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19 mai 2021 3 19 /05 /mai /2021 06:00

Albert Finney

 

Aujourd’hui c’est « Les Leçons de la vie » (1993)

 

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« Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez vous » fait on dire à Eluard.

 

C’est ce qu’il faut retenir à propos du pourquoi de ce film. 

 

Je lis, au générique de la présentation des programmes : Albert Finney. Chic, ma soirée est faite. 

 

Il suffit du nom d’un acteur présent sur ma liste d’acteurs préférés pour, sans plus, emporter mon adhésion. Un peu comme suivre, ipso facto, les informations du Taulier pour me rendre à Assignan au château Castigno ou à Chatillon-en-Diois voir la gueule que pourrait  bien avoir, et ce village, et Pierre Jancou. 

 

C’est comme ça, on ne se refait pas. Les élans du cœur ou rien.

 

Dans un premier temps je fus déçu. C’était bien Albert Finney mais je l’avais confondu avec Alan Bates, autre acteur fétiche que j’aime depuis le méconnu «  Le roi de cœur » d’Edouard Molinaro bide retentissant sur toute la ligne en 1966. Nous y reviendrons.

 

Je les confonds toujours comme je confonds toujours et encore ma droite et ma gauche etc.

 

Bien évidemment ils  ne se valent pas .Mais c’est toujours un plaisir de suivre un film dans lequel l’un ou l’autre joue.

Une fois mes idées remises en place, Le film.

 

Quelle est l’histoire ?

 

Andrew Crocker-Harris enseigne les lettres classiques depuis 18 ans à l'Abbey College, établissement d’enseignement très chic. Au fil du temps il s'est rendu très impopulaire aux yeux de ses élèves et de ses collègues. Dur et autoritaire, il était surnommé «Hitler des cinquièmes». 

 

Son départ, provoqué par une mise à la retraite anticipée, ne désole pas grand monde. Seule Laura, sa femme, n'est pas satisfaite de ce changement qui l'éloigne de Frank Hunter, son amant, un professeur de sciences, car son mariage tourne au désastre.

 

Alors qu'il doit quitter le collège, Taplow, l'un des élèves de Crocker-Harris, sera le seul à lui rendre hommage une dernière fois . Il lui offre une traduction de l'«Agamemnon» d'Eschyle qu’il a trouvé chez un bouquiniste et qu’il a acheté avec son argent de poche. 

 

Alors qu’il reçoit ce cadeau, il interroge Taplow qui se montre à la hauteur et prouve que cet élève a été plus proche de son enseignement qu’on aurait pu le croire. Ce geste va bouleverser le vieux professeur acariâtre qui continue à lire Eschyle devant Taplow. Subjugué, celui-ci  écoute le vieux maître qui montre enfin une véritable passion pour son sujet et lui donne un aperçu du professeur qu'il aurait pu être.

 

Tout accable les derniers jours de Crocker-Harris dans l’établissement. La prise de conscience des tromperies de sa femme. Le mépris dans lequel elle le tient, affiché en public. Le refus du directeur de le faire bénéficier des avantages usuels en matière de retraite. La demande qui lui est faite de bousculer, en sa défaveur, les préséances, la encore usuelles lors de la grande fête de la fin de l’année scolaire.

 

Sans que cela ne constitue une fin heureuse, il va trouver le courage de triompher de tout ce qui s'acharne contre lui.

 

Réalisation

 

Elle est de Mike Figgis un réalisateur britannique qui a su donner beaucoup de charme à ce film qui se déroule en lieu clos. Et cela, malgré l’agitation de la fête de fin d’année scolaire qui réunit parents, élèves, professeurs, anciens et tout en soulignant l’hypocrisie des relations sociales et la férocité feutrée comme seule les Anglais savent la distiller entre eux. 

 

Les fleurets sont mouchetés mais n’en blessent pas moins pour autant.

 

Bref il se dégage, grâce à l’élégance de la mise en scène, une sombre mélancolie à laquelle on s’abandonne sans déplaisir.

 

De Mike Figgis je connaissais et appréciais son premier film « Un lundi trouble » (Stormy Monday) tourné en décor naturel à Newcastle qui, rien que pour cela, mériterait le détour. Newcastle sert aussi de décor naturel au film La Loi du milieu  (1971) avec tient tient…Michael Caine. Nous reviendrons sur ces deux films.

 

Albert Finney

 

Lors de sa formation, il a Alan Bates et Peter O'Toole comme condisciples. 

 

Sa filmographie est impressionnante. Quelque 45 films. C’est un acteur exigeant et sollicité de toute part et par les plus grands metteurs en scène. Il entend rester libre avant tout car le théâtre reste une activité importante dans sa vie. 

 

En 1961 l'acteur hors normes refuse le rôle de Lawrence d'Arabie et un cachet de 100 000 dollars pour diriger une troupe théâtrale à Glasgow pour un salaire modique de vingt dollars par semaine. 

 

En 1962, il tourne « Tom Jones », comédie picaresque  ou il virevolte dans le rôle de ce personnage de mauvais garçon sympathique. Cette performance le sacre star et lui vaut sa première nomination à l'Oscar.

 

Il refuse le star système . « Dans le Crime de l’Orient Express »sa composition toute personnelle d’Hercule Poirot, a enthousiasmé public et critique ( un peu moins votre serviteur) Cependant, il refuse de reprendre le rôle pour « Meurtre sur le Nil » qui écherra à Peter Ustinov.

 

Un petit mot pour Michael Gambon qui interprète le rôle du Docteur Frobisher directeur de l'Abbey College . Il se sépare avec une joie non dissimulée de ce professeur encombrant, d’une autre époque et qui fait tache sur l’image de modernité qu’un établissement de son standing doit présenter. 

 

Avec sa désinvolture à l’égard de Crocker-Harris, il joue à la perfection de sa morgue, mais aussi de sa feinte compréhension des parents d’élèves n’accordant de l’intérêt qu’aux plus riches ou au plus haut dans l’échelle sociale .Tout le chic de l' Old England »

 

Pax

 

Prochainement « La Rose et la flèche »

 

Le légendaire Albert Finney s'est éteint à 82 ans ICI

Paris Match ||Mis à jour le 

 
Albert Finney au côté de Julia Roberts dans «Erin Brockovitch, seule contre tous».
Albert Finney au côté de Julia Roberts dans «Erin Brockovitch, seule contre tous».Universal Pictures / Columbia Pi / Collection ChristopheL/AFP
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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 08:00

https://www.vanityfair.fr/uploads/images/thumbs/201932/c1/vf_opg_bonjour_tristesse_2953.jpeg_north_360x640_transparent.jpg

Les affaires de Jean prenaient de l'ampleur, les clients affluaient, achetaient, si nous n'y prenions garde nous allions manquer de marchandise. Notre originalité, la patte de mon patron farfelu, tenait à ce que, à la Ferme des 3 Moulins, voisinaient des meubles et des objets de brocanteur, à des prix raisonnables, et des pièces rares dignes des meilleurs antiquaires. Ma bonne gestion des finances nous avait permis de financer de belles acquisitions à des prix de marchands. La revente, coup sur coup, d'un compotier en vieux Rouen et d'une adorable petite commode signée d'André Charles Boulle - une merveille bien achetée à une vieille originale et très bien vendue à un industriel du Nord - nous donnait capacité à aller draguer sur le continent des confrères moins bien lotis que nous. Le stock de fin de saison est l'ennemi du brocanteur. Il lui faut de la fraîche pour se livrer à son plaisir favori : acheter. Jean pouvait partir en chasse. Sans conteste, avec son allure de Pierrot lunaire, ses fringues pourries et ses sandales en plastoche, il était l'un des meilleurs de la place, surtout auprès des vieilles dames grosses pourvoyeuses de notre biseness. Il les embobinait, en grommelant des tirades incompréhensibles tout en grignotant des gâteaux secs et en sirotant des petits verres de vin doux. Le seul problème était de le laisser battre la campagne avec autant de liquide en poche. Marie, fine mouche, trouvait la solution : Button. « Il vous servira de chauffeur et de banquier... » et d'ajouter « C'est plus prudent » sans préciser s'il elle faisait allusion à sa conduite automobile approximative ou à son côté panier percé.

