Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 07:00
On dira ce qu’on voudra, mais avant Hidalgo ça roulait mieux.

On dira ce qu’on voudra, mais avant Hidalgo ça roulait mieux.

Si vous êtes abonné comme moi, qui le suis depuis la nuit des temps, le temps où il fallait dire un pater et deux ave, à Télérama, vous pourrez lire ICI la prose du sieur Couston sur La reconquête de terroirs oubliés

 

Vendange volcanique dans le Puy-de Dôme

 

 

Si vous ne l’êtes pas, bravant les foudres du copyright, me considérant comme un quasi-actionnaire de Télérama, je vous l’offre.

 

C’est mon côté insoumis !

 

L'illustration de cette chronique va en ce sens...

 

 

S’il n’était pas devenu vigneron, Patrick Bouju ­aurait pu être archéologue. « Quand on a le nez dans la terre du matin au soir, à tailler, à gratter, on met au jour des tessons de poteries, des morceaux d’amphores. On comprend alors qu’on n’est pas le premier à travailler le sol, qu’on n’a rien inventé. Depuis deux mille ans, cette terre vit. C’est l’histoire qui dessine les paysages. » 

 

L’agriculteur est aux premières loges pour les observer et y voir ressurgir le passé. Installé sur les bords de l’Allier, aux portes de Clermont-Ferrand, Patrick Bouju, la quarantaine, cultive une dizaine d’hectares en plein territoire arverne. L’une de ses parcelles descend en pente douce du puy de Corent, célèbre dans la région, comme Gergovie ou Gondole, pour abriter un oppidum gaulois. Ce village fortifié, qui compta jusqu’à vingt-cinq mille habitants, fut sans doute la capitale des Arvernes et la ville natale de Vercingétorix.

 

Gaulois cultivés

 

Il n’a pas fini de livrer ses trésors, puis­qu’une récente campagne de fouilles a permis d’y découvrir une cave gauloise et les débris d’une centaine d’amphores. Venu des coteaux lointains de l’Italie, le vin n’était alors ni produit ni consommé localement mais servait à des offrandes en l’honneur de divinités. Pour les Gaulois, grands buveurs de cervoise, ancêtre de la bière à base d’orge et d’herbes aromatiques, il était encore un produit rare et sacré. « Une amphore de vin pouvait valoir plusieurs esclaves », précise Patrick Bouju. A force de déterrer fossiles et artefacts dans ses rangs, le vigneron-archéologue s’est passionné pour la période celtique. « On commence à redécouvrir les Gaulois depuis une vingtaine d’années. Le cliché du guerrier qui passe son temps libre dans des banquets n’a plus lieu d’être. C’était un peuple cultivé, commerçant, extrêmement raffiné. »

 

Bien qu’il soit l’un des plus anciens de France, le vignoble du Puy-de-Dôme souffre d’un déficit de notoriété auprès du grand public.

 

Dans le même élan qui l’a vu se lever pour défendre ses ancêtres les Gaulois, Patrick Bouju s’est mis en tête de réhabiliter le vin de son pays d’adoption. Originaire d’une ­famille tourangelle, dépourvu d’ascendants vignerons, il s’est installé en Auvergne à la fin des années 1990 pour suivre la mère de ses enfants. Ingénieur chimiste de formation, passé par l’informatique, il découvre le vin par l’intermédiaire d’amis vignerons chez qui il participe, à l’occasion, aux vendanges. Bien qu’il soit l’un des plus anciens de France, le vignoble du Puy-de-Dôme souffre d’un déficit de notoriété auprès du grand public. Rattaché géographiquement à la Loire, il ne couvre aujourd’hui que 800 hecta­res, répartis en majorité sur les ­coteaux qui bordent la vallée creusée par l’Allier, affluent ligérien. Et quand ce vin est connu des amateurs, on met rarement en avant ses qualités gustatives. Comme le saint-pourçain voisin, produit un peu plus au nord, celui élaboré autour de Clermont-Ferrand est assimilé à un vin de masse, peu alcoolisé (autour de 10 degrés), à boire dans l’année. Le contraire d’un vin de terroir…

 

Les cinq crus des côtes-d’auvergne

 

Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi. L’existence d’une voie fluviale vers Paris a naturellement contribué à l’essor de la viticulture. Née probablement à l’époque gallo-romaine — les premières traces de vigne datent du Ve siècle après J.-C. —, elle s’y est développée avec l’aide des moines cisterciens qui, dès le Moyen Age, délimitent le vignoble auvergnat comme ils l’ont fait en Bourgogne. C’est la naissance de la notion de cru, en fonction de la nature du sol. Henri IV sera un grand amateur du vin de chanturgue, issu de la colline clermontoise du même nom — et devenu depuis l’un des cinq crus des côtes-d’auvergne. Avec l’ouverture du canal de Briare, en 1642, qui assure la connexion de la Loire et du Loing (donc de la Seine), le commerce s’intensifie. Les Auvergnats chargent leurs « sapinières » (embarcations en bois) de vin et de charbon du Massif central et font voguer leur marchandise jusqu’à Paris, où ils ouvrent des brasseries pour écouler leur breuvage. Les lecteurs d’Astérix se souviennent sans doute d’Alambix, le marchand de Gergovie à l’accent chuintant du Bouclier arverne, précurseur du florissant commerce en vin et charbon qui fit la fortune des bougnats.

 

Funeste puceron

 

A la fin du XIXe siècle, le phylloxera, puceron importé d’Amérique, ravage le vignoble européen. L’Auvergne con­naît paradoxalement un fugace âge d’or. Beaucoup plus enclavé que le Languedoc et le Bordelais, premières régions touchées par la maladie, le vignoble auvergnat compense la baisse de production des régions concurrentes : dans le Puy-de-Dôme, la barre des 45 000 hectares de vignes est ­atteinte à l’aube des années 1890 et avec 1,6 million d’hectolitres le département devient le troisième ­producteur viticole de France, derrière l’Aude et l’Hérault. Plus que l’actuel vignoble bourguignon ! Mais le funeste puceron finira par atteindre les ceps épargnés et plon­gera la région dans une longue et inexorable dépression viticole, prolongée et amplifiée par la Première Guerre mondiale et la crise économique de 1929.

 

Toscane d’Auvergne

 

Réduites à peau de chagrin, quelques centaines d’hectares à peine, voilà que les vignes du Puy-de-Dôme relèvent timidement la tête : « Grâce à la présence des volcans, il y a un sous-sol exceptionnel en Auvergne, unique en France, qui combine des coulées de basaltes et de calcaire », explique Patrick Bouju, vigneron devenu géologue. Sans oublier les fameuses pépérites, une espèce de ciment naturel qui mêle de ­petits morceaux de magma vitrifié, ressemblant à des grains de poivre, à la roche sédimentaire broyée par explosion. Sur ce sol volcanique, le gamay d’Auvergne, cépage local, développe des arômes poivrés particulièrement typés. « Protégées par la chaîne des Puys et les monts du Forez, nos vignes bénéficient d’un climat très sec, avec une arrière-saison fraîche, et donc des amplitudes thermiques importantes, bénéfiques pour la vigueur de la vigne. Il ne pleut que 600 millimètres par an, moins qu’à Bordeaux ! » Un microclimat et un relief qui ont valu à la région le surnom de Toscane d’Auvergne, attribué à la Renaissance par Catherine de Médicis, de passage dans ces paysages vallonnés qui lui rappelaient son pays natal. Réchauffée par « l’effet de foehn », phénomène météorologique qui concentre la pluie d’un côté des montagnes et engendre des masses d’air chaud de l’autre côté, la plaine de la Limagne, à l’est de Clermont-Ferrand, est théoriquement à l’abri du gel, l’ennemi juré du vigneron avec la grêle. Pourtant, pour la première fois en vingt millésimes, Patrick Bouju a perdu cette année 80 % de ses raisins…

 

Avec d’autres « congelés », dont ses amis Alexandre Bain, en Loire, et Alice Bouvot, dans le Jura, il a donc sillonné la France à la fin du mois d’août pour vendanger et acheter du raisin (bio) à des vignerons plus chanceux que lui. Du muscat du côté de Banyuls, du gamay dans le Beaujolais, de la syrah vers Pézenas. « Ces raisins serviront à produire mon vin de négoce, plus simple et facile à boire que le vin de terroir que je fais habituellement sur le domaine. J’ai pu à cette occasion partager mon expérience avec des vignerons qui débutent et n’ont jamais tenté l’aventure des vins sans soufre. » Patrick Bouju appartient à cette génération de néo-vignerons très respectueux de la nature, ennemis des « manipulations » en tous genres : « Dans mes vins, il n’y a que du raisin et de la sueur », aime répéter ce diplômé en chimie moléculaire, qui a appris à interroger ses connaissances et s’est formé aux côtés de Jean Maupertuis et de Pierre Beauger, précurseurs du vin naturel en Auvergne.

