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20 juin 2021 7 20 /06 /juin /2021 06:00

Avec plus d'un million cinq cent mille exemplaires vendus en 2017, Guillaume Musso est pour la septième année consécutive le romancier le plus vendu en France. Ses livres sont traduits dans 40 langues et les ventes totales de ses romans dépassent les 32 millions d’exemplaires.

 

Je ne l’ai jamais lu.

 

 

Au détour d’une émission littéraire dans l’Info du vrai, Gérard Collard un libraire et chroniqueur littéraire, que j’ai découvert en 1992, dans sa première apparition télévisée dans l’émission de Bernard Rapp Caractère au cours de laquelle il fit une critique sévère et remarquée de Marguerite Duras : « L’écrivain buvait, les lecteurs trinquaient», dont je partage souvent les goûts, nous a fait le coup du frère : Valentin dont il a encensé le dernier et neuvième roman noir : « Qu’à jamais j’oublie ».

 

Qu'à jamais j'oublie par Musso

 

En vacances dans un hôtel d’Avignon, Nina se jette à la gorge d’un homme au moment où il ouvrait la porte de sa chambre, avec la ferme envie de lui régler son compte. Mais pourquoi cette mère de famille, veuve d’un célèbre photographe, s’en est-elle prise à ce paisible retraité, en villégiature en France ?

 

Pour tenter de comprendre cet acte insensé, son fils Théo, avec lequel elle a toujours entretenu des relations difficiles, n'a d'autre choix que de plonger dans le passé d'une mère dont il ne sait presque rien. De Paris à la Suisse en passant par la Côte d'Azur, il va mener sa propre enquête, jusqu'à découvrir des secrets inavouables et voir toute sa vie remise en question...

 

L'histoire bouleversante d'une femme décidée à prendre en main son destin.

 

Un suspense redoutable qui vous manipule jusqu'à la dernière page.

 

Deux remarques au passage :

 

- L’avocat choisi par Théo se prénomme Éric « C’est un avocat hypermédiatique, excellent client de tous les plateaux de télévision, où son sens de la formule fait mouche. Bête noire des prétoires, il a à son actif un nombre impressionnant d’acquittements, qu lui ont valu le surnom risible de Disculpator. Si les hommes politiques empêtrés dans des scandales fiscaux se l’arrachent, il défend souvent au pénal des familles de victimes dans des affaires de meurtre, de viol ou d’enlèvement. » « L’avocat est fidèle à l’image qu’en offrent les télévisions : rude et bourru. On physique est imposant. Il est calme mais ses yeux bleus se durcissent parfois et donnent l’impression  qu’ils vous mettent à nu »Je ne vous fais pas un dessin.

 

 

- Le roman se fonde sur une terrible réalité historique suisse « Jusqu’en 1981 ? au moins 60 000 personnes ont été internées administrativement en Suisse, sans avoir jamais commis aucun délit, au seul motif qu’elles étaient pauvres, mendiantes, alcooliques, réfugiées, mères illégitimes ou jugées dépravées, rebelles ou fainéantes. Ce phénomène de très grande ampleur n’a offert que peu de résistance et a longtemps été entouré d’un silence assourdissant. » Majoritairement des enfants, des adolescents, des femmes…

 

La Commission indépendante d'experts a proposé diverses aides financières en faveur des victimes. (Illustration)

ININTERNEMENTS FORCÉS TERNEMENTS

Selon une commission indépendante d'experts, au moins 60'000 personnes ont été victimes d’internements administratifs durant le 20e siècle en Suisse. Pour les aider financièrement, elle recommande notamment un abonnement général CFF à vie, une exonération d'impôts et une rente à vie. ICI 

 

Quand la Suisse internait les pauvres et les marginaux ICI

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19 juin 2021 6 19 /06 /juin /2021 06:00

 

« J’aime ce légume car il me rappelle les odeurs et les saveurs des ravioli délicieusement aériens découverts dans ma jeunesse après avoir cru que ceux de la mamma, émilienne d’origine, étaient inégalables. Le secret de ces ravioli liguriens résidait dans une sorte d'hybride, mi-herbe, mi-salade, la bourrache. »

 

Au Moyen Âge, la bourrache était considérée comme une plante magique aphrodisiaque. La bourrache donne de l'assurance et de la hardiesse dans les entreprises amoureuses. Un rameau de bourrache fleurie permet au séducteur de remporter le succès auprès d'une femme.

 

La bourrache est utilisée depuis des millénaires. Pline la dénommait « plante du bonheur et du courage ». Elle permettait apparemment de retrouver sérénité de corps et d’esprit. La bourrache apparaît dans l’Odyssée d'Homère : son ingestion « […] ne laissait de tout le jour les larmes couler sur ses joues, sa mère et son père fussent-ils morts ». Elle était, par ailleurs, appréciée pour stimuler la lactation. Albert le Grand, savant, philosophe et théologien, la désignait comme « génératrice de bon sang ». Au XVIe siècle, Matthiole, naturaliste italien, la recommandait contre les défaillances du cœur pour soulager les fiévreux. Elle fut pendant très longtemps consommée comme un légume. Ses feuilles agrémentaient soupes et salades, ses fleurs aromatisaient le vin.

 

J’ai semé de la bourrache sur mon balcon :

 

 

La bourrache est une annuelle, dont les graines germent à l'obscurité. Semez en pot dès le mois de mars, ou en pleine terre à partir d'avril. Le repiquage s'avérant délicat (j’ai expérimenté ce fut la catata), ne prévoyez qu'une à deux graines par pot, ou semez directement en place au jardin, en prévoyant 40 cm entre chaque plant.

 

La rusticité de la bourrache est excellente. En effet, la bourrache se ressème toute seule d'une année sur l'autre via ses graines qui tombent au sol à maturité.

 

 

La bourrache, Borago officinalis (famille des Boraginacées), est une plante annuelle dont les tiges velues (son nom vient du latin borra, qui signifie poil) portent de grandes feuilles vert clair qui répandent une odeur de concombre si on les froisse.

 

À l'extrémité des tiges de 30 à 60 cm, ses petites fleurs bleues en étoile sont de toute beauté, avec le contraste des sombres étamines pourpres

 

Salade de riz aux fleurs de bourrache

Salade de riz aux fleurs de bourrache ICI 

 

 

Intérêt culinaire de la bourrache

 

La bourrache est pleine d'attraits lorsqu'on parle cuisine avec les fleurs :

 

  • les jeunes feuilles agrémentent salades, fromage blanc, oeufs...

 

  • les feuilles "adultes" peuvent être cuites en légume à la façon des épinards; elles composent également d'excellents potages

 

  • les fleurs sont comestibles : elles trancheront joliment avec une belle salade claire

 

  • vous pouvez mélanger les 2, à raison de 3 feuilles et 5 fleurs, pour réaliser une boisson rafraîchissante avec 1 litre d'eau, le jus de 2 citrons et quelques cuillerées de miel.

 

Propriétés

 

La bourrache est réputée pour ses propriétés dépuratives, drainantes et sudorifiques. Elle est également appréciée pour aider à soulager les troubles de peau. Avec l’âge, l’organisme manque de ressources en acides gras essentiels, que la bourrache lui apporte en quantité suffisante. Elle aide à lutter contre le vieillissement de la peau et des cheveux, notamment. Enfin, elle contribue à revitaliser les peaux les plus sèches et à redonner souplesse et élasticité à la peau.

 

 Huile de Bourrache Bio - 200 capsules - Orfito

 

L’huile de bourrache est riche en acides gras polyinsaturés de la famille des oméga 6, notamment en acides linoléique et gamma-linoléique, indispensables à la santé de l’organisme. La bourrache en est la source végétale la plus importante. Elle en contient près de deux fois plus que l’onagre. Le nitrate de potassium (salpêtre) confère à la plante son rôle sudorifique et drainant. Le mucilage, contenu dans ses feuilles, la rend utile pour aider à lutter contre les paresses intestinales. Les tanins que renferment ses feuilles présenteraient des propriétés astringentes. La bourrache contient également des alcaloïdes, des flavonoïdes, de la vitamine C, de la saponine et du calcium. Elle est enfin source de prostaglandines, agissant comme calmant et participant au bien-être circulatoire, du cœur et des artères.

 

 

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18 juin 2021 5 18 /06 /juin /2021 06:00

 

Je suis fou de la pasta italienne, chez moi je suis carbonara, Cacio e Pepe, bolognaise parfois, pesto vert et rouge, sèches ou fraîches, au beurre ou à l’huile d’olive, spaghetti, tagliatelle, macaroni, penne, fettucine, linguine, farfalle, fusilli, trofies, pappardelle, casarecce… etc.

 

Au restau je suis 100% Passerini et pour les bons produits italiens chez Alessandra Pierini RAP et la Grande Épicerie du Bon Marché.

 

Selon TripAdvisor, il y aurait 1.500 restaurants italiens dans Paris et sa périphérie – de la pizzeria basique à l'adresse élégante fréquentée par le Tout-Paris. La restauration italienne en France est un millefeuille d'enseignes, du pire au meilleur, décrit Massimo Mori.

 

Combien de ressortissants italiens à Paris ?

 

Je n’ai pas trouvé de statistiques officielles mais sur la base d’un petit calcul ci-dessous (1), ils sont entre 40 et 45 000.

 

(1) Selon les données officielles de l'AIRE (Anagrafe degli italiani residenti all'estero) les citoyens italiens résidant en France étaient 348 722 en 2007, puis 411 839 fin 2017. Ils sont 370 000 selon le rapport Italiens dans le monde 2010 de la Fondation Migrantes

 

Selon les études démographiques en France 1 étranger sur 10 habite Paris.

 

L'écume des pâtes, Tommaso Melilli | Stock

 

 

Alors vous comprendrez que lorsque je tombe sur L’Écume des Pâtes À la Recherche de la Vraie cuisine italienne de Tommaso Melilli, j’achète !

 

 

L’EURO de foot 2020 vient de débuter, en juin 2021, au stadio olimpico de Rome, par un match entre la Squadra Azzura et la Turquie. Reste encore un contentieux entre les footeux italiens et les footeux frenchies : le coup de boule de Zidane à Materazzi lors d’une finale de coupe du Monde perdue par les coqs ; et puis à Rome, autour du ballon rond on est Lazio ou la Roma.

Maillot Lazio Domicile 2020/2021 - 315870G | Footcenter

 

Maillot AS Roma Domicile 2020/2021 - 310370G | Footcenter

 

À Rome, les tifosi se divisent entre «Laziali» et «Romanisti». Un choix qui illustre d'office l'appartenance à une classe sociale et s'impose comme un devoir «civique»

 

«Lorsque je confesse, je m'informe toujours pour savoir si le pénitent est tifoso de la Lazio ou de la Roma. Si la personne contrite m'avoue être «Laziale» les paters ne sont jamais moins de quatre. Pour les «Romanisti» je n'en donne qu'un seul, les supporters de la Roma ont déjà conquis la moitié du paradis», révèle Don Aristide, le prêtre du cercle sportif New Country Club qui rassemble les vieilles gloires de la Lazio et de la Roma. Un «aveu» qui fera trembler le Vatican, distant de quelques kilomètres…

 

Ainsi un rapide sondage révèle que la Lazio est le club de la périphérie, des couches sociales défavorisées, de ceux qui habitent les «castelli» sur les collines qui encerclent Rome; on trouve aussi des tifosi à Viterbo ou Frosinone distantes de 90 km. Une situation logique dans la mesure où le terme Lazio est le nom de la région.

 

A ce stade, c’est le cas de le dire, je sens que la mouche du coche peu portée sur le ballon rond, sauf pour le vin nu, pense que je déraille, il se goure. En effet, dès la page 10 du livre de Melilli, il est question d’un mystérieux tournoi de foot, la ligue des champignons, qui oppose les cuisiniers et les sommeliers qui travaillent à Paris.

 

Mon enclave d'Italie à Paris : le beau reffetorio de Giovanni Passerini où  j'aime me restaurer d'une cuisine joyeuse et inventive. - Le blog de  JACQUES BERTHOMEAU

 

« Notre vétéran s’appelle Giovanni Passerini. C’est le meilleur chef italien de Paris et l’un des plus célèbres de la ville. C’est lui qui, toute l’année conserve les tenues, et c’est aussi lui qui m’a fourni le maillot de la Lazio. Il a joué tous les matchs jusqu’à présent et il est ici en tant que président de notre fédération imaginaire.

 

Il a eu au moins trois vies, dont deux comme cuisinier, et dans ces eux vies il a connu tout le succès qu’il pouvait espérer. »

 

Si vous souhaitez tout savoir sur ces 3 vies vous savez ce qu’il vous reste à faire, c’est pages 17-18 et 29 à 46.

 

Et puis, je ne sais si Tommaso Melilli est complice, mais lorsqu’il traite du tavernier j’ai comme le sentiment qu’il va hameçonner PAX.

 

« Le tavernierl’oste – est un personnage à la croisée des chemins.

 

Ce n’est pas un chef ou un cuisinier, bien qu’il puisse également jouer ce rôle. En tout cas, il représente la cuisine. Ce n’est pas un serveur, mais il apporte les assiettes à table et lave les verres ; et ce n’est pas un sommelier, car – à l’évidence – il serait stupide de demander au tavernier si son vin est bon.

 

Le cuisinier suisse dans son nouveau restaurant parisien: Cest la création qui mexcite dans la vie!

 

L’un des meilleurs taverniers que je connaisse s’appelle Pierre Jancou. Il est suisse, mais il a passé une partie de sa vie en France et l’autre en Italie, comme Michel Platini. Il commence comme cuisinier et, à la viande, il préfère les pâtes et les légumes. »

 

Suivent les pages 168 à 171 sur l’Odyssée du dit Pierre Jancou.

 

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Et puis il y a le chapitre sur le vin de la maison

 

« Nous sommes plutôt d’accord sur la façon dont les choses que nous mangeons devraient être faites, en théorie du moins : les tomates du jardin sont meilleures que celles du supermarché, qui sont fades et dont les racines n’ont jamais connu la terre ; en théorie du moins, nous sommes plutôt d’accord sur le fait que la viande d’un animal élevé en liberté dans les pâturages est bien meilleure que celle d’un animal vivant dans les cruelles conditions de l’élevage intensif. Je parle de théorie, de ce que nous préférons dans l’abstrait. La réalité est autre chose, laissons-là de côté pour le moment. En théorie du moins, nous préférons tous manger de la nourriture produite de manière artisanale.

 

Cependant, allez savoir pourquoi, quand il s’agit de boire, nous avalons allègrement des vins contenant une quantité invraisemblable de cochonneries. Le choix de Pietro, d’Andrea et de ceux qui ont travaillé avec eux chez Consorzio a dès le début été le suivant : servir des vins produits avec les mêmes critères que les légumes, la viande et le fromage qu’ils doivent accompagner. Cela vous semble-t-il logique, évident et cohérent ? Ça l’est.

 

Est-ce habituel ? Cela l’était-il il y a dix ans ? Absolument pas.

 

On peut définir ce type de vin de nombreuses façons : artisanal, paysan, propre, « vrai », naturel. C’est un type de vin qui a toujours été produit en Italie et ailleurs jusqu’au début des années cinquante, c’est donc le vin qu’on buvait durant l’âge d’or des osterie et des trattorias ; par la suite, peu de gens ont continué de le faire, car c’était difficile et pas assez rentable. C’est aussi le vin que certains se sont mis à produire ces dernières décennies. Ce n’est pas la même chose, car les gens qui l’ont fait dans les années cinquante et ceux qui le font maintenant ne sont pas les mêmes. Le vignoble n’est pas traité avec des pesticides ou des produits chimiques. Le vin est fait avec du raisin et, dans l’idéal, rien d’autre. Le jus fermente seul, il n’est ni filtré ni traité pour obtenir une couleur spécifique. Aucun conservateur ou autre produit n’est ajouté pour le rendre plus pétillant ou moins pétillant, plus fort ou plus léger. Parfois il sent mauvais, comme les personnes, et ce n’est pas agréable. Parfois il a le goût et l’odeur de choses que nous avons toujours connues puis oubliées, d’autres fois il a un goût que nous n’aurions jamais imaginé. Pietro et Andrea ont toujours pensé que si l’on ne pouvait pas accompagner leur nourriture avec de tels vins, cela ne valait pas la peine de faire ce travail : c’est grâce à des gens comme eux qu’aujourd’hui on parle de plus en plus de vin naturel. »

Façade d'une librairie italienne à Paris

Les italiens en France : jalons d’une migration ICI 

 

L’arbre généalogique de plusieurs millions de Français comporte une branche italienne, même si celle-ci n’est pas toujours visible ou bien identifiée en raison d’une progressive francisation des patronymes qui, quelles que soient les époques, traduit l’intégration jusqu’à la dilution au sein de la société. L’immigration transalpine est en effet ancienne

Carte postale représentant la ville de Modane

« Je me suis résolu à partir » : les Italiens émigrent en masse ICI

 

Contrairement aux précédentes vagues d’émigration, ce sont surtout les jeunes diplômés italiens qui quittent le pays.

 

Par Marie Charrel

Publié le 04 avril 2019

 

Les « Italiens de Paris » du fascisme à l’après-guerre : artistes et expositions au service du rapprochement franco-italien  ICI

 

Gli «Italiani di Parigi» dal fascismo al dopoguerra: artisti e mostre al servizio del riavvicinamento franco-italiano

Caroline Pane

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17 juin 2021 4 17 /06 /juin /2021 06:00

 

Fleuve Pô, au Nord de l'Italie, région d'Émilie-Romagne, des Alpes italiennes qui bordent la France à la mer Adriatique, de l'Ouest à l'Est

Le plus long fleuve italien ICI

J'aime beaucoup les polars de Valerio Varesi... Chronique dédié à un Crémonais occasionnel... 

Notre ami Soneri est envoyé par son chef caractériel et pas bien malin, surveiller des pêcheurs/braconniers d’origine étrangère (hongrois, russes, ukrainiens …) sur les bords du Pô. Les habitants s’en plaignent, ils pêchent des silures, campent, font du bruit, et puis, ils ne sont pas d’ici. On imagine facilement avec quel zèle Soneri va transformer ça en balade dans le brouillard le long d’un fleuve en crue, avec arrêt dans une bonne auberge.

 

La Maison du commandant

 

« Tu l’aimes, toi, cette société où les arrogants et les malhonnêtes dirigent les gens bien ? où les pires gouvernent les meilleurs ? où la méchanceté est toujours victorieuse ? Tu l’aimes ce monde où tout s’achète ? La justice, la respectabilité, le droit d’être aux commandes ? (…) Tu le sais ou tu le sais pas que tu es payé par ceux qui font les guerres et qui affament les peuples ? »

 

Le ton est donné par cet ami de Soneri qui vit sur une maison flottante et écoute Verdi à plein volume sur le fleuve déchaîné. Un fleuve qui est de nouveau l’un des personnages principaux du roman. Mais un fleuve à l’image du moral de Soneri : gavé de pollution et de saloperies. Un fleuve qui sent la mort, littéralement, et que même une belle grosse crue a du mal à nettoyer.

 

La suite ICI 

 

Valerio Varesi exhume les macabres secrets d’un fleuve indocile ICI 

 

LIVRES

 

Un petit tour sur les berges du Pô, ça vous tente? Valerio Varesi et son commissaire Soneri nous servent de guide dans «La Maison du commandant»

 

Le Pô pue! Par temps de crue, son lit sent la charogne, les déchets innommables, la pourriture et la mort. Des exhalaisons méphitiques qui littéralement empreignent comme un signe du destin l’atmosphère et les pages de La Maison du commandant, le dernier polar traduit en français de Valerio Varesi, un livre qui date de 2008.

 

Fragile et déstabilisé jusque dans son amour pour la pétillante Angela, doutant plus que jamais de la possibilité, voire de la légitimité, de faire appliquer la loi, le commissaire Soneri lui-même s’interroge sur la signification de «ces odeurs qui le persécutaient depuis le début de l’enquête». Rassurez-vous, cela ne l’empêche pas de partager avec vous son amour inconditionnel pour les magiques paysages de brume et d’eau de la Bassa, cette plaine du Pô qu’il connaît par cœur et où il sait, comme personne, dénicher le petit bistrot qui fait à merveille les anolini au bouillon, les tortelli aux blettes ou les tripes. Le tout arrosé d’un bonarda, «un bon vin charpenté qui vous console comme une grosse femme».

 

Pétarade inattendue

 

Tout commence d’ailleurs par une course-poursuite épique et, à sa manière, passablement alcoolisée. «Dans la lumière citrine» d’un début d’après-midi, notre commissaire parmesan enquête mollement sur un trafic d’armes censées circuler parmi des groupes de pêcheurs de silure, des anciens militaires slovaques et hongrois mal vus dans la région. Il n’y croit pas trop et, profitant de la balade, s’achète deux caisses de fortana de la dernière vendange, un vin nerveux qu’il faut ménager.

 

Or voilà que la bande dite «des distributeurs» vient de commettre un nouveau casse dans une agence de la périphérie. Envoyé par son chef sur la trace des voleurs, Soneri en oublie les bouteilles qui, dans son coffre, se mettent «à danser la samba». Après un brusque coup de frein et un zigzag improvisé sur l’asphalte, un premier bouchon saute, suivi de plusieurs autres. On imagine l’angoisse du collègue de Soneri qui suit la traque par téléphone et imagine qu’on vient de tirer sur le commissaire.

 

Fausses pistes à la pelle

 

Après cet épisode d’une indéniable drôlerie, la mort à son tour s’invite dans l’histoire. Deux cadavres sont retrouvés dans le même périmètre: un jeune Hongrois tué d’une balle dans la tête dans une peupleraie et un ancien partisan devenu garde-chasse, le commandant Libero Manotti, décédé de mort naturelle dans sa maison isolée, depuis quelque temps déjà. Y aurait-il un lien entre les deux hommes? Soneri est chargé de l’enquête. Sa tâche sera rude, car les indices sont minces et les fausses pistes nombreuses.

 

Et comme toujours chez Valerio Varesi, mais tout particulièrement dans ce polar-ci, c’est la société tout entière qui est mise en examen. Une comparution dont elle ne ressort pas grandie surtout quand, dans la peau de l’accusateur, se trouve l’intransigeant Nocio, un vieil ami de Soneri qui vit sur le fleuve dans une maison soutenue par deux chalands, et qui écoute La Force du destin de Verdi à plein tube quand les eaux du Pô se déchaînent.

 

La Bassa - Martina Maffini

Roman

Valerio Varesi

La Maison du commandant

Traduit de l’italien par Florence Rigollet

Agullo, 310 p.

 

Home | Varesi ValerioValerio Varesi : que dit le web de cet écrivain ?Les Mains vides - broché - Valerio Varesi, Florence Rigollet - Achat Livre  | fnac

1900 - Bernardo Bertolucci - DVD Zone 2 - Achat & prix | fnac1900 – Les Rouges et les Noirs | In Ciné Veritas

 

Le film se nomme 1900. Mais son titre original, Novecento, « le vingtième siècle », paraît plus juste puisqu'il n'est jamais question ici de l'année 1900. Cette foisonnante saga débute à la mort du compositeur Giuseppe Verdi, le 27 janvier 1901, et s'achève le jour de la libération de l'Italie, le 25 avril 1945. Novecento est une œuvre d'une ambition folle, embrassant un demi-siècle d'histoire italienne, de conflits sociaux et de lutte des classes. Un film-fleuve de 5 h 18 divisé en deux actes (2 h 43 et 2 h 35) où le réalisateur Bernardo Bertolucci, décédé ce lundi 26 novembre, accomplit un tour de force cinématographique. Cette fresque sur l'éclosion du communisme et la montée du fascisme, qui ont déchiré son pays, se hisse au niveau d'une grande œuvre littéraire ou picturale.

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16 juin 2021 3 16 /06 /juin /2021 08:15

Affiche de « Baisers volés » (François Truffaut, 1968) - La Cinémathèque  française

- Et qu’est-il devenu ? demanda-t-il.

 

 

- Il est écrivain, répondis-je. Il écrit des romans.

 

 

- Il en écrivait déjà à l’époque. Mais personne ne voulait les publier.

 

 

-  Maintenant c’est différent, dis-je. C’est un écrivain à, succès.

 

 

- C’est vrai ? Je m’en réjouis : j’ai toujours pensé que c’était un type qui avait du talent, en plus d’être un sacré menteur. Mais je suppose qu’il faut être un sacré menteur  pour être un bon romancier, n’est-ce-pas ?

 

Javier Cercas

 

Écrire un roman, des romans, se glisser dans la peau d’un romancier, mentir, travestir, mêler, emmêler, démêler, fiction et réalité, étaler son érudition, laisser aller son imagination, n’être qu’un simple scripteur, imposer un style, être Guillaume Musso ou Robbe-Grillet, collection blanche ou P.O.L ?, passer à  Apostrophes, bouffer de la vache enragée, n’écrire que sous l’emprise de la nécessité ?

 

 

Haruki Murakami se raconte et nous raconte sa drôle de profession : romancier ! L'auteur dévoile les ficelles de ses créations, s'interroge sur l'avenir du livre, et prodigue conseils et encouragements aux écrivains en herbe. Dans cet essai drôle et passionnant, il se raconte et porte un regard aussi rafraîchissant que sincère sur le métier de romancier. Tout en explorant ses plus chères obsessions et en distillant des réflexions sur la littérature, la lecture et plus largement la société japonaise, l'auteur dévoile les coulisses de son quotidien, où s'imposent persévérance, patience et endurance. Une œuvre généreuse et sensible qui s'adresse à tous ceux qui sont en quête de l'homme derrière le maître, mais aussi aux curieux ou aux écrivains en herbe en mal d'inspiration !

 

 « Le romancier n'a pas pour rôle d'exposer des idées ou même d'analyser des caractères, mais de présenter un événement interhumain, de le faire mûrir et éclater sans commentaire idéologique, à tel point que tout changement dans l'ordre du récit (...) modifierait le sens romanesque de l'événement »  Merleau-Ponty.

 

La langue vulgaire est d'abord utilisée pour raconter la vie des saints, mais très vite la fiction s'en empare. Le nouveau genre littéraire ainsi créé, « le roman », prend alors le nom de la langue qu'il utilise. Le sens courant du mot « roman » demeure assez longtemps celui de « récit composé en français », même si Chrétien de Troyes substitue à l'expression « mettre en roman » celle de « faire un roman », qui met l'accent sur son activité créatrice. Tandis que la chanson de geste est toujours populaire, la nouvelle génération, celle de Chrétien, fera la fortune du roman, qui triomphera finalement de l'épopée.

 

Au temps du papier, depuis Gutenberg, écrire, produire un manuscrit, le relire, le faire relire, le proposer à un éditeur, se le voir refusé, s’accrocher, ne pas désespérer ou céder au compte d’auteur, le reposter, espérer, et puis un jour peut-être le voilà édité, signé sous un pseudonyme, broché, diffusé, noyé dans le flot des nouveautés, souvent ignoré de la critique, acheté à quelques exemplaires, rejoindre le pilon...

 

Aujourd’hui, il est facile de mettre en ligne ses écrits, de les jeter sur la Toile, au jour le jour, c’est en accès libre, gratuit, et lorsqu’on prend le risque de publier sans le filtre d’un pseudo c’est ouvrir la porte à l’autocensure, « Je ne peux pas écrire ça, ceux qui me connaissent vont n’y voir que du vécu, de la réalité, c’est ce qui m’est arrivé lorsque j’ai relu l’épisode que je devais publier ce matin : Un baiser presque volé… « Dans la pénombre du couloir leurs corps se frôlèrent, il lui enserra la taille, elle se laissa faire. »

 

Censuré !

 

Alors est-ce bien raisonnable de continuer ?

 

Je crois que non…

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16 juin 2021 3 16 /06 /juin /2021 06:00

 

 

Aujourd’hui c’est « La Guerre selon Charlie Wilson » (2007)

 

La Guerre selon Charlie Wilson - film 2007 - AlloCiné

 

De mon temps - et oui ce n’est pas pour rien que la rubrique s'appelle Ciné Papy - on aurait qualifié ce type de film de « politique fiction » ou quelque chose dans le genre. Aujourd’hui c’est, paraît-il un « biopic » soit une histoire autour d’un mec, comme le disait Coluche.

 

Ici c’est de Charlie Wilson qu’il s’agit, un député texan Charlie Wilson, membre influent du budget du sous-comité américain des crédits à la Défense.

 

Pourquoi ce film ? 

 

Parce que l’histoire (vraie) est passionnante d’une part et comme souvent, pour moi, elle réunit des acteurs que j’adore.

 

Quelle est l’histoire ?

 

Charlie Wilson s’amuse à donner de lui une image connue et véhiculée avec complaisance par les médias, et de fêtard invétéré, grand amateur de whisky, et aux innombrables conquêtes féminines. C'est en réalité un fervent patriote, expert en politique internationale et en guerre froide. Le problème de la lutte des Afghans pour se libérer de l’envahisseur soviétique l’interpelle. Il prend conscience qu’avec leur armement dérisoire ils n’arriveront jamais à lutter contre les redoutables hélicoptères sur-armés des soviétiques. Titillé par une de ses ravissantes amies, anti communiste résolue et milliardaire de surcroît, va être mis au point, une livraison d’arme adaptée à la lutte afghane qui se révèlera être une des plus fantastique opération secrète car, bien sûr les américains ne doivent pas apparaître, de près ou de loin, dans l’affaire. La CIA cependant mettra au service de cette gageure un expert des opérations souterraines de l’agence.

 

L’opération sera couronnée de succès car, une fois en possession des armes les afghans ne mettront que quelques mois pour chasser l’envahisseur.

 

Réalisation

 

On trouve Mike Nichols à la réalisation. C’est un cinéaste à succès mais très inégal. Il commence sa carrière en fanfare. Son premier film est « Qui a peur de Virginia Woolf » permettant à Elizabeth Taylor d’obtenir l'Oscar de la meilleure actrice. Il enchaînera avec « Le Lauréat » avec Dustin Hoffman qui gagnera ainsi ses galons de star. Il obtiendra lui-même pour ce film l'Oscar du meilleur réalisateur. Pour ma part je retiendrais également  « Working Girl »  avec Mélanie Griffith. J’aurais peut-être l’occasion d’y revenir.

 

Le reste de la filmographie n’est cependant pas à négliger puisqu’en 2010 l’American Film Institute a couronné l’ensemble de son œuvre. Certains y trouveront peut-être des films à leur goût.

 

Qui fait quoi ?

 

La guerre selon Charlie Wilson (VF) - Movies on Google Play

 

C’est Tom Hanks qui incarne, avec conviction et jubilation le rôle de Charlie Wilson. C’est un acteur prolifique qui collectionne les succès commerciaux et les Oscars. Tout le monde se souvient entre autres, de  « Philadelphia » et « Forrest Gump » ou il gagna ses galons de star.

 

Dans son rôle de Charlie Wilson il est fabuleux passant tour à tour avec la même conviction, du joyeux fêtard à celui de chef d’orchestre de la fantastique opération secrète de livraison d'armes. Pour moi toujours, il est aussi inégalable dans « Le pont des espions » film sur lequel je reviendrai assurément.

 

La Guerre selon Charlie Wilson - Philip Seymour Hoffman : ses 1001 vies en  photos - Elle

 

Last but not least Philip Seymour Hoffman dans le rôle de Gust Avrakotos l’expert de la CIA. Quelle énergie maîtrisée dans l’interprétation de ce rôle. Aucune apparition de Philip Seymour Hoffman ne peut laisser indifférent un amateur de cinéma amoureux des acteurs.

 

Pour le Taulier qui nous fait part régulièrement de son enthousiasme pour « The Big Lebowski » il tient le rôle de Brand. Il est mort bien trop tôt à 46 ans.



 

Temps forts



 

La prise de contact entre Charlie Wilson et Gus Avrakotos est un morceau d’anthologie. C’est à qui montrera à l’autre qui doit être le chef. Cela se passe autour d’un soi-disant cadeau constitué par une bouteille de Whisky (souvenons-nous que Wilson est connu pour ses penchants pour l’alcool) dans laquelle, à l’insu de Wilson se trouve caché un micro. Cela permet à l’expert de la CIA régulièrement prié de sortir pendant que Wilson a des entretiens confidentiels de tout savoir. 

 

Jubilatoire !



 

Charlie Wilson, pour intéresser son auditoire, est amené à situer l’Afghanistan. Il indique, avec ses doigts et en l’air la position de cet état par rapport aux autres pays voisins comme s’il y avait une carte matérialisée. On rit car c’est un vrai clin d’œil et l’on pense à cette observation tellement vraie que, apparemment, la guerre a été inventée pour apprendre la géographie aux Américains. Formule détournée de l’essai écrit par le géographe français Yves Lacoste en 1976. «  La géographie, ça sert, d'abord, à faire la guerre » 

 

La conclusion amère de Charlie Wilson qui termine le film. « C’est vrai que là, on a vraiment merdé » Il fait allusion aux deux milliards  de dollars qui ont pu être mobilisés pour fournir les armes ce qui a permis de chasser les Soviétiques de l’Afghanistan et de l’impossibilité à réunir deux à trois cent millions de dollars pour construire, routes, écoles, hôpitaux etc. Avec pour conséquences, le retrait piteux en ce moment des Américains de ce pays, montrant, qu’une fois de plus ils n’ont rien compris.



 

Pax


Prochainement «  Un lundi trouble ( Stormy Monday)»

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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 08:00

Djokovic renverse Tsitsipas et remporte Roland-Garros !

 

- Alexeï, ton petit Vladimir doit être furax, se faire torcher trois pions secs, sur la pelouse de Saint-Pétersbourg, par des Belges, en plus, une fois, ha, ha, c’est la honte,  et deux par un grand black, ça sent le goulag…

 

 

- C’est nouveau, tu t’intéresses au foot Goran ?

 

 

- Non, je m’en tape, je dis ça comme ça pour voir comment tu réagis ?

 

 

- J’n’aime pas les footballeurs, rien que des tapettes avec leurs godasses fluos, des tatoués, gros muscles petit pois à la place du cerveau…

 

 

- Tu es dur mon grand…

 

 

- J’voudrais bien être dur mon pote mais tu m’as amené sur cette terrasse où y’a que des mecs, je ne savais pas que t’avais viré bobo Goran…

 

 

- Sacré Alexeï, toujours chaud bouillant !

 

 

- Te fous pas de ma gueule Goran, qu’est-ce qu’on est venu faire sur cette terrasse de merde ? Je n’aime pas le vin…

 

 

- Et le champagne, c’est quoi beau gosse ?

 

 

- Des bulles…

 

 

- Alors nous allons carburer au champagne pour fêter la victoire de Djokovic sur le petit pâtre grec…

 

 

- Dis-donc, ton Djoko, qu’est-ce qu’il a absorbé comme substance au vestiaire après avoir encaissé deux sets ? Ressuscité le grand vegan… Tu ne trouves pas ça étrange ?

 

 

- Non, du côté dope vous êtes plutôt les champions du monde…

 

 

- Ok, laissons ces conneries de côté, répond à ma question Goran, pourquoi sommes-nous là sur ce trottoir qui pue ?

 

 

- Pour faire notre job !

 

 

- …

 

 

- Tiens-toi bien voilà un beau petit cul qui se pointe, c’est la taulière du bar.

 

 

- Bonsoir, messieurs, qu’est-ce que je vous sers ?

 

 

- Champagne mademoiselle !

 

 

- Vous avez une préférence ?

 

 

- Le plus cher !

 

 

- Vous souhaitez manger quelque chose ?

 

 

- Des cacahuètes ! Désolé, je déconne, quand je suis venu avec la baveux nous avons pris une planche mixte…

 

 

- Oui, je me souviens, mais ce jour-là vous avez bu un vin orange…

 

 

- Excellente mémoire mademoiselle, et si je puis me permettre vous êtes vraiment très jolie…

 

 

- N’écoutez pas ce baratineur, il drague lourd, vous n’êtes pas jolie vous êtes belle comme un cœur…

 

 

Elle rougissait, bloquait son souffle, esquivait.

 

 

- Vin orange ou champagne, messieurs ?

 

 

- Commençons par votre jus orange, nous finirons au champagne…

 

 

- Excellente idée, je reviens de suite…

 

 

Elle voltait, filait à l’intérieur du bar.

 

 

- Tu l’as trouve comment Alexeï ?

 

 

- Un poil trop en chair à mon goût mais elle est plutôt bien gaulée. Et toi, elle te branche ?

 

 

 

- Je  la veux !

 

 

- T’es amoureux ?

 

 

 

- Elle m’émeut…

 

 

 

Qu’est-ce qui t’arrive, tu veux te ranger des voitures…

 

 

 

-  Pourquoi pas, la voilà qui reviens… et voilà aussi notre cher Maître… Comment allez-vous ? Je vous présente Alexeï… 

 

 

 

 

- Enchanté. Je vois que je vous ai converti…

 

 

 

- Cette charmante jeune femme fait bien le job, nous sommes entre de bonnes mains.

 

 

- Je rapporte un autre verre.

 

 

- Désolé, j’aurais dû vous dire que nous attendions quelqu’un.

 

 

- Tout le plaisir est pour moi…

 

 

Elle rougissait, s’en voulait d’avoir dit ça, pour se donner une contenance elle débouchait la bouteille, sentait le bouchon, versait un peu du nectar dans un verre qu’elle tendait à Goran qui se la jouait dégustateur.

 

 

- Ça vous va ?

 

 

- Parfait !

 

 

- Je reviens…

 

 

Goran se levait, l’accompagnait. Elle se demandait ce qu’il voulait. Il filait aux toilettes. Ça la rassurait, ce type, tout comme l’autre, l’inquiétait. Elle passait derrière le bar pour préparer la planche de nourriture. Goran revenait, hésitait, regagnait la terrasse avant  de s'engouffrer dans un gros 4X4 noir stationné sur le trottoir. Le monstre laissait de la gomme sur la chaussée. Les deux autres s'étaient éclipsés, ne restait plus sur la table qu'une poignée de billets.

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15 juin 2021 2 15 /06 /juin /2021 06:00

 

La réponse est page 94 :

 

« Rejeton d’une lignée détachée de ses racines, je n’ai connu de l’Italie que la cuisine de maman. En même temps que les vertus de savoirs universitaires que j’avais à tort jusque-là rejetés en bloc, Sonia m’a appris la langue de mes aïeux et c’est grâce à elle qu’un jour de furetage dans sa bibliothèque, j’abordai aux rivages du prodigieux continent Camilleri dont j’allais tirer bientôt l’essentiel de mes revenus. Entre nécessité de rencontrer mes éditeurs et désir de comploter avec les camarades de la revue Titanic que j’avais fini par fonder avec Francis, j’avais un alibi pour séjourner à Paris, tout comme j’avais une bonne raison de filer à Rome, avec la nécessité de nouer ces contacts directs qui font les bonnes collections de littérature étrangère. »

 

Page 181

 

« Après quelques instants de silence, nous avons trouvé des sujets : la littérature française contemporaine, puis très vite moi-même, ma vie, mon œuvre… viva morte e miracoli, comme disent les Italiens : sur ce sujet, j’étais intarissable. Je ne coupai pas à la sempiternelle question que tout citoyen de la Péninsule, un jour ou l’autre, m’a posée : « Mais comment faites-vous pour traduire en français Camilleri ? », et j’y répondis au mieux, en récitant presque mot pour mot un texte disponible sur Internet. »

 

Serge Quadruppani – Quais du Polar

Trois questions à Serge Quadruppani ICI 

 

par Pierre Benetti

10 septembre 2019

 

Avec le monde de Vigàta, inspiré de sa Sicile natale, et le personnage phare du commissaire Montalbano, Andrea Camilleri a renouvelé le roman policier et social italien en lui donnant une langue singulière. Il est mort à Rome le 17 juillet dernier. Pour lui rendre hommage, En attendant Nadeau s’entretient avec Serge Quadruppani, qui a traduit en français une trentaine de ses livres.

 

18 juillet 2019

 

Andrea Camilleri « Le fascisme est un virus, dont on a cru se débarrasser en pendant le chef par les pieds, mais qui revient depuis des décennies, sous des formes différentes» Ciao maestro ! ICI 

 

La plupart des romans de Camilleri, ceux où le commissaire Montalbano n’est pas présent, sont traduits par Dominique Vittoz. ICI 

 

Maldonnes - broché - Serge Quadruppani - Achat Livre ou ebook | fnac

 

NOUS AVONS LU « MALDONNES »

le nouveau polar de Serge Quadruppani

paru, le 17 mai 2021

 

 

 

« Je vais vous envoyer mon nouveau polar, mais ce coup-ci, ce serait sympa que vous le lisiez car il y a plein de bouts de moi dedans ! »
Sms de Serge Quadruppani le 10 avril 2021

 

« Non mais c’est chiant ton livre, on sait pas ce qui est biographique et ce qui est inventé, t’as vraiment suriné à la fourchette un dealer surinamais dans une prison d’Amsterdam ? »


 Bah oui ça c’est vrai ».


SMS de la rédaction de lm à SQ le 11 avril 2021

 

Critique à lire absolument ICI 

 

Dans les années 70 et jusqu’au milieu des années 80 du siècle dernier, la fêlure de 68 a laissé surgir sur le territoire français et bien au-delà, une minorité active dont je n’ai aucune honte ni fierté particulière à dire que j’en étais. Dans cette population, certains comportements allaient de soi. L’illégalisme en était un : du vol dans les magasins au braquage, le choix des moyens dépendant des capacités de chacun, des milliers de personnes s’efforçaient d’obéir à l’injonction que les situationnistes avaient reprise à Rimbaud : ne travailler jamais. Un principe tout aussi répandu et très peu discuté, c’était le rejet du couple – certains ajoutant « traditionnel » pour justifier une liaison durable. Ce que ce rejet impliquait parfois de mensonges à soi-même et de souffrance, toute une littérature de repentis l’a abondamment documenté, mais le degré d’intensité dans les passions et de beauté dans la rencontre qu’il a entraîné pour des milliers de femmes et d’hommes, on est peu équipé pour le deviner, à présent que les sensibilités sont quadrillées par la psychologie des magazines, le moralisme militant et la pornographie. Une chose est sûre, en tout cas : l’idée de se marier ne pouvait susciter que le rire et la dérision.

 

Le livre ouvert, on ne l’a plus lâché. Les personnages, l’intrigue, l’action, les descriptions culinaires tout est savoureux et haletant. Des faux papiers, des braquages ratés des braquages réussis, un butin, des coucheries et des histoires d’amour, ce serait donc ça un excellent polar. A cette nuance près que les vies qui s’y croisent et les aventures qui s’y trament ont quelque chose d’autobiographique.

 

Maldonnes n’est cependant pas une autobiographie. Dedans, il y a bien des « bouts » de Serge Quadruppani, plein même, mais ils se mêlent à d’autres histoires et anecdotes de l’époque et sont même parfois exagérés pour servir l’intrigue. Après son acquittement pour braquage, Georges Nicotra traine Antonin Gandolfo au fin fond de la Normandie pour y déterrer son butin. Dans des bocaux, les liasses de billets enterrées se désagrègent, pourries. Il reste néanmoins de l’or et c’est à partir de là que le récit se noue.

 

Le cas Nicotra publié par Maurice Nadeau c’est le cousin germain d’Un coupable idéal, Roger Knobelspiess, Maurice Nadeau, 1986

 

J’ai chroniqué sur lui

 

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27 janvier 2015

L’ami « Moineau » pilier solide des beuveries elbeuviennes, rempart de bistrot…le roman des Écameaux Roger Knobelspiess, Oui, Roger, c’est un bête qu’est devenu intelligent grâce aux livres ICI 

 

Citizen July

 

À propos de l’évolution de Libé sous July, rue Béranger, j’adore :

 

« Momo, l’archiviste et la mauvaise conscience de Libération, celui qui n’avait aucun ennemi à gauche mais conservait des dossiers sur les chefs du journal et leurs exploits à l’époque de la Gauche Prolétarienne. Lunettes rafistolées avec un trombone, cheveux aux vents même par temps calme, dentition lacunaire et vêture ostensiblement négligée, son allure contrastait violemment avec la branchitude en train de s’emparer du reste du personnel. » Page 122

 

« La première des coupures de presse était, bien sûr, de Libération. Avec son sens exquis du jeu de mots laid, le quotidien passé du col Mao au Rotary titrait : « Du plomb dans la balance » et sous-titrait : « L’ex-détenu rebelle devenu indicateur de police abattu chez lui. » Mais c’était comme toujours Le Parisien Libéré qui fournissait le plus de détails sur le fait divers. » page 123

 

Lire - Serge July : l'ex-gros timonier de Libé ICI

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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 08:00

L’ancien premier ministre François Fillon sur un plateau de télévision, en janvier 2020.

L’ancien premier ministre François Fillon sur un plateau de télévision, en janvier 2020. 

 

Même si, selon Jean-François-Paul de Gondi, plus connu en tant que Cardinal de Retz, qui rêvait de devenir un grand politique, et avait un don pour se fâcher avec tous. « On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment », je me dois, en tant que simple gribouilleur de mettre en garde mes rares lecteurs : sans être un pâté d’alouette mon misérable petit roman est, certes de moi, mais n’est pas moi. Tout juste répond-il à la fameuse règle des 80/20.

 

Ambrose, Louis, Clotilde, Chloé, Beria et les autres ne sont que le fruit de  mon imagination, bien sûr ils se meuvent, vivent dans un monde où se mêlent mes souvenirs, mes rêves, mes échappées belles, mes amours, mes envies, mais la mention « toute ressemblance avec des personnages existants serait purement fortuite » lui va comme un gant de pécari. Seuls des esprits mal intentionnés, fouineurs, voyeurs, qui n’ont rien à faire sur mes lignes, se complaisent à mettre des visages sous mes prénoms. À l’avenir, je vais, plus encore, observer une prudence de Sioux sur le sentier de la guerre, j’userai d’initiales, de pseudos, de leurres, de pieds-de-nez, de bras d’honneur… À bon entendeur salut !

 

En revanche, la menace russe n’est pas le fruit de mon imagination. Le G.R.U. acronyme du renseignement militaire russe, organisation centenaire au passé discret, s'est depuis peu frayé un chemin sous le feu des projecteurs de médias occidentaux. Ces trois initiales, qui ont fait parler d'elles ces derniers mois, désignent une organisation récemment accusée d'une série d’opérations en Occident - de l’empoisonnement de l'ex-espion Sergeï Skripal au Royaume-Uni aux piratages de l'Agence mondiale antidopage ou du Parti démocrate américain. La spécificité du GRU est d'être auteur de diversions, de mener des opérations spéciales, et non de former des espions: ses agents n'ont donc pas le même degré de couverture, souligne Pavel Felgenhauer. D’autres experts vont jusqu’à penser que ces bavures étaient volontaires, qu’en « signant » ces actes, la Russie informe les Occidentaux qu’elle peut agir sur leur sol en toute impunité. Vladimir Poutine, lors de la cérémonie du centenaire de l'organisation, le chef du Kremlin n'a pas tari d'éloge à son propos. « Je connais vos capacités uniques (...) et je suis convaincu que chacun de vous fera tout pour la Russie », a-t-il déclaré aux troupes.

 

Réels aussi les liens privilégiés qu'entretiennent le sport et la mafia russes : les clubs de football et les milieux criminels ont depuis longtemps compris qu'ils avaient besoin les uns des autres. Les structures sportives offrent de nombreuses possibilités de recyclage de l'argent sale et sans le pactole des gangsters les clubs russes, dans un contexte économique difficile, n'auraient jamais réussi à survivre. La plus symbolique de la collusion entre le sport et la criminalité reste celle d'Otari Kvantarichvili, entraîneur du Dynamo Moscou et parrain de la mafia dite «sportive», avec laquelle le «Taïwanais» était en affaires. C'est peut-être par l'intermédiaire de ce dernier que le droit acquis par Kvantarichvili – lui aussi assassiné en 1994 – d'importer sans taxe alcool et tabac est passé dans les mains de Chamil Tarpichev. Tarpichev, entraîneur de tennis de Boris Eltsine, puis ministre des Sports, membre du CIO et qui formait avec le chef de la sécurité présidentielle Alexandre Korjakov un des cercles de courtisans les plus en vue, avait créé un «Fonds national pour le sport» en compagnie du banquier Boris Fedorov. Ce fonds dissimulait en fait un vaste trafic d'alcool et de cigarettes auquel la mafia était directement mêlée.

 

Et puis, cerise sur le gâteau nous avons notre Fillon qui, pour s’acheter des costards a été proposé au conseil d'administration d'un groupe pétrolier public russe, Zaroubejneft – fondé en 1967, le groupe Zaroubejneft avait pour mission d'apporter une assistance technique aux pays amis de l'URSS pour y construire notamment des infrastructures pétrolières et développer leurs gisements d'hydrocarbures. Ainsi, il a participé à la réalisation de nombreux projets dans le domaine pétrolier notamment en Algérie, en Afghanistan, au Vietnam, en Egypte, en Inde, en Syrie ou encore au Vietnam – selon un décret du gouvernement russe rendu public vendredi 11 juin, dans la soirée. Le premier ministre unique de Sarko, entre 2007 et 2012, deviendrait ainsi l'un des représentants de la Fédération de Russie au conseil d'administration de cette société. Certes, d'autres anciens hauts responsables étrangers font déjà partie du conseil d'administration de groupes pétroliers russes. L'ex-cheffe de la diplomatie autrichienne Karin Kneissl, qui avait dansé une valse avec Vladimir Poutine en 2018, a été nommée en juin au géant pétrolier russe Rosneft, où l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder est déjà présent depuis plusieurs années. Début juin, invité à s’exprimer lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg, il avait estimé que ces sanctions étaient « stupides et illégales ». Il s’agissait de sa deuxième visite depuis le début de l’année en Russie, dont les frontières sont en théorie fermées aux citoyens français. En coulisses, il expliquait au Monde être présent à cette manifestation en tant que simple « citoyen ».

 

Il y a donc beaucoup de grain à moudre… je ne vous roulerai pas dans la farine...

 

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14 juin 2021 1 14 /06 /juin /2021 06:45

Enfant terrible. Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de la Défense, au côté de François Mitterrand, le 5 octobre 1990 à Paris. Leur relation a souvent été orageuse. © AFP - Michel Clément

« J’ai de plus en plus républicanisé mon socialisme, jusqu’au point où je ne discerne plus l’un de l’autre »

 

Jean-Pierre Chevènement l'invité de l'émission « Les Clefs d'une vie » sur Sud Radio. Il répondait aux questions de Jacques Pessis, dimanche 27 septembre 2020. ICI

 

Congrès d’Epinay, juin 1971 : Pierre Joxe, François Mitterrand, Jean-Pierre Chevènement et Jean-Marcel Bichat. (coll. FJJ-MPG)

 

De mon temps, Chevènement ce fut le CERES, l’aile gauche du PS qui s’accoquina, à Épinay, avec Gaston Deferre, l’ex-Monsieur X de JJSS, pour porter Mitterrand, au nez et à la barbe de ce pauvre Savary, à la tête du nouveau PS.

 

« … nous avions créé le CERES en 1964 avant de connaître François Mitterrand, ou peut-être même nous nous en méfiions un petit peu. Nos préventions avaient disparu parce que nous l'avions trouvé tout de même très attachant et intéressant, et c'était réciproque, il y avait un petit coup de foudre. Néanmoins nous grandissions très vite et en 1970 au Congrès de Grenoble nous faisions déjà presque 20 % des mandats dans le parti, ça commençait à peser lourd. Donc au dîner de jubilé de François Mitterrand, celui-ci s'approche de ma table où j'étais assis avec ma femme et Dalida, née en Égypte comme ma femme, il s'approche donc et glisse à ma femme : « Vous savez il ne faudrait pas que Jean-Pierre me prenne pour Naguib. » Naguib c'était celui qui avait pris le pouvoir en Égypte et qui avait évincé un jeune colonel ambitieux, Gamal Abdel Nasser. Moi je n'étais pas du tout désireux d'évincer François Mitterrand, ça me paraissait un procès très injuste, je ne l'ai pas pris au sérieux, j'ai trouvé ça plutôt marrant, ma femme était elle-même extrêmement surprise de découvrir le jeune homme qui venait de l'épouser sous les traits de Gamal Abdel Nasser. Alors cela se passe comme ça.

 

Le Congrès d'Epinay, j'ose le dire, je le fais, parce qu'il n'y a pas de majorité au Parti socialiste indépendamment du CERES, c'est-à-dire du petit groupe de jeunes gens que j'anime avec Didier Motchane, Georges Sarre, Pierre Guidoni. Nous avons 8,5 % des mandats, et les deux coalitions adverses, Savary-Mollet d'un côté 45 %, Mitterrand-Defferre-Mauroy 45 %. Donc c'est selon que nous votons avec l'une ou avec l'autre que les majorités se font. Sur les structures, par exemple la désignation à la proportionnelle des courants pour les organismes dirigeants du parti, nous votons avec Guy Mollet, mais la fois suivante pour ce qui est de la désignation du Premier secrétaire et de la majorité qui va diriger le parti, nous votons avec François Mitterrand et nous mettons en minorité Alain Savary et Guy Mollet qui le soutenait. Donc c'est la fin d'une période dans l'histoire du socialisme, celle qui commence en 46 et qui se termine en 71, et c'est le début d'une autre période avec François Mitterrand mais sur une base politique qui est la conclusion d'un programme commun avec le Parti communiste, sur la base d'un programme socialiste que Mitterrand me chargera de préparer. Donc j'ai en main au soir du 12 juin 1971 beaucoup d'instruments d'influence puisque, encore une fois, il n'y a pas de majorité sans nous dans le Parti socialiste.

 

Et en 1974 quand il a été battu par Valéry Giscard d'Estaing, il pensait que c'était fini et vous faites partie de ceux qui lui ont dit : «Non ça va marcher un jour ou l'autre».

 

Didier Motchane, Pierre Guidoni, Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre (Congrès de Metz du PS, avril 1979)

Didier Motchane, Pierre Guidoni, Jean-Pierre Chevènement et Georges Sarre (Congrès de Metz du PS, avril 1979)

 

Jean-Pierre Chevènement : Oui j'ai continué à la soutenir parce que dès qu'il a été battu, il a commis une petite imprudence, il a dit : « Il faudra que d'autres, plus jeunes, prennent le relais et poursuivent le combat pour le socialisme. » C'était un moment de déprime, au lendemain de l'élection. Naturellement, Michel Rocard y a vu un présage, les ailes lui ont poussé, et ensuite, après que François Mitterrand nous a mis dans la minorité, il était très content de nous retrouver pour s'opposer à Michel Rocard au Congrès de Metz en 1979 et l'écarter de la direction du Parti socialiste. C'est nous qui encore une fois lui avons fourni l'appoint nécessaire. Il m'a confié la rédaction du projet socialiste, la suite ne m'a pas appartenu car il en a très peu tenu compte !

 

Le 7 février 1983. Vous rétablissez la vérité sur une phrase historique que vous aviez prononcée ce jour-là : « Un ministre, ça ferme sa gueule. Si ça veut l’ouvrir, ça démissionne. » Cette phrase a fait le buzz, comme on ne disait pas encore, pendant des semaines.

 

Jean-Pierre Chevènement : Cela continue à le faire… C’est un principe de déontologie qui est valable mais il faut, pour bien comprendre cette affirmation devant des journalistes (il s’agit d’une conférence de presse que je donne en tant que ministre de la Recherche et de l’Industrie, avec le titre de ministre d’État que m’avait accordé François Mitterrand en prime), se souvenir du contexte. C’est quelques jours après avoir remis une lettre de démission en mains propres à François Mitterrand. Celui-ci, il faut le dire, m’a saboté le travail lorsque j’essayais d’organiser les entreprises nationales avec une petite feuille de route avec quelques chiffres sur leurs résultats en matière d’investissements, de commerce extérieur, de recherche, d’emploi, de dialogue social, etc. Cela a été le prétexte d’une offensive organisée d’une main de maître par un certain nombre de gens qui ne souhaitaient pas voir mettre en œuvre une politique industrielle, chose qui me tenait beaucoup à cœur car je considérais que la France était sur une mauvaise pente, celle de la désindustrialisation.

 

Mes convictions d’enfance, c’est celles que m’a léguées ma mère, mes parents instituteurs dans le Haut-Doubs. Disons que c’est une éducation républicaine. Mes parents ont voté socialiste, mais n’étaient pas socialistes, ils étaient plutôt mendésistes, moi-même je suis devenu mendésiste à l’âge de 15 ans et j’aimais Mendès France. Je me suis tourné vers de Gaulle, car j’ai trouvé que de Gaulle était quand même plus efficace pour résoudre le problème des guerres coloniales et pour éviter à la France une guerre civile désastreuse.

 

Et dans ce livre vous évoquez aussi vos trois semaines dans le coma. Je crois que c’est France soir qui a annoncé votre mort et vous êtes bien vivant, on le voit aujourd’hui. Vous avez eu un accident thérapeutique mais qui aurait pu mal finir Jean-Pierre Chevènement.

 

Jean-Pierre Chevènement : Ça tient essentiellement au fait que, pour une opération bénigne qui n’a d’ailleurs pas eu lieu, une opération de la vésicule biliaire, qui m’a fait souffrir le soir même de la victoire de la France à la coupe du monde de football, on m’a administré une dose de curare. Et cette dose de curare qui devait immobiliser mes viscères, a tellement bien fait son travail que mon cœur s’est arrêté pendant 55 minutes et que grâce à, non pas aux électrochocs, une bonne douzaine, mais grâce aux médecins militaire du Val-de-Grâce, manu militari, qui m’ont ranimé et au bout de 55 minutes mon cœur est reparti. Alors j’étais en mauvais état, ma femme ne voulait pas qu’on me voie dans cet état-là.

 

 

Plutôt qu’une « une espèce de retraite pas très glorieuse », Jean-Pierre Chevènement préfère « mourir en combattant ». Il décide donc de se présenter à la présidentielle de 2002 et de défendre « un projet alternatif aux politiques néolibérales pratiquées par la droite et par la gauche ». Un temps crédité de 14% des intentions de vote, il ne recueille que 5,4% des voix le 21 avril 2002. Mais il récuse le « procès très injuste et faux » qui lui est fait d’avoir fait chuter Lionel Jospin, écarté du second tour par Jean-Marie Le Pen : « Il faut dire les choses, Jospin n’avait pas de vrai programme ».

 

Ce dont il a rêvé, Emmanuel Macron l’a fait en 2017. « J’ai trouvé qu’il était assez fort ", reconnaît-il. Mais s’il " souhaite " la réussite de l’actuel président, il en doute car " il reste prisonnier d’une base sociale beaucoup trop étroite ». Au terme d’un demi-siècle d’engagement, l’Histoire l’a-t-elle déçu ? Non, « parce que l’Histoire est longue. Je pensais qu’un jour on me comprendrait, donc ça valait la peine.»

 

Jean Pierre Chevenement en 2019

 

Chevènement : « La dégradation du niveau du débat politique est consternante »

 

ENTRETIEN. Incarnation de l’autorité républicaine, l’ancien ministre socialiste revient sur la gifle qu’a reçue Emmanuel Macron et sur les enjeux électoraux.

 

 

 

Propos recueillis par Jérôme Cordelier

 

Entre les déclarations complotistes de Jean-Luc Mélenchon qui ont fait scandale et la gifle infligée au président de la République, la vie publique française cabote dans des marécages de plus en plus nauséabonds. Ce n'est pas bon signe alors que la présidentielle se jouera dans moins d'un an maintenant et que, dans un pays sous pression, la surenchère verbale et éditoriale et la radicalisation des positions tiennent lieu de débat. Dans cette atmosphère délétère, nous sommes allés interroger celui qui incarne encore « l'ordre juste » républicain, l'ancien ministre de la Recherche et de l'Industrie, de l'Éducation nationale, de la Défense et de l'Intérieur – sous François Mitterrand – Jean-Pierre Chevènement.

 

Le Point : Le débat politique, si l'on peut parler encore de débat, est-il devenu un cloaque ?

Jean-Pierre Chevènement : La dégradation du niveau du débat politique est évidemment consternante. Mais à quoi faut-il la rattacher ? Ne sommes-nous pas victimes d'une sorte de maladie infantile ou peut-être sénile de nos institutions parce que le système des partis politiques ne répond plus ou pas encore à la demande ? Je m'explique. Il ne suffit pas de détruire. Il faut remplacer. Le général de Gaulle a mis près de dix ans pour substituer aux anciens partis de la IVe République une majorité gaulliste, d'ailleurs trop écrasante pour ne pas lui échapper. Les anciens partis se sont adaptés aux institutions de la Ve République, le Parti socialiste à Épinay en 1971, quand son premier secrétaire a été considéré comme le candidat naturel à l'élection présidentielle, mouvement auquel la droite a répondu avec la création du RPR par Jacques Chirac en 1976. Dès lors, chaque parti devenu « parti de système » a prospéré sur son orbe, les socialistes de 1981 à 2017, la droite de 1995 à 2012. Les Français ont d'abord considéré cette opposition inscrite dans l'histoire comme naturelle, avant de s'en détourner de plus en plus manifestement. En 1993, le PS est écrasé et, en 1997, Jacques Chirac se piège avec sa dissolution ratée. Les abstentions et les votes extrêmes ne cessent de monter tout au long de cette période, jusqu'à donner corps au « dégagisme » que nous connaissons aujourd'hui. Les partis de gouvernement qui avaient adapté leurs modes de fonctionnement aux institutions ne recueillent plus en 2002 que 35 % des voix au premier tour et, en 2017, ils sont renvoyés sèchement dans les cordes, la droite avec François Fillon et le PS avec Benoît Hamon ne totalisent à eux deux que 26 %

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