 

Avec Marie nous évoquions, pour la rentrée, notre installation. Mon pécule gagné sur l'île, plus la petite rente que lui versait son père, nous permettraient de louer soit un studio, soit un petit deux pièces dans la partie populaire de Nantes. Pour vivre ensuite, les petits boulots ne manquaient pas. Nous aviserions. La perspective d'entamer notre vie commune, rien que tous les deux, nous rendaient plus amoureux encore. Marie me rendait simple. Je ne fabriquais plus de nœuds. Depuis notre première jour, à aucun moment, nous nous étions livré au ballet traditionnel du je me présente sous mon meilleur jour et je me garde bien de remarquer, les grandes et les petites choses, qui m'agacent chez l'autre. Pour ce qui me concerne, ça tenait de l'exploit. Avant elle c'était mon mode fonctionnement exclusif. Quant à Marie, comment le dire sans paraître prétentieux, elle me dispensait, à doses quasi égales, ce qu'il me fallait, et d'admiration, et de franchise. Avec son petit air pince sans rire, et sans jamais me faire la morale, elle mettait le doigt sur mes si nombreuses contradictions. Elle me rendait léger. Nous aimions être ensemble. Nous aimions nous retrouver. Je ne lui cachais pas son soleil et elle me donnait sa lumière.

 

Ce lundi-là, le père de Marie, ce cher maître, annonçait par téléphone son arrivée sur l'île pour le lendemain. Branle-bas de combat pour Marie, il lui fallait mettre la villa en ordre de marche. Bien sûr, il ne venait pas seul, une cour de beaux jeunes gens l'accompagnait. Pendant toute la journée Marie vaqua. Le soir venu, j'allai la chercher pour que nous dînions à la Ferme des 3 Moulins. La pauvre était fourbue. Pour lui redonner des forces je lui fis des spaghettis à la carbonara. Marie tombait de sommeil. Comme elle devait rentrer à la villa je lui proposais de la raccompagner. « Non, non me répondait-elle, je prends le solex, ça m'oxygénera et toi tu dois attendre le coup de fil de Jean... » En effet, celui-ci, qui était toujours sur le continent m'appelait tous les soirs au téléphone aux alentours de minuit. Je bougonnai que Jean pouvait attendre. Marie me faisait les grands bras « Je suis une grande fille mon amour, les loups garous ne vont pas me manger en chemin. Tu sais bien que si tu n'es pas au bout du fil quand il appellera, grand zig va paniquer... » De mauvaise grâce je cédai. Avant qu'elle n'enfourche le mini-solex je la serrai fort. La nuit était claire. Le lit grand et froid. Comme ce cher maître refusait d'installer le téléphone dans la villa, je ne pouvais même pas appeler Marie. Le sommeil me précipitait dans une nuit agitée. On tambourinait à la porte d'entrée. J'étais en nage. Dans l'encadrement, sous la lumière jaune du lumignon, le capitaine de gendarmerie Thouzeau, en se tordant les mains me disait d'une voix enrouée «  Il vaut mieux que je vous le dise tout de suite monsieur, elle est morte. C'est encore un de ces fichus poivrots... »

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18 mai 2021 2 18 /05 /mai /2021 06:00

La classe de Georges Archipoff vers 1960

Georges Archipoff dans sa classe en 1957-1958 à l'école de Clerval

Jean-Yves Bizot ce fut le 25 novembre 2008

 

3 Questions à Jean-Yves Bizot vigneron à Vosne-Romanée ICI 

 

 

Vigneron, mais pas que… Jean-Yves Bizot, l'ésotérique de Vosne-Romanée ICI

 

Bourgogne | TOP 25 des vins les plus chers aux enchères du 1er semestre 2019 ICI 

 

Notons aussi la présence du domaine Bizot (Echezeaux grand cru 2002 : 1 034€, +14%) qui, lui, vinifie ses vins de façon naturelle.

 

Echézeaux Grand Cru Domaine Bizot 2002 | Barnebys

 

Domaine Bizot €4183 Échézeaux Grand Cru 2018 ICI

 

Lorsque Jean-Yves s’interroge – j’ai un faible pour les « je m’interroge ? » prononcés à la manière de l’ex-cardinal, archevêque de Paris, Mgr Marty avec l’accent rouergat – ça me rassure, je me dis mon coco tu as pointé hier le doigt dans la bonne direction.  

 

Donc, un titre sage, ça vous reposera de mes excès d’hier, mais, comme le dit un vieux proverbe du pays de Caux : « Méfie-té de … », sous la sagesse se niche de la pertinence, parfois même de l’impertinence, et ça met le doigt là où ça fait mal.

 

 

Jean-Yves Bizot

 

Le texte débute mal. Rien n’empêchait que ce ne soit pas le cas, mais on achoppe sur deux points, Déjà la question est trop réductrice.

 

Pourquoi la limiter au vin ? 

 

Et puis, traduction d’une forme de présomption : une note n’est pas donnée, elle est attribuée. Pour qu’il y ait don, il faut quelqu’un pour le recevoir. UN vin ne reçoit rien ici. 

 

Ou alors, la note comme distinction ? Allez savoir...

 

La question donc : à quoi sert une note ? 

 

Avant de savoir à quoi elle sert, on peut déjà se demander ce qu’elle est. C’est une mesure, rien d’autre qui satisfait bien sûr celui qui la met, peut-être celui qui la reçoit et répond à une une finalité très simple : établir un classement. 

 

Un outil, un simple outil de mesure, qui permet les comparaisons : bon, moins bon, très bon... Outil  à prétention de valeur absolue, car rationnelle : un nombre est une valeur et deux valeurs différentes indiquent deux mesures différentes. 

 

Sauf que l’étalon reste à créer, et je m’amuse encore de voir des copies notées au 25ème de point quand l’erreur peut porter sur 2 ou 3 points suivant les matières, et ce même en mathématique. En fait c’est juste une estimation, qui révèle plus de la personne qui l’attribue que de l’objet jugé lui-même. 

 

Avoir pratiqué l’exercice de correction de copies, de loin en loin, m’a amené bien sûr à me poser des questions. Comme je n’ai ni la compétence, ni la légitimité des enseignants pour le faire, ni une habitude qui deviendrait réflexe, attribuer une note à une copie m’a beaucoup perturbé. Et ce d’autant plus que la double correction était de rigueur… 2 ou 3 points d’écart sont monnaie courante. 

