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14 janvier 2017 6 14 /01 /janvier /2017 06:00
« Sauvez nos plants de vigne ! » les basques à la conquête de l’Ouest américain… et L. Bauchet le père de la vigne californienne

Le hasard fait souvent bien les choses. C’était un lundi matin où j’avais envie de glander. Pourquoi ne pas m’offrir un bon vieux western sur TCM ! Pile poil dès que je branche le générique de l’un d’eux défile : Thunder in the Sun, Caravane vers le soleil en français, un film de Russell Rouse sorti en 1959.

 

Que du bonheur je me dis, ça va être cliché sur cliché, et tout au début le film en empile avec un Lon Bennet, loup solitaire, cow-boy de pacotille, sans un rond, qui se fait engager par des immigrants pour aller à la conquête de l’Ouest.

 

Les deux héros, Jeff Chandler Lon Bennett et Susan Hayward Gabrielle Dauphin, campent à merveille le looser et la femme fatale dont la coiffure sera toujours impeccable tout au long du film.

 

Je visionne en VO et très vite je comprends que les immigrants sont des basques français qui étonnement s’exprime en français. Bennett découvre avec surprise, alors qu’il lorgne sur la belle Gabrielle, les coutumes de ces gens : on les fiance dès leur plus jeune âge, ils promènent avec eux des cendres ardentes de leurs ancêtres et se montrent rigides.

 

Alors que je me dis que le film va être un long chapelet de poncifs je découvre avec stupeur que l’un des chariots de ces basques transporte des plants de vigne racinés avec des feuilles bien vertes qu’ils souhaitent planter dans la terre fertile de Californie.

 

Ils sont prêts à tout pour leurs plants de vigne : partager leur eau avec eux dans le désert, risquer la vie de leurs chevaux et même la leur.

 

De quoi passionner les accros de la LPV.

 

Mais l’intérêt du film rebondit, prend sa véritable envolée lorsque les indiens menacent. Ils apportent une dimension supplémentaire à travers une troisième culture, celle des sauvages, qui intervient dans l’histoire.

 

Alors se déroule un combat étonnant, entre indiens et basques qui sont, sachez-le, de redoutables combattants des montagnes ! En sautant de pierre en pierre, en hurlant leurs cris de guerre, ils seront plus forts que la horde de sauvages qui veut les empêcher de rejoindre leur terre promise.

 

Sans déflorer la fin de l’histoire qui ne pouvait à cette époque que se terminer par un happy end, je me suis dit mais est-ce donc les basques qui ont implantés la vigne en Californie ?

 

Le site France-USA répond à ma question :

 

Les Français dans le Sud de la Californie

 

1ère partie (1779 - 1859)

 

L’influence des Français à Los Angeles a commencé avant même qu’elle ne soit fondée ! C’est en effet Théodore de Croix (Croix-Lille 1730 - Madrid 1791), capitaine général des provinces du Nord-Ouest du Mexique pour le roi Charles III d’Espagne, qui a recommandé la création d’un pueblo sur les rives de la Porciúncula. Ce voeu sera réalisé par le gouverneur Felipe de Neve qui signera la décision de fondation le 26 août 1781, le "Pueblo de Nuestra Señora la Reina de Los Angeles" étant inauguré le 4 septembre suivant.

 

Il faut ensuite attendre l’indépendance du Mexique en 1822 pour que la Californie s’ouvre à d’autres personnes qu’aux citoyens castillans, catalans ou basques d’Espagne. La présence ancienne des Basques explique en grande partie l’attrait de la Californie chez leurs cousins français de la Soule, de Basse-Navarre et du Labourd qui ont maintenu jusqu’à nos jours une grande tradition d’éleveurs et de fermiers.

 

Les premiers immigrants français dont l’histoire a retenu les noms sont d’anciens soldats de Napoléon Bonaparte venus aider les indépendantistes mexicains et arrivés dans le pueblo en 1827 avec leur officier Louis Bauchet. Les tout premiers vignobles de la Californie ont été plantés en 1832 en bordure des rues Macy et Aliso par Louis Bauchet et Jean Louis Vignes (un natif de Béguey, canton de Cadillac, Gironde, arrivé en 1831) : ils produiront jusqu’à 150.000 bouteilles par an. En 1834, Vignes plante aussi la première orangeraie de Los Angeles. De 1832 à 1837, l’église de la plaza du pueblo a comme prêtre résident un père de Picpus, Jean Auguste Bachelot.

 

La suite ICI 

 

Les Basques dans l'Ouest américain (1900-1910)

 

Marie-Pierre Arrizabalaga

 

ICI 

« Sauvez nos plants de vigne ! » les basques à la conquête de l’Ouest américain… et L. Bauchet le père de la vigne californienne
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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 06:00
Le seul intérêt de cette photo c'est la présence d'un Minitel sur mon bureau

Le seul intérêt de cette photo c'est la présence d'un Minitel sur mon bureau

Nul n’est parfait, moi le premier, un beau jour de 1978 je me suis retrouvé rue des Saints Pères à Sciences Po, par la grâce de deux de mes collègues de la rue Barbet de Jouy, siège de la Direction de la Production et des Échanges, qui estimaient que leur titre d’ingénieur d’agronomie leur barrait la route des hautes fonctions. Il voulait faire l’ENA et à la cantine ils m’avaient convaincus de les accompagner. J’y suis resté 3 mois où j’ai pratiqué, au séminaire de Gabriel Vught, qui fut Directeur (1975-78) de cabinet de Christian Bonnet (ministre de l’Agriculture), l’art de l’exposé.

 

Le sujet : le rôle du chef de bureau dans l’Administration Centrale.

 

Sans me jeter des fleurs, j’y fus brillant, ramassai une très belle note en démontrant que ce chef était le pivot de la mécanique administrative par son expertise et sa proximité des remontées du terrain. Mon départ provoqua l’étonnement de mes collègues, ils sont tous deux devenus énarques. Moi pas mais j’avais noté dans ma petite tête la réflexion ironique du Directeur, Bernard Auberger, qui m’avait recruté comme contractuel, premier Inspecteur des Finances à diriger une direction technique au Ministère, « Berthomeau l’important ce n’est pas d’entrer à l’ENA c’est d’en sortir… » Sous-entendu d’en sortir dans la botte des Grands Corps.

 

Ce cher avait décelé chez moi, une ambition, celle de tenir les manettes et non de croupir sous les ors d’une sous-préfecture. Nul n’est parfait, je l’ai déjà dit.

 

Moi je quittais Sciences-Po, et mon job de contractuel pour intégrer l’Office National des Vins de Table où je succédais à un énarque : Jacques Graindorge.

 

Pas très glorieux mais un escalier ça se monte marche après marche.

 

Si j’ai postulé à l’ONIVIT c’est sous l’amicale pression du chef du bureau du vin du Ministère, Jean-Louis Blanc, premier énarque à occuper ce poste. Ce garçon, Agro Paris et énarque marquait la fin des chefs de bureau en manches de lustrines de la rue Barbet de Jouy.

 

Il faut dire qu’en ce temps-là le Ministère de l’Agriculture, avec ses négociations permanentes à Bruxelles sur la PAC et la fixation des prix, attirait les énarques les plus brillants.

 

Jean-Louis était de ceux-là, mais contrairement aux idées reçues sur les énarques il ne vivait pas dans un autre monde fait de dossiers et de notes au Ministre. Son cocon familial le prédisposait : mère chercheuse à l’INRA et père dirigeant l’entreprise Barberet&Blanc leader mondial de l’œillet.

 

Avec Jean-Louis ce qui nous intéressait c’était le vin et les vignerons. Nous bossions avec jusque ce qu’il faut comme déconnade. Pour preuve, lors d’un remaniement ministériel, il m’avait fait appeler par un membre du cabinet de Pierre Méhaignerie pour me dire qu’on me proposait un poste de conseiller au cabinet. Flatté même si j’étais vert au sens propre, rose au plan politique, je passai ma matinée à rédiger une réponse négative.

 

Pourquoi ce matin je vous tartine des souvenirs bien lointains ?

 

Tout simplement parce que j’ai appris par Vitisphère que :

 

« Passée par l’Ecole normale et l’Ena, la jeune femme prend la suite d’Arnaud Dunand, passé inspecteur en chef de la santé vétérinaire.

 

La filière vin a une nouvelle chef du bureau des vins. Marie de Sarnez vient tout juste de prendre ses fonctions. Mais, elle ne fait pas ses premiers pas au ministère de l’Agriculture puisque, durant l’année 2016, elle a épaulé la chef du bureau des Fruits et légumes et produits horticoles, en tant que son adjointe. Agée de 28 ans, Marie de Sarnez a fait ses classes à l’Ecole normale et l’Ena et, indique son profil Linked’in, s’est particulièrement intéressée aux questions diplomatiques. Participant, le 10 janvier, au Conseil d’administration de l’Institut français de la vigne et du vin, elle s’est montrée heureuse de découvrir la filière vin. »

 

Arrêté du 7 janvier 2016 portant affectation aux carrières des élèves de la promotion 2014-2015 « Winston Churchill » de l'Ecole nationale d'administration ayant terminé leur scolarité au 31 décembre 2015.

Ministère de l'agriculture, de l'agroalimentaire et de la forêt

Marc DUFOURMANTELLE, Marie de SARNEZ.

 

Elle est sur Twitter depuis juillet 2009 et a 89 abonnés.

 

Elle est aussi sur Face de Bouc je vais lui envoyer une demande d’ami.

 

Pourquoi tant de sollicitude pour ce nouveau chef de bureau ?

 

Tout simplement parce que dans la dernière ligne droite de mon parcours, alors que j’officiais au « gagatorium », le CGAER, j’ai été frappé par l’absolue déconnexion de la réalité du terrain des chefs de bureau.

 

Ce n’est pas leur valeur intrinsèque que je mets en cause mais leur enfermement dans les problématiques véhiculées par les Présidents professionnels et leurs technocrates qui portent leur serviette. L’écho du terrain ce sont eux, et eux seuls qui le portent.

