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8 novembre 2019 5 08 /11 /novembre /2019 06:00

Au temps de ma Vendée crottée, quand venait l’automne, le matin, à la rosée, je descendais dans le pré qui dévalait vers la rivière pour cueillir des petits rosés, parfois je trouvais de belles coulemelles que mémé Marie faisait frire dans du beurre salé.

 

Les cèpes c’était petit Louis le boulanger, le père de mon pote Dominique, qui en ramenait des paniers entiers lors de ses tournées de pain.

 

Le sourcing, comme disent les as du marketing, pour les champignons est gage de survie.

 

Nous, en cas de doutes, on allait consulter le père de Denis le pharmacien qui ne prenait jamais aucun risque alors c’était à coup sûr : vénéneux !

 

De nous jours, comme la connaissance du terroir profond s’est évaporée faut que l’ANSES appelle à la vigilance les cueilleurs du dimanche :

 

Les autorités sanitaires appellent les amateurs de cueillette à la vigilance.

 

Les intoxications liées à la consommation de champignons sauvages ont «fortement augmenté» ces deux dernières semaines, avertit l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un communiqué, qui appelle les amateurs de cueillette à être vigilants. Sur cette période, 493 cas d’intoxications ont été signalés aux centres antipoison, dont un cas grave confirmé mais aucun décès.

 

De juillet à début octobre, les centres antipoison avaient enregistré entre 4 et 90 cas par semaine. Ces quinze derniers jours, les conditions météorologiques, plus fraîches et humides, ont favorisé la pousse des champignons, et donc les intoxications.

 

Bien évidemment les chefs de cuisine font de la retape : Cèpes en majesté chez Table. Grillés à l’unilatéral, sabayon d’huile de graines de courges, lichen torréfié à TABLE.

 

 

Même moi je m’y mets avec mes pappardelles aux cèpes :

 

 

Mais revenons à ma lubie du jour : les champignons vénéneux dans la littérature 

ACTE 1 :

 

 «  Du jour au lendemain, un plat de champignons me laissa seul au monde.

 

   Seul, car j'avais volé huit sous dans le tiroir-caisse pour m'acheter des billes _ et mon père en courroux s'était écrié: Puisque tu as volé, tu seras privé de champignons !

 

   Ces végétaux mortels, c'était le sourd-muet qui les avaient cueillis _ et ce soir-là, il y avait onze cadavres à la maison.

 

   Qui n'a pas vu onze cadavres à la fois ne peut pas se faire une idée du nombre de cadavres que cela fait.

 

   Il y en avait partout. [...]

 

   Le jour de l'enterrement, derrière ces onze cercueils, que je suivais, la tête basse et les yeux secs, je me demandais si le fait d'avoir été miraculeusement épargné ne me donnait pas l'air un peu d'avoir assassiné tout ce monde _ cependant que, dans mon dos, l'on chuchotait : Savez-vous pourquoi le petit n'est pas mort?... Parce qu'il a volé!

 

   Oui, j'étais vivant parce que j'avais volé. De là à en conclure que les autres étaient morts parce qu'ils étaient honnêtes... »

 

SACHA GUITRY - MEMOIRES D'UN TRICHEUR

Roman publié en 1935

 

 

ACTE 2 :

 

Scène 1 :

 

photoMarie1.jpg

 

Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, vivait dans un grand loft de la place Fürstenberg, à quelques pas de Saint Germain-des-Prés, en compagnie de son chat dénommé Lénine, en souvenir du séjour de celui-ci, avec sa mère et sa sœur l'été 1909, dans le village briard de Bombon et de Tintin au Congo un mainate religieux qui jurait comme un charretier. Orpheline très jeune elle avait été élevée par un couple d’excentriques américains, grands amis du défunt marquis son père, amateurs d’art contemporain et de bonne chère. Pour être proche de la vérité Marie poussa telle une herbe folle, loin de l’école, baguenaudant dans le quartier où les habitués du Flore la laissaient picorer dans leur assiette et vider leur verre. Toute tachetée de son, le nez en trompette, de grands yeux vairons, des cheveux de foin, un long cou entre des épaules frêles et aucun goût pour se vêtir, lui avait valu le surnom de hérisson. De temps en temps elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix rien que pour le plaisir de voir passer les chalands et de s’empiffrer de Rosette de Lyon. Si ses clients avaient su que cet épouvantail à moineaux se trouvait être l’unique héritière de beaux châteaux à Bordeaux, rien que des Grands Crus Classés, sur que notre Marie aurait eu plus de succès. Elle s’en fichait d’avoir du succès. Jamais elle n’avait mis les pieds sur ce qui serait un jour ses propriétés car elle était allergique à tout ce que la campagne peut générer comme pollen ou autres trucs allergènes. Ses deux oncles et trois tantes, tous sans descendance, géraient dans une société en commandite simple son futur bien et lui versaient une rente qui suffisait à son bonheur.

