notre vie. Tout ce que je te confie semble idyllique, une reconstruction du passé idéalisée, alors que nous eûmes des orages, des divergences mais ce ne furent que des scories dont nous avions besoin de nous débarrasser. J'abordais notre vie à deux avec dans ma besace de jeune homme rien de ce qui encombre les gens de mon âge : tous ces désirs refoulés qui le jour où la flamme décline resurgissent à la surface.   

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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 06:00

Le hameau de la reine | Château de Versailles

Audrey Bourolleau, je l’ai croisé lorsqu’elle officiait à Vin&Société, nous avons même déjeuné aux Climats, elle a dépoussiéré et dynamisé cette structure de lobbying. Puis en 2016, elle s’est mise En Marche aux côtés du sémillant Macron, le château conquit, Audrey Bourolleau se glissa dans la peau d’une éminence grise, devint la conseillère agricole du nouveau président. Cette fonction, au temps de Tonton, a propulsé, le sphinx Nallet, au 78 rue de Varenne, la nuit où ce cher Rocard, qui n’en ratait pas une pour déplaire à Mitterrand, démissionna. Avec le florentin de Jarnac, si tu voulais rester dans ses petits papiers il fallait chausser ses bottes pour aller dans le terroir profond conquérir une circonscription.

 

Nallet, ex-jaciste, plume de Debatisse à la FNSEA, penseur de la gauche paysanne à l’INRA du passage Tenaille, repaire de gauchistes guidés par Michel Gervais, ne présentait guère le profil du jeune loup du PS. En première intention il jeta son dévolu sur une circonscription de la Manche, Thérèse son épouse, qui adorait les biscuits*, était native de ce département. Les parachutés, dans la Manche comme ailleurs, les caciques n’aiment pas. Recalé, Pierre Joxe qui, étrangement pilotait au PS le projet agricole, propulsa Nallet dans l’Yonne, à Tonnerre. Par la grâce d’une proportionnelle mijotée par Tonton et Charasse, Henri fut élu. En 1988, Tonton repique au truc, Henri Nallet retrouve, Rocard 1er Ministre, le 78, moi aussi. En 1990, il profite de l’exfiltration du gouvernement de l’insuportable Arpaillange, pour gagner la place Vendôme, Garde des Sceaux.

 

« Si j’avais su, j’aurais pas venu » la phrase culte du petit Gibus, dans la Guerre des Boutons, s’applique à la suite de la carrière politique d’Henri Nallet. En avril 1991 éclate l'affaire Urba, relative au financement occulte du Parti socialiste français. Le juge d'instruction Thierry Jean-Pierre perquisitionne au siège d'Urba à Paris. Henri Nallet, Garde des Sceaux, mais aussi ancien trésorier de la campagne de François Mitterrand, dénonce l'action du juge comme « une équipée sauvage » et fait dessaisir le magistrat. Tonton, gentiment, profite de l’expulsion d’Edith Cresson pour exfiltrer Henri Nallet du gouvernement Bérégovoy.

 

Après cette date, Henri Nallet se consacre alors principalement à sa carrière politique locale. Il conserve ses mandats de maire de Tonnerre, où il a été élu en 1989, et de conseiller général de l’Yonne (canton de Tonnerre), qu’il détient depuis 1988. En décembre 1992, il est nommé conseiller d'État. Tonton est bon. Il est à nouveau élu à l’Assemblée nationale en 1997 jusqu’en 1999. La suite est connue.

 

Bref, au temps de Tonton, le conseiller agricole du Président pesait lourd, tel ne fut pas le cas d’Audrey Bourolleau au château. La politique agricole de Macron est d’une fadeur et d’un convenu remarquable, alignement total sur la FNSEA. La valse des Ministres fut aussi la marque de fabrique de ce presque terminé quinquennat, y’en a pas un pour racheter l’autre. Sans être désagréable, le bilan d’Audrey Bourolleau se rapproche de zéro. Les chefs du vin me contrediront car pour eux elle fut une digue efficace les protégeant des affreux défenseurs de la loi Evin. Je ne le conteste pas mais ça ne fait pas une politique novatrice.

 

Enfin, le temps est révolu où les éminences grises chaussaient les bottes des élus de terrain, aujourd’hui l’heure est de passer de la start-up Nation à la start-up tout court par la grâce du ruissellement des premiers de cordée.

 

À quarante ans, elle a décidé de changer de vie. Audrey Bourolleau, ancienne conseillère du président Emmanuel Macron, chausse des bottes d’agricultrice pour créer, avec le milliardaire Xavier Niel, un vaste campus près de Paris destiné à former les « entrepreneurs agricoles de demain ».

 

Une formation pour adultes

 

À la fin de 2019, elle annonce son projet de fonder une nouvelle école d’agriculture qui a pris depuis le nom de Hectar. L’achat du domaine a coûté 19 millions d’euros et les travaux cinq millions de plus. L’objectif affiché du projet Hectar est de « sensibiliser ou former deux mille personnes par an » aux métiers de la sphère agricole. Le programme phare de l’école sera tourné vers la formation d’adultes désireux de se reconvertir dans l’agriculture. D’une durée de six mois, « gratuite pour l’apprenant », elle sera dispensée par des agriculteurs et des formateurs professionnels.

 

« Nous sommes confrontés à un défi de génération très conséquent. En France, 160 000 fermes sont à reprendre d’ici à trois ans. Il faut former la prochaine génération », souligne Audrey Bourolleau. Pour les nouveaux entrants qui ne seront pas « dans un schéma de transmission familiale, la marche va être très haute ». « Il faut leur donner des modèles qui tournent économiquement, soient socialement justes et durables. Ce que nous voulons leur donner, c’est vraiment une posture de chef d’entreprise agricole », explique-t-elle.

 

Face aux défis climatiques, l’école entend mettre l’accent sur les techniques de préservation des sols agricoles. Hectar proposera aussi des formations sur le salariat agricole, en manque de bras.

 

Certains vont m’objecter qu’il est facile d’ironiser sur des porteurs de projets « innovants ». Tel n’est pas mon cas, qui vivra verra, l’exemple du Pôle universitaire Léonard-de-Vinci dit « Fac Pasqua » n’est guère probant. Ce qui m’interroge dans ces belles et bonnes intentions, c’est qu’au temps du château Audrey Bourolleau ne se soit pas colletée à dépoussiérer et redynamiser, comme le dirait les biodynamistes, l’enseignement agricole du Ministère de l’Agriculture bien encroûté.

