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20 juillet 2011 3 20 /07 /juillet /2011 00:09

Hé oui je vous bassine à longueur de lignes sur l’ardente obligation de créer des liens, de faire en sorte que la Toile anonyme se transforme en filet à mailles fines pour draguer dans un océan bleu très poissonneux. Se faire des amis, enjamber le virtuel pour se cogner au réel. Bref, puisque comme aux Galeries Lafayette de Perpignan il se passe toujours quelque chose chez Berthomeau, Denis Boireau, adhérent historique de l’Amicale du Bien-Vivre, dites des Bons Vivants, s’est jeté le premier à l’eau et a lancé une invitation au sieur Charlier et à moi-même pour que nous allions séjourner en juillet en sa maison de l’Ile d’Yeu chère à mon cœur. Mon agenda de futur Ministre des Commodités ne me permettant de distraire la plus petite parcelle de mon précieux temps pour prendre la mer seul notre vigneron cul(te) s’est lancé dans l’aventure.  Voici son récit d’une sortie en mer, sans digressions – même pas une sur le père Philippe qu’a séjourné dans le coin – où l’on sent poindre un style tout en retenue d’un auteur en devenir. Léon pourrait-être l’Ernest Pérochon du XXIe siècle. Les travailleurs de la mer  « O combien de marins, combien de capitaines - Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, - Dans ce morne horizon se sont évanouis! - Combien ont disparu, dure et triste fortune! - Dans une mer sans fond, par une nuit sans lune... » Bon laissons le père Victor et passons la plume à notre chroniqueur maritime.   Yeu-009.jpg

 

Où l’on transcende l’espace temps

 

 

« Quelques entrefilets – lisez « posts » - ont suffi à me rapprocher d’un illustre inconnu ; enfin, inconnu de moi en tout cas. Le bonhomme avait confirmé en quelques lignes ce que je pressentais : on ne voit pas comment la marée peut influencer physiquement du vin contenu dans une cuve en béton armé (donc rigide et pratiquement incompressible), remplie à ras bord (sans creux) et non percutée par les flots, même si celle-ci se trouve à proximité de l’océan. Il doit le savoir : l’est ingénieur, le type. Et même un ingénieur particulier, spécialiste des détecteurs de faisceaux laser : ces gens-là ne parlent qu’en nanomètres.

 

Mais de rubis en autres gemmes, invitation fut lancée à le rejoindre sur un îlot perdu en bordure de l’Atlantique, mi-vendéen, mi-breton, avec pour tout point de ralliement une adresse insulaire et la promesse d’échanger du vin des bords de l’Agly contre de la marée du Golfe de Gascogne. Vogue donc le catamaran – 34 nœuds quand même !- au départ de Fromentine, sur une mer étale, sans le moindre roulis. La « délicieuse » Christine – c’est lui qui le dit – deux bicyclettes et mézigue accostent sans encombre à Port Joinville et foulent ce sol proto-vendéen pour la première fois.

 

On enfourche les bécanes et zou, 5 km plus loin, voilà le hameau de La Croix, en bordure de la Baie des Vieilles. Commencent alors 48 heures de dépaysement : tentative avortée de ma part d’amadouer des amis du maître des lieux ; escapades cyclistes sous un ciel mitigé mais qui nous gardera au sec ; rencontre avec Catherine Breton et sa fille, devenues cavistes sur l’île le temps d’un été ; dégustation de nombreuses bouteilles hexagonales mais néanmoins exotiques ; déglutition d’hectolitres de muscadet – le sans façon, celui qui accompagne si bien les produits de la mer et fait se rengorger les snobs et les fats et,  clou indiscutable du séjour : la « pêche en mer ».

 

Pour faire court, on me chausse de sandales résistantes à l’eau de mer (« Car mon bateau prend l’eau et il faut écoper », sic), on me fait monter dans un frêle esquif d’environ 2,50 m de long (peut-être 3 m, je ne veux vexer personne), on me fait asseoir dos à la marche, les fesses en équilibre sur une tablette avec un bitogneau en métal vert-de-grisé qui me défonce l’anus et hop, le patron rame, direction la haute mer. Il rame bien, le bougre, en plus, malgré un vent d’Ouest tenace et un peu de houle (creux de 1,50 m à mon estimation). Il faut dire que Léon ignore totalement le mal de mer, il a eu l’occasion de s’en rendre compte dans de nombreux ferry-boats traversant la Manche et la Mer du Nord par gros temps. Il est neuf heures et la marée haute a un peu apaisé les creux. Le soleil encore rasant rend le repérage des bouées difficiles. Qu’importe : la première nasse livre quelques tourteaux et l’une ou l’autre petite étrille ; pas de ce homard bleu tant désiré. La deuxième se montre avare également.

Quant au filet, récupéré à bonne distance, ce sont des vieilles et des tacots qu’il nous offrira.

Vous avez déjà ramené une vieille en tacot ? Moi, quand j’étais petit, c’étaient les jeunes que je menais en bateau !

 

Ensuite, les rames plongèrent sans effort – pour moi, qui ne faisais que regarder – dans le roulis, faisant à peine crisser leur dames. En une heure de calme, de sérénité, de bonheur en fait, nous étions à nouveau sur le plancher des vaches. On avait parlé, un peu. On avait observé, beaucoup. On avait échangé, en silence ...

 

 Mille fois merci, Denis !

 

Luc Charlier

 

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 00:09

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Ce matin je brode avec du matériau de qualité, du pur Sorin. Raphaël Sorin, l’érecteur d’Houellebecq, plus de quarante ans d’édition au compteur, gros nounours bougon et cultivé, j’aime car il a du coffre. Il vient de publier chez finitude Les Terribles, un de ces opus dont je raffole car je les glisse dans mon sac Pan Am bien connu et je m’en nourris à chaque fois que mon appétit s’aiguise. Alors quand j’y retrouve Léo Mallet c’est la rue Watt qui m’envahit, du moins les images qui m’en restent car aujourd’hui elle n’est plus ce qu’elle était à mon arrivée à Paris. Longue de 500 mètres et large de 12 mètres, elle relie le quai Panhard-et-Levassor au carrefour des rues du Chevaleret et du Loiret dans le13e arrondissement. Créée en 1863, elle se situait sur la commune d'Ivry jusqu'à l'extension de Paris au-delà du mur des Fermiers généraux, décidée par Haussmann. Je l’ai hantée quand je cherchais l’inspiration. Par bonheur Jacques Tardi l'a représentée dans certaines de ses bandes dessinées, adaptant en particulier Brouillard au pont de Tolbiac de Léo Malet.

 

« Il pleut sur Reims quand je débarque. L’ambiance est morose à la Maison de la Culture. Des zombies tournent comme des poules dans une cage. Les fameux spécialistes déboulent.» c’est Sorin qui narre. « Que faire, en attendant vendredi soir l’hommage à Malet ? (...) Que glander ? Les heures coulent comme la Seine dans un film de Bresson. Le lecteur qui n’aime ni les polars, ni le champagne, ni les mondanités s’impatiente. »

« On nous invite à visiter les caves de la célèbre Veuve Clicquot-Ponsardin dont la devise mérite un coup de chapeau en passant « Une seule qualité : la toute première ». Léo Mallet est arrivé entre temps, en pleine forme, malgré ses 70 piges, sa pipe à tête de taureau au bec, bien couvert à cause du froid, un sac de toile sur l’épaule. Je me présente « Sébastien Moreno »*. Il m’en serre cinq : « Malet ». Admirable simplicité de l’immense écrivain que l’admiration de Dug n’entame pas. J’ai relu Brouillard au Pont de Tolbiac la veille, dans l’édition magnifique de son copain le libraire du XIIe. Ah, la rue Watt ! »

 

« Un petit groupe de curieux opte pour la visite des caves. On saute dans des automobiles et c’est parti. La Veuve, qu’elle légende ! Pouchkine a écrit pour elle. Napoléon a dormi sous son toit. L’empereur Alexandre a bu son vin. Comme ils disent : « Elle continue sa pétillante carrière dans le monde d’aujourd’hui »  (...) On nous offre à boire avant d’entrer dans les caves de la Veuve, qui, comme l’Enfer de Dante, enferment les damnés occupés à tourner des bouteilles, chacun trente mille dans la journée, et il y en a cinquante quatre millions. Bloch et Malet en tête, nous pénétrons dans les galeries où l’on nous explique tout : « Préoccupée par le désir d’obtenir les vins les plus clairs, nets et limpides, Madame Clicquot inventa et mit au point, avec beaucoup d’obstination, la méthode du remuage sur pupitre, procédé délicat de clarification qui fut ensuite adopté par l’ensemble des Maisons de Champagne ;

J’observe Bloch ; impavide, il passe entre les rangées de bouteilles sombres, dans les salles qui portent les noms d’ouvriers modèles qui, pendant quarante, cinquante ans, ont remué le champ ou enfoncé des bouchons. Malet sardoniquement offense la mémoire de ces braves prolétaires : « Quels cons ! ». Il se souvient d’avoir fait deux jours chez Citroën, pas plus, et insulte les malheureux qui se crèvent çà la chaîne. Nous avançons toujours dans les veines sombres de la Veuve, à vingt mètres sous terre, en plein calcaire, comme des taupes avides de savoir. Nous allons tout connaître, jusqu’à la sortie où enfin on nous libère. Malet lance, vengeur : « Et maintenant, chez Ricard ! »

 

Extraits signés Sébastien Moreno (alias Raphaël Sorin) Libération 22 mai 1979

 

Le pied-de-nez n’a pas eu lieu, Patrick Ricard, le fils de Paul, n’a pas acheté la Veuve mais s’est contenté d’acquérir Mumm et Perrier-Jouet lorsque JM Messier soi-même s’est débandé...

 

Vous pouvez lire aussi une ancienne chronique « On procède au dosage, c’est-à-dire qu’on croise le vin, qu’on le détend avec toutes sortes de trucs » Barbe Nicole Ponsardin Veuve Clicquot link

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17 juillet 2011 7 17 /07 /juillet /2011 00:09

Notre vie est de plus en plus bordée de chiffres, encerclée même, saturée : des codes, des statistiques, des QI, des notes Parker&autres, des nombres de morts en Afghanistan ou sur les routes du week-end ou de calories dans notre assiette, de taux de croissance, d’inflation, de chômage, de cholestérol, d’alcoolémie, de profits, le Nasdaq, le Dax, le CAC40, le Dow Jones, des cours du pétrole, du blé, du dollar, de l’euro, du yen, l’emprunte carbone de ceci de cela, des quotas de pêche, de pollution, des chiffres d’affaires, des salaires astronomiques... Le chiffre calme l’angoisse des mots, il rassure ou au contraire inquiète mais il semble beaucoup mieux représenter la réalité par sa froideur, sa rondeur, sa précision. Le chiffre ou les chiffres apparaissent comme plus objectifs, moins entre les mains des vendeurs d’illusions.

 

« Du moment où les chiffres parlent, non seulement l’homme raisonnable n’est plus censé raisonner, mais il ne doit rien ressentir. La soumission au calcul  ne procède pas seulement de la compréhension, mais de surcroît, et c’est là la dimension nouvelle, d’une obéissance immédiate et sans affect inutile. Nous nous soumettons à l’ordre numérique comme l’ordinateur qui exécute un algorithme, sans juger du résultat : il se contente de fonctionner. » c’est ce qu’écrit Isabelle Sorente dans son livre Addiction générale chez JC Lattès. Cette polytechnicienne romancière estime en effet que « Cette rationalisation de la réalité nous apaise et nous endort comme une piqure de morphine... » Nouvel opium du peuple les chiffres, « dormez tranquilles braves gens les statistiques de la délinquance sont en baisse... même si les très sérieux magistrats compteurs de la Cour des Comptes écrivent qu’ils sont tripatouillés... » Pour autant, il ne s’agit pas de jeter le bébé chiffre avec l’eau du bain, lire, écrire, compter ça aide aussi à vivre mais à condition de ne pas se reposer que sur des calculateurs froids, programmés, qui broient les données qu’on leur a confié. Sans en revenir au boulier ou à compter sur ses doigts ou mentalement, reprendre la main, juger de la valeur d’un chiffre, le contester, c’est lutter contre la dictature de l’instantanéité. imagessalledemarche.jpg

La crise, la fameuse crise dont on nous rebat les oreilles, fut certes à l’origine une crise financière mais son substrat, le terreau sur lequel elle s’est nourrie, et qui perdure, c’est le monde des traders, le gain maximal en un espace temps où la seconde prend des allures d’éternité. Pierre, le fils de plombier de Clermont-Ferrand, le héros de Flore Vasseur dans « Comment j’ai liquidé le siècle » le dit crument :

 

« J’ai trente-sept ans, 40 millions d’euros placés aux îles Caïmans. Je suis un camé des mathématiques browniennes. Un type payé pour titiller les fractales et planquer le risque.

J’ai misé sur la déroute asiatique, surfé sur la bulle Internet, regardé ces abrutis de Merrill Lynch devenir fonctionnaires en 2008. Je suis le patron du département quantitative trading chez Crédit Général. J’écris des programmes de calcul systémique, des modèles à cinquante variables. Trente types alignent des kilomètres de code pour moi, à la recherche d’Alpha, l’équation parfaite. J’appuie sur un bouton, lance un logiciel sur les marchés financiers. Unes sorte de lampe d’Aladin qui crache du ratio à deux chiffres sans que je passe un coup de fil. Les algorithmes calculent en temps réel la position idéale, l’ordinateur passe les ordres à la nanoseconde près.

(...) Les mathématiques et les codes nous ont donné le pouvoir. La complexité est l’arme absolue, le signe »+ », l’unique règle. La planète est un Monopoly, les entreprises des sigles à la pelle, les cadres les fantassins du grand capital. Le monde bosse pur nous. Nous n’apparaissons jamais. Nous, les banquiers, vivons leveragés, hyper-endettés. Nous misons un, empruntons cent, gagnons mille. PIB, cash-flow, monnaies, nous parions sur tout mais ne savons pas lire un bilan. Nous n’avons jamais mis les pieds dans une entreprise, ce repaire de besogneux. Nous nous foutons de ce qu’elles produisent, du nombre de personnes qu’elles emploient. La finance  a été inventée pour rendre possibles les grands projets, l’émancipation économique des peuples. En ce moment nous parions contre l’humanité, valeur extrêmement volatile. La finance engendre des catastrophes. Elle prospère en les résorbant. Nos profits sont vos pertes. »

 

Roman m’objecterez-vous ! Faux en notre monde la fiction peine à suivre la réalité. Et pendant ce temps-là, en France, nous nous étripons sur le défilé du 14 juillet ou sur le nombre des émigrés sans-papiers. « Largués, les politiciens publient de longues diatribes contre les excès du capitalisme. Elles sont écrites par des conseillers nés juste avant la chute du mur de Berlin. Ils nous traitent de terroristes. Ils nous ont fourni armes, cibles et plan d’attaque. Comme à Ben Laden. La colère des politiques n’existe que pour les caméras. Vingt ans de goinfrage et de collusion ont accouché d’un système mafieux. Avec la crise des subprimes, nous venons de ruiner les populations.

(...) Les milliards sortent de nulle part, les banques sont renflouées, les populations prises en otage. C’est le casse du siècle, le plus gros délit d’initiés de l’Histoire. Les médias s’acharneront sur les bonus. Il faut éviter la révélation du mensonge : depuis soixante ans, la vie à crédit est une tuerie. La finance a révélé sa mesquinerie. Elle dévaste la société. C’est qu’elle tient, bien ferme, le monde par les Bourses. »

 

Dictature des marchés, des agences de notations, les dettes souveraines dans le collimateur des spéculateurs : l’Irlande, la Grèce, le Portugal, l’Espagne, le Portugal, l’Italie et la France, le Royaume-Uni et même les Etats-Unis en effet sont tenus bien ferme par leurs Bourses... par « les pires truands de la planète »

Que faire ?

À notre modeste niveau en revenir dans nos faits et gestes à l’économie réelle et ne pas voter avec nos pieds pour ceux qui maquillent ou se masquent la réalité. Elle me fait chier souvent la réalité mais comme je vis avec il me faut bien l’affronter. Que les Princes qui nous gouvernent cessent de nous « amuser » avec des leurres, puisqu’ils veulent tant être nos élus qu’ils aient le courage d’être devant nous au lieu de tenter de nous séduire avec des promesses qu’ils ne pourront tenir.

Nous sommes à l’image de ce roi qui regarde brûler son royaume et qui a confiance dans les estimations que son ministre lui a transmises : sous l’influence de vents favorables, le feu s’éloigne de son palais. Malgré les cris qui laissent présager le scénario inverse, le roi s’abîme dans des calculs, des ratios, des évaluations de dommages ou de travaux de reconstruction. Le nez dans les chiffres, « c’est à peine s’il éprouve un frisson discret, en apercevant les flammes danser à ses fenêtres ». page 10

 

* Remarque de Jean Dion journaliste Québecois

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13 juillet 2011 3 13 /07 /juillet /2011 00:09

De nos jours tout va vite, si vite, trop vite, le moindre truc médiatique deviendrait nous dit-on historique par la seule volonté de ses auteurs. Bien sûr, l’adage dit que l’on n’est jamais si bien servi que par soi-même mais tout de même n’est-ce-pas aller un peu vite en besogne que d’avoir la prétention de vouloir écrire l’Histoire en temps réel ? Un fait, une action, un individu ne s’inscrivent dans l’Histoire qu’après être passés au travers du tamis du temps et d’avoir résister à son usure. L’orgueil humain n’y peu rien en ce domaine rien n’a changé, et ne changera jamais, même si le temps semble s’être quelque peu compressé et accéléré.

 

Maintenant comme tout s’achète et tout se vend alors pourquoi ne pas profiter d’un hommage, sans doute mérité, pour se concocter, grâce à sa notoriété, une soi-disant dégustation historique. Rien ne vaut pour ça une belle posture sur un piédestal, le genre statue figeant le grand homme dans ses œuvres, ça impressionne le clampin. Moi cette autocongratulation ça me fait sourire, je trouve ça enfantin pour tout vous dire très étasunien. Ne voyez dans mes propos nulle ironie mais seulement le sentiment qu’à force de boursouflures, d’emphase, le superficiel devient la règle, l’essentiel se noie dans le buiseness. Bob Parker sait y faire, il entretient comme les anglais leur gazon son fond de commerce. Grand bien lui fasse mais j’eusse aimé que son hommage à son ami Jess Jackson ne se résume pas en un communiqué tout à sa propre gloire. Bref, je vous délivre l’Histoire toute chaude vous en faites ce bon vous semble mes petits loups et petites louves. Version originale en anglais et traduction officielle.

 

« Un mois après le décès de Jess Jackson (lire link), Robert Parker a fait en mai dernier une dégustation verticale des Vins de Vérité de1998 à 2010.

Cette verticale historique est la première dégustation de tous les vins depuis 1998, date de création du domaine de Vérité.

C’était un souhait de Jess de faire cette dégustation avec Robert Parker.

Sur 37 vins dégustés, Robert Parker a décerné la note de 100/100 à 7 vins de Vérité, du jamais vu ! » JessJackson.jpg

Confirming the Vision of the Late Jess Jackson

 

A Vertical of Verité’s Three Cuvées, 1998-2010

 

Jess Jackson was one of the most extraordinary men in the wine world I have ever met. A visionary pioneer, he possessed an unbridled ambition to do something special in his life. Even just a short month following his death, his achievements seem legendary. Jackson passed away in April, 2011, but his belief in the greatness of California wines and his remarkable efforts to locate top vineyard sites throughout the state is a legacy that wine consumers will cherish for decades.

One of Jess Jackson’s many small artisanal projects that he pursued with a passion was Vérité. Believing he had high enough quality vineyards to produce Bordeaux-quality wines, but with strikingly Californian personalities, he started this project in 1998 by bringing Bordelais winemaker/vigneron Pierre Seillan to California and putting him in charge of making three separate Vérité cuvées. These included La Muse, a Pomerol-styled wine largely based on Merlot blended primarily with Cabernet Franc, Malbec and occasionally minor amounts of Cabernet Sauvignon. The second wine, La Joie, was meant to be a Médoc-styled blend of approximately two-thirds Cabernet Sauvignon and the balance Merlot and sometimes tiny percentages of Malbec, Cabernet Franc and Petit Verdot. The third offering, Le Désir, was the St.-Emilion-styled wine, usually composed of about 50% Merlot and the rest lots of Cabernet Franc and a tiny amount of Cabernet Sauvignon.

The following vertical tastings of these wines confirmed (1) the great visionary genius of Jess Jackson, (2) his well-placed confidence in Pierre Seillan as a top-notch winemaker, and (3) his conviction that high elevation vineyards in the Alexander Valley, Knight’s Valley, Bennett Valley and Chalk Hill could produce fruit as compelling and singular as anything grown in Napa Valley. Moreover, it is important to realize that these wines are not for everybody. Pierre Seillan and Jess Jackson believed they should be built to last 30-50 years, so they are not your typical up-front, fruit-driven, exuberant California Cabernet Sauvignon, Merlot or Cabernet Franc. In every vintage, the Vérité wines possesses modest pHs (ranging between 3.5 and 3.72) as well as alcohol levels between 13.7% and 14.5%. Most are in the 14.1% to 14.3% range. What stood out the most about these three cuvées is how young and slow to mature they are. Verité’s offerings are meant for consumers who have the proper storage facilities as well as the patience to wait for them to age.

Following are my tasting notes from a vertical tasting done in early May, 2011. On a melancholy note, I must say it was hard getting through this tasting without a misty eye, considering this was the first tasting I had ever done of Jess Jackson’s wines without him being present. Yet in many ways, Jackson’s presence was obvious with the pouring of each of these great wines.

Most of the Vérité wines can be found in the marketplace for between $150 and $350.

—Robert Parker

 

Jess Jackson le visionnaire avait raison

 

Dégustation verticale des trois cuvées de Vérité, 1998-2010

 

« Jess Jackson est l’un des hommes les plus extraordinaires qu’il m’ait été donné de rencontrer dans le monde du vin. Pionnier visionnaire, il avait l’ambition de faire quelque chose de spécial de sa vie. A peine un mois après son décès, son oeuvre fait déjà partie de la légende. Jess Jackson nous a quittés en avril 2011, mais sa foi dans les vins de Californie et ses efforts remarquables pour en découvrir les meilleurs vignobles deviennent un héritage dont les amateurs de vin se souviendront durant des décennies.

Vérité fait partie des nombreux projets « artisan » que Jess Jackson menait avec passion. Convaincu qu’il avait dans le comté de Sonoma des vignobles d’une qualité telle qu’il pouvait y produire des vins équivalents à ceux de Bordeaux, mais avec une forte personnalité californienne. Il a démarré ce projet en 1998 en confiant au vigneron gascon Pierre Seillan la mission de créer trois différentes cuvées de Vérité.

- La Muse : un vin de style Pomerol (une majorité de Merlot assemblé à du Cabernet franc, du Malbec et occasionnellement un tout petit peu de Cabernet Sauvignon.

- La Joie : un vin de style Médoc (2/3 de Cabernet Sauvignon, du Merlot et parfois d’infimes pourcentages de Malbec, Cabernet Franc et Petit Verdot).

- Le Désir : un vin de style Saint-Emilion (un assemblage d’environ 50% de Merlot, du Cabernet Franc et un peu de Cabernet Sauvignon).

Les dégustations verticales de ces vins confirment que premièrement, la vision géniale de Jess Jackson était exacte. Deuxièmement, qu’il avait raison de faire confiance à Pierre Seillan comme vigneron de haut vol, et troisièmement, qu’il avait raison de penser que les vignobles d’altitude d’’Alexander Valley, Knight’s Valley, Bennett Valley et Chalk Hill pouvaient produire des fruits aussi fascinants et singuliers que tout ce qui est cultivé dans la Napa Valley.

Pierre Seillan et Jess Jackson pensaient que ces vins devaient être des assemblages pour devenir des vins de garde (30-50 ans), donc ils ne ressemblent pas aux Cabernet Sauvignon, Merlot et Cabernet Franc californiens typiques, fruités et francs du collier.

Pour chaque millésime, les vins de Vérité ont un PH modeste (entre 3.5 et 3.72), et un degré d’alcool compris entre 13.7 et 14.5%. La plupart se situent entre 14.1 et 14.3%. Ce qui ressort le plus de ces trois cuvées, c’est leur jeunesse et leur capacité au vieillissement. Les vins de Vérité sont destinés à des consommateurs qui ont une cave adéquate et la patience d’attendre.

Ci-dessous mes notes de dégustation après une verticale début mai 2011. Je dois dire, avec une pointe de mélancolie, qu’il a été difficile de finir cette dégustation sans la larme à l’oeil, c’était la première fois que je goûtais les vins de Jess Jackson sans qu’il soit là. Mais sa présence était évidente et palpable, lorsque ces grands vins ont été servis. »

La plupart des vins de Vérité sont en vente entre $150 et $350.

—Robert Parker

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2008 Le Desir

100

 

2006 Le Desir

90

$177-190

 

2008 La Muse

100

 

2007 La Joie

100

$390-600

 

2008 La Joie

99

 

1998 La Muse

95

$118

 

2001 Le Desir

97

$69-150

 

2005 La Muse

98

$139

 

1998 La Joie

94

$70-195

 

2005 Le Desir

99

$194

 

1999 La Muse

97

$70-150

 

2002 La Joie

98

$115-195

 

2006 La Joie

92

$190

 

1999 La Joie

95

$75-195

 

2000 La Joie

89

$65-80

 

2001 La Joie

95+

$75-220

 

2004 La Muse

98

$95-316

 

2001 La Muse

100

$65-193

 

2006 La Muse

92

$158-289

 

2000 Le Desir

90

$59-81

 

2002 La Muse

99

$65-175

 

2003 La Muse

98

$75-150

 

2009 La Joie

(91-94+)

 

2010 La Joie

(89-92)

3

 

2003 La Joie

95

$100-210

 

2004 La Joie

99

$95-314

 

2007 Le Desir

100

$309-433

 

2003 Le Desir

92

$80-169

 

2004 Le Desir

98

$125-175

 

2005 La Joie

100

 

2009 Le Desir

(93-95)

 

2010 Le Desir

(90-93)

 

2002 Le Desir

93

$119-169

 

2000 La Muse

91

$70-92

 

2007 La Muse

100

$309-433

 

2009 La Muse

(95-97)

 

2010 La Muse

(92-94+)

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 18:00

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Touché mais pas coulé chers vous tous qui avez glissé un petit mot dans ma boîte à malices. Si vous passez du côté du boulevard Saint Jacques un de ces quatre, sonnez au 24, pour trinquer. Mention spéciale au village d’Embres&Castelmaure et au camarade président Patrick Hoÿm de Marien, à son infatigable bras droit Bernard Pueyo et, bien sûr, au sieur Pousson qui graphe plus vite que son ombre. Je vous embrasse tous et vous espère sur mes lignes...

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12 juillet 2011 2 12 /07 /juillet /2011 08:00

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Les vins primeurs sont-ils des prématurés ? Cette question peut vous paraître saugrenue mais elle renvoie à une autre : les vins ont-ils une date de naissance ? Non, ils ne sont, pour la plupart d’entre eux, que doté d’un millésime qui est celui de leur année de naissance. Les vins d’en bas jusqu’à ces derniers temps cumulaient l’absence de nom, d’origine et de millésime : le triple sceau d’infamie. Reste que l’interrogation sur l’heure et le jour de naissance n’est pas totalement dépourvue d’intérêt même si l’espace temps de la vendange et de la vinification ne leur permet d’occuper qu’un petit morceau de notre calendrier. D’ailleurs je m’étonne que nos biodynamistes, qui chérissent tant la lune et le calendrier, n’aient pas proposé des réponses à cette importante question. Dans le même ordre d’idées ceux qui parlent de vins naturels devraient y réfléchir à deux fois car, dans notre droit, un enfant naturel c’est un enfant dont les parents ne sont pas mariés.Rien à voir avec la chouchroute, je sais. Bon ça part dans tous les sens mais que les railleurs rengainent leurs moqueries car je ne suis pas né de la dernière pluie.

 

La solution la plus simple pour répondre à ma délicate question serait de se caler sur la date de mise en bouteille mais c’est impossible car, puisque certains vins sont élevés pendant des mois, le millésime ne serait pas le bon. Bigre que c’est compliqué mais, nous qui aimons tant les complications, les cahiers des charges longs comme un jour sans pain, ne pourrions-nous pas exiger en triple exemplaire une « déclaration de vin fait » à déposer à la DGDDI (pas un truc dématérialisé, non une démarche officielle du même tonneau que celle que l’on fait auprès de l’officier d’état-civil). Ainsi, pour charger encore un peu plus l’étiquette, entre le logo femme enceinte et les mentions légales porter à la connaissance de l’acheteur l’extrait de naissance du vin relèverait de la transparence souhaitée par les associations de consommateurs. En plus, pour les communicants qui sont un chouïa à court d’idées neuves ce serait du pain béni, ils pourraient ainsi organiser des petites sauteries le jour dit et ainsi tous les petits chasseurs de verres gratuits pourraient aller s’humecter les babines gratos.

 

Tout ça me direz-vous c’est vraiment du décoconnage intégral et absolu mais convenez qu'avec moi il faut toujours se méfier car, avec mon air con et ma vue basse, je ne lance jamais le bouchon sans avoir une petite idée derrière la tête. Oui j'en ai une car en ce 12 juillet, date inscrite dans le marbre du bleu-blanc-beur de notre vieux pays qui a des problèmes d'identité, je me devais d'aborder cette inutile question pour vous en poser une autre. Ouille, ouille, ouille, il nous entortille le Berthomeau, il tourne vraiment autour du pot, qu'est-ce qu'il veut au juste ? Simplement vous demander : à votre avis pourquoi ce matin je me suis lancé dans cette chronique sans rime ni raison? Pour ceux d'entre vous qui auraient eu la patience de me suivre jusque là les bonnes réponses se verront gratifier de ce qui se fait en ce genre d’occasion.

 

Allez, à bientôt sur mes lignes...

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10 juillet 2011 7 10 /07 /juillet /2011 00:02

  

Selon une étude de la Fondation de France publié mercredi dernier, 4 millions de Français n’auraient pas plus de 3 conversations par an, soit en gros 1 conversation tous les 122 jours. Pas lerche ! Je ne suis pas un idolâtre de ce genre de statistiques car si elles sont frappantes elles dématérialisent tout, coupent le lien avec ce que  l’on peut ressentir soi-même. Dire bonjour, comment ça va aujourd'hui à son voisin comme je le fais avec l’aveugle du bas de mon immeuble qui, assit sur le seuil, soliloque en tirant sur sa bouiffe. Il sourit et parfois nous taillons une courte bavette. Facile, non.

 

La lutte contre la solitude est depuis novembre 2011. Le Label a été attribué au collectif d'associations « Pas de solitude dans une France fraternelle », qui est fédéré par la Société Saint-Vincent de Paul. Vous ne trouvez pas un peu fort de café qu’il faille en passer par là. Faut voir la gueule des gens dans le métro – c’est pour ça que je fais du vélo – c’est dramatique : murés, enfermés, tristes. Bref, simple petite pierre dans ce vaste jardin de solitude, je propose que ceux qui adhèrent à l’Amical du Bien Vivre, au jour le jour, brisent le cercle : un petit bonjour et pourquoi pas un verre au bistrot du coin. Je rêve sans doute mais quel beau geste face aux pisses-froids de l’ANPAA qui ont fait de l’addiction un fond de commerce lucratif.

 

Pour terminer un témoignage recueilli sur la Toile et « La Solitude » de Léo Ferré et « La solitude ça n’existe pas » de Gilbert Bécaud.

 

« Lydie a 63 ans, mère divorcée de 3 enfants de 30, 39 et 40 ans, elle vit seule à Colombes (92). C’est une agression qui l’a poussée vers une solitude trop longue de 8 années. « Le jeune est venu vers moi, il m’a tapée (…) Le facteur n’a pas bougé, il avait peur des représailles. Cette coupure s’est faite avec cette envie de ne plus vivre, de ne plus exister. J’avais peur des autres. On n’a pas envie de leur dire qu’on est seul. »

Lydia a réussi à sortir de ce cercle vicieux grâce à l’écriture. « Je me suis mise à écrire mes poésies pour pouvoir avoir accès aux autres, accès à moi-même et sortir de ce cercle infernal et pouvoir vivre. Quand ils étaient petits, je disais à mes enfants que les pleurs abîment les yeux. Et je ne voulais pas abîmer mes yeux. Pour s’en sortir, il faut avoir dans son âme l’art de vouloir reconstruire sa vie et peut être aussi de rencontrer l’amour… »

 

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3 juillet 2011 7 03 /07 /juillet /2011 00:09

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Je rentre. L’habituel anonyme a profité de mon absence pour poser pantalon, d’ordinaire je tire la chasse d’eau mais là j’avais mieux à faire. Rien que pour donner un bon coup de balayette sur les épluchures du matricule IP 88-169-161-196 je sors mon Jean-Louis Murat qui a déclaré au journal Le Monde: « Le Web rend les gens hypocrites, il incite à prendre des pseudonymes » Pour ceux qui l’ignorent Murat est auvergnat – il est viscéralement attaché à son terreau natal – et, coup de pied de l’âne au nôtre –, il tire son pseudonyme du nom de la ferme isolée de Murat-le-Quaire où il a passé la plus grande partie de sa jeunesse. Auteur, compositeur, interprète, c’est un excellent guitariste et il possède un timbre de voix unique. Il produit et édite ses albums. C’est un poète, bourru et tendre qu’il faut aller voir sur scène où il se révèle vraiment, brisant l’armure et créant une vraie communion avec son fidèle public. J’aime Murat comme chanteur mais aussi parce qu'il assume ses coups de gueule lui pas comme notre héritier des corbeaux de sinistre mémoire qui se complait à déverser sa bile sur le Net. Sans doute n’a-t-il rien à faire d’autre dans sa triste vie que de venir lire ce que nul ne l'oblige à lire. Précision d’importance je vise ici le GC qui change de pseudo comme de chemise et qui donne des adresses e-mail fantaisistes mais dont l’IP reste le 88-169-161-196. Entre nous qu’il signât sous son vrai nom ou sous ses pseudos à la noix tout le monde s’en fout, sauf peut-être bonbonne qui ignore qu’il passe son temps à lever la patte sur le Net.

 

Mais revenons à Jean-Louis Murat : « Devant une assistance piaffant d’impatience, comblée d’avance dans une salle plus haute que profonde, l’artiste, accompagné de ses « fidèles » musiciens (toujours très pros et attentifs aux éclairs du génie), commence en douceur, avec des ballades qui lui ressemblent, sensuelles et hypnotisantes. Le quart d’heure noisy approche. Avec un mélange de quelques chansons de son répertoire actuel (couvrant les 3-4 derniers albums), Murat s’amuse et nous embarque, nous trimballe… En perpétuelle innovation, il va même interpréter « Pauline à cheval », dernière collaboration musicale de Jean-Louis avec le 7ème art (pour le film « Pauline et François »), dans une version entrecoupée de solos saturés et vivifiants. « Mousse noire », chef d’oeuvre de l’album « Tristan » (2008), prend toute son ampleur sur scène et renvoie aux plus belles heures de Neil Young période Crazy Horse, idole facilement devinable du terrible auvergnat. Murat continue d’alterner calme et tempête avec un tranchant « 16h qu’est-ce que tu fais », l’immersif et expressif « Chanter est ma façon d’aimer », le voyageur « Taormina », l’émouvant « Se mettre aux anges », et l’inédit « Yes sir », pop vintage qui se découvre uniquement sur scène. Une raison de plus d’assister au concert d’un artiste amoureux des mots et qui n’a rien à envier aux poètes historiques dont il s’inspire. » Ghyslain Fribourg le  10 novembre 2010 M comme Murat, M comme Magique: un Rocker nommé Jean-Louis.

 

 

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2 juillet 2011 6 02 /07 /juillet /2011 00:08

Provocateur JB Doumeng l’était. Face à une flatterie indécente ou un propos maladroit ou un comportement minable il était capable des pires extravagances qui trahissaient « ses rancœurs et défis de gosse frustré, sinon méprisé ». Ainsi à un apparatchik fat, Ministre hongrois du commerce extérieur, qui à la fin de son discours osait placer cette aumône : « À présent, cher ami français, s’il vous manque quelque chose dites-le moi... » il rétorquait

- Oui, monsieur le Ministre, une belle peau d’ours.

- Simple détail, et facile à trouver. Pour un manteau, je suppose.

- Pas du tout... L’hiver, ma femme et moi adorons faire l’amour, nus, sur une peau de bête, devant un feu de bois... Ça amuse les enfants... La civilisation capitaliste, trop sophistiquée, nous a coupés de la nature. »

 

Parfois il poussait le bouchon très loin, trop loin comme ce qui suit qui n’est pas du meilleur goût. Âmes sensibles s’abstenir !

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 illustration tirée de la BD de Tardi-Pennac La Débauche chez Gallimard

 

« À Vichy, l’assemblée générale de la Mutualité Agricole lui avait offert un soir, l’occasion d’inviter à dîner l’épouse du ministre de l’Agriculture, Edgard Pisani, et deux de ses amies. Il les entraînait ensuite sabler le Laurent Perrier Grand-Siècle au cabaret du Casino. Comme il fanfaronnait un tantinet, il s’était attiré cette remarque de Mme Pisani :

«  Si je comprends bien, M. Doumeng, avec votre notoriété et votre fortune, vous pouvez tout vous permettre.

- Exactement, chère madame... Aussi bien péter chez Rothschild, que pisser contre le mur de ce cabaret.

- Oh ! Vous n’oseriez pas ! » gloussa l’une de ces dames, ignorante qu’il ne fallait jamais défier Jean Doumeng.

 

Et il s’en fut, sans hésiter, uriner dans un coin de la salle, sous les regards sidérés du voisinage. La réprobation le disputait à la surprise, et un murmure le raccompagnait à sa table, où il y alla de sa petite plaidoirie : « Je sais que je vous écœure, mais vous n’osez rien dire parce que j’ai du pognon. Lorsque je tirais la langue, gosse, et que, premier de la classe, j’ai demandé une bourse pour la poursuite de mes études, on me l’a refusée. Pardonnez-moi donc, si je n’ai pas d’éducation. Ce n’est pas tout à fait de ma faute, si je traîne toujours un peu de merde de bouseux... On me l’avait bien dit et répété, gamin, quand tout m’était interdit, qu’avec du pognon, tout me serait permis. Et il me plaît parfois de le vérifier, comme aujourd’hui. À présent que j’ai réussi, certains, notamment des journalistes à l’affût qui apprécient ma table et mon champagne, trouvent géniales mes conneries. Il en va ainsi dans la vie. Mais sachez que, s’il m’arrive de jouer au con, c’est plus fort que moi, et ça ne m’amuse pas. »

 

In Jean-Baptiste Doumeng, Le grand absent de René Mauriès chez Milan

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1 juillet 2011 5 01 /07 /juillet /2011 00:09

En ce moment, pour les politiques ce n’est pas le pied, surtout pour les mâles, bas les pattes, les gauloiseries ne sont plus de saison. Pour avoir fréquenté les allées du pouvoir, où nous les hommes restons majoritaires, je puis témoigner que « le cul et la bouffe » sont bien dans l’ADN de nos élus mais à peu près au même niveau que dans les entreprises. Sans m’aventurer plus avant dans les alcôves et les bureaux je soulignerai seulement que ce qui est en jeu c’est le rapport du faible au fort doublé, surtout dans la classe politique, d’un sentiment d’impunité. Je m’en tiendrai donc à la bouffe qui, pour nos élus, se nomme gastronomie.

 

Dans un livre récent : Dans les cuisines de la République chez Flammarion Pascale Tournier et Stéphane Reynaud écrivent dans leur prologue « La gastronomie, telle est pratiquée par nos sénateurs, députés et ministres, a le verbe haut. Définissons-là comme un ensemble de recettes élaborées, codifiées, mariées à des vins, et à un discours. La gastronomie s’associe à un message tantôt politique, tantôt diplomatique. Aux sonorités parfois identitaires » Notre Président de la République, au Salon de l’Agriculture 2008 a déclaré « Nous avons la meilleure gastronomie du monde ; enfin, de mon point de vue.»  Alors faut-il, comme la sémillante Isabelle Giordano sur France Inter, se poser la question la gastronomie est-elle de gauche ou de droite ou y a-t-il des plats de gauche et des plats de droite?

 

Si l’on réduit le champ aux seuls politiques la réponse est bien évidemment, non. Nos deux auteurs le soulignent : « François Hollande embrasse Jacques Chirac qu’il croise dans un restaurant hors de prix situé près de l’Elysée. Olivier Besancenot, Dominique de Villepin et Martine Aubry goûtent aux mêmes raffinements italiens à Saint-Germain-des-Prés. À chacun ses caprices. Nicolas Sarkozy exige ses truffes, en macaronis, en soupe ou en sandwich. Xavier Bertrand se dit prêt à se prostituer pour un cassoulet. ». Nos élus sont du côté de l’élite et non du peuple. En revanche, sans faire de la sociologie bistronomique, il est clair que c’est le montant de l’addition qui constitue le bon indice de clivage et que, d’une manière générale, hormis la gauche dites caviar, les citoyens les plus aisés votent plutôt à droite et ce sont ceux qui constituent la chalandise des restaurants gastronomiques et qui par ailleurs achètent les vins les plus couteux.

 

Pour ma part, je l’ai écrit dans une chronique : Chère maman d’accord avec Yves Camdeborde : « enlevons le mot gastronomique » au repas à la française inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco link ce débat me semble de peu d’intérêt. Ce qui compte vraiment pour moi c’est le « bien manger de tous les jours », celui du dimanche et des jours de fête, et, en ce domaine, le bon peuple et toute une tranche de cuisiniers assurent la perpétuation de notre bien vivre. Nous ne sommes pas dans le domaine du politique et de ses clivages mais dans celui de l’esthétique, de la conception de la vie, de choix de vie. La ligne de partage est beaucoup plus sinueuse car elle traverse alors nos affinités familiales, régionales, amicales, professionnelles, et assemble autour de la table des femmes et des hommes d’horizons divers. Autour de cette table on se parle, on échange, on se confronte, mais grâce au vin, lorsqu’il est servi et bu à bon escient, la conversation peut s’enhardir, créer des liens. Rocard a plaidé pour une démocratie apaisée où nos clivages politiques, tout en restant clairs, ne nous empêcheraient pas de nous retrouver sur des questions essentielles. Nous en sommes loin, très loin, et les élites économiques et politiques portent une lourde responsabilité dans le fossé qui se creuse toujours plus encore.

 

Notre cuisine, notre gastronomie, nos cuisines individuelles ou collectives : du restaurant d’entreprise à la table étoilée, sont un décalque parfait de l’état de notre société à la fois complexe, contradictoire, pleine de bonnes intentions et de choix plus ou moins bien assumés. Les restos du cœur de Coluche voisinent avec le luxe insolent des tables de Palace, le prix de certains grands crus bordelais font que le prix d’une de leur bouteille équivaut à un tonneau de Bordeaux, l’obésité est chez nous pays développés une maladie alors que la malnutrition touche plus d’1 milliard d’êtres humains. Le monde n’est certes pas qu’en noir et blanc mais les contrastes, les lignes de fractures, loin de se résorber se renforcent, s’élargissent et, j’avoue que je trouve vulgaire et indécent ce goût que cultivent certains de ne s’intéresser qu’à leurs menus plaisirs. Vivre certes, sans forcément se couvrir la tête de cendres ni jeûner, mais garder un peu de retenue, regarder au-delà de son assiette et de son verre...

 

Sans conclure, mes courtes réflexions ne le permettent pas, je propose à votre lecture un papier de Curnonsky en septembre 1955 Le fait du Prince : les partis en gastronomie qui vous permettra de mesurer qu’en 50 ans nous sommes passés pour nos politiques d’une France de notables à une France de professionnels  de la politique dont l’expérience de la vie de tous les jours, celle qu’affrontent leurs électeurs, est de plus en plus mince et réduite. Ceci écrit ce sont ces derniers qui les élisent, alors cherchez l’erreur...

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