Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
4 juillet 2021 7 04 /07 /juillet /2021 06:00

 

L’écrivain Jorge Semprun avec l’acteur Yves Montand à la Maison de la Radio à Paris en avril 1983. Louis Monier/©Louis Monier/Bridgeman images

La Guerre est finie de Alain Resnais (1966) - UniFrance

 

La meurtrissure de la rupture récente avec le parti communiste baigne le scénario d’une nostalgie qui assume la fidélité mais refuse la complicité. Semprún, à travers l’écriture, s’auto-analyse comme si l’écran était un divan.

 

Un trouble étrange provient de la superposition du visage de Montand à celui de Semprún. Montand est Diego, donc, Semprún. Dans une séquence, l’acteur un verre vide à la main s’écrie, un brin excédé : « L’Espagne est devenue la bonne conscience lyrique de toute la gauche : un mythe pour anciens combattants. En attendant, quatorze millions de touristes vont passer leurs vacances en Espagne. L’Espagne n’est plus le rêve de 36 mais la vérité de 65. Trente ans sont passés et les anciens combattants m’emmerdent. » Montand parle le Semprún

 

Ivo et Jorge, de Patrick Rotman | Éditions Grasset

 

Presque tout oppose Jorge Semprun, l’enfant de la grande bourgeoisie madrilène qui parle couramment trois langues, et Ivo Livi, dit Yves Montand, le fils d’immigré qui a quitté l’école à 12 ans. Lorsqu’ils se rencontrent, au début des années 60, nait une profonde amitié nourrie de leurs histoires respectives.

 

Ivo & Jorge, par Patrick Rotman, éditions Grasset – Lili au fil des pages

 

Deux vies riches en péripéties, pour Semprun faite d’engagement et d’héroïsme, pour Montand mélange de panache et du remords d’être passé entre les gouttes là où son ami avait payé si cher ses convictions. Deux vies romanesques, à coup sûr. Et c’est d’ailleurs ainsi qu’a choisi de les raconter Patrick Rotman, qui fut leur ami, dans un livre passionnant, « Ivo et Jorge », paru chez Grasset. Historien, auteur et réalisateur, notamment de plusieurs documentaires marquants sur la guerre, le communisme, le goulag, ainsi que d’un film avec Bertrand Tavernier sur les appelés de la guerre d’Algérie, Patrick Rotman livre ici un portrait intime de ces deux hommes que tout dans leurs origines et leur choix de vie séparait, et qui se sont trouvés et reconnus, ayant, chacun à leur façon, tenté de faire ce qu’il fallait pour demeurer en accord avec leur foi de jeunesse.

Partager cet article
Repost0
3 juillet 2021 6 03 /07 /juillet /2021 14:03

Havana Club

3 infos pour vous expliquer mon intérêt pour l’affaire Pernod-Ricard/Bacardi à propos du rhum Havana-Club.

 

  • Justice. Pernod Ricard sauve son rhum cubain (1)

 

 

  • Au temps où je bossais pour Thierry Jacquillat le DG de PR, celui-ci adorait me parler de cette prise de guerre qu’il mettait, à juste raison, à son actif.

 

 

  • J’aime le rhum, mais pas Havana Club.
  •  

Havana Club-Bacardi : la guérilla du rhum cubain

 

Histoire :

 

Jusqu'à la révolution de 1959, l'Edificio Bacardi était en effet le siège d'un des empires les plus prospères de Cuba, fondé en 1862 par Facundo Bacardi. Très puissants, les Bacardi ont soutenu le régime de Fidel Castro dans les mois suivant la révolution, «pensant sans doute pouvoir le manipuler», confie un connaisseur de l'île. Vilma, l'épouse de Raul Castro, était la fille de José Espin, l'avocat des Bacardi.

 

 

Ce lien n'a pas suffi à empêcher les Barbudos de confisquer les biens cubains des Bacardi et de les forcer à l'exil à Miami. Depuis, ces derniers ont fait fructifier leur affaire de rhum, à l'époque implantée à Mexico et Porto Rico. Le groupe, basé à la Barbade, fusionné en 1993 avec l'italien Martini, est le huitième acteur des spiritueux au monde, avec les whiskys William Lawson's et Dewar's, la tequila Cazadores, le gin Bombay Sapphire, les vodkas Eristoff et Grey Goose, sans oublier Noilly Prat, Bénédictine et Get 27. Malgré ce succès, les Bacardi n'ont pas digéré leur défaite face aux Castro.

 

Depuis leur exil, des discothèques de La Havane aux hôtels de Varadero en passant par les bars de Trinidad et la Casa de la Trova de Santiago, plus une goutte de Bacardi n'est servie. Même au bar de l'Edificio Bacardi, la boisson phare est Havana Club. En quelques années, ce rhum est même devenu le troisième au monde. Avant la révolution, ce n'était qu'un petit challenger de Bacardi, lancé en 1934 par José Arechabala, un magnat cubain de l'industrie sucrière. Sa société de rhum, qui avait ses bureaux et un bar sur la place de la Cathédrale de La Havane, distribuait Chivas et Dubonnet, deux marques aujourd'hui propriété de Pernod Ricard. Avant la Seconde Guerre mondiale, José Arechabala avait exporté Havana Club aux États-Unis et en Espagne. Mais après la révolution, ses affaires ont, elles aussi, été nationalisées sans contrepartie. Comme les Bacardi, les Arechabala ont quitté Cuba. Mais ils n'ont jamais exploité ­Havana Club ailleurs et n'ont pas redéposé les droits de la marque en Espagne et aux États-Unis.

 

 

Dans les années 1970, la société d'État Cubaron a ressorti Havana Club de l'oubli, la distribuant dans l'île et l'exportant dans les pays frères: URSS, ­Allemagne de l'Est… À l'époque, elle a enregistré la marque Havana Club dans quasiment tous les pays. L'effondrement de l'empire soviétique l'a obligée à changer de stratégie. En 1992, Fidel Castro a conclu avec Patrick Ricard un accord de coentreprise.

 

 

Havana Club International, dirigé depuis Cuba par des expatriés de Pernod Ricard, produit et commercialise désormais la marque dans 124 pays. Le succès de cet attelage communisto-capitaliste est détonant. Depuis que Pernod Ricard a pris en charge sa distribution à Cuba, en 2003, la marque est visible partout, des tee-shirts des guides aux sous-verre des bars de l'île en passant par les coco-taxis qui arpentent le Malecon, à La Havane. Les ventes mondiales sont passées depuis 1992 de 3,6 à 44,4 millions de bouteilles, hissant Havana Club à la troisième place des rhums. Le groupe vise 60 millions de bouteilles d'ici à 2015. Entré en 1998 dans le top 100 des marques de spiritueux, Havana Club est désormais 22e.

 

 

 

Début 2007, les deux partenaires ont ouvert à San José, à 40 kilomètres de La Havane, la plus performante des usines de Pernod Ricard. Le groupe doit s'adapter aux coutumes locales. Lors de l'inauguration, quatre tonneaux avaient été dédicacés par Pierre Pringuet, Patrick Ricard, le premier ministre cubain et son ministre de l'Agriculture. Mais ces deux derniers ont depuis été démis de leur fonction, et leurs signatures effacées des tonneaux…

 

 

Les Bacardi ont vu rouge devant cette nouvelle concurrence. Havana Club est certes loin derrière leur rhum, troisième spiritueux au monde après la vodka Smirnoff et le whisky Johnny Walker. Mais les ventes de Bacardi stagnent. En Allemagne, premier pays à l'export d'Havana Club, le rhum cubain détient plus de 50% du marché… jadis contrôlé à 90% par Bacardi. Havana Club est devenu leader en France et gagne du terrain en Espagne.

 

Le désir de revanche politique et l'agressivité juridique des Bacardi constituent un cocktail ravageur. En 1997, leur groupe a racheté aux héritiers de José Arechabala des titres de propriété de la marque Havana Club, ainsi que la recette originale de ce rhum. Depuis, Bacardi a déposé Havana Club dans quatre pays oubliés par Cuba: Croatie, Kirghizstan, Nicaragua et Tadjikistan. Mais, à chaque fois, il ne l'a pas exploitée, et Pernod Ricard l'a récupérée en justice en 2010 ou 2011.

 

Bacardi mène son principal combat aux États-Unis, premier marché du rhum (40% des ventes mondiales), où il réalise près de la moitié de son activité. Son objectif n'est pas d'y interdire la vente d'Havana Club; pour cela, l'embargo américain suffit. Il cherche à tout prix à empêcher ses ennemis de déposer Havana Club aux États-Unis. Cela leur laisserait un boulevard en cas de levée de l'embargo.

 

Bacardi et Havana Club croisent aussi le fer en Espagne, pays d'origine des Arechabala et des Bacardi, un des principaux marchés de la marque cubaine. Jusqu'ici, toutes les tentatives de Bacardi de déchoir Havana Club de ses droits outre-Pyrénées ont échoué.

 

Aux combats judiciaires s'ajoutent les échauffourées marketing. Depuis que le rhum cubain est devenu à la mode, ­Bacardi a retrouvé l'intérêt de ses racines à Santiago de Cuba, dans l'est de l'île, et indique sur ses bouteilles Fundata in Cuba. Il y a douze ans, La Havane et Pernod Ricard ont rétorqué en instaurant une étiquette verte aux allures de timbre douanier. Collée sur le col des bouteilles d'Havana Club, elle est censée garantir l'authenticité du rhum fabriqué à Cuba. Dans leurs pubs, les rivaux se battent sur leur capacité à faire le meilleur mojito, cocktail inventé sur l'île. Personae non gratae à Cuba, les Bacardi pensent déjà à l'après-Castro. Ils rêvent de récupérer la marque Havana Club lors de la restitution des biens confisqués à la révolution. La chauve-souris Bacardi, qui a inspiré le créateur de Batman, n'est pas près de replier ses ailes.

Havana Club-Bacardi : la guérilla du rhum cubainBacardi, Pernod spar over rights to Havana Club name - News from Havana

(1) Justice. Pernod Ricard sauve son rhum cubain

 

Deuxième négociant de spiritueux au monde, la multinationale française Pernod Ricard a finalement gagné la partie devant la justice américaine. Elle pourra conserver la marque “Havana Club”, qui était revendiquée par la famille de son fondateur, exproprié par Fidel Castro en 1959.

 

La multinationale française des alcools Pernod Ricard a finalement gagné son combat face aux héritiers du rhum Havana Club, l’une des marques stratégiques du groupe à l’international. Mardi 22 juin, une juge fédérale américaine a déclaré non recevable la plainte de ces héritiers d’une célèbre famille cubaine, exilée en Floride après avoir été expropriée comme beaucoup d’autres à la suite de l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro, en janvier 1959.

 

 

Le quotidien en espagnol de Miami El Nuevo Herald résume l’histoire :

 

 

“La plainte avait été déposée par des descendants de Fernando Tomas Cueto Sánchez, qui avait fondé la société Coñac Cueto à Cuba avant le triomphe de la Révolution en 1959. Avec l’arrivée de Castro au pouvoir, tous les biens de Cueto Sánchez avaient été nationalisés sans compensation de la part du gouvernement, arguait la famille : Coñac Cueto avait été immédiatement absorbée par la compagnie publique du rhum.”

 

Cette entreprise d’État est finalement devenue “Havana Club international”, au début des années 1990, après un accord de joint-venture passé avec Pernod Ricard.

 

La multinationale française pèse plus de 8,5 milliards de chiffre d’affaires et la marque Havana Club est l’un de ses produits phare, tout comme Ricard évidemment, mais aussi beaucoup d’autres spiritueux mondialement célèbres, du whisky au gin en passant par du champagne dit “de luxe” et une fameuse marque de vodka.

 

Durcissement de l’embargo

 

Pour comprendre la plainte déposée par les héritiers, il faut remonter un peu en arrière, en 1996, à la loi dite Helms-Burton qui durcissait l’embargo américain contre Cuba. À l’époque, le démocrate Bill Clinton était au pouvoir à Washington mais le Congrès était aux mains des Républicains.

 

Un chapitre de cette loi prévoyait la possibilité, pour des entrepreneurs cubains expropriés en 1959, d’engager des recours contre n’importe quelle entreprise mondiale ayant depuis investi à Cuba dans les négoces de ces exilés.

 

Ce chapitre n’a de facto jamais été appliqué. Jusqu’à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir. El Nuevo Herald continue :

 

Sous la présidence de ce dernier est entré en vigueur [en 2019] le chapitre de la loi qui permet à des ressortissants américains d’engager des poursuites contre les individus et les entreprises tirant profit de biens confisqués par le régime cubain.”

 

Mais la juge fédérale de Floride a finalement rejeté la plainte de la famille du “créateur” originel du Havana Club. Plus pour des raisons de forme que de fond :

Pour la magistrate, la justice des États-Unis n’est pas compétente pour juger cette affaire, dans la mesure où Pernod Ricard est une entreprise française et qu’elle commercialise le rhum Havana Club en dehors du territoire américain.”

 

Bacardi, Pernod spar over rights to Havana Club name - News from Havana

Havana Club

L’histoire de la marque Havana Club : aux origines d’un succès détonant ! ICI

 

Partager cet article
Repost0
2 juillet 2021 5 02 /07 /juillet /2021 06:00

C’est en Terra Alta qu’a eu lieu ce que l’on a appelé la Bataille de l’Èbre, l’un des épisodes les plus sanglants de la Guerre civile espagnole (1936-1939), qui s’est déroulé de juillet à novembre 1938 entre les troupes franquistes et les troupes républicaines. On estime les pertes des Républicains à 70 000 disparus et ce désastre rendit inévitable l’effondrement du front de la Catalogne.

 

 

En 1938, entre la fin juillet et le mois de novembre se déroula, de part et d'autre de l’Èbre, la plus vaste bataille entre les armées républicaines et les troupes franquistes. La bataille de l'Èbre précipita l'issue de la guerre civile et signa la fin de l'espoir pour la République espagnole, mais elle demeure gravée à jamais dans l'Histoire.

 

 

Au pied de Miravet dominée par sa citadelle, l'èbre enroule sa boucle qui coule verte et tranquille. Mais dans la mémoire remonte toujours cette chanson venant troubler le calme à la surface. Celle de l'Èbre sanglante, il y a 80 ans. Celle des combattants républicains cloués au sol dans les sierras de Cavalls, Lavall de la Torre et de Pandols, sur la terrible Cote 705 ou sur la position «Targa» Cote 481, la «Cote de la Mort», celle des Brigadistes français hachés par la mitraille à Amposta. Cette chanson qui s'entonne bravement… L'Armée de l'Èbre une nuit a traversé le fleuve, rumba la rumba la rum bam bam…

 

 

La République aux abois

 

 

Ay Carmela ! Vieille chanson populaire née 130 ans auparavant lorsqu'il s'agissait de chasser Napoléon d'Espagne, devenue El Paso Del Ebro que chantaient maintenant les Républicains rêvant à leur tour de chasser enfin Franco, ses troupes marocaines convoquées pour sa croisade nationale-catholique, les Allemands d'Hitler, les Italiens de Mussolini, tous lancés dans une guerre d'extermination des «rouges». Ceux qui n'allaient pas à la messe et votaient pour une Espagne, libre, égalitaire et progressiste.

 

 

Suite en fin de chronique.

C’est, pour les amateurs de littérature hispanophone, un petit événement. Javier Cercas, sans doute le plus grand écrivain espagnol du moment, se remet à la fiction – et pas n’importe laquelle : le polar.

 

C’est même une grande saga, une trilogie dont le premier tome est sorti le 5 mai dernier.

 

Les soldats de Salamine par Cercas

 

Voilà un registre où les lecteurs de Javier Cercas ne l’attendaient pas : le roman policier. Mais vingt ans après la parution des Soldats de Salamine (Actes Sud, comme tous ses livres, 2002), somptueux roman-enquête sur la guerre civile espagnole que sont venus compléter Anatomie d’un instant (2009), L’Imposteur (2014) et Le Monarque des ombres (2017), tous consacrés à l’histoire tragique de l’Espagne du XXe siècle, c’est pourtant bien ce genre qu’aborde l’écrivain, avec Terra Alta, premier volume d’une série qui devrait en comprendre « quatre ou cinq », tous centrés sur le personnage de l’agent Melchor Marin.

 

Terra Alta | Actes Sud

Gore baroque

 

On se plonge avec délectation dans cette enquête policière qui se déroule au fin fond d’un comarque catalan, ce territoire rural replié de la Terra Alta. Son héros, ancien malfrat repenti en flic, évoque dès les premières pages Les Misérables.

 

La lecture du chef d’œuvre hugolien lui servit de bouée de sauvetage en prison, qui redonna un sens à son existence de misère et lui donna une raison de vivre : venger, coûte que coûte, sa mère assassinée. Mais c’est plutôt à Georges Simenon que semble rendre ici hommage Cercas par son usage de la litote, cette capacité à planter un décor, traduire une atmosphère en une phrase voire même quelques mots, leur son, leur agencement.

 

Ensuite, avec la description minutieuse, quasi insoutenable de ce meurtre effarant de violence, presque fascinant, surgit autre chose : du gore sanglant, baroque. On pense autant aux Vanitas, ces grands tableaux du siècle d’or qu’à la littérature de cette même époque, obsédée elle aussi par la mort.

 

Qui a assassiné, et torturé de la sorte le couple richissime des Adell ?

 

CRITIQUE

 

Terra Alta, calme trompeur

 

 

Dans la région tranquille de Terra Alta, province de Tarragone, dans le sud de la Catalogne, un crime épouvantable a eu lieu. Le fondateur et propriétaire des Cartonneries Adell et sa femme, deux nonagénaires, ont été torturés et assassinés dans leur maison et leurs cadavres retrouvés aux côtés du corps de leur domestique roumaine. Qui pouvait en vouloir autant à ces notables et premiers employeurs de la région, de fervents catholiques ralliés à l’Opus Dei ? Le policier Melchor Marin est chargé de l’enquête.

 

 

Javier Cercas fait ici une entrée réussie dans le genre du polar grâce au portrait sensible et contrasté qu’il dresse de ce jeune homme blessé, un ancien détenu trouvant sa raison d’être dans le fait de rendre justice aux opprimés. Quitte à se placer lui-même dans l’illégalité.

 

 

Très habile à décrire les jalousies et les rivalités à l’œuvre dans une contrée reculée où tout le monde se connaît, le romancier renoue surtout ici, au moment où on l’attend le moins, avec les thèmes qui l’obsèdent : les stigmates de la guerre civile espagnole (1936-1939) et la façon dont le passé du pays nourrit toujours le présent, à l’insu même des jeunes générations. Le dénouement, surprenant, dans une ultime pirouette, confirme le talent de Cercas à faire resurgir les fantômes des tragédies trop vite étouffées.

L'èbre : il y a 80 ans, la plus grande bataille de la guerre d'Espagne -  ladepeche.fr

Bataille de l'Èbre — Wikipédia

25 juillet 1938… 80 000 hommes massés sur la rive nord de l'Ebre pensent encore pouvoir faire basculer le destin même s'ils savent que la République est déjà aux abois… Lancée en février par les nationalistes, l'offensive d'Aragon s'est soldée par une catastrophe pour Madrid et Barcelone. L'ennemi a percé jusqu'à la Méditerranée, jusqu'à Vinaros, le 15 avril : l'Espagne républicaine est désormais coupée en deux.

 

 

Tenir en attendant l'inéluctable nouvelle guerre mondiale, mais en montrant aussi à l'opinion publique internationale qu'on fait mieux que résister, qu'on reste offensif et héroïque face aux fascismes menaçant toute l'Europe : le pari que fait le gouvernement de Negrin, alors que Berlin et Rome augmentent sans cesse leur aide aux putschistes qui ont crédit ouvert à la City de Londres comme chez les pétroliers américains.

 

 

L'idée générale ? C'est de reprendre le corridor perdu grâce à une grande attaque surprise. En l'état des forces républicaines, laminée par le désastre de Terruel cet hiver-là, le projet est au mieux utopique et au vrai stratégiquement indéfendable tandis que dans le même temps, Paris et Londres sont surtout préoccupés par… la préparation de Munich, première capitulation face à Hitler et Mussolini.

 

 

25 juillet 1938… le général Modesto commande l'Armée de l'èbre, Lister le prestigieux 5e Corps, Tagüeña, physicien de 26 ans, le 15 e Corps. Entre Fayon et Xerta, dans un méandre, ils lancent la principale offensive. Mais les républicains n'ont que 150 canons, certains du XIXe, seuls quelques chars peuvent traverser le fleuve avant que les pontons soient bombardés et leur aviation se bat à un contre trois face aux modernes avions allemands, aux Fiat italiens. En face, campe aussi une partie du redoutable corps marocain de Yaguë, «le boucher de Badajoz», le plus brutal et froid des généraux de Franco. Contenus les premiers assauts, il sait que chaque jour renforce sa supériorité et referme le piège sur les dernières forces républicaines.

 

 

10 000 morts, 34 000 blessés, 20 000 prisonniers côté républicain

 

Dans un réduit de 35 km de rayon, hérissé de sierras abruptes dos au fleuve, la plus grande bataille jamais menée sur le territoire espagnol durera jusqu'au 15 novembre 1938, avec des pertes effroyables. Ravitaillements et évacuations sanitaires aléatoires, manque d'eau sur ces montagnes aux crêtes arides où l'on ne peut se protéger des bombardements et mitraillages incessants… Côté républicain, l'èbre, c'est l'enfer, 10 000 morts, 34 000 blessés, 20 000 prisonniers. Et l'espoir massacré qui s'achève en victoire décisive pour Franco.

 

 

Quand nous regardons en bas, chaque pierre que nous voyons est la tombe d'un héros… commence un poème catalan chantant la liberté, là-haut dans la sierra. Les bombes ne peuvent rien là où i l y a plus de cœur qu'il ne faut, résonne Ay Carmela ! Aujourd'hui encore, des ossements se découvrent toujours qui racontent l'hécatombe républicaine jusqu'à la «classe biberon» des appelés de 17 ans, l'ultime saignée. Sous le monument de la Bataille, derrière la vitre d'un petit ossuaire, des fragments de crânes reposent une question universelle : le sens du sacrifice quand l'héroïsme tutoie le suicide.

 

 

Le chiffre : 113 jours > Combats. La bataille a duré 113 jours et décimé aussi la 14e Brigade internationale française : 1200 morts le premier jour.

 

Ay ! Carmela…

 

J'appartiens à cette génération dont le destin a été bouleversé par la guerre d'Espagne, à cette fratrie de fils et filles d'émigrés qui n'ont aujourd'hui aucun mal à comprendre la détresse des migrants. Puisque, comme eux, ils ont vu les leurs aborder, une fois les Pyrénées franchies, une terre inconnue, après trois années d'une guerre fratricide – et dans des conditions qui ont fait douter que la France soit le pays de la fraternité.

 

 

A voir tout de même la résistance de ces hommes et de ces femmes, qui comme dirait Lydie Salvayre , s'étaient donnés pour consigne de ne «pas pleurer», nous avons eu très tôt conscience que l'Histoire avait trahi leurs espoirs en un monde plus juste. Puisque l'Histoire avec un H majuscule s'apprend aussi dans la rue, ces réfugiés qui avaient essuyé le feu des avions allemands et italiens, étaient le signe avant-coureur des tempêtes qui allaient incendier l'Europe et jeter sur les routes de l'exil des civils , des gens comme nous, par milliers.

 

 

En attendant, les très jeunes anciens combattants de cette guerre mythique refaisaient sinon le monde, du moins «leur» guerre. Guernica en avril 37, et cette bataille de l'Ebre en juillet 38, il y a tout juste 80 ans, avaient été les stations du chemin de croix de la lente agonie d'une République , née dans la joie et dont le drapeau rouge, jaune et violet est toujours à ranger au rayon des reliques.

 

 

Car les Républiques, en Espagne, durent ce que durent les roses. Il semble bien que – comme les Anglais, mais pour d'autres raisons qui tiennent d'ailleurs aux fantômes de la guerre civile – les Espagnols aient du mal à divorcer de leurs rois arbitres. Et pourtant, il y a longtemps que leur prestige est en berne et que le soleil ne se couche plus sur leurs terres.

 

 

Mais quoiqu'en ait dit le grand Jorge Semprun, exilé chez nous d'où il fut déporté à tout juste 20 ans à Buchenwald, la guerre n'est pas finie. La sagesse populaire affirme qu'une guerre civile dure cent ans. Nous faudrait-il attendre une autre génération ?

 

 

Celle-ci, en tout cas, guerroie pour réécrire l'histoire qui n'a pas toujours reconnu officiellement les crimes franquistes qui ont duré bien au-delà de l'arrêt des hostilités. Le nouveau chef de l'exécutif, le socialiste Pedro Sanchez qui vient de constituer un gouvernement unique en son genre – onze femmes pour six hommes – entend sortir la dépouille de Franco du «Valle de los Caidos» (la vallée de ceux qui sont tombés) . Ce mausolée pharaonique, a été arrosé du sang, des larmes et de la sueur des prisonniers dont certains y furent enterrés au point qu'aujourd'hui leurs familles demandent leur rapatriement «dans des lieux plus décents»…

Terra alta" de Javier Cercas

Javier Cercas est un écrivain, traducteur, chroniqueur et professeur de philologie espagnol.

 

 

 

En 2001, il publie "Les soldats de Salamine", "récit réel" dont le franc succès lui vaudra d'être traduit dans de nombreux pays, dont la France en 2002, et d'être adapté au cinéma par David Trueba. Le livre porte sur la guerre civile espagnole et plus particulièrement sur l'exécution manquée, le 30 Janvier 1939, d'un intellectuel fondateur de la Phalange : Rafael Sanchez Mazas.

 

 

 

Il est l'auteur de quatre romans, de plusieurs recueils de chroniques, et de récits. Actes Sud a publié "Les Soldats de Salamine" (2002), "À petites foulées" (2004) et "À la vitesse de la lumière" (2006).

 

 

 

Il remporte le prestigieux Prix Méditerranée étranger en 2014 pour son cinquième roman, "Les lois de la frontière" ainsi que le prix du Livre européen - catégorie fiction.

 

 

 

Son œuvre est traduite dans plus de vingt langues.

 

 

 

Outre son travail de romancier, Javier Cercas est un collaborateur régulier de l'édition catalane et du supplément dominical du journal El País.est aussi un chroniqueur. Ses articles sont rassemblés dans Una buena temporada (1998) et Relatos reales (2000).

Partager cet article
Repost0
1 juillet 2021 4 01 /07 /juillet /2021 06:00

Le Champagne n'était pas au parfum - Le blog de JACQUES BERTHOMEAU

Dans son petit opus Petit éloge de la gourmandise l’auteur  avoue « … je n’aime pas le champagne. »

 

Dévoration. - Transfuge

 

Il tempère « Il ne s’agit pas d’une aversion, car j’en bois sans problème pour ne pas gêner mes hôtes, mais ce vin ne me procure aucune joie. Il n’est pas déplaisant, il est neutre… »

 

Il est franc « Je puis distinguer ce que l’on considérera comme un « bon » champagne, à la bulle fine, la robe élégante, mais il ne me fera plus d’effet qu’un bête mousseux. »

 

Il est apte à apprécier les vins nu : « Je prendrai toujours plus de plaisir aux raffinements d’un cidre (boisson admirable, d’une grande variété, qui possède l’âcreté de la bière sans sa vulgarité) ou d’un poiré.

 

Il s’interroge : « Peut-être mon indifférence au champagne est-elle due à sa fonction même : le vin de la fête. »

 

Il se répond : « Je n’aime pas le champagne, comme je renâcle devant toute célébration régulière et obligatoire : les anniversaires, les mariages, les réveillons. Le champagne n’arrose pas, il célèbre, marque le coup. Il a besoin d’une occasion, d’un prétexte. Il se mérite et c’est sans doute ce qui me laisse froid. »

 

Il met le doigt là où ça fait mal au champagne : « Un vin devrait se suffire à lui-même. »

 

La sentence est rude : « Mais le champagne est devenu un concept en soi, un marqueur. Il est synonyme de joie comme la cravate est synonyme de sérieux. Il est signifiant quand il ne devrait être savoureux. Or je bois du vin, pas du sens. »

 

Ordonnance du Taulier pour guérir Nicolas d’Estienne d’Orves de son indifférence au champagne :

 

1- Consulter d’urgence Jean-Paul Kauffmann docteur-ès-champagne. « Voyage en Champagne 1990 » il me fallait rebondir face à la dédicace taquine de JPK « Pour Jacques Berthomeau qui n’aime pas le champagne, je crois, non ? » ICI 

 

Voyage en Champagne 1990 - Cdiscount Librairie

 

2- Accepter de goûter le champagne des nouveaux vignerons champenois qui sont si loin de l’industrie du champagne : je suggère Fidèle de Vouette Sorbée.

 

Fidèle R17 Vouette & Sorbée Magnum Hélène et Bertrand Gautherot

 

3- éventuellement de se licher un Pet’nat : je suggère Explosive Matérials brut Nature.

 

 

Ici-même

 

L’administration de ces vins à bulles, princières ou roturières se pratiquera à ICI MÊME ICI : il suffit de prendre rendez-vous auprès de moi.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
30 juin 2021 3 30 /06 /juin /2021 06:00

 

J’adore jouer sur les mots.

 

9 mars 2007

Mémoire d'un rat de cave ICI 

 

Dans le petit monde du vin on a les start-up qu’on mérite, elles ne brillent pas par leur originalité, leur innovation, pas sûr qu’avec elles, la Révolution numérique se mette en marche (désolé de cette connotation politique !) On ripoline le vieux monde...

 

La preuve dans un article extrait de du magazine Management

 

 

U’Wine : Un patrimoine en bouteilles ICI 

 

Remplissez votre cave, puis revendez une partie des bouteilles pour financer votre propre consommation des (meilleurs) vins…

 

C’est le modèle original imaginé par U’Wine, service de négoce à la carte pour les particuliers, qui se propose de les aider à se constituer et à valoriser une cave sur mesure. Une forme de placement alternatif, en somme, déclaré comme tel auprès de l’Autorité des marchés financiers.

 

 Alternatif - U'WINE : COMMENT CONJUGUER INVESTISSEMENT ET PLAISIR ?

 

À la tête de l’entreprise, Thomas Hébrard, descendant des anciens propriétaires du célèbre château Cheval Blanc, racheté en 1998 par Bernard Arnault. «U’Wine s’adresse aux passionnés désireux d’optimiser l’achat et la gestion de leurs vins, explique le fondateur, mais aussi aux nouvelles générations connectées qui souhaitent constituer leur propre patrimoine-cave.»

 

NOTRE ADN

 

U’Wine est une maison de négoce de nouvelle génération offrant une expérience et un accès privilégié aux Grands Crus.

 

Avec excellence, passion et innovation, nous transmettons la culture des Grands Crus et apportons plaisir et émotion aux amateurs de vin du monde entier ; nous les accompagnons dans la constitution et la réussite de leur cave et leur offrons un accès aux 1% des plus beaux terroirs.

 

https://www.echos-judiciaires.com/wp-content/uploads/2021/03/UWine-Lequipe_1-scaled.jpg

 

NOTRE ÉQUIPE

U’Wine a été fondée par Thomas Hébrard, né dans les vignes et passionné par les Grands Crus.

L’équipe U’Wine est basée à Bordeaux et Shanghai et composée de 25 U’Wine Makers. Nous mettons un point d’honneur à créer une relation privilégiée avec nos Clients, nos Partenaires et les Châteaux.

 

COMITÉ DE SÉLECTION

Le Comité de Sélection formule des recommandations sur la stratégie de sélection et d’achat des vins,
et assure le suivi de la performance des portefeuilles. Ce Comité est aujourd’hui composé de 2 personnes.

 
 
 
Partager cet article
Repost0
29 juin 2021 2 29 /06 /juin /2021 09:32

 

Sans commentaire de ma part…

 

Les notes sont, comme d’habitude, nichées dans un mouchoir de poche : entre 93 et 97.

 

Anthocyanes doit être vert de rage de n’être point cité.

 

B&D est mutique

 

 

Vinifera : 93/100

Intensité et richesse de texture pour ce vin velouté, marqué par sa densité de fruit, assez plein et juteux, sérieux. Très beau cru au style sûr, qui sera selon son prix sans doute à nouveau une priorité d'achat.

 

J. Suckling : 96-97/100

Iron, black mushroom and dark berry with some burnt orange peel. Flowers, too. It’s full-bodied with round tannins that turn linear and tight at the end. Excellent energy. Brightness and purity.

 

Bettane & Desseauve : 96/100

 

Vinous – A. Galloni : 95-97/100

The 2020 Domaine de Chevalier is going to need a number of years to unwind. Rich, heady and super-concentrated, the 2020 is so impressive, right out of the gate. Crushed rocks, rose petal, cedar, pomegranate and mint all build as the 2020 shows off its vibrant, layered personality. Domaine de Chevalier remains one of the most under the radar wines in all of Bordeaux. The 2020 is an absolutely brilliant effort from Olivier Bernard and his team. Tasted two times.

 

Jeb Dunnuck : 95-97/100

From an estate that’s been on fire over the past decade, the 2020 Domaine De Chevalier is another brilliant wine in the making and checks in as 65% Cabernet Sauvignon, 27% Merlot, 5% Petit Verdot, and 3% Cabernet Franc. Offering impressive cassis and darker berry fruits, it has complex notes of crushed flowers, violets, and damp earth-like nuances. Medium to full-bodied on the palate, with ultra-fine tannins and a silky, layered, seamless texture, it shines for both its richness and its balance. It also shuts down quite quickly, so if you’re going to drink bottles, try one in its youth. Otherwise, be sure to give bottles 7-8 years in a cold cellar. It should have 30-40 years of overall longevity.

 

Wine Advocate : 95-97/100

Medium to deep garnet-purple in color, the 2020 Domaine de Chevalier comes skipping out of the glass with energetic scents of ripe red and black currants, fresh blackberries and boysenberries, plus nuances of wild sage, cloves and cedar with a waft of lavender. The medium to full-bodied palate surprises and delights with an unexpected richness and depth that remains locked away on the nose, revealing layers of fragrant earth and floral notions framed by fantastic freshness and firm, finely grained tannins, finishing with the most gorgeous, long-lingering perfume.

 

Terre de Vins : 95-96/100

 

Decanter : 95/100

Concentrated ruby red colour, a little subdued on the nose, built with structure and power, concentrated and should age well. Classical, powerful, not exuberant, an impressive Chevalier that has tannins and fruit and freshness, nothing shouting too loud. As it opens, you see a peony floral edge that is very attractive. Easily among the best in Pessac.

 

Le Figaro Vin : 94-97/100

Un nez vibrant de fruits rouges et noirs entrant en résonnance les uns avec les autres, et une délicatesse florale d'iris et de pivoine tout à fait ensorcelante. En bouche, une merveilleuse alliance de tabac chaud, et une texture assez fine malgré le bois. Un vin plus cavalier que chevalier, où l'on sent la chaleur d'un mois d'août, et une belle finale saline.

 

JM Quarin : 94/100

Nez très aromatique, au fruité mûr et suave, avec un fond de cuir mouillé et de crème. Moelleux à l’attaque, juteux en milieu de bouche, très caressant, le vin prend de l’ampleur avec douceur entre le milieu et la finale. Il s’achève savoureux et long, délicatement tramé, sans angle tannique.

 

Jacques Perrin : 93+/100

Nez discret, avec une belle profondeur. Bouche raffinée, très belle dimension tactile sur ce vin, un peu retenu, très fin, très élégant, éthéré.

 

 

Vinous - A. Galloni : 94-96/100

The 2020 Domaine de Chevalier Blanc is fabulous. Bright and airy in the glass, the 2020 bristles with energy. Lemon confit, crushed rocks, mint and white pepper all pulse with tons of vibrancy. This finely-cut, chiseled white is going to need a number of years to be at its best, but it is so impressive and so full of potential. Bright saline notes punctuate the dazzling finish. Time in the glass brings out the wine's texture and layers. The Blanc is one of the world's great wines, hands down.

 

Decanter : 95/100

An excellent white with precision, flesh and confidence, sure to age well. A ton of white pear and some soft pepper spice keeps up the pace and lift from beginning to end, and the intensity continues to build after the wine has left the palate - a sure sign of something special happening. A yield of 43hl/ha. Tasted twice. Unusual for me to score the red and white Chevalier at the same level, but both are extremely successful in this vintage.

Partager cet article
Repost0
28 juin 2021 1 28 /06 /juin /2021 06:00

 

Ixène

Illustrateur et dessinateur de presse depuis 1994.

Les déconfinés sont en terrasse, je le sais, j’en suis un, ils ne passent plus leur temps, comme moi, à surfer sur la Toile, le lectorat est divisé par 2, normal et heureux. Les beaux jours, même s’ils tardent un peu, vont maintenir cette tendance et, comme déjà je bosse pour des prunes il ne faut pas me demander la lune : je vais lever le pied !

 

Dimanche j'ai quitté à l'aube la capitale.

 

Attention, je ne pars pas à la cloche de bois mais, pendant quelques mois, je ne vais pas forcément assurer le service petit déjeuner à 6 heures,  ce sera en fonction de mon humeur, de mes envies du moment, de l’actualité, de mes amours, du temps qu’il fera.

 

Du côté du roman aussi, je lève le pied, sans trop savoir si lui donnerai une suite qui pourtant avait une suite : Chouchou nous allons hacker !

 

L’intrusion du grand serbe dans cette histoire compliquée mais bien huilée, allait-elle gripper la belle mécanique imaginée par Ambrose ?

 

La nuit portant conseil, même si celle-ci fut brève, elle l’appela. Il prenait son petit déjeuner sur sa terrasse en compagnie de Beria. Elle lui proposa, deux versions de sa soirée avec le grand serbe. La première, lapidaire : il ne s’était rien passé. Conter la seconde fut plus trash.

 

« Son invitation à me raccompagner chez moi, passé l’instant de stupéfaction, même d’une certaine forme de peur, loin de me paniquer, l’adrénaline aidant, j’ai décidé d’assumer, d’affronter ce prédateur arrogant. Comme un goût d’interdit, le retour à un moment de ma vie où je vivais avec une petite frappe. L’heure du couvre-feu se rapprochait, je fis la caisse, sur la terrasse le grand serbe était seul. Quand j’actionnai le rideau de fer il se glissa dessous avant qu’il ne bloque complètement la porte, se posa sur un tabouret, sans rien dire, j’éteignis, me dirigeai vers le couloir plongé dans la pénombre, je sentis son souffle sur mon cou, il enserra ma taille, je me laissai faire. Ses lèvres se nichèrent dans mon cou, je me laisser aller dans ses bras, lui offrit mes lèvres qu’il effleura, les désincarcéra, le baiser se prolongea. Il glissa ses mains sous mon tee-shirt. « Je peux ? » Je levai les bras, il ôta mon tee-shirt… »

 

Ambrose écouta la suite. Lorsqu’elle en eu terminé, il se contenta de lui répondre, « aucune de tes versions n’est crédible, tes fantasmes je connais, l’essentiel n’est pas là, la donne a changé, nous devons changer de pied, le temps n’est plus aux vieilles méthodes, nous allons hacker ! »

 

La suite est très hard, elle ne peut être mise en ligne, si votre désir de la lire est grand, sur demande, il se peut que je vous la livre…

 

Bon déconfinement, vaccinez-vous si ce n’est déjà fait, lisez des romans, respirez sans masques, tirez des brasses, mangez et buvez bon, à bientôt sur mes lignes…

Partager cet article
Repost0
27 juin 2021 7 27 /06 /juin /2021 06:00

Œuvre « Elections. Piège à con » – Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Samedi matin le préposé des PTT, suis vieux jeu, a déposé dans ma boîte à courrier une enveloppe blanche avec tous mes prénoms…

 

La semaine passée y’avait rien au courrier c’est pour ça que je n’ai pas pu voter, je plaisante.

 

La faute à qui ?

 

Ces enveloppes ont été distribuées par Adrexo, une société privée, choisie à l'issue d'un appel d'offres du ministère de l'Intérieur. L'entreprise s'est ainsi vue confier l'acheminement des enveloppes de campagne dans 51 départements pour ces quatre prochaines années.

 

Gérald Darmanin a ainsi été interpellé au Sénat sur le problème et a reconnu que l'entreprise privée, Adrexo, avait « particulièrement mal distribué une partie de la propagande électorale ». Le ministre de l'Intérieur a alors présenté ses excuses aux candidats concernés et a annoncé qu'il allait convoquer Adrexo dans les prochains jours.

 

Bref, comme disait Pépin, cette fois-ci y’a pas eu de pépins.

 

D’ordinaire, je n’ouvre pas l’enveloppe, poubelle jaune immédiate, là ne boudant pas mon plaisir j’ouvre pour vous offrir les professions de foi d’au moins 3 listes, la quatrième pue elle n’est même pas bonne à me torcher le cul.

 

Je les présente dans l’ordre d’arrivée du 1er tour :

 

 

Celle de l’Union des toutes les gauches à une particularité : elle permet de fournir à madame Garrido épouse de, madame Chikirou compagne de, et à ce pauvre Benoît Hamon, des strapontins de luxe pour faire bouillir la marmite.

 

Du côté de LREM c’est le paradis de Ministres : Marlène Schiappa, Amélie de Montchalin, Emmanuelle Wargon, Nathalie Elimas, et de déçus de pas être Ministre : Thierry Solère et Aurore Bergé.

 

Pour madame Pécresse, elle garde son petit côté Versaillais de la Manif pour tous, ceux qui m’ont pourri la vie du côté de chez moi.

 

Voilà, que vais-je faire ?

 

Hé bien vous n’en saurez rien ! Sauf, à lire ma chronique de lundi.

 

Désolé pour la provocation de l'affiche de 68, elle n'est là que pour montrer à nos petits-enfants que nous étions vraiment  des petits cons.

 

Partager cet article
Repost0
26 juin 2021 6 26 /06 /juin /2021 06:00

 

ICI

Il y a des romans, comme ça, où l’on se dit : « Mais bordel de serpent à queue, comment ai-je pu ne le découvrir que maintenant. » C’est exactement l’effet que me fit la lecture du roman (noir) Le dernier baiser, de James Crumley. Pire. Parce que je me suis également demandé comment j’avais pu passer à côté d’un tel auteur pendant toutes ces années. Bon. Les optimistes me répondront que rien ne sert de s’arracher les cheveux par grosses touffes, l’essentiel étant d’avoir lu Le dernier baiser avant de mourir. Pas faux.

 

Allez ! On se plante une gorgée de whisky au fond du gosier, et on trace directement jusqu’au canapé. Parce qu’avant de décuver, il va se passer un bon petit moment, donc autant être bien installé. ICI 

 

Le Dernier Baiser

 

« Quand j'ai finalement rattrapé Abraham Trahearne il était en train de boire des bières avec un bouledogue alcoolique nommé Fireball Roberts dans une taverne mal en point juste à la sortie de Sonoma, en Californie du Nord ; en train de vider le cœur d'une superbe journée de printemps. »

 

Caro(z)ine lit : Le dernier baiser - James CRUMLEY

 

Ainsi commence « le dernier baiser » et aux grandes œuvres, une grande première phrase…

 

C’est dire le monument qu’est ce roman noir de Crumley, son troisième livre, et assurément son meilleur.

 

Pages 15-16

 

Le bâtiment en bois décati se dressait à cinquante mètres à l’écart de la route de Petaluma, et la Cadillac rouge décapotable de Trahearne était garée devant. À l’époque où la vieille route était neuve, avant qu’on la remodèle selon un tracé plus efficace, ce bar à bière faisait aussi station-service, t le fantôme fané d’un cheval rouge ailé hantait encore les vieux murs en bardeaux. Une petite harde de voitures abandonnées, dont une vieille Henry J grenat et une Dodge Charger relativement récente mais salement cabossée, paissait plongée jusqu’au jarret dans le sorgho d’Alep et autres herbes folles, orbites énuclées de leurs phares rêvant de Pégase et de pointes de vitesse sur un ruban d’asphalte. L’endroit n’avait pas de nom, juste une enseigne passée qui promettait de la Bière en grinçant sous son portique. les vieilles pompes à essence à réservoir en verre n’étaient plus là depuis longtemps – sans doute parties ouvrir un magasin d’antiquités à Sausalito –, mais les boulons rouillés de leurs embases  sortaient encore du béton en pointant  vers le haut comme des squelettes de mains saillant d’une tombe trop peu profonde.

 

Je me garai à côté de la Caddy de Trahearne, fis quelques pas pour évacuer les kilomètres de mes jambes, puis quittai le soleil printanier pour entrer dans la pénombre poussiéreuse du bar. Les talons de mes bottes oscillèrent doucement sur le parquet voilé et je lâchai un long soupir dans l’atmosphère assombrie. C’était l’endroit parfait. L’endroit où je serais venu moi-même dans une orgie d’errances, l’endroit où je me serais logé comme une bille dans une fente, ce refuge pour Okies’ du Midwest et exilés texans, foyer d’accueil des paysans expropriés de fraîche date, aux yeux si vides de tout espoir qu’ils ne renvoient que le reflet des plaines brûlantes balayées par les vents, des quadrants d’horizon aride quasi bibliques à peine entrecoupés par des armatures de fauteuils à bascule orphelins, et tout au fond, tout au bout, ennuagés de colère, les mirages des orangeraies et des manches de haches. Ce lieu aurait tout aussi bien pu être mon lieu, l’abri où un homme pouvait boire dans l’ennui, se repentir dans la violence et gagner son pardon pour le prix d’une seule bière. »

 

On l’a déjà dit, certes, mais on ne le dira jamais assez, James Crumley est certainement l’un des meilleurs écrivains américains de la seconde moitié du vingtième siècle en général, et de roman noir en particulier. Il est donc heureux que les éditions Gallmeister aient décidé de le faire découvrir à un nouveau public et même redécouvrir à ses anciens lecteurs à travers de nouvelles traductions de ses romans.

 

Car même si Philippe Garnier avait précédemment rendu une copie honorable avec sa version du Dernier baiser, le choix d’une nouvelle traduction par Jacques Mailhos s’avère payant. Plus tourné vers le respect de la musique de la phrase et le souci de choisir des mots et expressions moins datés, le traducteur de Gallmeister offre en effet à l’habitué de Crumley une nouvelle lecture certainement plus marquante que les précédentes, un texte doté de plus de relief et qui rend justice à la poésie de la plume de l’auteur américain autant qu’à son humour désespéré et à la tendresse réelle qu’il porte aux hommes et aux femmes auxquels il donne vie.

 

Amazon.fr - Le dernier baiser - Crumley, James, Mailhos, Jacques - Livres

 

Car c’est bien cela qui fait le sel de Crumley, ses personnages abîmés vomissant la corruption du monde dans lequel ils vivent, cherchant une impossible rédemption que leur haine de soi semble leur interdire mais que l’amour qu’ils portent à certains êtres dont ils croisent la route permet parfois de toucher du doigt, avant qu’elle ne leur échappe encore. ICI

 

Le dernier baiser est ma première rencontre avec l’univers et la plume de James Crumley, un auteur américain issu de « l’école du Montana ». Il a écrit plusieurs romans et nouvelles, des scénarios et deux séries policières mettant en scène des détectives privés: la série Milo Milodragovitch et la série C.W. Sughrue. Le dernier baiser fait partie de cette dernière et est la première aventure de Sughrue.

 

Sughrue est un anti-héros tout ce qu’il y a de plus cliché, du moins seulement en apparence. Ancien militaire, il est porté sur la bouteille et les femmes compliquées. Sauf que Crumley a un don certain pour raconter des scènes complètement loufoques et étranges. Ce qui fait de ce roman un polar au parfum vieillot (il est paru en 1978 en langue originale) teinté d’humour, tant dans les dialogues que dans les événements qu’il raconte. ICI

 

Le dernier baiser une enquête de C. W. Sughrue Une enquete du prive c.w.  sughrue - Poche - James Crumley - Achat Livre | fnac

 

James Crumley, écrivain américain

 

"Crumley sait écrire et il sait boire", disait de lui son collègue James Welsh, laissant entendre par là qu'il peut exister un rapport entre les deux activités auxquelles James Crumley s'est livré avec une constance remarquable. Le romancier américain qui vient de mourir à 68 ans à l'hôpital de Missoula (Montana) était la figure de proue de ces écrivains du Montana, durs à cuire et forts en gueule. Mais ses dehors de plantigrade bourru cachaient une sensibilité à fleur de peau tout comme son univers déjanté et ses personnages à la dérive semblaient une politesse désespérée destinée à masquer la virtuosité de son écriture.

 

Né le 12 octobre 1939 au Texas, dans une famille modeste, il avait commencé à travailler dès l'âge de 12 ans pour financer ses études à l'Institut de technologie de Géorgie. Après son retour de l'armée, où il s'est engagé pour trois ans, il reprend ses études, puis s'installe à Missoula, où il enseigne à l'université. Son premier roman, en 1969, Un pour marquer la cadence, évoque l'amitié, sur fond de guerre du Vietnam, entre un soldat gauchiste et un sergent dur à cuire.

 

C'est dans son deuxième roman, Fausse piste, en 1975 (Ed. Christian Bourgois) qu'apparaît pour la première fois celui qui deviendra un de ses personnages récurrents, Milton Chester Milodragovitch dit "Milo", ancien adjoint du shérif de la ville de Meriwether, dans le Montana, véritable archétype du privé alcoolique et drogué entraîné dans les aventures les plus folles, capables de persuader quiconque que "la vie moderne est une guerre sans fin".

 

Dans Le Dernier Baiser (1978) surgit un deuxième personnage, Chauncey Wayne Sughrue, ancien du Vietnam, lui aussi détective à Meriwether. Le roman prend la forme d'un étonnant pèlerinage d'un bistrot à l'autre, qui est aussi un hommage explicite à l'un des auteurs préférés de Crumley, Raymond Chandler (1888-1959).

 

Dans Les Serpents de la frontière, en 1996, James Crumley imagine la rencontre entre Sughrue et Milo, explosive comme on peut s'en douter. Les deux comparses se retrouvent aux prises avec des trafiquants de drogue à la frontière entre le Mexique et la Californie. Dans Folie douce (2005), véritable feu d'artifice, ce Rabelais du roman noir semble tirer un bouquet final ; il entraîne toute une sarabande de psychopathes transsexuels, de handicapés sadiques et de gorilles sanguinaires, dans une enquête qui débute dans le Montana et finit par impliquer le FBI et la CIA avant de trouver son dénouement en Ecosse, ce qui est somme toute assez logique compte tenu de la quantité de whisky ingurgitée à chaque page.

 

James Crumley se soucie peu de vraisemblance, mais la douzaine de livres qu'il a publiés (essentiellement chez Gallimard en France) donne un portrait saisissant de l'envers de la société américaine. Ils sont d'autant plus attachants qu'ils dévoilent sans ostentation une fragilité déguisée en délire. Evoquant le Montana dans un documentaire de Mathieu Serveau (2002) intitulé L'Esprit de la route, James Crumley déclarait au milieu de sa tournée des bars : "Je me dis qu'on ferait mieux de l'appeler le Grand Vide ou le Pays de la Haute Solitude. L'animal humain y cherche la compagnie de ses congénères, mais aussi des endroits où s'abreuver, (...) et, croyez-moi, le Montana regorge d'abreuvoirs formidables."

 

Pourtant, au terme de toutes ces beuveries festives, l'auteur de La Danse de l'ours concluait que "chacun danse seul sur une musique que lui seul entend".

Partager cet article
Repost0
25 juin 2021 5 25 /06 /juin /2021 06:00

 

Nos amis américains, grands libéraux, adorent les taxes : pour les autres… Les fromages, le Roquefort, les vins&spiritueux, étant leurs cibles favorites. Bref, maintenant qu’un armistice vient d’être signé sur le gel des mesures de rétorsion dans le conflit Boeing/Airbus, revenons au sciaccarellu d’Ajacciu.

 

 

Régionales en Corse : Les nationalistes ne s'accordent pas

 

Unies en 2015, les différentes composantes du mouvement nationaliste Corse n’arrivent pas à s’entendre. Le président autonomiste sortant, Gilles Simeoni, arrivé en tête du premier tour des élections régionales, a écarté lundi soir la possibilité d’une nouvelle coalition nationaliste, semblant poursuivre sa démarche en solo au deuxième tour.

 

Dans un communiqué, Gilles Simeoni a expliqué lundi soir avoir « proposé à l’ensemble des composantes de la majorité territoriale sortante une démarche commune basée sur six principes ». « Ces différents points n’ont pas été validés jusqu’à ce jour par les différents partenaires potentiels » de sa liste, indique Gilles Simeoni, ajoutant qu'« il semble donc difficile que ces questions essentielles, qui n’ont pu faire l’objet d’un accord malgré plusieurs semaines de discussions, puissent être entérinées en quelques heures ».

 

Dimanche, lors du premier tour des territoriales, Gilles Simeoni est arrivé en tête avec 29,2 % des suffrages exprimés, devant la liste unie de droite du maire d’Ajaccio Laurent Marcangeli (24,9 %), suivie de la liste du maire autonomiste de Porto-Vecchio Jean-Christophe Angelini (13,2 %) et celle, indépendantiste et refusant toute union au 2e tour de Paul-Felix Benedetti, à la tête du parti radical Core in Fronte (8,4 %). Ces quatre listes peuvent se maintenir au second tour. Sans revirement, quatre listes, dont trois nationalistes, s’affronteront au 2e tour.

 

Jean-Christophe Angelini a déposé sa liste en préfecture d'Ajaccio. Le leader du PNC a modifié l'ordre de cette liste puisqu'un accord sur une fusion avec Corsica Libera a été acté. Quatre noms indépendantistes figureront donc à des places éligibles : Josepha Giacometti, Petr'Antò Tomasi, Laura Maria Poli et Jean-Michel Simon. Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée sortant et tête de liste Corsica Libera ne figure pas sur cette nouvelle liste de fusion, tout comme Lionel Mortini. Avant de déposer sa liste, Jean-Christophe Angelini a rendu un hommage appuyé à Jean-Guy Talamoni devant les grilles du palais Lantivy.

 

Désolé de ce long aparté mais nous sommes en Corse…

 

 

Les preuves de la culture de la vigne et du vin dans la région d’Ajaccio se situent au premier siècle de notre ère d’après le professeur agrégé d’histoire associé au CNRS Fabien Gaveau : « dès le premier siècle de notre ère, la ville d’Ajaccio est une ville où l’on produit du vin. » Au bas Moyen Âge, au nord de l’appellation dans le golfe de Sagone, « on y a retrouvé quantité d’installations viticoles, dont des pressoirs liés à un domaine dont tout porte à croire qu’il était dédié largement à la production de vin », précise le chercheur.

 

Mais c’est au XVe siècle, sous l’influence des Génois, que le véritable élan viticole a lieu dans la région. Un siècle plus tard, les vins d’Ajaccio sont déjà renommés dans tout l’environnement proche de la Méditerranée. On les boit à la cour des papes. Dans sa description d la Corse en 1531, l’évêque Guistiniani met en évidence cette renommée : « La pieve de Valle-di-Mezzana fournit les excellents vins rouges, et les plus réputés sont ceux de Sarrola. »

 

À cette même époque, on retrouve aussi des trace écrites d’un cépage : le sciaccarello. Une époque où, hasard ou non, les modes sont aux vins clairs, les clairets. Pour l’historien, en 1740, « la ville d’Ajaccio est baignée entre la ville et la vigne comme on ne peut plus l’imaginer ! ». En 1788, cette même ville compte plus de 500 ha de vignes.

 

Au début du XIXe siècle, sur le port de New-York, les vins de Corse, dont ceux d’Ajaccio, sont soumis à des taxes parfois plus élevées que celles appliquées à des vins du Bordelais, preuve d’une renommée certaine. À partir de 1820, la cité s’agrandit, dévorant progressivement son vignoble qui est pourtant à l’origine de sa fortune. Quand la crise phylloxérique touche le vignoble ajaccien à la fin du XIXe siècle, le fléau représente une aubaine pour accroître l’urbanisation de la ville portuaire.

 

Pour Fabien Gaveau, la Première Guerre mondiale  a surtout acté : « l’abandon de l’idée que la vigne puisse être la base de la cité. C’est dans la tête que cela s’est joué, dans des choix d’orientation ». Toutefois, à contre-courant, de grandes familles tinrent à conserver l’empreinte viticole d’Ajaccio.

 

Dans les années soixante, comme partout en Corse, le vignoble d’Ajaccio subit une nette mutation à la suite du « Plan vigne » instauré par le gouvernement de l’époque, ainsi qu’avec l’arrivée des rapatriés d’Algérie, dont l’article sur Patrimonio (n°134) s’est fait l’écho. À cette époque, deux modèles s’opposent, celui d’une viticulture productiviste et celui d’une viticulture qui souhaite renouer avec son histoire et avec la qualité.

 

Face à ces nouveaux enjeux, le vigneron ajaccien François Mercury, en compagnie d’autres producteurs comme Louis de Poix du domaine Peraldi, Jacques Bianchetti du Clos Capitoro, et Pascal Albertini du Clos d’Alzeto, s’engage à défendre une tradition viticole enracinée dans les siècles, afin de produire des vins de qualité et de mettre en avant le cépage sciaccarello. Le Syndicat de défense des Coteaux d’Ajaccio voit ainsi le jour au milieu des années soixante. S’ensuit la naissance de l’AOC Coteaux d’Ajaccio en 1971 qui devient Ajaccio tout court en 1984.

 

 

Deux portraits à lire :

 

COMMUNOVIN

Sébastien Poly le petit-fils de Jacques Poly président de l’INRA / Domaine U Stiliccionu : des arbres (1000 plantés), des tailles hautes en échalas, un poulailler mobile (une centaine de poules), quatre ânes, une dizaine de ruches.

 

Vin, veau, resto: les frères Abbatucci, success-story de la gastronomie  corse - Le Point

Domaine Abbatucci ses cépages autochtones vendus en Vin de France.

Fabien Gaveau, professeur agrégé d'histoire, chercheur au CNRS.

Fabien Gaveau : "La force de la viticulture insulaire, c'est le nombre incroyable de cépages" ICI 

Par: Propos recueillis par Laurent Casasoprana

Jean-Guy Talamoni siégeait à l'Assemblée de Corse depuis 29 ans.

Régionales en Corse. Quatre listes présentes au second tour, Talamoni absent pour la première fois en 29 ans

Quatre listes, trois nationalistes et une d’union de la droite, s’affronteront dimanche prochain lors des élections régionales en Corse. Victime de la désunion nationaliste, Jean-Guy Talamoni sera le grand absent de ce scrutin, pour la première fois en 29 ans.

 

La désunion nationaliste aux élections territoriales de Corse a été fatale à Jean-Guy Talamoni. Le président sortant de l’Assemblée de Corse ne sera sur aucune liste au second tour dimanche prochain.

 

La liste autonomiste de Gilles Simeoni, arrivée en tête au premier tour (29,2 %), affrontera celle de Laurent Marcangeli, maire d’Ajaccio et chef de file d’une droite unie (24,9 %), celle de Paul-Felix Benedetti, à la tête du parti indépendantiste radical Core in Fronte (8,4 %), et celle d’union PNC-Corsica Libera emmenée par Jean-Christophe Angelini, qui avait obtenu 13,2 % des voix.

 

Quelques minutes avant 18 h, Jean-Christophe Angelini, maire autonomiste de Porto-Vecchio, a déposé une liste fusionnant son Partitu di a Nazione Corsa (PNC) avec les indépendantistes de Corsica Libera en incluant quatre de leurs candidats parmi les 15 premières places mais pas leur tête de liste, Jean-Guy Talamoni, a confirmé à l’AFP Vannina Borromei, colistière de M. Angelini.

 

Jean-Guy Talamoni, 61 ans, quitte ainsi l’Assemblée de Corse où il siégeait depuis 29 ans. Niant que sa candidature ait été refusée - « une telle requête […] n’a jamais été formulée » -, le leader de Corsica Libera a au contraire affirmé dans un communiqué mardi soir avoir lui-même « décidé de ne pas présenter (sa) candidature en cas de fusion ».

 

« Je ne peux être tenté de faire passer ma situation personnelle avant les intérêts supérieurs de la Corse », affirme M. Talamoni dans ce texte : « C’est la raison pour laquelle j’ai demandé […] de ne jamais faire de cette question un élément de blocage », poursuit le dirigeant indépendantiste, qui précise que son « engagement pour la Corse prendra d’autres formes »

 

Ce choix a été qualifié de « courageux » et « de raison » par Jean-Christophe Angelini, qui a salué une démarche prise « sans que cela ne soit demandé politiquement ».

 

La liste Corsica Libera avait obtenu 6,90 % des voix au 1er tour, un résultat en dessous des 7 % requis en Corse pour pouvoir être en ballotage (contre 10 % dans les autres régions) mais suffisant pour fusionner. Lundi soir, Gilles Simeoni avait écarté la possibilité de voir se forger une nouvelle coalition nationaliste dans l’entre-deux-tours avec les listes de MM. Talamoni et Angelini.

 

Aucun accord trouvé

 

Depuis le deuxième tour des territoriales de 2015, le parti de Gilles Simeoni, Femu a Corsica, et celui de Jean-Guy Talamoni, Corsica Libera, étaient associés dans une coalition nationaliste baptisée Pe a Corsica. Cette coalition s’était présentée unie dès le premier tour aux territoriales de 2017 et avait obtenu la majorité absolue au 2e tour.

 

Dans un communiqué de deux pages, Gilles Simeoni a expliqué lundi soir avoir « proposé à l’ensemble des composantes de la majorité territoriale sortante une démarche commune basée sur six principes » qui constitueraient « l’ossature indispensable de tout rapprochement durable et de tout contrat de mandature ».

 

Aucun accord n’ayant pu être obtenu « malgré plusieurs semaines de discussions », Gilles Simeoni a donc jeté l’éponge et décidé de partir seul au second tour : « Il semble difficile que ces questions essentielles […] puissent être entérinées en quelques heures 

 

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents

  • Hubert de Boüard à la barre !
    Philippe Castéja (à g.) et Hubert de Boüard, à l’ouverture du procès, le lundi 20 septembre 2021 à Bordeaux. © Crédit photo : Guillaume Bonnaud / SUD OUEST En raison de l’actualité judiciaire d’Hubert, Ciné Papy du mercredi est repoussé à demain jeudi. Hubert...
  • Parlons peu mais parlons vin, et de quel vin : La Romanée-Conti où Aubert de Vilaine passe la main…
    Le reproche récurrent que me font certains, chroniquer rarement sur le vin, est justifié, en défense ma réponse est simple : j’ai le sentiment d’avoir fait le tour de la question et que perdurer ce serait tourner en rond. Bien sûr, je pourrais à la manière...
  • L’ÉCHALIER
    Henry Pierre Troussicot L’échalier, petite barrière fixe, dans une haie, entre deux champs, permettant d’aller de l’un à l’autre. Combien de gars de ferme ont fait sauter les échaliers aux filles en les empoignant par la taille, pour aller danser ou autres...
  • Un dimanche ordinaire au Bourg-Pailler…
    Le dimanche au Bourg-Pailler c’était les habits du dimanche pour aller à la grand-messe de 10 heures. Au Bourg-Pailler, la tante Valentine, était le maître des horloges, elle rappelait tout le monde à l’ordre avec une injonction ritournelle « ça monte...
  • Je m’insurge l’âne bâté n’est pas stupide…
    Rien ne vaut l’expérience, les grands auteurs cités plus bas, n’ont jamais mené de leur vie un âne bâté, moi si pendant 8 jours dans les Cévennes sur le sentier Stevenson, c’était une ânesse, et je peux affirmer qu’elle était bien plus intelligente, plus...