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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 06:00
La Tartarie du steak « Quand le seigneur à envie de boire, les coupes se soulèvent de leur place sans que nul ne les touche et s’en vont devant le seigneur… » Michel Strogoff, Giovanni Drogo, Jules Verne et Dino Buzzati

Bien avant de consommer un steak tartare, ce que je n’ai fait que sur le tard vu que chez moi dans ma Vendée profonde manger de la viande crue aurait relevé de la barbarie.

 

Dans nos esprits peu éveillés le barbare absolu était Attila « le fléau de Dieu » « Là où mon cheval passe, l'herbe ne repousse pas. » et ses Huns, peuple asiatique turco-mongol, de langue turque, tribus nomades qui surpassèrent les autres « dans la maîtrise du cheval, grâce à leur promptitude et à leur étonnante mobilité, ainsi qu’à la dextérité de leurs cavaliers, entraînés dès leur plus jeune âge. Cette habileté, couplée à l’arc court pouvant être utilisé depuis le dos de la monture, fut un avantage lors des nombreuses batailles que livrèrent les Huns. »

 

« Les Huns furent des éleveurs consommant principalement de la viande (en abondance, qu’ils mangent crue et qu’ils font aussi sécher) et des produits laitiers. La chasse avait également une grande importance dans leur économie, notamment la chasse des grands-roi pour l’alimentation de l’armée.

 

Leur bétail fournissait également le cuir, la laine et les os. Le cuir servait à la fabrication des bottes, du harnachement, du carquois ; la laine à celle du feutre des tentes, des capes et peut-être des tapis. »

 

Ils pratiquaient l’infanticide des filles et le géronticide.

 

Bref, de quoi peupler mes nuits de rêves d’images sanglantes.

 

Les tartares sont apparus dans mon imaginaire par la littérature :

 

- Michel Strogoff le roman de Jules Verne paru en 1876

 

 

Michel Strogoff, capitaine cosaque, est chargé par le Tzar Alexandre II de porter une lettre stratégique de Moscou à Irkoutsk, pour prévenir le grand-duc, frère du Tzar, de l’arrivée prochaine de hordes tatares commandées par un officier russe félon, Ivan Ogareff, à la solde d’un Khan de Boukhara, Feofar Khan, en révolte contre l’empire russe et qui essaye de déstabiliser le Kirghizstan puis la Sibérie.

 

La naissance du steak tartare à Paris

 

Jules Verne n’a pas inventé le steak tartare, mais c’est le succès de sa pièce de théâtre (Jules Verne en 1880 a adapté Michel Strogoff pour le théâtre) qui a incité les cuisiniers des plus grandes brasseries parisiennes se sont inspirés du « Koulbat » de la pièce de théâtre en créant cette recette à base de viande de boeuf ou de cheval, coupée en petits morceaux et servie crue avec un œuf et des épices. Cette recette sanguinaire collait parfaitement à l’image des tatars, qui depuis leurs présumés ancêtres « les Huns » mangeaient de la viande crue, attendrie seulement sous la selle de leurs chevaux !

 

Cette recette est donc inspirée de seulement cinq répliques de la scène 5 de l’acte 2 entre deux personnages secondaires, un journaliste anglais Harry Blunt et un hôtelier tatar le Maître de Poste :

 

...

 

LE MAÎTRE DE POSTE. – Je puis offrir à Monsieur du koulbat.

BLOUNT. – Quelle est cette chose... koulbat ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Un pâté fait avec de la viande pilée et des œufs.

BLOUNT. – Alors, servez koulbat. Et vous avez encore ?

LE MAÎTRE DE POSTE. – Du kwass.

 

Bien évidemment cette anecdote, au fin fond de mon bocage, je l’ignorais.

 

Michel Strogoff fut adapté au cinéma en 1956 par Carmine Gallone, je l’ai vu au REX de la Mothe-Achard, avec de grands acteurs : Curd Jürgens : Michel Strogoff/Geneviève Page : Nadia/Jacques Dacqmine : Le grand-duc/Sylva Koscina : Zingara/Gérard Buhr : Blond/Jean Parédès : Jolivet/Françoise Fabian : Natko/Henri Nassiet : Ivan Ogareff/Sylvie : Marfa Strogoff/Louis Arbessier : le tsar/Michel Etcheverry : le général Krisloff…

 

 

Les yeux bleus d’acier de Curd Jürgens, brûlés, la beauté des femmes : Geneviève Page, Sylva Koscina, Françoise Fabian, ma machine à rêves les plus fous.

 

- Le Désert des Tartares (Il deserto dei Tartari) roman de Dino Buzzati paru en italien en 1940, traduit en français par Michel Arnaud, publié en 1949 aux éditions Robert Laffont.

 

 

Ce roman je l’ai lu adolescent et il a beaucoup compté dans ma destinée de petit Vendéen crotté :

 

« Tout près de la frontière, aux confins de mon univers connu, j'attendais le jour où la vraie vie commencerait. J'étais le clone de Giovanni Drogo, ce jeune ambitieux pour qui " »tous ces jours qui lui avaient parus odieux, étaient désormais finis pour toujours et formaient des mois et des années qui jamais plus ne reviendraient... » Aux yeux du clan des femmes je croissais, en âge et en sagesse, dans l'étroit périmètre de notre bocage cernée de hautes haies, alors que je ne poussais vraiment que dans l'obscurité du Rex et du Modern. Perfusé par les yeux verts et le nombril de Debra Paget dans le Tigre du Bengale et par les bas de soie glissant sur les cuisses diaphanes de Catherine Deneuve dans Belle de Jour, je me lignifiais en silence. Jour après jour j'accumulais la chlorophylle des belles étendues sur le papier glacé des magazines de mode de ma mère. Je thésaurisais de la beauté pour gagner les centimètres qui me placeraient au-dessus du commun. C'était le bonheur de jours passés à regarder filer les heures, hors des limites du réel, avec pour seule ligne d'horizon la belle destinée qu'allait m'offrir la vie, au plus haut, à l'étage des seigneurs. Quand parfois le doute m'effleurait - allais-je pouvoir m'extraire de ce monde contraint ? - je me parais des oripeaux d'Edmond Dantès, le trahi, le paria surgi de nulle part accomplissant son implacable vengeance ; les yeux topaze d'Yvonne Furneau m'irisaient... »

 

  • Le Désert des Tartares, Valerio Zurlini, en fit un film sorti sur les écrans en 1976, avec une brochette de grands acteurs : Vittorio Gassman : Filimore/Giuliano Gemma : Mattis/Philippe Noiret : le général/Jacques Perrin : le lieutenant Drogo/Francisco Rabal : Tronk/Fernando Rey : Nathanson/Laurent Terzieff : Amerling/Jean-Louis Trintignant : le médecin-major Rovin/Max von Sydow : Ortiz.

 

Le beau Jacques Perrin incarnant Giovanni Drogo je me voyais bien me glisser dans sa peau…

 

Mon premier tartare je l’ai mangé à Paris dans une grande brasserie dont j’ai oublié le nom.

 

Les origines du steak tartare sont difficiles à déterminer, plusieurs versions circulent :

 

  1. « Parce qu’à l’origine, le tartare est tout sauf français. Il n’est même pas européen. Il nous vient en réalité des Cosaques Zaporogues et non des Tartares, que nous avons rencontrés en Ukraine et dont nous avons piqué l’idée au début du XVIIème. Nous avons amalgamé Cosaques et Tartares car leurs cultures de cavaliers nomades d’Asie centrale étaient suffisamment semblables aux yeux des Français du XVIIème siècle pour être confondues. Les Zaporogues plaçaient des filets de viande de cheval crue et salée sous leur selle et galopaient jusqu’à totalement vider la viande de son sang, puis la mangeaient simplement tranchée ensuite. Nous avons repris l’ingrédient de base, mais sans la selle, et avec deux ou trois ingrédients supplémentaires bien locaux. La viande de cheval est utilisée chez nous aussi, mais la plus courante de nos jours reste le boeuf. »

2. « le steak tartare tel que nous le connaissons aujourd’hui nous provient plus probablement de la ville de Hambourg, en Allemagne, où l’on servait un plat de viande hachée assaisonnée et généralement crue, accompagné d’oignons et de chapelure. Ce plat, appelé « steak d’Hambourg », a donné naissance à deux mets tout à fait différents, mais néanmoins très populaires, le steak tartare et le… hamburger.

 

La ville d’Hambourg étant une très grande ville portuaire, il fût facile pour le steak d’Hambourg de se transporter à travers les grandes villes maritimes d’Europe, et c’est probablement en Belgique qu’il est devenu ce que nous connaissons comme le steak tartare, c’est à dire une préparation de cheval ou de boeuf hachée au couteau (car c’est la tradition, même si plusieurs endroits le font au moulin) et assaisonnée de mayonnaise, de câpres, de cornichons, de moutarde, de sauce forte... C’est d’ailleurs en raison de son origine belge que l’accompagnement traditionnel du steak tartare est la pomme frite. »

 

Selon chef Simon du Monde la Recette de tartare de boeuf pour 4 personnes se décline ainsi :

 

 

400 à 500 g de filet de boeuf (vous pouvez également utiliser toutes les pièces de boeuf tendres) - 4 échalotes ciselées (ou oignons blancs) - 4 cuillers à soupe de câpres - 1/2 bouquet de persil plat - 10 cornichons - 4 jaunes d'oeufs - 4 cuillers d'huile de tournesol - 2 cuillers à soupe de worcestershire sauce - 2 cuillers à soupe de moutarde - Quelques gouttes de tabasco - sel et poivre du moulin.

 

 

Mais revenons à la TARTARIE la Terre des diables extraits de l’Atlas des Contrées Rêvées de Dominique Lanni chez Arthaud illustrations Karin Doering-Froger.

 

« Il en est des Empires comme des glaciers qui couvrent le flanc des montagnes : ils grandissent ou s’amenuisent selon les âges. Celui que le Moyen Âge appelait Tartarie s’étendait au XIIIe siècle de l’Oural à l’océan Pacifique. Et si les Tartares désignèrent le peuple mongol, leur territoire dépassait les frontières qu’on leur connaît actuellement : Gengis Khan les mena jusqu’aux portes de l’Europe. Au milieu du XIIIe siècle, la chrétienté s’interroge avec anxiété et effroi sur « cette race épouvantable de monstres qui n’ont rien d’humain. »

 

« En 1245, le pape Innocent IV charge le franciscain Giovannni di Pian Carpino d’une mission pour le moins délicate : se rendre auprès du Grand Khan Guyuk afin « d’examiner toutes choses avec soins. »

 

Malgré les risques le moine est convaincu de « porter la bonne nouvelle au-devant de « nations barbares ».

 

Dans son Histoire des Mongols il livre ce portrait :

 

« L’aspect des individus diffère de celui des autres hommes. Entre les yeux, en effet, et entre les pommettes, ils ont plus d’écartement que les autres hommes. De plus leurs pommettes sont saillantes par rapport aux joues, ils ont le nez plat et petit, ils ont les yeux petits et les paupières tirées jusqu’aux sourcils. Ils ont, en général, la taille mince, sauf quelques-uns ; presque tous sont de statures moyennes. »

 

Louis IX, le futur Saint-Louis, en 1254-1255, envoie lui aussi un franciscain, le flamand Guillaume de Rubrouck, auprès du Grand Khan.

 

Mais c’est Marco Polo, « le vénitien raffiné, rompu aux mœurs d’une Italie déjà saisie du frisson de la renaissance » qui fera disparaître la frontière entre l’Occident médiéval et cet empire du bout du monde.

 

Le chroniqueur Rustichello de Pise, sous la dictée de Marco Polo écrira sur la découverte des mondes inconnus apportant son lot de merveilles.

 

« Ces enchanteurs, dont je vous ai parlé, font tant par leurs enchantements que, quand le seigneur à envie de boire, les coupes dont je vous ai parlé, se soulèvent de leur place sans que nul ne les touche et s’en vont devant le seigneur… »

 

Que boire avec votre tartare ?

 

Je vous conseille : BRUTAL

Rouge brutal 2012

 

 

La Tartarie du steak « Quand le seigneur à envie de boire, les coupes se soulèvent de leur place sans que nul ne les touche et s’en vont devant le seigneur… » Michel Strogoff, Giovanni Drogo, Jules Verne et Dino Buzzati
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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 06:00
Le vin nature est-il vulgaire « Aucun crime n'est vulgaire, mais la vulgarité est un crime. La vulgarité, c'est ce que font les autres. » Oscar Wilde

Suis-je vulgaire ?

 

Les vins nature et leurs défenseurs sont-ils vulgaires ?

 

De hautes plumes le pensent et l’écrivent, libre à eux de le penser et de l’écrire.

 

Mais qu’est donc que la vulgarité ?

 

Longtemps la vulgarité fut un préjugé de caste, et dans la bouche ou sous la plume de certains qui se vivent comme l’élite elle le reste encore car elle est la marque infâmante du vulgum pecus, de la masse et du bas peuple.

 

« Prenez un homme d'une capacité ordinaire, vous savez toujours ce qu'il va dire dans un cas donné (...) La société d'élite raille impitoyablement cette vulgarité, elle se croit beaucoup plus originale, beaucoup plus personnelle » J. Simon, Devoir, 1854.

 

En février 1857, le gérant de la Revue de Paris dans laquelle Madame Bovary a été publiée sous la forme de feuilletons, l’imprimeur et Gustave Flaubert sont jugés pour « outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ».

 

Gustave Flaubert sera blâmé pour « le réalisme vulgaire et souvent choquant de la peinture des caractères » mais il est acquitté malgré le réquisitoire du procureur Ernest Pinard.

 

Évoquer la vulgarité, ce qui est vulgaire, ce qui manque de distinction, de délicatesse, ce qui choque la bienséance, forme de bassesse, de grossièreté, de trivialité, et le souci de la combattre, cache souvent l’ambiguïté du propos car il peut se retourner contre ceux qui en font un argument imparable.

 

Vulgarité morale, physique…

 

Vulgarité prétentieuse…

 

Vulgarité de caractère, de conduite, des goûts, des mœurs, de parole, des sentiments, du style, du ton, des traits…

 

« Un jour que la conversation tournait à des vulgarités écœurantes (...) elle dit à Fred: « Je ne sais pas si les gens dont vous parlez sont horribles comme vous le dites, mais je sais qu'ils vous ressemblent (...) »

 

Aragon, Les Communistes, t. 1, 1982

 

Je partage l’opinion d’Oscar Wilde « Aucun crime n'est vulgaire, mais la vulgarité est un crime. La vulgarité, c'est ce que font les autres. »

 

Florilèges

 

L’origine du Monde de Courbet est-elle une œuvre vulgaire ?

 

Reiser était-il vulgaire ?

 

Le Pr Choron était-il vulgaire ?

 

Les Hara-Kiri, Charlie and Co étaient-ils et sont-ils encore vulgaires ?

 

Madame Sans-Gêne était-elle vulgaire ?

 

« Casse-toi pauvre con ? » était-il vulgaire ?

 

« Les Bio-cons » était-ce une désignation vulgaire ?

 

Certains critères du classement de Saint-Émilion sont-ils vulgaires ?

 

Les prix de certains GCC sont-ils vulgaires ?

 

Les salaires de certains footballeurs sont-ils vulgaires ?

 

« Merci pour ce moment » est-il un livre vulgaire ?

 

Les Balkany sont-ils vulgaires ?

 

Éric Zemmour est-il vulgaire ?

 

Nadine Morano est-elle vulgaire ?

 

Pamela Anderson est-elle vulgaire ?

 

« On s’en bat les couilles » vin de Pascal Simonutti est-il vulgaire ?

 

Les paroles de certains rappeurs sont-elles vulgaires ?

 

Les tatouages sont-ils vulgaires ?

 

La Rolex de Séguéla est-elle vulgaire ?

 

Mouton-Cadet est-il vulgaire ?

 

Nul n’est à l’abri de la vulgarité… moi le premier… mais ne pas confondre vulgarité et grossièreté car si cette dernière est fracassante elle est curable, alors que l’autre est insidieuse et profondément enracinée.

 

Pour reprendre l’imagerie populaire, la poissonnière ou le charretier, au langage grossier, valent souvent bien mieux que les monstres de vulgarité au langage châtié.

 

Le monde du vin, son bling-bling, ses nouveaux riches, son paraître, sa nuée de courtisans n’est donc pas exempt d’une forme de vulgarité.

 

La vulgarité moderne est violente car elle nivelle et abaisse sous le prétexte de se mettre à la portée, d’être plus accessible, plus compréhensible, plus intelligible pour l’autre, « l’autre » étant l’auditeur, le spectateur, l’électeur…

 

Dans notre monde pressé, qui se dit et se veut efficace, c’est le chemin le plus court pour être compris. La vulgarité est alors un artifice au service d’une communication de proximité, une sorte de communication identitaire. Se faire comprendre de son interlocuteur nécessiterait de se mettre à son niveau. Être vulgaire pour être sûr d’être compris par la base que je cherche à séduire…

 

« Regarde-moi, je parle, j’écris comme toi, je suis toi ».

 

Une faute de français pour « faire peuple »

 

Mais de quel niveau parle-t-on ?

 

Claude Cabanes écrivait dans son Éloge de la vulgarité aux éditions du Rocher lire ICI

 

« Nomenclature sémantique en forme de monologue que le « dominant » adresse au « dominé » sous les vivats du public du chapiteau :

 

« Je suis distingué, tu es vulgaire.

 

Je suis rare, tu es commun.

 

Je suis unique, tu es quelconque.

 

Je suis irremplaçable, tu es habituel.

 

Je suis incomparable, tu es banal.

 

Je suis brillant, tu es terne.

 

Je suis fin, tu es grossier.

 

Je suis raffiné, tu es trivial.

 

Je suis aisé, tu es pauvre.

 

Je suis le consommé, tu es la soupe (le public rit)

 

Je suis un prince, tu es un bouseux.

 

Je suis profond, tu es futile.

 

Je suis mince, tu es gras. »

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26 janvier 2016 2 26 /01 /janvier /2016 06:00
L’anti-Manifeste lâchez-nous la grappe « Ces vins sont en train de sauver l’image du vignoble français. » Olivier Roellinger

Pour parodier ce bon François Morel dans sa dernière chronique sur France-Inter, par les temps qui courent il pleut, dans le petit monde du vin, des Manifestes comme à Gravelotte.

 

Chaque camp est solidement retranché, celui des insurgés, qui tient dans un mouchoir de Chollet noué aux 4 coins, fait beaucoup de bruit médiatique, trop, ce qui irrite le camp d'en face celui des tenants de l’ordre établi.

 

Comme l’Islam est très tendance, ces derniers où se mêlent les repentis, les ouvriers de la 25e heure du bio et de la biodynamie, les purs et durs des produits en cides, les Paganini de l’œnologie de confort, balancent leurs scuds sur la piétaille naturiste : ayatollah, fatwa

 

Des mots qui se veulent assassins mais qui, à la manière de la désignation des pauvres automobilistes piégés par la neige sur l’autoroute, pris en otage, sont des abus de langage.

 

Un ayatollah à la mode iranienne n’est pas qu’un prêcheur mais quelqu’un qui impose sa loi au plus grand nombre. Il ne me semble pas vraiment que ce soit le cas des zélateurs des vins qui puent. Dans notre paysage du vin la force et le poids sont plutôt du côté de ceux que l’on qualifie de conventionnels, soit les tenants du modèle dominant.

 

Que la gente qualifiée par l’émigré d’au-delà des Pyrénées de « bobo-parigot-alterno-mélanchoniste » donnât de l’urticaire à l’establishment riquiqui des qui vivaient très bien dans le petit monde du vin de ces 20 dernières années, j’en conviens aisément. Pour autant, l’appel à la résistance d’un autoproclamé gardien du temple, «Contre la bêtise des gourous des vins nature», me fait rétorquer de quoi se mêle -t-il celui-là ?

 

« Viticulteurs, réveillez-vous ! Reprenez le pouvoir, il n’est que temps. » proclame-t-il !

 

Ha ! bon, les viticulteurs auraient donc perdu le pouvoir…

 

Quel pouvoir ?

 

Celui de faire du vin à leur manière ?

 

Il me semble que dans ce domaine, les exclus sont plutôt du côté des vins qui n’empruntent pas les autoroutes de l’œnologie moderne.

 

Mais ce fameux pouvoir, le seul juge de paix du devenir d’un vin n’est-il pas entre les mains de ceux qui le choisissent ?

 

Entre nous soit-dit, qu’est-ce qu’ils en ont à péter les buveurs des cris d’orfraies des défenseurs de ce qui se fait ou ne se fait pas ?

 

Rien !

 

Ils s’en tamponnent le coquillard…

 

Alors pourquoi une telle agitation du côté des défenseurs de la bienséance ?

 

Tout bêtement parce que derrière cet appel à la résistance se cache une volonté, celle d’exclure ces vins dit déviants, d’insinuer que ces vins, dit naturels ou nature, ne sont pas des vins. En effet, il s’agit d’un appel pur et simple à leur exclusion du champ du commerce alors que je sache à partir du moment où un vin est considéré par la répression des fraudes comme étant un produit sain, loyal et marchand c’est du vin soumis à l’acquittement d’un droit de circulation.

 

Si un vin circule pour arriver jusque sur les étagères d’un caviste ou la table d’un restaurant je ne vois pas au nom de quoi il faudrait le vouer aux gémonies parce qu'il ne plaît pas à un auto-désigné juge aux élégances.

 

Alors est-ce la peur de voir ces vins pleins de défauts faire une concurrence déloyale aux vins bien formatés, bien lisses, bien au goût des goûteurs patentés, qui anime la croisade de ce Godefroy de Bouillon du XXIe siècle ?

 

Si tel était le cas, et ça ne l’est pas, pourquoi en appeler à un sursaut des vignerons qui suivent le droit chemin ? De deux choses l'une : soit les vins dit déviants trouvent des consommateurs, soit ils n'en trouvent.

 

Les seuls décideurs ce sont les cochons de payant et non les conseilleurs, patentés ou non. Et c’est heureux…

 

Tous les goûts sont dans la nature dit l’adage populaire et François Jacob dans le Jeu des possibles, Fayard, 1981, rive le clou à tous ceux qui veulent nous imposer le leur « Vouloir séparer le biologique du culturel n’a pas de sens. Pas plus que de demander si le goût de Roméo pour Juliette est d’origine génétique ou culturelle. »

 

Pourquoi, dans ces conditions, instaurer un débat, ce serait du même tonneau que d'en instaurer un sur le sexe des anges ?

 

D'ailleurs je n’ai jamais assisté à un vrai débat entre les deux camps car tout bêtement aucun d'eux ne se risque à affronter l’adversaire, à confronter ses idées, tout le monde préfère l’entre-soi et l’instruction de procès à charges. C’est plus confortable.

 

L’intolérance est partout : essayez donc de contredire Nossiter !

 

Je fais un rêve : si un vrai débat s’instaurait, celui-ci mériterait mieux que l’échange d’horions, de raccourcis faciles peuplant les réseaux sociaux, qui permettent aujourd’hui de jeter principalement le discrédit sur un produit, le vin nature, qui se vend parce qu’il est apprécié par une catégorie, certes minoritaire, de consommateurs qui ne sont ni des déviants, ni des fauteurs de goût.

 

Le vin véritable n’existe pas mais la ligne de partage est bien entre ceux qui veulent définir des valeurs moyennes de composants avec une marge de tolérance et ceux qui affirme qu’un «produit naturel» est par définition soumis à des grands écarts du fait même des caprices de la nature.

 

Que je sache la liberté du consommateur de choisir son vin selon son goût, ses désirs, ses envies, son porte-monnaie, n’est entravé par qui que ce soit.

 

Alors où est le danger ?

 

Qui est en danger ?

 

Ceux qui ont peur de perdre ce qu’ils considéraient comme leur pouvoir, qui se vivaient – et qui en vivaient – défenseurs du bon goût, d’une forme d’académisme. Les gardiens de tous les temples, tous les musées, toutes les chapelles

 

En matière de vin, comme en tout, je suis athée et laïc.

 

Donc « Lâchez-moi la grappe ! »

 

Et je ne demande pas, à qui que ce soit, de me suivre comme les moutons suivent le Bon Pasteur. 

 

Mon phare, ma balise, mo étoile polaire c’est la sincérité. Pas la mienne, celle de ceux qui font le vin.

 

Et je souscris à 100% à ce qu’a déclaré Olivier Roellinger au sieur Sébastien Lapaque qui graphe maintenant dans la pointe avancée de la Résistance aux vins conventionnels : la RVF, environné qu’il est d’encarts vantant les mérites des plus beaux fleurons de ceux-ci. 

 

« J’avais besoin de cette forme de sincérité. Dans une Bretagne massacrée par l’agriculture chimique, il était inévitable que la rencontre se fasse avec des vignerons en train de proposer un autre modèle. J’ai toujours mis un point d’honneur à travailler avec des légumes bio, des œufs bio, des volailles bio. Ma femme Jane a même poussé la démarche jusqu’à exiger des fleurs bio pour nos bouquets. Il était normal que le vin suive. C’est une cohérence qu’on doit avoir. »

 

Dangereux extrémiste ce chef breton d’autant plus qu’il aggrave son cas en prenant fait et cause pour les affreux, sales et méchants naturistes.

 

« Nous avons commencé avec Bruno Schueller, Patrick Meyer, Dominique Derain, Claude Courtois et Pierre Overnoy.

 

… Aujourd’hui au Coquillage on peut boire un vin d’Auvergne de Patrick Bouju, un chardonnay de Noëlla Morantin

 

… Pour suivre il y a du Ganevat, du Arena, du Vallette, du Peron, du Jambon

 

Ces vins sont entrain de sauver l’image du vignoble français. »

 

La patrie du vin français n’est donc pas en danger du fait des vins de chemin de traverse mais plutôt du fait de l’ennui provoqué par l’uniformité des vins dont on peut douter de la sincérité…

 

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 06:00

 

Sur les réseaux sociaux tout un chacun s’essaie à sortir la tête du flux ininterrompu en jouant, avec un bonheur inégal, sur le registre de l’humour, de la vacherie, de la parodie, de la pochade. C’est à qui fera un « bon mot » pour attirer le gogo.

 

Jusqu’à ces derniers temps le monde du vin, toujours à la traîne, se complaisait dans les sempiternels j’aime ton cru, ça sent la pêche melba, ça goûte bien, assorti chez l’exilé d’au-delà des Pyrénées d’une iconographie dans le style LUI des origines.

 

Bref, on s’ennuyait ferme et petit à petit beaucoup de blogueurs jetaient l’éponge ou s’engageaient dans la sous-traitance là où affleure encore le peu de pognon de la presse écrite.

 

Et puis, surgissaient du diable vauvert, la Revue des Gros Vins de France d’un certain Marc Hélalie et le Glourafi sur Twitter. Des pseudos bien évidemment, c’est plus commode, ça évite comme pour moi de se faire blacklister par la RVF et interdire de séjour par B&D.

 

Qu’importe !

 

Mettre un peu d’animation, foutre le bordel dans les conventions, asticoter les prétendues icones, qui souvent rient jaune, se la jouer Canard Déchaîné avec un zeste d’impertinence, une pincée de méchanceté et beaucoup de mauvaise foi, ça ne peut nuire à l’extension du domaine du vin.

 

Bien sûr il leur faudra tenir la distance, durer sans lasser et ça c’est une autre paire de manches…

 

Ce dernier samedi, alors que j’avais d’autres chats à fouetter, façon de parler, en une concomitance étrange, j’ai assisté bien au chaud à une partie de ping-pong sur la Toile.

 

Tout d’abord via Bourgogne-Live voilà t’y pas que l’ami Confédéré Paysan, Lilian Bauchet, du fin fond de sa nouvelle patrie du Beaujolais, sortait de son long silence d’ermite :

 

« Bon, deuxième post de l'année et nous ne sommes pas encore fin janvier. Le moral est bon, les jambes aussi. Ah, j'en ai bouffé des kilomètres de brouillon pendant la morte saison, je suis affûté comme jamais, c'est sûr, le titre de blogueur vin de la RVF 2016 ne m'échappera pas.

 

Qui pour me barrer la route ?

 

Olif ? Trop orienté vins naturels. Escapades gourmandes ? Trop léger, le vin, c'est un sujet sérieux…

 

Du morgon dans les veines ? Au contrôle antidopage, il ne passera pas.

 

Nicolas Lesaint ? Trop sensible, ça se sent dans ses écrits, son côté poète va lui jouer des tours quand ça va frotter dans le peloton à l'approche de l'arrivée, il n'aura pas les nerfs pour rester au contact.

 

Jacques Berthomeau ?

 

La réponse de Lilian, pleine d’à-propos est ICI 

 

Sa conclusion m’a fait sourire « Tu dois te demander pourquoi je te donne tous ces conseils, toi qui es un de mes principaux rivaux pour le titre ? Parce que j'aime trop ce sport pour voir un compétiteur de ton calibre passer à côté de sa carrière. Maintenant, tu en fais ce que tu veux de mes conseils, si tu veux rester le Poulidor de la blogosphère vin, ça te regarde. »

 

 

 

Rassure-toi Lilian, Poulidor n’est pas ma tasse de thé et si le vélo est l’un de mes amours c’est parce que je suis un bobo parigot cher au blogueur de l’année 2016.

 

Et là cher Lilian, tout comme Marc Hélalie, vous êtes largués par le peloton lorsque vous prétendez postuler pour ce titre 2106 déjà attribué par le RP Saverot.

 

Ce sera pour 2017, année des revenants dans une autre compétition. Peut-être face à l’afflux de candidats de droite comme de gauche vous devrez passer par la case des Primaires. Pour ma part, le Soviet Suprême de la RVF sous la férule du petit père du peuple de Marie-Claire, la barbe de 3 jours JP Lubot, m’a assigné au Goulag de la Toile, et je ne pourrai être des vôtres. Ce que je ne regrette en rien, cher Lilian, je préfère mes belles amies du haut de Ménilmontant à l’engeance postulante au titre.

 

 

Pour finir avec toi, un reproche de haute portée politique : comment peux-tu Lilian Confédéré Paysan publier ton blog sur une plate-forme inféodée à l’impérialisme US comme on disait de mon temps.

 

Mais ce samedi me réservait d’autres surprises puisque No Wine is Innocent sur rue 89 L’Obs. publiait :

 

Le Glourafi et La Revue des gros vins de France se moquent du vin par Antonin Iommi-Amunategui. Publié le 23/01/2016 à 14h46

 

« La Revue des gros vins de France et le Glourafi sont apparus récemment, et vite tombés dans les radars des amateurs et pros de vin : deux producteurs d’infos factices, décalées, ironiques, railleuses du « mondovino ».

 

Le premier via un blog, le second sur Twitter exclusivement, où ils se moquent, avec un humour cruello-tendre, des postures, figures et tendances du vin actuel. Mais comme pour les sites parodiques dont ils s’inspirent, sous les délires, il y a le sens.

 

On a donc essayé de faire parler leurs deux créateurs/animateurs. Les réponses sont parfois à prendre avec deux-trois litres de pincettes (notamment celles de la RGVF qui sont toutes, faut-il le préciser, farfelues voire outrancières, à l’image de ce qui est publié sur le blog en question). »

 

La suite ICI 

 

Sitôt, l’Hélalie qui doit fichtrement s’emmerder le samedi, rétorquait :

 

« Une interview de notre cher leader a été diffusé sur le média communiste Rue 89. Malheureusement, le journaliste Antonin Iommi Amunategui a coupé l'interview de notre grand leader, Marc Hélalie. Il a de plus mis côte à côte le glourafi qui est le pendant "gendre idéal" de notre magnifique maître de la pensée, Marc Hélalie, loué soit-il. Nous apportons ICI la version originale pour éclairer cette sombre histoire.

 

MDR le « trio BNP » Pierre Bergé, Xavier Niel et Mathieu Pigasse, également principaux actionnaires du Monde, comme le disaient les jeunes avant que ce soit ringard : média communiste Rue 89 !

 

Qu’importe ce genre de détail, l’important c’est que face à ce déferlement, le duo Butane&Degaz sentait le couperet de la faux les frôler. Face à l’échec de leur stratégie d’entrisme chère aux trotskystes, menée par leur bedeau aux Richelieu bien cirées, il leur fallait réagir dans l’heure.

 

Comme je suis bon prince, lisant dans leurs pensées affolées, je leur ai proposé de recruter Lilian Bauchet pour lancer leur contre-attaque avec un titre qui en jette un max : En Bonbonne

 

De Gaz bien sûr !

 

La photo titre est tirée d'ICI 

 

Après Olif, c'est la deuxième grosse prise de guerre, dans le cercle très fermé des vins à poils, de l'infernal duo Butane&Degaz... Inutile de vous signaler que le répondeur de Nicolas 2 R répond inlassablement : j'ai piscine !

 

Désolé Lilian mais aller à vélo le week-end prochain, aux anonymes à Angers, est au-dessus de mes dernières forces. Je mandate donc la cantinière d’altitude du Lapin Blanc, mon amie Claire, elle aussi adepte du vélo de ville, un Poulidor je crois, tu n’y perdras pas au change…

 

 

Pour ton info, jeudi prochain, je vais écouter tes idoles José Bové et Carlo Petrini… Je les embrasserai de ta part…

Face à la résistible ascension de la Revue des Gros Vins de France et du Glourafi, Butane&Degaz lancent En Bonbonne avec Lilian Bauchet aux rennes…
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24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 06:00
Ettore Scola n'est plus, une journée particulièrement triste pour le cinéma et pour moi.

Un des derniers grands maîtres du cinéma italien Ettore Scola, réalisateur de chefs d'oeuvre mettant en scène Marcello Mastroianni, Sophia Loren, Vittorio Gassman ou Nino Manfredi avec, « Nous nous sommes tant aimés » 1974, « Affreux, sales et méchants » 1976, « Une journée particulière » 1977 est mort mardi à Rome à 84 ans.

 

 

Le 8 mai 1938, Rome en fête organise un grand défilé en l'honneur d'Adolf Hitler, venu en Italie pour consolider son alliance avec le Duce. Dans un immeuble d'un quartier populaire, Antonietta, Sophia Loren, épouse d'un petit fonctionnaire fasciste, se consacre aux tâches ménagères. Son mainate s'échappe et se pose sur le rebord d'une fenêtre. Antonietta en avertit le locataire concerné. C'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Gabriele, Marcello Mastroianni un commentateur de radio homosexuel, récemment licencié, qui attend son arrestation imminente...

 

 

Le décor de ce film prestigieux mais crépusculaire est un immeuble mussolinien filmé comme un tombeau : toute vie semble y avoir disparu en ce jour de mai 1938 où les Romains fêtent la visite de Hitler. Ne restent dans l'immeuble que deux exclus de l'héroïsme fasciste : un homosexuel persécuté et suicidaire, et une mère de famille abandonnée à ses casseroles.

 

Le film est un huis-clos dans un immeuble reconstruit en 1934, selon les critères de la nouvelle architecture fasciste pour les fonctionnaires viale XXI Aprile à Rome. Les distinctions sociales étaient prises en compte dans la répartition des logements. Tout était fait pour que les gens puissent s’épier, s’espionner, dénoncer.

 

 

Histoire d’apparence banale, mais qui ne l’est pas : deux êtres que tout sépare se rencontrent et s’aiment dans une période troublée, où triomphe l’exaltation de l'héroïsme fasciste. Une histoire d'amour qui semble la première pour Antonietta et la dernière pour Gabriele. Le contre-emploi de Sophia Loren, mal fagotée, mère au foyer abandonnée à son train-train quotidien, toute dévouée à sa famille correspond parfaitement au modèle de la mère prôné par le fascisme. Elle ne remet jamais en cause ce système, elle l’accepte docilement. Et le couple improbable qu’elle forme avec un Marcello Mastroianni, en intellectuel homosexuel, et donc forcément célibataire, raffiné et sensible, loin des valeurs viriles défendues par le fascisme, devient bouleversant. Aucun mélo, la peinture des sentiments est juste, sensible, émouvante.

 

J’ai pleuré.

 

Le fossé infranchissable, intellectuel, politique, social, et moral qui sépare ces deux êtres, est balayé par les circonstances exceptionnelles. Tout s’efface, les cases disparaissent, restés seuls dans cet immeuble mussolinien filmé comme un caveau : toute vie semble y avoir disparu en ce jour de mai 1938, Gabriele ne devrait pas pouvoir tomber amoureux d’une femme et Antonietta succomber à l’adultère. Tout devient possible du fait de leur fragilité, fragilité liée à leur solitude. Sans elle chacun serait resté sur ses positions, il n’y aurait pas eu de volonté de se lier à l’autre. C’est elle qui m’a bouleversé. Ce sentiment fort et irrépressible qui naît bouscule le système qui emmurait ces deux êtres si différents. L’amour l’emporte !

 

Tout cela est magnifié par une mise en scène impeccable, c'est du grand cinéma .

 

Les belles histoires sont intemporelles. Une journée particulière fait partie de ces films qui ne vieilliront jamais.

 

Dans un entretien avec Jean A. Gil, auteur du Cinéma italien (La Martinière), Ettore Scola expliquait, au sujet de l'homosexualité, que, «sous le fascisme, celui-ci n'existait même pas comme concept. Le mot n'est jamais apparu sur un journal de l'époque. […] Beaucoup d'homosexuels étaient indirectement accusés et éloignés de leur travail, ils étaient envoyés au confino de Carbonia, en Sardaigne, où étaient détenus également des subversifs non homosexuels.»

 

En 2012, lors une intervention à la Cinémathèque française, après la projection du film, Ettore Scola, cinéaste multi-récompensé, a confié que la distinction qui l'a rendu le plus fier lui a été donné par une association gay italienne, Fuori!, pour son respect des personnes homosexuelles.

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23 janvier 2016 6 23 /01 /janvier /2016 06:00
Henri Vincenot, le bourguignon chouchou de Bernard Pivot, aimait les gaudrioles, moi aussi !

Le maïs en grains au Bourg-Pailler c’était pour les poulets. Il séchait à l’air libre en des silos grillagés avant d’être égrené. Nos seules farines étaient celle de froment et de blé noir. J’ai découvert la polenta à la table d’une amie italienne de maman qui vendait du linge de table de la marque Linvosges.

 

Ha le maïs et ses poupées dont je fumais les « cheveux » séchés !

 

Je ne puis m’empêcher d’évoquer ce secrétaire d’État à l’Agriculture, vétérinaire de son état qui, suppléant le Ministre en titre, Pierre Méhaignerie, IGREF de son état, lors d’un Conseil des Ministres du Marché Commun, lisant un papier d’un conseiller, tout au long de son intervention, évoqua avec le plus grand sérieux le MAIS. Pauvre tréma !

 

Même si j’aime la gaudriole je ne galèje pas, le maïs fut humilié.

 

Mais, en voilà une belle transition, vous allez me dire quel rapport entre le maïs et la gaudriole ?

 

Patientez !

 

Un peu d’histoire et de géographie : comme vous le savez sans doute le maïs cultivé en Amérique centrale il y a 7000 ans, vénéré par les aztèques et les Mayas, arrive en Espagne avec Christophe Colomb en 1493 puis il migre dans la région de Venise vers 1530 où, par ignorance de son origine, il est dénommé «Blé de Turquie». De sa farine naîtra la Polenta chère à Alessandra. Ensuite le maïs traversera l'Italie du nord et les Alpes en empruntant le chemin des espagnols de Milan aux Pays-Bas. Il est attesté en Bresse pour la première fois à Flacey-en-Bresse en 1611, à Louhans en 1625.

 

Pour son haut rendement le maïs était considéré par les paysans comme une plante miracle et pour ne rien perdre, les épis étaient séchés au four à pain et un jour sans doute, certaines furent grillées. Finement moulu, ce maïs donne une farine odorante, colorée et bouillie au goût de noisette qu'on appela : LES GAUDES.

 

Dans son livre Célébration des gaudes, Robert Bichet, à la page168 écrit :

 

« Christophe Colomb rapporta le maïs en Europe à la fin du XVe siècle. La céréale parvint en Bresse deux siècles plus tard et servit initialement à la nourriture du bétail et du réputé poulet de Bresse. Cette variété était appelée blé de Turquie puis maïs jaune de Bresse. Très rapidement les paysans prirent conscience de ses qualités nutritives pour l'homme et commencèrent à en torréfier les épis afin d'en tirer une farine aisée à conserver. Échappant à la dîme, son succès fut très rapide. Au début du XIXe siècle, la pomme de terre devint une alternative et, le niveau de vie s'améliorant avec la diversification alimentaire, les gaudes ne se consommèrent désormais plus qu'au petit déjeuner. L'arrivée du café au lait dans les habitudes relégua les gaudes dès les années 1920 au rang de curiosité folklorique. »

 

À noter que « Les paysans étaient friands de la peau qui se formait à la surface de la bouillie, et pour la "rasure", récupérée au fond de la marmite, et craquant sous la dent.

 

C'est l'abus de gaudes qui est à l'origine du surnom des Bressans "les ventres jaunes". Il faut savoir aussi qu'en latin Gaude signifie Réjouissez-vous.

 

On disait aussi en mangeant quelque chose de bon : c'est de la peau de gaude.

 

 

Dans sa Cuisine de Bourgogne chez Denoël Henri Vincenot est plus prolixe :

 

Les Gaudes.

 

« Je classerai cette bouillie de farine de maïs grillé dans les soupes, car c'est au "souper" (repas du soir - le "diner" étant le repas de midi) qu'on la consomme, au lieu et place de la soupe.

 

Mais on n'en reste pas là et, comme on verra, l’on peut s'il en reste, en faire entremets ou desserts. Les vraies "gaudes" sont tout simplement une bouillie de "treuqué (1)", à l'eau, légèrement salée, de la consistance d'une bouillie pour bébé, assez épaisse. Elle est servie dans l'assiette-calotte "l'écuelle, pour parler français" que l'on n'emplit qu'à moitié. On finit de la remplir avec du lait cru, fraichement trait. On la mange savamment en prenant, dans sa cuiller, un peu de "gaudes", au fond de l’écuelle, et un peu de lait resté en surface et tiédissant au contact de la bouillie. Le raffinement est obtenu par le contraste entre la bouillie chaude légèrement salée et le lait naturellement sucré et frais, et encore entre la rugosité relative de la farine grillée et la douceur du lait, ou enfin, pour l'œil qui lui aussi doit se régaler, entre la belle couleur ocre doré du maïs et la blancheur et l'onctuosité lactique. C'est parce qu'il satisfait pleinement tous les sens épanouis que ce plat est très nourrissant et peut suffire au repas du soir, pour peu que l'écuelle soit d'une bonne contenance. Certains sucrent la bouillie à la cuisson, sans pour autant négliger de la saler légèrement.

 

Autre raffinement. D'autres enfin, en tout cas, y ajoutent, dans l’écuelle même, une cuillerée de crème. Enfin, au refroidissement, s'il en reste, cette bouillie se prend en gâteau. On peut alors, le lendemain matin, la couper en cubes ou en losanges et la faire griller au saindoux (version salée) ou au beurre (version sucrée). C'est, au petit matin, avant de partir au travail, ou à la chasse ou à la pêche, un viatique diablement roboratif, à condition de le compléter d'une tranche de jambon ou de "beursaudes salées"... Mais ceci est une autre histoire...

 

  1. "Treuqué" nom patois du maïs (de la vieille appellation: "turquis", ou "blé de Turquie"

Le « treuqué », maïs soufflé bourguignon

 

Gaudes au froment

 

« À défaut de maïs, mes grand-mères utilisaient, de la même façon, le blé. Nous avons conservé cette tradition. Il est facile, et amusant, de griller les grains de blé, le soir devant le feu, lorsqu'on a la chance d’en avoir un, dans une poêle à frire. Lorsque les grains sont bien dorés, on les concasse au moulin à café, plus ou moins finement selon les goûts et l'on utilise cette farine très grossière pour faire la bouillie de froment. Soit à l'eau, soit au lait exactement comme les "gaudes de treuqué". Cette bouillie de froment grillé est plus digeste que la bouillie de froment nature car le, grillage transforme l'amidon en dextrine très assimilable, comme diraient les diététiciens qui l'ont appris de nos grand-mères. Les "gaudes", (1 racine celtique god ou yod signifiant exactement : bouillie) que l'on baptise volontiers "étouffe-chrétiens", car elles constituent une nourriture solide, quoique délicieuse. »

 

À la table des Vincenot « On mange une cuisine simple, une cuisine familiale et bourguignonne, on n’a pas le droit de se plaindre pour dire que la purée est trop (ou pas assez) salée, on est là pour échanger en harmonie et pas pour se disputer !

 

À la table des Vincenot, les jours de fêtes, chacun met la main à la pâte : marinade, cuisson du sanglier et pauchouse réservées à Henri, le père, allumettes au fromage, desserts et gestion de l’intendance, prérogatives d’Andrée, la mère, assistés des enfants, trop heureux d’avoir « le museau au ras des plats »…

 

 

J’ai mis du temps mais j’y arrive à LA GAUDRIOLE ou plus précisément aux GAUDRIOLES qui sont des sablés aux gaudes,  « mondialement connu sous le nom des gaudrioles. Voici, selon un indigène la recette "ethnologique" de ces sablés à base de farine de maïs, que connaissaient toutes les bonnes grands-mères bressanes.

 

Ingrédients : 250g de gaudes, 250g de graisse végétale ou de beurre, 200g de sucre, 3 œufs, 1/2 sachet de levure chimique, 1 pincée de sel.

 

Préparation : délayer les œufs avec le sucre, incorporer les gaudes en pluie, la levure, ajouter la graisse ou le beurre par petits morceaux, le sel. Laisser reposer 1/2 heure. Étaler la pâte sur 1 cm d'épaisseur, détailler avec un moule ou un verre, poser sur une tôle et laisser reposer à l'abri de l'air 1/2 heure à nouveau. Cuire ensuite 10 minutes à 180°.

 

Si vous souhaitez acheter des Gaudes allez sur le site du MOULIN DE CHAUSSIN qui est l'un des fabricants les plus réputés de Gaudes. 

 

Pour les linguistes : source CNRTL

 

 

GAUDRIOLE, subst. fém

 

  1. Propos licencieux (généralement avec une valeur érotique). Synonymes gauloiserie, grivoiserie, polissonnerie.

Dire, chanter, débiter des gaudrioles.

 

« Les femmes apportaient leurs seaux et leurs terrines, remplis du lait de la veille; (...) le laitier, un petit homme moustachu, aux yeux câlins, leur lançait des gaudrioles » (Arland, Ordre, 1929, p. 32)

 

« Les voix lointaines se faisaient plaintives, les gaudrioles, les couplets obscènes, écorchés par des gosiers que l'absinthe avait brûlés, flottaient doucement, avec des tendresses et des mélancolies pénétrantes. Zola, M. Férat, 1868, p. 281.

 

B. − La gaudriole. L'amour physique. Synonyme la bagatelle le sexe.

 

« Paris se mettait à table et rêvait gaudriole au dessert » (Zola, Curée,1872, p. 367).

 

« Une femme gentille... bien nippée... et qui ne craindrait pas la gaudriole. Les marins, les militaires, c'est rieur, c'est farceur, c'est bon enfant (...) ça aime le sexe... ça dépense beaucoup pour le sexe... » (Mirbeau, Journal femme ch., 1900, p. 188) 

 

« ... je reproche à Maupassant son manque de sérieux dans le domaine de l'amour physique qu'il confond souvent avec la gaudriole. Miller a vu plus juste. L'érotisme est sérieux, parfois même tragique. Green, Journal, »1954, p. 244.

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22 janvier 2016 5 22 /01 /janvier /2016 06:00
En France on n’a pas beaucoup d’idées mais on a des vins pétrolés vous avez 3 heures pour commenter le texte ci-dessous.

Le texte ci-dessous n’est pas une invention personnelle mais un extrait d’un article bien réel puisé à la meilleure des sources de la presse du vin. Mon découpage n’en change pas le sens.

 

J’ai retiré toute référence au cru concerné afin que vous puissiez le commenter à l’aveugle…

 

Le commentaire devra analyser la richesse du vocabulaire et s’employer à mettre en exergue la pertinence de la description.

 

Votre dissertation ne sera pas noté, ni sur 20, ni sur 100… elle servira seulement à l’édification de celles et ceux qui se destinent au métier de dégustateur de vin.

 

« Dans ce fond de ce petit vallon… où souffle un air plus pur qu’ailleurs, une enclave préservée de toute urbanité… le petit vignoble est en grande partie dévolu au riesling… Les sols pauvres, formés de sédiments amalgamés depuis 250 millions d’années, sont difficiles à travailler… Ces terres exigent un labeur qui eut la faveur des moines, ceux de l’abbaye cistercienne toute proche qui cultivaient la vigne au XIIe siècle… Les énergies et les rayons du soleil s’y concentrent, forgeant des vins de belle étoffe, parfumés, élégants et suaves, capables de vieillir une vingtaine d’années. La partie ouest du cru est la plus sèche. C’est là que se trouvent ses plus intéressantes interprétations, surtout lorsque les vins sont vinifiés secs, sans apport de bois neuf qui masquent leurs nuances. La tension énorme qui s’en dégage appelle la patience, ne libérant qu’au fil des ans le potentiel de ces vins de gastronomie… peu de chances de remplir un baril avec les notes pétrolées du… vous gouterez ainsi plus pleinement l’énergie de de ces vins aptes à s’acoquiner avec de beaux poissons à la crème ou des viandes délicates. »

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18 janvier 2016 1 18 /01 /janvier /2016 06:00
« Du venin dans les vignes » suspens insoutenable dans les beaux terroirs…
« Du venin dans les vignes » suspens insoutenable dans les beaux terroirs…

Quel beau titre !

 

Évocateur à plus d’un titre… surtout dans les belles vignes à haut potentiel de rendement médiatique et financier…

 

« Les deux demoiselles jetèrent à Canalis un regard chargé d’autant de venin qu’en insinue la morsure d’une vipère. » — (Honoré de Balzac, Modeste Mignon, 1844)

 

Nœud de vipères, « Vipère au poing » d’Hervé Bazin, langue de vipère ou en langage populaire langue de pute, la vipère image emblématique du serpent tentateur d’Eve, le serpent rampant, sa langue fourchue, sa morsure mortelle, de quoi épouvanter les petits et les grands.

 

Au temps de mes culottes courtes les juvénistes de l’ordre des frères de Louis Grignon de Montfort (Le juvénat : dans certains ordres ou congrégations, période d'études et de formation qui suit le noviciat et prépare éventuellement au professorat; situation des religieux pendant cette période.) qui étudiaient sur le même site que mon école d’agriculture de la Mothe-Achard, occupaient leurs loisirs du dimanche, lors de la saison favorable, à ramasser des vipères avec des bâtons dotés d’une pointe à leur extrémité. Ils stockaient leurs prises dans des boîtes cylindriques et j’ai le souvenir de cet enchevêtrement de vipères qui me fascinait. Leur butin était expédié à l’Institut Pasteur pour la fabrication de sérum anti-venin.

 

En TP de sciences-naturelles j’ai disséqué une vipère sur une paillasse…

 

Mais le sommet de mon imaginaire érotique d’adolescent  fut sans conteste la danse de Debra Paget face au cobra dans « Le Tombeau Hindou » de Fritz Lang (1959) vidéo ci-dessous.

 

Pour ne rien vous cacher je n’ai aucun goût pour les serpents et je ne vivrais pas avec un boa dans mon salon, mais dans la nature, les leçons de choses aidant, je ne me promenais jamais en sandales dans certains lieux et je marchais un bâton à la main pour que ces « charmants » rampants surpris dans leur digestion au soleil détalent avant que je mette le pied dessus.

 

Et moi suis-je venimeux ?

 

Sans doute un peu, beaucoup, passionnément à l’endroit de certains de mes chers confrères de la blogosphère qui ne font que m’énerver. J’assume sans honte. Mes mots ne sont pas meurtriers.

 

Ceci écrit pourquoi avoir commis cette chronique ?

 

Tout bêtement parce que voguant vers Brest en TGV, à la gare de Rennes une flopée de panneaux publicitaires ont attiré mon regard acéré de chroniqueur journalier.

 

« Du venin dans les vignes » suspens insoutenable dans les beaux terroirs…

J’ai cherché et j’ai trouvé :

 

Kobra de Deon Meyer Seuil policier

 

« Paul Anthony Morris, mystérieux client britannique de la guest-house d'un domaine viticole de Franschhoek, a disparu, et ses trois gardes ont été tués. Seul indice : des douilles de cartouches gravées d'une tête de cobra. Dès le début de son enquête, Benny Griessel se heurte à la réticence du consulat et de sa hiérarchie.

 

Au Cap, le jeune Tyrone Kleinbooi dérobe sous l’œil d’une caméra de surveillance le sac d’une touriste dans la marina du port. Alors qu'ils s'apprêtent à l'interroger, les agents de sécurité sont abattus méthodiquement par un tueur cagoulé qui laisse sur place des douilles gravées d'une tête de cobra.

 

Tyrone réussit à s’échapper en emportant son butin, mais quand, peu après, sa sœur Nadia est kidnappée, Benny le soupçonne d'être en possession d’un élément crucial.

 

Le tueur semble être un professionnel surnommé Kobra, mais pour qui travaille-t-il ?

 

Quand à Paul Anthony Morris, il se révèle être un brillant mathématicien, inventeur d'un logiciel permettant de repérer, dans les transactions financières mondiales, le parcours de l’argent sale issu du crime organisé et du terrorisme. Qui a commandité son enlèvement? »

 

Conclusion : l’évocation de la vigne fait vendre…

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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 06:00
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Dimanche dernier je vous confiais mon amour immodéré de la lecture, les livres furent les premiers ruisseaux de mon imaginaire. Tout à côté, le cinéma, celui du REX de la Mothe-Achard, puis du Modern des Sables d’Olonne, m’a livré les premières images animées d’un monde dont j’ignorais tout. En effet, je n’ai quitté le petit horizon fermé de ma Vendée bocagère qu’à l’âge de 17 ans pour entreprendre mes études supérieures à Nantes. Pas d’argent pour voyager, pas de télé si ce n’est le nez collé à la vitrine du revendeur ou 5 colonnes à la Une et le Tournoi des 5 nations au pensionnat.

 

Ma première fenêtre sur le monde, immense bouffée d’oxygène, grand accélérateur d’imaginaire, ce fut le cinéma.

 

Le REX, ciné de patronage, programmait aussi des films italiens…

 

Ainsi les Pain, amour et … de Comencini

 

Boudés par la critique et les cinéphiles, les Pain, amour… ces deux réalisations de Comencini sont des réussites commerciales exceptionnelles qui révèlent l’avènement du grand public qui souhaite renouer avec la commedia dell'arte après des années d'austérité néo-réaliste.

 

Ces 2 films sont de petits bijoux « des œuvres épanouies, rondes et parfaites (...), étrangères à toute école »

 

En français ils se déclinent en i, alors qu’en italien Pane, amore e fantasia… e gelosia riment avec l’époustouflante Gina Lollobrigida, encore très connue à cette époque, la Bersagliera dans le film, et le fabuleux Vittorio De Sica dont c’était avec ces films le grand retour en tant qu’acteur.

 

Toute l’histoire tourne autour du maréchal des logis Antonio Carotenuto (Vittorio De Sica), natif de Sorrente, qui est nommé dans un petit village isolé dans les montagnes des Abruzzes. Cinquantenaire mais toujours célibataire, charmeur invétéré, qui n'est pas insensible à la beauté simple de Maria (Gina Lollobrigida), surnommée la Bersagliera, une jeune fille très pauvre qui vit avec sa mère et ses jeunes frères et dont toute la richesse est un âne...

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

L’interprétation de Vittorio De Sica est toujours juste, il ne charge jamais ses effets comiques. Même dans ses extraordinaires uniformes d’apparat il y a chez lui une retenue, une façon de se moquer de lui-même d’une grande élégance. Il assume avec une ironique légèreté le ridicule des situations dans lesquels il se place.

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Gina Lollobrigida, elle, est absolument époustouflante elle rayonne et illumine les 2 films en montrant une palette étonnante, capable de tout faire avec une spontanéité confondante et un charme érotique naturel. « Le meilleur rôle de toute sa carrière » selon beaucoup de critiques.

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Le ton des 2 films reste le même avec une finesse dans la caricature et une réjouissante interprétation de Vittorio De Sica et de Gina Lollobrigida.

 

Deux acteurs omniprésents : le clergé gardien de l’ordre et de la morale populaire, en penchant très souvent du côté des puissants et l’extrême misère de ces paysans, qui la vivent dans une dignité à la fois sonore et bien vivante. Le double repas de baptême auquel le Maréchal doit se soumettre est une ode à la pasta des mamma italiennes. On mange, on boit, on chante, on se chamaille, on danse, on pleure, on se console…

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Cette fenêtre ne s’est jamais refermée, à Nantes au Katorza 3, rue Corneille tout près de la place Graslin avec son magnifique café La Cigale, je me suis gavé de cinéma à 3 francs la place.

 

Et sans contestation le cinéma italien y a tenu la toute première place :

 

Roberto Rossellini commence sa carrière dans les années 1940, il signa ensuite de grands films comme Le général Della Rovere (1959) et dans Les évadés de la nuit (1960).

 

Vittorio De Sica adapte en 1960 le roman de Moravia : La Ciociara, puis signe Mariage à l'italienne en 1964 et Le Jardin des Fizzi Contini en 1970 avec Dominique Sanda.

 

Luchino Visconti dans les années 1960 signe sans doute ses meilleurs films. En 1960 Rocco et ses frères, un film assez proche du néoréalisme qui fait alors déjà partie du passé. Il réalise également des fresques historiques comme Les Damnés en 1969 et Le Guépard en 1963 l'une de ses œuvres les plus connues.

 

Michelangelo Antonioni atteint aussi sa maturité dans les années 1960 en réalisant sa trilogie des sentiments composée de L'Avventura en 1960, La Nuit en 1961, et L'Eclipse en 1962. À partir de 1964, il décide de voir le monde en s'aventurant dans la banlieue de Ravenne pour réaliser Désert Rouge en 1964, à Londres pour Blow up en 1967, en Amérique pour Zabriskie point en 1969.

 

Federico Fellini qui dans les années 1960, signe deux films majeurs La Dolce Vita en 1960 représentant la bourgeoisie romaine dépravée et 3 ans plus tard, il réalise Huit et demi, un film semi-autobiographique.

 

Pier Paolo Pasolini apporte lui un nouveau langage sulfureux, écrivain, homme de théâtre, journaliste, poète, artiste polémique, il dépeint souvent ses obsessions. Ainsi, en 1962, il réalise Mamma Roma, avec une formidable Anna Magnani, puis en 1964, c’est L'Evangile selon Saint Matthieu, OEdipe Roi en 1967, Théorème en 1968, Porcherie en 1969, et Médée en 1969.

 

Le cinéma politique s'épanouit aussi dans les années 1960 notamment avec des réalisateurs comme Francesco Rosi avec Salvatore Giuliano de 1961 qui traite des conditions de la mort du bandit sicilien du même nom. En 1963, il réalise Main basse sur la ville, film sur la spéculation immobilière à Naples et de l'implication de certains politiciens dans ce genre d'affaire. Rosi s'intéresse à la mafia et aux rapports étroits entre le milieu politique et le milieu des affaires avec Lucky Luciano en 1973, au problème du pouvoir personnel avec L'affaire Mattei en 1972 et à la question de la survie d'un Etat de droit avec Cadavres Exquis en 1976. Le réalisateur s'intéresse aussi au fascisme avec Le Christ s'est arrêté à Eboli (1979).

 

Bernardo Bertolucci se penche lui aussi sur la nature du fascisme avec La stratégie de l'araignée (1970), Le conformisme (1971).

 

Elio Petri signe même un triptyque politique : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970), La classe ouvrière va au paradis (1971), La propriété n'est plus le vol (1973).

 

Ettore Scola qui débute sa carrière en 1960, s'affirme dans les années 1970 avec Nous nous sommes tant aimés en 1974, Une journée particulière en 1977.

 

Les frères Taviani signent en 1977 Padre Padrone, un film montrant l'ascension sociale vue comme une provocation du monde rural d'un berger devenu un professeur de linguistique.

 

L'Arbre aux sabots qu’Olmi réalise en 1978 a de nombreux points communs avec Padre Padrone En effet, ces 2 films sont réalisés avec de petits budgets avec des acteurs non-professionnels et des dialogues en dialectes italiens.

 

Le cinéma italien ce sont des femmes superbes : la Magnani, Silvana Mangano, Alida Valli, Sophia Loren, Monica Vitti, Gina Lollobrigida, Claudia Cardinale...

 

Et les hommes de la comédie à l’italienne, ne sont pas en reste, avec les extraordinaires Vittorio Gassman, Alberto Sordi, Ugo Tognazzi, Nino Manfredi et Marcello Mastroianni

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.

Les réalisateurs italiens aimaient aussi les acteurs français : Jean-Louis Trintignant est un habitué du cinéma italien, il avec Dino Risi Le Fanfaron, Ettore Scola La Terrasse, Passion d'amour, la nuit de Varennes, Valerio Zurlini Été violent, le désert des Tartares...), Bertolucci Le conformiste, Comencini La donna della domenica...

 

Dominique Sanda est révélée en Italie par Bertolucci également dans le conformiste et enchaîne la même année avec Le jardin des Finzzi Contini de Vittorio de Sica, tournant ensuite pour Bolognini l'Héritage qui lui vaut le prix d'interprétation féminine à Cannes en 1976, encore Bertolucci (1900) ou Visconti Violence et Passion.

 

Les deux grandes vedettes de Rocco et ses frères de Visconti sont Annie Girardot et Alain Delon. Annie Girardot fera de récurrentes incursions dans le cinéma italien au cours des années 60 avec par exemple I compagni de Monicelli avec Mastroianni ou Le Mari de la femme à la barbe de Marco Ferreri.

 

Anouk Aimée, certainement l'une des plus grandes actrices françaises du cinéma, elle est l’interprète de Fellini à deux reprises La Dolce Vita et Huit et demi.

 

Jeanne Moreau joue aux côtés de Marcello Mastroianni dans La Notte d'Antonioni.

 

Belmondo tourne dans La Viaccia de Mauro Bolognini et avec Sophia Loren sa partenaire dans La Ciociara de Vittorio de Sica.

 

Quant à Delon, il doit évidemment sa consécration à Visconti, avec Rocco et Le Guépard.

 

Pour finir, deux géants du cinéma français Michel Piccoli, Philippe Noiret et deux géants du cinéma italien Ugo Tognazzi et Marcello Mastroianni réunis dans La grande bouffe (la grande abbufatta) de Marco Ferreri.

 

Mon amour de l’Italie ne date pas d’aujourd’hui, il a commencé avec Pain, amour et fantaisie (1953) … et jalousie (1954) de Comencini.
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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 06:00
L’Audois Antoine Verdale était 1 précurseur de tendance : les hipsters new-yorkais ont une nouvelle passion le cassoulet de Castelnaudary.

C’était au temps où les politiques de tous bords surveillaient le Midi Rouge comme du lait sur le feu, les VCC : vins de consommation courante devenus le Vins de Table quittaient inexorablement la table du populo. Les Comité d’Action Viticoles avaient la mèche lente facile et les gros bataillons des caves coopératives fondaient comme neige au soleil.

 

« Les Événements de Montredon-Corbières » dramatiques marquèrent les esprits : 1 mort chez les vignerons : Émile Pouytès, un mort chez les CRS, le Commandant Joël Le Goff. Le 4 mars 1976. Lors d'une fusillade qui dura près d'une demi-heure, et durant laquelle plusieurs dizaines d'autres personnes furent blessées par balles ou chevrotine, près du pont de Montredon-Corbières. 

 

Pour apaiser les tensions toujours vives le gouvernement de Jacques Chirac créait par Décret n°76-302 du 7 avril 1976 l’OFFICE NATIONAL INTERPROFESSIONNEL DES VINS DE TABLE (ONIVIT).

 

L’homme-clé de ce nouvel Office était l’audois Antoine Verdale, de Trèbes, le tout président des Caves Coopératives Vinicoles alors CNCV devenu de nos jours CCVF.

 

Michel Rocard le reconnaît : « L’homme puissant était précisément le président de la Fédération des caves coopératives viticoles. Il s’appelait Antoine Verdale et il était de l’Aude (…) C’était un vieux de la vieille de la SFIO que j’avais le souvenir d’avoir rencontré dans quelques congrès. Bref, on se connaissait un peu. En qualité de vieux militants socialistes, nous nous tutoyions. Mais depuis que j’étais ministre, c’était complètement banni (…) Je ne comprenais que 25 % de ce qu’il me disait. Son accent était plus prononcé que l’Aveyronnais. Bref, c’était dur.»

 

Ayant travaillé de 1978 à 1981 à l’ONIVIT, sans me pousser du col, et les audois peuvent en témoigner, s’il était quelqu’un qui connaissait l’Antoine c’était ma pomme. Petite fourmi auprès du Ministre j’ai œuvré pour faire avaler aux durs des CAV, Jean Huillet en tête, le bougon des cépages, les accords de Dublin.

 

L’Antoine, qui avait le sens des relations publiques et qui aimait le rugby, organisait, lorsque le Tournoi alors des 5 Nations se jouait au Parc des Princes, un déjeuner d’avant-match au restaurant de Roland Garros tout proche. Au menu : Cassoulet de Castelnaudary et y’avait du beau monde autour de la table.

 

L’Antoine devint Président de la Sopexa et il voyagea beaucoup. Un jour qu’il séjournait à New-York on l’emmena dans le club de jazz où Woody Allen avait l’habitude de faire des bœufs et le Woody était présent. Je ne sais comment s’instaura la conversation entre lui et le cinéaste, sans doute par l’intermédiaire d’un collaborateur de la Sopexa car Antoine ne maîtrisait pas l’anglais, mais lorsque Woody Allen les quitta l’Antoine lâcha « C’est un petit con ce Woody Allen ! »

 

Bref, je trouve que le fait que les hipsters new-yorkais aient une nouvelle passion pour le cassoulet de Castelnaudary constitue, « assez curieusement d’ailleurs »* un hommage à la mémoire d’Antoine Verdale qui fut, à sa manière, l’un des artisans du renouveau du Languedoc du vin.

 

* Expression favorite d’Antoine Verdale

 

 

INSOLITE - De Castelnaudary à New York et Osaka. On a du mal y croire mais notre cassoulet, ce bon vieux plat du Languedoc, est la dernière sensation culinaire à New York et au Japon.

 

« Le cassoulet c'est tendance. C'est le nouveau ramen », peut-on lire dans l'interview d'un restaurateur et de blogueurs culinaires par le New York Post

 

Les Américains viennent donc découvrir notre ragoût de haricots blancs et ils en sont fous. Il est présenté par le quotidien new-yorkais comme un plat d'hiver "réconfortant" et parfait pour ce moment de l'année.

 

Le 9 janvier avait même lieu le troisième National Cassoulet Day où plusieurs événements étaient organisés aux États-Unis, notamment dans les restaurants Benoit d'Alain Ducasse.

 

Le propriétaire du restaurant Jimmy's No. 43 explique aussi au New York Post que son concours de cuisine autour du cassoulet n'a jamais attiré autant de monde. Il y a huit ans, sa clientèle était composée de nostalgiques de la période où les bistrots français étaient à la mode, aujourd'hui ce sont surtout des jeunes.

 

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