Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 08:00

Livrenpoche : Acheter d'occasion le livre La fin d'une agriculture -  François-Henri De Virieu - livre d'occasion

Le bon peuple va assister au grand défilé des candidats à l’Elysée dans les travées du salon de l’Agriculture, tâter le cul des vaches, licher quelques nectars, engloutir des bouts de fromage, serrer des pognes, essuyer des horions, brosser dans le sens du poil les dirigeant (e)s, prononcer quelques phrases définitives, faire des images pour les réseaux sociaux, vont tenir lieu de politique agricole.

 

Faut-il le regretter ou s’en féliciter ?

 

Au XXI siècle c’est quoi l’agriculture dans notre vieux pays ?

 

Une arme stratégique dans un monde mondialisée, une simple productrice de minerai pour l’agro-alimentaire, un maillon faible, un pilier essentiel de notre indépendance alimentaire ?

 

Faut-il faire des choix entre une agriculture productive et une agriculture plus verte ?

 

Le tout dans le cadre d’une nouvelle PAC que certains qualifient de déclinistes.  «Pour une PAC créatrice de valeur dans l’ensemble des filières et des territoires». La tribune de 164 parlementaires ICI 

 

Pourquoi les candidats à la Présidentielle auraient-ils besoin de nous exposer leur programme agricole alors que le vrai problème pour les citoyens est de définir une politique de l'économie alimentaire ?

 

Bref, moi qui suis un vieux cheval de retour, je rêve du temps où l’on débattait dans les colonnes du Monde avec René Dumont et François-Henri de Virieu sur « LA FIN D'UNE AGRICULTURE »

Campagne de René Dumont : l'écologie entre en politiqueFrançois-Henri de Virieu (1931-1997) | Guns, Cannon

René Dumont, F.H de Virieu, les agronomes et juristes de la rue de Varenne sont « à peu près totalement ignorants des mécanismes élémentaires de l'économie moderne ».  
Qui se souvient de F.H de Virieu

« LA FIN D'UNE AGRICULTURE » de F.-H. de Virieu 
Par RENÉ DUMONT
Publié le 04 février 1967

 

En 1946, avec le Problème agricole français, je proposais un premier schéma général de modernisation, qui fit hurler certains, horrifiés par la seule perspective de la disparition progressive d'un million d'exploitations agricoles.

 

En 1948, voyant toute notre civilisation agricole esquisser déjà le plus rapide des tournants de son histoire, je me hâtais d'en prendre une série d'instantanés (1), tout en suggérant quelques possibilités locales d'évolution. Les événements ont été plus rapidement encore que les plus hardis d'entre nous ne le prévoyaient. Aussi, Serge Mallet a-t-il pu écrire les Paysans contre le passé (2) ; tandis que Gervais, Servolin et Weill ont annoncé Une France sans paysans (3). Situation que confirme bien le titre du livre de François-Henri de Virieu : la Fin d'une agriculture (4). Après Tibor Mende, Robert Guillain et quelques autres, il nous révèle qu'un journaliste, attaché par métier aux réalités quotidiennes, peut arriver à dominer son sujet en nous traçant une fort brillante esquisse.
 
Voici enfin le terrain déblayé ; et l'opinion paysanne comprend mieux chaque jour que, les ventes alimentaires étant moins extensibles que celles de produits industriels, mieux vaudrait être moins nombreux à partager un gâteau. Un juste hommage est rendu par Virieu au courage d'Edgard Pisani, qui sut se dresser contre les préjugés d'une droite et d'une gauche rivalisant souvent dans la défense des traditions, en s'appuyant sur les forces neuves du jeune syndicalisme agricole, et plus particulièrement du Centre national des jeunes agriculteurs. Mais, note-t-il, " Pisani a deux défauts graves : il ne sait pas s'entourer et parle pour parler, sans toujours se préoccuper de ce qu'il advient des idées qu'il lance. Ses analyses enchantent ceux qui cherchent à comprendre et qui aiment voir élever le débat. Elles déroutent ceux qui ont besoin d'agir ".
 
La Ve République a presque triplé les aides financières de la collectivité à l'agriculture en huit ans, mais la IVe République - fait généralement ignoré - avait fait mieux entre 1954 et 1958. Dans ces allocations, " la part du lion est allée aux dépenses de soutien des marchés agricoles ", ce qui, note l'auteur, " n'est pas précisément fait pour préparer l'agriculture française à la concurrence de pays qui... emploient toutes leurs ressources à moderniser leur équipement ".
 
Si les prix agricoles de 1966 procurent aux agriculteurs un pouvoir d'achat supérieur de 26 % à celui de 1958, l'auteur souligne avec raison que les revenus des autres groupes sociaux ont progressé plus vite. Cependant, quand il écrit qu' " un tel résultat n'avait jamais été obtenu dans le passé ", il s'avance trop, car cela signifierait que jamais le niveau de vie paysan ne s'est élevé, ce qui n'est pas exact. J'hésiterais un peu aussi à dire avec lui que les agronomes et juristes de la rue de Varenne sont " à peu près totalement ignorants des mécanismes élémentaires de l'économie moderne ". L'ignorance n'est pas universelle : il existe au moins le service d'études et de synthèse. Il était cependant bon de souligner cette ignorance, car elle est bien répandue.
 
" Il faudra longtemps pour améliorer la situation de l'Ouest surpeuplé ", nous dit fort justement l'auteur. Que dirait-il alors des deltas asiatiques surpeuplés où le travail des derniers arrivants a une productivité à peu près nulle ? C'est là un des problèmes les plus angoissants pour l'avenir de l'agriculture mondiale. L'auteur souligne que dans un monde " où les deux tiers des habitants ne mangent pas à leur faim " le jour n'est peut - être pas si éloigné où " l'intendance aura son mot à dire dans la grande politique ". Jusqu'à présent, chez nous, " les préoccupations alimentaires ne côtoyaient que rarement celles de la grandeur ", mais on peut imaginer qu'il sera " dans l'avenir aussi utile pour la France - et aussi prestigieux - d'être membre du club des cinq grands exportateurs de denrées alimentaires que du club nucléaire ". Et l'auteur rappelle que selon que la France choisira de nourrir la clientèle exigeante de l'Europe ou bien le " tiers monde " " elle ne devra pas pratiquer la même politique agricole ".
 
La thèse de fond de l'ouvrage est que " l'agriculture n'est qu'un simple maillon de la chaîne de fabrication de la nourriture des hommes ". Pour ne pas l'avoir compris, les équipes dirigeantes de la Ve République se sont bornées à avoir " une politique agricole alors que le vrai problème était de définir une politique de l'économie alimentaire ". Disciple des jeunes économistes de l'I.N.R.A. (Institut national de la recherche agronomique), Virieu annonce que " l'exploitation agricole - ou plutôt ce qui en restera - sera satellisée et dirigée de l'extérieur ".
 
Ce livre se lit comme un roman, au moins pour ceux qui s'intéressent à nos problèmes agricoles. Et il représente un gros effort d'objectivité. Il souligne les mérites des tentatives de modernisation, qui ont appris aux cultivateurs à " découvrir l'univers économique, admettre la nécessité de l'exode, s'insérer dans la nation et compter sur eux-mêmes " (tout comme les Chinois), au lieu de se faire offrir, selon l'expression de F. Bloch-Lainé, des " béquilles spéciales pour boiter à l'écart ". Mais il ajoute : " Ni les milliards ni l'avalanche des textes législatifs et réglementaires publiés en huit ans n'ont sérieusement infléchi le cours des choses... Faute d'une vision claire de l'avenir et d'une stratégie globale, le gouvernement s'est contenté d'accompagner les évolutions qu'il lui semblait déceler dans le monde paysan. Il ne les a ni hâtées ni freinées. "
 
Certaines propositions de Virieu vont au cœur des problèmes : " Qu'il s'agisse de loger ou de nourrir la population, le problème ne se pose pas différemment : il faut trouver le moyen de mettre les surfaces nécessaires hors marché. " Et certaines formules frappent très juste : " Prise isolément, l'entreprise agricole n'a pas plus d'importance qu'une fraiseuse dans un atelier de mécanique. " L'auteur nous rappelle opportunément que " chaque agriculteur des Pays-Bas exporte autant que dix agriculteurs français ".
 
Il nous propose pour terminer une esquisse de ce que pourrait être la structure de l'agriculture de demain et une série de choix qui s'imposent à la paysannerie. Mais nous n'allons pas les résumer ici, car nous conseillons plutôt à ceux qui s'intéressent à ces problèmes de lire cet excellent petit livre, peut-être un peu vite écrit, mais le temps presse.
 
(1) Voyages en France d'un agronome, 1951 et 1956.
 
(2) Le Seuil, 1962.
 
(3) Le Seuil, 1965.
 
(4) Bilan de la V République : la fin d'une agriculture (Calmann-Lévy, 1967, 286 p., 11,40 F). Deux autres bilans sont publiés simultanément dans la même collection : les Politiques, par Pierre Viansson-Ponté, et l'Économie au service du pouvoir, par Philippe Bauchard.
 
RENÉ DUMONT

Ça avait de la gueule alors que maintenant il nous faut nous contenter de Jean-Marie Séronie

Le brouillard agricole des candidats à l'Elysée

 

Présidentielles : Par quelle fenêtre les candidats regardent-ils l’agriculture ?


 


 

Les candidats à l’Élysée proposent-ils une vision claire pour l’avenir de l’agriculture, secteur stratégique pour notre sécurité alimentaire, notre santé et le changement climatique. Dans cette campagne très vaporeuse, qui n’imprime pas, qui ne débat pas encore, l’agriculture est elle aussi enfouie dans la brume ! À la veille du salon de l’agriculture, tentons de dissiper un peu ce brouillard.


 

La lecture des quelques lignes de programme agricole des candidats, l’écoute des premiers interviews et du seul grand oral ayant déjà eu lieu, révèlent surtout beaucoup de flou, voir une improvisation à quelques exceptions près et surtout un conformisme inquiétant.


 

Chaque candidat aborde la question agricole par une fenêtre, un angle global qui lui est propre.


 

Fabien Roussel nous parle vin, viande, fromage, un bon repas pour « La France des jours heureux ». L’alimentation est son cheval de bataille agricole, les cantines un fer de lance pour former nos enfants. Il promet dix milliards (plus que le budget de la Politique Agricole Commune) pour accompagner les collectivités à préparer des bons repas, pas chers, pour nos bambins. Le reste se résume à une loi de programmation et des réglementations sur les prix, la nationalisation d’une banque pour financer l’agriculture, l’arrêt de l’intervention du secteur privé dans l’assurance récolte …


 

Jean-Luc Mélenchon, raconte une nouvelle histoire, propose une « révolution agricole et alimentaire ». A ce jour, il a le programme le plus précis, le plus travaillé, chiffré dans une cohérence de rupture assez grande. On pourrait résumer en planification écologique, réglementation (« réforme agraire », prix plancher aux agriculteurs et plafond dans la distribution, zones tampons de 200 m …), et participation citoyenne (conférence annuelle par grand bassin pour fixer les prix …). Il souhaite aussi former 300 000 nouveaux paysans pendant le mandat. Il propose également de créer un organe de défaisance pour reprendre la dette des exploitations passant en bio.


 

Yannick Jadot propose lui, quelques mesures classiques écologiques mais n’exprime pas véritablement de vision forte : passer la PAC des aides à l’hectare vers des aides à l’actif, interdiction immédiate des produits phytosanitaires les plus médiatiquement controversés, sortie progressive de l’élevage industriel, taxer les engrais azotés, cantines publiques proposant uniquement du bio à la fin du mandat…


 

Anne Hidalgo défend l’agroécologie, n’exprimant pas non plus véritablement de vision à moyen terme (30% de bio en 2030, interdiction glyphosate et néonicotinoides dans les 100 jours). Elle affirme un soutien aux petites et moyennes exploitations ayant beaucoup de main d’œuvre. Elle propose de renforcer les régulations foncières, de rendre obligatoires les plans territoriaux alimentaires. Au plan institutionnel, elle propose de voter tous les ans un budget climat, biodiversité, décarbonation en même temps que la loi de finance.


 

Valérie Pécresse est la seule à porter des mesures économiques en proposant un alignement de mesures libérales assez classiques d’allégements fiscaux et sociaux. Elle exprime une grande méfiance sur les lois de régulation économique et commerciale. Elle affirme aussi vouloir simplifier et alléger les normes et les contraintes. Tout cela sans véritablement proposer d’ambition pour l’agriculture. Elle est la seule à s’exprimer clairement pour développer l’innovation, la recherche et en particulier la génétique.


 

Marine Le Pen et Eric Zemmour semblent réserver l’annonce d’un programme pour le salon. La candidate du Rassemblement Nationale revendique une politique « localiste et protectionniste », celui de Reconquête n’affiche pour l’instant pas grande idée agricole si ce n’est soutenir l’innovation et les robots pour limiter l’usage des produits phytosanitaires et l’emploi de saisonniers étrangers.


 

Certaines mesures font un quasiment consensus comme l’adoption des clauses miroir pour ne pas importer de denrées agricoles produites selon des techniques interdites chez nous. La sortie des produits phytosanitaire est un objectif quasi général, selon un timing et des modalités différentes. La non sur-transposition des normes est aussi plébiscitée de même que l’intérêt de la consommation de produits locaux. Le levier d’action que représentent les cantines est utilisé par presque tous les candidats avec une intensité variable.


 

L’importance de la régulation législative sur les relations commerciales, la protection du revenu des agriculteurs divisent fortement les candidats.


 

Quelques absences font aussi l’objet d’une remarquable unanimité : la notion d’entreprise agricole, la fonction de chef d’entreprise de l’agriculteur sont complètement absentes. La question du rôle de l’exportation est également soigneusement éludée.


 

Tous, finalement, traitent l’agriculture de la même manière depuis des décennies. Figés dans une sorte de statu quo immuable, ils semblent ne pas percevoir les dynamiques actuelles, l’importance des transitions en cours. Finalement seuls un ou deux candidats expriment une vision. On reste dans une typologie très classique et hautement prévisible de mesures proposées en fonction de leur passé politique.


 

Le salon de l’agriculture sera, espérons-le, l’occasion pour les candidats de donner plus de chair à leurs propositions. Le futur candidat Macron fera certainement quelques « propositions chocs», sous la commode ombrelle de la souveraineté alimentaire tout en essayant de surprendre par rapport à ses deux propositions phares de 2017 : la séparation vente-conseil des produits phytos et la loi égalim sur les prix agricoles dont les bilans sont jusqu’à présent assez mitigés.


 

Jean-Marie Séronie

Agroéconomiste indépendant

Secrétaire de la section économie et politique

de l’Académie d’Agriculture

 

Partager cet article
Repost0
2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 06:00

SIA 2022

Alors que l’affiche du SIA 2022, qui s’ouvre le 26 février, met en avant une belle Abondance, une superbe savoyarde nommée Neige, pour séduire les urbains en mal de pâturages « labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée… » comme le déclarait Sully surintendant des Finances, le Club Déméter a présenté, le 10 février la 28e édition de son ouvrage annuel. Sous l’intitulé «Alimentation : les nouvelles frontières», ce laboratoire d’idées agricoles associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) entend faire passer le message que l’alimentation (re)devient une arme stratégique.  

 

Le Club Déméter c’est 73 entreprises et structures ICI professionnelles représentant l’agriculture agro-industrielle.

 

Trois quarts des adhérents de DEMETER ont des activités internationales. Ensemble et dans le monde, ils représentent un chiffre d’affaires consolidé de 300 milliards d’euros et emploient 600 000 salariés.

 

L'IRIS a été créé en 1991 par Pascal Boniface sous le statut association loi de 1901.

 

L'IRIS est un think tank français travaillant sur les thématiques géopolitiques et stratégiques. L'IRIS est organisé autour de 4 pôles d'activité : la recherche, la publication, la formation et l'organisation d'évènements. Il a été reconnu d'utilité publique en 2009. ICI 

 

Nous sommes dans « la cour des Grands », une approche géostratégique de l’agriculture, certes discutable, mais qui ne peut être repoussée d’un simple revers de mains comme le font les écologistes et les insoumis, cependant elle ne me semble pas exclusive d’une autre forme agriculture, viticulture créatrice de la valeur, qu’il ne faut pas réduire à un retour au passé vaches, cochons, couvées…

Le Déméter 2022 - Sébastien Abis, Matthieu Brun | Cairn.info

Quand l’alimentation redevient stratégique

 

Le Club Déméter a présenté, le 10 février la 28e édition de son ouvrage annuel. Sous l’intitulé «Alimentation : les nouvelles frontières», ce laboratoire d’idées agricoles associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) entend faire passer le message que l’alimentation (re)devient une arme stratégique.

 

Sans doute la crise du Covid-19 a-t-elle remis en perspective les risques d’approvisionnement, de sécurisation et in fine de souveraineté alimentaire. Cette question agrège, à elle seule, de nombreuses facettes, de l’amont de l’agriculture au consommateur final en passant par la chaîne logistique, la question de normes, celle des cultures alimentaires et de l’environnement, ou encore les influenceurs des réseaux sociaux. Une chose est certaine : «On constate un réarment des politiques alimentaires à travers le monde», a soutenu Matthieu Brun, responsable des études et des partenariats académiques au Club Déméter. Car l’alimentation est devenue «un marqueur de la puissance d’un pays», a-t-il ajouté. Il en est ainsi de la Chine sur le marché du porc ou de la Russie sur le marché du blé. D’autres pays, à l’image de la cité-Etat de Singapour (719 km2, 6 millions d’habitants) qui ne possède quasiment aucune terre agricole, s’interroge sur la manière dont il pourrait assurer sa souveraineté alimentaire. Par l’innovation ? Si oui à quel prix ? D’autres frontières, nettement moins visibles, se révèlent tout aussi primordiales pour l’agriculture et l’alimentation. L’éducation est l’une d’entre elle, notamment dans les pays d’Amérique (Nord, Latine et Sud) qui sont confrontés à une explosion du taux d’obésité. La mise en place de régimes alimentaires pourrait impacter les productions locales ainsi que les importations agroalimentaires. «Un vrai défi sociopolitique», concède Matthieu Brun. Il rejoint en cela Samuel Rébulard, professeur agrégé à l’Université de Paris-Saclay pour qui «ces régimes ont un impact sur la production, la santé et l’environnement». Il pré-vient cependant que la réduction de consommation de viande ne doit pas être l’alpha et l’oméga des futurs régimes alimentaires «notamment dans les pays où les carences en fer sont chroniques».

 

Guerre des étoiles ?

Tout aussi primordiales sont les chaînes logistiques qui participent à la sécurité des approvisionnements. Après avoir été longtemps boudé par les autorités publiques, et là encore à la faveur de la crise Covid, le rail redevient un élément clé de l’alimentation. Delphine Acloque, enseignante-chercheuse en géographie rappelle ainsi la réouverture de la ligne Perpignan-Rungis (Train de primeurs) et le recours au rail, en pleine pandémie, pour satisfaire les Japonais qui importent, bon an mal an, près de sept millions de bouteilles de Beaujolais nouveau. Ce retour en grâce du rail poursuite deux objectifs : la conquête de nouveaux marchés et la diminution de l’empreinte carbone. L’avenir du fret ferroviaire «va d’ailleurs plus reposer sur son adaptation aux chaînes logistiques complexes que sur une concurrence avec d’autres modes de transports», a-t-elle expliqué. Comme dans l’édition 2021 où elle avait interrogé le spationaute Thomas Pesquet, la cuvée 2022 Déméter prend de la hauteur en se penchant sur l’alimentation, champ d’action possible d’une «nouvelle guerre des étoiles». En effet, pour Quentin Mathieu, responsable économie à La Coopération agricole, «la problématique alimentaire reste essentielle dans la réussite de la conquête spatiale. Manger et produire de quoi manger dans des conditions d’impesanteur sont donc nécessairement deux axes majeurs de recherche et de développement pour les agences spatiales à la fois pour prolonger les missions en orbite mais aussi pour envisager des projets de colonisation sur des corps célestes».

 

Une montée en puissance des PAT

Créés en 2014, avec la loi d’avenir pour l’agriculture, les PAT ont pour mission de créer une dynamique entre agriculture locale et alimentation, d’encourager des pratiques agroécologiques tout en consolidant des filières agricoles et de rapprocher différents acteurs économiques ou associatifs. L’objectif initial de 500 PAT a été revu à la baisse et remplacé par un PAT par département. Lors d’une rencontre du réseau national des PAT, début février, consacrée aux effets du plan de relance, François Beaupère, vice-président de Chambres d’Agriculture France (APCA), a souligné l’importance de ces PAT pour maintenir «une ruralité vivante, renforcer le lien entre agriculture et alimentation, développer le dialogue avec la société civile afin de créer des partenariats et rendre des services à la collectivité». Les stratégies sont différentes selon les régions mais 60 % des projets concernent la constitution de filières pour atteindre le consommateur local ou servir la restauration collective. Si les porteurs de projets sont majoritairement des communautés de communes ou des métropoles, les chambres d’agriculture sont toujours impliquées, ne serait-ce que pour fournir un diagnostic agricole. Cette manne de 80 millions d’euros a donné un nouveau souffle à ces PAT qui se veulent avant tout une démarche, un nouvel état d’esprit. Nicolas Orgelet, élu vert de la Communauté d’agglomération de Blois et référent du PAT «Pays des Châteaux» expliquait ainsi que ces projets «mobilisent d’autres politiques publiques, celles relevant de l’économie sociale et solidaire, du ministère du travail ou de la santé, des fonds européens Leader …etc. L’élu doit faciliter les liens entre ces différents partenaires.» Pour une vue d’ensemble des PAT : rnpat.fr

Point de vue de Sébastien ABIS - Directeur Club DEMETER

Le Déméter 2022 pose les nouvelles frontières de l’alimentation ICI 

Rouen, premier port céréalier d’Europe de l’Ouest. Le blé part principalement vers l’Afrique du nord.

Rouen, premier port céréalier d’Europe de l’Ouest. Le blé part principalement vers l’Afrique du nord. | DR

L’agriculture devient la « valeur refuge » des placements financiers ICI

 

Le 28e rapport du Club Déméter rappelle que la crise du Covid-19 a accéléré, depuis deux ans, la recherche de souveraineté alimentaire.

Ouest-FranceGuillaume LE DU.

Publié le 22/02/2022 à 17h30

 

La crise du Covid a accéléré la recherche de souveraineté alimentaire, désormais un enjeu de puissance étatique. Et de placements financiers. « L’alimentation est une valeur refuge » , expliquent Sébastien Abis et Matthieu Brun, codirecteurs de la 28e édition du rapport Déméter (sous-titré « Alimentation : les nouvelles frontières »), ouvrage de référence sur les enjeux stratégiques de l’agriculture et de l’alimentation.

 

« BlackRock, le plus important gestionnaire d’actifs au monde, mais aussi de nombreux fonds dédiés et des fonds souverains, investissent dans la plus vieille histoire du monde : se nourrir. » À titre d’exemple, la Fondation Bill-et-Mélinda Gates place aujourd’hui, dans l’alimentation, des sommes plus importantes que l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). « Le fonds souverain de Singapour, Temasek, consacre 10 % de ses actifs à l’agroalimentaire […]. Singapour dont l’autosuffisance alimentaire est de 10 %, ambitionne de passer à 30 %. »

 

Rachat de milliers de terres

 

Après la crise financière de 2007-2008, la question alimentaire était déjà un sujet stratégique dans les relations internationales. La population mondiale s’accroît, mais pas les terres cultivables. Un exemple : les Émirats arabes unis (EAU) sécurisent leur approvisionnement en rachetant des milliers d’hectares de terres en Afrique. « ADQ, le fonds souverain d’Abou Dhabi (la capitale des EAU), a racheté 45 % de Louis Dreyfus Company », une multinationale de négoce de matières premières agricoles et un transporteur maritime. L’accord, signé fin 2020, s’est doublé d’un contrat à long terme pour la vente de matières premières agricoles. « Les fonds essaient de plus en plus de verticaliser leur investissement, en maîtrisant toutes les étapes, depuis la production jusqu’à la consommation. »

 

Coédité par l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et le Club Déméter, le « Déméter » paraît chaque année en février : 400 pages d’analyses, des infographies, cartographies et statistiques mondiales, dix-huit chapitres prospectifs, sur lesquels ont travaillé cinquante auteurs et dix-huit collaborateurs.

Partager cet article
Repost0
1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 08:00

 

Général Thierry Burkhard: «La France et l'Otan sont prêtes à faire face à toute agression» ICI 

Sa parole est rare. C'est la première fois qu'il s'exprime dans un long entretien depuis sa prise de fonction à l'été 2021. Le général Thierry Burkhard ICI  est l'invité exceptionnel de RFI et France 24. La guerre en Ukraine, le retrait des forces françaises du Mali, le chef d'état-major des armées répond aux questions de Franck Alexandre (RFI) et Armelle Charrier (France 24).

 

  • Armelle Charrier: On voit que les Russes sont allés à Kiev, leur offensive est allée extrêmement vite… Est-ce que cela vous a surpris, vous, qui êtes un spécialiste ?

 

Thierry Burkhard: Vous avez raison, la guerre est de retour en Europe, pour la première fois depuis 1945. Depuis 1945, pour la première fois, un État attaque un autre État et cherche à le soumettre à sa volonté. Je pense que c’est bien évidemment quelque chose que l’on doit bien observer… Et pour moi, il y a deux réflexions qui me viennent. C’est, tout d’abord que cela montre bien le rapport de force, la force est de nouveau un mode de règlement des conflits. C’est la première chose. La deuxième chose qu’il ne faut pas oublier, c’est qu’en fait, manifestement, pour faire la paix, il faut être deux. Pour faire la guerre, un seul suffit. On ne doit pas l’oublier.

 

La suite ICI 

 

 

Partager cet article
Repost0
1 mars 2022 2 01 /03 /mars /2022 06:00

 

Bien évidemment le Bordeaux, qui n’est pas de Bordeaux mais de Gironde, ne peut-être que Supérieur, alors que du côté madré des bourguignons, le Bourgogne était Ordinaire et même Grand Ordinaire.

 

La suffisance est bordelaise, la fausse-modestie est bourguignonne.

 

L'appellation bordeaux-supérieur, créée par le décret du 14 octobre 1943, est réservée aux vins ayant droit à l'appellation bordeaux mais répondant à des critères de qualité plus stricts.

 

Bourgogne ordinaire et Bourgogne Grand Ordinaire, appellations disparues

 

Les appellations régionales Bourgogne Grand Ordinaire remplacés aujourd’hui par l’appellation Coteaux bourguignons  et Bourgogne Ordinaire (appellation désormais inusitée) ont été instituées en 1937. Elles s’inspiraient d’une dénomination fréquente dans le passé. On parlait de  vins de grand ordinaire  pour la bouteille dominicale, ou de  vins d’ordinaire pour tous les jours. Ils étaient rouges, blancs et rosés, au sein de l’aire d’appellation Bourgogne. La particularité du Bourgogne Grand Ordinaire (comme il était dit familièrement) était de faire quelques fois appel à des cépages peu connus ; les rouges et rosés provenant du pinot noir, du gamay noir à jus blanc, du césar ou du tressot et les blancs du chardonnay, de l’aligoté, du melon de Bourgogne et du Sacy. Cette diversité de terroirs et de cépages ne permettait  pas de préciser de façon générale les caractères de ces vins bien bourguignons. Leurs mérites étaient de présenter un bon rapport qualité/prix pour d’honnêtes bouteilles.

 

J’ai regretté et tempêté contre cet abandon, en vain !

 

11 avril 2008

BGO : tempête sur les tonneaux… ICI 

 

10 août 2010

Réinventons le BGO : pour un traité de non-prolifération de la dénomination « Côtes » ICI  

Partager cet article
Repost0
28 février 2022 1 28 /02 /février /2022 08:00

Les exploitations avec vaches laitières en France.

Hors celui du vin, j’ai aussi beaucoup investi dans celui du lait depuis l’instauration des quotas laitiers sous présidence française avec Rocard jusqu’à leur disparition Le Foll étant Ministre. Nous disposons dans ce secteur de poids lourds mondiaux : Lactalis, Danone et de mi-moyens : Bongrain, Sodiaal, Bel.

 

ICI 

 

La filière laitière est à un carrefour ICI 

 

La filière laitière française est à la croisée des chemins. Passée entre les gouttes du coronavirus, elle se prépare à un chambardement avec un départ en retraite massif de ses producteurs.

 

LES 500 PLUS GRANDES FORTUNES DE FRANCE

2021

#11

 

Emmanuel  Besnier

 

Emmanuel Besnier et sa famille

12 000 M€

Sites industriels - Lactalis et Tereos placés sous « vigilance renforcée »

Emmanuel Besnier, PDG de Lactalis, au JDD : « Il faut repenser notre modèle alimentaire »

 26 février 2022

Marie-Pierre Gröndahl

 

Le patron du numéro un mondial des produits laitiers alerte sur les tensions au sein de la filière. 

 

 

  • Emmanuel Besnier, 51 ans, a succédé à son père Michel en 2000 à la tête d’un groupe qui emploie aujourd’hui 85 000 salariés dans 51 pays. Trois de ses marques (Président, Galbani et Parmalat) dépassent le milliard d’euros de chiffre d’affaires. Très discret dans les médias, le patron du groupe fait le point en exclusivité pour le JDD, alors que s’ouvre le Salon de l’agriculture .

 

Comment se porte le groupe après deux ans de crise sanitaire ?


Lactalis continue de se développer, comme le montre la croissance d’un peu plus de 4 % du chiffre d’affaires en 2021, à 22 milliards d’euros. Nous continuons de gagner des parts de marché, en France comme à l’international. Nous avons également réalisé plusieurs acquisitions, dont celle de Leerdammer et des yaourts Iögo au Canada, ainsi que des fromages naturels du groupe américain Kraft, numéro un en grande distribution aux États-Unis. Notre plus grosse opération l’an dernier.

 

Pour quel montant ?


Environ 2,5 milliards d’euros. Ce rachat est symbolique pour le groupe : les États-Unis sont le premier pays où Lactalis s’est implanté hors de France. Mais notre volonté de toujours continuer à nous développer en France, qui représente 20 % du chiffre d’affaires total, demeure inchangée.

 

Allez-vous poursuivre votre stratégie de croissance externe ?


Nous étions très dépendants du marché français, qui représentait les deux tiers de notre activité. Après une petite centaine d’acquisitions en vingt-deux ans, le groupe a multiplié sa taille par six. Il est aujourd’hui plus équilibré, géographiquement et dans son portefeuille de produits. Nous sommes numéro un mondial des produits laitiers – et numéro trois du bio dans ce domaine –, présents sur toutes les catégories, du lait de consommation au beurre, en passant par l’ultra-frais. Nous n’avons qu’un métier, mais nous y sommes très actifs. Le marché est en croissance. Notre chiffre d’affaires devrait approcher 25 milliards d’euros en 2023.

 

Comment identifiez-vous les cibles potentielles ?


Nous avons une équipe interne de fusions-acquisitions. Être une entreprise familiale indépendante et non cotée nous permet de nous décider très rapidement.

 

J’ai décidé d’engager le groupe sur la voie d’une croissance rentable et responsable

 

Les laits végétaux connaissent un réel essor. Comment analysez-vous l’évolution de la consommation ?

 


Le marché des produits laitiers reste très porteur. Ce sont des aliments de base dès la naissance, nutritionnellement bons. Et la richesse de la palette des produits issus du lait est extraordinaire. Je suis persuadé que nous pouvons encore les développer. Les Européens restent de gros consommateurs, même si les usages du petit-déjeuner évoluent.

 

 

Pourquoi le bio décline-t-il ?


Le bio a connu une croissance ininterrompue depuis trois décennies, mais il est plus cher, d’environ 40 à 50 % pour le lait, par exemple. Malgré ses avantages – équitable, local, bon pour la biodiversité –, son prix est un frein pour certains consommateurs. Et il pâtit de la concurrence de produits spécifiques et moins chers, qui ont émergé ces dernières années, avec des labels « sans OGM ». Ou des produits locaux, qui génèrent de la confusion pour les consommateurs.

 

La question du pouvoir dachat est au cœur des préoccupations des Français, compte tenu du retour de linflation. Où se situe leur budget alimentaire aujourdhui ?


La notion de prix est toujours importante, même si ceux de l’alimentation ont baissé sans interruption depuis dix ans. Les industriels ont absorbé les hausses sans les répercuter, grâce à des efforts de productivité. Le budget mensuel alimentaire moyen par foyer français atteint aujourd’hui 385 euros. Mais la nécessaire prise en compte du revenu des producteurs et d’un meilleur respect de l’environnement a un coût. Il faut repenser notre modèle alimentaire et nous en donner les moyens. J’ai décidé d’engager le groupe sur la voie d’une croissance rentable et responsable. Nous serons neutres en carbone à l’horizon 2050. Nous avons fixé un objectif minimum de 30 % de matériaux recyclés et 100 % d’emballages recyclables en 2033. Le groupe va accompagner ses éleveurs partenaires pour une meilleure prise en compte du bien-être animal.

 

Quels sont les risques dune inflation durable ?
Depuis mon arrivée à la tête du groupe, en 2000, je n’avais jamais connu un tel niveau d’inflation dans les matières agricoles, les emballages et l’énergie. Nous avons la chance en France d’avoir une filière laitière d’excellence. Notre pays compte peu de métiers où un groupe français occupe la position de numéro un mondial. Les crises successives ont mis en avant l’importance de la souveraineté alimentaire et de la réindustrialisation à l’échelle européenne. Le risque, c’est que la filière ne peut à elle seule absorber l’augmentation des coûts sans remettre en cause sa pérennité.

 

Chez Lactalis, nous défendons un modèle exportateur et acteur de la transformation

 

Les négociations commerciales annuelles dans le cadre de la loi EGalim entre producteurs et distributeurs touchent à leur fin. Quel en sera le résultat ?


Le climat est tendu. Peu d’accords ont été conclus. Les distributeurs n’acceptent pas de répercuter la hausse des matières premières agricoles et des coûts industriels, qui s’élèvent cette année à 8 à 10 % avant d’éventuelles répercussions de la crise ukrainienne. Ce n’est pas soutenable pour les agriculteurs, ni pour l’industrie agroalimentaire. Les mutations requises par les transformations environnementales et sociales devront également être financées.

 

Quen est-il du prix du lait ?


Il est plutôt bien valorisé en France, grande puissance laitière au niveau mondial, avec une hausse continue depuis la crise de 2016. Lactalis rémunère mieux que ses concurrents de taille comparable. Nous créons aussi de la valeur en développant des filières comme le bio ou les AOP, dont nous sommes le numéro un européen.

 

Mais le nombre dexploitations diminue ?


Oui, de 2 à 3 % par an. Mais il y a un renouvellement et des regroupements. Cela reste un beau métier, malgré des problèmes de revenus importants. Il faut le rendre attrayant, et la rémunération en fait partie. Chez Lactalis, nous défendons un modèle exportateur et acteur de la transformation. Agriculteurs et industriels sont liés dans une même chaîne de valeur. Il faut accepter une augmentation de la taille des exploitations en France, qui se situent en dessous de la moyenne européenne. Leur taille ne menace pas, au contraire, leur capacité à assurer la transformation environnementale.

 

Lactalis est-il présent en Ukraine ?


Oui, depuis trente ans. Le groupe y emploie un millier de salariés. Nous sommes totalement mobilisés pour garantir la sécurité de nos collaborateurs. C’est notre seule priorité aujourd’hui. 

 

 

Partager cet article
Repost0
28 février 2022 1 28 /02 /février /2022 06:00

 

J’aime ce titre de Marie Étienne le 12 janvier 2022 dans En attendant Nadeau Journal de la littérature, des idées et des arts, je le reprends à mon compte.

 

Je suis un fidèle de Tonino Benacquista.

 

 

Peut-on dire que Tonino Benacquista est plus connu comme scénariste que comme écrivain, que son goût des images a éclipsé son goût des mots ?

 

Ce serait contredire sa biographie. Car ce sont les mots qui l’ont sauvé de sa condition de « rital », né dans une famille quasiment analphabète. C’est le sujet de son nouveau livre, Porca miseria.

 

Mais on pourrait tout aussi bien affirmer le contraire : les mots, il avait du mal à les lire, c’est peu de dire que les livres qui lui étaient proposés à l’école lui tombaient des mains. Et pourtant l’œuvre littéraire de Tonino Benacquista est très abondante. Oui, mais sa production scénaristique l’est au moins autant.

 

On pourrait poursuivre : les mots lui ont permis d’obtenir cinq prix littéraires, un César du meilleur scénario pour Sur mes lèvres de Jacques Audiard et un César de la meilleure adaptation pour De battre mon cœur s’est arrêté du même cinéaste, des prix pour ses bandes dessinées.

 

Tonino Benacquista est inclassable. Est-ce un touche-à-tout ?

 

Le mot est péjoratif. Un inquiet, un instable, qui passe d’un genre artistique à un autre ? Si c’est le cas, il le fait avec un talent reconnu. Comme ça, sans crier gare, comme en se jouant ? Pas vraiment. C’est ce qu’il nous raconte dans Porca miseria, le juron que son père se plaisait à beugler, éructer, soupirer… sur tous les registres. En réalité, il paie cher sa sortie du malheur migratoire, et même le moyen de locomotion qu’il a adopté pour en sortir : remplacer la réalité par le rêve, le songe, l’imagination. En court-circuitant tous les modèles d’intégration qui lui étaient proposés. En faisant des pieds-de-nez aux institutions, à commencer par l’école. Et cela sans agressivité, humblement, en douce et avec douceur.

 

La suite ICI 

 

L’écrivain Tonino Benacquista, en 2021.

Tonino Benacquista : « J’aurais tant aimé découvrir Dumas à 10 ans ! »

 

Adepte des variations de formes, l’écrivain vient de publier « Porca miseria », un texte autobiographique dans lequel il analyse son rapport au récit. Il raconte comment lui sont venus d’abord la passion de l’écriture, puis celle de la lecture.

Propos recueillis par Christophe Averty

 

Du polar au récit romanesque, de la bande dessinée au cinéma, de la nouvelle au théâtre, l’œuvre de Tonino Benacquista emprunte de multiples formes de narration. Rompu aux contraintes qu’elles imposent et aux libertés qu’elles suscitent, l’auteur de Porca miseria (Gallimard, 208 pages, 17 euros) – qui livre la mémoire de ses origines et de sa relation au récit – revient sur son parcours et sa découverte du patrimoine littéraire. Un hommage à la force de l’imaginaire et aux promesses de l’écriture.

 

Vous avez déclaré : « La lecture a été pour moi une conquête, un travail parfois pénible. » Quels obstacles avez-vous dû surmonter ?

 

La lecture ne m’a pas été donnée. Mes parents ne lisaient pas et il n’y avait pas vraiment de livres à la maison. J’aurais tant aimé découvrir Dumas à 10 ans ! De son côté, ma sœur, bien qu’assidue et passionnée de lecture, ne m’en a pas transmis le goût. Il m’a fallu me débrouiller seul. Aussi je ne crois pas, contrairement à ce que soutiennent nombre d’enseignants, qu’il y ait un engouement ou un appétit naturel de l’enfant pour la lecture. Ce fut pour moi une conquête, un effort et une démarche compliqués. En CM2, quand l’institutrice nous présenta La Guerre du feu, de J.-H. Rosny aîné, mon tout premier contact avec un récit romanesque, je fus confronté à une langue étrangère, quelque chose d’abscons. Je sentais que je me trouvais devant un monument de la littérature, mais je ne pouvais pas y entrer. Alors j’ai renoncé, en laissant s’installer un complexe qui allait durer. C’était une dizaine d’années avant que ne sorte le film qu’en a tiré Jean-Jacques Annaud (1981). Rétrospectivement, je pense qu’il m’aurait été plus accessible. Un enfant s’approprie plus facilement une histoire racontée au cinéma ou en bande dessinée. Mais pour ce qui concerne l’épopée et les grands récits de la littérature, la difficulté est plus grande.

La suite ICI

Partager cet article
Repost0
27 février 2022 7 27 /02 /février /2022 06:00

Chaussure à son pied - Transmettre le cinéma

Cinéma : merci monsieur Claude-Jean Philippe !

Claude-Jean Philippe, présentateur du "Ciné-club", est mort

Il était au cinéma ce que Bernard Pivot est à la littérature. Un passeur, un découvreur, un homme possédé par sa passion. Lui, c'était le cinéma. Ou plutôt, les  cinémas. Il évoquait Carné, Lubitsh, Lang, Capra, Kurosawa ou Satyajit Ray avec une même flamme heureuse au fond des yeux.

 

Et l'on se régalait.

 

Il était presque minuit. On attendait le générique du Ciné-club,  sa fameuse signature musicale et sa farandole de visages célèbres : la suite ICI 

Chaussure à son pied - Film (1954) - SensCritique

Aujourd’hui c’est « Chaussure à son pied » (1954)

 

Pourquoi ce film ?

 

La fiche précédente parlait de « The Shop Around the Corner » or un magasin au coin de la rue possède deux vitrines. Alors, voici la seconde.

 

https://focus.telerama.fr/967x550/100/2021/08/24/2771d1aebf2bc211b8e17fe7c691fa8a3d292809.jpg

 

Quelle est l’histoire ?

 

Fin du XIXe siècle, en Angleterre, Henry Hobson est le patron et propriétaire d'une boutique de chaussures, et y travaille avec ses trois filles. Usé par les années et meurtri par la perte de sa femme, il fréquente de plus en plus assidument le pub au détriment de son échoppe. Après s'être vu refuser la dot qu'elle lui demandait, l’aînée de ses filles se révolte contre son père et entame une relation avec l’un des employés de ce dernier. Elle projette alors d'ouvrir un commerce concurrent. A y bien regarder c’est une adaptation amusante du «  Roi Lear » de Shakespeare

 

 

Réalisation

 

David Lean est derrière la  caméra et c’est une autre raison de parler de ce film qui permet de présenter un cinéaste important .Il a été l’exemple du renouveau du cinéma britannique. Le British Film Institute l’a classé neuvième par dans sa liste des plus grands réalisateurs de l’histoire du cinéma

 

Il est reconnu pour avoir réalisé des œuvres majeures qui font partie des classiques du cinéma mondial, dont « Brève Rencontre », 1945 « Le Pont de la rivière Kwaï », 1957 film aux sept Oscars « Lawrence d'Arabie »,1962 avec encore sept Oscars « Le Docteur Jivago » 1965 avec cinq Oscars et « La Route des Indes » 1984 plus que deux Oscars.

 

Qu’on ne s’y trompe pas, cette moisson de lauriers n’est pas due à un savoir-faire commercial.

 

On est loin des films « Sons et Lumières » dont se moquait Mankiewicz ce fin observateur du monde du cinéma hollywoodien et par ailleurs grand cinéaste lui-même. Cette reconnaissance, tant critique que publique, au niveau mondial, est dû à un à un énorme travail exigeant et tout en finesse , d’un cinéaste qui fatiguait et/ou usait tout le monde, lors des tournages. Les films sont peut-être énormes par leur ampleur mais la méticulosité mise à les réaliser, ne l’ai pas moins.

 

Nous aurons l’occasion de revenir sur ce personnage.

 

Et sur Mankiewicz aussi…

 

Chaussure à son pied - Film (1954) - SensCritique

Chaussure à son pied (Hobson's choice) – de David Lean – 1954 | Play it  again, Sam

Qui fait quoi ?

 

Charles Laughton :                         Henry Horatio Hobson

 

Acteur au physique ingrat mais reconnaissable entre tous. Lucide, il savait en jouer avec art interprétant des personnages les moins sympathiques comme le capitaine Bligh dans « Les Révoltés du Bounty » 1935 ou Quasimodo dans « Quasimodo, le bossu de Notre-Dame » 1939

 

Ou encore, la même année dans son importante filmographie : « La Taverne de la Jamaïque » mais aussi en 1962 « Tempête à Washington » film politique d'Otto Preminger et « La Vie privée d'Henry VIII » pour lequel il reçut, en 1934, l’Oscar du meilleurs acteur.

 

Laughton est aussi le réalisateur de « La Nuit du chasseur » 1955 avec les lettres L.O.V.E et/ou H.A.T.E tatouées sur la naissance des doigts sur le dos des mains. Ou encore avec les lancinants et doucereux «  Children…Children… Children .. » émis par Robert Mitchum qui cherche les enfants. Seule réalisation de Laughton aux USA car ce fut un échec critique et commercial.

 

Aujourd’hui ce film réussit a acquis un statut de film culte, notamment grâce à la prestation de Robert Mitchum.

 

         - Les critiques ont classé La Nuit du chasseur parmi les plus grands films de tous les temps : 71e dans la liste des 500 Greatest Films of All Time du magazine Empire4.

 

         - Ce film fait partie de la liste du BFI des 50 films à voir avant d'avoir 14 ans établie en 2005 par le British Film Institute, intégrant même le top 10 de cette liste5.

 

         - En 2008, le film se place au deuxième rang de la liste des 100 films pour une cinémathèque idéale, créée à l'initiative de Claude-Jean Philippe pour les Cahiers du cinéma.

 

         - Et en 1992, le film est sélectionné par le National Film Registry pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès aux États-Unis pour son « importance culturelle, historique ou esthétique ».

 

John Mills :                               Willie Mossop

 

C’est un acteur qui apparaît de 1932 à 2003, notamment dans plusieurs films de David Lean dont « La Fille de Ryan »1970, qui lui vaut un Oscar

 

Brenda De Banzie :                        Maggie Hobson

 

Pour mieux l’identifier souvenez-vous de « L'Homme qui en savait trop » 1956 d’Alfred Hitchcock . C’est l'un de ses rôles plus connus. Elle interprète Lucy Drayton, face à James Stewart et Doris Day.

 

Richard Wattis :                     Albert Prosser

 

Acteur anglais à la carrière internationale pour des seconds rôles essentiels. On le retrouve dans « L'Homme qui en savait trop » 1956 d’Alfred Hitchcock. Souvenez-vous aussi du « Jours le plus long » 1962. Le parachutiste suspendu au clocher de Sainte-Mère-Église, c’est lui.

 

Helen Haye :                                      Mme Hepworth

 

Cette actrice britannique à l’abondante carrière cinématographique et théâtrale joua, entre autre, pour Alfred Hitchcock dans : « The Skin Game » 1931 et « Les 39 marches » 1935

Mais aussi dans : « The Girl in the Taxi » 1937  du réalisateur français André Berthomieu

 

Joseph Tomelty :                             Jim Heeler

 

Acteur nord-irlandais à la carrière internationale qui joua pour les plus grands tels Carol Reed, John Huston et deux fois pour Lean

 

Un bon moment

 

La fille ainée de Hobson, s’est, secrètement, amourachée du premier ouvrier de son père, dont elle a repéré les talents et les qualités professionnelles. Celui-ci c’est laissé mettre le grappin dessus par une n’importe quoi, poussée par sa mère, véritable mère maquerelle.

 

Dans un décor et un univers à la Dickens elle lui fait rompre ses « fiançailles » en deux coups de cuillère à pot. Avant de quitter ces bas-fonds pour bien faire comprendre à son futur ce qu’il en est, elle l’embrasse en public mais quand même abrités dans l’encoignure d’une porte. Hop, l’affaire est pliée, passons aux choses sérieuses dont affectueusement, l’éducation d’un mari issu d’une classe inférieure. En plein univers victorien !

 

 

Pax

Partager cet article
Repost0
26 février 2022 6 26 /02 /février /2022 06:00

Guerre en Ukraine : le G7 estime que l'invasion russe de l'Ukraine est «  une menace sérieuse pour l'ordre international »

Jean-François fut Ministre conseiller pour les affaires économiques 2005 - 2008 3 ans à l’Ambassade de France à Moscou, Russie. Je suis allé dîner chez lui

 

 

3 novembre 2006

La place Rouge était... ICI 

 

Rien ne peut excuser la guerre déclenchée par la Russie

 

Une invasion injustifiable

 

La Russie a déclenché la guerre contre l’Ukraine jeudi 24 février 2022 au matin.

 

Cette dictature qui exerce le pouvoir au profit d’un petit groupe d’oligarques mafieux, regroupés autour de V. Poutine, chef de cette mafia, en opprimant et pillant son peuple et les ressources du pays, a déclenché une guerre et envahi un pays n’ayant commis à son égard aucun acte d’agression. Cette guerre doit être condamnée sans aucune nuance. La Russie doit cesser cette guerre et retirer ses troupes sans conditions.

 

C’est bien sûr ce que toute personne se réclamant de la défense des droits humains, de la République, de la souveraineté comme condition de la démocratie, voire de la Gauche dirait s’il s’agissait d’un acte de guerre américain contre un autre État souverain. Mais comme il s’agit de la Russie et que malheureusement certains « souverainistes » y voient un modèle de défense de la souveraineté contre l’impérialisme américain les choses sont plus compliquées.

 

Après avoir considéré jusqu’aux premiers obus tirés contre l’Ukraine que Poutine n’avait aucune intention de déclencher la guerre et que les rumeurs laissant penser que la menace était réelle n’existaient que parce que les Américains et leurs marionnettes à travers le monde voulaient mettre sous pression cette pauvre Russie, les amis de la Russie sont obligés de condamner timidement, du bout des lèvres, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, tout en montrant leur compréhension pour l’agresseur par de très longs discours empreints de considérations plus ou moins historiques, à l’instar de ce que V Poutine lui-même a fait à la télévision avant de déclencher son offensive, pour justifier l’injustifiable.

 

Des justifications « historiques » mensongères

 

V. Poutine a expliqué à la télévision, le 21 février, à la veille de l’invasion de l’Ukraine, que tout le problème résultait de l’erreur initiale de Lénine responsable de la création d’un Etat artificiel, l’Ukraine, après la révolution bolchevique, au nom du principe des nationalités. Staline a bien essayé de redresser le cap en ne laissant à l’Ukraine, comme aux autres Républiques de l’Union soviétique, qu’une souveraineté limitée est purement formelle, mais il n’a malheureusement pas été assez loin. Il aurait fallu purement et simplement supprimer les Républiques socialistes censées être regroupées au sein de l’Union Soviétique. Mais Staline n’a pas osé le faire. Dès lors, dit V. Poutine, le ver était dans le fruit et c’est cette construction incomplète qui a conduit à l’effondrement de l’Union soviétique, en laissant vivre des ferments nationalistes au sein de la grande patrie du socialisme réel.

 

Il n’y a donc aucun problème à bombarder un pays qui n’existe pas vraiment, sinon de façon artificielle, et à tuer les Ukrainiens qui veulent défendre leur nation et sa souveraineté.

 

Se prétendre humilié pour écraser un voisin plus petit

 

Comme cette justification « historique » peut sembler un peu tirée par les cheveux, les amis de la Russie invoquent une autre justification à l’agression par la Russie de son voisin ; il s’agit de l’humiliation dont les Occidentaux se seraient rendus coupables vis-à-vis de la Russie, notamment au travers de l’extension de l’OTAN.

 

Il est pathétique de voir reprise à l’envi par une partie de la gauche et la droite et par de multiples sites sur les réseaux sociaux la légende de la pauvre Russie méprisée, agressée, menacée par l’OTAN et qui dans un ultime sursaut pour assurer sa survie est obligée d’envahir l’Ukraine.

 

L’extension de l’OTAN, après 1991 et l’effondrement de l’URSS, ne résulte pas essentiellement de la volonté des Américains, mais d’une demande des Européens, spécifiquement de la Pologne appuyée par l’Allemagne. La Pologne considérant que son entrée dans l’Union européenne serait un long chemin et désirant bénéficier rapidement d’une garantie occidentale, a fait de son entrée dans l’OTAN un objectif essentiel dès 1992. L’Allemagne l’a appuyée dans cette voie. L’administration Clinton s’est progressivement rangée à cette orientation à partir de 1994. Le principe de l’élargissement à l’Est a été retenu par les 16 membres de l’OTAN en janvier 1994. La France, à l’origine réticente, s’est ralliée à cette perspective après l’élection de Jacques Chirac en 1995. Cette ouverture de l’OTAN n’était cependant pas inconditionnelle. Un nouvel adhérent ne pouvait être accepté que si tous les membres de l’OTAN donnaient leur accord. Des conditions sur le respect de la démocratie et le traitement des populations minoritaires était également imposées (l’OTAN n’a pas été très regardante sur ce sujet dans le passé, acceptant par exemple la Grèce des colonels comme adhérente en 1951).

 

Les États-Unis d’Amérique sont moins attachés à l’OTAN que ne le sont les Européens. Ils étaient défavorables à son élargissement au lendemain de l’effondrement de l’URSS, car ils n’avaient aucune envie de faire entrer dans cette organisation des pays ne disposant ni d’un appareil militaire véritablement efficace, ni des capacités de le développer. Les nouveaux entrants potentiels représentaient plus à fardeau pour l’OTAN qu’un atout, d’un strict point de vue militaire. Le seul intérêt de l’élargissement pour les États-Unis, était d’élargir le cercle de ses alliés et clients reconnaissants et de contrôler les velléités des Européens de construire une défense autonome.

 

Il faut bien dire qu’il n’est malheureusement pas très difficile de contrôler ces velléités et d’éviter qu’elles prospèrent...

 

Faut-il rappeler que Donald Trump considérait l’OTAN comme une organisation obsolète et nuisible aux Américains (E Macron considère qu’elle est en état de mort cérébrale).

Ignore-t-on que depuis l’administration Obama, les États-Unis souhaitent se désengager de l’Europe, pour concentrer leur force là où se situent de leur point de vue les principaux enjeux : l’Asie.

 

La guerre déclenchée par Poutine est, de ce point de vue, une mauvaise nouvelle pour l’Amérique qui une fois encore se voit détournée de ce qu’elle considère comme ses objectifs stratégiques principaux en Asie et craint que la Chine tente de profiter de cette situation pour agir comme le fait Vladimir Poutine.

 

Le récit de la promesse non tenue que répète Vladimir Poutine pour justifier sa politique internationale injustifiable est un récit reconstitué a posteriori et pour tout dire une histoire inventée pour justifier son comportement.

 

Ce qui a été promis en 1990 par les Américains et l’Allemagne à l’Union soviétique, qui existait encore, c’est que les forces de l’OTAN ne seraient pas stationnées dans les Länder orientaux après la réunification allemande. Cette promesse a été tenue jusqu’à aujourd’hui. À cette époque, il n’était pas question d’élargissement de l’OTAN, le pacte de Varsovie existait encore. Mikhaïl Gorbatchev lui-même a déclaré que « la question de l’expansion de l’OTAN n’était alors jamais discutée... Aucun pays d’Europe de l’Est n’en parlait même après la dissolution du pacte de Varsovie en 1991. Les dirigeants occidentaux non plus n’en parlaient pas ».

 

Si une telle promesse avait été formulée, on peut penser que la Russie aurait exigé qu’elle soit traduite dans un document endossé par les parties en présence. Mais cela n’était de toute façon pas possible puisque l’acte final d’Helsinki de 1975, dont l’Union soviétique était signataire, reconnaissait à chaque signataire « le droit d’être partie ou non à des traités d’alliance ». Quant à la charte de Paris « pour une nouvelle Europe », de novembre 1990, également signée par l’Union soviétique, elle donne à tous ses signataires la liberté de choisir leurs propres arrangements en matière de sécurité.

 

Vladimir Poutine lui-même a déclaré en Slovénie, à Bled, à l’occasion d’un sommet avec les États-Unis que la question de l’élargissement de l’OTAN ne saurait être un obstacle à la coopération bilatérale américano-russe.

 

Quant au dispositif militaire de l’OTAN, il a été considérablement réduit de 1990 à 2014. Il n’a été renforcé qu’après l’annexion brutale, en violation du droit international, de la Crimée par la Russie en 2014. Même après ce renforcement, les troupes étrangères stationnées dans la région représentent l’équivalent de six brigades quand les effectifs permanents de la Russie le long de la frontière représentaient une vingtaine de brigades. Aujourd’hui, plus de 100 000 militaires russes sont mobilisés, désormais en partie sur le sol ukrainien.

 

Fausse identité entre des évènements incomparables

 

Humilié, Vladimir Poutine serait aussi victime de la partialité de l’opinion manipulée par les Etats-Unis. Il y aurait deux poids deux mesures pour juger deux interventions de même nature : l’invasion de l’Ukraine par la Russie aujourd’hui et l’intervention de l’OTAN en ex-Yougoslavie en 1995.

 

La vérité oblige pourtant à dire que les deux situations n’ont rien à voir.

 

S’il n’y avait pas eu une intervention russe dans le Donbass en 2014, en même temps que la Russie annexait la Crimée, intervention visant à maintenir des zones de conflits sur le territoire ukrainien au travers de ces soi-disant républiques autoproclamées soutenues par l’armée parallèle que constituent les milices russes « Wagner », financées par un oligarque proche de Poutine et armées par les moyens militaires russes, il n’existerait pas d’affrontement interne en Ukraine, autres que des compétitions politiques classiques existant dans tout pays à peu près démocratique.

 

L’utilisation par Poutine de ce que l’on appelle les « conflits gelés » mérite un court développement.

 

Poutine s’est fait une spécialité de l’utilisation de minorités russophones dans l’ancien espace soviétique pour créer des abcès de fixation lui permettant de maintenir une présence militaire et une influence sur des Etats devenus autonomes : Abkhazie et Ossétie du Sud en Géorgie, Transnistrie en Moldavie, avant de créer les républiques fantoches de Lougansk et Donetsk en Ukraine.

 

Le conflit de 2020 entre l’Azerbaïdjan soutenu par les Turcs et la république autoproclamée du Haut-Karabakh soutenue par l’Arménie, est un bon exemple de l’utilisation par la Russie de ces conflits gelés, cette fois même en l’absence de minorité russophone. Après l’échec de la tentative du groupe de Minsk d’imposer un cessez-le-feu, la guerre s’est terminée par un accord négocié sous l’égide de la Russie qui lui confie le contrôle du corridor de Latchin entre l’Arménie et le Haut-Karabagh. Ce conflit aura profité à l’Azerbaïdjan et à la Russie au détriment de l’Arménie et de la république autoproclamée, dans un contexte d’incapacité confirmée de l’Europe à agir.

 

La situation dans l’ex-Yougoslavie après l’effondrement de l’Union soviétique au début des années 1990 n’avait rien à voir avec celle de l’Ukraine en 2022.

 

L’explosion violente de l’ex-Yougoslavie s’est traduite par la multiplication de guerres sur son territoire, en plein cœur de l’Europe, dont les autres pays européens ne pouvaient pas se désintéresser, mais qu’ils étaient comme d’habitude incapables de régler.

 

La guerre s’est d’abord développée en Bosnie-Herzégovine entre les Serbes, les Bosniaques et les Croates. Georges Bush puis Bill Clinton ne voulaient pas s’en mêler et considéraient qu’il revenait aux Européens de gérer la crise des Balkans. La France proposait d’intervenir en utilisant l’union de l’Europe occidentale. La Grande-Bretagne refusait cette solution. Des troupes internationales furent finalement envoyées sous l’égide de l’ONU. La guerre sur le territoire de l’ex-Yougoslavie et particulièrement en Bosnie-Herzégovine allait faire plus de 100 000 morts entre 1992 1995. Elle a été marquée par de nombreux crimes de guerre et le massacre de Srebrenica fut qualifié de génocide par le tribunal pénal international. L’intervention de l’OTAN permettra de mettre fin à la guerre et de signer les accords de Dayton. La résolution 1031 du conseil de sécurité des Nations unies adoptées le 15 décembre 1995 a transféré les opérations de paix de l’ONU à l’OTAN et l’a chargée de mettre en œuvre les aspects militaires de l’accord de paix. L’IFOR mise en place par l’OTAN comprenait notamment un contingent russe.

 

Trois ans plus tard la guerre reprenait cette fois entre la Serbie et sa province du Kosovo dans laquelle était apparue d’abord une opposition démocratique, puis une armée de libération du Kosovo (UCK). La guerre fût d’une grande violence, marquée par des exactions qui conduiront à l’inculpation pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité des dirigeants serbes par le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Alors que les négociations s’ensablaient à Rambouillet, l’OTAN a lancé une campagne de bombardement de la Serbie pendant 78 jours, sans mandat explicite des Nations unies. Cette intervention sans mandat de l’organisation des Nations unies était condamnable. Elle fut d’ailleurs condamnée, à juste titre, par beaucoup à l’époque. Elle montra une fois encore l’incapacité des Européens à régler eux-mêmes les questions de sécurité qui affectent leur territoire.

Mais il n’y a rien de commun entre cette intervention et la guerre déclenchée en 2022 par la Russie contre l’Ukraine et les guerres des Balkans. La guerre de 2014 a été provisoirement conclue par l’accord de Minsk II qui prévoyait notamment: un cessez-le-feu à minuit le 15 février 2015, le retrait des armes lourdes de chaque côté de la ligne de cessez-le-feu, la vérification du cessez-le-feu, le pardon et l’amnistie, l’échange de prisonniers, la restauration des frontières de l'Ukraine, le retrait des troupes étrangères. De cette simple énumération, chacun pourra tirer les conclusions de ce qui a été fait de ce qui ne l’a pas été au cours des huit années passées.

 

Ce qui a été reproché à V Zelensky depuis sa prise de pouvoir c’est plutôt sa trop grande complaisance vis-à-vis de la Russie que son comportement provocateur. Les pro-occidentaux lui ont reproché de replier les troupes ukrainiennes sans contrepartie. En octobre 2019 des manifestations ont eu lieu place de Maïdan contre son projet d’autonomie pour le Donbass séparatiste. V Zelensky a poursuivi la politique d’échange de prisonniers avec les séparatistes pro-russes du Donbass, incluant dans ses échanges des membres des unités spéciales ayant participé à la répression de la révolution de Maïdan, ce qui lui fût beaucoup reproché.

 

On peut ajouter que jusqu’au déclenchement de la guerre, l’Allemagne avançait de façon déterminée sur la voie de la mise en service du gazoduc « Nord Stream 2 » après que Joe Biden a abandonné l’idée de s’y opposer, sans plus de considération pour la défaite que cela représentait pour Zelensky et pour l’Ukraine.  

 

Il ne s’agit pas de décerner un brevet de bonne conduite au gouvernement ukrainien qui ne le mérite pas à de nombreux autres égards, mais simplement d’expliquer pourquoi la guerre déclenchée par Poutine n’a pas d’autre justification que sa volonté de domination régionale, de recomposition de l’empire russe diminué après l’effondrement de l’Union soviétique.

Ne pas mentir sur ce qui se passe

 

Bien sûr, condamner l’invasion de l’Ukraine par la Russie ne suffira pas à la faire reculer et à rendre à l’Ukraine la souveraineté sur son territoire national.

 

Mais mentir sur ce qui est en cours, désigner les bourreaux comme des victimes, trouver des excuses en falsifiant l’histoire à ce qui n’est qu’un acte de guerre conduit au mépris de toutes les règles internationales, c’est cracher sur les Ukrainiens après qu’ils ont été piétinés par le régime policier russe au nom de la loi du plus fort.

 

Nous ne pouvons peut-être pas grand-chose pour aider les ukrainiens dans leur lutte désespérée, profondément inégale, mais nous pouvons au moins être solidaires de cette lutte, le dire, condamner sans appel ceux qui se rendent coupables de ce crime et ne jamais oublier ce qui se passe en ce moment qui marquera la vie de l’Europe certainement pour de longues années.

 

Jean-François Collin

25 février 2022

 

Andreï Kourkov, un conteur venu d'UkraineMELANIA AVANZATO/OPALE/LEEMAGE

Andreï Kourkov, écrivain ukrainien : « C’est le retour des bolcheviks »

 

L’auteur du “Pingouin” vit à Kiev. Il nous décrit la situation dans sa ville, depuis que Vladimir Poutine a entamé une guerre contre l’Ukraine. Entre stress et tristesse, il dit combien la situation ne le surprend pas. Et ce qu’il attend de l’Europe.

 

En cette fin d’après-midi du premier jour de la guerre lancée par Vladimir Poutine contre l’Ukraine, Andreï Kourkov, 60 ans, est chez lui, à Kiev. L’auteur du Pingouin (2000), du Caméléon (2001), du Dernier Amour du président (2015) et tout récemment des Abeilles grises, tous publiés aux éditions Liana Lévi, que nous avions rencontré en 2004 pendant la « révolution orange », a accepté de nous livrer ses craintes et ses réflexions.

 

  • Comment vous sentez-vous ?

 

C’est difficile. Nous suivons la situation depuis notre appartement, avec ma femme. C’est une situation extrêmement dangereuse, il y a des combats à 25 kilomètres d’ici, dans la banlieue et près d’un aérodrome aux portes de la ville, dont l’armée russe a peut-être déjà pris le contrôle. Pour tout vous dire, j’ai bien peur que des missiles russes ne tombent sur Kiev pendant la nuit. En réalité, nous sommes attaqués de tous les côtés, par la Crimée, par la Transnistrie (en Moldavie), du coté de la Russie, évidemment, ainsi que de la Biélorussie, d’où sont envoyés des missiles. C’est toute l’Ukraine qui est en danger, pas seulement le Donbass.

 

Quand nous nous sommes rencontrés en 2004, puis en 2014, vous exprimiez vos craintes que la position géographique de l’Ukraine la rende à jamais sujette à une possible invasion russe.

 

  • Êtes-vous surpris de ce qu’il se passe aujourd’hui ?

 

Je ne suis pas surpris, mais je suis très triste et… très stressé. Je savais que c’était possible, mais j’espérais vraiment qu’on allait éviter la guerre. L’Ukraine a besoin de former des politiciens beaucoup plus sophistiqués et expérimentés, pour pouvoir défendre ses intérêts entre les deux « blocs » et face à un homme comme Poutine. Mais nous n’avons pas de tradition politique, ni d’école de politiciens. On n’a jamais eu de présidents vraiment capables de résister à la Russie ou de s’entendre avec elle de telle sorte que nos intérêts soient aussi respectés. Heureusement, nous avons au moins réussi à moderniser notre armée, et aujourd’hui, cela compte…

 

  • Cette invasion, c’est l’Histoire qui se répète ?

 

Oui, c’est comme un continuation de la Seconde Guerre mondiale. L’armée russe qui arrive pour coloniser et contrôler le territoire ukrainien, ce n’est pas tout à fait nouveau : c’est le retour des bolcheviks. Poutine est le plus riche bolchevik du monde, qui veut reconstruire l’Union soviétique mais comme son empire privé ! Même par son langage, avec son discours sur les « nazis », nous sommes dans le prolongement de la « grande guerre patriotique ».

 

  • Qu’attendez-vous de l’Europe ?

 

Des aides militaires et des pressions diplomatiques, même si je ne crois pas que les pressions puissent changer la politique de Poutine. Il faut couper la Russie du monde civilisé, empêcher toute personne avec un passeport russe de voyager, sinon cette guerre ne s’arrêtera pas avec mon pays. Il y a eu la Georgie, la Transnistrie, l’Ossétie, ça ne s’arrêtera jamais ! Je ne pense pas que les sanctions économiques seules suffiront, mais les aides militaires, le blocage des finances russes dans les banques européennes et américaines, le blocage des comptes des oligarques de l’entourage de Poutine auront peut-être plus d’effet. Peut-être…

 

  • Et qu’attendez-vous des États-Unis ?

 

En nous envoyant des armes, ils font beaucoup pour que l’Ukraine reste indépendante.

 

“Mon pays va payer très cher sa résistance dans cette guerre qu’il n’a jamais voulue.”

 

  • Avez-vous la moindre illusion que l’Ukraine, avec ses forces militaires, pourra résister à l’armada russe ?

 

Elle peut résister pendant quelques semaines. Je ne suis pas un stratège, et donc je ne peux prévoir, mais l’esprit de l’armée ukrainienne me semble beaucoup plus fort que l’esprit de l’armée russe, car le Kremlin a envoyé des soldats qui font leur service militaire et qui n’ont pas une grande motivation pour nous envahir. Alors que les forces ukrainiennes sont extrêmement motivées, tout comme le reste de la population, pour protéger leur pays. J’ai parlé avec des volontaires qui étaient partis dans le Donbass en 2014-2015, et beaucoup de nos quatre cent mille réservistes sont déjà partis pour rejoindre l’armée. Ce ne sera pas si facile pour la Russie de conquérir l’Ukraine… mais je sais bien que mon pays va payer très cher sa résistance dans cette guerre qu’il n’a jamais voulue.

 

  • Que ferez-vous si les Russes occupent Kiev ?

 

Si je ne suis pas arrêté, je partirai à l’étranger. Je ne suis pas bienvenu dans mon pays, pour les Russes. Mes livres ne sont plus publiés en Russie depuis 2008.

 

  • En 2004, pendant la « révolution orange », vous n’arriviez plus à écrire. Y parvenez-vous en ce moment ?

 

Non, je viens d’arrêter d’écrire mon dernier roman, sur la vie à Kiev en 1919 pendant la guerre civile. J’écris des articles et des commentaires, mais je vous avoue que je suis très fatigué – et même, psychologiquement, bien plus que fatigué.

 

  • Certains pensent que le projet de Poutine est d’installer une marionnette à la tête de l’Ukraine ; d’autres pensent qu’il a l’intention d’envahir tout le pays pour le raccrocher à une Grande Russie… Et vous ?

 

Je ne sais pas. Ce dont je suis certain, c’est que Poutine veut contrôler l’Ukraine, et pour moi cela ne ferait pas une grande différence que ce soit un président imposé par Poutine ou un gouverneur russe envoyé par Moscou pour gérer la province ukrainienne, comme à l’époque tsariste…

 

 

Partager cet article
Repost0
25 février 2022 5 25 /02 /février /2022 06:00

 

Nouveau Record : 482 000 € pour une Romanée-Conti du millésime 1945

482 000 € POUR UNE ROMANÉE-CONTI DU MILLÉSIME 1945

Samedi dernier, après un  excellent déjeuner chez mokoloko ICI avec mademoiselle D, de bonnes ondes, de la raie, du vin nu, ça rend le cœur léger, j’avais du temps, alors mes pas m’ont porté jusqu’à la librairie de mademoiselle D.

 

Romanee-conti 1935 - Poche - Takeshi Kaiko, Anne Bayard-Sakai, Didier  Chiche - Achat Livre | fnac

 

Là, je suis tombé sur un petit livre rouge au titre accrocheur pour le chroniqueur que je suis : Kaikô Takeshi Romanée-Conti 1935

Japon (1973) – Philippe Picquier (1993)

Titre original : ロマネ・コンティ・一九三五年 (Romane-Conti 1935)

Traduction d'Anne Bayard-Sakai et Didier Chiche 6 euros

Photo Takeshi Kaikô

Kaikô Takeshi : Né à Osaka en 1930 et décédé en 1989, Kaikô Takeshi est un romancier, journaliste et documentariste pour la télévision, connu pour ses voyages à travers le monde et son goût prononcé pour la bonne chère. Intellectuel engagé à gauche, il s'opposa à la politique américaine au Viêt-Nam, où il fut correspondant de guerre pour le grand quotidien Asahi Shinbum. Sensuelle, drôle, impressionniste, parfois absconse, son œuvre a marqué la dernière partie de l'ère Showa.

 

Je préfère la couverture de l’édition originale française.

 

Romanée-Conti 1935 by Takeshi Kaikō

 

Bien sûr j’ai acheté et j’ai tout de suite pensé à Jean-Yves et Claire qui faisaient des raquettes dans le Jura.

 

 

La Romanée-Conti j’en n’avions beaucoup causé ici mais j’en n’avions jamais bu.

 

26 février 2009

Hommage au grand cru : escapade à la Romanée Conti d’un académicien ICI 

 

16 octobre 2013

Le Ministre de L’Intérieur juché sur un bulldozer procéda à l’abattage symbolique des murs ceinturant le domaine de la Romanée Conti. ICI  

 

22 janvier 2013

Mais qui est donc ce Henry-Frédéric Roch dont le Pousson de Barcelone nous rebat les oreilles sur Face de Bouc? ICI 

 

Alors pourquoi Jean-Yves Bizot ?

 

Le Pérugin, Saint Sébastien (vers 1500), Paris, musée du Louvre.

 

11 septembre 2017

Je laisse la parole à IDealWine pour la réponse ICI 

 

Pour en revenir au livre de Kaikô Takeshi ci-joint une critique :

 

Kaiko Takeshi

 

Chroniqué par Philippe Cottet le 02/08/2013 ICI 

 

« En 1972, en milieu d'après-midi, dans un restaurant désert dominant la ville de Tôkyô, un entrepreneur et un romancier se retrouvent pour déguster deux grands crus de la côte de Nuits : un La Tâche de 1966 et un romanée-conti de 1935, vins d'exception. Les deux amis se sont préparés, une mise en condition au goût de purification religieuse –  silence, abstention alcoolique et tabagique, isolement auquel s'ajoutera la solennité du sommelier – pour faire de leur dialogue avec ces bouteilles un moment inoubliable de leur existence. Au-dessus des contingences, parce qu'elle les inscrit dans une expérience coûteuse, forcément discriminante du reste de l'humanité...

 

Pourtant, ces vins ont une histoire. Ils sont même l'Histoire. L'entrepreneur rappelle les gestes qui continuent de présider à leur élaboration depuis des temps immémoriaux, tandis que le romancier se plaira plus tard à évoquer les évènements de l'année 1935, leur importance envolée, diluée dans les sables du temps et des mémoires. À l'éphémère de nos vies d'hommes, le vin oppose sa permanence, attendant le moment pour délivrer son message.

 

Ouvrant le bal, le La Tâche tient toutes ses promesses. Nos deux buveurs distillent leurs appréciations comme le font tous les amateurs du monde, mélange de plaisir enfantin, de poésie et d'ésotérisme. Le Romanée-Conti 1935 est, au contraire, une profonde déception :

 

Il se sentit dépossédé. Le vin n'avait ni force, ni chaleur, il avait perdu jusqu'à la volonté de simuler une rondeur, fût-elle purement formelle. (...) C'était une momie de vin.

 

Alors, pour pouvoir profiter de ce vin qui, même mort [1], est « au-delà de toute critique », le romancier se laisse envahir par le souvenir de ses années de bohème à Paris, depuis si longtemps oubliées. Curieuse alliance d'alcools bus sans discernement, de musique, de rencontres mystérieuses et d'une union charnelle, torride et éphémère, cette évocation tout en impressions fugitives, en ressentis, va se substituer aux rondeurs, aux accents de fruits et de fleurs, de soie ou de dentelles qu'il s'attendait à trouver dans son verre [2]. Au-delà de sa mort, le Romanée-Conti 1935 a tenu sa promesse d'éternité. »

Partager cet article
Repost0
24 février 2022 4 24 /02 /février /2022 06:00

 

Cocorico : les exportations de vins et spiritueux français ont battu des records en 2021 !

 

Les ventes, en hausse de 28 %, ont atteint un niveau historique à 15,5 milliards d’euros, selon les chiffres publiés par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France.

 

Ne boudons pas la belle  performance mais soyons plus circonspect sur cet autre chant de triomphe du coq gaulois : Tous les vins français battent des records de valorisation à l'export en 2021

 

Les statistiques douanières témoignent d'une forte premiumisation des vins exportés par les opérateurs français l'an passé. Les volumes restent dans ordres de grandeur plus classiques.

 

Premiumisation quel mot affreux  issu de premium : hiérarchisation des vins en fonction des prix moyens de ventes, de Basic (moins de 5$) à Icon (plus de 50$), en passant par premium, super premium, ultra premium.

 

 

J’ai utilisé cette classification dans mon rapport puisque celui-ci avait pour thème le positionnement des vins français à l’exportation.

 

Nous étions en ce temps-là à la fois très très basic et très Icon  et, 30 ans après nous le restons, nos progrès dans ce domaine sont très faibles et c’est un handicap dans la bataille de la production de valeur sur notre territoire. Les moyennes indiquées dans Vitisphère sont trompeuses et masquent la réalité de nos prix de vente.

 

Anglicismes : l'Académie française craint une perte de repères linguistiques

 

Dans un rapport, l'Académie française déplore "l'envahissante anglicisation" de la communication des institutions, une "évolution préoccupante" selon elle. ICI 

 

Revenons au sujet du jour, pour souligner que ce qui va conditionner l’avenir de nos vignobles c’est l’évolution de 4 variables : le volume de production, sa qualité marchande, la consommation intérieure et les exportations.

 

Comme nous sommes un vieux pays agricole produire est l’acte majeur, du côté qualité nous hiérarchisons sur le papier mais le vieux système des AOC, élitiste aux origines, s’est dilué en un gros ventre mou au fil  de son intégration aux signes de qualité. Quant à la consommation intérieure elle est et restera sur la mauvaise pente. Enfin pour l’export, il faut bien distinguer le marché intérieur de l’UE et le grand export.

 

Chiffres clés du marché des vins et spiritueux français ICI

 

Si vous me suivez, vous comprenez mieux que, si nous souhaitons maintenir notre potentiel de production deux variables sont importantes : produire plus de valeur et savoir la vendre à l’exportation.

 

Vaste programme !

 

Ardente obligation !

 

Dans le premier cycle de mes années universitaires nous avions des sciences économiques,  j’ai planché sur le Ve Plan, « l’ardente obligation », explorer le champ des possibles, anticiper, éclairer autant que possible le moyen terme.

.

Par le décret du 3 janvier 1946, le général de Gaulle installe le commissariat général du Plan qui est placé auprès du président du Conseil et dispose de pouvoirs étendus sur les administrations. Avec son équipe resserrée installée au 18 rue de Martignac et composée de 20 % de fonctionnaires et 80 % de contractuels, Jean Monnet installe dix-huit commissions de modernisation au sein desquelles plus d’un millier de contributeurs issus de l’industrie, des syndicats, du monde universitaire et de la fonction publique vont travailler ensemble pendant six mois. Leur objectif est double : formuler un diagnostic de l’état du pays et ordonner les priorités d’action, secteur par secteur.

 

ÉCLAIRER LE DÉBAT PUBLIC.

 

Le commissariat général du Plan est supprimé et remplacé, en 2006, par le Centre d’analyse stratégique, puis, en 2013, par le Commissariat général à la stratégie et à la prospective, mieux connu sous le nom de France Stratégie, qui s’attache à éclairer le débat public par des études prospectives, par la coordination des travaux d’évaluation des politiques publiques et par la construction d’outils méthodologiques pour la programmation de l’action publique. Il noue progressivement des partenariats avec d’autres institutions, notamment le Parlement qui le sollicite régulièrement. En revanche, France Stratégie ne dispose pas des moyens administratifs interministériels qui étaient ceux du commissariat général du Plan et ses travaux n’ont pas comme horizon direct la décision politique.

Vins et spiritueux : Performance historique des ventes à l'export

Les exportations de vins et spiritueux français ont battu des records en 2021

Les ventes, en hausse de 28 %, ont atteint un niveau historique à 15,5 milliards d’euros, selon les chiffres publiés par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France.

Par Laurence Girard

 

Les négociants français de vins et de spiritueux ont retrouvé le sourire. En 2021, le flux des exportations de champagne, vin ou cognac n’a jamais été aussi abondant. Résultat, selon les chiffres publiés, mardi 15 février, par la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS), elles ont atteint un niveau historique à 15,5 milliards d’euros. Un chiffre qui marque un fort rebond, estimé à 28 %, par rapport à 2020, mais également une nette progression de 11 % si le point de comparaison est le précédent record, établi en 2019. Le solde des échanges commerciaux s’élève, quant à lui, à 14,2 milliards d’euros, plaçant les vins et spiritueux au second rang des excédents commerciaux, derrière le secteur aéronautique.

 

Il y a un an, l’humeur était morose. Les professionnels ne pouvaient que constater le trou d’air qui avait secoué leur activité. Les exportations françaises d’alcool subissaient un brusque phénomène d’évaporation. Douze mois plus tard, les nuages qui s’étaient accumulés se sont progressivement dissipés. Et l’ambiance est à la fête pour les négociants, qui renouent avec des chiffres mirobolants. « Ce résultat positif en 2021 est remarquable », réagit sans ambages César Giron, président de la FEVS, avant de poursuivre : « Dans un contexte qui reste marqué par des difficultés sanitaires, logistiques et géopolitiques, les entreprises françaises de vins et spiritueux ont montré à la fois leur volonté et leur capacité à rebondir dans les différentes régions du monde. »

 

Les Etats-Unis ont retrouvé leur rôle de locomotive

 

La forte reprise a, en effet, été sensible sur l’ensemble des pays consommateurs. Ainsi, les Etats-Unis, premier marché de destination des vins et spiritueux français, avec plus d’un quart des ventes totales, ont retrouvé leur rôle de locomotive. Les exportations ont progressé de 34 % outre-Atlantique en 2021, pour atteindre 4,1 milliards d’euros. La suspension des taxes sur les vins français en mars 2021 a redynamisé les ventes. Ces taxes dites « Trump » frappaient les bouteilles de bordeaux, de bourgogne ou de rosé de Provence, à hauteur de 25 %, à leur entrée sur le territoire américain depuis octobre 2019. Une décision prise par le président américain dans le cadre du conflit Airbus-Boeing qui opposait l’Europe et les Etats-Unis. Les tensions s’étaient encore aggravées à la fin de la mandature de Donald Trump. Il avait tiré une nouvelle salve, étendant, à partir de mi-janvier 2021, la surtaxe de 25 % au vin en vrac, aux rouges titrant plus de 14,5 degrés et aux eaux-de-vie, dont le cognac et l’armagnac. Seul le champagne échappait aux représailles.

 

Le cessez-le-feu prononcé début mars 2021 de part et d’autre de l’Atlantique, sous la houlette de l’administration du nouveau président Joe Biden, faisait pousser un ouf de soulagement à la filière française. Résultat, les expéditions de vins sans bulles vers les Etats-Unis ont rebondi de 33 % en 2021 et la France a regagné des parts de marché. Toutefois, tient à souligner M. Giron, « cette reprise remarquable ne doit pas faire oublier que si les sanctions sont suspendues, ce contentieux n’est pas résolu. Il appartient aux pouvoirs publics de régler rapidement et définitivement ce dossier, après quinze ans de conflit ».

 

La sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne au 1er janvier 2021 n’a pas eu de conséquence fâcheuse sur les exportations françaises

 

Autre inquiétude levée, celle liée au Brexit. La sortie définitive du Royaume-Uni de l’Union européenne au 1er janvier 2021 n’a pas eu de conséquence fâcheuse sur les exportations françaises. Elles sont restées soutenues tout au long de l’année et affichent une hausse de 20 % pour atteindre un niveau record de 1,6 milliard d’euros. Enfin, la pandémie de Covid-19, qui avait durement pénalisé la consommation d’alcool dans les bars et restaurants frappés par les mesures de confinement et les ventes de bouteilles dans les boutiques d’aéroports, a vu ses effets s’estomper en commençant par la Chine. Les exportations vers le marché chinois ont bondi de 56 %, à 1,26 milliard d’euros. Elles ont aussi été très dynamiques vers Singapour.

 

L’ensemble de l’assortiment des productions viticoles hexagonales profite de cet engouement. Les vins pèsent le plus lourd dans la balance commerciale avec un total dépassant les 10,5 milliards d’euros. Les bouchons de champagne sautent à nouveau aux quatre coins de la planète avec des ventes hors des frontières qui dépassent les 3,5 milliards d’euros. Viennent ensuite les bordeaux (2,3 milliards d’euros), les bourgognes (1,27 milliard), les vins de la vallée du Rhône (524 millions) ou ceux de Provence (313 millions). Côté spiritueux, le cognac continue à séduire de plus en plus de clients étrangers. Portée par de grands groupes comme LVMH, Pernod Ricard et Rémy Cointreau, la précieuse eau-de-vie charentaise a vu ses exportations atteindre un plus haut historique à 3,6 milliards d’euros en 2021.

Tous les vins français battent des records de valorisation à l'export en 2021

Les statistiques douanières témoignent d'une forte premiumisation des vins exportés par les opérateurs français l'an passé. Les volumes restent dans ordres de grandeur plus classiques.

 

Par Alexandre Abellan Le 14 février 2022

 

 

Haut du formulaire

Bas du formulaire

Pour un rattrapage, c’est une sacrée récupération ! En 2021, les opérateurs français ont exporté 11,1 milliards d’euros de vins (dont 5 % d’origines étrangères) indique Adrien Boussard, référent sectoriel pour les vins et spiritueux de l’agence Business France, à l’occasion du salon Wine Paris & Vinexpo Paris. Les valeurs exportées sont ainsi en hausse de 26,7 % par rapport 2020. Mais comme cette année de pandémie covid était commercialement en berne (confinements obligent, notamment sur le premier semestre), l’analyste préfère comparer les performances 2021 à celles de 2019. Ce qui donne un net gain en valeur de +13,1 %. « Malgré des confinements partiels en 2021, les exportations de vins français performent en valeur » résume Adrien Boussard.

 

En volumes, le rebond est net (avec 14,6 millions hl en 2021, soit +7,9 % par rapport à 2020 et +2,4 % par rapport à 2019), mais il n’y a pas de records : les exportations reviennent à des niveaux atteints en 2012 et 2017. « Cela remet les choses en perspectives. Les volumes évoluent doucement, ils restent globalement stables sur 20 ans » analyse Adrien Boussard, qui souligne la forte valorisation des vins exportés par la France. Les prix moyens sont de 7,6 euros par litre en 2021, contre 6,40 €/litre en 2020 (+19 %) et 6,70 €/litre en 2019 (+13 %). « La valeur est montée plus vite que le volume » résume l’analyste.

 

Croissance à deux chiffres des AOP

 

Pour toutes les catégories de vins français, les expéditions augmentent plus en valeur qu’en volume. Globalement, les vins AOP surperforment* : avec 5,5 millions d’hectolitres expédiés pour 5,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires (respectivement +8 et +25 % par rapport à 2020). Parmi les plus fortes croissances dans le vignoble d’appellation, on note les vins du Val de Loire (75 000 hl pour 49 millions €, +36 et +45 %), les champagnes (1,3 millions hl pour 3,5 milliards d’euros, +35 % volume et +42 % valeur), les vins de Bordeaux (1,9 million hl pour 2,3 milliards €, +9 et +30 %), ceux de Bourgogne (717 000 hl pour 1,3 milliard €, +18 et +28 %), de Vallée du Rhône 793 000 hl pour 525 millions € (+7 et +21 %) et d’Alsace 193 000 hl pour 112 millions € (+14 et +19 %). Les performances sont moins éclatantes pour les vins de Provence (452 000 hl pour 313 millions €, +1 et +5 %), du Languedoc-Roussillon (458 000 hl pour 208 millions €, +3 et +4 %), du Beaujolais (213 000 hl pour 114 millions €, -1 et +12 %) et du Sud-Ouest (116 000 hl pour 50 millions €, -2 et +11 %).

 

En termes de destination, les principaux pays importateurs de vins français restent inchangés. Première destination en valeur, les États-Unis repartent fortement après la levée des taxes Trump (+27 % en valeur et volume). Deuxième importateur en valeur, le Royaume-Uni affiche une tendance plus contrastée (+22 % valeur et -9 % volume), entre effet Brexit et écoulement des stocks constitués. Sixième destination, la Chine continue de restructurer son marché face aux taxes punitives imposées aux vins australiens (+12 % valeur et +9 % volume). A noter en seizième place la Corée du Sud, qui poursuit son explosion des importations de vins.

 

Enjeu du petit millésime 2021

 

Globalement, 2021 restera dans les annales comme étant une superbe année commerciale pour les vins français à l’export. Tout en restant « très particulière. Il faudra voir comment se comportent les expéditions avec les petites récoltes enregistrées en 2021 » prévient Adrien Boussard. Réponse dans un an pour savoir si ce rattrapage devient une reconquête des marchés.

 

* : Les vins à Indication Géographique Protégée (IGP) s’élèvent à 3,7 millions hl pour 952 millions € (+5 et +9 %), essentiellement en IGP Pays d’Oc (2,4 millions hl pour 572 millions €). Les Vins Sans Indication Géographique (VSIG) représentent 2,6 millions hl pour 516 millions € (-1 et +11 %).

Partager cet article
Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents