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18 mars 2022 5 18 /03 /mars /2022 06:00

Guerre en Ukraine: plus de 25 000 armes distribuées à des civils à Kiev |  Le Devoir

La guerre, avec son lot d’innocents sacrifiés, de réfugiés, seuls ceux qui la subissent dans leur chair ont pour moi le droit à la parole loin des gloseurs des plateaux télés, politiques, journalistes, qui manient l’Histoire, la géopolitique avec la hauteur d’un premier violon. Je laisse de côté les experts des réseaux sociaux, qui eux, bégaient les arguments de leur camp.

 

Entretien.

Andreï Kourkov : “Pour nous les Ukrainiens, la liberté est plus importante que la stabilité” ICI

Publié le 14/03/2022 - 06:09

 

 

Contraint de fuir Kiev avec sa famille, le célèbre écrivain ukrainien Andreï Kourkov a accordé un entretien au quotidien italien La Repubblica depuis le lieu où il s’est réfugié, près de la frontière avec la Biélorussie. Il raconte son quotidien depuis le début de la guerre, la détermination de ses compatriotes et sa révolte devant l’offensive de Vladimir Poutine qui, “sous prétexte de protéger la langue russe, tue des milliers de russophones”.

 

D’un côté, un pays qui a appris à aimer la démocratie. De l’autre, un Poutine crépusculaire, à qui il ne reste qu’un seul rêve : fonder un nouvel empire soviétique. Et pour atteindre cet objectif fou, il est prêt à tout, même à engloutir un pays entier.

 

C’est ainsi qu’Andreï Kourkov, 61 ans, l’un des écrivains ukrainiens contemporains les plus connus, décrit une Ukraine assiégée, consciente de ses racines et de son histoire complexe (Kourkov est issu d’une famille russophone, et il a écrit une bonne partie de ses œuvres en russe), mais prête à tout sacrifier pour sa liberté.

 

ANDREÏ KOURKOV : Ma famille et moi, nous allons bien. Au troisième jour de guerre, nous avons quitté Kiev pour un village situé à 90 kilomètres, où nous avons une maison de campagne. Mais des amis sont venus nous mettre en garde, pendant que nous préparions le thé : ce n’était pas prudent de rester là. Nous avons mis 22 heures pour parcourir 400 kilomètres en voiture, et maintenant nous nous trouvons dans un lieu plus sûr, même si les Russes possèdent une base militaire en territoire biélorusse, à 30 kilomètres d’ici.

 

  • Vous avez évoqué dans vos livres la menace que représentait Poutine. Vous attendiez-vous à ce que cela aille aussi loin ?

 

Je savais qu’il ne nous laisserait pas en paix, mais je ne pensais pas qu’il irait jusqu’à déclencher une guerre. Maintenant qu’il est âgé [le président russe a 69 ans], il craint de ne pas avoir le temps de recréer l’Union soviétique et l’empire russe. Ce qui n’est pas possible sans l’Ukraine. Aujourd’hui, il n’a plus besoin de [davantage] d’argent, ni de rien d’autre. Il veut rester dans les manuels d’histoire comme l’homme qui aura fait revivre la superpuissance dont tout le monde doit avoir peur.

 

  • Les Ukrainiens font preuve d’un courage et d’une solidarité, qui, vu d’Occident, paraissent extraordinaires. Que pouvez-vous nous dire de l’esprit dans lequel ils affrontent l’invasion ?

 

Je suis étonné par le courage des soldats ukrainiens. Je connais beaucoup de vétérans de la guerre du Donbass [la région de l’est de l’Ukraine où se sont affrontés à partir de 2014 l’armée ukrainienne et des séparatistes prorusses], qui sont prêts à mourir pour l’Ukraine ; la plupart d’entre eux se sont enrôlés dans l’armée dès le premier jour de la guerre. Et puis il y a les civils qui se sont engagés dans les milices pour défendre le territoire, ainsi que les volontaires qui aident les réfugiés, préparent des cocktails Molotov, creusent des tranchées et installent des barricades. Les Ukrainiens sont déterminés à lutter jusqu’au bout.

 

  • Dans Journal de Maïdan (Liana Levi, 2014), vous racontez les événements de 2013 [lors du déclenchement de manifestations proeuropéennes sur la place de Kiev qui vont donner son nom au mouvement Euromaïdan] et vous écrivez que “l’homme qui vit en un ‘point chaud’ du monde, ou simplement au voisinage d’un volcan en activité, juge différemment le temps”. Qu’est-ce que cela implique de vivre dans une situation d’instabilité permanente ?

 

Nous sommes habitués à l’instabilité : pour nous, la liberté est plus importante que la stabilité. Pour les Russes, au contraire, la stabilité est plus importante que la liberté. Depuis 2014, nous sommes beaucoup d’Ukrainiens à croire que nous vivrons toujours comme les Israéliens, dans un danger permanent. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille changer son mode de vie. Aujourd’hui, beaucoup d’Ukrainiens sont préoccupés par leurs travaux agricoles : nous devrons bientôt semer des céréales, et puis planter des patates. C’est très difficile à faire quand on essuie des tirs. Mais dans le Donbass, les gens ont cultivé leurs potagers même sous les bombardements.

 

  • Cela rappelle le personnage de votre dernier roman [Les Abeilles grises, paru début février aux éditions Liana Levi] : un apiculteur qui, dans le tumulte de l’histoire, est bien décidé à sauver ses abeilles.

 

Sergueïtch, le protagoniste des Abeilles grises, est un habitant typique de l’est de l’Ukraine, de la “zone grise” coincée entre les séparatistes et les loyalistes. Il n’est pas très instruit, mais il est honnête et travailleur. Il ne s’intéresse pas à la politique, et encore moins à l’histoire. Il a vécu comme vivent des centaines de milliers d’autres Ukrainiens. En pensant seulement à lui-même et à ses abeilles. Cela ne veut pas dire qu’il est méchant, il est seulement normal. C’est quelqu’un qui n’a pas appris à ausculter son pays comme un médecin ausculte son patient, ou comme un étudiant écoute un professeur.

 

  • De nombreux Ukrainiens, en revanche, s’intéressent à la politique. Que s’est-il passé depuis 2013 ?

 

L’Ukraine s’est rapprochée de l’Europe, même si l’Europe ne lui a pas beaucoup prêté attention. Les Ukrainiens veulent des réformes, ils veulent entrer dans l’Union européenne. C’est pourquoi ils s’élèvent contre la corruption en Ukraine et contre les responsables politiques russophiles. “Revenir” vers la Russie, ce serait revenir à la servitude soviétique. Aucun d’entre nous, sauf un petit nombre d’adorateurs de Poutine, ne souhaite quoi que ce soit de ce genre. Nos valeurs sont aujourd’hui la liberté et l’indépendance : la liberté et le droit de chacun à avoir propre opinion sur tout, y compris sur l’action du président et du gouvernement. L’Ukraine dispose de beaucoup de compétences techniques, elle a l’un des niveaux les plus élevés de services publics numériques du monde ou encore l’entreprise publique Antonov qui a produit le plus grand avion-cargo du monde, le Mriya, que les troupes russes ont détruit [il n’existait qu’un exemplaire de cet Antonov-225, construit en 1988 et surnommé “le rêve” en ukrainien]. Nous pouvons tout relancer. Mais il faut avant tout que la Russie mette fin à son agression.

 

  • Les citoyens européens vivent ce qui se passe en Ukraine avec une grande empathie. Cela ne vous étonne pas ?

 

L’Europe est très émotive, et en même temps méfiante. Elle a commencé à nous aider seulement quand elle s’est rendu compte que Poutine avait déclenché une guerre, une guerre du XXe siècle — avec des canons, des blindés, en bombardant les villes. Je suis content que les Européens se soient réveillés, nous avons besoin de leur soutien.

 

  • Une dernière question. Vous êtes l’un des auteurs ukrainiens les plus importants, mais vous écrivez en russe. Comment vivez-vous cette double identité ?

 

Je suis issu d’une famille russe, je suis né près de Leningrad [aujourd’hui, Saint-Pétersbourg]. Je suis parti pour Kiev avec mes parents à l’âge de deux ans. En 1991, quand l’URSS a disparu et qu’une Ukraine indépendante est apparue, j’étais heureux. Au cours des trente dernières années, je suis devenu un Ukrainien engagé politiquement. Oui, j’écris en russe, comme beaucoup d’autres écrivains et poètes ukrainiens, mais j’ai appris l’ukrainien et j’ai écrit deux essais dans cette langue, je parle l’ukrainien. Et tout ce que je vois, c’est que sous prétexte de protéger la langue russe, Poutine tue des milliers de russophones, des gens d’origine russe, comme moi.

Lara Crinò

 

L'Ostalgie 3/5 : Les affiches staliniennes - Balises - Le magazine de la Bpi

En pensant imiter Staline, Poutine a commis une grave erreur

Gérard Grunberg et Telos — Édité par Hélène Pagesy — 13 mars 2022

La défaite russe en Ukraine, probable à plus ou moins long terme, provoquera à coup sûr la seconde mort de l'Union soviétique.

 

 

 

 

Vladimir Poutine, converti au nationalisme russe, a renié depuis longtemps une Union soviétique coupable à ses yeux d'avoir mené, en premier lieu avec Lénine, une politique des nationalités qui a conduit à la situation actuelle de l'autonomie de l'Ukraine. Certains observateurs estiment qu'il entend reconstituer l'Empire des Romanov. Si tel est son but, c'est néanmoins en héritier du totalitarisme stalinien qu'il compte l'atteindre.

 

La vision du monde de Poutine, ancien lieutenant-colonel du KGB, s'est construite à l'intérieur du monde soviétique et il a très mal vécu la fin de l'URSS, dont il affirmait en 2005, six ans après son arrivée au pouvoir, que c'était «la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle». Cette même année est fondé en avril un mouvement de jeunesses poutinistes dont le nom, «Nachi» («les nôtres», écrit Наши en russe) donne le ton de ce qui va suivre.

 

 

Car après une période de flottement dans son premier mandat, la Révolution orange de 2004 en Ukraine semble lui avoir fait redouter qu'une autre révolution démocratique se produise et fasse exploser la Russie comme hier l'Union soviétique. Il semble se convaincre alors que, pour bloquer cette évolution, il lui faut établir une dictature personnelle, estimant que la chute de l'URSS a été due d'abord à la faiblesse du pouvoir, avant comme après cette chute. Il s'agit, pour lui, après la politique de décentralisation lancée par Boris Eltsine, de recentraliser fortement le pouvoir.

 

C'est dans ces années-là qu'apparaissent dans la phraséologie officielle des formules comme «verticale du pouvoir», «dictature de la loi», «démocratie souveraine», «capitalisme administré». Le pouvoir central se renforce alors face aux oligarques et aux gouverneurs des régions; l'opposition s'affaiblit. Après l'alternance en trompe l'œil de 2008, le retour de Poutine à la présidence en 2012 est marqué par des contestations qui occasionnent un nouveau tour de vis. Il ne va plus cesser de renforcer son pouvoir jusqu'à devenir un véritable autocrate.

 

 

Réécriture révisionniste de l'histoire

 

Dès le milieu des années 2000 il entreprend parallèlement une réhabilitation de Staline, modèle à ses yeux du véritable dirigeant; une entreprise clairement révisionniste. En 2008, de nouveaux manuels scolaires, commandés par l'administration présidentielle, réhabilitent l'ancien maître du Kremlin. Ils abordent notamment la question des purges, affirmant qu'il y avait beaucoup coupables parmi les personnes poursuivies et que ces purges avaient permis de gagner la guerre en se débarrassant de la cinquième colonne.

 

La réécriture révisionniste de l'histoire trouve son aboutissement quand en décembre 2020, il fait dissoudre l'ONG Mémorial, fondée en 1989 dans le but d'archiver les exactions de la période stalinienne et, plus largement, les violations des Droits de l'Homme jusqu'à aujourd'hui. Dans un esprit qui évoque furieusement les procès des années 1930, le procureur qui traite l'affaire estime que le simple fait d'évoquer les purges est une justification du nazisme.

 

 

La fausse alternance de 2008 s'était déroulée dans le respect de la lettre des institutions, et sans toucher à la constitution. Mais le 10 mars 2020, la Douma vote un amendement du projet de révision constitutionnelle qui permettra à Vladimir Poutine de briguer deux nouveaux mandats consécutifs après 2024, ouvrant ainsi la voie à la possibilité du maintien au pouvoir du président russe jusqu'en 2036. Le 22 décembre, il fait adopter une loi donnant l'immunité judiciaire à vie aux anciens présidents ainsi qu'à leurs proches. Ce nouveau texte dispose qu'un ex-président russe «ne peut être poursuivi pénalement ou administrativement»; il ne peut pas, par ailleurs, être arrêté par la police, subir un interrogatoire ou être perquisitionné.

 

Royaume de la propagande

 

Poutine, dès lors seul maître à bord, se met à traiter ses collaborateurs comme Staline traitait les siens, leur assassinat en moins il est vrai. Il suffisait pour s'en convaincre d'observer son patron du renseignement extérieur, au cours d'un conseil de sécurité convoqué en février sur la question ukrainienne, trembler et bégayer debout devant lui, pressé de donner clairement son avis sur la déclaration d'indépendance des deux républiques autoproclamées de l'est du pays.

 

Staline était considéré par certains spécialistes comme un pervers narcissique. Poutine, lui, pourrait être atteint d'un délire paranoïaque, isolé dans sa tour d'ivoire, peu curieux des avis de ses collaborateurs mais exigeant d'eux une obéissance et une loyauté absolues. Cette folie se communique à l'espace public. Comme sous Staline puis ses successeurs, la Russie poutinienne est le royaume de la propagande la plus grossière et de la pure désinformation, ce qu'Antoine Cigila notait dans son ouvrage publié en 1938, Dix ans au pays du mensonge déconcertant.

 

 

Cet art du mensonge est une seconde nature de ces régimes totalitaires où le pouvoir considère que toute personne qui s'écarte du discours officiel est à la fois un ennemi à abattre et un personnage sans valeur qu'il faut traiter par l'injure et le mépris. Rappelons le temps où Alexandre Fadeïev, au Congrès mondial des intellectuels pour la paix, en 1948, avait qualifié Jean-Paul Sartre, absent de la cérémonie, de «chacal muni d'un stylo» et de «hyène dactylographe».

 

Aujourd'hui les «ennemis de l'intérieur» ne sont pas beaucoup mieux traités qu'hier, même si les procès de Moscou ne sont pas réapparus: assassinats de journalistes, empoisonnement d'opposants tel qu'Alexeï Navalny condamné à une lourde peine de prison, rafles par milliers de manifestants contre la guerre. «L'opération spéciale» en Ukraine s'accompagne à l'intérieur du recours à des mesures totalitaires pour contrôler la population russe.

 

Ainsi, les parents d'élèves ont reçu des avertissements des écoles leur enjoignant de surveiller l'utilisation par leurs enfants des réseaux sociaux. Dans les écoles, les élèves assistent à des sessions spéciales destinées à leur inculquer la ligne officielle. La censure d'internet se fait de plus en plus complète. Il s'agit de déconnecter la population russe du monde extérieur. On assiste ainsi à une résurgence du cauchemar stalinien. Le mot totalitarisme ne doit pas être prononcé à la légère, mais il s'impose ici pour décrire l'évolution de la société russe.

 

L'ennemi extérieur

 

L'ennemi extérieur doit être traité comme l'ennemi intérieur. Ici encore le vocabulaire rappelle le temps de Staline. Ainsi le gouvernement ukrainien n'est pour Poutine qu'une bande de nazis et de drogués qu'il faut liquider. Quant à la population ukrainienne, il faut l'écraser sous les bombes et obtenir une reddition sans conditions. Il n'existe pour ces deux hommes ni droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, ni prix de la vie humaine. Les destructions et meurtres de masse sont les seules réponses adéquates aux demandes de liberté.

 

Il faut relire l'ouvrage de Robert Conquest, Sanglantes moissons, qui a décrit le martyre du peuple ukrainien à l'époque de la politique de la collectivisation forcée des terres par Staline au cours de l'hiver 1932-1933, qui entraîna une famine généralisée et cinq millions de morts. Les répressions, les persécutions et les purges y furent menées plus largement encore qu'ailleurs. Il faut dire que Staline, comme plus tard Poutine, détestait toute forme de pensée nationale s'écartant du modèle «grand-russe».

 

C'est cette politique d'une extrême brutalité qui fut menée par Poutine en Tchétchénie, avec la destruction de Grozny, puis en Syrie, et qui semble prendre la même direction aujourd'hui en Ukraine. L'entrée des chars russes dans les grandes villes renvoie à leur entrée hier à Budapest, en 1956, et à Prague, en 1968: la loi de la force et la politique de la terreur.

 

 

Comme pour Staline, l'ennemi est pour Poutine l'Occident et ses régimes démocratiques dont il faut se protéger de la possible et dangereuse expansion. D'où l'abaissement d'un nouveau «rideau de fer» qui isole les habitants de l'empire russe. L'OTAN est le bras armé de cet ennemi, jugé seul responsable des réponses «purement défensives» adoptées par le pays. Après quelques années d'hésitation, Poutine est ainsi revenu à la vision stalinienne de la guerre froide.

 

Dans ce monde deux camps s'opposent irréductiblement sur la planète. Les États-Unis et la Russie en sont les deux puissances dominantes. Face à l'ennemi occidental, Poutine tente de renouer avec la «mobilisation patriotique» du temps stalinien. Faute de fournir au peuple russe la modernisation économique promise, cette mobilisation, qui s'était avérée particulièrement efficace au temps de la «grande guerre patriotique» (il est vrai activée par les commissaires politiques), connaît une adaptation au temps présent. Car, si l'Ouest est considéré comme étant en guerre contre la Russie, celle-ci ne fait en revanche que «se défendre», son invasion de l'Ukraine n'étant qu'une «opération spéciale» et non une guerre, une sorte d'opération de maintien de l'ordre. Comme Staline, Poutine se présente comme le seul capable de protéger le peuple russe contre les agressions extérieures.

 

Stalinisme et hitlérisme

 

Un élément capital distingue cependant la Russie poutinienne de la Russie stalinienne. Staline, plus rusé et prudent que Poutine, n'avait mené de guerre offensive en 1939 que contre la petite Finlande, guerre qu'il avait fini par remporter malgré de sévères et nombreux revers (c'est pendant la guerre d'hiver que les Finlandais inventèrent le cocktail Molotov utilisé par les Ukrainiens aujourd'hui contre les chars), et contre la Pologne, guerre qu'il ne risquait pas de perdre puisque Hitler attaquait ce pays de son côté. En revanche, c'est une guerre défensive contre l'Allemagne nazie qu'il avait victorieusement menée. Poutine, moins prudent et plus mégalomaniaque, a nettement sous-estimé le rapport de forces en Ukraine.

 

C'est en réalité à l'offensive d'Hitler contre la Russie que l'on serait alors tenté de comparer le blitzkrieg raté de Poutine. Il faut d'ailleurs se rappeler que la dernière fois que Kyiv et d'autres villes ukrainiennes ont subi une telle brutalité militaire, ce fut aux premières heures du 22 juin 1941. Il s'agissait alors du lancement par Hitler de l'opération Barbarossa contre l'Union soviétique. Deux jours avant l'invasion de l'Ukraine par Poutine, est paru sur RIA Novosti un éditorial annonçant prématurément la conquête du pays, où l'auteur qualifiait «l'opération spéciale» de «solution de la question ukrainienne»

 

 

Si Staline n'a pas perdu de guerre, en revanche, ses successeurs en ont perdu une, en Afghanistan. Une défaite qui a joué un rôle notable dans l'écroulement de l'Union soviétique. Une défaite de Poutine en Ukraine, probable à plus ou moins long terme, provoquera à coup sûr, mais après quelle catastrophe humanitaire et quelles destructions, la fin de Poutine et de la Russie poutinienne, la seconde mort de l'Union soviétique en quelque sorte.

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17 mars 2022 4 17 /03 /mars /2022 06:00

La salle des ventes : le commissaire-priseur (auct...

À l’entame de ma seconde année à la Fac de Droit, ayant épuisé les charmes du CEG de Pouzauges, où j’exerçais en tant que prof à mi-temps, j’optai, afin de régler ma situation financière peu reluisante, pour une solution très en vogue à cette époque : le pré-concours à l’école nationale des impôts de Clermont-Ferrand. Même si ça peut paraître de nos jours incroyable, l’État peinait à recruter des fonctionnaires et proposait à des étudiants une rémunération pour qu’il s’engage à passer le concours d’Inspecteur des Impôts. Je réussis l’examen de filtrage, suivis les cours, rendis les examens sur table, tout allait bien dans le meilleur des mondes. Pour me loger je devins colocataire, place Victor Richard, avec un autre étudiant en droit et un étudiant en médecine marié à une belle irlandaise à qui il avait fait un enfant, dans une maison avec jardin, le couple occupait le rez-de-chaussée, les deux célibataires à l’étage. Le propriétaire était un expert-comptable important, trois de ses employés travaillaient dans une soupente de notre logement.

 

Comment devenir commissaire-priseur ?

 

Si je vous raconte cet épisode de ma vie trépidante d’étudiant c’est que pour meubler ma chambre je fréquentai la salle des ventes. L’idée me vint alors que je pourrais embrasser la profession de commissaire-priseur, non pour diriger les enchères de meubles pourris mais pour devenir une star du marteau. Le cursus titulaire d'un double diplôme en droit et en histoire de l'art, arts appliqués, archéologie ou arts plastiques, m’y fit renoncer.

 

Pour conclure cet épisode:

 

  • je passai le concours mais rendis une copie blanche en droit commercial, le zéro étant éliminatoire, le divisionnaire, qui me considérait comme son meilleur élément, faillit s’étrangler, il me convoqua pour explications, je lui répondis effrontément : j’ai fait l’impasse je pensais que ce serait le droit civil qui serait choisi. Je lui épargnai  le « je n’ai pas une tronche à aller à Clermont-Ferrand pour faire plaisir  au déplumé de Chamalière… »

 

Clermont-Ferrand, Puy-de-Dôme: École Nationale des Impôts.… | Flickr

 

 

  • dans la même veine, mon propriétaire me fit du rentre dedans pour que je passe le concours afin de devenir un expert en fiscalité afin d’aller pantoufler dans son cabinet par la suite.

 

  • Enfin, j’ajoute que mai 68 passa par là, mon colocataire étudiant en droit, se révéla être un activiste CDR qui organisa à Nantes avec sa bande se fachos le défilé frère de celui des Champs-Elysées

 

Collection privée iDealwine

 

Enchères : une collection très privée de 9000 flacons met à l'honneur la Bourgogne et le vin nature ICI 

 

Le spécialiste des ventes aux enchères viticoles iDealwine, dévoile jusqu’au 24 mars une sélection de bouteilles d’exception à travers une collection privée de 9 000 flacons mis à l’encan et mettant à l’honneur les plus grandes signatures françaises.

Par Arthur Frydman

Publié le 14/03/2022

 

 Après une énième année record sous le marteau – 42 % des adjudications de vin et de spiritueux en France pour la plateforme – iDealwine dévoile une nouvelle vacation de prestige. Jusqu’au 24 mars prochain, les amateurs peuvent enchérir en ligne sur une sélection de 9 000 bouteilles pour une estimation globale de 1,5 million d’euros. Des vins provenant de la cave d’un collectionneur privé et connaisseur aiguisé des plus belles signatures des vignobles hexagonaux, notamment la Bourgogne et le Jura, une région qui est de plus en plus recherchée aux enchères, surtout pour ses vins de type oxydatifs (vin jaune) et plus généralement ceux issus du cépage phare de la région, le savagnin donnant des vins d’une grande originalité.

 

Un patrimoine viticole conservé dans des conditions idéales

 

«Cette cave représente le rêve des amateurs pointus qui forment l’essence de la clientèle d’iDealwine. Dans chaque région, nous retrouvons les meilleures signatures mais pas forcément les “étiquettes“ donc les plus chères, mais plutôt les domaines prisés des grands connaisseurs. Avec 9 000 flacons, cette collection privée promet d’être une des plus belles ventes jamais enregistrées sur notre plateforme», commente Cyrille Jomand, PDG d’iDealwine.

 

La suite ICI 

 

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16 mars 2022 3 16 /03 /mars /2022 06:00

Auguste Piccard - Tournesol Auguste Piccard - CC BY-SA 3.0 de

Le Figaro s’alarme : Alerte sur l'huile de tournesol, nouvel or jaune agricole ICI 

 

En raison du poids de l'Ukraine, dont les ports sont bloqués, dans le commerce mondial de cet oléagineux, le risque de rupture d'approvisionnement dans quelques mois est réel.

