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4 mai 2013 6 04 /05 /mai /2013 00:09

Le 23/03/2009 je publiais anonymement, avec son accord, le texte d’un vigneron. Ce garçon discret m’avouait qu’il ne goûtait guère le côté place publique de la blogosphère, qu’il n’avait nulle envie de devenir un icône de tous les milieux alternatifs du microcosme de la viticulture française, qu’il ne souhaitait pas rejoindre telle ou telle micro mouvance, qu’il n'avait rien demandé à personne et n’avait aucune aspiration de la sorte.


J’avais donc choisi de conter à ma façon son histoire sans en changer le fond d’aucune manière. C’était sans compter sur notre amie Iris qui dans un commentaire écrivait « Merci, d'avoir repris ce texte d'Eric Texier, qu'il avait mis sur LPV il y a quelques jours, et de l'avoir romancé à votre belle manière.

 

Je pense, que son expérimentation est intéressante, la méthode Fukuoka, après avoir occupée pas mal les jardiniers dans les années 70/80, n'était à ma connaissance pas (ou rarement) pratiquée sur vigne - une des raison: comme le « maître l'avait mise en pratique sur d'autres plantes, il fallait soi-même « décider », si on osait faire une entrave à la doctrine, en taillant les vignes - mesure d'intervention dans le « naturel » pas négligeable et bien décisive, comme le dit aussi Eric Texier dans son texte.


Ce texte avait provoqué une discussion très vive : 27 commentaires ce qui à l’époque était peu coutumier.


Si je le republie c’est qu’il pose assez crument certaines questions. Bonne lecture.


Masanobu-Fukuoka.jpg

 

Donc, c’est l’histoire d’un mec * qui un jour me dit, comme ça, qu’il mène un peu moins d'1 ha en « agriculture naturelle » (expression française de la méthode de M. Fukuoka) sur une parcelle expérimentale où il ne revendique aucune AOC car pour lui rien ne lui permet d'affirmer que ce type d'agriculture, qui n'autorise pas de forte densité de plantation à l'ha, permettrait de donner une image fidèle, ou plus exactement traditionnelle du terroir sur lequel elle est implantée. Je lui demande :

 

-          pourquoi, faites-vous ça ? 


-          tout simplement parce que 8 années de viticulture de type bio, ne m'ont pas convaincu du bienfondé de cette approche.


Comme j’en reste coi, il ajoute :


-          si le travail du sol permet de se passer de cette saloperie de glyphosate (nom générique du Roundup) et s'il existe bien des moyens de se passer d'insecticides organochlorés (confusion sexuelle, bacillus thuringiensis, abeilles,...) l'abandon de molécule de synthèse de type folpel, dithane et al pour retourner vers le cuivre sous quelque forme que ce soit me dérange énormément. Le cuivre est un polluant d'une rémanence et d'une toxicité exceptionnelle pour l'environnement et ne devrait d'ailleurs pas tarder à être interdit en agriculture conventionnelle comme bio !...


Je suis tout ouïe. Je fais bien car, ce qu’il me dit, sans élever le ton, ni se poser en donneur de leçons, exprime fort bien ce que pense au fond de moi.


-          Dans tous les cas, la plante cultivée reste sous perfusion de l'homme. Et ceci me dérange sur un plan éthique et citoyen. Peut-on justifier qu'une production aussi peu indispensable à l'humanité provoque la mort biologique de sols dont on pourrait avoir un jour besoin pour des besoins vitaux. Rassurez-vous je n'y mets pas la Côte d'Or, mais honnêtement, quel est le pourcentage des terres viticoles qui produisent des vins dignes d'intérêt culturel et gastronomique à l'échelle mondiale?


Comme pour s’excuser il se croit obligé d’ajouter :


-          Voilà mon idée stupide : moins la production est vitale pour l'humanité ou la planète, et moins son impact sur l'environnement devrait être important. Encore une fois, et bien qu'étant un passionné de longue date et tentant d'en tirer un revenu pour faire vivre ma famille, je ne mets pas le vin au rang des absolues nécessité pour la vie, n'en déplaise à Platon.


Et moi pour faire rebondir la conversation je le branche sur la méthode Fukuoka. Intarissable.


-                     Après la seconde guerre mondiale, dans un Japon manquant de tout, M. Fukuoka, biologiste spécialiste du végétal de son état, a développé une agriculture très frugale en moyens aussi bien chimique que mécanique et énergétique Cette agriculture est basée sur une posture éthique : intervenir sur les symptômes apparaissant dans un système trop complexe pour qu'on le comprenne dans son intégralité, peut conduire à des dégâts considérables sur ce système, même si les symptômes initiaux ont disparu. Une sorte de théorie du chaos appliquée à l'écologie agricole, en quelque sorte.  M. Fukuoka a mis au point et appliqué cette méthode sur sa propre ferme étant issu d'une famille de paysans.


Il y a cultivé du riz et produit des fruits pendant plus de 50 ans jusqu'à sa mort l'an dernier.

Sa méthode est très simple :

Pas de labour,

Pas de compost ou de d'engrais de quelque sorte,

Pas d'intrant (produits de traitement),

Pas de désherbage.

 

Pour préciser un peu, on va occuper le terrain avec un couvert végétal très dense (en trèfle blanc par exemple), au départ artificiel mais progressivement mi exogène mi endogène. En gros, on va faire sa culture dans un très joli pré auquel on ne touche pas, si ce n'est pour l'entretenir, un peu à la manière d'un fairway ou d'un green de golf : tonte, roulage, aération...Ça, c'est pour pas de labour et pas de désherbage.


Pour pas d'engrais (fertilisation) ni de compost (fertilisation et structuration) : on va semer différentes plantes (en France une céréale rustique pour le printemps et un blé d'hiver) à différents moments de l'année. Plantes qu'on ne récoltera pas mais qu'on couchera ou coupera lorsqu'elles deviendront gênantes pour la culture principale.


On introduit également des plantes à mycorhize de type oignon ail et poireau sauvages, pour favoriser une vie biologique des sols très intense.


En fait, on crée un biotope assez équilibré et autonome dans lequel on va tenter d'introduire une culture...


C'est long, ça demande pas mal de travail et de réflexion... Je crains que le poil dans la main ne soit de trop pour quelqu'un qui voudrait s'y mettre...


Bien entendu toutes ces explications sont très partielles. Il faut aller loin dans le détail pour réellement comprendre la méthode.


L'homme (agriculteur et chercheur) qui a adapté cette méthode en France dans les années 1970 est Marc Bonfils.


Il y a aujourd'hui plusieurs centaines d'hectare de céréales en Beauce qui sont conduits selon ces principes souvent appelés par les technos « agriculture biologique sous couvert végétal permanent ».


Un programme de l'ONU basé sur les résultats de Fukuoka est toujours très actif en Amérique du Sud et en Afrique pour mettre en culture des zones aujourd'hui incultes. Le Brésil compte plusieurs milliers d'hectares de céréales dans le Nordeste menés de la sorte.


On est assez loin de Steiner et de Goethe...


Là, pour faire une pause, pour souffler, je lui propose un « blanc limé » Mais il embraye :


-         Pour ce qui me concerne, mes tentatives de convertir un vignoble existant ce sont soldés par de cuisants échecs. La vigne n'arrive pas à s'habituer à une concurrence aussi forte et brutale. Les rendements chutent à un point ridicule, la mortalité augmente aussi vite que les rendements ont chuté. Pas terrible. J'ai ensuite essayé d'établir une nouvelle vigne à partir de plants greffés dans un terrain préparé pendant une saison complète : couvert de trèfle + rotation de céréale + mychorization. Je précise que j'ai planté à un équivalent de 5000 pieds/ha.


Mieux mais là encore, pas mal de problème de croissance et de mortalité. Par contre, une vie sensationnelle et 0 mildiou, les 2 premières années et un tout petit peu sur feuilles uniquement en 2007 et 2008. SANS CUIVRE.


En 2005 rencontre avec un vieux de la vieille qui me fait remarquer que si ça tire trop (en roulant les r) sur les plants, il faut planter les sauvages (le porte greffe) puis greffer en place après 2 ou 3 ans, le temps pour le porte greffe de bien s'implanter.


Et j'ai mis en pratique les techniques de densification progressives que les permaculteurs néozélandais ont mise au point pour les kiwis.


Comme je ne suis qu’un « ignare total » je me concentre pour suivre. Gentiment, en trempant ses lèvres dans le blanc, il ajoute :


«  Bon, je me résume : on fait un champ de trèfle. On y fait 2 cultures dans l'année pour la biomasse (fertilisation et structure). On y plante progressivement des porte-greffes (2 x 500/ha/ans) pendant 2 ans peut être trois. On court la campagne pour y récupérer des poireaux et de l'ail sauvage, dont on fait une pépinière en aéroponie (bio SVP) pour accélérer la production. 


On greffe en place le ou les cépages dont on a récupérer les sarments chez les potes (merci à Elian Da Ros, Mathieu Cosse, Ciprien Arlaud et Didier Barouillet pour leur contribution), en massale bio sur des vieilles vignes.


On ne palisse pas. Et oui, tout sur échalas pour pouvoir croiser les passages au tracteur. On appelle les copains apiculteurs pour qu'ils apportent leurs ruches au printemps.


Voilà. 5 ans de boulot pour établir une nouvelle vigne... »


Comme l’aurait dit pépé Louis « voilà de la belle ouvrage… » alors je le lui dis. Il sourit mais je sens qu’il a un petit quelque chose sur le cœur, alors je l’encourage à vider son sac. Il y va de bon cœur :


«  Si Mr Bizeul s'est autant cassé le fion que moi pour planter 1 ha de vigne il comprendra ma surprise de voir ses commentaires sur une méthode qu'il n'a même pas pris le temps d'étudier 5 mn avant de l'agresser sur le plan du travail fourni. La plume leste de l'ancien journaliste peut être ? » avant d’ajouter bon prince : « Au demeurant je le remercie pour son reportage sur son chantier de surgreffage en fente qui m’a été fort utiles. »


Moi qui ne suis qu’un plumitif et qui n’aime rien tant que le débat, même un peu vif, Hervé aussi, je suis raccord. Mais, une fois le sac vidé, retour à l’expérience.


« Voilà. 2008 est ma première vraie vendange sur environ 1000 pieds de vigne, conduits sans aucun traitement ni aucune fertilisation.


Une belle année de @#$%& pour une première vendange. Nous avons récolté 1 tonne de raisins avec très peu de perte due au mildiou. Ces raisins étaient murs et sains. Pour une deuxième feuille cette récolte me parait honorable. Il faudra voir la suite.


Maintenant, ma justification principale.


JE NE FAIS PAS CA PARCE QUE JE CROIS QUE MON VIN SERA MEILLEUR QUE LES AUTRES.


Voilà c'est dit. En plus je ne le vends même pas, mais on le picole en copains.


Pour moi il n'y a pas de corrélation entre méthode culturale et expression du terroir ou qualité intrinsèque du vin.


Un terroir de @#$%& reste un terroir de @#$%& même en bio ou en Fukuoka.


Mais je suis heureux et passionné par cette aventure certes agricole mais surtout humaine dans laquelle je me suis lancé un peu inconsciemment. »


Et comme dans toutes les histoires vraies il faut une chute. La sienne prend la forme d’une profession de foi.


« Je continuerai ma viticulture en bio matinée de biodynamie (surtout la 500p la 501 et les cycles lunaires). Mais mes prochaines replantations ou nouvelles parcelles seront au moins partiellement conduites en agriculture naturelle, au moins pour voir si des densités de plantation de 2 ou 3000 pieds/ha permettent d'exprimer le terroir comme le font aujourd'hui leur grandes sœurs à 6000.


Je continuerai aussi l'achat de vendange et le négoce pur et dur, parce que j'en besoin pour nourrir ma famille, qu'il n'y a pas que des geeks qui boivent du vin et que 10 euros dans une quille ça fait déjà mal à pas mal de nos concitoyens et pas uniquement parce qu'ils préfèrent le tiercé au pinard.


Il y a aussi l'immense, et crucial au sens de Masanobu Fukuoka, problème de la gestion des ressources foliaires. Dans cette agriculture, la seule source d'énergie mise en oeuvre est l'énergie solaire. Le seul capteur dont on (les plantes, en fait) dispose est les feuilles. Tout part et repose là-dessus. Gérer la surface et l'efficacité foliaire de toutes les cultures qui entrent en jeu.


Ce qui revient à explorer un monde quasi inconnu de symbioses mystérieuses et d'enzymes diverses et variées.


Un peu de boulot en perspective apparemment. »


Je ne peux qu’approuver, mais il n’a pas fini :


« Ah oui, j'ai oublié : je taille (gobelet), contrairement aux recommandations de Mr Fukuoka qui, au demeurant, n'ont jamais porté sur la vigne. »


Et puis, cerise sur le gâteau, il enfonce le clou :


« Le truc que j'ai vraiment oublié : je ne fais pas de vins "nature" ou "naturels". Même à titre perso, je les évite en général, préférant un bon cidre ou une bonne bière si j'ai des envies d'arômes fermentaires, la volatile et les bretts en moins (encore que dans certains cidres...)


En vinif, je ne m'interdis que les interventions biologiques. Pour le reste, c'est selon, les jours, les lunes... les vins surtout, en fait.


J'ai en horreur la confusion, savamment entretenue par beaucoup, entre méthodes d'agriculture bio ou « naturelle » et vins « nature » ou « naturels ».


Tout cela est permutable à l'infini et tous les cas de figure sont sur les étagères de nos cavistes préférés : les vins pas natures issues de l'agriculture biologique®, les natures issus de l'agriculture pas naturelle®; les natures naturels (NaNa®)... »


 Et c’est la chute finale :


-  Quelles foutaises... 

 

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2 mai 2013 4 02 /05 /mai /2013 12:00

Depuis que je rame en solitaire dans mon petit canot je reçois régulièrement du courrier directement posté à mon adresse e-mail. J’y réponds par la même voie. Aujourd’hui j’ai décidé de publier l’un  de ces courriers car il bien troussé et empli d’une jolie ironie à mon endroit comme à celle du signataire. Bien entendu je ne mentionne pas le patronyme de l’auteur ni son lieu de résidence car ce serait manquer au respect de sa vie privée.

 

Ma réponse est facile, c’est avec grand plaisir, que je fais droit sans hésitation, sans consultation et sans façon à la requête de ce fidèle lecteur en lui précisant que l’Amicale du Bien Vivre dites des Bons Vivants est un objet convivial non identifié dont les adhérents éparpillés aussi bien dans l’hexagone que sur l’ensemble de la planète (je ne plaisante pas) ne se réunissent jamais ou presque (voir chronique « Le Vin d’honneur « sauvage » des Bons Vivants à Vinexpo »link Il n’empêche que l’A.B.V existe même si nul ne l’a rencontrée. Elle est dotée d’une charte link d’une page Face de Bouc link et d’un Secrétaire-Perpétuel autoproclamé en la personne de votre Taulier.


Je ne sais si la proposition de mon fidèle lecteur sera agréée par les membres de son club d’œnophiles mais, même si le Taulier a toujours du mal à sauter par-dessus le périf, il se peut qu’il aille un jour voir la vigne aux 100 ceps et chroniquer sur le vin de la cité. Qui vivra verra… Bon vent au club et large soif, avec les plus amicales salutations du Secrétaire-Perpétuel Autoproclamé de l’ABV.

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Le 28 avril 2013

 

Bonjour M. Berthomeau,

 

Voilà des années que je vous lis en descendant de mon lit chaque matin, des fois c’est super bien des fois je me demande ce que vous voulez nous raconter.

 

Evidemment on ne peut toujours avoir des choses marantes à dire et surtout intéressantes au sujet du vin et autres aliments. Moi je n’ai jamais rien à dire c’est peu dire… ou si, j’enrage de tous ces cons qui nous gouvernent, il ne faut et il ne faut pas généraliser, il y a des gens bien des deux côtés. Et que faire, eux comme nous savons sommes ordinaires et que pouvons-nous faire d’autre que seulement des choses ordinaires, voilà pourquoi je m’intéresse au vin depuis toujours, je peux dire n’importe quoi (et en plus j’y crois) tout le monde est content surtout si ils boivent du coca ou de l’eau.


 Vous comprenez pourquoi qu’avant de lire les histoires sans fin de Pierre, Paul et Jacques et les autres (politiques), je lis votre prose et je passe un bon moment. Je vous ai boudé quelque temps le temps de votre voyage en UMP, le contraire l’aurait été également, j’aurais boudé.


 Bon j’ai tellement de choses à vous dire que je vais arrêtez là, j’espère qu’un jour j’aurais le plaisir de vous rencontrer c’est sans doute simple il me suffit d’adhérer ou d’aller vous voir à cette fameuse Amicale des bons vivants mais rien qu’à l’idée d’aller à Paris me met en rogne.


A chacun sa médecine. Je fais partie d’un club œnophile aux …. depuis au moins 12 ans. On a une vigne avec plus de 100 ceps, nous nous occupons de la vigne taille, accrochage, récolte (quand les piafs ou les gosses ne nous ont pas tout bouffé) et fabrication du vin ce qui donne un breuvage dit vin de la cité. On déguste et dine ensemble tous les mois et demi, et chacun y va de son commentaire c’est marrant. La dernière fois le 19-04, Savennières frais, avec un poisson froid, puis trois rouges avec un rôti de porc tagliatelles, Châteaumeillant, Valençay puis Orléans Pinot Meunier, pour terminer par un Jasnières et un gâteau aux fruits rouges. Superbe moment et encore une fois comme vous le dites, ensemble c’est mieux que seul. Chacun de nous au bureau doit préparer une dégustation, moi je dois en février 2014 préparer un vin de région d’Espagne j’ai choisis Ribera del Duero.


 Venant en à l’objet de mon courriel. Il est venu à l’idée de notre président  (car nous nous avons un Président, on n’arrête pas le progrès), de donner un nom à notre club (après 25 ans il est temps).


 Je souhaite proposer de donner le nom d’ABV des… , mais surtout joindre votre charte avec quelques modifications. Je ne manquerai pas de dire que vous en êtes l’auteur. Avec votre accord bien entendu. On n’est jamais que la copie de quelqu’un d’autre n’est-ce pas…


 Bon voilà je me suis décidé à vous écrire il faut que je me bouge sinon bobonne va râler.


Ça ne change pas quoi que je fasse elle râle. Si je ne fais rien, elle râle, si je bosse elle râle, alors je ne fais rien…


Bien à vous.  

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1 mai 2013 3 01 /05 /mai /2013 00:09

À Paris, comme partout ailleurs, le 1er mai, alors que d’ordinaire la vente de fleurs et de tout autre objet sur la voie publique est interdite sans autorisation, conformément à la tradition les particuliers sont libres de s’improviser marchands de muguet


photo-muguet-1.jpg

 

La vente du muguet le 1er mai est une vente au déballage à caractère exceptionnel réglementée notamment par un arrêté préfectoral du 21 avril 1978 et un arrêté municipal du 12 avril 1988 :


• La vente du muguet sauvage est autorisée chaque année, le jour du 1er mai, sur la voie publique à Paris.

• Cette autorisation exceptionnelle à caractère traditionnel ne peut, en aucun cas, être prolongée avant ou après cette date.

• Le muguet doit être vendu en l’état. La vente d’aucune autre fleur n’est autorisée.

• Les vendeurs ne peuvent s’installer à moins de 40 mètres des boutiques de fleuristes et des commerces.

 

Ce muguet vendu à la sauvette n’est, qu’à de rares exceptions, du muguet sauvage poussant dans les sous-bois. Lorsque j’habitais une maison dans les bois à la Chapelle-en-Serval il me suffisait d’aller couper les petites clochettes au bas de chez moi, de les assembler dans une couronne de feuilles, pour offrir de jolis bouquets  très odorants.


Les bouquets comme les pots ou les compositions de muguet proviennent à 80 % de la région nantaise « Des retraités, des étudiants, des immigrés africains ou roms... le brin de muguet offert pour la Fête du Travail est bien souvent récolté par des petites mains qui n’ont pas beaucoup d’autres moyens de subsistance que cette tradition bien française. Dans la région de Nantes, qui fournit 80% de la production nationale, les exploitations prennent des allures de ruche chaque année du 20 au 27 avril avec plus de 7.000 personnes embauchées sur cette période. »link 


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Reste, pour être complet, à signaler que « le 1er mai 1886, aux États-Unis, une très forte pression des syndicats sur le patronat et le gouvernement permet à environ 200.000 travailleurs d'obtenir la journée de huit heures. En souvenir de ce succès, les syndicats européens, quelques années plus tard, instituent une «journée internationale des travailleurs» ou «Fête des travailleurs» destinée à se renouveler tous les 1er mai. Cette journée est aujourd'hui plus volontiers appelée «Fête du Travail», bien que l'expression prête à confusion... »link 


À Paris, comme dans toutes les grandes villes, les syndicats défileront en ordre dispersé : ils ont oublié que c’est la fête du travail et non un énième défilé syndical.  Et puis, depuis que le FN a fait une OPA sur Jeanne d’Arc, y’aura aussi le leur place des Pyramides où trône la statue équestre de la Pucelle d’Orléans link

 

 

Ce qui suit n’est en rien une provocation, ni l’évocation du bucher de Rouen et de l’évêque de Beauvais Pierre Cauchon qui laissa à la postérité l’image parfaite du traître, d’homme de paille des Anglais link . Non rien que le hasard du fil d’une chronique où je ne pensais rien écrire et simplement passer la main sur le CHENIN à mon successeur chez les 5 du VIN, David Cobbold, citoyen de sa Très Gracieuse Majesté.

 

Je le fais « Du moment où l’on accepte de subdiviser les territoires d’un pays en de multiples zones nommés par des symboles (villes ou régions) censés distinguer leur identité géographique, il est à peu près inévitable que les responsables de ces zones tentent de renforcer ces identités par des messages de communication diverses. En matière de vin cela prend généralement la forme d’un «terroir», et, puisque c’est à la mode, ce « terroir » est identifié très souvent à une nature de sol. La récente dégustation d’Anjou blancs à laquelle j’ai fait référence n’a pas échappé à cette petite règle.

Le thème proposé était même intitulé «discussion sur les grands chenins de schiste». Par opposition, m’a expliqué Patrick Baudoin, pour qui j’ai la plus grande estime par ailleurs, aux chenins issus de sols calcaires qui se trouvent de l’autre côté d’une certaine faille géologique, et qui correspondrait, plus ou moins, à la séparation entre les aires d’appellation Anjou et Saumur. Je ne suis pas géologue et je dois dire que je me fous un peu du sujet qui me semble relever plutôt d’un débat sur le sexe des anges, tant les paramètres du goût d’un vin sont multiples. »

 

La chronique Le chenin, ou comment en parler… de David Cobbold ICI link

 

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 00:09

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Pour ne rien vous cacher je suis satisfait du titre de ma chronique pour son côté  Nino Ferrer « Gaston y a l'téléphon qui son' /Et y a jamais person qui y répond ». À ce premier motif de satisfaction s’ajoute le fait que cette chronique ne va pas trop me fatiguer : entre Jacques nous nous entraidons. Précision pour ceux qui estiment que nous prenons parti dans cette affaire : lui comme moi n’avons rien contre le principe d’un classement décennal à Saint-Emilion, mais nous nous demandons ce que vient faire l’INAO dans cette galère link « Tout cela validé par l'Inao, l'institut national des appellations d'origine, dont la vocation, nous semblait-il, était davantage de garantir l'origine justement, les terroirs, plus que de certifier la présence d'hôtesse et de salle de séminaire... » Tout cela prend force de droit public  par un arrêté ministériel paraphé par le Ministre de l'Agriculture, ici Bruno Le Maire.

Photo de Jacques Dupont www.intothewine.fr 


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Saint-Émilion : questions pour un classement


Le Point.fr - Publié le 28/04/2013 à 10:20 - Modifié le 28/04/2013 à 11:10

 

Trois crus déchus du classement décennal des vins de Saint-Émilion, ont déposé plainte lundi. Retour sur les critères d'un classement qui fait polémique.

 

« Hors polémique que ce classement aura beaucoup du mal à éteindre, il y a véritablement une seule question à laquelle ceux qui l'ont initié devraient répondre : pour qui a-t-il été fait? Pour les consommateurs afin de les éclairer dans leur choix ou pour satisfaire et récompenser les professionnels, producteurs, propriétaires ? la suite ICI link

 

J’aime beaucoup :

 

1-      « Plus drôle et moins technique, l'analyse du foncier. Moins les parcelles étaient dispersées et plus le domaine gagnait de points. Ainsi Quinault, situé sur l'ancienne appellation « sables de saint-émilion » disparue au début des années 1970, dont le terroir compacté après des années de désherbants sans recours à la charrue se situe en limite du cimetière de Libourne (une partie avait été vendue à Carrefour pour réaliser son parking), a obtenu un point de plus que Cheval Blanc au parcellaire plus dispersé... « 

 

2-     Le grand dommage aussi, c'est que ces doutes font oublier les mérites. Valandraud, Canon-la-Gaffelière, Larcis-Ducasse et quelques autres ont obtenu une juste récompense d'efforts considérables que les "histoires" ne devraient pas ternir... »

 

Comme chez le Taulier y'a pas de censure vous pouvez consulter le plaidoyer pour son ami HUBERT de quelqu'un qui pousse l'élégance jusqu'à acheter son vin, deux caisses de la-fleur-de-boüard 2012, link

 

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 11:18

Ces derniers temps dans un Paris alternant le gris et un timide soleil sur ma flèche d’argent lorsque je croisais, à tout bout de champ, des grappes de manifestants s’opposant au mariage pour tous, j’avoue que trop souvent la bien-pensance, le propre sur eux, ne dissimulait guère chez certains, arborant des banderoles homophobes, une forme de rage haineuse, une envie d’en découdre pas très républicaine. Ça sentait vraiment les factieux pour qui la République reste toujours la gueuse. Comme le ridicule ne tue plus, quelques élus ceint de tricolore n’hésitaient pas à bramer avec les loups des beaux quartiers. À gerber ! Paris est le terrain privilégié des manifs de tous poils, elles font partie de notre quotidien, elles nous pourrissent parfois la vie mais, jamais au grand jamais je n’avais vu se déverser autant de hargne, de haine, d’intolérance.

 

Alors que faire ?

Résister à la tentation d’aller mettre à certains une main sur la gueule.

Écrire une chronique ?

Pourquoi pas !

Et puis, au petit matin Eva est venue déposer : « Liberté, égalité, Vouette et Sorbée…»link alors ne restait plus à votre taulier qu’à lui accorder l’hospitalité. Merci Eva.


Vizzavona-6995.jpg 

Merci à Alain Trampoglieri secrétaire-général du concours national de la Marianne d’Or pour cette photo de la Marianne de la Commune

 

« Un vin qui ne soit ni hétéro, ni homo, juste un bon vin qu’on ouvre pour les bonnes occasions. Et parce face à la merde déversée dans les rues par des bouffons tristes déguisés en défenseurs d’on ne sait trop quelle morale, il faut prôner la tolérance face à la différence. En faire un enrichissement et une normalité.

 

Car enfin, les gesticulations médiatiques du pantin moche de Liquide Facho, comme l’appelle l’excellent François Morel, contre le mariage gay pouvaient nous laisser de marbre au début. Elle veut se faire mousser, bon, ouais, gesticule dans ton coin, vas-y meuf, prends tes deux doigts et fais-toi plaisir. Et puis les caméras se sont braquées sur elle, porte-parole de messages d’intolérance face à ce qu’elle case dans une non-normalité. A vomir. Surtout quand ça passe en boucle dans tous les médias.

 

Car au-delà d’arguments peu valables, c’est la force avec laquelle, plusieurs fois, des Perfides Bulots (toujours François Morel) en puissance se sont amassées en troupeaux de moutons sans cerveau, pour militer avec véhémence et haine afin qu’une partie de la population n’obtienne pas les mêmes droits qu’eux. Militer, venir de la France entière, organiser et préparer des manifestations, scander avec conviction des slogans et des chants, tout ça pour que certaines personnes n’aient pas certains droits. D’habitude, on milite pour avoir plus de droits. Non, là, c’est pour que certains n’obtiennent jamais les mêmes droits que nous. France, XXIè siècle. Je ne citerai pas Nabilla mais je n’en suis pas loin.

 

Je pleure. Devant tant de bêtises, de conneries proférées et d’intolérance, de la part de partisans d’une religion qui ne cesse de la prôner. Devant ces politiques avides de récupérer ces messages démagogiques, dégoulinants comme du jus de poubelle d’ignorance crasse et de méchanceté. Devant les messages de haine, sale et ignorante, que de tels propos véhiculent. Devant les dégâts causés par la connerie et l’ignorance en marche, devant la recrudescence des actes homophobes partout en France. Pour tous ces homosexuels, pour tout le mal-être qu’ils peuvent ressentir devant de tels actes, de tels propos. Pauvre France, réveille-toi. Arrête d’écouter les conneries proférées par d’intolérants pitres et réjouis-toi que l’on fasse un pas de plus vers l’égalité.

 

Celle qui est inscrite sur les frontons de nos mairies. »


photo Eva

 

La suite pour découvrir le champagne Vouette et Sorbée c’est ICIlink

 

Une autre Tronche de Vin, Antonin, a écrit une chronique de son cru sur le mariage gay « Le petit têtu », « Foufoune » : quel vin boire pour célébrer son mariage gay ?link 



François Morel se paye Frigide Barjot sur Inter par puremedias

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 00:09

Comment naissent les chroniques ?

D’une info : en mars dernier la cuvée Jefferson de la cave coopérative de Saint-Georges d’Orques a été primée lors de la plus grande foire professionnelle de vins et spiritueux, organisée à Chengdu ville de 9 millions d’habitants.  Ce fut le seul vin français primé. Lire la suite ICI link et link 


Jefferson-003.JPG 

 

Mais pourquoi donc une cuvée Thomas Jefferson à Saint Georges d’Orques ?


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« Elu troisième président des Etats-Unis en 1800, Thomas Jefferson eut selon ses mots deux patries, son pays et la France où il séjourna cinq années, de 1784 à 1789. Ministre plénipotentiaire d’un gouvernement de transition, il fut absent de la Convention de Philadelphie qui dota les Etats-Unis de leur constitution en 1787. Il connut l’Ancien Régime et vécu la prise de la Bastille, non sans chercher vainement à trouver par ses bons offices un compromis entre le Roi et le Tiers-Etat. Si aujourd’hui nombre d’Américains, amateurs de nos crus, célèbrent le « French Paradox » qui associe selon eux la consommation du vin rouge à la santé naturelle des Français, « paradoxe » semble être aussi le terme adéquat pour traduire l’esprit jeffersonien à la jonction de deux mondes.


En 1784, Thomas Jefferson est envoyé en Europe en qualité de Ministre plénipotentiaire et succèdera à Benjamin Franklin comme ambassadeur en France. Il exerce aussi et avec quel brio la profession de courtier en vins. A ce titre il multiplie les achats pour sa propre cave et celles de ses commanditaires américains. « Jefferson est féru de toponymie vinicole. Ce grand amateur de Champagne, reçoit aussi de Gaillac trois barriques de Cahuzac de son ami le duc de La Rochefoucauld au début de 1787. C’est une invite à s’aventurer parmi des terroirs encore inconnus, et de préférence bucoliques, tant il manque au gentleman de Monticello les paysages vallonnés et verdoyants de sa Virginie natale. »


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Je vous invite vivement à lire Itinéraires œnologiques d'un ambassadeur des Etats-Unis sous l'Ancien Régime (1787-1788) de l’Observatoire Réunionnais des Arts, des Civilisations et des Littératures dans leur Environnement link 

 

Si vous ne prenez pas ce temps en voici de larges extraits qui tiendront lieu aujourd'hui de chronique car je ne veux pas édulcorer ce texte très intéressant :


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« En février 1787, la première étape du voyage en France conduit Jefferson à Auxerre où il retient le rouge généreux du Clos de la Chaînette. L’époque ignore encore le Chablis qui sera reconnu quelques années plus tard par les Anglais. Il observe que le transport des vins à Paris est facilité par l’Yonne quand elle est navigable, sans quoi, par la voie terrestre, le chariot attelé d’un cheval ne contient que deux pièces. Le creusement du canal de Bourgogne, commencé en 1775, ne s’achèvera qu’en 1835. Plus aisé est l’acheminement par barge sur la Seine jusqu’à Rouen. Force est alors de constater l’avantage des vins de Bordeaux à l’exportation vers les Amériques […]


« C’est à cheval que le Virginien visite Vosne Romanée, Nuits, Beaune, Montrachet, Meursault, Pommard et Volnay. Propriété des moines de Cîteaux, le Clos-Vougeot démontre singulièrement la valeur spirituelle du vin dans les Ecritures. Mais ce sont davantage le bouquet et la saveur qui intéressent l’illustre voyageur. Tout en notant sur son carnet R ou W selon la couleur, il remarque la longévité des vignes, de cent à cent cinquante ans à l’époque.


A Meursault le marchand Etienne Parent initie Jefferson aux mystères de la hiérarchie des terroirs. Ainsi les vignerons de Pommard mangent du pain blanc et ceux de Meursault du pain de seigle, la rentabilité du blanc étant inférieure à celle du rouge. Cette observation justifie pleinement l’expression « croix de Pommard » encore en vogue aujourd’hui chez les Bourguignons pour désigner l’opulence. C’est cependant au Montrachet et au Meursault que va la préférence de Jefferson. Le prix du Montrachet est compétitif par rapport aux grands Bordeaux, aussi Jefferson en commande-t-il 125 bouteilles de 1782 ainsi qu’une douzaine de plants. Il envisage en effet de planter une vigne à Monticello, mais les conditions climatiques en cette fin d’hiver font renoncer Parent à préparer l’expédition des plants. De son côté Philip Mazzei, hôte du maître de Monticello à Paris, tentera vainement des transplantations en Virginie. Faisant halte à Meursault, Jefferson boit du « goutte d’or » produit par Jean-Joseph Bachet, et il en consommera régulièrement durant le reste de son séjour en France. S’il trouve moins de corps au Volnay qu’au Chambertin et au Vougeot, et pense aussi qu’il vieillit moins bien et supporte mal le transport, il en estime le prix modéré et apprécie qu’il se boive jeune.


Poursuivant son voyage à Chalon-sur-Saône, Jefferson observe que le canal du centre en construction permettra de désenclaver le sud de la Bourgogne par la jonction de la Saône avec la Loire à Digoin. Les tonneaux de Bourgogne seront ainsi acheminés sans coup férir jusqu’à Nantes […] Près de Villefranche-sur-Saône le châtelain de Laye-Epinay est un hôte prévenant dont les cépages de Gamay préfigurent le gouleyant Beaujolais. A la mi-mars la Côte Rôtie des monts du Lyonnais déploie ses vignobles dont les premiers datent de l’époque gallo-romaine. A Ampuis, le château de la Condamine offre des rouges de Syrah qui nécessitent d’une à quatre années de vieillissement. Puis Jefferson déguste à Condrieu le blanc doux de Viognier d’or au Château Grillet. Arrivant dans la Drôme il fait une halte au pied des terrasses de l’Ermitage sur la rive gauche du Rhône. Si la vue lui paraît grandiose, il passe une nuit exécrable à la taverne de la Poste de Tain. Ses griefs vis-à-vis de l’hôtelier négligent et avare sont oubliés quand il goûte le blanc de la maison Jourdan. Il en commandera un demi-millier de bouteilles pour la Maison-Blanche au début du XIXème siècle. […]


« Aucune note de voyage ne signale le passage à Châteauneuf-du-Pape que connaissaient déjà les Anglais […]


« Jefferson quitte Avignon le 10 mai, passe de nouveau par Nîmes, puis parvient à Lunel où selon ses notes le muscat est produit à hauteur de 12 000 à 25 000 bouteilles par an. Peut-être moins séduit par son éclat et son fruité que d’autres voyageurs contemporains, il le garde néanmoins fidèlement en mémoire. A Montpellier il admire la vue panoramique du Peyrou et assiste à une pièce de théâtre. A quelques kilomètres de la ville, il découvre le village de Saint-Georges d’Orques dont la production vinicole ornera régulièrement la table de Monticello et celle de la Maison-Blanche. A Sète où il loge au Grand Gaillon, Jefferson fait la rencontre du docteur Lambert qui, vigneron lui-même, l’initie au Frontignan en le recevant à dîner. C’est la couleur ambre et la qualité du vin dès sa première année qui retient l’attention du visiteur américain. Il en commande 250 bouteilles qu’il fait expédier à Paris. Le docteur Lambert ajoutera en prime une trentaine de bouteilles de muscat rouge de sa réserve.


Jefferson poursuit son voyage en bateau sur le canal du Midi où nombreuses sont les escales sur son parcours. Il goûte au Rivesaltes et au Limoux qui figureront plus tard dans ses commandes depuis les Etats-Unis. Après une étape à l’hôtel Notre-Dame de Castelnaudary, il débarque à Toulouse puis repart pour Bordeaux par la route. A Montauban il se sait proche de Gaillac dont il connaît l’appellation Cahuzac par le duc de La Rochefoucauld. Il en importera par tonneaux de 68 gallons durant sa présidence vingt années plus tard.


A Bordeaux qu’il atteint le 24 mai Jefferson « profite de son séjour pour approfondir ses connaissances de vignobles jouissant d’un prestige maintes fois séculaire dans le monde anglo-saxon. Il observe le terroir riche en sable du Château Haut-Brion. Il en passe commande de six douzaines de bouteilles du cru millésimé 1784, destinées à son beau-frère Francis Eppes. Faisant le tour des Chartrons il réserve 252 bouteilles de Château Margaux dont la moitié pour son ami Alexander Donald de Richmond et 72 pour Eppes. Si Jefferson déplore le prix exorbitant de ce « best French Claret » à trois livres la bouteille, il s’accorde néanmoins ce luxe en terre de Guyenne. Toujours enclin aux évaluations comparatives et épris de nomenclature, il classe quatre rouges dans son palmarès : Château-Margaux, Latour, Lafite et Haut-Brion. Et d’ajouter que les vins des trois premiers vignobles n’atteignent leur excellence qu’à partir de quatre ans d’âge. Le vin reste en effet pour cette durée en barrique avant d’être mis en bouteille. Toutefois les crus de Lafite sont selon Jefferson, bons à trois ans car plus légers. Pareils calculs de la plus-value due au vieillissement révèlent a contrario qu’après sept ans, certains Bordeaux déclinent progressivement. Dans la phraséologie de l’œnologue virginien, le Lafite est doux, soyeux et parfumé, le Latour a du corps et de l’arôme mais n’a pas le moelleux du Lafite. Le Haut-Brion est raide avant six ans. Plus léger, le Château-Margaux possède miraculeusement toutes les qualités des autres. Autre haut lieu de la Gironde, le Château d’Yquem est jugé par Jefferson comme le meilleur des Sauternes qu’il classe devant le Preignac et le Barsac plus corsé. Des Graves, c’est le Pontac qu’il préfère.


L’absence du Pomerol et du Saint-Emiliondans le récit de voyage s’explique par leur manque de notoriété dans les cercles bordelais à l’époque. Peut-être était-ce parce que leur négoce était plutôt tourné vers Libourne, discrète et excentrée. On observera également que cette sélection est probablement tributaire des avis de l’influente colonie anglaise qu’il rencontra à Bordeaux. L’habitude de boire hors des repas portait à la consommation de rafraîchissements comme apéritifs anticipés ou digestifs retardés. On sait qu’à Monti­cello les dégustations avec des hôtes tels que John Adams ou La Fayette furent l’occasion de veillées prolongées tard dans la nuit […]


« En mars 1788, Jefferson entame un nouveau parcours qui le conduit en Hollande avant de gagner l’Allemagne. A la mi-avril il est à Strasbourg où le vin de paille lui paraît surfait et hors de prix à 9 livres la bouteille. Il attribue son coût au snobisme ambiant, estimant ainsi que le produit est recherché parce qu’il est cher alors que, nettement supérieur, le Frontignan est rarement sur une bonne table car il reste bon marché. Jefferson semble alors ignorer les vertus d’élixir qu’on attribue localement au vin de paille. Sur le chemin du retour il fait halte à Epernay où son cicérone est le patron de l’hôtel de Rohan.


Après avoir relevé la topographie des vignobles alentour dont il remarque qu’ils sont à l’abri de la bise, il note que le vin effervescent de Champagne est acheté principalement par les étrangers. Attentif aux procédés de champagnisation de l’époque, il juge la production en termes de vieillissement et cite dans l’ordre de préférence 1766, 1755, 1776 et 1783 comme les meilleurs millésimes en remarquant de surcroît que le Champagne atteint sa perfection entre deux et dix ans. Ultime hommage aux viticulteurs, il prend aussi des plans de caves pour servir de modèle à celle qu’il entend construire à Monticello. C’est enfin sur un blanc sec et « tranquille » de la propriété Dorsay qu’il jette son dévolu, soit 60 bouteilles à trois livres et demie l’unité. L’homme d’Etat ne saurait ponctuer ses commentaires sans tirer d’enseignement plus général sur son expérience. Ainsi il voit dans le système de production des petits propriétaires qui vendent leurs récoltes aux grands exploitants, l’homologue de l’articulation des plantations américaines entre le « yeoman » et le planteur à la tête d’un domaine.


Volumineuse est la correspondance entretenue par Jefferson et ses hôtes français, singulièrement celle des négociants exportateurs de bouteilles à Monticello. Accédant à la présidence des Etats-Unis en 1801, il inaugure la Maison-Blanche dont la construction a été entreprise quelques années plus tôt. La Déclaration d’Indépendance dont il est l’un des plus influents inspirateurs, emprunte à John Locke l’idée de la poursuite du bonheur. S’il serait abusif d’assimiler le bonheur au plaisir et sa poursuite à l’hédonisme, les plaisirs de la table et ceux de la conversation comptent beaucoup pour Jefferson quand ils s’accompagnent de vins dont il peut disserter sur les origines. Ses comptes révèlent l’achat de 20 000 bouteilles au cours de ses deux mandats présidentiels.


Comment les vins de France ont-ils voyagé en franchissant l’Atlantique ? Pour Jefferson, la palme revient au Chambertin parmi les Bourgognes rouges. Il distingue le Vougeot et le Montrachet blancs pour la même raison. Outre ces appréciations ponctuelles, en tant que représentant du gouvernement américain, il confère cependant de plus larges desseins à sa politique vinicole. Afin de lutter contre l’hégémonie du whisky, il entend en effet ouvrir le marché pour rendre accessibles aux Américains des appellations de bon rang. Il encourage ainsi son ministre des finances, Albert Gallatin, à baisser les taxes douanières sur le vin. Le Saint-Georges d’Orques prend une place privilégiée dans cette perspective car les hôtes de Jefferson à Monticello qui l’apprécient permettent de quadrupler le nombre de ses consommateurs virginiens en deux ans. En 1810, il en commandera annuellement une barrique de 120 gallons. Il fera aussi profiter de son expertise son voisin d’Oak Hill, James Monroe, en lui fournissant ce vin du Languedoc auquel il ajoutera du Gaillac, du Bellet et de l’Ermitage.


 La science œnologique de Jefferson fait partie d’une vaste culture des Lumières. Sa pratique du vin affine et relance son goût en faisant de la consommation l’instrument d’une convivialité favorable aux échanges d’idées. Son idéal du bonheur ne se dissocie pas d’un art du bien vivre. Si son provincialisme inné l’enracine en terre natale, sa stature politique doit beaucoup à son nomadisme intellectuel qui trouve maintes applications dans les cultures expérimentales des jardins de Monticello. Entend-il vérifier le bien-fondé de la formule « in vino veritas » ? A Paris, Jefferson a bénéficié d’une subtile initiation de Benjamin Franklin, son illustre commensal, qui dans une lettre édifiante (1779) à l’abbé Morellet fustige les tabous puritains sur l’alcool et les croisades sur la tempérance ? « N’offrez de l’eau qu’aux enfants, jamais aux adultes sinon ce serait un manque de courtoisie », écrit-il (Benjamin Franklin, Writings, 939). Et il cite les Evangiles à l’appui de son plaidoyer : « l’apôtre Paul a conseillé à Timothée de mettre du vin dans son eau pour conserver la santé, mais aucun des apôtres ni des pères de l’Eglise n’a jamais recommandé de mettre de l’eau dans son vin » 


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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 00:00

« Touche pas à mon vignoble ! » et cessons de gaspiller des terres arables pour des grands projets d’infrastructures ou tout bêtement par le mitage pavillonnaire sont deux mots d’ordre auxquels j’adhère à 100%. Cependant, gardons-nous de réduire, comme dans le cas du projet dit CFAL Contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise à une cabale des responsables locaux, régionaux, et les affreux du gouvernement contre notre beau terroir. Si c’était aussi simple ça se saurait et l’article de Lyon Capitale du 24/01/2013 en est la démonstration : « Vers un tracé commun CFAL-contournement autoroutier Est ? »


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« Les présidents de la Région, du Département et du Grand Lyon ont eu un aparté avec le ministre des Transports, en marge de l'inauguration du nouveau tronçon de l'A89. Selon nos informations, ont notamment été abordés le Contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise et le contournement autoroutier, qui pourraient emprunter le même itinéraire.

Samedi dernier, à l'occasion de l'inauguration du tronçon Alibigny-La Tour de Salvagny, messieurs Collomb, Forissier et Queyranne ont balayé avec le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier les grands projets d'infrastructures touchant à la métropole lyonnaise. Le Contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise (CFAL) et le contournement autoroutier de Lyon ont été particulièrement développés. »link

 

Pour gagner un juste combat il est nécessaire de bien connaître le dossier et ne pas tomber dans des querelles politiciennes sans intérêt dans le style par exemple : les élus estiment qu'une « décision ministérielle a été bafouée » car en octobre, le secrétaire d'Etat chargé des Transports, Dominique Bussereau, a réintégré dans le périmètre d'étude pour la partie sud du contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise (CFAL), le fuseau passant par le Val d'Ozon alors que Dominique Perben l'avait retiré en mars alors qu'il était ministre des Transports. Ce genre de combat je connais « Le TGV Paris-Nice dans les vignes : les Ingénieurs des Ponts et Chaussées aiment le béton pas le Terroir… »link  et bien avant que je chronique il y eu le même combat dans le Val de Loire.

Alors pour  l’information de ceux que ça intéresse j’ai fait une petite revue de presse avec :

Les POUR :link et link

 

Les CONTRE : link et link

« Lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre, à Monsieur le Ministre des transports et à Monsieur le Ministre de l’Agriculture »link

 

Comme de bien entendu personne n’a été informé de ce projet, M. Fenech signataire de la lettre ouverte le premier, et bien sûr le Ministre Cuvillier l’a totalement ignoré comme le montre le Compte-Rendu de la Séance en hémicycle Assemblée Nationale du 24 janvier 2013 à 9h30 Questions orales sans débat

 

Lire attentivement ce qui suit, sans passion partisane, ne saurait nuire ni au débat, ni à l’information que tout blogueur se doit de respecter.

 

 

Catherine Vautrin UMP, présidente

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La parole est à M. Georges Fenech, pour exposer sa question, n° 89, relative au tracé du contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise.


Georges Fenech UMP

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Monsieur le ministre délégué chargé des transports, ma question porte sur le projet de contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise – le CFAL –, qui constituerait, de mon point de vue et de celui de nombreux élus, une erreur majeure pour l'avenir de toute une région s'il était retenu en son état actuel. J'associe d'ailleurs à cette question les élus du grand Est lyonnais, regroupés au-delà de tout clivage politique au sein de l'association PARFER, ainsi que les riverains, regroupés au sein des associations FRACTURE et Sauvegarde Rive Droite qui rassemblent plusieurs dizaines de milliers d'adhérents, notamment des communes de Chaponnay, Toussieu, Saint-Priest, Mions, Corbas, Vénissieux, Communay, Saint-Symphorien-d'Ozon, Sérézin-du-Rhône, Simandres, Solaize, Ternay, Marennes, Saint-Pierre-de-Chandieu, Loire-sur-Rhône, Saint-Romain-en-Gal, Sainte-Colombe, Saint-Cyr-sur-le-Rhône, Ampuis, Tupin-et-Semons, Condrieu, Vérin, Saint-Michel-sur-Rhône, Chavanay, Malleval, Saint-Pierre-de-Boeuf, Limony et Serrière – pardon pour cette longue énumération, qui montre toutefois l'importance du sujet.

 

Sur la question du report modal, il est, certes, souhaitable de créer pour le fret ferroviaire ce qui a été fait pour le transport des voyageurs, c'est-à-dire des infrastructures spécifiquement conçues pour être performantes et donc réellement concurrentielles par rapport au transport routier. Or, le contournement de l'agglomération lyonnaise pour le fret ferroviaire, tel qu'il est prévu par le projet actuel, impacterait de plein fouet, en le traversant, le Sud-Est lyonnais – une zone en pleine croissance démographique, comme vous le savez – et présenterait une réelle menace pour les populations directement concernées.

 

En outre, comment accepter que les grands crus de la vallée du Rhône, notamment le Côte-rôtie et le Condrieu, deux fleurons viticoles auxquels je ne doute pas que vous soyez attaché, monsieur le ministre…


Frédéric Cuvillier, ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche

Bien sûr !


Jean-Luc Reitzer UMP

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Nous le sommes tous


Frédéric Cuvillier, ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche


…et qui participent à la renommée de toute une région et de notre pays dans le monde – la filière viticole constitue, je le rappelle, la deuxième source de devises en France – soient sacrifiés au profit d'un contournement ferroviaire programmé pour faire passer l'ensemble du fret européen au pied des vignes par un défilé quotidien estimé à environ 300 trains d'une longueur d'un kilomètre ?

 

Jean-Luc Reitzer

 

C'est impossible

 

Georges Fenech


Des alternatives existent pourtant, monsieur le ministre, crédibles et moins nuisibles pour la partie sud du CFAL, notamment celle d'un tracé le long de la ligne LGV existante.

 

J'insiste sur le fait que cette partie sud doit se faire en même temps que la partie nord pour ne pas, pendant des années, déverser tout le trafic sur les lignes existantes déjà saturées, inadaptées – certaines remontent à 1875 – et situées en pleine agglomération. Surtout, il serait responsable de choisir un projet qui ne serait pas plus onéreux que l'actuel si on y intègre le coût des aménagements obligatoires qu'il induit – suppression des passages à niveaux, pont sur le Rhône, protections acoustiques, préservation des nappes phréatiques – et qui résoudrait une fois pour toutes la problématique du noeud lyonnais, tout en garantissant une solution dans le cadre du développement durable, en respectant les aspirations légitimes de la population en matière de sécurité et de qualité de vie, et en préservant les intérêts économiques de toute une région. Or, à ce jour, force est de constater que la concertation est au point mort et que le comité de pilotage n'est plus réuni en préfecture depuis plusieurs années.

 

En conclusion, si nul ne conteste la nécessité de développer le fret ferroviaire et les alternatives au « tout routier », mais aussi de résoudre la question réelle du nœud ferroviaire lyonnais, je souhaiterais savoir si le Gouvernement a l'intention de demander à Réseau Ferré de France de privilégier un autre tracé que celui retenu, un tracé qui, comme je l'ai démontré, ne serait pas plus coûteux et permettait un vrai contournement ferroviaire tout en préservant les populations, l'environnement, notre viticulture et, d'une manière générale, les équilibres territoriaux.

 

Jean-Luc Reitzer


Excellente question !

 

Catherine Vautrin UMP, présidente


La parole est à M. le ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche.

 

Frédéric Cuvillier, ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche

 

Monsieur le député, je connais vos préoccupations quant au tracé envisagé pour la partie sud du contournement ferroviaire de l'agglomération lyonnaise, le CFAL. Vous avez d'ailleurs été reçu par mon cabinet à la mi-décembre 2012 afin d'échanger sur cette question. Avant d'entrer dans le vif du sujet, permettez-moi de rappeler que la section nord du CFAL a été déclarée d'utilité publique par décret du 28 novembre 2012, à la suite de nombreuses années d'une concertation particulièrement soutenue pour en définir le tracé.


La section aujourd'hui retenue pour la partie sud du contournement, dont le coût s'élève à 1,4 milliard d'euros aux conditions économiques de 2007, est une ligne mixte visant à l'écoulement du fret ferroviaire en transit sur l'axe nord-sud, en évitant le centre de l'agglomération lyonnaise. Elle doit, en outre, contribuer à la desserte des sites de fret existants comme la gare de triage de Sibelin et le terminal de Vénissieux, et permettre l'amélioration de la desserte voyageurs entre Saint-Exupéry et Saint-Étienne – m'étant rendu en région lyonnaise il y a quelques jours, j'ai eu l'occasion de mesurer à quel point cela était nécessaire. La section retenue relie la ligne existante Lyon-Grenoble à la ligne en rive gauche de la vallée du Rhône. En outre, un franchissement du Rhône est prévu au sud du nœud de Givors.


Le choix s'est opéré entre deux grandes familles de scénarios : d'une part, des contournements larges pour éviter le plus possible l'agglomération lyonnaise, d'autre part, des contournements plus rapprochés de celle-ci, valorisant pleinement l'ensemble des fonctionnalités recherchées et le site de Sibelin. Il est apparu que la plus faible longueur des contournements courts autorisait une meilleure insertion environnementale du projet, tout en minimisant le coût de l'opération.


Pour ce qui est de la question qui vous est chère – ainsi qu'à d'autres sur ces bancs, comme j'ai cru le comprendre –,…


Jean-Luc Reitzer

 

Effectivement !


Frédéric Cuvillier, ministre délégué chargé des transports, de la mer et de la pêche


à savoir la prise en considération de l'impact du projet sur les territoires des grands crus, je rappelle que les vignobles du Côte-rôtie et du Condrieu sont situés en rive droite de la vallée du Rhône, sur les communes d'Ampuis et de Condrieu, au sud de Givors, et sur des coteaux qui ont à leur base deux infrastructures existantes : la RD 386 et la ligne ferroviaire de la rive droite de la vallée du Rhône. Or, les tracés en cours d'étude du CFAL sud se raccordent en vallée du Rhône à la ligne de la rive gauche au niveau de Feyzin et de Solaize, au nord de Chasse-Givors, soit dans un secteur très éloigné des grands crus, comme vous le savez sans doute mieux que moi.

 

De même, les options d'étude pour le nouveau franchissement du Rhône se situent, pour deux d'entre elles, au nord de Chasse-Givors, dans des secteurs ne comportant pas de vignoble en rive gauche ni en rive droite et, pour les deux autres options, au sud de Chasse-Givors, au niveau de la zone industrielle de Loire-sur-Rhône, là encore loin des zones abritant notre patrimoine commun, un patrimoine valorisant pour votre région et, au-delà, pour la France entière.


Permettez-moi de rappeler tout de même que ces études ont été initiées en décembre 2005 par la décision du ministre de l'époque ; sept fuseaux ont été présentés à la concertation publique, au terme de laquelle celui de la « Plaine d'Heyrieux-Sibelin Nord » a été retenu par le précédent gouvernement le 15 avril 2009.

Cependant, ce projet est inscrit à la commission SNIT ou « mobilité 21 » à laquelle j'ai fait référence et qui aura à charge d'en proposer le calendrier réaliste et d'en déterminer la priorité.


Georges Fenech

 

Me permettez-vous de dire quelques mots, madame la présidente ?

 

Catherine Vautrin, présidente

 

Je suis désolée, monsieur Fenech, mais le temps imparti à votre question est largement dépassé.


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18 avril 2013 4 18 /04 /avril /2013 00:09

Cette chronique, fondée sur les précieux souvenirs de Jean Clavel, est une prise de position sur ce que l’on appelle pompeusement les politiques publiques dans un secteur économique, ici celui des vins. En clair, « que viennent faire les fonctionnaires dans cette galère ? » 

 

Que mes chers collègues du Conseil Général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux me pardonnent mais la branche Génie Rural de leur ancienne appellation : Ingénieur du Génie  Rural, des Eaux et des Forêts (IGREF) m’a toujours laissé dubitatif en raison du goût des membres de cette branche pour le béton armé et l’arasement des haies : le fameux remembrement. Je ne sais si c’est pour ces raisons qu’ils ont exclu cette référence de leur nouveau titre né de la fusion du corps des IGREF avec celui des Ponts et des Chaussées : Ingénieur des Ponts, des Eaux et des Forêts (IPEF). Je décoconne bien sûr, il fallait compacter pour faire un bel acronyme loin du béton et du goudron…

 

Pour les non-initiés, ces deux corps d’ingénieurs unifiés plongent leurs racines dans les profondeurs de notre Histoire de France. Leur chef de corps, qui est aussi mon supérieur hiérarchique direct, Alain Moulinier, l’explique « Les ingénieurs des eaux et forêts descendent ainsi d’un corps créé par le Roi Philippe le Bel en 1291, et les ingénieurs des ponts et chaussées d’un décret du Roi Louis 15 de 1716. »

 

« Dans l’histoire ancienne de la France, les charges publiques étaient la propriété de gens qui les avaient achetées ou héritées. Ainsi Jean de la Fontaine, conservateur des Eaux et Forêts dans la petite ville de Château-Thierry, héritier par son père de sa charge, ne s’est-il guère occupé de son domaine. La suite ICIlink 

 

En clair une partie de nos ingénieurs se vouait à l’ingénierie publique : ceux des Ponts et Chaussées à la ville, ceux des Eaux et Forêts aux champs. Ce point étant précisé vous pourrez mieux saisir le texte qu’a publié Jean Clavel sur son blog link


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Jean y évoque d’abord la destruction « la cave coopérative de Baillargues-Saint Brès construite en 1936, qui avait une capacité, dans les années 1960, de près de 100 000 hl, fermée depuis une dizaine d'années et absorbée par la cave d'Assas. Bâtie en béton ferraillé sur 3 niveaux de cuves, comme un « blockhaus », elle semblait défier les siècles (…)


 Ensuite il rapporte « le souvenir d'une visite de cette cave par des étudiants en économie de la faculté de Montpellier, conduits par leur professeur André de Cambière qui m'avait demandé de leur parler de la politique de qualité, nouvelle en Languedoc. Il était très opposé à la production de vin industriel que ces types de cave coopératives mettaient, alors, en oeuvre, car il pensait, à juste titre, que ce type de production disparaîtrait à cause de l'évolution de la société française, provoquant une évolution des attentes et des goûts des consommateurs, attirés par les offres de la Grande distribution. Lorsqu'il avait atteint avec ses étudiants le centre de la cave sous la voute des 3 étages de cuve en béton, il s'écria de sa forte voie de basse, « Génie Rural, Génie du Mal !!! »


L'administration agricole d'Etat avait une administration départementale, dont une section technique nommée  « Génie Rural » était chargée des gestions et contrôles des grands travaux ruraux, dont, en Languedoc, les caves coopératives. Ce service très structuré, avait, depuis le début du siècle et jusqu'en 1970, aidé et contrôlé la construction de plus de 500 coopératives dans la région LR., dirigé par des ingénieurs souvent polytechniciens. La formation et le diplôme d'Etat d'œnologues sont venus beaucoup plus tard, la surveillance des vins était faite le plus souvent par le pharmacien du coin qui procédait aux analyses lorsqu'on lui demandait. Ces services techniques d'Etat avaient une réelle autonomie de conception et de réalisation, le milieu viticole de la coopération avait peu de pouvoir d'analyse et de contestation sur les orientations proposées. Les dernières caves construites dans l'Hérault celle de Berlou (1965) et celle de Roquebrun (1967) ont fait l'objet de contestations des représentants des populations locales: maire et responsables viticoles.


La première contestation est venue de Berlou. Le maire, Georges Dardé, devenu président du Conseil d'administration de la Cave coopérative, avait souhaité que la conception de la cave permette la vinification en macération carbonique, il fallait donc encuver les raisins entiers, et leur manipulation devait se faire par simple gravité. Les plans de la cave, imposés par le Génie Rural ne permettait pas cette technique, malgré la déclivité du terrain. Ce n'est qu'une quinzaine d'années plus tard que le président réussit à changer le lieu d'arrivée des raisins, et les faire entrer dans la cave par le haut du bâtiment. A Roquebrun, les vignerons de cette commune, étaient en relation avec un distributeur de vin parisien qui était prêt à acheter la totalité de leur production à un prix garanti, à la condition que la coopérative sont conçue de manière à élaborer la plus grande partie de la production en « macération carbonique » technique mise au point par M. Flanzy , œnologue et directeur de la station œnologique de Narbonne. La macération carbonique du carignan, cépage, alors, majoritaire tant à Berlou qu'à Roquebrun, était considérée à cette époque comme un grand progrès, donnant des vins aromatique et très fins demandés par la clientèle. Le Génie Rural refusa cette méthode pour des raisons obscures, peut être en relation avec des conflits d'intérêt. Le problème était que ce service détenait un pouvoir au niveau du financement. La solution fut trouvée par la société commerciale parisienne qui proposa un architecte spécialiste et intervint au niveau ministériel pour obtenir un financement. La cave fut construite sur un terrain en décaissé au-dessus de la rivière « Orb », le plancher supérieur au niveau de la route de façon permet l'accès direct des raisins au haut des cuves par les moyens de transport des vignerons. »


Vous pouvez lire la suite sur le blog de Jean Clavel. Bien évidemment loin de moi l’idée de stigmatiser mes collègues bâtisseurs car ils participaient à une vision de la viticulture de masse défendue becs et ongles par des organisations professionnelles se refusant à voir la réalité en face : la désertion des consommateurs de vin de table, et des pouvoirs publics dont le courage politique n’était pas la vertu majeure. Pour avoir vécu au plus près cette période, puisqu’en 1978 j’étais au cœur des débats au Conseil  de Direction du nouvel Office National des Vins de Table créé par Jacques Chirac au lendemain des évènements de Montredon-des-Corbières, je puis témoigner de l’irréalité qui y régnait. Violence : les CAV, mouvements de masse, système de soutien permettant aux gros volumes de perdurer… Ce système a été cassé par les accords de Dublin de 1984 qui ont instauré la distillation obligatoire qui cassait la prime aux hauts rendements et permettait à la viticulture dites de qualité de prendre son essor. Pour ce qui concerne la présente période, et ce n’est pas chez moi une prise de position récente, j’estime que l’Administration, Préfet en tête, n’a rien à faire dans l’élaboration et la mise en œuvre de la stratégie du secteur. Les comités de bassin doivent ôter leur casquette politique, s’assumer, être représentatifs de ceux qui font et vendent les vins. Tel n’est pas le cas aujourd’hui… le temps de se montrer adulte et responsable est venu… ça permettra d’éviter de continuer à jouer au bonneteau.

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16 avril 2013 2 16 /04 /avril /2013 00:09

 Les débats sur l’avenir d’une agriculture qualifiée, la viticulture comprise, de « productiviste », se résument trop souvent à des chocs bloc contre bloc, stériles et pour le coup improductifs, qui permettent à chaque camp de rester sur ses positions et de freiner les nécessaires évolutions. « La révolution silencieuse » chère à Michel Debatisse, jeune turc progressiste devenu grand notable président de la FNSEA, a totalement bouleversée les modes de production pour « adapter » l’agriculture française au Marché Commun qui s’ouvrait. La fameuse « vocation exportatrice » des grandes cultures, mais aussi et surtout des vins, a profité de la chute des barrières douanières, le GATT et l’OMC. Et pendant ce temps-là les campagnes se vidaient, les exploitations se concentraient, les filières s’industrialisaient face à une Grande Distribution dominante. La question n’est plus de savoir si ce processus était inéluctable mais de tenter de retrouver des modes de production à la fois plus respectueux de l’environnement et mieux adapté à l’évolution de la demande des consommateurs. Ceux qui veulent faire table rase ou renverser la table comme ceux qui résistent, via les grandes organisations syndicales ou politiques seraient bien inspirés de prendre le temps de relire l’ouvrage de Mendras.


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Dans sa présentation, sitôt la publication en 1967, du livre de Mendras François-André Isambert dans la Revue française de sociologie  soulignait que Mendras y exprimait la conviction « selon laquelle les résistances rencontrées actuellement aux transformations de l’agriculture française ont un sens, et que « faute d’observer les modalités actuelles de changement et d’opposition au changement toute spéculation sur l’avenir de l’agriculture se perd dans les nuées »

 

Bruno Hérault, chef du Centre d’études et de prospective du Ministère de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt écrit dans le N°54 du bulletin ANALYSE :

 

« Avec la disparition d’Henri Mendras (1927-2003), voici dix ans, la sociologie a perdu un de ses grands représentants. Comparatiste avisé, auteur de nombreux ouvrages, ses travaux sont restés des classiques de la discipline, en particulier ceux consacrés au monde agricole. Enseignant infatigable, responsable éditorial reconnu, animateur de nombreux groupes de recherche, il a largement contribué au développement institutionnel de la sociologie française, et tout spécialement de la sociologie rurale. Vrai défenseur de la prospective, il jetait un regard lucide sur l’évolution des sociétés occidentales et n’oubliait jamais, dans le prolongement de son œuvre académique, de livrer ses aperçus sur l’avenir. Expert convoité, il a participé à de nombreuses commissions et se faisait un devoir de mettre ses connaissances au service de l’amélioration des affaires publiques. Cette note veut lui rendre hommage et, à partir d’extraits choisis, donner envie de relire ce grand livre, sorti il y a près d’un demi-siècle, qu’est La fin des paysans. »


Henri Mendras, La Fin des paysans Paris, SÉDÉIS, 1967, réédition Actes-Sud, 1992

 

Extraits choisis et commentés par Bruno Hérault, chef du Centre d’études et de prospective) du Ministère de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.link


Présentation de François-André Isambert dans la Revue française de sociologie link 

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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 12:00

photo--42-.JPGEn dépit de son titre et de l’identité de son signataire cette chronique concerne bien les gens du vin. Il est certes provocateur mais il permet, après une courte réflexion, de remettre nos petites pendules de blogueurs à l’heure. Ça ne fait de mal à personne, moi le premier, que de regarder la réalité bien en face.


Depuis quelques mois j’ai un compte sur Twitter @le taulierN1 et 287 followers, j’y publie mes chronique, @ vikash dhorasoo aussi mais lui a 68 769 followers et il publie ses chroniques sur le Monde.fr Sport. Donc nous faisons partis du marigot, lui à un niveau un peu conséquent, moi dans le fond du fond des ténèbres extérieures.


Et c’est là que j’en reviens au vin car le nombre des followers des gens du vin français, ceux qui ont occupé le créneau très tôt, se situe en général entre 2 à 5000 followers (Bourgogne Live @BourgogneLive toujours précurseur a 6 549 followers), à titre de comparaison Gary Vaynerchuk @garyvee a 978 408 followers. Nous sommes donc très modestes et restons dans la confidentialité d’un tout petit cercle.


Pour situer nos scores je donne quelques exemples : celui d’une grosse Twiteuse Nadine Morano @nadine__morano 105 179 followers, tout comme Jean-Marc Morandini @morandiniblog 423 692 followers, bonne audience aussi pour Bernard Pivot @bernardpivot 111 630 followers, du côté des footeux Pierre Ménès @PierreMenes 228 613 followers…


Tout ça pour bien souligner que la réflexion titre de Vikash Dhorasoo s’adresse aux gros bataillons de Twitter dont nous ne faisons pas parti.


Alors pourquoi écrire sur ce sujet ?


Tout simplement pour nous remettre à notre modeste place qui doit se mesure à l’aune de l’intérêt suscité par le vin sur les réseaux sociaux. Ne nous poussons pas trop du col quant à notre influence. Nous sommes à très bas bruit et notre signal reste peu audible auprès du grand public. Faut-il le regretter ? Je ne sais ! Mais ce que je sais c’est que le flux charrie tellement de bois flottés, de trucs sans intérêt, que selon qu’on est puissant en nombre de followers ou misérable comme moi en followers la stratégie n’est pas du tout la même. Dans le premier cas l’important est de chauffer le réseau en permanence comme le fait Joe Barton. À son propos Vikash Dhorasoo dans sa chronique du Monde.fr Sport du 12 avril « I love you Joey »link , qui est un petit chef d’œuvre d’humour et de pertinence impertinente, entre dans le vif du sujet sans prendre de gants « Quand on est con, on est con J'imagine que, dans le vestiaire de l'OM, la chanson de Brassens tourne en boucle. Joey Barton est violent, vulgaire, mais ce gars gère un business. Plus de 2 000 000 de consommateurs potentiels. On les appelle les followers »


Le Joey en question est Joey Barton, une sombre brute épaisse anglaise recrutée par l’OM, a récemment traité le défenseur brésilien du PSG Thiago Silva (PSG) de pussy qui désigne le sexe féminin en anglais ou veut dire « mauviette », puis de ladyboy, s'appuyant sur le stéréotype liant le Brésil au transsexualisme.


Alors on comprend mieux le tacle sans bavure des dits followers par Vikash Dhorasoo« C'est une nouvelle race de gens accros à leur mobile, leur PC. Des gens addict à la connerie des autres. Ils squattent un truc qui s'appelle Twitter, un truc de merde où les cons sont rois. Deux millions de nazes suivent un gars à l'affût de l'info, de la vanne, du bon mot, prêts à faire monter la sauce. On appelle ça « faire le buzz ».


Même s’il pousse un peu loin le ballon, en tentant de faire un grand pont, il n’a pas tout à fait tort le Vikash. Même si vous n’aimez pas le foot, vous aimerez bien, comme moi, Vikash Dhorasoo qui a toujours fait tache dans le monde très convenu des footeux car c’est un mec qui pense par lui-même. Pour les dirigeants des clubs de foot professionnels, qui ne brillent pas pour leur esprit d’ouverture, Vikash était classé dans la catégorie « emmerdeur ». Grand espoir au HAC, petit module 1,68 m à la Giresse, fin, technique et rapide, il a eu une carrière en dents de scie dans les grands clubs français Lyon, Bordeaux, PSG qui, fait très rare l’a licencié. Il fut 18 fois international A et à participé, sur le banc, à la Coupe du Monde 2006 en Allemagne où il filme la vie de l'équipe de France de l'intérieur avec une caméra amateur et en tire un film, Substitute, qui sort en salle début 2007.


Twitter, je l’ai déjà écrit link , en fonction de la qualité et de la crédibilité du titulaire du compte, est un très bon outil d’informations sur ce qui se passe dans notre vaste monde mondialisée. Tout le reste relève pour moi de la liberté individuelle qui comme chacun sait ou devrait le savoir s’arrête là où commence celle des autres. 

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