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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 08:00

Qui était Maria Montessori ? - Ecole Montessori Dijon

Maria Montessori : la « dottoressa » face au piège fasciste ICI 

Par Thomas Saintourens

 

ENQUÊTE« Maria Montessori, pionnière de l’éducation » (4/6).

Dans les années 1920, la pédagogue vit au plus près l’instauration de la dictature en Italie. Sa méthode éducative, populaire, devient un enjeu idéologique pour Mussolini.

 

C’est un tête-à-tête dont on sait peu de chose, une entrevue contre-nature qui garde sa part de mystère. Benito Mussolini et Maria Montessori. Lui, le Duce brutal, rêvant d’une nation sous contrôle. Elle, « la mammolina » pacifiste, promotrice du développement harmonieux des enfants… A bien des égards, cette rencontre aurait pu sembler inconcevable. Et pourtant, en 1924, ce duo vêtu de noir va entamer un pas de deux vertigineux.

 

Les maigres indices sur leur premier rendez-vous sont publiés dans la presse fasciste. Ils dépeignent une discussion enthousiaste, le prélude, paraît-il, à de grands desseins. « Faro io ! » (« Je m’en occupe ! »), lance le Duce lorsque Maria Montessori plaide pour l’établissement de sa pédagogie dans toute l’Italie. A bientôt 60 ans, la dottoressa a déjà rencontré bien des puissants, parcouru l’Europe et les Etats-Unis, donné des conférences sur ses méthodes d’enseignement, fondées sur les réactions sensorielles, l’autocorrection et la coopération. L’ancienne psychiatre des hôpitaux romains, devenue une pédagogue de renommée internationale, sait que cet homme peut l’aider.

 

Nommé président du conseil après son coup de force de 1922, Benito Mussolini, 39 ans, veut utiliser la réforme de l’instruction comme socle du régime fasciste. Les défis de l’enseignement primaire ne lui sont pas étrangers : durant ses jeunes années, il fut instituteur dans le nord du pays.

 

Depuis la guerre, et son installation à Barcelone, la dottoressa ne fait plus la « une » en Italie. Sa méthode a disparu des « best-sellers ». Seule une audience papale, à l’automne 1918, puis une session de formation à Naples, ont rappelé le souvenir de la pédagogue nomade, plus célébrée à l’étranger que dans sa mère patrie.

 

Mussolini, lui, connaît la réputation de cette franc-tireuse. Il a commandé à chaque consulat italien un rapport sur les écoles Montessori. Son ministre de l’instruction, le philosophe Giovanni Gentile, estime aussi que celle qui a transfiguré les enfants rebelles du quartier romain de San Lorenzo en 1907 pourrait rééditer ses prouesses au bénéfice du fascisme.

 

Au fond, chacun semble trouver son compte dans cette collaboration. Le Duce imagine une usine à fabriquer des petits fascistes, une jeunesse propre et obéissante. Maria Montessori, après bien des déconvenues, peut enfin avoir accès aux financements, bâtiments et matériels adéquats pour appliquer sa méthode à une nation tout entière. Quitte à s’acoquiner avec ce leader qui ne lui correspond en rien.

 

Aussi stratégique que de la poudre à canon

 

« Faro io ! », a donc promis le Duce. L’éducation à l’italienne sera montessorienne. En avril 1924, le gouvernement labellise une poignée d’écoles. La production des accessoires pédagogiques (lettres rugueuses, cartes de formes géométriques…) devient aussi stratégique que celle de la poudre à canon, la formation des enseignants aussi impérieuse que celle des généraux. Mussolini lui-même est proclamé président de l’Œuvre nationale Montessori, l’institution coordonnant les activités pédagogiques. Maria, pour sa part, est nommée membre d’honneur du Parti fasciste en 1926.

 

La dottoressa n’a pourtant rien d’une porte-étendard de cette idéologie. A longueur d’interview, elle se dit « apolitique », et seule militante de « la cause des enfants ». Accompagnée de son fils Mario, devenu à la fois son garde du corps, son agent et secrétaire particulier, elle rayonne depuis le QG familial barcelonais. Londres, Vienne, Paris, et même l’Amérique du Sud : la libre-penseuse demeure, hors Italie, une égérie progressiste. Son charisme naturel épate, sa silhouette de grand-mère rassure. Mais elle demeure secrète. Seules ses plus proches collaboratrices mesurent le traumatisme laissé en elle par l’abandon momentané de Mario durant son enfance, quand elle privilégia sa carrière au carcan d’une vie de mère, et plaça chez des paysans ce fils né hors mariage.

 

Ces mêmes collaboratrices et amies savent aussi son goût pour le bon vin et les plats roboratifs, quitte à faire ajouter des pâtes au menu lorsqu’elle est à l’étranger, ou encore l’émotion que lui procure l’opéra, les frissons des romans policiers, sa fascination pour la technologie. L’esprit toujours en alerte, elle est capable d’imaginer de nouveaux jeux géométriques lorsqu’elle prend le soleil sur la plage d’Ostie ou qu’elle se laisse conduire dans une Isotta Fraschini, la « Rolls » italienne…

 

Fervente pacifiste

 

Malgré son aura, les critiques du monde académique, en Italie comme à l’étranger, ne l’épargnent pas. Certains voient en elle une sorte de prophète, une mystique en robe noire, et non une chercheuse. C’est aux Pays-Bas, îlot libéral comptant plus de 200 écoles et 6 000 élèves « montessoriens » à la fin des années 1920, qu’elle est finalement le plus à son aise. En 1929, elle crée à Amsterdam l’Association Montessori internationale (AMI). Un moyen de garder la main sur sa méthode et de coordonner son « mouvement » mondial à l’heure où des établissements appliquant sa méthode fonctionnent dans plusieurs dizaines de pays.

 

« La Montessori », ainsi qu’on l’appelle en Italie, s’impose comme une fervente pacifiste. « L’humanité ressemble aujourd’hui à un enfant abandonné qui se retrouve dans une forêt la nuit, effrayé par les ombres et les forces mystérieuses qui amènent vers la guerre », déclarait-elle devant la Société des Nations, à Genève, dès 1926. Un sombre constat, dissonant au regard de ce qui se trame dans ses écoles italiennes. Ou, plutôt, dans celles du Duce… Car le fascisme s’instille peu à peu dans les 70 établissements publics Montessori que compte l’Italie en 1929. L’hymne « Giovinezza » (« Jeunesse ») introduit les leçons, les blouses et la carte du parti s’imposent dans la panoplie des enseignants. Bientôt, le bras tendu sera de rigueur.

 

Le 15e congrès Montessori, le premier sous patronage étatique, est conçu comme l’apogée de cet intenable partenariat. Le 30 janvier 1930, le régime organise une fête somptueuse sous les ors du Palais sénatorial. Maria prend la pose devant les statues musculeuses inspirées de l’Empire romain… Le retour au pays de la célèbre pédagogue est un coup publicitaire pour amadouer l’opinion internationale. Mais la confiance s’effiloche. L’ingérence du parti, le militarisme forcené, les uniformes pour les enfants… Maria enrage. Elle s’est fait duper. Chaque jour, sa méthode est un peu plus dévoyée au profit du dictateur.

 

D’admiration mutuelle aux échanges âcres

 

A leurs correspondances des années 1920, débordantes d’admiration mutuelle, succèdent des échanges âcres. En 1931, son fils Mario écrit lui-même au leader fasciste : « Excellence ! Encore une fois je me tourne vers vous, tant la situation dans laquelle se trouve notre œuvre en Italie est plus difficile que jamais. (…) L’école Montessori de Rome a été créée pour l’intérêt personnel de votre Excellence. (…) Elle fonctionne (…) avec beaucoup moins qu’une école communale. » Mario et Maria démissionnent de l’Œuvre Montessori en janvier 1933. « Cette Montessori m’a quand même l’air d’une grande casse-pieds », réagit Mussolini dans une note à son secrétaire. Dès lors, ses espions ne la lâcheront plus. Le Duce sait qu’en Allemagne Adolf Hitler a ordonné la fermeture des 34 écoles Montessori du pays. Une effigie de l’Italienne a même été brûlée…

 

Au printemps 1934, au lendemain d’un ultime congrès romain en forme de mascarade, Maria et Mario, sous la menace des sbires du régime fasciste, quittent l’Italie. A peine se sont-ils réfugiés à Barcelone que toute trace de l’influence de Montessori est effacée du système éducatif national.

 

Pour eux, la détente sera de courte durée. Les troubles politiques n’épargnent pas non plus l’Espagne. La capitale catalane est le théâtre d’un conflit entre franquistes et partisans communistes. La menace arrive même jusqu’à l’appartement de la dottoressa. Un petit groupe d’anarchistes s’arrête sur le palier. Ils dessinent une faucille sur sa porte, mais laissent la vie sauve aux occupants. L’avertissement est clair. La famille Montessori doit fuir. Maria, qui n’a jamais été propriétaire, n’a plus de biens matériels, nulle part où vivre. A 60 ans, l’inlassable avocate d’une paix qui apparaît chaque jour plus fragile, fait de nouveau ses valises.

 

Maria Montessori et son fils, en Inde, dans les années 1940.

Maria Montessori : le temps de l’exil en Inde ICI

Par Thomas Saintourens

ENQUÊTE« Maria Montessori, pionnière de l’éducation » (5/6).

 

A la fin des années 1930, la célèbre pédagogue italienne prend ses distances avec l’Europe en guerre et se retrouve en Inde, où de nouveaux horizons spirituels s’ouvrent à elle et à son fils.

 

Le petit avion postal six places Tata Airlines amorce sa descente vers Madras. Le sémillant dandy JRD Tata, président de la compagnie aérienne, est lui-même aux commandes. Il n’aurait laissé à aucun de ses pilotes l’honneur de transporter sa célèbre passagère italienne, accompagnée de son proche collaborateur, prénommé Mario. Une fois le coucou immobilisé en bout de piste, Maria Montessori, 69 ans, s’extrait de la carlingue d’un bond énergique. La fatigue du périple et l’air suffocant du Tamil Nadu ne perturbent en rien son bonheur d’être en Inde.

 

Nous sommes le 4 novembre 1939. L’armée nazie, déjà victorieuse en Pologne, s’apprête à fondre sur l’Europe occidentale. A des milliers de kilomètres de là, Maria Montessori et son fils Mario répondent à une invitation lancée il y a plus de vingt ans par les dirigeants de la Société théosophique – une organisation internationale humaniste prônant le syncrétisme religieux pour accéder à « la vérité ».

 

Le voyage fut une expédition aérienne de cinq jours : Naples, Athènes, Alexandrie, Bagdad, Bassora, Jask, Karachi, Bombay… Puis ce dernier vol, en sauts de puce, piloté par le « Louis Blériot indien » en personne. L’Inde, enfin… Le pays du poète Tagore et du guide spirituel Gandhi. Ces maîtres à penser sont aussi des admirateurs de l’Italienne, connue pour avoir développé dans le monde entier une révolution éducative, laissant aux enfants la liberté d’apprendre à « faire seul », au moyen de matériel pédagogique ludique conçu par ses soins… Maria Montessori rêvait de confronter ses théories à ce pays mastodonte de 300 millions d’habitants et au taux d’analphabétisation de 90 %. Le moment est venu.

 

Un lien d’une puissance infinie

 

Bannie de Rome par les fascistes en 1934, chassée de Barcelone en 1936, la famille Montessori (Maria, son fils Mario, son épouse Helen et leurs quatre enfants) avait finalement trouvé refuge à Laren, une coquette bourgade des environs d’Amsterdam, hébergée par la famille Pierson, des amis de confiance. Mario, ce fils né hors mariage que la dottoressa Montessori avait abandonné à la naissance jusqu’à ses 15 ans, est désormais son meilleur allié, son alter ego protecteur, chef d’orchestre du « mouvement Montessori » et de l’emploi du temps maternel. Comme si la douleur de l’éloignement avait cimenté entre eux un lien d’une puissance infinie.

 

A Laren, non loin du siège de l’Association Montessori internationale (AMI), Maria enseignait dans une petite école, organisait ses stages. Au programme figurait même un séminaire intitulé « Propagande », destiné à promouvoir sa méthode éducative. Un quotidien tranquille et sédentaire, si rare dans sa vie vagabonde ; anachronique quand, autour, l’Europe s’engageait vers une guerre sans merci. De Berlin à Vienne, les écoles montessoriennes ont été remplacées par des fabriques d’enfants parfaits du  IIIe Reich.

 

Maria, le cœur tiraillé, a laissé ses petits-enfants aux bons soins des Pierson. L’appel de l’Inde et d’un programme de formation de trois mois était trop fort… Même son imagination débordante n’aurait pu se figurer un tel dépaysement. Lovés entre le fleuve Adyar et les plages du golfe du Bengale, les jardins d’Huddelston, siège de la Société théosophique, composent une oasis luxuriante, déployée autour d’un banian géant de 500 ans d’âge, peuplé d’oiseaux et de singes. Un village de huttes a été construit pour l’occasion : 300 étudiants, venus de tout le pays, se sont inscrits à la formation que doit assurer l’Italienne. « Madam Montessori » est accueillie avec la déférence due à une reine. Le docteur George S. Arundale, président de la Société théosophique, et sa jeune épouse Rukmini Devi, une danseuse de talent, s’assurent du bien-être de leur invitée, logée, avec son fils, dans une maison dissimulée parmi les frondaisons.

 

Le bonheur simple de la transmission

 

Lorsque la dottoressa se présente à eux pour sa première leçon, un élément vestimentaire surprend ses hôtes : elle a abandonné sa traditionnelle robe noire, qu’elle portait depuis la mort de sa mère adorée, en 1912, pour revêtir un sari.

