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4 mai 2021 2 04 /05 /mai /2021 06:00

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Claire Naudin-Ferrand je l’ai découverte, le 24 juin 2008 après-midi, à la tribune de l’AG du BIVB, où elle prenait la parole en tant que présidente du SAQ au cours du débat  « Agrément, typicité et marchés » judicieusement organisé par PH Gagey en présence d’Yves Bénard, le président du CN Vins et Eaux-de-vie de l'INAO.

 

Les propos de Christelle Mercier de l'INAO sur la définition de la typicité venaient de me plonger dans un état d’attrition profond. Ébranlé donc, partagé entre l’effroi et la colère face à ce gloubiboulga de pseudoscience – j’ai subi lorsque j’étais président du Calvados le dénommé Jean Salette, père de la typicité  directeur de recherches émérite de l’INRA et membre de l’Académie d’Agriculture de France qui se targue d’être le spécialiste des relations entre les terroirs et les produits et qui joue les consultants dans le domaine des produits de terroirs et des appellations d’origine. Dieu nous garde des consultants de cet acabit – je regrettais le temps où mes fonctions me permettaient de donner le signal de la fin de la récréation. Je m’attendais donc à un gentil discours de présidente. Elle le fit et puis, avec conviction et finesse, ce furent : « des paroles simples d’une vigneronne sur la typicité »

 

ICI 

 

13 ans déjà, nous sommes devenus ami et, comme Claire publie sur Face de Bouc :

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Claire Naudin le 24 avril

Une photo de bouteilles pour parler du gel ??? Eh oui... Parce que depuis le gel de 2016, je préfère parler de : stratégie globale d'intégration des risques climatiques dans une exploitation.

 

Moi, ni une ni deux, toujours intéressé par celles et ceux qui réfléchissent, se remettent en question, je lui demandé si elle pourrait trouver du temps pour développer, ce qu’elle a gentiment fait le 1er Mai, au lieu  d’aller cueillir du muguet, pas au bois de Chaville vu que nous sommes confinés.

 

 

MERCI Claire

 

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STRATÉGIE D'INTÉGRATION DES RISQUES CLIMATIQUES
DANS UNE EXPLOITATION VITICOLE



02,05,2021

 

En 2003 nous avons pensé qu'un millésime exceptionnel se présentait, qui rappelait beaucoup 1969 en précocité, et en concentration des raisins. 

 

Le millésime 2003 posait 2 questions : la précocité et le (petit) volume de récolte. 

 

Accidents ou prémices ?


Depuis, les millésimes précoces se sont répétés, au point de ne plus nous surprendre : 2007, 2015, 2017, 2018, 2020…Ainsi le millésime 2003 était-il très probablement le début d'une nouvelle ère pour la viticulture. 


Combinés à un fort déficit hydrique, et/ou à une forte évaporation, ces millésimes précoces peuvent conduire à des pertes de récolte importantes. Ce stress hydrique est un nouveau facteur de perte de récolte, qui vient s’ajouter au gel et à la grêle.

 

Depuis une dizaine d'années, la grêle change de morphologie et prend des proportions alarmantes. En effet, au lieu de toucher classiquement un secteur géographique de quelques kilomètres carrés, elle touche aujourd'hui des dizaines de kilomètres carrés. Là aussi, la donne a changé…

 

En 2016, c'est un épisode de gelée noire qui est venu nous surprendre. Le phénomène est connu : une période douce déclenchant le gonflement prématuré des bourgeons, voire même le début de pousse des rameaux, puis une descente d'air polaire froid et sec, qui ravage tout sur son passage, potentiellement combinée à une gelée blanche classique (air froid et humide dans les points bas). La gelée blanche va toucher les points bas et la gelée noire touchera les meilleures expositions. Rien n'y échappe ou presque…

 

En 2016 nous avons été pris au dépourvu, par l'intensité et l'ampleur géographique du phénomène. De ce fait, chacun a pensé qu'il était très exceptionnel.


Néanmoins dans le doute, nombre de domaine ont réagi :


- à court terme en brûlant de la paille (2017, 2018, 2019), jusqu'à ce que l'on démontre que cette méthode était à peu près inefficace.

- ensuite en investissant dans des équipements de protection contre le gel, en particulier les bougies, les tours à hélices, l'aspersion ou encore les câbles chauffants.

 

Nous serions en Australie, en Californie ou au Chili, il nous faudrait aussi intégrer le risque Feu. Réjouissons-nous d'y échapper. Cela-dit, malheureusement, les périodes de canicule combinées à de gros déficits hydriques, peuvent nous laisser craindre de subir ces phénomènes à l’avenir et sur des secteurs plus importants que ce que nous connaissons de façon très épisodique.

 

En 2021, l'épisode de gel des 7-9 avril vient montrer 2 choses :


- l’occurrence de phénomènes de grande ampleur augmente et nous ne pouvons plus parier sur leur absence.


- les outils de protection ont un coût élevé pour une efficacité parfois limitée, sans parler des désagréments engendrés pour la population (fumées, nuisances sonores, pollution...).

 

Alors le moment est sans doute venu de redire qu'une exploitation viticole doit, au XXIème siècle, intégrer les risques climatiques dans son modèle économique, et mettre en place une stratégie ou un ensemble de moyens pour y répondre, au-delà des stricts moyens techniques de lutte.

 

La première étape est de ne plus faire l'autruche mais d'accepter l'idée du risque.


En 2015, année précoce et sèche, de demi-récolte donc, qui suivait 3 années parfois très impactées par la grêle, j'entendais nombre de collègues me dire : “l'année prochaine, il faut qu'on produise beaucoup". Lorsque je répondais : "mais que feras-tu si ce n'est pas le cas", mes collègues restaient sans voix. Et, bien qu'improbable pour eux, étant donné le terrible enchaînement qui avait précédé, le gel de 2016 est survenu, affaiblissant encore les entreprises.


Accepter l'idée du risque climatique c'est se préparer au pire, par tous les moyens.

 

C’est donc construire, étape après étape, une véritable stratégie d’intégration aux risques climatiques dans toute leur diversité.

 

Suite à 2016 je suis donc arrivée, comme de nombreux collègues, aux conclusions suivantes :

 

1- les assurances climatiques ne sont pas LA solution :


- les accidents climatiques sont d'une telle ampleur qu'on peut difficilement envisager de mutualiser le risque.


- le calcul de l'indemnisation sur la moyenne écrêtée des 5 dernière récoltes, pénalise les entreprises (nombreuses) qui ont aussi subi grêle et/ou sécheresse.


- la temporalité des indemnisations est désastreuse en terme de fiscalité (les indemnités devraient arriver en n+1 voire n+2, c'est à dire au creux de trésorerie, et non pas l’année n)


- la prime d'assurance ne comble pas votre manque de vin et la perte de clientèle qui s'ensuit.

 

L’assurance grêle reste à part, a priori et à mon sens, comme un outil pertinent, en fonction de l’avancement des autres éléments de notre stratégie de gestion des risques climatiques.

 

2- les moyens de lutte doivent être améliorés et cela ne se fera pas tout seul :


- les bâches sont utilisées dans de nombreux endroits dans le monde, pour lutter contre la grêle, la neige, l’échaudage ou encore le gel (et les oiseaux). Certes elles ne sont pas autorisées dans le cadre de l’AOP, mais c’est sans doute au cadre de s’adapter, non l’inverse. Nous sommes un certain nombre à penser que des systèmes de bâches facilement et rapidement déployables, possiblement complétés par des systèmes de chauffage (lutte contre le gel), permettraient de gagner en efficacité, donc en coût (meilleur bilan énergétique), tout en ne nuisant pas à la population (gênée par le bruit des hélices ou autres hélicoptères, sans parler de la pollution des bougies).


En outre, les bâches protègent de l’humidité (cf la neige tombée le 7 avril vers 23H, mais fondue vers 2H le 8 avril…) qui est souvent LE facteur qui génère les dégâts de gel, ou en tous cas les accentue.


- de nombreux domaines pratiquent une taille tardive, voire même un plumage tardif (une taille hivernale est effectuée, laissant sur le pied uniquement les branches destinées à contenir le courson et la baguette (pour une taille guyot). Dans ce cas on utilise le mécanisme physiologique de l’acrotonie, qui veut que la vigne envoie sa sève prioritairement vers les bourgeons les plus hauts (rappelons que la vigne est une liane qui s’élève dans la canopée à la recherche de lumière), ou du moins les plus éloignés de son cep, et ces bourgeons fabriquent une hormone, l’auxine, qui inhibe la pousse des bourgeons de la base de cette baguette. Il semble qu’il faille en moyenne 8 à 10 yeux par rameau pour qu’il y ait acrotonie. En vigne basse cela signifie qu’il ne faut pas pratiquer le pré-taillage mécanique.


Cette méthode est peu répandue car elle n’est pas facile à mettre en œuvre :


- elle change l’organisation du travail, en repoussant le plumage et l’attachage des baguettes d’un bon mois, voire de 2. D’après les travaux d’Alain Deloire à Supagro, un plumage effectué à 50 % pointe verte + 15 jours est idéal car n’engendre pas de retard significatif de la maturité et ne génère une perte de récolte que de 10 % environ.


Cela signifie que le domaine viticole devra disposer d’une main d’œuvre complémentaire, une année précoce, puisque ce travail se télescopera avec l’ébourgeonnage, voire même les 1ers relevages.

 

- elle doit être intégrée dans le modèle économique puisqu’elle diminue la récolte, et on peut craindre que, répétée, elle affaiblit durablement les pieds. En effet, au moment de cette taille tardive, certains rameaux sont au stade 3 feuilles étalées et plus (notamment sur les entre-coeurs), et ont donc pompé une partie des réserves des pieds.


Des études complémentaires seraient à mener pour évaluer ce risque d’affaiblissement et envisager des moyens nutritionnels pour le compenser.

 

- La destruction des bourgeons par le gel étant lié à la présence d’eau dans les cellules (qui, en gelant, fait exploser les cellules végétales), on peut imaginer diminuer ce risque en jouant sur la concentration en sucre de la sève. On touche ici à la question de la mise en réserve des pieds de vigne et il est clair que des pistes sont à explorer dans cette voie là.

 

- Le risque gel étant lié à la précocité de la pousse, elle-même liée notamment à une élévation précoce de température, en février voire mars, suite au réchauffement climatique, il nous faut sans doute explorer également toutes les voies qui permettraient de limiter cette précocité de pousse. Une phase de gel (noir ou blanc) sur des bourgeons au stade A, n’est plus un problème. Pour cela, outre la taille tardive, pensons aux variétés tardives. Et puisque la température du sol est un paramètre essentiel du démarrage de la végétation, peut-être pouvons-nous également imaginer retarder le réchauffement du sol (en retardant les façons culturales ? En utilisant des bâches?). Tout ce qui peut contribuer, ne serait-ce qu’un peu, à retarder le cycle végétatif, constitue une piste à explorer.

 

Cette liste n’est pas exhaustive.


Elle me permet en tout cas d’affirmer que des moyens restant à trouver, par la filière, pour explorer et trouver de nouvelles solutions de lutte, qui soient efficaces, mais aussi écologiques et économiques donc durables, et acceptables par nos concitoyens.

 

3- Notre stratégie doit contenir un volet comptable.


Suite à l’enchaînement 2012-2015 (3xgrêle + 1x sécheresse) j’ai pensé que je devais équilibrer mes comptes avec 60 % de récolte. Mon comptable m’a trouvée pessimiste. Puis en 2016 j’ai pensé qu’il était raisonnable d’équilibrer sur une base de 50 % voire moins, si possible. Et il me trouvait finalement assez réaliste…


Dans le cadre de cette réflexion, on peut s’interroger sur la stabilité des exploitations qui basent leur production sur un objectif de rendements élevé (proche du rendement maximum). Je suis issue de ce modèle, très dominant dans les années 90. Pourtant il présente une limite évidente : le rendement maximal n’est pas garanti, il n’est jamais une certitude. On ne peut que faire moins que prévu. Le rendement n’est donc pas moyennable d’une année à l’autre. Et demander plus de rendement de façon à assurer sa stabilité ne constituerait qu’une fuite en avant nuisible à la qualité des vins. Donc on est très fragile. 


Dans un modèle où l’on viserait, pour l’équilibre comptable, en moyenne 80 % d’une récolte pleine, on a plus de chance d’atteindre souvent l’objectif, et si l’on est en dessous, ponctuellement, on peut espérer avoir l’occasion de compenser en montant exceptionnellement à 100 %. Et les années à 100 % viennent alimenter notre stock stratégique. Si l’on vise 60 %, la marge de manœuvre est encore plus grande… C’est un virage à prendre doucement, car bien sûr, les prix de vente doivent suivre, cela peut donc engendrer un changement de clientèle.

 

4- Notre stratégie doit intégrer un volet commercial :


« Mon père m’a toujours dit : garde du vin en stock !». 


« Une année en fûts, une année en bouteille et une année à la banque ».


N’avons-nous pas tous entendu cela ? 


Pourtant l’enchaînement de belles années (entre 1990 et 2003) nous l’a fait oublier, d’autant que nos comptables nous reprochaient systématiquement ce stock, car fiscalement lourd.

 

Je vois 2 autres limites à cette précaution pourtant évidente :


- il faut avoir dans sa gamme au moins un vin capable de vieillir si possible en se bonifiant. Cela paraît évident en Bourgogne mais est-ce si simple ? Quid d’un domaine qui produit essentiellement des vins blancs ou des appellations régionales ? Pour aller dans cette direction, il faut solutionner la problématique des oxydations prématurées. Or depuis 20 ans, nous n’avons pas été capables de résoudre ce problème. Il est temps de s’y atteler…


- il faut être capable de bien valoriser un vin vieux. Cela paraît évident mais ne l’est pas du tout. Il m’a fallu 20 ans pour asseoir ma réputation et ne pas déclencher de la suspicion lorsque je propose un vin ancien à ma carte. Cet élément de stratégie doit donc être construit sur le long terme. En résumé, il ne faut pas confondre : stock valorisable et invendus. Ce sont 2 choses très différentes…



 

Si l’on est en mesure de valoriser son stock, ou du moins une partie, on peut imaginer comme objectif de :


1- voir quelle quantité de récolte on est capable de produire en moyenne sur 5 ans.


2- brider les ventes des millésimes généreux pour constituer ce stock stratégique, en bloquant ce qui dépasse de ce chiffre d’affaires moyen. Cela permettra de lisser son chiffre d’affaires et d’éviter des décalages de fiscalité.


3- augmenter encore ce stock en ayant quelques clients très fiables, décalés d’1 voire 2 millésimes. Ils deviennent finalement notre assurance climatique.

 

5- Notre stratégie doit intégrer un volet financier : 

 

S’il paraît évident de conserver un taux d’endettement limité, il est beaucoup plus difficile, année après année, de résister aux sirènes des marchands de matériel et des banquiers. Hiérarchiser ses investissements n’est pas forcément un exercice facile, surtout dans un contexte en perpétuelle évolution, avec des adaptations aux nouvelles normes à opérer impérativement et rapidement, des exigences techniques (liées au réchauffement climatique) et environnementales (suppression du glyphosate, ZNT, etc.) à satisfaire… Sans parler du financement de notre éventuel stockage (argent immobilisé + construction de bâtiments).


On en revient donc au fait qu’il faut accepter l’idée que les risques climatiques engendrent une quasi impossibilité de stabiliser notre niveau de production, même avec des moyens techniques optimisés. Donc il faut être capable coûte que coûte de faire avec cette variabilité de notre récolte.

 

6- Il faut peut-être aussi envisager une source externe de revenus : cela peut passer pour certains par une diversification de l’activité (enseignement et consulting, tourisme, autres productions animales ou végétales, etc.). 

Chacun doit faire avec ses compétences et ses talents.


Mais pour rester dans le monde du vin, cela peut passer par une activité de négoce.


En 2016 j’ai opté pour cette solution. Le domaine avait perdu 70 % de sa récolte. Aussitôt après le gel, je me suis imaginée dans ma cuverie avec toutes ces cuves vides. Je n’ai pas supporté cette vision. Je suis donc partie en quête de solutions pour « remplir quelques cuves ». J’ai trouvé du raisin et j’ai été très surprise de la rapidité de l’administration. Le négoce s’est monté en 4 jours. J’ai eu le plaisir de découvrir que cet outil me permet aussi de rendre service à des collègues, heureux de me vendre leur raisin à un bon prix. Aujourd’hui l’outil est en place, prêt à servir. Il est conçu pour être très souple et adaptable.

 

Cette liste d’éléments de stratégie n’est pas exhaustive. Elle se construit avec le temps et en fonction de mon imagination et des personnes que je rencontre. Je crois que chaque entreprise peut entrer dans une telle démarche. C’est passionnant et efficace. Encore faut-il accepter d’y passer du temps et être bien entouré.

 

Gérer une exploitation viticole en 2021, c’est piloter un paquebot entouré d’icebergs :


- un paquebot, parce que l’inertie d’une plante pérenne comme la vigne est importante, et aussi parce que les enjeux financiers sont souvent effrayants.


- des icebergs, parce que ce que nous voyons des problèmes n’en est que la partie émergée. Objectivement nous sommes très ignorants sur de nombreux aspects. Il nous faut donc être à la fois imaginatifs et prudents.

 

Si je devais résumer cette stratégie je dirais :


PRUDENCE - ANTICIPATION – SOUPLESSE - ADAPTABILITÉ

 

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 08:00

roman - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

Marie aimait l'océan. Dans son maillot de bain une pièce blanc nacré c'était une sirène. Elle glissait vers le large pour n'être plus qu'un petit point à l'horizon. Moi le terrien balourd je l'attendais sur le sable pour l'envelopper dans un grand drap de bain. La frictionner. La réchauffer. Lui dire que ne nous ne nous quitterions jamais. Elle répondait oui. La serrer fort pour entendre son cœur cogner contre ma poitrine. Ce premier jour d'elle, pendant tout le temps où elle n'était encore qu'elle, j'en garde bien plus qu'un souvenir, je le vis chaque jour. Marie, son prénom, son scooter vert et son grand frère arrogant, voilà en tout et pour tout ce que je savais d'elle et l'affaire était pliée. J'allais passer ma vie avec cette grande fille droite et simple. Nous étions allés manger des berniques et des sardines grillées dans un petit restaurant aux volets bleus. Le serveur avait allumé des bougies. Elles grésillaient. Marie était aussi fraîche et belle que Françoise Hardy. J'adorais Françoise Hardy. Je le dis à Marie. Elle rit : « Et moi tu m'adores comment ?

 

- Comme le beurre de sardines...

 

- J'ai peur...

 

- Quand j'étais petit j'aurais vendu mon âme au diable pour une bouchée de pain qui avait saucé le beurre de sardines...

 

- Suis fichue Louis. Tu vas me croquer...

 

- J'hésite...

 

- Menteur !

 

- Es-tu baptisée ?

 

- Non !

 

- Alors je peux car ce ne sera pas un péché...

 

- Je suis juive !

 

- Moi je suis goy et je t'aime !

 

- Que tu dis.

 

- Je ne l'ai jamais dit.

 

- Menteur !

 

- Et toi ?

 

- Je ne veux que toi !

 

- Puisque je t'aime plus que le beurre de sardines, je vends mon âme au diable des goys pour le prix d'une petite juive qui ne veut que moi. Tope là !

 

Nos mots, nos rires, nos silences, le Muscadet, les deux babas au rhum couverts de Chantilly, le mitan du grand lit, des draps frais et parfumés, un rideau de gaze qui se gonfle sous la brise, nos caresses, nos premiers émerveillements, le cœur de la nuit, le lisse de ses cuisses, son souffle sur mon cou, nos enlacements, nos maladresses, le rose de l'aurore, la découverte de nos corps, notre désir, le café chaud dans de grands bols...  Le 24 mai 1968 était le jour d'elle, le seul jour, l'unique. Le lendemain de notre premier jour, sous la douche, Marie me savonnait le dos. Je fermais les yeux sous le jet dru, je l'entendais me dire « dimanche nous irons voir mon père... » J'ouvrais les yeux avant de lui répondre un « oui bien sûr » comme si ça allait de soi. J'ajoutais d'ailleurs un « ça va de soi » qui la faisait rire. Là, sans réfléchir, je lui balançai très pince sans rire dégoulinant « et ta mère dans tout ça, elle compte pour du beurre... », ma Marie m'aspergea en se moquant de moi « ne t'inquiète pas de maman mon canard. Elle, tu vas la voir dans une petite heure. C'est pour ça que je te récure. Maman est une obsédée de la propreté... »

 

La situation matrimoniale des parents de Marie était simple et originale. Toujours mari et femme, ils vivaient séparés : elle à Nantes, officiellement seule, en fait occupant la position de maîtresse du plus riche notaire de la ville : Me C… ; lui à Paris, seul avec quelques éphèbes par-ci par-là. Entre Nantes et Paris leurs cinq enfants allaient et venaient. Marie m'exposa tout ça, au bas de l'immeuble de sa mère, en attachant l'antivol de son scooter. D'un air entendu, tout en lui caressant les cheveux, je ponctuais chacune de ses phrases par de légers « hum, hum... » qui traduisaient bien mon état d'absolue lévitation ce qui, en traduction libre signifiait « cause toujours ma belle. Tu pourrais m'annoncer que tu es la fille adultérine de Pompidou ou la bâtarde de Couve de Murville que ça ne me ferait ni chaud ni froid. Sur mon petit nuage je m'en tamponnerais la coquillette... » Nous prîmes l'ascenseur. Marie était resplendissante. Je le lui dis. Elle fit le groom. M'ouvrit la porte grillagée et d'un geste ample m'indiqua la porte sur le palier. La plaque de cuivre, au-dessus de la sonnette, me sauta aux yeux. Je découvris le patronyme familial. Le choc fut rude.

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3 mai 2021 1 03 /05 /mai /2021 06:00

 

Ils se sont pourtant aimé Patrick et Vincent et puis patatras…

 

Le grand Brel chantait…

 

Nous étions deux amis et Fanette m'aimait/La plage était déserte et dormait sous juillet/Si elles s'en souviennent les vagues vous diront/Combien pour la Fanette j'ai chanté de chansons (…)/Nous étions deux amis et Fanette l'aimait/La place est déserte et pleure sous juillet/Et le soir quelquefois/Quand les vagues s'arrêtent/J'entends comme une voix/J'entends... c'est la Fanette...

 

6 août 2014

Il manque quelqu’un sur la photo de famille de la coopé d’Embres&Castelmaure ICI 

 

16 mai 2014

Touche pas à ma coopé ! Vincent Pousson rompt avec Embres&Castelmaure ICI 

 

La coopérative emblématique d’Embres&Castelmaure, tant encensée, couverte de fleurs, pépite des Corbières par Vincent Pousson tombait sous sa plume acerbe dans la géhenne des kolkhozes chers aux Audois, ultime contrefort du socialisme.  

 

Statue de Staline : les oreilles et la queue ! - Le Courrier d'Europe  centrale

 

Patrick Hoÿm de Marien, tel Staline, voyait sa statue jetée à bas par Pousson

 

Des retouches photos qui ont changé l'histoire | La Retouche photo

 

Sous Staline. Un jour, un politicien pouvait jouir de la bienveillance du pouvoir, mais être proclamé ennemi du peuple et exécuté le lendemain. Ainsi, durant cette période, des personnes, dont voici différents exemples, s’évaporaient littéralement de l’histoire.  

 

C’est le sort réservé à ce pauvre Pousson qui a pourtant tellement œuvré pour la gloire  d’Embres&Castelmaure.

 

Dans la vidéo ci-dessous qui, je lui concède, fait dans le plus pur style propagande soviétique, nulle mention de cet immense érecteur d’étiquettes qui pourtant honni les buveurs d’étiquettes…

 

15 septembre 2009

3 Questions à Patrick de Hoÿm de Marien, le hobereau révolutionnaire d’Embres&Castelmaure

 

L’homme est un seigneur, de cette aristocratie qui force le respect car elle tire sa supériorité, non de privilèges, mais de son action. Dans la galaxie post-soviétique des présidents de la coopération audoise, avec son allure à la de Staël, P.H.M jette comme un trait de blanc de kaolin sur leur grisaille. L’homme cultive aussi une forme d’insolence, policée dans ses mots mais luxuriante, provocante, dans ses choix de tagueur pop’art. Osez, osez Joséphine chantait Bashung, dans le scepticisme du Languedoc, dans ce bout du monde des Corbières, Patrick de Hoÿm de Marien et son équipe, au lieu de s’abouser, se sont affanés, « du courage, du courage... » comme le chante la Grande Sophie avec ce qu’il faut de patience, d’intelligence  des choses et des gens, de ténacité pour nous offrir des couleurs pleines de bonheur.

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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 08:00

 

Et puis il y eut Marie.

