Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 09:30
CHAP.19, temps suspendu, Macron, l’impopularité en marche ?

L’état de grâce a duré encore moins longtemps que pour ses prédécesseurs, le résultat de mesures annoncées sans préavis.

 

En s’installant à l’Élysée, Emmanuel Macron savait que la durée de « l’état de grâce » dont bénéficie un nouveau président a tendance à rétrécir comme la banquise sous l’effet du CO2. Mais il n’avait certainement pas anticipé une fonte aussi rapide.

 

En ce milieu d’été, les baromètres se suivent et se ressemblent pour le président, avec des reculs de 10 à 7 points selon les instituts. Le dernier publié ce jeudi par YouGov pour le Huffington Post et Cnews le fait chuter de 43 % d’opinions favorables à 36 %. Son Premier ministre est à peine mieux loti avec 37 % d’opinions favorables. Il faut remonter à 1995 et les premiers mois de Jacques Chirac à l’Élysée pour retrouver pareille glissade sur fond de « fracture sociale » délaissée pour plus de rigueur budgétaire…

 

Lire ICI http://www.lavoixdunord.fr/200377/article/2017-08-03/macron-l-impopularite-en-marche

 

C’est grave, docteur?

 

Oui, l’issue est malheureusement fatale. Un président de la République ne se remet pas d’une impopularité structurelle.

 

Voici ce que dit d’elle Éric Dupin ?

 

Il peut certes se permettre d’irriter, pour un moment, son peuple. Touché par la grève des mineurs, le général de Gaulle a ainsi enduré une dépression sondagière au printemps 1963. Et il s’est vite rétabli.

 

Toute autre est la situation du chef de l’Etat lorsqu’il se trouve aux prises avec un mécontentement populaire profond et prolongé.

 

Or l’expérience historique montre qu’il est impossible de sortir du gouffre d’une forte impopularité. La petite mort politique —c’est-à-dire la perte du pouvoir consécutive à une défaite électorale— en est une conséquence obligée.

 

Valéry Giscard d’Estaing a été battu en 1981 alors qu’il n’avait basculé dans la défaveur publique qu’en fin de septennat. Victime d’un mécontentement populaire régulier depuis le virage de la «rigueur» en 1983, Mitterrand a perdu les législatives de 1986.

 

L’histoire s’est répétée lors de son deuxième septennat. La séquence de lourde impopularité entamée en 1991 s’est conclue par la spectaculaire défaite législative de la gauche en 1993.

 

L’implacable règle s’est encore vérifiée avec les deux derniers chefs de l’Etat. Ayant perdu l’oreille du peuple dès l’hiver 1995, Jacques Chirac a vu ses adversaires l’emporter aux législatives de 1997. Quant à Nicolas Sarkozy, sa défaite de 2012 était inscrite dans la logique de l’impopularité persistante qui a marqué la presque totalité de son quinquennat.

 

Le charme rompu

 

Comment expliquer l’impossibilité, constatée jusqu’à ce jour, de renouer avec l’électorat après une longue phase de mécontentement? Une première raison tient sans doute à des facteurs de psychologie collective. Dans notre système de monarchie élective, le président de la République concentre sur sa personne des attentes et des espérances telles qu’un retournement de perception est toujours très dangereux.

 

Le sacre du suffrage universel célèbre un candidat qui a réussi à communier avec l’humeur du pays. Dès lors que le charme vient à se rompre, la rancœur populaire s’installe et s’enracine.

 

Macron et le bon usage de l’impopularité par Rémi Godeau

 

« On ne doit pas se plier à cette dictature d’être aimé. » C’est un expert patenté qui parle, François Hollande. Ce conseil stoïcien ira droit au cœur de son successeur Emmanuel Macron: deux mois de pouvoir à peine, et le Président dévisse dans les sondages davantage encore que son anti-modèle Après tout, gouverner, cest mécontenter. Mais ce principe ne saurait suffire. Car comme pour la dette ou le cholestérol, la mauvaise impopularité côtoie la bonne. La première se nourrit du reniement, de la procrastination, de l’artifice et du déni; la seconde du courage, de la responsabilité, de leffort et de la vérité.

 

Parce que la confiance reste l’élément clé du redressement et le crédit populaire le facteur essentiel de l’action, le Président doit ainsi prendre garde de ne pas mélanger le bon grain à l’ivraie. La refonte de l’ISF, la simplification du droit du travail et la hausse de la CSG alliée à l’allégement des cotisations, annoncées, préparées et expliquées, relèvent de cette audace créatrice, à court terme source de grogne mais à l’avenir porteuse de croissance et d’emploi. Les tergiversations sur la taxe d’habitation, l’acte d’autoritarisme mal interprété dans l’affaire Villiers ou la réduction surprise des APL entretiennent au contraire ce ressentiment mâtiné d’incompréhension qui a longtemps mené nos dirigeants dans l’impasse.

 

Sans doute les Français ont-ils pris au mot le chef de l’Etat: à défaut d’être réformable, la France est transformable. Or pour trop fleurer la vieille politique, les coups de rabot, une vision purement budgétaire ou encore une précipitation sans méthode dans la politique annoncée sont à lopposé de cette révolution promise. Au risque de devenir impopulaire pour rien.

 

Eloge de l'impopularité Jacques Attali

 

« Fallait-il préférer le populaire Chamberlain ou l’impopulaire Churchill? Le populaire Berlusconi ou l’impopulaire Monti? Le populaire Poincaré ou l’impopulaire Clemenceau? Faut-il être aujourd’hui populaire comme les gouvernements qui réduisent les impôts et augmentent les dépenses publiques, ou impopulaires comme les rares qui s’efforcent de faire l’inverse ? »

 

Et dans la France d’aujourd’hui? Faut-il dénoncer l’impopularité du Président? Faut-il lui recommander de tout faire pour faire grimper ses sondages? Ou faut-il au contraire lui conseiller d’avoir le courage de ne pas s’en occuper pour conduire les réformes dont le pays a besoin? Faut-il lui recommander de ne toucher à rien, de laisser filer les déficits pour créer des emplois artificiels? Ou d’assumer l’impopularité, si elle est le prix à payer pour réduire les déficits, casser les rentes? On en jugera bientôt avec le budget 2014, la réforme de la formation permanente et celle de la sécurité sociale, pour ne parler que des chantiers les plus urgents.

 

Bien sûr, il n’y aurait rien de pire que d’être impopulaire pour de mauvaises raisons, c’est-à-dire décevoir sans réformer. Ou d’être impopulaire parce qu’on explique mal son action. Sans doute, aurait-il fallu beaucoup mieux expliquer la position prise sur la Syrie, que j’ai approuvée, et ne pas laisser se multiplier les contradictions sur les objectifs fiscaux.

 

Il n’empêche: dans un pays en si grande difficulté, ne pas chercher à tout prix à être populaire est la seule attitude digne. L’impopularité est une bonne nouvelle. Et, accessoirement, dans un pays si frondeur, c’est même la seule façon d’espérer gagner les élections.

 

Je ne pense pas que pour l’heure l’impopularité de Macron soit structurelle mais l’impréparation et la faiblesse de beaucoup de ses Ministres vont lui compliquer la tâche.

 

Va-t-il rebondir ?

 

Je ne sais !

 

Avec lui tout semble toujours possible et ne vaut-il pas mieux faire avaler dès les premiers jours les pilules amères, pas d’élections avant deux ans, pour se réserver les bonnes nouvelles au cœur du quinquennat.

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
commenter cet article
6 août 2017 7 06 /08 /août /2017 06:00
Francis Pélissier participant au Tour de France cycliste - Source Gallica BnF

Francis Pélissier participant au Tour de France cycliste - Source Gallica BnF

Le Tour de France, qui vient de se terminer, reste populaire mais il n’attire plus les grandes plumes comme aux origines. D’ailleurs, existe-t-il encore de grandes plumes ? Du côté des journalistes c’est morne plaine...

 

Albert Londres, c’est une référence, l’un des plus grands journalistes internationaux de la première partie du XXe siècle. En juin 1924, il va couvrir le Tour de France pour le Petit Parisien.

 

Jour après jour il va raconter, dans un style direct et nerveux, les exploits et les souffrances des coureurs. Il rapporte avec sobriété et modestie, avec humanité, les choses vues et entendues.

 

Le 27 juin, 3 coureurs, Henri et Francis Pelissier et Maurice Ville, unanimement reconnus pour leur talent – le premier nommé a gagné le Tour en 1923 – mais aussi pour leurs fréquents coups de gueule notamment à l’égard des organisateurs, s’aperçoivent en ce début de Tour 1924 qu’ils vont être dominés par un jeune prodige, Ottavio Bottechia.

 

Au cours de l’étape Cherbourg-Brest, ils abandonnent prétextant un problème de règlement qu’ils jugent abusif, et s’arrêtent au Café de la Gare à Coutances. Albert Londres, journaliste au Petit Parisien, journal concurrent de l’Auto, organisateur de l’épreuve, qui est pourtant déjà arrivé à Granville, flaire le « bon coup », revient à Coutances et les rejoint attablés au Café de la Gare.

 

La formule « les forçats de la route », passée à la postérité, n’apparaît dans aucun texte d’Albert Londres. Jean—Louis Ézine rapporte dans Un ténébreux ( Le Seuil 2003) que c’est Henri Decoin, journaliste lui aussi sur le Tour 1924, qui l’utilisa : « Avec leurs numéros dans le dos, ils ressemblent aux forçats d’Albert Londres ». Decoin faisait référence aux vrais forçats, ceux de Cayenne, auxquels Albert Londres avait consacré un reportage si retentissant qu’il conduisit à la fermeture du bagne.

 

La rencontre au Café de la Gare de Coutances © Le Petit Parisien

 

L'abandon des Pélissier ou les martyrs de la route

 

Coutances, 27 juin.

