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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, «Je me retirerai de la politique les deux pieds devant !» Mélenchon

Dans notre vieux pays fourbu nous vivons une époque formidable, un bon tiers des français qui se sont abstenus l’ont fait, disent les sondages, par lassitude de la votation. Comme si la surexcitation des primaires de la droite avec son lot de surprise et de dégagisme, le coup raté de Balpop portant le petit Hamon sur le pavois, l’irruption de deux trublions dans le haut du tableau, un tout lisse et propre sur lui, Macron, un tout rugueux qui se fait matois, Mélenchon, avaient porté très haut le taux d’adrénaline de la population pour virer à la déprime sitôt l’élection de Macron.

 

On eut pu s’attendre au contraire, étant donné les 4 quarts du premier tour à un troisième tour revanchard pour Mélenchon, la LMP et le petit Baroin. Pour ce dernier la nomination d’Édouard Philippe à Matignon a été fatale, ses rêves de cohabitation sont partis en fumée. En revanche, pour les deux extrémistes la douche fut glacée, leurs électeurs sont allés à la pêche, dur retour à la réalité de la versatilité du fameux peuple chanté lorsqu’il adhère, évaporé lorsqu’il se dérobe. Seul l’électorat de Macron s’est mobilisé.

 

Le camarade JF Khan, qui est parfois un peu foutraque, mais qui peut aussi avoir des fulgurances géniales :

 

Pourquoi les macronistes peuvent remercier le journal Libération

 

L'électorat bourgeois de droite, stupéfait, ébloui, a commencé à se convaincre que ces « gens d'En Marche », tout compte fait, n'étaient pas si mal.

 

De toutes les surprises que nous ont réservé les élections législatives, la plus improbable, la plus inouïe est l'ampleur qu'a pris, en une dizaine de jours, le basculement d'un électorat bourgeois et grand bourgeois de droite dans le camp Macron.

 

Pour la première fois sans doute, dans l'Histoire de la République, des villes, des circonscriptions qui, depuis 1789, avaient toujours été fidèles à la droite conservatrice ou réactionnaire, même au lendemain de la Libération, l'ont larguée, cette fois, pour se donner à d'autres.

 

Et cela bien que ces villes et circonscriptions aient largement plébiscité François Fillon il y a un mois et demi. Dans le XVIème, Fillon avait obtenu 58 % des suffrages, or la droite est ramenée à 27 % et écrasée par "En Marche!". A Neuilly, 62 % pour Fillon, et 21 % seulement pour le candidat LR contre "La République en Marche" à 42 %.

 

Ont également fait faux bond, pour la première fois, à la droite, le XVIIème et le VIIème arrondissement de Paris, ce Faubourg Saint-Germain où, en 1814, on acclama l'entrée à Paris des cosaques, mais aussi Versailles, Fontainebleau, Saint-Germain-en-Laye, Saint-Tropez dans le Var, une grande partie des Alpes-Maritimes, Cholet dans le Maine-et-Loire, Chamalières où le fils de Giscard d'Estaing est battu...

 

Que s'est-il donc passé?

 

En fait, ce surplus de raz-de-marée c'est aux médias de gauche qu'Emmanuel Macron le doit.

 

Dix jours avant le scrutin, en effet, pour remobiliser leur camp, ce qui était parfaitement légitime, ils ont déclenché une puissante offensive sur le thème de la droitisation du macronisme: alerte, il y a un plan caché pour mettre à bas le droit du travail, un véritable retour au XIXème siècle! Alerte, au nom de la lutte implacable contre le terrorisme, on s'apprête à mettre à mal les libertés publiques et à court-circuiter les juges ! Alerte, à l'éducation nationale la "réaction" est de retour!

 

Les radios et télévisions ont largement répercuté ces thèmes et polémiques. Résultat: l'électorat bourgeois de droite, stupéfait, ébloui, a commencé à se convaincre que ces "gens d'En Marche", tout compte fait, n'étaient pas si mal, que loin d'être des ersatz de socialistes, comme on leur avait seriné, ils étaient près à oser ce devant quoi la droite avait toujours reculé, que ce n'était pas une gauche de substitution, mais une droite de substitution. D'où ce basculement, parfois massif. Merci Libé!

 

Phénomène d'autant plus surréaliste, qu'au même moment, dans Le Figaro, Yves de Kerdrel, qui est au néolibéralisme ce que Jean Kanapa était au marxisme, explique que Macron est en train de trop céder aux syndicats et que sa "loi travail", bien timide, est largement en retrait sur celle qu'avait institué Gerhard Schröder en Allemagne.

 

Logiquement ce glissement des voix de droite vers "La République en Marche" aurait du être compensé par un retour d'électeurs de gauche effrayés. Or, seconde surprise, cette campagne n'a eu sur eux absolument aucun effet. Au mieux, ils se sont abstenus. Peut-être n'ont-ils pas oublié que la "loi travail" est, à l'origine, une initiative d'un gouvernement socialiste.

 

Résultat, et c'est une autre première absolue dans notre Histoire, alors que "La République en Marche" cartonnait dans des villes et quartiers de la droite bourgeoise et grande bourgeoise (l'électorat populaire de droite, en revanche, est resté fidèle), elle cassait la baraque dans des fiefs de gauche et d'extrême gauche, s'emparant par exemple des deux ex-sièges réputés imprenables de Laurent Fabius en Seine-Maritime ou d'Henri Emmanuelli dans les Landes, s'imposant dans le XIXème parisien et arrivant même en tête à Aubervilliers et à Ivry.

 

Le gaullisme triomphant fut globalement plus puissant, mais il n'avait pas réussi à ce point à faire exploser les vieux clivages politico-sociologico-territoriaux.

 

Cette recomposition, en grande partie ambiguë, aura une autre conséquence lourde de sens, c'est qu'on découvrira dimanche soir que non seulement la "vraie droite" comme ils disent, c'est-à-dire non macronisée, devra se contenter d'une cinquantaine de sièges seulement, mais aussi que la plupart des représentants de la droite dure – Georges Fenech, Jacques Myard, Thierry Mariani, Nicolas Dhuicq, Claude Goasguen, Elie Aboud, Alain Marsaud, Philippe Meunier, Guillaume Larrivé, peut-être même Eric Ciotti et Eric Woerth, risquent de se retrouver au tapis.

 

Heureusement, pour que tous les repères ne soient pas d'un seul coup emportés, restera l'ineffable Christian Jacob.

 

Ce qu'Emmanuel Macron a mieux compris que les autres pour incarner le renouveau par Bertrand Delais Documentariste, journaliste, auteur de En Marche vers l'Elysée

 

À la veille du second tour des élections législatives qui vont offrir une majorité forte au Président, il convient de s'interroger sur les contours politiques de son mouvement...

 

A la question, le macronisme existe-t-il, on ne peut que répondre par l'affirmative... Les succès sont là, l'engouement aussi et son expérience volontiers raillée plaide en réalité pour lui... Mais là où les choses semblent se compliquer, c'est lorsqu'il s'agit de le définir, de lui trouver un corpus idéologique... Pourtant, il existe et c'est sa nature même qui rend difficile sa perception.

 

S'il y a un mot qui résume le macronisme et la méthode d'Emmanuel Macron, c'est la dialectique... On a volontiers raillé son fameux "en même temps" mais il pose une méthode qui fait de son mouvement quelque chose d'hybride, de paradoxal mais de profondément ancré dans notre histoire.

 

Le premier paradoxe est qu'Emmanuel Macron est à la fois l'enfant de la révolution libertarienne issue de Mai 68, avec un réel progressisme sur les questions de société, et celui de la révolution économique libérale survenue au cours des années 80. Une révolution portée historiquement par la gauche, une autre par la droite...

 

Mais surtout, et c'est là un premier paradoxe, il est l'enfant légitime qui prospère sur le rejet des deux matrices idéologiques qui semblent épuisées.

 

Alors pourquoi le macronisme parvient-il à sortir de cet épuisement, pourquoi parvient-il à incarner un renouveau politique?

 

La réponse à cette question qui permet de définir le macronisme est double.

 

D'abord, il y a une indéniable équation personnelle forte, posé dès la campagne électorale par Emmanuel Macron, candidat. Plus que d'autres, à rebours de la plupart des leaders d'opinion, Emmanuel Macron comprend la nécessité de remettre une verticalité dans la pratique politique. Il rompt non seulement avec l'héritage de François Hollande qui s'était fourvoyé en théorisant l'idée d'un Président normal, mais il rompt aussi avec une certaine culture de la 2ème gauche et absorbe une partie de l'héritage culturel de la droite avec son culte du chef...

 

Il y avait dès la campagne un mélange d'horizontalité dans la genèse du mouvement avec le diagnostic, l'intervention forte des militants et de la verticalité avec un parti de masse totalement dévoué au chef.

 

Toujours une dialectique entre l'ordre et le mouvement... Mais surtout, cela lui permet de se défaire de tout surmoi idéologique au nom d'une seule efficacité. En cela, il renoue avec les militaires égarées en politique qui faisait valoir une réussite de terrain, de Bonaparte à de Gaulle. Il est un enfant de la dissuasion, de l'après... Son efficacité s'appréhendera sur le terrain économique. Dans cette configuration, son passé à la banque Rotschild n'a pas constitué un handicap, bien au contraire..

 

Un homme seul, dépourvu de schémas idéologiques mais pas sans conviction, voilà qui pourrait définir la démarche d'Emmanuel Macron... La recherche d'une dialectique entre libéralisme et égalité incarnée par la volonté d'un homme là où les idéologies les oppose... C'est cette dialectique du libéralisme égalitaire qui est au cœur de sa conviction...

 

Mais si on veut le macronisme, il y a une autre particularité, avec là encore une construction dialectique.

 

Il apparaît comme un homme moderne dans son époque, par son refus des idéologies, par sa volonté d'incarner la révolution numérique mais son inclinaison naturelle est plus classique voire plus conservatrice... Il pense que la culture classique constitue un rempart contre la ségrégation sociale et en cela épouse les contours d'un politiquement incorrect loin de la pensée mainstream dominante... Il est transgressif avec des références classiques..

 

Au fond, pour définir la pensée d'Emmanuel Macron, il faut se référer à l'un de ses philosophes préférés, Alain.

 

Il n'y a pas de courant de pensée se réclamant de lui, il y a une volonté de s'affranchir des schémas de pensée, la philosophie étant là pour éveiller l'esprit.. Toujours, il fait le pari de la raison, comme marque de respect...

 

Cela renvoie à Emmanuel Macron à Amiens avec les ouvriers de Whirlpool où il revendique son discours de raison. Il y a là une forme de bienveillance d'un homme libre et qui incarne à lui seul une rupture avec le cynisme de l'époque...

 

L'histoire dira si cette incarnation était celle d'un moment ou celle d'un sursaut historique

 

«En Marche, c’est un peu l’esprit de milice helvétique appliqué à la France» par Richard Werly Le Temps

 

Un tsunami de députés jamais élus auparavant s’apprête, dimanche, à déferler sur l’Assemblée nationale. Investis par La République en marche!, ils n’ont pour la plupart jamais rencontré celui à qui ils doivent tout: le président de la République, Emmanuel Macron. Portrait d’une déferlante qui rêve de transformer la France.

 

Lire ICI 

 

Comment le big bang Macron pourrait remettre la politique française à l'endroit par Chloé Morin Directrice de l'Observatoire de l’opinion de la Fondation Jean-Jaurès

 

Au lieu de vouloir faire rentrer les électeurs dans des cases qui n'ont plus aucun contenu idéologique clair et cohérent, partons du bas pour reconstruire le haut.

 

Au lieu de se demander s'il est normal que Benoît Hamon appelle à voter pour la candidate France insoumise opposée à Manuel Valls, de reprocher à ce dernier d'avoir soutenu Emmanuel Macron, ou encore à Thierry Solère de vouloir voter la confiance au gouvernement, on ferait mieux de se poser les bonnes questions.

 

En matière d'idéologie comme en économie, certains croient fermement à la politique de l'offre, d'autres à la politique de la demande. Les discours tenus par les médias, partis, institutions façonneraient l'opinion (politique de l'offre). Ou, à l'inverse, les responsables politiques ne seraient élus et les médias écoutés que dès lors qu'ils feraient écho à des opinions/convictions pré-existantes dans la société.

 

La suite ICI 

 

Législatives: «Je me retirerai de la politique les deux pieds devant!»... Mélenchon répond à nos lecteurs

 

Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise et candidat dans la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône a accordé une interview à 20 Minutes. Une centaine de questions, quelques trolls, vous, lecteurs, avez posé vos questions à Jean-Luc Mélenchon, nous lui en avons soumis une dizaine.

 

Sur quels enjeux pensez-vous que la victoire va se jouer dimanche ?

 

Avant le premier tour, il n’y a eu aucun débat, ça a été une apologie permanente du gouvernement en place. Mais cette dernière semaine, des médias ont révélé des énormités comme le projet de destruction du Code du travail ou la mise dans le droit commun des mesures liberticides de l’état d’urgence. Même les gens éloignés de moi politiquement m’ont dit leur stupeur. Les gens découvrent que les candidats du « renouveau macroniste » ont déjà une expérience politique. A ceux qui ont éjecté Les Républicains et le PS, Macron propose un potage qui est le concentré des deux. Je vois venir un effet correcteur contre la vague Macron.

 

La suite ICI 

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, « Macron, c'est moi en mieux! » Sarkozy, ça plane pour Macron, ça patauge pour Mélenchon.

Après la longue et intense poussée de fièvre de la Présidentielle, il règne dans notre pays une étrange atmosphère, molle, désabusée, mélangée à une forme d’adoration de ce nouveau Président si doué pour réveiller notre orgueil national lorsqu’il se produit sur la scène internationale face aux gros bras de Trump et de Poutine. Tout lui réussit et, pour le dire plus vulgairement, « il semble avoir le cul bordé de nouilles », ce jeune homme, propre sur lui, semble intouchable, aucune éclaboussure, du type Ferrand ou la « blague glauque » sur les Comoriens, ne souille ses habits de nouveau Roi de France. Comme le chantait le peroxydé Plastic Bertrand, ça plane pour lui, et les sondages nous promettent un tsunami aux législatives.

 

Même que notre Lapin Duracell reconverti dans l’hostellerie s’esbaudit : « Avec l'âge, je suis devenu modeste: Macron, c'est moi en mieux! », aurait-il confié en privé. Une boutade qui montre, outre la haute estime de lui-même de l'ancien président, que ce dernier est épaté par les premières semaines du quinquennat d'Emmanuel Macron. Bluffé le p’tit Nico : « Si ça marche, c'est un génie » avant d’ajouter « Ce type est incroyable! Il fait un sans-faute. S'il ne commet pas les erreurs que j'ai faites, il va aller très loin, on ne pourra pas l'arrêter »

 

Et pendant ce temps-là, le conducator des insoumis pédale dans la semoule du côté de Marseille. Raillé sur les réseaux sociaux :

 

« Si Jésus a mené un tel combat en faveur des plus démunis, c'est avant tout parce qu'il s'est inspiré du parcours de Mélenchon »

 

Le Jean-Luc rumine : Dans le magazine Society de jeudi, il confie que « cela faisait une semaine [qu'il se] préparait pour le second tour ». La déception est immense. Il aura mis du temps à réaliser. D'autant qu'il l'assure: en cas de qualification, « j'aurais plié n'importe qui, Macron inclus ».

 

Le leader de la France insoumise qui n'a jamais caché son mépris pour François Hollande, dans cette interview se lâche :

 

«Je m'en moque de François Hollande. Un pauvre type. La plus éminente médiocrité du PS des années 2000», commence le candidat à Marseille pour les législatives. Il continue : «Il était à l'ENA, même pas bien classé. Il est sorti de là, est passé d'un poste à l'autre, fondu dans la grisaille.» Toutefois, Mélenchon concède quand même à l'ancien chef de l'Etat : «Mais il est marrant, toujours la blagounette aux lèvres.»

 

Pour le nouvel éructeur, la carrière de Flamby a décollé grâce à sa nomination à la tête du PS, le temps que Lionel Jospin soit Premier ministre : «Lionel s'est dit qu'il tiendrait la boutique sans histoire le temps qu'il gagne la présidentielle. Personne ne se préoccupait de lui. On discutait directement avec Lionel, le grand chef à Matignon. Mais lui, pendant ce temps-là, une petite pizza avec celui-là, des raviolis avec l'autre, et les fêtes de la Rose par-dessus tout ça... Il a été au bon endroit, au bon moment. Il était l'ami de tous les bureaucrates du PS.»

 

Il brocarde François Hollande « le genre de gars qui devait arracher les ailes aux mouches quand il était gamin »

 

Mais il justifie aussi sur son refus d’appeler à voter Macron contre la « folle » dans l’entre-deux-tours. Il était avant tout destiné à garder dans son giron les « petites gens » : « La France insoumise est un lieu de convergence entre une gauche extrêmement radicale, celle des quartiers populaires, et des gens plus sensibles au profil humaniste du projet. […] Si j’appelle à voter Macron, tout vole en éclats »

 

Il cause aussi de sa rencontre avec l’Amérique du Sud qui est, pour lui, une source d’inspiration inépuisable. Méluche pense que « nos sociétés latines sont un miroir des pays d’Amérique latine » et il veut sortir de « la gauche traditionnelle [qui] ne comprend les révolutions qu’à partir des usines et du programme socialiste ». « Pour moi, l’acteur de l’histoire, c’est le peuple. Pas seulement la classe ouvrière »

 

Sur les législatives, lui qui voulait imposer à Macron une «cohabitation» insoumise semble avoir revu ses ambitions à la baisse. À Society, il dit désormais ambitionner d'avoir un groupe à l’Assemblée nationale (soit 15 députés minimum) et annonce à demi-mot qu'il infléchira légèrement la stratégie de son mouvement pour la rendre plus rassembleuse : il évoque ainsi la constitution d'« un nouveau Front populaire » pour s’attaquer à la politique de Macron et avoue (à dessein ?) ses regrets que Benoît Hamon ou Marie-Noëlle Lienemann n’aient pas quitté le PS pour le rejoindre : « J’aurais tellement aimé qu’ils soient là. »

 

Comment s’écrira la suite ? Élu ou pas aux législatives, Mélenchon descendra dans la rue pour accompagner le mouvement social à venir. Un mouvement qu’il prédit proche, massif et révolutionnaire. « Vous ne pouvez pas savoir quelle sera la mèche… Mais elle brûle déjà », affirme-t-il. Quel sera alors le rôle de La France insoumise ? « Qu’est-ce qu’on fait avec ces 500 000 Insoumis ? […] À cette heure, je réfléchis encore. »

 

La prime au gagnant, la déprime aux perdants

 

« L'effet d'entraînement pour le président est énorme », observe Jérôme Fourquet de l'Ifop. « Toute l'attention est focalisée sur Emmanuel Macron et son gouvernement. En réalisant un quasi sans faute, notamment sur la scène internationale, il a encore marqué des points. »

 

Dans le même temps, "les partis battus, c'est valable pour La France insoumise comme pour le FN, voient leurs électorats frappés par la démobilisation. Ils se disent : 'on y a cru, on a perdu, on rend les armes.'" L'impression d'un début de quinquennat réussi sur la forme conjugué à cette démobilisation compliquent la tâche de La France insoumise. D'autant plus que ce mouvement, par la structure sociologique de son électorat, souffre davantage que les autres de l'abstention. "Aux législatives, les jeunes et les classes populaires s'abstiennent plus que les autres. Parmi les électeurs mélenchonistes de banlieue, beaucoup manqueront à l'appel", prévoit Jérôme Fourquet. Une écrasante majorité de députés macroniens se profile dans les sondages. On parle de 320 à 400 sièges.

 

Un « caporal » sans troupes ?

 

C'est l'une des leçons d'il y a cinq ans. « Son entourage en a gardé une très grande frustration », explique un cadre local de La France insoumise. En 2012, Marine Le Pen fait plus de 6,4 millions de voix à la présidentielle et 3,5 millions aux législatives avec sa seule tête sur les affiches. Mélenchon, lui, s'est retrouvé avec un seul élu de son parti et c'est le PC qui a capté l'essentiel des financements publics. « Cette donnée explique aussi pourquoi Mélenchon et son mouvement ont présenté cette fois des candidats presque dans tout le pays. Ils ont besoin d'argent pour durer. »

 

Il tire, dit-il dans Society, une certaine fierté à avoir « tourné la page de tout le bazar du Front de gauche, des cartels de groupuscules », il ne veut pas rassembler la gauche mais « remplacer le PS ».

 

« La recomposition ne se fera pas dans un colloque ou sur une piste de danse à La Bellevilloise, ça va se régler au bulletin de vote »

 

Eric Piolle, le maire EELV qui avait appelé à voter Mélenchon en avril contre l'avis de son parti, a critiqué cette stratégie. « Il aurait pu se positionner comme chef d’orchestre, il a choisi de rester dans sa forteresse. Il a choisi d'être caporal »

 

En attirant à lui presque toute la gauche radicale et des électeurs socialistes au premier tour de la présidentielle, Mélenchon avait, de fait, précisément rassemblé la gauche. Selon l'analyse de Jérôme Fourquet : « L'offre politique sera cette fois différente. Il va se heurter à des socialistes bien implantés, et des électeurs socialistes peuvent être tentés de revenir au bercail. Il y aura aussi des écolos, des communistes. Ces candidats-là vont lui prendre des voix. »

 

Et pendant ce temps-là Macron joue à la standardiste de l’Elysée :

 

Emmanuel Macron s'est offert un (nouveau) joli « coup de com » ce vendredi en rendant visite au personnel en charge du standard téléphonique de l'Élysée. Diffusée en direct sur Facebook, la rencontre débute par un échange cordial, le président de la République questionnant les standardistes sur la proportion d'appelants mécontents, avant de conclure: « Quand il y a des grèves, ça doit être terrible. Parce que non seulement il y a les grèves, mais en plus vous vous faites engueuler au boulot ».

 

Le locataire de l'Élysée s'est ensuite prêté au jeu en répondant personnellement à quelques appels de citoyens chanceux, parfois animés de grandes ambitions: « Vous vous donnez combien de temps pour être élu président? Préparez-vous. De toute façon il faut du renouvellement », a ironisé le chef de l'État avant d'adresser un « merde pour le bac »et un « joyeux anniversaire » à son interlocuteur.

 

Emmanuel Macron s'est également entretenu avec un étudiant en cinéma à Grenoble puis un étudiant en droit qui semble lui avoir adressé un bon conseil: « C'est une très bonne suggestion. On va regarder ça. Est-ce que vous pouvez laisser vos coordonnées? », a-t-il lancé.

CHAP.19, temps suspendu, « Macron, c'est moi en mieux! » Sarkozy, ça plane pour Macron, ça patauge pour Mélenchon.

Législatives : la fin d’une campagne invisible

 

Des réunions publiques clairsemées, pas de grands meetings… cette campagne n’a guère mobilisé les électeurs, comme engloutie par la présidentielle qui l’a précédée.

 

LE MONDE | 10.06.2017 par Patrick Roger

 

C’est un probable tremblement de terre qui se prépare à l’Assemblée nationale, les 11 et 18 juin. Pourtant, cette campagne des élections législatives n’aura guère mobilisé les électeurs, comme engloutie, absorbée par la présidentielle qui l’a précédée.

 

Peu d’assistance aux réunions publiques, pas de grands meetings, des candidats qui doivent affronter l’indifférence des passants lors de leurs distributions de tracts, à l’image du premier secrétaire du Parti socialiste (PS), Jean-Christophe Cambadélis, tractant sur un marché du 19e arrondissement de Paris sans que personne ne s’arrête. Une campagne invisible, ou presque.

 

Drôle de paradoxe. Pour les candidats « macronistes » aux élections législatives, le seul programme qui vaille est celui du président élu. L’unique slogan : « Donner une majorité au président » pour lui permettre de l’appliquer.

 

Les candidats du parti Les Républicains (LR) se sont au contraire empressés de mettre au pilon le programme de leur candidat battu. Exit la hausse de 2 points de la TVA, place à une baisse de 10 % de l’impôt sur le revenu pour tous les ménages. Là où François Fillon évoquait une baisse du nombre de fonctionnaires de 500 000, LR ne parle plus que de 300 000. LR prévoit également le retour à la défiscalisation des heures supplémentaires, que M. Fillon excluait. Et ainsi de suite.

 

Une formalité

 

En définitive, l’argument essentiel brandi par les oppositions – de La France insoumise au Front national en passant par le PS et LR – se sera limité à « ne pas donner tous les pouvoirs au pouvoir ». « Trop de pouvoir tue le pouvoir », répètent à tour de rôle les dirigeants du PS et de LR, qui, alternativement, ont disposé d’une majorité absolue à l’Assemblée. Mais le discours n’imprime plus.

 

« La marque Parti socialiste est totalement dévaluée, reconnaît l’ancien ministre Jean-Marie Le Guen. Le Parti socialiste ne porte plus rien. »

 

C’est la conséquence implacable, la loi d’airain instillée par le calendrier électoral depuis 2002, qui voit les élections législatives succéder à la présidentielle. En un mois, les électeurs constatent que le président de la République s’est emparé des attributs du pouvoir, s’invite dans les sommets internationaux, un gouvernement a été formé, qui commence à promouvoir ses premières réformes. Les partisans des candidats battus à la présidentielle semblent déjà s’être installés dans l’opposition. Les élections législatives s’apparentent presque à une formalité, un dernier épisode de la séquence électorale ouverte depuis septembre 2016 avant que la machine du pouvoir ne se mette… en marche.

 

Les « affaires » de retour

 

Seules anicroches dans ce scénario a priori bien huilé : les « affaires » ont de nouveau fait la « une » des journaux. Les soupçons de conflits d’intérêts privés pesant sur le nouveau ministre de la cohésion des territoires, Richard Ferrand, justifiant l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet, ont parasité le lancement de la « moralisation de la vie publique » voulue par Emmanuel Macron et François Bayrou.

 

« La promesse de probité, d’intégrité, d’exemplarité est morte », juge Xavier Bertrand (LR), qui estime l’attitude de M. Macron « incohérente par rapport à toutes ses déclarations passées ». « Ce projet est aujourd’hui décrédibilisé », ajoute-t-il. Jean-Luc Mélenchon se réjouit de voir le « donneur de leçons » M. Ferrand « épinglé ». « Tant que Ferrand ne démissionne pas, il est un discrédit pour tout le gouvernement », tonne-t-il. Pour Marine Le Pen, cette affaire « ressemble fichtrement à l’affaire Fillon ». Elle y voit « une rupture morale ».

 

Le MoDem, le parti du garde des sceaux, est lui aussi pris dans la tourmente, à son tour soupçonné d’avoir rémunéré des permanents du parti sur des contrats d’assistants parlementaires au Parlement européen. Le MoDem réfute ces accusations, mais cela suffit à éveiller les doutes. Comme des relents de vieilles pratiques qui jettent une once de suspicion sur le slogan du renouvellement.

 

 

 

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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, l'affaire Ferrand, c'est le tweet de Valérie Trierweiler. «Si nous évitions d'acheter des vins français, et achetions des vins de l'État de New-York, de Gaulle serait rapidement sur les genoux»

Nous vivons une époque formidable qui aurait ravi le Grand Charles, pensez-donc un trublion venu du diable vauvert vient, en une poignée de mois, de faire imploser le « régime des partis ». À peine élu, après une remontée des Champs Elysées en command-car, profitant d’une séquence internationale qui tombait à pic, puis de la dernière frasque de ce fou dingue de Trump, le petit gars en impose aux 2 Grands du temps du Général : les Ricains et les Ruskoffs ! Broyer la main de la grande andouille peroxydée, mettre le nez de Poutine dans ses savantes manœuvres d’ex du KGB avec sa presse à la botte et ses hackers, et pour finir en pleine nuit retourner comme une crêpe la formule de Trump, ça plaît aux Français.

 

Ça booste, en dépit du caillou Ferrand, ses candidats aux législatives, du moins dans les sondages, ce ne sera peut-être pas la Chambre bleue horizon ni la Chambre rose de 81, mais le PS va toucher le fond, les Insoumis de Mélenchon et les fronts bas de MLP risquent de ne pas tirer les dividendes espérés de leurs beaux scores présidentiels.

 

Le cas d’école de l’atterrissage sur le ventre est bien celui de la Méluche qui délire sur son triste sort. Comment a-t-il pu une seule seconde croire que sa remontada pour dépasser Fillon et MLP aurait débouché sur un second tour victorieux face à Macron. Y’ a rien de Mitterrand chez Mélenchon, son attitude à nouveau vindicative en est la démonstration.

 

Bref, revenons à de Gaulle :

 

« En 1966, le Président Lyndon Johnson veut contenir le communisme, et déverse ses troupes, ses avions, ses bombes, pour protéger son protectorat du Sud Vietnam contre le Nord de Ho Chi Minh. De Gaulle lui dit que c’est inutile, depuis un moment, et que la victoire est impossible, mais cette fois le clame dans un pays voisin du Vietnam, au Cambodge qui veut préserver sa neutralité.

 

«Eh bien! La France considère que les combats qui ravagent l'Indochine n'apportent aucune issue. S'il est invraisemblable que l'appareil guerrier américain vienne à être anéanti sur place, il n'y a, d'autre part, aucune chance pour que les peuples de l'Asie se soumettent à la loi de l'étranger venu de l'autre rive du Pacifique, quelles que puissent être ses intentions et si puissantes que soient ses armes.»

 

On a bien entendu: «La loi de l’étranger», la croisade US pour la liberté! Le Général est reçu au Cambodge en héros. Le prince Sihanouk, ce roitelet de tourmentes qui côtoyait le communisme pour se préserver du chaos, le compare à un saint médiéval, qui vaincra les dragons: «Notre monde actuel, où tant de peuples sont victimes d'injustices ou subissent des actes de guerre, a le plus grand besoin de modernes "saints Georges", qui osent défendre, même contre le gré de leurs alliés, la justice, le bon droit et la paix.» On récite des poèmes à sa gloire. La France, par son chef, ayant rompu les rangs de l’Occident, est la marraine des peuples contre l’Empire!

 

La France ingrate

 

L’Amérique le vit mal. La France est ingrate, qui oublie ceux qui l’avaient libérée! En mars, De Gaulle est sorti de l’OTAN, et le GIs quittent le sol français. Voilà bien ce pays insolent, qui poignarde le camp de la Liberté! Un Représentant de l’Etat de New York, Samuel Stratton, défend à la Chambre des représentants un isolement commercial de la France. Les touristes doivent désormais boycotter Paris, dit-il, et mieux encore: «Si nous évitions d'acheter des vins français, et achetions des vins de l'État de New-York, de Gaulle serait rapidement sur les genoux», lance Stratton.

 

Ces réactions seront un classique. Une génération plus tard, en 2003, quand un autre pouvoir français défie un autre pouvoir américain, des passionnés débaptisent les french fries pour les renommer freedom fries, les frites de la liberté! on moque en Amérique les défaites historiques des armées françaises, on dénonce l’antisémitisme qui ravagerait notre pays; on fustige l’épaisseur musquée de nos fromages. On fait payer, en somme, au Président Jacques Chirac et à son ministre des affaires étrangères Dominique de Villepin, interprète d’un discours à l’ONU qui l’accompagnera le reste de son âge, d’avoir voulu gêner les plans irakiens de l’administration Bush, défiés verbalement quand leur guerre était déjà prête. «L'usage de la force ne se justifie pas aujourd’hui a dit Villepin, applaudi dans l’enceinte de l’Assemblée générale. Une telle intervention pourrait avoir des conséquences incalculables pour la stabilité de cette région meurtrie et fragile. Elle renforcerait le sentiment d'injustice, aggraverait les tensions et risquerait d'ouvrir la voie à d'autres conflits.» Qui, aujourd’hui, aux Amériques, voudra ou pourra punir Macron?

 

De Gaulle, Villepin, Macron

 

En 51 ans, c’est la troisième fois que la France mène une fronde contre l’Amérique indigne. De Gaulle 1966, Villepin 2003, Macron 2017, participent d’une même histoire. Le pays rétif, le pays qui dit non, regarde le géant. Il proteste de son amitié, et n’en frappe que plus violemment. Macron, moquant Trump et ses slogans de mirliton, unifiant le monde contre lui, précise que l’Amérique est notre allié contre le terrorisme. Villepin entretenait une relation amicale avec le secrétaire d’Etat US Colin Powell et avait été ambassadeur à Washington, et Chirac, vendeur de glace et amoureux d’une young lady locale, Florence Herlihy, lors d’un périple de jeunesse. De Gaulle, en 1966, faisait vibrer «l'amitié exceptionnelle et deux fois séculaire» que la France portait à l’Amérique, mais le compliment intégrait la perversion: la France avait aimé l’Amérique, en raison de ses principes: «l’idée que, jusqu'à présent elle s'en était faite, savoir celle d'un pays champion de la conception suivant laquelle il faut laisser les peuples disposer à leur façon de leur propre destin.» Les principes bafoués, l’amitié n’était plus une excuse. C’était l’Amérique qui se trahissait en contraignant les Vietnamiens, fussent-ils rouges, et De Gaulle l’invitait à se reprendre: «En prenant une voie conforme au génie de l'Occident, quelle audience les États-Unis retrouveraient-ils d'un bout à l'autre du monde et quelle chance recouvrerait la paix sur place et partout ailleurs!»

 

Nous vous aimons, américains, et ne vous pardonnons pas de déchoir, car vos manques blessent toute l’humanité. «Aucun Etat ne peut s'ériger en gardien du monde», insiste Dominique de Villepin en mars 2003, alors que les soldats de Bush se battent en Irak. «La force ne doit être qu'un dernier recours parce que cet usage risque d'aviver les plaies du monde», ajoute-t-il. De Gaulle n’en disait pas moins à Phnom Penh, avertissant que la guerre, si elle n’était jugulée, condamnerait le monde «à des malheurs toujours grandissants». Macron parle à l’unisson, pour qui Trump commet «une faute pour l’avenir de notre planète», faisant risquer, à «nos enfants», «un monde fait de migrations, de guerres, de pénuries».

 

Tout l’article Quand De Gaulle, contempteur de l’Amérique, annonçait Macron

 

Claude Askolovitch — 03.06.2017 - ICI 

 

Comme les politiques, les journalistes politiques ont du mal à décrocher, c’est le cas de François Bazin, ancien chef du service politique de L'Obs, qui passe au scanner cinq années qui ont transformé la politique française. Comme la lame d'un chirurgien, sa plume, alerte, imagée et éclairée, dissèque avec minutie le mandat de François Hollande. Ses coups d'éclat oubliés, ses retentissants ratés, ses erreurs répétées. « C'est le seul livre sur Hollande qui n'a pas été dicté par Hollande », ironise-t-il quand on lui demande ce qu'on apprendra de plus – son ouvrage venant après des dizaines de milliers de pages consacrées au président déchu.

 

Sur Macron, comme tout le monde, il n’a rien vu venir, mais ça ne l’empêche pas d’affirmer que l'affaire Ferrand, c'est le tweet de Valérie Trierweiler

 

Avec les mêmes effets ?

 

On ne sait pas.

 

Là où c'est très ennuyeux, c'est que la séquence pré-législatives devait être dominée par loi sur la moralisation. Or c'est raté. Ce qui domine, ce sont les atteintes à cette moralisation par l'un des principaux ministres. Emmanuel Macron a fixé le thème, mais le thème s'est inversé. Ce genre de premières impressions reste et imprime profondément l'opinion. Cela va au-delà de la crise passagère et colore le mandat. Le tweet de Valérie Trierweiler a coloré le début de quinquennat Hollande et cette «coloration» a été rappelée par l'affaire Julie Gayet et la sortie de Merci pour ce moment. L'opinion s'est dit : « Cet homme n'est pas normal.»

 

  • Dans ces quinze jours réussis, l'affaire Ferrand est-elle la première erreur du président Macron ?
  •  

Il a choisi une ligne de communication : l'absence. Il a fait rapporter son message par son porte-parole. Mais, dès le soir même, il est rattrapé par la patrouille. On a des images de nuit, à Vannes, où on a l'impression qu'il fuit. Sa ligne de communication est de ne pas apparaître ; il est apparu encerclé par des journalistes avec des questions répétées entraînant des réponses dilatoires et un certain énervement. Or Jupiter ne s'énerve pas : il met une claque ou reste sur son nuage en entretenant le mystère. Il ne va pas comme un petit bonhomme sous les flashs des caméras.

 

Reste à encore épingler ce pauvre Onfray et à revenir sur ce pauvre Méluche :

 

Onfray à la une des hebdos: la philosophie pour les nuls et les beaufs réacs

 

Inutile d'aller au bistrot pour y écouter les analyses de René entre deux tournées de beaujolais, il suffit cette semaine d'acheter l'Obs et Valeurs actuelles. Et d'y lire Michel Onfray présentant son dernier ouvrage, consacré à la campagne présidentielle achevée. C'est poilant.

 

Dans Valeurs actuelles, Onfray disserte avec André Bercoff. Qui présente lui-même la chose ainsi « mon entretien avec le philosophe Michel Onfray qui flingue allegro furioso les clowns qui nous égarent ».

 

Le texte final est conforme à la promesse. Ça ne vole pas très haut. Il faut dire qu'on est entre amis désormais, du côté de la France rance. Retenons que Macron est pire que les plaies qui accablèrent l'Egypte quand Moïse décida de montrer à Pharaon qu'il fallait le laisser partir avec son peuple.

 

Dans l'Obs, l'entretien est moins complice. On cherche à pointer les contradictions de Michel Onfray. Ses faiblesses. Mais au fil des pages, le lecteur finit par s'interroger: pourquoi se donner tant de peine à discuter, disputer et argumenter avec un personnage dont la pensée est si médiocre, l'intelligence à ce point indigente, et l'esprit borné? Pourquoi tenter de donner à croire qu'un tel personnage, présenté comme philosophe soit à ce point digne d'intérêt intellectuel et politique?

 

Une affligeante pauvreté

 

Qu'on en juge. La vision de l'élection présidentielle achevée revue et corrigée par Michel Onfray est d'une affligeante pauvreté.

 

Les personnages?

 

Benoit Hamon est le "roi crétin" et le "piège à con". Jean-Luc Mélenchon est "Robespierre le petit". Pourquoi "petit"? Réponse, sans rire du philosophe : "Il n'est pas la hauteur". Quant à François Hollande, c'est « Sphincter Ier », parce qu'il "ne se retient pas, il se répand partout "… Bien…Y a du niveau chez le penseur Onfray.

 

La dramaturgie de la campagne? Un complot, monté par des cabinets noirs, des médias aux ordres, la finance et la banque…

 

Sont coupables de l'élection de Macron " le maastrichtien " :

 

-" Le dispositif ", à savoir " le système qui fonctionne avec les médias, l'édition, l'université et l'école ".

 

-" les médias ", " regardez le nombre de couvertures consacrées à Macron par rapport à Jean Lassalle ". " Un journal ne suis pas l'opinion, il la fait, c'est élémentaire non? "

 

-Le Pen et Mélenchon, " qui n'étaient que des lièvres à qui on a demandé de s'écarter pour laisser passer le vainqueur ".

 

-Christophe Borgel, du PS, qui a " bourré les urnes " de la Primaire socialiste afin d'éliminer Valls au profit de Hamon, parce que (attention, révélation!) le PS et François Hollande avaient intérêt à ce que Hamon l'emporte, plutôt que Valls, pour faciliter la victoire finale de Macron ".

 

-François Hollande, parce que " l'élimination de Valls lui permettait de soutenir Macron ".

 

-" Les cabinets noirs ", car " les gouvernants doivent pouvoir compter sur des services secrets pour réaliser des opérations discrètes ". Et avec eux, " les conseillers en communication ", " images ", " riposte "…

 

-Macron, qui a usé d'une " méthode de séduction extraordinaire mais au point avec des algorithmes pour s'adresser à une partie de la population, puis à une autre "…

 

Et tout le reste est de la même veine délirante, s'étalant sur 6 pages pleines.

 

Tout cela est sidérant. Mais aussi très révélateur, une fois de plus, de l'époque.

 

Une vedette de télévision

 

En vérité, ce qui est intéressant, ce ne sont pas les propos d'Onfray, imbéciles et grotesques (et qui ne méritent même pas que l'on perde du temps à les réfuter) c'est le fait que quantités de médias estiment qu'il est impératif de le prendre au sérieux, de lui ouvrir leurs pages en grand, de le traiter avec considération et de faire semblant de le prendre au sérieux. Tout cela dit ce que nous sommes, et d'une certaine façon, dit aussi ce que certains refusent que nous soyons.

 

Onfray est une vedette de télévision, qui a bâti sa réputation médiatique sur le ridicule intellectuel de ses postures, dont la dernière livraison est emblématique. Onfray est un " bon client " de la télé, qui a compris l'intérêt commercial qu'il y avait à accepter de se produire à On n'est pas couché et Les Grandes gueules. Et de " bon client " de la télé, Onfray est devenu " bon client " pour le papier. Il a ainsi pu enclencher, avec beaucoup de talent, le cercle vertueux qui procure la plus grande des surfaces médiatiques. Il passe à la télé parce qu'il est à la une des magazines, il est à la une des magazines parce qu'il passe à la télé, et ainsi de suite, à l'infini…

 

Mais ce n'est pas tout. Désormais tribun de la plèbe réactionnaire, Onfray est aussi le formidable vecteur qui permet aux différentes factions du Vieux monde qui meurt de réfuter la victoire démocratique de Macron et des valeurs qu'il emporte avec lui. En théorisant un vaste complot qui aurait confisqué la démocratie, Onfray apaise les consciences qui prophétisaient que la France 2017, saisie par l'insécurité culturelle, viendrait prendre place aux côtés du Royaume-Uni et des Etats-Unis, entre Trump, Brexit, et soumission à l'ordre mondial de Poutine. De même, il explique aux orphelins de la Vieille maison PS et de la rue de Solférino que la victoire de Macron relève d'une trahison inscrite dans le grand complot, dont Hollande et une partie du PS ont été les complices.

 

Pour les partisans du Vieux monde, de gauche et de droite, de l'extrême gauche et de l'extrême droite, la vision complotiste et délirante d'Onfray est rassurante. Les uns et les autres y trouvent matière à réconfort en ce qu'ils peuvent conclure que ce ne sont pas leurs idées qui ont perdues, mais que ce sont des tricheurs et comploteurs qui ont porté Macron au pouvoir. Cette explication du monde est apaisante, et leur convient. Onfray est le philosophe de l'époque qui traque les Forces occultes qui détournent la démocratie. Onfray est partout.

 

La créature Onfray est le symptôme de tous les dérèglements de la sphère politique et médiatique, du décalage entre la mutation politique qui s'opère en cette année électorale 2017 et les représentants du Vieux monde qui refusent leur disparition. C'est de la philosophie pour les nuls et les beaufs réacs, mais tout le monde fait comme si tout cela était digne de la grande tradition de l'intellectuel français se promenant en politique. Onfray n'est pas sérieux, mais le fait que le Vieux monde le traite avec sérieux mérite d'être pris au sérieux.

 

Mélenchon vs Cazeneuve: le grand tournant sectaire de la France insoumise

Le 29.05.2017 à 13h06

 

Jean-Luc Mélenchon accuse Bernard Cazeneuve d'avoir une part de responsabilité dans la mort de Rémi Fraisse, à Sivens, en 2014. Cette polémique révèle le tournant gauchiste de la France insoumise, bien loin de la campagne hugolienne de la présidentielle.

 

De Victor Hugo en Républicain à Paul Déroulède en gauchiste. L’étrange mutation. Car ainsi s'est doublement métamorphosé Jean-Luc Mélenchon en quelques semaines. Le formidable intellectuel de la campagne présidentielle, hugolien et jaurésien, réincarnation de la figure de l'Instituteur de la IIIe République, s'est mué en tribun identitaire et sectaire pour les élections législatives. Déroulède gauchiste nationaliste et populiste, Mélenchon ne sème plus le grain qui lève en mai et se récolte à l'été, mais la colère qui prospère sur le désespoir et ne produit que de la haine.

 

La France insoumise est bel et bien l'ivraie de l'ivresse, la représentation quotidienne de la mise en scène de l'ego d'un homme sous couvert de combat pour autrui. La transfiguration est brutale. Et la question qu'elle soulève l'est tout autant. Où est le vrai Mélenchon? Quelle est à la fin la vérité de cet homme?

 

Plus rien ne paraît arrêter le quatrième candidat de l'élection présidentielle. La tempérance et la tolérance ne sont plus du monde de la France insoumise. L'intransigeance et l'outrance sont désormais les vertus du moment. Jusqu'à formuler l'accusation la plus hallucinante, à savoir laisser entendre que l'ancien Premier ministre de l'Intérieur et Premier ministre Bernard Cazeneuve serait en partie responsable, voire coupable, de la mort de Rémi Fraisse, sur le site de Sivens, en octobre 2014. C'était à Montreuil, le 24 mai dernier, et les caméras de C Politique, sur France 5, ont enregistré l'accusation.

 

Une logique politique sectaire

 

Donc, Mélenchon a dit ceci : "Comment il s'appelle là le dernier que son nom m'échappe qui était Premier ministre? Comment vous l'appelez? Oui, Cazeneuve, le gars qui s'est occupé de l'assassinat de Rémi Fraisse".

 

Puis, il a ajouté: "Le gars qui a fait gazer, matraquer, toutes les manifestations et qui prend maintenant sa tête de petit sainte-nitouche pour dire que c'est moi qui ne sait pas choisir entre le Front national et je sais pas qui. (…) Encore une fois vous essayez de tromper les gens. Encore une fois vous essayez de leur faire peur".

 

Bernard Cazeneuve, entre indignation et émotion, a annoncé son intention d'en appeler à la justice de son pays. Diffamation dit-il. Nous verrons si ce procès à lieu.

 

En attendant, le cas Mélenchon est préoccupant. Il dit que le leader de la France insoumise est entrée dans une logique politique sectaire, décidé à rompre toute attache avec les partis républicains modérés. Il dit aussi le processus d'extrême-gauchisation d'une partie de la société politique française.

 

Le retour de l’agitateur de foules haineuses

 

Depuis le soir du premier tour de l'élection présidentielle, c'est comme si un autre Mélenchon était revenu d'entre les Mélenchon. Fini le tribun aux accents gaullo-hugoliens de la place de la République. Envolé le grand orateur jaurésien s'adressant à ceux qui n'ont que la Nation pour seul bien. Retour de l'agitateur de foules haineuses, grand manipulateur de passions tristes, entre Déroulède et Chavez. Noir, c'est noir, il n'y a plus d'espoir. La France insoumise, c'est la France qui refuse l'optimisme, l'écho de gauche au Front national.

 

L'écart est tel entre les deux incarnations que Jean-Luc Mélenchon en a payé le prix. On ne se dérobe par impunément à la charge de s'opposer à une victoire possible du Front national. On ne déserte pas face à Marine Le Pen sans en payer le prix politique. On n'abandonne pas son poste de combat face à l'extrême droite sans mériter son procès en haute trahison républicaine. Mélenchon a pris un risque, il prend aujourd'hui sa perte.

 

L'opinion a déjà jugé sévèrement l'inspirateur de la France insoumise. Sa cote de popularité personnelle s'est effondrée en quelques jours. Un sondage Elabe a même pointé une chute de 17 points, aussi spectaculaire que sans appel. Une partie de l'électorat qui avait voté Mélenchon de bonne foi se sent aujourd'hui trahi. A juste titre.

 

Mélenchon a opté pour un choix stratégique qui vise à achever la destruction du Parti socialiste (en parfaite complicité objective avec le mouvement macronien République en Marche) et l'installation à gauche d'un groupe, le sien, qui entend s'installer sur les décombres du PS et du PC (car au passage, Mélenchon a aussi pour objectif d'en finir avec les communistes). Bref, la refondation Macron se double d'une refondation Mélenchon.

 

Cela étant, si les deux refondateurs et recompositeurs de la vie politique s'entendent sur l'objectif de temps court (ruiner le PS et le transformer en parti vestige de la Ve République), sur temps long, le dessein diffère.

 

Pas d’autre projet que lui-même

 

Emmanuel Macron impose une substitution qui accouche d'un parti politique inscrit dans la durée, porté par un progressisme réformateur enfin libéré du surmoi marxiste qui tué le PS à petit feu depuis la fin des années 90, et dont Benoît Hamon a été le dernier avatar mortifère. En marche est fait pour gouverner dans la durée, au gré des alternances entre camp progressiste et camp conservateur (lui-même entrant en phase de mutation). Il est l'achèvement réformiste initié par Mitterrand en 1971, et engendré collatéralement par un PS qui a refusé de muter.

 

En revanche, Mélenchon n’a pas d’autre projet que lui-même. Il n’est pas question de se doter d’un grand dessein de gouvernement. La France insoumise, par définition, ne saurait vouloir gouverner, puisqu’elle est insoumise. La France insoumise au pouvoir est un oxymore. La France insoumise est un vote inutile pour qui entend changer la vie.

 

Mélenchon et ses amis rejouent la pièce jouée par les communistes français des années Thorez, Waldeck-Rochet et Marchais. Occuper la gauche de la gauche pour empêcher l’émergence d’une force social-démocrate au centre gauche et attendre le grand soir qui ne vient jamais. L’essentiel est de demeurer dans la pureté révolutionnaire. Et tant pis pour ceux que l’on prétend défendre, qui n’ont plus accès à l’histoire autrement que par de brèves fractures, quand bien même ils façonnent le pays par le travail et par le sang. C’est en cela que la dérive sectaire de Mélenchon trahit l’enseignement de Jaurès.

 

Mélenchon et sa VIe République, sa constituante, sa France insoumise, son attachement à l’alliance bolivarienne, la secte de ses militants, c’est la promesse de la mort de la gauche au pouvoir pour des décennies. Au mépris du peuple qu’il prétend défendre. Mélenchon n'a d'autre projet pour les électeurs prêts à lui faire confiance que le repli et l'enfermement. Est-ce un projet digne des Lumières dont il se réclame?

 

A l'Assemblée, tout cela risque de se terminer avec l'élection d'une quinzaine de député. Pas plus. Le prix à payer du splendide isolement politique prôné par Mélenchon. Ici apparaît la vérité politique de l'homme et ce qu'il emporte avec lui. La réalité du Déroulède gauchiste Mélenchon, c’est la vanité. Rien de nouveau sous le soleil rouge.

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, pour comprendre Macron, il faut relire le quinquennat de Hollande, en bloc et en détails. Mélenchon Narcisse contrarié.

De la longue séquence présidentielle, deux personnalités ont émergé : Macron et Mélenchon.

 

Celui-ci « voyait déjà son portrait sur les murs de toutes les mairies de France. Ses fans étaient prévenus : « Je suis prêt pour la qualification. » Mélenchon président ! Il avait tout prévu. Le chef de son gouvernement aurait été également garde des sceaux. Au-dessous, treize ministres, mais aussi « des hauts commissaires en mission, comme Martin Hirsch au temps de Nicolas Sarkozy », raconte sa conseillère Sophia Chikirou, ancienne attachée de presse du Front de gauche. Mélenchon avait même trouvé son secrétaire général de l’Élysée : le conseiller d’État Bernard Pignerol, ancien président de la commission des conflits du PS et ex-conseiller diplomatique de Bertrand Delanoë.

 

Partage des richesses, planification écologique, sortie des traités européens, renforcement de l’ONU, sortie de l’OTAN, entrée dans la fameuse Alliance bolivarienne, taxes solidaires et protectionnisme, fin du nucléaire… L’utopie était en marche. Ils y croyaient tant qu’une « chaîne du président », interactive, était à l’étude. Le nouveau chef de l’État, Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, s’y serait exprimé une fois par semaine, comme le président du Venezuela, Hugo Chavez, le dimanche à 11 heures dans « Aló Présidente », mais aussi Evo Morales en Bolivie ou Rafael Correa en Équateur. »

 

Le fameux « à 600 000 voix près » qui a fait florès sur les réseaux sociaux.

 

  • Retweeted Wounder Wouman (@Yooo_Mama_):

À 600 000 voix près, Jean-Luc Mélenchon remportait l'#Eurovision.

 

  • Retweeted Le con qui ose tout (@leconquiosetout):

Jean-Luc Mélenchon vient d'identifier (nom + adresse) les 600 000 personnes qui l'ont empêché d'accéder au 2nd tour.

Un conseil, fuyez.

 

  • Retweeted Le con qui ose tout (@leconquiosetout):

Thomas Pesquet revient sur terre le 2 juin.

Par contre, c'est comme Melenchon et les législatives, on sait pas trop où il va atterrir.

 

  • Retweeted R Besse Desmoulieres (@raphaellebd):

"Vous êtes la mort et le néant" : SMS rageur de son altesse #Mélenchon au #PCF Pierre Laurent !

"Le SMS assassin de Mélenchon au PCF" dans le Canard de demain

 

Qui est vraiment Jean-Luc Mélenchon ?

 

M LE MAGAZINE DU MONDE | 26.05.2017 À 14H47 • MIS À JOUR LE 26.05.2017 À 18H38

 

Retour sur le parcours romanesque du leader des insoumis, qui a permis à la gauche de la gauche d’obtenir un score historique. Un homme romanesque, pour lequel vie politique et vie personnelle se confondent.

 

Par Ariane Chemin

 

En savoir plus ICI  

 

Ce n’est pas du meilleur Ariane Chemin, mais il est si difficile d’écrire sur le Mélenchon : La relève du « vieux monde »

 

« Chez Karine Le Marchand, c’est Gabriel Amard, un des cadres du Parti de gauche, candidat dans la 1re circonscription du Jura, qui vient raconter son… beau-père. Il a épousé sa fille, Maryline, une militante dévouée. Ses amis sont tous des camarades et détaillent volontiers des secrets qui n’en sont pas : cette fameuse surdité, découverte tardivement, lors de ses trois jours à l’armée, les lignes de calligraphie à l’encre de Chine qu’il trace à la plume pour rester zen, ou encore la semaine de vacances annuelle au moulin de Laguépie, dans le Tarn-et-Garonne. Et aussi les promenades à pied dans Paris, comme « le Vieux » (Mitterrand), la veste achetée « en solde » chez Hollington, rue Racine, à Paris, les chemises de serveur de café dénichées chez des grossistes et « qui n’ont pas besoin d’être repassées »…

 

Mais son mental, les logiques de ses éclats borderline, ses failles et ses forces, la part de mauvaise foi dans sa bonne foi, qui les perce à jour ? Ceux qui ont connu « Jean-Luc » hier, avec son attaché-case, ou aujourd’hui, avec sa veste de charpentier ? « Un jour, Jean-Luc nous a dit : “Si vous lisez Fondation, d’Isaac Asimov, vous avez compris la base de la pensée de Mélenchon », raconte Mathias Enthoven, un des jeunes piliers de la communication numérique de La France insoumise, rue de Dunkerque, gros lecteur de science-fiction comme son patron. »

 

Et pendant que la Méluche se coltine les électeurs autour du Vieux-Port, la 4e circonscription des Bouches-du-Rhône. Le leader de La France insoumise y avait réuni 39% des voix au premier tour de l'élection présidentielle. En débarquant pour les législatives, il se met à dos tous les autres candidats, Macron fait un sans-faute sur la scène internationale : Trump et Poutine.

 

Pour l’heure y’a pas photo et le jeune Macron est en passe de ramasser la mise des Législatives.

 

Le camp Macron en marche vers la majorité absolue aux législatives selon les sondages

 

Un sondage Opinionway/Orpi accorde une avance de 8 points au parti présidentiel et prédit jusqu'à 330 sièges à l'Assemblée nationale.

 

Le 26/05/2017

 

LEGISLATIVES 2017 - Jusqu'ici tout va bien. Fort d'un important renouvellement lié à la loi sur le non-cumul des mandats et d'une recomposition de la scène politique, les élections législatives des 11 et 18 juin devraient remodeler l'Assemblée nationale en profondeur. Un test politique pour le chef de l'Etat Emmanuel Macron, en quête d'une majorité solide malgré son positionnement transpartisan pour mener sa politique de réformes.

 

Pour l'heure, le président de la République semble en passe de remporter son pari. Selon plusieurs sondages, son parti La République En Marche (LREM) se classe nettement en tête des intentions de vote, avec jusqu'à 10 points d'avance sur Les Républicains et le Front national. Des résultats en progression à interpréter avec prudence compte tenu des particularités du mode de scrutin, de l'incertitude sur la participation et des spécificités locales de la campagne.

 

Pas d'effet Baroin chez Les Républicains

 

LREM arrive ainsi largement en tête des intentions de vote (28%) au premier tour des élections législatives et progresse même (+1 point par rapport au dernier sondage diffusé le 18 mai, selon un sondage OpinionWay/Orpi pour Les Echos et Radio Classique diffusé ce vendredi. Les Républicains, allié aux centristes de l'UDI, accusent 8 points de retard (20%, stable), et le Front national 9 (19%, -1 point).

 

Si la droite parvient à maintenir son score de premier tour de l'élection présidentielle, son chef de file François Baroin n'a pas encore réussi à redresser la barre, plombé par la stratégie de débauchage d'Emmanuel Macron qui a nommé dans son gouvernement plusieurs cadres des Républicains.

 

Miné par ses disputes internes, le Front national de Marine Le Pen décroche par rapport à son score de premier tour à la présidentielle.

 

Si leur score national est en retrait par rapport au scrutin d'avril dernier, les candidats de La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon recueillent malgré tout 15% (+1 point) d'intentions de vote et devancent encore nettement ceux du Parti socialiste et de ses alliés 10% (-1%) qui pourraient faire mieux que leur candidat Benoît Hamon à la présidentielle. 2% des voix iraient à des candidats du Parti communiste et également à des divers droite, 1% à des candidats de l'extrême gauche et 3% à "un autre candidat".

 

Majorité absolue pour Macron, LR premier parti d'opposition

 

Compte tenu du scrutin majoritaire uninominal à deux tours qui se tiendra dans 577 circonscriptions, ces totalisations nationales ne reflètent que partiellement l'équilibre des forces à venir au Palais Bourbon.

 

Ainsi, selon les projections d'Opinionway qui portent sur 535 circos métropolitaines (au total la France en compte 577), La République En Marche pourrait s'adjuger plus de la moitié de sièges de l'Assemblée en juin prochain (entre 310 et 330) avec moins d'un tiers des suffrages au niveau national. De quoi décrocher facilement la sacro-sainte majorité absolue des 289 sièges qui lui permettrait de régner sans partage. 50% des personnes interrogées souhaitent d'ailleurs que le président de la République dispose d'une majorité.

 

Selon les mêmes projections, la droite alliée aux centristes aurait entre 140 et 160 députés. Bien que distancé par les mélenchonistes, le Parti socialiste, mieux implanté grâce à ses députés sortants ferait jeu égal avec la France insoumise avec 25 à 30 députés. Si ce résultat se confirmait, il s'agitait tout de même de la pire déroute électorale du PS depuis sa fondation.

 

Bien que troisième dans les intentions de vote, le Front national n'obtiendrait selon les projections que 10 à 15 députés. Une forte progression par rapport à 2012 (le FN-RBM n'avait obtenu que deux députés à la faveur de triangulaires) mais une déception pour la formation d'extrême droite qui se présente comme le premier parti d'opposition à celui d'Emmanuel Macron.

CHAP.19, temps suspendu, pour comprendre Macron, il faut relire le quinquennat de Hollande, en bloc et en détails. Mélenchon Narcisse contrarié.

Macron par ci, Macron par là, lors d’une récente razzia de livres à l’Ecume des Pages, tout un présentoir était macronisé.

 

RIEN NE S’EST PASSÉ COMME PRÉVU

Les cinq années qui ont fait Macron

 

François BAZIN

 

« C'est l'histoire d'un grand basculement. Elle met en scène des ambitions peu communes et des trahisons d'une qualité rare. Elle raconte à la fois un échec sans précédent, puisque soldé par un renoncement lui aussi inédit, et une conquête d'une audace incroyable, puisque partie de rien, si ce n'est des rêves d'un jeune homme à l'appétit carnassier.

 

Emmanuel Macron est l'enfant du règne. Le double et le contraire. L'héritier et l'inverse. Qui dit mieux, au moins dans la conquête ? Celle-ci n'a pas été le fruit d'une improvisation. Elle vient de loin. Ella a été préméditée. C'est en cela que le crime fut parfait. La victime et l'assassin l'ont souvent admis, à l'heure des confi dences. Tout cela a été fait "avec méthode", comme l'a dit un jour l'ancien président. Et maintenant ? Personne ne saura jamais ce que pensaient vraiment Emmanuel Macron et François Hollande lorsque, un matin de la mimai 2017, à l'Élysée, l'un est devenu retraité et l'autre président. On fera ici l'hypothèse qui en vaut bien d'autres qu'ensemble, fût-ce un bref instant, ils se sont remémoré cette histoire de cinq ans qu'ils ont vécue côte à côte, chacun à sa façon, et qu'il s'agit de raconter à présent dans sa totalité parce qu'on n'en reverra pas de sitôt de plus ébouriffante. » F.B.

CHAP.19, temps suspendu, pour comprendre Macron, il faut relire le quinquennat de Hollande, en bloc et en détails. Mélenchon Narcisse contrarié.
CHAP.19, temps suspendu, pour comprendre Macron, il faut relire le quinquennat de Hollande, en bloc et en détails. Mélenchon Narcisse contrarié.
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21 mai 2017 7 21 /05 /mai /2017 08:00
CHAP.19, temps suspendu, 2 présidents de la République jetés, 3 premiers ministres virés, 2 ralliés, 2 oubliés la malédiction des primaires.
  • Pull !
  •  

Le ball-trap, le « tir aux pigeons d'argile » des kermesses de ma jeunesse, le plateau d’argile fusait, le tireur épaulait, visait, le coup partait et le pigeon d’argile s’éparpillait dans les airs.

 

Les as rataient rarement leur cible, leur vista m’épatait, moi qui n’est jamais touché une arme à feu, leur hécatombe d’argile me donnait bonne conscience.

 

Les primaires m’ont procuré la même sensation, ce fut un festival de casse-pipes, les têtes couronnées roulaient, une à une, dans la poussière sous les hourras du peuple en folie…

 

J’exagère à peine.

 

Bilan du jeu de massacre :

 

  • La première tête à tomber fut celle de Sarkozy le honni,

 

  • Très vite suivi par celle de Juppé le banni,

 

  • La main passa de droite à gauche pour voir Hollande jeter le gant,

 

  • Valls se précipita puis gicla ;

 

  • Et puis ce fut le tour de Fillon se vautrer salement ;

 

  • L’Emmanuel devint roi et Bruno Le Maire et NKM se rallièrent ;

 

  • Au fond du panier : Hamon et Montebourg à gauche et Copé à droite, ça fait pas bézef !

 

Enfin, dernier acte : « La nomination d’Edouard Philippe est l’amère victoire d’Alain Juppé »

 

La nomination à Matignon, lundi 15 mai, du maire (Les Républicains, LR) du Havre (Seine-Maritime) Edouard Philippe, c’est l’amère victoire d’Alain Juppé qui s’était trompé sur la nature de la primaire de la droite et du centre mais qui avait vu juste sur la recomposition politique.

 

C’est l’histoire d’un homme battu par son propre camp et qui avait pourtant eu la vision gagnante. Celle d’un ancien premier ministre qui ne sera jamais chef de l’Etat mais qui a la consolation de voir l’un de ses anciens conseillers – « un homme de grand talent » – devenir chef du gouvernement et être ainsi l’artisan de la recomposition politique menée par Emmanuel Macron.

 

Edouard Philippe a sauvé l’honneur du maire de Bordeaux. Il a réhabilité le camp des juppéistes. Cette revanche ne va cependant pas sans un pincement de cœur ni une certaine gêne car Alain Juppé n’oublie pas qu’il a été, en 2002, le principal artisan de la création de l’UMP qui se voulait, face au Front national de Jean-Marie Le Pen, l’indestructible parti de la droite et du centre.

 

Implacable logique

 

Aujourd’hui, il peut difficilement assumer de voir l’un de ses lieutenants être nommé premier ministre pour dynamiter son camp. « Pendant cette campagne, je soutiendrai les candidats investis par LR et l’UDI [Union des démocrates et indépendants] », a-t-il précisé.

 

Et pourtant, tout ce qui arrive aujourd’hui est d’une implacable logique : pendant des mois, le maire de Bordeaux, au faîte de sa popularité, a préparé l’avènement d’un nouveau rassemblement.

 

Défenseur de l’« identité heureuse » là où une partie de son camp s’employait à exacerber les passions tristes, Alain Juppé avait promis, s’il était élu président de la République de faire ce à quoi s’attelle aujourd’hui M. Macron : « couper les deux morceaux de l’omelette pour que les gens raisonnables gouvernent ensemble et laissent de côté les deux extrêmes, de droite comme de gauche, qui n’ont rien compris au monde ».

 

Son rêve d’une recomposition politique, après deux quinquennats marqués par un échec cuisant sur le front du chômage et de la cohésion sociale, s’opposait à la vision très droitière de Nicolas Sarkozy et de François Fillon qui avaient scellé une alliance efficace entre les deux tours de la primaire de la droite et du centre pour l’éliminer.

 

Aspiration de l’opinion au rassemblement

 

Il reflétait cependant une aspiration si profonde de l’opinion au rassemblement que lorsque le maire du Havre a été nommé premier ministre, lundi, la transgression n’en était – presque – plus une : après avoir investi d’anciens candidats socialistes tout acquis à sa cause, le chef de l’Etat a pu tranquillement choisir un premier ministre de droite au demeurant tellement consensuel que son prédécesseur n’a rien trouvé à redire. Au contraire : la passation des pouvoirs entre Bernard Cazeneuve et Edouard Philippe a été inédite : deux Normands au caractère bien tempéré, l’un se revendiquant « de gauche », l’autre « de droite » et finissant par s’embrasser en souhaitant le meilleur pour le pays.

 

Alain Juppé était passé par là. Pendant des mois il avait préparé le terrain, labouré la terre du rassemblement, aidé par le centriste François Bayrou qui l’avait d’abord soutenu, sous les quolibets de la droite, avant de rejoindre, à la fin février, le président d’En marche !

 

Sur le fond, le choc n’en est pas moins considérable. Après avoir pulvérisé la gauche, Emmanuel Macron exploite avec une facilité déconcertante les divisions de la droite dans l’espoir de construire une majorité à sa main aux législatives. Les juppéistes ont servi d’avant-garde, le reste de la droite modérée est tout près de suivre.

 

Françoise Fressoz (éditorialiste au Monde)

 

Un peu d’humour pour alléger l’atmosphère :

 

Le dernier chef de gouvernement français à avoir arboré une pilosité faciale comparable était Paul Ramadier, c'est en 1947. Après lui, seuls des mentons imberbes ou impeccablement rasés sont entrés à Matignon.

 

La Voix du Nord écrit :

 

« Révolution pileuse à la tête du gouvernement: Edouard Philippe a fait entrer la barbe à Matignon, une première sous la Cinquième République, très remarquée, qui illustre la popularité de ce look auprès de toute une génération.

 

Si barbes, barbiches et rouflaquettes étaient de mise chez les dirigeants sous les Troisième voire Quatrième Républiques, le glabre l'avait depuis largement emporté.

 

Et le monde politique restait jusqu'ici relativement hermétique à la tendance qui a fleuri depuis une dizaine d'années, sous diverses versions, sur les joues des hipsters, artistes, sportifs et cadres dynamiques.

 

Quand Emmanuel Macron, alors ministre, avait brièvement arboré une barbe naissante en janvier 2016, l'initiative avait créé le buzz sur les réseaux sociaux. En septembre, c'est en se faisant raser par un barbier devant les caméras, au salon de la coiffure, qu'il avait assuré le spectacle.

 

La barbe de trois jours de Nicolas Sarkozy en 2012, elle, avait fait dire à l'ex-ministre Roselyne Bachelot qu'il avait renoncé à revenir en politique, car « ce n'est pas avec un look pareil qu'on reconquiert le coeur d'un électorat hanté par la respectabilité ».

 

Lors de l'arrivée lundi à Matignon d'Edouard Philippe, 46 ans, considéré comme le premier chef de gouvernement à arborer une barbe depuis la barbiche de Paul Ramadier en 1947, le détail pileux n'est pas non plus passé inaperçu. Un autre barbu, Christophe Castaner, a été nommé porte-parole du gouvernement.

 

La barbe, fournie et taillée, que le maire du Havre porte depuis quelques années, est un signe de changement de génération à la tête du pouvoir, commente Samir Hammal, enseignant à Sciences Po spécialiste de l'apparence en politique.

 

Indice de jeunesse

 

« Édouard Philippe correspond bien au sociotype du quadragénaire à barbe convoqué dans de nombreuses campagnes de publicité », relève-t-il. Un détail qui par ailleurs « lui enlève son côté technocrate en l'humanisant ».

 

Ce phénomène de mode « a inversé les codes », souligne également le professeur d'ethnologie Christian Bromberger: « auparavant la barbe, c'était plutôt les personnes âgées, elle était blanche, maintenant c'est plutôt un indice de jeunesse. Une jeunesse non pas adolescente mais plus +start up+ ».

 

Nulle subversion dans ce type de barbe, domestiquée: « ce n'est pas la barbe des prophètes, des ermites, des hippies, des anarchistes ou de Che Guevara. Ce n'est pas celle de la gauche républicaine voire révolutionnaire », souligne Christian Bromberger, auteur de l'ouvrage Les sens du poil. Une anthropologie de la pilosité.

 

La vogue de la barbe, née du mouvement hipster aux Etats-Unis et inspirée par les « bears » homosexuels poilus, a pris le contre-pied de celle du métrosexuel imberbe des années 1990-2000.

 

Elle correspondait alors à une tendance à « l'ensauvagement » et au « lâcher-prise », même si cette barbe est aujourd'hui très travaillée, explique Pierre-Emmanuel Bisseuil, directeur de recherches au cabinet de tendances Peclers.

 

« C'est un signe d'affirmation de la virilité face à une féminité qui revendique certaines marques de pouvoir », juge l'expert, qui « voit donc encore pas mal d'avenir dans cette mode ».

 

Debray et les débrayeurs in Le temps

 

« L’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron est peut-être en train de ringardiser une intelligentsia vieillissante, qui tourne en rond dans l’Hexagone morose plutôt que d’affronter le monde avec un peu d’esprit de conquête, écrit notre chroniqueur Alain Campiotti

 

La main sur le cœur? Il est cuit ! Régis Debray l’avait repéré avant même qu’il ne fût élu. Emmanuel Macron chante La Marseillaise en portant la main au cœur, comme n’importe quel Etats-unien devant sa bannière étoilée. C’est la preuve: l’Amérique imprégnante, comme de nous tous, s’est emparée de l’esprit du jeune président. Mais après tout, qu’est-ce que ça change? La France, comme l’Europe dans l’ombre de l’empire, est de toute manière sortie de l’Histoire. Il n’y a plus rien à sauver, sinon danser joyeusement dans notre décadence subjuguée qui a de beaux restes.

 

C’est ce qu’écrit Debray dans Civilisation, l’essai – paradoxalement roboratif et pétillant – qu’il vient de publier. Il n’est pas seul: toute l’intelligentsia française morose ou imprécatrice patauge dans la même eau. Michel Onfray, le bateleur multimédia de la décrépitude, explique que le «moloch totalitaire qui impose la religion du Veau d’or» a placé un de «ses desservants là où ils doivent se trouver pour bien faire fonctionner la machine». Emmanuel Todd, le démographe constamment furibard, avertissait par avance: voter Macron, c’est l’acceptation de la servitude. Le pompon revient à Alain Finkielkraut, l’académicien fébrile: il conseille au nouveau président de «vieillir vite». Il y en a d’autres, et bien pires…

 

Un pays occupé en douce

 

Pauvre France naguère jeune et vraiment rebelle ! Elle voit surgir un homme à l’air encore adolescent, formé dans la philosophie, la banque et l’Etat, qui prétend empoigner le réel pour, par exemple, sortir le pays de son chômage de masse et redonner à l’Europe du rayonnement, et tout ce que trouvent à dire ces penseurs fatigués, c’est de lui postillonner au nez.

 

Qu’arrive-t-il à cette intelligence – celle des intellectuels publics? La dernière fois qu’elle a essaimé au-dehors, on l’avait baptisée «French theory» (Derrida, Foucault, Lacan & Co) et son audience était dans les minuscules enclos des campus. Puis le reflux est venu, et le Paris bavard se retrouve avec GAFA à sa porte et un tiers-monde délibérément négligé dans ses banlieues.

 

Régis Debray s’est réveillé là et il a découvert, flânant dans les rues de la Rive gauche, un pullulement d’enseignes franglaises et américaines. Quand il a commandé un jambon-beurre, on lui a servi un hamburger. Un pays occupé en douce. Pour ce militant qui voulait, en commençant par la Bolivie, allumer «deux, trois, plusieurs Vietnam» afin d’ébranler l’empire, le choc fut rude.

 

Le désastre a eu lieu

 

Que faire? – comme dirait l’autre. «Conserver autant que se peut, répond-il dans un entretien, l’imparfait du subjonctif, la Sécurité sociale, les poulets de ferme…» Et avant de mettre en place cette modeste ligne Maginot, relire les livres oubliés qui annonçaient ce qu’on subit. Paul Valéry, par exemple, constatant il y a près d’un siècle que l’Europe aspirait «à être gouvernée par une commission américaine». Ou Simone Weill, prévoyant en 1943 que l’humanité allait perdre son passé par l’américanisation de l’Europe puis du globe.

 

Si Debray se replonge avec mélancolie dans ces écrits anciens, c’est qu’à ses yeux le désastre a eu lieu. Il y avait une civilisation, dit-il, définie par le temps, l’écrit, le drame de vivre, l’intérieur, l’être et la transmission. Elle s’est affaissée devant une autre, dominée par l’espace, l’image, le bonheur obligatoire, l’extérieur, l’avoir et la communication. Et c’est un grand malheur parce que nous y avons perdu «le sens de la durée et le goût des perspectives». La langue est le signe le plus visible de cette défaite. L’anglais est partout, et Régis Debray recense avec une cruelle jubilation maniaque son envahissement dans tous les domaines, jusqu’à repérer qu’Emmanuel Macron, de passage à Las Vegas dans une foire technologique, avait promis de faire de la France une smart nation. L’horreur.

 

Mais il faut s’y faire, dit l’ancien guérilléro. Les civilisations durent grosso modo cinq siècles, et l’américaine n’en est qu’à son deuxième. Ce fatalisme est d’autant plus étrange qu’il est avoué au moment où le pouvoir qui s’est installé au cœur de l’empire, à Washington, se décompose sous nos yeux dans une sorte de clownerie pathétique. Debray répondrait que ce cirque est sans importance: nos maîtres bienfaisants conservent leurs porte-avions, leurs missiles balistiques, Hollywood et la maîtrise du bœuf haché.

 

Un basculement géopolitique de retard

 

Il y a une autre objection plus sérieuse. Dans Civilisation, il n’est à aucun moment question, pour rendre compte de ce qui nous bouleverse, de la Chine et de l’Inde. Or comment ne pas le voir, la minorité de petits Blancs qui a mis Donald Trump au pouvoir est animée par les mêmes peurs et les mêmes frustrations que les électeurs du Front national et de ses cousins européens, affolés, même s’ils ne le savent pas, par le réveil des multitudes naguère dominées et soumises.

 

Régis Debray a sans doute un basculement géopolitique de retard, et le jeune Macron comprend mieux que lui nos nouveaux défis. C’est pour cela qu’il ne tient pas, lui, l’Europe pour un ectoplasme, mais pour notre chance et notre obligation.

 

Dans le fond, l’intelligentsia française vieillissante ne parvient pas à sortir des ornières dans lesquelles elle s’est enfermée en préférant toujours l’idéologie à la pensée pratique, le commentaire à l’action. La France est en train de changer et ses penseurs publics, comme cela arrive souvent dans le pays, ont débrayé.

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7 mai 2017 7 07 /05 /mai /2017 08:00
CHAP.18 cabinet noir, « j'appartiens à la France qui vote Macron, je suis trop riche pour voter pour Le Pen ou Mélenchon, mais je ne suis pas un héritier, donc je ne peux pas voter Fillon » Houellebecq.

Plus Houellebecquien que moi tu meurs, bien avant qu’il soit devenu un auteur médiatique je l’avais découvert, dans ce qui est et reste son meilleur livre, Extension du domaine de la lutte.

 

« Les loupiotes jaunasses de cet autorail qui se traînait, de gare vide en gare vide, donnait à mon reflet dans la vitre piquée des contours mous, fienteux. À chaque démarrage, le diesel exhalait des remugles acides et ses gros hoquets agitaient la carlingue. Nous étions, en tout et pour tout, trois : une grosse femme sans âge qui tricotait avec une obstination mécanique, un jeune type au faciès de cheval somnolant la bouche grande ouverte, et moi bien sûr qui rêvassait. Lorsqu’il se pointa dans le compartiment, le contrôleur, qui devait avoir couché avec son uniforme, dégageait un mélange de tabac froid, de slip ancien et d'huile de friture. Sous une casquette de guingois ses cheveux gras dégoulinaient. En réclamant mon ticket il jeta sur moi un regard las agrémenté d’un rictus dévoilant une denture jaunasse et dépareillée. Son haleine fétide, ses ongles longs, bombés et incurvés, sales – on aurait dit des serres d'aigles. Ça me donnait envie de gerber. Fallait que j'en grille une. Je fourrageais dans mon sac à la recherche de ma boîte à rouler. Mes calbars et mes chaussettes se mêlaient avec tout un fatras de papiers que je trimballais en permanence. Officiellement pour écrire, des notes, ça faisait un sacré temps que je n'avais pas aligné une phrase. Le petit bouquin me tomba dans la main. Je le caressai.

 

Dans un craillement de freins notre équipage stoppait en gare d'Evreux. Les néons du quai lâchaient dans l'habitacle une lumière crue de scialytique. Deux bidasses montaient en parlant fort. La tricoteuse nous quittait. Dans ma main droite le titre du petit bouquin m'étonnait : « Extension du Domaine de la lutte », ça sonnait comme du pur jus d'intello post-soixante-huitard non révisé, prétentiard. Si je l'ai ouvert c'est qu'il était édité par Maurice Nadeau. J'ai toujours eu un faible pour Nadeau. Y’avait un nom écrit au crayon au revers de la couverture : Chantal Dubois-Baudry. Les patronymes à tiret m'ont toujours fasciné, à la manière de la transmutation d'un vil métal en or. Mon doyen de fac s'appelait Durand-Prinborgne et, comme raillait mon pote Bourrassaud, quand je m'extasiais sur un Dupont-Aignan ou une Debrise-Dulac « et mon chauffe-eau c'est un Saunier-Duval... » La Dubois-Baudry était la reine du soulignage alors j'ai survolé les phrases soulignées du petit bouquin fripé. Y'en a une que j'ai relu trois fois « Au métro Sèvres-Babylone, j'ai vu un graffiti étrange : « Dieu a voulu des inégalités pas des injustices » disait l'inscription. « Je me suis demandé qui était cette personne si bien informée des desseins de Dieu. »

 

Arrivé à St Lazare j'ai trouvé refuge dans un café crade où un garçon aux cheveux pelliculeux et aux ongles sales, c'était le jour, m'a gavé de demi de bières tiédasses. Quand j'eus fini de lire le petit bouquin au titre étrange j'allai pisser. Les toilettes étaient à la hauteur du standing de l'établissement ce qui ne m'empêcha pas de me poser sur la lunette. J'étais encore dans le petit bouquin. Le petit bouquin était sur mes cuisses. C'est alors que j'ai découvert le nom de l'auteur : Houellebecq. Étrange, ça sonnait comme un nom d'abbaye. Ce Houellebecq m'avait dérangé. Il m'énervait même si son style atone, minimal, s'élevait parfois jusqu'à devenir Bovien. Son Tisserand, l'un de ses personnages, venait de détruire mon postulat de la laideur. Ce type « dont le problème - le fondement de sa personnalité, en fait - c'est qu'il est très laid. Tellement laid que son aspect rebute les femmes, et qu'il ne réussit pas à coucher avec elles. Il essaie de toutes ses forces, ça ne marche pas. Simplement elles ne veulent pas de lui… » Ce type grotesque, lamentable, j'avais envie de tirer la chasse d'eau sur lui mais je ne pouvais pas. Que pouvait-il faire ce laid, en dehors de se résigner, d'épouser une moche, d'aller aux putes ou de devenir riche ? »

 

Lors de l’Émission politique de France 2, jeudi dernier, David Pujadas et Léa Salamé avaient convié plusieurs commentateurs et acteurs de la vie publique sur leur plateau, pour qu’ils donnent leur interprétation de la fracture entre les « deux France », mise en lumière lors du premier tour de l'élection présidentielle. Dans la dernière partie, c’est Michel Houellebecq qui a offert sa vision – préoccupée, comme souvent – du pays.

 

« Je fais partie de l'élite mondialisée. (...) J'appartiens à la France qui vote Macron ». « Moi je crois au vote de classe. (...) Je suis trop riche pour voter pour Le Pen ou Mélenchon, mais je ne suis pas un héritier, donc je ne peux pas voter Fillon », explique-t-il. Cela ne l'empêchera pas de s'abstenir, comme il a coutume de le faire (« sauf aux référendums »), dimanche prochain.

 

Pour lui la campagne de Macron est « une thérapie de groupe » Michel Houellebecq a avoué ne plus connaître la France « périphérique », des exclus. « La France de Marine Le Pen n'habite pas à Paris, elle habite dans des zones périphériques », constate-t-il « De fait j'ai perdu le contact, je ne pourrais pas écrire là-dessus », se disant fort gêné par cette évidence, qui tient selon lui de la « faute professionnelle ». Il ne s'est pas privé d'analyser les phénomènes politiques révélés – ou provoqués – par l'élection présidentielle. D'après lui, le clivage droite-gauche persiste, mais se superpose au clivage ouverture-fermeture, porté selon certains par le duel entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. « Je ne sais pas si j'ai vu des présidentiables pendant le débat », observe-t-il, avant de comparer la campagne du candidat d'En Marche! à une « thérapie de groupe, pour convertir les Français à l'optimisme ».

 

 

Si j’ai bien compris Emmanuel Macron a le nom de son Premier Ministres dans sa tête, sans avoir le pouvoir d’y pénétrer je prends le risque de vous annoncer que ce sera Thierry Breton, ancien Ministre de l’Économie sous Jacques Chirac et actuel PDG d’ATOS.

 

La passation de pouvoirs devrait avoir lieu le dimanche 14 mai « C'est l'hypothèse sur laquelle le protocole de l'Élysée travaille prioritairement, selon nos informations. Un dimanche, cela n'est pas arrivé depuis 110 ans. Des passations de pouvoir ont eu lieu le samedi, mais jamais le dimanche. Cela n'est arrivé qu'une fois en 170 ans : c'était le dimanche 18 février 1906, pour Armand Fallières.

 

Comme il l'a promis lors de ses derniers vœux, François Hollande compte présider « jusqu'au dernier jour » Et son dernier jour de mandat, comme l'atteste le calendrier du Conseil constitutionnel sur son site Internet, c'est le dimanche 14 mai. Étrangement, l'Élysée ne fait pas le même calcul et explique que trois jours sont envisagés pour l'investiture le samedi, le dimanche mais aussi le lundi. « Lundi, c'est trop tard », réplique le constitutionnalise Didier Maus, que nous avons consulté. À minuit, précise-t-il, la passation de pouvoir devra « impérativement avoir eu lieu ».

 

Quand Emmanuel Macron était banquier d'affaires : « Un élément prometteur, mais sans plus »

 

Vous est-il arrivé de taper "Macron banquier" sur Google ? Cette requête suffit à mesurer à quel point ces deux mots, accolés, suscitent les pires fantasmes. De quoi donner envie de scruter de plus près les quatre années passées chez Rothschild & Co par le futur candidat à l'Elysée. Le banquier d'affaires a-t-il été un "Mozart de la finance" ? Ou un météore de passage dans les couloirs feutrés de cette banque prestigieuse, dans l'attente d'un autre destin ? A trois jours du second tour du dimanche 7 mai, franceinfo se penche sur la précédente carrière d'Emmanuel Macron.

 

Une carrière débutée sur les conseils d'Alain Minc

 

Rembobinons le parcours du prodige. Sorti en 2004 dans la "botte" (c'est-à-dire parmi les tout premiers) de l'ENA, Emmanuel Macron rejoint à 27 ans la très élitiste Inspection des finances. Il devient rapidement le protégé de Jean-Pierre Jouyet, alors chef des inspecteurs des finances, qui le présente à Jacques Attali. De fil en aiguille, Emmanuel Macron est désigné en 2007 rapporteur général adjoint de la Commission pour la libération de la croissance. Présidée par l'ancien sherpa de François Mitterrand, ce cénacle est un vivier de patrons, d'économistes et d'intellectuels.

 

Le jeune Macron étoffe son carnet d'adresses, et croise quantité de bonnes fées qui se penchent sur sa carrière naissante. Elles l'orientent vers la banque d'affaires. "Au moins trois commissaires, Jean-Michel Darrois [avocat], Serge Weinberg [président du conseil d'administration d'Accor] et Xavier Fontanet [PDG d'Essilor International], le recommandent chez Rothschild", racontent Les Echos.

 

Pourquoi le jeune homme, déjà mû par une ambition présidentielle, selon son biographe François-Xavier Bourmaud, choisit-il le privé ? Parce que l'homme d'affaires Alain Minc lui aurait donné ce conseil, dès sa sortie de l'ENA :

 

« Pour faire de la politique aujourd'hui, il faut être riche ou ascète. Donc, commence par fabriquer de l'épargne, deviens banquier d'affaires. D'abord, tu seras libre (...) de conseiller des hommes politiques pendant cette période. Mais, surtout, tu gagneras bien ta vie pendant plusieurs années, et tu y gagneras ta liberté. »

 

Alain Minc

Cité dans le livre "Macron, l'invité surprise" (éd. de l'Archipel)

 

La suite ICI 

 

 

 

 

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30 avril 2017 7 30 /04 /avril /2017 08:00
CHAP.18 cabinet noir, Fillon coulé je donne la parole à Juppé pour lui c’est NON aux finasseries de son parti il votera Macron !

Mon analyse qui avait motivée l’opération Chartrons est validée par les résultats du premier tour, face à la menace réelle de prise de pouvoir par la droite extrême seul un candidat pacificateur pouvait s’avérer un rempart efficace.

 

Mais Juppé était trop vieux et surtout il déplaisait à la France rance, rentière, celle des cathos-fachos qui a trouvé son héros en la personne de François Fillon le valet se prenant pour un maître.

 

Exit Juppé et sorti du diable vauvert un jeune banquier soutenu par le gars de peau, chantre de la 3e force.

 

Ce type de configuration qui fait exploser le système reposant sur les 2 grands partis d’alternance a deux conséquences majeures : elle déplait à la gauche de la gauche pour le second tour : Mélenchon redevient un calculateur à la sauce Tonton ; elle ne garantit pas au vainqueur du 2e tour une majorité à l’assemblée.

 

« L'objectif que je fixe est clair: obtenir aux législatives une majorité absolue qui soit une majorité présidentielle », a déclaré Emmanuel Macron dans cette interview mise en ligne vendredi soir. « Il n'y aura pas de coalition avec les deux grands partis existants, ni avec LR ni avec le PS. Mais dans les temps qui arrivent, il y aura une refondation de la vie politique qui verra des socialistes et des Républicains me rejoindre individuellement », a estimé le candidat d'En Marche!

 

« C'est la clé pour ne pas avoir de majorité coulissante. On ne peut pas se le permettre dans les temps d'incertitude que nous traversons », a-t-il poursuivi.

 

« J'investirai 577 candidats de la majorité présidentielle, explique Emmanuel Macron. Ceux qui ne me rejoindront pas auront donc des candidats face à eux. Mais je souhaite que l'on me rejoigne par cohérence et pour soutenir notre projet, pas pour sauver son poste. Les Républicains ou les socialistes qui ne croient pas à mon projet ne viendront pas. »

 

Macron se berce d’illusion je crois. Le puzzle ne va pas dessiner une image claire car le système des législatives ne le permettra pas.

 

Cohabitation ou gouvernement de coalition alors ?

 

Nous verrons mais les Ponce-pilatisme des insoumis est le signe de leur immaturité politique, ils ne sont même pas capables de comprendre qu’ils se font manipuler par leur leader qui joue alternativement de la patte douce puis du coup de griffe en se murant entre les deux dans un silence hautain.

 

Je laisse la parole à Juppé

 

La France court au désastre

 

Ce qui paraissait impossible il y a peu de temps encore n’est plus aujourd’hui improbable : Mme Le Pen peut devenir la Présidente de la République française ; à tout le moins le score du Front National au deuxième tour peut dépasser la barre des 40%, voire des 45%, ce qui serait déjà un coup de tonnerre politique.

 

La trahison de N. Dupont-Aignan, l’attitude ambigüe de J.L. Mélenchon, l’effondrement du PS, les finasseries de certains de mes propres « amis » politiques ajoutent à la confusion générale sur laquelle prospère le FN.

 

La victoire de l’extrême-droite en France constituerait un séisme géopolitique. L’Union européenne qui peut résister au Brexit, et même en tirer profit, ne survivrait pas à un « Frexit ». Je ne sous-estime pas le désamour de nos concitoyens pour l’Europe; je mesure l’ampleur des changements qui seront nécessaires pour la remettre sur la bonne voie. Mais liquider la construction européenne que nous avons patiemment édifiée serait une aberration. Car l’Europe a réussi. Elle nous a apporté 70 ans de paix, ce que notre continent n’avait pas connu depuis des siècles. Elle est aujourd’hui un espace de liberté et de prospérité comme il en existe peu au monde. Je comprends que ces affirmations choquent nos concitoyens qui vivent dans le chômage, la précarité, la pauvreté. Mais, au prix de réformes profondes, l’Europe peut nous aider à en sortir. Ce n’est pas sans raison qu’elle attire de si puissants flux migratoires. C’est en soi un problème qu’il faut traiter car nous ne pouvons pas accueillir « toute la misère du monde ». Mais c’est la preuve d’une réussite. Comparons-nous!

 

Certains invoquent les mânes du Général de Gaulle pour conforter leur euro-phobie. Quelle falsification historique! C’est De Gaulle qui a voulu nous faire entrer dans la Communauté européenne en 1958, en activant le traité de Rome qui n’était encore qu’un papier; c’est De Gaulle qui a imposé la Politique Agricole Commune; c’est De Gaulle qui a fait de l’entente franco-allemande la pierre angulaire de la construction européenne et du redressement français. Je suis gaulliste et européen et j’en suis fier!

 

La dislocation de l’Union européenne serait aussi une menace pour notre sécurité collective, pour l’Alliance atlantique déjà fragilisée par les déclarations contradictoires de la nouvelle administration américaine, et méthodiquement sapée par la diplomatie russe qui ne fait pas mystère de sa volonté de revenir au monde d’avant. Le monde sans l’Union européenne perdrait encore un peu de sa stabilité, en un temps où le mot de « guerre » refleurit dans certains discours.

 

Séisme géopolitique, désastre économique aussi. L’abandon de l’euro qui nous a si bien protégés dans les tempêtes récentes et qui nous garantit des taux d’intérêt historiquement bas serait une faute majeure, à laquelle d’ailleurs, quel que soit leur vote, la majorité des Français n’adhère pas. Tout le monde, y compris le parti de Mme Le Pen, s’accorde à prévoir une dévaluation immédiate du franc FN de l’ordre de 20 à 30%. Nos dettes et notamment celle de l’Etat seraient immédiatement augmentées d’autant. On nous dit que nos exportations en profiteraient; peut-être à terme si notre appareil productif répond à la demande internationale; ce qui est sûr, c’est que nos importations seraient mécaniquement renchéries de 20 à 30%, à commencer par le pétrole, d’où la hausse des prix, la baisse du pouvoir d’achat dont souffriraient comme toujours les plus fragiles. Tout cela, tout le monde le sait!

 

Défaite morale par dessus tout. Quelles que soient, ces derniers temps, les tentatives de dé-diabolisation des dirigeants du FN ou leurs danses du ventre à l’intention de l’extrême-gauche (ce qui est là une constante historique), la vérité est criante : l’histoire, l’idéologie, les hommes et les femmes qui ont fondé ou animent ce parti, bref le monde FN est depuis toujours aux antipodes du nôtre; son anti-gaullisme a été constant depuis 1940. De façon récurrente, les déclarations de ses chefs nous rappellent que nos valeurs n’ont rien à voir avec sa vulgate.

 

C’est pourquoi, Françaises, Français, je vous appelle solennellement à résister à la tentation de tout casser, de « renverser la table » comme hélas! vous y ont parfois incités certains responsables de ce qui fut un grand parti de la droite et du centre, le parti qu’avec d’autres j’avais fondé.

 

Quand, dans une élection à deux candidats, on veut éliminer l’un , il n’y a pas d’autre solution que de voter pour l’autre. L’abstention ou le vote blanc, c’est un coup de pouce à Mme Le Pen.

 

Je ne vous demande pas pour autant d’adhérer à la personne ou au programme d’E. Macron. Nous ne le connaissons pas bien . Sa « nouveauté » séduit, son peu d’expérience des hautes responsabilités inquiète. Quant à son programme, il reste flou et ambigu. Mais il faut choisir. Après le scrutin présidentiel viendront d’autres échéances, à commencer par les élections législatives. Nous devrons alors reconstruire une proposition politique, fondée sur la valeurs de la droite et du centre que j’ai toujours portées. Une droite humaniste qui conjugue liberté économique et justice sociale, une droite résolument et lucidement européenne, une droite confiante dans l’avenir, dans l’invention d’une croissance durable, dans la transformation numérique du monde, dans la jeunesse du monde.

 

Je vous adjure donc, mes chers compatriotes, de voter pour E. Macron parce qu’il est le seul le 7 mai à pouvoir éviter à la France le malheur du FN.

 

Je sais que vous n’avez pas de conseil à recevoir, que vous êtes majeurs et vaccinés, que les consignes des partis ou des dirigeants politiques vous insupportent. Mais si ma parole peut encore avoir un peu de crédit auprès de vous, et d’abord auprès des jeunes qui m’ont accompagné avec tant de foi, ne la balayez pas d’un revers de main. Je ne demande rien, je n’attends rien, je ne cherche pas à me placer. Je ne serai pas Président de la République, je ne re-deviendrai pas Premier Ministre, je ne serai plus ministre. C’est aux 30-40 ans de prendre la relève. Ma seule ambition est de les y aider.

 

Je ne me lasserai donc pas de vous dire : Peuple de France, ressaisis-toi, reste fidèle à ton génie, aie confiance.

 

 

 

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23 avril 2017 7 23 /04 /avril /2017 08:00
René Pleven vérifiant la première page du Petit Bleu des Côtes-du-Nord, qu'il avait lancé en 1946 (DR - Coll. Famille Pleven)

René Pleven vérifiant la première page du Petit Bleu des Côtes-du-Nord, qu'il avait lancé en 1946 (DR - Coll. Famille Pleven)

Le temps est suspendu.

 

Hier où que j’aille tout le monde était tendu, inquiet.

 

Muré dans mon silence j’attends, il sera toujours temps de lever le voile sur cette période à fortes turbulences.

 

Sur les réseaux sociaux c’est la débauche, empoignades, invectives, mensonges, fausses nouvelles, tombereaux d’ordures.

 

Peine perdue !

 

Stoppez-tout !

 

« Vous pensiez qu’en publiant sur Facebook des articles engagés, des pétitions argumentées et autres coups de gueule politiques, vous alliez convaincre vos amis de prendre parti avec vous ? C’est malheureusement inefficace. C’est ce que met en évidence un sondage réalisé aux Etats-Unis par l’entreprise d’analyse de réseaux sociaux Rantic, et relayé par Wired.

 

Aucun effet sur les opinions de vos “amis”

 

Pour cette étude, 10 000 utilisateurs de Facebook, répartis de manière équitable sur tout le spectre politique, ont été interrogés. La question qui leur était posée était simple : un post Facebook les a-t-il déjà fait changer d’avis sur un sujet ? La réponse est éloquente : 94 % des républicains, 92 % des démocrates et 85 % des indépendants répondent non. La plupart d’entre eux estiment aussi que les réseaux sociaux ne sont pas des agoras propices à la discussion politique – ce qui ne les empêche pas de le faire parfois.

 

Slacktivisme

 

En revanche, il ressort de ce sondage que ces posts Facebook en forme d’apostrophes politiques ont un effet sur la perception que vos “amis” ont de vous. Les opinions politiques que vous publiez sur vos réseaux sociaux sont donc des critères majoritairement retenus par vos connaissances pour vous juger… 12 % des républicains, 18 % des démocrates et 9 % des indépendants confient même avoir déjà supprimé un “ami” Facebook en raison des commentaires politiques qu’il exprimait.

 

Le militantisme sur internet est parfois taxé de “slacktivisme” (littéralement, “militantisme paresseux”). Il semble donc avec cette étude que par-dessus le marché, cette forme de militantisme soit inefficace. Est-ce à dire que Nicolas Sarkozy se trompait lorsqu’il déclarait, en juin 2014 : “J’ai un million d’amis sur Facebook et je compte bien m’en servir. En plus, ça coûte zéro centime” ? »

 

Les conseilleurs ne sont pas les payeurs, suis pas plus con que la moyenne…

 

Nous venons de vivre une longue et fructueuse période de tribunes libres en tout genre du genre pourquoi il ne faut pas voter pour tartempion.

 

Vous me direz c’est dans l’ordre des choses, chaque camp cherche à discréditer le programme de son ou de ses adversaires. J’en conviens sauf que le signataire ou les signataires se drapent dans leurs titres universitaires, ce sont des …logues ou des …istes, qu’ils soient atterrés ou nobélisés, pour nous faire la leçon.

 

Et ils le font dans la presse parisienne qui est le matériau essentiel des commentateurs, des chroniqueurs, des éditorialistes des médias parisiens.

 

L’important étant la reprise, le tweet, l’écume de la notoriété du ou des signataires, rien de plus rien de moins.

 

En effet, qui lit de A à Z leur prose ?

 

Pas grand monde, et surtout pas ceux qu’ils voudraient persuader de ne pas « mal-voter ».

 

Leur prose veut s’adresser tout aussi bien à la France d’en haut (je ne partage pas cette catégorisation) qu’à celle d’en bas.

 

Pour la première, du moins pour celle qui lit encore, ces conseilleurs patentés, estampillés détenteurs d’un savoir, disent s’adresser à l’intelligence de leurs lecteurs. Pourquoi pas, mais ils le font par le biais d’un langage qui est celui de leur spécialité, ils ne cherchent pas à convaincre mais à faire la preuve de leur supériorité intellectuelle.

 

Font chier à me prendre de haut, à nous prendre de haut, je ne suis pas plus con que la moyenne, nous ne sommes pas plus con que la moyenne de cette engeance qui se dit intellectuelle.

 

Le politique, la chose publique, ne se nourrit pas que de concepts, de théories économiques ou sociales, mais du faire, du choix. Bien sûr, je ne disconviens pas qu’il faille articuler l’action politique autour de grands principes mais le cambouis de la vie, nos égoïsmes catégoriels, notre incapacité à passer des compromis, ne permettent pas d’entrer dans des moules bien huilés.

 

Que de grandes voix s’élèvent pour baliser nos chemins politiques, pourquoi pas, mais ces voix ont disparues laissant la place à des ersatz essentiellement tournés vers leur nombril, leur fonds de commerce.

 

Reste cette France dites d’en-bas, qu’ils auscultent d’en haut, dont la fenêtre sur le monde est majoritairement l’écran de télé qui déverse toute les horreurs du monde, la peur des autres, les promesses des démagogues, des images-choc, des formules toutes faites, tous ces gens qui se raccrochent à l’illusion qu’on va se préoccuper d’eux.

 

C’est là que ça se passe messieurs les conseilleurs, la gent masculine est ultra-majoritaire, du côté de l’Éveil de Pont-Audemer ou du Petit Bleu des Côtes-du-Nord, façon de parler pour désigner le flux continu des chaînes télé qui coule dans la salle à manger.

 

Encore plus « je pisse dans un violon » : sur les réseaux sociaux des clampins qui pensent s’adresser à la terre entière alors qu’ils ne mobilisent que quelques potes inoccupés ou une poignée de détracteurs, toujours les mêmes, nous tancent, nous font la morale, sature l’espace d’empoignades très vite incompréhensibles.

 

L’important c’est l’audience, le buzz, et de se plaindre de l’absence de débats de fond dans une campagne très au-dessous de celles que nous avons vécu depuis l’an 2000.

 

Là, je me gondole grave car ces campagnes furent des prototypes de programmes non tenus, viré par-dessus bord sitôt le vote. L’important était de gagner.

 

Celle-ci, avec de vrais clivages, certes fait un peu peur sans aucun doute, y compris au militants paresseux de la Toile, secoue le cocotier habituel.

 

C’est le risque, mais à ne pas prendre de risque on fait du sur-place.

 

« Le temps n'est plus où le monde nous passait tout. Soyez assurés qu'il ne nous passera plus rien. Le dénuement d'un homme ou d'un pays change ses amis en conseilleurs, en critiques et en juges.

 

Mauriac, Le Bâillon dénoué, 1945, p. 416 CNRTL

 

 

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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 08:00
CHAP.18 cabinet noir, nous avions entre les mains tout ce qu’il fallait pour faire couler le soldat Fillon.

Depuis des mois j’ai brodé, fait comme si, lancé des leurres, vous ai enfumé, j’ai omis de vous dire.

 

Ne pas dire, est-ce mentir ? Dans le temps où nous vivons, pour la plupart des gens, le mensonge est inadmissible, déformer la réalité ou inventer une histoire, c'est quelque chose d'inacceptable.

 

Mais qu'en est-il pour le mensonge par omission?

 

Pour certains, ce n'est pas vraiment un mensonge, puisqu'on ne parle pas, on ne ment pas: on « oublie » juste de dire quelque chose. Donc cacher n'est pas vraiment mentir, c’est oublier d’en parler. Puisqu’on ne dit rien, on élude la chose, on fait comme si elle n'existait pas. On ne ment pas vraiment directement, on évite juste d'en parler, c'est une dissimulation de la vérité.

 

« Lorsque les gens disent qu'ils veulent la vérité, la transparence, ils mentent »

 

Le citoyen des sociétés modernes vit dans cette contradiction permanente et les politiques savent en tirer le meilleur parti : « d'un côté les électeurs disent exiger le parler vrai, dénoncent la langue de bois ; de l'autre, ils renvoient à leurs chères études les candidats trop honnêtes pour leur faire miroiter des promesses dont ils savent qu'elles seront sans lendemain. » Contradiction normale puisque c'est dans la sphère privée que le mensonge s'épanouit avec le plus de facilité et de luxuriance. Mais comme la sphère publique est exposée à nos regards, nous sommes intransigeants avec le personnel politique.

 

Vous dire quoi ?

 

Au soir du premier tour de la Primaire de la Droite il était patent que l’opération Chartrons se soldait par un échec patent. Certes nous avions éliminé le Sarko mais du fond de la Droite rance Fillon se voyait promettre un boulevard dans la future élection présidentielle.

 

« Somme toute, quand on se plante dans la vie, il y a toujours deux interprétations, deux responsables possibles : soi ou les autres.

 

Parlons de Juppé :

 

« Enfin il y a l’essentiel, il y a le tempérament d’Alain, qui n’a pas écouté, qui n’a pas su s’entourer comme il le fallait, qui n’a pas su sortir de lui-même, qui n’a pas voulu se travestir pour l’emporter. Au mois de septembre, lorsqu’Isabelle et quelques proches, conscients du risque qu’induisaient les débats télévisés, lui ont conseillé de se faire « coacher », Alain a dit non. Définitivement. Il ne voulait pas manger de ce pain-là, refusant de se transformer en candidat de la communication politique, qu’il méprise depuis toujours.

 

Nous savions tous qu’il n’était pas fait pour jouer à l’escrime des mots et des postures jetées à l’emporte-pièce du grand public. Nous savions tous qu’il ne saurait pas tourner à quatre cents mots de vocabulaire « coups de poing », là où son langage habituel avoisine les trois mille, dans la dentelle de concepts peu audibles en une poignée de minutes télévisuelles. La suite de l’histoire l’a démontré.

 

La conjoncture a décuplé les faiblesses d’Alain. Il entendait dire de toutes parts qu’il serait vainqueur depuis si longtemps, qu’il a fini un peu par y croire, sans remettre en cause ni ce à quoi il croyait, ni son positionnement politique, ni rien d’autre d’ailleurs. Il ne voulait pas voir que l’essentiel de son entourage ne le contrait pas, ne le plaçait pas en situation de doute, d’interrogation,, alors que chacun était témoin de la montée du candidat Fillon depuis le mois d’octobre. Une autre lecture consisterait à affirmer qu’Alain n’a pas recruté suffisamment de profils opposés au sien. Elle est juste.

 

Il n’entrevoyait pas ou ne corrigeait pas les impairs, les imperfections de certains membres de son équipe, chacun s’exprimant dans les médias sans élément de langage, y compris dans l’entre-deux-tours. Résultat, le candidat est monté au créneau pour mordre son adversaire, tandis que seul son cercle aurait dû le faire, afin de lui éviter d’être pris pour cible. Même le b.a.-ba de la politique n’a pas été respecté.

 

Si les mots qu’il n’a prononcés dans l’entre-deux-tours peuvent se discuter, ils n’expliquent pas sa défaite. Tout s’était joué avant. »

 

Gaël Tchakaloff Divine Comédie

 

Juppé pour moi était le meilleur candidat de second tour face à la MLP. Fillon au profil de droite dure ne me séduisait guère. Avec ma petite équipe de fouilles-merde j’aurais pu baisser les bras, laissé tomber, sauf que nous avions entre les mains tout ce qu’il fallait pour faire couler le soldat Fillon.

 

C’est que nous avons fait avec méthode et précautions…

 

L’heure n’est pas encore venue de narrer cette aventure, le sera-t-elle un jour d’ailleurs, je ne sais, qui vivra verra…

 

 

Robert Bourgi a, pour sa part, quelque chose à reprocher à François Fillon. Interrogé par Mediapart ce vendredi 14 avril, l'avocat raconte avoir subi "des pressions d'ordre politique" après les révélations du Journal du Dimanche sur les costumes de l'ancien Premier ministre. Et ces pressions ne venaient pas de nulle part. Elles venaient directement de François Fillon. "Dans le camp de M. Fillon et venant de M. Fillon lui-même, on voulait que je participe à la dissipation de tout doute autour de cette histoire, sur laquelle je crois pouvoir dire que je détiens la vérité", commence Robert Bourgi, avant d'ajouter :  

Je l’ai eu personnellement à plusieurs reprises. Et à plusieurs reprises, il a fait appel à ma solidarité de gaulliste. […] François Fillon et sa très grande papesse de la communication, Anne Méaux, ont souhaité que je ne dise rien concernant l’identité de la personne qui a offert les costumes : moi. L’un et l’autre m’ont appelé dès le samedi après-midi [la veille de la publication du JDD – NDLR] pour que je ne dise pas que c’était moi. Je leur ai demandé pourquoi. Ils m’ont dit : 'Tu sais, c’est la Françafrique, on va penser que… '. Mais qu’est-ce que la Françafrique a à voir avec cela ? Par conséquent, j’ai été contraint pendant une semaine de mentir.


« Les grands acteurs ne recherchent pas l’épanouissement, figurez-vous, ni les plaisirs. Le bonheur n’est pas le but. Ils cherchent le gant de crin plus que la caresse, le silice plutôt que la soie, l’humiliation plus que les vivats. C’est pour ça qu’on les appelle monstres »

 

Gilles Leroy Dans les Westerns

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9 avril 2017 7 09 /04 /avril /2017 08:00
Anne Frank 12 June 1929 – early March 1945

Anne Frank 12 June 1929 – early March 1945

« Le pessimisme est une facilité, un confort pour la pensée»

 

Raphaël Enthoven dans son recueil de chroniques « Little Brother »

 

  • Vous consacrez un texte au « mode avion » des smartphones. Pourquoi cette fonction nous plaît-elle tant ?

 

Parce que c’est une petite Corée du Nord, un espace soustrait au rythme de l’existence. En une pression du pouce, on se donne le sentiment de s’abstraire du monde, d’« échapper au système ». Le mode avion est grisant : on suspend le temps et les ondes. Le téléphone est fermé sans être éteint. Il a l’air vivant mais ne respire plus. En basculant en mode avion, on a l’impression de prendre son indépendance, alors que ce n’est qu’une trêve dans l’avalanche de messages. Au fond, le mode avion est une forme de souverainisme.

 

« Tout m’indique que notre époque n’a rien de bien singulier ou d’exceptionnel. Les passions, les goûts, les dégoûts sont les mêmes. C’est pour ça que je n’aime pas les gens qui disent que c’était mieux avant ; parce que c’est le signe distinctif de toutes les époques. Le pessimisme me semble une facilité, parce qu’on finit toujours par avoir raison en étant pessimiste. C’est un confort pour la pensée. »

 

« Le peuple est le nouveau tyran, c’est totalement totalitaire. »

 

Que faire alors ?

 

« Regarder. Se gaver de ce qui nous entoure, scruter jusqu’à ce que cela devienne intéressant. S’étonner de ce qu’on a l’habitude de voir. On vit très bien comme ça. »

 

« Bon sang mais c’est bien sûr ! » comme le disait Raymond Souplex, alias le commissaire Bourrel, à la fin des épisodes des Cinq Dernières Minutes. Tout dans ma vie va bien comme sur des roulettes, à l’exception notable d’une forte addiction à la politique qui, avec le mode opératoire de la présente campagne électorale, tourne à l’overdose.

 

Addiction « D’un point de vue scientifique et médical, les addictions sont des pathologies cérébrales définies par une dépendance à une substance ou une activité, avec des conséquences délétères. »

 

Overdose : familier. Quantité excessive d'une sensation, d'un sentiment, difficilement supportable.

 

Pas de quartier : « Feu sur le quartier général ! », décision radicale, sevrage, cette semaine je me suis donc mis en mode avion, je me suis placé volontairement en cellule de dégrisement politique… depuis je vis comme un réfugié en Corée du Nord… sauf que, dès que je sors je suis libre car, contrairement au bon vieux temps des démocraties populaires chères au cœur des communistes français, ma prison n’a pas de mur.

 

Tout sevrage brutal provoque le manque, le craving qui est la composante psychologique essentielle de la dépendance car il est un facteur décisif de la rechute et du comportement d’intoxication chronique.

 

Le craving est une pulsion incontrôlable, de très forte intensité, comparable à la soif ou la faim, une envie irrépressible de consommer de façon compulsive.

 

Que faire pour résister ?

 

Lire !

 

Thérapie, certes efficace, mais limitée car déjà en place depuis toujours…

 

Faire la cuisine !

 

Homothétie parfaite avec la lecture…

 

Faire l’amour ?

 

Faut pas rêver !

 

Partir !

 

Je n’en ai nulle envie, il sera toujours d’émigrer en cas de malheur…

 

Le manque c’est une douleur, pourquoi pas la combattre en générant une douleur supérieure : écrire !

 

M’y remettre… cesser de fuir… souffrir !

 

Décrassage : relecture de textes épars, de premier jus, j’en retire un de mon stock pour le travailler.

 

C’était le début d’un petit polar.

 

« Agrafé tout de traviole sur la porte de mon 5e sans ascenseur de l’Impasse du Marché aux chevaux, dans le 5e arrondissement, un bristol tout jauni indiquait sans équivoque à la chalandise ma raison sociale : Eugène Tarpon Jr, privé.

 

Faut avouer que le chaland ne se bousculait pas dans mon 10 m2 sur cour vu qu’en bas, sur la rue qu’est une impasse, y’avait pas la moindre plaque de cuivre à mon nom et profession, car le syndic de la copropriété, un gros véreux, me l’avait refusé pour un beau paquet de raisons, dont une m’avait scié à la base : « je n’avais pas la gueule de l’emploi. »

 

Et pourtant, « bon sang ne saurait mentir » pensais-je sur le coup, Eugène Tarpon mon père, Tarpon un nom de poisson, eut son heure de gloire dans la Série Noire de Gallimard avant de prendre la gueule de Jean-François Balmer au ciné. Pandore déchu pour avoir envoyé ad patres un plouc breton déversant son fumier sur la chaussée, poivrot invétéré, quand il était beurré à point comme un petit LU, sur le bord de mon lit, il marmonnait que j’étais le fils d’une mère maquerelle et que j’étais né un matin au 5 bis de la rue de la Grange aux Belles près du Canal Saint-Martin.

 

Délire d’ivrogne, ma mère infirmière-chef à l’hôpital Beaujon s’était tirée vite fait mal fait avec un jeune interne boutonneux qu’était parti s’installer comme toubib du côté de Bordeaux où sa famille possédait un château pissant du pinard, un GCC qu’y disaient les canards à pinard. Vu que ma génitrice me laissa tomber comme un baluchon de linge sale, il est vrai que je faisais alors encore pipi au lit, le pauvre hère qui me servait de père m’a lourdé. Destination immédiate : ma grand-mère paternelle, bretonne de son état, baignant dans l’eau bénite, empileuse de sardines à l’huile en usine à Saint-Guénolé.

 

Qu’est-ce que je me suis fait chier à Saint-Guénolé ! Même que j’y ai été enfant de chœur pendant un paquet d’années. Mémé sentait l’huile d’arachide et ronflait comme un sonneur de biniou. J’étais tout boulot car la mémé me gavait comme une oie. Mon teint rougeaud avec des petits yeux de goret et des cheveux tout filasse, mes courtes pattes et mes doigts potelés, mes frusques miteuses, m’handicapaient grandement auprès des filles. Je me rattrapais en les faisant rigoler. Du bagout j’en avais, mémé disait que je tenais ça de ma salope de mère, ce qui me ravissait : pour une fois qu’elle m’avait donné quelque chose celle-là. Quand je poussais le bouchon trop loin mémé me calmait d’un beau revers de main. Des torgnoles j’en ai reçu, pas trop tout de même car je me rebiffais en menaçant la vioque de la dénoncer au curé.

 

J’ai toujours été un ramenard un peu flemmard. De mon père le seul truc que j’ai reçu en héritage c’est un goût très prononcé pour me foutre dans la merde et d’y patauger. Quand mémé a passé l’arme à gauche mon pater m’a flanqué en pension mais, comme y pouvait plus payer, les curés m’ont viré. C’est alors qu’au lieu de rentrer à Paris j’ai pris la route avec mon baluchon. La suite de ma courte histoire de routard ne présente guère d’intérêt, j’ai tout fait et j’ai rien fait, avant de me retrouver dans mon 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Ma seule passion c’était les livres. M’en goinfrait. J’en volais. Carburer à l’imprimé me permettait d’exister. Je bouffais de tout mais, quand ça me tombait sous la main, je bouffais bien.

 

Chez moi, la limite entre ce qu’on appelle la vie, celle que tu vis, et celle que je forniquais dans ma tête, a toujours été floue. Autour de moi, surtout mes employeurs car j’ai même eu peu de gonzesses dans ma vie, on disait que j’étais toujours à côté de mes pompes, alors que ce qui me trottait dans la tête depuis longtemps c’était de mettre mes grôles dans celles de mon père. Les jours de déprime, je me trouvais prétentieux et velléitaire, mon père, aussi pochard qu’il fut, avait su se glisser dans les lignes d’un héros romanesque. Alors pour remonter à la surface je me plongeais dans mes livres jusqu’à plus soif. Moral revenu au beau fixe je me lovais à nouveau dans la peau d’Eugène Tarpon qu’avait eu la bonne idée de me donner le même prénom que lui.

 

Et puis, un beau jour, tout a basculé sans que j’y sois pour grand-chose. Ça m’est tombé dessus. À l’époque je vivais en pavillon avec une veuve beaucoup plus âgée que moi tout en végétant comme vigile au Carrouf de Pontault-Combault. Tous les soirs je rentrais chez elle, la bicoque était à elle, comme un âne qui recule. La retrouver, son gros cul posé sur le canapé, face à sa télé, me déprimait. Y’avait jamais rien à bouffer. Par bonheur elle s’endormait devant son écran ce qui me dispensait de la sauter. Le plus souvent je retardais l’échéance, au café des Sports, à coup de petits jaunes. La bande de bois-sans-soif avec qui j’étayais le zinc jouaient à tout ce qui pouvait se jouer. Moi pas, comme la chance et moi ne faisions pas très bon ménage, je préférais m’abstenir. Et puis un vendredi soir, alors que j’en avais fini avec mes jaunes, suis allé pisser avant de me tirer. Dans les chiottes, sur le dévidoir de PQ y’avait un formulaire de l’Euro-Millions. Il était rempli, un gars devait l’avoir oublié. Je l’ai glissé machinalement dans ma poche de veste. En tirant la chasse je me suis mis à gamberger, l’aspiration rauque du siphon me précipitait dans le vide de ma vie.

 

En me rebraguettant je gueulais « Putain de merde ducon bouges-toi les fesses ! » Tous ces gros cons alignés en rang d’oignons face à la caisse pour jouer me renvoyaient ma sale image à la gueule. Foutu, t’es foutu mec. Je fulminais. Péter un câble me pendait au nez. Fallait que je fasse sauter la soupape ! C’est Simone, la femme du patron, qu’est bien roulée mais qu’a la tronche de travers, qui m’a dégoupillé en m’étalant un beau sourire. Ça m’a donné envie. Simone m’envoyait des pleins phares. J’ai triqué. J’ai joué. J’ai gagné.

 

Direction Paris, non pas pour mener la grande vie mais pour m’installer dans mon bureau miteux au 5e sans ascenseur, Impasse du marché aux chevaux dans le 5e arrondissement. Mon pognon je l’ai tout mis sur un compte non rémunéré à la Caisse d’Épargne. Pas question d’y toucher. Pour m’installer j’ai pioché dans mes maigres économies. C’était une question d’honneur vis-à-vis des mannes de mon vioque. J’allais relever le défi, le réhabiliter lui qui avait fini à l’hospice. Mes débuts furent calamiteux, un seul client qui me refila un chèque en bois. Têtu je m’accrochais en campant dans mon bureau, bouffant des sardines à l’huile, en souvenir de la grand-mère, et du camembert. Faut être aussi con que moi pour vivre comme un mendigot alors que j’avais un gros magot qui roupillait sur un compte.

 

La chance ne sourit pas qu’aux audacieux mais aussi aux merdouilleux dans mon genre. Pour faire mes filoches je m’étais acheté un vélo d’occasion, un Raymond Poulidor violet. Ça allait bien à mon état de looser. Je pédalais dans Paris, surtout la nuit. C’est ainsi que je me suis retrouvé un soir dans un bar, une cantine d’altitude tenue par des filles bien roulées. Elles m’ont déniaisé, mentalement j’entends. Au début, leurs vins qui puaient me ramenaient à la Bretagne et son lisier de gorets. Et puis je m’y suis fait. Ça m’a même guérit des petits jaunes. J’étais chez elles, dixit le gros Mao variqueux, comme un poisson dans l’eau. Reines d’la com qu’elles étaient, l’m’ont filé le virus : j’ai acheté un vieux Mac, un ordinateur quoi, et me suis torché un profil Face de Bouc aux petits oignons. Addiction radicale !

 

Le démarrage fut du genre diesel, poussif, besogneux, les amis ne se bousculaient pas au portillon. Scotché à mon écran je guettais le moindre frémissement. Rien, morne plaine, peine perdue, sur la Toile je n’existais pas. Alors je me suis mis à poster les photos des boutanches de vin nature, les vins à poils que j’éclusais, en dézinguant les Grands Crus Bordelais. Vengeance rance à l’égard du château Mandigot que ma très chère mère menait d’une main de fer car son époux avait d’autres chats à fouetter. Je retrouvais ma verve de gamin. Faut dire que dans le marigot de Bordeaux le matériau était de choix, un vrai bouillon de culture. Eugène Tarpon Jr, privé attira sur son mur la fine fleur des mouches à merde tourbillonnant autour des crus. J’en profitai pour aller mettre mon tarin dans tous les bons coups de la profession. Ma surface médiatique croissait.

 

Tout ça était bel et beau mais pour ce qui était des clients, Nada !

 

Au tout début août, étant à sec, je m’apprêtais à déclencher le Plan Orsec. L’idée me vint de solliciter un prêt auprès de ma Caisse d’Épargne. Ma conseillère financière, Mlle Durand, qui me harcelait avec constance pour que je place mon magot, me reçut illico. Ma proposition de solliciter un prêt la jeta dans une forme d’attrition ricanante. Elle bafouilla, me jeta des regards suppliants, m’implora. Je lui concédai l’ouverture d’un Livret A en échange d’un prêt de 1000 euros pour assurer mon mois. Son sourire désespéré, alors qu’elle remplissait la montagne de papiers pour le prêt, vainquit mes dernières résistances. Bandant ce qui me restait de courage, tout à trac, je lui déclarai :

 

  • Je serais ravi si vous acceptiez de dîner avec moi pour que nous discutions de mes placements…

Elle rougit et me dit oui.

 

Mademoiselle Durand, comme son nom de l’indique pas, était une vietnamienne adoptée par un couple de postiers du Kremlin-Bicêtre. Sans le savoir je venais d’avancer un pion essentiel sur l’échiquier de mon job de privé. Guilleret je regagnais mon bureau. Faisait beau, je me sentais un homme nouveau. Décidais de changer de peau. M’achetais des fringues, des pompes, m’offrais une nouvelle coupe de cheveux, des lunettes de soleil. Bon, je n’étais pas un Apollon mais, comme avec mon régime alimentaire spartiate j’avais fondu comme de la Vache qui rit, je me trouvais assez potable et sortable.

 

Je feuillette la presse régionale, le Dauphiné libéré, j’y retrouve une appellation qui a fait florès, sous la plume de la droite, aujourd’hui presque oubliée : la gauche caviar à propos de Gordes beau village du Luberon (prononcer be et non bé). J’ai séjourné dans la plaine de Gordes et j’ai le souvenir d’y avoir croisé quelques spécimens de cette gauche, souvent Georges Wolinski.

 

Rassurez-vous, je ne rechute pas dans le politique c’est parce que le beau François y a abrité, dans un discret mas de pierres blanches, ses amours avec Anne Pingeot.

 

« Selon le petit Larousse, la gauche caviar incarne le “progressisme” et le “goût des mondanités”. Un cocktail idéologique sulfureux. Il se trouve qu’après 1981 et l’élection du président François Mitterrand, cette gauche a trouvé refuge à Gordes. Dans une charmante commune du Vaucluse, ambassadrice zélée du très chic Luberon.

 

C’est Maurice Chabert, actuel président du conseil départemental et maire de Gordes pendant 32 ans, qui évoque cette “gauche caviar” qui avait établi ses quartiers d’été dans le secteur. Il cite Laurent Fabius, Charles Hernu, Jack Lang et bien sûr François Mitterrand. Probablement au titre des bonnes manières, le premier ministre Laurent Fabius avait remis la médaille de Matignon à Maurice Chabert, qui lui-même avait décerné celle de sa commune à Jean-Pierre Chevènement.

 

De cette épopée, il ne reste guère que des souvenirs épars. Gordes est toujours fière d’avoir été l’une des villégiatures de l’ancien président de la République. Au “Cercle Républicain”, l’un des cafés emblématiques du village, l’évocation de ce prestigieux administré suscite des commentaires. Ceux qui l’aimaient sont plutôt fiers, les autres disent s’en moquer comme de leur première carte électorale.

 

La maison qu’avait fait construire François Mitterrand, une belle bâtisse de plain-pied en pierres plates officiellement propriété de la SCI de Lourdanaud, a même abrité ses amours et celles d’Anne Pingeot. Une demeure aujourd’hui anonyme du quartier “Les Rapières”.

 

De leur union est née Mazarine Pingeot, qui a vu le jour en décembre 1974 à Avignon. L’année de l’élection de Valéry Giscard d’Estaing »

 

Une piqure de rappel tout de même pour rappeler que le socle du Front National se trouve chez les héritiers de ces gens-là. 

 

Dans un article daté du 13 août 1940, « Faut-il fusiller ou couper le nez ? », rédigé pour la France au travail qui ne l’a pas publié, Montandon réitère sa proposition pratique : couper le bout du nez aux jeunes et « jolies juives », supposées dangereusement corruptrices et manipulatrices :

 

« Il y aurait pourtant […] une modalité élégante de faire se terrer les jolies Juives. Vous savez qu’il n’y a rien qui enlaidisse davantage une femme que de rendre béantes ses deux ouvertures nasales […]. Pas besoin d’opération à grand spectacle, avec assistants, narcose, etc. ! Il suffit d’un coup de pince coupante ou d’un coup de dents – comme nous l’avons vu un jour splendidement opérer. Le danger d’hémorragie mortelle est nul. Mais la jolie Juive qui aura subi la circoncision de l’appendice nasal, automatiquement ne remontera plus sur les tréteaux, et ne caracolera plus dans les salles de rédaction. Qui nous donnera le droit de fusiller et de couper le bout du nez. »

 

De l’admiration de la révolution bolchevique à l’adhésion totale à l’antisémitisme nazi: la dérive mortelle du Dr Montandon, Neuchâtelois, médecin à Renens, ami de Céline ICI 

 

 

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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