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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 06:00
« La pasta, est le mode d’expression le plus abouti du néo-réalisme italien… » signé le critique gastronomique masqué.

Les cuisines ouvertes sur la salle des restaurants contemporains permettent à des zozos comme moi de se muer dans la peau de nos éminents critiques gastronomiques qui adorent faire des phrases.

 

Le texte qui suit est la transcription à ma sauce d’un texte parodique d’un célèbre cinéaste dont je vous laisse le soin de découvrir l’identité.

 

« Les fettucine de Roberto Rossellini, bien que plissées d’une façon diabolique, doivent beaucoup à Luchino Visconti, dont l’utilisation des fettucine comme instrument du progrès social est universellement connue.

 

La différence réside dans le fait que chez Visconti, le client est fondé à espérer des fettucine blanches, et les obtient. Ici, chez Rossellini, il se voit servir des fettucine vertes. Pourquoi ? Tout cela semble gratuit. En tant que consommateurs, nous ne sommes pas préparé au changement car comme l’écrivit Tomasi di Lampedusa dans Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change »

 

Désormais la nouille verte ne nous amuse plus. Elle nous déconcerte d’une façon non préméditée par le chef. Les lasagne, en revanche, sont parfaitement délicieuses sans être le moins du monde didactiques. À vrai dire, il y réside un sournois relent marxiste, mais qui est dissimulé par la sauce. Rossellini a milité des années durant dans les rangs du Parti communiste italien, et s’est révélé par l’inclusion subtile de son marxisme dans ses tortellini.

 

J’ai commencé mon repas par un antipasto, qui me sembla de prime abord dénué d’intérêt, mais qui, lorsque je découvris les filets d’anchois, me devint plus clair. Rossellini tentait-il d’exprimer que la vie entière était symboliquement représentée dans ce hors-d’œuvre d’anchois allongés où les olives noires évoquent incoerciblement la mort ?

 

Mais où se trouvait donc le céleri ?

 

L’omission était-elle délibérée ?

 

Chez Vittorio De Sica, l’antipasto est entièrement constitué de céleri. Mais De Sica est un extrémiste. Il entend attirer l’attention sur l’absurdité de la vie. Qui pourrait oublier ses scampi : quatre crevettes fourrées à l’ail disposées de façon à en dire plus long sur notre intervention en Irak que les innombrables livres sur le sujet ?

 

Aujourd’hui, ce plat est insipide auprès de la piccata de Pasolini, une saisissante tranche de veau attachée à un drapeau noir. Pasolini s’exprime toujours mieux dans le veau que dans le poisson ou le poulet.

 

Rossellini, à l’encontre de ces chefs d’avant-garde, va rarement jusqu’au bout de ses idées. Il hésite, comme dans ses spumoni, et quand ils arrivent à table, ils sont ramollis.

 

Avant sa psychanalyse, Rossellini, qui avait la phobie des coquillages, répugnait à les sacrifier de façon barbare, eut toutes les peines du monde à réaliser des spaghetti vongole.

 

Chez lui, la touche artistique réside dans son poulet désossé à la Parmigiana. L’intitulé est au deuxième degré, puisqu’il a fourré le poulet de petits os supplémentaires, comme pour signifier que la vie ne doit pas être consommée trop vite ou sans précaution. L’obligation d’ôter constamment de petits os de sa bouche et de les déposer sur l’assiette donne au repas une sonorité mystique.

 

On est obligé alors d’évoquer Webern qui semble ressurgir à tout instant dans la cuisine de Rossellini. Gérard Depardieu, parlant de Stravinsky, suggère un intéressant rapprochement entre l’influence de Schoenberg sur les salades de Rossellini, et l’influence de Rossellini sur le Concerto en ré pour cordes de Stravinsky. À cet égard, le minestrone est un superbe exemple d’atonalité. Accompagné tel qu’il est de croûtons aillés et de petits morceaux de légumes, le dîneur, quand il le boit est obligé de faire des bruits harmonieux avec la bouche.

 

Ces accords sont disposés selon un rythme précis, et se répètent dans un ordre immuable. La première fois que suis allé dans son restaurant, deux clients, un jeune garçon et un gros homme, mangeaient leur soupe à l’unisson, et l’émotion fut telle qu’ils reçurent une vibrante ovation. Comme dessert, nous eûmes des tortoni, ce qui me rappela cette remarquable phrase de Leibnitz : « Les monades sont des fenêtres. » Quelle lucidité ! Les prix chez lui, sont, ainsi que me le dit un jour Hannah Arendt, « raisonnables sans être historiquement inévitables ». Je souscris à ce jugement. »

 

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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 06:00
LeRouge&leBlanc aime l’herbe pour fumer le terroir, Sonia Lopez-Calleja « le beau, le propre, le sale »

En mars 2014 je notais : « Les vignes impeccables désherbées « au laser » qui faisaient autrefois la fierté de leurs propriétaires sont maintenant montrées du doigt et vilipendées. L’heure est à l’enherbement et au labour, les adventices ne sont pas toutes des herbes folles… »

 

Le 1er janvier 2017, les produits phytosanitaires seront interdits dans les parcs et jardins, promenades, forêts et autres voiries publiques. Bizarrement les cimetières sont exclus, les gisants ne peuvent pas protester.

 

Donc, cantonniers tous à vos binettes, débroussailleuse et huile de coude pour éradiquer les mauvaises herbes, les communes françaises doivent trouver une alternative aux pesticides dans l’entretien de leurs espaces verts, avec l’interdiction de ces produits dans l’espace public.

 

« C’est un peu une révolution culturelle dans le pays du jardin à la française, où tout est net et où pas une herbe ne dépasse. On pensait un petit coup de pulvérisateur et c’était fini », remarque Yann Lemoigne, directeur du service des techniques végétales à la mairie de Clermont-Ferrand

 

Le Sénat a voté le 10 juillet un amendement au projet de loi sur la transition énergétique qui fixe au 1er janvier 2019 la date à laquelle la vente des pesticides sera interdite aux particuliers. Cette interdiction était déjà prévue par la loi Labbé de février 2014 mais avec une application prévue en 2022.

 

« Les particuliers qui font usage de pesticides bénéficient rarement d'un niveau d'information suffisant concernant la dangerosité des produits qu'ils épandent, et ils ne bénéficient pas comme les professionnels d'une formation adaptée concernant les dosages et l'usage des équipements de sécurité nécessaires », justifient les sénateurs écologistes à l'origine de cet amendement. Ces derniers précisent que les pesticides utilisés en zones non agricoles représentent 7% (dont 6% en jardins particuliers) des substances actives phytosanitaires utilisées en France.

 

Mais moi dans le fin fond de ma Vendée crottée, patrie du bocage profond, des chemins creux, j’ai vécu la hantise des mauvaises herbes des paysans. Biner les betteraves sous le soleil n’était pas une sinécure. C’était le travail des femmes.

 

Lorsqu’il fallait pour les femmes : « allez aux champs » c’est-à-dire se coltiner des travaux pénibles : bêchage, sarclage, repiquage ou vendanges… en pleine chaleur la quichenotte s’imposait comme indispensable couvre-chef afin de ne pas attraper une insolation.

 

Reste que l’ennemi public n°1 c’était le chiendent.

 

Ha ! Le chiendent de ma jeunesse, celui des champs, proliférant, envahissant, quasi-indestructible, qui faisait écrire à un auteur que « La brave matrone, ne se tint point rigueur d'avoir laissé ses propres enfants pousser comme du chiendent. »

 

symbolisé par la brosse aux poils durs qui servait aussi bien à Alida la laveuse pour décrasser le linge ou l’essorer au lavoir, qu’à brosser les vaches et les bœufs du pépé Louis…

 

« Dans la cuisine aux volets clos, il entendit sa femme qui frottait le parquet avec une brosse de chiendent. »

 

Aymé, La Jument verte, 1933, p. 42.

 

 

« Les brosses à chiendent (ou brosses en chiendent, brosses de chiendent) sont d'usage courant. Cette fibre naturelle a résisté à la pression des fibres artificielles. Elles sont suffisamment rigides pour gratter et décrotter, et suffisamment souples pour ne pas rayer les objets ou blesser la peau.

 

Et pourtant, la nature botanique de leurs poils est inconnue ! Pratiquement aucun ouvrage récent ne précise l'origine et l'histoire de ces objets si communs.

 

« Il semble s'agir de racines ou de rhizomes d'une Gramineae. Leur forme tordue indique que ce ne sont ni des chaumes ni des ramifications de panicules. Il serait intéressant de savoir quelle est la source actuelle. Il doit y avoir quelque part une filière de collecte et de transformation de ces fibres. »

 

Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

 

Chiendent (Vergettier.)

 

Les Vergettiers le dépouillent de son écorce en le liant en paquets, & le foulent sous le pié. Ce frottement le sépare en peu de tems de ses rameaux.

 

Ils en distinguent de deux espèces :

 

  • du gros, qu'ils appellent chiendent de France;
  • du fin, qu'ils appellent barbe de chiendent.

 

Le gros, ce sont les rameaux les plus longs et les plus forts, ce qui sert de pié au chiendent. Le fin ou doux, ce sont les rameaux les plus fins, et les extrémités des branches.

 

Ils séparent ces parties, les mettent de longueur et de sorte font des vergettes.

 

Vergette, s. f. en terme de Vergettier, est un ustencile de ménage qui sert à nettoyer les meubles et les habits. On lui donne encore le nom de brosse, qui pourtant ne signifie pas tout à fait la même chose que vergette ; mais comme il est d'usage presque par tout de confondre ces deux termes, nous ne les séparerons point, et nous n'en ferons ici qu'un article.

 

Il se fait des vergettes de plusieurs matieres, de diverses formes, et pour differens usages. On y employe de trois sortes de matieres, de la bruyere, du chiendent et du poil, en soie de sanglier, qu'on tire de Moscovie, d'Allemagne, de Lorraine, de Danemarck. Voyez ces trois matieres differentes chacune à leur article.

 

Il y en a de rondes, de quarrées, sans manche, à manche, de doubles et même de triples; quelques-unes sont garnies d'une manicle, à l'usage des cochers; d'autres d'une courroye de pié, à l'usage des frotteurs; enfin il y a des brosses à decroter de deux especes; celles de la premiere espece sont les plus fortes et les plus courtes, et se nomment proprement décrotoires, les autres sont les plus fines; les plus douces, ont le poil plus long, et se nomment polissoires.

 

De toutes ces vergettes, il y en a qui servent de peigne pour la tête aux enfans, ou de ceux qui se sont fait raser les cheveux. Celles - ci aux habits, aux meubles; celles-là pour panser les chevaux, nettoyer les carrosses et frotter les planchers; enfin, il y en a aussi qui servent pour balayer, et qu'on appelle pour cela balais de poil.

 

De toutes ces vergettes, il n'y a que celles pour la tête des enfans, qu'on fasse d'une maniere différente de celle des autres qu'on fabrique toutes de cette facon. En pliant le poil en deux et en le faisant entrer à force, par le moyen d'une ficelle qui prend le poil au milieu, dans des trous d'une petite planche de hêtre mince, sur laquelle cette ficelle se lie fortement. Quand tous les trous sont remplis, on coupe la soie égale et unie avec des gros ciseaux, ou des forces.

 

Symbole de la mauvaise herbe par excellence,l’ Elytrigia (ou Agropyron) repens, ou chiendent rampant, est une plante herbacée vivace de la grande famille des graminées, aujourd'hui dénommées poacées (d'après le genre Poa : les paturins). Il a de nombreux cousins qui lui ressemblent, mais c'est lui, que l'on appelle aussi chiendent officinal, qui est, de loin, le plus répandu. Il doit son nom vernaculaire au fait que les chiens - de même que les chats et de nombreux animaux sauvages - mangent ses feuilles pour se purger. Utilisés depuis très longtemps en médecine naturelle, ses rhizomes, en infusion ou en décoction, ont un effet diurétique reconnu.

 

La suite ICI 

 

J’en ai fini avec mes élucubrations vendéennes qui n’étaient qu’amuse-bouche pour vous inciter à lire dans le dernier numéro de LeRouge&leBlanc de l’article très fouillé et sérieux de Sonia Lopez Calleja sur le grand retour de l’herbe dans les vignes.

 

Le titre n’est pas très sexy : Enfin, l’herbe revient mais le contenu a le grand mérite de traiter cette question avec une forme d’objectivité louable même si le cœur de Sonia penche pour l’enherbement.

 

J’ai tout lu.

 

Mais comme je ne suis pas, contrairement à Sonia, un type sérieux, ce que j’ai retenu c’est qu’Olivier de Moor utilisait un Rolofaca® pour rouler son herbe. Moi aussi j’ai une petite machine pour faire mes roulées.

LES PLANS DU ROLOFACA "BUZUK" EN LIGNE !
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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 06:00
Il faisait lent presque indolent, le temps s’en allait nonchalant, le patron a dit ce coup-là, c’est ma tournée vous prendrez quoi ?

Hier matin j’étais un peu triste, je pensais à tous ceux, connus et inconnus, pour qui 2016 fut le dernier millésime.

 

Alors va pour 2017 !

 

« Elle est pas belle, la vie ? »

 

« Il faisait bon, il faisait beau

Un grand soleil brillait là-haut

À l’aise dans nos espadrilles

On regardait passer les filles

Je ne sais pas très bien pourquoi

On était content d’être là

Il faisait beau, il faisait bon

Le patron a dit je suppose

Que vous reprendrez la même chose

Il faisait drôle il faisait doux

Le fond de l’air était voyou

Je ne sais plus trop qui a dit

Elle est pas belle la vie ?

 

Il faisait chaud presque trop chaud

Et le soleil ce grand salaud

Nous faisait suer dégouliner

On était tout déshydraté

Je ne sais pas très bien pourquoi

On était content d’être là

Il faisait lent presque indolent

Le temps s’en allait nonchalant

Le patron a dit ce coup-là

C’est ma tournée vous prendrez quoi ?

Il faisait tendre jamais trop tendre

Je ne sais plus trop qui a dit

Elle est pas belle la vie.

 

Il faisait nuit, il faisait tard

Le grand soleil comme par hasard

Comme un lâcheur, un dégonflé

Depuis longtemps s’était couché

Je ne sais pas très bien pourquoi

On était content d’être là

Il faisait vague, il faisait flou

Pas les yeux en face des trous

Mais le patron a dit du coup

Vous pourriez p’tète’ rentrer chez vous

Il faisait nuit, il faisait frais

On a voulu se réchauffer

Était-ce toi ? Était-ce moi ?

Moi dans tes bras, toi dans mes bras

Je ne sais plus trop qui a dit

Elle est pas belle la vie ?

 

       - Si.

 

François Morel

 

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30 décembre 2016 5 30 /12 /décembre /2016 06:00
« Le président Mao a marché dans toute la Chine et les paysages sont devenus beaux » l’épopée du petit livre rouge.

Vous allez me dire qu’en ces derniers jours de l’année au lieu de dresser le palmarès des meilleures bulles, d’accorder les mets avec les grands vins que le monde nous envie, de vous conseiller sur les bons verres, sur la température de service des vins, le carafage, le boudin blanc, la poularde, la bûche et comment placer les invités à table, j’exhume de la naphtaline l’ouvrage culte de 泽东 Máo Zédōng.

 

Pour plein de mauvaises et de bonnes raisons.

 

La première c’est que je n’ai jamais, comme beaucoup d’anciens 68 hard, vénérer le Grand Timonier. Et pourtant, alors que je grandissais en âge et en sagesse au Bourg-Pailler, sur le transistor j’écoutais Radio Pékin. Je trouvais ça exotique cette voie métallique qui débitait des phrases longues comme des jours sans pain auxquelles je ne comprenais rien. La Chine ça ne faisait rêver, j’ai toujours été en avance (chevilles) et je pris ma plume pour demander à Radio Pékin de me trouver un correspondant chinois.

 

À partir de là la factrice Odette m’apportait chaque semaine de lourdes enveloppes en papier kraft frappé de l’emblème de la Chine Populaire. Mes parents n’y trouvèrent rien à redire, je continuais de servir la messe et on pouvait me donner le bon Dieu sans confession. Je ne lisais presque rien du Pékin Information et des multiples brochures rouges bien sûr de cette littérature mais je me sentais comme une sorte d’élu. Sauf que, un beau jour mon père fut alpagué par l’adjudant-chef commandant la gendarmerie de la Mothe-Achard qui s’inquiétait de savoir si le chef-lieu de canton n’abritait pas un Rouge. Mon père le rassura en lui disant qu’à 12 ans je ne menaçais pas la République. Efficacité du renseignement de proximité, de nos jours j’aurais été fiché S et assigné à résidence.

 

En mai 68, dans la myriade des groupuscules gauchistes, les Mao-Spontex étaient les pires. Nos contacts furent essentiellement physiques, de vraies batailles rangées.

 

«Les maîtres de la Chine-rouge-pour l’éternité n’aimaient pas La Cause* (ou plutôt les bureaucrates qui s’occupaient de ces affaires subalternes dans un recoin de la Cité interdite) : ils y voyaient non sans raison un ramassis d’irresponsables anarchisants susceptibles de gêner leurs négoces avec la France du président Pompe. Et ce n’était pas l’ambassade d’Angelo* qui risquait de les faire changer d’avis. Ils avaient commencé par l’expédier d’autorité chez le coiffeur, ils lui trouvaient les cheveux trop longs. Angelo avait eu beau protester, il avait dû se laisser détourer les oreilles. Puis devant le maréchal Lin Piao, le dauphin de l’époque, il avait détaillé son plan qu’il avait conçu d’établir dans le périmètre Saint-Jacques-Soufflot-Sainte-Geneviève-Saint-Germain une Commune insurrectionnelle étudiante et lycéenne défendue par les armes. Cela fait beaucoup de saints avait juste observé ce maréchal à tête de valet de comédie qui allait quelques années plus tard se désintégrer dans le ciel mongol. On avait finalement introduit Angelo, au sein d’une délégation « d’amis occidentaux», devant le Soleil rouge incarné : boudiné dans la toile kaki, ses petits pieds chaussés de vernis noirs croisés entre les dragons de bois-de-fer de son trône, le despote verruqueux portait à sa bouche, de cette petite main rose et comme bouillie qui avait si fort impressionné Malraux, d’incessantes cigarettes blondes. De l’autre il se tripotait nonchalamment la braguette. Le vieux Minotaure venait sans doute d’honorer une des lycéennes qu’il se faisait livrer »

 

Olivier Rolin « Tigre en papier »

 

* Angelo pseudo d’un mao de la GP délégué à Pékin lors d’un Congrès quelconque pour représenter les peuples soutenant la ligne chinoise contre la ligne soviétique

 

Histoire du petit livre rouge

Pascale NIVELLE

« Best-seller international, le petit livre rouge a été imprimé à plus d’un milliard d’exemplaires. Ce recueil de citations de Mao est rapidement devenu le manifeste de la Révolution culturelle et un objet de culte aussi bien en Chine que pour les maoïstes occidentaux.

Apparu en 1964, les Citations du président Mao Tsé-toung, bréviaire inspiré des discours ou des oeuvres du fondateur de la République populaire, est d’abord conçu comme un outil d’éducation politique pour l’armée, puis devient l’« arme spirituelle » des gardes rouges et le manuel de vie de 700 millions de Chinois. En Europe, il séduit une partie des intellectuels, les « maos » français de Mai 68, qui le rebaptisent « petit livre rouge » et en font le talisman de leur propre « révolution », ignorants les atrocités commises par le régime chinois.

Cinquante ans après le début de la Grande Révolution culturelle prolétarienne et quarante ans après la mort de Mao Zedong, la journaliste Pascale Nivelle raconte l’épopée de cette petite bible en vinyle rouge vif qui a été, de Pékin à Paris, le coeur d’une immense et folle passion collective. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans ce livre passionnant je souhaite extraire, pour leur rendre hommage, l’aventure du couple Claudie et Jacques Broyelle emblématique de la mouvance maoïste française, qui travaillait comme traducteurs à mon Pékin Information.

 

Lui, normalien, prochinois historique, fondateur de l’UJC-ML (Union des Jeunes Communistes marxistes-léninistes)

 

Elle, a écrit un livre à la gloire des Chinoises émancipées, La Moitié du ciel.

 

« Leur boulot consiste à mettre en bon français les traductions de leurs collègues chinois pour Pékin Information.

 

Ils déchantent assez vite. A plupart des articles exportés sont tirés du Quotidien du Peuple, principal organe en langue de bois du Parti. Au siège du journal, raconte Jacques Broyelle, il règne « un culte quelque peu exagéré de la division du travail ». Il décrit un cycle bureaucratique kafkaïen : chaque traduction nécessite une dizaine d’opérations enchaînées les unes aux autres, sans aucune coopération entre les six ou sept personnes qui travaillent dans l’unité française. Procédé qui qui entraîne « le désintérêt absolu des travailleurs », note le normalien coincé dans la chaîne, et la « multiplication des personnes inutiles ». Tout cela, expliquera-t-il plus tard, pour produire « des articles d’une monotonie éternellement triomphaliste ».

 

« Les traducteurs n’ont aucune marge de manœuvre. Ils sont obligés de piocher dans un énorme fichier d’expressions toutes faites, auxquelles il ne faut pas enlever un tiret ou une majuscule. Tel le bloc « Notre Grand Dirigeant le président Mao » ou le triptyque sacré « ouvriers-paysans-soldats ».

 

[…]

 

« Même aliéné par la propagande, même anesthésié par une situation matérielle confortable qui tranche avec celle des années de militantisme parisien, et même aveuglé par sa propre foi, Broyelle a encore quelques réflexes. Un jour, il voit passer la phrase « le modernisme, le fauvisme, le rock’n’roll et le strip-tease dominent dans les pays occidentaux pour la plus grande corruption des peuples ». À envoyer tel quel à Paris et dans toute l’Afrique francophone. Cette fois, le normalien proteste, oubliant d’y mettre les formes : « cette analyse est surtout la preuve de l’ignorance du rédacteur, elle exhale un chauvinisme assez malvenu. » Que n’a-t-il dit ! L’article en question a été dicté à un quotidien chinois par Jiang Qing en personne ! On ne touche pas à madame Mao. « Ce fut une affaire d’État a raconté Jacques Broyelle en 1977, deux ans après être rentré (traumatisé) de Chine.»

 

Ainsi allait le monde au temps où j’étais un jeune homme monté à Paris et je ne résiste pas à vous proposer la lecture d’un texte féroce sur une figure emblématique de ces années-là :

 

Serge July : l'ex-gros timonier de Libé

 

« Pour le gouvernement des hommes, le maoïsme est un machiavélisme au nom du prolétariat ; son modèle, celui de la Révolution culturelle, consiste, comme Mao le fit en son temps, à faire tuer les uns (la vieille garde, le « Quartier Général ») par les autres (les Gardes Rouges) dans une révolte instrumentalisée ; car le timonier secret tire les marrons du feu de ces révolutions manipulées. Tu as toujours fonctionné ainsi.

 

Autrefois, du temps du gauchisme, tu flottais entre l’anarchisme du «Mouvement du 22 mars» fondé par Cohn-Bendit et le stalinisme maoïste, ne sachant plus duquel tu étais l’agent double au sein de l’autre. À Libération, tu n’as jamais imposé une « ligne » ; en ce sens tu n’es pas un sectaire ni un dogmatique. Plus exactement, les problèmes de ligne, de fond, t’indiffèrent. Tu cherches surtout le pouvoir ; mais pas le pouvoir qu’on acquiert par la conviction ou l’énergie mise à exprimer des idées, le pouvoir qui demeure quand toutes les idées se sont envolées. Tu n’as pas vocation de dictateur ou de chef, mais tu sais te rendre aussi nécessaire que la souche aux grenouilles qui veulent un roi ; et c’est l’exacte histoire de ta montée en puissance au sein de Libé.

 

Tu es une souche, plus qu’un capitaine ; tu as compté, plus que sur ton énergie, sur la fatigue des autres. Après avoir poussé les clans les uns contre les autres, les avoir éliminés l’un par l’autre, la souche s’est révélée crocodile. À force de démissionner, il n’est resté que toi. Ta durabilité, c’est d’abord de compter sur la lassitude des passions ; tu as su faire l’œil du cyclone. Et c’est ainsi que le pouvoir t’es revenu, plus que tu ne l’as conquis »

 

Guy Hocquenghem « Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary » publié en 1986 – l’auteur est mort 2 ans après du SIDA

 

 

 

 

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 06:00
dessin de Côté, Le Soleil, Québec

dessin de Côté, Le Soleil, Québec

Les Innocents d'Alep, du Yémen, et de tous les pays en guerre...

 

Mon long passé d’enfant de chœur m’a permis de bien connaître et de pratiquer le calendrier liturgique : les rogations, le lavement des pieds le jeudi-saint, la fête Dieu, la messe de Minuit… etc. mais une date m’a profondément marqué : le 28 décembre qui « fête » le massacre des Saints Innocents.

 

En dépit de mes mauvaises pensées, que j’omettais d’avouer en confession, je me vivais comme un innocent et, comme on nous mettait en permanence sous le nez de futurs saints martyrisés dans des conditions atroces, j’en rêvais la nuit. Aucune horreur ne nous était épargnée alors que nous entamions sans le savoir un long épisode de paix dans notre pays.

 

Pourquoi les nommait-on des Innocents ?

 

3 raisons :

 

  • Innocents en raison de leur vie, parce qu’ils ont eu une vie innocente, c’est-à-dire n’ont pu, de leur vivant, nuire à personne. 

 

  • Innocents en raison de leur martyre, parce qu’ils ont souffert injustement et sans être coupables d’aucun crime.

 

  • Innocents en raison des suites de leur mort, parce que leur martyre leur a conféré l’innocence baptismale, c’est-à-dire les a purifiés du péché originel.

 

La dernière m’a toujours plongé dans une incompréhension abyssale.

 

Voici l’histoire :

 

« Les mages vinrent à Jérusalem, s’informant de la naissance du nouveau roi que leur annonçaient les présages. Et Hérode, en les entendant, craignit que, de la famille des vrais rois de Judée, un enfant ne fût né qui pourrait le chasser comme usurpateur. Il demanda donc aux rois mages de venir lui signaler l’enfant royal dès qu’ils l’auraient trouvé, feignant de vouloir adorer celui qu’en réalité il se proposait de tuer.

 

Mais les mages s’en retournèrent dans leur pays par une autre route. Et Hérode, ne les voyant pas revenir, crut que, honteux d’avoir été trompés par l’étoile, ils s’en étaient retournés sans oser le revoir ; et, là-dessus, il renonça à s’enquérir de l’enfant. Pourtant, quand il apprit ce qu’avaient dit les bergers et ce qu’avaient prophétisé Siméon et Anne, toute sa peur le reprit, et il résolut de faire massacrer tous les enfants de Bethléem, de façon que l’enfant inconnu dont il avait peur pérît à coup sûr.

 

Mais Joseph, averti par un ange, s’enfuit avec l’enfant et la mère en Égypte, dans la ville d’Hermopolis, et y resta sept ans, jusqu’à la mort d’Hérode. Et Cassiodore nous dit, dans son Histoire tripartite, qu’on peut voir à Hermopolis, en Thébaïde, un arbre de l’espèce des persides, qui guérit les maladies, si l’on applique sur le cou des malades un de ses fruits, ou une de ses feuilles, ou une partie de son écorce. Cet arbre, lorsque la sainte Vierge fuyait en Égypte avec son fils, s’est incliné jusqu’à terre, et a pieusement adoré le Christ. »

 

Qui donc était cet Hérode ?

 

« Les Innocents ont été mis à mort par Hérode d’Ascalon. L’Écriture Sainte cite en effet trois Hérode, fameux tous trois pour leur cruauté. Le premier est appelé Hérode d’Ascalon : c’est sous son règne qu’est né le Seigneur et qu’ont été mis à mort les Innocents. Le second s’appelle Hérode Antipas : c’est lui qui a ordonné la décollation de saint Jean. Enfin le troisième est Hérode Agrippa, qui a mis à mort saint Jacques et a fait emprisonner saint Pierre. »

 

Seul l'évangéliste saint Matthieu (Matthieu 2, 16-18.) raconte l'épisode du massacre des Saints innocents que l'Eglise célèbre le 28 décembre.

 

« Même si ce massacre n’est pas certain historiquement, la folie paranoïaque d’Hérode est, elle, incontestable. Ce genre de projet lui ressemble, lui qui fit assassiner son épouse et plusieurs de ses enfants. Le passage est inséré au coeur de l’épisode de Jésus en fuite avec ses parents en Égypte. Il rejoint ainsi l’événement fondateur du Peuple élu : le massacre orchestré par Pharaon (Exode 1-2). La clé du récit est là. L’enfant Jésus échappe à la mort, comme le fut l’enfant Moïse sauvé par Dieu en vue de sa mission.

 

Le massacre des innocents annonce ainsi le massacre de l’Innocent, dont le don sauvera définitivement le Peuple. Jésus, le nouveau Moïse, accomplit ainsi les Écritures. En citant Jérémie 31,15, Matthieu fait allusion à d’autres événements douloureux et violents vécus par le Peuple de Dieu. Rachel, la « mère » des tribus du nord d’Israël, pleure ses fils et ses filles déportés par les Assyriens. C’est de Rama (l’un des lieux probables, avec Bethléem, du site de la tombe de Rachel) que les tribus du Sud partirent pour Babylone lors de l’Exil (Jérémie 40, 1). Des premiers moments de l’histoire d’Israël jusqu’à la naissance du Messie, la violence frappe. »

 

La violence !

 

Et Dieu dans tout ça ?

 

Comment me convaincre qu’il est innocent de ces carnages ?

 

Me persuader qu’il se met toujours du côté des violentés, solidaires de ceux qui souffrent et leur offrant le Salut.

 

 

 

Le massacre des Saints innocents le 28 décembre…
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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 06:00
Années 60 le Kremlin-Bicêtre, commune minuscule, comptait une centaine de bistrots, c’est dédié à Paco…

KB, en argot, c’est d’abord Bicêtre.

 

Dans la mémoire populaire, c’est le lieu de tous les malheurs du monde, la camisole de force et la guillotine y sont nés. Un long bâtiment du XVIIe siècle dans une enceinte de plus de 20 ha.

 

Jean Valjean, c’est là qu’on ferrait les forçats avant le départ au bagne.

 

« On leur essaya les colliers, puis deux forgerons de la chiourme, armés d’enclume portatives, les leur rivèrent à froid à grands coups de masses de fer… Chaque coup fait rebondir le menton du patient ; le moindre mouvement lui ferait sauter le crâne comme une coquille de noix. »

 

 

 

 

 

 

30 ans après les Misérables, Bicêtre est pour les 5e de sa surface un hospice de vieillards : indigents de plus de 70 ans, infirmes ou mutilés sans critère d’âge, le reste est occupé par l’asile d’aliénés de la Seine.

 

5000, pensionnaires et personnel, vivent dans cet enclos dont le 10e est bâti ; on y trouve une usine à gaz et ses gazomètres, des ateliers en tous genres, une écurie, une vacherie et des terres agricoles.

 

« Plus on approche de l’hospice, plus les marchands de vin deviennent nombreux. À la terrasse de ces établissements, on remarque les uniformes bleus des administrés de Bicêtre. Ils sont là par petits groupes, sirotant de bizarres consommations, petits verres de vitriol, apéritifs à l’emporte-bouche, café d’essence chicoréenne… Là stationnent des véhicules de tout genre, chariots d’infirmes traînés par des valides, voitures de paralytiques poussées par des aveugles, devant le Rendez-vous des Vieux Amis, Au Repos de la Vieillesse, À l’Éden-Purée, Au château de Bicêtre. »

 

Paul Bru, ancien économe de l’hospice, dans son roman En démence paru en 1900.

 

Jusque dans les années 60, où l’hospice laissera place à la médecine et à la chirurgie, le KB ne comptera pas loin d’une centaine de bistrots.

 

L’adjonction de Kremlin, pour adoucir le passé chargé de Bicêtre, est tirée d’une enseigne d’un cabaret évoquant la campagne napoléonienne de 1812.

 

Mais KB, pour moi qui ai fait ma thèse de doctorat sur le cochon, c’était GÉO, diminutif de Georges Foucault le fondateur. Sur près de 3 ha, l’usine avec son abattoir, sa centrale électrique et frigorifique, sa ferblanterie mais aussi un stade et son coin des enfants, une salle de gymnastique, des logements pour le personnel et des jardins ouvriers.

 

« en 1960, le périphérique commence son bouclage de Paris en bordure de KB à la porte d’Italie. La nationale 7 est encore la route des vacances. Quand on laisse la capitale pour répondre à l’appel de la Provence, on croise d’abord l’énorme horloge bleue et rouge posée comme une sucette sans manche sur le toit de Géo, puis le bâtiment plus ancien de l’usine, de brique claire, avec sa ligne de bow-windows qui dessine au dernier étage une façade en accordéon. Les porcs entrent sur pied derrière ces murs et en ressortent sous cellophane ; mille cinq cents personnes y travaillent. »

 

Le petit Django Reinhardt gratte sa guitare sur les trottoirs du Kremlin, « ceux du marché de l’avenue de Fontainebleau et ceux du marché aux puces qui s’étale le dimanche de l’hospice à la nationale, et même de l’autre côté de celle-ci, entre les cimetières, jusqu’à Ivry. La roulotte de ses parents stationne devant les fortifications, sur la « Zone » que Paris confisque en 1925. »

 

Pour Paco :

 

En 1936, il faudra 35 jours de grève avec occupation aux 900 ouvriers et ouvrières de Géo pour obtenir 12% d’augmentation et des primes de frigo.

 

Le KB n’ayant pas de cimetière Paris lui avait revendu une parcelle de son « cimetière parisien d’Ivry ». C’est là, selon Louise Michel, où après la semaine sanglante avaient été enfouis dans une immense fosse « plus de quinze mille corps. »

 

La route montant vers vert le fort est dédié en 197 à Cristino Garcia, républicain espagnol, héros de la Résistance française, rentré poursuivre la lutte dans son pays et fusillé par Franco en 1947. En 55 le maire André Lacroix, un ex-SFIO, la débaptise pour Verdun. Aux premières législatives de la Ve il arrache la 52e circonscription à une figure du PC Marie-Claude Vaillant-Couturier avec le soutien des gaullistes. Il estime avoir achevé son œuvre de libérer ce bout de banlieue « de la tyrannie stalinienne. » À la mort de Lacroix qui finit à l’UDF, la maire RPR débaptise la rue des Fusillés au bénéfice d’Edmond Michelet.

 

Source : De la banlieue rouge au Grand Paris Alain Rustenholz éditions La fabrique

 

 

Années 60 le Kremlin-Bicêtre, commune minuscule, comptait une centaine de bistrots, c’est dédié à Paco…
Années 60 le Kremlin-Bicêtre, commune minuscule, comptait une centaine de bistrots, c’est dédié à Paco…
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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 06:00
Comme le père Noël était déjà une ordure à Dijon le 23 décembre 1951 où il fut pendu aux grilles de la cathédrale et brûlé.

Nos politiques, qui ne savent pas quoi inventer pour cliver plus encore notre société déjà si fragmentée, n’ont pas trouvé mieux que d’ériger des crèches dans les bâtiments publics.

 

Le Conseil d’État a même du statuer et a estimé le 9 novembre dans une décision prudente que des crèches de Noël pouvaient être installées dans les mairies, mais a assorti cette autorisation d'une série de conditions strictes, pour écarter tout prosélytisme religieux.

 

La plus haute autorité administrative a jugé que «dans les bâtiments publics, sièges d'une collectivité publique ou d'un service public, une crèche de Noël ne peut pas être installée, sauf si des circonstances particulières montrent que cette installation présente un caractère culturel, artistique ou festif».

 

Elle appelle également à vérifier si une telle installation répond ou non à un «usage local».

 

La mise en place d'une crèche de Noël ne peut en aucun cas signifier «la reconnaissance d'un culte ou une préférence religieuse», a par ailleurs averti le Conseil d'Etat.

 

Il a aussi fait une distinction entre l'intérieur des bâtiments publics et les autres «emplacements publics» tels que les marchés, où selon lui, installer des santons est a priori légal, à condition d'éviter toute manifestation religieuse contraire à la neutralité s'imposant aux pouvoirs publics.

 

Laurent Wauquiez (LR), président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, veut y installer une crèche au conseil de région «pour que ce soit ludique et historique». Robert Ménard, dans sa mairie de Béziers pour la «défense de la culture chrétienne». Le député Éric Ciotti (LR), mettra à nouveau une crèche au conseil départemental des Alpes-Maritimes cette année, salue également «une reconnaissance forte de notre identité, de notre histoire et nos racines».

 

Mais en cette veille de Noël, laissons de côté ces coups de menton récupérateurs pour nous intéresser à un personnage profane : le Père Noël.

 

Vendredi de la semaine dernière baguenaudant sur mes 2 roues muent par la force de mes jarrets à la recherche de cadeaux pour les petits souliers je me suis bien sûr arrêté pour explorer mes cavernes de livres.

 

En entrant à l’Écume des Pages, dans la vitrine à gauche de la porte mon regard fut attiré par un petit livre rouge. Pas celui de Mao, dont je vous parlerai bientôt, mais un signé Claude Lévi-Strauss, rouge à la couleur du Père Noël.

 

Le titre va surprendre plus d’un : Le Père Noël supplicié.

 

Sans faire le ramenard moi ça ne m’a pas surpris le 4 décembre 2011 j’avais commis une chronique :

 

Le Père Noël supplicié : brûlé devant des enfants des patronages sur le parvis de la cathédrale de Dijon, le député-maire s’est abstenu de prendre parti.

 

« Non je vous assure je n’ai ni abusé avec mes amis de Bourgogne Live de l’aligoté de Bouzeron, ni sifflé une ligne de Kir en galante compagnie, ni trop honoré « l’Ouvrée des Dames » 2005 de Joseph Drouhin, mais tout simplement lu « Le Père Noël supplicié » de Claude Lévi-Strauss, texte d’abord publié dans la revue Les Temps Modernes (N° de mars 1952, pp. 1572-1590) et qui a été réédité aux éditions Sables en 1996. »

 

La suite ICI

 

Je ne saurais trop vous recommander de mettre cette nouvelle édition au Seuil dans la collection La Librairie du XXIe siècle sur la liste de vos cadeaux de fin d’année. Vous ne vous ruinerez pas 12 euros et offrir du Lévi-Strauss ça impressionne toujours.

 

Si vous êtes radin vous pouvez accéder au texte ICI 

 

Ou bien en écouter la lecture

 

Lire aussi 

Le mensonge du Père Noël, un paradoxe parental

 

Comment, en tant que parent, exiger des enfants la vérité quand on leur sert la même imposture tous les ans ?

 

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par 


 

Comme le père Noël était déjà une ordure à Dijon le 23 décembre 1951 où il fut pendu aux grilles de la cathédrale et brûlé.
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23 décembre 2016 5 23 /12 /décembre /2016 06:00
Les dîners pourris du père de la Noiraude… des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans.

Une vache qui téléphone à son vétérinaire, en voilà une drôle d’idée. C’est pourtant celle qu’ont eu Jean-Louis Fournier et Gilles Gay en créant « La Noiraude » en 1976. Diffusée en 1977 sur TF1 dans « L’île Aux Enfants », cette série animée française de 61 épisodes de 3 minutes vous a certainement laissé des souvenirs à nos enfants.

 

Anne-Cécile, par la grâce de la maman d’un jeune copain qui travaillait à TF1 se retrouva sur le plateau de l’île aux enfants en compagnie de Casimir et de sa bande dont le fameux Mr du snob. Elle y suça consciencieusement son pouce.

 

Ça a commencé par un coup de cœur pour une fermette, le charme de ses colombages, son porche en pierre et ses plants de tomates qui faisaient les fiers à bras au fond du jardin. Et nous avons emménagé à Gizancourt, retapé la maison […]

 

C’est à Gizancourt que la Noiraude est née. Notre voisin était vétérinaire. Il avait installé son téléphone dans le jardin, pour l’entendre de loin. Et dès que ça sonnait, je me disais que c’était les vaches qui l’appelaient. J’inventais les dialogues, le vétérinaire, ça le faisait marrer. »

 

Ainsi s’exprime Jean-Louis Fournier dans un charmant petit livre Des plats et déliés chez Kéribus éditions dans la collection L’arrière-cuisine. 10 euros.

 

C’est succulent, Desprogien, un régal d’humour grinçant d’un petit gars d’Arras dont le père lichetronnait sec.

 

- Allo, c'est la Noiraude, je voudrais parler au vétérinaire...

 

- Ne quittez pas je vous le passe !

 

- Allo docteur, la Noiraude à l'appareil...

 

- Bonjour la Noiraude, qu'est ce qui ne va pas encore ?

 

- Est-ce qu'une blanche vaut deux noires ?

Voici ses souvenirs de dîners pourris

 

« D’abord les convives. Des gens que je n’aime pas. Il n’y aurait que des ennuyeux qui font des phrases, des vulgaires, d’autres qui racontent des histoires assommantes, des gens qui ne connaissent pas mes livres, une race que je ne supporte pas, sachant que celle que je déteste le plus est celle qui fait semblant de les avoirs lus.

 

Il y aurait un apéritif. Toutes les conneries de boissons dont le Martini. Des mousseux déguisés en champagne. Des cocktails, hier à la mode, aujourd’hui dépassés.

 

Des cubes de fromages, des toasts avec des trucs tout pâles étalés dessus comme du mousson de canard. Des verrines. Et la maîtresse de maison dirait : «reprenez-en !»

 

En entrée, il y aurait de la macédoine embourbée de mayonnaise servie dans des tomates coupées en deux. Ou alors du mauvais melon, orange tirant sur le saumon avec son goût de navet. Pire encore, des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans. Ça me fait penser à de grosses dames allemandes qui prennent leur bain de soleil.

 

Le plat de résistance. Parlons-en. Je n’aurais évidemment plus faim. Je vois bien un rôti de veau racorni avec des petits pois flottants dans leur jus. Ou pire, des plats en sauces. Des « ragouignasses ».

 

Bœuf aux carottes, blanquette, goulasch ou des morceau de viande avec des filaments, servis avec des choux de Bruxelles.

 

Ensuite, il y aurait de la salade. Mal assaisonnée, luisante d’huile d’arachide.

 

Sur le plateau de fromage, un Babybel.

 

En dessert, un moka industriel. Pire encore, un gâteau fait maison, encerclé de crème anglaise comme un château de sable grignoté par marée montante.

 

Le café serait servi dans des mazagrans. Avec des chocolats bidons farcis de Yuzu ou au thé vert.

 

Et à ce moment-là, le mari de la maîtresse de maison m’apporterait mi-fier, mi-intimidé son manuscrit à lire. »

Les dîners pourris du père de la Noiraude… des tranches de Mortadelle, rose layette avec des pistaches incrustées dedans.
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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 06:00
À la table de Françoise à Combray Marcel Proust appréciait la variété les menus de campagne.

Faire lire Proust par le plus grand nombre, telle est la mission que poursuit Laurence Grenier.

 

Ainsi elle nous offre « les douze dîners » de Marcel Proust aux éditions de la Spirale 10 euros, qui sont extraits de À la recherche du temps perdu.

 

Françoise

 

« Cuisinière de tante Léonie à Combray. Elle a une forte personnalité, fait preuve d’un rude bon sens paysan et alterne attentions et rudesse mais fait toujours montre d’une grande fidélité envers la famille du narrateur (1). C’est une excellente cuisinière et sait varier les menus avec les saisons pour le plus grand plaisir de la famille (2). Elle peut faire preuve de cruauté aussi bien envers les animaux qu’envers ses semblables, en particulier les gens humbles comme les domestiques de la maison (3) mais à l’inverse elle est d’une fidélité exemplaire vis-à-vis de sa maîtresse Léonie et s’occupera d’elle durant sa maladie puis son agonie avec beaucoup d’abnégation (4). »

 

La suite ICI 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Mais (surtout à partir du moment où les beaux jours s’installaient à Combray) il y avait bien longtemps que l’heure altière de midi, descendue de la tour de Saint-Hilaire qu’elle armoriait des douze fleurons momentanés de sa couronne sonore, avait retenti autour de notre table, auprès du pain bénit venu lui aussi familièrement en sortant de l’église, quand nous étions encore assis devant les assiettes des Mille et une Nuits, appesantis par la chaleur et surtout par les repas. Car, au fond permanent d’œufs, de côtelettes, de pomme de terre, de confitures, de biscuits, qu’elle ne nous annonçait même plus, Françoise ajoutait – selon les travaux des champs et des vergers, le fruit de la marée, les hasards du commerce, les politesses des voisins et son propre génie, et si bien que notre menu, comme ces quatre-feuilles qu’on sculptait au XIIIe siècle au portail des cathédrales, reflétait un peu le rythme des saisons et les épisodes de la vie : une barbue parce que la marchande lui en avait garanti la fraîcheur, une dinde parce qu’elle en avait vu une belle au marché de Roussainville-le-Pin, des cardons à la moelle parce qu’elle ne nous en avait pas encore fait de cette manière-là, un gigot rôti parce que le grand air creuse et qu’il avait bien le temps d’ici sept heures, des épinards pour changer, des abricots parce que c’était encore une rareté, des groseilles parce que dans quinze jours il n’y en aurait plus, des framboises que Swann avait apportées exprès, des cerises, les premières qui vinssent du cerisier du jardin après deux ans qu’il n’en donnait plus, du fromage à la crème que j’aimais bien autrefois, un gâteau aux amandes parce qu’elle l’avait commandé la veille, une brioche parce que c’était notre tour de l’offrir. Quand tout cela était fini, composée expressément pour nous, mais dédiée plus spécialement à mon père qui était amateur, une crème au chocolat, inspiration, attention personnelle de Françoise, nous était offerte, fugitive et légère comme une œuvre de circonstance où elle avait mis tout son talent. Et lui qui eût refusé d’en goûter en disant : « J’ai fini, je n’ai plus faim », se serait immédiatement ravalé au rang de ces goujats qui, même dans le présent qu’un artiste leur fait d’une de ses œuvres, regardent au poids et à la matière alors que n’y valent que l’intention et la signature. Même en laisser une seule goutte dans le plat eût témoigné de la même impolitesse que se lever avant la fin du morceau au nez du compositeur. »

 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 06:00
Les lignes frontalières « des millions d’hommes sont morts à cause de ces lignes » Georges Pérec…

Les migrants !

 

Qu’est-ce qu’une frontière ?

 

Une ligne tracée par la main de l’homme !

 

Qui se souvient de la ligne Oder-Neisse ?  

 

Et le rideau de fer ?

 

L'expression « Rideau de fer » a été popularisée par Winston Churchill lors d'un discours prononcé le 5 mars 1946 à Fulton (USA) lorsqu'il a déclaré que « un rideau de fer s'est abattu sur le continent européen de Stettin à Trieste »

.

Et celle tracée par les accords Skype-Picot au Moyen-Orient ?

 

« Malgré les promesses d’indépendance faites aux Arabes, la France et la Grande-Bretagne découpent ainsi le Moyen-Orient : une zone rouge formée par la Mésopotamie est sous administration directe de la Grande-Bretagne tandis que la France s’approprie une zone bleue comprenant le Mont-Liban, la côte syrienne et la Cilicie. La Palestine est pour sa part internationalisée, Jérusalem étant une ville sainte pour les trois monothéismes.

 

Pour le reste, les Etats arabes indépendants gérés par les Hachémites sont partagés en deux zones d’influence et de tutelle : la zone A au nord revient à la France et la zone B, au sud, à la Grande-Bretagne. Cent ans plus tard, à l’exception de la Palestine et de la Transjordanie devenue Jordanie (la déclaration Balfour de novembre 1917 prévoyant la création d’un Foyer national juif), les lignes créées par les accords Sykes-Picot sont toujours en place, tant bien que mal. « Ces découpages territoriaux ont été d'une importance capitale puisqu'ils ont déterminé arbitrairement pour chacun de ces Etats sa superficie, sa configuration géographique, la structure de sa population, ses potentialités économiques, ses possibilités d'accès à la mer, l'identité de ses voisins*. »

 

Tim Ingold, anthropologue anglais, dans son livre : Une brève histoire des lignes écrit :

 

« Comment pourrait-il avoir des lieux si les hommes ne se déplaçaient pas ?

 

La vie sédentaire ne peut pas engendrer d’expérience du lieu, donner le sentiment d’être quelque part. Pour être d’un lieu, il faut que tous ces « quelque part » se retrouvent sur une ou plusieurs trajectoires de mouvement qui proviennent ou s’orientent vers d’autres lieux.

 

… nous passons notre vie, non seulement dans des lieux, mais aussi sur des chemins. Or les chemins sont en quelque sorte des lignes. C’est aussi sur des chemins que les individus se forgent un savoir sur le monde qui les entoure, et le décrivent dans les histoires qu’ils racontent.

 

C’est pourquoi le colonialisme ne consiste pas tant à imposer une linéarité à un monde non linéaire qu’à imposer sa ligne au détriment d’un autre type de ligne. »

 

[…]

 

« Suivre un trajet est, je crois, le mode fondamental que les êtres vivants, humains ou non humains, adoptent pour habiter la terre. L’habitation ne signifie pas selon moi le fait d’occuper un lieu dans un monde prédéfini pour que les populations qui y arrivent puissent y résider. L’habitant est plutôt quelqu’un qui, de l’intérieur, participe au monde en train de se faire et qui, en traçant un chemin de vie, contribue à son  tissage et à son maillage. Même si ces lignes sont généralement sinueuses et irrégulières, leur entrecroisement forme un tissu uni aux liens serrés. »

 

[…]

 

« Mais il y a eu des époques où les puissances impériales ont tenté d’occuper le monde habité, en jetant un réseau-filet [network] de connexions sur ce qui à leurs yeux, ne ressemblait pas à un tissu de pistes mais à une surface vierge. Ces connexions sont des lignes d’occupation. Elles facilitent le passage d’homes et de matériel vers les sites de peuplement et d’exploitation, et assurent l’acheminement en retour des richesses qui y ont été extraites. Contrairement aux chemins tracés par des pratiques de trajet, ces lignes sont contrôlées et construites en prévision de la circulation qui va y passer. Elles sont généralement droites et régulières et lorsqu’elles se croisent, c’est en des points nodaux qui symbolisent une forme d’autorité. Tracées à travers champs, elles font généralement comme, par exemple, une route nationale, une voie de chemin de fer ou un gazoduc coupent les routes secondaires que les hommes et les animaux fréquentent dans les peu de cas des lignes d’habitation qui ont été tissées dans le pays ; elles les coupent découpant la surface occupée en plusieurs blocs de territoire. Ces lignes frontières, plutôt construites pour contenir le mouvement que pour le faciliter, peuvent sérieusement perturber la vie des habitants dont les chemins croisent ces dernières. Comme l’a écrit Georges Perec, « des millions d’hommes sont morts à cause de ces lignes » (Perec, 1974, p.147). »environs. Les lignes d’occupation relient des points, mais elles divisent également,

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