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24 juin 2017 6 24 /06 /juin /2017 06:00
Jean-Michel Gravier - BENJAMIN BALTIMORE/ÉCRITURE

Jean-Michel Gravier - BENJAMIN BALTIMORE/ÉCRITURE

Se lever tôt présente bien des avantages, en ce moment ça me permet de profiter de la fraîcheur du matin, tout particulièrement d’écouter à la radio des gens que l’on n’entend pas autrement ou d’écouter des chansons qui ne passent aux heures de grande audience.

 

C’est ainsi que j’ai pu découvrir le livre de Lisa Vignoli Parlez-moi de lui chez Stock, où elle extrait de l’oubli un garçon que j’ai connu lors d’une soirée à Grenoble, en 1974, Jean-Michel Gravier, « qui n’était personne… il était tout »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi j’ai aussi découvert une superbe interprétation de l’Aigle Noir de Barbara par Juliette Armanet.

 

C’est l’une des 13 “femmes qui chantent” Barbara dans l’album “Elles & Barbara” sorti le 9 juin.

 

  1. La solitude – Zazie
  2. Nantes – Jeanne Cherhal
  3. Göttingen – Julie Fuchs
  4. Si la photo est bonne – Dani
  5. Le soleil noir – Angélique Kidjo
  6. Dis, quand reviendras-tu ? – Nolwenn Leroy
  7. Mon enfance – Louane
  8. Marienbad – Daphné
  9. Gueule de nuit – Olivia Ruiz
  10. Cet enfant-là – Virginie Ledoyen
  11. L'aigle noir – Juliette Armanet
  12. Parce que je t’aime – Élodie Frégé
  13. C’est trop tard – Melody Gardo

 

Jamais dans l'imitation stérile, mais dans la ferveur heureuse des retrouvailles, chacune à sa façon, chacune à sa manière, avec grâce et gourmandise, “Elles” célèbrent Barbara. »

 

« Un album comme une célébration de celle dont la poésie et la justesse des mots touchent en plein cœur aujourd’hui encore, 20 ans après sa disparition.

 

Ses chansons sont d'hier, de toujours et à jamais. Elle disait «ma vie de femme, c'est peut-être la vie des femmes. Ma vérité se trouve bizarrement être la leur ».

 

Elle chantait : « Dis, quand reviendras-tu ? Dis, au moins le sais-tu ? »

 

Avec ce disque, avec ces femmes d'aujourd’hui qui la saluent, Barbara est revenue »

 

Comme un trait d’union entre Barbara et Jean-Michel Gravier : j’en profite pour citer un passage du livre de Lisa Vignoli :

 

« Est-ce qu’il faut tant souffrir pour réussir ? Pour sortir ça de soi ? Il n’y arrivera jamais alors. Oui, sa famille a été déracinée, déplacée, déménagée, ce que vous voudrez. Comme s’ils étaient les seuls pieds noirs après 1962 ! Que fait-on, dans une vie, de parents aimant, d’un frère complice et d’une sœur maternante, d’un appartement bourgeois dont chaque recoin croit en nous ? Son public ? Il a le sien depuis toujours.

 

Depuis Bobino, en septembre 1965, où elle a entamé sa tournée et touché le succès Barbara ne s’est pas remise de l’amour qu’elle reçoit. Elle en a fait un morceau qu’elle a chanté pour la première fois dans les semaines qui ont précédé sa venue à Grenoble.

 

Ce fut un soir en septembre

Vous étiez venus m’attendre,

Ici même, vous en souvenez-vous ?

À vous regarder sourire,

À vous aimer, sans rien dire…

 

Alors, dans cette selle, au milieu des briquets qui, d’émotion, ne trouvent plus leur rythme, i la regarde et il se dit qu’un jour il sera là, derrière le rideau. Prêt à l’interviewer. Elle, transie de succès, ui, la voix plus chevrotante encore. Un relais. Un admirateur utile. Ce serait peut-être comme ça qu’il se ferait connaître. Un vecteur, un passeur.

 

« Grenoble 1966 » ? Elle le reconnaîtrait. Il lui dirait qu’elle fait partie des femmes qui l’ont arraché à cette vie qui aurait pu être simplement heureuse, s’il n’avait pas décidé de l’extraire de l’ordinaire. »

 

Jean-Michel Gravier, avec Anouk Aimée.

Jean-Michel Gravier, avec Anouk Aimée.

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20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 06:35
«Il paraît que la crise rend les riches plus riches et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une crise. Depuis que je suis petit, c'est comme ça» Coluche

Hier, j’ai hésité avant d’écrire, au petit matin, ma chronique du lundi. Allais-je parler de lui ?

 

D’Emmanuel Macron ?

 

Non !

 

De Michel Gérard Joseph Colucci, alias Coluche.

 

En effet, le 19 juin 1986 est mort d’un accident de moto (il percute un camion qui a effectué un brusque virage à gauche) à Opio dans les Alpes-Maritimes. Il ne porte pas de casque mais contrairement à ce qui a été dit il roulait à vitesse modérée 60km/h. La thèse de l’assassinat sera soutenu par certains. Coluche est inhumé le mardi 24 juin 1986 à 10 h 30, au cimetière de Montrouge. La cérémonie funéraire est célébrée par l'Abbé Pierre.

 

Putain de mort !

 

Coluche avait 41 ans.

 

Coluche à longtemps habité rue Gazan près du parc Montsouris et ses enfants allaient au collège avec Anne-Cécile ma fille dans le 14e arrondissement puisque j’habitais rue Vergniaud.

 

Dans ma vie je n’ai croisé Coluche physiquement qu’une seule fois : lorsqu’il est venu voir Henri Nallet, alors Ministre de l’Agriculture, pour que celui-ci l’aide à mobiliser les ressources alimentaires stockées afin d’alimenter les Restos du Cœur dont il lança l'idée le 26 septembre 1985 sur Europe 1, en déclarant : « J'ai une petite idée comme ça, si des fois y a des marques qui m'entendent, je ferai un peu de pub tous les jours. Si y a des gens qui sont intéressés pour sponsoriser une cantine gratuite qu'on pourrait commencer par faire à Paris ». Je l’ai écrit sur mon blog, en ajoutant que nous nous étions mobilisés pour l’aider à la fois pour qu’il puisse accéder aux stocks communautaires et pour qu’il puisse structurer son association naissante. Cette conjonction d’un saltimbanque et de bonnes volontés se mobilisant pour qu’il y ai de la nourriture à distribuer a permis aux Restos d’atteindre le but que s’était fixé Coluche.

 

Sur le site jesuismort.com comment il était devenu Coluche :

 

« C’est le 28 octobre 1944, à Paris, que Michel Colucci voit le jour au sein d’une famille originaire du nord de l’Italie. Une mère fleuriste et un père peintre en bâtiment. Malheureusement ce dernier décède en 1947 et laisse son épouse Simone élever seule ses deux enfants avec son maigre salaire. Michel traîne sa jeunesse en banlieue sud où, avec ses copains, il prend goût à la musique. Le garçon fabrique d’ailleurs sa propre guitare au son très approximatif et tellement lourde qu’il ne peut la soulever seul. Les études ne le passionnent pas et ne le mènent guère plus loin que le Certificat d'études primaires qu'il décroche en juin 1958. Il niera même l'avoir obtenu d’un « je ne voulais pas posséder un truc primaire ». Mais les responsabilités frappent à la porte. Michel touche à toutes les professions (14 au total parmi lesquelles télégraphe, photographe, garçon de café, fleuriste ou marchand de légumes).

 

C’est finalement à l’usine qu’il se pose en tant que manutentionnaire après un court passage sous les drapeaux, ponctué par une exclusion pour indiscipline. Lorsqu’il ne travaille pas, il apprend la guitare et le chant du côté de la Contrescarpe et décide un jour de se lancer dans la carrière d’artiste qui le fait rêver. Sur l’Île de la Cité, « Le vieux bistrot » accueille ses premiers accords musicaux. Puis, il est pris dans le cabaret « Chez Bernadette » pour faire la vaisselle et y user ses cordes vocales. En ce lieu naît un patronyme pour l’éternité : Coluche.

 

Un soir, l’acteur Romain Bouteille vient à passer et repart avec ce jeune talent de 23 ans sous le bras. Il l’emmène dans son célèbre « Café de la gare » aménagé par ses soins. S’y escrimeront notamment Patrick Dewaere et Sylvette Herry, alias Miou-Miou. Les spectateurs paient leur entrée selon une loterie qui leur permet de payer de 0 à 30 francs. Deux entractes ont lieu où les comédiens font le service. Le public est conquis. Coluche fonde avec des amis la troupe « Le vrai chic parisien ».

 

En 4 ans, il joue avec succès « Thérèse est triste » et « Ginette Lacaze » avant que Dick Rivers n’impose lui-même cette jeune bande en première partie de son Rock'n Roll Show à l'Olympia. La troupe joue également « Introduction à l'esthétique fondamentale » avant que Coluche ne la quitte. « J’ai eu deux coups de pot dans ma vie : être découvert par Bouteille et être viré par Bouteille » avouait-il quelques mois après. Nous sommes en 1974 et tout le monde se rend compte que le jeune trublion peut faire rire seul. »

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 06:00
Le PS d’Épinay dans le coma, les Républicains à la dernière station de leur chemin de croix, la gauche et la droite ne sont-elles plus qu’extrême ?

Pour ne rien vous cacher l’implosion du PS à la sauce Mitterrand ne me fend pas le cœur et, si obsèques il y a, je m’abstiendrai. Nous faire accroire que Gérard Filoche et Manuel Valls sont de gentils camarades c’est nous prendre pour des veaux.

 

« Mélenchon m’a tué » pourraient s’écrier les derniers grognards, les Dray, Hamon, Aubry et autres frondeurs balayés comme des fétus de paille, jetés tels des kleenex. C’est vrai, le conducator veut rayer de la carte PS et PCF, la vieille union de la gauche qui l’a nourri durant des décennies.

 

Y’a du Guy Mollet dans ce Mélenchon, des mots durs et une pratique molle, comme un goût de Vieux Monde, de recettes éculées ripolinées à la sauce écolo-alterno, de quoi séduire, je le comprends, une génération contestataire de précaires. L’ego du Jean-Luc qui a toujours dépassé la largeur des portes du pouvoir et son entreprise d’insoumis n’est que son dernier faire-valoir de vieux cheval de la politique.

 

Laissons-le là pour ausculter la Droite avec le bien à droite Dominique de Montvalon ancien rédachef du JDD :

 

« À la veille du second tour des législatives, le pur chiraquien François Baroin s’efforce de donner le « la » à des troupes qui n’ont toujours pas compris comment une élection « imperdable » avait été perdue, et à qui la faute. Et qui, du coup, « flottent ». Exercice de haute voltige.

 

1. Il assure qu’Emmanuel Macron aura évidemment sa majorité absolue.

 

2. Mais il affirme qu’une majorité « écrasante » écraserait le débat.

 

3. Il appelle donc les électeurs de droite – les pro-Macron comme les autres – à corriger le tir du 1er tour en votant au second pour des candidats de droite, qu’ils soient de la première ou de la deuxième « famille ».

 

4. Il se déclare « constructif » (adjectif… macroniste s’il en est) mais, dans la foulée, hostile notamment à la hausse de la CSG, il dit qu’il ne votera pas la confiance.

 

5. Il annonce que, son travail terminé au soir du second tour, il retournera à Troyes et au Sénat, et ne se mêlera pas de la bataille Bertrand-Wauquiez qui se profile pour la présidence de ce qui restera des Républicains.

 

6. Il refuse, pour quelques jours encore, de participer au grand déballage inévitable sur les causes du désastre de son camp. Mais lui, le chiraquien, le laïque, l’anti-FN, le « constructif » (radicalement opposé à toute forme d’opposition systématique), il met déjà les choses au point sur un fait pour lui majeur : s’il est venu participer le 5 mars au Trocadéro au meeting de François Fillon, dont le succès doit beaucoup à Sens Commun, c’est uniquement, assure-t-il, parce qu’il pensait que Fillon, ce jour-là, jetterait l’éponge.

 

En revanche, pas un mot dans sa bouche, sur le fait que Nicolas Sarkozy –qui avait fait de Baroin son dauphin- a tout fait pour torpiller ce scénario qui, pour le meilleur ou pour le pire, aurait alors ouvert la voie à un certain Alain Juppé.

 

Il est loin le temps –pourtant pas si lointain !- où François Baroin fixait comme objectif à son camp de gagner les législatives pour… cohabiter ensuite pendant cinq ans (sic) avec Emmanuel Macron.

 

Même aujourd’hui, la droite a-t-elle pris la pleine mesure de ce qui lui est arrivé ? Clairement non.

 

Il y a les responsabilités –énormes- du candidat Fillon. Elles ne se limitent pas, loin s’en faut, aux désastreuses affaires qui l’ont plombé.

 

Il y a le poids d’un projet concocté en cercle restreint, trop intégriste et trop « punitif » pour répondre, au-delà de la primaire, aux complexités et aux attentes de la société française.

 

Il y a eu aussi, de la part de la droite, une surestimation arrogante de ses propres forces et une sous-estimation désarmante de celles de l’adversaire.

 

Par mer déchaînée et horizon bouché, François Baroin aura fait son devoir -sans illusions mais, au fond, avec une certaine classe- sur ce qui va immanquablement se produire au sein de l’ancienne droite dès les législatives finies: un carnage. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les 3 droites

 

René Rémond est à l'origine d'une distinction célèbre entre les «trois droites» françaises : «légitimiste» ou réactionnaire (en référence à la Restauration de Louis XVIII et Charles X), «orléaniste» ou libérale (elle rappelle le règne relativement prospère et débonnaire de Louis-Philippe 1er), «bonapartiste» ou autoritaire (en référence bien sûr au règne fulgurant de Napoléon 1er), dont il suit la trace de la fin de l'Empire au milieu du XXe siècle. Son analyse est au coeur d'un ouvrage majeur : La Droite en France de 1815 à nos jours (1954, Aubier-Montaigne) réédité en 1982 sous le titre : Les droites en France (Aubier-Flammarion).

 

Cette distinction est plus difficile à suivre aujourd'hui, 60 ans après René Rémond, la nouvelle typologie de la droite L'historien Gilles Richard publie une Histoire des droites en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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  • Le Front national n'apparaît pas dans la typologie de René Rémond. S'agit-il d'un parti de droite ou d'extrême droite? Quelle est sa place dans l'histoire de la droite?

 

René Rémond avait bien conscience, à la fin de sa vie, que sa tripartition posait problème… Le FN est un parti issu de la famille politique nationaliste, née avec l'épisode boulangiste au moment où la «République des Jules» s'imposait. Pour des raisons que je détaille dans mon livre, cette famille nationaliste a longtemps eu beaucoup de mal à se doter d'un parti qui la représente efficacement. Et son soutien, massif et prolongé, à Vichy l'a profondément fragilisée. Mais elle n'a jamais disparu et le FN, fondé en 1972, a su lui redonner son lustre à partir de 1984. Droite ou extrême droite?

 

Je n'emploie jamais l'expression «extrême droite» parce que cela supposerait qu'il y ait UNE droite (et UNE gauche), avec seulement des nuances à l'intérieur de chacune - du bleu ciel au bleu (M)arine, du rose pâle au rouge vif. Or, pour moi, il y a DES familles politiques se classant à droite ou à gauche selon les époques. Les nationalistes sont sans aucun doute une des familles politiques qui se sont rangées à droite de la ligne de clivage apparue au tournant du XIXe et du XXe siècles. Mais ils ne sont pas plus «extrémistes» que les libéraux sont «modérés». Dit autrement, je ne vois que des nationalistes extrêmement nationalistes, des libéraux extrêmement libéraux, des agrariens extrêmement agrariens, etc.

 

  • Selon vous, l'année 1974 marque un tournant dans l'histoire de la droite. Pourquoi?

 

Sans aucun doute, l'année 1974 a marqué le point de départ de notre présent politique. Pour deux raisons: premièrement, s'est enfin imposée, parmi les familles de droite, la famille (néo)libérale qui, jusque-là, avait toujours dû partager le pouvoir avec d'autres - les radicaux jusqu'à 1940, les gaullistes après la Libération ; deuxièmement, en même temps - mais sans que cela ait au départ le moindre rapport avec l'élection de Valéry Giscard d'Estaing - l'économie française (comme ses voisines) est entrée de plain-pied dans la troisième révolution industrielle (automatisation, multinationalisation, délocalisations et financiarisation) et son corollaire, le chômage de masse qui, en une décennie, a porté un coup fatal au mouvement ouvrier tel qu'il s'était bâti depuis la fin du XIXe siècle et avait imposé la question sociale comme question centrale dans la vie politique.

 

Depuis cette époque, les deux principaux courants qui s'opposent sont les nationalistes et les néo-libéraux. Que révèle cet affrontement?

 

  • L'entrée dans « une nouvelle ère », selon les mots de « VGE » après son élection en mai 1974, a permis aux néolibéraux d'imposer leur projet politique.

 

L'entrée dans «une nouvelle ère», selon les mots de «VGE» après son élection en mai 1974, a permis aux néolibéraux d'imposer leur projet politique, leur vision de la France dans le monde. Pour eux, les principes du capitalisme sont les plus sûrs fondements d'une vie harmonieuse en société. C'est là le cœur de leur doctrine. Et c'est à l'État d'en garantir la pérennité. Ils ont pu enfin agir à leur guise ou presque parce qu'au même moment, leur principal adversaire, les gauches issues du mouvement ouvrier, s'est évaporé. Depuis 1984, quand le PCF s'est retrouvé avec un score électoral d'avant 1936 et que le PS a renoncé officiellement à «changer la vie», le projet néolibéral s'est déployé sans obstacle majeur, à travers la déconstruction de la République sociale telle qu'elle s'était bâtie, par à-coups, entre 1936 et 1982, et parallèlement la construction de «l'Europe» comme grand marché unifié et structure politique supranationale. C'est dans ce double contexte (triomphe des néolibéraux, effondrement du mouvement ouvrier) que le FN a su - non sans difficultés - reconstruire un projet nationaliste adapté au présent et une force capable de le soutenir.

 

  • La victoire de François Fillon à la primaire de la droite est-elle le fruit d'une synthèse réussie entre ces deux tendances?

 

Oui, d'une certaine manière. Elle est aussi la reprise de la stratégie sarkozyste développée entre 2002 (quand il entre Place Beauvau) et 2012, consistant à défendre un projet de société néolibéral tout en tenant un discours «identitaire» pour récupérer une partie des électeurs frontistes, sans faire d'alliance électorale avec le FN. Une stratégie qui a semblé réussir en 2007, face à un adversaire frontiste dépassé, «le Vieux» comme on nomme Jean-Marie le Pen au FN, et faisant campagne sur des nouveaux thèmes difficilement audibles par ses électeurs (cf. le discours de Valmy sur «le creuset français»).

 

Mais un succès sans lendemain, avec un renouveau du Front national dès 2011 quand Marine Le Pen a succédé à son père. François Fillon a fait le choix de s'inscrire dans la même ligne (projet néolibéral et défense de l'identité française) que Nicolas Sarkozy mais d'une façon plus cohérente que lui - en centrant sans détour son discours identitaire sur les valeurs du catholicisme traditionnel - et plus crédible - il s'est présenté comme le candidat anti-«blingbling», pour parler de façon familière. Dans le contexte de mobilisation des milieux catholiques autour de La Manif pour tous et face à un Alain Juppé refusant le discours identitaire sarkozyste, il l'emporta donc.

 

  • Au-delà des affaires, ces difficultés traduisent-elles la séparation de plus en plus nette entre ces deux courants. Peuvent-ils continuer à coexister au sein de LR?

 

J'ai montré dans mon livre, écrit avant les affaires, que la stratégie filloniste n'était pas forcément gagnante, malgré l'excellent score réalisé lors de la primaire. Même sans les affaires, le choix de faire cohabiter deux systèmes de valeurs opposés, deux visions du monde antinomiques n'est pas chose aisée. Et même, sans doute, chose impossible dans la durée, c'est-à-dire au-delà d'une campagne électorale. Le quinquennat de Nicolas Sarkozy l'a en tout cas démontré. C'est tout le problème de LR aujourd'hui. Le parti, l'UMP au départ, a été construit en 2002 par Alain Juppé avec l'objectif de fondre à terme dans la grande famille néolibérale toutes les familles de droite (démocrates-chrétiens, agrariens de CPNT, gaullistes, etc.) à l'exception des nationalistes.

 

Nicolas Sarkozy, par sa stratégie, a complètement infléchi le projet initial en redonnant une place importante au nationalisme au sein même du parti. Mais on le voit, la cohabitation est difficile, voire impossible. Comment concilier «l'ouverture» au monde - «le multiculturalisme» disent ses thuriféraires - qu'implique le néolibéralisme et la défense d'une «l'identité nationale» renvoyant à une époque où la France était un pays partagé à égalité entre ruraux et citadins, majoritairement catholiques, maître d'un immense empire colonial?

 

  • Plus largement, le clivage droite gauche semble s'effacer au profit d'un nouveau clivage: «progressistes contre conservateurs», selon Macron ou «patriotes contre mondialistes», selon Le Pen. Qu'en est-il?
  •  

Le clivage droite(s)-gauche(s) s'efface en effet car la question nationale est devenue, par l'action continue, méthodique, efficace du FN la nouvelle question centrale. Elle met désormais aux prises, en première ligne, deux familles de droite (d'où le désarroi des gauches…), «progressistes contre conservateurs» ou «mondialistes contre patriotes» disent les intéressés, néolibéraux contre nationalistes selon moi. Chacun des deux camps possède un atout-maître. Pour les premiers, c'est l'infini pouvoir de séduction de la société de consommation sur les individus - malgré les ravages qu'elle entraîne. Pour les seconds, c'est la force que leur donne le fait d'avoir récupérer le cœur de l'électorat des gauches, laissé en jachère politique par elles, c'est-à-dire les classes populaires - mais leurs attentes ont-elles beaucoup à voir avec le nationalisme? Entre ces deux ensembles, rien n'est encore joué. L'un ou l'autre peut l'emporter.

 

La suite ICI 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 06:00
À ceux qui ne lisent pas le Monde : « Le problème est que certains médecins ne veulent pas dire qu’un verre de vin quotidien est bon pour la santé. » Michel Cymes

Soucieux de mon temps, en clair faire taire ceux qui affirment n’avoir jamais le temps, je ne suis pas consommateur de Télé et, et hormis le visionnage de films sur le câble, je suis abstème.

 

Michel Cymes est le plus cathodique des docteurs, présentateur du « Magazine de la santé » sur France 5, son dernier livre Quand ça va, quand ça va pas a provoqué une tempête médiatique qui l’a obligé à fermer son compte Twitter qui croulait sous les trolls. Une pétition mise en ligne sur le site Change.org (c’est très tendance la pétition en ligne et c’est devenu un biseness) par un collectif de parents pointe du doigt l’inégal traitement réservé aux filles et aux garçons dans l’ouvrage. Elle commence ainsi :

 

«Ras la touffe du sexisme et des tabous

 

Le livre consacre deux pages à chaque organe : l’une purement anatomique, et l’autre détaillant les soucis de santé que peuvent rencontrer les enfants (fièvre, nez qui coule, etc.), illustrations à l’appui… et, selon les pétitionnaires, alors que onze généreuses lignes sont consacrées au «zizi», «la zézette ou cocotte, ou minou» (selon les termes de l’auteur), est évacuée en cinq lignes à peine… «Un sous-produit en quelque sorte», estiment les initiateurs de la pétition. «La zézette n’est pas un trou», clament-ils encore, en référence aux illustrations simplistes et incomplètes des organes féminins présentes dans l’ouvrage. Tandis que pénis, testicules, scrotum et autre prépuce sont représentés côté garçons, chez les filles, il n’est question que de la vessie, de l’urètre, et d’un petit trou.

 

Bref, je n’ai jamais posé mes fesses sur mon canapé pour regarder le « Magazine de la santé », ni lu un quelconque ouvrage de Michel Cymes, ce qui m’amène à causer de lui c’est que le médecin Cymes est un amateur et un défenseur du vin. Il a même planté sa propre vigne, chez lui, en Provence, à Entrecasteaux.

 

Laure Gasparotto, journaliste-vigneronne, qui pige dans le Monde, l’a interviewé dans le M Le style du 14.06.2017 et je me retrouve face à un cas de conscience : puis-je vous en faire bénéficier ?

 

Si je me contente de mettre 1 lien ICI  avec l’interview, si vous n’êtes pas abonnés au Monde, c’est comme si je pissais dans un violon, vous ne pourrez la lire.

 

En toute connaissance de cause je défie le copyright en vous la livrant :

 

Que se passe-t-il dans le cerveau quand on boit du vin ?

 

Je ne suis pas un spécialiste de la neurologie viticole ! Mais je pense que le circuit du plaisir se met en marche et que les choses se passent en fonction des habitudes de chacun. La distinction fondamentale est à faire entre plaisir et addiction. A titre personnel, je dois réveiller dans mon cerveau certains neuromédiateurs qui me disent que, finalement, c’est un vrai plaisir. Il arrive aussi que le vin me détende, oui.

 

Il se partage ?

 

Je n’ouvre jamais une bouteille de vin pour moi seul. Elle est toujours à partager. En fait, il y a deux choses. Quand je rentre chez moi et que je propose à ma femme d’ouvrir une bouteille, est-ce une envie de partage ou bien le sentiment que si je commence à ouvrir une bouteille pour moi tout seul, c’est que je ne vais vraiment pas bien ? Un peu des deux, je pense.

 

Il y a un moment pour tout. J’adore faire plaisir à mes amis avec de bonnes bouteilles. J’ai une maison dans le Midi, où j’ai fait installer une cuisine extérieure avec un bar. L’été, la bouteille de rosé bien fraîche est un élément du rituel convivial. Les amis viennent à la maison. Le meilleur moment de la journée est celui où je leur ouvre le rosé et le leur sers alors qu’ils sont assis au bar.

 

Toutes les couleurs de vin se valent-elles en termes de santé ?

 

« Le problème est que certains médecins ne veulent pas dire qu’un verre de vin quotidien est bon pour la santé. »

 

On épingle surtout le vin rouge à cause de ses tanins. Mais le problème du vin et de la santé, c’est qu’il est difficile de faire des études sur l’alcool à cause de l’éthique et de la méthodologie. Du côté du corps médical, ces travaux sont délicats à mettre en place, car on ne peut pas demander aux gens de boire cinq verres par jour afin d’observer le résultat. Or, une étude scientifique ne peut se faire sans essais sur des populations différentes. Il y a bien eu des expérimentations sur des rats… Le résultat est que les études sont souvent réalisées par des professionnels du vin, ce qui pose problème.

 

On sait tout de même que dans les tanins, il y a une molécule antioxydante qui protège. Il ne serait donc pas illogique de penser qu’à des doses raisonnables, le vin puisse diminuer le taux de cholestérol ou augmenter la dilatation des artères. Mais à quelle dose ? Et pour quel type de vin ? Quant au rosé… il n’y a pas eu d’études en particulier.

 

Que pensez-vous du « French ­paradox », selon lequel une consommation de vin régulière et modérée aurait des effets bénéfiques sur la prévention des maladies ­cardio-vasculaires ?

 

Il est très discuté aujourd’hui. Ce n’est pas le fait de prendre un peu de vin tous les jours qui diminue la mortalité. Il y a des pays qui ont des taux de maladies cardio-vasculaires moins élevés que d’autres et dans lesquels on ne consomme pas de vin rouge. En revanche, je trouve ridicule que les médecins refusent de parler de vin ou d’alcool. Si on boit du vin à table, on n’est pas obligé de se bourrer la gueule ! Ce n’est pas comme avec la cigarette. Le problème est que certains médecins ne veulent pas dire qu’un verre de vin quotidien est bon pour la santé par crainte qu’une personne pense qu’elle peut en boire quatre en se disant que ce sera ­encore plus bénéfique. Il faut prendre les gens pour des adultes.

 

Le vin est-il une boisson ou bien un aliment ?

 

Vu le nombre de calories que le vin contient, c’est un aliment. Un aliment sucré qui se boit et qui, paradoxalement, hydrate et déshydrate en même temps. C’est pour cela que le vin peut donner mal à la tête. Pas seulement à cause des sulfites qu’il peut contenir.

 

L’alcool en général contient une hormone antidiurétique, qui nous empêche d’uriner tout ce qu’on boit. Cette hormone intervient pour que le rein réabsorbe l’eau qui passe par lui. Si cette hormone antidiurétique ne fonctionne pas bien, on urine beaucoup. Si vous avez mal à la tête le matin après avoir bu la veille, c’est que vous vous êtes déshydraté le cerveau. Aussi, buvez un verre d’eau après chaque verre de vin : vous n’aurez pas de souci.

 

Vous souvenez-vous de votre premier verre de vin ?

 

Non, mais je me souviens de ma première cuite. C’était au fendant, un vin blanc suisse. Je devais avoir 15 ans. Je me souviens aussi de ma dernière cuite, avec du rhum arrangé, à La Réunion. J’ai fini les bras en croix sur le trottoir ­devant le bar…

 

Mais votre premier verre de bon vin, celui qui vous a marqué ?

 

Oui. J’avais l’habitude d’aller une fois par an dans un restaurant trois étoiles. Un saint-estèphe m’a marqué. Et, une autre fois, un aloxe-corton. D’ailleurs, l’aloxe-corton est devenu mon vin préféré, même si je ne suis pas un grand connaisseur.

 

Avez-vous une cave ?

 

Oui. Elle est pleine de côtes-du-rhône et du Carpe Diem de mon voisin, en Provence. Elle est aussi pleine de très bons vins qui figuraient sur la liste de mon premier mariage. Pour mon second ­mariage, notre liste était constituée… de pieds de vigne. Nos amis ont ainsi financé la vigne que j’ai plantée, il y a deux ans, devant ma maison du Var.

 

Quel cépage ?

 

Mille pieds de syrah. Les gens du coin m’ont recommandé ce cépage. J’apporterai les raisins à la coopérative d’Entrecasteaux, et j’essaierai de comprendre comment se fait le vin. Je vais imprimer mes étiquettes, comme je le fais déjà pour mon huile d’olive. J’apporte mes olives dans un moulin et je récupère 180 litres d’huile, dont je me sers dans l’année. J’en offre en cadeaux, aussi.

 

C’est toute la culture du vin qui vous intéresse ?

 

Oui, et jusqu’au moment du partage avec les amis. Chaque année, ils viendront chez moi pendant les vendanges. Je visite des domaines, aussi. Par exemple, celui d’Alphonse Mellot à Sancerre.

 

Faire un grand vin est-il votre préoccupation ?

 

Non… Mais j’espère que ce sera un bon rouge des côtes-de-provence. Je ne veux pas faire de rosé, car on n’en boit pas l’hiver. Et puis, je vais probablement cultiver en bio. Le vigneron de Carpe Diem, qui est en bio, s’occupera de ma vigne. Je ­deviens écolo !

 

Faites-vous attention au vin que vous buvez ?

 

Face à un grand vin, je m’arrête, je regarde la robe, je le sens. Les premières sensations sont les plus importantes. C’est pour cela, que dans un dîner, je sers toujours les meilleures bouteilles d’abord. Mais je suis peu connaisseur. Un jour, je suis allé avec des amis au restaurant ­Astrance, à Paris. Ils étaient persuadés que j’étais un grand connaisseur parce que j’ai une cave c’est en fait un ami médecin, grand amateur, qui me conseille.

 

Avant ce dîner, je m’étais acoquiné avec le sommelier afin que je puisse reconnaître, pour chaque vin dégusté à l’aveugle, l’appellation, l’année, le producteur. Mes amis étaient impressionnés ! Mais le sommelier m’a eu, à la fin : il m’avait indiqué un mauvais nom de vin…

 

Qu’est-ce qu’un bon vin ?

 

Celui qui sort de l’ordinaire. Quand on veut bien y prêter attention. Je ne demande pas qu’on s’arrête de respirer, mais je marque le moment de l’ouverture d’une bonne bouteille pour ne pas la boire machinalement. Eh ! Attention : là, j’ouvre un super-bordeaux ! Je veux qu’on le déguste.

 

Le vin doit-il être nécessairement bu à table ?

 

Pas forcément. Pour moi, l’apéritif, c’est du vin, souvent rouge. Toujours avec des trucs à grignoter. Mais je ne bois jamais de vin à midi, sinon c’est terrible, je m’endors.

 

Buvez-vous tous les jours ?

 

Non. D’ailleurs, comme je dois être au top niveau poids pour un défi sportif que je me suis lancé, je vais arrêter le vin pendant une semaine, afin de perdre un peu plus d’un kilo.

 

Que pensez-vous de la loi Evin, qui limite la publicité pour le vin ?

 

Je sais que le monde du vin voudrait plus de liberté, mais c’est compliqué en France, parce que l’éducation n’est pas au top en ce qui concerne la consommation. Avant de libérer la publicité pour le vin, il y a un grand travail à faire sur la transmission. Apprendre à apprécier le vin, à prendre le temps de l’apprécier. Mon fils de 20 ans sait l’apprécier. Mes deux autres fils sont encore trop petits. Mais je leur transmets le goût du vin.

 

Vos parents ont-ils fait de même avec vous ?

 

C’était une autre époque. A Paris, on n’avait pas de cave. Mon père m’envoyait chez le caviste, qui remplissait nos bouteilles étoilées consignées d’un vin rouge qui devait faire des trous à l’estomac.

 

Des médecins voudraient que les publicités pour le vin comportent la formule « l’alcool est dangereux pour la santé » plutôt que « l’abus d’alcool est dangereux pour la santé ». Qu’en pensez-vous ?

 

Franchement, ça n’a pas d’importance que ce soit l’une ou l’autre. Personne ne lit ce qui est écrit et répété partout ! Vous croyez que cette phrase peut changer quelque chose pour celui qui est alcoolo-dépendant ? Quelle que soit la tournure de la phrase, elle n’a aucune efficacité.

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15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 05:25
La viticulture est 1 œuvre d’inscription dans le temps, lorsque l’on boit du vin, on boit le temps qu’il a fait et le temps qui passe…

Catherine Bernard, vigneronne à la Carbonnelle de Saint-Drézéry, et moi sommes devenus complices depuis le jour où, sur la place de la comédie à Montpellier, à la terrasse d’un café, la journaliste qu’elle était alors, m’avait passé plusieurs heures sur le grill de ses questions pertinentes à propos de mon foutu rapport qui avait fait de moi « une star des médias » et le chouchou de la Toile [rire de Catherine...]

 

Complice avec une journaliste allez-vous ironiser, ça n’est pas bien, c'est péché mortel [rire de Catherine] pour que vous en arriviez-là vous avait-elle bien ciré les pompes, encensé, passé les plats comme vous le souhaitiez, contribué à la promotion de votre «œuvre impérissable» ?

 

Que nenni !

 

La Catherine elle avait soigneusement dépiauté le moineau [rire de Catherine] avec compétence, un zeste d’ironie, pointé les insuffisances du texte, posé les bonnes questions, même celles qui ne font pas plaisir. Elle l’avait lu ce fichu rapport, surligné, comme aime le faire NKM, du vrai travail de journaliste.

 

Alors, le jour où la Catherine décida de poser son stylo pour empoigner la pioche et le sécateur je me suis mué, lorsqu’elle a fait appel à son cercle de proches et d’amis, en détenteur de parts de son GFA de la Carbonnelle.

 

Pour les plus curieux d’entre vous, comme j’ai souvent chroniqué sur ma vigneronne préférée vous glissez Catherine Bernard dans le rectangle RECHERCHER en haut à droite du blog et vous pourrez les lire.

 

La première publiée 16 février 2011, L’acidité selon Catherine Bernard, faisait référence à son livre « Dans les vignes » l’histoire de sa nouvelle vie qui, après sa formation au CFPPA pour préparer un BPA viticulture-œnologie, était alors dans ses vignes et dans son chai…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bref, la Catherine avait gardé son goût d’écrire.

 

Et maintenant, chaque année, dans ses vignes, elle pratique, avec le même brio, l’art du discours lors de l’AG annuelle du GFA.

 

Comme je suis un gros fainéant je n’ai assisté qu’une seule fois à l’AG, ce qui me vaut de me faire tirer les oreilles par Catherine, gronder, son dernier message après la dernière AG est clair : 

 

«Jacques, débrouillez vous pour venir un jour avec votre ami Jean-Louis Vallet qui vient lui aussi d'envoyer sa procuration. La maison est ouverte même hors AG. »

Je vous embrasse
 

Catherine

 

Promis juré j'irai, mais en attendant , pour me faire pardonner, je propose à votre lecture son excellent petit speech lors de l’AG du samedi 10 juin dernier :

 

Une très belle réflexion :

 

Il est devenu de bon ton de dire : « le vin se fait à la vigne ».

 

Oui, mais sait-on concrètement à quel point ?

 

Le vin se fait à la vigne, mais surtout, tout procède de la vigne.

 

Je vais essayer de dénombrer ce tout.

 

Les trois décisions que nous allons examiner m’ont été inspirées dans et par les vignes.

 

En 2014 j’ai planté, 33 ares de cinsault, mon troisième plantier en 13 ans, mais le premier à réellement s’inscrire dans un territoire. Ce printemps, qui est leur quatrième printemps, était celui de la formation des souches. Les trois années précédentes étaient celui de l’enracinement. Je les ai donc ébourgeonnés, attachés à leur piquet, piochés. Et c’est en faisant ce travail de patience et d’observation qu’il m’a semblé limpide d’instaurer une cogérance dans le GFA. C’est la première décision que nous allons examiner.

 

Les cinsaults ont quatre printemps, mais en réalité, ils sont les descendants des cinsaults des Combes puisque ce sont les bourgeons de ces vieux cinsaults, les bourgeons issus des plus beaux bois qui ont été greffés sur les porte-greffes. Les cinsaults des Combes sont comme les vieilles gens. Ils ne font plus beaucoup de bois, plus beaucoup de feuilles, plus beaucoup de raisins. Ils s’éteignent doucement comme la flamme d’une bougie, mais leurs bois ont donné de jeunes bois vigoureux, fougueux.

 

Encore que comme dans toutes les familles, il y en ait des chétifs, des impétueux, des dociles, des impétueux indociles, des vigoureux dociles, des chétifs récalcitrants…. Ces jeunes cinsaults, je n’en récolterai pas les fruits dans ma vie de vigneronne, mais ils me survivront, nous survivront, du moins, s’ils sont cultivés dans l’esprit d’Olivier de Serres. La vigne ne nous parle de rien d’autre que de pérennité et de transmission, d’inscription dans le temps. Instaurer une cogérance, c’est distinguer le temporel de l’intemporel. Car pour que l’un et l’autre existent, il faut commencer par les distinguer.

 

Cette dimension philosophique a une traduction pragmatique : les fonctions d’ordonnateur, en l’espèce moi la fermière vigneronne, et celle de payeur, le GFA. Quand je plante, quand je remplace les manquants, j’assure le fonctionnement de l’exploitation (je n’aime pas ce mot, mais il n’y en a pas d’autres pour l’instant), et en même temps je valorise le patrimoine du GFA. C’est pourquoi nous allons examiner l’intégration des frais de plantation dans le GFA. C’est la deuxième décision que Michel va détailler.

 

J’ouvre une parenthèse : cet hiver, je suis allée chercher des bois de terret chez Didier Barral à Faugères. Ils sont en pépinière et je les planterai en janvier. Pour mémoire, la Carbonnelle a été pour la première fois plantée de vignes en 1578. L’acquéreur de cette libre pâture ne lui a pas seulement donné un nom, La Carbonnelle. Il y avait planté du terret. Néanmoins, le terret étant l’un des cépages renégats du Languedoc, il a disparu du territoire de Saint Drézéry. Voilà pourquoi je suis allée les chercher si loin.

 

Toujours travaillant dans les vignes, il a fallu se rendre à l’évidence : elles ont cette année environ 12 jours d’avance. Les vendanges seront donc très probablement précoces. De la même manière que le millésime 2016 s’est avéré pauvre en jus. Ce n’est qu’au printemps, au moment de préparer le Carignan et le Rosé pour la mise en bouteille que j’en ai pris conscience. Au lieu de faire 16 000 bouteilles, je n’en ferai que 12 000 sur cette campagne. Aussi, et si vous en êtes d’accord, je vous proposerai exceptionnellement, en troisième décision, une diminution des allocations. Ne pouvant raisonnablement servir du Carignan et du Rosé, j’ai alloué au GFA une barrique de mourvèdre avec un peu de Carbonnelle. Ils seront en magnum en juillet.

 

La viticulture est une œuvre d’inscription dans le temps. Nous avons tous besoin de nous inscrire dans le temps. C’est ainsi que lorsque l’on boit du vin, on boit le temps qu’il a fait et le temps qui passe.

 

Saint-Drézéry, le 10 juin 2017

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 06:00
Et si nous transformions les abstentionnistes en abstinents ou en abstènes… plus de « cuchi-cuchi » au lit…

Laurent Ruquier l’animateur de ONPC, soit On n’est pas couché, donne les clés de la différence entre un abstentionniste et un abstinent.

 

« L’abstention, c’est l’inverse de l’abstinence puisque l’abstinence, c’est quand on ne s'est jamais fait baiser alors que l’abstention c’est quand on l’a été trop souvent »

 

Une suggestion pour lutter contre l’abstention

 

« La candidate du parti mexicain Accion Nacional, Josefina Vazquez Mota, appelle les femmes à moduler l'accomplissement du devoir conjugal en fonction de l'attitude civique de leur mari.

 

Sa suggestion : un mois sans "cuchi-cuchi" pour l'époux abstentionniste ou un mois avec double "cuchi-cuchi" pour les votants. Les Mexicaines n'ont pas toutes apprécié, surtout au sein de ce parti très conservateur. On attendra le résultat des élections pour de plus amples commentaires.

 

PATRICE GOUY publié le 28/06/2012 Le Point

 

Abstention, abstinence, abstème

 

Le nom abstention, du latin abstentio de la même famille que abstinere = tenir éloigné désigne le fait de ne pas prendre part à quelque chose, notamment un vote, ne pas exercer un droit.

 

Les personnes qui s’abstiennent de voter s’appellent d’ailleurs des abstentionnistes, à ne pas confondre avec ceux qui votent blanc, puisque le vote de ces derniers est pris en compte dans les résultats du scrutin.

 

Autrefois cependant, au XIIe siècle, le mot astention (ancien français) désignait l’abstinence, dans la mesure où la langue souvent issue du latin était très attachée à la vie religieuse.

 

Le nom abstinence, du latin abstinentia n’a de rapport à notre époque avec le nom abstention que, globalement, dans le fait de ne pas effectuer une action… mais comme nous allons le constater, pas vraiment du même style !

 

L’abstinence n’a donc rien à voir avec le vote. Elle fait référence surtout à la chasteté, notion dont les détails varient d’une culture à l’autre, à savoir la retenue sexuelle, tant dans l’imagination (pensées érotiques) que dans la pratique (relations intimes). Elle désigne plus généralement toute privation volontaire (ou imposée) de plaisirs… quels qu’ils soient ! Les principales religions conseillent voire imposent à leurs fidèles des périodes d’abstinence tant sexuelle qu’alimentaire à certaines périodes de l’année, selon les fêtes dictées par leurs textes sacrés (Bible, Torah, Coran…).

 

Le mot abstème vient du latin abstemius (« qui s'abstient de vin », « sobre »). Il est à la fois adjectif et nom commun. Au 16ème siècle « abstème » signifiait : qui ne boit pas de vin ; ce mot passé du droit ecclésiastique s’est étendu à la langue littéraire. Jean-Jacques Rousseau, malgré son penchant pour les « petites buvettes », pensait que l’homme est abstème par nature.

 

Extrait d’Emile de Jean-Jacques Rousseau :

 

« La première fois qu’un sauvage boit du vin, il fait la grimace et le rejette ; et parmi nous, quiconque a vécu jusqu’à vingt ans sans goûter les liqueurs fermentées ne peut plus s’y accoutumer ! Nous serions tous abstèmes, si l’on ne nous eut donné du vin dans nos jeunes ans. »

 

Pour finir un petit poème en prose par Simon DOMINATI le 19.03.10

 

C’est le temps du désamour. Plus de la moitié de l’électorat de ce pays boude, tourne le dos à ceux pour qui il avait des yeux de Chimène. Finis les sourires, les joies, les embrassades et les rassemblements. Ils s’éparpillent moroses, muets, absents mais très présents lors du décompte des voix.

 

Ils n’iront pas dans la chambre commune le jour du scrutin. Ils ont perdu le bonheur de flirter avec l’urne espérant l’avènement du bébé qu’ils avaient imaginé. Ce plaisir à deux qui naît et grandit jusqu’à l’extase dans l’intimité de l’isoloir. Ce face à face, la caresse du bulletin, les baisers déposés aux quatre coins de la liste pour l’ensemencer juste avant de la cacher dans le secret de l’enveloppe bulle. Après cet acte d’amour, bien à l’abri des regards, c’est la pénétration finale en public, ce moment où tout est lâché dans l’urne dans un dernier râle : « A voté ! »

 

L’électeur n’a plus envie de cet acte de procréation. Il n’a plus confiance en son partenaire, l’amour s’est enfui. Le bébé né d’un désamour lui fait peur. Plutôt l’abstinence qu’un bébé malheureux, à la vie chaotique qui le priverait du bonheur d’être parent.

 

Cette plus de moitié de France n’y croit plus. Elle n’aime plus, n’admire plus. Lorsque la confiance est partie et que l’étincelle qui brille dans l’œil s’est éteinte tout se ternit. Toutes ces étoiles qui s’évanouissent en même temps vous privent du brin de folie qui vous amène jusqu’au lit.

 

La France est triste et abstinente. Elle boude ses plaisirs et n’ira pas au rendez-vous derrière le rideau des Maisons Communes.

 

Elle s’isolera dans la nature parmi les fleurs naissantes et la douce chaleur du printemps qui arrive.

 

Vous sentez ce parfum de violettes ? L’amour préfère le champ au chant des Sirènes

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 06:00
Péchés de chair : d’un côté, des vegans, de l’autre, des éleveurs, entre les deux, des consommateurs qui ne savent plus trop à quel saint se vouer…

Le jour de la fête des mères, Lolita Lempicka, styliste de mode engagée dans la cause animale, écrit sur un blog du HuffPost :

 

Renoncer aux produits laitiers, c’est épargner les vaches qui sont aussi des mères

 

« En cette fête des mères, n'oublions pas que l'industrie du lait arrache aux vaches leurs bébés pour que les humains puissent boire le lait qui leur était destiné.

 

Il n'y a rien de tel que l'amour d'une mère pour ses enfants. Avant de devenir moi-même une maman, je ne comprenais pas tout à fait à quel point l'amour maternel nous remplit d'un instinct protecteur, d'un sentiment puissant qui nous engage à nourrir, réconforter et protéger nos enfants à tout prix. Mais maintenant que je connais ces sensations, je ne peux pas nier que d'autres mères les ressentent aussi, et c'est pour cette raison qu'il m'est impossible de consommer en bonne conscience des produits laitiers.

 

Laissez-moi m'expliquer. Entre les mères vaches et leurs veaux, c'est le grand amour dès la première seconde, exactement comme ça l'est entre les mères humaines et leurs bébés. Dès les premières minutes qui suivent la naissance, un lien très fort se développe et celui-ci dure toute la vie. Leur attachement et leur affection l'un pour l'autre est si profond que la mère et son petit endurent une détresse extrême s'ils sont séparés. Malheureusement, c'est ce qui arrive tous les jours dans les élevages où les vaches sont utilisées pour produire du lait.

 

Ce déchirement est une souffrance qu'a très bien connu Clarabelle, une vache dont l'histoire a fait le tour d'internet il y a deux ans. Épuisée à force d'être exploitée par l'industrie du lait, Clarabelle allait être abattue car sa production de lait avait commencé à décliner, mais elle fut sauvée par un sanctuaire. »

 

La suite ICI

 

« D’un côté, des vegans qui voudraient que l’homme cesse toute exploitation animale et multiplient les vidéos chocs et les happenings macabres ; de l’autre, des agriculteurs qui défendent becs et ongles une activité vieille de plus de 10 000 ans. Entre les deux, des consommateurs qui ne savent plus trop à quel saint se vouer… Peuvent-ils encore manger de la viande sans culpabiliser, se délecter d’un steak sans prendre de risque pour leur santé, avaler une côtelette sans mettre la planète en danger ?

 

Eh bien oui, malgré les injonctions, les stigmatisations, la culpabilisation, les Français continuent de manger de la viande, cette dernière restant un marqueur culturel fort de notre société. Mais moins qu’avant et de manière différente, et avec cette inquiétude croissante des conditions d’élevage et d’abattage des animaux. Une tendance qu’il ne faut ignorer, car elle signe un véritable changement de notre rapport aux animaux. »

 

  1. Un changement de notre rapport aux animaux.

 

Manifestation étrange, ce samedi 25 février 2017 : face à l’entrée du Salon de l’agriculture et dans un silence de mort, des femmes et des hommes vêtus de noir, les yeux bandés, laissent couler de leur bouche un filet de (faux) sang. Au-dessus de leurs têtes, des pancartes parlent pour eux : « leurs hurlements sont silencieux, leur souffrance est réelle ». Le malaise est palpable. Les parents jusque-là ravis de montrer les « animaux de la ferme » à leurs bambins pressent le pas. Plus dur encore, la semaine suivante, des militants de 269 Life mettent en scène, dans un happening choc, un dîner sanglant exposant tout à la fois de la viande et de l’humain. Jusqu’au-boutistes, en 2012, ces activistes s’étaient fait marquer au fer rouge, en hurlant de douleur, le numéro 269, en signe indéfectible de leur solidarité et de leur empathie envers les animaux, qu’ils considèrent comme leurs égaux. Le but ? Secouer les consciences et convertir les mangeurs de viande, déjà pas mal chamboulés par les images insoutenables d’abattoirs ou d’élevages intensifs diffusées par L214.

 

Bête noire des abattoirs, cauchemar des éleveurs

 

A quelques semaines des élections présidentielles et législatives, les associations de protection ou de libération des animaux elles-aussi mettent les bouchées doubles. La goutte de trop qui fait exploser les agriculteurs, lesquels traversent déjà une crise qui voit, tous les deux jours, l’un d’entre eux se suicider. Contre toute attente, de la Conf à la FNSEA, les quatre principaux syndicats agricoles signent une « alliance sacrée » et dénoncent dans une déclaration commune les campagnes de « culpabilisation des consommateurs » et de « stigmatisation des éleveurs ».

 

Dans ce contexte, difficile de percevoir les aspirations et craintes des consommateurs. Jean-Pierre Poulain, sociologue de l’alimentation (Certop), a dirigé, de 2009 à 2016, une étude permettant justement d’écouter à bas brut la voix des consommateurs, masquée par ces « bulles médiatiques considérables ». Porte d’entrée originale : non plus le risque, mais l’inquiétude. Un terme soigneusement choisi qui a permis de redonner, dans ce monde saturé par les questions sanitaires depuis la vache folle, une légitimité à des questions relevant « de choix de société et d’éthique, jusque-là considérées comme secondaires, quand il ne s’agissait pas de “conneries” de bobos. » Pour preuve, la crise des lasagnes de 2013 a rappelé qu’une crise alimentaire n’est pas forcément mue par des craintes d’intoxication. Avec cette fraude, les consommateurs sanctionnent désormais aussi la non-sincérité d’un acte de commerce, comme l’appellent les juristes. Et refusent d’ingérer malgré eux des produits qu’ils jugent symboliquement non mangeables ou devenus comme tels, ce qui est le cas de la viande de cheval.

 

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  1. Au nom d’une humanité carnivore.

 

Pourquoi l’homme mange-t-il de la viande et comment s’arrange-t-il avec ce que Pythagore nommait déjà le meurtre alimentaire ? Comment l’humanité pourrait-elle changer radicalement de cap et préférer les végétaux aux animaux ? C’est à toutes ces questions que Florence Burgat, philosophe, directrice de recherche à l’Inra, détachée aux Archives Husserl de Paris, répond dans « L’humanité carnivore », un livre érudit et accessible, qu’elle vient de publier au Seuil. Catherine Larrère, également philosophe et membre du comité d’éthique de l’Inra, a accepté de lui porter la contradiction. Résultat : un débat passionnant, stimulant et exigeant…

 

  • Florence Burgat, pourquoi avoir écrit ce livre et pourquoi ce titre, « L’humanité carnivore », alors que l’on dit de l’homme qu’il est omnivore ?

 

F. Burgat : Ce livre s’inscrit dans le prolongement de recherches que je mène depuis une vingtaine d’années. J’ai essayé d’écrire un ouvrage de fond qui pose une question qui, à mon avis, n’est pas véritablement posée : pourquoi l’humanité est-elle carnivore ? Nombre de disciplines comme la nutrition, l’histoire et la sociologie de l’alimentation ont répondu à cette question et apportent des éclairages mais, malgré cela, il m’a semblé qu’il restait un noyau qui n’était pas interrogé et qui le mérite pourtant.

 

C. Larrère : La consommation de viande, la condition animale sont des sujets sensibles, et le livre de Florence est un travail de très grande qualité, accessible à beaucoup. Extrêmement clair et très argumenté, il va dans le sens de mon travail sur la nature. Il est très important que sur des questions d’actualité, on ne cède pas sur l’importance d’une réflexion de fond.

 

F. Burgat : Ma question est « Pourquoi l’humanité mange-t-elle des animaux ? », et non « pourquoi mange-t-elle de la viande ? » Je ne parle pas ici d’un régime alimentaire, qui est effectivement omnivore, mais bien du fait que l’humanité a institué l’alimentation carnée. Par ailleurs, l’humanité carnivore est un thème qui apparaît dans la littérature, dans les mythes…

 

C. Larrère : Je rappellerai la distinction entre carnassier et carnivore. Si l’humanité ne mangeait que de la viande par besoin physiologique, comme le sont les loups, les chats, elle serait carnassière. Carnivore signifie que l’on mange de la viande, avec une référence qui dépasse de beaucoup l’apport de protéines dans un régime omnivore. D’où la question que se pose Florence : alors que l’humanité est omnivore, pourquoi la consommation de viande a-t-elle un rôle central, et non anecdotique ou passager ? Elle l’aborde philosophiquement, comme une question sur l’humanité dans son unité et son rapport ou son absence de rapport à sa nature.

 

F. Burgat : C’est cela. Car même si l’humanité était physiologiquement carnassière, elle pourrait souhaiter moralement s’écarter de cette nature, comme elle le fait par exemple pour la reproduction. Mais il n’en est rien. Alors que l’humanité peut désormais choisir son régime et où elle peut se passer de viande, puisque que nous disposons des connaissances en nutrition et de savoir-faire, pourquoi choisit-elle de manger des animaux dans des proportions qui vont de façon croissante ? L’institution de l’alimentation carnée se radicalise, se développe et s’universalise. La question de l’humanité carnivore se pose donc encore plus nettement aujourd’hui. C’est là que l’on s’écarte d’une question simplement biologique ou nutritionnelle.

 

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  1. Adieu, veau, vache, cochon, couvée ?

 

Certes, la consommation de viande ne cesse de baisser depuis des années. Mais tout se complique dès lors que l’on cherche à savoir pour quelles viandes, en quelles proportions et selon quels modes d’achats et de consommation. Précisions avec Philippe Chotteau, directeur du département économie des filières à l’Institut de l’élevage.

 

Consommation de viande en 2015, par habitant et par an, pour l’UE 28 et la France

 

Bœuf : respectivement 11 kg en UE et 17,3 kg en France

Porc: respectivement 32,7 kg et 26,3 kg

Volaille : respectivement 23.1 kg et 26.4 kg

Mouton : respectivement 1.9 kg et 2.6 kg

 

Soit une consommation totale de viande par an-habitant de 68,7 kg dans l’UE-28 et de 72,6 kg en France. (1)

 

Toutefois, P. Chotteau précise qu’il s’agit là de chiffres de kg de viande consommés et non d’équivalent-carcasse, qui incluent les os et les déchets. Par exemple, chez les bovins, seuls 68% de la carcasse sont directement consommables par l’homme.

 

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  1. Au nom de la souffrance animale

 

En mars 2017, le premier procès pour actes de cruauté et maltraitance sur des animaux s’est ouvert en France, suite aux vidéos tournées dans un abattoir par l’association L214. Des images insoutenables qui ont également fait bouger le politique. Retour sur ces lieux jusque-là ignorés de la société, où manque de formation et cadences infernales expliquent en partie cette souffrance partagée par les animaux et les hommes.

 

« L214 nous a volé la vedette ! » ironise Jean-Pierre Kieffer, le président de l’Œuvre d’Assistance aux Bêtes d’Abattoirs (OABA). Une association reconnue d’utilité publique, créée il y a 50 ans, qui fut très longtemps la seule à s’occuper de la protection des animaux d’élevage. Au conseil d’administration, des vétérinaires, des avocats. Pas de vegans dans les locaux.

 

Concernant les vidéos diffusées par L214, Jean-Pierre Kieffer est partagé. Pour lui, d’un côté la violence des images stigmatise nombre d’éleveurs et de directeurs d’abattoirs qui s’interrogent quant au bien-fondé de se décarcasser s’ils ne sont perçus que comme des assassins. De l’autre, le buzz médiatique a poussé les politiques à réagir, « ce que nous n’avions pas réussi à faire par le dialogue, malgré nos alertes répétées quant au besoin de prendre davantage en compte les demandes de l’OABA et des autres associations de protection des animaux. Nous savions qu’un scandale éclaterait. » C’est fait.

 

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  1. Au nom du paradis perdu.

 

Quand les plus pauvres parlent d’élevage et de consommation de viande…

 

Quelque 6 millions d’hommes, de femmes et d’enfants vivent en très grande pauvreté, cachés du regard des autres, dans des tentes de fortune, des caravanes en lisière de forêt ou des HLM. C’est avec une quinzaine d’entre eux qu’ATD Quart Monde planche actuellement au sein d’un laboratoire d’idées santé sur le thème « Se nourrir dignement et durablement avec 57 € par mois ».

 

57 €, ce qu’il reste du RSA une fois payés le loyer, pour éviter l’expulsion et les enfants à la rue, l’eau, le gaz, l’électricité.

 

« Seuls les plus pauvres pourront trouver des solutions pour les plus pauvres », explique Huguette Boissonnat-Pelsy, responsable du département santé à ATD QM. Il faut « accéder à leur expertise, elle est essentielle à la compréhension du sujet dans sa complexité ». Et de se rappeler combien ils furent humiliés, quand l’idée fut émise de leur distribuer les lasagnes à la viande de cheval que nous autres consommateurs ne voulions pas. Pourtant, assure-t-elle, « le cheval n’est pas tabou. Au contraire, c’est le top du top. Avec un steak de cheval, on a des protéines pour ses enfants pour la semaine, disent les familles pauvres. »

 

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11 juin 2017 7 11 /06 /juin /2017 06:00
Aznavour, Nina Simone, François Truffaut : « Tirez sur le pianiste »

Ces derniers jours j’ai lu le roman de Gilles Leroy Nina Simone et revu Tirez sur le Pianiste de François Truffaut (1960).

 

J’y ai retrouvé Charles Aznavour, le chanteur et l’acteur.

 

« À New-York, au Village Gate où je chantais, j’ai rencontré ce chanteur français, le petit Aznavour, le seul Européen à posséder l’esprit soul et le groove. Il m’a présenté des chansons, je lui en ai acheté deux. L’une s’appelle Tomorrow is my Turn et, dès la première fois que je l’ai interprétée, mes doigts se sont raidis sur les touches du clavier, ma gorge s’est nouée de sanglots. Jamais je n’ai pu la chanter sans avoir dressé devant moi le fantôme d’Edney * riant sous la cascade de Pearson’s Falls, je pouvais presque le toucher, lécher sur sa peau soyeuse l’eau fraîche au goût de bonheur. Lutter contre les larmes, alors, tenir ferme les notes, était un effort surhumain et j’ai fini par l’abandonner, cette chanson si douloureuse avec son air de rien. »

 

Gilles Leroy Nina Simone

 

* Edney, un cherokee, fut le premier amour de Nina Simone.

 

On tire sur le pianiste

 

« Pour François Truffaut, Tirez sur le pianiste a été un film agréable à tourner, mais difficile, ennuyeux à monter. Car il avoue éprouver « une peur panique de tous les scénarios construits en flash-back ». Or le montage du Pianiste est conçu autour d’un long flash-back, qui fait revivre l’histoire d’amour tragique entre le pianiste Édouard Saroyan (Aznavour) et sa femme Thérésa (Nicole Berger)

 

[…]

 

« À tout hasard, je lui ai dit que cela me faisait penser à Queneau. J’ai su par la suite que je ne m’étais pas trompée » répond Claudine Bouché la monteuse à un François Truffaut qui lui demande si les rushes pouvaient faire un film.

 

« Sans doute parce qu’il s’est fait avec des bouts de ficelles, Tirez sur le pianiste donne un sentiment de grande liberté. Pourtant, lorsque le film est montré, en juin 1960, aux acteurs et amis, puis à quelques journalistes, les avis sont mitigés, ce qui déprime Truffaut qui, à ce moment-là, doute de lui. Pierre Braunberger (son producteur) lui-même est dérouté par le film. »

 

[…]

 

« En outre, Tirez sur le pianiste rencontre de sérieux ennuis avec la censure. Le 13 juillet 1960, le film est victime d’une interdiction aux moins de 18 ans. Truffaut a pourtant coupé une séquence qui pouvait s’avérer délicate, celle d’un petit chat qui est écrasé par la voiture des gangsters. Mais une autre scène, où Michèle Mercier se couche dans le lit d’Aznavour et découvre sa poitrine, est jugée trop osée. Truffaut réduit la scène, mais se refuse à la couper entièrement. La commission de censure demeure inflexible : Tirez sur le pianiste reste interdit aux moins de 18 ans. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce « Un film comique noir » ? « Un film fantaisiste noir » ? « Un drame d’amour et d’humour » ? « Une tragédie burlesque » ? « Un film où les bons sont quelquefois méchants et les méchants quelquefois sympathiques » ? Braunberger harcèle Truffaut de télégrammes, le sommant de s’occuper de la promotion du film.

 

« Tout compte fait, Tirez sur le pianiste, sorti le 25 novembre 1960 dans trois salles parisiennes ne fait pas une carrière très briallantes : 71 901 entrées en six semaines d’exploitation. Il est retiré de l’affiche le 3 janvier 1961, Truffaut le considère comme un véritable échec, même s’il ne met guère en péril les Films du Carrosse. »

 

In François Truffaut Antoine de Baecque et Serge Toubiana Gallimard

 

Un film sur les femmes

 

« La musique occupe une place prépondérante, oscillant du jazz au classique, avec des détours réjouissants par la chanson, grâce à un Boby Lapointe iconoclaste et un Félix Leclerc plein d'élégance. Pourtant, le film parle essentiellement des femmes. Et filme leurs corps avec une sensualité rare, qu'il s'agisse des seins angéliques de Michèle Mercier ou des mains inquiètes de Marie Dubois.

 

Les gangsters y disent du mal du sexe dit faible, ce qui inspira des dialogues à Scorsese et Tarantino. Quant à l'admirable Charlie, interprété par Charles Aznavour, tout autant timide qu'amusé, il exprime une sensibilité à fleur de peau et une lucidité mêlée de pitié. Hélas, ni son génie musical ni l'amour de plusieurs femmes ne parviendront à lui éviter un destin médiocre... Jouant à la fois sur le désir et l'interdit, Tirez sur le pianiste possède l'insouciance d'un baiser volé. »

 

Le Monde.fr | 16.07.2015 par Yann Plougastel

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10 juin 2017 6 10 /06 /juin /2017 06:00
Mais qui est donc ce Bruno Le Maire qui n’a jamais été aussi heureux  dans sa vie politique qu’aujourd’hui ?

Le 78 rue de Varenne est une bonne école ministérielle, on y touche à tout de la vie d’une population, les agriculteurs, on négocie la PAC à Bruxelles, on joue un rôle international, on est au centre des difficiles relations entre la GD et les IAA, on est responsable de la sécurité alimentaire, de la santé et du bien-être animal, on doit participer aux arbitrages sur les questions environnementales, gérer la forêt… etc.

 

Beau tremplin pour un jeune loup ou une jeune louve ou un bon moyen de rebondir pour un ou une personnalité sur une voie de garage donc !

 

Je vous épargne la liste des futurs Premier Ministre pour aborder un beau cas : celui de Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture sous Sarko-Fillon et aujourd’hui Ministre de l’Économie sous Macron-Philippe après un échec cuisant à la Primaire de la Droite et un A-R dans le soutien au candidat Fillon « Je ne pouvais pas accepter ce reniement sur la parole donnée. Après la mise en examen, on savait que François Fillon nous emmenait dans le mur. »

 

Dans une interview à Paris Match, l’ex-candidat autoproclamé du « renouveau » de la primaire de droite, a confié son sentiment. « Je n’ai jamais été aussi heureux dans ma vie politique ».

 

Et pour cause, quelques jours après son entrée dans le gouvernement d’Edouard Philippe, Bruno Le Maire est aussi candidat aux législatives dans sa circonscription de l’Eure (la 1ère), sous l’étiquette La République en marche.

 

« Macron a gagné là où j’ai échoué. Il a fait preuve de plus d’audace. Moi, je ne suis pas allé assez loin. Je me suis enfermé dans une primaire. Cela a été mon erreur », a-t-il reconnu.

 

Mais qui est donc Bruno Le Maire ?

 

Un froid technocrate ambitieux ou un réel militant du renouveau politique ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans son livre Divine Comédie Gaël Tchakaloff, qui a suivi les candidats à la Primaire de la Droite, tente d’éclairer ce dilemme :

 

« Depuis notre première rencontre à Sète, mi-septembre, j’ai réalisé que je m’étais totalement trompée sur son compte. Comme beaucoup, je m’en étais tenue à son allure générale, physique de premier communiant. Rastignac rasoir tendance Jeanson-de-Sailly, Auteuil-Neuilly-Passy c’est pas du gâteau, tel est notre ghetto. Je me suis bien mis le doigt dans l’œil.

 

Avec Bruno Le Maire je n’ai jamais eu de rapports directs lorsqu’il était Ministre de l’Agriculture mais je l’ai vu à l’œuvre sur le dossier laitier lors de la crise. Par la suite nommé médiateur entre les éleveurs laitiers et les entreprises, j’ai travaillé en direct avec son directeur de cabinet JM Bournigal et sa conseillère technique : Véronique Solère. Ce qui prime chez lui c’est à la fois sa volonté à la fois de plaire au big boss pour lui montrer qu’il est le meilleur et son désir d’être aimé par ses interlocuteurs.

 

Je l’ai lu aussi :

 

Dans son dernier livre, À nos enfants Bruno Le Maire confie qu’il n'a « jamais été aussi heureux dans sa vie professionnelle » qu’au Ministère de L’Agriculture.

 

Thierry Solère dit de lui «Bruno c’est un Chirac jeune, peut-être en moins excité, mais il finira président de la République». Au début de son parcours Chirac était perçu comme un froid technocrate, raide, avec ses sévères lunettes qu’il abandonnera pour casser cette image, le Bruno vient lui aussi de laisser tomber les montures. De son passage au 78 rue de Varenne il a retenu qu’il faut savoir tomber la veste, serrer des louches, prendre le temps avec les gars, boire une petite bière à l’issue des réunions. Le gros Raf note avec son gros bon sens charentais «Le Maire a réussi dans tous les postes où on pensait qu'il échouerait»

 

Dans son portrait « l'impossible Monsieur Le Maire » sur Slate Titiou Lecoq dévide la pelote «En gros, le type est spécialiste de tout. Lecteur du Cardinal de Retz, de Saint-Simon et de Proust», fan de Formule 1 –«Ma grand-mère maternelle était une des premières pilotes d’avion de sa génération. Passionnée de mécanique, elle m’a transmis ce virus en m’apprenant très jeune à conduire». «Il est féru de gastronomie française – qu’il a fait inscrire au patrimoine de l’Unesco – mais aussi italienne ou asiatique». Il aime Louise Bourgeois et les peintres contemporains allemands, il fait du tennis et du footing –il était en couv de Running Attitude en octobre 2013: «Il admire les pianistes Glenn Gould et Sviatoslav Richter, le chef d’orchestre Carlos Kleiber et relit Kafka ou Thomas Bernhard». Il est «fan de Thomas d'Aquin et de corrida». Et pour ajouter un peu d’exotisme à tout ça, quand il était étudiant, il a écrit deux romans pour la collection Harlequin, sous un pseudo anglais. Merci. N’en jetez plus. »

 

Gaël Tchakaloff, dans son livre, raconte un voyage, avec lui et son équipe, dans sa 508 (avant il avait une allemande) vers Pacy-sur-Eure dans son fief. Elle est à son côté, à la place du mort comme on dit.

 

« Au moment d’entrer sur l’autoroute, je suis déjà partiellement conquise. Il m’en faut peu. Emportée par son doux mélange de cérébralité, de culture, d’intelligence, et cette once de fantaisie, d’abandon, de douleur perceptible dans le dialogue, Bruno va se livrer dans une profondeur que je n’ai pas souvent rencontrée avec d’autres hommes politiques.

 

Kilomètre 25.

 

« La politique, ça écrase tout le reste de la vie, ça absorbe tout, ça prend tout, ça vole tout. Si je perds, j’aurai dilapidé tout ce temps, sans ma femme, sans mes enfants, en pure perte. »

 

Kilomètre 40.

 

« Il y a une légèreté, une insouciance dans la conquête du pouvoir que tu n’as jamais au pouvoir. Il n’y a aucune légèreté au pouvoir. Qui que ce soit qui gagne la primaire je ne serai jamais Premier Ministre, tant j’ai exposé mes différences.»

 

Kilomètre 50.

 

« La politique, ça attire les névrotiques. On l’est tous. Ce n’est pas la politique qui rend névrotique, on l’est avant, on s’y retrouve. Les deux névroses les plus courantes en politique, c’est le narcissisme, évidemment, et la haine de soi. Le pouvoir, c’est la guérison de la haine de soi. »

 

Kilomètre 55.

 

« Les hommes politiques, ils sont dépressifs ou alcooliques. Parce que la folie de la politique, c’est qu’il ne faut jamais voir les choses telles qu’elles sont, il faut se projeter au-delà, nier la réalité. Et, en même temps, il faut être lucide sur la réalité. Et, en même temps, il faut être lucide sur la réalité. C’est la dissociation permanente, le décalage entre ta réalité et ton rêve. Les deux ne coïncident jamais sauf le jour où tu es élu. C’est pour cela qu’après, ça crée la dépression. »

 

Kilomètre 80.

 

« Si je pouvais réécrire ma vie, j’aurais perdu moins de temps à devenir libre. »

 

 

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7 juin 2017 3 07 /06 /juin /2017 06:00
«Tout leur pognon part à la vinasse !» Louis-Ferdinand Céline, Bagatelles pour un massacre…

« La TV est dangereuse pour les hommes.

 

L'alcoolisme, le bavardage et la politique en font déjà des abrutis. Était-il nécessaire d'ajouter encore quelque chose ? »

 

Louis-Ferdinand Céline, au cours d'un entretien avec Jacques Chancel paru dans le numéro 117 de Télé Magazine daté du 11 janvier 1958.

 

Chez Céline, le discours médical ou, plus exactement, celui de l'hygiéniste s'est souvent pris dans le délire du pamphlétaire. « Le père n'est même plus un homme, il est un mâle, la mère une femelle. Lorsqu'il boit, l'homme en est réduit à l'état de bête, une bête assoiffée, excitée. L'alcool entraîne une intensification de la violence déjà inhérente à la pauvreté et à l'univers misérable. »

 

En tout cas, il ne résout rien : « On a beau faire, on a beau boire, et du rouge encore, épais comme de l'encre, le ciel reste ce qu'il est là-bas, bien renfermé dessus, comme une grande mare pour les fumées de la banlieue » Voyage au bout de la nuit page 94.

 

« L'alcoolisme est en effet, à l'époque où Céline écrit Bagatelles pour un massacre, au centre des préoccupations de tous les partis politiques et l'on craint les conséquences néfastes des accords de Matignon de 1936 et des congés payés sur la consommation d'alcool dans le milieu ouvrier... »

 

Chez Céline c'est la recherche de l'efficacité qui prime. Cette attitude n'est pas sans rappeler ses conceptions en hygiène sociale et en médecine du travail. Celles-ci aboutissent sans aucun doute à l'établissement d'une société dirigiste et autoritaire...

 

« Je sais moi, ce qu’il a besoin le peuple, c’est pas d’une Révolution, c’est pas de dix Révolutions… Ce qu’il a besoin, c’est qu’on le foute pendant dix ans en silence et à l’eau ! qu’il dégorge tout le trop d’alcool qu’il a bu depuis 93 et les mots qu’il a entendus… » Bagatelles pour un massacre page 59

 

Rapport établi par la CGT« l'Alcoolisme en France »

 

« La France est le pays le plus fort consommateur d'alcool du monde...21 litres 300 d'alcool pur (...) La consommation de vin qui était avant 1900 d'environ 35 millions d'hectolitres annuels, devenue ces dernières années d'environ 50 millions d'hectolitres. Il est donc faux de dire que l'alcoolisme diminue, au contraire, il progresse...La répartition, l'habitude de boire a gagné les milieux féminins, certaines habitudes alcooliques sont devenues particulièrement tyranniques, par exemple celle de l'apéritif »

 

Voici la réaction de Céline dans Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p 92, à ce rapport : « Sur la question du casse poitrine, il est donc totalement officiel, tangible, palpable que le français ne craint personne (...) lecteur piteux, c'est possible, mais insupportable alcoolique (...) aucun sauvage, aucun civilisé non plus n'approche de très loin le français pour la rapidité, la capacité de pompage vinassier »

 

Les références de Céline à l'alcool, l'alcoolisme sont innombrables, en particulier le mot « vinasse » qu'il affectionne particulièrement et qui dénote le dégoût et le mépris qu'il éprouve envers l'ivrognerie.

 

Celle-ci, clinique d'abord, dans le Voyage au bout de la nuit, page 264, est inhérente à la condition misérable est déjà présente dans l'évocation de Rancy : « Cent ivrognes mâles et femelles peuplent ces briques et farcissent l'écho de leurs querelles vantardes (...) Dès le troisième verre de vin, le noir, le plus mauvais, c'est le chien qui commence à souffrir »

 

Dans l'entre-deux guerres, le discours dominant, en France, est la décadence du pays et au centre de cette décadence, la France des apéritifs :

 

« Le roi bistrot (...) qui souille, endort, assassine, putréfie » Bagatelles pour un massacre, Paris, Denoël, 1937, p.93

 

Lorsqu'il boit, l'homme en est réduit à l'état de bête, une bête assoiffée, excitée. L'alcool entraîne une intensification de la violence déjà inhérente à la pauvreté et à l'univers misérable. En tout cas, il ne résout rien : « On a beau faire, on a beau boire, et du rouge encore, épais comme de l'encre, le ciel reste ce qu'il est là-bas, bien renfermé dessus, comme une grande mare pour les fumées de la banlieue »

 

Céline et le vin

 

« Les textes inédits de Céline sont devenus rarissimes hors correspondances, ajoute Edouard Launet. En mai 2012, Artcurial avait mis aux enchères un manuscrit autographe de quatre pages daté de 1937 et titré «la Vigne au vin», destiné, selon l’auteur du catalogue de la vente, à aider Gen Paul qui s’était engagé à peindre une grande fresque de 100 personnages destinée au Palais des vins de France à l’exposition universelle de 1937. Cette apologie par Céline du vin et de l’esprit bachique était singulière, notait le Bulletin célinien, dans la mesure où l’ancien médecin hygiéniste s’était toujours revendiqué buveur d’eau et dénonçait l’alcoolisme. »

 

Un texte inédit de Louis-Ferdinand Céline aux enchères le 16 mai 2012 à Paris

 

La maison Artcurial mettra aux enchères un texte inédit de Céline le 16 mai 2012 à Paris.

 

Il s'agit d'un manuscrit autographe de 4 pages daté de 1937 titré « La vigne au vin », destiné, selon l'auteur du catalogue de la vente, à aider Gen Paul qui s'était engagé à peindre une grande fresque de 100 personnages destinée au Palais des Vins de France à l'Exposition Internationale de 1937. Une « apologie de Céline sur la vigne, le vin et l'esprit bachique » d'autant plus surprenant que le médecin hygiéniste s'est toujours revendiqué buveur d'eau et a toujours dénoncé les ravages de l'alcoolisme !

 

Extrait :

« Cette décoration murale a été conçue dans un esprit "allègre optimiste, dans une facture joyeuse. L'artiste a voulu représenter les diverses phases de la production du vin dans la gaîté. L'oeuvre entière est baignée, interprétée dans l'allégresse. Une représentation impassible, une description seulement objective de ces tableaux champêtre eut été absolument contraire à l'esprit même de la vigne. [...] tout à la vérité même de cent décorations. Il eut été facile et d'ailleurs tout à fait défendable de forcer encore les qualités bachiques de notre ensemble. Mais avec les [sacrifices] "classiques" auxquels nous nous sommes astreints nous jugeons que notre projet tout en tenant compte des traditionnelles exigences réussit à donner une saine et joyeuse impression des différentes étapes de ce jus-là... des pampres à la bouteille. La même oeuvre conçue par un buveur d'eau n'aurait eu sans doute que de tristes et sévères reflets mais l'auteur même de ces petits tableaux se vante d'avoir toujours heureusement et copieusement honoré la vigne. Il se juge trop heureux d'avoir pour l'occasion pu rendre un hommage combien mérité à la source de tous les courages ! A la fée bienfaisante des jours adverses et sombres. »

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