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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 08:00
CHAP.17 extrait sec, « NKM a toujours trahi ses électeurs, à Longjumeau, elle n’a pas fait long feu, pour être députée de l’Essonne elle a viré Wiltzer» Rachida Dati

Brexit dur, Trump aux commandes, et le n°1 chinois Xi Jinping, qui fêtera bientôt ses cinq ans à la tête de la Chine, a tenu une tribune doublement historique sur la scène du Forum économique mondial (WEF) de Davos. Aucun président chinois avant lui n’avait jamais fait le déplacement pour ce sommet annuel des élites économiques mondiales dans les montagnes suisses; et, surtout, Xi Jinping a délivré un étonnant plaidoyer en faveur du libre-échange.

 

Le chef du dernier empire communiste de la planète s’est posé en champion d’un monde ouvert et connecté, comparant l’économie mondiale à «un vaste océan dont il est impossible de s’échapper». «Toute tentative de stopper les échanges de capitaux, les technologies et les produits entre pays […] est impossible et à rebours de l’histoire», a lancé le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), provoquant la première salve d’applaudissements à travers la salle.

 

«Certains blâment la mondialisation économique comme étant responsable du chaos du monde», a affirmé Xi dans un message destiné à celui qui l’accuse de manipuler sa monnaie, le yuan, pour soutenir les exportations chinoises et de tuer les emplois sur le sol américain, «mais ce n’est tout simplement pas le cas». «Nous devons rester attachés au développement du libre-échange et des investissements, et dire non au protectionnisme. Promouvoir le protectionnisme, c’est comme s’enfermer dans une pièce noire. Personne n’émergera en vainqueur d’une guerre commerciale»

 

Retour en arrière, 50 ans en Chine, «Feu sur le quartier général», « La révolution n’est pas un crime, la rébellion est justifiée»...

 

La «Grande Révolution culturelle prolétarienne» fut officiellement lancée par une lettre du Parti communiste en date du 16 mai 1966, en fait déclenchée par Mao Tsé-toung pour consolider son pouvoir après de grosses difficultés politiques et économiques, liées à l'échec de la politique dite du «Grand Bond en avant».

 

«Nous devons abattre les responsables du Parti engagés dans la voie capitaliste. Nous devons abattre les sommités académiques réactionnaires de la bourgeoisie et tous les “monarchistes” bourgeois. Nous devons nous opposer à tous les actes de répression contre la révolution. Nous devons liquider tous les génies malfaisants. Nous devons extirper énergiquement la pensée, la culture, les mœurs et coutumes anciennes de toutes les classes exploiteuses. Nous devons réformer toutes les parties de la superstructure qui ne correspondent pas à la base économique du socialisme. Nous devons purger la Terre de toute la vermine et balayer tous les obstacles!»

 

Et pendant ce temps-là dans notre vieux pays fourbu, hormis les débats poussifs de la primaire de la gauche et la macronite aigüe, c’est l’investiture de NKM dans la circonscription parisienne en or pour la droite, celle de François Fillon, qui fait le miel des médias. En effet, elle permet de ressortir de l’oubli Rachida Dati. Comme à son habitude celle-ci n’y ai pas allé de main morte. Après avoir déjà poussé un bon gros coup de gueule dans Le Parisien, jeudi, l’eurodéputée-maire du VIIe poursuit sa charge vendredi 20 janvier sur France info et ça balance pas mal à Paris, beaucoup même.

 

« Au départ, je n’étais pas candidate à l’investiture, assure l’ancien ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy, pour justifier qu’elle n’en fait pas une affaire personnelle. On peut en douter. Elle enchaîne :

 

« Normalement, il y a consultation des élus locaux. Quand il y a un désaccord, il y a un vote. Sur cette circonscription, tous les élus n’ont pas été consultés. François Fillon ne les a pas reçus. Normalement c’est une commission d’investiture indépendante qui décide. Ce n’est pas à François Fillon de désigner un successeur. Je ne crois pas, sauf si on est dans une monarchie, qu’on se transmet des pouvoirs et des charges de droit divin. Aucune consultation des élus locaux ! »

 

Mais Rachida Dati ne s’arrête pas en si bon chemin, elle défouraille. Elle estime qu’il y a, de la part des médias et des politiques, un délit de sale gueule à son encontre dans les bisbilles qui l’opposent à celle qui fut candidate à la primaire de la droite :

 

« Deuxième chose : vous avez quelqu’un, il faut quand même le reconnaître…. Alors, c’est vrai, elle a la bonne image, c’est sûr qu’elle a une meilleure gueule que la mienne. Pardon de l’expression. Elle a fait polytechnique, elle a jamais bossé de sa vie. Moi je trime depuis que j’ai 16 ans et demi. Je sais ce que c’est que de signer un contrat de travail, de négocier un bail, d’obtenir un emprunt, les fins de mois difficiles, d’avoir une charge de famille… »

 

Vous croyez avoir tout lu ? Que Rachida Dati a exprimé toute sa rancœur face à une investiture qui « la peine pour ses administrés » ? Ce n’est pas fini. Sa dernière saillie du jour se concentre encore plus précisément sur Nathalie Kosciusko-Morizet qui, assure-t-elle, « trahira » François Fillon « comme elle a trahi tous les autres » en visant déjà la présidentielle de 2022 :

 

« Madame Kosciusko-Morizet a toujours trahi ses électeurs. Elle a voulu être maire de Longjumeau, elle a pas fait long feu. Elle a voulu être députée de l’Essonne. Puis "je veux que Paris", "je veux reconquérir Paris, je suis courageuse, je vais dans le 14e". Et aujourd’hui, elle dit "tiens, je vais m’écraser là où ça va emmerder tout le monde". La politique, ce n’est pas de la vengeance. Ça me fait de la peine pour mes administrés. Je vais vous dire, elle a déjà négocié son poste de ministre, elle ne sera jamais là, jamais présente. Je préviens les électeurs. A peine élue, elle sera déjà sur le futur combat de la présidentielle de 2022 parce qu’elle trahira François Fillon comme elle a trahi tous les autres. »

 

Comme j’ai l’esprit d’escalier, je dévale de mes propos sur le slogan de Mao « Feu sur le quartier général » pour me retrouver face au désastre annoncé de la maison socialiste. Joffrin dans Libé s’interroge :

 

Faut-il tuer le Parti socialiste ?

 

Bien avant de choisir lequel des candidats aura leur préférence - Valls et sa social-démocratie réaliste, Montebourg et son socialisme «made in France», Hamon et son alter-socialisme, ou encore Peillon et son républicanisme de bon aloi -, c’est la question politique cruciale que doivent se poser les électeurs de gauche et du centre gauche. Qu’ils restent chez eux, qu’ils traînent les pieds, qu’ils décident de sanctionner tous ceux qui ont eu à voir avec le quinquennat, ou au contraire qu’ils désignent déjà Emmanuel Macron, l’une des têtes pensantes du hollandisme quoi qu’il en dise, le résultat sera le même : à moins de 2 millions d’électeurs, on ne donne pas cher des chances de survie pour cette antique machine née en 1971 sur les ruines de la SFIO.

 

Le PS a beaucoup péché. Electoralisme débridé, opportunisme, difficulté à se renouveler, guerre des egos, byzantinisme tactique, impuissance à expliquer les vertus d’une social-démocratie moderne, divisions innombrables : la liste est interminable des errements auxquels les héritiers de Blum et de Mitterrand se sont livrés depuis une ou deux décennies. Mais raisonnons à rebours. La mort du PS une fois prononcée, la gauche se retrouve scindée en deux courants étrangers l’un à l’autre, chacun fondé sur le charisme d’un homme, qui tient un discours collectif mais décide en fait pratiquement seul des destinées d’une moitié du «camp progressiste». Un camp qui n’en est plus un, au demeurant, puisqu’il est divisé en deux moitiés d’orange que personne ne peut réunir pour retrouver le fruit d’origine. Une gauche radicale homogène d’un côté, un centre ambigu tiraillé entre droite et gauche, social-libéral ou libéral-social, de l’autre.

 

Au lieu d’un parti qui tente de trouver tant bien que mal un projet commun, on aura deux organisations sans passé ni héritage, sans mécanisme de synthèse, médiatiques avant d’être militantes, qui assurent à la droite d’avoir en face d’elle une opposition coupée en deux. Peut-être est-ce inévitable, peut-être le glas de l’histoire a-t-il déjà sonné pour les survivants de la rue de Solférino. Mais avant de s’y conformer, la gauche qui ne renonce pas tout à fait à un espoir commun doit y réfléchir à deux fois. Dans un mois, si le candidat désigné ne convainc pas, s’il patauge dans le discrédit, il sera temps de constater le décès de l’ancienne gauche. En attendant, il serait bon de laisser une chance, non à un appareil, mais à une idée. Celle de la gauche, qui peut encore servir en se réinventant.

 

Macron : une dynamique électorale en marche

 

Depuis l’automne, l’ancien ministre de l’économe attire des partisans de tout bord et des abstentionnistes.

 

Absent des débats de la primaire à gauche, Emmanuel Macron s’est glissé tel un fantôme dans chaque interstice de la campagne. Le vainqueur de ce scrutin aura en effet à affronter celui qui veut faire « bouger les lignes » et bouleverse les repères partisans de la Ve République.

 

Se positionnant comme un candidat « ni de droite ni de gauche », M. Macron aurait pu pâtir de ses responsabilités passées. Or ses 5 points gagnés en quelques semaines (17 % d’intentions de vote à la mi-janvier contre 12 % en septembre) confirment qu’il s’est installé dans un fauteuil de troisième homme, prêt à contester la place qualificative du second tour à François Fillon ou Marine Le Pen. Comment, depuis sa démission du gouvernement, fin août, puis sa déclaration de candidature, en novembre, M. Macron est-il parvenu à séduire un électorat encore très hétérogène et ne répondant à aucune grille de lecture des mobilisations partisanes ?

 

En suivant les mêmes Français depuis quatorze mois, le panel électoral du Cevipof permet de répondre à ces questions. Aujourd’hui, M. Macron est crédité de 17 % des suffrages au premier tour de la présidentielle dans un scénario où Manuel Valls remporterait la primaire à gauche, et de 19 % à 21 % en cas de victoire d’Arnaud Montebourg ou de Benoît Hamon. La dynamique Macron repose sur un double mouvement d’électeurs dont l’intention de vote a changé et de mobilisation de nouveaux partisans qui déclaraient jusqu’alors vouloir s’abstenir.

 

Entre septembre 2016 et janvier 2017, 40 % des électeurs ont maintenu leur choix sur la candidature de M. Macron. La trajectoire des 60 % de nouveaux électeurs est plus surprenante car elle illustre la capacité de siphonnage du leader d’En Marche !. En effet, à l’automne, 13 % d’entre eux avaient déclaré voter François Bayrou, 11 % François Hollande, 7,5 % Nicolas Sarkozy, 3,5 % Jean-Luc Mélenchon, et 11 % s’abstenir. Evidemment, ces mouvements reposaient sur une offre électorale qui a depuis profondément évolué.

 

ur une période plus récente – entre décembre et janvier 2017 –, M. Macron parvient à consolider la majeure partie de son électorat (autour de 60 %) et attire 13 % d’électeurs qui déclaraient jusque-là voter M. Valls, 10 % François Fillon, 5 % Marine Le Pen, 4 % Jean-Luc Mélenchon, et 5,5 % s’abstenir.

 

Ces résultats soulignent les contours de l’espace électoral de M. Macron, qui vont d’une gauche sociale-démocrate, orpheline du retrait de François Hollande, à un centre droit, composé de sympathisants de M. Bayrou et de M. Juppé. Par ailleurs, M. Macron parvient aujourd’hui à s’imposer comme le seul candidat capable de (re)mobiliser un électorat qui avait trouvé refuge dans l’abstention, non pas par indifférence pour l’élection présidentielle mais plutôt par contestation de l’offre proposée.

 

D’un point de vue sociodémographique, le profil de ces 40 % de nouveaux électeurs conquis par M. Macron depuis décembre est majoritairement féminin (57 %) et âgé de plus de 50 ans (53 %). Cet électorat volatil se compose avant tout de retraités (32 %), puis d’employés (16 %), de cadres supérieurs (14 %), de professions intermédiaires (14 %), d’inactifs (13 %) et d’ouvriers (8 %). Il attire presque autant de personnes très diplômées (42 %) que faiblement diplômées (37 %).

 

Souvent présenté comme le candidat des bourgeois bohèmes par ses détracteurs, M. Macron continue certes de capitaliser sur le vote urbain (38 % résident dans des villes de plus de 200 000 habitants), mais réalise des gains substantiels dans la France rurale (38 % dans les communes de moins de 10 000 habitants).

 

Enfin, le profil économique de ses nouveaux sympathisants correspond à des catégories sociales favorisées (+ de 50 % perçoivent un salaire supérieur à 2 500 euros par mois), qui disposent d’un patrimoine matériel (77 % sont propriétaires) et financier (21 % possèdent un portefeuille de valeurs mobilières). Par-delà leur origine sociale et économique, les transferts vers M. Macron ne partagent pas les mêmes opinions religieuses, puisque 54 % d’entre eux revendiquent une foi catholique et 42 % se déclarent sans religion.

 

Parangon de la sociale-démocratie ou incarnation d’une démocratie libérale en dehors des partis traditionnels, M. Macron occupe aujourd’hui un espace idéologiquement hybride lui permettant d’attirer des électeurs séduits autant par la nouveauté que l’opposition à la tripartition de la vie politique française. Même s’il est encore trop tôt pour parler de quadripartition, la dynamique en faveur de l’ancien ministre de l’économie s’appuie sur une redoutable mécanique de siphonnage d’électeurs de la gauche et du centre historiques, en manque, chacun, d’un représentant incontesté à l’élection présidentielle.

 

Martial Foucault

Professeur à Sciences Po et directeur du Cevipof

 

Macron lance un appel à ses «marcheurs» pour les investitures aux législatives

 

Emmanuel Macron met un coup de pression aux élus socialistes. A quelques heures du dernier débat de la primaire à gauche et à trois jours du premier tour de ce scrutin, le candidat d’En marche a dévoilé les règles qui régiront les investitures accordées par son mouvement aux législatives de juin 2017. Avec un objectif clair : avertir ceux qui au PS hésitent à le rejoindre qu’ils ne doivent pas compter sur les traditionnels arrangements de dernière minute. «Je ne négocierai aucune circonscription contre un ralliement», insiste Macron qui entend présenter des candidats dans les 577 circonscriptions. «Il n’y aura aucun accord d’appareil entre En marche et quelque parti que ce soit.»

 

Dans la bouche du délégué général du mouvement, Richard Ferrand, le message prend une allure d’ultimatum : «Un élu socialiste qui se décide avant le 29 janvier fait acte de conviction. Après, c’est un acte de contrition.» En clair, si les députés sortants sont les bienvenus, toute étiquette confondue à l’exception du FN, ceux qui tarderaient trop à se manifester pourraient bien se retrouver le bec dans l’eau.

 

C’est qu’Emmanuel Macron a décidé de renouveler profondément l’exercice. Jeudi midi, son mouvement a mis en ligne un appel à candidature pour les législatives. «Tous les marcheurs qui veulent s’engager peuvent s’inscrire en ligne», précise Macron qui se félicite d’être «la seule force politique à avoir établi des formalités aussi claires et accessibles». Une commission nationale des investitures sera mise en place «dans les prochains jours» pour procéder à l’examen des dossiers par «vagues successives» à compter de début février jusqu’au premier tour de la présidentielle de façon à «construire une majorité de projet pour gouverner et traduire en actes notre engagement collectif et citoyen».

 

Pour les sélectionner, cinq critères seront pris en compte. Et d’abord le «renouvellement» : Macron ambitionne ainsi d’attribuer «plus de la moitié» des investitures d’En marche à la société civile «pour faire émerger des personnalités engagées et talentueuses». Les candidatures retenues devront aussi répondre à l’exigence de «parité stricte» au niveau national, de «probité» (une inscription au casier judiciaire ou une condamnation à une peine d’inéligibilité étant rédhibitoires), de «pluralité politique» (toutes les tendances du mouvement doivent être représentées) et enfin d’«efficacité». «Tous les candidats investis signeront le même contrat avec la nation que moi», explique Macron «Ils ne pourront pas exprimer un désaccord avec le cœur de notre projet.» Une discipline, à l’en croire, plus à même que les primaires d’éviter l’apparition de «frondeurs au premier jour».

 

Leïla Slimani : « Je suis féministe et je le revendique »

 

ELLE. Qu'est-ce que le prix Goncourt a changé dans votre vie ?

 

Leïla Slimani. Le regard qu'on a sur moi. Je me suis retrouvée nimbée d'une chose à l'aura et à l'odeur très particulières, qui s'appelle le succès, et qui attire irrésistiblement les gens. Mon livre n'est plus seulement un roman qui s'appelle « Chanson douce », il est devenu « le Goncourt » que les gens viennent acheter pour leur mère !

 

ELLE. Vous êtes seulement la douzième femme à recevoir ce prix et la première enceinte, est-ce que cela a un sens pour vous ?

 

Leïla Slimani. Oui, dans la mesure où je peux témoigner du fait qu'il est possible d'être une femme et de consacrer sa vie à la littérature. Un homme qui écrit, c'est normal, mais une femme qui choisit de faire garder son enfant pour écrire, pour beaucoup, c'est une égoïste. Moi-même, j'ai mis du temps à dépasser une certaine culpabilité. Combien de fois j'ai entendu : « C'est bien, comme tu écris chez toi, tu peux t'occuper de ton fils ! » Eh bien non, justement parce que j'écris, je ne peux pas m'en occuper. Du coup, regardez le nombre d'auteures qui ont dû renoncer à la maternité. Oui, je peux écrire, être enceinte, avoir une vie de famille, sans être une mère indigne. Il me semble que c'est un combat qui en vaut la peine.

 

ELLE. Vous êtes féministe ?

 

Leïla Slimani. Je suis féministe et je le revendique. Je pense souvent à Simone de Beauvoir disant que nous aurions tort de penser que les grands combats sont derrière nous et qu'il ne reste plus que des luttes bourgeoises à mener. Et je me rends compte que, oui, c'est vrai, on devient femme. Dans la confrontation avec la société - dans la façon qu'on a de trouver un travail, d'avoir des relations avec son patron, de s'occuper des enfants -, par petites pierres, s'impose ce qu'on voyait de loin et de manière abstraite comme étant la condition féminine. Et ça m'intéresse aussi en tant que romancière.

 

« OUI, JE PEUX ÉCRIRE, ÊTRE ENCEINTE, AVOIR UNE VIE DE FAMILLE, SANS ÊTRE UNE MÈRE INDIGNE »

 

ELLE. Vous êtes entrée en littérature sans passer par la case premier roman autobiographique, pourquoi ?

 

Leïla Slimani. Parce que je suis maghrébine et que je n'avais pas envie qu'on m'identifie uniquement à ça. Je me disais : tu vas tisser la toile dans laquelle tu vas t'enfermer, alors que tu as devant toi un horizon bien plus large. Toni Morrison a confié que son roman « Paradis » avait été mal compris à sa sortie parce qu'on lui reprochait de ne pas donner la couleur de ses personnages. Comme s'il existait une littérature blanche ou noire ! Je crois qu'il faut montrer qu'on n'est pas conditionné seulement par nos origines, que notre destin, c'est autre chose, c'est l'amour, les sentiments, la peur, la transgression. C'est ça que j'ai envie de raconter, sans rien renier pour autant de ce que je suis. J'aurai bien le temps de raconter mon histoire.

 

ELLE. Quelle est votre histoire ?

 

Leïla Slimani. Ma grand-mère maternelle alsacienne a rencontré mon grand-père pendant la Seconde Guerre mondiale. Il faut imaginer un spahi [cavalier, ndlr], en sarouel, qui traverse la Méditerranée pour venir faire la guerre en France, en Alsace, dans le village où habite ma grand-mère avant d'être envoyé dans un camp en Allemagne. Lorsqu'il a réussi à s'enfuir, il s'est réengagé dans l'armée, juste pour venir la chercher. Il faut aussi imaginer la tête de mon arrière-grand-père, grand bourgeois alsacien et bon vivant, lorsqu'il a vu débarquer ce petit Africain ! Mes grands-parents se sont installés en 1945 dans la médina de Meknès. Ils ont eu trois enfants qui se sont mariés avec des gens de nationalités et de religions différentes.

 

ELLE . Et toutes les religions cohabitaient ?

 

Leïla Slimani. Chacun pratiquait de manière intime sa religion. Ma grand-mère était catholique et, en même temps, elle respectait l'islam, elle a même fait le pèlerinage à La Mecque. À Noël (elle ne rigolait pas avec cette fête, ma grand-mère !), mon grand-père musulman se déguisait en père Noël, juché sur un âne. Et il jurait en arabe pour le faire avancer !

 

ELLE. Vous dites : « Je suis née musulmane », qu'est-ce que cela signifie ?

 

Leïla Slimani. Mes parents m'ont transmis la culture marocaine, ancestrale, hédoniste, avec des valeurs magnifiques : avoir le sens de l'hospitalité, avoir de l'attention pour son prochain, aimer être ensemble, rire avec ses enfants. J'ai été élevée dans l'amour sensuel des paysages, des odeurs, des goûts. Après, dans un pays comme le Maroc, on naît musulman, c'est la religion d'Ètat, on n'a pas le choix, et les actes que l'on commet sont jugés par rapport à ce que l'on est censé être, c'est-à-dire toujours par rapport à cette religion. Pour moi, c'est une atteinte à la liberté. Lorsque je dis cela, certains Marocains y voient une attaque contre le pays, mais non, c'est seulement vouloir vivre en toute liberté. Et je crois que la liberté n'est jamais une menace.

 

ELLE. Après les attentats du 13 novembre 2015, vous écrivez dans la revue « Le 1 » : « intégristes, je vous hais », ne prenez-vous pas un risque ?

 

Leïla Slimani. Si, car j'ai de la famille et des amis au Maroc mais, à ce moment-là, je pensais que c'était important de le dire. On n'est pas obligé d'être dans une allégeance de la culture d'où on vient. Je peux tout à fait être une bonne Marocaine et haïr les intégristes et la charia. Mais je peux aussi très bien ne pas être gauloise et être une bonne Française. La nationalité n'est pas un mérite, c'est un ensemble de valeurs et une inscription dans une histoire.

 

ELLE. Depuis que les attentats meurtrissent la France, vous regarde-t-on différemment ?

 

Leïla Slimani. Oui ! Avant, j'étais une Arabe, avant j'étais maghrébine, avant 'étais une beur. Aujourd'hui, je suis devenue musulmane. Je refuse qu'on m'enferme dans ce qui relève d'un choix privé. Quand on me demande : « En tant que musulmane, vous en pensez quoi ? », ça me rend folle. Peut-être que je suis bouddhiste, c'est parce que je m'appelle Leïla Slimani que vous vous autorisez à me parler comme ça ? 'est toujours dangereux quand une religion devient une identité et 'est entrer dans le jeu des islamistes que d'assigner les gens à être es musulmans. Comment voulez-vous que soient libres des gens ue, d'emblée, on ne voit pas comme libres ?

 

ELLE. Petite fille, avez-vous étudié le Coran ?

 

Leïla Slimani. Oui, c'était obligatoire, même à l'école française. L'islam, tel qu'on le pratiquait autour de moi, plein de joie, de compassion et d'amour, a infusé dans mon éducation et dans ma culture. J'ai fait un mariage musulman au Maroc, une cérémonie magnifique d'un raffinement inouï, avec six robes. C'était quelques années après la mort de mon père, et respecter la tradition m'a donné l'impression qu'il était là, avec moi.

 

ELLE. Quand êtes-vous venue en France ?

 

Leïla Slimani. Je suis arrivée pour faire mes études et j'ai découvert à Paris une solitude profonde, noire, durable. Des soirées qui se succèdent sans personne à qui parler. Tout était si grand, je me sentais mal à l'aise partout. Et, en même temps, les gens avaient l'air si libres. Pour la première fois de ma vie, j'ai vu des couples s'embrasser sur la bouche dans la rue, pendant des minutes et des minutes. Et des femmes très belles marcher seules le soir. Je me disais : ça doit être merveilleux d'être eux, il faut que je trouve le moyen de devenir eux !

 

ELLE. Au Maroc, une jeune fille ne se promenait pas seule dans la rue ?

 

Leïla Slimani. Dans mon milieu, jamais de la vie. À la télévision et au cinéma, les scènes d'amour étaient coupées, du coup, les films étaient très courts et souvent incompréhensibles. Le monde de mon enfance était d'une grande pudeur mais, aujourd'hui, il est devenu moralisateur. On ne s'embrassait pas dans la rue parce que ça ne se faisait pas, aujourd'hui, c'est parce que c'est mal, ce n'est pas du tout la même chose, c'est ça qui me fait peur. Un baiser en public peut vous mener en prison.

 

ELLE. Vous avez écrit un livre de témoignages de Marocaines, pourquoi ?

 

Leïla Slimani. Pour donner une voix à celles qui n'en ont pas. Un jour, à la fin d'une conférence à Rabat, une dame est venue me parler. J'ai trouvé ses mots tellement beaux que j'ai eu envie de les restituer et de rencontrer d'autres femmes, mariées ou célibataires, actives ou pas, qui portent le voile ou pas, pauvres ou riches. Je veux qu'on entende leur souffrance.

 

« LA LITTÉRATURE NE PEUT PAS CHANGER LE MONDE MAIS PEUT-ÊTRE PEUT-ELLE CHANGER CEUX QUI LA LISENT. »

 

 

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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15 janvier 2017 7 15 /01 /janvier /2017 08:00
CHAP.17 extrait sec, « la panique s'installe au PS, pris en étau entre le représentant de la France insoumise et Macron, à la façon d'un casse-noix ». Mélenchon

« … c’est agréable de se balader à Rome en mars. C’est comme quand, petit, on attend un cadeau. On sait qu’il va arriver, et ces minutes d’attente sont les plus belles. On est couvert mais on sent dans ses os que tout va changer. Que le printemps arrive. Ensuite on se tourne et on s’aperçoit que les femmes l’ont déjà perçu. Le printemps. Elles le savent bien avant nous. Un beau jour on se réveille, on sort de chez soi et on les voit. Partout. On chope un torticolis, à force de les regarder. On ne comprend pas où elles étaient, avant. Elles sont comme les papillons. Elles sortent de leur léthargie et explosent d’un coup, à nous faire tourner la tête. Au printemps tous les schémas sautent. Il n’y a plus de maigres, de grosses, de sensuelles ni de belles. À Rome, au printemps il faut juste observer le spectacle en silence. Profiter. On s’assoit sur un banc et on les regarde passer en remerciant Dieu de nous avoir fait hommes. Tu sais pourquoi ? Parce que, nous, on n’arrivera jamais à ce niveau de beauté, et en vieillissant on n’a plus rien à perdre. Mais elles si. Un jour ces couleurs s’éteindront, s’évaporeront, comme le ciel de cette putain de ville, qu’on ne voit jamais. C’est terrible la vieillesse. La vieillesse, c’est la vengeance des moches. C’est un vernis qui tue toute la beauté et anéantit les différences. Et sur notre banc, quand on les regarde, on pense qu’un jour ces créatures ne se reconnaîtront plus dans le miroir. Tu sais quoi, Italo ? Les femmes ne devraient jamais vieillir. »

Antonio Manzini.

 

Le printemps je le guette sous la calotte des nuages, dès que le ciel redevient bleu de blanc le pâle soleil d’hiver me donne envie d’aimer. Et pourquoi pas, elle, sortie de nulle part ?

 

Ce matin-là il prit sa canne à pommeau et son chapeau et, avant de monter sur son fier destrier il mit ses pinces à vélo, et au petit trot, sa brassée de fleurs des champs en mains il fila jusque sous le balcon de la belle. Qu'allait-il faire à l'aurore sur l'autre rive ?

 

Rideau, vous n’en saurez pas plus, bande de voyeurs !

 

Et si j’écrivais : Chronique d’une mort annoncée : celle du PS de l’enfant de Jarnac.

 

Je n’en ai pas le courage, et puis faut-il tirer sur l’ambulance de cette primaire, bal des faux-culs, des seconds couteaux ?

 

Claude Askolovitch, le pote de la bande à Montebourg, Peillon, Hamon au temps de leurs amours déçus, s’en charge dans Comment se dire adieu aux éditions JC Lattès.

 

« La mort fut l’exactitude du quinquennat de François Hollande, son excuse et son répit. Sans le terrorisme, il ne serait rien resté de cette présidence, sinon un glissement vers la vérité du socialisme : n’être qu’une droite civilisée. Les suppliciés de Daech ont distrait le pouvoir de son indécence. Devant leurs cercueils, François Hollande s’inventa un discours, un instant fondateur, une raison d’être.

 

Le socialisme est devenu ceci : une adhésion salvatrice à la raison d’Etat, une adéquation avec les forces armées, une détestation des contestations, un assentiment aux banalités gestionnaires, un ralliement à l’identitarisme ambiant, tout ceci habillé et masqué de commémorations, emphases et ritournelles.

 

Ces hommes ne sont pas détestables. Ils font de leur moins mal. Aux prises avec un pays que d’autres poussent vers un fascisme ronronnant, les socialistes louvoient, arrangent, préservent, compromettent, et attendent de l’adversaire qu’il soit pire, pour jouir un peu plus longtemps de la morale et des palais.

 

L’auteur les aime, comme on aime ses semblables, et ce livre est un arrachement à lui-même. Tout ce qu’on racontait, jadis, sur les lendemains qui chantent étaient une plaisanterie saumâtre. Ce livre n’est pas d’anecdotes. Il n’y a rien à révéler. Tout est là. C’est arrivé. Ça nous est arrivé. »

 

L’homme écrit bien mais il se grise au seul son de ses outrances, celle d’une gauche fantasmée, celle qui ne sait gouverner, qui n’aimait rien tant que le bon temps d’opposant où l’on pouvait s’incruster dans des bastions électoraux régionaux, fabriquer des élus à la chaîne comme des saucisses, cumuler les mandats, arrondir ses fins mois, le PS quoi !

 

Notre maire de Paris, Anne Hidalgo, en est le plus bel exemple. Nichée sous les ailes de Bertrand Delanoë, vieil apparatchik jospinien, elle a fait son nid, prospéré. La voilà qui distribue les bons et les mauvais points à ses petits copains qui ont gouverné sous Ayrault et Valls. Elle soutient dans le barnum de la Primaire Vincent Peillon qui se veut l’héritier de Hollande alors qu’elle-même fait de celui-ci le syndic de la faillite de la Gauche. De grâce madame notre maire occupez-vous des ornières de la chaussée de Paris, de sa propreté, de ses transports indigents… votre étoile nationale nous nous en tamponnons le coquillard. Y’en a marre de vous et de vos petits marquis d’une fausse union de la Gauche rabibochée pour le 2d tour.

 

Que Macron vous énerve, qu’il soit l’homme qui rend fous les socialistes, j’en conviens mais à qui la faute ? Où sont les responsables ?

 

Dans le Monde du 9 janvier Françoise Fressoz analyse le phénomène :

 

« Ironie du calendrier, on n’a jamais autant parlé du bilan de la loi Macron qu’en ces temps de primaire socialiste. Le travail du dimanche ? Au terme d’un an et demi de rudes négociations, les grands magasins parisiens vont ouvrir tous les dimanches de l’année. Des contreparties en termes d’emplois, de salaires et de conditions de travail ont été trouvées qui ont singulièrement fait baisser le volume sonore des opposants à cette extension.

 

La carte professionnelle des salariés du bâtiment et des travaux publics ? Un premier spécimen a été remis, la semaine dernière, à un salarié de la société bretonne de maçonnerie Moullec par le premier ministre, Bernard Cazeneuve, et la ministre du travail, Myriam El Khomri. Le titre, sécurisé, va être généralisé à partir du mois de février pour lutter contre le travail illégal et les abus du travail détaché. C’est la loi Macron de 2015 qui l’a rendu obligatoire en prévoyant son extension aux intérimaires et aux travailleurs détachés d’entreprises étrangères.

 

La libéralisation du marché des autocars ? « 17 % des utilisateurs n’auraient pu voyager autrement », affirme l’Arafer, le régulateur du rail et de la route, dans un premier bilan publié vendredi 6 janvier.

 

Antisocial, l’ancien ministre de l’économie ? A l’intérieur comme hors du gouvernement, Emmanuel Macron est l’homme qui rend fous les socialistes. Accusé d’hérésie libérale lorsqu’il était à Bercy, il continue de les défier et s’ingénie à perturber leur primaire, convaincu qu’une « vague monte » dans le pays qui le portera jusqu’à l’Elysée.

 

Concurrence obsédante

 

Le 7 janvier, le fondateur d’En Marche ! était à Nevers, sur les terres de Pierre Bérégovoy. Cette semaine, il sera à Lille sur celles de Martine Aubry, qui furent aussi celles de Pierre Mauroy. A chaque déplacement, l’ancien banquier d’affaires creuse son sillon libéral. Il revendique la politique de l’offre, s’engage, au nom de la promotion du travail, à accorder de nouveaux allégements de charges aux entreprises et s’interdit de taxer davantage les riches qui, sinon, seraient tentés de quitter le territoire.

 

Mais il n’oublie pas le social. Après avoir promis un gain de pouvoir d’achat à la grande majorité des salariés, il double Marisol Touraine sur le front de la Sécurité sociale en promettant le remboursement à 100 % des lunettes et prothèses auditives à l’horizon 2022. Jusqu’à présent, personne n’avait osé.

 

Comment faire avec un pareil trublion ? En 2015, Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du PS, avait cru lui régler son compte en le déclarant indigne d’appartenir à la famille socialiste. Un an et demi plus tard, le même sommait, en vain, le franc-tireur de participer à la primaire de la gauche au motif qu’il n’avait « aucun potentiel important » pour faire gagner la gauche en 2017.

 

Aujourd’hui, Emmanuel Macron a atteint un tel potentiel que le premier ministre, en personne, est obligé de sortir de sa réserve pour lui faire la leçon. C’est ainsi que dimanche 8 janvier, depuis Jarnac (Charente), Bernard Cazeneuve a invoqué les mânes mitterrandiens pour condamner la « confondante immaturité » d’Emmanuel Macron, perdu dans « un ailleurs improbable ».

 

Pour tenter d’étouffer l’égaré, le chef du gouvernement a défendu la pertinence du clivage gauche-droite auquel François Mitterrand, l’homme qui avait fait gagner son camp en 1981, croyait dur comme fer.

 

Pour un premier ministre qui ne devait pas prendre parti dans la campagne de la primaire, cela ressemble fort à une opération sauvetage de Manuel Valls qui devrait, en principe, être le favori de la gauche gouvernementale et ne l’est pas à cause de la concurrence obsédante de son ancien ministre. Emmanuel Macron fonctionne en parallèle du PS avec la profonde conviction que le clivage gauche-droite est révolu. Comment dès lors le ramener au bercail ? »

 

Face à cette urticaire, la madone de la bravitude, la Ségolène des casseroles de la Charentitude, cultive l’ambiguïté chère au François enterré à Jarnac. Elizabeth Guigou, un des derniers avatars de Jospinerie en appelle déjà à l’union du gagnant de la Primaire avec le renégat. Et pendant ce temps-là dans son Palais, l’autre François, le tout rond, évoque avec une gourmandise carnassière le beau score, 5%, de Gaston Deferre, l’ex-Monsieur X.

 

La gente journalistique s’ébroue, cherche à se refaire une virginité après son flop Fillon, voit en Hamon un nouveau Fillon, surjoue Mélanchon et Macron.

 

EXCLUSIF - Selon notre sondage Kantar Sofres OnePoint, l'ancien premier ministre serait battu au second tour face à Arnaud Montebourg et arriverait à égalité en cas de duel contre Benoît Hamon.

 

Un tournant de la campagne? Une sérieuse alerte en tout cas pour Manuel Valls. Car selon notre sondage Kantar Sofres OnePoint pour RTL, Le Figaro et LCI, si l'ex-premier ministre est bien en tête au premier tour de la primaire de la gauche avec 36 % des voix contre 23 % pour Arnaud Montebourg et 21 % pour Benoît Hamon, il est désormais donné perdant au second tour face à Arnaud Montebourg, à 47 % contre 53 %, et à égalité parfaite en cas de duel avec Benoît Hamon. Ce sondage est à analyser avec prudence tant il est délicat d'anticiper ce que sera la participation au scrutin organisé les dimanches 22 et 29 janvier par le PS et ses alliés. La mobilisation sera en effet décisive. Moins il y aura de votants, plus ces derniers seraient légitimistes, donc plutôt des soutiens à l'action du chef de l'État sortant et de ses représentants, Manuel Valls en tête… Kantar Sofres table sur une participation assez large qui pourrait tourner autour de 2,6 millions d'électeurs. Selon l'institut, une participation restreinte serait limitée à 1,3 million de personnes.

 

Une bonne nouvelle aussi pour Emmanuel Macron

 

Ce sondage est en revanche une très bonne nouvelle pour Arnaud Montebourg. Le candidat du «made in France» conserve au premier tour une petite avance sur son rival de la gauche du PS, Benoît Hamon, malgré la dynamique dont bénéficie ce dernier depuis déjà plusieurs semaines. Cette étude, qui va dans le même sens qu'un sondage Ifop publié dimanche dans le JDD, est par ailleurs une nouvelle occasion de se réjouir pour Emmanuel Macron. L'ancien ministre de l'Économie mène sa propre campagne en dehors de la primaire et rêve de voir se porter sur son nom des pans entiers de l'aile droite du PS. Il juge possible un ralliement de socialistes hostiles à l'idée de faire campagne en faveur d'un frondeur qui dénonce à longueur de meeting le bilan de François Hollande et du gouvernement…

CHAP.17 extrait sec, « la panique s'installe au PS, pris en étau entre le représentant de la France insoumise et Macron, à la façon d'un casse-noix ». Mélenchon

Mais laissons-là la Présidentielle, elle sera là dans 100 jours !

 

Intéressons-nous au cas d’Alep grâce à une chronique de Jean-Claude Guillebaud :

 

Le courage d'Yves Calvi

 

Mi-décembre, l'ancien présentateur de "C dans l'air" désormais sur LCI a fait preuve de probité journalistique, qualité moins répandue qu'on ne le croit.

 

C’est un paradoxe : quand un journaliste pose un acte de courage, on en parle dix fois moins que quand un autre "dérape" (comme on dit maintenant). La chose vient d'arriver au détriment d'Yves Calvi qui reprend désormais sur LCI, sous le titre "24 Heures en questions" (du lundi au vendredi, à 18h10), une émission comparable à son ancien "C dans l'air" de France 5. De quel courage s'agit-il ? On pourrait tout aussi bien parler de probité journalistique, qualité moins répandue qu'on ne le croit. L'auteur de ces lignes a d'autant plus envie de saluer cette probité que, dans "TéléObs", il a plusieurs fois dénoncé le néolibéralisme subliminal qui ressurgissait dans l'ancien "C dans l'air" dès qu'il était question d'économie.

 

Cet acte de courage mérite donc d'être raconté. Tout commence le 15 décembre. L'émission est intitulée "Alep seule au monde". Dans sa présentation, Calvi reprend la rhétorique en usage sur le martyre de la ville, l'agonie de sa population au milieu des ruines et l'impuissance collective. Ses quatre invités sont les suivants : Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef adjointe à "la Croix", le général Vincent Desportes, ancien patron de l'Ecole supérieure de Guerre, Frédéric Pons, journaliste et professeur à Saint-Cyr, et Frédéric Pichon, auteur d'un livre remarqué sur la Syrie ("Syrie, pourquoi l'Occident s'est trompé", éditions du Rocher, 2014).

 

Dès les premiers échanges, les remarques de chacun des invités ont tout pour surprendre l'animateur tant elles prennent le contre-pied des "éléments de langage" en usage, à ce moment-là, dans les médias. On explique d'abord que ces bombardements, en effet effroyables, ne concernent pas "la ville d'Alep" mais seulement deux ou trois quartiers de l'est de la cité. Un invité précise même qu'ils correspondent à un ou deux arrondissements de Paris. Le reste de la ville - Alep-Ouest - n'est pas touché, et ses habitants se félicitent ouvertement de la reconquête annoncée des quartiers Est par l'armée syrienne. Isabelle de Gaulmyn, dont le journal a suivi de très près cette actualité, ajoute qu'il fut un temps où la tragédie était dans l'autre sens. L'Ouest - notamment les chrétiens - recevait les obus et les missiles tirés par la rébellion des quartiers Est, dont les djihadistes. A ce moment-là, ajoute-t-elle, l'opinion occidentale ne s'était guère émue. Le général Desportes enfonça le clou en ajoutant qu'aujourd'hui, l'émotion — compréhensible — suscitée par les bombardements des lointains quartiers Est concernait une population civile prise en otage par les djihadistes, ces derniers, pour une bonne part, étaient les mêmes que ceux que la France bombarde avec ses avions Rafale à Mossoul, en Irak. Très vite, on sentit Yves Calvi désarçonné par la convergence de ces témoignages qui, tous, illustraient une faillite de la diplomatie française (et des grands médias hexagonaux). Laquelle diplomatie était aussi confuse et changeante que celle de Vladimir Poutine fut déterminée et constante.

 

Au final, répondant à la question d'un téléspectateur, Vincent Desportes rappela que, dans l'Histoire, les sièges des grandes villes furent à la fois très longs et très meurtriers : Leningrad, Stalingrad, Sarajevo, Falloujah, etc. Après avoir argumenté pied à pied avec ses invités, Calvi ne dissimula plus son embarras. Il confessa même sa crainte d'avoir organisé une émission "révisionniste". Du coup, moins d'une semaine plus tard, le 21 décembre, Yves Calvi choisit de revenir sur le sujet d'Alep avec, cette fois, un seul invité : Eric Denécé, directeur du Centre français de Recherche sur le Renseignement (CF2R). Or, non seulement ce dernier confirma les analyses de l'émission précédente, mais il en rajouta sur les médias, en parlant d'une "énorme falsification de l'information", allant jusqu'à dire crûment : "On s'est fait rouler dans la farine avec Alep."

 

Il ajouta bien sûr que quand nos grands médias dénonçaient dix fois par jour les crimes commis en Syrie, ils étaient moins prolixes pour parler de ceux commis au Yémen par nos "amis" saoudiens, lesquels bombardent à l'aveugle la totalité du territoire et des villes yéménites.

 

Précision importante, capitale même. On a réécouté ces différents témoignages recueillis par Calvi au sujet d'Alep. A aucun moment il ne fut question de trouver des excuses à Bachar el-Assad ou de minimiser les crimes commis par son régime. Lequel restera - et reste, hélas - comme l'un des plus barbares qu'ait connu le Proche-Orient depuis le coup d'Etat de Hafez el-Assad (père de Bachar) en 1970. Soit quarante-six ans d'une tyrannie abjecte. Mais pour combattre une tyrannie, il faut s'interdire de mentir ou de truquer la vérité. Pour cette raison, merci et bravo, Yves Calvi !

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Roman
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8 janvier 2017 7 08 /01 /janvier /2017 08:00
Joseph Staline : "On m'a imposé les purges"

Joseph Staline : "On m'a imposé les purges"

Je ne sais pas. J’en suis là, dans un état proche de l’indifférence, les yeux grands ouverts, immobile, étonné que nous en soyons arrivés là. Le privilégié que je suis ne sait plus ce qu’il doit faire devant tant de médiocrité. Orgueil ! « J’ai le plus profond respect pour le mépris que j’ai des hommes. » C’est inclusif, j’en suis. Pour autant je ne verse pas dans les outrances des chevaliers de l’Apocalypse, les profiteurs de crise qui, à l’image des BOF de la France occupée, pratiquent le marché noir. Onfray, Polony, Finkielkraut et tant d’autres surfent sur le désarroi des gens pour se faire de belles pelotes.

 

Que me reste-t-il pour tenir le choc ?

 

L’amour !

 

« George était arrivé un quart d’heure en avance. Dexter lui avait aussitôt apporté son double expresso. Il ne s’était pas rasé depuis quelques jours et se demandait si cela plairait à Keiko. Il feignait de lire Le Parisien, mais tournait régulièrement la tête vers l’entrée. Impossible de se concentrer. Dans les quelques minutes qui allaient suivre, leur destin se déciderait. Elle l’accompagnerait dans son studio, rue de Babylone. Et ce serait la joie des retrouvailles, la fête des sens, le bonheur d’être enfin réunis. Ou alors elle prétexterait un rendez-vous avec une amie qui tenait absolument à la voir avant son départ pour le Japon. Un peu présomptueux, il misait sur la première hypothèse. Mais il savait aussi que dans ce domaine rien n’est jamais joué, qu’on conquiert un être ou qu’on le perd à chaque minute. Il en était là dans ses réflexions un peu oiseuses, quand une voix féminine murmura « George » à son oreille. Elle s’installa au comptoir à côté de lui. Il caressa sa main. Dexter apporta deux autres cafés italiens. Ils n’échangèrent pas un mot. Tout se jouait dans leurs regards. Et, eux, contrairement aux mots, ne mentaient pas. Dehors, il pleuvait. On était déjà fin mai et le printemps tardait. Les mains de Keiko étaient glacées. Il les réchauffa. Quelques heures plus tard, dans son studio, leurs corps s’unissaient enfin, la pluie contre la fenêtre accompagnait maintenant les baisers qu’ils échangeaient comme des affamés de l’amour, de leur amour. George contemplait le corps de Keiko comme la plus belle œuvre d’art qu’il ait jamais imaginée. Elle était à lui, rien qu’à lui. Keiko, elle, se laissait bercer par les vagues de volupté qui l’envahissait chaque fois qu’il l’enlaçait et la couvrait de baisers. Elle se donnait entièrement, afin que la mort n’ait plus rien à prendre. Ils étaient comme deux enfants jouant sur le sable. Tous les amants connaissent ces instants où le temps s’abolit et où la passion ouvre une fenêtre sur l’éternité. George et Keiko vivaient ces instants goulûment. Lui, conscient que la vie ne les offre que parcimonieusement. Elle aspirant à les prolonger indéfiniment. Bientôt, la pluie cessa de tambouriner. Elle se blottit encore plus profondément contre lui et s’endormit. Quand il fut certain de ne pas la réveiller, il se leva, admira encore la grâce de son corps, se dirigea vers la cuisine et but une gorgée de whisky. Lui qui ne croyait en rien, se trouvait dans l’étrange situation, étrange pour lui tout au moins, d’exprimer une forme de gratitude… À qui ? Il ne le savait pas trop. Mais qui le sait ? Keiko, elle, rêvait. Mais à quoi rêve-t-on quand son rêve vient de s’accomplir ? N’y aurait-il pas une forme de désespoir à voir nos rêves s’accomplir ? »

 

Roland Jaccard Une Japonaise à Paris

 

Revenons à ce cher Onfray qui se répand à nouveau dans les médias pour promouvoir sa marchandise.

 

« En 2015, Michel Onfray s'est lancé dans une Brève encyclopédie du monde. Inaugurée avec Cosmos, qui proposait une « philosophie de la nature », elle se poursuit avec Décadence, une fresque d'une ampleur impressionnante, truffée de références théologiques et philosophiques. De Jésus à Daech, en passant par saint Paul, François d'Assise, l'empereur Constantin, Jan Hus, Christophe Colomb, Lucrèce, Montaigne, Hegel, Huntington..., le philosophe parcourt l'histoire de la civilisation judéo-chrétienne à un galop d'enfer. Au terme de sa chevauchée érudite, il conclut à l'épuisement de l'Occident. Il dépeint un paysage en ruine. « L'Europe est à prendre, sinon à vendre, écrit-il. [...] Le judéo-christianisme est une puissance qui a fait son temps. » Ce n'est pas seulement la thèse centrale de l'ouvrage qui fera débat, mais aussi certaines considérations pour le moins abruptes sur le christianisme, Hitler, l'islam et le libéralisme. »

 

Onfray et la décadence de l'Occident

 

EXCLUSIF. Et si la civilisation judéo-chrétienne avait vécu ? C'est la thèse du philosophe Michel Onfray dans son nouveau livre, "Décadence" (Flammarion).

 

PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN LE FOL

 

Le Point : Votre nouveau livre s'intitule Décadence. Cette notion a de quoi surprendre sous la plume d'un intellectuel de gauche. Jusqu'à présent, on la trouvait à droite, voire à l'extrême droite. Après Paul Bourget et Oswald Spengler, vous vous inscrivez dans une filiation pour le moins surprenante...

 

Michel Onfray : Dans Le Déclin de l'Occident, rédigé avant la Première Guerre mondiale, Oswald Spengler utilise une grille de lecture systématique et figée, alors que la mienne est plastique et vivante. À mes yeux, les cultures sont vivantes. Cela dit, il est vrai que la décadence est habituellement un thème de droite. La gauche étant progressiste et... réactivant le vieux schéma chrétien de la parousie, de la fin de l'histoire heureuse, elle n'en parle pas, ou alors en travestissant la réalité. Pour désigner la « chute de Rome », elle emploie le terme d'« Antiquité tardive ». N'étant ni progressiste ni de droite, je ne me reconnais pas dans ceux qui parlent habituellement de décadence. Les intellectuels de droite, pessimistes, préoccupés par elle, en appellent à un retour au passé. Pas moi. Les intellectuels de gauche, optimistes, préoccupés par la marche indéfinie du progrès, ont confiance en l'avenir. Pas moi. Ni pessimiste ni optimiste, mais tragique, je pense qu'on ne peut rien faire pour sauver une civilisation qui se meurt.

 

Comment définiriez-vous la décadence ?

 

C'est le moment des craquements qui précèdent l'effondrement d'une civilisation sur elle-même.

 

N'y a-t-il pas un jugement moral derrière ce terme ?

 

Non, un effondrement n'est ni bien ni mal, c'est un fait qui constate le fissurage avant la chute. Toutes les civilisations ont connu cette loi de l'Histoire. Pourquoi la nôtre, après deux mille ans d'existence, y échapperait-elle ?

 

Quels sont les symptômes de notre décadence ?

 

Le nihilisme, autrement dit « tout vaut tout » donc « rien ne vaut plus rien » ; un égocentrisme forcené ; une incapacité à penser en termes de grande communauté ouverte avec un repli sur des communautés tribales fermées ; une domination des passions tristes en général, et plus particulièrement du ressentiment et de l'envie ; un triomphe de la négativité ; pour reprendre une formule de Sade, une fois n'est pas coutume : prospérités du vice et malheurs de la vertu...

 

Les écrits des premiers chrétiens dans La Pléiade sont un succès de librairie ; le succès de François Fillon à la primaire de la droite et du centre a été interprété comme un réveil des catholiques... Et, malgré ces signaux, vous annoncez la mort de la civilisation judéo-chrétienne !

 

Je vous répondrai en horticulteur : quand la plus belle floraison d'un arbre a lieu, l'année suivante est celle de sa mort. Face au progrès d'une spiritualité musulmane, le retour au catholicisme est pour certains un moyen de résistance et de réarmement moral. Je ne pense pas que nous assistions à un retour du sacré. Cet engouement de surface est davantage d'ordre identitaire.

 

Pourquoi cet acharnement de votre part contre le christianisme ?

 

Je ne m'acharne pas ! Je tente de comprendre cet objet magnifique que fut une civilisation, la nôtre, la mienne. Un anatomiste ne s'acharne pas sur le corps qu'il ausculte.

 

J'aurais pu devenir moine contemplatif... si j'avais eu la foi, c'est la moindre des choses !

 

Quel a été votre premier contact avec la religion chrétienne ?

 

Enfant, dans mon village natal, mes parents m'ont envoyé dans une petite école privée tenue par une ancienne gouvernante, Mme Haÿs. Elle nous apprenait à lire, à écrire et à compter avant l'école primaire, puis le nom des arbres, des oiseaux, des fleurs et l'histoire sainte. Au moment du carême, elle nous offrait des bonbons qu'il fallait rendre !

 

C'est freudien, votre histoire ! Privé de bonbons par une bonne de curé, vous en avez conçu de l'amertume à l'égard du catholicisme !

 

Je n'ai pas souffert de cette éducation catholique. Je rends grâce à cette femme de m'avoir appris à lire avec la méthode syllabique.

À l'âge de 10 ans, vous entrez dans un orphelinat catholique tenu par des prêtres salésiens. Vous l'avez décrit comme une « fournaise vicieuse ». Quels souvenirs en gardez-vous ?

 

J'ai été frappé par l'écart entre l'enseignement des vertus catholiques et la pratique de ces gens-là. Ils étaient violents, certains étaient pédophiles. J'ai assisté à des passages à tabac. Tel ou tel - une minorité, il est vrai - organisait des punitions collectives à 3 heures du matin dehors, en pyjama et en chaussons dans la neige. L'incapacité de ces prêtres à vivre l'éthique chrétienne et à être à la hauteur de ce qu'ils enseignaient m'a montré que l'idéal de cette religion était inhumain. Je suis depuis attaché à la congruence ! Si on se dit de gauche, alors il faut mener une vie de gauche. Si on est chrétien, alors il faut mener une vie chrétienne. L'ordre des salésiens a été créé par Don Bosco, qui célébrait le travail manuel. Certains pères que j'ai côtoyés méprisaient les intellectuels et vénéraient les sportifs. Quand ils me voyaient lisant dans un coin, cela les horripilait. Je voulais être biologiste à l'époque, parce que j'avais lu Jean Rostand et que j'aimais le moraliste et le penseur chez lui. Eux voulaient que je fasse un CAP de tourneur-fraiseur.

 

À vous écouter, on se dit que vous n'en avez pas fini avec vos blessures d'enfance...

 

Je suis fidèle à mon enfance, oui. Je n'oublie pas les moments d'humiliation infligés à mes parents. Ce dimanche que nous avions prévu de passer en famille, par exemple. Il faisait beau. Mon père se rasait quand le chef de culture est venu le chercher avec un ton de caporal pour partir illico à la moisson. Le dimanche fut effacé et pas payé... Je n'oublie pas non plus la première fois que j'ai vu apparaître le papier d'aluminium à la maison. Ma mère faisait le ménage chez des bourgeois. Sa patronne avait emballé les restes de leur repas familial dominical pour ma mère en lui disant que, si elle ne les prenait pas, ça irait à la poubelle...

 

Avez-vous déjà cru en Dieu ?

J'ai probablement cru en Dieu comme j'ai cru au père Noël. Je n'ai aucun souvenir de la disparition de ces deux croyances dans ma vie...

 

La suite ICI 

 

Pour sortir de l’étouffoir national je me tourne vers nos voisins suisses.

 

Michael Hermann: «Les Suisses ont une peau de bébé»

 

Le politologue phare des Alémaniques signe un livre consacré au «ciment de la Suisse». Il souligne que, malgré toutes ses qualités, le pays a de la peine à se réformer. Et qu’il doit éviter le «syndrome bernois», où un conservatisme rural dicte sa loi aux villes

 

- Vous prétendez que Donald Trump ne fait qu’emprunter des recettes qui ont fait le succès de l’UDC en Suisse. N’est-ce pas plutôt la politique suisse qui s’est américanisée?

 

- Les deux choses sont vraies. D’une part, bien sûr que les Etats-Unis ont inspiré l’Europe dans sa manière de faire de la politique et ses méthodes de communication. Mais d’autre part, je suis frappé par le fait que Donald Trump ait repris au cœur de son message des thèmes qui nous sont familiers depuis des décennies, comme la limitation de l’immigration et la fermeture des frontières. En Suisse, c’est James Schwarzenbach qui a le premier thématisé la «surpopulation étrangère» en 1970. Notre système de démocratie directe a permis de déceler beaucoup plus vite qu’ailleurs les soucis des gens. Il joue depuis longtemps ce rôle d’exutoire assumé aujourd’hui par les réseaux sociaux.

 

L’article ICI

 

Terminons par l’un de ces petits marquis de la République Aquilino Morelle, congédié, le 18 avril 2014, de l'Elysée après les accusations par Mediapart d'une prise illégale d'intérêt avec des laboratoires pharmaceutiques – classée sans suite en mars 2015 – et l'affaire de ses chaussures cirées. Il publie le 11 janvier L'Abdication (Grasset, 416 pages, 22 euros), livre dans lequel il revient sur son expérience du pouvoir.

 

Le Monde déclare :

 

« Aquilino Morelle est un homme prudent. Contre toute attente, serait-on tenté d'ajouter. Ceux qui imaginaient son livre, annoncé depuis plusieurs mois, comme un règlement de comptes sanglant avec François Hollande, qui lui a fait l'affront de le congédier de l'Elysée après l'affaire des " chaussures cirées " au printemps 2014, en seront pour leurs frais. »

 

« L'homme est malin, aussi : tout au long des 416 pages de L'Abdication, à paraître le 11 janvier chez Grasset, l'ancien conseiller du chef de l'Etat a mis un soin méticuleux à ne pas (ou peu) tendre le bâton pour se faire battre. Pas de scandales ou de petites phrases, pas de bruits de couloirs. Chapitre après chapitre, M. Morelle s'efforce de ne relater que des scènes auxquelles il a assisté durant ses vingt-quatre mois passés au Château. Même la crise conjugale entre François -Hollande et Valérie Trierweiler, au début de l'année 2014, est évacuée en quelques -lignes, sans détails. Morelle ne sera pas le chroniqueur des trous de serrure élyséens, lui que tant décrivent en privé comme un véritable pourvoyeur de formules assassines ou d'anecdotes croustillantes.

 

Son livre se contente d'être un réquisitoire politique impitoyable contre le président qui a, selon lui, fait perdre " son âme à la gauche ". Un président qui n'aurait pas abdiqué en réalité le 1er décembre 2016, mais dès le début de son quinquennat, en refusant d'appliquer le programme pour lequel il avait été élu. Au fil des pages, M. Morelle revient sur différents épisodes qui illustrent cette défaite originelle, de l'affaire Florange à l'accord passé, dans son propre appartement, le 2 novembre 2013, entre -Manuel Valls et Arnaud Montebourg pour changer de politique. Accord que le futur premier ministre ne respectera pas, selon lui, une fois installé à Matignon. »

 

La renonciation de M. Hollande ôte à l'ouvrage une grande part de son pouvoir de nuisance. M. Morelle a beau se défendre d'avoir voulu donner avec L'Abdication le dernier coup de poignard au chef de l'Etat, la date de parution du livre laisse penser l'inverse : en ce début d'année, M. Hollande devait être lancé à fond dans la campagne de la primaire à gauche… Comme si ce dernier restait, quels que soient les scénarios, un président insaisissable.

 

 

  • Pourquoi avoir écrit ce livre ? A-t-il encore une utilité après la renonciation de M. Hollande ?

 

J'ai écrit un livre politique, étayé et argumenté, qui veut répondre à la question que tous les citoyens, de gauche ou pas, se posent : comment en est-on arrivé là ? Comment la gauche, qui détenait toutes les puissances en 2012 – l'Elysée, Matignon, l'Assemblée nationale et même, pour la première fois, le Sénat, les régions, les départements, les villes – n'a-t-elle pas eu la force d'exercer le pouvoir que les citoyens lui avaient confié et s'est-elle perdue dans une gestion résignée ? Pourquoi le président n'a-t-il pas tenu les engagements pris devant le peuple français lors du discours du Bourget - le 22 janvier 2012 - ?

 

Comment expliquer cette situation inédite dans l'histoire de la Ve République : un président sortant dans l'incapacité même d'être candidat ? Mon livre se veut utile, c'est celui d'un acteur et d'un témoin privilégiés, qui invite le lecteur à un voyage au centre de l'Etat, qui veut apporter des réponses à tous ces questionnements. Je le crois plus que jamais d'actualité après l'abdication de François Hollande.

 

  • Pourquoi M. Hollande a-t-il été contraint de renoncer ?

 

Ce sont les Français, par leur défiance massive, qui ont imposé au président d'abdiquer. Juste avant la " sage décision " que certains -observateurs commentent complaisamment, François Hollande n'était plus crédité que de moins de 10 % d'intentions de vote : être candidat dans de telles conditions relevait du vœu pieux. Cet affaissement sans précédent fut la traduction ultime de la véritable rupture d'opinion entre Hollande et les Français, qui s'est produite dès la fin de l'année 2012. Dès cette date, les Français se sont détournés du président car ils ne lui pardonnaient pas sa première abdication, l'abdication de sa volonté d'exercer réellement le pouvoir.

 

  • Comment s'est manifestée -celle-ci, selon vous ?

 

Très vite. Alors qu'il bénéficiait de l'onction du suffrage universel, alors qu'au premier G8, à Camp David, le 19 mai 2012, le président Obama l'avait assuré de son soutien et avait plaidé pour une relance économique en Europe, alors que les dirigeants italien et espagnol souhaitaient qu'il prenne la tête de l'Europe de la croissance, François Hollande a, au contraire, fait le choix de la résignation. Il n'a jamais voulu devenir ce leader d'une nouvelle Europe. Et au sommet européen du 29 juin 2012, il a enterré tout espoir de changement en se résignant à l'austérité, en acceptant, sans véritable renégociation, le pacte budgétaire européen imposé par Merkel et signé par Sarkozy. Ce renoncement inaugural a précédé et déterminé tous les autres. C'en était dès lors fini du discours du Bourget. La vérité est simple et cruelle : François Hollande ne voulait pas exercer le pouvoir ; il voulait seulement être président de la République.

 

  • Quel regard portez-vous sur l'homme et sur le président ?

 

Toutes les qualités de l'homme, celles qui lui ont permis de conquérir le pouvoir, se sont retournées contre lui, une fois à l'Elysée. Ce qui faisait la force du candidat a signé l'échec du président. Son intelligence ? A force de tout comprendre, il lui est arrivé trop souvent de ne rien décider. Son habileté ? La ruse ne sert plus au pouvoir, il faut alors la force, celle de s'imposer aux autres et aux événements. Son art de " la synthèse " ? Vain et illusoire quand on est aux commandes, et qu'il faut trancher.

 

Ce qui m'a frappé très vite, et que ses confidences viennent de tristement révéler au grand jour, c'est son incapacité à comprendre et à respecter les règles de l'exercice de l'Etat ; quelque chose, au fond de lui, s'y refusait obstinément. Il est toujours resté comme extérieur à la fonction présidentielle, qu'il n'a jamais su, ou peut-être voulu, incarner. C'est certainement parce qu'il pressentait ce malaise que François Hollande a inventé la formule du " président normal ", une manière pour lui de prévenir les Français et, peut-être, dans son esprit, de conjurer le sort… Etrange président que cet homme plein de charme et dénué de toute autorité.

 

  • Vous donnez une explication historique à l'échec de M. Hollande. Pensez-vous la gauche condamnée en cette année électorale ?

 

François Mitterrand a confié l'essentiel de l'explication : " Après moi, il n'y aura plus de grand président. Ce sera l'Europe. La mondialisation. Il n'y aura plus que des comptables et des financiers. " Nous y sommes. Ce qu'il n'a pas dit, mais qu'il ne pouvait ignorer, c'est que ce seraient des socialistes français qui déchaîneraient le tsunami de la finance -dérégulée, façonneraient la mondialisation libérale, en déclenchant l'engrenage libéral de l'Europe, celui prévu dans le traité de Rome. La suprême habileté politique de Mitterrand aura été, en 1983, d'effectuer un magistral tour de prestidigitation, escamotant le socialisme, mais faisant apparaître l'européisme pour consoler la gauche.

 

Dès 1957, Pierre Mendès France avait dénoncé, avec lucidité, " l'abdication d'une démocratie " à laquelle aboutirait la construction de l'Europe telle qu'envisagée. Pour cette raison, il avait voté non à la ratification du traité de Rome. Tant que la gauche européenne ne sortira pas de l'européisme et du libéralisme dans lequel elle s'est perdue, les peuples se détourneront d'elle. En particulier en France. Tant que la gauche française ne renouera pas avec le message de Mendès France, elle ne retrouvera pas la confiance des Français ni leurs suffrages.

 

  • Vous datez " le début de la fin du quinquennat " de l'affaire Florange, à l'automne 2012 lorsque M. Hollande refuse la nationalisation des hauts-fourneaux proposée par Arnaud Montebourg, que vous souteniez. Pourtant, vous êtes resté à l'Elysée.

 

Florange a signé l'arrêt de mort de ce qui faisait l'esprit du discours du Bourget : le volontarisme politique et le patriotisme éco-nomique. Alors qu'il avait face à lui Mittal, l'incarnation de ce " monde de la finance " qu'il avait désigné comme son " adversaire ", Hollande a refusé le combat, se coupant définitivement des classes populaires. En ce sens, Florange a bien représenté le début de la fin du quinquennat.

 

Partir à ce moment-là était une possibilité ; je l'ai envisagée. Mais le président n'avait été élu que depuis six mois, il m'avait demandé de le suivre à l'Elysée, j'étais fier et heureux de servir mon pays et mes convictions et j'ai cru qu'à ma place, je pourrais infléchir le cours des choses, résister. Je me suis trompé, la suite des événements a prouvé que c'était impossible, et j'ai donc échoué. Reste que j'ai alors fait un choix de responsabilité, difficile et douloureux.

 

 

  • Vous reconnaissez avoir commis " une faute " lors de l'affaire du cireur de chaussures. Cet épisode a été vu comme -l'illustration de la déconnexion d'une certaine gauche. Regrettez-vous un tel comportement ?

 

Bien entendu, je regrette cette faute de comportement, et je m'en explique dans mon livre. Encore faut-il rappeler qu'il s'agit là d'un épisode unique et qui n'a pas coûté un seul euro au contribuable. Mais ce que je regrette aussi, c'est d'avoir été aveuglé et de ne pas avoir compris que ceux qui voulaient, pour des raisons politiques, m'abattre, se saisiraient de cet épisode pour le faire.

 

Ce que je regrette surtout, c'est que le président, que j'ai toujours servi loyalement, se soit abaissé à utiliser cette faute pour se débarrasser de moi. Que pendant un an, alors qu'il avait été mis au courant de ce faux pas, il ne m'ait jamais parlé, jamais tancé. Que pendant un an, il m'ait menti, trahi méthodiquement, me souriant dans le même temps où il organisait mon éviction.

 

J'ai commis une faute ? Certainement. Qui n'en commet pas ? Lui a consenti à un coup bas. François Hollande est un faux gentil et un vrai méchant. Et je regrette infiniment que le fils d'ouvrier et d'immigré que je suis, qui s'est frayé, seul, un chemin dans la vie, ait pu être assimilé, même à tort, à l'image que vous évoquez.

 

Quant aux raisons de mon élimination, elles sont très claires : défenseur de la ligne politique du Bourget, j'étais devenu gênant au moment où le président avait décidé de faire son " coming-out " libéral ; l'ayant soutenu lors de la crise politique et intime de janvier 2014 - la rupture avec Valérie Trierweiler - , j'avais alors vu " le roi nu " et il ne supportait dès lors plus mon regard sur lui ; ayant participé au changement de premier ministre et ami personnel de Manuel Valls et Arnaud Montebourg, je l'ai payé. Et puis, il y avait la coalition des rancunes et des jalousies liguées contre moi. Cela faisait beaucoup. Trop, pour un seul homme.

 

  • Vous avez travaillé avec Emmanuel Macron à l'Elysée. Comment lisez-vous sa candidature à la présidentielle ?

 

C'est un homme intelligent et habile. Son ambition est grande et ancienne ; il croit en lui et en son destin, depuis longtemps. Il a une cohérence politique, celle d'un vrai libéral, de l'économie aux questions internationales, en passant par le social et le culturel. A ce titre, il est le fils spirituel de François Hollande. Nous verrons bien si ce libéralisme complet et assumé convaincra les Français. En tout cas, sa stratégie est claire : il parie sur l'effondrement prochain du " vieux monde " politique, et escompte apparaître alors comme " le " recours. Il joue du rejet profond que suscite le système politique actuel auquel il semble étranger aux yeux de nos concitoyens, en tout cas pour l'instant.

 

  • Soutenez-vous Arnaud Montebourg à la primaire ?

 

Mes convictions et mes amitiés sont connues et n'ont pas changé : je soutiens Montebourg car, comme des millions de Français de gauche, je suis resté fidèle à l'esprit et aux engagements du discours du Bourget.

 

Propos recueillis par, Bastien Bonnefous

 

© Le Monde

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 08:00
CHAP.17 extrait sec, «La droite n’aurait-elle rien de plus sérieux à proposer qu’une politique obéissant à la même inspiration que celle de Laval en 1935 ?» Guaino.

L’hiver, les particules fines, mon envie de retrait, me tiennent à la maison, au chaud, loin du bruit et de la fureur du monde. Un monde toujours aussi violent n’en déplaise aux « c’étaient mieux avant ». Mémoire courte ou même absence totale de mémoire qui me glace. Alors, sans me complaire dans les ornières de l’Histoire, enfant de la paix, je continue d’explorer les plis sanglants de ce siècle où je suis né.

 

L’Espagne donc, celle d’une guerre sans merci, matrice des tactiques militaires de l’armée de Hitler, de l’impuissance des puissances dominantes de l’époque : Grande-Bretagne et France, Blum et Eden, la SDN, de l’indifférence des USA de Roosevelt, de la main de fer de Staline seul pourvoyeur d’armes et d’hommes d’une République traversée par les oppositions sanglantes entre les anarchistes, les trotskystes, les communistes, les socialistes et l’évanescence de son Président Manuel Azaña, de l’ambition implacable de Franco.

 

Et puis, dans ma pile j’ai retrouvé une bande dessinée : Sur les traces de Garcia Lorca de Carlos Hernandez et El Torrès.

 

« En suivant un dédale de récits et témoignages de personnages qui ont partagé un moment de la vie (et de la mort) de Federico Garcia Lorca, l'auteur nous promène de Grenade à Madrid, de la Havane à New York, de fêtes en débats, en souvenirs et réflexions. L'oeuvre, construite en une série de saynètes volontairement désordonnées du point de vue chronologique, parvient à recréer dans une atmosphère très intimiste, un portrait très réel et réaliste de celui qui fut l'un des plus grands poètes d'Espagne, volontairement sacrifié par les phalangistes qui purifiaient ainsi le pays d'un rouge doublé d'un homosexuel. Né à Grenade en 1972, Carlos Hernandez Sanchez est essentiellement connu en Espagne pour son travail d'illustrateur dans la presse quotidienne et particulièrement le journal Ideal, auquel il collabore depuis 1994. Auteur de plusieurs livres pour enfants et romans graphiques, à ce jour, il n'a jamais été publié en France. »

 

Les conditions de la mort de Frederico Garcia Lorca pèsent sur la mémoire collective des espagnols, il est une forme de symbole de la folie meurtrière qui s’était emparée de ce pays lors d’une guerre civile aux multiples facettes dans chaque camp. Ses œuvres ont été interdites jusqu'en 1953 en Espagne franquiste. « Du silence sépulcral dans lequel la dictature de ses assassins a tenté de le bâillonner, remplissant de vide nos cahiers et livres d’écoliers, nous sommes passés à la lumineuse réappropriation de la démocratie, le cri jubilatoire de nous savoir ses contemporains, ses compatriotes, ses héritiers moraux et vitaux. »

 

Mais celui que l’on qualifie d’auteur le plus universel de l’Espagne du XXe siècle, a été transformé en condiment indispensable à toutes les sauces. « En Grand Inévitable. » À force d’être tant aimé il a été asphyxié, occulté derrière une rhétorique de mythe. Qui était Lorca ? L’Homme, le poète, le peintre, le dramaturge, née dans une famille bourgeoise et libérale d'Andalousie, lié d'amitié avec Salvador Dalí, Luis Buñuel et Sanchez Mazas, l'un des initiateurs de l'art moderne en Espagne. Il a su allier l'héritage du folklore, la tradition populaire au romantisme, au symbolisme et aux mouvements d'avant-garde des années 1920, laissant une oeuvre originale et inclassable. Bien que n'ayant jamais eu d'engagement politique, il avait beaucoup d'amis que l’on peut qualifier de gauche, si tant est que la gauche puisse être cernée dans l’Espagne Républicaine, il était opposé au fascisme et à la guerre et en humaniste s'est engagé auprès des plus démunis.

 

Reste le mystère de sa mort, qui a tué Garcia Lorca dans la sombre nuit du 16 au 17 août 1936 ? À leur descente de la Buick décapotable rouge cerise où ils venaient de parcourir leurs derniers kilomètres à travers la campagne « granadina ». Vers quatre heures du matin, à la lumière d’une lune voilée par les nuages, le sergent Mariano Ajenjo Moreno, chef du peloton « au caractère froid, apte à fusiller », a placé ses hommes en ordre pour l’exécution. Armés de fusils Mauser et de pistolets Astra, on leur avait promis 500 pesetas et de monter en grade. Une fois les corps tombés à terre, les militaires eux-même les auraient jeté dans une fosse creusée là, peut-être pour trouver une source d’eau fraîche, raconte l’historien.

 

Sur les cadavres, l’un d’eux aurait lancé la béquille du maître d’école. »

 

Mais étaient-ils les vrais responsables ?

 

Miguel Caballero, historien originaire de la région de Grenade, où est né Lorca, et auteur de l’ouvrage qui vient de paraître en espagnol, « Les Treize dernières heures de la vie de Garcia Lorca » donne sa version des faits.

 

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Mais je ne vis pas cloîtré, je garde mes fenêtres ouvertes sur le monde et j’empile, un peu à la volée, les réflexions des uns et des autres sans pour l’heure les hiérarchiser. Le temps viendra où je pendrai le temps de de carafer, décanter, en espérant qu’il en restera quelque chose.

 

La gauche sociale-libérale est morte par Raphaël Glucksmann

 

« Il était jeune, beau, charismatique. Il parlait aux masses, bousculait les élites, trouvait avec une facilité déconcertante les mots, les intonations, les gestes que François Hollande recherchait désespérément. Le futur, c’était lui. Mais rien n’y a fait. La vague de défiance qui submerge des démocraties occidentales vieillissantes l’a emporté comme les autres. Le fringant Matteo Renzi a été balayé en une journée. Il ne sauvera pas la gauche sociale-libérale européenne.

 

Rien ne la sauvera d’ailleurs, car elle est déjà morte. Les sondages flatteurs d’une autre étoile "progressiste", Emmanuel Macron, n’y changeront rien : la crise politique, idéologique, philosophique du social-libéralisme surpasse les questions de casting. Elle révèle – paradoxe terrible pour une gauche dite "moderne" – une profonde inadéquation à l’époque. La "modernité" d’hier est devenue ringarde. Que s’est-il passé ?

 

Aux origines de la débâcle

 

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Hanouna, Heidegger et le langage par Jérôme Godefroy

 

Au siècle des Lumières, si quelque chose avait soulevé chez vous une simple indifférence, vous auriez dit comme Voltaire : «peu me chaut». Vous auriez alors utilisé élégamment le verbe défectif «chaloir». Au siècle de Cyril Hanouna dont les lumières sont plus tamisées, on dit : «je m’en bats les couilles». Cette expression virile fait partie du vocabulaire de base des jeunes Français de notre début de XXIème siècle. Même les jeunes Françaises, pourtant dépourvues des attributs nécessaires, l’utilisent à qui mieux mieux. Il suffit de tendre l’oreille à la sortie d’un lycée ou à l’entrée d’un fast-food pour s’en convaincre.

 

Il n’est pas question ici de jouer au vieux con et de déplorer la disparition de tournures désuètes. Les langues évoluent sans cesse. L’argot, les patois, les emprunts, les particularismes ont toujours forgé notre manière de communiquer avec des mots. Aucune langue n’est figée. C’est l’usage qui commande. Nous avons aussi toujours jonglé avec différents niveaux de langage : on ne s’adresse pas à son patron comme on parle à un vieil ami.

 

Une partie de la nouvelle génération risque malheureusement d’être condamnée à un seul registre de langage, le plus rudimentaire, celui qui ne permet pas les nuances et l’expression de la complexité. Bref, la langue Hanouna.

 

On évalue à environ 200.000 le nombre de mots de la langue françaises dans les encyclopédies les plus touffues. Le Petit Larousse contient 35.000 mots. Le français élémentaire compte environ 3000 mots. Combien Cyril Hanouna et son jeune public en utilisent-ils ? Je me suis posé la question à l’occasion d’un événement récent.

 

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Désinformation et fragilité des démocraties Le Temps

 

La guerre de l’information est au cœur de la doctrine militaire russe. Les démocraties sont mal préparées à la riposte.

 

« Cette bataille-là n’a rien de virtuel. Amplifié par les réseaux sociaux et la blogosphère, un flot de désinformation envahit l’espace médiatique européen, menaçant de plus en plus le débat démocratique. Manipulation des faits, théories du complot, diffusion de mensonges créent la confusion, brouillent la réflexion, fragilisent le travail journalistique et, en définitive, sapent la confiance des citoyens dans leurs institutions.

 

Cette propagande – ou guerre psychologique –, mettent en garde des responsables européens de la sécurité, est en partie pilotée par le Kremlin à travers deux vecteurs principaux, Russia Today et Sputnik. Son but? Affaiblir l’UE et l’OTAN en divisant leurs membres afin de mieux faire valoir les intérêts de la Russie. Moscou peut compter dans ce combat sur de précieux relais en Europe: les forces nationalistes et conservatrices. Leur combat est «civilisationnel». C’est surtout un choc de valeurs politiques, donc idéologique. »

 

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Éric Fottorino : « Face au pouvoir de l'argent, celui des journalistes est faible »

 

L'ancien directeur de la rédaction du Monde et président du directoire du groupe La Vie-Le Monde livre son regard sur l'état de la presse en France. Pour Eric Fottorino, le conflit majeur qui s'est déroulé à I-Télé doit être analysé à la lumière de l'histoire de la presse, et souligne la faiblesse économique du tissu médiatique hexagonal. "Une faiblesse qui permet ce genre de prédation" et menace, in fine, l'édifice démocratique. Sans indépendance financière, aucune indépendance éditoriale totale n'est possible, assure-t-il, mettant en avant l'aventure entrepreneuriale et journalistique de l'hebdomadaire le 1, qu'il a fondé. Et porte une attention particulière à l'essor de ces "startups médias", qui structurent, affirme-t-il, l'univers médiatique des 30 prochaines années.

 

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Michel Wieviorka : « Les comportements politiques sont très gazeux »

 

Le sociologue Michel Wieviorka, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, s’insurge contre un système politique daté.

 

Paris Match. Que dit le succès de la primaire de la droite avec ses plus de 4,2 millions d’électeurs sur notre rapport à la politique ?

 

Michel Wieviorka. Les Français sont passionnés par la politique et iront voter massivement à la présidentielle. Ils sont mieux informés. Grâce à internet, à la démultiplication des médias classiques, aux réseaux sociaux, ils accèdent à toutes sortes d’information. Ca permet plus de réflexion et plus de débat. On voit les faiblesses du personnel politique, ses contradictions. La langue de bois ne marche plus comme avant. Mais la perversion, c’est la théorie du complot, la paranoïa. Les paroles classiquement légitimes ne le sont plus : on n’a plus confiance dans les hommes politiques, dans les journalistes, on se méfie des intellectuels et les propos des enseignants pèsent moins lourd que ce qu’on va trouver sur internet.

 

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Henri Guaino : « La droite n’aurait-elle rien de plus sérieux à proposer qu’une politique obéissant à la même inspiration que celle de Laval en 1935 ? »

 

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25 décembre 2016 7 25 /12 /décembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, la fille Le Pen 47e n°1 des personnalités préférées des Français qui placent Omar Sy en tête.

Je n’ai jamais mis les pieds en Espagne sous Franco, l’homme au garrot, ce lacet étrangleur, arme utilisée depuis l’Antiquité pour tuer par strangulation un adversaire, et utilisé jusqu'en 1974 dans l'Espagne franquiste pour exécuter un condamné à mort.

 

La dernière fut celle de Salvador Puig Antich, le 2 mars 1974. L’exécution fut rapide, et glaça l’opinion espagnole et étrangère. Le garrot est un instrument simple, composé d’une vis qui permet à deux morceaux de métal en forme de collier de se réunir. Suivant la vitesse que donne le bourreau, on est d’abord étouffé, puis les vertèbres cervicales sont brisées. Le terme juridique officiel était ” a garrote lento” en souvenir du temps où les juges faisaient durer le supplice.

 

Salvador Puig Antich est né à Barcelone le 20 mai 1947 dans une famille catalane de la classe moyenne. Le frère aîné est médecin, une soeur institutrice et une autre infirmière. Après des études religieuses, un début d’étude d’économie à Barcelone, et le service militaire comme infirmier, Salvador devient membre du MIL, passe dans la clandestinité, abat un sous-inspecteur de police, ce pourquoi il est condamné à mort en janvier 1974. Le 1 mars Franco confirma la peine, qui fut transmise aux avocats le soir et à Salvador à 21 h. Elle était exécutoire le 2 mars au matin.

 

« A l’aube, un curé ex-professeur de Salvador arriva (sans que personne de la famille ne l’ait appelé) Salvador l’accepta et ils parlèrent de connaissances mutuelles. A 7 h 30 – deux heures avant le garrotage – les sœurs durent s’en aller. « Les dernières heures furent terribles. Chaque fois que la porte de la cellule du condamné s’ouvrait, Salvador était pris aux tripes. Mais la grâce n’arriva pas. » A 9h 30, il fut conduit sur le lieu d’exécution. Il dit au juge « bien joué, mon gars » (majo, lo has conseguido), ce qui le foudroya. Quand il vit le garrot, il dit « même ça, c’est de la merde ! » Il refusa qu’on l’attache et qu’on lui mette une cagoule. Le bourreau avait dit que ce serait rapide, et en trois tours, il exécuta, sans bruit.

 

Depuis 1978, la famille a eu droit d’inscrire le nom de Salvador Puig Antich sur sa tombe à Barcelone.

 

Lorsque l’Allemagne et l’Italie en novembre 1936 firent savoir qu’elles reconnaissaient les Nationalistes comme étant le vrai gouvernement espagnol, Franco déclara que l’Allemagne d’Hitler, l’Italie de Mussolini, le Portugal de Salazar et l’Espagne nationalistes étaient les bastions de la culture, de la civilisation et du christianisme en Europe. « Cet instant – ajouta-t-il sur un ton dithyrambique inhabituel de sa part – marque le point culminant de l’histoire du monde. »

 

La France rance d’aujourd’hui est sans conteste l’héritière de cet état d’esprit, elle aime les Führer, les Duce, les Caudillo, la poigne de fer, l’ordre, elle a ses racines profondes dans le terreau de ceux qui ont souhaités la victoire de l’Allemagne nazi au nom de la croisade contre le communisme, les valeurs chrétiennes, l’homme nouveau, enfants des collaborateurs venus de tous les bords de l’échiquier politique : Déat, Doriot, Laval, Darnand, Darquier de Pellepoix…, et d’une poignée d’intellectuels qui firent des voyages en Allemagne et finirent à Sigmaringen : Rebatet, Jacques Benoist-Méchin, Bonnard, Brasillach, journaliste, Céline, Chardonne, Alphonse de Châteaubriant, Drieu la Rochelle, Robert Julien-Courtine, Henry de Montherlant et beaucoup d’autres.

 

La fille du borgne, en dépit de ses efforts de ripolinage avec le transfuge de la gauche chevènementiste Philippot, pour faire propre sur elle, sort de ce tonneau-là et le Français, qui nous dit-on la place en tête des personnalités politiques préférées, quel que soit les reproches qu’ils puissent faire à ceux qui les ont gouvernés, ne devraient pas l’oublier. Ces gens-là ont toujours profités des malheurs de la France pour nous faire accroire qu’ils vont nous sauver. Moi je n’oublie rien et je ne lâcherai rien face à ces désastronautes, xénophobes, minables et incompétents.

 

C’est la trêve des confiseurs dit-on, sauf sur les fronts lointains Alep, Mossoul, le Yémen… ou plus proche de nous : hier Berlin… Poutine est l’homme fort du moment, il séduit la droite extrême et même celle qui se dit modérée, il répète à l’envi qu’« aujourd’hui la Russie était plus puissante que n’importe quel agresseur potentiel. N’importe lequel ».

 

« Des responsables de l’administration américaine actuelle se sont soudainement mis à dire qu’ils étaient les plus forts, les plus puissants dans le monde. Oui, effectivement, ils ont davantage de missiles, de sous-marins et de porte-avions. Nous ne le contestons pas »

 

Mais il n’a pas levé ses ambiguïtés. « J’ai dit que la Russie était plus forte aujourd’hui que n’importe quel agresseur. Qui est l’agresseur ? Celui qui peut potentiellement attaquer la Russie », a-t-il ironisé, très sûr de lui en cette fin 2016 où, pour la troisième année consécutive, le magazine américain Forbes l’a élu « l’homme le plus influent du monde ».

 

Et nous, qui n’avons plus de Président ou presque, nous nous morfondons dans un pessimisme mortifère et n’avons qu’à nous mettre sous la dent qu’une nouvelle primaire. C’est déprimant !

 

Allez, sacrifions à la mode du temps !

 

« La primaire, le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres? »

 

La primaire dite de «la droite et du centre » a été un succès en ce sens qu’elle a mobilisé plus de 4 millions d’électeurs et qu’elle a permis de désigner un candidat incontesté et incontestable. La primaire dite de «la Belle Alliance » s’annonce comme une épreuve dont rien ne dit que sur ces deux critères – le nombre des électeurs et la réputation du vainqueur – elle produise demain un effet du même ordre.

 

La primaire, en ce sens, n’est pas la martingale absolue que prétendent parfois ceux qui l’ont conçue et prônée. C’est une procédure de désignation qui en vaut d’autres, qui a ses lois spécifiques qu’on découvre au fur et à mesure qu’elle se généralise mais à laquelle il ne faut pas prêter des vertus autres que celles qui la justifie. La primaire sert à choisir un candidat. Elle ne désigne pas forcément un champion rassembleur et encore moins un Président en puissance.

 

La primaire, jusqu’à présent, n’a pourtant pas desservi les intérêts immédiats des formations politiques qui s’y sont ralliés. En 2011, celle de la gauche a mis sur orbite un candidat - François Hollande - qui permit au PS de reconquérir dans son sillage l’essentiel du pouvoir. En 2015, celle de la droite vient de donner aux Républicains les moyens de réaliser, avec François Fillon, pareille performance. Rien n’autorise à dire que François Hollande n’aurait pas été élu Président s’il avait été désigné par une procédure différente. Celle de la primaire, en tous cas, n’a pas été pour lui un handicap. Elle vient d’installer à son tour François Fillon dans le rôle du favori. On peut ainsi se demander si la primaire n’est pas essentiellement l’instrument de promotion efficiente des candidats à la présidentielle dont le parti est dans l’opposition.

 

La primaire n’est pas devenue une règle et encore moins une contrainte. Elle reste une convention qui n’engage que ceux qui s’y rallient. Rien n’oblige un candidat à la présidentielle à se soumettre à cette compétition. Les deux principaux partis de gouvernement du paysage politique français l’ont adoptée à cinq ans de distance pour des raisons identiques. Ils n’avaient plus les moyens d’arbitrer autrement les ambitions rivales qui s’affrontaient en leur sein. Faute de candidat naturel et en raison aussi du manque de fiabilité du vote militant, ils ont choisi d’externaliser le mode de sélection de leur champion. De cet aveu de faiblesse, ils ont voulu faire une démonstration de force, avec pour le moment une évidente réussite. Par définition, la primaire n’est donc pas une procédure adaptée aux partis qui, soient parce qu’ils sont forts, soient parce qu’ils ne sont pas démocratiques, soient enfin parce qu’ils s’identifient entièrement à leur leader, visent à la promotion et non à la sélection.

 

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À l’année prochaine sur mes lignes…

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, « je n'ai eu qu'une vie de souffrance. Tout ce que j'ai fait en politique s'est mal fini. » Alain Juppé

Dans un temps que les jeunes ne peuvent pas connaître je dînais chaque mois chez Anne-Marie car j’étais copain avec son amant du moment. Elle était alors adjointe au maire de Paris chargée de la propreté, les petites voitures vertes. Autour d’un pâté de pomme de terre, spécialité de la Creuse, une tourte feuilletée ou briochée, garnie de pommes de terre, de crème et de lard, de chair à saucisse et de persil, nous l’interrogions bien sûr à propos du grand Jacques qui courrait sec le jupon pour fuir sa pincée de Chodron de Corcel, mais parfois nous la titillions sur celui qui tenait la haute main sur l’Hôtel de Ville, adjoint aux Finances, Alain Juppé. Elle ne l’aimait pas mais lui reconnaissait une réelle droiture qui confinait à la rigidité. Lorsque celui-ci prit les rennes de Matignon elle fut nommée Ministre et échappa au grand coup de balai des Jupettes.

 

Et puis ce fut la descente aux enfers, Matignon droit dans ses bottes face à la rue, une dissolution foireuse, jusqu’à sa condamnation dans l'affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris. L’homme n’attirait pas d’emblée la sympathie même si son immersion bordelaise l’avait un peu libéré. Il n’y a rien d’étonnant que lui et Michel Rocard aient fait, sous Sarko, cause commune. Leur intransigeance cadrait mal avec les petits jeux de ceux qu’ils considéraient l’un et l’autre, à juste titre, comme un ramassis d’incompétents prétentieux. Les portes de l’Elysée ne sont jamais ouvertes à eux, pour Rocard le verrou mitterrandien pervers eut raison de sa fidélité au PS, du côté de Juppé la claque fut bien plus violente, presqu’injuste, sonné par le résultat l'ex-Premier ministre n'aurait pas encore « digéré » la chose. Il semblait même carrément déprimé, comme l'illustre cette confidence lâchée au téléphone auprès d'un parlementaire qui le soutenait et rapportée par Le Figaro : « Je n'ai eu qu'une vie de souffrance. Tout ce que j'ai fait en politique s'est mal fini. »

 

Je ne vais pas plaindre Alain Juppé mais je persiste à croire qu’il constituait le meilleur rempart à un tête à tête des 2 droites favorisé par l’émiettement des multiples gauches. Qui vivra verra mais un Fillon grignotant une partie du potentiel de la Marine n’est pas pour autant en capacité d’ouvrir le jeu à la gauche traditionnelle. Reste l’inconnue Macron qu’il ne faut ni surestimer ni railler, le vieux théorème de Giscard reste toujours d’actualité dans un pays déboussolé, la victoire se joue au deuxième tour avec l’électorat flottant et celui-ci constitue de plus en plus aujourd’hui une masse indécise. Si, Fillon est « mal élu » parce qu’une partie des électeurs de gauche ne souhaiteront pas renouveler leur vote à la Chirac, que sa majorité de députés soit elle-même polluée par le Front National, créera dans ce pays, déjà dépressif, de nouvelles tensions. Rêver encore d’un état de grâce post-élection pour « réformer » aux forceps le droit du travail, les régimes sociaux, la fiscalité jettera dans la rue bien plus que les habituels marcheurs syndicaux, la génération précaire, type nuit debout, fournira le gros des bataillons avec à sa lisière une extrême-gauche zadiste incontrôlable. Politique fiction peut-être mais nous sommes un pays qui n’aime rien tant que de se réveiller en sursaut.

 

Maintenant, avec la trêve des confiseurs et l’insignifiance de la primaire de la gauche, je vais prendre du champ, soigner mon petit jardin d’intérieur, lire, écrire, me consacrer à ceux que j’aime. L’indifférence, notre indifférence aux souffrances de ceux qu’on nomme les populations civiles, bombardées, déplacées, errantes, me trouble car je me sens impuissant. Les bonnes paroles, la compassion, les manifestations, les gestes ne changeront rien à la folie de nos soi-disant stratèges. L’ONU c’est la SDN, grosse machine incapable de mettre du contenu concret dans la résolution des conflits.

 

Alors, je me suis replongé dans La guerre d’Espagne d’Hugh Thomas, une lourde somme de 1000 pages sur papier bible de la collection bouquins de Robert Laffont, imprimée en petits caractères qui fatiguent mes vieux yeux. Pourquoi se pencher sur cette effroyable guerre civile qui ne fait même plus partie de notre mémoire collective ? D’ailleurs, qu’est-ce que la mémoire pour une génération qui pense que le monde est né avec eux ? Mon intérêt pour ce conflit si proche de notre pays, l’au-delà des Pyrénées, tient à l’extrême déchirure du tissu social de ce pays, entre une extrême-gauche puissante, balkanisée avec ses anarchistes, ses communistes, ses socialistes révolutionnaires et autres groupuscules régionaux, une extrême-droite aigre et revancharde : phalangistes, carlistes, cléricaux, une République parlementaire molle et indécise, une église confite et toute puissante, une Catalogne et un Pays basque rejetant Madrid, une armée quasiment mexicaine rêvant de la grandeur passée. Rien de commun avec le monde d’aujourd’hui me direz-vous, j’en conviens mais ce qui m’intéresse c’est que cette guerre civile espagnole fut la matrice de la future guerre mondiale qui allait se déclencher quelques années plus tard. Face aux visées belliqueuses de l’Allemagne et de l’Italie, de l’impuissance des vieux empires traditionnels anglais et français, l’indifférence des USA et le double-jeu de Staline, ce conflit régional, inextricable, barbare, sanglant, long cortège d’exécutions sommaires, constitua le terrain d’expérience pour les partisans de l’ordre, d’un régime à poigne qui étouffe les aspirations, certes contradictoires, du petit peuple pour redonner la main à un Caudillo.

 

C’est aussi pour moi un retour à mes premières lectures de jeunesse où je lisais tout ce qui me tombait sous la main et ce qui me tombait sous la main c’était des bouquins comme Les cadets de l'Alcazar d’Henri Massis et Robert Brasillach. Des fascistes, des futurs collabos, je n’y comprenais pas grand-chose de cet héroïsme vain, barbare, dénué de toute humanité mais je me forgeais une solide aversion contre les extrémismes de tout bord qui se nourrissaient du sang des autres.

 

La conversation téléphonique entre le colonel Moscardo, le chef des retranchés de l’Alcazar de Tolède et Candido Cabello, chef des milices faisant le siège est ainsi relatée par Henri Massis et Robert Brasillach.

 

- Colonel Moscardo ? Interroge une voix au bout du fil [...]. Votre fils est notre prisonnier... Si vous ne vous rendez pas, nous le fusillerons.

 

À peine le colonel Moscardo a-t-il répondu :

 

- Je ne me rendrai jamais ! Qu'il reconnaît, au téléphone, la voix de son fils, un jeune homme de dix-huit ans qui faisait ses études d'ingénieur à Madrid et dont il ignorait qu'il fût à Tolède entre les mains de l'ennemi.

 

- Père, entend-il soudain, les hommes qui sont là disent qu'ils vont me fusiller... Rassurez-vous, ils ne me feront rien...

 

- Pour sauver ta vie, mon fils, ils veulent me prendre l'honneur et celui de tous ceux qui me sont confiés... Non, je ne livrerai pas l'Alcazar... Remets donc ton âme à Dieu, mon enfant, et que sa volonté soit faite.

 

[...] D'une main tremblante, le colonel Moscardo n'a pas raccroché l'appareil qu'il entend un feu de salve déchirer l'air du soir, puis retentir jusqu'au fond du ravin qui cerne la citadelle.

 

Les Rouges ont tué son fils, qui est mort en criant :

 

- Vive l'Espagne ! Vive le Christ-Roi ! »

 

Robert Brasillach et Henri Massis, Les Cadets de l'Alcazar, Plon, 1936, p. 1-3)

 

Comme on dirait aujourd’hui c’est un fake, de la pure propagande, cette version de l'histoire présente une similitude étonnante avec la légende du XIIIe siècle d'Alonso Pérez de Guzman (1256-1309), dit Guzman el Bueno, qui sacrifia aussi la vie de son fils, devant les murs de la forteresse de Tarifa assiégée par les musulmans au temps de la Reconquista. Herbert Southworth s'efforce de démontrer que la mort de Luis n'avait absolument rien à voir avec l'affaire de l'Alcazar : Luis Moscardo aurait été exécuté le 23 août à la puerta del Cambrón avec 80 autres prisonniers, officiellement en représailles d'un raid aérien.

 

Dans cet océan de sang, la voix des poètes tentait de soulever un peu d’humanité, telle celle de W.H. Auden rappelant l’urgence de se mobiliser pour la liberté.

 

Beaucoup l’ont entendu dans leurs péninsules lointaines,

Leurs plaines endormies, leurs îles de pêcheurs perdues

Ou du fond de leur métropole corrompue,

Ils l’ont entendu, et ont entrepris leur migration pareille à celle des mouettes

ou du pollen des fleurs.

 

Ils se sont accrochés aux longs express, qui traversent avec lenteur

Les pays de l’iniquité, la nuit et les tunnels des Alpes ;

Ils ont franchis les océans ;

Et les cols des montagnes. Tous offraient leur vie.

 

Dans cette terre aride, ce fragment séparé de l’Afrique brûlante,

Soudé si grossièrement à l’inventive Europe ;

Sur ce plateau profondément incisé par les fleuves,

Nos pensées ont pris corps ; les formes menaçantes entrevues aux heures de fièvre.

 

Deviennent précises, vivantes. Car les craintes qui nous rendaient sensibles

Aux prospectus pharmaceutiques et aux brochures de croisières d’hiver

Sont devenues des bataillons de choc ;

Et notre visage, ce visage anonyme de la foule, l’uniprix, la ruine.

 

Projettent leur ardeur comme l’escadron d’artillerie et la bombe.

Madrid est le cœur. Nos instants de tendresse fleurissent

Comme l’ambulance et le sac de sable ;

Nos heures d’amitié fleurissent en l’armée d’un peuple.

 

Je ne sais si les conflits actuels, éloignés géographiquement mais si proches de nous par l’exportation de la violence dans nos villes, vont être le creuset d’une nouvelle forme de conflit larvé, insidieux, impossible à cerner, latent, mais ce que je sais c’est que l’espoir d’un monde en paix, démocratique, reste une utopie inatteignable. Nous régressons…

 

 

 

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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 08:00
Fidel Castro a apprécié le Cognac lors de sa soirée chez Georges et Liliane Marchais, rue Guy Môquet à Champigny, le 13 mars 1995.

Fidel Castro a apprécié le Cognac lors de sa soirée chez Georges et Liliane Marchais, rue Guy Môquet à Champigny, le 13 mars 1995.

Commençons par l’amour !

 

Oui, l’amour, avec les yeux de l’amour ravivé par son allure et sa beauté, belle pour moi, et si c’était vrai, qu’importe, l’important c’est qu’elle soit entrée dans ma vie, qu’elle m’est fait tomber et que je n’ai eu à aucun moment envie de me relever.

 

Mais ce matin c’est d’un autre amour dont j’ai envie de vous parler.

 

Évelyne Pisier ça ne vous dit rien sans doute, sauf peut-être qu’elle pourrait la sœur de la défunte Marie-France Pisier. Ce qui est la réalité.

 

Pour moi, vieux 68 hard, ce fut Évelyne Pisier fut d’abord Kouchner avec un trait d’union, un prof de droit à Paris I. 3 enfants puis un divorce avant de se remarier avec Olivier Duhamel le fils de Jacques Duhamel ancien Ministre.

 

Mais ce ne sont ces amours-là, bien trop conformes, qui me passionnent mais un amour de jeunesse.

 

J’avais 23 ans et je commençais une histoire d'amour avec Fidel Castro, qui durera 4 ans

 

« Après une enfance et un début d'adolescence marqués par le pétainisme et le maurrassisme de mon père, je me suis rebellée. Une rébellion qui m'entraîna, comme tant d'autres à l'époque, vers le gauchisme, l'anticolonialisme et l'anti-impérialisme. De manifestation en manifestation, nous dénoncions notamment les guerres d'Algérie et du Vietnam. Et comme tant d'autres aussi, jeunes et moins jeunes, de Paris à Santiago du Chili, de la Californie à l'Asie du sud-est en passant par l'Europe et l'Afrique, nous nous sommes enthousiasmés pour la Révolution cubaine.

 

Et il y avait de quoi s'enthousiasmer. Songez à la figure mythique d'un Fidel Castro, âgé de 26 ans et luttant contre Batista, ce dictateur à la solde des USA, à son incarcération, à sa plaidoirie "L'Histoire m'acquittera", à sa création du Mouvement du 26 juillet, à sa libération, à son exil et à son débarquement en décembre 1956 aux côtés du non moins mythique Che Guevara sur le bateau Granma! Une douzaine de guérilleros pourchassés par deux mille soldats du dictateur mafieux. Et deux ans après, ils ont soulevé le peuple et renversé Batista, pourtant soutenu par les Etats-Unis!

 

Après cette victoire incroyable, Fidel Castro a déclaré: "Le capitalisme sacrifie l'homme. L'État communiste, par sa conception totalitaire, sacrifie les droits de l'homme. C'est pourquoi nous ne sommes d'accord ni avec l'un ni avec l'autre. [...] Cette révolution n'est pas rouge, mais vert olive". Vert olive: la couleur des uniformes des guérilleros!

 

Oui, il y avait de quoi s'enthousiasmer. Fidel a posé la priorité absolue de l'éducation et de la santé. Et en quelques années, l'illettrisme fut réduit, les soins médicaux rendus accessibles à tous... De quoi s'enthousiasmer avec Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre, Agnès Varda, Chris Marker, Andy Warhol, François Maspero et tant d'autres...

 

Je dévore Federico Garcia Lorca: "Iré a Santiago en un coche de agua negra"... Bref, je ne rêve plus que d'aller à Cuba... Un rêve qui se réalise en 1964 lorsque l'Union des Étudiants Communistes (UEC) organise le premier voyage d'étudiants français à Cuba, sous la responsabilité de Bernard Kouchner. Nous atterrissons à Santiago la veille du 26 Juillet où Fidel Castro, devant une foule impressionnante, fait un long discours non moins impressionnant.

 

J'ai bientôt 23 ans et commence une histoire d'amour, qui durera quatre ans. Fidel est d'une tendresse incroyable. Et, même si je n'ai pas le choix parce qu'il est un héros, notre relation se transforme peu à peu: il suffit qu'il enlève son ceinturon et ses armes, j'oublie le Lider Maximo, désormais, je me persuade que Comandante ou pas, c'est bien l'homme que j'aime.

 

La suite ICI

 

Laissons les amours de jeunesse de côté pour nous pencher sur le grabat de la Gauche en route pour une déroute présidentielle. Avec l’exercice de la Primaire de tous les bords de la gauche, certains en appelle à faire le tri pour ne présenter un seul héraut face à Fillon-Le Pen. C’est beau comme une gauche qui, une fois s’être pris le nez violemment, se réconcilierait pour aller au combat, la main dans la main, oublieuse des déchirements passés.

 

De la gueule de qui se fout-on ?

 

C’est quoi la Gauche au juste aujourd’hui ?

 

Sans remonter à la SFIO au temps où le PCF plumait la volaille socialiste, que le MRP se jetait dans les bras de la droite et que le grand parti radical, en dépit de Mendès-France, sombrait corps et bien.

 

Il suffit de se référer à Mitterrand, créateur de l’Union de la Gauche :

 

« Je vais voter contre de Gaulle. Il y en a pour 20 ans. Mais après, je ferai 3 choses : je ramènerai les communistes à 10%, j’accrocherai une casserole à la droite et je gouvernerai au centre. » mai 1958

 

Mitterrand une histoire de Français Jean Lacouture

 

Laissons de côté la gauche plurielle de Lionel Jospin qui fut sabordée par l’icône de la gauche actuelle Christine Taubira et par l’inconsistance des Verts.

 

En fin 2016 où en sommes-nous ?

 

À l’éclatement de l’ambiguïté Mitterrandienne qui fait imploser la façade en trompe-l’œil du PS.

 

Le Mélanchon, vieux routier de Solférino, l’a bien compris, il ne veut pas s’associer au naufrage et surtout ne pas faire de compromis avec les socio-démocrates.

 

En effet, la Gauche avec un Grand G n’a jamais existé, sauf sur le papier de Programmes dit Commun, même si en 81 Mitterrand s’est fait élire sur son bric-à-brac des 110 propositions sans tenir compte du PC, et surtout cette gauche abstraite n’a jamais gouverné car elle dans le système actuel bien incapable d’atteindre le deuxième tour et, si elle y arrivait, son incapacité à rassembler la ferait perdre.

 

Bref, oui il y a des gauches inconciliables !

 

Ce vieux renard de Bazin le dit bien :

 

La politique et avec elle, le monde des médias, adorent ces mots valises, pleins de concepts flous, qui animent des débats d’autant plus animés qu’on les cite de travers ou de manière tronquée tout en les agitant comme des oriflammes censées délimiter le champ de la bataille. Hier, c’était « le monde de la finance » -  devenu subitement «la finance » tout court - dont François Hollande avait fait son « ennemi » sans que l’on ait jamais su s’il s’agissait de l’abattre ou de le remettre à sa place, ce qui n’est quand même pas tout à fait la même chose

 

Aujourd’hui, avec l’entrée en campagne de Manuel Valls, changement de décor, changement de formule mais même procédé. C’est le caractère « irréconciliable » des « positions » défendues par les diverses fractions de la gauche qui constitue l’ordinaire du commentaire dominant, lequel réduit les propos tenus par l’ancien Premier ministre en janvier 2016, à une formule-choc – «il y a en France deux gauches irréconciliables » - quitte à oublier au passage qu’à ses yeux, l’ennemi de l’intérieur, si l’on ose dire, avait à l’époque le visage d’un seul homme: Jean-Luc Mélenchon, coupable d’avoir déclaré que Hollande suivait «en pis » les traces de Sarkozy. Rien de moins…

 

Ce sont là des simplifications dont il est aisé de comprendre la genèse dans un combat politique aussi binaire que sommaire. Quant aux ressorts de ces raccourcis hasardeux, ce sont ceux, comme d’habitude, d’une communication mal maîtrisée ou alors à courte vue. Mais dès lors que le débat prend l’ampleur que l’on voit, mieux vaut sans doute le décortiquer plus avant plutôt que de s’en tenir à la réalité formelle des propos qui sont censés le nourrir.

 

La primaire saura-t-elle arbitrer et hiérarchiser les ambitions rivales?

 

Qu’en France, la gauche soit multiple ou plurielle – au choix – et que ses divisions aient atteint aujourd’hui un niveau rarement égalé est une vérité d’évidence. Nul besoin pour s’en convaincre d’invoquer les mânes des grands ancêtres. Que son histoire soit rythmée par des controverses violentes et de réconciliations éphémères n’a pas besoin d’être davantage rappelé. Que son unité, fut-elle partielle ou bancale, soit la condition de son accession au pouvoir est enfin un constat d’une rare banalité.

 

Au fond, la gauche française est une famille traversée de projets rivaux qui n’ont jamais été réconciliés. Sinon, comment expliquer la pluralité de sa représentation partisane? Mais, elle a été pourtant capable de compromis qui lui ont permis d’éviter des conflits destructeurs. Comment comprendre autrement qu’elle ait su parfois trouver le chemin du gouvernement, via l’Elysée ou Matignon?

 

Aujourd’hui, la question n’est donc pas de savoir si une quelconque synthèse peut être faite entre les idées défendues par ceux qui entendent porter ses couleurs à la prochaine présidentielle. Entre Mélenchon et Valls, ou entre Macron et Montebourg, il y a de telles divergences de fond que personne n’imagine sérieusement que les uns et les autres puissent signer on ne sait quel programme commun. La seule question qui demeure donc est de savoir si le processus de la primaire peut arbitrer entre des ambitions rivales, non pas en effaçant ce qui les fondent mais en hiérarchisant ce qui les nourrit.

 

Là encore, force est de constater que le désaccord est total entre ceux qui acceptent de se soumettre à ce processus de sélection – Valls et Montebourg notamment – et ceux qui s’y refusent – Mélenchon et Macron, pour ne pas les nommer. Si l’on écoute d’ailleurs attentivement le porte-drapeau de la France insoumise, rien n’indique qu’il ait même l’intention d’appeler à voter pour le candidat de son camp le mieux placé au soir du premier tour de la présidentielle dans le cas, improbable il est vrai, où celui-ci se serait qualifié pour le duel final.

 

Deux gauches? Seulement deux?

 

En attendant, qui peut enfin jurer que les participants de la primaire accepteront son verdict en faisant campagne pour celui qui en sortira vainqueur? Si Hollande avait été désigné, Montebourg, on s’en souvient peut-être, avait déclaré qu’il irait durant quelques mois à la pêche à la ligne. Qu’en sera-t-il demain si Valls l’emporte? Vers qui iront les caciques du PS si le héraut du made in France décroche le pompon?

 

C’est en ce sens qu’on peut dire en effet que les gauches irréconciliées sont devenues irréconciliables. Faire pareil constat n’est pas le théoriser mais assumer une vérité dont on s’étonne surtout qu’elle puisse être contestée. Le reste qui est peut-être l’essentiel, vue la nature du combat politique, relève de la pure gesticulation verbale. Les formules qui l’accompagnent appartiennent au répertoire classique de la gauche quand elle s’envoie de la vaisselle à la tête. « L’union est un combat » ou « soyons unitaire pour deux », c’est selon et c’est surtout pareil.

 

Manuel Valls le décline à son tour. Candidature oblige. Ceux qui lui en font le reproche oublient qu’avant de vouloir rassembler, ils auraient mieux fait de ne pas dénonçant dans les rues ses prétendues turpitudes. Entre les courants de la droite - et fracturer, cinq ans durant, l’unité de la majorité, soit en frondant en son sein, soit en même entre celle-ci et le Front national -, il y a désormais moins de divergences de fond qu’entre les différentes familles de la gauche. L’étonnant, dans ce contexte, serait que ces dernières resserrent les rangs plutôt que de régler leurs comptes.

 

Face au risque de sa liquidation, lors de la présidentielle du printemps prochain puis à l’occasion des législatives qui lui succéderont dans la foulée, il est encore possible que ses porte-drapeaux sachent faire preuve d’un minimum de retenue dans l’art de la baston. Mais ce qu’il y a entre eux de détestation est désormais trop profond pour que ces réflexes de survie évitent le désastre qui s’annonce.

 

C’est ce qui donne un aspect surréaliste au débat sur la réconciliation des gauches dont tout indique le caractère propagandiste et donc insincère aux yeux des électeurs pourtant les mieux disposés à entendre les calembredaines de la politique ordinaire. Deux gauches « irréconciliables »? C’est tellement vrai qu’au lieu de se demander pourquoi il faudrait le taire, on ferait mieux de se poser cette simple question: pourquoi seulement deux?

 

J’en reste là tout en me posant la question : que vais-je faire dans les prochains mois ?

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, ha les François, le Fillon, celui qui laboure à droite et le Hollande celui qui sort du champ de mines

Hécatombe, ce fut d’abord à la Duflot de se faire virer par les écolos, et puis en deux coups de cuillère à pot, Sarko et par la bande le Juppé exfiltré vers Bordeaux. Puisque la messe était dite à droite, la meute médiatique s’aiguisait les ratiches sur le couple présidentiel, pas celui de Julie et de François, mais l’autre plus officiel avec Manuel. Ça tanguait dur. On ricanait. Les mules de droite, ce pauvre Jacob en tête, exultaient, rassemblée toute honte bue sous les ailes de l’ex-serviteur Fillon. Que du bonheur, chronique d’un désastre annoncé, sauf que le jeudi 1er décembre, la  veille de la date des coups d’État, notre François le débonnaire, alors que la salle des fêtes de l’Elysée regorge d’invités est arrivé quinze minutes avant l'horaire prévu, à 17 h 45, pour décorer de la Légion d'honneur six personnalités qui patientent déjà.

 

Ce sont ces dames du Monde et un monsieur Raphaëlle Bacqué, Bastien Bonnefous, et Ariane Chemin qui racontent.

 

« Depuis le matin, son agenda était resté étrangement vide. Une célébration en l'honneur des médaillés des Jeux olympiques et paralympiques de Rio de Janeiro, à 11  heures, et puis plus rien jusqu'à cette cérémonie, sous les tentures rouge et or.

 

À peine a-t-on noté qu'il flotte, dans ce vaste salon illuminé, comme un petit air de nostalgie. Un vague souvenir de moments d'insouciance, un bref retour aux sources. A côté de l'ancien patron Bernard Attali et de l'ex-ministre socialiste Thierry Repentin, qui attendent leur médaille, se tiennent deux hommes qui ont accompagné les premiers pas de François Hollande à l'Elysée, quatre ans et demi plus tôt.

 

Le premier est photographe : c'est Raymond Depardon. Il est l'auteur du cliché officiel du président, celui qui orne toutes les mairies de France, curieuse image d'un chef de l'Etat un peu raide, dans l'ombre projetée de son palais, au loin.

 

Le second retrouve ce soir sa maison : c'est l'ancien secrétaire général de l'Elysée, Pierre-René Lemas, qui, au lendemain de l'élection présidentielle de 2012, avait quitté le Sénat pour rejoindre un chef de l'Etat novice. François Hollande plaisante en retraçant la carrière de son camarade de promo de l'ENA au fil des changements de majorité : « Je parle du passé, bien sûr, il n'y aura pas d'alternances à venir… »

 

Le président de la République salue les familles, les amis, mais ne s'attarde pas. Lorsque la communicante Marie-France Lavarini, fidèle d'entre les fidèles, l'une des rares à continuer à  pousser sa candidature, veut l'interroger, il pose une main sur son bras et met un doigt sur sa bouche, pour décourager toute question.

 

Personne dans la petite assemblée ne se doute que, une heure plus tard, le chef de l'Etat va s'adresser aux Français. Seul le cercle étroit de ses plus proches amis, le secrétaire général Jean-Pierre Jouyet, son conseiller en communication Gaspard Gantzer, a été prévenu en fin de matinée par le chef de l'Etat ; il annoncera le soir même à la télévision sa décision : se représenter à la présidence de la république, ou renoncer à un second mandat.

 

Exit, le sortant qui sort du champ de mines !

 

Vous allez me dire que me dire qu’après la déroute de Juppé là encore je me suis planté. Je suis prêt à l’admettre, comme tout le monde ou presque je n’ai pas vu venir Droppy, je n’ai pas senti le besoin de Droite d’une droite de rentiers, mais notre opération Chartrons a permis d’éliminer Sarko dès le premier tour ce qui ouvre un boulevard à l’opposition si celle-ci se donne la peine d’être intelligente car le châtelain de la Sarthe va mordre sur l’électorat de la fille du borgne. Restait le sortant, mon pronostic était qu’il n’avait qu’un seul choix : passer en force, ne pas se soumettre à l’exercice ridicule pour un Président d’une primaire. Valls voyait juste lorsqu’il estimait qu’en acceptant la primaire, François Hollande avait « commis un acte de faiblesse. Vous imaginez en janvier Hollande face à Lienemann et De Rugy, ça va avoir de la gueule ! Et Montebourg qui viendra avec le Davet-Lhomme sous le coude et qui dira à Hollande : « Alors Monsieur le président, page tant, vous dites… page tant vous dites encore… « C'est surréaliste ! »

 

Le problème d’un passage en force c’est que tout d’abord il faut en avoir la force et ensuite la vista pour exécuter la manœuvre sans faire de faute ou tout au moins de ne pas être sanctionné par l’arbitre. Tel n’était pas ou plus le cas du père François, entre l’humiliation d’être battu à la primaire et l’implosion de la pétaudière de Solférino il a choisi, non sans élégance, de se retirer de la scène.

 

Les gens du Monde continuent leur reportage :

 

« Le studio qui sert habituellement de décor aux comptes rendus du conseil des ministres, 4, rue de l'Elysée, de l'autre côté de l'aile est du Palais, a été réservé pour un direct à 20  heures. Gantzer a reçu pour consigne de ne rien laisser filtrer. Mais il n'a pas eu besoin de mots pour que le reste du cabinet comprenne : le président lancerait-il sa candidature dans ce décor à la fois si solennel et si froid ?

 

Rarement on a connu président si isolé. François Hollande semble même incapable de renouer avec sa majorité. Il a renoncé à recevoir les députés les plus râleurs et, lorsqu'il s'invite à un apéritif avec 80 députés, organisé par son fidèle Stéphane Le Foll au ministère de l'agriculture, ses propos restent plats.

 

Les parlementaires réclament pourtant une autocritique ou un aveu de lucidité : " Hollande refuse de voir les problèmes, il fait comme si tout allait bien. Il se fout vraiment de notre gueule. " La garde rapprochée du président serre les rangs. Ne demeurent que quelques dizaines de fidèles : Stéphane Le Foll, François Rebsamen, Julien Dray, la sénatrice Frédérique Espagnac, une poignée de députés dont Kader Arif et Sébastien Denaja et, à l'Elysée, Jean-Pierre Jouyet, Gaspard Gantzer, Bernard Poignant, Vincent Feltesse et Bernard Combes.

 

Dans les pires moments, François Hollande pratique toujours la politique qu'il connaît, celle des alliances et des majorités bâties à coups de compromis. L'insolente popularité d'Emmanuel Macron a longtemps été mesurée à cette aune : qu'est-ce qu'un candidat sans parti ni alliés ? Mais le PS se racornit et les alliés font tout autant défaut au président.

 

À l'issue d'une primaire, les Verts se sont choisis un candidat, Yannick Jadot, qui partira sous ses propres couleurs. Le PRG envoie à la bataille Sylvia Pinel – pourtant quatre ans ministre du gouvernement ! Même le Parti communiste s'est finalement décidé à soutenir Jean-Luc Mélenchon. Comment, avec un tel éparpillement des voix de gauche, ce président plombé par une impopularité record aurait-il la moindre chance de parvenir au second tour ?

 

Comment surtout François Hollande pourrait-il se désengager de sa promesse et éviter cette primaire socialiste qu'il n'est plus certain de gagner ? Le président a exploré tous les plans pour faire annuler la primaire : invoquer la menace d'attentat, le risque de division… Mais aussitôt Arnaud Montebourg, qui a décidé d'en découdre, menace le président : " S'il se présentait hors primaire, ce serait un coup de force dont il ne se relèverait pas ", tempête-t-il dans tous les médias. Jean-Christophe Cambadélis jure que la primaire aura bien lieu. Le président est piégé.

 

« Il faut que ça aille mieux " entre les deux têtes de l'exécutif, convient Stéphane Le Foll le 22  novembre dans Libération. Manuel Valls ne cache pourtant plus le travail de « persuasion » – de « sape » disent ses adversaires – qu'il a engagé. Le 23  novembre, il reçoit une vingtaine d'invités à Matignon pour la projection du prochain film d'Elie Chouraqui.

 

Comme chaque fois, on se presse autour de lui pour l'interroger : « Croyez-vous vraiment que le président est encore en mesure d'être candidat ? » « Est-ce que vous lui dites qu'il risque de ne pas faire plus de 12 % ou 13  % ? » Sobrement, sans marquer aucune ironie ni impatience, le premier ministre répond  « Lui parler d'un score n'est pas un argument valable à ses yeux. Mais oui, je m'emploie à la convaincre de renoncer. » Il va bientôt montrer comme il s'y emploie.

 

Voilà, un de chute de plus, reste plus que l’inconnu Bayrou… mais est-ce que le ventre mou du Centre pourra donner une assise compétitive au maire de Pau. J’en doute  surtout avec le positionnement de Macron.

 

Mais laissons la gauche plurielle et retournons-nous vers l’autre François.

 

Sourions tout d’abord :

 

Selon nos informations, François Fillon a été jeune.

 

C’est sur la base d’une coupure de presse datant de 1982, exhumée par L’Obs, que nous sommes en mesure de vous l’affirmer. Mieux, le champion des Républicains a eu tellement 27 ans qu’une publication émanant du club parisien le plus branché de l’époque l’avait alors interviewé.

 

Réputé pour les papiers du légendaire Alain Pacadis, dandy punk et grand journaliste, Palace Magazine était l’enfant de papier de la boîte du même nom qui a fait du bruit autour du 8, rue du Faubourg Montmartre, dans le 9e et bien au-delà, dans les années 70-80.

 

Un lieu réputé pour être un grand mixeur culturel où, même en se projetant près d’un quart de siècle en arrière, on peine à imaginer François Fillon se déhancher, coupe à la main, entre Grace Jones et Amanda Lear dans ce temple nocturne où est née, entre autres, la culture gay. Oui, celle qui allait un jour oser réclamer le droit à l’homoparentalité honnie par le Sarthois.

 

Et, de fait, François Fillon ne fréquentait pas cet établissement, même s’il avouait : « Mais ça m’amuserait. » Pourquoi diable aller donc questionner ce mauvais client (a priori) ? Il est alors « le benjamin de l’Assemblée Nationale » et c'est rigolo.

 

Rendons hommage au journaliste bien nommé Alain Faure pour l’hyper-flair dont il a fait preuve pour aller taquiner de quelques questions ce « beau jeune homme » alors inconnu du commun des noctambules. En préambule à cet entretien, intitulé « François Fillon : Je ne pense pas être le portrait-robot du député RPR », l’auteur écrivait alors :

 

« Il a dû faire frémir quelques jeunes filles de la rue Saint-Guillaume, shetland, rang de perles et cœurs en émoi. »

 

Car François Fillon d’alors, vu par le confrère Faure, ce sont des « traits réguliers » et « le cheveu brun mi- long ». Depuis, quelque chose a changé en lui. Mais quoi ?

 

En tout cas, la suite est moins glam’. Et, laisse même présager que le jeune François aurait pu être déjà recalé aux portes du Palace (pourtant pas ultra-verrouillées)  par Edwige Belmort ou Paquita Paquin, physios historiques de cette boîte à bonheur :

 

Une veste en tweed vert sur une chemise bleu ciel, un pantalon de flanelle grise et une cravate en laine, François Fillon a le costume d’un jeune député et l’air d’un vieil étudiant trop sage.

 

Quand F.F. se met enfin à table (celle de la buvette du Palais Bourbon, ce jour-là), il admet que - fort de ses études de droit et de son passage à Science- Po - il voulait devenir journaliste et a même été stagiaire à l’Agence France Presse. Mais vous savez ce que c’est, quand on rédige « une thèse sur les problèmes de la défense ». On rencontre des gens et on finit, 34 ans plus tard, chef de file de l'opposition après avoir été Premier ministre.

 

Fillon, lui, c’est Joël Le Theule, qu’il trouve sur son chemin. Un député de son coin auquel le débutant a « donné un petit coup de main dans ses affaires politiques. »

 

On vous fait grâce de la suite du parcours.

 

La suite ICI

 

J’adore la chute de l’article : Soudain, François Fillon craque et fait un terrible aveu :

 

« J’ai découvert il n’y a pas longtemps – avec horreur- que Paco Ibanez [un chanteur espagnol, NDLR] était communiste. Je me suis dit : « C’est épouvantable, comment puis-je l’aimer ? » Et puis je continue à l’aimer. »Mais le meilleur article que j’ai lu sur lui nous vient de Suisse

 

François Fillon, celui qui laboure à droite

 

Porté par une vague conservatrice et catholique, favorable à une rupture économique libérale assumée, le candidat de la droite à l'élection présidentielle incarne l’ambiguïté d’une France qui veut restaurer l’ordre ancien;

 

Une république naufragée. Une France menacée. Des Français épuisés. Une économie asphyxiée. Une Europe déboussolée. Depuis trois ans, François Fillon labourait le terrain électoral en brandissant ces thèmes. «Ce que j’entends: le ras-le-bol. Ce que je vois: la faillite», nous avait-il lancés lors d’une rencontre avec quelques journalistes, à l’automne 2015, lors de la sortie de son livre «Faire» (Ed. Albin Michel).

 

De tous les candidats déclarés aux primaires de la droite française – Nicolas Sarkozy ne l’était pas encore – l’ancien premier ministre était celui qui avait le plus «bossé». «Quand vos compatriotes accusent l’Etat de les faire ch… en plaçant des radars routiers dans les descentes à seule fin de recettes fiscales, il faut être sourd et aveugle pour ne pas comprendre que ce pays va dans le mur», avait-il poursuivi devant nous. Et d’ajouter: «Je veux démolir ce mur et arrêter d’installer ces radars qui emm… les Français».

 

Le goût de la fraternité catholique

 

Ainsi va François Fillon, 62 ans, vainqueur incontesté de la primaire de la droite et désormais favori de la course à l’Elysée, en avril-mai 2017. Un candidat convaincu qu’il a mieux compris la France que ses adversaires, parce qu’il a su écouter ce que les autres ignorent. Illustration? Le sort des chrétiens d’Orient, martyrisés par les islamistes en Syrie et en Irak. Tous ses concurrents ont eu des mots de compassion pour cette minorité religieuse forcée à l’exil. Lui est allé sur place, et a perçu l’écho hexagonal à leur tragédie lointaine: «Je l’ai souvent entendu dire que l’on se méprenait sur les Français explique un de ses proches. Le drame des chrétiens d’Orient a réveillé, dans de nombreuses familles provinciales et normalement conservatrices, le goût de la fraternité catholique, des églises, des échanges avec les prêtres et les évêques».

 

Lui-même se dit catho non pratiquant. Sa femme, galloise de confession anglicane, s’est convertie au catholicisme sans avoir pour autant «la foi du charbonnier». Fillon a néanmoins grandi politiquement à l’ombre de l’abbaye de Solesmes, dans son fief de Sablé-sur-Sarthe: «Il a un côté cathédrale confie son éditeur Alexandre Wickham. Il croit que les gens ont avant tout besoin de repères».

 

Un apprentissage de longue haleine

 

Le personnage public est atypique. Alors que les énarques et autres élèves des «grandes écoles» françaises qui l’entourent depuis quatre décennies adorent les incantations républicaines, François «le Sarthois» a longtemps préféré parler de sa province, cultiver sa passion privée de la montagne et se tenir à l’écart des médias. Comme s’il aimait, au fond, ce rôle de «second» entamé auprès du prometteur député Joël Le Theule (qu’il remplace au pied levé après son décès en 1981, en pleine vague rose mitterrandienne), poursuivi aux côtés du colosse Philippe Séguin (disparu en janvier 2010) puis de l’ogre Nicolas Sarkozy.

 

La communicante Anne Méaux, l’une de ses intimes, s’interrogeait devant nous alors qu’elle s’efforçait de le convaincre de participer au Forum des 100 de l’Hebdo à Lausanne, le 19 mai dernier. Ce qu’il fera. «On croit trop que la qualité d’homme d’Etat tombe du ciel, qu’on naît avec. Or ce n’est pas son cas. Vous pouvez peut-être mieux comprendre cela en Suisse, où l’apprentissage rime avec excellence. Fillon a fait un long, très long apprentissage.»

 

Une posture hybride

 

Le résultat est une posture hybride. Patient et pragmatique, celui qui dut subir pendant ses cinq années à Matignon les foucades et les injonctions de Sarko-président désapprouve plus que tout les modes et les diktats de la communication. Une sorte de croisement d’Antoine Pinay, le ministre des finances fétiche de la fin des années 60, et de Georges Pompidou, chef de l’Etat emblématique de l’apogée des «trente glorieuses» (1970-1974).

 

Mais gare: son goût du rétroviseur est aussi celui de l’amateur de sport automobile, fana du circuit du Mans, épris de technologie, de vitesse et d’innovation. Il a été ministre de la recherche, des télécoms, de l’espace. Il aime la poursuite et ne peut s’empêcher de citer Jacky Ickx, le fameux pilote belge qui, en 1969, remporta les 24 heures après être parti dernier.

 

Le refus de «la politique du verbe»

 

«Dévoré par son impatience, Sarkozy n’a pas compris que Fillon attendait. Il l’a cru cloué à jamais sur la ligne Matignon», analyse une journaliste autrefois en charge de l’Elysée. Idem pour son programme. Quand Fillon avertit face caméra, dès septembre 2007: «Je suis à la tête d’un Etat en faillite», tout le monde y voit une capitulation. Erreur. L’homme a pris date.

 

La France dépense trop. L’administration est pléthorique. Le nombre des ministres (il en propose 15) et des parlementaires doit être drastiquement réduit. Seule l’amputation du nombre de fonctionnaires et de ses dépenses sociales permettra d’en sortir: «Il ne croit pas à la politique du verbe. Il ne dit pas les choses pour évacuer le sujet, mais pour être entendu complète un de ses proches collaborateurs. Et si vous regardez bien ses prises de position, son libéralisme ne date pas d’hier»

 

«Il y a du protestant en lui»

 

Libéral lui, cet élu à l’allure de hobereau qui pose en famille devant son château de Beaucé (Sarthe), et demande au journaliste helvétique si c’est une bonne idée d’écrire que l’un de ses fils (il a cinq enfants) travaille… à UBS? On se pince. Son mentor Philippe Séguin était souverainiste, eurosceptique, anti-euro et étatiste. Son émissaire auprès du grand patronat, l’ancien président d’Axa Henri de Castries, incarne le capitalisme financier mondialisé. Alors? La réponse est tout, sauf dogmatique. Fillon n’est pas Thatcher. Il n’est pas l’idéologue des privatisations et du marché.

 

Mais lorsque Philippe Séguin rejoint Jacques Chirac pour la campagne présidentielle de 1995, lui soufflant le thème de la «fracture sociale», le Sarthois fait le choix de Balladur. Le premier ministre de l’époque est comme lui: désuet et ouvert au progrès. Chirac flatte. Séguin vocifère. Juppé administre. Fillon ausculte. Sans accoucher toujours du bon diagnostic: «Vu du Léman, il y a du protestant en lui, ce côté éthique du travail, de l’effort et de la concurrence note François Garçon, auteur de «La Suisse, pays le plus heureux du monde» (Ed. Tallandier). Mais il reste très français, attaché au baccalauréat avant l’apprentissage, ou au référendum plébiscitaire plutôt qu’à des formes plus complexes de démocratie directe».

 

Une droite patrimoniale

 

La suite ICI

 


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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, Bruno Le Maire M comme m… et François Fillon « The servant » qui devient le dominant en réduisant son maître à la déchéance

Ce dimanche je serai bref.

 

L’opération Chartrons a permis d’éliminer l’ex grâce à l’apport des voix de gauche mais c’est un demi-succès car le besoin de Droite de la Droite s’est incarné dans le Fillon le notaire de Sablé.

 

Nous sommes face, après les désistements, celui du peu glorieux du grand ambitieux BLM, pire que ce brave Saint-Pierre, relégué aux utilités derrière la fière NKM, et celle de l’éliminé qui devait tout bouffer, à la reconstitution du couple des battus de 2012.

 

Le dilemme du second tour entre la Droite extrême et la vieille droite rance est à nouveau posé. L’homme de fer étamé qui aurait fait avaler son dentier à la mère Thatcher devra mettre de l’eau dans son vin s’il veut attirer les voix de ceux qu’il méprise. Merci de ne pas nous faire le coup des mannes de ce pauvre Philippe Séguin…

 

La gauche doit-elle se réjouir d’avoir face à elle un candidat de la Droite Rance ? C’est ce que pense Michel Wieviorka, sociologue. Pas moi : lire plus loin.

 

Je ne vois pas comment un candidat dit de gauche peut se qualifier pour le deuxième tour en l’état où elle se trouve à ce jour.

 

Pour le Fillon émigré dans le 7e arrondissement de Paris, ex-président sans grande couleur des Pays de la Loire, serviteur l’échine courbée pendant 5 ans, soutenu par la France des notaires, je m’en réfère à Barrett le valet, le serviteur, dans le film de Losey The Servant qui devient le dominant en réduisant son maître à la déchéance.

 

 « La mise en scène et le cadrage de Losey sont très précis, et traduisent l'inégalité (puis la violence) dans la distance entre les personnes, et dans l'utilisation de l'espace de la maison : au début, le maître domine le valet, puis au fur et à mesure, à la faveur de la négligence de Tony, Barrett maîtrise de mieux en mieux l'espace de la maison (en occupant les pièces communes, tout en préservant le jardin secret de sa chambre de bonne). Escaliers, canapés, portes, miroirs... tous les éléments du décor deviennent des armes contre le maître, afin de lui faire perdre pied, puis le rabaisser jusqu'à l'annihiler. Parce qu'elle vient de l'extérieur, qu'elle ne connaît pas cet espace conquis par le valet, seule la fiancée du maître peut manifester sa lucidité et sa révolte, en giflant Barrett.

 

Ici, le nihilisme et le naturalisme l'emportent sur le message politique : ce qui intéresse Losey, ce n'est pas la lutte des classes, mais les pulsions remontant des profondeurs et créant une tension dans le monde apparent, jusqu'à le faire sombrer dans le monde originel, une certaine barbarie. Ce n'est pas un hasard si Buñuel, autre grand auteur naturaliste, a souvent mis en scène des valets ou des femmes de chambre : la violence et la menace de la déchéance font partie intégrante de ces rapports maîtres-valets. »

 

Le poin de vue de Michel Wieviorka

 

L’électorat de la primaire de la droite et du centre a déboulonné Nicolas Sarkozy, c’est une certitude, et la droite, avec François Fillon, semble tenir son candidat pour l’élection présidentielle, c’est une forte probabilité.

 

A partir de là, les commentaires politiciens vont bon train, et les calculs boutiquiers, un temps bouleversés par les résultats du premier tour de cette primaire, peuvent reprendre à droite, au centre, à gauche ou à l’extrême droite, et dans les salles de rédaction.

 

Un peu à la façon de ces émissions sportives où « on refait le match » – même ardeur pour commenter à chaud, sur le mode sans recul du « priorité au direct », goût pour se glisser dans la peau des acteurs et se mettre en position d’entraîneur, ou d’arbitre, même enfermement dans l’actualité immédiate, même éloignement, aussi, de la vie des idées et de l’analyse en profondeur. Comme si la démocratie avait pour principale qualité d’apporter du suspense et des surprises au quotidien, et de faire partie des jeux du cirque dont parlait Juvénal.

 

Mais installons un instant la réflexion dans l’espace, au-delà de la seule France, et dans le temps. Au moment où, partout dans le monde, les systèmes politiques classiques sont en difficulté, et où l’on constate la montée des périls – populisme, extrémisme, autoritarisme –, le succès de François Fillon, dimanche, vient dire deux choses, complémentaires : que la démocratie libérale n’est pas condamnée, et qu’une droite classique peut exister en France, dynamique, capable de se doter d’un leader incontestable et d’une vision pour l’avenir.

 

Se doter d’un leader incontestable.

 

S’il se confirme, ce succès mettra sur orbite un candidat à l’élection présidentielle qui sera fort et qui incarnera des valeurs relativement tranchées, libérales s’il s’agit d’économie et conservatrices en matière sociétale et culturelle.

 

Dès lors, certains de ceux qui ont voté pour le Front national (FN) lors des récentes élections pourront s’intéresser à un leader qui a de l’expérience politique et qui est en mesure de battre nettement l’adversaire que la gauche lui opposera : rien ne dit avec certitude que le FN sera au deuxième tour de l’élection présidentielle.

 

L’expérience de la primaire qui vient de se dérouler sous nos yeux a donc une portée internationale, elle indique en particulier à toute l’Europe que le pire n’est pas une fatalité et qu’il est possible de faire de la politique, démocratiquement.

 

Elle montre aussi que la droite classique est susceptible de résister aux tendances à la décomposition des systèmes politiques. Elle annonce peut-être même des élections législatives où l’emportera largement cette même droite, certes sous tension entre les logiques qu’incarnent Alain Juppé et celles de François Fillon, tandis que la gauche de gouvernement, laminée, risque de compter moins de députés que le FN au sein de ce qui sera alors l’opposition.

 

EN CINQ ANS, LE POUVOIR ET LE PARTI SOCIALISTE ONT RUINÉ L’IDÉE MÊME DE GAUCHE

 

La gauche semble en effet à la peine s’il s’agit pour elle, à son tour, de se doter d’un leader incontestable et de mettre fin à la décrépitude qui est la sienne. Le défi est considérable, plus compliqué qu’à droite, au-delà de la difficulté qu’il y a pour elle à articuler deux orientations, dont Manuel Valls a dit qu’elles sont irréconciliables, car deux logiques sont en jeu.

 

La première est planétaire et durable, structurelle : à l’échelle du monde, on observe un déclin historique de la gauche, qui a commencé par la déstructuration du communisme, inaugurée avec le gauchisme de la fin des années 1960 et accélérée dans les années 1970 et 1980. Ce déclin s’est poursuivi avec l’affaissement de la social-démocratie, qui ne dispose plus des mouvements syndicaux sur lesquels elle s’appuie classiquement, et qui se heurte à la globalisation économique et à l’individualisme triomphant pour mettre en avant l’Etat social.

 

La seconde, bien française celle-là, et conjoncturelle : en cinq ans, le pouvoir et le Parti socialiste (PS) ont ruiné l’idée même de gauche, scié la branche sur laquelle ils étaient assis, animant sans vision la vie collective. Ils ont leur responsabilité dans la situation présente, ce n’est pas faire du Hollande bashing que de le dire.

 

Pas d’effet d’entraînement sur la gauche

 

Il est difficile de faire la part des choses et, surtout, l’on peut penser que ces deux logiques se complètent et se renforcent – ce qui ne rend guère optimiste sur la capacité de la gauche de gouvernement à renverser la situation actuelle. Il faudra des années avant que l’idée de gauche soit réinventée, et adossée sur de fortes attentes, des sensibilités citoyennes, des contestations populaires. Le bon parcours de la droite classique, en France, n’aura vraisemblablement pas d’effet d’entraînement sur la gauche.

 

Après le Brexit, qui a suscité en France bien des critiques sur le fond, mais aussi sur la santé de la démocratie britannique, et après les carences du système politique américain mises en lumière par l’élection de Donald Trump – avec ses deux grands partis incapables de se doter de candidats incontestables –, on pouvait craindre qu’une vague mondiale submerge aussi notre pays, sinon sur un mode extrémiste, du moins sur le mode du mensonge, de la vulgarité, de la corruption morale, du complotisme et de l’irrationalité : la primaire de la droite et du centre, et pas seulement son résultat, montre que cette voie est résistible.

 

Autre question : les électeurs ont-ils remis à leur place une nébuleuse médiatico-politique arrogante, imposant d’en haut ses catégories, ses mots, ses analyses, un peu à la manière dont le succès de Donald Trump a signifié l’échec d’instituts de sondages lourdement pris en défaut et de médias aveugles ?

 

Constat paradoxal

 

Pas vraiment : il suffisait de lire la presse et d’écouter la radio et la télévision pour constater que, depuis une quinzaine de jours, le choix des médias était fait en faveur de François Fillon. Les sondeurs ne se sont pas trompés en France, et les médias ont su accompagner la surprise qui, envisagée, cessait d’en être vraiment une ; mais ils ont dans l’ensemble joué la carte de la nouveauté, d’une relative jeunesse, celle d’un homme, aussi, dont la « remontée » permettait de rendre passionnante une fin de campagne sinon ennuyeuse.

 

Ils ont en quelque sorte gardé la main – la première victime de cet épisode, finalement, est Nicolas Sarkozy, et assurément pas les sondeurs et les journalistes.

 

Ce qui aboutit à un constat paradoxal par rapport à ce que nous avons dit plus haut à propos des électeurs du FN : le succès de M. Fillon ne peut que conforter ceux qui ne supportent plus l’alliance des acteurs politiques, des médias, de la « com » et des instituts de sondages.

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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 08:00
CHAP.17 extrait sec, « courage Fillon ! »

Les boussoles s’affolent, dans la dernière ligne droite les sondeurs cassent la certitude du duo annoncé, au secours Fillon revient !

 

« Depuis quelques semaines, la géographie électorale est en train d'accoucher d'un nouvel ensemble : la droite Fillon. On croyait les choses définitivement figées idéologiquement entre deux représentations de la société et du monde, a priori inconciliables, qui ont pour incarnation Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. Deux droites françaises, aux forces plus ou moins égales. Ouverte et multiculturelle ; identitariste et autoritaire. Sur l'économie, elles peuvent s'entendre, mais là n'est pas, pour elles, l'essentiel. Elles sont d'abord des attitudes à avoir, des discours à tenir face à la mondialisation et ses corollaires. À Juppé, nous dit-on, les électeurs urbains, centristes de gauche et de droite, les chiraquiens et, plus largement, ceux qui ont foi dans l'Europe et la diversité. À Sarkozy, la droite soucieuse des racines chrétiennes de la France, quelques électeurs frontistes, des ruraux et, bien entendu, la fan base, c'est-à-dire les sarkozystes purs et durs, revanchards ou anti-Juppé. Or, désormais, les plaques bougent et on voit poindre lentement mais sûrement une droite qu'on pourrait qualifier de souverainiste-libérale, une nouvelle droite, en somme. »

 

Fillon fils de Seguin ?

 

Lire ICI 

 

« Pour les partisans de François Fillon, le doute n’est plus permis : leur champion sera qualifié pour le second tour de la primaire de la droite et, quel que soit son adversaire, sera son candidat à l’élection présidentielle. Pour son dernier meeting de campagne, vendredi 18 novembre au Palais des Congrès de Paris, les 4 000 supporteurs présents dans le grand amphithéâtre étaient littéralement galvanisés.

 

Et lui-même, sans se départir de son indéfectible retenue, a laissé percer comme un sentiment de jouissance, donnant à son discours un souffle, presque une exaltation, inhabituel. « Il nous a surpris, reconnaissait à la sortie l’ancien président de l’Assemblée nationale Bernard Accoyer. Ce n’est pas le plus lion que l’on connaisse mais, là, on sent qu’il est habité, transcendé. »

 

Nous verrons bien ce soir, si c’est le meilleur d’entre nous ou le fils de  Seguin qui boute Sarko hors du jeu ? N’était-ce pas là l’objectif premier de l’opération Chartrons. Rappelons tout de même que les résultats des derniers sondages se situent dans la marge d’erreur et tout va dépendre pour Juppé de la mobilisation de son flanc gauche qui irrite tant les partisans de Sarko.

 

Ma semaine fut quasi-monacale. J’ai remis la main sur l’un des plus grands romans américains, publié en 1977, A place to come to, Un endroit où aller dans sa version française publiée en 1991 par Actes Sud. Son auteur, Robert Penn Warren, l’avait écrit alors qu’il avait plus de 70 ans. Je l’avais acheté, je l’avoue humblement, pour la portrait peint par Hopper qui ornait la couverture de la version Babel, lu avec passion lors de sa parution française, et dans ma thurne je l’ai relu avec une gourmandise extrême. L’histoire est superbe, imprégnée de la propre vie de l’auteur : l’amour, l’aventure et bien sûr le Sud !

 

Je retrouvais la main invisible qui m’avait conduit là où je voulais aller depuis qu’Émilie était entrée dans ma vie.

 

« Je ne veux pas ici parler simplement d’attirance sexuelle. Je ne veux pas parler de l’automatisme rigide d’une habitude sexuelle bien établie. Je ne peux faire allusion à ce qu’on appelle « tomber amoureux ». Vous connaissez ces choses comme la plupart des gens. Ces choses existent dans le contexte de la vie et du monde tel que nous le connaissons. Ce dont je veux parler n’a aucun contexte, ça existe en soi ; c’est en soi un univers que cet élan qui se satisfait de lui-même »

 

« Vous êtes-vous jamais trop éloigné de la rive quand la houle est très forte après une tempête, et que la grande vague déferlante arrive sur vous avec fracas, vous dominant des tonnes de sa masse de marbre gris-vert, glacée et cependant en fusion, qui glisse vers vous car c’est bien de cela qu’elle a l’air avec sa frange emplumée d’écume qui fouette le bleu étincelant du ciel ? La masse se dresse et vacille sur le ciel juste au-dessus de vous. Vous savez que, si elle vous atteint dans sa chute, elle vous brisera les reins.

 

Mais plongez dessous. Percez-la. Entrez dans ses profondeurs. Insinuez-vous au plus intime de ses ténèbres frémissantes. C’est votre seul espoir. Alors vous entendez le fracas de la masse mortelle qui s’effondre derrière vous. Non, pas un bruit exactement ; une sorte d’exaspération des nerfs suivie par un silence, et dans ce silence vous entendez, littéralement maintenant, le grincement creux, susurrant, des galets écrasés au-dessous de vous dans la profonde aspiration de l’eau. »

 

Ce dont je parle ressemble à cela. Si vous y êtes passé, vous comprendrez. Sinon, vous avez sans doute eu de la chance… »

 

Trois années sont passées, j’ai fait du sur place, comme tétanisé, en attente, tel Jed Tewksbury, d’un lieu où aller, face à la très belle Rozelle Hardcastle, toi, le temps s’est suspendu, incomparable, et la plus belle, la seule, chance de ma vie ne pourra trouver trace que dans mes écrits.

 

Tu seras donc Rozelle!

 

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