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7 juin 2022 2 07 /06 /juin /2022 06:00

 

Longtemps j’ai habité rue Vergniaud (un girondin)  dans le XIIIe arrondissement, mon immeuble avait été érigé sur l’emplacement d’anciens jardins ouvriers. En ce temps-là, la préhistoire pour les bobos, pour les élections c’était le 13e Ouest, fief du défunt Paul Quilès.

 

Et puis j’ai émigré ailleurs pour enfin me poser  au flanc du boulevard Saint-Jacques dans le XIVe, à la limite du XIIIe.

 

Bref, comme PAX l’implore de ses vœux, le passe-temps favori des Ministres de l’Intérieur étant le découpage électoral, l’autre jour en partant rejoindre à vélo la plus belle pour aller danser, je me suis pris les pieds dans le tapis : tout au bout des 13 panneaux électoraux sis devant l’école de la rue Léon Nordmann, je suis tombé sur le portrait de Sandrine Rousseau candidate NUPES de la circonscription.

CHOC !

Au retour je me rue sur mon ordinateur et là je tombe sur une autre mine anti personnelle : Sandrine Rousseau face à Sandrine Rousseau, l’étrange méthode d’un parti pro-ruralité pour s’opposer à EELV

 

Aux législatives, les électeurs de la 9e circonscription de Paris auront le choix entre treize candidatures… dont deux homonymes, deux Sandrine Rousseau. ICI 

 

 Les électeurs et électrices de la 9e circonscription de Paris auront le choix, aux élections législatives (les 12 et 19 juin), entre treize candidatures au premier tour, parmi lesquelles figurent deux Sandrine Rousseau.

Législatives: Sandrine Rousseau se présente contre... Sandrine Rousseau -  l'Opinion

Sandrine Rousseau, l'ancienne candidate à la primaire écolo, affrontera une homonyme aux législatives à Paris.

Sipa Press et DR
  • L’une est la candidate de la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), pilier d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV),

 

  • l’autre est une novice en politique, auxiliaire de puériculture vivant en Normandie, investie par Le Mouvement de la ruralité (LMR), anciennement nommé Chasse, pêche, nature et traditions (CPNT).

 

Ben voilà le travail, au risque de me faire écharper par les féministes, « une souris des villes » contre « une souris des champs » du La Fontaine au féminin.

 

Je ruminais !

 

Cependant, le doute peu à peu s’insinua, les 2 Sardine se présentaient-elles dans ma circonscription ?

 

Je fondis sur le site du Ministère de l’Intérieur, vous savez celui occupé par le petit menteur qui voit des hooligans rosbifs partout.

 

Et, là qu’est-ce je vois :

 

  • Que le député sortant de la 9e circonscription est le macroniste Buo Tan, relais d’influence de la Chine à l’Assemblée nationale selon Le Monde ICI   donc de Chinatown, et c’est le 13e arrondissement.

 

 

Buon Tan dans la cour de l’Élysée, le 16 février 2018.

Buon Tan dans la cour de l’Élysée, le 16 février 2018. 

 

  • Que ma circonscription est donc la 11e, ce qui m’a « enduit » en erreur c’est que ma députée, Marielle de Sarnez, bras droit de Bayrou, a défunté, et que j’ignorais le nom de sa suppléante.

 

Vous allez me dire que vous n’en avez rien à cirer, expression favorite d’Édith Cresson, de mes élucubrations sur les 2 Sardine Rousseau.

 

J’en conviens mais, comme il ne se passe rien dans cette campagne, pas encore vu de tractage rue Daguerre, j’occupe le terrain à ma manière.

 

Le plus difficile sera de me motiver pour aller voter dimanche puisque je ne vois rien en magasin qui puisse me convenir.

 

  • DIVERS : Marie-Thérèse-Jeanne SIMEÉON ÉP EYCHART

 

  • PARTI ANIMALISTE : Valentine LABOURDETTE

 

  • MOUVEMENT DÉMOCRATE-ENSEMBLE : Maud GATEL (députée sortante)

 

  • PARTI OUVRIER INDÉPENDANT DÉMOCRATIQUE : Dominique EDON-GUILLOT

 

  • RASSEMBLEMENT NATIONAL : Saddia COUSIN

 

 

  • PARTI SOCIALISTE-NUPES : Olivia POLSKI

 

  • LES RÉPUBLICAINS : Marie-Claire CARRERE-GEE

 

  • RECONQUÊTE :  Franck LAYRÉ-CASSOU

 

  • PARTI PIRATE : Nolwenn LE GAC

 

  • LUTTE OUVRIÈRE : Laurent VINCIGUERRA

 

 

 

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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 06:00

 

Vatican : la réforme de la Curie romaine devrait aboutir en février

Les petites flammes de la Pentecôte se sont éteintes, nous sommes dans le no-mans-land du lundi de la Pentecôte : férié or not férié ? ICI  « Journée de solidarité » concoctée par notre Raffarin fan de Johnny Halliday.

 

Inspiré hier par les soutanes, la Croix dans la foulée me met sous le nez une chronique : Grands vins rouges et soutanes noires signé Loup Besmond de Senneville envoyé spécial permanent de La Croix à Rome ICI

 

LETTRE DU VATICAN. L’ambassade de France près le Saint-Siège a organisé cette semaine une soirée de dégustation de vins à laquelle se sont pressés des membres de la Curie. Chaque samedi, l’envoyé spécial permanent de La Croix au Vatican vous dévoile les coulisses du plus petit État du monde.

 

Avant de vous proposer cette sainte lecture, quelques repères :

 

Nouvel ambassadeur de France près le Saint-Siège | Rome Pratique

1- La VILLA BONAPARTE

 

L’Ambassade de France auprès du Saint-Siège installée depuis le 15 décembre 1950 à la villa Bonaparte, près de la « Porta Pia ». Pour la petite histoire elle fut construite en 1750 pour le cardinal Silvio Valenti Gonzaga, secrétaire d'État du pape Benoît XIV. Le cardinal transforma en jardins des vergers et fit élever au centre le pavillon dont la décoration et l'ameublement devinrent vite célèbres : la collection de papiers chinois, la table mécanique de la salle à manger et les plantes exotiques du jardin constituaient autant de curiosités dans la Rome du XVIIIe siècle.

 

Après la chute de l'Empire, une partie de la famille Bonaparte, Madame mère (Laetitia), le cardinal Fesch, oncle de Napoléon, certains de ses frères s'installèrent sous la protection du pape Pie VII (le prisonnier de Fontainebleau qui avait sacré Napoléon). La sœur de Napoléon, Pauline, princesse Borghèse, qui avait suivi l'Empereur déchu à l'Île d'Elbe, les rejoignit en 1815 et fit l’acquisition de la villa Valenti. À la mort de Pauline en 1825, la villa passa à ses neveux et à leurs descendants jusqu'en 1906 date à laquelle elle fut vendue... au gouvernement prussien qui y installa sa légation près le Saint-Siège en 1908, ambassade d'Allemagne entre 1920 et 1944. En 1945, les biens du Reich étant confisqués par les Alliés, la France en fit l'acquisition pour y installer sa représentation près le Saint-Siège.

 

2- La CURIE ROMAINE

 

Débat - Réforme de la curie romaine - Un problème théologique de fond ? -  InfoCatho

C'est l'administration centrale de l'Église catholique. À l'image d'un gouvernement, elle dispose d'un premier ministre, appelé «Secrétaire d'Etat» qui pilote la Secrétairerie d'Etat, le cœur du système.

 

Mais elle compte aussi neuf «Congrégations», l'équivalent des ministères, chargés par exemple, de la nomination des évêques, de l'interprétation de la foi catholique ou encore du clergé, mais aussi de «l'évangélisation des peuples» ou de l'éducation catholique.

 

Auxquelles s'ajoutent, depuis le Concile Vatican II (1962-1965), douze «Conseils Pontificaux», l'équivalent des secrétariats d'État en France. Ils ont des missions moins «religieuses»: culture, communication, famille, justice et paix.

 

Tous ces ministères sont chapeautés par un «préfet» ou un «président» appelé «chef de dicastère» qui est un cardinal. La coordination de ces ministères incombe au Secrétaire d'Etat.

 

Plusieurs autres organismes de services complètent ce dispositif administratif de la curie romaine, où travaillent environ 2500 personnes dont une majorité de laïcs, hommes et femmes. La curie romaine est pensée pour servir le Pape mais aussi les 5100 évêques répartis dans les diocèses du monde entier.

 

Comprendre la refonte de la Curie romaine

 

Par Jean-Marie Guénois ICI 

Publié le 06/02/2015

 

Classement de 1855, Grands Crus Classés de Bordeaux - SoDivin Blog

3-Le CLASSEMENT DE 1855

 

Le classement des crus du Médoc a été établi pour l'exposition universelle de 1855. C'est en se basant sur les prix couramment pratiqués à l'époque que les courtiers ont listé et classé les meilleurs crus du Médoc et les meilleurs crus de Sauternes. Ce classement est assez critiqué car il n'a jamais été revu (sauf en 1973 pour passer Mouton Rothschild de 2e à 1er) alors que certains domaines ont été morcelés ou revendus de nombreuses fois. ICI 

 

4-Le BORDEAUX-BASHING

 

Les vins de bordeaux sont trop chers ! - Blog - Grands Vins Privés

 

Jadis considéré comme le meilleur, le vin de Bordeaux subit depuis une décennie environ un certain désamour de la part des consommateurs, aussi bien des professionnels que des amateurs. Le « Bordeaux bashing » consiste, comme son nom l’indique, à bouder les vins de Bordeaux. Dans cet article, Ouest-France vous explique ce phénomène. ICI 

 

5- Florence Mangin, deuxième femme nommée ambassadrice de France au Vatican

Florence Mangin est la nouvelle ambassadrice de France auprès du  Saint-Siège | Nominations | Acteurs Publics

Emmanuel Macron, qui n’aime pas trancher, préférant laisser ouvert l’éventail des options le plus longtemps possible, s’est enfin décidé. Vacant depuis le 1er janvier, le poste sensible et très convoité d’ambassadeur de France près le Saint-Siège va être pourvu. Selon nos informations, c’est l’actuelle ambassadrice de France au Portugal, Florence Mangin qui a été nommée. C’est la deuxième fois qu’une femme hérite de ce poste, le plus ancien de la diplomatie française, après la nomination d’Elisabeth Beton-Delègue, au printemps 2019.

 

Agée de 63 ans, cette diplomate – diplômée de l’ENA (promotion Condorcet, celle de Valérie Pécresse) – était précédemment directrice pour l’Europe continentale au ministère des affaires étrangères, tout en étant haut fonctionnaire pour l’égalité des droits. Avant de prendre ses fonctions dans la Villa Bonaparte, à Rome, Florence Mangin doit encore recevoir l’agrément du Saint-Siège, précise une source élyséenne. Un passé récent prouve que cela peut être davantage qu’une simple formalité. ICI 

 

6-  Vatican: le plus petit Etat au monde dirigé par le dernier monarque absolu

 

Saint-Siège, Etat de la Cité du Vatican, constitution vaticane 2001MJP,  université de Perpignan

 

L'Etat de la Cité du Vatican, le plus petit du monde, a pris officiellement place dans la communauté internationale le 7 juin 1929, dans la foulée des Accords de Latran, signés le 11 février de la même année entre Pie XI et le dictateur italien Benito Mussolini.

 

 

Le pape est le dernier monarque absolu. Son pouvoir temporel s'exerce d'une manière souveraine et exclusive sur 44 hectares (dont un tiers de jardins), formant l'Etat le plus petit du monde, équivalent au tiers de la superficie de la principauté de Monaco.

ICI 

 

7- Pourquoi la nouvelle ambassadrice boude-t-elle les Grands Bourgogne et les GCC de saint-émilion ?

Ban des vendanges, Jurade de Saint-Emilion, 2013 | escapadoenophile.com

 

Je ne sais.

 

Je pose ICI d’envoyer à la villa Bonaparte, en missi dominici :

 

  • Pour la Bourgogne le sieur Bizot qui aligne les zéros derrière ses précieux flacons ?

 

Jean-Yves Bizot

 

  • Pour Saint-Emilion le pape de l’appellation Hubert de Boüard de Laforest

 

Bonne Lecture

 

État de la Cité du Vatican en italien Vaticano - LAROUSSE

 

Il arrive que certaines soirées romaines réservent quelques surprises. Celle-ci se déroule dans le cadre splendide de la Villa Bonaparte, qui abrite depuis 1950 l’Ambassade de France près le Saint-Siège.

 

À l’aube de l’été, la nouvelle ambassadrice près le Saint-Siège, Florence Mangin, qui doit présenter ses lettres de créance au pape, samedi 4 juin, a invité les membres de la curie dans les jardins de sa résidence pour une dégustation des Grands vins de Bordeaux. Tout autour du jardin : quelques tables sur lesquelles ont été posées des bouteilles de Bordeaux, Grands Crus Classés en 1855. Et devant laquelle se pressent les invités du jour : des membres de la Curie, des diplomates en poste à Rome et quelques journalistes.

 

Ici, on voit un prélat en soutane présenter son travail à un ambassadeur européen. Là, un journaliste aborde un responsable de la Curie qu’il tente de joindre, en vain, depuis des mois. Là encore, deux prêtres discutent, verre à la main, des prochaines nominations à la Curie.

 

Derrière une apparente légèreté, les soirées de ce type, telles qu’organisées par toutes les ambassades du monde, jouent en effet un rôle majeur dans la vie de la bulle vaticane. D’abord parce qu’ils constituent un point de contact entre des sphères qui ne peuvent se croiser dans les couloirs du Palais apostolique. Ensuite, parce que la Curie est un monde où l’information circule difficilement, fonctionnant selon un mélange de règles formelles et informelles. « Parfois, vous résolvez un problème dans ce genre d’endroit que vous vouliez résoudre depuis des mois explique une source de la Curie. Il suffit de rencontrer la bonne personne au bon moment. »

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5 juin 2022 7 05 /06 /juin /2022 06:00

Fr. Gabriel Marie - Archive

Ha ! Le frou-frou de la soutane des frères de Saint-Gabriel (officiellement dénommé les Montfortains congrégation de saint Louis Grignon de Montfort), lorsqu’ils jouaient au foot avec nous dans la cour de récréation, certains, pour plus d’aise, la retroussaient.   

 

Toute ma jeunesse fut bordée par les soutanes : à la maternelle, celles des petites sœurs de Mormaison, à l’école des garçons, celles des rabats bleus, les Montfortains, celle du curé-doyen Bailly, ex-curé de l’Ile d’Yeu, donc du banni Pétain, celles des enfants de chœur, dont j’étais, rouge en temps ordinaire, noire pour les enterrements, celles enfin des frères de l’école d’Agriculture ND de la forêt.

 

Anecdote, à côté de l’école d’Agriculture, côte à  côte, il y avait un juvénat des Montfortains, des jeunes gens s’apprêtant à devenir frères. Le jour des épreuves du baccalauréat ils troquaient leur soutane pour des vêtements civils et, comme ceux-ci dataient de Mathusalem, les pauvres avaient l’air de figurants pour un film d’avant 14/18. Pour les besoins de la cause, pour ma première partie de bac, je fus inscrit avec eux qui, dans le car nous conduisant aux épreuves aux Sables d’Olonne, s’en donnaient à cœur joie, libérés pour un jour de leur foutue soutane.

 

Bref, pour ne pas surcharger Pax, le jour du  seigneur, je vais me contenter pourquoi je sors la soutane de sa naphtaline ?

 

Le nouveau visage des séminaristes

Les séminaristes peuvent-ils porter une soutane ?

 

Jeudi 2 juin, le nouvel archevêque de Toulouse, Mgr de Kérimel, a envoyé une lettre à ses séminaristes pour leur demander de ne plus porter la soutane.

 

Explications ICI 

 

Remarques sur le port de la soutane - Le Salon Beige

À Toulouse, les séminaristes privés de soutane ICI

 

Quand à ma référence à Mélenchon, notre futur autoproclamé Premier Ministre, elle est justifiée par son adulation pour les sans-culottes de la Révolution.

 

 En 1962, le cardinal Maurice Feltin, archevêque de Paris, a rendu facultatif le port de la soutane dans la capitale.

En 1962, le cardinal Maurice Feltin, archevêque de Paris, a rendu facultatif le port de la soutane dans la capitale. Agip/Leemage

 

PETITE HISTOIRE DE LA SOUTANE

 

La soutane s'est imposée au XVIe siècle, dans la foulée du Concile de Trente exigeant du clergé qu'il porte « un habit bienséant » le différenciant du commun des mortels. À partir du XVIIe siècle, elle devient, dans de nombreux diocèses, obligatoire sur « le lieu de résidence » du prêtre. Mais pendant la Révolution française, cet habit porté comme « vêtement ordinaire de dessus » est interdit en dehors des cérémonies religieuses.

 

Il ressuscite au XIXe siècle, même si certaines communes prennent, dans un climat anticlérical d'avant 1905, des arrêtés municipaux bannissant son port sur la voie publique. Il demeure obligatoire dans la plupart des diocèses jusqu'en 1962. Cette année-là, le cardinal Maurice Feltin, archevêque de Paris, décide, à quelques mois du début du concile Vatican II (qui marque l'ouverture de l'Église au monde moderne) de le rendre facultatif dans la capitale.

 

Un vêtement « différent des laïcs »

 

Il autorise la tenue du « clergyman », le costume sombre avec col romain. La très grande majorité des diocèses de l'Hexagone adoptent presque instantanément les mêmes règles. Il faut dire que la longue robe noire austère boutonnée sur le devant était de plus en plus contestée par les curés eux-mêmes appelant à plus de discrétion.

 

 

Aujourd'hui, le Vatican exige, à travers le Directoire pour le ministère et la vie des prêtres datant de 2013, que ceux-ci portent « la soutane ou un habit ecclésiastique digne ». « Lorsque l'habit n'est pas la soutane, il doit être différent de la manière de se vêtir des laïcs, et conforme à la dignité et à la sacralité du ministère », rappelle ce document de la Congrégation pour le clergé.

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4 juin 2022 6 04 /06 /juin /2022 06:00

Passation de pouvoirs à l'hôtel Matignon entre Laurent Fabius et Jacques Chirac, le 20 mars 1986 à Paris. (GAMMA RAPHO)

Défendue par Emmanuel Macron, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, la représentation proportionnelle est la règle dans la plupart des pays européens. Malgré la ferveur des mouvements en sa faveur aux XIXe et XXe siècles, la France, depuis 1870, ne l’a pourtant appliquée que lors de brèves parenthèses. Comment expliquer cette réticence ?

 

La représentation proportionnelle – ou « RP » – a son histoire, ses héros et ses néologismes. Au début de la IIIe République, alors que le combat pour la RP bat son plein, les disciples de ce mode de scrutin sont baptisés les « erpéistes ». Et lorsque le politiste Bernard Owen raconte les batailles du XIXe siècle, il évoque la pensée « proportionnaliste ». Ces termes surannés ont aujourd’hui disparu mais l’idée, elle, demeure bien vivante : de Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen en passant par Emmanuel Macron, nombre de responsables politiques veulent aujourd’hui abandonner le scrutin uninominal majoritaire à deux tours pour les élections législatives.

 

La suite plus bas ICI 

 

Roger Holleindre, Jean-Marie Le Pen et Jean-Pierre Stirbois après les élections législatives qui ont permis à 35 membres du FN d'accéder à l'Assemblée nationale, le 16 mars 1986. (Keystone/Gamma-Rapho)

 

Proportionnelle en 1986 : «C’était un coup politique de Mitterrand» ICI 

 

Le 16 mars 1986, 35 députés FN sont élus à l’Assemblée nationale. Une première, résultat de l’instauration de la proportionnelle voulue par François Mitterrand. Alors que le débat sur ce mode de scrutin revient, des députés de l’époque racontent cette élection particulière.

 

«J’étais à la buvette de l’Assemblée nationale quand j’ai appris la nouvelle. Je me suis dit : ”Je suis mort.”» Membre du PS de 1974 à 2017 jusqu’à son passage chez Emmanuel Macron, élu député avec la vague rose en 1981, François Patriat raconte l’anecdote de cette journée où il a cru perdre son siège de député. Avril 1985 : le gouvernement Fabius, qui vient d’essuyer une déroute aux cantonales, annonce l’instauration de la proportionnelle aux prochaines élections législatives. « [Pierre] Joxe [alors ministre de l’Intérieur, ndlr] me dit : “Chez toi, on peut faire un siège. Peut-être deux, et ce sera toi”», raconte Patriat, aujourd’hui patron des sénateurs En marche. Il raconte la campagne : «La proportionnelle, ce sont des campagnes pépères pour les têtes de listes. Pour les autres, c’est l’enfer.» Le conseiller général de la Côte-d’Or parcourra en quelques semaines les centaines de communes de sa circonscription, «par moins 15 degrés, en février». Et décrochera de nouveau un strapontin au Palais Bourbon.

 

Le Président socialiste sait que la défaite est annoncée pour les législatives à venir. «La défaite prévisible de la gauche […] Mitterrand ne la vivra pas comme un vieux politicien assiégé […] Il la prépare posément et minutieusement, note le journaliste Franz-Olivier Giesbert, dans sa biographie du chef de l’Etat. Il l’attend même comme une rédemption.»

Un Mitterrand adepte de Machiavel ?

 «C’était l’homme des coups», dit simplement le centriste Pierre Méhaignerie, ancien maire de Vitré (Ille-et-Vilaine), qui sera nommé ministre en 1986. Reste que l’annonce provoque des remous. «On considérait que la proportionnelle n’était pas la tradition de la Ve République, relate Dominique Bussereau, ancien député UDF, le parti fondé par Valéry Giscard d’Estaing. Aucune formation politique n’en voulait, hormis les socialistes.» A gauche, la mesure divise. Rocard appelle Mitterrand dans la nuit de l’annonce, et claque la porte du gouvernement. «Une démission spectacle», se souvient le journaliste Alain Duhamel.

 

Le 16 mars 1986, la majorité RPR-UDF remporte les élections. Chirac entre à Matignon, et inaugure la cohabitation, une première sous la Ve. La gauche, elle, sauve la face. Le Front national envoie, lui, 35 députés à l’Assemblée. Du jamais vu. Le groupe prend le nom de «Rassemblement national». Dans ses rangs, on retrouve les grognards du parti, la vieille garde de l’extrême droite française. L’ancien para Roger Holeindre, l’un des fondateurs du Front national en 1972. Le résistant Pierre Sergent, engagé en Indochine puis dans la sinistre OAS. Ou encore Dominique Chaboche, compagnon de route de toujours de Jean-Marie Le Pen.

 

L’expérience aura duré deux ans, le temps de la cohabitation. Devenu Premier ministre, Chirac s’empressera de faire repasser le scrutin majoritaire, aidé de l’article 49.3 de la Constitution, qui permet au gouvernement de faire passer un texte sans vote. Réélu en 1988, Mitterrand dissout l’Assemblée nationale dans la foulée de son élection. Et jamais la proportionnelle ne sera réinstaurée.

Lachapelle, Georges - La Représentation proportionnelle des partis poli ...

La proportionnelle ou le rêve d’un Parlement « miroir de la nation »

Par Anne Chemin

Cette réforme marquerait une rupture dans l’histoire politique de l’Hexagone. Depuis l’instauration du suffrage universel masculin, en 1848, le « bon vieux » scrutin majoritaire, selon le mot de l’historien Gilles Le Béguec (1943-2022), s’est imposé comme le régime électoral habituel de l’Assemblée nationale. Si l’on met de côté les rares – et courtes – parenthèses proportionnelles qui ont rythmé la IIIe, la IVe et la Ve République (1870-1875, 1885-1889, 1919-1927, 1946-1951 et 1986-1988), les députés sont désignés depuis plus d’un siècle au scrutin uninominal majoritaire : le mandat est attribué au candidat qui arrive en tête.

 

Mille et une versions

 

La représentation proportionnelle instaure une tout autre logique. Au lieu de désigner un vainqueur – et un seul –, elle partage les sièges entre les candidats : les mandats de la circonscription sont répartis entre les partis en fonction du nombre de suffrages. Il existe mille et une versions de la proportionnelle – avec ou sans prime majoritaire, au plus fort reste ou à la plus forte moyenne, avec ou sans panachage –, mais toutes ont en commun d’instituer, selon le mot du juriste J.M.A. Paroutaud (1912-1978), une relation « plus ou moins élastique » entre les voix recueillies et les sièges remportés.

 

L’idée est ancienne, aussi ancienne, sans doute, que les controverses sur le suffrage. « Le plus ancien des “modernes” à réfléchir mathématiquement aux questions électorales est Jean-Charles de Borda, un mathématicien géographe qui présente un mémoire devant l’Académie royale des sciences en 1770 », souligne en 1985 Bernard Owen dans la revue Pouvoirs. Reprise, au milieu du XIXe siècle, par le juriste anglais Thomas Hare (1806-1891), cette première formulation de la proportionnelle recueille un retentissement considérable, au point qu’elle est défendue devant la Chambre des communes par le philosophe John Stuart Mill (1806-1873).

 

Dans un XIXe siècle marqué par le positivisme, les scientifiques apportent leur pierre à cette réflexion sur le mode de scrutin. « Le mot “proportionnelle” est emprunté au vocabulaire arithmétique, observe Olivier Ihl, professeur à Sciences Po Grenoble. Au lendemain de l’adoption du suffrage universel masculin, de nombreux mathématiciens tentent de soumettre à la rationalité scientifique les principes politiques et moraux de la République. Parmi eux, Augustin Louis Cauchy, puis Henri Poincaré, imaginent ainsi des systèmes complexes de transposition des voix en sièges : ils veulent introduire la rigueur mathématique dans les techniques de sommation des suffrages. »

 

Immenses disparités de représentation

 

Pour illustrer cette aspiration à cette justice arithmétique, les « proportionnalistes » du XIXe siècle recourent volontiers à la métaphore du miroir, de la photo ou de la carte. L’idéal du gouvernement représentatif doit se situer dans un Parlement « miroir de la nation », affirme l’essayiste Lucien-Anatole Prévost-Paradol en 1868 : il faut, renchérit l’historien Paul Lacombe, que la Chambre reproduise avec fidélité le pays politique, « de même que l’image exacte d’une personne sort d’un bon appareil photographique ». L’assemblée législative, conclut le linguiste Raoul de La Grasserie en 1896, doit être « le calque du pays » à « une échelle réduite ».

 

Si le scrutin uninominal majoritaire est critiqué en cette fin de XIXe siècle, c’est parce qu’il est loin de respecter ces préceptes, comme le démontre implacablement la statistique électorale au début de la IIIe République. Cette discipline qui est en train de naître mesure avec précision, et pour la première fois, les immenses disparités de représentation engendrées par le scrutin majoritaire. Dans Comment vote la France, un opuscule nourri de graphiques, de tableaux et de cartes, Henri Avenel affirme ainsi en 1894 que près des trois cinquièmes du corps électoral sont privés de représentants à la Chambre des députés.

 

« Le scrutin [majoritaire] fait, selon les proportionnalistes, comme si l’électeur ne s’était pas déplacé pour voter » - Olivier Ihl, politiste

 

Cette multitude de « voix perdues » nourrit, dès le début de la IIIe République, le procès en illégitimité du scrutin majoritaire. Ce système de vote est accusé, expliquent les politistes Yves Déloye et Olivier Ihl dans L’Acte de vote (Presses de Sciences Po, 2008), de faire des minorités « l’équivalent des sujets d’Ancien Régime » – ce qui, dans une jeune République, n’est évidemment pas un compliment. « En faisant disparaître de la comptabilité électorale les voix qui se sont portées sur le candidat vaincu, ce scrutin fait, selon les proportionnalistes, comme si l’électeur ne s’était pas déplacé pour voter, analyse Olivier Ihl. La proportionnelle, au contraire, consolide le principe moral de l’égalité des voix. »

 

Portée par cette aspiration égalitaire, la RP, dans la seconde moitié du XIXe siècle, compte bientôt des disciples dans toute l’Europe. Des centaines d’ouvrages sont publiés et des mouvements apparaissent à Genève, Londres ou Rome. Ce « véritable élan proportionnaliste » – selon le mot de l’historien et sociologue Pierre Rosanvallon dans son ouvrage Le Peuple introuvable (Gallimard, 1998) – conquiert peu à peu le continent : le premier pays à adopter ce nouveau mode de scrutin – le Danemark, en 1855 – est suivi en 1891 par la Suisse, patrie de la figure intellectuelle du proportionnalisme européen Ernest Naville, puis en 1899 par la Belgique, qui adopte le système du quotient électoral du mathématicien et juriste Victor D’Hondt. La Suède leur emboîte le pas en 1906.

 

Une puissante mobilisation

 

La France n’est pas épargnée par cette fièvre « erpéiste ». Après un premier débat sous le Second Empire – Louis Blanc publie en 1864 un court pamphlet sur l’égalité de représentation –, une puissante mobilisation voit le jour dans les années 1880. Dirigée par deux professeurs de l’Ecole libre des sciences politiques, Emile Boutmy et Anatole Leroy-Beaulieu, la Société pour l’étude de la représentation proportionnelle est fondée en 1883 par l’historien Georges Picot. « Les défenseurs de la RP constituent dès lors une force organisée, analyse Pierre Rosanvallon dans Le Peuple introuvable. Ils ont leurs comités, leurs congrès, leurs publications pour orchestrer un effort systématique de propagande. »

 

Ce combat « erpéiste » se déploie, à la fin du XIXe siècle, dans une République fragilisée. « La France, qui est en pleine industrialisation, traverse une grave crise économique et sociale, souligne le politiste Frédéric Sawicki. La montée en puissance de la contestation sociale conduit les hommes politiques à se demander comment ajuster les institutions représentatives, majoritairement dominées par les élites anciennes – notables et grands propriétaires fonciers – et la nouvelle classe moyenne “capacitaire” – notaires, avocats et médecins – à une société en pleine évolution. Malgré le suffrage universel, certaines classes sociales – les ouvriers, les artisans, la paysannerie, mais aussi les industriels – ne sont pas représentées à la Chambre. »

 

Représenter les intérêts collectifs

 

Pour les proportionnalistes, la réforme du mode de scrutin permettrait de surmonter ce déficit de représentativité. « Une Chambre élue à la proportionnelle pourrait, à leurs yeux, porter, non plus seulement la parole des électeurs individuels ou même des territoires, comme le fait le scrutin majoritaire uninominal, mais aussi la parole des classes sociales et, plus largement, des intérêts économiques et sociaux, poursuit le professeur de science politique à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Si ces intérêts collectifs étaient représentés à la Chambre, ils pourraient, selon eux, s’affronter et dialoguer de manière pacifique. »

 

Malgré la mobilisation des « erpéistes », la proportionnelle peine, dans la seconde moitié du XIXe siècle, à s’installer dans l’Hexagone. « Une première expérience a lieu en 1870, mais la Chambre des députés vote le retour au scrutin majoritaire dès 1875, explique Thomas Ehrhard, maître de conférences en science politique à l’université Paris-II-Panthéon-Assas. Le débat ne porte d’ailleurs pas sur la représentativité des élus : ce qui est en jeu, à l’époque, c’est la consolidation de la jeune IIIe République. Le scrutin uninominal est perçu comme un rempart contre la restauration de la monarchie : il constitue, selon un ministre, un “élément de conservation” du régime républicain. »

 

En 1889, la proportionnelle s’invite une nouvelle fois à l’agenda parlementaire. « Introduite en 1885, la deuxième expérience de scrutin de liste proportionnel est, elle aussi, interrompue au bout de quelques années, poursuit le politiste. Comme en 1875, le débat parlementaire porte essentiellement sur l’avenir des institutions. En janvier, le général Boulanger a été élu triomphalement dans le département de la Seine, et les Républicains souhaitent faire barrage à ce courant de pensée qui constitue, à leurs yeux, un grave danger pour la République. Le scrutin uninominal est rétabli pour l’empêcher d’accéder au pouvoir. »

 

A la faveur de ces deux crises, le scrutin majoritaire s’impose, malgré son affiliation symbolique au Second Empire, comme le mode de scrutin républicain par excellence – celui qui a permis d’installer, puis de consolider le régime. Les « erpéistes » ne se découragent pas pour autant : dans les années 1906-1913, ils se mobilisent lors d’une « formidable empoignade », selon le mot de Gilles Le Béguec. Cette « querelle mère », estime l’historien, constitue « une sorte de drame où se mêlent le genre noble – le choc des doctrines sur la nature même du régime représentatif – et le genre plus familier – les manœuvres des partis et les querelles de procédure parlementaire ».

 

Querelle « à la française »

 

En 1906, l’affaire des « 15 000 francs » – une augmentation de l’indemnité parlementaire – donne le coup d’envoi de cette grande querelle « à la française », selon Gilles Le Béguec, une « vaste mêlée, à la fois idéologique et politique, avec mobilisation de la presse et de l’opinion, intervention des hautes figures de l’intelligence nationale, ébranlement des partis, gonflement des polémiques et glissement des enjeux ». D’Anatole France à Ernest Lavisse en passant par Henri Bergson, nombre d’intellectuels défendent alors les idées de la Ligue pour la représentation proportionnelle, fondée en 1901 par l’ancien ministre radical Yves Guyot.

 

Si la RP suscite, avant la première guerre mondiale, un tel engouement, c’est parce que le climat politique a changé. « Le début du XXe siècle voit se mettre en place une banalisation des rendez-vous électoraux, qui deviennent un temps démocratique ordinaire – au moins pour les citoyens de sexe masculin, observe Olivier Ihl. C’est l’époque du débat sur la “RP”, mais aussi sur le vote des femmes et sur la révocabilité des mandats. La proportionnelle est intégrée dans le cadre plus large d’une vie politique qui atteint l’âge de sa majorité morale. Elle cesse d’être une question technique réservée aux mathématiciens et aux philosophes : elle devient l’aspiration de nombreux citoyens. »

 

Dans Les Beaux Quartiers (1936), Louis Aragon raconte ce moment d’enthousiasme autour de la RP. « Peu à peu, écrit-il, même ceux d’abord qui avaient toutes sortes de raisons contre, tout le monde à force de discuter, s’étaient mis à avoir un espoir vague, mais fort, dans ce remède social, la Proportionnelle, qui semblait devoir en finir avec les abus, la malhonnêteté humaine, les mares stagnantes, la concurrence déloyale, toutes les vilenies à quoi on était tout de même mal accoutumé. » La ferveur « erpéiste » est telle qu’elle finit par engendrer une réforme électorale : en 1919, le Parlement adopte – prudemment – un scrutin de liste à dominante majoritaire.

 

Si la proportionnelle, en ce début de XXe siècle, suscite l’adhésion, c’est parce qu’elle rencontre une mutation majeure des démocraties européennes : la naissance des partis. Avec la loi de 1901 sur les associations, les formations politiques des débuts de la IIIe République se dotent de structures solides – le Parti radical apparaît en 1901, la SFIO en 1905. Le débat public est désormais structuré par ces « enfants de la démocratie et du suffrage universel », selon le mot du sociologue allemand Max Weber (1864-1920) : ils façonnent les imaginaires, élaborent des offres cohérentes, représentent des intérêts sociaux, préparent les rendez-vous électoraux, hiérarchisent les enjeux politiques.

 

Cette transformation du paysage démocratique donne un nouvel élan à la revendication proportionnelle. « Parce que le scrutin uninominal majoritaire propose aux électeurs de se prononcer sur des candidatures individuelles, il peut se passer de partis : ce qui compte, c’est avant tout l’attachement à un homme ou à un terroir, analyse Frédéric Sawicki. Parce qu’elle soumet au citoyen des listes de candidats regroupés par étiquette partisane, la proportionnelle change la donne. Les partis ne peuvent plus se résumer à une collection hétéroclite d’élus locaux : ils doivent définir des orientations politiques nationales et faire respecter une discipline de groupe. »

 

Confortée par le pluralisme partisan qui émerge au début du XXe siècle, la proportionnelle apparaît comme une manière de privilégier les idées à la réputation, les programmes à la notabilité, les projets aux terroirs. Elle encourage les élus, affirme ainsi en 1921 Félix Combe, dans une thèse sur la loi de 1919, à voir « plus haut et plus loin que les clochers de leur département ». Dans un scrutin proportionnel de liste, résument Yves Déloye et Olivier Ihl dans leur ouvrage, l’acte de vote exprime des « convictions idéologiques fondées en conscience » plutôt « qu’un attachement affectif ou matériel à la personne du mandataire ».

 

Si la proportionnelle – partielle – est finalement instaurée en 1919, elle est cependant abandonnée au bout de quelques années. « Dès 1927, la Chambre rétablit le scrutin majoritaire uninominal, souligne le politiste Thomas Ehrhard. Les députés affirment une nouvelle fois vouloir protéger la République de ses ennemis : après les monarchistes en 1875 et les boulangistes en 1889, ce sont les communistes que l’on souhaite éloigner du pouvoir. Cette crainte est explicite lors des débats parlementaires – y compris chez les socialistes, qui sont doctrinalement favorables à la “RP”, mais qui ont beaucoup d’élus locaux et qui ont signé des accords électoraux avec le parti radical. »

 

Ce nouvel échec fait passer les débats sur la proportionnelle au second plan pendant des décennies. « Dans l’entre-deux-guerres, cette question perd de sa saillance, constate le politiste Olivier Ihl. Le climat est extrêmement difficile : on est au lendemain de la boucherie de 1914-1918 et l’époque est marquée par les difficultés de ravitaillement, la reconstruction du pays et la baisse de la natalité. Le pragmatisme s’impose : les tensions internationales engendrent une aspiration de plus en plus forte à l’ordre et à la verticalité. Le débat sur le scrutin de liste semble renvoyer à une époque révolue – celle du progrès démocratique. »

 

1945 et le système tripartite

 

Il faut attendre la fin de la seconde guerre mondiale pour que cette éclipse prenne fin. En août 1945, une ordonnance du gouvernement provisoire présidé par Charles de Gaulle instaure la proportionnelle dans le cadre départemental. Ce choix est le fruit de considérations tactiques – le général craint que le scrutin majoritaire, qui offre une prime aux candidats arrivés en tête, ne permette au Parti communiste (PCF), fraîchement auréolé de son rôle dans la Résistance, d’obtenir une large majorité à l’Assemblée nationale –, mais il renvoie aussi, comme au début du XXe siècle, aux grands équilibres de la démocratie partisane française.

 

La Libération marque en effet l’avènement du système tripartite qui s’apprête à dominer la vie politique d’après-guerre. « La SFIO, le PCF et le MRP [Mouvement républicain populaire] sont des partis puissants dont les membres ont participé au Conseil national de la Résistance, explique Frédéric Sawicki. Ils se sont débarrassés des vieilles élites qui se sont parfois compromises avec Vichy, ils sont de farouches défenseurs de la proportionnelle et ils affichent une tonalité idéologique très forte. Emerge donc, à la Libération, l’idée que la politique doit devenir l’affaire de grands partis, et non plus celle de notables qui gèrent la France à la petite semaine. »

 

« Le scrutin proportionnel dépersonnalise le débat politique. (…) [il] modifierait en profondeur une démocratie aussi personnalisée que la nôtre » -Etienne Ollion, politiste

 

La proportionnelle de 1946 se résume pourtant – une nouvelle fois – à une courte parenthèse. Dès 1951, une loi destinée à marginaliser les partis « antisystème » que sont le PCF et le RPF – le Rassemblement du peuple français, fondé en 1947 par De Gaulle – introduit un puissant correctif majoritaire au scrutin de liste. Sept ans plus tard, la Ve République va plus loin en revenant au scrutin majoritaire uninominal à deux tours. Si l’on met de côté la courte expérience proportionnelle menée lors des législatives de 1986 par le président François Mitterrand, la France de la fin du XXe et du début du XXIe siècle fait cavalier seul – l’immense majorité des pays européens élisent en effet leur Parlement à la proportionnelle.

 

Le retour en grâce de la « RP »

 

Depuis une quinzaine d’années, la RP semble pourtant redevenir une tentation française. Présente, même à faible dose, dans les programmes de Nicolas Sarkozy en 2007, de François Hollande en 2012 et d’Emmanuel Macron en 2017, prônée en 2015 par le groupe de travail sur l’avenir des institutions présidé par le socialiste Claude Bartolone et l’historien Michel Winock, la proportionnelle a été inscrite dans plusieurs projets de loi – avortés – du gouvernement d’Edouard Philippe. Elle est en outre défendue, pour les législatives, par les trois candidats arrivés en tête à l’élection présidentielle – Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

 

Comment expliquer ce retour en grâce de la RP ? Pourquoi cette idée, avec laquelle la France n’a cessé de jouer depuis la naissance de la IIIe République, ressurgit-elle aujourd’hui ? Certains y voient le signe d’une crise de l’hyperindividualisation de la vie politique liée à l’élection du président au suffrage universel direct. « Le scrutin proportionnel dépersonnalise le débat politique, observe Etienne Ollion, auteur de Les Candidats, novices et professionnels en politique (PUF, 2021). L’électeur connaît uniquement le ou les premiers noms de la liste mais ils s’effacent vite derrière le programme. La proportionnelle modifierait en profondeur une démocratie aussi personnalisée que la nôtre. »

 

Les impasses du vote utile, voire tactique, semblent nourrir, elles aussi, une demande de proportionnelle. Avec ce mode de scrutin, comme l’ont en effet démontré dans une étude réalisée en 2006-2008 (Revue internationale de politique comparée, 2010/1, vol. 17), Bernard Dolez, professeur de droit ­public à l’université Paris-XIII, et Annie Laurent directrice de recherche au CNRS, les électeurs votent au plus près de leurs convictions : parce qu’ils savent que tous les votes, même minoritaires, seront pris en compte, 83 % des électeurs se prononcent pour le candidat le plus proche de leurs valeurs, contre 63 % avec le scrutin uninominal majoritaire à deux tours. « L’intensité du vote stratégique est minimale avec la représentation proportionnelle », concluent les chercheurs.

 

Combattre la « mal représentation »

 

L’engouement pour la proportionnelle est en outre lié, comme au XIXe siècle, à sa promesse de combattre les redoutables inégalités de représentation politique engendrées, à l’Assemblée nationale, par la « prime » majoritaire du scrutin uninominal. Les grands partis, qu’ils s’agissent du PS en 2012, ou de La République en marche en 2017, obtiennent, proportionnellement, beaucoup plus de députés que les formations minoritaires comme le Rassemblement national, La France insoumise ou les écologistes. « A la fin du XIXe siècle, la “mal représentation” concernait les classes sociales, constate Frédéric Sawicki. Aujourd’hui, elle touche plutôt les forces politiques. »

 

Si beaucoup jugent ces disparités de représentation inquiétantes, c’est parce qu’ils redoutent des violences sociales. « En mettant hors-jeu des formations qui disposent d’une assise électorale, le scrutin majoritaire encourage la radicalité et le conflit, poursuit le politiste. En accordant une juste place aux minorités, la proportionnelle favorise en revanche le compromis. Les pays qui l’ont adoptée au XIXe et au XXe siècles – la Belgique, les Pays-Bas ou l’Allemagne – étaient d’ailleurs très divisés : la proportionnelle visait à éviter que le pouvoir tombe entièrement aux mains de la majorité, que les droits des minorités soient bafoués et que les passions l’emportent. »

 

A la fin du XXe siècle, dans des pays aussi divisés ethniquement, linguistiquement ou religieusement que la Belgique, les cantons suisses ou l’Italie, la proportionnelle avait d’ailleurs permis, constate Pierre Rosanvallon dans Le Peuple introuvable, de « pacifier la société en complexifiant la représentation ». « Ce mode de scrutin ne conduit pas seulement à repousser ce que [l’homme politique du XIXe siècle] Cantagrel appelait de façon imagée le “vote à l’écrasement”, analyse l’historien et sociologue. Elle permet aussi de sortir du face-à-face trop brutal d’une majorité et d’une opposition, et d’éviter ainsi les inconvénients du bipartisme. »

 

Nul ne sait encore si la France réformera un jour son mode de scrutin mais une chose est sûre : en optant pour la proportionnelle, elle modifierait le processus de formation du gouvernement. Dans des pays comme l’Allemagne, le nom du premier ministre ne sort pas un beau matin du chapeau présidentiel : il est le fruit d’une longue négociation collective engagée, au lendemain du vote, par les partis qui ont réuni le plus de suffrages. Parce que l’élaboration de ce contrat de gouvernement exige un patient travail de coopération, il ouvre la voie, aux yeux des défenseurs de la proportionnelle, à une démocratie pacifiée, et à un Parlement de travail.

 

Pour le politiste Etienne Ollion, la proportionnelle permettrait en effet de sortir du « Parlement de posture » de la Ve République. « L’opposition, réduite à la portion congrue par le scrutin majoritaire, est aujourd’hui cantonnée à une fonction tribunicienne, regrette-t-il. Dans une assemblée élue à la proportionnelle, les déséquilibres entre la majorité et les minorités sont moins marqués, et le travail parlementaire s’en ressent. Au sein d’une coalition, les députés deviennent des partenaires de travail. Ils sont donc tenus au dialogue et au respect. » Cette culture du compromis serait un progrès – même si elle ne suffirait évidemment pas à transformer la Ve République.

 

Anne Chemin

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1 juin 2022 3 01 /06 /juin /2022 06:00

Zappy Max -2- Ça va bouillir

J’adore remettre en lumière les mots oubliés, rabibocher en est un, utilisé par les femmes de chez moi, dans leur conversation sur l’un de leur sujet favori, le mariage, puisqu’en ce pays de curés, on ne divorçait pas, pour les couples qui brinquebalaient, s’engueulaient, parfois en venaient aux mains, mais se rabibochaient pour pouvoir continuer à vivre ensemble.

 

 «Les moindres bisbilles, maintenant, finissaient par des attrapages, où l'on se jetait la débine de la maison à la tête ; et c'était le diable pour se rabibocher, avant d'aller pioncer chacun dans son dodo. »(Zola,  Assommoir, 1877, p. 649)

Les lamentations s 

 

 

Rabibocher quelqu’un avec quelqu’un

 

Raccommoder, réconcilier des personnes après une courte brouille. J'aurais voulu emmener avec moi Louis Églé et Brigitte, les rabibocher en arrachant celle-ci à son dragon (L. Daudet,Médée, 1935, p. 162).

− Empl. pronom. Synon. de se raccommoder, se réconcilier.

« Les moindres bisbilles, maintenant, finissaient par des attrapages, où l'on se jetait la débine de la maison à la tête ; et c'était le diable pour se rabibocher, avant d'aller pioncer chacun dans son dodo. »

 

Zola,  Assommoir, 1877, p. 649.

 

Vivre ensemble !

 

Avons-nous un jour, nous français, su vivre ensemble sans nous chamailler, nous diviser ?

 

Les fractures actuelles sont-elles vraiment si nouvelles ?

 

  • Républicains/royalistes 
  • Catholiques/laïques
  • Pacifistes/bellicistes 
  • Pétainistes/gaullistes
  • Communistes/socialistes
  • Salariés/patrons

 

L’accouchement de la République a été très long, la séparation de l’Eglise et de l’Etat s’est fait dans la douleur et la violence, on a assassiné Jaurès, la France de 1940 coupée en deux physiquement et politiquement (les deux parts n’étant pas égales et le basculement ne se fit que lorsque les alliés libérèrent Paris), la césure du Congrès de Tours a brisé l’unité de la gauche, les relations patronat-syndicats en France n’ont jamais été au beau fixe.

 

L’alternance gauche/droite, avec la victoire de Mitterrand en 1981, a donné l’illusion que la main de fer du primat présidentiel instauré par la Constitution de la Ve République taillée sur mesure pour de Gaulle, d’une France capable de surmonter ses divisions, ses fractures.

 

Les 3 droites de René Rémond  ressuscitées : le bonapartisme autoritaire de Sarkozy, l’orléanisme libéral de Juppé et le conservatisme légitimiste de Fillon.

 

Les gauches irréconciliables générées par le cavalier seul de Mélenchon, marginalisant plus encore le PCF, ostracisant le noyau social-démocrate du PS avec la complicité des Hamon&Cie sous Hollande.

 

Longtemps les extrêmes des deux bords sont restés groupusculaires, marginales, avant de renaître et de croître avec l’essor de la mondialisation et son cortège de désindustrialisation marginalisant des territoires et les plus modestes, l’explosion de la financiarisation, le raz-de-marée 2.0, la crise sanitaire…

 

Le En Même Temps du trublion Macron a accéléré le délitement de ceux que l’on qualifiait de « partis de gouvernement », Le PS et les LR. Dans l’espace central LREM, loin de rabibocher les français, a l’image de son chef a clivé, jouant le rôle classique de parti godillot, flottant, mal implanté localement, agrégeant ainsi tous les populismes, les protestataires, les porteurs de pancartes et de bannières. Le mouvement dit des gilets jaunes est caractéristique de cet agrégat dont, nos chers et nombreux sociologues, n’ont jamais pu ou voulu identifier l’extrême diversité des composants.   

 

Suite à la Présidentielle qui a dégagé 3 blocs, celui du Président, celui de la fille du borgne, celui de la NUPES dernier avatar mélenchonien, à la veille d’élections législatives, où le mode de scrutin éparpille les scores nationaux, privilégie les implantations locales, nous nous dirigeons sans doute vers une Assemblée Nationale, certes plus conforme au poids des opposants, où la foire d’empoigne, l’opposition systématique, l’obstruction, va être la règle. Le 49.3 va chauffer ! Détail intéressant, la présidence de l’importante commission des finances, qui revient au premier groupe de l’opposition, dans la précédente législature elle était tenue par Éric Worth, alors LR, serait attribuée à un élu NUPES.

 

Bref, nous sommes mal partis pour nous  rabibocher, avec ces élus pas très portés sur le ravaudage, pour nous  rabibocher, « ça va bouillir ! » comme le feuilleton de Zappy Max.

 

 

« À deux semaines des élections législatives, Élisabeth Borne a donné lundi 30 mai le coup d’envoi de la campagne officielle. La cheffe de la majorité s’en est notamment prise à la Nupes, évoquant son “malaise” et son “inquiétude pour le pays” face à Jean-Luc Mélenchon. “La Nupes, ce n’est pas le Front populaire, c’est un front renversé qui prétend combattre le RN alors que certaines convergences sont troublantes”, a-t-elle déclaré.

 

Il faut dire que la majorité et la Nupes sont au coude à coude dans les intentions de vote. L’objectif est donc d’activer la peur face aux Insoumis, alors que les sondages donnent une majorité moins large qu’à la sortie de la présidentielle à Emmanuel Macron, 290 à 330 élus selon les projections.

 

Alors que la fourchette basse correspond à un petit siège au-dessus de la majorité absolue, certains blêmissent à l’idée d’une majorité courte avec une opposition survoltée. “Si on finit avec 150 à 200 députés de la Nupes et 40 du Rassemblement national, l’Assemblée nationale sera cauchemardesque”, tremble ainsi un proche d’Emmanuel Macron.

https://focus.nouvelobs.com/2022/01/07/280/0/4667/2330/633/306/75/0/69129cd_863137377-dscf0828.jpgAOC (média) — Wikipédia

Lendemains d’élection : le consensus et son revers ICI

Par Jacques Rancière

 

PHILOSOPHE

En toute logique, Emmanuel Macron est sorti vainqueur de l’élection présidentielle de 2022 : il a été élu parce qu’il était conforme à l’ordre consensuel des choses qu’il le fût. Mais là où le consensus s’étend, se renforce aussi le ressentiment qui en est le revers obligé.

 

Si la récente élection présidentielle peut porter à réflexion, ce n’est évidemment pas par son résultat. Celui-ci était connu avant le commencement de la campagne. Au mois de septembre 2021, une première estimation donnait une victoire d’Emmanuel Macron avec 55,5 % des voix contre 44,5 % pour Marine Le Pen. Le 24 avril 2022 le verdict sortant des urnes attribuait 58 % au premier et 42 % à la seconde. Ce que la récente campagne a pu apporter, c’est surtout une clarification quant à notre mode de gouvernement et au rôle qu’y joue l’élection présidentielle.

 

Une première réflexion s’impose : la prévisibilité de la réélection de notre président et le très léger gain de voix qu’il a obtenu par rapport aux premières estimations ne peuvent s’expliquer par l’efficacité de sa campagne. Tout le monde a pu constater qu’il n’en faisait aucune alors que sa concurrente a manifesté une intense activité. Il n’a pas été élu parce qu’il a déployé une puissance de persuasion supérieure à celle de ses concurrent(e)s. Il a été élu parce qu’il était conforme à l’ordre des choses qu’il le fût. C’est dès lors cet ordre des choses qu’il convient d’examiner.

 

Le peuple n’existe que pour remettre son pouvoir à une seule personne, ce qui est proprement la caractéristique d’un régime monarchique.

 

Son premier élément est bien évidemment l’institution même de la fonction présidentielle et de l’élection du président au suffrage universel. Cette dernière passe chez nous pour l’incarnation suprême de la démocratie. Son histoire montre qu’elle est tout le contraire. Elle a été inventée par les monarchistes sous la IIe République comme moyen de restauration d’un système monarchique, ce qu’elle fut effectivement, à ceci près que le monarque ne fut pas celui qu’ils attendaient. Elle fut réinstaurée par de Gaulle pour faire du chef de l’État l’incarnation directe du pouvoir du peuple et accompagnée d’un certain nombre de moyens de concentration des pouvoirs (système électoral majoritaire, ordonnances, article 49-3) encore renforcés depuis que les élections législatives ont été couplées avec l’élection présidentielle. Le vote pour l’élection présidentielle est ainsi devenu la seule intervention réelle du sujet peuple dans le gouvernement de la nation. Et cette unique intervention est une démission. Le peuple n’existe que pour remettre son pouvoir à une seule personne, ce qui est proprement la caractéristique d’un régime monarchique.

 

Cette évidence pouvait être déniée tant que le processus électoral était structuré par l’opposition d’une droite conservatrice et d’une gauche socialiste. On sait comment cette structuration matérielle et imaginaire s’est évanouie avec l’entrée en jeu du deuxième constituant essentiel de notre ordre des choses : le consensus, c’est-à-dire l’évidence partagée qu’il y a une seule manière de gouverner nos sociétés. Après les grandes promesses de révolution sociale du début du règne de Mitterrand, la gauche socialiste s’est progressivement ralliée à la seule véritable révolution de ce temps, la contre-révolution qui a imposé au monde entier la loi d’un capitalisme absolutisé.

 

Cette contre-révolution a fait du profit financier le seul principe d’organisation de la vie de nos sociétés. Elle a détruit les forces sociales qui formaient la base des partis de gauche et les procédures de redistribution des richesses qui lui donnaient un programme. La gauche dite socialiste a fini par adhérer totalement à ce « no alternative » qui fut la formule de la révolution dite conservatrice des Thatcher et Reagan et qui est aujourd’hui celle de tous nos gouvernements : pas d’alternative à la loi du capitalisme absolutisé édictée par les puissances financières mondiales et relayée pour nous par les institutions européennes. Pas d’alternative, ou plutôt une seule alternative : la pure et simple catastrophe qui ne peut manquer d’arriver si on méconnaît cette loi.

 

De ce fait l’opposition droite/gauche a perdu toute substance. S’il n’y a rien d’autre à faire que d’exécuter localement les réquisits de l’ordre capitaliste mondial, un seul parti y suffit : un parti qui n’est ni de droite ni de gauche, simplement le parti du pouvoir. Le processus par lequel le peuple déclare renoncer à son pouvoir au profit d’un seul homme est dès lors identique à celui par lequel il reconnaît qu’il n’y a pas d’alternative à l’ordre capitaliste mondialisé. Autrement dit, le vote par lequel le peuple est censé exprimer son libre choix est identique à la reconnaissance qu’il n’y a en fait aucun choix.

 

Cette identification du libre choix à l’absence totale de choix pourrait sembler une contradiction insoluble. Elle se résout pourtant très bien grâce à une condition nécessaire et suffisante : il suffit que le « choix » à effectuer s’identifie au seul choix reconnu par la logique du no alternative, soit le choix de la nécessité contre la catastrophe qu’entraîne inévitablement son déni. Il faut que le choix s’opère entre le parti de l’ordre normal des choses et son contraire, le parti de la catastrophe. C’est ce dernier rôle qui est dévolu au parti de Marine Le Pen.

 

La nécessaire adhésion au monarque incarnant l’ordre consensuel devient le combat héroïque de la démocratie contre l’horreur totalitaire.

 

La paresse intellectuelle identifie la place occupée aujourd’hui en Europe par les partis d’extrême droite à la résurgence d’un fascisme venu des profondeurs viscérales du petit peuple. Elle s’évite ainsi de reconnaître que cette extrême droite est le simple complément ou revers de l’ordre consensuel. Après la faillite de partis de gauche qui n’expriment plus aucun projet progressiste soutenu par une force sociale conquérante, notre extrême droite exprime la seule force de refus autorisée par le système : le simple ressentiment à l’égard de l’ordre dominant des choses.

 

Elle l’exprime en exploitant la faible marge de déviance que laisse l’ordre consensuel. Nos gouvernements se chargent des mesures qui assurent la libre circulation mondiale des biens et des capitaux. Pour ce qui est de l’autre circulation, celle des populations chassées de partout par la misère ou la violence et désireuses de partager quelque chose de la richesse accumulée dans les pays privilégiés, ils instituent un partage économique des tâches : ils se chargent des mesures administratives et policières propres à contenir l’afflux des populations indésirables (règlement de Dublin, police des frontières, durcissement des conditions de naturalisation, etc.). Et ils laissent la gestion imaginaire de cette indésirabilité à l’extrême droite dont c’est la spécialité naturelle. Ou plutôt ils lui laissent la gestion brute de ce matériel imaginaire dont ils extraient et raffinent à leur profit le contenu « raisonnable », transformant par exemple les mots d’ordre de l’exclusion des indésirables en lois contre le « séparatisme » de ces mêmes indésirables. Ils rendent ainsi vains les efforts de dédiabolisation de l’extrême droite. Celle-ci se trouve réduite à l’état de spectre d’autant plus effrayant que toute sa chair a été assimilée par l’ordre consensuel.

 

Le terrain est alors dégagé non seulement pour que fonctionne le choix paradoxal de l’absence de choix mais aussi pour qu’il s’identifie au choix le plus radical, pour que la nécessaire adhésion au monarque incarnant l’ordre consensuel devienne le combat héroïque de la démocratie contre l’horreur totalitaire. C’est la comédie maintenant bien réglée de l’entre-deux-tours où les mêmes journaux publient côte à côte les sondages qui indiquent la réélection déjà assurée du candidat de la droite au pouvoir et les éditoriaux enflammés avertissant le peuple de gauche que rien n’est joué et que c’est à sa seule abnégation qu’il revient d’empêcher le pays de basculer dans l’horreur fasciste. Telle est, dans la distribution consensuelle des rôles, la part assignée aux grandes consciences de la vieille gauche : entonner le refrain des âmes déchirées qui prouvent leur fidélité à leurs convictions égalitaires et anticapitalistes en les sacrifiant sur l’autel de la nécessité, en proclamant « nous appelons à voter aujourd’hui pour le candidat du capital afin de mieux le combattre demain ».

 

On pourrait juger insignifiante l’efficacité pratique de cette rhétorique : le petit contingent des consciences déchirées qui votent à droite par fidélité à leurs convictions de gauche est, de toute façon, déjà compté par les statistiques qui promettent la victoire au candidat du consensus. Mais on méconnaîtrait ainsi la véritable efficacité de ces déclarations : elles sont justement là pour dénier le fait qu’elles sont déjà comptées, pour prouver qu’il y a vraiment un choix, que l’élection présidentielle est la manifestation exemplaire de la démocratie et l’adhésion à la nécessité du capitalisme mondialisé l’expression la plus haute du libre arbitre.

 

Cet effet pourtant n’est pas de simple reproduction. Là où le consensus s’étend, se renforce aussi le ressentiment qui en est le revers obligé. L’effet n’en est pas seulement que d’élection en élection, l’extrême droite contre laquelle on appelle à l’union sacrée augmente ses voix. C’est surtout que ses formules et ses affects ne cessent de se propager bien au-delà d’elle-même, que la « catastrophe » raciste que l’on s’enorgueillit à chaque échéance d’avoir évitée par son abnégation n’en finit pas d’étendre son empire dans les têtes « raisonnables » et de gangrener toujours plus l’ordre consensuel.

 

Jacques Rancière

 

PHILOSOPHE, PROFESSEUR ÉMÉRITE À L'UNIVERSITÉ PARIS VIII

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31 mai 2022 2 31 /05 /mai /2022 06:00

Francis Bacon image libre de droit par georgios © #5597590

Francis Bacon (1561-1626), scientifique, philosophe et homme d’État.

Dans le petit monde des vins nu, le vocabulaire utilisé pour les désigner glisse de vin nature à vin vivant, « La notion est plus inclusive que « nature » et « environnement », moins usée que « sauvage » et moins savante que « biodiversité » ou « non-humains ».

 

Vin vivant de Pierre Jancou - Livre - Decitre

 

Le point sur le sujet : La nature est morte, vive le vivant ?

 

Plus l’horizon s’étrécit et plus la notion de vivant impose sa puissance, promesse de réenchantement des regards posés sur les milieux naturels, gage d’une pensée soucieuse de ce qui nous relie à tout ce qui croît et respire. Un vrai printemps pour l’esprit, dont le sacre apparent appelle cependant quelques pas de côté. Pour comprendre mot à mot, avec la philosophe Catherine Larrère, pourquoi le vivant semble avoir chassé la nature. Pour dévoiler, grâce à la sociologue Céline Lafontaine, les impensés d’une foule d’entités vivantes cloîtrées à l’ombre des labos. Pour inspirer, avec le biologiste Olivier Hamant, un nouveau modèle apte à nous faire traverser les turbulences à venir.

 

Par Sylvie Berthier et Valérie Péan

 

Un entretien avec Catherine Larrère, philosophe, professeure émérite à l’université Paris 1-Panthéon-Sorbonne

 

  • Nombre de livres qui paraissent ces derniers temps dans le champ de l’écologie titrent sur le « vivant » et ont ainsi évacué le mot « nature ». Quelles sont les raisons de cette éviction ?

 

En France, il y a une tradition de méfiance à l’égard de la nature. Le mot est flou, polysémique ; surtout, il est à la fois descriptif (« ce qui est ») et normatif : il dirait « ce qui doit être », au nom d’un « ordre naturel ». On le soupçonne d’être porteur de représentations religieuses ou de conceptions romantiques, irrationnelles et sentimentales. Ce qui a servi en partie à attaquer les préoccupations écologiques lorsqu’elles ont commencé à prendre de l’importance. Puis, à partir des années 1990, c’est dans le champ même des mobilisations écologiques que la référence à la nature a été mise en question. Tout particulièrement par Bruno Latour et Philippe Descola.

 

  • Que reprochent-ils à l’idée de nature ?

 

La nature que critiquent Latour et Descola, c’est la nature des Modernes, de Descartes et de son contemporain anglais F. Bacon1 : une nature mécanique qu’il convient de dominer, grâce à la science et à la technique mais, surtout, une nature posée comme extérieure à l’homme, dans une vision dualiste qui sépare nature et société, ou nature et culture, sauvage et domestique, l’objet et le sujet. Or, explique Latour dans « Nous n’avons jamais été modernes » (1991), ce « grand partage » ne partage rien : les distinctions entre les régions du savoir (sciences de la nature/sciences de la société ou de l’esprit) ne tiennent pas et, lorsqu’on croit pouvoir classer les êtres entre ce qui est naturel et ce qui est artificiel ou social, les hybrides prolifèrent : le changement climatique, ensemble de phénomènes naturels qui sont les conséquences d’actions humaines, en est un exemple frappant. Il n’y aucun « donné » que l’on puisse dire naturel. La « nature », c’est en fait ce qui autorise les scientifiques à parler avec autorité, à imposer leurs vues.

 

La nature, vue comme une unité relevant d’une même explication, existant par elle-même et se distinguant des humains est, de plus, une idée typiquement occidentale, comme l’a montré P. Descola. Il nomme « naturalisme » cette façon de considérer, du côté physique, que le corps humain est organisé de la même façon que les autres êtres – ce qu’il appelle la continuité physique des extériorités – mais que l’homme se singularise de tous les autres organismes vivants par son intériorité (l’esprit). C’est l’exact inverse de l’animisme, selon lequel une plante, un animal, un humain diffèrent par leur apparence mais sont les mêmes du point de vue de leur intériorité. Car, dans le reste du monde, effectivement, d’autres façons existent de regrouper les existants, d’autres « ontologies » conduisent à d’autres « écologies », d’autres regroupements d’« humains et de non-humains » . 2

 

  • Par quel mot Descola et Latour remplacent-ils alors celui de nature ?

 

La suite ICI

 

Être un chêne

Le « vivant », un concept qui gagne en popularité dans la philosophie et les combats écologiques ICI

 

La notion est plus inclusive que « nature » et « environnement », moins usée que « sauvage » et moins savante que « biodiversité » ou « non-humains ».

Par Nicolas Truong

 

Histoire d’une notion. Les mots font ou défont les choses. Et les concepts, écrit le philosophe Baptiste Morizot dans le sillage de Gilles Deleuze, permettent même de « résister au chaos ». Lorsqu’ils se répandent dans l’espace public, ils deviennent les balises du basculement du monde et les marqueurs du changement des temps. Ainsi en va-t-il de la notion de « vivant », qui s’est largement imposée dans la pensée de l’écologie, et plus largement auprès de ceux qui cherchent à lutter contre la dévastation planétaire, attestée par les rapports scientifiques de plus en plus alarmants. En effet, « la crise écologique actuelle est une crise de nos relations au vivant », assure Baptiste Morizot, qui a donné à cette notion son actuelle dimension. « C’est un concept qui met l’accent sur nos interdépendances, et qui permet de travailler pour le bénéfice de nos relations avec les écosystèmes, sans opposer a priori et toujours les intérêts des humains et ceux de la “nature” », poursuit-il dans un entretien au Monde.

 

« Vivant » s’oppose tout d’abord à la mort, à la disparition d’une partie de la biodiversité qui prend la forme d’une « sixième extinction ». Dans l’insistance sur le vivant, « il y a une impulsion, sinon une pulsion de vie opposée à la pulsion de mort qui abîme les psychismes (écopsychologique), épuise les ressources humaines (burn-out) et naturelles (extractivisme), dans le mouvement morbide du nécrocapitalisme », analyse le philosophe Jean-Philippe Pierron.

 

« C’est la catastrophe en cours qui nous fait vraiment entrer dans le moment du vivant », explique le philosophe Frédéric Worms, directeur adjoint de l’Ecole normale supérieure. Mais qu’est-ce que le vivant ? « C’est l’ensemble des forces qui résistent à la mort », dit-il, en paraphrasant la célèbre formule du médecin anatomiste Marie François-Xavier Bichat (1771-1802) à propos de la vie. Sans compter qu’il y a quelque chose de performatif dans le vivant, une invitation à la résistance, voire une incitation à la métamorphose et à la renaissance.

 

« Vivant » permet de sortir du dualisme entre la nature et la culture. Pour les lecteurs de l’anthropologue Philippe Descola et du philosophe Bruno Latour, c’est désormais un acquis : nous sommes sortis du grand partage entre l’homme et le monde. La nature n’est plus un décor, un réservoir de richesses, une aire de repos ou un terrain de jeu. Avec ces nouvelles ontologies qui ne séparent plus la nature de la culture, les « non-humains » (plantes, animaux, fleuves, etc.) ne sont plus des choses ou des objets, mais des êtres qui importent, et doivent être mieux pris en compte par le politique, comme par le droit.

 

Le terme de « vivant » est plus inclusif et englobant. Il permet de rompre avec « l’environnement », « le sauvage » ou « la nature » dont l’usage suppose une extériorité de l’homme par rapport à son écosystème. Pour beaucoup, il serait également moins anthropocentrique que le terme de « non-humains » – qui suppose à nouveau une séparation entre deux entités. C’est pourquoi il est en train de prendre de l’ampleur dans le monde des idées.

 

« Nouveau regard sur le monde »

 

L’emploi de ce concept nous offre « un nouveau regard sur le monde, auquel nous appartenons aussi », témoigne Laurent Tillon, biologiste et ingénieur forestier à l’Office national des forêts qui, dans Etre un chêne (Actes Sud, 230 pages, 22 euros), raconte comment les arbres ont une histoire, à travers celle de « Quercus », un chêne sessile âgé de 240 ans qu’il connaît depuis l’adolescence : « Avec le terme vivant, on se sent appartenir à une même communauté. Quand je visite Quercus, je suis autant présent que n’importe quel autre vivant que je côtoie : mon arbre Quercus, le hêtre voisin, le pic dans l’arbre d’à côté, la mésange qui vient par curiosité, et le chevreuil qui s’interroge depuis quelque temps de ma présence si tôt en forêt en ce moment ».

 

Ce changement de paradigme conduit ainsi à une éthique, mais également à une politique du vivant. « Construire une cosmopolitique du vivant est le défi de notre époque », lance l’économiste Felwine Sarr. « La crise actuelle nous rappelle l’importance d’une “vital-démocratie” », assure Frédéric Worms. Après avoir théorisé les différentes « manières d’être vivant », Baptiste Morizot esquisse aujourd’hui les contours d’une « éthopolitique », afin de « restituer aux vivants les puissances d’agir qui sont les leurs, pour faire face avec nous aux métamorphoses environnementales contemporaines induites par le changement climatique ». L’éthopolitique donc, contre la « nécropolitique », cette soumission du vivant au pouvoir de la mort analysée par l’historien Achille Mbembe.

 

Raviver les braises du vivant

« Le “vivant” n’est pas un slogan, c’est une carte pour s’orienter » ICI 

 

Le philosophe Baptiste Morizot précise la signification et la portée d’un concept « qui déplace la focale de notre attention collective vers nos interdépendances » avec les autres vivants, au moment où celui-ci est largement repris, mais parfois aussi critiqué.

Propos recueillis par Nicolas Truong

Publié le 22 septembre 2021

 

Maître de conférences en philosophie à l’université d’Aix-Marseille, Baptiste Morizot a notamment déployé le concept de « vivant » dans Manières d’être vivant : enquêtes sur la vie à travers nous (Actes Sud, 2020) et Raviver les braises du vivant. Un front commun (Actes Sud et Wildproject), et élaboré son « éthopolitque » dans Le Cri de Gaïa. Penser la Terre avec Bruno Latour (sous la direction de Frédéric Aït-Touati et Emanuele Coccia, La Découverte, 2020).

 

  • Le concept de « vivant » que vous avez forgé est largement utilisé par des activistes, des associations ou même des institutions qui veulent lutter contre le réchauffement climatique et l’érosion de la biodiversité. En quoi est-il philosophiquement et politiquement important de changer de terme ?

 

Baptiste Morizot.- D’abord, il est important de rappeler que ce n’est pas un mot d’ordre ni un slogan : c’est un concept, donc une carte pour s’orienter, utile dans certains cas, inutile dans d’autres. Il n’a jamais visé selon moi à récuser les autres termes, mais à enrichir et pluraliser le paysage conceptuel et l’arsenal des idées.

 

Il faut se souvenir que porter ce concept n’a pas pour but d’interdire le mot « nature », mais de critiquer et conscientiser ses usages inquestionnés. Il sert à multiplier les approches, pour lutter contre l’hégémonie culturelle de l’idée de « nature » avec ses impasses – idée qui est toujours dominante dans notre héritage. Il n’a donc pas pour vocation de recréer un nouveau monopole à la place, mais de nous donner de l’air, et des outils pour mieux penser et agir.

 

Penser avec cette idée de « vivant » n’oppose plus nature et culture, puisque la culture est une manifestation du vivant dans l’humain, une faculté façonnée par l’évolution du vivant

 

Sa première force, en situation de crise écologique, c’est qu’il met la focale sur ces entités du monde qui sont concernées par leur existence, l’ensemble des vivants de la biosphère. Il n’y a pas à « sauver » le climat, il ne craint rien : ce sont les vivants qui doivent être protégés des dérèglements du climat, humains compris, puisque nous sommes interdépendants.

 

Sa seconde force, c’est que par l’usage du singulier, en parlant du vivant et pas seulement « des » vivants, il englobe non seulement les organismes et les espèces dans leur multiplicité, mais aussi les forces évolutionnaires anciennes qui les façonnent, et les dynamiques écologiques qui les tissent ensemble dans le présent.

 

Par là il se rend capable de saisir le « tissu » du vivant dans ses interdépendances, et le « fleuve » du vivant dans sa continuité depuis l’apparition de la vie sur Terre. Or ce sont ce tissage et ces dynamiques qui rendent la Terre habitable pour nous et pour les autres, et on comprend par là que ce sont elles qu’il faut défendre, et dont il faut prendre soin, et pas seulement de chaque espèce séparée comme si elle était posée là sur un décor.

 

Sa troisième force, la plus évidente, c’est qu’il échappe spontanément aux dualismes hiérarchiques de la modernité, qui opposent nature et société, environnement et humain. Ce concept permet, par la force de la langue elle-même, de ne plus opposer humain et nature, puisque par définition, nous en sommes, des « vivants », nous sommes embarqués avec tout le vivant pensé comme aventure biotique, nous sommes tramés aux vivants d’un point de vue écologique.

 

Nous partageons avec eux une ascendance commune, qui se manifeste dans la totalité de notre être. En un mot, c’est un concept qui déplace la focale de notre attention collective vers nos interdépendances – et qui permet par là de travailler pour le bien de nos relations avec les écosystèmes, sans opposer toujours a priori les intérêts des humains et ceux de la « nature ». Politiquement, sur le terrain, cela permet d’imaginer des fronts communs parfois libérateurs.

 

Voilà : c’est un mot qui respire spontanément en dehors du dualisme. Par exemple, penser avec cette idée de « vivant » n’oppose plus nature et culture, puisque la culture est une manifestation du vivant dans l’humain, une faculté façonnée par l’évolution du vivant. Ils ne sont pas intrinsèquement opposés : on peut imaginer favoriser une culture du vivant, de la même manière que la modernité s’est construite sur une culture qui l’a minorisé ou méprisé.

 

  • De quelle manière cette notion peut-elle échapper à l’antimodernisme et l’antihumanisme ?

 

Ce concept ne sert pas à écarter ou rabaisser l’humain, au contraire, il sert à le penser de manière plus juste, et donc à le défendre mieux. Les mots « biodiversité » ou « environnement » ne nous incluent pas : ce sont des concepts qui réactivent l’extériorité fondatrice de l’humain envers son propre tissage.

 

Ce mot devient vide de sens lorsqu’il sert seulement à remplacer artificiellement le mot « nature » sans changer la philosophie du propos (c’est-à-dire la manière dualiste de penser, ou l’idée d’une mère nature harmonieuse et bienveillante)

 

Le concept de vivant sert à ça au fond : il permet de localiser ce dont on parle hors de nous et en nous, et d’opérer ce faisant le geste philosophique le plus décisif à mon sens dans cette affaire - nous recomprendre, nous humains, comme des vivants. C’est ce que j’appelle la manière humaine d’être vivant. Elle n’a pas la rigidité d’une « nature humaine », mais elle ouvre néanmoins le champ de nos possibles. Et ces derniers sont tissés.

 

Nous sommes une forme de vie unique mais interdépendante (comme les abeilles sont une espèce unique et interdépendante). Le vivant, ce n’est pas une catégorie scientifique (l’ensemble des organismes), c’est un concept philosophique qui nomme notre relation à l’aventure de la vie sur Terre : c’est la communauté du monde à laquelle on appartient, c’est une vulnérabilité mutuelle, c’est une dimension de l’expérience humaine, et c’est une condition partagée, la condition vivante.

 

Avec ce concept, l’enjeu n’est donc pas de faire une classification biologique comme on en trouve dans les manuels de sciences naturelles, mais d’imaginer collectivement des transformations métaphysiques et anthropologiques, en tant que notre image du monde est toujours une image de nous.

 

Sur ce chemin, du point de vue pratique, on active un meilleur humanisme, on prend mieux soin des humains, parce qu’on comprend qu’il faut prendre soin de leurs interdépendances avec les autres vivants – ce sont elles qui rendent nos vies possibles et nos sociétés durables.

 

  • Mais ce concept vivant est-il bien compris ? N’a-t-il pas tendance à être dilué ou instrumentalisé tant son usage se répand aujourd’hui ?

 

Il génère quelques dérives, comme tous les mots qui circulent vite. Selon moi, il doit être utilisé rigoureusement et avec justesse sous peine de perdre son sens et sa force. On voit aujourd’hui fleurir une profusion d’usages hyperboliques ou abusifs, qui créent une certaine lassitude autour de ce mot, et comme une irritation. C’est un effet de mode qui passera.

 

Par exemple, il devient vide de sens lorsqu’il sert seulement à remplacer artificiellement le mot « nature » sans changer la philosophie du propos (c’est-à-dire la manière dualiste de penser, ou l’idée d’une mère nature harmonieuse et bienveillante), parce qu’il est rabattu sur des notions et des imaginaires qu’il a pour vocation de dépasser.

 

Je suis aussi en désaccord avec ceux qui lui ajoutent des consonances mystiques, religieuses, ou New Age. On voit ce malentendu dans les usages qui mettent spontanément une majuscule à « vivant » : à mon sens, c’est une catastrophe philosophique, parce que c’est contradictoire avec le sens même du concept.

 

En effet, la majuscule sert dans la langue française à sacraliser quelque chose sous une forme qui met à distance, qui impose une éminence. Elle instaure une nouvelle transcendance, alors que justement le concept de « vivant » permet de parler de la biosphère dans sa pluralité diffuse, omniprésente, profane, mais d’en parler avec les égards ajustés : c’est-à-dire sans la désanimer, mais sans la suranimer non plus. Et sans sacraliser non plus chaque organisme, puisque le vivant vit chaque jour de s’entremanger, c’est la base des écosystèmes, et c’est ce qui rend possible leur épanouissement.

 

Le malentendu avec la majuscule, c’est qu’elle confère une aura de religiosité, avec toutes ses inerties, à la chose la plus immanente et quotidienne du monde – à la vie.

 

Enfin il y a ceux qui s’en emparent pour « greenwasher » leurs pratiques et continuer le « business as usual », l’exploitation aveugle et destructrice des écosystèmes : quant à eux, ils n’ont aucun scrupule à récupérer et dénaturer tout discours qui s’oppose à leurs intérêts.

 

C’est en partie pour faire barrage à ce kidnapping que j’ai écrit le livre Raviver les braises du vivant, et publié le texte accessible en ligne librement : « Nouer culture des luttes et culture du vivant. »

 

Concernant les limites et les points aveugles de ce concept, ils sont partout : il ne sert pas à tout, sinon il ne servirait à rien. Par exemple, concernant les problèmes de philosophie de la technique ou les questions d’énergie pour faire face à la crise écologique, ce concept n’est pas le plus opérationnel aujourd’hui, et tant mieux (trop embrasser, c’est mal étreindre). Et pour faire de l’astrophysique – n’en parlons pas. Ce n’est pas grave, c’est bien ainsi, les concepts servent aussi à ça : à ne pas servir, à reposer, comme dans la trousse à outils d’un cambrioleur, jusqu’au jour où ils ouvriront d’autres portes qui nous enfermaient.

 

Nicolas Truong

 

 

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30 mai 2022 1 30 /05 /mai /2022 06:00

 

Egon Schiele, Femme avec un homoncule, 1910

 

Ainsi fut qualifié, par un lecteur vigneron bourguignon, un petit texte d’un « comment vas-tu y’au poêle ? » officiant chez la vieille dame permanentée du vin, un garçon de coiffeuse pour être dans le vent du féminin.

 

Texticule = Texte + homoncule

 

HOMUNCULE, HOMONCULE, subst. masc. (CNRTL)

 

Être vivant de très petite taille, aux pouvoirs néfastes et surnaturels que les alchimistes du moyen âge prétendaient pouvoir créer :

 

« Il [le comte de Kueffstein] avait la science infuse et Joseph Kammerer, son valet de chambre, a relaté dans son Livre des comptes les aventures de son maître, certaines de ses expériences incroyables, parmi lesquelles la plus merveilleuse, celle de la génération spontanée ou « insolite », dit-il, la création artificielle des homuncules [it. ds le texte].

Cendrars, Bourlinguer, 1948, p. 141.

 

Expression caricaturale et amoindrie de l'homme.

 

« Le comble était qu'ils semblaient déjà résignés, tristes homoncules philosophes d'une philosophie dont le verre à vitre, qui n'empêche point de voir mais empêche de saisir, eût été le symbole et le principe »

Guéhenno, Journal homme 40 ans, 1934, p. 21

 

J’ai découvert les homoncules en lisant :

 

De la prolifération des homoncules sur le devenir de l'espèce - Olivier  Bardolle - Livres - Amazon.fr

 

De la prolifération des homoncules sur le devenir de l'espèce d’Olivier Bardolle ICI 

Paru le : 02/05/2008

Esprit des péninsules

 

Essai sur l'hypermodernité décrivant l'homoncule qui sommeille en chaque individu, "petit être doué d'un pouvoir surnaturel", selon Le Larousse ou "miniature d'homme créée par sorcellerie", pour Umberto Eco. Un être avide, égoïste et fasciné par les gadgets électroniques, selon l'auteur. Confirmant la pensée de Baudrillard, il évoque un homme bardé de prothèses "dans un monde qui l'expulse". ©Electre 2022

 

Quatrième de couverture

 

De la prolifération des homoncules sur le devenir de l'espèce

 

Après De l'Excès d'efficacité des systèmes paranoïaques et Des Ravages du manque de sincérité dans les relations humaines, Olivier Bardolle continue ici d'instruire le procès de l'hypermodernité. Sur un mode imprécatoire, mais non dénué d'humour, l'auteur débusque l'homoncule qui sommeille en chacun de nous et rêve de prendre les commandes - un être avide, obsessionnel, égoïste et surtout indifférent aux désastres qui s'accumulent autour de lui : dévastation écologique, enlaidissement du monde, effondrement du savoir vivre ensemble, guerre des clans, ressentiment général accentué par des nouvelles technologies toujours plus isolantes...

 

Entre rigueur d'analyse et souci de l'urgence, Olivier Bardolle sonne le réveil des consciences et entretient l'espoir : « II se pourrait cependant que nous n'ayons que l'homme comme solution. Une fois encore, lui seul, dans cet univers indifférent, peut infléchir le cours des choses. À condition qu'il ose enfin se fier à son désir. À son désir de vivre et pas seulement de survivre. »

 

« Qu’est-ce que l’on entend désormais par élite ? »

 

« La définition même de ce que l’on désigne par ce mot a considérablement évolué… » souligne-t-il.

 

Je vous laisse le soin découvrir l’élite d’autrefois selon Bardolle très « noblesse oblige » au comportement exemplaire où honnêteté, altruisme, éthique, droiture, honneur n’étaient pas des vains mots. Manquent que des noms, mais Bardolle est ainsi fait, comme tout bon sabreur il sait pratiquer l’esquive et ça fait partie de son charme irritant.

 

« Ni vieillard acariâtre, ni Alceste aigri, Olivier Bardolle est un grand gaillard baraqué, à la cinquantaine juvénile, droit dans ses jeans, qui endosse peu souvent une veste, ignore le port de la cravate, circule à moto et préfère écouter Johnny Cash plutôt que le De profundis de Michel-Richard de Lalande. » portrait de Valeurs Actuelles un hebdo bien comme il faut, réac comme un petit Vendéen crotté du bocage les aime « bonjour nôtre maître… » chapeau bas devant Antoine Morrison de la Bassetière dont mon père « battait » (effectuait les battages des céréales de ses métayers en tant que petit entrepreneur). La suite de la bio à la fin.

 

 

 

« (…) l’élite a changé ; elle se caractérise désormais par une certaine propension à s’exonérer du droit commun et à entretenir soigneusement une politique de réseaux, c’est une « élite des affaires », on s’entraide, on se décore mutuellement, on se rend plein de petits services, on pratique, comme Tony Soprano, le trafic d’influence et le commerce des relations. On n’hésite d’ailleurs nullement à s’embrasser à la manière des voyous, avec forte claque dans le dos, afin de vérifier que l’autre n’est pas exagérément armé (…)

 

 

Bardolle cite quelques exemples des pratiques de ce « milieu » comme le coup de fil qui va vous permettre d’ « accéder en vingt-quatre heures au bloc opératoire » là où le commun des mortels, c’est-à-dire ceux qui ne font pas partie de « l’élite », attendent plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

 

 

 

Bref, Bardolle d’embrayer sec comme tout bon motard qui se respecte « avec de telles mœurs, comment voulez-vous que l’on puisse faire confiance à ces grands mâles blancs dépravés qui n’ont rien à  offrir comme exemple que ces combines et ces sempiternels passe-droits ? »

 

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29 mai 2022 7 29 /05 /mai /2022 06:00

À la mémoire de DENG Xiaoping, ancien grand dirigeant de la République populaire de Chine, venu étudier et travailler dans le Montargois, dans les années 1920

Montargis (06 au 10.07.1920) : CAI Hesen et son amie XIANG Jingyu exposent à leurs compatriotes leur thèse pour "sauver la Chine et le Monde". Historiquement, ce sera le véritable point de départ de la Chine Nouvelle

Montargis (06 au 10.07.1920) : CAI Hesen et son amie XIANG Jingyu exposent à leurs compatriotes leur thèse pour "sauver la Chine et le Monde". Historiquement, ce sera le véritable point de départ de la Chine Nouvelle 

- "Amitié Franco-Chinoise", association et musée historique

Il se publie des Revues de haute qualité intellectuelle, esthétique, ludique : RELIEFS en est une, son n°15 MARAIS en apporte de nouveau la preuve.

 

Revue Reliefs n° 15 - Marais

 

J’ai choisi ce dimanche, avant de chroniquer un autre jour sur le Marais salant de Guérande, cher à mon cœur, de vous vanter la : PETITE HISTOIRE DU GRAND SOJA

 

 

Pourquoi ?

 

2 raisons :

 

  • Le tofu cher au vegan !

Y en aura pas pour tout le monde - Le soja - Charlie Hebdo

Y en aura pas pour tout le monde - Le soja - Charlie Hebdo

  • L’accord de Blair House en 1992 ICI (ça ne nous rajeuni pas Jean-François)

 

 

Le lancer de « haricots » de soja est une tradition japonaise pluriséculaire, la Chine est le berceau de la plante qui produit des graines rondes comme le petit pois.

 

 

C’est un rite célébré lors du Setsubun (« nœuds de bambou »), fête nationale japonaise, le 2 et 4 février (conformément à l’ancien calendrier lunaire, d’origine chinoise) qui marque l’arrivée du printemps. La veille, les japonais pratiquent le mamemaki : ils lancent des graines de soja par la fenêtre ou par la porte de leur logement pour tenir les démons à distance de leur foyer et attirer la prospérité. En accomplissant ce geste, ils scandent : « On iwa soto ! Fuku wau chi ! (dehors les démons, dedans le bonheur) »

Planche botanique Soja | Selency

Le soja (Glycine max) a probablement été domestiqué dans le courant du IIe millénaire de notre ère, dans le nord-est de la Chine, mais sa culture est beaucoup plus récente que celle du riz et du millet, pratiquées dans cette région quatre millénaires plus tôt. Ce sont les habitants du « pays du millet » qui, les premiers, ont transformé les graines de soja en une multitude de produits alimentaires dérivés.

 

PR Taifun - Zoom champ de soja

 

Le Bencao gangmu (« matière médicale classifiée »), un traité de pharmacopée médicale rédigé au XVIe siècle, attribue ainsi l’invention du tofu à Liu An, au IIe siècle de notre ère.

 

Y en aura pas pour tout le monde - Le soja - Charlie Hebdo

Si la date d’invention du tofu demeure incertaine, on sait en revanche que les Français n’en ont entendu parler que très tard. En 1856, le Bulletin de la Société Nationale d’acclimatation de France décrit pour la première fois le procédé mis au point par M. de Vilmorin pour fabriquer du « fromage de pois ». La première unité européenne de production industrielle de tofu ouvre ses portes en 1908  à Colombes, près de Paris, à l’initiative de Li Shizeng, jeune chinois arrivé quelques années plus tôt à Montargis (Loiret) pour y étudier l’agriculture. Entre 1912 et 1927, plus de deux mille de ses compatriotes se forment sur le sol français. Beaucoup de ces étudiants participent en parallèle avec Li Shizeng à la fondation du mouvement anarchiste chinois : le travail à l’usine de tofu leur permet de financer leurs études avant de rentrer  chez eux. En 1920, Li Shizeng accueille dans son usine Deng Xiaoping, dirigeant de la Chine en 1978 et 1989 qui fait basculer son pays dans l’économie de marché.

 

PR Taifun - Dans les coulisses de la préparation

Deng Xiaoping (1904 - 1997) Le « petit timonier »

 

 

« Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu’il attrape les souris »

Deng Xiaoping, l’habitant oublié de Montargis ICI 

Quasiment oubliée en France, l’histoire des Chinois de Montargis resurgit en 1975 lors de la visite en France du Vice-Premier Ministre chinois, Deng Xiaoping, quand celui-ci demande à visiter Montargis où il aurait vécu au début des années 1920 ! Côté français c’est la surprise. Deng Xiaoping a beau évoquer son travail à l’usine Hutchinson, dans les archives de l’entreprise, aucune fiche de travail ne répond à son nom. On en reste là.

 

Puis en 1982, le maire de Montargis, Max Nublat, est invité en Chine avec des maires de grandes villes de France, surpris de voir le représentant de cette modeste sous-préfecture du Loiret convié à ce voyage. À Pékin, une banderole attend le maire de Montargis pour lui souhaiter la bienvenue ; c’est le seul membre de la délégation à avoir droit à cet honneur. Et l’histoire ne s’arrête pas là : Max Nublat aura même droit à un entretien privé avec Deng Xiaoping, devenu le successeur de Mao, qui évoquera ses souvenirs montargois.

 

Le fin mot de l’histoire ?

 

Quelques passionnés vont s’apercevoir qu’au moment de son passage par Montargis, Deng Xiaoping ne s’appelait pas encore Deng Xiaoping : il utilisait encore son nom de naissance. Et sur sa fiche de travail retrouvée, on peut lire : A refusé de travailler, ne pas reprendre. De cette époque date le début de l’engagement militant de Deng Xiaoping.

 

Deng Xiaoping a séjourné en France dans sa prime jeunesse ; quand il est parti, il était au sortir de l’enfance, à son retour il savait déjà ce qu’il allait faire de sa vie au service de son pays et de ses compatriotes. Discours du Président chinois, Hu Jintao, pour le 100ème anniversaire de la naissance de Deng Xiaoping en 2004

 

Aujourd’hui encore, les liens restent forts. Depuis 2005, un circuit commémoratif des Chinois à Montargis rend hommage à l’histoire. En 2014, une place Deng Xiaoping a été inaugurée à Montargis, suivie, en 2016, par un Musée Historique de l’Amitié Franco-Chinoise. Le Lycée en Forêt à Montargis enseigne depuis de nombreuses années le mandarin et des échanges sont réalisés avec le lycée n°1 de Changsa, capitale de la Province du Hunan. Et les choses pourraient encore s’accélérer puisque l’université Tsinghua de Pékin, 1ère université chinoise, envisageait, avant la crise sanitaire, d’ouvrir une antenne à Montargis. Affaire à suivre.

 

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28 mai 2022 6 28 /05 /mai /2022 06:00

 

ActuaLitté

J’ai découvert cette éditrice grâce à deux auteurs : Milena Agus ICI et Andreï Kourkov ICI , Mal de pierres découvert à Ajaccio et le Pingouin

 

Depuis, j'ai lu tous les livres de ces auteurs et, bien sûr, j'ai chroniqué souvent sur eux, mais comme je suis un fainéant je ne vais pas vous mâcher le travail en vous donnant les liens. 

 Mal de pierresLe Pingouin

 

LIANA LEVI

 

éditrice et journaliste italienne

 

BIOGRAPHIE DE LIANA LEVI

 

Tout juste bachelière, Liana Levi quitte Milan pour rejoindre la France et franchir les portes de Sciences po. Devenue correspondante pour plusieurs journaux italiens à Paris mais rêvant de devenir éditrice, elle fonde en 1982 la maison d’édition qui porte son nom. Avec une trentaine de titres par an, cette dernière est vite reconnue pour l’exigence et la qualité de son catalogue, qui compte parmi ses auteurs à la plume louangée : Andreï Kourkov, Milena Agus ou Kim Thuy. En 2002, à l’occasion des 20 ans de sa maison, une collection de poche (Piccolo) vient augmenter un catalogue déjà riche de centaines de titres. Engagée, Liana Levi représente également la petite édition au bureau du Syndicat national de l’édition et s’engage dans la bataille opposant Google à la majorité des éditeurs français.

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25 mai 2022 3 25 /05 /mai /2022 06:00

relativite - Twitter Search / Twitter

La question du jour : « Ultracrépidarianisme : pourquoi certains ont-ils une opinion sur tout ?»

 

Pour madame, monsieur tout le monde, dont je suis, se rendre chez son caviste c’est, prosaïquement, aller acheter du vin. Bien évidemment, s’il est compétent, s’il connaît ses clients, ce commerçant, qui achète pour revendre, vous fait bénéficier de ses conseils pour que vous puissiez découvrir la vigneronne ou le vigneron qui monte, et Dieu sait que ça foisonne les petites bêtes qui montent.

 

Avec le vin nu est apparu une nouvelle race de caviste : le caviste militant, en général tendance insoumis, qui se faisant tellement chier dans son échoppe passe son temps à martyriser son clavier, non pour nous abreuver de ses découvertes de nectars nu, mais pour inonder les réseaux sociaux de ses opinions, en général tranchées comme le saucisson, sur tout et le contraire de tout.

 

« Je ne vais pas énumérer ici ses champs de compétence, ils sont sans limites puisqu’il sait tout sur tout et le contraire de tout. »

 

Afin d’éclairer votre lanterne je vous propose de lire les explications d’Hadrien Chevalier sur cette engeance sans qui on ne peut plus prendre une décision sans avoir recourt à leurs lumières.

 

« Il est complètement ridicule de penser que votre opinion d'amateur a une quelconque valeur. D'ailleurs, voici la mienne sur ce sujet que je n'ai pas du tout étudié. »

 

« Nous avons tous des croyances (ou opinions). Par exemple, qu'on ne mourra pas demain (quand on est jeune et en bonne santé), qu'il ne faut pas mettre ses doigts mouillés dans une prise électrique, qu'il ne vaut mieux pas essayer de sauter du dixième étage, ni faire le malin devant un ours brun. On ne cherche pas à démontrer méthodiquement que ces décisions ou ces croyances sont en adéquation avec le réel, on les admet souvent.

 

En une journée, vous prenez inconsciemment des milliers de microdécisions. Et parce que nos cerveaux sont super efficaces (ou plutôt, ils ont évolué ainsi), ils nous font grâce d'un long traitement analytique, conscient, calculatoire, de chaque décision. Cela est remplacé par de l'intuition. Et en général, ça ne marche pas trop mal –après s'être bien entraîné et familiarisé avec l'environnement.

 

Sauf que ça ne marche qu'avec ce sur quoi on a entraîné le cerveau, donc avec des phénomènes qui sont assez communs pour en avoir fait de malheureuses expériences (souvent pendant l'enfance) : le fait que les objets chutent, que les trucs pointus font mal, que le feu est dangereux. 

 

Experts en amateurisme

 

L'erreur de l'ultracrépidarianiste, c'est de penser qu'au sujet d'une prise de décision mettant en jeu des concepts et des phénomènes dépassant largement le quotidien moyen, ses intuitions, ses croyances, ses opinions et même son expérience personnelle auraient autant ou plus de valeur qu'un consensus d'experts ou qu'une méta-analyse scientifique.

 

La suite ICI 

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