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25 novembre 2014 2 25 /11 /novembre /2014 00:09

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Dans une chronique du 21 novembre 2014 Jamie Goode s’interroge « Whatever happened to wine journalism? »link


Certes Jamie Goode est anglais, docteur en biologie végétale, mais comme d’entrée il cite Sartre, l’homme de l’enfer c’est les autres « In his play No Exit, Jean-Paul Sartre outlines a vision of hell. It consists of three people who don’t like each other confined together for eternity» et que du vin on en trouve un peu plus de ce côté-ci du Channel, son point de vue mérite qu’on s’y arrête un instant car il met en lumière l’une des ambiguïtés de la presse du vin.


En effet, lui qui s’estime être un journaliste du vin, c’est-à-dire quelqu’un qui aime visiter des vignobles, prendre son temps, le temps rencontrer des vignerons pour écrire des histoires, de goûter des vins tranquillement, soit tout le contraire d’un critique de vin qui lui reçoit des échantillons dans un bureau ou va déguster, à Bordeaux ou ailleurs, à la chaîne pour pondre des brèves notes de dégustation accompagnées de notes chiffrées sur 100pts, a peur d’être aspiré par ce modèle dominant et ça le déprime.


« And instead of spending time in the vineyards, getting to grips with the culture of a wine region, I’ll be stuck in an air-conditioned office, tippy tapping into my laptop as I work through a flight of 120 Douro reds before lunchtime. Welcome to my version of wine hell. »


Comme je le comprends!

 

À qui la faute ?

 

Au modèle Parker dominant ?


Sans aucun doute mais, à mon avis, pas que. Le journalisme du vin, tel que défini par Jamie Goode, doit aussi se pencher sur sa part de responsabilité dans la désaffection de son lectorat. Cette remise en question des lignes éditoriales suivies, de certaines proximités avec les annonceurs, de la pertinence de certains contributeurs, d’un certain mélange des genres, me semblerait salutaire à l’heure où la presse du vin, comme le presse tout court, ne jouit pas d’une santé très florissante.


Quant au fameux modèle Parker on peut légitimement se poser la question : survivra-t-il au maître qui a passé la main en cédant son entreprise tout en continuant à peser encore de toute sa notoriété sur la critique du vin ?


Nul ne le sait et l’espoir de Jamie Goode de voir ce modèle régresser du fait de la foultitude de critiques, qui se bousculent au portillon sans avoir la notoriété de Parker, ainsi que l’inflation de leurs notes, me semble vain.


« But in this increasingly competitive wine critic landscape, an important part of the model is that your score appears in marketing material such as shelf-talkers and bottle stickers. It’s one of the ways that you build your brand. The irony fo this is that most consumers have never heard of most of the many critical voices – it’s the score they notice. And the score that will be used in this context is invariably the highest. This creates an upwards pressure on scores, and soon we will be running out of points. The situation is particularly bad in Australia, where even a modestly good wine is ranked in the mid-90s by the leading critical voices. »


Certains vont m’objecter que ce qu’écrit Jamie Goode ne concerne pas la presse du vin en langue française où la césure entre notateurs et écrivains du vin n’est pas aussi nette. Je suis tout prêt à en convenir mais n’est-ce pas là aussi une des raisons du peu d’audience dont bénéficie cette presse comme du poids très relatif des notes de nos critiques dans les décisions d’achat du plus grand nombre des consommateurs ?


Bien évidemment Internet est pour beaucoup dans ce phénomène. Le consommateur avisé peut aller chercher des informations sur la Toile, les croiser et se faire une opinion personnelle mieux fondée que le pur suivisme de notateurs. Et la situation de la presse du vin en France, ne vivant que de publicité et d’organisation de salons ou d’évènements lucratifs, ne s’améliorera pas tant que le traitement sur le Net ne sera qu’une simple transcription de ce qui se faisait avant dans la presse papier.


Les blogueurs vin de langue française, se contentant de se caler sur le modèle existant, n’ont pas effectué une percée notable sur la Toile eux aussi et leur contribution au renouvellement de la presse du vin et de la critique est infime.


Alors l’horizon d’une vraie presse du vin, indépendante et suivie, est-il totalement bouché en France  comme chez nos voisins ?


Je ne le pense pas car beaucoup de nouveaux arrivants sont friands de contenu. Pas le énième reportage sur la saga de Tartempion ou de Tartemolle, ni des papiers recyclés pour des numéros spéciaux vin de la presse généraliste sous-traités aux 2 boutiques qui ont encore pignon sur rue. Aborder de vrais sujets, même ceux qui fâchent, les traiter avec rigueur, ouvrir des perspectives, intégrer bien mieux que par les éternels accords mets&vins les autres produits de bouche dans le monde du vin.


S’ouvrir quoi !


Le confinement et l’entre-soi du monde du vin français est source de confusion qui pèse sur la crédibilité des notateurs-prescripteurs. Dans ce domaine il ne suffit pas de plaidoyer pro-domo ou de bordées d’insultes à l’endroit de quiconque ose faire entendre une opinion discordante pour rétablir la confiance dans l’indépendance de certains critiques

.

Investigation vous avez dit investigation ?


Triste époque que la nôtre que de voir se pavaner des laquais… Oui je préfère être traité de grouillot de Michel Rocard par un courageux anonyme sur le blog du bedeau d’Hubert et, que je sache, être à la retraite n’est ni un choix, ni une tare, un fait tout simplement… Après cela il ne faut s’étonner  de voir nos hommes publics abaisser le débat au degré zéro car ils satisfont une demande d’une part de nos concitoyens.

 

Le 23 novembre Jamie Goode complète sa chronique Wine critics and wine writers

 

“There’s been a lot of response to this article, so I thought I’d attempt to clarify my stance here”.link 

 


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Published by JACQUES BERTHOMEAU - dans Billet
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commentaires

Luc Charlier 25/11/2014 09:14


Cher Jacques, pour une fois mon intervention sera dépourvue de sarcasme, et même de provoc’. La question n’est pas de savoir si la presse écrite l’a cherché ou non, elle est condamnée à
disparaître tout simplement, et à très brêve échéance. Cela ne plaît pas à ses auteurs, évidemment, et il y en a beaucoup parmi tes adeptes.


D’une part, les sources « d’information » abondent, gratuites (en apparence) et immédiates, obtenues par la simple pression d’une touche de souris, sans abonnement ni visite au
buraliste. D’autre part – mon fils est journaliste de formation – on leur apprend dans les écoles qu’un journaliste ne doit pas être un spécialiste d’une matière donnée, mais bien un généraliste
capable de témoigner de tout, en le vulgarisant.


Jadis, le pouvoir consistait à détenir l’information, si possible pour soi tout seul ou au moins avant les autres. Maintenant, l’information est là, accessible à presque tous. Mais il faut SAVOIR
s’en servir : décrypter le vrai du faux et interpréter. Il ne suffit plus d’être au courant, il faut comprendre et utiliser ce que l’on sait.


Or, les journalistes sont comme tous les autres hommes; certains sont intelligents et subtils, d’autres pas. Tout le monde ne peut pas être Pivot ou Mourousi – même si je ne porte pas ici de
jugement sur leurs options philosophiques, morales ou politiques.


Dans le cas qui nous occupe, la presse spécialisée dans le vin, les « amateurs » sont pointus et bien renseignés. Ils n’ont plus besoin de gourou, ou alors ils le trouvent dans les
« guides ». Connais-tu UN SEUL amateur chevronné qui consulte les guides autement que pour s’en moquer ? Y-en-a-t’il un seul (pas facile à écrire, ça) qui se fonde sur eux pour
acheter sa cave ? Non. Seuls les débutants – nous l’avons tous été – et les snobs – je me défends d’en être un – suivent les prescripteurs autoproclamés.


Un amateur de voitures de sport a peu d’occasions de tester les belles italiennes, les monstres américains, les bolides bavarois ou badois, les émules de Chapman – Non licet omnibus ducere
Maseratum, dit le proverbe – mais n’importe quel quidam peut avoir un aperçu de quasiment TOUS les vins du monde, à très peu de choses près. En outre, il ne faut pas avoir passé trente ans
sur l’anneau de Montlhéry – tu vois que je flatte ton lectorat parigot – pour recracher avec délice le jus de Catusseau, de Vosnes, de Montalcino ou d’ailleurs.


Enfin, sur le net, on peut souvent donner SON avis, càd prendre de l’importance, ne fût-ce qu’à nos propres yeux. Et cela, même si notre avis est mal fagotté, mal conçu ou inepte.


Donc exit la presse écrite et, personnellement : « I won’t cry for you, professio insana. »


 

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