 

 

ICIhttps://images.bfmtv.com/tutaCh9T-dTVm7sq_JY65mceDiM=/0x0:1280x720/images/Audrey-Bourolleau-Fondatrice-d-Hectar-l-ecole-agricole-gratuite-ce-sont-des-metiers-de-sens-qu-il-faut-rendre-remunerateurs-1021598.jpg

 ÉCOLE HECTAR

Audrey Bourolleau, de l’Élysée aux champs ICI

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 08:00

 

Le matin nous allions à vélo, par le sentier côtier, jusqu'à l'anse des Soux. Au soleil levant l'eau, d'une extrême transparence, semblait de pur cristal. Marie l'intrépide s'y plongeait sans la moindre hésitation et, de son crawl fluide et silencieux, elle filait vers le large. Moi je m'adossais à la pente sableuse pour lire. De temps à autre je relevais les yeux pour repérer le point blanc du bonnet de bain de ma naïade favorite. La montée du soleil m'emplissait d'une douce chaleur mais je ne pouvais réchauffer la pointe d'angoisse qui ne disparaîtrait que lorsque Marie serait de nouveau à portée de ma brasse minable. L'océan, avec ses airs paisibles, me déplaisait. Je connaissais sa nature profonde, charmeuse et hypocrite comme celle de tous les puissants. À la fin juillet, en un accès de rage soudain, de ses entrailles obscures, il avait enfanté une tempête féroce. Avec Marie, blottis dans la faille d'une falaise, à l'abri du vent et des embruns, pendant des heures, nous nous étions grisés de ses outrances. Dans le grand lit de la Ferme des Trois Moulins, ce soir-là, pour conjurer ma peur, j'avais pris Marie avec une forme de rage désespérée. Après, blottie dans mes bras, elle m'avait dit « Tu m'as baisé mon salaud, c'était vachement bon... »

 

Écrire que notre nous aurait survécu aux pires tempêtes comme à la mer d'huile du quotidien me semble dérisoire. J'en ai la certitude mais j'aurais préféré qu'il se disloquât sous nos faiblesses ou, pire, avec l'irruption d'un autre, plutôt que de le voir trancher ainsi sans appel. Même si ça emmerde tout ceux qui pataugent dans le foutre et le cul, l'amour heureux existe. Ne venez pas me faire chier avec des railleries sur l'eau de rose ou le sucre Candy et toute autre vacherie. Même maintenant que je suis au régime sec ma faculté de vous faire une tête au carré, de vous bourrer le pif, de vous foutre ma main sur la gueule, reste intacte. Marie et moi, dans la grande loterie des rencontres, étions l'exception qui aurions confirmé la règle de notre génération championne du divorce. À cet instant, alors que je m'échine à ne pas décrire par le menu nos 52 jours passés à vivre simplement ensemble, je sais que nous serions, trente ans après, les mêmes. La vie nous aurait sans doute cabossés mais les autres envieraient notre amour intact. Présomptueux me direz-vous ? Sans doute mais, je me connais, toute l'énergie que j'ai déployé à m'avilir, je l'aurais, avec encore plus de force et de pugnacité, tourné vers Marie. Quant à elle, n'y touchez pas, son coeur n'avait pas de limite et son ventre eut été fécond.

 

Le Printemps de Prague semblait résister aux grosses pattes de l'Ours soviétique. Notre PC national, toujours à l'extrême pointe de la collusion avec la nomenklatura du Kremlin, soutenait du bout des lèvres, les initiatives du parti frère. Grand progrès par rapport à l'insurrection de Budapest de 1956, où la chape de silence, la même que celle qui avait étouffé les cris de László Rajk et de ses compagnons d'infortune, exécutés à la suite des procès préfabriqués, en 1949. Le « socialisme à visage humain » d'Alexander Dubcek indisposait nos staliniens officiellement reconvertis. Marie espérait, Jean lui doutait de la capacité d'un parti unique à se réformer de l'intérieur, et moi j'avais la certitude que les gardiens du bloc ne pouvaient le laisser se fissurer. Mes talents culinaires explosaient. Moi, que ma très chère maman n'avait jamais laissé effleurer une queue de casserole, je me révélais un maître-queue inventif. Marie me charriait gentiment « Tu es l'homme parfait mon amour, où est la faille de l'armure ? » Et Jean de répondre « C'est qu'il n'a pas d'armure belle enfant... » Il avait raison, pour elle, je l’avais quittée.   

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12 mai 2021 3 12 /05 /mai /2021 06:00

Mes funérailles à Berlin

Le Limier

Un Américain bien tranquille

Crimes contre l'humanité

The Dark Knight

Notre commentateur en chef, qui vient d’endosser la tunique de critique de cinéma, a de la constance, comme en témoigne ce commentaire sous une chronique du 1er décembre 2018

 

L’antre du Lapin Blanc mène à tout y compris à l’Ecole Normale supérieure de la rue d’Ulm, j’y étais hier au soir pour 1 colloque Sauvegarde de la biodiversité et démocratie : les enjeux d’une transformation et, à mon grand regret, je n’y ai pas croisé le fantôme d’ « Althusser à rien »

ICI

 

N'a-t-il pas de la gueule notre cher Taulier, le micro à la main ? Si, déjà souvent cité, Frédéric Schiffter observe et conclut que la beauté des femmes éclot à l'automne on peut rétorquer que l'homme n'est pas en reste. Regarder les gueules plus que grisonnantes des Peter O'Toole, Michael Caine, du regretté Jean Rochefort ou encore ce fou de Jean Pierre Marielle mais aussi Claude Rich. Ils ne s’y trompent pas les metteurs en scène qui, comme Patrice Leconte, les réunissent dans Les Grands Ducs ou continuent à leurs trouver des emplois. Faisons mentir Gabriel Garcia Marquez : « Nous sommes vieux. L'ennui c'est qu'au-dedans on ne le sent pas, mais qu'au dehors tout le monde le voit. » ( in Mémoires de mes putains tristes – 2004)

 

La classe vous dis-je !

 

Eulala mes chevilles !

 

Achat Mes funérailles à Berlin en DVD - AlloCiné

 

Aujourd’hui c’est « Mes funérailles à Berlin »

 

Pourquoi ? 

 

Parce que Michael Caine est au Panthéon de mes acteurs préférés. Comme on le verra par la suite, ce sont souvent les acteurs qui font l’accroche des films que j’aime. Le cinéma est un spectacle. Alors, intéressons nous à ceux qui « se donnent en spectacle. »

 

Quelle est l’histoire ?

 

Mes funérailles à Berlin - Film 1966 - TéléObs

 

à Berlin dans les années 1960. Le colonel Stok est, en tant qu’agent important des services soviétiques , responsable de la sécurité du mur de Berlin. Il fait savoir aux Britanniques qu’il veut passer à l'Ouest. Ces derniers sont méfiants. Ils envoient à Berlin l’agent Harry Palmer pour étudier la possibilité d'une opération d'exfiltration. Sur place Palmer ,qui ne croit pas un instant en la sincérité de Stok, va se trouver confronté à la duplicité de ce dernier et à une sombre histoire d’anciens nazis au sein même du service d’espionnage anglais auquel il appartient avec les services secrets israéliens.

 

Source.

 

Le film est tiré d’un roman de Len Deighton.

 

Mes funérailles à Berlin - Len Deighton - Babelio

 

Tout le monde connaît John Le Carré. Len Deighton pourrait être son petit frère. Même domaine d’inspiration : le monde de l’espionnage en général et les services secrets britanniques en particulier. Si Deighton est moins connu c’est qu’il est resté au niveau d’un excellent auteur de romans policiers et/ou d’espionnage alors que l’œuvre de Le Carré rejoint très vite le monde littéraire. Deighton est également l’auteur de « Ipcress, danger immédiat » et « Un cerveau d'un milliard de dollars » avec pour héros Harry Palmer toujours incarné par Michael Caine . Ils ont, cependant, été tournés par des metteurs en scène différents. Dans le dernier on retrouve le colonel Stok interprété par Oskar Homolka acteur autrichien suffisamment truculent pour être souligné.

 

Réalisation

 

Affiches, posters et images de Mes funérailles à Berlin (1966)

 

« Mes funérailles à Berlin » est un film réalisé par Guy Hamilton. Il s’agit d’un bon faiseur, une valeur sur d’Hollywood. Il n’atteint, cependant, pas le niveau des grands metteurs en scène. Ses réalisations les plus marquantes sont des « James Bond » dont l’un des premiers : «Goldfinger » avec Sean Connery bien sur. Mais aussi, pour moi surtout, l’inénarrable Gert Froebe. Je me régale de ses tics d’acteur. Il donne toujours l’impression, avant de prendre la parole, de remonter son pantalon par un mouvement général des épaules coordonné avec ses épaules, ses hanches et son ventre, tout en se rengorgeant en arrière. En outre, bravo pour le choix du comédien assurant la version française des films où il apparaît. Cette digression en dit long sur l’importance ,pour moi, de Guy Hamilton. Quoique le réalisateur de « James Bond » ce n’est déjà pas si mal. On peut souligner l’éclectisme de Hamilton qui réussit aussi bien ses « James Bond » que « Mes funérailles » où Palmer est l’anti Bond

 

Michael Caine

 

Michael Caine : biographie de l'icône du cinéma britannique

 

Quel acteur ! 140 films à son actif et pas des moindres. Il a été choisi par les plus grands metteurs en scène. Je retiens surtout Alfie le dragueur, film anglais qui le confirmera parmi les acteurs avec lequel il va falloir compter et « La Loi du milieu » film sur lequel j’aurais l’occasion de revenir.

 

Le jeu du « myope de charme » est fascinant. Toujours sur le motif, il donne cependant l’impression d’être ailleurs, de ne pas y croire. D’être celui à qui on ne la fait pas. Hors les moments d’action, il affiche une nonchalance calculée, comme un chat qui ne dort que d’un œil. C’est peut être cette distance qu’il sait prendre par rapport à ses rôles qui lui permet ce jeu si personnel. Il serait du genre de ce nageur avec qui on parle au bord du bassin qui, un moment, enlève son peignoir et dit, il faut y aller. Une fois dans l’eau, on découvre un nageur hors pair. Il m’apparaît toujours plein d’humour, un humour discret mais toujours présent qui lui permet une désinvolture sans pareille.

 

A partir de quarante ans, on a la gueule qu'on mérite disait Degas. Regardez la séduction de Michael Caine aujourd’hui, fabuleux ! Je me souviens d’une rencontre hilarante entre ces deux « vieux » l’autre était Peter O’Toole. Quelle tronche ! Ils n’ont plus rien à prouver. Ils sont, tout simplement. C’est le sort des plus grands, regarder Sean Connery et chez nous Jean- Pierre Marielle ! Qu’elle séduction, quelle grâce, plus rien à voir avec ce qu’ils étaient jeunes et déjà bien lotis. Tout autre d’aspect mais quelle gueule ! C’est çà « un monstre sacré !»

 

Pax


Prochainement « Les Leçons de la vie »

L'Education de Rita

Cinéma
Michael Caine ou l'élégance du jeu ICI
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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 08:00

Le Port de la Meule Tergnier - Restaurant (adresse, avis)

Les mots me manquent et pourtant ils se bousculent dans ma tête, me font mal. Écrire sur un temps heureux, un temps de grand bonheur simple, se replonger dans son passé pour en extraire, non pas des souvenirs éteints, mais des braises vives, est une vraie douleur. Depuis ce fichu jour, chaque moment, tous nos instants, nos débordements, nos rires et nos fous-rires, les riens, tout ce qui était nous dont je ne retiens que ce qui était, elle, ma belle, le grain de sa peau, son parfum, la soie de ses cheveux, le lac de ses yeux, mon envie d'elle, ma fièvre aussi, l'amour comme on dit, je les retiens tout au fond comme des biens précieux, enfouis, protégés de l'oubli. Pas un jour, pas une nuit, sans les avoir exhumés pour tenter de conjurer mon malheur, de revivre. Vain combat, jamais entamé, toujours perdu, mais seul moyen de perdurer, de traîner ma vie comme un boulet. Et pourtant ce fardeau n'était rien, aujourd'hui enchaîner des mots en des phrases heureuses me plombe. J'ai envie de gueuler pour qu'on vienne me sauver. Face au silence, à l'indifférence je me contente de pleurer sur ce qui n'est, après tout, pour les autres, rien qu'un tout petit malheur.

 

Ce vieux salaud d'Achille lui fit une fête d'enfer. Jean et moi arborions des salopettes Adolphe Laffont bleu marine flambant neuves. Nous les avions achetées à la Coop Maritime. Avant que le bateau n'accoste, nous nous étions fait chambrer copieusement « Y’a pas à dire ça rapporte plus de vendre du vermoulu aux parigots que d'aller aux casiers les gars... Faudra tout de même qu'on se cotise pour lui acheter des souliers au Jean. La sandale en plastique c'est bon pour aller aux berniques mais pas pour faire le gandin... » Imperturbables nous les laissions dire. Lorsque Marie apparut en haut de la passerelle de débarquement, Achille se faufila sitôt entre les jambes du flux descendant. Jean marmonna entre ses dents serrées sur son tuyau de pipe éteinte « La classe... du rare mon petit... » Il faut dire que tout de blanc vêtue, Marie prenait si bien la lumière de l'Ile d'Yeu, un blanc de bleu, pur, qu'elle semblait tout droit sortie d'une toile de maître peinte a tempera.

 

Nous ne nous sommes jamais embrassés comme ce jour-là. Les marins, bouche bée, nous protégeaient de leur silence. Je crois que nous étions beaux tout simplement. Jean décréta que c'était un jour à langouste. En dépit de mon froncement d'yeux, le redressement de notre trésorerie était encore fragile, grand seigneur il nous embarquait dans la C4 jusqu'au port de la Meule. Notre déjeuner fut somptueux de simplicité, palourdes, langouste grillée, bar de ligne en croûte de sel, bien arrosé d'un Muscadet, avec un Jean au sommet de son art. Marie était aux anges. Au dessert, ce grand escogriffe, tout en frottant ses éternelles allumettes qui n'allumaient jamais rien, demanda le silence. C'était cocasse puisque lui seul parlait. Tout d'abord, il commandait du champagne. Le patron confus avouait qu'il n'en avait point. Nous nous rabattîmes sur un Saumur à bulles. Il était tiède. Jean gazouillait « Mes amis, c'est ma décision, mon service en vieux Rouen, c'est mon cadeau pour votre mariage... » 

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11 mai 2021 2 11 /05 /mai /2021 06:00

 

Sans me vanter j’ai du nez, à la veille de la commémoration du 10 mai 1981, 40 ans déjà, certes Tonton n’est pas Napoléon, il a ses grognards, mais nous commémorons beaucoup dans notre vieux pays.

 

Du côté de ce qui reste du PS, le dimanche 9 mai, au Creusot, la Fondation nationale des élus socialistes et républicains, la Fneser, a organisé de son côté  une journée consacrée à l'héritage de l'ancien chef de l'État socialiste. François Hollande a été invité par les organisateurs à prononcer un discours, annoncé comme très politique. Outre cette intervention de l'ex-chef de l'État, plusieurs tables rondes sont prévues pour cette commémoration « officielle », avec ou en présence de personnalités telles que les anciens ministres Bernard Cazeneuve, Jean Glavany, Lionel Jospin, Pierre Joxe, François Rebsamen, Jean-Pierre Sueur mais aussi la maire PS de Paris Anne Hidalgo, potentielle candidate socialiste en 2022 ou encore Anne Lauvergeon, Béatrice Marre, Gilbert Mitterrand...

 

Francois Hollande avec Lionel Jospin, Anne Hidalgo au Chateau de la Verrerie au Creusot

 

Du côté du maigre côté gauche de Macron celui-ci va réunir tous les anciens collaborateurs de Mitterrand, en guise d'hommage. L'événement ne figure pas à l’agenda d'Emmanuel Macron. Ni hommage officiel ni message prévu, à l’occasion du quarantième anniversaire de l’élection de François Mitterrand. Néanmoins, d’ici à deux semaines, Emmanuel Macron organisera à l’Élysée « un moment de convivialité », dans le respect des règles anti-Covid, pour réunir tous les anciens collaborateurs des deux septennats de Mitterrand (1981-1995). Le service RH de la présidence a ressorti les listes, cela représente une centaine de noms.

 

Les cartons d’invitation sont prêts à partir : Jacques Attali, Ségolène Royal, Jean-Louis Bianco... En revanche, pour l’anecdote, pas de trace d'un certain François Hollande dans les fichiers.  En 1981, il était pourtant chargé de mission à l’Elysée.

 

les vieux éléphants ressassent le passé mitterrandien  ICI

 

En Taulier peu porté sur les hommages aux anciens combattants des guerres politique j’ai choisi de rappeler aux Français encore confinés que le premier estampillé socialiste aux commandes de la France fut Léon Blum

 

Le 13 février 1936, la voiture de Léon Blum est attaquée par des nationalistes d’extrême droite à sa sortie de la Chambre des députés. « À mort Blum ! » hurle la foule. Il est roué de coups et n’évite le lynchage que grâce à l’intervention de la police et de passants qui ont accouru. Trois mois plus tard, la France se donne, en toute connaissance de cause, un président du Conseil juif et socialiste. On est là au cœur de la grandeur et du mystère français.

 

Frédéric Salat-Baroux : « Léon Blum incarne l’idéal de justice »

Frédéric Salat-Baroux : « Léon Blum incarne l’idéal de justice » 

 

- Vous êtes gaulliste, vous avez été le bras droit de Jacques Chirac, dont vous avez épousé la fille, Claude. Pourquoi avoir choisi d’écrire sur l’homme du Front populaire, une icône de la gauche ?

 

Pour moi, la République est un bloc constitué de valeurs issues de la droite et de la gauche. Après avoir écrit sur de Gaulle, il m’a semblé naturel, nécessaire de mieux comprendre Blum et ce qu’il incarne : l’idéal de justice, l’importance de la culture comme ciment d’une nation.

 

La suite ICI 

 

Frédéric Salat-Baroux livre une biographie sensible de Léon « Blum le Magnifique »

 

Comment se forge un destin ?

 

Il y a un « mystère Léon Blum », écrit Frédéric Salat-Baroux, et c’est le cœur de ce livre consacré aux années de formation de l’homme du Front populaire. L’ancien secrétaire général de l’Elysée (sous Chirac) raconte les ambiguïtés, les fragilités aussi, de cet « homme double » ayant longtemps privilégié la littérature et l’amour plutôt que le pouvoir. L’affaire Dreyfus, d’abord, puis la mort de Jaurès le conduiront à la politique. En filigrane, Salat-Baroux peint le portrait d’une époque, bouleversée par le triomphe du capitalisme et la montée de l’antisémitisme, avant la guerre qui vient.

 

Tout au long du livre, l’auteur laisse filtrer une discrète tendresse pour son sujet dans lequel, on le sent, il semble parfois se retrouver. Il le cache à peine d’ailleurs, quand il décrit cet homme « mince, de haute stature », au « regard tout de douceur, un peu perdu », travaillé par une « lave intérieure » et plus de « frustrations » qu’on ne le croit. Blum fut aussi, un siècle avant lui, commissaire du gouvernement au Conseil d’Etat.

 

Blum le Magnifique

Léon Blum, les lettres avant l’Etat

 

 

 

LIVRES

 ABONNÉ

La passionnante biographie de Frédéric Salat-Baroux raconte l’itinéraire d’un leader socialiste français écartelé entre sa passion de l’écriture et celle de la politique. Avec Jean Jaurès en modèle.

Richard Werly

Publié vendredi 7 mai 2021

«Pourquoi le Conseil d’Etat ?

À première analyse, il s’agit d’une évolution assez logique du parcours que Léon Blum a voulu se construire en refusant de choisir entre le monde des lettres et la vie professionnelle.» Frédéric Salat-Baroux est un haut fonctionnaire, ancien secrétaire général de la présidence sous Jacques Chirac. Conseiller d’Etat lui-même, il connaît par cœur, place du Palais-Royal, «ce long couloir de bois verni et de tapis rouge qui mène à la salle de l’Assemblée générale» de la plus haute institution juridique française, «sorte de cathédrale de la République». Voilà sans doute pourquoi sa biographie Blum le magnifique donne au lecteur cette impression de proximité. Le leader socialiste français (1872-1950), l’homme du Front populaire, n’y est pas seulement dépeint sous l’angle de la politique et du pouvoir. C’est l’intellectuel Blum qui, sous sa plume, apparaît comme magnifique.

Deux éléments, à eux seuls, justifient de se plonger dans ce récit assez court (240 pages), dont les racines plongent dans la jeunesse de Léon Blum, en pleine affaire Dreyfus (1894-1906). Le premier est le goût de l’auteur pour l’itinéraire personnel de celui qui deviendra l’un des ténors du socialisme européen. Etre un jeune homme juif, prix du concours général de philosophie, dont l’ambition est de servir la République, devient, alors que «l’affaire» fait rage, une charge très lourde à porter. «Je suis né à Paris, Français de parents français […] Mon père est né dans un village d’Alsace, Westhoffen, il y a maintenant plus d’un siècle, de parents français», écrira Léon Blum dans Le Populaire, en 1938, en réponse aux odieuses allégations de Charles Maurras le traitant de «juif allemand naturalisé».

 

L’intelligence de Frédéric Salat-Baroux est de dresser, en même temps que la jeunesse de Blum, l’arrière-plan de cette France où «les juifs sont une forme d’harmonie intérieure car ce pays, qui fonde la Nation sur l’adhésion à des valeurs, ne les oblige pas à mettre en balance cette fidélité à leur appartenance et la fidélité à leur religion».

 

Le second élément mis en avant par Frédéric Salat-Baroux est l’amour de Blum pour la littérature et le théâtre. Ce combattant politique dont Jean Jaurès est d’abord le modèle nourrit une «passion de la littérature qui répond à une double aspiration; un désir d’assimilation propre à tant de juifs européens de l’époque et une volonté de rupture avec l’ordre établi». Voici Blum au théâtre, dans les couloirs de l’imprimerie de L’Humanité, ce journal fondé par ce Jaurès qu’il dit être frappé «par le sceau du génie». Blum admire le lutteur chez Jaurès, mais aussi sa profonde connaissance historique de la France. Il a trouvé un maître, dans tous les sens du terme.

Pour L’Humanité, il tient une chronique littéraire à connotation sociale. Solidaire, il cotise lorsque la survie économique de ce journal (déjà) est menacée. La presse, parce qu’elle est indissociable de l’action, est son terrain de jeu littéraire: «Je suis critique de profession et, j’ose dire, de vocation», écrit-il en 1913. Un projet de roman est abandonné. Deux pièces de théâtre sont inachevées. «Blum avait fait le choix de mêler critique et militantisme socialiste», raconte Frédéric Salat-Baroux.

Prince des artistes

Les contours d’un homme peuvent être tracés par les mots qu’il écrit. Ce sera le cas de Léon Blum tout au long de sa vie. Salat-Baroux a retrouvé ses écrits. Il a lu Blum lorsqu’il écrit sur Goethe, prince des artistes. Il s’est penché sur ses lettres d’amour pour les deux femmes qui marqueront sa vie, côte à côte, en parallèle, son épouse Lise et sa maîtresse Thérèse. Les batailles politiques et la «naissance d’un chef» ne sont pas oubliées dans ce livre d’un biographe clairement sous le charme de son personnage. Léon Blum est vivant lorsque Frédéric Salat-Baroux nous le dépeint, entre théâtre, livres et journaux. L’évocation du Front populaire, puis de la Seconde Guerre mondiale ponctue évidemment l’ouvrage. Ce Léon Blum plongé dans l’écriture apparaît tel que Jaurès: doté d’une immense humanité.

 

 

 

 

Les multiples vies de Léon Blum

Brillant normalien, héritier de Jaurès, captif des Nazis... Deux précieux ouvrages explorent toutes les facettes de la grande figure du Front populaire.

Par 

Publié le 06 juin 2016

 

 

Léon Blum. Un portrait, de Pierre Birnbaum, Seuil, 264 p., 20 €.

Léon Blum. Le socialisme et la République, d’Alain Bergounioux, Fondation Jean-Jaurès, 149 p., 6 €.

Léon Blum (1872-1950) fut sans doute le plus haï et attaqué des hommes politiques français. On sait que le 6 juin 1936, alors même qu’il venait de présenter à la Chambre le programme de son gouvernement de Front populaire, il fut injurié par le député Xavier Vallat qui monta à la tribune pour le disqualifier en tant que juif. Quatre mois plus tôt, Blum avait failli être lynché en pleine rue. Sous l’Occupation, c’était presque quotidiennement qu’une presse abjecte le prenait pour cible. Dans le beau livre qu’il lui consacre, Pierre Birnbaum restitue l’antisémitisme virulent qui accompagna l’action et la vie de ce « juif d’Etat » venu à la politique et au socialisme au temps de l’affaire Dreyfus.

