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29 mai 2017 1 29 /05 /mai /2017 06:00
Mon cher Hubert je compatis à vos déboires judiciaires à votre place je quitterais les hautes sphères de l’INAO…

Mémoire à l’attention d’Hubert de Boüard de Laforest co-propriétaire d’Angelus et de plus modestes châteaux.

 

Pardonnez-moi, cher Hubert, de ne point dérouler ici toute la litanie de vos multiples présidences jointe à l’étendue de vos emplois, et, bien sûr, de passer sous silence, votre modestie naturelle en souffrirait, la palette de vos multiples talents.

 

Je comprends votre extrême affliction, cher Hubert, lorsque vous lûtes, sous la plume d’une gourgandine, qui vous roula dans la farine pour vous mettre dans un fichu pétrin, ceci proche de l’apostasie :

 

« La bénédiction des cloches d’Angélus par Mgr Ricard « devant un parterre de négociants et de journalistes forcément éblouis, dans une scénarisation tout à la fois bling-bling et grotesque, grandiose et ridicule, kitch assurément, le seigneur de Saint-Emilion a réussi son coup »

 

« Hubertus Magnus, don Hubert de Saint-Emilion, petit Machiavel du vin, un vilain petit canard, un manant qui n’a pas su rester à sa place, un parvenu, le Sarkozy des vignes… »

 

La coupe était pleine, débordait, s’épandait dans les vignes et les chais, attentait à votre belle image de marque de grand winemaker conseilleur et pourvoyeur de promotions dans le beau classement de Saint-Emilion.

 

Il vous fallait vite clouer le bec à cette insolente à qui vous aviez accordé tant de privilèges pour la séduire, la réduire au rang que vous affectionnez tant de cireur de pompes et d’épandeur d’encens (au féminin s'entend pour elle).

 

Vous sortîtes donc tout d’abord ce que vous considériez comme le meilleur artilleur du PAF, mon « vieux pote » Stéphane Fouks, qui ne bosse pas pour du beurre mais pour du blé, des tonnes, et qui, entre nous soit dit, n’a pas toujours amené ses poulains vers la victoire : Jospin, DSK et Valls.

 

Vous perdîtes à grand frais cette première bataille, votre image en bottes blanches et smoking dans votre beau chai d’Angelus fit de vous la risée du monde entier.

 

Avec ce nouveau soufflet, en dépit de votre immense indulgence chrétienne cher Hubert «Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi la gauche» vous ne pouviez rester inerte. Il vous fallait à nouveau emplir votre valise à roulettes, monter à Paris, réduire en charpie cette chipie.

 

Comme vous aimez tant tout ce qui brille, cher Hubert, vous fîtes appel à un ténor du barreau de Paris qui, entre nous soit dit, se vautra dans une suffisance d’ignorant des subtilités de la gestion de nos appellations.

 

« À l’autre extrémité de mon appréciation l’avocat cher de ce cher Hubert a fait preuve de l’art de tirer systématiquement à côté de la plaque, questions style boomerang posées avec une forme d’ennui désabusé. Service minimum, plaidoirie poussive, conviction a minima, une arrogance masquant mal une méconnaissance des us et coutumes du petit monde du vin. Pas très convaincu, pas très convaincant, je m’attendais à mieux. »

 

À un tel tarif, croyez-moi cher Hubert, en l’entendant plaider je vous plaignais vous le plaignant « diffamé ».

 

Comme je suis charitable, séquelle d’un passé d’enfant de chœur, je vous épargne le rappel du chemin de croix que fut pour vous l’audience de la 17e Chambre.  ICI 

 

Sûr de votre bon droit, vous ne doutez de rien cher Hubert vous avez pris la poudre d’escampette, suivi de votre valise à roulettes, avant la fin de l’audience, sans doute pour répondre à l’appel pressant de votre chalandise. La Présidente, avec humour, vous avait demandé de surtout ne pas égarer votre billet d’avion, fine allusion à un pataquès à la Feydeau lors du CN de l’INAO ayant béni le classement : présent ou pas présent, parti et revenu, dans l’avion ou dans la salle… La cour s’amusait !

 

Et puis, nouvelle catta, « Le tribunal correctionnel de Paris a considéré que si les écrits ironiques et polémiques de la journaliste donnent du viticulteur « une image extrêmement péjorative », « aucun des propos retenus ne peut être considéré comme diffamatoire", dans une décision consultée par l'AFP. »

 

ICI 

 

Justice de classe, le plus stupide de vos soutiens, un certain de Rouyn s’égosillait : « Je suis effaré de voir à quel point les insinuations les plus dégoûtantes ne trouvent pas leur fin en justice. Un juge de gauche repêche une scribouilleuse de gauche. Tout est en ordre. C'est juste dégueulasse »

 

Vous ne pouviez laisser passer ce nouvel affront, le rouge vous monta au front et vous fîtes appel de cette décision félonne. Je dois avouer, cher Hubert, qu’une telle ténacité de bourrique me fit, un instant, douter de vos capacités à prodiguer de judicieux conseils pour faire les vins qu’il faut comme il faut.

 

Orgueil, sans doute, mais aussi marque de vos limites, cher Hubert, à jouer dans la cour des Grands.

 

Ce qui devait arriver arriva, mon pauvre Hubert, la Cour d’Appel de Paris ces jours-ci confirma le jugement de la 17e Chambre du 22 septembre 2017.

 

Un truc à la Sarkozy à la Primaire, le grand vide, la défaite en rase campagne et peut-être, dans un autre volet de l’affaire du classement, de bien plus grandes blessures.

 

Comme je suis un vieux plaisantin je serais vous Hubert je demanderais audience au Pape pour que soit instruit un procès en excommunication de cette hérétique qui a osé salir l’Angélus béni par le cardinal Ricard grand électeur du Pape François.

 

Plus sérieusement, cher Hubert, s’il vous reste un sou d’amour-propre, je sais que dans cette expression il y a plus de propre que d’amour, quittez le Comité National Vins&Eaux-de-Vie de l’INAO, et ce pour de multiples raisons.

 

La première, la plus emblématique, c’est que vous ne pouvez continuer de vous abaisser en fréquentant un cénacle sis dans une citadelle rouge, Montreuil, aujourd’hui tenue par un maire insoumis. Horreur, pensez-donc le Mélenchon, nouveau converti, ne veut que du bio partout.

 

La seconde, est de moindre importance, elle est votre « faute » originelle, vous êtes cher Hubert un ardent défenseur des marques, en tout premier lieu, la vôtre, Angelus, et que ce sacerdoce est incompatible avec la sainte doctrine des AOC. En prenant une image, c’est comme si une statue de la Vierge Marie trônait dans un Temple de l’église réformée.

 

La dernière, est plus personnelle, ménagez votre cœur et vos artères, cher Hubert, économisez-vous, choisissez dans vos multiples activités, laissez de côté tout ce qui est subalterne, tous ces marauds qui n’ont pas, comme vous, manié le sécateur dans leur jeunesse.

 

Pour terminer, cher Hubert, sachez que ce mémoire ne vous coûtera pas un kopek, je suis soucieux de la bonne gestion de vos finances que vous avez quelque peu dilapidées pour la plus grande satisfaction de palpeurs d’honoraires élevés.

 

Enfin, je tenais, cher Hubert, à vous remercier de votre constance et de votre confiance, en effet vous continuez de m’inviter à vos cérémonies dégustatives. Sachez que, si je ne m’y rend pas, c’est pour la bonne et simple raison que j’aurais bien du mal à voisiner, non avec vous pour qui j’ai un peu de compassion, mais avec quelques stipendiés de la pire espèce, grands spécialistes de la lèche.

 

Fait à Paris le 27 mai 2017

 

Philippe Faure-Brac, Stéphanie et Hubert de Boüard, François Berléand, Patrick Timsit et François-Xavier Demaison.

Philippe Faure-Brac, Stéphanie et Hubert de Boüard, François Berléand, Patrick Timsit et François-Xavier Demaison.

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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, pour comprendre Macron, il faut relire le quinquennat de Hollande, en bloc et en détails. Mélenchon Narcisse contrarié.

De la longue séquence présidentielle, deux personnalités ont émergé : Macron et Mélenchon.

 

Celui-ci « voyait déjà son portrait sur les murs de toutes les mairies de France. Ses fans étaient prévenus : « Je suis prêt pour la qualification. » Mélenchon président ! Il avait tout prévu. Le chef de son gouvernement aurait été également garde des sceaux. Au-dessous, treize ministres, mais aussi « des hauts commissaires en mission, comme Martin Hirsch au temps de Nicolas Sarkozy », raconte sa conseillère Sophia Chikirou, ancienne attachée de presse du Front de gauche. Mélenchon avait même trouvé son secrétaire général de l’Élysée : le conseiller d’État Bernard Pignerol, ancien président de la commission des conflits du PS et ex-conseiller diplomatique de Bertrand Delanoë.

 

Partage des richesses, planification écologique, sortie des traités européens, renforcement de l’ONU, sortie de l’OTAN, entrée dans la fameuse Alliance bolivarienne, taxes solidaires et protectionnisme, fin du nucléaire… L’utopie était en marche. Ils y croyaient tant qu’une « chaîne du président », interactive, était à l’étude. Le nouveau chef de l’État, Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, s’y serait exprimé une fois par semaine, comme le président du Venezuela, Hugo Chavez, le dimanche à 11 heures dans « Aló Présidente », mais aussi Evo Morales en Bolivie ou Rafael Correa en Équateur. »

 

Le fameux « à 600 000 voix près » qui a fait florès sur les réseaux sociaux.

 

  • Retweeted Wounder Wouman (@Yooo_Mama_):

À 600 000 voix près, Jean-Luc Mélenchon remportait l'#Eurovision.

 

  • Retweeted Le con qui ose tout (@leconquiosetout):

Jean-Luc Mélenchon vient d'identifier (nom + adresse) les 600 000 personnes qui l'ont empêché d'accéder au 2nd tour.

Un conseil, fuyez.

 

  • Retweeted Le con qui ose tout (@leconquiosetout):

Thomas Pesquet revient sur terre le 2 juin.

Par contre, c'est comme Melenchon et les législatives, on sait pas trop où il va atterrir.

 

  • Retweeted R Besse Desmoulieres (@raphaellebd):

"Vous êtes la mort et le néant" : SMS rageur de son altesse #Mélenchon au #PCF Pierre Laurent !

"Le SMS assassin de Mélenchon au PCF" dans le Canard de demain

 

Qui est vraiment Jean-Luc Mélenchon ?

 

M LE MAGAZINE DU MONDE | 26.05.2017 À 14H47 • MIS À JOUR LE 26.05.2017 À 18H38

 

Retour sur le parcours romanesque du leader des insoumis, qui a permis à la gauche de la gauche d’obtenir un score historique. Un homme romanesque, pour lequel vie politique et vie personnelle se confondent.

 

Par Ariane Chemin

 

En savoir plus ICI  

 

Ce n’est pas du meilleur Ariane Chemin, mais il est si difficile d’écrire sur le Mélenchon : La relève du « vieux monde »

 

« Chez Karine Le Marchand, c’est Gabriel Amard, un des cadres du Parti de gauche, candidat dans la 1re circonscription du Jura, qui vient raconter son… beau-père. Il a épousé sa fille, Maryline, une militante dévouée. Ses amis sont tous des camarades et détaillent volontiers des secrets qui n’en sont pas : cette fameuse surdité, découverte tardivement, lors de ses trois jours à l’armée, les lignes de calligraphie à l’encre de Chine qu’il trace à la plume pour rester zen, ou encore la semaine de vacances annuelle au moulin de Laguépie, dans le Tarn-et-Garonne. Et aussi les promenades à pied dans Paris, comme « le Vieux » (Mitterrand), la veste achetée « en solde » chez Hollington, rue Racine, à Paris, les chemises de serveur de café dénichées chez des grossistes et « qui n’ont pas besoin d’être repassées »…

 

Mais son mental, les logiques de ses éclats borderline, ses failles et ses forces, la part de mauvaise foi dans sa bonne foi, qui les perce à jour ? Ceux qui ont connu « Jean-Luc » hier, avec son attaché-case, ou aujourd’hui, avec sa veste de charpentier ? « Un jour, Jean-Luc nous a dit : “Si vous lisez Fondation, d’Isaac Asimov, vous avez compris la base de la pensée de Mélenchon », raconte Mathias Enthoven, un des jeunes piliers de la communication numérique de La France insoumise, rue de Dunkerque, gros lecteur de science-fiction comme son patron. »

 

Et pendant que la Méluche se coltine les électeurs autour du Vieux-Port, la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône. Le leader de La France insoumise y avait réuni 39% des voix au premier tour de l'élection présidentielle. En débarquant pour les législatives, il se met à dos tous les autres candidats, Macron fait un sans-faute sur la scène internationale : Trump et Poutine.

 

Pour l’heure y’a pas photo et le jeune Macron est en passe de ramasser la mise des Législatives.

 

Le camp Macron en marche vers la majorité absolue aux législatives selon les sondages

 

Un sondage Opinionway/Orpi accorde une avance de 8 points au parti présidentiel et prédit jusqu'à 330 sièges à l'Assemblée nationale.

 

Le 26/05/2017

 

LEGISLATIVES 2017 - Jusqu'ici tout va bien. Fort d'un important renouvellement lié à la loi sur le non-cumul des mandats et d'une recomposition de la scène politique, les élections législatives des 11 et 18 juin devraient remodeler l'Assemblée nationale en profondeur. Un test politique pour le chef de l'Etat Emmanuel Macron, en quête d'une majorité solide malgré son positionnement transpartisan pour mener sa politique de réformes.

 

Pour l'heure, le président de la République semble en passe de remporter son pari. Selon plusieurs sondages, son parti La République En Marche (LREM) se classe nettement en tête des intentions de vote, avec jusqu'à 10 points d'avance sur Les Républicains et le Front national. Des résultats en progression à interpréter avec prudence compte tenu des particularités du mode de scrutin, de l'incertitude sur la participation et des spécificités locales de la campagne.

 

Pas d'effet Baroin chez Les Républicains

 

LREM arrive ainsi largement en tête des intentions de vote (28%) au premier tour des élections législatives et progresse même (+1 point par rapport au dernier sondage diffusé le 18 mai, selon un sondage OpinionWay/Orpi pour Les Echos et Radio Classique diffusé ce vendredi. Les Républicains, allié aux centristes de l'UDI, accusent 8 points de retard (20%, stable), et le Front national 9 (19%, -1 point).

 

Si la droite parvient à maintenir son score de premier tour de l'élection présidentielle, son chef de file François Baroin n'a pas encore réussi à redresser la barre, plombé par la stratégie de débauchage d'Emmanuel Macron qui a nommé dans son gouvernement plusieurs cadres des Républicains.

 

Miné par ses disputes internes, le Front national de Marine Le Pen décroche par rapport à son score de premier tour à la présidentielle.

 

Si leur score national est en retrait par rapport au scrutin d'avril dernier, les candidats de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon recueillent malgré tout 15% (+1 point) d'intentions de vote et devancent encore nettement ceux du Parti socialiste et de ses alliés 10% (-1%) qui pourraient faire mieux que leur candidat Benoît Hamon à la présidentielle. 2% des voix iraient à des candidats du Parti communiste et également à des divers droite, 1% à des candidats de l'extrême gauche et 3% à "un autre candidat".

 

Majorité absolue pour Macron, LR premier parti d'opposition

 

Compte tenu du scrutin majoritaire uninominal à deux tours qui se tiendra dans 577 circonscriptions, ces totalisations nationales ne reflètent que partiellement l'équilibre des forces à venir au Palais Bourbon.

 

Ainsi, selon les projections d'Opinionway qui portent sur 535 circos métropolitaines (au total la France en compte 577), La République En Marche pourrait s'adjuger plus de la moitié de sièges de l'Assemblée en juin prochain (entre 310 et 330) avec moins d'un tiers des suffrages au niveau national. De quoi décrocher facilement la sacro-sainte majorité absolue des 289 sièges qui lui permettrait de régner sans partage. 50% des personnes interrogées souhaitent d'ailleurs que le président de la République dispose d'une majorité.

 

Selon les mêmes projections, la droite alliée aux centristes aurait entre 140 et 160 députés. Bien que distancé par les mélenchonistes, le Parti socialiste, mieux implanté grâce à ses députés sortants ferait jeu égal avec la France insoumise avec 25 à 30 députés. Si ce résultat se confirmait, il s'agitait tout de même de la pire déroute électorale du PS depuis sa fondation.

 

Bien que troisième dans les intentions de vote, le Front national n'obtiendrait selon les projections que 10 à 15 députés. Une forte progression par rapport à 2012 (le FN-RBM n'avait obtenu que deux députés à la faveur de triangulaires) mais une déception pour la formation d'extrême droite qui se présente comme le premier parti d'opposition à celui d'Emmanuel Macron.

CHAP.19, temps suspendu, pour comprendre Macron, il faut relire le quinquennat de Hollande, en bloc et en détails. Mélenchon Narcisse contrarié.

Macron par ci, Macron par là, lors d’une récente razzia de livres à l’Ecume des Pages, tout un présentoir était macronisé.

 

RIEN NE S’EST PASSÉ COMME PRÉVU

Les cinq années qui ont fait Macron

 

François BAZIN

 

« C'est l'histoire d'un grand basculement. Elle met en scène des ambitions peu communes et des trahisons d'une qualité rare. Elle raconte à la fois un échec sans précédent, puisque soldé par un renoncement lui aussi inédit, et une conquête d'une audace incroyable, puisque partie de rien, si ce n'est des rêves d'un jeune homme à l'appétit carnassier.

 

Emmanuel Macron est l'enfant du règne. Le double et le contraire. L'héritier et l'inverse. Qui dit mieux, au moins dans la conquête ? Celle-ci n'a pas été le fruit d'une improvisation. Elle vient de loin. Ella a été préméditée. C'est en cela que le crime fut parfait. La victime et l'assassin l'ont souvent admis, à l'heure des confi dences. Tout cela a été fait "avec méthode", comme l'a dit un jour l'ancien président. Et maintenant ? Personne ne saura jamais ce que pensaient vraiment Emmanuel Macron et François Hollande lorsque, un matin de la mimai 2017, à l'Élysée, l'un est devenu retraité et l'autre président. On fera ici l'hypothèse qui en vaut bien d'autres qu'ensemble, fût-ce un bref instant, ils se sont remémoré cette histoire de cinq ans qu'ils ont vécue côte à côte, chacun à sa façon, et qu'il s'agit de raconter à présent dans sa totalité parce qu'on n'en reverra pas de sitôt de plus ébouriffante. » F.B.

CHAP.19, temps suspendu, pour comprendre Macron, il faut relire le quinquennat de Hollande, en bloc et en détails. Mélenchon Narcisse contrarié.
CHAP.19, temps suspendu, pour comprendre Macron, il faut relire le quinquennat de Hollande, en bloc et en détails. Mélenchon Narcisse contrarié.
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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 06:00
« On est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave » Nina Simone

« Cela fait dix ans que Nina Simone a cessé de chanter. Elle l'a fait jusqu'à son dernier souffle, toujours révoltée, incroyablement émouvante de vérité, d'excès et de folie. Eunice Waymon, de son vrai nom, s'est tue à 70 ans, le 21 avril 2003, dans sa maison, près d'Aix-en-Provence.

 

Les causes de sa mort n'ont jamais été éclaircies. Son manager a juste lâché: « Elle ne se sentait pas très bien depuis quelque temps. » Ce flou artistique qui entoure les derniers jours de la grande chanteuse et pianiste afro-américaine fascinait depuis longtemps Gilles Leroy. Prix Goncourt 2007 pour Alabama Song -inspiré par Zelda Fitzgerald-, l'écrivain s'identifie encore une fois à une femme complexe et livre Nina Simone, roman, une fiction fondée sur des vérités glaçantes. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je le lis en ce moment.

 

« Quand on entre dans le livre, rien ne se passe comme prévu. On pense y entendre la reine noire en mousseline blanche, droite comme un I, chanter «I Put a Spell on You» de sa voix unique qui était tout à la fois: puissante et blessée, chaude et glacée, mâle et femelle, liquide et rocailleuse - une voix de jeteuse de sorts.

 

Au lieu de ça, on se retrouve dans une «grosse maison de vacances bourgeoise sans style ni inspiration», il y a de l'eau croupie dans la piscine, et Nina Simone, dans la pénombre, n'est plus qu'«un corps grand et massif» qui maugrée, rit comme une damnée, puis demande qu'on lui achète «deux bouteilles de Bailey's, deux bouteilles de gin et un pack de Schweppes».

 

Elle ronfle en écoutant Bach, Chopin et Debussy. Elle a le fisc américain sur le dos. Elle a tiré au revolver sur un môme venu faire l'andouille dans son jardin. Splendeurs et misères d'une chanteuse géniale. C'est «Sunset Boulevard» à Carry-le-Rouet. »

 

La suite ICI 

 

Quelques notes de lecture:

 

Son pseudonyme

 

« Charity a tranché il me fallait un nom de scène et nous y avons passé une soirée entière. Le prénom Nina m’est venu en souvenir d’un flirt latino, Chico, qui me surnommait Niña, fillette. Charity a dit de supprimer le tilde, et j’ai suivi son conseil. Ce nom de Simone est arrivé plus tard. J’ai resongé à cette actrice française, Simone Signoret, que je trouvais sublime et qui m’attirait pour des raisons que je n’aurais su dire, que j’ai comprise ensuite. Simone, Charity a trouvé ça très chic, très sophistiqué. »

 

Son en-cas favori

 

« Ricardo sait maintenant comment la faire manger quand elle voudrait seulement boire : il grille des tranches de pain frottées d’ail, les couvre d’anchois marinés ou de poutargue, puis il arrose d’huile d’olive. Miss Simone adore. Elle mange en s’en foutant partout, mais les taches d’huile sur la robe c’est le problème de Wendy. »

 

Le jazz

 

Pardon d’insister, mais que reprochez-vous au jazz 

 

N.S. – Si je lui reproche une chose, c’est d’être un concept de Blanc. Pour la plupart des Blancs, jazz égal Noir, et Noir égale crade. C’est pour ça que je n’aime pas ce mot, et Duke Ellington ne l’aimait pas non plus. C’est un terme qui sert juste à identifier les Noirs, à les stigmatiser.

 

- Comment expliquez-vous alors que les Blancs eux-mêmes aient versé dans le jazz ? Que de jazzmen blancs soient salués dans le monde entier ?

 

N.S. – Je ne me l’explique pas car c’est juste de la connerie ! Seuls les Noirs peuvent en faire. Certains Blancs parviennent à nous imiter pas trop mal. Mais ça reste ennuyeux et plat comme une copie. L’exception c’est Debussy, le premier musicien blanc qui ait écouté le jazz et l’ai assimilé dans sa musique. Je dis bien assimiler, pas édulcorer, pas chercher à faire cet affreux jazz d’ascenseur qu’on entendra par la suite. Debussy et moi, on a fait la même chose, mais en sens inverse. Ce génie avait compris qu’on est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave. Que c’est sans espoir. Que c’est même assez prétentieux, si on y réfléchit. Regardez ce pauvre Woody Allen, qui se couvre de ridicule avec sa clarinette astiquée par la bonne. »

 

Son premier grand succès

 

« La presse était dithyrambique, les meilleurs papiers que j’aie jamais eux de toute ma carrière. En même temps que la consécration artistique de Town Hall, j’ai connu mon premier tube. Un copain blanc, DJ dans une radio de Manhattan, m’avait signalé que ma version de I Loves You Porgy était en très bonne position dans plusieurs hit-parades du pays ; je ne mesurais pas ce que ça voulait dire, concrètement, jusqu’au jour où j’ai reçu un chèque de dix mille dollars. »

 

Sa définition du génie

 

N.S. – Le génie c’est indicible. J’avais deux ans et demi la première fois que j’ai tiré une mélodie d’un clavier. C’était un spiritual en clé de fa que jouais ma mère, que j’avais appris à force de l’entendre. Mes parents sont tombés à genoux en me voyant jouer ce truc sur l’harmonium de la maison. « C’est un don de Dieu, ils criaient, un don du Ciel », et ils se signaient. J’ai commencé le piano à trois ans et je travaille la théorie musicale depuis que j’en ai six. Tu sais ce que c’est, l’oreille absolue ? Les génies travaillent pour discipliner ce don reçu de Dieu. Arthur Rubinstein et Maria Callas étaient dans mon cas

 

- Vous pourriez développer ?

 

N.S. – Dès l’enfance, on travaillait. Nous sommes si peu à avoir hérité ce don du Ciel. Le devoir, quand tu en hérites, c’est de travailler, de le faire fructifier. Le génie, c’est de travailler dès l’enfance, jusqu’au sacrifice de soi. Il y a eu Callas, il y a eu Rubinstein, il y a moi. Après moi, il y a David Bowie et c’est tout.

 

Le concert de Nîmes

 

« Quand miss Simone fait son entrée en scène, huit mille personnes se dressent dans les gradins pour l’ovationner. « Merci », dit-elle en saluant, mains jointes sous la clameur. »

 

[…]

 

« Le soleil se couchait lorsque miss Simone à entamer Ne me quitte pas. Dans un silence d’église, précisément, les gens ont allumé les bougies qu’ils avaient sur eux et l’artiste leva les yeux vers les gradins illuminés. Sans quitter des doigts le clavier, elle pivota sur son tabouret et embrassa la nuée vacillante des flammèches. Comme transportée par la beauté de tout ça, Miss Simone a levé la tête vers les cintres où le ciel étoilé transparaissait.

 

Alors, on entendit que Miss Simone pleurait, la voix étranglée de sanglots. Huit mille personnes ont pleuré avec elle. »

« On est incapable de faire du jazz si on n’a pas eu au moins un grand-parent esclave » Nina Simone
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27 mai 2017 6 27 /05 /mai /2017 06:00
L’INAO mange encore son chapeau et se fait renvoyer au Bain, Alexandre bien sûr !

Ce vendredi matin post-ascensionnel, Me Morain, le célèbre avocat naturiste, la diva des chais indemnes des poudres de perlin pinpin, le défenseur inlassable des causes perdues des vignerons rebelles terroiristes, de la lignée des stars du Barreau, tels les Floriot (1), Moro-Giafferi... 

(1)«N'avouez jamais» est un conseil néfaste en justice, mais toujours excellent en amour »

... grand amateur de bonne chère, de jus nus aux fragrances étranges et de barreau de chaise roulés sur les cuisses d'ardentes cubaines,  m’a fait rugir de plaisir en communiquant sur Face de Bouc ceci :

 

« Le Tribunal administratif de Dijon vient d’annuler la décision rendue par l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) qui avait brutalement retiré à Alexandre Bain, viticulteur bio à Tracy-sur-Loire, son agrément d’appellation Pouilly-Fumé.

 

C’est une immense victoire pour tous les viticulteurs producteurs de vins bio et naturels qui se battent chaque jour contre un système absurde et bureaucratique.

 

Il est grand temps que l’INAO les entende et cesse d’être le « bras armé » de baronnies locales cadenassées par les conflits d’intérêts et les jalousies.

 

Alexandre Bain récupère donc le droit d’apposer la mention Pouilly-Fumé sur ses bouteilles des millésimes 2014 et 2015 et sollicitera son agrément pour les millésimes à venir en espérant ne pas se heurter de nouveau à une opposition très peu confraternelle…

 

Et merci à Viaduc, son fidèle complice! »

 

Et moi de chanter, comme les Dupont&Dupond dans leur Citroën Torpédo 5CV 1924 au début de «Tintin au pays de l'or noir», sur l’air de «Boum!» de Charles Trenet : «Boum, quand vot' moteur fait boum... la dépanneuse Simoun... viendra vers vous en vitesse».

 

Ce n’est pas très charitable de ma part, comme tirer sur une ambulance, mais, que voulez-vous, pour tirer l’INAO de l’ornière dans laquelle il s’est précipité, je ne vois pas mieux qu’une dépanneuse.

 

En effet, ça devient un phénomène récurent : l’INAO se fait régulièrement retoquer par les juges. N’y aurait-il pas une certaine forme de suffisance du côté des juristes de Montreuil ?

 

La vieille alchimie qui avait prévalu pendant des décennies s’est dissoute dans la bureaucratie et le conservatisme syndical. Tout ce beau monde devra redescendre sur terre, se reconnecter au terrain et, surtout, utiliser ses moyens à d’autres fins que celles utilisées ces derniers temps.

 

Sanction disproportionnée, sans être tout à fait mauvaise langue ça sentait la peine pour l’exemple afin de faire rentrer dans le rang une forte tête, le sieur Bain Alexandre.

 

Le vieil Institut en poussant les dissidents vers les Vins de France se tire une balle dans le pied et le couple AOP-IGP vers le bas en les ravalant à des vagues signes de qualité répondant à des minima.

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26 mai 2017 5 26 /05 /mai /2017 06:00
Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête

« J’ai un penchant pour le caché, l’invisible. Une ruelle discrète ? Il faut que je l’explore. Un porche entrouvert ? Je dois m’y faufiler. Un jardin bruissant derrière une vieille muraille me poussera toujours à l’escalade, car rien n’est plus émoustillant, plus gouleyant, plus enivrant qu’un poumon de verdure emprisonné dans un carcan de pierre. D’une manière générale, je goûte ce que l’on ne voit pas (du moins pas forcément), j’aspire à ce qui est secret. J’ai même pour habitude de citer en maxime cette phrase de Dominique de Roux : « Le secret doit exister, ce n’est pas un vide que l’on cache. »

 

Quel rapport avec la viande, me direz-vous ? Avec la viande je ne sais pas ; avec les abats, cela me semble clair comme de l’eau lustrale. Les abats sont le coeur secret de la gastronomie carnivore, son jardin caché, sa parenthèse enchantée. Tapis aux tréfonds des carcasses, discrets comme des conspirateurs, négligés par certains, méprisés par d’autres, ils sont de ces merveilles qui se méritent. Ils illustrent parfaitement ce goût du mystère et du secret. Combien de fois ai-je vu la grimace dégoûtée d’une bouche articulant sans grâce : « Tu aimes les abats ? Beurk. lire ICI » Que répondre à cela ? Rien. Rien du tout. Les abats sont comme un club, un aréopage, qui ne s’offrent pas au premier venu. Une aristocratie. Quelle plus grande noblesse que le ris de veau ? Quoi de plus élégant qu’une fraise, un chaudin ? Et que dire de l’andouillette, mon péché mignon, ma petite reine, dont la rusticité et les fragrances stercoraires ont provoqué maintes polémiques chez mes voisin(e)s de table, soi-disant incommodé(e)s par l’aspect et le fumet.

