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14 octobre 2022 5 14 /10 /octobre /2022 07:00

 

J’ai lu avec plaisir Alto Braco de Vanessa Bamberger.

Alto braco

L’Aubrac, l’Alto Braco, le haut lieu, il est rare que dans un roman, en l’occurrence Alto Braco de Vanessa Bamberger chez Liana Levi, on écrive avec autant de justesse, de précision, avec finesse et humour, les réalités de l’élevage dans cet Aveyron plus connu pour ses exilés parisiens que pour ses vaches.

ICI 

 

En passant du côté des filles suis allé marauder à la librairie d’en face où, sans même consulter la 4e de couverture j’ai acquis L’Enfant parfaite de Vanessa Bamberger, que ce patronyme me rappelle son précédent livre. Le cerveau est vraiment une étrange machine, guidant mon choix sans référence explicite.

 

Si, il y en avait une : le titre L’Enfant parfaite

 

Couverture du livre « L'enfant parfaite » de Vanessa Bamberger aux éditions Liana Levi

 

Dès l’école primaire et pis encore dans le secondaire : l’impératif de réussite, pour les adolescents du haut du panier des couches éduquées, est tel qu’aucune imperfection n’est plus tolérée.

 

Terrifiant !

 

« Roxane assume sans se leurrer : soutien de sa mère, responsable de la conservation de cette foutue perfection, léguée par son père, Roxane bien seule face à des adultes-enfants qui en font un accessoire de leurs fantasmes de lignée, Roxane victime de la bêtise, d’un système qui proclame « marche ou crève », mais soit belle, aussi, lisse, transparente. Roxane, héroïne tragique de l’indifférence ordinaire.

 

Quel formidable et émouvant roman ! Féroce, acide, vrai, utile. Un monde d’adultes absents, dévots du culte de la perfection par procuration, celle de leur progéniture, incapables d’assumer leurs manquements... »

 

On vole aux enfants leur enfance…

 

Je viens de découvrir sur la Toile un Entretien avec Vanessa Bamberger : la souffrance à l’école est-elle un passage obligé ?

 

"L’Enfant parfaite", l’itinéraire glaçant d’une bonne élève comme les autres ICI

 

La souffrance à l’école est-elle un passage obligé ?

 

C’est en tout cas le sentiment de François, chirurgien, l’un des deux protagonistes de L’Enfant parfaite de Vanessa Bamberger (Liana Levi). Il partage le livre avec Roxane, une excellente élève qui entre en classe de première S dans un lycée parisien réputé. L’un et l’autre ne se connaissent pas vraiment, François est un vieux copain du père de Roxane, exilé dans le Sud de la France après son divorce. L’un et l’autre seront toutefois unis par le drame. La musique et la médecine sont comme une portée sur laquelle s’inscrit l’histoire, de Bach à Nekfeu, des classiques joués par la mère altiste de Roxane et écoutés par François, jusqu’au rap qui berce et épaule Roxane dans son quotidien sous pression.

 

Une petite musique tendre ou féroce sur laquelle se déclinent les variations de l’amitié entre ados, avec, en miroir, l’amitié des hommes mûrs, la peur de l’échec de la mère musicienne en parfaite symétrie avec celle de Roxane, et l’immense solitude qui contient chaque personnage dans la fiction de la vie qu’il se fait.

 

L’ouverture du roman n’est autre que le Serment d’Hippocrate et donne le ton : aussi banale que soit devenue la consultation chez un médecin, une prescription engage la vie et la responsabilité non seulement du patient mais du médecin. Sur le papier, cela semble très solennel et d’une solidité imparable, mais Vanessa Bamberger sait à merveille ébranler les fondements de ce mur déontologique, soumis à l’épreuve du quotidien.

 

Un médecin peut respecter le serment qu’il a prononcé et se retrouver pourtant dans une zone grise, entre responsabilité et culpabilité. Dans L’Enfant parfaite, l’impératif de réussite est tel qu’aucune imperfection n’est plus tolérée. La vie de nos ados est devenue si exigeante, si stressante, que la crise d’acné qui frappe Roxane fait basculer la jeune fille dans une vraie détresse psychologique. Qu’est-ce qui, dans ce roman, est à l’origine du drame, la prise d’un médicament aux effets secondaires douteux ou un contexte social et personnel ?

 

Vanessa Bamberger invite à répondre à cette question par une réflexion sur la nuance et les fragilités. Un roman qui ne juge pas, mais qui excelle à raconter une histoire qui nous ressemble.

 

Karine Papillaud

 

 

 

Entretien avec Vanessa Bamberger : « L’enfant parfait, ça n’existe pas »

 

 

- L’Enfant parfaite raconte le crash d’une jeune fille de 17 ans qui subit une pression scolaire intense et les bouleversements de son âge. Comment ce sujet vous est-il venu ?

 

Il y a quelques années, ma fille aînée a fait sa rentrée en première S. Elle avait toujours été excellente élève. Tout d’un coup, elle n’y arrivait plus, en maths en particulier. Ça a été le drame : la boule au ventre, les insomnies, le stress absolu. Le discours du corps enseignant accentuait son angoisse.  Le premier jour de classe, les profs avaient dit aux élèves : « attention, dès maintenant toutes vos notes comptent ; si vous ratez votre premier trimestre, vous n’aurez aucune chance d’entrer dans une bonne prépa ». Je me suis demandé ce qui se serait passé si elle n’avait pas été entourée, suivie, si elle n’avait pas réussi à remonter ses notes. Quant à la crise d’acné dont est victime Roxane, mon héroïne, j’ai pu observer autour de moi à quel point cette maladie impactait la psychologie des ados qui en sont victimes. Ils n’osent même plus croiser le regard des autres.

 

 

- L’Enfant parfaite, est-ce La Boum version 2020 ? Les ados ont-ils changé ?

 

Ce qui continue de caractériser les ados, c’est cette frontière entre deux mondes sur laquelle ils se tiennent en équilibre. Leur fragilité, leur besoin d’être aimés, regardés. Bien sûr, avec les époques, leur comportement se modifie… leur apparence, leur langage, leur sexualité. L’environnement influe.  En ce moment, on ne peut pas dire qu’ils sont gâtés. Entre la crise écologique, le terrorisme, la crise économique, la montée des extrêmes, et maintenant la crise sanitaire… L’horizon semble bouché. Et on leur demande de se projeter dans un monde dont on ne sait pas comment il va évoluer. Alors oui, je pense qu’ils ont changé au sens où ils ont perdu de leur insouciance.

 

 

- La solitude des adolescents tient-elle aux nouveaux modes de vie ou est-ce un invariant ?

 

Avant les réseaux sociaux, à condition que tout se passe bien à la maison, celle-ci avait valeur de refuge. Aujourd’hui, à cause des smartphones, les ados continuent d’être sous le feu du regard des autres, même après l’école, ça ne s’arrête jamais. C’est la comparaison permanente. Je crois que cela peut contribuer à renforcer le sentiment de solitude que tout adolescent expérimente à un moment donné.

 

 

- L’école est un lieu de violence, entre harcèlement et pression scolaire. Est-ce pour vous un fait nouveau et quelle responsabilité prennent les adultes ?

 

L’école a toujours été cruelle. Mais c’est vrai que le phénomène du harcèlement prend de l’ampleur. Il y a aussi ces votes organisés sur les réseaux sociaux par certains élèves qui publient anonymement deux photos en demandant aux autres de décider qui est le plus beau, le plus « stylé » … C’est très violent. Quant à la pression scolaire… Elle a toujours existé dans les filières d’élite car le système français est concurrentiel, compétitif.  Mais il l’est de plus en plus car il n’y a pas assez de place pour tout le monde, alors la pression augmente.  Les parents ont peur pour leurs enfants, peur qu’ils ne trouvent pas de travail, donc ils en rajoutent.

 

 

- Vous n’avez pas 16 ans, comment avez-vous travaillé pour vous couler dans cette langue et ce regard sur le monde ?

 

Je voulais que la voix de Roxane ait l’accent de la vérité. J’ai rencontré beaucoup d’ados et de jeunes adultes, en individuel et en groupe. J’essayais de me faire oublier pour qu’ils se parlent entre eux naturellement. C’est assez étonnant, d’ailleurs, entre la vitesse d’élocution et le vocabulaire, par moments je ne comprenais rien du tout à ce qu’ils racontaient !

 

D’ailleurs j’ai ajouté un lexique à la fin du livre. Ce qui est surprenant aussi, c’est la façon avec laquelle ils passent d’une langue à l’autre dès qu’ils sont en présence d’adultes. Quand je me risquais à employer leur vocabulaire pour « faire genre », ils me regardaient de travers. Pour eux, j’étais la daronne ! À chaque fois que je terminais un chapitre Roxane, je le lisais tout haut à ma fille et ses amis. Ils me disaient alors ce qui n’allait pas, « on ne dirait pas ça comme ça », « on ne réagirait pas comme ça ». Ils m’ont beaucoup aidée.

 

 

- Il y a une alternance de langues et de focalisations. La langue de Roxane et la langue de narration utilisée pour raconter François. Comment ces choix se sont-ils imposés à vous ?

 

J’ai eu de la difficulté à trouver la voix de Roxane. Je m’étais fait une play-list de rap que j’écoutais en boucle, puisque pour connaître un peuple il faut écouter sa musique, et à un moment donné j’ai eu l’idée de slamer la parole de Roxane, de la faire rimer. On ne s’en rend pas forcément compte en lisant le texte mais si on le lit à voix haute cela apparaît. Je voulais jouer sur l’oralité. C’est comme si il y avait une voix du dessus, celle de Roxane, et une voix du dessous, celle de François. Comme une partition. La langue de Roxane est une langue étrangère pour François. Les jeunes et les adultes ne se comprennent pas toujours. Ils n’écoutent pas la même musique. En juxtaposant, chapitre après chapitre, les voix de Roxane et François, je cherchais à juxtaposer des univers musicaux dissonants.

 

 

- Le traitement d’un tel sujet peut rapidement tourner au document, surtout quand l’un des personnages parle au « je ». Quels partis pris narratifs ont été les vôtres ?

 

Je me suis documentée, certes, mais Roxane est un personnage fictif, prise dans une histoire inventée qui ressemble à un fait divers. Je cherche toujours à raconter des histoires de fragilité humaine.

 

 

- La question de la responsabilité draine tout le roman et se décline sous plusieurs angles : scolaire, parental, médical. Êtes-vous attachée à ce sujet en particulier et comment résonne-t-il avec l’époque ?

 

C’est juste, la question de la responsabilité sous-tend le roman. Qui est responsable de ce qui arrive à Roxane ? Ses parents ? Ses professeurs ? Ses amis ? Quelqu’un aurait-il pu l’empêcher ? La problématique du bouc émissaire m’intéresse beaucoup. Et celle de la liberté de prescription. Dans le contexte actuel, cette question prend de plus en plus d’importance. Les médecins sont-ils responsables des effets secondaires des médicaments qu’ils prescrivent ? La question du bénéfice-risque se pose. Mon titre de travail a longtemps été « Les effets secondaires », en lien avec cette chaîne de responsabilités.

 

 

- La peur des parents se reporte sur les épaules des enfants. Dans ce roman, on sent l’infinie fragilité des parents, entre inconséquence et projection. Qu’est-ce que le mal-être de la jeunesse dit de la société contemporaine ?

 

Nous vivons dans une société de la perfection individuelle et de la peur. Comme le dit François Sureau, chacun a peur pour la protection de sa propre vie que tous, médias, réseaux sociaux, présentent comme quelque chose de désirable. Tout se passe comme si on n’avait plus le droit à l’erreur, à l’échec, à la moyenne. Dans ce contexte, nous, parents, avons de plus en plus peur pour l’avenir de nos enfants. C’est une peur primale. Nous avons l’impression d’être un bon parent (ce qui nous soulage) quand notre enfant réussit bien scolairement, ou dans un autre domaine, qu’il exploite son « potentiel ».

 

Ce qui est paradoxal, c’est qu’on voudrait que notre enfant soit autonome et épanoui, bien dans sa peau, et en même temps obéissant et bon à l’école. Mais l’enfant parfait, ça n’existe pas. Et le parent parfait encore moins.

 

Propos recueillis par Karine Papillaud

 

lecteurs.com

EXTRAITS

« Rose se jette sur moi. Je la regarde et je la trouve fraîche. J’aime sa dégaine. Bien qu’elle soit blanche et blonde, elle a tressé ses cheveux à l’africaine. Une coiffure qui, si je devais y soumettre ma fine chevelure châtain, me défigurerait, vu la taille de mon nez. Je suis grande, ni belle ni moche, physique basique classique.

 

Aujourd’hui je porte un T-shirt blanc et un jean slim, rien d’extravagant. Un peu de mascara, deux bracelets dorés qui tintent doucement. Rose a revêtu sa carapace, petit haut court et bas de jogging, banane en bandoulière, créoles en or, grosses baskets Adidas. Résultat, on crève toutes les deux de chaud mais, comme dit Rose, pas question qu’on montre nos jambes aux frérots.

 

Rose s’habille et parle comme une fille de la tess, sauf qu’elle habite un duplex sur le parc Monceau avec son père banquier et sa mère qui travaille chez BP. Elle méprise ses parents, en particulier Delphine, sa mère, qui s’habille comme une cagole, mange des steaks et jette ses mégots par la vitre de sa Mini Cooper. Rose a déjà essayé le sexe avec une fille, le plan à trois, la cons’, l’alcool défonce. Demandez-moi la liste de mes exploits, je ne vous donnerai pas la réponse.

 

Lyna nous rejoint avec son joli visage brun, ses cheveux frisés, sa nonchalance séduisante, son aisance. Je l’observe tournoyer les bras levés dans sa robe d’été à petits pois bleutés. Elle est fine et c’est une vraie fille, Lyna. La plus girly de nous trois. Elle vit à Montmartre, son père est réalisateur et sa mère prof de yoga, tellement flippé que Lyna se fait géolocaliser quand elle prend un Uber en rentrant de soirée. Si sa mère savait comment on les passe, nos soirées.

 

Vous vous interrogez peut-être sur ce qui nous réunit, Rose, Lyna et moi. Nous étions dans la même classe en seconde, à Sully, et sommes toutes les trois très, mais vraiment très bonnes élèves. Nous partageons nos centres d’intérêt, nos rêves. Petite, je dépensais mon argent de poche en dictionnaires et livres scolaires supplémentaires. À dix ans, j’ai lu Les Misérables et ma mère l’a raconté à toutes ses amies. Du coup, je me suis sentie obligée de lire Le Comte de Monte-Cristo, L’Assommoir et Le Père Goriot. Ça avait l’air de lui faire tellement plaisir. Aujourd’hui Mélanie me chante sans cesse la même rengaine, ma chérie tu ne me poses aucun problème, ma vie est déjà si difficile, ta solidité me fait tenir. C’est vrai, je ne pose aucun problème, c’est pour ça qu’on m’aime. » (p. 20-21)

« Je n’ai pas bien dormi cette nuit. Ma mère l’avait prédit. Je n’ai jamais bien dormi de ma vie, alors la veille d’une rentrée scolaire à Sully, imaginez le souci. Quand je me suis réveillée, elle était déjà partie. Mélanie, c’est parfois plus simple de l’appeler ainsi, Mélanie, ma furie ma mélodie, elle est altiste. Vous ne savez pas ce que c’est ? Normal, personne ne le sait au lycée. Personne n’est intéressé, la musique classique c’est mort. Un parent concertiste égale un passeport pour la recale sociale. »

 

« Devant moi, Ferdinand lève la main pour poser une question. Intimidé, il se met à bégayer. Chareau écarquille les yeux pour bien montrer sa surprise, et son agacement. Elle l’arrête. Attendez, je ne comprends rien à ce que vous racontez, il faut vous calmer ! Après ça Ferdinand ne dis plus rien. Sur la feuille la prof a imprimé un cours succinct, une poignée de formules, et maintenant elle se lance dans une démonstration bon train. À la fin de l’heure elle nous donne une liste d’exercices à faire pour le lendemain. Il y en a pour trois heures au moins. On se regarde, affolés. On ne sait pas très bien si on doit rire ou pleurer. Ferdi place son index sur sa tempe pour signifier que cette prof-là est donc, tout comme Perrier, complètement fêlée, puis rejette sa tête en arrière et éjecte sa main. Il fait mine de se flinguer. »

 

« C’est qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour faire prof. En réalité, il faut être taré. Insultés agressés mal payés, mal considérés maltraités mal encadrés, pas formés rudoyés bousculés. Les profs entrent en classe avec leur mine pitoyable de boucs émissaires de l’Éducation nationale, chargés de nous faire ingurgiter dans l’année des programmes de plus en plus lourds, de plus en plus techniques, sous format numérique. Dire que la plupart sont complètement nuls en informatique ! Du coup, ce qu’ils ont à faire, ils le font n’importe comment, en mode totalitaire. »

 

 

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14 octobre 2022 5 14 /10 /octobre /2022 06:00

La Vierge enceinte de Cucugnan - Cucugnan - Aude - Midi-Pyrénées - Grand  Sud Insolite et Secret

J’ai compris tout de suite.

Dès qu’elle a franchi le seuil.

Vois-tu Martha, une femme heureuse de l’être ne peut cacher qu’elle est enceinte.

 

Et Marie, ce jour-là, irradiait d’un bonheur qui d’un coup effaçait toutes les peines vécues.

Elle ne voyait plus que l’enfant de Mathias, elle n’allait plus vivre que pour l’enfant de Mathias. Elle était dans son for intérieur, convaincue que Mathias allait renaître dans l’enfant qu’elle portait.

Et je peux te dire, Martha, une mère n’a plus, quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise, le caractère d’une femme quand avant même qu’il naisse, elle s’affirme mère de son enfant.

Entre la mère et la femme, il y a un gouffre qu’aucun homme ne saura jamais vraiment combler.

Il faut alors partager, sans s’oublier.

N’aimer plus qu’à travers l’enfant cette femme devenue mère.

Aborder avec plus de respect ce ventre qui s’est ouvert sur une vie.

Ce ventre qui ne peut plus dans l’esprit n’être qu’un objet de plaisir.

Vois-tu Martha, je te parle aussi des choses que j’ai peu connues, mais je l’ai écoutée, ta mère, semaine après semaine, mois après mois.

Ce ventre, parfois, n’était plus son ventre mais l’objet d’une telle vénération que je l’ai crue près de perdre la raison.

 

Notre vie commune ? Nous étions devenus frère et sœur dans les faits, bien qu’amants pour le reste de la ville et notre coexistence me devenait lourde.

J’étais seul en fait pour apprivoiser les fantômes d’hier et modérer les projets de demain.

Toujours enter désespoir et utopie.

Elle écrivait, en toute inconscience, à Lenzkirch, à cette adresse que Mathias avait laissée. A cette Martha qui serait la grand-mère de l’enfant à venir.

Chaque semaine une lettre partait.

Qu’aurait-elle pu espérer de ces courriers par les temps que nous traversions ?

Mais il était inutile de tenter de la raisonner.

Elles sont toutes là, dans la boîte à biscuit LU.

Je n’en ai posté aucune.

Je ne les ai pas ouvertes non plus.

Pas lues.

Je voulais tracer un trait sur Mathias.

Il était mort pour nous. Je savais depuis ce jour terrible qu’il ne réapparaîtrait pas.

Nous étions la part sombre de Mathias. Le péché de Mathias.

Et j’imaginais sans peine ce que pourrait être le remords d’un cœur qui s’était tant donné à Dieu avant de connaître la nature des hommes…

 

Je vais l’appeler Martha si c’est une fille, Mathias si c’est un garçon.

-Martha ? Pourquoi Martha ? Marie, ce n’est pas un prénom de chez nous.

Marthe, si tu veux, mais Martha ? Tu y penses vraiment ?

-Martha parce que la mère de Mathias s’appelle Martha.

Elle sera heureuse quand elle saura.

-Cesse de te faire des films, Marie.

Si elle avait voulu savoir, elle t’aurait écrit, non ?

-Elle n’a sûrement jamais reçu mes lettres. Imagine, Melchior ce que c’est qu’un pays qui a perdu la guerre.

Tous ses enfants morts sans la moindre gloire pour se consoler.

Elle pleurait.

-Calme-toi car Mathias, ou Martha, a besoin de calme pour mûrir.

C’est comme un fruit, attention, la grêle, les orages… les chagrins.

 

Et je riais aux éclats, je riais de voir le visage de ta mère tout à coup buriné par l’inquiétude et deux fines mains qui palpaient son ventre à peine gros, qui caressaient cette forme à peine visible, mais qui déjà sous ses mains devait peser le poids d’un enfant.

 

Alors, voyant ma  mine, elle riait à son tour et me sautait dans les bras en me donnant des coups de poings.

Ma petite Marie. Marie à moi.

 

Les lettres de ta mère, prends-les et lis-les. Elle ne parle sûrement que de toi. Comment pouvait-elle croire qu’elles atteindraient leur but. Nous étions fin quarante-quatre.

Rien n’était fini. Pas une lettre ne pouvait partir vers l’Allemagne.

Pas une seule. Elle vivait alors totalement dans un monde parallèle, avec Mathias mort et toi à naître.

 

 

 

 

 

                              //////////

 

 

 

 

Et toi Martha ? tu m’as demandé, tu te souviens.

-Papa, elle est où ma maman ?

-Elle est au ciel ma chérie, au ciel.

-Pourquoi au ciel ?

-Parce que, quand toi tu nous es venue de ciel, le Bon Dieu a dit Marie, j’ai besoin d’une maman pour les enfants du ciel, et il l’a emmenée au ciel. Voilà !

 

 

 

 

 

                            //////////

 

 

 

 

 

Les mois ont passé.

Mars et le printemps pointaient leur nez.

Tu es une enfant du matin, Martha.

À six heures, Marie est venue me réveiller.

-Melchior, il faut y aller, cette fois ça y est ! il vient, je sens qu’il vient !

Elle avait déjà préparé depuis plusieurs jours sa petite valise.

-Marie, du café ? Une petite tartine ? Je parie que tu n’as rien dans l’estomac…

-Non, je te dis, il faut faire vite !

J’essayais de différer. Je ne sentais pas vraiment la chose. Et pourquoi l’aurais-je senti mieux, je n’allais pas accoucher, moi ? Cependant il me semblait qu’il devait y avoir des douleurs, de spasmes, des crispations, enfin, avant comme pendant, pour l’un comme pour l’autre. Mais rien. J’oubliais alors que je n’étais pas l’autre.

Elle parlait comme si elle allait effectuer quelque chose d’urgent, mais de naturel, sans panique. Sans la moindre trace de peur.

Il n’y avait dans ses yeux que de la lumière, cette lumière qu’y allume le bonheur.

Et j’en souffrais.

Elle allait accoucher d’un enfant de Mathias.

Elle le tenait déjà entre ses mains.

Elle le serrait entre ses deux mains.

Et de la manière qu’elle soutenait son ventre, je la devinais, soutenant déjà entre ses mains cet enfant de Mathias.

 

Et moi, pensais-je, ne lui avais-je pas donné le change pendant ses mois de grossesse.

Ses longs mois où l’angoisse se partageait les heures avec la question perpétuelle : pourquoi ne pas avoir avorté ?

 

Parce que cette question, nous nous l’étions posée. Elle d’abord, moi plus tard.

J’avais aussi fait part de mes craintes, parlant des méthodes malthusiennes de la campagne : aiguille à tricoter, bouquet de persil…

S’en suivaient infection et fièvre, la mort peut-être.

Et puis, après tout, dis-je, c’est notre enfant, celui de notre Mathias.

Et nous en étions convenus sans grande peine.

 

À la maternité, tout fut conforme, l’accueil, la chambre, rien n’était discutable.

Quand le temps fut venu…

Oui, j’étais là, dans le couloir, Martha et j’ai tout de suite compris que quelque chose ne se passait pas tout à fait comme espéré.

-Un siège, c’est un siège !

L’infirmière est sortie affolée.

-Le docteur, vite, le docteur !

Deux portes plus loin, elle s’acharnait, tapait contre la porte, hurlait.

 

Il est sorti, hagard. Et puis il a souri.

-Un siège ! a crié l’infirmière.

-Un siège ! a-t-il repris, un siège…asseyez-vous je vous en prie…

Il riait.

Il riait encore quand j’entendis le hurlement de ta mère.

-Marie, Marie ! je me précipitais vers la salle d’accouchement. Elle était là, jambes écartelées, ventre sanglant. Elle pleurait de douleur, sûrement.

Mais de peur plus sûrement encore.

Quand il sortit enfin, l’enfant, l’infirmière le lui arracha des mains et disparut dans la pièce voisine.

Je m’approchai de Marie. Je lui saisis les mains. Elle était épuisée, les larmes lui coulaient sur le visage, les oreilles, le cou, il y avait mêlés aux larmes, de la sueur et du sang.

 

Elle m’a regardé et m’a dit.

- Melchior, donne-lui un père.

Promets-moi, Melchior, promets-moi, donne lui un père.

C’était une prière, plus encore qu’une prière, une supplique.

Et ses yeux parlaient autant que sa voix.

-C’est une fille ! Vous avez une jolie petite fille !

L’infirmière semblait aussi heureuse que si l’enfant était le sien.

 

C’est notre fille, dis-je, nous l’appelons Martha.

Comme sa grand-mère.

Alors Marie a longuement soupiré, elle a serré fort entre ses pauvres mains mes mains gourdes et rugueuses.

-Merci, Melchior, mon Melchior.

C’est tout ce qu’elle a dit, Martha.

Ta mère n’a pas survécu plus de deux jours, deux jours de silence et d’inertie, deux jours de lente agonie.

Le boucher qui t’a mise au monde est mort aujourd’hui.

Inutile de chercher à savoir s’il a expié ses fautes.

Lorsque je repense à ces moments, me vient à l’esprit l’image d’un Mathias insolemment beau, déposant sa semence dans ce corps pur de Marie.

Je reste persuadé aujourd’hui encore qu’il y a plus de pureté à semer la graine qu’à cueillir le fruit.

 

 

 

 

                             //////////

 

 

 

 

 

Pouvais-je alors te dire Martha, ce que fut pour ta mère cette porte du ciel…

 

 

 

 

 

                               //////////

 

 

 

 

Un père qui embrasse sa petite fille qu’éprouve-t-il ?

Et quand cet enfant grandit, quand d’enfant, elle devient jeune fille et puis jeune femme…

J’ai souffert Martha, de ton enfance à aujourd’hui.

J’ai souffert, car j’ai aimé ma fille, j’ai étreint ma fille, j’ai embrassé mon enfant comme n’importe quel père l’aurait fait.

Mais toujours, j’avais à l’esprit ce fait irrépressible : si les autres savaient, si les autres se doutaient simplement, que penseraient-ils de moi ?

J’ai vu des pères aduler leur enfant, j’ai vu des pères serrer contre leur poitrine ce qu’il savait être leur fruit.

Mais toi Martha, pouvais-tu définitivement être mienne, l’enfant de mes amours ?

Mon fruit ?

Je me suis souvent demandé ce que pouvait ressentir un père adoptif pour les enfants qu’il n’avait pas procréés.

Pouvait-il mieux les aimer que moi, les caresser, les étreindre, les embrasser sans craindre la moindre ambiguïté dans ses gestes, dans ses sentiments, parce que tout ça, est prévu sur le papier ?

Je n’ai jamais eu de réponses.

Je me suis toujours contenté de ma raison.
Je t’ai donné l’amour que Mathias t’aurait donné, je t’ai donné l’amour que j’éprouvais pour toi et pour eux deux.

L’amour d’un père pour sa fille comme tu es pu chaque jour me rendre ta part de cet amour.

Si les autres avaient su…

C’est ça, le poison qui a perturbé toute mon existence.

Si les autres savaient…

Et je scrutais les regards de tous ces gens qui nous observaient. Et je me disais sans pouvoir y échapper : tout cela repose sur un mensonge.

Tout cet amour est né d’un mensonge.

Il ne peut donc pas être amour mais déviance, anomalie, perversité…

 

Je me disais, un père adoptif le fait sans réticence, car adopter un enfant c’est passer par la voie officielle, l’administration, l’attente, les déceptions avant le jour où l’enfant arrive. Mais moi, Melchior, je l’avais volé, cet enfant-là.

 

Je l’avais sciemment dérobé à son père et peut-être même à sa mère, car sans mon mensonge aurait-elle souffert autant.

J’avais en permanence devant les yeux, le pauvre corps supplicié de Marie, les mains ensanglantées d’un médecin monstrueux qui fourrageait dans ce corps comme un mécanicien incompétent dans un moteur.

Pardonne-moi l’image Martha.

Il fallait que je sache, me disais-je, il fallait au moins que je sache si mon enfant, ma fille, était bien mienne, ou si par mon mensonge je l’avais dérobé à son père.

J’ai attendu des années pour mettre un terme à cette question parce que j’avais peur de la réponse.

Et puis un jour j’ai pris la décision de franchir le pas.

 

 

 

 

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13 octobre 2022 4 13 /10 /octobre /2022 07:00

 

Il m’est difficile de résister à l’attrait d’une librairie lorsque je baguenaude, ce fut le cas jeudi, je faisais baby-sitter les enseignants étaient en grève, une halte en librairie est aussi prisée par la jeune lectrice : se plonger dans les exploits de l’affreuse Adèle.

 

Depuis plusieurs jours, dans ma vieille tête tournait une idée : puisque c’est très tendance de souligner l’arrivée des femmes dans le monde du vin, plus spécialement autour du vin mais aussi dans les vignes et dans les chais, je caressais le projet de mettre en lumière la place des femmes dans le monde agricole, les paysannes invisibles, mémé Marie et la tante Valentine besochant les betteraves, Roundup manuel, puis par le soin de Pisani : l’exploitation familiale à 2 UTH (affreux acronyme : unité de Travail Humain), des agricultrices presqu’aussi invisibles, le monde ne commence pas avec vous jeunes gens, il existait bien avant. Le combat de l’émergence des femmes, leur reconnaissance économique et sociale sont un long chemin semé d’embuches.

 

Et je tombe sur :

 

Les paysannes par Gonthier

 

Paysanne : «femme du paysan». Ainsi les dictionnaires du XIXe siècle définissent-ils, dans une France rurale jusqu’en 1914, les aïeules des agricultrices d’aujourd’hui, moteur, selon l’autrice, de la «mutation du monde rural».

 

Issue de celui-ci, comme sa préfacière, elle donne à lire une anthologie, revendiquée subjective, qui guette l’émergence de ces femmes dans la littérature. Car si le monde paysan fut victime d’appellations péjoratives (rustre, bouseux, plouc, etc.) sa partie féminine et son indispensable labeur furent le plus souvent invisibilisés ou caricaturés par les écrivains.

 

Peu à peu, ces femmes fortes se sont glissées dans les récits, discrètes chez Balzac, plus affirmées chez George Sand, Gustave Flaubert, Émile Zola ou Jean Giono. De leur constante présence, de leur opiniâtreté face à une vie rude, de leur amour de la terre témoignent ici des photographies réalistes. Pour évoquer cet univers rural au féminin, des plumes étrangères s’invitent aussi dans ce bel hommage, un rien nostalgique.

 

Josiane Gonthier, Les Paysannes. Portraits littéraires, préface de Marie-Hélène Lafon, Turquoise, 157 pp., 20 €. ICI 

 

Résumé :

 

« Les plus silencieuses d’entre les femmes », dit d’elles l’historienne Michelle Perrot ; cette anthologie les montre dans leur grandeur et leurs servitudes, leur force et leur détermination, l’âpreté et les joies de leur existence de paysannes.

 

Josiane Gonthier est fille de paysans savoyards ; ses études de lettres et son engagement féministe l’ont conduite à s’intéresser aux représentations que la littérature donne des femmes de la terre. Ce recueil rassemble trente-huit textes choisis dans des œuvres françaises et étrangères, rédigées par des autrices et auteurs tantôt illustres, tantôt méconnus ou inconnus du grand public. Un cahier de photographies sur les paysannes de Savoie et de l’Ain complète l’ouvrage. Sont aussi fournies des données chiffrées concernant les agricultrices en France et dans le monde.

 

De l’Antiquité au XXIe siècle, les paysannes – qui ne constituent pas moins du quart de la population mondiale – ont inspiré des portraits parfois cruels, tendres ou drôles, rêveurs ou révoltés. Mais d’une vérité toujours saisissante, voire inquiétante. Avec Marguerite de Navarre, Victor Hugo, George Sand, Gustave Flaubert, Amélie Gex, Marcel Proust, Colette, William Faulkner, Nazim Hikmet, Marguerite Duras, Agota Kristof, Aki Shimazaki et les autres, c’est un univers rural, à la fois familier et campé sur ses secrets, qui révèle sa part invisible : les femmes.

https://cdn-s-www.ledauphine.com/images/8AA11AB7-408C-4A65-A870-339194BFA456/NW_raw/l-autrice-aixoise-josiane-gonthier-photo-le-dl-p-e-b-1638020022.jpg

Josiane Gonthier, née à Aix-les-Bains (Savoie), est professeure agrégée de lettres. En 1983, elle a rejoint la présidence de la République où elle a servi sous les deux mandats de François Mitterrand. Elle a poursuivi sa carrière dans les instances françaises puis internationales de la Francophonie. Elle a contribué à de nombreuses publications portant sur la langue française et sur les femmes.

Amazon.fr - Les paysannes: Portraits littéraires - Gonthier, Josiane,  Lafon, Marie-Hélène - Livres

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13 octobre 2022 4 13 /10 /octobre /2022 06:00

La Grande Guerre à travers l'art | Musement Blog

-Tu n’as rien à me dire ? Dis ! toi, oui toi Melchior ! Vraiment rien à me dire ?

-Mais tantine, à quel sujet donc ?

-Tu te moques de moi, Melchior ? je sais… Je sais qu’ils sont partis… Les Boches sont loin n’est-ce pas ?

-Oui, oui, et quoi, ça devait bien arriver, tantine. Alors, bon, ils sont loin.

Elle prit son air finaud comme s’il s’agissait de marchander une douzaine d’œufs sur le marché.

Elle souriait.

Mais pas de ce sourire doux et amène des vieux.

-Il paraît qu’ils en ont laissé dix, dix derrière eux, raides comme des harengs, baignant dans leur jus ! hei, tu m’entends Melchior ?

- Ah oui, tantine, dix, peut-être…

- Je veux les voir.

Je veux que tu m’y conduises ce soir.

Dis tu m’entends ?

-Oui, oui, mais à quoi bon ? d’ailleurs, ils n’y sont peut-être même plus.

-Oh que si, ils y sont encore.

Vois-tu, ils ont dit que les chiens les boufferont.

Personne n’osera les toucher avant.

Tu peux être sûr que s’ils le disent c’est que ça se passera comme ça…

Comme ça et pas autrement, Melchior !

-Ils ? ils ? Qui c’est ils, tantine ? Il ne faut pas trop écouter ceux qui parlent sans savoir.

-Melchior, si tu refuses de m’accompagner, je te jure que le François m’y mènera.

Je te jure que lui, au moins, il sera volontaire pour ça.

Il n’est pas de ceux qui voulaient leur mort et qui se voilent la face aujourd’hui.

-D’accord, tantine.

Je passerai à onze heures ce soir, il vaut mieux que personne ne nous voie. D’accord ?

-Si tu veux. Va pour onze heures ce soir, j’y compte bien mon neveu.

Ne chercha pas d’excuse pour me faire faux bond !

 

Te dires que j’i redouté l’arrivée de la nuit serait peut dire, Martha, j’avais surtout honte d’accompagner cette femme comme s’il s’agissait d’aller au spectacle.

Je l’ai fait.

 

Elle était en grand deuil, une voilette sur les yeux.

-Les voilà. Ils sont tous là, en tas.

Comme ils sont tombés.

Elle était immobile, semblant fixer l’amoncellement difforme à vingt pas de nous.

 

-Ah ! mon Dieu, bénis soient ceux qui les ont retenus !

 

Et puis voilà qu’elle s’est avancée vers eux.

La voilette rejetée en arrière, la haine au visage. Elle est arrivée au pied de ce monticule de chair torturée, les pieds déjà souillés par le sang figé qui s’était répandu bien au-delà de ces corps et qui adhérait à ses semelles.

Et je l’ai vue, Martha, je l’ai vue, jupe retroussée, mains cambrée sur les hanches ; je l’ai vue comme un énorme vautour gravissant cette montagne de chair pétrifiée et déjà puante.

Je l’ai vue Martha, se hisser au-dessus de tous ces corps, enfoncée jusqu’aux chevilles dans cet amas d’hommes sacrifiés.

Et se tournant vers moi, relevant davantage jupe et jupon, le visage empreint d’une jubilation satanique.

Oui Martha, je l’ai vue, jambes écartées, pissant toute l’eau de son cops sur ces enfants morts.

Elle trépignait et pissait en même temps. Et cette image ne s’effacera jamais de ma mémoire.

Martha tu ne peux savoir la douleur que j’éprouvais soudain et seules les larmes ont pu un instant me soulager.

Elle est venue vers moi, s’essuyant l’entrejambe avec jupe et jupon, grossièrement, avec une insistance équivoque.

 

Le visage près de l’orgasme.

 

Oui Martha, il s’agissait bien de cela.

Un véritable orgasme.

 

Et puis nous sommes rentrés.

Elle avait les jambes souillées de sang noir.

Elle sentait la mort.

Elle a seulement dit, en me quêtant :

  • J’ai vengé mon Louis, Melchior, je l’ai vengé mon Louis !

 

 

Louis, c’était le fils qu’elle avait perdu aux premiers jours de la guerre calque part dans les Vosges et qui n’est jamais revenu.

Ni vivant, ni mort non plus.

Pauvre Louis, doux et réservé qu’il était.

 

Qu’aurait-il pensé d’un tel spectacle ?

J’avais honte, Martha, honte pour elle, honte pour moi.

J’avais mal pour ces gosses en train de pourrir derrière l’église.

Se peut-il vraiment que nous ne soyons rien.

Vraiment rien.

Et que le silence de Dieu n’est autre que l’absence de Dieu ?

Ne sommes-nous vraiment que misère et désespérance ? Que haine ?

 

Car là, est bien notre vraie nature, Martha, l’amour n’est qu’artifice.

Demande aux loups s’ils savent ce que c’est que l’amour ! la haine commande, la haine c’est pour sûr le ferment de toute ambition, de tout désir de vaincre et de posséder.

L’amour Martha n’est qu’artifice et mensonge.

 

Tu la vois la vieille Foise, tu la vois, Martha.

 

Moi, je ne vois que cet être massif, juché sur ce tas d’hommes.

Passant en jubilant sur ces enfants morts. Jamais plus cette vision ne m’a quitté.

Et jusqu’à sa mort, je n’ai plus jamais pensé a elle autrement qu’à cette image d’une ogresse monstrueuse se réjouissant d’une chasse héroïque.

 

Un tableau de chasse, Martha.

Et je suis certain que pour elle aussi, dans un tout autre registre, ce souvenir ne l’a jamais quittée.

Le jour de sa mort, les seules paroles qu’elle put dire au curé qui l’oignait : « Mais j’ai vengé mon Louis… »

 

Tu vois Martha, jusqu’au bout elle a revécu cet instant avec la même jouissance et peut-être en plu, ce « mais »

Un « mais » de regret ?

 

Non, pas le regret de l’avoir fait, mais peut-être le regret de n’avoir pas su par la suite, faire autre chose de sa vie que de ressasser cet épisode monstrueux.

D’en faire la seule jouissance de sa vie, quand il était encore temps de s’emplir des joies et des bonheurs du jour qui se lève et de l’an qui finit. Martha, je voulais que cela aussi, tu le saches.

 

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12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 07:00

Le Deblocnot': LE CUIRASSE POTEMKINE de Sergueï Eisenstein (1925) - par Pat  SladeLe Cuirassé Potemkine (Броненосец «Потёмкин - Sergueï M. Eisenstein, 1925)  - Le Monde de Djayessehttps://blog.culture31.com/wp-content/uploads/2022/06/cuirasse.jpg

Clin d’œil !

 

Le Corbusier e il Movimento Moderno in architettura - Artevitae

 

Après la première guerre, des mouvements sont nés, même après la poussée reçue dans le monde de l'art par le cubisme, qui visent à dépasser la classification des arts. Ozenfant élabore les principes du « purisme » et publie en 1918 avec Jeanneret (Le Corbusier) le manifeste intitulé : « Après le cubisme », dans lequel les formes simples et pures sont promues comme la source première de toutes les sensations esthétiques.

 

En 1919 Ozenfant et Le Corbusier fondent le mouvement puriste, qui sera diffusé à travers la revue  L'Esprit nouveau. Le purisme établit l'utilisation de formes simples et l'harmonie des procédés de l'art avec ceux de la nature. Le terme «Il Movimento Moderno» fait généralement référence à un développement complexe de phénomènes architecturaux et d'évolutions théoriques qui ont eu lieu entre les deux guerres mondiales.

 

« Les devoirs de vacances de Ciné papy – été 2022 - III »

 

https://www.benzinemag.net/wp-content/uploads/2020/07/un-chien-andalou-e1596109095902.jpg

Aujourd’hui c’est « Les Mouvements »

 

Ian  Haydn Smith cite André Bazin célèbre critique de cinéma de la première moitié du XXe siècle : «  La réalité n'est pas l’Art mais un art « réaliste » sait créé une esthétique intégrante de la réalité. »

 

À ses débuts, on a pu voir le cinéma s’imprégner des mouvements artistiques de son époque : expressionnisme, surréalisme. Mais, avec l’apparition d’un mouvement propre à son art, le néoréalisme en Italie, le cinéma a imposé avec force la spécificité de son art, tout en restant influencé par le reste du monde de l’art.

 

Voici quelques un des mouvements caractéristiques de ce septième art, illustrés par des films emblématiques.

 

Expressionnisme allemand                1913 – 1930     

« Metropolis » 1927          de Fritz Lang

 

Évolution

« Soupçon » 1941 et « Psychose » 1960 d’Alfred Hitchcock

 

Montage soviétique                        1919 – 1930

« Le cuirassé Potemkine » de Sergueï Eisenstein

 

Évolution

Le montage illustré par « L’homme à la caméra » 1929 de Dziga Vertov        

                           

Cinéma surréaliste                         1924 – 1932

« Un chien andalou » 1929 de Louis Buñuel

 

Évolution

On raconte que ce serait l’ancêtre du vidéoclip

 

Réalisme poétique                          1930 – 1939

« Quai des Brumes » 1938 de Marcel Carné  sont emblématiques « Le jour se lève » 1939 de Carné et/ou « Le Troisième Homme » 1949 de Carol Reed

 

Néoréalisme italien                        1943 – 1952

« Rome Ville Ouverte » 1945 de Roberto Rossellini

 

Évolution

« Le Voleur de bicyclette » 1948 de Vittorio De Sica qui est à peu près le dernier du genre

 

Nouvelle Vague                       1958 – 1973

« A bout de souffle » 1960 de Jean Luc Godard

 

Évolution

L’histoire d’Antoine Doinel « Baisers volés » 1968 et/ou « Domicile Conjugal » 1970 du même Truffaut

 

Nouvelle Vague britannique     1959 – 1963

« Les chemins de la Haute Ville » 1959 de Jack Clayton sont emblématiques « La Solitude du coureur de fond »  1959 de Tony Richardson Le mouvement s’est vite épuisé le cinéma britannique devenant plus commercial.

 

Nouvelle Vague japonaise                    1959 – 1976

« Contes cruels de la jeunesse » 1960 d’Oshima

 

Évolution

« Profonds désirs des dieux » 1968 d’Imamura

 

Cinéma Novo                                     1960 – 1974

« Antonio das mortes » 1969 de Glauber Rochas sont emblématiques « Le Dieu noir et le Diable blond » 1964 Le mouvement plus porté sur l’esthétisme que sur l’engagement politique de ses débuts a fini par faire disparaître le mouvement.

 

Nouvelle Vague tchèque              1963 – 1968

« Au feu les pompiers » 1967 de Milos Forman

 

Évolution

Le mouvement c’est éteint avec la fin du « Printemps de Prague ».

 

Nouveau cinéma allemand                  1966 – 1982

« Alice dans les villes » 1974 de Wim Wenders

Au cri de «  Le vieux cinéma est mort » 26 cinéastes, en 1969, signent un manifeste

 

Évolution

Le peu de moyen, le peu d’intérêt public pour certains films et « l’exil » de certains cinéastes ont fait disparaître de mouvement.

« Le Tambour » 1979 de Volker Schlöndorff

 

Nouvel Hollywood                          1967 – 1980

« Taxi driver » 1976 de Martin Scorcèse ou quand les studios perdent la main et que les cinéastes avec le fameux «  final cut » s’emparent du pouvoir

 

Évolution

« Gosford Park » 2001 de Robert Altman

 

Nouvelle vague hongkongaise  1978 – 1997

« Le Syndicat du crime » 1986 de John Woo

 

Évolution

« In the Mood for Love » 2000 de Wong Kar-Wai

 

Cinéma du look                       1982 – 1991

« Diva » 1981 de Jean-Jacques Beineix

Cette expression a été inventée par le critique Raphaël Bassan en 1989 dans un numéro des « Cahiers du Cinéma » sont emblématiques « Subway » 1985 de Luc Besson « Les Amants du Pont-Neuf » 1991 de Leo Carax

 

Nouvelle vague taïwanaise                  1982 – 1997

« Salé, sucré » 1994 de Ang Lee sont emblématiques

« Un temps pour vivre, un temps pour mourir » 1985 de Hou

 

Cinquième génération chinoise        1984 – 1996

« Le Sorgho rouge »  1987 de Zhang

 

Évolution

« Adieu ma concubine »  1993 de Chen (Palme d’or à Cannes)

 

Dogme 95                                   1995 – 2005

« Les Idiots » 1998 de Lars von Trier

Il fut l’un des initiateurs d’un manifeste * en dix points que les réalisateurs devaient signer. Finalement trente et un film furent réalisés avant la fin du mouvement en 2005

 

New French Extrémity                 +/- 2000

« Baise-moi » 2000 de Virginie Despentes  ou le cinéma transgressif.

 

 

Manquent à cette liste des mouvements plus confidentiels ou étrangers plutôt réservés à des spécialistes. Ainsi par ordre chronologique : « École polonaise » « Nouvelle vague iranienne » « Nouvelle vague australienne » «  Nouveau cinéma queer », « Nouveau cinéma mexicain », « Numblecore », « Nouvelle vague roumaine »

Les amateurs les plus exigeants pourront satisfaire leur curiosité en consultant la « Petite histoire du Cinéma » de Ian Haydn Smith – Flammarion éditeur à laquelle ce devoir de vacances doit beaucoup.

 

 

* Je ne résiste pas au plaisir de vous donner quelques un des dix points du Dogme

 

         1        - tourner sur place, sans accessoire

         2       - en couleurs mais en lumière naturelle sans filtre

         3       - seul le format académique est autorisé. Pas de 16/9

         4       - le son sera diégétique avec sources visibles à l’écran (si on entend de la musique elle doit, par exemple être celle d’un orchestre visible dans le décor)

         5       - pas de représentation de l’action superficielle racontée par un personnage par exemple.

         6       - le film devait se dérouler ici et maintenant

         7       - pas de film de genre      

         8       - pas de mentions de réalisateur

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12 octobre 2022 3 12 /10 /octobre /2022 06:00

Jeunesses hitlériennes : l'endoctrinement d'une nation | FESTIVAL  INTERNATIONAL DU FILM D'HISTOIRE

Je t’ai dit déjà qu’il me fallait racheter ma vie auprès des Résistants.

Vivre en les aidant ou mourir en traître collaborateur.

Le choix était simple, je les avais avertis du jour prévu de leur départ, c’était le marché conclu.

En contrepartie de ma tranquillité, il me suffisait de faire en sorte que le camion des archives tombe en panne, avant de quitter le centre-ville.

Ce qui me trouble  l’âme au point de faire de mes nuits des combats pour le sommeil, quand les visions qui peuplent mes insomnies me hantent jusqu’au lever du jour, c’est bien l’évènement de ce jour d’août.

Il avait débuté dans la joie, l’occupant quittait la ville.

C’est ta mère, Martha, qui m’avait assuré que Mathias serait dans le dernier véhicule du convoi, pour veiller sur les archives.

 

Lorsque je les ai vus arriver de la place des Thermes, j’ai compris tout de suite qu’il nous avait menti.

Le second véhicule n’était autre que la Mercedes du colonel Kiesel. Mathias était installé à côté de lui, tout pimpant dans son costume de parade.

Fier comme un vainqueur, ignorant que ce départ était une retraite.

 

Quel orgueil ! Quel putain d’orgueil ai-je pensé, et là, j’ai compris qu’il ne reviendrait pas après, que pour lui il n’y aurait pas d’après.

 

Seulement devenir, devenir non pas revenir.

Werden, nicht zurückkhren !

 

Ta mère ne l’a jamais su.

Son bonheur était si grand qu’il ne faisait qu’enfler davantage mon dépit.

C’est vraiment là, en voyant avec quelle superbe il abordait la défaite, que l’idée a germé dans mon esprit pour une heure plus tard s’affirmer comme une réalité.

Car personne n’a fait demi-tour pour prendre des nouvelles de ceux qui n’avaient pas suivi, ils n’étaient pas de ceux qui regardent derrière et lui moins que tout autre.

 

J’étais avec François, tu te souviens, fanfan le borgne. Il était lui aussi resté en arrière pendant toute la guerre à cause de son œil aveugle.

Nous étions au sommet de la montée de l’église, accoudé au parapet de l’escalier.

C’était un bel après-midi.

Dix jours avant, là-même, où nous étions, un pauvre type avait été assassiné par les Allemands.

Nous guettions leur départ.

Après les voitures d’officiers ont suivi les camions bâchés.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six…

Tous chargés d’hommes plus ou moins valides, des blessés qui avaient survécu.

La plupart avait baissé la bâche arrière, on voyait deux ou trois mains qui maintenaient une mince ouverture pour surveiller les arrières.

 

Et puis est arrivé le dernier.

 

Ce dernier, je l’attendais car je voulais voir si mon travail allait porter ses fruits.

Martha, « je dis travail », tu entends bien, « je dis travail. »

Puis voilà que le moteur toussote, crachote et cale.

 

Alors ils sont sortis.

Ils étaient dix, dix gosses plus misérables les uns que les autres, dans leurs tenues vert-de-gris trop grandes ou trop courtes, étriquées ou trop larges.

Dix gosses, indécis, un peu perdus, mais apparemment pas trop inquiets.

Vois-tu, Martha, ils avaient pris l’habitude de circuler ici sans craindre grand-chose de la population.

Ils ne savaient pas, eux, que ce jour était celui de leur débâcle, de leur totale défaite.

Ils n’avaient pas encore conscience du fait qu’ils n’étaient plus des occupants mais l’arrière-garde d’une armée en retraite.

Quand cela me revient, je ne peux pas ne pas penser à toutes les retraites de l’histoire, à toutes les embuscades tendue, sur le chemin du retour, quand la terre conquise se retourne et te saute au visage avec toute cette haine mûrie en silence.

Ils étaient là, ces dix gosses, essayant de pousser un véhicule lourd de tonnes de papiers qui n’avaient plus la moindre valeur.

Ils s’affairaient autour d’un capot soulevé cherchant la raison de la panne.

Mais ce jour-là, il n’y avait pas de mécano pour farfouiller dans ce ventre de ferraille et trouver l’organe déficient.

Ils parlaient, ils parlaient fort pour s’aider à croire qu’il n’y avait qu’eux.

Mais je sentais bien dans le ton de leur palabre un germe d’inquiétude, quelque chose comme une crainte.

Comme les enfants qui se trouvent seuls et qui parlent fort.

Qui ne parlent qu’à eux-mêmes, mais qui laissent ainsi croire à l’intrus pressenti qu’ils ne sont pas seuls, seuls dans le noir.

Ils étaient beaux ces gosses ravis à leur famille, à dix-huit ou seize ans, embarqués dans ce conflit qui avait déjà avalé leurs aînés, leurs pères, et avant eux leurs grands-pères rescapés du précédent désastre.

 

Voilà le spectacle que nous étions en train d’observer Fanfan et moi du haut de la montée de l’église.

Et lui, pensais-je, il aurait dû se trouver dans ce camion, lui, Martha, il aurait dû être là pour surveiller ce chargement d’archives inutiles…

Lui, le sous-officier qui m’avait embarqué dans cette galère, qui tout le reste de ma vie n’a cessé de me tourmenter et de faire de toute joie possible un incessant remords.

 

Malheureusement, dans l’après-midi du 28 août 44 va se dérouler un drame qui laissera un goût amer à ceux qui en furent les témoins impuissants. Au cours d’une halte inopinée dans la station, des éléments FTPF incontrôlés de la Brigade Rouge du Chablais exécutent 10 soldats allemands sur la place de l’église avant leur départ.

 

Ces quelques lignes d’un journaliste relatant les faits seront donc tout ce qui restera de ce massacre.

Mais pour toi, Martha, je veux en faire un écheveau indémaillable de douleur et de regrets. Je veux que tu saches et que tu te souviennes ce que fut cet événement. Il  est coutumier, le fait de massacrer le vaincu, lorsqu’en fin de combat, harassé de fatigue et submergé par la haine, le vainqueur se soulage de tous les coups reçus, de toutes les tensions soutenues et de ce désir de venger l’ami, le frère, tombés à ses côtés.

Mais ce jour-là, qui pourrait dire que le sang appelait le sang ?

C’était un jour qui allait se prêter plus à la fête qu’à l’horreur.

Et cependant, je n’en conserve, que ce sentiment d’une horreur terrible, effrayante, corrosive et qui n’a cessé depuis de me miner le cœur.

Ils étaient dix petits Allemands.

Ils sont morts sous le feu de leurs propres armes, de leurs propres balles.

Leur mort n’était pas due à une réaction brutale, non, elle  a été pensée, même si quelques minutes seulement suffirent à cette réflexion.

Elle a été pesée par un esprit vif et pervers.

Car il en faut de la perversité pour convaincre ses comparses qu’une mort serait encore pire si elle sortait  des armes qu’ils avaient prévues pour défendre leur retraite.

 

La mitrailleuse fixée à l’arrière du camion fut aussitôt sortie et installée derrière l’église.

Que pouvaient-ils comprendre, ces gamins, à la mort qu’on leur préparait ?

Ils étaient là, comme des mômes dans une cour d’école que les maîtres tentent de rassembler en un groupe homogène.

Ils s’exprimaient en paroles inquiètes que nul ici ne pouvait comprendre.

Une volée d’oiseaux pris au piège, se heurtant les uns contre les autres, s’abîmant contre la falaise.

Ils cherchaient chacun dans les yeux de l’autre une réponse à cette mise en scène.

Et puis, la rafale est partie.

 

À hauteur de visage.

Tous ces visages encore empreints de cette innocence, de cette fraîcheur que la jeunesse, même violée, leur avait conservée.

À hauteur de visage.

 

En une seconde, tous ces visages éclatés.

Tous ces enfants brutalement devenus pantins sanglants, s’entrechoquant les uns les autres, s’écroulant dans une gerbe de sang.

Ils gisaient tous au pied de la falaise comme une moisson saccagée par l’orage.

 

Il y eut encore dix coups de feu, un dingue peaufinait le massacre en leur tirant une balle dans la tête.

 

La laideur, ça peut être incommensurable, et celle-là, elle l’était.

Et nous avons donné des coups de pieds dans le muret sur lequel nous étions appuyés.

Nous avons pleuré fanfan et moi, et moi plus que lui, car brutalement me vint cette certitude : je savais que cela allait se passer.

 

Et puis la brigade est partie comme elle était arrivée.

Ils étaient dix petites Allemands, dix Fritz, dix Boches, dix Schleux.

Martha, c’est ainsi qu’il faut penser pour adoucir le mal, pour mieux faire passer l’horreur.

Dix Boches, dix Schleux, dix Boches, dix Schleux…

Les autres, ceux que j’attendais, ceux pour qui j’avais travaillé ne sont arrivés qu’une après.

Quel gâchis, Martha, pourquoi faut-il qu’ils ne soient arrivés qu’après ?

Qui les a donc retardés pareillement,

Cette question ne cesse de me tourner dans la tête.

Mais au fond, ne fallait-il pas que les choses se passent ainsi pour que la suite s’avère plausible et vivable.
Et j’ai vécu, nous avons vécu, Martha.

 

Après ce massacre, en oubliant mes larmes, j’avais toute nette en tête, cette idée de tuer ton père.

Je suis rentré à la maison.

Armé d’une pelle et d’une pioche, je suis allé jusqu’au fond du jardin, à deux mètres du pommier, dans ce petit coin de pelouse où l’été je tire un rotin pour faire un brin de sieste.

Là, j’ai commencé de creuser.

La terre est riche et foncée chez nous.

Tout y pousse si bien, un mensonge autant qu’un fruit savoureux.

Marie est arrivée, triste, voûtée, les deux bras pendant le long de son corps, paumes ouvertes vers moi.

 

Ils sont loin ?

J’opinais silencieux.

Je sais qu’il reviendra, il me l’a promis.

 

Il reviendra pour toujours, pour habiter ici dans cette maison. Je suis triste et heureuse à la fois.

J’ai envie de pleurer et de rire, Melchior, dis-moi que tout ça, ça va bientôt finir pour de bon.

Elle a tendu ses deux bras vers moi, elle pleurait.

Elle est venue se serrer contre moi :

-Il reviendra, n’est-ce pas Melchior ?

À cet instant j’ai vraiment tué ton père.

-Marie, il faut être forte, très forte.

Je l’ai serrée dans mes bras, fort, très fort et j’ai pleuré avec elle.

-Melchior, tu pleures, dit-elle.

- Il ne reviendra pas Marie.

Il ne reviendra plus.

-Mais si, il a promis, je le crois mon Mathias, je le crois.

-C’est vrai, il fallait le croire, Marie, mais…

-Mais quoi, Melchior, quoi ?

-Ce soir, à la nuit tombée on ira le chercher.

Il y a eu un accident Marie, un vilain accident.

 

Quand elle a vu la fosse, quand elle a compris, elle s’est mise à hurler :

-Non, non ne dis pas ça, Melchior, pas ça !

Et puis on a encore pleuré parce qu’il a bien fallu lui dire quel accident, où comment.

Alors elle s’est remise à hurler.

Elle hurlait comme si quelque tortionnaire lui arrachait les entrailles.

J’ai appliqué ma main sur sa bouche avec force et j’entendais à travers la paume de ma main ce crie mute, séquestré tout en elle et qui me venait droit au cœur à travers ma main, mon bras, mon épaule.

Tout en moi se mit à tressaillir comme elle, toute elle, à la vibration de ce hurlement contenu.

J’ai murmuré à son oreille :

-Marie, Marie, calme-toi, je t’en prie ! Il ne faut pas qu’ils nous entendent.

Et alors, je ne pensais plus aux  Brigades Rouges qui, à cette heure étaient loi, mais à tous ceux, qui silencieux, derrière leurs fenêtres, happaient dans le silence, le moindre bruit, la moindre voix, pour donner un alibi à l’assouvissement de leurs bas instincts.

 

Le lendemain, trois femmes seront lâchement assassinées, deux autres tondues et portées à travers la ville, par de tristes héros qui auront attendu le départ de l’envahisseur pour s’affranchir de leur peur, de leur lâcheté, par plus de lâcheté encore.

-Marie, tais-toi, pour l’amour de Dieu tais-toi !

A cet instant Marie s’en moquait vraiment, car bien sûr, si Dieu avait été, Mathias n’aurait pas compté parmi ces cadavres défigurés.

 

La nuit venue, nous avons pris le chemin de l’église en poussant la charrette à bois qui avait dans ses roues un siècle d’honnêtes travaux.

J’avais plié la bâche en quatre et dissimulé dessous une quinzaine de bûches longues, en prévision du retour.

Il lui fallut faire face à ce tas de chair morte qui baignait dans une mare de sang noirci.

Faire face à cette odeur, oui déjà cette odeur, avant même les insectes.

L’odeur du sang avant même celle plus commune de la pourriture.

 

J’ai piétiné dans ce sang durci et sans choisir j’ai tiré un corps par les épaules, il a glissé parmi les autres comme lubrifié par tant de sang.

Martha était écroulée contre le mur de l’église, elle sanglotait doucement, elle avait admis la chose.

Aurait-elle pu décrypter un visage, son visage dans cette charpie de chair d’os et de sang ?

Non, elle ne pouvait le reconnaître, seul, peut-être son pantalon trop court, oui, le pantalon ! Mais tous avaient des uniformes à peu près à leur mesure, tous les derniers appelés, les derniers habillés, les derniers à mourir.
Pouvait-elle se tromper réellement ? Elle l’avait dans le cœur, dans le ventre, ce visage, cet être tout entier.

Il ne nous est pas donné d’être ni devin ni prophète.

Et l’amour ne suffit pas à ouvrir toutes les portes, celle de toutes les misères, de tous les mensonges, de toutes les hypocrisies…

Non, elle ne pouvait que se persuader qu’il était là.

 

 

Simplement peut-être parce qu’elle n’avait pris le temps de défaire l’ourlet de son pantalon pour le mettre à sa juste hauteur.

 

J’ai donc traîné un cadavre jusqu’à la charrette que nous avions vidée de ses bûches et de la bâche.

C’était un enfant, le corps d’un enfant, dix-neuf ans peut-être.

Il était presque léger et me vint à l’esprit que certains prétendaient qu’un corps mort est beaucoup plus lourd qu’un vivant.

J’ai couvert son corps de la bâche et des bûches de hêtres.

Et nous avons pris le chemin de la ferme.

Nous peinions, poussant chacun un bras de la charrette, comme deux malheureux ayant grappillé leur bois pour l’hiver.

C’est depuis ce jour-là qu’ils ont fait courir le bruit que le Melchior et la Marie allaient sûrement partager la même cheminée.

Personne n’a jamais su, que ce jour-là, était celui des funérailles de Mathias.

Leur curiosité s’était arrêtée au minable rapport d’un cousinage qui se terminait en liaison.

Un boiteux, de surcroît, pour une Marie si jeune et si belle.

Marie, que j’avais si souvent imaginée candide et humble dans les bras de Mathias.

Marie, si simple et cependant si complexe dans ses choix.

 

Pourquoi en ces temps aussi douloureux, avait-elle choisi d’aimer celui en qui on ne pouvait voir que l’ennemi.

Mathias l’ange maudit.

Cependant, même à mes yeux, il restait l’ange, l’ange de l’amour, celui qui trônait à la place de l’éphèbe de Caravage.

Elle le lui avait crié :

-Reste, reste pour notre enfant ! Elle l’avait supplié et, lui, avait promis.

 

C’est donc derrière chez nous dans un coin de jardin que nous l’avons enterré, roulé dans la bâche sans que j’ose relever son identité.

Cet inconnu est ainsi devenu notre Mathias.
Pauvre Mathias enterré dans une terre hostile.

Mais il était nécessaire pour Marie que son amour reste sa possession au-delà de la mort.

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 07:00

 

Image empruntée à Super Pousson qui estimait en décembre 2020 que 99% des vins « nature » sont pourris ? Sans vouloir l’offenser j’ai toujours trouvé que lui avait un goût de chiottes ICI

Sonia Lopez Calleja, qui n’aime rien tant que d’explorer à fond un dossier et, Florian Demigneux que je ne connais pas, sont allés, pour le compte du LeRouge&leBlanc, en terre alsacienne, à Ostheim, dans le Haut-Rhin (oui Pax j’ai retenu la leçon d’hydrologie du Rhin) rencontrer Xavier Couturier et Pierre Sanchez fondateurs de Duo Œnologie.

 

Eulala, des œnologues, dans le petit monde des vins nu ça équivaut à rencontrer le Diable, des fils de Satan, des adorateurs de Michel Rolland, même avec une longue fourchette c’est prendre le risque de se faire excommunier par les pharisiens des vins nu.

 

Les deux compères se veulent au service du vin « sur mesure », duo œnologie n’est disent-ils pas comme les autres, il ne domine pas les vignerons de son savoir scientifique, il œuvre à leur émancipation. De plus, les deux s’intéressent aux vins « nature » ce qui, convenez-en une forme de rédemption.

 

Amen !

 

Trêves de bondieuseries, revenons au goût de souris.

 

- On  voit également une multiplication des goûts de souris ? Est-ce un phénomène récent ou pas ?

 

Cela a toujours existé et cela fait partie, à notre avis, des goûts liés à la fermentation. Auparavant, il était associé à l’acroléine, la saveur de l’amande amère. Nous n’avions pas de mot spécifique pour désigner cette saveur. Le fait de la nommer la rend plus visible. Dans les années 2000-2010, les Japonais sélectionnaient systématiquement les vins qui avaient développé un goût de souris, c’étaient ceux qu’ils préféraient. La « souris » est aussi un agent de texture prolongeant la sensation en bouche. À partir du moment où cette saveur est qualifiée de défaut, les personnes vont avoir tendance à la rejeter et à oublier le reste du vin. Nous ne disons pas que c’est agréble mais ce n’est pas que mauvais.

 

On va retrouver ces arômes dans tout l’artisanat fermentaire. La molécule responsable de la saveur particulière du riz basmati est la même que celle intervenant dans le goût de souris. Plus le riz basmati va développer un goût de souris plus il sera vendu cher. Avec le vin, c’est plus compliqué parce que c’est un goût qui apparaît en retrait, en fin de bouche.

 

- On associe également le goût de souris à des vinifications sans soufre, est-ce judicieux ?

 

Il est plus fréquent dans les vins sans sulfites. L’utilisation de soufre réduit la quantité de micro-organismes et donc le spectre des métabolismes possibles. Par ailleurs, les difficultés de fermentation ajoutent un risque supplémentaire dans la microflore. En dehors de la façon de vinifier, l’apparition du goût de souris peut être liée à la qualité des raisins et au changement de climat. Nous assistons à un véritable effondrement de la diversité microbiologique locale, qui favorise l’augmentation de la présence de bactéries opportunistes pendant la fermentation. La sécheresse est également un facteur favorisant l’apparition des goûts de souris. À l’inverse, les années pluvieuses réduisent le risque.

 

- Peut-on limiter les risques d’apparition du goût de souris ?

 

Il faut que les fermentations soient les plus rapides et complètes possibles. Si ce problème est récurrent en cave, nous allons réfléchir à un aménagement du milieu qui lui soit moins propice. Les conditions climatiques qui font souffrir la vigne sont un facteur déterminant. Il est donc également nécessaire d’aider le « vivant » par des pratiques viticoles adaptées. Ainsi les vignerons  qui travaillent beaucoup à diminuer le stress hydrique de leurs vignes ont moins de soucis. Nous ne parlons évidemment pas de l’irrigation ; ce n’est pas une solution. Irriguer participerait à la salinisation de sols. En revanche, nous ne connaissons pas, pour l’instant, de technique pour retirer le goût de souris lorsqu’il est déjà présent dans le vin.

 

 

 

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 06:00

 

Le ciel parfois dans sa cruauté va au devant de ce que l’humain aurait pu souhaiter.

Vois-tu Martha, au fond, je me suis réjoui de cette série de malheurs qui peu à peu, jour après  jour m’ont apporté  ce que jamais je n’aurais su ou même osé prendre par moi-même.

Des années plus tard, dans ses mémoires qu’il confiait à un journal local, un journaliste sincère écrira : « Au cours d’une halte inopinée dans la station, des éléments FTPF incontrôlés de la Brigade Rouge du Chablais exécutèrent dix soldats allemands sur la place de l’église avant leur départ. »

C’est tout.

 

 

    Tout ce qui devra rester dans la mémoire des hommes.

Un entrefilet qui n’incite à aucune émotion.

Je ne veux plus être le seul à garder de ce jour le terrible ressentiment qu’il a eu sur ma vie, su notre vie, Martha.

Je pense qu’il est temps que tu saches ce que furent les jours qui précédèrent ta naissance, même si la connaissance entraîne une part de désespoir.

Il y a dans ces événements se quoi stimuler le désir de vivre, ce même désir qui m’a animé jusqu’à ce jour, ce  désir d’être père.

 

Ce que je désespérais d’être un jour.

Tout ça, c’était avant qu’ils tombent.

Avant que la haine ne les ait foudroyés.

 

Le monde chantait encore pour moi, les fleurs avaient encore une odeur et le rire des gens invitait à rire.

Mais le monde a changé il a suffi d’un instant, d’un mauvais concours de circonstance : « Une simple halte inopinée dans la station. »

 

Tu te rends compte Martha, une simple halte inopinée dans la station.

Comme l’a joliment écrit ce journaliste.

Mais pour ceux qui ne savent pas, c’est presque rien, un pneu qui crève sur la route des vacances, rien de plus.

Une halte inopinée.

 

J’en crève Martha, et toi tu en as souffert toute ta jeunesse.

Mais est-ce que tu as vraiment souffert de m’avoir pour père, un veuf de deux amours comme ça a dû être triste pour toi ma fille ?

 

Toi que j’ai chérie parce que je voyais dans ton visage, le visage de Marie et dans tes yeux cette intensité, cette lumière, cette profondeur des yeux de Mathias.

Je t’ai aimée ma fille et j’aimerais parfois que tu me le redises, non pas comme autrefois, ce « T’aime papoun » que tu me murmurais à l’oreille, lorsque au coucher je fermais ce livre de la marmotte ou du Père castor que tu affectionnais tant.

Tu te souviens, ce livre où les montagnes riaient et pleuraient comme la marmotte.

J’aimerais te l’entendre dire aujourd’hui, maintenant que tu es grande et que tu es loin de moi.

Maintenant que tu sais qu’un autre est ton père par la chair et le sang.

 

Le peu de temps qui nous a été accordé de vivre ensemble, Marie et moi, était un temps d’attente. Un temps d’indécision.

Nous étions dans le mensonge absolu.

Il fallait que tous croient que j’étais le père de l’enfant à naître, et Marie pleurait souvent dans mes bras le soir.

 

Ah, ces soirs où nous sentions en nous la présence de Mathias

Il était là, comme un rôdeur jaloux et révolté. Pour Marie c’était l’amour que la fatalité lui avait ôté. Pour moi, j’étais cette fatalité qui avait décidé de la tromper.

J’étais le voleur qui ne pouvait s’emparer du magot car le coffre qu’il avait dérobé restait fermé et qu’il n’en avait pas la clef.

Le cœur de ta mère n’a jamais failli, Martha.

Je n’ai eu que son amitié, que sa reconnaissance.

Je n’ai eu que le reflet du diamant que je m’étais approprié.

Jamais elle n’a accepté que je sois plus que ton père, rien que ton père.

Parfois je me disais en moi-même, en la contemplant les yeux fixés sur son ventre plein de toi : « Elle a deviné mon forfait. »

Mais elle ne pouvait pas savoir, pouvait-elle seulement sentir qu’il était encore quelque part vivant une autre vie ?

 

 

 

 

                                //////////

 

 

 

 

Il faut que tu saches, Martha, quel cheminement m’a conduit à envisager sa mort. Quand un homme s’éprend d’amour pour un autre homme, ça ne semble en rien comparable à ce qu’un homme peut être lorsqu’il s’éprend d’amour pour une femme, c’est bien plus fort, et plus qu’une femme pourrait comprendre quand bien même elle pourrait l’admettre.

 

Quand il est entré dans ma vie, j’ai su tout de suite que je ne pourrais échapper à l’attirance que j’éprouvais pour lui.

J’ai lu dans ses yeux, avant qu’il ne la ressente lui-même, cette étrange tendresse qui te fait espérer que son regard ne quittera pas le tien, avant que tu aies pu lui transmettre par ton propre regard, cette connivence née brusquement du fond de l’âme.

 

Ce jour du tableau et de sa folle démonstration, lui, ne savait rien encore.

Moi je savais tout déjà.

 

C’est ainsi souvent que naît un amour d’homme.

Je pourrais te dire encore et encore comment tout s’est déroulé.

Cette démonstration me semble inutile.

Je voudrais simplement que tu comprennes quels sentiments m’ont brusquement assailli et torturé quand j’ai compris que Marie me l’avait ravi.

 

Une femme peut-elle souffrir vraiment ce que souffre un homme, lorsque celui qu’elle aime s’éloigne d’elle pour une autre ?

 

Quand j’ai surpris leurs regards à lui et à Marie, j’ai d’abord refusé de croire…

J’ai refusé de sentir s’alléger, peu à peu l’étreinte de  ses épaules.

Se faire plume cette tête qu’il venait d’enfouir dans mon cou avec force.

Se faire furtive la morsure de sa bouche sur mon épaule qui lentement jour après jour s’est allégée jusqu’à ne plus être qu’un frôlement.

Cette bouche tant visitée par ma bouche altérée qui se refermait devant l’assaut de mes lèvres.

 

Je me suis senti délaissé par cet être, tout entier possédé par Marie, confirmé dans son inclinaison par sa seule volonté et tout l’amour qui lui servait d’outil.

C’était plus que je n’aurais pu supporter. C’était trop.

 

À mes premiers reproches, il avait écarté le sujet en citant la Bible. Pauvre naïf que j’étais, je ne résistais pas à la tentation de lutter.

Je niais l’existence de Dieu.

Quoi de plus naturel que de nier l’existence de ce perturbateur, aux premiers maux qui te frappent, aux premières blessures que t’inflige la vie.

Impuissant à le convaincre de notre amour, je voulais lui prouver que la notion de faute était une histoire trop récente pour qu’o, puisse lui accorder la moindre valeur.

 

Je voulais lui prouver, que Dieu lui-même était né de la faiblesse des hommes et que la vraie force des hommes serait de vivre sans Dieu.

 

Je voulais qu’il comprenne enfin, en désespoir de cause, que si son Dieu est amour, l’amour ne pouvait en aucun cas être considéré comme une ignominie.

 

Je m’appliquais par tous les moyens à lui apporter quelques citations pour étayer mes convictions. De Job à l’Ecclésiaste, tout y passait.

Je lui disais, personne n’est à même de juger si l’amour est pur ou impur selon qu’il a pour objet un homme ou une femme (qui donc extraira le pur et l’impur ? Personne.)

 

Et puis il y avait cette phrase qui me semblait plus proche de ses convictions et peut-être plus pertinente : « Il n’y a personne de juste sur terre au point de faire le bien, sans jamais pécher. »

Mais ces joutes ne m’ont pas aidé à le convaincre, il était passé le temps, où nous nous aimions corps et âme.

Et je peux te dire encore combien nous avions refermé notre cœur sur ces moments de fusion.

 

 

 

 

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10 octobre 2022 1 10 /10 /octobre /2022 07:00

Et si le vin dit de Bordeaux subissait au XXIe siècle le même déclin que le vin de table du Languedoc au XXe siècle ?Et si le vin dit de Bordeaux subissait au XXIe siècle le même déclin que le vin de table du Languedoc au XXe siècle ?Et si le vin dit de Bordeaux subissait au XXIe siècle le même déclin que le vin de table du Languedoc au XXe siècle ?

Ils sont respectivement, président, vice-président, directeur du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB)

 

De ce grand entretien je ne retiens pas grand-chose de nouveau mais, comme il est préférable de ne pas « tirer sur une ambulance », je fais référence ici à la myopie et l’incurie des dirigeants du CIVB et non à la détresse des vignerons de Bordeaux, je ne rajouterai pas mon grain sel sur une situation prévisible masquée par le soi-disant Bordeaux-bashing. L’évitement, la politique de l’autruche, l’incapacité à sentir les nouvelles tendances, en dépit des moyens importants  du CIVB, ont conduit le « ventre mou » des vins de Bordeaux dans la situation du Languedoc du vin de Table. L’histoire repasse parfois les plats mais pas chez les mêmes.

 

Pas de solution unique à la sortie de crise des vins de Bordeaux ICI 

 

Grand entretien avec les dirigeants du Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB), faisant le point sur les principaux enjeux d’adaptation du vignoble bordelais aux tendances du marché. Des profils produits à la diversification de la production, en passant par l’arrachage.

Par Alexandre Abellan Le 30 septembre 2022

 

- Quels sont les leviers d’action et de conseil du CIVB auprès de ses opérateurs ? Vous avez réalisé une étude récente sur les profils produits ou une étude sur la vision des cavistes sur les vins de Bordeaux…

 

Allan Sichel (président du CIVB) : Une étude a été faite avec une méthodologie scientifique rigoureuse pour définir 250 vins de Bordeaux prélevés sur les linéaires (prix allant de 5 à 10 €). Ont émergé 20 styles, goûtés par des professionnels et des amateurs. Ce qui est intéressant, c’est que leurs avis convergent : ils ont les mêmes goûts et perceptions, sans utiliser le même vocabulaire. Ces 20 catégories de produits ont été soumis à la dégustation d’un plus grand nombre, professionnels et amateurs. On voit que toutes les catégories ont des notes honorables, autour de 7 sur 10. Tous ces styles de vin ont des amateurs : des gens qui les adorent. Et il y a en aussi qui ne les aiment pas. La difficulté, c’est comment faire en sorte que le consommateur retrouve un vin qu’il aime. À priori, s’il n’a pas goûté un vin, il n’en connaît pas le style.

 

C’est le constat. La bonne nouvelle, c’est que tous les vins de Bordeaux trouvent leurs amateurs. La tendance est aux vins sur le fruit avec moins de tannins, mais on voit qu’il y a des styles boisés et riches qui ont leur public. Au niveau du CIVB, on n’est pas en mesure de dire voici le style de produit qu’il faut faire. Ce que l’on met en avant dans nos actions de promotion et de communication, c’est la diversité de l’offre bordelaise. Et surtout l’élargir sur les produits où Bordeaux n’est pas attendu : les rosés, les crémants, les vins blancs… Mais aussi des vins rouges très légers. On voit des viticulteurs qui produisent avec un certain succès des vins rouges à servir frais. Ce sont des choses à caler avec la grande distribution. L’idée de notre charte de partenariat, publiée au sein de la filière, est d’intensifier la relation entre le viticulteur, le metteur en marché et la chaîne de distribution pour que chaque vin trouve son marché dans un cycle en adéquation avec les attentes des consommateurs.

 

- On entend certains distributeurs préférer rentrer des rosés en IGP Atlantique qu’en Bordeaux, l’appellation serait moins attendue sur cette couleur par les consommateurs. Est-ce un épiphénomène ou une vraie tendance ?

 

Allan Sichel : Bordeaux n’étant pas attendu sur le côté rosé, c’est une bonne raison pour le présenter. Bordeaux est perçu comme un fournisseur de vins rouges, qui représente la moitié des occasions de consommation. Si l’on reste focalisé sur les rouges, Bordeaux n’est même pas considéré sur la moitié des moments de consommation. Montrer que Bordeaux est aussi présent avec des rosés, des blancs frais, des crémants… C’est un axe de développement.

 

Christophe Château (directeur de la communication du CIVB) : Il me semble que les volumes produits en Bordeaux rosé sont très nettement supérieurs à ceux produits en IGP Atlantique. Si c’était une demande très forte, il y aurait un basculement.

 

Bernard Farges (vice-président du CIVB) : On n’a jamais pu vraiment installer l’IGP Atlantique, c’est confidentiel en termes de volumes (à part un opérateur). Mais on regarde d’un bon œil le développement de l’IGP Atlantique. Ça sera une bonne chose. C’est la diversification.

 

La diversification semble justement être le mot sur toutes les lèvres à Bordeaux : crémants, blanc de noirs… Est le mot d’ordre pour que le vignoble bordelais soit plus en phase avec le marché ?

 

Allan Sichel : La diversification des sources de revenus est un axe important de pérennisation et de résilience dans la durée.

 

Bernard Farges : Les chocs climatiques et les chocs commerciaux nous amènent à des niveaux de commercialisation qui sont en dessous de notre capacité de production. Encore que ces trois dernières années les récoltes sont plutôt faibles. Et les commercialisations sont faibles aussi. Le besoin de réduire, de diversifier et de relancer la commercialisation de notre cœur de métier que sont les AOP bordelaises sont les trois voies vers lesquelles nous devons aller. Forcément. Il n’y en a pas une qui va suffire. Dire que l’on va tout diversifier, tout passer en IGP et en rosé, c’est illusoire. Demain, dire que l’on va tout régler par l’arrachage (que l’on n’a pas encore), ce sera illusoire. Dire que par le soutien à la promotion on pourrait remonter à 5 millions hl de commercialisation (d’abord on ne le croirait pas), ce serait illusoire aussi. Il va falloir agir sur tous les leviers. Tous les leviers.

 

- Lors de vos deux dernières assemblées générales en tant que présidents successifs du CIVB, vous avez respectivement appelé à l’arrachage définitif avec l’appui de fonds européens (pour la restructuration et l’investissement) et à la reconversion vertueuse et réversible (en préservant les meilleurs terroirs). S’agit-il de façons différentes de demander la même chose ou de divergences entre production et négoce ?

 

 

Allan Sichel : Il n’y a que Vitisphère et Sud-Ouest qui ont généré la polémique là-dessus. On ne peut pas convertir des terres agricoles pour en faire autre chose sans arracher la vigne. Vous étiez surpris que je ne dise pas le mot arrachage : si je l’avais su avant, je l’aurai facilement exprimé et dit. Nous sommes dans une situation structurelle de surproduction : il faut que l’on réduise le volume de production à Bordeaux. Il faut arracher et il faut trouver des financements pour permettre aux viticulteurs d’entamer cet arrachage. Pour certains c’est la fin de carrière, pour d’autres c’est une conversion vers autre chose. On a des besoin d’utilisation de terrains agricoles (céréales, maraîchage, séquestration carbone, énergies vertes…). Tout ce qu’il faut, c’est que l’on n’arrache pas des vignes pour y mettre des supermarchés : ça serait irréversible.

 

-Poussée par la souffrance, l’impatience est forte dans le vignoble : un arrachage primé est-il envisageable en 2023 ? Que peut-on dire : être rassurant ou rester prudent ?

 

Allan Sichel : Pour moi, c’est très difficile d’être totalement rassurant à ce stade-ci. On a des enjeux d’évolution de réglementation qui sont lourds. Tout ce que je peux garantir, c’est que l’on déploie toute l’énergie pour sensibiliser nos représentants au niveau des ministères et engager des évolutions dont il y a besoin. Ce qui est important, c’est d’avoir une feuille de route, parce que ça concerne Bordeaux. Mais ça ne concerne pas que Bordeaux, le ministère a besoin d’une vision d’ensemble de filière. On travaille aussi pour avoir une ligne de conduite pour toute la filière française.

 

Bernard Farges : Quand en mai, en assemblée générale, on parle d’arrachage, qu’en juillet on en reparle à nouveau (je dis on parce qu’il [Allan Sichel] était au courant de ce que je disais et que j’étais au courant de ce qu’il disait), pourquoi est-ce que l’on n’en parle pas avant ? C’était déjà un sujet l’arrachage, à l’assemblée générale du syndicat des Bordeaux. Jusqu’à présent, on disait qu’il n’y avait pas d’opportunités, que l’on sentait que cela n’allait pas suivre. En mai, on s’est dit que cela suivait ailleurs qu’en Gironde. Peut-être pas pour le faire de suite. Mais ce qui se passe dans la filière viticole française, plutôt bien portante jusqu’en 2018, c’est la succession de chocs : petites récoltes, taxes américaines, fermeture de la Chine, la pandémie, les conséquences de la guerre en Ukraine… Et la déconsommation, très importante en grande distribution.

 

Nous avons les nuages sur la tête depuis un certain temps, d’autres régions les voient arriver clairement : je ne vais pas les citer ici. Il y a une prise de conscience au niveau de la filière viticole et il y aura des propositions de l’ensemble de la filière. Parce que les outils financiers de soutien et réglementaires d’encadrement de la filière n’ont pas bougé depuis, en gros, 2008. Il y a besoin d’adapter les outils urgemment. Sinon, nous aurons été responsables d’avoir tiré la sonnette d’alarme et de ne pas avoir fait de propositions. Il faut trouver des solutions, sociales pour certains : ce n’est pas de gaîté de cœur. Mais c’est indispensable : la filière est à restructurer.

 

Avec des éléments très positifs parfois : en deux mois, on a réussi à bâtir pour la Champagne et la Bourgogne un déplafonnement des rendements butoirs. Lorsque cela a été proposé pour la première fois au mois de mai, certains ont ouvert de grands yeux en disant que ce n’était pas possible de faire péter un dogme. Et bien oui, on fait péter parce que c’est cohérent. Champagne résiste parce qu’ils ont des outils de mise en réserve qui fonctionnent. Ailleurs, ce seront d’autres outils. Bordeaux a travaillé et obtenu un nouvel outil de réserve (le volume régulateur), qui ne sera pas efficace cette année on le sait, mais il sera efficace prochainement, on l’espère. D’autres régions y travaillent, parce que ce sont les outils de régulation dont nous avons besoin. Nous sommes démunis face aux chocs que la filière a subi, subit et subira peut-être (climatiques et commerciaux, comme nous sommes exposés partout).

 

-La vendange 2022 est prometteuse en qualité et réduite en quantité : est-ce un atout pour relancer les ventes et la valorisation ?

 

Allan Sichel : C’est la difficulté entre le cas individuel et le collectif. Collectivement, au niveau de la filière, avec les stocks qu’il y a et les perspectives de commercialisations, on n’a pas besoin d’une grosse récolte. Mais économiquement pour chaque producteur, qu’il y ait une petite récolte, c’est compliqué.

 

Les perspectives sont celles d’un très bon millésime : de la concentration, de la matière... C’est très rassurant sur la manière dont la vigne a pu résister à ces conditions extrêmes. Jamais on n’avait vu ça de manière aussi prolongée, avec une sécheresse aussi forte cumulée à une température aussi élevée. C’est un point encourageant.

 

Fabien Bova (directeur général du CIVB) : La bonne nouvelle, c’est la bonne réputation du millésime 2022 après les difficultés de vente du millésime 2021. L’équilibre entre la production et la capacité de ventes, telles qu’elles ont été démontrées ces dernières années, n’est qu’un équilibre en trompe-l’œil. Puisque les dépenses pour produire si peu sont largement supérieures à une production qui aurait été adaptée à ce volume-là. C’est comme si l’on faisait fonctionner une voiture en permanence dans le mauvais régime. Ce qui nous rassurerait, c’est une revalorisation raisonnable qui permettent de rémunérer d’avantage l’ensemble de la filière en restant dans le marché. Parce que jusqu’ici les petits millésimes ont été suivis d’à-coups sur les cours qui nous ont sortis des marchés. Et nous savons que le temps pour revenir sur les marchés est beaucoup plus long que celui pour en être éjecté et remplacé sur les linéaires.

https://cache.larvf.com/data/photo/w1000_ci/5s/fabien-bova.jpg

Fabien Bova, ingénieur agronome de formation, né en 1958, connaît très bien la Gironde et la filière viticole, en raison des nombreux postes qu’il a occupés dans le département. Il était, depuis 2009, Directeur Général de FranceAgriMer.

 

Il a été notamment directeur de Direction Départementale de l’Agriculture et de la Forêt de la GIRONDE (2001-2004) et de  Direction régionale et départementale de l’agriculture et de la forêt pour l’AQUITAINE et la GIRONDE (2006-2007) avec de faire partie du cabinet du Premier ministre François Fillon en 2007. Il est Chevalier dans l’Ordre National du Mérite (2002) et Chevalier de la Légion d’Honneur (2009).

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10 octobre 2022 1 10 /10 /octobre /2022 06:00

Le Déjeuner sur l'herbe (Monet, Paris)

Cette page de Mathias qu’il m’avait glissée dans la poche avec autant d’hypocrisie, je te la confie.

Elle est presque parfaite.

Il parlait si bien notre langue. Il aimait dire :

- Chez nous, nous parlons le français depuis quatre  siècles.

 

« Melchior, il faut que tu comprennes.

Nous étions tristes tous les deux quand nous avions fait l’amour.

Nous avions une aigreur au cœur et nous en voulions à la société toute entière de ne pas être en conformité avec nos désirs.

Nous nous en voulons mutuellement de n’être pas conformes à ce qu’exige cette société.

Melchior, nous étions heureux c’est certain, mais amers.

Te souviens-tu des silences qui suivaient notre extase ?

Te souviens-tu des regards voilés que nous posions l’un sur l’autre, cette tendresse coupable qui suivait nos étreintes.

Te souviens-tu de mon angoisse lorsque je cherchais en toi une assurance, un réconfort ?

Lorsque je te disais, Melchior on s’aime…

On s’aime mais on n’est pas pédé, n’est-ce pas ?

Et toi tu me répondais avec ta douceur qui me faisait fondre, toi, tu me répondais : non, Mathias on n’est pas pédé.

On est seulement des victimes, des victimes de la guerre et de l’amour.

Parce que cet amour qui est en nous, il faut lui donner une existence, il faut qu’il s’exprime.

 

Nous ne sommes simplement que des hommes qui partagent un même amour.

 

Voilà, Melchior, si tout cela était vrai, tu vas comprendre qu’avec Marie tout était différent.

Sans inhibition, sans tabou.

Simplement comme un jeu chaque fois différent, chaque fois inattendu et qui trouverait son accomplissement dans les moments les plus indus, dans les lieux les plus inattendus.

Melchior, nous avons ri avec Marie, nous avons pris des fous rires après l’amour.

Marie me regardait, les yeux plein de larmes et de bonheur, la bouche ruisselante de son rire et dans un fou rire commun nous déversions tout ce que l’amour n’avait pas encore libéré en nous.

 

Melchior il ne faut pas m’en vouloir, il ne faut pas en vouloir à Marie.

Ce qui existe entre elle et moi est si différent de cet amour qui nous a liés.

 

 

 

 

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Quant au colis d’adieu pour Marie, je l’ai déplié avec une certaine amertume.

Je croyais à un livre. En plus du carton il y avait quatre épaisseurs de papier autour de l’objet.

Enfin je déroulais lentement les derniers replis.

C’était un petit châssis sur lequel était tendue une toile.

Une huile bien peinte, un peu vite peut-être.

Un mot me vint immédiatement à l’esprit : érotique.

Et cependant, elle ne représentait que deux grenades et une banane pelée au tiers avec la peau retroussée.

L’agencement des trois fruits sur la toile ne pouvait laisser aucun doute sur l’esprit dans lequel ils avaient été peints.

Il y avait un envoi en bas à gauche :

« Pour Zac, pris au panier du déjeuner sur l’herbe, Manet. »

Mes mains s’étaient mises à trembler.

Ce pouvait-il vraiment que ce tableautin soit de Manet ?

Il s’est avéré qu’il est reconnu aujourd’hui comme tel, à l’instar de l’asperge d’Ephrussi, des violettes de Morisot et des pommes de Méry Laurent.

C’est vraiment le petit format 16 par 21, mais en lui-même et pour ce qu’il représente à mes yeux, c’est plus l’atelier de Courbet.

Il faut aujourd’hui que je te dise qu’il n’a pas quitté mon atelier.

Il est toujours accroché au mur au-dessus de la porte, là où personne ne le regarde.

Je l’avais dissimulé sous une de mes aquarelles du Mont Granier que j’ai sagement marouflé dessus.

Un chiffon humide te permettra de le dégager de sa gangue.

 

C’est le seul cadeau que t’aura fait ton père.

Fais-en bon usage si je puis dire.

Et si sa valeur sentimentale pour toi s’avère plus forte que sa valeur vénale, garde le bien en souvenir de ces heures de bonheur et de drame, d’amour et de haine qui ont précédé ta naissance.

 

 

 

 

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De tout départ il y a aussi celui qui reste, le sédentaire.

Celui qui est venu un jour, qui est resté un certain temps et puis qui est parti.

Alors lorsqu’errant à nouveau vers toi, il fait étape parfois sans prévenir, dans ta maison qu’il prend un peu comme l sienne, tu ressens l’ivresse des retours.

Et lorsque ton regard saisit à nouveau son regard, lorsque tes yeux se fixent à nouveau sur ses yeux, il y a une profonde connivence qui traduit toute l’amitié, les non-dits, les semaines de silence.

Le retour.

Faire du retour l’instant unique qui brise le silence et efface l’absence.

Faire du retour la continuité comme ininterrompue de la rencontre et dans la parole ou dans le silence, faire du retour l’éternité du moment fugitif.

Mais aussi, savoir faire de chaque au-revoir un adieu.

Savoir dans la main qui se tend, dans les mains qui se serrent, faire passer l’intensité de l’adieu. Dans les regards qui se croisent, saisir l’étincelle qui te révèle soudain la vulnérabilité de l’homme, la fragilité de son être et combien court est le temps qui lui est imparti par rapport à l’éternité.

 

Pour quel voyage nous quittes-tu ?

Laisse passer dans ton regard cette angoissante question qui dit à la fois adieu, à jamais…

Moi aussi à demain.

Ma maison est ta maison sur le chemin plein d’embûches et bien que temps et distance vont nous séparer, je te le dis, elle reste l’étape de ta route, le phare immuable sur lequel peut s’appuyer ta quête.

Voilà Martha, ce que j’aurais souhaité dire à Mathias le jour de son  départ mais la situation ne se prêtait plus à un tel déferlement de générosité.

 

 

 

 

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Ce qu’il faut que tu comprennes, Martha, maintenant que tu sais, c’est que Mathias est ton père.

J’ai fait tout mon possible pour être ce père, cependant dans tout l’amour que je t’ai donné, je dois t’avouer qu’il y avait aussi, une grande part de cet amour qui me restait pour lui.

Car, si je suis resté veuf de ta mère pour son souvenir et pour toi, pour que rien n’entache ta jeunesse, je suis avant tout resté le solitaire qui tentait de tromper sa douleur d’un amour perdu en nourrissant en lieu et place l’amour d’un autre pour son enfant.

 

Elle était belle Marie. Si belle que n’importe quel homme en serait tombé amoureux.

Et moi-même je crois que j’ai d’abord nourri un sentiment pour elle où se mêlaient  la sympathie pour une cousine mais aussi cet amour auquel je ne pouvais aspirer à cause de mon handicap.

Son sourire était franc et il me disait oui, avant que tout arrive.

Il me disait on est bien tous les deux quand on parle des heures sans s’ennuyer, quand on rit et que les larmes nous coilent sur les joues.

Oui on était déjà bien tous les deux avant que tout arrive, avant que Mathias arrive, avant que cet amour nous agrippe le cœur chacun à sa manière.

Mais en fait, n’est-il pas qu’une manière d’aimer, une unique manière.

Tout le reste est foutaise.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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