Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
6 décembre 2018 4 06 /12 /décembre /2018 06:00
Brillat-Savarin voulait que la bonne volaille soit pour le cuisinier ce que la toile est pour le peintre. Ici, en Bresse, le poulet est beaucoup plus que la toile ; il est le tableau réalisé.
Brillat-Savarin voulait que la bonne volaille soit pour le cuisinier ce que la toile est pour le peintre. Ici, en Bresse, le poulet est beaucoup plus que la toile ; il est le tableau réalisé.

Les réseaux sociaux, y compris la volaille des critiques, qui s’empiffre, presque tous les jours aux tables étoilées, se sont émus du sort d’un éleveur de volaille de Bresse, gilet jaune, qui criait misère dans une vidéo vue 3 557 701 fois à l’instant où j’écris.

 

Monsieur Macron, vous ne méritez pas de manger mes volailles »

 

Gilet jaune sur le dos, larmes aux yeux, cet éleveur interpelle le président : ses volailles ont été servies à l'Élysée, mais il travaille 77 heures par semaine pour 700 euros.

 

« Installé depuis trois ans dans cet élevage de 16.000 poulets, ce trentenaire, père d'un enfant, en couple avec une auxiliaire de vie scolaire, peine à boucler ses fins de mois. «Avec 1200 euros par mois pour vivre et deux voitures en milieu rural, on fait comment pour vivre?, demande-t-il au président de la République. Je voudrais bien que vous donniez des conseils», ajoute-t-il. Chaque mardi, sa mère est obligée de lui remplir son réfrigérateur, pour 50 euros, raconte-t-il en luttant pour ravaler ses larmes.

 

Sans doute Aloïs Gury a vu trop grand. Environ 150 poulets de son élevage sont déclassés chaque semaine par les abatteurs et lui achètent moins cher. Un nombre qu'un voisin estime trop élevé pour s'en sortir. Pourtant, il a changé à quatre reprises les rations alimentaires de ses poulets. Financièrement, la communauté de communes l'aide en lui louant les onze bâtiments d'élevage seulement 1 000 euros par an. »

 

L'Élysée dément les propos d'Aloïs Gury. «La Présidence de la République est soumise à la commande publique et ne se fournit pas directement chez les producteurs et passe par des intermédiaires qui travaillent avec plusieurs éleveurs, indique un communiqué du palais présidentiel. En l'occurrence, l'intermédiaire habituel pour les volailles de Bresse est Le Coq Saint Honoré. Il ne se fournit pas chez ce producteur pour l'Élysée. Contrairement à ce qui est dit, Aloïs Gury n'a pas fourni les volailles pour le déjeuner du 11 novembre, il s'agit de deux autres éleveurs: Cyril Degluaire et Thierry Desmaris. Aloïs Gury n'a d'ailleurs jamais fourni l'Élysée».

 

L’éleveur de Montrevel a posté une seconde vidéo pour apporter quelques précisions de son côté, reconnaissant qu’il n’avait jamais travaillé directement pour l’Elysée. Il a expliqué qu’il fournissait en réalité deux coopératives liées aux volailles de Bresse : Chapon Bressan et les Volailles Miéral AOP.

 

Si un éleveur de poulet de Bresse AOP ne s’en sort pas c’est qu’il y a quelque chose de profondément pourri dans le royaume de la France agricole d’Henri IV et Sully réunis.

 

J’ai des doutes, j’aimerais que les journalistes avant de relayer ce genre de complainte fasse leur travail de vérification.

 

Le 30 décembre 2014 j’ai commis une chronique :

 

J’adore l’onctueux embonpoint des poules hard de Bresse bien roulées en buvant Viola odorata de Claire Naudin…

 

La poularde est une femelle de race blanche, plus précisément La Blanche dite de Bény, âgée de 140 jours minimum, à maturité sexuelle ayant constitué sa chaîne d'œufs mais n'étant pas encore entrée en cycle de ponte. Deux autres races sont admises : la noire dite de Louhans et la grise dite de Bourg mais elles  ne se rencontrent qu'à titre exceptionnel dans la zone délimitée.

 

La suite ICI 

 

La volaille de Bresse : un « objet parfait» de Sandra Frossard-Urbano

 

« Qu'est-ce que c'est une belle volaille ?

 

« C'est une volaille qui est lourde, qui est grasse, qui est blanche, qui n'est pas griffée, qui est presque parfaite : » un éleveur.

 

L'art de « faire un bon poulet » s'achève pour l'éleveur lorsqu'il a « une bête qui a du filet » et « une jolie veine », que tout est chair et graisse. « Une bête pleine », c'est une bête qui est faite en viande, « une bête qui a du filet » (les deux blancs qui existent sur les côtes du sternum de l'oiseau). Le bon état de développement de la chair d'une volaille est apprécié à l'aide du toucher. On tient la volaille par les ailes d'une main et, de l'autre, on tâte le corps des deux côtés du sternum. « Si c'est plat, ce n'est pas la peine ; si c'est plein, rond, s'il a du filet, on peut y aller. » Le bréchet (crête osseuse verticale sur la face externe du sternum) ne doit pas être saillant ; on doit sentir le moins possible les os sous la pression de la main (Boudol 1947).

 

La « jolie veine » est le signe du bon état d'engraissement de la volaille. C'est une veine en relief qui se trouve sous l'aile. Passée de la couleur rouge à la couleur blanche « puisque couverte de graisse », on doit l'apercevoir lorsqu'on tient la volaille par les ailes et que, tout en soufflant, on écarte, à l'aide des doigts, les plumes qui voilent cette veine immaculée.

 

Pour en arriver là, le travail commence pour l'éleveur dès l'arrivée des poussins à la ferme, à l'âge d'un jour. Ils sont élevés pendant cinq semaines au maximum dans un lieu clos, à proximité du foyer, sous la chaleur d'une éleveuse artificielle et nourris avec de l'« aliment composé » acheté dans le commerce. Tout mérite d'être surveillé : la température, les quantités de nourriture et d'eau disponibles, l'état de la litière, l'absence de prédateurs, la lumière.

 

Les poulets seront ensuite mis en liberté. Ils absorbent, en plus du mélange céréales/lait donné par l'éleveur, les vitamines et les matières azotées contenues dans la verdure et dans les animaux vivants (mollusques, insectes, etc.) qui se développent tout particulièrement dans le sol et le climat humide de la Bresse (sol argileux, imperméable aux eaux des pluies fréquentes). Chaque sujet dispose d'au moins dix mètres carrés de parcours herbeux.

 

L'éleveur doit agir en tenant compte des variables de la nature : saisons, aspect et comportement des poulets, présence de prédateurs, etc. En été, par exemple, contrairement à l'expression française, et bressane, « se coucher avec (quand) les poules », les éleveurs ne peuvent pas se mettre tôt au lit. Vers huit heures du soir, le champ est « tout blanc de poulets, et c'est là, alors là, qu'ils cassent la croûte », car les vers sortent de la terre à la tombée du jour. Le matin, par contre, il faut ouvrir les poulaillers le plus tôt possible car « le poulet, il adore partir le matin de bonne heure parce qu'il y a de la rosée, il y a des tas de petites bestioles et il fait frais ».

 

Après avoir passé un minimum de neuf semaines en liberté, les poulets ont enfin atteint un développement convenable. Ils ont constitué leur charpente et pris l'ampleur nécessaire. Leurs muscles se sont formés (Boudol 1947), « ils ont du filet ». L'achèvement de cette première étape, la formation de la chair, ne dépend pas seulement de la culture, du travail et de la volonté de l'être humain, mais aussi des qualités du terroir. Le savoir-faire bressan et les apports de la nature se conjuguent. Mme B. N. illustre cette idée : « J'ai de la famille qui habite en Côte-d'Or. Ils ont voulu essayer de faire du soi-disant poulet de Bresse. Ils ont acheté quelques poussins ici et puis ils les ont amenés chez eux. Ils les ont nourris avec du maïs, comme on les nourrit nous. Leurs poulets n'avaient pas ce goût qu'il y a ici. [...] Je trouve que le terrain... D'abord la Bresse, elle porte son nom. Il faut faire du poulet de Bresse en Bresse : Et puis en liberté... un parcours herbeux... C'est merveilleux ça : En plein air, tant de belle herbe... Ils ramassent tout ce dont ils ont besoin pour faire qu'ils soient aussi bons : Il n'y a pas à dire [rire] : C'est ça le poulet de Bresse : »

 

Un onctueux embonpoint

 

Si la chair reste encore en grande partie produit de la nature - l'homme ne maîtrisant l'élevage que partiellement - la graisse, résultat de la prochaine et dernière étape, l'engraissement, tient beaucoup plus au travail de l'éleveur. Elle s'élabore dans une enceinte bien close, l'épinette, qu'il contrôle entièrement. C'est là que l'on raffine pour fabriquer, en déformant la nature, un onctueux embonpoint. Après la période en liberté, les poulets sont donc placés dans des cages en bois montées sur pieds et divisées en compartiments, réunies dans une salle sombre et calme, à proximité du foyer. Ils y séjournent pendant huit à quinze jours. Mais, juste avant de les enfermer, l'éleveur a bagué chaque poulet. La bague porte son nom, son adresse et le nom Bresse. De même, il a coupé les pointes des ongles des poulets pour éviter qu'ils ne se griffent. « Une griffure c'est un déclassement, ce n'est plus un objet parfait » (un éleveur).

 

En épinette, l'éleveur préfère donner de la « pâtée » en opposition à l'alimentation sèche (mélange céréales/lait en poudre) donnée aux poulets en liberté. On dit que les poulets sont gourmands de la pâtée. Dans certaines fermes, on la prépare en mouillant le mélange céréales/lait en poudre avec de l'eau. Chez Mme B. N., elle est faite de céréales mouillées avec du lait de vache (caillé ou frais coupé avec de l'eau) produit à la ferme. Mme B. N. croit à la supériorité du lait de vache pour la finition : « Je trouve que le lait de vache blanchit le poulet. Ça lui donne une jolie veine ; ça l'engraisse bien. »

 

Certains éleveurs donnent de l'aliment cuit en épinette, notamment le blé. Le cuit est présent aussi dans la pâtée ébouillantée : « On met la farine dans un seau, puis on fait bouillir de l'eau que l'on vide dessus pour l'ébouillanter, et puis ça fait gonfler votre farine. Elle est cuite un peu et puis on met du lait. » Dans le discours de l'éleveur, le cuit peut être associé à l'humide (opposé du sec), dans la mesure où la cuisson lorsqu'il s'agit de bouillie nécessite l'adjonction d'eau : « On cuit du blé [...]. C'est quand même rafraîchissant, surtout quand il fait très chaud, le poulet mange mieux que du sec. »

 

En épinette, les poulets n'ont à manger que ce que l'éleveur leur apporte. Ils sont nourris à heures fixes. Mme B. N., ainsi que d'autres éleveurs, nourrit ses poulets « deux fois par jour, le matin et le soir. Il faut leur donner une bonne pâtée (pas trop), qu'ils la mangent quand même assez rapidement, qu'elle ne s'oxyde pas dans les mangeoires ». L'éleveur peut aussi varier la nourriture en épinette : « Quand ils sont variés, à notre impression, ils ont plus d'appétit. »

 

Après tant de soins, les poulets sortent de l'obscurité et du calme de la salle d'épinette, comme d'une cure de repos et de sommeil, avec « de belles veines », signe le plus sûr d'une chair « persillée » (parsemée d'infiltrations de graisse) et savoureuse. Si ces beaux poulets peuvent enfin partir chez le volailler, nous ne sommes pas pour cela au terme de l'exposé. L'art de faire une volaille grasse atteint son summum dans l'élevage du chapon - jeune coq châtré - et de la poularde - femelle qui n'a pas encore atteint la maturité sexuelle et n'est pas encore capable de pondre ; elle n'est pas châtrée comme certains le croient ; elle a seulement subi un engraissement intensif. Le gras est leur raison d'être.

 

La suite ICI 

Partager cet article

Repost0
23 août 2016 2 23 /08 /août /2016 06:00
Marcel Lapierre à Alice Feiring : « Chauvet n’avait rien créé de nouveau, il avait simplement effectué un retour à une manière anti-technologique de faire du vin. »

… Car, si tu n’aimes pas le vin, tu n’éprouves aucune incitation à travailler avec la nature. Et Chauvet adorait le vin. »

Mes vieux neurones en voie de désintégration progressive connectent encore le fonds de ma mémoire ainsi, après avoir mis en boîte la chronique de Jean-Yves Bizot, j’y suis allé pêcher une chronique publiée le 29 mai 2012 :

 

Le vin nu « un vin qui se contente de refuser le soufre et n’exprime rien n’est pas naturel. » Alice Feiring buvait les paroles de Marcel Lapierre.

 

 

Chère Alice,

 

Vous êtes New-Yorkaise, une forme de Woody Allen du vin, du vin nature bien sûr, d’un vin dont la philosophie est qu’on n’y ajoute ni n’en retire rien, et vous estimez, assez justement, que l’adjectif naturel est utile car le public a besoin d’un terme général lui indiquant le type de vin qu’il cherche, « et que naturel vient naturellement » imparfait certes mais, faute de mieux il sert en attendant qu’un autre terme voit le jour, « tel que pur, nu, réel ou même simple ».

 

Entre nous Alice en dehors de nu, qui est très sexy, qualifier le vin de nature c’est génial car ça sent le soufre, ça irrite, ça met le feu aux poudres, ça excite les « pontes » du vin qui estiment que vous vous laissez subjuguer par le concept, non parle goût ». Ce n’est pas pour me déplaire, d’autant plus que lorsque Jason Lett vous suggère de vinifier du sangratino en Californie en fonction de vos « principes », vous avez l’honnêteté d’avouer que « d’appuyer trop sur le principe » ça vous met mal à l’aise. « La manière de faire du vin n’est pas une question morale. Le vin captif de sa cuve n’a rien à voir avec le poulet emprisonné dans sa cage ».Vous savez mettre de l’eau dans votre vin et lorsque votre amie Pascaline rugit « il est somptueux. Je suis fière de toi » en le goûtant « jamais je n’aurais eu le culot de faire ce que tu as fait. » vous avez presque commencé à pleurer, même sans la mélopée de Tom Waits et en oubliant le mouillage.

 

La suite ICI 

 

Vraiment, si vous avez quelques minutes à perdre, lisez ma lettre à Alice Feiring, je n’en renie aucune phrase.

 

« Vivre, c’est vieillir, rien de plus » écrivait Simone de Beauvoir

 

« Les vieillards ne deviennent pas plus sages mais plus prudents. » selon Ernest Hemingway

Partager cet article

Repost0
20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 06:00
Le temps d’écrire pour de vrai est venu…alors zoom arrière le «milliardaire rouge» Jean Doumeng& Jean Pinchon le « hobereau normand » : le lobbying à l’ancienne…

Mes écritures, loin du brouhaha de la blogosphère, du harcèlement des communicant(e)s, de Félix&Popotin les grands critiques du vin, de l’addiction frénétique aux réseaux sociaux de certains de mes confrères, je glane dans mes archives, je lis, beaucoup, je baguenaude, je dors le jour, éveillé jusqu’aux première lueurs du jour je me laisse du temps pour laisser libre-court à mon imagination pour entamer une nouvelle aventure d’écriture.

 

Le temps d’écrire pour de vrai est venu…

 

Alors combien de temps me restera-t-il à consacrer à mon espace de liberté ?

 

Je ne sais mais ce que je sais c’est que je répondrai présent chaque jour que Dieu fait.

 

Sous quelle forme ?

 

Je ne sais…

 

Sans doute comme aujourd’hui irais-je puiser dans mes archives…

 

Vous verrez bien si je prends aussi le temps de vous mener sur d’autres chemins qui seront, soyez-en certains, toujours des chemins de traverse…

 

Et puis, si certains d’entre vous ont la plume qui leur démange rien n’est plus facile pour eux que de contribuer à l’aventure de cet espace de liberté. Merci par avance.

 

Avoir le bras long

 

« Entre Jean Pinchon, hobereau normand catholique, issu de l’Agro, nommé par la volonté de Rocard Ministre de l’Agriculture Président de l’INAO, et Jean-Baptiste Doumeng le petit gars de Noé pourvu de son Certificat d’études primaires, membre du PC, ami de Gorbatchev, le « milliardaire rouge », il existait une connivence profonde et sincère dont je puis témoigner.

 

Hommes d’influence, de réseaux, leurs bureaux mitoyens de l’avenue de la Grande Armée, le premier chez Louis Dreyfus, le second chez lui à Interagra, un bon coup de fourchette, un sens du théâtre plus poussé chez Doumeng, un goût immodéré du discours, du verbe chez Pinchon, mais surtout un attachement viscéral à leurs origines : normande à Épaignes avec son troupeau de Charollaises pour Pinchon, Noé pour Jean-Baptiste qui, lorsqu’il était à Moscou pour affaires bravait « les interminables attentes téléphoniques pour s’enquérir près de Denise (son épouse) de l’état du ciel à Noé, lui donner des conseils pour les travaux des champs, ou le signal des vendanges».

 

Ces deux forces de la nature, vrais poids lourds, grands habitués des antichambres ministérielles, amis des puissants de ce monde, bien plus que les poids plumes actuels, qui font du terroir un argument de marketing politique, eux avaient de la glaise aux bottes, tiraient de ce lien viscéral une réelle aura sans pour autant en jouer pour disqualifier leurs interlocuteurs aux Richelieu bien lustrée... »

 

À propos de la France des terroirs un peu d’histoire : Jean Pinchon le gaulliste-catho et Jean-Baptiste Doumeng le communiste-provo. « Un cul de vache nous fait bander...»

Le temps d’écrire pour de vrai est venu…alors zoom arrière le «milliardaire rouge» Jean Doumeng& Jean Pinchon le « hobereau normand » : le lobbying à l’ancienne…

Provocateur JB Doumeng l’était. Face à une flatterie indécente ou un propos maladroit ou un comportement minable il était capable des pires extravagances qui trahissaient « ses rancœurs et défis de gosse frustré, sinon méprisé ». Ainsi à un apparatchik fat, Ministre hongrois du commerce extérieur, qui à la fin de son discours osait placer cette aumône : « À présent, cher ami français, s’il vous manque quelque chose dites-le moi... »

 

Il rétorquait

 

- Oui, monsieur le Ministre, une belle peau d’ours.

 

- Simple détail, et facile à trouver. Pour un manteau, je suppose.

 

- Pas du tout... L’hiver, ma femme et moi adorons faire l’amour, nus, sur une peau de bête, devant un feu de bois... Ça amuse les enfants... La civilisation capitaliste, trop sophistiquée, nous a coupés de la nature. »

 

J.B. Doumeng sablant du Laurent Perrier Grand Siècle à l’AG de la Mutualité à Vichy joue au con et n’aime pas ça. 

Partager cet article

Repost0
2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 00:09

Le retour en force du Dieu Soleil, une belle chaleur, me fait apprécier la fraîcheur d’un dessert bien de chez moi, les caillebottes de ma tante Valentine. Pour vous faire partager mes goûts nature il me suffit d’aller rechercher une petite chronique écrite il y a quelques années.

 

tarrasson.jpg

 

Mes élucubrations de la semaine passée sur la « Teurgoule normande » ou le « Kouign Anam »breton ont agi, tels des révélateurs, sur ma mémoire d'enfant. Même si c'est un peu tôt, mais comme notre climat est un peu déboussolé et qu'il fait plutôt chaud, le souvenir des caillebottes, que la tante Valentine nous concoctait aux beaux jours, me donne envie de vous en transmettre la magie. Comme leur nom l'indique, les caillebottes sont du lait caillé, mais comme souvent dans les recettes qui viennent de la nuit des temps, tout est dans le savoir-faire, le tour de main, il faut savoir prendre le temps. En effet, pour les puristes, 15 heures sont nécessaires pour la préparation. Je vois déjà la tête des ménagères de moins de 35 ans : on veut nous renvoyer à nos fourneaux, c'est la double peine : le boulot et le fricot. Rassurez-vous, chères femmes modernes, le temps ici prend tout son sens : il n'est là que pour laisser à la préparation justement, le temps, d'être, de naître, d'exister dans les conditions idéales. Et puis, de toute façon, vous n'avez qu'à épouser - pour celles qui épousent bien sûr - des mecs qui savent faire aussi la cuisine !


D'abord, il faut commencer par préparer la chardonnette, 12 à 15 g de fleur d'artichaut que l'on laisse macérer 5 heures. Oh lala mais où  vais-je trouver de la fleur d'artichaut me direz-vous ? Faites pousser un artichaut sur votre balcon, c'est très tendance, ou dans votre jardin pour les non urbains. Bon, comme je suis gentil, vous pouvez acheter de la présure chez votre pharmacien, mais bon, ça ne sera pas tout à fait les caillebottes de la tante Valentine.

Bref, vous mettez votre préparation ou la présure dans un litre de lait cru entier, pour que ce soit dans les règles de la tante V : dans un grand tarrasson de terre cuite émaillée. Vous placez le tout dans un lieu où la température est de 18°, chez nous c'était la souillarde. Quand le lait est caillé vous tracez sur la surface du caillé, à l'aide d'un couteau, une sorte de grille qui délimite des blocs carrés ou rectangulaires. C'est alors qu'intervient l'art du tour de main, c'est la cuisson à feu doux, le mieux c'est un bain-marie - la terre cuite du tarrasson est idéale - pour que les blocs de caillé se détachent. Flottent dans le petit lait. Quand l'opération est terminée on place le tarrasson soit dans un lieu très frais ou dans un réfrigérateur. Attention, ne glacez pas les caillebottes ! 

 

DSC07844.JPG

Pour les manger, plusieurs manières : soit tels quels, soit on peut remplacer le petit lait par du lait : la tante Valentine y mettait du lait auquel on avait ôté la peau (ceux qui ne comprennent pas n’ont qu’à faire bouillir du lait cru entier et y verront ce qu’est la peau du lait) c'est plus léger. Reste une dernière option : sucrer ou non vos caillebottes, ça c'est à votre goût.

Comme vous l'avez compris c'est un dessert et, désolé pour mes amis les adorateurs du nectar divin, dans mon souvenir en culotte courte, avec les caillebottes on ne buvait rien, sauf un coup d'eau fraîche qui venait tout droit du puits (à ce propos, je vous signale, que pour rafraîchir les caillebottes on les descendait dans un seau au fond du dit puits).


Le concours est donc ouvert aux spécialistes, forts nombreux sur les blogs de vin, qui s'échinent sur les accords mets-vin : que conseillez-vous sur les caillebottes ? A vos souris maîtresses des chais, tirez-nous de ce mauvais pas. Pour toutes les ménagères de moins et de plus de 35 ans, soyez caillebottes, je vous assure ça fera très tendance auprès de vos copines et de vos copains dans un p’tit dîner entre amis.


Bon appétit !


En bonus une vidéo vendéenne sur le mode opératoire des caillebottes

 


les Caillebottes par Montaigu-Vendee

Partager cet article

Repost0
14 avril 2012 6 14 /04 /avril /2012 16:00

L’émigration, nous les  Vendéens nous connaissons, certains d’entre nous, parents ou voisins ont fait leur balluchon et ont vécu la condition d’émigrés de l’intérieur. Il ne s’agit pas de ce que l’on qualifie d’exode rural puisque, comme bien des départements ruraux de France, la Vendée a été affectée par des départs significatifs de sa population au tournant du XXe siècle : les Vendéens sont allés à la recherche de terres à cultiver qu’ils ne pouvaient pas se procurer sur place. Trop de bras, la misère ordinaire, et ce n’est pas si loin de nous puisque le mouvement migratoire a duré jusque dans les années 50. Le texte qui suit est à méditer par nous tous, je l’avais publié en janvier 2006 sur mon Espace de liberté et il m’a semblé d’actualité pour inaugurer cette nouvelle rubrique.

Carte-postale-ancienne-808-PERSONNAGE-Vieille-paysanne-vend.jpg

« Pendant cent ans, et jusqu'aux années 1950, les paysans vendéens sont ainsi partis s'installer dans les plaines du Sud-Ouest (...) La migration des Vendéens s'effectue par familles entières, via des agents, « marchands de biens », le plus souvent par cousinage ou par voisinage(...) Le mouvement concerne au moins 60 000 personnes jusqu'aux années 50-60, mais il est condamné sévèrement par les élites vendéennes, qui le voient comme une véritable désertion(...)

 

Mais comme toutes les migrations, les malentendus et les frustrations sont légion. Contrairement aux motivations et fantasmes qui portent l'exode habituel vers les villes, ces paysans-là ne veulent pas changer de métier, ni se débarrasser de leurs valeurs familiales, religieuses et politiques : ils veulent améliorer leurs conditions de vie(...) Arrivés dans des sociétés marquées par l'échec (vide démographique, grandes incendies des Landes entre 1937 et 1950, inadaptation au nouvel état d'esprit urbain) ils sont les étrangers qui prennent la place des enfants partis et, de surcroît, ils apportent de nouvelles façons de travailler la terre, des convictions religieuses et des mœurs familiales différentes(...)

 

Tout est chargé de connotations menaçantes : ayant en général de nombreux enfants, les Vendéens remplissent dans certains cantons des classes entières, à côté des enfants uniques des populations autochtones. Ils acceptent d'entrer dans des fermes en mauvais état, dans lesquelles ils introduisent des pratiques importantes comme l'enfouissement des engrais verts, la culture des choux fourragers (...) En outre ils s'associent des coopératives de vente et d'achats qui créent de nouveaux réseaux (...)

 

Les Vendéens suscitent au moins l'ironie et jusqu'au dégoût. De la même façon, la réunion, tous les dimanches, des fermiers autour de l'église du bourg, d'abord, au café ensuite, choque, car la population locale qui boit du vin tous les jours, ne comprend pas que ces buveurs d'eau toute la semaine se mettent à l'alcool et au vin à cette occasion (...)  

 

Extraits d'un article « les Vendéens de la Garonne » de JC Martin professeur à la Sorbonne publié dans Histoire Patrimoine dans un dossier Les derniers Paysans ? Une identité contestée. Une formidable puissance menacée.

Partager cet article

Repost0

  • : Le blog de JACQUES BERTHOMEAU
  • : Espace d'échanges sur le monde de la vigne et du vin
  • Contact

www.berthomeau.com

 

Vin & Co ...  en bonne compagnie et en toute Liberté pour l'extension du domaine du vin ... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

Articles Récents