Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
29 janvier 2017 7 29 /01 /janvier /2017 06:00
Journal d’un chroniqueur de campagne (1) : les girouettes, les vestes qui se retournent, les boules puantes…

L'élection présidentielle 2017 aura lieu les 23 avril et 7 mai 2017, nous sommes donc entrés dans les 100 jours.

 

Je vais tenter, au cours de cette période, de tenir une chronique dominicale où je mettrai mon grain de sel sur des sujets qui me passeront sous le nez.

 

C’est à dessein que j’ai évoqué les 100 jours. Je puise ma source dans une chronique de 2015 de Guillaume Perrault du Figaro.

 

Le 1er mars 1815, Napoléon, qui s'est enfui de l'île d'Elbe quelques jours plus tôt, débarque à Golfe-Juan. Le 20 mars, il entre aux Tuileries, que Louis XVIII a quittés la veille pour l'exil. L'Empereur a reconquis son trône sans tirer un coup de fusil. Les Cent-Jours s'achèvent à Waterloo (18 juin), qui entraîne la deuxième abdication de Napoléon et son exil à Sainte-Hélène.

 

De cet épisode romanesque et désastreux, la France subit encore les conséquences, comme le sous-sol conserve la trace d'événements géologiques lointains.

 

Le premier legs des Cent-Jours est qu'il est recommandé aux Français de regarder le dévouement et la fidélité avec méfiance.

 

On ne compte plus les personnalités qui, après avoir juré fidélité à Louis XVIII, ont retourné leur veste et se sont ralliées à Napoléon à mesure de son avancée vers la capitale.

 

Le 7 mars, le maréchal Ney déclare au roi: «Je promets à Votre Majesté de ramener le monstre à Paris dans une cage de fer.» Le 14 mars, le même adresse aux soldats qu'il commande un ordre du jour célèbre: «La cause des Bourbons est à jamais perdue!»

 

Le penseur libéral Benjamin Constant compare Napoléon à Attila. Dans le Journal des Débats, il conclut ainsi son article: «Je n'irai pas, misérable transfuge, me traîner d'un pouvoir à l'autre, couvrir l'infamie par le sophisme et balbutier des mots profanés pour racheter une vie honteuse.» Trois semaines plus tard, le même Benjamin Constant, appelé par Napoléon de retour aux Tuileries, accepte de rédiger un projet de Constitution et est promu conseiller d'État.

 

Au lendemain des Cent-Jours, un habile journaliste a publié un Dictionnaire des girouettes qui recensait tous les retournements de veste dont les contemporains avaient été témoins. «Cette époque, où la franchise manque à tous, serre le cœur, écrit Chateaubriand dans ses Mémoires d'outre-tombe. Chacun jetait en avant une profession de foi, comme une passerelle pour traverser la difficulté du jour ; quitte à changer de direction la difficulté franchie (…) A cette impossibilité de vérité dans les sentiments, à ce désaccord entre les paroles et les actions, on se sent saisi de dégoût pour l'espèce humaine.»

 

Les ralliements à Macron s’accélèrent et certains sont bien gênants pour lui : Alain Minc qui soutenait Juppé à la primaire de la droite après avoir été un sarkozyste dévoué ; Bernard Kouchner… 1/3 mondiste, 2/3 mondain, intermittent du spectacle politique.

 

Le délégué général d’en Marche!, Richard Ferrand ne s’est ainsi pas vraiment montré très satisfait par cette nouvelle.

 

« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent, disait Edgar Faure. Transmis à Alain Minc qui a naguère prédit et voulu notre échec. »

 

Selon Bernard Kouchner, Emmanuel Macron est «un homme qui ouvre le jeu, qui ne dit pas du mal des gens par goût électoral. Il pose des questions et il est sensible, c'est déjà pas mal. C'est l'homme qui ne s'arrête pas au clivage droite-gauche, et il reste humaniste». «C'est une belle aventure. Et j'aime l'aventure et la solidarité!»

 

Mais qui se soucie de l’avis de Kouchner ?

 

Du côté de Solférino les girouettes sont prêtes à entrer en action dès dimanche soir, le retournement de veste va être à l’ordre du jour dans les semaines qui viennent, faut les comprendre : après la Présidentielle viendront les Législatives, il leur faut choisir le bon wagon pour espérer sauver leurs circonscriptions.

 

« Une tribune en soutien à Macron. Selon les informations d’Europe 1, un texte circule en effet en ce moment de main en main entre les députés socialistes proches de Manuel Valls. Ses auteurs : Christophe Caresche, Gilles Savary ou encore François Loncle, des élus tous aujourd’hui ardents soutiens de l’ancien Premier ministre. Et leur texte n’est autre qu’un appel à soutenir… Emmanuel Macron en cas de victoire de Benoît Hamon dimanche. Cette lettre pourrait être publiée en tout début de semaine prochaine. »

 

Mais le haut fait de la semaine c’est le Pénélopegate déclenché par le Palmipède paraissant le mercredi. La sainte épouse, officiellement femme au foyer, de l’incorruptible Fillon fut pendant de longues années sa salariée à l’AN, et celle de son suppléant lorsqu’il fut Ministre, et pour mettre un peu plus de beurre dans les épinards du couple de Sablé elle émargea, entre mai 2012 et décembre 2013, à la Revue des 2 Mondes alors propriété de son ami Marc Ladreit de Lacharrière, dont elle aurait reçu, au total 100 000 euros bruts.

 

La réponse de celui-ci vaut son pesant de « circulez, y’a rien à voir, je fais ce que je veux de mon pognon ! »

 

« C’est une femme intelligente, elle a lu beaucoup de livres – dont deux résumés seulement ont été publiés. » C’est ainsi que l’homme d’affaires Marc Ladreit de Lacharrière justifie d’avoir salarié pendant près de deux ans Penelope Fillon, épouse de l’ex-premier ministre, dans la Revue des deux mondes dont il est propriétaire, pour seulement deux notes de lecture.

 

La revue a seulement publié deux courtes recensions de livres écrits par Mme Fillon sous le pseudonyme de Pauline Camille, à l’automne 2012, sans que le directeur de l’époque, Michel Crépu, ne les ait jamais sollicitées. « Un après-midi, Marc Ladreit de Lacharrière m’a appelé et m’a dit : « Penelope Fillon s’ennuie. Pourrait-elle critiquer quelques livres ? », raconte M. Crépu. Je ne l’ai jamais vue, ne lui ai jamais parlé. Les deux notes ne sont pas passées par moi. »

 

Marc Ladreit de Lacharrière se justifie : « La revue voyait son chiffre d’affaires baisser chaque année. J’ai donc demandé à quelques amis et personnalités de réfléchir à son devenir, notamment en l’ouvrant vers l’étranger. » « Penelope Fillon était de ceux-là », ajoute-t-il sans donner d’autres noms. Selon l’homme d’affaires, cette « réflexion stratégique informelle » à laquelle M. Crépu, parti fin 2014, n’a pas été associé, n’a pas donné lieu à des réunions. « J’ai dans mes activités une agence de notation, avec des sièges à New York, Londres et Hongkong, je suis un homme du téléphone et de face-à-face », argumente le patron de Fimalac.

 

Mon expérience personnelle des pratiques des parlementaires de tous bords puise sa source dans les 3 années passées, 1981-83, à l’Hôtel de Lassay au cabinet du Président de l’époque. Je dois avouer que, n’ayant jamais mis les pieds dans le marigot politique, je fus estomaqué. Tout était alors possible, le budget de l’AN était secret, la Cour des Comptes n’y mettait jamais son nez, les marchés publics étaient attribués sans appel d’offres, les primes en liquide circulaient sans que cela gêna quiconque.

 

On peut railler la gauche mais tout ça a été balayé en cette période. Mais, l’entre soi cher à nos élus n’en a pas pour autant cessé : l’embauche de la parentèle sur l’enveloppe du député fait partie d’un deal entériné par la Conférence des Présidents.

 

En conséquence, Pénélope Fillon avait parfaitement le droit d’être l’assistante de son mari. L’effectivité de ses prestations est une autre paire de manches, sans nul doute elle a collaboré et utiliser la qualification « d’emploi fictif » c’est aller bien vite en besogne.

 

Pour ma part, la seule question qui se pose est simple : quel est le rapport entre la prestation et la rémunération ?

 

Et c’est là où le bât blesse, les sommes en jeu sont totalement disproportionnées avec ce qui avancé comme prestation par l’intéressé ou ses porte-paroles.

 

Lire Je suis assistante parlementaire depuis dix ans, et je suis sidérée par le Penelope Gate

ICI 

 

 Pierre Laurent : Ça devrait être le bon sens que, quand on est parlementaire, on n’embauche pas quelqu’un de sa famille comme assistant parlementaire.

- Guy Birenbaum : Ça existe chez vous ?

- Pierre Laurent : Non, ça n’existe pas.

- Guy Birenbaum : Si si, ça existe. Monsieur Carvalho, sa femme, sa conjointe, attachée parlementaire à la permanence et en partie à l’Assemblée nationale. J’étais à l’instant sur le site de la Haute autorité pour la transparence.

- Pierre Laurent : Eh bien moi je ne suis pas favorable à cela.

 

S’en émouvoir est sain, aussi bien de la part de ceux qui triment pour 2 balles dans des conditions souvent dures, que des cadres supérieurs qui touchent les mêmes émoluments pour un travail hautement qualifié.

 

Le pire dans cette affaire c’est que ce pauvre Fillon pense que lui et madame sont de bonne foi et que cette affaire relève des boules puantes balancées par ses adversaires pour nuire à son image d’incorruptible.

 

Au fait : qui donc a balancé ces infos au Canard ?

 

Sûrement une amie qui lui voulait du bien… une gorge profonde qui s’était promis de le dézinguer.

 

Que François Fillon médite sur la saillie élégante de Jacques Chirac « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ».

 

Enfin, sur le thème « j’en ai vu des vertes et des pas mûres » sous les ors du pouvoir, l’un des problèmes majeurs des hommes politiques siégeant à Paris c’est la gestion de leur épouse légitime restée dans leur belle province.

 

Ce qui me reste de la charité chrétienne chère à François Fillon m’empêche d’aller plus avant dans les alcôves ou les emplois de complaisance…

 

À dimanche prochain sur mes lignes…

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 06:00
Dis papy Jacques à quelle température la guerre est-elle froide ?

Cette chronique ne trouve pas sa source dans la vague de froid qui nous touche en ce mois de janvier et je ne vais pas ironiser sur ceux qui se plaignent qu’il fasse froid en hiver alors qu’ils sont comme moi bien au chaud. Ce qui me met en colère c’est que depuis l’abbé Pierre nous n’avons jamais su ou voulu traiter intelligemment et efficacement la question des sans-abris. J’y reviendrai un de ces jours.

 

Simplement le froid ne se prêtant guère aux balades à vélo dans Paris j’ai posé mon postérieur sur le canapé face à l’écran plat de la télé pour me payer des toiles sur les chaînes spécialisées. Ainsi, j’ai visionné Farewell avec Guillaume Canet et Emir Kusturica, Mitterrand et Reagan (assez ressemblant)… Le film est, comme on dit, romancé mais assez bien mené.

 

« L'histoire (la vraie) débuta officiellement en juillet 1981, au sommet d'Ottawa, lorsque François Mitterrand rencontra en privé le président américain Ronald Reagan. Au coeur de l'entretien, la révélation du « secret Farewell ». Épaté, Reagan s'exclama : « C'est le plus gros poisson de ce genre depuis 1945 ! »

 

En tête à tête, le président français dévoila à un Reagan stupéfait que l'URSS connaissait la totalité de la couverture radar des Etats-Unis, et qu'elle pourrait anéantir la défense américaine en cas de conflit. Grâce à cette entrevue, la France de Mitterrand regagna la confiance de Washington.

 

Longtemps tenue à distance par l'administration américaine, à cause de la participation des communistes au gouvernement, Paris venait de réintégrer le club des démocraties à la pointe de la lutte contre l'empire du mal soviétique.

 

Peu après, Marcel Chalet, directeur de la DST, se rendit à Washington pour informer plus en détail le vice-président George Bush, ancien directeur de la CIA. Tout avait en réalité commencé au début de l'année.

 

La suite ICI 

 

Ensuite, dans l’une de mes razzias de livres, je me suis offert L’Atlas des Lieux Improbables de Travis Elbotough & Alan Horsfield chez La Martinière.

 

J’y ai repéré 3 lieux improbables fruit de la guerre froide :

 

  • Le tunnel d’espionnage de la guerre froide à Berlin
  • Le centre de communications protégé de Moscou datant de la guerre froide
  • Des bunkers contre la bombe à Pékin.

 

Beaucoup d’entre vous avez lus L’espion qui venait du froid de John Le Carré, mais je ne suis pas persuadé que le débat autour de Poutine activé par la position de Fillon lors de la Primaire à propos de la guerre civile en Syrie soit bien compris par nos chers enfants de la Paix qui « gobent » tout ce qui chalute sur les réseaux sociaux à ce propos.

 

La tribune « À l’OTAN, ne rejouons pas la guerre froide » publiée dans le journal le Monde en juillet 2016 avec des signataires recouvrant un large prisme politique met les choses au point ICI 

 

« Reconnaissons que la Russie n’est pas sans torts, admettons même qu’elle fasse peur : faut-il pour autant aller jusqu’aux gesticulations politiques (réunion à Varsovie) et militaires (déploiements de forces de combat à proximité du territoire russe) dont le prochain Sommet va fournir l’occasion ? »

[…]

« Les mêmes qui nous ramènent à la guerre froide sont les premiers à protester qu’ils n’en veulent à aucun prix le retour. Ils seraient plus crédibles s’ils veillaient à rassurer la Russie en même temps qu’ils rassurent pays baltes et Pologne. Il n’y aurait pour cela que deux choses à dire : la première, que les déploiements de forces sont exceptionnels et n’ont pas vocation à devenir permanents ; la seconde, que l’OTAN a fait le plein de ses membres et ne s’élargira en aucun cas et dans aucune direction à un nouveau membre.

 

La France aurait une belle occasion à saisir et s’honorerait en prenant à son compte cette double affirmation. La règle de l’unanimité en vigueur à l’OTAN lui donne les moyens d’empêcher ce qu’elle refuse. Mais, peut-être, est-ce déjà trop demander à une diplomatie qui, depuis longtemps, a désappris à dire non ? Notre retour dans l’organisation militaire intégrée ne doit pas nous priver de l’indépendance qui était la nôtre auparavant. »

 

Alors, permettez-moi de jouer à «Dis papy Jacques c’est quoi la guerre froide ?»

 

Le concept de «guerre froide» a été inauguré le 5 mars 1946 par un discours de Winston Churchill à Fulton, dans le Missouri. Celui-ci, qui avait quitté le pouvoir quelques mois plus tôt, ne sombrait pas dans l’euphorie d’après-guerre, il mesurait la duplicité de Staline et s'en était inquiété auprès du président américain Harry Truman.

 

la conférence de Potsdam qui se tient juste après la capitulation allemande, la tension devient déjà plus perceptible en raison du refus de Staline d'organiser des élections libres en Pologne. C'est le début d'une incompréhension croissante qui éclate au grand jour en 1947.

 

Harry Truman désireux de réarmer les démocraties contre la nouvelle menace venue de l'Est, invite le vieux lion britannique à prononcer un discours au collège de Westminster, à Fulton.

 

Dans son discours, le fumeur de havane et le buveur de Pol Roger, qui a 72 ans, se fait visionnaire. Il clame : «De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent (...). Quelles que soient les conclusions que l'on tire de ces faits, ce n'est certainement pas là l'Europe libérée pour laquelle nous avons combattu ; et ce n'est pas non plus celle qui porte en elle les ferments d'une paix durable».

 

En 1947, Truman qui veut endiguer l'expansion soviétique en Europe, prône la doctrine du «containment» qui se traduit par le plan Marshall, dont l’objectif est d’aider ceux des pays d’Europe qui « veulent rester libres » à se relever économiquement. Seize pays d'Europe occidentale acceptent le plan Marshall, mais Staline le refuse pour l'Union soviétique et contraint les démocraties populaires à faire de même.

 

Le 22 septembre 1947, les délégués des partis communistes d'Union soviétique, de Pologne, de Yougoslavie, de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, d'Italie et de France se réunissent près de Varsovie et créent le Kominform, bureau d'information installé à Belgrade et qui devient rapidement l'organe de coordination idéologique du mouvement communiste.

 

À cette occasion, Jdanov exprime la doctrine soviétique de la guerre froide, réponse à la doctrine Truman : le monde est divisé en deux camps, « un camp anti-impérialiste et démocratique », celui de l'Union soviétique, et un « camp impérialiste et anti-démocratique », celui des États-Unis. Le Kominform, réunit l'ensemble des partis communistes des « démocraties populaires » au pouvoir ou en passe de l'être, mais aussi les puissants PC italien et français.

 

En 1947, le monde est donc devenu bipolaire, divisé en deux blocs inconciliables et en réaction au programme Marshall, l'URSS institue, en janvier 1949, une coopération économique avec les pays du bloc soviétique dans le cadre du Conseil d'assistance économique mutuelle : le Comecon.

 

En février 1948, c’est le coup de Prague, le Parti communiste tchèque prend le pouvoir en éliminant tous ses opposants. Les Occidentaux, en violation des accords de Yalta, unifient leurs zones d'occupation et y mettent en place une nouvelle monnaie. L'Allemagne devient donc le point de fixation de la guerre froide, à l’Ouest le bastion de la lutte contre l'expansion soviétique, à l’Est celui de la lutte anti-impérialiste. Et Berlin est une île en zone soviétique.

 

En juin 1948, Staline réagit en décrétant le blocus des accès routiers et ferroviaires de Berlin pour contraindre les Occidentaux à quitter leurs secteurs d'occupation. Les Américains réagissent en mettant en place un pont aérien pour ravitailler la ville et menacent d'utiliser la force si les Soviétiques s'opposent à la libre circulation dans les couloirs aériens. La menace est efficace car les Soviétiques ne disposent pas encore de la bombe atomique. Et au bout d'un an, en 1949, Staline recule et lève le blocus.

 

La conséquence de la crise de Berlin est l'accélération de la division de l'Europe, division dont l'Allemagne devient le symbole puisqu'en 1949 les Occidentaux fondent la RFA et les Soviétiques la RDA. Berlin conserve son statut de ville occupée.

 

Les Américains créent l'OTAN, pacte militaire qui a pour but, en mettant toutes les armées européennes sous commandement américain, de résister à une éventuelle attaque soviétique. Les Russes, eux, en riposte créent le Pacte de Varsovie.

 

En 1949, c’est l'Asie qui devient le champ d'affrontement des deux Grands. En effet, les communistes chinois de Mao prennent le pouvoir. Les nationalistes de Tchang Kaï-chek se replient sur l’île de Formose qui deviendra Taïwan. Les Chinois de la République Populaire rejoignent le bloc soviétique. Dans le même temps, en Indochine, les communistes vietnamiens sont en guerre contre la présence française. L'Asie est déstabilisée.

 

La stratégie du containment connaît alors un sérieux revers. C'est pourquoi, en 1950, les États-Unis n'hésitent pas à entrer en guerre contre la Corée du Nord lorsque celle-ci, soutenue militairement par la Chine, attaque la Corée du Sud. La guerre, très meurtrière, dure trois ans.

 

En 1953, un armistice est signé, qui sanctionne un retour au statu quo ante. Cette fois, la stratégie de containment a été un succès. La guerre de Corée pousse les États-Unis à signer une série de pactes afin d'encercler la puissance soviétique. En 1951, c'est le pacte de San Francisco entre les États-Unis et le Japon ; en 1954, l'OTASE avec les pays de l'Asie du Sud-Est, puis le Pacte de Bagdad avec les pays du Proche-Orient.

 

La constitution des blocs s'accompagne d'une course aux armements entre les deux Grands. Dès 1949, les Soviétiques possèdent l'arme nucléaire. Et en 1953, quelques mois seulement après les États-Unis, ils possèdent la bombe à hydrogène. Les deux superpuissances sont désormais dans une situation de parité nucléaire. D'autant que toutes deux disposent également des vecteurs nécessaires (bombardiers lourds et, à partir du milieu des années 1950, grâce à la conquête spatiale, fusées).

 

Les premiers signes de détente apparaissent dès la mort de Staline en 1953. Khrouchtchev, propose aux États-Unis la «coexistence pacifique».

 

En 1956, les deux Grands interviennent, sans se concerter, pour mettre fin à la crise de Suez, qui marque le déclin de la Grande-Bretagne et de la France, concrétisant ainsi la réalité du duopole qui gouverne alors le monde.

 

La crise de Cuba, en 1962, le 27 octobre 1962 - point culminant de la crise des missiles de Cuba – on avait échappé de justesse à l'apocalypse nucléaire. Ce fut le jour « le plus dangereux de l'histoire de l'humanité »

 

La CIA a établi qu'à Cuba cinq batteries de missiles nucléaires sont désormais prêtes à l'emploi. Selon l'agence de renseignement, les Soviétiques peuvent, en quelques minutes, tirer de l'île castriste l'équivalent de centaines de bombes d'Hiroshima sur New York et Washington. Le compte à rebours est lancé. L'état-major américain supplie Kennedy de frapper le plus vite possible Cuba et ses sites atomiques, puis d'envahir l'île afin de se saisir des missiles et de renverser le régime castriste une fois pour toutes. Le président résiste. Il ne veut pas donner son feu vert. Pas encore.

 

Khrouchtchev croit - et c'est une erreur colossale ! - que Kennedy a pris la décision de frapper. Castro vient de lui écrire une lettre désespérée, dans laquelle il l'assure que les Américains vont attaquer son île dans « vingt-quatre à soixante-douze heures ». Il le supplie de bombarder le premier - avec les missiles atomiques installés sur son île et qui sont déjà pointés vers les grandes villes de la côte Est. Comme Kennedy, Khrouchtchev tergiverse. Mais à l'évidence, des deux côtés, sous la pression du Pentagone ou des Cubains, la moindre étincelle peut tout déclencher. « Cette fois, nous étions vraiment à deux doigts d'une guerre nucléaire », confiera Khrouchtchev dans une étonnante conversation tenue au Kremlin.

 

Aucune étincelle ne vient enflammer la poudrière nucléaire. Mais qu'en sera-t-il les jours suivants ? Kennedy et Khrouchtchev, qui ont tous les deux combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, le savent d'expérience : dans une situation aussi tendue et aussi complexe, ils ne peuvent tout maîtriser. D'autant que, faute d'un canal de communication direct (le célèbre téléphone rouge entre le Kremlin et la Maison-Blanche ne sera installé qu'en août 1963, à la suite de cet épisode), leurs messages n'arrivent qu'au bout de plusieurs heures. Sans se parler, les deux K parviennent pourtant à la même conclusion : pour éviter d'être précipités contre leur gré dans le stade ultime de l'escalade - la guerre -, ils doivent au plus vite mettre un terme à leur bras de fer. Et pour cela faire des concessions.

 

La crise coûta sans doute ses fonctions à Khrouchtchev, démontrant ainsi la pluralité des options au sein des dirigeants soviétiques, mais elle fut l'occasion pour les dirigeants des deux Grands de se convaincre d'organiser la détente, c'est-à-dire le maintien du statu quo qui fait qu'aucun des deux Grands ne cherche à étendre son influence au-delà de sa sphère.

 

Dans ce contexte les deux Grands vont surtout devoir apprendre à vivre avec de nouveaux acteurs sur la scène internationale : les pays du tiers-monde.

 

Le tiers-monde né avec la conférence de Bandung en 1955, où les pays sous-développés ont affirmé leur volonté de ne pas se ranger derrière l'un ou l'autre des deux Grands, adoptant une position neutraliste. En fait, le mouvement des non-alignés ne remet pas en cause la logique bipolaire : tout au plus arrive-t-il à utiliser les rivalités entre les deux superpuissances. Ainsi Nasser, en 1956, nationalise le canal de Suez et fait financer le barrage d'Assouan par les Soviétiques devant le refus des Américains de le faire.

 

C'est de l'intérieur de chaque bloc qu'apparaît véritablement une tentative de remise en cause de la logique bipolaire. Ainsi, dès 1960, les Chinois remettent en cause le leadership soviétique. Alors que l'aide soviétique aux Vietnamiens en guerre contre les Américains est volontairement limitée, dans un souci de détente, les Chinois n'hésitent pas à renchérir en soutenant le Nord Viêt Nam.

 

D'une façon générale, la République populaire de Chine va tenter de s'imposer comme pôle fédérateur des mouvements de guérilla du tiers-monde, au détriment de l'Union soviétique. La situation sino-américaine va rapidement changer sous l'administration Nixon. En effet, les responsables américains vont profiter des tensions sino-soviétiques en engageant une politique de rapprochement avec la Chine populaire.

 

Dans le camp occidental, c'est de Gaulle qui, à partir de 1958, conteste la prééminence américaine. Il fait sortir la France de l'OTAN, dénonçant ce qu'il appelle le « protectorat américain ». Pour de Gaulle, la guerre entre les deux superpuissances n'est plus à l'ordre du jour du fait de la détente.

 

Pour lui, le refus de la bipolarisation et l'affirmation de la France passent par la recherche de nouvelles alliances. En 1964, la France reconnaît ainsi la Chine populaire, s'opposant ainsi à la fois aux États-Unis (qui soutiennent la Chine nationaliste de Taiwan) et à l'Union soviétique (qui avait rompu avec la Chine en 1960). Ce qui n'empêche pourtant pas l'Union soviétique d'amorcer, à partir de 1966, une politique de coopération économique avec la France. Là encore, la superpuissance tente de profiter des tensions internes à l'autre bloc pour avancer ses pions, sans pour autant aller à l'affrontement direct avec l'autre superpuissance.

 

Le processus de détente atteint son apogée au milieu des années 1970 avec la signature des accords d'Helsinki, par lesquels l'ensemble des pays signataires s'engage à respecter les frontières issues de la Seconde Guerre mondiale.

 

Cependant, en dépit des non-alignés et des contestations internes à chaque bloc, la logique bipolaire continue à fonctionner. Le statu quo sur lequel reposait la détente est finalement remis en cause par l'Union soviétique. On revient à des rapports plus conflictuels, les commentateurs parlent de «guerre fraîche »

 

En 1975, l'URSS pousse ses pions en Afrique : elle intervient en Angola et au Mozambique par l'intermédiaire des Cubains. En Éthiopie, un régime procommuniste s'empare du pouvoir. La même année, après le départ des Américains, l'Asie du Sud-Est devient le champ clos des affrontements sino-soviétiques. Les Vietnamiens sont soutenus par les Soviétiques et les Cambodgiens par les Chinois. Ils s'affrontent dans l'un des conflits les plus meurtriers de la seconde moitié du XXe siècle.

