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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 06:00
Traversée d’un Paris déserté par ses indigènes, les oiseaux de la Mouzaïa, le Pont du dernier tango à Paris, « Ce qu’ils veulent détruire ; c’est l’amitié. Oui l’amitié. »

En 2016, Paris au mois d’août n’est plus le Paris au mois d’août d’autrefois :

 

« 1966, l’année de mes 18 ans, je viens de boucler ma première année de Droit à la Fac à Nantes. Ma bourse plate me permet tout de même de me gaver de me gaver de cinéma au Katorza où le tarif étudiant : 3 francs c’est le prix de 2 sandwiches au jambon. Beaucoup d’entre nous vivions de peu mais nous étions fichtrement heureux de goûter à la liberté. Nous faisions la fête, fréquentions assez peu les amphis, commencions à refaire le monde.

 

S’il est un film qui a éveillé en moi les premières questions sur l’amour conjugal, le carcan de la fidélité, c’est bien le film de de Pierre Granier-Deferre «Paris au mois d’août» sorti au cinéma en 1966 qui était l'adaptation du roman éponyme de René Fallet, Paris au mois d'août datant lui de 1964. »

 

 

Lire ICI 

 

« Et puis il y a le petit monde englouti du bar-tabac de Rosembaum où Plantin va taper la belotte avec ses copains. Parmi eux, Gogaille, son meilleur ami, clochard de profession qui s’exclame à propos des travaux à Paris : « Moi, je vais vous dire: ce qu’ils veulent détruire, c’est pas les vieux quartiers. Les taudis, ça les empêche pas de dormir, vu qu’ils ont jamais dormi dedans. Ce qu’ils veulent détruire; c’est l’amitié. Oui l’amitié. Dans les H.L.M., au moins, y en a plus, y a plus de conversations, plus rien. Les types se voient pas, se connaissent pas, leur reste que la famille, et c’est pas toujours primesautier, pas vrai? »

 

En août 2016 ce qui n’a pas changé c’est la grande désertion des indigènes aisés qui prennent des congés payés, toutes mes cantines sont fermées, il faut aller chercher le pain très loin, le long des trottoirs plein de vides pour le stationnement qui reste payant, dans les rues moins d’autos, de motos, de livreurs… les théâtres font relâche…

 

Serait-ce pour autant le bonheur ?

 

Pas vraiment, Paris est un peu Disneyland avec son Paris-Plage, sa grande roue de la Concorde, avec ses marchands de mauvaise bouffe, de mauvaise bière, de mauvais café sur des terrasses, peuplées de garçons renfrognés, où il faut casquer cher. Pauvres touristes malmenés, je les plains de tout cœur et je regrette que le bien-vivre ne soit plus l’ardente obligation des marchands de soupe de tous poils.

 

Que faire pour ne pas se transformer en vieux ronchon ?

 

Faire ce qu’il faut faire dans une ville où règne l’industrie du tourisme de masse : s’éloigner un peu, prendre du champ, aller baguenauder aux lisières de la ville, en des lieux ignorés des marchands.

 

Comme je fréquente beaucoup les hauts de Paris, le 19e arrondissement tout particulièrement, j’ai pu découvrir il y a deux la Mouzaïa qui est un quartier peu connu, même des parisiens, situé à l'est de Paris, le XIXe, entre le parc des Buttes-Chaumont et la Porte du Pré-Saint-Gervais. C’est un havre de paix, de verdure et de fleurs, avec ses ruelles pavées, ses petites maisons, toutes les mêmes. Et ne venez pas me dire que c’est une enclave de bobos c’est faux. Sa gentrification est de plus longue date.

 

« Les maisons situées en bordure de la rue Mouzaïa sont sensiblement plus grandes que celles situées au centre des « villas » et révèlent par quelques détails une gentrification très avancée du quartier d’où les « classes populaires » ont progressivement disparues depuis une vingtaine d’années en raison de l’augmentation des prix immobiliers. »

 

Si vous y allez en métro je vous conseille de descendre à la station Danube ligne 7bis

 

 

LIRE ICI 

 

Dès mon arrivée à Paris j’ai exploré à pied beaucoup de lieux ignorés par les touristes, surtout les îlots qui ressemblaient comme deux gouttes d’eau à l’habitat provincial. Mon but trouver un point de chute pour mieux me loger mais comme je n’avais pas un rond je ne pouvais accéder à la propriété. La location dans ces lieux protégés relevait d’un parcours du combattant pour le fraîchement débarqué que j’étais.

 

La Mouzaïa est donc restée au rang du rêve inaccessible. J’y repassais de temps à autre pour m’immerger et rêvasser.

 

Et puis un jour, des amies m’ont dit « nous allons vivre pendant deux mois dans notre maison du paradis » et ce fut pour la première fois pour moi l’occasion de pénétrer dans une maison de la Mouzaïa.

 

C’était pour un dîner. J’y suis allé à vélo bien sûr en passant par l’affreuse Place des Fêtes défigurée par des immeubles sans âmes. J’avoue que je me suis un peu paumé avant de retrouver la rue de la Mouzaïa qui structure le quartier. La nuit tombait et, comme toutes les ruelles se ressemblent j’eu quelques peines à retrouver La Villa Émile Loubet.

 

 

La question que tout le monde m’a posé lorsque j’ai évoqué mes agapes à la Mouzaïa c’est quelle est l’origine du nom ?

 

Le quartier dit de la Mouzaïa tire son appellation du nom de la rue principale autour de laquelle il s’organise.

 

Sans doute nos écoliers d’aujourd’hui ignorent tout de la célèbre Smalah de l’émir Abd-el-Kader qui résista héroïquement aux troupes françaises lors de la conquête de l’Algérie.

 

 

Le 12 mai 1840 le duc d’Aumale à la tête des zouaves et des tirailleurs de Vincennes sous les ordres du colonel La Moricicière et du duc d'Orléans commandant en chef, prenait le Thénia de la Mouzaïa, le col, que défendait le dit émir Abd-el-Kader. Ce fait d’armes inspira aux zouaves du maréchal Bugeaud le populaire chant militaire de l’Armée d’Afrique : « La casquette du père Bugeaud. »

 

C’est à la fin du XIXe siècle, vers 1879, que les 250 maisons de la Mouzaïa ont été construites à pour les ouvriers qui travaillaient sur les carrières de gypse et de meulière du quartier. C’est l’architecte Paul-Casimir Fouquiau qui les a conçues selon des règles strictes imposées par la structure du sous-sol.

 

« Elles sont toutes érigées selon le même modèle sur un terrain en pente, avec façade de brique rouge (aujourd’hui repeintes dans la plupart des cas), porte d’entrée étroite, marquise en fer forgé et cour à l’avant. Le sol étant fragile à causes des anciennes carrières dans le sous-sol, les demeures ne devaient pas faire plus de deux étages.

 

C'est pourquoi il n’y a pas d’immeubles dans le quartier, mais seulement des maisonnettes, avec courettes, jardins, terrasses. Elles appartenaient autrefois à des voies privées et étaient fermées. Aujourd'hui ouvertes ces ruelles sont pavées et éclairées par des lampadaires dont le mât est décoré d'une branche de lierre entrelacée selon le modèle « Oudry ».

 

Les carrières de gypse ont été exploitées jusqu’en 1872. Le gypse des Buttes Chaumont avait une très bonne réputation car chauffé à 120 ° dans des fours il donnait un plâtre d'excellente qualité.

 

À la Mouzaïa Il existe d'ailleurs une rue des Carrières d'Amérique car selon la légende une partie du plâtre produit aurait été exporté, et aurait servi à édifier la Maison Blanche, à Washington, aux États-Unis.

 

 

En 1856 (8 ans avant le début des travaux du parc des Buttes Chaumont), on peut lire dans le guide Joanne des environs de Paris.

 

« Si Montmartre a perdu ses carrières de plâtre, les buttes Chaumont ont conservé presque toutes celles qu'elles possédaient. Leurs trois principales carrières portent les noms suivants: Buttes Chaumont, du Centre, d'Amérique. Les deux premières ne s'exploitent plus aujourd'hui qu'à ciel ouvert; la carrière d'Amérique seule va encore chercher sa pierre à plâtre dans le fond de ses vastes galeries qui n'ont pas moins de 1000 mètres de profondeur et dont d'énormes piliers supportent les voûtes hautes de 15 mètres, consolidées çà et là par des échafaudages.

 

Avant dix ans, ces trois carrières seront complétement épuisées jusqu'à la limite où les règlements de police leur permettant de s'étendre. Celle de la Butte-Chaumont a déjà, diminuée considérablement sa production. Dans leur état actuel elles emploient environ 800 ouvriers (de 250 à 275 par carrière) qui gagnent de 3 à 4 francs par jour. Elles produisent chaque année 150 000 mètres cubes de plâtre (50 000 mètres par carrière) qu'elles vendent 15 francs le mètre. Depuis vingt années elles se livrent à trois sortes d'industrie.

 

Elles ne se contentent plus de fabriquer du plâtre elles fabriquent aussi des briques et de la chaux. Quand ces carrières seront épuisées, les fabricants de plâtre devront aller s'établir au-delà de Pantin, dans la chaîne de collines qui s'étend le long de la Marne jusque Meaux. Ils sont certains à l'avenir de trouver assez de bancs de pierre à plâtre pour subvenir à diverses reconstructions complètes de Paris et de tous les villages de sa banlieue. Le chemin de fer de ceinture traverse les buttes Chaumont en souterrain, entre les carrières du Centre et d'Amérique. »

 

En 1860 c'est la fin des carrières.

 

« On peut également découvrir au 46 rue du Général Brunet le Hameau du Danube, composé de 28 pavillons réalisés en 1923-1924 par Albenque et Gonnot et organisé de façon symétrique autour d’une voie en Y, constitue un bon exemple de ce rationalisme qui n’exclut pas les effets pittoresques. Il remporta le Concours de façades de la Ville de Paris en 1926. A une toute autre échelle, on trouve une autre illustration de ce rationalisme dans le développement du logement social sur les terrains libérés par les anciennes fortifications ou en bordure ce celles-ci et dans la construction des grands équipements (école, square, église) rendus nécessaires par l’afflux de population. »

 

Lire ICI Paris, balade architecturale autour du quartier de la Mouzaïa et des Buttes Chaumont.

 

Bonne découverte !

 

 

Et puis, il est des lieux, des ouvrages d’art dans Paris que l’on emprunte sans même se soucier d’eux : ce sont les ponts qui enjambent la Seine qui traverse Paris d'est en ouest sur 13 km.

 

 

Au total 37 ponts et passerelles , tous ne sont pas accessibles à vélo, ceux où passent le métro ou le périphérique, et les passerelles sont piétonnières.

 

ICI 

 

Je les tous traversé à vélo, en auto, en bus, en métro, à pied…

 

Ayant habité à mon arrivée à Paris, rue Mazarine, j’ai souvent traversé le Pont Neuf pour me rendre à la Samaritaine, car on trouvait tout à la Samaritaine. Maintenant on n’y trouve plus rien depuis qu’Arnault l’a fermée. J’ai vu Christo l’emmailloter en 1985. C’est le doyen des ponts de Paris. Inauguré en 1607, sous Henri IV, il est le premier à relier d’un seul jet maçonné les deux rives de la Seine. Extrême pointe de l’île de la Cité, il est aussi le premier à être doté de trottoirs et dépourvu de toute habitation. Les passants pouvaient enfin admirer le fleuve.

 

 

Il surplombe le square du Vert Galant, en hommage au trousseur de jupons qu’était Henri IV, qui est un lieu privilégié pour celles et ceux qui veulent se rouler des patins sous la lune et plus si opportunité.

 

Les amants du Pont Neuf réalisé par Léos Carax, avec Juliette Binoche et Denis Lavent et sorti en 1991, le tournage de ce film a eu lieu  en partie, à Lansargues, canton de Mauguio, près de Lunel… Le Pont-Neuf du film n'est pas à Paris, il est à Lansargues dans le département de l'Hérault, un petit village entre la mer et les vignes. En pleine nature, on va construire le Pont-Neuf et tout le quartier qui l'entoure. Et tout cela coûte cher, très cher ! Si bien que Léos Carax n'a plus d'argent et le tournage s'arrête. Trois producteurs différents vont prendre le relais dont Christian Fechner qui, finalement, permettra au film d'être achevé en 1991.

 

 

Et puis, grâce à lui on peut accéder à la place Dauphine, qui a mauvaise mine pour Dutronc lorsque Paris s’éveille, mais qui a un charme quasi-provincial.

Mais celui que j’ai le plus traversé à vélo lorsque je travaillais rue de Rivoli, c’est le Pont Royal, long de 130 mètres, il a été reconstruit à l'initiative de Louis XIV entre 1685 et 1688, par Jules Hardouin-Mansart (petit neveu du célèbre architecte), François Romain et Jules Gabriel. Il comporte cinq arches en anse de panier, des becs triangulaires chaperonnés et un cordon à la base du parapet. Les deux chaussées du tablier s'ouvrent en biais sur les deux chaussées des quais. Après la révolution il est appelé pont National, puis pont des Tuileries sous Napoléon 1er.

 

 

 

Pour le plus récent, et le plus inutile, le pont Charles de Gaulle – d'une longueur 207 m de long pour une largeur de 35 m, a été réalisé entre 1993 et 1996 par les architectes Arretche et Karasinsky, choisis à la suite d'un concours européen, lancé en 1987. Construit en forme d'aile d'avion et réalisé en acier, il offre une chaussée à sens unique large de 18 mètres, des pistes cyclables et des trottoirs surélevés permettant aux piétons de marcher en toute sécurité. Le tablier est relié aux piles revêtues de béton poli de couleur blanche par quatre énormes chapiteaux en acier moulé de forme conique – je l’ai traversé à vélo, dans le sens rive gauche-rive droite, une seule fois et je puis vous assurer que je m’en souviendrai pour le restant de ce qui me reste à vivre. C’était le dimanche 11 janvier 2015, je me rendais place de la Nation pour rejoindre mes amies à la grande manifestation parisienne suite à la tuerie de Charlie-Hebdo. Les gens marchaient en grappes, silencieux, déterminés, recueillis. Moment unique que nous devrions nous remémorer au lieu de céder à nos démons.

 

 

Le pont le plus kitch est sans aucun doute le pont levant de Flandre de la rue de Crimée situé à l'intersection du bassin de la Villette et du canal de l'Ourcq, dans le 19e arrondissement de Paris. Il permet à la rue de Crimée de traverser le canal, et relie le quai de l'Oise, sur le côté nord-ouest du canal, au quai de la Marne, sur le côté sud-est du canal. Mis en service en 1885, c’est le dernier pont levant de la capitale qui connaît encore chaque année près de 9 000 manœuvres. C’est un monument historique qui vaut le détour.

 

 

Enfin je terminerai par le pont de Bir-Hakeim que j’ai beaucoup fréquenté à une période agitée de ma vie. C’est le pont où dans le Dernier Tango de Paris de Bertolucci (1972) Marlon Brando dans son manteau camel et Maria Schneider coiffée d’une capeline fleurie, marchent côte à côte.

 

 

Et puis, au centre du pont, de larges escaliers en pierre permettent de rejoindre l’île aux cygnes, totalement artificielle pour emprunter l’unique allée bordée d’une double rangée d’arbres. La promenade d’une kilomètre débouche sur une réplique miniature, 9 mètres de haut, de la statue de la liberté.

 

 

Le pont de Bir-Hakeim, anciennement viaduc de Passy, d'une longueur de 247 mètres, pour une largueur de 25 mètres, a été construit entre 1903 et 1905 par l'ingénieur Louis Biette et l'architecte Jean-Camille Formigé. Il est à deux niveaux. Le niveau inférieur comporte deux voies routières de 6 m de large, séparées par un promenoir de 8,70 m ainsi que deux trottoirs de 2 m de large. Le niveau supérieur est réservé au passage de la ligne de métro n° 6 Nation-Charles-de-Gaulle-Étoile.

 

 

Voilà, chers amis, Paris, même au mois d’août, recèle de bien des charmes cachés, si vous passez par chez moi, profitez-en !

 

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30 août 2016 2 30 /08 /août /2016 06:00
« Le Vierzon, c’est d’abord un son… » moi aussi j’ai grandi avec le bruit typique de ce moteur du tracteur de mon père « comme un cœur qui bat de manière irrégulière. »

Samedi en fin de matinée alors que je me rendais à mon déjeuner j’ai fait une halte chez mon opticien boulevard Raspail. Ayant attaché ma monture face à la librairie Gallimard avant de repartir vers ma destination finale j’ai jeté un œil aux livres exposés dans la devanture.

 

Et là, que vois-je ?

 

Un livre, bien sûr, au titre évocateur Tour de France des villes incomprises, et surtout seing d’un bandeau sur lequel dans un globe de neige trônait un beau tracteur tout vert avec du jaune sur ses jantes : Vierzon.

 

 

Le tracteur de mon père : « le Société Française Vierzon de mon père, vert profond, pataud, massif, avec ses gros phares qui lui donnaient des allures de myope, son rythme haletant de monocylindre à deux temps crachotant une fumée bleue, c'est le souvenir des battages.

 

Ce monstre indestructible se démarrait à la main, plus précisément en balançant une grosse poulie, une fois sur deux l'éléphant se lançait à l'envers, il fallait recommencer. De plus, comme c'était un semi-diesel, on partait sur l'essence puis on passait au fuel et l'explosion était provoquée par un chapeau de fonte porté au rouge. C'était un rituel fascinant car des retours de flammes jaillissaient de l'énorme pot d'échappement.

 

La SFV fabriquait ses tracteurs à Vierzon et basait sa publicité sur la solidité, la durabilité, l'économie et c'était vrai la bête était indestructible et consommait tout ce qu'on lui présentait, même des huiles de vidange. Et pourtant le diesel a triomphé. La SFV a sombré, rachetée par une société américaine Case. C'était au tout début du Marché Commun et la France, grand pays agricole, n'a pas fait éclore de grandes entreprises de tracteurs ou de matériel agricole. Renault, la Régie comme on disait, assemblait son tracteur en important un moteur Perkins. Nos grandes plaines céréalières étaient investies par le vert de Class, le jaune de New Holland ou le rouge de Mac McCormick et le bleu ciel de Braud, un petit challenger angevin. »

 

J’écrivais ceci dans une chronique du 30 janvier 2006. ICI 

 

 

C’était au tout premier temps des blogs, je prêchais dans le désert. Il me fallut attendre le 28 juin 2009 pour avoir la réaction de Rémy Beurion.

 

« Bonjour, je suis Rémy Beurion de Vierzon. Je rédige un livre sur les tracteurs de Vierzon qui paraitra en décembre aux éditions Castor et Pollux. Ce livre contiendra ds portraits et des témoignages et de très nombreuses photos de tracteurs de Vierzon. Votre témoignage m'intéresse. Pourriez-vous me contacter au … Si vous pouviez relayer cette information sur votre blog, j'ai lu les commentaires laissés par d'autres internautes. Un grand merci d'avance. » 

 

Dans le livre de Vincent Noyon, le chapitre sur Vierzon est « piloté » par ce cher Rémy Beurion, journaliste au Berry Républicain à Bourges, mais vit à Vierzon.

 

Il est sur face de Bouc 

 

Il est furax Rémy « Vierzon n’aime pas ses tracteurs… »

 

« Vierzon (Cher) est une petite ville de 27 000 âmes situées aux portes de la Sologne et aux portes de la Champagne berrichonne. Rester aux portes de tout est le propre des paillassons, mais on ne s’est pas toujours essuyé les pieds sur Vierzon. La ville a eu son âge d’or entre la Révolution industrielle et les Trente Glorieuses. On y fabriquait de la verrerie, de la porcelaine et des machines agricoles (le fameux tracteur de Vierzon). La culture ouvrière a forgé l’âme de cette petite ville industrieuse, qui continue de voter communiste vaille que vaille – comment en serait-il autrement quand des générations de Vierzonnais sont nés à la maternité de la rue Karl Marx ? »

 

« On y dénombrait 158 bistrots en 1950, des cabarets et des guinguettes. »

 

« Évidemment, les industries sont parties les unes après les autres, laissant la ville pantelante. »

 

« La tradition industrielle de Vierzon remonte en fait à l’installation des forges en 1779. Des manufactures de porcelaine et de verreries s’implantèrent au XIXe siècle. Le minerai était acheminé par le canal du Berry, et la marchandise repartait par les trains de la ligne Paris-Orléans dès 1847. Lorsqu’un certain Célestin Gérard ouvrit son atelier de réparation de matériel agricole en face de la gare, il inaugura un siècle de prospérité industrielle pour la ville. Le grand homme, qui a son buste devant l’ancienne usine, est à l’origine de la première locomobile française. » 

 

 

« En 1957, « la Française »employait encore 1740 personnes et une foule de sous-traitants. »

 

« Les derniers ouvriers sont partis en 1995. »

 

« C’est d’ici (l’usine B3, ce majestueux bâtiment en brique coiffé d’une verrière est une cathédrale industrielle) que sortait le Vierzon, tracteur robuste, simple d’utilisation et peu onéreux. »

 

Pour finir un petit coup de rétro sur les bistrots de Vierzon :

 

« Nous sommes à présent au café chez Rachel. Avec son comptoir rétro et ses tables en formica, c’est le plus vintage des vieux zincs de Vierzon. L’Âne qui renifle, le café du Pouriau, le café du Carnaval, le Bazile-Bar, l’Olympic, la Grenouille, le Poisson frit ont tous disparu. « C’étaient des cafés corporatistes : les jardiniers du quartier de l’abricot se retrouvaient au Pouriau, les cheminots au café du Dépôt ou au café des Gueules noires, les pêcheurs au Goujon qui tète. Au Torchon sale, il n’était pas rare de trouver un moucheron mort au fond de son verre. Au Penalty, on surnommait la patronne « la poilue ». Souvent, les cafés se trouvaient dans la maison même des propriétaires. »

 

Mon père Arsène allait chercher ses tracteurs SFV à Vierzon et revenait à 20 Km/h jusqu’au Bourg-Pailler de la Mothe-Achard. Belle trotte, autre époque, on prenait le temps…

 

Le soir de mon premier bac je suis passé en train de nuit à Vierzon… la transversale Nantes-Lyon… j’allais faire le moniteur de colonie de vacances dans l’Yonne… tenue par les Vendéens de Paris…

 

Enfin, même si ça fait mal au cœur de Remy Beurion il est impossible d’échapper à la chanson de Jacques Brel :

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28 août 2016 7 28 /08 /août /2016 06:00
Petit jeu avec le copyright : Un trône pour le ver de terre une nouvelle inédite de Dashiell Hammett vous est offerte !

J’ai acheté Le chasseur et autres histoires publié aux éditions Gallimard, à la librairie Gallimard boulevard Raspail à Paris.

 

La 4e de couverture dit :

 

« Jusqu’ici le nom de Dashiell Hammett restait associé au roman noir américain, dont il a posé les bases au milieu des années 1920 à travers une soixantaine de nouvelles policières et cinq romans fondateurs, dont Le faucon maltais, symbole s’il en est de la mythologie du privé coriace et taciturne.

 

Le chasseur et autres histoires réunit ses nouvelles littéraires inédites et trois scénarios. Plus qu’une curiosité, ce recueil donne pour la première fois l’étendue de son talent d’écrivain.

 

Une occasion rare, par ailleurs, de revenir sur la vie de Dashiell Hammett. Si, par leur qualité, ces fictions attestent ses ambitions littéraires, elles expriment également ses préoccupations sur la place de l’homme et de la femme dans une société en mutation. Le courage et l’altruisme, la cupidité et le cynisme traversent ces textes non dénués de légèreté, grâce à l’humour caustique de leur auteur. »

 

Dans sa Préface Richard Layman note :

 

« Après le faucon maltais, Hammett allait être considéré comme l’un des meilleurs écrivains des États-Unis ; cela aurait dû lui permettre de se faire éditer partout où il voulait. Cependant l’étiquette d’auteur de romans policiers –acquise auparavant – lui collait à la peau. Son lectorat principal était constitué de fans de polars qui aimaient l’association entre intrigue criminelle et fiction réaliste. Avant la parution du Faucon maltais, une nouvelle qu’il avait expédiée à un magazine sur papier glacé aurait directement atterri au service des manuscrits avec des centaines – voire des milliers – d’autres. Et pas forcément acceptée. »

 

« Le nouvelles sont publiées dans l’état où Hammett les a laissées. Nous avons renoncé à y apporter des améliorations et à moderniser le style. Par exemple, les noms composés sont reliés par un trait d’union, exactement comme Hammett les avait orthographiés. Sa manière un peu désuète de former les possessifs a été conservée. »

 

La nouvelle que j’ai préférée, Un trône pour le ver de terre, est un inédit.

 

Elle commence ainsi :

 

- Tu comptes rester là toute la matinée ? Ton petit déjeuner est servi.

 

La suite est ICI

 

La fin suit ci-dessous :

 

« Il exprimait d’une voix grave, avec une autorité naturelle. Napoléon Ier, ordonnant à ses escadrons de dragons de monter à l’assaut, ne se serait pas exprimé autrement.

 

D’un hochement de tête, un cireur de chaussures fut convoqué. D’un autre, l’employée pour la manucure. Avec deux hommes et une femme affairés, qui au-dessus de ses pieds, qui au-dessus de ses mains, Elmer Kipp se perdit dans la contemplation de l’image que le miroir lui renvoyait. »

 

Voilà, c’est tout, j’ai respecté le copyright et vous ai offert l’intégrale d’une belle nouvelle.

 

Bon dimanche.

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 06:00
« En Corse, il vaut mieux savoir qu’on ne sait pas, plutôt que de croire qu’on a compris. »

Même si je suis maintenant toujours en vacances, la seule question que me posent mes amis, i et e, est simple « Quand pars-tu en Corse ? »

 

La Corse « une île à faire rougir de honte les toutes les autres.»

 

Julie Burchill, militante féministe autoproclamée, déclare dans le Times de Londres sa flamme à la Corse.

 

« Même l'Anglais le plus suffisant, le plus chauvin et le plus près de ses sous risque fort de devoir admettre, si on l'y accule, que quand même il est plutôt sympathique de pouvoir quitter la pluvieuse et humide Albion en prenant un avion à Gatwick à 6 heures du matin pour se poser en Corse environ deux heures plus tard. Et de là, en voiture pendant une ou deux heures de plus, avec son meilleur pote au volant, celui qui n'a peur de rien, emprunter les routes les plus tortueuses dans les montagnes les plus sauvage que connaisse l'homme.»

 

Comme l’écrit mieux que moi JMG Le Clézio « Il y a un esprit des îles... Ce n’est pas facile de dire en quoi cela consiste, mais cela se sent... C’est d’abord et avant tout, un sentiment de l’étrangeté. Ou de l’étranger. Être insulaire, être né dans une civilisation d’îles, cela veut dire qu’on est séparé, éloigné, écarté des autres... On est, naturellement, et irrémédiablement, isolé... Leurs frontières c’est la mer, et la mer n’est pas une véritable frontière. »

 

Malraux, dont on connaît l’art de la formule choc, écrivait « De Gaulle avait son mystère, comme nous avons la Corse » et il précisait « Il y avait en lui un domaine dont on savait qu’on ne l’éclairerait jamais. C’est cela que j’appelle la Corse »

 

Garder sa part de mystère, sa part d’ombre, c’est s’accepter homme, c’est accepter l’autre. La Corse irrite certains, elle me fascine car elle est singulière dans un monde qui se lisse. Oui, la Corse est unique, les insulaires le répètent à l’envi jusqu’à l’outrance. « Une montagne dans la mer » qui scinde son territoire avec l’« en-deçà »(le versant oriental) et l’«au-delà des monts » qui traduit une césure sociale « la terre du commun » et « la terre des seigneurs ». Dès que l’on pénètre dans les terres, que l’on monte « au village » on comprend ce qu’est l’isolement de l’intérieur. Fut un temps, pas si éloigné, où la plupart des villages perchés, nids d’aigles suspendus à la falaise, étaient inaccessibles. «Deux communes adossées aux flancs de la même montagne, et seulement par un trajet de quelques heures, demeurent sans communication d’aucune sorte pendant plusieurs années » Adolphe Blanqui Rapport sur l’état économique et moral de la Corse en 1838. Ce cloisonnement perdure, ici « le kilométrage théorique est moins utile que... le nombre de lacets de la route pour juger de la longueur du trajet. »

 

La Corse est une île méditerranéenne.

 

La Méditerranée, le mare nostrum, avec sa rudesse géographique et climatique qui est cause « de la fragmentation des peuples et de l’accentuation des particularismes. »Elle fait l’unité de ces sociétés promptes à se lancer des défis, à cultiver le paradoxe, sourcilleuses sur le sens de l’honneur, la cohésion de la famille, la pureté du sang... alors qu’il y a peu de régions au monde où le sang s’est autant mêlé. Le « miracle méditerranéen » réside dans la capacité de ces peuples à préserver leur identité. « Le Méditerranéen honore le père, emblème tout puissant de la famille patriarcale, vénère la mère, redoute la femme... » Paul Balta.

 

« La mère, la mort, l’honneur... », le clan, le clientélisme, le paraître, la théâtralisation du quotidien, la violence, la loi du silence... « Le fait est établi, il n’y a guère qu’en Corse qu’une épouse, qui a des éléments à communiquer sur l’assassinat de son mari, ne témoigne pas... » Mais, pour avoir vécu la Corse quand je tenais le dossier au cabinet du Ministre, Dieu sait si la Corse peut-être bavarde, bruir de rumeur, caisse de résonnance d’un lieu clos de 260 000 habitants, grande lectrice de journaux, auditrice de ses radios, spectatrice de sa Télévision. Oui « En Corse, il vaut mieux savoir qu’on ne sait pas, plutôt que de croire qu’on a compris. »

 

Jean-Louis Andreani dans son remarquable livre « Comprendre la Corse » – dans lequel j’ai largement puisé pour écrire cette chronique – « La Corse existe, avec son histoire, sa mémoire, la fierté d’une île et d’une humanité très anciennes, qui n’oublient rien, marquées par la mort et le tragique ; la Corse existe avec ses archaïsmes, ses contradictions, ses rigidités, sa revendication d’identité et son envie de vivre comme le reste de la France, ses richesses humaines et ses petitesses, ses énergies et ses forces destructrices, sans conteste plus fortes qu’ailleurs. C’est un monde particulier, au bord du continent. Il ne sert à rien de le nier, ou de faire comme si on pouvait, justement, ne rien faire et laisser filer, pour ensuite s’insurger de la situation »

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25 août 2016 4 25 /08 /août /2016 06:00
Penser est notre activité première. Mais au fond, avons-nous jamais appris comment.

J’ai acheté ce petit livre Petite philosophie des grandes trouvailles puis il est entré dans l’une de mes nombreuses piles submergé par d’autres livres. Mais, avant de partir sur mon île je me suis dit qu’il fallait que je fasse un peu de spéléologie.

 

 

Mathématicien de formation, Luc de Brabandere a occupé de hautes fonctions dans la banque et la finance avant de reprendre des études de philosophie. Il est aujourd’hui consultant pour le Boston Consulting Group. Il a signé chez Eyrolles Petite Philosophie de nos erreurs quotidiennes (2009), Petite Philosophie des grandes trouvailles (2010) et Petite Philosophie des mathématiques vagabondes (2011).

 

L’ouvrage prend racine dans une question d’un des participants à une conférence sur l’innovation : « Vous dites qu’il faut sortir du cadre mais de quel cadre parlez-vous ? ».

 

Je l’ai donc retrouvé et je l’ai lu.

 

Il s’agit d’un petit livre pratique, dans à peu près tous les sens du terme. Court, percutant, drôle, facile à lire, pétri d’idées et d’observations confrontées à la théorie philosophique. Compter 3 heures de lecture.

 

Ça tombait bien car un des chapitres J’OUBLIE ET PUIS J’Y PENSE cadrait bien avec mes dernières chroniques.

 

J’OUBLIE ET PUIS J’Y PENSE

 

On pense toute la journée. Le matin, on pense à ce qu’on va faire et le soir on pense à ce qu’on a fait. Ou à ce qu’on doit faire le lendemain. Ou à mille autres choses. Parfois la pensée aboutit. Elle permet alors de conclure, de choisir, de décider. Mais souvent, elle est inachevée. On a essayé de comprendre, on a tenté d’expliquer, on a testé une hypothèse, mais en vain. Il faudra donc qu’on y repense.

 

L’occasion s’en présentera d’ailleurs vite, car il n’est pas possible de ne pas penser (sauf peut-être pendant le sommeil, et encore). Penser est notre activité première. Mais au fond, avons-nous jamais appris comment faire ? Pas vraiment. Petit, on nous a expliqué comment nouer nos lacets, rouler à vélo, ou réciter une poésie pour la fête des Mères. Ensuite, nous avons commencé l’apprentissage du calcul et celui d’une deuxième langue. Et puis, on nous a enseigné la géographie et l’histoire, la littérature et les mathématiques, et beaucoup d’autres choses encore… Mais avons-nous le souvenir d’un professeur qui aurait commencé son cours un jour en disant « aujourd’hui, nous allons apprendre à penser » ? Probablement que non. C’est bien dommage…

 

Prenons un exemple. Il nous est demandé tous les jours de « penser au futur de la planète ». Voilà bien quelque chose que nous croyons indispensable, que nous recommandons à tout le monde de faire. Mais l’attention se porte immédiatement sur la Terre et sur tous les défis écologiques qui nous attendent. C’est oublier un peu vite que dans l’expression « penser au futur de la planète », il y a aussi le mot « penser » et que ce mot, à lui tout seul, est un énorme défi. Car il est possible de penser mieux, ce qui est un grand bénéfice quel que soit l’objet de la pensée, qu’il s’agisse de réchauffement climatique ou de l’organisation de vos prochaines vacances.

 

Sans arrêt, nous pensons aux choses, nous pensons les choses. Mais finalement, qu’est-ce que penser ? Je vous propose une réponse en trois temps. Si l’on accepte de dire que réfléchir c’est jouer avec les idées, examinons alors sur quel genre de terrain se déroule le jeu, comment un génie a remporté une partie mémorable au XVIIe siècle, et quelle serait donc la meilleure manière de jouer.

 

Dans une de ses nouvelles fantastiques intitulée « Funes ou la mémoire », qui fait partie du recueil Fictions et qui a été publiée en 1944, Jorge Luis Borges raconte l’histoire étrange d’un homme accidenté. Ayant subi un violent traumatisme, sa mémoire est tout à coup devenue illimitée, et il se souvient désormais de tout.

 

Borges décrit très bien la conséquence effrayante de la situation. Incapable d’oublier, Irénée Funes devient incapable de penser ! Revenant d’un voyage, il ne peut le raconter. Ayant lu un livre, il ne peut le résumer. Et encore moins l’évaluer, le comparer à d’autres, etc. Incapable d’éliminer des détails, il ne peut synthétiser, il ne peut forger de concepts et a fortiori émettre la moindre opinion. Il ne supporte pas que le mot « chien » désigne autant d’animaux différents. Cela le gêne même que le chien de 3 h 14 vu de face ait le même nom que celui de 3 h 15 vu de profil, alors qu’il s’agit pourtant du même. Enfin, pas tout à fait… Pour se remémorer un jour entier, il lui faut un jour entier !

 

Et quand il se regarde dans la glace, il se voit comme une personne différente à chaque instant. Avec une conséquence effrayante que Nietzsche avait bien perçue : un tel homme incapable de voir ce qui est constant en lui ne peut appréhender son identité (du latin idem, le même), il ne peut croire à son propre être…

Borges nous invite à revenir à l’essentiel : pour pouvoir penser, il faut pouvoir oublier. Sans une prise de distance par rapport au monde, l’homme ne peut forger de concept, il ne peut penser au monde. Pour pouvoir abstraire, il doit d’abord pouvoir s’extraire. Cet éloignement par rapport aux choses crée un espace où la réflexion peut se déployer. D’un côté, il y a les objets, et de l’autre, il y a nous, les sujets, obligés de prendre de la hauteur.

 

La suite ICI 

 

4e de couverture

 

« Tout a un jour été trouvaille : la soie, l'aspirine, la boussole, l'inconscient, la chasse d'eau, la colle, la géométrie, la pile électrique, le crayon, la relativité, la boîte de conserve, le code Morse, les lentilles de contact, Gaston Lagaffe, les surgelés, le parcmètre, le livre de poche, l'iPad, le frisbee, le code-barres, le laser, le test de grossesse, la comptabilité...

 

Mais finalement d'où viennent les trouvailles ? Y a-t-il une méthode sûre pour trouver ? Comment se différencient la découverte, l'invention et la création ? Comment Louis Braille a-t-il permis aux aveugles de lire ? Et pourquoi Thomas Edison a-t-il construit une chaise électrique ?

 

Luc de Brabandere apporte ici des éléments de réponse. Dans le style des autres ouvrages de cette série consacrés aux histoires drôles, aux erreurs quotidiennes et aux mathématiques, il dissèque les mécanismes de la créativité. »

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16 août 2016 2 16 /08 /août /2016 06:00
Le Gustave Flaubert n’y allait pas avec le dos de la cuillère « il y a le téton du boulevard, lassé mollasse et tiède, ballotant dans la crinoline… qui apparaît entre le noir du satin sur lequel on frotte sa pine. »

« Sur le sein des mères, le moutard à la broquette pointue éprouve des érections précoces ».

 

Lettre à Louis Bouilhet, 10 février 1851

 

« Après des études de droit inutiles, et avant de s’enfermer à Croisset pour devenir le premier martyr de la littérature, Flaubert part en Orient avec son ami Maxime du Camp. Voyage initiatique et décisif, il en reviendra transformé. La fréquentation des lupanars orientaux, où il copule avec des corps indistinctement féminins et masculins, donne lieu à cette lettre sidérante et troublante à son ami resté en Normandie. »

 

- 29 octobre 1849, départ de Paris.

 

- Novembre-décembre 1849 - Juillet 1850, l’Egypte.

 

- Juillet-novembre 1850, la Palestine, la Syrie, le Liban et l’Asie Mineure où il apprend avec tristesse la mort de Balzac.

 

- 12 vovembre-15 décembre 1850, Constantinople.

 

- 18 décembre 1850, arrivée à Athènes.

 

- Janvier-février 1851, la Grèce.

 

- 11 février-début juin 1851, l’Italie (Naples, Rome, Florence, Venise, Milan.)

 

Louis Hyacinthe Bouilhet, né à Cany (Seine-Maritime, arrondissement de Dieppe), le 27 mai 1822 et mort à Rouen le 18 juillet 1869, est un poète français. Il est le condisciple de Flaubert au collège de Rouen, puis un ami intime. Après l'abandon de ses études de médecine1, Louis Bouilhet exerce les métiers de professeur de littérature et de conservateur de la Bibliothèque de Rouen. Il a appartenu aux mouvements littéraires romantique et parnassien.

 

 

« Parmi les morceaux de sculpture que l'on a trouvés dans l'Acropole, j'ai surtout remarqué un petit bas-relief représentant une femme qui rattache sa chaussure et un tronçon de torse. Il ne reste plus que les deux seins depuis la naissance du cou jusqu'au-dessus du nombril. L'un des seins est voilé, l'autre découvert.

 

Quels tétons ! Nom de Dieu quel téton ! Il est rond-pomme, plein, abondant, détaché de l'autre et pesant dans la main. Il y a là des maternités fécondes et des douceurs d'amour à faire mourir. La pluie et le soleil ont rendu jaune blond ce marbre blanc. C'est d'un ton fauve qui le fait ressembler presque à de la chair. C'est si tranquille et si noble. On dirait qu'il va se gonfler et que les poumons qu’il y a dessous vont s'emplir et respirer. Comme il portait bien sa draperie fine à plis serrés, comme on se serait roulé là-dessus en pleurant, comme on serait tombé devant, à genoux, en croisant les mains ! J'ai senti là devant la beauté de l'expression « stupet aeris ». Un peu plus j'aurais prié.

 

Et c’est qu’il y a, monsieur, tant d’espèces de tétons différents. Il y a le téton pomme, le téton poire, le téton lubrique, – le téton pudique, que sais-je encore ? Il y a celui qui est créé pour les conducteurs de diligence, le gros et le franc téton rond que l’on retire de dedans un tricot gris, où il se tient là bien chaudement gaillard et dur. Il y a le téton du boulevard, lassé mollasse et tiède, ballotant dans la crinoline, téton que l’on montre aux bougies, qui apparaît entre le noir du satin, sur lequel on frotte sa pine, et qui disparaît bientôt. Il y a les deux tiers de tétons vus à la clarté des lustres au bord des loges de théâtre, tétons blancs et dont l’arc semble démesuré comme le désir qu’ils vous envoient. Ils sentent bon, ceux-là ; ils chauffent la joue et font battre le cœur. Sur la splendeur de leur peau reluit l’orgueil, ils sont riches et semblent vous dire avec dédain : « branle-toi, pauvre bougre, branle-toi, branle-toi. » Il y a encore le téton mamelle, pointu, orgiaque, canaille, fait comme une gourde de jardinier à mettre des graines, mince de base, allongé, gros du bout. C’est celui de la femme que l’on baise en levrette, toute nue, devant une vieille psyché en acajou plaqué.

 

Il y a le téton desséché de la négresse qui pend comme un sac. Il est sec comme le désert et vide comme lui. Il y a le téton de la jeune fille qui arrive de son pays, ni pomme, ni poire, mais gentil, convenable, fait pour inspirer des désirs et comme un téton doit être. Il y aussi le téton dame, considéré seulement comme partie sensible, celui-là reçoit des coups de coude dans les bagarres, et les poutres, en plein, au milieu des rues. Il contribue uniquement à l’embellissement de la personne et constate le sexe.

 

Il y a le bon téton de la nourrice, où s’enfoncent les mains des enfants qui s’écorent dessus, pour pomper plus à l’aise. Sur lui s’entrecroisent des veines bleues. On le respecte dans les familles.

 

Il y a enfin le téton citrouille, le téton formidable et salopier, qui donne envie de chier dessus. C’est celui que désire l’homme, lorsqu’il dit à la maquerelle : « donnez-moi une femme qui a de gros tétons. » C’est celui-là qui plaît à un cochon comme moi, et j’ose dire, comme nous. »

 

Et selon chacune de ces espèces différentes, il a, de tout faits d'avance : des tissus, des ornements et des phrases. Les fourrures d'hermine rehaussent de blancheur la poitrine des femmes du Nord. La batiste a été inventée pour les peaux transparentes comme les dentelles frissonnantes pour les seins agités. Blanche comme de la terre de pipe, la toile de Hollande couvre de ses plis le coeur honnête des Flamandes, ménagères à l'oeil bleu qui portent au front des plaques d'argent et qui, sur des bateaux lents, suivent leurs maris en Chine.

 

Là, pour des femmes jaunes, le ver à soie, au soleil, se traîne sur les mûriers. Sans le spencer de velours noir, que serait la joueuse de guitare des rues ? Chaque coeur a son rêve et sa breloque ; la croix d'or à ruban noir est pour la villageoise, la rivière de diamants pour la duchesse, le collier de piastres sonnantes pour les femmes du Nil.

 

Et on les convoite de cent manières, on les embrasse de mille façons, on les appelle dé toutes sortes de mots. »

 

Lettre à Louis Bouilhet, le 10 février 1851

 

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14 août 2016 7 14 /08 /août /2016 06:00
Pascale Robert-Diard c’est presque du Frédéric Dard… les attendus des juges sur les histoires de cul valent les saillies du beau San-Antonio…

Commençons par l’histoire d’un inconnu, dont le membre, indument badigeonné, à l’hôpital, d’acide acétique pur au lieu de sa formule diluée, avait dû être mis en jachère sexuelle pendant 2 mois et demi.

 

La faute reconnue par le médecin, il revenait au juge du tribunal de Saintes (Charente-Maritime) d’évaluer le préjudice subi par son patient.

 

Le plaignant demandait 12 000 francs de dommages et intérêts.

 

Le juge s’est livré au calcul suivant :

 

« La moyenne relevée en général dans les couples français étant d’un rapport par semaine, il [le plaignant] peut légitimement se plaindre d’avoir été privé de dix rapports conjugaux, ce qui fixe la valeur du rapport à 1 200 francs [183 euros]. » Le juge a trouvé que c’était beaucoup trop cher payé et a considéré que 3 000 francs (457 euros) suffiraient à réparer le préjudice « réellement » subi par le propriétaire du précieux outil endommagé.

 

« Pas de semaine sans Brigitte », titrait Paris-Match à l’automne 1961.

 

« Sa moue, ses lèvres, ses seins, ses cuisses dénudées et son insupportable liberté exposés à tous les regards scandalisent la hiérarchie de l’Eglise catholique qui voit en elle une « créature du diable ».

 

Le Vatican avait d’ailleurs choisi une photo de Bardot en transe dansant le mambo dans Et Dieu créa la femme pour incarner le mal et la luxure dans son pavillon à l’Exposition universelle de Bruxelles, en 1958. »

 

L’affiche de La Bride sur le cou, sur laquelle l’actrice apparaît en bikini jaune, les bras repliés en croix sur ses seins, est apposée sur les murs d’un cinéma de Cambrai (Nord). Cette fois, c’en est trop pour les puissantes associations familiales du département, qui assignent aussitôt le propriétaire de l’établissement devant le tribunal de police pour «outrage à la décence ».

 

 

Cette affiche n’existe plus, dans sa version française, sur la Toile : la faute aux attendus du juge Faugeroux.

 

 

Deux mois plus tard, le juge Faugeroux rend son jugement. Il s’ouvre par une inspection minutieuse de l’anatomie de la belle insolente :

 

« Attendu que le visage de l’actrice n’exprime pas la confusion, mais, sous deux yeux effrontés, une moue qui, pour être enfantine, ne laisse pas d’être équivoque. Attendu encore qu’à l’exception du côté droit, où la trame plus serrée du cliché accuse les contours extérieurs et le déhanchement suggestif, le corps est traité en très légère demi-teinte, le cache-sexe qui dissimule la région pubienne se distingue à peine du ventre délicatement modelé sur lequel l’ombilic se dessine avec la précision d’une planche anatomique et le fini d’un bijou. »

 

Le juge poursuit :

 

« Attendu qu’une femme dévêtue sur la plage ou dans une piscine n’est pas indécente, mais que, si elle se promène dans la rue dans la même tenue elle est indécente. Or l’affiche a été apposée dans la rue et par suite, il suffit d’imaginer qu’à sa place il y a le personnage réel… »

 

Attendu qu’à n’en pas douter, le juge Faugeroux s’est lui-même livré à cet effort d’imagination, il en a conclu que tout cela était bel et bien un outrage à la décence et a condamné le propriétaire du cinéma à 200 francs d’amende. »

 

Les petites annonces de Libé : « le représentant de l’accusation énonce gravement les objets du délit : « scorpion, larbin, sucettes, grand gars, cul très ouvert, gros pafs, mecs super-virils » et dénonce cette « volonté de provocation, la revendication d’une liberté absolue, sans limites, sans frontière, ce qui est impossible ».

 

L’avocat de Libération, Me Henri Leclerc, tonne :

 

« C’est donc ça, Messieurs, qui vous choque. Ce n’est pas le fait d’attirer l’attention sur la débauche, c’est qu’on parle de cul ! Est-il encore possible que l’on soit si loin de la réalité, si loin du monde où l’on a sa place de juge ? Vous ne pouvez pas continuer à rendre vos jugements enfermés dans vos salles d’audience, sans savoir que le monde change ! Mais comme il est difficile à la vie d’arriver jusqu’à vous ! »

 

L’exhortation de l’avocat est vaine, le tribunal correctionnel condamne Libération à 3 500 francs d’amende en relevant que « l’infraction est d’autant plus grave qu’elle est commise dans un journal quotidien d’information générale ».

 

La liaison présumée Valérie Trierweiler-Patrick Devedjian dans une bio de la dame.

 

Plainte du monsieur devant la 17e Chambre du TGI de Paris (que j’ai fréquenté par les bons soins d’Hubert).

 

Est-ce une diffamation ?

 

« Une diffamation, rappelle d’abord le tribunal, est « l’allégation ou l’imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération ». Celle-ci, précise-t-il, doit être appréciée « indépendamment de la sensibilité de la personne visée » au seul regard de « considérations objectives d’où s’évincerait une réprobation générale ».

 

Suit ce morceau d’anthologie dans la décision, rendue en juin 2013 :

 

« Attendu que l’adultère a été dépénalisé depuis près de quarante ans et que l’évolution des mœurs ne permet plus de considérer que l’infidélité conjugale serait contraire à la représentation commune de la morale, les propos incriminés, même si le demandeur a pu les juger désagréables, ne portent pas atteinte à son honneur ou à sa considération. »

 

Patrick Devedjian est condamné à verser 1 000 euros à chacun des auteurs au titre des frais de justice qu’ils ont été contraints d’engager.

 

Le député fait appel, mais la cour approuve la motivation du tribunal et la reprend entièrement à son compte. Patrick Devedjian se pourvoit devant la Cour de cassation. Et là, consécration suprême pour la juge Anne-Marie Sauteraud, qui a rédigé le jugement : dans un arrêt rendu en décembre 2015, la plus haute juridiction française confirme. C’est « à bon droit », observe l’arrêt, que les juges ont retenu que « l’évolution des mœurs et celle des conceptions morales ne permettent plus de considérer que l’imputation d’une infidélité conjugale serait à elle seule de nature à porter atteinte à l’honneur ou à la considération »

 

En janvier 2012 La Le Pen qui selon Rivarol, qui, dans un long article particulièrement polémique sur son mode de vie, cite ce propos rapporté : « C’est une fille qui aime manger, boire et baiser comme son père. » poursuit à la fois pour « diffamation » et « injures publiques » ce journal d’extrême droite.

 

« Le tribunal rend sa décision un mois plus tard : il écarte la diffamation en relevant que « le fait d’aimer boire, même de façon importante », n’est pas contraire à l’honneur ou à la considération. Il ne partage pas non plus l’avis de Marine Le Pen sur « l’injure » que représente, selon elle, l’usage du verbe « baiser ». « Le choix d’un terme vulgaire pour évoquer de tels goûts, qui n’ont en eux-mêmes rien de répréhensible ni de contraire à la morale communément admise » ne suffit pas à donner « un caractère outrageant » aux propos, dit le jugement.

 

Rivarol est relaxé. La cour d’appel confirme. Mais la Cour de cassation ne partage pas l’avis des juges sur les plaisirs de la vie. En février 2014, elle casse la décision. Sous la plume d’un conseiller de la Cour, l’expression « aimer boire, manger et baiser » devient une « imputation de mœurs dissolues et d’un penchant pour la débauche » que la plaignante peut à juste titre considérer comme injurieuse. »

 

L’affaire du Carlton à propos de DSK et de ses besoins et pratiques sexuelles «hors norme»

 

Le procureur, dans son réquisitoire avait observé : « Chacun est libre de vivre sa sexualité comme il l’entend. Cela relève de la sphère privée. Ni le procureur ni le juge n’ont le droit de s’ériger en gardien de l’ordre moral. Ce que la morale doit parfois réprouver doit rester en dehors du débat judiciaire, dès lors qu’il ne s’agit pas d’une infraction pénale. Nous travaillons avec le code pénal, pas avec le code moral. »

 

La chronique dans son intégralité si vous êtes abonnés ICI De Brigitte Bardot à DSK, le juge, l’arbitre des bonnes mœurs 

 

LE MONDE Par Pascale Robert-Diard

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12 août 2016 5 12 /08 /août /2016 06:00
En 1593, hors le Ghetto de Venise le cimetière de San Nicoló di Mira était cultivé en jardin potager et en vignoble.

Le 29 mars 1516, La Sérénissime impose aux Juifs de Venise de se regrouper dans le lieu-dit « Geto », à l’extrémité nord de la ville, sur une île encerclée par des canaux. Deux portes, ouvertes le matin et refermées le soir à minuit, donneront désormais accès à ce lieu. Les habitants pourront le quitter dans la journée pour exercer leur profession, mais la nuit seuls les médecins seront autorisés à sortir pour soigner les Chrétiens hors les murs…

 

Plaque du mémorial de l'Holocauste

 

Bien avant l’institution du Ghetto, le 25 septembre 1386, deux Juifs influents, sont venus demander à la Seigneurie que leur soit attribué agricole en friche sur la rive de San Nicoló, pour y ensevelir leurs morts.

 

Terrain accordé, sans aucun loyer, mais dont les limites sont fixées : soixante-dix pas le long de la mer et soixante-dix de long de la lagune, une largeur de trente pas en direction de Venise et de Malamocco. Soit un demi-hectare situé à une extrémité non construite de l’île du Lido, couverte de vignes et de potagers, à proximité du monastère bénédictin de San Nicoló di Mira.

 

Ce terrain était par ailleurs le seul bien immeuble dont les Juifs pouvaient être concessionnaires à titre individuel. À noter qu’alors que les sépultures chrétiennes étaient souvent situées intra-muros, celles des Juifs devaient se trouver hors des limites de la ville, dans des terres incultes et non clôturées.

 

Les terres des Bénédictins – le couvent est le plus grand propriétaire terrien du Lido – sont louées à des paysans qui peuvent les cultiver pendant de longues périodes et transmettre l’utilisation de ce bien-fonds à leurs descendants.

 

Avec le loyer, les concessionnaires apporteront une contribution en nature : 2 chapons, un cierge pesant quelques livres, ou une somme d’argent destinée à l’église du couvent.

 

En 1593, le cimetière cultivé en jardin potager et en vignoble, comme les terrains des Bénédictins, est loué par un paysan pour 25 ducats à la Fraterna della Misericordia… Pendant longtemps les deux fonctions – la sépulture et les cultures – se côtoieront, plus encore, elles se trouveront physiquement superposées.

 

« Le contrat du 20 septembre 1609 établit que le maraîcher Francesco Zampieri, fils de feu Pasqualin, loue la vigne et la maison en brique à proximité du cimetière et devra la conserver en bon état. Avec un loyer annuel de 5 ducats, il doit livrer à la Fraterna 3 melons et un panier de pêches ; mais surtout il doit obligatoirement « bien tenir », « diriger », « améliorer » et ne pas « laisser se détériorer » le terrain, dont il doit conserver les limites et les fruits (figues, pêches, poires, pommes, prunes, laurier, saules et un berceau de vignes.) »

 

« Au milieu du XVIIe siècle, l’extension du cimetière – en dépit de sa forte valeur locative et de la riche production de ses « herbes exquises » pour le marché de la ville – à presque doublé : la surface a atteint un hectare et le nombre des arbres fruitiers à beaucoup augmenté, ce qui, une fois de plus, pourraient confirmer que les Juifs sont définitivement acceptés à Venise. »

 

Source : Ghetto de Venise 500 ans Donatella Calabi éditions Liana Levi

 

Lire 

29 mars 2016

Le ghetto de Venise a 500 ans...ICI

 

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11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 06:00
1907-1910 en Champagne : des vignerons quittaient leurs maisons, laissaient leurs terres aux friches. Mais le négoce se sucrait sur cette misère.

Pour les petits louves et les petits qui croient qu’en Champagne la vie des vignerons fut un long fleuve tranquille un tout petit rappel historique.

 

« Révolution dans le secteur, oui. Détonations, chant de refus, les vieux airs de carmagnoles paysannes. Pas compliqué à comprendre : le vigneron crevait de faim. La fin du siècle avait été atroce. La maladie gagnait, une lèpre. Le phylloxéra qui prenait la vigne à la racine, jusqu'à la mort du cep. Il avait fallu arracher les souches, défoncer à la pioche les terrains sinistrés, replanter. Travail de fossoyeur, de forçat, non rémunéré. Les vignes restaient sans rapport. Et pour finir, pendant quatre ans, pas une seule récolte pour se mettre le moral d'aplomb.

 

1907 : le raisin ne valait rien. 1908 : vendanges de nains. 1909 : la pourriture partout, des fumées grises, infectes, planaient sur les plateaux des pressoirs. 1910 : rien ne manqua, orages, gel, grêle, mildiou. On n'aurait pas fait une tarte avec tous les raisins de Champagne, tant la vendange était transparente. Il suffisait que la maladie entre dans un ménage pour que la ruine soit complète. Des terres qu'on se disputait autrefois comme on se dispute la vie ne trouvaient plus d'acquéreurs. Des vignerons quittaient leurs maisons, laissaient leurs terres aux friches. Mais le négoce se sucrait sur cette misère. »

 

« Les fraudeurs fabriquaient du Champagne avec n'importe quoi, des rebuts d'Anjou ou de Meuse, des piquettes achetées au comptant sur le quai des gares à des intermédiaires sans visage, et avec du cidre s'il le fallait. L'argent rentrait.

 

Les vignerons doutaient de tout, et même du ciel. Qu'est-ce qui leur restait ? Le front bas, la hargne, les hymnes provisoires, les drapeaux rouges qu'ils pendaient aux frontons des mairies. La fraude leur donnait le tournis. L'agitation seule arrivait à calmer leur souffrance du travail nié et insulté... »

 

C'est extrait d'un beau roman de Daniel RONDEAU « Dans la marche du temps » pages 126-127 chez Grasset.

 

 

21 janvier 1911 ; Champagne : la coupe est pleine

 

Publié le 20 janvier 2011 par Olivier Le Tigre 

 

Le champagne coule à flot mais dans la rue. Les verres s’entrechoquent mais jetés contre le mur. La révolte des vignerons en Champagne mousse et fait de drôles de bulles. Coalition des mécontents : les vignerons de la Marne souhaitent que le champagne soit véritablement une appellation contrôlée et que les négociants cessent d’importer des récoltes du Midi voire d’Algérie ou de l’étranger.

 

Les vignerons de l’Aube craignent que leur département ne puisse plus produire le précieux breuvage et que leurs revenus -déjà faibles – s’effondrent.

 

En quelques mois, la tension est montée de façon spectaculaire. En fin d’année 1910, un rassemblement de 10 000 vignerons s’était déroulé dans le calme à Epernay. En ce début d’année 1911, les choses prennent une autre tournure.

 

Récoltes répandues sur la chaussée, drapeau rouge hissé sur les mairies, maisons de négociants incendiées : la violence du mouvement commence à inquiéter le gouvernement qui organise une réunion de crise ce jour.

 

Il faut absolument éviter un embrasement généralisé semblable à celui de 1907 dans le Languedoc où la troupe – le fameux 17ème régiment d’infanterie – avait en partie fraternisé avec les émeutiers et où la vie locale avait frôlé la paralysie totale (grève de l’impôt et arrêt de toute activité économique).

 

Le plan que je propose aux ministres est adopté :

 

Partie «carotte», nous faisons accélérer les débats à la Chambre pour qu’une loi sorte dès février prochain pour lutter efficacement contre la fraude vis à vis de l’origine des récoltes et l’interdiction des transports de vins étrangers. L’appellation Champagne doit être définitivement protégée.

 

Partie «bâton», nous envoyons le 31ème régiment de dragons stationné à Epernay et réputé pour sa loyauté.

 

Le préfet reçoit des instructions précises pour mener des pourparlers de sortie de conflit avec les négociants et les vignerons.

 

Quand la réunion se termine, Briand commente : « Il va être aussi difficile de ramener le calme que de reboucher une bouteille de champagne !»

 

 

« En Champagne en 1911 : protestant contre l’importation de raisin à bas prix venant d’autres régions, les vignerons incendient les maisons des négociants et mettent leurs caves à sac. Les bouteilles finissent fracassées par dizaines de milliers sur la chaussée, et les tonneaux sont crevés. À chaque fois, on commence par s’attaquer au piano, souvent détruit à coup de massue : plus que tout autre, il constitue un signe extérieur de richesses. L’automobile aussi, mais le piano encore plus. »

Anne Steiner.

 

LES REVOLTES POPULAIRES DES VIGNERONS MARNAIS 1894-1911

ICI

 

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 06:00
Pacser le vin avec n’importe qui n’apporte rien à la mixologie : le Green Cadet c’est le citron qui suffit à créer la différence

Y’ a quelques années, les petits génies du CIVB sont venus à Paris pour séduire la jeunesse dorée qui préfère le Cuba Libre au petit blanc de l’Entre-deux-Mers.

 

J’ai le souvenir d’une soirée à l’Olympia où la mixologie bordelaise avait des allures de bouillie sans atteindre la notoriété de celle-ci.

 

Dégueulasse !

 

Contrairement au tout rond bas de plafond de Barcelone je n’ai rien contre la transgression, libre à chacun, à Cahors comme ailleurs, de faire ce que bon lui semble et l’honneur du vin n’en sera en rien outragé.

 

Certes braire fait de l’audience auprès de la petite poignée des adorateurs qui attendent l’érection du maître mais tout ça ce n’est que du vent !

 

Plus intéressant le foutage de gueule des petits génies du marketing : Emmanuelle Bossard, directrice du pôle vin et pétillant chez Rothschild France Distribution en charge de Mouton Cadet, explique que « pour créer ce long drink à base de Mouton Cadet Sauvignon Blanc, nous avons travaillé pendant un an et demi avec des bartenders parisiens pour trouver une recette qui permette de sublimer le vin sans le dénaturer. »

 

Pensez-donc 1 an et demi pour arriver à la conclusion qu’ « Un trait de sirop de sucre de canne – « qui vient tenir la dilution du vin et garder un équilibre dans le cocktail », un zeste de citron – « qu’on exprime et qui rappelle les arômes d’agrumes du Mouton Cadet Sauvignon Blanc », et c’est tout ! Nul besoin d’autres ingrédients pour ce long drink surprenant. Car c’est le citron qui suffit à créer la différence.

 

Pour en rajouter une louche de franche poilade Emmanuelle Bossard « Même si le fait est simple, le coup du zeste du citron vert rajoute ce petit quelque chose. J’aime aussi utiliser parfois le bec verseur "arrosoir" pour animer la confection du Green Cadet ! Une manière originale de théâtraliser ce cocktail pour créer une ambiance estivale sur table. »

 

Confidence pour confidence très chère madame je me dois de conseiller aux braves consommateurs ou même aux barmans de s’approvisionner en sauvignon hors votre marque fort onéreuse. Le résultat sera le même, sauf que bien sûr les barmans du : Le Comptoir de l’Arc (Paris 8ème), Le Californie (Cannes), La Terrasse du Plaza (Nice), La Bastide de Venelles (Aix en Provence) ou encore La Rascasse (Monaco) ne seront plus sponsorisés par vous.

 

Pas sûr d’ailleurs qu’il y ai beaucoup d’amateurs pour cette savante mixture qui vous a mobilisée un an et demi tout de même.

 

Si vous souhaiter lire l’ensemble de l’œuvre de Diane Ziegler du Figaro-vins c’est ICI son beau et bon publi-reportage pour Rothschild France Distribution.

 

Z’avez dit journaliste ?

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