 

Des vins chargés d’émotion

 

Alors que les vins locaux ressemblaient de plus en plus à de l’eau à force d’être dilués par des rendements poussés au maximum (on les aurait même utilisés un temps dans la région pour fabriquer du mortier !), Patrick Bouju a laissé la vigne se battre avec le basalte, fidèle au précepte de Lao Tseu qu’il a reproduit sur les étiquettes de ses bouteilles : « Produire sans s’approprier, agir sans rien attendre, guider sans contraindre, voilà la vertu primordiale. » Seules ses très vieilles vignes, âgées de cent vingt ans, sont un peu aidées avec des décoctions de plantes et des amendements de purin d’ortie. En agissant ainsi, il produit des vins aux arômes complexes qui peuvent vieillir, et dément la légende propagée par les détracteurs des vins libérés des camisoles chimiques : « Je pense sincèrement que l’agriculture dite conventionnelle, c’est-à-dire chimique, est une parenthèse dans l’histoire. Pour ma part, je cherche à remettre l’homme au centre du processus de production pour faire des vins chargés d’émotion. » Personne ne peut rester de marbre devant un verre de Festejar, son gamay pétillant légèrement sucré, ou de Basalte, son pinot noir intense à la fraîcheur toute volcanique. Grâce à Patrick Bouju et à ses camarades, Aurélien Lefort ou Vincent Marie, parmi une douzaine d’autres, les vins d’Auvergne se vendent désormais sur les plus grandes tables, du Japon au Danemark : « Avec le réchauffement climatique, d’autres vignobles d’altitude vont renaître, car ils bénéficieront d’une certaine fraîcheur. Je suis sûr qu’il reste de futurs grands terroirs à redécouvrir. » 

 

 

 

 


 

 

L’œil de Soulcié in Télérama soirée

L’œil de Soulcié in Télérama soirée

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU
commenter cet article
15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 06:00
Cheffe d’entreprise à 18 ans, Apollonia Poilâne s’endormait dans un panier pour le pain transformé, par sa mère, en lit pour enfant : et si vous vous offriez une glace au pain torréfié…

Il m’arrive, lorsque je flâne, dans le quartier des Boucicaut, Aristide et Marguerite, ce Bon Marché devenu le temple d’un luxe ostentatoire, ADN du LVMH de Bernard Arnault, de virer devant l’œuvre équestre de César pour enfiler la rue du Cherche-Midi, dont une sinistre prison porta le nom avant d’être rasée.

 

 

Où vais-je ?

 

Chez Poilâne acheter une miche tranchée…

 

J’accroche mon vélo à l’une de ces rambardes fixées au trottoir, tels d’étranges bastingages, est-ce pour éviter que les piétons ne versent sur la chaussée ou pour empêcher les chevaux-vapeurs d’y monter ?

 

La boutique est un mouchoir de poche, gentiment désuète comme les blouses du personnel, une caissière, deux ou trois serveuses jeunes ou pas jeunes, les tranches sont enveloppées dans du papier soie puis glissées dans un sac en papier kraft. C’est bon pour le stockage.

 

Vous allez me dire, Poilâne ce n’est pas tendance, l’heure est aux petits boulangers géniaux, les naturistes du pain qui font lever des pâtes pétries avec des farines anciennes, pourquoi s’intéresser à un boulanger qui vend dans les supermarchés ?

 

Parce que Lionel Poilâne fut un précurseur, le fournil il en parlait comme d’un « monde clos où la régularité favorise le rêve. » Homme de son époque, conscient du legs des siècles passés, Lionel Poilâne avait édicté une doctrine : la rétro-innovation. Prendre le meilleur du passé et le meilleur du présent. Le 31 octobre 2002, Lionel Poilâne et sa femme Ibu, designer, meurent dans un accident d’hélicoptère. Apollonia, 18 ans, se retrouve (avec l’accord de sa sœur Athéna, 16 ans) à la tête d’une entreprise de 150 collaborateurs, au moment où elle doit partir étudier l’économie et la gestion à Harvard. »

 

Et que dit Apollonia ?

 

« Mon endroit favori, soupire-t-elle. Un lieu simple et calme où la chaleur du four vous enveloppe. C’est une expérience qui engage tous les sens : la vue de gestes aussi coordonnés qu’un ballet, l’odeur du levain, le toucher d’un pain pétri, le bruit des miches qui craquellent au four, et le goût du pain cuit. »

 

Presque tout le monde a entendu parler du fameux pain Poilâne, une miche au levain d’environ 1,9kg, avec une croûte épaisse et farinée signé P pour Poilâne.

 

Mais moi, contrairement à une américaine je n’ai jamais «… descendu un escalier en courbe, tout en pierres, polies et arrondies par le temps. La pièce en bas était en longueur, pas grande du tout avec le four à bois comme un autel central et qui dégageait une chaleur constante et assez puissante. J’avais l’impression de pénétrer dans un autre siècle. Il y avait un seul jeune boulanger au travail qui s’occupait de la cuisson des pains et les décors en pâte morte. Je lui ai demandé à un moment s’il savait qu’il pleuvait dehors et il m’a répondu que non, il ne le savait même pas. Les autres boulangers travaillaient dans une pièce derrière (certainement pour le pétrissage, façonnage, confections des viennoiseries, sablés, etc.). »

 

« … Il y avait le bac de levain et j’ai pioché ma main dedans pour le toucher et le goûter. Il avait un goût légèrement acidulé et complexe. C’est difficile à expliquer. Quand on a l’habitude de goûter le levain, avec le temps, on arrive à distinguer ses qualités comme le vin par exemple. Leur levain est une pâte fermentée, c’est-à-dire, une portion de la pâte de la production de la journée qui est gardée et puis utilisée comme chef. »

 

L’Épure, avec sa collection dix façons de préparer… ne pouvait échapper à la miche de pain d’Apollonia Poilâne. ICI 

 

 

 

« La surface du pain est merveilleuse d’abord à cause de cette impression quasi panoramique qu’elle donne : comme si l’on avait à sa disposition sous la main les Alpes, le Taurus ou la cordillère des Andes. Ainsi donc une masse amorphe en train d’éructer fut glissée pour nous dans le four stellaire, où durcissant elle s’est façonnée en vallée, crêtes, ondulations, crevasses… Et tous ces plans dès lors si nettement articulés, ces dalles minces où la lumière avec application couche ses feux, sans un regard pour la mollesse ignoble sous-jacente.

 

Ce lâche et froid sous-sol que l’on nomme la mie a son tissu pareil à celui des éponges : feuilles ou fleurs y sont comme des sœurs siamoises soudées par tous les coudes à la fois. Lorsque le pain rassit, ces fleurs fanent et se rétrécissent : elles se détachent alors les unes des autres, et la masse en devient friable… Mais brisons-la : car le pain doit être dans notre bouche moins objet de respect que de consommation. »

 

Francis Ponge (1899-1988), Le Parti pris des choses

 

Comme nous sommes en été même si le thermomètre est déréglé j’ai choisi la Glace au pain torréfié, une recette de Nathaly Nicolas-Iannielelo.

 

 

LIRE ICI  et ICI

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
14 septembre 2017 4 14 /09 /septembre /2017 06:00
Le chardonnay selon Jacques Dupont le bas-bourguignon, « un médiocre et un très grand ont enfanté un excellent »

Le débat sur le sexe des anges n’étant pas d’actualité vous comprendrez aisément que je n’ouvrirai pas celui sur la minéralité, surtout celle du chablis provenant du « calcaire dit à astéries (c’est-à-dire gavé de petites huîtres), le fameux kimméridgien vieux de 150 millions d’années… »

 

Je laisse ça aux amoureux de la tension (pas celle prise par votre toubib avec sa petite machine à poire), à celles et ceux qui grimpent au ciel en suçant des cailloux… j’avoue humblement qu’étant né dans un pays de glaise lourde, de crottés, voisin de l’Océan les galets du rivage m’ont rendu sensible à la salinité.

 

L’effet minéral est donc la patte du chablis, il est « presque unique, inimitable… bien des régions du monde ont tenté de l’approcher sans jamais y parvenir. »

 

Maturité, surmaturité, et la sous-maturité dont on me dit qu’elle règne aussi à Chablis ! Rien que des mauvaises langues !

 

Revenons au sujet de notre bas-bourguignon : le chardonnay.

 

Encore un coup des moines de l’abbaye de Cîteaux

 

Dès le XIIIe siècle ils ont créé aussi le vignoble de Chablis et isolé les meilleures parcelles.

 

« Ont-ils également inventé le chardonnay, cépage des grands bourgognes ? C’est aussi mystérieux que la foi. On connaît ses ascendants, un très vulgaire raisin, le gouais, qu’on trouvait partout dans la partie septentrionale de la France, marié au pinot noir. Un médiocre et un très grand ont enfanté un excellent, mais qui le premier l’a fabriqué ? Nul ne le sait : les voies du bouturage sont impénétrables.

 

Le chardonnay pourrait être défini comme un cépage éponge, un transmetteur. À l’inverse du sauvignon, qui impose ses arômes avec une certaine facilité, voire arrogance si on ne le maîtrise pas, le chardonnay reflète son milieu naturel. Planté dans les Sud, sous le soleil, il donne un vin gras, riche en saveurs, parfois un peu lourd. Sur la craie champenoise, il se révèle floral et parfois tranchant. À Chablis, il adopte plusieurs personnalités avec cependant une permanence, que ce soit sur la rive gauche du Serein, le petit affluent de l’Yonne qui sépare en deux le vignoble, ou sur la rive droite en grand cru, premier cru ou en villages : la minéralité. »

 

AMEN

 

Vous pouvez refermer vos cahiers et si ça vous chante tapez-vous un Kir ou un blanc limé rien que pour pécher.

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU
commenter cet article
13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (33)

Épilogue

 

Comme les fenêtres du hasard sont les alliées privilégiées de Marie, nous n’eûmes pas besoin de louer un rafiot de luxe. En effet, l’un de ses clients, le genre qui avait fait fortune dans la Silicon Valley, adorateur de l’un de ses GCC, croisait au large de la Corse et venait de l’inviter à venir les rejoindre à Bonifacio.

 

Lorsque Marie lui proposa d’accueillir Quinton Liu il fut ravi de se la jouer border line, de mettre du piment dans ses vacances, de s’encanailler à bon compte, en accueillant un oligarque de la trempe du fils du général Liu, jacassant dans sa langue et planquant son pèze à Saint Kitts and Nevis.

 

Il plut des superlatifs comme des shrapnels à Gravelotte.

 

Quinton Liu accepta le rendez-vous avec un grand plaisir, ajoutant « je suis heureux que mon offre ait trouvé grâce à vos yeux mademoiselle de Saint-Drézéry… »

 

Marie sentit que l’affaire était presque dans le sac.

 

À côté du rafiot de l’étasunien en Nike l’ex rafiot de Tapie aurait eu des airs de barcasse voguant sur la Mer Morte. C’était un monstre des mers doté d’une plate-forme d’atterrissage pour hélicoptère et d’un petit hélicoptère bulle ; une ville flottante dotée d’un personnel plutôt philippin et d’un équipage tendance Vikings, une merveille de technologie, un bijou gardant encore le charme des yachts de la grande époque : bois précieux, cuivres lustrés, ameublement des cabines et des parties communes inspiré du vrai luxe des paquebots transatlantiques, loin du tape-à-l’œil des nouveaux riches. Notre start-uper avait eu la bonne idée d’épouser une Wasp de Boston.

 

Le lieu du rendez-vous fut fixé d’un commun accord hors des eaux territoriales de la France, n’en déplaise à ce cher Simeoni le nouveau boss de la Corse, et de l’Italie.

 

Le Préfet de région Corse tint absolument, les préfets sont ainsi fait : tout ce qui pouvait plaire à Beauvau leur donnait des ailes, à ce qu’une vedette rapide des Douanes nous convoie jusqu’à ce lieu tenu secret. Nous acceptâmes, ces gens-là sont dotés de grandes oreilles et nous ne pouvions priver les hautes instances de l’État du plaisir de s’informer de nos agissements sans passer par notre filtre.

 

Quinton Liu vint dans un hélicoptère bulle qu’il pilotait.

 

La réception fut somptueuse ce qui combla d’aise Quinton Liu.

 

Nous attendîmes les Puros et les vieilles eaux-de-vie pour aborder auprès de lui le sujet qui nous rassemblait.

 

Marie n’y alla pas 4 chemins : « Contrôler la majorité des parts du château d’Ô vous intéresse vraiment cher monsieur Liu ? »

 

Celui-ci, qui réchauffait un Armagnac millésimé, sans hésiter une seule seconde, rétorquait « Absolument pas ! » (Je précise que la discussion se fit en américain mais eu égard à votre allergie pour cette langue impérialiste je traduis)

 

  • Mais alors pourquoi avoir transmis une offre à son propriétaire ?

 

  • Je n’ai transmis aucune offre à ce monsieur que je ne connais pas mais dont j’apprécie le jus très bodybuildé, ça me change du jus de tomate !

 

  • Je ne comprends pas monsieur Liu…

 

  • C’est pourtant simple mademoiselle de Saint-Drézéry, je vous l’ai d’ailleurs précisé au téléphone ce sont vos GCC qui m’intéressent…

 

  • Mais alors pourquoi ne m’avez-vous pas fait une proposition en direct ?

 

  • Tout simplement parce que mes « amis » de Campanie, à qui j’avais fait part de cette envie, m’ont assuré qu’ils avaient des intermédiaires rompus à ce genre de transaction. Je commence à comprendre que ce fut une erreur…

 

  • Oui monsieur Liu, ces gens-là vous ont trompé…

 

  • Que puis-je faire pour ne pas être impliqué dans une sale affaire ?

 

  • Rien monsieur Liu, savourez votre Armagnac en tirant gentiment sur votre Puros, regagner ensuite votre lieu de villégiature sans crainte, vous n’avez rien à vous reprocher. De plus je ne suis pas vendeuse. Pour sceller notre rencontre je vous ferai porter une belle cargaison des meilleurs millésimes de mes GCC.

 

Quinton Liu se répandit en remerciements.

 

C’était la fin du premier acte, Tarpon avait raison tout ce micmac était le fait d’un looser, Granjus, dit le Pourri, toujours à l’affut de miettes, qui pour se faire mousser auprès d’Agrippine avait monté de toute pièce ce coup foireux afin d’y grappiller trois francs six sous. Ce n’était qu’un gagne-petit, un ramenard sans envergure.

 

La connexion entre lui Arkan Jr s’était faite, il y a quelques années lors d’une dégustation organisée par Granjus à Zagreb. Depuis, celui-ci maraudait dans le marigot du Grand Serbe à la recherche de fraîche.

 

Pour ceux qui ont du mal à suivre c’est pourtant simple : Granjus mis au parfum par Arkan Jr, bossant pour le compte des  agro-mafiosos de Campanie, de l’intérêt de Quinton Liu pour les GCC de Marie a eu l’idée de coupler cette demande avec celle de la prise de contrôle du château d’Ô, en inversant les facteurs.

 

Pourquoi ?

 

Parce que Granjus savait qu’Aadvark cherchait à se défaire de ses parts dans le château d’Ô tant que le foncier était au plus haut et que les prix flambaient.

 

Pour blanchir leur thune les agro-mafiosos étaient prêts à mettre le paquet, les commissions auraient été grasses.

 

Mais alors pourquoi les deux alliés n’ont pas pris langue directement avec Aadvark ?

 

Parce qu’Arkan Jr et Granjus voulaient palper un max au passage en faisant accroire à Aadvark  que c’est lui qui bénéficierait des dessous de table. D’où l’idée de faire d’Agrippine le vecteur de la proposition car elle était, selon eux, le maillon faible.

 

Cuisiné par Tarpon, Aadvark, après une résistance héroïque, nous confirma que c’était bien elle qui lui avait transmis la double proposition.

 

Ce qu’ils n’avaient pas prévus c’est qu’Aadvark prenne peur, embauche la ganache de Touron pour, suite à la disparition de celui-ci, venir confier ses craintes à Marie et que celle-ci renvoie l’ascenseur, avec une proposition homothétique, via Tarpon. 

 

Les coups tordus ont la fâcheuse tendance à revenir, par effet boomerang, dans la gueule de ceux qui les montent.

 

Si vous n’avez pas entravé la manip, le cabinet Eugène Tarpon  « Conseil en affaires réservées » reste à votre disposition pour le SAV.

 

Mission accomplie.

 

Nous allâmes tous gueuletonner chez Pierre Gagnaire rue Balzac.