 

Le 24 mai 68, pendant que les tracteurs tournaient autour de la fontaine de cette place encore Royale, Louis était de ceux qui, installés dans la verrière de la terrasse du café le Continental, prêchaient la bonne parole à un auditoire rétif mais attentif. Le Conti QG des jeunes gens de la bonne bourgeoisie nantaise, majoritairement des étudiants en médecine, le CHU n’était qu’à quelques encablures de la place. En ces temps agités les carabins, du moins ceux qui réfléchissaient, pas encore obnubilés par la hauteur de leur chiffre d'affaires ou le niveau de leur standing social, très « on fait médecine comme on s'engage dans une grande aventure », un vrai combat, presque un apostolat, ne supportaient plus l'omnipotence des mandarins et la sclérose d'une bonne part de leur enseignement. Eux, comme les malades, devaient subir sans moufter les diktats et les caprices de grands patrons absentéistes pas toujours compétents. De plus ils marnaient comme des forçats pour des prunes. La contestation, échevelée et festive, des lettreux, cadrait assez bien avec leur goût très prononcé pour une langue crue et la main aux fesses des infirmières. Ils charriaient gentiment leur sabir de plomb et leur obsession maladive à se référer à des modèles illusoires, mais les chevelus, leur rendaient la monnaie de leur pièce en raillant l'illusion de l'apolitisme et la césure qu'ils maintenaient entre l'hôpital et la cité. Avant les événements ils se croisaient dans les tonus - bals chics et chauds - aux salons Mauduit, concurrents pour les filles, acolytes au bar. Depuis que tout pétait, que mandarins et politiques se planquaient, ça discutait ferme.     

                 

Le patron du Conti, gagné par la grâce, faisait servir à volonté des demis de bière. Louis n'avait rien dans le ventre depuis son café du matin, ses yeux se brouillaient, il se sentait à la limite de l'évanouissement, lorsqu’une belle main se posa sur son bras et qu’une voix douce lui disait «  tu dois avoir faim... » et que l'autre main lui tendait un sandwich « C'est un sandwich au saucisson sec comme tu aimes... ». Comment le savait-elle ? Il le lui demanda. Elle rit, un rire clair. Ahuri, Louis la contempla, elle était étonnante, non, bien plus, rayonnante, une légère coquetterie dans l'œil, des cheveux longs et soyeux qui s'épandaient sur ses épaules nues et, tout autour d'elle, comme un halo de sérénité. Elle n'était pas belle. Elle était plus que belle, incomparable. En la remerciant, Louis se disait que, sa robe boutonnée du haut jusqu'en bas, d'ordinaire, il aurait eu envie de lui ôter. Là,  Louis pointa son regard sur le bout de ses pieds et rencontra le bout des siens. Elle portait des ballerines noires. Louis adorait. À loisir il la contemplait. Elle avait l'air d'une jeune fille sage mêlant romantisme et pieds sur terre. Lui si disert, restait sans voix. Elle se penchait pour lui murmurer à l'oreille, en pouffant, «Tu crois que nous allons bâtir un monde meilleur ? » Louis s'extasiait sur ce nous, il le réduisait déjà à eux deux. Leur proximité, le troublait, il refrénait son envie d'effleurer ses lèvres, la peau ambrée de son cou. Louis imaginait une trace de sel, d'embruns, il la sentait naïade. Tel un naufragé, abandonnant le souci du bonheur de l'humanité opprimée, Louis lui posa une étrange question : « Aimes-tu la mer ? »

 

À la question de Louis elle répondit, en empoignant son cabas de fille, un oui extatique, en ajoutant « C'est mon univers... » Louis racontait la scène à Ambrose : « Nous nous levions. Naturellement elle passait son bras sous le mien. Les cercles s'ouvraient. Nous les fendions tout sourire. Certains, des à elle, des à moi, nous lançaient des petits signes de la main. Aucun ne s'étonnait. C'était cela aussi le charme de mai, ce doux parfum de folle liberté, cœur et corps, hors et haut. J'étais fier. Elle traçait un chemin droit. Nous laissâmes le fracas de la nouvelle place du Peuple derrière nous. Sur le cours des 50 otages nous croisions un groupe de blouses blanches remontées, bravaches comme s'ils allaient au front. Dans le lot, un grand type tweed anglais, nœud papillon et Weston, gesticulait plus que les autres, l'œil mauvais, un rictus accroché aux lèvres. À leur hauteur, il vociférait « Alors Marie on se mélange à la populace... » Elle, son prénom surgissait dans mon univers, c’était Marie. Ses doigts se faisaient fermes sur mon bras. Nous passions outre. Elle, devenue enfin Marie par le fiel de ce grand type hautain, d'une voix douce, me disait comme à regret, « Ne t’inquiètes pas, ce n'est qu'un de mes frères... Il est plus bête que méchant... »

 

Tout en elle me plaisait. Elle m'emballait. Je la suivais. Elle me montrait un vieux Vespa vert d'eau. Je la suivrais tout autour de la terre, au bout du monde, là où elle voudrait. Pour l'heure, sans casque, nous filions vers Pornic. Filer, façon de parler, l'engin ronronnait comme un vieux chat mais ça nous laissait le loisir d'apprécier le paysage et de papoter. Tout un symbole, elle conduisait et moi, avec délicatesse j'enserrais sa taille, je l'écoutais. Quel bonheur de se taire. Marie parlait. De moi surtout, j'avais le sentiment d'être dans sa vie depuis toujours. Spectatrice de nos palabres interminables elle avait su pénétrer dans les brèches de mon petit jardin d'intérieur. Moi, le si soucieux de préserver l'intégrité de celui-ci, je ne prenais pas cet intérêt pour une intrusion. Marie la douce me disait tout ce que je voulais ne pas entendre de moi et je l'entendais.  

En Mai 68, la révolte des tracteurs à Nantes

 

Mai 68 à travers la France (2/3). Une improbable jonction étudiants-ouvriers-paysans s’opère le vendredi 24 mai, à Nantes, lorsque les tracteurs envahissent la place Royale.

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Publié le 30 mai 2018 
L’entrée des tracteurs et des paysans en colère, le 24 mai 1968, dans le centre-ville de Nantes.
Pour ne pas manquer la ferme des Batard, à la sortie de Pont-Saint-Martin, au sud de Nantes, il faut s’arrêter avant la grande boucle que forme la D65, à La Moricière. La révolution des paysans de Loire-Atlantique a commencé là, dans leur cour, en mai 1968. Pas seulement, car des rassemblements identiques avaient lieu au même moment dans la région. Mais ce vendredi 24 mai, tous les tracteurs du canton se sont retrouvés autour de René Batard, avant de rouler vers la ville, à moins de 20 km.

Les fils de René, Jérôme et Olivier, n’ont pas encore 10 ans. Ils ont aidé à remplir de fumier le F-237 D Mc Cormick-International, équipé d’une fourche hydraulique et d’un épandeur. Le coûteux tracteur (il s’en vend encore sur Internet, de 1962) a été acheté à tempérament, au Crédit agricole, cela va sans dire : 40 000 francs, une dette sur sept ans. Dans le fumier, les gamins ont glissé des cailloux. « Quand l’épandeur se mettait à tourner à toute blinde, ils n’aimaient pas trop cela, les CRS », note Jérôme, l’aîné.


 

Une grande pancarte a été confectionnée et arrimée au tracteur comme une oriflamme : « Place au peuple », le mot d’ordre du jour. René a vissé sa casquette sur sa tête, ajusté ses lunettes sombres, deux accessoires qui ne le quittent jamais – au point que, pour passer incognito, il lui suffisait de les enlever. L’agriculteur de Pont-Saint-Martin a été l’un des premiers à souscrire à la modernité à marche forcée de ces années 1960. Quand il a acheté une clôture électrique, on l’a accusé de tous les maux, comme une sorcière de village.

René Batard sur son tracteur, avec la fameuse pancarte « Place au peuple ».

Ce fameux vendredi, René Batard veut accomplir un acte symbolique, auquel il réfléchit sur son tracteur, clope au bec, en passant devant le château des ducs de Bretagne. Il a l’intention de répandre son fumier sur la place Royale de Nantes et d’accrocher sa pancarte sur la fontaine qui y trône. A son sommet, une déesse de marbre représente la ville, personnifiée par Amphitrite, munie du trident de son époux Neptune. Un sceptre aux airs de fourche. Le paysan y rebaptisera le lieu, place du Peuple. Au XIXe siècle, elle s’appelait bien place de l’Egalité.

Il faut grimper par-dessus les statues de bronze allégoriques, escalader les trois bassins de granit et même s’empailler avec des étudiants chevelus qui veulent suspendre de leurs propres mains le message révolutionnaire. Des zazous ! Des hippies ! « Poussez-vous de là, les branlochons », a tonné René, fichu caractère.

Répression disproportionnée

Mais tout le monde ne pense pas comme René Batard, parmi les paysans. Certains rêvent de la jonction étudiants-ouvriers-paysans, qui, d’une certaine façon, s’est produite, à Nantes. En témoigne le livre de Yannick Guin, La Commune de Nantes, publié en 1969, dont l’éditeur, François Maspero, a soufflé le titre. Chez les étudiants nantais, la contestation a pris des allures d’émeute. Dans cette université ouverte en 1962, peuplée d’étudiants aux revenus modestes, le retrait d’une bourse de logement et l’absence de réponse de l’administration ont provoqué une réaction en chaîne. Les contestataires ont envahi le rectorat, fumé les cigarettes du recteur, bu son whisky, uriné sur la moquette, actions certes répréhensibles, mais la violence de la répression paraît disproportionnée, commente le réalisateur Jacques Willemont dans son documentaire, L’Autre Mai, Nantes mai 68.

La solidarité des paysans avec les ouvriers s’impose plus encore qu’avec les étudiants pour des raisons historiques.

La solidarité des paysans avec les ouvriers s’impose plus encore qu’avec les étudiants pour des raisons historiques. L’un de ses artisans s’appelle Bernard Lambert. Le charismatique syndicaliste se trouve au pied de la fontaine, où les discours du jour sont prononcés, en compagnie de son complice de toujours, Médard Lebot. Lambert, membre du Parti socialiste unifié (PSU) depuis deux ans et responsable de sa commission agricole, commencera après les événements de mai la rédaction d’une « bombe », publiée en 1970 au Seuil, Les Paysans dans la lutte des classes. Ce manifeste dénonce le capitalisme industriel et financier dans l’agriculture et la prolétarisation des paysans. Traduit en plusieurs langues, il se vend à 100 000 exemplaires et fait du leader paysan un des intellectuels du mouvement.

Lambert, Lebot, Batard et la quasi-totalité des quelque 4 000 manifestants appartiennent soit à la FDSEA, Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles, branche de la puissante FNSEA en Loire-Atlantique, soit au CDJA, la déclinaison « jeunes » du syndicat. C’est le cas des frères Blineau, Pierre à gauche et Joseph à droite, perchés sur la statue, qui tiennent une banderole au slogan radical, « Non au régime capitaliste, oui à la révolution complète de la société ». Joseph est mort l’an dernier et Pierre a pris un mauvais coup en aidant ses petits-enfants à séparer un veau de sa mère. Mais Paul, leur frère, malgré ses 83 ans, est l’une des figures de la résistance dans la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Il y va tous les jours, qu’il pleuve ou qu’il vente. Au bas de la fontaine, une bannière plus sage proclame : « Avec tous les travailleurs, les agriculteurs exigent le plein-emploi, la parité des revenus et du niveau de vie ».

« L’Ouest veut vivre »

Comment ces slogans ont-ils pu fleurir au sein de la FNSEA, un syndicat réputé de droite, parfois soupçonné de flirter avec l’extrême droite, auquel on a même reproché des relents pétainistes ? Il est dirigé par les céréaliers d’Ile-de-France et les betteraviers du Nord, grands chasseurs de subventions qui mènent la guerre des prix à Bruxelles, la main dans celle des géants de l’industrie agroalimentaire. C’est du moins ainsi que le voient les paysans de Loire-Atlantique, dont les intérêts ne sont guère représentés dans ce système.

« Ils avaient du fric et rien à faire de nous », résume Marie-Paule Lambert, 83 ans, qui a milité aux côtés de son mari, puis sans lui, après sa disparition accidentelle, en 1984. « Les paysans s’endettaient jusqu’au cou, ils prenaient tous les risques et la production ne correspondait pas à leurs frais », rappelle cette femme engagée, toujours très active et rédactrice de nombreuses études sur la place des agricultrices ou sur la question scolaire. Elle apparaît sur quelques photos, rare femme présente au même rang que les hommes, dans cette manifestation.

Les signes du divorce annoncé entre la FNSEA et une partie des agriculteurs de l’Ouest, qui ont commencé à se fédérer en dehors de la maison mère au milieu des années 1960, ne datent donc pas de ce 24 mai. Mais ce fossé grandissant explique la coexistence de slogans inspirés du marxisme avec des revendications plus classiques ou franchement corporatistes. Au demeurant, c’est la FNSEA qui a appelé à cette mobilisation pour faire monter la pression avant des négociations serrées à Bruxelles sur les prix agricoles, à la fin du mois. Les paysans de l’Ouest y ont répondu d’une façon spectaculaire qui ne doit pas faire illusion.

Ce n’est pas l’avis de l’influent syndicat qui leur importe. Dans cette région très catholique, où les familles nombreuses sont encore la règle, il n’est pas rare qu’un enfant ou deux reprennent la ferme, tandis que les autres partent à l’usine, plus rarement à l’université. Non seulement le monde paysan et le monde ouvrier cohabitent pour raisons familiales, mais leurs organisations se parlent depuis longtemps. En 1967, à Guidel, dans le Morbihan, les syndicats d’agriculteurs et d’ouvriers ont signé une plate-forme commune de revendications sous l’appellation « L’Ouest veut vivre ». « Cela nous semblait logique, cette unité paysans-ouvriers, et primordial », note Jean Bréheret, 77 ans, alors membre du CDJA de Loire-Atlantique, un des seuls de sa génération à ne pas venir de la Jeunesse agricole catholique (JAC).

« Ouvriers d’usine et des champs »

Ils ont défilé maintes fois sous des pancartes communes avec les ouvriers, comme à Issé (Loire-Atlantique), en 1963 : « Ouvriers d’usine et des champs, unis pour la défense de leurs intérêts ». En octobre 1967, à Redon (Ille-et-Vilaine), Bernard Lambert fustige, devant 15 000 paysans, ces céréaliers qui parlent au nom de tous à la Commission européenne. « Résultat ? Lait : 0 % de hausse pendant deux ans ; porc : 0 % pendant un an ; bœuf : 1,2 % ; aviculture, rien », souligne l’éleveur, à la tête d’un grand poulailler industriel. En revanche, une augmentation espérée de 7 % pour le blé et la betterave, 10 % pour l’orge et 15 % pour le maïs, rapportent Laurent Jalabert et Christophe Patillon dans Mouvements paysans (Presses universitaires de Rennes [PUR], 2013).

Le CDJA, lui, affiche sur son calicot une pétition de principe : « L’organisation du marché, oui, le libéralisme destructeur, non ! » Ce défilé de Redon, organisé à la suite d’une chute brutale des cours du porc et du poulet, se termine par un affrontement violent avec les forces de l’ordre. Ses organisateurs ont cependant gardé assez d’espoir, ou d’humour potache, pour défier leur ministre de l’agriculture : « Edgar tu es Faure, mais les Bretons vaincront ». Au cours de cette même année, plusieurs rencontres ont lieu entre la FDSEA et le CDJA, d’une part, et les syndicats d’ouvriers, d’autre part. Elles aboutissent à une sorte de programme commun, qui doit être défendu lors de manifestations dans seize villes de l’Ouest, le 8 mai 1968. Quelle prescience…

C’est peut-être cela qui les a le plus exaltés, ces paysans de l’Ouest. Cet échange entre humains, hors du sempiternel carcan des prix imposés.

Il souffle aussi un vent d’utopie à Nantes, en ce mois de mai. « Le plus important est moins visible », souligne à juste titre René Bourrigaud, qui a écrit sa thèse sur les paysans de Loire-Atlantique et a beaucoup publié sur ce sujet. Un « comité central de grève » a été mis en place, dans lequel les agriculteurs jouent un rôle essentiel. Ce « marché solidaire », seize points de ravitaillement dans les quartiers démunis, au prix coûtant et parfois gratuit, les échanges de bons procédés avec les ouvriers en grève qui bloquent l’accès à l’essence vont permettre que « se tissent ou se renforcent des liens entre militants ruraux et militants des quartiers populaires qui se poursuivront au cours de la décennie suivante ».

C’est peut-être cela qui les a le plus exaltés, ces paysans de l’Ouest. Cet échange entre humains, hors du sempiternel carcan des prix imposés, cette utilité sociale si profondément ressentie. « Mon cœur n’est pas une marchandise », prévenait Le Paysan parvenu, un héros de Marivaux. Ce paysan-là, ce pourrait être Joseph Potiron, 35 ans en 1968. Il n’aime pas beaucoup les journalistes, mais il était d’accord pour qu’on vienne le voir à La Chapelle-sur-Erdre, « parce qu’il vaut mieux que l’histoire des lapins soit racontée par les lapins, et non par les chasseurs ». C’est lui que l’on voit, premier tracteur sur la droite, sur cette photo découverte dans le livre de Christian Bougeard Les Années 68 en Bretagne (PUR, 2017). La pancarte avec la caricature de Pompidou, surmontée d’un cochon mort, il jure qu’il n’y est pour rien, surtout pour le cochon. Il ne connaît même pas le porteur de pancarte.

Echanges de bons procédés

A l’école, il n’avait entendu que des insultes, « bouseux », « plouc », alors que dans les familles on était paysan depuis au moins quatre générations. Heureusement, dit-il, il y a eu la JAC, véritable agence matrimoniale et formidable école de formation, et cinq ans de cours par correspondance, tous les soirs le nez dans les livres, dit-il. « 1968 m’a permis de faire un bond énorme. C’est ça que je voulais, que j’attendais, mais je ne le savais pas. » Cette ouverture au monde, ce frottement à d’autres catégories sociales, l’a bouleversé. Joseph Potiron garde un souvenir très vif de cette invitation de l’université à venir lire sa motion, les applaudissements, les bravos, lui qui n’avait « jamais mis les pieds dans une fac ». Il n’y a guère que les ouvriers de l’usine des Batignolles qui les ont traités, ses copains et lui, de « petits patrons », parce qu’ils étaient propriétaires de leur outil de production. Alors qu’ils arrivaient avec des bouteilles de vin…

« 1968 m’a permis de faire un bond énorme. C’est ça que je voulais, que j’attendais, mais je ne le savais pas. » Joseph Potiron, agriculteur du pays nantais

Devant la traction du syndicat (dans les campagnes, c’était une belle voiture et il y en avait encore beaucoup), un homme semble se tenir à son panneau, chargé de reproches : « Ah Mansholt, tu nous dis que le lait est trop cher, mais tu profites des pays tiers qui produisent ta chère margarine ». En 1968, la margarine, voilà l’ennemi ! Il s’en vend de plus en plus, au détriment du beurre, dans des supermarchés de plus en plus grands, à un prix qui défie toute concurrence. Qui permet tout de même à l’industrie agroalimentaire de s’engraisser. Cette invention suscitée par Napoléon III pour nourrir les nécessiteux, « le beurre des pauvres », a pris son essor lorsque les matières végétales ont remplacé des matières animales de mauvaise qualité (de la graisse de bœuf). Cette émulsion d’huile et d’eau gonfle les marchés de l’arachide, principalement dans le « tiers-monde », mais laisse exsangues les producteurs de lait dont on fait le beurre.

Et qui est cet homme oublié que les paysans apostrophent ? Sicco Mansholt, un Néerlandais, commissaire européen chargé de l’agriculture de 1958 à 1972, considéré comme le père de la politique agricole commune (PAC), connaissait bien les paysans de Loire-Atlantique. Ces derniers n’hésitaient pas à aller le voir à Bruxelles et il avait accepté de se rendre à Nantes à leur invitation. Georges Pompidou, Raymond Barre et Georges Marchais ont jugé qu’il tournait mal, un jour de février 1972. L’ancien commissaire avait publié une lettre ouverte dans laquelle il proposait, à la suite du Club de Rome, une politique écologique de décroissance et un revenu minimum pour tous.

Regards narquois des voisins

Le retour à Pont-Saint-Martin n’a pas été très drôle pour René Batard. D’abord, il y a eu la visite de « tonton l’abbé ». Joseph Batard, le curé de la famille, une gueule à la Fernandel et une voix de tonnerre, a délaissé quelques heures ses paroissiens de Frossay pour venir s’asseoir dans le coin de la cheminée. Le neveu a passé un sale quart d’heure : « Alors, qu’est-ce que t’as été foutre du fumier sur la place Royale ? ! C’est la honte de la famille ! » Les six enfants avaient beau aller à la messe tous les dimanches, « avec des gants blancs », rigole Jérôme, cela n’effaçait pas le fumier. Et s’il n’y avait que tonton l’abbé ! Les regards narquois des voisins, les nez tordus, les remarques acides, quinze jours après : « Hé, René, si t’as du fumier à mettre, mon jardin il est moins loin ! ». Haha.

Ensuite, il y a eu l’épisode de l’école. Pendant ces jours de révolution de Mai 68, dans la très catholique Bretagne, des réunions ont eu lieu à Pont-Saint-Martin, comme dans d’autres communes, pour réunir l’école publique et l’école privée. Les directeurs des deux établissements étaient présents, les recteurs assis à la tribune et tout le monde était partant. « Et puis, raconte Cécile, la veuve de René, de sa voix douce, Arsène Figureau s’est levé. C’était une vieille famille de Pont-Saint-Martin. Il a dit : “On s’est assez battus pour avoir nos écoles chrétiennes, c’est pas maintenant qu’on va abandonner” et il a retourné la salle. » Fin de l’histoire.

Sur la place Royale, rebaptisée « place du Peuple » par les manifestants.

C’est dommage, parce que le curé de cette époque-là, le père Bureau, était un homme d’Eglise très progressiste. Ces dimanches de mai, il faisait toujours un sermon qui plaisait bien à la famille Batard : il disait qu’il était content que le peuple se réveille. Alors, se rappelle Cécile avec un petit rire, « la châtelaine faisait du bruit avec sa chaise, elle la raclait sur le sol, et ça toussait, et ça toussait ! ». Il a été muté au Croisic. « C’était vraiment un brave type, très proche des gens. On allait le voir au Croisic », conclut Cécile avec un sourire.

René, cela ne l’a pas découragé de poursuivre le militantisme tous azimuts. Il faut croire que ce parcours-là, la JAC, les cours du soir, le syndicat, comme toute cette petite élite paysanne des années 1950-1960, cela trace profond le sillon : il s’est naturellement dirigé vers les Paysans travailleurs, cofondés par Bernard Lambert puis s’est fixé sur la Confédération paysanne, l’héritière de ces années de lutte. « La première année où on est partis en vacances, à Conques-en-Rouergue, il nous a plantés là et il a filé sur le plateau du Larzac », raconte Jérôme. René Batard est mort en 1993, après avoir souffert pendant huit ans de la maladie d’Alzheimer.

Olivier est devenu un super-spécialiste des vaches. Un as des paillettes (cela a à voir avec la reproduction), un assidu des concours avec les descendantes des bêtes de René et Cécile. Les six premières, c’était la dot de la jeune mariée. Elles étaient arrivées par le train dans un wagon à bestiaux et ils étaient allés les chercher tous les deux à la gare de Nantes. En 1968, ils en avaient quinze. Olivier en a 80, des amours de vaches qui paissent sur les terres familiales. Le fils de René Batard a entendu dire que l’extension de l’ancien aéroport attisait les convoitises. « Ils veulent me prendre 15 hectares. Je me suis battu toute ma vie pour avoir des terres regroupées. Et je resterai en bagarre pour protéger ma ferme. » En digne fils de son père.

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2 mai 2021 7 02 /05 /mai /2021 06:00

 

Le confinement a du bon, ainsi en revisionnant deux grands films Luchino Visconti, Les Damnés 1969 et surtout son rôle dans Mort à Venise en 1971, que je me suis dit vieille branche, Dirk Bogarde vaut bien une chronique dominicale.

 

Photo du film LES DAMNES - Titre original : LA CADUTA DEGLI DEI - PHOTOS DE  CINEMA

 

Le Britannique est né le 28 mars 1921. Acteur fétiche de Joseph Losey ou de Luchino Visconti, porté au pinacle par la critique, il regrettait pourtant de ne pas être mieux connu du public.

 

Dirk Bogarde était un acteur rare, au jeu délicat. Né en 1921, il commence à se faire remarquer au cinéma au début des années 50. Il tournera une soixantaine de films au cours de sa carrière et sera dirigé par les plus grands, Cukor, Vidor, Fassbinder ou Visconti…

 

Jusqu'aux années 60, il tient des rôles de jeunes premiers dans des films d'aventures, historiques ou des drames romantiques, avec de séduisantes partenaires féminines. Il rencontre le succès, notamment Outre-Manche et aux USA. Mais la quarantaine venue, le comédien opère un tournant drastique dans sa carrière lorsqu'il accepte le rôle, périlleux pour l'époque, d'un avocat victime d'un chantage homosexuel dans La Victime de Basil Dearden (1961). Ce rôle complexe va attirer l'attention de Joseph Losey, qui lui confie alors le rôle du valet sadique et ambigu de The Servant en 1963. Il tournera quatre films avec lui entre 1963 et 1967.

 

« Je suis très respecté mais je ne suis pas au box-office »

 

Le comédien britannique incarnera désormais des personnages torturés et ambigus qui vont lui offrir la reconnaissance de la critique, mais lui fermeront celles du box-office. Il le regrettait toujours amèrement dans cette interview du 20 juin 1976, dans Les Rendez-vous du dimanche de Michel Drucker. L'acteur y déplore d'avoir perdu de sa notoriété vers la quarantaine, après avoir cessé de jouer les jeunes premiers et de ne pas être parvenu à conserver la reconnaissance du public.

 

Des personnages complexes

 

Dans les années 70, l'acteur au charme cinématographique vénéneux connait ce qu'on pourrait qualifier de "sombres" heures de gloire, à l'image des rôles que lui confient désormais les réalisateurs. Des rôles saturniens, bien loin des compositions solaires de ses débuts. Des personnages ambigus qu'il préfère qualifier de "complexes" dans cette interview de 1984 pour le JT de Marseille.

 

Dirk Bogarde peut tout de même se targuer d'avoir joué avec les plus grands cinéastes George Cukor, Richard Attenborough, Rainer Werner Fassbinder ou Liliana Cavani. En 1974, elle lui offre le rôle d'un ancien nazi dans le film Portier de nuit qui décrit une liaison sadomasochiste entre une ancienne victime de camp (Charlotte Rampling) et son bourreau SS. (Interview audio dans le journal de France Inter le 25 mars 1974)

 

L'égérie de Visconti

 

De la fin des années 60 à la fin des années 70, l'acteur collabore avec le réalisateur italien Luchino Visconti dans Les Damnés en 1969 mais surtout pour son rôle dans Mort à Venise en 1971. Un rôle pour lequel il obtient la Palme d'or du meilleur acteur au festival de Cannes cette même année.

 

Photo promotionnelle Death in Venice Dirk Bogarde Bjorn Andresen 35,5 x 28  cm: Amazon.fr: Cuisine & Maison

 

« Je n'ai pas tourné depuis treize ans, aidez-moi »

 

Les rôles vont se raréfier et à partir de 1978, l'acteur ne va plus tourner. C'est Bertrand Tavernier qui le sortira de sa traversée du désert en 1990 dans le film Daddy Nostalgie. Ce sera son dernier film.

 

A Cannes, Dirk Bogarde décrivait alors son jeu pour ce rôle, sans sexualité et sans sentiments : « Je déteste le sentimental. C'est très américain. »

 

Le 8 mai 1999, Dirk Bogarde s'éteignait à l’âge de 78 ans, à la suite d'un cancer dont il se savait atteint depuis plusieurs années.

 

À l'exception de quelques-uns, dont Hunted (Rapt) de Charles Crichton (1951) et Victim (Victime) de Basil Dearden (1961), les films auxquels Dirk Bogarde a participé entre 1947 et 1962 sont, au pire, mauvais, au mieux, médiocres. Contraint à interpréter des jeunes premiers romantiques, des délinquants fugitifs ou des officiers de Sa Gracieuse Majesté dans des productions routinières, il a pourtant atteint un degré de popularité exceptionnel dans l'histoire du cinéma britannique. Certes, sa beauté, son charme, son magnétisme même y ont contribué. Pareil engouement ne se serait cependant pas exprimé sur une telle durée s'il n'y avait eu quelque chose de plus consistant. Intelligent, cultivé, raffiné et professant une haute opinion de son métier, le comédien s'employait en effet à donner quelque épaisseur aux personnages conventionnels qu'il était chargé d'interpréter, en les dotant parfois d'une touche énigmatique ou sardonique. Dans les années 1960, il s'imposa enfin comme un des plus grands acteurs de cinéma britanniques.

 

Peu de comédiens sont parvenus à un si haut degré d'intensité dramatique avec une telle économie de moyens : discret, quasi effacé, Dirk Bogarde se montre constamment « à l'écoute » de ses partenaires et ne joue qu'en inter-réaction avec eux. D'une subtilité rare, il sait doter ses personnages d'une complexité et d'une ambiguïté inouïes, en s'attachant à en révéler, par un simple geste ou une expression fugitive, les fissures ou les zones d'ombre.

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 08:00

 

Commencée sur les bancs de l’école, l’histoire de Louis et d’Ambrose, tout long de la seconde moitié du XXe siècle,  est celle d’un compagnonnage peu commun, une complicité rare de deux bébés Cadum, dans la cohorte des « 12 millions de beaux bébés » que de Gaulle, en 1945, appelait de ses vœux. Génération palimpseste, née dans un monde en train de disparaître, un coup de jeune effaçant les classes creuses, le temps de l’enfant rare dont Jean Giraudoux s’inquiétait en 1939 « Le Français devient rare ». Robert Debré et Alfred Sauvy publient Des Français pour la France et proclament : « L’enfant, cet éternel oublié, doit être l’ami public n°1. » Au cœur des 30 Glorieuses, chères à Jean Fourastié, « la vieille terre des Gaulois se transforme rapidement en une puissante nation industrialisée. », écrivait Newsweek dans son numéro du 10 février 1964, leur prime enfance fut placée sous le signe de temps difficiles, le cri d’alarme en 1954 de l’abbé Pierre, le lait de Mendès distribué dans les écoles, témoignaient du mal-logement et des carences alimentaires dans les milieux populaires. Ils n’ont pas, contrairement à une idée reçue, baignés, tout au long de leur vie dans un doux bain amniotique. Ce sont leurs grands-frères qui connaîtront la guerre sans nom, celle des djebels, des douars brûlés, des camps de regroupement, de la bataille d’Alger, eux seront, avec la jeunesse du monde entier, les enfants engagés contre la guerre du Vietnam, le napalm, ceux de Woodstock. Ils seront un peu yé-yé, Salut les Copains, Beatles ou Stones, pat’d’eph, cols pelle à tarte, Clark,  cheveux longs et idées courtes,  Mai 68, la chienlit, les slogans assassins, la grève générale, sous les pavés la plage, nous sommes tous des juifs allemands, la douche froide du raz-de-marée gaulliste de juin, viendrait le temps du madré Pompidou, où les enragés s’apercevraient que leur « révolution » avait ouvert grandes les portes de la société de consommation, de tout, des biens, du sexe. Tous dans le même sac que les profiteurs virant leur cuti, Serge July en tête, pour certains finiront chez Mitterrand, d’autres chez Rothschild, d’autres chez Macron, Cohn-Bendit et Goupil, beaucoup, tel Sauvageot, dans l’oubli. Tel fut le destin d’une génération, celle des boomers, placée d’emblée sur des échasses.

 

Louis, visage d’ange, boucles brunes, grande asperge, de ceux à qui on donne le bon Dieu sans confession, enfant de chœur, sa devise « sur mon lisse tout lisse », réussissait tout sans y toucher, toujours premier, un capitaine, au sens sportif, un passeur clairvoyant, la vista, sans cesse amoureux, au sommet ce fut Chantal, un corps de reine, harmonieux, un grain de peau fin et soyeux, une poitrine haute et ferme qui tendait ses pulls angora, des jambes au galbe parfait, une taille de guêpe et un cul à damner l'enfant de chœur qu’il était. Tout, elle possédait tout, pure perfection, la quintessence de la beauté plastique. Mais Chantal c'était aussi un visage laid, une laideur minérale, glacée, osseuse, rien que de la disgrâce à peine atténuée par un regard ardent et un sourire moqueur. Chantal c'était une grande, une femme déjà, qui le fascinait. Il la voulait. Elle le fuyait. Il lui parlait. Elle se taisait. Il la bombardait de lettres enflammées. Les lisait-elle ? Il devenait fou, fou d'elle, et sa tête incandescente échafaudait mille stratégies pour forcer la porte de l'emmurée. Un soir, du fond de son lit, alors que les rats carapataient sur le tillage en une infernale sarabande, en désespoir de cause, pour se rassurer, il en vint à décliner un postulat, le postulat de la laideur. Pour lui « le capital d'amour d'une femme laide était proportionnel à l'intensité de sa laideur » Avec Chantal il découvrait le grand amour, l'amour pur, celui que l'on porte, tel un diamant fiché au cœur, pour l'éternité, jusqu'à son dernier souffle. Louis carburait à l'exaltation. Il allait forcer sa nature. Ouvrir les vannes de son ébullition intérieure. La prendre d'assaut sans sommation. Ce qu’il fit un dimanche, dans la pénombre de la salle du patronage, au premier acte d'un drame familial, il lui prit la main et la tira vers le dehors. Elle le suivit n'opposant aucune résistance.

 

Sous les tilleuls de la place de l'église il la déshabilla, pièce par pièce. À nu, son corps, sous la pâle lumière de la pleine lune, loin de le précipiter dans le désordre des sens, le plongea dans un recueillement profond. Ce fut une forme étrange d'adoration, un plaisir esthétique intense. Louis prit un léger recul pour la contempler. L'admirer. Ses mains, telles celles d'un ébloui, se tendaient, l'effleuraient à tâtons, l'explorait avec lenteur. Chaque parcelle d'elle l'infusait d’un puissant flux d'ondes qui le jetaient, par secousses violentes, dans état proche de l'apnée, au bord de la rupture mais, en dépit d'un sexe de silex, il se vivait si minable qu’il n'osait l'investir. Bandant ses dernières forces, Louis allait au-devant de son désir. Chantal acceptait ses mains avec volupté. Ouverte, elle lui offrit une jouissance d'apocalypse qui le propulsa vers des sommets inviolés.

 

Mais, et ce fut le premier petit caillou, la première blessure, l’été touchait à sa fin. Louis retrouva Chantal sur la place des Tilleuls. Ils s’assirent sur l’un des bancs de ciment, Chantal lui prit la main. « Toi tu n'es pas comme les autres. Je ne suis pas sûr que tu sois aussi gentil que tu en aie l'air mais je m'en fous. Toi tu ne me prends pas pour un trou à bites. C'est bon tu sais... »  Chantal se tordait les mains. « Ce que je vais te dire va te déplaire mais, je t'en supplie, ne dis rien. Laisses-moi aller au bout. C'est si dur... » Chantal murmurait « Tu es trop bien pour moi… » « Ne te fâche pas ! Ce n'est pas de ta belle gueule dont je parle, c'est de toi. Je ne peux que te décevoir. Je ne veux pas te décevoir... » « Je te propose un marché. Tu prends ou tu laisses mais, quelle que soit ta réponse, nous ne nous reverrons plus... » Chantal était allée au bout de son propos « Voilà, si tu le veux bien, je t'emmène dans mon lit. Là où tous ces boucs qui me sautent disent me faire l'amour. Allons y faire l'amour... » Elle se tut en le fixant droit dans les yeux, «  Tu veux ? ». Lâchement il répondit oui.  Son marché Louis l'avait accepté sans protester. Chantal partait le lendemain travailler à Paris. Ils ne s’étaient plus jamais revus.

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1 mai 2021 6 01 /05 /mai /2021 06:00

Macron « ne comprend pas les petites gens », affirme François Pinault, «  d'1 si bel article sur 1 milliardaire face à l'art contemporain le bruit et  la rumeur ne retiennent qu'une

À Saint-Émilion, l’appellation, son classement qui fait la joie des plaideurs, Me Morain en tête, « Il se passe toujours quelque chose, comme aux Galeries Lafayette… » C’est le Monopoly des châteaux et cerise sur le gâteau, à Bordeaux, la ville, depuis le départ de Juppé, rien ne va plus, les Verts sentent le sapin et le stade du défunt Chaban-Delmas a été déserté par les Girondins, les footballeurs pas les copains des Montagnards, pour fouler la pelouse du Matmut Atlantique.  

 

Le début de la fin !

 

https://www.lequipe.fr/_medias/img-photo-jpg/les-supporters-des-girondins-ont-manifeste-a-bordeaux-samedi-apres-l-annonce-par-king-street-de-son-desengagement-n-luttiau-l-equipe/1500000001480926/0:0,1827:1218-624-416-75/99365

 

En crise depuis la décision de King Street de se retirer, les Girondins de Bordeaux sont un monument en péril. Et pour François Pinault, amoureux du vin et du football, l’heure doit être à la mobilisation. Dans une lettre ouverte transmise à “Sud-Ouest”, il appelle les autres propriétaires de grands crus de Bordeaux à sauver le club.

 

C’est un véritable coup de tonnerre dans le ciel des Girondins de Bordeaux. Le 22 avril, King Street, le propriétaire du club, a annoncé qu’il ne « souhaitait plus soutenir le club et financer ses besoins actuels et futurs ». En conséquence, les Girondins de Bordeaux sont placés sous la protection du tribunal de commerce de Bordeaux

Château Beauséjour Duffau-Lagarrosse - Nicolas Thienpont

1- À Saint-Emilion, la délicate reprise du château Beauséjour

 

A 30 ans, Joséphine Duffau-Lagarrosse, ingénieure agronome et œnologue, a pu garder le domaine de sa famille, un grand cru classé, en s’associant au groupe Clarins.

Par Laure Gasparotto

Publié le 28 avril 2021

 

Le 12 avril 2021, à midi, la vie de Joséphine Duffau-Lagarrosse a pris un autre cap. A 30 ans, cette ingénieure agronome, également œnologue, a reçu les clés du Château Beauséjour, à Saint-Emilion. S’est alors achevé l’épisode haletant d’une transmission difficile. À son âge, la seule façon de trouver un vignoble à cultiver, dans une région où l’hectare dépasse souvent les dix millions d’euros, est de récupérer un domaine familial.

 

Château Beauséjour, propriété de 6,75 hectares classés en premier grand cru classé, appartenait à la famille Duffau-Lagarrosse depuis 1847. Les générations se succédant, augmentant toujours plus le nombre de propriétaires, le père de Joséphine et son cousin, cogérants depuis dix-sept ans, ont dû vendre le domaine familial. C’était en juillet 2020. Leurs voisins, la famille Cuvelier, à la tête du Clos Fourtet, se placent alors sur les rangs et proposent d’installer un jeune agriculteur, Grégoire Pernot du Breuil.

 

Joséphine Duffau-Lagarrosse rêve de reprendre les rênes de la propriété familiale, mais n’a pas les moyens d’acheter les parts des coactionnaires familiaux. D’autant que le prix s’élève à 75 millions d’euros. En novembre 2020, la majorité des associés propriétaires penchent pour une reprise par la famille Cuvelier. Sans investisseur pour l’aider à donner du crédit à sa candidature, Joséphine, qui travaille pour le groupe de vins de Bernard ­Magrez, voit son projet échouer. « À table, mon grand-père nous servait le vin de ma famille », explique alors la jeune vigneronne, le cœur serré.

 

Investisseur surprise

 

Mais la vente est finalement confiée à la société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) qui régente les cessions agricoles. Cet organisme d’intérêt général, sous la tutelle des ministères de l’agriculture et des finances, aide de jeunes agriculteurs à mettre le pied à l’étrier et à éviter les dérives financières. A la tête du prestigieux Château Angélus, Stéphanie de Boüard-Rivoal, qui a moins de 40 ans, se porte alors également acquéreuse à titre personnel.

 

Du côté de Joséphine Duffau-Lagarrosse, un miracle se produit. Ou plutôt un investisseur surgit. Au début de l’année, la jeune œnologue rencontre Prisca Courtin, 34 ans, qui s’occupe de diversifier le capital de sa famille, propriétaire du groupe Clarins. « C’était une grande chance ! », reconnaît Joséphine, qui parle de son projet à son patron. Bernard Magrez la soutient sans hésiter quand elle le prévient de sa démission éventuelle si la Safer choisit son dossier.

 

Le 7 avril, le comité technique de l’organisme donne un avis favorable au dossier Beauséjour-Courtin. « Même si je suis déçue du résultat, je dois reconnaître que la Safer a localement tenu son rôle », avoue, bonne joueuse, ­Stéphanie de Boüard-Rivoal. Pour Joséphine Duffau-Lagarrosse, c’est évidemment un soulagement et l’ouverture de perspectives. « Avec Prisca Courtin, nous sommes désormais ­cogérantes et nous avons la même vision ­des choses. »

 

Dès sa première nuit de vigneronne, Joséphine était dans ses vignes avec son équipe afin d’essayer de freiner le gel qui a tant meurtri le vignoble français en avril.

 

 

Saint-Émilion : le château Villemaurine racheté par la famille Lefévère

 

2- Château Villemaurine vendu, Justin Onclin tourne la page bordelaise

 

De nouveaux propriétaires pour les Châteaux Villemaurine et Branas Grand Poujeaux et de nouveaux challenges pour leur directrice.

Par Béatrice Delamotte

Publié le 09/04/2021

 

Arrivé de sa Belgique natale au début des années 1980, Justin Onclin a réussi à se faire une place de choix sur la place bordelaise. « Depuis 1982, j’ai pris un immense plaisir à distribuer ces superbes produits que sont les vins de Bordeaux, d’abord au sein de la maison Sovex Grands Châteaux, puis par mes fonctions dans le groupe Ballande France », se souvient Justin Onclin. Une passion pour les grands vins qui va prendre une nouvelle dimension en 2002 avec l’achat à titre personnel du Château Branas Grand-Poujeaux, dans le Médoc, puis en 2005 du Château Villemaurine, grand cru classé de Saint-Emilion. « Je me suis passionné pour la production de grands vins identitaires de leur terroir », reconnaît-il.

 

Pendant près de vingt ans, Justin Onclin va s’attacher à redonner leur lustre aux propriétés. C’est ainsi qu’en 2020, le rachat avec Hindrik Gommer, homme d’affaires néerlandais et amoureux du vin, de 5,2 hectares de Granins Grand Poujeaux permet au domaine du Médoc d’atteindre une taille critique et d’intégrer des parcelles de choix dans l’assemblage du vin de Branas Grand-Poujeaux.

 

Aujourd’hui, c’est une page qui se tourne pour Justin Onclin. Soucieux de régler sa succession, il a vendu le Château Villemaurine à Marie Lefévère, également propriétaire du Château Sansonnet, à Saint-Emilion et ne garde qu’une part minoritaire dans Branas Grand-Poujeaux. Quant à Cynthia Capelaere, la jeune et dynamique directrice des deux propriétés, elle va rejoindre dès le mois de mai le Château du Tertre, à Margaux, récemment acquis par une compagnie d’assurance et exploité par la famille Helfrich, à la tête du groupe Grands Chais de France. Aucune nostalgie pourtant chez Justin Onclin qui entend passer une grande partie de son temps à Bordeaux pour s’occuper de ses quatre petits-enfants.

 

 

3- Girondins de Bordeaux : François Pinault lance un appel au monde du vin pour un projet de reprise

 Publié le 26/04/2021

 

Troisième fortune de France et 27e fortune mondiale, François Pinault est notamment propriétaire du Château Latour, premier grand cru classé de Pauillac, en Gironde. Depuis 1998, le fondateur du groupe de luxe Kering (ex-Pinault Printemps Redoute) est également le grand patron du Stade Rennais FC, prochain adversaire des Girondins dimanche, via sa holding Artémis.

 

 

 

C’est un véritable coup de tonnerre dans le ciel des Girondins de Bordeaux. Le 22 avril, King Street, le propriétaire du club, a annoncé qu’il ne « souhaitait plus soutenir le club et financer ses besoins actuels et futurs ». En conséquence, les Girondins de Bordeaux sont placés sous la protection du tribunal de commerce de Bordeaux

« Lettre ouverte à mes collègues, propriétaires de grands crus bordelais

 

Comme tous les Français amoureux du football, je suis ému à l’idée de voir les Girondins de Bordeaux en risque de disparaître. Breton et propriétaire du Stade Rennais, je mesure depuis des décennies combien l’identité d’un club et si possible ses succès participent du contrat social dans une région.

 

Associé depuis trente ans à la vie bordelaise, à travers Château Latour, je pense que l’existence du club mythique que sont les Girondins est importante pour Bordeaux, son rayonnement, son équilibre auxquels tous les propriétaires viticoles ne peuvent que s’identifier.

 

Quelle est la force économique qui, dans cette région, peut se donner l’objectif de sauvegarder les Girondins et de les développer ? Le monde du vin et en particulier les propriétaires de grands crus.

 

Les règles légitimes en matière de possession des clubs m’interdisent de monter un projet de reprise des Girondins, dès lors que mon groupe est l’actionnaire unique du Stade Rennais. En revanche, je suis prêt à apporter mon soutien à toute opération montée par les acteurs du vin et je le ferai avec enthousiasme.

 

J’appelle donc mes collègues propriétaires à se réunir afin de préparer un projet de reprise des Girondins. »

 

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30 avril 2021 5 30 /04 /avril /2021 08:00

Le salaire de la peur -Y Montand - C Vanel  -   affiche plastifiée

Le narrateur, dans une telle histoire de cornecul, se doit d’éclairer la lanterne des biens trop rares et malheureux lecteurs. Je m’y emploie ce matin.

 

- Pourquoi ce rendez-vous à la con ?

 

Le Garde eut pu, tout bêtement, faire porter au domicile d’Ambrose, remise en mains propres, ce pli par un coursier. Le rendez-vous, s’apparentait à un billard à 3 bandes.

 

Explication :

 

  • La première bande, le directeur de cabinet du Garde, imposé par le château, l’œil de Moscou, ADN n’étant pas du sérail politique, avocat pénaliste de surcroît, conscient de la nécessité de renouer le dialogue avec la magistrature dès sa prise de fonctions au ministère de la justice, il avait émis le souhait de s’entourer de certains de ses illustres représentants place Vendôme. R. V. R.  et Ch. B, avec qui il entretenait de bonnes relations comme avocat, ont été les deux premiers noms qu’il avait avancés. Le premier, figure médiatique du juge d’instruction, a décliné. La seconde, ancienne juge d’instruction au pôle financier de Paris, réputée pour son indépendance et son franc-parler, a fini par accepter de devenir la conseillère spéciale du nouveau garde des sceaux chargée des bonnes pratiques. Virée au bout de 3 jours. Le rendez-vous était un leurre, étiqueté par les chiens de garde de l’Elysée, lubie du Ministre. Vite fait bien fait sur le gaz, passons aux choses sérieuses !

 

  • La seconde bande, plus perverse, et apparemment contradictoire avec la précédente, semer le doute chez les grandes oreilles du Boulevard Mortier et  de tous les touilleurs de merde, officiels ou officieux, qui n’étaient pas sans ignorer le lourd passé d’Ambrose. Ça leur donnerait de l’urticaire, que venait foutre ce retraité plein aux as sur leur pré-carré ? ADN devait avoir sa petite idée sur le genre d’opération tordue que ce petit monde, se la jouant espionnage électronique, préparait. Avertissement sans frais qui les inciterait à tenir leur langue et leur plume. Ne pas inquiéter le château, lui éviter de patauger dans leur fosse à lisier. Il serait toujours temps de rattraper le coup si la manipulation foirait, virait au Rainbow-Warrior ou aux Irlandais de Vincennes.

 

  • La troisième bande, le couple Ambrose&Louis, des pays, élevés par leurs mères comme des poulets de grain, unis pour le pire, les années Mitterrand 81, premier carnet d’adresses, la décennie URSS de Gorbatchev, les appels d’offre pour nourrir le peuple de l’empire incapable de faire pousser du blé en Ukraine, se goinfrer de restitutions sur le beurre, la poudre de lait, le blé, pour le compte du milliardaire rouge et de ses voisins les LD. Nouveau carnet d’adresses de la nomenklatura, du KGB, cette kleptocratie rationalisée, s’entendant comme larrons en foire qui empochera, sous le soiffard d’Eltsine, une bonne partie des réserves de liquidités et d’or de l’Empire avant de faire main-basse sur les joyaux de la couronne : le pétrole, le gaz, les nouveaux capitaux s’investissant, les fameux oligarques. Tel fut le génie de Louis qui, pressentant que les lézardes de l’Empire, la fausse habileté de Gorby, la bureaucratie sclérosée, allaient faire couler le navire. Avec son air de sainte nitouche, de bébé Cadum à qui l’on donnait le Bon Dieu sans confession, un beau matin il avait décrété « Ambrose nous allons faire proprement un métier sale ». Il en fut ainsi tout au long de la dernière décennie du XXe siècle. De la même façon, en rentrant de Kiev, il avait, de nouveau décrété, « Ambrose ça sent de plus en plus mauvais, nous plions nos gaules ! » Louis se retira à Zoug, base arrière de sa compagne Marie-Clotilde, la galeriste New-York-London-Basel, dites « la glaciaire », Ambrose acheta son loft de la rue Georges Braque. Ils vivaient depuis de leurs rentes.

 

Le décor est planté, le puzzle est dispersé, en tas, à vous de jouer, je ne vous en dirai pas plus car, vu les droits d’auteur, que je ramasse avec une toute petite cuillère, il ne faut pas trop m’en demander.

 

Ambrose décacheta la seconde enveloppe en papier recyclé, en extirpa quelques feuillets attachés par un trombone, sur les 3 premiers, le Vivier des 10 plus grandes fortunes de Russie, selon le classement de FORBES, fortunes nettes calculées à l’aide des cours des actions et des taux de change au 18 mars 2020.

 

1- Vladimir Potanine

Vladimir Potanine - Biographie

Fortune nette : 19,7 milliards de dollars

Secteur : métaux

De retour au sommet du classement, Vladimir Potanine serait à l’origine du programme controversé de « prêts pour actions », qui a permis aux citoyens russes ayant des contacts hauts placés de prendre le contrôle d’entreprises d’État lors de la vague privatisation des années 1990. Aujourd’hui, la majeure partie de sa fortune est placée dans une participation à hauteur de 35 % dans l’entreprise Nornickel.

 

2- Vladimir Lissine

Toujours plus de milliardaires russes

Fortune nette : 18,1 milliards de dollars

Secteur : acier, transports

Ayant commencé sa carrière en tant qu’électricien dans une mine de charbon sibérienne, Vladimir Lissine est par la suite devenu sidérurgiste, avant de travailler pour un groupe de négociants qui finira par être à la tête des exportations russes d’aluminium et d’acier. Après le démantèlement du groupe en 2000, il a obtenu une participation majoritaire dans la société russe Novolipetsk Steel.

 

3- Leonid Mikhelson

Billionaire Mikhelson Opens New Moscow Arts Center - Russia Business Today

Fortune nette : 17,1 milliards de dollars

Secteur : gaz, produits chimiques

 

Leonid Mikhelson doit sa fortune à ses participations dans la société de production de gaz naturel Novatek et dans l’entreprise pétrochimique Sibur. Pour ces deux activités, il est associé avec Gennady Timchenko, qui serait proche de Vladimir Poutine. Il aurait conclu des accords avec l’ancien gendre présumé de Poutine, Kirill Shamalov, qui est également milliardaire.

 

4- Alexeï Mordashov & sa famille

Alexey Mordashov & family

Fortune nette : 16,8 milliards de dollars

Secteur : acier, investissements

Alexeï Mordashov est né de deux parents ouvriers dans une aciérie en URSS et possède aujourd’hui des actifs dans la société de voyage TUI Group et dans le producteur d’équipements Power Machines.

 

5- Vaguit Alekperov

LE RICHISSIME RUSSE VAGUIT ALEKPEROV VEUT RECONSTRUIRE LA SONARA | CamePlus

Fortune nette : 15,2 milliards de dollars

Secteur : pétrole

Ancien ouvrier des plateformes pétrolières de la mer Caspienne, Vaguit Alekperov est par la suite devenu ministre chargé de superviser l’industrie pétrolière en Union soviétique. En 1991, il fait l’acquisition de trois grands champs pétrolifères contrôlés par l’État et crée Lukoil, qui est aujourd’hui la plus grande compagnie pétrolière indépendante de Russie. Il possède près d’un quart de l’entreprise cotée en bourse.

 

6- Gennady Timchenko

Gennady Timchenko

Fortune nette : 14,4 milliards de dollars

Secteur : pétrole, gaz

La fortune de Gennady Timchenko provient de ses participations dans les sociétés Novatek (production de gaz naturel) et Sibur Holding (pétrochimie). Il aurait des liens étroits avec le président de la Russie Vladimir Poutine.

 

7- Alisher Ousmanov

Alicher Ousmanov, ce milliardaire russe qui a croqué un (petit) bout d'Apple

Fortune nette: 13, 4 milliards de dollars

Secteur : acier, télécommunications, investissements

Alisher Ousmanov tire sa richesse de sa participation dans Metalloinvest, géant du minerai de fer et de l’acier, ainsi que de ses investissements dans Facebook, Xiaomi et d’autres entreprises de télécommunications, d’exploitation minière et de médias.

 

8 - Mikhaïl Fridman

Le puissant magnat russe juif Fridman comparaît devant un juge à Madrid |  The Times of Israël

Fortune nette : 13 milliards de dollars

Secteur : pétrole, gestion bancaire, télécommunications

Mikhaïl Fridman contrôle les sociétés d’investissement Alfa Group et LetterOne. Il a cofondé le groupe Alfa avec ses camarades d’université et ses collègues milliardaires German Khan et Alexeï Kouzmitchev.

 

9- Andreï Melnitchenko

Révélations : Les mariages les plus chers de l'histoire

Fortune nette : 12,5 milliards de dollars

Secteur : charbon, engrais

Andreï Melnitchenko détient des participations majoritaires dans le producteur d’engrais Eurochem et dans la société d’énergie du charbon SUEK. Sa première entreprise était une chaîne de bureaux de change, qu’il avait fondée dans les années 1990.

 

10- Roman Abramovitch

Roman Abramovitch - Paris Match

Fortune nette : 11,3 milliards de dollars

Secteur : acier, investissements

La fortune de Roman Abramovitch provient de ses participations dans le géant de l’acier Evraz et dans le producteur de nickel et de palladium Nornickel. Il possède le deuxième plus grand yacht du monde et l’équipe de football du Chelsea FC. En mars dernier, il a proposé d’héberger le personnel médical de Londres dans son Hôtel Stamford Bridge Millennium, qui se trouve à deux pas de l’hôpital Westminster.

Chelsea : Quand Abramovich prête son joujou à 300M€ à Franck Lampard

Des toujours cousues d’or, même si elles ont perdu 27 milliards de dollars par rapport à l’année dernière après une période difficile pour le pays.

 

La pandémie de coronavirus, la guerre du pétrole avec l’Arabie saoudite et la faiblesse du rouble ne permettent pas à la Russie de démarrer cette nouvelle décennie sous les meilleurs auspices. Les plus grandes fortunes se sont appauvries, même si elles représentent toujours 152 milliards de dollars. Les personnalités sont les mêmes, mais l’ordre du classement a été chamboulé : Vladimir Potanin est désormais l’homme le plus riche du pays, avec 19,7 milliards de dollars grâce à ses parts dans la société russe Nornickel (l’an passé, il était en sixième position).

 

La grande partie du classement reflète les 51 % de milliardaires du monde entier qui ont vu leur fortune chuter cette année, car ils ont tous perdu au moins 1 milliard depuis l’an passé. Leonid Mekhelson dégringole de sa première place l’année dernière pour passer troisième, car les actions de sa société de production de gaz naturel Novatek ont chuté de 50 % en un an. Pour sa part, Vladimir Lisin, magnat de l’acier, a perdu 3,2 milliards de dollars à cause du déclin des actions de sa société Novolipetsk Steel à hauteur de 30 % en février.

 

Lorsque les caïmans s’appauvrissent, le premier réflexe de ses prédateurs c’est d’aller chercher hors du marigot de quoi se goinfrer à nouveau. Ambrose laissa de côté les autres feuillets, il les consulterait à tête reposée à la maison. Tout ça sentait le soufre, pesait son poids de nitroglycérine, il pianota sur son criquet « Je me sens dans la peau d’Yves Montand dans le Salaire de la Peur », envoi, il était bien conscient que ça n’allait pas rassurer l’amour de sa vie, mais il ne se sentait pas la force de s’engager dans ce nœud de vipères sans elle.

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30 avril 2021 5 30 /04 /avril /2021 06:00

 

« On croyait avoir Papy Biden, on a le Popeye de la relance budgétaire »

 

Alain Frachon éditorialiste au « Monde » chronique publié le 18 mars 2021

 

On le disait fatigué, l’allure faiblarde, manquant d’énergie. En un mot : trop vieux ! Repêché miraculeux des primaires démocrates, il n’aurait gagné la Maison Blanche que par la grâce du vote anti Donald Trump. En somme, il ne fallait pas attendre grand-chose de ce centriste bientôt octogénaire, incarnation élégante – costumes cintrés à l’italienne – d’un establishment honni dans le pays. Quelle erreur !

 

L’hebdomadaire The Economist dit cette semaine que l’Amérique de Joe Biden est en passe « de défier le pessimisme ambiant ». On salue un plan de sauvetage économique post-Covid-19 – 1 900 milliards de dollars publics (environ 1 600 milliards d’euros) – de proportion gargantuesque. On croyait avoir Papy Biden, on a le Popeye de la relance budgétaire. Un risque-tout. Un président qui marque une rupture : le retour massif de l’Etat dans la conduite de l’économie. Roi de l’endettement public, fossoyeur d’une époque marquée par la crainte obsessionnelle du retour de l’inflation, Biden, selon The Economist, tente « une expérience sans parallèle depuis la seconde guerre mondiale ». Risquée.

 

Suite ICI

 

Au nom de l'unité de l'Amérique, Joe Biden est devenu aujourd'hui le 46e  président des États-Unis

Joe Biden est en passe d’accomplir une révolution économique aux Etats-Unis »

CHRONIQUE

Arnaud Leparmentier New York, correspondant

Publié le 30 mars 2021

 

Ni le Wall Street Journal ni le New York Times n’ont consacré de reportage à la visite du sénateur progressiste du Vermont Bernie Sanders en soutien aux salariés d’Amazon qui cherchent à syndiquer un entrepôt de 5 600 personnes en Alabama. Non que l’enjeu ne soit décisif, mais la partie est sans doute jouée – le vote avait lieu par correspondance jusqu’au 30 mars. Et Bernie Sanders a eu droit à des tweets rageurs d’Amazon : « Il y a une grande différence entre la parole et l’action. Le sénateur Sanders est un responsable politique puissant au Vermont depuis trente ans et le salaire minimum y est toujours de 11,75 dollars [10 euros]. Amazon offre 15 dollars, plus d’excellents soins de santé dès le premier jour. Sanders préfère parler en Alabama plutôt que d’agir dans le Vermont. »

 

 

Amazon se trompe (volontairement) de cible : celui qui a agi quand il le fallait, le vrai « révolutionnaire », c’est Joe Biden. Dès le 28 février, dans une allocution vidéo exceptionnelle, le président démocrate a mis en garde l’entreprise de Jeff Bezos, sans la citer toutefois, appelant au respect du droit des salariés à se syndiquer ou non. On pourrait dire que l’affaire est du passé, qu’Amazon a réalisé, avec son salaire à 15 dollars, ce que Joe Biden n’a pas été capable d’imposer au Congrès ces dernières semaines. Ce serait une erreur.

 

Amazon est la « Bastille » de Biden, peu importe qu’elle soit à moitié vide. Sa prise, cette semaine, créerait une dynamique politique décisive. Car il ne faut pas s’y tromper, Joe Biden est en passe d’accomplir une révolution économique aux Etats-Unis. Après avoir fait voter un plan de relance pharaonique de 1 900 milliards de dollars, il va proposer, mercredi 31 mars à Pittsburgh (Pennsylvanie), un plan de grands travaux tout aussi pharaoniques. Les démocrates ne bruissent que de hausses d’impôts, même si Joe Biden a promis dans sa campagne de n’augmenter que la taxation des revenus supérieurs à 400 000 dollars par an.

 

Plus Johnson que Roosevelt

 

Depuis le début, les commentateurs notent que les équipes Biden sont composées uniquement de centristes. C’est vrai. Nulle place n’a été faite aux Bernie Sanders, Elizabeth Warren, sénatrice du Massachusetts, ou Alexandria Ocasio-Cortez, égérie de la gauche au Congrès venue du Bronx. La seule candidate du président retoquée par le Congrès a été Neera Tanden, qui avait publié des tweets anti-Républicains et présidé un club de réflexion progressiste. Mais tout cela n’empêche pas Biden d’organiser une révolution aux Etats-Unis.

 

Le président aime à se comparer à son prédécesseur Franklin Delano Roosevelt (1933-1945), père du New Deal, promoteur de la fixation des salaires en période de dépression et resté dans l’histoire comme artisan de grands travaux. Qu’il soit permis de réfuter cette dangereuse comparaison. L’économie américaine, qui rebondit très fortement avec la généralisation du vaccin contre le Covid-19, est saine. Les grands travaux d’infrastructures ne sont pas des investissements destinés à préparer le futur. Ils s’apparentent plus à de coûteuses réparations, qu’il faut faire, mais ils n’ont rien de très high-tech. Joe Biden dit lui-même qu’en raison du réchauffement climatique, il va falloir surélever ponts et routes d’un mètre. La préparation du monde de demain est quant à elle faite, avec succès, par les géants de la technologie américaine.

 

La comparaison la plus juste est celle qui vaut avec le président Lyndon Johnson (1963-1969), le vrai réformateur de l’Amérique, à la différence de Kennedy qui fut avant tout une icône. Les Etats-Unis souffrent de pauvreté, d’inégalités et de discriminations criantes. Ce sont ces sujets qu’il convient de traiter. Au début de son mandat, Joe Biden a décrit un tableau apocalyptique de l’Amérique dont il héritait, digne de la Grande Dépression. Cette vision, électoraliste, était fausse. M. Biden a commencé à la corriger et c’est tant mieux. Les fondamentaux économiques des Etats-Unis sont bons. Le pays vit une crise digne des années 1960 plus que des années 1930. C’est cela qui doit être corrigé. La révolution Roosevelt, non, la réforme Johnson, oui.

 

Arnaud Leparmentier(New York, correspondant)

Joe Biden à la tribune du Congrès américain, le 28 avril 2021.

Ce qu’il faut retenir du premier discours de Joe Biden devant le Congrès américain

 

Près de 100 jours après avoir succédé à Donald Trump, le président américain a déclaré, mercredi, dans son premier discours devant le Congrès qu’il avait restauré la foi des Américains dans la démocratie et que le plan de vaccination mis en place était « l’un des plus grands succès logistiques » de l’histoire du pays.

 

Alors qu’il passera le cap de ses 100 premiers jours à la Maison Blanche jeudi, Joe Biden s’est adressé mercredi devant le Congrès américain pour la première fois depuis son élection. Le locataire de la Maison Blanche a décliné son « Projet pour les familles américaines », d’un montant total de près de 2 000 milliards de dollars, qu’il entend financer par des hausses d’impôts.

 

Il a décrit un « pays en crise » à son arrivée au pouvoir : crise sanitaire et économique mais aussi l’assaut contre le Capitole du 6 janvier par des partisans de Donald Trump« la pire attaque contre notre démocratie depuis la guerre de Sécession ». Mais il a aussi souligné le chemin parcouru.

 

« L’Amérique va de nouveau de l’avant »

 

« Après 100 jours, je peux le dire au pays : l’Amérique va de nouveau de l’avant », a-t-il lancé. Pour la première fois dans l’Histoire, deux femmes avaient pris place derrière le président, dans le champ des caméras : Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre, et Kamala Harris, devenue en janvier la première femme à accéder à la vice-présidence.

 

« Il était temps ! », a lancé le président américain, sous des applaudissements nourris, juste avant d’entamer son discours.

 

Se posant en défenseur de la classe moyenne, Joe Biden a vanté un gigantesque plan d’investissement visant à créer « des millions d’emplois » pour les Américains qui se sentent tenus à l’écart.

 

Annuler les baisses d’impôts pour les plus riches

 

« Je sais que certains d’entre vous se demandent si ces emplois sont pour vous. Vous vous sentez abandonnés et oubliés dans une économie qui change rapidement », a déclaré M. Biden, dans une allusion à peine voilée à son prédécesseur Donald Trump qui se posait en champion des « oubliés ».

 

« Près de 90 % des emplois dans les infrastructures (prévus dans son plan présenté le mois dernier) ne nécessitent pas de diplômes universitaires », a-t-il insisté.

 

Le plan, qui suscite déjà la colère des républicains, est ambitieux : 1 000 milliards d’investissements, en particulier dans l’éducation, et 800 milliards de réductions d’impôts pour la classe moyenne.

 

Pour le financer, le démocrate propose d’annuler les baisses d’impôts pour les plus riches votées sous Donald Trump, et d’augmenter les impôts sur les revenus du capital pour les 0,3 % d’Américains les plus fortunés. « Il est temps que les entreprises américaines et que les 1 % d’Américains les plus riches commencent à payer leur juste part », a-t-il martelé.

 

Avec une promesse martelée sur tous les tons : aucun Américain gagnant moins de 400 000 dollars par an ne verra ses impôts augmenter.

 

Cette allocution marquait aussi le début d’un âpre combat au Congrès : si son plan de soutien à l’économie de 1 900 milliards de dollars a franchi l’obstacle sans véritable difficulté, les discussions sur ses gigantesques programmes d’investissement dans les infrastructures et l’éducation s’annoncent beaucoup plus houleuses.

 

Succès logistique du plan de vaccination

 

À la tribune, le président démocrate a estimé que le plan de vaccination mis en place aux États-Unis contre le Covid-19 était « l’un des plus grands succès logistiques » de l’histoire du pays.

 

Plus de 96 millions de personnes, soit près de 30 % de la population, sont considérées comme totalement vaccinées. Et, dans une décision chargée en symboles, les autorités sanitaires ont annoncé mardi que les Américains ayant reçu les piqûres salvatrices n’avaient désormais plus besoin de porter de masque en extérieur, sauf au milieu d’une foule.

 

Revenant sur un autre sujet de société brûlant, le président a appelé le Sénat à adopter dès mai un vaste projet de réforme de la police, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de l’Afro-Américain George Floyd, sous le genou d’un policier blanc

 

Pas « l’escalade » avec la Russie

 

Sur le front diplomatique, Joe Biden a martelé sa fermeté vis-à-vis de Pékin et de Moscou. Il a souligné qu’il ne cherchait pas « l’escalade » avec la Russie, tout en insistant sur le fait que Moscou devrait répondre de ses actes. Assurant ne pas « chercher le conflit avec la Chine », il a insisté sur le fait qu’il était « prêt à défendre les intérêts américains dans tous les domaines ».

 

Le sénateur républicain Ted Cruz a dénoncé la « vision socialiste » du président démocrate. Et offert en résumé en trois mots du discours présidentiel : « Ennuyeux mais radical ».

 

Si le discours présidentiel sur la colline du Capitole est un rituel qui rythme la vie politique américaine, celui de cette année s’est déroulé dans une atmosphère singulière, Covid-19 oblige.

 

Pas de « designated survivor » cette année

 

Seules quelque 200 personnes, contre plus de 1 600 habituellement, se sont retrouvées dans la prestigieuse enceinte de la Chambre des représentants pour y assister. Et les élus ont été priés cette année de présenter une liste d’invités « virtuels ».

 

John Roberts était le seul juge de la Cour suprême présent. Le chef de la diplomatie, Antony Blinken, et le chef du Pentagone, Lloyd Austin, étaient également sur place mais le reste du gouvernement a regardé le discours à la télévision.

 

Autre rupture avec la tradition : il n’a pas été nécessaire cette année de choisir un « designated survivor », un membre du gouvernement désigné chaque année pour ne pas assister au discours et qui reste dans un endroit tenu secret afin d’être en mesure de prendre les rênes du pouvoir en cas d’attaque visant le bâtiment.

 

« Je n’ai jamais été aussi confiant et optimiste pour l’Amérique », a conclu le 46e président de l’histoire, à l’issue d’un discours d’un peu plus d’une heure.

 

L’atmosphère était nettement moins tendue que lors de la dernière intervention de Donald Trump dans cette enceinte, en février 2020. Avant le discours, il avait ostensiblement évité de serrer la main que lui tendait Nancy Pelosi. Une fois l’allocution terminée, cette dernière avait déchiré sa copie du discours d’un geste théâtral.

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29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 08:00

Photo 1 - Plaque métal déco 40x30cm un train peut en cacher un autre panneau vintage SNCF

Ambrose plaça son cabas « Terroirs d’Avenir, où gisait l’enveloppe immaculée, cachetée du sceau de cire d’ADN, dans le panier avant Brooks de son vélo. Si les  terrasses avaient été ouvertes, il aurait pris plaisir à briser le sceau pour savoir à quelle sauce il allait être mangé. Aux feux du débouché de la rue de Castiglione sur celle de Rivoli, les grilles ouvertes  du jardin des Tuileries lui ouvraient les bras. Il attacha son destrier sous les arcades, au poteau d’une affreuse pancarte, qui faisait face à la librairie Galignani, une bouffée de souvenirs du temps où il flânait dans ce temple aux origines vénitiennes. Au XVIe siècle, une famille d’imprimeurs vénitiens s’installait à Paris. Et un siècle et demi plus tard, Ambrose s’immergeait dans son décor somptueux, alignement de lourdes bibliothèques de bois sombre et ciré, parquet ancien, demeuré intact depuis les années 1930, et dans cette atmosphère d’un calme absolu, l’amoureux des livres qu’il était se sentait un peu comme Holly Golightly, l’héroïne de Capote, dès qu’elle passait la porte de chez Tiffany’s : il lui semblait que rien de grave ne puisse lui arriver...

 

 

Le jardin des Tuileries, enfin débarrassé des horreurs de Marcel Campion, en ce temps de confinement, reprenait des allures de havre de paix, un lieu de promenade, de recueillement loin des fureurs de la ville. Ambrose se rappelait, en s’asseyant sous un bouquet d’arbres, qu’il fut créé, au XVIe siècle, par Catherine de Médicis pour l’usage exclusif de la cour, avant que Louis XIV ne décide d’en faire une promenade publique ou presque. On filtrait aux grilles, et si vous étiez domestique, simple soldat, ou de couleur, vous n’aviez aucune chance d’y entrer. Mais tous ceux qui le pouvaient s’y pressaient. Il faut dire que jusqu’à Napoléon III, il n’y avait à Paris que très peu de jardins ouverts au public. Outre les Tuileries, on pouvait prendre l’air au jardin du Luxembourg ou au jardin des Plantes et se promener dans les allées arborées du Palais-Royal. Le jardin arboré pour le plaisir des promeneurs, qui pouvaient admirer des arbres exotiques comme le marronnier d’Inde, mais également pour les protéger du soleil. Au XVIIe siècle il fallait absolument avoir la peau blanche, comme la reine. Être cuivré, tanné, c’était la marque du peuple, le signe d’une basse extraction. Au XVIIe siècle, on plantait des arbres pour protéger la blancheur de l’aristocratie. Au XXIe, l’arbre servait à rafraîchir tout le monde, les gens, comme aime à le dire Mélenchon. Ils en avaient bien besoin.

 

Comme de bien entendu, à peine assis, le grelot déjanté fut pris de soubresauts, l’impatiente venait aux nouvelles.

 

« Alors, tu repiques à ta vie dans les hautes sphères qui t’enivrent de leurs flaveurs d’écurie ?

 

Allait-il la faire mariner ?

 

Ambrose fit sauter le sceau avec la pointe de son Opinel. L’enveloppe contenait une chemise cartonnée violette : revue de presse sur les chasses de Chambord et une petite enveloppe en papier recyclé violet : Nous allons faire proprement un métier sale. Le salaud, ça sentait le gaz à plein nez ! Pour se détendre Il feuilleta la revue de presse.

 

 

Raphaëlle Bacqué écrivait dans LE MONDE du 18.12.2009 alors que Nicolas Sarkozy venait de nommer son conseiller Pierre Charon président de Chambord. Dans la plus pure tradition de la monarchie républicaine.

 

« Qui n'a pas admiré l'aube froide se levant sur Chambord, un jour de chasse, n'a rien vu. On y arrive le plus souvent la veille, muni de ses fusils, pour une battue aux sangliers ou un tir sélectif à l'affût ou à l'approche, d'un ou deux cerfs. Les invités, qui ont dormi dans une auberge face au château, se retrouvent, au petit matin du vendredi, pour une élégante collation, avant de partir en 4 × 4 pour les 160 hectares clos de murs où se cache le gibier. A midi, on déjeune dans une clairière, et le soir, on se retrouve pour un dîner aux flambeaux dans la grande salle du château. »

 

Malgré le froid cinglant de ce jour de décembre, la cérémonie a été retardée d'une heure. Pour ce "tableau" – l'hommage rendu au gibier après la chasse –, on attend un invité prestigieux. Éclairés au flambeau, les plus gros sangliers sont alignés sur un lit de branchages. Avec plus de 30 bêtes tuées au compteur, la partie a été superbe. C'est, en vérité, toujours le cas à Chambord. Dans cette forêt si giboyeuse – plus de 800 cerfs et biches et 1.500 sangliers y trouvent refuge –, peu de chances de rentrer bredouille. Un scénario encore plus improbable aujourd'hui : la battue réunit les présidents des fédérations de chasse françaises, tous de fines gâchettes. Le soleil s'est couché depuis longtemps sur le château construit par François Ier. Soudain, les phares d'une berline noire balaient les arbres. La portière s'ouvre : Emmanuel Macron, bottes aux pieds, sort de la voiture. Le président de la République, qui fête son anniversaire dans le domaine, est venu assister au rituel. On se recueille quelques minutes pendant que les sonneurs jouent des airs traditionnels. Puis le chef de l'État salue un à un les chasseurs, maîtres-chiens, rabatteurs et gendarmes. Dans un discours improvisé, il fait l'éloge de la chasse, ce "formidable atout pour la biodiversité". "Je serai le président qui développera la chasse, vous pourrez toujours compter sur moi." La rencontre durera presque une heure. Avant qu'Emmanuel Macron ne rejoigne Brigitte et ses petits-enfants pour manger une crêpe au village.

 

"Cela faisait quarante ans qu'un président de la République n'avait pas osé assister à un tableau…" Attablé dans un café proche des Invalides, Thierry Coste, teint halé et sourire un rien carnassier, ­savoure sa victoire. Un chef de l'État posant à côté du gibier encore fumant? Du jamais-vu depuis Giscard. Seul raté de la séquence : l'Élysée avait exigé qu'aucune photo ne fuite. Mais un des participants n'a pu s'empêcher d'immortaliser la scène. Le cliché, très sombre, s'est rapidement propagé sur les réseaux sociaux. Lobbyiste de la chasse, "­Machiavel de la ruralité" comme il aime à se présenter, ­Thierry Coste est un habitué des antichambres du pouvoir. Sous ­Nicolas ­Sarkozy comme sous ­François ­Hollande, cet homme jovial a toujours eu ses entrées à l'Élysée. Mais jamais, avant ­Emmanuel ­Macron, un chef de l'État ne lui avait prêté une oreille aussi attentive. La suite ICI 

 

Sans aucun intérêt !

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