20 juillet 2011

(1) « L’ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » : elle faisait des extras au rayon charcuterie de Monoprix

 

photoMarie2.jpg

 

Scène 2 :

Le matin du 14 juillet, sous un petit soleil, Marie se levait de fort belle humeur. Avant de chausser ses tongs orange elle entreprit de peindre ses ongles de pied en bleu turquoise. La veille au soir sa tentative de reproduire le drapeau tricolore sur l’index, le majeur et l’annulaire de ses deux pieds avait viré au fiasco car le gros orteil gâchait l’effet qu’elle en espérait. Ce soudain esprit patriotique lui venait de la rencontre qu’elle venait de faire, rue du Bac, avec un kanak balaise habillé en militaire du Génie. Marie qui circulait sur son vieux Mercier « Raymond Poulidor » n’avait pu éviter le bougre d’homme qui surgissait de derrière une jeep stationnée dans le couloir de bus. Par bonheur elle circulait à une vitesse d’escargot car elle pensait à la paire de Doc Martens rose fluo qu’elle avait aperçu en vitrine du côté de Montorgueuil. Sa bécane valdinguait et elle se retrouvait dans les bras puissants d’un sosie de Christian Karembeu. Marie pensait « Merde chui pas Adriana ». Et pourtant, le beau légionnaire qui n’en était pas un, avant de la redéposer sur le macadam sollicitait son nom, prénom, pas sa qualité mais son numéro de téléphone portable. Ils iraient donc ensemble au bal du 14 juillet. Toute ragaillardie par cette soudaine irruption dans sa vie Marie filait jusqu’à la rue du Cherche-Midi où, chez Cotélac, elle faisait l’acquisition d’une gentille robe à pois rouge en crêpe georgette. Donc, allongée sur sa couette, en contemplant les poupées de coton qu’elle avait glissées entre ses doigts de pied, elle se disait que ça allait être vraiment une chouette journée. C’est à ce moment-là que son téléphone portable a grelotté et, sans même réfléchir, Marie a appuyé sur répondre ce que d’ordinaire elle ne faisait jamais. Bien sûr elle espérait que ce fut son beau militaire qui, si matinalement, de sa jeep, venait s’inquiéter de son bon éveil. Douche froide, c’était Me de Candolle le notaire de la famille. D’une voix d’outre-tombe, sitôt ses civilités débitées, il lui annonçait « Ils sont tous morts. »

21 juillet 2011

(2) « L’ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » Me de Candolle le notaire de la famille lui annonçait « Ils sont tous morts. »

photoMarie3.jpg

 

Scène 3 :

 

Au fur et à mesure que maître de Candolle lui contait la triste fin de l’ensemble de sa seule parentèle vivante Marie se mordait les lèvres pour réprimer un cataclysmique fou-rire qui montait en elle. Pour faire diversion, s’empêcher de rire, elle cherchait dans sa mémoire le nom de l’auteur du Roman d’un tricheur dans lequel un type assis à la terrasse d'un café racontait comment son destin fut définitivement scellé lorsque, à l'âge de douze ans, parce qu'il avait volé dans le tiroir-caisse de l'épicerie familiale pour s'acheter des billes, il fut privé de dîner. Le soir même, toute sa famille mourrait empoisonnée en mangeant un plat de champignons. Elle s’exclamait « Sacha Guitry !

 

- Plaît-il ?

 

- Rien maître, c’est nerveux...

 

- Je vous comprends mademoiselle c’est un tel drame !

 

Le drame pour Marie se situait ailleurs : pouvait-elle décemment aller danser avec son beau militaire alors que cinq gisants, ses seuls parents, se retrouvaient dans les tiroirs d’une chambre froide de l’hôpital Bellan ? Ses neurones crépitaient, elle s’entendait dire « je suis alitée », ce qui était vrai. « Vous êtes souffrante mademoiselle ?

 

- Oui c’est le cœur.

 

22 juillet 2011

(3) « L’ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » pouvait-elle décemment aller danser alors que cinq gisants se retrouvaient dans une chambre froide de l’hôpital Bellan ?

 

Oui ce fut ainsi :

 

photoMarie.jpg

 

Du vingt juillet au vingt août, du vin au vin quoi, chaque jour à 8 heures pétantes, un paragraphe du format d’une carte-postale vous fera vivre la saga bordelaise de l’été : l’irruption de Marie de Saint-Drézéry, marquise de Bombon, jeune et riche héritière, improbable et déjantée, dans l’univers feutré des GCC. Tous les secrets, les hypocrisies, les coups montés et fourrés, les complots, les croche-pieds et les chausse-trappes, les vilenies, les bassesses, les appétits féroces, les rumeurs les plus viles, vous seront livrés en direct, sans fard.

 

Roman codé certes mais qui, sous la légèreté des mots, mettra à nu les pratiques d’un monde impitoyable. Triomphe de la vulgarité sur le style, la droiture et l’élégance, cette saga border line ne fera que confirmer que l’élite de l’argent, qui se veut une élite de l’esprit, n’est que vanité. Les vrais aristocrates de la taille d’un Luchino Visconti ne sont plus ; l’origine, ce lien entre l’histoire et la terre, le maître en parlait ainsi « Mon père m’avait enseigné que je ne pouvais revendiquer ni droit ni privilège par ma naissance. Ma noblesse je ne l’ai jamais étalée, jamais. Je n’ai jamais été éduqué dans la perspective de devenir un crétin d’aristocrate engraissé et amolli sur l’héritage de la famille » Aucune morale à cette histoire bien sûr rien qu’une invitation à revenir sur le plancher des vaches où les veaux sont trop bien gardés.

 

photoB5

Si ça vous dit :

22 août 2011

L’Intégrale de la grande saga de l’été « L’Ouragan sur les Primeurs se prénomme Marie » et sa chute très prometteuse  ICI 

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12 septembre 2018 3 12 /09 /septembre /2018 06:00
Le 2e épisode du grand feuilleton de l’été «Enrico Magace le Bob Parker gaulois a disparu» partait sur de bonnes bases mais le 3e était classé X.

Le jour où tout péta, Pierre-Alexandre Poireau, dit le Pape, bœuf carotte rondouillard, un déplumé aux doigts boudinés, lunettes en cul de bouteille, costard minable en tergal, chemise en nylon lustré, pompes avachies, proche de la retraite, venait de se taper la cloche à déjeuner chez Pierre Gagnaire, 6 rue Balzac dans le 8e, seul comme d’habitude. Le menu dégustation à  310 patates sans la boisson. En dépit des subtiles manœuvres du sommelier, qui voulait ramener sa fraise sur les accords mets-vins, il avait balancé avec sa délicatesse coutumière « fais pas chier ! » et il s’était payé une boutanche de château Rayas 1988 à 1200 euros les 75cl. Poireau se piquait d’être un grand amateur, adhérent à la LPV il tartinait des commentaires de dégustation aussi chiants que des romans de Pierre-Henri Simon et de Nathalie Sarraute réunis.

 

Ça le faisait bander de se conduire comme un gros porc, ce qu’il était. Entre chaque bouchée du maître, « ha les petits cubes de cochon noir ibérique », il pianotait de son index, aux ongles rongés, sur son smartphone pour suivre le fil Twitter tout en lapant des petites gorgées de Rayas. Ses yeux globuleux, très Gillardeau en laitance, s’animaient, il murmurait « ah… les cons », pour lui tout ce petit monde de journaleux se mettait le doigt dans l’œil jusqu’à l’os. En réalité, Poireau savait bien que les Rouletabille des médias n’enquêtaient pas, tout leur tombait rôti dans le bec, ils n’avaient qu’à lier la sauce. Les informateurs ne manquaient pas, les syndicalistes policiers, commissaires ou gendarmes, leur hiérarchie concernée, à un titre ou à un autre, par l’organisation de la sécurité de Macron. Perdre la main, se faire souffler le taf, ça leur donnait de l’urticaire. Le Pape se souvenait de cette raclure de Mitterrand, qu’il s’évertuait à nommer Mittrand car ça énervait ses derniers admirateurs, virant la flicaille du GPSR, soupçonnée d’être de droite, au profit des seuls gendarmes, réputés plus discrets, plus loyaux. En retour, le Tonton en avait pris plein la gueule avec «l’affaire des écoutes» menées par la cellule des «gendarmes de l’Élysée», entre 1982 et 1986. Sarko était revenu à la case départ, Flamby avait fait du Flamby en faisant une synthèse policiers-gendarmes.

 

Délaissant l’écran de son smartphone, le gros Poireau se fit, à marche forcée, sous le regard stupéfait des serveurs, une ligne de « Girolles, cerises et pêche blanche, beurre doux aux Coteaux-du-Layon. » avant de s’enfiler goulument « la Galette de gambero rosso, chair de crabe au sansho, haricots beurre », puis de laper bruyamment « la bisque en tasse, melon », de roter discrètement dans sa serviette, d’attaquer ensuite le « Foie gras de canard poêlé, algues et plantes du Croisic, andouille de Guéménée, sommités de chou-fleur au plancton ; jus de veau à la bière d’eau de mer. », d’avaler avec des air de vierge effarouchée le « Saint-Pierre herbacé à la nacre, raviole plate Verte, seiche et palourdes. ». À ce stade de sa dégustation notre bœuf carotte se teintait du même rouge grenat que le châteauneuf-du-pape de Raynaud, il atteignait son point de fusion. Sans se soucier de ses voisins, Poireau, se grattait les couilles afin de réactiver sa circulation sanguine. Sa tronche couperosée s’ornait d’un large sourire, le contact avec ses gonades faisait remonter en lui des images qu’il appréciait plus encore que la « Bourse de queue de boeuf, condiment Ferdinand » de Pierre Gagnaire. Tringler sa pétasse !

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8 septembre 2018 6 08 /09 /septembre /2018 06:00
Le feuilleton de l’été : « Enrico Magace le Bob Parker gaulois a disparu…» n’a pas passé l’été, désolé !

Le cagnard incandescent de la fin du mois de juillet 2018, mettait à rude épreuve les gaulois de toutes les couleurs, déjà bien échauffés par la victoire de bleus chez les popovs, alerte canicule à tout va, planquez les vieux, baignez-les, marchez à l’ombre, fallait pas que le nouveau régime, déjà accusé de ponctionner la retraite des vieux à coup de CSG, se voit accusé d’avoir laissé la bride sur le cou à la grande faucheuse pour envoyer, ad patres, les plus miséreux d’entre eux afin de faire, en loucedé, des économies, de combler, vite fait bien fait, ce putain de trou de la sécu creusé par la marée haute des baby-boomers.

 

À Moscou, grâce à Dédé, la patate en robe des champs, les bleus de toutes les couleurs, ou en noir et blanc style néo-réalisme italien si vous préférez, avaient empoché la mise en foutant en fureur nos pauvres voisins belges, bien mauvais perdants, qui se voyaient déjà en haut de l’affiche, et placé ce foutu Macron, au cul bordé de nouilles, à l’apogée de la félicité. Tout baignait dans l’huile, même Mélenchon affichait la mine réjouie d’un Panisse sur la Canebière. « On est les champions, on est les champions… », beuglait le petit peuple gaulois de toutes les couleurs, il allait enfin pouvoir partir tranquille en congepés au camping de  Palavas-les-Flots, faire chier Bison futé, se taper des petits jaunes, du rosé bien frais, pour accompagner la bidoche cramée du barbecue. Putain, même les jeunes footeux clamaient « Vive la République ! Vive la France ! » ça en bouchait un gros coin à tous les gros cons qui tètent le lait pourri de la grosse Marine.

  

Et puis patatras, sans préavis, les mouches changèrent d’âne, voilà t’y pas que la mère Chemin du Monde, qui écrit bien, se prenant soudain pour Bob Woodward et Carl Bernstein du Washington Post, se muait en érectrice de scandale d’État. Le Mélenchon, jamais en reste, bramait « Watergate ! ». Le foutoir, le bordel, l’opposition fondait sur Macron comme la vérole sur le bas-clergé, ça pédalait dur dans la semoule, le beau linge de la place Beauvau et de la PP, poulagas et feuilles de chêne, était chauffé à blanc, proche de la fusion, le dérèglement climatique n’y était pour rien, la faute en revenait à un putain de tout petit fusible du château d’en face qui venait de cramer ; un petit gars de banlieue qui se prenait pour Rambo, trop perso, hâbleur, prompt à l’altercation, exagérant son importance auprès du président. Adieu, maillots et chaussettes, N’Golo Kanté, le sourire édenté de Dédé, le malheur des belges, place aux surineurs des réseaux sociaux.

 

La suite peut-être un jour si je prend le temps d'aller au bout de ce petit roman policier. 

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21 juillet 2018 6 21 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H la très revêche Frau Doktor Bahr de l’ambassade d’Allemagne de l’Est à Prague surveillait tout le monde. (141)

Le car dans lequel ils embarquèrent, un British-Leyland, avait des allures de bus psychédélique avec sur ses flancs des fleurs peintes cernant des décalcomanies de portraits de Marx, Gandhi, Castro, des Beatles et, bizarrement, de la Reine d’Angleterre et son porte-bagages couvert d’une bâche bleue arborant la colombe de la paix. Jeanne et lui, gagnèrent les places du fond qui leur étaient réservées. Les saluts furent joviaux, ils durent s’habituer à leurs nouveaux prénoms : Mohammed et Sonia. Le voyage se passa sans incident et ils se retrouvèrent à la tombée de la nuit dans un hôtel pour congrès, en lisière de la ville, genre monstruosité de verre et d’acier à la sauce soviétique. Après un dîner, dans une salle à manger sinistre, où ils ne sauraient dire ce qu’ils avaient ingurgité, ils descendirent dans le bar de l’hôtel au sous-sol où les colonnes de pierre et les fresques se voulaient représentatives de la grandeur des Habsbourg. C’était totalement grotesque. Quelques grosses pouffiasses buvaient du Coca-Cola à la paille en jetant des regards autour d’elles pour repérer d’éventuels festivaliers étrangers égarés qu’elles pourraient ferrer et, peut-être, attirer dans leur lit. Depuis leur arrivée ils étaient flanqués de trois accompagnateurs officiels. Sacha les avait prévenu « c’est l’usage, tu fais comme si tu ne le remarques pas. Votre chambre sera fouillée. Ne jouez jamais au plus malin. Souriez sans arrogance ça les rassurera... » Très vite Benoît comprit qu’en fonction de l’ordre hiérarchique le lourdaud Conrad, amateur de Pilsner, s’accrochait à ses basques ; que le grand Horst, avec ses faux airs d’intellectuel, pistait Jeanne ; et que, la très revêche Frau Doktor Bahr de l’ambassade d’Allemagne de l’Est à Prague surveillait tout le monde. Une folle gaieté régnait à leur table où seul Horst tentait d’animer un semblant de conversation avec Jeanne qui jouait à merveille l’effarouchée du sérail. Benoît ne cessait de penser à leurs retrouvailles dans la chambre au lit très étroit.

 

Tout allait trop  bien pour que ce fût honnête. Leur sortie sans accroc de la nasse berlinoise, en dépit du baratin de Sacha, intriguait benoît qui n’en laissait rien paraître à Jeanne. Après une nuit où leurs corps s’accordèrent au-delà des espérances de Benoît celle-ci lui témoignait une confiance sans limite. Pour passer le temps elle jouait au tennis sur un cours en terre battue plein de nids de poule avec la colonie des mâles sud-américains. Ceux-ci, les argentins surtouts, la draguaient sans se soucier de la présence de Benoît. Les surveillants officiels semblaient bien trop bienveillants, trop coulants, obséquieux jusqu’à l’écœurement. Alors, comme Benoît n’avait strictement rien à faire et que cette cavale inopinée bouleversait tous ses plans, il s’employa à lever ses doutes. Que les services soviétiques appuyés par leurs diligents collègues est-allemands aient perdu aussi facilement leur trace dans une ville truffée de mouchards professionnels, de flics, l’amenait à conclure que leur cavale était entre leurs mains. Que souhaitaient-ils faire d’eux lorsqu’ils les coinceraient dans la souricière choisie par eux ? Des exemples pour leur propagande contre les vilenies des affreux impérialistes américains. Pensez-donc, une Mata-Hari ayant entraîné, par la séduction de ses charmes, un haut dignitaire du régime soviétique à tomber dans l’enfer du jeu et à se retrouver dans l’obligation d’être à leur solde, accompagnée d’une vermine gauchiste elle aussi à la solde de l’Ouest. Du pain béni ! Si cette hypothèse, qui tenait la route, se révélait exacte, il lui fallait très vite, sans éveiller les soupçons de leurs accompagnants, prendre mes manipulateurs à leur propre jeu.

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Plus de repères, la grande machine à laver les cerveaux opérait pour que l’Histoire officielle essore le passé de la vieille Allemagne et serve de moule au soi-disant Homme Nouveau Socialiste. (140)

L’adresse de Sacha se révéla être celle d’un temple luthérien où un pasteur acétique flanqué d’une servante sans grâce les accueillit avec une économie de paroles qui cadrait bien avec le climat pesant de la capitale de la RDA. En dire le moins possible ici participait à l’instinct de survie : personne ne comptait sur personne, les liens sociaux se résumaient à une forme très accomplie d’ignorance mutuelle doublée d’un état d’indifférence profond sur le malheur des autres. Ils sortaient, comme leurs frères de l’Ouest, vaincus, cabossés, affamés, asservis, mais eux se retrouvaient parqués, retenus prisonniers par un parti qui se disait frère du grand vainqueur soviétique. Plus de repères, la grande machine à laver les cerveaux opérait pour que l’Histoire officielle essore le passé de la vieille Allemagne et serve de moule au soi-disant Homme Nouveau Socialiste. Benoît supposait que leurs hôtes, sans être des opposants, ni même des résistants, devaient rendre des services à Sacha en échange d’une liberté d’action relative pour l’exercice de leur culte. Ils les installèrent sur des lits de camp dans une soupente au-dessus de la salle paroissiale de réunion. Jeanne semblait totalement absente, elle suivait Benoît sans piper mot.

 

Sacha se pointait comme un chat, selon ses bonnes habitudes, au beau milieu de la nuit alors qu’ils dormaient après avoir ingurgité un dîner composé de pommes de terre à l’eau, de harengs saurs arrosés d’une bière immonde. Jeanne dormait à poings fermés. Assis sur le bord de la couchette de Benoît, Sacha l’informait qu’il allait les exfiltrer d’ici sous le couvert d’une troupe de jeunes comédiens anglais que le British Council qui, après avoir entamé sa tournée par Berlin-Est, partait le surlendemain pour le Festival International du Théâtre de Prague. La chance leur souriait, le régisseur et son assistante venaient de contracter la coqueluche. Ils prendraient leurs places nombre pour nombre. Benoît informa Sacha de leurs nouvelles identités, n’allaient-elles pas poser problème au sein de ce groupe de jeunes rosbifs. Sacha haussa les épaules : « Ils n’auront pas d’autre choix que de gober mon histoire. D’ailleurs, ils sont tellement cons que je suis persuadé qu’ils vont trouver ça terriblement excitant d’accueillir deux bronzés. Surtout que ta compagne me semble pourvue de tout ce qu’il faut pour exciter leur libido de boutonneux. » Benoît s’inquiéta des visas. « Entre pays frères c’est relax, et d’autant plus que vous êtes officiellement des protégés de Boumediene... » lui rétorquait un Sacha plus intéressé par la contemplation du corps de Jeanne endormie que par ses inquiétudes. D’un ton désinvolte il ajoutait « le plus difficile pour vous sera de sortir de la nasse des pays du Pacte de Varsovie. Là il vous faudra jouer serré... »

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11 juillet 2018 3 11 /07 /juillet /2018 08:37
 La résistible ascension de Benoît H L’île aux musées se situait sur la Spree et alors qu’ils longeaient ses berges un cycliste les dépassait en carillonnant. (139)

C’est donc Mohamed Aït El Hadj, cadre du FLN, et son épouse Sonia, d’origine égyptienne, qui le lendemain reprirent le tramway, lui avec un paquet de livres sous le bras, elle, quelques pas en arrière le corps entièrement enveloppé dans un jilbab gris perle taillé dans un rideau et cousu par Emma. Ils rejoignirent l’Alexanderplatz où ils prirent un bus poussif qui remontait Karl-Liebknecht Strasse jusqu’à l’île aux musées. Là ils terminèrent le trajet à pied. Jeanne, pour masquer ses grands yeux verts, avait chaussée des lunettes d’écaille aux verres teintés. Son seul commentaire une fois vêtue, lorsqu’elle s’était contemplée dans le miroir de la chambre où Emma avait déposé ses vêtements, fut « Mon Dieu ! » Elle avait absolument tenu à ce que Benoît l’accompagne alors que la nuit précédente ils avaient fait chambre à part. Quand ils furent en tête à tête Jeanne se contenta de se déshabiller en silence. Pour garder son sang-froid benoît s’était assis sur une bergère près d’une fenêtre tentant vainement de ne pas contempler son effeuillage. Jeanne lui tournait le dos. Ce fut d’abord son corsage puis sa jupe qu’elle laissait glisser, après avoir tiré d’un coup bref la fermeture-éclair, au long de ses cuisses. Déjà Benoît avait le souffle court de la voir ainsi juchée sur ses talons aiguilles avec ses seuls bas, son porte-jarretelles et ses sous-vêtements blanc. Elle dégrafait son soutien-gorge, le jetait sur le couvre-lit puis marquait un temps d’arrêt. « Venez! » Alors que Benoît se relevait elle voltait, lui faisait face et entreprenait de se débarrasser de son minuscule slip en se penchant vers lui. « Vous jouez à quoi ? » Alors que le minuscule morceau de dentelle atteignait ses chevilles elle se redressait, pointait son regard embué vers lui « à exorciser ma peur... »

 

Dans le bus Jeanne lui murmurait « Je ne vous plais pas... » Benoît haussait les épaules « Je ne profite jamais des personnes en état de faiblesse ! » Elle pouffait « Menteur ! Vous êtes un prédateur impitoyable... » Du tac au tac, entre les dents, Benoît la cinglait d’un « Je suis un romantique qui a en horreur les allumeuses ! » Jeanne se cabrait. Benoît ne lui laissait pas le temps de réagir « Nous verrons cela ce soir ma très chère épouse... » Son soupir rageur le comblait d’aise. L’île aux musées se situait sur la Spree et alors qu’ils longeaient ses berges un cycliste les dépassait en carillonnant. Quelques centaines de mètres plus loin il se délestait d’un petit sac de sport qui roulait sur le macadam. Benoît allongeait le pas après s’être assuré que personne n’avait repéré le geste du cycliste. Surprise, Jeanne se figeait. Benoît la hélait « Viens, le cycliste c’était Sacha » Son soudain tutoiement lui tirait un sourire. Le sac ne contenait qu’une clé accrochée à un de tube en laiton fermé à ses deux extrémités par des vis. Sacré Sacha toujours aussi soucieux de la sécurité. Dans le tube un papier sur lequel  l’apprenti espion avait dactylographié, une adresse et une heure : 21h, à l’aide d’une machine à écrire qui ne devait pas être de la première jeunesse. Comme ils avaient toute une journée à tirer avant de rejoindre le lieu de rendez-vous de Sacha et qu’il faisait beau Benoît n’eut aucune peine à convaincre Jeanne qu’il leur fallait jouer aux parfaits touristes dans les musées de la très souriante RDA.

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10 juillet 2018 2 10 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H dans nos démocraties populaires l’Algérie de Boumediene jouit, en tant que membre éminent des non-alignés, d’un grand prestige (138)

Emma avait fait entrer le petit rouquin qui s’empiffrait de gâteaux en buvant un soda. Benoît fit part de mon marché avec lui. Emma s’expliqua en allemand avec le gamin qui, le nez dans la crème, l’écouta sans broncher. Pour elle il valait mieux que ce soit elle qui s’occupe de l’acquisition du fameux ballon car la détention d’un aussi gros billet vert par un gamin éveillerait les soupçons et le risque était grand que la police politique remonta la filière. Benoît en convint en ajoutant qu’ils désiraient aussi que les risques qu’ils prenaient pour eux aient une contrepartie. Emma se récriait « Si vous voulez que Conrad vous fiche à la porte proposez-lui vos dollars. » Le dit Conrad plongé dans l’observation attentive des genoux de Jeanne restait de marbre. Quand Benoît lui communiqua le numéro de Sacha il fronçait les sourcils et se récriait « Mais c’est le préfixe des numéros du 103 de la Ruschestrasse. Qu’est-ce que vous voulez au juste ? Me compromettre ? Qu’est-ce qu’un vieux débris comme moi peut-il encore gêner ? Vous êtes qui ? » Benoît soupira « Un agent dormant des services français... » Conrad branlait sa belle tête « Mais alors qu’est-ce que vous foutez ici en cavale ? » Jeanne prenait les devants « C’est à cause de moi ! » Cette seule déclaration rassurait le vieil homme qui se levait en enjoignant Benoît de le suivre « Venez ! Votre ami il mange à quel râtelier lui ? » La réponse de Benoît ne parut pas le surprendre « Il n’en sait rien lui-même... »

 

Sacha au téléphone fit l’âne qui veut avoir du foin, il se rua avec complaisance dans l’histoire de réponse à sa demande d’acquisition des œuvres complètes de Lénine. Pour ne pas éveiller les soupçons d’éventuelles et quasi-certaines grandes oreilles l’entretien fut assez bref. Sans que Benoît ait la peine de le lui demander Sacha lui fixait un rendez-vous à l’Alte Nationalgalerie sur l’île aux Musées pour le lendemain à l’heure du déjeuner. Y aller présentait le risque de se voir contrôler mais Conrad auprès de qui il s’en inquiétait le rassura illico « La clandestinité je connais » et il entraînait Benoît à l’étage dans son bureau encombré de livres et de piles de paperasses recouvertes de poussière. « Donnez-moi vos papiers d’identité ! » S’asseyant derrière sa table sous une lampe très puissante, avec un soin d’horloger, Conrad entreprenait l’extraction de la photo du passeport de Benoît. Toujours méticuleux et précis, penché sur son ouvrage, il indiquait qu’il allait lui établir un passeport de la République algérienne démocratique et populaire. « Pour vous ça présentera un double avantage : d’abord celui de la langue, vous pourrez vous exprimer en français ou en anglais sans que les nombreux gardes-chiourmes qui ne manqueront pas de vous contrôler s’en étonnent, ensuite vous bénéficierez du fait que dans nos démocraties populaires l’Algérie de Boumediene jouit, en tant que membre éminent des non-alignés, d’un grand prestige. Deux précautions valent mieux qu’une. En plus avec vos cheveux frisés et votre teint mat ça n’éveillera aucun soupçon... » Benoît était bluffé mais il s’inquiétait « Et Jeanne ? » Conrad sans lever le nez lui rétorquait « Elle sera votre femme, une bonne musulmane dont nous pourrons camoufler la beauté par trop occidentale sous un beau foulard et des vêtements bien amples... »

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9 juillet 2018 1 09 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H ici nous n’avons même plus de flics mais rien que des mouchards, ça pullule, rien que des petits cafards qui grouillent (137)

Le moment de surprise passé, sans mot dire, ils emboitaient le pas de la vieille dame trainant ses savates, dont le chignon de guingois ressemblait à une pièce-montée en déroute, pour se rendre tout au bout d’un long couloir débouchant dans une véranda encombrée d’un capharnaüm de plantes et de statues de plâtre. Dans les bras de l’une d’elle un gros matou gris aux yeux orange les toisait sans agressivité. Jeanne frissonnait. La vieille dame, toujours dans un français chantant, s’adressait au mur vert « Conrad, tu as des visiteurs... et, se tournant vers eux, elle disait d’un air tendre « Il devient de plus en plus sourd... » Le matou gris sautait de son promontoire pour venir se frotter aux chevilles de la vieille dame alors qu’émergeait de la masse des plantes un petite homme en blouse blanche dont les yeux de myope, surmontés de sourcils filasse d’un blanc resplendissant, les observait avec un réel étonnement. Il s’avançait vers eux en souriant « Si Emma m’appelle en français c’est que vous êtes Français... » De concert, Jeanne et Benoît l’assuraient que oui, ils étaient bien des Français. Conrad, pince sans rire, tout en leur serrant avec effusion la main, surtout celle de Jeanne, les taquinait « Même si mon plaisir est immense je ne permettrais pas de dire : quel bon vent vous amène car ici aucun vent n’est bon et, comme je pense que je dois au hasard votre venue c’est que vous avez des soucis » Ils approuvaient. « Emma, voudrais-tu nous préparer du thé ? »

 

Ils passèrent dans un petit salon. Conrad, très disert, avant même qu’ils n’aient exprimé la moindre demande, les assurait qu’il ferait tout pour les aider. « Je suis un ancien des Brigades Internationales. J’ai vécu plus de 10 ans en France et c’est là-bas où j’ai épousé Emma. Vraiment vous ne pouviez pas tomber mieux. Qui vous a amené jusqu’ici ? » Benoît repensait au rouquin qui les attendait dehors. Conrad s’esclaffa lorsque Jeanne lui précisa que le gamin nous avait conduits chez lui parce que nous cherchions un docteur « Vous savez ici tout le monde est Her Doctor. Mais pourquoi diable cherchiez-vous un docteur ? L’un de vous est-il souffrant ? » Benoît le rassura en expliquant qu’ils cherchaient surtout un téléphone. Conrad chaussa ses lunettes qu’il avait jusqu’ici juché sur son front. « Vous ne seriez pas un peu flic sur les bords pour avoir l’idée de venir chez un médecin pour téléphoner. C’est astucieux. Vous savez j’ai tellement joué avec eux que je les lis à livre ouvert. Malheureusement ici nous n’avons même plus de flics mais rien que des mouchards, ça pullule, rien que des petits cafards qui grouillent. Si vous n’étiez pas tombé sur moi, même un homme ayant prononcé le serment d’Hippocrate aurait été capable de vous dénoncer. Tout le monde ici à peur, tout le monde ici crève de peur, nous sommes gouvernés par des petits hommes sans idéaux qui flattent les plus bas instincts. Ce pays, lorsque le gros Ours, pour des raisons que j’ignore, retirera sa grosse patte protectrice, s’effritera, se désagrégera, se désintégrera. Il ne restera rien. Même pas ce fichu mur... »

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7 juillet 2018 6 07 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Vous savez, ici, le patriotisme claironné par la propagande de leur bel Etat démocratique ne résiste pas aux beaux billets verts. Ils ont faim (136)

Le tramway arrivait à son terminus. Ils descendirent en donnant l’impression aux autres voyageurs qu’ils étaient familiers du lieu. Pourtant, juchée sur ses hauts talons, avec ses vêtements luxueux, Jeanne jurait au milieu de ce petit monde gris, mal fagoté, dont la tristesse suintait par tous les pores de la peau de cette cohorte de mal-nourris. Benoît devait vite trouver un téléphone pour joindre Sacha à son bureau. Tout son plan reposait sur ses épaules. La cité, avec ses barres parallèles, ressemblait à un alignement de sinistres clapiers bordés d’arbres rachitiques poussant sur des plaques d’herbe rare. Plus rare encore, les cabines téléphoniques, Benoît commençait à s’inquiéter. Jeanne accrochée à son bras le suivait sans piper mot. Sur une portion de terre battue des gamins frappaient dans un ballon de cuir dégonflé. « Vous parlez bien l’allemand je suppose ? » Jeanne lui répondait que oui. « Et vous avez des dollars... » Son bien sûr indiquait qu’elle devait en posséder un beau paquet. Benoît l’entrainait vers l’aire de jeu. Le plus petit des gamins, un rouquin, qui faisait office de gardien de but entre deux poubelles, les regardait s’approcher avec un regard où se mêlait crainte et intérêt. Benoît briffait Jeanne « Vous allez lui proposer de l’argent pour qu’il s’achète un nouveau ballon en échange d’un petit service... Nous conduire chez un médecin. » Jeanne marmonnait étonnée « Qu’allons-nous aller faire chez un médecin ? » Benoît raillait « Voir si vous êtes enceinte des œuvres de votre beau Wladimir ! » Avant qu’elle ne se fâche vraiment il ajouta « nous allons téléphoner à mon ami Sacha. »

 

Dans l’intervalle qui leur restait encore à franchir pour rejoindre le gamin aux taches de son Jeanne trouvait le temps de s’inquiéter. « Mais ils vont nous dénoncer » Benoît la rassurait « Pourquoi diable nous dénonceraient-ils ? Les gamins vont s’acheter un beau ballon et notre toubib empocher de quoi améliorer sérieusement l’ordinaire. Vous savez, ici, le patriotisme claironné par la propagande de leur bel Etat démocratique ne résiste pas aux beaux billets verts. Ils ont faim...» Les mains dans les poches le rouquin toisait Jeanne comme un petit coq. Les autres cessaient de jouer. Jeanne, dans un allemand rapide, exposait la transaction. Le petit mec tendait la main. Jeanne ouvrait son sac et sortait un billet de 20 dollars d’un beau portefeuille en cuir gold. Les yeux du rouquin s’écarquillaient. Benoît retenait la main de Jeanne. « Il nous conduit d’abord. Le paiement en port du » Jeanne traduisait. Le gamin lui empoignait la main et la tirait vivement. Elle se tordait les pieds mais le gamin accélérait. Après avoir contourné un long bâtiment de briques ils débouchèrent sur une petite place entourée de pavillons assez coquets. « Dites-lui que nous doublons la mise s’il nous attend. » Jeanne transmettait. Le gamin souriait dévoilant une denture chaotique. Ils étaient devant un portillon donnant sur un jardinet. Le gamin sonnait. Une vieille femme en blouse noire entrouvrait la porte. Le gamin s’expliquait. Au fur et à mesure de ses explications les yeux de la bonne femme s’écarquillaient. Avant même qu’il en eut fini elle ouvrait brusquement la porte et leur faisait signe d’entrer. Le rouquin restait dehors. Le hall empestait le désinfectant. Jeanne profitait d’un miroir pour remettre de l’ordre dans sa coiffure. La vieille les introduisait dans un salon dont les fauteuils étaient recouverts de housses. En dépit de son invitation à s’asseoir ils restaient debout. « Dis-lui qu’elle nous mène de suite chez le toubib ! » Jeanne n’eut pas le temps de traduire, la bonne femme répliquait « J’ai compris, suivez-moi... »

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6 juillet 2018 5 06 /07 /juillet /2018 07:00
La résistible ascension de Benoît H Mais nous ne faisions rien dans son bureau à l’ambassade. Vous faisiez quoi alors ? Je lui donnais des cours de français. (135)

Estomaquée mais enfin silencieuse, Jeanne tendait deux tickets au contrôleur du tramway. Benoît l’entraînait au milieu du wagon. Elle s’asseyait en tirant sur son bout de jupe droite. Il se penchait vers elle raide comme la justice pour lui murmurer à l’oreille « Rassurez-vous, je ne baise qu’avec consentement » Elle lâchait entre ses belles dents « Goujat ! » Benoît lui prenait la main « C’est la seule thérapie que j’ai trouvé pour lutter contre votre panique. Désolé ! » Il sentait sa main moite frémir et, sourcils froncés, elle retrouvait un peu de sérénité : « Vous êtes vraiment désolé ? » Il lui caressait la joue « Mais oui je le suis la belle mais l’heure n’est pas, selon votre expression, à jouer les jolis cœurs. En peu de mots dites-moi ce qui vous est arrivé à l’ambassade ? » Inquiète de nouveau Jeanne jetait un regard circulaire pour s’assurer qu’aucune oreille ne trainait près d’eux. Elle inspirait une bouffée d’air. Le tramway s’immobilisait. Deux policiers en uniforme montaient. Jeanne frémissait. Il l’attirait vers lui. Elle se laissait aller. « Ne vous inquiétez pas, ces deux-là ne sont au courant de rien. Dites-moi tout pour que je puisse valider la petite idée qui me trotte dans la tête. » Benoît sentait le gras de sa cuisse se presser contre la sienne. Son érection fut immédiate. Jeanne dans un souffle murmurait « Vous avez un plan pour me sortir de là ? » Il opinait.

 

-         Wladimir s’est tiré une balle dans la tête.

-         Qui est Wladimir ?

-         Mon amant.

-         Mais encore ?

-         Le premier secrétaire de l’ambassade d’URSS à Berlin.

-         Vous l’avez connu comment ?

-         Lors d’un tournoi de tennis.

-         Où ?

-         Ici.

-         Et comment ça s’est passé ?

-         Dans les vestiaires.

-         Ok, mais après...

-         Il m’a délivré un sauf conduit et je le rejoignais à l’ambassade.

-         Etrange comme procédure...

-         Pourquoi parlez-vous de procédure ?

-         Il était marié ?

-         Je suppose que oui.

-         Ça ne vous a jamais étonné qu’il affiche sa liaison avec vous de façon aussi ostensible à l’ambassade ?

-         Mais nous ne faisions rien dans son bureau à l’ambassade.

-         Vous faisiez quoi alors ?

-         Je lui donnais des cours de français.

-         Vous plaisantez...

-         Non, je lui enseignais vraiment le français et sa secrétaire assistait à mes cours.

-         Mais alors, vous faisiez ça où et quand ?

-         Chez moi.

-         Chez vous, à l’Ouest...

-         Oui.

-         Comme c’est étrange...

 

« Votre Wladimir voulait passer définitivement à l’Ouest... » Jeanne se crispait. Benoît lui serrait très fort le poignet : « L’heure n’est pas aux cachoteries. Dites-moi tout ce que vous savez ! » Elle soupirait « Mais je ne sais rien... Wladimir n’était pas très bavard... » Benoît changeait de pied pour la déstabiliser « À votre avis, pourquoi s’est-il suicidé ? » Sa réponse le laissait pantois « Qui vous a dit qu’il s’est suicidé ? » Il ricanait « Vous ! » Butée elle répliquait « Wladimir n’était pas homme à se tirer une balle dans la tempe ! » Furibard il la tançait « Alors, donnez-moi votre version... » Jeanne fronçait les sourcils et lâchait, comme à regret, « Ce sont ses créanciers... » Le déstabilisé c’était lui « Ses créanciers, quels créanciers ? » Elle minaudait « Ceux à qui il empruntait de l’argent... » La moutarde lui montait au nez « ça suffit, crachez-le morceau, le temps presse ! » Jeanne tirait un petit mouchoir pour se tamponner les yeux. « Vous n’allez pas pleurnicher ! » Elle se cabrait « Non, dès que je suis contrariée je fais de la conjonctivite. » Benoît éclatait d’un petit rire nerveux « Pas possible, vous êtes contrariée, mais qu’est-ce qui peut bien vous contrarier ? Moi ?» À son grand étonnement elle posait sa tête dans le creux de mon épaule en chuchotant « Bien sûr que non, je vous trouve formidable... Vous avez des nerfs d’acier... Un peu comme Wladimir...» La comparaison l’emplit cette fois-ci d’une réelle hilarité. « Jeanne nous sommes à Berlin-Est, moi sans sauf-conduit, vous, si je puis dire, vous avez un macchab sur les bras, et vous ne trouvez rien de mieux à me dire que je suis superman. Nous nageons dans le bonheur. Pourquoi votre beau Wladimir avait-il des dettes ? » La réponse fusait « Il jouait ! » Les neurones de benoît opéraient une connexion rapide. « Au poker ? » Elle opinait. « Où ? » Elle murmurait « au consulat ». Tout devenait limpide. Il vérifiait son intuition : « Ses partenaires : des américains, sans doute... » Elle hochait la tête.

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