 

Ça se gère. 

 

Moins quand 12 points d’écart surviennent : dans ce cas on se demande nécessairement si on a corrigé la même copie. Admettons que les deux correcteurs deviennent l’un et l’autre plus exigeant ne changera rien à l’affaire, même si l’écart diminue. 

 

Mais, d’interrogation en interrogation, j’ai fini par ne plus rien noter, pas même et surtout mes collègues. Plus de jurys de dégustation, et surtout je me refuse à participer aux séances de dégustation d’agrément, m’estimant non- compétent pour juger leur travail. Ni la morale de groupe, ni le grégarisme, ni la curiosité  ne me convaincront jamais de changer de point de vue. 

 

Deux articles pour compléter, bien sûr parce qu’on ne peut pas parler de notes sans parler d’école : ICI et ICI 

 

Le second est extrêmement révélateur d’une tendance de fond : l’existence de comportements ou d’habitudes les justifie puisqu’ils sont. Ce qui évite la question à un niveau supérieur, qui serait quant à lui le plus légitime. 

 

Pourquoi la note est-elle ? 

 

Il constate : la note EST dans notre société. En quoi son existence est-elle naturelle, et est-ce parce qu’elle EST qu'elle est utilisée partout et par tous ? ou est-ce parce que tout le monde l’a subie à un moment de sa vie, celui de l’éducation, qu’on se trouve, à l’état adulte, passer dans le rôle du sachant et donc habilité à mettre des notes ? 

 

Parce qu’en fait plus qu’une question de compétence de celui qui la met, ce que traduit l’attribution de la note est une question de pouvoir, de subordination de l’autre. Je note, donc j’ai le pouvoir. Subordination qu’on retrouve dans la première phrase du texte de en Magnum : donner, c’est asservir. Exercice à double jeu car si on note, on est noté, partout et par tout le monde : dans son travail, par ses pairs, par ses supérieurs, par ses clients, par la gendarmerie… On note donc peut-être aussi par revanche, qui sait ? 

 

Mais le fait est là. Il y a des notes partout, et qui dit note… nous devons tous êtres des élèves modèles. A moins qu’il ne faille parler du modèle élève ? 

 

Le citoyen serait-il devenu un élève ? 

 

J’avais déjà évoqué sur ce blog mon ressenti lors de la réception d’un courrier de SIQOCERT. Je ne reviens pas dessus mais la réception d’un courrier du ministère de l’Intérieur, à l’occasion de la restitution d’un point perdu de mon permis (permis à point, donc….) de conduire m’a conduit à la même perception psychologique : j’étais retombé en enfance, et je recevais un bulletin scolaire. Elle me semble très gentille la personne qui l’a signée, mais mon statut de citoyen comme son statut de fonctionnaire, aussi élevé soit-il, ne lui accorde nullement le droit de me traiter avec cette condescendance. Je l’ai hélas égaré sinon vous l’auriez eu en photo, mais ceux qui ont récupéré un point savent de quoi je parle.

 

Allez, encore un article, c’est l’avant dernier, promis. ICI

 

 

Bref, pour en revenir à ces histoires de notes de En Magnum, je me suis demandé où il ne fallait pas rire, car si l’argumentation et les justifications paraissent solides, l’article tourne en rond et aboutit à de l’autojustification. Des arguties plutôt que des arguments. 

 

Disons simplement que les Bordeaux de 2020, sont très bons, très très bons. Sincèrement, qui en aurait douté ? 

 

Sauf que la bonne volonté et ses petits bras musclés d’ En Magnum ne changeront pas grand-chose au marché de Bordeaux. Le Bordeaux Bashing ne sera pas lavé hélas par cet article et probablement pas davantage après la révolution opérée dans la notation des vins. Un pschitt est resté célèbre en politique. Je doute pour celui-ci. Ce n’est pas la note qui crée l’adéquation au marché, ni même le marché. L’auteur en a bien conscience puisqu’il évoque l’épuisement du système Parker.

 

Un 100/100 de Parker ou d’un autre ne m’a pas forcément procuré d’émotions particulières, pas plus qu’un chapeau bas de Michel Bettane dans ses grandes heures. C’est vrai pour le vin, mais c’est vrai aussi pour d’autres créations. Ce n’est pas non plus parce que toute la critique s’accorde pour porter au pinacle une œuvre littéraire que j’y adhère de facto. 

 

ça m’a valu des séances de lecture obstinée, qui ne m’ont rien apporté, si ce n’est l’ennui, l’ennui, l’ennui. C’est très long la Montagne magique... 

 

L’inverse est vraie aussi : j’ai aimé des textes rejetés ou dédaignés (Et la Forêt les dévora, de Robert Gaillard chez Fleuve noir, improbable pépite d’une bibliothèque de grenier). 

 

Et il y a des cas, où je suis en phase : Proust, que j’ai dévoré dans tous les sens pendant 10 ans. J’en suis incapable aujourd’hui.  Tout est donc possible.  

 

Alors comment se fier à une note de critique ? 

 

D’autant que cette note change au cours des temps, donc qu’elle est relative : le jugement sur les œuvres évolue. Nous ne lisons pas les mêmes œuvres aujourd’hui qu’il y a 100 ans. Fort heureusement. Au cours d’une vie aussi : à 20 ans on ne lit pas les mêmes livres qu’à 50. Fort heureusement. De même, je ne bois pas les mêmes vins aujourd’hui qu’il y a 20 ans. 

 

Je ne suis pas certain que le goût s’affine avec l’âge. La connaissance dans la construction de celui-ci n’y est pour rien, mais l’acuité de la perception.

 

Ce propos n’est pas neutre. Qu’en est-il de cet article sur Bordeaux ? Oui, bien sûr, une région de grands vins. Les Grands Vins des années 80, 90, 2000, incontournables. Ils ont servi d’exemples, de référence. Leurs techniques d’élaboration, répondant à une esthétique forte et affirmée, s’est installée partout, de manière presque exclusive, là parfois où elle n’avait rien à faire. Mais ce sont aussi les vins d’une carrière, et finalement cet article ne dit rien d’autre. 

 

Bordeaux continue à faire de bons vins, sur ce modèle. Il semblerait qu’on aime à En Magnum. Rien à redire, mais un tel article n’oblige pas à prendre conscience de ses limites. Pour le (ou les) dégustateurs, une manière de se conforter, de se rassurer dans un monde qui se transforme, face aux choses qui changent. Pour la région aussi de production aussi peut-être, et à ce niveau la responsabilité est plus grande. Les potentialités de Bordeaux sont immenses, mais le risque est de continuer à jouer une partie datée. Comme les autres régions viticoles, perdurer reviendra à dépasser son modèle de réussite

 

La viticulture française en est là. Bordeaux doit dépasser son modèle technique, la  Bourgogne son modèle terroir, la Champagne son modèle industriel, d’autres régions encore leur modèle artisanal.  Et ce petit article en dit sur le niveau d’accompagnement dont bénéficie la filière dans sa transformation.

 

Là je ne ris plus.

