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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:00
dessin de Côté, Le Soleil, Québec

dessin de Côté, Le Soleil, Québec

Les Innocents d'Alep, du Yémen, et de tous les pays en guerre...

 

Mon long passé d’enfant de chœur m’a permis de bien connaître et de pratiquer le calendrier liturgique : les rogations, le lavement des pieds le jeudi-saint, la fête Dieu, la messe de Minuit… etc. mais une date m’a profondément marqué : le 28 décembre qui « fête » le massacre des Saints Innocents.

 

En dépit de mes mauvaises pensées, que j’omettais d’avouer en confession, je me vivais comme un innocent et, comme on nous mettait en permanence sous le nez de futurs saints martyrisés dans des conditions atroces, j’en rêvais la nuit. Aucune horreur ne nous était épargnée alors que nous entamions sans le savoir un long épisode de paix dans notre pays.

 

Pourquoi les nommait-on des Innocents ?

 

3 raisons :

 

  • Innocents en raison de leur vie, parce qu’ils ont eu une vie innocente, c’est-à-dire n’ont pu, de leur vivant, nuire à personne. 

 

  • Innocents en raison de leur martyre, parce qu’ils ont souffert injustement et sans être coupables d’aucun crime.

 

  • Innocents en raison des suites de leur mort, parce que leur martyre leur a conféré l’innocence baptismale, c’est-à-dire les a purifiés du péché originel.

 

La dernière m’a toujours plongé dans une incompréhension abyssale.

 

Voici l’histoire :

 

« Les mages vinrent à Jérusalem, s’informant de la naissance du nouveau roi que leur annonçaient les présages. Et Hérode, en les entendant, craignit que, de la famille des vrais rois de Judée, un enfant ne fût né qui pourrait le chasser comme usurpateur. Il demanda donc aux rois mages de venir lui signaler l’enfant royal dès qu’ils l’auraient trouvé, feignant de vouloir adorer celui qu’en réalité il se proposait de tuer.

 

Mais les mages s’en retournèrent dans leur pays par une autre route. Et Hérode, ne les voyant pas revenir, crut que, honteux d’avoir été trompés par l’étoile, ils s’en étaient retournés sans oser le revoir ; et, là-dessus, il renonça à s’enquérir de l’enfant. Pourtant, quand il apprit ce qu’avaient dit les bergers et ce qu’avaient prophétisé Siméon et Anne, toute sa peur le reprit, et il résolut de faire massacrer tous les enfants de Bethléem, de façon que l’enfant inconnu dont il avait peur pérît à coup sûr.

 

Mais Joseph, averti par un ange, s’enfuit avec l’enfant et la mère en Égypte, dans la ville d’Hermopolis, et y resta sept ans, jusqu’à la mort d’Hérode. Et Cassiodore nous dit, dans son Histoire tripartite, qu’on peut voir à Hermopolis, en Thébaïde, un arbre de l’espèce des persides, qui guérit les maladies, si l’on applique sur le cou des malades un de ses fruits, ou une de ses feuilles, ou une partie de son écorce. Cet arbre, lorsque la sainte Vierge fuyait en Égypte avec son fils, s’est incliné jusqu’à terre, et a pieusement adoré le Christ. »

 

Qui donc était cet Hérode ?

 

« Les Innocents ont été mis à mort par Hérode d’Ascalon. L’Écriture Sainte cite en effet trois Hérode, fameux tous trois pour leur cruauté. Le premier est appelé Hérode d’Ascalon : c’est sous son règne qu’est né le Seigneur et qu’ont été mis à mort les Innocents. Le second s’appelle Hérode Antipas : c’est lui qui a ordonné la décollation de saint Jean. Enfin le troisième est Hérode Agrippa, qui a mis à mort saint Jacques et a fait emprisonner saint Pierre. »

 

Seul l'évangéliste saint Matthieu (Matthieu 2, 16-18.) raconte l'épisode du massacre des Saints innocents que l'Eglise célèbre le 28 décembre.

 

« Même si ce massacre n’est pas certain historiquement, la folie paranoïaque d’Hérode est, elle, incontestable. Ce genre de projet lui ressemble, lui qui fit assassiner son épouse et plusieurs de ses enfants. Le passage est inséré au coeur de l’épisode de Jésus en fuite avec ses parents en Égypte. Il rejoint ainsi l’événement fondateur du Peuple élu : le massacre orchestré par Pharaon (Exode 1-2). La clé du récit est là. L’enfant Jésus échappe à la mort, comme le fut l’enfant Moïse sauvé par Dieu en vue de sa mission.

 

Le massacre des innocents annonce ainsi le massacre de l’Innocent, dont le don sauvera définitivement le Peuple. Jésus, le nouveau Moïse, accomplit ainsi les Écritures. En citant Jérémie 31,15, Matthieu fait allusion à d’autres événements douloureux et violents vécus par le Peuple de Dieu. Rachel, la « mère » des tribus du nord d’Israël, pleure ses fils et ses filles déportés par les Assyriens. C’est de Rama (l’un des lieux probables, avec Bethléem, du site de la tombe de Rachel) que les tribus du Sud partirent pour Babylone lors de l’Exil (Jérémie 40, 1). Des premiers moments de l’histoire d’Israël jusqu’à la naissance du Messie, la violence frappe. »

 

La violence !

 

Et Dieu dans tout ça ?

 

Comment me convaincre qu’il est innocent de ces carnages ?

 

Me persuader qu’il se met toujours du côté des violentés, solidaires de ceux qui souffrent et leur offrant le Salut.

 

 

 

Le massacre des Saints innocents le 28 décembre…
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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 06:00
Années 60 le Kremlin-Bicêtre, commune minuscule, comptait une centaine de bistrots, c’est dédié à Paco…

KB, en argot, c’est d’abord Bicêtre.

 

Dans la mémoire populaire, c’est le lieu de tous les malheurs du monde, la camisole de force et la guillotine y sont nés. Un long bâtiment du XVIIe siècle dans une enceinte de plus de 20 ha.

 

Jean Valjean, c’est là qu’on ferrait les forçats avant le départ au bagne.

 

« On leur essaya les colliers, puis deux forgerons de la chiourme, armés d’enclume portatives, les leur rivèrent à froid à grands coups de masses de fer… Chaque coup fait rebondir le menton du patient ; le moindre mouvement lui ferait sauter le crâne comme une coquille de noix. »

 

 

 

 

 

 

30 ans après les Misérables, Bicêtre est pour les 5e de sa surface un hospice de vieillards : indigents de plus de 70 ans, infirmes ou mutilés sans critère d’âge, le reste est occupé par l’asile d’aliénés de la Seine.

 

5000, pensionnaires et personnel, vivent dans cet enclos dont le 10e est bâti ; on y trouve une usine à gaz et ses gazomètres, des ateliers en tous genres, une écurie, une vacherie et des terres agricoles.

 

« Plus on approche de l’hospice, plus les marchands de vin deviennent nombreux. À la terrasse de ces établissements, on remarque les uniformes bleus des administrés de Bicêtre. Ils sont là par petits groupes, sirotant de bizarres consommations, petits verres de vitriol, apéritifs à l’emporte-bouche, café d’essence chicoréenne… Là stationnent des véhicules de tout genre, chariots d’infirmes traînés par des valides, voitures de paralytiques poussées par des aveugles, devant le Rendez-vous des Vieux Amis, Au Repos de la Vieillesse, À l’Éden-Purée, Au château de Bicêtre. »

 

Paul Bru, ancien économe de l’hospice, dans son roman En démence paru en 1900.

 

Jusque dans les années 60, où l’hospice laissera place à la médecine et à la chirurgie, le KB ne comptera pas loin d’une centaine de bistrots.

 

L’adjonction de Kremlin, pour adoucir le passé chargé de Bicêtre, est tirée d’une enseigne d’un cabaret évoquant la campagne napoléonienne de 1812.

 

Mais KB, pour moi qui ai fait ma thèse de doctorat sur le cochon, c’était GÉO, diminutif de Georges Foucault le fondateur. Sur près de 3 ha, l’usine avec son abattoir, sa centrale électrique et frigorifique, sa ferblanterie mais aussi un stade et son coin des enfants, une salle de gymnastique, des logements pour le personnel et des jardins ouvriers.

 

« en 1960, le périphérique commence son bouclage de Paris en bordure de KB à la porte d’Italie. La nationale 7 est encore la route des vacances. Quand on laisse la capitale pour répondre à l’appel de la Provence, on croise d’abord l’énorme horloge bleue et rouge posée comme une sucette sans manche sur le toit de Géo, puis le bâtiment plus ancien de l’usine, de brique claire, avec sa ligne de bow-windows qui dessine au dernier étage une façade en accordéon. Les porcs entrent sur pied derrière ces murs et en ressortent sous cellophane ; mille cinq cents personnes y travaillent. »

 

Le petit Django Reinhardt gratte sa guitare sur les trottoirs du Kremlin, « ceux du marché de l’avenue de Fontainebleau et ceux du marché aux puces qui s’étale le dimanche de l’hospice à la nationale, et même de l’autre côté de celle-ci, entre les cimetières, jusqu’à Ivry. La roulotte de ses parents stationne devant les fortifications, sur la « Zone » que Paris confisque en 1925. »

 

Pour Paco :

 

En 1936, il faudra 35 jours de grève avec occupation aux 900 ouvriers et ouvrières de Géo pour obtenir 12% d’augmentation et des primes de frigo.

 

Le KB n’ayant pas de cimetière Paris lui avait revendu une parcelle de son « cimetière parisien d’Ivry ». C’est là, selon Louise Michel, où après la semaine sanglante avaient été enfouis dans une immense fosse « plus de quinze mille corps. »

 

La route montant vers vert le fort est dédié en 197 à Cristino Garcia, républicain espagnol, héros de la Résistance française, rentré poursuivre la lutte dans son pays et fusillé par Franco en 1947. En 55 le maire André Lacroix, un ex-SFIO, la débaptise pour Verdun. Aux premières législatives de la Ve il arrache la 52e circonscription à une figure du PC Marie-Claude Vaillant-Couturier avec le soutien des gaullistes. Il estime avoir achevé son œuvre de libérer ce bout de banlieue « de la tyrannie stalinienne. » À la mort de Lacroix qui finit à l’UDF, la maire RPR débaptise la rue des Fusillés au bénéfice d’Edmond Michelet.

 

Source : De la banlieue rouge au Grand Paris Alain Rustenholz éditions La fabrique

 

 

Années 60 le Kremlin-Bicêtre, commune minuscule, comptait une centaine de bistrots, c’est dédié à Paco…
Années 60 le Kremlin-Bicêtre, commune minuscule, comptait une centaine de bistrots, c’est dédié à Paco…
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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 06:00
Juteux !

Dans le petit monde du vin pullulent des qui se haussent du col, s’agitent sur Face de Bouc, tentent de se la jouer Parker en des dégustations sponsorisées, s’auto-promeuvent, tentent de faire de leur job un truc juteux sans pour autant accéder à la lumière ardemment désirée.

 

Je ne résiste pas à vous citer un spécimen de cette engeance qui gravite dans le petit monde du vin.

 

« Qu'il est complexe, lorsque l'on déguste près de 3000 à 4000 vins par an, de choisir dix noms, dix références qui nous ont particulièrement marqués. Même si les 4000 vins dégustés ne sont pas tous inscrits dans notre mémoire, nombre d'entre eux font désormais partie de notre « base de connaissance », de notre ADN vin à tout jamais.

Extraire, c'est trahir. Qu'il en soit ainsi. »

 

AMEN

 

Comme on n'est jamais mieux servi que par soi-même, sans avoir recours à une mesure indépendante, type OJD, voilà ce qu'écrit notre homme sur Face de Bouc avec un nous de majesté  :

 

Merci pour votre fidélité et votre soutien. Anthocyanes, média digital indépendant français, et toujours sans aucune publicité, a connu une année 2016 dynamique. Transformation du site, explosion du nombre d'abonnés, découvertes, rencontres, dégustations.... Nous sommes heureux et fiers de l'adhésion à notre modèle indépendant. 


Nous espérons 2017 encore plus dynamique, encore plus soutenu, encore plus "vin". Avec et pour vous ! 


Bonnes fêtes à tous !!!


(Je retire "seul" pour ne pas froisser les autres médias indépendants, qui il est vrai, pouvez se sentir mis en exergue. Désolé.

 

L'indépendance se prouve par la transparence de ses ressources, toutes, et non par des déclarations d'intention...

 

Bon prince, je me suis astreint à lire sa prose pour me faire une idée sur le niveau atteint par son extraction.

 

6 des 10 vins choisis sont qualifiés de juteux.

 

Mon pépé Louis qu’avait fait 3 ans de régiment puis 4 années de 14-18, un gros trou dans son CV de paysan de Vendée, ironisait sur les cons de juteux.

 

« Le juteux du ravitaillement, gardien des haines du régiment, pour l'instant le maître du monde. »

 

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit, 1932.

 

« Dès le deuxième litre, il entama les souvenirs du régiment; il passa la revue de tous les camarades de chambrée et de tous les chefs, du colon au dernier des cabots, en passant par le capiston, le yeutenant, le juteux, le doublard et le piédeban; […].»

 

Louis Pergaud, Un renseignement précis, 1921

 

Redevenons sérieux et citons notre expert en jutosité :

 

« Juteux avec de beaux tanins veloutés, le toucher de bouche est plein de fond, de suavité dont l'ensemble est rehaussé par une belle amertume. »

 

« Le grain est juteux, la matière parfaitement équilibrée avec des amers finaux particulièrement adaptés à la gastronomie. »

 

« La fraicheur et la pureté au nez emballent par leur dimension complexe, la bouche est juteuse à souhait, le boisé élégant, le toucher de bouche suave. »

 

« … il produit des vins d'une fraicheur, d'une suavité proche du juteux, que je peine à retrouver sur d'autres vins de l'appellation »

 

« Je vous parle, plutôt, de muscadet suave, juteux, presque crémeux, sans aucune aspérité acide, dans un volume de bouche impensable »

 

« La bouche, quant à elle, impressionne pour son juteux (assez rare sur ce cépage, ndlr l’aligoté) et sa bienveillance. »

 

Fort bien me suis-je dit mais qu’est-ce donc qu’un vin juteux ou, mieux, comment qualifier un vin qui ne l’est pas ?

 

Ça éclairerait ma faible lanterne de buveur de vin.

 

Faute de réponse je suis allé consulter les experts de la langue française :

 

1. Qui a beaucoup de jus.

 

« Monsieur haletait, bavait, comme s'il eût mangé une poire trop grosse et trop juteuse. »

 

Mirbeau, Journal femme chambre, 1900

 

« Il y aura tout à l'heure sous la roseraie une jonchée de surgeons tendres, rouges d'aurore au sommet, verts et juteux à la base. »

 

Colette, Maison de Claudine, 1922

 

− En particulier. Antonyme de sec.

 

« Depuis 1939, l'évolution de la production fruitière française est surtout dominée (...) par le développement de la production des fruits juteux au détriment de celle des fruits secs. »

 

Boulay, Arboriculture et produits. Fruitiers, 1961

 

b) [Correspond à jus]

 

« Les canards étaient supérieurs à nos meilleures espèces d'oiseaux sauvages, − excessivement tendres, juteux, et d'une saveur exquise. »

 

Baudelaire, 1858

 

« Il m'a donné le sens des palombes, cuites à point, flambées, juteuses, et celui de l'ancienne magistrature ; »

 

Jammes, 1922

 

2. Imbibé d'eau. Sol, pré juteux. [

« Les premiers entrés ont marqué leur pas juteux sur le parquet, de la barrière aux patères et des patères aux bancs; bientôt, un chemin de boue s'est dessiné dans le préau »

 

Frapié, Maternelle, 1904.

 

B. − Familier. Qui rapporte beaucoup d'argent. Synonyme : fructueux, lucratif, rentable. Un emploi juteux.

 

Me voilà bien avancé puisque par construction un jus est juteux, reste à le qualifier de sucré, d’acide, d’astringent, d’amer… etc.

 

Voilà c’est dit, moi je veux bien qu’on se paye de mots, même si ce n’est pas forcément très juteux, mais de grâce merci de ne plus aligner des phrases ronflantes avec l’âge du vigneron, le toucher de bouche (moi j’adorais le toucher de balle d’Ilie Nastase), les exhalaisons du terroir, l’esprit du lieu… et bien sûr la jutosité du jus.

 

Ce que j’en dis c’est pour causer mais ça ne donne guère envie de s’abonner à la prose de ce stakhanoviste de la dégustation en mal de notoriété.

 

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, la fille Le Pen 47e n°1 des personnalités préférées des Français qui placent Omar Sy en tête.

Je n’ai jamais mis les pieds en Espagne sous Franco, l’homme au garrot, ce lacet étrangleur, arme utilisée depuis l’Antiquité pour tuer par strangulation un adversaire, et utilisé jusqu'en 1974 dans l'Espagne franquiste pour exécuter un condamné à mort.

 

La dernière fut celle de Salvador Puig Antich, le 2 mars 1974. L’exécution fut rapide, et glaça l’opinion espagnole et étrangère. Le garrot est un instrument simple, composé d’une vis qui permet à deux morceaux de métal en forme de collier de se réunir. Suivant la vitesse que donne le bourreau, on est d’abord étouffé, puis les vertèbres cervicales sont brisées. Le terme juridique officiel était ” a garrote lento” en souvenir du temps où les juges faisaient durer le supplice.

 

Salvador Puig Antich est né à Barcelone le 20 mai 1947 dans une famille catalane de la classe moyenne. Le frère aîné est médecin, une soeur institutrice et une autre infirmière. Après des études religieuses, un début d’étude d’économie à Barcelone, et le service militaire comme infirmier, Salvador devient membre du MIL, passe dans la clandestinité, abat un sous-inspecteur de police, ce pourquoi il est condamné à mort en janvier 1974. Le 1 mars Franco confirma la peine, qui fut transmise aux avocats le soir et à Salvador à 21 h. Elle était exécutoire le 2 mars au matin.

 

« A l’aube, un curé ex-professeur de Salvador arriva (sans que personne de la famille ne l’ait appelé) Salvador l’accepta et ils parlèrent de connaissances mutuelles. A 7 h 30 – deux heures avant le garrotage – les sœurs durent s’en aller. « Les dernières heures furent terribles. Chaque fois que la porte de la cellule du condamné s’ouvrait, Salvador était pris aux tripes. Mais la grâce n’arriva pas. » A 9h 30, il fut conduit sur le lieu d’exécution. Il dit au juge « bien joué, mon gars » (majo, lo has conseguido), ce qui le foudroya. Quand il vit le garrot, il dit « même ça, c’est de la merde ! » Il refusa qu’on l’attache et qu’on lui mette une cagoule. Le bourreau avait dit que ce serait rapide, et en trois tours, il exécuta, sans bruit.

 

Depuis 1978, la famille a eu droit d’inscrire le nom de Salvador Puig Antich sur sa tombe à Barcelone.

 

Lorsque l’Allemagne et l’Italie en novembre 1936 firent savoir qu’elles reconnaissaient les Nationalistes comme étant le vrai gouvernement espagnol, Franco déclara que l’Allemagne d’Hitler, l’Italie de Mussolini, le Portugal de Salazar et l’Espagne nationalistes étaient les bastions de la culture, de la civilisation et du christianisme en Europe. « Cet instant – ajouta-t-il sur un ton dithyrambique inhabituel de sa part – marque le point culminant de l’histoire du monde. »

 

La France rance d’aujourd’hui est sans conteste l’héritière de cet état d’esprit, elle aime les Führer, les Duce, les Caudillo, la poigne de fer, l’ordre, elle a ses racines profondes dans le terreau de ceux qui ont souhaités la victoire de l’Allemagne nazi au nom de la croisade contre le communisme, les valeurs chrétiennes, l’homme nouveau, enfants des collaborateurs venus de tous les bords de l’échiquier politique : Déat, Doriot, Laval, Darnand, Darquier de Pellepoix…, et d’une poignée d’intellectuels qui firent des voyages en Allemagne et finirent à Sigmaringen : Rebatet, Jacques Benoist-Méchin, Bonnard, Brasillach, journaliste, Céline, Chardonne, Alphonse de Châteaubriant, Drieu la Rochelle, Robert Julien-Courtine, Henry de Montherlant et beaucoup d’autres.

 

La fille du borgne, en dépit de ses efforts de ripolinage avec le transfuge de la gauche chevènementiste Philippot, pour faire propre sur elle, sort de ce tonneau-là et le Français, qui nous dit-on la place en tête des personnalités politiques préférées, quel que soit les reproches qu’ils puissent faire à ceux qui les ont gouvernés, ne devraient pas l’oublier. Ces gens-là ont toujours profités des malheurs de la France pour nous faire accroire qu’ils vont nous sauver. Moi je n’oublie rien et je ne lâcherai rien face à ces désastronautes, xénophobes, minables et incompétents.

 

C’est la trêve des confiseurs dit-on, sauf sur les fronts lointains Alep, Mossoul, le Yémen… ou plus proche de nous : hier Berlin… Poutine est l’homme fort du moment, il séduit la droite extrême et même celle qui se dit modérée, il répète à l’envi qu’« aujourd’hui la Russie était plus puissante que n’importe quel agresseur potentiel. N’importe lequel ».

 

« Des responsables de l’administration américaine actuelle se sont soudainement mis à dire qu’ils étaient les plus forts, les plus puissants dans le monde. Oui, effectivement, ils ont davantage de missiles, de sous-marins et de porte-avions. Nous ne le contestons pas »

 

Mais il n’a pas levé ses ambiguïtés. « J’ai dit que la Russie était plus forte aujourd’hui que n’importe quel agresseur. Qui est l’agresseur ? Celui qui peut potentiellement attaquer la Russie », a-t-il ironisé, très sûr de lui en cette fin 2016 où, pour la troisième année consécutive, le magazine américain Forbes l’a élu « l’homme le plus influent du monde ».

 

Et nous, qui n’avons plus de Président ou presque, nous nous morfondons dans un pessimisme mortifère et n’avons qu’à nous mettre sous la dent qu’une nouvelle primaire. C’est déprimant !

 

Allez, sacrifions à la mode du temps !

 

« La primaire, le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres? »

 

La primaire dite de «la droite et du centre » a été un succès en ce sens qu’elle a mobilisé plus de 4 millions d’électeurs et qu’elle a permis de désigner un candidat incontesté et incontestable. La primaire dite de «la Belle Alliance » s’annonce comme une épreuve dont rien ne dit que sur ces deux critères – le nombre des électeurs et la réputation du vainqueur – elle produise demain un effet du même ordre.

 

La primaire, en ce sens, n’est pas la martingale absolue que prétendent parfois ceux qui l’ont conçue et prônée. C’est une procédure de désignation qui en vaut d’autres, qui a ses lois spécifiques qu’on découvre au fur et à mesure qu’elle se généralise mais à laquelle il ne faut pas prêter des vertus autres que celles qui la justifie. La primaire sert à choisir un candidat. Elle ne désigne pas forcément un champion rassembleur et encore moins un Président en puissance.

 

La primaire, jusqu’à présent, n’a pourtant pas desservi les intérêts immédiats des formations politiques qui s’y sont ralliés. En 2011, celle de la gauche a mis sur orbite un candidat - François Hollande - qui permit au PS de reconquérir dans son sillage l’essentiel du pouvoir. En 2015, celle de la droite vient de donner aux Républicains les moyens de réaliser, avec François Fillon, pareille performance. Rien n’autorise à dire que François Hollande n’aurait pas été élu Président s’il avait été désigné par une procédure différente. Celle de la primaire, en tous cas, n’a pas été pour lui un handicap. Elle vient d’installer à son tour François Fillon dans le rôle du favori. On peut ainsi se demander si la primaire n’est pas essentiellement l’instrument de promotion efficiente des candidats à la présidentielle dont le parti est dans l’opposition.

 

La primaire n’est pas devenue une règle et encore moins une contrainte. Elle reste une convention qui n’engage que ceux qui s’y rallient. Rien n’oblige un candidat à la présidentielle à se soumettre à cette compétition. Les deux principaux partis de gouvernement du paysage politique français l’ont adoptée à cinq ans de distance pour des raisons identiques. Ils n’avaient plus les moyens d’arbitrer autrement les ambitions rivales qui s’affrontaient en leur sein. Faute de candidat naturel et en raison aussi du manque de fiabilité du vote militant, ils ont choisi d’externaliser le mode de sélection de leur champion. De cet aveu de faiblesse, ils ont voulu faire une démonstration de force, avec pour le moment une évidente réussite. Par définition, la primaire n’est donc pas une procédure adaptée aux partis qui, soient parce qu’ils sont forts, soient parce qu’ils ne sont pas démocratiques, soient enfin parce qu’ils s’identifient entièrement à leur leader, visent à la promotion et non à la sélection.

 

La suite ICI 

 

À l’année prochaine sur mes lignes…

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 06:00
C’était au Bourg-Pailler le temps du Petit Jésus de sa crèche et du Minuit chrétien de Gégène…

C’était le Noël 2009 :

 

« Enfant, le temps de l’Avent, celui où nos mères, la mienne et Madeleine Remaud celle de ma seconde famille, se rendaient à Nantes dans la C4 de Louis le boulanger, le mari de Madeleine, pour acheter aux grands magasins Decré, les cadeaux de nos petits souliers.

 

La fiction du Petit Jésus – pas de Père Noël dans notre Vendée, c’eut été un sacrilège – dura fort tard, nous étions en ces temps reculés de gentils niais qui fumaient des P4 en cachette tout en croyant aux contes de Noël. Nous ne roulions pas sur l’or, mais les cadeaux furent toujours bien choisis : le dictionnaire de Monsieur Champagne (une chronique de 2006, un scooter Vespa à pédales, rien que du bonheur.

 

Mais le point culminant restait la veille de Noël avec la confection de la crèche et du sapin de Noël. Mon grand frère Alain – je l’embrasse fort, c’est son premier Noël sans sa Danielle –, avec son compère Jean Cantin, allaient couper des petits sapins en forêt. Moi j’allais ramasser de la mousse : de la verte et de la blanche, des branches de houx et de fragonnette pour le décor de la crèche. Le papier faux rocher, la grotte, les petits chemins en sciure, Marie et Joseph à genoux, le bœuf et l’âne, les bergers, les moutons, l’étoile en haut du sapin, les boules et les guirlandes... Il régnait à la maison une atmosphère légère et douce. Mais le must restait la messe de Minuit.

 

Comme mes plus fidèles lecteurs le savent, déjà ambitieux comme pas deux, j’étais enfant de chœur et pour nous, la Messe de Minuit, constituait un grand moment.

 

En effet, qui donc cette année entonnerait le Minuit chrétien ? Gégène, l’organiste aveugle, adepte du gris que l'on roule, qui bramait comme un vieux cerf poussif ?

 

Quelqu’un venu d’ailleurs ?

 

Un vaillant Mothais bravant Gégène ?

 

En effet, celui-ci n’appréciait pas la concurrence et, lorsqu’un audacieux se risquait à lui piquer l’interprétation du Minuit chrétien, il enrageait et, pour marquer sa colère, soit il poussait l’accompagnement à l’harmonium comme une formule 1 ou le laissait languir à la Richard Clayderman. La troupe d’enfants de chœur se poilait sous le regard courroucé du curé doyen. Moi, en dépit des interprétations calamiteuses, les paroles du Minuit Chrétien me tiraient des frissons, me nouaient les entrailles : comment ne pas se sentir ému par « l’heure solennelle » par ce « Peuple à genoux qui attends sa délivrance... », tressaillir face au courroux de Dieu le père, et puis transporté par le « Peuple debout... » tout ça pour effacer la tache originelle, ça valait le coup de chanter la délivrance en matant pendant la communion en tenant le plateau sous les mentons pointés, les langues tendues, de quelques beautés locales, dont certaines ne baissaient même pas les yeux, ce qui donnait toute sa force au péché originel que j’avais hâte de consommer. »

 

Allez, place au Minuit chrétien !

 

La version de Tino Rossi pendant la drôle de guerre à Noël 1939 est 1 collector absolu.

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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 06:00
Comme le père Noël était déjà une ordure à Dijon le 23 décembre 1951 où il fut pendu aux grilles de la cathédrale et brûlé.

Nos politiques, qui ne savent pas quoi inventer pour cliver plus encore notre société déjà si fragmentée, n’ont pas trouvé mieux que d’ériger des crèches dans les bâtiments publics.

 

Le Conseil d’État a même du statuer et a estimé le 9 novembre dans une décision prudente que des crèches de Noël pouvaient être installées dans les mairies, mais a assorti cette autorisation d'une série de conditions strictes, pour écarter tout prosélytisme religieux.

 

La plus haute autorité administrative a jugé que «dans les bâtiments publics, sièges d'une collectivité publique ou d'un service public, une crèche de Noël ne peut pas être installée, sauf si des circonstances particulières montrent que cette installation présente un caractère culturel, artistique ou festif».

 

Elle appelle également à vérifier si une telle installation répond ou non à un «usage local».

 

La mise en place d'une crèche de Noël ne peut en aucun cas signifier «la reconnaissance d'un culte ou une préférence religieuse», a par ailleurs averti le Conseil d'Etat.

 

Il a aussi fait une distinction entre l'intérieur des bâtiments publics et les autres «emplacements publics» tels que les marchés, où selon lui, installer des santons est a priori légal, à condition d'éviter toute manifestation religieuse contraire à la neutralité s'imposant aux pouvoirs publics.

 

Laurent Wauquiez (LR), président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, veut y installer une crèche au conseil de région «pour que ce soit ludique et historique». Robert Ménard, dans sa mairie de Béziers pour la «défense de la culture chrétienne». Le député Éric Ciotti (LR), mettra à nouveau une crèche au conseil départemental des Alpes-Maritimes cette année, salue également «une reconnaissance forte de notre identité, de notre histoire et nos racines».

 

Mais en cette veille de Noël, laissons de côté ces coups de menton récupérateurs pour nous intéresser à un personnage profane : le Père Noël.

 

Vendredi de la semaine dernière baguenaudant sur mes 2 roues muent par la force de mes jarrets à la recherche de cadeaux pour les petits souliers je me suis bien sûr arrêté pour explorer mes cavernes de livres.

 

En entrant à l’Écume des Pages, dans la vitrine à gauche de la porte mon regard fut attiré par un petit livre rouge. Pas celui de Mao, dont je vous parlerai bientôt, mais un signé Claude Lévi-Strauss, rouge à la couleur du Père Noël.

 

Le titre va surprendre plus d’un : Le Père Noël supplicié.

 

Sans faire le ramenard moi ça ne m’a pas surpris le 4 décembre 2011 j’avais commis une chronique :

 

Le Père Noël supplicié : brûlé devant des enfants des patronages sur le parvis de la cathédrale de Dijon, le député-maire s’est abstenu de prendre parti.

 

« Non je vous assure je n’ai ni abusé avec mes amis de Bourgogne Live de l’aligoté de Bouzeron, ni sifflé une ligne de Kir en galante compagnie, ni trop honoré « l’Ouvrée des Dames » 2005 de Joseph Drouhin, mais tout simplement lu « Le Père Noël supplicié » de Claude Lévi-Strauss, texte d’abord publié dans la revue Les Temps Modernes (N° de mars 1952, pp. 1572-1590) et qui a été réédité aux éditions Sables en 1996. »

 

La suite ICI

 

Je ne saurais trop vous recommander de mettre cette nouvelle édition au Seuil dans la collection La Librairie du XXIe siècle sur la liste de vos cadeaux de fin d’année. Vous ne vous ruinerez pas 12 euros et offrir du Lévi-Strauss ça impressionne toujours.

 

Si vous êtes radin vous pouvez accéder au texte ICI 

 

Ou bien en écouter la lecture

 

Lire aussi 

Le mensonge du Père Noël, un paradoxe parental

 

Comment, en tant que parent, exiger des enfants la vérité quand on leur sert la même imposture tous les ans ?

 

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 


 

Comme le père Noël était déjà une ordure à Dijon le 23 décembre 1951 où il fut pendu aux grilles de la cathédrale et brûlé.
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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 06:00
Les dîners pourris du père de la Noiraude… des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans.

Une vache qui téléphone à son vétérinaire, en voilà une drôle d’idée. C’est pourtant celle qu’ont eu Jean-Louis Fournier et Gilles Gay en créant « La Noiraude » en 1976. Diffusée en 1977 sur TF1 dans « L’île Aux Enfants », cette série animée française de 61 épisodes de 3 minutes vous a certainement laissé des souvenirs à nos enfants.

 

Anne-Cécile, par la grâce de la maman d’un jeune copain qui travaillait à TF1 se retrouva sur le plateau de l’île aux enfants en compagnie de Casimir et de sa bande dont le fameux Mr du snob. Elle y suça consciencieusement son pouce.

 

Ça a commencé par un coup de cœur pour une fermette, le charme de ses colombages, son porche en pierre et ses plants de tomates qui faisaient les fiers à bras au fond du jardin. Et nous avons emménagé à Gizancourt, retapé la maison […]

 

C’est à Gizancourt que la Noiraude est née. Notre voisin était vétérinaire. Il avait installé son téléphone dans le jardin, pour l’entendre de loin. Et dès que ça sonnait, je me disais que c’était les vaches qui l’appelaient. J’inventais les dialogues, le vétérinaire, ça le faisait marrer. »

 

Ainsi s’exprime Jean-Louis Fournier dans un charmant petit livre Des plats et déliés chez Kéribus éditions dans la collection L’arrière-cuisine. 10 euros.

 

C’est succulent, Desprogien, un régal d’humour grinçant d’un petit gars d’Arras dont le père lichetronnait sec.

 

- Allo, c'est la Noiraude, je voudrais parler au vétérinaire...

 

- Ne quittez pas je vous le passe !

 

- Allo docteur, la Noiraude à l'appareil...

 

- Bonjour la Noiraude, qu'est ce qui ne va pas encore ?

 

- Est-ce qu'une blanche vaut deux noires ?

Voici ses souvenirs de dîners pourris

 

« D’abord les convives. Des gens que je n’aime pas. Il n’y aurait que des ennuyeux qui font des phrases, des vulgaires, d’autres qui racontent des histoires assommantes, des gens qui ne connaissent pas mes livres, une race que je ne supporte pas, sachant que celle que je déteste le plus est celle qui fait semblant de les avoirs lus.

 

Il y aurait un apéritif. Toutes les conneries de boissons dont le Martini. Des mousseux déguisés en champagne. Des cocktails, hier à la mode, aujourd’hui dépassés.

 

Des cubes de fromages, des toasts avec des trucs tout pâles étalés dessus comme du mousson de canard. Des verrines. Et la maîtresse de maison dirait : «reprenez-en !»

 

En entrée, il y aurait de la macédoine embourbée de mayonnaise servie dans des tomates coupées en deux. Ou alors du mauvais melon, orange tirant sur le saumon avec son goût de navet. Pire encore, des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans. Ça me fait penser à de grosses dames allemandes qui prennent leur bain de soleil.

 

Le plat de résistance. Parlons-en. Je n’aurais évidemment plus faim. Je vois bien un rôti de veau racorni avec des petits pois flottants dans leur jus. Ou pire, des plats en sauces. Des « ragouignasses ».

 

Bœuf aux carottes, blanquette, goulasch ou des morceau de viande avec des filaments, servis avec des choux de Bruxelles.

 

Ensuite, il y aurait de la salade. Mal assaisonnée, luisante d’huile d’arachide.

 

Sur le plateau de fromage, un Babybel.

 

En dessert, un moka industriel. Pire encore, un gâteau fait maison, encerclé de crème anglaise comme un château de sable grignoté par marée montante.

 

Le café serait servi dans des mazagrans. Avec des chocolats bidons farcis de Yuzu ou au thé vert.

 

Et à ce moment-là, le mari de la maîtresse de maison m’apporterait mi-fier, mi-intimidé son manuscrit à lire. »

Les dîners pourris du père de la Noiraude… des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans.
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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 06:00
À la table de Françoise à Combray Marcel Proust appréciait la variété les menus de campagne.

Faire lire Proust par le plus grand nombre, telle est la mission que poursuit Laurence Grenier.

 

Ainsi elle nous offre « les douze dîners » de Marcel Proust aux éditions de la Spirale 10 euros, qui sont extraits de À la recherche du temps perdu.

 

Françoise

 

« Cuisinière de tante Léonie à Combray. Elle a une forte personnalité, fait preuve d’un rude bon sens paysan et alterne attentions et rudesse mais fait toujours montre d’une grande fidélité envers la famille du narrateur (1). C’est une excellente cuisinière et sait varier les menus avec les saisons pour le plus grand plaisir de la famille (2). Elle peut faire preuve de cruauté aussi bien envers les animaux qu’envers ses semblables, en particulier les gens humbles comme les domestiques de la maison (3) mais à l’inverse elle est d’une fidélité exemplaire vis-à-vis de sa maîtresse Léonie et s’occupera d’elle durant sa maladie puis son agonie avec beaucoup d’abnégation (4). »

 

La suite ICI 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Mais (surtout à partir du moment où les beaux jours s’installaient à Combray) il y avait bien longtemps que l’heure altière de midi, descendue de la tour de Saint-Hilaire qu’elle armoriait des douze fleurons momentanés de sa couronne sonore, avait retenti autour de notre table, auprès du pain bénit venu lui aussi familièrement en sortant de l’église, quand nous étions encore assis devant les assiettes des Mille et une Nuits, appesantis par la chaleur et surtout par les repas. Car, au fond permanent d’œufs, de côtelettes, de pomme de terre, de confitures, de biscuits, qu’elle ne nous annonçait même plus, Françoise ajoutait – selon les travaux des champs et des vergers, le fruit de la marée, les hasards du commerce, les politesses des voisins et son propre génie, et si bien que notre menu, comme ces quatre-feuilles qu’on sculptait au XIIIe siècle au portail des cathédrales, reflétait un peu le rythme des saisons et les épisodes de la vie : une barbue parce que la marchande lui en avait garanti la fraîcheur, une dinde parce qu’elle en avait vu une belle au marché de Roussainville-le-Pin, des cardons à la moelle parce qu’elle ne nous en avait pas encore fait de cette manière-là, un gigot rôti parce que le grand air creuse et qu’il avait bien le temps d’ici sept heures, des épinards pour changer, des abricots parce que c’était encore une rareté, des groseilles parce que dans quinze jours il n’y en aurait plus, des framboises que Swann avait apportées exprès, des cerises, les premières qui vinssent du cerisier du jardin après deux ans qu’il n’en donnait plus, du fromage à la crème que j’aimais bien autrefois, un gâteau aux amandes parce qu’elle l’avait commandé la veille, une brioche parce que c’était notre tour de l’offrir. Quand tout cela était fini, composée expressément pour nous, mais dédiée plus spécialement à mon père qui était amateur, une crème au chocolat, inspiration, attention personnelle de Françoise, nous était offerte, fugitive et légère comme une œuvre de circonstance où elle avait mis tout son talent. Et lui qui eût refusé d’en goûter en disant : « J’ai fini, je n’ai plus faim », se serait immédiatement ravalé au rang de ces goujats qui, même dans le présent qu’un artiste leur fait d’une de ses œuvres, regardent au poids et à la matière alors que n’y valent que l’intention et la signature. Même en laisser une seule goutte dans le plat eût témoigné de la même impolitesse que se lever avant la fin du morceau au nez du compositeur. »

 

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 06:00
J’en ai assez des mariages arrangés, je suis pour l’union libre entre la côte-rôtie et le rôti de veau…

Le dernier mariage arrangé qui m’est passé sous le nez consistait à trouver le bon conjoint aux poissons fumés. Exercice de haute voltige certes un peu moins compliqué que d’apparier une boulette d’Avesnes avec un GCC.

 

À l’approche des réveillons de fin d’année, les grands classiques ressortent des tiroirs : les incontournables comme disent les marieurs : le foie gras, les huîtres, la volaille…  C’est simple, les accordeurs ne prennent guère de risques puisque lorsque le mariage sera consommé ni la séparation de  corps, ni le divorce ne seront à l’ordre du jour.

 

Un chroniqueur notait à propos de cette profession qui fut remplacé par les agences matrimoniales puis par les sites de rencontres sur le Net :

 

« Tout concourt à faire de la marieuse un personnage ambivalent : elle vit de son commerce mais pour ce faire doit prendre grand soin à faire oublier cette dimension mercantile de son activité. De la même façon les rencontres qui se tiennent chez elles sont tendues d’ambiguïté. »

 

Celle-ci, l’ambiguïté, est bien évidemment la marque de fabrique des marieuses et marieurs modernes. Les accordailles permettent de faire de la promotion, parfois désintéressée, pour une appellation, un vigneron, un domaine, un château…

 

Lisez-moi bien, je ne jette point l’opprobre sur ces unions de circonstance, elles ne sont que la marque d’une époque où les conseilleurs, les qui bourdonnent autour, les qui patronnent les foires aux vins de la GD, s’évertuent à démontrer leur utilité.

 

Là encore ne prenez pas mon ironie à la lettre, demander conseil lorsque l’on se trouve à table au restaurant ou chez un caviste me va bien. Tout simplement parce c’est naturel et non une forme d’obligation au nom de ce qui se fait ou de ce qui ne se fait pas.

 

Ce qui me chagrine ce sont les figures imposées, l’impératif  du sachant, comme si mon marchand de cravate, au temps où j’en portais, m’avait déconseillé d’apparier une cravate à motifs avec une chemise à rayures ou que je devais nouer mes cravates club avec un col blanc sur une chemise bleu ciel.

 

Ce que je revendique c’est la liberté de choisir, de choisir de se faire conseiller ou  de choisir en fonction de son humeur, des convives, de l’air du temps. Le monde du vin, avec ses codes, ses initiés, son vocabulaire fleuri mais abscons, dresse des obstacles qui rebutent le commun des mortels.

 

Dans mon long parcours professionnel l’instant que je redoutais le plus au restaurant c’était le moment où les convives se tournaient vers moi en me confiant la carte des vins en affirmant « Toi qui t’y connais, choisis-nous la bonne boutanche ! » J’avais beau protester du fait que remuer les dossiers du vin auprès du Ministre de l’Agriculture ne faisait pas de moi une référence. Ils n’en démordaient pas et je suais sang et eau pour tenter de satisfaire la tablée.

 

L’irruption du vin au verre, en dépit de son coût prohibitif (un sommelier facétieux me confia un jour qu’il était la machine à cash de la maison), permet à chacun de prendre ses responsabilités quitte à demander conseil.

 

En effet, le conseil c’est au plus près et non le mariage arrangé sur papier glacé qui a pour moi la même valeur que l’horoscope du jour…

 

Le choix du vin qui va avec c’est au bonheur du jour, l’imagination, la transgression parfois, la paresse aussi de confier sa destinée à un sommelier ou un caviste avisé qui vous connaît, vous ressent. C’est aussi un excellent moyen d’engager la conversation avec des amis, de briser la glace avec une belle, d’expérimenter, de découvrir… en un mot la liberté d’emprunter soit un chemin de traverse ou un sentier bien balisé d’un GR ! On peut s’y perdre mais aussi le seul moyen de se donner de vraies émotions !

 

«Mme Subières développe, rue de Prony, son commerce de mariages. Elle y tient salon de littérature et d’art. C’est une façade honorable. Ceux qu’elle a attiré écoutent volontiers M.le docteur René Lierre accuser de pourriture la vieille société/ Sa voix coupante n’est pas sans émouvoir beaucoup Mrs Galdys Corry, de San Fransisco, une milliardaire tout à fait séduisante, qui peut tout acheter. Libre maintenant par un second divorce, elle rêve d’un mari, sous la direction souple, mais très efficace de Mme Subières qui a passé l’âge d’aimer elle-même et se passionne pour le bonheur d’autrui – en artiste – afin de mêler un peu d’idéal à son négoce.  »

 

La Marieuse, p. 158 Charles-Henry Hirsch, 1925.

 

Au hasard du fil Twitter : Quels vins avec un Bleu de Gex ? ICI

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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 06:00
Chaud, chaud, les marrons chauds… mais alors pourquoi donc nous les offrent-on glacés ?

Sur nos trottoirs parisiens, dans les lieux de chalandise, les vendeurs de marrons chauds n’interpellent plus les passants avec le traditionnels « chauds, chauds, les marrons chauds… » Allez savoir pourquoi, je vous conseille d’aller le demander à Éric Zemmour partisan du rejet des marchands de marron dans la mer.

 

Mais les marrons sont aussi des gnons :

 

« Jacques (...) descend un de ses adversaires d'un direct au menton (...) les types protestent. On est pas ici pour recevoir des vrais marrons, ça n'est plus du jeu. »

Queneau, Loin Rueil, 1944, p.164.

 

Les marrons sont aussi dans les prisons :

 

« Un surveillant de ronde, qui inspectait le dortoir d'en bas du bâtiment-neuf, au moment de mettre son marron dans la boîte à marrons, − c'est le moyen qu'on employait pour s'assurer que les surveillants faisaient exactement leur service; toutes les heures un marron devait tomber dans toutes les boîtes clouées aux portes des dortoirs... »

Hugo, les Misérables, t.2, 1862, p.57.

 

Souvent les journalistes font souvent des marronniers quand ils n’ont rien d’autre à glander…

 

Et, certains d’entre eux, opportunistes, ouvriers de la 25e heure, savent tirer les marrons du feu sans se noircir les doigts.

 

Tirer les marrons du feu – locution

 

Travailler et prendre des risques au bénéfice ou pour le profit de quelqu’un d'autre, faire le plus difficile et ne pas en profiter, être lésé.

 

« Les Députés ont ménagé jusqu'à présent le Peuple, parce qu'ils en avoient besoin pour écraser la Noblesse, le Clergé et les Parlemens, mais il n'en profitera pas. Ils se sont servis de lui comme le singe se servoit de la patte du chat, pour ôter les marons du feu. »

1792. Conversation entre un maître d'école, un grenadier, et un paysan 1985

 

« Ce n'est pas toujours celui qui tire les marrons du feu qui les mange, ni celui qui ouvre l'huître que la gobe, ni celui qui fait des enfans qui les berce… »

1832. La Restauration (et : La Légitimité), dans La Révolution, ou confessions d'une girouette

Chaud, chaud, les marrons chauds… mais alors pourquoi donc nous les offrent-on glacés ?

Sachez aussi qu’un avocat est marron lorsqu’il est véreux, comme la chair du fruit lorsqu’il est pourri.

 

Le marron, une grosse châtaigne cultivée :

 

Du point de vue du botaniste, la châtaigne est le fruit du châtaigner (Castanea sativa), un arbre de la même famille que les chênes et les hêtres. Le marron d'Inde, lui, est la graine du seul marronnier existant en France (Aesculus hippocastanum), et il est toxique.

 

Si les fruits se ressemblent, les feuilles, les fleurs et les bourgeons diffèrent. Chez le châtaignier, les fleurs sont unisexuées, tandis que chez le marronnier d'Inde, les fleurs sont hermaphrodites. Une fois fécondées, elles évoluent en un gros fruit épineux, dont la bogue contient un à deux marrons. De son côté, la fleur de châtaignier fécondée se développe en fruit sec, dont la bogue contient en général trois fruits dans sa variété sauvage.

 

Dans le langage courant, le terme « marron » désigne une variété de châtaignes cultivée par les castanéiculteurs. Les bogues ne contiennent qu'un seul fruit. C'est une version modifiée par l'Homme de la châtaigne sauvage.

 

Reste à vous causer des marrons déguisés plus communément dénommés marrons glacés.

 

Le 29 décembre 2011 j’écrivais :

 

« Comme nous sommes en fin d’année j’ai bien sûr choisi une friandise très courrue : les marrons glacés. Eux aussi sont nés quelques parts, à Privas, en Ardèche, plus précisément dans le Vivarais, par l’entremise d’un entrepreneur Clément Faugier qui « suite à la fameuse crise de la soie qui avait réduit un grand nombre d’ouvriers au chômage en Ardèche, en 1882, fonda son entreprise et redonna un nouvel espoir » au pays. Exporter ! Clément Faugier fit voyager le marron glacé jusqu’à Zanzibar et en rentrant, constatant qu’il avait bien supporté l’épreuve du dépaysement, des fortes variations de climat, pu se lancer dans le commerce hors l’étroit pays. Bien plus tard, la crème de marrons Faugier accompagna Paul-Emile Victor en Terre-Adélie. »

 

La suite ICI 

Chaud, chaud, les marrons chauds… mais alors pourquoi donc nous les offrent-on glacés ?
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