Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 06:00
Jim Harrison estimait que « la bécasse et la grouse, au même titre que la truite et la perche, appartiennent tout naturellement à la vie que je mène… » moi je me contente de les manger aux Climats

Je ne suis ni chasseur, ni pêcheur (sauf si on change l’accent) mais comme je suis amateur de gibier à plumes, et le poisson d’eau douce et de mer je dois donc assumer la chasse et la pêche, cette forme de prédation  qui déplaît tant, bien sûr aux vegan, mais plus largement aux défenseurs des animaux.

 

Assumer l’acte de tuer lui-même et, je dois l’avouer, la mort d’un animal sauvage par le fait du tir d’un chasseur me paraît plus belle, plus noble, avec une chance, certes inégale, d’y échapper, que celle de l’animal domestique mené et tué dans un abattoir, car là la mort est programmée, inéluctable, et le caractère massif de cette mise à mort à quelque chose de difficilement supportable. Bien évidemment, je ne fais pas entrer dans cette approche les malheureux animaux d’élevage lâchés quelques heures avant la chasse dans la nature pour se faire dézinguer par des chasseurs d’abattage et j’ai peu d’intérêt, et même une forme de mépris, pour ceux qui vont chasser des grands animaux en Afrique ou ailleurs.  De plus, je n’aime pas beaucoup ceux qui considèrent la chasse comme une forme de sport de compétition où la performance semble n’être que la seule motivation. La chasse à courre n’est pas non plus ma tasse de thé. Mon image d’Épinal du vrai chasseur le représente en cueilleur, en préleveur précautionneux des équilibres, en marcheur heureux même lorsqu’il rendre bredouille.

 

Jim Harrison pour qui pêche et chasse « constituent le summum en matière de nourriture » car depuis l’époque où, gamin il courrait dans les bois, il adore « manger les poissons et les oiseaux que j’ai réussi à capturer. » et aime aussi « ramasser des baies et des morilles. » Alors quand il écrit que « la bécasse et la grouse, au même titre que la truite et la perche, appartiennent tout naturellement à la vie qu’il mène » je ne le vois qu’en compagnon de son setter Rose avec qui il entretient « une magnifique relation basée sur un langage secret. » Ça me rappelle Justine ma chienne épagneul breton qui avait chassé dans sa prime jeunesse et qui retrouvait tous ses instincts dès que nous nous promenions en plaine. Harrison retrouve en chassant et en pêchant sa condition de « bipède pléistocène » car tout simplement il accommode ce qu’il a tué ou pêché. Alors quand il parle d’une tourte à la grouse, j’en sens presque le fumet qui s’échappera lorsqu’il en fera sauter le chapeau.

 

Gérard Oberlé peut exprimer mon goût pour les oiseaux sauvages comme il le fait dans une lettre du 4 novembre 1999 à Jim Harrison :

 

« Il y a très longtemps que je ne touche plus à un fusil, mais je n’ai jamais renoncé à la saveur des oiseaux sauvages. Le gibier à poil n’est pas mon ragoût et s’il existe, comme dans les contes romantiques allemands, un tribunal des bêtes, ce n’est pas moi qu’on accusera d’avoir orpheliné Bambi. Je laisse à d’autres les puissantes venaisons, les lièvres à la royale, les hures de sanglier à la Saint-Hubert, les selles de chevreuil et les sauces Grand-Veneur. Mais dans mon livre de l’amitié, je dédie le premier chapitre aux potes chasseurs et cuisiniers qui m’ont régalé de perdreau, de gélinottes, de colverts, de bécasses et de cailles, d’ortolans, de faisans et de ramiers, de bartavelles et de becfigues. »

 

La proposition de Gérard Oberlé :

 

 « Si un jour on décidait de modifier quelque peu la constitution de la République française et si les législateurs s’avisaient de ma demander conseil, j’imposerais aux candidats à la présidence un examen de passage avec épreuve culinaire : confection d’une blanquette ou d’un mironton, d’une terrine de lapin ou d’une tarte aux pommes. Je me suis toujours méfié des citoyens qui n’étaient pas capables de se coller un tablier pour traiter leurs amis. L’amphitryon qui me gâte en ses pénates avec ses propres sauces et qui, comme l’exige la belle tradition, prépare et sert lui-même le café et les cigares, m’enchante bien plus que le cossu cossard qui me traite à grands frais, chez un rôtisseur étoilé. » 

 Lettre à Jim Harrison du 25 février 2000

 

 

Depuis quelques jours, notre Chef Julien a démarré le gibier à la Carte des Climats avec un oiseau qu’il aime tout particulièrement : la #Grouse

 

La Grouse est le gibier emblématique de l’Écosse et du nord de l'Angleterre. Il est totalement sauvage et vit caché dans des landes de bruyère entre 300 et 600 mètres d'altitude. Aucun élevage possible !

 

La période de chasse de ce petit coq de bruyère de la famille des lagopèdes démarre en Écosse depuis des temps immémoriaux le 12 août (« The Glorious Twelfth ») et s’étend jusqu’au 10 décembre.

 

La grouse est essentiellement herbivore. Elle se nourrit de jeunes pousses de bruyère, de mûres, de graines d'oseille sauvage et d’insecte. Sa chair est délicate avec des arômes puissants qui peuvent aller jusqu'à l'amertume quand arrive la fermeture de la chasse, en décembre…

 

Notre Chef Julien travaille ses suprêmes, rôtis aux raisins Chasselas, et accompagnés de ventrèche de porc noir de Bigorre, d’une fricassée de trompettes de la mort/ blettes/ endives, d’une fine purée de céleri rave et d’un jus tourbé.

 

Avis aux amateurs!!!!

Jim Harrison estimait que « la bécasse et la grouse, au même titre que la truite et la perche, appartiennent tout naturellement à la vie que je mène… » moi je me contente de les manger aux Climats
Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 09:15
Pour les adeptes des « fake news » : La préfète de Saint-Martin Anne Laubiès ne pouvait qu’avoir abandonné son poste sous les coups de l’ouragan Irma

« Twitter est désormais le terrain de jeu est quantifié, quadrillé, scruté et manipulé. Il est une fenêtre sur le bruit du monde, l'écume des mots déposés sans filtre à la merci du premier visiteur unique. Vous ouvrez Twitter et vous cherchez au milieu d'une montagne d'ordures le petit caillou qui brille, en souvenir d'un temps que les moins de vingt ans ne veulent même pas connaître. 

 

Foire d'empoigne des anti-contres, antichambre de l'ennui sponsorisé, Twitter et peu à peu Facebook se transforment en déversoirs de notre dépression collective, calculée par datas et par affinités. »

 

Parmi les cibles favorites de ces snippers : le fonctionnaire avec une mention spéciale pour le haut-fonctionnaire…

 

Dans le marigot du vin, l’un d’eux, porteur de valises chez B&D, sur son compte personnel n’en rate pas une, il est le haut-parleur des fameuses « fake news », les fausses nouvelles, les rumeurs, tout ce qui peut salir tous ceux que ce petit homme exècre.

 

Alors, dans la tourmente d’Irma, avec une joie malsaine, il s’est empressé de relayer la fausse information relayée par Radio Caraïbe International et les réseaux sociaux selon laquelle, au choix : La préfète de Saint-Martin Anne Laubiès, s’était enfuie, blessée, virée ou remplacée.

 

« Coupée du monde pendant plusieurs jours, sans Internet ni réseau téléphonique, Anne Laubiès ne comprendra que beaucoup plus tard qu’Irma, ravageant l’île et causant 9 morts directes, plus de 300 blessés, et probablement quelques disparus, porte aussi le nom d’une catastrophe de l’ère des informations mensongères, les « fake news » comme disent les internautes. Il s’est dit tout et n’importe quoi, sitôt l’ouragan parti vers la Floride : centaines de cadavres flottant sur la mer, prisonniers imaginaires enfuis dans la nature, gendarmes ligotés… Sur les réseaux sociaux, c’était le grand déballage, la revanche contre les médias « menteurs ».

 

Après la découverte de la fausseté de leurs fientes, ces gens-là n’ont aucune honte, ils plaident la bonne foi prise en défaut, sauf que ce sont des récidivistes et que leur vindicte vise toujours les mêmes cibles.

 

Ce matin je vous propose donc de lire le remarquable papier d’Ariane Chemin :

 

La nuit où l’ouragan Irma a dévasté la préfecture de Saint-Martin

 

 

Vingt-trois personnes, représentant tous les corps de l’Etat, étaient réunies dans le bâtiment préfectoral durant le passage du cyclone Irma. Mais le centre de commandement lui-même a volé en éclats.

 

LE MONDE | 19.09.2017 à 06h44 • Mis à jour le 19.09.2017 à 13h18 | Par Ariane Chemin

 

La ruine est posée en haut de Fort-Louis, sur la colline qui domine Marigot, le chef-lieu de la partie française de l’île. Une semaine après qu’Irma a frappé avec la force d’un Cyclope les Petites Antilles, la préfecture de Saint-Martin ressemble à une maison bombardée, privée de toit, de la plupart de ses cloisons et de ses murs.

 

A plusieurs mètres autour d’elle, archives et brochures détrempées forment un tapis blanc qui gondole entre les tôles. On marche sur un Guide des collectivités locales, un livre ancien consacré à La Caraïbe, des cartes IGN, une « note congés 2003 », un classeur de « fiches cyclistes 2007 », des pages d’un dictionnaire ouvert à « A » comme « allumage », « allume-cigare », « allume-gaz ».

 

Ce jour-là, la porte n’est pas (encore) fermée à clé. Il faut passer sur des vitres brisées, enjamber des tiroirs, pousser un meuble dans l’escalier menant aux « préfet, secrétaire général, salle de réunion » pour comprendre à quoi ressemblait le cyclone Irma, cette nuit du 5 au 6 septembre, quand il s’est engouffré dans ces locaux. Au coin d’un bureau encombré de tôles et de bouts de volets, une bouteille de rhum, intacte. Par terre, dans un couloir, une machine à café renversée et, posées sur un bureau, quatre assiettes sales, comme abandonnées au milieu d’un repas.

 

La préfecture de Guadeloupe s’est contentée de deux phrases dans son « point de situation » consacré à Irma, le 6 septembre : « La préfecture est en partie détruite. La préfète et 23 personnes se sont réfugiées dans une pièce bétonnée. » Un huis clos inédit dans l’histoire de la République. Que s’est-il donc passé, entre ces murs, la nuit de l’ouragan ?

 

« Une petite réduction de la France »

 

L’histoire commence le mardi 5 septembre vers 8 heures du matin. Un ballet de voitures se fige devant la préfecture de Saint-Martin, devenue pour quelques jours le centre de commandement « Irma ». Ce sont les différents représentants de l’Etat chargés d’affronter l’ouragan et de coordonner les secours. Anne Laubiès, la préfète déléguée, a quitté l’une des premières sa maison de la baie d’Anse-Marcel pour rejoindre Marigot, le chef-lieu de la partie française de l’île.

 

Main sur le volant, bras posé sur la fenêtre de sa Nissan, elle s’amuse, comme à chaque fois qu’elle emprunte le dernier raidillon avant la préfecture, de l’alignement parfait des vestiges laissés derrière elle : un four à pain du Moyen-Age, un calvaire, puis les ruines du Fort, ultime construction de la monarchie française pour protéger le sucre, le sel ou l’indigo des entrepôts de Marigot. « Une petite réduction de la France », pense-t-elle en garant sa voiture devant « la préf », comme elle dit.

 

C’est un bâtiment plutôt moche, un parallélépipède sans unité architecturale ni cachet tropical. Les Saint-Martinois s’y rendent surtout pour obtenir des titres de séjour, des papiers d’identité ou des cartes grises. Aux guichets, on y parle plus souvent anglais ou espagnol que français. Depuis son arrivée, en juin 2015, Anne Laubiès planche sur sa rénovation, désormais imminente, se réjouit-elle, car cet ensemble de bric et de broc ne donne pas une bonne « image de la France ». Les avant-projets de l’architecte sont connus dans les moindres détails, et le déménagement des équipes, le temps des travaux, est prévu pour le 1er janvier.

 

Le vent souffle déjà fort quand la préfète s’engouffre dans le hall. Depuis 8 h 15, Irma est devenu un ouragan de catégorie 5, la plus forte sur l’échelle de Saffir-Simpson. Au large, les vents atteignent déjà 280 km/h. Tous les corps de l’Etat ou presque ont été réquisitionnés, notamment sept membres de la préfecture, dont Anne Laubiès, chargée de diriger les opérations de secours.

 

« On va pas faire pleurer Mirza ! »

 

C’est une femme de 64 ans aux cheveux gris, d’abord un peu autoritaire et raide, mais en réalité très simple, ni bling-bling ni poseuse. Elle parle au boulot comme dans la vie, avec des pointes de gouaille et des mots de tatie flingueuse. D’ailleurs, elle n’a pas fait l’ENA et préfère lire auprès de ses chats que courir la lumière ou s’apitoyer sur son sort. « On va pas faire pleurer Mirza !  », répondra-t-elle tout de go quand, cinq jours après le passage d’Irma, on la supplie d’évoquer ses souvenirs.

 

Avec elle, ce 5 septembre, son chef de cabinet, Emmanuel Effantin. « Effantin », comme elle l’appelle. Il vient d’être nommé à Gap, avec une promotion à la clé, et doit quitter l’île le 11 septembre. Il se dit souvent que, à Saint-Martin, il a passé « plus de temps à bosser dur avec la préfète qu’avec sa femme ». Comme d’autres dans l’équipe, il est inquiet, ce mardi matin, d’avoir laissé sa petite famille chez lui et culpabilise un brin depuis que son épouse a soupiré : « Toi, au moins, tu seras à la préfecture… »

 

Dans l’équipe de crise figurent aussi deux militaires des forces armées aux Antilles (FAA), dont le lieutenant-colonel Hervé Peyre, une baraque en treillis. Le chef d’escadron Sébastien Manzoni, lui, dirige la compagnie de gendarmerie des îles du Nord. Egalement convoquée, la vice-présidente de la collectivité de Saint-Martin, Annick Petrus-Ferga. Signalons encore, au sein de l’équipe, cinq membres des unités d’intervention de la sécurité civile, dont la douce Naïma, une sapeur-secouriste, sans doute la benjamine de la bande.

 

Sans oublier les représentants des affaires maritimes, de l’agence régionale de santé, du service Territoire, mer et développement durable de l’île. Enfin, trois pompiers, dont Siegmund Bajazet, arrivé de Guadeloupe quelques jours plus tôt, une armoire à glace à côté de laquelle même les costauds du staff se sentent chétifs.

 

« Ça ne peut pas être pire que Luis »

 

Depuis midi, le cyclone est entré en vigilance rouge : Irma doit frapper dans un délai de six à douze heures. « Il faut partir maintenant, votre vie est en jeu », répète depuis trois jours la préfète sur tous les tons, insistant sur le caractère « exceptionnel » de l’ouragan à venir. Non sans mal parfois. L’échelle de Saffir-Simpson n’a pas de catégorie 6, et la plupart des Saint-Martinois qu’elle croise soupirent : « Ça ne peut pas être pire que Luis », en parlant du cyclone de catégorie 5 qui avait frappé l’île durant plusieurs jours, en 1995.

 

A 17 h 30, Anne Laubiès délivre ses ultimes recommandations sur Radio Transat, l’une des stations FM de Saint-Martin. Il est maintenant trop tard pour élaguer ses arbres, acheter une pharmacie de secours ou des réserves d’eau potable. Au micro de Thomas Krider, la plus belle voix de l’île, la préfète dresse la liste des écoles et des églises transformées en abris, rappelle qu’il faut renforcer portes et fenêtres, inventorie les zones à évacuer et ordonne surtout de ne plus mettre le nez dehors. A 22 heures, l’alerte passe au « violet », le stade du confinement.

 

De la salle de réunion transformée en QG, le panorama est d’ordinaire éblouissant. Les baies vitrées donnent d’un côté sur la pierre noire du fort, de l’autre sur la baie de Marigot et le port de Galisbay. Cette double exposition, comme diraient les agents immobiliers, avait semblé à la fois merveilleuse et incongrue à Anne Laubiès à sa prise de fonctions.

 

Cette baroudeuse née au Maroc de parents ultramarins en a pourtant vu d’autres, elle qui a navigué de Nouvelle-Calédonie à Saint-Pierre-et-Miquelon en passant par la Guyane. Elle sait aussi que les îles sont des aimants à tremblements de terre, tsunamis et ouragans. Dès 2015, elle avait d’ailleurs fait la connaissance des tempêtes tropicales Danny et Erika. A sa demande, des volets roulants anticycloniques avaient été installés en protection des baies vitrées. Il est temps de les activer : Irma s’annonce.

 

« La première catastrophe 2.0 »

 

En attendant, le poste de commandement est fin prêt. Pêle-mêle, sur la table : des ordinateurs pour le tracking météo, une main courante, du matériel pour les liaisons radio et les visioconférences. Tout est prévu, même le menu du soir : salade, tomates, fromage. Demain midi, ce devrait être du colombo et du riz. Mathieu Debels, un des gars de la sécurité civile, venu de Brignoles (Var), qui porte un Viking tatoué sur le bras, en salive déjà. Il est 23 heures, le moment limite pour une ultime mise à l’abri. « Veuillez rester confinés jusqu’à la vigilance grise », indiquent désormais le site de la préfecture et les alertes météo.

 

Le vent enfle, le vent ronfle, le vent hurle, mais chacun vaque à sa tâche, à commencer par l’informaticien de la préfecture, plutôt serein. Un coup de fourchette dans la salade composée, un tour au rez-de-chaussée dans la pièce où les renforts arrivés lundi ont déplié leurs lits picots… Le lieutenant-colonel Peyre a pu dormir un peu : il vient de Granville, dans la Manche, et « le nez dans le vent », il connaît.

 

Parmi le personnel de la préfecture, beaucoup ont déjà vécu des ouragans, et aucune angoisse ne sourd malgré le vacarme grandissant… « Dans cette salle, c’est toujours un peu les Hauts de Hurlevent », se dit la préfète. En apercevant Guillaume Jean – un ancien du « détachement Népal » envoyé à Katmandou après le séisme de 2015 – qui pose ses mains sur les vitrages commençant à trembler sacrément, elle interroge tout de même à voix haute : « Et si on descendait ? Si on allait en bas ? »

 

C’est aussi l’avis du chef d’escadron Manzoni. Ils emportent donc leurs affaires dans une pièce du rez-de-chaussée. Un QG plus exigu, mais plus sûr. On s’assied côte à côte sur les lits picots et, nez sur l’ordinateur, chacun travaille, anticipe, surveille, alerte. L’ambiance est sympa, parfois même rigolote, jusqu’au moment où la préfète constate qu’elle n’a plus de réseau. En réalité, c’est toute l’île qui s’apprête à perdre le contact avec le reste du monde et à vivre ce que la représentante de l’Etat appellera bientôt « la première catastrophe 2.0 » ; la preuve que, en pareil cas, un poste de commandement dépend peut-être trop du numérique.

 

« Un TGV traversant la préfecture »

 

Les choses partent vraiment en vrille peu après minuit. C’est en tout cas l’heure la plus vraisemblable, tant la chronologie, elle aussi, a volé en éclats dans les têtes des protagonistes de cette folle nuit. Certains ont entendu une « explosion », c’est le mot du lieutenant-colonel Peyre, d’autres « un tir d’artillerie ». Emmanuel Effantin compare, lui, Irma à « un TGV traversant la préfecture ». La dépressurisation est telle que les oreilles vrombissent, comme dans une brusque descente d’avion. La petite assemblée comprend qu’Irma a soufflé la porte de bois sur l’épaule de Manzoni et s’est engouffrée d’un coup dans la pièce, faisant voler la table, le meuble à archives, les lits, les dossiers, tout.

 

La préfète et son équipe n’ont pas le temps de réfléchir que déjà les militaires, les pompiers, la sécurité civile leur passent le bras sur l’épaule et font rempart de leur corps. Naïma la secouriste s’occupe d’Emmanuel Effantin, le caporal-chef Dabels visse son casque de protection jaune sur la tête de la préfète, gardant une simple cagoule et ses gants de feu.

 

« Les mains sur la tête ! Tous dans la pièce, là », ordonne Hervé Peyre en désignant le bureau où il s’était reposé quelque temps plus tôt, 5 mètres plus loin. Dans son esprit, c’est un repli provisoire, mais il comprendra vite qu’ils ne pourront plus en sortir, car Irma s’est désormais engouffré dans toute la maison.

 

« A terre, la tête dans les mains ! Protégez-vous les yeux ! », crie encore le militaire. En quelques secondes, il a pris d’autorité la situation en main. L’équipe de crise s’entasse dans le bureau de 3 mètres sur 4, accroupis les uns contre les autres autour de la préfète et de la vice-présidente de la collectivité. Siegmund Bajazet, le lieutenant sapeur-pompier, pèse de tout son poids sur la porte, qu’il vient de refermer. Le colonel Peyre pose de son côté sa large main sur la fenêtre, tout en continuant à donner des ordres. « On ne bouge pas. On ne panique pas. » En bon militaire, il sait aussi qu’en cas d’évacuation, il faut connaître le nombre exact d’individus présents. « On va se compter », lance-t-il.

 

Recroquevillés dans le noir et une chaleur à crever

 

Un, deux, trois et ainsi de suite jusqu’à vingt-trois… Recroquevillés sur eux-mêmes, les dix-huit hommes et les cinq femmes blottis dans le noir et une chaleur à crever ne devinent pas que le colonel sent la fenêtre devenir concave sous sa paume. Il leur parle régulièrement pour les distraire des bruits d’enfer venus de l’étage supérieur, une armoire qui vole, une cloison qui s’effondre. « Je change de main », prévient-il. Et ensuite : « Changement de main effectué ! » « On se compte », répète-t-il aussi. Lui a dénombré 24 personnes, un autre 23, il voit qu’il s’est trompé mais sait aussi que, dans ces moments-là, celui qui commande doit sembler infaillible. Ce sera 24, donc, y compris pour la petite histoire.

 

Il faut aussi affronter la pluie qui s’infiltre sous la porte. Elle monte peu à peu : 5 centimètres, 10, chacun a désormais les pieds dans l’eau. Le colonel conseille de se protéger le visage, il craint les éclats de verre si la vitre de la fenêtre se brise. L’une attrape une bassine et la pose sur sa tête, l’autre s’abrite sous une veste. Lui-même couvre son profil droit (côté fenêtre) avec la moustiquaire de son paquetage militaire : « Si elle pète, je serai le premier », se dit-il.

 

« Vous vous taisez ! Il fait déjà trop chaud et ça fait monter la température », lance-t-il quand il sent poindre la panique et qu’il entend un sanglot. Naïma réconforte le chef de cabinet de la préfète. « Allez, m’sieur Effantin, ça va aller. Envoyez des pensées positives à vos enfants et à votre famille. »

 

Combien de temps restent-ils ainsi ? Cinq heures ? Six ? Le colonel sent tout à coup que la fenêtre lui résiste moins : Saint-Martin entre dans l’œil du cyclone, une demi-heure d’accalmie pour reprendre des forces avant le retour de l’ouragan et commencer de mesurer le désastre. Siegmund pousse la porte en éclaireur et découvre le premier le champ de ruines. C’est Ravage à la préfecture : le bureau dont la porte avait lâché n’existe plus, ou presque ; de la salle de réunion vitrée, il ne reste plus que le sol en marbre roux.

 

Ciel blanc, mer jaune

 

L’un chasse les fourmis de ses jambes, une autre fonce aux toilettes, un troisième grille une cigarette. De leur côté, les militaires filent chercher des rations, fromage de chèvre fondu en boîte, terrine forestière, au cas où, ainsi que des bouteilles d’eau et des lampes. L’un d’eux apporte un tabouret à Mme la préfète, en prévision du retour du cyclone. Elle refuse tout net : « Tout le monde les fesses dans l’eau », ou du moins sur les coussins rouges attrapés dans un salon. Même réponse ferme de la préfète au chef d’escadron qui lui suggère d’appeler les gendarmes en renfort : « Pas question de les mettre en danger eux aussi. »

 

Cette fois, heureusement, le vent est moins violent. De plein nord, il a tourné à l’ouest. Le lieutenant-colonel a moins de mal à tenir la porte, Siegmund Barjazet a eu le temps de déplacer une armoire entre lui et la porte. Les 24 – qui sont en réalité 23 – s’accroupissent à nouveau, « la tête dans les genoux ! », sans imaginer que, une semaine plus tard, le « G24 », comme ils s’appellent en riant, se retrouvera pour dîner autour du président Emmanuel Macron.

 

Tandis que les hurlements des furies s’apaisent, un militaire part en « reco » : trop tôt, le vent reste violent. On entend la pluie tomber plus dru, signe que le cyclone s’éloigne pour de bon. Le ciel est blanc, la mer jaune. Il est 7 heures 30 du matin, Irma a bel et bien tourné le dos à Saint-Martin.

 

Les 23 sont là, devant la préfecture en ruine, heureux de respirer. Le premier à se retourner note que le fort construit au XVIIIe siècle a tenu bon, tout comme le Christ du calvaire et les briques réfractaires de l’ancien four de la garnison. La préfecture, au contraire, est ravagée, comme jamais dans l’histoire de France. Tant pis pour la maquette et les projets d’architecte, ensevelis ou emportés par le vent : ils ne servent plus à rien. Certains pensent aux Marianne et aux documents vierges, passeports et autres, conservés dans les coffres-forts : un butin précieux dans cette île où défilent toutes les nationalités d’Amérique du Sud et des îles les plus pauvres des Caraïbes (Haïti, Saint-Domingue, Cuba…). Il faudra aller les chercher demain.

 

« C’est Sarajevo »

 

Devant eux, ruisselante de pluie, Marigot ressemble à un entrelacs de toits de tôle couleur brique ou vert tilleul, de façades déglinguées et de gouttières de traviole. Les dentelles en bois blanc ajouré, détails charmants des façades de l’île, gisent sur les trottoirs. Des voitures sont empilées les unes sur les autres. Des voiliers posés sur la route du port comme des gros oiseaux morts. Les arbres, grillés par le sel, ont viré au marron ou au gris en une nuit. Pas une silhouette n’émerge avant un long moment dans les rues inondées.

 

La préfète tire sur un cigare, son péché mignon. Sa Nissan a « pris l’auvent de la préf sur la tronche », relève-t-elle, mais Anne Laubiès préfère observer de ses jumelles de marine les différents quartiers de l’île, Concordia, Agrément, Saint-James, Bellevue. Elle s’attarde sur le Causeway, ce pont si pratique qui permet de rejoindre l’aéroport Princess Juliana, du côté néerlandais de l’île, discerne ses pylônes, mais pas son tablier.

 

« C’est Hiroshima », glisse-t-elle après un silence. « Sarajevo, plutôt », corrige, en habitué des terrains de guerre, le lieutenant-colonel Peyre, dans son treillis de camouflage, l’un et l’autre conscients qu’aucun mot de la panoplie militaire ne peut décrire le spectacle ahurissant qui s’étale devant eux.

 

Coupée du monde pendant plusieurs jours, sans Internet ni réseau téléphonique, Anne Laubiès ne comprendra que beaucoup plus tard qu’Irma, ravageant l’île et causant 9 morts directes, plus de 300 blessés, et probablement quelques disparus, porte aussi le nom d’une catastrophe de l’ère des informations mensongères, les « fake news » comme disent les internautes. Il s’est dit tout et n’importe quoi, sitôt l’ouragan parti vers la Floride : centaines de cadavres flottant sur la mer, prisonniers imaginaires enfuis dans la nature, gendarmes ligotés… Sur les réseaux sociaux, c’était le grand déballage, la revanche contre les médias « menteurs ».

 

Entre deux réunions, elle apprend ainsi par ses amis du « G24 » qu’elle a été l’une des premières victimes de cette désinformation. Radio Caraïbe International et les réseaux sociaux l’ont dite, au choix, enfuie, blessée, virée ou remplacée. Devant nous, la préfète balaie d’un geste : « Je n’avais accès à rien. Ça m’a protégée. » Puis elle se sauve dans sa Nissan cabossée pour une visite à Sandy Ground, l’un des quartiers pauvres de l’île, un rendez-vous côté néerlandais avec le gouverneur de Sint Maarten, et un point sur la future tempête Maria, la petite sœur d’Irma.

 

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
1 octobre 2017 7 01 /10 /octobre /2017 06:00
« Écrire l'histoire de nos cafés serait, à peu de choses près, écrire l'Histoire de France.»

Cette phrase tirée du livre Bistrots. Reportages parisiens de Jean Vertex chez Louis Querelle éditeur, 228 p., 1935, recouvre-t-elle encore aujourd’hui une réalité sociale, culturelle ?

 

J’en doute.

 

À de rares exceptions, ces lieux ont disparus de nos villes et de nos villages, soit physiquement, soit en changeant de peau sous les effets de leur « modernisation », de leur standardisation par des chaînes ou des distributeurs…

 

Si l’on égrène, dans l’ordre alphabétique, les synonymes de l’appellation : café à la française, les vieux comme les nouveaux : assommoir, bar, bistrot, boui-boui, bousin, brasserie, buffet, buvette, cambuse, estaminet, mastroquet, pub, taverne, troquet…  on prend la mesure de ce basculement d’un monde vers un autre.

 

La France des bistrots a disparue, celle où, comme l’écrit Vertex « Tout se termine au petit matin, à la sortie du métro, «dans l'odeur d'ail, de friture, de cigarette éteinte, de guimauve trop chaude, et de pernod tiédi.»

 

Pour lui le café, «c'est le moyen terme entre le salon et la rue, le chez-soi et le chez-autrui.»

 

« Jean Vertex commence sa difficile enquête dans les gares:

 

Les cafés des abords des lignes PLM sont peuplés de chevillards en blouse, de courtiers en pinard cossus et décorés, d'Italiens ravaleurs de façades coiffés de chapeaux verts, de Savoyards dont la besace exhale des odeurs de fromage, de servantes proprettes aux joues roses encaustiquées, aux yeux étonnés et candides. On y voit des marins amateurs de vin blanc, aux bérets insolents, aux hanches excessives, aux pompons trop serrés et trop volumineux, matelots d'opérette connaissant la marine ignorant la mer...»

 

Puis il y a les bistrots de sous-préfecture, «avec quadragénaires chargés de famille, magistrats austères, conservateurs d'hypothèques, supérieurs assomptionnistes, généraux en retraite à Cahors et sénateurs fatigués.» Passons ensuite aux «Bistrots d'escroqueries et d'affaires malsaines», pleins de faisans qui, «en quittant la prison, font leur première visite pour le bistrot où ils savent retrouver leurs combines.»

 

Le 9 janvier 2009 je postais une chronique :

 

Qu’il est loin l’âge d’or des buffets de gare… lettre à Guillaume Pepy président de la SNCF

 

« Le temps des voyages, des excursions, des balades a-t-il définitivement laissé la place à celui des migrations, celles des fins de semaine, celles des grandes et petites vacances : les fameux chassés croisés, celles des charters, où, en cohortes serrées, pressées, plus personne ne prend le temps de se poser, de se restaurer ? Alors, dans tous les lieux drainant les grands flux : les gares, les aires d’autoroute et les aéroports, les points de restauration, à quelques rares exceptions, s’apparentent à des bouis-bouis, chers, malpropres, proposant le plus souvent une nourriture indigne que même un quelconque Mac Do n’oserait pas servir. Sous le prétexte, souvent justifié, que les voyageurs ne sont qu’en transit, qu’ils ne viennent pas dans ces lieux pour le bien manger, que c’est dans tous les pays pareil, le traitement qu’on nous inflige donne de notre beau pays, qui se vante d’être celui de la bonne chère, une image déplorable. »

 

La suite ICI 

 

Quant aux sous-préfectures elles auront bientôt disparues…

 

Le bistrot à la française, modèle d’authenticité locale souple et adaptable, est-il en train de disparaître ?

ICI

 

Aujourd’hui, les cafés ne sont plus que des lieux de passage, de transit, de stationnement de solitude, et sur les terrasses des cafés il suffit d’observer les couples, les groupes, pour s’apercevoir que l’attention des uns et des autres est aspirée par le petit écran de leur Smartphone.

 

La sociabilité s’est transférée sur les fameux réseaux sociaux qui eux-mêmes, sont, selon une chronique, sont aussi en train de mourir.

 

Tout va si vite !

 

« La belle aventure aura duré dix ans. Avant 2007, nous étions déconnectés, isolés dans nos villages, amis de quelques-uns, reliés à pas grand monde le temps d’une vie. Puis Facebook et Twitter ont changé la donne. Nous nous sommes parlé, d’un pays à l’autre, en petits messages puis en photos et vidéos. Nous sommes devenus bavards et curieux les uns des autres, sous le regard moqueur des sentinelles de la dignité, politiciens, médias, amis incrédules et inquiets pour notre propension à « raconter nos vies à des inconnus »...

 

Enfin les politiciens, les médias et les amis incrédules ont rejoint la partie, découvrant enfin leur intérêt à se connecter à l’autre. Pour finir ce sont eux qui occupent l’espace tandis que l’impulsion d’origine a disparu.

 

Désormais le terrain de jeu est quantifié, quadrillé, scruté et manipulé.

 

Il est une fenêtre sur le bruit du monde, l’écume des mots déposés sans filtre à la merci du premier visiteur unique. Vous ouvrez Twitter et vous cherchez au milieu d’une montagne d’ordures le petit caillou qui brille, en souvenir d’un temps que les moins de vingt ans ne veulent même pas connaître.

 

Foire d’empoigne des anti-contre, antichambre de l’ennui sponsorisé, Twitter et peu à peu Facebook se transforment en déversoirs de notre dépression collective, calculée par datas et par affinités »

 

La suite ICI 

 

La boîte à bouquins de Forestier : la France vue du bistrot

« Je ne sais pas qui était Jean Vertex, sinon qu'il se nommait en réalité Jean-Maris Sau, qu'il était journaliste, qu'il a composé des chansons, écrit des films et fréquenté les rades. Né en 1904, mort en 1971, voilà tout. C'est maigre. Mais j'ai mis la main sur un exemplaire de son livre, «Bistrots», publié par l'éditeur Louis Querelle en 1935, et illustré par d'Esparbès, Gen-Paul, Sennep. »

 

Lire ICI

 

Sous-titré «Reportages parisiens», le bouquin est une promenade de comptoir en comptoir, la Gauloise à la bouche et le verre de Sauvignon à la main. Le principe, énoncé par Willy, est simple:

 

Écrire l'histoire de nos cafés serait, à peu de choses près, écrire l'Histoire de France.»

Gravures sur le zinc

Au Diable Vert rue saint Merry, une clochard devant son premier verre en confidence lui dit : - Place toi là pour voir le défilé !

Mais sur le miroir du comptoir un petit écriteau ravive la mémoire de ce client trop empressé :

                            Surtout n’oubliez pas de payer

                                même

                          si vous buvez pour oublier.

Ailleurs dans la ville, sur la grisaille des murs, le socle des statues, les tables des cafés, le plâtre des WC d’autres sentences sont gravées ou titubantes dans les rues à haute voix proférées :

Mon lit c’est le ruisseau

mon trottoir l’oreiller

le flic c’est mon cauchemar

le vin mon rêve doré.          Debout les ivre-morts

                                  révérend-père Ricard

                                 le dernier verre du condamné

                                            beaucoup

                                   l’ont bu dans les tranchées.

                                         Tu m’as quitté

                                                      Beauté

                                                  A m’en rendre

                                                  malade

                                                 je bois à

                                                    ta santé

Buvez ceci est mon eau

signé Saint Galmier 

         quand

le chameau                                           

entre

       le bistrot est désert

L’alcool tue mais pas n’importe qui

Plus le verre est épais

plus le vin est cher et mauvais         

 

 Que de grands verres

 on pourrait remplir avec les

                         petits verres que les larmes ont fait verser

le mauvais buveur

vit sous l’Empire de la Boisson

le bon

dans sa révolution

     Méfiez-vous du Brandy corse

                 Buvez du rouge

            jamais de fine Napoléon

Bacchus ne disait pas que c’était

          son sang

il avait horreur des Appellations

                            Contrôlées

J.C chassa les marchands de

vin du Temple

Son père n’aimait pas la concurrence.

….. et tant d’autres encore choses lues

Et retenues, entendues racontées.

                      Jacques Prévert

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
30 septembre 2017 6 30 /09 /septembre /2017 06:00
Manger de la cervelle rend-il plus intelligent ? Les chefs de haute cuisine et de bistronomie l’affichent à nouveau…

Ma sainte mère, qui voulait que je grandisse en âge et en sagesse afin d’accéder aux plus hautes marches,  m’en a fait ingérer tout au long de ma jeunesse en culottes courtes.

 

 « Longtemps, on a donné de la cervelle aux tout-petits parce qu’elle aiderait au développement des neurones. Ce n’est pas scientifiquement prouvé, mais la croyance subsiste. »

Jean-Jacques Arnoult président de la Confédération nationale de la triperie française (CNTF)

 

Manger de la cervelle rendrait intelligent ?

 

Pas sûr !

 

« Sa consommation est très ancienne. Avant de maîtriser le feu, les primates hominidés savouraient les abats, faciles à mâcher crus. Des tribus primitives ingéraient la cervelle de leurs ennemis pour s’approprier leur force. Jusqu’à ce que des chercheurs découvrent, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, qu’une pratique anthropophage – la consommation de broyats de cervelle humaine – déclenchait une maladie neurodégénérative mortelle, nommée kuru chez les Fore, et caractérisée par de forts tremblements. »

 

Selon les nutritionnistes, les abats boostent le cerveau.

 

À Paris, Nicole Tripier,(oui, oui, ça n’invente pas) naturopathe et micro-nutritionniste, estime que la cervelle, riche en protéines, en fer, en vitamine B12 et en phosphore, « contribue à l’oxygénation du sang et apporte de l’énergie. La cervelle contient des acides gras essentiels, des oméga-3 DHA, indispensables au développement du cerveau et aux fonctions d’apprentissage »

 

Points négatifs ?

 

« Elle contient aussi du cholestérol, et génère de l’urée et de l’acide urique. »

 

Mais, et j’ai vécu la séquence au cabinet du Ministre, la maladie de la vache folle, l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), affection dégénérative du système nerveux central due à la consommation de farines animales par le bétail, a entraîné à partir de 1995 une baisse de la consommation de viande bovine, et plus encore d’abats.

 

La maladie de Creutzfeldt-Jakob, apparue après l’injection à des enfants d’hormones de croissance extraites de cerveaux humains mal stérilisés, a alerté sur le danger lié à l’absorption de cervelle.

 

En plus, la cervelle est très beurk !

 

Son aspect visuel est pour beaucoup répulsif parce qu’elle ressemble au cerveau humain, la cervelle suscite souvent le dégoût.

 

Le bel Aymeric Caron, végétarien, auteur de No Steak (Fayard) l’a fort bien compris, il appuie là où ça fait mal :

 

« Aujourd’hui, l’industrie alimentaire a choisi de cacher la réalité de ce que l’on mange. Tout est fait pour que la viande que l’on achète n’évoque pas l’animal, afin que les gens aient bonne conscience. Or, avec une cervelle dans son assiette, endroit magique où nichent le savoir et peut-être l’âme, impossible de se voiler la face. »

 

Pour toutes ces raisons, les chefs de haute-cuisine l’ont rayé de la carte mais, sous l’impulsion de certains résistants, tel Christophe Philippe à Amarante, la bistronomie, petit à petit, ose l’extraire de  son purgatoire.

 

 

Ainsi, lundi dernier à TABLE, la crèmerie de Bruno Verjus, m’a servi une cervelle absolument fondante et très présentable. Je me suis régalé.

 

e-santé :

 

La cervelle est le cerveau des animaux de boucherie. C'est un des abats les plus renommés sur le plan gastronomique.

 

Son poids et ses saveurs varient selon l'animal dont elle provient. Les cervelles d'agneau et de mouton (100 à 150 g) sont les plus fines. Celle de veau est beaucoup plus grosse (300 à 350 g) mais d'une saveur aussi délicate. Une cervelle de bœuf pèse de 500 à 800 g : elle est moins bonne. Quant à celle de porc, elle est fort peu utilisée.

 

À préparer avec précaution

 

Une cervelle doit toujours être : rapidement utilisée après l'achat car c'est un produit fragile ; soigneusement lavée et débarrassée des membranes et des vaisseaux sanguins ; dégorgée pendant 1 heure au moins dans de l'eau vinaigrée.

 

Nutrition

 

La cervelle qu'elle soit de veau ou d'agneau n'est pas très riche en protéines. Malgré sa texture très moelleuse, elle ne contient pas énormément de lipides. En revanche, elle est particulièrement riche en cholestérol. Lorsqu'elle est servie avec du beurre fondu, selon la tradition, elle peut alors devenir une vraie catastrophe nutritionnelle. Mais la cervelle n'est pas un aliment de consommation quotidienne : peut-être faut-il ne penser qu'au plaisir de sa dégustation.

Manger de la cervelle rend-il plus intelligent ? Les chefs de haute cuisine et de bistronomie l’affichent à nouveau…
Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
29 septembre 2017 5 29 /09 /septembre /2017 06:00
C'est l'histoire d’1 méchant espace « dit vert » du collège Mendes-France dans le 20e transformé en ferme urbaine grâce à la ténacité de Nadine Lahoud : ça vaut bien de le coup de casser sa tirelire !

Dans la vie que nous vivons y’a ceux qui causent en alignant les y’a ka et les faut k’on et y’a ceux qui font !

 

Nadine Lahoud est de cette seconde espèce, à la puissance 1000 !

 

« Les enfants sont les adultes de demain », forte de ce constat, Nadine Lahoud a créé l’association Veni Verdi en 2010 pour rapprocher les citadins de la terre qui les nourrit. L'association installe des potagers, majoritairement au sein d'établissements scolaires pour montrer aux enfants comment produire en ville ce qu'ils mangent. Transmettre et créer du lien autour d’une activité qui agit concrètement sur notre notre environnement, tel est le credo de Veni Verdi.

 

Aujourd’hui, Veni Verdi c’est :

 

À Paris, 4 sites de production à vocation pédagogique dont 3 établissements scolaires : collège Pierre Mendès France et collège Henri Matisse (20e), école Tanger (19e) et sur le toit des bureaux d'Enedis  (2e)

 

Des centaines d'animation en milieu scolaire, dans les collectivités

 

1200 élèves et 500 adultes (bénévoles, enseignants, etc.) impliqués dans les actions

 

5 salariés (+2 en 2018), 2 volontaires service civique

 

Des projets à foison: 3 nouveaux sites à aménager et animer pour fin 2017/2018 suite à l'appel à projets Parisculteurs.

 

Votre serviteur, en vacances éternelles, compte parmi les bénévoles.

 

Mes premiers pas comme bénévole le furent sur le « terroir » pelé du lointain collège Pierre Mendes-France dans le 20e, à deux pas du périphérique Porte de Bagnolet. De l’huile de coude et de la bonne volonté boostés par Nadine « madame 100 000 volts ».

 

Clin d’œil à mon histoire : P.M.F fut l'homme politique qui m'éveilla au bien public.

 

Nadine a toujours un projet d’avance et le dernier en date : l’érection d’une ferme urbaine sur le site du collège Pierre Mendes-France me plaît énormément moi le dernier rejeton d’une famille de paysan.

 

Retour en arrière :

 

« C'est l'histoire du méchant espace vert transformé en ferme urbaine : en avril 2014, Nadine persuade la mairie de Paris et le directeur du collège Pierre Mendès France de lui laisser mettre en culture les 4500 m2 de friches. Aujourd’hui on compte 6 zones de maraîchage, des arbres fruitiers, des parterres de fleurs, une mare, une serre et même un poulailler ! »

 

Simon, Camille et Agathe sont maintenant en charge du fonctionnement : ils animeront de nombreux ateliers (200 heures) en temps scolaire ou périscolaire, dont des projets transversaux avec les cours de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre), notamment la forêt comestible...

 

Le projet :

 

Une forêt comestible au collège Pierre Mendès France qui sera implantée sur le talus au milieu de la cours de récréation, en image ci-dessous :

 

 

Mais pour ça faut des sous et Veni Verdi n’en a pas…

 

C’est pour cette raison que je me tourne vers vous pour que, comme moi, vous mettiez la main à la poche pour verser quelques petits sous via une opération de crowdfunding.

 

Tous les détails de l’opération sont ICI  allez-y voir je suis sûr que vous serez intéressés où que vous soyez !

 

À quoi servira l'argent récolté ?

 

 

Avec 4 500€, on pourra acheter les arbres fruitiers et des plants

 

Avec 6 000€, on ajoutera le compost (nécessaire pour que ça pousse !) et les matériaux (planches de bois pour tenir la terre, tuteurs pour les arbres...)

 

Avec 7 000€, la forêt peut enfin démarrer !

 

Avec 10 000€, on s'achète en plus un vélo triporteur pour aller livrer la récolte de façon écolo aux restaurants et épiceries du quartier.

 

Ce n’est pas la charité qui vous est demandée par Veni Verdi mais un engagement citoyen à la mesure de vos moyens.

 

Par avance MERCI !

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
28 septembre 2017 4 28 /09 /septembre /2017 06:00
Bien avant DLC et Me Morain, le défenseur des vignerons affligés, Marie de Saint-Drézéry avait mis  en valeur le terroir de l’île de Patiras

La cuvée du Domaine Léandre-Chevalier, DLC,  Monopole du Bord'eaux inférieur, étiqueté en vin de France provient des vignes de l'île de Patiras, au milieu de l'estuaire de la Gironde, entre Blaye et Pauillac.

 

Cette dénomination très ollé, ollé, a beaucoup fâché les défenseurs du Bordeaux et du Bordeaux Sup :

 

« Il y a tromperie du consommateur puisqu'il y avait bien la mention Bordeaux et c'est un vin sans indication géographique, donc il n'a pas le droit de faire état de la mention Bordeaux »

 

Selon le directeur de l’ODG ça « enduit » le consommateur en erreur, ça dénigre ces 2 appellations.

 

Et, bien sûr, le gendarme de Saint Tropez, l’INAO, a demandé mi-septembre l'intervention de la répression des fraudes pour constater l'infraction et retirer les bouteilles.

 

Et pourtant, cette cuvée, issue de 5 cépages avec 90% de merlot, a été sélectionnée par le duo le plus sexy de France, B&D, pour le compte du petit caviste de quartier Monoprix qui l'a référencé pour sa foire aux vins en septembre dans la rubrique « vins rebelles »

 

Et ce qui devait arriver arriva, dès qu’il s’agit de défendre des rebelles, des terroiristes à poils, des vignerons qui jettent l’INAO avant l’eau du Bain, le Zorro du barreau, enveloppé dans sa cape noire de chez Arnys, joliment agrémenté d’un superbe bavoir blanc en organza, est arrivé, juste après avoir fait ses courses rue du Nil à Terroirs d’avenir, avec sa petite anglaise (ndlr. sa petite auto), et déjeuné sur le pouce au Bel Ordinaire, d'un caviar d'aubergines sur tartine.

 

Vous l’avez tous reconnu, Me Éric Morain a donc déboulé sur le pré bordelais pour ferrailler, pourfendre une réglementation tellement absurde, dénoncer la confiscation par les appellations de tous les mots et adjectifs valorisants.

 

 

 

Et, dans un magnifique mouvement de manche, après avoir souligné que les vignes sont au bord de l’eau, qu’il ne s’agit que d’un gentil jeu de mots pour se faire remarquer, non tromper, Me Morain a lancé : « Ils prennent une masse pour écraser une mouche. C’est de l’intimidation, ce n’est pas fondé en droit ».

 

Et d’ajouter qu’il n’envisageait « pas de répondre favorablement » à cette mise en demeure du 14 septembre.

 

C’est noté cher Maître mais, permettez-moi, sans endosser le vilain costume de l’oiseau de mauvaise augure, de douter de l’issue favorable qui sera donné à ce beau dossier. La protection du nom des appellations c’est du « dur », les champenois sont passés maître en la matière, jusqu’à même faire chier un petit village du Jura suisse nommé Champagne ICI 

 

Mais, rassurez-vous, mon propos matinal est plus léger, plus égocentré, je veux profiter de votre immense surface médiatique, cher Maître, pour me faire mousser, me passer la brosse à reluire rien que pour énerver l'une des moitiés de B&D.

 

En effet, en août 2011, j’ai commis un roman d’été qui a fait grand bruit sur la place de Bordeaux L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie.

 

L'extrait ci-dessous démontre que j’y avais mis le terroir de l’île de Patiras en lumière (j’espère que ce cher Me Morain en appréciera la chute) :

 

 

« La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans Bordeaux et sur les deux rives, dans les châteaux l’angoisse était à son comble, tout ça c’était, d’après eux, l’effet « hérisson ». Le surnom de Marie était descendu de Paris jusqu’à Bordeaux via l’acheteur vins de Monoprix qui l’a connaissait car elle l’avait un jour dépanné pour une animation de foire aux vins.

 

Tous les propriétaires des GCC avaient reçu le carton d’invitation du « hérisson » au « Bal des Vampires » sur le refuge de l’île de Patiras au cœur de l’Estuaire de la Gironde au pied du phare.

 

L’illustration du carton était de Christophe Blain le co-auteur avec Abel Lanzac de la bande dessinée culte Quai d’Orsay : chroniques diplomatiques mettant en scène le grand agité dont Jacques Chirac avait fait un 1er Ministre. En en tête une citation d’Héraclite « La sagesse : dire le vrai et agir selon la nature » suivaient les réjouissances : 

 

 

- accueil des invités : coupe de Cerdon Bartucci ou de Mont Blanc du domaine Belluard

 

 

 

- les petites annonces de la patronne

 

 

 

- souper fin (costume de ville et pas de chichi pour les dames)

 

 

 

- un pot-pourri des Rita Mitsouko par Catherine Ringer

 

 

 

- la pochette-surprise sur le bateau du retour

 

 

 

Des deux rives, et Marie l’avait manuscrit de sa main, partiraient des bateaux afin que cette soirée sur cette île, atypique et mystérieuse, mais hospitalière, marque un réel trait d’union et devienne le symbole du renouveau de Bordeaux.

 

 

 

Que faire ?

 

 

 

Ne pas y aller équivalait à une déclaration de guerre. Y aller c’était passer sous les fourches caudines de cette gourgandine. Les partisans du boycott furent vite mis en minorité lors de la réunion de l’UGCC. L’affaire fut pliée dès que l’on sut que Bernard Arnault y enverrait sa fille, François Pinault son fils et que Christian Moueix s’y rendrait en personne.

 

 

Les plus gros courtiers et les grands négociants étaient furax de ne pas être invités au pince-fesses du « hérisson » et ils ruminaient leurs mesures de rétorsion. Quelques-uns, clients de Paul de Candolle, prirent contact avec lui discrètement en son nouveau cabinet pour tenter d’obtenir une invitation en prétextant, pour certains, qu’ils étaient aussi propriétaires de GCC. Ils reçurent pour toute réponse de celui-ci « Mes chéris notre Marie ne veut pas mélanger les torchons et les serviettes, vous êtes ses obligés. Il va falloir vous y faire et je vous suggère de l’inviter à la prochaine réunion de vos syndicats. Je puis vous assurer qu’elle ira... »

 

 

Ça sentait à plein nez les éléments de langage, l’enfumage, les plus outrés se tournèrent sitôt vers Alain Juppé, le maire, pour qu’il veuille bien actionner son compère du Grand Emprunt, Michel Rocard, avec qui il venait même d’écrire un livre au titre très sexy : La politique telle qu’elle meure de ne pas être.

 

Ils furent assez fraîchement accueillis. « Messieurs, revenez à la raison, mademoiselle de Saint-Drézéry, même si elle vous défrise un peu, est libre du choix de ses invités. Je n’ai pas envie de lire dans le Canard Enchaîné que le Ministre des Affaires Etrangères  a joué les messieurs bons offices par l’entremise de Michel Rocard auprès d’une péronnelle qui, vous en conviendrez, sous ses airs de grande nunuche, semble mener sa barque avec détermination et discernement. Et puis, de toute façon, en ce moment Rocard est injoignable, il fait le compte des populations de manchots empereurs dans les terres australes... »

 

 

Déconfits, outrés, ils se replièrent en bon ordre et décidèrent en bureau de leurs syndicats respectifs qu’il était urgent d’attendre. Le jour dit, sur les quais de Bordeaux et sur ceux du port de Blaye, la fine fleur des deux rives se pressait pour embarquer sur les bateaux affrétés par de Candolle pour le compte de Marie.

 

Sur le premier, ils furent accueillis par un Éric Cantonna martial dans une tenue de Grand Amiral de la Flotte Impériale Russe. Lénine, le chat de Marie, se tenait à ses côtés dans un panier d’osier.

 

Sur l’autre rive c’est François des Ligneris, vêtu comme un Cap-hornier, qui tint le rôle flanqué de Tintin au Congo qui débitait quelques jurons cultes du capitaine Haddock. La baronne G, très entourée eu égard à sa présence au fameux déjeuner de l’Envers du décor, racontait à ces messieurs abasourdis entretenir une correspondance régulière avec un certain Luc Charlier, néo-vigneron grand admirateur du Léon à barbichette et pic à glace. En retrait, les dames de ces messieurs soupiraient, s’éventaient, l’une d’elle se risquait même à dire : « j’ai bien peur que nous fuissions sur le Titanic... »  

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
commenter cet article
27 septembre 2017 3 27 /09 /septembre /2017 06:00
«De bois noué courent grandes vendanges» dit le proverbe, les maladies du bois ravagent la vigne française, Sonia Lopez-Calleja in LeRouge&leBlanc

En 1978, débarquant dans mon nouvel emploi à l’Office des Vins de Table, créé par le gouvernement Chirac suite aux évènements de Montredon, j’ai découvert lors de la première réunion du comité de direction l’existence d’une division Bois et Plants de Vigne dirigé par un ingénieur agro le placide monsieur Guillot.

 

L’Office, outil éminemment politique, prenait la suite de L’Institut des Vins de Consommation Courante qui lui se contentait de  faire de la technique. Choc culturel entre de vieux ingénieurs et de jeunes loups ne s’intéressant qu’à l’économie. Je découvrais moi un nouveau vocabulaire : sélection massale, clonage, greffés-soudés, taille Guyot… et la population des pépiniéristes divisée en deux syndicats rivaux : celui du nord dominé par les charentais et celui du sud entre les mains des vauclusiens.

 

En clair, les « histoires de bout de bois », dixit le directeur de l’époque, ne passionnaient pas grand monde et surtout pas l’INRA… Comme le dit François Dal dans son interview : « Au début de mes actions, il y a quinze ans, je faisais rigoler les gens ; mes collègues étaient sceptiques ; l’IFV, c’était pire, et les chercheurs de l’INRA riaient à gorge déployée. Les vignerons en revanche étaient très intéressés. »

 

LeRouge&leBlanc de ce mois se penche sur « les maladies du bois (qui) font des ravages dans la vigne française. Selon l’INRA, en 2012, elles touchaient 13% du vignoble. Et leur impact va croissant. »

 

Dans l’édito de ce numéro Sonia Lopez-Calleja, son premier, titre : Flavescence dorée, le phylloxéra du  XXIe siècle, autre fléau qui frappe la vigne France.

 

Sa conclusion est édifiante « En France, après des années de négation d’une possible résistance de la vigne, sans y avoir travaillé, et de l’oubli des travaux d’Antoine Caudwell, l’INRA de Bordeaux a enfin initié un programme de recherches sur les résistances naturelles de la plante au phytoplasme et à son vecteur en serre à haut confinement. Ces études semblent indispensables, car comme le souligne François Dal, dans l’entretien qu’il nous a accordé, pour comprendre une pathologie il faut se confronter à la maladie. Espérons seulement que les années  perdues à cause de l’obligation d’arrachage, y compris dans le cadre de recherches, n’aggraveront pas l’extension de la flavescence dorée. »

 

Extraits de l’interview de François Dal :

 

R&B : Quelles maladies recouvre le terme « maladies du bois » ?

 

F.D : L’esca principalement. Il y a un  débat pour savoir si l’esca et le BDA (Black Dead Arm) sont deux maladies différentes ou la même. Pour moi, c’est un faux débat : ce sont deux expressions légèrement différentes de la même problématique. Il y a aussi l’eutypiose qui a un aspect différent de l’esca avec un feuillage rabougri. Mais le champignon déclencheur est un des champignons « pionniers » de l’esca. D’après Philippe Larignon de l’IFV de Nîmes, qui a beaucoup travaillé sur les champignons, certains d’entre eux sont des « pionniers » ; ils sont ensuite surcontaminés par des champignons secondaires qui, eux, provoquent les symptômes. Parmi ces champignons pionniers, il y a le champignon responsable de l’eutypiose.

 

R&B : Des vignes atteintes d’eutypiose sont donc condamnées à souffrir de l’esca ?

 

F.D : Si elles expriment les symptômes de l’eutypiose, en général, elles n’ont pas d’esca… car elles meurent avant. À l’époque où l’arséniate de soude était autorisé, ce produit était efficace contre les champignons de l’esca, donc nous n’avions pas d’esca… Mais il n’était pas efficace contre « eutypa lata », le champignon de l’eutypiose, donc nous avions beaucoup d’eutypiose. Depuis qu’on n’en met plus, on a plus d’eutypiose mais on a de l’esca. Je pense qu’à l’époque, l’eutypiose s’installait avec un ou deux champignons secondaires. L’arséniate détruisait les champignons secondaires et ne laissait que l’eutypiose, qui finissait par s’exprimer. Désormais, on a une « surexpression » du champignon secondaire, plus rapide, qui provoque l’esca. Si l’on remettait de l’arséniate, il est probable que l’on bloquerait les symptômes de l’esca, mais que l’on retrouverait l’eutypiose.

 

R&B : Avez-vous noté des corrélations entre les pratiques agricoles et la propagation des maladies ?

 

F.D : Oui, mais uniquement si l’on considère l’angle des réserves. La culture bio est une pratique presque trop jeune pour en étudier les répercussions, puisque son explosion ne date que d’une quinzaine d’années. Quand je suis arrivé à Sancerre, il n’y avait qu’un vigneron bio, maintenant nous en sommes à près de 15% des surfaces malgré le climat très difficile des dernières années. Je suis convaincu qu’avec un bon travail en bio, des sols qui fonctionnent bien, on améliore la résistance aux maladies. Par contre, un des problèmes, surtout chez les jeunes convertis, est que, pour éviter le mildiou, redoutable dans nos régions, on enherbe et on baisse la vigueur, avec pour résultat d’affaiblir la plante. On constate alors des taux d’esca importants. Si on fait attention  à maintenir une vigueur correcte, des sols en équilibre et à pratiquer des tailles correctes, il y a peu d’esca. Une parcelle que je connais très bien, menée de cette manière a très peu d’esca après quinze ans, alors que deux autres plantées le même jour, avec le même lot de greffés-soudés, sont touchées à plus de 15%.

 

Ce ne sont que de courts extraits d’une interview très dense où je n’ai pas tout compris mais ce que j’ai compris, au sens de l’histoire c’est que :

 

  • Primo : Les représentants de la fabrication d’équivalents Rafale se sont mobilisés contre la loi Evin alors que sur ces sujets ce fut le grand aveuglement ou peutêtre la croyance que que tout ça se règlerait par le progrès des thérapies violentes.

 

  • Secundo : Les grands nez, ceux qui ne l’ont que dans le verre, les grands amateurs, les « critiques » patentés grattant dans la presse papier spécialisée ne se sont jamais intéressés à ces « détails » vulgaires d’intendance.

 

  • Tercio : La puissance publique, via à la fois les politiques, son administration, sa recherche s’est contentée d’entonner des chants de victoire, qui font tant plaisir aux chefs de la vigne France, sans se préoccuper des questions essentielles.

 

Et maintenant face aux périls que faire ?

 

Réciter la cigale et la fourmi…

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
26 septembre 2017 2 26 /09 /septembre /2017 06:00
En Corse du vin partout ou presque au XVIIIe-XIXe siècle mais que valait-il ?

Philippe Pesteil, anthropologue à l’Université de Corse Pasquale Paoli à Corte, dresse un tableau des productions alimentaires de l’île entre 1769 et 1852 d’où il ressort que la majorité de la population est tempérante en ce qui concerne l’alimentation et majoritairement sobre.

 

« Les Corses mènent une vie frugale et se contentent des plus simples productions de leur pays, sans user de raffinement pour en assaisonner le goût. Les bergers mangent souvent, dans leur repas, de la viande que leur troupeau leur fournit et la mangent à moitié cuite comme les anglais. Il y a des paysans qui pendant trois mois d’hiver n’usent que de pain de châtaigne en certains endroits, ou de pain d’orge en d’autres pays. Leur pauvreté et leur paresse les ont préservés de l‘intempérance et les ont accoutumés à vivre de peu… »

 

L’abbé de Guermanes Histoire des révolutions de Corse depuis ses premiers habitants jusqu’à nos jours, 1771

 

« … l’embonpoint est rare dans les deux sexes ce qui est moins l’effet  du climat que de leur sobriété naturelle »

Arrighi

 

« Nul ne travaille, en Corse, au-delà du temps nécessaire pour gagner sa nourriture du mois ou de l’année, et comme cette nourriture est très simple, la sobriété des habitants vient en aide à leur oisiveté. Aucune tentation ne les excite à consommer des produits qu’ils ne connaissent point, et par conséquent à travailler pour les acquérir. »

Blanqui

 

« Leur frugalité leur permet de vivre à peu de frais. Je connais tel paysan qui vit du lait de son troupeau et des fruits de deux ou trois châtaigniers qui sont une richesse de l’île. Des châtaignes ils font du pain, le pollento, et s’ils joignent à cela un fusil, un manteau grossier et un petit cheval, ils passent à l’état de grands seigneurs. C’est un peuple d’aristocrates en vestes rondes et en guêtres. On ne trouve plus, sous ce climat béni, le caractère énergique de nos paysans, qui passent leurs journées courbées sur la bêche et sur la charrue. Les Corses abandonnent à des manœuvres étrangers les soins de la culture et de la récolte. Ceux d’entre eux qui travaillent en prennent à leur aise. Ils ne rêvent point, comme nos cultivateurs, de moissons chargées de grains, ni de ceps couronnés de raisins. Leur rêve à eux, c’est d’être fonctionnaires, d’être employés par le gouvernement… »

Charles Raynaud, 1848

 

« Le vin est souvent coupé d’eau et l’ivresse est rare par temps ordinaire. »

 

« Ils boivent du vin avec une modération qui n’est peut-être pas connue d’aucun autre peuple. C’est une chose extraordinaire en Corse que d’y voir un homme dans l’ivresse. »

Guermanes

 

Et pourtant, il y avait du vin partout ou presque…

 

« Si la vigne existe naturellement à l’état sauvage en Corse à l’instar de nombre autres régions du  globe, il faut sans doute attendre la présence Grecque et la fondation de leur comptoir d’Alalia en 565, pour la voir devenir plante cultivée. Elle va connaître avec Rome une large propagation sur le littoral  et le long des vallées fluviales ainsi que des techniques de mise en culture et de vinification. On ne sait quelle réputation avait ce vin mais à en croire Martial il ne passait pas pour le meilleur cru. »

 

« À la fin du XVIIIe siècle après la conquête française, l’île est couverte, selon les données du Terrier, de 9.743 hectares de vigne soit 3,82% du territoire. La Haute Corse représente l’essentiel des terres, soit 7.596 hectares. »

 

Cette surface restera constante jusqu’à l’assainissement de la Plaine orientale qui permettra de monter les surfaces à 20 000 ha.

 

« Le niellucciu et le vermentinu (autrefois surtout raisin de table bon à sécher) qui apparaissent aujourd’hui comme les piliers de la revalorisation des vieux cépages étaient des cultivars parmi  d’autres  au XVIIIe siècle. »

 

« Selon l’abbé de Lemps « la vigne est presque le seul objet auquel les Corses donnent quelques soins : aussi leur fournit-elle en échange un vin délicieux. Celui d’Ajaccio et du Cap Corse, surtout jouissent, dans le pays, d’une juste renommée »

 

« le sévère La Vallée n’est pas de cet avis quelques années plus tôt il dresse pour la vigne aussi un tableau désolant : « … ici elles rampent sans honneur sur la terre ; et cependant leurs raisin, qui sont déjà mûrs au commencement de thermidor, fourniroient un nectar délicieux, si les Corses prenoient la peine et connaissoient l’art de les élaborer. Ce sont sur-tout les vignes de Mariano, du Cap et de Campo-Loro qui produiroient des vins supérieurs en délicatesse à tous ceux de l’Europe. »

 

« … le vin serait excellent « s’ils travaillaient la vigne d’une manière intelligente et soigneuse, s’ils ne noyaient pas leur vin avec de l’eau en le faisant, s’ils le faisaient dans de bonnes cuves au lieu de le presser, à la vigne même, dans des carrés de maçonnerie qui restent découverts toute l’année, et d’où, sans le laisser cuver, ils le transportent, avec des outres très sales et très puantes,  dans le tonneaux à leurs maisons. »

 

 

« Contrairement à la situation actuelle où il existe des régions spécialisées dans cette culture, au début du XIXe, chaque village essaie d’avoir sa propre production ; on trouve des vignes dans les villages de l’intérieur comme Sant’Andria di Bozio, Alzi, Cambia ou Castirla qui compte 12 vignes et Bocognano, même si la qualité n’est pas au rendez-vous, si elles reconnaissent que leur territoire est mal adapté à cette culture et que le rapport n’est pas abondant. »

 

(carte postale ancienne): Jadis les vignes venaient embrasser la mer...
 

En Corse du vin partout ou presque au XVIIIe-XIXe siècle mais que valait-il ?
Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article
25 septembre 2017 1 25 /09 /septembre /2017 06:00
H.P Troussicot

H.P Troussicot

Mon fidèle lecteur Henri-Pierre Troussicot, ancien Mothais comme moi, m’a fait parvenir un très beau texte d’un de ses amis, Jacques Braud, ancien instituteur public, passionné de musique, modèle réduit, mécanique moto, écriture, etc.

 

Je le publie.

 

Merci à eux deux.

 

« C'est lors de mes balades sur les coteaux au bord de la rivière du Petit Lay que j'avais fait sa connaissance. Elle était campée à l'écart d'un village, parfaitement intégrée à ce paysage de bocage dont elle était un bel exemple de cette architecture traditionnelle rurale liée à la terre et à la culture locale. Malgré la tristesse que lui conférait l'état d'abandon qui l'avait frappée, elle affichait crânement ses murs épais en pierres du pays, ses ouvertures aux entourages de granit, son toit de tiges de bottes à quatre pans souligné par une élégante génoise de briques et de tuiles en encorbellement, coquetterie importée d'Italie au XVIIe siècle et dont les maçons d'ici aimaient jadis à parer leurs constructions. La porte principale était surmontée d'une croix blanche accompagnée de quatre boules dessinées à la chaux, signe très antérieur à la christianisation, sorte de symbole protecteur que l'on trouve sur bien des maisons de fermes du Poitou. Malgré son grand âge, elle avait conservé cette élégance qu'ont les maisons dont les bâtisseurs ne sacrifient pas à la ligne droite et on avait immanquablement l'envie de la restaurer et de la sauver de la ruine. Les années passant, je l'avais vue se délabrer progressivement.

 

Silencieuse, elle semblait attendre la fin, résignée. Cédant à la curiosité, j'en avais poussé la porte fracturée et, nonobstant les reproches que me soufflait mon grillon intérieur et surmontant l'indéniable sentiment de culpabilité qui en résultait, je m'y étais introduit. La grande pièce aux poutres noircies par les fumées était vide, excepté une vieille bouilloire de métal cabossée abandonnée sur un évier de pierre scellé dans un mur sous une boulite ovale, une chaise bancale dépaillée dans un coin et un matelas crevé crachant ses entrailles sur un sommier dont les ressorts avaient percé le crin. Les araignées avaient pris possession des lieux et avaient tissé de longues arantèles qui flottaient, poussiéreuses, comme les voiles d'une mariée funèbre. Une odeur de suie humide émanait de la vaste cheminée où pendait encore la crémaillère et sur le manteau de laquelle veillait, pendu à un clou, un crucifix oublié. Dérangée par mon intrusion, une effraie avait pris son envol silencieux par une des fenêtres fracassées, lâchant une fiente sur le tas qui maculait le carrelage de terre cuite. Une ampoule dérisoire pendait au bout de son fil torsadé, balancée par les courants d'air. L'escalier, branlant mais encore praticable, conduisait à un grenier dont la charpente de chêne m'avait impressionné par la belle ouvrage que constituaient ses poutres, arbalétriers et entrais et par les poinçons sculptés de ses croupes. Il y a 20 ans, elle était encore habitée et les vantaux ouverts de la grange laissaient planer alentour d'agréables odeurs de bon foin et de vrai fumier. Les derniers habitants l'avaient quittée après les grands bouleversements du « démembrement » qui avaient accompagné les travaux du chantier de l'autoroute et avaient contraint tant de paysans à laisser leurs terres, au nom du progrès et de l'agriculture moderne. Vide d'habitants, elle n'avait pas tardé à décliner, comme une vieille femme oubliée à la maison de retraite. Le lierre avait entrepris l'escalade de ses murs qui laissaient tomber par plaques leur crépi de chaux, et avait commencé la colonisation rampante de la toiture. Tuiles cassées, vitres brisées, portes et fenêtres vandalisées avaient été son lot, ainsi qu'il arrive souvent aux vieilles demeures abandonnées, comme si le temps et les intempéries ne suffisaient pas. Les herbes folles eurent tôt fait d'envahir l'aire déserte. Sous un appentis délabré, un vieux McCormick rouillait, affaissé sur ses pneus crevés, phares pendant au bout de leurs nerfs optiques. Plus loin, enguirlandé de liserons, un râteau-faneur tendait vers les nuages deux bras suppliants, et, sous un abri de tôles rouillées, un antique Brabant envahi d'érundes semblait rêver de labours et de dariolajhes de toucheur de bœufs. Dans le terrain attenant, la vigne avait pris ses aises et de longs sarments tentaculaires montaient à l'assaut des vergnes de la mare-abreuvoir. La grange étable avait bientôt vu son toit s'effondrer et se dresser vers le ciel les moignons des solives de sa charpente de chêne. Comment ne pas songer aux dizaines d'arbres et aux centaines d'heures de travail de charpentiers qu'avait coûté cette superbe structure chevillée qui supportait la toiture de 200 m2 de ce monument ?

 

Les pluies avaient fini par diluer le liant des murs qui commençaient à crouler. Trop tard pour elle, mais la maison pouvait encore être sauvée... La dernière fois que je suis passé par là-bas, il ne restait plus, à l'emplacement de la vénérable demeure, qu'un amas de pierres et de terre jaune d'où dépassait, ainsi que le bras d'un naufragé émergeant des flots, la vis du pressoir. La vigne folle avait été arrachée, la mare comblée, les vergnes abattus. Sous le tas de pierres étaient ensevelis la mémoire de toutes les vies qui s'étaient succédées là, avec leurs joies, leurs peines, les naissances et les deuils, les souvenirs d'enfants, le meuglement des bêtes à l'étable, les soupirs d'amours furtives dans le foin des crèches, le choc des bidons au passage du laitier, les airs de violon du musicour des bals de noces dans la grange, le vacarme des battages dans l'aire surchauffée de juillet, les rires et les chants dans la vigne lors des vendanges de septembre, les histoires des veillées d'hiver au coin de l'âtre parfumées au rhum des crêpes et à la cannelle du vin chaud...

 

Aujourd'hui, une vaste construction de parpaings, totalement étrangère, elle, au style traditionnel du bocage, dresse sa prétentieuse silhouette de style néo-provençal derrière un mur de deux mètres de haut, étalant son « jardin paysagé » décoré de plantes exotiques, de fausses amphores ensevelies et de petits cailloux de couleurs variées, protégée par l'avertissement péremptoire CHIEN MÉCHANT avéré par les abois intempestifs d'un molosse-esclave convaincu de sa mission, et surveillée par la caméra surmontant le portail électrique télécommandé.

 

On n'est jamais assez prudent, de nos jours !

 

 J.B. Le 17/08 :2017

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans écrits des autres
commenter cet article
24 septembre 2017 7 24 /09 /septembre /2017 08:00
Denis Saverot est atterré par l’application Vivino « Avec lui, l’amour du vin, sa connaissance se transforment en banale, en vulgaire « relation client »

Le titre de l’édito du dernier numéro de la RVF signé, bien sûr, par Denis Saverot m’a intrigué : Uberiser le vin ?

 

J’ai ouvert l’article et j’ai découvert un étrange plaidoyer :

 

« S’agit-il d’un progrès pour les vins de qualité ? Comme pour tout bien subtil, civilisé, noble, la connaissance du vin réclame du temps et du travail. Tout ce que la consommation immédiate, sans effort et massifiée réfute puisqu’elle postule d’abord la satisfaction du désir par l’achat instantané. D’autres y ont perdu leur âme, en témoignent ces saumons fumés qu’on trouve désormais sur toutes les tables, produits sans saveur, sans âme et sans respect de la nature. Mais totalement démocratisés. »

 

« Permettez-moi donc de défendre ici le connaisseur, cet enfant de la culture et de l’humanité. J’en connais qui ont rêvé des années durant de goûter telle belle bouteille, de visiter tel fameux domaine, et le fait d’y penser était à lui seul un plaisir. Mais vu de Cupertino ou de San José, ce genre de rêverie n’est que frustration inadmissible du roi consommateur. Demain, les algorithmes de Vivino proposeront sans doute aux clients des listes de vins allant “dans le sens de votre goût”, privant les hommes de la fatigue harassante de l’étude et de la quête de connaissances. En attendant, je fais un rêve : qu’ils ne raflent pas complètement la mise. »

 

« Permettez-moi donc de défendre ici le connaisseur, cet enfant de la culture et de l’humanité. »

 

L’intégralité de l’éditorial ICI  

 

En étant lapidaire je répondrai à l’angoisse de Denis Saverot face aux algorithmes de l’application Vivino par la célèbre boutade de Douglas Mac Arthur :

 

« Les batailles perdues se résument en deux mots : trop tard. »

 

Maintenir les fameux connaisseurs dans leur petit pré-carré, user jusqu’à la corde un fonds de commerce s’appuyant sur un petit nombre, ignorer le consommateur, qualifier de vulgaire le client, bref nous fatiguer, se foutre de nous, bien avant l’application Vivino a fait péter le minuscule monopole des « critiques » du vin.

 

« Lorsque les concepteur de produits sont aussi ceux qui façonnent le goût des agents qui auront à le juger dans la sphère médiatique, la boucle est bouclée, il ne reste plus qu’à amuser le public avec ces très démocratiques exercices de dégustation comparée dont les magazines auxquels ils assurent de gros tirages sont friands. »

 

Les gros tirages c’était hier, les magazines sont subclaquant, seuls les gens du vin les achètent, les lisent-ils d’ailleurs, trop tard Denis Saverot !

 

 

Repost 0
Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
commenter cet article

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents