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23 octobre 2022 7 23 /10 /octobre /2022 06:00

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Le petit Olivier Faure, ex-admirateur du conducteur de pédalo, qui se dit premier secrétaire d’un PS qui suce la roue de Mélenchon, ose écrire sur Twitter :

 

« Il y a 40 ans disparaissait Mendès-France, conscience de la gauche de l’après-guerre. Il était l’eau, Mitterrand le feu. Leur complémentarité fit dire au nouveau président en mai 1981 « Sans vous rien n’aurait été possible ». Hommage à notre illustre collègue du groupe socialiste. »

 

C’est ça PMF, illustre collègue et pourquoi pas adulateur de la NUPES !

 

 

Le blog de Jean-Charles Houel: Pierre Mendès France un « perdant magnifique  » en podcast sur France Inter

10 février 2021

Pierre Mendès France un « perdant magnifique » en podcast sur France Inter ICI 

J'étais présent 

Pierre Mendès France (1/4) : une exigence morale en politique - AgoraVox le  média citoyen

7 OCTOBRE 1982 - SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

 

ALLOCUTION DE M. FRANÇOIS MITTERRAND, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, À L'OCCASION DE L'HOMMAGE RENDU À PIERRE MENDÈS FRANCE, DANS LA COUR D'HONNEUR DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE, MERCREDI 27 OCTOBRE 1982.

 

 

Mesdames et messieurs,

 


- Il est dans l'histoire des moments privilégiés où l'intégrité a un nom, la rigueur un visage, la conscience une voix, et dans la vie d'un homme un instant - sa mort - chacun, ami ou adversaire, perçoit l'écho d'un même message et voilà que soudain - oui, pour un instant - tous se rejoignent.

 


- Comment exprimerai-je ici la qualité de l'émotion qui secoue tant d'hommes et de femmes depuis ce lundi 18 octobre 1982 ?

 

Et nous-mêmes, connaissons-nous toutes les raisons du serrement de notre cœur ?
- Avant que nous ayons pu rendre à Pierre Mendès France le solennel hommage qui nous réunit aujourd'hui, la nation française, notre peuple et combien d'autres dans le monde avaient d'eux-mêmes reçu cette mort comme un deuil. Ils avaient perdu l'un des leurs, qu'ils aimaient, respectaient, admiraient, l'un de ceux dont on sait dans la nuit et dans l'incertitude qu'ils ouvrent le chemin.

 


- Pierre Mendès France a voulu que les jours qui suivraient sa disparition fussent réservés à sa famille, à ses intimes et distingués des cérémonies officielles. Je n'ai pas à interpréter cette volonté, conforme à la conduite d'une vie. Je me pose cependant la question : cet homme, d'un destin insolite, d'une originale plénitude, mesurait-il assez ce qu'il avait apporté au pays ou doutait-il du mouvement de gratitude et de chagrin que son départ susciterait ?

 


- S'il fut atteint par ce doute et comment ne pas le comprendre - lui qui fut si longtemps combattu, calomnié, injurié -, il n'ignorait pas qu'on s'y expose et qu'on en prend le risque dès lors qu'on intervient dans les affaires de la cité. Ce sort n'a épargné aucun fondateur d'ordre, aucun grand porteur de message. Et lui-même, mieux que personne, enseignait que pour dominer les outrages de la fortune et parvenir à la "sérénité du couvreur sur le toit", où se situait Léon Blum, il y fallait beaucoup de robustesse d'âme.

 


L'hostilité qu'avaient provoquée les fulgurances de ses idées, de son action, avait-elle nourri en lui-même cette interrogation passagère ?

 

Pourtant dans les orages et les affaissements de la IVème République, il avait apporté, et la jeunesse de France y avait applaudi, la lumière et le redressement. En moins de huit mois, il avait arrêté l'effusion de sang de la guerre d'Indochine, donné de façon spectaculaire et, à la lettre, révolutionnaire, un élan décisif à la décolonisation avec l'émancipation de la Tunisie, pris les dispositions les plus novatrices pour notre défense nationale, imprimé aux orientations de notre économie une rare impulsion, inauguré enfin un style et une méthode dont l'empreinte marque encore ceux qui ont à décider, où qu'ils se trouvent, du destin de la France.

 


- Le doute encore aurait pu survenir - quel grand esprit ne l'a connu ?

 

- lorsque, comme cela fut exprimé pour un autre, "l'aigle ayant fait son nid, on prétendit le contraindre à s'y reposer". Il pouvait craindre que, les vicissitudes de la politique, les divisions de son propre camp l'ayant éloigné de la direction du pays, ses luttes, ses compétences, ses avertissements ne fussent anesthésiés par le tribut peu onéreux et le respect sans risque qu'une société procure à sa mauvaise conscience. Or, si tout a été dit, et souvent bien dit sur ce Français dont le manque déjà nous afflige au-delà de toutes prévisions, on a peu rappelé, me semble-t-il, à quel point pendant ces vingt dernières années il a été présent parmi nous avec quelle fidélité enracinée, quelle ténacité incontournable il avait découragé ceux qui l'invitaient à se placer au-dessus de la mêlée. Quand je lui confiais un jour récent, que sans lui rien n'eût été possible, je pensais, certes au rôle que, chef de file, il avait joué auprès de ma génération et à la confiance qu'il m'avait faite dès 1953 et 1954 en me comptant parmi les siens, mais je pensais surtout qu'il n'avait jamais cessé d'être, lui, ce compagnon inaliénable de ceux qui luttaient pour que tout redevint possible en France.

 


Pierre Mendès France nous laisse une foi, une méthode, un exemple. Sa foi, la République, sa méthode, la vérité, son exemple, l'inlassable combat pour la paix et pour le progrès.

 


- Car la République, même ingrate, fut sa passion. Elle était, pour lui, la conquête des libertés, la mise en œuvre des droits de l'homme et des vertus civiques, la forme supérieure du développement des sociétés humaines : le lieu où le devoir de vérité, le respect de la parole donnée, les scrupules de l'esprit libre, l'amour du bien public fondent le gouvernement des peuples. Ses choix et ses refus furent animés de cette passion. Elle éclaire l'engagement du jeune avocat, du jeune député et du jeune ministre qu'il fut, son combat de 1936, sa participation au gouvernement du Front populaire, son action à la Présidence du Conseil. Elle éclaire sa présence aux côtés du Général de Gaulle en 1945, et aussi son retrait, quand il cessa d'être d'accord. Elle explique la politique de décolonisation dont il prit le risque d'être le promoteur, dont il devint le symbole sous les haines accumulées. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, à conquérir indépendance et dignité lui semblait être une conquête inéluctable de la démocratie - que la France devait assumer pour rester fidèle à elle-même. Sa passion de la République explique encore qu'il fut jusqu'à son dernier jour, jusqu'à l'extrême limite de ses forces, engagé, solidaire sans défaillance, jugeant certes, mais entendant que son rôle, dans sa retraite, restât celui d'un citoyen et d'un serviteur du pays.

 

 


- On n'achète pas la confiance du peuple. On la gagne. Et pour cela il faut convaincre. La République commence avec la volonté de convaincre. Brûlante mais méthodique, cette volonté animait Pierre Mendès France, qu'il s'adressât au plus humble, au plus ignorant de ses électeurs ou au plus grand des plus grands de ce monde, à son ami le plus intime dans une conversation la plus personnelle ou à l'assemblée la plus anonyme et même la plus hostile. Être Républicain, c'était croire, selon lui, que tout homme, peut être juge du bien commun.

 


- Comme tous les grands inspirateurs, Pierre Mendès France disait des choses simples. Rien n'est plus fort que le langage qui rend à chacun le droit de comprendre. Ainsi ont grandi les mythes, les religions et les philosophies. Ainsi se sont formés les mots pour lesquels des hommes ont voulu se battre ou mourir.

 


- Il répétait : "La République est un contrat" et il appliquait cette maxime à toute chose. L'acte lucide que passent des citoyens libres avec ceux qui seront là pour les représenter. Ni Montesquieu, ni Rousseau n'avaient dit autre chose, ni tous les fondateurs de toutes les Républiques. Mendès France, malgré les échecs, les reculs et la montée des barbaries, avait tout simplement continué d'y croire. Le problème pour lui n'était pas tant de renforcer le gouvernement que de respecter ceux qui le désignaient, de renverser la charge de la preuve en redonnant au citoyen la mission d'être en première ligne : parce que c'était à lui qu'il revenait, en fin de compte, de décider.

 


- Oui, dans la lignée de Gambetta, Jaurès et Léon Blum, bien qu'autrement, il incarne, à mes yeux, le combat de la République. Il en avait la plus haute idée. Il lui en a donné la plus belle expression et c'est pourquoi son souvenir qui nous rassemble ici n'est pas près de nous quitter.

 


Ecoutons-le décrire le devoir de l'élu à l'égard de ses électeurs, du responsable politique à l'égard des citoyens comme il le fit dans son livre "La vérité guidait leurs pas" :

 


- "Il devra les avertir d'une erreur, résister aux entraînements des intérêts particuliers, montrer les exigences de l'intérêt général, faire face à des mouvements nés de la passion ou d'une information incomplète ou falsifiée, s'ils menacent ou compromettent les buts essentiels pour lesquels il a été choisi. Il lui faudra pour cela du caractère, du courage. C'est justement ce qui confère à la mission politique son utilité vraie et sa vraie dignité".

 


- Ce qui nous apparaît comme un autoportrait, les jeunes générations le perçoivent ressemblant. De là qu'en lui se réconcilient jeunesse et politique.

 


- A cet égard j'ai toujours trouvé remarquable qu'il n'entrât dans son discours à la jeunesse aucune forme de démagogie. Nulle trace dans ses propos de cette stratégie illusoire qui consiste pour certains, quand ils parlent aux jeunes, à triompher de leur propre vieillesse, en croyant mettre ainsi l'avenir dans leur jeu. Tout au contraire, lorsqu'en décembre 1955, il s'adresse à la jeunesse, c'est pour lui dire, sans détour, qu'elle a autant de responsabilités que de droits. Au reste, la jeunesse est l'âge le moins crédule. Et Mendès France le savait. "A l'écoute" de la jeunesse, comme il le fut en mai 1968, ce n'était pas pour lui aller nécessairement dans son sens, mais comprendre, pour accompagner ou infléchir un monde en mouvement. Dans un autre message, il affirmera qu'il est impossible d'être jeune et de dire "A quoi bon ". Mais, changeant d'interlocuteurs, c'est aux hommes politiques, aux éducateurs, aux hommes de responsabilités, qu'il lancera cet avertissement : aucune mesure n'est saine si elle n'intègre au moment où elle est conçue, formulée et enfin appliquée, son incidence et ses retombées chez les jeunes.

 


- C'est ainsi qu'il a inspiré, suscité, favorisé l'éclosion d'idées, de réformes, de projets que le gouvernement de la France met aujourd'hui en oeuvre. On en retrouve les sillons dans les travaux des colloques de Caen, de Grenoble, dans les études des Cahiers de la République, dans les comptes-rendus de séminaires discrets, où il déployait le meilleur de son caractère et de son imagination. Témoignage qui reste vrai pour ceux qui, parmi nous, seraient tentés de concevoir ou de réaliser en ne pensant qu'à l'urgence ou bien au provisoire.

 


Un autre domaine où Pierre Mendès France s'est montré visionnaire a été celui du tiers monde. Il a vite dépassé sur ce sujet le sermon ou le prêche et n'a jamais évoqué ce problème en termes de charité. Il a simplement observé que sur cette planète les pauvres restaient pauvres et qu'ils étaient de plus en plus nombreux et que les riches qui indéfiniment croyaient pouvoir le demeurer, en assurant leur domination, préparaient leur propre ruine. Et lui, qui a si souvent proclamé notre dette, la dette de l'Europe et de l'Occident, à l'égard des Etats-Unis d'Amérique qu'il aimait - comme je les aime - il devait être le premier à dénoncer ce qu'on nomme par dérision ou bien par antiphrase "l'ordre monétaire international" et la suprématie du dollar, source de tant de troubles et de dommages dont les pays pauvres sont toujours les premières victimes. Encore une fois, le tiers monde pour lui, comme pour nous tous, c'était insupportable. Mais c'était aussi une injure contre cette raison humaine qu'il plaçait avant tout. "L'homme ne peut pas construire de ses propres mains la fin de l'homme" répétait-il en parlant de la course aux armements mais aussi et surtout en évoquant l'insupportable irrationnalité des -rapports entre l'Occident et le tiers monde. On connait ses propositions pour l'indispensable système monétaire nouveau, sur la garantie des cours des matières premières, sur le développement propre à l'identité de chacun.


Bien des actes du gouvernement Mendès France sont encore sous le coup de la délibération de l'histoire.

 


- Si le débat et sa conclusion et sur la ratification ou plutôt le refus de ratification du traité de la Communauté européenne de défense est aujourd'hui tranché, il a laissé longtemps un goût amer à nombre de démocrates sincères, européens engagés et sans doute trop pressés par leur idéal d'imaginer l'Europe autrement qu'elle n'était. Contrairement à son tempérament, Pierre Mendès France s'abstînt dans le vote final, et avec lui ses ministres. Mais il s'empressa aussitôt de tracer un nouveau chemin où nous sommes encore, et où nous avons pour l'amitié franco - allemande continué d'avancer. C'est à l'Hôtel Matignon, en son temps, que j'ai pour la première fois rencontré un chancelier allemand : il avait en ces domaines comme en tout autre, les réflexes d'un patriote de vieille et grande tradition.

 


- Il aimait les Etats-Unis, je l'ai dit, même s'il leur parlait haut, refusait d'appeler "impérialisme" la logique d'une hégémonie à propos de laquelle il annonçait à nos alliés d'outre-Atlantique qu'elle les entraînerait, s'ils n'y prenaient garde, à connaître de cruels retours.

 


- De l'Union soviétique, il savait qu'elle rassemblait un grand peuple, notre ami, au travers d'une longue histoire. S'il n'admettait pas son régime intérieur, il ne faisait pas entrer cette donnée en ligne de compte quand il s'agissait de veiller aux équilibres nécessaires entre les nations de la terre.

 


Mais ce qu'on appelle le patriotisme, mesdames et messieurs, c'est-à-dire considérer la patrie comme une valeur fondamentale, n'était pas pour Pierre Mendès France un concept abstrait, un idéal incertain. Et il le prouve. Dès que la guerre est déclarée en 1939 il ne se pose pas de questions : il doit se battre. Sa place est au front. On lui fait observer que, parlementaire, il peut obtenir une affectation spéciale : il s'engage dans l'aviation. Comme on annonce une guerre de positions à partir des lignes Maginot et Siegfried et que l'on prévoit que les engagements se feront attendre, il demande son envoi immédiat dans l'armée du Levant censée procéder à une opération d'encerclement de l'ennemi par les Balkans.

 


- Promu lieutenant il harcèle le commandement pour obtenir de nouvelles missions. La débâcle le retrouve en France. Il tente de rejoindre son escadrille au Maroc et s'embarque sur le Massilia. Arrêté, jugé pour désertion, il est condamné le 9 mai 1941 à sept ans de prison. A la barre les témoins défilent : ce sont ses supérieurs. Tous font son éloge. Ils ne se contentent pas de laver l'accusé du soupçon, de juger scandaleuse l'accusation, ils confirment qu'ils ont rarement vu un officier français aussi calmement et opiniâtrement décidé à se battre. Incarcéré, il multiplie les tentatives d'évasion. Avant la dernière, celle qu'il réussira, il écrit aux autorités du moment la lettre que voici :

 


- "Il est certes interdit de se faire justice à soi-même, mais à condition de trouver et de défendre son honneur (...) je ne peux laisser affirmer mon déshonneur sans user du seul moyen de protection qu'il me reste, le plus solennel, le plus éclatant : je reprends une liberté à laquelle je n'ai jamais cessé d'avoir droit (...) cependant si la France faisait quelque jour de nouveau appel à ses enfants je solliciterais alors l'autorisation de servir à l'endroit le plus exposé comme je l'ai déjà fait en 1939-40".

 


- Et, lorsqu'il finira après maintes aventures, par rejoindre le Général de Gaulle à Londres et que le chef de la France libre l'interrogera sur ses vœux, Mendès France répondra simplement : "Je suis dans l'aviation, je veux rejoindre mon arme dans une unité combattante". Ce qu'il fit.

 


Il faudrait être bien inattentif pour croire que l'action de Pierre Mendès France fut limitée aux quelques sept mois et dix-sept jours passés de juin 1954 à février 1955 à la tête du gouvernement de la République. Un été, un automne, quelques jours. L'histoire ne fait pas ces comptes-là. Léon Blum, pour un an. Gambetta et Jaurès, pour si peu, pour jamais, pour toujours.

 


- Cet homme qui fut brièvement mais pleinement homme de gouvernement avait pour le Parlement un respect qui ne fut pas, il faut le dire, payé de retour. Les témoins se souviennent de la clameur qui couvrit ses propos en ce jour du 5 février 1955, alors qu'abattu par une coalition d'intérêts contraires - et sans doute s'était-il refusé à compter tous les suffrages qu'il eût pu réunir -, il tentait, contre les usages, d'exposer les sentiments qui étaient les siens et l'ampleur de la tâche qui attendait son successeur. J'ai vécu avec lui ce moment et j'entends encore son cri :

 


- "le devoir interdit tout abandon".
- Tout Mendès France était dans ce double aveu : la peine qu'il ressentait à se voir privé du moyen de poursuivre la politique qu'il croyait bonne pour le pays, la conviction qu'une politique juste serait tôt ou tard reprise par d'autres, après lui.

 


- J'ai gardé jusqu'ici pour moi le récit de cette scène que nous avons été quelques-uns à partager. Dans le bureau du chef du gouvernement au Palais Bourbon, Pierre Mendès France, le visage dans les mains, refermé sur lui-même, puis nous regardant, creusé de chagrin et laissant échapper cette plainte à mi-voix : "J'ai fait ce que j'ai pu. Que deviendra la République" ?

 


- Les objectifs, la méthode et cette morale aussi se confondaient pour Pierre Mendès France avec l'idée même qu'il se faisait de ses choix. Car s'il était attentif à comprendre les opinions contraires, il appartenait, je cite, "au camp de ceux qui éprouvent la soif humaniste et socialiste de plus en plus largement partagée et qui demeure la meilleure promesse pour demain". Et il ajoutait : "Je suis de ceux qu'animent à chaque instant la volonté et la passion de prendre une part, fut-elle modeste, à une grande œuvre qui ne sera jamais achevée et qui est d'autant plus urgente".

 


- Quant à la primauté qu'il donnait à la justice sociale dans le respect des lois de l'économie, ah ! cette conscience dure qu'il avait de considérer la réalité en face, cela restera la loi de notre société, celle du moins qu'ont voulue, que veulent bâtir la majorité des Français.

 


Depuis quelques années son rôle politique paraissait effacé. Il appartenait à l'histoire, pensait-on. Des générations aux fidélités entremêlées se réclamaient de son héritage. Et pourtant son influence restait vive, présente, et on le voit aujourd'hui, immense, dissuasion permanente d'une conscience démocratique.
- Je n'en prendrai pour exemple que ce dernier appel pour le retour à la paix, dans le Proche-Orient. Il avait depuis longtemps attaché sa réflexion à ce problème. Mais il se désolait que la guerre fratricide continuât. Il offrait ses conseils, lui si discret. Il voulait la paix entre ces peuples qu'il aimait. Et lui, Français juif, sentait plus que d'autres, mieux que d'autres la nécessité de l'histoire. Il avait la conscience d'être ce qu'il était, Français toujours placé au premier rang des combats pour la France et fidèle, en tout fidèle, à ce qui l'avait fait.

 


- "...La vie use et rejette les hommes et semble ne réserver qu'à quelques-uns un sort privilégié".

 


- "Pour ceux-là, la vieillesse n'est pas l'étape qui achemine à l'effacement, (...) plutôt la transition qui les conduit à la place où l'histoire les accueillera".

 


- "La mort elle-même (...) respecte ces existences dont l'image s'épure selon le dessin que le futur en retiendra" et "Leur exemple servira de modèle ou en tout cas de précédent £ parce que leur comportement a façonné des usages et jusqu'à des institutions £ parce que (ce comportement) continuera de peser dans l'opinion en faveur des causes qu'ils ont servies £ parce que d'autres prolongeront la même lutte en ne cessant pas de s'appuyer sur eux".

 


- Ces mots sont de Pierre Mendès France et il les appliquait à Zola, Jules Ferry, Jaurès, Blum, Churchill, de Gaulle. Qui n'aurait aimé les écrire pour Mendés France lui-même ?


- On ne peut, mesdames et messieurs, contenir son message en quelques traits simplifiés. Cet homme de volonté et de rigueur était surtout un homme généreux. Les hommes, pour lui, étaient différents. Il fallait tenir compte de leurs différences. Mais tous avaient le même besoin : s'émanciper, devenir ou bien rester libres. Comment les inspirer, comment les équiper, pour en faire les créateurs qu'ils peuvent être, comment reconnaître le génie de chacun ? Certes, Pierre Mendès France comme Lincoln, comme Jaurès, est mort sans avoir terminé sa tâche. A moins que sa tâche n'eut été précisément celle-là ! "Tout est création", disait Jaurès, "tous est création de l'homme, même le pain, même le vin".

 


- Je cherche les derniers mots pour dire ce que je ressens en cet instant. Devant vous et devant la France, je cherche à définir ce que fut Pierre Mendès France. Et je ne trouve pas d'autre définition que celle-ci :

 


- "Pierre Mendès France, l'éveilleur des consciences".


- A sa femme, je dis : "il fut votre tendresse et votre vie. A ses enfants, je dis : "il fut votre conseil, votre ami le plus proche". Aux siens, à tous les siens, je dis : "il fut votre compagnon, votre guide. Je suis l'un d'entre vous".

 


- Aux Français, à tous les Français, je dis : "il fut une part de notre honneur, il fut une part de notre histoire : le temps s'en souviendra".

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22 octobre 2022 6 22 /10 /octobre /2022 06:00

J’aime beaucoup ce texte extrait du livre d’Eva Bettan « Le Goût de nos mères », elle y parle de la sienne.

 

 

Entre 1981 et 83 j’ai bossé aux côtés de Frédéric sous les ors de l’hôtel de Lassay, Eva, son épouse, venait dans nos conversations en fin de semaine...

 

Quant à Georgette Café c’est à la fois un clin d’œil et un pied-de-nez !

 

Ce faisant je fais une pierre deux coups :primo je satisfais PAX qui veut flemmarder le samedi, et secundo je lui rappelle qu’il n’a pas transcrit les recettes de Marie-Louise, son cordon bleu préféré, depuis un bail depuis le coup d’essai réussi.

 

 

 

 

 

Biographie

 

Journaliste de formation, Eva Bettan est spécialisée dans le cinéma et la littérature. Elle commence sa carrière en 1979 comme journaliste au sein de la rédaction de l'information de TF1 jusqu'en 1992.

 

Elle rejoint France Inter au début des années 1980, station de radio où elle fait toute sa carrière de journaliste. Elle y réalise depuis 1983 des reportages culturels dans les différents journaux d'information de la chaine. Critique de cinéma, elle anime plusieurs émissions spéciales lors des festivals du 7e art. Elle propose également des chroniques cinéma tant dans la matinale du week-end (Chronique Cinéma, Le cinéma d'Eva) qu'en semaine (Côté culture dans la matinale de Patricia Martin, rubrique culturelle en 1996-1999).

 

En 2004, Eva Bettan collabore au Journal de la culture animée par Florence Dauchez sur la chaîne franco-allemande Arte.

 

Entre 2006 et 2010, elle coanime avec Vincent Josse l'émission culturelle Esprit culturel. Entre 2010 et 2014, elle est chroniqueuse cinéma dans l'émission de radio Comme on nous parle, puis dans l'émission Alive durant la saison 2014-2015, toutes deux animées par Pascale Clark.

 

Depuis 2015, elle anime la chronique Le cinéma en VO dans Un jour dans le monde et propose une revue d'actualité cinématographique dans Le journal de 13h chaque mercredi9.

 

Eva Bettan organise le prix du Livre Inter depuis 200810.

 

Durant l'été 2021, elle anime la chronique Le goût de nos mères, une prolongation de son livre paru la même année.

 

Vie privée

Eva Bettan est mariée au dirigeant d'entreprise Frédéric Saint-Geours, avec lequel elle a trois enfants

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21 octobre 2022 5 21 /10 /octobre /2022 06:00

La viscose de Gillet : TASE - Sandrillon in Lyon

Vous y découvrirez la condition ouvrière des années 30, dans les usines Gillet filant la viscose, la soie naturelle...

 

L'usine TASE fut construite en 1924 par le groupe Gillet dans le but de produire de la viscose, l'autre nom de la soie artificielle. En un an, une gigantesque usine capable d'accueillir plus de 3000 ouvriers et une cité ouvrière de 97 pavillons sortent de terre dans le secteur de Vaulx la Cote. C'est le début d'une grande aventure textile vaudaise qui durera jusqu'en 1975, date de la fermeture de l'usine TASE.

La suite ICI 

 

 

 

Lisez « Et ils dansaient le dimanche » de Paola Pigani plutôt qu’Annie Ernaux !

« Et ils dansaient le dimanche est un très grand roman historique et social, montrant une fois de plus l'extrême attention de l'auteure aux simples « choses de la vie » humaine, sa manière bien à elle de révéler dans le quotidien la violence ou la beauté.

 

En 1929, Szonja, une jeune paysanne hongroise, quitte son pays avec sa cousine Marieka, pour gagner Lyon, où les attend une promesse d'embauche dans une usine de fabrication de viscose, cette soie artificielle qui connaît alors un bel essor. Au cours même du long voyage ferroviaire, pourtant, le rêve d'émancipation commence déjà à s'effriter, et la découverte de leur nouvel environnement industriel à l'arrivée ne fera qu'empirer le désenchantement. Szonja est obligée de se loger dans une triste pension tenue par des sœurs, de partager avec les autres ouvrières les maigres repas au réfectoire, de subir à l'usine cadences infernales et mauvais traitements, victime des brimades et des inégalités entre hommes et femmes, abimant ses mains dans des produits toxiques, sa tête et ses poumons dans un brouillard de fumées nocives. Et pourtant, avec ses collègues immigrés d'Europe centrale et d'Italie, elle découvre aussi la camaraderie et la solidarité, la joie des conversations, de la fête dominicale, et des danses au bord de la Rize.

 

Quand surgit la grande Crise, conséquence du crash économique de 1929, entraînant le chômage et l'hostilité à l'égard des étrangers, cette fraternité des ouvriers, dans la colère et la lutte, leur permettra de résister jusqu'au Front Populaire et ses promesses de jours meilleurs… Dans un récit engagé, trouvant toujours les mots justes pour dire les tourments du corps comme les sentiments, traduisant avec la même poésie la douleur et l'amour, Paola Pigani nous entraîne, comme ses héros, dans la plus belle des valses littéraires… Laissez-vous emporter par sa musique, comme par le souffle de l'accordéon du « petit bal perdu » !

 

CRITIQUES ICI 

 

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20 octobre 2022 4 20 /10 /octobre /2022 06:00

 

Total par ci, Total par-là, ses superprofits, la rémunération de Pouyanné, les salaires dans les raffineries, les piquets de grève de la CGT, les queues à la pompe, la France des autos au bord de la crise de nerfs.

Même que le sénateur à vie Mélenchon pense qu’après sa longue marche à Paris cette France est au bord de la Révolution.

« Le 5 et le 6 octobre 1789 les femmes marchent sur Versailles contre la vie chère. Elles ramènent le roi la reine et le dauphin de force à Paris sous contrôle populaire. Faites mieux le 16 octobre »

 

Paul Chopelin, maître de conférences en histoire moderne, a vu dans le tweet du tribun des « parallèles absurdes ». D'autre part, Jean-Luc Mélenchon semble commettre une seconde approximation dans son tweet. Il évoque en effet la "capture" de Louis XVI quand il apparaît, toujours selon l'encyclopédie Universalis, que le Roi s'est en réalité rendu de lui-même à la capitale, afin d'"apaiser la fureur des manifestants".

 

Pour faire bon poids, notre Robespierre non poudré convoqua aussi Le Front Populaire...

 

Plus c’est gros plus ça passe : enflure !

 

Suite à la levée en masse : entre 30 000 et 140 000 piétons venus à pied, à cheval et en autocars, le petit Boyard, député insoumis au QI riquiqui, sent poindre un nouveau Mai 68

 

Normal, quand y’a plus d’essence ça sent la répétition du fameux mois de mai jeté aux orties par le déferlement gaulliste sur les Champs Elysées. Faudra prendre de la graine petit Jean-Luc adorateur de Tonton.

 

Bref, votre serviteur, ce matin, va rafraîchir la mémoire du petit monde des profs de l’EN qui aiment tant battre le pavé de Paris.

 

Et si on rappelait l’histoire d’Elf-Aquitaine !

 

Elf Aquitaine était une société française d'extraction pétrolière.

D'abord publique, l'entreprise est privatisée en 1994 pour 33 milliards de francs. Alors qu'elle s'apprête à faire une offre publique d'achat (OPA) sur Total, Elf subit les contrecoups boursiers produits par l'enquête de la juge d'instruction Eva Joly. À la suite d'interminables démêlés politico-judiciaires, Elf est absorbé par le groupe Total pour former TotalFinaElf.

La campagne des “ronds rouges”, pionnière du “teasing”.

Un « Etat dans l’Etat », l’histoire du

 

groupe Elf-Aquitaine

par Frédéric Langer 

 

 

LES « émirs », ce sont ces potentats pétroliers qui, en prévision de l’épuisement futur de la source de leur soudaine richesse, placent leur argent en lieu sûr — c’est-à-dire surtout aux Etats-Unis.

 

Pour Pierre Péan et Jean-Pierre Séréni, qui consacrent un livre à l’histoire de la constitution du groupe français Elf, les « émirs de la République », ce sont ces hauts fonctionnaires-hommes d’affaires, ingénieurs des Mines et autres aristocrates de l’administration française qui, après avoir édifié avec l’argent des contribuables une vraie petite multinationale française du pétrole, en emploient aujourd’hui les bénéfices à investir aux Etats-Unis en se diversifiant.

 

L’achat récent par Elf-Aquitaine de la société Texas Gulf, pour laquelle le pétrole n’est qu’une activité marginale, correspond bien à cette image. Mais le parallèle s’arrête là. P. Péan et J.-P. Séréni ne laissent pas entendre que le flux de revenus d’Elf (au quatrième rang mondial des firmes non américaines pour la rentabilité) soit menacé de tarissement. De plus, alors que, pour un véritable émirat, un « après-pétrole » mal préparé, c’est le retour au sous-développement, une moindre richesse d’Elf-Aquitaine ou même sa disparition n’ébranleraient pas la société française.

 

Et c’est bien là qu’est le problème, comme le font sentir les auteurs malgré une tendance à céder parfois à des simplifications séduisantes. « Excroissance de l’Etat, chargée d’exécuter dans le secteur des hydrocarbures la politique gouvernementale », Elf-Aquitaine a réussi à influencer très largement cette politique dans le sens d’objectifs lui permettant de croître et de s’établir comme une véritable puissance économique et financière, voire un « Etat dans l’Etat ».

 

L’histoire des efforts de ceux qui voulurent après la seconde guerre mondiale permettre à la France de disposer de « pétrole français » de bout en bout, à partir de gisements prospectés et exploités dans les territoires de l’Empire, jusqu’au raffinage et à la distribution en métropole, présente les caractéristiques que l’on retrouve fréquemment dès qu’il s’agit de pétrole. Les trouvailles miraculeuses (Hassi-Messaoud) y alternent avec les épreuves de force à caractère impérialiste, peu glorieuses, (mise à genoux du Congo-Brazzaville), les catastrophes (Feyzin), les luttes à couteaux tirés avec les « majors », l’interpénétration des influences privées et politiques.

 

MAIS, après tout, on peut se demander si le jeu valait la chandelle. L’automobiliste français n’a pas payé son « super » moins cher que son voisin allemand, ravitaillé uniquement par les compagnies pétrolières internationales.

 

Le « contrat du siècle » avec l’Arabie Saoudite, qui, en 1974, mobilisait le gouvernement français sur le thème du « cavalier seul » dénoncé par M. Kissinger, a fait long feu. Et la C.F.P., dont l’Etat est actionnaire, fournit elle aussi du « pétrole français ».

 

Même si ces considérations peuvent paraître mesquines face à une entreprise qui « s’est toujours enveloppée du drapeau tricolore », le moment est opportun de les rappeler : comme le concluent justement les auteurs, « l’expérience d’Elf et de quelques autres entreprises publiques (...) est là pour témoigner qu’il ne suffit pas que l’Etat soit le propriétaire pour qu’il reste en permanence le maître ».

 

Notes :

 

Pierre Péan et Jean-Pierre Séréni : Les Émirs de la République — l’aventure du pétrole tricolore, Le Seuil, Paris, 1982, 224 pages.

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L'affaire Elf en résumé

 

Voici ce qu`il faut savoir de l'affaire Elf :

 

- Les faits:

 

Une des plus grosses affaires de corruption, une affaire politico-financière qui a éclaté en 1994, suite à une enquête de l'ancêtre de l`Autorité des marchés financiers actuelle (AMF), sur le financement de l'entreprise textile Bidermann, par le groupe pétrolier, entre 1989 et 1993.

 

L'entreprise pétrolière française publique Elf fut dévalisée de plus de 305 millions d`euros par ses cadres dirigeants, surtout durant le second septennat du Président socialiste François Mitterrand (1988-1995).

 

Aujourd'hui privatisée sous le nom de Total, la société pétrolière a abrité un vaste système de corruption permettant non seulement l'enrichissement de ses cadres principaux, mais aussi la rémunération de dirigeants africains. La Cour de cassation a clos ce volet de l`affaire mercredi 31 janvier 2007.

 

Celui qui s`ouvre jeudi 8 mars concerne les "emplois fictifs" d'Elf, qui auraient permis à un panel de personnalités et de dirigeants de toucher un total de 2 millions d'euros.

 

Parmi les autres volets connus de l`affaire se trouvent celui dit "Dumas", ou encore "Bidermann".

 

 

- Les révélations de Loïk Le Floch-Prigent, lors d`un entretien au Figaro et Aujourd`hui en France en 2001, révèle tout un système mis en place en 1967, dès la naissance d'Elf:

 

"En créant Elf à côté de Total, les gaullistes voulaient un véritable bras séculier d'État, en particulier en Afrique (...). Une sorte d'officine de renseignements dans les pays pétroliers. Sous la présidence de François Mitterrand, le système est resté managé par André Tarallo (P-DG d'Elf Gabon), en liaison avec les milieux gaullistes (...). Les deux têtes de pont étaient Jacques Chirac et Charles Pasqua (...). L'argent du pétrole est là, il y en a pour tout le monde. (...)

 

Un grand nombre de personnes au sein de l'État étaient parfaitement au courant des sommes en jeu et des dangers de cette procédure. Tous les présidents de la République, tous les secrétaires généraux étaient informés des montants et des pays destinataires. Les ministres des Finances étaient également au courant des détails les plus importants. Au final, pour chaque opération, une quarantaine de personnes savaient tout, et en temps réel (...). Sur ce sujet, pas un homme politique, pas un, ne peut jouer les Saint-Just. Ça suffit. (...)

 

L'affaire Elf ne porte pas sur les années 1989-1993 mais sur la période 1973-2001. On ne peut réellement le comprendre qu'à la lumière des relations complexes entre la société pétrolière, le pouvoir politique en place et les différents États concernés. " Complexité réelle, mais dont la finalité est simple en ce qui concerne le continent africain : Elf fut et reste une pièce essentielle du dispositif néo-colonial mis en place par Paris, quelques années après les indépendances, afin de maintenir sa tutelle économique et politique sur les pays de son ancien pré carré formellement émancipés. Les "soleils des indépendances", pour reprendre le titre de l'écrivain africain Ahmadou Kourouma, étaient par avance brouillés."

 

 

 

- Les dates clefs:

 

- 1981: François Mitterrand reprend partiellement le contrôle d'Elf, qui obéit désormais à la fois à l`Elysée et au RPR (parti gaulliste). L'entreprise étend son influence dans toute l`Afrique francophone et même parfois anglophone, comme au Nigeria.

 

-1990: l`EAI est installée à Genève et dirigée par Alfred Sirven.

 

- 1994: début de l`instruction sur les détournements de fonds par les juges Eva Joly, Laurence Vichnievsky et Renaud van Ruymbeke.

 

- 1997: deux lettres anonymes mettent sur la piste les juges Eva Joly et Laurence Vichnievsky qui ordonneront une perquisition au siège d`Elf Aquitaine. Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères, sera vite impliqué par la découverte d'importants mouvements bancaires et de sa relation avec Christine Deviers-Joncour, lors de la vente des frégates de Taïwan.

 

- 1998: Roland Dumas est convoqué au cabinet des juges d'instruction, puis accusé d`"abus de biens sociaux" et de "complicité d'abus de biens sociaux". Sortie du livre de Christine Deviers-Joncour, "La Putain de la République". Elle y lève le voile sur sa relation avec Roland Dumas, et sur la rémunération qu`elle a perçue d`Elf pour le faire changer d'avis sur la vente des frégates.

 

- 23 janvier 2001: début du procès. Alfred Sirven, un des personnages clefs, a fui aux Philippines.

 

- 30 mai 2001: la chambre du tribunal correctionnel de Paris condamne Roland Dumas à six mois de prison ferme, deux ans avec sursis et 1 million de francs d'amende pour "recel d'abus de biens sociaux". Loïk Le Floch-Prigent est condamné à trois ans et demi d'emprisonnement, et Alfred Sirven quatre ans ferme. Christine Deviers-Joncour est condamnée à trois ans de prison dont dix-huit avec sursis. Tous interjettent appel, sauf Loïk Le Floch-Prigent.

 

- 29 janvier 2003: la cour d`appel acquitte Roland Dumas et réduit les peines des autres condamnés. Loïk Le Floch-Prigent est condamné à trente mois de prison ferme, Alfred Sirven à 3 ans de prison. Christine Deviers-Joncour est condamnée à 30 mois de prison dont 18 ferme.

 

31 janvier 2007: la Cour de cassation rejette les pourvois de dix des onze prévenus, clôturant le volet "corruption" de l`affaire.

 

Que devient Christine Deviers-Joncour, "la Putain de la République" ?

 

- Les principaux protagonistes:

 

 

- Loïk Le Floch-Prigent, P-DG d`Elf de 1989 à 1993, la période durant laquelle l`abus de biens sociaux a été commis (5 ans de prison et 375 000 euros)

 

- Alfred Sirven, ancien directeur des affaires générales, avait lui-aussi été condamné à 5 ans de prison ferme et 1 million d`euros d`amende en première instance. Il est décédé le 12 février 2005 avant que la cour d`appel ne se prononce sur son cas.

 

- Daniel Léandri, ancien conseiller de Charles Pasqua, et policier réputé (10 mois ferme)

 

-Yves Verwaerde, ancien député européen (PR). Fin janvier, la Cour de cassation a cassé la décision d`appel le condamnant à une peine de 18 mois d`emprisonnement dont 10 avec sursis.

 

- Jean-Jacques de Peretti, ex-mari de Christine Devier-Joncours et ancien ministre RPR délégué à l`Outre-mer. Il a été acquitté pour non-lieu en janvier 2006.

 

- André Tarallo, ex-numéro deux dans la hiérarchie et connu sous le nom de `M. Afrique` (7 ans de prison et 2 millions d`euros). Il avait lui-aussi formé un pourvoi en cassation, et s`est finalement désisté. Sa condamnation est donc elle-aussi définitive.

 

- Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l`Economie, acquitté en octobre 2001 pour non-lieu. La juge Eva Joly avait considéré que le délit d`abus de biens sociaux dont il était accusé n`était pas constitué.

 

- André Guelfi, intermédiaire (3 ans dont 18 mois avec sursis)

 

- Dieter Holzer, intermédiaire (15 mois ferme)

 

- Pierre Lethier, intermédiaire ancien officier de la DGSE (15 mois ferme)

 

- Alain Guillon, ancien directeur du raffinage (3 ans et 3 millions d`euros)

 

- Jean-François Pagès, ancien directeur de l`immobilier (3 ans dont deux avec sursis, et 150.000 euros)

 

- Maurice Bidermann, industriel (3 ans dont 2 avec sursis, 1 million d`euros)

 

- Fatima Belaïd, ancienne épouse de Loïk Le Floch-Prigent (3 ans dont deux avec sursis, un million d`euros)

 

Au total, 37 cadres et intermédiaires ont été traduits en justice, 30 déclarés coupables, les chefs d`accusation étant `abus de biens sociaux et crédits`, `abus de pouvoir`, `complicité d`abus de biens sociaux` et `usage de faux documents`.

 

Le 4 Avril 1950, un puits de pétrole à Lacq.

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18 octobre 2022 2 18 /10 /octobre /2022 06:00

 

 

Le lac
Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !
 

 

 

 

 

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La suite ICI

 

Les pêcheurs professionnels s’inquiètent pour leur avenir. Ici Romuald Bouvier, Dylan Cotton, Cédric Giroud et Mickaël Ranson (de gauche à droite) sont déterminés à se faire entendre. Photo Le DL/M.A.

 

Le lac du Bourget, « trop propre » pour les pêcheurs professionnels
Les pêcheurs professionnels du lac du Bourget craignent de disparaître, faute de poissons. Les prises sont de plus en plus petites. Sale temps pour la pêche dans le lac du Bourget. S’il ne reste ici que 10 pêcheurs professionnels (contre 110 en 1929), leur nombre pourrait bien décliner encore, et rapidement. Alors que les prises représentaient plus de 130 tonnes dans les années 1950, elles ne pesaient plus qu’une quinzaine de tonnes en 2020. ICI

Le lac du Bourget est le plus grand lac naturel de France : 4 450 ha, longueur 18 km, largeur entre 1,6 et 3,5 km, avec une profondeur allant jusqu'à 145 m. Le lac accueille une richesse piscicole remarquable avec 33 espèces recensées.

 

POISSONS PRÉSENTS

Omble chevalier (poissons et fruits de mer)

 

 

Perche dans le guide d'achat WWF: Perche de source durable?

 

Lavaret (poisson)

Perche commune, Sandre, Brochet, Carpe, Silure, Omble chevalier, Corégone (lavaret), Petits poissons blancs, Truite lacustre

pechesurlelacdubourget-aixlesbainsrivieradesalpes

PÊCHE AU LAC DU BOURGET ICI
Pêche - Site de pêche - 1ère catégorie
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17 octobre 2022 1 17 /10 /octobre /2022 06:00

 

Jean-François Collin est un garçon sérieux, il publie dans A.O.C.

 

Votre serviteur, lui, ne l’est pas, les vieux dit-on « retournent en enfance ».

 

Le triste spectacle d’une Assemblée Nationale, version cour de récréation, d’un président qui se veut gaullien mais qui n’a pas pris ou qui ne veut pas prendre en compte qu’il ne dispose pour gouverner que d’une majorité relative dans cette assemblée, qui louvoie, qui fait louvoyer ses troupes, dans des « alliances de circonstance », adepte des beaux discours, pas très bon DRH d’un gouvernement pléthorique et amateur, font que j’ai perdu le goût de la chose politique, nouvelle agueusie, et que, n’ayant qu’un seul bulletin de vote à ma disposition, rangé sur le bas-côté, je ne vais pas me cailler le lait pour réfléchir sur les voies et moyens de gouverner mes concitoyens.

 

Bref, que Macron dissolve l’Assemblée m’irait bien au teint, ce serait très gaullien, quitte à ce qu’il démissionne s’il est cette fois-ci désavoué.

 

Un bonne leçon de réalité ne ferait pas de mal à la coalition des y’a qu'a et des faut qu’on…

 

 

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Avec ou sans majorité, Emmanuel Macron ne change pas sa façon de gouverner

 

 

Après les élections législatives, tout devait changer

 

 

Emmanuel Macron et sa Première ministre ont fait mine, après les élections législatives du mois de juin dernier, de prendre acte du message que leur avaient envoyé les Français : ils avaient certes réélu Emmanuel Macron faute d'alternative crédible, ni Marine Le Pen ni Jean-Luc Mélenchon ne leur apparaissant comme telle, mais cette élection ne signifiait pas adhésion à son programme où blanc-seing donné à son action.

 

 

Au mois de juillet, il n’était question que de co-construction, de concertation et de débats.

 

 

Pour manifester sa volonté de changer sa manière de gouverner et de dialoguer avec les Français, Emmanuel Macron inventa une instance consultative de plus, le Conseil national de la refondation, pensant qu'il suffirait d'usurper l'acronyme de son glorieux prédécesseur, le Conseil national de la résistance, pour changer le plomb de la division et du morcellement de la société française en or, le rassemblement des Français autour d’un projet de société partagé.

 

 

Il a, dans le même temps, lancé un grand nombre de concertations nationales, sur les retraites, la santé, l'école, ou l'énergie. à chaque fois, cela donna lieu à de grands discours et à d'innombrables commentaires permettant aux médias écrits ou audiovisuels d'alimenter le « robinet à actualités » et de donner l'impression qu'il se passait quelque chose.

 

 

Mais que se passa-t-il vraiment ?

 

 

En réalité, rien n'a changé.

 

 

Un Conseil national pour rien

 

Le Conseil national de la refondation est mort-né… pour de bonnes raisons.

 

Pour délibérer sur les orientations à donner au pays et adopter les lois, lorsqu'il en faut (et il n'en faut pas toujours), et pour contrôler l'action du gouvernement, il existe une institution élue, le Parlement, même lorsque sa composition ne convient pas au président de la République et au gouvernement qu'il a désigné.

 

Le Conseil national de la refondation n'est qu'une tentative d’affaiblir, encore plus qu’il ne l’est déjà, le Parlement. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si l'idée en a été lancée par Emmanuel Macron entre les deux tours des élections législatives, au moment où celui-ci pouvait déjà prévoir le très mauvais résultat du parti présidentiel.

 

La présidente de l'Assemblée nationale elle-même, pourtant membre du parti présidentiel, a fait part de ses réserves sur cette institution. Les partis d'opposition ont refusé d'y participer, tout comme les syndicats.

 

Il ne s'est trouvé qu'un nombre significatif d'associations pour se rendre à l'invitation du président de la République, ce qui donne à réfléchir sur la place occupée dans la vie politique du pays par ces « organisations de la société civile » dont les propositions sont rarement écoutées par les gouvernements, mais qui n'en participent pas moins avec une grande régularité aux multiples concertations qu’ils organisent, qui sont autant d'occasions pour ces associations de montrer qu'elles existent et qu'elles jouent un rôle dans la société. On peut aussi se demander si leur dépendance aux subventions publiques versées par les différents ministères, sans lesquelles elles disparaîtraient, explique ou non cette attitude « positive ».

 

 

Des décisions prises avant l’achèvement des concertations nationales

 

Les concertations nationales ont-elles été plus constructive que cette opération politicienne ?

 

 

Il faut bien, hélas, faire le même constat négatif.

 

 

Sur quoi peut déboucher une concertation sur les retraites qui se déroule alors que le Président de la République fait savoir qu'il souhaitait inscrire le report de l'âge légal du départ à la retraite et l’allongement de la durée des cotisations, dans un amendement au projet de loi de financement de la sécurité sociale ? Il en résulta un débat interne à la « majorité présidentielle » à l’issue duquel, pour donner satisfaction à François Bayrou, la solution retenue fut celle d'un projet de loi rectificatif portant sur le financement de la sécurité sociale, qui sera présenté au mois de janvier prochain et dont le contenu est déjà connu puisque le président de la République a réaffirmé sa volonté de voir mise en œuvre sa réforme au mois de juillet 2023.

 

Que reste-t-il donc en discussion dans ces conditions ? Il faut dire que cette énième réforme des retraites, personne n’en veut, pas plus le patronat qui ne la demandait pas, que les syndicats des salariés. E Macron n’a donc pas l’intention de perdre trop de temps en discussions pour obtenir au bout du compte, éventuellement, la neutralité de la C.F.D.T.

 

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Et la politique énergétique ?

 

En cette période de flambée des prix de l'énergie et de difficultés d'approvisionnement en pétrole et en gaz, la stratégie énergétique du pays doit être rediscutée et réorientée.

 

Dans ce domaine également, Emmanuel Macron considère qu’il lui revient de prendre les décisions sans attendre que les résultats des différentes concertations engagées ou à venir sur la programmation pluriannuelle de l'énergie, le plan national d'adaptation aux changements climatiques ou le bien-fondé de la construction de réacteurs nucléaires de type EPR 2 à Penly soient connus.

 

La commission nationale du débat public a été chargée de conduire une concertation nationale sur l’opportunité de construire un nouveau réacteur de type EPR 2 à Penly. Elle l’organise en ce moment même et la première réunion nationale devrait avoir lieu à la fin du mois d'octobre. Cela n'a pas empêché le président de la République d'indiquer à plusieurs reprises et dernièrement encore, à l'occasion de l'inauguration d'un parc éolien en mer, puis à la réunion de lancement du Conseil national de la refondation, qu'il avait décidé de développer une stratégie ambitieuse de développement de la production d'électricité d'origine nucléaire en France.

 

On peut discuter du bien-fondé de cette stratégie, mais nous ne le ferons pas dans cet article. Nous nous contenterons de discuter de la méthode par laquelle le gouvernement conduit un simulacre de concertation sur des décisions déjà prises.

 

Alors que le débat public sur l’opportunité de construire un réacteur nucléaire à Penly n'a pas encore véritablement commencé et qu'il devrait se dérouler jusqu'à l'année prochaine, le gouvernement a mis en consultation un avant-projet de loi « visant à accélérer la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires existants ». Il a indiqué qu’il souhaitait adopter le texte définitif au milieu du mois d’octobre de cette année, après son examen par le Conseil national de la transition écologique et le Conseil d’État. Les dispositions prévues sont très importantes puisqu'elles permettraient notamment de déroger au droit de l'urbanisme, à la loi littorale, à la loi montagne, aux lois de protection des espèces protégées et d'alléger les contraintes pesant sur l'autorisation de prolongation de la durée d'activité des réacteurs nucléaire au-delà de 35 ans.

 

Il s’agit d’une remise en cause sans précédent du droit de l’environnement et du principe de « non-régression » qui signifie que les États ne peuvent normalement que renforcer le droit de l’environnement mais ne peuvent pas réduire le niveau de protection des milieux existant. On notera au passage à quel point le fait d’annexer à la constitution la charte de l’environnement n’a en rien amélioré le respect de l’environnement par le pouvoir politique, ce qui devrait faire réfléchir ceux qui demandent une extension permanente du champ des principes constitutionnels.

 

On comprend facilement que ces atteintes au droit de l’environnement ne seraient pas nécessaires si la perspective de ne pas construire de nouveaux réacteurs nucléaires restait ouverte et s’il était possible que nous en restions aux orientations fixées, notamment par la loi de 2015, de plafonner la part du nucléaire à 50% de la production totale d’électricité française et pour cela d'arrêter le fonctionnement d'une douzaine de réacteurs d'ici 2035, ce qui reste encore, à ce jour, le cadre législatif dans lequel nous vivons. Mais on voit que les lois peuvent être considérées comme un témoignage du passé abandonné aux nostalgiques, avant même d’être abrogées. Le secrétaire général adjoint de l’Élysée en 2015, devenu Président de la République considère que la loi de 2015 n’était pas une bonne loi ; il a décidé de relancer la construction de réacteurs nucléaires, comme il l’avait déjà indiqué lors d'une visite de l’usine d’Alstom au Creusot l'année dernière. Et il le fait. Le parlement suivra et modifiera la loi en conséquence.

 

Les raisons de la brutalité de l’exécutif

 

 

Au nom de quoi Emmanuel Macron agit-il de cette façon ?

 

Au nom de la légitimité qu'il considère tenir de sa réélection. Pour lui et pour ses porte-parole qui le répètent à l’envi dans les médias, les Français lui auraient donné, en le réélisant, un mandat pour réformer le régime des retraites qui faisait partie de son programme électoral.

 

 

Le Président de la République indique de cette façon que pour lui le résultat des élections législatives n'a pas une portée comparable à celui de sa propre élection. Les élections législatives n’ont été à ses yeux que l'expression d'un mécontentement sans fondement véritable et ce Parlement, divisé entre une NUPES coupée de ce que pense et ressent la majorité du peuple français et une extrême droite que les Français ne souhaitent pas porter au pouvoir, est certes bien ennuyeux au quotidien, mais ne l’empêchera pas de mettre en oeuvre sa politique et de gouverner comme il l’a fait au cours de son précédent mandat. Les moyens de contraintes dont dispose l'exécutif pour faire passer ses textes et discipliner les partis qui le soutiennent plus ou moins suffiront, jusqu’à ce que le moment opportun de prononcer une dissolution de l’assemblée nationale soit venu.

 

Il est sans doute un autre motif à cette détermination à passer en force, le plus rapidement possible, des « réformes » impopulaires, et toutes le sont puisque le mot réforme est devenu synonyme de régression sociale depuis les années mille neuf cent quatre-vingt.

 

Pensons à la réforme du régime d’indemnisation du chômage qui doit « devenir adaptable à la conjoncture économique » – c’est le motif officiel avancé par le gouvernement. Quand la croissance est plus forte et qu’il est plus facile de trouver un travail, il serait juste, pour le parti Renaissance et le gouvernement, de réduire l’indemnisation du chômage pour inciter les chômeurs à prendre un emploi, puisque, naturellement, dans leur conception du monde les chômeurs le sont par choix. L’ennui, c’est que la croissance ralentit en France et Europe et que les prévisions convergent pour nous dire que la récession sera là en 2023. Le gouvernement l’ignorerait-il ? Je ne le crois pas. Il tient un discours sans rapport avec la réalité pour justifier cette réforme et faire des économies. Nous sommes en présence de l’habituelle « Novlangue » de nos dirigeants.

 

Les économies espérées des « réformes structurelles » qui sont le mantra de la Commission de l’Union européenne, le gouvernement d’Emmanuel Macron les a promises à l’occasion de l’examen périodique de l’état de nos finances publiques conduit à Bruxelles dans le cadre des « semestres européens ». Ces promesses faites à la Commission, notre Président devra les tenir, d’autant plus qu’il ne cesse d’assenner aux Français son credo européen. Il n’a pas manqué de le faire encore récemment en expliquant qu’une taxation nationale des surprofits des entreprises qui profitent de la crise était une mauvaise chose et qu’il fallait une mesure concertée en Europe, mesure que nous allons attendre longtemps. Pendant ce temps-là, beaucoup d’autres pays européens ont mis en place des dispositifs de taxation nationaux de ces superprofits. En France, au contraire, on baisse les impôts sur les entreprises et pour les plus riches.

 

Emmanuel Macron s'était vanté en juillet 2020 d'avoir imposé au reste de l'Europe un programme de sauvetage qui ne coûterait pas un euro aux Français et leur permettrait de sortir plus rapidement de la crise économique provoquée par le COVID. J’avais écrit à l'époque en quoi ces déclarations ne correspondaient pas à la réalité (article publié par AOC le 17 septembre 2020). La France est le deuxième contributeur au budget européen, derrière l’Allemagne avec 26,4 Mds€ de contribution en 2021, soit 20 % des contributions des États membres au budget de l’UE. Elle a reçu au titre du plan de relance européen un premier versement le 19 août 2021 de 5,1 milliards d'euros, puis un second de 7,4 milliards d'euros en mars 2022. Pour chaque versement, elle doit démontrer qu'elle a réalisé suffisamment d'investissements et de réformes figurant dans son « programme national de relance et de résilience » présenté pour bénéficier des contributions du fameux plan de relance européen.

 

Si l’on résume de façon un peu brutale ce qui se passe, la France contribue au budget européen plus qu’elle n’en bénéficie, ce qui n’est pas en soi scandaleux pour autant que chaque État contribue à proportion de ses facultés contributives, ce qui n’est pas le cas en raison des rabais dont bénéficient l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark ou la Suède. Mais en plus, elle doit demander à la Commission européenne l'autorisation de dépenser ce qui lui est attribué et tailler dans son système social pour recevoir moins qu’elle n’a donné. Ce n’est pas une surprise, l’accès au plan de relance a toujours été conçu comme conditionnel et la première des conditions est de mener une politique économique conforme aux recommandations faites par la commission lors de leur examen annuel à Bruxelles.

 

Mais expliquer à Paris que l’on conduit des réformes que l’on s’est engagé à faire à Bruxelles a toujours été un aveu difficile pour nos gouvernements.

 

La conclusion de tout cela ? Majorité relative ou pas, ce n'est toujours pas au Parlement que sont conduites les délibérations sur notre avenir et que se prennent les décisions essentielles.

 

 

Le 7 octobre 2022 - Jean-François Collin

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16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 06:00

Bruno Latour Joel Saget AFP

 
@Joel Saget / AFP
 

J’étais au bon air d’Aix-les-Bains, sans mon ordinateur, et je n’ai pu, dans l’immédiateté si prégnante sur les réseaux sociaux, rendre hommage à ce penseur hétérodoxe.

 

Suis rentré, en train, puisque les pompes à essence de la cité étaient à sec, alors je vous propose celui de Télérama, la gauche bien-pensante, celui de Fr3 Franche-Comté centré sur ses origines beaunoises et enfin celui d’A.O.C la feuille de l’incandescence intellectuelle à la française ?

 

Pourquoi pas moi ?

 

Tout bêtement parce que contrairement aux peuplades qui sévissent sur Twitter je ne me sens pas à la hauteur de cet homme qui n’entrait pas dans les moules figés de nos maitres-penseurs des sciences molles qui l’ont ignoré pendant des décennies.

 

 

Cruelle ironie de l’histoire : c’est au moment où il est susceptible d’être le plus efficace, parce qu’il est à la fois pertinent et écouté, qu’il disparaît. Il s’absente de ce temps même dont il nous rend contemporains mieux que personne. Curieuse situation, tout de même ! Il n’est pas si facile d’être son propre contemporain : on passe au contraire sans effort à côté de ce qu’il y a de plus précis, de plus spécifique dans nos problèmes (et les décennies d’inaction climatique illustrent cela parfaitement). Latour au contraire nous a aidés mieux que personne à redevenir nos propres contemporains. Et voilà donc qu’au moment même où nous nous tournions de plus en plus vers lui pour ne plus perdre ce contact que nous commencions à établir avec nous-mêmes, nous le perdons, lui. Comme si nous ne pouvions décidément habiter qu’un présent déserté, désorienté, désaxé, comme si quelque chose de ce temps refusait obstinément d’être dans un rapport de plus grande rigueur, de plus grande clarté, avec lui-même.

 

Je crois qu’il ne saurait y avoir de meilleure manière de rendre hommage à Bruno Latour, qu’en étant fidèle à son esprit, qui n’était pas de déploration sur notre sort ou de critique du monde tel qu’il va, mais bien de mobilisation collective dans le traitement de problèmes réels, qu’il s’agit de mieux déterminer afin de mieux les prendre en charge, non parce qu’on a quelque devoir abstrait envers ces problèmes, mais parce que la seule vraie joie vient de ce qu’on agit ses problèmes au lieu de les subir. Latour ne voulait pas qu’on chante des louanges de sa personne ou de son œuvre. Il voulait qu’on contribue, en parlant de lui, à traiter le problème qui littéralement le faisait vivre. Si nous sommes en deuil aujourd’hui collectivement, si nous devons ressentir la cruauté singulière de cette mort à contre-temps, c’est qu’elle nous prive d’un des alliés les plus précieux que nous ayons eus ces derniers temps pour faire face au grand défi civilisationnel qui est le nôtre aujourd’hui, et auquel il avait donné un nom précis : faire atterrir la Modernité.

 

Tout ce que puis écrire à son propos c’est que mon ami Louis-Fabrice, fauché dans son bel âge, en était fier, et que nous étions, comme on le disait, au temps des conseils de révision, de la classe d’âge des fameux baby-boomers, jouisseurs et si peu soucieux de l’avenir de nos enfants.

9 mars 2020

 

Dans la famille Latour, je vous propose Bruno Latour « le philosophe français [actuel] le plus célèbre » selon le The New York Times Magazine ICI 

Bruno Latour

Jérôme Bonnet pour Télérama

Bruno Latour

Jérôme Bonnet pour Télérama

L’anthropologue, l’un des plus éminents penseur de notre temps, référence de l’écologie politique, est décédé dans la nuit du 8 au 9 octobre, à 75 ans. ICI

 

Avec “Face à Gaïa” ou “Où-suis-je ?”, il fut un véritable parrain pour une nouvelle génération dont l’écologie est au centre de toute notre modernité.

 

La postérité fera de Bruno Latour l’un des grands philosophes de l’écologie. Elle n’aura pas tort : pas un livre sur le sujet qui ne consacre au moins une note de bas de page à son œuvre. Ses derniers ouvrages – Face à Gaïa, Où atterrir ? Où suis-je ? – sont immédiatement devenus des références, alors que lui-même s’est mis à endosser le rôle de parrain de la nouvelle génération de penseurs de l’écologie : Pierre Charbonnier, Vinciane Despret, Baptiste Morizot, Émilie Hache, Emanuele Coccia ou encore Nastassja Martin. Une telle trajectoire n’avait pourtant rien d’évident il y a un demi-siècle, lorsque l’enfant de la maison Latour, né en 1947 dans cette grande famille bourguignonne de négociants en vins, découvrait l’anthropologie en Côte-d’Ivoire.

 

 

Décolonial avant l’heure, il y signait le deuxième article scientifique de sa carrière, sur les préjugés des cadres européens concernant les Ivoiriens – et leurs déficiences présumées pour occuper des postes dans l’industrie. Son tout premier article éclairait une autre facette de l’homme : consacré au style littéraire de Charles Péguy, il trahissait sa passion pour un écrivain catholique comme lui. Car Bruno Latour était croyant, et s’est toujours intéressé aux questions théologiques. Compagnon du Collège des Bernardins, lieu de débat où il anima des séminaires et des conférences mêlant questions environnementales et foi, il avait accueilli Laudato si’, l’encyclique du pape François sur l’écologie, en 2015, comme une « innovation prophétique » : elle réconcilie enfin « le cri de la terre et des pauvres », s’était-il réjoui. Reste que c’est loin de l’écologie et de la théologie que Bruno Latour s’était fait connaître. Loin de la France aussi : après Abidjan, le jeune anthropologue s’était exilé en Californie dans les années 1970.

 

 

Révolution chez les anthropologues

 

 

De l’autre côté de l’Atlantique, sa carrière prend alors un tournant décisif grâce à une idée fondatrice : l’anthropologie servait jusqu’à présent à étudier les autres peuples ? Lui, va l’appliquer aux Occidentaux, en étudiant les modernes que nous sommes. Et c’est même au cœur de notre modernité qu’il s’attaque d’emblée : son premier livre, La Vie de laboratoire (1979), ausculte la production des faits scientifiques, à travers une enquête de deux ans, dans un laboratoire de neuro-endocrinologie. Dès les années 1980, son travail est connu aux États-Unis. Mais en France, pendant longtemps, il ne passionne pas grand-monde. De 1982 à 2005, Bruno Latour poursuivra donc dans une relative marginalité ses recherches au Centre de sociologie de l’innovation de l’École des Mines. Creusant avec son collègue Michel Callon une nouvelle approche, « la théorie de l’acteur-réseau », qui tente d’insérer dans l’analyse des éléments non humains (comme les objets techniques). Sociologue des sciences et des techniques, Latour s’intéresse alors autant à Louis Pasteur (Les Microbes. Guerre et paix, 1984) qu’à la construction d’un métro automatique au sud de Paris (Aramis ou l’amour des techniques, 1992), ou au Conseil d’État (La Fabrique du droit. Une ethnographie du Conseil d’État, 2002).

 

 

Ces objets d’étude originaux, le chercheur les couronnera d’une pensée globale à partir des années 1990. Et plus particulièrement de 1991, année de parution de Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique, publié à La Découverte, son éditeur de toujours. Dans cet essai, Latour s’en prend au « grand partage », cette séparation entre ce qui relève de la nature et de la société. Admise depuis des siècles, elle bute pourtant sur ce qu’il appelle des « hybrides », comme le trou de la couche d’ozone ou le virus du sida : ces « objets »-là appartiennent à la nature, tout en étant politiques ; ils révèlent les contradictions de notre conception du monde. Si la contestation du « grand partage » est souvent attribuée à son ami et confrère Philippe Descola en 2005 (avec l’un de ses livres majeurs, Par-delà nature et culture), Bruno Latour écrivait déjà quinze ans plus tôt : « Nous sommes les seuls qui fassions une différence absolue entre la nature et la culture, entre la science et la société. »

 

 

Critique de la modernité et pensée écologique

 

De cette critique de la modernité émergera son écologie. Premier livre directement consacré à la question, Politiques de la nature. Comment faire entrer les sciences en démocratie (1999) amorce en effet un tournant : il y formule des propositions pour réintégrer la nature et les sciences dans le champ de la démocratie et du choix collectif. Il faudra toutefois attendre encore pour que Bruno Latour aborde de nouveau l’écologie de front... Entre-temps, il poursuit ses travaux anthropologiques (Enquête sur les modes d’existence, 2012) et rejoint Sciences Po en 2006. Il y monte le « Médialab », laboratoire consacré au rôle du numérique dans nos sociétés, ainsi qu’un programme d’expérimentation des arts politiques (SPEAP).

 

 

L’année 2015 sera celle d’un double aboutissement. D’une part, il organise le « Théâtre des négociations », une simulation des débats de la COP 21 de Paris, avec deux cents de ses étudiants ; et il y fait représenter les intérêts des non-humains, comme les espèces en danger, les océans ou les forêts. Ensuite et surtout, c’est au cours de cette même année qu’est publiée Face à Gaïa, son œuvre maîtresse, dans laquelle il réfléchit aux implications de ce qu’il nomme « le Nouveau Régime climatique ». Autrement dit, l’interaction nouvelle entre l’histoire humaine et celle de la Terre – « la géohistoire », pour reprendre ses termes. Devenu un penseur de l’écologie à la renommée internationale, il avait depuis consacré tous ses écrits à cette question centrale, lui conférant avec le temps une tonalité plus politique : dans Où atterrir ? (2017), il posait un clivage entre « les modernes », dont le mode de vie réclame plusieurs planètes, et « les terrestres », préoccupés par la réduction de leur empreinte écologique. Et dans Où suis-je ? (2021), inspiré par la pandémie de Covid-19, il réfléchissait à notre confinement dans « la zone critique », cette fine pellicule, sur l’écorce terrestre, qui est le seul lieu de l’univers à pouvoir abriter la vie. Nous y sommes confinés à jamais, prévenait un Bruno Latour qui, jusqu’au bout, aura plaidé pour la protéger.

 

Suite au décès de Bruno Latour, Arte rend hommage au philosophe et sociologue avec une série inédite de 11 entretiens menés par le journaliste du Monde Nicolas Truong à retrouver dès à présent sur arte.tv.

Disparition de Bruno Latour : le philosophe était originaire de Beaune

Publié le 09/10/2022

Écrit par François L (avec AFP)

 

Bruno Latour s'est éteint à l'âge de 75 ans dans la nuit du 8 au 9 octobre. Le sociologue, philosophe et anthropologue était une figure majeure du monde des idées et de la pensée écologiste. Issu d'une lignée de négociants en vins (la maison Louis Latour de Beaune), il était reconnu à l'étranger "comme le philosophe français le plus célèbre."

 

Cet intellectuel lu et encensé à l'étranger, notamment dans le monde anglo-saxon, est décédé à Paris à l'âge de 75 ans, a annoncé dimanche 9 octobre son éditeur, Les éditions La Découverte.

 

De nombreuses réactions à sa disparition

 

Le chef de l'Etat Emmanuel Macron a loué dans un tweet "un esprit humaniste et pluriel, reconnu dans le monde entier avant de l'être en France".

 

 

La Première ministre, Elisabeth Borne, a salué les travaux du philosophe, qui "continueront d'éveiller les consciences".

 

 

Du côté des personnalités politiques écologistes, les hommages sont aussi appuyés :

 

"La France, le monde et l'écologie perdent un immense intellectuel. Nous perdons un compagnon d'une extraordinaire humanité, un homme qui, à chaque échange, à chaque lecture, nous rendait plus intelligents, plus vivants !", a écrit sur le même réseau social l'ancien candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot.

 

 

"C'était un homme ferme sur ses opinions mais ouvert à l'autre et j'ai pu l'apprécier dans un dialogue que nous avons eu", a encore loué l'ancienne ministre de l'Écologie Corinne Lepage.

 

"Immense respect et merci, cher Bruno Latour, vous avez tant apporté à l'écologie", a complété la députée Sandrine Rousseau.

Le Centre Pompidou a lui loué "un des philosophes français les plus influents dans le monde".

 

Un intellectuel inclassable

 

Né le 22 juin 1947 à Beaune (Côte-d'Or) dans une famille de négociants en vin de Bourgogne, Bruno Latour, qui a passé une agrégation de philosophie puis s'est formé à l'anthropologie en Côte d'Ivoire, a été l'un des premiers intellectuels à percevoir l'enjeu de la pensée écologiste.

 

Pourtant, c'est d'abord dans le monde anglo-saxon que Bruno Latour est reconnu. Il était "le plus célèbre et le plus incompris des philosophes français", selon le New York Times, dans un article paru en 2018.

 

Récipiendaire du prix Holberg (2013) et du prix de Kyoto (2021) pour l'ensemble de ses travaux, Bruno Latour était un intellectuel inclassable, soucieux de l'enquête de terrain.

 

Ce pilier de Sciences-Po, auteur de plusieurs essais parus en anglais avant d'être publiés en France, s'est longtemps intéressé aux questions de gestion et d'organisation de la recherche et, plus généralement, à la façon dont la société produit des valeurs et des vérités.

 

 

Il est l'auteur (seul ou en collaboration) d'ouvrages qui ne se bornent pas à la pure pensée de la crise climatique. Parmi eux: "La fabrique du droit. Une ethnographie du Conseil d'état", "La Vie de laboratoire", "Nous n'avons jamais été modernes", "Les Microbes. Guerre et paix" (sur Louis Pasteur). Il a aussi été l'initiateur de projets institutionnels visant à décloisonner les sciences, via la fondation du Medialab de Science Po.

 

 

En 2021, lors de la parution de son ouvrage "Où suis-je? - Leçons du confinement à l'usage des terrestres" (La Découverte), son dernier livre, il confiait que les crises du changement climatique et de la pandémie ont brutalement révélé une lutte entre "classes géo-sociales". "Le capitalisme a creusé sa propre tombe. Maintenant il s'agit de réparer".

 

Auteur de deux pièces de théâtre, Bruno Latour a aussi enseigné à l'étranger, notamment en Allemagne et aux États-Unis, où il a été professeur invité à Harvard.

 

Bruno Latour, à Paris, en janvier 2022.

Bruno Latour, à Paris, en janvier 2022. 

mardi 11 octobre 2022

 

HOMMAGE

Bruno Latour : une mort à contretemps, une œuvre pour l’avenir

Par Patrice Maniglier

PHILOSOPHE

Bruno Latour est mort, et cette mort, par la manière dont elle s’inscrit dans l’histoire, paraît à contre-temps tant elle arrive au moment même où ce grand penseur connaissait enfin la consécration qu’il avait méritée, et que son pays en particulier, la France, lui avait longtemps refusée. Elle arrive surtout au moment où nous avions le plus besoin de lui, et où nous en avions pris conscience.

 

Il n’y a jamais de bon moment pour mourir, certes. Mais la mort de Bruno Latour est une des plus inopportunes, des plus intempestives, qui soit, une de celles qui se trouve avec son temps dans le rapport le plus contrarié qu’on puisse imaginer, une mort décidément à contre-temps. .

 

D’abord par la manière dont elle est venue dans sa vie, dans nos vies. Il a beau l’avoir anticipée depuis plusieurs années, y avoir préparé les très nombreuses personnes (dont je faisais partie) pour qui il comptait personnellement – et je n’ai jamais vu quiconque mettre tant de soin et d’attention à adoucir sa propre mort à celles et ceux qu’il laissait –, il avait témoigné ces dernières années d’une capacité si étonnante à la tromper, cette mort, porté qu’il semblait être par une joie si vive de penser, un désir si intense d’infléchir autant qu’il le pouvait le cours du monde, que la mort même semblait reculer étonnée (beaucoup se souviendront de ces conversations, de ces conférences, de ces entretiens, où la joie de travailler un problème commun l’animait au point qu’il semblait oublier la maladie et la douleur, le désir de penser se confondant sous nos yeux bouleversés avec la vitalité même), il avait réussi à faire mentir déjà à tant de reprises les plus sombres pronostics médicaux, que nous avions fini par ne plus y croire qu’à moitié, de sorte que cette mort est arrivée finalement un peu par surprise. Comme, sans doute, il faut que la mort arrive : malgré tout.

 

Mais cette mort paraît surtout à contre-temps par la manière dont elle s’inscrit dans l’histoire tout court, dans l’histoire collective. Car elle arrive au moment même où Latour connaissait enfin la consécration qu’il avait méritée, et que son pays en particulier, la France, lui avait longtemps refusée. Elle arrive surtout au moment où nous avions le plus besoin de lui, et où nous en avions pris conscience. J’ai pu écrire que nous étions entrés désormais dans un « moment latourien », que cet adjectif, « latourien », permettait de dire quelque chose sur la texture spécifique de notre présent, sur la figure spécifique du présent qui est la nôtre, aujourd’hui, maintenant[1].

 

Cruelle ironie de l’histoire : c’est au moment où il est susceptible d’être le plus efficace, parce qu’il est à la fois pertinent et écouté, qu’il disparaît. Il s’absente de ce temps même dont il nous rend contemporains mieux que personne. Curieuse situation, tout de même ! Il n’est pas si facile d’être son propre contemporain : on passe au contraire sans effort à côté de ce qu’il y a de plus précis, de plus spécifique dans nos problèmes (et les décennies d’inaction climatique illustrent cela parfaitement). Latour au contraire nous a aidés mieux que personne à redevenir nos propres contemporains. Et voilà donc qu’au moment même où nous nous tournions de plus en plus vers lui pour ne plus perdre ce contact que nous commencions à établir avec nous-mêmes, nous le perdons, lui. Comme si nous ne pouvions décidément habiter qu’un présent déserté, désorienté, désaxé, comme si quelque chose de ce temps refusait obstinément d’être dans un rapport de plus grande rigueur, de plus grande clarté, avec lui-même.

 

Cela dit peut-être quelque chose de profond et d’essentiel de notre temps : que nous ne pourrions avoir qu’un rapport faux, décalé, bancal avec nous-mêmes. Et à vrai dire Latour n’a jamais cessé de soutenir ce point : la Modernité se caractérise par cette extraordinaire capacité qu’elle a de se donner d’elle-même une image mystifiée. Les Blancs ont la langue fourchue, s’amusait-il à répéter [2]. Et la tâche la plus constante de son œuvre peut bien être résumée par le sous-titre de son dernier grand ouvrage théorique, de son opus magnum : une anthropologie de la modernité[3].

 

Je crois qu’il ne saurait y avoir de meilleure manière de rendre hommage à Bruno Latour, qu’en étant fidèle à son esprit, qui n’était pas de déploration sur notre sort ou de critique du monde tel qu’il va, mais bien de mobilisation collective dans le traitement de problèmes réels, qu’il s’agit de mieux déterminer afin de mieux les prendre en charge, non parce qu’on a quelque devoir abstrait envers ces problèmes, mais parce que la seule vraie joie vient de ce qu’on agit ses problèmes au lieu de les subir. Latour ne voulait pas qu’on chante des louanges de sa personne ou de son œuvre. Il voulait qu’on contribue, en parlant de lui, à traiter le problème qui littéralement le faisait vivre. Si nous sommes en deuil aujourd’hui collectivement, si nous devons ressentir la cruauté singulière de cette mort à contre-temps, c’est qu’elle nous prive d’un des alliés les plus précieux que nous ayons eus ces derniers temps pour faire face au grand défi civilisationnel qui est le nôtre aujourd’hui, et auquel il avait donné un nom précis : faire atterrir la Modernité.

 

C’est une des grandes leçons de ce que les historiens et les historiennes de la pensée appelleront sans doute le « denier Latour » que d’avoir œuvré inlassablement pour nous aider à comprendre l’événement qui constitue notre présent, et dont le bouleversement climatique est une des manifestations les plus spectaculaires, mais non la seule, puisque l’effondrement de la biodiversité, la réduction de la surface terrestre non artificialisée, la pollution aux microplastiques, etc., en font aussi partie. Or le problème est, comme toujours, de bien comprendre le problème. L’urgence du présent est de comprendre quel problème particulier, spécifique, singulier, pose ce présent. Et Latour avait fini par avoir sur ce point un énoncé clair : il s’agit de savoir comment faire revenir dans les limites planétaires un certain mode d’habitation terrestre qui s’est appelé Modernité.

 

Au fond, toute son œuvre aura consisté en ceci : relativiser les Modernes. On pourra douter de la pertinence de ce mot : Modernité. On se souviendra sans doute que de très nombreux et très grands esprits ont tenté de dire quelque chose de clair sur ce point (de Baudelaire à Foucault, en passant par Weber, Durkheim, Heidegger, Arendt, Blumemberg, Habermas, Lyotard, Koselleck, Beck, etc. – pour ne mentionner que les plus explicites) et qu’on ne peut pas dire qu’ils soient arrivés à quelque chose de très convaincant. On peut donc être tenté de laisser tomber le terme pour parler d’autre chose : du capitalisme, du monde industriel, de la colonisation, voire de tel ou tel processus ou événement historique bien identifié… Latour se distingue dans ce concert par la fermeté paradoxale avec laquelle il a tenu finalement sur l’énigme du moderne.

 

 Nous n’avons jamais été modernes voulait dire deux choses à la fois : premièrement, nous (les « modernes) ne sommes pas exceptionnels, radicalement différents de tout ce qui a eu lieu, mais nous sommes néanmoins différents ; deuxièmement, « modernité » est un mot qui empêche de décrire correctement cette différence, cette spécificité, les traits propres de cet événement qui est arrivé d’abord dans certaines sociétés avant de s’étendre, par le biais de la colonisation – puis de la décolonisation ! –, à l’ensemble des terres habitées, puis d’emporter finalement la planète Terre elle-même dans ses propres emportements précipités.

 

Car c’est un fait : on pourra douter tant qu’on voudra de l’existence d’un grand événement venant couper l’histoire en deux, avec d’un côté les « modernes », de l’autre toutes les autres formes d’existence humaine (the West and the rest, comme on dit en général ironiquement en anglais), on sera forcé de reconnaître qu’un grand événement, de nature planétaire, est bien arrivé récemment. Il suffit de regarder les courbes de ce qu’on appelle la Grande Accélération, ou de s’intéresser aux discussions des géologues autour de la datation exacte de la notion d’Anthropocène, pour constater que quelque chose s’est bien passé récemment (entre la fin du xviiie siècle et le milieu du xxe siècle) qui a entraîné une discontinuité radicale dans l’existence non seulement de certaines sociétés humaines, mais de tous les êtres terrestres, humains et non humains.

 

Là encore, le bouleversement climatique en est le symbole désormais le plus clair pour la conscience collective. Mais l’expression même de « sixième extinction » pour caractériser ce qui arrive aujourd’hui à la biodiversité mondiale dit quelque chose de l’espace de comparabilité de cet événement dont nous sommes contemporains : notre présent se distingue des autres d’une manière qui n’est comparable qu’à cinq événements ayant eu lieu sur les 5 milliards d’années d’histoire de la Terre. Certes, on discute de la pertinence du mot de « sixième extinction », mais le fait même qu’on en discute donne déjà une idée du cadre de la discussion : il se mesure en milliards d’années.

 

L’originalité de Latour dans le champ intellectuel contemporain tient à ce qu’il n’a jamais cédé sur la conviction profonde que quelque chose avait bien eu lieu, mais qu’on ne savait pas le décrire. Le mot « modernité » est au fond pour lui plutôt le nom d’une question que d’une réponse. S’il est préférable à d’autres termes (capitalisme, anthropocène, industrialisme, technoscience, etc.), c’est qu’il est plus obscur, plus discutable, plus controversé, et nous oblige de ce fait à ne pas croire trop vite que nous avons compris la question. C’est aussi, comme je l’ai dit, que ce terme a tendance à bloquer de l’intérieur les descriptions correctes qu’on pourrait en donner. Pour une raison simple : « modernité » veut dire « qui s’impose si on veut être contemporain de sa propre histoire ».

 

C’est cette évidence du moderne que Latour n’a jamais cessé d’interroger. Qu’il y ait modernisation, cela est sans doute un fait, encore énigmatique. Mais qu’elle soit nécessaire, qu’elle soit une simple réponse à des besoins intrinsèques du cœur humain ou à des nécessités inévitables du « développement », voilà qui est une propagande, discutable d’un point de vue normatif, mais surtout inacceptable d’un point de vue descriptif, parce qu’elle nous empêche de décrire correctement cet événement en le rapportant à sa contingence. Nous n’avons jamais été modernes veut dire : il n’a jamais été nécessaire que nous le devenions.

 

Tel est le sens de l’expression que j’ai utilisée (bien qu’elle ne se trouve peut-être pas comme telle dans le texte de Latour) : relativiser les modernes. C’est-à-dire : décrire quel choix précis caractérise la modernité, en le contrastant avec d’autres, possibles aussi, consistants dans leur ordre, susceptibles, peut-être, de coexister avec celui-là. C’est ainsi qu’il faut comprendre son travail inaugural sur les sciences. La grande légende sur l’invention des sciences modernes consiste simplement à dire que des gens très intelligents et très libres intellectuellement (comme Galilée ou Newton) auraient trouvé les moyens de décrire la réalité telle qu’elle est sans nous laisser parasiter par nos préjugés ou nos superstitions.

 

Faire une anthropologie des sciences, comme Latour l’a proposé dans son premier livre, avec Steve Woolgar, La vie de laboratoire, publié pour la première fois en anglais en 1979[4], c’est mettre de côté cette légende pour décrire ce que font les scientifiques au travail[5]. Et, surprise, on ne voit pas tant des gens qui tentent de se débarrasser de leurs préjugés pour faire face à la réalité nue, mais au contraire des gens qui dépensent beaucoup d’ingéniosité et d’énergie à produire des réalités d’un genre très spécifique, très particulier : des objets et des faits scientifiques. La formule moléculaire de l’hormone que cherchait à identifier le professeur Guillemin dans le laboratoire où Latour a fait son premier terrain d’ethnographie des modernes est une entité d’un genre tout à fait différent des esprits d’abeilles qui est « instauré » par les pratiques du shaman amazonien Davi Kopenawa[6]. Il n’est pas plus réel, mais autrement réel. Cette différence lui donne certainement une prise sur le monde que nulle autre ne peut donner, lui permet éventuellement de faire alliance avec plus d’intérêts de toutes sortes et donc d’acquérir puissance et autorité, mais pas avec tous les intérêts cependant, et donc au prix d’un choix, d’une sélection, parfois, souvent même, d’une destruction : toute la question de Latour aura été, jusqu’à la fin de sa vie je crois, de savoir si on pouvait faire coexister ces réalités différentes. Et au-delà de cette question de savoir si cette pluralité de réalités ne permettait pas d’avoir un rapport plus juste à la réalité en général, en renonçant à croire qu’elle puisse être autre chose que la matrice de cette pluralité. C’est là l’horizon proprement métaphysique de son œuvre, au sens où elle répond à une bien vieille question philosophique : en quoi consiste donc être[7]?

 

Le grand malentendu sur l’expression « relativiser » consiste à croire qu’en relativisant quelque chose on cherche à lui enlever une partie de sa dignité, alors qu’on cherche simplement à le décrire plus précisément, à spécifier avec plus de rigueur précisément cette dignité même, en la caractérisant par contraste avec d’autres manières alternatives de faire. C’est par amour des sciences et d’une certaine manière par amour des modernes que Latour a cherché à les relativiser : montrer ce qui en elles étaient si singulier, si original, si irremplaçable, sans qu’il soit nécessaire pour cela de penser que tous les savoirs devraient devenir scientifiques ou que toutes les formes de vie devaient devenir « modernes ».

 

Il ne faut pas oublier que Latour a forgé ce projet intellectuel d’une anthropologie de la Modernité en Afrique, et plus précisément dans la Côte d’Ivoire en pleine décolonisation permanente, puisqu’il l’a fait pendant sa coopération, alors qu’il devait rédiger un rapport pour l’ORSTOM sur les difficultés que rencontraient les entreprises à « ivoiriser » leur personnel[8].

 

Ce texte est une formidable enquête sur le racisme et sur les apories de la « modernisation », qui montre à quel point celle-ci est inséparable de la question coloniale. Relativiser les modernes, c’est aussi se rendre compte à quel prix la modernisation s’implémente dans les vaisseaux capillaires d’une forme d’existence collective, par quelles opérations de traduction, de violence, de malentendus, elle s’impose comme le seul avenir possible d’une société. Il a lui-même souvent raconté qu’il avait forgé son projet d’une anthropologie des modernes en réalisant qu’on pouvait retourner les outils que les anthropologues utilisaient pour décrire des sociétés « non-modernes », leurs « rituels », leurs « croyances », leurs « coutumes », sur les grandes institutions de la modernité elle-même : les sciences, les techniques, le droit, la religion, la politique, etc. On peut dire que le présupposé fondamental de toute l’œuvre de Latour (comme d’ailleurs de celle de Lévi-Strauss, avec laquelle elle partage bien des traits), est la décolonisation : comment aller jusqu’au bout de la décolonisation de nos modes de pensée[9].

 

Tel est donc le premier contexte du projet de relativisation de la modernité : la question coloniale. Mais l’œuvre de Latour n’aurait pas été ce qu’elle est pour nous aujourd’hui s’il n’avait pas pris acte très tôt qu’un deuxième contexte justifiait l’urgence d’une telle entreprise (une anthropologie des modernes) : la question « écologique », et plus exactement la question « éco-planétaire ». Il faut ici rappeler que c’est dans Nous n’avons jamais été modernes, publié juste après la chute du Mur de Berlin, au tout début des années 1990, que Latour explique que la prise de conscience du réchauffement climatique (avec le début du cycle des négociations climatiques internationales qui aboutira au Sommet de Rio) constitue désormais le cadre problématique inévitable de toute réflexion sur la Modernité : « La tenue à Paris, à Londres et à Amsterdam, en cette même glorieuse année 1989, des premières conférences sur l’état global de la planète symbolise, pour quelques observateurs, la fin du capitalisme et de ces vains espoirs de conquête illimitée et de domination totale de la nature[10]. » Au moment même où le monde cesse d’être divisé en deux blocs et où le « modèle » euro-américain semble n’avoir plus d’obstacle interne, une frontière externe apparaît : celle de ce qu’on n’appelait pas encore les « limites planétaires ». La promesse moderne bute sur un mur, qui ne divise pas deux portions terrestres, mais la Terre elle-même de sa propre fragilité : on dira plus tard qu’il faudrait 5,2 planètes pour que les modes de vie étatsunien puisse être étendu à tous les êtres humains – il n’y a pas de place pour le projet « moderne ».

 

Désormais l’expression relativiser les modernes change de sens : il ne s’agit plus de savoir quelles sortes de réalités particulières ou d’agencement d’humains et de non-humains les modernes fabriquent par contraste avec les autres, et comment les définir de manière plus réaliste par ce biais, mais quelle sorte de terrestres ils sont, comment ils s’insèrent dans les chaînes terrestres pour construire leur mode de vie et ce que cela fait à cette Terre même qui est à la fois la condition et l’effet de toute habitation terrestre. Il faudra encore plusieurs décennies pour que Latour aboutisse à une formulation claire de ce problème, et on ne peut pas dire que le dernier état de sa réflexion sur le sujet soit celui auquel il se serait arrêté s’il lui avait été donné de continuer son travail, ses enquêtes, sa réflexion. Mais il ne fait guère de doute qu’il aura consacré son intense énergie intellectuelle lors des 15 dernières années à élaborer aussi rigoureusement que possible ce problème, en alliance avec un nombre considérable d’autres personnes autour de lui, comme il savait toujours le faire. Il aura fini par élaborer une formule de ce genre : l’enjeu du présent est de réencastrer les modes de vie modernes dans les limites terrestres. Pour employer une expression de mon cru, les Modernes sont les terrestres déterrestrialisés, qui habitent la Terre en ne cessant d’impenser, de négliger, leur propre condition terrestre, et l’enjeu du présent est de les reterrestrialiser.

 

Mais il faut bien être attentif à ne pas interpréter cette formule comme si elle impliquait que la Terre était une réalité finie, aux frontières fixes comme les murs d’une maison, qu’on ne pourrait pas déplacer. La Terre, ce qu’il a appelé Gaïa, est une entité active, dynamique, historique, qui réagit aux actions des terrestres qui y vivent et en vivent[11]. La question n’est donc pas de se résigner à l’existence de limites externes, mais plutôt de devenir plus intensément et précisément sensibles à notre propre condition terrestre, c’est-à-dire à la manière dont nous infléchissons les dynamiques planétaires par la manière même dont nous occupons la Terre, dont nous nous faisons un séjour terrestre. Car la situation présente est certes angoissante et pleine de deuils présents et à venir : les espèces se meurent, les paysages se modifient plus vite que les vivants ne peuvent le supporter, les forêts brûlent, la guerre revient tambouriner à nos portes… Mais elle a aussi quelque chose d’une chance – et cette ambivalence est typiquement moderne.

 

Pour la première fois peut-être dans l’histoire de l’humanité nous avons la possibilité de vivre dans un rapport plus étroit, plus intime, avec cette condition planétaire qui est de fait la nôtre, qui l’a toujours été, qui l’a été depuis qu’il y a de la vie sur Terre (car Latour n’a jamais raté une occasion de rappeler que ce sont les vivants qui ont climatisé la Terre, que ce sont les bactéries qui ont modifié l’atmosphère terrestre de telle sorte que d’autres vivants puissent y proliférer, et c’est la leçon qu’il a tirée de James Lovelock et de Lynn Margulis à qui il a repris le mot de « Gaïa », pour désigner précisément cette interaction circulaire entre le tout et ses parties, la Terre et les terrestres). Nous savons désormais qu’en choisissant un séjour terrestre pour nous, nous choisissons une Terre. Quelle Terre ? Telle est la question.

 

Il y eut beaucoup d’incompréhensions lorsque Latour s’est mis à parler récemment d’une pluralité de Terres, disant par exemple que la Terre de Trump était différente de la nôtre[12]. « Comment ? », s’est-on indigné, « n’y a-t-il pas une seule planète ? N’est-ce pas un fait astronomique et même une leçon précisément des sciences du Système-Terre dont vous dites faire grand cas ? Voilà donc où nous mène votre relativisme ! On avait cru que vous vous étiez calmé avec ces âneries et vous revoilà à nous tenir des propos aberrants. Pas plus qu’il n’y a plusieurs réalités, il n’y a plusieurs Terres. Il n’y a qu’une réalité : la réalité scientifique. Et une seule Terre : celle qu’étudient les sciences de la Terre. » Pourtant, Latour était bien plus proche de l’enseignement même de ces sciences en disant que ce que la Terre était non pas un état fixe défini par un certain nombre de paramètres biogéochimiques, mais bien un système loin de son propre équilibre et qui n’existe finalement qu’à travers une histoire, de sorte que chaque état doit bien plutôt être décrit comme un ensemble d’avenirs alternatifs possibles coexistant les uns avec les autres.

 

Bien sûr il n’y a qu’une seule Terre, mais cette unicité de la Terre est précisément celle de la coexistence sur place de plusieurs devenirs alternatifs, donc certains sont incompatibles avec les autres. Être terrestre, c’est avoir à choisir sa terre. Nous sommes toujours en train de terraformer la Terre. Le problème est qu’aujourd’hui nous la terraformons à l’envers, ou plutôt le problème est qu’une manière d’habiter la Terre détruit aujourd’hui les possibilités pour d’autres terrestres de projeter d’autres perspectives d’avenir pour la Terre, d’autres lignes de terraformation. Car une Terre réchauffée de 3 ou 4 degrés non seulement détruira un très grand nombre de terrestres, humains et non-humains, mais en plus imposera une condition d’existence déterminée à de très nombreuses générations de terrestres, pendant des centaines, voire des milliers ou des dizaines de milliers d’années. Les gaz à effet de serre répandus dans l’atmosphère prendront beaucoup de temps à en disparaître, les déchets radioactifs le resteront parfois pour des centaines de milliers d’années, les molécules de synthèse modifieront peut-être substantiellement les structures chimiques terrestres d’une manière indélébile et avec des conséquences imprévisibles, etc. Les Modernes ont préempté l’avenir de la Terre.

 

Faire atterrir les Modernes, c’est donc rouvrir la pluralité des projections terrestres. C’est aussi réfléchir aux conditions sous lesquelles la modernité pourrait coexister sur la même Terre avec d’autres formes d’habitation terrestre, sans les éradiquer ou les soumettre : l’unicité de la Terre est une unicité diplomatique. La Terre, c’est justement ce qu’une pluralité de projections terrestres doivent nécessairement partager. Faire revenir les Modernes sur Terre c’est savoir ce qu’il faut modifier de leurs institutions pour qu’ils cessent de préempter l’intégralité de l’espace et de l’avenir de la planète. Cela aussi est une manière de les relativiser : les modernes apprendront quel genre de terrestres ils sont quand ils sauront à quelles conditions ils peuvent coexister, avec leur différence ou leur particularité propres, avec d’autres manières d’être terrestres. Ils se connaîtront quand ils connaîtront  ils sont sur Terre, c’est-à-dire quel genre de terrestres ils peuvent être une fois qu’ils ont cessé de croire qu’ils peuvent se déterrestrialiser…

 

Je le répète : cet atterrissage n’est pas triste, il n’est pas frustrant. Il est difficile, certes, mais il offre aussi une opportunité unique : l’opportunité de se rendre plus sensibles à une certaine vérité de notre condition, la condition terrestre. On parle en anglais d’une « once in a lifetime opportunity » (une chance qui n’arrive qu’une fois dans la vie). Je crois qu’on peut bien dire que la catastrophe écoplanétaire dont nous sommes contemporains est une sorte de « once in a species-time opportunity » : la chance unique qui nous est donnée de nous rapprocher au plus près de notre propre condition terrestre, à la fois au sens général (puisque nul n’est plus branché sur les dynamiques terrestres que ce mode de vie moderne qui a « réveillé Gaïa », chaque particule de gaz à effets de serre que nous émettons désormais dans l’atmosphère contribuant à accélérer le réchauffement) et au sens particulier (puisqu’on comprendra mieux les terrestres que nous sommes en nous comparant avec les autres avec qui on coexiste).

 

Se réencastrer dans les limites planétaires ne consiste donc pas du tout à se limiter, à se priver, mais à gagner, gagner en vérité, gagner en intensité, gagner en précision : en nous réappropriant notre propre condition terrestre, nous ajoutons au monde… Certes, tout cela peut mal tourner, et les probabilités tendent plutôt à modérer l’optimisme, mais je crois qu’il serait contraire à l’esprit de Latour, du moins à ce que j’ai perçu de ses textes et de sa fréquentation, que de se contenter des légitimes angoisses et tristesses que suscite cette situation pour encourager à le lire. Il faut lire Latour parce qu’il nous donne des outils pour vivre mieux. Nul mieux que Latour n’a réalisé à mes yeux la grande leçon de Spinoza : il n’y a pas de vérité sans joie. Latour est un penseur joyeux.

 

Un seul projet donc, une anthropologie des modernes en vue de les relativiser, projet qui s’est déplié dans de très nombreuses enquêtes (sur les sciences, les techniques, le droit, la religion, l’économie, la politique, etc.), a traversé de nombreuses communautés (la sémiologie des sciences, les Science and Technology Studies ou STS, la « Théorie de l’Acteur-Réseau » ou ANT, la sociologie pragmatique, le tournant ontologique en anthropologie, les théories de Gaïa… la liste complète serait très longue), qui en a fondé certaines d’ailleurs, éventuellement pour aller ensuite ailleurs, renouvelant les manières de penser un peu partout où il passait, mais cependant avec un fil cohérent, qu’il a su mettre en évidence dans son grand œuvre (Enquête sur les modes d’existence, en 2012). Et cependant deux conditions historiques qui se sont à la fois succédées et ajoutées l’une à l’autre pour définir la nature du problème auquel ce projet répond et qui scande en somme cette trajectoire : la décolonisation d’abord, puis l’écologisation ensuite, ou peut-être peut-on dire en reprenant les termes d’un des nombreux alliés de Latour, le grand historien Dipesh Chakrabarty, la globalisation d’un côté et la planétarisation de toutes les questions sociales et politiques de l’autre[13], deux conditions qui obligent à développer des outils différents pour décrire la relativité des modernes et forment donc les deux temps de cette œuvre…

 

 

Voilà en somme comment je proposerais de décrire schématiquement l’impressionnante trajectoire intellectuelle de Latour, afin de donner une petite carte portative à celles et ceux qui voudraient s’y lancer : une immense entreprise de relativisation interne de la Modernité qui est passée d’un côté par une anthropologie décoloniale des modes d’existence et de l’autre par une diplomatie des manières d’être terrestres.

 

Mais il faudrait ajouter à ce croquis un aspect important : la philosophie. Latour me semble avoir toujours eu à la philosophie un rapport d’une extrême subtilité. Il lui arrivait de refuser de se décrire comme philosophe, ou de se présenter comme un philosophe amateur, alors qu’il avait bien sûr une formation de philosophe professionnel (agrégation et thèse, professorat) et que sans doute son véritable amour intellectuel était quelque part par là. Il semble avoir fait un effort ces derniers temps pour revendiquer plus nettement un statut philosophique pour son œuvre, et c’est un des enjeux de l’Enquête sur les modes d’existence. Mais l’originalité profonde de sa démarche philosophique est qu’elle s’est toujours voulue empirique (n’existant qu’à travers des enquêtes de terrain) et pluraliste (se refusant à réduire ce qu’il étudiait à autre chose qu’à ce que cet objet d’étude proposait comme son horizon de réalité). Cela a pour conséquence que la philosophie n’a plus de terrain en quelque sorte séparé : elle existe à travers des enquêtes anthropologiques, sociologiques, historiques, artistiques… Et pourtant elle est partout dans cette œuvre. Et il finira lui-même par reconnaître que son projet s’y inscrit intégralement.

 

 

J’ai la profonde conviction qu’on n’a toujours pas pris la mesure de ce que son travail apporte à la philosophie, non seulement du point de vue des contenus, des thèses qu’on est susceptible d’en tirer, mais aussi du point de vue de la compréhension du statut de cette discipline. Il est si vrai que Latour est philosophe qu’on ne pourra pas philosopher de la même manière après Latour.

 

De toutes manières, je ne peux terminer ce texte écrit dans le feu du deuil sans dire tout simplement que cette œuvre est interrompue, certes, mais qu’elle n’est en rien achevée. Il se trouve que cette force d’agir si singulière qui avait pour nom Bruno Latour est désormais dispersée dans ses livres, dans ses propos, dans ses images, dans les souvenirs que nous avons de son exemple, dans l’inspiration qu’il laisse à celles et ceux qu’il a mis au travail, et qui seront sans cesse toujours en nombre croissant. Mais bien que Bruno Latour continue d’une certaine manière à exister parmi nous, du fait de son décès, quelque chose est perdu, qui est irremplaçable, perdu non pas seulement pour celles et ceux qui l’aimaient et vivaient avec lui et à qui bien sûr je ne peux m’empêcher de penser à chaque ligne de ce texte, mais perdu pour tout le monde, perdu pour tous les contemporains, qui deviennent encore plus contemporains les uns des autres dans cette perte même. Les deuils collectifs sont étranges et difficiles à comprendre. Je voudrais donc dire pourquoi nous devons être en deuil aujourd’hui, même quand on ne connaissait pas Latour.

 

Un aspect frappant de la fréquentation de Bruno Latour et de son œuvre est son caractère imprévisible : il suffisait de ne pas l’avoir vu pendant un mois pour découvrir de nouvelles idées, des champs de recherche inconnus dont le caractère crucial pour son propre travail sautait soudain aux yeux, repartir avec plein de livres à lire et de choses à découvrir. Il y a des pensées qui, l’âge arrivant, semblent avoir donné tout ce qu’elles pouvaient. Ce n’était pas le cas de celle de Latour. S’il y a un deuil à faire, s’il y a lieu d’être triste, c’est qu’on perd beaucoup de choses que précisément on ne connaît pas car seul Latour sans doute nous aurait permis de les découvrir. Il avait une capacité extrêmement rare à aller dans les angles morts de notre pensée et de notre existence, à nous faire voir soudain qu’il existait un autre point de vue d’où les horizons changeaient, d’où les questions se simplifiaient, fût-ce en se multipliant, où aussi le désir se réveillait, le courage de penser et d’agir. La joie caractéristique de la pensée de Latour tient beaucoup à cela : on sort toujours augmenté de sa fréquentation.

 

Avec Latour, nous perdons un peu de notre vue, collectivement, nous perdons un formidable appareil optique. Il a déclaré récemment que le grand événement de l’année à ses yeux était le lancement du James-Webb Telescope. Il y avait en Latour quelque chose d’un James Webb Telescope tourné vers nous. La mort de cet homme est comme le crash de ce formidable instrument.

 

Nous ne pourrons faire mieux pour honorer sa mémoire que de continuer à travailler avec joie, ardeur, enthousiasme, passion, rigueur, humour, inventivité, solidarité, sororité, à pallier tant bien que mal cette perte, en nous inspirant de ce qu’il a nous laissé pour mieux deviner ce qu’il aurait pu encore nous donner. Cet inconfort, entre deuil et gratitude, entre solitude et survivance, entre conscience de nos angles morts et détermination à ouvrir nos horizons, me semble, après tout, une manière assez juste de caractéristiser notre présent. Nous sommes et nous restons dans un moment latourien.

 

Patrice Maniglier

PHILOSOPHE, MEMBRE DU COMITÉ DE RÉDACTION DES TEMPS MODERNES

11 mai 2020

 

Pendant que JF. Collin répondait au questionnaire de Bruno Latour proposé dans AOC je pensais à mai 68 ICI 

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14 octobre 2022 5 14 /10 /octobre /2022 07:00

 

J’ai lu avec plaisir Alto Braco de Vanessa Bamberger.

Alto braco

L’Aubrac, l’Alto Braco, le haut lieu, il est rare que dans un roman, en l’occurrence Alto Braco de Vanessa Bamberger chez Liana Levi, on écrive avec autant de justesse, de précision, avec finesse et humour, les réalités de l’élevage dans cet Aveyron plus connu pour ses exilés parisiens que pour ses vaches.

ICI 

 

En passant du côté des filles suis allé marauder à la librairie d’en face où, sans même consulter la 4e de couverture j’ai acquis L’Enfant parfaite de Vanessa Bamberger, que ce patronyme me rappelle son précédent livre. Le cerveau est vraiment une étrange machine, guidant mon choix sans référence explicite.

 

Si, il y en avait une : le titre L’Enfant parfaite

 

Couverture du livre « L'enfant parfaite » de Vanessa Bamberger aux éditions Liana Levi

 

Dès l’école primaire et pis encore dans le secondaire : l’impératif de réussite, pour les adolescents du haut du panier des couches éduquées, est tel qu’aucune imperfection n’est plus tolérée.

 

Terrifiant !

 

« Roxane assume sans se leurrer : soutien de sa mère, responsable de la conservation de cette foutue perfection, léguée par son père, Roxane bien seule face à des adultes-enfants qui en font un accessoire de leurs fantasmes de lignée, Roxane victime de la bêtise, d’un système qui proclame « marche ou crève », mais soit belle, aussi, lisse, transparente. Roxane, héroïne tragique de l’indifférence ordinaire.

 

Quel formidable et émouvant roman ! Féroce, acide, vrai, utile. Un monde d’adultes absents, dévots du culte de la perfection par procuration, celle de leur progéniture, incapables d’assumer leurs manquements... »

 

On vole aux enfants leur enfance…

 

Je viens de découvrir sur la Toile un Entretien avec Vanessa Bamberger : la souffrance à l’école est-elle un passage obligé ?

 

"L’Enfant parfaite", l’itinéraire glaçant d’une bonne élève comme les autres ICI

 

La souffrance à l’école est-elle un passage obligé ?

 

C’est en tout cas le sentiment de François, chirurgien, l’un des deux protagonistes de L’Enfant parfaite de Vanessa Bamberger (Liana Levi). Il partage le livre avec Roxane, une excellente élève qui entre en classe de première S dans un lycée parisien réputé. L’un et l’autre ne se connaissent pas vraiment, François est un vieux copain du père de Roxane, exilé dans le Sud de la France après son divorce. L’un et l’autre seront toutefois unis par le drame. La musique et la médecine sont comme une portée sur laquelle s’inscrit l’histoire, de Bach à Nekfeu, des classiques joués par la mère altiste de Roxane et écoutés par François, jusqu’au rap qui berce et épaule Roxane dans son quotidien sous pression.

 

Une petite musique tendre ou féroce sur laquelle se déclinent les variations de l’amitié entre ados, avec, en miroir, l’amitié des hommes mûrs, la peur de l’échec de la mère musicienne en parfaite symétrie avec celle de Roxane, et l’immense solitude qui contient chaque personnage dans la fiction de la vie qu’il se fait.

 

L’ouverture du roman n’est autre que le Serment d’Hippocrate et donne le ton : aussi banale que soit devenue la consultation chez un médecin, une prescription engage la vie et la responsabilité non seulement du patient mais du médecin. Sur le papier, cela semble très solennel et d’une solidité imparable, mais Vanessa Bamberger sait à merveille ébranler les fondements de ce mur déontologique, soumis à l’épreuve du quotidien.

 

Un médecin peut respecter le serment qu’il a prononcé et se retrouver pourtant dans une zone grise, entre responsabilité et culpabilité. Dans L’Enfant parfaite, l’impératif de réussite est tel qu’aucune imperfection n’est plus tolérée. La vie de nos ados est devenue si exigeante, si stressante, que la crise d’acné qui frappe Roxane fait basculer la jeune fille dans une vraie détresse psychologique. Qu’est-ce qui, dans ce roman, est à l’origine du drame, la prise d’un médicament aux effets secondaires douteux ou un contexte social et personnel ?

 

Vanessa Bamberger invite à répondre à cette question par une réflexion sur la nuance et les fragilités. Un roman qui ne juge pas, mais qui excelle à raconter une histoire qui nous ressemble.

 

Karine Papillaud

 

 

 

Entretien avec Vanessa Bamberger : « L’enfant parfait, ça n’existe pas »

 

 

- L’Enfant parfaite raconte le crash d’une jeune fille de 17 ans qui subit une pression scolaire intense et les bouleversements de son âge. Comment ce sujet vous est-il venu ?

 

Il y a quelques années, ma fille aînée a fait sa rentrée en première S. Elle avait toujours été excellente élève. Tout d’un coup, elle n’y arrivait plus, en maths en particulier. Ça a été le drame : la boule au ventre, les insomnies, le stress absolu. Le discours du corps enseignant accentuait son angoisse.  Le premier jour de classe, les profs avaient dit aux élèves : « attention, dès maintenant toutes vos notes comptent ; si vous ratez votre premier trimestre, vous n’aurez aucune chance d’entrer dans une bonne prépa ». Je me suis demandé ce qui se serait passé si elle n’avait pas été entourée, suivie, si elle n’avait pas réussi à remonter ses notes. Quant à la crise d’acné dont est victime Roxane, mon héroïne, j’ai pu observer autour de moi à quel point cette maladie impactait la psychologie des ados qui en sont victimes. Ils n’osent même plus croiser le regard des autres.

 

 

- L’Enfant parfaite, est-ce La Boum version 2020 ? Les ados ont-ils changé ?

 

Ce qui continue de caractériser les ados, c’est cette frontière entre deux mondes sur laquelle ils se tiennent en équilibre. Leur fragilité, leur besoin d’être aimés, regardés. Bien sûr, avec les époques, leur comportement se modifie… leur apparence, leur langage, leur sexualité. L’environnement influe.  En ce moment, on ne peut pas dire qu’ils sont gâtés. Entre la crise écologique, le terrorisme, la crise économique, la montée des extrêmes, et maintenant la crise sanitaire… L’horizon semble bouché. Et on leur demande de se projeter dans un monde dont on ne sait pas comment il va évoluer. Alors oui, je pense qu’ils ont changé au sens où ils ont perdu de leur insouciance.

 

 

- La solitude des adolescents tient-elle aux nouveaux modes de vie ou est-ce un invariant ?

 

Avant les réseaux sociaux, à condition que tout se passe bien à la maison, celle-ci avait valeur de refuge. Aujourd’hui, à cause des smartphones, les ados continuent d’être sous le feu du regard des autres, même après l’école, ça ne s’arrête jamais. C’est la comparaison permanente. Je crois que cela peut contribuer à renforcer le sentiment de solitude que tout adolescent expérimente à un moment donné.

 

 

- L’école est un lieu de violence, entre harcèlement et pression scolaire. Est-ce pour vous un fait nouveau et quelle responsabilité prennent les adultes ?

 

L’école a toujours été cruelle. Mais c’est vrai que le phénomène du harcèlement prend de l’ampleur. Il y a aussi ces votes organisés sur les réseaux sociaux par certains élèves qui publient anonymement deux photos en demandant aux autres de décider qui est le plus beau, le plus « stylé » … C’est très violent. Quant à la pression scolaire… Elle a toujours existé dans les filières d’élite car le système français est concurrentiel, compétitif.  Mais il l’est de plus en plus car il n’y a pas assez de place pour tout le monde, alors la pression augmente.  Les parents ont peur pour leurs enfants, peur qu’ils ne trouvent pas de travail, donc ils en rajoutent.

 

 

- Vous n’avez pas 16 ans, comment avez-vous travaillé pour vous couler dans cette langue et ce regard sur le monde ?

 

Je voulais que la voix de Roxane ait l’accent de la vérité. J’ai rencontré beaucoup d’ados et de jeunes adultes, en individuel et en groupe. J’essayais de me faire oublier pour qu’ils se parlent entre eux naturellement. C’est assez étonnant, d’ailleurs, entre la vitesse d’élocution et le vocabulaire, par moments je ne comprenais rien du tout à ce qu’ils racontaient !

 

D’ailleurs j’ai ajouté un lexique à la fin du livre. Ce qui est surprenant aussi, c’est la façon avec laquelle ils passent d’une langue à l’autre dès qu’ils sont en présence d’adultes. Quand je me risquais à employer leur vocabulaire pour « faire genre », ils me regardaient de travers. Pour eux, j’étais la daronne ! À chaque fois que je terminais un chapitre Roxane, je le lisais tout haut à ma fille et ses amis. Ils me disaient alors ce qui n’allait pas, « on ne dirait pas ça comme ça », « on ne réagirait pas comme ça ». Ils m’ont beaucoup aidée.

 

 

- Il y a une alternance de langues et de focalisations. La langue de Roxane et la langue de narration utilisée pour raconter François. Comment ces choix se sont-ils imposés à vous ?

 

J’ai eu de la difficulté à trouver la voix de Roxane. Je m’étais fait une play-list de rap que j’écoutais en boucle, puisque pour connaître un peuple il faut écouter sa musique, et à un moment donné j’ai eu l’idée de slamer la parole de Roxane, de la faire rimer. On ne s’en rend pas forcément compte en lisant le texte mais si on le lit à voix haute cela apparaît. Je voulais jouer sur l’oralité. C’est comme si il y avait une voix du dessus, celle de Roxane, et une voix du dessous, celle de François. Comme une partition. La langue de Roxane est une langue étrangère pour François. Les jeunes et les adultes ne se comprennent pas toujours. Ils n’écoutent pas la même musique. En juxtaposant, chapitre après chapitre, les voix de Roxane et François, je cherchais à juxtaposer des univers musicaux dissonants.

 

 

- Le traitement d’un tel sujet peut rapidement tourner au document, surtout quand l’un des personnages parle au « je ». Quels partis pris narratifs ont été les vôtres ?

 

Je me suis documentée, certes, mais Roxane est un personnage fictif, prise dans une histoire inventée qui ressemble à un fait divers. Je cherche toujours à raconter des histoires de fragilité humaine.

 

 

- La question de la responsabilité draine tout le roman et se décline sous plusieurs angles : scolaire, parental, médical. Êtes-vous attachée à ce sujet en particulier et comment résonne-t-il avec l’époque ?

 

C’est juste, la question de la responsabilité sous-tend le roman. Qui est responsable de ce qui arrive à Roxane ? Ses parents ? Ses professeurs ? Ses amis ? Quelqu’un aurait-il pu l’empêcher ? La problématique du bouc émissaire m’intéresse beaucoup. Et celle de la liberté de prescription. Dans le contexte actuel, cette question prend de plus en plus d’importance. Les médecins sont-ils responsables des effets secondaires des médicaments qu’ils prescrivent ? La question du bénéfice-risque se pose. Mon titre de travail a longtemps été « Les effets secondaires », en lien avec cette chaîne de responsabilités.

 

 

- La peur des parents se reporte sur les épaules des enfants. Dans ce roman, on sent l’infinie fragilité des parents, entre inconséquence et projection. Qu’est-ce que le mal-être de la jeunesse dit de la société contemporaine ?

 

Nous vivons dans une société de la perfection individuelle et de la peur. Comme le dit François Sureau, chacun a peur pour la protection de sa propre vie que tous, médias, réseaux sociaux, présentent comme quelque chose de désirable. Tout se passe comme si on n’avait plus le droit à l’erreur, à l’échec, à la moyenne. Dans ce contexte, nous, parents, avons de plus en plus peur pour l’avenir de nos enfants. C’est une peur primale. Nous avons l’impression d’être un bon parent (ce qui nous soulage) quand notre enfant réussit bien scolairement, ou dans un autre domaine, qu’il exploite son « potentiel ».

 

Ce qui est paradoxal, c’est qu’on voudrait que notre enfant soit autonome et épanoui, bien dans sa peau, et en même temps obéissant et bon à l’école. Mais l’enfant parfait, ça n’existe pas. Et le parent parfait encore moins.

 

Propos recueillis par Karine Papillaud

 

lecteurs.com

EXTRAITS

« Rose se jette sur moi. Je la regarde et je la trouve fraîche. J’aime sa dégaine. Bien qu’elle soit blanche et blonde, elle a tressé ses cheveux à l’africaine. Une coiffure qui, si je devais y soumettre ma fine chevelure châtain, me défigurerait, vu la taille de mon nez. Je suis grande, ni belle ni moche, physique basique classique.

 

Aujourd’hui je porte un T-shirt blanc et un jean slim, rien d’extravagant. Un peu de mascara, deux bracelets dorés qui tintent doucement. Rose a revêtu sa carapace, petit haut court et bas de jogging, banane en bandoulière, créoles en or, grosses baskets Adidas. Résultat, on crève toutes les deux de chaud mais, comme dit Rose, pas question qu’on montre nos jambes aux frérots.

 

Rose s’habille et parle comme une fille de la tess, sauf qu’elle habite un duplex sur le parc Monceau avec son père banquier et sa mère qui travaille chez BP. Elle méprise ses parents, en particulier Delphine, sa mère, qui s’habille comme une cagole, mange des steaks et jette ses mégots par la vitre de sa Mini Cooper. Rose a déjà essayé le sexe avec une fille, le plan à trois, la cons’, l’alcool défonce. Demandez-moi la liste de mes exploits, je ne vous donnerai pas la réponse.

 

Lyna nous rejoint avec son joli visage brun, ses cheveux frisés, sa nonchalance séduisante, son aisance. Je l’observe tournoyer les bras levés dans sa robe d’été à petits pois bleutés. Elle est fine et c’est une vraie fille, Lyna. La plus girly de nous trois. Elle vit à Montmartre, son père est réalisateur et sa mère prof de yoga, tellement flippé que Lyna se fait géolocaliser quand elle prend un Uber en rentrant de soirée. Si sa mère savait comment on les passe, nos soirées.

 

Vous vous interrogez peut-être sur ce qui nous réunit, Rose, Lyna et moi. Nous étions dans la même classe en seconde, à Sully, et sommes toutes les trois très, mais vraiment très bonnes élèves. Nous partageons nos centres d’intérêt, nos rêves. Petite, je dépensais mon argent de poche en dictionnaires et livres scolaires supplémentaires. À dix ans, j’ai lu Les Misérables et ma mère l’a raconté à toutes ses amies. Du coup, je me suis sentie obligée de lire Le Comte de Monte-Cristo, L’Assommoir et Le Père Goriot. Ça avait l’air de lui faire tellement plaisir. Aujourd’hui Mélanie me chante sans cesse la même rengaine, ma chérie tu ne me poses aucun problème, ma vie est déjà si difficile, ta solidité me fait tenir. C’est vrai, je ne pose aucun problème, c’est pour ça qu’on m’aime. » (p. 20-21)

« Je n’ai pas bien dormi cette nuit. Ma mère l’avait prédit. Je n’ai jamais bien dormi de ma vie, alors la veille d’une rentrée scolaire à Sully, imaginez le souci. Quand je me suis réveillée, elle était déjà partie. Mélanie, c’est parfois plus simple de l’appeler ainsi, Mélanie, ma furie ma mélodie, elle est altiste. Vous ne savez pas ce que c’est ? Normal, personne ne le sait au lycée. Personne n’est intéressé, la musique classique c’est mort. Un parent concertiste égale un passeport pour la recale sociale. »

 

« Devant moi, Ferdinand lève la main pour poser une question. Intimidé, il se met à bégayer. Chareau écarquille les yeux pour bien montrer sa surprise, et son agacement. Elle l’arrête. Attendez, je ne comprends rien à ce que vous racontez, il faut vous calmer ! Après ça Ferdinand ne dis plus rien. Sur la feuille la prof a imprimé un cours succinct, une poignée de formules, et maintenant elle se lance dans une démonstration bon train. À la fin de l’heure elle nous donne une liste d’exercices à faire pour le lendemain. Il y en a pour trois heures au moins. On se regarde, affolés. On ne sait pas très bien si on doit rire ou pleurer. Ferdi place son index sur sa tempe pour signifier que cette prof-là est donc, tout comme Perrier, complètement fêlée, puis rejette sa tête en arrière et éjecte sa main. Il fait mine de se flinguer. »

 

« C’est qu’il faut avoir le cœur bien accroché pour faire prof. En réalité, il faut être taré. Insultés agressés mal payés, mal considérés maltraités mal encadrés, pas formés rudoyés bousculés. Les profs entrent en classe avec leur mine pitoyable de boucs émissaires de l’Éducation nationale, chargés de nous faire ingurgiter dans l’année des programmes de plus en plus lourds, de plus en plus techniques, sous format numérique. Dire que la plupart sont complètement nuls en informatique ! Du coup, ce qu’ils ont à faire, ils le font n’importe comment, en mode totalitaire. »

 

 

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13 octobre 2022 4 13 /10 /octobre /2022 07:00

 

Il m’est difficile de résister à l’attrait d’une librairie lorsque je baguenaude, ce fut le cas jeudi, je faisais baby-sitter les enseignants étaient en grève, une halte en librairie est aussi prisée par la jeune lectrice : se plonger dans les exploits de l’affreuse Adèle.

 

Depuis plusieurs jours, dans ma vieille tête tournait une idée : puisque c’est très tendance de souligner l’arrivée des femmes dans le monde du vin, plus spécialement autour du vin mais aussi dans les vignes et dans les chais, je caressais le projet de mettre en lumière la place des femmes dans le monde agricole, les paysannes invisibles, mémé Marie et la tante Valentine besochant les betteraves, Roundup manuel, puis par le soin de Pisani : l’exploitation familiale à 2 UTH (affreux acronyme : unité de Travail Humain), des agricultrices presqu’aussi invisibles, le monde ne commence pas avec vous jeunes gens, il existait bien avant. Le combat de l’émergence des femmes, leur reconnaissance économique et sociale sont un long chemin semé d’embuches.

 

Et je tombe sur :

 

Les paysannes par Gonthier

 

Paysanne : «femme du paysan». Ainsi les dictionnaires du XIXe siècle définissent-ils, dans une France rurale jusqu’en 1914, les aïeules des agricultrices d’aujourd’hui, moteur, selon l’autrice, de la «mutation du monde rural».

 

Issue de celui-ci, comme sa préfacière, elle donne à lire une anthologie, revendiquée subjective, qui guette l’émergence de ces femmes dans la littérature. Car si le monde paysan fut victime d’appellations péjoratives (rustre, bouseux, plouc, etc.) sa partie féminine et son indispensable labeur furent le plus souvent invisibilisés ou caricaturés par les écrivains.

 

Peu à peu, ces femmes fortes se sont glissées dans les récits, discrètes chez Balzac, plus affirmées chez George Sand, Gustave Flaubert, Émile Zola ou Jean Giono. De leur constante présence, de leur opiniâtreté face à une vie rude, de leur amour de la terre témoignent ici des photographies réalistes. Pour évoquer cet univers rural au féminin, des plumes étrangères s’invitent aussi dans ce bel hommage, un rien nostalgique.

 

Josiane Gonthier, Les Paysannes. Portraits littéraires, préface de Marie-Hélène Lafon, Turquoise, 157 pp., 20 €. ICI 

 

Résumé :

 

« Les plus silencieuses d’entre les femmes », dit d’elles l’historienne Michelle Perrot ; cette anthologie les montre dans leur grandeur et leurs servitudes, leur force et leur détermination, l’âpreté et les joies de leur existence de paysannes.

 

Josiane Gonthier est fille de paysans savoyards ; ses études de lettres et son engagement féministe l’ont conduite à s’intéresser aux représentations que la littérature donne des femmes de la terre. Ce recueil rassemble trente-huit textes choisis dans des œuvres françaises et étrangères, rédigées par des autrices et auteurs tantôt illustres, tantôt méconnus ou inconnus du grand public. Un cahier de photographies sur les paysannes de Savoie et de l’Ain complète l’ouvrage. Sont aussi fournies des données chiffrées concernant les agricultrices en France et dans le monde.

 

De l’Antiquité au XXIe siècle, les paysannes – qui ne constituent pas moins du quart de la population mondiale – ont inspiré des portraits parfois cruels, tendres ou drôles, rêveurs ou révoltés. Mais d’une vérité toujours saisissante, voire inquiétante. Avec Marguerite de Navarre, Victor Hugo, George Sand, Gustave Flaubert, Amélie Gex, Marcel Proust, Colette, William Faulkner, Nazim Hikmet, Marguerite Duras, Agota Kristof, Aki Shimazaki et les autres, c’est un univers rural, à la fois familier et campé sur ses secrets, qui révèle sa part invisible : les femmes.

https://cdn-s-www.ledauphine.com/images/8AA11AB7-408C-4A65-A870-339194BFA456/NW_raw/l-autrice-aixoise-josiane-gonthier-photo-le-dl-p-e-b-1638020022.jpg

Josiane Gonthier, née à Aix-les-Bains (Savoie), est professeure agrégée de lettres. En 1983, elle a rejoint la présidence de la République où elle a servi sous les deux mandats de François Mitterrand. Elle a poursuivi sa carrière dans les instances françaises puis internationales de la Francophonie. Elle a contribué à de nombreuses publications portant sur la langue française et sur les femmes.

Amazon.fr - Les paysannes: Portraits littéraires - Gonthier, Josiane,  Lafon, Marie-Hélène - Livres

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11 octobre 2022 2 11 /10 /octobre /2022 07:00

 

Image empruntée à Super Pousson qui estimait en décembre 2020 que 99% des vins « nature » sont pourris ? Sans vouloir l’offenser j’ai toujours trouvé que lui avait un goût de chiottes ICI

Sonia Lopez Calleja, qui n’aime rien tant que d’explorer à fond un dossier et, Florian Demigneux que je ne connais pas, sont allés, pour le compte du LeRouge&leBlanc, en terre alsacienne, à Ostheim, dans le Haut-Rhin (oui Pax j’ai retenu la leçon d’hydrologie du Rhin) rencontrer Xavier Couturier et Pierre Sanchez fondateurs de Duo Œnologie.

 

Eulala, des œnologues, dans le petit monde des vins nu ça équivaut à rencontrer le Diable, des fils de Satan, des adorateurs de Michel Rolland, même avec une longue fourchette c’est prendre le risque de se faire excommunier par les pharisiens des vins nu.

 

Les deux compères se veulent au service du vin « sur mesure », duo œnologie n’est disent-ils pas comme les autres, il ne domine pas les vignerons de son savoir scientifique, il œuvre à leur émancipation. De plus, les deux s’intéressent aux vins « nature » ce qui, convenez-en une forme de rédemption.

 

Amen !

 

Trêves de bondieuseries, revenons au goût de souris.

 

- On  voit également une multiplication des goûts de souris ? Est-ce un phénomène récent ou pas ?

 

Cela a toujours existé et cela fait partie, à notre avis, des goûts liés à la fermentation. Auparavant, il était associé à l’acroléine, la saveur de l’amande amère. Nous n’avions pas de mot spécifique pour désigner cette saveur. Le fait de la nommer la rend plus visible. Dans les années 2000-2010, les Japonais sélectionnaient systématiquement les vins qui avaient développé un goût de souris, c’étaient ceux qu’ils préféraient. La « souris » est aussi un agent de texture prolongeant la sensation en bouche. À partir du moment où cette saveur est qualifiée de défaut, les personnes vont avoir tendance à la rejeter et à oublier le reste du vin. Nous ne disons pas que c’est agréble mais ce n’est pas que mauvais.

 

On va retrouver ces arômes dans tout l’artisanat fermentaire. La molécule responsable de la saveur particulière du riz basmati est la même que celle intervenant dans le goût de souris. Plus le riz basmati va développer un goût de souris plus il sera vendu cher. Avec le vin, c’est plus compliqué parce que c’est un goût qui apparaît en retrait, en fin de bouche.

 

- On associe également le goût de souris à des vinifications sans soufre, est-ce judicieux ?

 

Il est plus fréquent dans les vins sans sulfites. L’utilisation de soufre réduit la quantité de micro-organismes et donc le spectre des métabolismes possibles. Par ailleurs, les difficultés de fermentation ajoutent un risque supplémentaire dans la microflore. En dehors de la façon de vinifier, l’apparition du goût de souris peut être liée à la qualité des raisins et au changement de climat. Nous assistons à un véritable effondrement de la diversité microbiologique locale, qui favorise l’augmentation de la présence de bactéries opportunistes pendant la fermentation. La sécheresse est également un facteur favorisant l’apparition des goûts de souris. À l’inverse, les années pluvieuses réduisent le risque.

 

- Peut-on limiter les risques d’apparition du goût de souris ?

 

Il faut que les fermentations soient les plus rapides et complètes possibles. Si ce problème est récurrent en cave, nous allons réfléchir à un aménagement du milieu qui lui soit moins propice. Les conditions climatiques qui font souffrir la vigne sont un facteur déterminant. Il est donc également nécessaire d’aider le « vivant » par des pratiques viticoles adaptées. Ainsi les vignerons  qui travaillent beaucoup à diminuer le stress hydrique de leurs vignes ont moins de soucis. Nous ne parlons évidemment pas de l’irrigation ; ce n’est pas une solution. Irriguer participerait à la salinisation de sols. En revanche, nous ne connaissons pas, pour l’instant, de technique pour retirer le goût de souris lorsqu’il est déjà présent dans le vin.

 

 

 

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