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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 07:00
Le Pérugin, Saint Sébastien (vers 1500), Paris, musée du Louvre.

Le Pérugin, Saint Sébastien (vers 1500), Paris, musée du Louvre.

Je n’en suis pas, normal je ne suis pas un passionné du vin, en plus je n’y connais rien, sur le forum de la LPV je ne suis pas en odeur de sainteté, normal je suis un mécréant sans foi, ni loi. En plus j’ai osé me moquer du grand-prêtre de la LPV.

 

Ceci écrit, puisque j’ai hébergé un vigneron qui ne pense pas comme eux, je suis plus accueillant qu’eux, le sieur Jean-Yves Bizot, dit « l’enfant gâté » de Vosne-Romanée, un gars qui réfléchit, horreur malheur se pose de bonnes questions, tente d’y répondre, péché mortel pour les grands amateurs en quête de flacon à la hauteur de leurs bourses, j’ouvre ma fenêtre de tir pour  que le Saint Sébastien du vin puisse répondre.

 

Ça commence ICI Prophétie d'un non-voyant ou lettre ouverte aux amoureux de la Bourgogne

 

 

Catégorie : Bourgogne/Beaujolais

 

Jean-Yves Bizot n'a pas de compte sur LPV, je transcris sa réponse à vos remarques.



Je ne peux que confirmer ce que dit Pierre sur certaines lectures inattentives qui s'indignent et crient à l'indécence mais passent sans doute à côté du sens de ce qui est en jeu et qui est hautement problématique: l'exposition aboutie de deux approches du vin, vigneron et passionné, qui peuvent être antinomiques, qui risquent de l'être...



"La réponse que j’ai faite à Didier – je m’étais engagé à la faire – dépasse le cadre personnel. Elle n’a pas été forcément bien saisie, et les réflexions dévient sur le prix de mes bouteilles. J’ai exposé simplement pourquoi je pensais que la hausse était inévitable.


Je suis semble-t-il un enfant gâté… on me l’a déjà dit. On m’a dit aussi que je crachais dans la soupe. Donc, ce genre de propos glisse. Dire que mes propos sont indécents me dérangent plus. A moins que la vérité ne soit indécente ?



L’un de vous me dit d’aller voir dans le Beaujolais, que ça remettrait le clocher au milieu du village. Je n’ai attendu les recommandations de personne pour le faire. J’y circule assez souvent. Je connais l’état du Beaujolais. Bien plus en profondeur même que ce que vous pouvez croire, et pas seulement par le prix des bouteilles. Je connais aussi la situation de Languedoc. Je suis même allé voir pire encore comme vignoble, pour vraiment faire mal, côté situation. Et c’est justement leur situation qui a été un de mes moteurs de ma réflexion.



Je vous ai exposé les conclusions de ma réflexion et pourquoi il y aura une hausse inévitable du prix des vins en Bourgogne, quelle que soit la stratégie, à plus ou moins long terme. Probablement ailleurs aussi.



Même si les enjeux sont ne sont pas partout les mêmes : il y a effectivement une pression extérieure sur la Bourgogne, qui joue sur le foncier. Elle est déjà passée à Bordeaux , pas encore dans le Languedoc ( ?). Mes propos vous ont paru pessimistes ? ils ne sont pas de moi, mais des gens bien plus compétents : la Bourgogne est un fruit mur. Il suffit de voir les sociétés qui se présentent à nos portes. Mais le constat sur l’état des exploitations viticoles peut effectivement être généralisé : d’une manière générale, il est loin, dans toute la France, d’être ce que l’on en dit, avec le paradoxe d’être en difficulté dans une situation commerciale favorable.



Partout, on a de belles entreprises, bien équipées souvent, un système de production certes contraignant par moment, mais très protecteur, des exploitants bien formés sur le plan technique sans conteste, des beaux produits et finalement des entreprises qui ne sont dans des situations où elles devraient être. Le problème partout est le même : la commercialisation, et ce que les économistes vont appeler la valorisation. La question ne pose pas qu’en Bourgogne : Alsace, Val de Loire, Languedoc, vignobles satellites de Bordeaux, et à Bordeaux même. J’en passe que vous connaissez mieux que moi. Je parais aujourd’hui enfant gâté, mais comme tous mes collègues, je suis parti en axant tout sur la production : investissement, réflexion, travail, petits rendements. La réflexion sur la commercialisation est venue plus tard, au moment où j’ai failli me planter pour avoir choisi le « commerce pépère ». Choisi est un mot un peu fort : suivi serait mieux.

J’entends les reproches sur le prix de mes bouteilles. Je m’y attendais un peu (même beaucoup) et répondant à la sollicitation de Didier. C’est fréquent, par des consommateurs comme les collègues. Qu’est-ce que je peux répondre ? Ai-je à me justifier ? je ne crois pas, d’autant qu’au début du texte précédant j’écris : qu’est ce qui fixe le prix d’un vin ? Le problème, c’est que cette question des prix occulte le débat : parce que j’ai emprunté cette voie, mes arguments sont fallacieux, ou légers. Mais en partant des conclusions que je vous ai exposées, je serais plus qu’hypocrite de laisser couler et de ne pas avoir emprunté cette voie. Je reconnais vivre une situation privilégiée, que j’ai en partie créé, mais dont une large part résulte de du lieu de production. Mais le privilège n’interdit pas la lucidité.



Un client m’a dit un jour : « tu n’es pas là pour faire des affaires, mais pour faire du vin ». C’est un peu ce que j’entends ici. Non, je ne fais pas des affaires, je fais du vin, et si je veux continuer à le faire, il faut qu’il soit bien vendu. Au jour le jour, déjà, pour pouvoir continuer à produire le vin comme je l’entends, et pour que mon domaine dure, peut-être parce qu’un de mes enfants voudra le reprendre, sinon celui qui le rachètera. Il faut anticiper. Ce ne sont pas des emprunts monstrueux à rembourser, mais simplement se donner la capacité d’assumer une succession. Pas les droits, on s’en fout mais le rachat des terres. Une autre échelle ! Effectivement, le prix du terrain n’est pas un argument commercial pour justifier un prix. En toute logique, on justifiera le prix du foncier avec le prix de vente de la bouteille (c’est pourquoi je ne saisis pas encore les relations entre les deux). C’est simplement une réalité économique. Peut-être que comme la clientèle des médecins aujourd’hui, elles ne vaudront plus rien dans 30 ans. Mais en attendant, elles valent. Et donc, logiquement, elles ont une influence sur le prix des bouteilles.

Croire que le vin n’est pas soumis à concurrence est assez illusoire : c’est l’argument qu’on a développé depuis des années, en interne, pour se rassurer. Les nouveaux pays producteurs ne nous grattent pas que sur les entrées de gamme, mais aussi sur les vins chers. Et la Chine n’est pas arrivée encore. Le prix fait aussi partie de l’image et de la crédibilité. D’où l’envol des Bordeaux.

Tout est en place aujourd’hui pour le prix des bouteilles grimpent. Jusqu’où ? Quelles conséquences ? Quels risques ? Là, je partage vos inquiétudes. Mais ne pas saisir les opportunités aujourd’hui, ce n’est pas viser sur le long terme, c’est manquer le train."

 

En savoir plus  ICI  et ICI

 

Prophétie d'un non-voyant ou lettre ouverte aux amoureux de la Bourgogne

 

Catégorie : Bourgogne/Beaujolais

 

Voici la réponse que Jean-Yves Bizot, vigneron émérite de Vosne Romanée, a faite à cette discussion.



Je resitue le contexte, Jean-Yves est mon ami, nous avons eu souvent cette discussion ensemble et chacun a exprimé ses pensées avec passion, parfois véhémence (pour moi), mais toujours avec respect, avec une volonté d'écouter et de se mettre à la place de l'autre.


Jean-Yves est sensible au fait que le vrai passionné ne puisse plus se payer le luxe des grands vins, mais il plaide pour une augmentation des prix. Il y a une relation particulière du vigneron au passionné, qui n'est pas inhérente à cette région, mais qui lui est quand même intimement liée et qui rend possible cette discussion.


J'aimerais que sa réponse engendre discussion et arguments Dans le cas contraire, ce supprimerai ce post parce que je ne vois pas l'intérêt d'exposer à la vindicte quelqu'un que je respecte, quand bien même je peux parfois être en désaccord avec lui. Ce n'est pas parce qu'on n'est pas d'accord qu'on insulte, ce n'est pas parce qu'on plaide par expérience qu'on discrédite la parole de l'autre. Je rappelle ces principes dans la mesure où, quasiment à chaque fois qu'une discussion s'ouvre sur LPV, j'ai l'impression qu'elle dégénère avant de dériver, y compris avec des gens qu'on connaît ou qu'on croît connaître. Ce qui nous lie est bien plus important que ce qui nous sépare. Merci à Jean-Yves pour son attention.



La question du prix est certes délicate. Quel est le prix d’une bouteille de vin ? Qu’est-ce qui le fixe ? De plus, elle est perçue de deux côtés parfaitement inconciliables : c’est toujours trop cher d’un côté, et pas assez de l’autre. Enfin ça devrait être comme ça. Car en réalité, certains domaines, cités de nombreuses fois et présentés comme des modèles d’intégrité par les consommateurs, commercialisent vraiment en se plaçant du côté du consommateur : les prix restent bas. Eux sont honnêtes, raisonnables, bien paysans, quoi. Mais regardons le prix de leurs bouteilles quelques années plus tard, ou sur internet, ou chez leurs revendeurs, et là, la donne est complètement différente : les prix sont très élevés. Les vins qu’ils font ne sont plus des produits agricoles, mais des produits comme la Mode sait en faire et sait les vendre.



Si on analyse autrement, c’est assez simple : pour « respecter », ou une image, ou une habitude, ou une culture, je ne sais pas trop, ou quelques clients particuliers dont certains dotés d’ailleurs de bonnes allocations qu’ils revendent en partie (épiphénomène, est-il écrit dans un post), ils se privent de récupérer une marge importante de leur travail. C’est d’autant plus regrettable, qu’il y a des clients en face, prêts à payer. D’autant plus regrettable que ce sont seulement les réseaux commerciaux ou non commerciaux (épiphénomène, mais qui a eu un impact important) qui en profitent. Notons d’ailleurs, puisque cela a été évoqué, que ce sont ces mêmes domaines jugés honnêtes dont les vins font le plus volontiers l’objet de placements spéculatifs. Etrange, non ?



Et ce sont ces valeurs spéculatives qui « fixent » le prix des terres, par des mécanismes que je ne saisis pas encore très bien (bulles ? cercle vicieux ? aspiration ?) : en tout état de cause, il est impossible pour les structures de racheter le foncier. Donc, ils et elles tombent dans les pattes de grands financiers. Et là, pas de cadeaux : le prix du vin sera celui qu’ils décideront.



Il n’y a donc pas 50 possibilités, seulement une alternative : soit nous continuons à vendre pépère au même prix à des clients qui s’érodent, et de toute façon dans 10- 15 ans, ils ne pourront plus nous acheter de vin : nous aurons disparu. Soit nous changeons de gamme tarifaire et de pratiques commerciales. Les clients particuliers ne nous achèteront peut-être plus de vin (quoique), mais probablement nous serons encore là. En tant qu’exploitant, donc chef d’entreprise, je n’hésite pas longtemps. Je choisis la vie.

Par quel mécanisme de gestion est-il possible de choisir de vendre 50 quand on peut vendre 100, 20 quand on peut vendre 40, 10 quand on peut vendre 20 ? Je n’ai pas la réponse. Mais pour un entrepreneur, c’est une aberration. Sûr. Collectivement, cela mène à la paupérisation. Mais pas d’erreurs : je ne milite pas pour des vins chers pour le plaisir, mais seulement pour faire vivre un système, poursuivre une quête partagée aussi par l’acheteur, prolonger un rêve commencé il y a à peu près mille ans.

Pour toutes ces questions d’économie, je recommande vivement le livre de Louis Latour, essai d’Œnologie historique, publié aux éditions de l’Armançon.


En savoir plus sur ICI 

 

 

 Ces deux textes datent de 2013.

 

Tout le débat suscité est passionnant. Il faudrait presque le relire avec un œil de sociologue (marxiste ?). Je crois que je vais le faire d’ailleurs, pour la deuxième réponse…

 

De quoi alimenter la chaudière.

 

Bonne journée !

 

 

Jean-Yves Bizot

Domaine Bizot

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (31)

(31) Mais encore une fois, qui avait compté ? Avec les doigts personne ne pouvait mesurer la distance de la terre à l’enfer

 

Arkan Jr savait apprécier un rapport de force, il n’avait pas le choix. Le deal que je lui proposais préservait sa susceptibilité en lui offrant une porte de sortie plus qu’honorable. Aux yeux de ses mandataires il n’aurait ni failli, ni trahi, mais aurait, en l’acceptant, préservé l’essentiel : leur anonymat. Il pourrait reprendre pénardement son biseness. Du moins le croyait-il, son sort, une fois libéré, ne dépendrait plus de moi mais plutôt de ceux qui, bien avant moi, cherchaient à le coincer. Ce n’était pas mon problème mais le sien,  Arkan Jr jouait dans une cour où tous les coups étaient permis, les siens ne pèseraient pas bien lourd si la raison d’État décidait de le supprimer.

 

Dans ces combats souterrains, aux contours indécis, souvent peuplés de phantasmes, de mensonges, de bluff, de peurs, de haine recuite, mais aussi de jeux pervers dans lesquels les camps opposés y retrouvent leur compte, la justification de leur existence, la raison d’État est disruptive, elle sert à rompre l’état de Droit, à justifier toutes les exactions, les horreurs, la torture, l’enfermement, la mise à mort, froide, anonyme, sans procès.

 

Arkan Jr conjuguait, dans la diversité de ses activités, son fonds de commerce délictuel, toutes les facettes de la criminalité moderne mondialisée. Il était à sa manière un petit VRP du crime multicarte au service d’une chalandise où se croisaient, se mêlaient, se confortaient, se combattaient, les hauts cadres de l’économie blanche et ceux de la grise. Les frontières physiques entre les deux mondes s’étant dissoutes, la capillarité entre la sphère publique et la sphère privée brouillait tous les repères, le peuple réclame la transparence, les puissants des deux mondes ne leur concédaient que des miettes.

 

J’avais préparé cette entrevue avec sérieux, relisant quelques pages de Haute Voltige d’Ingrid Astier.

 

« Libre d’être libre. Tandis que Ranko roulait vers l’échangeur de Saint-Maurice et ses piliers de béton, ces mots lui rappelaient ce que chaque Serbe avait gravé en lui : « Sloboda ili smrt. » La liberté ou la mort. »

 

« Chacun son chemin de croix. Ranko ne redoutait qu’une chose : qu’une femme lui parle d’avenir. Quant au passé, jamais il ne l’aurait évoqué – certains fantômes méritent de dormir en paix.

 

À force de ne rien ressentir, il avait quitté Jelena. Il préférait encore la nature, et sa liberté. Son grand-père, Mon¢ilo, était mort quelques années après, en 1999. Une année noire, qui n’aurait jamais dû exister. Le hasard, cette fois-ci, avait la gueule d’un sale rendez-vous avec le destin. Mon¢ilo était mort un 26 mai, près du village de Veliko Orašje. Sur un pont. Un pont bombardé par l’OTAN. Plus jamais Ranko ne regarderait de la même façon la rivière Jasenica. Plus jamais elle ne coulerait sereine. La rumeur parlait de tir à dix mille mètres… Mais encore une fois, qui avait compté ? Avec les doigts personne ne pouvait mesurer la distance de la terre à l’enfer. Il fallait voir le béton du pont éventré, ses dix-huit mètres de décombres et de métal dressé, échevelé, qui poussait dans le ciel. Et les piles qui avaient résisté, et portaient les ténèbres.

 

Il fallait voir ce grand foutoir de corps. »

 

« Dans le  regard de Ranko, la guerre avait allumé des brasiers… »

 

« Ranko avait marché parmi ses névroses, parmi ses souvenirs, comme  si jamais Mon¢ilo, son grand-père, ne cicatriserait. Comme si l’ex-Yougoslavie continuait d’être ensanglantée. Le corps supplicié de Rade, son frère, était également revenu le hanter. Il avançait parmi les décombres, un pied, puis deux, dans l’immense mâchoire de la violence, semblable aux héros de Bilal qui cheminent vers leur destin… »

 

Les yakusas sont des gens bien organisés, efficaces et discrets. Lorsque je leur demandai de rendre visite à Arkan Jr, avec une extrême courtoisie, ils m’informèrent que je devrais me plier à leurs règles, m’y rendre, sous leur protection, dans un van sans fenêtre. Je ne saurais donc vous dire là où ils avaient entreposé Arkan Jr même si certains indices, distance évaluée, état des routes empruntées, bruits, odeurs, me font penser qu’il s’agissait d’un domaine au nord de Paris.

 

Peu importe !

 

Ma volonté de discuter avec Arkan Jr en tête à tête les étonna, à leurs yeux je prenais des risques inutiles, les tueurs ont de la mémoire « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »

 

Ils nous installèrent dans une pièce aux murs nus, sans fenêtre, meublée d’une table et de deux chaises, éclairée par un plafonnier à la lumière jaunasse. Arkan Jr était vêtu d’une salopette bleue Adolphe Laffont sur une chemise de coutil grise, chaussé d’espadrilles, il n’avait rien perdu de sa superbe même si ces traits marquaient une forme de lassitude.

 

« Marre de bouffer du riz ! »

 

Je lui souris.

 

« Ça  constipe…

 

Il me toisa.

 

« Si c’est pour foutre de ma gueule que vous êtes ici, je ne suis pas preneur ! »

 

Même si le mettre rogne ne constituait pas forcément une bonne entame, ça démontrait au moins que notre beau Serbe avait perdu de sa superbe. « T’as envie de bouffer quoi ?

 

  • Un steak tartare monstrueux avec des frites !

 

  • C’est de l’ordre du possible Arkan en passant par la case de mes hors-d’œuvres…

 

  • Et ils consistent en quoi vos hors-d’œuvres ?

 

  • À ce que tu m’expliques ce qu’un mec comme toi viens foutre dans une histoire de jaja de luxe ?

 

  • Mon job ?

 

  • Et c’est quoi ton job ?

 

  • Baiser des minus dans ton genre !

 

  • Va falloir te recycler tueur à la manque, t’as perdu la main, te faire baiser par un minus comme moi ça sent le sapin…

 

Il avait blêmi. Je poussai mon avantage « Je ne suis pas ici pour jouer à celui qui a la plus grosse. Tu es à ma merci, mes amis à moi nous pouvons te rayer de la carte sans qu’Amnesty International ne s’en émeuve. Tu mets un mouchoir sur ta fierté et tu te mets à table.

 

  • J’y gagne quoi ?

 

  • Ta liberté.

 

  • Qu’est-ce qui me garantit que vous tiendrez parole ?

 

  • Rien, tout comme moi rien ne me garantit que tu me dises la vérité.

 

  • Ok, je n’ai pas le choix…

 

Arkan Jr, me parut d’autant plus sincère que sa version collait parfaitement à ce que j’imaginais depuis le retour de Marie de Parme. Il avait fait le job proprement sauf qu’un grain de sable était venu perturber les rouages bien huilés de la manip.

 

« Je solde l’affaire et tu retrouves ta liberté sur l’heure. Parole !

 

  • Tu dis à tes bridés de changer leur menu !

 

  • Pas de soucis…
  •  

Arkan Jr me tendit la main « Parole ! » et me broya la mienne.

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 07:00
C’est reparti comme en 14, la nouvelle campagne de prévention du cancer de madame Buzyn énerve «l’ivrogne » du vin…

C’est l’un des marronniers de la blogosphère du vin, les campagnes de nos amis les médecins de Santé Publique, fort coûteuses et d’une efficacité proche de la nullité, en un temps de vaches maigres budgétaires, les seuls engraissés sont ici l’agence et les supports, font le miel d’un habitué du tam-tam sur le Net. Il monte son gros cul sur son petit cheval étique, tance le Macron parjure : « Sauf votre respect, monsieur le Président, ne nous faites pas croire que c'était une promesse d'ivrogne… »

 

À propos d’ivrogne, c'est un expert, à qui faire croire que le vin, tout convivial qu’il fût, ne fabrique pas aussi des ivrognes et que ce cher Marc Sibard, entre autres, s’est vu prescrire une cure de désintoxication par le tribunal. Il vaut mieux avoir les fesses propres pour se draper dans la morale et guerroyer contre les prohibitionnistes masqués.

 

Ces postures me gonflent !

 

Le même qui s’extasiait sur la nomination d’Audrey Bourolleau à l’Elysée, la conchie avec le même enthousiasme.

 

Cette campagne ne vaut pas une ligne, je le répète elle est coûteuse, inefficace et sans effet concret.

 

Qui touche-t-elle ?

 

Les addicts qui, en feuilletant leur journal ou en regardant leur télé, vont, tel Paul sur le chemin de Damas, changer radicalement leur mode de consommation !

 

De la gueule de qui se fout-on ?

 

De nous, mais pour vilipender cette campagne de grâce que les ivrognes du vin de service ferment leur clapet.

 

Le seul mérite de ce tire-bouchon à la con, c’est qu’il va permettre à Stéphane Travert, dont on me dit qu’il est Ministre des agriculteurs, donc des viticulteurs, de brosser les chefs dans le sens du poil lors de leur prochaine rencontre.  

 

Tout le monde sera ainsi dans son rôle, et l’on continuera à se donner bonne conscience sans faire avancer d’un iota la prévention et la lutte contre les excès.

 

Ainsi va la France des postures et des impostures ! 

 

Les seuls légitimes dans cette affaire ce sont ceux, financés par les cotisations volontaires obligatoires, les gens de Vin&Société, ils font le boulot comme le faisait Audrey Bourolleau…

 

Nouvelle campagne du ministère des Solidarités et de la Santé et de l’INCA

Vin & Société dénonce une stigmatisation directe des 500 000 acteurs de la vigne et du vin

et une nouvelle orientation de santé publique

 

Le ministère des Solidarités et de la Santé et l’INCA (Institut National du Cancer) ont lancé le 5 septembre une vaste campagne d’information visant à modifier les habitudes alimentaires des Français, consommation d’alcool incluse, afin de prévenir les cancers imputables à l’alcool.  

 

·         Le symbole de la convivialité et de l’art de vivre « à la française » est stigmatisé

 

L’un des visuels de la campagne d’information cible directement le vin à travers la représentation d’un tire-bouchon complétée d’une signature « Franchement c’est pas la mer à boire ».

 

« Je suis particulièrement indigné par cette campagne qui vise directement notre produit. Chacun le sait, le tire-bouchon est le symbole de la consommation de vin, du partage et de la convivialité. Je constate qu’elle est déployée massivement alors que les exploitations viticoles françaises sont en pleines vendanges et que se déroulent les traditionnelles foires aux vins de la rentrée » déclare Joël Forgeau, vigneron et Président de Vin & Société.

Le parti pris de cette campagne réduit le vin à une simple molécule d’éthanol, et, symboliquement, elle lui impute la responsabilité des cancers liés à la consommation d’alcool en général.

 

·         Une consommation sans repère

En recommandant de « limiter, voire d’éviter la consommation d’alcool », cette campagne opère un glissement du discours de santé publique visant à  passer de la lutte contre la consommation excessive d’alcool à l’idée que toute consommation est nocive, même en quantité minime. Elle s’adresse d’ailleurs à l’ensemble de la population française plutôt qu’aux populations à risque et aux consommateurs excessifs.

Vin & Société a toujours plaidé en faveur de repères de consommation chiffrés et facilement compréhensibles par les consommateurs. En juin dernier, la filière viticole avait spontanément pris acte des nouveaux repères de consommation à moindre risque proposés par un groupe d’experts sous l’égide de Santé Publique France*.

 

 

·         Vers la fin d’une consommation modérée et de plaisir ?

« Notre société doit-elle être gouvernée par le seul principe de précaution ? » interroge Joël Forgeau.

Ce fléchissement est d’autant plus surprenant que la consommation de vin s’est déjà profondément transforméebaissant de près de 60% entre 1960 et 2015. 1 Français sur 2 est un consommateur occasionnel (1 à 2 fois par semaine), 15 % sont des consommateurs réguliers, et 33% des Français sont abstinents.

« Vin & Société est attachée à la lutte nécessaire contre les risques pour la santé liés à une consommation excessive d’alcool.  Nous renouvelons notre demande de dialogue constructif avec les pouvoirs publics pour bâtir une approche équilibrée entre santé, éducation, culture, viticulture et économie » ajoute le Président de Vin & Société.

Paris, le 7 septembre 2017

 

Service de presse : Valérie Fuchs

 

06 62 49 64 85 / vafuchs@wanadoo.fr / @ValerieFuchsCom

 

www.vinetsociete.fr

 

 

 

 

*L’avis d’experts propose un maximum de 10 unités d’alcool par semaine pour les hommes comme pour les femmes, soit 100 g d’alcool pur par semaine. Dans les autres pays ayant adopté des repères de consommation, ces repères vont de 98 à 140 g pour les femmes, et de 150 à 280 g pour les hommes. Source : Governmental standard drink definitions and low-risk alcohol consumption guidelines in 37 countries (étude parue dans le journal Addiction en avril 2016)

**Source Etude Quinquennale FranceAgriMer 2015

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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 06:00
Les chapitres 25 à 30 du roman de plage de l’été : Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers

(25) Le Falcon 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques

 

Des motos-taxis nous conduisirent à l’aéroport du Bourget, en dépit de leurs casques je savais que c’étaient des yakusas. Un cross-over Nissan ouvrait la route et un autre nous collait au cul. Le Tarpon ne lésinait pas sur la sécurité, ça le faisait bander !

 

L’équipage du Falcon EX, le commandant de bord, le copilote et une hôtesse nous attendaient au pied de l’appareil, souriants. Ils nous saluèrent au fur et mesure de notre passage. Les trois filles nous nous installâmes à l’avant. Nos protecteurs à l’arrière. L’équipage se mit en place. L’hôtesse referma la porte. Les réacteurs feulèrent. L’avion entama son roulage jusqu’en bout de piste. Nous décollâmes à 17h35. Le 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques. Le jeune VO nous en fit la remarque en souriant.

 

Nous atteignîmes notre altitude de croisière très rapidement. L’hôtesse nous proposa des rafraichissements. J’optai  pour un Cristal 2004 de Roederer, alors qu’Adelphine et Rosa s’en tinrent sagement au jus d’orange. Les hommes sirotèrent du Lagavulin.

 

Le commandant de bord nous avait annoncé dès notre départ que la distance de vol entre Paris et Venise était d’environ de 470 miles soit 755 kms et des poussières, et qu’il nous faudrait compter sur 1 heure 15 minutes de voyage pour atteindre l’aéroport Giuseppe Verdi de Parme.

 

Après les rafraîchissements notre charmante hôtesse dressa la table et nous servit une collation. Les filles picorèrent, nos hommes se goinfrèrent. Adelphine lisait en mangeant. J’avais remarqué dès le départ qu’elle tenait à la main un livre sur la jaquette duquel trônait une jeune vache pie noire dans un décor de papier vert d’eau très bucolique, « Laitier de nuit » d’Andrei Kourkov.

 

J’avais lu son désopilant best-seller « Le Pingouin » qui contait l’histoire, à Kiev, de Victor Zolotarev, un journaliste sans emploi et de son pingouin Micha rescapé du zoo de la ville en pleine débine. Tous deux tentent péniblement de survivre, entre la baignoire et le frigidaire de l'appartement. J’avis adoré Victor et son pingouin neurasthénique se trouvent plongé dans la tourmente d’un monde impitoyable et sans règles, celui d’une république de l’ancien  empire soviétique

 

 Adelphine lisait à voix haute :

 

« Nous sommes à l’aéroport de Bérispol, un matin. » c’est l’aéroport de Kiev. «Un maître-chien, Dmitri Kovalenko, employé des douanes inspectait avec son berger Chamil les rangées de bagages enregistrées, en  fredonnant une chanson inepte. Chamil reniflait les valises et les sacs depuis quatre du matin. Après trois heures de boulot le clebs fatiguait… »

 

« … Ce matin-là, comme par un fait exprès, les passagers aériens se révélaient étonnement respectueux de la loi. Aucune trace de drogue dans leurs bagages. Or le chien avait grande envie de faire plaisir à son maître qui, à voir son regard, ne semblait pas connaître le sens du mot « excitation». Comme il aurait aimé le voir cesser de bailler ».

 

Le gabelou, n’avait pas son compte de sommeil car il avait fêté jusqu’à l’aube les 25 ans de sa sœur cadette Nadka avec une vingtaine de personnes. « Ils avaient bu, mangé et joué au karaoké » et c’est que cette fichue rengaine lui était rentré dans la tête. « Tu nous ne rattraperas pas ! » Chamil, lorsque soudain « une fragrance tout à fit neuve et insolite attira son attention. Ce curieux parfum émanait d’une petite valise de plastique noir à roulettes. Celle-ci était flambant neuve, et ce détail participait également de l’odeur, cependant il y avait autre chose encore, qui inspirait comme un étrange et pesant sentiment de joie mauvaise. »

 

Le Falcon se posait en douceur. Un van m’attendait au pied de la passerelle pour me conduire dans les locaux de l’entreprise Gandolfo, numéro un mondial du trading de concentré de tomates, aussi spacieux que discrets. Les trois frères Gandolfo, les « Marco Polo » de la tomate, la troisième génération à parcourir le monde pour acheter et vendre des barils d’or rouge. Chaque été, ces traders se relaient en Chine dans le cadre de leurs voyages d’affaires rituels. Les 3 frères scrutent attentivement l’évolution de la production chinoise.

 

C’est Armando, l’aîné qui me reçut.

 

(26) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 5 lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Rosa et moi, flanquées du jeune VO  nous nous sommes rendus à la petite coopérative laitière de San Lucio située sur la route entre Felino et Marzorlara, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Parme.

 

C’est Antonio le fromager qui nous a reçues.

 

Après avoir effectuée la collecte dans les fermes avoisinantes, le camion de lait arrive à huit heures dans la petite coopérative laitière San Lucio. Antonio, le responsable de fabrication est fin prêt. Depuis longtemps d’ailleurs. Comme chaque matin, sa journée avait commencé à 6 heures. Il lui avait fallu enlever la crème de la traite du soir et mettre le lait écrémé dans les immenses cuves en cuivre en forme de cloche renversée.

 

Le lait qui venait d’arriver était du lait frais, c’est-à-dire juste trait et acheminé à la température ambiante, voire même tenu au chaud en hiver, car il ne devait pas descendre sous les 18°C afin de ne pas modifier la flore lactique.

 

C’est du lait cru, bien sûr, provenant de vaches élevées et nourries au foin de la région. Comme vous vous en doutez Antonio ne peut utiliser des bactéries lactiques provenant de laboratoires. Il doit obligatoirement utiliser du séro-ferment indigène, provenant de son petit lait de la veille.

 

« Nous le goûtons, ce fameux petit-lait. Il a la consistance de l’eau avec une teinte jaunâtre. En bouche, on a l’impression de boire un jus de citron. Rien à voir avec le petit lait du jour, au goût de lait très sucré. Les bactéries de l’acide lactique ont eu le temps, pendant la nuit, de croître et de se multiplier en mangeant le lactose du petit-lait et en le transformant en acide lactique, qui aura un rôle primordial dans l’affinage.» Nous confie-t-il.

 

Depuis le Moyen-Âge, la méthode reste la même : le lait frais est ajouté au lait écrémé de la veille. Chaque cuve en cuivre contient 1000 litres de lait. Le lait est porté à 36°C, à l’aide de vapeur qui circule entre la paroi intérieure et la paroi extérieure de la cuve, puis le petit lait des fromages de la veille et la présure sont ajoutés.

 

La présure est d’origine animale, et le chauffage à 36°C est la même que celle de l’estomac du veau précise Antonio.

 

C’est ensuite le stade du caillé, opération délicate car il faut éviter qu’il ne devienne dur. Alors, Antonio et ses acolytes le casse à l’aide de la spinatura – le tranche-caillé – « Ainsi le caillé passe d’une masse compacte à un agrégat de grains de la taille de grains de riz. »

 

La main d’Antonio est l’outil technologique dernier cri pour savoir si le caillé est au bon stade de la déshydratation.

 

Ensuite on chauffe pendant une dizaine de minutes le caillé pour que les grains se rétractent et perdent leur eau. Mais il ne faut pas que la déshydratation soit complète sinon les petits grains ne pourront s’unir pour faire une masse compacte de fromage.

 

L’œil et le toucher d’Antonio sont donc des outils essentiels dans cette opération délicate et cruciale.

 

Puis, il faut attendre l’agrégation en fond de cuve. La masse est ensuite soulevée avec une pale en bois pendant que l’on glisse une toile de lin par-dessous. Le tout est suspendu à une barre puis coupé en deux. Ce sont 2 futures meules placées dans des toiles en lin pour s’égoutter. Elles seront ensuite placées dans leur forme couverte du Tagliere, un lourd disque en bois, pour les aplatir et aider le petit-lait à s’évacuer. Lors de la première journée les meules sont retournées toutes les deux heures et à chaque retournement on change le linge.

 

Vers 20 heures, lors de la dernière rotation, Antonio va procéder, à l’aide d’un cerceau en plastique, au marquage de la mention Parmigiano Reggiano et aux mentions de l’autorité sanitaire indiquant le mois et l’année de la production et le code de la fromagerie.

 

Ensuite, les meules dans leur moule iront passer une vingtaine de jours immergées dans de l’eau saturée de sel. Elles vont perdre environ 2 kg et le sel aura pénétré 3 cm dans le fromage.

 

Elles gagneront après ce bain des caves maintenues à une température d’environ 17°C et à un taux d’humidité de 80% afin de se débarrasser doucement de leur eau ; pour ce faire on les retournera et les brossera chaque semaine.

 

Au bout d’un an les meules passeront à l’examen des « experti battitori » qui inspectent chaque meule avec un marteau. En une dizaine de coups, la meule gagne ou perd sa mention Parmigiano Reggiano.

 

« Si le son n’est pas homogène, cela veut dire qu’il y a des défauts à l’intérieur. Ce peut-être des trous ou des ruptures de la pâte dut à une fermentation non désirée. »

 

Ces défauts s’expliquent en règle générale par une mauvaise fermentation, et notamment la fermentation butyrique. Celle-ci est liée à l’alimentation des vaches et plus particulièrement à l’ingestion de végétaux fermentés, notamment l’ensilage.

 

Celui-ci est interdit pour la nourriture des vaches produisant du lait pour le Parmigiano Reggiano et autorisé pour le Grana Padano.

 

Les meules n’en ont pas pour autant fini, elles vont encore séjourner une ou plusieurs années en cave. C’est dans cette dernière ligne droite de leur vie que va se produire, sous l’effet de l’absence d’eau et d’une diffusion parfaite du sel, la protéolyse.

 

Les bactéries de l’acide lactique meurent et libèrent un enzyme qui va désintégrer la caséine. Au cours de ce processus la pâte devient plus friable et plus granuleuse. Un acide aminé se fragmente pour s’amasser sous forme de cristaux.

 

Voilà, lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Nous avons regagné le tarmac de Giuseppe Verdi chargées comme des mules – pas de confusion merci – d’une belle meule de Parmigiano Reggiano de 36 mois. La pasta allait s’éclater rue Charles Floquet !

(27) « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres… »

 

Armando, chic à l’italienne, m’expliqua que lui et ses frères ont été les premiers à travailler en Chine. « Nous avons assuré une continuité dans nos interventions, avec des conseils techniques, en fournissant des techniciens italiens. Et nous sommes aujourd’hui parmi les plus gros importateurs de produits chinois au monde. »

 

Au début des années 90, Armando, qui avait alors une trentaine d’années découvre une Chine radicalement différente de celle d’aujourd’hui. « Les gens étaient encore vêtus de costumes maoïstes. Les rues comptaient peu d’automobiles, énormément de bicyclettes. C’était une Chine ancienne. Le pays s’est transformé à très grande vitesse. Voyager à travers la Chine à cette époque, se rendre dans les zones rurales les plus reculées, celles qui allaient devenir d’importantes zones de production de tomates, a été pour moi une véritable aventure. Je me souviens d’avoir fait un voyage en train couchette, interminable, de vingt-quatre heures, dans des conditions d’hygiène particulièrement difficiles… Au Xinjiang, faute de ponts, il m’est arrivé de traverser des rivières en voiture. Cela vous donnait vraiment la sensation d’être un pionnier. »

 

Il me souriait en ajoutant « vous n’êtes pas venue jusqu’à Parme pour m’entendre radoter sur mes exploits de jeunesse et vous documenter sur la mondialisation de la filière tomate. Cependant votre demande m’a beaucoup surpris. Je n’ai pas très bien compris en quoi je pouvais être en mesure de vous mettre en contact avec un consortium de mystérieux investisseurs s’intéressant à des GCC de Bordeaux. Si je vous reçois c’est que des amis français m’ont dit grand bien de vous, mais vous allez devoir m’expliquer plus précisément cette étrange affaire. Si vous le voulez bien nous allons aller déjeuner.

 

Nous sommes allés prendre l’apéritif Via Farini, une superbe rue piétonne où l’on trouve probablement la plus grande concentration de restaurants avec terrasses, en plus de très appétissantes salumeria, des charcuteries où l’on vend le proscuitto di Parma et sa version très haut de gamme, le culatello di Zibello, qui, contrairement ce dernier, est fait avec seulement le haut de la cuisse du porc, et seulement dans la région humide de Polesine, aux abords de la rivière Po.

 

Puis nous nous rendîmes dans le meilleur restaurant de cuisine italienne à Parme « Al Tramezzino ».

 

Nous commençâmes commence avec les grissini croquants que nous saucions dans une soucoupe pour goûter quelques-unes des huiles fraîchement arrivées.

 

Puis vint  le choix des spécialités parmensi" artisanales : le jambon Sant'Ilario avec 38 mois de maturation, le spalletta de cochon noir et le strolghino de Bocchi. Et encore la zuppetta de châtaignes, les cannellini et écrevisses rouges ; l’oeuf croquant à la vanille avec des noisettes et truffe noire ; le tartara de boeuf avec Parmesan fumé. Les tagliolini durs en assaisonnement crémeux avec des écrevisses roses, le bergamotto et fleurs; le risotto avec du Carnaroli vieilli, travaillé avec citrouille cloche, le cocozza, enrichi avec des cailles désossées et passées en poêle. Les spaghetti avec pulpe de hérisson et cimes de navet, ainsi que les ravioli d'orties à la plaque avec piment doux. Le cerf "en Black" a cuisson rose précise, ail noir, feuilles de chou noir, mûre de ronce. Et encore le mérou de fond, artichauts, Chartreuse ; la dentice avec citrouille ; le filet de cochon au cacao.

 

Je ne savais que choisir. Mon hôte nous fit servir un superbe assortiment d’un peu de tout.

 

La carte des vins était internationale. Armando insista pour que nous déjeunions au champagne, celui de Selosse que le patron suivait depuis toujours.

 

Au fur et à mesure que je développais mon histoire Armando devenait de plus en plus perplexe, il fronçait les sourcils, s’interrogeait en silence. Manifestement cette affaire le dépassait mais il cherchait le pourquoi de son implication par Arkan Jr dont il connaissait bien sûr l’existence. « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres. Arkan Jr est de ceux-là. Je pense qu’il vous envoie vers moi pour que je vous oriente discrètement vers son, ou ses véritables commanditaires. La loi de son milieu lui interdit, sous peine d’y laisser sa peau, de vous révéler qui est véritablement derrière cette étrange proposition.

 

J’ai ma petite idée mais avant de vous orienter vers ceux qui sont, à mon avis, les employeurs d’Arkan Jr, il faut que je fasse faire une discrète enquête dans les milieux de l’agromafia.

 

« En Italie, la criminalité dans le secteur agro-alimentaire a pris une telle ampleur que les institutions de la Péninsule la désigne d’un néologisme : agromafia. Avec la saturation des activités « traditionnelles » des mafias et sous l’effet du ralentissement économique engendré par la crise de 2008, les affaires d’agromafia n’ont cessé de se multiplier depuis une dizaine d’années. La Direction nationale antimafia a estimé le chiffre d’affaires des activités mafieuses dabs l’agriculture italienne à 12,5 milliards d’euros pour l’année 2011, soit 5,6% du produit annuel de la criminalité en Italie. Un chiffre passé à 15,4 milliards d’euros en 2014. La même année, à titre de comparaison, le groupe Danone réalisait un chiffre d’affaires de 21,14 milliards d’euros.

 

Les boss sont désormais présents dans toutes les branches de l’agrobusiness italien. De la mozzarelle à la charcuterie, aucun produit typiquement italien n’échappe à l’influence des clans. La fluidité de la circulation des marchandises propres à la mondialisation, le prestige dont jouissent les produits « Made in Italy », les mutations structurelles propres à l’agrobusiness ont largement contribué à l’essor de l’agromafia. De la Commission parlementaire antimafia aux syndicats italiens, tous soulignent et s’inquiètent de l’influence croissante de la criminalité organisée dans l’industrie agro-alimentaire.

 

La logique est simple. Les capitaux accumulés résultant des activités criminelles sur des territoires contrôlés par la Camorra (Campanie), Cosa Nostra (Sicile), la ’Ndrangheta (Calabre) ou la sacra Corona Unita (Pouilles) ont besoin de débouchés dans l’économie « blanche », afin de circuler, d’atteindre de nouveaux territoires, de générer de nouveaux profits.

 

Nous finîmes ce plantureux déjeuner avec un superbe plateau de fromages et une glace à la pomme cuite au chocolat fumé.

 

« À mon avis votre affaire c’est du billard à trois bandes mais l’important pour vous c’est de savoir qui tient la bonne queue, celle qui fait le coup gagnant… »

 

Armando me fit le baisemain en me confiant à l’honorable correspondant qui nous avait discrètement accompagnés au restaurant « Prenez soin de vous mademoiselle et, à l’avenir, évitez de venir piétiner les plates-bandes de gens qui ne reculent devant rien… »

 

(28) «Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite !»

 

C’est un Aadvark échevelé, avachi, liquéfié, que je reçus, sitôt son arrivée de Roissy, dans mon vaste bureau de la rue Charles Floquet, encore sous le coup de la jetlag il eut bien du mal à m’expliquer l’objet de sa visite. En effet, à ses yeux je n’étais qu’un apporteur d’affaires, certes une étrange affaire, donc totalement étranger à ce qui venait d’arriver à Agrippine. Face à sa demande insistante de l’aider à la retrouver j’avais beau lui rétorquer, gentiment d’abord, puis plus sèchement au fur à mesure qu’il persistait, que la police était payée pour ça, il n’en démordait pas.

 

Ma stratégie était celle des sables mouvants : je laissais ce cher homme gigoter, répéter les mêmes propos en boucle, me prendre pour un imbécile, s’époumoner, s’enfoncer… J’attendais qu’il s’épuise, s’aperçoive de son enlisement, de l’ineptie de son comportement, pour le cueillir. Ce que je fis avec une brutalité qui faillit le porter à l’apoplexie, il s’empourpra, sa bouche s’arrondit, son regard s’affola, ses mains battirent l’air.

 

« Agrippine à un amant !

 

  • Un a… un a quoi… un amant…

 

  • Un beau Serbe bien couillu !

 

  • Vous dites n’importe quoi…

 

  • Alors expliquez-moi pourquoi elle le retrouve régulièrement au George V ?

 

  • Comment le saurais-je ?

 

  • Oui les cocus sont toujours les derniers informés…

 

  • Tarpon j’exige des explications !

 

  • Vous n’avez rien à exiger, je vous rappelle que depuis une heure vous me bassiner pour que je prenne en charge la recherche de votre dulcinée. Alors, soit vous affrontez la réalité, soit vous vous adressez à un second couteau de la dimension de Touron.

 

  • Qui est ce Serbe ?

 

  • Un tueur, un homme de mains sanguinaire au service de la Mafia !

 

  • Mon Dieu… mais comment est-ce possible que… comment Agrippine a-t-elle pu se mettre entre les mains d’un voyou ?

 

  • La baise, la folie du corps, la transgression, rappelez-vous Belle de Jour, la belle bourgeoise Deneuve s’amourachant de la petite frappe de Clémenti.

 

Mon homme était à point, à la ramasse, je pouvais lui déballer avec profit ma salade pas fraîche ; un instant j’envisageai de l’interroger sur le Pourri mais à la réflexion je me dis qu’il fallait que je garde des atouts dans mon jeu.

 

À l’évocation de Marie de Saint-Drézéry, Aadvark blêmi : « Vous m’avez piégé !

 

  • Tout juste Auguste !

 

  • Mais dans quel but ?

 

  • Celui auquel nous sommes arrivés cher monsieur… C’est-à-dire à débusquer qui a aidé à vous piéger…

 

  • Qui ?

 

  • Allons ne faites pas l’enfant, votre Agrippine…

 

  • Ça n’est pas possible !

 

  • Je sais que pour vous la couleuvre est difficile à avaler mais c’est la stricte réalité.

 

  • Vous m’embrouillez…

 

  • Un peu, très cher, j’ai mis la barre très haute pour que vous cessiez de me prendre pour un con. J’ignore la nature exacte des relations de votre moitié avec le grand Serbe mais ce qui est sûr c’est qu’elle est dans le coup.

 

  • Mais pourquoi ?

 

  • Ça c’est une mauvaise question à mon endroit car vous seul pouvez y répondre.

 

  • Je ne comprends pas…

 

  • Vous êtes né dans le pays de Mauriac, de Thérèse Desqueyroux… alors allez chercher les mobiles dans les tréfonds du huis-clos familial, d’une sexualité refoulée, d’une condition féminine étouffée…

 

  • Tarpon vous délirez !

 

  • Sans doute mais, au risque de vous déplaire, je flirte avec la vérité.

 

Pour les ignares, sachez que « Mauriac est, au cours des années 20 fasciné par ces êtres hors norme que sont les meurtrières et plus particulièrement les empoisonneuses.

 

En 1925, il demande à son frère Pierre des documents sur le procès de Blanche Carnaby qui, en mai 1906, avait été acquittée devant les assises de Bordeaux d’une tentative d’empoisonnement de son mari, mais condamné pour falsification d’ordonnance.

 

Cette attirance se manifesta encore en 1933 pour l’affaire Violette Nozières qui défraie la chronique et qu’il suit en tant que journaliste.

 

« Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite ! »

 

Le perdreau étant bien faisandé il ne nous restait plus qu’à le cuisiner mais pour cela il nous fallait le jus qu’allait nous ramener de Parme notre très chère Marie.

(29) Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout.

 

Avec son sens aigu de la synthèse, à la fois désinvolte et précise, Marie rendit compte aux pontes de la place Beauvau de son voyage à Parme. Là aussi les mouches avaient changé d’ânes, ces messieurs avaient mis un peu d’eau dans leur vin, toujours avec la componction qui sied aux hauts fonctionnaires de notre vieux pays qui se croit républicain.  

 

Adelphine et Rosa n’en finissaient plus de nous conter la belle histoire du prince des formaggio qui a forgé ses lettres de noblesse dans une longue histoire. Le Parmigiano Reggiano « est le fer de lance de l’économie laitière italienne (13% du lait produit sur le territoire sert à sa production), ainsi qu’une valeur bancaire innovante. Dans les coffres-forts de certaines banques italiennes, les meules de parmesan sont entreposées tels des lingots  d’or en échange de financements. Ce système unique en son genre permet aux producteurs de contracter des prêts, les meules de parmesan leur servant de garanties. Dans ces coffres-forts aménagés, les meules sont ainsi déposées deux ans en garantie – le temps requis de l’affinage – avant leur mise en vente par leur propriétaire. »

 

Elles avaient acquis un des Petits Précis de la gastronomie italienne : le Parmigiano aux éditions du Pétrin écrit par Alessandra Pierini qui tenait une épicerie à Paris du côté de ND de Lorette. Nous eûmes droit, rue Charles Floquet, à du parmigiano matin midi et soir ; le veganisme des filles avait succombé au charme des jolies rousses, vacche rosse, broutant l’herbe  des alpages de Vesta avant de donner leur lait pour faire le parmesan : 600 litres pour faire une meule de 35 kilos.

 

Elles maniaient avec de plus en plus de dextérité un coltello a mandorla, une sorte de poinçon en forme de goutte pour couper le fameux formaggio.

 

La réponse d’Armando ne tarda pas à nous parvenir. De sources sûres, les commanditaires d’Arkan Jr étaient des « industriels » de Campanie qui avait servi d’intermédiaires au général Liu, fondateur et ancien dirigeant de l’entreprise militaro-agricole Chalkis devenu le premier exportateur mondial de concentré de tomates durant les années 2000. « L’entreprise est l’un des fleurons du « Bingtuan », le conglomérat du Xinjiang aux mains de l’armée populaire.

 

« Après avoir fondé Chalkis en 1994 et l’avoir dirigée d’une main de fer pendant plus de vingt ans, le général Liu a quitté l’entreprise en 2011 dans des conditions obscures. On le disait déchu, certains se demandaient même s’il n’était pas « tombé » pour corruption. Lorsque Chalkis acquis le Cabanon, coopérative provençale, le général Liu Yi avait vécu épisodiquement en France, à l’époque le Bingtuan disposait de bureaux sur les Champs Elysées. Le général se rendait alors tous les mois dans l’hexagone, où il rencontrait l’un de ses proches, le plus important trader français spécialisé dans la tomate d’industrie. Des années 2000, le Général Liu a conservé sa carte de séjour délivré par la République Française sur laquelle l’adresse est celle du Cabanon, route de Piolenc, Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse.

 

Liu vit maintenant à Accra au Ghana. « Son quartier général est une grande villa, bordée de hautes clôtures électrifiées, derrière lesquelles un berger allemand monte la garde. La demeure se trouve au cœur d’une zone résidentielle de la haute bourgeoisie d’Accra.

 

De là Liu, « gère dans la plus grande discrétion, une société devenue incontournable dans le business du concentré en Afrique, la Provence Tomato Products. Une entreprise faisant tourner une usine de 300 000 m2 installée en 2014 à Tianjin. »

 

 

C’est son fils Haoan, « Quinton » de son prénom occidental, qui la dirige.

 

« Comme bien d’autres enfants d’oligarques de sa génération, le fils du général Liu, né en 1987, a grandi aux USA, pays pour lequel il a renoncé à sa nationalité chinoise afin d’en obtenir le passeport. Après quoi, quelques années plus tard, il a renoncé à sa nationalité étasunienne, lui préférant celle de Saint-Christophe-et-Niévès. Un paradis fiscal. Le micro-État de 251 km2, composé de deux îles des Caraïbes, est plus connu des professionnels de l’évasion fiscale sous son nom anglais : Saint Kitts and Nevis. L’État s’est spécialisé dans la vente de ses passeports aux élites transnationales de la planète. Le document permet d’entrer sans visa dans plus de 100 pays et territoires, parmi lesquels Hong Kong, le Liechtenstein, l’Irlande, la Suisse et les États membres de Schengen dans l’Union européenne. Pour acquérir cette nationalité, il convient de débourser 250 000 dollars, sans qu’il ne soit nécessaire de se rendre sur place. « En fait, il suffit de payer les services d’un conseiller juridique. Trois mois après, tu reçois ton passeport. Et fiscalement, c’est vraiment intéressant. »

 

Dixit Quinton Liu.

 

Nota : ces informations contenues dans une note blanche la DG de la Sécurité Intérieure, elles sont tirées L’Empire de l’Or Rouge de Jean-Baptiste Malet, ouvrage de référence en la matière.

 

En conclusion Marie indiqua à ses interlocuteurs qu’avant toute prise de contact avec la famille Liu il restait certains points à éclaircir, ce qui, ils le comprendraient aisément, nécessitait que la maison Tarpon puisse encore bénéficier de leur bienveillance. Ils en convinrent et la remercièrent pour la qualité de son travail. « Notre seule exigence c’est que nous continuions d’assurer votre protection… »

 

  • Pas de blème conclue Marie.

 

Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout. Nous ne possédions pas le savoir-faire de nos « amis » les yakusas mais un bon deal vaut mieux qu’une bataille perdue.

 

(30) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin dernier épisode À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô

 

Bloqué à Paris, Aadvark rongeait son frein, il déprimait. La perspective funeste qu’éclata un scandale lui faisait craindre une chute vertigineuse de sa notoriété, l’effondrement de son plantureux chiffre d’affaires, et surtout qu’il soit la risée de ses pairs qui aujourd’hui l’encensaient. Nous le rassurions en lui disant que son dossier était classé sensible, c’était une affaire d’État, et que les éventuelles galipettes d’Agrippine avec un beau Serbe étaient le cadet de nos soucis. Toute l’affaire, une fois réglée, serait classée « Secret Défense »

 

À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô. Ce calme relatif pouvait préfigurer la tempête, il nous fallait amuser la galerie.

 

La lumière  vint de Rosa, qui venait de dévorer le livre de Saporta.

 

« Nous allons publier un communiqué de presse ! »

 

  • Et qu’est-ce qu’il va dire ton communiqué de presse pimprenelle ? ironisa Tarpon.

 

  • Qu’Agrippine a pris du champ, qu’elle fait une retraite spirituelle dans une abbaye cistercienne… pour se ressourcer et aider le château d’Ô à retrouver ses valeurs originelles…

 

  • Pas con ta manip… Marie aimait.

 

  • Je veux bien mais en plein mois d’août ça va faire un flop. Tarpon ronchon.

 

  • Tu te trompes les médias n’ont rien à se mettre sous la dent. Ce sont des petits jeunes qui tiennent les permanences, nous allons accompagner notre petit communiqué de presse d’un superbe voyage de presse au château d’Ô.

 

  • Je reste sceptique. Tarpon narquois.

 

  • Sauf que le thème du voyage de presse sera le réchauffement climatique, le grand virage du château d’Ô.

 

  • Et il consistera en quoi ce grand virage Rosa ?

 

  • Conversion en biodynamie, longue marche vers le vin nature, introduction du cheval, reniement des 10 commandements de Parker…

 

  • Et tu vas faire avaler ça à Aadvark… Tarpon ébranlé.

 

  • Tu crois que je vais lui demander son avis, on va faire ça à l’arrache.

 

  • Banzaï ! Marie aux anges.

 

Branle-bas de combat, Adelphine fut chargée d’enfumer Aadvark en lui vendant les modalités du voyage de presse : avion spécial, visite du vignoble et du chai du château d’Ô, déjeuner au Logis de la Caserne, caisse bois de 12 flacons de la maison. Sans bien sûr lui préciser son contenu. Et tout ça sans qu’il allonge un rond. La maison Tarpon prenant l’opération à sa charge en l’inscrivant dans ses frais généraux.

 

Aadvark s’inquiéta « mais pourquoi tout ça ? »

 

  • Pour faire diversion…

 

  • Auprès de qui ?

 

  • De ceux qui gardent Agrippine en otage.

 

  • En otage, mais elle est en danger…

 

  • Otage c’est vite dit, j’ai dit ça pour pas vous faire de peine, l’autre hypothèse moins glorieuse pour vous c’est qu’Arkan Jr l’ait mis au frais.
  •  

Ébranlé Aadvark accepta de jouer le jeu.

 

L’Airbus A 320 était plein. L’opération de communication fut un grand succès médiatique. Abasourdi Aadvark, à la réflexion s’était dit, que tout compte fait ça allait faire grimper plus encore la valeur du château d’Ô.

 

Fataliste il grommelait dans l’avion du retour à Adelphine « Paris vaut bien une messe… »

 

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer Tarpon et Marie allait confesser Arkan Jr, pas sûr qu’il obtienne l’absolution.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 07:00
Chez Jacques Dupont aussi on s’alarme « dans 20 ans, si on change rien, il n’y aura plus de domaines familiaux » Charles Magnien et JY Bizot dans tout ça ?

Tout le monde s’y mets, même si c’est dans ma crèmerie que tout a commencé avec les drôles de lunettes de Jean-Yves Bizot ICI, en Bourgogne ce n’est qu’un long lamento : les loups achètent tout !

 

Alors, il ne faut pas s’étonner que le bas-bourguignon Jacques Dupont, qui œuvre depuis des décennies, au Point, dans son numéro spécial Vins, entonne « gare aux familles ! »

 

« Dans 20 ans, si on change rien, il n’y aura plus de domaines familiaux »

 

C’est le constat amer que dresse Charles Magnien, souriant et drôle jeune viticulteur de gevrey-chambertin. Les investisseurs très riches, n’écoutant que leur désir de posséder un petit bout de terre bourguignonne à grand cru, ont fait flamber le prix du foncier. Et l’incendie n’est pas éteint. Le million d’euros à l’ouvrée (1/24 d’hectare), qu’on imaginait comme une sorte de plafond infranchissable, est largement dépassé. Désormais, il faut multiplier ce prix par deux, trois et même davantage… Comment arrêter cette folie ? Personne n’a la solution et les familles voient se dissoudre dans cet argent déversé tout espoir d’agrandir un peu leur exploitation. Pis même, elles n’imaginent pas comment transmettre à leurs enfants leur patrimoine. Pas seulement à cause des droits de succession, comme le raconte fort bien et très justement, « Ce qui nous lie », le très joli film de Cédric Klapisch. Dans une famille de deux ou trois enfants, si l’un reste au domaine et que les autres partent vers d’autres métiers, comment les parents peuvent-ils les indemniser ? La valeur d’une parcelle est calculée sur la base du prix pratiqué lors des dernières transactions. Où trouver des sommes pareilles pour que ceux qui partent ne soient pas lésés. Une autre solution, vendre en partie ou en totalité la propriété, les acheteurs ne manquent pas. « Milliardaires du monde entier, unissons-nous pour dépecer la bête ! » poétise façon grand soir un des vignerons du cru. À moins d’une réforme en profondeur du système de fonctionnement des Safer, ces organismes créés sous de Gaulle pour favoriser l’implantation des jeunes agriculteurs et éviter l’accaparement des terres au profit des plus gros. Mais ça ne semble guère d’actualité. »

 

« Ce qui m’agace, c’est que ceux qui récupèrent les vignes n’y vont jamais dans les vignes », s’insurge Alexandrine Roy, qui a vu lui passer sous le nez un petit bout de parcelle de grand cru parce qu’un marchand de biens agissant pour un très riche client avait fait une offre supérieure à la sienne. »

 

Voilà, ce qu’il vous reste à faire :

 

  • Acheter le numéro spécial Vins du Point, ça fera plaisir à Jacques Dupont.

 

  • À demander à Antoine Gerbelle, qu’au lieu de n’inviter que ses petits copains, y compris le Jacques Dupont (Un bon moment de complicité avec Antoine…), sur son média de la Toile Tellement Soif, d’organiser un vrai débat sur le sujet… en évitant les vieilles barbes de la RVF si possible...
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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (30)

(30) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin dernier épisode À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô

 

Bloqué à Paris, Aadvark rongeait son frein, il déprimait. La perspective funeste qu’éclata un scandale lui faisait craindre une chute vertigineuse de sa notoriété, l’effondrement de son plantureux chiffre d’affaires, et surtout qu’il soit la risée de ses pairs qui aujourd’hui l’encensaient. Nous le rassurions en lui disant que son dossier était classé sensible, c’était une affaire d’État, et que les éventuelles galipettes d’Agrippine avec un beau Serbe étaient le cadet de nos soucis. Toute l’affaire, une fois réglée, serait classée « Secret Défense »

 

À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô. Ce calme relatif pouvait préfigurer la tempête, il nous fallait amuser la galerie.

 

La lumière  vint de Rosa, qui venait de dévorer le livre de Saporta.

 

« Nous allons publier un communiqué de presse ! »

 

  • Et qu’est-ce qu’il va dire ton communiqué de presse pimprenelle ? ironisa Tarpon.

 

  • Qu’Agrippine a pris du champ, qu’elle fait une retraite spirituelle dans une abbaye cistercienne… pour se ressourcer et aider le château d’Ô à retrouver ses valeurs originelles…

 

  • Pas con ta manip… Marie aimait.

 

  • Je veux bien mais en plein mois d’août ça va faire un flop. Tarpon ronchon.

 

  • Tu te trompes les médias n’ont rien à se mettre sous la dent. Ce sont des petits jeunes qui tiennent les permanences, nous allons accompagner notre petit communiqué de presse d’un superbe voyage de presse au château d’Ô.

 

  • Je reste sceptique. Tarpon narquois.

 

  • Sauf que le thème du voyage de presse sera le réchauffement climatique, le grand virage du château d’Ô.

 

  • Et il consistera en quoi ce grand virage Rosa ?

 

  • Conversion en biodynamie, longue marche vers le vin nature, introduction du cheval, reniement des 10 commandements de Parker…

 

  • Et tu vas faire avaler ça à Aadvark… Tarpon ébranlé.

 

  • Tu crois que je vais lui demander son avis, on va faire ça à l’arrache.

 

  • Banzaï ! Marie aux anges.

 

Branle-bas de combat, Adelphine fut chargée d’enfumer Aadvark en lui vendant les modalités du voyage de presse : avion spécial, visite du vignoble et du chai du château d’Ô, déjeuner au Logis de la Caserne, caisse bois de 12 flacons de la maison. Sans bien sûr lui préciser son contenu. Et tout ça sans qu’il allonge un rond. La maison Tarpon prenant l’opération à sa charge en l’inscrivant dans ses frais généraux.

 

Aadvark s’inquiéta « mais pourquoi tout ça ? »

 

  • Pour faire diversion…

 

  • Auprès de qui ?

 

  • De ceux qui gardent Agrippine en otage.

 

  • En otage, mais elle est en danger…

 

  • Otage c’est vite dit, j’ai dit ça pour pas vous faire de peine, l’autre hypothèse moins glorieuse pour vous c’est qu’Arkan Jr l’ait mis au frais.

 

Ébranlé Aadvark accepta de jouer le jeu.

 

L’Airbus A 320 était plein. L’opération de communication fut un grand succès médiatique. Abasourdi Aadvark, à la réflexion s’était dit, que tout compte fait ça allait faire grimper plus encore la valeur du château d’Ô.

 

Fataliste il grommelait dans l’avion à Adelphine « Paris vaut bien une messe… »

 

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer Tarpon et Marie allait confesser Arkan Jr, pas sûr qu’il obtienne l’absolution.

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 07:00
Les loups dans la bergerie : l’analyse de Jean-Yves Bizot me semble plus pertinente que celle d’Antoine Gerbelle à propos du Clos Rougeard

À qui le tour ?

 

« Devant l’impossibilité de trouver un accord entre les héritiers indivisaires, de réunir des fonds pour payer les droits de succession, les ventes de propriétés familiales de prestige se multiplient. Dans les années à venir, des domaines majeurs vont changer de main, comme celui de Bonneau du Martray (lire ICI et ICI  la plus vaste propriété de grand cru Corton-Charlemagne qui est passée en janvier 2017 sous le pavillon de l’Américain Stanley Kroenke. La transaction est secrète, mais le prix fou de 100 millions d’euros circule avec insistance. »

 

Le père Gerbelle, dans le spécial vins du Nouvel Obs, égrène : la Coulée de Serrant, Pierre Overnoy, Rayas, même la Corse : l’Arena passant sous pavillon du grand capital !

 

Conséquences, du côté de Saumur Champigny, selon Thierry Germain « Mais cela aura pour conséquence de faire monter le prix du foncier. Nous étions à 45 000 euros l’hectare dans les années 1990. Nous sommes actuellement à 70 000 euros, et les prix se dirigent vers les 120 000 euros. »

 

Et, reprenant l’exemple du « petit bijou », 3 ha et demi, toute l’appellation, Château-Grillet, acquis auprès d’une vieille dame par François Pinault, pour plusieurs millions d’euros, l’Antoine Gerbelle, note que le flacon est passé de 70 à 250 euros.

 

Pauvres amateurs gaulois ! Gerbelle parle de confiscation puisque le précieux liquide est monopolisé par les grosses bourses étrangères.

 

Combien ce « pauvre » Martin Bouygues a-t-il déboursé pour acquérir le Clos Rougeard ?

 

« Officieusement, autour de 12 millions d’euros. Une somme colossale pour un cru de Loire, région où les beaux domaines de cette superficie ne dépassent pas 3 ou 4 millions. Un chiffre qu’il faut moins rapporter à la surface des vignes, aux bâtiments d’exploitation qu’à la valeur incorporelle du domaine, c’est-à-dire la marque, le droit de produire en double, en triple et plus des vins de Clos Rougeard. Sans oublier les quelques 200 000 bouteilles des quatre millésimes en stock et des milliers de vieux flacons en cave. Des vins qui auront la plus-value d’être signée par le duo Foucault… et qui attireront les collectionneurs et les spéculateurs. Tout ce que détestait Charly. »

 

Selon Gerbelle c’est un vrai coup de cœur du Martin qui boit et apprécie depuis longtemps le Clos Rougeard.

 

Maintenant ce qu’il vous reste à faire :

 

  • Lire ICI la chronique de Jean-Yves Bizot sur la vente à l’encan des grands domaines

 

  • Acheter le dernier numéro de l’Obs pour faire plaisir à Antoine et lire l’intégralité de sa prose.

 

 

 

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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (29)

(29) Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout.

Avec son sens aigu de la synthèse, à la fois désinvolte et précise, Marie rendit compte aux pontes de la place Beauvau de son voyage à Parme. Là aussi les mouches avaient changé d’ânes, ces messieurs avaient mis un peu d’eau dans leur vin, toujours avec la componction qui sied aux hauts fonctionnaires de notre vieux pays qui se croit républicain.  

Adelphine et Rosa n’en finissaient plus de nous conter la belle histoire du prince des formaggio qui a forgé ses lettres de noblesse dans une longue histoire. Le Parmigiano Reggiano « est le fer de lance de l’économie laitière italienne (13% du lait produit sur le territoire sert à sa production), ainsi qu’une valeur bancaire innovante. Dans les coffres-forts de certaines banques italiennes, les meules de parmesan sont entreposées tels des lingots  d’or en échange de financements. Ce système unique en son genre permet aux producteurs de contracter des prêts, les meules de parmesan leur servant de garanties. Dans ces coffres-forts aménagés, les meules sont ainsi déposées deux ans en garantie – le temps requis de l’affinage – avant leur mise en vente par leur propriétaire. »

Elles avaient acquis un des Petits Précis de la gastronomie italienne : le Parmigiano aux éditions du Pétrin écrit par Alessandra Pierini qui tenait une épicerie à Paris du côté de ND de Lorette. Nous eûmes droit, rue Charles Floquet, à du parmigiano matin midi et soir ; le veganisme des filles avait succombé au charme des jolies rousses, vacche rosse, broutant l’herbe  des alpages de Vesta avant de donner leur lait pour faire le parmesan : 600 litres pour faire une meule de 35 kilos.

Elles maniaient avec de plus en plus de dextérité un coltello a mandorla, une sorte de poinçon en forme de goutte pour couper le fameux formaggio.

La réponse d’Armando ne tarda pas à nous parvenir. De sources sûres, les commanditaires d’Arkan Jr étaient des « industriels » de Campanie qui avait servi d’intermédiaires au général Liu, fondateur et ancien dirigeant de l’entreprise militaro-agricole Chalkis devenu le premier exportateur mondial de concentré de tomates durant les années 2000. « L’entreprise est l’un des fleurons du « Bingtuan », le conglomérat du Xinjiang aux mains de l’armée populaire.

« Après avoir fondé Chalkis en 1994 et l’avoir dirigée d’une main de fer pendant plus de vingt ans, le général Liu a quitté l’entreprise en 2011 dans des conditions obscures. On le disait déchu, certains se demandaient même s’il n’était pas « tombé » pour corruption. Lorsque Chalkis acquis le Cabanon, coopérative provençale, le général Liu Yi avait vécu épisodiquement en France, à l’époque le Bingtuan disposait de bureaux sur les Champs Elysées. Le général se rendait alors tous les mois dans l’hexagone, où il rencontrait l’un de ses proches, le plus important trader français spécialisé dans la tomate d’industrie. Des années 2000, le Général Liu a conservé sa carte de séjour délivré par la République Française sur laquelle l’adresse est celle du Cabanon, route de Piolenc, Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse.

Liu vit maintenant à Accra au Ghana. « Son quartier général est une grande villa, bordée de hautes clôtures électrifiées, derrière lesquelles un berger allemand monte la garde. La demeure se trouve au cœur d’une zone résidentielle de la haute bourgeoisie d’Accra.

De là Liu, « gère dans la plus grande discrétion, une société devenue incontournable dans le business du concentré en Afrique, la Provence Tomato Products. Une entreprise faisant tourner une usine de 300 000 m2 installée en 2014 à Tianjin. »

C’est son fils Haoan, « Quinton » de son prénom occidental, qui la dirige.

« Comme bien d’autres enfants d’oligarques de sa génération, le fils du général Liu, né en 1987, a grandi aux USA, pays pour lequel il a renoncé à sa nationalité chinoise afin d’en obtenir le passeport. Après quoi, quelques années plus tard, il a renoncé à sa nationalité étasunienne, lui préférant celle de Saint-Christophe-et-Niévès. Un paradis fiscal. Le micro-État de 251 km2, composé de deux îles des Caraïbes, est plus connu des professionnels de l’évasion fiscale sous son nom anglais : Saint Kitts and Nevis. L’État s’est spécialisé dans la vente de ses passeports aux élites transnationales de la planète. Le document permet d’entrer sans visa dans plus de 100 pays et territoires, parmi lesquels Hong Kong, le Liechtenstein, l’Irlande, la Suisse et les États membres de Schengen dans l’Union européenne. Pour acquérir cette nationalité, il convient de débourser 250 000 dollars, sans qu’il ne soit nécessaire de se rendre sur place. « En fait, il suffit de payer les services d’un conseiller juridique. Trois mois après, tu reçois ton passeport. Et fiscalement, c’est vraiment intéressant. »

Dixit Quinton Liu.

Nota : ces informations contenues dans une note blanche la DG de la Sécurité Intérieure, elles sont tirées L’Empire de l’Or Rouge de Jean-Baptiste Malet, ouvrage de référence en la matière.

En conclusion Marie indiqua à ses interlocuteurs qu’avant toute prise de contact avec la famille Liu il restait certains points à éclaircir, ce qui, ils le comprendraient aisément, nécessitait que la maison Tarpon puisse encore bénéficier de leur bienveillance. Ils en convinrent et la remercièrent pour la qualité de son travail. « Notre seule exigence c’est que nous continuions d’assurer votre protection… »

  • Pas de blème conclue Marie.

Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout. Nous ne possédions pas le savoir-faire de nos « amis » les yakusas mais un bon deal vaut mieux qu’une bataille perdue.

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 08:00
Même que Gilles Pudlowski a un avis sur les vins corses.

Au cul de Corse-Matin, soit la dernière page, la 40, nous avons eu droit à une grande interview de Gilles Pudlowski qui vient de passer une semaine sur la rive sud du Golfe d’Ajaccio.

 

Selon l’interviewer, Jean-Philippe Scapula, le Pudlo est un amoureux du terroir corse et d’une cuisine qui, selon lui, a tout d’une grande.

 

Citations :

 

« Et quand je bois un Fiumicicoli, un Columbu, E Prove ou un Sarapale, je suis bluffé par cette volonté de maintenir l’identité et de l’améliorer. En Corse, il faut goûter ce qui est Corse. »

 

Question du journaliste : Dans vos commentaires comme dans vos dégustations, vous associez constamment la qualité des vins. Au fil de vos visites, comment jugez-vous l’évolution des vins corses ?

 

« Ils sont beaucoup plus souples, mieux vinifiés, flatteurs, fruités. Ce qui me frappe, c’est le goût poivré du Sciacarellu, la rondeur du Niellucciu. Nicolas Stromboni en est un excellent ambassadeur. Sa cave Le chemin des vignobles est formidable et on y mange très bien. Je conseillerais à mes amis gourmands de ne pas hésiter à choisir les premiers prix sur la carte, ils sont déjà exquis. C’est aussi et surtout grâce au travail des vignerons.

 

Je pense par exemple à une bouteille d’E Prove du domaine Maestracci, facturée 25 euros alors qu’à l’aveugle on dirait presque un grand Bordeaux. »

 

Prix abordables pour les vins au restaurant

 

« Pour les vins c’est pareil. Si vous comparez le Niellucciu au San Giovese toscan, il y a des similitudes mais le rapport qualité prix est largement à l’avantage de la Corse…

 

… Pareil pour le vin. Dans les palaces de la Côte d’Azur, vous payez 75 euros pour une bouteille de rosé alors que j’en ai bu de très bons en Corse pour 25 euros. En Corse les cuvées spéciales des domaines viticoles sont à des prix élevés mais les gammes classiques sont excellentes. La cuvée Casteddu est très bonne mais le domaine Saparale produit une entrée de gamme qui accompagne à merveille le cabri rôti ou des tripettes. Pas la peine de taper dans le Château Margaux pour apprécier cette gastronomie. C’est un leurre que veulent généraliser les restaurants encensés par le Fooding. La carte des plats est assez bon marché mais ils se rattrapent sur le prix des vins. Moi, quand je parle de rapport qualité prix, je prends en compte l’intégralité de l’addition. Et ce rapport, on ne le retrouve pas ailleurs. »

 

Le repas corse par excellence

 

« Il commencerait par une soupe corse, se poursuivrait par des cannelloni au brocciu, un cabri rôti et enfin un fiadone. Le tout arrosé d’un bon rouge de Saparale ou un bon rosé de Fiumicicoli »

 

Fort bien, vous vous doutez bien que je ne me risquerais pas à faire le plus petit commentaire face à un tel critique, je note simplement un petit côté de Rouyn et de m’exclamer « Jacques Dupont qu’as-tu fait lorsque Pudlowski était au Point ? »

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (28)

(28) «Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite !»

 

C’est un Aadvark échevelé, avachi, liquéfié, que je reçus, sitôt son arrivée de Roissy, dans mon vaste bureau de la rue Charles Floquet, encore sous le coup de la jetlag il eut bien du mal à m’expliquer l’objet de sa visite. En effet, à ses yeux je n’étais qu’un apporteur d’affaires, certes une étrange affaire, donc totalement étranger à ce qui venait d’arriver à Agrippine. Face à sa demande insistante de l’aider à la retrouver j’avais beau lui rétorquer, gentiment d’abord, puis plus sèchement au fur à mesure qu’il persistait, que la police était payée pour ça, il n’en démordait pas.

 

Ma stratégie était celle des sables mouvants : je laissais ce cher homme gigoter, répéter les mêmes propos en boucle, me prendre pour un imbécile, s’époumoner, s’enfoncer… J’attendais qu’il s’épuise, s’aperçoive de son enlisement, de l’ineptie de son comportement, pour le cueillir. Ce que je fis avec une brutalité qui faillit le porter à l’apoplexie, il s’empourpra, sa bouche s’arrondit, son regard s’affola, ses mains battirent l’air.

 

« Agrippine à un amant !

 

  • Un a… un a quoi… un amant…

 

  • Un beau Serbe bien couillu !

 

  • Vous dites n’importe quoi…

 

  • Alors expliquez-moi pourquoi elle le retrouve régulièrement au George V ?

 

  • Comment le saurais-je ?

 

  • Oui les cocus sont toujours les derniers informés…

 

  • Tarpon j’exige des explications !

 

  • Vous n’avez rien à exiger, je vous rappelle que depuis une heure vous me bassiner pour que je prenne en charge la recherche de votre dulcinée. Alors, soit vous affrontez la réalité, soit vous vous adressez à un second couteau de la dimension de Touron.

 

  • Qui est ce Serbe ?

 

  • Un tueur, un homme de mains sanguinaire au service de la Mafia !

 

  • Mon Dieu… mais comment est-ce possible que… comment Agrippine a-t-elle pu se mettre entre les mains d’un voyou ?

 

  • La baise, la folie du corps, la transgression, rappelez-vous Belle de Jour, la belle bourgeoise Deneuve s’amourachant de la petite frappe de Clémenti.

Mon homme était à point, à la ramasse, je pouvais lui déballer avec profit ma salade pas fraîche ; un instant j’envisageai de l’interroger sur le Pourri mais à la réflexion je me dis qu’il fallait que je garde des atouts dans mon jeu.

 

À l’évocation de Marie de Saint-Drézéry, Aadvark blêmi : « Vous m’avez piégé !

 

  • Tout juste Auguste !

 

  • Mais dans quel but ?

 

  • Celui auquel nous sommes arrivés cher monsieur… C’est-à-dire à débusquer qui a aidé à vous piéger…

 

  • Qui ?

 

  • Allons ne faites pas l’enfant, votre Agrippine…

 

  • Ça n’est pas possible !

 

  • Je sais que pour vous la couleuvre est difficile à avaler mais c’est la stricte réalité.

 

  • Vous m’embrouillez…

 

  • Un peu, très cher, j’ai mis la barre très haute pour que vous cessiez de me prendre pour un con. J’ignore la nature exacte des relations de votre moitié avec le grand Serbe mais ce qui est sûr c’est qu’elle est dans le coup.

 

  • Mais pourquoi ?

 

  • Ça c’est une mauvaise question à mon endroit car vous seul pouvez y répondre.

 

  • Je ne comprends pas…

 

  • Vous êtes né dans le pays de Mauriac, de Thérèse Desqueyroux… alors allez chercher les mobiles dans les tréfonds du huis-clos familial, d’une sexualité refoulée, d’une condition féminine étouffée…

 

  • Tarpon vous délirez !

 

  • Sans doute mais, au risque de vous déplaire, je flirte avec la vérité.

 

Pour les ignares, sachez que « Mauriac est, au cours des années 20 fasciné par ces êtres hors norme que sont les meurtrières et plus particulièrement les empoisonneuses.

 

En 1925, il demande à son frère Pierre des documents sur le procès de Blanche Carnaby qui, en mai 1906, avait été acquittée devant les assises de Bordeaux d’une tentative d’empoisonnement de son mari, mais condamné pour falsification d’ordonnance.

 

Cette attirance se manifesta encore en 1933 pour l’affaire Violette Nozières qui défraie la chronique et qu’il suit en tant que journaliste.

 

« Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite ! »

 

Le perdreau étant bien faisandé il ne nous restait plus qu’à le cuisiner mais pour cela il nous fallait le jus qu’allait nous ramener de Parme notre très chère Marie.

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