 

Je forme un vœu pour Marie de Sarnez : qu’elle ouvre en grand les portes et les fenêtres de son bureau pour y laisser entrer la réalité et dépoussiérer les dossiers.

 

Sans doute est-ce le syndrome du vieux que d’affirmer que l’expérience se mesure, pas que, à l’aune du temps passé à la fois au plus près de la réalité, et avec un certain recul.

 

Lorsque je suis arrivé en 1975 rue Barbet de Jouy, les vieux chefs de bureau, même s’ils étaient un peu amortis, passé le moment où ils m’ont perçu comme un trublion, m’ont transmis leur pratique.

 

Avant de quitter mon poste de « médiateur », pressentant le choc de la fin des quotas laitiers, j’ai souhaité tenter de transmettre « mon savoir-faire » à mes jeunes collègues. Peine perdue, j’ai jeté le gant au bout de 18 mois face à l’écoute polie mais sans effet.

 

Enfin, Marie de Sarnez, faites vôtre la réponse que Jean Glavany, alors Ministre, me fit lorsque je lui fis part de mon souci face à la capacité du monde du vin à relever certains défis : « Moi tu sais en dehors du Madiran je n’y connais pas grand-chose, alors au boulot ! »

 

Bon boulot à vous…

 

C'est signé : un ancien Taulier du cabinet d'un Ministre de l'Agriculture...

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12 janvier 2017 4 12 /01 /janvier /2017 06:00
Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…

Nul besoin de vous faire un dessin pour vous donner le sens de l’expression sucrer les fraises.

 

« Je l'empochai [le trousseau de clés], et tranquillisé de ce côté, m'emparai avec précaution du portefeuille qui faisait coucou. Je sucrais passablement les fraises, mais ce qui doit être fait doit être fait, et je n'allais pas laisser passer l'occasion. »

 

Léo Mallet 1955. Fièvre au Marais

 

Mais comme j’aime ramener ma fraise, alors que je n’avais pas pris le temps de lire un encadré dans le dernier LeRouge&leBlanc, Alice et Olivier de Moor sur leur mur de Face de Bouc m’ont mis la puce à l’oreille.

 

« Je me permets de faire circuler ce texte extrait de LeRouge&leBlanc.

 

Il s'agit simplement d'essayer. Ce fut une des pistes pour lutter contre le Phylloxera. A tous les vignerons, vous pouvez risquer quelques francs de pied. Si ça ne marche pas vous aurez des fraises. Mais si ça marche !!! On peut toujours l'espérer. Précision utile: à cette époque tous les fraisiers originaires d'Amérique étaient prénommés "fraisiers ananas"...

 

J'espère que vous pourrez lire cet extrait, ce qui ne vous empêche pas de vous abonner au R&B.

 

Bon jardinage !!! »

 

Vérification faite c’est Alice et Olivier qui ont confié à Sonia Lopez-Calleja un texte où il est fait état des observations de Mme Amélia de Bompar. (Ci-dessous)

 

Qui est donc cette dame ?

 

C’était la propriétaire du château Laffitte Grand Orme à Bordeaux à la fin du XIXe. Elle constata que certaines de ces vignes au milieu desquelles étaient plantés des fraisiers-ananas, étaient épargnées par le phylloxera.

 

Olivier de Moor fait remarquer à juste raison :

 

« Cette dame n'était pas une scientifique. Elle s'est heurtée au milieu scientifique et politique. De plus, c'était une femme, et en jeu il y avait 1 250 000 francs, puis deux millions de prime à qui trouverait le remède. Elle ne fait qu'observer. Et de plus c'est une femme qui propose des choses "simples" à l'observation du rapport entre plantes. Il aurait fallu mobiliser des entomologistes et étudier la piste, pour la comprendre la valider ou la rejeter. Ce qu'elle demandait. Mais déjà Amélia de Bompar se confrontait aux moyens préconisés plus lourds, donc plus sérieux d'aspect. Immersion des vignes, sulfure de carbone, et greffage. Donc à un commerce naissant. »

 

Mme Veuve Bompard explique qu'au milieu du XIXe siècle, la vigne rapportant plus que le Blé, les agriculteurs se sont convertis à la vigne avec les même moyens. Le labour, selon elle, a fait beaucoup de mal detruisant certains équilibres.

 

Cette dame a publié 3 ouvrages sur le phylloxéra.

 

  • Le Précurseur du phylloxera, par Mme Amélia Bompar [Edition de 1876]
  • La Délivrance de la vigne, ou la Découverte du trombidion dévorateur du phylloxéra, par Mme Amélia de Bompar Reliure inconnue – 1878
  • Vve Amélia de Bompar. La Vigne phylloxérée, sa guérison radicale par le fraisier1887

 

Notes : ICI et ICI

 

Voici donc le texte publié dans LeRouge&leBlanc :

Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…
Au lieu de sucrer les fraises plantez-donc des fraisiers-ananas dans vos vignes… Vive le paysan c’est un naturaliste empirique…

La fraise ananas pousse lentement, en novembre et décembre, discrètement, sur les hauts plateaux chiliens. Elle ravit le palais des Sud-Américains, tandis que les Européens commencent seulement à la connaître. Une pépite blanche aux akènes grenat, un fruit rare et précieux, qui ne résulte pas d'une mutation génétique, mais serait au contraire l'ancêtre de notre fraise, la mère de tous les pieds de fraises rouges qui auraient muté génétiquement pour s'adapter.

 

Pourtant, la dame blanche a déjà fréquenté le vieux continent. Elle a débarqué sur nos terres au XVIIIe siècle, dans les bras du bien nommé Amédée-François Frézier. Cet espion au service du roi de France parcourait les côtes de l’Amérique du Sud afin de croquer les fortifications espagnoles. Botaniste dans l’âme, il a rapporté en France cinq plants de Fragaria chiloensis, au terme d’une traversée de six mois. Charnues, grosses, et à l'incomparable goût d'ananas, ces pieds ne donneront pas, sur le sol français, le résultat escompté. Les pieds abondent en feuillage mais ne produisent aucun fruit.

 

La légende se poursuit et dit qu'un jeune soldat originaire de Plougastel aurait subtilisé un plant avant de le transplanter en pleine terre au milieu de ses fraisiers. Enfin le miracle se produit : la fraise-ananas donne ses premiers fruits sur le sol français.

 

En fit, en l’absence de plant mâle, ils se sont hybridés fortuitement avec le fraisier de Virginie. Et leurs descendants ont perdu la pâleur caractéristique de l’espèce.

 

Cette nouvelle variété, le fraisier ananas (Fragaria ananassa), a fructifié en presqu’île de Plougastel-Daoulas (29). Elle est devenue, par sélections successives, la variété à gros fruits que l’on cultive aujourd’hui en Europe. La fortune de la commune finistérienne était faite, et une expression-label était née, les “ Fraises de Plougastel ”.

 

Une des particularités de la fructification du fraisier-ananas est la nécessaire pollinisation par un fraisier semblable. Il faut donc planter et entretenir deux fraisiers côte-à-côte pour espérer obtenir quelques fruits.

 

Ce processus de pollinisation explique aussi en partie la difficulté de faire pousser cette espèce dans nos contrées.

 

À noter : le fruit de la fraise, qu'elle soit rouge ou blanche, n'est pas la partie charnue dans laquelle on croque mais les akènes, ces minuscules grains répartis tout autour de la chair.

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11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 06:00
En Bourgogne, t’as plus rien pour moins de 100 millions de patates, l’ouvrée de Bonneau du Martray ça vaut combien ?

Je le confesse humblement, mécréant et ignorant que je suis, jusqu’à ce qu’un vigneron bourguignon m’alertât, en m’« enduisant » avec malice en erreur sur l’orthographe du nom, j’ignorais jusqu’à l’existence du domaine Bonneau du Martray.

 

Mais je me suis rassuré en me disant :

 

- Les beaux nez de notre beau pays François n’ont guère jusqu’ici encensé le Bonneau du Martray ;

 

- Ce nectar, estampillé vieille famille, de la fameuse colline de Corton est, me dit-on, surtout exporté.

 

Une fois passé les hauts cris sur la mainmise d’un milliardaire ricain sur ces belles ouvrées bourguignonnes la question du nombre de zéro du chèque s’est bien sûr posé.

 

Comme je l’avais écrit dans ma première chronique c’est le vendeur qui a la main, c’est lui qui choisit l’acquéreur, surtout s’il est en position de force, nul n’est obligé de vendre au plus offrant.

 

La famille Le Bault de la Morinière pour régler ses problèmes de succession aurait pu choisir d’autres solutions que de céder 80% de son capital à un américain.

 

Il ne fait aucun doute qu’elle a choisi d’optimiser le montant du chèque puisque le porte-parole de la famille indique «Quand la famille Le Bault de la Morinière a décidé de mettre en vente, son conseil est entré en contact, à l'échelle mondiale, avec les dix personnes susceptibles d'acquérir le domaine».

 

Elle est entrée dans la logique des cédants d’entreprise dans un univers mondialisé : la valorisation de leur capital sur la base de son potentiel économique, commercial, qui va bien au-delà de la seule valeur comptable de son capital.

 

Bien évidemment on peut regretter que le « modèle bourguignon », dont il faudra un jour m’indiquer qu’elle est sa consistance au XXIe siècle, se pervertit en jetant aux orties le mythe de l’exploitation familiale protectrice.

 

Sans jouer le provocateur je me permets de poser la question : au nom de quoi une entreprise viticole aurait-elle un comportement différent de celui d’un entrepreneur d’un autre secteur ?

 

À noter qu’on ne brade pas le patrimoine national puisque les vignes ne sont pas délocalisables, et que l’acquéreur a tout intérêt à tirer son produit vers le haut pour amortir son investissement.

 

On va me rétorquer que ce sont là que des gros mots insupportables… Je veux bien en convenir mais il faudra que l’on m’explique concrètement comment faire pour que la transmission d’une entreprise vigneronne se fasse dans des conditions jugées acceptables par les tenants d’un autre monde ?

 

Je vais pousser la provocation un peu plus avant en affirmant que l’une des voies possibles consiste en l’émergence de vignerons ou d’entreprises vigneronnes bourguignonnes en capacité d’être des acheteurs potentiels de leurs voisins qui veulent ou qui doivent passer la main.

