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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 00:09

S’il est une chronique dont la vitalité reste intacte depuis sa publication en avril 2009 c’est bien Signé Augustin Florent « négociant de nulle part »: avec Carrefour je ringardise…  À chaque Foire aux Vins elle a un pic de lecture et au fil des autres mois elle draine son petit lot de lecteurs même que dernièrement un lecteur me faisait part de sa satisfaction de savoir qui se cachait derrière ce patronyme rassurant.


En recherchant « la cave d'Augustin Florent » je suis tombé sur votre article qui m'a bien plu, même s'il date. Je n'ai pas l'habitude de faire mes courses dans la grande distribution, je suis adepte des marchés de producteurs. J'ignorais que « la cave d'Augustin Florent » était une marque crée par Carrefour.

Si je faisais cette recherche, c'est qu'à l'occasion de mes récentes vacances, je me suis dépanné d'une bouteille de vin d'Appellation Ventoux contrôlée 2011 dans une petite épicerie avec l'étiquette « la cave d'Augustin Florent », bouteille numérotée. Le vin était bouchonné et je voulais faire part de mon désagrément. Eh bien je comprends mieux à présent si c'est préparé pour Carrefour.

 Je me suis promis de ne plus acheter d'Augustin Florent, mais encore plus à présent que je sais qui se cache derrière. »


Lors de la parution de la chronique j’eus droit aux remontrances d’un anonyme belge dans ma boîte mail personnelle que je publiais en commentaires

    Bonjour,

Je viens de lire votre bafouille. Vous vous moquez (certainement à raison) du dérapage marketing de Carrefour. Mais je ris dans ma barbe en lisant votre texte, à certains moments on dirait du très mauvais Céline.

Vous critiquez une chaîne de distribution qui copie, qui pique ses idées chez les autres mais vous-même n’avez aucun style. Avec de surcroît, des fautes d’orthographe à la pelle …

J’ai acheté hier une bouteille de cher Augustin et je l’ai trouvée d’un excellent rapport qualité-prix. Un vin qui correspond tout à fait à l’annonce du groupe commercial.

Votre critique est celle d’un vieux schtroumpf qui regarde dans le rétroviseur. Allez critiquer les grands châteaux de Bordeaux qui sont devenus hors de prix et qui font le bonheur des spéculateurs.

Vous devez être un chouette monsieur mais là, laissez-moi vous dire que vous avez raté votre cible.


Bonne soirée,

Benoit l’épicurien


PS : aujourd’hui, j’ai acheté trois bouteilles de rouge de cher Augustin. Pour votre info, je suis amateur de vin et ai déjà bu quantité de crus classés du Bordelais.

 

La signature et le PS me comblaient d’aise, le défenseur d’Augustin se sentait obligé de justifier un pedigree au-dessus de la norme, quant à la référence à du mauvais Céline elle me laissait de marbre vu que ma prose ne se risquait pas à faire dans le style de ce cher Louis-Ferdinand et pour les fautes d’orthographe je commençais par corriger celle de mon commentateur avant de publier sa réponse. Comme le chantait Jacques Brel on peut être belge et con à la fois car dans ma chronique je ne critiquais que la ringardise du marketing et non le vin qu’il y avait dans les bouteilles.


« Entendez-moi bien, ce que je raille c’est votre prétention à vous parer des plumes de créateurs avec votre approche ringardo-minimaliste de votre « collection de vins de terroir à petits prix ». Ils méritent mieux que votre pseudo-marketing ces vins sans prétention. En les personnalisant, par un patronyme à la con, vous dévalorisez le travail des vignerons des caves où vous achetez vos vins. Pour votre défense vous allez me rétorquer que le patronyme de fantaisie est un grand classique du négoce français. Je sais. En effet, je n’ai jamais croisé à Vinexpo ni le baron de Lestac, ni Jean-Pierre Chenet. En revanche, j’ai salué souvent Marcel Guigal et Gérard Bertrand qui signent des vins achetés chez d’autres vignerons. Ce goût très prononcé des marchands de vie pour des noms fleurant bon le terroir leur a toujours été reproché par les vignerons authentiques. Ça accrédite le soupçon de maquillage qui a produit en France la notion que je ne goûte guère : vins de propriétaires »


Bref, comme depuis lors je n’avais plus jamais mis les pieds dans un Carrefour et que je ne fréquente pas, comme le font en masse mas confrères critiques, les dégustations précédant les Foires aux Vins des Grandes Enseignes (où je suppose d’ailleurs que les vins d’Augustin ne sont pas présents) je n’avais plus croisé Augustin Florent.


photoAugustin2.JPG

Sauf que l’autre jour, à quelques encablures de mon somptueux bureau, cherchant une bricole  et trouvant porte close partout ailleurs je me suis risqué dans un Carrefour market (ex- Champion). Et dans le froid quasi-glaciaire qui régnait dans cette moyenne surface je suis passé à côté de l’affligeant mur de vins qui caractérise ce type de magasin. Ô surprise, tout en haut du rayon : que vois-je ? Une bouteille de Vin de Pays des Coteaux de Peyriac signée Augustin Florent. Toute seule, isolée, sans même une ou deux petites sœurs de la gamme et je me souvenais d’avoir écrit dans ma chronique « J’espère au moins que vos chefs de rayon auront à cœur de présenter un superbe facing de ces « 13 saveurs à découvrir » et non de les disperser dans le mur de vins en fonction des critères traditionnels. » Là, comme disent les jeunes pousses, pas de souci la MDD se la joue : seule sur cette plage pauvre petite fille… riche…


photoaugustin-copie-1.JPG

À mon second passage, derrière un pilier, j’ai tout de même repéré derrière un pilier un Bag-in-Box signé Augustin Florent Vin de Pays de la Cité de Carcassonne. Pour le reste toujours le même foutoir, la même absence de lisibilité de l’offre, alors je me demande pourquoi les grosses têtes de cette enseigne qui recherche désespérément à retrouver son lustre d’antan continue dans ce type de magasin de proximité à traiter ses clients comme dans les hypermarchés ? Pourquoi donc la fameuse signature Augustin Florent, plutôt bien packagée, même si je trouve le recourt au patronyme trompeur,  n’est-elle pas mise en avant, valorisée. Quand on pense que le vin est français est majoritairement vendu par la GD on ne peut que se désoler d’un tel traitement. Où est le service ? Que les cavistes ne prennent pas ombrage de mes remarques aux grands distributeurs car il faut qu’ils sachent que beaucoup de consommateurs ne mettront jamais les pieds dans une boutique spécialisée et que pour faire progresser la vente du vin il faut aussi s’intéresser à ce canal de distribution.


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Pour en finir avec mes remarques : j’ai acquis la boutanche de Vin de Pays des Coteaux de Peyriac 2,45€ et je me suis dit que les Foire aux Vins de la GD c’était bien joli pour se la jouer grands crus ou beaux flacons mais que de s’intéresser à la chalandise au jour le jour, dans le rayon vins ne saurait nuire à la cause du vin. Mais là rien n’est fait, tout reste en l’état, alors Augustin Florent ou pas… depuis le temps où, avec Jean-Louis Vallet, nous réfléchissions à l’évolution du rayon vins afin de lui redonner une dynamique mettant en valeur une segmentation de l’offre qui puisse guider le consommateur et dynamiser les ventes de vins d’entrée de gamme… Aujourd’hui tout le monde s’en fout ou presque…

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 14:00

« Pour les bobos et les bobottes pousseurs de gnards calés dans des poussettes Mac Laren je signale que les Maisons Familiales Rurales ne sont pas des haltes garderies situées à la campagne mais des établissements d’enseignements dépendants du Ministère de l’Agriculture. Pour faire court, ce sont dans le paysage éducatif français des établissements qui ont gardé leur spécificité originelle : dans les 1935/1937 elles sont nées de la volonté des familles, qui se sont groupées pour agir, ensemble, au sein établissements de petites tailles, proches, permettant à leurs enfants de rester au «pays» tout en continuant à se former, à réfléchir à leurs projets professionnels, à participer à la modernisation de leur exploitation agricole, à s’engager dans le métier d’agriculteur. Très inspirées du catholicisme social du début du XXe siècle et pris en mains par les organisations militantes type JAC puis MRJC, elles ne situent pas totalement dans le clivage enseignement privé/enseignement public »


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Bref, nous voilà en Bourgogne, plus précisément la Maison Familiale de Beaune-Grandchamp 5 rue de la Corvée de Mailly 21200 Ruffey-lès-Beaune Tél. : 03.80.26.61.44 / Fax : 03.80.26.52.21 / E-mail : mfr.grandchamp@mfr.asso.fr


Cette maison produit un Melon : à quel Vin de Pays se rattache-t-il ?

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 00:09

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« L’Invention de la France » Atlas anthropologique et politique d’Hervé Le Bras et Emmanuel Tood chez nrf essais Gallimard 25€ est comme l’indiquent les auteurs « un livre d’un genre nouveau, un atlas et un essai, intimement liés. La carte n’est pas pour nous un objet de curiosité, mais une façon de comprendre et de démontrer.  Cette conception de la science sociale conduit à une réflexion sur la France, sur une nation pas comme les autres. »

Pour eux « La société industrielle n’a pas anéanti la diversité française (…) Chacun des pays de France représentent en fait une culture, au sens anthropologique du terme, une façon de vivre et de mourir, un ensemble de règles définissant les rapports fondamentaux, entre parents et enfants, entre hommes et femmes, entre amis et voisins. Aujourd’hui, la persistance d’écarts de fécondité importants entre régions, le maintien de différences étonnantes de mortalité entre départements, indiquent que ni le chemin de fer, ni l’automobile, ni la télévision, ni l’internet n’ont réussi à transformer la France en une masse homogène et indifférenciée. Du point de vue de l’anthropologue, la Bretagne l’Occitanie, la Normandie, la Lorraine, la Picardie, la Vendée, la Savoie et bien d’autres provinces sont toujours vivantes. »


« La France est, depuis la Révolution, un ensemble administratif unitaire, merveilleusement centralisé, obsédé de rationalité. De haut en bas et de gauche à droite de l’Hexagone, on tamponne les mêmes papiers, on passe les mêmes examens, on observe avec une précision maniaque les règles uniformes d’une grammaire et d’une orthographe reconnues comme sacrées. Nulle part ailleurs, en Europe occidentale, l’État n’est plus puissant, plus dirigiste. Mais justement, l’État est fort en France, parce q’il doit assurer la survie d’un système anthropologique décentralisée. La république Une et Indivisible coiffe cent types disteincts de structures familiales, cent modèles de comportements bsolument indépendants les uns des autres. »


J’avoue être un peu sceptique face, non pas à cette approche, mais par certaines des conclusions des auteurs qui projettent une France des années 80 (normal la première édition date de 1981) sans vraiment prendre en compte les nouvelles fractures régionales et surtout ignorer certains phénomènes massificateurs qui gomment les différences régionales. J’aimerais qu’il puisse se colleter aux 25 dernières années et mieux prendre en compte la grande bassine de la région Ile-de-France qui m’apparaît en réelle contradiction avec ce qu’ils avancent. Cependant, leur travail est extrêmement intéressant et constitue un formidable pied-de-cuve pour nourrir des études plus poussées plus approfondies sur beaucoup de thèmes abordés. D’ailleurs les auteurs le pressentent bien lorsqu’ils écrivent « Pourquoi ne pas ajouter quelques différences, parfois importantes, quelques nouvelles provinces mentales – maghrébine, africaine ou chinoise – pour les atténuer, les apprivoiser avec le temps, comme on l’a toujours fait en France. »


Je vous propose aujourd’hui de lire le bref chapitre consacré à l’alcoolisme il mériterait des développements plus poussés sur les causes afin d’aider à fonder une réelle politique de santé publique face à ce fléau plutôt que de continuer de brasser les idées fausses de la caste de ceux qui « vivent sur la bête » sans trop se soucier de l’inefficacité de leurs actions.  

 

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 14:00

De retour d’une réunion interprofessionnelle laitière à Lyon je confiais à mes chers lecteurs « J’avoue humblement que, jusqu’à il y a quelques jours, j’ignorais qu’il existât une AOP fromagère : Fourme de Montbrison. Celle d’Ambert, oui je connaissais, mais sa cousine germaine nichée dans le Forez n’avait jamais eu l’honneur de mes plateaux de fromage. Je n’ai pas coutume de mélanger mes activités professionnelles avec ma seconde vie de chroniqueur mais, sans vraiment faire une réelle exception, je vais ce soir faire la promotion de la Fourme de Montbrison. Pourquoi ce soudain intérêt me direz-vous ? La réponse tient en une forme de communiqué « l’Entreprise Forez-Fourme (10.5 Ml et 70 producteurs va être mis en liquidation judiciaire et depuis le 31 décembre leur lait n’est plus collecté. » Je n’entrerai pas dans le détail du dossier car ce n’est pas ici le lieu d’en parler mais sachez que cette entreprise produisait 150 tonnes de Fourme de Montbrison sur les  500 tonnes de cette AOP. »

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C’étaitle 5 janvier 2012 et les choses suivent leur cours, comme aurait dit ma mémé Marie c’est du rapetassage, nous faisons avec les moyens du bord.

 

Donc, lorsque tout récemment je suis allé du côté de Marx Dormoy j’ai acquis une bouteille de Côtes du Forez rouge 2011 AB O. Verdier J. Logel Marcilly-le-Chatel 42130 8,20€ : Quel le nom de la cuvée ?

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4 septembre 2012 2 04 /09 /septembre /2012 00:09

Pendant que votre Taulier barbote encore entre deux eaux dans un golfe enchanteur d’autres ploient de nouveau sous le joug du labeur. Et dans ce lot notre Eva qui, pour donner du cœur à l’ouvrage aux masses laborieuses, tire avec brio son Grolleau. Comme je suis en roue libre, loin de mes vaches, faites-moi le plaisir de m’épargner les petites remarques ironiques à mon propos sur une chronique à propos du Grolleau de Jo Pithon link . Bref, puisque dans notre vieux pays grand patrie des congepés il faut se taper la rentrée moi je ne puis qu’évoquer le must de la ringardise kitch des années 60 « L’heure de la sortie » by Sheila…


photo Eva

Déjà la rentrée. En traînant des pieds, on reprend la routine métro-retard sur la ligne et gens qui gueulent-boulot-dodo. Mais on espère qu'il va faire encore beau, que l'on pourra profiter des belles soirées d'arrière-saison et que l'on pourra prolonger un peu l'été avec des vins légers d'été.


La Loire a cela de formidable qu'elle arrive à donner des vins glouglous à souhait, digestes et parfaits pour se régaler sans être complément plombés par l'alcool. J'aime bien le Gamay revisité par certains vignerons, j'ai une affection toute particulière aussi pour le Pineau d'Aunis et son côté poivré, épicé. Mais il en manque un.


Le Grolleau. Je n'y pense pas assez, à ce cépage, lorsque je veux boire un vin facile, léger, hyper torchable. Si bien que quand un blogueur sympa link  me fait deviner ce qu'il y a dans la bouteille qu'il veut me faire goûter, le Grolleau ne me vient même pas en tête.


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C'est pas la classe ligérienne, surtout quand on découvre que ces jolies bulles de Grolleau sont gourmandes, fruitées, bonbonnées (ah si ça existe!) et que ça remplace à merveille un bière pour le côté « je veux des bulles amusantes et désaltérantes ». La gourmandise en plus.

Pour continuer, direction un autre Grolleau, sans bulles cette fois-ci.  « 'La Grande Pièce' », par Mai et Kenji Hodgson. Couple de vignerons atypiques dont vous pourrez lire la belle histoire ici, sur le blog de Philippe link


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Ils font partie du team En joue connection qui fait bouger le vin naturel en Loire. link Leur Grolleau ici est très glouglou, léger, fruité, digeste et sans défaut. On se régale, on a les papilles disponibles pour une autre bouteille, on s'étonne de voir la Grande Pièce déjà vide, et on prend une deuxième bouteille en prévision d'un pique-nique le week-end prochain.

 

Alors maintenant, pour combattre la déprime de rentrée, vous savez ce qu'il vous reste à faire: par le Grolleau, vous laissez porter.


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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 14:00

« La Corse, vue du ciel, à la Yann Artus-Bertrand, apparaît comme un massif montagneux arraché au continent et jeté à la mer. En 1986 lorsque, pour la découvrir, je l’ai survolée en hélicoptère, cette insularité rude et sauvage m’a fasciné. Comme chacun sait, en parodiant une boutade célèbre, la Corse est une île qui entend le rester. Ici, plus qu’ailleurs, la géographie physique a, profondément et durablement, marqué ce que nos professeurs qualifiaient, avec pertinence, la géographie humaine. Lorsque, chaque été, je pose mon sac, face à la mer, les flancs de la montagne, où règne le maquis tout juste échancré par quelques villages haut perchés, encerclent mon horizon, m’isolent. En une petite heure d’avion j’ai quitté la ville, ma ville capitale, son macadam et ses fureurs pour me retrouver, dans tous les sens du mot, en un lieu où se colleter à la nature, celle trop souvent idéalisée par les adeptes du tout naturel, est un défi chaque jour renouvelé.


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Alors ce samedi matin, en enfilant les boucles de la route qui grimpe jusqu’au Clos d’Alzeto, le plus haut vignoble de l’Île de Beauté (400 à 500 mètres d’altitude), alors que le soleil attisait déjà les senteurs fortes du maquis, je repensais à ce que je venais de lire sur le terroir dans le livre de Jacques Dupont Choses Bues : « J’ai plutôt tendance à trouver ringards tous ceux qui n’ont du mot terroir qu’une définition naturaliste, comme si c’était le fruit d’une sorte de génération spontanée. Le terroir béni des dieux, créé de toute pièce par Dame Nature qui en aurait fait don aux hommes, me donne envie d’aller me coucher. C’est de la philosophie de syndicat d’initiative. ». À Sari d’Orcino, dans la Cinarca, l’une des régions les plus enclavées et historiquement les moins perméables de Corse (le dernier « bandit corse » de renommée internationale André Spada fit régner la terreur sur la Cinarca jusqu’en 1935, date de son exécution à Bastia), même si le paysage de carte postale enjôle, on sent physiquement qu’ici, comme à Banyuls, le terroir ne peut exister que par la volonté têtue des hommes. C’est la nécessité, celle de vivre au pays, d’y vivre vraiment, qui a donné à la famille Albertini l’énergie et la ténacité nécessaires pour que ces arpents de maquis se transforment en un vignoble d’exception. »


Lors du Grand Concours de l’été 2010 quelle était le nom de la cuvée offerte par le Clos d’Alzeto ?

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 10:50

 

HB

L’actualité prime sur le farniente : Hervé Bizeul a un fichu caractère, car il en a beaucoup de caractère le bougre, et nos passes d’armes sur mon espace de liberté ont parfois pris des allures de combats au sabre d’abordage. J’adore la belle castagne, sans coups bas, loyale, où tout à la fin les protagonistes déposent les gants et se serrent la main. Avec Hervé il en a toujours été ainsi et, celles et ceux qui nous croyaient fâchés après nos prises de bec en ont toujours été pour leurs frais. J’ai de l’estime et du respect pour son travail car Hervé est de ceux qui font et, croyez un vieil expert des Pyrénées-Orientales, il fallait de la moëlle et de la pugnacité pour s’implanter et réussir dans ce département en pleine décadence post-vdn.

 

En revanche, je l’avoue, pendant tout un temps, celui où j’étais sous le feu, la RVF, ne m’a jamais paru briller pour son avant-gardisme, sa capacité à capter les nouvelles tendances et à mettre en avant des vignerons border line, son courage dans les débats professionnels où ses rédacteurs étaient le plus souvent aux abonnés absents. Surtout ne pas choquer l’establishment, rester engoncé dans une conception très grands vins prout, prout ma chère, ignorer les vins roturiers, bref une vieille dame digne avec permanente, napperons sous les vases, guéridons enjuponnés et gâteaux secs incorporés. Bref, tout ça était bel et beau mais ne s’adressait plus qu’à un lectorat vieillissant alors, avec la foi des nouveaux convertis, la vaillance des ouvriers de la vingt-cinquième heure, la RVF s’est mise à la mode avec plus ou moins de bonheur. Tant mieux pour la cause du vin même si les gloses de Denis Saverot sur la loi Evin frisent souvent la bonne démagogie et que les blogueurs ne sont guère appréciés de la vieille dame rafraîchie.

 

Alors, je dois avouer que la lecture de l’article d’Antoine Gerbelle m’a laissé un sale petit goût de règlement de comptes à OK  organisateurs de salons en tout genre. Son titre « Peut-on juger en toute sérénité les vins du Roussillon ? » laisserait augurer d’une profonde réflexion de ce cher Antoine sur les évolutions qu’ont connu les vins du Roussillon. Mais tel n’est pas l’objectif du papier, il s’agit essentiellement de river le clou à Hervé, le renvoyer dans ses 18 mètres, lui brandir sous le nez un carton rouge : « Trublion de la blogosphère et figure du Roussillon, le vigneron Hervé Bizeul s’en prend aux commentaires de l’édition 2013 du Guide Vert de La RVF dans sa région. A-t-il raison ou pousse-t-il un peu trop loin le bouchon ? » Est-ce vraiment la bonne question ? J’en doute vraiment à la lecture du papier de ce cher Gerbelle qui après l’évocation des bisbilles avec Hervé se clôt par une bordée de méchancetés. Je cite :


« Mais l’inventeur de La Petite Sibérie vendue à plus de 200 euros la bouteille a suivi depuis une trajectoire difficilement lisible : un temps négociant soit disant équitable pour la grande distribution avec sa marque Walden, puis égaré sur les collines ventées du domaine de La Chique avec de gros volumes de petit vin à vendre, il a fini par manquer d’oxygène au point de céder une large part du capital de son Clos des Fées. Toutes ces péripéties ont fait de lui un homme pressé, qui ne voit dans les critiques qui lui sont adressées que des obstacles à son rêve de devenir le premier golden vigneron catalan. Il le confiait d’ailleurs à La RVF, en mars 2011 : « Il y a trois secrets pour réaliser un grand vin : l’argent, l’argent et l’argent », ajoutant un peu plus loin : « Si je ne bouge pas, je vais vivre pauvrement et mourir riche, comme un paysan. » Espérons pour lui qu’il a fait le bon calcul... »

 

Désolé Gerbelle moi je ne mange pas de ce pain-là. Comment un plumitif, dont je suis moi aussi, peut-il se permettre de juger la trajectoire d’Hervé ? Si elle n’est pas lisible Antoine Gerbelle c’est que tu ne sais pas lire et, qui plus est, de quel droit la qualifies-tu ainsi en alignant des qualifications outrageantes et désobligeantes ? Pour sûr, quand on a simplement le cul assis sur une chaise, ce que je suis moi aussi, on ne risque pas de s’égarer sur des sentiers difficiles. C’est plus pépère pour tailler un petit costar à un gars certes doté d’un sale caractère qui entreprend, se bat et cherche la réussite et la reconnaissance. À chacun sa philosophe mais, que je sache, le groupe Marie-Claire, actionnaire de la RVF, n’est pas à classer dans les tenants d’une économie solidaire pour petits vignerons en sandales : pas vrai le sieur Lubot grand maître du club de la Vendée entreprenante ! Bref, sans prendre parti, car je n’ai aucun parti à prendre dans l’histoire des échantillons du Guide Vert, cette façon de faire me déplaît et je l’écris. Oui, entre la RVF et Hervé Bizeul, en l’espèce j’ai choisi. Ce qui ne m’empêchera pas bien évidemment de titiller Hervé si l’occasion se présente. Du côté de la RVF, ce dont je suis certain, c’est que mes petits bruissements ne les troubleront guère : ils ont mieux à faire !

 

Je pars me baigner !

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3 septembre 2012 1 03 /09 /septembre /2012 00:09

Sonia je l’ai rencontrée chez Eva et Laurent. Antonin, grand vindicateur organisateur de descente de quilles exotiques nous avait dit « Sonia arrive de Clermont-Ferrand avec ses enfants... très nature bien sûr... y’en a même qui portent des tongs...» Comme de bien entendu, par l’odeur alléché Guillaume Nicolas-Brion dit GNB était de la partie avec sa moitié et votre Taulier s’était laissé tenter par ce raid sur Montreuil-sous-Bois, à l’ombre des hauts murs de la mairie où le petit père des Peuples – ne pas confondre avec Nicolas, l’autre et le nôtre sans talonettes – aurait aimé pour y établir son PC. Je suis même passé par la place Jacques Duclos : bonnet blanc et blanc bonnet. Samia était aussi là. Que du bonheur ! Sauf que votre taulier était dans ses petits souliers vu qu’il débarquait les mains nues en plein territoire naturiste. Dans sa petite Ford intérieure il se disait cette Sonia ce doit-être une passionaria des vins qui se font tout seul après avoir eu rendez-vous avec la lune, oh, la, la... va falloir que je m’accroche... et puis patatras, la susdite Sonia se révélait être, tout simplement, une vraie passionnée, au meilleur sens du terme, loin de la mademoiselle je sais tout, précise, concise, avec ses petits échantillons de roches volcaniques et sa petite marmaille de quilles, elle me bluffait par sa simplicité nature bien sûr. Comme de bien entendu GNB flirtait sans vergogne avec le septième ciel avec dans sa roue Antonin qui ne pouvait être en reste. Et moi, vieux briscard des comptoirs, dernier avatar des ex-soixante-huitards, je tombais sous le charme des nectars de Sonia. Elle les défendait avec passion ses petits la Sonia, attentive, ne rechignant jamais à répondre à mes perfides questions, du beau travail bien propre donc. Chapeau ! La suite, petit tchat sur Face de Bouc, une discussion autour d’un verre et le Taulier se dit : faut préparer l’avenir et qui mieux que cette jeune fille très nature représente l’avenir : personne donc bienvenue Sonia sur cet espace de liberté ! Cette première page de tes carnets me plaît et il y en aura d’autres au gré de tes découvertes.

 

Si vous êtes sur Face de Bouc devenez amis avec Sonia Dégustation (Vin de Presse) et vous saurez ainsi d’où elle vient et ce qu’elle fait...

 

Carnet ethnographique d’une apprentie ouvrière viticole [1]

 

 En tant qu’amateurs de vin, nous nous intéressons tous à l’aspect œnologique mais parfois nous en oublions l’essentiel : la viticulture. La réussite d’une cuvée ne peut se faire qu’à partir de raisins de qualité et l’élaboration du vin commence donc à la vigne. Et une vigne cela se travaille, cela s’entretient et cela se bichonne. Tous ces travaux viticoles représentent une lourde charge de travail, en particulier pour ceux qui ont fait le choix de l’agrobiologie. Lorsque la météo est capricieuse, comme en cette année 2012, le temps de travail est encore plus important.

 

Ce que je connais de la viticulture, je l’ai appris à travers des ouvrages, ma formation et surtout grâce aux conversations avec les vignerons. Néanmoins, il me manquait une réelle expérience dans les vignes [2]. Parfois la chance vous sourit et une belle occasion se présente que l’on ne peut refuser. Cette année, Jean-Pierre Pradier, vigneron bio auvergnat, m’a proposé de m’embaucher pour l’aider dans les vignes pendant les mois de mai et de juin.

 

 Me voila ainsi, jeune urbaine, transformée l’espace de quelques semaines, en apprentie ouvrière viticole. Vous dire que ce fût une expérience facile, serait vous mentir. Physiquement, je n’étais pas préparée à ce genre de travail, n’étant pas une grande sportive et n’ayant jamais fait de travaux agricoles. En revanche, je suis devenue très rapidement attachée aux travaux de la vigne et lorsque mon contrat s’est terminé, cela m’a terriblement manqué.

 

J’ai vécu cette expérience comme une ethnologue arrivant dans un nouveau terrain, ne sachant rien (ou presque) et voulant tout apprendre. C’est cette expérience que je souhaite vous faire partager, ce que j’ai apprécié et les choses plus difficiles ou moins agréables, et aussi, telle l’ethnologue qui apprend les mœurs locales au fur et à mesure, les erreurs commises. Le premier jour, je n’avais même pas la tenue adéquate. Je suis venue en baskets, une hérésie pour Jean-Pierre :  

 

-          C’est tout ce que tu as comme chaussures ? Tu n’as pas de bottes ?

 

-          Ha, ça non, Jean-Pierre, je n’en ai pas. J’ai que des baskets.

 

-           C’n’est pas à la mode à Paris, me dit, Jean-Pierre, l’air moqueur.

 

-          Pas vraiment.

 

-          Bon, je vais voir ce que je peux te trouver. Le matin, c’est les bottes et l’après-midi s’il ne pleut pas, tu peux changer de chaussures, sinon tu vas avoir les pieds trempés. Ha, la, la, faut tout leur dire, à ces petits jeunes.


bottes-Cathy.JPG 

Je me retrouve, quelques instants après, équipée de la paire de bottes de Cathy, la femme de Jean-Pierre. Elle me prêtera aussi son K-way parce qu’évidemment je n’en ai pas, et j’emprunterai le chapeau de paille de Jean-Pierre après quelques coups de soleil[3]… Ces derniers étant le premier élément physique de l’appartenance au monde vigneron. Je pouvais ainsi montrer avec fierté les marques sur mes bras du bronzage paysan. Deux tubes de Biaphine ont néanmoins été nécessaires pour les faire passer du rouge fluo au rouge doré.

 

mains-abimees.JPG

coups-de-soleil.JPG

 

Quel bonheur d’être dehors, au milieu des volcans, de n’entendre que les bruits de la nature et celui de notre travail. M’évader, me vider la tête dans une tâche physique. M’apercevoir que chaque cépage est différent à travailler : le chardonnay ordonné, le gamay plus ou moins discipliné, le pinot bordélique ou plutôt affectueux, il a tendance à entremêler ses rameaux avec ceux de son voisin dans un élan d’affection. Observer les différences d’une parcelle à l’autre, pas les mêmes sols, pas le même stade de maturité et pas la même végétation qui pousse entre les rangs. Ecouter les réponses de Jean-Pierre à mes nombreuses questions et les petites devinettes qu’il me soumet pour voir si j’ai bien tout mémorisé. Parfois il a l’esprit taquin :  

 

-          C’est quoi la maladie qu’elle a cette vigne, à ton avis ? me demande-t-il en me montrant dans une parcelle de pinot noir, un cep dont les feuilles sont recouvertes d’une espèce de duvet blanc.

 

-          Alors là, aucune idée Jean-Pierre.

 

-          Je te taquine, c’est un pinot meunier, me dit-il en riant et il ajoute, maintenant tu sauras pourquoi on l’appelle comme ça.

 

Me dire qu’il faut vraiment se remettre à faire de l’exercice physique tellement je suis fatiguée en rentrant le soir. M’endormir dès que ma tête se pose sur l’oreiller d’un sommeil de plomb ! Prendre conscience de certains muscles ignorés avec toutes les douleurs et courbatures des premiers jours. Me rendre compte de ma lenteur et de la vitesse de Jean-Pierre et ne jamais réussir à le rattraper. Gagner une certaine endurance, sans même m’en rendre compte.  

 

-          Elle est plus facile cette parcelle, dis-je toute contente à Jean-Pierre.

 

-          Non, c’est simplement le métier qui rentre, me répond-il en souriant.

 

Ne pas faire ce qu’il faut parce que je n’ai pas compris ou entendu certaines informations et recommencer. « Toujours dans le sens de la pente, les crochets, je t’ai dit ! Sinon ils ne tiennent pas ! ». Découvrir une faune plus ou moins esthétique et sympathique. Apprécier la présence des oiseaux et autres mammifères, sauf les lapins que l’on vous somme de détester tellement ils sont devenus un fléau pour les jeunes vignes. Se retrouver confrontée à une multitude d’insectes, apprendre à s’habituer aux araignées mais jamais aux perce-oreilles, ce truc répugnant.

 

 Devenir ‘sulfureuse’, grâce à mon nouveau parfum qui ne me quitte plus : le soufre. Il pénètre et se fixe sur tout : vêtements, peau, cheveux, … La douche et la machine à laver ne suffisent pas à éradiquer complètement cette odeur qui finit par envahir aussi mon appartement. Avoir des mains abîmées et noires parce que je n’arrive pas à travailler avec des gants et, me demander combien de manucures il me faudra pour récupérer mes mains d’avant. Ne plus avoir les mains froides, mais des mains qui auraient pu servir de chauffage d’appoint tant elles dégagent de la chaleur.


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Apprendre à observer les interactions autour de soi : « Tu vois ce chèvrefeuille, à côté du caveau, lorsqu’il fleuri 10-15 jours après c’est la floraison de la vigne ». Et c’est ainsi que cela s’est passé, la floraison du gamay a suivi celle du chèvrefeuille, 10 jours après. Apprécier les moments de détente, comme la pause du midi, pendant laquelle nous discutions autour d’un verre de rosé, avant d’aller ‘casser la croûte’. Réapprendre à faire la sieste et ne plus pouvoir s’en passer. Jean-Pierre m’avait prévenu, « tu vas voir, tu y viendras ».

 

Voir les parcelles se transformer sous nos mains devenir de vrais jardins, être heureuse et fière du travail accompli. Recommencer à nouveau. Se rendre compte de l’obstination et de la ténacité nécessaires au vigneron pour ne pas baisser les bras face à une météo parfois capricieuse, sinon dévastatrice. Avoir sa perception du vin qui change, ne plus boire comme avant, prendre conscience du travail nécessaire et voir le paysage à chaque gorgée. Ne plus jamais oublier l’homme derrière la bouteille.

 

Rêver d’une vigne.

 

Vouloir une vigne.

 

[1] Titre en référence à l’excellent livre de Loïc Waquant, sociologue français et ancien élève de Pierre Bourdieu : Corps et âme. Carnets ethnographiques d’un apprenti boxeur. L’emprise de son sujet fût telle qu’il failli renoncer à la sociologie pour devenir boxeur. Un très bel ouvrage sur le monde pugilistique.

 

[2] Ma seule expérience se résume aux vendanges et à des visites ‘commentées’ dans les vignes en compagnie de mes professeurs ou de vignerons.

 

[3] Le pire fut celui sur les reins… Travaillant, penchée avec un tee-shirt qui laisse exposer une petite partie du dos aux rayons dévastateurs et me voila brûlée. Plusieurs mois après, je porte encore la trace très esthétique de cette demi-lune au bas du dos !

 

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 07:00

Je signale aux nouveaux entrants sur cette page que, ce qui suis, est pure fiction, un petit roman en ligne commencé depuis l'origine de ce blog et publié le dimanche. Il ne s'agit pas d'une autobiographie et le héros s'exprime en son propre nom. Merci de ne pas en faire un autre usage.

Lorsque je suis en Corse, j’y vis. Pour moi, comme l’écrit mieux que moi JMG Le Clézio « Il y a un esprit des îles... Ce n’est pas facile de dire en quoi cela consiste, mais cela se sent... C’est d’abord et avant tout, un sentiment de l’étrangeté. Ou de l’étranger. Être insulaire, être né dans une civilisation d’îles, cela veut dire qu’on est séparé, éloigné, écarté des autres... On est, naturellement, et irrémédiablement, isolé... Leurs frontières c’est la mer, et la mer n’est pas une véritable frontière. » Même si je ne suis pas le natif d’une île, j’ai vécu toute ma jeunesse buissonnière et sauvageonne comme si j’étais sur une île, isolé. De cette île je savais que je partirais. Ma première vraie île, en 1968, fut l’Insula Oya. Jamais je n’ai vécu d’émotion aussi intense que ces deux mois-là.L’insularité, pour moi ça sonne comme sérénité, alacrité, fidélité, comme une petite musique originale qui m’envahit la tête à chaque fois que je débarque, que je pose le pied sur le tarmac de Campo del Oro à Ajaccio que l’on a rebaptisé d’ailleurs. Je ne me lasse jamais du mystère de la Corse, de sa beauté brute, de ses odeurs, de la rugosité bourrue de ses habitants, de son hospitalité exigeante, de son rythme, de sa paix en dépit de ses violences et de ses outrances. Elle me laisse vivre et je le lui rends. J’y suis chez moi comme je suis chez moi, soigneux, respectueux, soucieux que ma liberté n’aille pas empiéter celle des autres. J’y vis. Pourquoi diable faudrait-il me transformer en estivant ? Les estives c’est pour le troupeau et son berger. Alors tous ces autocars emplit de retraités bougons et moutonniers ; alors ces monstrueux hôtels flottants dégueulant pour quelques heures des hordes filant vers le lieu qu’il faut visiter avant de vite s’en retourner dans sa cabine vitrée ; alors tous ces camping-cars squattant les parkings des supermarchés... je comprends que ça puisse insupporter l’habitant.

 

Malraux, dont on connaît l’art de la formule choc, écrivait « De Gaulle avait son mystère, comme nous avons la Corse » et il précisait « Il y avait en lui un domaine dont on savait qu’on ne l’éclairerait jamais. C’est cela que j’appelle la Corse » Garder sa part de mystère, sa part d’ombre, c’est s’accepter homme, c’est accepter l’autre. La Corse irrite certains, elle me fascine car elle est singulière dans un monde qui se lisse. Oui, la Corse est unique, les insulaires le répètent à l’envi jusqu’à l’outrance. « Une montagne dans la mer » qui scinde son territoire avec l’« en-deçà »(le versant oriental) et l’«au-delà des monts » qui traduit une césure sociale « la terre du commun » et « la terre des seigneurs ». Dès que l’on pénètre dans les terres, que l’on monte « au village » on comprend ce qu’est l’isolement de l’intérieur. Fut un temps, pas si éloigné, où la plupart des villages perchés, nids d’aigles suspendus à la falaise, étaient inaccessibles. « Deux communes adossées aux flancs de la même montagne, et seulement par un trajet de quelques heures, demeurent sans communication d’aucune sorte pendant plusieurs années » Adolphe Blanqui Rapport sur l’état économique et moral de la Corse en 1838. Ce cloisonnement perdure, ici « le kilométrage théorique est moins utile que... le nombre de lacets de la route pour juger de la longueur du trajet. »

 

La Corse est une île méditerranéenne. La Méditerranée, mare nostrum, avec sa rudesse géographique et climatique qui est cause « de la fragmentation des peuples et de l’accentuation des particularismes. »Elle fait l’unité de ces sociétés promptes à se lancer des défis, à cultiver le paradoxe, sourcilleuses sur le sens de l’honneur, la cohésion de la famille, la pureté du sang... alors qu’il y a peu de régions au monde où le sang s’est autant mêlé. Le « miracle méditerranéen » réside dans la capacité de ces peuples à préserver leur identité. « Le Méditerranéen honore le père, emblème tout puissant de la famille patriarcale, vénère la mère, redoute la femme... » comme l’écrit Paul Balta. « La mère, la mort, l’honneur... » le clan, le clientélisme, le paraître, la théâtralisation du quotidien, la violence, la loi du silence... « Le fait est établi, il n’y a guère qu’en Corse qu’une épouse, qui a des éléments à communiquer sur l’assassinat de son mari, ne témoigne pas... » Mais, Dieu sait si la Corse peut-être bavarde, bruir de rumeur, caisse de résonnance d’un lieu clos de 260 000 habitants, grande lectrice de journaux, auditrice de ses radios, spectatrice de sa Télévision. Oui « En Corse, il vaut mieux savoir qu’on ne sait pas, plutôt que de croire qu’on a compris. »

 

Loin des lieux communs, des idées toutes faites, avec un respect qui n’est pas de la complaisance, comme l’écrit Jean-Louis Andreani dans son remarquable livre « Comprendre la Corse » « La Corse existe, avec son histoire, sa mémoire, la fierté d’une île et d’une humanité très anciennes, qui n’oublient rien, marquées par la mort et le tragique ; la Corse existe avec ses archaïsmes, ses contradictions, ses rigidités, sa revendication d’identité et son envie de vivre comme le reste de la France, ses richesses humaines et ses petitesses, ses énergies et ses forces destructrices, sans conteste plus fortes qu’ailleurs. C’est un monde particulier, au bord du continent. Il ne sert à rien de le nier, ou de faire comme si on pouvait, justement, ne rien faire et laisser filer, pour ensuite s’insurger de la situation » Que la Corse irrite en se posant « en victime de l’histoire et du continent réunis » j’en conviens. Cette posture, qui n’est pas propre à l’île, justifie l’immobilisme

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2 septembre 2012 7 02 /09 /septembre /2012 00:09

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« Les mondes que j'ai visités, avec un s please » commentaire signé Furax, pardon du grand Alain Rey soi-même du Petit Robert sur le titre de ma chronique Jean-Paul Kauffmann « j’ai toujours aimé l’entre-deux. Tous les mondes que j’ai visités étaient flottants, situés à la limite.». De temps à autres certains qui n’ont que ça à faire ou qui ne sont pas capables d’aborder le fond de la chronique chaussent leurs besicles et dégainent leur gaule en bambou pour me taper sur les doigts.

 

J’ai le souvenir d’un petit gars de la RVF, toujours en retard d’une guerre, la RVF bien sûr, qui dans un article sur les blogs m’en fit le reproche. Comme je n’ai guère le temps de relire ma prose un jour, lassé par les remarques d’un vieux lecteur je lui ai demandé de jouer le rôle de correcteur : il a tenu 2 chroniques puis a jeté l’éponge. Au début ça te fout la honte comme le disent les petits loups puis, sans pour autant s’adonner de façon délibérée au péché de viol de la syntaxe, tu te dis qu’il n’y a pas mort d’homme et qu’il sera toujours temps de corriger les plus grossières ou les banales fautes de frappe. Contrairement aux « collègues » de l’écrit tu peux toujours rattraper tes conneries. Comme je suis gentil je ne dirai rien des « causeurs » qui eux battent tous les records de massacre de la langue, c’était le cas du petit Nicolas, mais comme les paroles volent et les écrits restent je me soigne.

 

Toute honte bue votre Taulier chroniquait donc en dépit des risques de scuds assassins des intégristes de la langue jusqu’au jour où avec un plaisir non dissimulé il tombait, non sous les balles des snipers, mais sur une analyse fort pertinente d’Aurélie Colas dans le journal Le Monde. Qu’écrit-elle ?

 

« La France est ultrasensible aux fautes d’orthographe. C’est culturel, c’est dans son ADN. Dans les cours d’école, les élèves se vantent volontiers d’être « nuls en maths », mais ne font guère les fiers devant leurs lacunes en orthographe. Et pourquoi parle-t-on de « fautes » d’orthographe comme si celles-ci relevaient du péché originel ? Ne dit-on pas « erreurs » de calcul ?

 

La faute à qui ? À Jules Ferry (ne pas confondre avec Luc l’Absalon des salons) Non, celui-ci, Ministre de l’Instruction Publique, « s’insurgeait de l’importance de l’orthographe à l’école, en particulier au brevet, où les candidats étaient éliminés dès trois fautes. » La chasse aux fautes émanait des hussards noirs de la République, les instituteurs de l’école primaire supérieure qui formaient les enfants du peuple « Le fait de bien savoir écrire était important pour assurer la promotion de ces enfants, pour en faire des petits cadres. C’était l’identité du primaire supérieur, son excellence » dixit Claude Lelièvre historien de l’éducation.

 

Miss Aurélie note  à juste titre qu’ « Aujourd’hui encore, ne pas savoir bien écrire – alors que notre orthographe est réputée l’une des plus difficiles du monde – est considéré comme intolérable. »


Tout ça est bel et beau mais comme « les enfants de l’école élémentaire ont moitié moins d’heures de français qu’il y a un siècle c’est la cata. À placer la barre très haut on renvoie dans la géhenne des cancres en ortho beaucoup de nos petits loups qui écrivent des textos. Entre le laxisme et l’intégrisme il y a une large marge qu’il nous faudrait, non pas combler mais tout bêtement aménager afin de redonner l’envie à nos enfants d’écrire au mieux leur langue maternelle. Attention, le laxisme orthographique ne touche pas que les exclus des ZUP mais aussi nos têtes d’œufs qui ont été écrémées grâce aux mathématiques pour entrer dans nos fameuses grandes écoles : les X dont j’ai lu les notes maniaient souvent à la truelle notre si belle langue.

 

Voilà votre Taulier qui s’emmêle parfois avec les accords, les accents ou qui viole les belles règles, s’en tient à cette petite chronique et sollicite auprès des gardiens inflexibles du temple de l’orthographe un peu de compréhension. Corrigez-moi mais sans vous draper dans une dignité outragée ! Le mieux est souvent l’ennemi du bien. Merci par avance de me ramener dans le droit chemin mais allez aussi exercer vos talents sur des terrains plus difficiles, mobilisez vos forces, non à défendre un pré-carré, mais pour que nos enfants lisent des livres car c’est l’un des moyens les plus sûrs d’apprendre notre belle langue et de la pratiquer au mieux pour communiquer, pour converser, voire l'écrire.

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