Jeudi 24 juillet 2008
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Mes biens chers frères (les soeurs étaient systématiquement ignorées), c’est ainsi que le curé doyen, comme sans doute tous ses
confrères, commençaient ses sermons du haut de la chaire. Nous les fidèles nous étions assis. Dans mes débuts d’enfants de chœur pour scander les
trois positions de la messe : assis, debout, à genoux, un préposé : le sacristain ou un enfant de chœur maniait avec vivacité un claquoir de bois.
C’est ce souvenir qui m’a inspiré l’idée de cette chronique sur les positions du vin, pour le boire bien sûr. À cette référence
religieuse, certains d’entre vous eussent sans doute préféré que je m’appuie sur les positions du Kâma-Sûtra avec bien sûr photos en illustration : technique utilisée par les news magazines
qui, sous le couvert d’enquêtes sérieuses sur des sujets de société, en profitent pour publier des photos suggestives. Comme je suis bon prince, et que les positions du vin n'ont pas le même
potentiel de suggestion, je vous offre deux illustrations du livre originel.
Mais revenons à nos positions du Vin : debout, assis, couché… Qu’entends-je par là me
direz-vous ? Pas grand-chose aurait répondu Pierre Dac dans le Sar Rabin Drana Duval mais moi je vais éclairer votre lanterne – notez que je n’ai pas écrit tenir la
bougie.
DEBOUT
- la position du
buveur : position à l’origine exclusivement masculine très pratiquée dans les caves de Vendée qui s’est modernisée et un peu féminisée
chez certains vignerons, dit paysans éclairés, qui ne répugnent pas d’amener au cul de la barrique leurs poteaux pour s’en jeter un ou deux derrière la cravate –façon de parler - dans des verres
Duralex. Attention, ne pas confondre avec la position suivante car ici on ne recrache pas : on boit. La fonction sociale de cette position était très marquée : lieu d’échanges, où l’on
se racontait des histoires, l’on concluait des affaires. Elle tend à se folkloriser pour séduire le bobo amateur d’authenticité.
- La position du
dégustateur : très en vogue de nos jours aussi bien chez les pros que chez les amateurs éclairés. Exige une certaine forme de
résistance physique lorsqu’on la pratique dans les salons : RVF, Grand Tasting, VIF car elle peut s’apparenter à une lutte du type de celles que les femmes affectionnent au moment des
soldes. Exige aussi une science consommée du crachement dans des récipients divers et variés si l’on ne veut pas se retrouver constellé de taches de vin. Exige enfin dans les salons une grande
faculté de commentaires pour conforter sa position. Cette position se pratique aussi dans des quasis salles blanches dites salles de dégustation entre experts patentés. Chez certains vignerons ou
même dans les châteaux se pratique dans la cave ou le chai, à la pipette, et il est de bon ton de reverser, ce qui reste dans le verre, dans la barrique. À noter que cette position est la
position favorite des « acheteurs » mais qu’elle ne procure guère les mêmes sensations que celles éprouvées par le consommateur.
- La position du
clubber : pratiquée par de nouvelles couches de consommateurs en des lieux de perdition dit open bars, discothèques ou rave-partie mais
ne concerne en général que, et très minoritairement, les vins à bulles. Le TGV : Tequila, Gin, Vodka est en butte à la réprobation collective car ce type de position ne vise qu’à atteindre
rapidement l’ébriété et se retrouver illico en position couché dans le fossé, ce qui vous le comprendrez n’est pas notre tasse de
thé.
- La position du
piqueur d’assiette : pratiquée par la faune de ceux qui trustent les invitations pour des vernissages, inaugurations, décorations,
départs à la retraite, garden-party… afin de se goinfrer gratis de canapés et de petits fours et, bien sûr, de faire couler la miette avec des breuvages appropriés. Le vin tranquille jusqu’à ces
dernières années n’était pas très en vogue face à la toute puissance des bulles, le Champagne tout particulièrement. L’irruption des femmes dans l’univers du vin laisse de la place aux vins
blancs et aux vins rosés. À noter la difficulté extrême, dans les buffets chics, de tenir dans une main une assiette pleine et dans l’autre un verre plein, et de manger ou de boire tout en
causant avec les happy few.
ASSIS
- la position du
mangeur : elle fut pendant des décennies la position majoritaire à l’image de la position dite du missionnaire pratiquée par nos pères
et nos mères mais elle tend à refluer sous la poussée du grignotage, du plateau télévision ou de l’eau minérale. Dans les milieux aisés ou intellectuels, composés d’esthètes ou de gens se
prétendant tels, elle tend à rejoindre la position du dégustateur dans la mesure où les convives comme les hôtes d’un dîner n’ont de cesse de faire assaut de leurs connaissances de la science du
vin qu’ils qualifient à tort d’œnologique. Bien évidemment dans cette position on ne crache pas son vin dans la soupière sauf que, très souvent, l’on peut constater, à la fin de ces repas, un
niveau anormalement élevé de verres pleins.
- La position du
dragueur : est pratiquée assis en terrasse l’été ou sur les banquettes de skaï des cafés l’hiver par des individus cherchant, sans
vergogne, à lier conversation avec des Chardonnay girls afin de pratiquer avec elles la position couchée. Contrairement à la précédente, en dépit de son ancienneté, cette position garde toujours
la cote. À noter, qu’étant donné l’évolution des mœurs, elle est pratiquée de nos jours par toutes les orientations sexuelles.
- La position du
rêveur ou du lecteur : se pratique dans les mêmes conditions que la précédente
mais en compagnie de soi-même ou d’un livre. À noter que la nouvelle génération peut la pratiquer avec un IPod sur les oreilles ou munie d’un téléphone cellulaire plutôt que d’un livre afin
d’envoyer des sms du type : T où. Dans certains cafés Wifi l’ordinateur portable est aussi de mise. Enfin, depuis l’avènement du Black Berry les hommes d’affaires ou les working women sont
aussi adeptes de cette position. La généralisation de cette position est un fait de société les sociologues l’ont baptisé : position du zappeur.
COUCHÉE
- la position du
jouisseur : a pratiquement disparue avec les banquets et les orgies romaines. Aucun indice sérieux ne laisse à penser que cette
position revienne à la mode comme d’ailleurs le port de la tunique au-dessus du genou pour les hommes.
- Il existe une
autre position couchée mais l’évoquer serait jugée politiquement incorrect. Le temps de Jean Gabin dans « Archimède le clochard » est englouti et ce n’est pas à l’honneur de nos
sociétés dites modernes, si propres, si aseptisées, mais si froides. C’est un grand moment Audiardesque où notre
divin nectar, le Muscadet en tête, tient le haut de l’affiche...
Pour conclure, je n'ai pas la prétention d'avoir épuisé toutes les positions comme par exemple celle du
voyageur, ferroviaire ou aérien et il vous est loisible de contribuer à l'édification de la taxinomie des positions du buveur de vin...
ARCHIMEDE LE CLOCHARD " JEAN GABIN par richardanthony
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