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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 07:00

 

Les tomates vont manquer cet hiver (et ce n’est pas plus mal) ICI 

Publié le 16/09/2022 par Konbini

 

La hausse des prix de l’énergie oblige les agriculteurs à changer de stratégie… et les consommateurs devront leur emboîter le pas.

Les légumes cultivés sous serre vont-ils disparaître des étals cet hiver à cause de la crise énergétique ?

Par Eva LERAY

 

Salades, tomates, concombres… Quand ils sont cultivés sous serre, y compris hors saison, ces légumes sont très gourmands en énergie. Face à l’explosion des prix du gaz et de l’électricité, ils pourraient se faire plus rares sur les étals cet hiver. Faut-il craindre une pénurie ?

 

La crise énergétique a un impact aussi sur les producteurs de fruits et légumes. Les plus impactés, logiquement : ceux qui sont cultivés sous des serres, lesquelles fonctionnent « principalement au gaz », nous explique Damien Penguilly, directeur de la station expérimentale Caté à Saint-Pol-de-Léon, (Finistère), site qui cherche des solutions pour faciliter le travail des agriculteurs, et leur permettre de s’adapter au dérèglement climatique. « Je ne vois pas de pénurie pour cet hiver, mais il existe une réelle inquiétude sur les serristes en France, nous dit Laurent Grandin le président de l’Interprofession des fruits et légumes frais (Interfel). 90 % de la production française de tomates et de concombres provient des serres chauffées. » Les factures énergétiques ont déjà augmenté pour les serristes, « surtout pour les producteurs de bananes et les endiviers, gros consommateurs en énergie », précise-t-il. « L’augmentation du prix du gaz met en difficulté les producteurs et pose question », estime Damien Penguilly.

 

La suite ICI 

 

 

 

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 06:00

Le Refuge huguenot - Musée protestant

Elle avait besoin de m’écrire.

Ta mère, Martha.

Elle que je voyais chaque jour, elle n’a pas eu le courage de me parler.

J’ai trouvé sa lettre sur la table de la cuisine.

Elle disait :

« Je veux te dire Melchior, ce lent bonheur qui envahit mon cœur jour après jour, heure après heure.

Depuis que je l’ai rencontré à ta maison, j’ai pensé au beau garçon qu’il est.

 

 

 

 

                    //////////

 

 

 

 

Au Beau Site, je n’avais pas eu le bonheur de le voir. Il se fondait dans la masse des autres uniformes verts. Ou bien, avais-je la tête ailleurs, la tête toute au travail et à la peur de l’après…

 

Depuis deux jours il fait de courtes apparitions dans le service où je travaille l’après-midi.

Sous prétexte d’un pli à refaire au pantalon du colonel il vient en lingerie et me regarde en souriant m’appliquer à refaire un pli déjà parfait.

J’ai compris cela, Melchior, quand il m’a dit :

- Marie, je vous connais depuis longtemps.

 

J’ai été surprise. Lui, m’appelant Marie, j’en ai sursauté. Et puis tout s’est éclairci.

Il m’a dit qu’il est ton ami, que tu es si bon pour lui, comme un frère.

Je n’en doute pas.

Je te connais, toi, et ton indulgence pour tout ce qui n’est pas à priori agressif.

Et Dieu sait que Mathias ne l’est pas.

Il m’a parlé de toi avec tellement de douceur que si tu l’avais entendu tu aurais reçu ces paroles comme baume au cœur.

Toi qui te sens si souvent reclus dans cet exil du cœur, toi qui refuses toute porte qui s’ouvre.

Tu devrais comprendre qu’une infirmité ne te condamne pas à rien mais au contraire au meilleur.

Celle qui t’offrira son amour le fera en connaissance de cause

Pour moi, je suis ensorcelée par ce garçon qui avance pas à pas vers ma tendresse et vers ce que je devine devenir de l’amour.

 

Je sais que cet amour est interdit, que si je succombe, demain, la paix revenue, je  serai punie pour ma faiblesse. Mais lui, qu’en est-il de lui, Melchior ?

J’ai besoin de conseils. J’ai besoin de ta parole de juste, pour me dire si je dois accepter ce que je ressens ou lutter contre mes sentiments.

 

Il n’est pas vraiment allemand, tu sais.

Il s’appelle Von Wassy parce que Wassy c’est le nom d’un village de France.

Quand ses aïeux ont quitté le pays à cause des guerres de religion, ils sont arrivés en Allemagne en disant qu’ils étaient de Wassy. Tu vois, il me l’a dit.

 

C’est arrivé à beaucoup de Huguenots qui se réfugiaient en pays protestants. Ils ont perdu leur nom mais ils ont gardé celui du village martyr.

Melchior, notre amour ne serait-il pas un juste retour des choses.

 

Aujourd’hui, il m’a pris la main et l’a embrassée, j’ai pleuré de bonheur après son départ. Melchior, essaie de savoir s’il est sérieux et si tu le penses, pousse le vers moi, car je ne ferai pas le premier pas.

 

 

 

 

                         //////////

 

 

 

 

Tu imagines, Martha, l’effet de cette lettre, quand moi-même je me réjouissais de son possible amour.

Elle n’avait peut-être pas fait le premier pas, mais lui n’avait pas hésité longtemps.

A quelle faim succombait-il pour l’aimer ainsi avec tant de fougue qu’il en avait mise à m’aimer…

 

 

 

 

                      //////////

 

 

 

 

 

Je les épiais.

Ce n’était plus chez moi qu’il venait mais chez Marie et tu te doutes, Martha, que je ne pouvais m’empêcher, lorsqu’il m’arrivait d’aller chez elle de respirer fort, très fort :

- C’est du café Melchior, du vrai café.

- C’est Mathias.

- Nous buvons le café ensemble quand il arrive à s’évader, le soir après le couvre-feu.

Elle souriait Marie. Elle était aveuglée par son bonheur.

Je les ai épiés jour après jour. Je les ai regardés, tapi dans la nuit, sous la fenêtre de Marie.

Comme j’ai souffert, ma fille, de ces soirées où ils s’aimaient.

Comme j’ai regretté ce jour où croyant bien faire j’avais invité Marie à se joindre à nous pour un moment.

 

 

 

 

                          //////////

 

 

 

 

 

J’avais tout deviné bien avant qu’il me parle.

Avant, que lui me parle, juste après notre dernière étreinte.

Martha, comme j’ai haï, Marie, ce jour-là, comme j’aurais souhaité sa mort.

Je n’avais connu d’amour que celui-ci, je n’avais d’espoir qu’en lui et d’un coup il m’échappait, il se glissait hors de moi comme se glisse une vipère hors du sentier où tu passes.

J’ai pleuré.

J’ai pleuré de le perdre.

J’ai surtout souffert de sa désinvolture où je crus lire le seul besoin de se libérer de la solitude.

Le seul besoin, non pas la passion, non pas l’amour, le besoin de s’échapper par le corps de cette prison de l’esprit qu’était devenue pour lui cette vie de soldat proche de la déroute.

Et puis vint le jour où le départ fut programmé. Mathias débarqua en hâte et en catimini à la maison, il ne voulait pas voir Marie.

Non, il venait me voir moi.

Ce n’était pas vraiment pour moi mais par manque de franchise.

Il tenait sous sa capot » un petit colis plié dans du carton ficelé.

- Melchior, voilà ce qui se passe, nous partons demain.

Ce paquet, c’est pour Marie.

Plus tard, si par malheur je ne reviens pas.

Tu te doutes de ce que c’est, cette guerre, l’issue est déjà inévitable et notre retour en Allemagne devient de plus en plus aléatoire.

Ce présent c’est pour elle.

Pour lui assurer un certain bien-être.

Enfin, je ne sais pas m’expliquer, mais toi tu comprendras.

Il faudra le cacher jusqu’à la fin de la guerre et plus tard personne ne le réclamera.

C’est le major Wohlgruss qui l’avait dans son paquetage. Il venait du front russe.

C’est loin tout ça, et lui est mort il y a trois jours.

Tu te souviens, l’individu de la chambre 127, celui qui voulait te tuer, quand tu as refusé…

Je me souvenais bien sûr, de cet affreux prussien unijambiste qui m’avait promis la mort si  un jour il pouvait à nouveau marcher.

C’était un petit colis.

Je le mis de côté sans trop d’illusion à son sujet.

Et moi qu’avais-je eu pour adieu ? Car il s’agissait bien d’un adieu, je l’avais compris à son regard, au ton de sa voix.

Je l’avais compris aussitôt : si par malheur je ne reviens pas ! Foutaise, mensonge.

J’avais envie de lui dire pourquoi mens-tu, dis moi la vérité au moins à moi si tu n’as pas le courage de le dire à Marie.

Mais je n’ai rien dit.

J’ai joué l’ami crédule en espérant peut-être encore une étreinte, un véritable adieu, une ultime tendresse, un regard franc.

Il m’a quitté sur une vague accolade, en glissant dans ma poche une épaisse enveloppe et je l’ai maudit pour avoir esquissé une dernière caresse à travers la toile de mon bleu alors même qu’il mettait sa trahison au-dessus de ce que nous avions ressenti.

Il ne s’est pas retourné une seule fois sur la maison qu’il quittait.

Cette maison où il avait trouvé un asile pour combler sa solitude, épancher ses faiblesses, ses peurs.

Pas un regard pour moi.

Et c’est là que j’ai brutalement eu ce désir que le destin fasse, qu’il ne revienne jamais.

Ni pour moi, ni pour Marie.

Car vis-tu Martha, il faut aujourd’hui que je te dise tout ce que tu ne peux connaître par toi-même, et de toi-même.

Tu es belle, belle comme lui, belle comme Marie.

Mais moi, pour moi, ce que j’ai connu là, en dépit de cette infirmité qui m’avait mis au banc de tous les autres, c’était plus que tu ne pourrais imaginer.

J’ai cru en son amour, j’ai connu la tendresse de sa bouche d’homme quand elle s’emparait tout entière de ma bouche d’homme.

La douceur de sa tête blottie entre épaule et nuque.

Et lui, en partant ainsi, comme un voleur, avait-il oublié cet ardent soupir qu’un tel abandon lui dérobait inconsciemment lorsqu’il sombrait sans retenue dans cette paix après l’amour ?

L’a-t-il partagé avec autant de passion asservie lorsqu’il se laissait aller à l’oubli de moi dans les bras de Marie ?

Martha, tu es l’ange né de ce mensonge.

Je le sais : au fond de lui-même, un combat incessant lui taraudait l’âme, il faut ainsi travestir la vérité pour lui donner belle nature sans aller jusqu’au mensonge.

Sans oser mentir à l’autre quand on se ment à soi-même.

Je veux te dire et te redire encore ce que fut cet amour pour que le moment venu de la confrontation, ces mots te reviennent en mémoire.

Que ces images se superposent à celles qui te révolteront pour réduire ta colère, pour maîtriser ton dégoût et contenir ton emportement.

Pour que tu puisses lentement, lentement accéder à la paix, car vois-tu, Martha, il ne sert plus à rien de regretter.

Ce qui fut ne peut être changé, nous le savons, mais ce qui pourrait changer le passé c’est en l’acceptant, trouver une voie dans l’apaisement.

 

Ainsi donc il est parti.

 

Et je peux te l’affirmer aujourd’hui sans plus de regrets pour Marie que pour moi.

Il avait pris ce que nous avions donné librement.

Il savait nos cœurs avides d’amour et le sien impatient d’être comblé.

Mais comblé comme on vient à bout d’une faim, d’une attente trop longue, d’une impatience de pubère.

 

Et nous, malheureux sédentaires, d’une patrie honteuse, nous avions libéré tout cet amour latent sans retenue peut-être, mais en secret.

Il ne nous restait aussi la vengeance, car après tout il était lui aussi e nos ennemis.

Ce qu’il avait pris, ne nous l’avait-il pas dérobé à force de mensonge, de sourires, de gestes tendres ? Nous étions les vaincus de cette histoire, nous avions été piégés par Mathias.

 

 

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8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 07:00

https://www.francetvinfo.fr/pictures/oVoAjXE6GntLkarQg3Tpz51MYhI/fit-in/720x/2022/09/26/phpWMY9aU.jpg

Cet album, Arno savait qu’il serait le dernier. Le plus libre des rockeurs belges, ou le plus européen des rockeurs libres, est parti au printemps dernier d’un de ces cancers sans scrupule qui a déjà emporté Alain Bashung. Tom Waits, auquel on pouvait aimer le comparer pour son blues et sa voix de cailloux, est encore vivant, mais il ne sort plus d’album.

 

Tristesse.

 

Il reste ce disque, posthume, mais qu’Arno semble avoir eu le temps d’achever comme il le souhaitait. Chanté en anglais et en français, comme il l’a toujours fait, avec une dinguerie typiquement belge, une voix de flamand qui semblait toujours avoir trop bu et une mélancolie universelle, Opex n’est pas triste. «J’irais me marier avec le vent, je prends le soleil comme mon amant, avec les nuages je danse le french cancan», chante dès l’ouverture Arnold Charles Ernest Hintjens, avec la joie d’un enfant de soixante-douze ans pour qui «hier c’était le passé, aujourd’hui la vérité».

 

 

Émue, la presse belge salue “Opex”, l’album posthume d’Arno

 

« Ceux qui regardent la mort en face rassemblent leurs proches autour de leur lit. Arno, lui, a préféré les rassembler un peu plus tôt, dans un studio. »

 

C’est avec émotion que les journaux belges, à l’instar de De Morgen, ont découvert Opex, l’ultime album du chanteur ostendais, mort en avril dernier, « son dernier fait d’armes ». Un testament paru ce 30 septembre, où l’on peut donc entendre le saxophone du frère d’Arno Hintjens, Peter, et les beats de son plus jeune fils, Felix. Est aussi convoqué le souvenir de son grand-père Charles, qui a inspiré l’un des titres.

 

Dès la première chanson, La Vérité, le journal flamand est pris aux tripes : « Sa voix est nettement affaiblie, plus rauque que jamais. La musique lui donnait certes le courage d’affronter son cancer en phase terminale, mais en l’entendant livrer presque littéralement son dernier souffle dans ce morceau, on a le cœur qui saigne. »

 

Il y a aussi Take Me Back, où il supplie une femme de lui revenir, One Night With You, une reprise d’Elvis Presley, qui a marqué son enfance, liste De Standaard. Et Boulettes, où il dégaine ce « vocabulaire scabreux qui était son folklore, avec lequel il aimait tant provoquer »

 

 

« On retrouve tout Arno sur ce disque chanté en français comme en anglais, ajoute Le Soir. Son humour potache (Boulettes), sa rage électrique, son blues, sa tendresse, sa poésie. » Et, évoquant la force des derniers albums que nous ont respectivement laissés David Bowie et Alain Bashung, le journal francophone poursuit :

 

« Arno a vraiment réussi ici son ‘Blackstar’, son ‘Bleu pétrole’. Un disque dont il peut être fier là où il est… »

 

Noblesse oblige

 

De Standaard évoque longuement les derniers mois d’Arno quand, se sachant condamné par un cancer du pancréas, il a lutté pour boucler encore un album et deux concerts, à Ostende et à l’Ancienne Belgique, à Bruxelles. « Tomber et se relever, il avançait désormais à ce rythme. »

 

À l’occasion de la sortie d’Opex, le journal flamand de référence raconte aussi comment s’est tenue la dernière interview que leur a accordée le chanteur, son ultime rencontre avec la presse. « Il vit alors ses dernières semaines, et il le sait. On devait se voir deux jours plus tôt au studio, mais il n’en a pas eu la force, raconte le journaliste. Alors il m’a proposé de le rejoindre à son appartement, rue Dansaert [dans le centre de Bruxelles]. Il salue avec difficulté, son corps amaigri ne trouve aucune posture qui ne soit douloureuse. Mais il demande quand même, noblesse oblige*, si je veux boire quelque chose. »

 

« À vrai dire, il n’est plus capable de donner une interview. Il parle lentement désormais. Nous n’aurons pas droit aux tirades enflammées sur Ensor, le rock’n’roll » et la politique auxquelles il se livrait si volontiers”, enchaîne De Standaard.

 

« Il travaille sur un album, le dernier avant de redevenir poussière, alors il aimerait en dire quelque chose. Qu’il est content, par exemple. »

 

* En français dans le texte.

Mais Arno, honnête jusqu’au bout, ne pose pas en stoïcien face à la fin : « Je paie mes conneries du passé », lâche-t-il dans le sobre mais intranquille Court-Circuit dans mon esprit, juste accompagné par le piano de Sofiane Pamart. La même chanson dit aussi : « La vie est trop courte pour être petit. »

 

 

Après ce dernier album, il y aura des disques posthumes d’Arno. « Il ne voulait pas faire comme Johnny ou d’autres (et laisser la famille se déchirer pour les droits). Il m’a demandé de gérer son image et ses œuvres pour le compte de ses héritiers, précise Cyril Prieur. L’an prochain, des concerts hommages sont prévus à l’Ancienne Belgique à Bruxelles, à Ostende et peut-être à Paris. Je travaille avec son équipe sur un projet d’album qui sortirait à ce moment. Arno a beaucoup enregistré, fait beaucoup de reprises. Il y a de la belle matière. »

 

 

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8 octobre 2022 6 08 /10 /octobre /2022 06:00

Maison, dite villa Colibri, puis La Revardière - Inventaire Général du  Patrimoine Culturel

La villa Colibri !

Un paradis tout simplement, au bord du lac. Une de ces grosses maisons avec terrasse à balustres, port privé, petite plage de galets et dépendances…

Un vaste parc, une immense pelouse…

J’ai pensé qu’il s’agissait sûrement de réparer une tondeuse, un tracteur ou quelqu’autre utilitaire de jardinage.

 

- Melchior, je vais te montrer la bête, suis-moi.

Nous sommes partis à pied vers les dépendances.

Il y avait un vaste hangar où ils avaient garé leurs voitures et là, sur ses cales, un majestueux Riva tout rutilant de ses vernis intacts, qu’ils venaient de débâcher.

Ils ? En fait ils étaient cinq qui s’excitaient autour, le faisaient reluire de mille éclats avec des chiffons.

- Tu vois Melchior, c’est pas pour rien qu’on te déplace.

Tu vois la merveille, tu l’imagines sur le lac, direction Hautecombe !

Ce bateau-là ce n’est rien d’ordinaire, Melchior.

Le colonel le veut sans faute en état de marche pour demain.

Alors, à toi d’officier.

- Et si je ne peux pas ?

- Tu peux. Je le sais Melchior, si ce n’est pas pour eux que tu le fais, fais-le pour moi.

 

Ils m’ont alors déplié un escabeau, tendu mes outils, apporté du carburant.

Ils étaient cinq à tourner autour, à m’observer, à m’épier.

Ils se figeaient brusquement à chacune de mes tentatives pour amorcer le moteur.

Mathias était parti vers la maison.

À midi il est venu m’apporter du pain et du fromage, il m’a tendu ce menu casse-croûte en haussant les épaules comme s’il n’y avait plus eu que cela.

Il avait le regard implorant. J’ai fait la moue, enfin j’ai souri.

Alors ses yeux ont chaviré vers le bonheur.

- Quand ? a-t-il demandé.

- Mathias, pour réveiller une telle princesse d’un aussi long sommeil, il faut plus qu’un baiser de Prince.

Alors il a enserré mes mains dans les siennes, a esquissé un baiser et m’a murmuré à l’oreille :

- Un baiser de ton huguenot sera-t-il assez pour éveiller la princesse ?

 

Vois-tu Martha, je ne sais s’il était sincère ou menteur. Je crois qu’il était les deux à la fois.

Il y avait tant de bonheur dans son regard…

Mais je ne pouvais m’empêcher de songer qu’il y avait autant de bonheur à son égard, que pour le fait qu’il allait donner satisfaction à ses chefs en usant envers moi de sa séduction corrosive.

 

Nous avons mis le bateau à l’eau dans l’après-midi.

J’ai fini de nettoyer l’intérieur et de briquer les chromes.

Les officiers tenaient leurs séances dans le salon du nord. Les chauffeurs et l’intendance avaient obtenu un répit.

Ils avaient quitté l’uniforme pour ne plus garder qu’un caleçon sans grâce et arpentaient la migre plage de galets.

A mon tour je les observais. Rien, pas un mot. Le silence de ces hommes dans cet univers débordant de bruissements, de cris d’oiseaux, sous un soleil cuisant, trahissait leur inquiétude. Les oiseaux, la brise dans les roseaux, quel orage dissimulait donc cet état de paix apparente ?

Quel tumulte endiguaient-ils dans leur tréfonds, là où orgueil, désir, dépit, envie tentaient de s’exprimer.

Quelle peur maintenait dans leur silence cette trombe qui me semblait à même de jaillir à tout instant.

Je crois qu’il y avait chez eux, et par-dessus tout, cet orgueil d’être les détenteurs d’une race.

Ils possédaient la force et la beauté, ils en étaient persuadés.

Ils déambulaient sur cette maigre plage en se lançant des regards qu’ils voulaient indifférents, mais ils se mesuraient les uns les autres.

Je crois qu’à certains moments, ils se défiaient sans mot dire, par le seul silence.

J’imagine alors qu’une femme jetée en pâture à ces hommes, aurait déclenché une lutte sans merci.

Ces demi-dieux n’étaient que des hommes.

Comme moi ?

Non, la comparaison me semblait impossible.

Cette gueule d’ange qu’est la mienne, s’est dissipée en même temps que ma possibilité de marcher droit.

Un boiteux peut-il jamais être beau ?

 

 

Le Riva a démarré. Tu l’entends ?

Dans ton imagination peux-tu essayer de trouver à la rubrique « pétarade de luxe », le ronflement d’un Riva ?

D’abord, il y a la mise en route.

Et  puis après, le noble ronflement à l’arrêt.

Alors, ils ont tous sursauté.

Tiré brutalement de leur monde illusoire, ils sont réapparus un peu comme des enfants.

Oui, je les ai vus arriver comme des enfants.

Ils ont applaudi.

Oui, Martha, ils ont applaudi, ils avaient oublié qui j’étais, ils ont lancé des « hourras » !

Comme à la fête.

Et là-haut sur la terrasse, accoudé aux balustres blanches, j’ai vu soudain cette rangée de taches vertes surmontés de visages rubiconds qui cherchaient des yeux le Riva invisible pour eux, caché par la digue du port.

Et je te jure, je l’ai vu lui, le colonel Keisel, se joindre aux applaudissements des mômes.

J’avoue que j’ai éprouvé une certaine fierté à l’avoir fait. Je veux dire la remise en route du Riva.

« Le Lyonnais » le jardinier des lieux est arrivé avec une bouteille de champagne, un Dom Pérignon 1937.

On a cru que c’était pour le boire. Non, ordre du Général, il fallait le briser contre la coque pour le baptiser « Sieg » (victoire).

Ordre du général ! Imagines-tu l’outrance de leur caprice ?

Casser une bouteille contre la coque d’un Riva.

Quel crime n’étaient-ils pas prêts à commettre ?

C’est ce que j’ai pensé vois-tu, même à cette époque, même là.

Je l’ai pensé alors qu’autour de nous, des hommes mourraient assassinés de pire manière.

Je l’ai pesé et je crois que même aujourd’hui, je n’ai pas honte de l’avoir pensé.

 

J’ai cassé la bouteille contre la digue, les mêmes ont renouvelé leurs « hourras », les officiers étaient déjà rentrés, ils se foutaient éperdument de tout ça.

 

J’avais épargné cet oiseau intact qui ronflait doucement, vibrant comme une caresse sous mes pieds nus.

Le soir nous sommes restés à  Colibri.

Les officiers avaient un repas de gala.

Nous, nous étions sur la plage.

Le « lyonnais »  nous avait rejoints, il avait apporté deux Pétrus 1931, trois Haut-Brion 1931 et Trois Yquem 1929.

J’étais abasourdi par la richesse de la cave. Jamais nous n’aurions imaginé que la cave de Colibri pouvait contenir autant de merveilles.

 

J’abordais le Lyonnais avec un large sourire.

- D’où sors-tu toutes ces merveilles ? Les officiers sont-ils au courant ?

- T’inquiètes pas Melchior, il reste 354 de ces merveilles dans la cave et eux là-haut, ils en ont déjà éclusées plus de cent en une semaine.

- Ils en ont préparé quelques cartons pour emmener, sans quoi is boiront tout avant de partir.

- Mais d’où sors-tu ce trésor ?

- C’est ce qui m’a sauvé la vie, Melchior. Connaître le secret de la cave du Colibri.

Tu vois, vieux, j’étais jardinier ici avant que ça pète. Et un jour j’ai  surpris le patron pensif devant sa cave.

Il m’a dit : « Jules ça tourne mal, ou on les cache ou on les perd. »

 

Alors on les a murées dans le réduit, sous la terrasse, sous la descente de l’escalier.

On a fait ça à deux et il m’a dit. Jules, tu seras le seul à le savoir avec moi. J’ai confiance en toi parce que tu ne bois que de l’eau.

Mais il plaisantait, il avait vraiment confiance en moi.

Ce Lyonnais, c’était un type bien. Depuis quatre ans j’étais jardinier à sa villa de Collonges. Colibri c’était la résidence d’été.

Il faisait un peu de la Résistance, mais je crois surtout qu’il était juif.

Un jour la milice a débarqué à Collonges.

Il n’y avait plus que nous deux dans la maison, le reste de la famille était déjà loin.

Nous deux.

Tu nous vois.

Les salauds nous ont emmenés à Montluc.

Il y a dix mois de ça.

J’en ai vu partir des camions, Melchior, ils les chargeaient sans ménagement. Certains étaient déjà… Enfin.

Je n’ai plus revu mon patron.

Et moi, un jour j’ai cru mon tour arrivé quand il sont venus me chercher.

Mon nom c’est Dupont. C’est con, Dupont. Mais avec un nom comme ça, on ne peut pas être juif, même pas un qui se cacherait sous un faux nom.

Dupont c’est trop vrai pour un type qui n’est pas vraiment Dupont.  

Ils sont venus me chercher pour faire le jardin chez un chleu… à Collonges, tu imagines !

Il avait emménagé dans la villa.

Quelqu’un leur avait dit où j’étais, bref, ils cherchaient un homme d’entretien, ils sont venus me chercher.

Le boche en question, c’est le grand qui fait la fête là-haut. Il voulait me renvoyer à Montluc quand ils ont quitté Lyon.

Mais voilà, ce gros soudard avait un point faible : les vins du Bordelais !

J’ai monnayé mon départ avec lui contre une fabuleuse collection.

Tu imagines la transaction, Melchior, ma vie à moi contre quatre ou cinq cents bouteilles de picrate.

On pèse pas lourd vieux, on pèse pas lourd, mais quoi, faut reconnaître que c’était un bon coup ! Ma vie, ne vaut que quatre ou cinq cents bouteilles de picrate, Melchior, c’est à pleurer. À pleurer !

 

Et Juju le « Lyonnais » ivre de son propre sang, riait en répétant : « à pleurer, à pleurer » !

Il arpentait la plage, une bouteille de Haut-Brion à la main et dans mon esprit déjà flou je voyais l’homme supportant le flacon de sang d’une perfusion vitale.

C’était la fête ! Vraiment la fête, il y avait un feu de bois, nous étions en rond tous autour, comme des gosses en colonie de vacances.

Nous avons bu.

Les bouteilles circulaient de main en main.

Ils ont chanté.

 

Pourquoi faut-il ici comme ailleurs, que toutes ces chansons issues du folklore soient ainsi emplies d’une nostalgie indéfinissable qui vous étreint le cœur et vous met les larmes au bord des paupières ?

Toutes ont un commun accord qui, même étant d’ailleurs, les fait résonner en nous comme de vieilles connaissances.

 

Peu à peu, la nuit s’étirant, c’est une espèce de tristesse, aux réminiscences de non-dits et de non-faits, de manqués et de ratés, qui vous gonfle la poitrine.

Les mains se cherchent. Les doigts se mêlent.

On ose dire qu’on s’aime.

On est trois, quatre, six… peu importe on se le dit. On le pense. Vraiment ?

Peu importe si cela ne dure qu’un court instant.

Peu importe si c’est aidé par l’ivresse qu’on sombre brusquement dans cette sorte d’euphorie.

Le cœur s’est ouvert à la confidence avec d’autres  qui demain seront étrangers à nouveau.

Mais ce qui est dit est dit et le restera.

- On s’aime bien, nous tous, n’est-ce pas Melchior.

On s’aime peut-être pas tout court mais on s’aime bien.

Et les mains frôlent les nuques et les bras enserrent les bras et les yeux se fondent dans les yeux.

Et ne serait-ce que pour un soir, l’essentiel n’était-il pas que cela fût.

Oui je l’ai vécu cet instant et bien vécu.

Et Mathias à côté de moi le vivait comme moi.

On s’aime bien.

Voilà le mot qui rassure quand le cœur commence à douter des faits.

Quand l’ébriété s’estompe.

 

Quand avec la fraîcheur du jour qui point, on frisonne, et de froid et de cette angoisse qu’on avait cru chasser mais qui n’était que dissimulée sous les voluptueuses goulées de Pétrus et Haut-Brion.

 

Cependant je ‘ai bien éprouvé ce sentiment, du fond du cœur, de toute mon âme.

Et même au matin, cet emballement ne m’a pas semblé n’êter qu’un mirage.

Il est le fol prélude à l’amitié me disais-je.

Le premier pas vers ce qui aurait pu s’appeler l’amour si ce mot-là n’était sujet à toutes les ambiguïtés.

Nous allons nous quitter, nous le savons bien, nous qui entonnons avec lenteur « ce n’est qu’un au-revoir. »

Faut-il donc que tout départ se conclu de la manière la plus banale ou bien est-ce cela, la seule façon de se quitter chez les gens simples.

 

Les Français moyens ? Les Allemands moyens ?

Aussi loi qu’il m’est possible de remonter, je me souviens que ce chant est toujours venu clore une page de ma vie.

 

 

Le lendemain, retour à la villa Colibri.

Les officiers excursionnaient sur le Riva.

Je l’ai démarré sans problème. Mathias pilotait.

Je les ai regardés partir, sur un lac à peine ridé, sous une légère brise, avec un soleil estival. Mathias n’eut pas un regard pour moi, en contournant la digue, il était droit.

Il était raide, figé, à l’instar des officiers, qui semblaient à la parade.

Était-ce par orgueil ou par désespoir ?

Il vivait cette fin de guerre comme la veille d’une victoire alors même que tout annonçait une défaite.

Ou bien se disait-il alors, « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras », et prenait-il dans chaque chose ce que de plus enivrant il pouvait y trouver.

C’est en pensant à Jules le jardinier que me vient cette idée.

 

Il est mort le 28 août 1944, alors qu’il sortait de Colibri, exécuté par une bande de voyous qui venaient de sévir en ville.

Il avait bien fait, celui-là, de partager avec nous ces crus fameux.

 

 

 

 

 

 

 

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7 octobre 2022 5 07 /10 /octobre /2022 07:00

Le propriétaire Emmanuel Reynaud, au milieu des 110 ha de vignes du Château Rayas, à Chateauneuf-du-Pape.

Le propriétaire Emmanuel Reynaud, au milieu des 110 ha de vignes du Château Rayas, à Chateauneuf-du-Pape. 

Passage plaisant plus tard à château Rayas où Emmanuel Raynaud nous reçoit longuement pour nous expliquer son approche des blancs, même si Rayas, comme le château des  Tours à Vacqueyras sont plus célèbres pour leurs rouges mythiques que pour leurs blancs. Nous n’avons pas goûté collectivement Rayas blanc, mais seulement à trois lors d’une dégustation dans un cadre privé, et nous ne pourrons pas le commenter comme les vins du château et du domaine des Tours qui étaient eux, inclus dans notre dégustation collégiale. Nous pouvons toutefois rappeler que, lors de notre article sur les blancs de Châteauneuf-du-Pape (n°108), les Rayas 2005 et 2001 avaient obtenu les deux meilleures notes… Le 2010, goûté donc en mars dernier, nous a semblé un léger cran en-dessous, mais il est probable qu’il aurait fait partie des trois ou quatre meilleurs vins de notre dégustation de février 2022.

 

 

Pour Emmanuel Raynaud, « cette lourdeur saturante et ce manque de fraîcheur des blancs du Rhône sud sont une image un peu facile qui s’est diffusée au fil des ans sans que personne ne s’attelle sérieusement à démontrer que de nombreuses cuvées n’avaient rien à voir avec cette réputation. » Le vigneron ajoute : « Ici on récolte facilement des fruits bien mûrs. Il faut que ce fruit, qu’on croque sur la vigne, se retrouve dans le verre, avec de la fraîcheur, de la finesse et de la longueur, sans que ça fasse mal à la tête, donc en évitant la part inutile du sulfitage. Pour moi, la plus belle association est celle du grenache blanc et de la clairette, comme à Rayas où ces deux cépages sont, bon an mal an, à égalité dans notre cuvée. Au château des Tours le choix a été différent puisque la cuvée domaine des Tours est une pure clairette et Les Tours (ex-château les Tours) est un pur grenache blanc. À mon avis, le grenache blanc, de plus en plus décrié avec le réchauffement, est un cépage qui reste très intéressant, comme une longue ligne droite de matière dont on ne voit jamais la fin. »

 

D’ailleurs, Emmanuel Raynaud ne semble pas trop se plaindre des évolutions climatiques : « Je ne suis pas certain que l’équilibre des vins change fondamentalement avec le climat actuel. Pour moi c’est plus la quantité de lumière qui est plus fondamentale que la chaleur, et ce soleil plus vif très tôt dans la saison accélère la photosynthèse. Depuis une dizaine d’années, je constate qu’on a à la fois plus de feuilles sur la plante et davantage de sucre dans les fruits qui produisent des jus plus épicés, tant en blanc qu’en rouge. Reste enfin la question de l’élevage et surtout de sa durée, que je souhaite longue, mais dans de très vieux bois : nos barriques ont entre soixante et quatre-vingt ans… » Emmanuel Raynaud reste persuadé que dans ses vins, blancs comme rouges, il faut partager avec leurs dégustateurs ce que la nature a offert au vigneron, donc sans contrarier ce qu’elle a envie de donner telle ou telle année.

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7 octobre 2022 5 07 /10 /octobre /2022 06:00

L'Amour vainqueur.Berlin, Gemäldegalerie.

-Qu’est-ce que c’est tous ces tableaux ?

-Des reproductions.

-Qui fait ça ?

-Moi

-Tu ne m’avais pas dit que tu peignais. Pourquoi ?

-Tu ne l’as pas demandé.

-Et celui-là ? celui qui n’est pas fini là-bas sur le chevalet, c’est quoi ?

-« Amor Vinci omnia », c’est un Caravage.

-Tu ne devrais pas copier. Il y a assez de gens et de choses autour de toi pour les peindre. Pourquoi copier des tableaux qui ont peut-être quatre cents ans et plus, c’est sans intérêt.

Je l’ai regardé, tout méprisant qu’il était.

J’ai hésité quelques secondes et :

-Déshabille-toi, assieds-toi, sur le banc et je te peins à la place de l’ange.

- Nu ?

- Oui, comme l’ange de Caravage, nu.

- Melchior, tu plaisantes ? Allez, soit sérieux !

- Je n’ai jamais été aussi sérieux, Mathias. Mais si ça te dérange, n’en parlons plus.

Je vais copier Caravage.

Alors il s’est déshabillé. En caleçon il s’est assis sur le banc et notre première séance a commencé.

Trois jours après, il est revenu. Il est passé directement à l’atelier, s’est dévêtu, assis sur le banc.

- Alors l’artiste tu viens ?

Je suis arrivé, méfiant.

Il posait.

Nu.

Il avait simplement dissimulé son sexe entre ses cuisses, genoux croisés.

- Mathias, ce n’est pas un  castrat que je peins, c’est l’amour.

Tu comprends ? Sors ce sexe de son étau !

- Viens le sortir si tu oses.

- Ne te fais pas prier. C’est toi qui a décidé d’être l’amour, sois-le jusqu’au bout !

- Viens, viens y donc.

(Vois-tu Martha, le piège c’était ça. Je suis allé vers lui.)

- Arrange ça comme tu veux Melchior.

Il avait desserré l’étreinte de ses jambes.

J’en repliai une, la gauche, sur le côté, le genou reposant sur le bord du banc, la droite pendante.

Et je donnai une pichenette des doigts à son sexe pour qu’il retombe mollement.

Je retournai au chevalet.

 

 

Comme j’ôtais le drap de la toile ébauchée, je le sentis derrière moi

Il me saisit par les épaules pris d’un étrange fou-rire.
J’ai compris tout de suite qu’il me narguait.

Mais sans méchanceté, comme un ado qui vient de faire une farce et qui se réjouit de son tour.

 

 

Il se mit alors à danser dans l’atelier, le sexe en érection, chantant « amor vinci omnia » sur l’air de « Deutschland über alles. »

 

 

J’ai remis le drap sur la toile et je suis parti en claquant la porte.

Mais vois-tu, le mal était là, brutalement, profondément incrusté dans le fruit, je ne pouvais détacher mon esprit de cette image d’un corps magnifique de jeunesse et de beauté gesticulant autour de l’atelier.

 

 

 

 

 

                                        //////////

 

 

 

 

Dans les jours qui suivirent, j’ai terminé de le peindre sans qu’il vienne poser.

Je l’ai peint, alors que déjà, un désir que je ne me connaissais pas me poussait à le voir.

 

Et plus je lui donnais corps et visage sur la toile, plus je sentais croître en moi ce désir de posséder ce corps et d’être dans le même temps reconnu comme un égal par cet être trop beau.

 

Je n’avais que deux années de plus que lui, mais la vie m’avait jamais permis de me voir avec avec autant d’assurance qu’il en affectait.

 

 

 

                        //////////

 

 

 

 

Cette jambe folle, ce membre presque inutile que je traînais, avait éclipsé tout le reste, repoussé en moi toute relativité quant à ce que j’étais vraiment.

Lorsque j’eus terminé le tableau, nu devant la toile, j’essayais de comprendre pourquoi, je m’étais ainsi refermé sur moi-même.
Pourquoi j’avais projeté tout mon être sur mon infirmité, plutôt que de tenter de l’oublier. Mais je réalisais aussitôt que toutes mes tentatives avaient été vaines, repoussées par les réflexions des autres.

Pire peut-être.

Tout avait d’ailleurs commencé ce jour-là, celui où ma mère m’avait dit :

- Mon pauvre garçon, il ne faudra pas compter sur ton physique pour séduire.

C’était dit !

Avait-elle perçu en les prononçant, le poids terrible de se mots ?

Se doutait-elle de l’énormité de sa réflexion ?

Cependant, je ne pouvais, en moi-même, lui en vouloir.

Ce n’était en fait que la brutale confirmation de ce que je craignais.

J’étais déçu, mais elle, probablement autant que moi. Souvent les enfants se posent de bien étranges questions que les parents ne soupçonnent même pas.

 

Avais-je été dès le départ sa déception ?

Avais-je été l’inattendu ? Ou bien tout simplement le moment de ma venue avait-il été le fruit d’un mauvais choix…

Il en est des naissances comme de la mort, rarement l’événement se produit au jour et à l’heure souhaités

Et quand bien même il aurait été choisi, qui peut garantir que ce choix n’était pas le seul fait d’une impulsion mal maîtrisée.

 

J’avais tiré la psyché de ma mère contre le chevalet et je me contemplais dans ce haut miroir.

Étais-je vraiment aussi beau que lui, abstraction faite de ma jambe ?

J’étais tellement préoccupé que je n’avais pas entendu la porte s’ouvrir.

- Mais, c’est qu’il est beau comme un ange, celui-là ! Personne ne se doute que son bleu de travail dissimule un trésor.

J’ai sursauté.

Il était debout derrière moi.

Il souriait.

Surpris et dépité, j’écartais les bras, muet et honteux.

Alors, il est venu à moi, il s’est serré contre ma poitrine, son menton sur mon épaule.

J’ai refermé mes bras sur lui…

 

Après, bien après, il est allé jusqu’à son uniforme qui gisait sur le sol.

Il  a sorti d’une poche un cornet de papier et il est parti vers la cuisine.

Martha, c’était la première fois.

C’était aussi la première fois depuis tant de temps que montait sous les poutres une vraie odeur de café.

 

À cette époque, nous ne connaissions plus que l’odeur de l’orge torréfiée, infusée.

Il revint, avec deux tasses et la cafetière de tôle émaillée bleue. Nous avons siroté notre café pendant une heure et ce fut le début d’un rite.

Un jour il me dit :

- Cette cafetière il faut que je l’emporte en te quittant, Melchior, parce qu’elle et toi et moi à la fois, elle est nous deux et tant d’amour échangé, tant de mots…

 

Il l’a laissée, Martha, car quand il est parti, elle n’était déjà rien pour lui.

 

 

 

 

                             //////////

 

 

 

 

 

Ce jour-là, Mathias est arrivé au lever du soleil.

- Secoue-toi, l’infirme, aujourd’hui on descend au lac.

Prépare ta caisse à outils Melchior, on va à Colibri, il s’y tient un conseil des gradés. Pour toi il y a du travail sur un moteur.

- Un moteur ?

- Je ne t’en dis pas plus, tu verras sur place.

Le colonel n’a pas précisé.

- Comme d’habitude n’est-ce pas, rien de précis.

Toujours tout vague. Et puis une fois à pied d’œuvre, débrouille-toi, mais fais le boulot. Avec une armée comme ça, vous ne pouvez pas gagner la guerre.

- Melchior, silence ! Plus jamais de mots pareils. Tu comprends ? C’est le poteau direct si on t’entend.

- Tu m’a bien entendu Mathias, non ? Alors fais ton devoir.

- Non, non et non je n’ai rien entendu. Alors cesse, toi aussi, de m’appeler l’infirme.

- Pardonne-moi, c’était gentil.

 

Il avait ses yeux fatigués. Le visage palot, les traits tirés.

Tout n’allait pas si bien. Le printemps se terminait mal, hier « ils » avaient bombardé Chambéry.

Une bombe s’était même égarée jusqu’au port.

Ce qui devait justifier tout ce remue-ménage. J’avais cru deviner de la peur dans leurs yeux, mais aussi de l’impatience, celle des plus jeunes, impatients d’en finir.

Cette nervosité qui précède la fuite véritable, qui est déjà fuite de l’esprit.

Ils sont, dans la tête, sur les chemins du retour.

Tant pis pour la défaite.

Elle ne faisait plus guère de doute.

Mais pourvu que l’heure arrive d’un départ sans tambour ni trompette.

Ce chemin du retour, ils y pensaient tous déjà.

Mathias n’en disait rien mais il était ailleurs.

Nous sommes descendus au port.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 octobre 2022 4 06 /10 /octobre /2022 07:00

 

J’ai effectué une mission de conciliation à Châteauneuf-du-Pape « C’était Dallas, il y avait une fausse bataille entre les anciens et les modernes » Jérôme Quiot et Jean-Pierre Boisson, ICI  bien évidemment, j’ai rencontré à peu près tout le monde, c’est un village, sauf Jacques Raynaud, dit des Caves du Château Rayas

 

Ophélie Neiman

 

Au bout d’une route que personne n’a songé à ­goudronner à la sortie de Châteauneuf-du-Pape, alors qu’on se croit perdue, apparaît à travers le branchage sec une petite pancarte rouillée : Caves du Château Rayas. A perte de vue, tout est hors d’âge. La voiture fatiguée, la bâtisse qui n’a rien d’un château, les rares vignes, la forêt, le silence. Les chants des oiseaux se disputent au frottis des branches dans le vent. Et c’est tout.

 

Il est de ces endroits qui vous médusent. « Il y a un grand mystère qui s’en dégage, approuve Emmanuel Reynaud, le propriétaire des lieux. C’est pour la magie de cette lumière, au milieu des bois, que mon arrière-grand-père a acheté le ­domaine en 1880. » C’est la seule phrase qui aurait pu être soufflée pars une agence de communication que prononcera le vigneron. La communication, il n’y connaît rien, s’en moque, n’en a ­jamais eu – pas la peine, les clients viennent à lui. Rayas est un mythe. Le plus grand vin du Rhône assurément. Sans doute l’un des plus grands vins du monde.

 

Le vigneron de Châteauneuf-du-Pape a la ­réputation de ne pas être commode. Plus facile quand même que son oncle, Jacques Reynaud, qui s’est occupé du domaine de 1978 jusqu’à son décès en 1997. Lui retirait les panneaux ­indicateurs. Menaçait de sortir le fusil devant les visiteurs. Et faisait parfois passer un test de dégustation au client, en lui proposant sans rien dire du vin de la coopérative voisine. Si l’amateur faisait part de son désappointement, alors seulement il lui servait du Rayas. Au grand critique américain Robert Parker, qui lui demandait le secret d’un vin si exceptionnel, il aurait répondu : « C’est le vignoble et les petits rendements, imbécile ! »

 

Jacques Néauport

 

 

« Je me souviens qu’en 1989 au château Rayas, du temps de son ancien propriétaire, Jacques Raynaud, son œnologue voulait lui faire ajouter de l’acide tartrique au moment  de la cuvaison. J’étais à ce moment-là avec un spécialiste du microscope, Philippe Pacalet. On n’avait jamais vu dans le moût une population de levures aussi belle et aussi variée. Je crois que Philippe Pacalet a été obligé de diluer trois fois le prélèvement pour y voir quelque chose. On n’arrivait pas à compter les levures, tellement il y avait de monde ! On lui a dit de ne surtout pas tartriquer le vin ! Et maintenant château Rayas 1989, c’est magique ! Château Rayas, c’est un écosystème. Quand vous regardez tout autour, il y a plein de plantes, d’arbres, d’essences différentes et ça sent vraiment très bon ! C’est bien abrité, les vignes sont protégées des merdes des autres. Je crois qu’il y a même des plantes rares. Parce que, justement, Jacques Raynaud était passionné de plantes. Il avait un plein placard d’herbiers et était un admirateur d’un des plus grands entomologistes français, Jean-Henri Fabre. Inversement, dans des crus  prestigieux, si vous regardez au microscope les premiers jus naturels du raisin qui vient d’être vendangé, c’est le désert de Gobi. Il n’y a rien ! Et en général,, le peu de levures qu’il y a, ce sont des cochonneries. Des choses qui fermentent 4 ou 5° d’alcool, pas plus.

 

- Pourtant, le terroir de château Rayas, c’est du sable !

 

 

C’est pour ça qu’il ne faut pas être trop général. Jacques Raynaud disait : « Quand mon père a planté des vignes, c’étaient des terres à patates, ça faisait de très bonne pommes de terre ! » Les terroirs de sable sont très intéressants aussi. Dans les sables, il y a aussi des déclinaisons : sables fins, argileux, la gamme est infinie. Il y a même des sables que l’on appelle lœss. Les rares vins que je connaisse sur lœss font de grandes choses.

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6 octobre 2022 4 06 /10 /octobre /2022 06:00

CPSM FRANCE 73 " Aix les Bains, Hôtel Beau Site" | 73 savoie : aix les bains  (73) | Ref: 174380 | collection-jfm.fr

Aix 1943

 

Ils sont entrés à leur manière, frappant le sol de leurs semelles, alertant déjà tout le voisinage.

J’avais ouvert la porte craignant qu’ils ne la défoncent.

 

Qu’avais-je fait pour mériter cette visite ?

Le colonel s’est tourné vers sont subalterne :

 

« Du, Mathias, sag dem Franzozen dass er ab jetz für uns arbeiten wird! In der autowerbstatt, auf den zimmern, eben über all, wo etwas zu rearieren gibtUnd ich dulde keine wiederrede.

Dies ist ein Befehl!

 

Le colonel était rouge pivoine. Il avait craché sa phrase d’une traite. En final, il avait éructé dans un gargouillis baveux le « Heil Hitler » et s’était dispensé du salut.

L’autre, au garde-à-vous commença à me traduire d’une voix monocorde et saccadée.

Il dit :

-Je suis le sous-officier Von Wassy, responsable de l’intendance au niveau des grands hôtels où sont soignés nos hommes.

Le médecin-colonel Kiesel a dit :

À partir d’aujourd’hui vous travaillerez pour nous.

Au garage, dans les étages des divers établissements, partout où il faudra réparer quelque chose.

Il dit surtout : c’est un ordre et u ordre du médecin-colonel Kiesel ça ne se discute pas.

 

Vous comprenez ?

C’est net.

Surtout pas de bêtise.

Il faut obéir monsieur Melchior Seguin.

Nous savons que vous êtes mécanicien, plombier, électricien…

 

-Mais attendez, attendez, n’en rajoutez pas, tout ça fait beaucoup, m’exclamais-je.

-Ne soyez pas modeste, nous savons de source sûre que vous êtes tout cela à la fois.

- Comment pouvez-vous…

- Nous savons, j’ai dit.

- Je veux seulement dire, comment pouvez-vous parler français comme ça ?

- Je parle français c’est tout et ça suffit pour vous.

Vous êtes convoqué au travail à l’hôtel Mirabeau demain matin à 7 h 30 au bureau du colonel Kiesel.

N’oubliez pas de venir, monsieur Seguin, ce serait oublier de vivre.

 

Il eut un petit ricanement.

Ce petit sous-officier vert d gris, je ne pouvais déjà pas le haïr pour cette façon teutonne de s’exprimer en français.

Ce blondinet arraché à son lycée quelque part en bordure de la France pour couvrir la défaite et assurer la retraite !

Car il ne faisait plus guère de doute dans nos esprits que les jeux étaient faits.

À quoi bon alors jouer encore aux maîtres.

De plus, celui-là était d’une beauté suffocante.

L’aryen modèle pensais-je ;

Mais quoi ?

Il obéissait lui-même aux mêmes ordres, soumis au même chantage.

Je désirais le haïr, mais je sentais bien que dans mon for intérieur, que je ne haïrais bien, que ce que je pourrais pas posséder.

 

Vois-tu, Martha, dès notre premier entretien j’ai ressenti plus que de la curiosité pour cet Allemand qui parlait un si bon français.

 

On était en août quarante trois.

Un bel été, ils sont arrivés sans faire beaucoup de bruit.

Ils ont investis les grands hôtels comme l’avaient fait d’autres combattants d’un autre camp. Il y avait plus de blessés et de malades que d’hommes en état de combattre, mais nous le savions, la ville était hôpital depuis  longtemps.

 

En fait, ils n’avaient pas eu de mal à me mettre le grappin dessus.

Il suffisait de consulter les listes des employés des hôtels pour retrouver des hommes et des femmes encore aptes à servir.

De tout temps mon infirmité m’avait aiguillé vers des voies de garage, j’avais été l’homme d’entretien du Beau-Site.

Ma nouvelle tâche allait s’étendre aux autres hôtels.

 

Et puis ils sont partis.

 

Et j’étais là, pantois et effrayé, car je n’avais pas encore vraiment pris conscience de ce que serait la guerre.

A cause de ma jambe raide, j’étais toujours passé à côté de la tourmente.

J’avais vécu égoïstement.

J’avais fait de ma solitude un refuge que rien ne semblait devoir déranger.

Que rien jusqu’alors n’avait dérangé.

 

Fanfan était borgne, moi j’étais boiteux.

Et ce qui au début m’avait humilié, m’était vite apparu comme le salut que Dieu m’avait assuré pour traverser toutes les querelles et tous les désastres sans plus de dommage.

 

J’étais beau comme un ange, mais un ange qui n’aurait qu’une aile est-il encore un ange ?

Je songeais souvent à l’ange déchu, souvent j’imaginais cet ange maudit de la création qui tombait d’un ciel empli de chérubins vers des abîmes peiplés de gnomes et de goitreux nus comme des vers et tous plus laids que pouvaient l’être les personnages d’un tableau de Bosch ou un de ces jugements derniers de Torcello ou d’ailleurs.

 

Si tu savais, Martha, combien de fois je l’ai entendu ce :

-Alors gueule d’ange, on n’a pas le pied beau !

Les imbéciles qui pensaient faire de l’esprit.

Combien de fois j’ai ressenti cette haine profonde, cette amertume qui me gonflait le cœur.

Et quoi ? Pouvais-je courir pour me battre ?

Avec une jambe raide, une démarche plus que claudicante. J’ai pleuré en silence, lorsque déjà tout gosse à l’école…

C’est méchant, les gosses, mais, ça ne sait pas vraiment ce que ça fait.

Non, les petits ne pouvaient mesurer l’étendue du mal qu’ils faisaient en riant de mon infirmité.

Mais les grands, les vingt ans et plus.

Imagine la visite la visite du conseil de révision, c’est alors que tout a pris plus d’ampleur.

Il n’a même pas attendu que j’arrive jusqu’à lui l’adjudant :

-Où il va celui-là ? Il va faire la guerre avec une béquille !

Tous se sont esclaffés. Réformé d’office.

L’humiliation d’être brusquement un sous-homme.

Le handicapé à l’école, l’infirme dela campagne, était devenu un sous-homme.

Et quel que soit son cœur, le corps seul était jugé et condamnait l’ensemble.

Fanfan avec son œil en moins trompait son monde aisément.

Il n’a jamais souffert ce que moi, avec cette patte raide j’ai pu endurer.

 

Un jour, je me l’étais promis, je la couperai à la hache ! Mais je l’ai conservée et ce que j’ai pu faire de ma vie je crois que je l’ai fait à cause d’elle.

Elle, cette jambe que j’avais fini par considérer comme un boulet qui me retenait prisonnier, non pas en victime, mais en coupable, d’un crime dont j’ignorais la nature.

 

Je t’avoue que j’ai longtemps erré avant de me poser quelque temps sur l’aire complaisante de la foi.

J’ai crié ma colère face à Dieu pour cette injuste punition jusqu’au jour où j’ai compris que Dieu n’y était pour rien, que Dieu n’existe que pour celui qui croit, dans le temps qu’il vit.

 

Il est plus facile de s’y accrocher que de lutter seul.

 

Mathias qui était responsable de l’intendance me fit très tôt comprendre que dans un sens comme dans l’autre la voie hiérarchique passait par lui.

C’est fou ce qu’à vingt ans un uniforme et des galons peuvent endurcir le caractère et donner de l’aplomb même à un timide.

Plus tard, quand nous nous sommes mieux connus, il m’a dit en riant :

-La toque fait souvent le chef, mais pas toujours la bonne cuisine.

C’était un soir, à la maison où il était tenu à composer un repas allemand, avec spätzle choux rouge et jarret de porc.

 

Tu imagines aisément la suite. Trois jours à peine après cette entrevue, les autres ont débarqué chez nous.

-Alors Melchior, on travaille pour les boches maintenant ?

-Mais…J’étais obligé.

-Obligé ? Melchior, tu pouvais aussi bien venir avec nous, non ?

-C’était eux ou le poteau, alors.

-Alors maintenant, Melchior, c’est nous ou le mur !

-Mais…

-Plus de mais. C’est « tu marches ou tu crèves ! » T’es u héros ou un zéro, compris ?

- D’accord, mais quoi ? Qu’est-ce que vous me voulez ?

-Oh, pas un travail de Titan, non, seulement savoir ce qu’ils font, ce qu’ils disent, ce qu’ils transportent, quand is partiront, et puis enfin, où sont leurs archives.

Ils sont arrivés avec un tas d’archives et ça, ça nous intéresse en haut lieu.

C’est Jourdain qui fera la liaison une fois par semaine.

Tâche d’être précis et curieux, quand t’es chez eux.

On est d’accord ?

-Oui, oui, bien sûr, vous pouvez compter sur moi, c’est juré.

 

Je tremblais.

Je crevais de peur.

Je souhaitais les voir partir vite, vite.

Je savais que cela devait arriver un jour ou l’autre, mais aussi vite…

Je me sentais coupable soudain, doublement coupable.

Il ne fallait pas qu’on sache, que personne d’autres qu’eux sachent.

En refermant la porte derrière eux, je tremblais comme une feuille.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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5 octobre 2022 3 05 /10 /octobre /2022 07:00

Les sentiers de la gloire (Stanley Kubrick, 1957) - Critique & Analyse

Comme je suis un être désordonné je n’avais pas noté que notre PAX, penché sur son grimoire, avait numéroté ses devoirs de vacances. J’implore donc son absolution, je la préfère à l’extrême-onction, je fais contrition, mea-culpa, mea maxima culpa, quelques  pater et deux ave, je suis donc essoré de ma faute que j’ose qualifier de vénielle.

 

Je remets donc l’église ou le temple ou la mosquée ou la synagogue au milieu du village.

 

Cartooning sans frontières | Fait d'images - le blog de françois forcadell  sur Iconovox.com

« Les devoirs de vacances de Cinépapy – été 2022 - I » Aujourd’hui c’est « Les films qui ont fait polémique » 

 

Avant-propos :

 

La vie d’un « p’tit vernis » n’est pas un long fleuve tranquille. Il ne suffit pas de vivre l’été à Collioure avec, en permanence, des petits coup de tramontane ou autres vents locaux qui  rendent un peu plus supportables les chaleurs qui accablent ce cher et vieux pays et même  toute l’Europe ce qui, avouons-le, n’est pas une consolation.

 

Encore faudrait-il ne pas avoir à s’exiler pour fuir Collioure et sa sinistre autant que grotesque St Vincent du 16 août. Du 13 au 18 août la ville est livrée aux soiffards et fêtards  de tous bords.

 

Encore faudrait-il, dans son exil, faire en sorte d’emporter tout son matériel, chargeur de  portable compris. Encore faudrait-il maitriser les connections internet des lieux d’accueil  comme Les Corbières et le département de l’Aude côté terre « p’tit vernis » peut-être « p’tit  futé » certainement pas.

 

Tout cela pour expliquer pourquoi le patient « Metteur en pages » des fiches de Ciné papy  s’est trouvé en rade et …le bec dans l’eau.

 

Sachant qu’il fallait préparer reprise et rentrée, il ne restait plus à Ciné papy qu’à rédiger  quelques devoirs de vacances grâce à la documentation qu’il ballade avec lui, dès qu’il s’agit  de déplacement de plusieurs jours.

 

En 1885, à Paris, les frères Lumière présente une série de courts métrages soit la première  projection de l’histoire du cinéma alors que pour Louis Lumière, il en s’agissait que d’un  passe-temps amusant.

 

Pendant les deux décennies suivantes ce passe-temps allait se transformer en une industrie prospère constituant la forme principale de divertissement .Les passionnés de technique,  d’idées, d’images et d’invention ont ainsi développé ce qui allait être qualifié de septième art.

 

Il est évident que dans ce foisonnement, la création artistique allait se heurter à l’esprit  bourgeois, conservateur voir réactionnaire d’autant qu’il est dans la nature même de l’art de  bousculer les idées reçues. La manière dont les « impressionnistes » les « fauves »  rencontrèrent leur public en est l’illustration même.

 

C’est ainsi que tout au long de l’histoire du cinéma, certains films firent scandales et/ou  générèrent d’ardentes polémiques.

 

N’attendez pas de Ciné papy qu’il soit exhaustif dans la rédaction de ses fiches. Ce n’est pas  dans sa nature et il n’a pas cette prétention.

Cependant c’est aussi l’illustration de l’avertissement de Ciné papy lors de sa première fiche, qu’en général, il n’est pas utile de se ruer dans les salles pour voir le dernier film dont on  parle. S’il vaut vraiment le coup, il sera toujours d’actualité, sédimentation aidant, dans le  futur.

 

Nous allons cependant donner quelques exemples illustrant cette sentence que l’on trouve  dans « La règle du jeu » 1939 de Jean Renoir : « Ce qui est terrible sur cette terre, c’est que  tout le monde a ses raisons. »

 

En quoi un film peut-il faire polémique ?

 

Dès qu’il exprime des idées apparemment  subversives alors qu’elles n’expriment que la pure réalité que refuse « l’ordre établi » Ainsi, se sentent menacées, l’armée, l’église, les institutions, les associations défendant  l’ordre moral, le monde politique.

 

Au jeu de la paille et de la poutre, choisissons la poutre dans nos yeux de Français bien-pensants. On n’est jamais si mal traité que par soi-même.

 

Les Sentiers de la Gloire - E-Pôle-Art

« Les sentiers de la gloire » * 1957 de Stanley Kubrick

 

Guillaume Evin dans son ouvrage « C’est un scandale » ** - Casa éditions, nous donne le  synopsis suivant :

 

« 1916. La guerre s'est enlisée dans les tranchées. Le Haut commandement français a besoin  d'une grande offensive de prestige, fut elle inutile et suicidaire. Le colonel Dax est chargé de  l'opération, bien qu'il l’a dénonce. L'attaque tourne au massacre. Constatant qu'une partie des  hommes n'ont pas participé à l'assaut, le général Mireau ordonne de faire tirer au canon sur  ses propres troupes. L'officier d'artillerie refuse d'obéir. L'état-major exige un procès pour «  lâcheté devant l'ennemi » avec fusillade exemple. »

 

Basé sur les faits historiques, la France et son armée ne sort pas grandie de cette affaire.  D’autant que c’est une affaire franco-française, des critiques faisant remarquer que durant tout le film on n’aperçoit jamais l’ombre d’un uniforme allemand.

 

Bien sûr, la France qui ne fait qu’une lecture au premier degré, ne voit pas qu’il s’agit avant  tout d’un film anti-guerre. Elle va déployer des trésors de diplomatie pour qu’il ne soit pas  diffusé en Europe. Censuré en France ce film de 1957 ne sera finalement programmé qu’au  printemps 1975. Pensant cette période bon nombre de journalistes ont perdu leur honneur et  leur crédibilité en croyant devoir justifier le boycott du film pour de dérisoires détails comme  les costumes, les largeurs des tranchées ou encore les rituels du peloton d’exécution !

Quelques autres films dénonçant la guerre, l’armée et/ou la violence ayant fait polémiques.

 

- « La Grande Guerre » 1959 de Mario Monicelli

- « La Bataille d’Alger » 1966 de Gillo Pontecorvo

- « La Horde sauvage » 1969 de Sam Peckinpah

- « Les Chiens de paille » 1971 de Sam Peckinpah

- « R.A.S. » 1973 d’Yves Boisset

- « Zéro Dark Thirty » 2012 de Kathryn Bigelow

 

* Le titre est emprunté à un vers d'un poète anglais du XVIIIe siècle, Thomas Gray : « les  sentiers de la gloire ne mènent qu'à la tombe »

 

« La règle du jeu » 1939 de Jean Renoir

 

Toujours de Guillaume Evin le synopsis :

 

«Peinture au vitriol de la haute bourgeoisie de 1939. Double marivaudage dans deux mondes  parallèles, celui des maîtres et celui des domestiques, à la faveur d'une grande fête donnée  dans un château solognot »

 

Il s’agit là d’un des plus grand film de toute l’histoire du cinéma. Il est proche de l’étalon en  la matière « Citizen Kane » 1941 d’Orson Welles. « La Règle du jeu » est un des films  préférés de Ciné papy si ce n’est le préféré. S’il n’a pas encore fait l’objet d’une fiche c’est qui  lui fout la trouille tant il est impressionnant et inspire le respect dû aux chefs-d’œuvre. Mais  cela est une autre histoire.

 

La règle du jeu c’est celle du c’est celle du rôle social, le masque que l’on revêt pour paraître  à défaut d’être.

 

Ce qui importe ici c’est toutes les raisons qui depuis sa sortie où précise Truffaut il fût « le  film le plus haï à sa sortie avant d’accéder au rang de film fétiche ». Pour Renoir c’est son chef d’œuvre absolu. L’accueil du public fut glacial. Il a été honni par la France antisémite. La  France ne s’y retrouvait pas, sauf peut-être, de manière anecdotique dans les chaines de chasses. Il a été amputé d’un quart d’heure pour pouvoir continuer à être exploité en salle.  Mais le film défiguré, quitte l’affiche au bout de trois semaines. Il est interdit à l’étranger qui  ne veut pas que la France soit montrée sous cet aspect. Puis vient ta censure de Vichy puis  celle anti-juif des nazis. Sans être remonté dans sa version originale il est encensé entre 1945  et 1958. Restauré en 1959, lors d’une conférence à Harward Renoir est ovationné. Il notera  dans sa biographie : « Ce qui semblait insultant en 1939 est devenu de la clairvoyance. »

 

« La Grande illusion » 1937, du même Renoir, fut victime de polémiques similaires dues aux  « va-t’en-guerre », aux anciens combattants se trouvant insultés, aux éternels antisémites. Il  est interdit au Japon, en Italie fasciste, en Hongrie et en Autriche. Après-guerre, lors de sa  deuxième sortie on lui reproche de montrer l’histoire d’amour entre Gabin, soldat français et Elsa , jeune paysanne allemande qui le cache, alors qu’on sort tout juste de la Wehrmacht, des  SS et des fours crématoires. Le sang est trop proche raconte-t-on.

 

Il faudra attendre 1958 et sa troisième sortie pour qu’il soit consacré meilleur film français et  l’un des douze meilleurs du monde.

 

Et ainsi de suite.

 

Quelques thèmes à ne pas évoquer pour éviter toute polémique.

 

L’église et/ou la religion

 

La Religieuse de Jacques Rivette (1967) - Unifrance

- « La Religieuse de Diderot » 1966 de Jacques Rivette

- « Théorème »1968 de Pasolini

- « Je vous salue, Marie » 1985 de Jean Luc Godard

- « La dernière tentation du Christ » 1985 de Martin Scorcese

- « Amen » 2002 de Costa-Gavras

- « Grâce à Dieu » 2019 de François Ozon

 

Le sexe

 

 Le dernier Tango à Paris (Ultimo tango a Parigi) de Bernardo Bertolucci -  1972 - Shangols

 

- « Et Dieu…créa la femme » 1956 de Roger Vadim

- « Baby Doll » 1956 d’Elia Kazan

- « Les Amants » 1956 de Louis Malle

- « Lolita » 1962 de Stanley Kubrick

- « Le Dernier Tango à Paris » 1972 de Bernardo Bertolucci

- « Larry Flint » 1996 de Milos Formaan

 

L’Histoire

 

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/cdee6fdf-8d5a-4572-9c68-12268a436ac5_2.jpg

- « Nuit et brouillard » 1956 d’Alain Resnais

- « Le Chagrin et la Pitié » 1969 de Marcel Ophüls

- « Section spéciale » 1975 de Costa-Gavras

- « Le Pull-over rouge » 1979 de Michel Drach

 

Le CHAGRIN et la PITIE - 1940-1945

 

La Morale

 

- « Le Diable au corps » 1947 de Claude Autant-Lara

- « Le Blé en herbe» 1954 de Claude Autant-Lara

- « La Dolce Vita » 1960 de Federico Fellini

- « Le Souffle au cœur » 1971 de Louis Malle

- « La Maman et la Putain » 1973 de Jean Eustache

 

 LE SOUFFLE AU COEUR (BANDE ANNONCE 1971) de Louis MALLE avec Lea MASSARI  (Murmur Of The Heart) (HERZFLIMMERN) - A LA POURSUITE DU 7EME ART

 

Dans le célèbre dessin de Caran d’Ache relatif à l’Affaire Dreyfus on voit une table familiale  de bonne tenue opposée à la même table devenue foutoir ou chacun castagne l’autre à qui  mieux mieux avec pour légende, pour l’une « Ils n’en parleront pas » et pour l’autre : « Ils  en ont parlé »

 

De même, ici, ils n’avaient qu’à pas faire ce film et on n’en n’aurait pas parlé. Ils l’on fait  permettant à Ciné papy de rédiger un devoir de vacance.

 

** L’ouvrage est à la base de cette fiche. Il présente une sélection de quatre-vingt-trois film « qui ont choqué leur époque » est-il précisé en sous-titre.

pax

 

Livre: C'est un scandale !, Ces films qui ont choqué leur époque de 1915 à  nos jours, Guillaume Evin, Casa, 9782380582574 - Leslibraires.fr

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5 octobre 2022 3 05 /10 /octobre /2022 06:00

Julien Bouvier - Environs de Chambéry

Je ne sais pourquoi ce grand tableau d’une cafetière émaillée, beaucoup de roses sur fond bleu et pourvu de deux ailes d’ange m’avait fortement intrigué.

Martha avait ri :

Je l’ai toujours vu accroché là, plus qu’accroché d’ailleurs, puisque le cadre est vissé au mur.                  

Je te le laisse bien volontiers, il te donnera à réfléchir !

C’était vrai.

Il devait éveiller en moi le désir de savoir pourquoi Melchior avait ainsi peint un objet domestique affublé de deux ails, dominant de sa masse un violon, une guitare et une partition posée sur le sol.

 

 

 

//////////

 

 

 

Martha me proposa un co-voiturage pour rejoindre l’école où nous enseignions tous deux.

 
Nos classes étant voisines, la chose paraissait parfaitement raisonnable.

 

Ce que nous fîmes.

 
Au bout de trois mois, nous étions devenus les meilleurs amis du monde.

Chacun ayant essuyé quelques déceptions aux cours des années passées, nous étions deux quadras sans grandes illusions.

Mais cela, c’est ce que nous laissions paraître. Je crois qu’au fond, nous désirions, sans oser nous l’avouer, tenter une expérience commune un peu plus intime qu’un simple voisinage amical.

Je voulais résister au sentiment qui commençait à me tarauder le cœur et au désir à me troubler l’esprit.

Je comprenais malgré tout, que de son côté, Martha résistât à la même tentation.

 

 

 

//////////

 

 

 

Un jour, seul, inspectant de plus près le fameux tableau à la cafetière, je me rendis compte qu’en fait la toile était recouverte d’un papier calque soigneusement marouflé, ce qui donnait au fond, aux ailes et aux objets, un flou qui passait pour artistique mais qui pour se partie principale masquait grâce à la fameuse cafetière, un mystérieux personnage.

 

L’envie de retirer cette couche qui dissimulait la toile commença à e poursuivre.

De jour en jour, quand mes soirées s’étiraient solitaires, en l’absence de Martha, la question lancinante.

Qu’y avait-il derrière la cafetière bleue ?

Enfin, un jour, n’y tenant plus je me suis mis au travail.

Il ne s’agissait, pour ainsi dire, que d’ôter du papier peint d’une cloison et ça, je savais le faire, aussi bien que d’en coller.

Avec délicatesse, étalant une serviette éponge bien humide sur la surface de la toile, je m’appliquais à décoller cet épais repeint qui la recouvrait.

L’affaire n’était pas simple et je dus me décider à décrocher le tableau pour travailler à l’horizontale.

Il était bien fixé.

Vis après vis, je finis par le retirer du mur.

A ma demi-surprise, je découvris qu’il dissimulait un placard mural dont les deux étagères supportaient quatre cahiers d’écoliers.

Sur la couverture de chacun était écrit : « Pour Martha »

À côté trônait la fameuse et énigmatique cafetière et une boîte à biscuits LU où étaient tassées vingt enveloppes fermées, toutes portant une adresse en Allemagne.

Au bas du placard gisait une quantité de tubes de couleurs et de brosses, de pinceaux et de fusains.

Tout était si bien rangé, qu’il y avait dans cet étalage comme une décision d’un renoncement.

Et j’ai la conviction que cet étrange trésor était le dernier acte de la vie d’un homme qui avait épuisé toutes ses possibilités d’envisager un avenir.

Les contenaient le journal de Melchior. Était-ce de ma part indiscrétion ou désir intuitif de la protéger, que de souhaiter lire ce journal avant de le transmettre à Martha ?

 

Je restais cependant intrigué, par cette cafetière. J’ai mis toute ma dextérité et ma patience à retirer le calque humide sans pour autant en abîmer la peinture.

Et lentement m’est apparu dans toute sa nudité un jeune ado à la beauté un peu trop classique des académies d’hommes de Beaux-Arts.

Il était coiffé d’une casquette à visière de l’armée allemande et sa jambe gauche repliée reposait sur un drapeau nazi.

Après avoir contemplé cette œuvre étrange, je décidai de la recouvrir à nouveau de son cache avant de dévoiler à Martha, le contenu de ma trouvaille.

 

 

 

                                 ///////////

 

 

 

 

Ceci est mon journal…

« Io servico come un povero diavolo e non come un uomo di lettere. »

 

C’est ainsi que commençait le journal de Melchior Seguin et je n’éprouvais aucune gêne à en déchiffrer la fine écriture et à en pénétrer les secrets.

J’avais acquis la maison et j’étais dans l’esprit l’héritier de Melchior.

J’étais celui par qui ses murs allaient revivre.

J’étais le Bernard-l'hermite des lieux et je voulais de toute mon âme, emplir cette coquille abandonnée.

 

Non, pas vraiment abandonnée, laissée selon une volonté bien déterminée, telle qu’un autre puisse s’y introduire et s’y fondre.

Ce journal sans date, sans véritable chronologie, ce long assemblage de mots jetés en vrac sur les pages poreuses  d’un ancien cahier d’écolier était-il la première étape d’un jeu de piste ?

Le vieux Melchior avait-il eu la prémonition d’un héritier ?

Mais d’un héritier étranger à toute cette histoire sans liens affectifs avec sa vie, certainement.

 

Tournant les pages avec méfiance, je sentais naître en moi une réelle complicité.

Je devinais dans cette confidence silencieuse, une connivence telle que bientôt, Melchior prit visage et forme pour moi.

 

« Io servico come un povero diavolo...»

 

Dans cette citation de Montale, je devinais une fausse modestie au fur et à mesure de ma lecture.

Je découvrais l’aveu d’un désir avorté : « Non come un uomo di lettere. »

Melchior avait certainement nourri le désir de réussir dans une voie que les circonstances, la vie, ne lui avaient pas laissé prendre.

 

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