 

Même si tout ça me mène au bucher je rappelle à ceux qui l’auraient oublié que l’AOC a été créée, non pour de seules raisons qualitatives, mais pour des motivations protectionnistes du producteur : pour qu’il puisse garder pour lui-même une part équitable de la marge générée par la vente de son produit à l’acheteur final ?

 

Ma question est simple : est-ce le cas dans la belle Bourgogne des mythes du petit vigneron accroché à son terroir familial ?

 

Je ne dispose d’aucun élément de réponse mais j’aimerais bien avant d’être vilipendé que ceux qui disposent des chiffres m’éclairent ?

 

Alors, est-ce que 100 millions d’euros pour Bonneau du Martray c‘est cher ?

 

La réponse, bien française, du porte-parole de la famille Le Bault de la Morinière, «Vous êtes loin de la réalité», le beau chèque est «très, très élevé», est en soi révélatrice.

 

En effet, comme me le dit avec pertinence un vigneron bourguignon qui sait de quoi il parle : « Entre nous je pense que c’est faible. Cela mettrait l’ouvrée à 380 000 euros. Le double, au moins, me paraitrait plus raisonnable. »

 

De plus, notre américain amateur de football y trouvera son compte, il prend bien moins de risques qu’en engloutissant ses millions dans le gouffre de la première League de nos voisins anglais.

 

Il faut toujours savoir nommer les choses ou les évènements afin de ne pas travestir la réalité.

 

La vente de Bonneau du Martray créée-t-elle un «un événement sur la Côte» - celle de Beaune ?

 

La réponse est oui au sens où elle est révélatrice d’une situation, en effet la flambée du prix des vignes n’est pas le fait de l’acheteur américain, le prix du foncier flambe naturellement, et pour une grande partie, c’est lié à l’incapacité de ce que l’on nomme la propriété à considérer le marché sur lequel se vendent ses vins.

 

Ce n’est donc pas une surprise mais le retour « normal », à la bordelaise oserais-je dire, de la valeur sur le marché mondial de vins iconiques bourguignons.

 

D’une certaine manière le monde du vin bourguignon feint de découvrir que le temps de l’entre-soi est sans doute en train de s’effilocher et qu’il serait temps de cesser de se leurrer en brassant des mythes pour regarder la réalité en face.

 

Tu vas te faire bien voir me disait souvent un collègue… Qu’importe, je suis vacciné.

 

L’important face à un tel dossier c’est d’évaluer les symptômes qu’il révèle, cliniquement, sans affect, afin de pouvoir, s’il est encore temps, et je crois qu’en Bourgogne c’est le cas, imaginer ce qu’il est nécessaire de faire.

 

En attendant, pour pallier mon ignorance je vais aller déguster un flacon de Bonneau de Martray avec une gorge profonde qui va me tuyauter sur le montant réel de la transaction.

 

Nous lèverons nos verres à la rouerie du futur gérant de Bonneau du Martray, Armand de Maigret, pour qui le domaine est tombé en de bonnes mains : «Nous sommes des viticulteurs et pas une machine marketing». «C'est une propriété qui partage la même philosophie que la nôtre en Californie, basée sur la qualité des terres et des vins. Notre travail va consister à maintenir le domaine en ajoutant de petites astuces californiennes et en transférant quelques astuces bourguignonnes en Californie».

 

Ça fait un peu cher l’échange de petites astuces, ne croyez-vous pas… une façon de dire beaucoup de bruit pour rien sauf à exciter quelques plumitifs du vin bien incapables de dépasser la fonction de haut-parleur d’une dépêche AFP.

 

C’est fait j’ai dégusté une belle lichette (grâce à la petite pompe) de ce Bonneau du Martray 2001 qui jusqu’à avant-hier n’avait de mythique que son foncier : 11 ou 12 ha d’un seul tenant. Ce n’était qu’un producteur parmi d’autres, juste avec une particule qui donnait un air vieille France. Ce n’était pas , et ce ne sera toujours pas, la Romanée Conti ou Leroy, ni même le Clos des Lambrays, les Comtes Armand ou d’Angerville.

 

Mais avec le buzz de la vente le voilà sorti de l’ombre, l’acheteur fait d’une pierre deux coups en signant un chèque probablement confortable, il s’offre une pub mondiale qui va lui permettre de faire casquer les futurs acquéreurs.

 

Alors, est-ce que tout cela est bien raisonnable ? Est-ce que notre milliardaire américain s’est offert une danseuse pour flatter son égo comme le pense le monsieur qui sait tout sur tout François Mauss ICI 

 

Je n’ai jamais vu aligner autant de poncifs au cm2 et, comme tous les fameux amateurs, il ne sait pas compter. Je le mets au défi de me faire un calcul de retour sur l’investissement qui démontre que notre américain n’est qu’un gogo qui dépense sans compter.

 

Comme me le faisait remarquer un en déjeunant ami parisien qui n’a pas sa langue dans sa poche mais qui soit compter « à la limite à 100 millions d’euros celui qui s’est fait baiser, c’est Bonneau du Martray… » avant d’ajouter « … raison pour laquelle je pense que le chèque est plus gros, parce qu’on a beau être « fin de race », un peu chétif et sans lumière à tous les étages, on a quand même le sens de valeurs. On sait ce qu’on possède. »

 

Pour le montant du chèque, dès que mes gorges profondes m’auront informé je vous le communiquerai… et comme  je ne vends pas des copié-collé de dépêche AFP, y compris dans sa version anglaise, j'aurai fait le boulot pour le plaisir d'informer...

 

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer la dernière saillie de mon ami : parmi tous ceux qui poussent des cris d’horreurs, qui s’indignent concernant le prix de vente, je suis persuadé que pas un d’entre eux ne laisserait sa maison ou son appartement à un prix inférieur à celui du marché...

 

à méditer... 

 

En Bourgogne, t’as plus rien pour moins de 100 millions de patates, l’ouvrée de Bonneau du Martray ça vaut combien ?
En Bourgogne, t’as plus rien pour moins de 100 millions de patates, l’ouvrée de Bonneau du Martray ça vaut combien ?
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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 06:00
Tout fout le camp ma bonne dame, mais où est passée la grandeur de la France : même la haute-cuisine serait en crise !

Même si dans notre pays on voue un véritable culte aux Monuments Historiques, qui sont même dotés de Conservateurs, j’avoue avoir beaucoup ri en lisant sur le site Slate la chronique de Nicolas de Rabaudy La grande cuisine française est-elle en crise?

 

Elle avait échappé à mes filets lorsqu’elle a été mise en ligne le 25.09.2016

 

Ce cher homme vénéré par ses pairs se lamente :

 

« L'époque est au mélange des saveurs, à l'essor d'une cuisine cosmopolite nourrie par l'arrivée aux manettes des plus grandes tables de chefs étrangers. Au détriment de la gastronomie traditionnelle française? »

 

C’est dans l’air du temps, on s’en poindre la nostalgie des souverainistes, va-t-il valoir prendre des mesures protectionnistes, édicter des quotas… Je plaisante bien sûr mais j’ai le droit de rire à gorge déployée de ce type de papier évoquant la grande cuisine française.

 

Un exemple :

 

« Au Four Seasons George V, José Silva, directeur général, a créé en lisière de l’imposant patio le George, un restaurant italien élégant dont le maestro actuel est Simone Zanoni, ex-bras droit de Gordon Ramsay, trois étoiles à Londres, auteur de la première carte étoilée du Trianon à Versailles. La pasta remplace le Black Angus et le minestrone la blanquette de veau et le brochet au beurre blanc, c’est l’évolution du temps: l’Italie en plein boom, la cuisine française en déclin? »

 

Vous pourrez juger par vous-même ICI si j’ai tort ou raison. Qu’importe, la seule référence dans le domaine de la grandeur est bien évidemment notre Grand Charles qui, en bon général qu’il était, préférait les pieds de cochon aux mets raffinés des étoilés à la française.

 

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France. Le sentiment me l'inspire aussi bien que la raison. Ce qu'il y a en moi d'affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle. J'ai, d'instinct, l'impression que la Providence l'a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. S'il advient que la médiocrité marque, pourtant, ses faits et gestes, j'en éprouve la sensation d'une absurde anomalie, imputable aux fautes des Français, non au génie de la patrie. Mais aussi, le côté positif de mon esprit me convainc que la France n'est réellement elle-même qu'au premier rang ; que, seules, de vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même ; que notre pays, tel qu'il est, parmi les autres, tels qu'ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. Bref, à mon sens, la France ne peut être la France sans la grandeur. »

 

Une certaine idée de la France. Mémoires de guerre. L'Appel, 1940-1942. Plon, 1954

 

Et Rabaudy de conclure :

 

« À la grande table, au centre du grand restaurant de Vonnas, 80 couverts pas plus ce samedi soir: un couple de grands-parents invités par leurs enfants pleurent d’émotion. Les délices des préparations, les goûts fins, la délicatesse des sauces et la chaleur familiale aux côtés des enfants ont déclenché des larmes de joie intime: c’était la première fois que les grands-parents originaires de Mâcon étaient conviés à partager ces plats d’anthologie, escortés de vins de Bourgogne blancs et rouges, en compagnie de leur progéniture. »

 

Alors, tout va bien, ce n’est parce qu’on ouvre le champ des possibles que l’on enterre les racines de notre cuisine, bien au contraire nous pouvons choisir et c’est heureux monsieur de Rabaudy… Faut sortir, ouvrir portes et fenêtres, ça évite le confinement et l’entre-soi…

 

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 06:00
Aquilino Morelle, avec 2 l et 1 e, mais pourquoi diable être resté si longtemps sur la galère du père François dit « l’autre connard » ?

Monsieur,

 

Comme phonétiquement votre nom sonne Morel le patronyme du François que j’aime, j’ai tenu à en épeler la finale.

 

En parodiant ce cher Jack Lang, le plus mitterrandolâtre des mitterrandolâtres, Aquilino Morelle vous êtes passé de l’ombre à la lumière le jour où vous fûtes viré sans ménagement par votre maître élyséen pour des motifs domestiques sur lesquels je m’abstiendrai d’ironiser.

 

Sans aller à assimiler votre fonction au rang de domestique, comme moi vous fûtes, et vous êtes encore, un serviteur de l’État Républicain, il vous rémunère pour ce faire : vous êtes fonctionnaire de l’IGAS.

 

Vos origines modestes, né dans une famille d'immigrés espagnols asturiens vous passez toute votre enfance dans le quartier de Belleville, votre père était ouvrier affûteur chez Citroën à Nanterre, votre belle méritocratie, docteur en médecine, interne à l’AP-HP, Sciences Po, l'ENA dont vous sortez en 1992 dans la promotion Condorcet pour intégrer l’IGAS, ne vous confèrent aucun droit supplémentaire mais, bien au contraire, vous marque d’une exigence absolue, le devoir d’exemplarité.

 

Rassurez-vous, je ne vais pas troquer ma plume pour celle d’un procureur, mais permettez-moi de vous dire que dans le domaine de l’exemplarité je ne vous proposerais pas comme modèle à mes petits-enfants.

 

Comme tant d’autres de vos pairs de la haute fonction publique vous avez joyeusement pratiqué, sous son beau manteau protecteur, le mélange des genres : la politique, donc engagé, et le service de l’État en tant qu’Inspecteur Général, donc soumis au devoir de réserve.

 

Attention, je ne vous reproche pas de vous être engagé, de vous être présenté à une élection, c’est le droit de tout citoyen, mais d’avoir, comme tant de « petits marquis » de la rue de Solférino, navigué, bien au chaud, dans les délices des oripeaux d’éminence grise.

 

Ces allers-retours sans risque, même si votre séjour chez Euro-RSCG m’interrogent, vous  revenez vite à vos amours et prenez la roue du flamboyant Montebourg qui se plaça comme 3e homme lors de la primaire de la Gauche et rallia sans grand état d’âme le futur vainqueur.

 

Vous profitez de ce ralliement opportuniste pour faire votre nid auprès de François Hollande, on vous dit « nègre », et vous vous retrouvez dans le cœur du pouvoir au palais de l’Élysée. Belle revanche qui, même si vous n’en conviendrez jamais, comme tant d’autres que j’ai pu observer dans mes fonctions de Directeur de cabinet, vous grise. On vous craint, vous vous comportez, même si aujourd’hui vous dites le regretter, comme un insolent et imbuvable « petit marquis » à qui, tout ou presque, est permis.

 

Mais ça c’est votre problème, je vous laisse le soin chaque matin en vous regardant dans la glace d’estimer que vous avez été à la hauteur de vos fonctions de conseiller du Prince.

 

Mon propos matinal va bien au-delà de votre comportement domestique. Ce que je conteste c’est votre impudence lorsque vous affirmez dans votre livre L'Abdication et dans une interview au journal Le Monde :

 

« …la véritable rupture d'opinion entre Hollande et les Français, qui s'est produite dès la fin de l'année 2012. Dès cette date, les Français se sont détournés du président car ils ne lui pardonnaient pas sa première abdication, l'abdication de sa volonté d'exercer réellement le pouvoir.

 

  • Comment s'est manifestée -celle-ci, selon vous ?

 

Très vite. Alors qu'il bénéficiait de l'onction du suffrage universel, alors qu'au premier G8, à Camp David, le 19 mai 2012, le président Obama l'avait assuré de son soutien et avait plaidé pour une relance économique en Europe, alors que les dirigeants italien et espagnol souhaitaient qu'il prenne la tête de l'Europe de la croissance, François Hollande a, au contraire, fait le choix de la résignation. Il n'a jamais voulu devenir ce leader d'une nouvelle Europe. Et au sommet européen du 29 juin 2012, il a enterré tout espoir de changement en se résignant à l'austérité, en acceptant, sans véritable renégociation, le pacte budgétaire européen imposé par Merkel et signé par Sarkozy. Ce renoncement inaugural a précédé et déterminé tous les autres. C'en était dès lors fini du discours du Bourget. La vérité est simple et cruelle : François Hollande ne voulait pas exercer le pouvoir ; il voulait seulement être président de la République. »

 

Mais alors, sieur Morelle, qu’êtes-vous resté faire tout ce temps dans cette galère ?

 

Comme votre maître « félon », qui ne voulait être que Président de la République, vous êtes resté pour n’être qu’un conseiller du Président de la République. Là, j’ose écrire un domestique de luxe.

 

Vous avez donc travailler pour un « traître »...

 

De grâce ne venez pas me dire que vous êtes resté parce que vous estimiez pouvoir infléchir le cours des choses. Argument dérisoire et peu glorieux, pourquoi avoir attendu de vous faire salement virer, oser dire que votre exfiltration des ors de la République, comme celle de votre mentor, de « génocide du Rwanda » ?

 

Mais pour qui vous prenez vous, Aquilino Morelle ?

 

Vous n’avez été ce que vous avez été que par le fait du Prince, alors que vous soldiez vos comptes dans un livre, qui se veut un réquisitoire politique impitoyable contre le président ayant, selon vous, fait perdre son âme à la gauche, est de ces entreprises que l’on peut qualifier de minables.

 

Pire, c’est un exercice égotique sans l’once d’intérêt !

 

Je vais vous faire une confidence, passé l’instant médiatique de la sortie de votre opus, vous allez retrouver l’ombre besogneuse de l’IGAS.

 

Qui se souviendra d’Aquilino Morelle ?

 

Pas grand monde, pas grand monde, sauf si vous êtes vraiment un militant de votre cause, Morelle, et que vous quittez le cocon douillet de l’IGAS et des « ménages » accessoires, pour vous engager vraiment, pour vous faire élire par vos concitoyens, abandonnant ainsi votre posture de conseiller du Prince répudié.

 

Sans cet acte fondateur vos écrits, vos paroles, aussi brillants soient-ils, ne seront, ni plus ni moins, que ceux d’un citoyen lambda, de monsieur tout le monde quoi.

 

Je n’ai pas de mots pour vous saluer mais je le fais par simple urbanité.

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 08:00
Joseph Staline : "On m'a imposé les purges"

Joseph Staline : "On m'a imposé les purges"

Je ne sais pas. J’en suis là, dans un état proche de l’indifférence, les yeux grands ouverts, immobile, étonné que nous en soyons arrivés là. Le privilégié que je suis ne sait plus ce qu’il doit faire devant tant de médiocrité. Orgueil ! « J’ai le plus profond respect pour le mépris que j’ai des hommes. » C’est inclusif, j’en suis. Pour autant je ne verse pas dans les outrances des chevaliers de l’Apocalypse, les profiteurs de crise qui, à l’image des BOF de la France occupée, pratiquent le marché noir. Onfray, Polony, Finkielkraut et tant d’autres surfent sur le désarroi des gens pour se faire de belles pelotes.

 

Que me reste-t-il pour tenir le choc ?

 

L’amour !

 

« George était arrivé un quart d’heure en avance. Dexter lui avait aussitôt apporté son double expresso. Il ne s’était pas rasé depuis quelques jours et se demandait si cela plairait à Keiko. Il feignait de lire Le Parisien, mais tournait régulièrement la tête vers l’entrée. Impossible de se concentrer. Dans les quelques minutes qui allaient suivre, leur destin se déciderait. Elle l’accompagnerait dans son studio, rue de Babylone. Et ce serait la joie des retrouvailles, la fête des sens, le bonheur d’être enfin réunis. Ou alors elle prétexterait un rendez-vous avec une amie qui tenait absolument à la voir avant son départ pour le Japon. Un peu présomptueux, il misait sur la première hypothèse. Mais il savait aussi que dans ce domaine rien n’est jamais joué, qu’on conquiert un être ou qu’on le perd à chaque minute. Il en était là dans ses réflexions un peu oiseuses, quand une voix féminine murmura « George » à son oreille. Elle s’installa au comptoir à côté de lui. Il caressa sa main. Dexter apporta deux autres cafés italiens. Ils n’échangèrent pas un mot. Tout se jouait dans leurs regards. Et, eux, contrairement aux mots, ne mentaient pas. Dehors, il pleuvait. On était déjà fin mai et le printemps tardait. Les mains de Keiko étaient glacées. Il les réchauffa. Quelques heures plus tard, dans son studio, leurs corps s’unissaient enfin, la pluie contre la fenêtre accompagnait maintenant les baisers qu’ils échangeaient comme des affamés de l’amour, de leur amour. George contemplait le corps de Keiko comme la plus belle œuvre d’art qu’il ait jamais imaginée. Elle était à lui, rien qu’à lui. Keiko, elle, se laissait bercer par les vagues de volupté qui l’envahissait chaque fois qu’il l’enlaçait et la couvrait de baisers. Elle se donnait entièrement, afin que la mort n’ait plus rien à prendre. Ils étaient comme deux enfants jouant sur le sable. Tous les amants connaissent ces instants où le temps s’abolit et où la passion ouvre une fenêtre sur l’éternité. George et Keiko vivaient ces instants goulûment. Lui, conscient que la vie ne les offre que parcimonieusement. Elle aspirant à les prolonger indéfiniment. Bientôt, la pluie cessa de tambouriner. Elle se blottit encore plus profondément contre lui et s’endormit. Quand il fut certain de ne pas la réveiller, il se leva, admira encore la grâce de son corps, se dirigea vers la cuisine et but une gorgée de whisky. Lui qui ne croyait en rien, se trouvait dans l’étrange situation, étrange pour lui tout au moins, d’exprimer une forme de gratitude… À qui ? Il ne le savait pas trop. Mais qui le sait ? Keiko, elle, rêvait. Mais à quoi rêve-t-on quand son rêve vient de s’accomplir ? N’y aurait-il pas une forme de désespoir à voir nos rêves s’accomplir ? »

 

Roland Jaccard Une Japonaise à Paris

 

Revenons à ce cher Onfray qui se répand à nouveau dans les médias pour promouvoir sa marchandise.

 

« En 2015, Michel Onfray s'est lancé dans une Brève encyclopédie du monde. Inaugurée avec Cosmos, qui proposait une « philosophie de la nature », elle se poursuit avec Décadence, une fresque d'une ampleur impressionnante, truffée de références théologiques et philosophiques. De Jésus à Daech, en passant par saint Paul, François d'Assise, l'empereur Constantin, Jan Hus, Christophe Colomb, Lucrèce, Montaigne, Hegel, Huntington..., le philosophe parcourt l'histoire de la civilisation judéo-chrétienne à un galop d'enfer. Au terme de sa chevauchée érudite, il conclut à l'épuisement de l'Occident. Il dépeint un paysage en ruine. « L'Europe est à prendre, sinon à vendre, écrit-il. [...] Le judéo-christianisme est une puissance qui a fait son temps. » Ce n'est pas seulement la thèse centrale de l'ouvrage qui fera débat, mais aussi certaines considérations pour le moins abruptes sur le christianisme, Hitler, l'islam et le libéralisme. »

 

Onfray et la décadence de l'Occident

 

EXCLUSIF. Et si la civilisation judéo-chrétienne avait vécu ? C'est la thèse du philosophe Michel Onfray dans son nouveau livre, "Décadence" (Flammarion).

 

PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN LE FOL

 

Le Point : Votre nouveau livre s'intitule Décadence. Cette notion a de quoi surprendre sous la plume d'un intellectuel de gauche. Jusqu'à présent, on la trouvait à droite, voire à l'extrême droite. Après Paul Bourget et Oswald Spengler, vous vous inscrivez dans une filiation pour le moins surprenante...

 

Michel Onfray : Dans Le Déclin de l'Occident, rédigé avant la Première Guerre mondiale, Oswald Spengler utilise une grille de lecture systématique et figée, alors que la mienne est plastique et vivante. À mes yeux, les cultures sont vivantes. Cela dit, il est vrai que la décadence est habituellement un thème de droite. La gauche étant progressiste et... réactivant le vieux schéma chrétien de la parousie, de la fin de l'histoire heureuse, elle n'en parle pas, ou alors en travestissant la réalité. Pour désigner la « chute de Rome », elle emploie le terme d'« Antiquité tardive ». N'étant ni progressiste ni de droite, je ne me reconnais pas dans ceux qui parlent habituellement de décadence. Les intellectuels de droite, pessimistes, préoccupés par elle, en appellent à un retour au passé. Pas moi. Les intellectuels de gauche, optimistes, préoccupés par la marche indéfinie du progrès, ont confiance en l'avenir. Pas moi. Ni pessimiste ni optimiste, mais tragique, je pense qu'on ne peut rien faire pour sauver une civilisation qui se meurt.

 

Comment définiriez-vous la décadence ?

 

C'est le moment des craquements qui précèdent l'effondrement d'une civilisation sur elle-même.

 

N'y a-t-il pas un jugement moral derrière ce terme ?

 

Non, un effondrement n'est ni bien ni mal, c'est un fait qui constate le fissurage avant la chute. Toutes les civilisations ont connu cette loi de l'Histoire. Pourquoi la nôtre, après deux mille ans d'existence, y échapperait-elle ?

 

Quels sont les symptômes de notre décadence ?

 

Le nihilisme, autrement dit « tout vaut tout » donc « rien ne vaut plus rien » ; un égocentrisme forcené ; une incapacité à penser en termes de grande communauté ouverte avec un repli sur des communautés tribales fermées ; une domination des passions tristes en général, et plus particulièrement du ressentiment et de l'envie ; un triomphe de la négativité ; pour reprendre une formule de Sade, une fois n'est pas coutume : prospérités du vice et malheurs de la vertu...

 

Les écrits des premiers chrétiens dans La Pléiade sont un succès de librairie ; le succès de François Fillon à la primaire de la droite et du centre a été interprété comme un réveil des catholiques... Et, malgré ces signaux, vous annoncez la mort de la civilisation judéo-chrétienne !

 

Je vous répondrai en horticulteur : quand la plus belle floraison d'un arbre a lieu, l'année suivante est celle de sa mort. Face au progrès d'une spiritualité musulmane, le retour au catholicisme est pour certains un moyen de résistance et de réarmement moral. Je ne pense pas que nous assistions à un retour du sacré. Cet engouement de surface est davantage d'ordre identitaire.

 

Pourquoi cet acharnement de votre part contre le christianisme ?

 

Je ne m'acharne pas ! Je tente de comprendre cet objet magnifique que fut une civilisation, la nôtre, la mienne. Un anatomiste ne s'acharne pas sur le corps qu'il ausculte.

 

J'aurais pu devenir moine contemplatif... si j'avais eu la foi, c'est la moindre des choses !

 

Quel a été votre premier contact avec la religion chrétienne ?

 

Enfant, dans mon village natal, mes parents m'ont envoyé dans une petite école privée tenue par une ancienne gouvernante, Mme Haÿs. Elle nous apprenait à lire, à écrire et à compter avant l'école primaire, puis le nom des arbres, des oiseaux, des fleurs et l'histoire sainte. Au moment du carême, elle nous offrait des bonbons qu'il fallait rendre !

 

C'est freudien, votre histoire ! Privé de bonbons par une bonne de curé, vous en avez conçu de l'amertume à l'égard du catholicisme !

 

Je n'ai pas souffert de cette éducation catholique. Je rends grâce à cette femme de m'avoir appris à lire avec la méthode syllabique.

À l'âge de 10 ans, vous entrez dans un orphelinat catholique tenu par des prêtres salésiens. Vous l'avez décrit comme une « fournaise vicieuse ». Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

J'ai été frappé par l'écart entre l'enseignement des vertus catholiques et la pratique de ces gens-là. Ils étaient violents, certains étaient pédophiles. J'ai assisté à des passages à tabac. Tel ou tel - une minorité, il est vrai - organisait des punitions collectives à 3 heures du matin dehors, en pyjama et en chaussons dans la neige. L'incapacité de ces prêtres à vivre l'éthique chrétienne et à être à la hauteur de ce qu'ils enseignaient m'a montré que l'idéal de cette religion était inhumain. Je suis depuis attaché à la congruence ! Si on se dit de gauche, alors il faut mener une vie de gauche. Si on est chrétien, alors il faut mener une vie chrétienne. L'ordre des salésiens a été créé par Don Bosco, qui célébrait le travail manuel. Certains pères que j'ai côtoyés méprisaient les intellectuels et vénéraient les sportifs. Quand ils me voyaient lisant dans un coin, cela les horripilait. Je voulais être biologiste à l'époque, parce que j'avais lu Jean Rostand et que j'aimais le moraliste et le penseur chez lui. Eux voulaient que je fasse un CAP de tourneur-fraiseur.

 

À vous écouter, on se dit que vous n'en avez pas fini avec vos blessures d'enfance...

 

Je suis fidèle à mon enfance, oui. Je n'oublie pas les moments d'humiliation infligés à mes parents. Ce dimanche que nous avions prévu de passer en famille, par exemple. Il faisait beau. Mon père se rasait quand le chef de culture est venu le chercher avec un ton de caporal pour partir illico à la moisson. Le dimanche fut effacé et pas payé... Je n'oublie pas non plus la première fois que j'ai vu apparaître le papier d'aluminium à la maison. Ma mère faisait le ménage chez des bourgeois. Sa patronne avait emballé les restes de leur repas familial dominical pour ma mère en lui disant que, si elle ne les prenait pas, ça irait à la poubelle...

 

Avez-vous déjà cru en Dieu ?

J'ai probablement cru en Dieu comme j'ai cru au père Noël. Je n'ai aucun souvenir de la disparition de ces deux croyances dans ma vie...

 

La suite ICI 

 

Pour sortir de l’étouffoir national je me tourne vers nos voisins suisses.

 

Michael Hermann: «Les Suisses ont une peau de bébé»

 

Le politologue phare des Alémaniques signe un livre consacré au «ciment de la Suisse». Il souligne que, malgré toutes ses qualités, le pays a de la peine à se réformer. Et qu’il doit éviter le «syndrome bernois», où un conservatisme rural dicte sa loi aux villes

 

- Vous prétendez que Donald Trump ne fait qu’emprunter des recettes qui ont fait le succès de l’UDC en Suisse. N’est-ce pas plutôt la politique suisse qui s’est américanisée?

 

- Les deux choses sont vraies. D’une part, bien sûr que les Etats-Unis ont inspiré l’Europe dans sa manière de faire de la politique et ses méthodes de communication. Mais d’autre part, je suis frappé par le fait que Donald Trump ait repris au cœur de son message des thèmes qui nous sont familiers depuis des décennies, comme la limitation de l’immigration et la fermeture des frontières. En Suisse, c’est James Schwarzenbach qui a le premier thématisé la «surpopulation étrangère» en 1970. Notre système de démocratie directe a permis de déceler beaucoup plus vite qu’ailleurs les soucis des gens. Il joue depuis longtemps ce rôle d’exutoire assumé aujourd’hui par les réseaux sociaux.

 

L’article ICI

 

Terminons par l’un de ces petits marquis de la République Aquilino Morelle, congédié, le 18 avril 2014, de l'Elysée après les accusations par Mediapart d'une prise illégale d'intérêt avec des laboratoires pharmaceutiques – classée sans suite en mars 2015 – et l'affaire de ses chaussures cirées. Il publie le 11 janvier L'Abdication (Grasset, 416 pages, 22 euros), livre dans lequel il revient sur son expérience du pouvoir.

 

Le Monde déclare :

 

« Aquilino Morelle est un homme prudent. Contre toute attente, serait-on tenté d'ajouter. Ceux qui imaginaient son livre, annoncé depuis plusieurs mois, comme un règlement de comptes sanglant avec François Hollande, qui lui a fait l'affront de le congédier de l'Elysée après l'affaire des " chaussures cirées " au printemps 2014, en seront pour leurs frais. »

 

« L'homme est malin, aussi : tout au long des 416 pages de L'Abdication, à paraître le 11 janvier chez Grasset, l'ancien conseiller du chef de l'Etat a mis un soin méticuleux à ne pas (ou peu) tendre le bâton pour se faire battre. Pas de scandales ou de petites phrases, pas de bruits de couloirs. Chapitre après chapitre, M. Morelle s'efforce de ne relater que des scènes auxquelles il a assisté durant ses vingt-quatre mois passés au Château. Même la crise conjugale entre François -Hollande et Valérie Trierweiler, au début de l'année 2014, est évacuée en quelques -lignes, sans détails. Morelle ne sera pas le chroniqueur des trous de serrure élyséens, lui que tant décrivent en privé comme un véritable pourvoyeur de formules assassines ou d'anecdotes croustillantes.

 

Son livre se contente d'être un réquisitoire politique impitoyable contre le président qui a, selon lui, fait perdre " son âme à la gauche ". Un président qui n'aurait pas abdiqué en réalité le 1er décembre 2016, mais dès le début de son quinquennat, en refusant d'appliquer le programme pour lequel il avait été élu. Au fil des pages, M. Morelle revient sur différents épisodes qui illustrent cette défaite originelle, de l'affaire Florange à l'accord passé, dans son propre appartement, le 2 novembre 2013, entre -Manuel Valls et Arnaud Montebourg pour changer de politique. Accord que le futur premier ministre ne respectera pas, selon lui, une fois installé à Matignon. »

 

La renonciation de M. Hollande ôte à l'ouvrage une grande part de son pouvoir de nuisance. M. Morelle a beau se défendre d'avoir voulu donner avec L'Abdication le dernier coup de poignard au chef de l'Etat, la date de parution du livre laisse penser l'inverse : en ce début d'année, M. Hollande devait être lancé à fond dans la campagne de la primaire à gauche… Comme si ce dernier restait, quels que soient les scénarios, un président insaisissable.

 

 

  • Pourquoi avoir écrit ce livre ? A-t-il encore une utilité après la renonciation de M. Hollande ?

 

J'ai écrit un livre politique, étayé et argumenté, qui veut répondre à la question que tous les citoyens, de gauche ou pas, se posent : comment en est-on arrivé là ? Comment la gauche, qui détenait toutes les puissances en 2012 – l'Elysée, Matignon, l'Assemblée nationale et même, pour la première fois, le Sénat, les régions, les départements, les villes – n'a-t-elle pas eu la force d'exercer le pouvoir que les citoyens lui avaient confié et s'est-elle perdue dans une gestion résignée ? Pourquoi le président n'a-t-il pas tenu les engagements pris devant le peuple français lors du discours du Bourget - le 22 janvier 2012 - ?

 

Comment expliquer cette situation inédite dans l'histoire de la Ve République : un président sortant dans l'incapacité même d'être candidat ? Mon livre se veut utile, c'est celui d'un acteur et d'un témoin privilégiés, qui invite le lecteur à un voyage au centre de l'Etat, qui veut apporter des réponses à tous ces questionnements. Je le crois plus que jamais d'actualité après l'abdication de François Hollande.

 

  • Pourquoi M. Hollande a-t-il été contraint de renoncer ?

 

Ce sont les Français, par leur défiance massive, qui ont imposé au président d'abdiquer. Juste avant la " sage décision " que certains -observateurs commentent complaisamment, François Hollande n'était plus crédité que de moins de 10 % d'intentions de vote : être candidat dans de telles conditions relevait du vœu pieux. Cet affaissement sans précédent fut la traduction ultime de la véritable rupture d'opinion entre Hollande et les Français, qui s'est produite dès la fin de l'année 2012. Dès cette date, les Français se sont détournés du président car ils ne lui pardonnaient pas sa première abdication, l'abdication de sa volonté d'exercer réellement le pouvoir.

 

  • Comment s'est manifestée -celle-ci, selon vous ?

 

Très vite. Alors qu'il bénéficiait de l'onction du suffrage universel, alors qu'au premier G8, à Camp David, le 19 mai 2012, le président Obama l'avait assuré de son soutien et avait plaidé pour une relance économique en Europe, alors que les dirigeants italien et espagnol souhaitaient qu'il prenne la tête de l'Europe de la croissance, François Hollande a, au contraire, fait le choix de la résignation. Il n'a jamais voulu devenir ce leader d'une nouvelle Europe. Et au sommet européen du 29 juin 2012, il a enterré tout espoir de changement en se résignant à l'austérité, en acceptant, sans véritable renégociation, le pacte budgétaire européen imposé par Merkel et signé par Sarkozy. Ce renoncement inaugural a précédé et déterminé tous les autres. C'en était dès lors fini du discours du Bourget. La vérité est simple et cruelle : François Hollande ne voulait pas exercer le pouvoir ; il voulait seulement être président de la République.

 

  • Quel regard portez-vous sur l'homme et sur le président ?

 

Toutes les qualités de l'homme, celles qui lui ont permis de conquérir le pouvoir, se sont retournées contre lui, une fois à l'Elysée. Ce qui faisait la force du candidat a signé l'échec du président. Son intelligence ? A force de tout comprendre, il lui est arrivé trop souvent de ne rien décider. Son habileté ? La ruse ne sert plus au pouvoir, il faut alors la force, celle de s'imposer aux autres et aux événements. Son art de " la synthèse " ? Vain et illusoire quand on est aux commandes, et qu'il faut trancher.

 

Ce qui m'a frappé très vite, et que ses confidences viennent de tristement révéler au grand jour, c'est son incapacité à comprendre et à respecter les règles de l'exercice de l'Etat ; quelque chose, au fond de lui, s'y refusait obstinément. Il est toujours resté comme extérieur à la fonction présidentielle, qu'il n'a jamais su, ou peut-être voulu, incarner. C'est certainement parce qu'il pressentait ce malaise que François Hollande a inventé la formule du " président normal ", une manière pour lui de prévenir les Français et, peut-être, dans son esprit, de conjurer le sort… Etrange président que cet homme plein de charme et dénué de toute autorité.

 

  • Vous donnez une explication historique à l'échec de M. Hollande. Pensez-vous la gauche condamnée en cette année électorale ?

 

François Mitterrand a confié l'essentiel de l'explication : " Après moi, il n'y aura plus de grand président. Ce sera l'Europe. La mondialisation. Il n'y aura plus que des comptables et des financiers. " Nous y sommes. Ce qu'il n'a pas dit, mais qu'il ne pouvait ignorer, c'est que ce seraient des socialistes français qui déchaîneraient le tsunami de la finance -dérégulée, façonneraient la mondialisation libérale, en déclenchant l'engrenage libéral de l'Europe, celui prévu dans le traité de Rome. La suprême habileté politique de Mitterrand aura été, en 1983, d'effectuer un magistral tour de prestidigitation, escamotant le socialisme, mais faisant apparaître l'européisme pour consoler la gauche.

 

Dès 1957, Pierre Mendès France avait dénoncé, avec lucidité, " l'abdication d'une démocratie " à laquelle aboutirait la construction de l'Europe telle qu'envisagée. Pour cette raison, il avait voté non à la ratification du traité de Rome. Tant que la gauche européenne ne sortira pas de l'européisme et du libéralisme dans lequel elle s'est perdue, les peuples se détourneront d'elle. En particulier en France. Tant que la gauche française ne renouera pas avec le message de Mendès France, elle ne retrouvera pas la confiance des Français ni leurs suffrages.

 

  • Vous datez " le début de la fin du quinquennat " de l'affaire Florange, à l'automne 2012 lorsque M. Hollande refuse la nationalisation des hauts-fourneaux proposée par Arnaud Montebourg, que vous souteniez. Pourtant, vous êtes resté à l'Elysée.

 

Florange a signé l'arrêt de mort de ce qui faisait l'esprit du discours du Bourget : le volontarisme politique et le patriotisme éco-nomique. Alors qu'il avait face à lui Mittal, l'incarnation de ce " monde de la finance " qu'il avait désigné comme son " adversaire ", Hollande a refusé le combat, se coupant définitivement des classes populaires. En ce sens, Florange a bien représenté le début de la fin du quinquennat.

 

Partir à ce moment-là était une possibilité ; je l'ai envisagée. Mais le président n'avait été élu que depuis six mois, il m'avait demandé de le suivre à l'Elysée, j'étais fier et heureux de servir mon pays et mes convictions et j'ai cru qu'à ma place, je pourrais infléchir le cours des choses, résister. Je me suis trompé, la suite des événements a prouvé que c'était impossible, et j'ai donc échoué. Reste que j'ai alors fait un choix de responsabilité, difficile et douloureux.

 

 

  • Vous reconnaissez avoir commis " une faute " lors de l'affaire du cireur de chaussures. Cet épisode a été vu comme -l'illustration de la déconnexion d'une certaine gauche. Regrettez-vous un tel comportement ?

 

Bien entendu, je regrette cette faute de comportement, et je m'en explique dans mon livre. Encore faut-il rappeler qu'il s'agit là d'un épisode unique et qui n'a pas coûté un seul euro au contribuable. Mais ce que je regrette aussi, c'est d'avoir été aveuglé et de ne pas avoir compris que ceux qui voulaient, pour des raisons politiques, m'abattre, se saisiraient de cet épisode pour le faire.

 

Ce que je regrette surtout, c'est que le président, que j'ai toujours servi loyalement, se soit abaissé à utiliser cette faute pour se débarrasser de moi. Que pendant un an, alors qu'il avait été mis au courant de ce faux pas, il ne m'ait jamais parlé, jamais tancé. Que pendant un an, il m'ait menti, trahi méthodiquement, me souriant dans le même temps où il organisait mon éviction.

 

J'ai commis une faute ? Certainement. Qui n'en commet pas ? Lui a consenti à un coup bas. François Hollande est un faux gentil et un vrai méchant. Et je regrette infiniment que le fils d'ouvrier et d'immigré que je suis, qui s'est frayé, seul, un chemin dans la vie, ait pu être assimilé, même à tort, à l'image que vous évoquez.

 

Quant aux raisons de mon élimination, elles sont très claires : défenseur de la ligne politique du Bourget, j'étais devenu gênant au moment où le président avait décidé de faire son " coming-out " libéral ; l'ayant soutenu lors de la crise politique et intime de janvier 2014 - la rupture avec Valérie Trierweiler - , j'avais alors vu " le roi nu " et il ne supportait dès lors plus mon regard sur lui ; ayant participé au changement de premier ministre et ami personnel de Manuel Valls et Arnaud Montebourg, je l'ai payé. Et puis, il y avait la coalition des rancunes et des jalousies liguées contre moi. Cela faisait beaucoup. Trop, pour un seul homme.

 

  • Vous avez travaillé avec Emmanuel Macron à l'Elysée. Comment lisez-vous sa candidature à la présidentielle ?

 

C'est un homme intelligent et habile. Son ambition est grande et ancienne ; il croit en lui et en son destin, depuis longtemps. Il a une cohérence politique, celle d'un vrai libéral, de l'économie aux questions internationales, en passant par le social et le culturel. A ce titre, il est le fils spirituel de François Hollande. Nous verrons bien si ce libéralisme complet et assumé convaincra les Français. En tout cas, sa stratégie est claire : il parie sur l'effondrement prochain du " vieux monde " politique, et escompte apparaître alors comme " le " recours. Il joue du rejet profond que suscite le système politique actuel auquel il semble étranger aux yeux de nos concitoyens, en tout cas pour l'instant.

 

  • Soutenez-vous Arnaud Montebourg à la primaire ?

 

Mes convictions et mes amitiés sont connues et n'ont pas changé : je soutiens Montebourg car, comme des millions de Français de gauche, je suis resté fidèle à l'esprit et aux engagements du discours du Bourget.

 

Propos recueillis par, Bastien Bonnefous

 

© Le Monde

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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 06:00
1 photo sortie de l’oubli, Robert Linhart, auteur de “L'Etabli” sort de son silence et me voici quai de Javel chez André Citroën…

La photo, vous l’avez sous les yeux, short, chemisette et tennis blanche, c’est ma pomme posant devant la deuche de mon père. Celle avec laquelle j’apprendrai à conduire sur le chemin de la Garandelière (la clé de contact était de jour comme de nuit enclenchée, et la 2CV garée sous le hangar ouvert à tous les vents).

 

Le XVe, l’arrondissement le plus grand, le plus peuplé et le plus triste de Paris… un quartier résidentiel comme on dit.

 

Et pourtant, au début du XXe siècle, en 1915, sur les bords de la Seine, quai de Javel, l’ingénieur André Citroën offre ses services au Ministère de la Guerre pour produire en grande série des obus qui manquent cruellement au front. En 3 mois l’usine est née et des millions de pièces y seront fabriquées jusqu’à l’armistice.

 

L’industrie de guerre ça rapporte et avec les capitaux accumulés Citroën se reconvertit dans l’automobile. André Citroën la connait bien puisqu’il avait été directeur des usines Mors 48 rue du Théâtre. Il créé la marque aux chevrons symboles d’un procédé d’engrenage qu’il a breveté. En 1912 il a visité les usines Ford et il sait que l’avenir est à la production de masse et non à l’artisanat.

 

La première voiture de la marque est la Type A produite à raison de 30 exemplaires/jour en 1919 et 100 l’année suivante. Citroën innove, lance de nouveaux modèles, créé un service de pièces détachées, lance le crédit acheteur, les tests qualités, investit dans la publicité : en 1925 la Tour Eiffel est transformée en panneau publicitaire et une forme moderne de sponsoring avec la traversée du Sahara et la Croisière Jaune…

 

En 1933, André Citroën, transforme son usine du quai de Javel en un outil moderne pouvant produire 1000 véhicules/jour. C’est de là que va sortir la mythique Traction avant qui lui causera avant bien des soucis techniques.

 

Mais les soucis financiers s’accumulent et en 1935 son principal créancier Michelin prend les rênes. Ce sera la 2 CV et la DS 19, elles aussi culte mais l’innovation ne paie pas et Citroën est absorbé par Peugeot en 1973.

 

La dernière DS sort en 1975 des chaînes de Javel qui sont transférées à Aulnay-sous-Bois. L’usine est détruite de 1976 à 1984 pour laisser la place en 1992 au Parc André Citroën.

 

Source : Souvenirs de Paris

 

Mais l’ex 60 huitard que je suis a lu le livre de Robert Linhart, L'établi, aux Editions de Minuit.

 

 

Les établis furent des intellectuels qui s’embauchèrent comme simple OS dans les usines.

 

« Dans cet ouvrage étincelant comme une pièce d’usinage, net et précis, l'intellectuel proche de Louis Althusser raconte son expérience de manœuvre à l’usine Citroën de la Porte de Choisy, en 1968. Tout y est dit de la pénibilité des tâches, de la violence du management, du racisme décomplexé, de l’anéantissement de la volonté individuelle ou encore de la psychologie de la grève. Ce témoignage, le fondateur du mouvement maoïste français a mis dix ans avant de l’écrire. »

 

« Robert Linhart étant toujours en vie, il fallait l’interroger. Or depuis une tentative de suicide, en 1981, le philosophe s'est réfugié dans le silence. Dans l’intimité, comme l’a raconté sa fille Virginie dans le passionnant Le jour où mon père s’est tu (Editions du Seuil, 2008), mais aussi dans la vie publique. Une seule fois, Laure Adler l’a convaincu de se confier à elle pour son émission Hors Champs, sur France Culture; allait-il la recevoir une nouvelle fois, lui que la maladie bipolaire tient à l'écart de la société ? Ce fut encore oui.

 

D’une voix affaiblie, l’homme raconte comment, tant d’années après, il continue de rêver de la cadence de production, qu’il « n’arrive pas à suivre ». Entre deux souvenirs, les silences paraissent longs comme le passé. Quand il s'agit de tirer les enseignements de ses années militantes, les affirmations se font chancelantes. « Est-ce que vous pensez que la révolution était une illusion ? » le bouscule Laure Adler, cruelle malgré elle. « Oui, enfin bon, répond dans un murmure l’ancien militant de la Gauche prolétarienne. La révolution… Y avons-nous cru vraiment ? Je ne sais pas. » Un aveu qu’on dirait sorti d’un songe...même si, il y a près de 50 ans, ce rêve lui semblait bien réel. »

 

Sami Frey lit "L'établi" de Robert Linhart ICI 

 

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7 janvier 2017 6 07 /01 /janvier /2017 00:06
L’hommage posthume nouveau marqueur égotique de certains accrocs des réseaux sociaux…

Même avec la mort c’était mieux avant, je veux dire par là que selon les accrocs des réseaux les gens connus, les stars, les chanteurs, passaient moins l’arme à gauche qu’avant…

 

Plaisanterie mise-à-part, dès qu’une mort est annoncée, parfois faussement, c’est la ruée, non pas vers l’Ouest mais sur la citation qui vous pose un homme.

 

C’est simple comme Wikipédia ou Google : tu tapes citations de… et tu peux, comme la confiture, étaler ta science aux yeux de tes amis.

 

Les journalistes officiels sur Twitter sacrifient à la vitesse de la lumière à ce petit jeu. Grand bien leur fasse ce n’est pas ainsi qu’ils regagneront de la crédibilité tout comme la volaille politique qui, souvent par le truchement de community-manager plus ou moins inculte, fait de même.

 

Laissons-là ces « beaux cas », comme disait le vétérinaire de mon grand-père lorsqu’une vache vêlait en siège, pour redescendre au niveau du vulgum pecus.

 

Là, lors du décès de Michel Déon, un blogueur s’est surpassé en torchant vite fait bien fait une chronique sur le gaz Mort d'un immortel consistant à affirmer dans un maigre paragraphe que « Comme certains savent jouer au piano, d'autres jongler avec les chiffres, d'autres encore découper la viande, Michel Déon avait un métier, mais un métier qui ne s'apprend pas: écrire. Très vite, comme un hommage à cet immortel (bien au-delà de la Coupole) de la Littérature, j'ai attrapé sur le web un texte extrait d'un des romans qui lui survivront, Les gens de la nuit.

 

Lisons. »

 

C’est beau comme une bavette bien découpée.

 

Et toc un copié-collé et c’est emballé…

 

Michel Déon ne fait pas partie de ma bibliothèque pour des raisons qui sont miennes et qui, en l’occurrence, n’ont rien à voir avec les raisons qui ont poussé l’auteur de ces lignes à les publier.

 

Au temps où il vantait les mains calleuses de vignerons d’un village trou-du-cul du monde, avant de les vouer aux gémonies car en fait elles votaient Font National, j’ai écrit « lui se vivait comme un « hussard » à la Roger Nimier.

 

Ça lui avait plu car c’est ainsi qu’il se reconnaissait dans cette droite réactionnaire…

 

Alors cette chronique torchée n’est que le miroir qui reflète l’image qu’il veut donner de lui-même : un pourfendeur des bonnes consciences, un solitaire « talentueux » et mal aimé.

 

C’est beau comme l’antique.

 

Les Hussards désignent un courant littéraire français qui, dans les années 1950 et 60, s'opposa aux existentialistes et à la figure de l'intellectuel engagé qu'incarnait Jean-Paul Sartre. Le roman de Roger Nimier Le Hussard bleu a donné son nom au mouvement.

 

Michel Déon : un Hussard et un mousquetaire par Jean des Cars Le Figaro.  ICI 

 

« On sait qu'il avait rejoint le mouvement littéraire dit des Hussards, galopant aux côtés de Roger Nimier et d'Antoine Blondin et autres talentueux pourfendeurs des bonnes consciences «intellectuelles» et de l'esprit de gauche qu'on respirait alors du côté de Saint-Germain-des-Prés. Anarchiste de droite, Michel Déon n'était pas réellement ni seulement un nostalgique. Il était, comme les Hussards, différent d'auteurs ayant droit aux honneurs. Et pourtant, comblé de grands prix, dont celui du roman de l'Académie française pour le fameux «Taxi mauve» en 1973, il n'arrêtait pas d'écrire en voyageant et de voyager en écrivant, suivi par un public de plus en plus vaste. Il rejoignait Paul Morand quand il m'expliqua, d'une manière lumineuse, comment Londres est une ville exotique. Il savait voir, raconter, décrire la nature, les sentiments. Beaucoup de ses admirateurs et lecteurs furent surpris qu'il se présente à l' Académie française. N'était-ce pas une concession au conformisme qu'il avait combattu et qu'il avait fui? Il fut élu au fauteuil de Jean Rostand. Michel Déon passait pour un pessimiste. En réalité, il était lucide et plein d'humour. A Spetsai, alors que nous buvions un inévitable ouzo sur le port, voyant des pêcheurs qui, dangereusement, étaient tous sur le même côté d'une barque vacillante, il me dit: «Vous voyez, contrairement à ce qu'on croit, les Grecs ne sont pas un peuple de marins!».

 

L'illustration titre est tirée de Causeur feuille de chou de la droite dites décomplexée, il s'agit de Roger Nimier amateur de grosses cylindrées

On aurait tort d’avoir tort avec Sartre

Pour le cinquantenaire de la mort de Nimier, plusieurs livres font revivre « l’esprit hussard »

 

Le 28 septembre 1962, Roger Nimier meurt dans un accident de voiture, avec la blonde romancière Sunsiaré de Larcône, alors qu’ils se rendaient dans la maison de campagne des Gallimard. En plus de la photo de son cadavre dans Paris Match, Nimier aura droit à quelques nécrologies fielleuses : il a eu ce qu’il méritait. Pour certains, les « hussards » ne sont qu’une invention de Bernard Frank qui, dans Les Temps modernes, a sonné la charge contre une poignée d’écrivains : Roger Nimier, Jacques Laurent et Antoine Blondin − Michel Déon venant s’ajouter plus tard à la fine équipe. Leurs torts sont multiples : ils aiment la vitesse, l’alcool et les jeunes filles. Ils n’écrivent que pour divertir. Ils ont un certain succès. Ils sont de droite. Si Frank se moque, en dilettante, de cet art de vivre qui est pourtant le sien, Sartre, lui, a des comptes à régler. Jacques Laurent l’épingle dans Paul et Jean-Paul, un pamphlet qui fait mouche et qui fait rire, car assimiler le penseur révolutionnaire à Paul Bourget, incarnation XIXe de la bien-pensance bourgeoise, il fallait oser !

 

 

 

En 2017, je m’autocélèbre sur Twitter

 

Grâce au retweet, les orgueilleux peuvent s’exprimer en toute liberté, via leurs admirateurs. Une pratique courante pour assurer sa communication.

 

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 

 

Le message est apparu sur le fil Twitter du prochain président des Etats-Unis, après sa victoire : « Félicitations à Donald Trump élu par le collège des grands électeurs ». Non content d’avoir remporté l’élection présidentielle, Donald Trump a besoin de retweeter l’hommage de son numéro deux, Mike Pence. Il fut longtemps d’usage de répondre à un compliment par un excès de modestie invraisemblable (« C’est rien, j’ai juste eu de la chance »), voire par un simple merci. Les réseaux sociaux permettent de crier à tous ceux qui nous entourent : « Vous avez entendu ce qu’on vient de me dire ? » Le retweet a mis l’autocélébration à portée de tous les ego.

 

Voilà des gens habitués au succès se comportant sur les réseaux sociaux comme des blogueuses de mode étourdies par le succès. C’est Marc Levy qui retweete l’avis d’un lecteur inconnu sur son dix-septième roman : « Je viens de finir L’Horizon à l’envers, magnifique. » « Brillantissime Raphaël Enthoven ce matin », retweete le professeur de philosophie, animateur sur Europe 1, en toute simplicité. « Nagui et Michel Cymes animateurs préférés des Français », retweete Nagui. « Criant de profondeur ce poème de Frédéric Lefebvre », recrie Frédéric Lefebvre, député (LR) des Français de l’étranger, ancien ministre de Nicolas Sarkozy« Votre livre, Joan Sfarr, est bouleversant. Merci. », retweete Joan Sfarr, bouleversé. Le compliment retweeté, c’est le selfie de l’écrivain.

 

La suite ICI


 
 

 

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 06:00
Les pépites Clos Rougeard/ Bonneau du Martray et les scories des vins AOC : le début de la fin de l’illusion de l’exploitation familiale…

De tous les coins de l’hexagone, qui sait encore combien il y en a, montent des cris d’horreur, la peur s’emparent des chroniqueurs, pensez-donc deux pépites de nos belles AOC blindées de typicité le Clos Rougeard 11 ha à Saumur et Bonneau du Martray 11 ha en Bourgogne, vont quitter les braves mains de l’exploitation familiale(les frères Foucault et la famille Le Bault de La Morinière depuis 200 ans) pour tomber dans l’escarcelle, comme l’aurait dit feu Georges Marchais, entre les mains du grand capital : Martin Bouygues béton&téléphon pour le premier, et Stanley Kroenke, riche homme d'affaires américain qui a construit une partie de sa fortune dans l'agriculture et qui possède des participations dans plusieurs équipes de la NBA, principal actionnaire du club de football d'Arsenal au Royaume-Uni. « Il possède surtout, en Californie, l'un des plus grands vins de la Napa, Screaming Eagle, dont chaque millésime est délivré au compte-gouttes à des clients priés de réserver leur allocation des mois à l'avance. Il possède également en Californie les domaines Jonata et The Hilt. »

 

Pourquoi ?

 

À priori pour régler ou anticiper des problèmes de succession… je ne connais pas le fond des deux transactions sauf que dans le cas de Bonneau du Martray il s’agit d’une prise de participation majoritaire dans le capital et pour Clos Rougeard d’une vente de propriété pure et simple.

 

J’entends à nouveau monter les lamentations et surtout la fureur des chroniqueurs : tout ça c’est la faute au grand prédateur fiscal qu’est l’État français.

 

Je suis tout prêt à en convenir, les droits de succession obligent souvent les familles à vendre pour satisfaire le financement des parts des héritiers non exploitants.

 

Cependant, je me permets de faire remarquer que les choses ne sont pas aussi simples :

 

  • Dans une vente il y a bien sûr deux parties, ce qui a pour conséquence que le ou les vendeurs cherchent à valoriser au mieux leur bien et qu’ils se tournent vers ceux qui peuvent satisfaire leurs exigences. Les bons sentiments et le reste n’ont guère de prise sur cette dure réalité.

 

  • Et là, en fonction de la notoriété commerciale du cru, intervient la valeur foncière, gros mot par excellence mais qui, si je puis l’écrire, n’est qu’un plancher, l’acheteur, et dans les 2 cas c’est le cas, est prêt à aller bien au-delà pour emporter l’affaire.

 

  • Alors, le transfert ne se fera plus de famille à famille, il y a belle lurette que c’est le cas à Bordeaux, mais en direction de mains capitalistiques pour qui, rapporté à leurs moyens financiers, cet achat représente l’épaisseur du trait.

 

  • N’oublions pas, qu’à St Emilion, le classement à la mode d’Hubert avait pour objectif principal de booster la valeur du foncier des propriétés du haut du panier. Là, c’est un peu le pompier pyromane…

 

  • Rappelons aussi comment Bernard Arnault a exfiltré Mr de Lurs Saluces d’Yquem avec la complicité des nombreux ayants-droits et plus modestement comment François Des Ligneris dû baisser pavillon face aux exigences de ses sœurs.

 

  • Y’ a aussi les SAFER, mais que peuvent-elles ou que veulent-elles vraiment ? Aux professionnels qui les dirigent de nous le dire.

 

  • Quantitativement ces quelques hectares ou ouvrées ne vont pas changer la face du monde du vin en France et il faut savoir raison garder. Les acquéreurs ne vont pas tuer la poule aux oeufs d'or.

 

Mais, même si tout ne fout pas le camp, il est tout à fait légitime de se poser la question : Que faire donc face à cette règle d’airain de la concentration entre quelques mains des plus belles pépites, qui prévaut depuis toujours et partout dans le monde des affaires ?

 

À l’époque où j’occupais un fauteuil sous les ors de la République, alors que les prix des terres n’avaient pas encore été saisi par la folie des grandeurs, j’avais demandé à la CNAOC et à son président de l’époque : Mr de Lambert, propriétaire du château de Sales le plus étendu de Pomerol, d’entamer une réflexion sur ce sujet.

 

Des solutions pour éviter de vendre la propriété en cas de succession il en existe dans le droit actuel, je ne vais entrer dans le détail du droit des sociétés (Bonneau du Martray en est une), mais si l’on souhaite innover en matière d’exploitation familiale on se heurte très vite à la réalité de ce qu’elle est, car les biens servant à l’exploitation sont des biens personnels.

 

C’est donc la quadrature du cercle, chacun reste sur des positions de principe, car étant donné l’hétérogénéité économique des exploitations familiales, une petite minorité assise sur un tas d’or potentiel, et le reste qui n’a rien à envier aux autres exploitations agricoles, au nom de l’égalité de traitement cher au Conseil Constitutionnel, je ne vois pas de solutions juridiquement applicables.

 

Que faire alors face à un tel blocage ?

 

Sortir de l’illusion, regarder la réalité bien en face, arrêter de se bercer d’illusions, de se raconter de belles histoires, pour aborder ce que sont réellement nos fameuses AOC-IGP, les viticulteurs et les vignerons qui en constituent la pâte humaine, et réfléchir, anticiper, sur la nouvelle donne économique, commerciale et sociale.

 

Les deux ventes évoquées, qui ne touchent qu’une poignée d’hectares survalorisés, ne sont que les symptômes de l’accélération de changements profonds. D’un côté les pépites, de l’autre les scories de nos AOP-IGP bradées à deux balles dans la GD, avec certes entre les deux des vignerons qui s’en sortiront et avec qui il serait urgent d’élaborer un droit adapté à leur situation.

 

Choisir !

 

Ce n’est qu’un vœu de ma part, c’est l’époque, je ne suis plus qu’un observateur engagé, qui a, en son temps subi la loi des yaka et des faukon, l’inertie des dirigeants et des gens de pouvoir, mais qui, au travers de son petit espace de liberté, perçoit des signaux à bas bruit qu’il faudrait cesser de traiter par le mépris.

 

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