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22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 06:00
Redneck sommelier Konstriktor • Helder Oliveira •

Redneck sommelier Konstriktor • Helder Oliveira •

« Les grands vins feront leur entrée triomphale, et le sommelier annonce avec orgueil des noms et des dates illustres, selon ce qu'aura choisi, pour la solennité du jour, l'amphitryon : Château-Margaux 69, Château-Latour 75...»

 

Clément Jaluzot, sommelier maître d'hôtel du duc de Praslin (Grandes heures cuisine française, Éluard-Valette, 1964, p. 248. CNRTL

 

À l’origine, le sommelier était une personne qui, dans une grande maison, dans une communauté, avait la charge du linge de table, de la vaisselle, de la nourriture et des vins

 

De nos jours, personne qui a la charge des vins et des boissons alcoolisées dans un restaurant.

 

« Sa face était plus blême et son nez plus rouge qu'à l'ordinaire; phénomène qui pouvait s'expliquer par le nombre de bouteilles vides rangées sur le buffet (...) et par le nombre de bouteilles pleines que le sommelier plantait devant lui avec une prestesse infatigable. »

 

Théophile Gautier, Fracasse, 1863, p. 382. CNRTL

 

« Sommelier » provient du moyen français. Le mot trouve ses racines dans le provençal « saumalier », conducteur de troupeau, lui-même issu de « sauma », troupeau.

 

L'origine latine est « sagma », « bât ». Le terme de sommelier signifie à l'origine «conducteur de bête de somme».

 

Le terme de sommelier va remplacer celui d'échanson. On trouve dans les comptes des rois de France, en 1378, un Jacques Mercade portant le titre de premier sommelier de corps du roi. Dans les comptabilités de la maison du roi, on trouve des sommeliers de Paneterie, des sommeliers de la Fruiterie.

 

À la cour des ducs de Bourgogne, à partir du milieu du XVe siècle, il y avait un premier sommelier de corps, six sommeliers de chambre et six sommeliers de corps.

 

Le sommelier de corps avait pour fonction de s'occuper des habits du duc. Le sommelier de chambre devait garder le lit dans la chambre du duc en son absence. Le titre de Sommelier de Corps ou Sommelier du Corps de la cour des ducs de Bourgogne a été introduit à la cour des rois d'Espagne par Charles Quint avec le Sumiller de Corps chargé des parties les plus privées du domaine du monarque.

 

Franck-Emmanuel Mondésir officie au restaurant Les Climats, rue de Lille à Paris, il se situe donc dans la lignée de la cour des ducs de Bourgogne sans que je m’aventure à lui attribuer l’une des appellations citées ci-dessus (même si j’en meurs d’envie).

 

- Pourquoi chroniquer sur lui plutôt que sur un autre ; où se situe donc l’originalité de ce jeune homme ?

 

- Bonne question Elkabbach !

 

- Allez-vous lui passer la brosse à reluire ?

 

- Rassurez-vous Jean-Pierre, bien que mes très anciennes et hautes fonctions d’enfant de chœur chef, en l’église Saint Jacques le Majeur de la Mothe-Achard, m’aient familiarisé avec le maniement de l’encens, je ne me sens pas très à l’aise dans l’exercice du compliment.

 

- Vous savez pourtant que moi-même je suis adepte du cirage de pompes, alors éclairez-moi sur vos dons !

 

- Avec plaisir JPK !

 

- Ce n’est pas à un vieux singe comme vous que j’apprendrai à faire la grimace, l’exercice n’est pas simple car, si l’on n’y prendre garde, il peut facilement verser dans la flatterie. Rappelez-vous Jean-Pierre la morale du corbeau et le renard :

 

Mon bon Monsieur,

Apprenez que tout flatteur

Vit aux dépens de celui qui l'écoute :

Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.

 

J’ai connu, sous les ors de la République, un grand spécialiste de la remise de décorations ; il trustait lui-même les grades de commandeur dans 3 ordres : la Légion d’Honneur, le Mérite National et le Mérite Agricole.

 

Cet homme à la stature imposante de hobereau normand savait transformer un curriculum vitae modeste en une quasi-épopée, égrener les mérites du récipiendaire avec ce qu’il fallait d’humour et de malice, placer des incises sur notre belle France du labourage et du pâturage chers à Sully.

 

Que Franck-Emmanuel se rassure, il encore bien trop jeune pour prétendre obtenir le poireau, le ruban vert de la rue de Varenne, alors je ne lui infligerai pas un discours.

 

-  Après toutes ces circonvolutions, il serait de bon ton que vous en veniez aux faits…

 

- Taisez-vous Elkabbach ! Droit au but : Franck-Emmanuel m’a réconcilié avec le métier de sommelier.

 

- Vous étiez fâché ?

 

- À dire le vrai je n’étais pas à proprement parler fâché mais plutôt irrité par la manière dont certains d’entre eux pratiquaient. En clair, ils me gonflaient ! Me prenait la tête. Pire, dans les dégustations, lorsque je les pratiquais au tout début de mon blog, beaucoup m’exaspéraient avec leur côté je sais tout sur tout. Place aux spécialistes, passez votre chemin menu fretin !

 

- Vous vous prenez pour Périco ?

 

- Non, je suis un garçon bien élevé, je les supportais avec courtoisie. Pas un mot plus haut que l’autre, parfois un léger zeste de distance.

 

- Le style bobo quoi…

 

- Vous datez Jean-Pierre mais là n’est pas le sujet. Mon revirement de jurisprudence date du jour où Franck-Emmanuel est arrivé, je ne dirai pas décontracté, car ça pourrait passer pour de la désinvolture, non plutôt comme le petit copain de votre fille, qu’elle vient vous présenter, qui ne sait pas quelle impression il va faire et qui adopte une approche à mi-chemin entre je suis un peu mariole mais je sais me tenir.

 

- Vous causez riche mon cher !

 

- Ne m’interrompez pas Elkabbach ! Ce garçon sous ses airs de Pierrot lunaire, fait d’un mélange d’attention malicieuse souligné par des yeux rieurs et un sourire bien accroché, masque un gros cœur, une réelle sensibilité.

 

- Un amoureux du vin quoi…

 

- Bien plus que ça Jean-Pierre, il cherche à vous le faire aimer sans vous imposer sa science. C’est un ludion sympathique qui, avec son air de ne pas y toucher vous guide avec compétence sur les chemins de traverse de la Bourgogne. En plus cette jeune canaille sait nous faire sortir des sentiers battus. Y'a pas que la DRC dans la vie ! Je n'en dirai pas plus, étant donné mon immense influence dans le milieu de la restauration étoilée je risquerais, en couvrant F.E.M. de fleurs, de lui valoir bien des inimitiés

 

- Vous êtes un vrai politique. Je salives et si nous allions déjeuner ensemble aux Climats cher ami ?

 

- Désolé Jean-Pierre je ne vais aux Climats qu’avec mes belles amies qui sont regroupées en un fan club de Franck-Emmanuel présidée par Claire

 

Ci-dessous le jeune homme en action dans la belle cave des Climats...

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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans berthomeau
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21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 06:00
Balzac connaissait-il la beuchelle tourangelle ? Bonne question Jean-Claude Ribaut ! Vive les rognons et les ris de veau !

Le week-end dernier tout ce que la France et la Navarre, ses annexes étrangères aussi, compte de hipsters à casquette, de tatoués, de naturistes en tee-shirts et grosses écrase-merde, de cavistes alternatifs engagés, de tenanciers et tenancières de bars à manger, de restaurateurs chics, d’agents divers et variés, d’amateurs de déviance, de filles branchées sur 100 000 volts, de bobos, de dragueurs éhontés, de licheurs désœuvrés et désargentés, de porte-plumes en déshérence, de blogueurs sans lecteurs, s’était ruée sur la Loire où les vins nus faisaient salons dans tous les coins de la région. L’Officiel, lui, dans sa zone industrielle, ravalé au rang de faire-valoir, vieillissait de plus en plus dans le silence et l’indifférence.

 

« Depuis toujours, les pays ligériens expriment une certaine joie de vivre sous un ciel clément. Balzac considérait la Touraine comme sa terre natale. Le Lys dans la vallée nous offre de cette contrée un portrait culinaire ramassé. Rares sont les cuisines, hormis la chinoise, qui ont su enflammer la passion d'écrivains de cette envergure. Mais il estimait que les rognons sont "un mets que l'on ne peut manger qu'entre soi, et surtout pas au dîner". »

 

C’est ce qu’écrivait, en août 2011, Jean-Claude Ribaut lorsqu’il chroniquait dans le journal le Monde et posait la question « Balzac connaissait-il la beuchelle tourangelle ? »

 

Qu’est-ce donc que ce plat qui semble fleurer bon une préparation locale très ancienne ?

 

Un plat mis au point par un Nantais : Édouard Nignon au début du XXe.

 

« L’origine du nom est simple, c’est la francisation du mot autrichien « Beuschel » que Nignon avait découvert en 1892 lors de son passage au Trianon ; les Viennois en étaient très friands. On le sert toujours à Vienne dans plusieurs restaurants, en général accompagné de quenelles à la mie de pain (semmelknödel).

 

C’était un ragoût à base de poumon et de cœur que Nignon a remplacé par des rognons et des ris de veau, nappé d’une sauce crémée, généreusement enrichie d’un fond de veau très élaboré. Il ajoutait des cèpes.

 

Tout le monde ou presque sait ce que sont les rognons ; en revanche assez peu savent ce que sont les ris, mot d’origine inconnue, qui désigne une glande endocrine présente chez l’humain, le Thymus. Elle est située à cheval sur le cou et le thorax ; elle s’atrophie chez l’adulte.

 

« Dans le veau, elle est parfois volumineuse, de la taille de deux poings. Elle forme une masse unique. Elle forme une masse unique, mais on peut la cliver en deux lobes (on les nomme « pommes »). »

 

Jean-Claude Ribaut en énonçait deux des multiples formes :

 

« C'est un ragoût de rognons de veau parés et émincés, de ris de veau blanchis puis escalopés, que Florent Martin (Le Martin bleu) fait simplement colorer dans un peu d'huile d'olive et de beurre ; il y ajoute des champignons des bois, fait flamber avec 20 cl de marc des côteau de la Loire avant de verser 50 cl de crème liquide et de laisser épaissir à feu moyen. Le grand cuisinier tourangeau Jean Bardet, aujourd'hui retiré, procédait de façon plus sophistiquée avec l'adjonction d'une garniture aromatique (oignon, carotte, céleri, ail en chemise, thym, ½ feuille de laurier), la cuisson du ris de veau s'effectuant alors dans un bouillon de volaille et vouvray blanc sec, afin de réduire de moitié la proportion de crème. Il ajoutait les rognons finement escalopés, poêlés au dernier moment. »

 

Né à Nantes en 1865, Édouard Nignon est un fils d'un journalier et d'une lingère ayant eu huit enfants, il entre en apprentissage à l'âge de neuf ans au restaurant Cambronne. Un an plus tard, il intègre le restaurant Monier où il apprend à lire et écrire.

 

Il se fait remarquer par son ardeur au travail et son intelligence, son ascension est rapide. Muni d’une recommandation, il passe par Angers, Cholet avant d’atteindre Paris à 15 ans où il entre chez Potel et Chabot. Aide saucier chez Bignon, chef saucier chez Voisin, chef entremettier à l’exposition de 1889, chef rôtisseur au Lapérouse, chef des cuisines au Marivaux.

 

À 27 ans il part à Vienne au Trianon où il est remarqué par l’empereur François-Joseph ; à 32 ans il se rend en Grande-Bretagne où il est maître chef des cuisiniers de l'hôtel Claridge de Londres de 1894 à 1901 ; à 35 ans il dirige l’impressionnante brigade au luxueux Ermitage de Moscou. En 1908, il devient propriétaire du restaurant Larue à Paris où défilent écrivains et artistes. La maladie en 1921 l’oblige à prendre sa retraite.

 

En 1933 il publie « l’Éloge de la cuisine française » préfacée par Sacha Guitry. La formule de la Beuchelle, il préfère le mot formule à celui de recette, y est détaillée.

 

Intéressé par les alliances de saveurs atypiques, il crée entre les deux guerres les huîtres au camembert.

 

Je ne sais si à Paris un restaurant propose une beuchelle tourangelle, mais si vous souhaitez manger du ris de veau je vous recommande celui de Julien Boscus au restaurant Les Climats rue de Lille il est comme je l’aime à la fois ferme et fondant.

 

RIS DE VEAU ET TRUFFE NOIRE,

Doré au sautoir crousti-fondant; gnocchi au parmesan, sucrine grillée et condiment Tuber Mélanosporum, émulsion de sauce blanquette.

Balzac connaissait-il la beuchelle tourangelle ? Bonne question Jean-Claude Ribaut ! Vive les rognons et les ris de veau !
Balzac connaissait-il la beuchelle tourangelle ? Bonne question Jean-Claude Ribaut ! Vive les rognons et les ris de veau !
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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 10:00
Des hélicoptères survolent la vallée de la Soummam en Mai 1956. / AFP

Des hélicoptères survolent la vallée de la Soummam en Mai 1956. / AFP

Afin de mieux coller à l’actualité de la campagne électorale j’ai choisi de publier mon journal d’un chroniqueur de campagne sans m’en tenir à un calendrier précis.

 

À chaud !

 

Ainsi ce matin dans mon courrier un lecteur m’écrit (vous pouvez le faire via en cliquant sur CONTACT tout en bas du blog).

 

Fillon, Macron, la presse et la colonisation

 

Comment dans un débat politique d’un tel niveau, où l’un des concurrents fait campagne pour se blanchir (il s’en remet au suffrage universel pour être jugé, quand même) et dessoudant la presse, les discours de macron et les cris d’orfraie qu’ils suscitent, j’ai cette phrase d’Albert Londres qui remet tout le monde en phase.

 

Elle conclut la post face qu’il a écrite pour Terre d’Ebène : «Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Terre d’Ebène : après l’avoir lu, personne ne peut affirmer à moins de s’aveugler, que la colonisation a été seulement un bienfait. Ce qui une fois de plus ne fait pas de tous des criminels, mais l’ensemble est un monstre. Crime contre l’humanité n’est choquant que si l’on ne veut pas savoir.

 

D’autre part, pour la presse : elle doit effectivement porter la plume dans la plaie. Mais la maturité d’un citoyen électeur est de faire la part des choses, et d’accueillir les informations pour les traiter pour ce qu’elles sont : des données nouvelles.

 

Le politiques aiment trop les cireurs de bottes pour ne pas qu’ils soient suspects. Fillon, comme les autres.

 

Mais pourquoi Macron a-t-il choisi l’Algérie ?

 

1/12/1954, «L'Algérie, c'est la France et la France ne reconnaîtra pas chez elle d'autre autorité que la sienneFrançois Mitterrand, ministre de l'Intérieur…

 

Son discours ICI

 

Un demi-siècle après la décolonisation et la fin de la guerre d'Algérie, l'exercice de mémoire autour de ces sujets demeure profondément conflictuel, comme otage des idéologies et des clivages politiques.

 

« La France aurait tout intérêt à faire la lumière sur son passé et cesser de fermer les yeux sur ce que fut réellement cet épisode de l'histoire. La colonisation fut longtemps au centre de l'idéal républicain, dit de gauche - au même titre que la laïcité et la conquête des libertés - portée par des grandes figures du Panthéon de la gauche française, Léon Gambetta ou Jules Ferry qui déclarait à la Chambre des députés, le 28 juillet 1885: «Je soutiens que les nations européennes s'acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de leur devoir supérieur de civilisation!» Cette approche avait alors un caractère quasi officiel, «politiquement correct» dirions-nous aujourd'hui.

 

Quant à l'Algérie, elle fut pendant plus d'un siècle considérée, non pas comme une colonie mais comme une fraction du sol national. A l'exception du parti communiste, et de quelques individualités isolées, l'ensemble de la classe politique, jusqu'à la fin des années 1950 - y compris la SFIO et le parti radical, ancêtres du parti socialiste actuel, le MRP centriste - considérait les trois départements algériens comme faisant partie intégrante et intouchable du territoire Français. »

 

Maxime Tandonnet le 18/03/2016

Adolescent, la guerre d’Algérie, faisait partie du quotidien de nos familles, nos grands-frères y étant appelés sous les drapeaux en tant que soldat du contingent. Mon frère aîné Alain en était, il a passé 18 mois de sa vie sur un piton rocheux à la frontière de la Tunisie « protégée » par ligne électrifiée dites ligne Morice. Sa base arrière était à Guelma.

 

J’ai vu aussi débarquer à la Mothe-Achard, après les accords d’Evian, les Pieds Noirs désemparés avec leur petit balluchon.

 

Jeune homme j’ai choisi de faire mon service national en tant que coopérant (VSNA) et j’ai été affecté à l’Université de Constantine en tant que maître-assistant. C’était au temps de Boumediene. J’y ai passé 2 années de ma vie. Parmi mes étudiants j’avais de nombreux quadragénaires ayant participé à cette guerre et qui venaient acquérir une formation juridique nécessaire aux postes qu’ils occupaient.

 

Avant de partir j’avais lu La Guerre d'Algérie (4 tomes parus chez Fayard) d’Yves Courrière

 

Les Fils de la Toussaint, 1968

Le Temps des léopards, 1969

L'Heure des colonels, 1970

Les Feux du désespoir, 1971

 

Mais aussi, entre autres, Les Damnés de la Terre de Frantz Fanon

 

Je vous conseille d’offrir à vos jeunes l’admirable Histoire Dessinée de la Guerre d’Algérie de Benjamin Stora et Sébastien Vassant au Seuil.

 

« La guerre d’Algérie fut le grand épisode traumatique de l’histoire de la France des Trente Glorieuses et les blessures ouvertes alors ne sont pas encore refermées, comme en témoignent les polémiques mémorielles récurrentes qu’elle continue de soulever. En 250 pages, Benjamin Stora et Sébastien Vassant retracent en textes et en images les moments-clés de cette guerre longtemps restée « sans nom », avec ses épisodes majeurs et ses acteurs principaux, français comme algériens.

 

À partir d’archives, de portraits et de témoignages, Benjamin Stora et Sébastien Vassant donnent à voir et à comprendre la guerre d’Algérie comme on ne l’a jamais fait. La bande dessinée restitue cette histoire dans toutes ses dimensions tout en intégrant les acquis de la recherche historique la plus récente, et en faisant place à la diversité des mémoires. »

Journal d’1 chroniqueur de campagne (5), Macron, la colonisation, pourquoi l’Algérie ?

Je propose à votre lecture 4 articles :

 

  1. Colonisation. Macron « a des arrière-pensées pas seulement humanistes » le 17/02/2017 Ouest-France.

 

Emmanuel Macron a profité d’un voyage de deux jours en Algérie pour répondre aux questions d’un journaliste d’une chaîne de télévision algérienne. Certains de ses propos ont fait mouche. «La colonisation est un crime contre l’humanité», a-t-il lancé, adoptant une ligne opposée à celle de certains de ses adversaires de la présidentielle. Olivier Lecour Grandmaison, politologue spécialiste d’histoire coloniale, enseigne à l’université d’Évry-Val d’Essonne et au Collège international de philosophie. Auteur de plusieurs ouvrages, il a publié, en 2014, L’empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, aux éditions Fayard. Il est aussi à l’origine d’un récent appel pour la reconnaissance des crimes coloniaux commis par la France. Pour Ouest-France, il réagit aux déclarations du candidat d’En Marche, qu'il a assumé sur Facebook.

 

- À la télévision algérienne, Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de crime contre l’humanité. Qu’en pensez-vous?

 

Il est tout à fait possible de considérer la colonisation comme un crime contre l’humanité dès lors que l’on s’intéresse de façon précise aux modalités de la colonisation. Il s’agissait de guerres de conquête et de guerres coloniales dont l’une des caractéristiques, et pas seulement en Algérie, est d’avoir été des guerres totales, où l’on a assisté à une militarisation complète de la population et du territoire. Ce qui veut dire que la distinction entre civil et militaire s’effondre, celle entre sanctuaire et champ de bataille également.

 

Par ailleurs, et là ça ne concerne pas uniquement l’Algérie, autre particularité, et aujourd’hui reconnu comme un crime contre l’humanité, le fait que les populations civiles, sans avoir eu un comportement délictuel, ont été soumises au travail forcé. Lequel a été extraordinairement criminel.

 

- Il y a eu des massacres aussi…

 

Oui. À ce propos, la qualification employée par Emmanuel Macron est partagée par des historiens, des avocats. Je pense notamment à celui de Sétif, Guelma et Kherrata, le 8 mai 1945. Entre 35000 et 40000 morts. Un massacre qui court du 8 mai à la fin août, début septembre, qui implique l’ensemble des forces armées (Terre, Air, Marine), plus des milices coloniales. Eu égard aux modalités de ce massacre, à ses mobiles, un certain nombre de contemporains aujourd’hui considèrent, en effet, qu’il s’agit de crime contre l’humanité.

 

- Dans l’interview, après ces propos forts, il tente: «La France a installé les droits de l’homme mais a oublié de les lire»

 

La suite ICI 

 

  1. La colonisation "crime contre l'humanité": pourquoi Macron a raison le 16.02.2017 Bruno Roger-Petit

 

Interrogations. Emmanuel Macron a juridiquement tort, mais a-t-il politiquement raison? Le pénal suffit-il à caractériser le moral? Une définition juridique, pour aussi parfaite qu’elle puisse être considérée suffit-elle à enfermer le politique, convoqué au chevet de l’histoire? Évoquant ce que fut la colonisation française en Algérie (ce qui vaut pour tant de terres où elle sévit) Emmanuel Macron a parlé de crime contre l’humanité. En droit, c’est discutable, mais au regard de la morale de l’histoire, qu’en est-il?

 

Relisons Bel ami, ces pages d’introduction où Maupassant campe le personnage de Georges Duroy, déambulant dans Paris en quête de destin: "Et il se rappelait ses deux années d’Afrique, la façon dont il rançonnait les Arabes dans les petits postes du Sud. Et un sourire cruel et gai passa sur ses lèvres au souvenir d’une escapade qui avait coûté la vie à trois hommes de la tribu des Ouled-Alane et qui leur avait valu, à ses camarades et à lui, vingt poules, deux moutons et de l’or, et de quoi rire pendant six mois. On n’avait jamais trouvé les coupables, qu’on n’avait guère cherché d’ailleurs, l’Arabe étant un peu considéré comme la proie naturelle du soldat".

 

« L'Arabe étant un peu considéré comme la proie naturelle du soldat ». Maupassant livre une anecdote. Que l’on devine vraie. Que l’on sait ordinaire, dans le sens où elle est répétée à l’infini depuis que la France s’est emparée de l’Algérie. Et que cela va encore durer soixante-dix ans. Comment dire mieux la colonisation française, sa violence et son injustice? Comment ne pas comprendre les traces laissées dans la conscience d’un peuple? Comment nier l’indélébile empreinte mémorielle?

 

« Anonyme ou pas, l’ordure provient toujours de l’extrême droite »

 

La suite ICI 

 

  1. « Certaines pages de l’Histoire de la colonisation sont de l’ordre du crime contre l’humanité » La Croix

 

Après les déclarations d’Emmanuel Macron sur la colonisation, Pascal Blanchard, historien, chercheur au laboratoire communication et politique du CNRS*, et spécialiste du fait colonial, revient sur les enjeux qui entourent cette question historique.

 

- La Croix : La colonisation peut-elle être considérée comme un crime contre l’humanité ?

 

Pascal Blanchard : La colonisation en soi n’est pas juridiquement un « crime contre l’humanité », ce n’est pas le même phénomène que l’esclavage. Même si les textes internationaux énoncent que « les crimes contre l’humanité doivent être commis par une puissance étatique qui pratique une politique d’hégémonie idéologique ». Par contre, certaines pages de l’Histoire de la colonisation, comme la conquête de l’Algérie, de 1830 à 1842, celle de l’Indochine, ou encore la grande révolte et sa répression en Nouvelle-Calédonie en 1878 et la guerre au Cameroun dans les années 1950, ont été de l’ordre de l’inacceptable, et donc du crime contre l’humanité au regard des « faits ». Y compris au regard du droit français, depuis la loi du 26 décembre 1964 où la notion de crime contre l’humanité fait son apparition dans le code pénal.

 

On est dans un pays paradoxal avec 12 744 musées, mais il n’y en a aucun qui traite, parle ou appréhende l’Histoire coloniale. Quand l’Histoire ne peut pas rentrer au musée, c’est qu’elle est encore brûlante, manipulée aussi ou qu’elle n’a pas trouvé le temps de l’apaisement des mémoires. Elle reste donc dans le champ du politique, des manipulations de l’histoire et des mémoires en conflit.

 

La suite ICI 

 

  1. POINT DE VUE

 

« Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité » par Hamidou Anne (chroniqueur Le Monde Afrique, Dakar)

 

Qu’Emmanuel Macron provoque une polémique en affirmant, lors d’une visite à Alger, que la colonisation est un crime contre l’humanité témoigne d’un profond malaise français sur le sujet. Mais en dépit des éructations de certains, le bilan est sans appel : oui, la colonisation est un crime contre toute l’humanité, dont le résultat fut d’imposer la domination de la barbarie contre la civilisation.

 

Les peuples d’Afrique ont vécu une terrible violence du fait colonial avec des morts, des expropriations, des privations de liberté et surtout une négation profonde de la dignité humaine par la domination politique, économique et culturelle. Les chiffres de cette période sont éloquents d’horreur. Pour procéder plus facilement au pillage systématique des ressources du continent africain, les colons ont soumis des populations civiles aux travaux forcés avec à la clé des milliers de victimes. Par exemple, l’historien Antoine Madounou établit un bilan entre 15 000 et 30 000 personnes mortes sur le chantier du chemin de fer qui devait relier Pointe-Noire à Brazzaville, au Congo.

 

Des morts, il y en a eu aussi à chaque fois que les populations ont tenté de se libérer du joug colonial. A Madagascar, en mars 1947, l’armée coloniale française a massacré les populations malgaches, avec un bilan compris entre 20 000 et 100 000 morts, selon les sources. Ou encore en Algérie où la révolte partie de Sétif le 8 mai 1945 fut matée dans le sang, laissant près de 45 000 victimes selon les nationalistes algériens.

 

Une barbarie intolérable

 

Sans oublier les tirailleurs sénégalais tués à Thiaroye en 1944 ou encore le sombre épisode du Cameroun, avec une répression des populations qui s’étaient soulevées à l’appel des militants de l’Union des populations du Cameroun (UPC) dans les années 1950 et 1960. Là, on oscille entre 60 000 et 120 000 victimes. La puissance coloniale a aussi assassiné les charismatiques dirigeants indépendantistes camerounais Um Nyobe et Moumié.

 

Les blessures que la colonisation a infligées à l’Afrique sont douloureuses et rendent tellement pitoyables les évocations de routes et d’hôpitaux censés extirper des aspects positifs d’une horreur. Je partage l’avis de l’historienne Sylvie Thénault qui juge « indécent » de mettre sur une même balance, d’un côté, les massacres, exécutions sommaires et tortures, et, de l’autre, des routes jugées comme un bilan positif d’un asservissement abominable des peuples d’Afrique. A ceux qui, souvent issus des rangs de l’extrême droite française, trouvent des vertus à la colonisation, Césaire avait anticipé la réponse, dès 1955, avec son monumental Discours sur le colonialisme (Présence africaine, 1955). D’ailleurs, en ces temps de polémiques et de libération de la parole raciste en France, les hommes politiques de ce pays devraient tous lire ce texte intemporel.

 

Aimé Césaire disait donc : « On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme. » La colonisation, comme le soulignait le même Césaire est une « négation de la civilisation ». En cela, elle est un crime, une barbarie intolérable.

 

Sur le sujet de la colonisation, jamais un homme politique français sous la Ve République n’est allé aussi loin, et c’est à saluer, indépendamment des motivations électorales du candidat Macron. Mais il convient de souligner que sa déclaration gêne beaucoup de gens en France, de la gauche à la droite du spectre politique du pays. Officiellement, le Parti socialiste, dans sa récente histoire, a toujours fait la politique de l’autruche sur ce sujet, refusant de l’affronter en face. Quant à la droite, elle fait preuve d’une crispation identitaire très forte. C’est d’ailleurs l’un de ses principaux candidats à la présidentielle, François Fillon, qui a récemment considéré la colonisation française comme un « partage de culture » à d’autres peuples. A ce niveau, il s’agit au mieux d’une méconnaissance de l’histoire, au pire d’un révisionnisme abject.

 

Un pan peu glorieux de son histoire

 

Je n’attends pas de la France une repentance, ni une réparation financière, mais une reconnaissance de faits têtus et un exercice de dignité en faisant face à un pan peu glorieux de son histoire. N’en déplaise à ceux qui critiquent la position de M. Macron, l’histoire de la « patrie des droits de l’homme », c’est aussi une sombre période de meurtres et de négation de la simple dignité humaine. Affronter le bilan de la colonisation – ce moment d’« ensauvagement » du continent européen, selon Césaire – requiert du courage mais nullement une fierté mal placée.

 

De notre part, il ne s’agit pas d’expliquer tous nos maux par le seul fait de la colonisation, loin de là, mais de reconnaître qu’elle constitue une cause importante du retard de l’Afrique. Nous sommes encore dans ce que l’économiste Felwine Sarr appelle dans son essai Afrotopia « l’hystérèse », ce moment post-traumatique (esclavage, colonisation, néocolonialisme) que vit l’Afrique, et dont elle doit se sortir enfin pour affronter son destin.

 

Notre génération n’a pas connu ce douloureux épisode et tente de nouer d’autres rapports avec l’Europe en empruntant un tournant dé-colonial. Nous offrons ainsi au Vieux Continent une chance d’affronter son histoire et enfin, ensemble, de tourner la page.

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20 février 2017 1 20 /02 /février /2017 06:00
Ne confondre l’avocat « arbre à cojones » avec celui d’Hubert le Forestier, ils n’ont pas la même stratégie

Dans le film de Carl Reiner, sorti en 1977, Oh, God ! Dieu interrogé sur ses plus grandes erreurs, du tac au tac, répondait pince-sans-rire : « Les avocats. J’aurais dû faire des noyaux plus petits. »

 

Le mot avocat en tant que fruit n’a pas du tout la même origine qu’avocat dans son sens juridique qui vient du latin advocatus = défenseur, avoué, appelé auprès. Sous l’Ancien Régime, le rôle de l’avocat était de défendre les couvents, les villes etc. Ce n’est qu’en 1790 sous la Révolution française que le mot prit son sens actuel.

 

Il vient de l’anglais avocado (Sir Hans Sloan en 1699) et issu de l’espagnol aguacate, venant d’encore plus loin, à savoir du nahuatl (langue que les descendants des Aztèques parlent au Mexique) ahuacacuahitl qui signifie littéralement arbre à testicule (ahuacatl = testicule) en raison de la ressemblance de forme entre le fruit et l’organe.

 

Pour les professeurs de botanique du monde entier ce noyau est absolument parfait. « Sous sa peau marron, tous les éléments de la graine apparaissent en grand format. Il suffit d’un noyau propre, de trois cure-dents et d’un verre d’eau pour assister à un véritable cours sur la germination. La simplicité du mécanisme n’avait pas échappé aux tout premiers paysans, qui apprirent à le domestiquer depuis la découverte de ce fruit dans les forêts tropicales du Mexique et du Guatemala.

 

En effet, bien avant qu’apparaissent les Mayas ou les Aztèques, les peuples d’Amérique centrale savouraient déjà la chair crémeuse de l’avocat.

 

L’avocatier (Persa americana) n’est connu que comme espèce cultivée. Son ancêtre sauvage disparut des forêts d’Amérique centrale durant des milliers d’années qui ont suivi sa domestication. Une théorie suggère que les nombreux arbres néotropicaux à gros fruits s’éteignirent peu à peu juste après la disparition de ceux qui en disséminaient les graines : tatous géants, glyptodons, mammouths, gomphothères et autres membres disparus de la mégafaune du pléistocène (Janzen&Martin 1982). Vu la taille de ses graines, l’intervention d’un gros animal était sûrement nécessaire à touer dispersion de l’avocatier sauvage. (Bien sûr de nos jours, les humains s’en chargent parfaitement et les avocats poussent sur tous les continents à l’exception de l’Antarctique !

 

MEXIQUE

 

La culture de l’avocat fait des ravages

 

L’«or vert» du premier producteur mondial provoque la déforestation et profite au crime organisé

29 août 2016 |Frédéric Saliba

 

Le monument en forme d’avocat géant trône à l’entrée de Tancitaro, dans l’ouest du Mexique. La sculpture symbolise l’importance de ce fruit pour les habitants de cette petite ville de l’État du Michoacan, devenue la capitale mondiale de l’avocat. Le boom de la consommation des Américains, mais aussi des Européens, Français en tête, fait flamber les prix du fruit, rebaptisé l’« or vert » du Mexique. Une ruée qui provoque une déforestation massive et profite au crime organisé.

 

Vus du ciel, des pans entiers de forêt sont zébrés de champs d’avocatiers sur les flancs des montagnes du Michoacan. La région concentre les quatre cinquièmes de la production nationale d’avocats. Cette terre volcanique au climat tempéré sied au fruit, dans un pays qui en est le premier producteur mondial, avec près du tiers de la récolte. En trente ans, les plantations sont passées de 31 000 à 118 000 hectares, selon le ministère de l’Agriculture. En 2015, la production a atteint 1,6 million de tonnes, en hausse de 6,6 % en un an.

 

Face cachée de ce succès économique : la destruction des forêts de pins, dont certains endémiques. « Les agriculteurs plantent clandestinement des avocatiers au milieu des pins », explique Victor Manuel Coria, le directeur de l’Institut national de recherches forestières, rattaché au ministère de l’Agriculture. « C’est un travail de fourmi, sur plusieurs années. Petit à petit, ils coupent les branches, puis les troncs desséchés. »

 

La faune est aussi menacée : coyotes, pumas et autres oiseaux rares habitent la forêt, qui accueille aussi des millions de papillons monarques lors de leur grande migration annuelle. Sans parler du problème de l’eau, consommée en masse par les avocatiers, qui affecte le niveau des rivières, ou de celui des pesticides

[…]

 

À qui la faute ? Plus de la moitié de la production est exportée. La France est le second importateur d’avocats mexicains, après les États-Unis, et avant le Japon et le Canada. Dans l’Hexagone, le fruit se mange plutôt en hors-d’oeuvre ou en salade, tandis que le guacamole, purée d’avocat épicée, a gagné ses lettres de noblesse dans les rayons des supermarchés.

 

L’article ICI 

 

Commentaire de Ronald Bouchard - Abonné

29 août 2016 13 h 58

Rien de neuf. C’est pas une nouvelle ça! Il est très connu, qu’au Québec, dans notre système judiciaire, « La culture de l’avocat fait des ravages ».

 

« Nous vivons dans un monde de graines. Le café du petit déjeuner, le coton de nos vêtements, le chocolat chaud que nous buvons avant d’aller nous coucher, du matin au soir, elles sont partout autour de nous. Elles nous fournissent en nourriture, en énergie, en stupéfiants et en poisons, en huiles, en teintures, fibres et épices. Sans graines, pas de pain, de riz, de haricots, de maïs ou de noix. Elles sont l’aliment par excellence, la base de tout régime alimentaire, de l’économie, des modes de vie partout sur la planète. Elles sont aussi l’essence même de la vie sauvage : les plantes à graines constituent plus de 90 % de notre flore. Elles sont si répandues que l’on a du mal à imaginer que durant plus de cent millions d’années, ce sont d’autres types de plantes qui dominèrent la Terre. »

 

Mais qu’est-ce qui à l’intérieur de la graine déclenche la germination et comment la plante avait réussi à développer un système aussi sophistiqué ?

 

Réponse de Carol Baskin professeur de sciences à l’Université du Kentucky

 

« Je raconte à mes étudiants qu’une graine est un bébé plante, dans une boîte, avec son déjeuner. »

 

Avec son analogie du « bébé dans la boîte », Carol réussit à parfaitement synthétiser l’essence des graines : portatives, protégées, bien nourries. « Mais je suis biologiste et on parle là de ma spécialité, alors je vais être un peu plus précise : certains bébés engloutissent leur déjeuner jusqu’à la dernière miette, d’autres se contentent d’une partie, d’autres encore ne mordent même pas dedans. »

 

« Votre noyau d’avocat a tout mangé », ajouta-t-elle d’un air entendu.

 

« Une graine contient trois éléments de base : l’embryon de la plante (le bébé), une enveloppe protectrice (la boîte) et un tissu nutritif quelconque (le déjeuner). Typiquement, la boîte s’ouvre au moment de la germination, l’embryon se nourrit du déjeuner tout en projetant vers le bas des racines et vers le haut ses premières feuilles. Mais il est aussi fréquent de voir le bébé dévorer son déjeuner avant l’heure, transférant toute l’énergie vers une ou plusieurs « feuilles séminales ou « cotylédons » : les deux moitiés d’une cacahouète, d’une noix ou d’un haricot – des feuilles embryonnaires si grandes qu’elles constituent à elles seules la majeure partie de la graine. »

 

La stratégie de l’avocat a quelque chose d’inhabituel.

 

« La plupart des graines sèchent en mûrissant ; leur enveloppe protectrice, épaisse, permet de tenir l’humidité à distance. Sans eau, la croissance de l’embryon ralentit, jusqu’à un quasi statu quo, un état d’arrêt de croissance qui peut persister des mois, des années, des siècles, même, jusqu’à ce que les conditions pour la germination soient réunies. « Mais pas les avocats, lorsqu’on les laisse se dessécher, ils meurent »

 

Pour un avocatier, le bon endroit est un terrain où ses graines ne se dessècheront jamais et où la saison est toujours idéale. Sa stratégie ? Chaleur et humidité constantes, des conditions que l’on trouve par exemple dans la forêt tropicale, ou bien en suspension au-dessus d’un verre d’eau… Ces graines n’ayant aucun besoin de survivre à de longues périodes de sécheresse ou de froid hivernal, elles ne s’accordent qu’une très courte pause avant de tenter de pousser à nouveau. »

 

« … en quelques jours, leurs noyaux commencèrent à se fendre en deux moitiés brunes écartées par des racines en pleine croissance à l’intérieur. À partir de la radicule dans l’embryon, chaque racine principale se développa à un rythme étonnant – une petite chose pâle et pressée plongeant vers le bas et dont la taille tripla en quelques heures. Bien avant l’apparition d’une quelconque feuille, chaque noyau se retrouva doté d’une solide racine atteignant le fond du verre d’eau. Cela n’avait rien d’une coïncidence. Si, en matière de germination, les détails varient, l’importance de l’eau est une constante et pour les jeunes plants la priorité numéro un est de pouvoir s’approvisionner à une source régulière. »

 

« … le noyau d’avocat contient quelques toxines peu virulentes qui lui permettent d’éloigner les nuisibles, mais rien qui ne soit susceptible de ralentir les choses une fois le processus lancé. J’observai la croissance et la ramification des racines durant des jours avant de voir apparaître la première pousse verte, une toute petite tige émergeant d’une fissure toujours plus grande située au-dessus de chaque noyau. « La phase suivante, en effet, se résume en un transfert massif d’énergie provenant des cotylédons », m’informa Carol, expliquant ainsi que ce qui avait d’abord été le « déjeuner » de la graine générait maintenant une poussée de croissance vers le haut. En quelques semaines, mes noyaux se métamorphosèrent en arbrisseaux qui n’avaient plus grand-chose en commun avec les graines d’origine.

 

Ne confondre l’avocat « arbre à cojones » avec celui d’Hubert le Forestier, ils n’ont pas la même stratégie
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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 08:00
A young couple riding a Vespa on the Champs-Elysées in Paris, 1954

A young couple riding a Vespa on the Champs-Elysées in Paris, 1954

Submergé et démuni, le commun s’en remet aux expertises et ne peut plus juger du tout. Là où s’investit l’action règnent l’imprévisible et le complexe, c’est-à-dire le désordre saisissant des confrontations. La liste des obstacles, qui rendent inopérant un conseil vain et prétentieux, est longue. Étrange service que ce conseil : sa valeur n’est mesurable qu’après coup. Toute action se soumet aux indurations d’un donné imparfait, elle subit et affronte la résistance granitique du concret. Le bon sens, à juste titre, se méfie du conseil et du conseilleur. Sa douteuse validité invite à se défier de son emprise maligne. Elle incité à refuser l’illusoire sérénité de son expertise. Le conseilleur est-il condamné à la solitude de l’oiseau de malheur ? Ou, pour être écouté et suivi, est-il condamné à tenir le discours attendu du solliciteur pour le satisfaire dans ses attentes et le conforter dans une décision déjà prise ? Manipulateur stipendié ou conseilleur répudié ? Le bon conseil le plus souvent déconseille.

 

Montesquieu, Condillac, Diderot radicaliseront le projet d’institutionnaliser un conseil savant et partageable qui puisse échapper aux humiliations « d’un danseur de corde » pris « entre l’écorce et le noyau » comme le regrettait Voltaire face à Frédéric II.

 

Je tiens mon titre, me reste plus qu’à écrire.

 

Relire Le Prince de Machiavel

 

Comment investir le territoire politique ?

 

« Comme ceux qui dessinent les paysages se placent en bas dans la plaine pour observer la nature des montagnes et des lieux élevés, et pour observer celle des lieux bas se placent en haut sur la montagne, de même pour bien connaître la nature des peuples, il faut être prince et pour bien connaître celle des princes, il faut être du peuple. »

 

Ce roman, que je porte en mon sein depuis 25 ans, vais-je l’accoucher ? Rien n’est moins sûr, qui l’attend ? Personne ! Et pourtant… Je me complais dans l’attente, ce temps indécis, qui s’étire, où l’on guette, sans trop y croire, l’instant où l’urgence s’imposera. Indolence, tout est prétexte à l’évitement, je rêve de pouvoir conjuguer les frissons de l’action avec la solitude froide du temps de l’écriture.

 

 

Rire !

Son rire…

Elle me taquine « Allons Jacques ! »

Je lui concède tout.

Elle est la clé de tout.

Elle me remet gentiment à ma place…

Je l’aime ainsi.

 

 

Mon défi, me glisser dans les plis de l’Histoire sans raconter mon histoire, être au-dehors, chercher un narrateur, le trouver, un compagnon de toujours, m’étonnant de ne pas y avoir songé plus tôt, il me faut le délivrer de mon emprise. J’en suis là, dans un étrange entre-eux où une petite voix me dit : « toi, le monsieur qui tient tout sous contrôle, et s’il t’échappait ! »

 

Fais chier la petite voix !

 

M’en fout !

 

Cause toujours, un jour viendra où je te prendrai à contre-pied. En attendant, rien que pour te faire chier je fais la cuisine tout me plongeant dans le ragout de l’actualité politique.

 

Voici mes petites antisèches :

 

Tout d’abord un vieux briscard de la Rocardie, Jacques Julliard

 

« IL Y A UNE ENVIE DE MARINE LE PEN »

 

Le grand entretien

 

  • Comment analysez-vous la séquence politique à laquelle nous assistons ?

 

Cet automne dans Marianne, j’ai écrit que, bien entendu, le futur président de la République figurait dans un quatuor comprenant Juppé, Sarkozy, Hollande et Valls. Personne n’a protesté, c’était une évidence ! Aujourd’hui, pour le moment, aucun de ces quatre n’est en état d’être élu, ni même d’être candidat. C’est une situation si nouvelle qu’elle n’a aucun précédent dans notre histoire. Traditionnellement, en France, pays conservateur, les principaux candidats étaient connus et confirmés deux ans avant l’échéance. Il fallait très longtemps pour faire un candidat. C’est en train de changer. La défaillance de Fillon n’était certes pas prévisible, tout comme l’élimination du grand favori DSK en 2012. Au-delà de cette conjoncture, il existe un rapport nouveau et inquiétant à la présidence.

 

  • En quoi est-il nouveau ?

 

Compte tenu de ce qu’est la France, je suis pour un système vraiment présidentiel. Il suppose une personnalité ancrée dans la vie politique et dotée d’une stature exceptionnelle. C’était le cas du général de Gaulle et de Mitterrand. Les choses ont vraiment changé ensuite. En 2012, à cause de la « défaillance » de DSK, un homme que personne n’attendait est désigné, sans avoir au départ la stature requise. Même chose à présent, pour d’autres raisons. Le statut du candidat à la présidence évolue. La preuve : les hommes dont on parle maintenant n’ont pas le surplomb nécessaire par rapport à la vie politique. Au-delà des cadres institutionnels français, il y a une défiance envers ceux qui sont en place et, à l’inverse, une prime au nouvel arrivant. On l’a vu pour Fillon qui a réussi un temps à incarner l’homme nouveau. On avait presque oublié qu’il avait été Premier ministre de Sarkozy.

 

  • Pourquoi cette évolution vous inquiète-t-elle ?

 

On a dit à tort que de Gaulle avait fait la Constitution de la Ve pour lui. C’est faux. Au contraire, il voulait qu’après lui le système se prolongeât. Le système combine ainsi la légitimité élective, celle du suffrage universel, et celle liée au charisme, à une certaine personnalité, pour que se rencontrent un homme et un peuple. Or toutes les personnalités ont été éliminées. Par ailleurs, on note une prime à la jeunesse. Juppé a été battu pour deux raisons : il était trop à gauche pour l’électorat des primaires de droite ; il était aussi trop vieux. Longtemps cela n’a pas été un problème : un cliché ancien veut que, chaque fois qu’elle est en difficulté, la France se jette dans les bras d’un noble vieillard avec un noble passé, comme Clemenceau, Pétain, de Gaulle. Si l’on pense à Hamon ou à Macron, leur jeunesse est pour beaucoup dans leur éclosion. J’ajoute que ces hommes s’imposent indépendamment des partis. On disait jusqu’ici qu’on ne pouvait être candidat sans parti. Macron montre que c’est possible. Hamon s’est imposé au départ contre la logique d’appareil favorable à Valls ou Montebourg ; aujourd’hui l’appareil le récupère. Cela m’inquiète car la France ne peut vivre normalement à l’intérieur de cadres purement institutionnels. Le charisme ou l’extraterritorialité politique font partie de sa norme. Des historiens essaient aujourd’hui de gommer cette dimension. Hamon l’a théorisée, Hollande aussi en son temps, avec l’idée d’un président « normal » – ça ne lui a pas réussi. Les Français font très bien la différence entre l’humilité et la distance.

 

  • Que voulez-vous dire ?

 

Ils veulent des hommes moins arrogants mais ils récusent la familiarité. Notre vie politique a toujours été conçue comme une guerre d’extermination. Les Français comprennent spontanément que l’équilibre doit être assuré par une figure exceptionnelle, car nous n’en avons jamais fini avec la monarchie. De Gaulle a toujours pensé que la France était un pays à la fois démocratique et charismatique, pour ne pas dire monarchique.

 

  • Les primaires ont-elles accru le caractère chaotique de la situation que nous vivons?

 

Le bilan n’est pas très positif pour les partis. Ils ont cru que ce serait pour eux un moyen de se revaloriser. On voit bien que la primaire de droite a mis du baume au cœur à droite, mais pas chez Les Républicains. Sarkozy tenait le parti, et il a été le grand battu. Pareil à gauche. On ne peut pourtant imaginer une démocratie sans partis. La situation instable actuelle risquerait de s’éterniser. Cette primaire n’est pas facilement compatible avec l’esprit de nos institutions. Elle a pour effet de dévaloriser le système présidentiel, d’en faire un épisode parmi d’autres de la lutte politique traditionnelle.

 

  • Comment interprétez-vous cette tentation de grand coup de balai qu’on a vue ailleurs avec le Brexit ou l’élection de Trump ?

 

Ce qui est commun, c’est le « essayons autre chose ». L’idée n’est pas de dire qu’il y a une meilleure solution ailleurs, mais d’exprimer un mécontentement. Il y a un air du temps. Aujourd’hui ce qui est surprenant, c’est quand il n’y a plus de surprise.

 

  • Pourquoi ?

 

Il ne faut pas écarter l’idée qu’il y ait un jeu de la part de l’opinion. On imagine toujours le peuple comme grave, préoccupé seulement par ses intérêts. Mais la politique est aussi un jeu. Ce qui se passe aujourd’hui passionne l’opinion. Dans un pays qui a une tendance naturelle à la neurasthénie, le spectacle politique distrait beaucoup ! En revanche, cela n’a pas permis de recentrer la politique française sur l’essentiel. On aurait dû, après les déclarations de Donald Trump, mettre l’Europe au centre du débat. Or cela n’a pas été le cas, malgré les tentatives d’Emmanuel Macron. C’est pourtant la grande question de politique étrangère. Je tiens pour ma part à l’idée qu’il faut recommencer par une Europe à deux, France et Allemagne, comme d’ailleurs l’avait proposé en 1950 Robert Schuman.

 

  • Quelles sont selon vous les perspectives de la gauche ?

 

On dit que les deux gauches sont irréconciliables, je ne crois pas que ce soit vrai. Il y a moins d’écart entre Macron et Mélenchon qu’il n’y en avait jadis entre Thorez et Guy Mollet. L’écart, alors, s’appelait l’Union soviétique, le communisme révolutionnaire, le bolchevisme. L’écart des positions – je ne parle pas des hommes, des partis, des passions – ne s’est pas accru, il s’est réduit. Mélenchon est un social-démocrate de gauche. C’est un keynésien qui dit que l’économie doit être relancée par la demande et non par l’offre. Il n’y a là rien d’incompatible avec le fameux discours du Bourget de François Hollande. Ce qui rend la situation si difficile à gauche, ce ne sont pas les écarts idéologiques mais l’incapacité de la social-démocratie à tenir ses promesses dans une période où le capitalisme est trop fort et le mouvement ouvrier trop faible. Voilà pourquoi des Mélenchon ou des Hamon disent : il faut en finir avec la social-démocratie. Mais laissez-les seuls et ils réinventeront cette social-démocratie, car il n’y a pas aujourd’hui grand-chose d’autre à inventer. Si la gauche se divise, ce sera sa faute. Ce sera moins le résultat de la situation, paradoxalement plus favorable à un rapprochement qu’à d’autres époques, que du rapport des forces qui depuis une vingtaine d’années joue en défaveur du salariat. La social-démocratie a payé les pots cassés par le stalinisme, ses difficultés remontent à l’effondrement du communisme. Il faut rester un peu marxiste : le rapport des forces, national et international, pèse autrement plus que la trahison de Hollande !

 

  • Marine Le Pen peut-elle bénéficier de l’envie d’essayer autre chose ?

 

Oui, il y a une envie de Marine Le Pen que la gauche nie avec acharnement. Son père avait un côté loup-garou, pas elle. Pas un mot dans son langage qui puisse faire penser qu’elle est fasciste. Elle est peut-être xénophobe, plutôt moins que Trump d’ailleurs, mais pas fasciste. Certains diront : elle le cache. Je ne le crois pas. En démocratie, on est toujours obligé de faire ce que l’on dit et de dire ce que l’on fait. Le fond de l’affaire est que le parti socialiste n’est plus un parti populaire, et Mélenchon guère davantage. À part une petite frange d’ouvriers un peu radicaux, un peu trotskistes, un peu révolutionnaires, l’essentiel de la clientèle de la gauche ce sont les nouvelles classes salariées, urbaines, diplômées, dont beaucoup sont à l’aise dans la mondialisation. La gauche a laissé le peuple partir vers Marine Le Pen, parce qu’elle ne savait tout simplement pas où le mener. Les bobos sont nombreux, ils forment une vraie classe sociale désormais, mais pour tous les autres, pour cette France périphérique qu’a décrite Christophe Guilluy et qui représente environ 40 % de la population, rien n’a été fait. J’ajoute que le volontarisme culturel de la gauche a laissé le peuple de côté ; l’insécurité culturelle est une réalité aussi forte que l’insécurité physique. Le problème n’est pas qu’économique, il est d’abord culturel.

 

Propos recueillis par Éric Fottorino et Sophie Gherardi

 

 

Ensuite, un vieux de la Mitterrandie, François Bazin

 

Hamon, Jadot et Mélenchon : la bien mauvaise comédie de l’union

 

Il fut un temps où l’union était un combat. C’est devenu une comédie. Le sketch à trois que sont en train de jouer Benoit Hamon, Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon a ceci de risible qu’il est écrit d’avance. Chacun sait déjà les répliques des uns et des autres. Les rôles ont été distribués de longue date. Des portes vont s’ouvrir puis claquer, puis s’entrouvrir à nouveau. On va s’aimer, puis se disputer avant de feindre de se réconcilier et de se promettre de futures retrouvailles. Mais quand le rideau tombera, on en sera exactement au même point que lorsqu’il s’est levé et surtout, il n’y aura guère plus de monde, dans la salle, pour applaudir un spectacle d’une aussi piètre originalité. Tout ça pour ça…

 

Quitte à décevoir les amateurs de suspens et les derniers amoureux de la politique bisounours, on peut donc passer sans grand risque à ce qui sera la conclusion de cette partie de campagne. Benoit Hamon est candidat et il le restera. Yannick Jadot n’a pas les moyens de l’être et donc il jettera l’éponge d’une façon ou d’une autre. Jean-Luc Mélenchon n'a aucune envie de se retirer et il poursuivra donc, coûte que coûte sa route en solitaire.

 

Pour le dire autrement, le seul objet véritable des rencontres et autres ambassades qui se multiplient depuis quelques jours est de savoir qui héritera, en fin de compte, du mistigri de la division, étant entendu qu’aucun des acteurs de cette prétendue négociation n’imagine un seul instant qu’elle puisse déboucher, à gauche, sur une candidature unique au 1er tour de la présidentielle.

 

La variable d’ajustement, dans toute cette affaire, c’est Yannick Jadot. Le candidat écolo n’a pas les 500 parrainages d’élus nécessaires pour être candidat. Il n’a pas davantage les moyens financiers pour mener une campagne digne de ce nom. L’appareil de son parti, téléguidé par Cécile Duflot, lui tire le tapis sous les pieds. Il est crédité dans les sondages d’un score oscillant entre 1 et 2%. Qu’a-t-il encore à vendre ? Tout le problème pour lui est de changer de rôle. Il était censé porter les couleurs des Verts. C’est mission impossible. Il voudrait donc être celui qui sacrifie ses ambitions perdues sur l’autel d’une alliance rose-verte. Tout cela n’exige, au fond, qu’un peu de mise en scène.

 

Dernière Benoit Hamon et Yannick Jadot, la main de Jean-Christophe Cambadélis et de Cécile Duflot

 

Seul Benoit Hamon est en mesure de lui sauver la mise, à condition toutefois que le PS joue le jeu. Le projet du candidat socialiste est presqu’aussi écolo que celui de Yannick Jadot. Sur beaucoup de points, celui de Jean-Luc Mélenchon l’est tout autant. Mais le leader des Insoumis n’offre pas les mêmes garanties dès lors qu’on passe à l’étape suivante : celle du partage des circonscriptions pour les législatives. Benoit Hamon et Yannick Jadot jurent la main sur le cœur que ces viles questions d’intendance n’ont jamais été abordées lors de leurs dernières rencontres. Mais alors de quoi ont-ils bien pu parler puisque sur le reste, ils sont d’accord sur presque tout ?

 

Dans les soutes de leurs partis respectifs, les hommes du métier n’ont d’ailleurs pas attendu pour reprendre langue à leur tour. Contre un paquet de Jadot, les négociateurs écolos veulent obtenir quelques barils de députés. En clair, ils veulent présenter plus de soixante candidats autonomes pour les législatives afin que leur parti puisse bénéficier d’un financement public. Ils demandent surtout que leurs huit sortants soient reconduits avec le soutien du PS et, en prime, une circonscription gagnable pour leur éphémère candidat à la présidentielle.

 

Ce sont là des exigences raisonnables qui butent sur un seul point : le sort réservé à Cécile Duflot. La maire de la capitale, Anne Hidalgo n’a jamais admis l’arrivée sur ses terres de l’ex-patronne de Verts, en 2012. Elle n’a aucunement l’intention de changer d’avis, même pour faciliter la tâche de Benoit Hamon dont elle est pourtant la marraine officielle. La seule solution serait donc de parachuter Cécile Duflot - à condition bien sûr qu’elle accepte cette petite humiliation ! - sur une nouvelle circonscription qui ne soit pas parisienne.

 

Mais laquelle ? En banlieue ou en province, les places sont devenues rares depuis que les principales investitures ont déjà été distribuées et validées par les militants socialistes. Là est le côté comique de toute cette opération « restore hope », à gauche. Placée sous le signe de l’unité, au nom des grands principes et de la résistance face à la droite dure et l’extrême droite populiste, elle met en scène, façon camp du drap d’or, deux champions - Benoit Hamon et Yannick Jadot – qui ont besoin l’un de l’autre pour rehausser leur image alors que l’essentiel se réglera, au final, sur un coin de table, façon bistrot, entre apparatchiks de Jean-Christophe Cambadélis et tireurs de ficelles de Cécile Duflot.

 

Pas de place pour Mélenchon dans la chambre nuptiale

 

Dans ces jeux de rôles, Jean-Luc Mélenchon n’a désormais le choix qu’entre celui du mauvais coucheur et celui du cocu magnifique. Le leader des Insoumis est convié à une noce unitaire où on lui demande simplement de tenir la chandelle. C’est d’ailleurs tout le paradoxe de cette histoire. Benoit Hamon et Yannick Jadot partagent déjà le même lit mais ils font croire qu’ils en sont encore à négocier le contrat de mariage. Jean-Luc Mélenchon, à l’inverse, sait bien qu’il n’y a pas de place pour lui dans la chambre nuptiale mais il doit faire semblant d’être prêt à passer auparavant devant notaire.

 

Ces pitreries sont plus qu’une concession à l’air du temps. Elles disent le grand dérèglement d’une stratégie qui semblait imparable. Au début de l’année, Jean-Luc Mélenchon s’interrogeait à voix haute que « l’utilité » d’une candidature socialiste coincée entre la sienne et celle d’Emmanuel Macron. Il pariait alors sur la désignation de Manuel Valls et surtout sur l’échec de la primaire de la Belle Alliance. Or la sur-mobilisation d’un électorat souvent proche de ses thèses a eu pour effet paradoxal non seulement de sauver l’image de ce scrutin – et donc du PS ! – mais aussi de promouvoir un candidat - Benoit Hamon - qui lui a siphonné illico dans les sondages un bon tiers de ses soutiens potentiels.

 

Dernière Jean-Luc Mélenchon, la main de Pierre Laurent

 

Depuis, Jean-Luc Mélenchon est dans la nasse. L’élan qui le portait a été stoppé. L’espoir qu’il nourrissait de figurer au second tour de la présidentielle s’est définitivement évanoui. Le ressort unitaire dont il comptait jouer lorsqu’il faisait, à gauche, la course en tête s’est retourné contre lui. Le seul fait qu’il se soit résigné à des palabres avec ses concurrents écolos et socialistes alors qu’il connait la nature du piège et le nom du gibier est un signe qui ne trompe pas.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 06:00
Journal d’1 chroniqueur de campagne (4), évangile selon St Matthieu, respect pour les vrais voleurs, dans la tête de François Bayrou…

Lorsque j’ai ouvert cette chronique je n’imaginais pas que j’allais ouvrir une boîte de Pandore :

 

« Dans la mythologie grecque, Prométhée vola le feu aux Dieux pour le donner aux hommes. Pour se venger, Zeus ordonna à Vulcain de créer une femme faite de terre et d’eau. Elle reçut des Dieux de nombreux dons : beauté, flatterie, amabilité, adresse, grâce, intelligence, mais aussi l’art de la tromperie et de la séduction. Ils lui donnèrent le nom de Pandore, qui en grec signifie "doté de tous les dons". Elle fut ensuite envoyée chez Prométhée. Epiméthée, le frère de celui-ci, se laissa séduire et finit par l’épouser. Le jour de leur mariage, on remit à Pandore une jarre dans laquelle se trouvaient tous les maux de l’humanité. On lui interdit de l’ouvrir. Par curiosité, elle ne respecta pas la condition et tous les maux s’évadèrent pour se répandre sur la Terre. Seule l’espérance resta au fond du récipient, ne permettant donc même pas aux hommes de supporter les malheurs qui s’abattaient sur eux. C’est à partir de ce mythe qu’est née l’expression "boîte de Pandore", qui symbolise la cause d’une catastrophe.»

 

Jean-Louis Bourlanges, fin analyste du jeu politique s’alarme à juste raison :

 

« Fillon joue à la roulette russe avec son propre camp »

[…]

 

Il est désormais probable que Mme Le Pen aura entre 5 et 10 points d'avance au premier tour sur le deuxième finaliste. Trois hypothèses:

 

Le Pen-Hamon, il est plus que possible qu'elle soit élue.

 

Macron-Le Pen, et là je pense que Macron serait élu, que la droite sortirait brisée de l'épreuve, et que Le Pen structurerait l'opposition à Macron. D'où un risque de victoire du FN en 2022.

 

Fillon - Le Pen : la capacité de Fillon à rattraper son retard sur la candidate du Front national est très très douteuse. Contrairement à ce que disent les dirigeants de LR, Fillon a cessé d'être un rempart contre l'arrivée de l'extrême droite. Il est plus que temps que les responsables de LR et de l'UDI en prennent conscience.

 

Le fameux plafond de verre du second tour risque donc de se briser sous la double conjonction des ultras des deux bords ; rappelons-nous le deuxième tour des Régionales où dans deux grandes régions, bastion du FN, la Gauche s’est fait hara-kiri pour faire barrage. Il est moins que certain que la frange la plus radicale de la Droite classique en soit capable. Hamon ou Mélenchon, assis sur union circonstancielle, de type gauche plurielle, soit en capacité de faire barrage à une droitisation de la France profonde. N’oublions pas que Mitterrand pour se faire réélire avait joué la carte Rocard pour séduire la frange centriste et que le FN n’était pas dans le jeu.

 

Le problème de cette équation c’est Macron. En faire la dernière digue contre la fille de Montretout c’est supposer que la volatilité de son électorat ne le transforme en baudruche dans la dernière ligne droite.

 

Revenons au fil rouge d’une non-campagne.

 

Dimanche 12 février à Notre-Dame de la Paix, à Saint-Gilles ce n’était ni Don Camillo en chaire, ni Peponne flanqué de sa pieuse épouse, mais Russel Torpos et François Fillon sans Pénélope qui faisait ses dévotions.

 

Sous le soleil austral, face à l’Océan Indien, la « meute », avant qu’il n’entre à l’église l’avait bombardé de questions ironiques «Certains disent que vous avez beaucoup de choses à vous faire pardonner ? » ou encore « Qu’allez-vous confesser ? » face auxquelles le François avait opposé un silence dépourvu de sourire.

 

Notre « harcelé national » espérait sans doute trouver dans ce lieu saint, justement nommé, un répit, un havre de paix, mais il y a des moments, dans une campagne où l’on ne sait plus à quel saint se vouer. À l’intérieur de l’église, un éventail à la main, les paroissiens contemplaient le ballet des caméras autour du député de Paris. Et puis vint le moment de la lecture des Evangiles.

 

Et là, patatras, la tuile, le chapitre 25 du livre 5 de l’Evangile de saint Matthieu. «Accorde-toi vite avec ton adversaire tant que tu es en chemin avec lui pour éviter que ton adversaire ne te livre aux juges, le juge aux gardes et qu’on ne te jette en prison» «Amen, je te le dis, tu ne t’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou

 

Pauvre François ce n’est, depuis quelque temps, jamais son jour et dans son homélie le curé n’a pas été beaucoup plus charitable, il en a remis une couche : «Si nous pensons être quittes de tout ce que nous avons fait au motif que personne ne nous a vus, nous nous trompons.»

 

À Paris aussi il en prend plein la tronche :

 

« Chez Fillon, c'est très net. On a à faire à un candidat qui est, à la fois, sournois, arrogant et corrompu. C'est terrible pour son camp. C'est certainement le pire candidat que la droite de gouvernement pouvait avoir », assure Jean-Louis Bourlanges.

 

« À mon âge je n'ai plus la mémoire des gens que je ne vois pas », a affirmé l'ancien président de l'Assemblée nationale Jean-Louis Debré.

 

« La République s'est construite parce qu'il y avait des journaux satiriques l'Assiette au beurre, Le Charivari, qui ont été des aiguillons qui ont empêché un certain nombre de déraillements », a-t-il estimé.

 

L'ancien soutien d'Alain Juppé à la primaire de la droite et du centre a également salué le travail du Canard enchaîné. « Aujourd'hui, le Canard enchaîné a joué un rôle important pour éviter que lorsqu'on est au pouvoir, on abuse du pouvoir »...

 

Le Canard parlons-en !

 

Claude Angeli : « On ne peut pas se contenter d’une presse sage et complaisante »

 

  • Depuis trois semaines le Canard enchaîné a révélé le “Penelopegate“, qui embarrasse grandement François Fillon. Que pensez-vous de sa réaction depuis le début de cette affaire ?

 

Claude Angeli – Elle est similaire à celle de beaucoup d’hommes politiques qui ont été mis en cause par les informations du Canard depuis le début des années 1970. Ils se considèrent souvent comme des “intouchables”, même quand ils sont pris la main dans le sac. Ils nous accusent donc systématiquement de servir leurs adversaires, de faire du “lynchage médiatique”. A une époque, on nous accusait de “terrorisme journalistique”. Maintenant ce mot n’est plus à l’ordre du jour mais on parle de “tribunal des médias”, et on nous accuse de vouloir la peau de Fillon. Xavier Bertrand a même parlé de “méthodes fascistes” à propos de Médiapart. C’est une idéologie imbécile qui tombe systématiquement dans l’insulte pour éviter d’aborder les vraies questions. Bref, un déni de toute responsabilité mâtiné d’une dose de paranoïa.

 

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«Haïr le journalisme, c’est haïr la démocratie»

 

Edwy Plenel Le président et fondateur de «Médiapart» analyse le «journalist bashing» pratiqué par François Fillon.

 

  • Edwy Plenel, que vous inspire ce «journalist bashing»?

 

La haine du journalisme est toujours associée à la haine de la démocratie. Il est parfaitement légitime de critiquer les journalistes qui ne sont pas au-dessus des lois. Mais ce n’est pas cela qui est en cause avec ce «journalist bashing» qui, en fait, récuse le droit à l’information, à l’information qui bouscule, qui questionne, qui dérange. Il met en cause la démocratie elle-même, avec son agencement de pouvoirs et de contre-pouvoirs. Ce qui est visé, c’est le cœur même du droit d’être informé, indissociable de l’exercice de la démocratie. Et sans information indépendante et fiable, les citoyens peuvent voter pour leur pire ennemi et provoquer leur pire malheur. Nous ne stigmatisons personne, c’est pourquoi Médiapart s’est toujours refusé à parler de «Penelopegate». Nous ne cherchons que les faits.

 

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Fillon : saint François, victime de la transparence par Raphaël Glucksmann

 

Il était digne, propre sur lui, bien élevé, bien habillé, bien coiffé. Son passage dans l’émission "peopolitique" de Karine Le Marchand, en mode réhabilitation du Barbour versaillais et recette de pâtes à la saucisse, avait suscité un orgasme collectif dans nos chaumières droitières. Sa voix posée, sa famille parfaite, son drone, son sourire timide, sa chemise nickel, sa chasse aux "assistés" et son conservatisme revendiqué : tout en lui faisait rêver la France bourgeoise.

 

Il n’était ni vulgaire comme Nicolas ni empêché comme Alain. Les tristes temps du bonapartisme erratique et de l’orléanisme soporifique étaient révolus, la primaire avait vu triompher un légitimisme assumé et assuré. Toute une classe socioculturelle, rebutée tant par le bling-bling sulfureux du parvenu de Carla que par le néocentrisme bobo-compatible du géronte girondin, tenait enfin son héros.

 

Elle allait pouvoir voter pour un homme qui lui ressemble, un homme bien de "chez nous", un homme vivant comme si Mai-68 et Juin-1936 n’avaient jamais eu lieu, se moquant de la couv des "Inrocks" comme d’une guigne, refusant ostensiblement de se marrer aux blagues de France-Inter, osant rabrouer Charline Vanhoenacker en direct sur France 2, recadrant les journalistes sans hausser la voix, comme il convient à un bon père de famille ou un chef d’Etat, bref, un homme de qualité, un gentilhomme, disait-on jadis. Et patatras.

 

Il aimait l'argent. Trop

 

L’admirateur de Tante Yvonne aimait donc l’argent. Il ne l’aimait certes pas comme on le fait dans le Sentier, à Deauville ou chez les Balkany (il n’aurait probablement pas fêté sa victoire au Fouquet’s). Il l’aimait discrètement, lui, comme il se doit, comme avant, sans l’afficher, ni le proclamer. Avec pudeur. Secrètement. Mais il l’aimait quand même. Trop. Et les "journalopes" – ces "socialopes" masquées ! – ont sauté sur l’occasion. Ils l’ont livré aux loups (l’opinion), lui, sa femme et ses enfants. Et aujourd’hui la fierté retrouvée des conservateurs français laisse place à l’amertume. Voire parfois à la rage.

 

Les fans de François Fillon crient donc au complot du "système médiatico-politique". Le ridicule de leur plainte est à la mesure de leur déception, ne remuons donc pas le couteau dans leur plaie. Ses défenseurs avisés, en revanche, nous disent quelque chose de sérieux. Ils soulignent que des dizaines de parlementaires font la même chose, puis prennent un ton grave pour nous mettre en garde contre les "pulsions de lynchage" et dénoncer ce fameux "populisme" qui ébranle nos démocraties. En nous "acharnant" sur le candidat LR, nous ferions du tort à la République.

 

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Insert personnel : la tentation politique de la comtesse !

 

Sur l’écran de Face de Bouc elle apparut soudain en supportrice du Stade Toulousain ; anguille sous roche me dis-je ; ça sent l’appel du pied au peuple du Sud. Mon pif flairait la suite logique de la Manif pour tous et la voilà faisant un selfie avec François. Défi difficile en terre rose cassoulet, sans compter avec les scories du passé, courageuse donc. Et puis voilà que son François, chevalier blanc, si en phase avec sa vision de la France, chute lourdement de son piédestal. Dur, dur, d’entonner le couplet du complot médiatique, de répéter les éléments de langage, de ramer à contre-courant. Sans ironie je compatis. Pour bien la connaître, je me dis que pour assurer un tel contre-emploi il faut, soit une forte dose d’inconscience, soit assumer un rôle par procuration. Ainsi va la vie, la roue tourne, chacun sa route, chacun son chemin.

 

Je suis né dans un pays où le curé nous faisait chanter « sauvez, sauvez la France Au nom du Sacré-Cœur »

 

Dieu de clémence, ô Dieu vainqueur,

Sauvez, sauvez la France – Au nom du Sacré-Cœur ;

Sauvez, sauvez la France – Au nom du Sacré-Cœur.

 

Pitié, mon Dieu ! C’est pour notre patrie

Que nous prions au pied de l’autel.

Les bras liés et la face meurtrie,

Elle a porté ses regards vers le ciel.

 

Attrapé sur un blog :

 

« Il y a chez les militants fillonistes des accents qui reflètent les attaches gaullistes et chrétiennes de leur Guide avec un zeste de ce pétainisme – ce n’est pas contradictoire – qui fleure encore bon la France profonde, la Sarthe comme la Vendée très chrétienne de son directeur de campagne Taïaut-et-Retaïaut. J’ai pensé à eux, à tous ces Croisés portant sur la poitrine le Sacré-Coeur de François. En d’autres temps, ils auraient chanté des cantiques sulpiciens inspirés de la sainte figure du père de Montfort. C’était un missionnaire breton de la Contre-Réforme. Il avait sévi dans tout l’Ouest au début du XVIIIème siècle. »

 

De Jacques Duquesne

 

« MEA CULPA » SUR LA POITRINE DES AUTRES

 

« Car la France a péché. Et c’est parce qu’elle a péché qu’elle a été battue en un mois de combat. Telle est la conviction qui s’est répandue au lendemain de l’armistice. Le Maréchal Pétain a donné le ton dans l’un de ses premiers messages, le 26 juin en dénonçant « l’esprit de jouissance ». Notre défaite, a-t-il dit, « est venue de nos relâchements. »

 

Weygand, le généralissime en chef, s’exonère à bon compte : « la France a mérité sa défaite ; elle a été battue parce que les gouvernements depuis un demi-siècle ont chassé Dieu de l’école. »

 

Les coupables, le Front Populaire en tête, comme aujourd’hui la foutue gauche molle et, bien sûr, les jouisseurs comme moi fruits dévoyés de mai 68.

 

Je goûte à sa juste saveur cette rhétorique de sauveur qui se hausse du col pour quitter ses anciens vêtements de serviteur du quinquennat de Nicolas. Revoilà la vraie droite et, pour ne rien vous cacher ça ne me déplaisait pas, comme le disait son ancien camarade de la bande à Philippe Séguin, Henri Guaino : «La droite n’aurait-elle rien de plus sérieux à proposer qu’une politique obéissant à la même inspiration que celle de Laval en 1935 ?»

 

Il s’agit du Laval de 1935, donc fréquentable !

 

Fermons le ban, et revenons au dur : le DROIT !

 

Affaire Fillon : pas d’atteinte à la séparation des pouvoirs

 

Par le professeur de droit constitutionnel Dominique Rousseau

 

La séparation des pouvoirs ne signifie pas droit pour le pouvoir exécutif de faire ce qu’il veut, droit pour les parlementaires de faire ce qu’ils veulent, droit pour les juges de juger comme ils le veulent. Elle signifie que chacun des trois pouvoirs doit être indépendant dans sa formation et dans l’exercice de ses compétences.

 

Ainsi, pour les parlementaires, afin de protéger l’exercice de leur mandat de toute intrusion de l’exécutif et du judiciaire, l’article 26 de la constitution prévoit qu’aucun « membre du Parlement ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à l’occasion des opinions ou vote émis par lui dans l’exercice de ses fonctions ». Ce que la séparation des pouvoirs protège, c’est la liberté d’expression politique de la Nation qui parle par la voix du parlementaire – « ses votes et ses opinions » – ce n’est pas l’utilisation qu’il peut faire du crédit affecté à la rémunération de ses collaborateurs. Soutenir le contraire revient à dire que la Nation en la personne de son représentant peut utiliser les fonds publics à d’autres fins que le service de la Nation. Un juriste ne peut soutenir un tel raisonnement. Et, il faut l’espérer, pas davantage un politique.

 

D’autant que la révision constitutionnelle de 1995 a supprimé la nécessité de l’autorisation préalable de l’assemblée pour poursuivre un parlementaire qui doit désormais répondre de ses actes devant la justice comme n’importe quel citoyen. Il est donc parfaitement légal que le Parquet National Financier se soit saisi de la question d’un éventuel détournement de fonds publics par le député François Fillon – et non le candidat à l’élection présidentielle – puisque cette infraction entre dans son champ de compétence défini à l’article 705 du code de procédure pénale.

 

Le détournement de fonds publics est, selon l’article 432-15 du code pénal, « le fait par une personne dépositaire de l’autorité publique ou chargée d’une mission de service public de détourner des fonds publics qui lui ont été remis en raison de ses fonctions ou de sa mission ». La Nation est titulaire de l’autorité publique et le parlementaire, qui est le représentant de la Nation, est le dépositaire de cette autorité publique. D’autre part, tous les parlementaires disent, à juste titre, qu’il n’y a pas de plus belle mission de service public que de représenter la Nation et de voter les lois qui façonnent le vivre-ensemble. Enfin, personne ne conteste que les crédits avec lesquels un parlementaire paie ses collaborateurs sont bien des crédits publics qui lui sont attribués en raison de sa mission et pour cette mission. Par conséquent, au sens du droit constitutionnel, le Parquet National Financier est parfaitement dans ses compétences pour enquêter sur d’éventuels détournements de fonds publics par un parlementaire.

 

La protection nécessaire du statut de parlementaire est faite pour lui permettre de parler librement au nom de la Nation, pas pour lui permettre de détourner des fonds publics. Derrière tout ce tohu-bohu, la question en droit est simple : le député François Fillon a-t-il utilisé les crédits publics pour payer des collaborateurs à faire des tâches sans lien avec l’exercice de son mandat de parlementaire ? Cette question ne porte atteinte ni au principe de la séparation des pouvoirs ni à la dignité du mandat de parlementaire ni aux droits constitutionnels des citoyens.

Dominique Rousseau

Professeur à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne

 

À un petit paquet de jours du premier tour, des partants à grosse casaque, deux sont sûrs de concourir : la de Montretout même avec ses grosses casseroles et le Macron, même si des peaux banane vont se glisser sous ses Richelieu bien cirées. Pour les autres : Fillon droit dans ses bottes risque fort de chier dans les bottes de son camp, et à gauche Hamon, le petit héritier de Tonton, va sans doute absorber Jadot pour une poignée de circonscriptions, dont celle …, mais buttera, au grand désespoir de ceux qui rêvent du grand soir, sur l’ego de Mélenchon.

 

Mais reste l’héritier du MRP, l’ancien parti des curés, François Bayrou !

 

Y aller ou pas ?

 

Philippe Ridet du Monde c’est donc glissé Dans la tête de François Bayrou

 

On l’imagine tard le soir, dans la cuisine de sa maison de Bordères, dans les Pyrénées-Atlantiques. Tout le monde dort, sauf lui qui s’interroge. Y aller ou pas ? Etre candidat une quatrième fois consécutive à une élection présidentielle ? Pour gagner, pour peser, pour témoigner, pour perdre à plate couture ? De temps en temps un aboiement, un meuglement, un hennissement ponctuent la nuit. La campagne n’est jamais silencieuse.

 

Après trois échecs (2002, 2007 et 2012), quelque chose pousse encore François Bayrou à tenter sa chance. François Fillon pourrait être mis en examen, la « bulle » Emmanuel Macron pourrait éclater, ne laissant qu’une auréole. Quant à la gauche, elle restera en miettes. C’est maintenant ou jamais, pense-t-il, en ouvrant la porte du frigo à la recherche d’un petit quelque chose à grignoter. Il se sent prêt. D’un autre côté, il aura 66 ans en mai, il est même plus vieux que Jean-Luc Mélenchon, à quelques mois près. Juppé, Sarkozy, Hollande, Valls sont tombés. Il sait que les temps sont durs pour les hommes d’expérience au rang desquels il se compte. Le ball-trap ? Très peu pour lui. Compromettre sa carrière par une nouvelle candidature de témoignage ? A quoi bon. Pourquoi ne pas se contenter de Pau ?

 

Deux colonnes, pour et contre

 

Il y a plus de vingt ans, pareil dilemme s’était présenté à Jacques Delors et à Valéry Giscard d’Estaing. Le premier avait renoncé, arguant qu’il n’aurait pas de majorité pour gouverner en cas de victoire : « Vous savez, avait-il dit à la télévision, le 11 décembre 1994, me retrouver dans les salons de l’Elysée comme le couronnement de ma carrière, cela n’a jamais été mon but. » Trois mois plus tard, le 7 mars 1995, l’ancien président de la République jetait lui aussi l’éponge au terme d’un long débat intérieur constatant « avec tristesse » que ses idées « ne rencontrent pas d’écho dans l’opinion publique française ».

 

Longtemps après, Jacques Delors ajoutera : « Même si je ne m’en suis pas rendu compte immédiatement, c’était renoncer à la politique. Et renoncer à la politique, ce n’est pas renoncer aux glorioles, c’est renoncer au fait de faire quelque chose d’utile à un endroit. » Bref, la retraite.

 

François Bayrou, lui, ne s’y résout pas. Il prend une feuille blanche, qu’il divise d’un trait noir en deux colonnes. Dans celle de gauche, il écrit « Pourquoi je me présente » ; dans celle de droite, « Pourquoi je ne me présente pas ». Il mâchouille son crayon, fait quelques pas, revient s’asseoir. La nuit promet d’être longue. Et si je me faisais un café ?, se demande-t-il.

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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 06:00
Marlène Dietrich et sa fille - photo : Horst - 1949

Marlène Dietrich et sa fille - photo : Horst - 1949

Dans sa très belle Préface de Dîner chez Marlène, Macha Méril , née Maria-Magdalena Wladimirovna Gagarina, avec le rang de princesse, de l'union de Marie Vsevolodovna Bielskaïa, issue de la noblesse ukrainienne, et du prince Wladimir Anatolievitch Gagarine, tous deux exilés avec leurs familles sur la Côte d'Azur après la Révolution de 1917, écrit :

 

« Et voilà qu’un jour je découvre Marlène cuisinière. Comme elle, j’ai cultivé toute ma vie l’arme puissante de la gastronomie. Car même aux moments les plus aigus du féminisme, auquel j’au évidemment adhéré en 68, je n’ai jamais voulu renoncer à mes casseroles, ainsi que le préconisaient les enragées de l’émancipation des femmes. Ah non ! Pour rien au monde je ne me priverais de cet art qui m’a procuré tant de joie, et tant de succès auprès des hommes ! Le chemin vers le cœur des hommes passe son estomac. Je l’ai maintes fois vérifié. Tous les hommes : les amis, les amants, les maris, les enfants, les collègues, les ennemis politiques, les producteurs et le metteurs en scène… Marlène l’avait compris avant moi, elle a peaufiné son registre de nostalgique Allemande pour trouver un style bien à elle, et elle a enjôlé von Sternberg, Jean Gabin, Billy Wilder, Orson Welles et les autres avec ses bouillons et ses pot-au-feu. »

 

« J’ai une admiration sans bornes pour ce genre de femmes, d’une grande intelligence, qui ont su s’emparer de leur identité à l’heure où l’émancipation des femmes n’existait pas encore. » Macha Méril est intarissable sur Marlene Dietrich. « J’ai été très flattée lorsqu’on m’a demandé d’écrire la préface de ce livre »

 

«Dîner chez Marlene : De L’Ange bleu au cordon-bleu» 

 

« Même pendant les tournages, Marlène était impatiente de se retrouver devant les fourneaux pour cuisiner…

 

En 1957, elle tourna avec son réalisateur préféré Billy Wilder Witness for the Prodecution (Témoin à charge). « En travaillant avec toi, j’ai appris à te connaître et à t’aimer, tu m’as enrichie et emplie de gratitude », lui avait-elle déjà écrit le 14 juillet 1948. Elle fut très heureuse durant ce tournage avec Billy Wilder, et Charles Laughton qu’elle adorait : « C’était un acteur remarquable, sans artifice ni prétention. Il ne manifestait ni exigences particulières ni mauvaise humeur à l’égard des réalisateurs ou des producteurs, contrairement à l’attitude de nombreuses vedettes…»

 

Lors d’une séquence, son interprétation était si impressionnante qu’à la fin du tournage… tous ceux présents sur le plateau restèrent immobiles, comme fascinés. »

 

Alors pour ramener tout le monde à la réalité, elle annonça soudain qu’elle allait préparer le déjeuner pour tout le monde !

 

Un goulasch hongrois avec des pâtes et une salade de concombres.

 

Dessert : fraises au vin rouge

 

« Et pour terminer un café absolument délicieux » selon Charles Laughton (carnet daté du 11 novembre 1957)

 

Le lendemain, même émotion « elle était si extraordinaire que tout le monde sur le plateau avait les larmes aux yeux. Elle aurait dû être épuisée, mais non, elle nous invita tous de nouveau à déjeuner de très fines escalopes viennoises avec un mélange de choux de Bruxelles et d’artichauts. Elle avait initialement prévu des petits pois frais à la parisienne, mais pendant la cuisson, elle trébucha et tout se renversa par terre. Comme dessert, elle prépara des crêpes et son délicieux café. »

 

Toujours Charles Laughton.

 

Quelques jours plus tard, après une scène où la tension était si intense que l’équipe en trembla « Eh bien ce jour-là, elle nous fit un poulet aux pâtes, des framboises accompagnées de quelques herbes, et une fois de plus son délicieux café. » note Charles Laughton conquis.

 

Tellement addict de la cuisine de l’Ange Bleu qu’il revint au studio lors d’un de ses jours de repos. Il s’arrangea pour passer à l’heure du déjeuner. « Marlène était en train de préparer un bœuf strogonoff qui s’avéra savoureux, léger et juteux comme je n’en avais jamais mangé… et toujours son merveilleux café. »

 

L’acteur avoue qu’à la fin du tournage « nous étions tous gonflés comme des baudruches, et je dus moi-même me mettre à la diète. »

 

Billy Wilder eut cette boutade « les hommes admiraient les jambes de Marlène dans l’espoir de profiter d’un bon repas. »

 

Une très grande dame et un livre exceptionnel…

Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.
Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.
Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.
Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.

Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.

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17 février 2017 5 17 /02 /février /2017 06:00
Livre de TABLE : Jouir comme une sainte et autres voluptés, Pascal Ory, le fragmenté comble mes désirs…

Il se murmure sur face de bouc que je passe ma vie à table, sous-entendu que je fais table ouverte au restaurant, alors que la table où je passe le plus de temps est celle où je m’échine à écrire mes chroniques journalières, à égalité de temps avec celui passé vautré dans mon vieux fauteuil en cuir où je brûle mes vieux yeux à lire.

 

Mon budget livres fait jeu égal avec celui de mes frais de bouche, et dans les deux cas je soutiens le commerce de proximité, avec moi Amazon plierait bagage et les fourgueurs de poches à réchauffer mettraient la clé sous la porte.

 

Ainsi va ma vie de vacancier éternel qui s’offre, comme ça, au débotté, l’extrême volupté de lire à TABLE, en solitaire, mêlant les délices du sieur Verjus à ceux des épandeurs de mots sur le papier.

 

JOUIR !

 

« Jouir sans entraves » proclamaient les enragés de Nanterre en 68.

 

Lors de l’une de mes récentes moissons de livres, à peine avais-je accroché mon fidèle destrier au poteau qui fait face à la librairie Gallimard, boulevard Raspail, que mon regard fut capté par le titre d’un livre exposé en vitrine : Jouir comme une sainte et autres voluptés, de Pascal Ory.

 

Pascal Ory je connais ! Lu et apprécié certains de ces livres, un érudit pas chiant et cerise sur le gâteau une fine bouche…

 

Achat immédiat !

 

À la maison, dans ma tanière d’écriture, le petit livre rejoignit la pile branlante, en attente de lecture…

 

Et puis, c’était un mardi, en fin de matinée, le ciel jusqu’ici grisoulloux donnait des signes d’éclaircie. Sans hésiter j’enfourchais mon fidèle destrier, non sans avoir glissé dans ma sacoche le petit livre d’Ory, cap sur TABLE !

 

La cantine des délices du Bruno était emplie jusqu’au bec mais tout au bout du bar, là où j’aime me poser, en retrait, mon couvert fut dressé par la souriante Emilie. Même qu’elle m’apporta une moelleuse peau de mouton pour que je puisse prendre mes aises.

 

Mes voisins de bar étaient discrets.

 

Crayon de papier 8 B en main le temps de lire était venu. Du côté menu je l’illustrerai en images tout à la fin de cette chronique.

 

Comme toujours j’ai commencé par feuilleter et, je ne sais pourquoi, je me suis arrêté à la deuxième volupté… sans doute mon flair de vieil épagneul breton.

 

Page 61 : une pépite, je cite :

 

« Ma mère était là pour faire de moi un petit homme fier et soumis à la fois, donc un premier de classe. Abandonnée dans son jeune âge par la sienne, de mère, la trop jolie Rose, à une époque où ça ne se faisait pas pour une mère d’abandonner son enfant –, pour un père, surtout « naturel » (quelle expression !), c’était monnaie courante –, elle avait été élevée par un homme sévère qui tenait seul le ménage et que, bien entendu, elle admirait. Elle était peu portée à voir la vie en rose mais elle savait camoufler son absence d’illusion sur l’humanité ( que je me suis empressé d’adopter) derrière un sourire notoirement forcé et des tenues impeccables qui faisaient d’elle une jolie élégante de sous-préfecture. »

 

Ça me touche, ça me parle…

 

J’ai ensuite fait marche arrière pour lire la première volupté où à la page 34 j’ai goûté avec délice l’entrée en écriture de Pascal Ory. C’est jouissif !

 

Enfin, au dessert, j’ai expédié par sms à mon amie Isabelle mère d’un tout nouveau Augustin ce passage : « Saint Augustin, ce grand malheureux, maître de tous les puritanismes parce qu’il a été le sujet de toutes les tentations, a imaginé trois désirs condamnables : désir de jouir, désir de dominer, désir de savoir. Que tout trois réunis résument l’histoire humaine dit assez l’inhumanité d’un tel système. »

 

Je sais que certains d’entre vous vont me reprocher ces zigzags, cette lecture fractionné, mais pour ma défense je réponds que la forme du livre s’y prête et que, bien sûr, dans le calme de ma thurne je jouirai en solitaire, page à page, dans la plus totale volupté, du beau livre de Pascal Ory.

 

Peut-être une nouvelle chronique verra le jour si je trouve un bon angle…

 

Pour mon appétit terrestre ce fut ceci :

Poireau monstrueux de Carentan en mille-feuille. Lard de porc noir de Bigorre, coques jaune d’œuf osmosé à l’eau de mer.

Poireau monstrueux de Carentan en mille-feuille. Lard de porc noir de Bigorre, coques jaune d’œuf osmosé à l’eau de mer.

Rouget grondin de l’Ile d’Yeu grillé sur peau. Laqué d’hibiscus, foie gras poêlé, chou de Pontoise, raddichio, agrumes.

Rouget grondin de l’Ile d’Yeu grillé sur peau. Laqué d’hibiscus, foie gras poêlé, chou de Pontoise, raddichio, agrumes.

Livre de TABLE : Jouir comme une sainte et autres voluptés, Pascal Ory, le fragmenté comble mes désirs…
Tarte aux pralines selon la recette d’Henry Connil pour Alain Chapel, crème glacée à la rose d’Ispahan et hibiscus.

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Livre de TABLE : Jouir comme une sainte et autres voluptés, Pascal Ory, le fragmenté comble mes désirs…
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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 06:00
« Foyes gras mincés à la chicoté… du gavage au doigt des Égyptiens au virus H5N8, est-ce la fin du foie gras de Maïté
« Foyes gras mincés à la chicoté… du gavage au doigt des Égyptiens au virus H5N8, est-ce la fin du foie gras de Maïté

Dans le Sud-Ouest, le sacrifice de centaines de milliers de canards sains pour tenter de freiner la progression de la grippe aviaire n’est pas toujours bien compris par beaucoup.

 

Le virus porté par des oiseaux migrateurs venus du nord de l'Europe s'est propagé très vite lors du transport des animaux vivants à d'autres départements.

 

Le virus H5N8 qui se propage depuis fin novembre dans l'Hexagone est classé "hautement pathogène", comme l'était la souche H5N1 apparue en Dordogne fin 2015. Mais la grippe concernait alors « strictement la France et le sud-ouest ». Il était « sans doute issu d'un virus qui avait circulé depuis plusieurs mois dans les élevages » et son ampleur n'avait été repérée qu'à la fin 2015, explique Jean-Luc Guérin, professeur à l'École nationale vétérinaire de Toulouse et chercheur à l'INRA. Au contraire, cet épisode de grippe aviaire est beaucoup plus large et concerne « l'ensemble de l'Europe ».

 

Le premier cas, hors faune sauvage, a été rendu public le 2 décembre dans le Tarn. Des animaux venant de cette zone avaient été acheminés dans trois élevages du Gers le 30 novembre, ainsi que dans les Hautes-Pyrénées et le Lot-et-Garonne. L'ouest du Gers, où se multiplient les foyers, est une zone « assez humide » avec une « concentration très importante » d'élevages, ce qui favorise la propagation, selon Philip Everlet, responsable du pôle aviculture à la chambre d'agriculture du Gers. Il s'agit du deuxième département producteur de foie gras en France, derrière les Landes.

 

D’où la nouvelle stratégie des services sanitaires du Ministère de l’Agriculture :

 

Influenza aviaire hautement pathogène H5N8 : évolution de la stratégie de lutte pour éradiquer le virus dans les départements touchés ICI

 

Mais par-delà le strict point-de-vue sanitaire, certains pointent le doigt sur la responsabilité de l’industrialisation, de l’intensification, qui ont favorisé la concentration des élevages et la segmentation des fonctions entraînant des transports d’animaux vivants.

 

Comment les coopératives agricoles ont ubérisé le foie gras ICI 

 

Comment les coopératives subventionnées préparent la fin du foie gras français ICI 

 

Mais, à propos, c’est quoi un foie gras ?

 

C’est un foie d’oie ou de canard, dont l’important volume et le poids sont obtenus grâce au « gavage ».

 

Mais qu’est-ce que le gavage ?

 

C’est obligé un animal à continuer à absorber de la nourriture alors qu’il a atteint la satiété, alors qu’il est repu.

 

Pour ce faire on dispose de nombreux procédés : par exemple entretenir sa soif et l’obliger ainsi à absorber beaucoup de bouillies imprégnées d’eau, mais ce n’est pas suffisant pour obtenir notre foie gras.

 

Mais, et c’est ce qui provoque des polémiques et de violentes oppositions, on réserve le terme gavage à celui réalisé grâce à la mise en place dans l’œsophage de l’animal, c’est donc un gavage « instrumental ».

 

Avec l’usage immodéré des gavages sous forte pression et la surgélation, conjugués avec la dégradation de la qualité maïs et une cuisson excessive, ont largement écornée l’image d’Épinal du foie gras produit d’un terroir où il fait bon vivre, « le bonheur est dans le pré ».

 

Mais quels ont été les pionniers du gavage ?

 

Ce sont les Égyptiens.

 

Mais dans quel but gavaient-ils ?

 

« Concernant les oies et les autres palmipèdes, sans aucun doute pour recueillir leur précieuse graisse ou donner de la saveur à leur chair.

 

Mais ils gavaient aussi des hyènes comme on le voit dans les illustrations « ils poussaient avec un doigt des aliments, et ce procédé imposait de maintenir la mâchoire en ouverture, ce qui pour les hyènes qui possèdent le record de puissance de mastication parmi tous les mammifères, n’est pas chose facile.

 

Pourquoi ce gavage ?

 

Les hyènes étaient domestiquées pour la chasse et certains prétendent que c’était dans le seul but de leur couper l’envie de dévorer le gibier.

 

Mais pour autant il est fort probable que les Égyptiens ne produisaient pas des foies gras car qu’auraient-ils fait de cet amoncellement de substance éminemment putrescible ? En effet, si la viande se conserve bien, par séchage ou salage, ce n’est pas le cas du tissu hépatique.

 

Même si l’usage de l’expression « foie gras » est attesté dès le XVIe siècle, sans doute cela désignait-il des « foies blonds », de couleur claire peu volumineux, plus moelleux, ils étaient émincés ou malaxés pour entrer dans la composition de pâtés ou de farces.

 

« Force est d’admettre que la production de « notre » foie gras n’est apparue, sous sa forme actuelle, qu’au début du XIXe siècle. Il est le résultat de la conjonction de trois facteurs : l’abondance du maïs, les améliorations pratiques du gavage, et au bout du compte l’appertisation. »

 

Auparavant les « boîtes de conserve » lorsqu’elles apparurent les éleveurs durent apprendre à s’en servir ; jusqu’à la fin des années 30, ils se contentèrent de mettre en place un joint de caoutchouc sur lequel ils posaient un couvercle mécanique, maintenu en place par des encoches. Ce n’était pas toujours étanche et un foie corrompu ça pue. Puis vint le sertissage, encore faut-il bien le faire car rien ne ressemble autant à un ouvre-boîte qu’une sertisseuse maniée avec vigueur. C’est pour cette raison, bien avant les vins de garage chers à Jean-Luc Thunevin, les femmes de garagistes qui possédaient de bonnes sertisseuses bricolées par leurs maris se lancèrent dans la conserve de foie gras.

 

Les Romains gavaient aussi les oies, mais là je vous laisse le soin de le découvrir dans la bible des Abats en Majesté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vais me contenter de vous donner la recette des « Foyes gras mincés à la chicoté » du cuisinier gascon Louis Auguste de Bourbon 1740

 

Cette recette illustre ce que l’on nommait, à l’époque, des foyes gras (au pluriel). À noter que l’on écrit mincer pour émincer.

 

Prenez de la chicorée accommodée comme pour les filets de mouton (il s’agit de feuilles), minces à l’ordinaire ; prenez ensuite des foyes gras blanchis que vous mincez le plus qu’il se peut.

 

Vous les jetez dans cette chicorée, prenez garde qu’ils ne bouillent ; ajoutez une pointe d’ail et servez ; vous en faites au cresson de même, le cresson bien blanchi avant de l’employer.

 

Louis-Auguste de Bourbon, marmiton princier !

 

Ce prince-là, de son prénom Louis-Auguste (1700-1755), était le fils aîné du duc du Maine et de Louise-Bénédictine de Bourbon-Condé, la petite-fille du Grand Condé. Un livre lui a été dédié, il s’agit du Cuisinier gascon imprimé à Amsterdam, en 1741, sans nom d’auteur. Cet anonymat ne trompait personne, du moins à la cour, car tout le monde savait qu’il était de la main de Louis-Auguste de Bourbon lui-même. Ce Cuisinier gascon est considéré comme l'un des livres de cuisine les plus célèbres du XVIIIe siècle. Il offre peu de recettes, mais celles-là sont désignées sous des noms pittoresques : poulet chauve-souris, yeux de veau farcis, poulets en culottes, sauce au singe vert, sauce au bleu céleste, veau en crotte d'âne roulé à la neuteau, hachis d'oeuf sans malice, etc. On y trouve aussi de nombreuses recettes italiennes très détaillées.

 

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15 février 2017 3 15 /02 /février /2017 06:00
L’inexorable déclin des baby-boomers : la barboteuse, le bébé Cadum, le timbre antituberculeux, le DDT…

Nous les baby-boomers sommes poussés vers la sortie tout en contemplant avec un brin de nostalgie nos petits-enfants ; j’en ai 3 de sang et 1 dont je suis le papy d’occasion, mais je suis tout aussi attendri par les petits de mes jeunes amies : Adam, Augustin, Isidore…

 

850 000 bébés naissent en France en 1948, un record depuis les années 1900. Les femmes avaient en moyenne trois enfants, soit un de plus qu’avant-guerre. Nous étions pour la plupart d’entre nous nés dans un chou…

 

Pile poils dans la cible puisque né au beau milieu de 1948, petit dernier d’une famille de 3 enfants. Depardieu, Nathalie Baye, Charles d’Angleterre, Anne Sinclair, en sont eux aussi.

 

Les Américains sont encore populaires, les hommes délaissent le gris que l’on roule et la Gitanes pour les Lucky Strike, les Camel ou les Craven A, les femmes découvrent le luxe du bas nylon, et les gamins mâchouillent du « chouinegomme ».

 

À la ville où beaucoup de bras paysans migrent, les parents poussent leurs landaus, traversent la chaussée dans des passages piétons délimités par de vrais clous, alors qu’une nuée de vélos zigzaguent entre les grosses Traction avant et les petites 4 ou 2 CV. Même si Victor Mills aux USA a inventé la couche jetable, les bébés gaulois sont emmaillotés par leurs mères dans des langes en tissu qu’elles épinglent sur leur petit cul.

 

Je lis dans une publication Nous les enfants de 1948 :

 

« On nous immortalise dans cet état de grâce : recherchés pour leur aptitude à nous faire tenir en place, certains photographes se spécialisent dans l’enfance, et nos parents trouvent leurs coordonnées au verso des photos que leur montrent leurs amis. Quand nous ne jouons pas aux vedettes, nous agitons nos hochets et nos crécelles dans des landaus ou des berceaux. »

 

Là encore je suis plein centre de la cible : le photographe de la famille Berthomeau c’était Mr Ferlicot à la Roche s/Yon.

 

Mais ce matin ce qui motive mon retour en arrière c’est que je souhaitais tirer de l’oubli : la barboteuse.

 

Je n’ai pas dans mes archives photographiques de cliché de ma pomme en barboteuse afin d’illustrer mon propos ; alors je puise dans le crédit photo de la Toile.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Avec notre petite crête ondulée sur la tête, nous remuons dans les mêmes barboteuses que nos parents. Leur popeline garantit une certaine douceur à nos derrières, tandis que la laine de la version hivernale les protège du froid. La culotte bouffante, les manches ballon et le col Claudine ne sont pas démodés, même si « pour bien habiller les enfants », la fillette Marinette recommande la culotte Petit Bateau. Blanches, parfois à smocks ou brodées, les barboteuses réussissent miraculeusement à nous donner une certaine élégance. »

 

Ma sainte mère étant couturière j’ai toujours été habillé comme une figure de mode mais je n’ai pas décroché le titre de « Bébé Cadum » pour la bonne et simple raison qu’il ne lui serait jamais venu à l’idée de me présenter au concours du plus beau bébé de France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mes couches passaient à la lessiveuse pour bouillir avant de se faire frictionner au savon de Marseille et par la brosse de chiendent. L’heure n’était pas venue d’utiliser Persil qui lavait « plus blanc » puis « encore plus blanc »

 

Dans nos campagnes, comme à la ville, la tuberculose sévissaient, chez les humains et chez les vaches. Le timbre antituberculeux « tôt dépisté, vite guéri » nous était apposé au bras par la médecine scolaire. Des poumons d’acier étaient installés dans des hôpitaux. Le Dr Morineau, qui fut le candidat du PSU à la Roche s/Yon était pneumologue.

 

En ville, la Croix Rouge française ouvre des centres de stérilisation appelés « Goutte de lait ».

 

Le plan Marshall aide le développement de l’industrie laitière et plusieurs coopératives fondent France Lait, qui deviendra Régilait. En l’absence de réfrigérateur, le lait en poudre est le bienvenu.

 

Paul Herman Müller reçoit le prix Nobel de médecine pour sa découverte du DDT, remède « miraculeux » contre les poux, la gale et la mouche tsé-tsé…

 

Ce petit retour en arrière qui donne un peu de perspective à certains acculturés qui sévissent sur la Toile pour qui le monde a commencé avec eux, n’avait pour seul but que de lancer un appel à mes amies mères ou futures mères : cousez votre première barboteuse pour votre bébé !

 

« Quoi de plus craquant qu'un bébé en barboteuse ? J’adore le côté bouffant de ces vêtements, c'est confortable à porter et ça met en valeur les petits bras et les petites cuisses potelées de bébé. »

 

C’est sur Petits petons à croquer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Alors Isabelle, Fleur, Justine, Lily… lancez-vous !

 

L’amie Marie, très couture, pourra guider vos pas ou plus exactement vos points…

 

Attention, mes très chères amies, ne voyez pas dans mon appel une injonction pour vous renvoyez dans l’univers confiné de la femme au foyer. Bien sûr que non, vous pouvez sans problème transmettre mon appel à vos compagnons qui pourront chausser le dé et tirer l’aiguille si vous le leur demander.

 

La barboteuse étant unisexe qu’importe le sexe de ceux qui exécuteront le chef d’œuvre !

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