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30 août 2013 5 30 /08 /août /2013 00:09

Le vin a-t-il un prix ?

Question de Pousson.

Réponse non.

Démonstration avec " Méchantes Vignes "2011 d’Hubert de Boüard de Laforest

 

Le 27 juillet dans un billet je notais Vu sur Groupon link un Bordeaux Rosé Aux méchantes vignes 2011 d’Hubert de Boüard de Laforest super canon ! link 

La boutanche c'est 2,05 euros.

 

Bravo !


Le 27 août que vois-je tomber dans mon escarcelle en provenance du site Grands Vins Privés : Les meilleures Ventes du mois d'août :

Aux Méchantes Vignes 2011

Du 27/08/13 au 11/09/13

CHÂTEAU LA FLEUR DE BOÜARD

BORDEAUX ROSÉ


Signé Hubert de Bouärd, un rosé franc comme ses cabernets, d’une fraicheur exceptionnellement agréable !


photo--5-.JPG

 

TOP VENTE 1

Ni une ni deux je m'inscris à ce site qui sitôt me remercie.


Je fais défiler les vins à la vente et Aux Méchantes Vignes 2011 d’Hubert de Boüard de Laforest c'est 6 euros TTC


Si vous êtes fort en calcul mental c'est fastoche de trouver la martingale, sinon comptez sur vos doigts : presque 4 euros par litron de Méchantes Vignes ça faisait en francs, les nouveaux : presque 28 francs et en anciens 2800...


Y'a pas à dire : le vin ça n'a pas de prix...


Bon plan que l'e-commerce du vin ! C'est moderne [prononcer : mauderne] et ça peu rapporter gros...

 

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 10:36

225px-Grouchomarxpromophoto-copie-1.jpg

 

Pour sûr que nous vivons une époque formidable, les raisins ne sont même pas mûrs que déjà de sinistres oracles, ou un malheureux président versus syndicaliste qui défend la veuve et l'orphelin, annoncent que 2013 sera un très mauvais cru link 


Vous me direz que ça nous change des communiqués de presse des Interprofessions qui nous annoncent chaque année que c'est que du bon encore plus bon que le très bon du millésime du siècle.


Pour les petits louves et petits loups qui n'ont pas connu la guerre froide, je ressort le Georges Marchais, père spirituel de Mélanchon, de la naphtaline, avec son célèbre « Taisez-vous Elkabbach !


Oui, vos gueules les mouettes ! « Quand les mouettes suivent un chalutier, c'est qu'elles pensent qu'on va leur jeter des sardines. » comme le dit Cantona qu'a oeuvré ballon au pied en Basse-Bourgogne.


Fascinant que ce goût immodéré de tirer ou de Twitter le premier pour bénéficier du raz-de-marée du fameux buzz. Rassurez-vous, toute cette écume sera absorbée par le sable de la Toile et demain tout ce petit monde excité passera à autre chose...


Navrant mais si caractéristique de l'air du temps, l'insignifiant en avant, la forme plus que le fond et rond et rond petit patapon.

 

Je salue au passage le sieur Feuilly de l'Académie, qui a bu l'eau des nouilles, s'il veut bien souligner en rouge toutes les insultes à la belle langue française dont je suis coupable, je suis preneur... dans la vie il faut savoir s'entraider : les intelligents doivent aider les mécréants. Merci par avance le Roger...


 


Taisez-vous, Elkabbach ! par ricar_mm

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29 août 2013 4 29 /08 /août /2013 00:09

Affreux-013.JPG

 

Comme vous le savez les Auvergnats savent compter, pour preuve leur gaperon [prononcer gapron], qui n’est pas un chapeau rond, mais un fromage fabriqué en Basse-Auvergne avec du lait cru de vache qui tire son nom de «la Gaspe ou Gape» en patois, babeurre en occitan, extrait du petit-lait. Les paysans auvergnats, très démunis et donc très économes utilisaient cette « Gape » fortement assaisonnée de sel et  de poivre, puis pétrie avec des épices et de l’ail  rose de Billom. (La capitale de l’Ail d’Auvergne). Le bas beurre étant maigre, on pouvait manger le  Gaperon  pendant le « Carême » alors que la fourme par exemple était trop grasse.


 

Le 07 juillet 2013 David dEquainville écrivait dans les Échos une tribune « Les filles à fromages contre la crise économique »link

 

LE CERCLE. Il existe une relation ignorée jusqu’alors, mais pourtant bien réelle, entre la capacité d’un pays à faire mentir les mauvaises nouvelles des experts en économie et la présence active de filles à fromages dans une société.

 

« Dans un contexte de compétition exacerbée entre les modèles économiques, où chacun tente d’imposer ses atouts comme des exemples à suivre, ce n’est pas rien de le constater. L’appétence des femmes pour ces productions laitières originales et diversifiées est une dynamique à ne pas brader au nom d’une uniformisation marchande dont le pays ne tirera pas un cent. C'est un capital à forte valeur ajoutée, bien au-delà de la simple notion patrimoniale. L’exception culturelle française est aussi une exception fromagère. Et il serait dommageable de l’ignorer.

 

Si la France dispose aujourd’hui d’une culture, au sens d’un art de vivre reconnu et apprécié, incluant la mode, la gastronomie, toutes sortes d'expression d’indépendance, ce n’est pas pour la défendre comme un village d’assiégés rétrogrades, et oublier de promouvoir et exporter ses propositions. Pour cela, les grandes villes disposées à célébrer leur singularité, New York, Rio de Janeiro, Pékin, ne manquent pas. Elles se feraient un plaisir de découvrir les coutumes de leurs filles à fromages, ambassadrices spontanées d’une autre manière de consommer.

 

En effet, la mondialisation n’est pas seulement celle des amateurs d’une marchandise standardisée, assujettie à un libre-échange piloté par les chiffres d’une finance toute puissante, elle est aussi l’expression d’une volonté de choisir la civilisation qui sera la nôtre demain. Si possible, une civilisation aux goûts variés. »


 Affreux-015.JPG

 

Je partage ce point de vue qui remplira d’aise le Pousson qui ne peut qu’être amateur du gaperon, originaire de la plaine de Limagne, dont la forme, selon la légende locale a été inspiré par le Puy de Dôme. Dénommé aussi « Nichon de belle-mère !» mais ce n’est pas le genre de Vincent Pousson. À l’origine, il était fabriqué par les fermiers pauvres de Maringues et de ses environs. Son affinage de plusieurs semaines à plusieurs mois, se faisait à l’air libre sur une planche recouverte de paille de seigle, ou dans un torchon de chanvre, pendu en tresses à la poutre maîtresse de la cuisine près de la cheminée. Si l’on en voyait beaucoup c’était alors un signe apparent de « richesse » du paysan (d’où dit-on l’expression : faire son beurre). Ainsi, autrefois, on pouvait évaluer la dot de la mariée selon le nombre de Gaperon suspendus au plafond. Pour juger de leur maturité, les fermiers prenaient un gaperon, le posaient à terre et laissaient tomber leur couteau de la hauteur des yeux. S'il traversait le fromage de part en part, celui-ci était mûr. Sinon, on le reposait sur la planche garnie de paille de seigle très humide, favorable à la fermentation.


 

Des Gaperons y’en a pas que des bons. Un puriste écrit « On trouve de nos jours, des hérésies appelées « gaperon », et qui n'ont rien de l'original. Déguster un gaperon sans sentir les morceaux d'ail ou le poivre concassé, est hélas, devenu courant. Le gaperon, jeune, peut être plâtreux, mais il est au maximum de son goût quand une croûte molle enveloppe un "noyau" un peu plus dur, et qu'une crème existe entre les deux. »

 

Moi j’ai acheté le mien chez Alleosse link 


Conservation : entre 2 et 5°C éventuellement enveloppé dans un papier pour éviter sa dessiccation, ou bien dans une bonne cave entre 8 et 10°C.

Dégustation : le Gaperon doit être à température ambiante.


Sur place Gaperon fermier : Patricia Ribier Montgacon 63350 LUZILLAT

Tel. : 04 73 68 63 33 link

 

 

Reste la surprise du Taulier le Gaperon sur gratin de macaronis et côte d’Auvergne (David Martin au Château d’Ygrande en a un à sa carte.link


Le Château d'Ygrande Le Mont 03 160 Ygrande +33 (0)4 70 66 33 11 www.chateauygrande

 

LA RECETTE

• 500 gr de Macaroni

• 1 fromage Gaperon crémeux

• ½ litre de crème crue

• 3 gousses d’ail

• Sel, poivre du moulin


 Gratin-002.JPG

 

-          Porter à ébullition la crème avec les gousses d’ail et la branche de thym, une fois la crème réduite de moitié, incorporer le gaperon  épluché de sa croûte, le laisser fondre dans la crème maintenue au chaud au bain marie.

-          Dans une grande casserole d’eau bouillante salée, cuire les macaronis, puis les égoutter sans les rincer.

-          Dresser sur le dessus la crème de gaperon et passer au four quelques minutes pour le gratiner correctement.


Gratin-010.JPG 

 photo (99)

 

Pour le vin c’est sans contestation possible Le Trésaille 2012 (90% Trésailler et 10% Chardonnay) du Domaine des Bérioles  mené de main de maître par le jeune et talentueux Jean Tessèdre link


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photo de Jim BUDD ©

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 11:00

Olivier-Ameisen-L-alcoolisme-est-une-maladie-biologique_art.jpg

 

Olivier Ameisen fut longtemps bien seul pour mener son combat face à la mauvaise foi de la communauté médicale des alcoologues campant sur ses certitudes. Rejoint par une poignée de médecins courageux, dont le Dr Renaud de Beaurepaire, qui bravèrent l'interdit Olivier Ameisen est mort en juillet et n'aura donc pas pu voir l’Agence du médicament autoriser le traitement de l'alcoolisme par le baclofène pour trois ans, en attendant les résultats des études en cours. Voir article Top Santé ICI link

 

«Les résultats obtenus sont impressionnants», indique le Dr Renaud de Beaurepaire, qui a déjà soigné plus de 400 malades avec le baclo­fène. Bien sûr, il ne s'agit pas d'un médicament miracle et comme pour n’importe quel médicament, les effets secondaires sont à surveiller. Voir ICI l'article de Cécile Coumau publié le 24 Août 2013 sur le site du Nouvel Obs Comité technique de pharmacovigilance Baclofène : 405 effets indésirables recensés en 2012 link 

 

Depuis la publication de son livre témoignage « Le Dernier Verre » du Dr Olivier Ameisen : un témoignage qui dérange…link j'ai soutenu son courageux combat car il me semblait juste et porteur d'espoir. N'ayant aucune compétence scientifique je n'ai jamais pris parti sur le fond du dossier contrairement à certains journalistes spécialisés dont les liens avec le front des alcoologues et des laboratoires pharmaceutiques (le baclofène étant un générique ne provoquait pas beaucoup d'enthousiasme chez ces derniers) est bien connu et peu glorieux.

 

Olivier Ameisen était un homme sincère et ça me suffisait. Au cimetière Montparnasse, dans la touffeur de juillet, nous n'étions guère nombreux à accompagner sa dépouille mortelle en terre. Les vacances bien sûr, mais tout de même j'avais espéré que le monde du vin y serait représenté pour rendre un dernier hommage à ce grand bonhomme capable d'ébranler la montagne médicale. Personne, l'indifférence, l'absence de reconnaissance, j'ai eu honte en notre nom à tous.

Ainsi va la vie. Mort où est ta victoire écrivait le vieil écrivain catholique Daniel Rops, en cette fin du mois d'août la reconnaissance du baclofène l’Agence du médicament c'est la victoire de ce cher Olivier. Qu'il en soit remercié en notre nom à tous.

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 00:09
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Depuis des années, tout ce que compte de beaux esprits notre petit monde du vin, nous rebat les oreilles, nous bassine, en proclamant sur tous les tons que, par la grâce de la haute expression de nos belles et nombreuses appellations, le sémillant vin plaisir a chassé le vil vin boisson. Avant, à de rares exceptions, les buveurs buvaient ; maintenant ils goûtent. Acceptons-en l'augure et gardons-nous de trop philosopher. Tenons-nous en aux faits, à la réalité.

Contentement, volupté, satisfaction, délices, régal, jubilation… jouissance, orgasme... profusion de synonymes...

Nos 5 sens, le plaisir alimentaire d'abord et, plus encore, celui du sexe. Moins prisé, car plus cérébral, le plaisir intellectuel est pourtant un grand allié des deux précédents.

Prendre du plaisir, en donner, s'en donner, faire durer le plaisir, mourir de plaisir, s'offrir du ou des plaisirs... encore faut-il pour ce faire susciter du désir, en avoir car le plaisir a toujours pour origine le désir. 

Comme les désirs sont propres à chaque individu il est donc malaisé de dresser une sorte d'échelle de Richter du désir en fonction de son intensité. Nul ne peut être juge et partie, sauf dans les dégustations d'agrément de vin mais là nous ne sommes plus dans le plaisir mais le pensum.

Ces petites mises au point posées, en faisant foin de la fameuse modération, a-t-on jamais vu conseiller de faire l'amour avec modération, je me pose la question que tous les professionnels du vin devrait se poser : comment susciter, exacerber le désir pour que ce fameux plaisir que l'on met en avant à tout bout de champ pour le vin s'exprime vraiment ?

Qui de nos grands dégustateurs patentés, conseilleurs de tout poils, qui pratiquent généralement le coïtus interruptus, va nous délivrer l'ordonnance sur laquelle ils coucheront les moyens permettant d'augmenter la libido des buveurs de vin ?

Pourrait-on imaginer le désir sur ordonnance ? Du côté de Libération c'est oui, il en faisait sa UNE samedi dernier : Viagra féminin, désir sur ordonnance... Testés aux USA, des médicaments pourraient dès 2016, venir au secours des femmes souffrant d'un manque de libido...

Tout est dans les préliminaires. Peut-on imaginer l'équivalent du Viagra pour venir au secours de ceux ou de celles qui souffrent d'un manque de libido pour le vin ?

Plus sérieusement, et que les hygiénistes se rassurent, mes propos ne visent pas la quantité mais l'intensité, la force du plaisir. Hors de question d'assimiler ma quête à celle des " 76% des célibataires, en particulier, qui profitent de la saison estivale pour succomber sans relâche à l'appel des plaisirs sexuels. Et que même 5% d'entre eux se livreraient au jeu - stupide - de battre leur record de rapports sexuels,  d'année en année." C'est écrit dans le journal local.

Ceci n'est plus du plaisir mais de l'abattage... pour des célibataires qui semblent dans ce texte s'apparenter à des mâles, des coqs de compétition, des prédateurs se jetant sur toute femme esseulée, célibataire ou mariée. 

Paroles, paroles, dans ce domaine les hommes se payent souvent de mots et le vocabulaire du vin n'y a pas échappé. Jusque dans les années 60 celui-ci, qui n'avaient pas le raffinement de celui de nos grands dégustateurs contemporains, se référait souvent à la femme, dans un sens qui se voulait positif,  flatteur  " ce vin qui a du corps, de la cuisse, est bien en chair, je dirais même plus qu'il a du corsage, de la race, du feu, qu'il n'est point flasque. Belle robe qui laisse entrevoir du ferme, du rond et du soyeux..." alors que le recours au mâle s'avérait dépréciateur " C'est un gringalet étriqué, mal bâti, dégingandé, un rustre anémique, mal habillé, pointu et qui a le chapeau sur l'oreille..." Voir chronique ICI link

L'irruption des femmes dans l'univers du vin, et bien sûr aussi celui des oenologues ou autres techniciens, ont rejeté dans les ténèbres extérieures ce langage un peu lourdingue. Pour autant, le nouveau vocabulaire se référant essentiellement aux senteurs et couleurs de petites fleurs et aux flaveurs de fruits est-il pour autant un accélérateur de désir ?

Je n'en suis pas vraiment sûr, le goût de pamplemousse ou de petits fruits rouges ça n'a vraiment rien d'excitant. Bref, morne plaine que celle de la libido du vin où la montée du désir pour se donner du plaisir tient plus du Golgotha que du jardin de l'Eden. Qu'importe, seul l'acte compte m'objectera-t-on ! J'en conviens, mais alors pourquoi tant de thérapeutes passent-ils autant de temps à se préoccuper du plaisir que nous procure le vin s'ils se révèlent incapables d'en susciter le désir ? Tant de guides, de classements, de commentaires, cette profusion ne masquerait-elle pas l'impuissance de nos docteurs en vin à agir sur la montée de ce fameux désir?

Je trouve que nous avons le vin triste ! bavard ! pontifiant ! chiant!

Seul l'ami Jacques D, qui boucle en ce moment son spécial vin en Basse-Bourgogne, nous a sauvé du désastre avec ses bouches tendues et la tension qui est la première marche du désir... qui mène au plaisir link

Ce contre-feu salutaire nous a préservé, tout particulièrement du côté de Bordeaux, de la seule novation linguistique de ces 20 dernières années se référant au corps  les vins bodybuildés. Même si elle présente l'avantage de s'appliquer indifféremment aux deux sexes cette qualification ne me semble pas de nature à nous faire pâmer de plaisir, sauf bien sûr pour les adeptes de la gonflette.

Reste aussi le non-dit, la trace d'un passé que certains regrettent, qui ne remonte pas à la surface bridé par le politiquement correct. En effet, il plane toujours dans la tête des buveurs, en dépit des évolutions sociétales, la référence au sexe puisque ces dernières années certains beaux esprits ont avancé, sans doute pour aller dans le sens de la tendance, le concept de vin féminin qui est du même niveau de pertinence que la référence au sexe des anges.

Et puis, je reste persuadé qu'une partie de la vieille garde des amateurs de vin garde bien fiché dans son cerveau reptilien qu'il est des vins virils, des vins d'hommes quoi, sévèrement burnés, des vins de chasseurs comme disait François Mauss, et j'imagine qu'un jour, des filles d'aujourd'hui, une de celles qui n'ont pas leur langue dans leur poche, leur balance sans que ça fasse vulgaire, " il est couillu ce vin ! Très bandant ! ". Je vous fiche mon billet que ces baroudeurs de la belle étiquette atteindront alors l'extase et même l'épectase... 

Au plaisir disait-on chez moi lorsqu'un visiteur prenait congé...  
Le summun de la fausse connaissance du vin sur le site masculin.com, à quand les positions du buveur de vin ?
10 mots pour devenir incollable sur le vin

Quand l’homme amateur de vin se mue en apprenti oenologue  link 

 

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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 11:00
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Que ma sainte mère se rassure dans les sphères célestes où elle séjourne depuis qu'elle a quitté le Bourg Pailler, l'ancien enfant de choeur que je suis, ne ne blasphème pas. Une hostie non consacrée n'est pas encore transmuée en corps du Christ. Si je puis m'exprimer ainsi, dans la sacristie de l'église saint Jacques à la Mothe-Achard j'en ai charroyé des tas d'hosties. J'en ai même croqué quelques-unes. Bref, pour les mécréants, je signale que l'hostie, qui en latin signifie " victime offerte en expiation ", est ronde pour évoquer la couronne d'épines de Jésus.

Depuis que nous avons un pape sud-américain nous en apprenons de bien bonnes sur le destin des hosties dans certains pays lointains qui font aussi du vin " les mexicaines peuvent avoir des couleurs inspirées de Frida Kahlo ; en Colombie, elles sont recouvertes de confiture de lait ; à Sào Paulo, elles deviennent des sucreries pour les anniversaires, le baptême ou encore le mariage... "

La confection de l'hostie est règlementée par le droit canon, article 924 (c'est pour le Luc Charlier qui est très attaché aux règles de notre sainte mère l'Eglise apostolique et romaine) " Le pain doit être de pur froment et confectionné récemment en sorte qu'il n'y ai aucun risque de corruption." Pour chaque kilo de froment, on ajoute 1,2 litre d'eau.

La production mensuelle de l'usine de Joào Tadeu Benatti, à Mococa dans l'Etat  de Sào Paulo, utilise 20 T de farine pour 15 millions d'hosties qui approvisionnent des chapelles d'Amazonie, des églises de Rio et des cathédrales comme celle de Sào Paulo. Notre homme, en bon homme d'affaires, ne dédaigne pas les applications culinaires de son produit "J'ai déjà fait des hosties goût jambon, fromage, oignon, poivre...". Nos fabricants de bidules pour l'apéro, genre craker Belin, devrait y penser pour accompagner le rosé bien frais des vacances, avec des glaçons svp...

Cependant, la tendance est plutôt à la sucrerie avec l'hostie. Le chef Luca Corazza à Sào Paulo a pour spécialité le genre petit sandwich sucré, les hosties jouant le rôle de pain. Pour la garniture c'est au bon vouloir du client : confiture de lait, miel, gelée. " Les plus prisés ce sont les brigadeiros [gâteaux au lait concentré recouverts de chocolat] nature, à la rose ou à la pistache..."

J'attends avec impatience que la nouvelle race de jeunes pâtissiers s'empare des brigadeiros ce qui ouvrira encore plus largement le champ des petits louves et des petits loups qui n'aiment rien tant que de marier les mets et les vins. Même que le bougon du Morgon dans les veines vient de s'y mettre lui aussi en lançant chez son pote Antonin, de rue 89, la mode des associations à la con.

Alors les vieux briscards du pinard " Que boire avec des hosties brigadeiros à la rose ou à la pistache ? "

Cette chronique s'inspire de l'article Sacrées gourmandises de Junior Milério Piaui de Sào Paulo publié dans le Courrier International de n°11184.
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27 août 2013 2 27 /08 /août /2013 00:09

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Le grand blond avec une chaussure noire a soufflé le 16 août (j’écris cette chronique ce jour) son 79ème anniversaire et il se confie à Chloé Valette, de « La Russie d’Aujourd’hui »link


Comme beaucoup d’entre vous le savent en 1986, Pierre Richard a été séduit par « la beauté sauvage des paysages des Corbières et son vin de caractère. C’est au bord de la Méditerranée, près de Gruissan, sur l’île Saint-Martin, qu’il acquiert une petite propriété et ses 20 hectares de vignobles, bordés de garrigue et d’étangs. » www.chateau-beleveque.com/


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J’en extrait 2 Questions sur le vin de son domaine Bel Evêque et l’autre sur sa popularité en Russie.


Question : Lorsque vous achetez le domaine Bel Evêque, il y a plus d’un quart de siècle, cette région fait encore partie des lieux réputés sauvages en France. Qu’est-ce qui vous a attiré et convaincu d’acheter des terres ici ?


Pierre Richard : Au départ, je n’avais pas de projet d’achat, et encore moins celui d’un domaine viticole. J’étais parti en week-end, histoire de me changer les idées. Et quand j’ai vu la propriété, ce n’est pas tant la maison, qui n’est pas exceptionnelle, qui m’a plu.


Ce ne sont pas non plus les vignes, auxquelles je ne m’intéressais pas vraiment. C’était l’eau: les étangs, la mer ! Ce n’est que plus tard, en discutant avec un œnologue de la région qui était aussi régisseur à l’époque, que je me suis intéressé au vin. Je me suis dit : « Finalement, c’est un beau métier ! »


Question : Mais curieusement, à l’époque, les Corbières est un terroir absolument méconnu...


Pierre Richard : C’est exact. Ou plutôt non, les vins des Corbières étaient connus, mais avec une pas très bonne réputation. Depuis 25 ans, les choses ont beaucoup changé. Les fils des viticulteurs de la région ont compris que les Français boivent moins de vin, mais qu’ils boivent mieux. Donc il fallait suivre cette tendance. Et je suis moi-même entré dans cette phase ascendante de la réputation du Corbière.


Les gens reconnaissent aujourd’hui qu’il y a de très bons Corbières, dont le mien fait partie. Je m’y suis pris de goût. C’était un challenge pour moi de faire du vin, du bon vin, le meilleur possible, et on continuera encore à faire des progrès...


Je ne voulais surtout pas qu’on me dise, vous voulez un conseil, restez dans le cinéma et arrêtez de faire du vin. J’ai réussi à faire les deux.


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Question : Comme vous le savez sans doute, vous êtes l’une des personnalités françaises préférées des Russes, y compris chez la jeune génération. On se souvient de votre premier passage à Moscou, et notamment de votre rencontre avec Mikhaïl Gorbatchev... Quelle a été votre première impression de la Russie ?


Pierre Richard : La première impression que j’ai eu, c’était d’abord un énorme étonnement, parce que même si j’étais entouré de plein de gens du cinéma français, des acteurs, des metteurs en scène, j’ai eu rapidement l’occasion de m’apercevoir que les Russes m’aimaient beaucoup...


Je suis arrivé un dimanche, et la première chose que tout le monde a eu envie de visiter, c’est la tombe de Tchékhov. Le chauffeur du car est allé voir la concierge du cimetière qui lui a dit : « C’est fermé le dimanche ». « Ah, c’est dommage parce qu’il y a là M. Pierre Richard... ». « C’est ouvert ! ». Et j’ai compris qu’effectivement, j’étais très populaire sans le savoir.


Depuis le temps, j’ai pu le constater un peu partout en Russie : Samara, Novossibirsk, Mourmansk...


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Et puis pour mieux connaître le vin en Russie ci-joint quelques articles de la Russie Aujourd’hui


1-      Le roi du vin pétillant russe à la conquête de la Champagne 20 septembre, 2011 Vladimir Rouvinskylink 


2-      « L'avenir radieux » des vins australiens en Russie 19 novembre, 2012 Anton Moisseenko link


3-      Les aventures du vin en terre de vodka 16 avril, 2013 Denis Pouzyrev link


4-      Se retrouver autour d'un verre de vin à Moscou 23 mars, 2013 Anton Moisseev link

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 11:00

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Ma copine Magalie avec un e qui n’est pas une exilée fiscale à Bruxelles mais une excellente ambassadrice de nos fromages au lait cru qui puent qu’elle vend au Benelux et au sud de l’Angleterre pour le compte de la société Fromi link m’a fait parvenir hier matin un lien avec une chronique « Brussel's French Connection! » de Carlo de Pascale « Juriste de formation – sur un malentendu - napolitain pour une moitié, champenois pour l'autre et bruxellois pour ce qui reste, quarante et X année au compteur, consultant en Public Affairs européennes au début des années 90, patron et chef dans la restauration italienne à Bruxelles pendant huit ans, je me lance fin 2003 dans l'aventure Mmmmh!, cours de cuisine et boutique, chaussée de Charleroi 92, Bruxelles 1060. J'ai la chance aussi de collaborer à différents media (la RTBF - La Première et la Une - Ambiance Culinaire) et de réaliser avec mes collègues chefs chez Mmmmh! des livres de cuisine chez différents éditeurs. »


Quelques amuses bouches de Carlo de Pascale pour vous appâter :


« A côté - ou grâce à eux , qui sait- des réfugiés économiques hexagonaux, le mangeur bruxellois curieux aura vu débarquer ces dernières années une French Connection de l'assiette qui nous secoue utilement les papilles (…)


« … si en Belgique nous nous réclamons d’une cuisine française qui compterait nombre de plats… à la belge, si de fait, la France est faite de régions dont certaines  –la Lorraine, la Picardie, la Flandre – sont partagées entre nous, il est des différences, non tant dans la cuisine en elle-même, mais dans la façon de manger.


Nous avons aussi un rapport aux produits un tout petit peu différent, qu’il me soit permis ici de donner un exemple sociologiquement tout à fait scientifique: s’il m’arrive d’inviter une jolie quadragénaire bruxelloise dans une bonne table française tenue par un français à Bruxelles, tiens, chez Max[1] par exemple, je n’oserai même pas commander une andouillette, de peur de décourager pour toujours la belle d’envisager, ne serait-ce qu’un instant de mélanger sa langue et la mienne (après l’andouillette). La même situation vécue avec une parisienne aux muscles saillants sculptés par la marche forcée et obligatoire dans les rues de Paris verra notre interlocutrice commander elle-même l’andouillette en question, avec une gourmandise affichée, poire provocante, si, si. »

 

L'intégrale ICI link

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 00:09

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Chère Laure Gasparotto,

 

À la veille de la Noël 2005, jeune chroniqueur esseulé sur le Net, après avoir lu « Aventures d'un gourmand vagabond » de Jim Harrison j’écrivais :

 

Chers lecteurs,

 

Joyeux Noël, j'espère que ces quelques lignes contribueront à votre sérénité, ajouteront un petit supplément d'âme, un soupçon de légèreté et de convivialité dans notre monde de brutes...

 

« Enfin, mais c'est peut-être là le plus important, car nous ne savons pas ce qui se passe après la mort, je dois au vin le fait d'être toujours vivant. Il y a quelques années j'étais en mauvaise santé et plusieurs médecins ont ainsi appris que j'étais complètement accroché au V.O., un whisky canadien qui, certes délicieux, n'en constitue pas moins un substitut déplorable de l'eau ou du vin. J'ai exposé ce sérieux problème à Michael Butler, qui travaille pour ce grand importateur de vins français qu'est Kermit Lynch. Nous avons alors décidé que quelques magnums de châteauneuf-du-pape Vieux Télégraphe pourraient m'aider à affronter l'épreuve terrible qui m'attendait. Un soir, dans notre petite casita, j'ai pris une bouteille de V.O. et je me suis installé dans un fauteuil à bascule en regardant pendant quatre heures cette potion redoutable, ne buvant rien d'autre que l'esprit du reniement. Si je ne pouvais pas arrêter de siroter du whisky, il me faudrait alors renoncer à l'alcool en général, et que deviendraient alors les bouteilles esseulées dans ma cave ? Je me balançais comme un enfant autiste. Les larmes m'ont rempli les yeux, mais j'ai gagné. J'ai vidé la bouteille de whisky dans l'évier, j'ai bu un verre de Vieux Télégraphe, j'ai caressé ma chienne et je suis allé me coucher, un homme nouveau dans une vieille bouteille. »


Jim Harrison in "aventures d'un gourmand vagabond" page 341 chez Christian Bourgois éditeur link 


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Vous, Laure, ayant le privilège de travailler pour le grand journal de référence Le Monde mon voisin du Boulevard Arago vous vous êtes rendu dans sa maison près de Missoula dans le Montana, le Middle-West légendaire, capitale de la pêche à la mouche où les boutiques connues des amateurs du monde entier se succèdent dans ses rues longilignes. »

 

Dans la cuisine de sa casita sont entreposés plusieurs cartons de bandols estampillés Domaine Tempier. « Harrison a toujours déclaré que ce bandol de Lulu Peyraud, ainsi qu’il l’appelle familièrement, lui faisait office de nectar quotidien. » Il débouche donc la cuvée Tourtine alors qu’un grand camion blanc de Fedex lui livre un « énorme sac sous vide qui contient… des fromages français ! « Ah, le mariage heureux, complice, parfait ! » semble penser votre hôte. « Silencieuse, l’épouse de l’écrivain, Linda » préparait « une salade du jardin et découpe finement quelques charcuteries. »


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Vous étiez donc, chère Laure, au centre d’une image d’Épinal « sauf qu’ici Jim mange comme ça le plus souvent possible. » et que lorsqu’il vient rendre visite au Manoir de Pron, près de Nevers, « au Michaël Jordan » de la cuisine française, Gérard Oberlé « Jim continue d’apprendre donc tout des crus et des mets français. »


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Tout allait donc bien dans le meilleur des mondes lorsque, chère Laure, je ne sais quelle mouche vous a piquée dans le meilleur restaurant de Missoula, le Red Bird, le chef vous sert son « meilleur et gigantesque morceau de bœuf, accompagné de quelques légumes préparés avec raffinement. » et que vous déclarez « souhaiter goûter un Kenefick Ranch de la Nappa Valley. » Jim fait la tronche : « Tout à coup, le visage de mon cyclope* s’assombrit. Puis retrouve vite sa lueur lorsqu’il déclare : « Tu fais comme tu veux ! Mais je te le laisse. Pour moi et rien que pour moi donc, ce sera le châteauneuf-du-pape du Château Beaucastel »

 

Comme l’aurait dit ma mémé Marie « le Bon Dieu t’a punie »  Laure d’avoir choisi ce « jus de planche » et j’aime beaucoup la relation de ce tête à tête :

 

« On s’est retrouvé chacun avec notre bouteille à côté de notre assiette. On a toujours dit que le vin créait des liens ; il peut aussi se révéler clivant. Comme mon commensal n’avait même pas l’intention de humer le vin que j’avais choisi, jamais il ne m’a proposé de goûter le châteauneuf dont il se resservait à chaque fois avec délectation, en me regardant malicieusement, satisfait de son petit tour. « Alors il est bon ce vin californien ? ». Il était boisé à mort, et je n’avais pas dû choisir le meilleur… Selon Jim, j’étais puni pour avoir trahi le vin français.

 

Faute avouée est à demie pardonnée Laure mais il me semble que ce ne fut là que le résultat de la confrontation entre un buveur de vin et une goûteuse de vin.

 

Ceci écrit se retrouver face à un type qui déclare que « L’acte physique élémentaire consistant à ouvrir une bouteille de vin a apporté davantage à l’humanité que tous les gouvernements dans l’histoire de la planète. » et ce, bien sûr, avec un tire-bouchon qui « tutoie les sommets de l’imagination humaine. » est un privilège que j’aurais bien aimé partager chère Laure Gasparotto.

 

Merci à vous Laure pour cet article « le vin français…selon Jim Harrison » illustré par des photos de Michael Friberg  publié dans le Hors Série du Monde à table.


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25 août 2013 7 25 /08 /août /2013 07:00

Le lendemain matin j’appelais Antoine pour lui dire qu’Adeline et moi prolongions un peu notre séjour à Venise pour régler une affaire urgente. Il ne fit aucune objection se contentant de me demander « Je t’envoie le jet pour quel jour ? ». Sans réfléchir je lui répondais que nous avions besoin de huit jours. « Ok, je vous fais porter vos bagages où ? » Je lui donnais l’adresse du palazzo de Matteo Vialle Guiseppe Garibaldi. Adeline qui se baladait en string battait des mains. « Fantastique ! Tout ce temps rien que pour nous, tu es vraiment chou… » Je soupirais en levant les bras au ciel. « Habille-toi, nous partons faire notre marché au Rialto… » Le maître d’hôtel qui débarrassait notre petit-déjeuner m’indiquait que bien évidemment la vedette de Matteo était à notre disposition. « Merci…nous prendrons le vaporetto… et nous déjeunerons sur place… » Adeline voulait s’acheter un short et des sandales. J’ironisais « Tu veux provoquer une émeute ?

-         N’importe quoi, j’en ai marre de me trimballer toujours en jean et basket. Besoin d’air !

-         Vos désirs sont des ordres jeune fille.

-          

Après avoir fait nos emplettes au marché de la Pescheria du Rialto, nous déjeunâmes, loin des gargotes à touristes dans une petite trattoria que j’eus bien du mal à retrouver. Adeline ne passait pas inaperçue avec son mini short blanc qui lui moulait les fesses et donnait à ses longs compas des allures vertigineuses. Bien évidemment, je dus remettre le couvert sur mes années Citroën, la fameuse « opération double chevron » en sirotant une merveilleuse Grappa di Bassano de Capovilla un assemblage à base de merlot et de cabernet, complété d'autres cépages comme le tokaji, de faible degré, 41° tout de même.


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« À la reprise du lundi, Nez de bœuf, un ancien flic pote du sinistre commissaire Dides, dont le seul boulot consistait à foutre son tarin – d’où son sobriquet – dans nos petites affaires, la perruque*, la fauche et, bien sûr, le boulot syndical, donc à nous pourrir la vie, me chopait juste avant la grille d’entrée. Tout dans ce type suintait la vérole. Ce matin-là il arborait la tenue du parfait gestapiste : long manteau de cuir ceinturé qui lui battait les mollets et dont le col était relevé, galure de feutre noir incliné et rabattu sur son regard de faux-derche, cigarette américaine collée au coin de ses lèvres épaisses, gants fins et des écrases-merde à bout ferré et à semelles renforcées de plaques d’acier. Sa voix de fausset et son tortillement de cul à peine perceptible lorsqu’il parlait, juraient avec ses airs de stümbahnfhurer. Quand il posa sa main gantée sur mon bras. Je la repoussai avec énergie : « ils ferment dans une minute, je n’ai pas envie de me faire sucrer un quart d’heure de salaire… » Nez de bœuf éclatait d’un petit rire grasseyant qui agitait sa cigarette dont le bout incandescent rougeoyait dans la nuit. « Tu te fous de ma gueule l’intello, ces pieds plats : je claque des doigts et ils me taillent une pipe, alors tu t’arrêtes et tu m’écoutes… »

- Non…

- Fais gaffe, ici je pèse lourd…

- Le poids d’une grosse merde, lâches moi j’ai mieux à faire qu’écouter les conneries d’un mec qui a du sang sur les mains…

- Là tu pousses le bouchon un peu loin sale gauchiste. Ton compte est bon je vais t’en faire baver à mort. Tu vas ravaler tes paroles et tu regretteras même d’être né…

- La gégène, l’entonnoir ou le merlin… T’es bon à tous les étages ordure. T’as de la bouteille, surtout ne te prive pas de repasser les plats ça réveillera en toi de beaux et grands souvenirs…

Nez de bœuf me laissait m’en aller. Ses trous du cul fermaient les grilles. Je les bousculais. Ils voulaient me faire barrage mais dans mon dos l’ordre claquait : « laissez-le passer ! » Je hâtais le pas car il ne me restait que tout juste cinq minutes pour pointer, enfiler mon bleu et aller rejoindre mon poste de travail.

Deux heures plus tard, Dahan, le régulateur de la chaîne, m’apostrophait :  « t’es attendu au bureau du planning… »

-         C’est où ?

-         Au fond de la cour.

-         Qu’est-ce qu’ils me veulent ?

-         Je n’en sais fichtre rien. Grouille-toi !

 

Là-bas, un ingénieur en blouse grise sans même me prêter attention, jetait à ses loufiats un «Mettez-le au 86 ! ». Si j’avais su ce qui m’attendait, mon moral en aurait pris un sale coup. Bien sûr, je voyais, derrière ce changement d’affectation, la main de Nez de bœuf et je m’attendais au pire. Ce ne fut pas le pire mais l’horreur. Le 86 c’était l’atelier de soudure. En apparence, le boulot qu’on me demandait me parut simple lorsque j’observai l’ouvrier qui me montra le geste : poser un point de soudure à l’étain d’un mouvement de chalumeau. L’atmosphère de l'atelier saturé d’une odeur âpre de ferraille et de brûlé, le rougeoiement des étincelles jetant sur les murs gris des flammèches infernales donnaient à la cohorte des soudeurs, aux yeux masqués par de grosses lunettes noires, courbés sur leur tâche, des airs de hannetons aveugles s'agitant en enfer ; un enfer bombardé d'une avalanche de bruits assourdissant. Très vite je m’aperçus que je ne parvenais ni à acquérir le coup de main, ni à coordonner mes mouvements avec ceux de la chaîne. Celle-ci avançait, calmement, inexorablement et je n’arrivais pas à suivre : toujours un temps de retard. Je cafouillais. Mélangeais les procédures. Mes mains et ma tête ne connectaient plus. J’avais envie de chialer.

 

À la pause je m’apprêtais à me tirer lorsque je croisai le regard d’un type qui semblait encore plus désemparé que moi. Les humains sont de drôles de petites bêtes : le malheur de leurs semblables exerce sur eux à la fois de la fascination et une forme d’attraction irrépressible. Certains s’en gavent sans retenue comme des charognards, d’autres s’apitoient, d’autres encore compatissent, mais très peu se mettent en position de comprendre. Et pourtant, non que je fusse touché par la grâce, face à ce pauvre bougre, je puisai la force de rester en poste. Je découvrais un frère de chaîne. À nous deux, je le sentais, nous formions l’embryon d’un étrange noyau assemblant les fêlés qui étaient ici par choix. Robert, puisqu’il se présenta ainsi lorsque je lui tendis la main et qu’il s’y accrocha comme à une bouée, expiait. Dans son regard de pauvre hère, tout le malheur de l’intellectuel qui a failli et qui vient se plonger, se ressourcer, dans le bain purificateur des prolétaires. Il s’en défendait : bien sûr que non sa plongée en usine n’était pas destinée à le nettoyer des souillures de sa classe. L’embauche prenait son sens dans un travail politique aux côtés des si fameuses, et si insaisissables « larges masses ». Le problème c’est que la chaîne, n’avait rien à voir avec le ballet de Charlot dans les Temps Modernes, elle avançait avec lenteur mais sans cesse, sans aucun temps mort, tel un sablier inexorable. Il fallait pisser, chier, se moucher, se gratter, aux temps morts chronométrés. Alors, les belles paroles lancées dans un bistro du Quartier Latin sur la nécessaire implantation au cœur de la classe ouvrière se dissolvaient dans la fatigue de bête de somme et l’évanescence de la dite classe que ce pauvre Robert cherchait en vain. »

 

* la perruque : emprunter du matériel pour faire des travaux personnel.       

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