 

Mais il montre que la judéité de Blum ne se réduit pas à ces vilenies : cette identité qu’il ne renia jamais, sans non plus l’opposer à un parfait patriotisme républicain, explique également son attention et son soutien au projet sioniste jusqu’à la ­naissance de l’Etat d’Israël, en 1948, ­révélant par là « l’intensité d’un engagement largement ignoré par l’historiographie ».

 

Multiples vies

 

Ce n’est en réalité que l’une des facettes ici renouvelées par le recours à de nombreux documents inédits. L’auteur propose un portrait complet, vivement rythmé, éclairant les multiples vies de Léon Blum : le brillant normalien devenu dandy stendhalien, le conseiller d’Etat à l’impeccable culture juridique, le socialiste lucide, en héritier de Jaurès, sur la « cruauté » bolchevique, le captif de Vichy et des nazis, enfin, à l’humanisme inentamé au retour de Buchenwald.

 

Et pour qui veut lire la pensée souple et convaincue de Blum dans le texte, il faut se reporter au précieux petit livre d’Alain Bergounioux. Outre un portrait politique bref mais précis et bien pensé, il donne de très larges extraits de quatre grandes allocutions de Blum : son discours d’investiture de 1936 déjà mentionné, celui de 1920, au congrès de Tours, où il s’oppose à la bolchevisation du Parti socialiste, ses réponses aux juges lors du procès de Riom le 11 mars 1942, et, enfin, son ultime prise de parole désenchantée lors du congrès de la SFIO en 1946 au cours duquel il fut mis en minorité, longue méditation sur le difficile exercice du pouvoir « dans les cadres du régime capitaliste ».

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 08:00

 

Marie avait dû différer son départ pour Yeu afin de régler son dossier universitaire. Elle ignorait que je m'y trouvais déjà. Au téléphone je lui racontais des bobards. Officiellement je faisais la moisson avec mon père ce qui expliquait que je ne pouvais la joindre que tard dans la soirée. Il n'empêche que je piaffais d'impatience. Pour me calmer, sous la lune, j'allais en compagnie d'Achille, me jucher sur l'une des tours du vieux château, face à l'océan et j'échafaudais le scénario de notre première journée ensemble sur l'île. J'avais prévenu Jean : je m'octroyais un jour de congé. Ce vieux gauchiste avait ronchonné, sans doute un peu jaloux de cette future rivale. Nos journées étaient bien remplies, l'affaire tournait bien. Mon plan de rigueur, suite à l'incident des enchères, portait ses fruits. Nous allions pouvoir de nouveau claquer un peu de fraîche. Je me découvrais expert dans le maquillage de comptes, je ne savais pas que ça me servirait dans une autre vie, plus glauque. Ce que je préférais dans notre turbin c'était chiner et livrer. La chine c'est l'art d'enfumer le gogo, de lui faire accroire que certaines de ses petites merdes ont de la valeur, de bien les payer, pour mieux le rouler dans la farine en y incluant la seule pièce de valeur. Jean, à qui on avait toujours envie de donner deux balles pour qu'il se fringue en un peu mieux qu'une cloche, était un maître. Je me délectais, surtout chez les vieilles peaux permanentées.

 

Pour les livraisons ce qui me fascinait c'était les intérieurs de nos clients. Je découvrais, chez ces gens-là, l'extrême élégance du beau niché derrière les modestes façades chaulées des petites maisons îliennes. Loin de l'ostentation des villas de la Baule, cette gentry de gens fortunés, cultivait le simple et le bon goût. Jean excellait là aussi. Nous passions des heures à converser avec eux, autour d'un verre de Muscadet ou de Gros Plant. Jean était des leurs. Moi, à chaque visite, je n'arrivais pas à sonder la profondeur du fossé culturel qui nous séparait. C'était affreux, j'étais un ignare. Déjà, avec le père de Marie, face à ses toiles, en l'écoutant, je me sentais nu, mal équarri, un fils de paysan. En d'autre temps, c'est-à-dire avant l'irruption de Marie dans ma vie, je me serais rué sur des livres. Je me serais goinfré. J'aurais bachoté. Gavé comme un canard gras j'aurais pu étaler ma culture fraîche. Là, à ma grande stupéfaction, j'écoutais. Je m'imprégnais. Après dîner, en sirotant des bières, Jean, avec force de digressions, ajoutais des couches aux strates du jour. Parfois, au téléphone, avec Marie, je devais réfréner mon envie de lui parler de mes découvertes.

 

Juste avant le 14 juillet, enfin, Marie m'annonçait qu'elle partait pour l'Ile d'Yeu. « Viens me rejoindre pour le week-end du 14 me disait-elle... »

 

- S'il fait beau ça va être dur. La moisson n'attend pas...

 

- Moi je t'attends. Tu me manques...

 

- Alors j'y serai.

 

L'ambiguïté de ma réponse me plut. Marie était aux anges. J'ajoutai pour ajouter une touche de mystère « C'est dit nous y serons...

 

- Tu ne viens pas seul ?

 

- Surprise ma belle...

 

- Une vraie ?

 

- Une énorme !

 

- Une bonne ?

 

- Tu verras petite curieuse...

 

- Un petit indice pour te faire pardonner...

 

- Me faire pardonner quoi ?

 

- Ton absence...

 

- Alors pas de prob’,  petit coeur ma surprise est à la hauteur de ton pardon.

 

- Dis-moi ?

 

- Je t'aime ! Pense aux femmes de marins...

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10 mai 2021 1 10 /05 /mai /2021 06:00

110 Propositions pour la France

J’avais, bien sûr, voté Mitterrand aux deux tours, sans grand enthousiasme, ses 101 propositions pour la France ICI, grand fourre-tout, rassemblait une seule ligne programmatique qui cachait des conceptions divergentes entre les différents courants, Chevènement, Poperen, Deferre, et cette foutue deuxième gauche venue rejoindre le char du PS d’Epinay tardivement avec le chouchou des sondages, Rocard.

 

À l’occasion d’un colloque célébrant les trente ans du 10 mai 1981, le mitterrandiste historique Pierre Joxe entreprit par ces quelques phrases de minimiser la contribution des programmes électoraux à la victoire de François Mitterrand. L’ancien ministre expliqua par ailleurs que les discussions programmatiques menées avec le Parti communiste au cours des années 1970 n’avaient été au fond que de simples « opérations de vérification d’orientations politiques ».

 

« François Mitterrand ne croyait pas aux programmes. Il n’en voulait pas. Il a dû s’en accommoder. C’est contraint et forcé par Chevènement, il faut le dire, qu’il est entré dans la mécanique infernale des programmes. […] L’histoire a montré qu’on ne gagne pas avec un programme. Un programme est une illustration, est un catalogue, est un prospectus, mais la volonté politique, l’ambition politique, la certitude de la volonté de gouverner ensemble ne tenaient que partiellement à un programme dont tout le monde savait à l’avance ce qu’il y aurait dedans et ce qu’il n’y aurait pas. »

 

Le 10 mai 1981 fut le triomphe de l’ambiguïté, dont on ne sort qu’à son détriment (cardinal de Retz pour la mouche), cher au florentin de Jarnac, le tournant de la rigueur de mars 1983, sonna à la fois la fin de la récréation et le glas des illusions.

 

« L’idée appelée socialisme est morte », écrit le Wall Street Journal après le tournant de la rigueur annoncé par François Mitterrand en mars 1983. Pierre Mauroy, lui, est bien vivant, malgré une bataille longue de plus d’un an qu’il a dû mener, avec le soutien indéfectible de Jacques Delors, contre le président de la République qui, sourd à ses appels à la prudence, lançait à l’un de ses ministres : « Quand même, la France n’est pas à 100 milliards de francs près ! » Si, Riboud (le frère d’Antoine le fondateur de Gervais-Danone, Fabius, Bérégovoy et quelques autres « visiteurs du soir » avaient imposé leurs vues, la France serait sortie du système monétaire européen, l’ancêtre de l’euro.

 

J’ai vécu cette période aux côtés d’un Mitterrandien pur sucre, Louis Mermaz, guère féru d’économie, proche de Delors, se méfiant aussi bien de Fabius que Chevènement, ça tanguait fort sur le char de l’Etat. Delors menaçait chaque matin de démissionner, Rocard dans son placard du Plan est inaudible.

 

Jacques Delors sort de son isolement après la première dévaluation du franc, le 4 octobre 1981. Lors d'une réunion gouvernementale, il formule le vœu de réduire le train de vie de l'Etat et d'améliorer la compétitivité des entreprises. Mais il n'est pas entendu. Il n'obtient que des miettes : une réduction des dépenses de l'ordre de 15 milliards de francs (soit 2,29 milliards d'euros) et des conseils sans lendemain visant à modérer la hausse des salaires...

 

Un mois plus tard, lors d'un passage à la télévision, Jacques Delors réclame une pause dans les réformes. L'expression est forte, elle fait explicitement référence à un discours prononcé par Léon Blum, président du conseil du Front populaire, le 17 février 1937. Ce sera peine perdue.

 

La parenthèse enchantée durera à peine deux ans, après quoi les Français devront ingurgiter la potion amère de l'austérité. Le 23 mars 1983, il y a trente ans, la France inaugure la politique de la rigueur, toujours bien présente dans l'actualité, même si son nom n'est pas cité. ICI

 

C’était le début de la fin de l’Union des gauches inconciliables que le jeune Macron désintégrera en 2017. Il aura fallu plus de 30 ans et les couplets pour le grand rassemblement des gauches en 2022 se briseront sur le pic nommé Mélenchon qui se la joue Tonton : la troisième fois l’on gagne.

 

Donc, le 10 mai 1981, j’étais sur le flanc, coincé par mes vertèbres, je ne pus me rendre à la Bastille à la grande fête de Popaul, Paul Quilès le député de mon 13e arrondissement. Et pourtant, la victoire de Mitterrand allait changer le cours de ma vie par l’entremise de mon ami Jean-Michel Belorgey qui sera élu à Vichy dans la vague rose. Il m’appellera à mon bureau de l’Office du Vin « Veux-tu occuper de le hautes fonctions ? » Ahuri je répondis « Dis comme ça, pourquoi pas… ». Ce ne fut pas Matignon auprès de Mauroy mais ce fut l’hôtel de Lassay dans l’équipe du président de l’AN.

 

Ma vie prenait un tournant imprévu, en petit soldat rocardien je prêchais la bonne parole pendant près de 3 ans, puis je rejoignis mon « idole » au 78 pour négocier la réforme de l’OCM vin, puis 76 je me mis à embouteiller du rouge et à le vendre, enfin en 1988 avec Tonton 2 et mon « idole » à Matignon retour au 78 avec des galons.

 

J’ai donc servi pendant 10 ans sous les ordres du Pacha de l’Elysée, je ne crache pas dans la soupe mais je ne peux me départir de mon absence d’admiration pour Tonton.

 

 

« On entre dans un nouveau monde »

 

De Château-Chinon à la Bastille, ceux qui ont vécu la victoire de François Mitterrand racontent.

 

Dimanche 10 mai 1981. Second tour de l'élection présidentielle. Le face-à-face s'annonce prometteur. D'un côté, le président sortant, Valéry Giscard d'Estaing, qui a recueilli 28,32% au premier tour. De l'autre, le leader socialiste, François Mitterrand, déjà candidat en 1965 et 1974 et qui a obtenu 25,85% des suffrages quinze jours plus tôt. Les voix de Georges Marchais, le patron du Parti communiste français, lui semblent acquises, mais que feront les électeurs de Jacques Chirac, arrivé troisième avec 18% des voix ? L'attitude dans l'entre-deux-tours du chef de file du RPR, qui a ouvertement refusé d'appeler ses troupes à voter Giscard, porte à croire qu'en ce jour de mai, la France peut basculer à gauche.

 

Quarante ans plus tard, France-info a recueilli les témoignages de ceux qui ont vécu au plus près cette élection. Dans ce récit choral, les leaders du PS, de l'UDF, du RPR, les proches de François Mitterrand, les journalistes stars du petit écran mais aussi des Français de tous bords racontent cette journée entrée dans l'Histoire.

 

Propos recueillis par Margaux Duguet ICI 

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9 mai 2021 7 09 /05 /mai /2021 08:00

 

Jean RIGAUD (Bordeaux, 1912 - Paris, 1999)
"Les thonniers verts, île d'Yeu", 1967.

Les marins l'appelaient le « marchand de vermoulu » et se faisaient un devoir de lui faire prendre, à chacune de ses sorties, une mufflée. Mon baptême du feu se révéla redoutable. Après les bières nous étions passés au pastis et, sans nous avoir mis une quelconque nourriture sous la dent, l'heure du Cognac sonnait. Je pratiquais, autant que je le pouvais, la politique du verre plein sans toutefois pouvoir éviter d'en descendre quelques-uns. Jean semblait imperturbable. Droit, rallumant ostensiblement sa pipe toujours éteinte, dans le brouhaha, il me narrait sa « guerre d'Algérie » comme infirmier. Achille, le chien, me fixait de ses yeux tendres. Tous les deux nous allions aussi former une belle paire d'amis. On m'observait. Soumis au rite initiatique d'admission dans le cercle restreint des gus capables de marcher droit après une poignée d'heures passées à écluser sec je devais triompher. Aux alentours de minuit, avec la raideur hésitante de ceux qui sont pleins comme des huîtres mais qui veulent encore porter beau, Jean et moi, côte à côte, sans nous porter secours mutuel, quittions le bar en saluant les derniers piliers de bistrot. La C4 nous mena sans encombre jusqu'à la Ferme des 3 Moulins

 

Nous étions les seuls brocanteurs de l'île. Je dis, nous, car Jean, dès le premier jour, me présenta comme son associé aux voisins et aux clients. Située en bordure de la route qui mène de Port-Joinville à St Sauveur, au lieu-dit Ker Chalon, la « Ferme des 3 Moulins », bâtisse pourvue d'un étage et de dépendances, n'usurpait pas sa dénomination : ça avait été, au début du siècle, une des rares fermes de l'île, et nous étions entourés par trois Moulins transformés en résidence de vacances. Le magasin occupait tout le rez-de-chaussée, trois pièces, et Jean couchait dans l'une d'elle, dans un lit à colonnes partie intégrante du mobilier proposé à la vente. Ce lit, que nous disions toujours en voie d'être vendu, intriguait nos visiteurs. Un jour, las de ma réponse vaseuse, j'improvisai une histoire qui ravit mes interlocuteurs. Il y était question d'une nuit de tempête, du père de Jean parti accoucher la femme du sacristain de Port-Joinville, de la mère de Jean, elle aussi enceinte, et qui, seule, la cuisinière étant au chevet de son père à St Sauveur, mit au monde ce même Jean, dans ce grand lit en noyer. Jean trouva ça très drôle mais il me dit, sur un ton pour une fois très sérieux, « ne dis pas ça à mon père… » Bourgeois un jour, bourgeois toujours. Moi j'occupais le grenier qui nous servait tout à la fois de cuisine, de salle d'eau et de salle à manger. A la tête de mon lit un petit coffre-fort contenait notre fortune. Foin des exigences comptables et fiscales nous y mélangions les recettes du magasin, nos dépenses domestiques, les achats de meubles chinés, l'argent de poche de mon employeur et bien sûr mon salaire de travailleur au black.

 

Chaque matin, le père de Jean venait à pied nous rendre visite. Achille, le chien, courrait à sa rencontre. Jean, tel un gamin, trouvait toujours le moyen de s'éclipser. Le vieil homme s'asseyait dans un fauteuil et je lui rendais compte de notre activité, au début très honnêtement, puis, après l'incident des enchères à l'américaine, en maquillant la réalité tel un caissier de la mafia. Mon cher Jean avait fait des siennes. Près de la ferme des 3 Moulins, une association restaurait une petite chapelle et, pour financer les travaux, son président, un officier de la Royale à la retraite, mettait aux enchères des tableaux offerts par la colonie des peintres en villégiature sur l'île. Ce soir-là j'avais envie de dormir. Jean, de mauvaise grâce, se rendit seul à la vente. Dix fois, avant de partir, il me répéta « tu comprends, je suis obligé d'y aller pour faire plaisir aux notables, mais, je t'assure, je n'achèterai rien. La peinture ce n'est pas mon truc. D'ailleurs, rien que pour voir leurs têtes, tu devrais m'accompagner, nous rentrerons aussitôt... » Une telle insistance aurait dû me mettre la puce à l'oreille mais, fatigué par ma journée de ponçage de meubles, je n'y cédais pas.

 

À minuit, alors que je dormais comme un bienheureux, un flot de lumière, des grommellements sourds et un bruit de verre me tiraient du sommeil. Jean, attablé face à une bouteille de Cognac bien entamée, semblait foudroyé. Assis sur mon céans je l'interpellai avec ménagement « allez, ne fait pas l'enfant, montres-moi le tableau que tu as acheté ? » En guise de réponse j'eus droit à des borborygmes renifleurs accompagnés d'une salve ininterrompue d'allumettes craquées et sitôt éteintes. Ce devait être grave alors je me levai. Il fallait que je joue serré. Une petite faim me tenaillait. Je fis des pâtes. Pendant qu'elles cuisaient, sans me soucier de Jean qui alternait apathie et excitation, je disposai nos couverts et j'ouvris une bouteille de vin rouge. Un premier signe de retour à la normale me conforta dans ma stratégie : Jean venait enfin d'allumer sa pipe et elle se mit à grésiller doucement. Après nous avoir servi je m'assis face de lui. Nous mangeâmes en silence. Jean le rompit. « C'est affreux ! Quand je pense que cette superbe petite marine, un bijou, va se retrouver au-dessus du buffet Henri II de Turbé le quincaillier... »

 

- C'est ça qui te met dans cet état ?

 

- Oui !

 

Je respirai d'aise.

 

- Y'a pire que ça, non...

 

- Pourtant j'ai mis le paquet.

 

- Combien ?

 

- Dans les 8 à dix mille...

 

- Tu t'es arrêté à temps. C'est mieux comme ça.

 

- Non j'aurais dû aller au bout !

 

- Ce n'est pas vraiment dans nos moyens.

 

Un silence s'installa. La mèche de Jean flottait au-dessus de son regard vitreux. Il descendit son verre de rouge. Fit claquer sa langue. Renfourna son tuyau de pipe entre ses dents et tout à trac me déclara « le problème c'est que c'était des enchères à l'américaine...

 

- C'est quoi cette engeance ?

 

- Tu couvres en liquide à chaque surenchère...

 

L'étendue du désastre me sautait à la gueule, dans un souffle je murmurai « alors t'as claqué 8 à dix milles balles pour des nèfles... » Jean opinait en affichant la tête d'un gosse pris les doigts dans le pot de confiture. 

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