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11 novembre 2018 7 11 /11 /novembre /2018 06:00
Photographie du maréchal Pétain mangeant dans sa cellule. Image provenant du site http://crc-resurrection.org/

Photographie du maréchal Pétain mangeant dans sa cellule. Image provenant du site http://crc-resurrection.org/

Du temps où j’étais enfant de chœur, le matin du 11 novembre nous montions au cimetière juste au-dessus du Bourg-Pailler, je portais la croix, souvent il faisait froid et j’avais les mains glacées. La délégation était menée par les porte-drapeaux, le maire, le capitaine des pompiers, l’adjudant de la gendarmerie, des anciens combattants avec des médailles, des membres de la fanfare, et le curé. Que des hommes sauf lorsque le maire fut la sage-femme qui a accouché ma mère : Marthe Regnault.

 

Face au monument aux morts, après la sonnerie aux morts, le maire égrenait les noms des gars de chez nous que 14-18 a fauché en pleine jeunesse et à chaque fois nous répondions « Morts pour la France ». Cette litanie macabre me renvoyait au pépé Louis revenu vivant de Verdun et à celle d’un homme jeune, encadrée de noir avec crêpe, le mari de la tante Valentine Pondevie, sœur de mémé Marie, mort dès le début des hostilités, ils venaient juste de se marier.

 

Au Bourg-Pailler on n’évoquait pas les souvenirs de cette guerre, mon père, blessé en 39-45, comme le pépé Louis, étaient des taiseux. Et pourtant le pépé Louis était dans les tranchées de Verdun, il révérait Pétain, ce qui lui valut quelques soucis mineurs à la Libération lorsque les résistants de la dernière heure voulurent prouver à la population leur héroïsme tardif.

 

Le Pétain de 14-18 et celui de la « terre ne ment pas » a été mon premier questionnement de jeune homme : « héros de Verdun » ou « l’homme de la poignée de mains de Montoire »

 

J’ai beaucoup lu :

 

  • La France de Vichy, 19401944 de Robert O. Paxton Cet ouvrage, publié en 1972, a provoqué un véritable choc en France par sa démonstration que le régime Vichy avait recherché la collaboration avec l'occupant.

 

 

 

  • L’histoire de Vichy selon Robert Aron (1954) Écrit par l’essayiste Robert Aron (18981975), en collaboration avec une jeune journaliste, Georgette Elgey (née en 1929), Histoire de Vichy est publié en 1954. Ouvrage de référence pendant une bonne dizaine d’années, le livre développe implicitement deux thèses : qu’il existait deux Vichy et que le maréchal Pétain était bien un bouclier. Réfuté par des travaux ultérieurs — Vichy. Année 1940 d’Henri Michel en 1966, La France de Vichy de Robert Paxton en 1973, etc. — le livre marque une étape de l’historiographie. On trouvera ci-dessous les pages dans lesquelles l’auteur reprend la thèse du bouclier et de l’épée : « Tous deux, écrit l’auteur, à propos de Pétain et de Gaulle, étaient également nécessaires à la France ». ICI 

 

 

Pour moi, Pétain, c’était la France rance, une culotte de peau indigne, un Franco à la française, de cette droite prête à tout pour mater les rouges avec la cohorte des antisémites vociférant et les brutes de la Milice. La honte de la France.

 

Bien plus tard, en 1969, Le chagrin et la pitié de  Marcel Ophüls renforcera mon jugement et me fera adhérer au courage d’un Pierre Mendès-France.

 

En juillet-août 1968, j’ai travaillé avec un brocanteur à l’île d’Yeu, à deux pas du fort de la Pierre Levée où il fut incarcéré après la grâce de De Gaulle.

 

 

Pétain meurt le 23 juillet 1951. Il meurt dans un établissement hospitalier de l’île, annexe de l’hôpital militaire de Nantes ou il avait été transféré le 29 juin.

 

Sa tombe, au cimetière de Port-Joinville, je suis allé la voir. Elle était encore fleurie de gerbes de la crème de l’extrême-droite.

 

En 1974 je serai aussi bouleversé par le film de Louis Malle : Lacombe Lucien.

 

Dernier versant de mon aversion vis-à-vis de Pétain son « œuvre agricole » la Corporation qui servira de matrice à la FNSEA, une FNSEA conservatrice construite en réaction des idées de Tanguy-Prigent. Un livre magistral sur ce sujet : La Révolution rurale en France de Gordon Wright 1967.

 

Un autre livre capital pour moi qui suit né dans un pays baignant dans l’eau bénite : Les catholiques français sous l’occupation de Jacques Duquesne.

 

 

J’ai beaucoup lu et mon aversion pour Mitterrand, renforcée par son comportement de Garde des Sceaux pendant la guerre d’Algérie, a puisé ses racines dans sa francisque et dans ses amitiés douteuses avec Bousquet. Ses gerbes sur la tombe de Pétain n’étaient pas innocentes.

 

En ce temps-là, le sénateur socialiste Mélenchon, qui aimait Tonton,ne poussait pas des cris d’orfraies comme il le fait en ce moment face aux déclarations borderline de Macron sur le Pétain de Verdun.

 

Rendre hommage aux maréchaux de 14-18  ne me plaît  pas du tout, avec ou sans Pétain, pour moi les seuls vainqueurs de Verdun, ce sont les poilus et les 163 000 tués d'une bataille de trois cents jours.

 

Voilà j’ai écrit ce que j’avais sur le cœur, je ne suis pas historien, rien qu’un citoyen informé aux meilleures sources.

 

Pour votre information je vous communique des liens :

 

  • PÉTAIN, L'IMPOSTEUR DE VERDUN

 

Par Jean-Yves Le Naour février 2016 - 

À 60 ans passés, ce général obscur se forge une réputation - mieux, une légende - au cours de l'une des batailles les plus sanglantes de la guerre. La République avait besoin d'un sauveur, elle s'en trouve un, au prix de quelques mensonges.

ICI 

 

  • De Gaulle-Pétain : une relation houleuse depuis 1912 ICI 

© Le Télégramme 

 

  • Sur Pétain, « notre mémoire collective rejoint aujourd’hui le verdict de 1945 »

Pour l’historien Laurent Joly, le président Emmanuel Macron n’a pas pris la mesure du consensus négatif qui règne dans l’opinion française au sujet du maréchal.

LE MONDE | 08.11.2018 Propos recueillis par Allan Kaval

ICI 

 

 

"On ne peut pas détricoter l'histoire" : trois officiers, anciens enseignants dans des écoles militaires, parlent de Pétain ICI

Quelle image a-t-on en 2018, au sein de l'armée française, de Philippe Pétain, "le vainqueur de Verdun", devenu maréchal puis, plus de vingt ans plus tard, chef du régime de Vichy ? Franceinfo a interrogé trois officiers, anciens enseignants à l'Ecole de guerre ou à Saint-Cyr.

« Morts pour la France… » Pétain, Verdun, le statut des Juifs, la terre qui ne ment pas, le chagrin et la pitié, le fort de la Pierre Levée à l’Île d’Yeu.
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9 novembre 2018 5 09 /11 /novembre /2018 06:00
Après la descente aux enfers du litre, le litron populaire, sans âge, sans papiers, va-t-il être réhabilité ?

Ceci est une supplique, une imploration, une requête, une prière, à l’attention de celles et ceux qui nous prennent le chou pour nous expliquer le vin.  

 

Très chères, très chers, experts expliquez-moi pourquoi, entre la bouteille traditionnelle de 75 cl et le magnum de 175 cl, jugés nobles, sortables sur une table, le malheureux litre, la 100 cl, serait un outrage aux bonnes mœurs ?

 

Les petites bouteilles de 37,5cl ça fait, au mieux, buveur rationné, au pire, pingre ; la 75 cl classique, bordelaise, bourguignonne et autres, la marque des grands amateurs patentés ; le magnum très prisé des bobos naturistes, donne des boutons aux pères la rigueur de l’ANPAA.

 

Imaginez-vous, un Pétrus, un Lafite, un Ausone en litre ?

 

Notre ami Hubert, qui aime tant plaire, pourrait lancer la mode avec son Angelus, je suis sûr que ça ravirait les chinois ce côté canaille, épaules larges, genre Gabin en marcel ou pour faire plus tendance Vincent Cassel en perfecto.

 

La descente aux enfers du litron de vin de table, fils adultérin des vins de consommation courante, nu comme un vers, sans âge : millésime interdit, sans papiers : cépage proscrit, accompagna la disparition de la classe ouvrière, concomitamment à la chute du PC dans les abimes électoraux, la fin des rouges avec le couteau entre les dents, la résistible ascension des cols blancs, la montée des faits pas ci fait pas ça fouteurs de pétoches, le triomphe des boire moins mais boire mieux, coupaient la route des vins de table qui venaient par barges ou trains complets jusqu’au port de Gennevilliers. Le Midi rouge souffrait, les péages d’autoroutes aussi. Les derniers tribuns rangeaient leurs mèches lentes, troquaient leurs cagoules pour des pantoufles, achetaient des 4x4 japonais, vieillissaient. La bouteille bouchée liège jetable triomphait ! Tout allait être aoécisé ! C’était à qui péterait plus haut que son cul ! Même les petits vins cachaient leur roture sous des étiquettes ecclésiales ou des titres de noblesse en peau de lapin. Bref, nous nagions dans un océan de suffisance pendant nos voisins se gondolaient face à nos insuffisances.

 

Et pendant ce temps-là, alors que les hiérarques du vin regardaient passer les trains, que la défense des AOC s’apparentait à celle des droits acquis, de jeunes coquins venus du diable vauvert poussaient dans les vignes et les chais comme des adventices, contestaient la dérive de ceux qui avaient tant méprisés les vins de table jusqu’à faire accroire que leurs vins, purs cousins germains de ceux-ci, étaient dignes de leur origine affichée. Les contestataires, pas forcément des révolutionnaires, ne se contentaient pas de ces vins de papier. Eux, pour eux, l’AOC c’était toujours l’origine, un vin accroché à son petit quelque part qu’on avait coutume de dénommer terroir. Les grands bousins, les fourre-tout, les grands lacs de vin, très peu pour eux dans la cour des vins qui s’accrochent à leur lieu-dit.

 

Pour autant, les petits gars y voulaient bien que tout ça se passe dans un « espace de liberté », qui n’est pas, en dépit de ce continuent de croire les faiseurs de miracle, n’est pas un bassin déversoir. C’était leur vin à eux, bichonné, signé, identifié… Alors, soudain, dans les rayonnages des vendeurs de quilles de vignerons le vin de table réapparut tel le petit Jésus futur Messie. Et puis, petit à petit, au grand dam des grincheux ce fut l’explosion des étiquettes, des vins de tout acabit, chacun y allait de sa créativité. Mais le vin de table ressuscité, réhabilité ne tardait pas à décéder pour renaître sous l’affreuse dénomination de vin sans IG. Mais il gagnait au passage deux galons : le millésime et le nom de ses cépages et se voyait alors baptiser Vin de France

 

Je cesse là mon ironie, chers experts qui savez tout sur tout et le contraire de tout, pour vous dire qu’en Italie tout cet embrouillamini n’a pas eu de raison d’être. Chez nos voisins transalpins, dans les villes et les villages, ils ont toujours vendus à la tireuse du Vino de Tavola, et dans les osteria, trattoria, ristorante, du Vino de la Casa.

 

 

Le litre chez eux n’est pas tricard, pour preuve ce magnifique LITROZZO que j’avais acheté un dimanche de 2012 à la cave des Papilles rue Daguerre. Du Vino de Tavola venant du domaine « Le Coste Sul Lago c'est dans la région du Lazio, entre Toscane et Ombrie que Clémentine Bouvéron et Gian-Marco Antonuzi se sont installés. Dans le pittoresque village de Gradoli, près du lac de Bolsena. Un terroir de prédilection pour ces passionnés de vins nature. Gian-Marco s'est aguerri au contact de Philippe Pacalet et de Didier Barral, excusez du peu ! Clémentine un diplôme d'œnologie en poche: Ils louent 2,5 hectares de vieilles vignes et possèdent désormais 1,5 hectare en cépages autochtones: Greghetto, appellation locale du Sangiovese, d'Aléatico, un cépage aromatique de la famille des Muscat, de Procanico et de Malvoisie.

 

 

Le Coste - Italie   Aucun ajout de SO² sur toutes les cuvées

 Clémentine et Gian Marco Antonuzi  

 

Le domaine

 

L'exploitation agricole Le Coste est une véritable création à partir de zéro, mue par la passion et la volonté de revaloriser un territoire magnifique. À l'origine, l'acquisition en février 2004 d'un terrain de trois hectares, dit "Le Coste", à l'état d'abandon qui était un "jardin de vignes et oliviers" il y a plus de vingt ans selon les dires des anciens du village.

 

Aujourd'hui, le domaine a grandi et s'étend sur environ 14 hectares : 3 hectares de vignes plantées par nos soins, 4 ha de vieilles vignes en location (40/60 ans), 4 ha d'oliveraies séculaires et 3 ha de vieilles terrasses devenues bois suite à l'abandon et que nous destinons à porter notre projet de recréer le système d'antan de polyculture-élevage de races locales à lait et à viande.

 

Nous sommes à Gradoli (province de Viterbe, région Latium) aux confins de l'Ombrie et de la Toscane, à 150 kilomètres au nord de Rome et à 40 kilomètres de la côte méditerranéenne. Dans un paysage de collines à 450 mètres d'altitude le domaine domine le lac de Bolsena de récente formation volcanique (environ un million d'années). Le sol est léger, lapilleux et tufeux, et riche en minéraux ; le terrain est souvent creusé de grottes naturelles agrandies par les anciens. Sur toute l'exploitation nous pratiquons une agriculture "naturelle", sans certification officielle mais extrêmement attachée au respect de la nature et qui tend à rejoindre l'équilibre naturel, c'est à dire la diversité des cultures. C'est pourquoi nous avons mélangé les vignes et les oliviers et planté une quarantaine d'arbres fruitiers aux abords immédiats des vignes, reprenant ainsi la tradition locale.

 

La suite ICI 

 

 

Raphael Beysang - Beaujolais  Aucun ajout de SO² sur toutes les cuvées

 Raphael Beysang    

 69210 Saint-Germain-Nuelles

 

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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 06:00
Que boire avec la frittura di paranza dans le Naples de Roberto Saviano “La Paranza dei Bambini” ?

« Le secret de la friture de paranza, c’est de savoir choisir les petits poissons : ils doivent trouver leur place parmi les autres. Si on a une arête d’anchois coincée entre les dents, ça veut dire qu’on en a pris des trop grands. Si on reconnaît le calamar, il est trop gros et ce n’est plus une friture de paranza : c’est un mélange de ce qu’on a pêché. Dans une vraie friture de poissons, on mastique tout sans rien identifier. La friture de paranza se fait avec les restes, c’est l’ensemble qui donne la saveur. Mais il faut savoir la paner, avec la bonne farine, puis c’est la friture qui fait le plat. Arriver au goût qu’on recherche est une bataille qu’on livre avec le métal de la poêle, avec les olives pressées à chaud, avec l’huile, la qualité du blé, la farine, les poissons et l’eau de mer. On a gagné quand tout est en équilibre parfait, que la paranza a une seule et même saveur en bouche.

 

La paranza finit aussitôt, elle naît et elle meurt. Frire et manger. Elle doit être chaude, comme la mer est chaude quand on l’a pêché de nuit. Une fois qu’on a remonté les filets dans le bateau, il reste sur le fond ces minuscules bestioles mêlées à la masse des poissons, des soles qui n’ont pas grandi, des merluchons qui n’ont pas assez nagé. Le poisson est vendu et ils sont au fond de la boîte, parmi les morceaux de glace fondue.  Seuls, ils n’ont aucune valeur, mais dans un cornet en papier, l’ensemble est délicieux. Dans la mer ils n’étaient rien, dans le filet non plus, ils ne pesaient rien dans la balance. Mais dans l’assiette il constitue un plat à part entière. En bouche, tout est broyé ensemble. Ensemble au fond de la mer, ensemble dans le filet, panés ensemble, dans l’huile ensemble, ensemble sous la dent et dans le même goût – un seul, le goût de la paranza. Mais une fois dans l’assiette, le temps pour manger est très court : en refroidissant, la friture se détache du poisson. Le plat devient cadavre.

 

La naissance dans la mer est rapide. Rapide la pêche, rapide la friture, rapide entre les dents et rapide le plaisir. »

 

« Dans le jargon de la Camorra, "paranza" désigne un groupe criminel, mais ce terme a des origines maritimes et désigne de petits bateaux de pêche qui tirent par paires les filets dans des eaux peu profondes, où ils pêchent en particulier des petits poissons pour la friture de paranza. L'expression "paranza dei bambini" désigne la batterie de feu, mais renvoie également avec une certaine loyauté l'image du poisson si petit qu'il ne peut être cuit que frit: piscitiell ', tout comme ces enfants.

 

 

Choderlos de Laclos, l’auteur des Liaisons Dangereuses, servi la Révolution puis Bonaparte, un artilleur comme lu. Laclos l’admirait, et le premier consul le « pistonna » comme général de brigade, contre l’avis de l’administration.

 

Laclos s’était rendu en 1803 à Tarente pour renforcer les fortifications de toute la mer Ionienne. Il  s’agissait alors de préparer la lutte contre les Anglais qui refusaient de quitter Malte, alors même qu’ils s’y étaient engagés par la paix d’Amiens.

 

Le mauvais climat de Tarente, alors terre de malaria, ne lui laissa pas le temps (ndlr. d’écrire un nouveau roman). Il était dit qu’il devrait rester l’homme d’un seul livre. À peine arrivé dans les Pouilles, il tomba malade. Les prêtres, si nombreux ici, se précipitèrent à son chevet. Mais, contrairement à Talleyrand, Laclos, fidèle à ses idées, refusa, dit-on, les derniers sacrements et décéda le 15 septembre 1803. Il fut enterré dans le fort qu’il avait fait construire sur l’île San Paolo, la plus petite des îles Cheradi, cet archipel à quelques encablures de la cité. Le fort porte aujourd’hui son nom, Forte Laclos.

 

Mais sa tombe n’existe plus. Car, en 1814, lors de la restauration, des soldats sans scrupules de l’armée des Bourbons violèrent la sépulture de celui qui avait refusé l’extrême-onction.

 

Les restes de l’écrivain furent dispersés dans la mer.

 

Depuis, une légende s’est répandue chez les pêcheurs du port, notamment ceux qui attrapent de nuit les petits poissons de la baie, pour la friture di Paranza, en les attirant par la lumière de leur torche. Lors des tempêtes, il se dit que certains pescatori auraient aperçu, dans les rayons de leurs lampes, un spectre errant sans relâche dans les eaux troubles du golfe à la recherche de sa demeure violée.

 

Ce serait le fantôme de Laclos !

 

Certains superstitieux, de crainte d’une vengeance de l’auteur des Liaisons dangereuse, préfèrent éviter de pêcher près de l’île San Paolo, alors que ses fonds sont très poissonneux… Porta sfortuna. »

 

Extrait de Via Appia de Jacques de Saint Victor.

 

ROBERTO SAVIANO

Piranhas

[La Paranza dei Bambini]

Trad. de l'italien par Vincent Raynaud

Collection Du monde entier, Gallimard

Parution : 04-10-2018

 

« Naples, quartier de Forcella. Nicolas Fiorillo vient de donner une leçon à un jeune homme qui a osé liker des photos de sa copine sur les réseaux sociaux. Pour humilier son ennemi, Nicolas n’est pas venu seul, il s’est entouré de sa bande, sa paranza : ils ont entre dix et dix-huit ans, ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité et la violence. Leurs modèles sont les super-héros et les parrains de la camorra. Leurs valeurs, l’argent et le pouvoir. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, mais une vie ordinaire comme celle de leurs parents. Justes et injustes, bons et mauvais, peu importe. La seule distinction qui vaille est celle qui différencie les forts et les faibles. Pas question de se tromper de côté : il faut fréquenter les bons endroits, se lancer dans le trafic de drogue, occuper les places laissées vacantes par les anciens mafieux et conquérir la ville, quel qu’en soit le prix à payer.

 

Après le succès international de Gomorra et d’Extra pure, Roberto Saviano consacre son premier roman, Piranhas, à un nouveau phénomène criminel napolitain : les baby-gangs. À travers une narration haletante, ce roman inspiré de la réalité nous montre un univers sans concession, dont la logique subjacente n’est pas si différente de celle qui gouverne notre société contemporaine. »

 

 

CAMPANIA I.G.T. FIANO "GAIA"   CANTINA GIARDINO

CAMPANIA I.G.T. FIANO "GAIA" CANTINA GIARDINO

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5 novembre 2018 1 05 /11 /novembre /2018 07:00
C’était avant l’arrêt Bosman Christian Karembeu le kanak du FC Nantes était champion de France 1994-95 invaincus durant 32 rencontres... un autre monde…

Ce matin je vais encore faire le grand écart entre l’actualité et le passé en m’appuyant sur un footballeur kanak, qui a porté le maillot de l’équipe de France lors de la Coupe du Monde gagnée au stade de France, Christian Karembeu.

 

Celui-ci était un pur produit de l’école nantaise, celle qui, grâce à un jeu collectif léché et un niveau technique nettement supérieur, domina le championnat 1994-1995. Dans leurs maillots trop larges rayés jaune et vert, les « Canaris » survolaient le football français et restaient invaincus durant 32 rencontres.

 

Les hérauts du « jeu à la nantaise » s’appellent Christian Karembeu, Patrice Loko, Reynald Pedros, Nicolas Ouédec… et ont tous signé leur premier contrat professionnel au FC Nantes, après avoir poli leur toucher de balle au centre d’entraînement de La Jonelière. Parmi les champions de France cette année-là, deux étrangers seulement : le Tchadien Japhet N’Doram et le Nigérian Samson Siasia. ICI 

 

Une autre époque.

 

Celle d’avant l’arrêt Bosman.

 

 

Dimanche matin Christian Karembeu a donné une interview à France-Télévision :

 

« Le mot indépendance est périmé » : Christian Karembeu livre son sentiment sur le référendum en Nouvelle-Calédonie

 

Le champion du monde de football 1998, originaire de la Nouvelle-Calédonie, se confie sur le scrutin d'autodétermination, sur les problèmes de l'archipel et sur ses racines kanakes.

 

Lisez-là, ça éclaire d’un jour nouveau les enjeux du référendum :

 

Christian Karembeu a la Nouvelle-Calédonie dans le sang. Le champion du monde de football, né en 1970 sur l'île de Lifou, suit de près la situation de l'archipel dont les habitants sont appelés à se prononcer pour ou contre l'indépendance lors d'un référendum, dimanche 4 novembre.

 

Arrivé en métropole en 1988, l'année de la prise d'otages tragique de la grotte d'Ouvéa, le Kanak a toujours défendu sa culture et ses racines. Aujourd'hui ambassadeur de la Fifa en Océanie et directeur sportif du club grec de l'Olympiakos Le Pirée, l'ancien joueur a accepté de répondre aux questions de France info à quelques jours du scrutin.

 

France info : Vous avez exprimé à plusieurs reprises votre attachement à la culture kanake, êtes-vous favorable à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie ?

 

Christian Karembeu : Il faut d'abord remettre l'histoire en place, depuis le début jusqu'à aujourd'hui. Pourquoi existe-t-il une envie d'indépendance ? Je crois que la France le sait très bien. Cela fait partie du processus, depuis les accords de Matignon [en 1988] et ceux de Nouméa [en 1998] jusqu'à aujourd'hui, tout a été signé par les différentes parties. Aujourd'hui, le mot "indépendance" est obsolète. On va être indépendant de quoi ? L'idéologie au départ est de rendre le pays aux natifs. Mais aujourd'hui, on a une nouvelle génération de l'internet, qui n'a pas connu les violences et cette envie d'indépendance, d'émancipation culturelle et identitaire. Le mot "indépendance" est périmé aujourd'hui.

 

A l'heure de la globalisation, on interagit, on fait du commerce avec ceux qui nous entourent dans la région : le Japon, la Corée, la Chine, l'Australie... La réalité économique est là, et la France métropolitaine est assez éloignée. Par ailleurs, il y a toujours un problème avec le coût de la vie. Les denrées et les produits sont toujours très, très, très chers par rapport au coût de la vie calédonienne. Si vous achetez une voiture en France, elle est cinq fois moins chère qu'en Nouvelle-Calédonie. Cela veut tout dire.

 

Selon vous, cette indépendance est donc inéluctable ?

Lire la suite ICI

 

Et l’arrêt Bosman ?

 

Le 15 décembre 1995, un arrêt : celui par lequel, à Luxembourg, la Cour de justice des communautés européennes donne raison au joueur belge Jean-Marc Bosman dans la bataille judiciaire qui l’oppose à son ancien club, le RCF Liège, et à l’UEFA (Union des associations européennes de football). L’arrêt Bosman permet aux footballeurs d’être libérés à la fin de leur contrat et autorise leur libre circulation en Europe.

 

L’arrêt Bosman joue un rôle d’accélérateur de la mondialisation des transferts et de l’explosion des indemnités. « Personne n’a anticipé la spéculation qui allait dénaturer le système des transferts, ni la Commission européenne qui a été naïve sur ce coup-là, ni les instances sportives. » Le système devient « hyper-spéculatif » et profite surtout à une « petite élite » de joueurs, de dirigeants et d’intermédiaires, note le chercheur.

 

Pour Luc Misson, l’ancien avocat de Jean-Marc Bosman, les excès de ces dernières années tiennent au fait que la Cour de justice n’a posé aucune règle de concurrence dans son arrêt, et que la Commission européenne n’a pas pris les choses en main : « Il aurait fallu veiller à ce qu’il n’y ait pas d’abus de positions dominantes de la part de certains clubs ni des accords qui faussent la concurrence. (…) Il fallait que les autorités étatiques jouent un rôle. C’est en principe le cas dans tous les secteurs économiques. On ne peut pas laisser les entreprises faire entre elles ce qu’elles veulent. Dans le football, cela n’a pas été fait. Résultat, les clubs ont fait ce qui les arrangeait, et les plus gros sont arrivés à dominer un marché mondialisé à leur profit. »

 

Vingt ans plus tard, chaque week-end de football en France donne l’occasion de revivre le même sentiment d’inéluctabilité. Même aisance technique, même domination collective, mêmes scores fleuves et une série d’invincibilités qui s’étire de l’été à l’hiver. Mais le Paris-Saint-Germain version 2018 n’a que très peu de points communs avec le FC Nantes du siècle dernier. Quand le club de la capitale, propriété d’un fonds d’investissement qatari, dispose d’une enveloppe annuelle de 500 millions d’euros, les Nantais, eux, bouclaient l’exercice avec un budget de 130 millions… de francs (26,3 millions d’euros actuels). Ses succès, le PSG les doit aujourd’hui à des défenseurs brésiliens, des milieux de terrain italiens, des attaquants uruguayen et argentin, sans oublier Neymar, bon y'a M'Bappé...

 

Ce n’est pas demain la vieille que le FC Nantes sera de nouveau champion de France.

 

En prime (c’est pour les abonnés du Monde mais je peux vous faire parvenir à la demande un copié-collé)

 

L’histoire secrète des accords de Matignon

Le référendum en Nouvelle-Calédonie doit tout à une poignée de main historique, il y a tout juste trente ans.

 

LE MONDE | le 01.11.2018

Par Patrick Roger ICI

 

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5 novembre 2018 1 05 /11 /novembre /2018 06:00
Avec le temps va, tout s’en va… à force de nous bassiner sur les mêmes sujets les blogs de vin sont en train de couler.

Au hasard du fil twitter j’ai découvert une chronique pathétique qui reflète bien l’enfermement de ceux qui se baptisent, à juste raison souvent, « grands amateurs de vin ». Sans ironie aucune je comprends leur détresse lorsqu’ils constatent qu’ils en sont réduits à drainer sur leur blog le contenu d’une cabine téléphonique chère aux radicaux, je parle ici du parti politique et non des naturistes radicaux.

 

L’érosion du lectorat des blogs spécialisés vin est une réalité que je ne saurais nier, mon espace de liberté a connu un certain tassement, tout a commencé lorsque les commentateurs ont migré sur Face de Bouc pour s’écharper, s’invectiver, déverser leur bile ou leur mal être.

 

Alors que chaque jour depuis des années s’affichaient plus de 1000 visiteurs uniques le compteur oscillait entre 700 et 900, avec même parfois des trous d’air.

 

Que faire ?

 

Fermer la boutique, la tentation m’a effleuré, à quoi bon s’astreindre à écrire chaque jour si les lecteurs ne sont plus, ou plus exactement sont moins nombreux à être au rendez-vous matinal ?

 

À chaque fois que j’exprimais ma lassitude un carré de fidèles me sommait de continuer. Lorsque j’ai dû, après ma lourde gamelle à vélo et mon séjour à l’hosto, laisser mon espace de liberté blanc, les témoignages d’amitié et de fidélité m’ont ému et conforté.

 

Mais pour remettre à nouveau l’ouvrage sur le métier il me fallait trouver des sujets qui débordent le domaine stricto sensu du vin et de ceux qui l’aiment ou disent l’aimer.

 

Ce que les adeptes du moulin à prières vin n’ont pas compris, ou n’ont pas les moyens de comprendre, c’est que le monde du vin est bien étroit, très autocentré, cultivant l’entre soi et une forme d’élitisme ; en une formule un peu brutale et réductrice je leur signale : « il n’y a pas que le vin dans la vie ! »

 

Les gens, comme dirait notre Merluchon, du moins ceux qui surfent sur le Net, saturés d’informations, sont des citoyens, des consommateurs : je désigne là surtout la consommation alimentaire, des passionnés de musique, de livres, de  cinéma, de théâtre, d’art, de sports, tout ce qui fait leur vie, la vie que nous vivons. Les commentaires de dégustation et les notes ça les intéresse à l’occasion mais ça ne les fidélise pas. Certains, se la jouant Parker au petit pied se sont mis dans la tête de nous faire payer leur jus de tête et c’est la catata.

 

Alors je me suis dit que pour participer à l’Extension du domaine du vin il fallait élargir la focale, ouvrir l’angle, embrasser sur mon espace de liberté une variété de sujet, laisser la place au débat, donner la parole à ceux qui sont dans la vigne et qui font le vin, être éclectique, attentif, emprunter les chemins de traverse, mettre en avant les invisibles, aborder les sujets qui fâchent, bosser sur des dossiers complexes, fuir le moi je, innover… Bref, tout à la fois informer, confronter les points de vue, ne rien s’interdire, investir des champs ignorés.

Une telle approche libre des entraves commerciales ça déplaît aux bonzes qui s’accrochent à leur fonds de commerce comme les moules sur un rocher, ça ne irrite aussi les révolutionnaires en chambre, pour ces engeances les bons débats c’est entre soi, pas de contradicteurs, dans des lieux chics où l’on dit réfléchir alors qu’on se contente de déguster des vins comme il faut entre grands amateurs, ou dans des lieux plus trash où l’on se la joue défenseurs de ces pauvres petits paysans laminés par l’hydre libérale.

 

Ce n’est pas ma tasse de thé, ça ne l’a jamais été, je trace ma route lesté de mon histoire, de mes choix, de mes passions, de mes amours, de mes contradictions, je n’en tire aucune gloire, je me contente de vivre en consacrant une parcelle de mon temps de « vacancier éternel » à écrire.

 

Je vais vous faire une confidence, j’ai assisté pour faire plaisir à ce genre de pinces-fesses, soit conservatoire de vieux messieurs qui occupent leur temps, que d’ennui, de propos de table insignifiants, de discours de tribune creux, de vacuité, café du commerce revisité soit estrade militante, sympathique, face à des convaincus qui ne veulent entendre que ce qui conforte leur idéologie.

 

Comme l’époque est à la transparence je vais vous donner le bulletin de santé du lectorat de mon blog. J’avoue que suis étonné, pour moi le tassement était durable, que rien ne pouvait inverser la tendance, j’avais tort. Les chiffres de septembre et octobre montrent un redressement brutal qui me ramène à l’étiage des meilleures audiences.

 

Sera-ce durable ou n’est-ce qu’un feu de paille ?

 

Je ne sais, mais ce que je sais c’est que les supports de ce redressement sont les chroniques qui ne traitaient pas du vin. On va me rétorquer que mon blog n’est plus un blog vin mais un blog attrape-tout. C’est un peu vrai mais c’est faux aussi car dans le mouvement de progression des sujets vin on fait des scores plus qu’honorables. Mes lecteurs fidèles sont toujours là, ils n’ont pas décroché ; parmi les lecteurs occasionnels certains s’abonnent. La pelote se défait et se refait.

 

J’en suis là, je ne roule pas des mécaniques mais, comme le disait Robert Lamoureux, le canard est toujours vivant. Jusque quand ?

 

Allez bon vent chers collègues bloggeurs, y compris celui-ci qui vaut son pesant de cacahuètes pour apéritif.

 

« Avec le TEMPS, et dans ce monde de la communication tout azimut où le faux côtoie régulièrement, et à haute dose, le vrai, l’outil « BLOG » selon même sa nature et son contenu, a profondément changé.

 

Soyons lucide : sur ce blog, alors qu’il fut une époque où les « visiteurs » dépassaient allègrement les 300 journaliers et où les billets se succédaient à un rythme conséquent avec des commentaires nombreux, il nous reste une poignée de fidèles qu’on se doit de remercier chaleureusement. Les statistiques WordPress sont redoutables :

 

 

Il est évident que depuis notre premier blog sur « ma bulle » cela fait dix ans qu’on baragouine sur le monde du vin. Voilà une période de vie, comme celle du … qui a duré 20 ans, qui laissera de bons souvenirs. Depuis les batailles épiques avec certains zeus dont le langage frisait la correctionnelle jusqu’aux soutiens de quelques grands noms discrets, on a vécu des échanges passionnants.

 

En fait, les lecteurs sont de justes juges de la chose : les novices en vin se contentent de blogs au ton espiègle avec des écritures actuelles; les plus passionnés sont particulièrement satisfaits de LPV qui reste incontestablement le forum majeur en France; et une bonne portion des premiers lecteurs, en 2008, 2009 ne ressent plus l’ardente nécessité de passer du temps à lire une prose aléatoire, trop souvent clivante, je le reconnais.

 

Même d’autres blogs comme celui de Bizeul ou celui de Nicolas de Rouyn connaissent la dure loi de gauss. Aux USA, c’est celui de Parker qui a connu une chute impressionnante ! Si on sautait un jour, du temps des grandes heures, on avait plusieurs pages de nouvelles interventions à lire alors que maintenant, même après un mois, on retrouve le fil de pauvres discussions sans grand intérêt.

 

Loin de nous de déverser de quelconques acrimonies ! Ce phénomène est totalement accepté et le premier coupable reste ma pomme qui n’a pas su, qui n’a pas voulu se mettre au diapason des attentes actuelles. À 72 balais, on ne se refait point !

 

A cela s’ajoute le fait qu’on commence à avoir pas mal de redondances ! Nos lecteurs habituels ont compris depuis des lustres que notre passion actuelle va vers les vins bourguignons, allemands, autrichiens, suisses où le fruit est net et jouissif. Ils ont aussi compris que s’il fut un temps où je donnais une certaine importance à l’étiquette, j’ai autant de plaisir à parler d’un Marionnet que d’un Belle-Vue médocain ou d’un Haut-Carles dont les derniers millésimes dégustés sont enthousiasmants.

 

Bref : comme j’aime écrire – un redoutable virus – et n’ayant surtout pas comme but premier de générer des paquets de lecteurs, je continuerai à écrire mais avec un changement sensible, à savoir toucher d’autres sujets que le vin, comme la lecture, la musique et la politique tant il est vrai que dans ces domaines, il y a pas mal de choses à dire.

 

[…]

 

C’est une activité qui m’occupe avec passion tant je souhaite dire à quel point le vin européen a deux dimensions uniques : la culture et l’histoire. C’est particulièrement incorrect d’asséner une telle vérité mais le vin européen a été et doit rester une des pierres de notre civilisation passablement chahutée en ce moment.

 

Et qui sait ? Un jour, dans deux ou trois générations, un étudiant en fin d’acné juvénile trouvera dans ce blog la matière à une analyse lucide sur les vanités humaines. Rien que pour lui donner matière à chapitres, nous allons donc continuer à écrire.

 

Une telle combinaison d’orgueil et de vanité, finalement, c’est assez rare, n’est-il pas ?

 

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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 07:00
Que Ségolène Royal réglât ses comptes avec son ex, les éléphants du PS, Macron… etc. c’est son droit mais elle devrait aussi endosser ses responsabilités pour faire bon poids…

Que le monde politique, ou plus généralement les lieux de pouvoir, soient entre les mains des mâles c’est incontestable, que les femmes doivent se battre à armes inégales pour s’y faire une juste place c’est un fait, que les inégalités soient criantes est indéniable.

 

Que Ségolène Royal ait souffert tout au long de son parcours politique, surtout lors de sa candidature à la Présidentielles, je n’en disconviens pas. Cependant, dans ce marigot politique sans pitié, au sein d’un PS nid d’intrigues, de rancœurs recuites, de manœuvres sournoises, d’apparatchiks sans talent, elle ne peut s’exonérer, au nom de sa féminité, de ses propres responsabilités, de ses choix, de ses erreurs, de ses échecs. 

 

Pour avoir pratiqué Ségolène Royal lorsque j’étais Directeur de cabinet je puis témoigner que j’ai rarement vu dans mon parcours sous les ors de la République quelqu’un(e) d’aussi méprisant(e) vis-à-vis de ceux qu’elle considère comme des domestiques, d'aussi impérieuse, d’aussi soucieuse de son intérêt exclusif… Comme pour ses collègues mâles je n’ai jamais cédé à ses diktats pour obtenir des passe-droits pour ses chers électeurs des Deux-Sèvres.

 

« La ministre a un sens aigu de la hiérarchie- des employés du ministère rapportent qu'elle refuserait d'ouvrir les portes elle-même, ou de s'encombrer de ses documents et autres effets personnels. Comme ce soir du printemps 2000 où, ministre déléguée à la Famille du gouvernement de Lionel Jospin, en panne d'essuie-glaces sur l'autoroute, elle exige qu'une personnalité officielle de la préfecture de Poitou-Charentes vienne la chercher. Au moment d'entrer dans la voiture de secours, d'un geste, elle tend à la sous-préfète, qui a fait le déplacement... son sac à main. »

 

« Devenue assistante parlementaire en titre à l'été 1996, Évelyne Pathouot est victime quelques mois plus tard d'un accident vasculaire cérébral et verra son salaire « suspendu » en février 1997 pour cause de congé maladie. Elle dénonce l'irrégularité aux services administratifs de l'Assemblée, qui convoquent Royal, «folle de rage ». «Quand je lui expliquai que la suspension d'un mois de salaire était une véritable catastrophe, elle me rétorqua simplement : “Mais Évelyne, vous avez une pension alimentaire !”». Évelyne Pathouot s'interroge : comment une «militante de la cause des femmes (…) pouvait-elle considérer une pension alimentaire comme un privilège et non comme un droit ?»

 

Lire ICI 

 

« Ces travers pourraient conduire à une multitude de contentieux mais rares sont ceux qui osent briser la loi du silence et porter l'affaire en justice. D'autant que le principe de séparation des pouvoirs interdit tout contrôle de l'Inspection du travail dans les murs des deux Assemblées. Pourtant, certains sont allés au bout de leur démarche. Sylvia Edom, attachée parlementaire de Christiane Taubira d'octobre 2002 à avril 2003, a fini par obtenir, aux prud'hommes, la condamnation de l'ancienne Garde des Sceaux pour licenciement injustifié et par recevoir 5.300 euros de réparation. Les deux ex-attachées parlementaires de Ségolène Royal ont également obtenu, après un très long combat judiciaire, la condamnation de la ministre par la Cour de cassation. Mais ces cas sont isolés. "Personne n'a envie d'attaquer son député de peur d'être définitivement écarté de ce très petit milieu professionnel", constate Mickael Levy, secrétaire général adjoint de SNCP (syndicat national des collaborateurs parlementaires) FO. »

 

Autre versant occulté par Ségolène Royal : sa gestion de la région Poitou-Charentes

 

QUAND ROYAL RÉÉCRIT L'HISTOIRE DES COMPTES DE POITOU-CHARENTES 

 

«Un rapport bâclé par une stagiaire venue quelques heures sur place», «officine privée», accusations vicieuses... Il n’a fallu qu’une seule des 290 pages de son livre sorti hier, Ce que je peux enfin vous dire, à Ségolène Royal pour réécrire en trois formules l’épisode des comptes de Poitou-Charentes qui a agité la première année du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

 

«Calomnie», «prétexte pour démolir toutes les actions régionales que nous avions créées, notamment en matière d’excellence environnementale et de démocratie culturelle», Ségolène Royal reste fidèle à la ligne qu’elle tenait déjà en 2016, à une époque où la chambre régionale des comptes épluchait les comptes de la collectivité qu’elle a présidé dix ans: il n’y a rien à voir, rien à redire et toutes les accusations ne sont que règlement de comptes politiques. Histoire de convaincre un lectorat national, qui n’a pas forcément suivi tous les épisodes de ce psychodrame, Ségolène Royal ironise sur l’audit réalisé par Ernst and Young. Le cabinet international est renvoyé au simple rang «d’officine privée»: un rapport qu’elle décrédibilise, estimant qu’il a été effectué en quelques heures par «une stagiaire».

 

Problème, cet audit avait été effectué sur plusieurs mois, en plusieurs volets: et, surtout, Ségolène Royal oublie totalement de mentionner le rapport de la chambre régionale des comptes dont les conclusions étaient sévères: «l’état des finances de l’ancienne région Poitou-Charentes aurait nécessité à court terme, et ce vraisemblablement dès 2016, des décisions importantes en matière de réduction des dépenses et/ou de modification de la politique suivie auparavant en matière de fiscalité», écrivaient pourtant les magistrats, qui détaillaient par le menu la situation budgétaire «sous tension» de Poitou-Charentes, pointaient du doigt les prêts toxiques et leurs dérives et mettaient en exergue des ratios financiers ahurissants: 19 années pour rembourser la dette, une capacité d’autofinancement négative de 6 millions... En clair, une collective au bord de la cessation de paiement.

 

Dans le livre de Ségolène Royal, donc, tout ça n’existe pas. Zéro dérive, mais une femme politique courageuse face à un Alain Rousset qualifié de «président (qui m’a accusé) de façon vicieuse». Contacté ce mercredi, Alain Rousset a refusé de commenté ce passage du livre.

 

Hollande, Macron, Valls, Hulot, Jospin... On a lu le livre de Ségolène Royal, et ils en prennent pour leur grade

 

  • Sur François Hollande

 

Comme tout le monde le sait maintenant, j'ai été cruellement trahie avant et pendant la campagne de 2007, pour une femme de dix ans plus jeune, elle-même ensuite trompée pour une femme de dix ans plus jeune.

 

  • Sur Emmanuel Macron

 

On m'a parfois comparée à Emmanuel Macron ou à d'autres, comme surgissant au dernier moment. Rien n'est plus inexact !

 

  • Sur Nicolas Hulot

 

A mes yeux, chacun des pas en arrière [de Nicolas Hulot] l'a affaibli lui-même et surtout a affaibli la position du ministère pour les arbitrages à venir.

 

 

  • Sur Manuel Valls

 

Il me dit que c'est lui le chef. Je lui réponds que je ne trahirai pas la mission qui est la mienne : protéger l'environnement et la santé publique.

 

  • Sur Lionel Jospin

 

Quelle sagesse ? Il est évident que si, dans son livre, il avait mis le mot 'candidat noir' à ma place, l'auteur de ce chapelet d'injures aurait été renvoyé en correctionnelle pour propos racistes.

 

  • Contre les éléphants du PS qui l'ont "dénigrée" durant la campagne de 2007

 

Ils ont essayé de me manger, mais ils n'ont pas eu ma peau.

 

Lire l’intégrale ICI

 

Ségolène Royal encense Brigitte et Emmanuel Macron

 

Pourtant, si Ségolène Royal ne semble pas porter le chef de l’Etat de 40 ans dans son cœur, cela ne l’empêche pas de le complimenter sur son couple avec Brigitte Macron. Admirative de leur amour, l’ancienne ministre de l’Ecologie explique dans son livre : « Ce que je trouvais très sympathique et respectable, c'est qu'il ait osé épouser une femme de vingt ans de plus que lui. Je me disais qu'il leur en avait fallu, à tous les deux, de la détermination, du courage, en un mot de l'amour, pour affronter les critiques, les sarcasmes, la bêtise et la méchanceté ». De tendre déclarations, qui devraient ravir la première dame de 65 ans, quelque peu éprouvée par les nombreuses railleries dont elle fait l’objet.

 

Ségolène Royal dans "Ce que je peux enfin vous dire"

 

 

Pour finir une petite anecdote qui traduit bien l’ambiance entre mâles blancs :

 

Sur le plateau de France Inter, Ségolène Royal l'ex-ministre de l'environnement du gouvernement de Manuel Valls est revenue sur un échange sans filtre entre le Premier ministre d'alors et le futur président, Emmanuel Macron

 

Celui qui était alors ministre de l'économie, avait expliqué dans la presse que la croissance était en berne. Furieux, Manuel Valls lui aurait alors lancé en plein Palais Bourbon: « Et ta queue, elle est en berne? »

 

 Un mot que Ségolène Royal a pris soin de censurer avec des *** dans son livre... et qu'elle ne s'est pas risquée à répéter au micro de France Inter.

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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 06:00
Emmanuel Bove et sa fille Nora au jardin du Luxembourg à Paris, vers 1924.

Emmanuel Bove et sa fille Nora au jardin du Luxembourg à Paris, vers 1924.

Rassurez-vous je ne suis pas en train de vous faire un coup de Jarnac même si le François, le fils de vinaigrier y est né, même si son parcours politique fut bien sinueux, pas toujours glorieux, on pourrait le qualifier de tordu, même s’il fut l’objet lui aussi victime de coups tordus « l’attentat de l’Observatoire », il n’en  reste pas moins vrai qu’il battit sur le fil, après deux tentatives infructueuses, le sémillant déplumé de Chamalières Valéry Giscard d’Estaing après avoir réduit en cendres Georges Marchais au premier tour.

 

Mais pourquoi diable lors de son second septennat l’a-t-on affublé du surnom de Tonton ?

 

« Le surnom Tonton a été donné à François Mitterrand par le Canard enchaîné. Il viendrait pour certains d'un nom de code que François Mitterrand aurait eu pendant la Seconde Guerre mondiale, pour d'autres de l'irruption télévisuelle de son neveu Frédéric Mitterrand, que Roland Topor caricaturera dans son émission Téléchat.

 

L'ancien conseiller en communication de François Mitterrand, Gérard Colé, explique dans son livre Le Conseiller du Prince que Tonton était le surnom donné au président par les agents chargés de sa sécurité personnelle, ce surnom a ensuite été diffusé dans le but de remplacer le surnom "le Vieux" qui était jusque-là généralement utilisé. Il fut repris ensuite par des sympathisants socialistes tels que Renaud qui donna ce surnom pour titre d'une chanson consacrée au président. Dans une récente émission, le publicitaire Jacques Séguéla a prétendu que ce surnom venait du publicitaire lui-même, qui était chargé de la campagne publicitaire des élections de 1981. »

 

La suite ICI 

 

D’accord me direz-vous mais qu’est-ce que vient faire Valéry Giscard d’Estaing dans cette galère ?

 

Voici la réponse ci-dessous :

 

« J’avais rendez-vous à deux heures sous la grande horloge de la gare du Nord. C’était un rendez-vous impérieux à cause du peu de temps qui le séparait de l’instant où il m’avait été donné. Et, sous une horloge, ç’avait en outre quelque chose de sérieux, d’autant plus que cette horloge était dans une gare.

 

Il avait été convenu que l’on manquerait les premières courses et, au fond, ce fut sage, car les chevaux que nous eussions joués ne sont pas arrivés.

 

Cette radieuse journée de printemps commença bien. Mon ami était là quand j’arrivai. Les guichets étaient déserts ; une pancarte nous mit, sans chercher, dans notre train et, à peine étions-nous assis qu’un employé vint soigneusement fermer la porte du wagon. Tout cela était de bon augure.

 

Les vitres baissées, nous traversâmes une campagne ensoleillée. Soit qu’il n’y eût pas de vent, soit que le train n’allât pas vite, la fumée de la locomotive montait toute droite dans le ciel bleu. On voyait, dans la prairie, son ombre qui passait avec facilité les ruisseaux, les fossés et les murs.

 

C’était la première fois que j’allais aux courses et mon ami, qui parlait avec connaissance des chevaux, avait toute ma confiance, j’étais seul à l’avoir et que nos voisins ne se donnaient pas la peine de noter les chevaux gagnants de de mon ami.

 

  • Nous reviendrons avec cinq mille francs, dit-il, après avoir pris des notes et consulté un journal sportif.

 

  • Pour nous deux ?

 

  • Non, pour chacun.

 

Bien qu’il jouât depuis des années, je ne le crus pas. J’eusse mieux aimé qu’il prédît un gain moins important mais plus sûr.

 

[…] je coupe car je ne peux reproduire intégralement la nouvelle. Ils perdent deux courses.

 

  • Nous allons tout mettre sur Tonton.

 

  • Et Isis ? …

 

  • Non, c’est Tonton qui va gagner. Il fera deux cents francs. Il n’y a pas à hésiter.

 

  • Et si Isis…

 

  • Non, nous jouons Tonton gagnant. Il gagne, Tonton, comme il veut.

 

[…] nouvelle coupure

 

Et si Tonton n’arrivait pas ?

 

  • On a joué Tonton, je te dis… C’est un grand cheval. Tu veux donc que nous perdions !...

 

Quelques minutes s’écoulèrent, puis une rumeur vint jusqu’à nous. Nous entendions crier : « Tonton ! »… « C’est Tonton !... Vive Tonton !... » On eût dit qu’une nuée de bourdons survolaient le champ de courses, Tonton avait gagné.

                                                                    *

                                                              *         *

Dans la nuit tombante, les phares de l’autocar éclairaient à peine. Les feuilles des arbres s’agitaient à notre passage. À un point inattendu de l’horizon la lune brillait. Elle nous apparaissait à chaque lacet de la route, tantôt à gauche, tantôt à droite. La tête contre la bâche de l’autocar, nous dévalions vers Paris. Et, au loin au-dessus de la ville, le ciel avait cette rougeur dont on a sis souvent parlé. »

 

Une journée à Chantilly Emmanuel Bove dans Petits contes ICI 

 

 

Fort bien me direz-vous, c’est un peu tiré par les cheveux mais quel rapport avec Valery Giscard d’Estaing ?

 

La réponse est ci-dessous :

 

Cher Monsieur,

 

J'espère que vous ne m'en voudrez pas de l'indiscrétion qui consiste à vous écrire sans vous connaître et qui est d'autant plus coupable qu'il s'agit de renseignements à vous demander. J'ai été intéressé récemment par la lecture de l'oeuvre d'Emmanuel Bove, qui a aujourd'hui complètement disparu, non seulement de la devanture mais de l'arrière-fond des librairies. J'imagine que vous avez eu l'occasion de le rencontrer, puisque l'essentiel de son oeuvre se situe à une époque où vous animiez les mouvements littéraires contemporains. Ce serait pour moi un grand privilège si vous pouviez me donner quelques renseignements à son endroit. Qui était-il ? Quelle était sa manière d'être ? Quelles traces a-t-il laissées ? J'ai appris que madame Bove vivait encore à l'heure actuelle. Avez-vous eu l'occasion de savoir où on peut la joindre ?  Vous serez surpris de cette curiosité qui n'entre pas dans l'exercice normal de mes fonctions, mais s'il est interdit au ministre des Finances d'avoir un coeur, du moins selon la réputation, il ne lui est pas interdit de s'intéresser à la littérature. » 

 

Valéry Giscard d'Estaing en 1972

Lettre adressée au surréaliste Philippe Soupault

 

Si je vous ai mis en appétit commencez donc par le premier roman de Bove, Mes Amis publié chez Flammarion. Les deux premières phrases sont un extrait sec du style bovien « Quand je m'éveille, ma bouche est ouverte. Mes dents sont grasses : les brosser le soir serait mieux, mais je n'en ai jamais le courage. »

 

 

Un autre beau texte de Bove, pour moi, est la nouvelle Bécon-les-Bruyères dont je possède l'édition originale. Il vient d’être rééditer.

 

Je vous en offre un petit extrait, pour le plaisir :

 

« Bécon-les-bruyères existe à peine. La gare qui porte pourtant son nom printanier prévient le voyageur, dès le quai, qu'en sortant à droite il se trouvera côté-Asnières, à gauche côté Courbevoie. Il est donc nécessaire, avant de parler de cette ville, de tirer à soi tout ce qui lui appartient, ainsi que les personnes qui rassemblent les objets qui leur appartiennent avant de les compter. L'enchevêtrement des communes de banlieue empêche d'avoir cette manie. Aucun accident de terrain, aucune de ces rivières qui suivent le bord des départements ne les séparent. Il y a tant de maisons que l'on pense être dans un vallon alors que l'on se trouve sur une colline... »

 

 

Le coup de Jarnac

 

Jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le coup de Jarnac était une expression synonyme d’habileté, d’ingéniosité et d’une parfaite loyauté.

 

Mais en 1771, deux cent vingt-quatre ans après le combat, le dictionnaire de Trévoux, œuvre des Jésuites fait évoluer la dernière définition du coup de Jarnac en rajoutant, à la définition de de Furetière datant de 1727 qui exprimait seulement que c’était un coup mortel et imprévu, « se prend toujours de mauvaise part. » Le mal était fait.

 

A noter que le dit dictionnaire est imprimé par des Jésuites et que les descendants de Guy Chabot ont fait acte de foi dans la R.P.R., la religion prétendue réformée, autrement dit le Protestantisme…

 

Larousse et Littré ont rectifié à la fin du XIXe siècle cette expression qui était dévoyée en écrivant: « le coup fut trouvé fort habile et fournit une expression proverbiale qui a pris un sens odieux; mais c’est un tort de l’usage, le coup de Jarnac n’eut rien de déloyal, c’est un coup loyal mais inattendu, inespéré ».

 

En vérité, cette botte secrète est un coup technique originaire d’Italie, alors inconnu en France au milieu du XVIe siècle, dont l’utilisation en plein duel a été décisive pour la victoire.

 

Le « coup de Jarnac » est bel et bien une expression synonyme d’habileté et d’ingéniosité.

 

L’histoire ICI 

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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 07:00
Ouvéa, les accords Matignon sous Rocard, 30 ans après les Calédoniens sont appelés à répondre à la question suivante :

« Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? »

 

174 154 électeurs qui pourront défiler dans l'isoloir. La composition du corps électoral pour cette consultation a fait l'objet d'âpres négociations, si bien que les non-Kanaks arrivés après 1993 ne pourront pas faire entendre leur voix. Les Kanaks, eux, qui ne représentent plus que 39% de la population, sont sur-représentés. Ils forment même 63% de ce corps électoral, selon le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS).

 

« J’ai confiance. » C’est par ces mots qu’Edouard Philippe a conclu son discours devant le Congrès de Nouvelle-Calédonie, mardi 5 décembre, dernier jour de son séjour sur le territoire. Un déplacement de quatre jours durant lesquels il aura rencontré l’ensemble des responsables politiques du territoire et des trois provinces, échangé longuement avec chacun avant de s’adresser aux élus en ce jour anniversaire de la mort des « dix de Tiendanite », dix jeunes Kanak, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou, massacrés dans une embuscade le 5 décembre 1984, et sur la tombe desquels il s’était recueilli deux jours plus tôt.

 

4 avril 2006

 

Le Caillou

 

En juin 1988 je quitte les rives "verdoyantes" du port de Gennevilliers pour rejoindre le rez-de-chaussée de l'Hôtel de Villeroy comme directeur-adjoint du cabinet du Ministre. J'occupe le plus beau bureau du lieu, vaste il donne sur le petit parc : aujourd'hui c'est celui du Ministre. Mon portefeuille : les 30 000 fonctionnaires, les relations avec les OPA, les DOM-TOM, la Corse et les Courses : de quoi occuper mes journées.

 

Alors pourquoi ce titre d'aujourd'hui : le Caillou ?

 

Vais-je vous parler des galets roulés de Châteauneuf -du-Pape ? Non, je suis trop ignare des choses du terroir. Les accords de Matignon ça vous dit quelque chose ?

 

1936 ?

 

Non ceux du 26 juin 1988 !

 

La poignée de mains Lafleur-Tjibaou c'est loin, vous avez oublié. Et pourtant, sur le Caillou – la Nouvelle Calédonie – ces deux-là, quelques temps avant, ne semblaient pas fait pour s'entendre. Le sang avait coulé. Rocard nommait une mission de conciliation emmenée par Christian Blanc pour renouer les fils du dialogue, sortir des postures, retrouver la confiance, aller à l'essentiel : les accords Matignon c'est un feuillet dactylographié.

 

 

L'encre était à peine sèche que Rocard demandait à Henri Nallet de se rendre sur le Caillou. Je suis du voyage. Une trentaine d'heures de vol jusqu'à Nouméa sur UTA. Nous allons d'abord à Wallis et à Futuna en Transaal. Touffeur. L'administrateur supérieur en uniforme blanc, son chauffeur pieds nus, les rois, les églises et les cases, des îles sans pêcheurs : encore un mauvais coup des missionnaires, les petits cochons noirs, le bout d'un monde immobile. Nous enverrons aux femmes de Futuna des machines à coudre...

 

Retour à Nouméa, la résidence du Haut-Commissaire, un parfum colonial, mais nous ne sommes pas là pour faire du tourisme : le Nord, territoire kanak, puis les éleveurs caldoches, enfin l'île de Lifou et son jeune chef à l'écharpe rouge qui a fait ses études à la Sorbonne, danses traditionnelles des guerriers lances à la main, on palabre, on mange des ignames, on crapahute, le FLNKS et le RPCR, le début d'un processus de paix...

 

Une anecdote pour finir ce petit papier : « Jacques Lafleur ne boit jamais une goutte d'alcool, il pourrait en mourir. Mais par un bel après-midi d'hiver austral, seul dans sa propriété d'Ouaco perdue dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, il s'est versé une coupe de champagne... »

 

 Le pari du grand chef blanc l'Express du 02/09/1988 par Florent Leclerc. Sabler ou sabrer le champagne pour la paix tout est toujours possible chers lecteurs... 

 

Quelles sont les forces politiques en présence ?

 

La famille indépendantiste dispose de 25 élus sur 54 au Congrès de Nouvelle-Calédonie, l'instance législative locale. Elle est dominée par le FLNKS, un regroupement de quatre partis politiques, qui appelle le "peuple kanak" à "conclure un combat qui dure depuis 164 ans". Plus radical et très minoritaire, le Parti travailliste prône, lui, "une non-participation massive" au référendum, qu'il juge trop ouvert aux non-Kanaks. "Nos militants joueront aux boules ou iront à la pêche", prévient son leader.

 

En face, les non-indépendantistes sont majoritaires au Congrès, avec 29 membres. Divisés, ils mènent campagne sur le terrain autour de slogans tels que "La France est une chance" ou "Pour une Nouvelle-Calédonie dans la France et dans la paix". En mai, ils ont reçu le soutien (timide) d'Emmanuel Macron. En visite à Nouméa, le président de la République n'a pas souhaité "prendre parti dans ce référendum" mais a affirmé que "la France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie".

 

Lire l’article ICI 

 

Dans le roman à 4 mains d’Évelyne Pisier et Caroline Laurent Et soudain la liberté, la jeune Lucie (Évelyne Pisier) arrive avec ses parents à Nouméa en provenance de Saigon, « Hô Chi Minh et Giáp étaient grand vainqueurs. La France balayée, cèderait le terrain aux Américains », « Le voyage fut éprouvant : une vingtaine d’heures, avec deux escales en Australie, pour parcourir les 7500 km qui les séparaient de Nouméa. »

 

« La Nouvelle-Calédonie était une toute petite colonie, mais il s’y était passé des choses. Le Code de l’indigénat avait été aboli le 7 mars 1944. Depuis 1946, les Canaques disposaient d’un droit à la nationalité française pleine et entière. En d’autres termes, ils pouvaient voter, circuler, être propriétaires, accéder aux institutions et créer leur parti, ce qu’ils n’avaient pas tardé à faire. »

 

Lucie allait à l’école des sœurs, à la naissance de son frère, sœur Marie de Gonzague la trimballe dans toutes les classes pour « annoncer l’heureuse nouvelle à tes camarades. » Pensez-donc, un garçon !

 

« Dans chaque classe où s’arrêtait sœur Marie de Gonzague, Lucie annonçait la bonne nouvelle et les enfants applaudissaient. Lorsqu’elle arriva devant le bâtiment réservé aux Canaques, l’enseignante lui fit signe de se taire. Elles entrèrent par une porte de service et, silencieusement toujours, s’approchèrent.

 

Par la grande fenêtre, Lucie les vit. Ils étaient au moins quarante, entassés les uns sur les autres, indisciplinés, sales et joyeux. Eux aussi portaient l’uniforme, mais aucun n’avait de chaussures. Un petit garçon récupéra un crayon avec ses doigts de pieds et le fit sauter à hauteur du bureau. Des filles, au fond de la salle, se tiraient violemment les cheveux, pendant qu’une autre, très grosse, attaquait sa troisième banane. Un brouhaha de français et de canaque parvenait aux oreilles, dans lequel perça soudain un rot sonore, lâché par la petite boulotte. Lucie fit une grimace de dégoût. « Tu vois, chuchota la sœur au menton fripé, voilà des choses que l’on ne verra jamais chez les Blancs. » Et elle l’entraîna vers la sortie.

 

Comme André Desforêt, sœur Marie de Gonzague croyait en l’inégalité des races. Le spectacle de ces sauvages était à ses yeux un argument suffisant. Depuis de nombreuses années, les pères maristes tentaient de les faire progresser grâce à l’enseignement religieux, mais le chemin serait long. La nonne sourit à Lucie. « Dieu a fait ainsi les hommes. Différents les uns des autres. » Elle ne lui parla pas des terres canaques spoliés par les colons ou des bidonvilles dans lesquels s’aggloméraient comme des grappes les familles, et où le Christ n’avait envoyé ni l’eau courante ni l’électricité.

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1 novembre 2018 4 01 /11 /novembre /2018 06:00
Faut arrêter de prendre les cons pour des gens ! Le peuple de notre Mélenchon quoi !

C’est d’un blogueur belge, Philippe Schoepen, et ça ne se fume pas comme la moquette…

 

Les gens c’est du Mélenchon de campagne (ne pas confondre avec le pâté) : adieu « camarades », bonjour « les gens » !

 

Et pourtant, juste après mai 68, où le PCF et la CGT s’étaient encore illustrés par leur incapacité à comprendre la nature profonde du mouvement, sauvant De Gaulle du naufrage, Jean Ferrat, l’Ardéchois, compagnon de route fidèle, chantait :

 

«C’est un joli nom camarade, c’est un joli nom tu sais, qui marie cerise et grenade, aux cents fleurs du mois de mai»

 

Le Grand soir c’était même le titre de l’album.

 

À la poubelle camarade en compagnie de l’Internationale, comme le dit Manuel Bompard, ancien directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon : « Les gens », c’est le peuple.

 

Nous y voilà : Le PEUPLE.

 

Voilà le grand fourre-tout où tu entasse indistinctement tous les mécontents des deux bords, des deux extrêmes, c’est commode et jugé plus efficace que l’appel au grand soir qui comme l'Arlésienne n’arrive jamais.

 

C’est une expression pensée politiquement « Notre volonté était de nous adresser au plus grand nombre, pas qu’à la gauche de la gauche. »reconnait Manuel Bompard. « Ça s’inscrit dans la logique d’une stratégie politique, on doit parler grand angle, et pas seulement à des catégories particulières. »

 

Ha ! Le peuple :

 

« De Gaulle rentre dans la capitale l’après-midi du 25 août 1944. A la gare Montparnasse, le général Leclerc lui remet la lettre de reddition du gouverneur allemand, Von Choltitz, arrêté le matin même à l’hôtel Meurice. Malgré les réverbères éteints, faute d’électricité et les habitants privés de bus, de métro et pratiquement de voitures, la capitale, se réveille avec ferveur de quatre années d’occupation. Un peu partout les gens descendent dans la rue manifester leur joie. Les drapeaux tricolores, sortis comme par miracle, fleurissent jusqu’au au sommet de la tour Eiffel. Sur le parvis de l’Hôtel de ville, les ministres et commissaires de la République qui viennent d’être nommés attendent le chef de la Résistance. C’est ici que ce dernier prononce sont célèbre discours : « Nous sommes ici… Nous sommes ici chez nous ! Paris outragé, Paris brisé, Paris martyrisé mais Paris libéré ! »

 

« Le samedi 26 août, à 15 heures c’est l’apothéose, sous l’Arc de triomphe le Général ranime la flamme du Soldat inconnu et se retournant descend les Champs Elysées devant une foule innombrable qui se presse pour officialiser ce premier jour de liberté. Ce jour, de Gaulle le célébrera chaque année comme le jour de l’élan national. »

 

« Mais quatre mois plus tôt, le 26 avril 1944, à quelques semaines du débarquement, le maréchal Pétain s’adressait dans ce même Hôtel de Ville à une foule très dense, ressemblant fort à celle massée en août. Or cette foule en liesse l’acclame et chante… la Marseillaise. Ce jour-là, Philippe Pétain déclare aux Parisiens : « Je ne voulais pas passer à Paris sans venir vous saluer, sans venir me rappeler à votre souvenir, une circonstance malheureuse m’y a ramené (les 641 victimes des bombardements alliées). Je suis venu ici pour vous soulager de tous les maux qui planent sur Paris. J’en suis encore très, très, très attristé. Mais c’est une première visite que je vous fais. J’espère bien que je pourrai venir facilement à Paris, sans être obligé de prévenir mes gardiens… Aujourd’hui, ce n’est pas une visite d’entrée dans Paris, que je vous fais, c’est une petite visite de reconnaissance. Je pense à vous beaucoup. Soyez sûrs que dès que je le pourrai, je viendrai et alors ce sera une visite officielle. Alors, à bientôt j’espère. »

 

Le peuple c’est un tout informe, la somme de non-identifiés, c’est commode, ça se jette au gré des circonstances, des humeurs, dans les bras du premier venu, un Trump par exemple, c’est le terreau du populisme, perméable aux forts en gueule, les Doriot, les Céline, c’est nous, c’est moi, c’est vous, c’est notre voisin qui gave ses allées de Roundup, qui chasse, qui a un 4x4, qui n’aime pas les arabes… je ne sais…

 

Qui se souvient de l’épisode : NUIT DEBOUT et d’un de ses chantres Frédéric Lordon qui a disparu des radars laissant la place à son ex-compagne insoumise Aude Lancelin boss du fameux Média de la sulfureuse Chikirou ?

 

« Frédéric Lordon, économiste et philosophe, s’est construit sur la scène contemporaine l’image d’un intellectuel intransigeant. Il a été identifié comme l’un des porte-paroles du mouvement Nuit Debout. Croyant vivre un moment historique, il éructa, à l’occasion d’une assemblée générale du mouvement dans un amphithéâtre de la Sorbonne : « Nous n’apportons pas la paix ! » Finalement, le « peuple » n’a pas voulu de  sa révolution. Et c’est là une ingratitude incompréhensible, car l’intellectuel ne cesse d’invoquer ce peuple et la trahison dont il serait victime par les élites, en particulier médiatiques. Il sait, lui, ce que veut le peuple. À la façon d’un ventriloque avec sa marionnette, il nous fait entendre que son aspiration profonde serait la lutte contre ce qu’il est convenu d’appeler la mondialisation néo-libérale. Cependant, cette aspiration est contrariée par le « système », qui l’empêcherait de penser librement et le conduirait vers les affres de la théorie du complot et de la post-vérité. C’est de cette façon, mais reconnaissons-le par des tournures plus habiles, qu’il évoque dur un blog qu’il tient dans les pages du Monde diplomatique, certaines formes de la crédulité contemporaine. Le conspirationnisme,  écrit-il, est « le symptôme nécessaire de la dépossession politique et de la confiscation du débat public ».

 

[…]

 

« Or, ce type d’approche herméneutique qui consiste à décrypter ce qu’un groupe voudrait dire mais qu’il ne peut pas dire et qui, par un heureux hasard, correspond justement à ce que le ventriloque savant voudrait qu’il dise, est une forme d’égarement bien connu de la littérature académique qui s’est intéressée aux théories du complot. Il est donc dommage que Lordon ne l’a manifestement pas lue, sinon il aurait vu que la fait de manipuler sans précaution des entités collectives – le peuple, le pouvoir, etc. – en leur prêtant des intentions cohérentes est un processus intellectuel douteux. »

 

Confirmation par Emmanuel Todd le sociologue du café de commerce :

 

« Le 11 janvier 2015, quatre millions de personnes sont descendues dans la rue en France pour manifester leur effroi après les attentats ayant frappé Charlie Hebdo. Au-delà de cette manifestation même, les déclarations « Je suis Charlie » sont devenues virales au point de devenir l’étendard de beaucoup. »

 

J’en étais même si par la suite je n’ai brandi aucun étendard.

 

Dans son livre Qui est Charlie ? Monsieur Todd nous assène sa vérité, celle qui se cache dans le fond de nos têtes, nos ressorts profonds que nous feignons d’ignorer.

 

« Pour lui, la belle unanimité qui se réclamait d’une indignation généreuse et humaniste cachait ses vraies raisons : il s’agissait en réalité d’une manifestation de haine de l’islam, « la religion des plus faibles », venant d’une part des classes moyennes, et d’autre part, de zones géographiques historiquement les moins républicaines, celle que Todd estime caractérisées par un « catholicisme zombie ». Ce terme est intéressant, car il signifie que les individus n’ont pas forcément conscience de porter des valeurs catholiques et haineuses. Au-delà même, l’essayiste considère qu’une « quantité innombrable de gens ne savaient pas ce qu’ils faisaient là le 11 janvier ». Charitable, il ajoute : « Mon but, c’est de faire comprendre aux gens les valeurs profondes qui les font agir et qui ne sont généralement  pas celles qu’ils imaginent. »

 

Fermez le ban !

 

Les Nabilla de la pensée faut arrêter de prendre les cons pour des gens !

 

Les citations ci-dessus sont extraites du livre de Gérald Bronner Cabinet de curiosités sociales

 

 

« … dans le marché saturé d’informations, l’économie de l’attention est très concurrentielle. Dans ces conditions les  différentes formes de l’outrance constituent des stratégies possibles pour se distinguer.

 

Le monde intellectuel ne paraît pas faire exception lorsque certains ne souhaitent pas tant défendre une idée qu’ils croient juste, qu’une posture qu’ils espèrent visible. Ces buzzophages, dont certains prétendent pourtant penser les conditions de ce qui nous détermine, ne paraissent pas clairement voir qu’ils sont comme des rats dans un labyrinthe, instrumentalisant et en étant victimes à la fois des mécanismes du marché. »

 

Et Onfray apparu sur nos écrans en glosant de doigt dans le cul, Nabilla n’en est pas arrivé là…

 

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31 octobre 2018 3 31 /10 /octobre /2018 06:00
Cher Jean-Pierre Sautreau votre livre « Une croix sur l’enfance en Vendée », la vôtre volée, violée, martyrisée, par le clergé, est une œuvre de salubrité publique…

Suis comme vous un bocain né en juillet 1948, un rejeton du baby-boom. Lors de ses vœux pour l’année 1945, le général de Gaulle, chef du gouvernement, avait appelé de ses vœux la naissance, dans les dix ans à venir, de « 12 millions de beaux bébés. », j’étais l’un d’eux, le petit dernier de la famille de trois enfants.

 

Ma mère était, comme la vôtre, couturière. J’ai vécu ma prime jeunesse au milieu des coupons de tissu, des patrons en papier soie et du fil à faufiler, elle m’a transmis le virus des belles étoffes et le sens de l’appariement. C’était une courageuse qui veillait tard.

 

Comme la vôtre elle espérait que je prenne la soutane.

 

En ce temps-là, en Vendée, le joug du clergé passait par les femmes.

 

J’ai été élevé dans les jupons des femmes, ce petit clan soucieux que je grandisse en âge et en sagesse.

 

À la maison, vêtues de noir, encadrant maman, ma grand-mère maternelle Marie, dite mémé Marie, épouse du pépé Louis, moustache à la Foch, amoureux de ses grands bœufs blancs tachés de roux, 7 ans sous les drapeaux, service militaire et 14-18 à la file, et sa sœur, la tante Valentine, qui se prénommait officiellement Eugénie, veuve de guerre après un bref mariage, gardienne de l’heure où l’on devait se rendre à la grand-messe du dimanche.

 

En ce temps-là, dans les métairies du bocage, encore en métayage chez les grands propriétaires fonciers, les maîtres, la cohabitation de plusieurs générations sous le même toit était la règle. Chez nous, même s’il régnait au sein du clan une concurrence feutrée, faites de silences désapprobateurs, de respect de règles rigides, pour exercer le leadership sur mon élevage, les choses étaient claires : c’était maman, sous le regard bienveillant de papa, qui dirigeait la manœuvre. Dire que je ne profitais pas de cette situation serait mentir.

 

Pour parfaire mon image de sainte nitouche, à qui on pouvait donner le bon Dieu sans confession, un jour j’ai déclaré à maman que je voulais être enfant de chœur ; elle en fut bien sûr ravie vu ses visées cléricales et plaida ma cause auprès du curé-doyen qui m’enrôla.

 

Mes motivations n’avaient rien de très catholiques, je les cite en vrac : le service des mariages et des enterrements permettait de sécher une matinée d’école ; nous nous partagions les quêtes de sacristie suite aux mariages et aux baptêmes ; nous nous baladions dans les rues, croix en tête pour les sépultures, la Fête-Dieu avec ses chemins de pétales de rose, et nous allions même dans les champs pour la fête des Rogations – les rogations, prières publiques et solennelles dont le but est d’attirer les bénédictions de Dieu sur les biens de la terre, célébrées les lundi, mardi et mercredi qui précèdent le jeudi de l’Ascension. Je n’ai jamais accompagné le curé pour porter l’extrême-onction.

 

Aller servir la messe, au petit matin, avant que le jour ne se lève me donnait le frisson lorsque je traversais la peupleraie dont les grands futs ressemblaient à une armée de l’ombre. Je détestais les Vêpres. Le jeudi Saint le curé nous lavait les pieds. J’adorais l’odeur de l’encens et le crépitement de la crécelle qui remplaçait la cloche pendant le carême. Tenir le petit plateau doré sous le menton des jeunes femmes du bourg lorsqu’elles communiaient alimentait mes « mauvaises pensées » que le curé me demandait d’avouer lors de la confession, ce que je refusais. « De quoi je me mêle ! » Je n’ai jamais sifflé du vin de messe. Servir la messe était un jeu, les burettes, le latin de cuisine, les génuflexions, la distribution du pain béni, la quête, le surplis empesé sur la soutane rouge ou noire, le rêve pendant le prêche du curé, l’ostensoir, le ciboire, le calice, les lourds ornements du curé, l’aube, l’étole, la chasuble, la chape, changeant de couleur en fonction du calendrier liturgique, les cloches carillonnées des baptêmes et des mariages, lugubres pour les enterrements…

 

Je n’ai jamais cru en Dieu, ni en la Vierge Marie, et encore moins au drôle de Saint-Esprit, seul Jésus, le rebelle, me donnait à réfléchir. Sous ma bouille d’angelot se cachait un païen. Je donnais le change pour avoir la paix.

 

Et pourtant rien ne nous était épargné pour faire de nous des curés ; chaque année passait à l’école un envoyé spécial de l’évêque chargé d’éveiller nos vocations, les hommes le surnommaient « le grand inséminateur ». À la fin de sa réclame il nous demandait d’écrire sur un petit papier ce nous voudrions faire plus tard. Un jour, je ne sais quelle mouche m’a piqué, sans doute la curiosité, j’ai répondu : prêtre.

 

Que n’avais-je fait là !

 

Me voilà embarqué dans une vis sans fin, des courriers de relance, puis, un jour, la proposition d’aller faire une retraite au Grand Séminaire de Luçon. J’ai dit oui. Lorsque je me suis retrouvé, le premier soir, là-bas, loin de chez moi, dans une immense chambre haute de plafond, j’ai pleuré toutes larmes de mon corps. Un jeune abbé est venu me consoler et, même si mon petit corps d’angelot semblait lui plaire, il ne toucha pas ma bistouquette.

 

Rentré au bercail je me rendis au fond du jardin pour brûler la masse de propagande du « grand inséminateur ». Le clan des femmes s’en étonna, mon père, pourtant avare de ses paroles, leur balança « foutez-lui la paix ! »

 

Maman en fut marrie. Jamais je ne lui ai avoué que la raison profonde de mon refus se nichait dans la petite culotte des filles.

 

En vous lisant je me disais : « Je l’ai échappé belle… »

 

Votre « grand cheval » dont j’avais oublié le nom et le prénom, Eugène Arnaud, est bien celui qui a cherché à m’enrôler, qui m’a harcelé et à qui j’ai échappé. Nous nous rejoignons quand vous écrivez « si le sobriquet s’est transmis à travers les générations de séminaristes c’est qu’il allait une casaque à ce fameux étalon, le plus grand inséminateur de vocations artificielles. »

 

Il était le bras armé de la reconquête décrétée par Mgr Antoine-Marie Cazaux évêque de Luçon.

 

 

Deux détails, il m’a confirmé en l’église Saint Jacques le majeur de la Mothe-Achard  et j’ai le souvenir des sacs de blé donnés par les paysans chaque année pour l’œuvre des séminaires.

 

C’est lui qui décide de faire de 1959 « l’année su sacerdoce et des vocations »

 

Dans sa lettre pastorale titrée « L’Église a besoin de prêtres » 8 pages pour appeler au renforcement du « corps franc des consacrés à Dieu : Si tous le chrétiens de Vendée étaient pénétrés de cette pensée de l’Église, si tous obéissaient docilement et activement à ces impulsions de l’Église, bien plus large et bien plus efficace serait la réponse de notre diocèse à l’appel de Dieu et des hommes qui demandent des prêtres… l’Église a besoin de prêtres, à vous de lui en donner. »

 

 

Langage de combat, relayé par les prédicateurs venus en chaire, en mission, celles-ci étant souvent  marquées par l’érection de calvaires, il s’agit d’étendre l’œuvre civilisatrice de la religion catholique, de lutter sur tous les continents contre « les dangers mortels menaçant l’Église : « l’invasion des sectes protestantes, la sécularisation de toute la vie, un marxisme agressif, un spiritisme inquiétant… un islam qui répond sans effrayer par les exigences que présente la doctrine du Christ… un athéisme dont la contagion est d’autant plus redoutable qu’elle coïncide avec un progrès matériel qui porte l’homme à s’imaginer qu’il peut se passer de Dieu. »

 

Si j’ai été sauvé des rets du grand inséminateur c’est que ma mère m’aimait pour de vrai, elle n’était pas bigote, et que mon père, plutôt libre penseur, pratiquait pour lui faire plaisir. Il marquait sa distance en allant à la messe, sur une chaise, sous le clocher, tout au fond où, souvent, il en profitait pour s’offrir un petit roupillon. De plus, ni le curé-doyen, ni les fameux frères de Saint Gabriel qui tenait l’école primaire n’ont exercé une quelconque pression sur moi. D’ailleurs, aucun de mes camarades de classe de l’école sainte Marie n’est entré au séminaire.

 

La pression à la Mothe-Achard tenait plus de la perpétuation de vieilles histoires, on ne se regardait pas en chien de faïence, chacun était dans son rôle, les laïcs minoritaires se tenaient à carreaux et les culs bénis ne pratiquaient aucun prosélytisme. Je dois à mon appartenance à ceux qui allaient à la messe d’avoir pratiqué le basket à la Vaillante Mothaise, le patro mais mes copains d’enfance les Remaud, dont la mère était la plus grande amie de la mienne, jouaient au foot, au FCM tenu par ceux d’en face.

 

Je dois avouer mon extrême plaisir de 68 hard d’avoir vu les séminaires de Vendée se vider comme des outres à la suite du mouvement. Enfin, toute cette séquence m’a vacciné contre le danger des Églises, de leur clergé, de leur soumission, ce qui m’a évité l’enrôlement par le Parti Communiste.

 

Votre livre, cher Jean-Pierre Sautreau, m’a touché, ému, elle est une œuvre salutaire qui, au-delà de votre douloureux parcours personnel, témoigne de ce qu’a été cette Vendée sous le joug des maîtres et du clergé.

 

 

 

Comme vous l’écrivez pages 163-165 ce sont « les conditions familiale et sociale difficiles qui font souvent basculer les familles paysannes qui fournissent du coup pratiquement les deux tiers du bataillon des nouvelles recrues.

 

Beaucoup d’entre elles, particulièrement dans le bocage, en plus de n’être pas insensibles à la notoriété pouvant rejaillir de l’illumination de l’un des leurs, surtout vis-à-vis de leurs bailleurs, notre maître, conviennent facilement de caser un enfant ou deux au Séminaire peut contribuer à résoudre l’excès de bras sur une exploitation de trop peu d’hectares. Et puis ainsi ces pauvres castrés ne feront pas de vieux gars. Combien de cadets (les aînés étant destinés à recevoir et poursuivre l’exploitation) vont être ainsi les victimes, avant que l’industrialisation ne les sauve plus tard, d’une telle rouerie des faiseurs de vocation ? »

 

Les maîtres, chez moi, les de la Bassetière régnaient sur toutes les métairies de la Mothe-Achard et de Saint Julien des Landes. Mon père Arsène, entrepreneur de battages, était leur obligé, souvenir du maître derrière la bascule pour tarer les sacs du métayage et des tournées avec lui dans les fermes du docteur Louineau où les gamins pliaient le genou devant le maître.

 

 

« Comment comprendre que les familles arrivent ainsi à admettre que leur intérêt rejoint là celui de l’Église, au point  de sacrifier un enfant par calcul ? Les curés sont encore les rois au pays des insurgés de 1793, des descendants de l’armée contre-révolutionnaire catholique et royale. Quelques années plus tôt, ils ont, sans difficulté, fait se dresser les faux contre la Loi de séparation. Ils continuent de s’opposer viscéralement à l’implantation des écoles publiques. Ils menacent du haut de leur chaire d’excommunier tous ceux qui seraient tentés d’y inscrire leurs drôles. Ils ont l’appui des possesseurs et des entrepreneurs qui apprécient la force fédératrice de la religion dans les bourgs, son pouvoir émollient et conciliateur sur les esprits et donc garantie la paix sociale. Au besoin, ils savent aussi se montrer diablement malins. Ainsi  pour lever une ultime hésitation des parents ils en viennent à dépeindre l’incroyable bénéfice que le fils va aussi retirer de ce troc. Leur magnifique abnégation et leur indéniable clarté de vue va lui permettre d’accéder à un cursus d’études à priori inespéré et décrocher une situation plus qu’enviable, glorieuse, qui honorera toute leur maison. Et puis, quoi de plus naturel, quand on a la foi enracinée et têtue et qu’on reçoit chaque naissance comme un don du ciel, de rendre, à ce Dieu qui bénit ainsi son toit, un fruit, en quelque sorte lui appartenant. »

 

Maquignonnage dites-vous, je souscris à 100%

 

Ce fardeau reste toujours présent dans la Vendée moderne, ma famille est montée en force, en 1984, sans me le dire, j’étais membre du cabinet de Michel Rocard, manifester pour l’enseignement libre. Vilain petit canard noir qui a rompu avec eux. Cet inconscient collectif a aussi donné Philippe de Villiers, son radio Alouette, son Puy de Fou, cet homme est un concentré des scories de ce temps que vous avez vécu.

 

Photo   OUEST-FRANCE

 

Je ne vais aller au-delà, cher Jean-Pierre Sautreau, ils vous ont brisé, bousillé une grande part de votre vie, vous en voulez à cette Église qui a mangé votre mère avant de tenter de vous dévorer. Comme je vous comprends et je mesure toute la chance que j’ai eu d’avoir des parents aimants, avant tout soucieux de me laisser le choix de mon avenir.

 

Merci pour ce livre bien écrit, bien construit, vivant, poignant, mes chers lecteurs je vous encourage à le lire.

 

LIRE 4 septembre 2018

 

UNE CROIX SUR L'ENFANCE en Vendée ICI 

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