 

« Changeons les graduations du thermomètre pour que la température affichée soit 36°5. Tout ira mieux. » On ne va guère plus loin dans ICI. Ce n’est pas en révolutionnant la notation qu’on changera la critique. Il faut, là aussi, un autre modèle. Car finalement, à quoi ça sert, l’évaluation ? 

 

À l’école, comment mettre l’évaluation au service des apprentissages ? ICI  

Steven Spurrier dans la cave de sa maison du Dorset, août 2020. Lucy Pope , Author provided

Depuis quand note-t-on les vins ? ICI

Doctorante en Economie du vin, Université de Bordeaux 

 

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 08:00

Monbazillac 1940 - Au droit de bouchon

Le « Tu peux monter vos affaires dans ta chambre... » fut le sésame de maman. Après le dîner nous prîmes le frais dans le jardin. Comme je l'avais prévu, mon mendésiste de père, prenait un malin plaisir à mettre Marie sur le grill en la prenant à témoin de la légèreté et de l'inconsistance du mouvement de mai. Pratiquant à merveille le billard à bandes c'est moi qu'il visait. Pour lui, avec ce qu'il me reconnaissait de talent, j'avais joué au révolutionnaire, par pur plaisir esthétique et romantique. Moi et mes petits camarades gauchistes, avec le soutien objectif des communistes, en nous contentant de psalmodier notre vulgate révolutionnaire, nous venions de priver la gauche réformiste, celle de PMF, la seule capable de tenir ferme le gouvernail et de moderniser la France, d'une éclatante victoire dans les urnes. En ressoudant aux gaullistes, la droite rentière des Indépendants, et celle encore bien planquée, sans leader, mais toujours chevillée à une part de la France xénophobe, nous avions fait le lit de Mitterrand. L'ambiguë de Jarnac saurait lui, le Florentin, s'asseoir sur le PCF pour mieux l'étouffer. Marie bichait. Elle virevoltait pour le plus grand plaisir de mon séducteur de père.

 

Avoir Marie à mes côtés dans mon lit d'enfant ravivait les souvenirs de mes soirées passées, sous la tente de mon drap, à ériger mes cathédrales, à imaginer tout ce qu'allait m'apporter mon bel avenir. Dans l'obscurité, Marie, me chuchotait « Je suis bien mon amour. Ici je me sens toi. Toute à toi. Je t'aime... » Comme nous ne galvaudions pas les je t'aime, ceux de ce soir-là, mêlés à nos caresses, à notre osmose, nous haussaient en des espaces qui donnaient à l'amour un goût d'éternité. Amour sensuel, accord parfait, nous ne nous sommes même pas aperçu que, ce n'est qu'aux premières lueurs de l'aurore, que nous nous sommes endormis. La maisonnée s'était donné le mot pour que notre grasse matinée ne soit pas troublée par la préparation du déjeuner. À notre éveil, vers dix heures, ils étaient tous partis à la grand-messe. Dans la cuisine, où notre petit déjeuner nous attendait, la logistique du repas de midi impressionnait Marie. Tout était en place, le clan des femmes, mobilisé et efficace, avait donné le meilleur de lui-même. La brioche de Jean-François était mousseuse à souhait. Maman nous avait préparé un cacao ; plus exactement le cacao qu'elle préparait chaque matin pour son écolier de fils.

 

Le service était assuré par la femme du cousin Neau lui-même préposé aux vins. Alida, la laveuse de linge, assurait la plonge. Maman, qui avait fait la cuisine, orchestrait l'ensemble avec autorité et doigté. A l'apéritif, Banyuls pour tout le monde, on disait vin cuit en cette Vendée ignare. Le menu : vol au vent financier, colin au beurre blanc, salade, de la chicorée – mon père avait droit à une préparation personnelle avec croutons aïllés – fromages : du Brie de Meaux et du Gruyère, et en dessert : un savarin crème Chantilly, évitait à mon cordon bleu de mère de passer trop de temps devant ses fourneaux. Le seul moment grave, bien sûr, avait consisté à monter le beurre blanc. En l'absence de maman, son époux facétieux informa Marie que sa Madeleine de femme avait des doigts de fée. Du côté des vins, du Muscadet sur lie, un Gevrey-Chambertin et du Monbazillac. Je haïssais le Monbazillac qui m'empâtait la langue. Tout atteignait l'excellence, même le café que maman passait dans une cafetière à boule de verre qu'elle ne sortait que pour les grandes occasions. Papa nous empesta avec ses affreux petits cigares de la Régie. Les yeux de Marie brillaient. Nous étions heureux.

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17 mai 2021 1 17 /05 /mai /2021 06:00

https://www.francetvinfo.fr/pictures/brUaM2xKcfC96_5wM1r2U_mygrY/752x423/2020/01/21/phpYllklo.jpg

Je raille, je déraille, j’en conviens, ce n’est pas nouveau mais, comme les 1.407 couvertures auxquelles vous avez échappé(es) de Charlie hebdo, le premier jet du titre de cette chronique, auquel vous avez échappé, frisait l’insulte, l’outrage à la statue du Commandeur des dégustateurs. Ma publication n’étant qu’en recto le titre en question est renvoyé en bas de page.

 

 

La nuit portant conseil, je me suis dit mon coco (ce qui m’a fait penser à Karl et son Manifeste) qui suis-je pour oser un tel titre ?

 

 

 

Rien qu’un buveur de vins nu qui puent… immodeste, bien sûr…

 

Tu peux être irrévérencieux mais l’irrévérence à des limites, même si le papy Michel, en son temps, ne s’est pas privé de gratifier les vignerons bio du doux nom de « bio-cons »

 

Le texte du Manifeste est de la plume d’un certain Louis-Victor Charvet, qui se dit « rédacteur en chef et directeur de l’expertise Bettane+Desseauve »

 

Mazette, ça en jette grave, une belle tartine sur la carte de visite de L.V.C.

 

Le susdit, pour que nous ne le confondions pas avec un dégustateur lambda, nous met au parfum à propos de son job chez B&D « l’une de mes principales missions est de veiller à ce que notre prescription demeure forte et incontournable. »

 

J’adore ce qui, de manière péremptoire, est déclaré incontournable car, n’en déplaise à L.V.C, rien dans ce domaine ne l’est, et c’est heureux.

 

L.V.C, en bon vassal de son suzerain B&D, nous explique qu’il est adoubé :

 

« C’est l’héritage que m’ont confié Michel Bettane et Thierry Desseauve, et avec eux, toute une entreprise dont la bonne santé repose peu ou prou sur la vitalité de cette mission. »

 

Je m’attendais donc à l’équivalent de l’opus de Karl&Frédéric qui a bousculé le monde.

 

Déception !

 

Le Manifeste pour une nouvelle expertise est une pépite molle, un joyau musical de joueur de pipeau pour gogos, un ripolinage poussif de l’exercice de notation, une version incolore, inodore, sans saveur, de l’expression « C’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe»

 

Pour être plus encore politiquement incorrect je cite Joseph Kessel dans Les Enfants de la chance (1934) « Je continue à voir les poules du coin, un peu vieilles, comme je les aime, quoi, je ne change pas : c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe. »

 

Je peux me le permettre puisque la maison Bettane+Desseauve abrite le pire : un certain Nicolas de Rouyn dit Rin de Rin, officiellement le rédachef d’En Magnum qui avait omis de mettre au parfum le directeur de la publication, ce pauvre Thierry Desseauve, que lui connaissait bien Fleur Godart et que la publication de la grosse merde sexiste de Régis Franc était ciblée.