 

Mais avec les abats, il est bien question de vue, d’odorat. Les cinq sens sont toujours au rendez-vous, et là il n’est plus question de mystère, de secret caché. Tout est « à vue ». Au contraire, on dévore ce qui est parfaitement visible, ce qui est authentiquement extérieur, exotérique. Qu’est-ce qu’une « tentation de Saint- Antoine », sinon un groin, une oreille, un pied, et une queue ? (le tout délicieusement grillé, sans jamais perdre son esprit). Et la mamelle : charmante et suave pellicule encore laiteuse, qu’on déguste poêlée ou en pressé. Et la langue, véritable mise en abyme du goût. Goûter le goût même de la bête, n’est-ce pas là une promesse de joies inattendues ? On se fond dans l’animal, on communie avec lui par un spiritisme gustatif. On l’embrasse à pleine bouche. Ultime palot avant la digestion. Je ne vais pas dresser une liste (passionnante mais fastidieuse) des mille et une merveilles que réserve la triperie. Car il faudrait passer des abats aux abattis ; parler des issues, du cinquième quartier ; employer des termes désuets et intrigants. Je me contenterai seulement de vous inviter à l’exploration. Osez la spéléologie alimentaire. Affrontez vos peurs, domptez-les, pour vous enfoncer dans les tréfonds de la bête. Glissez-vous sous la panse, égarez-vous dans les viscères, abandonnez-vous aux folles joies de la tripaille. C’est une odyssée sans espoir de retour : l’horizon du nouveau monde. »

 

Bon voyage

 

Sus à la tripe !

 

Nicolas d’Estienne d’Orves

 

4 octobre 2011

 

Tous les jours pendant cinq semaines, la Règle du Jeu vous propose la contribution de 35 écrivains, artistes et personnalités diverses au journal Louchebem sur le thème de la viande.

 

« Ceux qui ont eu la chance de l'approcher savent que ce garçon charmant qui manifeste en matière vestimentaire un goût certain pour les tenues voyantes a du talent à revendre. Après lui avoir décerné le prix Nimier en 2002 pour Othon ou l'Aurore immobile, les puissants du monde littéraire ont fini par ranger ce «dingue absolu», pour reprendre les mots de Yann Moix, dans la catégorie «auteur de littérature de genre», ce qui signifie peu ou prou «infréquentable»

 

« Avec La Dévoration, (en 2014) neuvième roman au titre joliment impropre, NéO assure. Pas rassure. Il est encore question de viande sanguinolente, d'exécutions, d'amour monstre dans cette histoire. Mais chaque pièce du puzzle a sa raison d'être, sa pertinence, chaque élément s'emboîte grâce à une écriture fluide, agréable. »

 

«La souffrance est mon jardin. La douleur porte mes mots. Je ne vois là ni fatalité, ni complaisance. Telle est juste ma nature: je suis chez moi dans le carnage.» Et il ajoute: «Je garde le nez vissé à ma sanglante marmelade. Puisque son fumet enivre, pourquoi changer de recette?»

 

« Page 33, le roman change de cap. Nous voici transportés en 1278 à Rouen, où un boucher nommé Rogis se trouve confronté à un dilemme des plus intéressants: être exécuté, voir son nom sali à jamais et sa famille condamnée à la misère ou devenir bourreau. Ce court chapitre sera suivi d'autres qui composent sur sept siècles la saga des Rogis, bourreaux de père en fils. »

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25 mai 2017 4 25 /05 /mai /2017 06:00
Ça lèche, ça mord, la pente fatale des intervenants dans les médias : classons-les comme pratiquant des métiers de bouche…

Où que mon regard se porte, que mes oreilles entendent, aussi bien dans le tout petit marigot du vin que dans celui de la bonne bouffe, et bien sûr dans le grand bal des faux-culs de la politique, que vois-je, qu’entends-je ?

 

Des lécheurs et des lécheuses, des cireurs et des cireuses de pompes, des louangeurs et des louangeuses, des pratiquants et des pratiquantes de l’encens, des qui sont toujours dans le sens du vent, mais aussi des qui éructent, des qui pourfendent, des qui vomissent, des qui sont toujours en colère…

 

Tout ce beau monde, logé le plus souvent à Paris, est installé dans des postures confortables, cultive avec soin soit sa belle image d’Épinal, soit sa figure de chienne de garde ou de redresseur de torts, se pose en expert en tout ou presque, positionnement médiatique destiné à faire fructifier leur fonds de commerce.

 

En effet si l’on prend la peine de gratter un peu la fine couche de vernis que nous proposent ces « haut-parleurs » omniprésents, on découvre aisément, en observant leurs pratiques quotidiennes, au jour le jour, dans la vie que l’on vit, faite de compromis, de petits copinages, de silences sur leur supposé indépendance, qu’ils pratiquent des métiers de bouche.

 

Leur échine souple ou leur colère sont leur fonds de commerce qu’ils se doivent de faire fructifier sous peine de disparaître des écrans radars des médias, de ne plus apparaître sur les plateaux, de tomber dans l’abime de l’oubli.

 

L’impératif d’audience, la tyrannie de l’instantanéité, le flux continu de l’info, des commentaires exige donc que l’on clive, que l’on privilégie la double polarité, blanc ou noir, être pour ou contre, adieu les subtilités, aucune place au doute, à la nuance. Triomphe de la forme sur le fond. Le buzz, le coup de gueule, la phrase assassine… on ne pratique plus l’escrime à fleuret moucheté mais la boxe française ou le catch. L’ange blanc contre le bourreau de Béthune.

 

Les médias classiques comme les réseaux sociaux hébergent donc les deux tendances claniques : les lécheurs, lécheuses et les éructeurs, éructrices, mais dans le temps turbulent que nous venons de connaître la plus grande pente tend à privilégier les adeptes des gueuloirs, des déversoirs, des vomissoirs…

 

La force et le poids des convictions avec eux se mesurent au niveau de la hauteur et de l’intensité des décibels et non à celui des idées.

 

La conjonction du mou des thuriféraires à géométrie variable et du faux-dur des ferrailleurs, ferrailleuses patentés n’est en soi porteur d’aucune espèce de contradictions, bien au contraire c’est, à l’image de la présence et du développement du bio dans la GD, l’extension du domaine de chalandise du grand bazar des médias.

 

Nos tribuniciens, tribuniciennes, qu’ils soient cajoleurs, cajoleuses ou fouetteurs, fouetteuses, sont ultra-majoritairement de purs produits hors-sol, vivants à Paris intra-muros, loin de ce terrain qu’ils invoquent à tout de champ, loin des gens, des gens de peu qu’on dit d’en bas. Certes, les autoproclamés défenseurs et défenseuses de la veuve et de l’orphelin, des ruraux isolés, des paysans ignorés, font de temps à autres des descentes dans la France profonde pour recharger leurs batteries mais ils rentrent vite à Paris pour ne pas trop s’éloigner des plateaux.

 

Lisez-moi bien, je ne suis en rien partisan des robinets d’eau tiède ou des porteurs d’encensoir, il faut savoir à bon escient élever la voix, tremper sa plume dans du J’accuse, affirmer sans fard que certaines situations sont intolérables, se mettre au service de causes qui semblent justes.

 

Mais pour moi il y a un GRAND MAIS, en rester au stade de la pure dénonciation, s’installer dans la posture commode de celle ou de celui qui se contente de dire, n’est pas suffisant.

 

Chez moi, dans mon patelin de Vendée, la césure se faisait entre les « disous » et les « faisous », en bon français entre ceux qui disent et ceux qui font.

 

Ce que je reproche à celles et ceux qui occupent de strictes postures tribuniciennes c’est que leurs propositions pour que ça change ont trop souvent l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette ou se cantonne dans des généralités, des lieux communs sans grande portée. Ils dénoncent le système mais ils sont encore plus que nous le système, ils s’en repaissent, ils en vivent.

 

Ma position sur notre incapacité à dépasser les incantations des hurleurs, hurleuses, ou le ronron des gentils commentateurs, commentatrices, ne date pas d’aujourd’hui.

 

Dans mon fichu rapport j’écrivais :

 

Dans notre beau pays il y a beaucoup d’architectes, de généralistes, très peu de maçons qui acceptent de se colleter aux tâches d’apparence peu gratifiantes. On ne fait pas évoluer les mentalités par décret. Si l’on souhaite que la puissance publique pèse sur les évolutions, joue un rôle de catalyseur, pas pour faire mais aider à faire, il faut avoir le courage, en période de crise, de prendre sa part de responsabilités, d’écouter, de comprendre, pour ensuite proposer, expliquer, convaincre pour enfin être en capacité de mener des politiques de moyen terme avec l’appui du plus grand nombre.

 

Si cette orientation n’est pas validée il ne faudra pas s’étonner d’en être réduit à une pratique de guichetier distributeur, de contrôleur tatillon et, lorsque le feu prend dans la maison, de pompier pas forcément doté des bons instruments pour éteindre les incendies. A situation nouvelle, nouveau métier.

 

Mon souhait de VC en roue libre c’est que l’engeance tribunicienne caquetante sache laisser la place dans les médias à ceux d’en bas qu’ils disent représenter. Je crois à l’exemplarité de l’exemple, la parole doit être rendue à celles et ceux qui font.

 

Bien avant le guignol Onfray, le 30 avril 1966, Michel Rocard affirmait qu’il fallait DÉCOLONISER LA PROVINCE :

 

« Ce texte a été présenté à la Rencontre Socialiste de Grenoble et publié sous le titre « Rapport Général proposé par le Comité d’Initiative aux délibérations des colloques sur la vie régionale en France » Ce texte a été présenté par Michel Rocard, sous le pseudonyme de Georges Servet. Une partie de ce texte a été également publiée dans le Numéro 303 de Tribune Socialiste datée du 29 Novembre 1966 et a été également prononcé au Colloque de St Brieuc en décembre 1966. »

 

Lire ICI

 

L’entre-soi des hors-sol parisiens, leur rébellion bien confortable affichée, leur petit jeu dans les médias ou sur les réseaux sociaux sous les applaudissements de leurs supporters ou les insultes de leurs adversaires est si dérisoire que j’en arrive à les plaindre tellement ils sont pitoyables.

 

Je n’aime ni l’esbroufe, ni la génuflexion, ni le bruit et la fureur permanente, je n’ai pas le peuple à la bouche en permanence, mais je sais d’où je viens, j’assume ce que j’ai fait et surtout, comme je suis sur mon dernier bout de route, j’ai décidé de me mettre en mode avion, imperméable, distant, plus jamais compatissant pour tout ce petit monde. Plus personne ne m’attend nulle part alors je profite de mes amies, mes vraies amies… Les chiens et les chiennes aboient ma caravane passe…

 

Je coupe le son, je lis, j’écris, j’écoute de la musique, j’aime…

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24 mai 2017 3 24 /05 /mai /2017 06:00
Du dérèglement alimentaire : lorsque manger devient un acte politique.

Le 8 août 2013, je postais une chronique :

 

« Mangerons-nous encore ensemble demain ? » en voilà une vraie question.

 

« Quand tu prépares à manger pour quelqu’un et qu’il ne veut pas en manger, c’est comme quand tu veux embrasser quelqu’un et qu’il se détourne » déclarait une Française interrogée dans une enquête (Masson 2001). Un livre très savant vient d’être publié chez Odile Jacob 24,90€ sous la direction de Claude Fischler « Les Alimentations Particulières Mangerons-nous ensemble demain ? »

 

« Ainsi, dans des situations et des sociétés très diverses, le refus de la nourriture offerte revient à un refus de la relation : il produit une déception, voire une blessure et une offense grave. Car ne pas accepter un aliment, un plat ou une boisson peut purement et simplement signifier la méfiance » écrit Claude Fischler. »

 

La suite ICI 

 

Juliette Montilly le 19 mai 2017 dans Rue 89 pose la même question.

 

Comment l'obsession d'une alimentation saine et équilibrée peut devenir pathologique, et même dangereuse ?

 

« Il n'y a pas très longtemps, alors que j'étais en famille, quelque chose m'a interpellée. Qui dit réunion de famille dit grande tablée, des plats qui défilent toute la journée : un vrai marathon.

 

Tout le monde discutait, buvait, mangeait, rigolait. Sauf ma cousine. Ma cousine Manon et ses milles questions :

 

"D'où viennent les fruits de mer ? Est-ce que les légumes sont bio ? Et quand les fruits ont-ils été cueillis ?"

 

S'intéresser à ce qu'on a dans son assiette, c'est une bonne démarche à priori. Sauf que Manon n'a pas avalé une bouchée au cours du repas (si vous sentiez l'odeur du bœuf bourguignon de mon père, vous comprendriez que cela relève de l'exploit).

 

Elle a même sous-entendu qu'elle n'aurait pas dû venir, qu'elle aurait dû manger chez elle. En fait, le comportement de ma cousine n'est pas nouveau, s'énerve ma tante :

 

« Elle est orthorexique ! »

 

Le mot vient du grec : "orthos" droit, correct, et "orexis" appétit, alimentation. Il apparaît pour la première fois dans l'article de 1997 "The Health Food Eating Disorder", du médecin américain Steven Bratman, et fait son entrée dans le Larousse en 2012.

 

L'orthorexie est l'obsession pour la qualité de l'alimentation : celle-ci doit répondre à des exigences que le mangeur s'impose en vue d'être en bonne santé, jusqu'à être assujetti à cette idée fixe.

 

Cela mène à des comportements énigmatiques : mâcher 50 fois un aliment avant de pouvoir avaler, exiger que le fruit que l'on mange ait été cueilli il y a quelques minutes seulement, etc.

 

La suite ICI 

 

Le combat le plus violent, le plus politisé, frontal, concerne la consommation de viande :

 

« Un monde vegan, donc ? La consommation moyenne des Français est aujourd'hui de 86 kilos de viande par an, mais elle évolue à la baisse depuis 1998, de 0,6% en moyenne chaque année. Plusieurs indicateurs montrent que même si l’homme est loin d’être prêt à rayer la viande et le poisson de son alimentation, et encore moins les oeufs ou le lait, un glissement des valeurs s'opère et une révolution est en cours. Au-delà d’un supposé effet de mode. C’est la thèse défendue par Théo Ribeton, lui-même végétarien pour des raisons éthiques (et non pas écologiques ou sanitaires), et avec « un pied dans l'ancien monde », dit-il, car pas encore vegan.

 

Son essai dit d’emblée ce qu’il n’est pas : une analyse des raisons pour lesquelles on choisit de devenir végétarien. Faut-il manger des animaux ? de Jonathan Safran Foer (L'Olivier, 2011) ou No Steak d’Aymeric Caron (Fayard, 2013), parmi d'autres manifestes, s’en sont chargés avant lui. »

 

Dans Usbek & Rica le 19 mai Annabelle Laurent donne la parole à Théo Ribeton :

 

«Les défenseurs de la viande vont devenir des punks de droite »

 

« Les steaks de soja déferlent sur les rayonnages des supermarchés. Les restaurants revoient leur carte. Les végétariens convertis en convainquent d’autres, et la minorité grossit. Pour Théo Ribeton, l’auteur de V comme Vegan, paru en avril aux éditions Nova, c’est entendu : le monde est en train de devenir vegan. Et si l’ascension ne peut être freinée, c’est précisément parce que le véganisme a dépassé sa frange militante pour toucher la société dans son ensemble, estime l’auteur.

 

V comme vitesse. Parce que le véganisme se répand aujourd'hui rapidement : « Le discours a vraiment basculé depuis un an, estime Théo Ribeton. « Je remarque une bienveillance nouvelle, renchérit Sébastien Arsac, de l’association L214, connue pour ses vidéos choc de l’intérieur des abattoirs et des élevages industriels, et cité en début d’ouvrage. Beaucoup autour du terme "vegan" qui, de façon inédite, se trouve très bien connoté et fait beaucoup moins peur qu’auparavant. »

 

Le mot « vegan » entendu au sens large

 

Une précision d'emblée : si le vegan va plus loin que le végétalien au sens où il refuse strictement toute exploitation animale (en plus des choix alimentaires du végétalien - pas d’oeufs, de lait, etc. - il ne porte pas de cuir et de laine, entre autres), le mot vegan s'entend ici au sens large, tel qu'il est utilisé aujourd'hui dans le marketing ou la pub. Devenu « une sorte de logo », international qui plus est, il peut offrir « un meilleur outil », estime le journaliste, comparé au lexique qui contraint à slalomer entre végétarien, végétalien, vegan, fléxitarien ou encore antispéciste, et peut désarçonner les moins avertis. »

 

La suite ICI 

 

Du dérèglement alimentaire : lorsque manger devient un acte politique.
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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 06:00
Photo le Soir

Photo le Soir

Sept cents agriculteurs français se sont suicidés l’an dernier.

 

SAÔNE-ET-LOIRE

 

Un agriculteur en fuite abattu par des gendarmes

 

Un éleveur bovin de 37 ans de Saône-et-Loire, en fuite depuis plus d’une semaine après un contrôle sanitaire conflictuel, a été abattu samedi par des gendarmes sur qui il fonçait en voiture.

 

Cet agriculteur du village de Trivy était recherché depuis le 11 mai, date du dernier contrôle de son exploitation lors duquel il avait foncé avec son tracteur sur les forces de l’ordre qui accompagnaient les inspecteurs, selon Le Journal de Saône-et-Loire.

 

ICI 

 

Le nouveau ministre de l’Agriculture Jacques Mézard au chevet de la profession titre la Dépêche du Midi

 

Ce titre en dit plus long qu’une longue chronique sur l’absence de compréhension de ce que sont devenus les agriculteurs, les éleveurs, les viticulteurs, les vignerons, les arboriculteurs… Le vieux mythe de l’unité paysanne est depuis longtemps obsolète. La Profession, dénomination ambigüe, recouvre la cogestion chère à la FNSEA.

 

Cette gestion, strictement politique, du secteur de l’Agriculture a conduit, et conduit encore, à une incapacité de l’Administration de ce Ministère, avec ses multiples facettes, à prendre en compte la diversité des situations au plus près des femmes et des hommes de la Terre.

 

L’administration territoriale de l’Agriculture, compactée au temps de Sarkozy, n’est plus qu’une lourde machine à appliquer des normes, les contrôler, à faire du dossier PAC et à le contrôler.

 

Ses satellites, tels l’INAO et les défunts Offices, qui maintenaient un lien avec une forme d’autogestion, sont aussi devenus de lourdes machines administratives accueillantes pour la fine fleur des chefs professionnels.

 

Dans la dernière ligne droite de mon parcours, Bruno Le Maire, alors Ministre de l’Agriculture, m’a nommé Médiateur pour les dossiers laitiers difficiles.

 

J’ai donc passé l’essentiel de mon temps, avec pour seule arme mon téléphone, sur ce fameux terrain, dans le Grand-Sud-Ouest d’abord, sur des dossiers ponctuels ensuite, la Fourme de Montbrison, la collecte de lait dans le Cantal, le devenir de la CLHN en Normandie… etc.

 

Chaque éleveur disposait de mon numéro de téléphone et pouvait m’appeler quand il le souhaitait. Relié directement au cabinet du Ministre je l’alertais en temps réel. Loin de court-circuiter l’administration locale et régionale je l’ai pleinement impliqué dans mon travail et, croyez-moi, elle a mis beaucoup de cœur à l’ouvrage pour m’aider à générer des solutions opérationnelles.

 

Avant de quitter mon travail j'ai tenté, en vain, de convaincre mes collègues du Conseil Général, là où sont parqués les Ingénieurs Généraux, les Vétérinaires et les Inspecteurs Généraux, en fin de carrière, de la nécessité de s'investir dans ce type de mission de médiation. Alors qu'ils coûtent très cher à la République, que le taux d'activité de certains voisine le néant, ils préfèrent pondre des rapports que personne ne lit. Navrant, mais bien représentatif de la bureaucratisation des hauts fonctionnaires de ce Ministère.

 

Le 22 février 2012, j’étais encore en fonction, j’écrivais cette chronique :

 

Et si un instant vous quittiez vos clichés pour vous intéresser un peu à la vie quotidienne des « Fils de la Terre »

 

« J’en ai conscience, mais peu m’importe, qu’un type comme moi, bien installé, sans souci d’argent, occupant des fonctions confortables, viennent, tel un témoin de Jéhovah sonnant à votre porte, vous interpeler sur la vie que vivent les paysans d’aujourd’hui, en l’occurrence ici celle d’un producteur de lait du Lot : Sébastien Itar.

 

Je l’ai rencontré dans mon bureau avec ses collègues le matin de la première du documentaire d’Edouard Bergeon, « Les fils de la terre », au Gaumont-Opéra. C’est l’un des 29 producteurs de lait de Cantaveylot (contraction de Cantal, Aveyron, Lot) petit groupe d'éleveurs laitiers qui se sont pris en main et avec qui je travaille dans le cadre de ma mission de médiateur dans le grand Sud-Ouest. Ces 29 producteurs, lorsque le GIE Sud-Lait qui collectait leur lait a dû mettre la clé sous la porte car son principal client Leche-Pascual (entreprise espagnole) n’était plus preneur n'ont pas baissé les bras. Bref, ce petit collectif, qui se bat, qui fait, je vous invite à découvrir son site pour commencer à comprendre que votre lait quotidien, cette brique, ce pack, n’est pas un produit anonyme, mais le fruit d’un labeur quotidien de femmes et d’hommes accrochés à leur terre »

 

Lire la suite ICI

 

Dans LE MONDE TELEVISION du 27.02.2012 Martine Delahaye écrivait :

 

« Âmes sensibles, ne pas s'abstenir. Les premières phrases du film expliquent pourquoi Edouard Bergeon a « dû » réaliser ce documentaire, son premier en tant qu'auteur : « Christian Bergeon, mon père, était agriculteur, comme son père, son grand-père et son arrière-grand-père. Mon père était agriculteur et il en est mort. Il s'est suicidé, et il n'est pas le seul. »

 

Chute du prix du lait et de la viande, deux incendies, des crises sanitaires : les dettes se sont accumulées et ont eu raison de cet homme qui dirigeait jusqu'alors une très belle exploitation ; à 45 ans, il avale des pesticides et tombe agonisant sur le lit de son fils. Edouard Bergeon avait alors 16 ans.

 

Treize ans plus tard, devenu journaliste à France 2 puis ayant pris son indépendance en tant que reporter, Edouard Bergeon ne pouvait pas « tricher », explique-t-il, pour ce premier documentaire coécrit avec Luc Golfin, par ailleurs monteur du film : « Le gouvernement évoque 400 suicides chez les agriculteurs en 2009, et l'Association des producteurs de lait indépendants en a décompté 805. Si on fait une moyenne, ce sont deux agriculteurs qui se suicident chaque jour ! Mais ça, ça ne fait pas la « une » des journaux... Alors qu'il s'agit, de loin, de la catégorie socioprofessionnelle la plus en crise. Je veux montrer autre chose que le discours parisien sur l'agriculture, son Salon, ses beaux petits fromages de chèvre vendus très cher chez les crémiers. »

 

Après des recherches, le réalisateur, en 2010, rencontre une famille assez semblable à la sienne : Sébastien (38 ans), éleveur dans le Lot, doit faire face à 500 000 euros de dettes, à des journées de travail sans fin et sans vacances, pour produire à perte, sans compter le regard réprobateur d'un père qui l'épaule chaque jour après lui avoir cédé l'exploitation mais qui ne comprend pas son fils ("il a pris goût à une certaine liberté, alors que nous, nous avons été esclaves toute notre vie", commente-t-il).

 

Fatigue et antidépresseurs ; trou noir malgré un sursis du tribunal face au dépôt de bilan ; sentiment d'échec doublé de honte : au fil de quatorze mois, Edouard Bergeon filme le quotidien et les réactions de Sébastien, de sa femme, de ses parents. Le réalisateur établissant régulièrement des parallèles entre sa famille et celle de Sébastien. Jusqu'au dilemme que pose l'hospitalisation de force d'un paysan en détresse.

 

« A Charroux, l’orgueil blessé des forçats de la terre. »

 

Sept cents agriculteurs français se sont suicidés l’an dernier. Le quotidien belge Le Soir s’est rendu dans la Vienne, où les paysans disent à la fois leur fierté et leur souffrance.

 

“C’est ma tournée !” sourit Dominique Pipet en débouchant son meilleur pineau. L’éleveur n’en revient pas de voir assis dans la cuisine de sa ferme isolée au fin fond de la Vienne quatre journalistes européens. “J’ai l’impression de jouer dans un épisode de Rendez-vous en terre inconnue !” dit celui qui depuis des années se révolte de n’être jamais entendu. Car s’il a gardé l’humour, c’est celui du désespoir. Il se bat pour honorer la mémoire de ceux qui sont tombés pour l’amour de la terre et pour redonner à ceux qui souffrent la fierté de continuer. “Il y a eu cette année 732 suicides de paysans. Deux par jour ! C’est trois fois plus qu’il y a un an !” alerte-t-il.

 

Dominique Pipet est monté récemment au Salon parisien de l’agriculture pour “déposer une plaque en mémoire du génocide”. “On m’a pris pour un plouc. On m’a dit, le génocide, c’est le Rwanda.” Mais lui n’en démord pas. “Les paysans sont des morts-vivants. Moi, j’ouvre ma gueule, mais les taiseux, on les retrouve pendus.” Sur une grande table, la paperasse est étalée. Montagne de formulaires, de passeports vétérinaires et autres courriers administratifs. À 60 ans, Dominique Pipet exploite 235 hectares. “Mais ce n’est pas la Beauce ou le Champenois,” dit-il pour relativiser la valeur de ces terres à petit potentiel qu’il loue pour de la culture sèche et pour un troupeau de 200

 

Le travail sept jours sur sept

 

D’ailleurs, sa plus grande richesse, dit-il, c’est d’avoir reçu au départ la reconnaissance des anciens qui lui ont donné ses premières terres en friche. Et la nature, qu’il ne se lasse pas d’admirer. Devant ses bêtes, il raconte son labeur. Le travail sept jours sur sept sans jamais de vacances. Pour une viande qu’il vend moins cher qu’il y a vingt-cinq ans. “Avant, la PAC [politique agricole commune] c’était le Samu agricole, dit-il. Aujourd’hui le Samu arrive quand vous êtes déjà mort.”

 

Il raconte les injonctions à toujours plus de compétitivité, les contrôles vétérinaires et les aides compensatoires qui n’arrivent pas. “L’État me doit 45 000 euros, fait-il valoir. Un bug informatique, soi-disant ! Ça fait cinq ou six ans que je travaille à perte. Je ne me verse aucun salaire. Avec la reconnaissance de dettes, je vis de prêts de trésorerie.”

 

À quelques kilomètres de là, la pluie tombe à verse sur le hangar de Patrick Guerin. Sa salle de traite est à l’arrêt. Vide. “Je suis né dans cette ferme, raconte-t-il. Dans les années 1960, on vivait bien. C’était la belle vie. Mes parents venaient de Vendée. Il y avait toujours du monde qui venait.” C’était avant qu’il reprenne l’exploitation avec son frère et subisse de plein fouet la chute des prix du lait chez le fameux géant Lactalis. “Au départ, on pouvait discuter. Après, c’était à chialer”, dit-il encore, la gorge nouée.

 

L’agriculture, c’était le fleuron de la France. L’Hexagone est encore la première puissance agricole de l’Europe et l’agroalimentaire reste un maillon essentiel de son industrie. Mais la production souffre, concurrencée par le travail à plus bas coût ailleurs en Europe. Certaines filières, comme la filière viticole, s’en sortent. Mais même les exportations de fromage – fierté de la France ! – sont désormais dépassées par celles des Pays-Bas. Les exploitations ferment. Les surfaces agricoles diminuent.

 

En 1957, l’Europe mettait en place la PAC, pour assurer la sécurité alimentaire du continent. Mais il y a longtemps qu’elle ne garantit plus les prix. Les primes favorisent les grosses exploitations. La France reste la première bénéficiaire des aides mais 80 % d’entre elles vont à 20 % des exploitations. L’UE planche sur une nouvelle réforme, avec des instruments de gestion de crise, comme les aléas climatiques et les chutes des cours. Mais c’est insuffisant, jugent les paysans.

 

Spéculation, volatilité des prix et concurrence à bas coût

 

Guillaume Poinot est éleveur caprin dans la même région. Il est en redressement judiciaire pour quatorze ans. “J’accepte de repartir parce que j’aime mes bêtes. Mais si je dois mettre le pied à terre, je les tuerai toutes plutôt que de les voir monter dans le camion, lance-t-il dans un cri du cœur. Toutes les productions en France restent aujourd’hui impactées par la crise, à part quelques microniches économiques.” Il dénonce la spéculation sur les produits alimentaires, la volatilité des prix et la concurrence à bas coût. Les camions de matières premières qui arrivent d’Europe pour être transformées avant d’être étiquetées “nourriture française”. “À gerber”, dit-il.

 

À Charroux, le Ryden est un resto-bar-tabac qui n’est plus que l’ombre de ce qu’il était. Un établissement figé comme sur une photo de Raymond Depardon. Avant, c’est deux fois par jour que l’on servait ici à manger. Il y avait une laiterie toute proche, des artisans, se souviennent les anciens. Ce jour-là, la patronne n’a cuisiné que pour nous. “Ce que les politiques n’ont pas compris, c’est qu’en détruisant l’élevage et l’agriculture en général, c’est le socle de la société qu’ils ébranlent”, explique Vincent Colombel, cultivateur. “Plus de paysans, c’est plus d’enfants dans les écoles, des commerces qui ferment, des villages qui se dépeuplent et des maisons qui tombent en ruines, des paysages qui disparaissent, rasés pour des questions d’efficacité économique, quand ce n’est pas d’avidité énergétique (pour les éoliennes) ou bien pour gagner de précieuses minutes (avec les TGV).” Quand les déserts ruraux avancent…

 

Autour de la table, une demi-douzaine d’hommes résument d’une phrase la coexistence de deux mondes :

 

Pisser à Paris, ça coûte deux litres de notre lait.”

 

La déprime, racontent-ils, ne se traduit pas que par les suicides. Jean-Claude Mercier avait repris en 1997 la suite de ses parents. Trente-six hectares, 270 chèvres. “À l’époque, c’était une petite affaire qui marchait, dit-il. Je gagnais très bien ma vie (de 1 500 à 2 000 euros par mois) en travaillant jusqu’à quatre-vingt-dix heures par semaine. En 2007, avec la crise, c’est parti en cacahuètes.”

 

Le prix des aliments pour ses bêtes a triplé, pas le prix du lait qu’il produisait. Depuis, il a arrêté les chèvres, s’est reconverti dans les céréales. Mais le divorce a frappé. “Quand vous vous levez le matin avec les soucis dans la tête et que la nuit ils vous empêchent de dormir, vous allez dans le mur”, dit-il. Les éleveurs appellent ça pudiquement “les dommages collatéraux”.

 

Autour de la tablée, l’addition est vite faite. Le montant des aides que l’État doit depuis deux ans à ces éleveurs pour leur conversion au bio grimpe à 200 000 euros. “J’ai voulu rembourser mes dettes, j’ai vendu mon tracteur. Le banquier, suspicieux, m’a demandé d’où venait cet argent”, se désespère Jean-Claude. Qui n’a pas apprécié non plus qu’on lui reproche ses premières vacances prises depuis dix ans.

 

“Que peuvent faire les politiques ?”

 

Ceux-là ne veulent pas tourner le dos à l’Europe. Dominique Pipet sort de temps en temps sa fourche, symbole de la jacquerie paysanne, mais il ne veut pas de la prétendue révolution que prône Marine Le Pen avec sa “francisation” de la PAC. “En fermant les frontières, qu’est-ce qu’elle croit, qu’on va tout régler ?” ironise-t-il, alors que les sondages prêtent 35 % au FN chez les agriculteurs. Lui-même ? “En 2012, je n’ai pas voté, finit-il par lâcher comme on insiste. Enfin, j’ai enveloppé un boudin dans du papier toilette plutôt que de mettre un bulletin dans l’urne.” Les politiques n’ont plus aucun pouvoir, dit-il, sinon celui d’avaliser les règles d’un syndicat ultradominant, la FNSEA, avec lequel ils ont la politique agricole en cogestion. Un syndicat que beaucoup décrivent comme “une pieuvre” à qui il faut acheter la protection mais avec laquelle les éleveurs se retrouvent pieds et poings liés. “Les politiques sont devenus impuissants. Ils ne connaissent ni le prix du pain ni celui du steak, juge Guillaume Poinot, l’éleveur caprin. À partir du moment où l’État ne peut pas agir sur les prix, que peuvent faire les politiques ?”

 

Ceux-là espèrent une énième réforme de la politique européenne. Qui tiendrait davantage compte de la qualité de leur production plutôt que de tout miser sur la quantité et la compétitivité. Au lendemain de notre visite, ils multiplient les messages de remerciements. “On peut espérer que quelques décideurs liront vos médias, eux qui orientent notre avenir”, écrit Vincent Colombel, le cultivateur.

 

À l’intérieur même de sa maison, Dominique Pipet s’est construit un chalet en bois. Quand on ouvre le faux volet, on découvre sur la fenêtre en trompe-l’œil un paysage de montagne. Un poster en forme de vie rêvée qu’il admire quand il déprime.

 

Joëlle Meskens

 

Bagnolet, le 21 mai 2017

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

 

Justice pour Jérôme

 

A la suite d'un contrôle de l'administration, Jérôme Laronze, 37 ans, paysan, militant de la Confédération Paysanne de Saône-et-Loire, est décédé ce samedi, suite aux tirs des gendarmes venus l'interpeller. Nous souhaitons avant toute chose exprimer toute notre solidarité avec la famille de Jérôme ainsi qu'aux militants de la Conf' de Saône-et-Loire.

 

Nous sommes choqués, nous sommes en colère. Il faut que toute la lumière soit faite sur ce drame. Nous espérons qu'une enquête sérieuse et indépendante détermine comment en sommes-nous arrivés à cette fin tragique.

 

Au-delà, de cet acte et de ses circonstances propres, Nous ne pouvons que nous insurger devant les méthodes employées face à la détresse économique et humaine. Nous mettons ici en question, l’absence de prise en compte de la détresse des hommes, souvent seuls dans leur ferme, confrontés à l'humiliation d'un contrôle qui peut parfois faire agir les paysans au-delà de la raison.

 

Dans l'immédiat la Confédération paysanne demande un moratoire sur les contrôles, de plus il faut que le travail des paysans trouve une reconnaissance humaine et économique. Ce n’est qu’à ce moment que les normes et les contrôles retrouveront tout leur sens et serviront l’intérêt général.

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22 mai 2017 1 22 /05 /mai /2017 06:00
Glanes de nuit, la Provence est mauve, glacée. Un soleil russe rase les vignes. Un jour, elles nous rendront en vin ce qu’elles raflent en lumière.

Ce samedi le ciel s’apaisait, entre les nuages de traîne le soleil pointait son nez je pédalais gaiement pour aller quérir mon pain de l’autre côté de la Seine. Comme la boulangerie est face à Giovanni Passerini je vais ensuite claquer des bises et boire un verre au bar.

 

Arrive un vieil habitué. Nous sommes présentés par Julie et nous décidons de partager un plat. Nous conversons. Aligre, le Faubourg St Antoine. C’est très agréable.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je repars après avoir acquis 3 beaux flacons de Rietsch à Ici Même la cave d’en face.

 

Caramba, de retour à la maison, je m’aperçois que j’ai oublié mon livre : Une très légère oscillation de Sylvain Tesson sur le bord du bar.

 

Frustré je décide d’aller le rechercher en début de soirée…

 

Rien d’extraordinaire me direz-vous ?

 

Certes, mais pour moi les fenêtres du hasard sont de fidèles et discrètes alliées, elles s’ouvrent souvent à des moments où je ne m’y attends pas, me surprennent, offrent à mon regard des perspectives insoupçonnées.

 

Il en fut ainsi samedi, hors le monde, cerné de bruits, j’ai lu… j'ai bu, et…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voici quelques-unes de mes glanes de nuit :

 

« Un jour en Corse, près de Figari. Sur la plage, nos hôtes ont organisé un spuntinu, comme on dit ici quand on prend du bon temps en même temps que le maquis. Autour du feu de bois, figatelle et vin de Sartène. Le ciel est une flanelle mitée de trouées solaires. La mer est en peau de taupe. Des blocs de granit rose encadrent la forêt d’arbousiers. Le genre de paysage que n’aiment pas les peintres : le travail est déjà fait. Une tour génoise veille, elle nous survivra. Soudain les invités lèvent la main dans un même mouvement. Ils prennent des photos, brandissent l’appareil à bout de bras. Ce geste, c’est le symbole de notre temps, la liturgie moderne. La société du spectacle a fait de nous des cameramen permanents. Quelle étrange chose, cette avidité de clichés chez des gens qui se pensent originaux. Quelle indigestion, cette boulimie d’images. Plus tard, ils regarderont les photos et regretteront que le moment consacré à les prendre leur a volé le temps où ils auraient pu s’incorporer au spectacle, en jouir de tous leurs sens et, le regard en haleine, célébrer l’union de l’œil avec le réel. »

Janvier 2014

 

« Le Ventoux coiffe le Comtat Venaissin. C’est un autel de 2000 mètre de haut au bout d’une plaine parfaite (…) En ce jour de l’an, la Provence est mauve, glacée. Un soleil russe rase les vignes. Un jour, elles nous rendront en vin ce qu’elles raflent en lumière.

 

« Encore de longues marches dans les plis du Comtat. Cette chance, en France, de disposer de la couverture cartographique de l’IGN, au 1/25 000. Et si nos malheurs venaient de ce que nous vivons à trop grande échelle ? La Terre se globalise, les frontière se dissolvent, les marchandises circulent. J’ai la subite envie de m’inventer une vie au 1 :25 000. C’était le rêve des anarchistes, des communards et des Grecs qui lisaient Xénophon : réduire l’espace de notre agitation, se replier dans un domaine, ne vouloir atteindre que ce qui est accessible. Accueillir des pensées universelles en cultivant un lopin. Ne côtoyer que les gens qu’on peut aller visiter à pied. Ne manger que les produits de sa proche région, en bref, vivre sur les chemins noirs, ces sentes secrètes qui strient les feuilles de l’IGB, échappant aux contrôles de l’État. Il est urgent de changer d’échelle. »

 

Janvier 2015

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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, 2 présidents de la République jetés, 3 premiers ministres virés, 2 ralliés, 2 oubliés la malédiction des primaires.
  • Pull !
  •  

Le ball-trap, le « tir aux pigeons d'argile » des kermesses de ma jeunesse, le plateau d’argile fusait, le tireur épaulait, visait, le coup partait et le pigeon d’argile s’éparpillait dans les airs.

 

Les as rataient rarement leur cible, leur vista m’épatait, moi qui n’est jamais touché une arme à feu, leur hécatombe d’argile me donnait bonne conscience.

 

Les primaires m’ont procuré la même sensation, ce fut un festival de casse-pipes, les têtes couronnées roulaient, une à une, dans la poussière sous les hourras du peuple en folie…

 

J’exagère à peine.

 

Bilan du jeu de massacre :

 

  • La première tête à tomber fut celle de Sarkozy le honni,

 

  • Très vite suivi par celle de Juppé le banni,

 

  • La main passa de droite à gauche pour voir Hollande jeter le gant,

 

  • Valls se précipita puis gicla ;

 

  • Et puis ce fut le tour de Fillon se vautrer salement ;

 

  • L’Emmanuel devint roi et Bruno Le Maire et NKM se rallièrent ;

 

  • Au fond du panier : Hamon et Montebourg à gauche et Copé à droite, ça fait pas bézef !

 

Enfin, dernier acte : « La nomination d’Edouard Philippe est l’amère victoire d’Alain Juppé »

 

La nomination à Matignon, lundi 15 mai, du maire (Les Républicains, LR) du Havre (Seine-Maritime) Edouard Philippe, c’est l’amère victoire d’Alain Juppé qui s’était trompé sur la nature de la primaire de la droite et du centre mais qui avait vu juste sur la recomposition politique.

 

C’est l’histoire d’un homme battu par son propre camp et qui avait pourtant eu la vision gagnante. Celle d’un ancien premier ministre qui ne sera jamais chef de l’Etat mais qui a la consolation de voir l’un de ses anciens conseillers – « un homme de grand talent » – devenir chef du gouvernement et être ainsi l’artisan de la recomposition politique menée par Emmanuel Macron.

 

Edouard Philippe a sauvé l’honneur du maire de Bordeaux. Il a réhabilité le camp des juppéistes. Cette revanche ne va cependant pas sans un pincement de cœur ni une certaine gêne car Alain Juppé n’oublie pas qu’il a été, en 2002, le principal artisan de la création de l’UMP qui se voulait, face au Front national de Jean-Marie Le Pen, l’indestructible parti de la droite et du centre.

 

Implacable logique

 

Aujourd’hui, il peut difficilement assumer de voir l’un de ses lieutenants être nommé premier ministre pour dynamiter son camp. « Pendant cette campagne, je soutiendrai les candidats investis par LR et l’UDI [Union des démocrates et indépendants] », a-t-il précisé.

 

Et pourtant, tout ce qui arrive aujourd’hui est d’une implacable logique : pendant des mois, le maire de Bordeaux, au faîte de sa popularité, a préparé l’avènement d’un nouveau rassemblement.

 

Défenseur de l’« identité heureuse » là où une partie de son camp s’employait à exacerber les passions tristes, Alain Juppé avait promis, s’il était élu président de la République de faire ce à quoi s’attelle aujourd’hui M. Macron : « couper les deux morceaux de l’omelette pour que les gens raisonnables gouvernent ensemble et laissent de côté les deux extrêmes, de droite comme de gauche, qui n’ont rien compris au monde ».

 

Son rêve d’une recomposition politique, après deux quinquennats marqués par un échec cuisant sur le front du chômage et de la cohésion sociale, s’opposait à la vision très droitière de Nicolas Sarkozy et de François Fillon qui avaient scellé une alliance efficace entre les deux tours de la primaire de la droite et du centre pour l’éliminer.

 

Aspiration de l’opinion au rassemblement

 

Il reflétait cependant une aspiration si profonde de l’opinion au rassemblement que lorsque le maire du Havre a été nommé premier ministre, lundi, la transgression n’en était – presque – plus une : après avoir investi d’anciens candidats socialistes tout acquis à sa cause, le chef de l’Etat a pu tranquillement choisir un premier ministre de droite au demeurant tellement consensuel que son prédécesseur n’a rien trouvé à redire. Au contraire : la passation des pouvoirs entre Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe a été inédite : deux Normands au caractère bien tempéré, l’un se revendiquant « de gauche », l’autre « de droite » et finissant par s’embrasser en souhaitant le meilleur pour le pays.

 

Alain Juppé était passé par là. Pendant des mois il avait préparé le terrain, labouré la terre du rassemblement, aidé par le centriste François Bayrou qui l’avait d’abord soutenu, sous les quolibets de la droite, avant de rejoindre, à la fin février, le président d’En marche !

 

Sur le fond, le choc n’en est pas moins considérable. Après avoir pulvérisé la gauche, Emmanuel Macron exploite avec une facilité déconcertante les divisions de la droite dans l’espoir de construire une majorité à sa main aux législatives. Les juppéistes ont servi d’avant-garde, le reste de la droite modérée est tout près de suivre.

 

Françoise Fressoz (éditorialiste au Monde)

 

Un peu d’humour pour alléger l’atmosphère :

 

Le dernier chef de gouvernement français à avoir arboré une pilosité faciale comparable était Paul Ramadier, c'est en 1947. Après lui, seuls des mentons imberbes ou impeccablement rasés sont entrés à Matignon.

 

La Voix du Nord écrit :

 

« Révolution pileuse à la tête du gouvernement: Edouard Philippe a fait entrer la barbe à Matignon, une première sous la Cinquième République, très remarquée, qui illustre la popularité de ce look auprès de toute une génération.

 

Si barbes, barbiches et rouflaquettes étaient de mise chez les dirigeants sous les Troisième voire Quatrième Républiques, le glabre l'avait depuis largement emporté.

 

Et le monde politique restait jusqu'ici relativement hermétique à la tendance qui a fleuri depuis une dizaine d'années, sous diverses versions, sur les joues des hipsters, artistes, sportifs et cadres dynamiques.

 

Quand Emmanuel Macron, alors ministre, avait brièvement arboré une barbe naissante en janvier 2016, l'initiative avait créé le buzz sur les réseaux sociaux. En septembre, c'est en se faisant raser par un barbier devant les caméras, au salon de la coiffure, qu'il avait assuré le spectacle.

 

La barbe de trois jours de Nicolas Sarkozy en 2012, elle, avait fait dire à l'ex-ministre Roselyne Bachelot qu'il avait renoncé à revenir en politique, car « ce n'est pas avec un look pareil qu'on reconquiert le coeur d'un électorat hanté par la respectabilité ».

 

Lors de l'arrivée lundi à Matignon d'Edouard Philippe, 46 ans, considéré comme le premier chef de gouvernement à arborer une barbe depuis la barbiche de Paul Ramadier en 1947, le détail pileux n'est pas non plus passé inaperçu. Un autre barbu, Christophe Castaner, a été nommé porte-parole du gouvernement.

 

La barbe, fournie et taillée, que le maire du Havre porte depuis quelques années, est un signe de changement de génération à la tête du pouvoir, commente Samir Hammal, enseignant à Sciences Po spécialiste de l'apparence en politique.

 

Indice de jeunesse

 

« Édouard Philippe correspond bien au sociotype du quadragénaire à barbe convoqué dans de nombreuses campagnes de publicité », relève-t-il. Un détail qui par ailleurs « lui enlève son côté technocrate en l'humanisant ».

 

Ce phénomène de mode « a inversé les codes », souligne également le professeur d'ethnologie Christian Bromberger: « auparavant la barbe, c'était plutôt les personnes âgées, elle était blanche, maintenant c'est plutôt un indice de jeunesse. Une jeunesse non pas adolescente mais plus +start up+ ».

 

Nulle subversion dans ce type de barbe, domestiquée: « ce n'est pas la barbe des prophètes, des ermites, des hippies, des anarchistes ou de Che Guevara. Ce n'est pas celle de la gauche républicaine voire révolutionnaire », souligne Christian Bromberger, auteur de l'ouvrage Les sens du poil. Une anthropologie de la pilosité.

 

La vogue de la barbe, née du mouvement hipster aux Etats-Unis et inspirée par les « bears » homosexuels poilus, a pris le contre-pied de celle du métrosexuel imberbe des années 1990-2000.

 

Elle correspondait alors à une tendance à « l'ensauvagement » et au « lâcher-prise », même si cette barbe est aujourd'hui très travaillée, explique Pierre-Emmanuel Bisseuil, directeur de recherches au cabinet de tendances Peclers.

 

« C'est un signe d'affirmation de la virilité face à une féminité qui revendique certaines marques de pouvoir », juge l'expert, qui « voit donc encore pas mal d'avenir dans cette mode ».

 

Debray et les débrayeurs in Le temps

 

« L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron est peut-être en train de ringardiser une intelligentsia vieillissante, qui tourne en rond dans l’Hexagone morose plutôt que d’affronter le monde avec un peu d’esprit de conquête, écrit notre chroniqueur Alain Campiotti

 

La main sur le cœur? Il est cuit ! Régis Debray l’avait repéré avant même qu’il ne fût élu. Emmanuel Macron chante La Marseillaise en portant la main au cœur, comme n’importe quel Etats-unien devant sa bannière étoilée. C’est la preuve: l’Amérique imprégnante, comme de nous tous, s’est emparée de l’esprit du jeune président. Mais après tout, qu’est-ce que ça change? La France, comme l’Europe dans l’ombre de l’empire, est de toute manière sortie de l’Histoire. Il n’y a plus rien à sauver, sinon danser joyeusement dans notre décadence subjuguée qui a de beaux restes.

 

C’est ce qu’écrit Debray dans Civilisation, l’essai – paradoxalement roboratif et pétillant – qu’il vient de publier. Il n’est pas seul: toute l’intelligentsia française morose ou imprécatrice patauge dans la même eau. Michel Onfray, le bateleur multimédia de la décrépitude, explique que le «moloch totalitaire qui impose la religion du Veau d’or» a placé un de «ses desservants là où ils doivent se trouver pour bien faire fonctionner la machine». Emmanuel Todd, le démographe constamment furibard, avertissait par avance: voter Macron, c’est l’acceptation de la servitude. Le pompon revient à Alain Finkielkraut, l’académicien fébrile: il conseille au nouveau président de «vieillir vite». Il y en a d’autres, et bien pires…

 

Un pays occupé en douce

 

Pauvre France naguère jeune et vraiment rebelle ! Elle voit surgir un homme à l’air encore adolescent, formé dans la philosophie, la banque et l’Etat, qui prétend empoigner le réel pour, par exemple, sortir le pays de son chômage de masse et redonner à l’Europe du rayonnement, et tout ce que trouvent à dire ces penseurs fatigués, c’est de lui postillonner au nez.

 

Qu’arrive-t-il à cette intelligence – celle des intellectuels publics? La dernière fois qu’elle a essaimé au-dehors, on l’avait baptisée «French theory» (Derrida, Foucault, Lacan & Co) et son audience était dans les minuscules enclos des campus. Puis le reflux est venu, et le Paris bavard se retrouve avec GAFA à sa porte et un tiers-monde délibérément négligé dans ses banlieues.

 

Régis Debray s’est réveillé là et il a découvert, flânant dans les rues de la Rive gauche, un pullulement d’enseignes franglaises et américaines. Quand il a commandé un jambon-beurre, on lui a servi un hamburger. Un pays occupé en douce. Pour ce militant qui voulait, en commençant par la Bolivie, allumer «deux, trois, plusieurs Vietnam» afin d’ébranler l’empire, le choc fut rude.

 

Le désastre a eu lieu

 

Que faire? – comme dirait l’autre. «Conserver autant que se peut, répond-il dans un entretien, l’imparfait du subjonctif, la Sécurité sociale, les poulets de ferme…» Et avant de mettre en place cette modeste ligne Maginot, relire les livres oubliés qui annonçaient ce qu’on subit. Paul Valéry, par exemple, constatant il y a près d’un siècle que l’Europe aspirait «à être gouvernée par une commission américaine». Ou Simone Weill, prévoyant en 1943 que l’humanité allait perdre son passé par l’américanisation de l’Europe puis du globe.

 

Si Debray se replonge avec mélancolie dans ces écrits anciens, c’est qu’à ses yeux le désastre a eu lieu. Il y avait une civilisation, dit-il, définie par le temps, l’écrit, le drame de vivre, l’intérieur, l’être et la transmission. Elle s’est affaissée devant une autre, dominée par l’espace, l’image, le bonheur obligatoire, l’extérieur, l’avoir et la communication. Et c’est un grand malheur parce que nous y avons perdu «le sens de la durée et le goût des perspectives». La langue est le signe le plus visible de cette défaite. L’anglais est partout, et Régis Debray recense avec une cruelle jubilation maniaque son envahissement dans tous les domaines, jusqu’à repérer qu’Emmanuel Macron, de passage à Las Vegas dans une foire technologique, avait promis de faire de la France une smart nation. L’horreur.

 

Mais il faut s’y faire, dit l’ancien guérilléro. Les civilisations durent grosso modo cinq siècles, et l’américaine n’en est qu’à son deuxième. Ce fatalisme est d’autant plus étrange qu’il est avoué au moment où le pouvoir qui s’est installé au cœur de l’empire, à Washington, se décompose sous nos yeux dans une sorte de clownerie pathétique. Debray répondrait que ce cirque est sans importance: nos maîtres bienfaisants conservent leurs porte-avions, leurs missiles balistiques, Hollywood et la maîtrise du bœuf haché.

 

Un basculement géopolitique de retard

 

Il y a une autre objection plus sérieuse. Dans Civilisation, il n’est à aucun moment question, pour rendre compte de ce qui nous bouleverse, de la Chine et de l’Inde. Or comment ne pas le voir, la minorité de petits Blancs qui a mis Donald Trump au pouvoir est animée par les mêmes peurs et les mêmes frustrations que les électeurs du Front national et de ses cousins européens, affolés, même s’ils ne le savent pas, par le réveil des multitudes naguère dominées et soumises.

 

Régis Debray a sans doute un basculement géopolitique de retard, et le jeune Macron comprend mieux que lui nos nouveaux défis. C’est pour cela qu’il ne tient pas, lui, l’Europe pour un ectoplasme, mais pour notre chance et notre obligation.

 

Dans le fond, l’intelligentsia française vieillissante ne parvient pas à sortir des ornières dans lesquelles elle s’est enfermée en préférant toujours l’idéologie à la pensée pratique, le commentaire à l’action. La France est en train de changer et ses penseurs publics, comme cela arrive souvent dans le pays, ont débrayé.

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