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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 06:00
Victor Hugo dans les Misérables était locavore ou comment transformer la merde en or…« l’argent n’a pas d’odeur » Pecunia non olet

Le concept d’agriculture urbaine en vogue doit faire sourire, plus ou moins jaune, les tenants d’une agriculture dite moderne : un joujou pour bobos en quête d'un pansement sur leur mauvaise conscience d’urbains bien lotis ; confortés qu’ils sont par la hautaine ignorance du 78 rue de Varenne peuplé de hauts ingénieurs qui ne mettent même plus les pieds dans les vrais champs puisqu'ils ont le nez dans leurs papiers.

 

Sans donner aux initiatives allant dans le sens d’une forme de reconquête de territoires urbains un impact déterminant dans la prise de conscience  des consommateurs urbains de leur responsabilité dans le maintien d’une agriculture et d’un élevage tournés vers la seule productivité, les traiter par le mépris ou en faire des hochets de communication politique, relève de notre goût immodéré pour les solutions dites globales, proclamées et jamais mises en œuvre.

 

Les innovateurs, les précurseurs, les lanceurs d’alerte ont de tout temps été raillés, moqués, avant parfois d’être encensés par les habituels ouvriers de la 25e heure.

 

Ce matin, un peu d’Histoire, sans vocation d’exemple à suivre, mais simplement pour dire que si nous les citoyens urbains ne nous prenons pas par la main, attendons tout en gémissant des politiques, aucun virage sérieux ne sera pris dans la gestion de l’impact des villes sur l’environnement, la gestion des déchets, la pollution de l’air… etc.

 

« Ces tas d’ordures du coin des bornes, ces tombereaux de boue cahotés la nuit dans les rues, ces affreux tonneaux de la voirie, ces fétides écoulements de fange souterraine que le pavé vous cache, savez-vous ce que c’est ? C’est de la prairie en fleur, c’est de l’herbe verte, c’est du serpolet et du thym et de la sauge, c’est du gibier, c’est du bétail, c’est le mugissement satisfait des grands bœufs le soir, c’est du foin odorant, c’est du blé doré, c’est du pain sur votre table, c’est du sang chaud dans vos veines, c’est de la santé, c’est de la joie, c’est de la vie. »

 

À Paris « bien que les égouts d’Haussmann aient purgé la capitale avec la plus grande efficacité, la Seine n’offrait pas un courant suffisant pour évacuer les effluents. Aussi le fleuve n’était-il qu’un noir marécage gargouillant sur plus de 70 kilomètres en aval. 

»

Ce fut Pierre Leroux, philosophe de renom dont la théorie du circules constitua, en 1834, une réfutation directe de celle de Malthus. En effet, « il affirmait que si les hommes étaient à la fois producteurs et consommateurs, s’ils se contentaient de recycler leurs propres déchets, ils ne manqueraient jamais de nourriture. Sa théorie l’exposa longtemps aux railleries, mais tandis qu’il pansait ses blessures durant son exil à Jersey, il trouva un converti persuasif en la personne de Victor Hugo. Ce dernier fut tellement convaincu par les arguments de Leroux qu’il s’écarta du fil narratif des Misérables pour philosopher sur le sujet. » (texte ci-dessus).

 

« En 1867, cinq ans après la parution des Misérables, l’ingénieur hydraulicien Adolphe Mile, déjà converti à l’épandage des eaux d’égout, persuada son supérieur, Eugène Belgrand,  de l’expérimenter à Paris. Dans une ferme de Clichy, Mille prouva non seulement que l’irrigation de son terrain sableux avec des eaux usées filtrait ces dernières avec tant d’efficacité qu’elles sortaient plus pures que si elles avaient été traitées chimiquement, mais en outre cette technique rendait la terre extrêmement fertile. Comprenant 27 variétés de légumes, la première récolte expérimentale atteignit une valeur marchande six fois supérieure à celle du blé cultivé autrefois sur ce site, et sa qualité lui valut de de nombreux compliments à l’Exposition universelle de 1867. Ces résultats ravirent Chadwick qui avait soutenu le projet de Mille et l’avait défendu contre ceux qui rechignaient à l’idée de cultiver à l’idée de cultiver des terres amendées d’eaux usées :

 

« À Paris, je persuadai feu l’Empereur de faire exécuter des essais en ayant recours à l’épandage des eaux d’égout, qui produisirent, même si l’engrais n’était pas de la meilleure qualité, une énorme quantité d’herbe ; celle-ci fut jugée par un  membre de l’Académie bien trop drue et impropre à servir de fourrage. Je décidai de m’en remettre sur ce point au jugement d’une vache, à laquelle fut offert le choix entre de l’herbe engraissée à l’eau d’égout ou non ; son avidité montra que la première avait sa préférence, et son jugement fut confirmé par la production d’un lait d’une qualité supérieure, et de beurre en plus grande quantité. »

 

Il sembla que la merde pouvait être transformée en or.

 

« En 1869, Mille et son assistant, Alfred Durand-Claye, créèrent la première usine municipale au monde de traitement des eaux usées à Gennevilliers, paisible petite commune séparée de Clichy par la Seine. Afin de surmonter la résistance des riverains à l’implantation de l’usine, ils proposèrent à 49 agriculteurs d’irriguer leurs champs gratuitement. L’année suivante, les ingénieurs furent submergés de de demandes d’autres cultivateurs souhaitant bénéficier de l’irrigation de leurs propres terres. Les résultats  furent si remarquables que Napoléon III se sentit obligé de venir visiter la ferme expérimentale. Il arriva incognito, mais repartit les bras chargés de savoureux légumes. En 1900, 5000 hectares furent ainsi irrigués à Gennevilliers, chaque hectare recevant 40 000 m3 d’eaux usées par jour et produisant 40 000 choux, 60 000 artichauts ou 100 tonnes de betterave à sucre par an. Les eaux d’égout étaient utilisées pour arroser les racines des plantations, sans jamais toucher les tiges ou les feuilles, et ressortaient si pures après avoir été filtrées par le sol qu’elles pouvaient servir à un usage domestique. D’un petit bourg de banlieue, Gennevilliers devint le fournisseur agricole le plus prisé de la capitale, les meilleurs hôtels de Paris s’arrachant ses produits et les visiteurs venant s’émerveiller devant ces « véritables jardins d’Éden ».

 

 

 

Rappelons aux sceptiques – pas les septiques – que la célèbre maxime « l’argent n’a pas d’odeur » Pecunia non olet est de la bouche de l’empereur Vespasien qui leva des fonds en instaurant une taxe sur l’urine rejetée dans les latrines publiques. IL répondait, selon Suétone, à son fils Titus qui trouvait cette taxe indécente, en lui mettant l’argent de l’impôt sous le nez.

 

Extrait de Ville affamée de Carolyn Steel rue de l’Échiquier

 

Lire Experts contre experts : les champs d’épandage de la ville de Paris dans les années 1870 par Sabine Barles 

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26 septembre 2016 1 26 /09 /septembre /2016 06:00
« Nous te saluons et nous te souhaitons 1 long règne tout en haut du clocher, toi que les soldats de Vercingétorix portaient comme un emblème sur le plateau de Gergovie »

Je suis sûr et certain que vous ignorez où se situe Saint-Pierre-le-Moûtier

 

C’est dans le Bourbonnais capitale du « bon pays entre Loire et l’Allier »

 

2000 habitants

 

« Le 4 novembre 1422 le bailliage de Saint-Pierre rendit une sentence, contraignant les habitants de la terre de Poussery au finage de Montaron à assurer le guet et garde au château de Poussery, comme le demande le seigneur des lieux : Gaucher de Courvol. Ce bailliage rendit au fils de ce dernier : Philibert de Courvol, une autre sentence le 25 mars 1451, l'autorisant à faire passer le ruisseau des Ruaux, dans son pré de Chaulgy.

 

La ville est prise d'assaut, puis libérée par Jeanne d'Arc le 4 novembre 1429.

 

 

Elle fut chef-lieu de district de 1790 à 1795.

 

Au cours de la période révolutionnaire de la Convention nationale (1792-1795), la commune porta provisoirement les noms de Brutus-la-Vallée, de Brutus-le-Magnanime et de Brutus-le-Moutier.

 

La France profonde des terroirs, celle de nos ancêtres les Gaulois cher à notre petit Nicolas.

 

Résultats régionales Saint-Pierre-le-Moûtier (58240) – 2ième tour 2015

 

« Avec 2 030 habitants sur les 2 816 814 que l'on dénombre dans la future région Bourgogne, Franche-Comté, Saint-Pierre-le-Moûtier constitue un pays électoral difficile. François Patriat y avait arraché 35,91% des votes pour le premier tour des précédentes régionales. La liste portée par les Républicains était arrivée à la seconde place. Concernant le mouvement de Marine Le Pen, un votant sur 8 lui avait donné sa confiance. L'amplification de l'électorat du FN pourrait modifier l'équilibre des partis à Saint-Pierre-le-Moûtier ainsi que pour les résultats des régionales à Charrin.L'autre inconnue à prendre en compte reste indubitablement la participation qui, à 46,53% au premier tour se situait sous la participation enregistrée à l'échelle de la future région. Pour mémoire, les bureaux de vote à Saint-Pierre-le-Moûtier ont voté comme ceci lors des précédentes élections:

 

La suite ICI 

 

Voici un beau COCORICO relaté dans le Bulletin Municipal d’août 1952.

 

« La réfection complète du clocher de l’église de Saint-Pierre-le-Moûtier par les ouvriers de l’entreprise Danois de Moulins est maintenant terminée. Avant d’enlever les échafaudages, il restait aux ouvriers un travail suprême à accomplir : hisser le nouveau coq tout là-haut, à la fine pointe du clocher.

 

Cette opération, extrêmement délicate, s’est déroulée le vendredi 22 août 1952, quelques minutes avant midi, et a revêtu un caractère quasi solennel. Lorsqu’on vit un homme dresser une grande échelle le long de la croix surmontant le clocher, la cité toute entière comprit que le grand moment était proche.

 

De nombreuses personnes se rassemblèrent sur la place du Marché, tandis que d’autres se postaient aux fenêtres des étages supérieurs ou aux lucarnes des greniers. Tenant le coq d’une main, un ouvrier monta lentement les échelons et parvint enfin à la pointe du clocher, dominant Saint-Pierre et ses environs d’une hauteur de 35 mètres. Un autre compagnon grimpa derrière le premier et tous les deux, à cheval sur la croix, points à peine perceptibles suspendus dans le vide, se mirent en devoir de fixer notre nouveau coq, dont le corps majestueux, resplendissant au soleil de midi, étant entouré d’un large ruban tricolore, symbole émouvant de la foi inébranlable de tout un peuple dans les destinées de la patrie.

 

Durant quelques minutes, il sembla que le rythme normal de la vie s’arrêtait dans toutes les artères de la ville.

 

Dans la campagne environnante, l’homme des champs, la main au-dessus des yeux, observait intensément, lui aussi, cette besogne religieuse. Un frémissement anxieux et admiratif parcourait toute la population dont les regards étaient rivés sur ces deux hommes qui, pareils aux héros antiques, exécutaient une tâche semblant être particulièrement réservé aux dieux. Soudain, ce fut l’instant solennel : le coq était placé sur son piédestal. Entourant le vieil emblème des Gaules d’un bras, les deux ouvriers, assis sur la croix, défiant le vertige et le vide, levèrent leurs casquettes en signe de victoire.

 

Alors, les cloches de notre vieille église médiévale s’ébranlèrent et sonnèrent à toute volée, portant aux cieux l’hymne d’allégresse de toute une ville, célébrant l’avènement du nouveau coq saint-pierrois, tandis que de vigoureux applaudissements montaient jusqu’à ces hommes audacieux qui venaient d’accomplir une si belle prouesse.

 

Et maintenant, salut à toi, fier coq gaulois restauré, qui présidera de nouveau aux évènements sombres ou glorieux de notre petite capitale du « bon pays entre Loire et Allier » ! Nous te saluons et nous te souhaitons un long règne tout en haut du clocher, toi que les soldats de Vercingétorix portaient comme un emblème sacré au plateau de Gergovie, et qui lutta avec l’énergie du désespoir dans les plaines de Lutèce, avec Camulogène contre les aigles romaines des légions de Labinus. »

 

Pourquoi place-t-on un coq sur les clochers ?

 

 

Dans la tradition chrétienne, un coq est souvent placé au sommet du clocher des églises.

 

Au Moyen-Age, l’oiseau est un symbole solaire car son chant annonce le lever du soleil.

 

Il est le prédicateur qui doit réveiller ceux qui sont endormis. C’est en ce sens que le pape Léon IV décida, à l’époque, que les clochers de chaque église devaient arborer une telle girouette.

 

L’Eglise voyait l’animal comme le Messie annonçant le passage des ténèbres à la lumière. Le plus ancien coq de clocher connu vieux de près d’un millénaire se trouve à Brescia (Italie).

 

L’oiseau sacré chez de nombreux peuples, n’est cependant présent que sur les églises occidentales. Il n’y en a pas sur celles situées en Orient.

 

« Nos ancêtres les Gaulois », une invention de la Renaissance !

 

 

Inventée sous la Renaissance, reprise par la Révolution française, brandie par Napoléon III, cette notion de « nos ancêtres les Gaulois » repose-t-elle sur un fait historique ou n'est-ce qu'un mythe révisionniste ? C'est au tour de Nicolas Sarkozy de se réfugier derrière cette filiation pour justifier l'assimilation. Nous avons voulu en savoir un peu plus en interrogeant deux grands spécialistes de la Gaule : l'historien Dominique Garcia, spécialiste de la Gaule préromaine, actuel président de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), et l'archéologue Jean-Louis Brunaux, spécialiste de la civilisation gauloise. Ils ne sont pas toujours d'accord.

 

Le Point.fr : Quelle part de vérité dans cette assertion « Nos ancêtres les Gaulois » ?

 

Dominique Garcia : Dès que j'ai pris connaissance de l'affirmation de Nicolas Sarkozy, j'ai réagi aussitôt sur Twitter pour dire qu'il n'avait pas saisi ou pas compris. Certes, il se place dans la tradition voulant que les gens s'identifient à un passé. En revanche, imaginer qu'il y a une lignée de Français qui remonte aux Gaulois, ça, c'est une aberration.

 

Jean-Louis Brunaux : La revendication des Gaulois comme nos ancêtres est tardive dans notre histoire. Elle apparaît timidement à la Renaissance pour affirmer l'ancienneté de la France par rapport à l'Italie. C'est surtout ça, le but. Plus tard, cette revendication de la civilisation la plus ancienne entre les pays et les rois va s'exacerber jusqu'au XIXe. Être gaulois, ce n'est pas une identité, c'est ça qu'il faut bien comprendre. Être gaulois, c'est habiter la Gaule, sachant que la Gaule est un véritable pays, un véritable espace politique. Forgé notamment par les druides, qui ont eu une influence vraiment importante. C'est un concept politique et social. Les Gaulois ne connaissent pas le droit du sang.

 

D. G. : Les identités, les nationalités ne sont pas des éléments figés. Elles sont construites. Ce que l'on appelle les Gaulois, en fin de compte, n'est qu'un puzzle de populations sur des territoires relativement vastes, qui sont identifiés comme Gaulois par des populations venues d'ailleurs, les Grecs, les Romains.

 

L'élite gauloise a-t-elle collaboré avec le pouvoir romain ?

 

J.-L. B. : Je ne sais même pas si on peut dire ça. En fait, ce sont les Gaulois qui sont à l'origine de leur propre colonisation. Du moins une partie d'entre eux, ceux du Massif central qui ont demandé à César d'intervenir. Une grande partie des forces gauloises l'ont aidé à conquérir la Gaule. Mais à vrai dire, la romanisation est beaucoup plus ancienne que la guerre des Gaules. Il existait une proximité avec le commerce romain, dès les années - 150, - 100. Des nobles gaulois ne voulaient pas perdre ce commerce romain et cherchaient même à l'amplifier. Toute la noblesse était du côté de César.

 

L'intégrale  ICI 

 

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 06:00
Religion, politique et gastronomie : où trouver des fraises le 27 novembre 1655 à Mantoue pour le repas donné par le duc Charles II de Gonzague-Nevers en l’honneur de Christine de Suède ?

Les guerres de Religion, entre religions, la catholique romaine et les réformées, au XVIIe siècle déchirent l’Europe.

 

En 1644, Christine, qui a hérité du royaume de Suède quand elle avait à peine six ans, monte sur le trône. Elle a 18 ans et manifeste de suite un tempérament fort et un caractère imprévisible hors du commun.

 

Pensez-donc, « elle refuse de se marier malgré les pressions du parlement, elle a une longue histoire d’amour avec une dame de la cour, et cerise sur le gâteau, sollicitée par des membres de la curie romaine, elle abandonne la religion luthérienne et abdique en 1654 après s’être attribué une rente importante. »

 

Elle quitte la Suède la même année et, après quelques haltes, elle se dirige vers Rome, où le nouveau pape, Alexandre VII, l’accueille à bras ouverts. Elle s’installe à Rome en 1688.

 

 

Au cours de son premier voyage en Italie, le 27 novembre 1655, elle est à Mantoue, à la cour du duc Charles II de Gonzague-Nevers, qui organise pour elle un banquet somptueux préparé par le Bolonais Bartolomeo Stefani, chef des cuisines de Gonzague.

 

 

Dans son traité sur L’arte di ben cucinare, et instruire i men periti in questa lodevole profession « L’art de bien cuisiner, et instruire les moins expérimentés dans cette louable profession » publié en 1662, il souhaite laisser une trace de son travail et enseigner les bases à travers des recettes, des menus et des descriptions de repas.

 

Bien sûr il se souvient avec fierté du banquet en l’honneur de Christine à Mantoue : «Moi-même, je la servis avec des triomphes, des rafraîchissements et d’autres plats. »

 

« … Stefani entend rendre compte de son métier, plus que des évènements mondains, de la technique plus que du théâtre – ou, pour être plus précis : de la technique qui rend possible le théâtre. »

 

Sa première description concerne un plat de fraises « lavées avec du vin blanc », saupoudrées de sucre et entourées de coquilles de sucre remplies de fraises, alternant avec des petits oiseaux en massepain « qui paraissent vouloir becqueter les fraises »

 

 

« Aucun détail n’est épargné au « lecteur idéal » de Stefani, un homme de métier davantage qu’un amateur de frivolités mondaines. »

 

« Ses notes « personnelles » donnent à ce texte la dimension concrète d’un journal intime : il décore la tête de sanglier « avec une chevelure de pistaches décortiquées », qu’il a lui-même « très patiemment tissés avec du fil de sucre. »

 

« Ces préparations poussent à l’extrême le goût du Moyen Âge et de la Renaissance pour le mélange du salé et du sacré, de l’aigre et de l’épicé : la cuisine baroque de Stefani est un amalgame surprenant, mais pas imprévisible, de saveurs apparemment inconciliables. La « soupe royale » est exemplaire à cet égard : « faite de biscuits secs de Pise, fourrés de tranches de fromage gras et de tranches de gâteau de potiron, agrémentée de morceaux de blanc de chapon et couverte d’une escalope de viande faisan, garnie de laitages frits dans du beurre, d’yeux de veaux farcis et de viande de veau découpée en très fines tranches : la soupe fut assaisonnée avec du bouillon gras de chapon et de la crème de lait, arrosée de jus de citron et recouverte d’un couvercle de pâte fine ».

 

« Le compte rendu de Bartolomeo Stefani, axé sur l’activité de cuisine et de buffet, nous ferait presque oublier que, de l’autre côté de la table, quelqu’un est en train de manger – ou au moins d’admirer – ces beautés et ces délices. Essayons d’adopter le point de vue de sa Majesté et de ses hôtes. Que se sont-ils dit, quelles émotions ont-ils éprouvées en participant à un tel banquet ? »

 

« Par exemple : comment ont-ils accueilli en début de repas cet innocent petit plat de fraises au vin blanc, fut-il accompagné de sculptures en sucre des plus raffinées ?

 

« Nous ignorons en vérité de quel produit il s’agissait. Des fraises des bois ? Aujourd’hui, elles feraient certainement meilleur effet que les fraises cultivées, plus grosse et plus belles, mais aussi plus communes et moins savoureuse. Mais dans l’Europe du XVIIe siècle, ces dernières étaient encore rares : les tables médiévales ne connaissaient que les petites fraises sauvages, car l’autre espèce, d’origine américaine, ne fit son apparition qu’au XVIe siècle. Stefani avait probablement choisi les fraises «nouvelles » pour éblouir les yeux et flatter l’imagination des convives.»

 

«Examinons le calendrier. La visite de Christine au duc Charles Gonzague (...) a lieu le 27 novembre 1655. Où trouver, le 27 novembre, une provision de fraises fraîches à servir à l’illustre invitée ? Ce ne serait pas difficile aujourd’hui – le marché global ne connaît pas de saisons. Mais en 1655 ?»

 

[…] « Grâce à des novateurs comme La Quintinie, l’agronomie et l’horticulture font d’énormes progrès, accentuent la tendance déjà répandue à diversifier et à multiplier les espèces cultivées afin de « couvrir » la plus grande partie de l’année. Une sorte de stratégie pour « étirer le temps », en allongeant les cycles de production et en modifiant la notion même la notion même de « produit saisonnier ».

 

«Dans certains cas, cette pratique atteignait des sommets de virtuosité : nous ne savons pas où ces fraises ont été produites, mais c’était un véritable exploit d’en servir à Mantoue, dans les brouillards de la plaine du Pô, à la fin du mois de novembre. Contrairement à nous, qui avons en grande partie perdu le contact avec la terre et le sens des saisons, ces hommes savaient parfaitement quand poussent les fraises, les asperges ou les artichauts. Voilà pourquoi ce petit plat de fraises, que nous avions qualifié d’ « innocent », ne l’est en fait pas du tout. »

 

« Ce plat est un défi. Avec une telle entrée en matière, Stefani a déjà gagné. »

 

«À première vue. Mais c’est une idée qui ne peut venir qu’à « ceux qui n’ont jamais franchi le fleuve de leur patrie […] et qui aiment trop le pain de leur ville natale ». Que ces personnes apprennent qu’aucun produit n’est jamais vraiment hors saison. « Ceux qui ont de valeureux destriers, et une bonne bourse, trouveront en toute saison toutes les choses que je leur propose, et aux périodes dont je parle. »

 

« Même si nous nous limitons à l’Italie, songeons à tous les merveilleux produits que les côtes du royaume de Naples et de la Sicile offrent à a saison froide : cédrats, citrons, oranges, artichauts, asperges, choux-fleurs, fèves fraîches, laitues et fleurs. Des produits qui sont ensuite vendus et envoyés dans tout le royaume. Les mêmes primeurs quittent Gaète pour approvisionner Rome, tandis que la Riviera de la Ligurie ravitaille Milan, Florence, Bologne, Turin et la plupart des villes lombardes. De beaux fruits poussent dur les rives du lac de Garde et dans les potagers de Venise, « fertiles en asperges blanches, en artichauts et en petits pois, en particulier aux mois de janvier et février ». De merveilleux fenouils et de gigantesques cardons s’épanouissent en hiver dans la campagne bolonaise. »

 

Et si à Paris, Alessandra Pierini, était la digne héritière de Bartolomeo Stefani !

 

Source : Le Défi des fraises : Un déjeuner pour Christine de Suède dans Les Contes de la Table de Massimo Montanari aux éditions du Seuil, à lire absolument !

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15 septembre 2016 4 15 /09 /septembre /2016 06:00
Ne sortez pas vos mouchoirs de  Cholet « c’est un territoire de faiseux, pas de diseux. Ici on travaille, on s’accroche, et si on s’y casse la figure, on s’entraide. On rebondit toujours. »

Je dédie cette chronique à Olivier Legrand, exilé en Champagne, qui n’a jamais osé, au temps où j’étais encore jeune, répondre à mon défi de 1 contre 1 à Beaublanc le temple du basket français. Il se console d’avoir quitté le pont d’Avignon avec la gare des Célestins classée comme la plus belle de France. 

 

Cholet capitale du mouchoir !

 

 

C’est de l’histoire ancienne et dans son Tour de France des villes incomprises Vincent Noyoux a su saisir l’esprit profond de la Vendée du haut-bocage.

 

« … le choletais, ce petit pays du Maine-et-Loire sans Maine ni Loire, écartelé entre l’Anjou et la Vendée… »

 

La Vendée militaire quoi !

 

 

La Vendée industrieuse !

 

La Vendée basketteuse !

 

«Les raisons de ce dynamisme entrepreneurial, sportif et associatif sont à chercher dans les profondeurs géographiques, ethnologiques et historiques du bocage vendéen.»

 

« Une hypothèse se dessine. « Le bocage est un territoire enclavé qui est un frein à la circulation des idées, mais il favorise aussi l’entraide et la solidarité du terroir. »

 

« Ainsi expliquerait-on la remarquable résistance de la paysannerie vendéenne face aux armées révolutionnaires, voilà un peu plus de deux siècles. Après d’âpres combats dans les Mauges, au nord de Cholet, la ville fut mise à sac par les armées républicaines en 1793. »

 

« Les Vendéens (Choletais inclus) sont-ils devenus tenaces et bosseurs à cause de la Révolution, ou l’étaient-ils avant ? »

 

« … le bocage affiche une santé économique et morale qui surprend dans le paysage rural actuel. Et tout cela sans le moindre éclat. On ne claironne pas ici sa réussite sociale ni même sa fierté vendéenne. On est comme ces petites maisons de tisserands alignées en rang, que l’on croise ici et là en centre-ville : modeste s, ternes, presque invisibles à force de discrétion, et pourtant bien debout, faisant front. »

 

« Dans cette morne campagne de haies et de prés à vaches, on a d’abord tissé (le linge et les fameux mouchoirs) avant de fabriquer à façon. Une culture du travail a pris corps en même temps qu’un réel savoir-faire dans le domaine du textile, de la maroquinerie et de la chaussure. Aujourd’hui encore, chaque village ou presque compte un atelier de sous-traitants pour les marques grand public (Kickers, le groupe Zanier) ou prestigieuses (Longchamp, Vuitton, Dior, Agnès B, Yves Saint-Laurent, Hermès, Balenciaga)… On travaille à façon à l’abri des regards, dans des bâtiments anonymes, sous des d’entreprises que personne ne connaît. L’usine à la campagne. »

 

Mais Cholet c’est aussi le basket.

 

L’ancien de la Vaillante Mothaise, un club patro comme il se doit dans ce pays de curés, au temps de sa splendeur est allé souvent jouer dans ce haut-bocage vendéen. En ce temps-là les clubs qui portaient haut le basket étaient l’ABC Nantes, Challans et la Vendéenne de la Roche-sur-Yon.

 

 

Comme le souligne avec malice Vincent Noyoux « Pour une raison qui m’échappe, le championnat de basket français a toujours été mené par de paisibles bourgades de province. Limoges, Dijon, Pau-Orthez, Cholet, Gravelines ou Chalon-sur-Saône y tiennent le premier rang. »

 

« À l’heure où aux USA, les Chicagos Bulls de Michael Jordan, les Lakers de Magic Johnson enflammaient la NBA, ici les rencontres au sommet opposaient l’Élan béarnais de Didier Gadou (Pau-Orthez) au Cercle Saint-Pierre de Richard Dacoury (Limoges), Cholet jouait les poils à gratter auprès de ces deux-là. Son leader était un grand échalas du coin, Antoine Rigaudeau, et le maillot du club arborait le logo de la brioche industrielle Pitch. »

 

Lorsque l'auteur a visité Cholet « à huit journées de la fin, Cholet se traîne en queue de championnat. Classé 15e sur 18, le club reste sur une série de cinq défaites à domicile. L’ombre de la relégation plane dangereusement. Pas de quoi refroidir l’ardeur des supporters. À chaque rencontre, la salle c’est la Meilleraie : 5000 places affiche complet. C’est un hangar chauffé à blanc que je découvre une demi-heure avant le match. Il y règne l’excitation d’un grand évènement de famille. Les hommes boivent un coup de muscadet à la buvette, les dames gardent la place en tribune, un bébé dort à poings fermés malgré la sono assourdissante. »

 

Du côté sponsor « hier c’était Pitch, aujourd’hui Charalito (Charal), et demain ? Ainsi va la vie dans le cycle infini des sponsors qui tuent… »

 

 

« L’adversaire du soir, Rouen, porte un maillot bleu, la couleur des républicains lors des guerres de Vendée. Cholet arbore un maillot blanc (la couleur des royalistes) et rouge (comme le cœur vendéen). »

 

« À la mi-temps, les royalistes sont menés de 8 points. Une énième défaite se profile. Le public siffle, tonne, gronde. Les fanfares s’époumonent. »

 

« Touchés dans leur orgueil, les joueurs choletais réagissent enfin. À la façon des chefs vendéens, ils opèrent par raids tranchant dans les lignes adverses […] L’écart se resserre, la foule trépigne. Les Rouennais balbutie, Delaney se camoufle dans une futaie puis surgit du fossé pour porter l’estocade. Cholet l’emporte de cinq points dans une ambiance de liesse populaire. Qu’importe que les généraux vendéens soient des confédérés d’Amérique. La victoire des Blancs est belle. »

 

« La foule se disperse sur le parking de la Meilleraie. Telle une armée de l’ombre sûre de sa force, elle s’en va rejoindre le bocage. Là où tout a commencé et là où tout fini. »

Limoges-Bénédictins, Haute-Vienne, 1929. C’est la plus belle gare de France, grâce à sa coupole et à son campanile de 67 mètres de haut, mais surtout ses vitraux finement ouvragés et sa décoration intérieure. Construite au-dessus des voies, la gare des Bénédictins est aussi un nœud ferroviaire. Dans un spot publicitaire, assez irréaliste d’un point de vue géographique, Audrey Tautou y embarque pour Istanbul.

Limoges-Bénédictins, Haute-Vienne, 1929. C’est la plus belle gare de France, grâce à sa coupole et à son campanile de 67 mètres de haut, mais surtout ses vitraux finement ouvragés et sa décoration intérieure. Construite au-dessus des voies, la gare des Bénédictins est aussi un nœud ferroviaire. Dans un spot publicitaire, assez irréaliste d’un point de vue géographique, Audrey Tautou y embarque pour Istanbul.

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 06:00
Pierre Le Roy de Boiseaumarié, dit le baron Le Roy

Pierre Le Roy de Boiseaumarié, dit le baron Le Roy

« Le dirigisme - né en France des nécessités de la guerre et auquel les difficultés de l'après-guerre ont accordé un délai de grâce – a, depuis près de dix ans, tout sacrifié à la politique de quantité, s'acharnant à faire du producteur le matricule anonyme d'un groupe ou d'une classe sociale, lui retirant toute personnalité et toute initiative.

 

Pour un pays de vieille civilisation comme la France, riche de son passé et de sa variété de produits profondément originaux, poursuivre semblable politique alors que, peu à peu notre production retrouve son importance d'avant-guerre, serait un véritable suicide national.

 

Qui pourrait, en effet, soutenir que notre Pays est capable de lutter avec chances réelles de succès sur le terrain de la production standard, sur le terrain du produit de grosse consommation ?

 

Qui ne comprend, au contraire, que la force de la France a toujours été - et qu'elle le restera - dans la production de haute qualité que la variété de ses terroirs, la diversité de ses climats, l'intelligence, l'ingéniosité, les soins de ses producteurs ont fait naître sur notre sol en une gamme de richesse inégalée ?

 

Mais cette richesse est, à l'heure présente, très largement compromise et c'est contre cette dangereuse tendance qu'a voulu réagir le Syndicat de la Marque d'Origine " Pays d'Auge " en décidant, au cours de son Assemblée Générale du 3 avril 1948, de sonner le ralliement de tous les producteurs d'élite pour la défense de la personnalité des produits d'origine portant le nom de nos terroirs.

 

Au cours de cette Assemblée Générale fut décidée la tenue d'un Congrès de l'Origine.

 

De là, l'idée immédiatement lancée dans tous les milieux, professionnels et administratifs, à travers toutes nos régions de France, allait, dès les premières semaines, y rencontrer l'accueil le plus favorable.

 

L'Etranger également, toujours très intéressé par toutes les initiatives françaises dans le domaine de la qualité, manifestait le désir de suivre les travaux de ce Congrès.» 

 

Moins de trois mois après, le Premier Congrès de l'Origine allait se tenir à Deauville du 25 au 27 Juin 1948 et soulever à travers tout le Pays le plus vif intérêt.

 

Était présent à ce 1er Congrès de l'Origine M. le Baron LE ROY, Président de l'Institut National des Appellations d'Origine et je vous propose la première partie du rapport du Baron LE ROY, Président de l'INAO à ce 1er Congrès de l'Origine à Deauville en juin 1948, la lecture en est très instructive appliquée au temps présent.

 

Cette création, contrairement à ce qu'on pourrait croire, n'a pas été une simple conception de l'esprit transformée ensuite en texte législatif. Elle est le fruit d'une longue entreprise de persuasion des Associations viticoles de producteurs de vins fins, conseillées et guidées, à partir de 1930, par mon regretté et éminent prédécesseur, le Président Capus, qui fut, en outre, leur interprète convaincant auprès du Parlement et du Gouvernement.

 

Quelle fut la genèse de cette institution ?

 

Elle prit naissance lorsque fut établie la solidarité de tous les producteurs de vins fins de France.

 

C'est à Alphonse Perrin, l'apôtre Champenois, que revient le mérite d'avoir songé à convoquer à Paris, en 1923, les présidents des syndicats de protection des appellations les plus agissantes. Il y avait là, autour de Perrin : d'Angerville, Laligan, Doyard, Checq, un ou deux autres dont j'ai oublié les noms, et votre serviteur, tout frais élu président du syndicat de Châteauneuf-du-Pape qu'il venait de créer. Le but principal de la réunion était de dégager les principes généraux du droit de l'appellation qui permettraient de trancher le conflit champenois opposant la Marne(Perrin) à l'Aube(Checq). C'est dire qu'il y fut longuement question des cépages et que la discussion y fut vive. En dépit de l'opposition de l'Aube, le rôle capital du cépage fut retenu. On peut affirmer que c'est là que naquit la loi du 22 juillet 1927 et l'arbitrage du président Barthe sur le problème champenois.

 

Mais il y eut un autre résultat constructif. Les présidents décidèrent d'adhérer à la Fédération des Associations Viticoles de France et d'Algérie et de s'y grouper en une section spéciale qu'ils dénommèrent plus ou moins heureusement : la section des Grands Crus. Pourquoi en ai-je été désigné le Secrétaire général, fonctions que j'ai exercées pendant douze ans ? Je me le demande encore.

 

En tout cas, la solidarité était née. Tous les syndicats de défense des appellations se firent inscrire à la Section des Grands Crus dans les deux années qui suivirent. Elle ne tarda pas à arrêter unanimement les grands principes indispensables et à élaborer une doctrine commune.

 

Mais, une fois ce résultat obtenu, il fallait encore arriver à convaincre les viticulteurs de la nécessité d'un effort de discipline et d'un effort financier, convaincre le Gouvernement qu'une organisation nouvelle était indispensable pour maintenir la qualité et la réputation mondiale des Grands Vins de France. Cinq autres années furent nécessaires...

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11 septembre 2016 7 11 /09 /septembre /2016 06:00
« Alors que la 1ière fois elle était restée silencieuse, ce coup-ci, elle se mit à miauner. Et Giurlà trouva la chose bien à son goût. Par le fait, il poussa aussi de grands han à chaque enfournée. »

Je vis sur une île, j’aime les îles, j’aime les écrivains, Milena Agus la sarde et bien sûr Andrea Camilleri le sicilien.

 

En Corse y’a des chèvres alors j’ai choisi « Le Grelot » de ce dernier, publié chez Fayard.

 

C’est l’histoire, à l’aube du XXe siècle, d’un fils de pêcheur de Vigàta, Giurlà, placé à quatorze ans dans une chèvrerie de montagne où il va découvrir un univers de solitude qui lui donne goût à une liberté inespérée et l’initie à l’amour d’une manière peu banale.

 

L’extrait que je vous propose ne déflore pas le fond de ce beau roman, il est très représentatif de la langue de Camilleri et de son art de conteur.

 

 

 

 

 

« À la chèvrerie, Rosa ramenait les cabres à l’enclos.

 

Giurlà rentra ranger ses provisions dans la caborne.

 

« Je peux te prendre un peu d’eau dans l’outre pour me laver ? demanda Rosa dehors.

 

- Pour sûr. »

 

Fut dit, fut fait, Rosa se défubla de son chemisier, baissa les bretelles de sa combinaison, enleva son soutien-gorge.

 

Doux Jésus, quels belons énormes ! Comment pouvaient-ils pointer si dru malgré leur poids ? Rosa s’accassa, releva sa jupe et son jupon, les roula à la taille et se lava entre les jambes. Elle ne portait pas de culotte. Quand elle eut fini, elle entra dans la tenue où elle se trouvait.

 

«Tu me prêtes quelque chose pour m’essuyer ? » demanda-t-elle en s’asseyant sur la paillasse.

 

Giurlà ne trouva guère à lui donner qu’une de ses chemises, qu’il avait lavée deux jours plus tôt. Rosa s’allongea s’appuyant d’un bras sur la caisse et commença par s’essuyer la poitrine. Les yeux écarabillés de Giurlà étaient rivés sur les natures de Rosa, que sa position mettait en vue ni peu ni trop. Elle avait du poil au minon ! Quasiment plus qu’une beguiette !

 

« Pourquoi tu me regardes avec ces yeux de merlan frit ? s’enquit Rosa. Tu n’as jamais vu une femme nue ?

 

- Non.

 

- De vrai ? Alors te gêne pas et regarde-moi bien. »

 

Elle rejeta son chemisier, troussa encore plus haut jupe et jupon et s’appuya des deux bras sur la caisse pour qu’il ait un meilleur point de vue. Giurlà, déjà benouillé de sueur, sentit qu’il durcissait dans son pantalon. Ça lui arrivait depuis deux ou trois mois, mais gros raide comme ça, c’était la première fois. Rosa eut un joli petit rire, elle se redressa, prit la main de Giurlà, la posa sur ses belons et s’allongea à nouveau. Ils avaient beau être durs comme de la pierre, sous la main c’était du velours. Puis Rosa déplaça la main de Giurlà plus bas, vers ses natures, et guida deux de ses doigts à l’intérieur d’elle. Puis elle dit :

 

« Attends. »

 

Tout empoupiné de sa personne, Giurlà en nage se releva. Rosa baissa son pantalon, attira le garçon sur elle, le guida. Ils venaient de finir et étaient allongés côte à côte, le souffle court [...]

 

[...] Il fit demi-tour, pensant trouver Rosa déjà rhabillée. Penses-tu ! Elle s’était mise toute nue et couchée à plat ventre. L’effet sur Giurlà fut le même que s’il n’avait fifrée à l’instant. Dès qu’il fut sur elle, elle adopta la même position qu’avec Damianu *. Mais alors que la première fois elle était restée silencieuse, ce coup-ci, elle se mit à miauner. Et Giurlà trouva la chose bien à son goût. Par le fait, il poussa aussi de grands han à chaque enfournée. »

 

Petit retour en arrière : « En arrivant près de la caborne, il entendit Rosa qui miaunait. La pauvre ! Alors ce n’était pas seulement la tête qui lui variait, elle était malade pour de bon. Mais il dut s’arrêter sur le seuil, pétrufié. Il n’avait jamais vu un homme et une femme fifrer, mais il en avait jaqueté à perte de vue avec Pipo et Fofò et c’était comme s’il l’avait déjà vu cent fois. Rosa, nue comme une jument, était allongée, jambes écartées, sur la couverture qui recouvrait la paillasse et Damianu, encarpionné sur elle, donnait du cul en avant, en arrière, en avant, en arrière. Giurlà était ébaffé de la force que Damianu déployait à chaque ahan. C’était peut-être ce qui arrachait ces ramamiaux à Rosa ? Elle avait peut-être mal ? Mais elle ne semblait pas miaumer de douleur, bien au contraire ! Le cabreux s’arrêta, se dégagea et Rosa pris la position à genoux, en appui sur les paumes. Derrière elle, Damianu se rempiqua bon cœur bon argent, en avant arrière, avant arrière, tout en empoignant les belons de Rosa, qui pendaient comme des mamelles de cabres. Les gémissements de Rosa enflèrent.

 

Giurlà s’en revint.

 

« Comment va Rosa ?

 

- Nettement mieux », rebriqua Giurlà.

 

L’éclaffée de rire fut générale »

 

Un peu plus loin : « Mais pour s’endormir, c’étaient des figues d’un autre panier ! L’odeur de Rosa avait imprégné la paillasse et plus la température montait sous la couverture, plus l’odeur devenait entêtante.

Il se retrouva à nouveau pavillon haut. Il comprit que s’il voulait dormir, il valait mieux ne pas gueniller. D’une mai, il entreprit donc le nécessaire pendant que l’autre, il caressait... »

 

Mais à partir de là mystère, c’est l’histoire et si vous souhaiter en savoir plus faites l’acquisition de ce livre c’est 15,90 euros.

 

« Alors que la 1ière fois elle était restée silencieuse, ce coup-ci, elle se mit à miauner. Et Giurlà trouva la chose bien à son goût. Par le fait, il poussa aussi de grands han à chaque enfournée. »
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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 08:00
Polygraphies corses (8) le seul vrai pastis corse c’est DAMI et vous prendrez bien 1 petite myrte pour la route…

Le pastis DAMI, est le seul pastis qui peut revendiquer la nationalité corse. Il est produit à Bastia.

 

Certes le pastis Casanis, créé en 1925 par Emmanuel Casabianca est né en Corse mais il a émigré à Marseille pour tomber ensuite dans les mains capitalistiques du Bourguignon Jean-Claude Boisset qui, dans le même mouvement devenait le grand fournisseur des pastis de marques de distributeurs. En 2009, c’est un parisien, inconnu du grand public, Jean-Pierre Cayard et sa société au nom exotique : La Martiniquaise qui rachetait le tout. Casanis est le seul Pastis de Marseille élaborée à partir de distillation d'anis vert et d’anis étoilé, et par infusion de la réglisse.

 

C’est dans le contexte du succès des boissons anisées, dû à leur fabrication industrielle leur permettant de se vendre bon marché, substitut de l’absinthe interdite en France en 1915, que plusieurs maisons corse se lancent dans la fabrication de ces boissons. Parmi elle on distingue la maison Damiani, créée en 1935, qui lance son pastis DAMI en 1950. À la belle époque la Corse compta une dizaine de marques mais la concurrence des poids lourds du continent, Pernod et Ricard, les a fait disparaître. Seul Damiani maintient une petite production de pastis en Corse, destinée essentiellement au marché insulaire.

 

Pastis Dami à l’apéritif mais encore plus sûrement un petit godet de Myrte en digestif, souvent avec un glaçon.

 

 

La liqueur de myrte est incolore ou mauve selon qu’elle est industrielle ou artisanale. Son arôme est parfumé et fruité avec un arrière-goût âpre caractéristique du fruit de myrte. Composée, en plus des baies, de sucre, d’eau et d’eau-de-vie de vin, son titre alcoolique varie d’un producteur à l’autre.

 

 

Chaque région, sinon chaque famille, a sa recette de liqueur de myrte et les auteurs de livres de cuisine corse ne manquent pas de donner la leur. Si Simone Costantini a donné une recette de ratafia de myrte, Maria Nunzia Filippini ou François Poli ont comme d’autres tenu à faire figurer dans leur ouvrage cette liqueur traditionnelle. La société Mattei, créée en 1872 à Bastia, connue pour son vin doux Cap Corse, a vendu à partir dès 1931 une liqueur de myrte.

 

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10 septembre 2016 6 10 /09 /septembre /2016 06:00
Couilles de taureaux au Pernod au four : une recette papale d’Ugo Tognazzi

Dans son livre culte Ugo Tognazzi nous livre ses recettes et, il ne manque d’en balancer une, bien provocante, du bout de sa plume. Cependant pour atténuer le poids de son péché il se prévaut de l’onction papale.

 

En effet, affirme-t-il « à une époque pas si lointaine, il était un Pape que les couilles de taureau rendait dingue, il en mangeait matin et soir : sept-huit tranches, au beurre et, à la sauge. »

 

L’impertinent Ugo ajoute que bien sûr le très Saint Père ne pouvait demander à ses cuisiniers « Amenez moi mes fameuses couilles au four, comme d’habitude ! » alors il les baptisa « animelles ».

 

Le mot animelles — le nom est toujours au féminin pluriel — (ou rognons blancs, ou amourettes) est un terme culinaire pour désigner un type d'abats, les testicules d'animaux (taureauverrat ou bélier mais plus particulièrement les jeunes béliers), lorsqu'ils sont utilisés dans l'alimentation humaine1. Ils sont pelés et, en général, mis à tremper dans l'eau froide pendant deux à trois heures avant la préparation pour dégorger. Ils étaient en vogue autrefois en France, en Espagne, au Portugal et en Italie, mais leur popularité a baissé considérablement depuis la crise de la vache folle. Toutefois, ils sont devenus populaires aux États-Uniscomme recette italienne connue sous le nom de Lamb Fries. Au centre-ouest des États-Unis dans le sud de l'Indiana, dans l'Illinois et le Missouri, on consomme les testicules de buffletaureau ou sanglier sous le nom d'« huitres des Montagnes Rocheuses » (« Rocky Mountain Oysters »).

 

 

Bien évidemment Ugo Tognazzi a joint le geste à l’écrit en préparant pour les 30 compétiteurs du tournoi de tennis qu’il organisait sur le terrain de sa villa de Tor Vajanica « 30 couilles au Pernod, qu’ils ont toutes prises pour des rognons sautés à l’ail et au persil. »

 

Sans mâcher ses mots Ugo décrit sa recette :

 

« Prenez de belles couilles de taureau et « scalpez-les » en les incisant dans leur longueur. Coupez ensuite délicatement ces deux testicules scalpés en tranches fines (de l’épaisseur d’un petit doigt). Plongez les tranches dans un poêle remplie de Pernod, ajoutez une pointe de sel et laissez reposer une bonne demi-heure. Une fois les testicules bien imprégnés, panez-les et faites-les frire en les aspergeant encore de Pernod si la cuisson avait tendance à dessécher les tranches. Servez ensuite à table, en faisant montre d’un certain sérieux. »

 

Et le Ugo d’ajouter : « au moment du café, commencez à vous régaler en informant vos invités qu’ils ont foutu en l’air quelque chose comme une couille de taureau par tête de pipe.

 

Amusez-vous des réactions. Elles vous serviront de tests psychologiques. »

 

Voilà pour la partie italienne maintenant passons au versant français avec le Pernod qui semble le grand oublié du couple Pernod-Ricard où, il est évident que le dominant fut Paul Ricard auquel succéda Patrick Ricard pour revenir, après le brillant passage de Pierre Pringuet, à Alexandre Ricard.

 

Pernod dis-nous qui es-tu ?

 

« Contrairement aux idées reçues, Pernod n'est pas un pastis car il ne contient que très peu de réglisse.

 

La marque doit son goût à la distillation de plantes et non à la macération, utilisée pour la production de pastis.

 

Le produit est élaboré à partir d'essences d'anis étoilé, ou badiane, fruit d'un arbre cultivé dans le Nord-Vietnam et dans les provinces méridionales de Chine. On en extrait l'anéthol qui est ensuite mélangé à des essences de plantes aromatiques obtenues par distillation, au nombre desquelles la menthe et la coriandre. »

 

 

Mais d’où viens-tu Pernod ?

 

« Son histoire remonte à la fin du XVIIIème siècle quand deux sœurs, les demoiselles Henriod, vendent à Couvet (Suisse) un élixir d’absinthe de leur composition.

 

La formule comporte quatre plantes, absinthe, anis vert, fenouil et hysope, infusées dans de l’eau-de-vie de vin. Sa consommation est alors recommandée par le docteur Ordinaire, un médecin français réfugié après la Révolution française, en Suisse, à Couvet.

 

Afin de donner à la liqueur l’essor industriel qu’elle mérite, les deux sœurs cèdent leur formule au major Daniel-Henri Dubied, négociant en dentelles, qui fonde, en 1798, une distillerie à Couvet sous la raison sociale Dubied père et fils.

 

Ignorant tout du métier de la distillation, il s’adjoint les compétences d’Henri-Louis Perrenod (1776-1851, fils d’Abram-Louis Perrenoud dont le nom se transformera en Perrenod).

 

 

Fort du succès de cet élixir, ce dernier crée sa propre fabrique, Henri-Louis Perrenod, et s'associe avec un des fils Dubied.

 

Souhaitant étendre son activité en France et pour éviter les droits de douane, il installe, en 1804, une distillerie à Pontarlier (Doubs) sous le nom de Perrenod fils qui devient Pernod Fils en 1805.

 

Marié une première fois en 1797, Henri-Louis Perrenod, devenu veuf, se remarie en 1807 avec Emilie Dubied, la fille du major. De sa première union naîtra Edouard Pernod, à l'origine des branches Gempp-Pernod et Legler-Pernod en plus de la distillerie de Couvet confiée par son père en 1829.

 

Son fils Louis, né de son deuxième mariage, le seconde à celle de Pontarlier. Les territoires sont bien délimités : Edouard 1 exporte aux Amériques quand Henri-Louis vend en France et dans les colonies particulièrement depuis que l'armée française, partie conquérir l'Algérie, emporta dans ses bagages les bouteilles Pernod Fils.

 

A la mort de Henri-Louis Pernod, le 8 décembre 1851, quatre ans après son fils Louis, Emilie reprend l'affaire, aidée de ses deux petits-fils, Fritz et Louis Alfred qui font faire de la distillerie l'une des premières de France avec une production de 25 000 litres d'absinthe (à 72°) par jour en 1896 contre 16 litres en 1805.

 

 

La société se singularise par la création, en 1873, d'un fond de retraite alimenté par une participation aux bénéfices de l'entreprise et par la création d'un système d'assurance contre les accidents et la maladie.

 

Fritz, décédé en 1880, Louis Alfred reste seul aux commandes, soutenu par la banque Veil-Picard de Besançon à qui il cède la société en 1888.

 

Avec ce nouvel actionnaire, la société affiche une grande prospérité au point de devenir, au début du XXème siècle l'une des premières marques d'apéritifs du monde. La création de dépôts régionaux dans plusieurs villes de France permet une diffusion plus large sur tout le territoire.

 

Un grave incendie, déclenché par un orage le 11 août 1901, jour de la fête des pompiers pontissaliens, n'aura pas raison de l'entreprise qui fête son centenaire en 1905.

 

Au cours du XIXème siècle, l'absinthe devient très vite la reine de l'apéritif.

 

Le Parlement accuse l'absinthe de tous les maux et, sous prétexte qu'elle est antinationale, en interdit la fabrication et la consommation par le décret-loi, le 16 mars 1915 (prohibée en Suisse dès 1910).

 

L'usine Pernod Fils, dont l'activité est mono produit,est transformée en hôpital militaire, puis ferme définitivement ses portes en 1917 avant d'être vendue à la chocolaterie Peter, Cailler, Kohler.

 

Par chance, une autre société, la maison A. Hémard, fondée en 1871 par Ariste Hémard à Montreuil et réputée pour l'Amourette, reprend, à la demande de la société Veil-Picard, la marque Pernod Fils en 1926 (2).

 

Une société est créée qui a pour nom Les Etablissements A.Hémard et Pernod Fils réunies.

 

Les apéritifs à base d'anis dont la teneur en alcool peut atteindre 40° étant autorisés depuis 1922, la maison, dirigée depuis 1905 par André Hémard, le fils du fondateur, lance un Anis Pernod à la marque Pernod Fils. Reste que cette marque est déposée depuis 1918 par la société Pernod Père et Fils !

 

Pernod ? Il s'agit d'un homonyme, celui de Jules-François Pernod. Sa société, Les Etablissements Jules Pernod, fabrique depuis 1860, à Montfavet près d'Avignon, une teinture rouge par distillation des racines de garance, destinée aux pantalons militaires.

 

Jules-François Pernod change son fusil d'épaule en 1876 en transformant son usine en distillerie d'alcool, puis en fabrique d'absinthe à la marque Jules Pernod en 1882.

 

L'entreprise devenue Société Pernod Père et Fils en 1916 dépose en 1918 la marque Anis Pernod, puis Pernod et Un Pernod en 1921, monopolisant ainsi le nom Pernod pour tous les anisés qui pourraient être créés ultérieurement.

 

 

Il existe donc à cette époque deux Pernod : celui d'Avignon et celui de Pontarlier.

 

Avignon fait un procès à Pontarlier pour usurpation de marque qu'il gagne : en 1928 est reconnue l'antériorité de la marque Pernod aux Etablissements Pernod Père et Fils d'Avignon et il est interdit aux Etablissements Hémard et Pernod Fils Réunies de l'utiliser.

 

Un vrai pastis !

 

Que faire quand André Hémard décide de faire appel ?

 

Conscient que la mésentente pouvait durer de longues années, ce dernier propose aux Pernod d'Avignon la fusion des deux sociétés.

 

Le mariage est célébré la même année, le 4 décembre 1928. La nouvelle société, dirigée par Jean Hémard, le fils d'André, a pour nom Les Etablissements Pernod avec, comme sous-titre Maisons Pernod Fils, Hémard et Pernod Père et Fils Réunies.

 

Longtemps leader sur le marché des boissons apéritives anisées, Pernod voit arriver en 1932 un concurrent : le pastis Ricard, le “vrai pastis de Marseille”.

 

 

Aussi, profitant d'un décret-loi autorisant en avril 1938 de porter le degré d'alcool à 45°, Pernod lance Pernod 45.

 

La commercialisation sur fond de réclame “et un Pernod pour Arthur, et un !” sera de courte durée car le gouvernement de Vichy voue aux gémonies “la France de l'apéro, responsable de la défaite” et interdit les apéritifs à base d'alcool titrant plus de 16°. Pernod lance alors le PSA : Pernod Sans Alcool !

 

 

1949 : un amendement abroge la loi d'interdiction de 1940 mais maintient l'interdiction de la publicité par affichage et voie de presse.Pernod a plus d'un tour dans son sac dont celui du Tour de France où sillonnent dès 1949 des camionnettes estampillés Pernod Fils.

 

Il faudra attendre 1951 pour que cet apéritif soit de nouveau “libéré”. Les Etablissements Pernod célèbrent cette date en lançant la même année le pastis Pernod 51 qui deviendra Pastis 51 en 1954 pour éviter la confusion avec Pernod 45 (ici le degré d'alcool). Dirigée par Jean Hémard, la société change de raison sociale en 1959.

 

Elle va faire du sponsoring sportif un axe de communication majeur en parrainant des manifestations cyclistes, des clubs de pétanque (Marseille oblige), de rugby et de football, le Paris- Dakar… jusqu'au décret Barzach de 1987.

 

“Heureux comme un 51 dans l'eau”, clame la publicité de 1974 à 1983. A l'air frais, la concurrence est rude avec Ricard et son slogan “Un Ricard sinon rien”. La guerre - commerciale - entre Paris et Marseille fait rage. L'armistice sera signé en 1972, quand Paul Ricard décide de fusionner sa société avec Pernod.

 

L'ensemble devient Pernod Ricard le 20 décembre 1974, chaque société conservant sa personnalité.

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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 08:00
Polygraphies corses (7), qui se souvient d’Ange-Raymond Antonini, des résistants corses, des goumiers et tirailleurs marocains qui en 1943 on fait de la Corse le premier morceau libéré de la France ?

Pourquoi sommes-nous devenus si peureux, si anxieux, si frileux, si pessimistes, aurions-nous perdus la mémoire, surtout nous les presque vieux accouchés dans la grande vague du baby-boom ?

 

Sommes-nous si oublieux des temps que nous avons vécus, incapables d’assumer notre Histoire, non pour la célébrer mais pour la mettre en perspective afin de contribuer à lutter contre la dictature de l’immédiateté, le c’était mieux avant, l’immobilisme quand ce n’est pas la régression.

 

Nous, que l’on met tous dans le grand sac des seniors, sommes-nous en train d’engluer, nos enfants et nos petits-enfants, dans notre frilosité, notre égoïsme de nantis – pour ceux des retraités qui, comme moi, sont à l’aise, et ils pèsent lourds –, dans notre conservatisme de rentiers ?

 

Se souvenir d’où nous venons devrait nous permettre, puisque l’espérance de vie nous fait peser lourd dans la balance du politique, de sortir de notre confort pour assumer notre rôle de passeur de témoin aux générations futures. Mettre la main à la pâte et à la poche pour accompagner les projets de celles et ceux qui se coltinent à la dureté du temps.

 

Prêchi-prêcha que tout ça me direz-vous, rassurez-vous je ne prêche pas, je sais d’où je viens, j’essaie d’être là où il faut être, de faire au niveau de mes moyens, sans me mettre en avant, ça m’aide à vivre le temps qui me reste à vivre, je n’emporterai pas mon Livret A au paradis, si tant est qu’il y en est un, et si oui je risque fort de n’y être pas admis

 

Lisez attentivement cette chronique :

Les retraités pèsent de manière démesurée sur la définition de l'offre politique. 

 

Revenons à la Corse avec Ange-Raymond Antonini « Nos Excellences ne se salissent pas les mains, elles délèguent l’intendance à leur cabinet »

 

En septembre 1970, sous le pseudonyme de Jacques Lantier, ce haut fonctionnaire de l'Intérieur, ancien agent secret, cité à l'Ordre de la Nation pour faits de Résistance, jouissant d’une réelle notoriété dans la Police « vérolée » de la IVe République, publie chez Fayard un brulot : « Le temps des policiers »

 

 

En 1960, il se portait volontaire pour la Coopération et partait en Afrique Noire, d'abord au service de la France, puis ensuite comme expert de l'Organisation des Nations Unies. En Afrique, Ange-Raymond Antonini se convertit à l'anthropologie et se livre à des recherches au cours de ses voyages. De retour à Paris il fait, au Musée de l'Homme notamment, des conférences qui lui valent d'être admis à la Société d'Anthropologie de Paris.

 

Son livre véritable acte d'accusation contre notre société demeurée selon lui, proche des sociétés primitives, en proie aux angoisses collectives, à la merci des ambitions et des appétits de minorités dénuées de scrupules.

 

De Gaulle « avait du militaire à la fois la grandeur et les faiblesses. Tout comme Pétain, on le savait obnubilé par des histoires de 2e Bureau, de police, d’espionnage, de barbouzes, de dames Bonacieux… » et que « l’un et l’autre couvrirent la France et le reste de réseaux jacassiers où l’on retrouvait parfois des moines ferrailleurs, comme on allait autrefois des mousquetaires de la reine aux mousquetaires du roi… » écrivait-il.

 

«Nos Excellences ne se salissent pas les mains, elles délèguent l’intendance à leur cabinet. Je trouve l’appellation fort adéquate car ces cabinets sont bourrés de personnages aux qualifications douteuses qui coiffent les administrations sans subir de concours, qui ne doivent qu’au piston les pouvoirs qu’ils s’accordent, qui accaparent l’Etat au profit des clans. Ce sont des milliers de prébendiers, des mangeurs de crédits, des rongeurs de budget, des croqueurs de fonds secrets, des dévoreurs de bénéfices qui régentent, exploitent, tètent, sucent et épuise la France par la seule volonté de la camarilla qui règle nos affaires… »

 

En bon corse, Ange-Raymond, jouait les Casamayor – pseudonyme d’un haut magistrat adepte des tribunes libres dans le Monde de Beuve-Méry – version lyrique, en durcissant le trait mais, sans contestation, il plaçait le doigt sur un bubon gorgé de pus. À juste titre il avait raison de souligner que « la police publique est devenue peu à peu une police privée. À quoi servirait la suppression des polices parallèles si, par des missions obliques, les services officiels exercent leurs mandats occultes parallèlement au droit et à la justice ? »

 

 

La Corse libérée ! La Corse insurgée ! Mais la Corse oubliée ! Que savons-nous sur le continent de cet exploit réalisé sur l'île, premier département français à s'être dégagé des griffes de l'occupant en septembre 1943 ? On en sait beaucoup sur le débarquement en Normandie, bien sûr. Sur la Provence, bien moins. Mais, sur la Corse, rien ou presque rien. Cet événement périphérique, mythifié, parfois exagéré, par les autonomistes, n'a pas eu droit à une seule note en bas de page dans notre roman national. Sans être corsophile, on peut le regretter, car, par ailleurs, l'histoire est singulière... »

 

Ironie des appellations, c’est le Front national, organisation résistante proche du Parti communiste, qui va mener « un incroyable et fulgurant travail de mobilisation populaire en misant sur l’italianophobie après l’arrivée de 80 000 soldats italiens en novembre 1942. Il convoque aussi l’histoire insulaire : Paoli, Sampierro, le condottiere du XVIe siècle qui s’était opposé à Gênes, mais sans aucune référence à Napoléon ni à la France. »

 

Les résistants jouent Alger, le Général Giraud contre de Gaulle, via un militaire, Paulin Colonna d’Istria, pour se faire livrer des armes débarquées par des sous-marins anglais et le « Casabianca »

 

« Dès qu’ils les ont réceptionnés, ils dictent leur tempo : aussitôt que les Italiens, débarrassés de Mussolini, auront signés l’armistice avec les Alliés, ils s’insurgeront. »

 

 

Le lendemain de cet armistice, rendu public le 8 septembre 1943, Ajaccio se soulève, et 40 résistants prennent d’assaut la Préfecture sans rencontrer de grande résistance. Petit à petit les Italiens qui les avaient pourchassés se rangent à leur côté et 5 jours plus tard, 4000 hommes – surtout des goumiers et des tirailleurs marocains – venus d’Alger arrivent à la rescousse et débarquent à Ajaccio.

 

 

Les Allemands, les 4000 SS-la XVIe Panzerdivision reconstituée après un passage sur le Front de l’Est stationnés au Sud de l’île, remontent par la plaine orientale ou par bateau jusqu’à Bastia d’où ils chassent les Italiens le 13 septembre.

 

Les résistants avec l’appui conjoint des troupes d’Alger et des Italiens convergent vers Bastia. Le principal et dernier engagement a lieu au col de Teghime, conquis par les Marocains le 2 octobre. Le 4 octobre, les Italiens reprennent Bastia aux Allemands, qui réembarquent ce jour-là.

 

La Corse est libérée !

 

 

De Gaulle, bien qu’écarté de l’opération – qu’il aura bien soin d’escamoter dans ses Mémoires – débarque dès le 5 octobre à Ajaccio et entame une tournée triomphale.

 

En bon et habile stratège politique, il étouffe dans l’œuf la stratégie des communistes en déclarant en Corse la mobilisation générale en novembre 1943, phénomène unique en France.

 

 

Le 8 octobre, à Bastia, place l’accent sur la portée symbolique de l’aventure : « La Corse a la fortune et l’honneur d’être le premier morceau libéré de la France. Ce qu’elle fait éclater de ses sentiments et de sa volonté, à la lumière de sa libération, démontre ce que sont les sentiments et la volonté de la nation toute entière. (…)

 

Les patriotes corses groupés dans le Front national auraient pu attendre que la victoire des armes réglât heureusement leur destin. Mais ils voulaient eux-mêmes être des vainqueurs. »

 

Dès le 4 décembre 1938, alors que Mussolini revendique « Corsica, Savoia, Tunisia a noi » des milliers de Corses se sont rassemblés devant le monument aux morts de Bastia. Là, ils déclarent de façon solennelle : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir français. »

 

172 insulaires résistants, 87 militaires et 200 civils sont morts pour libérer la Corse.

 

Folelli : Pour découvrir ou revisiter autrement la Résistance et la Libération de la Corse ICI 

 
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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 06:00
C’est un Rouge… C’est un Rietsch… C’est un litre de Pinot Noir nature… C’est aussi une surprise bourguignonne du taulier…

Je persiste et je signe des 2 mains ce que j’ai déclaré le 4 octobre 2014 : Oui je l’avoue sans honte je suis très très Ritch mais je m’ingénie à répandre le précieux liquide là où il faut ICI 

 

Je suis aussi très facétieux pour oser reprendre un titre de chapitre du livre de Louis Latour : Vers le vin naturel par la vinification élémentaire.

 

« Selon une démarche expérimentale parfaitement maîtrisée, les augures de la viticulture éduenne *, désireux s’obtenir un « bon vin » mirent toutes chances de leur côté, et abandonnèrent le processus aléatoire d’une vinification « à la romaine » qui, de compliquée, était devenu inutile. Ils modifièrent le parcours de la qualité en conséquence, en utilisant d’autres méthodes adaptées au climat septentrional, à des cépages locaux jusque-là inutilisés et aux particularités du miraculeux tonneau de bois, qui instaura dès cette époque son étincelante carrière œnologique. »

 

* Les Éduens étaient un peuple de la Gaule celtique. Les Éduens étaient établis dans les actuels départements français de la Nièvre et de Saône-et-Loire ainsi qu'au sud de celui de la Côte-d'Or et à l'est de celui de l'Allier. Bibracte était leur capitale. ...

 

« L’inventaire détaillé de ces modifications nous est bien connu, puisque aucun des procédés mis en action à cette époque lointaine, n’a aujourd’hui disparu. La transformation du moût en alcool est un fait d’expérience qui suit toujours le même parcours. Le bon « gouvernement » du vin était facilité par l’achèvement naturel de la fermentation qui laissait aller ce processus jusqu’à son terme, puisque, les parties sucrées disparaissaient complètement du vin fait.

 

En outre, par un surprenant paradoxe, on s’aperçut que les cépages septentrionaux, tels le pinot, donnaient des raisins dont le contenu en alcool se situait à un niveau élevé, entre 1é et 14 degrés. Il ne s’agissait donc pas de vins « faibles », sujets à toutes les infections. De plus leur acidité supérieure à deux ou trois grammes, toute fermentation terminée, les protégeait et leur donnait un goût délicieux.

 

Par ailleurs l’accélération de la maturité du pinot à la fin du cycle végétatif laissait espérer presque tous les ans une récolte suffisante et de qualité. Quand les cépages du nord sont transférés dans le sud, leurs fruits dépassent allègrement quinze degrés de sucre et leur acidité s’effondre. Les vins produits sont alors « plats » et sans intérêt.

 

Les cépages de ‘Europe moyenne, à condition qu’ils soient maintenus dans leur niche écologique d’origine, sont donc de manipulation facile, car la vinification du moût ne pose pas en principe de problèmes insolubles. Le pinot en particulier est à l’aise dans les zones semi-continentales et fraîches… et l’acidité fixe du raisin, indispensable à l’équilibre du vin auquel il donne fraîcheur et mordant, est préservée par le climat tempéré.

 

Pour ces raisons le vin peut être ainsi durablement conservé sans qu’il soit nécessaire d’ajouter quoi que ce soit, sinon de petites quantités de substances germicides. Le sucre du moût éliminé par sa transformation totale en alcool, ne subsiste plus qu’à l’état de traces. Le vin « terminé » est donc stable et n’est plus menacé par des reprises de fermentation totale en alcool. Ce vin « tranquille », que nous appelons « naturel » par opposition au vin romain, est le surprenant résultat du transfert de la viticulture fine vers le nord. C’est lui qui domine depuis vingt siècles l’univers du vin fin, à l’exception près des grands crus liquoreux produits en quantités minuscules.

[…]

 

« … Chez nos ancêtres, et jusqu’au XIXe siècle, la pratique et l’expérience guidaient toutes les décisions du vinificateur. Les progrès actuels ont permis de vérifier qu’elles étaient avisées et efficace, car les contraintes du bon vin sont impératives quels que soient leur formulation et leur vocabulaire.

 

Le principe de base qui explique la qualité du vin fin et régit le processus de son élaboration depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours est la modicité des rendements. « Peu mais bon » est une règle absolue, certes difficile à mettre en pratique, qui demeure encore le fin mot de toute qualité œnologique et le critère le plus important de l’éternelle différence entre vin fin et vin commun. Il n’est pas le résultat de la science moderne mais le fruit d’une expérience millénaire. »

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