 

«Si l'Ukraine n'arrive pas à planter, il y aura une crise majeure sur l'huile de tournesol», prédit ainsi Jean-Philippe Puig, directeur général du groupe avril, leader français des huiles végétales. Dans le cas de ce scénario noir, il serait quasiment impossible de trouver des provenances alternatives suffisantes pour compenser.

 

Désolé, mais pendant quelques années je fus PDG de la SIDO (société interprofessionnelle des oléagineux, protéagineux, plantes textiles) et, à ce titre, membre de droit au Conseil d’Administration du fonds  financier Sofiprotéol l’ancêtre du groupe avril mentionné ci-dessus.

 

Le tournesol j’en connais un rayon, avec Fruit d’Or la multinationale Unilever en a fait l’huile raffinée qui a succédé à Lesieur arachide, et ce avec la complicité de Jean-Claude Sabin, petit paysan du Tarn, ancien de la JAC, président de la FOP (fédération des oléoprotéagineux) méprisé par les arrogants céréaliers.

 

Fruit d'Or - 1 l

 

Fruit d'Or prêt à voler de ses propres ailes

 

Je vous raconte plus bas la saga du tournesol, du colza industriel pour produire des bio-carburants, et le petit empire agro-alimentaire qu’est avril.

 

En France, où une bouteille d'huile végétale vendue en grandes surfaces sur trois (37%) est issue du tournesol, pas d'inquiétude à ce stade chez les consommateurs. En revanche, chez les industriels gourmands de cet ingrédient, comme le spécialiste français du pain industriel et de pâtes à tarte Cérélia, l'heure est à la crainte d'un «risque de rupture d'approvisionnement avéré», selon son président Guillaume Réveilhac. Chez les syndicats des fabricants de biscuits, gâteaux ou pains industriels, on souligne déjà des problèmes de disponibilité sur cet ingrédient qui leur est indispensable. L'heure est donc aux solutions de fortune, comme la substitution du produit manquant par de l'huile de colza.

 

Avec ses champs de tournesol à perte de vue, l'Ukraine est le premier producteur mondial de cet oléagineux. Il est aussi le premier exportateur mondial de cette huile utilisée dans les cuisines, restaurants ou usines agroalimentaires du monde entier. Chaque année, les terres très fertiles du pays envahi par la Russie fournissent ainsi la moitié des exportations mondiales d'huile de tournesol et 70% de celles de tourteaux utilisés en alimentation animale, selon les chambres d'agriculture

 

Dans ce contexte, le blocage des ports ukrainiens et plus globalement de la mer Noire fait peser une menace forte sur les approvisionnements mondiaux de cet oléagineux et de son huile. Si l'Ukraine arrive peu ou prou actuellement à acheminer par train 10% de ses exportations habituelles de céréales et de protéines, cela reste insuffisant pour assouvir la demande mondiale. Ce qu'a confirmé cette semaine Lesieur (groupe Avril), le leader du rayon, qui n'aura pas de souci pour ses produits à sa marque, mais reste dans la plus grande incertitude sur sa capacité à trouver de la matière première pour les volumes qu'il fabrique à marque de distributeur.

Nouvelle-Aquitaine, Occitanie, Centre-Val de Loire, Pays de la Loire, Bourgogne-Franche-Comté

 

Tribune agriculture

La saga de Jean-Claude Sabin

 

Des fondateurs regroupés après-guerre par Roger Petit, tels Jean Bustarret, André Cauderon, Claude Héros, Bernard Le Quéllec, Raymond Noury, etc. autour du CNTA/OLEAGRI porteurs d’une vision commune quant à la nécessité de souveraineté alimentaire nationale : celle de produire dans l’Hexagone en se dotant d’outils industriels (huileries, raffineries) suffisamment d’huiles végétales pour la France tout en ayant le souci d’offrir au travers de partenariats public-privé (USGOS/AMSOL, PROMOSL, CODISOL, CETIOM) la meilleure génétique et des semences de qualité aux agriculteurs, ainsi que des conseils avisés de culture et un revenu décent.

 

Des héritiers regroupés autour de Jean-Claude Sabin et Philippe Tillous-Bordes, Jean-Paul Jamet, Emile Choné, Yves Delaine, Georges Vermeersch, etc. soutenus par la coopération agricole, plus gestionnaires et dotés d’appuis politiques puissants, capables de faire rebondir la filière en 1976-78 et de créer Sofiprotéol en 1983 après la défaillance du CNTA, puis la filière Diester®, biodiesel à base d’huile de colza et de tournesol en 1992 et le lancement du premier marché à terme européen de graines de colza en 1994, puis encore de démultiplier leurs actions jusqu’en 2013 pour transmettre dans de bonnes conditions la poursuite du développement de la masse critique – cette notion est essentielle pour la pérennité à long terme de la filière dans une économie désormais largement mondialisée – à l’international de cette filière à une troisième génération de dirigeants qui créa en 2015 le Groupe Avril, Terres Univia et Terres Innovia.

 

Dans les années 1970, la France manque de protéines : elle dépend à 70 % de l'extérieur pour ses approvisionnements. Ses vaches se nourrissent de tourteaux de soja du Midwest. L'embargo américain sur le soja, en 1973, a révélé l'ampleur de la menace et affolé les campagnes. On parle « plan Protéines. En 1977, VGE dans son grand discours de Vassy appelle à l'« agro-puissance ». Grâce à deux hommes, Jean-Claude Sabin, un paysan du Tarn, patron à l'époque de la Fédération des producteurs d'oléagineux et protéagineux, et Philippe Tillous-Borde, un ingénieur agronome venu de chez Louis Dreyfus, vous pouvez aujourd'hui regarder défiler de votre TGV une France où le jaune du tournesol et du colza vient égayer le vert.

 

Avec l'appui des pouvoirs publics, et cette merveille sémantique à la française qu'est la « contribution volontaire obligatoire » versée par les agriculteurs à leur organisation professionnelle, ils créent Sofiprotéol. Pour encourager la culture de nouvelles graines, dont on extrait en les broyant à la fois des huiles et des fibres, il faut leur assurer des débouchés. Cela se fera en bâtissant une industrie de la transformation qui conduira les mayonnaises Lesieur sur les tables, et le Diester dans les réservoirs des diéselistes. Au début, Sofiprotéol procédera essentiellement par prise de participations, mais l'établissement financier va au fil des ans renforcer son rôle d'opérateur industriel. La récolte a porté ses fruits. Les quinze premières années sont surtout consacrées au développement des usines de trituration, où s'effectue le broyage, mais l'huile de colza n'est pas encore reconnue pour ses qualités nutritionnelles. Qu'en faire ? A Bruxelles, face aux montagnes de beurre, aux lacs de lait, aux tonnes de céréales du début des années 1990, on commence à parler jachères. La grande idée de Sabin et de Tillous-Borde fut d'inventer un nouveau carburant, le Diester, et surtout de convaincre la commission d'utiliser les surfaces en jachère pour des cultures non alimentaires.

80% d'acide oléique, 12% d'acide linoléique, 4% d'acide palmitique, 3% d'acide stéarique

16 JANVIER 2021 PAR ALAINBONJEAN

 

Les oléagineux à graines en France depuis 1750 ! ICI 

 

La pandémie actuelle étant propice à la consultation de nos archives, je viens de relire un article du biologiste et botaniste Auguste Chevalier (1873-1956) paru en 1941, intitulé « La culture des plantes oléagineuses en France. Prospérités de cette culture de 1750 à 1870. La régression depuis 1880. Essais et amélioration à entreprendre1 » que j’avais découvert au début des années 1980 et conservé.

 

Au vu de ce que j’ai pu connaître durant ma vie professionnelle, trois périodes de production d’oléagineux à graines ont traversé les années 1750 à 2020 dans notre pays :

 

  • une première phase d’expansion effectivement de 1750 à 1870,
  • une phase de recul drastique de 1880 à 1945,
  • une seconde phase d’extension de 1950 à 2020.

 

 

Usine - Groupe Avril

ACTIVITES

Avril est l’acteur industriel et financier de la filière des huiles et protéines végétales.

ICI 

Culture tournesol

TOURNESOL ICI 

 

La composition du tournesol (Helianthus annuus) a grandement évolué depuis son apparition en Amérique du Nord. Aujourd’hui, sa richesse en oméga 6 et en oméga 9 comme ses propriétés antioxydantes en font une plante très appréciée, tant par l’homme que par les animaux d’élevage pour leur alimentation.

Première apparition de Tournesol dans Le Trésor de Rackham le Rouge

Prénom

 

Pour le prénom de Tournesol, Hergé s'est inspiré d'une personne réelle. Ce merveilleux Tryphon, si délicieusement anachronique, fut en effet emprunté par l'auteur à un menuisier de sa connaissance qui habitait non loin de chez lui. À lui seul ce prénom, couplé avec ce patronyme qui explique l'intérêt du professeur pour l'astronomie, résume l'ensemble du personnage.

 

 

Famille

 

On ne sait quasiment rien de la famille de Tryphon Tournesol. La seule indication qu'il livre à ce sujet s'énonce en forme négative : il n'a jamais eu de sœur !

Tournesol n'a pas de soeur - Tintin et les Picaros

« Le professeur Tournesol, ce serait un point commun avec Hercule Poirot, est né avec un âge certain et indéfini. On pourrait lui donner une cinquantaine, un peu vieillie ou une petite soixantaine. Il la gardera. Il la gardera alerte, voire sportive. Mais enfin, c'est un homme qui a déjà une longue carrière derrière lui. Il est presque chauve. Il porte des lunettes d'un autre temps, un petit chapeau, un manteau pour frileux, car on l'imagine très frileux. Il se sépare rarement d'un parapluie. Quand il sort, les parapluies joueront un grand rôle dans ses aventures. Bref, il est déjà anachronique au moment où Hergé le crée. Et pourtant, c'est un pionnier. C'est un homme d'avenir, puisque c'est lui qui mènera Tintin et Haddock jusque sur la Lune. Il y a quelque chose de tout à fait ambivalent, tout à fait extraordinaire, une trace de ces films burlesques qu'Hergé a vus dans son enfance et en même temps, un regard sur des savants réels qu'il a pu observer Haroun Tazieff qu'il avait côtoyé, et surtout Auguste Picard, l'explorateur de la stratosphère, qui était un temps son voisin et qui semble avoir inspiré physiquement le personnage. Sauf qu'il a fallu le raccourcir un peu. Car, disait Hergé, si j'avais représenté Picard dans sa taille, il aurait dépassé des cases. »

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15 mars 2022 2 15 /03 /mars /2022 06:00

Lourdes amendes pour le glyphosate | Chappatte.com

Pan sur le bec comme le dit le palmipède du mercredi !

 

La synthèse bibliographique de l’INRAE, qui met en évidence les mécanismes d'action du glyphosate et des herbicides à base de glyphosate sur la fertilité mâle et femelle sur les animaux modèles et chez les humains, tombe à point nommé dans la mesure où la guerre en Ukraine bouleverse l’équilibre des grandes cultures.

 

Russie et Ukraine, aux premiers rangs des exportations

 

« La Russie est le premier exportateur mondial de blé tendre avec 34 millions de tonnes ; l’Ukraine, 4e exportateur mondial avec 25 MT, soit 29 % des échanges mondiaux. La Russie et l’Ukraine exportent respectivement 4 MT et 6 MT d’orge, soit 31 % des échanges mondiaux. L’Ukraine est le 3e exportateur mondial de maïs (32,5 MT), soit 13 % des échanges mondiaux d’orge »

« Quant au tournesol, il atteint des sommets vertigineux, à plus de 700 €. "Parce que l’Ukraine en produit 50 % de la consommation mondiale, comme pour le maïs. Le tournesol, ce sont les huiles, les carburants, lubrifiants »

 

« Il y a urgence à revoir la PAC et recommencer à produire »

 

Pour Jean-François Gleizes, il y a urgence « à produire à nouveau afin de retrouver une sécurité alimentaire pour le pays, les pays européens et ceux qui les entourent. La question va se poser pour le Maghreb. Prenons l’exemple de l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Non seulement ils ne sont pas autosuffisants, mais en plus, aujourd’hui, ils se sont approvisionnés en blé en Ukraine, un pays auquel ils n’ont plus accès aujourd’hui. Il y a donc une grande fébrilité. S’il n’y a pas la production française pour répondre à leur demande – et à des prix accessibles –, on va au-devant d’une grave crise », mettent en garde les agriculteurs. « Il faudrait vraiment avoir un deal international sur la Méditerranée. On y a, en plus, tout intérêt. L’Algérie, par exemple, a du gaz », estime Jean-François Gleizes. Et tous de s’interroger : "On a du mal à comprendre, nous, producteurs, comment on peut mettre 10 % de terres en jachère alors qu’on a ce souci, d’autant qu’on essaie de travailler dans le plus grand respect de l’environnement, avec de la technicité. Il faut revoir la politique agricole commune, et très vite ».

 

Henri Blanc abonde : « Si on veut remonter les stocks rapidement, il faut commencer par enlever toutes les entraves écologiques et de réduction de production. On s’y était adaptés mais voici que maintenant, pour 2023, on est en train de nous en rajouter de nouvelles qui vont nous faire perdre encore 7 à 8 % de plus de production de terres agricoles. Il n’est pas question, là, de remettre les mines de charbon en route, mais de produire davantage pour nourrir la population ».

 

Une question de souveraineté alimentaire

 

« Ce conflit montre à quel point la production céréalière française est stratégique pour notre souveraineté alimentaire, mais pas seulement. C’est un approvisionnement vital pour tout le pourtour méditerranéen. Avec cette guerre, on risque de connaître à nouveau les émeutes de la faim, comme en 2008 où les cours du blé dur étaient remontés à 500 € la tonne. On n’en est pas loin », relève Evelyne Guilhem. « On avait eu des blés tendres à 310 €. On ne manquait pas de blé, et pourtant on estime, à cause de la hausse des prix, à 2,5 millions le nombre de personnes mortes de faim dans les pays pauvres. Aujourd’hui, si on bloque 20 % de la production mondiale, on peut avoir 10 millions de morts », relève Antoine Bernabé, directeur industriel de la filière meunière du groupe Arterris.

 

Même son de cloche du côté de la présidente de la FNSEA et du big boss d’In Vivo-Soufflet très engagé en Ukraine&Russie.

 

Attention, je n’affirme pas qu’il faille  dans le secteur des grandes cultures rester les bras croisés mais avant de remettre le pied sur l’accélérateur il faut examiner la réalité en face : la répartition de nos céréales entre alimentation humaine et alimentation animale pour la réorienter et du côté des oléagineux leur utilisation en biocarburant, dont le bilan carbone n’est pas positif, prive la sole alimentaire de surfaces plus utiles.

 

Ne fonçons pas tête baissée dans un scénario « sécurité alimentaire » qui ne résiste pas à la réalité des chiffres.

 

Là où la question de l’arrêt des produits de synthèse, dont le glyphosate, ne pose pas c’est pour notre chère et tendre viticulture qui élabore un produit non essentiel à l’alimentation humaine.

illustration Le glyphosate perturbe les fonctions de reproduction animale et humaine

Le glyphosate perturbe les fonctions de reproduction animale et humaine ICI

Glyphosate : à taaaaaaable ! - Cartooning for Peace

Le glyphosate (G), également connu sous le nom de N-(phosphonométhyl)glycine, est l'ingrédient actif déclaré pour les herbicides de la famille baptisée GBH (herbicides à base de glyphosate) et qui sont largement utilisés dans l'agriculture conventionnelle (tels que le Roundup). Le glyphosate est toujours utilisé en mélange avec d’autres substances.

Une synthèse bibliographique a été réalisée à partir des travaux scientifiques portant sur les mécanismes d'action du glyphosate et des herbicides à base de glyphosate sur la fertilité mâle et femelle chez les animaux modèles et les humains. Au cours des dernières décennies, les chercheurs ont montré, en utilisant divers modèles animaux, que les GBH sont des perturbateurs endocriniens des fonctions de reproduction.

Cette synthèse décrit les effets de l'exposition au G ou aux GBH sur l'axe hypothalamo-hypophyso-gonadique (HPG) chez les mâles et les femelles, sur les régulations hormonales et la viabilité et la prolifération cellulaire. Les concentrations plasmatiques de la plupart des hormones régulatrices de la fonction de reproduction (GnRH, LH, FSH, estradiol, progestérone, testostérone) ou encore l’expression de leurs récepteurs sont altérés aux différents niveaux de l’ensemble de l’axe reproducteur : hypothalamus, hypophyse, ovaires, testicules, placenta, utérus) par l'exposition aux GBHs. Les GBHs ils sont considérés comme plus toxiques que le G seul en raison de la présence d’adjuvants tels que la polyoxyéthylène amine (POEA). En outre, des impacts intergénérationnels de l'exposition au G ou aux GBH sont rapportés. Les différentes stratégies pour réduire les effets négatifs des GBH sur la fertilité sont également discutées dans cette revue, comme par exemple des traitements protecteurs à base de plantes.

Les G et les GBHs peuvent donc induire à des doses équivalent glyphosate parfois inférieures à la NOAEL (dose sans effet nocif observable) des altérations de l'ensemble de l'appareil reproducteur chez les mâles et les femelles. D’autres études sont prévues afin d'analyser les conséquences de ces impacts physiologiques sur la fertilité, c’est-à-dire sur l’aptitude à se reproduire, mais aussi sur les pathologies éventuelles induites, notamment dans l’espèce humaine. Les effets transgénérationnels sont également encore méconnus. Certains auteurs envisagent enfin de trouver des stratégies pour diminuer ou éviter les impacts négatifs des GBH, même si à terme, ces substances ont vocation à être interdites.

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14 mars 2022 1 14 /03 /mars /2022 06:00

Alain Krivine, lors d'une conférence de presse, le 8 avril 1974.Alain Krivine, lors d'une conférence de presse, le 8 avril 1974. © AFP / STF

Je sais, je sais, comme le chantait Gabin, cette chronique, qui semble sans queue ni tête, va dérouter certains de mes lecteurs, et pourtant elle n’est pas aussi foutraque qu’il n’y paraît, elle est pleine de liens, ceux de mes souvenirs.

 

Baby-boomer encore véloce, soixante-huitard non révisé, buveur de vin nu qui n’existaient pas au temps du PSU, j’ai croisé sur ma longue route, des gens fort différents.

 

La difficile restructuration financière de Pierre & Vacances

Le président et fondateur de Pierre et Vacances-Centre Parcs, Gérard Brémond, à Paris le 21 novembre 2018. 

 

Prenons Gérard Brémond, fondateur de Pierre & Vacances-Center Parcs, je l’ai rencontré dans un scénario type Citizen Kane (pour faire plaisir à ciné Papy), le prédateur étant en 1982, Robert Hersant, l’empereur de la presse qui avait concentré jusqu’à 40% des titres de la presse française dans les années 1980. Mon patron, Louis Mermaz, alors président du CG de l’Isère et de l’AN, voyait d’un mauvais œil les manœuvres du Robert pour mettre la main sur Le Progrès de Lyon et le Dauphiné Libéré. Il me confia la mission de provoquer un tour de table afin de contrer le papivore. C’est dans ces conditions que je rencontrai Gérard Brémond, de même que Jean-Claude Gallienne, le papa de Guillaume Gallienne, l’acteur bien connu. À cette occasion je constatai qu’il était plus facile d’aligner des millions de francs que d’en trouver quelques centaines pour faire ses fins de mois. Bref, le tour de table fut bouclé mais un veto vint de l’Elysée, Tonton nous fit savoir qu’Hersant était intouchable.

 

La concentration des médias au temps de Robert Hersant

 

Dix ans après sa mort en 1996, l’ombre de Robert Hersant plane encore sur son défunt empire de presse. De son vivant, le magnat était passé à travers toutes les gouttes, tant les autres pouvoirs, politique ou judiciaire, semblaient redouter le sien. À titre posthume, un vieux dessous de table de 90 millions de francs remonte tardivement à la surface, à l’occasion de l’interminable agonie du quotidien France-Soir. Ses ayants droit vont peut-être devoir assumer cet héritage encombrant, ressurgi d’un paradis fiscal.

 

Robert Hersant aura rythmé cinquante années de la vie politico-médiatique française et construit un empire de papier (Le Figaro, France-Soir, Auto Moto, Paris Turf, La Voix du Nord, Le Dauphiné libéré, Le Progrès, Presse Océan, etc.), dont il ne reste aujourd’hui plus rien. Seule la Ve République pouvait mettre en selle ce type de personnage… Il est né en 1920 en Loire-Atlantique, fils d’un capitaine au long cours. Étudiant en Normandie, il est secrétaire des Jeunesses socialistes locales et fréquente alors deux futurs destins politiques : Jean Lecanuet, qui sera candidat centriste à l’élection présidentielle de 1965, et Alexandre Hébert, qui incarnera plus tard l’anarcho-syndicalisme avant de devenir membre du Parti des travailleurs (trotskyste-lambertiste). Mais Robert Hersant a d’autres vues : bien plus que la politique, il embrasse le monde de la presse. Au plus mauvais moment : sous l’occupation allemande.

 

Chef en 1940 du mouvement collaborationniste Jeune Front, il fonde deux ans plus tard le journal pétainiste

 

Que reste-t-il du Groupe Hersant ? ICI  

 

Revenons à Gérard Brémond sa capacité à séduire les décideurs, avec ce qu’il faut de rouerie et de prestidigitation économique. Ses armes ? « Empathie, humour, détermination » Il était jazzman, guitariste de bonne famille. Son quintette écume les caves parisiennes. Le succès le fuit, la passion lui reste ; il chroniquera l’avènement de John Coltrane pour Jazz Hot puis, fortune faite, rachètera la radio de jazz TSF et le Duc des Lombards, célèbre club parisien. Il s’amuse aujourd’hui de ses « horaires de jazzman » – difficile de le joindre le matin ou de l’empêcher de travailler le soir. Robert Faure, son factotum à Avoriaz, y voit la source de son art de la synthèse, de l’improvisation et du rythme des affaires.

 

L’expérience Avoriaz est à la fois rude et joyeuse. Une formidable vitrine, trop peu rentable, jusqu’à ce que le Festival du film fantastique, à partir de 1973, en fasse une station branchée où M. Brémond convie les cabinets ministériels comme les stars, et tisse ainsi son réseau. Il importe un modèle commercial original, la « nouvelle propriété » : des particuliers financent la construction d’une résidence en achetant de petits appartements, que Pierre & Vacances s’occupe de louer.

 

Nous avons sympathisés.

 

(Voir article plus bas : La triste sortie de Gérard Brémond)

Passons au café charbon : « Votre Taulier, lors d’une dégustation des vins du Plan de Dieu, au resto Touller Outillage, rue Pierre Timbaud, haut-lieu des bobos d’Oberkampf (le café charbon où je croisais le dinosaure de l’ancienne Ligue Communiste Révolutionnaire, Alain Krivine, le papa politique de Besancenot de la NPA) est tombé nez-à-nez avec Gilles Ferran et Calendal. ICI 

 

Alain Krivine et Olivier Besancenot, en 2005.© MARTIN BUREAU/AFP

 

Charbon, séduisante brasserie (a)typique, emblématique de l’Est Parisien ICI 

by Frédérique de Granvilliers

 

Alain Krivine est mort, mais pas le rêve présidentiel de l’extrême gauche française ICI 

 

Le décès d’Alain Krivine, figure historique de l’extrême gauche française, est intervenu samedi alors que cette mouvance politique sera bien présente dans les urnes le 10 avril, pour le premier tour de la présidentielle

Richard Werly

 

Publié dimanche 13 mars 2022

 

La révolution, en France, continue de passer par la conquête de l’Elysée. Au moins sur le plan symbolique. Décédé samedi à l’âge de 80 ans, le leader trotskiste Alain Krivine, co-créateur de la Jeunesse communiste révolutionnaire en 1966, incarnait toutes les aspirations contradictoires de l’extrême gauche française. Laquelle fut, dans les années 1970, l’un des principaux viviers de recrutements de la nouvelle génération de dirigeants du Parti socialiste, avec des personnalités telles que Lionel Jospin, Jean-Luc Mélenchon, Jean-Christophe Cambadelis ou Pierre Moscovici, tous issus de la mouvance trotskiste dont ils s’extirpèrent après leurs études pour gravir les marches de la politique et du pouvoir, parfois jusqu’au sommet.

 

 

Krivine, ou le miroir d’une réalité française qui, vue de l’étranger même proche, continue de fasciner: celle de l’attirance d’une partie de l’électorat et de l’élite intellectuelle pour des thèses révolutionnaires qu’incarnent aujourd’hui dans la campagne présidentielle deux candidats déjà sur les rangs en 2017: Nathalie Arthaud, enseignante et porte-parole de Lutte Ouvrière. Et Philippe Poutou, ouvrier dans l’industrie automobile et figure de proue du Nouveau parti anticapitaliste. Il y a cinq ans, les deux avaient obtenu respectivement 0,64% et 1,09% des suffrages. Soit, sur la base d’un corps électoral de 48 millions, environ 800 000 voix. Alain Krivine s’était lui, par deux fois, porté candidat à l’Elysée. Il avait recueilli 1,1% des voix en 1969 (lors de l’élection de Georges Pompidou) et 0,4% en 1974 (lors de l’élection de Valery Giscard d'Estaing).

 

Evoquer le souvenir d’Alain Krivine revient à réveiller, y compris en Suisse Romande, un monde politique d’un autre âge alors que la guerre en Ukraine renvoie à la guerre froide et aux fantômes de l’ex-URSS: un âge internationaliste, façonné par les luttes idéologiques et les combats parfois physiques entre trotskistes et communistes «staliniens», dominé par les querelles intestines entre mouvements d’extrémum (divisée en France entre la Ligue Communiste révolutionnaire, devenue aujourd’hui le Nouveau Parti anticapitaliste, et Lutte Ouvrière) et soutenu, peu ou prou, par une frange non négligeable de la population. Krivine – dont le fils Frédéric est un réalisateur de télévision de premier plan, co-auteur de la série «Un village français» qui raconte le pays sous occupation allemande en sept saisons – était un enfant des années soixante, de la lutte antiaméricaine contre la guerre au Vietnam, des événements de mai 1968.

Alain Krivine et Arlette Laguiller participent à une manifestation contre l'intervention militaire au Tchad, en 1983.© GEORGES BENDRIHEM/AFP

«Militant jusqu'au bout»

 

Il était un «68ard qui n’a jamais renié ses convictions anticapitalistes et révolutionnaires et est resté militant jusqu’au bout», a souligné Nathalie Arthaud – successeure à Lutte Ouvrière d’Arlette Laguillier, l’ex-rivale politique de Krivine bien plus populaire jusqu’à obtenir 5,30% des suffrages à la présidentielle de 1995, et 5,72% en 2002 – qui lui reprochait pourtant d’avoir rompu avec le communisme et de ne plus prononcer ce mot. «Il était une figure du combat vital de l’opposition de gauche à ce stalinisme dont Poutine est l’ultime avatar», a pour sa part commenté le fondateur de Médiapart Edwy Plenel, qui démarra sa carrière journalistique à Rouge, le journal de la Ligue Communiste révolutionnaire.

 

De ce monde politique là, nourri à la soif d’égalité et au rejet du système capitaliste, trois types de personnalités politiques sont sorties en France. Les premiers sont les ex-trotskistes qui s’employèrent ensuite à gommer leur passé, comme l’ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin. Les seconds sont les militants restés passionnés par la lutte et résolus à dénoncer tous les pouvoirs, comme Olivier Besancenot, Philippe Poutou ou Nathalie Arthaud, dont le seul moment d’exposition au premier plan est la présidentielle, même si celle-ci est un combat inégal (ils seront ainsi absents, l’un comme l’autre, de la première grande émission TV sur la guerre en Ukraine avec huit des douze candidats lundi sur TF1) . Et un troisième a réussi, seul, à concilier à la fois sa fidélité et une posture rassembleuse: Jean-Luc Mélenchon, le candidat de la France insoumise, parvenu à 19,6% des voix au premier tour de la présidentielle de 2017. Mélenchon qui, de nouveau candidat en 2022 (crédité pour l’heure de 11 à 15% des voix) a salué le décès d’Alain Krivine en ces termes: «Émotion et chagrin. Une pensée affligée à sa famille et salut fraternel à tout le mouvement trotskiste».

 

Pourquoi une telle persistance du trotskisme et de ses avatars en France? Pourquoi deux candidats à nouveau sur la ligne de départ du sprint élyséen? La seconde question trouve sans doute sa réponse dans une «frustration» de la gauche française. «Beaucoup d’élus de gauche donnent leurs parrainages à l’extrême gauche pour se faire en quelque sorte pardonner commentait devant nous récemment le politologue Pascal Perrineau. Les mouvances trotskistes, c’est la nostalgie de la révolution, c’est l’idée que la lutte finira bien par l’emporter, ou en tout cas qu’elle ne meurt pas». Et pourquoi deux candidats? «Krivine, alias «le président» incarnait aussi l’esprit féroce de chapelles de cette gauche groupusculaire, avec son lot de règlements de comptes, de zones d’ombres, d’autocritiques et de contradictions, juge un de ses anciens amis, un temps élu écologiste. Cette gauche ultra-radicale se vit en combat permanent. Elle ne peut se résoudre à l’union ou au compromis puisqu’elle affirme détenir la vérité sur la société». Dans son livre de mémoires publié en 2006, Alain Krivine avait osé un titre provocateur « Ça te passera avec l’âge..» (Flammarion). Pour mieux s’employer à dire, au fil des pages, que le goût de la révolution, chez lui, ne s’était jamais éteint.

 

Photo archives Progrès /Renaud LAMBOLEZ

Domaine Ganevat : le nouveau propriétaire russe va devoir vendre ICI 

 

La famille Pumpyansky figure sur la liste noire de l’Union européenne visant à sanctionner la Russie pour l’invasion de l’Ukraine. Six mois après avoir fait l’acquisition du célèbre domaine situé à Rotalier, elle est contrainte de s’en défaire. Un énorme coup dur pour Jean-François Ganevat qui restait étroitement associé à l’exploitation.

Par Arnaud BASTION

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1983, roulée – intemporel

Éprouvé par la crise sanitaire et écrasé par la dette, Pierre & Vacances-Center Parcs a un besoin urgent de nouveaux investisseurs pour renforcer son assise financière. Rothschild & Co, qui conseille le groupe de résidences de tourisme fondé par Gérard Brémond, avait demandé aux prétendants de remettre leurs propositions fermes lundi 8 novembre : trois offres étaient attendues, mais, déception, deux seulement devraient porter sur la totalité du groupe.

 

L’une émane d’un consortium regroupant l’investisseur immobilier français Atream, associé aux fonds londoniens Alcentra et Fidera, l’autre est présentée par le fonds de capital-investissement américain Sixth Street. Dernier postulant, l’attelage entre le fonds américain Certares (déjà actionnaire de Voyageurs du monde et Marietton) et le new-yorkais Davidson Kempner paraissait jusque-là tenir la corde. Mais, selon nos informations, le tandem aurait in extremis renoncé à déposer une offre globale, réduisant son intérêt à Center Parcs. Ce qui serait un coup dur pour les organisateurs de ce « processus d’adossement ».

 

Après des mois de panne sèche, pour cause de confinement et de restrictions sanitaires, l’activité redémarre à peine pour Pierre & Vacances. Le groupe s’est félicité, le 19 octobre, d’avoir dégagé, entre juillet et septembre, « une croissance du chiffre d’affaires des activités touristiques de 17,3 % par rapport au même trimestre de l’exercice précédent, et de 2,2 % par rapport à l’été 2019 ». Les réservations sont également en hausse par rapport aux deux exercices précédents. Mais cette reprise de l’activité ne suffit pas, à elle seule, à remettre sur pied l’opérateur de tourisme et promoteur immobilier qui accumule les pertes depuis dix ans : son endettement a grossi pendant la crise, pour atteindre 1,1 milliard d’euros.

 

L’Etat suit de près le dossier

 

Une restructuration financière apparaît dès lors indispensable afin de réduire le poids de cette dette. De deux manières. D’abord en remboursant la dette d’urgence émise au premier semestre grâce aux capitaux apportés par les investisseurs, soit environ 300 millions d’euros. Ensuite en convertissant une partie des crédits en actions. A quel niveau ? C’est ce que chacun des prétendants devra détailler dans son offre. A noter qu’Alcentra et Fidera sont des porteurs de dette de Pierre & Vacances tandis qu’Atream a investi près de 600 millions d’euros dans des résidences du groupe de tourisme.

 

Le projet industriel et la capacité à développer le groupe tricolore seront également des critères importants pour Franck Gervais, le directeur général de Pierre & Vacances. Cependant, les investisseurs devront au premier chef convaincre Gérard Brémond, le président du groupe. L’octogénaire détient 49,4 % du capital de Pierre & Vacances et plus de la moitié des droits de vote à travers une holding, elle-même endettée. Selon plusieurs sources, les repreneurs sont incités à investir directement dans la holding de M. Brémond, afin de renflouer l’homme d’affaires.

 

Un montage qui pourrait fâcher les petits porteurs. En outre, l’entrepreneur n’est pas le seul à décider. Pour s’assurer d’avoir leur mot à dire, les « partenaires financiers » de Pierre & Vacances ont obtenu, en mai, en échange d’un prêt de 300 millions d’euros, que les titres de Center Parcs – le principal actif du groupe – soient placés en garantie dans une fiducie. De quoi donner à ces créanciers un puissant levier dans la discussion.

 

Les investisseurs devront au premier chef convaincre Gérard Brémond, le président du groupe qui 49,4 % du capital de Pierre & Vacances et plus de la moitié des droits de vote à travers une holding

 

Or, ils ont peu été associés aux négociations avec les repreneurs jusqu’à présent. D’aucuns n’excluent pas que les banques décident in fine de prendre le contrôle de l’opérateur de tourisme, si leurs intérêts n’étaient pas respectés. Tout le monde a en tête comment BNP Paribas et Natixis notamment ont pris la barre du groupe Bourbon en 2019 après un bras de fer avec Jacques de Chateauvieux, le fondateur du spécialiste des services maritimes.

 

L’Etat, enfin, suit de près le destin du dernier géant national du tourisme. Et pas seulement car il a garanti deux prêts pour un montant total de 274,5 millions d’euros. Le dossier est politique à plus d’un titre. Les six Center Parcs en France sont des investissements dans des territoires à l’écart des circuits touristiques, auxquels les collectivités locales sont associées logistiquement et économiquement. La Caisse des dépôts et consignations est un propriétaire important d’appartements et de cottages.

 

Surtout, quelque 20 000 foyers français ont succombé aux tentations de la déduction fiscale liée aux résidences de tourisme, et sont aujourd’hui propriétaires particuliers de cottages ou d’appartements. Un tiers d’entre eux a refusé la dernière proposition de conciliation du groupe, qui leur réclame un abandon de sept mois et demi de loyer.

 

Clément Guillou et Isabelle Chaperon

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13 mars 2022 7 13 /03 /mars /2022 06:00

Le Convoi - la critique

Ernest Borgnine OSCAR DU MEILLEUR ACTEUR EN 1955

 

Né le 24 janvier 1917 à Hamden, dans le Connecticut, dans une famille d'immigrés italiens, il avait reçu l'Oscar du meilleur acteur en 1955 pour son rôle dans Marty, également récompensé par les Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario.

 

Ernest Borgnine avait débuté sa carrière cinématographique en 1953 avec le rôle du sergent "Fatso" Judson dans le film Tant qu'il y aura des hommes. Il avait ensuite joué dans des dizaines de films, dont certains sont devenus des classiques (Les Vikings en 1958, Les Douze Salopards en 1967, La Horde sauvage en 1969, L'Aventure du Poséidon en 1972) et de nombreux téléfilms et séries de télévision (Supercopter de 1984 à 1986). Le comédien s'était marié cinq fois et avait quatre enfants.

 

« Jouer, pour moi, c'est très simple. Vous devez juste utiliser ensemble votre cœur et votre tête », confiait-il en 2007. Dans la même interview, il conseillait néanmoins aux apprentis acteurs « de se chercher un vrai travail avant d'essayer de décrocher un rôle ».

 

Ernest Borgnine en 2008.

 

Ernest Borgnine, la mort d'un grand de Hollywood ICI

Par Assma Maad

Publié le 09/07/2012

 

 

LE CONVOI -AFFICHE DU FILM 1978-ORIGINALE 120 X 160-TBE | eBay

Aujourd’hui c’est « Le Convoi » (1978)

 

Pourquoi ce film ?

 

C’est Frédéric Schiffter,* le « Philosophe sans qualité » de Biarritz qui m’a donné l’idée de parler de ce film compte tenu dit-il de l’actualité des mouvements de mécontentements.

 

Frédéric Schiffter, philosophe sans qualités: novembre 2012

* Prof de philo à Biarritz, dont le cheval de bataille est le doute selon Montaigne ou Clément Rosset et qu’un certain pax a déjà évoqué dans ses commentaires en vous recommandant de le lire toutes affaires cessantes. Dilemme : lire Schiffter ou regarder le Convoi ? Les deux valent le coup…

 

Quelle est l’histoire ?

 

En Arizona, des camionneurs forment un convoi contestataire par solidarité avec Rubber Duck, l’un des leurs en butte aux persécutions du shérif Wallace. Après le passage au Nouveau-Mexique, les forces de l'ordre se déploient pour disperser les manifestants, mais la résistance s'organise en même temps que l'affaire prend de l'ampleur. (Wikipédia)

 

Il fait savoir qu’aux States, comme au Canada les chauffeurs sont propriétaires de leurs camions. Il existe peu de « flotte de camions de transport » comme en Europe. Ce qui explique, entre autre, le blocage subit par le Canada du fait de camionneurs exaspérés.

 

 

Réalisation

 

Sam Peckinpah

 

Un cinéaste hors norme, inclassable, plein d’apparentes contradictions et surtout de malentendus. Exemple criant : « Convoi »ignoré et/ou démoli par la critique fut le plus gros succès public de Pechinpah.

 

En général on lui reprochait une «  apologie » de la violence illustrée par « La Horde sauvage » 1969, un western élégiaque et ultra-violent pour l'époque. « Au début, un massacre. À la fin, un carnage », écrira le critique de L'Express nous dit Wikipédia.

 

Le film,  est aujourd'hui son film la plus célèbre. Il fait naître une controverse. L'extraordinaire violence qui y règne, témoigne de certains aspects essentiels de la nature humaine et ne s’arrête pas à glorifier cette violence.

 

Un autre exemple de cette conviction profonde de Peckinpah est le film « Les Chiens de paille » 1971. Ce film tourné en Angleterre nous montre un jeune mathématicien américain pacifiste, incarné par Dustin Hoffman, qui se voit contraint de puiser en lui un instinct de tueur dont il ignorait l'existence.

 

Le Convoi - Film de Sam Peckinpah (Convoy, USA, 1978) de Sam Peckinpah  (Film d'action) : la

Qui fait quoi ?

 

 

Kris Kristofferson                             Rubber Duck

 

Chanteur et acteur américain, entre répétions et tournées, concerts et enregistrements il a trouvé le temps de tourner près d’une soixantaine de films dont certains mémorables. Avec Peckinpah dont « Pat Garrett et Billy le Kid » 1973  « Apportez-moi la tête d'Alfredo Garcia » 1974 de Sam Peckinpah ou encore « Alice n'est plus ici » 1974  de Martin Scorsese mais aussi « La Planète des singes »  1980 de Tim Burton sans oublier l’éblouissant

 

 

« La Porte du paradis » 1980 de l’immense Michael Cimino  ni, quoique de moindre importance, le passionnant «  Payback » 1999 de Brian Helgeland avec Mel Gibson excellent remake du tout aussi passionnant  « Le Point de non-retour » 1976 de John Boorman avec Lee Marvin. Kristofferson, très, avec des yeux bleus et immédiatement reconnaissable surtout, que je ne lui connaît pas d’autre couleur de cheveux que le blanc.

 

Il a osé !: Le Convoi

Ali MacGraw                               Melissa

 

On ne présente pas cette beauté à la vie et la carrière chaotique.

 

Débuts fulgurant pour cette carrière avec des succès commerciaux tels que  « Goodbye Columbus » 1969 et « Love story » 1970 qui lui assure une célébrité internationale.

 

Sur le tournage de  « Guet-apens » 1972 de Sam Peckinpah du « bad goy » Steve McQueen. Va commencer une passion destructrice. Entre autre il lui interdira de tourner. Las de d’être cantonnée à la maison et de ses cuites, ses infidélités et ses coups,  elle finira par divorcer.

 

Elle renouera avec le cinéma avec «  Le convoi » qui fut un échec au box-office. La suite de sa carrière sera essentiellement alimentaire.

 

Burt Young                                  Love machine

 

Acteur fétiche de John Ford et de Pechinpah, sa carrière fut quand même couronnée par un Oscar. Ne pas confondre avec le Don Johnson de la série « Deux flics à Miami »

 

Jean Dorel regarde des films: Le Convoi (Sam Peckinpah, 1978)

 

Ernest Borgnine                        le shérif Lyle Wallace

 

Tout le monde connaît la face rubiconde de cet acteur au physique imposant. Son visage présente une bouche en forme de grande balafre ouverte sur une dentition qui permet de douter des intentions du personnage. C’est pourquoi, ses rôles sont ceux d’un balourd un peu benêt souvent pervers ou carrément d’un vrai méchant, la figure devenant alors patibulaire à souhait. C’est l’illustration parfaite du proverbe arabe :  « Si du lion tu vois les dents, ne croit pas qu’il sourit. »

 

Ici quelques un des films qui permettront à ceux à qui ce nom ne dit rien de réaliser de qui il s’agit. « Tant qu'il y aura des hommes » 1953  « Les Douze Salopards » 1967 et « L'Empereur du Nord » 1973 de Robert Aldrich : « Nom de code : Oies sauvages » 1984 . Un choix au sein d’une carrière s’étalant sur cinquante ans celle d’un «  méchant » qui curieusement, à la ville, était connu et reconnu comme un vrai gentil.

 

Seymour Cassel                         le gouverneur Jerry Haskins

 

Acteur ami et fétiche de Cassavetes. Il fait partie de sa bande ou l’on trouve aussi Ben Gazara et Peter Falk (L’inspecteur Colombo)

 

 

Bons Moments

 

C’était l’époque de la Cibi et, en France, celle d’une émission radiophonique « Les routiers sont sympa » créée et animée par Max Meynier de 1972 à 1983 sur les ondes de RTL.

 

Dans le film, les échanges entre chauffeurs par ce moyen donnent des dialogues pas piqués des vers.

 

Le traitement infligé à la poulaille et à leurs véhicules.

 

Avis de Ciné papy

 

Un film curieux dans la filmographie de Peckinpah, cinéaste de la violence. « Le Convoi » est un film des grands espaces américains qui vous ballade et dont l’intérêt croit à la mesure de l’enthousiasme que ce convoi suscite dans la population des bourgs traversés.

 

Jubilatoire.

 

Pax

 

Prochainement «  Entrée des Artistes »

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12 mars 2022 6 12 /03 /mars /2022 06:00

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Dmitry Glukhovsky. ICI    L’incarné du sous-sol

publié le 02 décembre 2021 

Auteur notamment des romans Métro 2033, dystopie à succès déclinée en jeu vidéo, et Texto, qui vient d’être adapté au cinéma, cet écrivain est immensément populaire, notamment auprès de la jeunesse russe. Mais depuis qu’il a apporté son soutien à l’opposant emprisonné Alexeï Navalny, il est dans le viseur du Kremlin.

 

 Dates clés

 

1979 Naissance à Moscou

2005 Parution de Moscou 2033

2010 Création du jeu vidéo inspiré du roman

2019 Parution de Texto, adapté au cinéma par Klim Chipenko

2021 Il soutient publiquement le principal opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, actuellement emprisonné

 

 

Pour l’écrivain et journaliste russe, la guerre en Ukraine doit permettre à sa génération d’ouvrir les yeux sur les exactions commises par son pays.

 

Dmitry Gloukhovsky, en juillet 2021. (Roberto Frankenberg/Libération)

par Serhii Tyschenko (traduction)

 

 

Publié le 7 mars 2022

 

Ma génération n’a connu ni répressions de masse ni purges, elle n’a pas assisté à des procès pendant lesquels le public haineux exigeait d’exécuter les traîtres à la Patrie, nous n’avons pas vécu dans l’atmosphère d’une terreur générale, nous n’avons pas appris à changer notre perception du monde du jour au lendemain, à croire à la malice de nos alliés et à la bonne foi des ennemis d’hier sur un claquement de doigts, nous n’avons pas appris à justifier les guerres fratricides et n’avons pas assisté à la préparation morale et militaire des guerres mondiales. L’Union soviétique que nous avons connue était devenue davantage herbivore, elle n’exécutait plus pour simple méfiance face à son mensonge chronique et systématique, laissant aux gens la possibilité de se poser des questions dans leur for intérieur et dans l’intimité de leurs cuisines; et elle n’exigeait pas non plus qu’on applaudisse quand roulaient les têtes des ennemis désignés du peuple.

 

Ceux qui se souvenaient des temps révolus n’aimaient pas les évoquer, pour une raison qui devient aujourd’hui évidente. Parce que survivre dans de telles conditions exigeait avant tout un compromis avec soi-même, avec sa conscience. Certes, il a fallu baisser la tête, il a fallu applaudir et certains ont dû exécuter les autres – avec ou sans plaisir – pour s’éviter eux-mêmes l’échafaud. On n’a pas envie de s’en souvenir et encore moins de le confesser. Il en fallait du courage, pas seulement pour s’opposer, mais même pour s’abstenir d’en parler; il en faut aussi pour se souvenir que ce que tu as fait une, ou plusieurs fois, tu l’as fait pour détourner la menace de toi-même.

 

Prédation camouflée

 

Et voici que nous, et ma génération, vivons en direct ce qui, semble-t-il, n’aurait jamais dû se produire à nouveau; nous vivons une expérience étonnante, la possibilité de comprendre pourquoi nos pères et nos grands-pères se taisaient et subissaient; comment des nations entières se sont engouffrées dans des abîmes de folie, comment les peuples ont fermé les yeux sur des tyrans qui ont provoqué les guerres mondiales, comment certains montaient à l’échafaud silencieusement, tandis que les autres consentaient à leur couper la tête.

 

Nous voyons, maintenant, de nos propres yeux, comment on déshumanise les gens, avant de les dévorer: à travers l’humiliation, le dénigrement, la déformation de leurs propos et de leurs motifs et le refus même de leur capacité à ressentir et réfléchir comme des êtres humains.

 

Nous savons comment est camouflée la prédation: on habille le loup avec une peau de brebis, enlevée d’une brebis précédemment égorgée par ce même loup.

 

Nous apprenons à cultiver notre propre indifférence face à l’injustice qui se déroule sous nos yeux: cela ne nous concerne pas vraiment, et peut-être que nous ne serons pas concernés si nous faisons profil bas, on ne peut pas avoir de la compassion pour tout le monde!

 

Nous apprenons à ne pas nous apitoyer sur la victime et à compatir avec l’agresseur. Eprouver de l’empathie pour le prédateur, c’est un peu être à ses côtés, agir ensemble, comme le rémora accroché au requin: on a moins peur, et on peut même picorer quelques miettes tombées de sa mâchoire dentée.

 

Nous apprenons à ignorer la folie progressive des dirigeants et à nous persuader de leur sagesse et de leur perspicacité. À avaler chaque jour, comme le valet de l’officier décrit par le brave soldat Svejk (1) absorbe une cuillerée à café d’excréments de son supérieur, leurs folles théories conspirationnistes, jusqu’à ce qu’on s’habitue au goût, et redemande du rab.

 

Si nous ne croyons pas nos dirigeants, à qui pouvons-nous faire confiance?

 

Ne vaut-il pas mieux manger des excréments plutôt que de s’endormir en pensant que notre vie est entre les mains de fous?

 

Et puis la folie collective existe-t-elle?

 

Oui, nous avons déjà compris comment se taire, baisser les yeux, ne pas se démarquer, garder nos pensées pour nous-mêmes – désormais nous devons apprendre à chasser ces pensées par nous-mêmes. Pour ne pas vivre dans la peur, ne pas se sentir lâche et éviter de se sentir esclave, nous devons apprendre à croire sincèrement à ce que nous avons cru faux jusqu’à présent. Et aussi à marcher au pas, applaudir sur commande, battre des mains sincèrement et avec enthousiasme quand on pend des ennemis du peuple, ressentir une admiration honnête, et même des frissons, en écoutant les discours du chef. Se réjouir des guerres. Acclamer le sang versé. Y trouver une explication et une justification, être encouragé par la trahison de frères et par leur exécution. Faire semblant de ne pas remarquer, ou sincèrement ne pas remarquer, que ton pays suit la voie des dictatures fascistes, pas à pas, sur un chemin dont la destination finale est bien connue.

 

Fantômes nourris d’offenses

 

Nous n’avons pas voulu connaître le passé parce que nous pensions qu’il était derrière nous. Jamais nous ne le comprendrions, l’herbier de ces sentiments cruels et étranges resterait mort, enfermé entre les pages des manuels d’histoire. Mais voici que les fantômes, nourris d’offenses, de permissivité, d’impunité gonflent et desserrent les pages, s’échappent au-dehors, de l’hier mort à l’aujourd’hui vivant. Ils réclament du sang – et ils obtiennent du sang. Le sang de ceux qui vivent maintenant et ici. Notre sang, chaud, rouge, ni brun ni séché.

 

Et nous devrons nous entraîner à penser en chœur et à marcher au pas; nous méfier de voisins curieux, du bruit des moteurs la nuit; embrasser en bavant les icônes et les portraits des chefs; croire ardemment à ce qui est annoncé comme une vérité absolue du jour par les Soloviov et les Tolstoï [Vladimir Soloviov et Piotr Tolstoï sont deux grandes voix de la propagande du Kremlin, ndlr] ; vivre sans se faire remarquer dans la peur éternelle de ne pas vivre du tout: tout cela reste à apprendre…

 

Ou bien apprendre autre chose: garder la mémoire et penser au futur, pardonner les offenses et ne pas vivre uniquement dans le passé. Ne pas croire au mensonge et toujours exiger la vérité. Se faire remarquer, débattre, défendre sa propre dignité et lutter pour elle.

 

Nous n’avons toujours rien compris de l’expérience de ceux qui ont vécu et sont morts pour que ce soit autrement chez nous. C’est pourquoi nous avons encore tant à apprendre, par nous-mêmes.

 

(1) Héros du roman satirique tchèque de Jaroslav Hasek, les Aventures du brave soldat Svejk.

Traduit par Serhii Tyschenko

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11 mars 2022 5 11 /03 /mars /2022 06:00

Le Biafra nous a appris la médecine du dénuement » Bernard Kouchner. - Le  blog de JACQUES BERTHOMEAU

Je suis Michel Houellebecq, suis au sens de suivre, depuis la publication chez Maurice Nadeau en 1994 d’Extension du domaine de la lutte. J’ai lu presque tous ses opus, sauf Sérotonine qui m’est tombé des mains, La carte et le territoire 2010 est pour moi le plus abouti.

 

Pourquoi ?

 

Tout bêtement le hasard, mes accointances avec le 78 rue de Varenne ont fait que je me suis intéressé au fleuron de notre enseignement agricole, l’ex-INA-PG, Institut National Agronomique Paris-Grignon et qu’un rocardien sorti  de cette prestigieuse école, IGREF de surcroît, nul n’est parfait, me signala qu’un trublion, sorti lui aussi de ce nid de gros QI, venait de commettre un petit bouquin, écrit à la truelle, dont le héros travaillait dans une DDA (Direction Départementale de l’Agriculture) et que ce Houellebecq, au nom sonnant comme une abbaye normande, de surcroît, avait bossé au service informatique du Ministère. J’achetai. Je lu. Tout Houellebecq est dans ce livre.

 

 7 novembre 2006

Une caricature de socialiste agricole ICI 

 

Le quatrième représentant du ministère est une espèce de caricature du socialiste agricole : il porte des bottes et une parka, comme s'il revenait d'une expédition sur le terrain ; il a une grosse barbe et fume la pipe ; je n'aimerais pas être son fils. Devant lui sur la table il a ostensiblement posé un livre intitulé : « La fromagerie devant les techniques nouvelles. »  Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il fait là, il ne connaît manifestement rien au sujet traité ; peut-être est-il un représentant de la base. Quoiqu'il en soit il semble s'être donné pour objectif de tendre l'atmosphère et de provoquer un conflit au moyen de remarques répétitives sur «  l'inutilité de ces réunions qui n'aboutissent jamais à rien », ou bien sur «  ces logiciels choisis dans un bureau du ministère et qui ne correspondent jamais aux besoins réels des gars, sur le terrain ».

 

Extraits de mon petit roman du dimanche

 

« Dans ma main droite le titre du petit bouquin m'étonnait : « Extension du Domaine de la lutte », ça sonnait comme du pur jus d'intello post-soixante-huitard non révisé, prétentiard. Si je l'ai ouvert c'est qu'il était édité par Maurice Nadeau. J'ai toujours eu un faible pour Nadeau. Y avait un nom écrit au crayon au revers de la couverture : Chantal Dubois-Baudry. Les patronymes à tiret m'ont toujours fasciné, à la manière de la transmutation d'un vil métal en or. Mon doyen de fac s'appelait Durand-Prinborgne et, comme raillait mon pote Bourrassaud, quand je m'extasiais sur un Dupont-Aignan ou une Debrise-Dulac « et mon chauffe-eau c'est un Saunier-Duval... » La Dubois-Baudry était la reine du soulignage alors j'ai survolé les phrase soulignées du petit bouquin fripé. Et puis y'en a une que j'ai relu trois fois « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : « Dieu a voulu des inégalités pas des injustices » disait l'inscription. Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. » J'ai fait machine arrière et je me suis plongé dans le petit bouquin fripé au titre étrange. »

 

« Ce Houellebecq m'avait dérangé. Il m'énervait même si son style atone, minimal, s'élevait parfois jusqu'à devenir Bovien. Son Tisserand, l'un de ses personnages, venait de détruire mon postulat de la laideur. Ce type « dont le problème - le fondement de sa personnalité, en fait - c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… » Ce type grotesque, lamentable, j'avais envie de tirer la chasse d'eau sur lui mais je ne pouvais pas. Que pouvait-il faire ce laid, en dehors de se résigner, d'épouser une moche, d'aller aux putes ou de devenir riche ? »

 

Bien sûr, j’ai donc acheté son dernier opus : anéantir

 

Preuve que notre Houellebecq s’est embourgeoisé Flammarion nous offre une jaquette cartonnée.

 

Ce matin, je vous offre un morceau très potache du grand auteur dont l’œuvre intégrale sera, sans nul doute, édité sur papier bible dans la Pléiade de Gallimard.

 

 

Paul, le héros d’anéantir, inspecteur des Finances, membre du cabinet et confident du Ministre de l’économie Bruno, est dans le bureau de la médecin-chef de l’hôpital lyonnais, où est hospitalisé son père victime d’un AVC, en compagnie de sa sœur très bigote Cécile et de la compagne de son père, la brave Madeleine. Son père est sorti du coma et peut être transféré en EVC-EPR au centre hospitalier de Belleville-en-Beaujolais.

 

Anéantir

 

«La médecin-chef eut un geste de satisfaction, mais en même temps elle n’avait pas terminé son exposé, et elle aimait terminer ses exposés. « C’est une petite unité, d’une quarantaine de lits, créée à la suite de la circulaire Kouchner du  3 mai 2002… » commença-t-elle avec douceur, et là personne ne pouvait se rendre compte mais cette circulaire avait été la dernière signée personnellement par Bernard Kouchner, juste avant qu’il doive quitter ses fonctions en raison de l’élection présidentielle, dont le second tour avait lieu le surlendemain, le 5 mai, et pour elle c’était bouleversant parce avait été amoureuse de Bernard Kouchner pendant toute son adolescence, amoureuse grave, et que cela avait pesé lourd dans sa décision d’entreprendre des études de médecine, elle avait même le demi-souvenir un peu honteux de s’être, le soir de l’inscription à la fac de médecine, masturbée devant une affiche de Bernard Kouchner en meeting qui décorait sa chambre, ce n’était pourtant qu’un meeting du parti socialiste, il n’avait même pas de sac de riz. « Comme beaucoup d’unités EVC-EPR, elle est adossée à un EHPAD », poursuivit-elle alors qu’elle se remettait difficilement, qu’elle sentait quelque chose de trouble et d’humide envahir son entrejambe, l’évocation de Bernard Kouchner elle avait vraiment intérêt à éviter. Au bout de trente secondes de respiration coordonnée, elle se reprit. 3Oui, je sais dit-elle en se retournant vers Cécile, les EPHAD ont une mauvaise réputation, et c’est loin d’être injustifié, il est vrai que dans l’ensemble ce sont des mouroirs ignobles, je ne devrais peut-être pas dire ça mais à mon avis les EPHAD sont l’une des plus grandes hontes du système médical français. Cela dit, en l’occurrence, l’unité EVC-PCR est gérée de manière autonome, au moins sur le plan thérapeutique… »*

Pages 189-90

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10 mars 2022 4 10 /03 /mars /2022 06:00

Sainte-Victoire et Cézanne

BIGAILLE, subst. fém.

 

B.− Menu fretin, Menue monnaie

.

ÉTYMOL. ET HIST. –

 

1. Av. 1738 « nom générique des insectes ailés dans les colonies » (Le Père Labat dans Trév. Suppl. 1752 : Il semblait que tous les atomes de l'air se fussent convertis en moustiques, en maringouins et en une autre espèce de bigaille qu'on appelle des vareurs); d'où 1936 arg. « mousse du bord, vermine » (Esn.);

 

2. 1926 (Lar. mén. : Bigaille. Nom donné au fretin d'espèces diverses vendu sur les marchés aux poissons);

 

3. 1935 « menue monnaie » (A. Simonin, J. Bazin, Voilà taxi! p. 211 : Sous, billon, menue monnaie : Bigaille).

 

Argot : blé, braise, clinquaille, fafiot, ferraille, galette, mitraille, piastre, picaillons, quincaille, rotin, sous, vaisselle de poche…

 

Hiérarchie de papier, pyramide administrée, strate valorisante n’apporte guère plus de blé dans l’escarcelle des AOP…

 

« Ce n’est pas une montée en cru, c’est donner la possibilité à adjoindre une mention valorisante à une DGC qui ont prouvé leur notoriété et l’implication des producteurs et la part de volume produit »

 

« Cette nouvelle strate valorisante va permettre d’« apporter une reconnaissance aux DGC qui ont acquis une forte notoriété et une réussite économique, mais qui n’ont pas forcément vocation à devenir des appellations à part entière »

 

Cette mention de cru pour Les DGC « correspond à un besoin de reconnaissance par les consommateurs. Depuis de nombreuses années, on s’aperçoit qu’il manque un aspect valorisant quand on parle de DGC. Le consommateur ne perçoit pas de notion pyramidale » souligne Éric Pastorino, le président de la Fédération Régionale des vins AOC du Sud-Est

 

« Il y a échelon supplémentaire dans l’organisation pyramidale des AOC. En Provence, la DGC Sainte-Victoire pourrait y prétendre comme elle a son aire délimitée. Elle pourra s’appeler Côte de Provence cru Sainte-Victoire. »

 

Conditions d’accès ICI 

 

DGC Côtes de Provence Notre Dame des Anges by Julia Scavo - ASNCAP  Association des Sommeliers de Nice Côte d'Azur Provence dégustation voyages  organisation événement vin et vignoble millésimes

 

AOC : que signifie la création d’un nouveau niveau hiérarchique pour le monde viticole ?

 

L’Institut National de l’Origine et de la Qualité autorise la création de «crus» au sein des Dénominations Géographiques Complémentaires.

 

Par Thierry Masclot

 

Publié le 28/02/2022

 

C’est peut-être un détail pour les non-initiés, mais pour les vignerons cela veut dire beaucoup. Le comité national des vins d’appellation a validé la création d’un niveau supplémentaire à la pyramide des vins d’appellation. Une proposition issue d’un rapport du groupe de travail de hiérarchisation de l’Institut National de l’Origine et de la Qualité (INAO).

 

Explications : jusqu’à présent, au sein de chaque Appellation d’origine contrôlée (AOC), certains territoires plus restreints pouvaient ajouter une Dénomination Géographique Complémentaire (DGC).

 

Un exemple ?

 

La DGC Notre Dame des Anges, qui regroupe depuis 2020, 10 communes varoises au sein de l’appellation Côtes-de-Provence. Le problème, ce travail de délimitation de micro-terroirs spécifiques est quasi sans fin…

 

Les DGC se sont multipliées au fil des ans. Jusqu’à perdre une partie de leur caractère valorisant auprès des consommateurs. D’où l’idée de créer un échelon hiérarchique en leur sein. Ainsi, certaines DCG pourront désormais ajouter la mention «cru» sur leurs étiquettes, ce qui donnera «nom de AOC + cru DGC».

 

 

L’esprit de cette réforme est de valoriser les DGC qui ont réussi à développer leur notoriété, et à afficher une réussite économique. Pour espérer ajouter «cru» à leurs étiquettes, les DGC doivent être celles d’un lieu-dit ou d’une zone de 1 à 10 communes pas plus, avoir un terroir homogène et des conditions de production spécifiques, et enfin, être reconnues par les professionnels, lors notamment de dégustations. Dans un contexte de concurrence exacerbée et de baisse de la consommation, cette décision va clairement dans le sens de la Premiumisation de l’offre des AOC.

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9 mars 2022 3 09 /03 /mars /2022 06:00

Les Promesses de Thomas Kruithof - la critique

Ça fait un bail que je n’ai pas posé mes fesses sur le velours d’un fauteuil  d’une salle de ciné, suis devenu casanier, confinement oblige, je feuillette même pas Télérama, alors j’suis guère au parfum des sorties de film.

 

C’est le titre d’un article du Monde : Reda Kateb : « Le vin est comme un océan et moi, je reste dans un petit coin en baignade surveillée » qui m’a mis la puce à l’oreille.

 

 

VINS & AUTRES PLAISIRS LIQUIDES

 

Le vin, la politique : Reda Kateb incarne un directeur du cabinet de la maire d’une ville de Seine-Saint-Denis, interprétée par Isabelle Huppert, l’Algérie de son père, un cocktail qui colle bien avec la ligne éditoriale de ce blog.

Stickers Silence on Tourne - Art & Stick

 

 

Les Promesses | Festival 2 Cinéma de Valenciennes 2021

 

L’acteur est à l’affiche des « Promesses », avec Isabelle Huppert, un long-métrage qui explore les ressorts de la politique, en pleine campagne présidentielle. Sans se targuer d’être un spécialiste, il évoque volontiers son rapport au vin, fait de souvenirs et de coups de cœur.

 

Propos recueillis par Rémi Barroux ICI

 

Dans Les Promesses, film de Thomas Kruithof, sorti le 26 janvier, l’acteur Reda Kateb incarne un directeur du cabinet de la maire d’une ville de Seine-Saint-Denis, interprétée par Isabelle Huppert. Révélé dans Un prophète (2009), de Jacques Audiard, il a joué dans des dizaines de films, dont Hippocrate, Django, Le Chant du loup, et des séries télévisées aussi passionnantes que Possession ou En thérapie. Il va bientôt tourner en Algérie Omar la Fraise avec le réalisateur Elias Belkeddar. Accompagné (toujours) de son chien, Paulo, un croisé yorkshire et fox-terrier, Reda Kateb, Montreuillois de 45 ans né à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), évoque la politique et le vin, qu’il aime goûter « sans en être spécialiste », prévient-il.

 

  • Dans « Les Promesses », vous refusez de boire du vinho verde lors d’un déjeuner de travail avec la maire mais vous acceptez moult verres d’une eau-de-vie lors d’une fête de la communauté serbe. Goût personnel ou effet du scénario ?

Le scénario bien sûr mais il est vrai que, pour un vrai déjeuner de travail, je suis plutôt eau pétillante. Pour la soirée serbe, comme c’était la dernière scène à tourner, on en a fait une sorte de fête de fin de tournage. La belle bande de Serbes nous a accueillis dans le café et on a bien goûté cette eau-de-vie.

 

  • Aimez-vous le vin ?

 

Sans être fin connaisseur, j’aime bien. Un petit verre de rouge le soir. Ma première approche du vin, c’était à 17 ans, quand j’étais étudiant en lettres à la Sorbonne. J’étais porteur de hotte lors de vendanges à Château Margaux, dans le Médoc. Cette rencontre avec le travail de la terre reste un bon souvenir même si j’en suis sorti avec le dos brisé. Il y avait des paysans du coin, des routards, des étudiants, une mixité qui me plaît et que je retrouve à Montreuil. J’adorais la pause, vers 10 heures, avec le pâté des Landes, le verre de rouge – de château margaux quand même…

 

« Je me souviens des apéros que je partageais avec mon père. C’était une façon de nous approprier la culture populaire en France. »

 

A mon adolescence, ma mère est partie vivre à côté de Bordeaux. Elle achetait du vin en cubi, à Saint-Emilion, pour le mettre en bouteilles. C’était leur vin de table. Le goût familial était beaucoup entre-deux-mers, médoc, graves, mais ces vins m’ont un peu écœuré, avec un boisé assez fort. J’ai eu envie d’aller chercher autre chose, du côté de la Bourgogne. J’aime beaucoup le pinot noir, les hautes-côtes-de-nuits. C’est un nom qui me fait rêver, comme une belle chanson.

 

  • Cette nouvelle approche du vin, vers quel âge était-ce ?
  •  

Quand j’ai commencé à m’embourgeoiser, dans la trentaine, après le film Un prophète. Avec les repas de travail, les voyages, j’ai eu accès à de bonnes tables. Cela dit, quand je fais des soirées palabres jusqu’à pas d’heure, dans un café de Montreuil avec mes copains, on est plutôt bière. J’ai gardé cette habitude festive de ma période étudiante et même après.

 

  •  Avez-vous des vins préférés ?
  •  

Pour moi, un bon vin est indissociable d’un lieu, d’une histoire et d’un plat à partager. Les vins que j’apprécie sont ceux que je veux goûter avec des amis et qui vont s’accorder au mieux avec notre repas. J’ai un coup de cœur pour les vins blancs secs, les bourgognes – notamment [du domaine] Les Enracinés, un petit mâcon –, les chablis, des languedocs… Des vins italiens aussi, comme le terre-brune sarde ou ceux des Cinque Terre, où j’aime à me promener, du côté de Levante [sur la côte ligure]. Ces vins sont magnifiques sur des pâtes alle vongole ou à la poutargue et aux pistaches, que j’aime cuisiner.

 

  • Etes-vous conseillé pour acheter des bouteilles ?

 

Je possède une armoire à vins que je renouvelle souvent. J’achète et on m’offre. A la fin du tournage des Promesses, on m’a offert quelques bouteilles de meursault et des médocs. J’ai un ami qui m’a fait découvrir des vins nature. On passait des soirées dans un restaurant à Montmartre qui porte bien son nom, Le Grand 8, car on finissait souvent la tête à l’envers, après avoir dégusté par exemple des juras, légers et complexes à la fois. Un autre ami qui vit au Japon m’a aussi initié au vin. Il avait le talent pour parler d’une bouteille, vous mettre sur la piste de votre goût, sans vous saturer d’informations.

 

  • Le vin doit-il raconter une histoire, comme un film ?

 

Oui et la comparaison va plus loin. Il y a des films légers, comme celui du dimanche soir, où on ne veut pas s’engager émotionnellement. Dans le vin, c’est pareil. J’aime bien, de temps en temps, un petit beaujolais qui sait se faire discret avec un plat de bistrot.

 

  • Le champagne n’est-il pas incontournable dans le milieu culturel ?

 

De moins en moins. J’ai connu, il y a douze ans, des rivières de champagne. Aujourd’hui, il arrive souvent qu’on serve de la sangria ou des kirs lors des fêtes de fin de tournage. Pour des raisons de budget et parfois d’image. Mais j’aime beaucoup le Mumm, le Piper-Heidsieck aussi. J’apprécie des champagnes plus modestes mais je ne sais pas encore les trouver. J’aimerais faire un stage d’œnologie pour découvrir ce monde. J’ai l’impression que le vin est comme un océan alors que moi je reste dans un petit coin en baignade surveillée.

 

  • Le vin est souvent stigmatisé pour des raisons culturelles, religieuses ou de santé. Qu’en pensez-vous ?

 

Je me souviens des apéros que je partageais avec mon père [Malek-Eddine Kateb, acteur franco-algérien de théâtre et de cinéma, et neveu de l’écrivain algérien Kateb Yacine]. C’était une façon de nous approprier la culture populaire en France, ses codes, voire de les transformer. Les enfants d’immigrés, à qui il arrive de ressentir une forme d’exclusion sociale devant des pratiques culturelles, peuvent découvrir et apprécier ce qui ne leur est pas promis.

 

Dans une scène des Promesses, lors d’un repas un peu tendu, je raconte une longue anecdote sur Barack Obama à la maire, jouée par Isabelle Huppert. J’ai proposé au réalisateur que je finisse mon récit en croquant un morceau de saint-nectaire, avec du pain et une gorgée de vin rouge. Ce geste veut dire beaucoup pour un enfant d’immigré qui se retrouve à une table bourgeoise. Il signifie : « Je peux comme vous apprécier tout ce qui est bon. » C’est une forme d’appropriation. Comme quand des jeunes de quartier s’habillent en Lacoste. Il n’y a pas de limites et de frontières aux identités. On peut accéder à des choses qui ne nous sont pas destinées et exceller.

 

  • Boire du vin dans les sociétés de culture musulmane pose-t-il problème ?

 

Il y a un rapport parfois schizophrénique, un monde entre ce que l’on montre et ce que l’on est. J’ai bien sûr connu les mariages où on trouvait sur les tables de l’eau, du Coca, pendant que, dehors, les hommes buvaient du vin et de l’alcool sortis des coffres des voitures. Je propose plutôt de relire le grand poète et philosophe persan des XIe et XIIe siècles, également mathématicien, Omar Khayyam. Il a écrit les Rubayat, des quatrains à la gloire du vin, et notamment : « Bois du vin ! Tu ne sais pas d’où tu es venu ! Vis la vie ! Sais-tu, vers où t’en iras-tu ? » Omar Khayyam voit dans ce breuvage quelque chose de mystique, la louange du plaisir ici-bas. Une transcendance [ce poète est également l’auteur de L’Amour, le désir et le vin]. L’alcool produit souvent des excès mais le plaisir, c’est le dosage de son ivresse.

 

  • « Les Promesses », un film sur l’ambition et les décisions d’une maire, ne colle-t-il pas au climat actuel de rejet de la politique ?

 

Non. Les réactions lors de projections et débats dans de très nombreuses villes, par exemple à Clichy-sous-Bois [Seine-Saint-Denis], où a eu lieu le tournage, disent le contraire. Les gens voient dans le film autre chose que le « tous pourris », l’ambition démesurée, la corruption… Ils restaient après les projections pour parler. Ils nous disaient merci de montrer « autre chose que ce début de campagne présidentielle », la notion de dévouement par exemple. Ce film montre, il est vrai, les ressorts intimes des petits travers, des renoncements, de la médiocrité parfois. Mais au milieu de ces tambouilles, il y a un projet très concret de réhabilitation d’une cité – et on voit le véritable impact que peut avoir le politique sur la vie des gens. Cela donne, à l’arrivée, une vision de la banlieue qui, pour une fois, ne passe pas par le prisme de la délinquance, de la police, de l’islamisme dans les quartiers.

 

Je suis en phase avec ce film, une certaine finesse dans la façon de montrer la réalité, une confiance aussi dans le spectateur, de suggérer enfin que des responsables politiques gagneraient à ne pas prendre les gens pour des cons. Au-delà, j’ai aimé jouer un directeur du cabinet qui n’est pas un élu mais se révèle important sur l’échiquier politique – une première pour moi. Et puis j’ai été séduit par le scénario. Je suis très attentif au rythme, aux dialogues. C’est un film de langage, l’action et la mécanique narrative se déroulent par la langue.

 

  • Le film est sorti au début de la campagne présidentielle. Est-ce un hasard ?

 

C’était un choix délibéré. J’étais content de pouvoir évoquer autre chose que ce que l’on entend en ce moment, avec un déficit terrible de propositions, l’instrumentalisation de la peur et de la colère pour cibler des boucs émissaires, alors qu’il faut au contraire instiller une note d’espoir, qui est l’essence même de la politique.

 

  • Au générique apparaît un nouveau « métier » du cinéma : « référent Covid ». Comment avez-vous vécu les confinements ?

 

Le premier avec beaucoup d’incertitudes même si la période a été pour moi assez salutaire. J’avais besoin de me poser un peu après avoir beaucoup tourné, beaucoup voyagé. C’était bien de marquer une pause, d’être plus en famille [Reda Kateb est père d’un garçon de 7 ans, Enzo], de voir mes voisins…

 

On a tourné Les Promesses pendant le deuxième confinement, à l’automne 2020. C’était étrange. On traversait la ville, il n’y avait quasiment personne dans les rues ; que des gens masqués. Ça manquait terriblement de vie alors qu’un tournage, pour ses scènes urbaines, a besoin de figurants mais aussi d’une animation normale, avec des personnes qui bougent et circulent. La production a dû recréer des moments de « la vie d’avant ». C’était comme si la réalité et la fiction étaient inversées…

 

Rémi Barroux

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