 

En Amérique latine, les positions stratégiques américaines sont mises à mal par la révolution sandiniste au Nicaragua.

 

Au Moyen-Orient, en 1979, la révolution islamique en Iran qui renverse le Shah prive les États-Unis d'un allié. À la fin de la même année, les Soviétiques envahissent l'Afghanistan. C'est le coup de Kaboul.

 

L'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir aux USA relance la course aux armements stoppée pendant la détente. Il propose un projet stratégique connu sous le nom de «guerre des étoiles» réseau de satellites destinés à détruire les fusées nucléaires soviétiques, pour contrer l'Union soviétique.

 

Les Soviétiques répliquent. C'est la crise des euromissiles. L'enjeu est de taille : les Soviétiques installent dans les pays satellites d'Europe centrale des missiles nucléaires (les SS-20) pointés vers l'Europe occidentale. Face à cette menace, les Américains et leurs alliés de l'OTAN se proposent de répliquer en installer en Allemagne fédérale des missiles tout aussi puissants (les Pershing) orientés vers l'Europe communiste et l'URSS. Les pacifistes et gauchistes occidentaux se mobilisent contre ce projet au nom de l'aphorisme : « Plutôt rouges que morts ! »

 

Le 20 janvier 1983, François Mitterrand, président de la République française, s'exprime devant les députés du Bundestag, à Bonn (première capitale de l'Allemagne fédérale). Il emploie une formule qui fera date : « Les fusées sont à l'Est, les pacifistes à l'Ouest ! »

 

En 1985, Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS dans un contexte politique très difficile. Après la mort de Brejnev, les luttes internes ont été vives et ses deux successeurs, Andropov et Tchernenko, sont décédés dans un temps très bref, ouvrant une crise de succession majeure à la tête de l'Union soviétique.

 

Gorbatchev est un réformateur. Il a conscience que l'Union soviétique n'a pas les moyens économiques et technologiques de suivre les Américains dans la course aux armements. À l'instar de Khrouchtchev trois décennies plus tôt, il considère que seule une politique de pause dans la rivalité entre les deux Grands peut permettre de sauver le système soviétique. C'est pourquoi il propose une réduction des dépenses militaires et offre aux Américains de discuter du désarmement. Tout va alors très vite.

 

D'une certaine manière, la logique bipolaire continue à fonctionner. Les Soviétiques usent ainsi de leur influence pour mener leurs alliés vietnamiens à évacuer le Cambodge qu'ils occupaient. Les Soviétiques se retirent eux-mêmes d'Afghanistan. Dans le même temps, ils cessent leur soutien aux guérillas et régimes procommunistes africains. En l'espace de quelques mois, l'essentiel des conquêtes de l'ère Brejnev est abandonné.

 

Mais la tentative de Gorbatchev de réformer le système échoue. L'Union soviétique perd le contrôle des démocraties populaires, le mur de Berlin tombe, l'Allemagne se réunifie et, finalement, l'Union soviétique elle-même implose. La Russie, qui succède à l'Union soviétique, est amputée territorialement en raison de l'indépendance autoproclamée de plusieurs anciennes républiques soviétiques.

 

En décembre 1989, lors du sommet de Malte, les leaders des deux superpuissances annoncent la fin de la guerre froide. La guerre du Golfe, en 1991, voit la Russie s'associer à une guerre contre son ancien allié, l'Irak. Les États-Unis sont désormais le seul Grand.

 

Du moins le croit-il…

 

La Chine s’est réveillée, l’ex-petite main du KGB a endossé le costume de chef de guerre, L’Iran pointe son nez, Erdogan rêve de sultanat et voilà Trump l’isolationniste…

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 06:00
La nourriture est « 1 arme de destruction massive et 1 arme d’autodéfense ! » Marc Dugain

J’ai découvert Marc Dugain dans La Malédiction d'Edgar (2005), la vie de John Edgar Hoover, chef trouble du FBI pendant quarante-huit ans.

 

Il s’est fait connaître avec La Chambre des officiers, publié en 1999, il a 35 ans et il y raconte le destin de son grand-père maternel, « gueule cassée » de la guerre de 14-18. Ce premier livre obtiendra pas moins de 20 prix littéraires dont le prix des libraires, le prix des Deux-Magots et le prix Roger-Nimier.

 

Auparavant il travaillait dans la finance avant de devenir entrepreneur florissant dans l'aéronautique.

 

Dans mes moissons de livres, avec un penchant marqué pour les petits livres que l’on glisse dans sa poche j’ai récemment acheté Claire Byache raconte Marc Dugain Du coq à l’âme dans la petite collection L’Arrière-Cuisine chez Kéribus éditions.

 

Ce n’est pas un livre de recettes, même s’il y en a, le pâté de lapin constitutif de sa famille, le riz au lait qui m’est aussi très cher, mais un parcours ponctué par une saine et roborative révolte : « Ce qui nous reste, c’est refuser. On créé des produits absolument mauvais et, une fois que les gens sont malades, on les soigne avec des médicaments que l’on a fabriqué. Au final, on a écoulé des pesticides, des produits alimentaires et des médicaments. En termes de marché, c’est formidable. Il y a dans l’alimentation, une dimension politique qui m’intéresse plus encore que le plaisir que je peux ressentir à déguster quelque chose de très bon : manger, c’est un enjeu considérable. »

 

J’ai choisi de publier cet extrait car il est représentatif d’un nouvel état d’esprit que nos élites feraient bien de méditer. Dugain n’est pas un écolo, il fut un chef d’entreprise florissant, sa voix porte.

 

« J’ai été élevé dans le Vercors, à côté d’une ferme chez ma grand-mère. Dans la ferme voisine, il y avait des vaches laitières. Pour moi, « paysan », c’était l’expression même de la santé. Je veux dire, une santé de paysan, c’était un gage de robustesse. Les paysans étaient des gens qui vivaient sainement, maîtres de leurs propres produits. »

 

Aujourd’hui, tout a changé.

 

Le monde agricole est attaqué de toutes parts.

 

« Ennemi de lui-même avant tout, le paysan subit l’utilisation dans des proportions démentes de produits chimiques. Pour que l’agriculture raisonnée prenne le pas sur le reste, il faudrait commencer par parler avec les agriculteurs et leur faire comprendre qu’ils sont les premières victimes d’un système qui vise un seul et unique but : faire toujours plus d’argent. »

 

L’argent. Qui a pris des proportions mortifères pour l’humanité.

 

« La logique de l’argent ne peut pas continuer sur son horrible lancée parce que, précisément, cette lancée est bel et bien celle d’une destruction : la destruction pure et simple de la planète. Il faut que les gens aient conscience de cette réalité. Sauver sa peau et celle de ces enfants ressemble de plus en plus à un jeu de piste dans le maquis. Je sais que manger sain et bio n’empêche pas de tomber malade, mais ce qui est certain, c’est que la prévention, de toute façon, apporte d’incontestables bienfaits.»

 

« Plus la science progresse plus on se rend compte que nous sommes seuls. À mesure que l’on recule les limites de notre connaissance, on s’aperçoit que la vie est, en vérité, une infime exception dans le cosmos, du moins au rapport des distances que l’on connaît aujourd’hui. C’est un miracle absolu, la vie. Et pourtant nous sommes engagés dans un suicide collectif… Ce qui est très clair, désormais, c’est la direction empruntée par l’humanité. On le constate au niveau de l’Europe. Depuis qu’elle existe, beaucoup de décisions positives ont été prises, oui. Mais pas seulement. L’intensification de l’utilisation des sols, la destruction écologique dans laquelle nous sommes plongés, et qui ne fait que s’accroître, est aussi une réalité. Notre système est fondé sur l’extension permanente des marchés. Il faudra bien, un jour, que l’on se réveille. »

 

Pour revenir à la table « Peu importe la carte, deux choses, à elles seules, disent immédiatement tout d’un restaurant : la propreté des toilettes et la qualité du pain. Si les deux sont mauvais, mieux vaut se lever et partir tout de suite. »

 

La recette fétiche de Marc Dugain : Crevettes sautées à l’ail et au persil.

 

C’est simple : 1 cuillère à soupe d’huile d’olive chauffée à blanc dans une poêle pour faire dorer les crevettes. Ajouter l’ail et le persil finement hachés.

 

Servir !

La nourriture est « 1 arme de destruction massive et 1 arme d’autodéfense ! » Marc Dugain
Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 10:15
La citation fausse primée est celle que j’avais signée et les gagnants sont : François Desperriers et Plumette…

Mon ego en fut flatté puisque la citation fausse, signée MOI : «Je me méfie des vins que l’on garde pour les grandes occasions. Quand on est mort, ce sont les autres qui les boivent.» publiée le 19 décembre 2016 sur mon mur Face de Bouc avait recueilli 110 preuves d’amour.

 

Lorsque le 18 janvier je lançais mon Grand concours du taulier : quelle est la meilleure des 110 citations fausses ? 2 Magnums en jeu ! Je ne me faisais guère d’illusions sur l’écho qu’allait rencontrer :

 

« Un gagnant donc sur Face de Bouc et un sur mon blog.

Que gagneront-ils ?

Un beau flacon.

Bien évidemment tout ça est conditionné par un vote massif et significatif de votre part.

Je ne prends donc pas beaucoup de risques puisqu’en général mes appels au peuple sont des bides !

Qui vivra verra ! »

 

Tel fut le cas, ce fut comme à la Primaire de la sinistra : un flop de participation !

 

Mais je dois souligner qu’à nouveau ce fut la n°47 qui tira modestement son épingle du jeu :

 

«Je me méfie des vins que l’on garde pour les grandes occasions. Quand on est mort, ce sont les autres qui les boivent

 

  • Sur Face de Bouc François Desperriers tira le premier, à 08h 13 pour la plébisciter.

 

  • Sur mon blog c’est Plumette qui vota pour 18/01/2017 10:34

 

Je vote pour la citation 47. Elle est excellente.

 

Que faire pour les récompenser ?

 

François Desperriers je sais où il niche mais Plumette je ne sais plus trop ?

 

Alors, j’ai décidé dans ma sagesse légendaire de les inviter à déjeuner, ensemble bien sûr, si Plumette (que je connais mais dont je ne révélerai pas le nom) le veux bien, au restaurant Les Climats.

 

Comme ils sont tous deux provinciaux, preuve que je ne chronique pas que pour les bobos parisiens, ça ne sera pas forcément simple mais je suis sûr que nous trouverons l’occasion de boire des vins de garde, bourguignons puisque Les Climats ne servent que des nectars de cette région chère au cœur de François.

 

À bientôt j’espère et merci de votre fidélité…

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 06:00
Pompez l’air de vos belles quilles plutôt que celui des belles filles ! Le Bonneau de Martray ça pompe combien ?

Les Shadocks pompaient !

 

« Je lui raconte comment le fameux docteur avait acheté un domaine dans les bois, près de Marseille, où il vivait à poil en toute saison. Un peu piqué, même beaucoup. Que j’en suis parti, parce que cette façon de comprendre la vie me pompait l’air. » — Giono, Grands Chemins, 1951, page 189.

 

C’est dans le très sérieux journal La Croix que le très sérieux Alain Rémond répond avec humour à une question d’un lecteur :

 

  • « Vous qui savez tant de choses, êtes-vous en état de nous dire si l’on continue, à la cantine du Palais-Bourbon, de pomper l’air dans les bouteilles de vin entamées, afin de pouvoir les resservir le lendemain, dans de bonnes conditions de conservation, à nos élus ? 

 

Je suis au regret, cher monsieur, même si je sais « tant de choses », flatteuse assertion dont je vous laisse l’entière responsabilité, d’avouer mon incapacité à répondre à l’interrogation qui vous taraude.

 

Je pourrais faire état de ma science, fraîchement acquise sur Internet, en matière de pompage d’air dans les bouteilles de vin entamées, à domicile ou au restaurant, grâce à des méthodes et à des outils qui sont à l’honneur de la civilisation occidentale.

 

Mais, malheureusement, je ne dispose pas de suffisamment de relations au sein du saint des saints de l’Assemblée nationale, j’ai nommé sa cantine, pour pouvoir affirmer que l’on continue de pratiquer cette coutume qui, en effet, ainsi que vous me le précisez, est non seulement « sage et louable, dans un souci de bonne gestion », mais « a peut-être aussi permis de créer un emploi ».

 

Sans doute serez-vous néanmoins d’accord avec moi pour souhaiter, en cette période de campagne électorale, que nos élus, qu’ils pompent ou pas l’air dans leurs bouteilles de vin, s’abstiennent »

 

Vous commencez à me connaître, suis bon garçon, je vais vous guider sur la félicité de la conservation de la bouteille ouverte et de la défloraison subreptice du flacon de haute notoriété.

 

Test comparatif : 4 pompes à vin au banc d’essai

 

Les fabricants sont formels : les pompes à vin permettent de conserver une bouteille ouverte pendant plusieurs jours. Sur le papier, ces petits outils composés d’un bouchon et d’une pompe sont ultra faciles à utiliser. Il suffit de reboucher votre bouteille et de pomper pour faire le vide d’air, empêchant ainsi l’oxydation du vin. Et dans les faits ? Toutlevin.com a voulu en avoir le cœur net. Nous avons demandé à Tristan Ringenbach, sommelier et caviste à Lyon, de tester avec nous quatre modèles de pompes à vin différents. Banc d’essai.

 

ICI 

 

Mais ce cher Alain Rémond, qui fut pendant des années chroniqueur à Télérama, aurait dû consulter la Géo trouve tout du vin l’ex Miss Glou-Glou qui, depuis qu’elle est entrée par la grande porte du Monde signe sous son patronyme.

 

Comment conserver une bouteille de vin entamée ?  ICI 

 

Le secret pour préserver du vin : éviter que l'oxygène ne l'altère. De la pompe à air à l'injection de gaz, inventaire de méthodes pas si loufoques.

 

Coravin, la méthode des experts

 

« Coravin, outil apparu il y a deux ans aux Etats-Unis, prend le problème dans l'autre sens : plutôt que chercher à refermer la bouteille, pourquoi ne pas se servir sans l'ouvrir ? Une aiguille creuse perce le liège du bouchon pour prélever le vin à la manière d'une seringue, tout en injectant un gaz neutre. Au retrait de l'aiguille, le trou est résorbé par l'élasticité du bouchon. Cette technique permet de prélever un peu de vin pendant plusieurs mois sans jamais altérer le breuvage.

 

On peut envisager un repas où chaque convive choisit son grand cru qui sera ensuite redescendu à la cave. Au-delà de l'aspect peu convivial du système, il coûte cher (299 euros), d'autant qu'il faut ajouter le prix des cartouches de gaz. Intéressant pour les belles étiquettes – certains cavistes l'ont adopté –, cet outil mérite de faire le calcul pour les vins de moins de 20 euros : le coût de la conservation pourrait alors dépasser celui de la bouteille ! »

 

Pour ma part, je ne vais pas me doter de ce petit engin mais, en revanche, je le trouve intéressant dans les restaurants qui proposent des vins avec plein de zéros derrière. Grâce à lui on peut s’«offrir» un verre de ces nectars de haute extraction. Je n’ai jamais pratiqué mais j’ai pu pratiquer aux Climats la dégustation d’une lichette de Bonneau de Martray 2001 pour me faire une idée de la « valeur » de ce vin comparée à celle du chèque allongé par l’américain.

 

De ce côté-là, comme c’était prévisible, les 100 millions de patates sont dépassées. Du côté de ceux qui savent, je ne parle pas des 2 parties mais de la maison qui aurait pu préempter mais qui n’a pu le faire vu la hauteur du chèque, le secret est bien difficile à garder.

 

Alors c’est 130 millions de patates qui tomberaient dans la poche de la société Bonneau de Martray (1), de quoi mettre du beurre dans leur pinard.

 

  1. DOMAINE BONNEAU DU MARTRAY, société civile d'exploitation agricole société civile d'exploitation agricole est active depuis 33 ans.

Située à PERNAND VERGELESSES (21420), elle est spécialisée dans le secteur d'activité de la culture de la vigne. Son effectif est compris entre 6 et 9 salariés.

Sur l'année 2015 elle réalise un chiffre d'affaires de 2 413 500,00 €.

Le total du bilan a augmenté de 6,36 % entre 2014 et 2015.

Societe.com recense 1 établissement actif et 1 événement notable depuis un an.

Jean-Charles LE BAULT DE LA MORINIERE, est gérant de l'entreprise DOMAINE BONNEAU DU MARTRAY.

 

Pour 2016, nous saurons de combien a augmenté le total du bilan qui devrait faire un sacré bond.

 

Mais du côté de CORTON il se passe toujours quelque chose, comme aux Galeries Farfouillettes, la planche à biftons est en surchauffe.

 

La colline de Corton perd-t-elle la tête ?

 

S’interroge un journaliste dégustateur en Bourgogne…

 

« Un mystérieux acheteur, une coquette somme et un site emblématique en Bourgogne. Les ingrédients pour que l’alarme soit sonnée autour de la colline de Corton sont réunis. Depuis quelques semaines la rumeur d’une vente imminente du bois de la colline de Corton circule dans le vignoble. Sans que les intentions de l’acheteur, anonyme à cette heure, ne soient connues. « Le prix de vente serait 5 fois supérieur à celui du marché. On parle d’un million d’euros. Ce chiffre n’est qu’une hypothèse mais cela pose question », explique Claude Chevalier, vigneron à Ladoix. La situation n’a pas manqué de provoquer une montée au créneau des élus et des producteurs locaux. « Nous sommes inquiets » souligne de son côté Louis-Fabrice, PDG de la maison Louis Latour au cours d’une réunion à la mairie d’Aloxe-Corton.»

 

«Peut-on imaginer qu’un complexe hôtelier, un vignoble sans indication géographique, ou encore qu’une carrière ne voit le jour sur le sommet de la colline ? C’est peu probable. Mais pas complétement exclu. Autour de la colline, on craint que l’acheteur ait le bras long... »

 

J’adore le concept de bras long !

 

Et si l'imagination a pris le pouvoir du côté de CORTON ça peut rapporter des millions...

 

Affaire à suivre dans le nouveau feuilleton de CORTON.

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 06:00
Giacomo Ceruti. Le mangeur de spaghetti

Giacomo Ceruti. Le mangeur de spaghetti

À son retour de France, chaque italien répète en boucle « Paris est une belle ville. Évidemment, nous avons très mal mangé, mais on nous avait prévenus. »

 

C’est Jacques de Saint Victor qui l’écrit alors qu’il nous embarqué sur la Via Appia.

 

« Autrefois s’y pressèrent les légions romaines, les éléphants d’Hannibal, les esclaves de Spartacus, les premiers chrétiens et des princes de la débauche.

 

Cette route mythique unit la mer Tyrrhénienne aux mers Ionienne et Adriatique, l’Antiquité à la Modernité, le paganisme au christianisme, l’Orient à l’Occident. Elle est le socle de notre civilisation.

 

À pied ou à bord de sa vieille Fiat, mais dans un constant esprit de flânerie, nous voyageons avec l’auteur à la rencontre des habitants de ces « Sibéries du Sud », d’un Mezzogiorno inédit, marqué par l’ultraviolence des mafias, mais aussi par une sagesse et un savoir-vivre oublié. »

 

« Récit de voyage insolite, drolatique, Via Appia est un livre passionné sur la beauté, l’amour et la liberté de penser. C’est une plongée foudroyante dans une Italie absolument méconnue des Français. »

 

C’est un livre d’érudit, une belle érudition sans pédantisme même si parfois, l’ignare que je suis, aurait souhaité être plus éclairé par des références en bas de page. Autre bémol, pourquoi ne pas avoir pris quelques photos pour illustrer les propos. Ça éclairerait des descriptions, certes bien tournées, qui gardent le côté sec de l’imprimé.

 

J’ai donc beaucoup appris sur le Mezzogiorno, les méandres de la politique en Italie, les viols de masse commis par les troupes françaises, des goumiers marocains et algériens, lors de l’offensive de Monte-Cassino… « Nous avons cru voir arriver nos libérateurs et ce furent nos bourreaux », dit l’une de ces femmes de la Ciociara. Le rappel qu’en 1961 le film de Vittorio de Sica, La Ciociara, reçu la palme de l’interprétation pour Sophia Loren. Mais qui se souvient de la scène où elle et sa fille Loretta se font violer sous un crucifix, dans une église de la Ciociara, par un groupe de goumiers marocains ou algériens ?

 

Via Appia se lit donc avec un grand plaisir, l’auteur y prend, comme je le dis souvent, les chemins de traverse, flâne, délaissant les itinéraires rebattus par les guides. Il donne envie, il me donne envie de mettre mes pas dans ses pas, les roues de ma Twingo dans celle de sa petite Fiat.

 

Mais ce n’est qu’au chapitre 29 (sur 33) Abatto la pastasciutta, que j’ai trouvé matière à chroniquer sur un sujet polémique.

 

Dino Risi, dans Mes monstres, Mémoires (2004) n’y va pas par 4 chemins, même si ceux-ci mènent tous à Rome :

 

« Tous ces jus, ces sauces, les frites, les crêpes, les soufflés, les hors-d’œuvre, les huîtres, les moutardes, les mousses… Où sont nos pâtes ? Nos risottos, nos beaux minestrones ? »

 

Pour lui, il n’existe qu’une seule chose à sauver : le petit-déjeuner « avec ce pain odorant, les croissants, les baguettes. »

 

Ici, l’auteur, se remémore le jour où il était passé prendre un verre en fin de journée dans la villa de Marina di Castellaneta, une station balnéaire sur la mer Ionienne, chez les cousins de la mère de son épouse italienne Michela.

 

La plupart des convives vivaient à Milan. Étaient présents « Outre la maîtresse de maison, une journaliste économique et son mari, cadre de la Banque d’Italie, il y avait ce soir-là deux couples dont les épouses se présentèrent comme « femmes au foyer (casalinghe). L’un des maris était banquier d’affaires et l’autre un professeur de droit d’allure prussienne, mais mâtinée d’un regard curieux, vif, très italien. Tous ces gens paraissaient ouverts et élégants, habillés comme la bonne société de Saint-Jean-de-Luz ou de Biarritz quand elle voulait paraître décontractée. Polo Lacoste, bermuda et mocassins. »

 

L’auteur s’exclame « Qu’était donc devenu mon « Sud profond » ?

 

J’ai picoré quelques échanges :

 

- Vous êtes parisien ? demanda la femme du banquier, la plus bronzée de tous.

 

- Oui. Avec Michela, on se partage entre Rome et Paris…

 

- Nous sommes allés cet hiver à paris avec Giancarlo, coupa la dame, en regardant son mari. La ville est belle. Mais qu’est-ce qu’on y mange mal ! ajouta-t-elle avec une pointe de raillerie, mais il en fallait plus pour me déstabiliser.

 

- Allons, allons, nous n’allons pas commencer sur ce terrain, interrompit la maîtresse de maison, qui voyait déjà s’envenimer la polémique.

 

Court intermède sur la médiocrité de la vie politique des 2 pays interrompu par le professeur de droit qui évoque sa lecture sur la plage d’un livre de cuisine « c’est amusant, cette différence entre la cuisine française et italienne »

 

- Mais c’était une histoire de la cuisine italienne ? ironisa sa femme.

 

- Justement. Tu comprends mieux, en le lisant, la différence avec la cuisine française. Nos deux cuisines étaient à la même enseigne après la chute de Rome. Rien ne nous prédisposait en Italie à être le pays des pâtes, le pays des « Macaronis »…

« la chute de Rome amena tous les peuples de l’Empire à vivre en autarcie et à exploiter leurs propres produits. C’est ce repli qui est à l’origine du génie culinaire de certains peuples.

 

- Les invasions arabes du IXe siècle vont révolutionner notre cuisine italique, précisa le professeur.

 

« Les Arabes apportèrent de nouveaux produits (jasmin, sésame, anis, safran, cannelle, etc.) et des recettes inventives (agrumes au jasmin, fruits en pâte d’amande, cannoli) qu’on a longtemps ignorées en France. La pâtisserie sicilienne avait la réputation au Moyen Âge et à la Renaissance d’être la meilleure d’Europe grâce à ces recettes orientales. Bien plus tard, à l’époque de Louis XV, la pâtisserie française s’en inspira, notamment les fruits confits. »

 

Intéressant, mais un peu court comme explication, la pâtisserie n’est pas toute la cuisine ! Tout comme le débat qui s’ensuivi sur le peu de diversité des deux cuisines et les différences régionales. Pour tout dire, de bien meilleures explications se trouvent chez Pellegrino Artusi :

 

« La cuisine est une petite friponne » Pellegrino ARTUSI se moque des « cuisiniers de baldaquin » et prône une table simple et familiale !

ICI 

 

Je laisse de côté les doctes explications du professeur pour rapprocher les positions antagonistes, tout comme le débat sur la légende de Marco Polo ayant rapporté les pâtes en Italie. « … en réalité cette légende a été propagée aux USA en 1929 par The Macaroni Journal pour « anoblir » les pâtes en les enrobant d’une mystérieuse provenance lointaine. Pure invention commerciale… »

 

« Le monde des pâtes est essentiellement populaire » : la Sicile berceau des pâtes sèches…

ICI 

 

Plus intéressante la remarque très pertinente du professeur :

 

- Une chose est indéniable, cher Jacques, et surtout ne m’en veuillez pas de ma franchise, mais la cuisine italienne a beaucoup mieux su affronter la mondialisation que la cuisine française.

 

- Vous trouvez ?

 

- Mais c’est une évidence. La cuisine italienne est simple et a su le demeurer. C’est une cuisine domestique (casalinga) et populaire ; la cuisine sophistiquée ne vaut rien chez nous. En France, les spécialités populaires, ou disons bourgeoises – Au sens où, au XVIIIe siècle, on opposait la cuisine bourgeoise aux soupers de la cour –, comme le foie gras, les escargots ou la salade de truffe, sont devenues des plats hors de prix, alors qu’elles étaient jadis négligées.

 

- Certes, la cuisine française a fait le choix de « l’excellence ». Tradition curiale oblige ! Les grands chefs, comme on dit d’ailleurs en italien, sont d’abord français. Mais le drame, je fus bien obligé de l’admettre, c’est qu’ils ont parfois tendance à se prendre pour des penseurs ou pour des stars. La dérive n’est pas récente. Montaigne dénonçait déjà à la Renaissance cette « futile éloquence » de certains chefs français dissertant avec gravité de leur cuisine « comme s’ils parlaient de quelque argument de théologie. »

 

Paul Bocuse, lors de l’Exposition universelle de Milan, a « reconnu qu’on était allé trop loin en France dans la médiatisation des grands chefs, si bien qu’ils étaient tous sortis de leur cuisine. « Il serait temps maintenant qu’ils y retournent »

La cuisine française « hautaine et suffisante » à l’image de Paris, Dino Risi et la « futile éloquence » des chefs français dissertant avec gravité de leur cuisine, Montaigne
Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 06:00
Et si, avec ce grand froid, Giovanni Passerini nous préparait un bollito misto, un grand plat à partager !

Samedi dernier, alors que j’accrochais mon fier destrier à un poteau de sens interdit implanté sur le trottoir du fief de Rachida Dati, une dame très chic s’est extasiée « … monsieur vous avez bien du mérite… »

 

Enveloppé dans mon lourd blouson de cuir d’aviateur, un vrai, j’ai souri en pensant : faire du vélo alors qu’il fait moins 3° à Paris ne relève pas d’un héroïsme particulier. Bien au contraire, en dépit des particules fines, avec un beau soleil ça vous ouvre l’appétit que de pédaler.

 

Après avoir cassé une petite graine humectée de beaux nectars à la cave des Climats sur le chemin du retour je suis passé à la librairie Gallimard faire une moisson de livres.

 

La moisson, entre romans, biographie et opus gourmands, fut abondante.

 

Dans ma brassée : Les abats en majesté… Promenade dans le cinquième quartier… préfacé par Xavier Darcos de l’Académie française.

 

C’est une spécialité de 2 villes : Turin et Bologne, et les gardiens de la plus pure tradition ont fondé une Confraternita dont le siège est en zone neutre, à Milan. 

 

Je l’ai feuilleté et je suis tombé sur le Bollito Misto qui rien qu’à égrener ses ingrédients ça m’a réchauffé le cœur et embrasé l’âme.

 

Et c’est alors que je me suis dit : et si le Giovanni Passerini nous préparait un bollito misto, plat à partager par excellence, ça me fournirait, avec le plaisir en plus, les calories nécessaires pour être vaillant dans « le froid polaire » (dixit la météo).

 

C’est un vrai défi que de proposer à un romain pur sucre que de s’aventurer sur des terres piémontaises.

 

J’ose !

 

Mais, vous me connaissez, avant de m’aventurer sur une terre inconnue je suis allé fouiner sur la Toile.

 

Qu’ai-je trouvé ?

 

Manuel Valls !

 

Je ne plaisante pas. Je ne profite pas de l’effet d’aubaine de sa déconvenue du WE.

 

La preuve :

 

« En cette belle journée de 1973, les Valls déjeunent en famille. Xavier (le père de Manuel) qui a bien avancé sa toile s’est interrompu. Les moments où Luisa (la mère de Manuel) cuisine constituent l’un des fondements de la maisonnée. La spécialité unanimement reconnue de ce cordon bleu. Le bollito misto, un succulent plat piémontais, une sorte de pot-au-feu que l’on déguste avec des cornichons ou des câpres, pour le plus grand plaisir de Manuel et Giovanna (la sœur de Manuel).Luisa consacre presque deux heures à sa préparation. Elle ôte la peau de la langue de veau lorsqu’elle a pu s’en procurer, découpe le jarret de porc ou les ailes de poulet, épluche carottes, navets, oignons. Elle ajoute du céleri et des clous de girofle, puis chaque viande et chaque légume sont cuits séparément. »

Manuel Valls, les secrets d’un destin Jacques Hennen, Gilles Verdez

 

Le bollito est proche du pot-au-feu français, il a été popularisé vers la fin des années 1800 par le prince Vittorio Emanuele II et il figure déjà en bonne place dans les textes historiques fondateurs de la gastronomie italienne, en particulier le Lo Scalco alla Moderna (Le Commissaire moderne, datant de 1694) et le Libro de Arte Coquinaria (L'art de la cuisine), considéré comme un point de repère de la littérature gastronomique en Italie.

 

Dans son livre Venise, les recettes culte, Laura Zavan donne la recette de ce bollito misto (appelé encore carne lessa) à base de boeuf, de poularde fermière ou de chapon, de poitrine de veau et de saucisson à cuire (musetto ou cotechino) mijotés pendant environ trois heures dans un bouillon aromatique.

 

Mais le Grand Bollito Misto est régie par le chiffre 7 : sept viandes, sept abats, sept sauces.

 

  • Viandes : 1- poule ou chapon 2- collier 3- plat de côtes 4- gîte à la noix 5-paleron 6-flanchet 7- gîte (jarret découpé en tranches avec l’os)

 

  • Abats : 1- langue 2- museau 3- queue 4- pieds 5- cotechino (saucisson de couenne à cuire) 6- zampone, pied de porc farci reconstitué 7- « poche pleine » fragment de panse de veau enroulée (encore imprégnée du lait de sa mère !)

 

  • Sauces : 1- verte rustique 2- verte riche 3- rouge 4- au miel (- au raifort 6- mostarda de Crémone (fruits découpés en morceaux ou écrasés en confiture) ; sucrée, salée, et pimentée, elle évoque un chutney 7- au moût de raisin.

 

Les légumes et les accompagnements varient suivant les saisons ; à côté de nos légumes de pot-au-feu, on trouve des pâtes, des lentilles, des champignons, des épinards… Au milieu du repas, à la façon d’un trou normand, les puristes dégustent du filet de porc rôti !

 

C’est du roboratif. C’est du temps passé, beaucoup. C’est l’hiver et c’est le temps de la viande bouillie…

 

Le bouilli n’a pas bonne presse pour les viandes car, comme l’écrit Keda Black dans son livre CUISSON(S) :

 

« … l’eau est un outil de cuisson très intéressant. Elle permet une cuisson rapide, car ses molécules sont en contact direct avec l’aliment et le pénètrent, mais jamais de façon excessive ou violente (donc sans coloration).

 

Hé oui, les viandes rouges prennent des tons de visages pâles et dans l’assiette ça ne fait pas joli.

 

Pour les amateurs d’histoire, la cuisson dans l’eau bouillante est apparue sans doute après la cuisson rôtie sur un feu et avant celle réalisée dans un four.

 

Reste l’éternel questionnement : départ chaud ou départ froid ?

 

Pour les légumes la coutume ménagère est de plonger dans l’eau bouillante les légumes poussant au-dessus de la terre, et de plonger dans l’eau froide qu’on fait bouillir les légumes racines.

 

Pour la viande une autre donnée est à prendre en compte : dans l’eau bouillante elle garde ses molécules gustatives alors que dans l’eau froide elle relâche leurs arômes dans l’eau ; c’est le principe du bouillon.

 

Autre question : à gros ou petits bouillons ?

 

Pour les viandes de pot-au-feu c’est moderato, elles ont besoin de temps.

 

J’en ai fini Giovanni, j’ai fait mon devoir, à demain mercredi... et Cécile pourra me dire quel est vin qui va bien avec le bollito misto…

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
23 janvier 2017 1 23 /01 /janvier /2017 06:00
Red Hot Chili Peppers.

Red Hot Chili Peppers.

Le 19 janvier, le sieur Gerbelle, ex-pensionnaire de la vieille dame permanentée qu’a viré people, dixit Patrick Beaudouin le missionnaire du chenin, a posté sur mon mur face de Bouc, quel honneur, le genre d’info qui attire les petits frelons, les gros bourdons, les coucous qui se font de la pub : moi je suis indépendant, les fêlés du commentaire, des gens sérieux aussi, documentés.

 

Bref, comme dirait l’autre : ça a fait le buzz…

 

De quoi s’agit-il ?

 

« L'info n'a pas fait grand bruit. Et pourtant. Le célèbre guide Hachette des vins vend désormais des bouteilles directement aux internautes. Depuis septembre 2016, à partir de son site hachette-vins.com, le leader en France des guides d'achats est devenu caviste en ligne. Le glas de la chronique/critique du vin sans lien marchand a-t-il sonné ? Le guide était-il devenu à ce point si peu rentable ? Pour un ouvrage qui vente son indépendance depuis trente et un ans, le virage est brutal. Qu'en pensez-vous ? »

 

Pour ma part je me suis contenté d’écrire : « Merci Antoine de mettre de l'animation sur mon mur, c'est sympa. Quant à savoir ce que j'en pense, à vrai dire pas grand-chose vu mon peu d'appétence pour les guides. Pour l'indépendance c'est simple comme la transparence des ressources de ceux qui rétribuent les critiques. »

 

Mais, comme sur face de Bouc, lorsqu’on t’a ainsi hameçonné tu es prévenu de tous les nouveaux commentaires, j’ai donc jeté à plusieurs reprises un œil pour voir ce qui s’y écrivait.

 

De ce magma, 2 commentaires émanant, disons pour m’éviter son ire, d’un propriétaire-héritier (ce n’est pas une tare mais un statut) :

 

« Si j'ai bien compris, il faudrait faire des vins dont personne ne parle et que personne ne boira, mais que l'honneur intellectuel présumé de quelques-uns des derniers mohicans à plume du vin soit sauf ? »

 

« Les vignerons ne sont pas de purs esprits, ils ont du vin à vendre (ouh, le vilain gros mot), et même de gagner de l'argent (ouh la la) pour nourrir leur famille. »

 

Sur le premier commentaire, fort méprisant, si j’avais été critique professionnel du vin, ce que je ne suis pas, j’aurais pris la mouche, mais personne n’a moufté. La profession sait ménager les gars qui ont du blé.

 

C’est le second qui a retenu toute mon attention car il reflète très bien l’ambiguïté de la position de ceux qui disent exercer la profession de critique de vin, coincé qu’ils sont entre les intérêts de la feuille qui les rémunère, mal, et ceux qui apportent à la feuille l’essentiel de ses ressources.

 

Les affaires sont les affaires et la fonction principale du critique serait donc de faire vendre. Je n’ai rien à redire : les critiques littéraires boostent les ventes de livres qu’ils aiment, les critiques de cinéma les films qu’ils encensent… même si bien souvent, et surtout avec les réseaux sociaux, le bouche à oreille est parfois bien plus efficace (voir le succès phénoménal d’audience de Merci patron, petit docu financé avec des clopinettes).

 

La particularité de la critique du vin c’est qu’elle ne traite que d’un tout petit pourcentage des vins mis sur le marché, que pour les vins du haut du panier elle est soumise à une forme de bon vouloir de certains propriétaires, qu’elle éreinte rarement, surtout les Grands, et qu’elle n’intéresse qu’un tout petit nombre de consommateurs.

 

Un ensemble bien étroit, il suffit de contempler dans une maison de la presse les présentoirs surchargés pour constater que la presse du vin est bien maigre et peu visible.

 

Cette étroitesse favorise plus les conflits d’intérêts que l’indépendance même si le comportement individuel de certains critiques prête assez peu le flanc au fameux « tous pourris » que l’on assène à la volaille politique.

 

On se serre donc les coudes et l’on confond souvent extension du domaine du vin et je te passe le sel passe-moi le poivre. Promouvoir des vignerons talentueux, les faire émerger, développer la notoriété d’une appellation, faire connaître, constitue un objectif louable, mais on flirte souvent avec le publi-reportage et la mise en avant de ceux qui renvoient l’ascenseur.

 

Je m’interroge donc sur la capacité et l’efficacité de la critique à atteindre tous ces buts depuis que le monde du vin est devenu un grand tonneau où tout le monde psalmodie à l’envi : le terroir, la typicité, les cépages, où tout ou presque est beau, bon…

 

Nous nageons donc dans un océan rouge où il est bien difficile de mettre en avant son originalité pour se différencier de son voisin ou de son concurrent d’une autre appellation ou région.

 

Sans vous prendre la tête avec un topo sur les problèmes qu’ont toujours rencontrés les paysans lorsqu’ils ont tenté de vendre en direct leurs produits, hors les circuits de distribution en place, il est tout de même important de s’interroger.

 

Je m’en tiens aux vignerons où le négoce jouait, et joue encore, de point de passage obligé pour l’accès au marché. J’ai beaucoup ri le jour où une éminente et nouvelle critique a découvert avec horreur qu’une grande part des AOC s’écoulaient vers le négoce en vrac. Elle n’avait jamais vu les camion-citerne de l’entreprise Veynat  transportant des liquides alimentaires.

 

Faire de la bouteille accompagna le déclin des vin de table et la montée en puissance des AOC.

 

Lorsque je me suis retrouvé face au dossier Rivesaltes et que j’ai parcouru dans tous les sens le département des Pyrénées-Orientales, un vigneron aujourd’hui disparu : Pierre Piquemal m’a instruit, sur son parcours du combattant de viticulteur devenu vigneron-artisan-commerçant, pour trouver des clients. Désespérant me confiait-il « si on n’était pas dans un guide, si on n’avait pas de médailles, les gens défilaient lors des salons, celui des Vifs tout particulièrement, sans même jeter un regard sur notre stand. »

 

Bref, les guides, les publications sur le vin, les salons ont permis à beaucoup de vignerons de se constituer une clientèle et ce grâce à des « critiques » à qui le public des amateurs ou simples acheteurs accordaient leur confiance.

 

Mais comme, tout à la fois, le nombre de vignerons voulant accéder au marché des consommateurs finaux, marché étroit, a explosé et que l’Internet est arrivé, une forme de thrombose et de bousculade au portillon s’est installé.

 

Je ne vous fais pas de dessins, ça a changé la donne, ça a fait imploser l’entre-soi du monde du vin. C’est parti dans tous les sens, le fragile modèle économique de la presse du vin a volé en éclat. Pour survivre, les revues ont organisés des salons, ont vendu clé en main des « spécial vins » à la presse généraliste elle aussi mise à mal par le Net, se sont retrouvées plus encore sous perfusion de la publicité des annonceurs. Pas simple pour le critique de faire son job dans de telles conditions.

 

Ne comptez-pas sur moi pour jeter la première pierre à qui que ce soit. Simplement je me permettrai de signaler à certains d’éviter de donner des leçons de déontologie eut égard à leurs pratiques.

 

Et puis, ces derniers temps, dernier stade pour aider des vignerons à accéder au marché : la mise en œuvre de plateformes de vente via le Net. Les VIF l’ont fait, les grands conseilleurs sont associés à des vendeurs de vins sur la Toile, et aujourd’hui le guide Hachette s’y met.

 

Qu’est-ce que ça va changer au statut de « critique » me direz-vous ?

 

Ma réponse est brutale : RIEN ou presque car le mode de fonctionnement restera le même, se dégradera même, et le poids de la critique, déjà fort modeste, son faible niveau de bruit médiatique, influeront très peu sur la notoriété des vignerons.

 

L’effet prescripteur d’achat est ailleurs. Le modèle Parker fait rêver tous les vendeurs de notes et de commentaires mais il n’est pas reproductible.

 

Ce qui va compter c’est la proximité.

 

Le retour de la confiance au plus près de chez soi.

 

Ceux qui ont su jouer cette carte de la proximité, avec un niveau de bruit médiatique sans commune mesure avec leur poids économique, ce sont les passeurs de vin nature.

 

Ils ont compris avant ceux qui poirotent dans les antichambres de la GD pour se faire référencer et plumer, que la notoriété passe par des lieux de proximité : les bars, les restaurateurs, les cavistes de quartiers… des gens impliqués, passionnés et de grâce cessez de dire ou d’écrire que tout cela n’est qu’un phénomène de bobos parisiens.

 

Pour preuve, l’appétence pour le vin dit nature des opportunistes type Gérard Bertrand, la cave de Buzet, et maintenant Advini ex-Jeanjean. Oui, ce mouvement avec ses côtés libertaires, parfois un peu chiant, a su anticiper sur les attentes d’une nouvelle couche de consommateurs en quête d’une forme d’authenticité et de proximité.

 

On les raille. C’est commode. Mais la proximité et le retour à certaines valeurs n’est pas une mode mais une tendance de fond qui balaiera bien plus vite qu’on ne le pense les modèles anciens chers aux consommateurs baby-boomers.

 

Et c’est en cela que l’internet, outil de liberté, fenêtre ouverte sur le monde, si l’on sait s’en servir, favorise la proximité, les fameux liens.

 

Le 18 mai 2009, lorsque madame Bachelot et les gris de l’ANPAA voulaient barrer la route de l’Internet au vin, j’ai écrit une chronique qui résumait ma conception de l’utilisation de la Toile par ceux qui n’ont pas ou peu de ronds.

 

Urgence : défendons le seul chemin vicinal qui relie Embres&Castelmaure à New-York : l'Internet !

 

ICI 

 

Oui, la Toile, si l’on veut bien s’en donner la peine, est un merveilleux outil de proximité qui permet aux vignerons de nous donner la capacité de choisir, de se faire une opinion précise sur « qui est qui », « qui fait quoi » par-delà les pétitions de principe d’indépendance de ceux qui tournent autour d’eux pour se faire du pognon.

 

Par-delà les joutes, souvent bien pauvres, de Face de Bouc, le pouvoir du consommateur-citoyen est à portée d’un ou plusieurs clics et bien sûr d’une réelle curiosité pour ce que l’on veut consommer.

 

Tout service que j’estime utile mérite rémunération, j’applique ce principe simple et efficace pour le traitement de mon panier de ménagère de plus de 65 ans. L’économie ménagère est mère de la gestion. Alors, pourquoi voudriez-vous que j’aligne quelques euros pour m’abonner à des sites qui tartinent des commentaires fumeux et alignent des notes faramineuses pour des vins de « haute extraction » sur lesquels tout le monde planche mais que peu peuvent acheter ou des vins plus modestes pour lesquels les conseils de cavistes ou de sommeliers sont à la fois plus pertinents et surtout vérifiables en temps réel.

 

C’est à la portée de tout le monde et ça n’exclut pas d’aller butiner sur la Toile des conseils avisés de dégustateurs pour chercher son bonheur. Pour toutes ces raisons je ne vois guère d’avenir à la critique à la mode de grand papa, certes sympa, où le copinage faisait gentiment partie du bagage, son recyclage dans la blogosphère ne lui pas apporté un nouveau souffle et aucun nouveau modèle économique n’a émergé pour assurer sa pérennité.

 

Vous comprendrai donc que je ne verserai aucune larme, ni ne plaindrai les dupes des faux-nez, des qui vont à la table de leurs annonceurs pour les brosser dans le sens du poil dans leur revue papier-glacé, ils n’ont aucune excuse.

 

Un vœu tout de même, que les grosse pompes à cotisations volontaires obligatoires que sont les Interprofessions, principal gisement de financement de la promotion, arrêtent de les dilapider dans les puits sans fond que sont leurs actions auprès de prescripteurs qui n’en sont pas.

 

Comme il n’est pas facile de conclure, je m'en remet à deux dents dures :

 

Sacha Guitry

« Les critiques de théâtre sont comme les eunuques : ils savent parfaitement comment ça se fait, mais ils sont incapables de le faire. »

 

Franck Zappa

Les critiques de rock sont des individus ne sachant pas écrire qui interviewent des individus qui ne savent pas parler pour des individus qui ne savent pas lire. »

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 08:00
CHAP.17 extrait sec, « NKM a toujours trahi ses électeurs, à Longjumeau, elle n’a pas fait long feu, pour être députée de l’Essonne elle a viré Wiltzer» Rachida Dati

Brexit dur, Trump aux commandes, et le n°1 chinois Xi Jinping, qui fêtera bientôt ses cinq ans à la tête de la Chine, a tenu une tribune doublement historique sur la scène du Forum économique mondial (WEF) de Davos. Aucun président chinois avant lui n’avait jamais fait le déplacement pour ce sommet annuel des élites économiques mondiales dans les montagnes suisses; et, surtout, Xi Jinping a délivré un étonnant plaidoyer en faveur du libre-échange.

 

Le chef du dernier empire communiste de la planète s’est posé en champion d’un monde ouvert et connecté, comparant l’économie mondiale à «un vaste océan dont il est impossible de s’échapper». «Toute tentative de stopper les échanges de capitaux, les technologies et les produits entre pays […] est impossible et à rebours de l’histoire», a lancé le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), provoquant la première salve d’applaudissements à travers la salle.

 

«Certains blâment la mondialisation économique comme étant responsable du chaos du monde», a affirmé Xi dans un message destiné à celui qui l’accuse de manipuler sa monnaie, le yuan, pour soutenir les exportations chinoises et de tuer les emplois sur le sol américain, «mais ce n’est tout simplement pas le cas». «Nous devons rester attachés au développement du libre-échange et des investissements, et dire non au protectionnisme. Promouvoir le protectionnisme, c’est comme s’enfermer dans une pièce noire. Personne n’émergera en vainqueur d’une guerre commerciale»

 

Retour en arrière, 50 ans en Chine, «Feu sur le quartier général», « La révolution n’est pas un crime, la rébellion est justifiée»...

 

La «Grande Révolution culturelle prolétarienne» fut officiellement lancée par une lettre du Parti communiste en date du 16 mai 1966, en fait déclenchée par Mao Tsé-toung pour consolider son pouvoir après de grosses difficultés politiques et économiques, liées à l'échec de la politique dite du «Grand Bond en avant».

 

«Nous devons abattre les responsables du Parti engagés dans la voie capitaliste. Nous devons abattre les sommités académiques réactionnaires de la bourgeoisie et tous les “monarchistes” bourgeois. Nous devons nous opposer à tous les actes de répression contre la révolution. Nous devons liquider tous les génies malfaisants. Nous devons extirper énergiquement la pensée, la culture, les mœurs et coutumes anciennes de toutes les classes exploiteuses. Nous devons réformer toutes les parties de la superstructure qui ne correspondent pas à la base économique du socialisme. Nous devons purger la Terre de toute la vermine et balayer tous les obstacles!»

 

Et pendant ce temps-là dans notre vieux pays fourbu, hormis les débats poussifs de la primaire de la gauche et la macronite aigüe, c’est l’investiture de NKM dans la circonscription parisienne en or pour la droite, celle de François Fillon, qui fait le miel des médias. En effet, elle permet de ressortir de l’oubli Rachida Dati. Comme à son habitude celle-ci n’y ai pas allé de main morte. Après avoir déjà poussé un bon gros coup de gueule dans Le Parisien, jeudi, l’eurodéputée-maire du VIIe poursuit sa charge vendredi 20 janvier sur France info et ça balance pas mal à Paris, beaucoup même.

 

« Au départ, je n’étais pas candidate à l’investiture, assure l’ancien ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, pour justifier qu’elle n’en fait pas une affaire personnelle. On peut en douter. Elle enchaîne :

 

« Normalement, il y a consultation des élus locaux. Quand il y a un désaccord, il y a un vote. Sur cette circonscription, tous les élus n’ont pas été consultés. François Fillon ne les a pas reçus. Normalement c’est une commission d’investiture indépendante qui décide. Ce n’est pas à François Fillon de désigner un successeur. Je ne crois pas, sauf si on est dans une monarchie, qu’on se transmet des pouvoirs et des charges de droit divin. Aucune consultation des élus locaux ! »

 

Mais Rachida Dati ne s’arrête pas en si bon chemin, elle défouraille. Elle estime qu’il y a, de la part des médias et des politiques, un délit de sale gueule à son encontre dans les bisbilles qui l’opposent à celle qui fut candidate à la primaire de la droite :

 

« Deuxième chose : vous avez quelqu’un, il faut quand même le reconnaître…. Alors, c’est vrai, elle a la bonne image, c’est sûr qu’elle a une meilleure gueule que la mienne. Pardon de l’expression. Elle a fait polytechnique, elle a jamais bossé de sa vie. Moi je trime depuis que j’ai 16 ans et demi. Je sais ce que c’est que de signer un contrat de travail, de négocier un bail, d’obtenir un emprunt, les fins de mois difficiles, d’avoir une charge de famille… »

 

Vous croyez avoir tout lu ? Que Rachida Dati a exprimé toute sa rancœur face à une investiture qui « la peine pour ses administrés » ? Ce n’est pas fini. Sa dernière saillie du jour se concentre encore plus précisément sur Nathalie Kosciusko-Morizet qui, assure-t-elle, « trahira » François Fillon « comme elle a trahi tous les autres » en visant déjà la présidentielle de 2022 :

 

« Madame Kosciusko-Morizet a toujours trahi ses électeurs. Elle a voulu être maire de Longjumeau, elle a pas fait long feu. Elle a voulu être députée de l’Essonne. Puis "je veux que Paris", "je veux reconquérir Paris, je suis courageuse, je vais dans le 14e". Et aujourd’hui, elle dit "tiens, je vais m’écraser là où ça va emmerder tout le monde". La politique, ce n’est pas de la vengeance. Ça me fait de la peine pour mes administrés. Je vais vous dire, elle a déjà négocié son poste de ministre, elle ne sera jamais là, jamais présente. Je préviens les électeurs. A peine élue, elle sera déjà sur le futur combat de la présidentielle de 2022 parce qu’elle trahira François Fillon comme elle a trahi tous les autres. »

 

Comme j’ai l’esprit d’escalier, je dévale de mes propos sur le slogan de Mao « Feu sur le quartier général » pour me retrouver face au désastre annoncé de la maison socialiste. Joffrin dans Libé s’interroge :

 

Faut-il tuer le Parti socialiste ?

 

Bien avant de choisir lequel des candidats aura leur préférence - Valls et sa social-démocratie réaliste, Montebourg et son socialisme «made in France», Hamon et son alter-socialisme, ou encore Peillon et son républicanisme de bon aloi -, c’est la question politique cruciale que doivent se poser les électeurs de gauche et du centre gauche. Qu’ils restent chez eux, qu’ils traînent les pieds, qu’ils décident de sanctionner tous ceux qui ont eu à voir avec le quinquennat, ou au contraire qu’ils désignent déjà Emmanuel Macron, l’une des têtes pensantes du hollandisme quoi qu’il en dise, le résultat sera le même : à moins de 2 millions d’électeurs, on ne donne pas cher des chances de survie pour cette antique machine née en 1971 sur les ruines de la SFIO.

 

Le PS a beaucoup péché. Electoralisme débridé, opportunisme, difficulté à se renouveler, guerre des egos, byzantinisme tactique, impuissance à expliquer les vertus d’une social-démocratie moderne, divisions innombrables : la liste est interminable des errements auxquels les héritiers de Blum et de Mitterrand se sont livrés depuis une ou deux décennies. Mais raisonnons à rebours. La mort du PS une fois prononcée, la gauche se retrouve scindée en deux courants étrangers l’un à l’autre, chacun fondé sur le charisme d’un homme, qui tient un discours collectif mais décide en fait pratiquement seul des destinées d’une moitié du «camp progressiste». Un camp qui n’en est plus un, au demeurant, puisqu’il est divisé en deux moitiés d’orange que personne ne peut réunir pour retrouver le fruit d’origine. Une gauche radicale homogène d’un côté, un centre ambigu tiraillé entre droite et gauche, social-libéral ou libéral-social, de l’autre.

