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14 février 2017 2 14 /02 /février /2017 06:00
La catastrophique St Valentin du petit Pochon, sa Marie-Chantal l’a envoyé sur ses roses parfumées aux pesticides # Pousson # château Siaurac

Le petit Pochon végétait au fin fond d'un triste bureau du Cadastre Viticole Informatisé, rue du Bac dans le 7ième arrondissement de Paris. Face à la neige de son écran gris souris il rêvait d'une autre vie, de nouveaux horizons, ceux qui s'offriraient à ses yeux émerveillés le jour où ces ares et ces centiares accrochés à flanc de coteaux, au lieu de les stocker sur le disque dur de son ordinateur, il les foulerait de ses bottes comme vigneron. Son père, le gros Pochon, qui avait passé toute sa vie à faire le président de tout et de rien, de zinzins, lui répétait à satiété qu'il n'était qu'un petit con qui ne ferait jamais rien de bon. Condamnée au silence, sa mère, cachée derrière un éternel sourire, semblait lui dire du fond de ses grands yeux clairs, ne t'inquiète pas mon fils : bon sang ne saurait mentir...

 

Entre la saisie des parcelles de notre beau vignoble de France et de Navarre, le petit Pochon surfait sur le Net à la recherche d'une âme soeur avec qui il ferait son bonheur. Avec candeur il s'inventait des vies, trichait un chouia sur sa taille, se dotait de professions improbables, s'octroyait en conséquence de revenus confortables et, comme il était plutôt mignon notre Pochon, la moisson se révélait bonne sans que pour autant il ne se décidât à sauter le pas. Dans le monde virtuel les mots lui venaient à la pelle, légers, hors le train-train du quotidien, mais lorsque la réalité le rattrapait, notre petit Pochon esquivait. Jamais il ne se rendait aux rendez-vous que lui donnaient ses belles virtuelles. Chevalier de la barre haute il attendait le grand jour où le hasard ouvrirait en grand une large fenêtre sur l'Amour, l'Amour bien sûr avec un grand A.

 

Et puis la saint Valentin vint !

 

Depuis quelque temps il maraudait sur Tinder et après quelques râteaux le petit Pochon avait décroché le gros lot.

 

Elle était sommelière dans un triple étoilé alors notre Pochon se dit qu’il lui fallait sortir le grand jeu !

 

Il se risqua tout d’abord sur le site d’un certain Pousson qui titrait sobrement : Saint-Valentin, poil au vin !

 

Il vous plaît, ce tampon*? Pas mal, non? Pour le 14 février, on peut même l'imprimer en rose, ce sera plus dans le ton de cette journée gorgée d'amour et de bons sentiments…

 

«Au cas où vous ne l'auriez pas deviné, la Saint-Valentin, ça m'emmerde! Comme toutes les fêtes obligatoires d'ailleurs, qu'on voit au passage transformées, par la grâce de marketeurs finauds en gros sabots, en incontournables quinzaines commerciales. Je n'ai rien contre ce pauvre saint Valentin (personne ne sait trop lequel d'ailleurs), ça n'a rien de religieux, même si je m'étais un peu fichu de lui dans cette chronique, mais j'en ai marre de voir ma boîte à lettres polluée par tant de propositions d'effusions tarifées. Le tapin, ce n'est pas ma came. »

 

Le gars, qui devait être célèbre, énumérait plein de propositions : « Des bijoux, des concerts, des bouquets de fleur, des disques, des voyages en avion, des posters de musée, des cours "d'œnologie", des cosmétiques, des massages, des téléphones portables, des slips, des draps, des montres, des jeux de société, des sextoys (et pas du bon endroit…), des jeans, des coussins et même un "chocolat au lait personnalisé moulé sur l'anus de votre partenaire". Je précise (ça ne concerne que ce dernier cadeau romantique) que l'objet est disponible en trois parfums, noir, au lait et blanc. Le Professeur Choron aurait adoré. »

 

Rien qui ne puisse séduire sa Marie-Chantal ornementée d’un patronyme à particules.

 

C’est alors qu’il tomba sur une offre qui ne pouvait que séduire sa belle qui ensorcelle :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme le petit Pochon connaissait bien un vieux chroniqueur il s’enquit auprès de lui de ce qu’était le château Siaurac. Comme ça avait un petit goût de Dallas il cassa sa tirelire.

 

En quelques clics il réserva au château et bloqua 2 places en 1er AR pour un Paris-Libourne.

 

Ne restait plus pour lui qu’à prévenir avec élégance sa dulcinée. Il opta pour une gerbe de roses rouges qu’il fit porter par coursier jusqu’à son hôtel particulier.

 

Il bichait !

 

Dans la soirée il reçut un SMS ainsi libellé « tes roses bourrées de pesticides *, tu peux te les mettre au cul ! »

 

Désespéré, le petit Pochon, se dit qu’à ce petit jeu-là, même s'il se cachait la réalité derrière son petit doigt, il filait tout droit vers la triste position de vieux garçon. Qui, quelle jeune fille de bonne famille, quelle donzelle délurée, quelle biche aux lèvres camélias, pourrait avoir envie de passer sa vie aux côtés d'un petit attaché de deuxième classe de la DGDDI ?

 

* « Offrez des fleurs, pas des pesticides. À l’approche de la Saint-Valentin, nous nous sommes intéressés aux roses vendues dans le commerce. Nous avons mené des analyses en laboratoire sur des bouquets achetés auprès de dix grandes enseignes (Aquarelle, Au nom de la rose, Happy, Interflora, Monceau Fleur, Rapid’Flore…) et nous les avons interrogées, via un questionnaire précis, sur les conditions sociales et environnementales de production.

 

Dans les roses, nous avons recherché toute une liste de substances jouant le rôle d’engrais, de fongicide, d’insecticide ou encore d’acaricide. Et le résultat est accablant : en effet, aucun bouquet n’est dépourvu de substance chimique. »

 

La suite ICI 

 

Marie-Chantal avait lu ça dans le Figaro :

 

Prenez garde avant d'offrir un magnifique bouquet de roses à votre dulcinée! C'est la conclusion d'une enquête menée par le magazine 60 millions de consommateurs, que Le Figaro s'est procurée. Les experts ont mené des tests en laboratoire sur les bouquets de dix grandes enseignes, telles que Monceau Fleur, Aquarelle et Interflora. Le constat est sans appel: les fleurs vendues dans le commerce contiennent toutes des substances chimiques.

 

Fongicide, acaricide, insecticide... Au total, 49 molécules différentes ont été identifiées par 60 millions de consommateurs. Ce dernier nuance néanmoins ses analyses: toutes les fleurs, et donc toutes les marques, ne sont pas logées à la même enseigne. Le meilleur élève, un bouquet de roses rouge d'Aquarelle, contient tout de même «trois substances contestables, mais autorisées» et un fongicide interdit en France. Happy, Monceau Fleurs, Le Jardin des fleurs recèlent, en moyenne, 15 substances. Le dernier du classement, un bouquet commercialisé par Au nom de la rose, contient 25 produits différents, dont neuf pesticides interdits dans l'Hexagone.

 

Acétamipride, méthamidophos ou encore dodémorphe vous apparaissent sans doute comme des mots d'une langue étrangère, et pourtant ils sont loin d'être sans effet. Certains sont même classés dans la catégorie des pesticides néonicotinoïdes. À titre indicatif, le Parlement a voté leur interdiction en juillet dernier, dans le cadre de la loi sur la biodiversité. Ces produits, considérés comme tueurs d'abeilles, seront bannis à compter du 1er janvier 2018. Des dérogations pourront toutefois être accordées aux agriculteurs, jusqu'au 1er juillet 2020.

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13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 06:00
Dans le bac à sable de la toile gastronomique les « Ballotant d'la queue, grignotant des dents » s’agitent avec leur petit seau et leur petite pelle…

En la matinée du jeudi 9 février ils étaient excités, ceux qu’étaient invités au pince-fesses, comme des puces sevrées de leur dose de vermillon, pensez-donc à 11 heures pétantes en l’ancienne Bourse de Paris, les étoiles du Michelin allaient être délivrées de leur embargo cette année respecté, pas de fuites.

 

Y étaient fiers comme des petits bancs d’en être, eux, les demi-soldes de la Toile gastronomique, ceux qui cherchent à faire du beurre en s’autoproclamant conseil, disons consultant.

 

Je goûte avec délice cette définition :

 

« Un consultant est quelqu’un qui connaît 129 positions du Kama Sutra, mais qui ne connaît aucune femme »

 

Dans le milieu des petites mains gastronomiques on s’embrasse à grands bras, on se congratule avec bruits et rires, mais dès qu’untel a le dos tourné chacun s’empresse de rappeler son palmarès de turpitudes diverses que, bien sûr, je me garderai d’énumérer : y’a pas que les politiques qui barbotent dans les conflits d’intérêts.

 

La proclamation des étoiles est pour eux un moment privilégié, beaucoup ne roulent pas sur l’or alors c’est le moment de montrer à ceux qu’ils vont draguer, afin de leur fourguer du conseil, leur importance. Suivez mon regard, s’ils sont dans le Saint des saints c’est qu’ils font partie des privilégiés.

 

Alors, ça tweet à la vitesse de la lumière, ça se démène, ça frotte l’ego des grands chefs comme le préposé aux grolles d’Aquilino Morelle. Pitoyables, s’ils savaient ce que ceux-ci disent d’eux. C’est du même tonneau que ce que j’entendais dans la bouche des propriétaires de GCC : « vous savez les inviter ça ne nous coûte pas cher même si ce qu’ils écrivent n’intéresse pas grand monde. Au moins nous les tenons en laisse… »

 

Qu’importe le genou plié, l’espoir d’éblouir ceux qui rêvent des étoiles vaut bien une génuflexion. En effet, tout est là, nos consultants du bac à sable de la gastronomie vont se mettre en chasse de restaurateurs avides de conseil pour accéder à ces foutus étoiles.

 

Ainsi j’ai vu sur BFM TV Paris un certain Jean-Philippe Durand consultant qui conseille les chefs à cet effet. Oui, oui, c’est son métier.

 

Avec un sourire narquois j’ai appris par ses bons soins et ceux de Roger Feuilly que le locavorisme serait cette année une lame de fond :

 

« Cette année, toute une génération de jeunes chefs, épaulés par leurs aînés, confirme une tendance double : celle du retour au produit, et de la prééminence du goût sur le visuel. Les deux vont de pair. Moins de nuages, de mousses évanescentes ; place au terroir, à l’identité affirmée. On ne va pas au restaurant pour faire des photos mais pour manger. Une nouvelle ligne a envahi les ardoises des tables : « Les légumes de mon jardin ». Priorité au locavorisme, à savoir les circuits courts, et les partenariats avec les producteurs locaux, qui font vivre leur terre, parfois une région toute entière. Les inspecteurs du guide MICHELIN ont assisté cette année à un amusant retournement : les cartes ont raccourci au profit d’énoncés parfois minimalistes tandis que la mise en avant du producteur, sur la carte et en salle, n’a cessé de prendre de l’importance. Comme si les chefs, à leur tour, retournaient la politesse à ceux sans lesquels leur talent ne pourrait s’exprimer : les paysans, petits producteurs, pêcheurs, maraîchers, éleveurs, fromagers… Naturellement, le guide MICHELIN 2017 est le reflet de cette évolution ! »

 

En effet, y z’ont mis du temps à capter les gars du Michelin et le mouvement n’est pas venu de nos fameux consultants.

 

Le 27 mai 2008 j’avais pondu un petit papier :

 

Les « locavores » : une espèce en voie d’apparition…

 

« On va m’objecter que les locavores on s’en tamponne la coquillette et que ce ne sont pas eux qui changeront la face d’un monde alimentaire en pleine crise. J’en conviens sans problème mais je me permets de signaler que notre charmant nectar, produit de luxe ou de pure festivité, donc n’entrant pas dans la ration alimentaire de base, ne peut continuer dans notre beau pays de tradition d’ignorer ce type d’attitudes qui sont le terreau de phénomènes « répulsifs ». Les attaques contre nos « vignes sales », nos vins « bourrés de pesticides », nos vins à quelques euros qui se baladent en bouteilles, forment le terreau de base pour ceux qui appellent au boycott de Vinexpo. La guerre économique que j’évoquais dans ma chronique sur les pesticides ne relève pas de la paranoïa mais d’un strict constat. L’ignorer, faire comme-ci ça n’arrive qu’aux autres, relève de l’inconscience. »

 

Dans le monde de la Grande Cuisine, sans offenser certains chefs, le locavorisme est assez petit bras, lié au sens du vent, et en dépit de beaux discours, main sur le cœur,  bons sentiments en bandoulière, à propos des braves gens de la terre ceux-ci ne doivent pas trop compter sur eux pour que les choses changent du tout au tout.

 

En effet, dans le petit monde des consultants gastros certains se piquent d’avoir la fibre contestataire, loin de la pensée unique, des idées reçues, on peut compter sur eux pour lancer des pétitions, pleurer sur le sort des pauvres paysans, défendre le petit artisan perdu dans sa cambrousse, mais point trop n’en faut ça reste au niveau de la discussion de salon. Faut quand même dénicher le pognon dans les bonnes poches.

 

Dans ma vie de petit blogueur solitaire, payant ses notes de restaurant, ses déplacements, son hébergement, ne pratiquant aucun ménage ou pige, j’ai pu en toute liberté échanger avec des restaurateurs sur la qualité du travail de ces consultants qu’ils avaient rémunérés. J'aimerais beaucoup voir apparaître, sous les belles photos de certains, celles de leur addition et de leur note d'hôtel. Transparence, crédibilité de leurs commentaires.

 

Attention, je ne mets pas tout le monde dans le même panier, ne procède à un quelconque amalgame, mais d’une manière générale je remarque que peu d’entre-eux n’ont mis les mains dans la farine, je veux dire ont exercé le métier, ont risqué leur bel argent ou celui emprunté à une banque ; ce ne sont des observateurs extérieurs.

 

Le regard extérieur a bien sûr une importance lorsque l’on se trouve en phase de création ou lorsque l’on estime que le chemin emprunté n’est pas le bon. Mais, chacun sait qu’il n’y a pas de recette magique pour le succès. Et c’est là que le bât blesse très souvent chez les consultants qui se contentent d’accommoder à la tête de leur client des recettes toutes faites copiées sur des modèles.

 

Ainsi, pour un restaurant qui avait connu une première année difficile j’ai pu, à la lecture des préconisations de leur consultant, constater que son chamboule tout, simple copié-collé du « ce que j’ai vu ailleurs », démontrait sa totale cécité face à la réalité. S’il avait pris le temps, ou si ça capacité d’analyse le lui permettait, il se serait aperçu que tous les points originaux de cette maison, qu’il conseillait d’abandonner, étaient annihilés par une erreur de casting dans le choix du chef. Par bonheur, les gérants ont jeté aux orties les brillants et coûteux conseils de leur consultant et engagé un chef qui collait avec leur concept. Résultat : l’année suivante ils décrochaient leur première étoile.

 

Dans ma vie professionnelle j’ai côtoyé, lorsque j’étais patron, des grands cabinets de consultants mandatés par la holding ; lorsque j’étais sous les ors de la République, dès qu’une boîte était en difficulté ou qu’il s’avérait nécessaire de mieux connaître un secteur, je les voyais arriver en rang serrés.

 

Les bons, il en existe, étaient ceux en capacité de dénicher dans l’entreprise les sources leur permettant de poser un diagnostic sérieux pour décliner ensuite des propositions d’actions opérationnelles. Les vendeurs de solutions clés en mains sont des charlatans qui profitent de l’angoisse des décideurs.

 

J’avoue que je suis effaré par la prolifération de ces consultants, au statut flou et ambigüe, vendeurs de vent qui prolifèrent sur la Toile.

 

Il va m’être rétorqué que les restaurateurs n’ont qu’à être plus attentifs, qu’ils s’informent, qu’ils se renseignent sur la réalité des références affichées du consultant.

 

J’en conviens mais il faut se mettre à la place de beaucoup d’entre eux, le nez dans le guidon, les mains dans le cambouis des emmerdes du quotidien, confrontés qu’ils sont à une forme, j’ai du mal à trouver l’appellation car je ne veux pas être taxé d’excès, de réseau de copinage et d’influence qui tient le haut du pavé dans le milieu de la haute cuisine.

 

Comme en toute chose malheur est bon, les « Ballotant d'la queue, grignotant des dents », du bac à sable de la gastronomie, qui frétillent sur la Toile, ne sont que les scories d’un système qui se mord la queue. Rien qu’un peu de vent dans les branches de sassafras et là, comme ailleurs, nous les consommateurs, les bons vieux clients seront les meilleurs consultants pour les tables qu’ils fréquentent.

 

C’est ce qu’écrit l’un d’eux en conclusion de Tout savoir en 15 conseils pour séduire l’inspecteur du guide Michelin 

 

« Que tous les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Au final, Michelin ou pas, le seul juge reste le client. C’est lui qu’il faut satisfaire tout l’année. Voilà bien là la seule vérité incontestable. A ne jamais oublier ! »

 

 

Le Guide Michelin 2017 : faut que ça brille !

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 08:00
François Mitterrand répond à Bernard Pivot, "Bouillon de culture" diffusée le 14 avril 1995 sur Antenne 2

François Mitterrand répond à Bernard Pivot, "Bouillon de culture" diffusée le 14 avril 1995 sur Antenne 2

Je me suis longtemps glissé sous la peau du pouvoir, l’affleurant en évitant de l’effleurer afin de me pas créer trop de capillarité, de me connecter au système, d’en être, d’en vivre, de l’exploiter, de l’user jusqu’à la corde ; j’ai vu, perçu, entendu, senti, ressenti, ce qu’aucun journaliste ou biographe peut écrire, faute de l’avoir vécu, ces gens de pouvoir qui se forgent, pour se préserver, se cacher, ne montrer que leur face plaisante, une image, plus ou moins nette, la cultivent, la font prospérer sans révéler ce qui se cache vraiment dans les plis de leur vie. D’ailleurs pourquoi le feraient-ils, c’est leur vie privé ! La frontière entre celle-ci et la publique n’est jamais nette, il existe des no man’s land, des marges, des passerelles, que seuls ceux qui, comme moi, les discrets, les taiseux, les fidèles, les arrangeurs, sont en capacité de franchir ou d’occuper. Forme de complicité qui ne relève pas du code pénal, ni de l’amitié, mais de la stricte nécessité. Pour survivre dans l’ombre il est impératif de n’être jamais redevable au système, vivre sa vie au dehors, garder son cap, repousser les honneurs, se maintenir à la bonne distance, ne pas s’exonérer de sa part de responsabilité, on ne peut s’estimer indemne de tous germes dans un tel bouillon de culture.

 

Dans ce marais parfois cloaque, il y a les exécuteurs des basses œuvres, les portes-flingues qui vont jusqu’à se salir les mains, les compagnons de route, les amis, les proches, les serviteurs, les courtisans, les obligés et il y a ceux, peu nombreux, visiteurs discrets du soir, qui osent dire, parfois avec des gants, au Prince et à sa Cour, ce qu’ils n’aiment pas entendre. Exercice complexe qui ne peut perdurer que si le Pouvoir ne vous ressent pas comme une menace. Prendre le risque de déplaire avec la garantie absolue de la discrétion est un exercice de haut vol, sans filet. Jouissif, parfois frustrant, ne jamais pouvoir dire, ne jamais prendre la lumière, satisfaction de croire que l’on peut agir, infléchir le cours du monde. Suprême et incommensurable orgueil !

 

Ce passé sans traces écrites, à cent lieues de la pâte des biographes, discours, courriers, déclarations publiques, confidences des proches, livres, qu’en faire ? Le coucher sur une page blanche en tant que tel c’est prendre le risque de ne pas être cru, ce qui est tout à fait compréhensible : ce ne serait que ma parole, la parole d’un inconnu, de quelqu’un qui n’a jamais été repéré par les radars médiatiques. Crédibilité faible alors que ce ne serait, certes ma vérité, mais une vérité sans filtre. Dans le temps qui me reste, vais-je me résoudre à ne pas dénouer ce dilemme entre le besoin d’écrire et de mon incapacité à me mettre au travail. À souffrir. La seule porte de sortie qui s’offre à moi c’est le roman pour déjouer les pièges d’une vérité témoignée. Trop tard, me dis-je ? Personne ne t’attend ! J’hésite, tergiverse, m’engouffre dans tous les prétextes qui s’offre à moi pour me dérober, me disperser. Je m’englue, mes amours sont en rade, il faut que je me fasse violence sinon je vais me déliter.

 

Le matériau est là, brut, chaque matin je me refuse à mettre la main à la pâte. Faudrait-il que je sois acculé pour me mettre enfin au travail ? Je sais bien que non, seule une puissante colère pourrait me jeter hors de moi ; elle monte. Je le sens.

 

Pour me détendre, une petite incursion, de ce qui fut, en son temps, l’un des secrets les mieux caché de la République : Mazarine.

 

« Bernard Pivot avait lu le manuscrit de L’Honneur perdu de François Mitterrand. « Je ne suis pas d’accord. Si ton livre paraît, je ne t’inviterai pas », dit-il à Jean-Edern Hallier. Quand les écoutes téléphoniques ont été dévoilées, Mitterrand a voulu récompenser Pivot de n’avoir pas donné la parole au pamphlétaire. »En 1995, à « Bouillon de culture », il m’a accordé son dernier entretien télévisé. J’avais reçu un coup de fils de l’Elysée : « Le Président veut vous voir. » « Vous avez émis le vœu de faire un entretien avec moi et je vous ai choisi. » Le matin même de l’entretien, je n’étais pas certain qu’il puisse venir. À 15 heures, il était pâle comme la mort. Son cancer le tenaillait. On lui a fait une piqure, et pendant soixante-quinze minutes il a été éblouissant. »

 

Au départ, il s’agissait d’une émission sur son bilan culturel. Elle s’intitule : Du Grand Louvre à la Bibliothèque Nationale. D’autres sujets furent abordés. En partant, Bernard Pivot dit au Président : « Pourquoi m’accordez-vous ce privilège ? Je ne suis pas de vos amis. – Cherchez, cherchez ! » « J’avais été consterné par le récit de Jean-Edern. Je lui avais dit : « Le meilleur de ton livre, c’est la dédicace : À Michel Rocard, notre recours. Comme convenu » Assez vacharde ! C’est peut-être à Jean Edern Hallier que je dois d’avoir fait cet entretien avec Mitterrand. » Ce « Bouillon de culture » historique date du 14 avril 1995. À la question « Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous lui entendre dire ? », le Président répondit à Pivot : «Enfin, tu sais!»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean-Edern toujours :

 

« Je suis le fils naturel de la gauche, comme la petite Mazarine, révèle-t-il dans ses missives au percepteur et au ministre des Finances, je mérite d'être salarié au moins au Smig pour mes dix ans de combat pour la gauche»

 

La «cellule» Christian Prouteau ­ ces pages noircies par l'écrivain provocateur. La cellule élyséenne place alors Jean-Edern Hallier sur écoute téléphonique, tous azimuts, sur les lignes de son restaurant favori (la Closerie des Lilas), de son bistrot préféré (le Vieux comptoir) et même de sa cuisinière équatorienne Piedade à demeure dans son appartement place des Vosges. Barril, censé convaincre Hallier de renoncer, n'a pas la tâche compliquée, puisque le «romancier du réel» (1) se sert de son manuscrit comme monnaie d'échange contre l'annulation de ses dettes à l'Etat. Le 20 février 1984, le rappel d'impôts de Jean-Edern Hallier part aux oubliettes. Le 29 mars à la brasserie Lipp, l'écrivain remet le brûlot Tonton et Mazarine au capitaine, et griffonne sa reddition sur la nappe: «Je ne veux pas faire profiter de la haute littérature à la basse politique»

 

Jean-Edern Hallier a rebondi en 1993 avec la révélation de l'affaire des écoutes téléphoniques de l'Elysée (1983-85) qui l'ont particulièrement ciblé. «L'homme le plus écouté de France» n'a eu de cesse de dénoncer les «persécutions» à son encontre «du totalitarisme démocratique de François Mitterrand» et ce «scandale de l'Elysée-gate», notamment en mars 1995 lors d'une conférence de presse avec ses acolytes Barril et Vergès. Hallier a fini par appeler à voter RPR à la présidentielle de 1995. «J'ai sauté sur l'occasion de montrer ma reconnaissance à Jacques Chirac qui, en 1993, m'a appelé à la Pelouse, mon café avenue de la Grande-Armée et m'a obtenu un prêt immédiat et sans intérêt de la banque Vernes (1 et 3) pour me sauver des griffes de Tapie qui voulait me ruiner et me jeter à la rue». Jean-Edern Hallier a ainsi fini argenté et chiraquien ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Dans son pamphlet, Jean-Edern Hallier écrit : « C’est à juste titre qu’il a mis toutes ses polices à mes trousses. Je lui dois mes années terribles. « Mais c’était terrible », me déclara-t-il, en me parlant de ces pages quand je le rencontrai en 1992, sur son initiative, à la librairie Gallimard, en un guet-apens qu’il avait organisé pour me revoir. Il n’y a jamais eu réconciliation entre nous. La littérature est irréductible au reste, donc irréconciliable. L’ami de la vérité n’a pas d’amis. »

 

La voiture du président de la République s’est garée à proximité du 15, boulevard Raspail où se situe la librairie Gallimard. J’ai le souvenir d’avoir vu François Mitterrand penché sur des boîtes de romans pleines à ras bord. C’était un samedi après-midi. Il m’a jeté un regard furtif avec une arrière-pensée d’entente, presque de complicité. Le jour de sa rencontre avec Jean-Edern Hallier, il est accompagné de Patrice Pelat qui a été son camarade de stalag et se prénommait alors Roger-Patrice. Accusé de délit d’initié, Pelat mourra d’une crise cardiaque peu de temps après cette visite.

 

Paul Derieux, le directeur de la librairie, est absent. Il succède à Raymond Poulin qui a longtemps guidé Mitterrand dans ses choix d’éditions originales. Il s’adresse aussi à Jean-Luc Marchand, le principal vendeur. Celui-ci était présent lorsque le Président bibliophile s’est heurté à Jean-Edern Hallier. Il n’y avait pas eu de rendez-vous. Mais les lois du hasard ont leur logique.

 

« François Mitterrand et Patrice Pelat étaient dans le bureau du directeur lorsque Hallier est arrivé. Je lui ai dit « « Mitterrand est dans le bureau. – Je veux absolument le voir. » M’ayant emboîté le pas, j’ai assisté à la scène des retrouvailles. « Bonjour François Mitterrand », suivi d’une logorrhée. Dans ce flot de paroles il y avait beaucoup d’humour. Mitterrand l’a écouté sans dire un mot. Jean-Edern Hallier est reparti en lâchant : « au revoir, François Mitterrand.» Le Président s’est tourné vers Patrice Pelat. « Ce garçon est vraiment expressif. » Pelat a acquiescé avec un petit sourire. Mitterrand a pris un ouvrage de philosophie qu’il paya en espèces. »

 

« Le chef de l’Etat quitte parfois la librairie Gallimard avec une conquête. Une jolie fille qui n’avait pas froid aux yeux achète Passion simple d’Annie Ernaux et lui offre le livre. Devant les clients, ils sont partis ensemble. Quelqu’un a dit ans leur dos : « J’espère qu’il a des préservatifs ! »

 

Avec sa vie amoureuse chaotique, Jean-Edern n’aurait pas agi autrement si une groupie à la belle poitrine s’était présentée. Pourquoi se priver d’une éruption érotique passagère ? Il aime voir se lever l’aube derrière les hanches d’une femme. »

 

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12 février 2017 7 12 /02 /février /2017 06:00
Journal d’1 chroniqueur de campagne (3), «Beaucoup de Français en ont assez d’être de bons élèves alors que d’autres semblent profiter du système.» Fillon

Cette phrase figure à la page 65 de son livret Pour vous, où François Fillon déclare ses intentions façon abécédaire. Le titre de la rubrique ? «Injustices»…

 

Mon problème de tout nouveau chroniqueur de campagne c’est que, pour l’instant, il n’y a pas de campagne électorale ; Macron semble descendu du ciel la main sur le cœur, Mélenchon se dédouble en veste tendance Staline, Hamon se la joue « gauche plurielle bis » en caban breton, la de Montretout je m’en fous, et le Fillon se fait asticoter, avec sa Pénélope et deux de ses moutards, par le Parquet National Financier.

 

Si j’avais su j’aurais pas venu vu que je ne me sens aucune aptitude à me transformer en chroniqueur judiciaire.

 

Restons un instant dans la légèreté en mettant en exergue l’une de mes fausses citations.

 

« À chaque fois qu’on dépose une plinthe, le parquet n’est pas loin… »

Christiane Taubira

 

Mais c’est quoi le Parquet ?

 

Le parquet, dont la dénomination doit son origine au « petit parc » clos dans lequel se tenaient à l’audience les procureurs du roi sous l’Ancien Régime, possède la mission générale de veiller à l’application de la loi au nom du respect des intérêts fondamentaux de la société.

 

Le parquet désigne l’organisation, au niveau du tribunal de grande instance, de l’ensemble des magistrats du ministère public qui sont chargés de requérir l’application de la loi et de conduire l’action pénale au nom des intérêts de la société.

 

Au niveau de chaque tribunal de grande instance, le parquet comprend un procureur de la République, éventuellement assisté de procureurs adjoints, de vice-procureurs et de substituts. Le parquet est chargé de la représentation du ministère public auprès du tribunal correctionnel, des juridictions pour mineurs, du juge d’instruction et des formations civiles du tribunal. À l’échelle de la cour d’appel, le parquet est dit « général » et il comprend un procureur général assisté d’avocats généraux (qui, en dépit de leur nom, ne sont pas des avocats mais des magistrats). Notons que l‘ensemble des magistrats d’un même parquet est indivisible et substituable, ce qui signifie que chacun d’entre eux peut représenter indifféremment le ministère public au cours de la procédure.

 

Le Parquet National Financier : suite à l’affaire Cahuzac la loi du 6 décembre 2013, qui marque l'acte de naissance de cette institution.

 

ICI 

 

Le parquet national et financier (PNF) a été créé par une loi du 6 décembre 2013 et sa compétence est prévue par les dispositions des articles 705 et suivants du code de procédure pénale. L’article 705 précise notamment que le procureur de la République financier est compétent, en concurrence avec le procureur de la République du lieu de l'infraction, celui de la résidence ou du lieu d'arrestation de l'une des personnes soupçonnées, pour la poursuite d’un certain nombre d’infractions dont le délit prévu à l’article 432-15, à savoir le détournement de fonds publics par une personne dépositaire de l’autorité publique, par une personne en chargée d’une mission de service public ou par un comptable public.

 

Quand on prend un virage à 180° dans son système de défense c’est que l’on s’aperçoit que le premier n’était pas le bon, que ça sent le roussi et qu’il faut en toute hâte tenter d’élever un contre-feu. Le problème pour François Fillon et ses avocats c’est que leur combat judiciaire ne touche pas le cœur de la désapprobation des Français qui se situe à un autre niveau, celui de la crédibilité d’un père la rigueur, qui demande du sang et des larmes à ses concitoyens, alors qu’il n’a pas été avare, tout au long de sa longue carrière, de largesses pour sa petite famille. Ça ne passe pas, et ce n’est pas qu’une question de morale ou d’honnêteté, c’est considéré comme une insulte au travail.

 

Le changement de pied de la défense de Fillon

 

C’est donc sur le fondement de ces textes que le PNF a ouvert une enquête préliminaire concernant les faits dénoncés par le Canard Enchaîné relatifs aux soupçons d’emplois fictifs qui occupent le devant de la scène depuis deux semaines.

 

« Les avocats du couple Fillon affirment que dans la mesure où M. Fillon, en qualité de parlementaire, n’était à l'époque des faits ni dépositaire de l’autorité publique, ni chargé d’une mission de service public ni comptable public, il ne relèverait pas des dispositions en cause et ne permettrait pas au PNF de diriger cette enquête.

 

Cet argument, qui est juridiquement intéressant, est toutefois en l’état totalement inefficace compte tenu de la nature de la procédure actuellement ouverte. Il s’agit en effet d’une enquête préliminaire, nullement contradictoire, dont quelques avocats qui me sont proches affirment sans hésiter qu'elle ne permet pas aux personnes soupçonnées d’exercer réellement les droits de la défense ; dans ces conditions, les conseils de M. Fillon ne peuvent actuellement soulever cette incompétence devant quelque juridiction que ce soit, faute de saisine d'un juge d'instruction ou d'une juridiction de jugement qui signerait le passage à une procédure dominée par le principe du contradictoire (qui suppose que chaque partie puisse répondre aux arguments adverses et avoir connaissance de l'ensemble des éléments de preuve en cause).

 

M. Fillon et son épouse ne pourront contester l’intervention du PNF que lorsqu’ils deviendront partie à la procédure, soit dans le cadre d’une instruction judiciaire par le biais d’une mise en examen (ce qui leur ouvrira la possibilité de saisir la Chambre de l’instruction d'une requête en nullité), soit dans le cadre de poursuites directes devant le Tribunal correctionnel en qualité de prévenus.

 

S’agissant du fond de cet argument, la jurisprudence de la Cour de cassation précise que « doit être regardée comme chargée d’une mission de service public, au sens de l’article 432-12 du code pénal, toute personne chargée, directement ou indirectement, d’accomplir des actes ayant pour but de satisfaire à l’intérêt général peu important qu’elle ne disposât d’aucun pouvoir de décision au nom de la puissance publique ».

 

Il me semble qu’un député relève d’une telle définition, le statut de l’Assemblée Nationale, par exemple, définissant les parlementaires comme représentants de l’intérêt général.

 

En tout état de cause, nous devrions un jour ou l'autre être fixés sur cette question : nul doute que la Cour de cassation soit amenée à se prononcer tôt ou tard sur ce dossier.

 

Comme je suis consciencieux, moi qui ne pose jamais mon cul devant la télé, je me suis tapé la conférence de presse du sieur Fillon. Ce fut le genre, mon père j’ai péché, je suis plein de regrets, donnez-moi l’absolution, et mesdames, messieurs les journalistes foutez-moi la paix avec vos questions sur mes affaires !

 

Alors là j’ai cru tomber de ma chaise ! Le gars de la Sarthe parachuté dans le VIIe cher à son amie Rachida ne manque pas d’air, il te convoque une brassée de journalistes accrédités pour plaider sa cause et il leur interdit de moufter. C’était beau comme l’ORTF de Michel Droit sous ce cher Alain Peyrefitte.

 

Vu de Suède. Affaire Fillon : « Comment les journalistes peuvent-ils accepter de se faire engueuler ? »

 

Johan Tollgerdt est un journaliste suédois indépendant basé à Paris. Il a assisté, incrédule, à la conférence de presse de François Fillon du lundi 6 février, lors de laquelle le candidat a annoncé poursuivre sa campagne malgré les soupçons d’emplois fictifs qui l’entourent.

 

  • Avez-vous été convaincu par les explications données par François Fillon lundi 6 février ?

 

Pas du tout. J’ai avant tout été choqué par le fait qu’il a engueulé assez violemment les journalistes français. Dans aucun pays en Europe les journalistes accepteraient de se faire engueuler de la sorte. En Suède, le politicien aurait été accablé de questions sur sa manière de traiter les journalistes, certains auraient même quitté la salle.

 

En France, on aurait dit que les journalistes faisaient leur mea culpa devant lui, ce qui est très étonnant. Monsieur Fillon a tenté de détourner l’attention, c’est une technique qui n’aurait jamais fonctionné en Suède mais on va voir comment ça évolue en France.

 

  • Quelle est la première question que vous auriez posée à François Fillon ?

 

Comment pouvez-vous vous permettre d’engueuler la presse qui fait son travail, qui dénonce les abus des élus ? Les journalistes sont là pour aider les électeurs à bien choisir leur président lors des élections. C’est leur droit et on ne veut pas d’une évolution à la Donald Trump. À présent, je me demande si Fillon, une fois élu, installerait d’autres moyens de nuire à la presse, alors que la France s’est récemment dotée d’une loi très intéressante, la loi Bloche, pour que les journalistes puissent mieux faire leur travail. [Cette loi, adoptée en novembre 2016, vise notamment à assurer la protection des sources des journalistes.] C’est très inquiétant.

 

  • À quoi est dû ce manque de pugnacité de la part des journalistes français à l’égard des politiques ?

 

C’est sans doute lié à une certaine timidité. Pendant des décennies, la presse française n’a pas été libre. Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, elle ne sortait pas certaines affaires politico-financières. Il y a eu beaucoup de progrès depuis. Quand des enquêtes sortent dans la presse, elles frappent très fort. Dans la presse suédoise, on sort les petites affaires comme celles du Toblerone [en 1995, une ministre a été forcée de démissionner après avoir acheté du chocolat avec sa carte de crédit de fonction] mais pas celles qui se chiffrent avec plusieurs zéros, alors qu’elles existent là-bas aussi.

 

  • Êtes-vous surpris que M. Fillon continue sa campagne ?

 

Oui, je suis surpris qu’il continue. Dans les pays scandinaves, il aurait arrêté il y a plus d’une semaine, à cause de la pression médiatique et de celle de son propre parti politique. Cette affaire crée beaucoup de blessures dans la droite française, qui va avoir du mal à s’en remettre.

C’est un moment dangereux pour la France. Marine Le Pen a une chance supplémentaire d’être élue puisque les électeurs croyaient beaucoup en Monsieur Propre pour la battre. Cette situation va apporter encore plus de colère et c’est Marine Le Pen qui récolte les fruits de la colère de manière générale.

Propos recueillis par Corentin Pennarguear

 

Reste dans cette drôle de campagne qui, pour l’heure se résume en des shows à l’américaine, le cas Macron. Jusqu’où ira-t-il ? Comment va-t-il éviter ou esquiver la litanie de ce qu’on nomme un programme et qui n’est en fait, depuis les 110 propositions de Mitterrand, qu’un catalogue pour capter tout et son contraire.

 

De Gaulle, en bon militaire, ne s’embarrassait pas des détails d’intendance :

 

4 novembre 1965

 

Ce jour-là, celui de la Saint- Charles, les Français qui ont allumé leur poste de télévision ou de radio à 20 heures ont entendu le président de la République leur dire ceci : « Que l'adhésion franche et massive des citoyens m'engage à rester en fonctions, l'avenir de la République nouvelle sera décidément assuré. Sinon, personne ne peut douter qu'elle s'écroulera aussitôt et que la France devra subir - mais, cette fois, sans recours possible - une confusion de l'Etat plus désastreuse encore que celle qu'elle connut autrefois. »

 

« Moi ou le chaos », résume l'opposition. De Gaulle, qui va avoir 75 ans, ne présente pas aux Français de projet, de programme, d'objectifs, ni même de perspective précise. Il leur demande de lui confirmer leur confiance, sous peine d' « écroulement » et de « confusion » s'il s'en va. Et il y met une condition : il ne suffit pas qu'ils lui accordent simplement la majorité absolue de leurs suffrages, comme le veut la loi ; il faut que leur « adhésion » soit « franche et massive ».

 

Le jeune Macron n’est pas de Gaulle mais les Français aiment les hommes providentiels, même jeune, versus Bonaparte, cependant l’heure de vérité va bientôt sonner pour lui. Qu’il se méfie, les Français sont capables de brûler très vite ce qu’ils ont adoré.

 

Gérard Leclerc pose bien le problème qui se présente à lui dans la dernière ligne droite de cette non-campagne. Pourra-t-il sauter l’obstacle ?

 

« C'est le nouveau leitmotiv des politiques et de la presse: sous ses airs de gendre idéal Emmanuel Macron, est transparent, son discours est creux, son programme est vide. Dans une version plus hard », cela donne une série de sous-entendus et de rumeurs relayées par certains politiques ou médias gouvernementaux russes sur « ses affaires qui vont sortir », « sa collusion avec les banques américaines et Hilary Clinton » (!), ou son « soutien par un très riche lobby gay »: cette dernière gracieuseté provenant du député Les Républicains Nicolas Dhuicq...

 

Emmanuel Macron peut y voir une forme de reconnaissance. S'il est attaqué, c'est qu'il est devenu en quelques semaines l'un des deux favoris d'une présidentielle qui lui a réservé une série de divines surprises: la mise hors course de deux ex-présidents, l’élimination des deux candidats – Alain Juppé et Manuel Valls – qui auraient pu le priver de l'électorat centriste et modéré qu'il convoite, enfin le maelström des emplois de la famille Fillon dont l'intéressé, à qui semblait être promis l'élection, ne parvient pas à se dépêtrer.

 

Mais en ces temps où les Français se régalent à déjouer les pronostics et à faire tomber les têtes, il ne fait pas bon être favori. Surtout quand vous êtes un candidat qui ne s'est jamais frotté au suffrage universel, qui se proclame à la fois de droite et de gauche –« attrape-tout » raillent se détracteurs – et qui n'a le soutien que d'une escouade d'élus mais d'aucun parti de gouvernement : « Macron, combien de divisions? » selon la célèbre formule.

 

Comme Benoit Hamon a plutôt bien joué le coup avec le PS et que Manuel Valls ne veut pas faire la courte échelle à son ancien ministre de l'économie, les parlementaires socialistes ne se ruent pas chez Macron. Des grands élus qui semblaient séduits s'interrogent sur sa solidité dans un monde dominé par Trump et Poutine. Emmanuel Macron lui-même donne des signes d'essoufflement, comme lors de son meeting de samedi dernier à Lyon.

 

Alors, même si l'on ne sort de l'ambigüité qu'à ses dépens, et si le candidat veut conserver le rythme des « Marcheurs » qui lui a plutôt réussi jusque-là, il va bien lui falloir aller au-delà des bribes de programmes qu'il a parcimonieusement dévoilées. C'est une affaire de quelques jours nous promet-on. Ce sera davantage un contrat avec une douzaine d'engagements qu'un catalogue de mesures. Le volet économie essaiera de concilier –comment? – maitrise des dépenses courantes et augmentation des budgets de la défense et de la sécurité. Le social se déclinera autour de l'idée de souplesse: 35 heures modulables, départs en retraite flexibles, suppression des charges sur le Smic. L'environnement qui connaît un retour de flamme, sera bien traité. Corinne Lepage aide à définir une écologie réaliste: nucléaire ramené à 50% en 2025, investissement dans le renouvelable, rénovation thermique des logements, alignement de la taxation du diésel sur l'essence... Ajoutez une rasade d'Europe, une dose de proportionnelle à l'Assemblée, une larme d'autonomie pour l'école, et le Pass-culture... Réservez une ou deux surprises... Et vous aurez le programme sensé réunir des progressistes de droite et de gauche, sous la houlette d'un homme de 39 ans qui donnerait un sérieux coup de jeune à la France.

 

Ça c'est la théorie. Il reste à concilier parfois des contraires et trouver le thème qui s'imposera au coeur de la campagne comme le « Changez la vie » de 1981, le « Travaillez plus pour gagner plus » de 2007 ou le « Moi président » de 2012... Il faudra surtout résister à la « lessiveuse » d'une campagne présidentielle, tenir à distance les concurrents et enfin affronter, selon toute vraisemblance, une Marine Le Pen qui continue tranquillement à battre des records dans les sondages et les audiences télé...

 

Aujourd’hui on cherche le gay sous l’hétéro, le pédé qui se masque, comme avant le youpin sous le gentil

 

Lire ICI

 

Nicolas Dhuicq, député LR de l’Aube, a tiré la première salve dans un entretien au site pro-russe Sputnik: «Concernant sa vie privée, c’est en train de devenir public. Emmanuel Macron est un chouchou, un chéri des médias français, qui appartiennent à un petit nombre de personnes, comme chacun sait. L’un de ses soutiens est le fameux businessman Pierre Bergé, un partenaire d’affaires et vieil amant d’Yves Saint Laurent, qui est ouvertement homosexuel et défend le mariage gay. Il y a donc tout un riche lobby gay derrière lui. Cela dit tout.»

 

J’imagine ainsi Nicolas Dhuicq au printemps 1936, applaudissant de son banc son ami Xavier Vallat, qui dénonçait cette profanation: un juif, Léon Blum, devenait Président du Conseil. «Votre arrivée au pouvoir, monsieur le président du Conseil, est incontestablement une date historique. Pour la première fois, ce vieux pays gallo-romain sera gouverné par un Juif. (…) pour gouverner cette nation paysanne qu’est la France, il vaut mieux avoir quelqu’un dont les origines, si modestes soient-elles, se perdent dans les entrailles de notre sol, qu’un talmudiste subtil.»

 

On nous dira qu’Emmanuel Macron n’est pas homosexuel, si Blum était bien juif, et que chez Dhuicq, la manipulation précède la manie? Et donc? Écrire ceci est déjà entrer dans la logique des fascistes. On ne devrait pas avoir à répondre aux immondices, ni à démentir ce qui n’aurait, normalement, aucune importance. Macron y a consenti avec humour, dans la blague des hologrammes; il fait avec l’air empuanti du temps, comment le lui reprocher. Mais notons bien. Dans l’obsession fasciste, «être» ou «ne pas être» l’objet de la haine est indifférent. Dans les années riches de l’antisémitisme, les Dhuicq de l’époque dénonçaient comme juifs des gens qui ne l’étaient guère, baptisés mais ne détestant pas le peuple détesté. Pour Lucien Rebatet, Jacques Maritain, philosophe catholique, «était enjuivé de corps et d’âme». Le même Rebatet voyait dans l’église «une judéophilie» éperdue, et Céline, dont on s’obstine à trouver les sécrétions poétiques, affirmait que même le Pape était juif, «de son nom véritable Isaac Ratisch» et que le Vatican était «un ghetto».

 

Plus dangereux pour lui, sa fiabilité, sa sincérité :

 

Comment Macron m’a séduit puis trahi

 

« Je suis Adrien de Tricornot, je suis journaliste au Monde. En 2010, le groupe Le Monde avait de grosses difficultés financières et j’étais vice-président de la Société des Rédacteurs du Monde.

 

Nous les journalistes, au travers de la Société des Rédacteurs du Monde, étions les principaux actionnaires du groupe*. Nous savions que nous allions devoir faire appel à de nouveaux investisseurs, et voir nos parts diminuer. Nous allions perdre le contrôle actionnarial du journal. Il fallait nous entourer de spécialistes : avocats, banquiers d’affaires.

 

Macron, jeune banquier d’affaires, propose de nous aider

 

C’est à ce moment là qu’Emmanuel Macron, jeune banquier chez Rothschild, fait savoir à une journaliste, qu’il est prêt à nous aider « pro bono ».

 

Emmanuel Macron se présente à nous comme un banquier d’affaires qui fait de l’argent, mais n’y trouve pas du sens, membre de la Fondation Jean Jaurès, voulant défendre la liberté de la presse, ancien assistant de Paul Ricœur… Et donc prêt à nous aider bénévolement.

 

La suite ICI

 

Qui sont les Français qui soutiennent Emmanuel Macron?

 

Jérôme Fourquet — 09.02.2017 –

 

Contrairement à la critique souvent relayée, l'électorat d'Emmanuel Macron n'est pas particulièrement jeune, ni hégémonique chez les cadres. Le fondateur d'En Marche! fait en revanche le plein chez les plus diplômés, illustrant un nouveau clivage électoral.

 

Aujourd’hui, les avocats de M. et Mme Fillon ont laissé entrevoir en conférence de presse une partie de leur stratégie de défense. Ils ont notamment précisé qu’ils remettaient en cause la compétence du parquet national financier et sollicitaient qu’il se dessaisisse de l’enquête portant sur les soupçons de détournements de fonds publics dans le cadre d’emplois fictifs évoqués autour de la famille Fillon.

 

La suite ICI 

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:00
Opération Harvey’s Hole : quand les grandes oreilles américaines jouaient les taupes à Berlin au temps de la guerre froide

Au temps où les téléphones étaient reliées à des prises murales ou stationnaient dans des cabines les communications étaient rendues possibles par la circulation de courants électriques dans des lignes bien réelles les standards téléphoniques constituaient des lieux stratégiques pour espionner les conversations.

 

Au temps de la guerre froide Berlin fut le terrain de jeu privilégié des services d’espionnage occidentaux, tout particulièrement de la CIA et du M16. Ainsi le Central de Berlin-Est où transitaient les lignes téléphoniques soviétiques fit l’objet d’une opération conjointe. « Pour pouvoir se connecter à ces lignes et donc écouter les conversations téléphoniques, les anglo-américains creusèrent un tunnel de 450 mètres de long depuis Rudow, dans Berlin-Ouest, jusqu’à Altglienke, dans la partie Est de la ville, alors occupée par les Soviétiques. »

 

« L’opération fut officiellement appelée Opération Stopwatch (« opération chronomètre ») ou Opération Gold. Elle fut couramment surnommée l’opération Harvey’s Hole (« trou d’Harvey »), en référence à William Harvey, l’un des chefs de la CIA à Berlin et ancien du FBI renvoyé par J. Edgar Hoover parce qu’il buvait pendant le service. »

 

« Les travaux commencèrent en 1954 et nécessitèrent de déblayer plus de 3000 tonnes de terre ce qui fut une tâche colossale. Sa construction prit plusieurs mois et coûta aux Américains 6,7 millions de $. »

 

« Au bout du compte, les espions de Rudow parvinrent à placer 172 lignes sur écoute et consignèrent quelques 443 000 conversations. Cependant, il y avait une taupe parmi eux, et pas de celles qui auraient pu les aider à creuser, bien au contraire. George Blake, un officier du M16 qui avait pris des notes lors des réunions au cours desquelles l’opération Stopwatch avait été mise au point, était un agent double. »

 

Bien sûr il transmit ses renseignements au KGB avant même que ne commence les travaux de percement du tunnel mais ce n’est qu’au soir du 21 avril 1956 que les Soviétiques « découvrirent officiellement » le tunnel.

 

« Pourquoi les Soviétiques laissèrent les écoutes se dérouler sans intervenir pendant près d’un an alors qu’ils étaient en possession de tous les éléments depuis le début, cela reste un mystère. La plupart des historiens pensent toutefois qu’ils voulaient éviter de compromettre Blake, leur agent infiltré, qui leur rendait de précieux services. »

 

« Mais les Russes ne savent pas sur quel pied danser. Le KGB ne veut pas perdre son meilleur atout, Blake, en révélant trop tôt le coup des Anglo-Saxons. Ils attendent donc que George Blake reçoive une nouvelle affectation de la part des Britanniques avant de faire leurs premiers mouvements. Mais, pour que ni le MI6 ni la CIA ne comprennent qu’ils sont découverts, il faut aussi que ceux-ci interceptent depuis le tunnel des conversations russes et est-allemandes. Résultat: le KGB n’avertit pas le GRU (son concurrent du renseignement militaire) et l’Opération Gold peut donc continuer un certain temps –onze mois et onze jours plus précisément. »

 

C’est dans la nuit du 21 au 22 avril 1956 que l’URSS décide de siffler la fin de la récréation et passe à l’action. Dans un livre, Battleground Berlin, publié en 1999, l’ancien directeur de l’agence de la CIA à Berlin David E. Murphy et le lieutenant-général Sergueï Kondrashev, directeur du département allemand du KGB, racontent la mise en scène et le déroulement de cette fausse découverte.

 

Grâce aux informations de George Blake, les Russes creusent à un point précis de l’autoroute Schönefeld. À 2 heures du matin, ils sont au-dessus de la chambre d’enregistrement et entendent une communication en russe: c’est la voix du capitaine Bartasch, un officier du contingent militaire soviétique en République Démocratique d’Allemagne. À 3 heures du matin, les Soviétiques, soucieux de ne pas apparaître en première ligne, sont relayés par des spécialistes est-allemands. L’opération est bientôt suspendue quelques heures.

 

Dans le courant de la matinée, les Américains s’aperçoivent que leur tunnel est sur le point d’être dévoilé. C’est sur les coups de 12h30 que la chambre d’enregistrement est en vue pour l’équipe est-allemande qui pratique un trou dans un mur, faute d’avoir pu passer par la porte en acier. Les auteurs de Battleground Berlin transcrivent les premiers mots de ces «explorateurs»:

 

«Oh, regarde-moi ça… Ça fait tout l’autoroute! C’est incroyable!»

 

Deux heures plus tard, les Soviétiques eux-mêmes entrent sur les lieux. Vers 15h30, les câbles américains sont coupés, un quart d’heure après les micros cessent d’enregistrer. »

 

Robin Verner dans Slate

 

LIRE Berlin et le tunnel des espions. Jeu de dupes sous le rideau de fer

 

Opération Harvey’s Hole : quand les grandes oreilles américaines jouaient les taupes à Berlin au temps de la guerre froide
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10 février 2017 5 10 /02 /février /2017 06:00
Pour entrer dans « Best Restaurants Paris » gros pavé plein de publicité faut raquer…

Récit : je déjeunais tranquillement seul dans l’un de mes restaurants favoris ouvert le lundi, c’était complet et mon amie Mareva avec son beau sourire devait gentiment répondre aux gens de passage ou du quartier « qu’il valait mieux réserver. » avant de leur dire qu'elle serait heureuse de les recevoir une autre fois.

 

Je lisais, c’est-à-dire je bossais, entre chaque plat lorsque survint un coursier harnaché tenant dans ses mains gantées une grande enveloppe blanche.

 

Les figatelli puis la pintade étaient succulentes.

 

Alors que je m’acquittais d’une addition bien légère le chef me rejoignait et me tendait la grande enveloppe ouverte. « Voilà un bon sujet de chronique pour toi… »

 

Je désincarcérais le contenu de l’enveloppe.

 

Feuilletais, salivais…

 

C’était du lourd mais toujours prévoyant j’étais muni de ma sacoche dans laquelle j’enfouissais « la surprise du chef »

 

Quelques jours plus tard j’évoquais auprès d’une amie restauratrice étoilée le contenu de l’enveloppe. Elle s’esclaffait : « Ils me harcellent pour que je me paye une insertion dans leur guide ! »

 

Le fond de dossier :

 

  • Tu reçois par un coursier une grosse enveloppe blanche qui contient : un courrier, le guide Best Restaurants Paris de l’automne-hiver 2016 (tiré à 30 000 exemplaires)7,50€, le petit guide bilingue Best Restaurants Paris 2016 (tiré à 50 000 exemplaires) 4,95€, un dépliant qui te dis que sur Google Best Restaurants Paris sur le haut de la première page, qu’il existe une application Best Restaurants Paris, que la page Face de Bouc a plus de 100 000 fans, les 2 guides déjà évoqués et cerises sur le gâteau 2 mini-guides 2017 (tiré à 230 000 exemplaires. Et bien sûr la dernière page est toute à la gloire du génial inventeur de ce juteux biseness : Richard Brault.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout ça est bel et beau, c’est bourré de publicité pour des vins et champagne, chaque page est affublée d’un vin conseillé qui sent la sponsorisation, bref ça douille sec dans les caisses de Best restaurants Paris.

 

Mais attention la chasse aux pépettes n’est pas terminée en effet dans la missive accompagnant l’envoi il est dit :

 

Cher…

Votre restaurant … réunit tous les critères qui lui permettraient de rejoindre « Best Restaurants Paris » et ceci dès maintenant sur notre site internet www.bestrestaurantsparis.com, ainsi que sur l’ensemble de nos application…

 

Pourquoi ce conditionnel ?

 

Parce que tout bêtement il s’agit d’un démarchage commercial :

 

« Je n’hésiterai pas à vous contacter très prochainement par téléphone afin de convenir d’un rendez-vous qui, bien sûr, ne vous engage à rien, avec notre éditeur, Monsieur Richard Brault et ceci à votre convenance. »

 

J’entends le doux son du tiroir-caisse mais j’en resterai-là, aucun des restaurateurs qui accepte de raquer n’est obligé de le faire mais je trouve assez contre-productif pour beaucoup d’entre-eux d’en être.

 

AGAPÉ Laurent Lapaire se targue, à juste raison, de proposer une des plus belles cartes de vins nature, se voit affublé comme vin conseillé : 1 château Peyrat-Fourton Haut-Médoc, y’a de la friture dans le message.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Détail, j’ignorais jusqu’à l’existence de Best Restaurants Paris avant cette petite histoire.

 

Chacun fait comme bon lui semble mais j’ai du mal à comprendre, même s’ils estiment que tous les moyens sont bons pour emplir leur maison, les chefs ou leurs attachés de presse qui nourrissent ce type de publication… Ce n’est pas dans ma culture et il faudra me démontrer l’efficacité de ce qui apparait comme une sélection alors que ce n’est qu’une forme de publipromotion payante.

 

C’est dans l’air de ce temps où l’on avance masqué pour mieux attraper les gogos, les affaires sont les affaires pourquoi s’embarrasser de principes. Les principes c’est aussi lourds que les pavés de papier et bien évidemment inutiles.

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9 février 2017 4 09 /02 /février /2017 06:00
Le plaidoyer de Lilian Bauchet pour laisser aux hybrides un espace de liberté, la parole vous est donnée, prenez-là !

« Ces vignes de Clinton, d’Isabelle, d’Herbemont et de Jacquez poussent au voisinage du mûrier, « l’arbre d’or », celui qui a apporté la richesse, et près du châtaignier, « l’arbre pain », celui qui a évité la famine… »

Les vins mythiques Freddy Couderc

 

Je suis né dans le pays d’un des apôtres des hybrides, le frère Bécot, lire ICI  et les vignes de mon pépé Louis c’était noah, baco et des cépages à numéro.

 

« Pépé Louis avait une vigne sur le haut de la Mothe-Achard, commune qui avait peu de hauts et beaucoup de bas, complanté surtout en noah. J’ai donc décavaillonné, vendangé, mais pas vinifié vu qu’une fois pressuré le moût vivait sa vie en toute liberté – il serait privé de la dénomination nature vu que pépé souffrait à mort ses barriques pour lutter contre les fleurettes, et pourtant c’était un vin nu de chez vin nu – et bien sûr bu ce breuvage titrant les meilleures années 8°. Aux battages, les bouteilles de noah désoiffaient les gars des gerbes et du pailler. Ce n’est pas pour rien que j’habitais au Bourg-Pailler. »

 

Mais ce passé dans les vignes de la Vendée crottée n’a pas fait de moi un gars capable de causer le bout de gras sur le métier. Lors de mon passage à l’ONIVIT, où il y avait une division bois&plants de vigne, je dois avouer que je ne me passionnais guère pour la sélection massale ou clonale.

 

Ce n’était pas du désintérêt mais le constat de mon incompétence crasse sur les sujets dit techniques.

 

Mais, comme au temps du basket à la Vaillante Mothaise j’ai gardé un goût prononcé pour le rôle de passeur.

 

C’est donc avec un grand plaisir et un réel intérêt que mon espace de liberté accueille ce matin l’ami Lilian Bauchet vigneron en Beaujolais.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'INRA vient d'annoncer un programme de grande ampleur de déploiement des cépages résistants en France.

 

Les cépages résistants sont le fruit de croisements entre vitis vinifera et la vigne américaine. Ils héritent des capacités de résistance naturelle de leur géniteur américain, et des qualités organoleptiques de la vigne européenne. Ces cépages résistants, nommés aussi cépages interspécifiques ou cépages hybrides, ne nécessitent peu, voire pas de traitements. On comprend dès lors l'intérêt grandissant des viticulteurs dont je se suis pour ces cépages.

 

L'offre de cépages résistants d'obtention étrangère est riche, notamment en Allemagne et en Suisse où la recherche est très active. Par rétrocroisement successif avec Vinifera, leur qualité gustative a été améliorée au fil des années. De nouvelles variétés très prometteuses d'obtention suisse sont annoncées pour 2017.

 

Si la France a été pionnière dans ce domaine, les travaux de nos hybrideurs ont été brusquement interrompus. J'ai lu sous la plume de Pierre Galet que c'est le Comité de Sélection des Plantes Cultivées, qui, en imposant aux obtenteurs privés des dispositions financières très importantes pour l'homologation de leurs futurs croisements , les a condamnés à disparaître.

 

En France, c'est donc au sein de la seule INRA que les travaux d'hybridation sont désormais prolongés. Alain Bouquet, chercheur aujourd'hui décédé, a consacré sa carrière à la création de variétés résistantes par techniques d'hybridation classique, quand ses confrères de notre institut de recherche agricole orientaient leurs travaux d'amélioration de la vigne vers les techniques OGM.

 

Ce sont ces variétés Bouquet que l'INRA se propose d'expérimenter à travers son plan de déploiement, ainsi que quelques rares variétés étrangères.

 

Si on regarde le verre à moitié plein, on ne peut que saluer le volontarisme nouvellement affiché de l'INRA en faveur des cépages résistants.

 

Mais si on regarde le verre à moitié vide, on ne peut qu'être songeur devant l'usine à gaz imaginée par notre recherche publique. Car le protocole de déploiement présenté par l'INRA est tellement restrictif et encadré qu'il nécessitera de très longues années d'expérimentation avant que chacun puisse librement cultiver les cépages résistants.

 

L'INRA justifie la lourdeur du protocole par les possibles risques de contournement des résistances et l'apparition de nouvelles souches mutantes de pathogènes plus virulentes et dangereuses pour la vigne. Les variétés actuelles de cépages hybrides, de résistance monogénique, ne présentent pas toutes les garanties. Les nouvelles variétés polygéniques en cours de création par l'INRA offriront un avenir plus sûr. On autorise donc les premières expérimentations à très petite échelle, mais on invite surtout à la patience, en attendant que soient prêtes les variétés hybrides de nouvelle génération.

 

Vincent Pugibet, vigneron dans le Languedoc, et fervent défenseur des cépages résistants, voit dans cette prudence affichée par l'INRA autre chose qu'une saine application du principe de précaution ; « Presque 100% des plants cultivés en France sont des plants vendus sous une marque de l’Institut national de la recherche agronomique. L’INRA et l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) touchent sur ces plants des royalties : à la fois sur le porte-greffe, la partie racinaire, et le greffon, la partie aérienne. Ils ont une situation de quasi-monopole. Avec l’arrivée de cépages résistants aux maladies mis au point en Allemagne, en Italie, en Suisse, ils le perdent et voient cela d’un mauvais œil. »

 

Difficile de vérifier l'exactitude des propos tenus dans la presse par Vincent Pugibet, notons toutefois que l'INRA et l'IFV ne lui ont pas intenté un procès en diffamation.

 

On peut dès lors se demander avec lui si l'INRA et l'IFV ne cherchent effectivement pas à jouer la montre, le temps de rattraper le retard enregistré sur nos voisins européens et maintenir cette rente de situation. Au-delà des aspects financiers, nos chercheurs doivent également considérer le vignoble français comme leur terrain de jeu, où nul joueur d'autre nationalité n'est autorisé à pénétrer.

 

Au sein même de l'INRA, des voix s'élèvent pour mettre en doute le risque de contournement ; « L’argument théorique de la résistance monogénique ne tient pas devant une décennie de pratique » affirme le professeur Carbonneau. « Il doit y avoir autre chose. » Du côté de l'épigénétique, territoire immense à peine défloré par les scientifiques ? Ou les gènes de résistance réels ne sont-ils pas définitivement connus ?

 

Si risque de contournement des cépages hybrides il y a, pourquoi nos chercheurs ne vont-ils pas le vérifier dans les vignes cultivées par nos voisins étrangers belges italiens suisses, allemands etc. et nous éviter ainsi ce protocole de déploiement d'une incroyable lourdeur et de longues années d'attente ? Pourquoi ne s'appuient-ils pas sur les observations réalisées par leurs collègues étrangers ?

 

Ce que je ne comprends pas, au-delà de tout, c'est l'amnésie qui semble frapper nos chercheurs. Ils nous présentent les cépages hybrides comme des espèces variétales nouvelles, dont le caractère de nouveauté doit nous inciter à la plus grande prudence. Mais comment font-ils pour oublier que les cépages hybrides ont déjà été très largement cultivés en France avant nous ? Très tôt, dès l'arrivée du phylloxéra, on remarqua les capacités de résistance naturelle de la vigne américaine au mildiou et à l'oïdium, très tôt on eut l'idée de l'hybrider à Vinifera, très tôt on cultiva les hybrides. En 1958, d'après le casier viticole, ce n'est pas moins de 400 000 hectares de cépages hybrides qui sont vinifiés!

 

Victimes d'une véritable chasse aux sorcières, nos vieilles variétés hybrides ont quasiment disparu de notre vignoble. Coupables idéales des crises de surproduction qui secouèrent la viticulture, on les accabla de tous les maux, piètre qualité, danger pour la santé... Mais on ne les condamna pas d'avoir vu leurs capacités de résistance naturelle s'éroder au fil des années ! Au contraire, on les jugea trop rustiques, trop faciles à cultiver, trop productives, y compris sous des latitudes où certains jugèrent que la vigne ne devait pas être cultivée ! Leur culture pendant presque un siècle n'a pas non plus entraîné l'apparition de nouvelles souches de pathogènes très virulentes ayant entraîné la disparition de nos fragiles vinifera.

 

Est-ce parce que ces vieilles variétés ont été créées à une époque où la génétique en était encore aux petits pois de Mendel, que leurs gènes ne seraient pas soumis aux mêmes lois et aux mêmes risques de contournement que les variétés nouvellement créées ?

 

Et quid de la pression sélective exercée par l'utilisation des produits phytosanitaires ? Elle serait moins problématique que celle engendrée par l'introduction des cépages hybrides, pour que nos scientifiques ne nous interdisent pas l'usage des pesticides ?

 

Mes propos sont ironiques bien sûr, mais je dois avouer que ce tissu de contradictions apparentes me plonge dans un abyme de perplexité.

 

Qui croire alors ?

 

L'INRA ou Vincent Pugibet ?

 

J'ai commandé l'an dernier en Allemagne des cépages résistants de nouvelle génération. Des plants de Muscaris et Souvignier gris, car de source bien informée, ces cépages d'obtention étrangère étaient au nombre des rares cépages qui devaient être inscrits à notre catalogue national en 2017. Il semblerait que cette inscription soit une fois de plus retardée. On évoque si j'ai bien compris du côté de nos scientifiques des signes rédhibitoires de phylloxéra gallicole et de black-rot qui justifient le retard d'inscription. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage.

 

Ce plan kafkaïen de déploiement des hybrides que veut nous imposer l'INRA est en réalité l'énième symptôme d'un mal plus profond. Celui de l'emprise qu'exerce notre recherche publique sur la filière viticole et qui nous étouffe.

 

La manifestation la plus éclatante de cette mainmise est bien sûr l'obligation qui fut faite aux vignerons d'abandonner leur pratique de sélection massale au profit des clones certifiés. Les dépossédant au passage d'un savoir empirique millénaire.

 

L'intention initiale de nos scientifiques de lutte contre le court-noué était peut-être légitime. Mais maintenant que l'histoire est écrite, devant la recrudescence des maladies qui affectent notre vignoble, et les taux de mortalité exponentiel de nos jeunes vignes, nous sommes plus qu'en droit de remettre en question l'intérêt de la sélection clonale et la stratégie passée imposée par nos scientifiques.

 

Notre recherche publique a d'ailleurs reconnu implicitement son échec en assouplissant les règles de la sélection massale, mais en la limitant toutefois pour les viticulteurs qui la pratiquent à leur propre utilisation et en l'excluant des dispositifs primables. Il ne faudrait pas venir perturber le marché des plants certifiés si lucratif et si bien organisé... Il ne faudrait pas non plus montrer que la recherche a fait fausse route et déstabiliser l'édifice.

 

Et voilà que l'INRA avec les cépages résistants veut remettre le couvert. Nous maintenir encore et toujours sous sa coupe, en retardant la libre culture des cépages résistants mis au point par les obtenteurs étrangers, ceci le temps qu'il faudra à notre institut de recherche publique pour construire sa propre offre de cépages résistants.

 

Admettons, dans un ultime effort, que les craintes exprimées par nos scientifiques sur les risques de contournement sont réelles. Mais qui mieux qu'eux pour savoir que nous évoluons dans un monde en perpétuel mouvement, que tout, autour de la vigne, tout ce que compte de vivant son écosystème, mute en permanence, se renouvelle et que nous avons besoin de la même façon de faire évoluer en continu notre matériel végétal.

 

Alors, qu'importe si l'honneur de notre recherche nationale est bafoué par l'introduction à notre catalogue de nombreux cépages d'obtention étrangère, qu'importe dans quelle poche ira l'argent que consacreront les vignerons à l'achat de leurs nouveaux pieds de vignes, ceci est dérisoire face aux enjeux actuels de notre profession et les attentes de la société civile.

 

Faut-il le rappeler, la France est championne d'Europe en terme de consommation de pesticides.

 

Notre viticulture, avec 20% de cette consommation pour 3 % de la SAU porte une lourde responsabilité dans ce titre peu glorieux. Les chiffres de consommation de phytos de 2016 et sa météo catastrophique ne sont pas encore connus, mais ils devraient signer un nouveau record.

 

Comment les pouvoirs politiques peuvent-ils alors cautionner l'empêchement qui nous est fait par notre recherche publique de cultiver les cépages résistants pourtant librement cultivés par tous nos voisins européens depuis de nombreuses années déjà ? Comment peuvent-ils accepter cela, quand leur discours vers la société civile est tout orienté vers la nécessaire réduction de notre impact écologique ?

 

Je voulais terminer par un dernier argument en faveur des cépages hybrides. J'ai découvert il y a peu sur Internet, un document qui fait le point sur l'état de la recherche sur la flavescence dorée. J'ai été intrigué par un constat fait par les scientifiques, certains de nos porte-greffes comme le 5BB et le 41B n'exprimeraient aucun symptôme de la maladie. Comme le phylloxéra, le mildiou et l'oïdium, la cicadelle vectrice de la maladie, S. Titanus fut d'abord inféodée à la vigne américaine avant d'être introduite en Europe. Le long voisinage de la vigne américaine avec S. Titanus a-t-elle développé en elle les mêmes capacités de résistance que celles qu'elle a su développer contre ses autres agresseurs ? En tout cas, ici comme ailleurs, les hybrides sont porteurs des plus grands espoirs.

 

Je remercie Jacques Berthomeau de m'avoir donné la possibilité de m'exprimer sur son blog.

 

J'aimerais que ce message parvienne jusqu'aux oreilles de ceux qui pourraient avoir des réponses à toutes mes questions et de ceux qui ont le pouvoir de changer les choses.

 

Si vous cultivez des cépages hybrides, n'hésitez pas à me joindre à l'adresse mail suivante lilianbauchet@gmail.com . Nombreux sont mes amis vignerons qui avec moi, souhaitent cultiver ces cépages d'ancienne ou nouvelle génération. Nous serions très heureux de pouvoir profiter de vos retours d'expérience.

 

 

 

Le plaidoyer de Lilian Bauchet pour laisser aux hybrides un espace de liberté, la parole vous est donnée, prenez-là !
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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 06:00
De l’irresponsabilité crasse des syndicats d’AOC face à la consultation du Ministère de l’Agriculture sur l’arrêté des produits phytopharmaceutiques.

De la gueule de qui se fout-on ?

 

Et il s’agit bien dans le cas présent de nos gueules, de celles des vignerons, de celles de nos enfants, de celles tous ceux qui sont exposés à l’utilisation de produits phytopharmaceutiques dans nos campagnes, produits que le grand public entend désigner, depuis que les médias en ont parlé, sous le terme générique de pesticides.

 

Le 13 janvier dernier le Ministère de l’Agriculture a mis à consultation publique un Projet d'arrêté relatif à la mise sur le marché et à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques et de leurs adjuvants visés à l’article L. 253-1 du code rural et de la pêche maritime.

 

Le texte est à lire ICI 

 

Ce n’est pas très long et lisible par tous, si vous voulez comprendre la suite lisez-le !

 

La période de consultation était ouverte du 13 janvier au 3 février 2017 inclus et les observations à envoyer à l'adresse électronique suivante en précisant l’objet « arrêté utilisation PPP » : consultations-public.bib.dgal@agriculture.gouv.fr

 

Fort bien me direz-vous, sauf que j’ai reçu de plusieurs vignerons de plusieurs régions le texte type de réponse que leur syndicat de défense leur demandait de transmettre à l’adresse indiquée ci-dessus.

 

Objet : « arrêté utilisation PPP »

Message type :

 

J’exprime ma satisfaction d’avoir vu retirer le projet d’instauration d’une zone de non traitement à proximité des lieux d’habitation par voie réglementaire qui n’aurait fait qu’exacerber les relations de voisinage. Les autorisations de mise en marché prennent en compte le risque riverain. Je respecte les conditions d’application prévue dans ces autorisations et je mets en œuvre des bonnes pratiques. Je tiens compte des contraintes de voisinage comme celles relatives à l’environnement.

 

Par ailleurs, je demande aux pouvoirs publics de ne pas délivrer ou renouveler d’autorisation de mise en marché à des produits qui seraient si nocifs pour les vignerons, leurs personnels et leurs familles qu’il faudrait porter des équipements individuels de protection au-delà des délais de rentrée, voire jusqu’à la récolte.

NOM + PRENOM

VITICULTEUR A … + NUMERO DE DEPARTEMENT

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Opération concertée sans doute orchestrée par le niveau national des ardents défenseurs de nos beaux terroirs et de nos magnifiques AOC !

 

Qu’en dire ?

 

Exprimer une saine et violente colère, plus froide encore que celle de Fillon, face à ce que je qualifie, avec une extrême modération, d’irresponsabilité collective.

 

Se rendent-ils vraiment compte de ce qu’ils demandent à leurs mandants ?

 

J’ose l’écrire à leurs moutons à qui je ne ferai pas l’injure de penser que certains d’entre eux ne comprennent pas la portée de ce qu’ils signent.

 

Pour ceux qui le feront en toute connaissance de cause, de leur plein gré, ceux qui polluent le beau métier de vigneron, abrutis de toute sorte, de tout âge, de toute condition, il n’est pas illégitime de leur demander des comptes au nom de la société.

 

Bien sûr, on peut lier cette irresponsabilité, cette lâcheté, au manque d'argent, au manque de moyens, à une procédure perverse qui se cache derrière une science instrumentalisée par le fric, ou aussi à un manque de courage de l'Etat.

 

J’en conviens, et en écrivant ce que j’écris je ne me dédouane pas de ma propre responsabilité politique et citoyenne, sauf que tout cela se fragmente, se diffuse, et que perpétuer ces pratiques nous renvoie à la « banalité du mal » de Hannah Arendt.

 

Celle-ci disait, pour expliquer cette origine du mal, que la procédure, les ordres, le pouvoir ne devaient pas nous faire oublier notre conscience pour distinguer le bien du mal.

 

Pour reprendre le message reçu il y a quelques temps par mes amis vignerons, dont la lecture les a fait bondir et réagir, je me glisse dans leur peau et m’exprime en leur nom.

 

Le premier paragraphe pourrait se traduire par : nous sommes heureux de pouvoir continuer à traiter à côté des lieux d'habitation. En se cachant derrière les AMM (autorisations de mise sur le marché). Et en affirmant que seront respectées les conditions d'application.

 

C'est l'aspect procédural, celui qui nous protège de notre mal ordinaire. Notre duplicité. Ce qui laisse une porte ouverte aux vignerons en vérité : l'usage de pouvoir traiter quand ils le voudront : à 5 heures du soir par grand vent à côté des écoles si nécessaire avec de insecticides justement très toxiques pour tuer les «ravageurs». Le vigneron pour gagner sa croûte doit pouvoir toujours traiter. Même la santé de l'homme est remise en question pour un gain de temps, d'argent à bien court terme.

 

En y réfléchissant bien l'extinction annoncée des singes, dans quelques dizaines d'années, devrait vraiment nous émouvoir dans notre époque géologique qui n'a jamais vu une telle disparition d'espèces à une telle vitesse.

 

Le second paragraphe est similaire. L'abandon de conscience. En utilisant l'argument de l'autorisation des produits, l'AMM par l'Etat. Ces « salauds ordinaires » oublient que ce n'est pas l'État qui les oblige à utiliser ces produits de merde. Ce sont eux, en pleine conscience, qui les choisissent. Ils savent ce qu'ils font.

 

Et ce qu'ils ne veulent pas c'est l'afficher, faire l'aveu de leur choix du danger chimique par l'obligation de porter des combinaisons qui ne manqueraient pas de poser question. D'éveiller des doutes dans la tête des riverains qui n'ont pas suffisamment de curiosité ou d’informations. Le « voire jusqu'à la récolte » amenant le doute jusqu'au fruit et donc au vin : révélant que le risque a persisté.

 

Les dirigeants professionnels n'en veulent pas. Ce qu'ils veulent c’est rester dans l’ambiguïté, c'est conserver les moyens de leur duplicité.

 

Au lieu de se remettre en question, de se réformer. C'est-à-dire qu'à chaque fois que la question de l'usage se pose, de réfléchir à son utilité. Et que si le traitement est jugé nécessaire, que le choix se porte sur le moins mauvais. Cette question dépasse les familles habituelles : Bio, Biodynamie, conventionnelle.

 

De plus, il y a une grosse erreur dans ce texte, c'est l'usage de l'expression « si nocif » En effet, il éveille à la question de la nocivité qui est appréciée scientifiquement, je veux dire mesurée. Même si nous ne connaissons pas suffisamment les conséquences des mélanges des molécules employées.

 

Apprentis sorciers, même cette appellation me semble bien trop gratifiante pour cette engeance d’irresponsables qui jouent avec la santé et le bien-être de leurs concitoyens.

 

Qu’on ne m’accuse pas de les stigmatiser, de dire que c’est trop facile dans mon confort de les clouer au pilori, car ce sont eux qui se placent – en jouant ce drôle de jeu dans une consultation publique – dans une situation indéfendable pour des motifs pas souvent justifiables.

 

La question est bien trop grave pour être laissée entre leurs seules mains et traitée à coup de consignes syndicales débiles !

 

Nous ne nous laisserons pas faire ni aujourd’hui, ni demain, nous sommes pour le dialogue entre toutes les parties prenantes mais à la condition expresse qu’il s’entame sur le terrain d’une responsabilité partagée. Que les pouvoirs publics assument leurs responsabilités. Le vivre ensemble passe par le respect mutuel et rien ne peut justifier la présente désinvolture sournoise de ceux qui se prétendent des responsables syndicaux aussi bien locaux que nationaux.

 

Signé : le collectif des gueux

 

Voici le classement le classement toxicologique de l’ANSES : ICI 

 

Pour vous dire que c’est grave que même le porte-flingue de Bettane&Dessauve sort du bois, même s’il se contente de s’étonner sans faire son bouleau de rédachef d’une publication : enquêter auprès des chefs nationaux qui ont lancés cette réponse-type dans la nature. Peut-être qu’il ignore qui ils sont. Je peux lui donner leurs coordonnées, c'est rue Sainte Anne à Paris...

 

Les lobbyistes de Bayer-Monsanto se marrent

 

« Dans le monde de cinglés dans lequel nous nous débattons, il y a deux, trois sujets qui méritent qu’on torture le clavier pour nous indigner. L’agacement du jour, c’est cette idée largement colportée par les syndicats d’appellation et, au-dessus d’eux, j’imagine, par les autorités nationales, qui consiste à refuser les zones de non traitement (ZNT) à proximité des habitations et à se féliciter que les projets de réglementation ne tiennent aucun compte des riverains. C’est une histoire de fou qui montre à quel point les lobbyistes de Bayer-Monsanto travaillent bien et à quel point nos « responsables » sont faibles. C’est éprouvant.

 

Bref, nous voilà face à une bande qui s’acharne contre les efforts entrepris par le vignoble en matière de santé publique, cette belle évidence. Les autorités de gestion du vignoble français, suivant en cela Donald Trump et tous les climato-sceptiques plus ou moins honteux, se foutent pas mal des conséquences des pesticides sur la santé des riverains alors que plus d’un vigneron s’est lancé dans des investissements pour les protéger, certains allant jusqu’à organiser des journées de rencontre pour expliquer à une population justement ravie ce qu’ils faisaient pour éviter de balancer des pesticides dans les maisons et les cours de récré des écoles qui sont en bordure des parcelles.

 

J’ai du mal à comprendre ce qui guide les représentants du vignoble.

 

Là, ce n’est même pas l’argent, semble-t-il.

 

En tous cas, les lobbyistes de Bayer-Monsanto se marrent.

Bras de fer sur les conditions d’épandage des pesticides autour des habitations

 

Le secteur agricole s’oppose à un projet d’arrêté qui tient compte de la présence de riverains, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent, et fixe les distances par rapport aux points d’eau.

LE MONDE | 18.10.2016 à 15h36 • Mis à jour le 19.10.2016 à 06h43 | Par Martine Valo

 

Plus le grand public en apprend au sujet de la dangerosité des pesticides pour la santé humaine et la biodiversité, plus il arrive que les relations de voisinage se tendent dans les campagnes françaises. Surtout lorsqu’un agriculteur pulvérise sur ses champs quelque produit phytosanitaire très près d’un jardin ou d’une maison.

 

Un arrêté interministériel actuellement en préparation s’apprête à donner aux riverains une existence légale, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. Ce texte doit remettre à plat les conditions d’épandage de produits phytosanitaires : force du vent ; distances minimales par rapport à une habitation et à un cours d’eau ; délais minimaux à respecter avant que les travailleurs agricoles – les plus exposés aux effets des pesticides – puissent pénétrer à nouveau dans une parcelle ou une serre qui vient d’être traitée.

 

Mardi 18 octobre doit être rendu l’avis du Comité de rénovation des normes en agriculture – un nouvel organisme installé par le premier ministre à la demande des représentants du secteur, qui réunit ces derniers et l’Etat. C’est dans cette enceinte discrète que le débat s’est engagé. Les enjeux sont importants. Les ministères de l’écologie et de la santé suivent le dossier de près. Mais c’est la version du ministère de l’agriculture qui s’impose jusqu’à présent. Et, le moins que l’on puisse dire, c’est que la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) n’a pas l’intention de lâcher grand-chose au nom de la protection des populations.

 

« Taguer les routes »

 

Depuis 2011, la pulvérisation de pesticides aux abords des crèches, des maisons de retraite, des terrains de sport et des parcs publics doit obligatoirement respecter des distances minimales. Dans certains départements, des arrêtés préfectoraux renforcent ces précautions en interdisant par exemple de traiter des parcelles proches d’une école à l’heure de la récréation. Mais c’est la première fois qu’il est question de réglementer autour de toutes les habitations, et, pis encore aux yeux du syndicat agricole majoritaire, autour des jardins des particuliers.

 

Dès le 14 octobre, la FNSEA appelait ses adhérents dans un communiqué à se mobiliser contre « l’arrêté phyto », comme elle le qualifie, incitant « les paysans qui sont en plein marasme économique » à « aller taguer les routes [du] pays avec des messages forts ». Le syndicat estime que ces nouvelles dispositions imposant des zones non traitées larges de cinq à vingt mètres entre les cultures et les habitations priveraient les exploitants d’un « énorme potentiel » de production.

 

« Nous avons calculé que cela va rogner au minimum quatre millions d’hectares de terres agricoles, soit 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an, affirme Eric Thirouin, le président de la commission environnement de la FNSEA. Multiplier les parapluies au nom du principe de précaution va créer des distorsions avec nos concurrents. La France peut-elle se payer ce luxe ? »

 

Des zones sans traitement

 

Ces jours-ci, l’organisation a aussi dépêché ses soutiens parlementaires : le député des Hautes-Alpes Joël Giraud (radical de gauche) plaide contre l’arrêté au nom de l’agriculture de montagne, déjà contrainte par la géographie.

 

Au Sénat, Yvon Collin (Rassemblement démocratique et social européen, RDSE, Tarn-et-Garonne) a interpellé la ministre de l’écologie, Ségolène Royal, lors des questions au gouvernement. Mais c’est son homologue de l’agriculture qui a pris la parole : pas question de sacrifier les intérêts des agriculteurs, mais pas question non plus d’oublier la santé et l’environnement, a répondu en substance Stéphane Le Foll.

 

Voire. Le projet de décret comporte a priori une avancée pour les riverains, mais présente aussi quelques possibles régressions par rapport aux conditions actuelles. Ainsi malgré le rapport alarmant que l’Agence nationale de sécurité sanitaire, de l’alimentation, de l’environnement et du travail a publié en juillet sur l’exposition aux pesticides des professionnels du secteur agricole, la FNSEA veut réduire les délais minimaux de retour dans une parcelle traitée avec des produits cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques.

 

Elle demande un laps de temps de six ou huit heures au lieu des vingt-quatre heures à quarante-huit heures actuelles – ce qui est déjà inférieur à d’autres pays –, pour peu que le travailleur porte un équipement individuel de protection.

 

« On va prendre en compte les évolutions des matériels comme des buses directionnelles, la présence de haies, de mur qui sont aussi efficaces », assure un conseiller du ministre de l’agriculture. Avant de soupirer : « Le problème, c’est que les exploitants ne sont d’accord sur rien… » Ni sur la force du vent au-delà de laquelle il est interdit de pulvériser ses parcelles (19 km/heure), ni sur la définition même de « point d’eau », dont les agriculteurs voudraient que les fossés soient exclus, ni sur les distances : rien ne leur convient. Pourtant, « il serait impensable de ne déboucher sur rien, prévient-on au ministère de l’écologie. Ségolène Royal est très déterminée à aboutir à un arrêté équilibré. »

 

Boîte de Pandore

 

Du côté du gouvernement, on se sent d’autant plus légitime à rouvrir ce dossier que c’est l’action d’un des représentants du secteur agricole qui a enclenché ce processus de révision. Toujours prompte à défendre les méthodes de production de ses adhérents arboriculteurs, l’Association nationale pommes poires a entrepris, il y a quelques années, de faire annuler par la justice un précédent arrêté de 2006, qu’elle estimait inapplicable.

 

En juillet, le Conseil d’Etat lui a donné gain de cause pour des raisons de forme : le texte en question n’avait pas été notifié comme il se doit à l’Union européenne. Le gouvernement n’a donc d’autre choix que de prendre rapidement un nouvel arrêté, sous peine de se retrouver bientôt face à un vide juridique. C’est de cette façon qu’a été ouverte la boîte de Pandore. Et celle-ci ne va pas être simple à refermer.

 

Car les associations, après s’être plaintes d’avoir été tenues à l’écart, sont à leur tour entrées dans le débat. Lundi 17 octobre, Eau et rivières de Bretagne, France nature environnement, Générations futures et Soutien aux victimes de pesticides ont été reçues au ministère de l’écologie. Elles ne se priveront pas de diffuser largement l’information. En outre, dans les prochaines semaines, le futur arrêté doit donner lieu à une consultation publique sur Internet.

 

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 06:00
Le consommateur de vin devient omni et millenial, Vincent Grégoire délivre son éblouissante vision aux braves vignerons…

C’est nouveau ça vient de sortir sur le marché du recyclage des concepts vieillots pour bourrer le moût des gogos. Plus c’est gros plus ça marche, alors pourquoi se priver d’enfoncer des portes ouvertes en faisant accroire qu’elles sont fermées.

 

On sent de suite en lisant la prose de Vincent Grégoire, directeur de création de l'agence NellyRodi, spécialisée dans l'univers du lifestyle et de la mode, que le gus se contente de faire du copié-collé des concepts modeux transposés sur le marché du vin.

 

C’est simple, ça ne lui coûte pas cher en études, c’est commode, ça ne mange pas de pain, et c’est tellement creux qu’on peut sans problème y fourrer tout ce qu’on veut, tout et son contraire.

 

D’expérience je sais que ce genre de fourre-tout plaît beaucoup aux organisateurs de salons, ça fait tendance, ça change du terroir, de la minéralité, le genre « Je suis convaincu que les plus grandes œuvres naissent toujours de la salive de la terre, qu’elles transmettront l’esprit des cailloux. »

 

L’Antonin devrait l’inviter à déblatérer lors de l’un de ses salons des vins nus, je suis persuadé que ce jeune homme très comme il faut se taillerait un franc succès.

 

Trêve de raillerie, je laisse la parole à Vincent Grégoire qui va vous délivrer sa vision des nouveaux consommateurs de vin.

 

Le consommateur devient « omni »...

 

« Évoquer le vin c’est se poser la question de son mode de consommation. Aujourd’hui, toutes les tendances se mélangent. Dans son quotidien comme dans les moments exceptionnels, l’individu est en quête de diversité, d’exploration, d’aventure ! Vouloir tout et son contraire, c’est possible, il n’est pas à un paradoxe près. Cet être complexe et attachant est ainsi devenu un consommateur qui aime expérimenter différents modes de vie. »

 

...et « millenial »

 

« Les consommateurs « omni » sont portés par la génération des 18-35 ans appelée « Millenial ».Toujours connectés, ils veulent montrer qu’ils sont présents et peuvent interagir dans l’instant. Intrigués par les photos et les vidéos, ils adorent savoir ce que les autres sont en train de tester, de découvrir. Les codes des vins tels que les ont appris leurs grands-parents leur échappent parfois mais les intriguent aussi. Ils ont envie d’écrire leur propre histoire, sont ouverts et curieux des nouvelles méthodes et respectent ceux qui se positionnent. »

 

En bonus :

Les 6 moments phares de dégustation du vin à découvrir

 

  • Le brunch, le moment hybride
  • L'apéritif, le moment smart
  • Le déjeuner, le moment ouvert
  • La célébration, le moment story-living
  • Le dîner, le moment exploratoire
  • La soirée, le moment funtaisie…
  •  

Comme vous pouvez vous en douter, à la lecture d’une telle profondeur d’analyse, d’un tel sens de l’opportunité, d’une telle sensibilité à la réalité du marché, je me pâme, j’exulte, je dirais même plus je bande, de toute ma vie, jamais au grand jamais je n’ai jamais eu accès à une telle poussée de génie novateur.

 

Si vous voulez approfondir et partager ce grand moment avec Vincent Grégoire je vous invite à vous rendre au « Premier salon professionnel des vins septentrionaux, VinoVision Paris, se tiendra du 12 au 14 février 2017, dans le hall 4 de la Porte de Versailles, et accueillera plus de 600 exposants sur 15 000 m². Ce salon propose une nouvelle vision du vin, s’inspirant des attentes des acheteurs français et internationaux. »

ICI

 

Vous ne m’y retrouverai pas car je passe mon temps dans les bars à vins lieux privilégiés de la génération « Millenial » à tailler des bavettes avec ces petits loups et louves tout en se lichant des belles quilles plutôt nature…

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 06:00
SOS vigneron je suis perdu sur la Toile cherche désespérément 1 coach digital !

La Toile est immense, mouvante et changeante, dans mon petit tonneau, qui flotte sur l’eau, j’ai beau hisser haut mon pavillon, je me sens perdu, ignoré de tous, je déprime, j’attends désespérément des like, des retweets, mon nombre d’amis, de followers, reste étique, aussi maigre qu’un mannequin de mode anorexique, plus je m’agite et plus je m’enfonce dans cet océan rouge gorgé de concurrents.

 

Que faire ?

 

Comment faire pour sortir de cet anonymat mortifère, me faire connaître, faire connaître mes vins, mieux les vendre, développer mon petit fonds de commerce, jouer dans la cour la plus proche des Grands.

 

Dieu qu’il était bon le bon vieux temps des bons vieux guides en papier, là on savait à qui s’adresser pour se faire torcher de bons papiers, alors que, là, y’a plein de petits frelons qui bourdonnent au-dessus de ma tête pour me piquer mon peu de blé sans que ça change quoi que ce soit à mon isolement.

 

Alors sur l’écran noir de mes nuits blanches je guette, tel sœur Anne, sans jamais rien voir venir ceux qui boosteraient mon audience, faire de moi la nouvelle star des réseaux sociaux, la coqueluche de Face de Bouc, le chouchou des Twittos…

 

J’enrage de voir le cercle des petits copains de la Toile se congratuler, jouer à passe-moi le sel je te passe le poivre. Même qu’il y a des « révolutionnaires » d’opérette qui vantent des vins qui ne valent pas tripettes, des gars qui avancent masqués pour profiter de la vague de la nouveauté. Y sont pas tous d’une propreté exemplaire, je parle de la cuisine du chai.

 

Suis pas jaloux mais faut tout de même pas pousser pépé trop loin sinon je vais me fâcher.

 

Je pourrais faire salon, y’en a une tripotée, des gros, des petits, des officiels, des qui tournent autour, mais pour s’y faire une place faut du blé, parfois beaucoup et du blé y’en a pas beaucoup sous les sabots de mon cheval.

 

C’est fou comme autour de nous y’a du monde qui nous aime. Je ne sais pas si dans ces salons y se vend beaucoup de canons. Faudrait, comme on dit maintenant pour faire joli, de la transparence. Pas des communiqués de presse bien chantournés par des gens qui sont payés par les organisateurs.

 

Je n’ai jamais entendu un confrère qui a claqué son blé dans un salon me dire qu’en réalité il n’en avait pas engrangé beaucoup. C’est humain.

 

Les organisateurs qui ne sont pas des bienfaiteurs me rétorquent que j’y développerais ma notoriété. Moi je veux bien mais encore faudrait-il que ceux qui défilent devant ma table, à qui je file des gorgeons ne soient des retraités, des pseudos-journalistes, des étudiants en goguette, des désœuvrés. Là aussi la politique du chiffre est une grosse supercherie, ces gens-là n’ont aucune audience ou presque dans les médias et sur les fameux réseaux sociaux.

 

Parlons-en des réseaux sociaux qui sont des tuyaux qui bien souvent ne débouchent que sur des petits cercles de gens qui se connaissent et se tiennent par la barbichette.

 

Ne pas désespérer, s’accrocher, et toujours aux aguets, y’a quelques jours, mon écran s’est illuminé, dans le décor de carton-pâte de Vinisud, et tel Zorro, un sauveur est arrivé, sans se presser, sourire aux lèvres, assuré.

 

Je dois avouer qu’avant ce jour je ne l’avais vu ni d’Eve ni d’Adam sur mon écran.

 

Le gars, car c’était un mec, flanqué de braves vignerons tout impressionnés, assurait qu’avec lui, plus de soucis, nous allions tous devenir des Paganini de la Toile, nous deviendrions dans nos petits tonneaux des Francis Joyaux, des winners.

 

J’en suis resté bouche-bée, estomaqué, puis reprenant mes esprits je me dis : comme tu ne peux pas te payer Zidane comme coach alors offre-toi pour 2 balles un coach digital !

 

Mais comme je suis comme saint Thomas je suis allé « rousiner » sur les pages de Face de Bouc ou le compte Twitter de mes confrères et là, patatras, c’était pire que moi, la Bérézina, y jouaient tous en divisions départementales.

 

Déception radicale, encore un qui vendait des salades pas fraîches, du vent, les réseaux sociaux sont à la mode mais, comme leur nom l’indiquent, ce sont des « fils », dont les ramifications, certes peuvent nous permettre de toucher plein de gens, mais à la condition que les interconnections se fassent.

 

Le premier boulot sur un réseau social c’est, comme pour l’épicier ou le restaurateur, de trouver des chalands. Et pour ça il faut du temps, beaucoup de temps tout en sachant que les premiers arrivés ont été les mieux servis et que maintenant ça sent le bouchon, la thrombose.

 

N’en déplaise au coach digital de Vinisud faire de la figuration sur les réseaux sociaux équivaut à pisser dans un violon ou mieux dans un puits sans fond.

 

Que faire pour recruter des amis sur Face de Bouc ou des followers sur Twitter ?

 

Là est le problème et ce n’est pas un coach digital qu’il me faut pour placer les bons hashtags ou meubler mon mur, mais du temps et des idées originales pour sortir de la monotonie qui règne sur les réseaux sociaux…

 

Les vendeurs de conseil, et maintenant les coaches digitaux, n’ont pas compris que leurs vieilles recettes remises au goût du jour tapent à côté de la plaque. Marre qu’ils nous fassent prendre leurs vieilles vessies pour des belles lanternes.

 

Comme vous vous en doutez mon annonce initiale : cherche coach digital désespérément n’avait d’autre objectif que de faire le buzz…

 

Eh oui, je progresse…

 

 

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