 

Le même jour, à la même heure, nos yakusas élargissaient Arkan Jr et les hommes de main de celui-ci déposaient Agrippine à la gare Montparnasse où l’attendait Aadvark.

 

Qu’advint-il d’eux ensuite, ce ne sont pas nos oignons.

 

Dans nos rangs, Tarpon séduit par la Corse s’installa pour un temps à Pignia afin de réfléchir à son avenir, entrer en politique ou spécialiser sa crèmerie en agence de protection des grosses huiles, ne rien faire, gérer les châteaux de Marie, Lucette Durand, qui le rejoignait chaque week-end, l’incitait à prendre le train d’En Marche, elle prenant en mains l’agence avec l’appui de ses yakusas.

 

Adelphine et Rosa, tout en continuant d’être grassement rémunérés par Tarpon, décidèrent d’ouvrir une cave à manger littéraire dans le VIIe arrondissement, baptisée Rue des boutiques obscures que Patrick Modiano, en voisin, viendrait inaugurer.

 

Lulu intégra une start-up conceptrice de jeux vidéo pour y développer les aventures d’Eugène Tarpon le privé au nom de poisson, et moi je repartis en Bourgogne pour parfaire mon apprentissage chez Claire Naudin.

 

Et Touron me direz-vous ?

 

Tarpon avait raison, sitôt son chèque encaissé, après avoir pris une grosse mufflée, ce grand courageux s’était planqué.

 

Enfin, en ce qui concerne celui par qui le scandale était arrivé, Granjus, rien n’a changé pour lui, en bon stipendié, il continue de pérorer.

Prière d’insérer :

  • Cette grande saga policière de l’été n’a pas été sponsorisée par l’ODG de SaintÉmilion.

 

  • L’auteur remercie Ingrid Astier l’auteure de Haute Voltige et Jean-Baptiste Malet l’auteur de l’Empire Rouge de leur collaboration bien involontaire.

 

  • Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est bien évidemment purement fortuite.

 

  • Le château d'eau illustrant ce polar est un monument historique situé à Colmar (HautRhin), l'édifice est situé avenue Raymond-Poincaré dans le quartier sud de Colmar, dans un parc, nommé Parc du Château d'eau, à côté de la cour d'appel et qui occupe une superficie de 13 990 m22. Sa capacité est de 1 200 m3. Il a été construit entre 1884 et 1886. Ce château d'eau a été construit entre 1884 et 18863 sous la direction de Victor Huen et de l'ingénieur Heinrich Grüner. L'édifice est un exemple de l'architecture allemande du début du xxe siècle, son escalier et sa façade sont tout à fait remarquables. Présence d'arcs brisés, modillons, appareil à bossages, mâchicoulis. Le donjon mesure 12,3 m de diamètre et 53 m de hauteur. Sa capacité en eau est de 1 000 m3. Il est inauguré le 22 juin 1886 et mis hors d'exploitation en 1983. 

 

  • Le fait que ce roman se déroule en 33 chapitres et se termine le 13 ne relève pas d’un quelconque Bordeaux bashing.

   

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
commenter cet article
12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 08:45
En 2001 le sévère avertissement de René Renou aux AOC : à méditer !

René était un romantique, pas un homme d’affaires, trop de ceux qui aujourd’hui lui érigent une statue sont des hypocrites, et pourtant il avait compris que si l’AOC se laissait emporter par l’inertie de la plus grande pente, celle de la facilité, du ruban  de la reconnaissance pour tous, la vigne France dans sa majorité rejoindrait le modèle agricole dominant dont les plus clairvoyants pressentaient les limites.

 

Nous nous n’avons pas toujours été d’accord sur la stratégie avec René qui croyait renverser les montagnes du conservatisme par son verbe brillant. « Combien de divisions René ? » lui disais-je lorsqu’il me proposait de devenir directeur de l’INAO.

 

Je les connaissais trop bien ses fameux soutiens, porter lezur serviette : jamais !

 

Petite piqure de rappel donc, cette citation est couchée dans mon rapport de 2001.  

 

« Aux syndicats d’AOC, je dis ayez le courage de gérer le potentiel qualitatif collectif de l’AOC et vous assurerez votre avenir. Dans le cas contraire, le marché n’aura aucun état d’âme et vous, syndicats, porterez la responsabilité d’une faillite collective »

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 07:00
Souvenirs, souvenirs… André Dubosc, Jean-Louis Piton, Antoine Arena… Olivier Bompas arpente les côteaux de Gascogne, le Luberon et Patrimonio…

Je marche sur des œufs mes amis – depuis le fipronil, l’œuf est tendance rue de Varenne –, avec la furie qui règne sur les réseaux sociaux les épidermes sont de plus en plus sensibles et, comme les journalistes y sont très présents, la moindre petite égratignure prend une tournure d’atteinte à leur compétence, leur crédibilité, leur dignité, leur éthique…

 

Faut les comprendre, les temps sont durs pour eux, la presse en général, et celle du vin en particulier, vit des jours difficiles face à des huluberlus qui sévissent sur la Toile, des qui ne sont des experts estampillés, des dégustateurs patentés, des journalistes encartés. Foire d’empoigne ! Noms d’oiseaux, propos vachards, face de bouc et twitter mobilisent leur énergie pour draguer la maigre chalandise. Alors, pour survivre, la presse, plus encore que par le passé, fait la danse du ventre aux annonceurs, un impératif : leur plaire pour qu’ils délient les cordons de leur bourse.

 

Dans la presse du vin quelques pigistes survivent, les plus démerdards s’accrochent aux bouées de sauvetage, le cacheton d’expert, sur les fameuses chaînes en continue qui, toute la sainte journée, déversent leur bouillie pour les chats on se demande bien pour qui d’ailleurs.

 

Reste dans cet univers ravagé, pensez-donc B&D ont dû vendre des parts de leur petite crèmerie à Dassault, Le Point, qui, avec Dupont et Bompas, journalistes appointés à l’année, résiste à la sous-traitance des vendeurs-recycleurs, aux pigistes payés au lance-pierre, avec leur grand classique : le Spécial Vins.

 

Même si je le trouve un peu trop classique, moins poil à gratter que par le passé, c’est le temps qui passe qui émousse un peu la niac, c’est un expert qui vous le dit, ce monument historique a le grand mérite de perdurer.

 

Dans la dernière livraison, le Jacques Dupont ne s’invigne pas, il parle du bois, du bois de vigne et de ses tracas. C’est du sérieux que les grands chefs de la vigne France ont, pendant des années, négligé. À lire au coin du feu donc.

 

Comme je suis un fouineur, j’ai fouiné dans les 13 appellations au top pour chercher la petite bête. Et, bien sûr, je l’ai trouvée ! Je l’ai trouvée dans les petites appellations, 3 très exactement, et c’est Bompas qui s’y colle. Je dis ça, non pas pour mettre de l’huile sur le feu, car le Jacques est déjà passablement énervé par le tire-bouchon de la mère Buzyn, mais parce que j’ai envie d’égrener mes souvenirs sur les hommes qui ont marqué ces 3 appellations : André Dubosc pour la Gascogne, Jean-Louis Piton pour le Luberon et Antoine Arena pour Patrimonio.

 

Olivier Bompas conte le grand virage du vignoble du Gers du vin à brûler au petit vin blanc à boire au travers de la maison Grassa et son Tariquet. Pas sûr que l’André Dubosc, le fondateur de Plaimont, soit d’accord avec son analyse mais je ne vais pas « causer en ses lieu et place ».

 

L’homme au béret, je l’ai fréquenté lors d’une mission dans le Gers pour tenter de réconcilier deux conceptions de la production des 2 coopératives concurrentes, le vrac ou la bouteille… Têtu, passionné, travailleur, ferrailleur, gascon quoi, nous avons lui et moi longuement échangé, parfois au téléphone, sur les préconisations de mon rapport qu’il partageait.

 

J’aurais aimé qu’Olivier lui tira un grand coup de chapeau car les vins du Gers, lui doivent beaucoup. À l’image d’un André Valadier dans l’Aveyron pour le Laguiole, André Dubosc est de ces hommes qui ont contribué à ce que leur pays tienne le choc, vive. Les deux André leur vitalité, toujours intacte, mérite qu’on la salue avec respect. 

 

Toujours fidèle au poste l’André Dubosc.

