Mercredi 24 octobre 2012 3 24 /10 /Oct /2012 14:00

« Qu’est-ce que l’on entend désormais par élite ? » s’interroge tout à la fin de son dernier Essai « L’agonie des grands mâles blancs sous la clarté des halogènes » l’Éditeur 15€ Olivier Bardolle.

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« La définition même de ce que l’on désigne par ce mot a considérablement évolué… » souligne-t-il.


Je vous laisse le soin découvrir l’élite d’autrefois selon Bardolle très « noblesse oblige » au comportement exemplaire où honnêteté, altruisme, éthique, droiture, honneur n’étaient pas des vains mots. Manquent que des noms, mais Bardolle est ainsi fait, comme tout bon sabreur il sait pratiquer l’esquive et ça fait partie de son charme irritant.


« Ni vieillard acariâtre, ni Alceste aigri, Olivier Bardolle est un grand gaillard baraqué, à la cinquantaine juvénile, droit dans ses jeans, qui endosse peu souvent une veste, ignore le port de la cravate, circule à moto et préfère écouter Johnny Cash plutôt que le De profundis de Michel-Richard de Lalande. » portrait de Valeurs Actuelles un hebdo bien comme il faut, réac comme un petit Vendéen crotté du bocage les aime « bonjour nôtre maître… » chapeau bas devant Antoine Morrison de la Bassetière dont mon père « battait » (effectuait les battages des céréales de ses métayers en tant que petit entrepreneur). La suite de la bio à la fin.


« (…) l’élite a changé ; elle se caractérise désormais par une certaine propension à s’exonérer du droit commun et à entretenir soigneusement une politique de réseaux, c’est une « élite des affaires », on s’entraide, on se décore mutuellement, on se rend plein de petits services, on pratique, comme Tony Soprano, le trafic d’influence et le commerce des relations. On n’hésite d’ailleurs nullement à s’embrasser à la manière des voyous, avec forte claque dans le dos, afin de vérifier que l’autre n’est pas exagérément armé (…)


Bardolle cite quelques exemples des pratiques de ce « milieu » comme le coup de fil qui va vous permettre d’ « accéder en vingt-quatre heures au bloc opératoire » là où le commun des mortels, c’est-à-dire ceux qui ne font pas partie de « l’élite », attendent plusieurs semaines, voire plusieurs mois.


Bref, Bardolle d’embrayer sec comme tout bon motard qui se respecte « avec de telles mœurs, comment voulez-vous que l’on puisse faire confiance à ces grands mâles blancs dépravés qui n’ont rien à  offrir comme exemple que ces combines et ces sempiternels passe-droits ? »


Puis, Bardolle place une trilogie de COMMENT acérés auxquels il nous associe, merci, j’adore la charge :


« Comment pourrions-nous ressentir la moindre nostalgie si, d’aventure, de tels individus venaient à disparaître ? »


« Comment pourrions-nous les regretter ces champions des tribunaux de commerce, des cabinets de lobbying, des cénacles privés et autres réseaux où l’on s’échange les bons tuyaux, ces professionnels de l’optimisation fiscale, des acquisitions par effet-levier, des délocalisations compétitives, des restructurations compétitives à coups de plans sociaux ? »

« Comment pourraient-ils susciter en nous  de la sympathie ? »


Arrive l’estoc Bardolienne « On pourrait même en venir à souhaiter qu’ils soient balayés par le grand vent de la mondialisation. Sur le plan de la grandeur d’âme, ces élites sont de toutes petites élites de rien du tout, elles tiennent trop à la vie et sont incapables de se sacrifier pour une idée, pour une œuvre, ou pour un grand amour. C’est une élite de l’apparence où l’on se croit surhumain, au-dessus du panier, parce que l’ivresse, parce que la jeunesse, parce que l’argent et puis avec le temps, on s’aperçoit que l’on n’échappe pas au sort commun »


Enfin, la mise à mort : « On a eu beau se ménager tant et plus, faire du sport, mener une vie « saine et hygiénique », passer son temps chez le toubib, on commence par se faire opérer de la hanche, et pour finir, élite ou pas élite, on tremblote comme tout le monde. Ainsi 80% des gens meurent aujourd’hui dans un lit d’hôpital, leur fin de vie n’est pas toujours esthétique, ils on traîné leur carcasse trop longtemps. Un beau matin ils se font ramasser par le Samu, direction le CHU, et là, devenus simples numéros, ils expirent en toute discrétion, de manière soft et très technique. »


Et d’enfoncer le clou, sans pitié aucune, dans le bois tendre de la « bière » de luxe : « En somme, ils ne meurent pas, ils disparaissent, hop ! escamotés, la mort c’est trop moche, pur négatif ! Les vivants en ont entendu parler mais ils ne veulent pas la regarder en face ; « le soleil et la mort, etc. », c’est bien connu, lunettes de soleil et œillères pour tout le monde, et pour finir, réduits en poudre, en simple petit tas de cendres, et le tour est joué. On est déjà bien assez angoissés comme ça par la vie, alors, vous pensez, la mort… »


Pas mieux, le Bardolle me gonfle parfois avec ses on un peu massificateur, ses facilités de plume, son côté parisien à qui je conseillerais, a minima, d’aller tâter des mecs et des nanas du terroir profond afin de ne pas nous mettre tous dans le même sac à patates versus MARX, mais tout réac qu’il fut sa prose est salutaire dans un monde de petits robinets d’eau tiède propre sur eux. Moi je ne crains pas le gant de crin que je préfère de loin à la brosse à reluire. Et puis, depuis Extension du Domaine de la lutte, Houellebecq j’en connais un rayon…

Si lire « L’agonie des grands mâles blancs sous la clarté des halogènes » l’Éditeur 15€  vous tente voici la présentation faites par le site de www.l-editeur.fr (Bardolle étant le fondateur de cette toute nouvelle maison d’édition »


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« Le grand mâle blanc, au sourire conquérant, cigarette aux lèvres, verre de scotch à la main et Cadillac sous le coude, icône d’une société de consommation en plein essor, n’existe plus. Ses échecs historiques à répétition, les guerres dévastatrices, les décolonisations douloureuses, les krachs en série, l’irruption des nouvelles puissances, ont eu raison de son aura. L’hypermodernité, règne de l’urgence et de la superficialité, a rendu désuètes ces gueules charismatiques. Fini l’homme « taillé pour la pleine mer, pour parcourir les steppes à cheval, traverser les déserts, pénétrer au plus profond des forêts primitives ». Au programme désormais : crise économique, dette publique, précarité de l’emploi, concurrence sauvage et logement clapier. Cette nouvelle existence au rabais signe la fin de la vie héroïque et de ses excès. À l’ère de la grande fusion universelle et du temps numérique,  il va falloir apprendre à se faire tout petit.

Un essai drôle et désespérément lucide sur le crépuscule du grand mâle occidental tel que nous le connaissons depuis la découverte de l’Amérique, et tel que lui-même a pu s’admirer dans le miroir complaisamment tendu par Hollywood. »

 

Suite de la bio d’Olivier Bardolle made in réac des mecs de Valeurs Actuelles


« Rien, dans son apparence et son parcours, ne correspond à l’image convenue qu’un progressiste bon teint se fait d’un “suppôt de la réaction”. À 17 ans, au lieu de s’enthousiasmer pour les illusions lyriques de Mai 68, il traçait la route en Angleterre et flibustait à la légendaire Radio Caroline, avant de travailler, plus classiquement, pour la BBC. De retour en France, il fait ses premières armes dans la publicité, dont Victor Pilhes lui dévoile les arcanes.


En 1979, il publie un premier livre, Mode in France, sur les dessous du prêt-à-porter. De la publicité au cinéma, il n’y a qu’un pas qu’il franchit en acceptant d’entrer à la Warner, dont il codirigera l’antenne française pendant trois ans. De Los Angeles à Cannes, il côtoie avec amusement mais sans illusions le petit monde hollywoodien et sa frénésie du paraître.


Cependant, le besoin d’indépendance se fait sentir, et il ne tarde pas à créer sa propre entreprise, Talent Group, régie commercialisant les espaces publicitaires dédiés aux bandes annonces dans les salles de cinéma. Depuis sa création, la société a élargi son offre, proposant aux distributeurs de films un service d’e-mailings à destination des cinéphiles sur Internet.


Homme d’affaires le jour, écrivain la nuit


Comment un tel homme, immergé dans l’hyper modernité, ayant choisi de travailler dans ces milieux sous-culturés de la publicité et du cinéma, pourrait-il être réactionnaire ? En fait, Olivier Bardolle doit pratiquer la dissociation de la personnalité : homme d’affaires à succès le jour, maîtrisant les codes sociaux de son environnement de travail dont il sape, la nuit, les valeurs factices, par l’exercice clandestin de la pensée. Notre homme, il est vrai, a de fort mauvaises lectures : Gracian, Baudelaire, Leopardi, Schopenhauer, Nietzsche, Bernanos, Céline, Cioran, Bernhard, Debord, Muray… De quoi faire frémir l’abonné de Télérama et l’électeur socialiste de base !

 

Afin d’aggraver son cas, il ose même écrire, et non sans talent. De Mon réveillon avec le dernier des chiens (Ramsay, 2001) à De la prolifération des homoncules sur le devenir de l’espèce (L’Esprit des péninsules, 2008), du Monologue implacable à Des ravages du manque de sincérité dans les relations humaines en passant par un savoureux Éloge de la graisse et un essai pionnier sur Houellebecq, la Littérature à vif, l’écrivain dissèque le corps malade de la société contemporaine, crève les abcès, dégonfle les baudruches, avec la clairvoyance d’un disciple de La Bruyère et le désabusement allègre d’un lecteur de Cioran.

Moins désespéré que Muray, il croit encore – comme en témoigne son iconoclaste et tonique Petit traité des vertus réactionnaires – à la possibilité de survivre à notre modernité décadente, à la résurrection des hiérarchies verticales, et à l’épuisement de cette mine sans fond qu’est la bêtise des bien-pensants, de ces “derniers hommes”, veules et repus, dont Nietzsche prédisait l’avènement catastrophique.


Contre la politique résignée du “chien crevé au fil de l’eau”, Olivier Bardolle veut se persuader qu’il est encore loisible de sauver quelque chose de notre vieille civilisation, dans le naufrage annoncé. C’est pourquoi il vient de créer une maison d’édition au nom provocateur, L’Éditeur, avec pour mot d’ordre “le retour au texte” et pour ambition l’alliance du monde de l’écrit et de la galaxie de l’image. Rien n’est plus dangereux qu’un réactionnaire sans illusions, animé par un pessimisme actif. »

Par JACQUES BERTHOMEAU - Publié dans : Billet
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