 

Dans le duo B&D, la star c'est Bettane mais le drame de Michel Bettane se nomme Robert Parker, le plus grand dégustateur de tous les temps, le critique le plus puissant de la planète… (Lire plus bas)

 

Comment cet inculte fils de paysan du Maryland, petit avocat, a-t-il pu réduire, ceux qui se croyaient les seigneurs de la place, à un rôle subalterne de demi-soldes qu’on continue, par charité, à inviter ? Dans le même sac leurs consœurs et confrères de la vieille R.V.F, qu’ils ont quitté, ainsi que les autres petits couteaux  qui se la pètent tel Yohann Castaing ?

 

Il a imposé son tempo, ses goûts, sa note sur 100 : ça en jette plus qu’une note sur 20 au parfum de notre mammouth de l’Éducation Nationale. En accordant la note mythique de 100/100 aux vins qu’il jugeait exceptionnels, le critique américain Robert Parker a bouleversé le destin de nombreux domaines. Il a sorti les G.C.C des petits jeux de la place de Bordeaux, innové, même si les gardiens du Temple ont frisé le nez, fait gagner beaucoup d’argent aux heureux élus comme aux nouveaux venus type Valandraud de Jean-Luc Thunevin passé du statut de vin de garage à Premier cru.

 

Rassurez-vous je ne suis ni un adorateur de Bob Parker ni d’ « oxygénez, oxygénez… » j’ai nommé Michel Rolland le diable en personne, et je ne suis pas en train d’écrire que notre Bettane fut un dégustateur de seconde zone, je ne fais que constater le degré d’influence sur les faiseurs de vin comme sur les consommateurs.

 

Qui attend aujourd’hui avec angoisse les notes de la dream-team Bettane&Desseauve ?

 

Sans grand risque de me tromper, pas grand monde, et pourtant le Parker a vendu sa boutique, l’espace est donc ouvert.

 

De tout ceci il résulte que le fameux Manifeste tombe à plat, il a même quelque chose de pathétique, comme l’acharnement des interprètes de l’orchestre du Titanic.

 

En appeler aux mannes de Raymond Baudouin fondateur de La Revue du vin me fait penser à la Symphonie funèbre et triomphale de Berlioz.

 

« Nous le savons, cet héritage, laissé par Raymond Baudouin, fondateur de La Revue du vin de France, est exigeant. Il implique des choix forts et nécessite une hiérarchie claire (mais jamais figée) entre les vins soumis à notre jugement. »

 

Sur mon lit d’hôpital en service de soins intensifs à Cochin, les soignants me demandaient de me situer sur l’échelle de 1 à 10 de la douleur. Ce n’était que mon ressenti. Noter les vins sur la base 100, même si on élargit l’écart entre les meilleures et les plus basses, est du même type.

 

« Nos notes pour le millésime 2020, que nous jugeons excellent, seront plus basses que celles attribuées par la plupart des experts admis et reconnus, qu’ils soient français, européens, chinois ou américains. »

 

J’adore, cette extension du domaine Bettanedesseauvien qui se contente et se cantonne à notre marché domestique peu consommateur de G.C.C. Comme le proclamait la pub « Vahiné, c’est gonflé ! »

 

L’ensemble du Manifeste ICI 

 

  Amazon.fr - Robert Parker : Les Sept Péchés capiteux - Simmat, Benoist,  Bercovici, Philippe - Livres

 

« Personne n'est capable de décortiquer un vin comme il le fait. Il peut déguster de 60 à 100 vins par jour, parfois davantage. Et le plus extraordinaire, c'est qu'il peut à la fin d'une telle journée, lors d'un dîner, identifier la quasi-totalité des vins qu'on lui présente à l'aveugle sans se tromper sur le domaine ni sur le millésime. Derrière le mythe Parker, il y a un palais et un odorat exceptionnels. »

 

« Robert Parker s'est imposé par son talent et sa capacité de travail, mais il a aussi bénéficié d'un contexte particulièrement favorable. Son talent s'est révélé avec le millésime 1982, qu'il a porté aux nues dès les premières dégustations et ce contre un bouclier d'avis autorisés. »

 

Le résultat c’est que tous ceux qui ont suivi ses conseils ont gagné beaucoup d'argent : «À la faveur du millésime 1982, une frénésie acheteuse sans précédent s'est emparée des Américains. Comprenant que les commentaires et surtout les notes de Parker forgeaient la demande aux USA, les Bordelais ont commencé à pratiquer une politique de rétention des vins visant à faire monter les cours. Par exemple, en 1985, la note parfaite attribuée au Mouton-Rothschild 1982 fait quadrupler le prix de la bouteille ! C'est à partir de ce moment-là que la place de Bordeaux est devenue la plus spéculative qui soit. Aujourd'hui, plus que jamais, le négoce et la filière attendent ses notes pour se positionner. Jamais personne n'a eu une telle influence sur le marché. »

 

Robert Parker s'impose au moment où beaucoup de choses basculent. « On constate dès le début des années 1980 une profonde métamorphose du monde du vin. Robert Parker accompagne et amplifie l'évolution commencée par l'œnologue Emile Peynaud vers des rouges fruités, mûrs, boisés, aux tannins souples. Mais la révolution n'est pas seulement d'ordre technique. Une mode se dessine. Le vin devient un facteur de promotion sociale. Il est de bon ton d'en boire, mais aussi d'en parler. Le vin prend encore une dimension financière à laquelle Robert Parker n'est pas étranger. Les bordeaux, qui demeurent la référence mondiale, lui ont permis d'asseoir sa notoriété. Mais ils lui doivent aussi d'avoir tenu leur rang dans la compétition mondiale. Il suffit qu'un cru soit évoqué par Robert Parker pour que son prix s'enflamme. Même s'il n'a pas voulu la spéculation qu'il alimente, il est aujourd'hui prisonnier de son système. »

 

La défense du consommateur le cheval de bataille de Robert Parker « il a surtout marqué les esprits en se posant comme un chevalier blanc, comme le plus intransigeant défenseur du consommateur. Il a fait de l'indépendance de la critique par rapport aux professionnels du monde du vin un principe absolu. ».

 

Mais, il faudrait être naïf en ignorant les réseaux bordelais de Parker « En évoquant ses relations avec l'œnologue Michel Rolland, les négociants Archibald Johnston, Jeffrey Davies, Bill Blatch et Dominique Renard, ses amitiés avec Jean-Bernard Delmas, l'ancien administrateur du grand cru Haut-Brion et la famille Moueix, je ne relate que des choses connues de tous. Loin de moi l'idée de qualifier ces liens. Je veux seulement démontrer qu'il y a un fossé entre son discours et ses pratiques. Comment expliquer qu'il qualifie d'« amis », voire d'« experts en amitié », certains éminents acteurs du monde du vin, tout en martelant par ailleurs qu'il n'a pas d'amis dans ce milieu et rappelant inlassablement l'impérieuse nécessité pour un critique de garder ses distances avec le négoce, sous peine de compromettre la fiabilité de ses avis ? »

 

Avec le Manifeste pour une nouvelle expertise Bettane&Desseauve mute en un nouveau variant Bêtasse&DeSauveQuiPeut du naufrage…

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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 08:00

 

Au cours de la traversée nous découvrîmes, blotti dans un rond de cordages, notre Achille un peu penaud. Comment s'était-il faufilé sur le bateau sans éveiller l'attention de l'équipage, lui seul le savait ? Très, le chien d'Alexandre le Bienheureux, il nous la jouait regard implorant et queue qui frétille. Marie ne cédait pas au chantage de notre astucieux bâtard, à l'arrivée elle le confiait à Antoine Turbé, le charcutier de Port-Joinville, qui rapatriait ses carcasses de cochons dans sa fourgonnette frigorifique. À Fromentine, Lucien Buton, le menuisier qui rafistolait nos meubles, nous attendait. C'est lui qui, à la demande expresse de Jean, faisait office de chauffeur. J'avais eu beau protester, Jean n'avait rien voulu savoir. Je compris pourquoi lorsque ce tordu, alors que je m'apprêtais à grimper sur le bateau, m'avait marmonné pipe éteinte au bec « Tu me diras au retour ce que tu penses de Buton. Ce n’est pas une lumière mais il est sérieux. Tu comprends, ça me ferait un bon associé ». J'avais balancé de lui répondre « Vieux salaud de gauchiste, quand tu veux, tu sais où sont tes intérêts... » mais je m'étais contenté d'un « Tu peux compter sur moi » très professionnel.

 

En traversant le bourg de St Julien-des-Landes un détail d'intendance s'installait dans ma petite tête : maman allait-elle nous proposer de faire chambre à part ? Au lieu de m'inquiéter, cette question, qui peut vous paraître saugrenue aujourd'hui, mais qui en août 1968, aux confins du bocage vendéen, sentait le péché, déclenchait chez moi un irrépressible fou rire. Entre deux hoquets, afin de ne pas vexer le brave Lucien Buton qui s'échinait à entretenir la conversation avec Marie sur des sujets aussi importants que le nombre de voitures d'estivants qui passaient devant chez lui depuis que son voisin avait ouvert un camping dans son pré ou le prix de l'essence qui avait augmenté à cause des événements, je dis à Marie « Je repense à l'histoire que tu m'as racontée hier au soir... » Et, c'était la plus belle expression de notre complicité, même si elle n'y comprenait goutte, à son tour elle partait dans son grand rire clair. Buton, bon prince, sans poser de questions, affichait le contentement du type qui a la chance de côtoyer des gens qui ne sont pas de son monde.

 

La maisonnée nous attendait en faisant comme si de rien n'était. Maman cousait. La mémé Marie égrenait son rosaire pendant que la tante Valentine lisait Le Pèlerin, sans lunettes. Papa, avec le cousin Neau et mon frère, s'affairaient autour de la moissonneuse-batteuse. Ma sœur n'était pas là, bien sûr, puisqu'elle s'était mariée en 65. Entre la voiture de Buton et la maison j'avais affranchi Marie de la raison de mon fou-rire. Très pince sans rire elle me répondait du tac au tac « Tu sais je n'avais pas l'intention de partager ton lit cette nuit. Je ne suis pas une Marie couches-toi là mon petit Louis en sucre… » Mon soupir et mon haussement d'épaules la faisaient s'accrocher à mon bras « Ne t'inquiètes pas nous ferons comme ta maman voudra... » Au premier coup d'oeil sur maman je sus que la partie était gagnée. Marie était digne de son fils chéri. Papa, l’œil coquin, fut le premier à l'embrasser. Dans son coin, la mémé Marie, devait en direct adresser, à la Vierge du même nom, un Je vous Salue Marie de satisfaction. Même la tante Valentine, d'ordinaire avare de compliments, dodelinait de la tête pour marquer son assentiment. 

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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 06:00

 

Le confinement m'a poussé à aller explorer les derniers vendeurs de DVD d'occasion de la place de Paris. J'y ai fait une petite razzia et j'ai déniché des pépites dont ce film : « Que Dios nos perdone »de Rodrigo Sorogoyen. 

 

Que Dios nos perdone [Blu-Ray]: Amazon.fr: Antonio de la Torre, Roberto  Álamo, Javier Pereira, Luis Zahera, Raúl Prieto, María Ballesteros, Rodrigo  Sorogoyen, Antonio de la Torre, Roberto Álamo: DVD & Blu-ray

 

Après le classique La 317e section, Arte proposera Que Dios nos perdone, un film espagnol très réussi sorti au cinéma durant l'été 2017. Notez qu'il est également disponible en replay sur le site de la chaîne. 

 

Couston de Télérama aime, normal  il est gore, Sotinel  du Monde exècre, ça ne m'étonne pas, un peu pincé du c...

Críticas de cine: 'Que Dios nos perdone', un asesino anda suelto por el  Madrid más castizo

Télérama

AbonnéCritique parJérémie Couston

 

Après avoir longtemps et volontairement dissimulé l’Histoire sous le formalisme, les films policiers n’hésitent plus à inscrire l’enquête criminelle dans le contexte politique et social du pays où elle se déroule. En situant son polar en 2011, dans un Madrid étouffé par la canicule et envahi par les fidèles de Benoît XVI et les manifestants du mouvement des Indignés, le cinéaste permet à sa fiction de se confronter au réel. Pendant que la jeunesse catholique communie dans l’allégresse et que la gauche espagnole se réinvente collectivement à la Puerta del Sol, deux policiers enquêtent sur une série de viols suivis de meurtres. L’opposition entre le sacré et le profane, entre la pureté et la corruption, vient contaminer les policiers eux-mêmes, en proie à des pulsions de violence qui les rapprochent de l’homme qu’ils traquent. Le flic bègue, d’un tempérament calme à côté de son collègue au sang chaud, devient ainsi, en présence de la femme de ménage qu’il convoite, un prédateur sexuel malgré lui. Dans cette ville grouillante de touristes et de militants qui cohabitent dans une relative indifférence, le tueur en série à la gueule d’ange vient rappeler que le mal peut s’immiscer partout. Après La Isla mínima (d’Alberto Rodríguez), qui mêlait déjà les codes du polar à la politique contemporaine, ce thriller vient confirmer l’excellente santé du cinéma de genre espagnol.

 
Que Dios nos perdone  : serial killer de série

L’interminable film noir madrilène de Rodrigo Sorogoyen exécute le programme habituel du genre.

Par 

Publié le 09 août 2017 à 07h18 - Mis à jour le 09 août 2017
Raul Prieto et Antonio de la Torre dans le film espagnol de Rodrigo Sorogoyen, « Que Dios nos perdone ».

L’avis du « Monde » – on peut éviter

Pour passer les Pyrénées aujourd’hui, il semble bien qu’un film espagnol doive emporter dans ses soutes une cargaison de cadavres (sauf s’il est piloté par Pedro Almodovar). Que Dios nos perdone ne fait pas exception à cette récente régulation européenne, qui propose une collection de corps de vieilles femmes, assassinées dans des conditions atroces. Cette série de meurtres suppose l’existence d’un meurtrier en série qui lui-même appelle l’apparition de policiers lancés à sa poursuite. Et comme nous vivons dans l’ère après J.-E. (James Ellroy), ces policiers seront tourmentés par des démons qui valent presque ceux qui poussent le serial killer à hâter la fin de ses victimes.

La formule a fait ses preuves et Rodrigo Sorogoyen l’applique consciencieusement, n’épargnant rien au spectateur des autopsies des victimes ni des détails de leurs tristes fins. Quand aux tribulations de la paire d’enquêteurs madrilènes – une brute épaisse et machiste (Roberto Alamo) et un bègue au bord de la schizophrénie (Antonio de la Torre) –, sa composition respecte la vulgate contemporaine du roman noir qui veut que les policiers portent et commettent tous les péchés du monde pour en préserver le commun des mortels.

Nauséabond et ennuyeux

Tout ceci a déjà été exécuté avec plus de brio, plus de sadisme, plus de voyeurisme, parfois par des cinéastes qui se souciaient d’autre chose que de secouer le spectateur. On dirait que cette fois, le réalisateur se soucie surtout de ne pas sortir des rangs de l’ultraviolence en remplissant un hypothétique contrat qui le lierait à un spectateur amateur du spectacle de la chair morte et de la déréliction des fonctionnaires de police. Ce qui donne un film à la fois nauséabond, ennuyeux et, à plus de deux heures, interminable. 

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15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 08:00

Présentation de Marie au Temple — Wikipédia

Pour maman j'étais l'expression la plus aboutie de ce qu'une mère pouvait rêver. Ses amies lui disaient « Madeleine comme vous en avez de la chance, votre Louis a tout pour lui... » Ce statut d'enfant doué, à qui l'on donnait le bon dieu sans confession, j'en avais joué tout au long de ma prime jeunesse pour préserver mon petit jardin d'intérieur mais aujourd'hui, introduire entre maman et moi, une femme aimée, celle avec qui je voulais partager mes jours et mes nuits, n'était pas chose simple. Jusqu'à ce jour, même si mon goût pour le butinage devait lui causer quelques frayeurs, un accident était si vite arrivé en ces temps obscurs, ma chère maman s'accommodait fort bien de ne voir aucune fille s'installer dans mon cœur d'artichaut. Lors de ma dernière visite je m'étais bien gardé de préparer le terrain. Maman n'avait rien perçu, les mères aimantes sont aussi aveugles que les maris trompés, ou les épouses d'ailleurs. Pas un mot sur Marie, je m'en voulais de ce manque de courage et, chaque matin qui se levait, je me disais que j'allais lui écrire une belle lettre et, chaque soir, en me glissant au plus près du corps de Marie, la mauvaise conscience s'installait. Comment le lui dire ? Lui dire tout simplement.

 

Dans nos conversations, parlant de mon pays crotté, de mon enfance de sauvageon, de mes ballades dominicales dans les métairies, avec mon père, pour voir ses clients si peu pressés de lui régler son dû, je ne cessais de dire à Marie « Tu vas lui plaire, il va t'adorer... » ce qui me valait en retour de ma douce et tendre un beau sourire ponctué d'un regard rieur qui me titillait. Moi je traduisais « Et ta maman, elle, elle va me détester. Je suis une voleuse, la rivale absolue, celle par qui le cordon invisible se rompt... » Jamais elle n'allait au-delà, Marie attendait. À la veille du 15 août je revins de Port-Joinville avec deux allers-retours pour le continent. « Je vais te présenter à maman Marie... » Son regard se voilait d'un léger nuage et, pour faire diversion, elle voltait pour que sa jupette tournoie « Je vais tout faire pour lui plaire mon amour… » Achille, lui aussi, esquissait une gigue pataude. Jean, de derrière son journal ouvert, en bon célibataire inoxydable commentait « Vous allez monter la première marche qui va vous mener à la salle à manger des petits bourgeois... »

 

Une petite heure de traversée et pourtant nous quittions l'île d'Yeu tous les deux accoudés au bastingage comme de grands voyageurs rompant les amarres avec leur vie d'avant. Jean, égal à lui-même, la veille au soir, nous avait sorti le grand jeu. Tournée des grands ducs chez nos plus gros clients puis dîner chez Van Strappen un antiquaire, très blonde oxygénée, avec solitaire au petit doigt. Tout au Krug millésimé pour une conversation très langue de pute. Marie, halée pain d'épices, mangeait des boudoirs de Reims rose qu'elle trempait dans le champagne aux fines bulles. Barbaresco, le grand noir, homme à tout faire de Van Strappen, flambait des langoustes au Richard Hennessy en un rituel sauvage : sur un billot de bois d'un coup précis de hachoir de boucher il les tranchait en deux, vivantes, sans s'émouvoir de leurs violents et désespérés coups de queue ; puis les grillaient sur de la braise vive : les chairs exhalaient leur puissant parfum de roche iodée. La flambée, haute et incandescente, illuminait la terrasse et Jean, ludion, n'en finissait pas de lever sa coupe en marmonnant « Le problème avec la champagne c'est que ça pétille, les bulles mes amis sont des traîtresses, elles amusent la galerie, vous font des ronds de jambes, vous aguichent et pfutt, disparaissent... »

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15 mai 2021 6 15 /05 /mai /2021 06:00

Angela Raubal en compagnie d’Adolf Hitler, lors d’un week-end en Bavière, en 1929. Rue des Archives/©Suddeutsche Zeitung/Leemage

Avec pour modèle évident La Trilogie berlinoise de l’Écossais Philip Kerr, Fabiano Massimi, bibliothécaire italien, marie avec talent le roman policier et le roman historique.

 

Le roman s’ouvre à Munich, le 19 septembre  1931. En pleine OktoberFest, la fête de la bière, dans un immeuble du très chic quartier de Bogenhausen, le cadavre d’une jeune femme vient d’être découvert, un pistolet Walther PPK à ses côtés. À première vue, tout porte à croire qu’elle s’en serait servie pour se tirer une balle dans la poitrine. Et pour corroborer cette version des faits, la chambre à coucher dans laquelle son corps a été retrouvé était fermée à clé de l’intérieur. Il s’agit d’Angela Raubal, 23 ans. Les enquêteurs, sous pression de leur hiérarchie, concluent à un suicide. Pourtant, des témoins assurent que son visage était abîmé, qu'ils y ont vu des traces de coups. Et qu’elle venait de se disputer avec son oncle, un certain Adolf Hitler. Les deux, dit-on, entretenait même une relation secrète. Voilà la trame du premier roman de l'Italien Fabiano Massimi, L'ange de Munich.

 

L'Ange de Munich - broché - Fabiano Massimi - Achat Livre ou ebook | fnac

 

Avec un Hitler sur la sellette, c’est à se demander pourquoi à peu près personne n’a entendu parler de cette affaire avant que l’Italien Fabiano Massimi n’en tire le roman policier L’ange de Munich.

 

« Moi aussi je ne la connaissais pas, explique Fabiano Massimi. Jusqu’en juillet 2018, cet été-là, il lit Munich de Robert Harris, un roman historique qui se penche sur les jours qui ont précédé les accords de Munich et qui, à un moment, mentionne l’existence de Geli et de sa chambre, conservée comme un mausolée. Ce moment, a changé sa vie. Il a toujours voulu écrire, mais il y a déjà tellement de bons livres qu’il se disait : « Pourquoi en écrire un de plus ? ». Grâce à Geli il a trouvé une raison valable d’écrire. « J’ai voulu raconter son histoire pour qu’elle ne soit pas oubliée, pour que Geli ne soit plus complètement effacée de l’Histoire. »

 

Fabiano Massimi (Italie) : bibliographie - Polars Pourpres

 

Dans la « vraie vie », Fabiano Massimi est bibliothécaire. Ce qui veut dire qu’il est capable de trouver à peu près tout ce qu’il veut dans les livres. « En quelques mois, j’ai ainsi pu récolter énormément d’informations sur Geli, faire des liens et établir une chronologie, précise-t-il. À l’heure actuelle, j’ai probablement plus de livres sur Geli que n’importe qui au monde ! Ça a été très dur pour mon épouse, car durant tout ce temps, ce n’était que Geli ci, Geli ça. J’étais complètement obsédé par elle ! Geli était une femme fascinante, et elle le savait. D’ailleurs, de son vivant, beaucoup de gens l’enviaient. Mais à cause de l’amour ambigu que son oncle Adolf lui portait, elle vivait dans une cage dorée et avait compris que jamais il ne la laisserait partir avec un autre. »

 

Entre fiction et réalité

 

En gros, presque tout ce qu’on peut lire dans L’ange de Munich est vrai. « Si on se fie aux documents, beaucoup de choses bizarres se sont produites après la mort de Geli, poursuit Fabiano Massimi. Il n’y a pas eu d’autopsie, sa dépouille a été envoyée à Vienne sans motif valable, toutes les photos prises par les enquêteurs ont brûlé dans un incendie... C’est comme si on avait cherché à la faire disparaître une deuxième fois. »

 

Si l’ouvrage s’appuie sur des faits (en plus d’être sa nièce, Geli était sa maîtresse, et Hitler avait un penchant pour des pratiques plutôt perverses), on peine à démêler le vrai du faux du récit.

 

Où s’arrête la fiction ?

 

Où commence la vérité ?

 

En réalité, la vérité du qui et du pourquoi a toujours été camouflée. Fabiano Massimi propose donc sa version, comprend-on dans sa (trop courte) note finale, un post-scriptum justificatif qu’on aurait souhaité plus explicatif, pour conclure une si vertigineuse et accrocheuse lecture.

 

Il en résulte un polar palpitant qui, en plus de rendre enfin justice à Geli, nous en apprend beaucoup sur le futur Führer.

 

Pour tenter de faire la lumière sur cette affaire, le commissaire Siegfried Sauer et son adjoint Helmut Forster ont rapidement été mandatés. Tous deux de la police criminelle de Munich, ils ont réellement existé et réellement enquêté sur la mort de Geli. Grâce à Fabiano Massimi, on pourra ainsi les voir à l’œuvre... et voir aussi à quel point l’époque était aux mensonges et aux faux-semblants.

 

 

Pour ce palpitant thriller historique campé en pleine ascension du fascisme, Fabiano Massimi reconstitue minutieusement le puzzle à l’aide de morceaux glanés patiemment au cours de ses recherches et d’éléments hypothétiques.

 

Si l’époque dépeinte donne déjà froid dans le dos, Massimi introduit dans le récit d’incontournables personnages historiques qui y ajoutent une dimension anxiogène, parmi lesquels Hitler, avec son « regard aussi dur et translucide que du diamant », ainsi que Himmler et son « sourire plus faux qu’un billet de trois marks ».

 

Le romancier se plaît aussi à épaissir le mystère et le climat de paranoïa à l’aide de scènes oniriques, d’apparitions de sosie et de personnages aux contours flous, de secrets honteux que l’on menace de déterrer et de laconiques messages que l’on retrouve près de cadavres… Détentrice de la vérité, la défunte Angela hante le lecteur autant que les personnages.

 

Sources : ICI 

 

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14 mai 2021 5 14 /05 /mai /2021 08:00

Quand les Soviétiques sont arrivés à l'écrasement du Printemps de Prague,  1968 ⋆ Photos historiques rares - Et l'histoire derrière eux ...

Quand nous discutions, surtout lorsqu'elle se passionnait, Marie jouait en permanence avec le troisième bouton de ses corsages ; j'adorais ce geste léger, instinctif. Voulait-elle le défaire ou vérifiait-elle qu'il fût bien en place ? Balancement ou équilibre, je fixais le jeu de son pouce et de son index avec volupté. Parfois, dans le feu de la conversation, la barrière du troisième bouton tombait, les pans du corsage s'entrouvraient, découvrant la naissance de la gorge de ses seins.  Je la désirais alors, avec une force brutale que je refrénais. Souvent je me levais pour lui caresser la nuque. Sentir au bout de mes doigts le grain si fin de sa peau m'apaisait. Transfuser de sa chaleur adoucissait le tranchant de mon sexe de silex. Marie attrapait ma main. Je la laissais me guider. Elle me disait, «Louis, m'aimeras-tu quand je serai vieille et que mes seins seront plus que des outres pendantes, que mon visage sera celui d’une petite pomme ridée ? » En enveloppant dans le creux de mes mains ses seins je lui répondais « Nous ne serons jamais vieux ma belle car nous vieillirons ensemble... »

 

Maman m’avait élevé dans la  diabolisation de la chair, le plaisir érigé en péché et maintenant, après ce mois de mai de tous les excès, nous étions étiquetés comme les enfants de la libération sexuelle, et Dieu sait que nous allions traîner ce boulet dans les temps futurs, il nous restait encore des traces de notre éducation rigide. Nous n'abordions que rarement ce sujet, notre harmonie suffisait, le mot fidélité s'ancrait naturellement dans notre manière d'être. Pour ma part, libertin repenti, j'appréciais l'intensité de notre vie à deux. Marie comblait tous mes vides. Elle me protégeait de mes démons. Je n'imaginais rien d'autre que la vie avec elle. Sur cette miette d'île, je travaillais, elle peignait, nous lisions dans notre lit jusqu'à des heures avancées, je m'appuyais sur elle, Marie me déliait, Marie me bordait, Marie m'aimait, je l'admirais, elle me haussait, je l'adorais, avec Achille nous arpentions la côte sauvage en nous disant que nous aurions vite des enfants. 

 

A partir du 18 août, les 200 000 soldats et les 5000 chars du Pacte de Varsovie allaient étouffer les premiers bourgeons du printemps de Prague. L'opération Danube réprimait brutalement dans le sang le peuple de Prague qui n'avait que ses mains et son courage à opposer aux tankistes soviétiques, qui, sur les photos, semblaient tout étonnés de ne pas être accueillis par des jeunes filles aux bras chargés de fleurs. Ils sont jeunes eux aussi mais les préséniles du Kremlin n'ont que faire du sang neuf, ils préfèrent l'épandre dans les caniveaux de Prague. Marie et moi nous pleurions. Nous pleurions de rage en écoutant le silence assourdissant des dirigeants communistes français. Fort des voix populaires, ces couards, insensibles aux cris de liberté, ces merdes suffisantes, ces intellectuels émasculés, vont jouer la comédie de la protestation officielle. Ils deviendront le parti de Georges Marchais, tout un symbole du dévoiement d'hommes et de femmes confinés dans leur bunker de la place du Colonel Fabien. Ils sont morts, jamais plus ils ne pourront parler en notre nom.

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