 


 

« Mercredi soir, dans le cadre de Jazz in Marciac, le Monastère accueillait la soirée partenaires de Plaimont Producteurs. L'occasion pour le groupe coopératif vigneron de dévoiler en avant-première le programme des vendanges de la Saint-Sylvestre, en présence des présidentes de l'association des Amis du pacherenc, Martine Levaux et Nadine Cauzette, et du président de la cave de Crouseilles Roland Podenas. En l'absence du président Joël Boueilh (sur le point de rentrer d'un voyage professionnel en Chine), ce sont Marie-Christine Dupuy, directrice du pôle financier, et André Dubosc, le fondateur de Plaimont, qui ont accueilli les invités, dans une ambiance conviviale, avant de les convier au magnifique concert donné par Dhafer Youssef et Chucho Valdès. »

 

Du côté du Luberon – prononcez be et pas bé, s’il vous plaît – Olivier a aussi oublié l’homme-orchestre de l’appellation avec son Union de coopératives de Marrenon, le Jean-Louis Piton. Dans le groupe stratégique qui pondit, suite à mon rapport, la note stratégique Cap 2010, il était le seul socialo de service. Ce petit exercice lui permit d’assouplir sa vulgate coopérative rigide. Il eut pu devenir président du comité vins de l’INAO mais les magouilles politiques de l’époque Le Maire le privèrent de cette reconnaissance. Le Foll, avant son départ lui a attribué la présidence de l’INAO tout court.

 

Je trouve qu’on l’entend peu, pas assez à mon goût, face à l’indigence du discours des grands chefs du vin, l’absolue nullité d’un Jérôme Despey, pur apparatchik de la FNSEA, qui n’a jamais vendu une goutte de vin. Le Jean-Louis, lui, a su donner à son groupe coopératif une impulsion commerciale qui mérite d’être soulignée. À force de laisser la médiocrité tenir le haut du pavé il ne faut pas s’étonner de l’absence de vision dans le monde du vin. Ce beau monde affiche une satisfaction qui va très vite se heurter au mur des réalités de la mondialisation.

 

Allez Jean-Louis, sors du bois, prends ta moto et plus que le Dubrule et le Gattaz, décoiffe le discours convenu de tes collègues amortis.

 

Reste la Corse, là où je réside en ce moment, au Sud certes, ce qui n’est pas du goût de l’Antoine Arena, le boss de Patrimonio.

 

Ouf, là l’ami Bompas tient la plume :

 

« Avec mon épouse, Marie, nous avons travaillé très tôt sur le parcellaire ; dans les salons, je goûtais les bourgognes et je me disais qu’on devrait faire la même chose ; ici, les différences entre parcelles sont flagrantes ! » s’enthousiasme Antoine Arena, figure emblématique du cru et précurseur au début des années 1980, du renouveau du vignoble de l’île. Ses vins ont toujours porté le nom des parcelles de vignes dont ils étaient issus, comme le fameux lieu-dit Carco, planté en 1987, qui donne blancs et rouges d’un équilibre et d’une fraîcheur remarquables, et d’une grande capacité de garde. Depuis le millésime 2014, Antoine Arena a amorcé le passage de relais à ses fils, Jean-Baptiste et Antoine-Marie : « Chacun a fait son choix parmi les différents lieux-dits, ça s’est mené en bonne intelligence, tient-il à préciser. Ce qui compte, c’est de maintenir l’esprit, je n’ai jamais été tellement interventionniste dans l’élaboration des vins, l’essentiel se passe dans la vigne. »

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
12 septembre 2017 2 12 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (32)

(32) Nous allons donc lui donner rendez-vous en mer où nous le recevrons sur un rafiot du style Phocéa de ce bon Bernard Tapie.

 

« Vous avez fait un excellent travail… »

 

Le Ministre nous recevait, Tarpon et moi, dans son bureau. Son directeur de cabinet, se tenait debout légèrement en retrait. La préfectorale est une école d’humilité, Préfet le matin, hors-cadre le soir.

 

« Et qui plus est vous avez, en cette période de coupes budgétaires, fait faire de belles économies à la République… »

 

Le père Collomb, sous ses airs de raminagrobis, n’était pas dépourvu d’humour.

 

« Une jeune souris, de peu d'expérience, Crut fléchir un vieux chat, implorant sa clémence, Et payant de raisons le Raminagrobis, La Fontaine, Fables XII, 5

 

« Nous avons eu beaucoup de chance monsieur le Ministre…

 

  • La chance ne sourit qu’aux audacieux, vous devriez adhérer à en Marche chers amis nous manquons de cadres de votre calibre.

 

Tarpon, sérieux comme un Pape, lui rétorqua « Pourquoi pas, mais avant de chausser les bottes du politique il nous faut dénouer les derniers fils de cette affaire tordue…

 

  • Sans vous flatter Tarpon vous me semblez être un expert en la matière…

 

  • C’est l’objet social de ma petite entreprise monsieur le Ministre, on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs !

 

  • Vous devriez prendre la place de cette ganache de Travers qui gère la crise des œufs au fipronil comme un pied. Le Président à raison, beaucoup de nos Ministres se font balader par leurs services. Nos vétérinaires-fonctionnaires sont des couilles molles, ils l’ont prouvé au moment de la vache folle et des lasagnes au cheval…

 

  • J’ai toujours rêvé d’exhiber le poireau à ma boutonnière…

 

  • Ça c’est du domaine du possible pour vous remercier de vos bons et loyaux services. « C'est avec des hochets que l'on mène les hommes » Ces mots auraient été prononcés par Napoléon Bonaparte devant Cambacérès et Roederer ou devant son chef d'Etat-Major Berthier ?, qui s'inquiétaient de la décision de Napoléon de créer l'Ordre de la Légion d'Honneur.

 

Comme nous n’étions pas là pour un concours de citations ou d’aphorismes je pris l’initiative d’exposer le déroulé du dernier acte.

 

  • Quinton Liu passe ses vacances en Sardaigne, qui comme chacun ne le sait peut-être pas est la voisine sudiste de la Corse. Ce cher homme adore la pêche au gros il s’est donc payer un superbe PC…

 

  • Un PC ? Le Ministre étant de Lyon n’était pas un adepte du langage de la mer.

 

  • Un promène couillon monsieur le Ministre, un gros machin rutilant avec plein de chevaux sous le capot…

 

  • C’est bien d’être Ministre, j’en apprends tous les jours…

 

  • Nous allons donc lui donner un rendez-vous en mer où nous le recevrons sur un rafiot du style Phocéa de ce bon Bernard Tapie.

 

  • Vous ne lésinez jamais sur les moyens…

 

  • J’avais pensé à un destroyer de la Marine Nationale mais notre Quinton Liu aurait pu prendre peur…

 

  • Marie vous êtes impayable !

 

  • C’est le cas de le dire, nous bossons gratis, pour la gloire et le prestige de notre beau pays…

 

  • Mais pourquoi tenez-vous tant à rencontrer cet affairiste ?

 

  • Pour plein de bonnes et de mauvaises raisons, la première étant de savoir si Arkan Jr ne nous a pas vendu de la salade pas fraîche.

 

  • C’est un serpent ce type-là méfiez-vous en…

 

  • Il est entre des mains qui ne craignent pas le venin monsieur le Ministre.

 

  • Si votre entrevue avec Quinton Liu confirme ses dires vous lui rendez sa liberté.

 

  • Bien sûr et j’espère que vos limiers ne vont pas lui tomber de suite sur le râble. Ce serait improductif. Laissez-lui le temps de se refaire une santé, vous détenez maintenant des fils qu’il vous suffira de tirer pour coincer de plus gros poissons.

 

  • Et Agrippine qu’est-ce qu’elle devient dans tout ça ?

 

  • Elle retourne dans les bras de son légitime et tout repart comme en 14 !

 

  • Vous êtes féroce Marie !

 

  • Juste retour des choses monsieur le Ministre… « Tel est pris qui croyait prendre. »

 

  • Et si je puis m’exprimer ainsi chère Marie : que faitesvous du fouteur de merde.

 

  • Je ruine ça réputation qui est déjà bien branlante…

 

  • Vous pensez que Quinton Liu va renoncer à son projet ?

 

  • Qu’importe, à lui d’emprunter, s’il en est capable, les voies légales.

 

  • Monsieur Tarpon pourra peut-être l’y aider…

 

  • Je ne dis pas non Monsieur le Ministre mais dans cette hypothèse je ne pourrai me mettre En Marche sous peine de me voir accusé de conflits d’intérêts.

 

  • C’est très à la mode en effet !
Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU
commenter cet article
11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 07:00
Le Pérugin, Saint Sébastien (vers 1500), Paris, musée du Louvre.

Le Pérugin, Saint Sébastien (vers 1500), Paris, musée du Louvre.

Je n’en suis pas, normal je ne suis pas un passionné du vin, en plus je n’y connais rien, sur le forum de la LPV je ne suis pas en odeur de sainteté, normal je suis un mécréant sans foi, ni loi. En plus j’ai osé me moquer du grand-prêtre de la LPV.

 

Ceci écrit, puisque j’ai hébergé un vigneron qui ne pense pas comme eux, je suis plus accueillant qu’eux, le sieur Jean-Yves Bizot, dit « l’enfant gâté » de Vosne-Romanée, un gars qui réfléchit, horreur malheur se pose de bonnes questions, tente d’y répondre, péché mortel pour les grands amateurs en quête de flacon à la hauteur de leurs bourses, j’ouvre ma fenêtre de tir pour  que le Saint Sébastien du vin puisse répondre.

 

Ça commence ICI Prophétie d'un non-voyant ou lettre ouverte aux amoureux de la Bourgogne

 

 

Catégorie : Bourgogne/Beaujolais

 

Jean-Yves Bizot n'a pas de compte sur LPV, je transcris sa réponse à vos remarques.



Je ne peux que confirmer ce que dit Pierre sur certaines lectures inattentives qui s'indignent et crient à l'indécence mais passent sans doute à côté du sens de ce qui est en jeu et qui est hautement problématique: l'exposition aboutie de deux approches du vin, vigneron et passionné, qui peuvent être antinomiques, qui risquent de l'être...



"La réponse que j’ai faite à Didier – je m’étais engagé à la faire – dépasse le cadre personnel. Elle n’a pas été forcément bien saisie, et les réflexions dévient sur le prix de mes bouteilles. J’ai exposé simplement pourquoi je pensais que la hausse était inévitable.


Je suis semble-t-il un enfant gâté… on me l’a déjà dit. On m’a dit aussi que je crachais dans la soupe. Donc, ce genre de propos glisse. Dire que mes propos sont indécents me dérangent plus. A moins que la vérité ne soit indécente ?



L’un de vous me dit d’aller voir dans le Beaujolais, que ça remettrait le clocher au milieu du village. Je n’ai attendu les recommandations de personne pour le faire. J’y circule assez souvent. Je connais l’état du Beaujolais. Bien plus en profondeur même que ce que vous pouvez croire, et pas seulement par le prix des bouteilles. Je connais aussi la situation de Languedoc. Je suis même allé voir pire encore comme vignoble, pour vraiment faire mal, côté situation. Et c’est justement leur situation qui a été un de mes moteurs de ma réflexion.



Je vous ai exposé les conclusions de ma réflexion et pourquoi il y aura une hausse inévitable du prix des vins en Bourgogne, quelle que soit la stratégie, à plus ou moins long terme. Probablement ailleurs aussi.



Même si les enjeux sont ne sont pas partout les mêmes : il y a effectivement une pression extérieure sur la Bourgogne, qui joue sur le foncier. Elle est déjà passée à Bordeaux , pas encore dans le Languedoc ( ?). Mes propos vous ont paru pessimistes ? ils ne sont pas de moi, mais des gens bien plus compétents : la Bourgogne est un fruit mur. Il suffit de voir les sociétés qui se présentent à nos portes. Mais le constat sur l’état des exploitations viticoles peut effectivement être généralisé : d’une manière générale, il est loin, dans toute la France, d’être ce que l’on en dit, avec le paradoxe d’être en difficulté dans une situation commerciale favorable.



Partout, on a de belles entreprises, bien équipées souvent, un système de production certes contraignant par moment, mais très protecteur, des exploitants bien formés sur le plan technique sans conteste, des beaux produits et finalement des entreprises qui ne sont dans des situations où elles devraient être. Le problème partout est le même : la commercialisation, et ce que les économistes vont appeler la valorisation. La question ne pose pas qu’en Bourgogne : Alsace, Val de Loire, Languedoc, vignobles satellites de Bordeaux, et à Bordeaux même. J’en passe que vous connaissez mieux que moi. Je parais aujourd’hui enfant gâté, mais comme tous mes collègues, je suis parti en axant tout sur la production : investissement, réflexion, travail, petits rendements. La réflexion sur la commercialisation est venue plus tard, au moment où j’ai failli me planter pour avoir choisi le « commerce pépère ». Choisi est un mot un peu fort : suivi serait mieux.

J’entends les reproches sur le prix de mes bouteilles. Je m’y attendais un peu (même beaucoup) et répondant à la sollicitation de Didier. C’est fréquent, par des consommateurs comme les collègues. Qu’est-ce que je peux répondre ? Ai-je à me justifier ? je ne crois pas, d’autant qu’au début du texte précédant j’écris : qu’est ce qui fixe le prix d’un vin ? Le problème, c’est que cette question des prix occulte le débat : parce que j’ai emprunté cette voie, mes arguments sont fallacieux, ou légers. Mais en partant des conclusions que je vous ai exposées, je serais plus qu’hypocrite de laisser couler et de ne pas avoir emprunté cette voie. Je reconnais vivre une situation privilégiée, que j’ai en partie créé, mais dont une large part résulte de du lieu de production. Mais le privilège n’interdit pas la lucidité.



Un client m’a dit un jour : « tu n’es pas là pour faire des affaires, mais pour faire du vin ». C’est un peu ce que j’entends ici. Non, je ne fais pas des affaires, je fais du vin, et si je veux continuer à le faire, il faut qu’il soit bien vendu. Au jour le jour, déjà, pour pouvoir continuer à produire le vin comme je l’entends, et pour que mon domaine dure, peut-être parce qu’un de mes enfants voudra le reprendre, sinon celui qui le rachètera. Il faut anticiper. Ce ne sont pas des emprunts monstrueux à rembourser, mais simplement se donner la capacité d’assumer une succession. Pas les droits, on s’en fout mais le rachat des terres. Une autre échelle ! Effectivement, le prix du terrain n’est pas un argument commercial pour justifier un prix. En toute logique, on justifiera le prix du foncier avec le prix de vente de la bouteille (c’est pourquoi je ne saisis pas encore les relations entre les deux). C’est simplement une réalité économique. Peut-être que comme la clientèle des médecins aujourd’hui, elles ne vaudront plus rien dans 30 ans. Mais en attendant, elles valent. Et donc, logiquement, elles ont une influence sur le prix des bouteilles.

Croire que le vin n’est pas soumis à concurrence est assez illusoire : c’est l’argument qu’on a développé depuis des années, en interne, pour se rassurer. Les nouveaux pays producteurs ne nous grattent pas que sur les entrées de gamme, mais aussi sur les vins chers. Et la Chine n’est pas arrivée encore. Le prix fait aussi partie de l’image et de la crédibilité. D’où l’envol des Bordeaux.

Tout est en place aujourd’hui pour le prix des bouteilles grimpent. Jusqu’où ? Quelles conséquences ? Quels risques ? Là, je partage vos inquiétudes. Mais ne pas saisir les opportunités aujourd’hui, ce n’est pas viser sur le long terme, c’est manquer le train."

 

En savoir plus  ICI  et ICI

 

Prophétie d'un non-voyant ou lettre ouverte aux amoureux de la Bourgogne

 

Catégorie : Bourgogne/Beaujolais

 

Voici la réponse que Jean-Yves Bizot, vigneron émérite de Vosne Romanée, a faite à cette discussion.



Je resitue le contexte, Jean-Yves est mon ami, nous avons eu souvent cette discussion ensemble et chacun a exprimé ses pensées avec passion, parfois véhémence (pour moi), mais toujours avec respect, avec une volonté d'écouter et de se mettre à la place de l'autre.


Jean-Yves est sensible au fait que le vrai passionné ne puisse plus se payer le luxe des grands vins, mais il plaide pour une augmentation des prix. Il y a une relation particulière du vigneron au passionné, qui n'est pas inhérente à cette région, mais qui lui est quand même intimement liée et qui rend possible cette discussion.


J'aimerais que sa réponse engendre discussion et arguments Dans le cas contraire, ce supprimerai ce post parce que je ne vois pas l'intérêt d'exposer à la vindicte quelqu'un que je respecte, quand bien même je peux parfois être en désaccord avec lui. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas d'accord qu'on insulte, ce n'est pas parce qu'on plaide par expérience qu'on discrédite la parole de l'autre. Je rappelle ces principes dans la mesure où, quasiment à chaque fois qu'une discussion s'ouvre sur LPV, j'ai l'impression qu'elle dégénère avant de dériver, y compris avec des gens qu'on connaît ou qu'on croît connaître. Ce qui nous lie est bien plus important que ce qui nous sépare. Merci à Jean-Yves pour son attention.



La question du prix est certes délicate. Quel est le prix d’une bouteille de vin ? Qu’est-ce qui le fixe ? De plus, elle est perçue de deux côtés parfaitement inconciliables : c’est toujours trop cher d’un côté, et pas assez de l’autre. Enfin ça devrait être comme ça. Car en réalité, certains domaines, cités de nombreuses fois et présentés comme des modèles d’intégrité par les consommateurs, commercialisent vraiment en se plaçant du côté du consommateur : les prix restent bas. Eux sont honnêtes, raisonnables, bien paysans, quoi. Mais regardons le prix de leurs bouteilles quelques années plus tard, ou sur internet, ou chez leurs revendeurs, et là, la donne est complètement différente : les prix sont très élevés. Les vins qu’ils font ne sont plus des produits agricoles, mais des produits comme la Mode sait en faire et sait les vendre.



Si on analyse autrement, c’est assez simple : pour « respecter », ou une image, ou une habitude, ou une culture, je ne sais pas trop, ou quelques clients particuliers dont certains dotés d’ailleurs de bonnes allocations qu’ils revendent en partie (épiphénomène, est-il écrit dans un post), ils se privent de récupérer une marge importante de leur travail. C’est d’autant plus regrettable, qu’il y a des clients en face, prêts à payer. D’autant plus regrettable que ce sont seulement les réseaux commerciaux ou non commerciaux (épiphénomène, mais qui a eu un impact important) qui en profitent. Notons d’ailleurs, puisque cela a été évoqué, que ce sont ces mêmes domaines jugés honnêtes dont les vins font le plus volontiers l’objet de placements spéculatifs. Etrange, non ?



Et ce sont ces valeurs spéculatives qui « fixent » le prix des terres, par des mécanismes que je ne saisis pas encore très bien (bulles ? cercle vicieux ? aspiration ?) : en tout état de cause, il est impossible pour les structures de racheter le foncier. Donc, ils et elles tombent dans les pattes de grands financiers. Et là, pas de cadeaux : le prix du vin sera celui qu’ils décideront.



Il n’y a donc pas 50 possibilités, seulement une alternative : soit nous continuons à vendre pépère au même prix à des clients qui s’érodent, et de toute façon dans 10- 15 ans, ils ne pourront plus nous acheter de vin : nous aurons disparu. Soit nous changeons de gamme tarifaire et de pratiques commerciales. Les clients particuliers ne nous achèteront peut-être plus de vin (quoique), mais probablement nous serons encore là. En tant qu’exploitant, donc chef d’entreprise, je n’hésite pas longtemps. Je choisis la vie.

Par quel mécanisme de gestion est-il possible de choisir de vendre 50 quand on peut vendre 100, 20 quand on peut vendre 40, 10 quand on peut vendre 20 ? Je n’ai pas la réponse. Mais pour un entrepreneur, c’est une aberration. Sûr. Collectivement, cela mène à la paupérisation. Mais pas d’erreurs : je ne milite pas pour des vins chers pour le plaisir, mais seulement pour faire vivre un système, poursuivre une quête partagée aussi par l’acheteur, prolonger un rêve commencé il y a à peu près mille ans.

Pour toutes ces questions d’économie, je recommande vivement le livre de Louis Latour, essai d’Œnologie historique, publié aux éditions de l’Armançon.


En savoir plus sur ICI 

 

 

 Ces deux textes datent de 2013.

 

Tout le débat suscité est passionnant. Il faudrait presque le relire avec un œil de sociologue (marxiste ?). Je crois que je vais le faire d’ailleurs, pour la deuxième réponse…

 

De quoi alimenter la chaudière.

 

Bonne journée !

 

 

Jean-Yves Bizot

Domaine Bizot

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (31)

(31) Mais encore une fois, qui avait compté ? Avec les doigts personne ne pouvait mesurer la distance de la terre à l’enfer

 

Arkan Jr savait apprécier un rapport de force, il n’avait pas le choix. Le deal que je lui proposais préservait sa susceptibilité en lui offrant une porte de sortie plus qu’honorable. Aux yeux de ses mandataires il n’aurait ni failli, ni trahi, mais aurait, en l’acceptant, préservé l’essentiel : leur anonymat. Il pourrait reprendre pénardement son biseness. Du moins le croyait-il, son sort, une fois libéré, ne dépendrait plus de moi mais plutôt de ceux qui, bien avant moi, cherchaient à le coincer. Ce n’était pas mon problème mais le sien,  Arkan Jr jouait dans une cour où tous les coups étaient permis, les siens ne pèseraient pas bien lourd si la raison d’État décidait de le supprimer.

 

Dans ces combats souterrains, aux contours indécis, souvent peuplés de phantasmes, de mensonges, de bluff, de peurs, de haine recuite, mais aussi de jeux pervers dans lesquels les camps opposés y retrouvent leur compte, la justification de leur existence, la raison d’État est disruptive, elle sert à rompre l’état de Droit, à justifier toutes les exactions, les horreurs, la torture, l’enfermement, la mise à mort, froide, anonyme, sans procès.

 

Arkan Jr conjuguait, dans la diversité de ses activités, son fonds de commerce délictuel, toutes les facettes de la criminalité moderne mondialisée. Il était à sa manière un petit VRP du crime multicarte au service d’une chalandise où se croisaient, se mêlaient, se confortaient, se combattaient, les hauts cadres de l’économie blanche et ceux de la grise. Les frontières physiques entre les deux mondes s’étant dissoutes, la capillarité entre la sphère publique et la sphère privée brouillait tous les repères, le peuple réclame la transparence, les puissants des deux mondes ne leur concédaient que des miettes.

 

J’avais préparé cette entrevue avec sérieux, relisant quelques pages de Haute Voltige d’Ingrid Astier.

 

« Libre d’être libre. Tandis que Ranko roulait vers l’échangeur de Saint-Maurice et ses piliers de béton, ces mots lui rappelaient ce que chaque Serbe avait gravé en lui : « Sloboda ili smrt. » La liberté ou la mort. »

 

« Chacun son chemin de croix. Ranko ne redoutait qu’une chose : qu’une femme lui parle d’avenir. Quant au passé, jamais il ne l’aurait évoqué – certains fantômes méritent de dormir en paix.

 

À force de ne rien ressentir, il avait quitté Jelena. Il préférait encore la nature, et sa liberté. Son grand-père, Mon¢ilo, était mort quelques années après, en 1999. Une année noire, qui n’aurait jamais dû exister. Le hasard, cette fois-ci, avait la gueule d’un sale rendez-vous avec le destin. Mon¢ilo était mort un 26 mai, près du village de Veliko Orašje. Sur un pont. Un pont bombardé par l’OTAN. Plus jamais Ranko ne regarderait de la même façon la rivière Jasenica. Plus jamais elle ne coulerait sereine. La rumeur parlait de tir à dix mille mètres… Mais encore une fois, qui avait compté ? Avec les doigts personne ne pouvait mesurer la distance de la terre à l’enfer. Il fallait voir le béton du pont éventré, ses dix-huit mètres de décombres et de métal dressé, échevelé, qui poussait dans le ciel. Et les piles qui avaient résisté, et portaient les ténèbres.

 

Il fallait voir ce grand foutoir de corps. »

 

« Dans le  regard de Ranko, la guerre avait allumé des brasiers… »

 

« Ranko avait marché parmi ses névroses, parmi ses souvenirs, comme  si jamais Mon¢ilo, son grand-père, ne cicatriserait. Comme si l’ex-Yougoslavie continuait d’être ensanglantée. Le corps supplicié de Rade, son frère, était également revenu le hanter. Il avançait parmi les décombres, un pied, puis deux, dans l’immense mâchoire de la violence, semblable aux héros de Bilal qui cheminent vers leur destin… »

 

Les yakusas sont des gens bien organisés, efficaces et discrets. Lorsque je leur demandai de rendre visite à Arkan Jr, avec une extrême courtoisie, ils m’informèrent que je devrais me plier à leurs règles, m’y rendre, sous leur protection, dans un van sans fenêtre. Je ne saurais donc vous dire là où ils avaient entreposé Arkan Jr même si certains indices, distance évaluée, état des routes empruntées, bruits, odeurs, me font penser qu’il s’agissait d’un domaine au nord de Paris.

 

Peu importe !

 

Ma volonté de discuter avec Arkan Jr en tête à tête les étonna, à leurs yeux je prenais des risques inutiles, les tueurs ont de la mémoire « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »

 

Ils nous installèrent dans une pièce aux murs nus, sans fenêtre, meublée d’une table et de deux chaises, éclairée par un plafonnier à la lumière jaunasse. Arkan Jr était vêtu d’une salopette bleue Adolphe Laffont sur une chemise de coutil grise, chaussé d’espadrilles, il n’avait rien perdu de sa superbe même si ces traits marquaient une forme de lassitude.

 

« Marre de bouffer du riz ! »

 

Je lui souris.

 

« Ça  constipe…

 

Il me toisa.

 

« Si c’est pour foutre de ma gueule que vous êtes ici, je ne suis pas preneur ! »

 

Même si le mettre rogne ne constituait pas forcément une bonne entame, ça démontrait au moins que notre beau Serbe avait perdu de sa superbe. « T’as envie de bouffer quoi ?

 

  • Un steak tartare monstrueux avec des frites !

 

  • C’est de l’ordre du possible Arkan en passant par la case de mes hors-d’œuvres…

 

  • Et ils consistent en quoi vos hors-d’œuvres ?

 

  • À ce que tu m’expliques ce qu’un mec comme toi viens foutre dans une histoire de jaja de luxe ?

 

  • Mon job ?

 

  • Et c’est quoi ton job ?

 

  • Baiser des minus dans ton genre !

 

  • Va falloir te recycler tueur à la manque, t’as perdu la main, te faire baiser par un minus comme moi ça sent le sapin…

 

Il avait blêmi. Je poussai mon avantage « Je ne suis pas ici pour jouer à celui qui a la plus grosse. Tu es à ma merci, mes amis à moi nous pouvons te rayer de la carte sans qu’Amnesty International ne s’en émeuve. Tu mets un mouchoir sur ta fierté et tu te mets à table.

 

  • J’y gagne quoi ?

 

  • Ta liberté.

 

  • Qu’est-ce qui me garantit que vous tiendrez parole ?

 

  • Rien, tout comme moi rien ne me garantit que tu me dises la vérité.

 

  • Ok, je n’ai pas le choix…

 

Arkan Jr, me parut d’autant plus sincère que sa version collait parfaitement à ce que j’imaginais depuis le retour de Marie de Parme. Il avait fait le job proprement sauf qu’un grain de sable était venu perturber les rouages bien huilés de la manip.

 

« Je solde l’affaire et tu retrouves ta liberté sur l’heure. Parole !

 

  • Tu dis à tes bridés de changer leur menu !

 

  • Pas de soucis…
  •  

Arkan Jr me tendit la main « Parole ! » et me broya la mienne.

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
commenter cet article
10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 07:00
C’est reparti comme en 14, la nouvelle campagne de prévention du cancer de madame Buzyn énerve «l’ivrogne » du vin…

C’est l’un des marronniers de la blogosphère du vin, les campagnes de nos amis les médecins de Santé Publique, fort coûteuses et d’une efficacité proche de la nullité, en un temps de vaches maigres budgétaires, les seuls engraissés sont ici l’agence et les supports, font le miel d’un habitué du tam-tam sur le Net. Il monte son gros cul sur son petit cheval étique, tance le Macron parjure : « Sauf votre respect, monsieur le Président, ne nous faites pas croire que c'était une promesse d'ivrogne… »

 

À propos d’ivrogne, c'est un expert, à qui faire croire que le vin, tout convivial qu’il fût, ne fabrique pas aussi des ivrognes et que ce cher Marc Sibard, entre autres, s’est vu prescrire une cure de désintoxication par le tribunal. Il vaut mieux avoir les fesses propres pour se draper dans la morale et guerroyer contre les prohibitionnistes masqués.

 

Ces postures me gonflent !

 

Le même qui s’extasiait sur la nomination d’Audrey Bourolleau à l’Elysée, la conchie avec le même enthousiasme.

 

Cette campagne ne vaut pas une ligne, je le répète elle est coûteuse, inefficace et sans effet concret.

 

Qui touche-t-elle ?

 

Les addicts qui, en feuilletant leur journal ou en regardant leur télé, vont, tel Paul sur le chemin de Damas, changer radicalement leur mode de consommation !

 

De la gueule de qui se fout-on ?

 

De nous, mais pour vilipender cette campagne de grâce que les ivrognes du vin de service ferment leur clapet.

 

Le seul mérite de ce tire-bouchon à la con, c’est qu’il va permettre à Stéphane Travert, dont on me dit qu’il est Ministre des agriculteurs, donc des viticulteurs, de brosser les chefs dans le sens du poil lors de leur prochaine rencontre.  

 

Tout le monde sera ainsi dans son rôle, et l’on continuera à se donner bonne conscience sans faire avancer d’un iota la prévention et la lutte contre les excès.

 

Ainsi va la France des postures et des impostures ! 

 

Les seuls légitimes dans cette affaire ce sont ceux, financés par les cotisations volontaires obligatoires, les gens de Vin&Société, ils font le boulot comme le faisait Audrey Bourolleau…

 

Nouvelle campagne du ministère des Solidarités et de la Santé et de l’INCA

Vin & Société dénonce une stigmatisation directe des 500 000 acteurs de la vigne et du vin

et une nouvelle orientation de santé publique

 

Le ministère des Solidarités et de la Santé et l’INCA (Institut National du Cancer) ont lancé le 5 septembre une vaste campagne d’information visant à modifier les habitudes alimentaires des Français, consommation d’alcool incluse, afin de prévenir les cancers imputables à l’alcool.  

 

·         Le symbole de la convivialité et de l’art de vivre « à la française » est stigmatisé

 

L’un des visuels de la campagne d’information cible directement le vin à travers la représentation d’un tire-bouchon complétée d’une signature « Franchement c’est pas la mer à boire ».

 

« Je suis particulièrement indigné par cette campagne qui vise directement notre produit. Chacun le sait, le tire-bouchon est le symbole de la consommation de vin, du partage et de la convivialité. Je constate qu’elle est déployée massivement alors que les exploitations viticoles françaises sont en pleines vendanges et que se déroulent les traditionnelles foires aux vins de la rentrée » déclare Joël Forgeau, vigneron et Président de Vin & Société.

Le parti pris de cette campagne réduit le vin à une simple molécule d’éthanol, et, symboliquement, elle lui impute la responsabilité des cancers liés à la consommation d’alcool en général.

 

·         Une consommation sans repère

En recommandant de « limiter, voire d’éviter la consommation d’alcool », cette campagne opère un glissement du discours de santé publique visant à  passer de la lutte contre la consommation excessive d’alcool à l’idée que toute consommation est nocive, même en quantité minime. Elle s’adresse d’ailleurs à l’ensemble de la population française plutôt qu’aux populations à risque et aux consommateurs excessifs.

Vin & Société a toujours plaidé en faveur de repères de consommation chiffrés et facilement compréhensibles par les consommateurs. En juin dernier, la filière viticole avait spontanément pris acte des nouveaux repères de consommation à moindre risque proposés par un groupe d’experts sous l’égide de Santé Publique France*.

 

 

·         Vers la fin d’une consommation modérée et de plaisir ?

« Notre société doit-elle être gouvernée par le seul principe de précaution ? » interroge Joël Forgeau.

Ce fléchissement est d’autant plus surprenant que la consommation de vin s’est déjà profondément transforméebaissant de près de 60% entre 1960 et 2015. 1 Français sur 2 est un consommateur occasionnel (1 à 2 fois par semaine), 15 % sont des consommateurs réguliers, et 33% des Français sont abstinents.

« Vin & Société est attachée à la lutte nécessaire contre les risques pour la santé liés à une consommation excessive d’alcool.  Nous renouvelons notre demande de dialogue constructif avec les pouvoirs publics pour bâtir une approche équilibrée entre santé, éducation, culture, viticulture et économie » ajoute le Président de Vin & Société.

Paris, le 7 septembre 2017

 

Service de presse : Valérie Fuchs

 

06 62 49 64 85 / vafuchs@wanadoo.fr / @ValerieFuchsCom

 

www.vinetsociete.fr

 

 

 

 

*L’avis d’experts propose un maximum de 10 unités d’alcool par semaine pour les hommes comme pour les femmes, soit 100 g d’alcool pur par semaine. Dans les autres pays ayant adopté des repères de consommation, ces repères vont de 98 à 140 g pour les femmes, et de 150 à 280 g pour les hommes. Source : Governmental standard drink definitions and low-risk alcohol consumption guidelines in 37 countries (étude parue dans le journal Addiction en avril 2016)

**Source Etude Quinquennale FranceAgriMer 2015

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents