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26 novembre 2014 3 26 /11 /novembre /2014 00:09

allees-paul-riquet.jpg

 

C’est un court récit de Didier Daeninckx édité chez Verdier Retour à Béziers. Houria, à sa retraite, aussi épaisse qu’un fil à couper le beurre 917 euros, quitte Montreuil pour revenir à Béziers la ville de son enfance. Elle trouve facilement à se loger dans un immeuble haussmannien avec vue sur les Champs Elysées biterrois, les allées Paul-Riquet. Ensuite le choc est rude : il ne reste plus grand-chose de l’ancienne capitale du Midi viticole…


Beziers.jpg

 

L’extrait ci-dessous est intéressant car il éclaire bien l’antagonisme violent qui explique beaucoup de prises de position futures loi Evin compris.


Françoise l’interrompit.


-          C’est sa marotte qui le reprend… Depuis qu’il a décidé d’être abstinent, il ne parle plus que de vin!


Il avait soupiré mais on voyait que leur numéro était bien réglé.


-          Pour ce que je buvais ! Personne ne peut nier que c’est le jus de treille qui a fait l’immense richesse de Béziers. Les immeubles des allées Paul-Riquet, les châteaux pinardiers de la rue de la République, les halles, le théâtre, la gare de triage, la Caisse d’Épargne ! Tout vient des alignements de ceps qui striaient le paysage ! Jusqu’à la guerre de 14 qui a, elle aussi, été source de profits quand le pipeline de gros rouge alimentait les tranchées. Il pèse bien 10% du sang répandu à Verdun sur le chemin des Dames… Cette ville est bâtie sur le crime ! Tenez, lisez ce texte, il date seulement de 1961, vous n’allez pas en croire vos yeux !


J’ai saisi la feuille pliée de la Dépêche du Midi où se détachait en lettres grasses le titre « S.O.S ». L’article que j’avais sous les yeux était signé d’Émile Claparède, ancien ministre, sénateur, maire de Béziers, et avant tout président du Comité national des Vins de France :


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La défense de notre boisson nationale est devenue une nécessité vitale, impérieuse. Au départ, en novembre 1954, la lutte anti-alcoolique avait été organisée dans un esprit louable. Ensuite, beaucoup plus récemment, les coups les plus durs – des coups bas – furent portés au vin. De tels moyens étaient déjà inadmissibles, révoltants. Aujourd’hui la situation s’aggrave considérablement. Le vin, selon certains, ne serait plus UN des facteurs de l’alcoolisme, mais le SEUL responsable du fléau. Il est temps de réagir énergiquement contre de telles aberrations. Il faut, sans plus attendre, mettre en place, avec des moyens puissants, une véritable « force de frappe » qui touchera les masses. C’est alors, mais alors seulement, que triomphera la vérité, celle que criait avec autorité et bon sens, sous la IIIe République le président Raymond Poincaré : « Mais is le vin était nuisible, eh bien !on le saurait. On le saurait depuis les Latins, depuis les Grecs, depuis Homère, depuis la Genèse… C’est un très vicieux procès. C’est un procès jugé depuis Bacchus. » Croyez-moi, amis vignerons, et vous tous qui vivez du produit de la vigne : la vague anti-vin se développe de façon très inquiétante. Il est relativement facile de l’endiguer. Mais attention il n’y a pas une minute à perdre.


Jean-Claude s’était rapproché pour lire par-dessus mon épaule.


-          C’est incroyable, non ? Ils ont organisé des caravanes de promotion de la boisson hygiénique » dans toutes les fêtes de village, au moment du Tour de France, sur les plages. Résultat, des cirrhoses du foie comme s’il en pleuvait… »

 

Photos extraites de La caravane publicitaire VINS DE FRANCE link


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

patrick axelroud 29/11/2014 16:22


Sacré Taulier ! Encore un bon conseil de lecture ; bien qu'avec D.Daeninckx on pouvait quelque peu, s'y attendre. A vous briser le coeur ! Bien que fréquentant souvent cette région je ne suis
jamais passé à Béziers. Cette nouvelle me rappele mes passages à Orange, à Cavaillon, aussi triste que les villages moribonds des Ardennes . "Est ce ainsi que les hommes vivent ?" Aragon

Aredius 26/11/2014 15:13


En 1971, j'ai eu mon premier poste à Montpellier. Ma cantine était le Restau U, pas loin des voies ferrées où passaient des trains de pinard. L'eau du robinet était imbuvable et on ne pouvait
l'utiliser pour le café. Mais je ne voulais pas acheter de l'eau en bouteille pour le prix du vin. Alors j'ai acheté de ces petites bouteilles de vin de cantine. Je n'ai pu le boire ! Et c'est
ainsi que c'est à Montpellier, que je me suis mis à boire de la bière alors que ne j'appréciais pas beaucoup la bière.

Luc Charlier 26/11/2014 12:00


Je n’ai pas d’expérience perso remontant à Mathusalem, mais ma compagne, née à St Pons de Thomières il y a un peu plus d’un demi-siècle a passé une partie de son enfance à Capestang, où son frère
vit encore et où ses nièces et neveux ont grandi. Parmi eux, il y en a une qui est chef-coq et elle a fait pas mal de stages dans le Biterrois. J’ai assisté à la feria de Béziers vers
2001-2002, alors que je n’étais pas encore installé par ici. Tous les témoignages concordent, sans aucune exception : la ville était belle, l’ambiance y était agréable, les commerces
florissaient. Et combien de bons restaurants !!! (Olivier Bontemps à Magalas, l’Octopus, le Petit Pierre, l’Ambassade, la Raffinerie, La Table de Roueyre à Quarante ... je ne les connais pas
tous).


Maintenant, les allées Paul Riquet sont sales et dangereuses, les rideaux métalliques sont tagués et tirés, les halles n’offrent plus la même diversité, les locaux se plaignent. Je ne dis pas que
tous les commerces sont à la ramasse, mais les pompes de cale tournent à plein régime car beaucoup prennent l’eau. Et avec le Canal du Midi et l’enfilade de Fonserannes (plusieurs orthographes),
c’est facile de se remplir.


Il faut un sociologue averti pour expliquer les raisons, mais je suppose que, comme dans beaucoup de villes de moyenne importance, l’installation exponentielle de ces centres commerciaux
aseptisés (toutes les mêmes marques, de Bergen à Naples) et ces enseignes de multi-nationales ont dû contribuer à vider le centre ville de sa substance.


Bien sûr, le jaja ne se boit plus, mais il y a tant d’excellents vins qui sont nés dans ce coin depuis lors. Je ne suis pas sûr (ai pas les données) que le volume d’affaires ait baissé – le prix
du bon Montpeyroux en bouteille est infiniment plus élevé que celui du rouge de citerne de jadis.


On va me dire – merde à la langue de bois – que c’est à cause de l’immigration. Je n’en crois rien : celle-ci a suivi la baisse des loyers et l’exode des nantis pour s’installer là où les
habitants précédents n’étaient plus. Et la municipalité d’extrême droite, avec ses mesures démagogiques et ses effets de manche, ne ramènera pas la prospérité. Ce ne sont pas les Beurs qui ont
fait partir l’argent du beurre et les crémières.


 


Partout où la viticulture de masse disparaît, les pouvoirs publics et les caciques locaux déploient des tonnes de moyens – inefficaces – pour ralentir cette tendance. Leurs électeurs l’exigent.
Ce même argent, utilisé pour aider – si besoin est – les vignobles de qualité qui s’y développent, et pour diversifier l’activité vers d’autres branches, génèrerait plus d’emplois locaux mais ...
les mécontents sans emploi persisteraient. Et c’est la seule chose que l’on veut empêcher. Dans les contrées vigneronnes, on semble considérer que le seul travailleur digne d’intérêt est ... le
vigneron. J’ai assisté à mon arrivée à quelques réunions proches des encartés cellulaires (langue de bois). Il n’était jamais question que de vigne. Et les caves particulières semblaient plus un
étranger, voire un ennemi, qu’un camarade vivant dans une classe un peu déviante. C’est l’empoi dans son ensemble, et la prospérité globale d’une région qu’il faut essayer de sauvegarder, contre
les banques, contre les gros intervenants venus d’ailleurs, contre les encaisseurs de subsides et d’aides en gros. Vouloir à tout prix maintenir le NOMBRE de viticulteurs en activité envers et
contre tout n’a aucun sens, surtout si la qualité de leur vie (nombre d’heures de travail élevé, pesticides, engins dangereux et polluants) est faible, leurs revenus indignes et la retraite
qu’ils toucheront (peut-être !) scandaleusement basse.

clavel 26/11/2014 09:39


Le développement de la productions des vins populaires du Bitterois est contemporaine de la révolution industrielle et de la construction des chemins de fer. Béziers est a l'origine de la
construction de la ligne du centre par Neussargues vers Paris Bercy relié au réseau d'intéret local (Plan Freyssinet 1879) appelée Ligne du Midi, ligne du vin qui a des prix de transport
inférieurs à PLM (Paris Lyon Méditerranée) Les consommateurs de ces vins sont dans les centres industriels , mines, sidérrugie,construction des chemins de fer, le vin est considéré comme un
moyen, peu onéreux, permettant de supporter les conditions de travail trés difficiles de ces ouvriers. Mes ancêtres vignerons à Magalas, dont la gare est relièe au réseau du Midi, ont crée
un établissement de vente de vin dans le bassin de Briey en Lorraine, recevant les barriques de 600 l. directement de Magalas, ce qui leur a permis de surmonter les difficultés de la Crise
de 1907.

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