 

Au lieu d’un parti qui tente de trouver tant bien que mal un projet commun, on aura deux organisations sans passé ni héritage, sans mécanisme de synthèse, médiatiques avant d’être militantes, qui assurent à la droite d’avoir en face d’elle une opposition coupée en deux. Peut-être est-ce inévitable, peut-être le glas de l’histoire a-t-il déjà sonné pour les survivants de la rue de Solférino. Mais avant de s’y conformer, la gauche qui ne renonce pas tout à fait à un espoir commun doit y réfléchir à deux fois. Dans un mois, si le candidat désigné ne convainc pas, s’il patauge dans le discrédit, il sera temps de constater le décès de l’ancienne gauche. En attendant, il serait bon de laisser une chance, non à un appareil, mais à une idée. Celle de la gauche, qui peut encore servir en se réinventant.

 

Macron : une dynamique électorale en marche

 

Depuis l’automne, l’ancien ministre de l’économe attire des partisans de tout bord et des abstentionnistes.

 

Absent des débats de la primaire à gauche, Emmanuel Macron s’est glissé tel un fantôme dans chaque interstice de la campagne. Le vainqueur de ce scrutin aura en effet à affronter celui qui veut faire « bouger les lignes » et bouleverse les repères partisans de la Ve République.

 

Se positionnant comme un candidat « ni de droite ni de gauche », M. Macron aurait pu pâtir de ses responsabilités passées. Or ses 5 points gagnés en quelques semaines (17 % d’intentions de vote à la mi-janvier contre 12 % en septembre) confirment qu’il s’est installé dans un fauteuil de troisième homme, prêt à contester la place qualificative du second tour à François Fillon ou Marine Le Pen. Comment, depuis sa démission du gouvernement, fin août, puis sa déclaration de candidature, en novembre, M. Macron est-il parvenu à séduire un électorat encore très hétérogène et ne répondant à aucune grille de lecture des mobilisations partisanes ?

 

En suivant les mêmes Français depuis quatorze mois, le panel électoral du Cevipof permet de répondre à ces questions. Aujourd’hui, M. Macron est crédité de 17 % des suffrages au premier tour de la présidentielle dans un scénario où Manuel Valls remporterait la primaire à gauche, et de 19 % à 21 % en cas de victoire d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon. La dynamique Macron repose sur un double mouvement d’électeurs dont l’intention de vote a changé et de mobilisation de nouveaux partisans qui déclaraient jusqu’alors vouloir s’abstenir.

 

Entre septembre 2016 et janvier 2017, 40 % des électeurs ont maintenu leur choix sur la candidature de M. Macron. La trajectoire des 60 % de nouveaux électeurs est plus surprenante car elle illustre la capacité de siphonnage du leader d’En Marche !. En effet, à l’automne, 13 % d’entre eux avaient déclaré voter François Bayrou, 11 % François Hollande, 7,5 % Nicolas Sarkozy, 3,5 % Jean-Luc Mélenchon, et 11 % s’abstenir. Evidemment, ces mouvements reposaient sur une offre électorale qui a depuis profondément évolué.

 

ur une période plus récente – entre décembre et janvier 2017 –, M. Macron parvient à consolider la majeure partie de son électorat (autour de 60 %) et attire 13 % d’électeurs qui déclaraient jusque-là voter M. Valls, 10 % François Fillon, 5 % Marine Le Pen, 4 % Jean-Luc Mélenchon, et 5,5 % s’abstenir.

 

Ces résultats soulignent les contours de l’espace électoral de M. Macron, qui vont d’une gauche sociale-démocrate, orpheline du retrait de François Hollande, à un centre droit, composé de sympathisants de M. Bayrou et de M. Juppé. Par ailleurs, M. Macron parvient aujourd’hui à s’imposer comme le seul candidat capable de (re)mobiliser un électorat qui avait trouvé refuge dans l’abstention, non pas par indifférence pour l’élection présidentielle mais plutôt par contestation de l’offre proposée.

 

D’un point de vue sociodémographique, le profil de ces 40 % de nouveaux électeurs conquis par M. Macron depuis décembre est majoritairement féminin (57 %) et âgé de plus de 50 ans (53 %). Cet électorat volatil se compose avant tout de retraités (32 %), puis d’employés (16 %), de cadres supérieurs (14 %), de professions intermédiaires (14 %), d’inactifs (13 %) et d’ouvriers (8 %). Il attire presque autant de personnes très diplômées (42 %) que faiblement diplômées (37 %).

 

Souvent présenté comme le candidat des bourgeois bohèmes par ses détracteurs, M. Macron continue certes de capitaliser sur le vote urbain (38 % résident dans des villes de plus de 200 000 habitants), mais réalise des gains substantiels dans la France rurale (38 % dans les communes de moins de 10 000 habitants).

 

Enfin, le profil économique de ses nouveaux sympathisants correspond à des catégories sociales favorisées (+ de 50 % perçoivent un salaire supérieur à 2 500 euros par mois), qui disposent d’un patrimoine matériel (77 % sont propriétaires) et financier (21 % possèdent un portefeuille de valeurs mobilières). Par-delà leur origine sociale et économique, les transferts vers M. Macron ne partagent pas les mêmes opinions religieuses, puisque 54 % d’entre eux revendiquent une foi catholique et 42 % se déclarent sans religion.

 

Parangon de la sociale-démocratie ou incarnation d’une démocratie libérale en dehors des partis traditionnels, M. Macron occupe aujourd’hui un espace idéologiquement hybride lui permettant d’attirer des électeurs séduits autant par la nouveauté que l’opposition à la tripartition de la vie politique française. Même s’il est encore trop tôt pour parler de quadripartition, la dynamique en faveur de l’ancien ministre de l’économie s’appuie sur une redoutable mécanique de siphonnage d’électeurs de la gauche et du centre historiques, en manque, chacun, d’un représentant incontesté à l’élection présidentielle.

 

Martial Foucault

Professeur à Sciences Po et directeur du Cevipof

 

Macron lance un appel à ses «marcheurs» pour les investitures aux législatives

 

Emmanuel Macron met un coup de pression aux élus socialistes. A quelques heures du dernier débat de la primaire à gauche et à trois jours du premier tour de ce scrutin, le candidat d’En marche a dévoilé les règles qui régiront les investitures accordées par son mouvement aux législatives de juin 2017. Avec un objectif clair : avertir ceux qui au PS hésitent à le rejoindre qu’ils ne doivent pas compter sur les traditionnels arrangements de dernière minute. «Je ne négocierai aucune circonscription contre un ralliement», insiste Macron qui entend présenter des candidats dans les 577 circonscriptions. «Il n’y aura aucun accord d’appareil entre En marche et quelque parti que ce soit.»

 

Dans la bouche du délégué général du mouvement, Richard Ferrand, le message prend une allure d’ultimatum : «Un élu socialiste qui se décide avant le 29 janvier fait acte de conviction. Après, c’est un acte de contrition.» En clair, si les députés sortants sont les bienvenus, toute étiquette confondue à l’exception du FN, ceux qui tarderaient trop à se manifester pourraient bien se retrouver le bec dans l’eau.

 

C’est qu’Emmanuel Macron a décidé de renouveler profondément l’exercice. Jeudi midi, son mouvement a mis en ligne un appel à candidature pour les législatives. «Tous les marcheurs qui veulent s’engager peuvent s’inscrire en ligne», précise Macron qui se félicite d’être «la seule force politique à avoir établi des formalités aussi claires et accessibles». Une commission nationale des investitures sera mise en place «dans les prochains jours» pour procéder à l’examen des dossiers par «vagues successives» à compter de début février jusqu’au premier tour de la présidentielle de façon à «construire une majorité de projet pour gouverner et traduire en actes notre engagement collectif et citoyen».

 

Pour les sélectionner, cinq critères seront pris en compte. Et d’abord le «renouvellement» : Macron ambitionne ainsi d’attribuer «plus de la moitié» des investitures d’En marche à la société civile «pour faire émerger des personnalités engagées et talentueuses». Les candidatures retenues devront aussi répondre à l’exigence de «parité stricte» au niveau national, de «probité» (une inscription au casier judiciaire ou une condamnation à une peine d’inéligibilité étant rédhibitoires), de «pluralité politique» (toutes les tendances du mouvement doivent être représentées) et enfin d’«efficacité». «Tous les candidats investis signeront le même contrat avec la nation que moi», explique Macron «Ils ne pourront pas exprimer un désaccord avec le cœur de notre projet.» Une discipline, à l’en croire, plus à même que les primaires d’éviter l’apparition de «frondeurs au premier jour».

 

Leïla Slimani : « Je suis féministe et je le revendique »

 

ELLE. Qu'est-ce que le prix Goncourt a changé dans votre vie ?

 

Leïla Slimani. Le regard qu'on a sur moi. Je me suis retrouvée nimbée d'une chose à l'aura et à l'odeur très particulières, qui s'appelle le succès, et qui attire irrésistiblement les gens. Mon livre n'est plus seulement un roman qui s'appelle « Chanson douce », il est devenu « le Goncourt » que les gens viennent acheter pour leur mère !

 

ELLE. Vous êtes seulement la douzième femme à recevoir ce prix et la première enceinte, est-ce que cela a un sens pour vous ?

 

Leïla Slimani. Oui, dans la mesure où je peux témoigner du fait qu'il est possible d'être une femme et de consacrer sa vie à la littérature. Un homme qui écrit, c'est normal, mais une femme qui choisit de faire garder son enfant pour écrire, pour beaucoup, c'est une égoïste. Moi-même, j'ai mis du temps à dépasser une certaine culpabilité. Combien de fois j'ai entendu : « C'est bien, comme tu écris chez toi, tu peux t'occuper de ton fils ! » Eh bien non, justement parce que j'écris, je ne peux pas m'en occuper. Du coup, regardez le nombre d'auteures qui ont dû renoncer à la maternité. Oui, je peux écrire, être enceinte, avoir une vie de famille, sans être une mère indigne. Il me semble que c'est un combat qui en vaut la peine.

 

ELLE. Vous êtes féministe ?

 

Leïla Slimani. Je suis féministe et je le revendique. Je pense souvent à Simone de Beauvoir disant que nous aurions tort de penser que les grands combats sont derrière nous et qu'il ne reste plus que des luttes bourgeoises à mener. Et je me rends compte que, oui, c'est vrai, on devient femme. Dans la confrontation avec la société - dans la façon qu'on a de trouver un travail, d'avoir des relations avec son patron, de s'occuper des enfants -, par petites pierres, s'impose ce qu'on voyait de loin et de manière abstraite comme étant la condition féminine. Et ça m'intéresse aussi en tant que romancière.

 

« OUI, JE PEUX ÉCRIRE, ÊTRE ENCEINTE, AVOIR UNE VIE DE FAMILLE, SANS ÊTRE UNE MÈRE INDIGNE »

 

ELLE. Vous êtes entrée en littérature sans passer par la case premier roman autobiographique, pourquoi ?

 

Leïla Slimani. Parce que je suis maghrébine et que je n'avais pas envie qu'on m'identifie uniquement à ça. Je me disais : tu vas tisser la toile dans laquelle tu vas t'enfermer, alors que tu as devant toi un horizon bien plus large. Toni Morrison a confié que son roman « Paradis » avait été mal compris à sa sortie parce qu'on lui reprochait de ne pas donner la couleur de ses personnages. Comme s'il existait une littérature blanche ou noire ! Je crois qu'il faut montrer qu'on n'est pas conditionné seulement par nos origines, que notre destin, c'est autre chose, c'est l'amour, les sentiments, la peur, la transgression. C'est ça que j'ai envie de raconter, sans rien renier pour autant de ce que je suis. J'aurai bien le temps de raconter mon histoire.

 

ELLE. Quelle est votre histoire ?

 

Leïla Slimani. Ma grand-mère maternelle alsacienne a rencontré mon grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale. Il faut imaginer un spahi [cavalier, ndlr], en sarouel, qui traverse la Méditerranée pour venir faire la guerre en France, en Alsace, dans le village où habite ma grand-mère avant d'être envoyé dans un camp en Allemagne. Lorsqu'il a réussi à s'enfuir, il s'est réengagé dans l'armée, juste pour venir la chercher. Il faut aussi imaginer la tête de mon arrière-grand-père, grand bourgeois alsacien et bon vivant, lorsqu'il a vu débarquer ce petit Africain ! Mes grands-parents se sont installés en 1945 dans la médina de Meknès. Ils ont eu trois enfants qui se sont mariés avec des gens de nationalités et de religions différentes.

 

ELLE . Et toutes les religions cohabitaient ?

 

Leïla Slimani. Chacun pratiquait de manière intime sa religion. Ma grand-mère était catholique et, en même temps, elle respectait l'islam, elle a même fait le pèlerinage à La Mecque. À Noël (elle ne rigolait pas avec cette fête, ma grand-mère !), mon grand-père musulman se déguisait en père Noël, juché sur un âne. Et il jurait en arabe pour le faire avancer !

 

ELLE. Vous dites : « Je suis née musulmane », qu'est-ce que cela signifie ?

 

Leïla Slimani. Mes parents m'ont transmis la culture marocaine, ancestrale, hédoniste, avec des valeurs magnifiques : avoir le sens de l'hospitalité, avoir de l'attention pour son prochain, aimer être ensemble, rire avec ses enfants. J'ai été élevée dans l'amour sensuel des paysages, des odeurs, des goûts. Après, dans un pays comme le Maroc, on naît musulman, c'est la religion d'Ètat, on n'a pas le choix, et les actes que l'on commet sont jugés par rapport à ce que l'on est censé être, c'est-à-dire toujours par rapport à cette religion. Pour moi, c'est une atteinte à la liberté. Lorsque je dis cela, certains Marocains y voient une attaque contre le pays, mais non, c'est seulement vouloir vivre en toute liberté. Et je crois que la liberté n'est jamais une menace.

 

ELLE. Après les attentats du 13 novembre 2015, vous écrivez dans la revue « Le 1 » : « intégristes, je vous hais », ne prenez-vous pas un risque ?

 

Leïla Slimani. Si, car j'ai de la famille et des amis au Maroc mais, à ce moment-là, je pensais que c'était important de le dire. On n'est pas obligé d'être dans une allégeance de la culture d'où on vient. Je peux tout à fait être une bonne Marocaine et haïr les intégristes et la charia. Mais je peux aussi très bien ne pas être gauloise et être une bonne Française. La nationalité n'est pas un mérite, c'est un ensemble de valeurs et une inscription dans une histoire.

 

ELLE. Depuis que les attentats meurtrissent la France, vous regarde-t-on différemment ?

 

Leïla Slimani. Oui ! Avant, j'étais une Arabe, avant j'étais maghrébine, avant 'étais une beur. Aujourd'hui, je suis devenue musulmane. Je refuse qu'on m'enferme dans ce qui relève d'un choix privé. Quand on me demande : « En tant que musulmane, vous en pensez quoi ? », ça me rend folle. Peut-être que je suis bouddhiste, c'est parce que je m'appelle Leïla Slimani que vous vous autorisez à me parler comme ça ? 'est toujours dangereux quand une religion devient une identité et 'est entrer dans le jeu des islamistes que d'assigner les gens à être es musulmans. Comment voulez-vous que soient libres des gens ue, d'emblée, on ne voit pas comme libres ?

 

ELLE. Petite fille, avez-vous étudié le Coran ?

 

Leïla Slimani. Oui, c'était obligatoire, même à l'école française. L'islam, tel qu'on le pratiquait autour de moi, plein de joie, de compassion et d'amour, a infusé dans mon éducation et dans ma culture. J'ai fait un mariage musulman au Maroc, une cérémonie magnifique d'un raffinement inouï, avec six robes. C'était quelques années après la mort de mon père, et respecter la tradition m'a donné l'impression qu'il était là, avec moi.

 

ELLE. Quand êtes-vous venue en France ?

 

Leïla Slimani. Je suis arrivée pour faire mes études et j'ai découvert à Paris une solitude profonde, noire, durable. Des soirées qui se succèdent sans personne à qui parler. Tout était si grand, je me sentais mal à l'aise partout. Et, en même temps, les gens avaient l'air si libres. Pour la première fois de ma vie, j'ai vu des couples s'embrasser sur la bouche dans la rue, pendant des minutes et des minutes. Et des femmes très belles marcher seules le soir. Je me disais : ça doit être merveilleux d'être eux, il faut que je trouve le moyen de devenir eux !

 

ELLE. Au Maroc, une jeune fille ne se promenait pas seule dans la rue ?

 

Leïla Slimani. Dans mon milieu, jamais de la vie. À la télévision et au cinéma, les scènes d'amour étaient coupées, du coup, les films étaient très courts et souvent incompréhensibles. Le monde de mon enfance était d'une grande pudeur mais, aujourd'hui, il est devenu moralisateur. On ne s'embrassait pas dans la rue parce que ça ne se faisait pas, aujourd'hui, c'est parce que c'est mal, ce n'est pas du tout la même chose, c'est ça qui me fait peur. Un baiser en public peut vous mener en prison.

 

ELLE. Vous avez écrit un livre de témoignages de Marocaines, pourquoi ?

 

Leïla Slimani. Pour donner une voix à celles qui n'en ont pas. Un jour, à la fin d'une conférence à Rabat, une dame est venue me parler. J'ai trouvé ses mots tellement beaux que j'ai eu envie de les restituer et de rencontrer d'autres femmes, mariées ou célibataires, actives ou pas, qui portent le voile ou pas, pauvres ou riches. Je veux qu'on entende leur souffrance.

 

« LA LITTÉRATURE NE PEUT PAS CHANGER LE MONDE MAIS PEUT-ÊTRE PEUT-ELLE CHANGER CEUX QUI LA LISENT. »

 

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
commenter cet article
22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 06:00
La joie de lire, Maspero, les Maos, le « vol révolutionnaire », les librairies militantes de Paris…

Alors qu’aujourd’hui Amazon saigne à blanc les librairies en distribuant les livres dans les boîtes aux lettres comme les marchandises vulgaires estampillées Made in China, il fut un temps, dans les années 70, où La Joie de Lire, librairie militante, foyer de toutes les résistances, haut-lieu d’ouvrages et de journaux interdits, habituée aux saisies et aux descentes de police, était la plus importante librairie parisienne.

 

La librairie Maspero, car en 1957 François Maspero, fils d’un sinologue professeur au Collège de France, ouvrait, au 40 de la rue Saint-Séverin au cœur du Quartier Latin parisien, la librairie La Joie de Lire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Quand je me suis fait libraire, j’ai habité ma librairie comme on habite une halte de passage pour migrateurs... Passages parfois hasardeux et pas toujours non plus d’amitié. Il y a des mauvais livres, médiocres et tristes qui tombent là comme des vilains corbeaux. Et l’on ne sait jamais d’avance si l’individu qui entre dans la boutique ne sera pas, lui aussi, un oiseau de mauvais augure. »

 

En 1959, il créé une maison d’éditions est créée qui publiera Frantz Fanon, rééditera Aden Arabie de Paul Nizan… Clairement engagé à gauche mais inféodé à aucune chapelle, la librairie est au Quartier Latin le point de rendez-vous de plusieurs générations de militants. La guerre d’Algérie fera de François Maspero « l’homme le plus plastiqué de France » selon Paris-Presse.

 

« De 1959 à 1961 François Maspero assure seul la vie de la maison d’édition du graphisme à la correction des épreuves. À l’automne 1961 entrent dans la maison d’édition, Jean-Philippe Bernigaud et Fanchita Gonzales Batlle, rejoints par Émile Copfermann en 1965. Avec les directeurs de collection et quelques auteurs, ils ont construit cette formidable boîte à outils que furent les éditions : Robert Paris, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Charles Bettelheim, Yves Lacoste, Albert Memmi, Georges Haupt, Roger Gentis, Yves Benot, Maxime Rodinson, Louis Althusser, Maurice Godelier, Christian Baudelot, Régis Debray, Pierre Jalée, Taos Amrouche, Nazim Hikmet, Tahar Ben Jelloun ; une liste impressionnante d’intellectuels, d’écrivains, de poètes…

 

À travers plus de 30 collections, les éditions ont publié 1350 titres et créé 8 revues, véritables marqueurs d’un travail collectif. »

 

« […] Les Éditions Maspero, précisément parce qu’elles n’obéissaient aux ordres de personne, se sont fait coller des étiquettes par ceux qui trouvaient leur liberté suspecte. Traîtres au communisme pour les uns, trotskistes pour les prochinois et inversement, marchands de la révolution pour les situationnistes, ou platement tiers-mondistes. Toutes ces étiquettes sont aussi fausses que réductrices. La seule qui conviendrait, mais elle n’est pas idéologique, serait dérangeante. » Fanchita Gonzales Batle (entretien dans La Femelle du Requin) »

 

Après 1968 La Joie de Lire doit faire face à un péril redoutable et inattendu : le « vol révolutionnaire », pratiqué en particulier par les situationnistes qui accusent François Maspero d’être « un commerçant de la révolution ». Ces vols seront une des causes de la fermeture de la librairie en 1974.

 

Lorsque la FNAC (Fédération Nationale d'Achats des Cadres, une coopérative, ouvre ses portes en 1974, La Joie de Lire est la plus importante librairie parisienne. Après les vols de certains groupes gauchistes, c’est l’extrême droite, qui attaquera la librairie à sept reprises entre septembre 1969 et mai 1970.

 

Venant de l’extrême gauche, ses deux fondateurs André Essel et Max Théret étaient animés par un véritable souci social…Offrir à leurs clients, des adhérents, l’occasion d’entrer sans se ruiner dans la société des loisirs.

 

Entrée en Bourse en 1980, la vieille coopérative va rentrer dans le rang, s’éloignant progressivement de ses origines. En 1985, le groupe est vendu à un assureur, puis à la Compagnie Générale des Eaux et à François Pinault en 1994. En 2016, elle rachète Darty.

 

Mais revenons au bras d’honneur de l’Histoire.

 

En janvier 1967, l’UJC-ML, les thuriféraires du Président Mao pour qui « La Révolution n’est pas un dîner de gala. » ouvre aussi sa librairie. On l’appelle Gît-le-Cœur comme la minuscule rue du 6e arrondissement où elle est installée au 6. Elle est deux pas de la Joie de Lire et d’un cinéma spécialisé dans les films de Tarkovski, Eisenstein ou du prochinois Joris Ivens.

 

Non loin de là, au 9 rue Gît-le-Cœur, le Beat Hôtel (ma chronique ICI  établissement aussi miteux mythique, est le lieu de la contre-culture et de l’underground. « Dans des volutes psychédéliques, les poètes américains, Allen Ginsberg et William S. Burroughs vivent sans Dieu ni maîtres et sans entraves (lire ma chronique ICI  )

 

Deux mondes qui s’ignoraient : les coincés du bocal de la rue d’Ulm, enfants de Louis Althusser (futur Althusser à rien !) et les jouisseurs, les futurs beatniks…

 

La librairie Gît-le-Cœur financée par la riche grand-mère de Tiennot Grumbach, neveu de PMF, qui n’est pas dans le besoin et qui habite un grand appartement dans les beaux quartiers de la rive droite non loin du Figaro, tiendra jusqu’en 1978.

 

« Une nuit, la librairie est la proie des flammes. Attentat d’extrême-droite ? Représailles des communistes ? Cocktail Molotov mal dosé ? Le stock de petits livres en plastique de Mao fond sous la chaleur et se transforme en un long accordéon rouge. « On l’a coupé aux ciseaux et bradé » raconte le gérant Gérard Courtois (futur repenti et auteur du Livre Noir du communisme. »

 

L’extrême-gauche atomisée en minuscules groupuscules aux initiales incompréhensibles séduisait ceux qu’on ne dénommait pas encore les peoples :

 

« Tout comme la syndicaliste du Crédit lyonnais Arlette Laguiller, la voix du jazz Nicole Croisille se revendiquait de LO, tandis que la LCR d’Alain Krivine accueillait le comédien Michel Piccoli, le futur réalisateur néo-com Romain Goupil, les journalistes Hervé Chabalier, Edwy Plenel, le philosophe libertaire Daniel Bensaïd, Philippe Constantin, futur directeur artistique de la firme discographique Pathé, l’Ariégeois moniteur de tennis Jean-Pierre Bel, qui deviendra président du Sénat… Adeptes de l’entrisme dans les associations socialos, «sociflardes », les ateliers « philosophiques », on remarque le futur sénateur européiste Henri Weber, une brassée de secrétaires fédéraux du futur PS, ainsi que l’inspecteur du travail Gérard Filoche, mais encore Julien Dray, préposé de SOS-Racisme, machin mitterrandien communautariste… »

 

« Autour de l’AMR, tendance trot’s-rock’n’roll cultivée incarnée par l’activiste Maurice Najman, journaliste de Libé, on croise le couturier Jean-Charles de Castelbajac, le réalisateur à succès du Père Noël est une ordure Jean-Marie Poiré, puis l’épatante Bernadette Laffont. Toutes les obédiences trostkystes cajolent leurs poulains des Comités d’action lycéens (CAL), parmi ces têtes blondes Véronique Cantor, future compagne de Coluche, la socialiste malouine Isabelle Thomas, le producteur et porte-micro télévisuel Michel Field. Hors du champ gauchiste organisé, on remarque les vétérans considérables André Hessel et Max Théret, cofondateurs de la FNAC… »

 

Une belle brochette…

 

Mais, comme l’écrit Pascale Nivelle, dans son Histoire du Petit Livre Rouge :

 

« Dans les vitrines des librairies en 1967, le visage amène du Président Mao répété à l’infini sur les couvertures en plastic fait penser aux boîtes de soupe Campbell qu’aligne Andy Warhol de l’autre côté de l’Atlantique. À Paris ou Pékin, personne ne fait le rapprochement. Entre la propagande de l’empire du Milieu et la publicité impérialiste, il y a un océan Pacifique, un rift politique !

 

En 1972, Warhol s’inspirera du portrait du Grand Timonier en couverture du petit livre rouge pour réaliser ses 200 sérigraphies de Mao, peut-être les plus célèbres de son œuvre avec ses Marylin Monroe. Culture pop’ et Chine pop (ulaire), Mao, Marylin ou Jackie Kennedy… quelle différence au fond ? Seule la célébrité compte. »

 

Lors d’une vente aux enchères de sérigraphies de Warhol sur Mao en 2015, Sotheby’s annonçait :

 

« dans les mains du maître de la pop, la représentation officielle du président, employée pour la propagande communiste, est devenue une marchandise de l’économie capitaliste, pas plus conséquente qu’une boîte de soupe Campbell’s »

 

Depuis, la liste s’est allongée : Nike, Apple, Calvin Klein et beaucoup d’autres Made in China et le PC Chinois est toujours là…

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents