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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 06:00

FOR WINES CARACTERISATION - ppt video online télécharger

Ma chronique sur le sucre dans le moût a fait un tabac ICI , même que le Pierre a rafraichi mes souvenirs en extirpant la méthode Martin pour déceler le sucre ajouté dans le vin.

 

EP0090901A1 - Détection et différenciation des molécules naturellement  deutériées et application, notamment, à la détection de la chaptalisation  des vins - Google Patents

 

La RMN contre la chaptalisation

 

L'utilisation de la résonance magnétique pour le contrôle des vins "dopés".

Le Monde

Publié le 18 février 1987

 

HALTE aux fraudeurs !

 

Le 16 janvier dernier, les trente-quatre pays de l'Office international de la vigne et des vins et la CEE ont adopté un procédé de détection de la chaptalisation et du mouillage des vins dont ils devraient prochainement équiper leurs laboratoires de contrôle.

 

C'est en 1981 que la direction générale des impôts et le service français de répression des fraudes, désireux de disposer d'une méthode fiable de contrôle des vins "dopés", lançaient un concours en direction des laboratoires de recherche. Le gagnant fut M. Gérard-Jean Martin, directeur d'une équipe associée au CNRS à l'université de Nantes, qui proposa d'utiliser la résonance magnétique nucléaire (RMN) pour détecter le deutérium dans les alcools.

 

Connue pour ses applications médicales, mais aussi couramment utilisée pour l'analyse des substances chimiques, la RMN permet de mesurer le rapport entre deux des formes (ou isotopes) de l'hydrogène _ l'hydrogène léger, le plus abondant dans la nature, et l'hydrogène lourd ou deutérium.

 

Or le rapport quantitatif entre ces deux isotopes caractérise les molécules d'une plante donnée, et il se modifie toujours de la même manière au cours des transformations industrielles que subit le végétal. C'est à dire que ce rapport varie selon que l'alcool provient de la fermentation du sucre de canne, de betterave ou de raisin.

 

Avec cette technique, baptisée SNIF-NMR (Site specific natural isotope fractionation study by nuclear magnetic resonance), il est donc possible de reconstituer l'histoire d'un vin à partir de son "empreinte isotopique".

 

Détecter et quantifier le deutérium dans les produits naturels demandent toutefois des équipements adaptés et relativement coûteux, et dont le maniement nécessite un certain apprentissage. Aussi l'équipe de M. Martin envisage-t-elle de créer, dans le cadre de l'université de Nantes, une association pour répondre aux demandes d'analyses de tous ceux (négociants, importateurs, services des fraudes) qui souhaiteraient s'assurer de l'authenticité des vins.

 

Cette structure pourrait aussi former à cette technique les ingénieurs travaillant dans les laboratoires de différents pays producteurs ou consommateurs de vin.

 

Les producteurs de vin ne sont, a priori, pas les seuls concernés par ce type de contrôle. Car la technique SNIF-NMR peut tout aussi bien contribuer à l'examen de l'origine de diverses boissons alcoolisées. Elle peut permettre de vérifier l'authenticité d'un whisky pur malt, d'un bourbon ou d'un rye, ou d'analyser la teneur en alcool de mais d'un whisky blended. Elle peut encore, dans le pastis, caractériser l'origine, synthétique ou naturelle, des anéthides qui confèrent à la boisson son goût anisé, mais aussi préciser si ces substances proviennent de la badiane, du fenouil ou du pin.

 

D'autres applications de la méthode sont en cours d'étude, et l'on peut prévoir que peu de branches de l'industrie alimentaire pourront, à terme, échapper au spectre de la résonance magnétique nucléaire.

 

Le Monde

 

Dater du vin sans ouvrir la bouteille | Pour la Science

Zoom arrière sur les frelatages et les altérations

 

Pline dans son Histoire naturelle note

 

Histoire naturelle de Pline : avec la traduction en français. Tome 1 / par  M. É. Littré,... | Gallica

 

Que le vin lui-même n’était pas à l’abri des manipulations pour le faire vieillir : le vin le plus mauvais pour la santé était celui qu’on avait fait vieillir artificiellement grâce à de la fumée. Il semble que les marchands et les propriétaires réalisaient cette manipulation dans des magasins envahis de fumée, de façon à ce que les vins semblent vieux avant d’avoir acquis eux-mêmes un âge respectable.

 

Dans tous les cas, nonobstant l’inévitable problème éthique que pose la fraude à visée lucrative, on peut conclure que les produits de ces manipulations n’étaient pas dangereux pour la santé. Il est cependant possible qu’il n’en ait pas été toujours ainsi, étant donné que les vins étaient parfois additionnés de produits loin d’être inoffensifs : centre, plâtre, chaux, eau de mer, poix ou même poudre de marbre. Les estomacs des Romains devaient être mis à rude épreuve, si bien que l’on comprend la véhémente sortie de Pline :

 

« Nous savons qu’on y ajoute aussi pour teinter des substances colorantes, comme une sorte de fard pour le vin, et qu’il se trouve épaissi. Tant de poisons pour le contraindre à plaire et nous nous étonnons de sa nocivité. On reconnaît qu’il commence à se gâter lorsqu’une lame de plomb y change de couleur. »

 

Pour rendre plus efficace sa démonstration, Pline s’attarde sur les effets délétères et parfois funestes de l’excès de vin, véritable drogue du monde antique : « De là, la pâleur et les joues pendantes, les yeux ulcérés, les mains tremblantes qui répandent le contenu de vases pleins (…), le sommeil troublés par les Furies, l’insomnie nocturne et, récompenses suprêmes de l’ivresse, la monstrueuse lubricité et le plaisir du mal ». L’exemple bien connu de Marc Antoine, immortalisé comme ivrogne invétéré depuis la deuxième Philippique de Cicéron, conclut une longue série de cas célèbres.

Ecologie antique - broché - Paolo Fedeli - Achat Livre | fnac

Fichier:Histoire Naturelle Pline l Ancien mid 12th century Abbaye de Saint  Vincent Le Mans France.jpg — Wikipédia

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4 octobre 2021 1 04 /10 /octobre /2021 06:00

Photo Alice&Olivier de Moor

« À l’approche du moment festif et joyeux des vendanges, la logistique est habituellement bien huilée pour les vignerons, qui attendent chaque année des hordes de vendangeurs en herbe ou chevronnés, sécateur à la main, prêts à récolter les fruits de l’année. »

 

Je n’ai jamais aimé vendanger, ni dans les vignes du pépé Louis ni dans celles du frère Bécot à l’école d’agriculture de La Mothe-Achard, c’est un boulot dur pour le dos.

 

BFM en parle  assez bien :

 

Les vendanges ont commencé dans plusieurs régions. Après une année difficile, marquée par de longs épisodes de gel qui ont condamné une partie des récoltes, les viticulteurs sont confrontés à un autre problème. Trouver "des bras" pour les vendanges.

 

Chaque année, environ 400.000 saisonniers participent à ces vendanges, et un quart viennent de l'étranger. Mais cette année, les candidats se font plus rares.

 

« Le Covid freine les habituels vendangeurs bulgares ou turcs avec qui nous travaillons. Ils ont peur du virus et ne viennent pas cette saison », assure Adrien Sébille, gérant de ETV Sébille, un prestataire viticole en champagne dans la Marne, à France Bleu.

 

Par ailleurs, à cause de la météo, les vendanges ont été décalées à la mi-septembre, soit pile en même temps que la reprise des cours, privant les viticulteurs de la main d'oeuvre étudiante.

 

Certains vendangeurs habituels ont aussi pu trouver un autre travail avec la reprise économique.

 

« Cette année, on a trouvé des vendangeurs en Espagne. En France, on a beaucoup de mal à recruter des saisonniers », déplore Pascal Jaume, viticulteur dans la Drôme, au micro de BFMTV.

 

Les vendangeurs recrutés par Pascal Jaume ne sont pas de la première jeunesse. La majorité a 50 ans, un signe qu'il est plus difficile qu'avant de trouver des jeunes pour travailler dans les champs.

 

Un travail difficile et mal payé

 

« À l’approche du moment festif et joyeux des vendanges, la logistique est habituellement bien huilée pour les vignerons, qui attendent chaque année des hordes de vendangeurs en herbe ou chevronnés, sécateur à la main, prêts à récolter les fruits de l’année. »

 

Les problèmes de recrutement ne datent pas d'hier. « Sur les quatre à cinq dernières années, on a beaucoup de mal à recruter. La viticulture n'attire pas trop, malgré toute la communication autour », affirme à France Bleu Sophie Lauret, co-gérante de la société Banton et Lauret, une entreprise qui vient s'occuper des vendanges dans les vignobles de Gironde.

 

Un désamour qui s'explique par plusieurs facteurs.

 

  • Tout d'abord, les vendangeurs sont souvent payés au smic pour un travail très exigeant physiquement. Par ailleurs, toutes les exploitations ne peuvent pas les loger sur place. Dans ce cas, les vendangeurs sont obligés de faire le déplacement quotidiennement, à leurs frais.

 

  • Pour pallier le manque de main d'oeuvre, certains viticulteurs investissent dans des machines à vendanger. Un tracteur viticole qui ramasse les raisins grâce à un système de vibration.

 

Reste que 2021 sera une année noire pour le vin français. La production devrait chuter de 24% à 30% par rapport à l'année 2020, atteignant son plus bas niveau depuis 45 ans, selon les prévisions du ministère de l'Agriculture. En cause, les épisodes de gel, de sécheresse et d'inondations qui ont frappé le territoire cette année et favorisé le développement de maladies de la vigne comme le mildiou, un champignon.

 

Pauline Dumonteil

 

"J’ai eu énormément de mal à recruter" : dans l’Aisne, le début des vendanges marqué par une pénurie de main d'œuvre ICI 

 

Les vendanges débutent dans l’Aisne, avec cette année un léger retard dû aux conditions climatiques. Des vendanges plus tardives qui impactent le recrutement de saisonniers.

 

Vendanges 2021 : dans le Jura, des vendangeurs qui se font attendre ICI 

 

En Champagne, huit personnes mises en examen pour avoir fait travailler illégalement des vendangeurs ICI 

 

Samedi 25 septembre 2021 - Par Aurélie Jacquand, France Bleu Champagne-Ardenne, France Bleu

Reims

Ils faisaient travailler des vendangeurs, sous-payés et de façon illégale, dans les vignes de Champagne. Huit personnes ont été mises en examen après un coup de filet contre un réseau franco-bulgare. La fraude sociale est estimée à plusieurs millions d'euros

 

 

Machines à vendanger automotrices : les parts de marché 2019

 

Machines à vendanger automotrices : les parts de marché 2019 ICI 

AURELIEN GROULT  PUBLIÉ LE 20/08/2020

 

Les immatriculations de machines à vendanger automotrices ont progressé de 40 % en 2019, passant de 393 machines en 2018 à 653 unités l’année dernière. Les machines à vendanger tractées, elles aussi, ont connu une progression significative, passant de 45 machines en 2018 à 97 en 2019. Trois protagonistes se partagent le marché des machines automotrices. New Holland, en tête, rafle 46,4 % des ventes, en régression de 9,1 points par rapport à l’année précédente. En deuxième position, Pellenc affiche un taux de pénétration de 35,8 % (+ 4,5 %). Gregoire, sur la plus petite marche du podium, progresse de 4,6 points pour atteindre une part de marché de 17,8 %.

 

Cette année, l’entreprise CNH a fabriqué 600 machines à vendanger.

Le leader mondial de la machine à vendanger cartonne en Vendée ICI 

 

La marque américaine New Holland vient de sortir sa 16 000e machine à vendanger. Toutes viennent d’une seule et unique usine, située à Coëx. Son défi aujourd’hui : recruter.

Groupe Ouvrard à ANTIGNY

Uživatel Arnaud Charpentier na Twitteru: „Rencontre du groupe Ouvrard à  Antigny avec @JMLalere, le maire d'Antigny et de Claude Ouvrard #ruralite  #apprentissage #agriculture #vendee… https://t.co/xre6ISPK60“

UN RÉSEAU QUI TRAVAILLE EN RÉSEAU ICI

 

Avec plus de 150 ans d’expérience, nous accompagnons les professionnels du monde agricole au quotidien dans divers secteurs tel que la récolte, l’élevage, la viticulture et la viniculture, l’irrigation et l’agriculture de précision.

 

Partenaire des plus grandes marques, nous nous engageons auprès de nos clients, à développer leur performance agricole en proposant un large choix de pièces et d’équipements de qualité.

 

Présents sur 10 départements, nous entretenons la culture du lien en assurant un service réactif et de proximité tout en apportant des solutions sur-mesure répondant aux différents besoins et ce, dans le respect des hommes et de l’environnement.

 

Groupe OUVRARD, Durablement performant, Naturellement innovant.

  • Coëx est à quelques lieues de La Mothe-Achard
  •  

photo le redoutable trio de pépés fresnay-gabin-noël-noël, photographié par l’écrivain joseph rouillé, entre deux scènes de tournage. © dr

 

En 1959, Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël sont les vedettes du film "Les vieux de la vieille". Plusieurs scènes ont été tournées à Apremont, La Chapelle-Palluau et Coëx.

 

La parte de foot se déroule à Coëx, avec mes copains nous étions présents sur le tournage dans le public bien sûr.

 

  • Ouvrard groupe a été fondé par René Ouvrard mon beau-frère et Claude Ouvrard son frère.

La « bleue » de Saillancourt dormait depuis 1986 « Sagy commune du Val  d'Oise

Les « Bleues » de Braud, un siècle d’histoire

 

En 1898, Alexandre Braud crée une entreprise de construction de machines agricoles. Les premières machines servent au battage, elles sont actionnées par des manèges à chevaux. Suivent les batteuses, puis les moissonneuses-batteuses. En 1976, les machines à vendanger apparaissent. Voici, en quelques dates, l’aventure de celles que l’on surnommait les « Bleues ».

 

1898. Alexandre Braud, mécanicien réparateur, s’installe à Saint-Mars-la-Jaille dans la Loire-Atlantique.

 

1908. Premières batteuses en bois sur quatre roues actionnées par des locomobiles.

 

1929. Apparition de la T 5, une batteuse métallique entraînée par un moteur thermique.

 

1935. Lancement de la première batteuse métallique en bout sur deux roues tractée par cheval : la B 4.

 

1939. Le succès est là. Six cents batteuses Braud sont construites.

 

1953. Mise au point de prototypes répondant aux exigences de l’agriculture française.

 

1955. L’A 2080 de Braud est consacrée meilleure

 

1945. Le plan Marshall provoque l’arrivée en France des premières moissonneuses-batteuses américaines. Une adaptation s’impose.

 

moissonneuse-batteuse lors d’une démonstration internationale. Plusieurs centaines de machines sont vendues.

 

1958. Lancement de l’A 2480 V. Cette machine est dotée d’une transmission à variateur hydraulique d’avancement.

 

1959-1964. La gamme évolue avec l’A 105, l’A 1865 et la 405-6 monocoque.

 

1966. Braud construit une nouvelle usine de 55 000 m2 à Angers en Maine-et-Loire. En 1972, ce site disposera de deux chaînes de montage.

 

1973. La diversification s’impose. Braud étudie la récolte mécanisée du raisin.

 

1976. Lancement de la machine à vendanger 1020. Un an plus tard, avec la 1024, Braud représente 30 % du marché français de ces machines.

 

1980-1983. Des modèles sont développés pour les différentes vignes : étroites, intermédiaires. Les machines montent en puissance.

 

1982. L’entreprise Braud passe sous le contrôle de Fiat-Allis.

 

1984. Les machines à vendanger Bleues représentent 65 % des ventes en France.

 

1988. Les regroupements se poursuivent au niveau mondial, la marque intègre l’un des plus grands groupes de matériel agricole, qui rassemble New Holland, Fiat-Allis, Ford, Braud. L’arrêt de la fabrication des moissonneuses-batteuses Braud remonte à 1983. Pendant les campagnes de moisson, on aperçoit encore régulièrement des Bleues dans les plaines céréalières.

 

En ce qui concerne le matériel de vendange, New Holland-Braud est toujours le numéro 1 de la production de ces machines. Preuve que, en cent ans, la marque créée par Alexandre Braud a bien traversée le siècle.

 

Maurice Passelande, l’un des passionnés qui a œuvré à la création de ce musée Braud, à Saint-Mars-la-Jaille, devant une batteuse des années 1930.

 

Epopée industrielle. La saga des machines Braud a son musée près d'Ancenis 

 

Des passionnés ont réuni une cinquantaine de moiss’batt et vendangeuses de la célèbre marque bleue, née à Saint-Mars-la-Jaille (Loire-Atlantique) au début du XIXe siècle. Elles racontent cette épopée industrielle qui a façonné le pays d’Ancenis. Le musée ouvre au public ce jeudi 30 mai.

 

Avec ses airs de char d’assaut armé pour décimer les sillons de blé, la moiss’batt’fraîchement repeinte qui trône à l’entrée du musée ne fait pas son âge. Le fameux modèle A 2080, première machine automotrice construite en 1955, « a fait exploser l’entreprise » , résume Robert Mainguy, dentiste à la retraite, une des petites mains du projet de musée. « En partie démontable, elle était adaptée au bocage et passait sous les pommiers. Du temps où il y en avait encore dans les champs… »

 

Sur près de mille cinq cents mètres carrés s’alignent une cinquantaine de guimbardes XXL. Batteuses, moissonneuses et vendangeuses, dénichées sur le Bon coin ou grâce au bouche-à-oreille chez les collectionneurs. Avec ses complices, Yvonnick Gautier, ancien de chez Braud comme ses père et grand-père, a écumé les granges, à Bordeaux, Toulouse, en Moselle, pour convoyer « la 258 » ou « la 1014 » vers le musée. « Il y a six mois, on est partis à cinq dans un camion chez un ancien agent Braud à Limoges et on a rapporté quatre tonnes de pièces détachées. »

 

Du pastis bleu

 

Le musée a mis quatre ans à se monter. Avec l’ambition de raconter comment cette aventure industrielle a façonné l’histoire de la commune. De la première batteuse en bois sortie de l’atelier en 1908 jusqu’à la fermeture du site de Saint-Mars-la-Jaille en 1989. « Dans les années 1960, c’était une usine super-moderne pour l’époque, avec plus de 700 emplois », poursuivent les passionnés, entre fierté et nostalgie. C’est l’époque où le bourg se réveille chaque jour au son de la sirène de l’usine, dont le patron, Alexandre Braud, est aussi maire de la commune, depuis 1945 et jusqu’en 1965.

 

Bâtisseur « aux idées avant-gardistes et à la forte personnalité » , il construit la cité Braud où logent des employés, la piscine Braud, le château d’eau surmonté de la « boule Braud » … Dans les années 1980, fin de l’aventure. Les machines bleues passent sous la main de sociétés étrangères (Fiat et New-Holland). « Quand la production est partie à Coëx en 1987, ça a été une catastrophe pour la commune », rappelle Maurice Passelande, menuisier-ébéniste installé sur l’ancien site de l’usine, incollable sur son histoire.

 

Sous les tôles du hangar-musée, une couleur domine. Ce bleu de France rappelle la carrosserie des Alpine et Bugatti sur les circuits – « La famille Braud avait un faible pour les courses de voitures. » Le bleu Braud a longtemps déteint sur le quotidien des Saint-Marsiens, jusqu’à colorer le pastis servi le soir après l’usine. Au zinc du café dont Alexandre Braud était propriétaire, le Relais bleu.

Vendanges À La Main Ou À La Machine ? ICI
Mains vs machine – Quels choix pour les vendanges ? ICI

Les vendanges à la main? Plus vraiment... | La Presse​​​​​​​

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3 octobre 2021 7 03 /10 /octobre /2021 06:00

 VOIR en fin de chronique

 

J’en connais trois, Claire la vigneronne des Hautes-Côtes, Claire l’ancienne taulière du Lapin Blanc maintenant caviste à Bruxelles, Claire la meilleure dénicheuse de vin nu. Dénominateur commun le vin.

 

Celle d’aujourd’hui me renvoie à ma vie d’avant, celle où nous devions pour les dossiers importants en référer au château, à Tonton donc, François Mitterrand, le Président comme le disait Louis Mermaz.

 

Ici CLAIRE est un pseudo attribué au dernier secret de François Mitterrand

« Le Dernier Secret » : la jeune fille et le président François Mitterrand ICI

 

Par Solenn de Royer

Publié le 29 septembre 2021

DOCUMENT

 

Solenn de Royer, grande reporter au « Monde », raconte dans un ouvrage à paraître chez Grasset le 6 octobre un pan inconnu de la vie du président : sa relation amoureuse avec une très jeune femme prénommée Claire durant les huit dernières années de sa vie. Extraits.

 

[Dans Le Dernier Secret, à paraître le 6 octobre chez Grasset, Solenn de Royer, grande reporter au Monde, révèle un pan inédit de la vie du président socialiste : sa liaison, entre 1988 et 1996, avec une très jeune femme, prénommée Claire dans le livre. Malgré leur différence d’âge – cinquante ans –, cette relation, connue d’une poignée d’initiés, a duré jusqu’à la mort de Mitterrand. Le récit souvent stupéfiant qu’en fait la journaliste dit beaucoup de cette époque particulière au palais de l’Elysée.]

 

Bonnes feuilles. C’est à la fin qu’elle m’a raconté les commencements.

 

Quand j’interrogeais Claire sur les raisons l’ayant conduite à rencontrer, si jeune, François Mitterrand, elle esquivait, ajoutait, en riant, que ça ferait l’objet d’un deuxième livre. Je n’arrivais à rien. Au fond, je crois qu’elle avait peur d’être jugée, de paraître singulière, un peu ridicule peut-être, parce qu’elle avait espéré, attendu, cherché le président de la République pendant quatre ans. Parce qu’elle l’avait voulu.

 

Au départ, m’explique-t-elle, c’est une passion politique.

 

En 1984, Claire a 18 ans. Elle vient d’arriver de Limoges à Paris pour faire son droit, quittant avec soulagement un milieu provincial et bourgeois, sans joie. (…) Ses parents ont toujours voté à droite. A l’unisson de la bourgeoisie française, ils ont paniqué à l’élection de François Mitterrand, le 10 mai 1981. Ce jour-là, puis le lendemain, de retour au lycée, Claire a envié l’excitation de ses amis, qu’elle ne pouvait partager, tiraillée entre les convictions familiales et des idéaux de gauche séduisants qu’elle n’a pas encore faits siens.

 

En arrivant à Paris, elle veut se rattraper. Elle prend sa carte au Parti socialiste, s’investit dans le syndicalisme étudiant, milite à gauche. Mitterrand, pourtant, ne fait déjà plus rêver. Depuis le tournant de la rigueur, le peuple de gauche a compris qu’il ne changerait pas la vie. Les élections européennes du printemps 1984, où Claire vote pour la première fois, sont catastrophiques pour le pouvoir. « Peut-il encore gouverner ? », titre L’Express.

 

L’étudiante trouve ces critiques injustes. Dans les couloirs de sa fac de droit, auprès de ses amis aussi, elle défend ardemment le président. Paris l’a sauvée de l’ennui et de la tiédeur, mais ça ne suffit pas, elle a besoin de sens et de grandeur, d’intensité. L’abolition de la peine de mort, qui a marqué le début du septennat, l’a emportée, fait vibrer. La gauche et ses idéaux deviennent sa cause.

 

François Mitterrand, une idole.

 

Elle se met en tête de le rencontrer. (…)

 

« Il est patient, s’enquiert de sa journée, de ses projets. De ses cours ou de ses examens. Puis, plus tard, de son travail »

 

[Dans les années suivantes, l’étudiante et un ami prénommé Benoît parviennent peu à peu à approcher François Mitterrand, à Paris ou lors de ses déplacements. Pour la jeune fille, de cinquante ans sa cadette, cette volonté de le voir et d’échanger avec lui de façon amicale confine parfois à l’obsession.]

 

Longtemps après, Claire s’est interrogée sur la finalité de cette quête insensée. Encore aujourd’hui, elle semble ne pas avoir toutes les clés. Bien sûr, il y avait la politique, le pouvoir. Paris à conquérir. Mais pas seulement. Il y avait aussi une part de jeu. Et puis, ce secret, qui les soudait, elle et Benoît, n’appartenait qu’à eux. Elle sentait une ferveur autour de cet homme, à laquelle elle désirait communier. Elle voulait faire partie de la famille, du clan. Etre adoptée. (…)

 

A quoi pouvait bien penser François Mitterrand en rencontrant Claire et Benoît, partout où il allait ? Parfois, il ne se passait presque rien. Un simple échange de regards ou un signe de la main. La plupart du temps, il s’arrêtait pourtant, amusé, touché peut-être, par leur persévérance.

 

Claire me montre une photo, prise le jour d’un déplacement en province : Mitterrand échange avec une jeune femme brune, vêtue d’un imperméable. Elle semble parler tout bas puisqu’il se penche légèrement pour l’entendre. Il sourit à moitié, attentif et doux. (…)

 

[En 1988, une relation amoureuse commence à se nouer, à l’initiative de Claire, qui invite le président dans son petit appartement de la rue du Four, à Paris. Elle se rend très fréquemment à l’Elysée, et participera même, par la suite, à des voyages officiels.]

 

Il l’appelle tous les jours, au moins deux fois. Le matin et le soir. (…)

 

Rue du Four, le téléphone se trouve au pied du lit. Et le répondeur à cassette dans l’entrée. Elle attend que la sonnerie résonne plusieurs fois avant de répondre, ne veut pas se précipiter.

 

« Tu te rends compte, me dit Claire, il m’a réveillée tous les matins pendant huit ans. »

 

Le matin, il téléphone quand il arrive à l’Elysée. Le soir, c’est variable, 21 heures ou 23 heures.

 

En raccrochant, il lui dit « au revoir », en détachant les syllabes, ou « à plus tard ».

 

Il est patient, s’enquiert de sa journée, de ses projets. De ses cours ou de ses examens. Puis, plus tard, de son travail. Un jour, il lui dit que ses chefs la tiennent en esclavage, menace d’intervenir. Il sait ce qu’elle fait, quand et avec qui. Il connaît tout de sa vie. Elle ne vit pas, elle attend. (…)

 

Elle ne pense qu’à lui. A l’instant où elle va enfin le retrouver, aux déjeuners dans la bibliothèque de l’Elysée, aux dîners chez les écaillers, aux lentes flâneries sur les quais ou dans les rues de Paris, aux appels du soir et à ceux du matin. Lui n’aime pas qu’elle sorte, il aimerait la garder pour lui seul. (…)

 

Partout où elle va, il la suit, la traque, la précède parfois, se présente comme « M. Etienne », laisse un message, demande qu’elle le rappelle quand elle est arrivée. (… ) La durée de leurs conversations varie, dépend de son agenda à lui, ou de son état à elle. Quand Claire va mal, lui dit qu’elle n’en peut plus, qu’elle va crever, qu’elle a besoin de lui, alors il prend son temps. (…) Quand elle n’est pas là, il laisse un message sur le répondeur. Je demande à Claire si elle a gardé les cassettes. Elle me dit : « Oui, je les ai toutes, des dizaines. » (…)

 

« [A l’Elysée] Claire ne vient jamais sans être annoncée. Au début, elle montre ses papiers au garde républicain. Puis, même plus »

 

Mitterrand lui dit parfois en riant qu’elle se prend pour le centre du monde. Il la traite de « gare de Perpignan de Dali », tout en lui désignant son nombril, d’un geste.

 

« Tu es obsédée par ce que je ressens pour toi… »

 

Parfois, il reconnaît de mauvaise grâce qu’il ne l’a pas assez écoutée.

 

« Tu ne veux pas admettre que cette histoire est extraordinaire, dit-il.

 

– L’admettre, ce serait renoncer », répond Claire.

 

Et ça recommence.

 

« Mais tu te rends compte de la manière dont tu me parles ? », lui lance-t-il, un jour. Elle réclame, tempête, exige, assure qu’elle est déçue parce que leur relation n’évolue pas. Il lui dit qu’elle fait des caprices de bourgeoise.

 

« Mais tu es impossible à la fin ! »

 

Quand il veut raccrocher, épuisé, elle crie : « Non, attendez. » (…)

 

[A l’Elysée] Claire ne vient jamais sans être annoncée. Elle gare sa petite moto, une Yamaha 125, à côté du kiosque à journaux, avenue de Marigny, traverse la rue à la hâte. Au début, elle montre ses papiers au garde républicain. Puis, même plus. C’est souvent le même gendarme qui l’accueille à la loge d’honneur. Elle le trouve sympathique. Il parle fort et aime plaisanter. Ça fait longtemps qu’il a compris.

A l’entrée du palais, elle n’est jamais tranquille. Hésitante, en retrait. Elle tremble de croiser un conseiller qu’elle connaît, redoute les questions que l’on pourrait se poser. La plupart du temps, la loge est déserte. Le gendarme appelle un huissier qui la conduit jusqu’au premier étage. Ou alors, il lui dit : « Vous connaissez le chemin », et elle y va seule. (…)

 

Elle ne sait jamais à l’avance le temps dont il dispose.

 

Il aime la maintenir dans le flou, l’incertitude. (…)

 

« Claire sort une deuxième cassette du sac. Cette fois, la voix est plus nette »

 

Je lui demande si elle a retrouvé les cassettes de son répondeur. Depuis des semaines, je veux les écouter, mais, à chaque fois que j’évoque le sujet, Claire se montre réticente, fuyante. Ce soir, elle n’hésite pas longtemps. Je la suis sous l’escalier, où elle a rangé une malle cloutée. Elle retire la pile de magazines posés dessus et l’ouvre doucement, avant d’exhumer les objets, un à un. Une paire de lunettes. Des échantillons Hermès dans une trousse de toilette Air France, rapportée du dernier voyage officiel en Concorde. Un stylo offert par le premier ministre du Québec. Du sirop d’érable, qu’elle n’a jamais ouvert. Une boîte de chocolats, elle ne sait pas ce qu’elle fait là.

 

« Je suis une collectionneuse », me dit Claire.

 

Au fond de la malle, deux sacs en plastique. Les voilà. J’essaye de masquer mon impatience. Lui demande comment on va les écouter. Elle me dit qu’elle a gardé une radiocassette quelque part. Elle se lève, monte à l’étage, redescend avec l’appareil d’un autre âge.

 

La bande crisse, ronronne. Plusieurs bips sonores. Des bruits oubliés. Enfin, une voix. Lointaine, voilée. A peine perceptible. Un simple filet. Claire monte le son, rien n’y fait. On colle l’oreille contre le poste, à tour de rôle. On n’entend rien. Je suis déçue. Peut-être ces bandes ne résistent-elles pas au temps.

 

Claire sort une deuxième cassette du sac. Cette fois, la voix est plus nette. Et c’est bien la sienne, la voix de Mitterrand. « Allô, allôôô ? » Il raccroche. Une sonnerie. Un bip. « Je vous appelle entre deux réunions, je ne sais pas à quelle heure vous rentrez… » Bip. « Je pense que je dormirai ce soir quand vous rentrerez. Je vous appellerai vers 8 h 15, demain. J’espère vous trouver. Au revoir. » Bip. « Allô ? Je vous avais dit que je vous appellerais un peu avant 7 heures… mais vous n’êtes pas là… » Bip.

 

« Ça me replonge dans quelque chose de… », commence Claire, sans me regarder.

 

Troisième cassette. Mêmes chuintements quand la bande se met à tourner. Et cette voix, toujours, qui alterne le tu et le vous. « Bonsoir. Je viens de rentrer de Loire-Atlantique. Je vous appellerai ce soir plus tard. En tout cas, demain matin. » Bip. « Bonsoir, il est 10 heures moins le quart pour l’instant. Je fais un petit bonsoir. Sinon j’appellerai demain matin. Bonne soirée. » Bip. « Tu vois, il est 11 h 10 ce soir, ce n’est pas très raisonnable… J’appellerai demain. Au revoir. » Bip. (…)

 

Elle apprend à dissimuler, s’arrange avec la réalité. Elle parle de l’homme aimé en disant qu’il est marié, c’est vrai, qu’il est avocat, c’était vrai, et qu’il est plus âgé qu’elle, vrai aussi. Quand une conversation glisse devant elle sur François Mitterrand, éventuellement sur les nombreuses maîtresses qu’on lui prête, elle affiche un masque d’où rien ne transparaît.

 

Personne n’a jamais deviné.

 

Au cours de la première année, elle décide de se confier à une amie, la fille d’un préfet, qui vit chez ses parents dans un grand appartement dominant la Seine. Avec hésitation, d’abord, puis avec ferveur, Claire raconte tout. La peur, l’excitation, l’admiration, la joie, le manque, le chagrin, l’exaltation quand elle part le retrouver, l’attente anxieuse de ses appels, les livres, les flâneries dans Paris. Elle raconte aussi le premier baiser. La fille du préfet se tait.

 

« Ça me dégoûte », finit-elle par lâcher.

 

Ce verdict scelle la fin de leur amitié.

 

« Cinquante ans d’écart, c’est écrasant, mais, moi, je trouvais ça beau », me dit Claire.

 

Après cette confession, elle n’en a plus parlé à personne, en dehors du petit cercle de ses amis intimes. Elle poursuit : « Je ne voulais plus qu’on salisse mon histoire. Je voulais la vivre, puis la chérir un jour, en paix. »

 

« “On ne se voit jamais, regrette Claire.


– Mais je t’ai vue plus longtemps que Sakharov et Walesa!”, plaide-t-il »

 

Claire se souvient aussi du geste de Michel Charasse, le fidèle conseiller, à qui François Mitterrand pouvait tout demander, le gardien des secrets. Dans une voiture qui filait quai Voltaire, le mamelouk du président, qu’elle aimait bien pourtant, l’avait regardée d’un drôle d’air en faisant glisser lentement son pouce sous sa gorge :

 

« Si tu parles… » (…)

 

Il [le président] l’appelle le soir même, à 23 h 15. Ils se chamaillent au téléphone. Claire lui en veut. Il n’est resté qu’une heure chez elle, tout à l’heure. Et la veille, à l’Elysée, il l’a délaissée, n’ayant pas terminé le discours qu’il devait prononcer en l’honneur du physicien et dissident russe Andreï Sakharov. Il a travaillé toute la durée du rendez-vous. « Tu es une muse », lui a-t-il dit en souriant, avant de la chasser.

 

« On ne se voit jamais, regrette Claire.

 

– Mais je t’ai vue plus longtemps que Sakharov et Walesa ! », plaide-t-il.

 

Elle soupire :

 

« Si vous croyez que ça me flatte ! »

 

Il est déçu.

 

« Quittez-moi !, lâche-t-elle brusquement.

 

– Pourquoi moi ?, demande Mitterrand.

 

– Parce que j’en suis incapable, moi. Il faut qu’on arrête. C’est trop difficile.

 

– C’est bien d’avoir tenté l’impossible. » (…)

 

Quand Claire descend dans le hall de son immeuble, la gardienne tire le rideau de sa loge et engage la conversation, l’air de rien.

 

Elle aussi attend le président.

 

C’est une Bretonne. Claire se souvient qu’elle avait les cheveux roux, très fins, une permanente.

 

La gardienne, elle, se souvient de la fille du septième.

 

Pendant huit ans, elle a vu passer François Mitterrand devant sa loge. Elle n’a jamais rien dit. (…)

 

Le déjeuner terminé, ils montent dans son bureau. Mitterrand s’excuse de ne pas avoir de cadeau pour elle et la remercie pour le sien, un joli carnet relié. Claire lui demande de lui écrire dessus. Il répète : pas de traces, pas de traces. Elle lui dit qu’elle a tout prévu : il écrira, lui donnera ensuite le carnet, elle lui répondra, et ainsi de suite. Et, à la fin, promet-elle, il pourra garder l’original. Elle est fière de son plan, qu’elle croit imparable.

 

« Tu es vraiment amoureuse pour avoir des attentions comme ça, c’est attendrissant. Tu es pleine de poésie. »

 

Elle s’approche soudain, lui vole un baiser.

 

« Veux-tu ! », fait-il mine de s’offusquer.

 

Il ferme les yeux, lui dit qu’il est fatigué.

 

« Il y a l’arbre de Noël en bas, mais ils attendront. Je ne suis pas obligé d’y aller tout de suite… Ils me traitent de monarque déclinant maintenant. Mais je vais encore leur en faire voir ! Tu trouves que j’ai l’air d’un monarque déclinant ?

 

– Déclinant, non. »

 

Elle sourit, veut l’embrasser encore. Il dit non, pas ici. Puis il se laisse faire. Ils s’embrassent sans s’arrêter.

 

Dans son agenda, à la date du 21 décembre 1988, Claire note : « Il n’a jamais eu l’air autant attaché à moi. Il semble un peu triste, préoccupé. » (…)

 

Il lui fait lire Lettres à une amie. Mitterrand est intarissable sur ces lettres que Clemenceau a écrites, à la fin de sa vie, à son dernier amour, Marguerite. Il a 82 ans, et elle 40. (…) Claire s’est procuré le lourd recueil, six cent soixante-huit lettres. Elle aime ces mots (…), qu’il lui répète : « Je vous aiderai à vivre et vous m’aiderez à mourir. » (…) Quand Claire cherche à savoir quelle est sa place, Mitterrand lui répond toujours :

 

« Tu resteras jusqu’à la fin. » (…)

 

[Au fil du temps, Claire constate que la santé du président se dégrade, mais sans deviner qu’il souffre d’un cancer.]

 

(…) Mitterrand se rassoit aussitôt qu’elle entre. Il a eu une brutale chute de tension et sa voix a baissé. Plus tôt dans la journée, il s’est brusquement mis à tituber en allant chercher un livre au Pont-Neuf. Il a saigné du nez.

 

« Ce dont j’ai peur, c’est que ça fasse claquer un vaisseau là, poursuit-il en désignant son front. Je ne veux pas être diminué. »

 

Il lui explique qu’il a fait promettre à deux ou trois amis de pratiquer l’euthanasie si son état, un jour, devait brutalement se dégrader. Tout en parlant, il prend sa tête entre les mains, ferme les yeux. Elle lui ordonne de venir se reposer. Ils vont dans la chambre. Mitterrand cherche ses médicaments, les avale avec un verre d’eau. Puis lui demande d’ouvrir le lit.

 

« Tu n’es pas obligée de te déshabiller, mais, moi, j’ai besoin de m’allonger. »

 

Elle s’allonge aussi.

 

« Tu te couches, comme ça, dans le lit de tous les hommes ? », tente-t-il de plaisanter.

 

Mais le cœur n’y est pas. Elle veut savoir si son médecin est là. Le docteur Gubler est parti en week-end et Mitterrand refuse de l’appeler.

 

« S’il m’arrivait quelque chose, ne reste pas…, ordonne-t-il. Tu fileras par cette porte. Je ne veux pas qu’on t’accuse de quoi que ce soit. »

(…)

 

« Le journal “Minute” publie une photo d’Anne Pingeot. La rumeur d’une double vie courait depuis longtemps, mais Claire refusait d’y croire »

 

« Je ne sais pas quand je pourrai te rappeler », lui a dit Mitterrand sur le répondeur.

 

Il a laissé un message jeudi 10 septembre 1992, tard dans la soirée. Un message qui ne ressemble pas aux autres. Claire dort mal cette nuit-là, troublée. Elle appelle l’Elysée le lendemain, on lui passe Marie-Claire Papegay. Elle lui demande si le président est là, si elle peut lui parler. La secrétaire part dans un petit rire sec, répond que ce n’est pas possible, sans expliquer pourquoi. A midi, vendredi, l’Elysée publie un communiqué signé du professeur Adolphe Steg et du médecin personnel de Mitterrand, Claude Gubler, pour informer les Français que le président de la République a été opéré d’un cancer de la prostate à l’hôpital Cochin.

 

Quelque chose se fissure ce jour-là.

(…)

 

La publication de Minute, le 17 mars 1993, est une deuxième cassure.

 

« Pour voir clandestinement la femme de sa vie, il vit caché en plein Paris », titre l’hebdomadaire d’extrême droite qui fait sa « une » sur « le domicile secret de Mitterrand ». Le journal publie une photo de la voiture du président de la République arrivant discrètement quai Branly, et une autre d’Anne Pingeot.

 

La rumeur d’une double vie courait depuis longtemps, mais Claire refusait d’y croire. Elle voit Mitterrand le jour même. La discussion se passe mal. « Tu ne vas quand même pas croire ce torchon », se défend-il, feignant l’indignation. Elle sait bien qu’il s’agit d’un journal grossier, diffamatoire. Mais elle ne trouve pas en elle de quoi lutter. Il ne sait pas non plus la rassurer. Il s’adoucit soudain, lui prend la main.

 

Ce soir-là, Claire ne rentre pas dormir chez elle. Il aurait appelé à l’heure habituelle. Elle ne veut pas lui parler. Il insiste, rappelle le lendemain. Elle ne décroche pas. Il rappelle encore, laisse un nouveau message. Elle résiste.

 

« Sans gloire », écrit-elle dans son carnet. (…)

 

La maladie et les traitements l’ont changé. Il râle, récrimine, devient de plus en plus difficile, capricieux. Les menus qu’on lui soumet ne vont jamais. Il les renvoie raturés, annotés. Les maîtres d’hôtel reviennent en cuisine, déconfits. Claire est gênée d’assister à ces réprimandes. Parfois, elle tente de le raisonner. Il se défend, argumente, lui dit que la viande est mal cuite, le poisson surgelé, il ne comprend pas pourquoi les cuisiniers veulent toujours lui servir des mets sophistiqués alors qu’il n’aime que les choses simples.

 

« Ce n’est pas une raison pour humilier les gens, murmure Claire.

 

– Tu trouves que j’ai été méchant ?, interroge-t-il.

 

– Oui. »

 

Il ironise :

 

« Quoi ? Tu te prends pour la maîtresse officielle ? » (…)

 

[Alors que la santé du président continue de se dégrader, la presse révèle qu’il a eu une fille, Mazarine, avec Anne Pingeot, mais ignore tout de sa liaison avec Claire.]

 

« Qu’est-ce que je prends, qu’est-ce que je prends… ! »

 

Mitterrand est tassé dans le fauteuil de sa chambre. Claire lui dit sa colère et sa peine. Le 10 novembre 1994, Paris Match a publié une photo du président de la République et de sa fille Mazarine, dont l’existence est révélée. « Le bouleversant récit d’une double vie », titre l’hebdomadaire.

 

« Je suis quoi, moi, dans tout ça ? Un jouet ? Une doublure ? »

 

Elle crie, elle tempête. Elle le traite de menteur. Il encaisse mais ne se justifie pas.

 

Les mois qui suivent sont empoisonnés par ces révélations. Quand Claire évoque Anne ou Mazarine, hausse le ton, il plaide doucement :

 

« Arrête… Elles sont gentilles… »

 

« Je ne sais même plus alors de qui, de la mère ou de la fille, je suis jalouse », me dit Claire.

 

On feuillette ensemble son agenda 1994. Elle a pris peu de notes, cette année-là. A la date du 16 novembre, soit six jours après la publication de Match, elle a noté, à 18 heures : « Retrouvailles difficiles après histoire fille. »

 

Elle affirme que plus rien n’a été pareil ensuite. (…)

 

Il l’emmène partout, désormais. Lui ouvre les portes, tous les accès. Il accepte même qu’elle le photographie et répond longuement à ses questions, le petit enregistreur de Claire posé à côté de son fauteuil ou sur son lit. Elle lui a dit qu’elle voulait écrire un livre sur ses derniers mois à l’Elysée. Comme ça, je serai avec toi tout le temps, a-t-elle plaidé. Il ne lui résiste plus. Elle se persuade qu’il a trouvé là un moyen de se racheter, après les révélations sur Anne et Mazarine. Il est épuisé. (…)

 

« Elle a lu les lettres, éblouissantes, que Mitterrand a écrites à Anne Pingeot entre 1962 et 1995 »

 

[Au printemps 1995, François Mitterrand se prépare à quitter l’Elysée, où il est installé depuis quatorze ans. Claire est présente.]

 

Assise dans un coin, elle le regarde ranger sa chambre. Une valise est posée sur le lit. Des cartons partout. On a décroché aussi les tableaux. Le déménagement entre l’Elysée et la rue de Bièvre est un crève-cœur. Lui, le collectionneur, déteste jeter, se séparer des objets.

 

« C’est dommage, lance-t-il, j’aimais bien ma chambre… »

 

Il a commencé par les livres. Il dit que c’est le gros morceau, qu’après ça ira plus vite.

 

« Des livres que j’ai acquis en un demi-siècle… Je vais les envoyer au centre Jean-Jaurès, à Nevers, comme ça ils ne seront pas séparés. Quand je serai mort, ils s’écrouleront sous la poussière. » Plusieurs gardes du corps sont venus l’aider. Le plus grand sort les livres de l’étagère, un autre les range dans les cartons, un troisième dresse l’inventaire. Le président donne des ordres, assis dans son fauteuil. Il précise qu’il n’aurait jamais pu faire ça tout seul, comme s’il se justifiait d’avoir enrôlé les gendarmes. Puis :

 

« Je ne crois pas que je passerai 1995. »

 

Pour chasser la mélancolie, les gardes du corps ont une idée : habiller chaque rayon vide de la bibliothèque avec des bibelots qui resteront jusqu’à la fin. (…)

 

Je lui parle des Lettres à Anne, publiées par Gallimard en 2016. Claire me dit qu’elle a accueilli cette nouvelle révélation avec calme. Le temps a passé, elle se sent en paix désormais. Après toutes ces années, âpres et épuisantes, à l’attendre tout en redoutant sa mort, elle n’a plus peur de rien.

 

C’est le mot repos qui lui vient.

 

Elle a lu les lettres, éblouissantes, que Mitterrand a écrites à Anne Pingeot entre 1962 et 1995. Au départ, Claire choisissait des dates qui avaient un sens pour elle. Son anniversaire, par exemple, qu’il fêtait tous les ans avec elle, le soir. Ou l’anniversaire de leur première rencontre, rue de Bièvre, le 12 juillet, qu’ils passaient toujours ensemble. Pour voir si, ces jours-là, il avait écrit à l’autre et, si oui, ce qu’il lui avait dit. Elle n’a rien trouvé de particulier.

 

Elle me dit : « Anne a été son grand amour. » Il n’y a pas d’amertume dans sa voix. (…)

La dernière biographie vraiment originale est due à la plume d’un anglais Philippe Short « François Mitterrand » Portrait d’un ambigu. L’auteur dans son prologue annonce la couleur « Les autres nations font face à des scandales. Les Français, eux, font face à des affaires » et dans ses remerciements il remercie le ciel de l’avoir envoyé en France sous la présidence de François Mitterrand. Comme je le comprends moi, l’homme de l’ombre, qui a passé sa vie à se glisser dans les plis. Souvenir d’André Rousselet, premier directeur de cabinet du nouveau Président de mai 81, «dont les récits tendres et ironiques et lucides sur son ami, François Mitterrand » ont été précieux pour Philippe Short. « Grâce à lui, Anne Pingeot accepta de mettre sa discrétion légendaire de côté pour me parler de l’homme avec qui elle partagea pendant plus de trente ans un amour extraordinaire et courageux. Elle fut « l’héroïne d’un film que personne ne verra jamais », selon les mots de leur fille, Mazarine. »

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2 octobre 2021 6 02 /10 /octobre /2021 06:00

https://cache.larvf.com/data/photo/w600_h315_c1/40/6601.jpghttps://cache.larvf.com/data/photo/w660_c18/40/6601.jpg

Je  ne sucre pas encore les fraises mais mon âge avancé m’a permis de vivre le conflit larvé Sud-Nord à propos du droit de sucrer le moût, en terme plus soft : chaptaliser !

 

Why increase the alcohol level in the Languedoc? Stop chaptalisation! |  BKWine Magazine |

 

En clair, la France viticole du nord avait le droit de chaptaliser, après demande, toujours accordée, alors que celle du SudLanguedoc-Roussillon, Provence, Côtes-du Rhône sud… en était privée ; les côtes-du-rhône étaient coupée en 2, celle du Nord pouvaient, celles du sud non.

 

Comme nous avions porté la plume européenne cette césure était devenue européenne car nos amis allemands pratiquant le sucrage-mouillage nous avaient soutenus : le donnant-donnant franco-allemand. Bien évidemment nos voisins italiens hurlaient à la distorsion de concurrence, ils n’avaient pas tort même si leur pratique en vin de table n’était pas toujours très catholique. L’entrée de l’Espagne renforça le camp des adversaires de la chaptalisation.

 

La plaisanterie est en effet saumâtre puisque les vins du Nord, majoritairement d’AOC, l’élite, chantant la vérité du  terroir, l’authenticité, chaptalisaient et chaptalisent encore à tour de bras alors que la piétaille languedocienne, le gros rouge, le vin popu, le 13° en litre étoilé s’en voyait privé. La seule restriction pour les AOC chaptalisées c’est que les vins ne pouvaient pas être déclassés en vin de table.

 

Ça chauffait dur et le mou Pierre Méhaignerie, ministre de l’Agriculture commanda un rapport à mon directeur de l’ONIVIT, Pierre Murret-Labarthe, afin de dénouer ce nœud gordien. Celui-ci proposa de permettre aux viticulteurs du sud d’enrichir leurs moûts avec des moûts concentrés ou des moûts concentrés rectifiés dit MCR en effet du sucre de raisin. Ce qui fut fait et entériné à  Bruxelles.

 

Chaptalisation : procédé qui consiste à enrichir de sucre le moût en fermentation afin d’augmenter son potentiel en alcool. ICI 

Jean-Antoine Chaptal — Wikipédia

Cette invention est l’œuvre du chimiste français Chaptal, d’où le nom de chaptalisation. En général, on pratique la chaptalisation lors des années difficiles, lorsque la pleine maturité du raisin n’est pas atteinte. Ainsi, le sucre ajouté se transforme en alcool de la même manière que le ferait le sucre naturel contenu dans le raisin. Chaptaliser est en France strictement règlementé. ICI

 

LA FRAUDE ET LE VIN - Caves coopératives de vinification d'ici et  d'ailleurs.

 

Sans cacher derrière son petit doigt la chaptalisation permet la mise en marché de vins qui, sans elle, ne le pourraient pas, on augmente donc artificiellement les volumes. Quant à la vérité et l’authenticité du vin je vous laisse juge. Le moins qu’on devrait faire c’est de porter la mention chaptalisé sur le flacon.

 

Bref, pour le baratin nous sommes très bon mais de moins en moins crédibles. Certes, économiquement c’est justifié mais les pourfendeurs des vins nu devraient fermer leur clapet.

 

Pas de sucre dans le vin. Il faut une interdiction de l’UE

La crainte de pénurie de sucre explose les coûts de chaptalisation

Mardi 28 septembre 2021 par Alexandre Abellan

 

L’apparition de foyers de pourriture accélère la vendange et augmente le besoin de chaptalisation. - crédit photo : ODG Médoc

Le besoin d’enrichissement des moûts met sous tension l’approvisionnement du vignoble pour assurer les montées en degrés alcooliques nécessaires face au ralentissement des maturations et à l’augmentation du risque de pourriture grise.

 

Le saccharose mis à sac et les Moûts Concentrés Rectifiés (MCR) en grande tension. Le rythme de maturation allant moins vite que le risque Botrytis, les vendanges s’accélèrent dans le vignoble français, augmentant mécaniquement le besoin en sucre pour enrichir les degrés et retrouver des profils habituels. Dans de nombreux bassins viticoles, la tendance est au stockage pour anticiper les besoins futurs. « Ceux qui attendent les analyses en cuve pour préparer leurs achats risquent d’avoir une mauvaise surprise » prévient un vigneron bordelais, qui a vu la semaine dernière le prix du kilo de sucre augmenter de 10 centimes. Face à la crainte de ne pas pouvoir suffisamment chaptaliser, les opérateurs stockent selon leurs besoins, très variables selon les terroirs et leurs volumes de saccharose en réserve. « Nous allons devoir faire tomber du sucre, mais nous en avons suffisamment en stock » indique ainsi un vinificateur dans le Beaujolais.

 

Pour d’autres fournisseurs, le besoin explose soudainement, exacerbé par la crainte de pénurie. Si la petite récolte dans le Muscadet réduit à peau de chagrin les besoins dans le pays nantais, les demandes augmentent en Anjou et Touraine indique Philippe Serrault, le directeur général de Loire Viti Vini Distribution (LVVD), qui a reçu pour la première fois des appels d’autres vignobles pour se fournir en sucre, comme Gaillac. « Nous avons la chance d’avoir passé un contrat d’approvisionnement qui nous protège des fluctuations » souligne le fournisseur, voyant dans l’anticipation une solution aux tensions actuelles sur les matières premières (bouteilles, cartons…). « Le fond du problème c’est la spéculation mondiale sur le sucre » note Stéphane Becquet, l’animateur conseil du Syndicat des Vignerons Bio de Nouvelle-Aquitaine, qui reste confiant dans les disponibilités régionales en sucre certifié bio (coûtant deux fois plus cher que le conventionnel).

 

MCR

 

Pour réussir des vinifications techniques, les alternatives au sucre existent, comme l’assemblage 85/15 de millésimes différents (pour baisser les degrés alcooliques 2020 et remonter ceux 2021) et les MCR. Ces derniers sont le seul outil d’enrichissement des moûts dans le Sud, où l’ajout de sucre de betterave est interdit. Actuellement, les demandes de MCR sont significatives sur l’ensemble du vignoble français rapporte Yoann Maillard, le directeur marketing de l’union de distilleries coopératives Grap’Sud, l’un des principaux producteurs de MCR pour le marché français. Faisant tourner à plein régime ses installations de la Mancha pour répondre à la demande de ses adhérents et d’autres vignobles français, « nous sommes globalement en mesure de faire face à la demande » rassure Yoann Maillard, ajoutant que les tarifs sont en forte hausse de leur côté, répondant aux lois de l’offre et de la demande avec une augmentation de 40 à 50 % du prix des MCR depuis le début de la campagne par effet d’aubaine.

 

« Je n’entends pas parler sur le terrain de gens n’ayant pas réussi à trouver de MCR, mais la raréfaction de vins espagnols après le gel raffermit les prix. On a atteint des prix allant de 2,5 à 4 €/°.hl » indique Laurent Vial, le directeur du secteur de l’Hérault pour l’Institut Coopératif de la Vigne (ICV). À date, la situation sanitaire reste globalement maîtrisée, mais l’absence d’évolution des degrés alcooliques et l’humidité de la météo forcent à accélérer le ramassage. « Cela faisait des années que l’avait oublié la problématique d’un millésime tardif ayant du mal à accumuler des sucres » souligne Stéphanie Prabonnaud, consultante pour le laboratoire Natoli & Associés dans le Langeudoc, qui souligne des problèmes de livraison de MCR pour les gros faiseurs alors que les fermentations alcooliques n’attendent pas en cuve. « On ne parle pas d’enrichir toute une cave, mais certains lots (comme le cinsault après les pluies) » conclut l’œnologue.

 

 

 

Connaissance du vin - Frise chronologique histoire du vin - Inrap

Pas de sucre dans le vin. Il faut une interdiction de l’UE ICI
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1 octobre 2021 5 01 /10 /octobre /2021 06:00

 

La Bataille de Poitiers (25 octobre 732).
Tavleau de Charles Steuben (1837).

Alexandrie, XIIIe siècle

 

Il Novellino, Ossia Libro Di Bel Parlar Gentile   de CARBONE DOMENICO

 

Cette histoire, probablement d’origine arabe, est rapportée dans Il Novellino, un recueil de nouvelles, d’apologues et d’anecdotes qu’un écrivain florentin anonyme de la fin du XIIe siècle a réunis en puisant dans les traditions narratives de plusieurs pay. Elle se déroule en Égypte, à Alexandrie, dans les ruelles de la ville où les « Sarrasins » offrent des « aliments à vendre » de tous genres et qualités, le passant pouvant choisir selon son goût, « les plus propres et les plus délicats ».

 

Il Novellino (le ciento novelle antike) - [Rizzoli] | eBay

 

Ce lundi (cette curieuse précision, sans importance du point de vue du récit, tend à rendre les faits plus authentiques et plus crédibles), Fabrat, un des cuisiniers sarrasins, est aux fourneaux dans sa cuisine quand il voit apparaître un pauvre « tenant un pain à la main ». C’est un habitant du lieu, un « Sarrasin », lui aussi. Comme il n’a pas d’argent, il met le pain au-dessus de la casserole et intercepte le fumet qui s’en élève : « Le pain étant ivre du fumet qui sort du manger », il y mord et avale morceau par morceau, jusqu’à la dernière bouchée.

 

Ce matin-là, Fabrat n’a pas vendu grand-chose et il est de méchante humeur ; il rudoie le pauvre, le bouscule et lui dit : maintenant paie-moi « pour ce que tu as pris qui m’appartient ». Le pauvre se défend : Mais, pardon, je n’ai pris que du fumet dans ta cuisine. Fabrat n’en démord pas : Paie-moi ce que tu m’as pris.

 

La dispute continue. La question soulevée par le cuisinier étant totalement inédite, on commence à en parler en ville, quand le sultan, intrigué par la difficulté du cas, décide de prendre l’affaire en main : il réunit ses « sages » et les charge d’examiner le problème. Deux écoles de pensée se distinguent aussitôt. Certains pensent que le fumet n’appartient pas au cuisinier, parce que ce n’est pas un aliment et qu’il ne nourrit pas, « et qu’il n’a pas de substance ni propriété qui soit utile » : le pauvre n’a rien à payer. D’autres observent que le fumet est quand même « conjoint au manger et qui’il est généré par la nourriture, laquelle appartient encore au cuisinier, puisqu’il ne l’a pas vendue : il serait juste de lui payer son travail.

 

« Après moult controverses », le verdict finit par tomber. Le conseil des sages est de faire payer les victuailles « selon leur monnaie ». Si le cuisinier vend le produit de sa cuisine « en donnant l’utile propriété de celle-ci », il doit recevoir de l’argent ; mais comme il a vendu du fumet, « qui est la partie subtile de sa cuisine », la juste récompense qui lui échoit consistera à faire tinter une pièce de monnaie et « le paiement sera fait du son qui sort de celle-ci ». Le sultan ordonne donc au pauvre de faire tinter par terre une pièce de monnaie, qu’il lui prêtera lui-même.

 

Cet amusant apologue a de subtiles implications philosophiques. On devine à  l’arrière-plan l’héritage de la pensée aristotélicienne, dont le monde arabe fut le gardien pendant des siècles, au Moyen Âge, avant de la restituer à la culture européenne. On reconnaît en particulier la distinction aristotélicienne entre les propriétés substantielles et accidentelles du monde physique. Substantiel est ce qui appartient structurellement, ontologiquement à l’objet ; accidentel est ce qui le configure de manière occasionnelle, uniquement dans des circonstances données.

 

Les « sages » conseillent donc au sultan de séparer clairement les deux plans : si nous parlons de cuisine et de nourriture, le fumet est une qualité accidentelle – exactement comme le son d’une pièce de monnaie lancée sur le sol : produit par l’objet mais étranger à celui-ci. La substance de la nourriture, sa qualité nutritive intrinsèque, se transmet pà travers le goût et seulement lorsqu’on incorpore cette substance.

 

Tout cela est expliqué dans un court traité aristotélicien, à peu près contemporain du Novellino, consacré aux cinq sens et en particulier au goût, le sens qui perçoit et qui apprécie les saveurs. Il s’agit du Tractatus de quinque sensibus sed specialiter de saporibus – ou plus simplement, dans un autre manuscrit, Summa de saporibus. Son auteur anonyme commence par affirmer que l’on peut connaître la nature des choses – classée, suivant la tradition antique, d’après quatre qualités, le « chaud » et le « froid », l’ «humide » et le « sec » - principalement à partir de leur couleur, de leur odeur et de leur saveur, c’est-à-dire à travers la vue, l’odorat et le goût.

 

Cette connaissance n’est pas possible avec l’ouïe, car le son émis par un objet n’appartient pas à sa « substance » - l’histoire du cuisinier et du pauvre Sarrasin affamé semble avoir été écrite exprès pour le confirmer. Le toucher est trompeur, car il risque toujours de percevoir la qualité des choses de manière altérée – l’auteur donne l’exemple de l’eau, de nature « froide » même quand elle est réchauffée par une chaleur étrangère et qu’elle semblerait de nature opposée. Même la vue est sujette à l’erreur : ainsi, nous voyons une chose blanche et la croyons « froide » alors qu’elle peut être « chaude », comme nous l’enseigne le cas de l’ail. L’odorat fonctionne mieux, car il pénètre la nature des choses plus profondément, serait-ce de manière intermittente et imparfaite – cette particularité aussi justifie le débat entre les « sages » du sultan. En somme, l’odorat est le sens le plus proche du goût car il nous permet d’accéder à la connaissance, et il n’est certainement pas fortuit – comme l’enseignent à la fois l’expérience et la recherche physiologique – qu’il contribue de manière décisive à la construction des goûts : si on se bouche le nez, le goût tend en grande partie à disparaître. C’est en effet le goût, à travers les saveurs, qui connaît la réalité extérieure de la façon la plus complète et fiable. À travers lui, nous pouvons identifier « pleinement et parfaitement » la nature ou la « complexion » des choses, pour la bonne raison qu’il entre dedans, qu’il absorbe leurs propriétés et « s’y mêle totalement ».

 

L’intérêt principal des réflexions antiques et médiévales sur les goûts, c’est qu’elles reconnaissent dans les goûts eux-mêmes la qualité de la chose goûtée. Le goût n’est pas accident, il est substance. Il exprime et révèle l’essence des choses, et c’est un formidable instrument de connaissance. Saveur et savoir : les deux notions se superposent, à la limite de l’identité. N’ont-elles d’ailleurs pas la même racine ?

 

1 ; En italien, sapore (« saveur, goût ») et sapere (« savoir »

 

Les contes de la table - Massimo Montanari - Librairie Ombres Blanches

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30 septembre 2021 4 30 /09 /septembre /2021 06:00

Votre serviteur, bien sûr !

 

18 septembre 2010

« La cuisine émoustille l’âme : je choisis mon pain entre cent, à des lieues, et je foule mon vin moi-même... »

 

Retour au calme ce matin, désolé de ne pas tendre la joue gauche lorsque l'on me soufflète la droite, je suis ainsi fait mais je continue de penser que certains volent plus vite au secours des importants alors qu'ils s'abstiennent lorsqu'il s'agit de défendre des va-nu-pieds des railleries d'une huile... Mon papier sur la Corse valait quelques commentaires, pourquoi n'y en a-t-il pas cher Norbert et autres ? J'adore la cannelle mais pas dans le vin...

 

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La parole est à un sage : Joseph Delteil. ICI  

 

Et voilà t’y pas que le POINT Florence Monferran

 

* Historienne, chercheuse diplômée de l’université Jean-Jaurès à Toulouse, vigneronne aujourd’hui près de Montpellier, Florence Monferran s’attache depuis une dizaine d’années à mettre en lumière des patrimoines et des terroirs de grande qualité, des vins et des cépages du Languedoc, afin tant d’œuvrer au maintien de la viticulture que d’éveiller à une culture du vin protéiforme. Elle a ainsi mené le projet Terre apiane sur les muscats et travaille à démontrer l’excellence des productions en vins blancs en Languedoc. En 2020, elle a fait paraître l’ouvrage « Le Breuvage d’Héraclès », aux éditions Privat. Du discours à la pratique, il ne restait plus qu’un pas, que Florence Monferran a franchi en redonnant vie à de petites parcelles entièrement en muscat à petits grains, à Mireval (Hérault). Une façon de passer du mot à l’ouvrage, de tendre des ponts entre les temps.

 

Tuilerie de Massane a proximite de Montpellier, demeure du poete Joseph Delteil (1894-1978).

 

Joseph Delteil et la Tuilerie de Massane : un patrimoine à sauver ICI

 

Prix Femina en 1925, ami de Chagall, Soulages ou Henry Miller, cet écrivain avait investi une demeure historique aujourd’hui à l’abandon et menacée par un projet immobilier.

 

Tuilerie de Massane a proximité de Montpellier, demeure du poète Joseph Delteil (1894-1978).

 

Par Florence Monferran*

 

La vigne est la plante délicate par excellence. Elle exige des soins constants, une sorte d’intelligence ou de divination manuelles. Puis, un beau matin, une gelée, un coup de grêle emportent tout. Dans ces soucis, dans cette précarité́, le plus humble paysan puise le sens d’une vie supérieure. De se savoir à la merci d’un nuage prédispose l’âme à la métaphysique, à la religiosité́ – aux chimères aussi… Le vin, d’ailleurs, est aujourd’hui l’âme de ce territoire, et son espèce de dieu. Il lie et centre l’esprit d’un peuple entre tous individualistes, et dont la vie sociale risque de retourner à la tribu. Il l’enjolive aussi et le pare de ses grâces. Il lui apporte la dorure de Bacchus. » Extrait de La Belle Aude, 1930

 

À la saison des vendanges, les Journées européennes du patrimoine nous ouvrent des portes inconnues. Arpentant des chemins inattendus, elles dévoilent des histoires, ravivent de délicieux souvenirs. Mais elles alertent aussi sur la préservation nécessaire de pans de notre mémoire collective. Tel est le cas d’un domaine viticole en perdition, lieu de création d’une œuvre littéraire effacée.

 

Aux portes de Montpellier, à Grabels, à deux pas du Domaine d’Ô, haut lieu de la culture locale, la Tuilerie de Massane attend de renaître enfin de ses cendres. Figés dans l’instant, comme victimes d’une catastrophe naturelle, l’édifice, pillé, fragilisé, ses jardins et terrasses sont désormais interdits d’accès. Pourtant, ils accueillirent pendant plus de quarante ans un des écrivains les plus originaux du XXe siècle, Joseph Delteil, mi-écrivain mi-vigneron, et sa compagne, l’Américaine Caroline Dudley.

 

Joseph Delteil avait été adulé à la capitale, notamment par les surréalistes, pour avoir écrit en quelques années des livres incandescents. Il enchaîna Sur le fleuve Amour (1922), Choléra (1923) et une Jeanne d’Arc iconoclaste (1925, Prix Femina) adaptée au cinéma par Carl Dreyer. Né près de Limoux, son accent occitan à couper au couteau détonnait dans les salons parisiens, dont il était la coqueluche. Pourtant, il fuit… cap au sud, avec ses amis Marc Chagall et Robert Delaunay. Perpignan (1927), La Belle Aude (1930) portent trace de ce retour aux sources. Sa rencontre en 1930 avec Caroline Dudley, initiatrice de La Revue nègre, marque un tournant. Caroline a fait venir des États-Unis une troupe d’artistes noirs autour du jazz-band de Sidney Bechet. Elle triomphe avec une jeune inconnue, Joséphine Baker. Joseph Delteil, émerveillé, fait de Caroline la compagne de sa vie. Elle achète une propriété viticole, Trinquevedel, près de Tavel, puis la Tuilerie de Massane en 1937. Joseph Delteil se retire alors de la vie intellectuelle parisienne pour entamer une longue quête du bonheur. « Et je suis parti… J’ai quitté Paris, j’ai quitté le monde pour un monde meilleur. » (La Deltheillerie)

 

La Tuilerie de Massane

 

De la métairie du XVIe siècle des seigneurs de Massane, ventre de Montpellier qui nourrissait la ville, il fit son repaire. « Donc il y avait là-bas dans les garrigues de Montpellier une espèce de vieille métairie à vins, à lavandes et à kermès, a demi abandonnée, et dont j’ai fait une oasis dans le désert, un point de vie comme il y a des points d’eau. » Il y produisit son vin, au milieu des vignes et des garrigues mêlées, autant qu’il y instaura un mode de vie poétique. La Deltheillerie (1968), véritable profession de foi qui inspire les soixante-huitards, décrit cette vie à l’écoute des sens et des sensations.

 

La Tuilerie en elle-même constitue un patrimoine bâti remarquable, utilisé dès le Moyen Âge pour fabriquer tuiles et briques à destination de Montpellier. Charles Gabriel Leblanc la rachète en 1736. Il se sert de la source d’eau antique pour créer un vaste réseau hydraulique. Ainsi, il alimente les immenses jardins et fontaines du Domaine d’Ô voisin, qu’il vient également d’acquérir. L’ensemble constitue, selon le jeune historien Elias Burgel, l’une des dernières traces d’un patrimoine diffus, éclaté sur la périphérie de Montpellier en Folies [1] et métairies aujourd’hui bétonnées.

 

Le vin et les passants célèbres

 

À l’intérieur, un chai aux dimensions colossales, aux immenses foudres, témoigne d’un XXe siècle où le vin coulait à flots en Languedoc. Quelques bouteilles noyées de poussière, un foudre effondré sur lui-même, il reste bien peu. Le comédien Jean-Claude Drouot se rappelle comment élaborer du vin était « quelque chose de merveilleux » pour lui. Il raconte comment Joseph servait son vin à table, à la pipette, comment il avait ritualisé les toasts portés entre amis. Il faisait lui-même sa cartagène et donnait ses conseils pour bien embouteiller, que la biodynamie ne désavouerait pas. Mais ses écrits parlent encore mieux de son lien intime à la vigne et au vin, né dès son enfance au pays de la blanquette et de La Belle Aude, conforté par ce rapport étroit à la nature qui pétrit dès lors son œuvre.

 

 

Là, dans cette tuilerie surplombant Montpellier de son sauvage espace, le milieu intellectuel dont il s’est retiré vient à lui, du monde entier. On ne compte plus les passants célèbres. Les amis fidèles – Chagall, les Delaunay, Pierre Soulages qu’il héberge pendant la Seconde Guerre mondiale –, les écrivains, d’Henry Miller – « Delteil est un ange, d’où sort ce type ? » – à Frédéric-Jacques Temple, Lawrence Durell et bien d'autres, se croisent là, en un impressionnant carrefour de cultures.

 

Aujourd’hui encore, les intellectuels défilent à la Tuilerie en ruines. Ils se mobilisent autour du lieu, de l’homme, de l’œuvre. En 2018, Fabrice Luchini et Pierre Soulages soutiennent la pétition lancée par la revue Souffles. En juillet 2021, le philosophe Michel Onfray et le peintre Robert Combas se déplacent également sur le site.

 

Delteil, plus célébré aux États-Unis qu’en France

 

L’esprit qui préside à son œuvre résonne à nos oreilles d’une étonnante modernité pour un homme qui prônait une Cuisine paléolithique (1964), « celle qui apparut dès le commencement par pur instinct, simple appétit entre l’homme et le monde ». Un retour aux origines, à l’état naturel, évocateur de pratiques culturales récentes. À l’homme-machine, utilisé comme un outil, il substitue l’avènement de l’homme-nature. Il dépeint une « frugalité heureuse » – aux accents de décroissance – qui doit nous inciter à repenser nos modes de vie. La rupture brutale avec la capitale comme l’harmonie entre humains, animaux et campagne qu’il recherche à Grabels parlent à nos propres interrogations.

 

 

L’œuvre et la vie de Joseph Delteil et Caroline Dudley sont célébrées dans le monde entier, notamment aux États-Unis, à l’université Columbia ou chez les Amis d’Henry Miller. Mais nul n’est prophète en son pays. Malgré la densité de l’œuvre, l’acuité de la vision, rien n’a été fait, encore, pour sauvegarder ce lieu mythique. Rien n’a été fait, encore, pour protéger des patrimoines remarquables, tant bâtis que naturels. La métairie, la source de Massane, sources de vie de Montpellier depuis le Moyen Âge, le parc et ses jardins, les vignes et les garrigues interpellent nos consciences.

 

Quel avenir pour La Deltheillerie ?

 

Après trente-cinq ans d’indifférence et de tergiversations, le projet de la ZAC Gimel, élaboré en 2019, englobe la Tuilerie et ses sept derniers hectares dans un équipement culturel (salle des fêtes, cinéma, école) au milieu de 850 logements [2]. Il ne correspond pas, pour les associations fédérées aujourd’hui en Comité de sauvegarde de la Tuilerie de Massane, à l’esprit de La Deltheillerie [3].

 

Gardarem lo Delteil propose d’isoler la Tuilerie de l’ensemble de la ZAC, de porter le projet à la compétence de la métropole et de travailler en trois axes : restaurer les bâtis, protéger les espaces naturels, la source d’eau et leur biodiversité, défendre un projet culturel (autour d’une maison d’écrivain) pour que la Tuilerie de Massane, lieu de mémoire et lieu de vie, retrouve sa dignité, sa fonction et son objet. « Un rapport à l’autre, à la nature et à la culture », commente, en première ligne de ce mouvement de sauvegarde, Alice Ciardi-Ducros, médecin qui côtoya Joseph et Caroline.

 

La thématique des Journées du patrimoine cette année, « Patrimoine pour tous », prenait tout son sens à Grabels. Joseph Delteil appartient à tous, et il nous appartient de nous en souvenir. Dans une lettre à Henry Miller, il écrit : « N’essayez pas de changer le monde. Changez de monde ! » Des mots que le temps, les modes ne démodent pas. C’est sans doute pour cela que Joseph Delteil et Caroline Dudley ne peuvent être effacés du paysage littéraire et montpelliérain, avec ses vignes, son vin et ses garrigues mêlées.

 

[1] Le terme désigne des résidences d’été de l’aristocratie, qui fuit la chaleur urbaine à la campagne, tout en restant proche de Montpellier.

 

[2] Projet consultable ici : ville de Grabels

 

[3] Pétition en ligne ICI 

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29 septembre 2021 3 29 /09 /septembre /2021 06:00

 

Aujourd’hui c’est « La Femme à abattre» (1951)

 

https://www.telerama.fr/sites/tr_master/files/sheet_media/movie/7_834360.jpg

 

Pourquoi ce film ?

 

Pour aborder un genre caractéristique du cinéma américain et que nous allons retrouver assez souvent : Le film noir

 

La Femme à abattre (1951) de Bretaigne Windust et Raoul Walsh – L'Oeil sur  l'écran

 

Quelle est l’histoire ?

 

Mendoza se caractérise par un cynisme hors du commun est sans aucun état d’âme a mis au point une structure de meurtres sur commande inattaquable.

 

Cette structure est extrêmement simple.

 

            - le meurtrier n’a aucun lien avec la victime donc pas de mobile possible

 

            - le meurtre ou « le contrat » se déroule dans une autre ville que la résidence habituelle du meurtrier.

 

            - Le contrat doit exécuter sa victime ou « la mise » sans arme à feu qui laisse des traces utiles à l’élucidation d’un crime.

            - C’est le pic à glace qui est l’arme recommandée. En cas d’arrestation le port de pic à glace n’est pas un crime.

 

            - La structure est bien hiérarchisée. Seules se connaissent, les « petites mains » qui           jouent aux cartes en attendant «  les contrats »

 

            - Ils sont drivés par Rico qui reçoit les instructions de Mendoza par téléphone.

 

            - C’est Mendoza qui démarche les « contrats »

 

La Femme à abattre - Films Sans Frontières

 

Rico est l’homme de confiance de Mendoza. Mendoza, a tué, devant lui, avec un couteau emmailloté « pas d’empreinte, pas d’empreinte ! » un pauvre commerçant ouvert la nuit. Il lui a démontré la faisabilité de sa technique.

 

Seul hic c’est que ce meurtre, a eu des témoins. Un père et sa toute jeune fille, entrant dans le magasin, voient le cadavre et le couteau sur le sol et crient alors même que Mendoza et Rico sortent de la boutique.

 

Cependant, certaines « petites mains » craquent et ne supportent pas l’accumulation des meurtres malgré des conditions de travail de qualité. « Un fixe par semaine, contrat ou pas contrat – une prime + les frais quand il y a contrat » annonce Rico à une nouvelle recrue. Il poursuit, « Si tu as des problèmes avec les flics on te fournit l’avocat. Si tu vas en tôle tu continues à toucher ta paye. Si tu es marié on s’occupe de ta femme et de tes gosses »

 

Cependant la belle machine s’enraille. Un gars de la bande se présente dans un commissariat dans un état d’excitation proche de la folie et s’accuse d’avoir tué sa petite amie. On l’aurait forcé ! Quelques vérifications plus tard le jeu de piste se met en place et Martin Ferguson ébranle, morceau par morceau la belle structure mis au point par Mendoza. Il finit par être arrêté.

 

À quelques heures du procès, il est sûr de lui .Sans aucun témoin à charge – il a fait assassiné le père témoin d’origine (et la petite croit-il), Rico est mort en cherchant à fuir ce qu’il croît être la toute-puissance néfaste de  Mendoza, Fergusson peut bien aller se faire foutre ! Mendoza rigole et nargue le policier. Fergusson se ronge les ongles et passe en boucle les enregistrements des interrogatoires de Rico. Soudain il tombe sur cette précision : Les yeux bleus de la petite… bleus ! Ça y est, Fergusson se reporte au le dossier de celle que Mendoza a fait assassiner (confusion de nom) ; il lit : « ...yeux marrons ! » Il sait où trouver cette jeune femme et se lance à sa recherche. Mendoza aussi. Elle devient aussitôt « La femme à abattre. »

 

La Femme à abattre (The Enforcer)

Réalisation

 

Bretaigne Windust connu pour ses mises en scène, au théâtre et au cinéma des grands noms du répertoire. Raoul Walsh à, de manière non officielle codirigé ce film. Il a dirigé Bogart dans « LA grande évasion » 1941et une autre fois dans « Les Fantastiques années 20 « 1939 de Raoul Walsh. De 1914 à 1964, il n’arrête pas de tourner commençant par être assistant de D.W. Griffith. Il s’illustra en tournant « Les nus et les morts »1958 adaptation du premier livre de Norman Mailer.

C’est lui qui donna son premier grand rôle Rock Hudson et à John Wayne avec lequel, par la suite, il tourna plusieurs westerns

 

Qui fait quoi ?

 

Ciné-Club Jean Vigo à Montpellier | La femme à abattre | Raoul Walsh et  Bretaigne Windust

Humphrey Bogart:            Martin Ferguson

 

Ce n’est pas le moindre intérêt de ce film que d’avoir «  Bogey » au générique. Qui ne connaît pas cet acteur devenu mythique. Il est classé par l’American Film Institute comme étant la plus grande vedette de cinéma masculin de tous les temps. Le film Casablanca, dans lequel il joue le rôle principal, est régulièrement cité parmi les cinq meilleurs films de l'histoire du cinéma. Avec Lauren Bacall Bogart qui devint sa femme il forma un couple tout aussi mythique. Avec elle il a tourné plusieurs films notamment « Le Port de l'angoisse » 1944 et « Le Grand Sommeil » 1946

 

Ciné papy fatigue. Il laisse le soin aux infatigables et pointilleux lecteurs des fiches d’aller surfer sur interlope pour savoir qui est qui. La liste ci-dessous permettra à ceux qui s’empresserons de visionner ce film – ce que je ne saurais trop recommander – de s’y retrouver d’emblée et de mettre un nom * sur des têtes que l’on a pu ou pourra voir par ailleurs dans d’autres films

 

Zero Mostel :                     "Big Babe" Lazich

Ted de Corsia : *   Joseph Rico

Everett Sloane :* Albert Mendoza     Hihihi ! VF Louis de Funès

Roy Roberts :                     Capitaine Frank Nelson

Michael Tolan :*   James 'Duke' Malloy

King Donovan :      Sergent Whitlow

Bob Steele :                       Herman

Adelaide Klein :    Olga Kirshen

Don Beddoe :                     Thomas O'Hara

Tito Vuolo :                         Tony Vetto

John Kellogg :         Vince

 

 

Temps forts

 

Quand Mendoza et Rico sortent du magasin, Rico se met à courir. Il est aussitôt retenu et rappeler à l’ordre : « Ne cours pas. Si tu cours on te court après ! » Signe de l’effrayant cynisme du personnage et de son « professionnalisme »

 

Le film est ponctué de temps fort qui maintiennent habillement un suspense haletant en recourant, ce sera la forme narrative du film, à la technique du flashback. Abuser du flashback peut devenir lassant et compromettre le plaisir et la compréhension du film Ici c’est sa force ainsi que quelques images comme le reflet dans la porte vitrée d’une cabine téléphonique que voit Fergusson qui tourne le dos à l’entrée. Cela lui permet d’avoir un temps d’avance sur les tueurs de Mendoza et de les éliminer. Happy End !

 

 

 

Pax

 

Prochainement « La femme au Tableau»

 

 

 

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28 septembre 2021 2 28 /09 /septembre /2021 06:00

SantYuste Paraje Vayuste 2020 | Decántalo

Même si ça ne se dit plus de nos jours, je suis dans le ventA Hard Day's Night 1964 Les Beatles – chébran – « Quand j'étais enfant, déjà, on inversait l'ordre des syllabes dans le mot, ce n'est pas très nouveau. Ça veut dire branché bien entendu [...] mais c'est déjà un peu dépassé, vous auriez dû dire 'câblé'François Mitterrand le 29 avril 1985 interview d’Yves Mourousi – je suis en langue d’aujourd’hui : tendance.

 

La preuve en est que je me suis résolu à endosser le statut de dégustateur pour le compte d’un groupe WhatsApp de dégustation initié par une caviste naturiste. D’une certaine manière je me la joue Butane&Degaz pour le compte de Monoprix, sauf qu’ici, contrairement à eux, je bosse pour des prunes.

 

Deux remarques :

 

  • la dégustation est l’art de l’acheteuse ou de l'acheteur qui achète pour revendre : caviste ou acheteuse ou acheteur de GD, au-delà  de ses goûts personnels il se doit de répondre aux goûts de sa clientèle. J’ai exercé la fonction de dégustateur à la SVF en tant que négociant-embouteilleur. Que les amateurs, grands ou petits, se livrent à la dégustation c’est pour faire joli, leurs commentaires sont pour la cantonade, pour flatter leur ego, ils n’ont aucune utilité. Pour ce qui est des critiques ou des blogueurs, le temps béni où ils se croyaient influenceurs est terminé. (vous mettez tout au féminin)

 

  • Du côté de la maison Bettane&Desseauve, je l’estime infréquentable depuis qu’elle abrite le sieur Rin de Rien, N de Rouyn, dont je me garderais bien d’attribuer un qualificatif, ce serait m’abaisser à son niveau. Pépé Louis aurait dit « Bon à jeter au bourrié ! »

 

Revenons à ma nouvelle fonction :

 

Esmeralda Garcia (@verdejosegovia) | TwitterMichika | Esmeralda garcia | Santiuste, SegoviaSantYuste Paraje Vayuste 2020 | Decántalo

 

  • WhatsApp s’agite : demain 13 h dégustation Esmeralda Garcia avec Fleur Godart.

 

  • Je tope.

 

  • Le jour dit, j’enfourche mon destrier, traverse la Seine, bon pour le service.

 

  • Fleur est à l’heure, elle pose son scooter sur les places réservées à cet effet, porte sa besace emplie de ses flacons destinées à la dégustation, nous nous saluons.

 

  • Nous sommes en terrasse, 5, une plus 4, ICI 

 

  • Fleur est à la manœuvre.

 

Santiuste de San Juan Bautista est une petite ville de 500 habitants de la province de Ségovie, proche des limites entre les provinces d'Avila et de Valladolid.

 

Les vignobles sont situés à une altitude comprise entre 800 mètres et 890 mètres, autour de la plaine castillane, de la forêt et de la rivière.

 

À Santiuste, avec quatre ou cinq autres villages de la région, il y a les plus anciens vignobles de la variété Verdejo, dans certains cas plus de 200 ans, en autonome, pré-phylloxéra.

 

Le climat est continental, avec des hivers très froids, où les températures nocturnes atteignent -12ºC, et les températures diurnes ne dépassent pas 10ºC. Les étés sont secs et très chauds, avec peu d'humidité ambiante, les températures diurnes oscillent entre 35-40ºC et les températures nocturnes entre 15-20°C Cet important saut de température entre le jour et la nuit, agit en faveur de l'équilibre dans l'affinage entre le degré et l'acidité.

 

Les précipitations sont généralement concentrées pendant la saison hivernale et le printemps, et jusqu'à il y a quelques années, les précipitations étaient en moyenne de 600 mm, actuellement on dit qu'elles sont d'environ 400 mm

 

Dans de nombreux cas, compte tenu de l'âge des parcelles, des déformations subies au fil des années, des failles, des scions... il n'y a pas un alignement très marqué des souches, même si on peut dire que la superficie de la plantation dans exactement 2,70 x 2,70, ayant une densité moyenne de plantes de 1000 souches / hectare.

 

Comme dénominateur commun, les sols sont des calcaires argilo-sableux de grande profondeur (entre 1 et 3 mètres), avec des particularités de chacun des sites : sables de dégradation éolienne, dépôt d'érosion hydrique, blocs rocheux, argile...

 

En raison de la longévité des plants, des conditions climatiques, de la variété de raisin, du type de sol, de la production moyenne elle se situe entre 1 500 - 3 000 kg/hectare.

 

SantYuste Paraje Vayuste 2020 | DecántaloEsmeralda García – sagerandwineVin de Esmeralda García · Vinissimus

 

Cépage unique Verdejo ICI Le verdejo est un vieux cépage blanc, très certainement originaire d’Afrique du Nord. Il est majoritairement utilisé en Espagne même si on le retrouve parfois en Australie, Bulgarie, Chili ou Nouvelle-Zélande. Sa capacité d’adaptation au climat chaud et au long hiver lui a permis de trouver sa place dans la province Castilla y Leon au nord-ouest de l’Espagne 

 

Vendanges manuelles en caisses de 15 kg. Les raisins sont ramassés le matin, profitant du fait qu'ils sont encore froids de la nuit, ils sont traités de midi au soir, les raisins récoltés l'après-midi sont stockés dans les caisses pendant la nuit pour refroidir à température ambiante et traité le matin.

 

Nombre de bouteilles par cuvée peu important.

 

1- Arenas de Santyuste

 

Les raisins proviennent de différentes parcelles de la ville : Carrascal, Vallejo, Seteao, Blanchisseuse, vayuste, Fuentecilla. L'âge de ces vignobles varie de 140 à 200 ans, en préphylloxérique.

 

Un pressurage très léger et de longue durée est réalisé avec un petit pressoir pneumatique, pendant lequel la peau du raisin est macérée.

 

Les jus sont directement transférées dans une cuve en acier inoxydable et des amphores où la fermentation est effectuée sans contrôle de température pendant environ 30 jours, se poursuivant de manière statique jusqu'à la mise en bouteille, qui est réalisée sans micro-filtrage ni ajout d'additif.

 

2- El Carrascal

 

Situé au nord à une altitude de 880 mètres. Sol limono-sableux calcaire issu de la dégradation éolienne du massif central, à forte teneur en blocs, une profondeur de sable de 1,5 mètre, à base d'argile. Il convient de mentionner que sur ce site, il y a des traînées de cendres provenant d'établissements préromains à cet endroit. L'âge de ces vignobles varie entre 180 et 200 ans.

 

Le paysage de ce site est une plaine typique du plateau castillan, d'où l'on peut voir la ville, la mer de pins et en arrière-plan, le massif central, il est possible de voir Somosierra à gauche, Navacerrada au centre et Gredos à droite...

 

Un pressurage manuel longue durée est réalisé dans une presse verticale.

 

La plus grande partie du jus va dans des amphores d'argile, où il fermente et reste sur lies pendant environ six mois environ, d'où il est mis en bouteille sans micro-filtrage ni ajout d'additif.

 

4- Vallejo

 

Situé au sud à une altitude de 835 mètres. Sol limono-sableux crayeux d'origine de dégradation éolienne du massif central, avec quelques cailloux superficiels, et profondeur de sable de 2 mètres, à base d'argile. L'âge de ces vignobles se situe entre 130 et 180 ans.

 

Le vignoble est situé dans un environnement urbain, protégé par les maisons de Vallejo et les rues de Sopas de Ajo, ainsi qu'une ancienne vasière. Certains vignobles sont disposés sur un coteau léger d'exposition est-ouest.

 

Un pressurage manuel longue durée est réalisé dans une presse verticale.

 

La plus grande partie du jus va dans des amphores d'argile, où il fermente et reste sur lies pendant environ six mois environ, d'où il est mis en bouteille sans micro-filtrage ni ajout d'additif.

 

4- La Fuentecilla

 

Situé au nord-est à une altitude de 820 mètres, direction la ville de Coca. Sol limono-sableux calcaire, de dérivation différente : origine de la dégradation par le vent dans la partie supérieure du site avec une profondeur moindre (environ 1 mètre), et dépôt de sable par érosion hydrique, avec une profondeur plus élevée d'environ 2 mètres).

 

L'âge de ces vignobles varie entre 130 et 180 ans.

 

Situé dans le plateau castillan, avec une légère pente nord, sud dans certaines parcelles, et influencé par le ruisseau souterrain du Salmoral qui traverse une partie de la limite. Dans cette zone, les sources de ce ruisseau remontent à la surface, d'où le nom du site : Las Fuentecillas (Les Petites Fontaines)

 

Un pressurage manuel longue durée est réalisé dans une presse verticale.

 

La plus grande partie du cru va dans des amphores d'argile, où il fermente et reste sur lies pendant environ six mois environ, d'où il est mis en bouteille sans micro-filtrage ni ajout d'additif.

 

5- Vayuste

 

Situé au sud-est à une altitude de 800 mètres, en direction du village de Nava de la Asunción.

 

Le sol est sablonneux avec des composants sodiques, dont l'origine remonte à la période tertiaire, lorsque ce qui sont actuellement des champs, étaient les plages de l'ancienne mer de Castille, la mer de Téthys.

 

La profondeur du sol de Vayuste est de plus de 3 mètres pour atteindre une petite veine d'argile d'à peine 30 cm, suivie d'un autre 2-3 mètres de sable.

 

L'âge de ces vignobles varie entre 180 et 220 ans.

 

L'environnement de ce site, un massif forestier de pins parasols (Pinus Pinea) et de pins résineux (Pinus Brutia), où les souches de raisin se mêlent aux arbres, en bordure du canyon de la rivière Voltoya.

 

Toutes ces particularités font de Vayuste un site exceptionnel, où le froid est plus intense au printemps, l'ombre est apportée par la pinède et la fraîcheur de la rivière, protège les souches des températures élevées des mois d'été.

 

Un pressurage manuel longue durée est réalisé dans une presse verticale.

 

La plus grande partie du cru va dans des amphores d'argile, où il fermente et reste sur lies pendant environ six mois environ, d'où il est mis en bouteille sans micro-filtrage ni ajout d'additif.

 

6- Las Miñañas, vin parcellaire

 

Situé dans la région de Carrascal, à une altitude de 880 mètres, d'où l'on peut voir Santiuste et toute sa limite de ville, avec un sol sablo-calcaire, des rochers et un paysage de plaine du plateau.

 

L’essentiel du vignobles du Carrascal est situé sur le côté droit d’une route qui traverse, tandis que le petit et ancien vignoble de Las Miñañas est le seul vignoble situé de ce côté du site.

 

L'emplacement dans la zone donne un caractère spécial, où la puissance de Carrascal devient délicate, grâce à l'eau du ruisseau souterrain Salmoral, dont le lit de la rivière passe en dessous sur le chemin de la Fuentecilla.

 

La parcelle des Miñañas, est aussi la parcelle familiale, étant la première que les grands-parents de la vigneronne ont achetée. C'est le vignoble de mon enfance, de mon adolescence et maintenant de ma maturité.

 

Son nom, Las Miñañas, est le surnom de ma famille, d'origine matriarcale.

 

Un pressurage manuel longue durée est réalisé dans une presse verticale, laissant un temps de contact avec les peaux.

 

Le jus brut va dans un tonneau de bois de châtaignier, où il fermente. Plus tard, il passe dans une amphore en argile où il repose jusqu'à la mise en bouteille, sans micro-filtrage ni ajout d'additifs.

 

8- Michiko, Vin de vieillissement biologique

 

Basé sur l'union des racines maternelles et paternelles de la vigneronne (Ségovie et Cadix), le vin est élaboré dans une amphore à partir de raisins du site de Carrascal, puis il passe dans un fût de Xérès de l'année 1967 pour rester un an avec un vieillissement oxydatif sous une souche de levure (voile de fleur).

 

La mise en bouteille se fait sans micro-filtrage ni ajout d'additifs.

 

8- Michika, l'élégance spontanée.

 

« Un peu d'ici un peu de là, pas de règles : ce qui ne va pas, ce que j'aime, ce que j'ai envie d'essayer... » Verdejo de vignes pré-phylloxéra réalisé en tourie traditionnelle en verre de 16 litres.

 

La mise en bouteille se fait sans micro-filtrage ni ajout d'additifs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les petites louves et les petits loups je précise que l’exercice dégustatif se déroule ainsi :

 

  • Tout en présentant la cuvée à déguster Fleur verse dans nos verres des lichettes du nectar ;

 

  • Les doué (e)s d’une belle rotation du poignet font valser le nectar dans le verre (j’en suis totalement incapable) ;

 

 

  • Ensuite c’est la plongée du nez, ça je sais faire ;

 

  • En tenant le verre par la rondelle du pied ingurgitation d’un soupçon du nectar qui va rincer délicatement les papilles, certain (e)s amplifient sur le mode gargarisme, pas moi ;

 

 

  • Expulsion du gorgeon de nectar dans un seau à glace. Certain (e)s ont le jet fluide et droit, parfois même élégant. Moi, je me penche ;

 

  • Certains licheurs ou licheuses ne crachent pas, le risque de finir pompette n’est pas leur souci, pour ma part, lorsque le nectar me plaît, je m’envoie une larme sauvegardée au fond du verre ;

 

 

  • L’acheteuse en chef couvre son petit carnet de notes ;

 

  • Votre serviteur, lui, prends  des photos des flacons.

 

 

Je sens poindre une question : « Que choisirais-tu ? »

 

  • Tout !

 

  • Pourquoi ?

 

 

  • Parce, même si j’ai préféré une cuvée en particulier, l’ensemble des cuvées 1 à 6 est un ensemble que je ne souhaite pas rompre.

 

  • Alors, quelle est la fameuse cuvée que tu as préférée ?

 

 

  • Secret professionnel, je dois la réponse à la seule l’acheteuse en chef.

 

  • Et la 7 et 8 ?

 

 

  • Valent le détour, je prends aussi…

 

  • Qu’as-tu fait après cet effort ?

 

 

  • Suis allé déjeuner en face chez Giovanni Passerini.

 

 

 

 

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27 septembre 2021 1 27 /09 /septembre /2021 06:00

 

Une journée avec… OLIVIER JACQUET « À l’origine de… « l’Origine »

 

Beau titre de l’interview de Sonia Lopez Calleja dans le dernier Le Rouge&leBlanc.

 

OLIVIER JACQUET

 

Docteur en histoire. - Ingénieur de recherche chargé de mission pour la chaire UNESCO "Culture et traditions du vin" de l'Université de Bourgogne et chercheur associé au Centre Georges Chevrier, UMR CNRS 3603 (en 2009) Membre du comité de rédaction (Secrétariat scientifique) de la Revue électronique Territoires du vin publiée par la Maison des Sciences de l'Homme de Dijon.

 

Interview intéressante à plus d’un titre, ce qui signifie sous ma plume accords&désaccords, je vous laisse le soin de découvrir ses propos dans le dernier LeRouge&leBlanc. Le fil historique est exact même si dans le cas de la dégustation que l’auteur dit avoir été imposée par la RFA de l’époque ce n’est pas tout à fait la réalité de la négociation communautaire où le marchandage a permis bien des compromis portés par les allemands et les français. N’oublions pas que c’est la Commission qui élabore les projets, les ministres qui les votent.

 

Mon désaccord  le plus important, je laisse de côté la notion stupide de typicité, de l’air de famille d’une appellation, support des comités de dégustation chargés de trier le bon grain de l’ivraie, porte sur la notion des critères essentiels du vin de qualité.

 

Les vins d’origine, AOP-IGP, seraient donc des vins de qualité, et les autres des vins  sans qualité ?

 

Vision figée, fermée, réglementaire, loin des réalités de l’évolution de la demande, très autocentrée Bourgogne, le texte qui suit, c’est la conclusion de l’interview, le montre :

 

« Aujourd’hui, les vins d’origine fonctionne bien, peut-être même trop bien. Au regard des critiques essuyées régulièrement par les vins d’AOC face à la concurrence naissante d’autres formes de production et de conception  de la qualité (vins « bios », « biodynamiques », natures »), la question des qualités des vins d’AOC reste fondamentale. »

 

L'INAO s'est affublée d'un Q !

 

À vous de vous faire une opinion, choisissez-vous vos vins en fonction de leurs qualités d’AOC ?

 

Vous vous doutez que moi pas !

 

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26 septembre 2021 7 26 /09 /septembre /2021 06:00

 

Quand je suis parti, on ne m’arrête plus, je suis capable de faire Bordeaux-Paris*sans m’arrêter, façon de parler pour souligner qu’après avoir torché des milliers de chroniques sur le vin je suis encore capable d’en pondre  une couvée.

 

Et là, c’est un must, car il s’agit de chroniquer sur un cépage emblématique de la Vendée : le noah !

 

C’est un gars du Girouard ICI passé par la MOTHE-ACHARD, qui m’a expédié ce nectar : Clos de la Limonière 2019.

 

Le Girouard

 

Le Girouard, Sainte Flaive des Loups au nord, Grosbreuil au sud, Nieul-le-Dolent à l’est, la Chapelle-Achard à l’ouest, est à 8 km de La Mothe-Achard, une petite demi-heure à vélo.

 

*Une course incomparable, tombée dans l'oubli

 

Exténuante, Bordeaux-Paris était un épouvantail qui réclamait une préparation spécifique et des choix de programme : n'importe quel coureur risquait de s'y « griller » pour de longues semaines. Elle souffrirait de la concurrence du Giro et de la Vuelta (longtemps courue fin avril-début mai), ainsi que du dédain de Merckx, qui ne s'y est jamais risqué.

 

BORDEAUX-PARIS : ALCELIA participe au retour de cette course cycliste !  🚴‍♂️

 

La particularité de l'épreuve, où s'écrivirent néanmoins quelques pages de la légende, c'est d'abord la distance : près de 600 km, et une quinzaine d'heures d'effort pour le vainqueur. La nuit, propice à tant de choses que le jour ignore, et la fin de parcours effectuée derrière engins motorisés par des coureurs éberlués de fatigue, achevaient d'en faire une course à part. Le stupéfiant exploit d'Anquetil, venu la remporter en 1965, au lendemain même de sa victoire dans le Dauphiné. Herman Van Springel, sept fois vainqueur. En 1974, après s'être trompé de parcours, le Belge arriva premier ayant pourtant parcouru plus de kilomètres que prévu : il fut classé ex aequo avec le Français Delépine.

 

1965 : le doublé incroyable et fou du cycliste Jacques Anquetil

 

 

Revenons au NOAH

 

Pépé Louis avait une vigne sur le haut de la Mothe-Achard, commune qui avait peu de hauts et beaucoup de bas, complanté entièrement en noah. J’ai donc décavaillonné, vendangé, mais pas vinifié vu qu’une fois pressuré le moût vivait sa vie en toute liberté – il serait privé de la dénomination nature vu que pépé souffrait à mort pour lutter contre les fleurettes, et pourtant c’était un vin nu de chez vin nu – et bien sûr bu ce breuvage titrant les meilleures années 8°. Aux battages, les bouteilles de noah désoiffaient les gars des gerbes et du pailler. Ce n’est pas pour rien que j’habitais au Bourg-Pailler.

 

Élève à l’école d’agriculture de la Mothe-Achard du frère Henri Bécot, grand défenseur du noah j’ai taillé et vendangé, mais pas vinifié, les rangs de « Noé » nouveau nom de baptême donné par mon maître-vigneron pour faire échapper à la faux de l’arrachage obligatoire des cépages interdits Clinton, Noah, Jacquez, Herbemont, Othello, Isabelle. Coup de Jarnac des tous puissants viticulteurs du Midi pour étouffer l’autoconsommation de vins locaux. ICI

 

 

C’était au temps où la France était rouge, rouge d’une foultitude de cantons accueillant plus de 10 000 ha de vignes. Ma vieille Vendée en nombre de déclarants : 58 305 sur un total d’1 million 500 mille occupait la 3e place après l’Hérault et l’Aude. Le pépé Louis en était comme le sacristain ou le notaire. En superficie 18 858 ha sur un total d’un million 700 mille ha. En volume 854 000 hl sur 78 Millions d’hl, soit le 19e département viticole français.

 

Il existait donc un vignoble domestique important alimentant une forte autoconsommation et un vignoble productif dominé par les 2 mastodontes : le Languedoc et l’Algérie.

 

Concurrence !

 

Sus aux vignobles familiaux !

 

Haro sur les fameux cépages Clinton, Noah, Jacquez, Herbemont, Othello, Isabelle.

 

La loi va introduire la notion de cépages interdits et rendre leur arrachage obligatoire.

 

Officiellement le gouvernement lutte pour résorber la surproduction : 15 à 20 millions d’hl sur les 93 millions produits. Distiller donc, c’est l’Etat qui paye. Mais aussi, et c’est là où le débat entre le petit peuple des viticulteurs du dimanche et les intérêts des grandes propriétés du Midi « plantées d'aramon, irriguées en permanence, capables de produire plus de 300 hectos à l'hectare » et les « privilèges accordés à l'Algérie : liberté de plantation à très bon marché, taxes pratiquement inexistantes, main d'œuvre peu chère ».

 

Dans les années 30 le « Statut Viticole » s’est efforcé de réduire la production en pénalisant les hauts rendements et en interdisant la plantation de vignes nouvelles. En 1936, pour tenter de réduire l’appareil productif les pouvoirs publics promeuvent l’arrachage volontaire primé et menacent de recourir à l’arrachage obligatoire. L’acte fondateur des droits de plantation est le Décret n°53-977 du 30 septembre 1953 relatif à l'organisation et l'assainissement du marché du vin et à l'orientation de la production viticole Une stricte discipline d'encépagement est créée. La suppression des cépages prohibés est prescrite ; toutefois, pour en encourager la disparition, les producteurs pourront par exception remplacer par anticipation les vignes à disparaître lorsque celles-ci avaient été régulièrement plantées. Dans chaque région, seront par ailleurs définis les cépages dont l'utilisation sera recommandée et efficacement encouragée. A long terme, cette discipline doit entraîner une diminution du potentiel viticole.

 

J’ai planché sur La grande novation de la dernière réforme est que le Règlement (CE) N°479/2008 du Conseil du 29 avril 2008 portant Organisation Commune du Marché vitivinicole prévoit dans son Titre V : Potentiel de Production au chapitre II : un Régime transitoire des droits de plantation. Article 90 : Interdiction transitoire de plantation de vigne. En clair, à partir de 2015 la plantation de la vigne sera libre sauf si... ça c’est une autre histoire sur laquelle ma réserve naturelle et mon obligation de réserve font que je ne vous en dirai pas plus. Pour que vous ne soyez pas trop frustrés je vous offre un florilège des débats  sur la loi du 24 décembre 1934 concernant les hybrides producteurs directs américains et français.

 

 

 

Monsieur Renaud, député de l'opposition attaque: « Vous voulez interdire l'utilisation de certains cépages, vous déclarez la guerre aux hybrides producteurs directs qui pourtant ne jouent dans l'augmentation de la production qu'un rôle insignifiant.

Si vous croyez vraiment à la surproduction, il faut frapper les responsables et eux seulement ».

 

Monsieur Baylet député socialiste s'exprimera dans le même sens. Car, dit-il, « en Algérie, des millions d'ouvriers travaillent de l'aube au crépuscule sous le knout pour un salaire misérable ». Il ne sera pas suivi. 

La majorité de l'époque fait bloc pour défendre les représentants des grands domaines de France et d'Algérie

 

A l'Assemblée Nationale, lors des deux premières séances du 15 Décembre on parlera « d'atteinte à la liberté des petits viticulteurs » Monsieur le député Mauger monte à la tribune pour défendre longuement « les productions familiales injustement touchées ».

 

La conclusion de ces séances restera à Monsieur le député Grandmaison qui déclare :

 

« Je constate sans l'apprécier, que c'est la totalité de la récolte de nos petits producteurs de cépages condamnés qui est touchée soit par l'interdiction soit par la distillation obligatoire. Alors que dans les régions responsables de la surproduction, c'est une très faible partie qui sera atteinte par les mesures préconisées, mesures véritablement iniques ».

 

 

 

La troisième séance du 15 Décembre commence dans le même esprit.

 

Le député Jaubert parle « d'atteinte à la liberté individuelle des petits vignerons ».

 

Le Ministre des Finances, monsieur Germain Martin, déclare après quelques échanges aigre-doux « depuis quand s'est développée la culture du Noah en particulier, car enfin, c'est de lui qu'il s'agit: depuis deux ans »? Bronca dans les rangs de l'opposition, sifflets, prises de paroles.

 

 

Le Ministre rectifie alors comme il peut:« Je parlais de culture, pas des plants qui sont plus anciens je crois »!!!

 

Le climat restera tendu jusqu'à la fin des débats, il n'y aura pas de véritable échange.

 

 

 

Monsieur le sénateur Rouart rapporteur de la Commission de l'Agriculture présente l'article 6 et parle de « cépages primitivement introduits d'Amérique depuis de longues aimées, qui ont des goûts détestables, tel le Noah, d'autres moins mauvais comme l'Othello et le Clinton qui sont tout de même des cépages inférieurs. On a voulu y joindre en même temps tout ce qu'a apporté l'hybridation française qui est une chose admirable » dit-il.

 

 

 

Deux anecdotes pour terminer :

 

 

Pour enrayer la surproduction, Monsieur le député Chouffet a proposé que la ration de vin par soldat passe de 1/2 litre à 1 litre.

 

 

« Je ne pense pas, a-t-il dit, qu'il puisse se trouver quelqu'un ici pour affirmer qu'un litre de vin par jour et par homme soit une ration trop élevée ».

 

 

Le Président du Conseil a renchéri: « Je suis tout à fait d'avis que dans la période où le vin est bon marché on fasse un gros effort pour en assurer la consommation et que la troupe bénéficie de plus fortes rations »

 

.

Sauf que cela ne représentait que 300000 hectolitres volume dérisoire par rapport aux 15 ou 20 millions d'excédents.

 

 

Monsieur le sénateur Rouart s'exprimant au nom de la Commission de l'Agriculture fait référence à la proscription du Gamay sous Louis XV et déclare :

 

 

« Singulière naïveté du pouvoir absolu, croyant dominer les adaptations naturelles.

Si la volonté royale avait été complètement exécutée, nous serions privés d'un des meilleurs vins courants de France. »

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