 

Ce matin, nous avions précédé le peloton…

 

Nous étions à Granville et six heures sonnaient. Des coureurs, soudain, défilèrent. Aussitôt la foule, sûre de son affaire, cria :

 

– Henri ! Francis !

 

Henri et Francis n'étaient pas dans le lot. On attendit. Les deux catégories passées, les « ténébreux » passés – les « ténébreux » sont les touristes-routiers, des petits gars courageux, qui ne font pas partie des riches maisons de cycles, ceux qui n'ont pas de « boyaux », mais ont du cœur au ventre – ni Henri ni Francis ne paraissaient.

 

La nouvelle parvint : les Pélissier ont abandonné. Nous retournons à la Renault et, sans pitié pour les pneus, remontons sur Cherbourg. Les Pélissier valent bien un train de pneus…

 

Coutances. Une compagnie de gosses discute le coup.

 

– Avez-vous vu les Pélissier ?

 

– Même que je les ai touchés, répond un morveux.

 

– Tu sais où ils sont ?...

 

– Au café de la Gare. Tout le monde y est.

 

Tout le monde y était ! Il faut jouer des coudes pour entrer chez le « bistro ». Cette foule est silencieuse. Elle ne dit rien, mais regarde, bouche béante, vers le fond de la salle. Trois maillots sont installés devant trois bols de chocolat. C'est Henri, Francis, et le troisième n'est autre que le second, je veux dire Ville, arrivé second au Havre et à Cherbourg.

 

- Un coup de tête ?

 

- Non, dit Henri. Seulement, on n'est pas des chiens...

 

- Que s'est-il passé ?

 

- Question de bottes ou plutôt question de maillots ! Ce matin, à Cherbourg, un commissaire s'approche de moi et, sans rien me dire, relève mon maillot. Il s'assurait que je n'avais pas deux maillots. Que diriez-vous, si je soulevais votre veste pour voir si vous avez bien une chemise blanche ? Je n'aime pas ces manières, voilà tout.

 

- Qu'est-ce que cela pouvait lui faire que vous ayez deux maillots ?

 

- Je pourrais en avoir quinze, mais je n'ai pas le droit de partir avec deux et d'arriver avec un.

 

- Pourquoi ?

 

- C'est le règlement. Il ne faut pas seulement courir comme des brutes, mais geler ou étouffer. Ça fait également partie du sport, paraît-il. Alors je suis allé trouver Desgranges : - Je n'ai pas le droit de jeter mon maillot sur la route alors ?... - Non, vous ne pouvez pas jeter le matériel de la maison... - Il n'est pas à la maison, i! est à moi... - Je ne discute pas dans la rue... - Si vous ne discutez pas dans la rue, je vais me recoucher. - On arrangera cela à Brest... - A Brest, ce sera tout arrangé, parce que je passerai la main avant... Et j'ai passé la main !

 

- Et votre frère ?

 

- Mon frère est mon frère, pas, Francis ?

 

Et ils s'embrassent par-dessus leur chocolat.

 

- Francis roulait déjà, j'ai rejoint le peloton et dit : « Viens, Francis ! On plaque. »

 

- Et cela tombait comme du beurre frais sur une tartine, dit Francis, car, justement ce matin, j'avais mal au ventre, et je ne me sentais pas nerveux.

 

- Et vous, Ville ?

 

- Moi, répond Ville, qui rit comme un bon bébé, ils m'ont trouvé en détresse sur la route. J'ai « les rotules en os de mort ».

 

Les Pélissier n'ont pas que des jambes ils ont une tête et, dans cette tête, du jugement.

 

- Vous n'avez pas idée de ce qu'est le Tour de France, dit Henri, c'est un calvaire. Et encore le chemin de croix n'avait que quatorze stations, tandis que le nôtre en compte quinze. Nous souffrons du départ à l'arrivée. Voulez-vous voir comment nous marchons ? Tenez.

 

De son sac, il sort une fiole :

 

- Ça, c'est de la cocaïne pour les yeux, ça c'est du chloroforme pour les gencives.

 

- Ça, dit Ville, vidant aussi sa musette, c'est de la pommade pour me chauffer les genoux.

 

- Et des pilules ? Voulez-vous voir des pilules ? Tenez, voilà des pilules.

 

Ils en sortent trois boites chacun.

 

- Bref ! dit Francis, nous marchons à la « dynamite » ?

 

Henri reprend

 

- Vous ne nous avez pas encore vus au bain à l'arrivée. Payez-vous cette séance. La boue ôtée, nous sommes blancs comme des suaires, la diarrhée nous vide, on tourne de l'œil dans l'eau. Le soir, à notre chambre, on danse la gigue, comme saint Guy, au lieu de dormir. Regardez nos lacets, ils sont en cuir. Eh bien ! ils ne tiennent pas toujours, ils se rompent, et c'est du cuir tanné, du moins on le suppose. Pensez ce que devient notre peau ! Quand nous descendons de machine, on passe à travers nos chaussettes, à travers notre culotte, plus rien ne nous tient au corps.

 

- Et la viande de notre corps, dit Francis, ne tient plus à notre squelette.

 

- Et les ongles des pieds, dit Henri, j'en perds six sur dix, ils meurent petit à petit à chaque étape.

 

- Mais ils renaissent pour l'année suivante, dit Francis.

 

Et, de nouveau, les deux frères s'embrassent, toujours par-dessus les chocolats.

 

- Eh bien tout ça — et vous n'avez rien vu, attendez les Pyrénées, c'est le hard labour, — tout ça nous l'encaissons. Ce que nous ne ferions pas faire à des mulets, nous le faisons. On n'est pas des fainéants, mais, au nom de Dieu, qu'on ne nous embête pas. Nous acceptons le tourment, nous ne voulons pas de vexations ! je m'appelle Pélissier et non Azor ! J'ai un journal sur le ventre, je suis parti avec, il faut que j'arrive avec. Si je le jette, pénalisation. Quand nous crevons de soif, avant de tendre notre bidon à l'eau qui coule, on doit s'assurer que ce n'est pas quelqu'un, à cinquante mètres qui la pompe. Autrement : pénalisation. Pour boire, il faut pomper soi-même. Un jour viendra où l'on nous mettra du plomb dans les poches, parce que l'on trouvera que Dieu a fait l'homme trop léger. Si l'on continue sur cette pente, il n'y aura bientôt que des « clochards » et plus d'artistes. Le sport devient fou furieux.

 

- Oui, dit Ville, fou furieux

 

Un gosse s'approcha

 

- Qu'est-ce que tu veux, mon petit ? fait Henri.

 

- Alors, monsieur Pélissier, puisque vous n'en voulez plus, qui qui va gagner maintenant ?

 

Albert Londres.

 

À noter que le Café de la Gare à Coutances, lui, n’a pas survécu à sa légende et a été rasé en 1998.

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
5 août 2017 6 05 /08 /août /2017 06:00
L’agromafia en Italie : le trésor de la came rouge

Le procureur de Rome Giuseppe Pignatone, dans la préface d’un livre, estimait :

 

« Désormais, les organisations mafieuses cherchent à éviter les actes violents et éclatants, conscientes que ceux-ci alarment l’opinion publique et attirent l’attention de la police et de la magistrature. Mieux vaut recourir à la corruption, qui n’est pas en elle-même révélatrice d’une présence mafieuse mais qui, cependant, favorise le mélange entre le monde mafieux et ‘l’autre’ monde” »

 

Démonstration comme l’écrit le POINT :

 

Le marché de la sauce tomate et du concentré de tomates représente-t-il un nouvel eldorado pour les mafias du monde entier ?

 

« Dans son livre L'Empire de l'or rouge : enquête mondiale sur la tomate d'industrie, aux éditions Fayard, le journaliste du Parisien Jean-Baptiste Malet lève un coin du voile sur ce juteux commerce. Au terme d'une enquête de deux ans et demie tout autour du monde, le constat de l'auteur est clair : « La tomate d'industrie est un produit de marchandise de prédilection des mafias. »

 

Jean-Baptiste Malet, après avoir enquêté sur les pratiques d'Amazon, a notamment exploré l'Italie, grand fournisseur de tomates, mais aussi de sauces, concentrés ou tomates pelées. Dans son livre, il révèle qu'une grande partie des tomates qui sont utilisées dans ces sauces « fabriquées en Italie » proviennent d'autres pays. C'est l'assemblage seul qui est réalisé dans la péninsule et suffit à revendiquer une fabrication locale. Les tomates utilisées sont notamment originaires de Chine, 2e producteur mondial de tomates d'industrie. Des « hybrides, [qui] poussent sous la terre et ont la peau plus épaisse » et sont souvent ramassées par des enfants et des adolescents.

 

« Tomato business »

 

Mais même les tomates italiennes ne sont pas toutes blanches puisque Jean-Baptiste Malet relève que la « quasi-totalité des Africains, Bulgares et Roumains qui travaillent dans les récoltes, notamment dans la province de Foggia (Pouilles), ne sont pas déclarés ». Le « tomato business » et ses faux étiquetages bien moins sévèrement punis par la loi que le trafic de drogue permettent aux mafias de prospérer et de blanchir de l'argent, relève l'auteur. Il estime que leur chiffre d'affaires dans ce secteur est de « 15,4 milliards d'euros en 2014 ». « Il n'a jamais été aussi facile pour les entreprises criminelles de faire fructifier des capitaux sales. » Pour lui, « la criminalité dans l'agroalimentaire a pris une telle ampleur en Italie que les institutions la désignent sous le terme d'agromafia ».

 

 

 

Un livre à lire absolument pour comprendre la mondialisation et mesurer l’extrême difficulté pour la détricoter. Il confirme aussi le rôle pervers, des prix plus bas que bas de la Grande distribution, dans la paupérisation des producteurs agricoles.

 

Lire « Enquête mondiale sur la tomate d’industrie », révélations sur un produit phare

 

ICI 

 

Lire Comment la tomate d'industrie est devenue le symbole des dérives de la mondialisation

Par Eugénie Bastié

 

ICI 

 

 

« En Italie, la criminalité dans le secteur agro-alimentaire a pris une telle ampleur que les institutions de la Péninsule la désigne d’un néologisme : agromafia. Avec la saturation des activités « traditionnelles » des mafias et sous l’effet du ralentissement économique engendré par la crise de 2008, les affaires d’agromafia n’ont cessé de se multiplier depuis une dizaine d’années. La Direction nationale antimafia a estimé le chiffre d’affaires des activités mafieuses dabs l’agriculture italienne à 12,5 milliards d’euros pour l’année 2011, soit 5,6% du produit annuel de la criminalité en Italie. Un chiffre passé à 15,4 milliards d’euros en 2014. La même année, à titre de comparaison, le groupe Danone réalisait un chiffre d’affaires de 21,14 milliards d’euros.

 

Les boss sont désormais présents dans toutes les branches de l’agrobusiness italien. De la mozzarelle à la charcuterie, aucun produit typiquement italien n’échappe à l’influence des clans. La fluidité de la circulation des marchandises propre à la mondialisation, le prestige dont jouissent les produits « Made in Italy », les mutations structurelles propres à l’agrobusiness ont largement contribué à l’essor de l’agromafia. De la Commission parlementaire antimafia aux syndicats italiens, tous soulignent et s’inquiètent de l’influence croissante de la criminalité organisée dans l’industrie agro-alimentaire.

 

La logique est simple. Les capitaux accumulés résultant des activités criminelles sur des territoires contrôlés par la Camorra (Campanie), Cosa Nostra (Sicile), la ’Ndrangheta (Calabre) ou la sacra Corona Unita (Pouilles) ont besoin de débouchés dans l’économie « blanche », afin de circuler, d’atteindre de nouveaux territoires, de générer de nouveaux profits. Quoi de plus banal, pour recycler de l’argent sale, que de belles bouteilles d’huile d’olive ou de jolies boîtes de conserve de tomates « Made in Italy » ? Ces deux produits emblématiques sont devenus des marchandises de prédilection des mafias. Une fois les investissements réalisés et l’entreprise agro-mafieuse opérationnelle, la firme se connecte à l’économie « légale » : l’entreprise devient alors un acteur (presque) comme un autre du marché. Ses marchandises empruntent les canaux de l’économie mondialisée. L’entreprise agro-mafieuse se développe, elle investit comme toute entreprise, parfois elle rachète des marques prestigieuses. Elle s’allie à d’autres sociétés, ou peut compter sur des acteurs économiques connivents. Par exemple des pizzerias à l’apparence banale pour leurs clients, mais qui sont en réalité d’autres sociétés détenues par la même organisation criminelle ou liées à elle, et qui quel que soit le prix pratiqué, se fournissent en sauce tomate, en huile, en farine ou en mozzarelle auprès de l’industrie agro-mafieuse. In fine, de la pizzeria à la sandwicherie, des rayonnages de la grande distribution aux étals des marchés africains, les produits agro-mafieux parviennent jusqu’aux assiettes des consommateurs du monde entier. Selon un rapport réalisé par le principal syndicat de producteurs italiens, la Coldiretti, en collaboration avec le think tank Eurispes, cinq mille restaurants italiens seraient liés à des groupes mafieux.

 

Il fait bien longtemps que les mafias ne se contentent plus du simple trafic de drogue, du racket ou de l’usure. L’entrepreneuriat criminel italien maîtrise aujourd’hui les circuits de l’agro-alimentaire globalisé, produit des marchandises et approvisionne le marché global. Les risques courus par les criminels sévissant dans le secteur agro-alimentaire sont bien moins élevés que dans d’autres types de trafics, comme celui de la drogue par exemple. Pour la criminalité organisée, un faux étiquetage de conserves de tomates ou de bouteilles d’huile d’olive peut rapporter autant qu’un trafic de cocaïne. Mais, si le réseau tombe, les peines seront beaucoup moins lourdes. 

 

Le résultat ?

 

Lorsque les juges italiens antimafias confisquent des biens aux clans, 23 % sont des terres agricoles. Sur un total de 12 181 biens immobiliers confisqués aux mafias en 2013, la Coldiretti a souligné que 2 919 étaient des terres agricoles.

 

Dans un contexte économique où les produits alimentaire vendus cher dans les supermarchés ne profitent plus aux producteurs qui gagnent toujours moins d’argent sur leurs récoltes et où les intermédiaires gagnent toujours plus, il suffit aux membres des mafias italiennes de contrôler des secteurs clés d’une filière, comme ceux de la transformation et du conditionnement, pour pouvoir blanchir des capitaux considérables, à une cadence industrielle.

 

La grande distribution cherche des prix bas ?

 

Qu’à cela ne tienne ! Les clans, dissimulés derrière les façades d’entreprises parfaitement insérées dans le secteur, ayant les codes des industriels, peuvent lui en faire, et ils seront imbattables ! Il suffit à la criminalité organisée de sous-évaluer légèrement le prix de revient d’un produit pour blanchir (très) avantageusement de l’argent sale ; et tous les moyens lui sont permis pour atteindre ce prix idéal, qui permet de céder des volumes importants à un acheteur : exploiter une main-d’œuvre dans l’illégalité ou contrefaire le produit. Les marchés seront raflés et l’acteur mafieux pourra faire tourner ses usines pour générer de l’activité économique. En contrôlant les maillons clés de la production, en vendant des marchandises à des prix extrêmement bas, en trichant sur le droit du travail, la fiscalité, les étiquetages ou les appellations, les clans parviennent à brasser des millions d’euros… et certaines enseignes de la grande distribution finissent par proposer à leurs clients des prix fracassants. »

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
4 août 2017 5 04 /08 /août /2017 06:00
Ceci n’est pas 1 pin’s mais un poireau sur canapé !

Alors que ceci est 1 pin’s très rare d’un Ministre de l’Agriculture qui présida, comme tous ses prédécesseurs le Conseil de l’ordre ministériel du Mérite agricole créé le 7 juillet 1883 par Jules Méline pour récompenser les services rendus à l'agriculture.

 

 

 

Ce pin’s donc s’inspire de la caricature de Michel Rocard dans le Bébête-show diffusé d'octobre 1982 à septembre 1995 sur TF1. Il fut tiré, en très peu d’exemplaires, pour les membres de CABAROC, association des anciens du cabinet Michel Rocard.

 

À l’époque les pin’s faisaient fureur, mais d’où venaient cette version moderne des « épinglettes » ?

 

Le mot «pin’s» vient de l’anglais : «pin», qui signifie «épingle»

 

L’épinglette existait chez les militaires avant de servir de support publicitaire.

 

C’est Europe N°1 qui, la première, tenta le pin’s  en 1956 mais sans avoir beaucoup de succès car leur faible nombre ne permit pas une large diffusion.

 

C’est en 1987 que, lors du tournoi de Roland Garros, des pin’s créés par la maison Arthus-Bertrand spécialiste de médailles, lancèrent la vague.

 

 

Tout le monde s’y mis, les marques, les vedettes, les émissions de télé, les associations, les partis politiques, etc. les pin’s apparurent alors soudainement, en masse, dans la vie quotidienne. Facile à épingler, un simple pic traversant le tissu se bloquant par un « papillon ».

 

L’apogée du phénomène « pin’s » se situe au début des années  1990. 

 

L’un des pin’s le plus populaire fut le nœud rouge de la lutte contre le SIDA .

 

 

 

Les incroyables trésors de l'histoire : les pin's érotiques du Moyen Âge

 

Une broche constituée de trois phallus portant en triomphe une vulve est exposée au musée de Cluny, dans le 5e arrondissement de Paris.

 

« Une minuscule broche représentant trois pénis dressés portant en triomphe une vulve bien ouverte. Horreur et damnation ! Christine Boutin, au secours ! Juste à côté, voilà encore un phallus ailé. Datant du XIVe siècle, ces enseignes - comme on disait à l'époque - sont réalisées en plomb et en étain. Étaient-elles vendues comme souvenir ou distribuées dans les bordels médiévaux ? Nul ne le sait vraiment. »

 

 

 

Lire la suite ICI 

 

L’ordre ministériel du Mérite agricole a été créé le 7 juillet 1883 par le ministre Jules Méline pour récompenser les services rendus à l'agriculture.

 

Il relève du ministre chargé de l'agriculture, celui-ci décidant souverainement des nominations après avoir pris connaissance des avis émis par le Conseil de l’ordre du mérite agricole.

 

Après les deux ordres nationaux (l’ordre de la Légion d’honneur et l’ordre national du Mérite), il est un des quatre ordres ministériels - avec l’ordre des Palmes académiques (fondé en 1808), l’ordre du Mérite maritime (fondé en 1930) et l'ordre des Arts et des Lettres (fondé en 1957) - a avoir été maintenu après la création, en 1963, par le Général de Gaulle, de l’Ordre National du Mérite réunissant la plupart des ordres ministériel.

 

Les conditions d’attribution, définies par décret (N°59-729 du 15 juin 1959), énoncent que « cet ordre est destiné à récompenser les femmes et les hommes ayant rendu des services marquants à l'agriculture. »

 

L’ordre comprend trois grades (chevalier, officier et commandeur). Pour être admis dans l'ordre, il faut être âgé de trente ans au moins, jouir de ses droits civils, et justifier de quinze ans de services réels rendus à l'agriculture :

 

 

  • soit dans les activités mentionnées à l'article L.311-1 du code rural et de la pêche maritime ou dans les services, industries et autres activités qui s'y rattachent, notamment de la filière agroalimentaire, la gastronomie, ou la filière forêt-bois ;

 

  • soit dans des fonctions publiques ;

 

  • soit par des travaux scientifiques, des publications agricoles, ou toute activité mettant en valeur le monde agricole.

 

Les nominations et promotions ont lieu chaque année en janvier et en juillet.

 

Le contingent annuel attribué aux différents grades est fixé à 60 commandeurs, 600 officiers et 2400 chevaliers.

 

Pour être promu officier, il faut justifier de 5 ans au moins dans le grade de chevalier et de cinq ans au moins dans le grade d'officier pour être promu commandeur. Il peut toutefois, être dérogé aux conditions d'âge et d'ancienneté de services en faveur des candidats qui justifient de titres exceptionnels.

 

Le conseil de l’ordre du Mérite agricole

 

Ce conseil se réunit en juin et en juillet ; il compte 17 membres : le ministre chargé de l'agriculture et son directeur de cabinet, le vice-président du CGAAER, quatre directeurs d'administration centrale et le secrétaire général, huit personnalités ayant le grade de commandeur choisies par le ministre (nommées pour trois ans) et un représentant du Conseil de l'ordre de la Légion d'honneur.

 

Le conseil de l’ordre étudie les candidatures proposées pour la grade de commandeur, collectées et instruites au préalable par le bureau du cabinet du ministre (vérification de l’état civil, du casier judiciaire et des mérites du candidat). Le conseil de l’ordre établit ensuite la liste des candidats qu’il estime être digne d’être distingués. Chaque promotion fait l’objet d’un arrêté ministériel qui est ensuite publié au Bulletin officiel des décorations, médailles et récompenses.

 

Histoire : de la légion d'honneur agricole au «poireau»

 

Le ministère de l'agriculture ne s'est émancipé que depuis 2 ans (il était auparavant sous la tutelle du Commerce), lorsque Jules Méline, troisième ministre de l'agriculture de plein exercice, décide de créer l'ordre du Mérite Agricole le 7 juillet 1883.

 

« La population agricole est considérable : plus de dix-huit millions de français vivent de cette industrie (...) et contribuent puissamment par leur travail au développement de la richesse publique » et il note que « dans cet immense personnel d'agriculteurs, d'agronomes, de professeurs, de savants, le labeur est incessant, les dévouements nombreux et les récompenses rares ».

 

Impossible dès lors de récompenser ces mérites par le contingent très modeste de Légion d'honneur mis à sa disposition. Le grade de chevalier est d'abord créé puis celui d'officier (1887) par François Barbe et enfin celui de commandeur par Jean Dupuy en 1900.

 

Dans l'esprit de son fondateur le Mérite agricole devait avoir la même valeur que la Légion d'honneur et devait être une Légion d'honneur agricole. Cette même inspiration l'avait conduit à retenir primitivement pour l'insigne des caractéristiques analogues à celles de la croix de la Légion d'honneur. Le modèle de l'insigne n'a pas été retenu mais les deux liserés rouges qui bordent le ruban moiré vert symbolisent la prestigieuse institution de l'ordre national de la Légion d'honneur.

 

Le modèle original de la croix du Mérite agricole est dû à M. Lemoine fils, joaillier-bijoutier de la Légion d'honneur. Aujourd'hui le modèle officiel est frappé par l'Administration des monnaies et médailles.

 

Les parlementaires de l'opposition, le grand public mais surtout les journalistes cherchèrent à tourner en dérision la nouvelle décoration des champs et lui infligèrent le sobriquet de « poireau » qui, lui restera. Ce nom lui a été donnée par analogie à l'insigne qui représente une étoile émaillée de blanc appendue à un ruban donc la plus grande partie est verte et à la plante potagère qui a un bulbe blanc surmonté d'un panache vert. Aujourd'hui, l'expression « avoir le poireau » symbolise le caractère populaire de la décoration du Mérite agricole.

 

On compte parmi les récipiendaires, de célèbres chercheurs comme Louis Pasteur et quelques artistes comme Jean Rochefort, Isabelle Mergault et récemment Karine Lemarchand.

 

Sources Robert Stroppiana, extraits de la conférence faite au ministère de l'agriculture "Histoire de l'Ordre du Mérite agricole" à l'occasion de la célébration du centenaire de la création du grade de commandeur de l'ordre du Mérite agricole"

 

Paris le 2 juin 2000.

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
3 août 2017 4 03 /08 /août /2017 06:00
De grâce Macron épargnez-nous une grande loi agricole d’orientation, de modernisation, d’avenir ou de je ne sais quoi !

C’est le syndrome Pisani qui, avec sa loi d’orientation de 1960 suivi de lois complémentaires : 

ICI 

 

tout ministre de l’Agriculture rêve d’accoler son nom à une grande LOI. C’est plus gratifiant pour la postérité que d’avoir son portrait affiché dans la galerie Sully.

 

Signalons tout de même aux gens de gôche, qui révèrent le grand Edgar Pisani parce que celui-ci, à la fin de sa vie, est devenu le chantre d’une autre agriculture, que ces grandes lois ont ouvert grands les portes de l’agriculture productiviste, cette Révolution silencieuse chère à Michel Debatisse, qui a bouté hors des campagnes des bras en surplus.

 

Emmanuel Macron a recadré ses ministres lors du conseil des ministres du 12 juillet sur les notes que ces derniers lui font parvenir :

 

C’est du pipi de chat, ce qui me remonte actuellement de certaines de vos notes.

 

Et le Président de poursuivre, prévenant qu’en suivant un tel chemin, certains des membres du gouvernement allaient "disparaître" dans les six mois :

 

Ne vous laissez pas enfermer dans le confort des documents rédigés par vos administrations. Certes, cela peut vous paraître sympathique et confortable de vous placer entre leurs mains. Mais vous verrez, dans six mois, si vous continuez, vous aurez disparu.

 

Un bon coup de pression présidentiel pour remotiver les troupes ou tout du moins les garder sous tension alors qu’une partie du gouvernement est issu de la société civile et n’a pas l’expérience politique pour s’imposer face aux administrations centrales.

 

En vieux routier du marigot des administrations centrales je me marre grave, mais le phénomène n'est pas nouveau, pour preuve :

 

Dernier souvenir en date au 78 rue de Varenne, dans l’ex-grande salle jaune, l’arrivée flamboyante du grand Stéphane Le Foll tout juste nommé Ministre de plein exercice. S’adressant à la fine fleur de sa maison, le Conseil Général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, dit en langage codé le gagatorium, dont j’étais une branche rapportée. 

 

Comme tous les cancres je m’étais blotti tout au fond de la salle. « Tout feu tout flamme » notre Stéphane de la Sarthe, déclara qu’il voulait sa grande loi pour graver dans la glaise les nouvelles orientations agricoles et agro-alimentaire du nouveau Président normal. Sauf que, tout à la fin, sans sourciller, le big boss nous réclama de plancher sur les grandes orientations de sa grande LOI.

 

Mon sang ne fit qu’un tour mais prenant sur moi je décidai de fermer ma gueule pour ne pas décoiffer Stéphane. Hélas, s’ensuivit la litanie des « oui monsieur le Ministre nous sommes prêt à éclairer votre chemin… » débouchant sur tous les nanars poussiéreux que mes collègues gardaient au chaud dans leurs dossiers.

 

C’est la spécialité de tous les Ministères de la République, le fameux musée des horreurs, cher à Christian Eckert. « Liste de mesures généralement refusées par les prédécesseurs et qu'elle essaye de replacer ».

 

Y’avait les très à gauche contrôleurs forcenés des structures, les très à droite libérateurs des entraves de la PAC, les très centristes très majoritaires vendeurs de mesures molles, ni chèvre, ni chou.

 

Je laissai se disperser les volutes d’encens avant de me lever en levant la main droite et en saisissant le micro de la gauche. Même si j’étais assez loin je vis passer dans le regard de Stéphane comme un voile d’appréhension. Il me connaît si bien qu’il sentait que j’allais casser l’ambiance.

 

Ce que je fis en peu de mots « Monsieur le Ministre, à mon grand regret, je n’en serai pas, je ne participerai pas à la réflexion sur les grandes orientations de votre loi. Ce n’est pas notre job mais le vôtre. Désolé, cher Stéphane, mais tu vas recueillir tous les regatons de cette maison »

 

Stéphane enregistra sans commenter, mes chers collègues se dirent que moi seul je pouvais me permettre vu mon grade d’ex-Directeur de cabinet du Ministre, alors qu’eux devaient courber l’échine, le directeur de cabinet de Stéphane se contenta de sourire, je ne risquais pas de contaminer le troupeau.

 

Je m’en retournai donc à mes quotas laitiers et la Loi d’avenir fut accouchée sans moi. J’avoue ne pas savoir ce qu’elle contient mais ce que je sais c’est que la nouvelle orientation de notre agriculture, elle, n’a pas été actée et préparée. On s’est contenté de cosmétique.

 

Vous allez me dire que c’est facile de critiquer sauf que, j’ai passé beaucoup trop de temps à m’échiner, à prêcher dans le désert, et qu’étant sur une voie de garage ce que j’écris nos nouveaux gouvernants n’en ont rien à péter.

 

Je l’écris tout de même au vue de l’ouverture des Etats généraux de l’alimentation qu’a séchée Macron.

 

Je ne crois pas aux vertus de ces grandes messes, et là j’y crois encore moins car il n’y a pas de pilote dans l’avion.  Le nouveau Ministre de l’Agriculture est un second couteau, le Premier Ministre n’est pas très vaches, cochons, couvées et le bel Emmanuel est à 100 lieux des préoccupations des gens de la terre.

 

Bref, lorsque je lis que Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, pointant du doigt la baisse constante du nombre d’agriculteurs, réclame une grande LOI, «Il faut une grande loi sur le droit au revenu des paysans. Il faut aussi donner des éléments de réflexion pour négocier la prochaine politique agricole commune, afin que les paysans puissent produire en fonction de la demande des consommateurs », je me dis que tout cela débouchera sur de l’eau de boudin, de l’eau tiède.

 

Soit une bonne cogestion avec la FNSEA  de Christiane Lambert, formatée dans le moule d’un complexe tenu en laisse par les grandes entreprises agro-alimentaire, essoré par les pratiques des prix bas de la GD, pour mettre des rustines au gré des crises. Virer de bord n’est pas simple, ça ne se fera pas d’un claquement de doigts, ni du fait d’une grande loi, mais par la reconstruction d’une économie de création valeur ajoutée loin du minerai cher à ceux précédemment cité.

 

La vraie modernité, la vraie innovation, sont dans ce choix prioritaire de la valeur, qui n’a rien de passéiste, bien au contraire il permettrait de renforcer nos points forts loin des illusions du quintal de plus, de l’hectolitre de plus… exportables… Que cette agriculture continua d’exister, pourquoi pas, mais elle se devra de faire le bilan des fondements de sa compétitivité.

 

Mais, et j’en resterai là, ce choix de la valeur a un corollaire indispensable : que les consommateurs prennent eux aussi le grand virage d’un budget alimentaire privilégiant les circuits courts, le brut cuisinable au détriment du tout préparé, la rémunération des bonnes pratiques environnementales, une forme de commerce équitable… Ni petisme, ni gigantisme, des structures adaptées à une nouvelle forme de consommation. Et ce modèle est exportable et profitable dans le grand barnum de la mondialisation.

 

Et qu’on ne vienne pas me dire que je suis un doux rêveur, un écolo en manque, un vieux bobo à gros revenus, l’observation des évolutions récentes, de la GD, de la consommation, sont des indicateurs fiables des tendances à moyen terme…

 

Ne rien faire, attendre le mur, est un sport national que nous pratiquons depuis des décennies et ce n’est pas la potion de Macron pour l’agriculture et l’agro-alimentaire qui tirera le secteur de l’immobilisme.

 

Comme je suis bon camarade, et que je pense, n’en déplaise à ses supporters, que ce n’est pas non plus la contribution de Périco Légasse : «La malbouffe ? L'humanité en crève !» publiée dans le Figaro du 23/07/2017 qui fera avancer la réflexion.

 

Tonitruer n’est pas ma tasse de thé mais moi je n’ai rien à vendre alors que le couple infernal Légasse-Polony fait des ménages dans les fêtes locales pour le Pouilly-Fumé ICI  

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
2 août 2017 3 02 /08 /août /2017 06:00
J’adore les commentaires « fou dingue » du Fooding mais qui parle du Bordeaux bashing ?

J’adore, je me délecte, je savoure, je jouis, j’atteins le 7e ciel, après avoir découvert ce papier du fooding sur la page d’un ami vigneron de Bordeaux Didier Godelu qui l’avait lui-même découvert sur le Bon Coin.

 

 

 

C’est beau comme un flirt avec les annonceurs bordelais : voir pub sur le site colonisé par le CIVB..

 

Y’a d’la gnaque dans ces commentaires, le style gicle comme du ketchup en tube, le vocabulaire attesté fooding, genre hipster avec tatouage sur biscotos, s’épand, se répand, lèche dans le sens des poils, pas ceux des vins nus bien sûr, les petites louves et les petits loups qui adorent licher des vins qui puent.

 

Ça sent le nouveau style RVF en chasse de lecteurs infidèles.

 

  • Un biodynamique Blanc Bonhomme 2015 en AOC Blaye-Côtes de Bordeaux du Château Peybonhomme-Les-Tours :

 

« Un blanc atypique en deux temps, d’abord acidulé comme une granny pleine de jus, puis rond comme une bille de miel, élaboré dans un esprit nature en pure résonance avec la cuisine viscérale du chef… »

 

  • Une AOC Bordeaux Blanc sec 2014 du Château Vilatte :

 

« C’est un blanc solaire, élégant, à dominante muscadelle, élevé dans l’acacia plus que dans le chêne, assez dense pour ne pas rougir face au rouget, assez floral pour sortir ses pétales et flirter avec la cuisine de haute saison de Christophe… »

 

  • Une AOC Bordeaux Rosé M de Mangot 2015 du Château Mangot

 

« Il s’agit d’un rosé pétulant, d’une grande pureté, qui danse presque en bouche, résume la jeune sommelière des lieux, Jessica Bourdin. Une belle option pour un pairing au plus près de la nature ! »

 

  • L’AOC Graves Blanc 2015 du Château du Mayne

 

« Un blanc citronné, pêchu, dont les agrumes prolongent et subliment la finesse du poisson, une élégance naturelle qui épouse les formes surnaturelles de la cuisine du chef… »

 

  • Une AOC Entre-Deux-Mers Haut-Bénauge Tucaou 2015 du Château Ferran :

 

« C’est un vin vivant et séducteur aux jolies notes de pêche et de fleurs, qui se maque les yeux fermés sur le bar sauvage et s’apprécie frais comme un gardon à l’apéro. »

 

Lire LES MEILLEURS CHEFS ET VIGNERONS NATURISTES

 

La recherche du meilleur... ICI 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 06:00
Photo : D.R.

Photo : D.R.

C’était au tout premier temps de mon blog, dans mon cagibi je ne reculais devant rien, je questionnais qui voulait bien me répondre : ça s’intitulait 3 Questions à

 

Le 27 juin 2008 ce fut 3 Questions à Alain Juppé, maire de Bordeaux fête le vin

 

J’écrivais pour présenter cette chronique :

 

Alain Juppé ne le sait pas mais si j'ai ouvert un blog, voici bientôt trois ans, c'est un peu grâce à lui * qui venait de se lancer dans cette aventure. Mes amis bordelais, connaissant mon goût pour les défis, Jean-Louis tout particulièrement, m'avaient gentiment charrié en me disant « et pourquoi pas toi... »

 

En effet, Alain Juppé avait créé un blog qui existe toujours.

 

Alain Juppé a connu une période difficile entre la fin des années 90 et le milieu des années 2000. Impliqué dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, l'ancien premier ministre a été condamné en 2004. Un épisode judiciaire démarré en 1998, année du décès de son père, et achevé la semaine de la perte de sa mère. C'est à la suite de ces événements que celui qui était déjà maire de Bordeaux quitte ses fonctions et s'exile un an au Canada.

 

« J'ai d'abord pensé aux États-Unis, a-t-il expliqué lors de son passage à Une ambition intime, ce dimanche 6 novembre. On m'a fait une proposition et j'ai donné des cours à l'École nationale d'administration publique ». Une période de « liberté » qu'Alain Juppé a finalement apprécié. »"Un jour, je me suis arrêté dans un fast-food. Il n'y avait personne. Et c'est là, en mangeant mon hamburger tout seul, que je me suis dit : « Mais qu'est-ce que tu fous là !? », s'est-il souvenu. Une interrogation qui l'a mené à se rendre compte qu'il appréciait d'être « libre comme l'air, dans l'anonymat ».

 

Cette interview se fit par l’intermédiaire de Stéphan Delaux.

 

Deux déceptions : l’une de forme, la photo du maire avec un verre à la main, promesse initiale, tomba aux oubliettes sans doute effet collatéral de la loi Evin ; l’autre sur le fond : notre Alain ne se mouillait pas trop, si je puis l’écrire, ses réponses prudentes frisaient la modération.

 

 

1ière Question :

 

Philippe Jullian, né à Bordeaux, écrit que c’est « la seule ville de province qui ait l’allure d’une capitale ». Vous en êtes le maire et, dit sans flagornerie, vous avez restauré sa splendeur. Mais pour nous, gens du vin, Bordeaux c’est aussi le vignoble, ses châteaux prestigieux et ses appellations mythiques. En ayant eu l’initiative d’accueillir le vin dans votre ville avec « Bordeaux fête le vin » que recherchez-vous monsieur le Maire ?

 

Réponse d’Alain Juppé :

 

En tant que maire de Bordeaux, même s’il n’y a que quelques rangs de vigne sur la commune, comment pourrais-je ne pas être porteur d’une responsabilité particulière vis-à-vis du monde du vin ? J’ai souhaité créer Bordeaux fête le vin  il y a dix ans et cela a été un succès immédiat car la fête répond à deux besoins : l’envie des Bordelais de faire la fête ensemble et la création d’une vitrine populaire de notre produit-phare. Tous les deux ans, début juillet, ce sont donc des centaines de milliers de personnes – 350 000 lors de l’édition 2006 – qui, pendant 4 jours, viennent partager ce plaisir de déguster et d’échanger autour d’un verre de vin. Un rendez-vous qui sait rester au niveau du vin de Bordeaux. C’est une manifestation qui nous permet de valoriser la diversité et la qualité de nos productions. Elle est aussi un vecteur d’attraction touristique, tant pour la ville elle-même que pour les vignobles qui l’entourent car on apprécie encore davantage le vin lorsqu’on connaît bien son terroir. 

 

La suite ICI

 

Et puis 10 ans après le 19/07/17 répondant à Catherine Deydier pour le Figaro Vin, Alain se lâche et s’affiche :

 

Alain Juppé : « Des stratégies de conquête pour s'internationaliser »

 

LE FIGARO. - Le vin est-il un des axes majeurs du "soft power" à la française ?

 

Alain JUPPÉ. - Incontestablement, si l'on considère la place de la France sur le marché mondial, tant en production qu'en exportation. Le vin français est depuis toujours considéré comme un produit de grande qualité, oserais-je dire "haut de gamme". Mais le vin n'est pas seulement un élément de notre balance commerciale. C'est aussi une culture, un savoir-faire qui concourent au rayonnement de notre pays.

 

 

  • À Bordeaux, près de deux cents domaines sont des marques mondialement connues et autant d'entreprises qui gagnent très bien leur vie. Mais il y a aussi de nombreux domaines qui ont du mal à trouver l'équilibre financier. Comment trouver une dynamique qui profiterait à tous ?

 

C'est le rôle des organisations professionnelles, principalement du CIVB (Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux) qui veille à défendre toutes les composantes de la filière. Cela vient d'être malheureusement illustré lors de l'aléa climatique que le vignoble a subi il y a quelques semaines. Touchées par le gel, certaines propriétés ont subi des dégâts importants et leur production 2017 s'en trouve menacée. De telles situations peuvent être catastrophiques pour la survie des petites propriétés, sachant que plus de 15 % d'entre elles, pour des raisons de coût, ne sont pas assurées.

 

 

  • Bordeaux rayonne depuis longtemps dans le monde du vin. Toutefois, nul ne peut ignorer la montée en puissance d'autres vignobles, en Amérique du Sud, en Amérique du Nord, en Afrique du Sud, en Australie, sans parler de la Chine. Dans ce contexte, quelle est la meilleure stratégie à aborder pour la ville ?

 

Le marché du vin s'internationalise, les productions se diversifient et les modes de consommation ont évolué en raison, précisément, des différences de culture de nouvelles clientèles. Nous avons la chance, à Bordeaux, d'avoir une antériorité sur les marchés et une notoriété "historique". Les professionnels ont bien conscience de cela et ont anticipé en mettant en place des stratégies de conquête de marchés. Pour notre part, nous faisons en sorte de soutenir ces actions dans le cadre d'événements tels que Vinexpo, et Bordeaux fête le vin qui, depuis sa création sur les quais il y a vingt ans, s'exporte au-delà de nos frontières, assurant la promotion de nos vignerons à Québec, Bruxelles et Hongkong dans le cadre du Wine & Dine Festival.

 

La suite ICI 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 06:00
« L’existence même de Fauchon est un scandale ! » lançait Sartre au micro de RTL, en mai 1970.

Mais que font les insoumis du Jean-Luc ?

 

Ils se font chier sous les ors du Palais Bourbon pendant que Garrido bosse pour l’oligarque breton, Bolloré.

 

Allons, allons, camarade Ruffin après Merci Patron refais-nous le coup de Fauchon !

 

C’était en mai 70, deux ans après…

 

C’était après que le grand Charles nous eut quitté pour retourner à Colombey.

 

C’était un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître, la nuit des temps !

 

C’était après l’attaque de Fauchon par un commando d’une cinquantaine de gus, armés de barre de fer, dirigé par un responsable de la Gauche Prolétarienne répondant au pseudo suggestif de Tarzan. Du pur Sartre, ce cher Jean-Paul, toujours aussi faux-cul, adorait les bons restaurants bourgeois et déjeunait tous les jours à la Coupole. Pierre Overney, qui sera assassiné par le gros bras du service de sécurité de la Régie Renault Tramoni aux portes de l’île Seguin, y participait.

 

Antoine de Gaudemar, futur complice de Serge July à Libération faisait le guet. Le 8 mai 1970 le commando va rafler champagne, caviar, truffes, saumon, marrons glacés tenant le personnel en respect sous la menace de leurs barres de fer puis tous s’enfuir par le métro, sauf Frédérique Delange, fille de haut-fonctionnaire, qui se fit rattraper par « un cuistot à toque et tablier blanc qui, armé d’une broche à gigot, les avait pris en chasse ».

 

Le 19 mai, la 24e cour correctionnelle de Paris la condamnait à 13 mois de prison ferme. En ce temps-là la justice était rapide et l’on ne badinait pas avec l’atteinte au « symbole de l’arrogance du fric ». Les « vivres » seront distribués dans les quartiers populaires par les militants de la GP.

 

La presse « bourgeoise de gauche », Le Nouvel Observateur et L’Express (celui de JJSS et de Françoise Giroud) prit fait et cause pour ces nouveaux « Robin des Bois ». À Jacques Foccart, l’homme du SAC, qui s’inquiète auprès de lui « l’opinion publique semble considérer avec indulgence l’histoire Fauchon. » le président Pompidou répond : « Pour Fauchon, c’est vrai, mais qui puis-je ? Même mon fils, ma belle-fille et une cousine avec qui j’en ai parlé trouvent ça sympathique et j’ai dû les rabrouer pour leur faire sentir que cette affaire était ridicule ».

 

Dans la Cause du Peuple les normaliens, un peu fâchés avec les tables de multiplication, s’en donnent à cœur joie « Nous ne sommes pas des voleurs, nous sommes des maoïstes. Salaire moyen d’un OS : 3,50 francs de l’heure. Un kilo de foie gras : 200 francs soit soixante heures de travail. Un kilo de cake : 18,50 francs, soit 6 heures de travail. Un kilo de marrons glacés : 49 francs, soit 8 heures de travail. Alors, qui sont les voleurs ? »

 

Par bonheur, notre champagne fut épargné mais notre bel Olivier de la Poste, que presque tout le monde a oublié, pourrait, en ces temps où le libéralisme pur et dur renaît dit-on sous Macron, s’y essayer car c’est tout à fait dans ses cordes.

 

 « Si vous voulez manger en hiver des fraises du Japon(sic), allez chez Fauchon ; si vous voulez douze prunes pour 80 francs, allez chez Fauchon ; si vous habitez l’Elysée et que vous voulez remplir votre Rolls Royce de victuailles, allez encore chez Fauchon ; si vous vous appelez Kossyguine et que vous voulez commander quarante bouteilles millésimées à l’année de votre naissance, allez toujours chez Fauchon… »

 

Bien sûr faudrait traduire tout ça en euros, remplacer Kossyguine par Poutine, tout comme les 40 bouteilles millésimées par le seul GCC béni de Dieu : le dig, ding, dong d’Hubert (avec un H !), mettre la Rolls au garage car elle devenue  trop cheap avec tous les nouveaux riches, pour ce qui est des fraises en hiver c’est d’une telle banalité qu’il vaudrait mieux plus en parler, quant aux prunes je laisse à Lio le soin de les chanter…

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 10:35
 REUTERS/Sergio Morae

REUTERS/Sergio Morae

L’actualité m’emmerde, la dictature des réseaux sociaux transforment le moindre pet de travers en affaire d’État, l’instantanéité règne en maître, sur twitter c’est la course à l’échalote entre ceux qui se disent journalistes alors qu’ils ne sont plus que de minables commentateurs. Overdose ! Je décide sur l’heure le repli en bon ordre sur une base arrière préparée à l’avance.

 

Je range mon bureau.

 

Je trie.

 

Je me prépare à une nouvelle vie.

 

Dans mon fatras de ligne je retrouve ces textes :

 

De Malaparte j’avais lu de lui Technique du coup d’Etat publié en français en 1931 par Grasset qui m’avait intéressé car il était à cheval entre plusieurs genres, l’histoire, le pamphlet, la narration et la psychologie des masses de Gustave Le Bon et Gorges Sorel. Touffu et ambitieux il n’était pas à la hauteur du Prince de Machiavel mais il ma captiva.

 

Bon titre, accrocheur, style alerte, formules-choc, analyse lucide, il avait tout pour plaire à un apprenti révolutionnaire. Ne disait-on pas qu’il  fut le livre de chevet de Che Guevara et de sa femme ou que le coup d’Etat des colonels grecs en 1967 s’en était inspiré. « L’erreur des démocraties parlementaires, c’est leur excessive confiance dans les conquêtes de la liberté, alors que rien n’est plus fragile dans l’Europe moderne. »

 

Ce livre restait très moderne car il  dressait un tableau très actuel du parcours qui conduit, « l’homme nouveau », à s’emparer du  pouvoir. Peu importait qu’il soit de gauche comme Trotski ou Staline ou de droite comme Primo de Rivera ou le polonais Pilsudski ou Mussolini. Malaparte reprend la leçon de « l’intelligent » Lénine qui sait que l’idéologie est moins importante que la  réalisation efficace d’un coup d’Etat. Le Tout-Paris s’arracha le livre et Trotsky  lui fit l’honneur de l’attaquer de plein fouet dans un discours à Copenhague le 7 novembre 1932 à l’occasion du quinzième anniversaire de la révolution d’Octobre.

 

« L’écrivain italien Malaparte, quelque chose comme un  théoricien fasciste, a récemment lancé un livre sur la technique du coup d’Etat. L’auteur consacre bien entendu des pages non négligeables de son « investigation » à la révolution d’Octobre. À la différence de la « stratégie » de Lénine, qui reste liée aux rapports sociaux et politiques de la Russie de 1917, « la tactique de Trotski n’est – selon les termes de Malaparte – au contraire nullement liée aux conditions générales du pays ». Telle est l’idée principale de l’ouvrage ! L’auteur oblige Lénine et Trotski à conduire de nombreux dialogues dans lesquels les interlocuteurs font tous deux montre d’aussi peu de profondeur d’esprit que la nature en a mis à la disposition de Malaparte. Il est difficile de croire qu’un tel livre soit traduit en diverses langues et accueilli sérieusement (…) Le dialogue entre Lénine et Trotski présenté par l’écrivain fasciste est dans l’esprit comme dans la forme une invention inepte du commencement jusqu’à la fin. » On peut comprendre l’ire du père Léon, qui jouait alors toutes ses cartes contre Joseph Staline pour capter l’héritage du grand Vladimir Ilitch, d’être présenté comme un usurpateur alors qu’il se voulait le disciple le plus fidèle de Lénine. Malaparte, bien longtemps après l’assassinat par de Léon Davidovitch par Ramon Mercader au Mexique, taillera au révolutionnaire russe une fulminante nécrologie qui se terminait au vitriol « On peut dire de lui ce qu’on peut dire de tant d’autres hommes d’action : c’était un écrivain raté. »

 

Je me plongeais dans Kaputt pour ne pas en ressortir. La douce chaleur de Claire, le poids de sa tête sur mon épaule, le rythme de son cœur, ses pieds glacés, me tenait lieu de cordon ombilical. Ce livre est une sorte de voyage au bout de la nuit échevelé, où l’on passe, au cours d’un long périple au travers l’Europe Centrale, de la réalité à l’allégorie, sans que l’on puisse vraiment démêler le vrai du faux, d’ailleurs comme le dit dans la Peau le colonel américain Jack Hamilton « qu’importe si ce que Malaparte raconte est vrai ou faux. Ce qui importe c’est la façon dont il raconte. », où la barbarie est omniprésente, répétitive, banalisée. L’extermination totalitaire est avant tout  une opération culturelle, ce sont les intellectuels qui ont préparé l’œuvre des bâtisseurs de camps, des gardiens et des exterminateurs.

 

Lorsque Malaparte visite le ghetto de Varsovie et qu’il croise deux jeune filles qui se battent pour le gain d’une pomme de terre et que l’une d’elle s’enfuie avec son petit butin laissant l’autre « les yeux remplis de faim, de pudeur et de honte ». Elle lui sourit. Gêné il lui offre de l’argent qu’elle refuse en souriant. Malaparte fouille dans ses poches, trouve un cigare et lui tend : « la jeune fille me regarda d’un air hésitant, rougit et prit le cigare : mais je compris qu’elle ne l’avait accepté que pour me faire plaisir. Elle ne dit rien, elle ne me remercia même pas : elle s’éloigna sans se retourner, lentement, son cigare dans la main. De temps en temps, elle l’approchait de son visage pour en respirer l’odeur, comme si je lui avais donné une fleur. »

 

En lisant le tableau de Hans Franck le nouveau roi de Pologne, car chez Malaparte ce sont des tableaux qui se succèdent, ce tueur cultivé et raffiné, bon père de cinq enfants, bon catholique de Franconie, ancien boursier à l’Université de Rome, féru de la Renaissance, bon juriste, bourreau au visage bien rasé avec ses petits mains blanches où l’on ne retrouve aucune trace du sang de ses victimes, ces mains qui vont effleurer les touches de son piano sur lequel il vient d’interpréter, avant l’arrivée de ses invités,  Prélude de Chopin, œuvre interdite comme toutes les œuvres musicales exaltant le sentiment national polonais, je pense à ce passage que j’avais lu dans les décombres du sinistre Lucien Rebatet « Je ne verrais aucun inconvénient, pour ma part, à  ce qu’un grand virtuose musical du ghetto fût autorisé à venir jouer parmi les Aryens pour leur divertissement, comme les esclaves exotiques dans la vieille Rome. » Mais attention : « Si  ce devait être le prétexte d’un empiètement, si minime fut-il, de cette abominable espèce sur nous, je fracasserais moi-même le premier des disques de Chopin et de Mozart par les merveilleux Horowitz et Menuhin. » Et Malaparte d’écrire « l’extrême complexité de sa nature… il parle de Franck… singulier mélange d’intelligence cruelle, de finesse et de vulgarité, de cynisme brutal et de sensibilité raffinée. Il y avait certainement en lui une zone obscure et profonde que je ne parvenais pas à explorer… un inaccessible enfer d’où montait de temps en temps quelque lueur fumeuse et fugace… »

 

L’Italie de mes années post 68 m’a fasciné.

 

Erri De Luca, ancien dirigeant du très musclé service d’ordre de Lotta Continua à Rome, appelle la période dans laquelle je me plongeai avec réticence et incompréhension : un « Mai long de dix ans », ce que d’autres appelleront une « guerre civile de basse intensité ».

 

En France, et même en Italie, le mouvement armé sera minimisé et surtout sa base populaire minorée alors que le Ministère de l’Intérieur italien, non soupçonnable de gonfler les chiffres, bien que sait-on jamais, estimait à plus de 100 000 les personnes susceptibles de fournir une base arrière, de la logistique aux groupuscules armées. Ça n’est pas rien, c’est même relativement important que ce soutien de la population qui tranche nettement avec le faible enracinement de Rote Armee Fraction en RFA et bien plus encore en France de la GP et de sa dérive armée : Action Directe.

 

Ici, en Italie, ce conflit, cette guerre civile larvée a fait plusieurs centaines de morts, près de 5000 personnes furent condamnées pour leur appartenance à des groupes d’extrême-gauche et plus de 10 000 furent au moins une fois interpellées. Période complexe, particulièrement troublée, pleine de rumeurs, d’épisodes mystérieux jamais élucidés, des tentatives de complots manipulés par des services étrangers ou le crime organisé, qui a fait l’objet de relectures à posteriori, de reconstruction tendancieuse, erronées, ce que l’on dénommera en Italie la dietrologia : dietro, derrière.

 

Cette approche sera confortée en France par la « doctrine Mitterrand » qui offrit officiellement le refuge, au cours d’un discours lors du congrès de la Ligue des Droits de l’Homme en 1985, à tous ceux qui ayant « rompu avec la machine infernale du terrorisme » désireraient enfin « poser leur sac ».

 

Le clivage gauche/droite à la française permettra de bien séparer en noir et blanc ce mouvement contestataire « unique en Europe par sa densité et sa longévité » en oubliant le fond historique de Guerre Froide et  de « stratégie de la tension ». Ce morceau d’histoire mal connu, enfoui sous la bonne conscience des pétitionnaires patentés de Saint-Germain des Prés, reviendra en boomerang dans le paysage médiatique après les évènements du 11 septembre 2001, lorsqu’en août 2002 le gouvernement français extradera Paolo Persichetti, ancien membre de la dernière branche des Brigades Rouges, les BR-UCC, reconverti grâce à la doctrine Mitterrand en professeur à l’Université Paris-VIII.

 

Mais, bien sûr, l’affaire la plus médiatisée fut celle de Cesare Battisti, ancien animateur d’un groupuscule milanais : les Prolétaires armés pour le communisme (PAC), concierge à Paris et auteur de romans noirs, qui ne devra son salut qu’à la fuite au Brésil. Je garde le souvenir d’une conférence organisée par Télérama en 2004 où la délirante Fred Vargas délivrait sa version très germanopratine de l’affaire. Le BHL, non présent ce soir-là, délivrait avec plus de subtilité la même version.

 

Sans entrer dans le détail, il me faut rappeler que les Prolétaires armés pour le communisme, organisation peu structurée, ont commis des hold-ups et quatre meurtres : ceux du gardien de prison Antonio Santoro le 6 juin 1978 à Udine, du bijoutier Pierluigi Torregiani le 16 février 1979 à Milan, du boucher Lino Sabbadin le même jour près de Mestre et du policier Andrea Campagna le 19 avril 1979 à Milan. Lors de la fusillade contre Pierluigi Torregiani, une balle perdue, a blessé son jeune fils Alberto Torregiani, avec qui il se promenait, et ce dernier en est resté paraplégique. Les quatre tireurs, Gabriele Grimaldi, Giuseppe Memeo, Sebastiano Masala et Sante Fatone, ont été identifiés et condamnés en 1981. Les PAC reprochaient aux commerçants Torregiani et Sabbadin d'avoir résisté aux braquages commis par des membres de leur groupe.

 

Pas très glorieux tout cela, dans plusieurs textes publiés des années plus tard, Cesare Battisti indiquera avoir renoncé à la lutte armée en 1978, à la suite de l'assassinat d'Aldo Moro et se dira innocent des quatre assassinats revendiqués par les Prolétaires armés pour le communisme.

 

Arrêté le 26 juin 1979 et condamné en 1981 pour appartenance à une bande armée il s’évade le 4 octobre 1981, avec l’aide de membres des PAC, de la prison de Frosinone et il s'enfuit d'Italie pour rejoindre la France puis le Mexique en 1982. C’est alors que Pietro Mutti, un des chefs des PAC recherché pour le meurtre de Santoro et condamné par contumace, est arrêté ; suite à ses déclarations, Cesare Battisti est impliqué par la justice italienne dans les quatre meurtres commis par les PAC, directement pour les meurtres du gardien de prison et du policier et pour complicité dans ceux des deux autres victimes.

 

Le procès de Cesare Battisti est donc rouvert en 1987, et il sera condamné par contumace en 1988 pour un double meurtre (Santoro, Campagna) et deux complicités d'assassinat (Torregiani, Sabbadin). La sentence est confirmée le 16 février 1990 par la 1re cour d'assises d'appel de Milan, puis après cassation partielle, le 31 mars 1993 par la 2e cour d'assises d'appel de Milan. Il en résulte une condamnation à réclusion criminelle à perpétuité, avec isolement diurne de six mois, selon la procédure italienne de contumace.

 

Je classe mes notes et je me remets à l’écriture…

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
commenter cet article
30 juillet 2017 7 30 /07 /juillet /2017 06:00
Le feuilleton de l’été : l’histoire œnologique de la côte bourguignonne (12) Dans les pas de Roger Dion

L’approche qui convient à l’étude des genres bourguignons, est donc la chronologie qui permet de faire le partage entre les différentes « preuves » de leur qualité. Elle synthétise à chaque époque de l’histoire les éléments complexes d’une œnologie stable dans ses principes et perpétuellement mouvante dans son application. Elle cherche dans toute la mesure du possible à éviter l’anachronisme qui, de l’étude géologique à la notion de progrès, en passant par la collecte, soi-disant exhaustive, des « facteurs de qualité », ramène toute enquête rétrospective à l’œnologie contemporaine d’une région célèbre, considérée comme un aboutissement programmé d’avance, sans tenir compte de ce qu’elle fut autrefois et des procédés utilisés alors pour produire le « bon vin ».

 

Une étude attentive fondée sur les archives et complétée par les observations in situ faites au vignoble permet heureusement de faire le distinguo entre les données stables du milieu naturel et les apports historiques d’une œnologie, qui est avant tout un savoir-faire artisanal, c’est-à-dire lié à des décisions humaines, comme Roger Dion l’a démontré de manière éclatante.

 

La tension vers l’excellence, propre à toutes les viticultures fines, a trouvé en Bourgogne une de ses expressions les plus achevées. Il n’existe pas d’autre vignoble au monde dont le parcours ait été à ce point rectiligne pendant une période aussi longue. La place exceptionnelle du vignoble de la côte bourguignonne dans le monde du vin, n’est pas due à une prédisposition naturelle qu’aucune référence scientifique n’a réussi à mettre en valeur de manière convaincante, mais à l’œnologie qui y fut pratiquée. Elle est la traduction en termes techniques d’un effort collectif immense et constamment renouvelé en dépit de difficultés de tous ordres. Certes, les dispositions du sol, de la pente et du climat sont ici favorables, mais l’œnologie est l’œuvre du vigneron, et c’est lui seul qui fut le créateur de cet espace viticole hors du commun dont il a maintenu intacte, aujourd’hui encore, la capacité à produire de bons vins. Nous le verrons à l’œuvre, au cours de la « longue durée » historique, maîtrisant les techniques complexes mises à sa disposition, inventant les nouveaux genres nécessaires à sa survie commerciale, face à la concurrence d’autres provenances, relevant les ruines du vignoble après les tempêtes, les pestes végétales et les désordres de l’histoire, saisissant aussi toutes les occasions de vanter les mérites des vins de son terroir, tout en cherchant à gagner l’appui des puissants qui en étaient les consommateurs enthousiastes, et donc des protecteurs naturels en même temps que les principaux propriétaires. Cette œnologie, gérée avec succès pendant des siècles, fut, comme on dirait aujourd’hui « réactive ». Elle ne fut jamais immobilisée dans l’inaccessible et coûteuse perfection des méthodes archaïques figées, et trop coûteuses. Elle fut modifiée et l’est encore aujourd’hui par de multiples influences, souvent extérieurs au monde du vin, qui l’ont contrainte à de constantes remises en question. La Côte bourguignonne fut le lieu où certaines des « révolutions œnologiques » majeures ont tissé l’histoire du grand vin et l’ont orienté vers des voies nouvelles par la diversification des genres offerts à la consommation. C’est au XIIe siècle, par exemple, que fut créé le vin vermeil, et au XIXe siècle que fut élaboré définitivement le grand cru issu du chardonnay, aujourd’hui référence absolue des meilleurs vins blancs du monde.

 

La modification de ces genres successifs peut être suivie à travers le temps et l’espace, grâce à une documentation fiable qui atteste la présence des vins de la Côte dans toute l’Europe. Quant à l’étude proprement œnologique des vins du passé, elle est rendue possible, par la constance des grands principes qui la gouvernent, et servent de fondement à un jugement sur la qualité, rétrospectif certes, mais dûment motivé. La Bataille des vins par exemple mentionne en termes élogieux les vins blancs de Beaune, présents à la cour de Philippe Auguste. Presque au même moment, Guillaume Le Breton signale les débuts d’un vin rouge originaire lui aussi de Beaune, et lui aussi très apprécié. Les « cuveries » qui furent édifiées à Chenôve et à Vougeot pour élaborer le vin vermeil, furent donc conçues pour produire un genre qui n’existait pas auparavant. Dans quelles circonstances ? À quelle date exacte ? Et selon quelles méthodes a pu s’édifier cette œnologie nouvelle ? Est-elle conforme à l’idéal de qualité défendu en Bourgogne depuis l’époque romaine ? Etc. Un fil conducteur relie donc entre elles des informations en apparence déconnectées les unes des autres. Elles doivent être jugées à l’aune d’une orthodoxie œnologique dont on sait qu’elle s’est imposée à toutes les époques de l’histoire du vignoble.

 

L’étude des liens de causalité et d’imitation qui les relient, font partie du champ d’investigation de l’œnologie historique car le « trésor des bons usages » est commun à tous les vignobles fins du monde entier. Il remonte à l’Orient ancien et fut adopté ensuite par la Grèce, puis transmis à tous les territoires conquis par Rome. Le tout nouveau vignoble gaulois n’était évidemment pas capable de mettre sur pied, en quelques décennies, l’édifice prodigieusement complexe de la qualité œnologique. Il a bien fallu qu’il emprunte à Rome des principes généraux qui, correctement appliqués, ont conduit au bon vin. Cette démarche signifie l’invention de genres nouveaux, adaptés à un climat plus froid, issu des cépages fins trouvés sur place te vinifiés selon des méthodes originales, mais qui devaient aussi se conformer à un corps de doctrine qui remontait aux premières civilisations du Proche-Orient.

 

L’histoire des vignobles fins démontre que l’impulsion initiale en faveur de la qualité est la condition sine qua non de la réussite. Les paramètres qui sont nécessaires à son apparition doivent être mis en place dès le point de départ par le vigneron. Sa responsabilité première est de les maintenir durablement en bon état de marche s’il veut produire un bon vin et recueillir ainsi les fruits de cette prestigieuse et difficile tentative. La qualité, fondée sur le « trésor des bons usages », puis obstinément défendue et adaptée à des circonstances changeantes, dépend de l’adaptation réussie d’une œnologie réfléchie et volontariste aux conditions locales. Elle fut le meilleur viatique pour résister aux ferments d la décadence qui, au cours d’une longue histoire, ont menacé le vignoble bourguignon. La « continuité œnologique » observée depuis les commencements, est donc une hypothèse solide qui permet de suivre sans trop de risques d’erreur une chronologie qui met en exergue l’exceptionnelle obstination des vignerons de la côte bourguignonne à persévérer sur les chemins de la qualité.

 

Il nous faudra élucider le mieux possible les « faits de nature », tout comme les « faits de culture », qui ont permis cette transposition, réussie et durable, d’un idéal de qualité qui fut d’abord importé d’Italie, car la volonté de créer et de maintenir un vignoble din, est le fil d’Ariane de l’œnologie historique. Quand elle existe, ferme, décidée et efficace, de « bons vins » sont produits, fût-ce en faible quantité, pendant une longue période, estimés par un public de consommateurs avertis et toujours exportés au loin. C’est donc la « continuité œnologique » telle qu’elle apparaît au cours d’une étude historique aussi soigneuse que possible, qui a modelé le paysage viticole de la Côte, à la fois immuable et divers et surtout si étroit, qu’il peut être parcouru en quelques heures.

 

Le succès d’une synthèse convaincante des facteurs de la qualité est d’une extrême difficulté, tant les divers éléments qui la composent sont hétérogènes, parfois contradictoires et en tout cas impossibles à recenser tous, tant ils sont nombreux. Nous nous limiterons donc à l’étude de l’œnologie propre à la seule Côte bourguignonne, dont nous essaierons avec quelque témérité, d’embrasser la « longue durée » historique depuis l’époque romaine. Nous mettrons ainsi nos pas dans ceux de Roger Dion, qui a voulu, par une étude approfondie, écarter l’hypothèse « naturaliste » de la naissance de la qualité, provoquée par les seules dispositions du sol et du sous-sol. Nous essaierons aussi, grâce à la mie au jour de particularités œnologiques trop souvent dédaignées, de formuler un certain nombre d’hypothèses, qui expliquent la pérennité d’une pratique œnologique, située sans défaillance au plus haut niveau depuis vingt siècles.

 

Roger Dion a clairement indiqué en une formule frappante, où devrait se situer le point d’aboutissement des recherches, qui tiennent compte à la fois de l’œnologie, des conditions naturelles et du déroulement de l’histoire. C’est en conclusion d’une étude intitulée Querelle des anciens et des modernes sur les facteurs de la qualité du vin, qu’il remarque que beaucoup de spécialistes du passé, tel Olivier de Serres, ont sur ce sujet capital des vues beaucoup plus nuancées que les modernes, dont l’horizon se limite aux seules conditions préalables, appelées « naturelles ». Il conclut sa démonstration par un paragraphe que nous citons intégralement : « Les œuvres humaines qui tirent leur substance du sol même où elles sont implantées paraissent en être, à la longue, de naturelles excroissances. Il en est ainsi de nos vieux et nobles vignobles, si intimement et harmonieusement associés au terrain qui les porte qu’ils semblent s’y être formés d’eux-mêmes, comme par l’effet d’une génération spontanée. De là vient peut-être que les explications naturalistes, depuis un siècle, aient été si généralement acceptées. Le crédit qu’elles ont trouvé est l’un des signes de la parfaite et très ancienne réussite de la viticulture française. Le spectacle de la création d’un vignoble de qualité en terrain neuf est devenu chez nous, depuis longtemps déjà, chose si rare, que nos contemporains e se représentent plus ce qu’il faut de labeur et d’ingéniosité, en pareille entreprise, pour contraindre la nature à donner ce que jamais, d’elle-même, elle n’eût offert à l’homme. »

 

Un travail d’enquête approfondi pour rechercher les véritables causes de la qualité n’est-il pas nécessaire, soixante ans après l’article de Roger Dion qui date de 1952 ? Car nul ne peut nier aujourd’hui l’essor inouï de la production des vins fins dans le monde entier. Dès lors le « spectacle si rare » de la création d’un vignoble de qualité n’est plus enfermé dans un passé légendaire, mais devient une réalité palpable que des millions de visiteurs, bientôt devenus consommateurs, peuvent découvrir sur place. Les créateurs de cette forme renouvelée d’économie viticole fine, ont d’ores et déjà détruit le monopole des grandes régions viticoles françaises. N’est-il pas urgent, pour ceux qui les défendent, de retracer de manière convaincante les circonstances de leur ancienne suprématie, afin de la justifier par d’autres arguments que l’agencement minéral de quelques tas de cailloux, opportunément disposés au bon endroit ?

 

Comme le démontrent les succès de certains vignobles français et européens et des pays du nouveau monde, le perfectionnisme œnologique est la clé qui ouvre l’accès au bon vin. Il s’appuie sur d’anciennes traditions, aussi bien que sur les procédés inventés à notre époque, qui prolongent de manière scientifique l’ingéniosité des vignerons d’autrefois. Il n’existe heureusement aucune chance que ce foisonnement inouï d’initiatives si souvent remarquables, oblige le vignoble mondial à produire un type unique de « vin technologique » au goût standardisé. Nous plaidons énergiquement pour que ce fantasme, pur produit de l’imagination de commentateurs « passéistes », ne succède pas aujourd’hui aux thèses « naturalistes », si brillamment contestées par Roger Dion au siècle dernier.

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents