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22 octobre 2020 4 22 /10 /octobre /2020 06:00
La SCIERIE récit anonyme « La scie, ce putain d'outil qui m'en fera tant baver pendant dix-huit mois. La lame, jamais fatigué, qui exige le travail de dix hommes pour la nourrir, pour la satisfaire »

Suis en avance, elle n’est jamais à l’heure c’est ce qui fait son charme, alors je pousse la porte de la librairie d’en face, je suis mon parcours habituel en zigzaguant entre les rayons, j’hume, j’effleure leur robe, je les retourne pour lire la 4e, je les ouvre, je lis.

 

Pour la Scierie la couverture a attiré mon œil, m’a séduit, sobre, dessin enfantin, numéroté 673368, et surprise estampillée récit anonyme.

 

J’ouvre :

 

 

J’achète.

 

Comme l’écrit sur le site Babelio un critique fanfanouche24   09 janvier 2014

 

« J'ai lu ce texte en une soirée, happée par la tension extrême du récit… »

 

Sa référence au film de Robert Enrico (1965) « Les grandes gueules », avec Bourvil, Lino Ventura… que je venais juste de revoir sur une chaîne du câble m’a plu.

 

Les Grandes gueules - film 1965 - AlloCiné

 

« Ce monde d'hommes, dans cet univers particulier des marchands de bois, des scieries, des bûcherons, ...une violence entre les hommes liée à la dureté du travail…On retrouve à des niveaux différents, une âpreté terrible, approchante… »

 

Les grandes gueules film complet - Bourvil- Ventura- Constantin | Films  complets, Bourvil, Film

 

Je lui laisse donc la plume :

 

« Il s'agit d'un véritable Ovni littéraire...

 

Un récit authentique sans fioriture… qui dit la violence d'un certain monde du travail, celui des scieries, des travaux de force en plein air, dans des conditions très éprouvantes, les « vacheries » que se font les ouvriers entre eux, alors que le travail est dangereux, et que les tâches nécessitent une solidarité vitale… - La scie, ce putain d'outil qui m'en fera tant baver pendant dix-huit mois. La lame, jamais fatigué, qui exige le travail de dix hommes pour la nourrir, pour la satisfaire- (…)

 

Cette vision de la rencontre de la lame et du bois, je ne l'oublierai jamais. Elle est d'un intérêt toujours renouvelé. Cette rencontre s'appelle – l'attaque-. Dans une scierie, tout le monde regarde l'attaque, le profane comme le vieux scieur qui, le front plissé, souffre avec sa scie, comme l'affûteur qui devine, rien qu'au bruit, si la lame coupe ou non.- (…)

 

Ce n'est pas pour rien qu'on appelle la scierie le bagne. Sortir de là-dedans, c'est une référence. Le gars qui a tenu le coup-là-dedans le tiendra partout, il porte la couronne des increvables. Mais cette couronne, il faut la gagner, il faut la payer, et elle se paye cher. (p.78)

 

Les descriptions du travail des gars à la scierie, par tous les temps, sont tellement « parlantes »et intenses… que nous, lecteurs, entendons les bruits infernaux de la scierie, des lames, des jurons des gars, souffrons avec ces hommes rudes, teigneux… mais aussi parfois tout simplement vulnérables comme des gosses. – Des fois, nous avons des accès de cafard qui se manifestent par des crises de rage ou d'abattement. Il ne reste alors, dans la pauvre cabane perdue dans la tempête et dans les bois, que deux grands gosses qui se serrent près du mauvais poêle- (p.99)

 

-Il m'entraîne et passe la main sur mes cheveux poissés et emmêlés. J'en pleure de plus belle. Il n'y a rien de tel que les brutes quand ils essaient d'être doux. C'est maladroit, gauche, empressé, en somme très sympathique et très marrant. (…) J'ai envie d‘être dorloté, tout simplement. Il est beau, le dur, le bûcheron ! Tout ce qui l'intéresserait, pour le moment, serait d'avoir une femme, pour se cacher la tête dans ses jupes. (p.107)

 

La suite ICI

Les Grandes gueules (1965)

Coup de cœur littérature française par L'équipe du Bateau Livre (Libraire)

ICI

Drôle de texte que ce petit opus anonyme, préfacé par Pierre Gripari, qui déclare que la lecture de "La Scierie" lui a permis de trouver son propre style. D’ailleurs selon les rumeurs, l’auteur ne serait autre que son propre frère… Publié une première fois 20 ans après écriture, on doit aux éditions Héros-Limite la remise en avant de cet ouvrage des années 50, qui vient de décrocher le prix Mémorable décerné par les librairies Initiales.

 

Un jeune homme d’origine bourgeoise se retrouve obligé de travailler car il a échoué à ses examens et ne sera pas appelé pour le service militaire avant deux ans. Plutôt que d’exercer un métier qui correspondrait à son milieu, il va chercher à se confronter au monde des travailleurs manuels, et c’est dans une scierie qu’il échouera. Attendu au tournant – les hommes ne se font pas de cadeaux dans le métier – il démontre un talent et surtout une ardeur au travail qui lui vaut rapidement le respect de la communauté. Mais jusqu’où peut-on repousser ses limites ?

 

Si "La Scierie" transpire la sueur, l’odeur des copeaux de bois, la brutalité des machines et des hommes qui les manipulent, l’ensemble dégage une grande poésie, qui charmera même ceux que le sujet n’attire pas de prime abord !

Scierie à grand cadre de Bellecombe en Bauges - Lo Praz CondusScierie à l'ancienne - notreHistoire.chLes scieries hydrauliques vosgiennes

https://cdn-s-www.vosgesmatin.fr/images/84F355A7-F79A-49B5-A189-B40C8B5423B6/NW_detail_M/title-1595579343.jpg

 

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 06:00
Samuel Paty Conflans-Sainte-Honorine « Parfois on est sans voix. Ce n’est pas pour autant qu’on doit parler sans discontinuer pour essayer de démontrer qu’on existe.  Se taire fait moins de bruit. Se taire est un hommage. » Régis Jauffret

Conflans-Sainte-Honorine, ça résonne en moi !

 

Longtemps nous y sommes allés nous réunir, en séminaire de cabinet, dans une grande bâtisse, la MJC des Terrasses je crois, notre Ministre en était le maire. Michel Rocard fut maire de Conflans de 1977 à 1994, puis conseiller municipal de 1994 à 2001.

 

C’était le dernier cours de la journée, le dernier avant les vacances scolaires de la Toussaint aussi. Il était 14 heures, vendredi 16 octobre, lorsque Samia (le prénom a été modifié), 12 ans, a dit au revoir à son professeur d’histoire-géographie. « Bonnes vacances, monsieur ! », lui a-t-elle lancé avant de quitter l’enceinte du collège du Bois-d’Aulne, dans le quartier tranquille de Chennevières, à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. Trois heures plus tard, l’enseignant de 47 ans, Samuel Paty, était retrouvé décapité en pleine rue, à trois cents mètres seulement de l’établissement scolaire, « sauvagement attaqué alors qu’il rentrait probablement chez lui à pied », commente un policier posté aux abords de la scène de crime.

 

C’est ici, au cœur d’un dédale de ruelles bordées de pavillons proprets aux haies bien taillées, au coin des rues du Buisson-Moineau et de la Haute-Borne, qui marque la frontière entre les communes de Conflans et Eragny, entre les Yvelines et le Val-d’Oise, que le drame s’est déroulé. Le témoin qui a prévenu les forces de l’ordre a d’abord cru que « la victime était un mannequin tellement la scène était surréaliste de violence », témoigne un policier.

 

L’horreur, la sidération, le chagrin qui serre le cœur, brouille les yeux, fait surgir l’instinct de vengeance, face à cette sauvagerie, cette barbarie, loin de celles et ceux qui, sur ces foutus réseaux sociaux, s’épandaient, se répandaient, comme Régis Jauffret je suis resté sans voix, me suis tu, oui « se taire est un hommage », le début du deuil.

 

J’ai exercé, et aimé, le métier de professeur tout au long de ma vie professionnelle, en 6e, 5e, 4e au CEG de Pouzauges comme prof à mi-temps pour payer mes études, puis en 2e, 1er, Terminales, BTS à l’école d’agriculture des Établières pendant l’écriture de ma thèse de doctorat, enfin pendant 3 ans à l’Université de Nantes comme prof associé auprès des 3e cycle.

 

Transmettre, expliquer, intéresser, quel beau métier ! Ce fut mon oxygène, et le souvenir de mes gamines, gamins de 6e m’offrant pour mon départ les très vieilles chansons de France, 33 tours de Guy Béart, reste l’un des meilleurs (dans mon portefeuille, outre l’histoire-géographie, j’assurais le cours de musique et de dessin)

 

Guy Béart - Vive La Rose - Les Très Vieilles Chansons De France (1966,  Vinyl) | Discogs

 

Je ne suis pas allé brandir une pancarte place de la République, certains sans honte n’y avaient pas leur place, l’immense majorité partageait mon profond chagrin.

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 06:00
L’ami JC Ribaut, architecte, m’attribue les propos de Pierre Lamalattie sur la flèche de Notre-Dame et Viollet-le-Duc et me transmets les écrits au vitriol d’un certain Syrus

On ne prête qu’aux riches, je ne suis guère expert en architecture contrairement à PAX, et ma chronique  du 16 juillet 2019 :

 

Paul Claudel rencontra Dieu à N-D de Paris moi, plus modestement, j’ai croisé sur 1 trottoir de Paris Pierre Lamalattie et je lui ai demandé de m’éclairer sur la restauration de Notre-Dame. ICI 

 

N’étais pas de mon cru mais de celui de Pierre Lamalattie, un gus très réactionnaire que j’avais eu comme interlocuteur au temps où j’étais directeur de cabinet.

 

Donc notre Jean-Claude Ribaut, architecte de formation avant de s’intéresser aux casseroles, peu adepte des réseaux sociaux découvre avec retard cette fameuse chronique et me met en lien avec un écrit d’un certain Syrus, pseudo emprunté, semble-t-il, à un poète du 1er siècle avant notre ère publié dans Chroniques d’Architecture :

 

Viollet-le-Duc

 

Notre-Dame : la flèche empoisonnée de Viollet-le-Duc

1 SEPTEMBRE 2020

 

1 SEPTEMBRE 2020

 

Reconstruire la flèche de Notre-Dame à l’identique n’est pas la solution de facilité à laquelle a fini par se ranger le président de la République en juillet 2020. Faut-il en effet re-boulonner Viollet-le-Duc, raciste en diable ? Qu’en pense le CRAN ?

 

Début juillet 2020, on apprenait qu’à la suite d’une réunion de la Commission Nationale du Patrimoine et de l’Architecture, l’Élysée avait « acquis la conviction » (lire : avait changé d’avis) qu’il fallait restaurer la cathédrale à l’identique et allait même jusqu’à préciser : « le président a fait confiance aux experts et pré-approuvé dans les grandes lignes le projet présenté par l’architecte en chef (Philippe Villeneuve) qui prévoit de reconstruire la flèche à l’identique ». Exit donc, le concours d’architecture envisagé un temps pour faire entrer Notre-Dame dans la modernité (sic). Même Jean Nouvel approuve aussitôt par une tribune dans Le Monde.

 

L’architecte en chef, Philippe Villeneuve, partisan déclaré de la solution retenue, s’est habilement gardé de tout triomphalisme, alors même que devant la Commission des Affaires Culturelles de l’Assemblée Nationale, le 13 novembre dernier, le général Jean-Louis Georgelin, représentant spécial d’Emmanuel Macron, favorable, comme le président à l’époque, à un geste architectural contemporain, avait lâché la flèche du Parthe – chacun sa flèche ! –  contre l’architecte en chef, l’invitant sans ménagement à « fermer sa gueule ! »

 

Désavoué par le président, Georgelin allait-il démissionner ou, à son tour, fermer sa gueule, selon la jurisprudence Chevènement de 1991 ? Que nenni, il publiait dans la soirée du 9 juillet un communiqué approuvant docilement le choix de l’Élysée : « Je suis heureux que les Français, les pèlerins et les visiteurs du monde entier puissent retrouver la cathédrale qu’ils aiment ». Entre le sabre et le goupillon, le bouillant général choisissait l’aspersoir pour son homélie à l’eau bénite. Car il faut préciser, malgré ses discours de matamore, que le général Georgelin est oblat chez les bénédictins et membre de l’Académie catholique de France ! On songe au personnage de la Grande Duchesse de Gérolstein d’Offenbach, qui se présente bombant le torse, avec un air martial : « Et pif paf pouf, je suis le général Boum Boum ». Quelle rigolade !

 

La suite ICI

 

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19 octobre 2020 1 19 /10 /octobre /2020 06:00

 

Si l’on ne m’avait pas offert À la merci du désir Last Notes from Home, publié par Monsieur Toussaint Louverture, en me la jouant à la Frederick Exley, l’auteur sarcastique et alcoolisé, je me suis dit, dans ma petite Ford d’intérieur, que je l’aurais acheté rien que pour la recherche extrême de son « packaging », couverture et 4e de couverture.

 

 

C’est de la sobriété raffinée, du naturel étudié, élégant, minimaliste, extrémiste, marque de fabrique d’un éditeur bordelais, à rebours de « l'incontinence éditoriale » actuelle. « Moi, je serais plutôt dans le tantrisme éditorial », Dominique Bordes. Il sort rarement plus de trois titres par an, dont beaucoup d'Américains inconnus. ICI 

 

 

 

Démonstration par l’image :

 

 

La production littéraire de Frederick Exley se résume à seulement trois romans:

 

  • Le Dernier stade de la soif (1968)

 

  • Pages from a Cold Island (1975)

 

 

  • Last Notes From Home (1988),

 

… et suffisamment d’articles de presse pour remplir un petit volume. Aucun de ces romans ne fut une réussite commerciale, et seul Le Dernier stade de la soif eut un succès digne d’être remarqué. Cette œuvre de qualité s’attira quelques lecteurs dévoués, elle fut lue et appréciée par des étudiants et des auteurs prometteurs, le phénomène est donc comparable à celui que connut le roman L'attrape Cœur de J.D. Salinger dans les années 1950.

 

« Exley mourut à Alexandra Bay le 17 Juin 1992 à la suite d’une attaque cardiaque. L’ensemble de son œuvre est toujours en attente de la critique approfondie qu’elle mérite. A ce jour, il n’existe aucun livre qui y soit consacré, ni aucune étude biographique, et peu d’essais sur le sujet ont vu le jour. Certains critiques considèrent Le Dernier stade de la soif comme étant le seul véritable succès d’Exley. D’autres trouvent dans toutes ses œuvres un jugement pertinent et approfondi de la culture américaine, une originalité stylistique, et un courage et une passion qui font de lui un grand écrivain. Larry McMurtry disait d’Exley qu’il était, « bien que plus brutal, une sorte de Dante américain. » 

 

 

Lire ICI

L A   V I E
D E   F R E D E R I C K   E X L E Y
C O U R T E   E T   E F F I C A C E
B I O G R A P H I E

J’ai donc découvert Exley en le prenant par son « dernier bout », soit le 3e volet de son unique triptyque et non son dard omniprésent*, et, une fois entré dans son dispositif narratif, « qui relie fiction et autobiographie, son écriture repose sur le mode de la confession », je n’ai pas été déçu et j’ai lu À la merci du désir Last Notes from Home à un rythme soutenu

 

* « Côté cul, ça ne débandera pas. Dialogue entre un barman et une serveuse, à Hawaï : «Dis-donc, je donnerais bien un mois de salaire pour dix minutes avec ça ! - Dix minutes avec ça te coûterait bien plus qu’un mois de salaire.» Quant au narrateur, il a un «petit jeu visant, à terme, à séparer Miss Robin Glenn de sa petite culotte». Ça va se faire. »

 

 

Page 293-294 Ex s’adressa à Alissa sa psy :

 

« Écoutes-moi bien, Alissa : la seule chose à peu près exacte que Robin avait retenue de toute l’histoire, c’est ce que portait la fille, et la fait que, ma génération ne connaissant pas la pilule, il y avait une peur panique de tomber ou de mettre enceinte, et par triples sauts temporels successifs, elle avait transposé cette anecdote aussi ridicule que cocasse…

 

(Ndlr. Faire ce que je voulais avec elle – une condisciple qui jamais ne m’avait jusque-là témoigné le moindre intérêt – se réduisait finalement (oh extase !), à l’embrasser, à jouer à touche-pipi (et encore, sans même pouvoir lui enlever sa culotte) et à me faire branler. Au cours de ce dernier exercice, elle me demande si j’ai un mouchoir, je dis non, elle file dans la cuisine, revient avec un torchon à vaisselle encore humide, et pendant que je décharge là-dedans, elle le laisse bien par-dessus, ses doigts étranglant mon gland et garde la tête tournée, tout en émettant des beurk et en répétant « dégueu, dégeu, dégue, beurk !... » )

 

une ou deux générations plus tard, à sa propre adolescence, bien plus « avertie ». Alors Robin commençait par me tailler une pipe, de façon à pouvoir garder sa tenue de teenager années quarante ; puis je soulevais sa jupe plissée gris acier, lui ôtais sa culotte, lui faisais un cunnilingus, après quoi elle me faisait à nouveau bander avec sa bouche, et comme par hasard, à dix-sept ens, elle avait sous la main un préservatif strié et un tube de lubrifiant (merde, moi je n’ai jamais entendu parler de lubrifiant avant mes quarante ans, par un ami pédé, un comédien que j’admirais beaucoup), et je la sodomisais pour éviter tout risque de grossesse, tout cela, bordel, étant censé se passer à Watertown, dans les années quarante. Écoutes-moi, Al, moi, vu l’âge que j’ai, jamais eu le cran d’aller voir de mes yeux ce qu’il y avait au milieu d’une paire de cuisses avant l’âge de vingt-cinq ans, jamais je n’ai fait de cunnilingus avant toi, et j’en avais alors vingt-huit, toi dix-sept et plus belle que jamais, sans vouloir te vexer, car aujourd’hui tu es bien plus belle, mais pas de la même façon. Et donc là, sur un lit, allongé nu auprès d’une Robin habillée, car elle avait quand même suffisamment d’imagination pour ne pas me demander, Dieu merci, que je sois moi-même accoutré comme je pouvais l’être à l’époque au lycée, elle commençait à me sucer, car jamais, vraiment jamais elle n’avait pu savoir cette simple vérité : sucé, je l’avais beaucoup été quand j’étais au lycée. Mais c’est là une autre histoire, une histoire qui ne parle pas à des givrées comme Robin, car dans cette histoire-là se mêle une tristesse incommensurable, un chagrin si profond qu’il réside dans ces noires abysses où se tapissent la malédiction de la vie, une bonne dose d’humour noir inévitable et une culpabilité si terrible que, même après toutes ces années, je ne suis pas capable de la regarder en face. »

 

Ceci est un échantillon représentatif  d’À la merci du désir/Last Notes from Home de Frederick Exley, qui pourra pour certains jouer le rôle de répulsif, pour d’autres d’hameçonnage, mes goûts, contrairement à ce que pensent les critiques du vin, ne sont que les miens et libre à chacun d’en l’usage qui lui semble opportun.

 

Comme il l’écrit dans Last Notes From Home, Exley est outré par le fait que l’Amérique soit devenue « un spectacle obscène », mais il réalise qu’il doit se confronter à la réalité de cette Amérique, quoi qu’il lui en coûte, et quoi qu’il en coûte à ses personnages. Pour quelques lecteurs, son succès tient à la critique qu’il fait de l’Amérique contemporaine, mais sa véritable force réside dans l’analyse impitoyable qu’il fait de lui-même, dans un style à la fois drôle et émouvant, et dans les portraits à la loupe des personnages que l’on croise au fil d’incidents riches de détails. Tous ces éléments constituent une voie formidable et unique dans la littérature américaine contemporaine.

 

Pourquoi le lire ?

 

« Parce qu'au fond heureusement qu'Exley ne reçut pas (ou ne crut pas recevoir) de son vivant la gloire qu'il méritait. On n'aurait pas eu droit au côté face de sa déprime abyssale et féconde. Parce que c'est rare, une dépression ambitieuse. Parce que le dégoût d'Exley, pour lui et l'univers, est largement partagé par le lecteur, et qu'on en est fou quand même. Parce que cette lecture défoule. Et parce que bien sûr qu'il faut vivre mal pour écrire bien. »

 

Le Dernier Stade de la soif", l'autobiographie cultissime du freak  Frederick Exley

 

Je vous propose l’excellent critique de Mathieu Lindon17 janvier 2020  dans Libération

 

FREDERICK EXLEY, ENTRE L’ENVIE ET LA MORT ICI 

Ça commence dans un avion vers Hawaï où le narrateur, qui s’appelle Frederick Exley comme l’auteur - lequel est né en 1929 et mort en 1992 et a publié deux volumes de «mémoires fictifs» avant celui-ci, le Dernier stade de la soif et A l’épreuve de la faim -, se retrouve coincé entre une hôtesse dont ce n’est rien de dire qu’elle est sexy et un Irlandais dont ce n’est rien de dire qu’il est ivre. Le sexe, l’alcool et les diverses déchéances qu’ils peuvent susciter sont au cœur d’A la merci du désir dont l’harlequinesque titre français est moins bien trouvé que les précédents de la trilogie (le titre original est Last Notes from Home).

 

Le narrateur fait le voyage des Etats-Unis pour assister aux derniers instants de son frère mourant (dont l’une des dernières phrases fut pour savoir «s’il y a quelqu’un qui a déjà dit à Dustin Hoffman qu’il en fait des tonnes»), frère aîné qu’il surnomme «le Général» quoiqu’il ne soit que colonel. Leur proximité fut fluctuante : «Il y avait des jours où je me demandais vraiment comment on avait pu sortir du ventre de la même bonne femme à trois ans d’intervalle.» C’était comme si, estime le narrateur à propos de la verve de son intarissable voisin avec une jambe dans le plâtre qui ne lésine pas sur les termes impolitiquement corrects, lui-même avait obtenu une audience du pape «et que ce dernier avait passé les cinq minutes allouées à me faire l’éloge de tous les avantages pour la santé (bonnes joues rouges, tranquillité d’esprit, sérénité) d’une participation régulière à des partouzes effrénées.» Côté cul, ça ne débandera pas. Dialogue entre un barman et une serveuse, à Hawaï : «Dis-donc, je donnerais bien un mois de salaire pour dix minutes avec ça ! - Dix minutes avec ça te coûterait bien plus qu’un mois de salaire.» Quant au narrateur, il a un «petit jeu visant, à terme, à séparer Miss Robin Glenn de sa petite culotte». Ça va se faire.

 

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 07:00

Oui, on s'occupait d'hygiène sous Louis XIV

Depuis quelque temps sur mon « immense et incomparable blog » la mouche du coche a un contradicteur qui se plaît, comme à Roland – la terre rouge pilée de la porte d’Auteuil – à lui renvoyer la balle de ses commentaires, parfois en un revers le long de la ligne qui lui donne le point.

 

Ainsi sur la chronique : Louis XIV « le roi sans dents », le père Hollande fut un incompris, il condamnait les excès de sucre des Grands ! ICI   l’éminent PAX commentait : « Ils devaient également puer du bec tous ces braves gens. Quand on sait qu’on ne se lavait pas beaucoup non plus et que, à part quelques chaises percées, on se soulageait n’importe où, le monde du « beau linge » devait schlinger pas mal. »

 

Ce à quoi l’impertinent Pierre lui répondait :

 

« Pas mal de légendes urbaines courent cependant sur l'hygiène à Versailles au temps de Louis XIV. Rappelons que Versailles est à la pointe de la technologie mondiale du moment. Quelques éléments ci-après » :

 

Hygiène à Versailles : bain, dentifrice et chaise percée !

18 mars 2017 /

 

Une légende persistante veut que Louis XIV n’ait pris qu’un seul bain au cours de sa vie… De nos jours, la Cour du Roi-Soleil est particulièrement décriée pour son hygiène déplorable. Il est vrai qu’au Moyen-Âge, on se lave beaucoup plus souvent que sous l’Ancien-Régime, époque qui semble afficher une régression dans ce domaine. Mais les courtisans de Versailles sont loin d’être ces monstres de saleté, ces personnages crasseux et emperruqués qui se soulagent dans les couloirs et se parfument à l’excès dans le seul but de camoufler leurs odeurs corporelles.

 

L’eau et la propreté

 

Contrairement à une idée reçue, Versailles dispose d’arrivées d’eau courante dès le règne de Louis XIII, alors que le château n’est encore qu’un modeste relais de chasse. Pour son palais des merveilles, Louis XIV exige tout ce qui est à la pointe de la technologie, y compris en terme d’installations d’hygiène. Il dépense des fortunes colossales pour faire arriver l’eau jusqu’au château : l’eau pour le parc et ses innombrables fontaines, mais aussi pour les usages quotidiens, la nourriture et les ablutions. Le Roi n’oublie pas non plus sa capitale, puisque dans les années 1680/1685, il fait installer onze fontaines permettant aux habitants d’accéder à ce que l’on appelle alors l’eau « bonne à boire ».

 

Rappelons tout de même qu’à l’époque louis-quatorzienne, la peur de l’eau est très présente : on trouve de nombreux traités mettant en garde contre l’eau qui, en dilatant les pores, pourrait pénétrer à l’intérieur de la peau, contaminer les organes et transmettre des maladies… On préfère donc la toilette sèche : Louis XIV est frotté régulièrement avec une serviette parfumée imbibée d’alcool, qu’un courtisan lui présente religieusement au petit lever et au petit coucher.

 

En outre, la propreté n’a pas la même signification qu’aujourd’hui. Elle est alors plus proche de la notion de netteté : une apparence propre qui montre que l’on respecte son entourage, un visage, des mains et des pieds impeccables.

 

Ce qui nous semble peu « hygiénique » de nos jours se veut pourtant à cette époque le must de la bienséance : le monarque et ses courtisans changent de chemise jusqu’à cinq fois dans la journée ! Le peuple, qui ne peut pas se payer ce luxe, se lave donc plus souvent que les courtisans…

 

On se lave en revanche minutieusement les dents et la bouche : la bonne haleine est un signe de beauté ! Louis XIV par exemple se frotte régulièrement les dents avec un mélange astringent qui est en fait l’ancêtre du dentifrice : racines de bois de rose, de cyprès, du romarin ou du myrte, associés à des pâtes à base d’opium parfumées de plantes aromatiques telles que l’anis, la cannelle, le thym ou la menthe… Certains courtisans persistent cependant à se laver les dents avec du tabac (que l’on croit bourré de vertus désinfectantes !) ou avec de l’essence d’urine, ainsi que le conseille Mme de Sévigné à sa fille… On retiendra la méthode de Louis XIV !

 

La suite ICI

 

 

 

Capture d’écran 2015-12-11 à 12.27.49

Louis XIV et la propreté: une sale affaire ? ICI 

 

« Louis XIV ne se lavait pas », « les rois de France cachaient leur odeur sous le parfum »,… Dans l’imaginaire collectif, la monarchie française sent le soufre. Stanis Perez, historien spécialiste de l’hygiène à la cour nous aide à démêler le vrai du faux.

Quel aspect et quelle odeur avait le château de Versailles sous le règne de Louis XIV ?Le parfumeur de la cour

Quel aspect et quelle odeur avait le château de Versailles sous le règne de Louis XIV ? ICI

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18 octobre 2020 7 18 /10 /octobre /2020 06:00

Sacres et sacrifices » à la Cité de la musique

Le sacrifice d'Abraham Rembrandt © DR

Sommités dans leurs domaines, Jacqueline Chabbi, historienne de l’islam, et Thomas Römer, spécialiste de l’Ancien Testament, publient une réflexion conjointe sur la Bible et le Coran. Et enjoignent de ne pas confondre sacré et histoire.

Jacqueline Chabbi et Thomas Römer : « Prenons garde à ne pas fantasmer les origines des religions » ICI

Propos recueillis par Virginie Larousse Publié le 27 septembre 2020

 

L’une exhume dans le texte coranique les traces de ce qu’a pu être la société qui l’a vu naître, l’autre scrute l’Ancien Testament dans les moindres détails, derrière les murs du prestigieux Collège de FranceJacqueline Chabbi et Thomas Römer se sont retrouvés, à l’initiative de l’éditeur Jean-Louis Schlegel, pour dialoguer sur leurs recherches respectives dans un livre intitulé Dieu de la Bible, Dieu du Coran*.

 

De leurs savantes conversations, une évidence s’impose : Bible et Coran sont l’un et l’autre des récits construits pour asseoir une idéologie, une organisation sociale ou politique – ce qui n’enlève rien à leur dimension religieuse. Une approche salutaire, qui vient bousculer les certitudes de tous les fanatiques d’une lecture littérale de la Bible et du Coran, autant qu’elle invite à oser un enseignement des religions digne de ce nom – qui privilégierait l’histoire critique et non la légende dorée.

 

- A notre époque, où les chercheurs ont tendance à être de plus en plus spécialisés dans leurs domaines respectifs, qu’est-ce qui vous a donné envie d’entamer ce dialogue ?

 

Thomas Römer : Nous nous connaissons depuis longtemps, et Jacqueline Chabbi intervient régulièrement dans les colloques que j’organise au Collège de France, où j’aime développer une veine comparatiste et interdisciplinaire. Il est vrai que les gens sont de plus en plus spécialisés, mais on voit tout de même que l’interdisciplinarité est nécessaire. Par ailleurs, nous sommes tous les deux auteurs, entre autres, aux Editions du Seuil. Aussi, quand les éditeurs Jean-Louis Schlegel et Elsa Rosenberger nous ont proposé ce dialogue, nous avons tout de suite accepté.

 

Jacqueline Chabbi : Je crois que ce qui nous unit, c’est notre méthode : l’histoire critique. Alors que cette dernière est très avancée dans les études bibliques, c’est une véritable catastrophe chez les musulmans, qui se bornent pour la plupart à faire de l’histoire sacrée.

 

« Je crois que ce qui nous unit, c’est notre méthode : l’histoire critique »

 

- De manière générale, les personnes qui s’investissent dans le dialogue interreligieux ont tendance à insister sur ce qui rapproche les traditions dites abrahamiques, plus que sur ce qui les sépare. Voyez-vous le judaïsme et l’islam comme les deux faces d’une même pièce, ou jugez-vous les différences plus profondes ?

 

T. R. : Beaucoup tombent dans la tendance à tout mettre sur le même niveau : tout se vaut, les religions abrahamiques sont issues d’un même fonds, etc. Ce livre entend montrer que les choses sont un peu plus compliquées. Evidemment, on peut comparer. Mais dire « c’est la même chose, nous descendons tous d’Abraham », est caricatural.

 

On ne peut pas se contenter de faire une lignée des trois religions : le judaïsme aurait donné naissance au christianisme, duquel serait né à son tour l’islam – manière de voir très fréquente chez les musulmans et les chrétiens. Oui, il y a des influences. Mais si on veut vraiment dialoguer, il faut être en mesure d’entendre les spécificités propres à chacune des traditions. En les gommant, on pense aider à la concorde, alors que cela s’avère contre-productif.

 

Prenons garde, aussi, à ne pas fantasmer les origines : dans le judaïsme, le Talmud est d’une certaine manière plus important que la Torah. Souvent, les gens sont trop centrés sur les écrits fondateurs, alors que la tradition est tout aussi importante. D’ailleurs, aujourd’hui, on voit bien que le judaïsme, le christianisme et l’islam ne sont l’émanation directe ni de la Bible ni du Coran.

 

Dieu de la Bible et Dieu du Coran ont en commun d’être des dieux « uniques », c’est pourquoi on parle de « monothéisme ». A-t-on raison de recourir à ce mot pour caractériser ces deux religions ?

 

T. R. : Pour la Bible, le terme est biaisé, car le texte garde des traces de conceptions polythéistes, avec, par exemple, des références à Yahvé comme le fils du dieu levantin El, de Yahvé dans une cour céleste, ou accompagné d’une parèdre – c’est-à-dire d’une déesse qui lui était associée. Durant et après l’Exil, les Judéens qui se trouvent à Babylone, dès le VIe siècle avant notre ère, commencent à produire une réflexion qu’on pourrait qualifier de monothéiste, mais ce concept est anachronique : dans la Torah, on ne parle ni de polythéisme ni de monothéisme, on parle des autres dieux qu’il ne faut pas suivre.

 

« Dire “c’est la même chose, nous descendons tous d’Abraham”, est caricatural »

 

La Bible étant une collection de textes qui s’étalent sur sept ou huit siècles, les choses évoluent. Ils présentent souvent Yahvé à l’image du grand roi assyrien, celui-là même qui a asservi les royaumes de Juda et d’Israël au VIIIe siècle avant J.-C. Les Assyriens, si décriés dans la Bible, servent pourtant de modèle au discours religieux sur le dieu d’Israël : c’est ce qu’on appelle la compensation ou la « contre-histoire » – on récupère le discours de l’oppresseur et on se l’approprie.

 

Quoi qu’il en soit, parler de manière rapide de monothéisme n’est pas vraiment pertinent. Ce vocabulaire est en fait hérité des Lumières, époque à laquelle s’est développée l’idée d’un évolutionnisme religieux : l’humanité serait passée du polythéisme à l’hénothéisme [forme particulière de polythéisme, dans laquelle un dieu joue un rôle prédominant par rapport aux autres, sans toutefois exclure ces derniers], puis au monothéisme, avec l’idée que le monothéisme serait l’aboutissement de la pensée religieuse – avant de préparer la sortie de l’homme de la religion.

 

J. C. : Les choses sont totalement différentes en islam. Dans l’imaginaire tribal préislamique, des puissances masculines cohabitaient avec des puissances féminines. Les puissances masculines étaient liées à la fécondation : l’eau, la Lune et sa lumière froide étaient associées au masculin, contrairement au soleil et à tout ce qui est chaud, perçus comme des principes féminins, qui demeurent stériles sans la fécondation du principe opposé.

 

Or, La Mecque n’est pas une oasis ; elle ne vit que grâce à un point d’eau qui abrite un dieu masculin. Les Mecquois étaient obligés d’aller s’approvisionner à plusieurs jours de marche, dans la montagne de Taëf, à dos de chameau, et avaient donc besoin de protections extérieures. C’est pourquoi il y avait également, sur chacune des pistes, des déesses vues comme liées à ces espaces de chaleur.

 

« Judaïsme et islam sont marqués par une vision utilitaire du divin, alors qu’il y a chez les chrétiens une approche beaucoup plus mystique »

 

On ne peut pas être plus pragmatique qu’un homme dans le désert, ancré dans un régime de survie : le ou les dieux doivent être utiles. Pourtant, dès le départ, le Coran dit qu’il ne faut désormais rendre un culte qu’au seul dieu du point d’eau, lequel sécurise aussi les pistes. Comment comprendre ce changement ? On sait que Mahomet était orphelin, donc un homme sans père, et qu’il n’a pas non plus eu de fils ayant atteint l’âge adulte, ce qui constituait un handicap dans une société de tribu. Sur le plan psychologique, faut-il voir dans cette mise en avant du dieu du point d’eau une volonté de valoriser le masculin qui lui faisait défaut ?

 

Selon vous, qu’est-ce qui, fondamentalement, rapproche le judaïsme et l’islam dans leur conception du divin ?

 

T. R. : Judaïsme et islam sont l’un et l’autre marqués par une vision utilitaire du divin, alors qu’il y a chez les chrétiens une approche beaucoup plus mystique, plus théologique, dans un sens spéculatif, avec cette obsession de l’après-mort, de l’enfer, du paradis… Bien sûr, il y a aussi des courants mystiques dans l’islam et le judaïsme, mais on y trouve fortement cette idée que la religion doit nous enseigner comment vivre ici et maintenant, avec par exemple les 613 commandements de la Torah qu’il faut interpréter et respecter. Ces traditions ont développé un rapport fondamental à la Loi, qui permet de mener une bonne vie.

 

Et qu’est-ce qui les sépare fondamentalement ?

 

J. C. et T. R. : Finalement pas grand-chose. Judaïsme et islam partagent un certain nombre de figures fondatrices, comme Moïse, Abraham – même si elles sont interprétées différemment –, une ritualité commune.

 

J. C. : Néanmoins, la genèse du judaïsme est très différente de celle de l’islam. Si le premier est devenu une religion au terme d’un processus très long, pour l’islam, cela s’est fait sur un laps de temps extrêmement court. On est passé d’un type de société à un autre très rapidement, de la tribu à l’empire. De ce fait, cela peut donner à penser que tout s’est fait dans la continuité, alors qu’il y a eu une série de ruptures majeures. In fine, cela conduit à sacraliser le Prophète comme figure fondatrice.

 

Or, si cet homme de tribu a eu une inspiration et a réussi à monter une structure politique, il ne s’agissait certainement pas de la nation musulmane qu’on imagine. Il a suivi le modèle de son époque, en montant ni plus ni moins qu’une confédération tribale. Il faut raisonner politiquement et sociologiquement, revenir à la réalité de la société de l’époque.

 

Ce qui frappe, en lisant votre livre, c’est l’insistance que vous mettez quant aux circonstances politiques ayant conduit à l’émergence de ces deux religions. Est-ce à dire que le message spirituel qu’elles portent est, finalement, secondaire ?

 

T. R. : Je ne sais pas s’il faut faire une hiérarchisation. Aujourd’hui, avec la laïcité, on a bien sûr tendance à séparer les domaines. Mais à l’époque où ces textes sont écrits, il est inconcevable de séparer le politique du religieux.

 

J. C. : L’alliance avec le dieu ne fait que reproduire l’alliance entre les hommes. La spiritualité est un luxe qu’on ne peut pas se payer à cette époque ! La notion de fuir le monde, telle que l’apôtre Paul la développera plus tard, n’existe pas : il faut faire des enfants, donner un avenir à sa famille pour faire vivre la tribu. Le célibat est inconcevable dans le judaïsme comme dans l’islam.

 

L’expansion fulgurante de l’islam n’a donc rien à voir avec son aspect religieux ?

 

J. C. : Absolument rien à voir. Ce sont des razzias surdimensionnées, et totalement imprévues, qui se sont produites à un moment où le Proche-Orient était exsangue à cause de l’affrontement récent des Empires byzantin et sassanide. Personne n’attendait la sortie des tribus du périmètre arabique.

 

Ensuite, les tribus ont conquis à leur manière, c’est-à-dire en demandant un tribut en échange de la promesse de ne pas piller. Les villes se sont donc pliées très rapidement à ce pacte, et il y a eu très peu de grandes batailles. Il n’y a pas eu non plus de pression idéologique, pas de massacre. Les fonctionnaires locaux et les notabilités se sont rapidement mis au service du nouveau pouvoir.

 

« Les idéologues du monde musulman ont cru trouver le remède en se tournant vers le passé, dans un surcroît de religiosité »

 

Dans la veine historico-critique, vos recherches conduisent à ne pas prendre les textes religieux – et, a fortiori, la tradition – au pied de la lettre. Les croyants vivent souvent mal cette démarche, qu’ils peuvent percevoir comme sacrilège. Que leur répondez-vous ?

 

J. C. : Je leur répondrais qu’il faut regarder le religieux du point de vue humain. Ils sont des croyants d’aujourd’hui, tandis que les croyants du passé appartiennent au passé. Il faut cesser de se projeter sur le passé.

 

T. R. : Les gens doivent prendre conscience de la distance qui existe entre eux et ces textes, leur contexte d’origine et notre contexte actuel. Il faudrait par ailleurs qu’ils réfléchissent sur quoi reposent leurs convictions religieuses. J’entends souvent, pendant mes cours, des étudiants désappointés lorsque je leur explique que l’épisode de la mer Rouge n’a pas d’historicité. « Si ça ne s’est pas passé comme c’est écrit, c’est que la Bible est un tissu de mensonges ? », s’indignent-ils.

 

Or, il ne faut pas le prendre comme cela. La Bible est un ensemble d’histoires qui ont donné naissance à des convictions et des croyances. Ces histoires doivent être réinterprétées. Le drame, aujourd’hui, c’est ce fantasme d’immédiateté par rapport au texte, censé nous dire de faire ci ou ça, et sur lequel chacun projette sa propre lecture.

En islam, le statut particulier du Coran, perçu comme une parole divine directe et intemporelle (théorie du Coran incréé), peut-il expliquer cette réticence vis-à-vis de l’histoire critique ?

 

J. C. : Non, je ne pense pas. Le problème, c’est la crise dans laquelle se trouve le monde musulman aujourd’hui. Jusqu’à la chute des Ottomans, les musulmans ont eu le pouvoir en continuité pendant plus d’un millénaire. Ils étaient puissants et n’avaient jamais connu un empire qui les aurait asservis, comme les Assyriens l’avaient fait avec Israël. Mais les Ottomans n’ont pas pris le tournant du modernisme, et, comme ailleurs, la colonisation leur est tombée dessus. Alors, depuis plus d’un siècle, avec le début du salafisme, les idéologues du monde musulman ont cru trouver le remède en se tournant vers le passé, dans un surcroît de religiosité et de sacralisation. Le statut du Coran n’a rien à voir avec cela.

 

« Le drame aujourd’hui, c’est ce fantasme d’immédiateté par rapport au texte, sur lequel chacun projette sa propre lecture »

 

Une question qui revient souvent à notre époque est celle des liens entre violence et monothéismes. Bible et Coran sont-ils tout aussi violents ?

 

T. R. : Entre Moïse, qui ordonne de tuer les Madianites – femmes et enfants compris –, la conquête sanglante de Josué, il y a un discours violent dans l’Ancien Testament, c’est certain. Mais c’est souvent une violence rhétorique. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que la conquête de Josué telle qu’elle est décrite dans le livre qui porte son nom n’a jamais existé : elle reprend en réalité la rhétorique militaire assyrienne pour affirmer que le dieu d’Israël égale la puissance de l’empereur assyrien.

 

Donc, oui, il y a de la violence dans le texte biblique, mais pouvait-on sérieusement imaginer un discours pacifique dans l’Antiquité ? Du reste, on compare souvent la violence de l’Ancien Testament au pacifisme supposé du Nouveau Testament… Or, à y regarder de plus près, on voit bien que ce dernier n’est pas non plus exempt de brutalité.

 

J. C. : Toute société est bâtie sur des rapports de force, qu’on le veuille ou non.

 

T. R. : Ce qui explique que, dans les faits, le judaïsme n’ait jamais été aussi violent que l’islam ou le christianisme, c’est qu’il n’avait pas les moyens de l’être, puisqu’il a toujours été minoritaire à l’échelle du monde et n’a jamais été religion d’Empire. Il s’agit de textes compensatoires d’une minorité qui essaie de s’affirmer, mais qui, en réalité, n’a pas les moyens de mettre en pratique les discours auxquels elle a recours. Et si le Dieu de la Bible présente des facettes inquiétantes, il est également le miséricordieux, l’image d’un père protecteur. L’homme est créé à l’image de Dieu… et vice-versa !

Dans le Coran, les passages violents sont-ils compensatoires ?

 

J. C. : La violence, dans le Coran, est essentiellement eschatologique [relative à la fin des temps] : lorsque Mahomet tente de rallier sa tribu à son message, il leur dit, au fond : « Vous allez voir ce qui va vous arriver après la mort. » Mais ce message ne prend pas, car les hommes de tribu n’ont que faire de la vie après la mort. Ensuite, lorsqu’il est banni de La Mecque et qu’il s’installe à Médine, il commence à faire de la politique tribale, selon les règles de son époque : la razzia, par exemple, était une technique légale donnant droit d’attaquer les caravanes non alliées.

 

Il s’agit de sociétés de petit nombre où on essaie de ne pas tuer, car cela entraînerait la loi du talion. Il faut être suffisamment malin pour piller sans tuer. Quand deux tribus étaient en conflit, si l’une était plus forte, l’autre se ralliait par pragmatisme. On ne cherchait pas le martyre mais la survie, et l’arrangement était toujours la voie privilégiée. Ce n’est que dans les sociétés de grand nombre que l’on peut se permettre de prendre le risque de se faire tuer.

 

« Oui, il y a de la violence dans le texte biblique, mais pouvait-on sérieusement imaginer un discours pacifique dans l’Antiquité ? »

 

Diriez-vous que cette conversation approfondie avec un spécialiste d’une autre discipline vous a permis de mieux saisir certains aspects de votre propre champ de recherches ?

 

T. R. C’est toujours très éclairant de recevoir un regard extérieur et de mieux comprendre les disciplines de nos collègues. Notre méthodologie nous rapproche beaucoup : en étant attentifs aux contextes dans lesquels ces religions ont émergé, nous faisons attention à ne pas reconstruire de fantasme.

 

J. C. : On a souvent une représentation totalement fantasmée du passé, parce qu’on ne prend pas suffisamment en compte l’aspect sociopolitique. Un fantasme, même « gentil », est toujours dangereux. Rêver n’est pas interdit, mais il faut garder les pieds sur terre. Or, dans nos disciplines, les croyants ont tendance à ne pas voir les choses humainement. Le rôle de l’historien est de montrer la réalité humaine, et non d’entretenir la mystification.

 

Nos connaissances en histoire des religions ont énormément progressé depuis le XIXsiècle. Pourtant, clichés et lieux communs sont toujours aussi prégnants, sans parler des dérives fondamentalistes. N’est-ce pas un peu démoralisant pour les historiens que vous êtes ?

 

T. R. : [Rires] Cela fait partie du métier. Il est en effet effrayant de voir le nombre de clichés qui circulent sur l’islam à l’heure actuelle, notamment dans la bouche de nos politiques. L’idée que l’islam serait une religion horrible est un phénomène de la modernité. Notons d’ailleurs qu’il y a autant de fantasmes sur l’islam chez les musulmans que chez les non-musulmans. Il est urgent de réfléchir à l’enseignement des religions dans les écoles, même si le sujet est compliqué en France, car on ne veut pas toucher aux convictions des uns et des autres. Mais on étudie bien les classiques grecs, l’Epopée de Gilgamesh… Pourquoi n’enseignerait-on pas les religions en utilisant la méthode historico-critique et non l’histoire sacrée ?

 

« Le rôle de l’historien est de montrer la réalité humaine, et non d’entretenir la mystification »

 

J. C. : Les programmes en histoire sont effarants. On apprend aux enfants l’histoire sainte, le discours religieux officiel, au lieu de partir de la méthode historico-critique ! On partage le discours sacralisant, ce qui entretient l’engrenage de l’histoire sacrée. Depuis quelques mois, je fais des petites vidéos de vulgarisation sur Internet (« Les Mots du Coran », sur Facebook). Les réactions sont extraordinaires ! Nombre de croyants ne comprennent pas qu’on puisse avoir une approche historique de la religion, et me demandent de quel droit j’aborde ce sujet.

 

T. R. : La tradition est le fruit d’une évolution, et non quelque chose d’immuable : beaucoup de fêtes, de rituels ne figurent pas dans les textes fondateurs. La religion ne tombe pas toute faite du ciel !

 

*Dieu de la Bible, Dieu du Coran, par Jacqueline Chabbi et Thomas Römer (entretiens conduits par Jean-Louis Schlegel), Editions du Seuil, septembre 2020.

 

Thomas Römer, spécialiste mondialement reconnu de l’Ancien Testament, occupe la chaire « milieux bibliques » du Collège de France, dont il est par ailleurs l’administrateur. Parmi ses nombreux ouvrages : La Bible, quelles histoires ! (Bayard, 2014), L’Invention de Dieu (Seuil, 2014), et L’Ancien Testament (PUF, Que sais-je ?, 2019).

 

Jacqueline Chabbi est agrégée d’arabe, professeure émérite des universités, spécialiste des origines de l’islam. Elle est, en particulier, l’autrice de : Le Seigneur des tribus. L’islam de Mahomet (rééd. CNRS Editions, 2013), Les trois piliers de l’islam. Lecture anthropologique du Coran (Seuil, 2016), On a perdu Adam. La création dans le Coran (Seuil, 2019).

 

Virginie Larousse

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17 octobre 2020 6 17 /10 /octobre /2020 06:00

 

Tandis qu’une nouvelle classe de marchands s’enrichissait (en grande partie grâce à la colonisation, au commerce impérial outre-mer), les habitudes de luxe se répandaient au sein de la classe supérieure ; on commençait à utiliser le sucre pour impressionner et distraire.

 

On ne sera donc pas surpris d’apprendre que les cours française et anglaise souffraient d’effrayants problèmes dentaires – caries et dents manquantes, gingivites, bouches édentées et visages défigurés – tous causé par le sucre.

 

Histoire générale des drogues, traitant des plantes, des animaux et des  minéraux... avec un discours qui

 

En France, Louis XIV, employait M.Pomet en tant que « pharmacien en chef » ; ce dernier publia plus tard, en 1694, Une histoire générale des drogues, un ouvrage traduit et publié à Londres dans une version augmentée en 1712. Il consacre cinq pages au sucre – sa nature, sa culture et ses usages thérapeutiques et culinaires. Outre le goût agréable qu’il donne aux desserts et aux boissons, il est, selon l’auteur, bon pour les seins et les poumons, pour soigner l’asthme, la toux, les reins et la vessie. Néanmoins – et sur ce point Pomet doit avoir soigneusement observé Louis XIV –, « il gâte et pourrit les dents ».

 

Le Roi-Soleil se lève encore | Livres Hebdo

Louis XIV peint par Rigaud : le portrait en majesté - Hyacinthe Rigaud  (1659-1743) : Le blog

 

En 1701, Hyacinthe Rigaud a peint un magnifique portrait de Louis XIV, le « Roi Soleil », alors âgé de soixante-trois ans. C’est une mise en scène majestueuse du pouvoir royal, accompagné de tous les symboles de la richesse et de l’autorité régalienne. Ce petit homme chauve semble de grande taille, la tête couverte d’une perruque frisée. L’habileté et les artifices déployés par l’artiste étaient néanmoins impuissants devant l’état de la bouche et des joues. Louis était « un roi sans dents ». Il les avait toutes perdues à l’âge de quarante ans, malgré les soins de son escouade de médecins qui lui prodiguaient les meilleurs traitements de l’époque. Alors qu’ils veillaient à son bien-être général, ils ne portaient aucune attention à sa consommation de sucre.

 

Élisabeth Ire, reine d'Angleterre (1558-1603)

 

Sous le règne d’Elizabeth 1er (1558-1603), le sucre était extrêmement populaire au sein de la société anglaise. On en mangeait et buvait en abondance (le Falstaff de Shakespeare aime ses vins doux, rendus plus suaves encore par l’ajout de sucre), et l’on se délectait de somptueuses manifestations de puissance et de prestige, où le sucre occupait une place de choix. »

 

En 1597, alors qu’elle a soixante-quatre ans, l’ambassadeur français note : « ses dents sont très jaunes et irrégulières. Il lui en manque beaucoup, au point que l’on a de la peine à comprendre lorsqu’elle parle vite. » Un an plus tard, un autre visiteur constate qu’elle a les dents noires. »

 

Ces dernières années, les archéologues ont montré que nos ancêtres ne souffraient pas de problèmes dentaire, comme on l’imagine souvent – du moins pas avant l’apparition du sucre raffiné. Étonnamment, on doit de précieuses données à l’éruption dévastatrice du Vésuve.

 

L’examen au scanner des ossements de trente personnes a notamment mis en évidence un état dentaire tout à fait remarquable. Les scanners, les rayons X et les autres analyses montrent que les victimes (hommes, femmes, enfants) n’avaient pas besoin de traitement dentaire ; peu d’entre eux souffraient de caries. Au moment de leur mort, leurs dents étaient très saines.

 

D’après Colin Jones : « Les bouches édentées étaient une réalité de la vie d’adulte dans l’Ancien Régime européen […]. Quand le sucre a gagné le bas de l’échelle en France, il a produit les mêmes dégâts.

 

The Times le 20 mars 2015 passe un message simple :

« LES DENTS POURRIES SONT LA RAISON SECRÈTE POUR LAQUELLE LES ADOLESCENTS NE SOURIENT PAS »

 

Louis XIV n’aurait pas été dépaysé, conclut James Walvin dans sa remarquable Histoire du sucre histoire du monde dont sont tirés ces extraits.

À suivre…

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16 octobre 2020 5 16 /10 /octobre /2020 06:00

Paola Abraini Stende mentre il Filindeu

Les « fils de Dieu », c’est littéralement le sens du mot sarde Filindeu.

 

L’origine du mot semble pourtant remonter à l’arabe « fidaws », ce qui signifie que les cheveux, précisément à cause de l'extrême minceur de ce type de pâtes. « fideu »à Valence du «fideos» espagnol.

 

Art très ancien, qui remonte à plusieurs siècles, une des plus anciennes traditions d'Europe alliant la simplicité des ingrédients : semoule de blé dur, eau, sel, et complexité technique entre les doigts des femmes sardes.

 

Eliot Stein, ICI  journaliste et écrivain américain, qui s’est rendu à Nuoro pour interviewer Paola di cui Abraini, 64 ans l’une des dernières gardiennes de cet art ancien, seulement cinq personnes aujourd'hui sont en mesure de réaliser à la main les filindeu, écrit :

 

« Loin de ses plages céruléennes, l'intérieur rocheux de la Sardaigne est un labyrinthe de fissures profondes et de massifs impénétrables qui protègent certaines des plus anciennes traditions d’Europe ».

 

L’essentiel de cette recette simple et extraordinaire, est le sens du toucher, c’est lui qui fait la différence, la mémoire des mains qui ont répété les gestes des milliers de fois, la sensibilité des doigts qui captent la texture de la pâte pour savoir si elle a atteint la bonne tension. Cette mémoire tactile permet de comprendre ce qu'il faut ajouter à la pâte, l'eau douce ou salée, et en quelle quantité. La chaleur de la main contribue à donner de l'élasticité à la pâte, de lui transmettre la vie, en faire une chose vivante.

 

Lorsque le mélange a atteint la consistance parfaite, il faut tirer les pâtes avec de grands gestes et, à partir d'une pâte unique, en 8 étapes, obtenir 256 fils très minces, qui sont ensuite superposés en trois couches sur des plateaux en bois forme ronde et aplatis. Autrefois les femmes utilisaient des feuilles séchées d’asphodèle entrelacées pour former un plateau. Le filindeu est laissé au soleil et à l'air pour sécher. Enfin, les brins de pâtes du parchemin sont cassés. Ils sont prêts à être consommé. Le filindeu est si mince que sa cuisson dure moins d'une minute. Traditionnellement le filindeu est jeté dans un bouillon mangent du mouton et assaisonné avec du pecorino frais.

 

Dans la tradition sarde, dans les villes de Nuoro et Lula, le filindeu est toujours offert à ceux qui participent au pèlerinage en l'honneur de saint François de Lula.

 

 

La grande écrivaine Grazia Deledda, prix Nobel de littérature en 1926 décrit la fête dédiée à saint François, et parle du filindeu et de la recette traditionnelle:

 

« Tout le blé accumulé est réduit au pain et à la soupe, une sorte de soupe appelée « filindeu ». c’est une soupe très spéciale pour ces vacances. Elle ressemble à un grand-voile et son nom signifie peut-être « fils de Dieu ». Le filindeu est assaisonné avec du fromage frais. Il est considéré comme presque miraculeux et est donné aux malades ».

 

Mais, me direz-vous, pourquoi ce matin nous faire tout un fromage à propos des filindeu ?

 

La réponse est là :

 

Les pâtes, une passion française ICI 

 

De recettes authentiques en plats sophistiqués, de trattorias en tables huppées, les stars transalpines prennent du galon au Panthéon de la gastronomie hexagonale.

 

Minestra de tubetti et cocos de Paimpol, tomates, n'duja et basilic, chez Passerini, à Paris, le 24 septembre.

Minestra de tubetti et cocos de Paimpol, tomates, n'duja et basilic, chez Passerini, à Paris, le 24 septembre. FREDERIC STUCIN POUR « LE MONDE »

 

« Il existe une variété presque infinie de pâtes. Elles sont différentes suivant les régions, les provinces, parfois d’un village à l’autre », Giovanni Passerini, chef de Passerini, à Paris.

 

La preuve :

 

 

Dans une rue sans âme du 15e arrondissement de Paris, il suffit de pousser la porte du Ristorantino Shardana ICI  pour découvrir toute la richesse des spécialités sardes. Aux commandes de cet établissement au look de paillote avec son faux toit de paille, un magicien de 32 ans, Salvatore Ticca, fait goûter pour une vingtaine d’euros des raretés exquises. Le patron, débordant d’enthousiasme, présente chaque variété comme un trophée, ces filindeu par exemple, des fils de semoule de blé très fins imbriqués puis séchés à plat, composant comme une feuille de matière textile. « Ce sont les pâtes les plus rares au monde, je ne connais que trois vieilles dames qui savent les fabriquer dans un petit village de l’est de la Sardaigne », explique le chef tout sourire qui les fait cuire dans un bouillon avec des morceaux de rascasse.

Ristorantino Shardana

134 rue du Théâtre
Paris 15e
Tél. 06 25 19 53 07
Carte : 45-65 €
Fermeture hebdo. : Lundi, dimanche
Métro(s) proche(s) : Emile Zola
Site: www.restaurant-shardana.fr

À la découverte des pâtes les plus rares du monde ICI 

Un petit détour par Nuoro, en Sardaigne, où seules trois femmes sont encore en mesure de fabriquer ces pâtes pas comme les autres.

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15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 06:00

Reiser et l'écologie NE | Éditions Glénat

La bataille fait rage pour la reprise de Bio C' Bon ICI 

 

Carrefour, Auchan, Casino (via Naturalia)µ, Biocoop et la famille Zouari : la chaîne de 120 magasins bio suscite la convoitise. Le réseau est à l'agonie, mais ses emplacements sont excellents et le marché toujours porteur.

 

https://media.ouest-france.fr/v1/pictures/MjAyMDA5ZmRjY2VmYWZmZTRlYTQ2NzZiYThlNjYzMGE3MTQxMGQ?width=1260&height=712&focuspoint=50%2C25&cropresize=1&client_id=bpeditorial&sign=4bde59a8426bcf4128f5188bb900e62fa3308ab74d3e3cc399a0e12dc4cff460

*Naturalia retire son offre de reprise de l'enseigne Bio c' Bon

- L'enseigne bio du groupe Casino s'était associée à l'ancien patron de Monoprix Bernardo Sanchez Incera pour reprendre l'enseigne en redressement judiciaire. Elle pointe «des zones d'ombre» persistantes à propos de Bio c' Bon.

 

Le titre de cette enseigne m’a toujours fait sourire car c’est faux le bio n’est pas forcément bon ; depuis toujours adepte d’une consommation responsable et le plus possible locale, je n’achète pas mes fruits et légumes dans les magasins bio mais à Terroirs d’avenir dont les engagements vis-à-vis de ses producteurs-fournisseurs m’apparaissent fiables. Pour les produits carnés, le pain, le beurre, les produits laitiers même tarif j’ai mon carnet d’adresses, c’est parfois bio ou pas.

 

 

Pour autant, je suis depuis des décennies un ardent défenseur de la culture et de l’élevage propre, partisan des circuits courts permettant d’identifier et de vérifier les méthodes du producteur ou de l’éleveur, comme je l’ai précédemment écrit : le label bio est la porte ouverte aux prédateurs de la GD.

 

Pour le vin, même attitude, le refrain bio est un masque pour ceux qui continuent de faire du vin avec des poudres de perlin-pinpin. Je mets au défi les dégustateurs patentés, à l’aveugle de faire la différence entre un vin bio et un vin tradi, seul les vins nu qui puent sont sans souci identifiable (rires)

 

1 décembre 2016

Dans le vin : « Le cahier des charges de la vinification permet à l’industrie de bénéficier du label bio, tout en gardant des pratiques très interventionnistes » Lionel Labit Nature et Progrès… ICI 

 

5 mars 2018

L’appétit des gros pour le bio n’est pas nouveau : Carrefour est le n°1 Danone veut devenir le leader mondial. ICI 

 

 6 février 2019

Bio par ci, bio par là, les médias en font tout un plat, raisins bio, vins bio, mais le consommateur sait-il de quoi les sachants lui parlent ? ICI 

 

Les imposteurs du BIO - Brusset, Christophe - Livres - Amazon.fr

 

 

Comme le dit Christophe Brusset, ancien cadre de l'agro-industrie, déjà auteur de Vous êtes fous d'avaler ça !, dans une interview accordée à Pauline Vallée*, lors de la parution de son nouveau livre-enquête qui paraît le mercredi 7 octobre en librairie, Les imposteurs du bio, le bio est victime de son propre succès...

 

L'écologie selon Reiser dans une anthologie aussi hilarante que déprimante  | Le HuffPost

 

Les derniers chiffres de l’Agence bio montrent que, si les Français sont de plus en plus nombreux à manger bio, les deux tiers d’entre eux doutent de la fiabilité de ces produits.

 

À raison ?

 

Le cahier des charges actuel pour le bio est un contrat a minima, fait pour soutenir le marché, mais pas pour informer le consommateur ou tirer la qualité vers le haut. Les producteurs bio ne sont par exemple contrôlés qu’une seule fois par an. La nouvelle législation européenne [qui entrera en vigueur au 1er janvier 2021 ndlr] prévoit même d’abaisser la fréquence des contrôles à une fois tous les deux ans chez les "bons élèves".

 

La réglementation bio européenne s’applique à l'ensemble des membres de l'UE. Dans les faits, on observe de grosses disparités entre les pays. Le bio italien est complètement gangrené par la mafia, alors que le comportement des acteurs de la filière est plus vertueux en Allemagne, en Autriche et en Europe du nord.

 

L’intégralité de l’interview ICI 

 

Amazon.fr - Les imposteurs du BIO - Brusset, Christophe - Livres

Prix, mafia, faux certificats : enquête sur "les imposteurs du bio"ICI

Des amis, ­Christophe Brusset en avait encore "trop", alors il a eu envie "de faire un peu de ménage". Il plaisante, mais il est tout de même un brin inquiet. Car si cet ancien cadre de l'industrie agroalimentaire a cette fois décidé de s'attaquer aux "imposteurs du bio", il demeure un fervent défenseur de cette agriculture. 

 

"Je viens d'ailleurs de déménager en Autriche, pays le plus bio d'Europe, précise-til. Je veux juste secouer le cocotier." La recette d'un succès assuré, à en juger par les ventes (100.000 exemplaires) de son premier livre, paru en 2015, Vous êtes fous d'avaler ça!, dans lequel l'ex-acheteur de matières premières dénonçait les dérives des industriels de l'agroalimentaire, en s'appuyant sur des exemples spectaculaires (piment moulu aux crottes de rat, thé bio aux pesticides…)

Marges "hallucinantes", fraudes, opacité : quand le bio vire à l'imposture ICI

 

Plusieurs études très sérieuses ont été menées sur le sujet. Lorsque l’on compare le prix d’achat payé au producteur par les grandes surfaces, et le prix de vente en rayons, on s’aperçoit que les marges sur le bio sont largement supérieures à celles pour les produits conventionnels. Cela va jusqu’à 90 % pour certains fruits et légumes, ce qui est totalement hallucinant et injustifié !

CHRISTOPHE BRUSSET (auteur de "Les imposteurs du bio")

 

D’après de toutes nouvelles méthodes d’analyse, encore au stade expérimental, 80 % des denrées labellisées qui viennent de ce pays contiennent en fait des engrais de synthèse ! On est sur de la fraude à grande échelle.

CHRISTOPHE BRUSSET (auteur de "Les imposteurs du bio")

Les Zouari revalorisent leur offre pour Bio c’Bon [Exclu LSA] ICI

 

LSA s’est procuré la nouvelle lettre que viennent d’adresser les candidats Zouari et Gilles Pillet-Pellorce aux salariés de Bio c'Bon dans le cadre du projet de reprise de l'enseigne. Les potentiels repreneurs revalorisent leur offre et s’engagent désormais à reprendre 100 % du parc et des salariés. Ils détaillent également les axes de travail prioritaires.  

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14 octobre 2020 3 14 /10 /octobre /2020 06:00

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Le sieur Jérémie Couston, ci-devant journaliste cinéma à Télérama, cosignataire d’un opus le Glou guide 3 proposant uniquement de nouvelles cuvées, du premier guide de vins naturels dont toutes les bouteilles présentées sont à moins de 15 euros, qui d’ailleurs n’a pas commis depuis un bail un article sur les vins nu dans les colonnes de ce magazine très comme il faut, auquel je suis abonné depuis Mathusalem, aurait dû conseiller aux faiseurs de titre de ne pas nous embeurrer avec l’érection future d’un Grand Cru dans la modeste IGP Île-de-France, reconnue depuis le 19 mai.  

 

Glou guide 3

 

Faut arrêter de nous la jouer sur le mode petit sécateur de notre cher Hubert, pour qui sonnent les cloches, ou de La Romanée-Conti du joyeux Aubert, ce goût immodéré de la presse de racoler avec des titres, qui se veulent accrocheurs, me gonfle. Pourquoi pas un classement type Saint-Émilion, ça donnerait du grain à moudre à Me Morain.

 

Les vignes de Suresnes font partie des plus anciennes et importantes de la région.

Les vignes de Suresnes font partie des plus anciennes et importantes de la région.  © Florie Castaingts - France 3 Paris Ile-de-France

 

Bref, pour ne rien vous cacher, ce qui m’intéresse dans cette affaire, c’est qu’avec la libération des droits de plantation à venir cette petite IGP va « faire chier » (désolé je suis vulgaire) les champenois et mettre un peu de clarté dans les étiquettes parisiennes :

 

« Attention toutefois de ne pas se mélanger les étiquettes avec certains vins de négoce, comme c’est le cas du « Petit Parisien » vu en rayon chez Monoprix. Ces flacons en trois couleurs, s’ils sont bien vinifiés et élevés intra-muros (rue de Turbigo, 3e) par les Vignerons parisiens, viennent de grains cultivés en vallée du Rhône notamment. Ils ne remplissent pas le cahier de charges de l’IGP IDF. Idem pour ce « Don Paris », un blanc pétillant concocté par la Winerie parisienne à partir d’un cépage… corse ! »

 

 

C’est dire si l’IGP fait du bien, car elle garantit un vin produit avec 100 % de raisins franciliens. Et des perspectives de ventes meilleures en matière de prix et de notoriété.

 

 

Bravo aussi à Patrice Bersac, président du Syndicat des vignerons d’Île-de-France.

 

 

Un grand jour également pour Patrice Bersac, président du Syndicat des vignerons d’Île-de-France. « Il mérite une statue », lance Daniel Kiszel à l’adresse de cet ingénieur Arts et Métiers, vigneron lui-même à Provins.

 

 

« Cette IGP, commente sobrement l’intéressé, est une excellente chose, car elle est le seul moyen de valoriser le travail du vigneron en lien avec son territoire. »

 

 

Aujourd’hui, l’aire de l’IGP IDF concerne 404 communes des huit départements de la région, auxquels s’ajoutent l’Oise et une frange de l’Aisne et de l’Eure-et-Loir.

 

En chiffres :

 

Selon le Syvif (Syndicat des vignerons d’Île-de-France), la superficie plantée en Île-de-France avoisine les 100 ha, dont 20 ha de vignes en Seine-et-Marne, 34 ha dans les Yvelines et un 1 ha dans le Val-d’Oise. Auxquels s’ajoutent des plantations dans l’Aisne et l’Oise (IDF viticole historique). L’IGP pourrait couvrir 1 000 ha en 2030 | www.syvif.vin/  

 

Où les trouver ?

 

Cuvées blanc et rouge du Domaine Bois Brillant, en vente au caveau de Vigne EnVie, 30, rue de la Brosse, 77 Guérard | 15 €/bout. | Rens., visite, dégustation et atelier : 06 16 93 31 14. |

Cuvées 2019 blanc et rouge du Domaine la Bouche du Roi, en vente en ligne ou au chai, 14, rue Saint-Jacques, 78 Davron | 23 €/bout. | Visite du domaine (2 h, sur rés., 49 €/pers.) : la-bouche-du-roi.com/

 

|

Le Clos du Pas Saint-Maurice, en vente (11-14 €/bout.) à l’Office de tourisme, 50, bd Henri-Sellier, 92 Suresnes, du mar. au sam., 10h-12h et 13h-17h | Visites gratuites de la cave en présence du vigneron | Rens. : 01 42 04 96 75. |

 

 

Pour réserver sa bouteille de Clos Ferout : ICI

 

Enfin le sous-titre ne casse pas trois pattes à canard aussi :

 

Une Indication géographique protégée vient saluer le savoir-faire de vignerons qui ancrent une production de qualité dans la région.

Article réservé aux abonnés  6 minutes à lire

Pierre Pinelli

 

Publié le 30/09/20 ICI

 

Vendange chez Daniel Kiszel à Guérard (77)

Vendange chez Daniel Kiszel à Guérard (77)

Léa Crespi

 

18 mars 2010

Le Vin de Suresnes : le passé, le présent avec Chopin sous la baguette du maestro Perico Légasse ICI 

 

« Rien ne surprend davantage un amateur de vin d’aujourd’hui*, que le réputation des vins d’Ile-de-France au temps jadis » Vins d’Argenteuil, du Laonnois, de Marly, de Meulan, de Montmorency, de Pierrefitte, de Deuil, de Saint-Yon, étaient connus : on savait distinguer ces crus les uns des autres.

 

Au commencement du XVIIIe siècle, Paumier, médecin normand, qui a écrit sur le cidre et le vin, ne parle qu’avec enthousiasme des vins français, car c’est ainsi que l’on désignait les vins de l’Ile de France. Il va jusqu’à leur donner la préférence sur ceux de Bourgogne : « Tout ce que peut prétendre celui-ci, dit-il, quand il a perdu toute âpreté, et qu’il est en sa bonté, c’est de ne point céder aux vins français ».

 

Le vin de Suresnes était l’un des plus connus de ces vins français.

 

« C’est le premier vin, dit, l’Encyclopediana, qu’on ait vanté en France. »

 

8 janvier 2010

On m'dit que Périco Légasse fait le vin de Suresnes mais pourquoi diable le maire recherche-t-il un vigneron désespérément ! ICI 

 

Pour moi y’a un lézard quelque part, je lis dans le Télégramme de Brest que la ville de Suresnes « cherche vigneron désespérément ». Fort bien me dis-je, puisque tout le monde en parle, y compris les télés, c’est donc terriblement important comme info, même si les vendeurs de papier ou d'images nous servent tous la même tartine avec la même confiture dessus. Je cite le Télégramme : « A cinq kilomètres de la Tour Eiffel, Suresnes est à la recherche d'un vigneron pour s'occuper de ses 4.800 pieds de vigne, étendus sur un hectare, sur les pentes du Mont-Valérien. La grimpante rue du Pas-Saint-Maurice mène aux vignes municipales. Avec vue sur le Sacré-Cœur et la Tour Eiffel. Au milieu, un bâtiment moderne abrite la cave, réalisée d'après les plans de l'œnologue Jacques Puisay (sic).« Depuis dix ans, nous produisons dans les règles de l'art du vin, autorisé à la vente. L'Institut français du vin (sic) nous aide à constituer un dossier pour l'obtention du label d'Identité géographique protégée, souligne Jean-Louis Testud, adjoint au maire de Suresnes, en charge des vignes depuis 1983. »

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