 

L’atmosphère est studieuse, il règne en ces lieux une harmonie apaisante. Maria Montessori s’assoit derrière une table posée sur une dalle, en surplomb. Mario, qui officie comme traducteur de l’italien vers l’anglais prend place à côté d’elle. Face à eux, les élèves sont assis en tailleur, pieds nus, sur des nattes. Certains ont économisé pendant des mois, placer leurs bijoux en gage, parcouru des milliers de kilomètres pour rencontrer la pédagogue. Dans un pays où bruisse un souffle d’indépendance, suivre la formation Montessori ne signifie pas simplement trouver un emploi dans l’éducation : les élèves – brahmanes comme intouchables − préparent aussi la révolution.

 

Jour après jour, la dottoressa retrouve le bonheur simple de la transmission. Loin de la politique et de l’Europe en guerre, elle est comme sur une autre planète, à vivre selon un nouveau tempo. Tilaka rouge collé entre les yeux, elle aime parcourir, à la tombée du jour, le front de mer, tantôt calme, tantôt tempétueux.

 

Dans le monde qu’elle a quitté, l’horreur nazie s’étend, les alliances se nouent. L’Italie, sa patrie, entre en guerre au côté de l’Allemagne le 10 juillet 1940. Mécaniquement, Maria et Mario sont donc considérés comme « sujets d’un pays ennemi » sur le territoire indien, colonie britannique. La police vient briser l’harmonie d’Adyar : Mario est interné dans le camp de civils d’Ahmednagar, à l’autre bout du pays ; Maria, pour sa part, est assignée à résidence. Si elle continue tant bien que mal son travail de conférencière, il n’est pas rare de la voir errer, sans but, dans les jardins ; elle qui est d’ordinaire si enjouée, si bavarde, a perdu son sourire.

 

Les années passant, elle comptait toujours plus sur son Mario, tant pour son travail que pour son équilibre personnel. Toujours impeccable, avec ses cravates et ses costumes croisés, son « collaborateur », désormais quadragénaire, avait accepté de vivre dans l’ombre de sa mère. Il s’épanouissait à son contact, formant avec elle un inséparable duo de globe-trotteurs animés par la mission commune de révolutionner l’éducation. Le 31 août 1940, jour de son 70e anniversaire, Maria Montessori reçoit, en guise de présent, un télégramme signé du vice-roi des Indes. « Nous avons pensé que le meilleur cadeau à vous offrir est de vous rendre votre fils ». Pour la première fois, un document officiel présente Mario comme son fils.

 

Alors qu’ils sont de nouveau réunis à Adyar, le temps s’étire, les semaines deviennent des mois, les mois des années. Les moussons rincent la terre ; la chaleur la craquelle. En 1942, le duo rejoint la station d’altitude de Kodaikanal, au climat plus frais. Ils emménagent au premier étage d’une demeure coloniale. Au rez-de-chaussée, une école accueille des enfants de ce repaire d’expatriés européens.

 

Une philosophe aux pieds nus

 

Répondant aux invitations de maharajas ou de philanthropes, Maria et Mario parcourent ensuite le pays, du Gujarat au Cachemire, en passant par Ceylan – « le pays de Simbad le marin », comme en rêvait Maria. Partout, elle reçoit la même ferveur, celle due aux divinités. Elle est devenue « une gourou », expliquera sa collaboratrice autrichienne Elise Brown, elle-même réfugiée en Inde durant la guerre. Il est vrai que sa seule présence électrise son auditoire ; bercé ensuite par son débit chantant. L’Italienne parle maintenant de cosmos, d’âme, de karma.

 

Les bébés qu’elle a pu observer auprès de leurs mères (étudiantes, voisines…) lui ont permis d’étendre ses recherches aux premiers mois de la vie. Parmi ses écrits indiens, L’Esprit absorbant de l’enfant, publié en 1949, décrit l’importance des échanges sensoriels entre une mère et son bébé. Plus holistique, plus sensible, l’ex-psychiatre des hôpitaux romains est devenue une philosophe aux pieds nus. Lorsqu’elle avait bouclé ses valises, en octobre 1939, elle imaginait revenir aux Pays-Bas dès le printemps 1940, pour assurer ses cours à Laren et vite revoir ses petits-enfants. Six ans plus tard, elle s’apprête à repartir vers un continent en ruines, usé par la guerre et ses traumatismes. A 70 ans, quel rôle pourra-t-elle encore y jouer ?

 

Maria Montessori : la vieille dame et sa méthode ICI

Par Thomas Saintourens

 

ENQUÊTE« Maria Montessori, pionnière de l’éducation « (6/6).

Après la seconde guerre mondiale, la pédagogue italienne relance ses écoles à travers le monde et transmet peu à peu la gestion de la « mission d’une vie » à son fils Mario.

 

Les yeux écarquillés, le souffle court, la vieille dame contemple depuis une automobile roulant au ralenti un spectacle de désolation : Londres ravagée par les bombes allemandes. Un amas de ruines d’où surgit encore le dôme de la cathédrale Saint-Paul, voilà ce qu’il reste de la capitale britannique en cet été 1946. Maria Montessori a réclamé à son ancienne élève et traductrice anglaise Margaret Homfray – qui, au volant, lui sert de guide – cette confrontation aux réalités européennes. Il y a six ans que la pédagogue italienne, dont la méthode d’éducation a fait des adeptes dans le monde entier, a quitté le Vieux Continent pour s’en aller donner des conférences en Inde. Son absence devait durer trois mois. La guerre en a fait un exil interminable, des années et des années passées loin de ses quatre petits-enfants, confiés à des amis, aux Pays-Bas.

 

Lady Homfray, chargée de l’héberger à Londres, est un peu gênée au moment du « tea time ». En ces temps de disette, elle n’a pu rassembler qu’un service à thé dépareillé. Son invitée lève les yeux au ciel : « Margherita, ton argenterie mérite un bon coup de chiffon ! » Sans même avoir défait son barda, Maria Montessori ôte son chapeau et se met à briquer fourchettes, couteaux et cuillères. La scène rappelle les exercices pratiques de la « Casa dei bambini » (Maison des enfants), l’école-laboratoire qui fit sa renommée, à Rome, en 1907, quand elle se targuait de pouvoir éduquer les plus rebelles des gamins.

 

Malgré ses années d’exil, ses disciples européens ne l’ont pas oubliée. De Paris à Vienne, d’Amsterdam à Glasgow, ils ont plus que jamais besoin d’écouter ses paroles réconfortantes, de partager sa foi en l’enfance et en l’avenir. Qu’ils se rassurent : l’idée de prendre sa retraite ne l’effleure pas. Elle a beau apparaître amaigrie, le visage plissé, la démarche moins alerte, elle continue de se lever à 7 h 30 pour travailler, et ne s’endort pas avant 1 heure du matin. Son fils Mario, toujours présenté comme son neveu, la protège, gérant les moindres détails logistiques.

 

« Pour moi, il y a toujours la liberté »

 

Comme avant-guerre, leur quartier général est aux Pays-Bas, mais ils voyagent sans cesse. Les jours de conférence, la pédagogue soigne ses entrées en scène, en y ajoutant le suspense d’un retard de diva et l’exigence d’être acheminée en voiture, un challenge pour ses collaboratrices et les référentes du mouvement – profs, philanthropes… – chargées de l’accueillir.

 

Après quelques semaines d’incessants voyages, on la retrouve à Rome, trônant dans sa suite du Grand Hotel, drapée d’une robe de soie beige semblable à un sari indien. Elle vient reprendre en main l’œuvre Montessori et rouvrir des écoles. Les souvenirs s’entrechoquent. Rome et ses débuts d’étudiante à l’université de la Sapienza, il y a cinquante ans… New York et son triomphe de l’hiver 1913… Puis les années 1920, cette décennie cruelle où Mussolini s’employa à pervertir sa pédagogie… « Pour moi, il y a toujours la liberté », scande la dottoressa, précisant aux reporters que sa méthode est avant tout une « révélation ». Le monde lui donne raison : plusieurs dizaines de pays comptent des écoles. De Tolstoï à Freud, des célébrités ont salué son travail.

 

Le 15 août 1947, un télégramme urgent lui parvient : l’Inde de son ami Gandhi vient de gagner son indépendance. Maria refait ses valises. Cette fois, elle ajoutera à son périple le Pakistan, né de la partition du pays. Mario sera évidemment du voyage, mais cette fois accompagné d’une femme : Ada Pierson, l’amie qui a gardé les enfants aux Pays-Bas durant la guerre. Mario l’a épousée peu après leur retour en Europe. C’est une « montessorienne » accomplie, dont la famille finance une bonne part des dépenses de la dottoressa. Ada adore sa célèbre belle-mère sans pour autant tomber dans la vénération facile. Elle sera donc du périple en Inde et au Pakistan, ainsi que la plus jeune des petites-filles, Renilde, prénommée ainsi en hommage à la mère de Maria, cette femme qui avait cru en elle dès l’enfance, dans leur bourgade italienne de Chiaravalle.

 

Cadeaux et ovations

 

La tournée est un succès. Mais tous les grands pédagogues ne partagent pas l’enthousiasme des admirateurs indiens. Ailleurs dans le monde, les derniers écrits de l’Italienne (quelques traductions imprécises, des morceaux de discours, des considérations générales…) laissent les critiques sur leur faim. En dépit d’avancées sur la relation mère-nourrisson, on lui reproche à nouveau de manquer de rigueur scientifique.

 

Mais il en faut davantage pour déstabiliser cette forte tête. Rien de tel, alors, que de resserrer les troupes lors du 8e Congrès international Montessori. Celui-ci se tient le 22 août 1949 à San Remo, en Italie. Dans les jardins de la villa Ormond – un palais blanc surplombant le littoral ligure –, on croise des Indiens, des quakers, des prélats catholiques, des psychologues, des journalistes… A l’intérieur de la villa, un octogone cerné d’un muret permet aux visiteurs de voir des enfants en plein apprentissage de la lecture ou du calcul. Comme à San Lorenzo en 1907 ou à San Francisco en 1915, la démonstration demeure le meilleur moyen de prouver l’efficacité de la méthode éducative.

 

Maria se laisse ensuite transporter dans une tournée d’adieu qui ne dit pas son nom. Où qu’elle se rende, elle reçoit cadeaux et ovations. En décembre 1949, elle est décorée de la Légion d’honneur à la Sorbonne. Un vieil homme aux joues creusées s’approche : « J’ai appris de vous la signification de la liberté », lui glisse l’ancien président du Conseil Léon Blum.

 

Refusant de voir son corps vieillir, de sentir son énergie s’étioler, Maria poursuit ses conférences, malgré une opération des yeux, la privant quelques semaines de la vue, et un satané mal de dents, qui rend sa diction pénible. « Aide-moi à faire les choses par moi-même », répète-t-elle sans se lasser, comme si de sa bouche s’exprimait un enfant.

 

A l’issue d’une session de formation donnée à d’Innsbruck, en Autriche, de juillet à octobre 1951, Maria sort de la salle épuisée. Elle quitte son public recroquevillée contre Mario. Le duo mère-fils, autrefois séparé, ne fait alors plus qu’un. Il est temps de prendre du repos.

 

Terrassée par une hémorragie cérébrale

 

Le 6 mai 1952, Maria Montessori est assise dans le jardin d’une maisonnette de Noordwijk aan Zee, une villégiature hollandaise le long de la mer du Nord. Mario est auprès d’elle. Ils discutent d’un projet de voyage en Afrique noire. Bien sûr, elle est partante, même à 81 ans. Lui temporise. « Alors je ne sers plus à rien, c’est ça ? », grogne la dottoressa. Mario quitte la pièce pour la laisser se reposer. A son retour, il la retrouvera affaissée sur sa chaise, terrassée par une hémorragie cérébrale.

 

Suivant sa volonté, celle d’une femme libre et nomade, elle est enterrée non pas en Italie mais sur le lieu de son décès, en l’occurrence Noordwijk. Son testament lègue tout à Mario, « il mio figlio » (« mon fils »). C’est la première fois qu’elle le reconnaît de façon officielle, lui qu’elle avait jadis placé dans une famille d’accueil pour éviter le scandale d’une naissance hors mariage. A lui de poursuivre la mission d’une vie, de rassembler les fidèles éparpillés, de réveiller un mouvement assoupi aux Etats-Unis, de visiter les écoles et de publier les livres…

 

A la mort de Mario – en 1982 – puis de son fils Mario Jr – en 1993 – les onze arrière-petits-enfants de la dottoressa ont repris l’héritage de la méthode et des plus de 25 000 écoles se réclamant de l’influence de leur aïeule. Depuis les Pays-Bas, Carolina Montessori, l’une des arrière-petites-filles, gère les archives. « Aujourd’hui encore, il n’est pas facile de vivre dans l’ombre de Maria, constate-t-elle. Comment soutenir la comparaison avec un tel personnage ? Cela peut aussi décourager. Mais être loyal à sa mémoire, c’est poursuivre, sans relâche, son travail. » Elle-même confie que Maria Montessori n’a pas livré tous ses secrets. Il reste des trésors à publier, dont une poignée de notes inédites, écrites à la fin du XIXe siècle. Les observations d’un père sur sa fille. Celles d’Alessandro Montessori, le père de Maria, à la fois terrifié et fier de la voir se lancer dans des études de médecine, seule contre tous.

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 06:00

Maria Montessori : la vieille dame et sa méthode

Maria Montessori : à Rome, la rebelle de La Sapienza ICI

 

« Maria Montessori, pionnière de l’éducation » (1/6).

Cette pédagogue italienne, célèbre pour avoir inventé des méthodes d’éducation novatrices au début du XXe siècle, est à l’origine des écoles qui portent aujourd’hui son nom dans le monde entier.

 

Assise au milieu de bocaux de formol et des cadavres éviscérés, une jeune femme brune tire nerveusement sur une cigarette. La nuit est tombée sur Rome. A l’université de La Sapienza, seule la salle de dissection demeure éclairée. Ce soir de 1893, comme à l’habitude, Maria Montessori, l’unique étudiante de la faculté de médecine, a dû attendre que les garçons soient rentrés chez eux pour entamer son lugubre tête-à-tête avec les modèles des travaux pratiques d’anatomie. Ne pas vomir. Surtout ne pas flancher.

 

Même en ce haut lieu de la recherche médicale, le fait qu’une femme observe des corps nus est jugé inconvenant – plus encore en compagnie d’étudiants masculins. Maria Montessori se moque bien que sa présence en ces murs dérange. Avec ses cheveux remontés en chignon, ses yeux sombres et ses robes élégantes, elle s’en fiche de les faire jaser, ces fils à papa. Lorsqu’ils la sifflent à son passage, elle souffle sans se retourner : « Sifflez, sifflez donc, vous verrez jusqu’où cela me portera… »

 

Cette nuit encore, noyée dans les volutes de fumée destinées à masquer les effluves de putréfaction, Maria Montessori parfait en solo sa connaissance du corps humain. Trois ans plus tard, elle empochera son diplôme, avec la note de 105/110, à la barbe des railleurs et des jaloux, ces fiers-à-bras qui lui barraient l’accès aux sièges des amphithéâtres. Sur son certificat universitaire officiel, il faudra féminiser – à la main – « Signor » en « Signora ».

 

Confiance et autonomie, la recette des écoles Montessori

 

Phénomène

 

Jamais les pontes de la plus prestigieuse université romaine n’avaient eu affaire à tel phénomène. Brillante, pour sûr. Bûcheuse, c’est un fait. Sacrément têtue, elle le prouve au quotidien. En 1890, à 19 ans, elle a tenu tête au doyen (et ministre) Guido Baccelli, lorsqu’il lui a interdit de s’inscrire. Qu’à cela ne tienne, elle a d’abord étudié les sciences naturelles en premier cycle afin de bifurquer vers la médecine. Baccelli a posé ses conditions : l’étudiante devra être accompagnée jusqu’à la porte d’entrée. Pas question pour elle de papillonner dans les couloirs. En ce qui concerne la salle de dissection, ce sera en nocturne ou rien.

 

A 23 ans, la jeune femme a déjà fait du chemin. Son point de départ, la modeste bourgade de Chiaravalle (4 600 habitants en 1871), dans la province d’Ancône, n’est pas le tremplin idéal pour secouer les conventions romaines. Son père, Alessandro, inspecteur au ministère de l’économie, en charge du sel et du tabac, n’a rien d’un révolutionnaire. Dans cette Italie unifiée l’année même de la naissance de Maria, en 1870, la famille Montessori est plutôt conservatrice. « Tu seras maîtresse d’école », serine l’austère Alessandro à sa fille unique, si vive, si bavarde. Son épouse, Renilde, nourrit secrètement d’autres ambitions. Derrière l’apparence d’une mère au foyer effacée, cette grande lectrice est un esprit libre, une femme créative, soucieuse de l’épanouissement de Maria, dont elle sait le potentiel.

 

Le déménagement de la famille à Rome, en 1875, à la suite d’une mutation d’Alessandro, lui ouvre de nouveaux horizons. Maîtresse d’école ? Jamais de la vie. Elle s’imagine d’abord ingénieure et s’inscrit donc à l’Institut technique, pourtant réservé aux garçons. Puis, elle change d’avis, et rêve de médecine. Papa Alessandro abdique. C’est lui qui l’accompagne le matin en tram à la faculté. Il la soutient à sa manière, toujours en retenue. Le jour où Maria, motivée « comme une dompteuse de lions », soutiendra sa thèse, il sera là, parmi le public turbulent, à l’écouter en pleurant.

 

Oratrice de talent

 

Pour ses 30 ans, il lui offre un épais recueil relié en cuir, l’écrin d’une « revue de presse » personnalisée. Le compte rendu, au jour le jour, de sa fierté de père. Car dès l’été où sa fille est diplômée, Alessandro Montessori n’en est déjà plus l’unique admirateur…

 

Berlin, septembre 1896. Le Congrès international des femmes accueille 1 700 participantes venues du monde entier. Curieuse ambiance que ce symposium où se succèdent exhortations militantes, arides exposés macroéconomiques et parades en costumes traditionnels. Lorsqu’une représentante de l’Italie monte sur scène, mains gantées et robe noire, le reste ne paraît qu’un vain brouhaha. Son discours en Italien sur l’analphabétisme est structuré, fluide, vivant. Les reporters tiennent leur vedette.

 

Qui est donc cette oratrice de talent ? On loue sa beauté, on s’enquiert de son métier. Maria Montessori, 26 ans, médecin, place l’Italie à l’avant-scène. Plus encore après sa seconde intervention, toujours sans notes, dédiée aux inégalités salariales. Le correspondant du Corriere della Sera s’extasie : « Quelle charmante femme émancipée ! » Pas grisée par le succès, l’intéressée s’empresse d’écrire à ses parents : « Mon visage n’apparaîtra plus dans les journaux, et personne n’osera plus mentionner mes soi-disant charmes. Je dois faire du travail sérieux. »

 

Des recherches novatrices

 

C’est loin des projecteurs que la jeune dottoressa débute sa carrière de psychiatre dans les hôpitaux romains. Ses patients – et objets d’étude – sont les enfants alors appelés les « idiots », les « déficients », les « crétins ». Autant de cas désespérés, d’après les théories en vigueur. Au mieux des fous à isoler. Au pire, des criminels en puissance. Maria enchaîne les gardes auprès de ces laissés-pour-compte. Comme à l’hôpital Santo Spirito in Sassia, où un système de tourniquet permet de déposer, jour et nuit, les enfants abandonnés.

 

Le soir, lorsque Maria regagne l’appartement familial du Corso Vittorio Emanuele, elle se plonge dans les écrits des précurseurs français en matière de psychiatrie. Traitement moral, hygiène et éducation des idiots et des autres enfants arriérés, d’Edouard Séguin (1846). Mais aussi les stupéfiants travaux de Jean Itard, au sujet de Victor, « l’enfant sauvage de l’Aveyron ». Maria en est convaincue : il faut stimuler ces gamins, les considérer, leur donner les moyens de se valoriser.

 

A la clinique psychiatrique de Rome, les recherches novatrices de cette surdouée intriguent l’assistant-directeur, Giuseppe Montesano. Ce jeune homme calme et méthodique, de deux ans son aîné, veut partager son combat pour améliorer la prise en charge des petits internés. L’un et l’autre forment vite un duo. Ils étudient ensemble jusqu’aux aurores, cosignent des articles scientifiques, se succèdent dans les symposiums. Et deviennent bientôt un couple fusionnel. La jeune psychiatre, pour la première fois, laisse parler ses sentiments. Quelques mois après leur rencontre, elle est enceinte.

 

Ebranlée par son accouchement clandestin

 

Une grossesse hors mariage, voilà un scandale en puissance dans l’Italie de 1898. Si cela se sait, le Tout-Rome s’en glosera et c’en sera fini de la carrière et de la réputation de la femme médecin la plus célèbre d’Italie. Vraisemblablement sous la pression de leurs mères respectives, les deux amoureux décident de cacher l’événement, sans se marier pour autant. Ils scellent un pacte : jamais ils n’épouseront quelqu’un d’autre. Maria, régulièrement en voyage, dissimulera son ventre rebondi jusqu’au printemps.

 

Le petit Mario naît le 31 mars 1898, à Rome, de « parents inconnus ». Quelques jours plus tard, sa mère le confie à une famille de paysans de Vicovaro, un village lové dans les vallons du Latium, à 40 km de la capitale, puis elle retourne au travail, ébranlée par son accouchement clandestin. Elle, la forte tête, a cédé aux conventions sociales. Elle, la psychiatre toujours prête à prôner les vertus de l’attachement, a abandonné son propre enfant.

 

Giuseppe, lui, a d’autres tourments. Brisant le pacte, il lui annonce son projet d’épouser une autre femme, avec l’assentiment de sa mère. Blessée par cette trahison, elle quitte son emploi à la clinique. Jamais plus elle ne prononcera le nom de Montesano.

 

Dix ans après ses fameuses nuits à examiner les cadavres en putréfaction, Maria Montessori s’inscrit de nouveau à La Sapienza. Son but : tout reprendre à zéro. Etudier la philosophie, l’anthropologie et la pédagogie. Tout le monde l’ignore à l’époque, mais c’est le cœur brisé par l’éloignement de son fils que l’ambitieuse dottoressa donne à sa vie une mission : révolutionner l’éducation.

 

Maria Montessori - un destin, une femme, une scientifique > Mes ...

 

Maria Montessori : comment la psychiatre a lancé sa première école, à Rome, en 1907 ICI

ENQUÊTE« Maria Montessori, pionnière de l’éducation » (2/6).

 

En 1907, la pédagogue italienne, psychiatre de formation, inaugure sa première école à Rome. Son charisme séduit, sa méthode éducative fascine, mais elle s’inquiète pour son fils, dont l’existence reste secrète.

 

Rome, 6 janvier 1907, jour de l’Epiphanie – la fête des enfants en Italie. Dans la cour du 58, via dei Marsi, le public est aussi nombreux que les bambins, dont c’est la rentrée des classes. Journalistes, politiques, universitaires, camarades féministes ou simples curieux, tous sont venus là comme au spectacle. Lorsque la directrice, Maria Montessori, fait découvrir à la cinquantaine d’enfants leur salle de classe, elle sait que sa carrière se joue là, à quitte ou double.

 

En ce matin d’hiver, la femme médecin la plus célèbre du pays inaugure sa première école. Rien n’est habituel. Le lieu ? Le rez-de-chaussée d’un immeuble du quartier « mal famé » de San Lorenzo. Les élèves ? Agés de 3 à 9 ans, vêtus de guenilles, tous habitent les étages en surplomb. La salle de classe ? Meublée de quelques tables et de chaises dépareillées, décorée d’une reproduction de la bienveillante Vierge à la chaise, de Raphaël. Dans un recoin, une armoire où « la Montessori », comme on l’appelle déjà, range son matériel pédagogique.

 

La démonstration tourne vite au fiasco. Les enfants, engoncés dans des blouses bleues au tissu trop lourd, pleurent, crient et n’en font qu’à leur tête, comme si l’intensité du moment les avait rendus plus nerveux que jamais. Maria Montessori, elle, fait bonne figure. Elle distribue des cubes et répond aux reporters ; embrasse les inconsolables et sourit aux philanthropes. Elle a changé depuis ses débuts d’étudiante en médecine à la prestigieuse Sapienza de Rome. Bien sûr, il y a toujours son chignon, ses chapeaux, ses toilettes fleuries, mais sa silhouette a forci, elle a gagné en prestance. A bientôt 40 ans, c’est une signora charismatique.

 

Des meubles à la taille des enfants

 

Au vu de la pagaille, des spectatrices, mains sur le cœur, en appellent à une intervention divine. Seul un miracle pourrait sauver ces gamins – et la réputation de leur directrice, spécialiste des enfants « à problèmes »… Un miracle : c’est à peu de chose près la mission que lui a confiée Edoardo Talamo, l’ingénieur chargé de la rénovation du quartier de San Lorenzo.

 

Après avoir livré seize bâtiments neufs, il n’avait pas prévu qu’une fois les résidents au travail, leurs enfants, livrés à eux-mêmes, mettraient le bazar dans les halls et commettraient leurs premiers larcins. Talamo s’est alors tourné vers la « Montessori » en lui offrant un rez-de-chaussée par bloc d’immeubles. Libre à elle d’y mettre en pratique ses théories éducatives, les techniques ludiques rodées auprès des handicapés mentaux, du temps où elle œuvrait à la clinique psychiatrique de l’université de Rome.

 

Passés les tracas de l’Epiphanie, la psychiatre devenue pédagogue applique donc sa doctrine, fondée sur l’autonomie, la curiosité et la coopération. Elle fait façonner des meubles à la taille des enfants, et des « matériaux » didactiques inédits, dont elle fournit ses propres esquisses aux artisans (planches à écrous, cubes encastrables, lettres rugueuses…). En quelques semaines, le rez-de-chaussée se transforme en une sorte de maison de poupées, style Liberty, où les élèves s’épanouissent chaque jour un peu plus. Ces gamins sales et mal nourris sont lavés et pesés.

 

Peu à peu, les « sauvages de San Lorenzo », comme elle les définira plus tard, se laissent absorber par les bouliers, les lacets, et les activités à leur portée (ménage, jardinage…). Le « miracle » de San Lorenzo est chroniqué dans les gazettes. La dottoressa observe, remplit des fiches d’observations, forme les maîtresses, puis supervise l’inauguration d’autres « maisons des enfants » dans la capitale.

 

Epaulée par un trio d’admiratrices devenues ses collaboratrices (deux Italiennes, Anna Fedeli et Anna Maccheroni, et une Américaine, Adelia Pyle), elle s’affirme comme une meneuse, capable d’alterner douceur et sévérité, bons mots et vacheries, sans perdre sa capacité d’émerveillement presque enfantine. C’est elle qui accueille les personnes désireuses de constater les prodiges de son labo éducatif. Parmi les visiteurs, la reine Marguerite de Savoie ne se lasse pas de contempler ces bambins si concentrés, en particulier à l’heure du déjeuner, lorsqu’ils se servent à tour de rôle, comme dans une trattoria autogérée.

 

Best-seller instantané

 

La dottoressa, qui exècre l’oisiveté, profite de l’été 1910 pour coucher par écrit les enseignements de son expérience. La Méthode Montessori, imprimée chez un typographe du Latium, est un best-seller instantané, traduit dans une vingtaine de langues. Si bien que Maria abandonne son poste de médecin pour se consacrer à temps plein à la promotion de ses écoles et de son matériel pédagogique qu’elle a fait breveter à son nom dès qu’elle en a perçu le potentiel.

 

Pareille histoire ne pouvait échapper aux Américains. Surtout pas à un certain Samuel S. McClure. Ce publiciste chevronné, propriétaire d’un magazine qui porte son nom, aime dénicher et promouvoir des histoires vendeuses. A l’hiver 1911, il commande un premier article sur la fameuse dottoressa. Tout y est : l’héroïne au caractère bien trempé, le décorum italien… En 19 pages très illustrées, le reportage publié dans McClure’s magazine fait sensation. Le courrier des lecteurs – surtout des lectrices – est saturé de messages enthousiastes. Alors McClure voit plus grand : et s’il devenait lui-même l’imprésario américain de cette Italienne ? Il y aurait, pressent-il, un joli pactole à la clef… Il faut dire que la traduction américaine du livre s’arrache à 5 000 exemplaires en quatre jours, et qu’une forme de « Montessori-mania » enfièvre la bourgeoisie progressiste. Des Américaines se rendent même à Rome pour consulter la dottoressa.

 

Alors qu’elle vient d’emménager dans un vaste appartement avec vue sur la Piazza del Popolo, Maria Montessori donne un premier séminaire à destination d’un public étranger. Une session organisée par son comité de soutien américain, où siègent Alexander Bell, l’inventeur du téléphone, Margaret Wilson, la fille du président, et l’inévitable McClure ; 87 étudiants venus du monde entier – dont 67 des Etats-Unis – se regroupent dans son immense salon. Maria commence par leur distribuer la photo de sa mère Renilde, tout juste décédée, à l’âge de 72 ans. En souvenir de cette femme qui a toujours cru en elle et lui a appris l’art de la liberté, elle portera à jamais le deuil et ne se vêtira plus que de noir. Son père, au rôle tout aussi essentiel dans son parcours, est désormais veuf. A plus de 80 ans, il se déplace en chaise roulante et vit auprès d’elle, très fier de sa réussite.

 

Un circuit promotionnel aux Etats-Unis

 

Devant son public anglophone, Maria Montessori rôde le modèle de ses conférences. Debout dans un coin de la salle, surélevée sur une estrade, elle s’exprime en italien, posément, ne quittant jamais son auditoire des yeux. Chaque phrase, appuyée d’une gestuelle de chef d’orchestre, est répétée par sa traductrice. « Ce que doit savoir l’enseignant, c’est comment observer », martèle la maîtresse de maison.

 

Au retour, ses disciples dissémineront la méthode sur tous les continents. Mais Maria rechigne encore à traverser l’Atlantique. Comment le pourrait-elle alors qu’à proximité de Rome grandit son fils Mario ? Cet enfant né hors mariage, qu’elle fut contrainte de cacher et de placer dans une famille d’accueil pour préserver sa carrière aura bientôt besoin d’elle. Devenu adolescent, il se doute que cette mystérieuse et si bienveillante signora qui lui a parfois rendu visite, n’est pas n’importe qui… Un jour de février 1913, il l’appelle pour la première fois « maman ». Maria décide de le ramener à Rome. Personne n’osera lui demander qui est cet ado omniprésent auprès d’elle.

 

McClure, de son côté, ne ménage pas ses efforts pour la convaincre de se rendre aux Etats-Unis. En novembre 1913, l’imprésario lui présente son plan d’attaque : un circuit promotionnel avec visites d’écoles, supervision de la distribution de son matériel pédagogique, et de multiples conférences sur la Côte est. Montessori superstar, ni plus ni moins. Un « deal » qui rapporterait à Maria 1 000 dollars et 60 % des recettes de ses « shows ». La dottoressa accepte le défi. Elle embrasse Mario et part à la conquête de l’Amérique.

Maria Montessori - Montessori EtCie

Maria Montessori, une vedette américaine ICI

Par Thomas Saintourens

ENQUÊTE« Maria Montessori, pionnière de l’éducation » (3/6).

A l’approche de la première guerre mondiale, la célèbre pédagogue italienne se rend aux Etats-Unis. Le parcours de cette femme d’exception prend alors une tout autre dimension.

 

Les vagues grises de l’Atlantique moussent le long du Cincinnati. Parti de Naples le 21 novembre 1913, ce paquebot doit atteindre New York dans quelques jours. Entassés en troisième classe, près de 3 000 migrants italiens rêvent du Nouveau Monde. Dans sa cabine de première, une célèbre compatriote, la pédagogue Maria Montessori, sujette au mal de mer, a le cœur à la dérive. Elle songe à son fils Mario, resté à Rome sous la responsabilité de sa fidèle amie Anna Maccheroni – alias « Mac » –, après quinze années de vie caché dans la campagne romaine.

 

Ouvrant son carnet de bord, elle confie ce qui la pousse à voyager ainsi, Mario bien sûr : « Pour assurer son futur, pour le rendre heureux et réparer ce qu’il a enduré, et être la seule qui lui donnera tout… C’est ce qui me donne mon énergie, c’est pour cela que j’endurerai tout. » Dans nulle autre archive connue Maria ne fera référence au traumatisme des premières années de son fils, cet enfant né hors mariage en 1898 et qu’elle avait placé en secret dans une famille de paysans. Une séparation prélude à un amour incommensurable, marqué d’une indélébile cicatrice.

 

« La Montessori », comme on l’appelle en Italie, sait aussi que ce voyage aux Etats-Unis lui offrira l’occasion de répandre sa bonne parole dans ce pays continent déjà si réceptif à ses méthodes d’éducation avant-gardistes, rôdées dans son pays. La traduction de sa « Méthode » est un best-seller en Amérique. Chez les pédagogues progressistes, le voyage à Rome pour observer ses écoles et écouter ses préceptes est un « must ».

 

Grenouillant entre le pont principal et la salle de dîner, son imprésario, Samuel S. McClure, a déjà entamé le travail promotionnel : aucun passager n’ignore la présence de sa vedette, psychiatre devenue pédagogue, si douée pour aider les enfants en difficulté. Une pétition, signée par l’ensemble de la première classe, obtient même une conférence privée. A mesure que s’approche la statue de la Liberté, les télégrammes de bienvenue affluent. Le New York Tribune annonce ni plus ni moins « la femme la plus intéressante d’Europe ».

 

Le Cincinnati accoste à Brooklyn le 3 décembre 1913, par une matinée de froid sec. Drapée de fourrure, la quadragénaire est encerclée par une horde de reporters. Les flashes crépitent. L’essaim envahira bientôt son hôtel, un palace de la cinquième avenue. Dès le lendemain, direction Washington, et Kalorama Road, l’école tenue par l’inventeur du téléphone, Alexander Bell, et son épouse Mabel, pionnière de l’enseignement aux sourds et muets. Il s’agit du premier établissement « montessorien » que Maria visite à l’étranger. Margaret Wilson, la fille du président, s’improvise ensuite guide touristique pour lui présenter la capitale fédérale.

 

Le 6 décembre, le temple maçonnique de Washington a des airs d’ambassade un soir de réception. Diplomates et secrétaires d’Etat, accompagnés de leurs épouses, écoutent Maria Montessori, puis visionnent les vidéos de sa « Maison des enfants » de San Lorenzo, à Rome. Maria paonne en habits noirs. Mais ce n’est qu’un avant-goût de la pièce de résistance : le Carnegie Hall.

 

A guichets fermés

Cette scène déjà mythique, où tant de virtuoses se sont produits, est décorée de drapeaux italiens et américains et d’une bannière « America Welcomes Maria Montessori ». Décidément, McClure a bien fait les choses. Un millier de personnes piétine dans la rue sans ticket. L’imprésario présente sa championne à une salle déjà acquise à sa cause…

 

La pédagogue arpente la scène à petits pas. Désormais âgée de 43 ans, la dottoressa a gagné en maturité et en charisme. Ses cheveux sont striés de mèches argentées. Sa panoplie noire est égayée du brillant des pampilles qui s’entrechoquent quand elle tend les bras pour recevoir les bouquets. Le show peut commencer. Deux heures, sans une note, le tout traduit phrase à phrase. Tout y est : sa philosophie, ses objectifs scientifiques, les prouesses des enfants – film à l’appui. Un triomphe.

 

La tournée s’enchaîne. Boston, Providence, Pittsburgh, Chicago, Philadelphie… Et même un second Carnegie Hall à guichets fermés. Maria répond de bonne grâce aux questions des reporters. Elle détaille ses théories, l’air professoral, mais s’exprime aussi, dans un demi-sourire, sur la mode des jupes fendues. Ah, ce pays l’amuse et la fascine… Elle apprécie le ton badin des discussions, les poignées de mains chaleureuses, les gratte-ciel, et bien sûr « ses » écoles si soignées, quelques dizaines de petits établissements privés, dans des quartiers résidentiels. Après un week-end de détente dans la propriété du magnat du petit-déjeuner JH Kellogg, elle repart vers l’Italie, le 24 décembre 1914, à bord du paquebot Lusitania. La mission est accomplie : l’Amérique est sous le charme.

 

De retour à Rome, Maria Montessori reprend ses activités habituelles : la formation, l’écriture… McClure, lui, compte bien capitaliser sur cette Italienne au potentiel commercial énorme. De toute façon, il n’a guère le choix : Maria l’ignore mais il est ruiné. Alors il s’accroche, assurant lui-même, à travers les Etats-Unis, la promotion de sa méthode, vantant sans cesse les écoles, les livres et le matériel pédagogique.

 

Une expérience si grisante

Maria se méfie de ce beau parleur. Au fond, elle n’a plus besoin de ses services pour consolider sa réputation internationale. Au-delà de McClure, elle repousse les propositions de collaboration des Américains, dont une flopée de profiteurs. Elle veut tout contrôler, de la pédagogie jusqu’au matériel. Quitte à retourner elle-même au Etats-Unis un jour ou l’autre.

 

A l’heure où la Grande guerre frappe l’Europe, le mouvement montessorien s’affranchit des frontières. Après son expérience si grisante sur la Côte est des Etats-Unis, « la Montessori » repart à l’aventure, Côte ouest, cette fois. Avant de partir, elle a confié son vieux père malade aux bons soins de la fidèle « Mac ».

 

En 1915, Anna Fedeli et Adelia Pyle, deux de ses plus proches collaboratrices, accompagnent en Californie celle qu’elles surnomment « mammolina ». Un ado brun de 17 ans est lui aussi du voyage : Mario sort enfin au grand jour auprès de sa célèbre mère. Toujours gênée, elle le présente comme son neveu ou, plus rarement, comme son fils adoptif. Elle qui disait vouloir lui offrir « le monde » a enfin l’occasion de voyager à ses côtés. Une réunion de famille pour recoudre les blessures de l’éloignement, apprendre enfin à se connaître.

 

Vivarium pédagogique

 

A San Francisco, la « Panama Pacific Exposition », célébrant l’ouverture du canal de Panama, est un barnum à l’américaine mêlant, neuf mois durant, grand huit, démonstrations technologiques et célébrations carnavalesques (journée de l’ananas hawaïen, compétitions de nourriture…). Dans la zone du « Palais de l’éducation », où 15 000 instituteurs tiennent congrès, a été construite une école Montessori d’un genre particulier. Le public, assis sur des banquettes semblables à celles d’un stade de baseball de campagne, observe la classe de vingt enfants, de 9 heures à 12 heures, derrière une paroi vitrée. Cette sorte de vivarium pédagogique devient l’attraction à ne pas rater, surtout à l’heure du déjeuner, pour la scène désormais fameuse du « restaurant miniature ».

 

L’enthousiasme initial de Maria vire bientôt au malaise. Voilà ces petits Américains devenus des bêtes de foire, des singes savants derrière une vitre, et l’apprentissage un « show » théâtral. Ne parlant pas anglais, elle est contrainte de laisser à sa jeune collaboratrice américaine, Helen Parkhurst, la gestion de la classe au quotidien. En retrait, la « mammolina » se laisse gagner par le stress. Cette « classe de verre » est pourtant un tel succès qu’elle reçoit une invitation officielle à la Maison Blanche. Malheureusement, un autre télégramme urgent, presque concomitant, annule ce projet. Son père est mort, cet homme si austère et réservé qui fut son soutien, puis son plus fervent admirateur.

 

En cette fin d’année 1915, la guerre empêche Maria de regagner Rome. Il lui faut se rabattre sur la Catalogne, épargnée par les combats, où elle est accueillie comme une reine. A l’invitation du gouvernement, enclin à développer une nouvelle forme d’enseignement mêlant valeurs catholiques et approche pédagogique novatrice, Maria prend la tête de l’« Escola Montessori » de Barcelone. Au sein d’une exquise bâtisse de la vieille ville, l’Italienne professe, assise dans un épais fauteuil orange et bleu. Elle est épaulée par une traductrice catalane, et par Adelia Pyle, installée à une autre table, auprès des enfants anglophones. En quelques mois à peine, l’école passe de 5 à 185 élèves.

 

Le disciple de sa mère

Mario, resté en Californie dans la foulée du voyage à San Francisco, en est revenu jeune marié, au bras d’Helen Christie – elle-même enseignante « Montessori ». Sportif, motard, polyglotte, Mario est un disciple de sa mère et aussi son collaborateur attitré, le seul auquel celle-ci peut confier ses états d’âme.

 

A Barcelone, la voici bientôt grand-mère. C’est même elle, la mammolina, qui aide sa belle-fille à accoucher d’une petite Marilena, le 16 juin 1919. Mario Junior (alias le « piccolo Mario »), sera ensuite son chouchou, puis suivront Rolando (1925) et Renilde (1929). La pédagogue, séparée de son fils à la naissance, se rattrape avec ses petits-enfants. Elle leur raconte les épopées bibliques comme les exploits des explorateurs ; les initie à l’observation de la nature et les laisse écouter les conversations d’adultes lorsqu’elle reçoit dans son salon. Bien sûr, elle les inscrit dans son école. Elle a pour eux de grandes ambitions, comme sa mère Renilde en avait autrefois pour elle.

 

L’atypique famille Montessori fait de Barcelone son port d’attache. Londres, Amsterdam, Vienne… Maria mène une vie de nomade, plus indépendante et insaisissable que jamais, comme si elle était insensible aux fracas du monde et aux jeux de pouvoir. Mais la politique va la rattraper : c’est en Italie qu’elle sera mise à l’épreuve. A Rome, où personne n’a oublié les miracles de la femme à la robe noire, résonne déjà le claquement martial des bottes fascistes…

 

 

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29 août 2020 6 29 /08 /août /2020 06:00

Coutumes et croyances corses, la vendetta

Lorsqu’au mois de juin mon petit sélectionneur de nouveauté m’a informé de la parution de Vendetta. Les Héritiers de la Brise de mer (Plon, 280 pages, 20 €), écrit par la correspondante de France Bleu à Ajaccio Marion Galland et la journaliste de L’Obs. Violette Lazard,  je me suis dit : « encore un ! »

 

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Bien sûr j’ai acheté et, bien m’en a pris, « nourri de procès-verbaux (mais pas uniquement, ce qui fait son prix), sur la récente dérive meurtrière de trois hommes. Un trio d’orphelins, fils de barons du grand banditisme, qui dort aujourd’hui en prison. » c’est de l’excellent travail de journalisme d’investigation qui ose dire son nom, c’est-à-dire en ne se la jouant pas à la Plenel qui tire toujours la couverture à lui, mais en citant ses sources.

 

À lire absolument !

 

Bravo les filles !

 

« L’histoire débute en décembre 2017 à l’aéroport de Bastia-Poretta : d’une bise – un vrai baiser de la mort – une « matonne » de la maison d’arrêt de Borgo désigne deux cibles à un tueur. L’épisode, digne d’un polar, avait été raconté dans Le Monde. Les deux victimes ? Des lieutenants de Jean-Luc Germani, un des voyous les plus puissants de Corse, qui, de sa cellule à Arles (Bouches-du-Rhône), continue depuis 2014 à régner sur son clan et ses affaires.

 

Surprise : ce double assassinat porte la signature de la Brise de mer, un gang mafieux né au début des années 1980 et que tout le monde, à commencer par la police, croyait éliminé. C’est d’ailleurs en écoutant les téléphones des protagonistes d’un vaste trafic de stupéfiants que les enquêteurs tombent presque par hasard sur le double homicide de l’aéroport. Les commanditaires sont trois enfants issus de la bourgeoisie. Trois « fils de », comme on dit dans cette île où chacun, à l’école, a côtoyé un futur haut fonctionnaire, un futur flic, un futur voyou. »

 

Ce sera peine perdue pour Jean-Luc Germani qui n’aura pas obtenu d'interdire la parution du livre « Vendetta » de sa prison d'Arles. 

 

Ce jeudi 11 juin, sortait en effet dans les librairies le récit du destin tragique des héritiers de la brise de mer raconté par Violette Lazard, journaliste à l'Obs. et de Marion Galland, journaliste à Radio France.

 

Mercredi matin, lors d'une audience en référé, la défense de Jean-Luc Germani, avait demandé au tribunal de retarder la publication du livre, notamment pour relire le chapitre 23 intitulé "Jean-Luc Germani, ennemi juré et intouchable" et supprimer les passages qui pourraient nuire à leur client. Dans celui-ci, les auteures retranscrivent des écoutes de fin 2015 alors que des micros avaient été dissimulés dans sa cellule aux Baumettes, à Marseille.

 

Un joli coup de publicité pour ce livre qui serait déjà en rupture de stock chez son éditeur Plon. A Bastia, à la librairie Album, il n'en restait plus qu'une dizaine dans l'après-midi.

 

Jewpop

 

« Les jeunes années des deux aînés de Francis Guazzelli (un des piliers fondateurs du gang de la Brise de mer, NDLR) sont douces. (...) En famille, Francis Guazzelli est le patriarche, point à la ligne. Pour ses enfants, il a des rêves plein la tête, mais leur laisser la Brise de mer en héritage n’en fait pas partie. Un homme qui a fréquenté la famille Guazzelli explique :

 

« D’abord parce que, quand tu es le “fils de”, en Corse, tu fréquentes les gens du milieu, c’est automatique. Les gens sont intéressés, te montent la sega (se la racontent, NDLR), tu peux vite prendre la grosse tête. Francis ne voulait pas ça pour ses garçons. Il expliquait que lui-même avait vécu à une autre époque, plus propice au banditisme. Il estimait que cette vie-là n’était plus possible aujourd’hui, et il voulait que ses fils s’écartent de son chemin. »

https://www.corsenetinfos.corsica/photo/art/default/47608429-37617798.jpg?v=1593348513

Interview croisée de Violette Lazard, journaliste d'investigation à L'Obs, et de Marion Galland, reporter à RCFM, coauteurs de cet ouvrage, qui vient de paraître aux éditions Plon, et représente un long travail d'enquête sur la Brise de Mer et le double assassinat de l'aéroport de Bastia-Poretta du 5 décembre 2017 ICI

 

 

Rencontre avec Violette Lazard, journaliste d'investigation à L'Obs, et Marion Galland, reporter à RCFM, coauteurs de Vendetta (éditions Plon)*, un livre-enquête sur le grand banditisme corse qui raconte l'histoire du gang de la Brise de Mer et le parcours de ceux que les services de police présentent aujourd'hui comme ses héritiers, Jacques Mariani, Christophe et Richard Guazzelli, et les rivalités avec le groupe dirigé selon les policiers par Jean-Luc Germani. Très documenté, apportant des éléments inédits, cet ouvrage retrace notamment la genèse du double assassinat de deux proches de celui-ci le 5 décembre 2017 devant l'aéroport de Bastia-Poretta, dossier dans lequel les deux fils de Francis Guazzelli, assassiné le 15 novembre 2009 et considéré comme un pilier de la Brise, sont mis en examen. Ils font également l'objet de poursuites dans un trafic de produits stupéfiants.  

Quels sentiments vous inspirent le succès en librairie rencontré par votre livre ?

Violette Lazard.

C'est toujours agréable de savoir que l'histoire intéresse les lecteurs autant qu'elle nous a intéressées en tant qu'auteurs. Nous considérions que tout n'avait pas été écrit, loin de là, sur le sujet et ne l'avait pas été forcément dans le détail. Nous avions l'impression qu'il y avait encore des choses à raconter et à révéler, l'intérêt des lecteurs démontre que c'est une réalité.

Marion Galland. 

La première partie, l'histoire des pères, a été racontée à de nombreuses reprises à travers l'évocation d'une succession de faits mais pas de ce qu'ils étaient. Pour notre part, nous avons mis l'accent sur l'humain, les relations père-fils. Ce n'est pas tant le succès qui me fait plaisir mais le fait d'entendre des personnes dire qu'elles ont pris du plaisir à lire ce livre.

Stéphane Sellami on Twitter: "Cette semaine débute dans @lequipe ...

Un ancien footballeur du FC Nantes aurait tué l'oncle de Jenifer ICI

 Publié le 13/06/2018

L'enquête sur la mort de Jean-Luc Codaccioni, l'oncle de la chanteuse Jenifer, tué dans une fusillade en Corse début décembre, se poursuit. La police a procédé à plusieurs interpellations début juin. Parmi les interpellés se trouverait Christophe Guazzelli, un ancien footballeur du FC Nantes qui serait l'auteur des tirs mortels.

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28 août 2020 5 28 /08 /août /2020 06:00

 

Les moutards et les moutardes (appellation non contrôlée) après avoir asséché à la fête foraine le porte-monnaie de leurs parents avec des tours de manèges, de balançoires, de trampolines, de couloir des horreurs et autres joyeusetés foraines, se mettent à réclamer de la barbe à papa.

 

Horreur, malheur, du sucre, du sucre… pour le plus grand bonheur des dentistes !

 

Barbapapa_LCAV3

 

Ça tombe bien puisqu’il se dit que la barbe à papa a été inventée par un dentiste américain William J Morrison, et John C. Wharton, confiseur. Le brevet est déposé en 1897, et l’invention fait un carton à l’Exposition Universelle de Saint-Louis. En France, les filaments de sucre prennent le nom de barbe à papa en 1937.

 

Ils vendent alors la fairy floss dans une fête foraine, puisque c'est là que les parents emmènent leurs enfants. Ils réussissent ensuite à en vendre 68 655, au prix de 25 cents. La fairy floss est alors connue dans le monde entier et prend plusieurs noms selon certains pays, par exemple: cotton candy (cotton en sucre) aux Etats-Unis, candy floss (fil en sucre) en Angleterre et bien sûr, nous les Français, nous l'appelons barbe-à-papa. Son nom originel a été adopté en Australie.

 

William avait plusieurs cordes à son arc car il était aussi avocat, auteur de livre pour enfants, leader dans des affaires civiques et politiques, inventeur et enfin président de l'association des dentistes de l'état du Tennessee

 

Son nom initial était « Tooth Floss » soit fil dentaire, pas très glamour comme dénomination alors les inventeurs décidèrent d’en changer « Fairy Floss » ou « Fil à fée »

 

 

Pour rassurer les mères soucieuses des quenottes de leur progéniture :

 

Une canette de cola contient une fois et demi plus de sucre qu’une barbe à papa de fête foraine.

 

Selon les normes du métier, une barbe à papa est composée de 25 g de sucre. Une canette de cola standard en contient 39 g pour 33 cl.

 

Barbapapa_LCAV5

 

Principe de la machine à barbe à papa

 

La machine qui fabrique cette confiserie se compose d'un baquet central qui tourne sur lui-même -- dans lequel on dépose du sucre et du colorant alimentaire -- entouré d'un réceptacle. À l'intérieur du baquet, on trouve des résistances électriques qui chauffent le sucre jusqu'à sa température de fusion.

 

Du fait de la force centrifuge, le sucre fondu va s'échapper par de petits orifices placés au sommet du cône central. Au contact de l'air, bien plus frais que l'intérieur de la machine, ce sucre se solidifie sous forme de minces filaments, qu'un bâton va récupérer pour former la fameuse barbe à papa.

 

L'épaisseur des filaments dépend de la vitesse de rotation de la machine : plus elle tourne vite et plus les filaments sont fins.

 

Barbapapa_LCAV4

 

Pourquoi est-elle rose ?

 

Quant à la couleur, elle dépend du colorant alimentaire qui est déposé dans le baquet en même temps que le sucre.

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27 août 2020 4 27 /08 /août /2020 06:00

L’image contient peut-être : nourriture

Être abonné à Télérama depuis Mathusalem présente, en dépit de mon allergie à la bien-pensance qui y règne, des avantages, tout particulièrement de me flécher des événements culturels intéressants.

 

“Je mange donc je suis” : un grand mezze ludique et savant au Musée de l'homme

 

Vue de l’exposition.

Le crâne d'Homos sapiens (-14 000 ans) : le secret des mandibules du chasseur cueilleur

 

Des pierres taillées dans les cavernes à la porcelaine des dîners à l’Elysée, des galettes de blé du Néolithique aux repas en poudre des cosmonautes, des offrandes de Papouasie-Nouvelle-Guinée aux néons du supermarché… Il y a à voir et à manger en quantité dans l’exposition proposée par le Musée de l’homme, à Paris.

 

Pour sa nouvelle exposition, la vénérable institution blottie au pied de la Tour Eiffel s’empare d’un sujet aussi fédérateur qu’universel : l’alimentation. Conçue comme une déambulation à travers nos assiettes, ce copieux banquet ethno-scientifique en explore les facettes biologiques, culturelles et écologiques, sous un titre aux consonances cartésiennes : « je mange donc je suis ». En trois salles, 650 mètres carrés et 450 objets, l’accrochage propose un picorage ludique et savant, à la croisée de la science et de l’art, du passé et du présent. Le tout servi par une scénographie aux petits oignons, qui n’oublie pas l’humour, la poésie et l’inventivité.

 

Pédago sans être pédante, l’exposition ne craint pas, aussi, de se frotter aux sujets qui fâchent, de l’agriculture intensive (sans doute la première entrée au musée d’un bidon de Round Up !) aux OGM, des poussins broyés de l’élevage industriel aux « fausses » tomates marketées par la grande distribution…

 

La suite ICI 

 

Christophe Lavelle, biophysicien, chercheur au CNRS et au Muséum national d’histoire naturelle, cofondateur du Food 2.0 Lab, dans son labo au MNHN, à Paris, le 21 juillet 2020.

 

Christophe Lavelle, chercheur : « La cuisine, c’est la culture qui transforme la nature »

 

Commissaire de l’exposition “Je mange donc je suis”, présentée jusqu’à la fin août au musée de l’Homme, à Paris, Christophe Lavelle est un scientifique gourmand. Du casse-croûte de Cro-Magnon à l’assiette du futur, de la chimie de la mayonnaise à la pêche éthique, rien de ce qui touche à la nourriture ne lui est étranger. Pour lui, l’acte de manger fonde la civilisation.

 

Aussi à l’aise avec une fourchette qu’avec un tube à essai, Christophe Lavelle parle couramment la langue des cuisiniers, qu’il fréquente avec gourmandise, tout en menant des recherches pointues sur la fermentation ou l’épigénétique — l’incidence de notre environnement sur nos gènes. À 45 ans, et après s’être rêvé chef, ce physicien de formation mène ses recherches sous la houlette du CNRS, de l’Inserm et du Muséum national d’histoire naturelle. Jetant des ponts entre sciences dures et sciences humaines pour éclairer le sujet qui le passionne : l’alimentation. C’est avec cet appétit omnivore qu’il a conçu le menu de l’exposition « Je mange donc je suis », présentée jusqu’à la fin août au musée de l’Homme. Un voyage à travers l’assiette où se mêlent arts de la table et paléontologie, rites ancestraux et nourritures futuristes, pour mieux rappeler que « la cuisine, c’est la culture qui transforme la nature », comme le dit joliment cet épicurien. Et que se nourrir, acte aussi banal que vital, est plus que jamais au cœur d’enjeux essentiels — d’écologie, d’éthique et de santé —, comme la récente crise sanitaire est venue nous le rappeler.

 

L’alimentation semble devenue un inépuisable sujet de controverse. L’a-t-elle toujours été ?

 

Ce n’est que lorsque l’on a la certitude d’avoir une assiette pleine que l’on peut commencer à se demander dans quelles conditions nos tomates ont été cultivées, ou si on tolère bien le gluten du pain… Dans le monde occidental, ce confort absolu date des années 1950, moment à partir duquel ont commencé à émerger ces préoccupations, parce que les pratiques agricoles ont profondément changé en quelques décennies. Il faut se rappeler que l’histoire de l’humanité a été marquée par deux grandes révolutions alimentaires : la première est la transition du paléolithique au néolithique, le passage du chasseur-cueilleur, qui puise dans la nature ce dont il a besoin, à l’agriculteur-éleveur, qui produit lui-même sa nourriture. La seconde n’est intervenue qu’au milieu du XXe siècle, avec l’industrialisation des modes de production. Engendrant avantages — la capacité à nourrir le plus grand nombre — et inconvénients — des pratiques très énergivores, très polluantes, et qui posent de lourdes questions sanitaires sur le long terme.

 

L’article intégral ICI 

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26 août 2020 3 26 /08 /août /2020 06:00

Moderniser les rouges du Languedoc me dit-on, mais jusqu'où ira-t ...

En France, pendant le confinement, note Steve Charters, professeur en marketing du vin à la Burgundy School of Business : « Les cavistes sont restés ouverts (alors même que les marchés ouverts de produits alimentaires étaient fermés), vendant ce que le gouvernement français considère comme des produits de première nécessité. Puissamment ancré dans la psyché nationale française, le vin est de toute évidence «de première nécessité»

 

Les rayons vin de la GD sont restés approvisionné et accessibles pendant toute la période.

 

Le trou d’air dans la consommation de vin a donc eu pour cause essentielle la fermeture des CHR et a donc touché principalement les producteurs vendant essentiellement dans ces circuits.

 

Comme je m’interdis toute allusion au plan gouvernemental d’aide au secteur du vin je me contenterai de faire remarquer qu’un diagnostic précis et argumenté des causes des difficultés de certains est essentiel, l’arrosage indifférencié ne fait que masquer les insuffisances structurelles du secteur. Les porteurs institutionnels des revendications sont bien éloignés des réalités du marché.

 

Afterwork du taulier : Des rafales de chiffres pour les vins de ...

 

Le confinement a révélé les différences de cultures de consommation de vin dans le monde ICI 

 

Entre interdiction de boire, organisation de rituels et repli sur sa production nationale, tour d'horizon des pratiques lors de l'épidémie mondiale de Covid-19.

— 9 août 2020 —

La presse a beaucoup insisté sur l'idée que pendant la crise du Covid-19, le monde buvait plus qu'avant. Ainsi a-t-on lu dans le Sydney Morning Herald que les ventes en ligne en Australie d'un détaillant avaient augmenté de 50 à 75%.

 

Aux États-Unis, les chiffres du site de sondage Nielsen concernant les ventes de vin ont montré des augmentations spectaculaires au cours des deux semaines suivant le début du confinement dans des États clés, puis une chute, suivie de deux autres semaines d'augmentation (bien que moins intense) –soit une hausse des ventes de vin aux États-Unis de 29,4% depuis le «début» du Covid-19.

 

Au Royaume-Uni, le mois de mars aurait été le meilleur de tous les temps pour la grande distribution. L'un des principaux détaillants en ligne britanniques a vu le nombre de nouveaux clients augmenter de 300% en mars/avril par rapport à l'année précédente.

 

Mais que se cache-t-il derrière ces gros titres?

Est-ce simplement la peur de pousser les gens à boire du vin, ou le besoin d'un soutien en temps de crise?

Et ce changement de comportement en matière de consommation d'alcool se constate-t-il dans le monde entier?

 

Très peu de temps après le début du confinement en France, j'ai reçu le courriel d'un magasin de boissons haut de gamme à Dijon m'indiquant que le samedi suivant serait un «Happy Saturday», avec 20% de réduction sur toutes les ventes de vin.

 

Les cavistes sont restés ouverts (alors même que les marchés ouverts de produits alimentaires étaient fermés), vendant ce que le gouvernement français considère comme des produits de première nécessité. Puissamment ancré dans la psyché nationale française, le vin est de toute évidence «de première nécessité». En Afrique du Sud, où l'abus d'alcool peut être considéré comme un fléau en soi, l'occasion a été saisie pour faire de l'ingénierie sociale autour de la consommation des drogues légales. Ainsi le pays a interdit toute vente d'alcool pendant le confinement (ainsi que les cigarettes et le tabac).

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25 août 2020 2 25 /08 /août /2020 06:00

 

Dans mon job sous les ors de la République j’ai croisé beaucoup de préfets, surtout lorsque je tenais le dossier Corse sous Michel Rocard premier Ministre. Avant, j’avais apprécié l’accueil de Claude Erignac alors préfet du Gers. Ensuite, lors de ma mission VDN il fut beaucoup question du préfet Bonnet qui s’illustra en Corse avec l’incendie des paillotes sous JP Chevènement, j’ai récemment appris que le préfet Dartout qui m’accueillit chaleureusement à Perpignan en plein mois d’août, Préfet de la région PACA, prendra ses fonctions à Monaco comme ministre d'Etat le 1er septembre. Mon collègue à la présidence de l’AN Jean-François Gueulette fut nommé préfet des Deux-Sèvres Joël Thoraval préfet de région Corse m’impressionna, ancien directeur de cabinet de Pasqua à l’Intérieur, il devint à sa retraite président du Secours catholique. Celui qui pleura devant moi,  travailla au Conseil général de la Nièvre en 1970, fut nommé préfet de l’Ardèche en 1983, dans le palais Lantivy avait tenu 1 an dans l’univers impitoyable de la Corse. 1989-1990.

 

Notre guide suprême Emmanuel Macron vient de procéder à un vaste mouvement de préfets il a profité du dernier conseil des ministres avant la pause estivale, mercredi 29 juillet, pour nommer 18 nouveaux préfets.

 

S’il n’est pas inédit, un changement d’une telle ampleur est rare.

 

Plus de cinquante nominations de préfets étaient intervenues à l’été 1981, au lendemain de l’élection de François Mitterrand. Un vaste mouvement préfectoral avait également suivi l’arrivée de Pierre Joxe à l’intérieur, en 1984. En 1993, une cinquantaine de préfets avaient également bougé, après la nomination d’Edouard Balladur à Matignon. « Mais, en 1981 comme en 1993, il s’agissait de débarquer des préfets marqués politiquement, ce n’est pas le cas ici, rappelle Gildas Tanguy, maître de conférences à Sciences Po Toulouse. Ce mouvement, en cours de mandat, n’est pas une épuration, au contraire. Il s’agit vraisemblablement d’imposer une rupture et une nouvelle ligne politique, plus territorialisée, décentralisée. »

 

Il n’est sans doute pas un corps administratif de l’État en France qui véhicule – depuis sa création – autant de fantasmes, d’a priori, de caricatures, de parodies et de mises en scènes savantes et littéraires, et bien sûr de commentaires politiques, que le corps préfectoral.

 

De fait, la figure du préfet semble – et ce quel que soit le régime – vouée de façon récurrente à occuper le devant de la scène, de deux façons principales.

 

D’une part, l’institution est souvent évoquée au travers des individus, tour à tour héroïques ou comiques, qui l’ont incarnée : Rambuteau, Haussmann, Cambon, Lépine, Poubelle, Schrameck, Carnot, Moulin, Érignac sont autant de noms qui symbolisent et personnifient le corps.

 

D’autre part, cette individualisation marquée de l’institution va de pair avec l’usage d’un vocabulaire attendu ou routinisé et d’un imaginaire approprié. En témoignent les mutations ou les évictions, si controversées et médiatisées, du préfet de la Manche Jean Charbonniaud en janvier 2009 et du préfet de l’Isère Albert Dupuy en juillet 2010. Ces « affaires » rassemblent tout l’arsenal rhétorique qui entoure la définition de l’institution : pour le dire vite, le préfet est un agent politique du gouvernement, un fonctionnaire d’autorité révocable ad nutum. Ce qui est advenu des préfets de la Manche ou de l’Isère résonne telle une antienne de la longue histoire de l’institution préfectorale, tant la mutation et la révocation semblent l’alpha et l’oméga de l’histoire de cette administration

 

À dire vrai, rien de très original. Depuis la création du corps, les analyses, les commentaires savants ou non, et a fortiori les évocations littéraires ont toujours retenu ce critère comme déterminant. Les exemples sont légion. Que l’on songe à la vision d’Henri Chardon qui envisageait la suppression des préfets comme le préalable nécessaire à toute réforme administrative.

 

« Le préfet dans tous ses états ». Une histoire de l’institution préfectorale est-elle (encore) possible ? ICI 

Gildas Tanguy

 

Les préfets sont nommés par décret du Président de la République pris en Conseil des Ministres sur proposition du Premier Ministre et du ministre de l’Intérieur. Ils sont recrutés parmi les sous-préfets et administrateurs civils et, dans une proportion d’un cinquième de l’effectif global, pris discrétionnairement parmi les fonctionnaires ou les non-fonctionnaires, sans aucune condition spéciale. Soumis à un loyalisme particulièrement strict à l’égard du gouvernement, les préfets ne possèdent pas le droit syndical ni le droit de grève. Ils sont regroupés au sein de l’association du corps préfectoral et des hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur.

 

ICI 

 

Non, la casquette du préfet de police de Paris n'est pas aussi ...

 

Emmanuel Macron décide d’un vaste mouvement de préfets ICI

 

Des proches du chef de l’Etat ont été promus. Les femmes, les jeunes et les nouveaux profils ont été privilégiés.

 

Par Benoît Floc'h, Denis Cosnard et Solenn de Royer

Publié le 31 juillet 2020 - Mis à jour le 31 juillet 2020

 

Le président de la République, Emmanuel Macron, a profité du dernier conseil des ministres avant la pause estivale, mercredi 29 juillet, pour nommer 18 nouveaux préfets, procéder à 15 mutations et changer un certain nombre de directeurs d’administration centrale. Préparé de longue date mais retardé par la crise sanitaire, ce mouvement est le plus important depuis des années, alors que 13 nouveaux préfets ont déjà été nommés en janvier.

 

S’il n’est pas inédit, un changement d’une telle ampleur est rare. Plus de cinquante nominations de préfets étaient intervenues à l’été 1981, au lendemain de l’élection de François Mitterrand. Un vaste mouvement préfectoral avait également suivi l’arrivée de Pierre Joxe à l’intérieur, en 1984. En 1993, une cinquantaine de préfets avaient également bougé, après la nomination d’Edouard Balladur à Matignon. « Mais, en 1981 comme en 1993, il s’agissait de débarquer des préfets marqués politiquement, ce n’est pas le cas ici, rappelle Gildas Tanguy, maître de conférences à Sciences Po Toulouse. Ce mouvement, en cours de mandat, n’est pas une épuration, au contraire. Il s’agit vraisemblablement d’imposer une rupture et une nouvelle ligne politique, plus territorialisée, décentralisée. »

 

Soucieux d’affirmer son autorité et d’insuffler un nouvel élan pour les six cents jours qui lui restent, le chef de l’Etat, qui vient de remanier en profondeur son gouvernement, poursuit son grand ménage. « Le président a fait le choix de gens frais, compétents et motivés, sur qui s’appuyer, dit-on dans son entourage. Il veut montrer que la transformation se poursuit avec force et non pas au fil de l’eau, ce qui est souvent le cas à ces moments du quinquennat. »

 

« Rattraper les choses »

 

Ces nominations ont été l’occasion pour Macron de remercier et promouvoir plusieurs proches et conseillers. Laurent Hottiaux, qui suivait les affaires intérieures à l’Elysée, devient préfet des Hauts-de-Seine et le chef de cabinet adjoint du palais, Rodrigue Furcy, est nommé dans les Hautes-Pyrénées. Le conseiller en communication du président, Joseph Zimet, devait quant à lui hériter de la préfecture de la Haute-Marne, mais son nom a été retiré de la liste juste avant le conseil des ministres ; il pourrait être nommé fin août pour une prise de poste plus tardive.

 

Emmanuel Macron récompense aussi son précieux directeur de campagne en 2017, Jean-Marie Girier, qui, à 36 ans, devient préfet du Territoire de Belfort, après avoir dirigé le cabinet de Richard Ferrand à l’Assemblée nationale. Fin politique, ce Lyonnais, ancien collaborateur de Gérard Collomb, devient l’un des plus jeunes préfets de France, derrière Pierre Sudreau, nommé préfet à 32 ans seulement, en 1951.

 

Plusieurs anciens conseillers de Matignon sont également promus. Eric Jalon, ex-chef du pôle intérieur à Matignon, est nommé préfet de l’Essonne, Xavier Brunetière, ex-conseiller outre-mer, préfet du Gers, ou encore Anne Clerc, ex-chef de cabinet d’Edouard Philippe, préfète déléguée pour l’égalité des chances dans les Hauts-de-Seine.

 

Côté Beauvau, l’ex-directeur de cabinet adjoint de Christophe Castaner, Etienne Stoskopf, devient préfet des Pyrénées-Orientales, l’ancien directeur de cabinet, Stéphane Bouillon, est nommé secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale. Il était programmé pour la prestigieuse préfecture d’Ile-de-France, mais ce poste revient finalement à Marc Guillaume, évincé sans ménagement du secrétariat général du gouvernement (SGG). « Ils ont voulu rattraper les choses avec Guillaume pour ne pas donner l’impression d’un licenciement sec », explique un fin connaisseur de l’administration.

 

Il est en effet extrêmement rare qu’un SGG soit remercié après un changement de gouvernement, souligne Jean-Michel Eymeri-Douzans, professeur à Sciences Po Toulouse. « Cela ne s’est produit qu’une fois, en 1986, lors de la première cohabitation, dit-il. Cette décision est plus importante que la nomination de tous les autres préfets réunis. Jean Castex veut signifier qu’il y a un nouveau maître à Matignon. »

 

« Il y en a pour tout le monde »

 

Plusieurs critères ont guidé ces nominations, explique l’Elysée. Le rajeunissement : trois nouveaux préfets ont moins de 40 ans. La féminisation : 8 primo-nommés sur 18 sont des femmes ; la France compte désormais 38 préfètes, contre 24 en 2017, et pour la première fois, une femme, Pascale Regnault-Dubois, prend la tête des CRS. La diversification des profils, enfin : la cadre dirigeante d’une entreprise privée, Salima Saa, qui avait des responsabilités au sein de l’UMP, est par exemple nommée en Corrèze.

 

Autre bénéficiaire du mouvement, Frédérique Calandra, l’ancienne maire du 20e arrondissement de Paris, nommée déléguée interministérielle à l’aide aux victimes. Cette socialiste de 57 ans avait été la seule maire de l’équipe Hidalgo à rejoindre le camp macroniste et à se présenter en mars sous les couleurs de La République en marche. Une évolution sanctionnée par les électeurs : elle n’a obtenu que 9 % des voix au second tour, et n’a été réélue ni maire d’arrondissement ni même conseillère.

 

Ce mouvement voit aussi la promotion ou le retour de plusieurs ex-collaborateurs de l’ex-premier ministre Bernard Cazeneuve à Beauvau, dont son ancienne conseillère spéciale, Marie-Emmanuelle Assidon, nommée secrétaire générale de la zone de défense et de sécurité à Paris. « Il y a des ex de chez Cazeneuve mais aussi de chez Valls, il y a également des promus à droite, observe un fin connaisseur de l’administration. Il ne faut pas voir de sens politique à ce mouvement, il y en a pour tout le monde. » Emmanuel Macron pourrait réunir ces nouveaux préfets à la rentrée.

 

Benoît Floc'h, Denis Cosnard et Solenn de Royer

 

Macron nomme 18 nouveaux préfets, dont quatre dans la région Occitanie

Emmanuel Macron a nommé mercredi 29 juillet, 18 nouveaux préfets de département, dont plusieurs conseillers de l’Élysée et de Matignon, et en a déplacé 15 autres. C’est le plus vaste mouvement préfectoral depuis le début du quinquennat, après les 13 nouveaux préfets nommés en janvier. ICI

 

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24 août 2020 1 24 /08 /août /2020 06:00

Eros au secret, l'enfer de la bibliothèque - Le journal de Maître Po

« L'enfer n'existe pas – STOP – Tu peux te dissiper – STOP – Préviens Claudel – STOP – Signé : André Gide »

 

Télégramme et canular littéraire le plus fameux, reçu le 20 février 1951 par François Mauriac. Soit deux jours après la mort de Gide au Vaneau.

 

« Ce petit bleu d'outre-tombe a été attribué à divers auteurs potentiels : Jean-Paul Sartre, Roger Nimier ou encore Anne-Marie Cazalis… »

 

« On a beaucoup ri d'un télégramme que Mauriac a reçu peu de jours après la mort de Gide », note Julien Green le 28 février dans son Journal.

 

L'année suivante le Vatican, qui espérait une conversion jusqu'au dernier souffle de Gide, inscrit l'ensemble de son oeuvre à l'index. Le 2 juin 1952, à la suite d'un décret du 24 mai 1952 de la Suprema Sacra Congregatio Sancti Officii, "Andreae Gide opera omnia" est inscrite à la liste des "librorum prohibitorum". L’Osservatore romano l'accuse d'être "un négateur du Christ ", "Un poète de la joie la plus trouble et de la gloire la plus vaine.

 

« C’était le ciel que mon enfer épousait », écrit André Gide dans Si le grain ne meurt. Si Juliette Rondeaux, sa mère, lui avait grandes ouvertes les portes du ciel, Gide ne pouvait y rencontrer qu’un ange. Mais « à sainte femme fils pervers » et son enfer était celui des revendications de la chair. Pour joindre le ciel et son enfer, des noces blanches furent célébrées, mettant à l’abri Madeleine, son ange, qui a respecté les « suppliciantes délices » de l’enfer de Gide. Du désir mortifié nous allons voir par quel miracle Gide a fait un désir vivant. « Il anime tout ce qu’il touche », disait de lui son ami, Roger Martin du Gard.

Isabelle Morin

 

 

Le 23 mars 2008 Classé X : les "Enfers" du sexe... (interdit aux moins de 16 ans) j’écrivais :

 

À la tentation j’ai longtemps résisté mais ce matin j’y ai succombé avec un grand plaisir que j’espère vous partagerez.

 

Pudibonds, pudibondes passez votre chemin, l’ouverture de la porte de son Enfer par notre Bibliothèque Nationale, ce grand X rose placardé la nuit sur le flanc d’un des 4 grands vits érigés sous le règne de François Mitterrand, m’y invitait depuis des mois. Bien évidemment je ne puis me pencher sur un tel sujet sans vous offrir quelques gâteries, le sexe dans tous ses états, frivole, grave, polisson, esthétique et parfois sadique…

 

Âmes pudiques, femmes honnêtes ou sages, prudes et prudes retirez-vous nous allons emprunter le chemin de la licence, de l’indécence et de l’obscénité. Mais, permettez-moi quand même, en un temps où la sexualité trop souvent se réduit à une frénétique mécanique des corps, de vous confier qu’il est temps de réenchanter le désir. Ne rallumez pas pour moi les feux de l’enfer mes propos matinaux, comme toujours, sont là pour vous éclairer non pour vous dévergonder.

 

La suite ICI

 

L'enfer de la bibliothèque – Éros au secret - YOZONE

 

Pourquoi avoir mis en oeuvre un tel projet ?

 

« Parce que cet enfer nourrit tous les fantasmes. On le voit comme une sorte de pénitencier de la censure ou, à l'opposé, comme un boudoir galant, un lieu clos où serait conservé, à l'abri des regards, l'obscène et le licencieux, explique Marie-Françoise Quignard, l'une des commissaires de l'exposition. Or l'enfer de la BN, ce n'est ni un boudoir ni une prison, mais une cote attribuée à un volume conservé dans la réserve des livres rares. »

 

L'enfer est né au XIXe siècle. La première mention d'un livre portant la mention "Enfer", suivie d'un numéro, date de 1844.

 

« Cette décision n'est pas le fait du pouvoir politique, mais sans doute des bibliothécaires, précise Mme Quignard. Peut-être parce la BN de l'époque était devenue un lieu de lecture publique et que, le puritanisme aidant, on voulait éviter de mettre certains livres "osés" entre toutes les mains. Pour avoir accès à ces ouvrages, il fallait que la demande passe devant un comité consultatif. »

 

Les publications qu'on y garde sont presque toujours clandestines, et souvent imprimées à l'étranger. Ce sont les saisies qui facilitent la constitution de ce fonds, riche de 620 livres en 1876, et qui compte aujourd'hui près de 2 000 références.

 

 

En 1969, quelques mois après Mai 68, l'enfer de la BN avait été liquidé et les titres "licencieux" intégrés aux collections ordinaires. En revanche, une cote - 8o Y2 90000 - avait été ouverte pour la "basse pornographie", qui disparaîtra à son tour. « Pour des raisons pratiques et la nécessité de mieux classer les livres érotiques, on a rouvert l'enfer en 1983, mais les difficultés de communication n'existent plus », explique la commissaire de l'exposition. Mieux, les principales pièces de l'enfer quittent la clandestinité pour se montrer au grand jour.

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 06:00

 

Le corporatisme était la pierre angulaire de « l’état français » du maréchal Pétain ; du côté de la paysannerie ce fut étiqueté comme tel avec la Corporation Paysanne qui fournira les futurs cadres de la FNSEA et des Chambres d’agriculture ; dans les professions libérales naquirent toute une tripotée d’Ordre : médecins, pharmaciens, avocats, notaires, architectes…

 

Régime de Vichy - Wikiwand

 

De Gaulle les légitima.

 

L’un des plus connu est l’Ordre des médecins.

 

Le jour où Vichy a liquidé la CSMF du Dr Cibrie ICI 

 

 

Alors même que le syndicalisme médical, porté par le Dr Paul Cibrie, avait fait en 1940 des offres de service au premier gouvernement du maréchal Pétain, il fut littéralement interdit et ses biens immédiatement dévolus au Conseil supérieur de l’Ordre dont un projet existait depuis 1933. Cet été, « le Quotidien » retrace l'histoire de médecins qui se sont illustrés pendant la Seconde Guerre mondiale.

 

Quant au printemps 1945, il vient enfin de rentrer dans ses murs huit mois après la Libération de Paris, le Dr Paul Cibrie raconte dans le numéro du « Médecin de France » paru en juillet 1945 l’humiliation qu’il avait subie cinq ans plus tôt avec la « liquidation » de la CSMF.

 

Le secrétaire général de la confédération – plus général que secrétaire, selon ses détracteurs – n’a rien perdu du mordant qui caractérise habituellement ses relations avec ses adversaires : « Nous sommes partis après avoir signé l’inventaire établi par M. l’inspecteur des Domaines dont la courtoisie fut parfaite. Messieurs de l’Ordre arrivèrent, raides chacun comme un bâton de maréchal, daignèrent trouver la maison “digne d’eux”. Leur discourtoisie fut totale. Pas un mot, pas un geste, pas une carte. Rien : rien à l’égard des représentants présents des syndicats dont ils héritaient (!!) – ce vol légal étant pudiquement qualifié “d’héritage”. Deux seuls médecins praticiens [...] perdus dans un brillant aréopage, témoignaient du mépris bien net dans lequel on tenait la tourbe médicale. »

 

Un pilier du syndicalisme médical

 

À la veille comme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, Paul Cibrie est le personnage emblématique de la vie médico-politique. Rentré de la Première Guerre en 1918, avec moult médailles au plastron, il avait été mobilisé pour la Seconde en septembre 1939 avant d’être libéré six mois plus tard pour motif d’âge (il avait 56 ans !). Mais son vrai titre de gloire était d’avoir littéralement « porté » le syndicalisme médical sur les fonts baptismaux d’abord, en 1927-1928, puis dans les coulisses lorsqu’il lui avait fallu négocier avec Louis Loucheur, ministre du Travail de l’époque, les termes du compromis ouvrant la voie aux assurances sociales.

 

On date souvent de la Libération, et de ses ordonnances de 1944-1945, la création de la Sécurité sociale actuelle, faisant injustement litière du régime qui l’avait précédée avec quelques nuances, mais « nuances » seulement : paiement à l’acte, tarif de responsabilité, tiers-payant, convention, autodiscipline étaient autant de concepts qui faisaient déjà débat avant-guerre. Lui était l’inventeur du concept d’« entente directe », opposé à la notion de « liberté contractuelle » défendue par la majorité et les dirigeants de l'Union rescapée d’avant-1914.

 

Mais le Dr Cibrie, provincial « monté à Paris » pour y faire carrière, était finalement moins doctrinaire que pragmatique, opportuniste, voire « social-traître » comme on ne disait pas encore. Et ses meilleurs ennemis, lorsqu’il eut accédé à la barre de la Confédération, devinrent… les mêmes barons parisiens ou lyonnais qui l’avaient porté aux affaires en 1928 !

 

Il aurait fourni à Pierre Laval une capsule de cyanure

 

Il avait en effet œuvré avec tous les pouvoirs que lui offrait le suffrage universel, y compris avec le Front populaire de 1936, heurtant alors le libéralisme de sa base qu’il engageait à investir dans des « centres de diagnostic » afin de contrer les projets de dispensaires de toutes obédiences. Son activisme était demeuré vain et il avait dû batailler pour garder le cap de la raison dans les années folles. Combattre aussi les excès de la… déraison à propos d’une prétendue pléthore professionnelle, qui avait, depuis le berceau, servi de boussole au syndicalisme médical.

 

À cet égard, Cibrie était un xénophobe assumé, au moins sur le plan professionnel, affolé par l’immigration médicale massive des années vingt et trente. Il avait bataillé pour obtenir le vote, en 1934, d’une loi dite Armbruster, du nom du sénateur qui en avait repris la proposition, protégeant (mal) les intérêts des médecins français titulaires du diplôme d’État. Une thèse récente fait néanmoins du personnage un « antisémite qui s’ignore » sans autre démonstration qu’une relecture partiale de ses propos du moment et au motif d’une prétendue amitié avec Laval, fondée sur un seul témoignage… forcément précaire. Le médecin aurait fourni, dans d’obscures conditions, la capsule de cyanure qui aurait permis à l’homme politique d’échapper au poteau d’exécution. Mais d’autres médecins avaient enrayé l’issue fatale du poison !

 

Personnage controversé

 

À la vérité, l’histoire reste, et restera sans doute, définitivement obscure, en tout cas insuffisante à qualifier d’antisémites Cibrie et la Confédération, dans les rangs de laquelle on trouve d’ailleurs beaucoup plus de résistants que de suspects de collaboration.

 

Ne subsiste qu’un seul élément « à charge » : l’audience accordée à trois médecins juifs sarrois (lorsque cette province avait été réinvestie par les troupes du Reich) venus lui demander son soutien pour une dérogation à la loi Armbruster. Vainement, mais le compte rendu qu’il avait fait de ce rendez-vous était un réquisitoire objectif et sincère du régime racial à ce moment déployé outre-Rhin.

 

À sa décharge : une motion d’Assemblée générale adoptée à son initiative en solidarité aux confrères juifs allemands après 1933 et – plus éloquent encore –, le fait qu’il avait lors de l’Assemblée générale de 1938 publiquement ridiculisé les comptes du délégué de banlieue nord, un dénommé Paul Querrioux, médecin de Saint-Ouen, antisémite du haut de l’affiche. La relecture de la presse de l’époque démontre en outre qu’il prenait garde de se tenir à l’écart des banquets de l’Action française où s’exprimaient le plus ouvertement les grandes voix antisémites de l’époque. Ce qui n’empêcha Paul Cibrie de flatter le pouvoir issu du coup de force constitutionnel du 10 juillet 1940.

 

Au service de Vichy

 

Dans son dernier éditorial, intitulé « Servir », daté du 4 juillet et de la ville de Brive où il avait organisé le repli de la CSMF, il racontait : « […], nous nous sommes adressés au vice-président du Conseil avec lequel, lors de l’application en 1930 et 1931, de la loi des Assurances sociales, nous avions eu de nombreux contacts, et qui, à ce moment, avait pu se rendre compte de notre organisation, la plus complète déjà dans l’ordre corporatif. » Laval était donc le destinataire de cette missive ! Et se réclamant de la « courtoisie » de leurs échanges, il se montrait rapidement disposé à « travailler dans le sens […] indiqué par le gouvernement ».

 

Quand il livrait copie de sa missive à Pierre Cathala, directeur de cabinet du même Laval et avec qui il était d’évidence plus intime, il précisait dans une note manuscrite : « Nous sommes particulièrement résolus à nous employer ardemment et sans faiblesse au redressement national. Nous sommes prêts, en conséquence, à prendre la place qui nous serait attribuée dans la représentation des professions envisagée par le gouvernement. »

 

La CSMF dissoute... pour faire place à l'Ordre

 

L’offre – spontanée – de service ne fait donc aucun doute alors même qu’on ne sait, à ce moment, rigoureusement rien des intentions du gouvernement. Le 20 juillet, Cibrie rentrait donc seul dans ses locaux parisiens ayant envoyé son adjoint à Vichy essayer de nouer, vainement, des contacts plus féconds avec des interlocuteurs « autorisés ».

 

Pas de nouvelles avant le 17 septembre où on trouvait une nouvelle « offre de services » de la Confédération au gouvernement, cette fois dans les colonnes de Paris-« Soir : elle s’y déclarait disposée à mobiliser ses troupes de terrain pour y procéder au recensement des médecins étrangers – privés du droit d’exercice par une loi largement improvisée en date du 16 août – sans se cacher de son intention de les remplacer par des praticiens – français – de son choix selon les termes d’une autre loi adoptée avant la déclaration de guerre.

 

Difficile de faire plus explicite ! Paul Cibrie savait-il à ce moment déjà, que le sort de son œuvre était déjà scellé et condamnés le syndicat et ses 20 000 adhérents, ses « œuvres » connexes (MACSF mais aussi une centrale d’achat et un système domestique de retraite), ses biens (le siège social de l’époque, boulevard Latour-Maubourg mais aussi le précédent, rue du Cherche-Midi). Le décret de dissolution fut signé le 26 octobre, le même jour que les textes officialisant la création d’un Conseil supérieur de l’Ordre et désignant ses responsables.

 

L'Ordre légitimé par le Général de Gaulle après la guerre

 

La CSMF était donc le seul syndicat frappé d’une telle infamie sans que Paul Cibrie puisse s’en offusquer, lui-même défendant la création d’un Ordre depuis … 1932. « Il eut presque suffi de changer l’étiquette – écrivait-il dans son ultime circulaire aux syndicats départementaux – en rendant le syndicat obligatoire […] et la Corporation était créée. Un “Ordre” qu’aucun d’entre vous ne reconnaîtra […]. Il est non pas corporatif mais nettement étatiste. Les “dignitaires” en sont directement nommés par le secrétaire général de la Santé. […] Sans réunions, sans avis, eux seuls administreront, réglementeront, ordonneront, jugeront. » Et avec, en guise de conclusion, cet oracle : « La foudre ne tardera pas à tomber. Retenez bien cette prédiction hélas facile. »

 

« Le mépris vient de changer de camp », observait le même Cibrie à son retour triomphal à la Domus Medica en 1945. Il s’apprêtait pourtant à devoir cohabiter durablement avec un Conseil de l’Ordre que le général de Gaulle venait de doter de la légitimité des urnes.

 

Jean-Pol Durand

Conseil de l'Ordre - Encyclopédie médicale

L'ordre et le repentir ICI

Par par Anne-Marie Casteret et ,
 

Après Jacques Chirac, l'ordre des avocats et l'Eglise catholique, et en plein procès Papon, l'ordre des médecins va-t-il faire l'autocritique de son comportement institutionnel pendant la Seconde Guerre mondiale? Bernard Glorion, président du conseil national, et Olivier Dubois, chargé de moderniser l'institution, y seraient favorables. Au même moment, le conseil départemental de la Haute-Garonne traduit le Dr Henri de Serres-Justiniac devant les instances régionales pour avoir écrit dans une revue professionnelle: «L'ordre, au nom de la sélection raciale, a dénoncé les médecins juifs avant même que l'occupant le lui demande...» Malaise dans la profession. A ceux qui réclament depuis des années une grande repentance, la réponse officielle était, jusqu'à présent, stéréotypée: l'ordre créé par Vichy en 1940 ne peut être représentatif des instances actuelles, réorganisées par de Gaulle en 1945. La collaboration contrainte et forcée de 1940-1945 appartiendrait donc à une autre branche, préhistorique et avortée, de l'arbre généalogique professionnel. Mais, pour qui se penche sur les documents de l'époque, la réalité apparaît tout autre. 

1940-1944 - Les années noires de la Collaboration - Herodote.net

 

La guerre de 1939-1940, la défaite française, la formation du gouvernement de Vichy et l’occupation allemande engendrent l’apparition en France d’une nouvelle force, la Résistance. Celle-ci est aussi une force nouvelle dans les professions libérales.

 

Mais ce que Jean-Pierre Rioux appelle « le grand parti de la Résistance » ne prend jamais forme ; de même, dans la profession médicale la Résistance ne se substitue pas à l’Ordre des médecins qui, bien que dissous, est réinstallé par l’ordonnance du 24 septembre 1945. La Résistance se trouve immédiatement en lutte pour le contrôle de l’Ordre, contre les syndicats médicaux traditionnels d’avant-guerre dissous par Vichy mais reconstitués à la Libération. Cette concurrence dure jusqu’en 1946, et finit par tourner à l’avantage des syndicats. Comment et pourquoi ? L’objet de cet article est d’analyser les raisons qui ont contribué à ce que la Résistance, réputée novatrice, perde le contrôle de cet organisme médical nouveau et important, au profit de syndicats qui représentent la continuité dans les traditions de l’exercice médical. Comme pour la pérennisation d’autres mouvements issus de la Résistance, déjà étudiée historiquement, la pérennisation de la Résistance médicale est un échec.

Monument aux morts de la faculté de médecine Paris-Descartes, à Paris

Le triomphe de l’ignoble Dr Querrioux ICI 

 

PUBLIÉ LE 11/08/2020

Fleuri tous les ans le 11 novembre, le monument aux médecins « morts pour la France » de la faculté de médecine Paris-Descartes, à Paris, présente une singularité : un nom y a été masqué à la lettre « Q », celui de Fernand Querrioux. Explication, exhumée des poubelles de l’histoire.

 

Le 16 août 1940, le maréchal Pétain a consacré (« J.O. » du 19) le monopole d’exercice médical aux citoyens français « nés de père français » Également signée ce jour-là, la création des « corporations » pour revenir à l’organisation sociale de l’ancien régime, mais seule la profession agricole en sera dotée, au grand dam des corporatistes médicaux qui devront se contenter d’un « Ordre », créé, lui, par une loi du 26 octobre.

 

Le législateur n’avait pas eu à chercher bien loin l’inspiration puisqu’une proposition législative existait depuis 1933, facile à recycler et recueillant a priori l’assentiment de toute la profession qui en avait, vainement, réclamé l’adoption.

 

Cette tutelle ordinale n’était pourtant pas celle des Allemands qui lui auraient préféré leur propre organisation, avec un gauleiter des médecins, en charge de toute la police professionnelle, « éthique » et comptable. Le Dr René Leriche, premier praticien à prendre la présidence de l’Ordre, avait expliqué dans ses mémoires n’avoir accepté la charge de la nouvelle institution que pour éviter cette jurisprudence nazie et sur la demande expresse du ministre de la Santé, Serge Huard.

 

Dermatologue, activiste antisémite

 

Cet Ordre alimentait évidemment les espoirs les plus débridés de la droite extrême : « La première tâche de l’Ordre des médecins sera de faire appliquer la loi du 19 août [mais] tout notre effort doit maintenant tendre vers le rétablissement de la Corporation qui, pour nous, […] est devenu le mot magique que la résurrection », peut-on ainsi lire sous la signature d’un dénommé Fernand Querrioux. Auteur du libelle paru en novembre 1940 sous le titre « La médecine et les Juifs » aux « Nouvelles Éditions Françaises » - faux nez des éditions Robert Denoël qui avaient précédemment édité « Comment reconnaître le Juif » du Dr George Montandon – le médecin pouvait exulter à la perspective de voir triompher, enfin, la thèse qu’il défendait de longue date.

 

La suite ICI 

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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 06:00

 

Le bonheur est dans le pré, 1995, réalisé par Etienne Chatiliez avec Michel Serrault, Eddy Mitchell, Sabine Azéma

 

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Télérama fait la fine bouche :

 

Le PDG d'une usine de lunettes pour WC profite d'une méprise pour changer de vie. Il part vivre dans le Gers. Là-bas : le bonheur.

 

Après La vie est un long fleuve tranquille (petits-bourgeois javellisés contre prolos crados) et Tatie Danielle (méchante vieille femme contre famille neuneu), Etienne Chatiliez et sa scénariste, Florence Quentin, se livrent à nouveau à leur exercice favori : plonger un corps étranger dans un univers donné et voir ce qui se passe. Ici : petites femmes de la ville, coincées et prétentieuses, contre filles de la campagne, sympas et libérées. Tant qu'à faire dans la caricature, autant aller le plus loin possible... Jusqu'à la vulgarité. Chatiliez ne l'évite pas, il la traque. Heureusement, les comédiens, déchaînés, sont savoureux, et la tendresse finit par l'emporter sur la caricature. Car, ici, pour arriver au bonheur, il faut surmonter la plus grande des vulgarités, celle d'une société qui a codifié les sentiments. — Philippe Piazzo

 

Superbe

 

J'ai mis des années avant de me convaincre de regarder ce film, et j'ai très rapidement compris mon erreur.

 

Le jeu des acteurs est criant de réalisme et captivant dans la qualité des interprétations. Je salue bien bas les performances d'Eddy Mitchell, excellent, de Sabine Azéma, qui touche également l'excellence, La réalisation est simple, impeccable. Le scenario, de par sa forme si proche d'une situation réelle dans notre pays, nous fait vivre une vraie aventure dans une vie française de tous les jours. A tel point que je qualifierais l'oeuvre d' "action contemporaine". Et sans qu'il n'y ait d'action, le film ne revêt pourtant aucun temps mort, aucunes longueurs. On se complait à accompagner les pérégrinations de nos personnages et le cheminement psychologique et moral qu'ils effectuent tout au long de l'histoire.

 

Un véritable moment de détente, de tranquillité, d'émotions, de sensibilité et... de bonheur qui, cette fois, est dans la télé plutôt que dans le pré !

 

Une oeuvre vraie et superbe.et bien entendu celle du très regretté Michel Serrault.

 

Je vous ai mis l’eau à la bouche, je vous ai fait languir, mais il est l’heure d’abandonner les amuses-bouche pour passer au plat de résistance :

 

« Ma belle, pendant des années à chaque fois tu me regardais avec l’air de dire que ma bite elle a un goût, et maintenant tu t’habilles comme un sapin de Noël pour avoir des nouvelles. »

Eddy Mitchell

 

Les mots délicieusement surannés

 

Faire une tête de monsieur-votre-bite-a-un-goût ICI 

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