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13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (33)

Épilogue

 

Comme les fenêtres du hasard sont les alliées privilégiées de Marie, nous n’eûmes pas besoin de louer un rafiot de luxe. En effet, l’un de ses clients, le genre qui avait fait fortune dans la Silicon Valley, adorateur de l’un de ses GCC, croisait au large de la Corse et venait de l’inviter à venir les rejoindre à Bonifacio.

 

Lorsque Marie lui proposa d’accueillir Quinton Liu il fut ravi de se la jouer border line, de mettre du piment dans ses vacances, de s’encanailler à bon compte, en accueillant un oligarque de la trempe du fils du général Liu, jacassant dans sa langue et planquant son pèze à Saint Kitts and Nevis.

 

Il plut des superlatifs comme des shrapnels à Gravelotte.

 

Quinton Liu accepta le rendez-vous avec un grand plaisir, ajoutant « je suis heureux que mon offre ait trouvé grâce à vos yeux mademoiselle de Saint-Drézéry… »

 

Marie sentit que l’affaire était presque dans le sac.

 

À côté du rafiot de l’étasunien en Nike l’ex rafiot de Tapie aurait eu des airs de barcasse voguant sur la Mer Morte. C’était un monstre des mers doté d’une plate-forme d’atterrissage pour hélicoptère et d’un petit hélicoptère bulle ; une ville flottante dotée d’un personnel plutôt philippin et d’un équipage tendance Vikings, une merveille de technologie, un bijou gardant encore le charme des yachts de la grande époque : bois précieux, cuivres lustrés, ameublement des cabines et des parties communes inspiré du vrai luxe des paquebots transatlantiques, loin du tape-à-l’œil des nouveaux riches. Notre start-uper avait eu la bonne idée d’épouser une Wasp de Boston.

 

Le lieu du rendez-vous fut fixé d’un commun accord hors des eaux territoriales de la France, n’en déplaise à ce cher Simeoni le nouveau boss de la Corse, et de l’Italie.

 

Le Préfet de région Corse tint absolument, les préfets sont ainsi fait : tout ce qui pouvait plaire à Beauvau leur donnait des ailes, à ce qu’une vedette rapide des Douanes nous convoie jusqu’à ce lieu tenu secret. Nous acceptâmes, ces gens-là sont dotés de grandes oreilles et nous ne pouvions priver les hautes instances de l’État du plaisir de s’informer de nos agissements sans passer par notre filtre.

 

Quinton Liu vint dans un hélicoptère bulle qu’il pilotait.

 

La réception fut somptueuse ce qui combla d’aise Quinton Liu.

 

Nous attendîmes les Puros et les vieilles eaux-de-vie pour aborder auprès de lui le sujet qui nous rassemblait.

 

Marie n’y alla pas 4 chemins : « Contrôler la majorité des parts du château d’Ô vous intéresse vraiment cher monsieur Liu ? »

 

Celui-ci, qui réchauffait un Armagnac millésimé, sans hésiter une seule seconde, rétorquait « Absolument pas ! » (Je précise que la discussion se fit en américain mais eu égard à votre allergie pour cette langue impérialiste je traduis)

 

  • Mais alors pourquoi avoir transmis une offre à son propriétaire ?

 

  • Je n’ai transmis aucune offre à ce monsieur que je ne connais pas mais dont j’apprécie le jus très bodybuildé, ça me change du jus de tomate !

 

  • Je ne comprends pas monsieur Liu…

 

  • C’est pourtant simple mademoiselle de Saint-Drézéry, je vous l’ai d’ailleurs précisé au téléphone ce sont vos GCC qui m’intéressent…

 

  • Mais alors pourquoi ne m’avez-vous pas fait une proposition en direct ?

 

  • Tout simplement parce que mes « amis » de Campanie, à qui j’avais fait part de cette envie, m’ont assuré qu’ils avaient des intermédiaires rompus à ce genre de transaction. Je commence à comprendre que ce fut une erreur…

 

  • Oui monsieur Liu, ces gens-là vous ont trompé…

 

  • Que puis-je faire pour ne pas être impliqué dans une sale affaire ?

 

  • Rien monsieur Liu, savourez votre Armagnac en tirant gentiment sur votre Puros, regagner ensuite votre lieu de villégiature sans crainte, vous n’avez rien à vous reprocher. De plus je ne suis pas vendeuse. Pour sceller notre rencontre je vous ferai porter une belle cargaison des meilleurs millésimes de mes GCC.

 

Quinton Liu se répandit en remerciements.

 

C’était la fin du premier acte, Tarpon avait raison tout ce micmac était le fait d’un looser, Granjus, dit le Pourri, toujours à l’affut de miettes, qui pour se faire mousser auprès d’Agrippine avait monté de toute pièce ce coup foireux afin d’y grappiller trois francs six sous. Ce n’était qu’un gagne-petit, un ramenard sans envergure.

 

La connexion entre lui Arkan Jr s’était faite, il y a quelques années lors d’une dégustation organisée par Granjus à Zagreb. Depuis, celui-ci maraudait dans le marigot du Grand Serbe à la recherche de fraîche.

 

Pour ceux qui ont du mal à suivre c’est pourtant simple : Granjus mis au parfum par Arkan Jr, bossant pour le compte des  agro-mafiosos de Campanie, de l’intérêt de Quinton Liu pour les GCC de Marie a eu l’idée de coupler cette demande avec celle de la prise de contrôle du château d’Ô, en inversant les facteurs.

 

Pourquoi ?

 

Parce que Granjus savait qu’Aadvark cherchait à se défaire de ses parts dans le château d’Ô tant que le foncier était au plus haut et que les prix flambaient.

 

Pour blanchir leur thune les agro-mafiosos étaient prêts à mettre le paquet, les commissions auraient été grasses.

 

Mais alors pourquoi les deux alliés n’ont pas pris langue directement avec Aadvark ?

 

Parce qu’Arkan Jr et Granjus voulaient palper un max au passage en faisant accroire à Aadvark  que c’est lui qui bénéficierait des dessous de table. D’où l’idée de faire d’Agrippine le vecteur de la proposition car elle était, selon eux, le maillon faible.

 

Cuisiné par Tarpon, Aadvark, après une résistance héroïque, nous confirma que c’était bien elle qui lui avait transmis la double proposition.

 

Ce qu’ils n’avaient pas prévus c’est qu’Aadvark prenne peur, embauche la ganache de Touron pour, suite à la disparition de celui-ci, venir confier ses craintes à Marie et que celle-ci renvoie l’ascenseur, avec une proposition homothétique, via Tarpon. 

 

Les coups tordus ont la fâcheuse tendance à revenir, par effet boomerang, dans la gueule de ceux qui les montent.

 

Si vous n’avez pas entravé la manip, le cabinet Eugène Tarpon  « Conseil en affaires réservées » reste à votre disposition pour le SAV.

 

Mission accomplie.

 

Nous allâmes tous gueuletonner chez Pierre Gagnaire rue Balzac.

 

Le même jour, à la même heure, nos yakusas élargissaient Arkan Jr et les hommes de main de celui-ci déposaient Agrippine à la gare Montparnasse où l’attendait Aadvark.

 

Qu’advint-il d’eux ensuite, ce ne sont pas nos oignons.

 

Dans nos rangs, Tarpon séduit par la Corse s’installa pour un temps à Pignia afin de réfléchir à son avenir, entrer en politique ou spécialiser sa crèmerie en agence de protection des grosses huiles, ne rien faire, gérer les châteaux de Marie, Lucette Durand, qui le rejoignait chaque week-end, l’incitait à prendre le train d’En Marche, elle prenant en mains l’agence avec l’appui de ses yakusas.

 

Adelphine et Rosa, tout en continuant d’être grassement rémunérés par Tarpon, décidèrent d’ouvrir une cave à manger littéraire dans le VIIe arrondissement, baptisée Rue des boutiques obscures que Patrick Modiano, en voisin, viendrait inaugurer.

 

Lulu intégra une start-up conceptrice de jeux vidéo pour y développer les aventures d’Eugène Tarpon le privé au nom de poisson, et moi je repartis en Bourgogne pour parfaire mon apprentissage chez Claire Naudin.

 

Et Touron me direz-vous ?

 

Tarpon avait raison, sitôt son chèque encaissé, après avoir pris une grosse mufflée, ce grand courageux s’était planqué.

 

Enfin, en ce qui concerne celui par qui le scandale était arrivé, Granjus, rien n’a changé pour lui, en bon stipendié, il continue de pérorer.

Prière d’insérer :

  • Cette grande saga policière de l’été n’a pas été sponsorisée par l’ODG de SaintÉmilion.

 

  • L’auteur remercie Ingrid Astier l’auteure de Haute Voltige et Jean-Baptiste Malet l’auteur de l’Empire Rouge de leur collaboration bien involontaire.

 

  • Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé est bien évidemment purement fortuite.

 

  • Le château d'eau illustrant ce polar est un monument historique situé à Colmar (HautRhin), l'édifice est situé avenue Raymond-Poincaré dans le quartier sud de Colmar, dans un parc, nommé Parc du Château d'eau, à côté de la cour d'appel et qui occupe une superficie de 13 990 m22. Sa capacité est de 1 200 m3. Il a été construit entre 1884 et 1886. Ce château d'eau a été construit entre 1884 et 18863 sous la direction de Victor Huen et de l'ingénieur Heinrich Grüner. L'édifice est un exemple de l'architecture allemande du début du xxe siècle, son escalier et sa façade sont tout à fait remarquables. Présence d'arcs brisés, modillons, appareil à bossages, mâchicoulis. Le donjon mesure 12,3 m de diamètre et 53 m de hauteur. Sa capacité en eau est de 1 000 m3. Il est inauguré le 22 juin 1886 et mis hors d'exploitation en 1983. 

 

  • Le fait que ce roman se déroule en 33 chapitres et se termine le 13 ne relève pas d’un quelconque Bordeaux bashing.

   

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11 septembre 2017 1 11 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (31)

(31) Mais encore une fois, qui avait compté ? Avec les doigts personne ne pouvait mesurer la distance de la terre à l’enfer

 

Arkan Jr savait apprécier un rapport de force, il n’avait pas le choix. Le deal que je lui proposais préservait sa susceptibilité en lui offrant une porte de sortie plus qu’honorable. Aux yeux de ses mandataires il n’aurait ni failli, ni trahi, mais aurait, en l’acceptant, préservé l’essentiel : leur anonymat. Il pourrait reprendre pénardement son biseness. Du moins le croyait-il, son sort, une fois libéré, ne dépendrait plus de moi mais plutôt de ceux qui, bien avant moi, cherchaient à le coincer. Ce n’était pas mon problème mais le sien,  Arkan Jr jouait dans une cour où tous les coups étaient permis, les siens ne pèseraient pas bien lourd si la raison d’État décidait de le supprimer.

 

Dans ces combats souterrains, aux contours indécis, souvent peuplés de phantasmes, de mensonges, de bluff, de peurs, de haine recuite, mais aussi de jeux pervers dans lesquels les camps opposés y retrouvent leur compte, la justification de leur existence, la raison d’État est disruptive, elle sert à rompre l’état de Droit, à justifier toutes les exactions, les horreurs, la torture, l’enfermement, la mise à mort, froide, anonyme, sans procès.

 

Arkan Jr conjuguait, dans la diversité de ses activités, son fonds de commerce délictuel, toutes les facettes de la criminalité moderne mondialisée. Il était à sa manière un petit VRP du crime multicarte au service d’une chalandise où se croisaient, se mêlaient, se confortaient, se combattaient, les hauts cadres de l’économie blanche et ceux de la grise. Les frontières physiques entre les deux mondes s’étant dissoutes, la capillarité entre la sphère publique et la sphère privée brouillait tous les repères, le peuple réclame la transparence, les puissants des deux mondes ne leur concédaient que des miettes.

 

J’avais préparé cette entrevue avec sérieux, relisant quelques pages de Haute Voltige d’Ingrid Astier.

 

« Libre d’être libre. Tandis que Ranko roulait vers l’échangeur de Saint-Maurice et ses piliers de béton, ces mots lui rappelaient ce que chaque Serbe avait gravé en lui : « Sloboda ili smrt. » La liberté ou la mort. »

 

« Chacun son chemin de croix. Ranko ne redoutait qu’une chose : qu’une femme lui parle d’avenir. Quant au passé, jamais il ne l’aurait évoqué – certains fantômes méritent de dormir en paix.

 

À force de ne rien ressentir, il avait quitté Jelena. Il préférait encore la nature, et sa liberté. Son grand-père, Mon¢ilo, était mort quelques années après, en 1999. Une année noire, qui n’aurait jamais dû exister. Le hasard, cette fois-ci, avait la gueule d’un sale rendez-vous avec le destin. Mon¢ilo était mort un 26 mai, près du village de Veliko Orašje. Sur un pont. Un pont bombardé par l’OTAN. Plus jamais Ranko ne regarderait de la même façon la rivière Jasenica. Plus jamais elle ne coulerait sereine. La rumeur parlait de tir à dix mille mètres… Mais encore une fois, qui avait compté ? Avec les doigts personne ne pouvait mesurer la distance de la terre à l’enfer. Il fallait voir le béton du pont éventré, ses dix-huit mètres de décombres et de métal dressé, échevelé, qui poussait dans le ciel. Et les piles qui avaient résisté, et portaient les ténèbres.

 

Il fallait voir ce grand foutoir de corps. »

 

« Dans le  regard de Ranko, la guerre avait allumé des brasiers… »

 

« Ranko avait marché parmi ses névroses, parmi ses souvenirs, comme  si jamais Mon¢ilo, son grand-père, ne cicatriserait. Comme si l’ex-Yougoslavie continuait d’être ensanglantée. Le corps supplicié de Rade, son frère, était également revenu le hanter. Il avançait parmi les décombres, un pied, puis deux, dans l’immense mâchoire de la violence, semblable aux héros de Bilal qui cheminent vers leur destin… »

 

Les yakusas sont des gens bien organisés, efficaces et discrets. Lorsque je leur demandai de rendre visite à Arkan Jr, avec une extrême courtoisie, ils m’informèrent que je devrais me plier à leurs règles, m’y rendre, sous leur protection, dans un van sans fenêtre. Je ne saurais donc vous dire là où ils avaient entreposé Arkan Jr même si certains indices, distance évaluée, état des routes empruntées, bruits, odeurs, me font penser qu’il s’agissait d’un domaine au nord de Paris.

 

Peu importe !

 

Ma volonté de discuter avec Arkan Jr en tête à tête les étonna, à leurs yeux je prenais des risques inutiles, les tueurs ont de la mémoire « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. »

 

Ils nous installèrent dans une pièce aux murs nus, sans fenêtre, meublée d’une table et de deux chaises, éclairée par un plafonnier à la lumière jaunasse. Arkan Jr était vêtu d’une salopette bleue Adolphe Laffont sur une chemise de coutil grise, chaussé d’espadrilles, il n’avait rien perdu de sa superbe même si ces traits marquaient une forme de lassitude.

 

« Marre de bouffer du riz ! »

 

Je lui souris.

 

« Ça  constipe…

 

Il me toisa.

 

« Si c’est pour foutre de ma gueule que vous êtes ici, je ne suis pas preneur ! »

 

Même si le mettre rogne ne constituait pas forcément une bonne entame, ça démontrait au moins que notre beau Serbe avait perdu de sa superbe. « T’as envie de bouffer quoi ?

 

  • Un steak tartare monstrueux avec des frites !

 

  • C’est de l’ordre du possible Arkan en passant par la case de mes hors-d’œuvres…

 

  • Et ils consistent en quoi vos hors-d’œuvres ?

 

  • À ce que tu m’expliques ce qu’un mec comme toi viens foutre dans une histoire de jaja de luxe ?

 

  • Mon job ?

 

  • Et c’est quoi ton job ?

 

  • Baiser des minus dans ton genre !

 

  • Va falloir te recycler tueur à la manque, t’as perdu la main, te faire baiser par un minus comme moi ça sent le sapin…

 

Il avait blêmi. Je poussai mon avantage « Je ne suis pas ici pour jouer à celui qui a la plus grosse. Tu es à ma merci, mes amis à moi nous pouvons te rayer de la carte sans qu’Amnesty International ne s’en émeuve. Tu mets un mouchoir sur ta fierté et tu te mets à table.

 

  • J’y gagne quoi ?

 

  • Ta liberté.

 

  • Qu’est-ce qui me garantit que vous tiendrez parole ?

 

  • Rien, tout comme moi rien ne me garantit que tu me dises la vérité.

 

  • Ok, je n’ai pas le choix…

 

Arkan Jr, me parut d’autant plus sincère que sa version collait parfaitement à ce que j’imaginais depuis le retour de Marie de Parme. Il avait fait le job proprement sauf qu’un grain de sable était venu perturber les rouages bien huilés de la manip.

 

« Je solde l’affaire et tu retrouves ta liberté sur l’heure. Parole !

 

  • Tu dis à tes bridés de changer leur menu !

 

  • Pas de soucis…
  •  

Arkan Jr me tendit la main « Parole ! » et me broya la mienne.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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10 septembre 2017 7 10 /09 /septembre /2017 06:00
Les chapitres 25 à 30 du roman de plage de l’été : Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers

(25) Le Falcon 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques

 

Des motos-taxis nous conduisirent à l’aéroport du Bourget, en dépit de leurs casques je savais que c’étaient des yakusas. Un cross-over Nissan ouvrait la route et un autre nous collait au cul. Le Tarpon ne lésinait pas sur la sécurité, ça le faisait bander !

 

L’équipage du Falcon EX, le commandant de bord, le copilote et une hôtesse nous attendaient au pied de l’appareil, souriants. Ils nous saluèrent au fur et mesure de notre passage. Les trois filles nous nous installâmes à l’avant. Nos protecteurs à l’arrière. L’équipage se mit en place. L’hôtesse referma la porte. Les réacteurs feulèrent. L’avion entama son roulage jusqu’en bout de piste. Nous décollâmes à 17h35. Le 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques. Le jeune VO nous en fit la remarque en souriant.

 

Nous atteignîmes notre altitude de croisière très rapidement. L’hôtesse nous proposa des rafraichissements. J’optai  pour un Cristal 2004 de Roederer, alors qu’Adelphine et Rosa s’en tinrent sagement au jus d’orange. Les hommes sirotèrent du Lagavulin.

 

Le commandant de bord nous avait annoncé dès notre départ que la distance de vol entre Paris et Venise était d’environ de 470 miles soit 755 kms et des poussières, et qu’il nous faudrait compter sur 1 heure 15 minutes de voyage pour atteindre l’aéroport Giuseppe Verdi de Parme.

 

Après les rafraîchissements notre charmante hôtesse dressa la table et nous servit une collation. Les filles picorèrent, nos hommes se goinfrèrent. Adelphine lisait en mangeant. J’avais remarqué dès le départ qu’elle tenait à la main un livre sur la jaquette duquel trônait une jeune vache pie noire dans un décor de papier vert d’eau très bucolique, « Laitier de nuit » d’Andrei Kourkov.

 

J’avais lu son désopilant best-seller « Le Pingouin » qui contait l’histoire, à Kiev, de Victor Zolotarev, un journaliste sans emploi et de son pingouin Micha rescapé du zoo de la ville en pleine débine. Tous deux tentent péniblement de survivre, entre la baignoire et le frigidaire de l'appartement. J’avis adoré Victor et son pingouin neurasthénique se trouvent plongé dans la tourmente d’un monde impitoyable et sans règles, celui d’une république de l’ancien  empire soviétique

 

 Adelphine lisait à voix haute :

 

« Nous sommes à l’aéroport de Bérispol, un matin. » c’est l’aéroport de Kiev. «Un maître-chien, Dmitri Kovalenko, employé des douanes inspectait avec son berger Chamil les rangées de bagages enregistrées, en  fredonnant une chanson inepte. Chamil reniflait les valises et les sacs depuis quatre du matin. Après trois heures de boulot le clebs fatiguait… »

 

« … Ce matin-là, comme par un fait exprès, les passagers aériens se révélaient étonnement respectueux de la loi. Aucune trace de drogue dans leurs bagages. Or le chien avait grande envie de faire plaisir à son maître qui, à voir son regard, ne semblait pas connaître le sens du mot « excitation». Comme il aurait aimé le voir cesser de bailler ».

 

Le gabelou, n’avait pas son compte de sommeil car il avait fêté jusqu’à l’aube les 25 ans de sa sœur cadette Nadka avec une vingtaine de personnes. « Ils avaient bu, mangé et joué au karaoké » et c’est que cette fichue rengaine lui était rentré dans la tête. « Tu nous ne rattraperas pas ! » Chamil, lorsque soudain « une fragrance tout à fit neuve et insolite attira son attention. Ce curieux parfum émanait d’une petite valise de plastique noir à roulettes. Celle-ci était flambant neuve, et ce détail participait également de l’odeur, cependant il y avait autre chose encore, qui inspirait comme un étrange et pesant sentiment de joie mauvaise. »

 

Le Falcon se posait en douceur. Un van m’attendait au pied de la passerelle pour me conduire dans les locaux de l’entreprise Gandolfo, numéro un mondial du trading de concentré de tomates, aussi spacieux que discrets. Les trois frères Gandolfo, les « Marco Polo » de la tomate, la troisième génération à parcourir le monde pour acheter et vendre des barils d’or rouge. Chaque été, ces traders se relaient en Chine dans le cadre de leurs voyages d’affaires rituels. Les 3 frères scrutent attentivement l’évolution de la production chinoise.

 

C’est Armando, l’aîné qui me reçut.

 

(26) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 5 lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Rosa et moi, flanquées du jeune VO  nous nous sommes rendus à la petite coopérative laitière de San Lucio située sur la route entre Felino et Marzorlara, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Parme.

 

C’est Antonio le fromager qui nous a reçues.

 

Après avoir effectuée la collecte dans les fermes avoisinantes, le camion de lait arrive à huit heures dans la petite coopérative laitière San Lucio. Antonio, le responsable de fabrication est fin prêt. Depuis longtemps d’ailleurs. Comme chaque matin, sa journée avait commencé à 6 heures. Il lui avait fallu enlever la crème de la traite du soir et mettre le lait écrémé dans les immenses cuves en cuivre en forme de cloche renversée.

 

Le lait qui venait d’arriver était du lait frais, c’est-à-dire juste trait et acheminé à la température ambiante, voire même tenu au chaud en hiver, car il ne devait pas descendre sous les 18°C afin de ne pas modifier la flore lactique.

 

C’est du lait cru, bien sûr, provenant de vaches élevées et nourries au foin de la région. Comme vous vous en doutez Antonio ne peut utiliser des bactéries lactiques provenant de laboratoires. Il doit obligatoirement utiliser du séro-ferment indigène, provenant de son petit lait de la veille.

 

« Nous le goûtons, ce fameux petit-lait. Il a la consistance de l’eau avec une teinte jaunâtre. En bouche, on a l’impression de boire un jus de citron. Rien à voir avec le petit lait du jour, au goût de lait très sucré. Les bactéries de l’acide lactique ont eu le temps, pendant la nuit, de croître et de se multiplier en mangeant le lactose du petit-lait et en le transformant en acide lactique, qui aura un rôle primordial dans l’affinage.» Nous confie-t-il.

 

Depuis le Moyen-Âge, la méthode reste la même : le lait frais est ajouté au lait écrémé de la veille. Chaque cuve en cuivre contient 1000 litres de lait. Le lait est porté à 36°C, à l’aide de vapeur qui circule entre la paroi intérieure et la paroi extérieure de la cuve, puis le petit lait des fromages de la veille et la présure sont ajoutés.

 

La présure est d’origine animale, et le chauffage à 36°C est la même que celle de l’estomac du veau précise Antonio.

 

C’est ensuite le stade du caillé, opération délicate car il faut éviter qu’il ne devienne dur. Alors, Antonio et ses acolytes le casse à l’aide de la spinatura – le tranche-caillé – « Ainsi le caillé passe d’une masse compacte à un agrégat de grains de la taille de grains de riz. »

 

La main d’Antonio est l’outil technologique dernier cri pour savoir si le caillé est au bon stade de la déshydratation.

 

Ensuite on chauffe pendant une dizaine de minutes le caillé pour que les grains se rétractent et perdent leur eau. Mais il ne faut pas que la déshydratation soit complète sinon les petits grains ne pourront s’unir pour faire une masse compacte de fromage.

 

L’œil et le toucher d’Antonio sont donc des outils essentiels dans cette opération délicate et cruciale.

 

Puis, il faut attendre l’agrégation en fond de cuve. La masse est ensuite soulevée avec une pale en bois pendant que l’on glisse une toile de lin par-dessous. Le tout est suspendu à une barre puis coupé en deux. Ce sont 2 futures meules placées dans des toiles en lin pour s’égoutter. Elles seront ensuite placées dans leur forme couverte du Tagliere, un lourd disque en bois, pour les aplatir et aider le petit-lait à s’évacuer. Lors de la première journée les meules sont retournées toutes les deux heures et à chaque retournement on change le linge.

 

Vers 20 heures, lors de la dernière rotation, Antonio va procéder, à l’aide d’un cerceau en plastique, au marquage de la mention Parmigiano Reggiano et aux mentions de l’autorité sanitaire indiquant le mois et l’année de la production et le code de la fromagerie.

 

Ensuite, les meules dans leur moule iront passer une vingtaine de jours immergées dans de l’eau saturée de sel. Elles vont perdre environ 2 kg et le sel aura pénétré 3 cm dans le fromage.

 

Elles gagneront après ce bain des caves maintenues à une température d’environ 17°C et à un taux d’humidité de 80% afin de se débarrasser doucement de leur eau ; pour ce faire on les retournera et les brossera chaque semaine.

 

Au bout d’un an les meules passeront à l’examen des « experti battitori » qui inspectent chaque meule avec un marteau. En une dizaine de coups, la meule gagne ou perd sa mention Parmigiano Reggiano.

 

« Si le son n’est pas homogène, cela veut dire qu’il y a des défauts à l’intérieur. Ce peut-être des trous ou des ruptures de la pâte dut à une fermentation non désirée. »

 

Ces défauts s’expliquent en règle générale par une mauvaise fermentation, et notamment la fermentation butyrique. Celle-ci est liée à l’alimentation des vaches et plus particulièrement à l’ingestion de végétaux fermentés, notamment l’ensilage.

 

Celui-ci est interdit pour la nourriture des vaches produisant du lait pour le Parmigiano Reggiano et autorisé pour le Grana Padano.

 

Les meules n’en ont pas pour autant fini, elles vont encore séjourner une ou plusieurs années en cave. C’est dans cette dernière ligne droite de leur vie que va se produire, sous l’effet de l’absence d’eau et d’une diffusion parfaite du sel, la protéolyse.

 

Les bactéries de l’acide lactique meurent et libèrent un enzyme qui va désintégrer la caséine. Au cours de ce processus la pâte devient plus friable et plus granuleuse. Un acide aminé se fragmente pour s’amasser sous forme de cristaux.

 

Voilà, lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Nous avons regagné le tarmac de Giuseppe Verdi chargées comme des mules – pas de confusion merci – d’une belle meule de Parmigiano Reggiano de 36 mois. La pasta allait s’éclater rue Charles Floquet !

(27) « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres… »

 

Armando, chic à l’italienne, m’expliqua que lui et ses frères ont été les premiers à travailler en Chine. « Nous avons assuré une continuité dans nos interventions, avec des conseils techniques, en fournissant des techniciens italiens. Et nous sommes aujourd’hui parmi les plus gros importateurs de produits chinois au monde. »

 

Au début des années 90, Armando, qui avait alors une trentaine d’années découvre une Chine radicalement différente de celle d’aujourd’hui. « Les gens étaient encore vêtus de costumes maoïstes. Les rues comptaient peu d’automobiles, énormément de bicyclettes. C’était une Chine ancienne. Le pays s’est transformé à très grande vitesse. Voyager à travers la Chine à cette époque, se rendre dans les zones rurales les plus reculées, celles qui allaient devenir d’importantes zones de production de tomates, a été pour moi une véritable aventure. Je me souviens d’avoir fait un voyage en train couchette, interminable, de vingt-quatre heures, dans des conditions d’hygiène particulièrement difficiles… Au Xinjiang, faute de ponts, il m’est arrivé de traverser des rivières en voiture. Cela vous donnait vraiment la sensation d’être un pionnier. »

 

Il me souriait en ajoutant « vous n’êtes pas venue jusqu’à Parme pour m’entendre radoter sur mes exploits de jeunesse et vous documenter sur la mondialisation de la filière tomate. Cependant votre demande m’a beaucoup surpris. Je n’ai pas très bien compris en quoi je pouvais être en mesure de vous mettre en contact avec un consortium de mystérieux investisseurs s’intéressant à des GCC de Bordeaux. Si je vous reçois c’est que des amis français m’ont dit grand bien de vous, mais vous allez devoir m’expliquer plus précisément cette étrange affaire. Si vous le voulez bien nous allons aller déjeuner.

 

Nous sommes allés prendre l’apéritif Via Farini, une superbe rue piétonne où l’on trouve probablement la plus grande concentration de restaurants avec terrasses, en plus de très appétissantes salumeria, des charcuteries où l’on vend le proscuitto di Parma et sa version très haut de gamme, le culatello di Zibello, qui, contrairement ce dernier, est fait avec seulement le haut de la cuisse du porc, et seulement dans la région humide de Polesine, aux abords de la rivière Po.

 

Puis nous nous rendîmes dans le meilleur restaurant de cuisine italienne à Parme « Al Tramezzino ».

 

Nous commençâmes commence avec les grissini croquants que nous saucions dans une soucoupe pour goûter quelques-unes des huiles fraîchement arrivées.

 

Puis vint  le choix des spécialités parmensi" artisanales : le jambon Sant'Ilario avec 38 mois de maturation, le spalletta de cochon noir et le strolghino de Bocchi. Et encore la zuppetta de châtaignes, les cannellini et écrevisses rouges ; l’oeuf croquant à la vanille avec des noisettes et truffe noire ; le tartara de boeuf avec Parmesan fumé. Les tagliolini durs en assaisonnement crémeux avec des écrevisses roses, le bergamotto et fleurs; le risotto avec du Carnaroli vieilli, travaillé avec citrouille cloche, le cocozza, enrichi avec des cailles désossées et passées en poêle. Les spaghetti avec pulpe de hérisson et cimes de navet, ainsi que les ravioli d'orties à la plaque avec piment doux. Le cerf "en Black" a cuisson rose précise, ail noir, feuilles de chou noir, mûre de ronce. Et encore le mérou de fond, artichauts, Chartreuse ; la dentice avec citrouille ; le filet de cochon au cacao.

 

Je ne savais que choisir. Mon hôte nous fit servir un superbe assortiment d’un peu de tout.

 

La carte des vins était internationale. Armando insista pour que nous déjeunions au champagne, celui de Selosse que le patron suivait depuis toujours.

 

Au fur et à mesure que je développais mon histoire Armando devenait de plus en plus perplexe, il fronçait les sourcils, s’interrogeait en silence. Manifestement cette affaire le dépassait mais il cherchait le pourquoi de son implication par Arkan Jr dont il connaissait bien sûr l’existence. « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres. Arkan Jr est de ceux-là. Je pense qu’il vous envoie vers moi pour que je vous oriente discrètement vers son, ou ses véritables commanditaires. La loi de son milieu lui interdit, sous peine d’y laisser sa peau, de vous révéler qui est véritablement derrière cette étrange proposition.

 

J’ai ma petite idée mais avant de vous orienter vers ceux qui sont, à mon avis, les employeurs d’Arkan Jr, il faut que je fasse faire une discrète enquête dans les milieux de l’agromafia.

 

« En Italie, la criminalité dans le secteur agro-alimentaire a pris une telle ampleur que les institutions de la Péninsule la désigne d’un néologisme : agromafia. Avec la saturation des activités « traditionnelles » des mafias et sous l’effet du ralentissement économique engendré par la crise de 2008, les affaires d’agromafia n’ont cessé de se multiplier depuis une dizaine d’années. La Direction nationale antimafia a estimé le chiffre d’affaires des activités mafieuses dabs l’agriculture italienne à 12,5 milliards d’euros pour l’année 2011, soit 5,6% du produit annuel de la criminalité en Italie. Un chiffre passé à 15,4 milliards d’euros en 2014. La même année, à titre de comparaison, le groupe Danone réalisait un chiffre d’affaires de 21,14 milliards d’euros.

 

Les boss sont désormais présents dans toutes les branches de l’agrobusiness italien. De la mozzarelle à la charcuterie, aucun produit typiquement italien n’échappe à l’influence des clans. La fluidité de la circulation des marchandises propres à la mondialisation, le prestige dont jouissent les produits « Made in Italy », les mutations structurelles propres à l’agrobusiness ont largement contribué à l’essor de l’agromafia. De la Commission parlementaire antimafia aux syndicats italiens, tous soulignent et s’inquiètent de l’influence croissante de la criminalité organisée dans l’industrie agro-alimentaire.

 

La logique est simple. Les capitaux accumulés résultant des activités criminelles sur des territoires contrôlés par la Camorra (Campanie), Cosa Nostra (Sicile), la ’Ndrangheta (Calabre) ou la sacra Corona Unita (Pouilles) ont besoin de débouchés dans l’économie « blanche », afin de circuler, d’atteindre de nouveaux territoires, de générer de nouveaux profits.

 

Nous finîmes ce plantureux déjeuner avec un superbe plateau de fromages et une glace à la pomme cuite au chocolat fumé.

 

« À mon avis votre affaire c’est du billard à trois bandes mais l’important pour vous c’est de savoir qui tient la bonne queue, celle qui fait le coup gagnant… »

 

Armando me fit le baisemain en me confiant à l’honorable correspondant qui nous avait discrètement accompagnés au restaurant « Prenez soin de vous mademoiselle et, à l’avenir, évitez de venir piétiner les plates-bandes de gens qui ne reculent devant rien… »

 

(28) «Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite !»

 

C’est un Aadvark échevelé, avachi, liquéfié, que je reçus, sitôt son arrivée de Roissy, dans mon vaste bureau de la rue Charles Floquet, encore sous le coup de la jetlag il eut bien du mal à m’expliquer l’objet de sa visite. En effet, à ses yeux je n’étais qu’un apporteur d’affaires, certes une étrange affaire, donc totalement étranger à ce qui venait d’arriver à Agrippine. Face à sa demande insistante de l’aider à la retrouver j’avais beau lui rétorquer, gentiment d’abord, puis plus sèchement au fur à mesure qu’il persistait, que la police était payée pour ça, il n’en démordait pas.

 

Ma stratégie était celle des sables mouvants : je laissais ce cher homme gigoter, répéter les mêmes propos en boucle, me prendre pour un imbécile, s’époumoner, s’enfoncer… J’attendais qu’il s’épuise, s’aperçoive de son enlisement, de l’ineptie de son comportement, pour le cueillir. Ce que je fis avec une brutalité qui faillit le porter à l’apoplexie, il s’empourpra, sa bouche s’arrondit, son regard s’affola, ses mains battirent l’air.

 

« Agrippine à un amant !

 

  • Un a… un a quoi… un amant…

 

  • Un beau Serbe bien couillu !

 

  • Vous dites n’importe quoi…

 

  • Alors expliquez-moi pourquoi elle le retrouve régulièrement au George V ?

 

  • Comment le saurais-je ?

 

  • Oui les cocus sont toujours les derniers informés…

 

  • Tarpon j’exige des explications !

 

  • Vous n’avez rien à exiger, je vous rappelle que depuis une heure vous me bassiner pour que je prenne en charge la recherche de votre dulcinée. Alors, soit vous affrontez la réalité, soit vous vous adressez à un second couteau de la dimension de Touron.

 

  • Qui est ce Serbe ?

 

  • Un tueur, un homme de mains sanguinaire au service de la Mafia !

 

  • Mon Dieu… mais comment est-ce possible que… comment Agrippine a-t-elle pu se mettre entre les mains d’un voyou ?

 

  • La baise, la folie du corps, la transgression, rappelez-vous Belle de Jour, la belle bourgeoise Deneuve s’amourachant de la petite frappe de Clémenti.

 

Mon homme était à point, à la ramasse, je pouvais lui déballer avec profit ma salade pas fraîche ; un instant j’envisageai de l’interroger sur le Pourri mais à la réflexion je me dis qu’il fallait que je garde des atouts dans mon jeu.

 

À l’évocation de Marie de Saint-Drézéry, Aadvark blêmi : « Vous m’avez piégé !

 

  • Tout juste Auguste !

 

  • Mais dans quel but ?

 

  • Celui auquel nous sommes arrivés cher monsieur… C’est-à-dire à débusquer qui a aidé à vous piéger…

 

  • Qui ?

 

  • Allons ne faites pas l’enfant, votre Agrippine…

 

  • Ça n’est pas possible !

 

  • Je sais que pour vous la couleuvre est difficile à avaler mais c’est la stricte réalité.

 

  • Vous m’embrouillez…

 

  • Un peu, très cher, j’ai mis la barre très haute pour que vous cessiez de me prendre pour un con. J’ignore la nature exacte des relations de votre moitié avec le grand Serbe mais ce qui est sûr c’est qu’elle est dans le coup.

 

  • Mais pourquoi ?

 

  • Ça c’est une mauvaise question à mon endroit car vous seul pouvez y répondre.

 

  • Je ne comprends pas…

 

  • Vous êtes né dans le pays de Mauriac, de Thérèse Desqueyroux… alors allez chercher les mobiles dans les tréfonds du huis-clos familial, d’une sexualité refoulée, d’une condition féminine étouffée…

 

  • Tarpon vous délirez !

 

  • Sans doute mais, au risque de vous déplaire, je flirte avec la vérité.

 

Pour les ignares, sachez que « Mauriac est, au cours des années 20 fasciné par ces êtres hors norme que sont les meurtrières et plus particulièrement les empoisonneuses.

 

En 1925, il demande à son frère Pierre des documents sur le procès de Blanche Carnaby qui, en mai 1906, avait été acquittée devant les assises de Bordeaux d’une tentative d’empoisonnement de son mari, mais condamné pour falsification d’ordonnance.

 

Cette attirance se manifesta encore en 1933 pour l’affaire Violette Nozières qui défraie la chronique et qu’il suit en tant que journaliste.

 

« Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite ! »

 

Le perdreau étant bien faisandé il ne nous restait plus qu’à le cuisiner mais pour cela il nous fallait le jus qu’allait nous ramener de Parme notre très chère Marie.

(29) Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout.

 

Avec son sens aigu de la synthèse, à la fois désinvolte et précise, Marie rendit compte aux pontes de la place Beauvau de son voyage à Parme. Là aussi les mouches avaient changé d’ânes, ces messieurs avaient mis un peu d’eau dans leur vin, toujours avec la componction qui sied aux hauts fonctionnaires de notre vieux pays qui se croit républicain.  

 

Adelphine et Rosa n’en finissaient plus de nous conter la belle histoire du prince des formaggio qui a forgé ses lettres de noblesse dans une longue histoire. Le Parmigiano Reggiano « est le fer de lance de l’économie laitière italienne (13% du lait produit sur le territoire sert à sa production), ainsi qu’une valeur bancaire innovante. Dans les coffres-forts de certaines banques italiennes, les meules de parmesan sont entreposées tels des lingots  d’or en échange de financements. Ce système unique en son genre permet aux producteurs de contracter des prêts, les meules de parmesan leur servant de garanties. Dans ces coffres-forts aménagés, les meules sont ainsi déposées deux ans en garantie – le temps requis de l’affinage – avant leur mise en vente par leur propriétaire. »

 

Elles avaient acquis un des Petits Précis de la gastronomie italienne : le Parmigiano aux éditions du Pétrin écrit par Alessandra Pierini qui tenait une épicerie à Paris du côté de ND de Lorette. Nous eûmes droit, rue Charles Floquet, à du parmigiano matin midi et soir ; le veganisme des filles avait succombé au charme des jolies rousses, vacche rosse, broutant l’herbe  des alpages de Vesta avant de donner leur lait pour faire le parmesan : 600 litres pour faire une meule de 35 kilos.

 

Elles maniaient avec de plus en plus de dextérité un coltello a mandorla, une sorte de poinçon en forme de goutte pour couper le fameux formaggio.

 

La réponse d’Armando ne tarda pas à nous parvenir. De sources sûres, les commanditaires d’Arkan Jr étaient des « industriels » de Campanie qui avait servi d’intermédiaires au général Liu, fondateur et ancien dirigeant de l’entreprise militaro-agricole Chalkis devenu le premier exportateur mondial de concentré de tomates durant les années 2000. « L’entreprise est l’un des fleurons du « Bingtuan », le conglomérat du Xinjiang aux mains de l’armée populaire.

 

« Après avoir fondé Chalkis en 1994 et l’avoir dirigée d’une main de fer pendant plus de vingt ans, le général Liu a quitté l’entreprise en 2011 dans des conditions obscures. On le disait déchu, certains se demandaient même s’il n’était pas « tombé » pour corruption. Lorsque Chalkis acquis le Cabanon, coopérative provençale, le général Liu Yi avait vécu épisodiquement en France, à l’époque le Bingtuan disposait de bureaux sur les Champs Elysées. Le général se rendait alors tous les mois dans l’hexagone, où il rencontrait l’un de ses proches, le plus important trader français spécialisé dans la tomate d’industrie. Des années 2000, le Général Liu a conservé sa carte de séjour délivré par la République Française sur laquelle l’adresse est celle du Cabanon, route de Piolenc, Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse.

 

Liu vit maintenant à Accra au Ghana. « Son quartier général est une grande villa, bordée de hautes clôtures électrifiées, derrière lesquelles un berger allemand monte la garde. La demeure se trouve au cœur d’une zone résidentielle de la haute bourgeoisie d’Accra.

 

De là Liu, « gère dans la plus grande discrétion, une société devenue incontournable dans le business du concentré en Afrique, la Provence Tomato Products. Une entreprise faisant tourner une usine de 300 000 m2 installée en 2014 à Tianjin. »

 

 

C’est son fils Haoan, « Quinton » de son prénom occidental, qui la dirige.

 

« Comme bien d’autres enfants d’oligarques de sa génération, le fils du général Liu, né en 1987, a grandi aux USA, pays pour lequel il a renoncé à sa nationalité chinoise afin d’en obtenir le passeport. Après quoi, quelques années plus tard, il a renoncé à sa nationalité étasunienne, lui préférant celle de Saint-Christophe-et-Niévès. Un paradis fiscal. Le micro-État de 251 km2, composé de deux îles des Caraïbes, est plus connu des professionnels de l’évasion fiscale sous son nom anglais : Saint Kitts and Nevis. L’État s’est spécialisé dans la vente de ses passeports aux élites transnationales de la planète. Le document permet d’entrer sans visa dans plus de 100 pays et territoires, parmi lesquels Hong Kong, le Liechtenstein, l’Irlande, la Suisse et les États membres de Schengen dans l’Union européenne. Pour acquérir cette nationalité, il convient de débourser 250 000 dollars, sans qu’il ne soit nécessaire de se rendre sur place. « En fait, il suffit de payer les services d’un conseiller juridique. Trois mois après, tu reçois ton passeport. Et fiscalement, c’est vraiment intéressant. »

 

Dixit Quinton Liu.

 

Nota : ces informations contenues dans une note blanche la DG de la Sécurité Intérieure, elles sont tirées L’Empire de l’Or Rouge de Jean-Baptiste Malet, ouvrage de référence en la matière.

 

En conclusion Marie indiqua à ses interlocuteurs qu’avant toute prise de contact avec la famille Liu il restait certains points à éclaircir, ce qui, ils le comprendraient aisément, nécessitait que la maison Tarpon puisse encore bénéficier de leur bienveillance. Ils en convinrent et la remercièrent pour la qualité de son travail. « Notre seule exigence c’est que nous continuions d’assurer votre protection… »

 

  • Pas de blème conclue Marie.

 

Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout. Nous ne possédions pas le savoir-faire de nos « amis » les yakusas mais un bon deal vaut mieux qu’une bataille perdue.

 

(30) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin dernier épisode À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô

 

Bloqué à Paris, Aadvark rongeait son frein, il déprimait. La perspective funeste qu’éclata un scandale lui faisait craindre une chute vertigineuse de sa notoriété, l’effondrement de son plantureux chiffre d’affaires, et surtout qu’il soit la risée de ses pairs qui aujourd’hui l’encensaient. Nous le rassurions en lui disant que son dossier était classé sensible, c’était une affaire d’État, et que les éventuelles galipettes d’Agrippine avec un beau Serbe étaient le cadet de nos soucis. Toute l’affaire, une fois réglée, serait classée « Secret Défense »

 

À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô. Ce calme relatif pouvait préfigurer la tempête, il nous fallait amuser la galerie.

 

La lumière  vint de Rosa, qui venait de dévorer le livre de Saporta.

 

« Nous allons publier un communiqué de presse ! »

 

  • Et qu’est-ce qu’il va dire ton communiqué de presse pimprenelle ? ironisa Tarpon.

 

  • Qu’Agrippine a pris du champ, qu’elle fait une retraite spirituelle dans une abbaye cistercienne… pour se ressourcer et aider le château d’Ô à retrouver ses valeurs originelles…

 

  • Pas con ta manip… Marie aimait.

 

  • Je veux bien mais en plein mois d’août ça va faire un flop. Tarpon ronchon.

 

  • Tu te trompes les médias n’ont rien à se mettre sous la dent. Ce sont des petits jeunes qui tiennent les permanences, nous allons accompagner notre petit communiqué de presse d’un superbe voyage de presse au château d’Ô.

 

  • Je reste sceptique. Tarpon narquois.

 

  • Sauf que le thème du voyage de presse sera le réchauffement climatique, le grand virage du château d’Ô.

 

  • Et il consistera en quoi ce grand virage Rosa ?

 

  • Conversion en biodynamie, longue marche vers le vin nature, introduction du cheval, reniement des 10 commandements de Parker…

 

  • Et tu vas faire avaler ça à Aadvark… Tarpon ébranlé.

 

  • Tu crois que je vais lui demander son avis, on va faire ça à l’arrache.

 

  • Banzaï ! Marie aux anges.

 

Branle-bas de combat, Adelphine fut chargée d’enfumer Aadvark en lui vendant les modalités du voyage de presse : avion spécial, visite du vignoble et du chai du château d’Ô, déjeuner au Logis de la Caserne, caisse bois de 12 flacons de la maison. Sans bien sûr lui préciser son contenu. Et tout ça sans qu’il allonge un rond. La maison Tarpon prenant l’opération à sa charge en l’inscrivant dans ses frais généraux.

 

Aadvark s’inquiéta « mais pourquoi tout ça ? »

 

  • Pour faire diversion…

 

  • Auprès de qui ?

 

  • De ceux qui gardent Agrippine en otage.

 

  • En otage, mais elle est en danger…

 

  • Otage c’est vite dit, j’ai dit ça pour pas vous faire de peine, l’autre hypothèse moins glorieuse pour vous c’est qu’Arkan Jr l’ait mis au frais.
  •  

Ébranlé Aadvark accepta de jouer le jeu.

 

L’Airbus A 320 était plein. L’opération de communication fut un grand succès médiatique. Abasourdi Aadvark, à la réflexion s’était dit, que tout compte fait ça allait faire grimper plus encore la valeur du château d’Ô.

 

Fataliste il grommelait dans l’avion du retour à Adelphine « Paris vaut bien une messe… »

 

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer Tarpon et Marie allait confesser Arkan Jr, pas sûr qu’il obtienne l’absolution.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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9 septembre 2017 6 09 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (30)

(30) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin dernier épisode À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô

 

Bloqué à Paris, Aadvark rongeait son frein, il déprimait. La perspective funeste qu’éclata un scandale lui faisait craindre une chute vertigineuse de sa notoriété, l’effondrement de son plantureux chiffre d’affaires, et surtout qu’il soit la risée de ses pairs qui aujourd’hui l’encensaient. Nous le rassurions en lui disant que son dossier était classé sensible, c’était une affaire d’État, et que les éventuelles galipettes d’Agrippine avec un beau Serbe étaient le cadet de nos soucis. Toute l’affaire, une fois réglée, serait classée « Secret Défense »

 

À Saint-Émilion, hormis nos gorges profondes qui sont des tombes, les langues de putes ignoraient les déboires du propriétaire du château d’Ô. Ce calme relatif pouvait préfigurer la tempête, il nous fallait amuser la galerie.

 

La lumière  vint de Rosa, qui venait de dévorer le livre de Saporta.

 

« Nous allons publier un communiqué de presse ! »

 

  • Et qu’est-ce qu’il va dire ton communiqué de presse pimprenelle ? ironisa Tarpon.

 

  • Qu’Agrippine a pris du champ, qu’elle fait une retraite spirituelle dans une abbaye cistercienne… pour se ressourcer et aider le château d’Ô à retrouver ses valeurs originelles…

 

  • Pas con ta manip… Marie aimait.

 

  • Je veux bien mais en plein mois d’août ça va faire un flop. Tarpon ronchon.

 

  • Tu te trompes les médias n’ont rien à se mettre sous la dent. Ce sont des petits jeunes qui tiennent les permanences, nous allons accompagner notre petit communiqué de presse d’un superbe voyage de presse au château d’Ô.

 

  • Je reste sceptique. Tarpon narquois.

 

  • Sauf que le thème du voyage de presse sera le réchauffement climatique, le grand virage du château d’Ô.

 

  • Et il consistera en quoi ce grand virage Rosa ?

 

  • Conversion en biodynamie, longue marche vers le vin nature, introduction du cheval, reniement des 10 commandements de Parker…

 

  • Et tu vas faire avaler ça à Aadvark… Tarpon ébranlé.

 

  • Tu crois que je vais lui demander son avis, on va faire ça à l’arrache.

 

  • Banzaï ! Marie aux anges.

 

Branle-bas de combat, Adelphine fut chargée d’enfumer Aadvark en lui vendant les modalités du voyage de presse : avion spécial, visite du vignoble et du chai du château d’Ô, déjeuner au Logis de la Caserne, caisse bois de 12 flacons de la maison. Sans bien sûr lui préciser son contenu. Et tout ça sans qu’il allonge un rond. La maison Tarpon prenant l’opération à sa charge en l’inscrivant dans ses frais généraux.

 

Aadvark s’inquiéta « mais pourquoi tout ça ? »

 

  • Pour faire diversion…

 

  • Auprès de qui ?

 

  • De ceux qui gardent Agrippine en otage.

 

  • En otage, mais elle est en danger…

 

  • Otage c’est vite dit, j’ai dit ça pour pas vous faire de peine, l’autre hypothèse moins glorieuse pour vous c’est qu’Arkan Jr l’ait mis au frais.

 

Ébranlé Aadvark accepta de jouer le jeu.

 

L’Airbus A 320 était plein. L’opération de communication fut un grand succès médiatique. Abasourdi Aadvark, à la réflexion s’était dit, que tout compte fait ça allait faire grimper plus encore la valeur du château d’Ô.

 

Fataliste il grommelait dans l’avion à Adelphine « Paris vaut bien une messe… »

 

Les choses sérieuses allaient pouvoir commencer Tarpon et Marie allait confesser Arkan Jr, pas sûr qu’il obtienne l’absolution.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (29)

(29) Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout.

Avec son sens aigu de la synthèse, à la fois désinvolte et précise, Marie rendit compte aux pontes de la place Beauvau de son voyage à Parme. Là aussi les mouches avaient changé d’ânes, ces messieurs avaient mis un peu d’eau dans leur vin, toujours avec la componction qui sied aux hauts fonctionnaires de notre vieux pays qui se croit républicain.  

Adelphine et Rosa n’en finissaient plus de nous conter la belle histoire du prince des formaggio qui a forgé ses lettres de noblesse dans une longue histoire. Le Parmigiano Reggiano « est le fer de lance de l’économie laitière italienne (13% du lait produit sur le territoire sert à sa production), ainsi qu’une valeur bancaire innovante. Dans les coffres-forts de certaines banques italiennes, les meules de parmesan sont entreposées tels des lingots  d’or en échange de financements. Ce système unique en son genre permet aux producteurs de contracter des prêts, les meules de parmesan leur servant de garanties. Dans ces coffres-forts aménagés, les meules sont ainsi déposées deux ans en garantie – le temps requis de l’affinage – avant leur mise en vente par leur propriétaire. »

Elles avaient acquis un des Petits Précis de la gastronomie italienne : le Parmigiano aux éditions du Pétrin écrit par Alessandra Pierini qui tenait une épicerie à Paris du côté de ND de Lorette. Nous eûmes droit, rue Charles Floquet, à du parmigiano matin midi et soir ; le veganisme des filles avait succombé au charme des jolies rousses, vacche rosse, broutant l’herbe  des alpages de Vesta avant de donner leur lait pour faire le parmesan : 600 litres pour faire une meule de 35 kilos.

Elles maniaient avec de plus en plus de dextérité un coltello a mandorla, une sorte de poinçon en forme de goutte pour couper le fameux formaggio.

La réponse d’Armando ne tarda pas à nous parvenir. De sources sûres, les commanditaires d’Arkan Jr étaient des « industriels » de Campanie qui avait servi d’intermédiaires au général Liu, fondateur et ancien dirigeant de l’entreprise militaro-agricole Chalkis devenu le premier exportateur mondial de concentré de tomates durant les années 2000. « L’entreprise est l’un des fleurons du « Bingtuan », le conglomérat du Xinjiang aux mains de l’armée populaire.

« Après avoir fondé Chalkis en 1994 et l’avoir dirigée d’une main de fer pendant plus de vingt ans, le général Liu a quitté l’entreprise en 2011 dans des conditions obscures. On le disait déchu, certains se demandaient même s’il n’était pas « tombé » pour corruption. Lorsque Chalkis acquis le Cabanon, coopérative provençale, le général Liu Yi avait vécu épisodiquement en France, à l’époque le Bingtuan disposait de bureaux sur les Champs Elysées. Le général se rendait alors tous les mois dans l’hexagone, où il rencontrait l’un de ses proches, le plus important trader français spécialisé dans la tomate d’industrie. Des années 2000, le Général Liu a conservé sa carte de séjour délivré par la République Française sur laquelle l’adresse est celle du Cabanon, route de Piolenc, Camaret-sur-Aigues, dans le Vaucluse.

Liu vit maintenant à Accra au Ghana. « Son quartier général est une grande villa, bordée de hautes clôtures électrifiées, derrière lesquelles un berger allemand monte la garde. La demeure se trouve au cœur d’une zone résidentielle de la haute bourgeoisie d’Accra.

De là Liu, « gère dans la plus grande discrétion, une société devenue incontournable dans le business du concentré en Afrique, la Provence Tomato Products. Une entreprise faisant tourner une usine de 300 000 m2 installée en 2014 à Tianjin. »

C’est son fils Haoan, « Quinton » de son prénom occidental, qui la dirige.

« Comme bien d’autres enfants d’oligarques de sa génération, le fils du général Liu, né en 1987, a grandi aux USA, pays pour lequel il a renoncé à sa nationalité chinoise afin d’en obtenir le passeport. Après quoi, quelques années plus tard, il a renoncé à sa nationalité étasunienne, lui préférant celle de Saint-Christophe-et-Niévès. Un paradis fiscal. Le micro-État de 251 km2, composé de deux îles des Caraïbes, est plus connu des professionnels de l’évasion fiscale sous son nom anglais : Saint Kitts and Nevis. L’État s’est spécialisé dans la vente de ses passeports aux élites transnationales de la planète. Le document permet d’entrer sans visa dans plus de 100 pays et territoires, parmi lesquels Hong Kong, le Liechtenstein, l’Irlande, la Suisse et les États membres de Schengen dans l’Union européenne. Pour acquérir cette nationalité, il convient de débourser 250 000 dollars, sans qu’il ne soit nécessaire de se rendre sur place. « En fait, il suffit de payer les services d’un conseiller juridique. Trois mois après, tu reçois ton passeport. Et fiscalement, c’est vraiment intéressant. »

Dixit Quinton Liu.

Nota : ces informations contenues dans une note blanche la DG de la Sécurité Intérieure, elles sont tirées L’Empire de l’Or Rouge de Jean-Baptiste Malet, ouvrage de référence en la matière.

En conclusion Marie indiqua à ses interlocuteurs qu’avant toute prise de contact avec la famille Liu il restait certains points à éclaircir, ce qui, ils le comprendraient aisément, nécessitait que la maison Tarpon puisse encore bénéficier de leur bienveillance. Ils en convinrent et la remercièrent pour la qualité de son travail. « Notre seule exigence c’est que nous continuions d’assurer votre protection… »

  • Pas de blème conclue Marie.

Le problème de l’heure pour nous c’était d’aller cuisiner en direct live Arkan Jr pour qu’il aille au bout du bout. Nous ne possédions pas le savoir-faire de nos « amis » les yakusas mais un bon deal vaut mieux qu’une bataille perdue.

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (28)

(28) «Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite !»

 

C’est un Aadvark échevelé, avachi, liquéfié, que je reçus, sitôt son arrivée de Roissy, dans mon vaste bureau de la rue Charles Floquet, encore sous le coup de la jetlag il eut bien du mal à m’expliquer l’objet de sa visite. En effet, à ses yeux je n’étais qu’un apporteur d’affaires, certes une étrange affaire, donc totalement étranger à ce qui venait d’arriver à Agrippine. Face à sa demande insistante de l’aider à la retrouver j’avais beau lui rétorquer, gentiment d’abord, puis plus sèchement au fur à mesure qu’il persistait, que la police était payée pour ça, il n’en démordait pas.

 

Ma stratégie était celle des sables mouvants : je laissais ce cher homme gigoter, répéter les mêmes propos en boucle, me prendre pour un imbécile, s’époumoner, s’enfoncer… J’attendais qu’il s’épuise, s’aperçoive de son enlisement, de l’ineptie de son comportement, pour le cueillir. Ce que je fis avec une brutalité qui faillit le porter à l’apoplexie, il s’empourpra, sa bouche s’arrondit, son regard s’affola, ses mains battirent l’air.

 

« Agrippine à un amant !

 

  • Un a… un a quoi… un amant…

 

  • Un beau Serbe bien couillu !

 

  • Vous dites n’importe quoi…

 

  • Alors expliquez-moi pourquoi elle le retrouve régulièrement au George V ?

 

  • Comment le saurais-je ?

 

  • Oui les cocus sont toujours les derniers informés…

 

  • Tarpon j’exige des explications !

 

  • Vous n’avez rien à exiger, je vous rappelle que depuis une heure vous me bassiner pour que je prenne en charge la recherche de votre dulcinée. Alors, soit vous affrontez la réalité, soit vous vous adressez à un second couteau de la dimension de Touron.

 

  • Qui est ce Serbe ?

 

  • Un tueur, un homme de mains sanguinaire au service de la Mafia !

 

  • Mon Dieu… mais comment est-ce possible que… comment Agrippine a-t-elle pu se mettre entre les mains d’un voyou ?

 

  • La baise, la folie du corps, la transgression, rappelez-vous Belle de Jour, la belle bourgeoise Deneuve s’amourachant de la petite frappe de Clémenti.

Mon homme était à point, à la ramasse, je pouvais lui déballer avec profit ma salade pas fraîche ; un instant j’envisageai de l’interroger sur le Pourri mais à la réflexion je me dis qu’il fallait que je garde des atouts dans mon jeu.

 

À l’évocation de Marie de Saint-Drézéry, Aadvark blêmi : « Vous m’avez piégé !

 

  • Tout juste Auguste !

 

  • Mais dans quel but ?

 

  • Celui auquel nous sommes arrivés cher monsieur… C’est-à-dire à débusquer qui a aidé à vous piéger…

 

  • Qui ?

 

  • Allons ne faites pas l’enfant, votre Agrippine…

 

  • Ça n’est pas possible !

 

  • Je sais que pour vous la couleuvre est difficile à avaler mais c’est la stricte réalité.

 

  • Vous m’embrouillez…

 

  • Un peu, très cher, j’ai mis la barre très haute pour que vous cessiez de me prendre pour un con. J’ignore la nature exacte des relations de votre moitié avec le grand Serbe mais ce qui est sûr c’est qu’elle est dans le coup.

 

  • Mais pourquoi ?

 

  • Ça c’est une mauvaise question à mon endroit car vous seul pouvez y répondre.

 

  • Je ne comprends pas…

 

  • Vous êtes né dans le pays de Mauriac, de Thérèse Desqueyroux… alors allez chercher les mobiles dans les tréfonds du huis-clos familial, d’une sexualité refoulée, d’une condition féminine étouffée…

 

  • Tarpon vous délirez !

 

  • Sans doute mais, au risque de vous déplaire, je flirte avec la vérité.

 

Pour les ignares, sachez que « Mauriac est, au cours des années 20 fasciné par ces êtres hors norme que sont les meurtrières et plus particulièrement les empoisonneuses.

 

En 1925, il demande à son frère Pierre des documents sur le procès de Blanche Carnaby qui, en mai 1906, avait été acquittée devant les assises de Bordeaux d’une tentative d’empoisonnement de son mari, mais condamné pour falsification d’ordonnance.

 

Cette attirance se manifesta encore en 1933 pour l’affaire Violette Nozières qui défraie la chronique et qu’il suit en tant que journaliste.

 

« Elle traversait seule un tunnel, vertigineusement ; elle en était au plus obscur ; il fallait sans réfléchir, comme une brute, sortir de ces ténèbres, de cette fumée, atteindre l’air libre, vite, vite ! »

 

Le perdreau étant bien faisandé il ne nous restait plus qu’à le cuisiner mais pour cela il nous fallait le jus qu’allait nous ramener de Parme notre très chère Marie.

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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (27)

(27) « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres… »

 

Armando, chic à l’italienne, m’expliqua que lui et ses frères ont été les premiers à travailler en Chine. « Nous avons assuré une continuité dans nos interventions, avec des conseils techniques, en fournissant des techniciens italiens. Et nous sommes aujourd’hui parmi les plus gros importateurs de produits chinois au monde. »

 

Au début des années 90, Armando, qui avait alors une trentaine d’années découvre une Chine radicalement différente de celle d’aujourd’hui. « Les gens étaient encore vêtus de costumes maoïstes. Les rues comptaient peu d’automobiles, énormément de bicyclettes. C’était une Chine ancienne. Le pays s’est transformé à très grande vitesse. Voyager à travers la Chine à cette époque, se rendre dans les zones rurales les plus reculées, celles qui allaient devenir d’importantes zones de production de tomates, a été pour moi une véritable aventure. Je me souviens d’avoir fait un voyage en train couchette, interminable, de vingt-quatre heures, dans des conditions d’hygiène particulièrement difficiles… Au Xinjiang, faute de ponts, il m’est arrivé de traverser des rivières en voiture. Cela vous donnait vraiment la sensation d’être un pionnier. »

 

Il me souriait en ajoutant « vous n’êtes pas venue jusqu’à Parme pour m’entendre radoter sur mes exploits de jeunesse et vous documenter sur la mondialisation de la filière tomate. Cependant votre demande m’a beaucoup surpris. Je n’ai pas très bien compris en quoi je pouvais être en mesure de vous mettre en contact avec un consortium de mystérieux investisseurs s’intéressant à des GCC de Bordeaux. Si je vous reçois c’est que des amis français m’ont dit grand bien de vous, mais vous allez devoir m’expliquer plus précisément cette étrange affaire. Si vous le voulez bien nous allons aller déjeuner.

 

Nous sommes allés prendre l’apéritif Via Farini, une superbe rue piétonne où l’on trouve probablement la plus grande concentration de restaurants avec terrasses, en plus de très appétissantes salumeria, des charcuteries où l’on vend le proscuitto di Parma et sa version très haut de gamme, le culatello di Zibello, qui, contrairement ce dernier, est fait avec seulement le haut de la cuisse du porc, et seulement dans la région humide de Polesine, aux abords de la rivière Po.

 

Puis nous nous rendîmes dans le meilleur restaurant de cuisine italienne à Parme « Al Tramezzino ».

 

Nous commençâmes commence avec les grissini croquants que nous saucions dans une soucoupe pour goûter quelques-unes des huiles fraîchement arrivées.

 

Puis vint  le choix des spécialités parmensi" artisanales : le jambon Sant'Ilario avec 38 mois de maturation, le spalletta de cochon noir et le strolghino de Bocchi. Et encore la zuppetta de châtaignes, les cannellini et écrevisses rouges ; l’oeuf croquant à la vanille avec des noisettes et truffe noire ; le tartara de boeuf avec Parmesan fumé. Les tagliolini durs en assaisonnement crémeux avec des écrevisses roses, le bergamotto et fleurs; le risotto avec du Carnaroli vieilli, travaillé avec citrouille cloche, le cocozza, enrichi avec des cailles désossées et passées en poêle. Les spaghetti avec pulpe de hérisson et cimes de navet, ainsi que les ravioli d'orties à la plaque avec piment doux. Le cerf "en Black" a cuisson rose précise, ail noir, feuilles de chou noir, mûre de ronce. Et encore le mérou de fond, artichauts, Chartreuse ; la dentice avec citrouille ; le filet de cochon au cacao.

 

Je ne savais que choisir. Mon hôte nous fit servir un superbe assortiment d’un peu de tout.

 

La carte des vins était internationale. Armando insista pour que nous déjeunions au champagne, celui de Selosse que le patron suivait depuis toujours.

 

Au fur et à mesure que je développais mon histoire Armando devenait de plus en plus perplexe, il fronçait les sourcils, s’interrogeait en silence. Manifestement cette affaire le dépassait mais il cherchait le pourquoi de son implication par Arkan Jr dont il connaissait bien sûr l’existence. « Nous ne faisons pas un métier d’enfant de chœur chère mademoiselle, lorsque nous traitons certaines affaires avec nos collègues du Sud nous nous servons d’intermédiaires aux mains pas toujours très propres. Arkan Jr est de ceux-là. Je pense qu’il vous envoie vers moi pour que je vous oriente discrètement vers son, ou ses véritables commanditaires. La loi de son milieu lui interdit, sous peine d’y laisser sa peau, de vous révéler qui est véritablement derrière cette étrange proposition.

 

J’ai ma petite idée mais avant de vous orienter vers ceux qui sont, à mon avis, les employeurs d’Arkan Jr, il faut que je fasse faire une discrète enquête dans les milieux de l’agromafia.

 

« En Italie, la criminalité dans le secteur agro-alimentaire a pris une telle ampleur que les institutions de la Péninsule la désigne d’un néologisme : agromafia. Avec la saturation des activités « traditionnelles » des mafias et sous l’effet du ralentissement économique engendré par la crise de 2008, les affaires d’agromafia n’ont cessé de se multiplier depuis une dizaine d’années. La Direction nationale antimafia a estimé le chiffre d’affaires des activités mafieuses dabs l’agriculture italienne à 12,5 milliards d’euros pour l’année 2011, soit 5,6% du produit annuel de la criminalité en Italie. Un chiffre passé à 15,4 milliards d’euros en 2014. La même année, à titre de comparaison, le groupe Danone réalisait un chiffre d’affaires de 21,14 milliards d’euros.

 

Les boss sont désormais présents dans toutes les branches de l’agrobusiness italien. De la mozzarelle à la charcuterie, aucun produit typiquement italien n’échappe à l’influence des clans. La fluidité de la circulation des marchandises propres à la mondialisation, le prestige dont jouissent les produits « Made in Italy », les mutations structurelles propres à l’agrobusiness ont largement contribué à l’essor de l’agromafia. De la Commission parlementaire antimafia aux syndicats italiens, tous soulignent et s’inquiètent de l’influence croissante de la criminalité organisée dans l’industrie agro-alimentaire.

 

La logique est simple. Les capitaux accumulés résultant des activités criminelles sur des territoires contrôlés par la Camorra (Campanie), Cosa Nostra (Sicile), la ’Ndrangheta (Calabre) ou la sacra Corona Unita (Pouilles) ont besoin de débouchés dans l’économie « blanche », afin de circuler, d’atteindre de nouveaux territoires, de générer de nouveaux profits.»

 

Nous finîmes ce plantureux déjeuner avec un superbe plateau de fromages et une glace à la pomme cuite au chocolat fumé.

 

« À mon avis votre affaire c’est du billard à trois bandes mais l’important pour vous c’est de savoir qui tient la bonne queue, celle qui fait le coup gagnant… »

 

Armando me fit le baisemain en me confiant à l’honorable correspondant qui nous avait discrètement accompagnés au restaurant « Prenez soin de vous mademoiselle et, à l’avenir, évitez de venir piétiner les plates-bandes de gens qui ne reculent devant rien… »

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5 septembre 2017 2 05 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (26)

(26) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 5 lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Rosa et moi, flanquées du jeune VO  nous nous sommes rendus à la petite coopérative laitière de San Lucio située sur la route entre Felino et Marzorlara, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Parme.

 

C’est Antonio le fromager qui nous a reçues.

 

Après avoir effectuée la collecte dans les fermes avoisinantes, le camion de lait arrive à huit heures dans la petite coopérative laitière San Lucio. Antonio, le responsable de fabrication est fin prêt. Depuis longtemps d’ailleurs. Comme chaque matin, sa journée avait commencé à 6 heures. Il lui avait fallu enlever la crème de la traite du soir et mettre le lait écrémé dans les immenses cuves en cuivre en forme de cloche renversée.

 

Le lait qui venait d’arriver était du lait frais, c’est-à-dire juste trait et acheminé à la température ambiante, voire même tenu au chaud en hiver, car il ne devait pas descendre sous les 18°C afin de ne pas modifier la flore lactique.

 

C’est du lait cru, bien sûr, provenant de vaches élevées et nourries au foin de la région. Comme vous vous en doutez Antonio ne peut utiliser des bactéries lactiques provenant de laboratoires. Il doit obligatoirement utiliser du séro-ferment indigène, provenant de son petit lait de la veille.

 

« Nous le goûtons, ce fameux petit-lait. Il a la consistance de l’eau avec une teinte jaunâtre. En bouche, on a l’impression de boire un jus de citron. Rien à voir avec le petit lait du jour, au goût de lait très sucré. Les bactéries de l’acide lactique ont eu le temps, pendant la nuit, de croître et de se multiplier en mangeant le lactose du petit-lait et en le transformant en acide lactique, qui aura un rôle primordial dans l’affinage.» Nous confie-t-il.

 

Depuis le Moyen-Âge, la méthode reste la même : le lait frais est ajouté au lait écrémé de la veille. Chaque cuve en cuivre contient 1000 litres de lait. Le lait est porté à 36°C, à l’aide de vapeur qui circule entre la paroi intérieure et la paroi extérieure de la cuve, puis le petit lait des fromages de la veille et la présure sont ajoutés.

 

La présure est d’origine animale, et le chauffage à 36°C est la même que celle de l’estomac du veau précise Antonio.

 

C’est ensuite le stade du caillé, opération délicate car il faut éviter qu’il ne devienne dur. Alors, Antonio et ses acolytes le casse à l’aide de la spinatura – le tranche-caillé – « Ainsi le caillé passe d’une masse compacte à un agrégat de grains de la taille de grains de riz. »

 

La main d’Antonio est l’outil technologique dernier cri pour savoir si le caillé est au bon stade de la déshydratation.

 

Ensuite on chauffe pendant une dizaine de minutes le caillé pour que les grains se rétractent et perdent leur eau. Mais il ne faut pas que la déshydratation soit complète sinon les petits grains ne pourront s’unir pour faire une masse compacte de fromage.

 

L’œil et le toucher d’Antonio sont donc des outils essentiels dans cette opération délicate et cruciale.

 

Puis, il faut attendre l’agrégation en fond de cuve. La masse est ensuite soulevée avec une pale en bois pendant que l’on glisse une toile de lin par-dessous. Le tout est suspendu à une barre puis coupé en deux. Ce sont 2 futures meules placées dans des toiles en lin pour s’égoutter. Elles seront ensuite placées dans leur forme couverte du Tagliere, un lourd disque en bois, pour les aplatir et aider le petit-lait à s’évacuer. Lors de la première journée les meules sont retournées toutes les deux heures et à chaque retournement on change le linge.

 

Vers 20 heures, lors de la dernière rotation, Antonio va procéder, à l’aide d’un cerceau en plastique, au marquage de la mention Parmigiano Reggiano et aux mentions de l’autorité sanitaire indiquant le mois et l’année de la production et le code de la fromagerie.

 

Ensuite, les meules dans leur moule iront passer une vingtaine de jours immergées dans de l’eau saturée de sel. Elles vont perdre environ 2 kg et le sel aura pénétré 3 cm dans le fromage.

 

Elles gagneront après ce bain des caves maintenues à une température d’environ 17°C et à un taux d’humidité de 80% afin de se débarrasser doucement de leur eau ; pour ce faire on les retournera et les brossera chaque semaine.

 

Au bout d’un an les meules passeront à l’examen des « experti battitori » qui inspectent chaque meule avec un marteau. En une dizaine de coups, la meule gagne ou perd sa mention Parmigiano Reggiano.

 

« Si le son n’est pas homogène, cela veut dire qu’il y a des défauts à l’intérieur. Ce peut-être des trous ou des ruptures de la pâte dut à une fermentation non désirée. »

 

Ces défauts s’expliquent en règle générale par une mauvaise fermentation, et notamment la fermentation butyrique. Celle-ci est liée à l’alimentation des vaches et plus particulièrement à l’ingestion de végétaux fermentés, notamment l’ensilage.

 

Celui-ci est interdit pour la nourriture des vaches produisant du lait pour le Parmigiano Reggiano et autorisé pour le Grana Padano.

 

Les meules n’en ont pas pour autant fini, elles vont encore séjourner une ou plusieurs années en cave. C’est dans cette dernière ligne droite de leur vie que va se produire, sous l’effet de l’absence d’eau et d’une diffusion parfaite du sel, la protéolyse.

 

Les bactéries de l’acide lactique meurent et libèrent un enzyme qui va désintégrer la caséine. Au cours de ce processus la pâte devient plus friable et plus granuleuse. Un acide aminé se fragmente pour s’amasser sous forme de cristaux.

 

Voilà, lorsque vous goutterez du Parmigiano Reggiano ayez une petite pensée pour Antonio le fromager de San Lucio qui se lève tous les jours à 6 heures du matin pour faire naître ses 24 meules de 40 kg de Parmesan avec du bon lait cru tout juste sorti du pis des vaches.

 

Nous avons regagné le tarmac de Giuseppe Verdi chargées comme des mules – pas de confusion merci – d’une belle meule de Parmigiano Reggiano de 36 mois. La pasta allait s’éclater rue Charles Floquet !

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4 septembre 2017 1 04 /09 /septembre /2017 06:00
Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers (25)

(25) Le Falcon 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques

 

Des motos-taxis nous conduisirent à l’aéroport du Bourget, en dépit de leurs casques je savais que c’étaient des yakusas. Un cross-over Nissan ouvrait la route et un autre nous collait au cul. Le Tarpon ne lésinait pas sur la sécurité, ça le faisait bander !

 

L’équipage du Falcon EX, le commandant de bord, le copilote et une hôtesse nous attendaient au pied de l’appareil, souriants. Ils nous saluèrent au fur et mesure de notre passage. Les trois filles nous nous installâmes à l’avant. Nos protecteurs à l’arrière. L’équipage se mit en place. L’hôtesse referma la porte. Les réacteurs feulèrent. L’avion entama son roulage jusqu’en bout de piste. Nous décollâmes à 17h35. Le 50 EX a la particularité de se contenter de très courtes pistes, 1200 mètres, ce qui est bien utile pour se poser dans certains pays exotiques. Le jeune VO nous en fit la remarque en souriant.

 

Nous atteignîmes notre altitude de croisière très rapidement. L’hôtesse nous proposa des rafraichissements. J’optai  pour un Cristal 2004 de Roederer, alors qu’Adelphine et Rosa s’en tinrent sagement au jus d’orange. Les hommes sirotèrent du Lagavulin.

 

Le commandant de bord nous avait annoncé dès notre départ que la distance de vol entre Paris et Venise était d’environ de 470 miles soit 755 kms et des poussières, et qu’il nous faudrait compter sur 1 heure 15 minutes de voyage pour atteindre l’aéroport Giuseppe Verdi de Parme.

 

Après les rafraîchissements notre charmante hôtesse dressa la table et nous servit une collation. Les filles picorèrent, nos hommes se goinfrèrent. Adelphine lisait en mangeant. J’avais remarqué dès le départ qu’elle tenait à la main un livre sur la jaquette duquel trônait une jeune vache pie noire dans un décor de papier vert d’eau très bucolique, « Laitier de nuit » d’Andrei Kourkov.

 

J’avais lu son désopilant best-seller « Le Pingouin » qui contait l’histoire, à Kiev, de Victor Zolotarev, un journaliste sans emploi et de son pingouin Micha rescapé du zoo de la ville en pleine débine. Tous deux tentent péniblement de survivre, entre la baignoire et le frigidaire de l'appartement. J’avis adoré Victor et son pingouin neurasthénique se trouvent plongé dans la tourmente d’un monde impitoyable et sans règles, celui d’une république de l’ancien  empire soviétique

 

 Adelphine lut à voix haute :

 

« Nous sommes à l’aéroport de Bérispol, un matin. » c’est l’aéroport de Kiev. «Un maître-chien, Dmitri Kovalenko, employé des douanes inspectait avec son berger Chamil les rangées de bagages enregistrées, en  fredonnant une chanson inepte. Chamil reniflait les valises et les sacs depuis quatre du matin. Après trois heures de boulot le clebs fatiguait… »

 

« … Ce matin-là, comme par un fait exprès, les passagers aériens se révélaient étonnement respectueux de la loi. Aucune trace de drogue dans leurs bagages. Or le chien avait grande envie de faire plaisir à son maître qui, à voir son regard, ne semblait pas connaître le sens du mot « excitation». Comme il aurait aimé le voir cesser de bailler ».

 

Le gabelou, n’avait pas son compte de sommeil car il avait fêté jusqu’à l’aube les 25 ans de sa sœur cadette Nadka avec une vingtaine de personnes. « Ils avaient bu, mangé et joué au karaoké » et c’est que cette fichue rengaine lui était rentré dans la tête. « Tu nous ne rattraperas pas ! » Chamil, lorsque soudain « une fragrance tout à fit neuve et insolite attira son attention. Ce curieux parfum émanait d’une petite valise de plastique noir à roulettes. Celle-ci était flambant neuve, et ce détail participait également de l’odeur, cependant il y avait autre chose encore, qui inspirait comme un étrange et pesant sentiment de joie mauvaise. »

 

Le Falcon se posait en douceur. Un van m’attendait au pied de la passerelle pour me conduire dans les locaux de l’entreprise Gandolfo, numéro un mondial du trading de concentré de tomates, aussi spacieux que discrets. Les trois frères Gandolfo, les « Marco Polo » de la tomate, la troisième génération à parcourir le monde pour acheter et vendre des barils d’or rouge. Chaque été, ces traders se relaient en Chine dans le cadre de leurs voyages d’affaires rituels. Les 3 frères scrutent attentivement l’évolution de la production chinoise.

 

C’est Armando, l’aîné qui me reçut.

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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 06:00
Les chapitres 19 à 24 du roman de plage de l’été : Le chai du château d’Ô, saint-émilion grand cru classé A, était plein de corps étrangers

(19) « Pas de témoins, pas vu, pas pris, prévenez vos collègues du 13e et ceux de la BRB, je pense que notre ami Arkan est derrière ce joyeux gymkhana… »

 

Au retour de la rue des Saussaies nous avons décidé de faire une pause, Arkan localisé, Agrippine entravée mais sans savoir si elle avait été enlevée ou simplement mis au frais, il ne nous restait plus qu’à attendre la réaction d’Aadvark lorsqu’il apprendrait que sa douce avait disparu et, bien sûr, celle du Serbe. Marie allait pousser plus avant sa collaboration avec le cabinet de Collomb afin de trouver une passerelle avec les stars de la BRB dont la susceptibilité est bien connue.

 

Dans l’après-midi, alors qu’Adelphine et Rosalie s’affairaient à transformer une des pièces de la rue Charles Floquet en centre opérationnel je décidai de reprendre langue, si je puis m’exprimer ainsi, avec mon éruptive banquière Lucette Durand. Au téléphone l’accueil fut polaire. Je ripostai en surjouant l’outragé « et comment se terminent les promenades nocturnes des toutous avec le beau Houellebecq ? Sans doute par de profonds échanges littéraires… » Un léger zéphyr souffla sur la banquise. J’enfonçai le clou « la confiance ça se mérite ma chère, je ne suis pas certain que si tu engages un bras de fer sur ce terrain-là ce sera à ton avantage ! » L’iceberg se fissurait, avec des petits sanglots dans la voix elle ânonnait des « je suis désolée, je suis désolée… »

 

Le dégel total intervint sur le pieu de Lucette, ce fut Ouragan sur le Caine. Par bonheur le régime cardio-muscu d’Adelphine me permit de tenir la distance. Elle était insatiable. Je pourrais, comme le font certains auteurs, pour pimenter ce récit, vous décrire par le menu notre corps à corps, nos extases et épectases. Si je m’abstiens c’est que : primo, ça n’apporte rien à l’action de savoir qu’à  des préliminaires d’enfer a succédé un super 69 – les deux partenaires sont allongés tête-bêche, sur le côté ou l’un sur l’autre. La bouche de l’un est contre le sexe de l’autre, ils se prodiguent mutuellement fellation et cunnilingus –, secundo, que dans cette affaire je n’étais pas spectateur, vous relater notre fusion équivaudrait à demander à un curé comment le vin blanc doux de messe se transmue en sang du Christ, tertio, ce qui va suivre est bien plus excitant qu’une banale, même torride, partie de jambes en l’air.

 

Mes gonades essorées – oui, oui, vulgaire un jour vulgaire toujours, la vulgarité c’est comme le communisme on n’en guérit jamais – il me fallait injecter des sucres lents dans mon corps flapi. Paris au mois d’août c’est le désert de Gobi, le triomphe de la mal bouffe, toutes les bonnes crèmeries ont tirées le rideau de fer, alors où allions-nous aller ? À titre préventif j’écartai deux possibilités : les baguettes de Chinatown et la livraison Deliveroo at home, pour une bonne et unique raison : je ne voulais pas repasser les plats avec mon essoreuse de Lucette une fois ma force de frappe restaurée, je voulais dormir seul dans mon grand lit pour ronfler tout mon saoul.

 

À l’heure avancée qu’il était, seules les grandes brasseries pouvaient nous accueillir. Lucette, très En Marche, décréta qu’elle serait ravie d’aller en pèlerinage à la Rotonde. Je rappelle aux ignares que le dîner de victoire, de Macron, au premier tour de la Présidentielle à la Rotonde, fut considéré par la bonne presse comme son Fouquet’s.

 

« C’est le symbole de son ascension. Ça deviendra celui de sa victoire, s’il bat la candidate du Front national, Marine Le Pen, au second tour de la présidentielle, le 7 mai. C’est à La Rotonde, mythique brasserie du quartier Montparnasse, que le leader d’En marche !, Emmanuel Macron, a pris ses habitudes quand il était ce talentueux banquier bien décidé à conquérir Paris.

 

C’est là aussi qu’il réunissait le groupe d’économistes chargés d’élaborer le programme économique de François Hollande, en 2012. Là encore qu’il se fournit pour les déjeuners de travail organisés à son QG, depuis le début de sa campagne : « C’est la salade Rotonde ! Ça vous va ? », glisse-t-il à ses invités.

 

C’est dans cette brasserie autrefois fréquentée par Cocteau, Apollinaire et Hemingway, tenue par des générations d’Auvergnats, que M. Macron avait convié ses amis à prendre un verre, après l’annonce des résultats du premier tour, dont il est arrivé en tête, dimanche 23 avril. « On s’y retrouve quand vous serez sortis des plateaux télé », avait-il lancé à ses soutiens, en début de soirée. Un SMS de son staff est venu confirmer l’invitation. »

 

Lucette enfila une combinaison de latex noir, chaussa des baskets constellées de paillettes, après coup je m’en félicite. Nous descendîmes au parking où le petit bolide rouge nous attendait. Même si le trajet pour Montparnasse était très court je m’attendais à subir les joies d’un Warm-Up d’enfer. Comme l’avenue de Choisy est à sens unique nous rejoignîmes le boulevard Masséna afin d’enfiler l’avenue d’Ivry qui nous conduirait Place d’Italie. Lucette pilotait fluide, je desserrai les fesses. Peu de circulation sur cette avenue sinistre, Lucette jetait pourtant un regard, qui me parut angoissé, dans son rétroviseur.

 

Aux feux de Masséna le rouge était mis. Lucette pointa lentement le bout du nez de son petit bolide à l’orée du passage piétons – autrefois dit cloutés – derrière nous l’arc de phares puissants illuminaient notre habitacle. Accélération brutale alors que le feu était toujours au rouge, virage à gauche sur les chapeaux de roue, la petite Cooper crachait ses boyaux en enfilant le boulevard Masséna. Belle anticipation car, avec un temps de retard, un énorme 4X4 reprenait notre trace. « … des amis à toi Tarpon… ils ont la puissance… moi j’ai la ruse… » Elle ralentissait. Le monstre nous collait au cul jusqu’à lui donner des petites tapettes. Nous longions la ligne du tramway. Lucette accélérait. Nos poursuivants, tels des matous, revenaient vers nous sans effort puis nous laissaient du champ. Nous plongions à fond la caisse dans la descente vers la Seine.

 

« Accroches-toi ! »

 

Nous plongions à fond la caisse dans la descente vers la Seine, dérapage contrôlé, profitant du large passage coupant la ligne de tramway qui permettait d’accéder à la rue de Patay, Lucette venait d’effectuer un tête-à-queue impeccable. Nos poursuivants qui avaient pilé nous voyaient passer, sous leur nez, sur la voie remontant vers la porte d’Italie « … ce n’est qu’un amuse-gueule Tarpon… s’ils sont cons à la prochaine tentative ils mordront à l’hameçon… ça passe ou ça casse ! » Nos poursuivants avaient fait demi-tour et nous recollaient aux fesses. Lucette roulait, sur la voie de gauche, à tombeau ouvert. Nos poursuivants jouaient avec nous à cache-tampon en se positionnant à notre hauteur. Lucette exécutait à merveille sa partition décélération- accélération. Ils se lassèrent et reprirent position à notre cul.

 

À hauteur de l’avenue d’Ivry Lucette vira sec, à la limite de l’adhérence, pour s’engager à gauche toute sur la voie herbée du tramway. Le gros 4X4 opéra la même manœuvre sans problème. Nous étions secoués comme des pruniers. Je commençais à baliser car subodorant que Lucette mijotait un coup pourri. Elle ralentissait en de déportant insensiblement vers la droite, les bestiaux nous collaient pare-chocs contre pare-chocs, soudainement Lucette faisait barre à droite en accélérant, la petite caisse chassait, frôlait le poteau de la caténaire du tramway, puis contre-braquait en décélérant. Le fracas fut effroyable, le gros 4X4 emporté par sa force d’inertie venait de s’empaler sur le pilier. Contrairement à la jurisprudence des séries américaines le véhicule ne s’embrasa pas.

 

« Maintenant cap sur la Rotonde, les émotions ça creuse Tarpon ! »  

 

J’appelai le 06 du joufflu de la sécurité intérieure. Il décrocha de suite. En quelques mots je lui relatais ce qui venait d’arriver. « Pas de témoins, pas vu, pas pris, prévenez vos collègues du 13e et ceux de la BRB, je pense que notre ami Arkan est derrière ce joyeux gymkhana… »

 

« Tant pis pour la Rotonde, réunion de crise rue Charles Floquet… »

 

(20) le journal d’une nonne de campagne by Adelphine Sarrazin opus 4 « Et si nous recrutions des hommes de mains sur le Bon Coin ? »

 

Rosa et moi regardions la télé lorsque Tarpon s’est pointé, excité comme une puce en manque de jaja, flanqué d’une petite nana manière Lucy Liu, ORen Ishii, dans Kill Bill, le film culte de Quentin Tarantino, où une tueuse professionnelle, Uma Thurman : Beatrix Kiddo est agressée le jour de son mariage par son ancien chef, Bill, David Carradine, qui la laisse dans le coma. Quand elle se réveille, elle n'a qu'un mot en tête: vengeance.

 

«  La vengeance est un plat qui se mange froid »

 

À propos de manger Tarpon me mobilisa de suite pour préparer une tortore roborative « J’ai une dalle de seigneur de la guerre ! »

 

« Les filles, je vous présente celle qui veille sur mon trésor de guerre et mes bijoux de famille : Lucette Durand »

 

Vulgaire un jour, vulgaire toujours, c’est l’ADN de Tarpon, un chouïa aussi le mien quand je me laisse aller.

 

Marie nous rejoignit dans les minutes qui suivirent. Nous réveillâmes Lulu qui dormait.

 

Tarpon choisit le vin, un rosé de Tavel, l’Anglore, pour accompagner mes Spaghetti All’arrabbiata.

 

Attablés, Tarpon fit le point de la situation avec une certaine emphase teintée d’une réelle admiration pour les talents de Lucette au volant. Il était clair qu’Agrippine, lors de sa rencontre, avec Arkan Jr, avait évoqué notre proposition, identique à celle de ses commanditaires, émanant d’un  cabinet « Eugène Tarpon II conseil en affaires réservées ». Les sbires d’Arkan, les hommes au 4X4 empalé, avait sans doute pour mission de faire battre en retraite l’intrus en lui foutant les chocottes.

 

Le smartphone de Tarpon se manifestait. Il décrochait. Se contentait d’écouter. Raccrochait. C’était son contact de la sécurité intérieure.

 

« Le chauffeur est salement blessé, son passager a rejoint l’enfer en express… »

 

Effet boomerang, Arkan Jr n’allait pas apprécier la plaisanterie, nous allions déguster !

 

C’était moi qui commentais.

 

Tarpon réfléchissait tout haut « Il faudrait lui mettre un nouveau coup derrière la cafetière pour l’amener à réfléchir, à venir à Canossa… »

 

Marie, réaliste, soupirait « nous sommes comme le Pape, combien de divisions ? »

 

  • Et si nous recrutions des hommes de mains sur le Bon Coin ?

 

Ça c’était Adelphine pour détendre l’atmosphère. « Qui veut des glaces ? » lançait-elle dans la foulée.

 

Tarpon maugréait au bout de la table qu’il occupait tel un patriarche.

 

Alors que je prenais commande des différents parfums la petite voix sucrée de Lucette Durand, qui jusqu’ici s’était tue, déclarait comme si c’était une évidence « moi j’ai ce qu’il vous faut sous la main… »

 

Tarpon sursauta « des yakusas ? »

 

  • Bien sûr !

 

  • Mobilisable rapidement ?

 

  • De suite ?

 

  • Oui, j’appelle de suite le boss des Yamaguchigumi de Paris qui est l’un de mes meilleurs clients

 

Les Yakuzas, comme tous les japonais, adorent la France, sa gastronomie, sa mode.

 

Au milieu des années 80, le marché des œuvres d’arts volées s’était considérablement développé au Japon. Non seulement les gens étaient riches et aimaient les artistes, mais, selon la loi nippone, il était presque impossible de remettre la main sur les objets volés.

 

Mais l’art n’est pas la seule chose qui intéresse les yakuzas en France. En avril 1992 à Paris, les autorités mirent fin aux activités d’une filière sophistiquée de blanchiment d’argent. En six ans, 75 millions de dollars en liquide avaient été clandestinement importés en France pour acheter des produits de luxe. Chaque jour, les gangsters envoyaient des étudiants japonais, voire chinois ou vietnamiens, faire les boutiques dans les beaux quartiers pour y acheter des sacs à main ou des vêtements de chez Hermès, Vuitton, Chanel et Lancel. Ces clients détenaient des liasses de billets de cinq cents francs que les Yakuzas avaient retirés dans des banques au Luxembourg ou en Suisse. Par l’intermédiaire d’une société écran, le gang exportait alors ces biens au Japon où il les revendait à faible perte, ce qui leur permettait de disposer d’une grande quantité d’argent « propre ». La police française saisit lors de l’arrestation de quatre japonais, pour 2,3 millions de dollars d’objets de luxe.

 

Aujourd’hui les yakuzas sont surtout présents en France par le biais de sociétés écrans. Il n’y a pas de gangs connus, la France reste relativement préservée de l’influence des Yakuzas.

 

(21) Le recadrage de ce soir, au 36 quai des Orfèvres, allait être encore plus pimenté pour les fines gueules de la haute hiérarchie policière.

 

Nous avions conclu le contrat dans la nuit. Lucette, garante de la transaction, assurerait les paiements, arrhes et solde, dans la plus grande discrétion, par des petites ponctions régulières sur mes comptes courants afin de ne pas attirer l’attention de sa hiérarchie.

 

Devais-je avertir la maison poulaga de mon action préventive ?

 

L’urgence ne me le permettait pas, les rouages administratifs, y compris ceux de la police, sont si tortueux et si lents que je risquais de perdre un temps précieux. La vitesse de ma réaction était un gage de ma puissance de feu. Les mandataires d’Arkan Jr ne seraient ébranlés que s’ils se sentaient en état d’infériorité.

 

Nous avions décidé d’enlever Arkan Jr en le cueillant dès qu’il serait en position de l’être. Ça ne saurait tarder car la tuile d’hier au soir devrait l’amener à contre-attaquer très vite. Si besoin était je servirais d’appeau sur mon frêle scooter électrique.

 

Nos alliés yakuzas l’avaient localisé dès le matin, il tenait un conseil de guerre à la Mouzaïa.

 

Ils ne nous restaient plus qu’à attendre. L’atmosphère, rue Charles Floquet, était à couper au couteau, nous chalutions dans un monde qui n’était pas le nôtre et nous n’en menions pas large. Pour calmer ses petits nerfs Rosa surfait sur le Net. Soudain, triomphalement elle s’écria :

 

« Parker-Parker&Parker, n’existe pas! J’ai fait toutes les recherches et je n’ai rien trouvé nulle part… »

 

Je ne pus m’empêcher de répondre « nous sommes vraiment des amateurs, c’était la première vérification que nous devions faire… »

 

Arkan Jr venait de quitter la Mouzaïa dans une Porsche Cayenne sans escorte. Ses suiveurs habituels le suivaient. Le reste de sa troupe, deux cross-over BMW, semblait se mettre en ordre de marche pour une opération. Consigne : notre troupe devait se replier fissa sur la place Fürstenberg, chez Marie, lieu sans doute encore inconnu de la bande d’Arkan Jr ; le siège de la rue Charles Floquet serait immédiatement sécurisée par les yakusas ; une chaîne de filoche de la Porsche Cayenne était en place avec une forte présomption qu’Arkan Jr aille rendre une petite visite à Agrippine. 

 

Les yakusas nous convoyèrent dans des cross-over Nissan jusque chez Marie. Au cours du trajet celle-ci reçu un appel d’Aadvark qui lui annonçait son retour immédiat, la disparition de sa chère et tendre lui causait souci. Marie joua à merveille les étonnées. Avait-il averti la police ? Il lui répondait que non. Mais alors pourquoi cet affolement ? Elle est injoignable ! Était-elle coutumière de ce genre d’escapade ? Aadvark répondait que non. Que sans aucun doute sa disparition avait un rapport avec ces foutues propositions. Pourquoi ce pluriel ? Aadvark bafouillait, se reprenait pour dire qu’il était perturbé, qu’il souhaitait vivement rencontrer Marie pour l’aider à dénouer les fils d’une affaire qui le dépassait. C’est tout juste s’il ne fit dans le pauvre paysan de Fernand Raynaud. « … ça eu payé mais ça ne paye plus… »

 

Marie me dit « la poire est mûre, espérons qu’elle ne soit pas blette lorsque nous la réceptionnerons. »

 

Mon smartphone se manifestait lui aussi, un numéro masqué cherchait à me joindre, je me connectais « Tarpon… »

 

  • Le directeur de la PJ de Paris !

 

  • Mes respects monsieur le directeur…

 

  • Vous me causez des soucis monsieur Tarpon…

 

  • J’en suis désolé…

 

  • Un recadrage de vos activités me semble le bienvenu dans les meilleurs délais.

 

  • À votre disposition monsieur le directeur…

 

  • Ce soir à 21 heures à mon bureau au 36 quai des Orfèvres.

 

  • J’ai toujours rêvé de cette adresse mythique !

 

  • Vous avez de la chance monsieur Tarpon nous allons déménager au 36 rue du Bastion dans le XVIIe.

 

  • Puis-je me faire accompagner par Marie de Saint-Drézéry monsieur le directeur ?

 

  • Comment pourrais-je refuser de recevoir une amie de monsieur le Ministre ?

 

  • Je vous comprends…

 

  • J’aurai moi aussi de la compagnie monsieur Tarpon.

 

Le chef de convoi des yakusas se tournait vers moi « le colis a été intercepté, sans casse, au péage de la A14 à Nanterre. Nous le plaçons en consigne… »

 

Le recadrage de ce soir, au 36 quai des Orfèvres, allait être encore plus pimenté pour les fines gueules de la haute hiérarchie policière.

 

Ça allait sûrement bouillir !

 

Nous allions devoir jouer serré mais que pouvait-on nous reprocher ? L’accident d’hier au soir ne pouvait nous être attribué, quant à l’enlèvement d’Arkan Jr il dépassait nos capacités. Ces messieurs allaient devoir nous donnez de vraies contreparties dans cette affaire pour que nous cessions de jouer les idiots utiles.

 

Les idiots utiles seraient partout. Il faut reconnaître que pour déstabiliser, voire humilier un adversaire, la formule est efficace. Personne n’aime se faire traiter d’idiot –même utile. Seul problème: la formule est souvent mal utilisée.

 

Excluons d’emblée l’application de cette qualification aux crapules, qui servent sans y croire une idéologie ou une cause dans leur propre intérêt –pour l’argent, la notoriété ou le pouvoir. Réservons le même sort aux cyniques. Car l’Idiot utile est sincère, il croit à la cause dont il se fait l’avocat; ainsi, André Gide qui défendait la révolution de 1917 au début des années 1930 pouvait être rangé dans cette catégorie jusqu’au Retour de l’URSS écrit en 1936, où il fait part de son désenchantement. De nombreux intellectuels occidentaux –Jean-Paul Sartre, qui ne voulait pas désespérer Billancourt, les «compagnons de route» du Parti communiste de Maurice Thorez  qui vantaient les mérites de la «Patrie des travailleurs» dans les années 1950, pendant la Guerre froide– croyaient pour la plupart participer à un combat progressiste, pour le bien de l’humanité.

 

L’Idiot utile pense servir une cause juste.

 

Mais, par manque de jugement ou d’information, il sert en fait, involontairement, une cause qu’il ignore, et qui peut contredire ses convictions profondes. Il est naïf, n’ayant pas su percevoir la réalité de cette cause, ou trop pressé, n’ayant pas encore les éléments qui lui permettraient de bien analyser les conséquences de la voie qu’il soutient.

 

Plus généralement, il faut rappeler qu’on attribue l’expression à Lénine, qui appelait ainsi cyniquement les intellectuels occidentaux avec lesquels il voulait s’allier, ceux qu’il voulait manipuler parce qu’ils n’avaient pas compris la réalité de la cause défendue, tout en se félicitant de leur «utilité», par le soutien qu’ils apportaient aux communistes.

 

(22) Lulu dit « Sarkozy dit qu’il s’emmerde… nous devrions l’embaucher…»

 

Les Arkan boys s’étaient déployés autour de la rue Charles Floquet, ignorants qu’ils étaient que le poulailler était vide. Nos yakusas roulèrent des mécaniques sous leur nez avant que, depuis son smartphone, Arkan Jr leur annonce sa capture. Les mouches venaient de changer d’âne, comme aimait à le dire Thierry Rolland. Ils battirent en retraite tels des vautours déçus de devoir abandonner leur pitance.

 

Que faire d’ici le rendez-vous de ce soir au 36 quai des Orfèvres ?

 

Nous phosphorâmes tout en consommant des bolées de thé vert, boisson chère à ma couvée de filles. Lénine se pavanait entre nous, se frottant, se léchant, prenant des pauses indécentes, ce qui fit dire à Adelphine que les mâles dominants étaient tous les mêmes, ils ne pensaient qu’au cul. Tintin au Congo reprit « au cul, au cul, au cul… »

 

Lulu dit « Sarkozy dit qu’il s’emmerde… nous devrions l’embaucher…»

 

Nous rîmes de bon cœur.

 

Rosa, qui se badigeonnait les ongles de pieds en bleu, avec son petit air de sainte nitouche, sur le ton de la confidence nous confia « mon père était syndiqué à FO, qu’il continuait à appeler CGT-FO car il était de la tendance hébertiste, et il citait souvent André Bergeron, le boss dont le slogan-culte était « il faut toujours du grain à moudre… »

 

Elle enchaînait, si vous voulez que ces messieurs de ce soir vous prennent au sérieux, vous lâchent les baskets, il faut que vous leur apportiez du grain à moudre.

 

Nous acquiesçâmes.

 

Pour les ignares qui sont légion :

 

Alexandre Hébert fut durant quatre décennies l'âme de la CGT-Force ouvrière de la Loire-Atlantique, et l’une des figures centrales du mouvement ouvrier du département depuis l’après-guerre. Beaucoup de choses ont été dites et écrites sur ce personnage énigmatique et sulfureux.

 

Pour certains, « Alex », c'était « la dernière figure historique du mouvement anarchiste », un tribun à la voix tonitruante, un intellectuel ouvrier comme le mouvement syndical n’en produit plus. Pour d'autres, Hébert était, au choix, un bureaucrate syndical aux pratiques douteuses, un « trotskyste lambertiste déguisé en libertaire », un manœuvrier, voire même un « flic » ou un « crypto-fasciste ». Si on mesurait l'importance politique et sociale d'un homme à la multiplicité des portraits paradoxaux que peuvent en faire ses amis et ennemis, Alexandre Hébert serait alors, pour la Loire-Atlantique, l'un des personnages centraux de l'après-guerre !

 

Lui, l’anar franc-maçon et libre-penseur, était lié à Pierre Boussel-Lambert, incontournable dirigeant de l’une des tendances du trotskysme hexagonal et syndicaliste à FO. Trotskyste, Hébert ? Oui, répondent les uns. Lui se dit simple « compagnon de route » et explique que c’est son amitié avec Pierre Boussel-Lambert qui fît qu’il participa aux réunions du bureau politique, nanti comme tous les autres d’un pseudo, comme le veut la coutume révolutionnaire.

 

« Quel grain pourrions-nous moudre les amis ? Tout bêtement celui qui est à notre disposition entre nos mains. Et qu’est-ce qui est entre nos mains ? Arkan Jr ! Nous allions, de suite, lui faire une proposition ferme et irrévocable : s’il nous donnait de suite, le ou les coordonnées de ses commanditaires, pour que nous puissions engager avec eux, entre gens du même monde, une franche négociation, nous le libérerions dès que le rendez-vous pris avec eux se traduirait par une rencontre en bonne et due forme en terrain neutre.  Sinon, il finira sa belle vie dans un bloc de béton.

 

  • Oh ! là, là, comme tu y vas Marie… s’exclama Adelphine

 

  • Suis désolée ma belle mais avec cette engeance nous n’avons pas d’autre choix que celui qu’ils sont prêt à nous appliquer. Rassures-toi, s’il ne cale pas nous nous retirerons de l’affaire et nous le remettrons entre les mains de nos amis de la police qui en feront ce qu’ils voudront bien en faire.

 

  • Tu crois qu’il va céder, c’est un dur à cuire ? s’inquiéta une Adelphine rassérénée.

 

  • Je le pense, le petit traitement que nous avons administré hier au soir à ses troupes va sûrement lui attendrir le cuir et être entre les mains de yakusas ça le faire vraiment réfléchir.

 

C’était Tarpon qui venait d’intervenir. « J’appelle Lucette Durand pour qu’elle joue les petits télégraphistes… »

 

Nous nous étonnions nous-mêmes de notre créativité.

 

Adelphine à peine remise de ses émotions posa la question qui fâche : « Mais pourquoi personne ne s’intéresse à la disparition de Touron ?

 

  • Parce que tout le monde se fout de Touron !

 

  • Tarpon, il est peut-être coulé dans un bloc de béton…

 

  • Ça m’étonnerais, ce serait gâcher du béton pour pas grand-chose.

 

  • Mais si ce n’est que de la roupie de sansonnet pourquoi l’avoir enlevé ?

 

  • Rien n’indique qu’il ait été enlevé. Il a disparu. D’ailleurs choupinette puisque la gendarmerie de Libourne a ouvert une enquête tu devrais faire du charme aux pandores pour savoir où ils en sont…

 

  • Tu es dure avec moi Tarpon mais je vais me mettre sur les traces de Touron.

 

Rosa qui en avait fini avec ses ongles de pied avant de s’attaquer à ceux de ses mains demanda « il est comment ce Touron ? »

 

-  C’est un pervers polymorphe, une couille molle, un aboyeur planqué…

 

- Monsieur Tarpon vous l’habillez pour l’hiver ce pauvre garçon.

 

- Pour ne rien te cacher j’ai ma petite idée sur sa disparition mais je la garde pour moi c’est plus jouissif !

(23) « monsieur le directeur de cabinet gardez votre sang-froid ! Si vous avez des éléments de preuve mettant en cause ce brave Tarpon donnez-les nous ! »

 

« Ces couloirs contorsionnistes, où la logique se serait perdue, ces bureaux d’où on s’attendait à voir jaillir à tout instant le médecin de famille en complet veston ou à surprendre la dactylo, blondeur naïve et boucles pimpantes, taille serrée en jupe crayon, assidue sur les genoux du dirlo, ce parfum des années 50 qui suintait des murs, ce séduisant bordel organisé, cette ruche qui jamais ne dormait, c’était la BRB. La brigade de répression du banditisme, coincée entre Sainte-Chapelle et préfecture de police et non moins célèbre que sa cousine, un poil plus  sévère, la Crime… »

 

« … Après avoir gravi les deux étages de l’escalier comme une fusée, il donna un coup de pied dans la porte grisée du Balto, le bar de la brigade…»

 

« … Le nom était inscrit près de la porte. Modèle plaque de rue en lettrage de la Belle Époque : Balto. Une marque de cigarettes de la SEITA – des années 50, justement. Balto pour Baltimore. Le quartier général de la centaine de policiers où en tiendraient dix tassés. Le modèle kitchenette d’étudiant, exiguë, débrouillarde et conviviale où on ne déboule pas en meute. Le nom BALTO était réinscrit sur le frigo du fond, entre deux silhouettes de pistolets collées… »

 

« … La ruche bourdonnait, les tâches se répartissaient. Dans le petit espace qui avait jadis été un bureau, elles valsaient. Lécher les constatations, constituer les scellés et les exploiter, récupérer les albums photo et les plans de l’IJ, leur mettre la pression pour l’envoi des prélèvements au labo, obtenir les vidéos et la téléphonie, bornage, diffusions des voitures, auditions, et rendre compte à la hiérarchie, la sauce PJ courante… »

 

J’avais lu avec gourmandise HAUTE VOLTIGE d’Ingrid Astier.

 

Lorsque nous nous pointâmes, Marie et moi, à l’entrée du 36 quai des Orfèvres le planton nous mena jusqu’à une berline garée dans la cour et nous invita à y prendre place. Nous saluâmes le chauffeur qui s’empressa de nous charroyer. Notre réunion, je le subodorais, après la prise d’Arkan Jr, allait se tenir au sommet. En effet, nous roulâmes jusqu’à la place de la Concorde, prîmes l’avenue Gabriel, longeâmes l’ambassade des Usa puis derrière le cul de l’Elysée avant de virer dans l’avenue de Marigny. Nous entrâmes par la grande grille du Ministère.

 

Ces messieurs nous attendaient dans un grand salon, debout en rang d’oignons. Le directeur de cabinet, très courtois, surtout avec Marie, nous présenta les uns aux autres ; une belle brochette : le directeur général de la Police Nationale, le directeur général de la gendarmerie, le directeur général de la sécurité intérieure, le directeur de la PJ parisienne, manquait à l’appel le boss de la DGSE. Nous nous assîmes autour d’une table ronde. Avec le sens de la synthèse qu’ont les énarques et la componction que cultivent les membres de la préfectorale, le directeur de cabinet, un homme d’une cinquantaine d’années, cheveux grisonnants taillés courts, fines lunettes sans monture, mine acétique, fit un point de la situation dont il ressortait que notre irruption intempestive dans un dossier sensible mettait en péril le travail patient des services. Dis en langage moins diplomatique « nous faisions chier tout le monde ! »

 

Je laissai le soin à Marie, plus en cour que ma pomme dont le CV peu glorieux avait dû plonger tout ce beau monde dans une affliction dédaigneuse, de répondre. Elle le fit avec un naturel qui dérida légèrement ces messieurs.

 

Que leur dit-elle :

 

Point1 : qu’elle avait été contacté par son éminent collègue du château d’Ô, grand cru classé A de saint-émilion, qui lui avait fait part d’une offre étrange faite par le cabinet d’avocats parisien Parker-Parker&Parker – qui vérification faites n’existait pas – au nom d’un consortium d’investisseurs. Celle-ci consistait à ce qu’Aadvark – bien évidemment Marie n’utilisa pas notre nom de code – céda ses parts à ce consortium et s’entremette, moyennant une juteuse commission, auprès de moi pour que je leur cède l’intégralité de mon portefeuille de propriétés bordelaises. Sans aucun doute le plus beau de la place. Je vous cite mon collègue, pour lui « ça sentait mauvais »

 

  • Qu’avez-vous fait depuis cette révélation ?

 

  • Rien monsieur le directeur puisque j’avais indiqué à mon collègue du château d’Ô que je n’étais pas vendeuse, et surtout pas à ce type de fonds d’investissements sûrement blanchisseur d’argent sale.

 

  • Vous avez des informations sur lui ?

 

  • Nada, pardon absolument rien, pure intuition !

 

  • Monsieur Tarpon qu’êtes-vous allé faire à Saint-Émilion ?

 

  • Grand amateur que je suis, déjeuner excellemment au Logis de la caserne en compagnie du plus grand winemaker que la terre est portée.

 

  • Vous vous fichez de nous !

 

  • Monsieur le directeur je ne me le permettrais pas, vos services ont dû vous rapporter que ma courte visite à Saint-Émilion n’a provoqué aucune perturbation.

 

  • Comment expliquez-vous le rendez-vous soudain d’Agrippine – le directeur bien évidemment nomma la dame par son patronyme – avec Arkan Jr au George V qui s’est ensuivi de la disparition de cette dame ?

 

  • Mais je ne me l’explique pas. J’ignorais, jusqu’à ce que vous me le révéliez, ce rendez-vous et que cette chère dame soit dans l’embarras.

 

  • En revanche, peut-être pourrez-vous nous expliquer les raisons qui ont motivé votre chasse hier au soir en plein Paris par des hommes de main d’Arkan Jr ? Avec le beau bilan que l’on sait…

 

  • Monsieur le directeur je ne sais de quelle chasse vous parlez. Hier au soir j’étais en compagnie de ma maîtresse, mademoiselle Lucette Durand qui est aussi ma banquière. Nous avons passé notre nuit à des jeux que vous me permettrez de ne pas vous décrire. Elle peut en témoigner si vous la sollicitez.

 

  • C’est est trop monsieur Tarpon !

 

Marie intervint sèchement « monsieur le directeur de cabinet gardez votre sang-froid ! Si vous avez des éléments de preuve mettant en cause ce brave Tarpon donnez-les nous ! »

 

  • Désolé mademoiselle de Saint-Drézéry mais admettez qu’avec l’enlèvement d’Arkan Jr au péage de l’A14 la coupe est pleine !

 

  • Certes mais nous n’y sommes pour rien. Vous nous prêtez à tort des capacités d’action dont nous ne disposons pas.

 

  • J’en conviens mademoiselle mais qui est à l’origine de ce bordel ? C’était le directeur général de la Police nationale qui venait de déborder…

 

  • Monsieur le directeur général, je suis doté d’un sens de l’humour très au-dessus de la moyenne, mais permettez-moi de vous dire que si vous vous ne le savez pas comment un ramier comme Tarpon et une donzelle évaporée comme moi pourraient éclairer votre lanterne ?

 

À cet instant précis mon smartphone afficha un message.

 

« Vous permettez ? »

 

Le directeur de cabinet opina.

 

(24) « les Ministres passent, les services restent… »

 

Nous avions enfin du grain à moudre mais je décidai de ne pas l’apporter au moulin de nos hôtes de la place Beauvau. Après avoir lu le SMS je décidai de continuer avec eux notre partie de poker menteur mais en leur promettant que j’abattrais mon jeu s’ils me laissaient jouer un dernier coup. Le bluff c’est de l’adrénaline garantie, ça passe ou ça casse !

 

« Un élément nouveau vient d’être porté à ma connaissance monsieur le directeur de cabinet ; j’espère que ces messieurs comme vous même comprendrez que, pour la sécurité de mon informateur, je puisse l’exploiter à mes seuls risques et périls. Si vous me laissez le champ libre pendant une semaine je vous promets que je mettrai l’ensemble de ce que je sais du dossier à votre disposition et que vous n’entendrez plus parler de nous… »

 

Ces messieurs se retirèrent pour conférer. Tarpon en profita pour prendre connaissance de l’information. Il me conseilla de le scratcher, sait-on jamais s’il venait à l’esprit à ces messieurs d’utiliser la manière forte en me faisant confisquer mon smartphone. Je le fis tout en sachant que s’ils en arrivaient à cette extrémité ma dernière donne ne serait plus jouable pour la bonne et simple raison  que lorsqu’on a supprimé un message sur son iPhone, le message n'a pas été vraiment supprimé, il existe encore dans le stockage de votre iPhone sous une forme invisible. Pour retrouver l’historique des messages cachés, et les restaurer c’est possible en utilisant un outil tiers. PhoneRescue qui est un logiciel de récupération de données iOS.

 

En attendant le retour de ces messieurs, qui tardait, je m’imaginais qu’ils en référeraient à l’étage supérieur. Le smartphone de Marie vibrait. C’était le Ministre. Son message était d’une clarté politique limpide « je te donne carte blanche, à toi et à ton étrange partenaire, mais la contrepartie c’est que vous nous rapportiez un succès de taille exploitable auprès des médias… ménage la susceptibilité de mes directeurs… je sais que tu sais faire… bon vent… prends soin de toi… dès que j’aurai un peu de temps nous déjeunerons ensemble… »

 

Marie se tira avec maestria de l’exercice de haute-voltige consistant à faire reluire le poil susceptible de ces hauts-fonctionnaires tout en ironisant avec légèreté sur les politiques « les Ministres passent, les services restent… ». Très solennelle, elle termina son petit speech bien troussé tout d’abord par une promesse « avant de nous retirer, quelle que soit l’issue de notre démarche, je vous communiquerai un mémo où vous aurez en votre possession tout ce que nous savons de cette affaire, puis par un serment « jamais au grand jamais nous ne ferons état de cet entretien… »

 

Ces messieurs nous saluèrent avec un respect distant, le directeur de cabinet fut plus chaleureux, surtout avec Marie. Nous rentrâmes à pied rue Charles Floquet.

 

Arkan Jr s’était déballonné et avait craché au bassinet le nom de son mandataire, plus précisément  nous devions entrer en contact avec un grand courtier international basé à Parme qui nous mettrait en rapport avec les investisseurs désireux d’acquérir les parts d’Aadvark dans le château d’Ô et ses petits frères et de bouffer le portefeuille de GCC de Marie de Saint-Drézéry.

 

Adelphine, s’extasia, « La Chartreuse de Parme je me souviens de l’avoir lue lorsque je tenais le stand de charcuterie au Monoprix de la rue de Rennes… Lorsque j’étais plongé dedans j’en oubliais les clients qui faisaient la queue sans protester.

 

C'est le 3 septembre 1838 que Stendhal a l'idée d'écrire la Chartreuse de Parme. Pendant 2 mois, il garde le silence, préférant se consacrer à la rédaction des Mémoires d'un touriste. Puis, le 4 Novembre, Stendhal s'installe au 4 Rue Caumartin à Paris. Pendant 7 semaines, il se met au travail et dicte à un secrétaire le texte de la Chartreuse. Le 26 décembre, il remet à son éditeur un texte de plus de cinq cent pages.

 

La Chartreuse de Parme est publiée en deux volumes en mars 1839. Un extrait du roman, notamment la bataille de Waterloo, a été publié en avant-première dans Le Constitutionnel. Balzac envoie alors une lettre de félicitations à Stendhal.

 

La Chartreuse de Parme ne recevra que peu d'échos et d'éloges dans la presse. Balzac, toujours lui, publiera en septembre 1840 un très long article élogieux sur ce roman : « M. Beyle a fait un livre où le sublime éclate de chapitre en chapitre. » Il émet également quelques réserves et donne plusieurs conseils à Stendhal. Malgré les quelques critiques, Stendhal est flatté de l'intérêt que lui porte le père de la Comédie humaine. Il commencera même à apporter des modifications au texte de la Chartreuse, allant dans le sens souhaité par Balzac. Mais La Chartreuse de Parme ne connaîtra pas de réédition du temps du vivant de Stendhal, celui-ci mourant dès 1842. Ces corrections ont été le plus souvent reprises en notes, car si parfois elles corrigent une obscurité, « le plus souvent elles alourdissent le trait, et confirment que l'art de Stendhal est fait d'abord de liberté et de spontanéité ».

 

Dès le lendemain matin nous prenions contact avec le courtier parmesan, c’est Marie qui s’en chargea, elle maîtrise parfaitement la langue de Dante, qu’est-ce-que Marie ne maîtrise pas ? Pour faire preuve de sa bonne volonté elle proposait à celui-ci de lui rendre visite. Il en fut enchanté. Toujours habile à la manœuvre elle prévenait nos contacts dans les hautes sphères policières de ce déplacement. Ces messieurs flattés par autant de prévenance lui firent savoir que leurs collègues italiens assureraient sa protection. On n’est jamais trop prudent dans ce monde de brutes.

 

Nous décidâmes de louer un jet, un Falcon.

 

Le Falcon EX est un triréacteur dernier né de la lignée des Falcon 50 construit par Dassault Aviation. Un petit bijou  dont la vitesse de croisière de 840 km/h et le rayon d’action maximum de 6000 km.

 

Cette petite gâterie permettait à Marie d’offrir à Adelphine et à Rosa une petite virée aéronautique au pays du Parmesan. En haut lieu il fut décidé qu’un officier des VO et un honorable correspondant des grandes oreilles nous accompagneraient.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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