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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 06:00
Marlène Dietrich et sa fille - photo : Horst - 1949

Marlène Dietrich et sa fille - photo : Horst - 1949

Dans sa très belle Préface de Dîner chez Marlène, Macha Méril , née Maria-Magdalena Wladimirovna Gagarina, avec le rang de princesse, de l'union de Marie Vsevolodovna Bielskaïa, issue de la noblesse ukrainienne, et du prince Wladimir Anatolievitch Gagarine, tous deux exilés avec leurs familles sur la Côte d'Azur après la Révolution de 1917, écrit :

 

« Et voilà qu’un jour je découvre Marlène cuisinière. Comme elle, j’ai cultivé toute ma vie l’arme puissante de la gastronomie. Car même aux moments les plus aigus du féminisme, auquel j’au évidemment adhéré en 68, je n’ai jamais voulu renoncer à mes casseroles, ainsi que le préconisaient les enragées de l’émancipation des femmes. Ah non ! Pour rien au monde je ne me priverais de cet art qui m’a procuré tant de joie, et tant de succès auprès des hommes ! Le chemin vers le cœur des hommes passe son estomac. Je l’ai maintes fois vérifié. Tous les hommes : les amis, les amants, les maris, les enfants, les collègues, les ennemis politiques, les producteurs et le metteurs en scène… Marlène l’avait compris avant moi, elle a peaufiné son registre de nostalgique Allemande pour trouver un style bien à elle, et elle a enjôlé von Sternberg, Jean Gabin, Billy Wilder, Orson Welles et les autres avec ses bouillons et ses pot-au-feu. »

 

« J’ai une admiration sans bornes pour ce genre de femmes, d’une grande intelligence, qui ont su s’emparer de leur identité à l’heure où l’émancipation des femmes n’existait pas encore. » Macha Méril est intarissable sur Marlene Dietrich. « J’ai été très flattée lorsqu’on m’a demandé d’écrire la préface de ce livre »

 

«Dîner chez Marlene : De L’Ange bleu au cordon-bleu» 

 

« Même pendant les tournages, Marlène était impatiente de se retrouver devant les fourneaux pour cuisiner…

 

En 1957, elle tourna avec son réalisateur préféré Billy Wilder Witness for the Prodecution (Témoin à charge). « En travaillant avec toi, j’ai appris à te connaître et à t’aimer, tu m’as enrichie et emplie de gratitude », lui avait-elle déjà écrit le 14 juillet 1948. Elle fut très heureuse durant ce tournage avec Billy Wilder, et Charles Laughton qu’elle adorait : « C’était un acteur remarquable, sans artifice ni prétention. Il ne manifestait ni exigences particulières ni mauvaise humeur à l’égard des réalisateurs ou des producteurs, contrairement à l’attitude de nombreuses vedettes…»

 

Lors d’une séquence, son interprétation était si impressionnante qu’à la fin du tournage… tous ceux présents sur le plateau restèrent immobiles, comme fascinés. »

 

Alors pour ramener tout le monde à la réalité, elle annonça soudain qu’elle allait préparer le déjeuner pour tout le monde !

 

Un goulasch hongrois avec des pâtes et une salade de concombres.

 

Dessert : fraises au vin rouge

 

« Et pour terminer un café absolument délicieux » selon Charles Laughton (carnet daté du 11 novembre 1957)

 

Le lendemain, même émotion « elle était si extraordinaire que tout le monde sur le plateau avait les larmes aux yeux. Elle aurait dû être épuisée, mais non, elle nous invita tous de nouveau à déjeuner de très fines escalopes viennoises avec un mélange de choux de Bruxelles et d’artichauts. Elle avait initialement prévu des petits pois frais à la parisienne, mais pendant la cuisson, elle trébucha et tout se renversa par terre. Comme dessert, elle prépara des crêpes et son délicieux café. »

 

Toujours Charles Laughton.

 

Quelques jours plus tard, après une scène où la tension était si intense que l’équipe en trembla « Eh bien ce jour-là, elle nous fit un poulet aux pâtes, des framboises accompagnées de quelques herbes, et une fois de plus son délicieux café. » note Charles Laughton conquis.

 

Tellement addict de la cuisine de l’Ange Bleu qu’il revint au studio lors d’un de ses jours de repos. Il s’arrangea pour passer à l’heure du déjeuner. « Marlène était en train de préparer un bœuf strogonoff qui s’avéra savoureux, léger et juteux comme je n’en avais jamais mangé… et toujours son merveilleux café. »

 

L’acteur avoue qu’à la fin du tournage « nous étions tous gonflés comme des baudruches, et je dus moi-même me mettre à la diète. »

 

Billy Wilder eut cette boutade « les hommes admiraient les jambes de Marlène dans l’espoir de profiter d’un bon repas. »

 

Une très grande dame et un livre exceptionnel…

Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.
Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.
Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.
Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.

Marlene Dietrich welcomes a soldier returning from World War 2 with a passionate kiss through a porthole, 1945.

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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 06:00
« Foyes gras mincés à la chicoté… du gavage au doigt des Égyptiens au virus H5N8, est-ce la fin du foie gras de Maïté
« Foyes gras mincés à la chicoté… du gavage au doigt des Égyptiens au virus H5N8, est-ce la fin du foie gras de Maïté

Dans le Sud-Ouest, le sacrifice de centaines de milliers de canards sains pour tenter de freiner la progression de la grippe aviaire n’est pas toujours bien compris par beaucoup.

 

Le virus porté par des oiseaux migrateurs venus du nord de l'Europe s'est propagé très vite lors du transport des animaux vivants à d'autres départements.

 

Le virus H5N8 qui se propage depuis fin novembre dans l'Hexagone est classé "hautement pathogène", comme l'était la souche H5N1 apparue en Dordogne fin 2015. Mais la grippe concernait alors « strictement la France et le sud-ouest ». Il était « sans doute issu d'un virus qui avait circulé depuis plusieurs mois dans les élevages » et son ampleur n'avait été repérée qu'à la fin 2015, explique Jean-Luc Guérin, professeur à l'École nationale vétérinaire de Toulouse et chercheur à l'INRA. Au contraire, cet épisode de grippe aviaire est beaucoup plus large et concerne « l'ensemble de l'Europe ».

 

Le premier cas, hors faune sauvage, a été rendu public le 2 décembre dans le Tarn. Des animaux venant de cette zone avaient été acheminés dans trois élevages du Gers le 30 novembre, ainsi que dans les Hautes-Pyrénées et le Lot-et-Garonne. L'ouest du Gers, où se multiplient les foyers, est une zone « assez humide » avec une « concentration très importante » d'élevages, ce qui favorise la propagation, selon Philip Everlet, responsable du pôle aviculture à la chambre d'agriculture du Gers. Il s'agit du deuxième département producteur de foie gras en France, derrière les Landes.

 

D’où la nouvelle stratégie des services sanitaires du Ministère de l’Agriculture :

 

Influenza aviaire hautement pathogène H5N8 : évolution de la stratégie de lutte pour éradiquer le virus dans les départements touchés ICI

 

Mais par-delà le strict point-de-vue sanitaire, certains pointent le doigt sur la responsabilité de l’industrialisation, de l’intensification, qui ont favorisé la concentration des élevages et la segmentation des fonctions entraînant des transports d’animaux vivants.

 

Comment les coopératives agricoles ont ubérisé le foie gras ICI 

 

Comment les coopératives subventionnées préparent la fin du foie gras français ICI 

 

Mais, à propos, c’est quoi un foie gras ?

 

C’est un foie d’oie ou de canard, dont l’important volume et le poids sont obtenus grâce au « gavage ».

 

Mais qu’est-ce que le gavage ?

 

C’est obligé un animal à continuer à absorber de la nourriture alors qu’il a atteint la satiété, alors qu’il est repu.

 

Pour ce faire on dispose de nombreux procédés : par exemple entretenir sa soif et l’obliger ainsi à absorber beaucoup de bouillies imprégnées d’eau, mais ce n’est pas suffisant pour obtenir notre foie gras.

 

Mais, et c’est ce qui provoque des polémiques et de violentes oppositions, on réserve le terme gavage à celui réalisé grâce à la mise en place dans l’œsophage de l’animal, c’est donc un gavage « instrumental ».

 

Avec l’usage immodéré des gavages sous forte pression et la surgélation, conjugués avec la dégradation de la qualité maïs et une cuisson excessive, ont largement écornée l’image d’Épinal du foie gras produit d’un terroir où il fait bon vivre, « le bonheur est dans le pré ».

 

Mais quels ont été les pionniers du gavage ?

 

Ce sont les Égyptiens.

 

Mais dans quel but gavaient-ils ?

 

« Concernant les oies et les autres palmipèdes, sans aucun doute pour recueillir leur précieuse graisse ou donner de la saveur à leur chair.

 

Mais ils gavaient aussi des hyènes comme on le voit dans les illustrations « ils poussaient avec un doigt des aliments, et ce procédé imposait de maintenir la mâchoire en ouverture, ce qui pour les hyènes qui possèdent le record de puissance de mastication parmi tous les mammifères, n’est pas chose facile.

 

Pourquoi ce gavage ?

 

Les hyènes étaient domestiquées pour la chasse et certains prétendent que c’était dans le seul but de leur couper l’envie de dévorer le gibier.

 

Mais pour autant il est fort probable que les Égyptiens ne produisaient pas des foies gras car qu’auraient-ils fait de cet amoncellement de substance éminemment putrescible ? En effet, si la viande se conserve bien, par séchage ou salage, ce n’est pas le cas du tissu hépatique.

 

Même si l’usage de l’expression « foie gras » est attesté dès le XVIe siècle, sans doute cela désignait-il des « foies blonds », de couleur claire peu volumineux, plus moelleux, ils étaient émincés ou malaxés pour entrer dans la composition de pâtés ou de farces.

 

« Force est d’admettre que la production de « notre » foie gras n’est apparue, sous sa forme actuelle, qu’au début du XIXe siècle. Il est le résultat de la conjonction de trois facteurs : l’abondance du maïs, les améliorations pratiques du gavage, et au bout du compte l’appertisation. »

 

Auparavant les « boîtes de conserve » lorsqu’elles apparurent les éleveurs durent apprendre à s’en servir ; jusqu’à la fin des années 30, ils se contentèrent de mettre en place un joint de caoutchouc sur lequel ils posaient un couvercle mécanique, maintenu en place par des encoches. Ce n’était pas toujours étanche et un foie corrompu ça pue. Puis vint le sertissage, encore faut-il bien le faire car rien ne ressemble autant à un ouvre-boîte qu’une sertisseuse maniée avec vigueur. C’est pour cette raison, bien avant les vins de garage chers à Jean-Luc Thunevin, les femmes de garagistes qui possédaient de bonnes sertisseuses bricolées par leurs maris se lancèrent dans la conserve de foie gras.

 

Les Romains gavaient aussi les oies, mais là je vous laisse le soin de le découvrir dans la bible des Abats en Majesté.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Je vais me contenter de vous donner la recette des « Foyes gras mincés à la chicoté » du cuisinier gascon Louis Auguste de Bourbon 1740

 

Cette recette illustre ce que l’on nommait, à l’époque, des foyes gras (au pluriel). À noter que l’on écrit mincer pour émincer.

 

Prenez de la chicorée accommodée comme pour les filets de mouton (il s’agit de feuilles), minces à l’ordinaire ; prenez ensuite des foyes gras blanchis que vous mincez le plus qu’il se peut.

 

Vous les jetez dans cette chicorée, prenez garde qu’ils ne bouillent ; ajoutez une pointe d’ail et servez ; vous en faites au cresson de même, le cresson bien blanchi avant de l’employer.

 

Louis-Auguste de Bourbon, marmiton princier !

 

Ce prince-là, de son prénom Louis-Auguste (1700-1755), était le fils aîné du duc du Maine et de Louise-Bénédictine de Bourbon-Condé, la petite-fille du Grand Condé. Un livre lui a été dédié, il s’agit du Cuisinier gascon imprimé à Amsterdam, en 1741, sans nom d’auteur. Cet anonymat ne trompait personne, du moins à la cour, car tout le monde savait qu’il était de la main de Louis-Auguste de Bourbon lui-même. Ce Cuisinier gascon est considéré comme l'un des livres de cuisine les plus célèbres du XVIIIe siècle. Il offre peu de recettes, mais celles-là sont désignées sous des noms pittoresques : poulet chauve-souris, yeux de veau farcis, poulets en culottes, sauce au singe vert, sauce au bleu céleste, veau en crotte d'âne roulé à la neuteau, hachis d'oeuf sans malice, etc. On y trouve aussi de nombreuses recettes italiennes très détaillées.

 

« Foyes gras mincés à la chicoté… du gavage au doigt des Égyptiens au virus H5N8, est-ce la fin du foie gras de Maïté
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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 06:00
Opération Harvey’s Hole : quand les grandes oreilles américaines jouaient les taupes à Berlin au temps de la guerre froide

Au temps où les téléphones étaient reliées à des prises murales ou stationnaient dans des cabines les communications étaient rendues possibles par la circulation de courants électriques dans des lignes bien réelles les standards téléphoniques constituaient des lieux stratégiques pour espionner les conversations.

 

Au temps de la guerre froide Berlin fut le terrain de jeu privilégié des services d’espionnage occidentaux, tout particulièrement de la CIA et du M16. Ainsi le Central de Berlin-Est où transitaient les lignes téléphoniques soviétiques fit l’objet d’une opération conjointe. « Pour pouvoir se connecter à ces lignes et donc écouter les conversations téléphoniques, les anglo-américains creusèrent un tunnel de 450 mètres de long depuis Rudow, dans Berlin-Ouest, jusqu’à Altglienke, dans la partie Est de la ville, alors occupée par les Soviétiques. »

 

« L’opération fut officiellement appelée Opération Stopwatch (« opération chronomètre ») ou Opération Gold. Elle fut couramment surnommée l’opération Harvey’s Hole (« trou d’Harvey »), en référence à William Harvey, l’un des chefs de la CIA à Berlin et ancien du FBI renvoyé par J. Edgar Hoover parce qu’il buvait pendant le service. »

 

« Les travaux commencèrent en 1954 et nécessitèrent de déblayer plus de 3000 tonnes de terre ce qui fut une tâche colossale. Sa construction prit plusieurs mois et coûta aux Américains 6,7 millions de $. »

 

« Au bout du compte, les espions de Rudow parvinrent à placer 172 lignes sur écoute et consignèrent quelques 443 000 conversations. Cependant, il y avait une taupe parmi eux, et pas de celles qui auraient pu les aider à creuser, bien au contraire. George Blake, un officier du M16 qui avait pris des notes lors des réunions au cours desquelles l’opération Stopwatch avait été mise au point, était un agent double. »

 

Bien sûr il transmit ses renseignements au KGB avant même que ne commence les travaux de percement du tunnel mais ce n’est qu’au soir du 21 avril 1956 que les Soviétiques « découvrirent officiellement » le tunnel.

 

« Pourquoi les Soviétiques laissèrent les écoutes se dérouler sans intervenir pendant près d’un an alors qu’ils étaient en possession de tous les éléments depuis le début, cela reste un mystère. La plupart des historiens pensent toutefois qu’ils voulaient éviter de compromettre Blake, leur agent infiltré, qui leur rendait de précieux services. »

 

« Mais les Russes ne savent pas sur quel pied danser. Le KGB ne veut pas perdre son meilleur atout, Blake, en révélant trop tôt le coup des Anglo-Saxons. Ils attendent donc que George Blake reçoive une nouvelle affectation de la part des Britanniques avant de faire leurs premiers mouvements. Mais, pour que ni le MI6 ni la CIA ne comprennent qu’ils sont découverts, il faut aussi que ceux-ci interceptent depuis le tunnel des conversations russes et est-allemandes. Résultat: le KGB n’avertit pas le GRU (son concurrent du renseignement militaire) et l’Opération Gold peut donc continuer un certain temps –onze mois et onze jours plus précisément. »

 

C’est dans la nuit du 21 au 22 avril 1956 que l’URSS décide de siffler la fin de la récréation et passe à l’action. Dans un livre, Battleground Berlin, publié en 1999, l’ancien directeur de l’agence de la CIA à Berlin David E. Murphy et le lieutenant-général Sergueï Kondrashev, directeur du département allemand du KGB, racontent la mise en scène et le déroulement de cette fausse découverte.

 

Grâce aux informations de George Blake, les Russes creusent à un point précis de l’autoroute Schönefeld. À 2 heures du matin, ils sont au-dessus de la chambre d’enregistrement et entendent une communication en russe: c’est la voix du capitaine Bartasch, un officier du contingent militaire soviétique en République Démocratique d’Allemagne. À 3 heures du matin, les Soviétiques, soucieux de ne pas apparaître en première ligne, sont relayés par des spécialistes est-allemands. L’opération est bientôt suspendue quelques heures.

 

Dans le courant de la matinée, les Américains s’aperçoivent que leur tunnel est sur le point d’être dévoilé. C’est sur les coups de 12h30 que la chambre d’enregistrement est en vue pour l’équipe est-allemande qui pratique un trou dans un mur, faute d’avoir pu passer par la porte en acier. Les auteurs de Battleground Berlin transcrivent les premiers mots de ces «explorateurs»:

 

«Oh, regarde-moi ça… Ça fait tout l’autoroute! C’est incroyable!»

 

Deux heures plus tard, les Soviétiques eux-mêmes entrent sur les lieux. Vers 15h30, les câbles américains sont coupés, un quart d’heure après les micros cessent d’enregistrer. »

 

Robin Verner dans Slate

 

LIRE Berlin et le tunnel des espions. Jeu de dupes sous le rideau de fer

 

Opération Harvey’s Hole : quand les grandes oreilles américaines jouaient les taupes à Berlin au temps de la guerre froide
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4 février 2017 6 04 /02 /février /2017 06:00
Le Canard Enchainé va-t-il sauver nos médias du discrédit, de la perte de confiance que leur font les Français ?

Plutôt que de crier au complot, François Fillon et ses soutiens, devraient plutôt s’interroger sur les dégâts causés par leurs répliques, plus calamiteuses les unes que les autres, aux révélations du Canard Enchaîné qui, a fait son boulot, n’a rien inventé, et peu importe qui fut la gorge profonde, l’important pour un média c’est de porter à la connaissance des citoyens de l’information vérifiée et, là, elle l’était.

 

En faisant ce constat je ne m’érige pas en procureur, le parquet financier le fait mieux que moi, mais je ne vois au nom de quoi les révélations du Canard constitueraient une « mise à mort » d’un homme politique.

 

« La femme de César ne doit pas être soupçonnée »

 

Les personnalités officielles, les institutions doivent être à l'abri des accusations. Cette signification peut être mal interprétée : il ne faut pas comprendre que les personnalités et institutions doivent être intouchables même si elles sont accusées de quelque chose, mais qu'elles doivent être tellement irréprochables qu'aucun soupçon ne puisse les entacher.

 

Sinon, elles doivent être écartées ou destituées, avant même de savoir si les soupçons sont justifiés ou non.

 

La parole donnée…

 

La confiance !

 

À qui faire confiance pour s’informer ?

 

La côte d’alerte est franchie comme le montre Le Baromètre annuel 2017 « La Croix » Kantar Sofres/Kantar Média sur la confiance dans les médias montre une chute de l’intérêt pour l’information et de la crédibilité des médias, l’intérêt des Français pour l’actualité au plus bas depuis 2002.

 

« Les Français envoient à leurs médias une double alerte : parallèlement à une chute notable de l’intérêt qu’ils portent à l’actualité – qui perd 6 points en un an et se retrouve ainsi à son plus bas niveau depuis 2002, l’année qui avait vu Jean-Marie Le Pen arriver au second tour de la présidentielle–, la confiance s’étiole, elle aussi : la télévision et la presse écrite perdent respectivement 9 et 7 points par rapport à 2016. La radio demeure la plus crédible – et la seule légèrement au-dessus de la moyenne – même si elle perd également 3 points… »

 

À l’orée d’une année électorale majeure dans un contexte de montée des populismes, l’intérêt des Français pour l’information enregistre son plus mauvais score en trente ans. Seuls 64 % (– 6 points sur un an) des Français déclarent s’y intéresser, avec une désaffection marquée des jeunes (56 %) et des moins diplômés (58 %).

 

La confiance dans l’information relayée par les différents médias est elle aussi historiquement basse, particulièrement pour la télévision (41 %, – 9 points), seule la radio restant majoritairement jugée fiable (52 %, – 3 points). Dans ce contexte, la perception de l’indépendance des journalistes vis-à-vis du pouvoir atteint son plus mauvais score, 24 % des Français seulement jugeant qu’ils résistent aux pressions.

 

« Internet recule encore au niveau de la confiance »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette chute des indicateurs s’inscrit dans un bouleversement de la façon de s’informer. « Les usages évoluent très rapidement, relève Carine Macé, qui a coordonné le baromètre pour Kantar. La télévision est détrônée par Internet chez les jeunes (1). De même que chez les cadres et les plus diplômés. Il y a une rupture numérique et générationnelle. 38 % des 18-24 ans s’informent d’abord sur leur smartphone, contre 1 % des plus de 65 ans. » Sur Internet, les réseaux sociaux sont la principale source d’information des plus jeunes (41 % des 18-24 ans). Mais ces derniers, comme la moyenne des Français (73 %), accordent peu de crédit à ce qu’ils y trouvent.

 

« Internet recule encore au niveau de la confiance, alors que sa pratique se banalise. Cette déconnexion entre confiance et pratique n’est pas rassurante dans la perspective de la présidentielle, souligne le sociologue des médias Jean-Marie Charon. On peut craindre que ce climat de défiance et ce report sur des réseaux sociaux auxquels on accorde encore moins de confiance qu’aux autres médias ne soit pas un bon vecteur de qualité du débat public. » Cette inquiétude est partagée par l’économiste des médias Julia Cagé, qui redoute que la France « se retrouve dans une situation à l’américaine, où les médias traditionnels perdent complètement la main face aux réseaux sociaux ».

 

Trop de burkini et de Kim Kardashian

 

« Exposés au « bruit médiatique », notion qui permet de mesurer le degré d’exposition de chacun d’entre nous à tel ou tel sujet d’actualité, les Français tantôt « saturent », tantôt se sentent en manque d’information. Ainsi le vol dont fut victime Kim Kardashian, les polémiques autour du burkini ou l’élection américaine ont semblé excessivement présents à la Une.

 

À noter que le « bruit médiatique » de l’actualité américaine a été considérable, chaque personne y étant exposée en moyenne 38 fois par jour (contre 3 fois seulement pour l’« affaire » Kardashian). Globalement satisfaites du traitement des attentats terroristes de Nice et Bruxelles (intense « bruit médiatique » dans les deux cas), les personnes interrogées déplorent en revanche un déficit d’information concernant la pédophilie dans l’Église ou les manifestations de policiers. »

 

L’intégralité des articles de La Croix

 

Lire ICI 

 

Lire ICI 

Le Canard Enchainé va-t-il sauver nos médias du discrédit, de la perte de confiance que leur font les Français ?

Les bonnes recettes du « Canard enchaîné »

 

À tout juste 100 ans, l’hebdomadaire se paie le luxe d’ignorer la publicité, les actionnaires, le numérique. Et séduit chaque mercredi 400 000 lecteurs.

 

Par Philippe Ridet

 

Il faut les voir, chaque mardi sur les coups de 15 heures, remonter le boulevard du Montparnasse, à Paris, jusqu’au carrefour Vavin et s’engouffrer par la porte de la brasserie La Rotonde pour un déjeuner tardif, un goûter roboratif ou un dîner précoce. Au choix.

 

Directeur, rédacteurs en chef et journalistes s’en reviennent de l’atelier de photocomposition à quelques rues de là où, jusqu’à la ­dernière minute, le numéro 5013 du Canard enchaîné a été lu, relu, re-relu, titré, retitré, re-retitré. C’est au moment du bouclage, l’épée dans les reins et l’œil sur la pendule, que s’élaborent parfois les meilleures manchettes, les chutes assassines, les jeux de mots les plus nuls qui sont souvent les plus drôles, le dessin qui résumera mieux qu’un édito la problématique du moment.

 

Ils ont le sourire aux lèvres et l’estomac dans les talons. Nous mesurons, à sa juste valeur, l’invitation qui nous a été faite de se joindre à ces agapes : habituellement, Le Canard n’aime pas beaucoup qu’on traîne dans ses pattes palmées.

 

Persifleur et informé

 

Deux jours plus tôt, le 20 novembre, à la surprise de tous – et donc de la leur –, François Fillon a écrasé le premier tour de la primaire de la droite et du centre. Autour de la grande table au fond de la brasserie, la quinzaine de journalistes se passe les photocopies des pages en cours d’impression. Il est trop tard pour changer quoi que ce soit. Les bonnes idées attendront le numéro 5014.

 

« On aurait pu titrer : “Sarkozy l’a dans le Fillon” », s’amuse l’un d’eux, un verre de bordeaux à la main. Finalement, Le Canard a opté pour : « Fillon : moi, je vais ­nettoyer la France au Thatcher ! » Juste au-dessous, un dessin de Kiro : Juppé et Raffarin le poing levé chantant L’Internationale… De chaque côté du logo du journal, dans les « oreilles », ce propos prêté à l’ancien premier ministre de Jacques Chirac à l’adresse de son rival : « Et en plus son programme sent le Poisson ! »

 

La suite ICI

 

Le Canard Enchainé va-t-il sauver nos médias du discrédit, de la perte de confiance que leur font les Français ?

Le Canard enchaîné raconte : "Dès qu'on s'est intéressé aux revenus de sa femme, Fillon s'est fermé comme une huître"

 

France info : qu'est-ce qui vous a alerté sur les enfants de François Fillon ?

 

Christophe Nobili : Par expérience, lorsqu'on commence à donner des éléments nouveaux dans une enquête cela veut dire qu'il y a sûrement plus grave derrière. C'est à partir des déclarations de Monsieur Fillon qu'on va travailler, essayer de comprendre. Il parle de missions précises, quelles sont ces missions précises ? Au début, on se dit qu'il a peut être demandé une ou deux missions ponctuelles. Et on ne s'attend pas du tout à voir que, lorsque ce n'est pas Penelope Fillon qui est son assistante parlementaire, il prend à temps plein, salarié, pendant la totalité de son mandat de sénateur, d'abord sa fille et ensuite son fils, à des salaires importants ; 3 800 euros brut pour la fille et 4 800 pour le fils.

 

La suite ICI 

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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 18:25
Vinisud « Vide » by Pousson et c’est du bon…

Ça me démangeait mais un vieux reste de charité chrétienne je m’abstenais. Les images de Face de Bouc de Vinisud, dans le décor de carton-pâte habituel, sentaient le vide, comme bourré de figurants type Olivier Stirn.

 

Un moment je projetais de chroniquer sur un nouveau job qui revenait en boucle : coach digital. Ça me rappelait le coach matrimonial tendance je bavasse sur ce que je ne connais pas.

 

Entre nous le Pousson en cette matière il est plutôt bon, je n'ironise pas...

 

Bref, je me suis réfugié dans l’abstention jusqu’au moment où je suis tombé sur Pousson qui titrait sobrement La mort de Vinisud ?

 

Je lis et j’avoue que je retrouvais le Pousson pertinent.

 

Je le cite

 

« Tout cela évidemment relève davantage du comptage de manifs façon CGT (ou préfecture de police), nous sommes dans le ressenti. J'ai d'ailleurs, pour tenter de corroborer ou démentir ces impressions, essayé d'examiner, comme on le fait désormais pour les pré-soirées électorales, la présence médiatique des différents salons sur les réseaux sociaux. Et là encore, Vinisud (qui pourtant a mis des moyens sur ce compartiment du jeu***) m'a semblé être le grand perdant. Malgré quelques porte-voix subventionnés à l'enthousiasme quelque peu forcé, laborieux, on sentait bien que le cœur n'y était pas vraiment. Je vous épargne d'ailleurs les pathétiques directs sur Facebook de conférenciers, micro en main, Powerpoint en tapisserie, devant des chaises de jardin en plastique vides durant lesquels, à défaut de faire vendre du vin, on fourgue des concepts marketing qui coûtent au moins aussi cher que des grands crus glacés. »

 

L’intégralité ICI 

 

Pour confirmer ses dires je vous joins le JO de Vinisud

 

Vinisud 2017 : Pour un monde du vin sans frontières

 

Le soleil était de retour pour fêter la 13ème édition de Vinisud, plus grande vitrine de vins méditerranéens au monde, qui a ouvert ses portes ce dimanche 29 janvier au Parc des Expositions de Montpellier.

 

Reflétant le dynamisme qui caractérise la plus grande région productrice au monde, Vinisud a célébré son nouveau rythme annuel avec plusieurs nouveautés cette année, tout en faisant preuve de la même volonté de rester à l’écoute de la filière, voire même d’anticiper ses orientations futures.

 

L’une des grandes nouveautés, l’espace Nouvelle Vague qui regroupe de nouvelles exploitations et des reprises récentes, a ravi ses participants. « Sortir du carcan traditionnel des appellations nous permet d’affirmer le renouveau que nous impulsons dans notre exploitation », se sont réjouis Guilhem et Valérie Castan, du Domaine Castan à Cazouls-les-Béziers. « Chacun a le même stand, nous sommes donc sur un pied d’égalité avec une clé d’entrée unique pour tous ». Bastien Lannusse du Château du Pouey à Madiran partage leur enthousiasme : « Une dynamique s’est créée. Mettre en avant des jeunes, c’est un concept très attirant et valorisant ».

 

Du côté des acheteurs, cette initiative a été saluée par Julien Marson, conseiller vins auprès du groupe Mestdagh en Belgique. « La Nouvelle Vague symbolise le renouveau dans les appellations et permet de dénicher la petite perle pour se différencier ». Tout comme d’autres acheteurs et participants nombreux, l’acheteur belge a également été séduit par la masterclass dédiée au Prosecco Conegliano Valdobbiadene DOCG. Pour sa première participation à Vinisud, le consortium de la DOCG s’est appuyé sur la Master of Wine Mai Tjemsland pour sensibiliser le public aux différents échelons qualitatifs à l’intérieur d’une catégorie qui a indéniablement le vent en poupe au niveau mondial.

 

Idem pour les rosés, dont les styles méditerranéens - secs, raffinés et gastronomiques - ont donné une nouvelle impulsion à la catégorie, selon les Masters of Wine britanniques Sarah Abbott et Elisabeth Gabay : « La Méditerranée est un vivier bouillonnant de créativité ! », ont-elles affirmé. Un atout largement démontré par la sélection de vins choisie pour une masterclass dédiée, tout en nuances, origines diverses et profils originaux. Avec leur consœur norvégienne, elles ont aussi symbolisé un monde du vin désormais sans frontières, et pas uniquement géographiques.

 

La série des masterclass, conférences et autres rencontres se poursuit ce lundi.

 

Vinisud 2017 : Les vins méditerranéens ont des atouts à mettre en valeur absolument

 

Les allées étaient bien remplies lors de cette deuxième journée de Vinisud 2017 pour créer une ambiance à la fois travailleuse mais conviviale.

 

Studieuse aussi, car les masterclass, conférences et autres présentations ont attiré nombre de professionnels avides de données et de connaissances sur les vins méditerranéens. Et ils n’auront pas été déçus, à commencer par la présentation de la première vague de résultats issus de l’Observatoire économique des marchés internationaux des vins méditerranéens. Fruit d’une collaboration entre Vinisud et l’agence britannique Wine Intelligence, l’Observatoire a révélé la belle santé économique des exportations méditerranéennes, avec deux locomotives majeures que sont les vins rosés et les bulles. « Les effervescents méditerranéens représentent une bouteille sur deux exportées dans le monde » a souligné Jean-Philippe Perrouty, directeur France de l’agence.

 

La montée en puissance des rosés, qui ne se dément pas, peut être corrélée, du moins en partie, à celle de la génération dite « Millenials ». Une étude réalisée pour Vinisud par l’agence SoWine sur les tendances de consommation parmi les jeunes générations à New York et à Londres – présentée par Marie Mascré – a révélé, en effet, que leur choix porte souvent sur le rosé. L’enquête a également démontré l’excellente image des vins méditerranéens dans les deux villes.

 

Une image qui est à mettre en avant absolument, à en croire la Master of Wine Sarah Abbott : « Lorsque vous vendez des vins méditerranéens, vous vendez tout un art de vivre ». Avis partagé par Christy Canterbury MW, en visioconférence depuis New York pour participer à une masterclass consacrée à la commercialisation de vins de style méditerranéen à New York et à Londres, qui a conseillé aux opérateurs « d’inviter les sommeliers new-yorkais dans les vignobles pour qu’ils vivent en direct l’expérience méditerranéenne ».

 

Pour qu’ils apprennent aussi à mieux connaître la diversité et la longévité des vins méditerranéens, deux atouts amplement démontrés par la masterclass dédiée aux vins du Pic Saint Loup, qui a fait salle comble. « En présentant le millésime 2013, les vignerons montrent la capacité de garde de leurs vins » a estimé Elisabeth Gabay MW, tout en soulignant les déclinaisons multiples obtenues au sein d’un petit terroir et avec deux ou trois cépages.

 

Sans parler de l’excellent rapport qualité-prix des vins méditerranéens, largement appréciés par des acheteurs comme l’Américain Greg Schlagdenhauffen de la société d’importation Highland Imports : « Les vins du Languedoc, par exemple, offrent un excellent positionnement prix et de vrais petits bijoux ». Et avec une part de près de 30% de la production mondiale, les vins méditerranéens ont de quoi satisfaire non seulement toutes les bourses, mais tous les goûts aussi.

 

Nombre de visiteurs totalisé le premier jour 7 423 - 2 349 hors de France et 5 074 visiteurs français – 9 562 le deuxième jour (6 446 Français, 3 116 hors France). Nombre de visiteurs total des deux premiers jours : 16 985.

Le Glourafi ‏@le_glourafi  2 hil y a 2 heures Plus  [Témoignage] "J'aurais dû prendre une écharpe..." Sensible aux courants d'air, il attrape froid dans les allées vides de VINISUD.

Le Glourafi ‏@le_glourafi 2 hil y a 2 heures Plus [Témoignage] "J'aurais dû prendre une écharpe..." Sensible aux courants d'air, il attrape froid dans les allées vides de VINISUD.

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31 janvier 2017 2 31 /01 /janvier /2017 06:00
Jean-Marc, 52 ans, viticulteur et éleveur de vaches allaitantes dans la région Bourgogne France-Comté

Jean-Marc, 52 ans, viticulteur et éleveur de vaches allaitantes dans la région Bourgogne France-Comté

Avec le natif de Semur-en-Auxois, Pascal Commère, on est à 100 lieues des 100 millions de patates de Bonneau du Martray, de l’ouvrée (4.28 ares) de montrachet de Pinault un petit 1 million d'euros et des 2 ouvrées de grand cru bâtard-montrachet aux environs de 900 000 € chacune, du mercato des vinificateurs entre le domaine de la Vougeraie (Boisset) et le domaine Leflaive, de la vente des Hospices de Beaune…

 

Les vaches allaitantes en Bourgogne

 

L’orientation technico-­économique dominante est l’élevage bovin viande qui concerne essentiellement le sud et l’ouest de la région. Les prairies permanentes occupent encore 43 % de la SAU régionale. En 2012, avec 468 521 vaches allaitantes, la Bourgogne se situe en deuxième place pour les effectifs de vaches nourrices. La race charolaise confirme sa suprématie dans la région avec plus de 90 % du cheptel. Au recensement 2010 de l'agriculture, 6 800 exploitations moyennes et grandes pratiquent l’élevage allaitant avec 66 vaches en moyenne, record national.

 

L’élevage reste généralement extensif du fait de l’orientation massive vers la production de broutards, destinés à être engraissés surtout à l'étranger, majoritairement en Italie ou vers d’autres régions d’embouche.

 

Seulement 73 587 tonnes de viande bovine finie ont été produites en 2012 en Bourgogne. Très spécialisés, les élevages sont régulièrement confrontés à des crises sanitaires ou climatiques ; valorisant principalement l'importante ressource en herbe, ils sont particulièrement fragiles relativement à la ressource en paille, indispensable aux litières.

 

La Bourgogne dispose de plaines à l'est et au nord de l'Yonne mais surtout de plateaux, au potentiel souvent limité. Les grandes cultures (blé, orge et colza notamment) dominent principalement sur ces territoires. En 2012, les céréales et oléo­protéagineux couvrent 907 700 ha soit 48 % de la SAU, ce qui place la région dans les premiers rangs pour les orges et le colza. Les rendements en céréales sont inférieurs à la moyenne française, tel le blé en 2012 qui enregistre 66 q/ha en région contre 73 q/ha en France. Mais la qualité des grains assure des débouchés en meunerie ou en brasserie et permet l’exportation vers l’Italie notamment. Le colza est la tête d’assolement incontournable sur les plateaux à faible potentiel. La Bourgogne est ainsi très sensible aux orientations de la politique agricole commune (PAC) relatives aux grandes cultures et peut s’inscrire dans la production à destination non alimentaire.

 

La suite ICI

 

Pascal Commère, le comptable, côtoie, écoute et conseille des hommes qui se confient peu, des taiseux, méfiants voire ombrageux, cultivateurs, éleveurs, bûcheron, «le noir petit monde obstiné de l’agriculture», attaché à une terre «qui blesse plus qu’elle n’apporte, quand même elle gratifierait chaque jardin d’un pied de lilas en fleur en avril, d’une touffe d’oseille acide. (…) Avec cette peur de l’inconnu, du nouveau, qui rejoint celle d’être grugés. Après quoi ils s’en remettaient à l’homme de l’art : comptable, vétérinaire, représentant en aliments, inséminateur, quand ce n’était pas au démarcheur de la Caisse locale, avec circonspection toutefois, un minimum de méfiance grâce à quoi ils accueillaient la possibilité de ne pas s’être fait avoir.»

 

« Il a circulé de ferme en ferme, pesé avec eux le pour et le contre, s’est adapté à leur façon d’être, a appris à interpréter leurs non-dits et à respecter leurs longs silences. Il a, peu à peu, gagné leur confiance. Leur a permis, en certaines occasions, de démêler des situations qui paraissaient inextricables, certaines l’étant d’ailleurs inexorablement, à force de déni et de fuite en avant, telle celle de ce fils qui finit par admettre, lors d’une réunion tendue autour de la table familiale, qu’il a bel et bien laissé filer l’héritage paternel.

 

« "Je savais pas !" Murmurait-il, et il le répéta. Ajoutant : "Que t’étais dans la déchéance..."

 

Lui de son côté ne mouftait pas. Le visage empourpré, il demeurait le fils. La honte était pour lui. Et de tout le temps que dura l’entrevue il ne leva les yeux, le front bas telle une bête nez au sol. Et pas même quand le père laissa couler une larme. »

 

Jacques Josse - 18 décembre 2016

ICI 

 

La nouvelle LIEUSE qui donne son nom à l’ouvrage, qui avait été publiée en septembre 1993, dans La Nouvelle Revue Française n°448, me touche tout particulièrement : chronique La « lieuse » de « la mémé » de Philippe Torreton ça me parle…

 

« Mémé gardait tout, car tout pouvait resservir un jour,…la ficelle à botteler le foin – on appelait ça de la « lieuse » – une grosse ficelle jaune qui se vendait en rouleaux et se retrouvait pendue à un clou dans l’étable lorsque l’Opinel avait tranché l’affaire. Avec cette ficelle nous construisions nos cabanes dans les têtards, nos échelles de corde, nos arcs, nos épées de chevalier, elle servait aussi de ceinture pour retenir les bleus de travail de notre père que l’on enfilait pour aller à la guerre dans les talus. Parfois lorsque la pluie l’emportait, on la tressait, elle devenait alors bracelet-qui-gratte. Cette lieuse sentait le végétal, imbibée d’huile, elle devenait mèche, elle nous servait à tout, cette ficelle nous rapprochait des Indiens d’Amazonie. »

 

La suite ICI 

 

Extrait

 

« De mon côté, je pensais aussi à une ficelle. Une ficelle que j’avais trouvée, un jour comme aujourd’hui où le monde semblait vide. Non pas une de ces journées de moisson où, sans interruption, les tracteurs passaient et repassaient sur la rue le long de ma permanence, tirant vers les silos de la Coopérative — auparavant ils feraient la queue devant le pont-bascule — de grandes bennes rouges ou bleues d’où tombaient par derrière et sur les côtés, à la jointure des tôles (malgré le calfeutrage au moyen de sacs d’engrais vides dont les paysans auront toujours le secret), de gros grains tout ronds qui rebondissaient sur le goudron avant de se caler entre les graviers. Et le souvenir de cette ficelle déliait mes doigts lentement, parce qu’une ficelle — rien, me semble-t-il, ne porte davantage en soi l’image de la pauvreté du monde, de sa précarité — ne prend vie qu’en bougeant, c’est-à-dire en serrant, et les nœuds de cette ficelle longtemps m’avaient retenu attaché à la terre. D’où nous venions tous deux, ma ficelle et moi, ayant l’un et l’autre traîné sur la poussière (qui laisse des marques grises sur la peau), également noués, comme serrés chacun sur soi-même, prisonniers de ce qui ne passe pas mais s’enferre davantage à chaque tour. Et c’était ça, ma ficelle, celle que j’avais trouvée, une image un peu bleue de moi, que j’enroulais autour de mon poignet. L’image de quelque chose dont on ne peut bientôt plus se déprendre. Et le chanvre — mais c’était en réalité une ficelle en plastique, comme on en voit maintenant dans les fermes, du plastique usé, effiloché aux deux bouts à tel point qu’en y regardant vite on pouvait s’abuser — et le chanvre, qui donc n’en était pas, lentement épousait la chair de mon poignet. Et mon poignet ne se défendait pas. Il y a un instant, après la tension, où le corps s’abandonne — comme l’épi battu contre le tambour, dans le vrombissement imperturbable de la machine, laisse tomber plus loin ses grains dans la trémie. »

En Bourgogne y’a aussi des paysans, le regard de Pascal Commère leur comptable sur eux.
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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 06:00
Dis papy Jacques à quelle température la guerre est-elle froide ?

Cette chronique ne trouve pas sa source dans la vague de froid qui nous touche en ce mois de janvier et je ne vais pas ironiser sur ceux qui se plaignent qu’il fasse froid en hiver alors qu’ils sont comme moi bien au chaud. Ce qui me met en colère c’est que depuis l’abbé Pierre nous n’avons jamais su ou voulu traiter intelligemment et efficacement la question des sans-abris. J’y reviendrai un de ces jours.

 

Simplement le froid ne se prêtant guère aux balades à vélo dans Paris j’ai posé mon postérieur sur le canapé face à l’écran plat de la télé pour me payer des toiles sur les chaînes spécialisées. Ainsi, j’ai visionné Farewell avec Guillaume Canet et Emir Kusturica, Mitterrand et Reagan (assez ressemblant)… Le film est, comme on dit, romancé mais assez bien mené.

 

« L'histoire (la vraie) débuta officiellement en juillet 1981, au sommet d'Ottawa, lorsque François Mitterrand rencontra en privé le président américain Ronald Reagan. Au coeur de l'entretien, la révélation du « secret Farewell ». Épaté, Reagan s'exclama : « C'est le plus gros poisson de ce genre depuis 1945 ! »

 

En tête à tête, le président français dévoila à un Reagan stupéfait que l'URSS connaissait la totalité de la couverture radar des Etats-Unis, et qu'elle pourrait anéantir la défense américaine en cas de conflit. Grâce à cette entrevue, la France de Mitterrand regagna la confiance de Washington.

 

Longtemps tenue à distance par l'administration américaine, à cause de la participation des communistes au gouvernement, Paris venait de réintégrer le club des démocraties à la pointe de la lutte contre l'empire du mal soviétique.

 

Peu après, Marcel Chalet, directeur de la DST, se rendit à Washington pour informer plus en détail le vice-président George Bush, ancien directeur de la CIA. Tout avait en réalité commencé au début de l'année.

 

La suite ICI 

 

Ensuite, dans l’une de mes razzias de livres, je me suis offert L’Atlas des Lieux Improbables de Travis Elbotough & Alan Horsfield chez La Martinière.

 

J’y ai repéré 3 lieux improbables fruit de la guerre froide :

 

  • Le tunnel d’espionnage de la guerre froide à Berlin
  • Le centre de communications protégé de Moscou datant de la guerre froide
  • Des bunkers contre la bombe à Pékin.

 

Beaucoup d’entre vous avez lus L’espion qui venait du froid de John Le Carré, mais je ne suis pas persuadé que le débat autour de Poutine activé par la position de Fillon lors de la Primaire à propos de la guerre civile en Syrie soit bien compris par nos chers enfants de la Paix qui « gobent » tout ce qui chalute sur les réseaux sociaux à ce propos.

 

La tribune « À l’OTAN, ne rejouons pas la guerre froide » publiée dans le journal le Monde en juillet 2016 avec des signataires recouvrant un large prisme politique met les choses au point ICI 

 

« Reconnaissons que la Russie n’est pas sans torts, admettons même qu’elle fasse peur : faut-il pour autant aller jusqu’aux gesticulations politiques (réunion à Varsovie) et militaires (déploiements de forces de combat à proximité du territoire russe) dont le prochain Sommet va fournir l’occasion ? »

[…]

« Les mêmes qui nous ramènent à la guerre froide sont les premiers à protester qu’ils n’en veulent à aucun prix le retour. Ils seraient plus crédibles s’ils veillaient à rassurer la Russie en même temps qu’ils rassurent pays baltes et Pologne. Il n’y aurait pour cela que deux choses à dire : la première, que les déploiements de forces sont exceptionnels et n’ont pas vocation à devenir permanents ; la seconde, que l’OTAN a fait le plein de ses membres et ne s’élargira en aucun cas et dans aucune direction à un nouveau membre.

 

La France aurait une belle occasion à saisir et s’honorerait en prenant à son compte cette double affirmation. La règle de l’unanimité en vigueur à l’OTAN lui donne les moyens d’empêcher ce qu’elle refuse. Mais, peut-être, est-ce déjà trop demander à une diplomatie qui, depuis longtemps, a désappris à dire non ? Notre retour dans l’organisation militaire intégrée ne doit pas nous priver de l’indépendance qui était la nôtre auparavant. »

 

Alors, permettez-moi de jouer à «Dis papy Jacques c’est quoi la guerre froide ?»

 

Le concept de «guerre froide» a été inauguré le 5 mars 1946 par un discours de Winston Churchill à Fulton, dans le Missouri. Celui-ci, qui avait quitté le pouvoir quelques mois plus tôt, ne sombrait pas dans l’euphorie d’après-guerre, il mesurait la duplicité de Staline et s'en était inquiété auprès du président américain Harry Truman.

 

la conférence de Potsdam qui se tient juste après la capitulation allemande, la tension devient déjà plus perceptible en raison du refus de Staline d'organiser des élections libres en Pologne. C'est le début d'une incompréhension croissante qui éclate au grand jour en 1947.

 

Harry Truman désireux de réarmer les démocraties contre la nouvelle menace venue de l'Est, invite le vieux lion britannique à prononcer un discours au collège de Westminster, à Fulton.

 

Dans son discours, le fumeur de havane et le buveur de Pol Roger, qui a 72 ans, se fait visionnaire. Il clame : «De Stettin sur la Baltique à Trieste sur l'Adriatique, un rideau de fer s'est abattu sur le continent (...). Quelles que soient les conclusions que l'on tire de ces faits, ce n'est certainement pas là l'Europe libérée pour laquelle nous avons combattu ; et ce n'est pas non plus celle qui porte en elle les ferments d'une paix durable».

 

En 1947, Truman qui veut endiguer l'expansion soviétique en Europe, prône la doctrine du «containment» qui se traduit par le plan Marshall, dont l’objectif est d’aider ceux des pays d’Europe qui « veulent rester libres » à se relever économiquement. Seize pays d'Europe occidentale acceptent le plan Marshall, mais Staline le refuse pour l'Union soviétique et contraint les démocraties populaires à faire de même.

 

Le 22 septembre 1947, les délégués des partis communistes d'Union soviétique, de Pologne, de Yougoslavie, de Bulgarie, de Roumanie, de Hongrie, de Tchécoslovaquie, d'Italie et de France se réunissent près de Varsovie et créent le Kominform, bureau d'information installé à Belgrade et qui devient rapidement l'organe de coordination idéologique du mouvement communiste.

 

À cette occasion, Jdanov exprime la doctrine soviétique de la guerre froide, réponse à la doctrine Truman : le monde est divisé en deux camps, « un camp anti-impérialiste et démocratique », celui de l'Union soviétique, et un « camp impérialiste et anti-démocratique », celui des États-Unis. Le Kominform, réunit l'ensemble des partis communistes des « démocraties populaires » au pouvoir ou en passe de l'être, mais aussi les puissants PC italien et français.

 

En 1947, le monde est donc devenu bipolaire, divisé en deux blocs inconciliables et en réaction au programme Marshall, l'URSS institue, en janvier 1949, une coopération économique avec les pays du bloc soviétique dans le cadre du Conseil d'assistance économique mutuelle : le Comecon.

 

En février 1948, c’est le coup de Prague, le Parti communiste tchèque prend le pouvoir en éliminant tous ses opposants. Les Occidentaux, en violation des accords de Yalta, unifient leurs zones d'occupation et y mettent en place une nouvelle monnaie. L'Allemagne devient donc le point de fixation de la guerre froide, à l’Ouest le bastion de la lutte contre l'expansion soviétique, à l’Est celui de la lutte anti-impérialiste. Et Berlin est une île en zone soviétique.

 

En juin 1948, Staline réagit en décrétant le blocus des accès routiers et ferroviaires de Berlin pour contraindre les Occidentaux à quitter leurs secteurs d'occupation. Les Américains réagissent en mettant en place un pont aérien pour ravitailler la ville et menacent d'utiliser la force si les Soviétiques s'opposent à la libre circulation dans les couloirs aériens. La menace est efficace car les Soviétiques ne disposent pas encore de la bombe atomique. Et au bout d'un an, en 1949, Staline recule et lève le blocus.

 

La conséquence de la crise de Berlin est l'accélération de la division de l'Europe, division dont l'Allemagne devient le symbole puisqu'en 1949 les Occidentaux fondent la RFA et les Soviétiques la RDA. Berlin conserve son statut de ville occupée.

 

Les Américains créent l'OTAN, pacte militaire qui a pour but, en mettant toutes les armées européennes sous commandement américain, de résister à une éventuelle attaque soviétique. Les Russes, eux, en riposte créent le Pacte de Varsovie.

 

En 1949, c’est l'Asie qui devient le champ d'affrontement des deux Grands. En effet, les communistes chinois de Mao prennent le pouvoir. Les nationalistes de Tchang Kaï-chek se replient sur l’île de Formose qui deviendra Taïwan. Les Chinois de la République Populaire rejoignent le bloc soviétique. Dans le même temps, en Indochine, les communistes vietnamiens sont en guerre contre la présence française. L'Asie est déstabilisée.

 

La stratégie du containment connaît alors un sérieux revers. C'est pourquoi, en 1950, les États-Unis n'hésitent pas à entrer en guerre contre la Corée du Nord lorsque celle-ci, soutenue militairement par la Chine, attaque la Corée du Sud. La guerre, très meurtrière, dure trois ans.

 

En 1953, un armistice est signé, qui sanctionne un retour au statu quo ante. Cette fois, la stratégie de containment a été un succès. La guerre de Corée pousse les États-Unis à signer une série de pactes afin d'encercler la puissance soviétique. En 1951, c'est le pacte de San Francisco entre les États-Unis et le Japon ; en 1954, l'OTASE avec les pays de l'Asie du Sud-Est, puis le Pacte de Bagdad avec les pays du Proche-Orient.

 

La constitution des blocs s'accompagne d'une course aux armements entre les deux Grands. Dès 1949, les Soviétiques possèdent l'arme nucléaire. Et en 1953, quelques mois seulement après les États-Unis, ils possèdent la bombe à hydrogène. Les deux superpuissances sont désormais dans une situation de parité nucléaire. D'autant que toutes deux disposent également des vecteurs nécessaires (bombardiers lourds et, à partir du milieu des années 1950, grâce à la conquête spatiale, fusées).

 

Les premiers signes de détente apparaissent dès la mort de Staline en 1953. Khrouchtchev, propose aux États-Unis la «coexistence pacifique».

 

En 1956, les deux Grands interviennent, sans se concerter, pour mettre fin à la crise de Suez, qui marque le déclin de la Grande-Bretagne et de la France, concrétisant ainsi la réalité du duopole qui gouverne alors le monde.

 

La crise de Cuba, en 1962, le 27 octobre 1962 - point culminant de la crise des missiles de Cuba – on avait échappé de justesse à l'apocalypse nucléaire. Ce fut le jour « le plus dangereux de l'histoire de l'humanité »

 

La CIA a établi qu'à Cuba cinq batteries de missiles nucléaires sont désormais prêtes à l'emploi. Selon l'agence de renseignement, les Soviétiques peuvent, en quelques minutes, tirer de l'île castriste l'équivalent de centaines de bombes d'Hiroshima sur New York et Washington. Le compte à rebours est lancé. L'état-major américain supplie Kennedy de frapper le plus vite possible Cuba et ses sites atomiques, puis d'envahir l'île afin de se saisir des missiles et de renverser le régime castriste une fois pour toutes. Le président résiste. Il ne veut pas donner son feu vert. Pas encore.

 

Khrouchtchev croit - et c'est une erreur colossale ! - que Kennedy a pris la décision de frapper. Castro vient de lui écrire une lettre désespérée, dans laquelle il l'assure que les Américains vont attaquer son île dans « vingt-quatre à soixante-douze heures ». Il le supplie de bombarder le premier - avec les missiles atomiques installés sur son île et qui sont déjà pointés vers les grandes villes de la côte Est. Comme Kennedy, Khrouchtchev tergiverse. Mais à l'évidence, des deux côtés, sous la pression du Pentagone ou des Cubains, la moindre étincelle peut tout déclencher. « Cette fois, nous étions vraiment à deux doigts d'une guerre nucléaire », confiera Khrouchtchev dans une étonnante conversation tenue au Kremlin.

 

Aucune étincelle ne vient enflammer la poudrière nucléaire. Mais qu'en sera-t-il les jours suivants ? Kennedy et Khrouchtchev, qui ont tous les deux combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, le savent d'expérience : dans une situation aussi tendue et aussi complexe, ils ne peuvent tout maîtriser. D'autant que, faute d'un canal de communication direct (le célèbre téléphone rouge entre le Kremlin et la Maison-Blanche ne sera installé qu'en août 1963, à la suite de cet épisode), leurs messages n'arrivent qu'au bout de plusieurs heures. Sans se parler, les deux K parviennent pourtant à la même conclusion : pour éviter d'être précipités contre leur gré dans le stade ultime de l'escalade - la guerre -, ils doivent au plus vite mettre un terme à leur bras de fer. Et pour cela faire des concessions.

 

La crise coûta sans doute ses fonctions à Khrouchtchev, démontrant ainsi la pluralité des options au sein des dirigeants soviétiques, mais elle fut l'occasion pour les dirigeants des deux Grands de se convaincre d'organiser la détente, c'est-à-dire le maintien du statu quo qui fait qu'aucun des deux Grands ne cherche à étendre son influence au-delà de sa sphère.

 

Dans ce contexte les deux Grands vont surtout devoir apprendre à vivre avec de nouveaux acteurs sur la scène internationale : les pays du tiers-monde.

 

Le tiers-monde né avec la conférence de Bandung en 1955, où les pays sous-développés ont affirmé leur volonté de ne pas se ranger derrière l'un ou l'autre des deux Grands, adoptant une position neutraliste. En fait, le mouvement des non-alignés ne remet pas en cause la logique bipolaire : tout au plus arrive-t-il à utiliser les rivalités entre les deux superpuissances. Ainsi Nasser, en 1956, nationalise le canal de Suez et fait financer le barrage d'Assouan par les Soviétiques devant le refus des Américains de le faire.

 

C'est de l'intérieur de chaque bloc qu'apparaît véritablement une tentative de remise en cause de la logique bipolaire. Ainsi, dès 1960, les Chinois remettent en cause le leadership soviétique. Alors que l'aide soviétique aux Vietnamiens en guerre contre les Américains est volontairement limitée, dans un souci de détente, les Chinois n'hésitent pas à renchérir en soutenant le Nord Viêt Nam.

 

D'une façon générale, la République populaire de Chine va tenter de s'imposer comme pôle fédérateur des mouvements de guérilla du tiers-monde, au détriment de l'Union soviétique. La situation sino-américaine va rapidement changer sous l'administration Nixon. En effet, les responsables américains vont profiter des tensions sino-soviétiques en engageant une politique de rapprochement avec la Chine populaire.

 

Dans le camp occidental, c'est de Gaulle qui, à partir de 1958, conteste la prééminence américaine. Il fait sortir la France de l'OTAN, dénonçant ce qu'il appelle le « protectorat américain ». Pour de Gaulle, la guerre entre les deux superpuissances n'est plus à l'ordre du jour du fait de la détente.

 

Pour lui, le refus de la bipolarisation et l'affirmation de la France passent par la recherche de nouvelles alliances. En 1964, la France reconnaît ainsi la Chine populaire, s'opposant ainsi à la fois aux États-Unis (qui soutiennent la Chine nationaliste de Taiwan) et à l'Union soviétique (qui avait rompu avec la Chine en 1960). Ce qui n'empêche pourtant pas l'Union soviétique d'amorcer, à partir de 1966, une politique de coopération économique avec la France. Là encore, la superpuissance tente de profiter des tensions internes à l'autre bloc pour avancer ses pions, sans pour autant aller à l'affrontement direct avec l'autre superpuissance.

 

Le processus de détente atteint son apogée au milieu des années 1970 avec la signature des accords d'Helsinki, par lesquels l'ensemble des pays signataires s'engage à respecter les frontières issues de la Seconde Guerre mondiale.

 

Cependant, en dépit des non-alignés et des contestations internes à chaque bloc, la logique bipolaire continue à fonctionner. Le statu quo sur lequel reposait la détente est finalement remis en cause par l'Union soviétique. On revient à des rapports plus conflictuels, les commentateurs parlent de «guerre fraîche »

 

En 1975, l'URSS pousse ses pions en Afrique : elle intervient en Angola et au Mozambique par l'intermédiaire des Cubains. En Éthiopie, un régime procommuniste s'empare du pouvoir. La même année, après le départ des Américains, l'Asie du Sud-Est devient le champ clos des affrontements sino-soviétiques. Les Vietnamiens sont soutenus par les Soviétiques et les Cambodgiens par les Chinois. Ils s'affrontent dans l'un des conflits les plus meurtriers de la seconde moitié du XXe siècle.

 

En Amérique latine, les positions stratégiques américaines sont mises à mal par la révolution sandiniste au Nicaragua.

 

Au Moyen-Orient, en 1979, la révolution islamique en Iran qui renverse le Shah prive les États-Unis d'un allié. À la fin de la même année, les Soviétiques envahissent l'Afghanistan. C'est le coup de Kaboul.

 

L'arrivée de Ronald Reagan au pouvoir aux USA relance la course aux armements stoppée pendant la détente. Il propose un projet stratégique connu sous le nom de «guerre des étoiles» réseau de satellites destinés à détruire les fusées nucléaires soviétiques, pour contrer l'Union soviétique.

 

Les Soviétiques répliquent. C'est la crise des euromissiles. L'enjeu est de taille : les Soviétiques installent dans les pays satellites d'Europe centrale des missiles nucléaires (les SS-20) pointés vers l'Europe occidentale. Face à cette menace, les Américains et leurs alliés de l'OTAN se proposent de répliquer en installer en Allemagne fédérale des missiles tout aussi puissants (les Pershing) orientés vers l'Europe communiste et l'URSS. Les pacifistes et gauchistes occidentaux se mobilisent contre ce projet au nom de l'aphorisme : « Plutôt rouges que morts ! »

 

Le 20 janvier 1983, François Mitterrand, président de la République française, s'exprime devant les députés du Bundestag, à Bonn (première capitale de l'Allemagne fédérale). Il emploie une formule qui fera date : « Les fusées sont à l'Est, les pacifistes à l'Ouest ! »

 

En 1985, Gorbatchev arrive au pouvoir en URSS dans un contexte politique très difficile. Après la mort de Brejnev, les luttes internes ont été vives et ses deux successeurs, Andropov et Tchernenko, sont décédés dans un temps très bref, ouvrant une crise de succession majeure à la tête de l'Union soviétique.

 

Gorbatchev est un réformateur. Il a conscience que l'Union soviétique n'a pas les moyens économiques et technologiques de suivre les Américains dans la course aux armements. À l'instar de Khrouchtchev trois décennies plus tôt, il considère que seule une politique de pause dans la rivalité entre les deux Grands peut permettre de sauver le système soviétique. C'est pourquoi il propose une réduction des dépenses militaires et offre aux Américains de discuter du désarmement. Tout va alors très vite.

 

D'une certaine manière, la logique bipolaire continue à fonctionner. Les Soviétiques usent ainsi de leur influence pour mener leurs alliés vietnamiens à évacuer le Cambodge qu'ils occupaient. Les Soviétiques se retirent eux-mêmes d'Afghanistan. Dans le même temps, ils cessent leur soutien aux guérillas et régimes procommunistes africains. En l'espace de quelques mois, l'essentiel des conquêtes de l'ère Brejnev est abandonné.

 

Mais la tentative de Gorbatchev de réformer le système échoue. L'Union soviétique perd le contrôle des démocraties populaires, le mur de Berlin tombe, l'Allemagne se réunifie et, finalement, l'Union soviétique elle-même implose. La Russie, qui succède à l'Union soviétique, est amputée territorialement en raison de l'indépendance autoproclamée de plusieurs anciennes républiques soviétiques.

 

En décembre 1989, lors du sommet de Malte, les leaders des deux superpuissances annoncent la fin de la guerre froide. La guerre du Golfe, en 1991, voit la Russie s'associer à une guerre contre son ancien allié, l'Irak. Les États-Unis sont désormais le seul Grand.

 

Du moins le croit-il…

 

La Chine s’est réveillée, l’ex-petite main du KGB a endossé le costume de chef de guerre, L’Iran pointe son nez, Erdogan rêve de sultanat et voilà Trump l’isolationniste…

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26 janvier 2017 4 26 /01 /janvier /2017 06:00
Pompez l’air de vos belles quilles plutôt que celui des belles filles ! Le Bonneau de Martray ça pompe combien ?

Les Shadocks pompaient !

 

« Je lui raconte comment le fameux docteur avait acheté un domaine dans les bois, près de Marseille, où il vivait à poil en toute saison. Un peu piqué, même beaucoup. Que j’en suis parti, parce que cette façon de comprendre la vie me pompait l’air. » — Giono, Grands Chemins, 1951, page 189.

 

C’est dans le très sérieux journal La Croix que le très sérieux Alain Rémond répond avec humour à une question d’un lecteur :

 

  • « Vous qui savez tant de choses, êtes-vous en état de nous dire si l’on continue, à la cantine du Palais-Bourbon, de pomper l’air dans les bouteilles de vin entamées, afin de pouvoir les resservir le lendemain, dans de bonnes conditions de conservation, à nos élus ? 

 

Je suis au regret, cher monsieur, même si je sais « tant de choses », flatteuse assertion dont je vous laisse l’entière responsabilité, d’avouer mon incapacité à répondre à l’interrogation qui vous taraude.

 

Je pourrais faire état de ma science, fraîchement acquise sur Internet, en matière de pompage d’air dans les bouteilles de vin entamées, à domicile ou au restaurant, grâce à des méthodes et à des outils qui sont à l’honneur de la civilisation occidentale.

 

Mais, malheureusement, je ne dispose pas de suffisamment de relations au sein du saint des saints de l’Assemblée nationale, j’ai nommé sa cantine, pour pouvoir affirmer que l’on continue de pratiquer cette coutume qui, en effet, ainsi que vous me le précisez, est non seulement « sage et louable, dans un souci de bonne gestion », mais « a peut-être aussi permis de créer un emploi ».

 

Sans doute serez-vous néanmoins d’accord avec moi pour souhaiter, en cette période de campagne électorale, que nos élus, qu’ils pompent ou pas l’air dans leurs bouteilles de vin, s’abstiennent »

 

Vous commencez à me connaître, suis bon garçon, je vais vous guider sur la félicité de la conservation de la bouteille ouverte et de la défloraison subreptice du flacon de haute notoriété.

 

Test comparatif : 4 pompes à vin au banc d’essai

 

Les fabricants sont formels : les pompes à vin permettent de conserver une bouteille ouverte pendant plusieurs jours. Sur le papier, ces petits outils composés d’un bouchon et d’une pompe sont ultra faciles à utiliser. Il suffit de reboucher votre bouteille et de pomper pour faire le vide d’air, empêchant ainsi l’oxydation du vin. Et dans les faits ? Toutlevin.com a voulu en avoir le cœur net. Nous avons demandé à Tristan Ringenbach, sommelier et caviste à Lyon, de tester avec nous quatre modèles de pompes à vin différents. Banc d’essai.

 

ICI 

 

Mais ce cher Alain Rémond, qui fut pendant des années chroniqueur à Télérama, aurait dû consulter la Géo trouve tout du vin l’ex Miss Glou-Glou qui, depuis qu’elle est entrée par la grande porte du Monde signe sous son patronyme.

 

Comment conserver une bouteille de vin entamée ?  ICI 

 

Le secret pour préserver du vin : éviter que l'oxygène ne l'altère. De la pompe à air à l'injection de gaz, inventaire de méthodes pas si loufoques.

 

Coravin, la méthode des experts

 

« Coravin, outil apparu il y a deux ans aux Etats-Unis, prend le problème dans l'autre sens : plutôt que chercher à refermer la bouteille, pourquoi ne pas se servir sans l'ouvrir ? Une aiguille creuse perce le liège du bouchon pour prélever le vin à la manière d'une seringue, tout en injectant un gaz neutre. Au retrait de l'aiguille, le trou est résorbé par l'élasticité du bouchon. Cette technique permet de prélever un peu de vin pendant plusieurs mois sans jamais altérer le breuvage.

 

On peut envisager un repas où chaque convive choisit son grand cru qui sera ensuite redescendu à la cave. Au-delà de l'aspect peu convivial du système, il coûte cher (299 euros), d'autant qu'il faut ajouter le prix des cartouches de gaz. Intéressant pour les belles étiquettes – certains cavistes l'ont adopté –, cet outil mérite de faire le calcul pour les vins de moins de 20 euros : le coût de la conservation pourrait alors dépasser celui de la bouteille ! »

 

Pour ma part, je ne vais pas me doter de ce petit engin mais, en revanche, je le trouve intéressant dans les restaurants qui proposent des vins avec plein de zéros derrière. Grâce à lui on peut s’«offrir» un verre de ces nectars de haute extraction. Je n’ai jamais pratiqué mais j’ai pu pratiquer aux Climats la dégustation d’une lichette de Bonneau de Martray 2001 pour me faire une idée de la « valeur » de ce vin comparée à celle du chèque allongé par l’américain.

 

De ce côté-là, comme c’était prévisible, les 100 millions de patates sont dépassées. Du côté de ceux qui savent, je ne parle pas des 2 parties mais de la maison qui aurait pu préempter mais qui n’a pu le faire vu la hauteur du chèque, le secret est bien difficile à garder.

 

Alors c’est 130 millions de patates qui tomberaient dans la poche de la société Bonneau de Martray (1), de quoi mettre du beurre dans leur pinard.

 

  1. DOMAINE BONNEAU DU MARTRAY, société civile d'exploitation agricole société civile d'exploitation agricole est active depuis 33 ans.

Située à PERNAND VERGELESSES (21420), elle est spécialisée dans le secteur d'activité de la culture de la vigne. Son effectif est compris entre 6 et 9 salariés.

Sur l'année 2015 elle réalise un chiffre d'affaires de 2 413 500,00 €.

Le total du bilan a augmenté de 6,36 % entre 2014 et 2015.

Societe.com recense 1 établissement actif et 1 événement notable depuis un an.

Jean-Charles LE BAULT DE LA MORINIERE, est gérant de l'entreprise DOMAINE BONNEAU DU MARTRAY.

 

Pour 2016, nous saurons de combien a augmenté le total du bilan qui devrait faire un sacré bond.

 

Mais du côté de CORTON il se passe toujours quelque chose, comme aux Galeries Farfouillettes, la planche à biftons est en surchauffe.

 

La colline de Corton perd-t-elle la tête ?

 

S’interroge un journaliste dégustateur en Bourgogne…

 

« Un mystérieux acheteur, une coquette somme et un site emblématique en Bourgogne. Les ingrédients pour que l’alarme soit sonnée autour de la colline de Corton sont réunis. Depuis quelques semaines la rumeur d’une vente imminente du bois de la colline de Corton circule dans le vignoble. Sans que les intentions de l’acheteur, anonyme à cette heure, ne soient connues. « Le prix de vente serait 5 fois supérieur à celui du marché. On parle d’un million d’euros. Ce chiffre n’est qu’une hypothèse mais cela pose question », explique Claude Chevalier, vigneron à Ladoix. La situation n’a pas manqué de provoquer une montée au créneau des élus et des producteurs locaux. « Nous sommes inquiets » souligne de son côté Louis-Fabrice, PDG de la maison Louis Latour au cours d’une réunion à la mairie d’Aloxe-Corton.»

 

«Peut-on imaginer qu’un complexe hôtelier, un vignoble sans indication géographique, ou encore qu’une carrière ne voit le jour sur le sommet de la colline ? C’est peu probable. Mais pas complétement exclu. Autour de la colline, on craint que l’acheteur ait le bras long... »

 

J’adore le concept de bras long !

 

Et si l'imagination a pris le pouvoir du côté de CORTON ça peut rapporter des millions...

 

Affaire à suivre dans le nouveau feuilleton de CORTON.

 

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25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 06:00
Giacomo Ceruti. Le mangeur de spaghetti

Giacomo Ceruti. Le mangeur de spaghetti

À son retour de France, chaque italien répète en boucle « Paris est une belle ville. Évidemment, nous avons très mal mangé, mais on nous avait prévenus. »

 

C’est Jacques de Saint Victor qui l’écrit alors qu’il nous embarqué sur la Via Appia.

 

« Autrefois s’y pressèrent les légions romaines, les éléphants d’Hannibal, les esclaves de Spartacus, les premiers chrétiens et des princes de la débauche.

 

Cette route mythique unit la mer Tyrrhénienne aux mers Ionienne et Adriatique, l’Antiquité à la Modernité, le paganisme au christianisme, l’Orient à l’Occident. Elle est le socle de notre civilisation.

 

À pied ou à bord de sa vieille Fiat, mais dans un constant esprit de flânerie, nous voyageons avec l’auteur à la rencontre des habitants de ces « Sibéries du Sud », d’un Mezzogiorno inédit, marqué par l’ultraviolence des mafias, mais aussi par une sagesse et un savoir-vivre oublié. »

 

« Récit de voyage insolite, drolatique, Via Appia est un livre passionné sur la beauté, l’amour et la liberté de penser. C’est une plongée foudroyante dans une Italie absolument méconnue des Français. »

 

C’est un livre d’érudit, une belle érudition sans pédantisme même si parfois, l’ignare que je suis, aurait souhaité être plus éclairé par des références en bas de page. Autre bémol, pourquoi ne pas avoir pris quelques photos pour illustrer les propos. Ça éclairerait des descriptions, certes bien tournées, qui gardent le côté sec de l’imprimé.

 

J’ai donc beaucoup appris sur le Mezzogiorno, les méandres de la politique en Italie, les viols de masse commis par les troupes françaises, des goumiers marocains et algériens, lors de l’offensive de Monte-Cassino… « Nous avons cru voir arriver nos libérateurs et ce furent nos bourreaux », dit l’une de ces femmes de la Ciociara. Le rappel qu’en 1961 le film de Vittorio de Sica, La Ciociara, reçu la palme de l’interprétation pour Sophia Loren. Mais qui se souvient de la scène où elle et sa fille Loretta se font violer sous un crucifix, dans une église de la Ciociara, par un groupe de goumiers marocains ou algériens ?

 

Via Appia se lit donc avec un grand plaisir, l’auteur y prend, comme je le dis souvent, les chemins de traverse, flâne, délaissant les itinéraires rebattus par les guides. Il donne envie, il me donne envie de mettre mes pas dans ses pas, les roues de ma Twingo dans celle de sa petite Fiat.

 

Mais ce n’est qu’au chapitre 29 (sur 33) Abatto la pastasciutta, que j’ai trouvé matière à chroniquer sur un sujet polémique.

 

Dino Risi, dans Mes monstres, Mémoires (2004) n’y va pas par 4 chemins, même si ceux-ci mènent tous à Rome :

 

« Tous ces jus, ces sauces, les frites, les crêpes, les soufflés, les hors-d’œuvre, les huîtres, les moutardes, les mousses… Où sont nos pâtes ? Nos risottos, nos beaux minestrones ? »

 

Pour lui, il n’existe qu’une seule chose à sauver : le petit-déjeuner « avec ce pain odorant, les croissants, les baguettes. »

 

Ici, l’auteur, se remémore le jour où il était passé prendre un verre en fin de journée dans la villa de Marina di Castellaneta, une station balnéaire sur la mer Ionienne, chez les cousins de la mère de son épouse italienne Michela.

 

La plupart des convives vivaient à Milan. Étaient présents « Outre la maîtresse de maison, une journaliste économique et son mari, cadre de la Banque d’Italie, il y avait ce soir-là deux couples dont les épouses se présentèrent comme « femmes au foyer (casalinghe). L’un des maris était banquier d’affaires et l’autre un professeur de droit d’allure prussienne, mais mâtinée d’un regard curieux, vif, très italien. Tous ces gens paraissaient ouverts et élégants, habillés comme la bonne société de Saint-Jean-de-Luz ou de Biarritz quand elle voulait paraître décontractée. Polo Lacoste, bermuda et mocassins. »

 

L’auteur s’exclame « Qu’était donc devenu mon « Sud profond » ?

 

J’ai picoré quelques échanges :

 

- Vous êtes parisien ? demanda la femme du banquier, la plus bronzée de tous.

 

- Oui. Avec Michela, on se partage entre Rome et Paris…

 

- Nous sommes allés cet hiver à paris avec Giancarlo, coupa la dame, en regardant son mari. La ville est belle. Mais qu’est-ce qu’on y mange mal ! ajouta-t-elle avec une pointe de raillerie, mais il en fallait plus pour me déstabiliser.

 

- Allons, allons, nous n’allons pas commencer sur ce terrain, interrompit la maîtresse de maison, qui voyait déjà s’envenimer la polémique.

 

Court intermède sur la médiocrité de la vie politique des 2 pays interrompu par le professeur de droit qui évoque sa lecture sur la plage d’un livre de cuisine « c’est amusant, cette différence entre la cuisine française et italienne »

 

- Mais c’était une histoire de la cuisine italienne ? ironisa sa femme.

 

- Justement. Tu comprends mieux, en le lisant, la différence avec la cuisine française. Nos deux cuisines étaient à la même enseigne après la chute de Rome. Rien ne nous prédisposait en Italie à être le pays des pâtes, le pays des « Macaronis »…

« la chute de Rome amena tous les peuples de l’Empire à vivre en autarcie et à exploiter leurs propres produits. C’est ce repli qui est à l’origine du génie culinaire de certains peuples.

 

- Les invasions arabes du IXe siècle vont révolutionner notre cuisine italique, précisa le professeur.

 

« Les Arabes apportèrent de nouveaux produits (jasmin, sésame, anis, safran, cannelle, etc.) et des recettes inventives (agrumes au jasmin, fruits en pâte d’amande, cannoli) qu’on a longtemps ignorées en France. La pâtisserie sicilienne avait la réputation au Moyen Âge et à la Renaissance d’être la meilleure d’Europe grâce à ces recettes orientales. Bien plus tard, à l’époque de Louis XV, la pâtisserie française s’en inspira, notamment les fruits confits. »

 

Intéressant, mais un peu court comme explication, la pâtisserie n’est pas toute la cuisine ! Tout comme le débat qui s’ensuivi sur le peu de diversité des deux cuisines et les différences régionales. Pour tout dire, de bien meilleures explications se trouvent chez Pellegrino Artusi :

 

« La cuisine est une petite friponne » Pellegrino ARTUSI se moque des « cuisiniers de baldaquin » et prône une table simple et familiale !

ICI 

 

Je laisse de côté les doctes explications du professeur pour rapprocher les positions antagonistes, tout comme le débat sur la légende de Marco Polo ayant rapporté les pâtes en Italie. « … en réalité cette légende a été propagée aux USA en 1929 par The Macaroni Journal pour « anoblir » les pâtes en les enrobant d’une mystérieuse provenance lointaine. Pure invention commerciale… »

 

« Le monde des pâtes est essentiellement populaire » : la Sicile berceau des pâtes sèches…

ICI 

 

Plus intéressante la remarque très pertinente du professeur :

 

- Une chose est indéniable, cher Jacques, et surtout ne m’en veuillez pas de ma franchise, mais la cuisine italienne a beaucoup mieux su affronter la mondialisation que la cuisine française.

 

- Vous trouvez ?

 

- Mais c’est une évidence. La cuisine italienne est simple et a su le demeurer. C’est une cuisine domestique (casalinga) et populaire ; la cuisine sophistiquée ne vaut rien chez nous. En France, les spécialités populaires, ou disons bourgeoises – Au sens où, au XVIIIe siècle, on opposait la cuisine bourgeoise aux soupers de la cour –, comme le foie gras, les escargots ou la salade de truffe, sont devenues des plats hors de prix, alors qu’elles étaient jadis négligées.

 

- Certes, la cuisine française a fait le choix de « l’excellence ». Tradition curiale oblige ! Les grands chefs, comme on dit d’ailleurs en italien, sont d’abord français. Mais le drame, je fus bien obligé de l’admettre, c’est qu’ils ont parfois tendance à se prendre pour des penseurs ou pour des stars. La dérive n’est pas récente. Montaigne dénonçait déjà à la Renaissance cette « futile éloquence » de certains chefs français dissertant avec gravité de leur cuisine « comme s’ils parlaient de quelque argument de théologie. »

 

Paul Bocuse, lors de l’Exposition universelle de Milan, a « reconnu qu’on était allé trop loin en France dans la médiatisation des grands chefs, si bien qu’ils étaient tous sortis de leur cuisine. « Il serait temps maintenant qu’ils y retournent »

La cuisine française « hautaine et suffisante » à l’image de Paris, Dino Risi et la « futile éloquence » des chefs français dissertant avec gravité de leur cuisine, Montaigne
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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 06:00
La joie de lire, Maspero, les Maos, le « vol révolutionnaire », les librairies militantes de Paris…

Alors qu’aujourd’hui Amazon saigne à blanc les librairies en distribuant les livres dans les boîtes aux lettres comme les marchandises vulgaires estampillées Made in China, il fut un temps, dans les années 70, où La Joie de Lire, librairie militante, foyer de toutes les résistances, haut-lieu d’ouvrages et de journaux interdits, habituée aux saisies et aux descentes de police, était la plus importante librairie parisienne.

 

La librairie Maspero, car en 1957 François Maspero, fils d’un sinologue professeur au Collège de France, ouvrait, au 40 de la rue Saint-Séverin au cœur du Quartier Latin parisien, la librairie La Joie de Lire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Quand je me suis fait libraire, j’ai habité ma librairie comme on habite une halte de passage pour migrateurs... Passages parfois hasardeux et pas toujours non plus d’amitié. Il y a des mauvais livres, médiocres et tristes qui tombent là comme des vilains corbeaux. Et l’on ne sait jamais d’avance si l’individu qui entre dans la boutique ne sera pas, lui aussi, un oiseau de mauvais augure. »

 

En 1959, il créé une maison d’éditions est créée qui publiera Frantz Fanon, rééditera Aden Arabie de Paul Nizan… Clairement engagé à gauche mais inféodé à aucune chapelle, la librairie est au Quartier Latin le point de rendez-vous de plusieurs générations de militants. La guerre d’Algérie fera de François Maspero « l’homme le plus plastiqué de France » selon Paris-Presse.

 

« De 1959 à 1961 François Maspero assure seul la vie de la maison d’édition du graphisme à la correction des épreuves. À l’automne 1961 entrent dans la maison d’édition, Jean-Philippe Bernigaud et Fanchita Gonzales Batlle, rejoints par Émile Copfermann en 1965. Avec les directeurs de collection et quelques auteurs, ils ont construit cette formidable boîte à outils que furent les éditions : Robert Paris, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, Charles Bettelheim, Yves Lacoste, Albert Memmi, Georges Haupt, Roger Gentis, Yves Benot, Maxime Rodinson, Louis Althusser, Maurice Godelier, Christian Baudelot, Régis Debray, Pierre Jalée, Taos Amrouche, Nazim Hikmet, Tahar Ben Jelloun ; une liste impressionnante d’intellectuels, d’écrivains, de poètes…

 

À travers plus de 30 collections, les éditions ont publié 1350 titres et créé 8 revues, véritables marqueurs d’un travail collectif. »

 

« […] Les Éditions Maspero, précisément parce qu’elles n’obéissaient aux ordres de personne, se sont fait coller des étiquettes par ceux qui trouvaient leur liberté suspecte. Traîtres au communisme pour les uns, trotskistes pour les prochinois et inversement, marchands de la révolution pour les situationnistes, ou platement tiers-mondistes. Toutes ces étiquettes sont aussi fausses que réductrices. La seule qui conviendrait, mais elle n’est pas idéologique, serait dérangeante. » Fanchita Gonzales Batle (entretien dans La Femelle du Requin) »

 

Après 1968 La Joie de Lire doit faire face à un péril redoutable et inattendu : le « vol révolutionnaire », pratiqué en particulier par les situationnistes qui accusent François Maspero d’être « un commerçant de la révolution ». Ces vols seront une des causes de la fermeture de la librairie en 1974.

 

Lorsque la FNAC (Fédération Nationale d'Achats des Cadres, une coopérative, ouvre ses portes en 1974, La Joie de Lire est la plus importante librairie parisienne. Après les vols de certains groupes gauchistes, c’est l’extrême droite, qui attaquera la librairie à sept reprises entre septembre 1969 et mai 1970.

 

Venant de l’extrême gauche, ses deux fondateurs André Essel et Max Théret étaient animés par un véritable souci social…Offrir à leurs clients, des adhérents, l’occasion d’entrer sans se ruiner dans la société des loisirs.

 

Entrée en Bourse en 1980, la vieille coopérative va rentrer dans le rang, s’éloignant progressivement de ses origines. En 1985, le groupe est vendu à un assureur, puis à la Compagnie Générale des Eaux et à François Pinault en 1994. En 2016, elle rachète Darty.

 

Mais revenons au bras d’honneur de l’Histoire.

 

En janvier 1967, l’UJC-ML, les thuriféraires du Président Mao pour qui « La Révolution n’est pas un dîner de gala. » ouvre aussi sa librairie. On l’appelle Gît-le-Cœur comme la minuscule rue du 6e arrondissement où elle est installée au 6. Elle est deux pas de la Joie de Lire et d’un cinéma spécialisé dans les films de Tarkovski, Eisenstein ou du prochinois Joris Ivens.

 

Non loin de là, au 9 rue Gît-le-Cœur, le Beat Hôtel (ma chronique ICI  établissement aussi miteux mythique, est le lieu de la contre-culture et de l’underground. « Dans des volutes psychédéliques, les poètes américains, Allen Ginsberg et William S. Burroughs vivent sans Dieu ni maîtres et sans entraves (lire ma chronique ICI  )

 

Deux mondes qui s’ignoraient : les coincés du bocal de la rue d’Ulm, enfants de Louis Althusser (futur Althusser à rien !) et les jouisseurs, les futurs beatniks…

 

La librairie Gît-le-Cœur financée par la riche grand-mère de Tiennot Grumbach, neveu de PMF, qui n’est pas dans le besoin et qui habite un grand appartement dans les beaux quartiers de la rive droite non loin du Figaro, tiendra jusqu’en 1978.

 

« Une nuit, la librairie est la proie des flammes. Attentat d’extrême-droite ? Représailles des communistes ? Cocktail Molotov mal dosé ? Le stock de petits livres en plastique de Mao fond sous la chaleur et se transforme en un long accordéon rouge. « On l’a coupé aux ciseaux et bradé » raconte le gérant Gérard Courtois (futur repenti et auteur du Livre Noir du communisme. »

 

L’extrême-gauche atomisée en minuscules groupuscules aux initiales incompréhensibles séduisait ceux qu’on ne dénommait pas encore les peoples :

 

« Tout comme la syndicaliste du Crédit lyonnais Arlette Laguiller, la voix du jazz Nicole Croisille se revendiquait de LO, tandis que la LCR d’Alain Krivine accueillait le comédien Michel Piccoli, le futur réalisateur néo-com Romain Goupil, les journalistes Hervé Chabalier, Edwy Plenel, le philosophe libertaire Daniel Bensaïd, Philippe Constantin, futur directeur artistique de la firme discographique Pathé, l’Ariégeois moniteur de tennis Jean-Pierre Bel, qui deviendra président du Sénat… Adeptes de l’entrisme dans les associations socialos, «sociflardes », les ateliers « philosophiques », on remarque le futur sénateur européiste Henri Weber, une brassée de secrétaires fédéraux du futur PS, ainsi que l’inspecteur du travail Gérard Filoche, mais encore Julien Dray, préposé de SOS-Racisme, machin mitterrandien communautariste… »

 

« Autour de l’AMR, tendance trot’s-rock’n’roll cultivée incarnée par l’activiste Maurice Najman, journaliste de Libé, on croise le couturier Jean-Charles de Castelbajac, le réalisateur à succès du Père Noël est une ordure Jean-Marie Poiré, puis l’épatante Bernadette Laffont. Toutes les obédiences trostkystes cajolent leurs poulains des Comités d’action lycéens (CAL), parmi ces têtes blondes Véronique Cantor, future compagne de Coluche, la socialiste malouine Isabelle Thomas, le producteur et porte-micro télévisuel Michel Field. Hors du champ gauchiste organisé, on remarque les vétérans considérables André Hessel et Max Théret, cofondateurs de la FNAC… »

 

Une belle brochette…

 

Mais, comme l’écrit Pascale Nivelle, dans son Histoire du Petit Livre Rouge :

 

« Dans les vitrines des librairies en 1967, le visage amène du Président Mao répété à l’infini sur les couvertures en plastic fait penser aux boîtes de soupe Campbell qu’aligne Andy Warhol de l’autre côté de l’Atlantique. À Paris ou Pékin, personne ne fait le rapprochement. Entre la propagande de l’empire du Milieu et la publicité impérialiste, il y a un océan Pacifique, un rift politique !

 

En 1972, Warhol s’inspirera du portrait du Grand Timonier en couverture du petit livre rouge pour réaliser ses 200 sérigraphies de Mao, peut-être les plus célèbres de son œuvre avec ses Marylin Monroe. Culture pop’ et Chine pop (ulaire), Mao, Marylin ou Jackie Kennedy… quelle différence au fond ? Seule la célébrité compte. »

 

Lors d’une vente aux enchères de sérigraphies de Warhol sur Mao en 2015, Sotheby’s annonçait :

 

« dans les mains du maître de la pop, la représentation officielle du président, employée pour la propagande communiste, est devenue une marchandise de l’économie capitaliste, pas plus conséquente qu’une boîte de soupe Campbell’s »

 

Depuis, la liste s’est allongée : Nike, Apple, Calvin Klein et beaucoup d’autres Made in China et le PC Chinois est toujours là…

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