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4 septembre 2021 6 04 /09 /septembre /2021 06:00

 

Le 14 novembre 1886, Louis Capazza, un Corse de 24 ans, et Alphonse Fondère, un Marseillais de 21 ans, font décoller, à 4h30 du matin, de la Plaine Saint-Michel (aujourd’hui place Jean-Jaurès) à Marseille, un ballon dirigeable, « Le Gabizos », conçu par Capazza. Cinq heures et demie plus tard, et après bien des péripéties, ils atterrissent à Appietto, en Corse. Les jeunes hommes viennent de réussir la première traversée en mer en ballon. Cet exploit leur vaut une notoriété nationale et les fait entrer dans l'histoire de l'aéronautique. Tous deux connaîtront des carrières exceptionnelles. ICI

« Quelle idée de vouloir quitter Paris pour aller vivre à Marseille ? »

 

Spaghettis à l'ail di mio cuore « D'humeur égale jusqu'à Marseille » - Le  blog de JACQUES BERTHOMEAU

 

Étonnement justifié de mes amis lorsque je leur confie que j’envisage de m’installer à Marseille.

 

Je ne leur donne pas d’explications, elles sont trop intimes, pour l’heure il ne s’agit que d’une envie, rien ne dit qu’elle se concrétisera.

 

Ma copine Claire Deville du Lapin Blanc, exilée à Bruxelles, dont la sœur habite Marseille depuis quelques années, a eu la riche idée pour mon anniversaire de m’offrir un livre : Marseille noir.

 

Marseille Noir par Fabre

 

« De la Joliette de Cédric Fabre, au Panier de Patrick Coulomb en passant par la Cayolle de Philippe Carrese, Marseille Noir est une anthologie sous forme d'errance. Une errance solaire, incandescente, poisseuse, illuminée et terrassante, d'une ville hors-norme et qui ne répond à aucune règle. Sans être un roman noir de plus, sans être non plus une histoire de gangs et de règlements de comptes bourrée de clichés, ce nouvel opus de l'excellente collection “asphalte noir” donne à voir un Marseille que l'on aime, que l'on hait, gangréné et illuminé.

 

L'“équipe” d'auteurs à l'œuvre dans ce recueil, dont les parcours et attaches à Marseille sont le fruit d'expériences propres, de vécu, de passé, de présent, donne à ce recueil de nouvelles sa consistance particulière et savoureuse.

 

Quatorze auteurs pour quatorze nouvelles et quatorze Marseille différents.

 

       

encoredunoir   15 mai 2014

 

Cela faisait un moment que l'on attendait le premier inédit français d'Asphalte. C'est chose faite avec, qui plus est, un recueil de nouvelles dans la collection emblématique de la maison d'édition. Et, pour ne rien gâcher, le livre est vraiment bon.

En effet, de tous les volumes des « Villes noires » parus jusqu'à présent, Marseille Noir est certainement celui dans lequel on sent le mieux battre le coeur de la ville. Ici, elle ne sert pas seulement de décor mais est dans la quasi-totalité des quatorze nouvelles du recueil un personnage à part entière, bienveillant et menaçant, aimé et détesté. Car ce que disent ces récits, c'est que si les habitants de Marseille, du cru depuis plusieurs générations ou nouveaux arrivants, font la ville, la ville a aussi une réelle emprise sur eux.

 

Cela commence par une partie consacrée aux « mythologies » marseillaises, en particulier la tradition du crime plus ou moins – et quand même souvent moins – organisé. Cela continue avec un bouquet de nouvelles regroupées dans un chapitre « Errances » qui voit des personnages comme perdus dans une ville qui tient au moins autant du refuge que du cul-de-sac, avant de passer à l'inévitable « Sale et rebelle » dans lequel les récits montrent bien comment la ville, entité supérieure douée de [dé]raison, façonne ceux qui y vivent, y compris, nous dit la quatrième et ultime partie, « Toujours en partance », lorsqu'ils ne font qu'y passer.

 

C'est le jeu, bien entendu, on ne peut mettre sur un pied d'égalité toutes les nouvelles réunies par Cédric Fabre. Certaines apparaissent plus accrocheuses et/ou plus profondes que d'autres, mais il n'en demeure pas moins que l'on se trouve là face à un ensemble extrêmement cohérent. Les éditrices ont eu le nez fin en optant pour Marseille à l'occasion de ce premier recueil totalement inédit, la ville la plus susceptible de leur fournir une matière d'une telle qualité en terme de noir. ICI 

 

LE DIRIGEABLE, Marseille - Restaurant Avis & Photos - Tripadvisor

 

Pages 187-188 Serge Scotto, Verts légèrement grisés.

 

« Par crainte de s’aventurer plus loin et par flemme de cuisiner, Maurice déjeune depuis l’autre nuit au Dirigeable, un kiosque à sandwiches sis au cœur de la place. Parmi les crevards qui font la queue en attendant leur baguette farcie de boulettes en sauce, combien savent que le modeste établissement de planches doit son étrange appellation au décollage, ici-même, d’un ballon ascensionnel qui, pour la première fois, a traversé la Méditerranée, en 1886 ? Le jeune homme l’a appris en se retournant sur une nana et en levant les yeux par hasard sur l’aérostèle qui orne le mur du vieux bâtiment de la poste et que personne ne remarque plus.

 

« Marseille est la plus vieille ville d’Europe, mais qui paraîtrait ne pas avoir d’histoire… Depuis deux mille six cents ans en travaux, sans qu’on y ait jamais rien vu de fini convenablement ou de construit durablement ! Qui ne possède même pas un centre-ville historique, comme on en trouve dans la moindre sous-préfecture de province ! Il y a chez les Ricains, nos cousins du Nouveau Monde, des maisons plus anciennes qu’à Marseille. Qui en permanence s’autodétruit plutôt qu’elle ne se construit, sans le moindre respect pour ses vieilles pierres. Car Marseille ne prend pas soin d’elle-même, gouvernée depuis toujours par une noblesse commerçante tout à ses affaires et qui la méprise, elle et son petit peuple venu des sept mers, échoué là en quête d’un ailleurs meilleur. Et lorsque par malheur on y découvre des vestiges grecs ou romains, ce qui arrive à chaque coup de pioche, on n’a qu’une hâte : les ensevelir histoire de ne pas retarder le chantier. Sinon, la cité phocéenne pourrait vivre longtemps du tourisme de l’antique, comme à Pompéi… Mais ici les bétonnières tournent comme des tambours de machines à laver, qui servent surtout à blanchir du pognon.

 

 

À Marseille, Macron présente son plan “Marseille en grand” | Le HuffPost

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2 septembre 2021 4 02 /09 /septembre /2021 06:00

Cette bouteille de vin nature est dotée d'un QR code

Dans les années 80, Lizzy Mercier Descloux, jeune artiste avant-gardiste, installée à New York et très proche des milieux punk-rock, ramenait de son périple africain « Où sont passées les gazelles ? » une chanson inspirée de « Kazet » un tube des township de Soweto, ce fut un tube qui est encore régulièrement repris et adapté, on l’a retrouvé en prime time dans la saison 2 de la Star Ac interprétée par Nolwenn Leroy, Houcine et Emma Daumas

Alors ce matin me remettant au turbin après des jours heureux passés au bord de l’eau l’interrogation me trotte dans la tête : « Mais où sont passés les vins méthode nature ? »

 

Annoncée à fort tam-tam médiatique sur les réseaux sociaux par la fine fleur des vins nus, elle devait être selon eux, la Ligne Maginot, infranchissable, incontournable, faisant barrage aux barbares de la GD, au grand Gégé et ses frères, prêts à confisquer à leur profit la belle appellation vin nature. Voir ICI 

 

Depuis, j’ai cherché, j’ai hanté les caves de vin nu  de Paris et d’ailleurs, sans trouver un flacon estampillé de leur affreux logo.

 

 

Alors, serait-ce un bide ? Un flop ?

 

Je pose la question aux promoteurs habituellement prompts à célébrer leurs victoires : combien de bouteillons ?

 

Sans vouloir anticiper sur leur réponse, qui j’en suis sûr ne viendra pas, je pense que leur activisme syndical ne correspondait à aucune demande ni des vignerons, ni des consommateurs.

 

Les vins nature sont certifiés par les bons cavistes, les acheteurs de vins nu ne vont ni dans la GD, ni chez Nicolas, bref, si vraiment certains souhaitent des garanties elle est là.

 

Certains vignerons nature apposent un QR code sur leur étiquette, ainsi il est facile de savoir ce qu’ils font à la vigne et au chai.

 

Bonne buvaison, et merde à la réglementation inutile !

Lizzy Mercier Descloux tombe sur une cassette audio de musique sud-africaine, et elle tombe amoureuse des sons qu’elle découvre. Alors elle décide d’aller voir sur place, d’aller écouter les musiciens de Johannesburg et du township de Soweto, qui est un des foyers de la contestation politique. On est en plein apartheid, les voyages en Afrique du Sud ne sont pas si courant – mais elle veut être au cœur de cette création artistique alors elle s’y installe un temps.

 

Et ce qu’elle entend lui plaît tellement que ça lui inspire un album entier : Zulu Rock, qu’elle enregistre sur place avec des musiciens sud-africains. Un disque qui ne va pas être un carton commercial. C’est les débuts de la sono mondial, et elle a en plus oublié de créditer les musiciens sud-africains avec qui elle a bossé, mais qui malgré tout contient quelques ovnis inoubliables.

 

Et notamment le titre « Mais Où Sont Passées Les Gazelles” – un tube qui sonne ni comme de la variété française, ni de la musique sud africaine. Mais comme un mélange des deux. En fait elle adapte phonétiquement un morceau des Mahotella Queens qui s’appelle « Kazet ». Le Kazet devient Gazelle et le titre que Lizzy Mercier Descloux crée comme ça, je trouve que c’est le genre d’air qui te fait te sentir vivant.

 

Ça sent la liberté, le printemps revenu, le soleil qui rassure, les fleurs qui poussent, les gazelles qui gambadent.


 

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31 août 2021 2 31 /08 /août /2021 06:00

Que boire avec du Durian la quintessence du goût de chaussettes et d'oignons  pourris : ben un vin de Durian tout simplement ! - Le blog de JACQUES  BERTHOMEAU

J’ai changé le titre ça fera plaisir à Butane&Degaz

 

Que boire avec du Durian la quintessence du goût de chaussettes et d'oignons  pourris : ben un vin de Durian tout simplement ! - Le blog de JACQUES  BERTHOMEAU

15 août 2013

 

Que boire avec du Durian la quintessence du goût de chaussettes et d'oignons pourris : ben un vin de Durian tout simplement ! ICI 

 

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30 août 2021 1 30 /08 /août /2021 06:00

Jean-Baptiste Doumeng, le milliardaire rouge - France 3 Nouvelle-Aquitaine

« Au cours de ces années soixante, Jean Pinchon, qui gravitait dans la haute finance et les cabinets ministériels, retrouva, chez des amis communs, le Satan paysan des lendemains de la Libération. Naquit entre eux une sympathie spontanée, qui alla s’approfondissant jusqu’à l’affection. Et leurs conversations évoluaient volontiers sur fond mystique, croire et prier.

 

« Ta foi ignore le pardon, accusait Pinchon.

 

- Je me pardonne moi-même, répliquait Doumeng.

 

- Il vous manque, à vous communistes, de ne pas savoir tomber à genoux, de mépriser l’humilité.

 

- Parce qu’elle se confond souvent avec l’humiliation. »

 

L’un évoquait la mort de sa mère, l’autre le décès de son père, et rien ne les opposaient en générosité ni en loyauté. Ils communiaient sur le poids et le prix de la parole donnée. Il lui arrivait d’affabuler, convient Pinchon, mais ça le stabilisait, et l’intelligence faisait tout passer.

 

Les unissait, surtout, dans les miasmes du parisianisme le même atavisme paysan : « Un cul de vache nous fait bander... »

 

Jean-Baptiste Doumeng, le milliardaire rouge"

 

L’Europe se mettait alors irrésistiblement en place, avec l’application, par le général de Gaulle, de ce Marché Commun contre lequel Jean (Doumeng) n’avait cessé de batailler. Il réagissait d’abord, et comme toujours, en paysan. Il voyait, dans la CEE, la condamnation à brève échéance des petites exploitations familiales, impuissantes, avec une compétition impitoyable, à contenir la pression des grandes concentrations de production. Il pressentait aussi la domination industrielle de l’Allemagne, et son inéluctable réunification.

 

En fait, il combattait moins l’Europe en soi, que la façon dont elle se mettait en place, avec des abandons de souveraineté qui le chagrinaient. Son hostilité découlait d’un concept fondamental, le devoir patriotique du paysan, charnellement et sentimentalement jaloux de sa terre. Il croyait ainsi en l’efficacité des vastes échanges coopératifs, plutôt qu’aux vertus d’un marché unique destiné, selon lui, à favoriser le grand capitalisme international. Il n’abdiqua jamais en ce domaine, dénonçant, jusqu’à son dernier souffle, « les absurdités d’une politique agricole commune qui conduisait au gel des terres. ». Et il s’insurgeait au spectacle « de paysans de cinquante ans, en pleine force, préférant une rente de deux mille francs par hectare pour n’y rien produire au risque de perdre de l’argent en travaillant. »

 

Il s’agissait, à ses yeux, d’une désertion impardonnable, et il jugeait scandaleux de voir l’Europe, aux possibilités de production exceptionnelles, limiter ses rendements quand le quart de l’humanité crevait plus ou moins de faim. Il s’indignait d’entendre parler d’excédents au lieu de disponibilités exportables. À ceux qui l’accusaient alors de prêcher pour ses intérêts sur le marché agro-alimentaire international, il rétorquait, avec une superbe qui se justifiait : « Sachez que ce qui est bon pour Doumeng, l’est aussi pour la France. » L’actuel malaise du monde paysan qui s’interroge de plus en plus sur sa survie donne sa pleine valeur à ce donquichottisme rural visionnaire – trop souvent ridiculisé par les passions partisanes (...) »

 

 1992 « Jean-Baptiste Doumeng » Le grand absent chez Milan par René Mauries

JEAN-BAPTISTE DOUMENG, Préface de Mikhail Gorbatchev - Slavika - Книги на  русском языке

 

26 février 2011

Jean Doumeng et le Mouton-Rothschild offert par le baron Guy de Rothschild «Encore une affaire de troc des mouflons contre des «Mouton» ICI

 

 14rothschild_lg.jpg

L’anecdote qui suit met en scène le « milliardaire rouge » le truculent Jean Doumeng citoyen du monde et de Noé et, bien sûr, le baron Guy de Rothschild. D’URSS le JBD était capable de tout importer. Ainsi il fit le commerce lucratif de tortues de jardins vendues par les oiseliers des quais de Seine. Elles venaient des rives du fleuve Amour mais la SPA s’insurgea et le big Jean se rabattit sur les animaux de ménagerie : tigres de Sibérie pour Jean Richard, chevaux de l’Oural pour Joseph Bouglione, des chameaux du désert de Gobi pour Cheynau de Leyritz.

 

Muret. Un docu sur Jean-Baptiste Doumeng sur France 3 - ladepeche.fr

 

2 juillet 2011

J.B. Doumeng sablant du Laurent Perrier Grand Siècle à l’AG de la Mutualité à Vichy joue au con et n’aime pas ça. ICI 

 

Provocateur JB Doumeng l’était. Face à une flatterie indécente ou un propos maladroit ou un comportement minable il était capable des pires extravagances qui trahissaient « ses rancœurs et défis de gosse frustré, sinon méprisé ». Ainsi à un apparatchik fat, Ministre hongrois du commerce extérieur, qui à la fin de son discours osait placer cette aumône : « À présent, cher ami français, s’il vous manque quelque chose dites-le moi... » il rétorquait

 

- Oui, monsieur le Ministre, une belle peau d’ours.

 

- Simple détail, et facile à trouver. Pour un manteau, je suppose.

 

- Pas du tout... L’hiver, ma femme et moi adorons faire l’amour, nus, sur une peau de bête, devant un feu de bois... Ça amuse les enfants... La civilisation capitaliste, trop sophistiquée, nous a coupés de la nature. »

 

 

 

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29 août 2021 7 29 /08 /août /2021 06:00

Château Prieuré-Lichine

Lorsqu’un homme du cru, Bernard Ginestet, ici d’un grand cru puisque les Ginestet furent les propriétaires du Château Margaux (de 1950 à 1977), après avoir trempé sa plume dans la fameuse « Bouillie Bordelaise » en 1975 se glisse dans la peau du romancier pour brosser le portrait de l’archétype du courtier bordelais du milieu des années 60, c’est l’assurance pour le lecteur de savourer un texte dans lequel la fiction n’est qu’une manière élégante de mettre en scène la réalité. Son héros, « Edouard Minton est l’un des plus illustres représentants de cette caste privilégiée de la bourgeoisie bordelaise, enracinée depuis des siècles dans le quartier qui porte son nom : les Chartrons. » Bernard Ginestet qui fut maire de Margaux de 1973 à 1995, pur médocain, grand dégustateur est décédé le 29 septembre 2001.

 

Le premier chapitre suit la route du Médoc. Edouard Minton notre courtier, dans sa Peugeot a rendez-vous à Mouton (un Chartronnais ne dit jamais château devant le nom d’un cru et pratique l’abréviation : Las Cases ou Lafite comme le NAP dit Roland pour Roland Garros) avec le baron Philippe de Rothschild. « En fait, les courtiers bordelais se voyaient davantage convoqués qu’invités. Ils n’avaient à choisir ni le jour ni l’heure, fussent-ils déjà pris ou grippés »

 

Les Chartrons - Bernard Ginestet - Achat Livre ou ebook | fnac

 

31 août 2010

Le courtier bordelais vu par Bernard Ginestet, « Beychevelle mettait son linge à sécher devant la grille de fer forgé de Branaire. » ICI 

 

 

Sacha Lichine,
 
Château d’Esclans :

 

“Devenir une véritable marque internationale” ICI

Sacha Lichine est né à Bordeaux, a grandi aux États-Unis et vit désormais entre New York et la Provence où il a acheté il y a 10 ans le désormais célèbre Château d’Esclans, près de Fréjus. Il y élabore le rosé le plus cher du monde, la cuvée Garrus, mais également le Whispering Angel qui a fait connaître le côtes-de-Provence dans le monde entier.

 

Comment vient l’idée, quand on est Bordelais, de partir faire du rosé en Provence ?

 

J’ai vendu ma propriété bordelaise en 1998 pour faire du rosé un grand vin, un vin que l’on a envie de boire… au cas où on n’arriverait pas a le vendre. Je n’avais plus envie de rester à Bordeaux car il me semblait difficile de faire plus sur des terroirs qui ne changeaient pas et je n’avais pas envie de faire les bordeaux sur-extraits d’aujourd’hui. Il est vrai que Parker a beaucoup contribué au succès de Bordeaux ces dernières années mais il l’a aussi beaucoup abîmé avec des vins titrant a plus de 14% vol. En Provence, tout était à faire. Mon père, Alexis Lichine, aimait déjà le rosé et je voulais faire la différence dans cette catégorie, prouver qu’il pouvait y avoir de l’élégance dans les rosés, même si le consommateur n’est pas toujours prêt à payer pour la baisse de rendements nécessaire à une montée en gamme – on a une moyenne de moins de 40 hl/ha sur la propriété, on descend à 25 pour Garrus. A mon arrivée, le prix du côtes de Provence était à 85 €/hl; aujourd’hui il est à 230 et ça commence à faire vivre toute une région.

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28 août 2021 6 28 /08 /août /2021 06:00

Emetteur de Sottens - rts.ch - Un jour une heure

RTS
Emetteur de Sottens - rts.ch - Un jour une heure

Je crois aux fenêtres du hasard, grandes ouvertes, il suffit d'être au bon endroit au bon moment, disponible, pour y faire de belles découvertes, de belles rencontres, parfois même d'emprunter un nouveau chemin, de s'y risquer, de se dire : «nous allons y arriver »

 

Ce matin, en vous proposant l'une des nouvelles de Gérard Aimonier-Davat, je concrétise, avec plaisir, une forme d'échappée belle, de partage, une parcelle de douceur dans un monde de brutes...

« Le nouvelliste a le sentiment de diriger le lecteur : il l'empoigne à la première phrase pour l'amener à la dernière, sans arrêt, sans escale, ainsi qu'il est habitué à le faire au théâtre. Les dramaturges aiment la nouvelle parce qu'ils ont l'impression qu'elle ôte sa liberté au lecteur, qu'elle le convertit en spectateur qui ne peut plus sortir, sauf à quitter définitivement son fauteuil. La nouvelle redonne ce pouvoir à l'écrivain, le pouvoir de gérer le temps, de créer un drame, des attentes, des surprises, de tirer les fils de l'émotion et de l'intelligence, puis, subitement, de baisser le rideau. »

 

Concerto à la mémoire d'un ange (nouvelles), Journal d’écriture Éric-Emmanuel Schmitt

 

Je partage cette approche de la nouvelle et, Gérard Aimonier-Davat y excelle ; la nouvelle de lui que j’ai choisie : le cloppet m’a touché au cœur, j’y ai retrouvé ma part d’enfance, ce vécu dans sa simplicité dépouillée, sans afféteries ni fioritures. De la belle ouvrage, sincère, emprunte de vérité, qui aurait dû être reconnue par un éditeur de notre Paris où tout se joue...

 

 

« La Nouvelle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. »

 

Charles Baudelaire, Nouvelles histoires extraordinaires, 1857

 

 

 

 

C’était une habitude. C’était sa nature. Depuis toujours, dans ma mémoire, je le voyais, après déjeuner, se laisser choir de tout son poids dans son vieux fauteuil de rotin, au coin de la console sur laquelle trônait sa T.S.F.

 

Il se penchait sur le côté et régulièrement, au moment même où il tournait le bouton de bakélite, s’élevait cette voix venue d’un autre monde :

 

« ICI RADIO SOTTENS. »

 

Était-il toujours à l’heure ?

 

Ou bien l’attendait-on pour commencer l’émission ?

À l’époque, j’inclinais pour la seconde question et répondais « OUI » sans la moindre hésitation.

 

Car jamais je ne l’avais surpris consultant discrètement son gousset dont la chaîne rayait d’un trait argenté le devant de son gilet.

 

« RADIO SOTTENS » était la seule voix autorisée à sortir de derrière le rideau tendu qui obstruait la lune du poste.

 

La seule voix a pouvoir donner avec justesse l’heure, le temps et ses caprices et les NOUVELLES.

 

(Plus tard, me hasardant à tourner les boutons je m’aperçu que ce poste n’était pas habité par l’unique voix qui nous égrenait, monotone, ce qu’on appelle aussi « le journal parlé »

 

Au dernier mot de ce chapelet égrené sans passion, il tournait le bouton, se calait entre les accoudoirs et fermait les yeux.

 

C’était un bel homme en dépit de son âge.

 

C’était aussi un homme bon. Il avait un visage rond, bien rempli. De petits yeux vifs et noirs et une calvitie d’une grande noblesse où quelques mèches noires et disciplinées par une brillantine Roja soigneusement lissée, tentaient comme ces rideaux de perles de buis qu’on tend à nos portes l’été, d’apporter un peu d’ombre à ce crâne majestueux.

 

À cette heure, il était toujours vêtu de noir sur sa chemise blanche à col cassé et son nœud papillon n’était jamais pris en défaut de trop papillonner.

 

Je l’aimais ainsi, satisfait et repu, s’endormant pour vingt minutes, calé dans ses coussins.

 

Il avait les jambes tendues, les pieds dressés dans ses chaussettes noires, et ses « vernis » docilement garés, reposaient sous l’entretoise du siège. Je l’écoutais dormir.

 

Parfois, un ronflement lui échappait. Je riais comme un fou. Et elle qui faisait la vaisselle en silence, me regardait, l’œil coquin, un doigts posé sur les lèvres : « Chut ! Ne fait pas le nigaud. Murmurait-elle. » Mais je sentais bien au fond de moi qu’elle était complice de ma joie et qu’elle attendait le prochain ronflement pour me regarder à nouveau.

Je crois qu’il ne pensait à rien. Car il avait déjà fait tant de choses depuis qu’avant le soleil se lève et il lui en restait tant à faire, que mieux valait baisser le rideau et faire le vide. « Le temps d’un cloppet*... »

 

Il avait commencé au point du jour par un café chicorée, avant de passer à l’étable. Puis, au jardin. Qu’elle que fut la saison, il y avait toujours une place réservée au jardin.

 

Et puis la vigne ! qui devenait la cave, puis l’alambic, puis à nouveau la cave et la vigne...

 

Je crois qu’elle fut sa compagne majeure et qu’en dépit de toutes les déceptions qu’elle pouvait apporter cette vigne fut sa vie. Et sa mort.

 

Car au gré des saisons, on allait de vigne en cave et de cave en vigne, pour finir au creux de l’hiver ou au chaud de l’été par ne plus aller que de cave en cave.

 

Pour qui ne connaît pas nos caves, il n’est pas possible aujourd’hui de simplement imaginer ce qu’elles furent en ce temps-là. La sienne était un royaume.

 

Une voute constellée de cristaux étincelants, concrétions centenaires de toutes ces effluves de vins qui y avaient  mûri et vieilli dans les huit futs de chêne qui semblaient dormir, silencieux et immobiles sur leurs lourdes traverses.

 

Tous chapeautés du même bouchon de bois que bordait la dentelle vineuse d’un carré de jute assurant ni trop, ni trop peu, l’étanchéité de la fermeture.

 

J’aimais voir ses doigts, agaçant le bouchon avec complicité pour ouvrir ce merveilleux orifice où je devinais cette petite lune qui miroitait en oscillant à la surface du gamay ou de l’aligoté.

 

  •  Regarde ! Me disait-il me portant jusqu’au faîte du fût... Comme il est beau, respire comme il sent bon.

Et il éclatait la surface du bout de tuyau de caoutchouc rouge avec lequel il siphonnait la bouteille du repas.

 

J’étais en admiration devant lui et je regardais s’écouler ce liquide vermeil qu’il me semblait être le seul capable d’amener ainsi à sa perfection.

 

Parfois, il me tendait un verre et m’en accordait une goulée en riant. Et je frissonnais autant de joie que de la surprise de la fraîcheur soudaine qui m’inondait la bouche.

 

La cave, ce temple des profanes où les hommes pouvaient parler tant d’heures, sans qu’un silence interrompe la joute et où, le temps passant, le vin aidant, les langues se faisaient plus impatientes encore de livrer leurs secrets.

 

Mais quels secrets ?

 

Dieu nous garde de les sortir de ce confessionnal du bonheur ! Il étaient l’émanation de toutes ces senteurs, ce bois humide, celle du raisin sûri, celle de la cigarette mouillée, celle de l’humide odeur de la mousse qui accompagnait l’escalier jusqu’à la porte de chêne noirci.

 

Et les rires partaient si fort sous la voute qu’ils appelaient par leur écho, d’autres rires et d’autres mots plus scabreux que femme n’aurait ouï sans en rougir jusqu’aux seins.

 

Ah ! Je les avais écoutés des heures entières, étendu sur le sol du sarto, au-dessus de la cave, là où la trappe à moût permettait au jus de couler du pressoir vers les cuves en fond de cave et où la voute percée semblait aspirer vers le haut tous ces éclats de joie.

 

Que dire des Margots, troussées contre un fût, le temps d’en tirer deux litres d’aligoté ? Les ceintures de flanelle tenaient dans leur étau des reins trop cambrés ou des ventres trop lourds toujours en appétit. Et la grand’messe de la vigne s’épanouissait dans ce sacrement de la chair et du vin.

 

Je le contemplais comme on peut le faire d’une idole dont on attend le meilleur et le pire à la fois, sans que pourtant le pire puisse un instant paraître infamant.

 

Venait la saison de l’alambic où la blanche coulait chaude et où sans la moindre vergogne les dames-jeannes clandestines disparaissaient avant que n’arrive le gabelou.

 

Dans la dernière passée, il y cuisait les choux et les saucisses.

 

C’était lui, le grand maître des cérémonies. Lui seul qui savait quand et comment tout serait à point.

 

L’ai-je vu un jour tituber ? Non, je crois qu’il en était incapable, tant ses jambes étaient solidement amarrées à cette terre qu’il connaissait mieux que tout autre.

 

Pouvait-il réellement, tout le temps d’un cloppet, tirer le rideau et oublier tout ça ? lui qui savait d’un coup et sans s’en tirer un râle, égorger un cochon et me lancer en riant après l’avoir gonflée, une vessie translucide et brillante de tous ses vaisseaux vides. Il était là.

 

Dan son vieux rotin. Un peu plus vieux lui-même qu’il ne l’était autrefois. Et sans autre tourment, il s’était endormi, le temps d’un cloppet.

Et ce jour-là, lorsque le ronflement lui échappa, nous sentîmes elle et moi qu’il n’avait su le rattraper.

 

Je me levai, plus pesamment que vingt années plus tôt et lui tapotai les mains qu’il avait croisées sur le ventre, c’est à cet instant qu’il se replia et d’un coup je le vis s’abotasser * sur ses genoux.

 

Il était parti sans crier gare. Il avait, j’en étais certain maintenant, baissé le rideau et fait le vide le temps d’un cloppet.

 

Quand on part pour l’éternité, est-ce bien plus long et bien plus douloureux que le temps d’un cloppet.

 

Les galets du Chéran.: Petites nouvelles du Pays: Amazon.fr: Aimonier Davat,  Gérard: Livres

 

Le Cloppet in Les Galets du Chéran Gérard Aimonier-Davat petites nouvelles du pays alpin

 

*le cloppet : la sieste après déjeuner

 

* s’abotasser : s’affaler en patois

L'ail des ours par Gerard Aimonier-DavatAiGérard Aimonier-Davat

 

 

Chevalier des Arts et des Lettres, Gérard Aimonier-Davat est né à Aix-les-Bains en 1940.


Ses précédents ouvrages sont, Mourir à Tobago, Les galets du Chéran, L'apparence d'amour, Dérive, L'ail des ours, amour plus que raison.

nier-Davat

16 janvier 2007

Des caves et des hommes en Vendée ICI

 

" En Vendée, dans le canton de La Châtaigneraie où s'est déroulée cette recherche, la "cave" est non seulement le lieu où se fabrique et se garde le vin mais l'espace d'une sociabilité masculine qui s'exprime tout particulièrement au cours des "descentes" et des "visites" que se rendent les hommes à l'occasion de tournées rituelles qui concernent les jeunes. la suite ICI 

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26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 06:00

photoorange.JPG

En 1973, Jean-Louis Bory, critique cinéma au Nouvel-Observateur, publie Ma moitié d'orange aux éditions Julliard, pour défendre les droits des homosexuels, ce fut un succès : une éternité !


 

Des goûts et des couleurs on ne dispute ou discute pas, dit-on. Quand est-il de l’orange ?


 

Michel Pastoureau dans son « dictionnaire des couleurs de notre temps » pose une batterie de questions.


 

« Pourquoi les tons orangés, qui peuvent être si séduisants lorsqu’ils sont produits par la nature, sont-ils si laids, si vulgaires lorsqu’ils sont fabriqués par l’homme ? Qu’y a-t-il dans la couleur orange des fleurs et des fruits qui soit à ce point inimitable ? Pourquoi l’écart entre la couleur naturelle et la couleur artificielle est-il plus grand pour la gamme des nuances orange que pour n’importe quelle autre gamme de couleur ? Les hommes ne savent pas encore répondre à  ces questions… ».


 

Le naturel et l’artificiel, pouvais-je rêver d’une plus belle introduction pour ce qui m’amène à chroniquer en ce matin de vendredi du vin ?


 

Quelle place a occupé et occupe l’orange dans ma vie me suis-je dit ?


 

Sans nul doute, ma première relation avec l’ORANGE est due à celle qu’on déposait dans mes petits souliers de Noël :

 

22 février 2013

Ma vie en ORANGE du début à la fin où elle tombe dans le vin pour les Vendredis du Vin ICI 

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24 août 2021 2 24 /08 /août /2021 06:00

Livre: Les Vendéens de la Garonne, Jean-Clément Martin, Ivan Davy, Faits et  gestes, 9782867500145 - Leslibraires.fr

L’émigration, nous les  Vendéens nous connaissons, certains d’entre nous, parents ou voisins ont fait leur balluchon et ont vécu la condition d’émigrés de l’intérieur. Il ne s’agit pas de ce que l’on qualifie d’exode rural puisque, comme bien des départements ruraux de France, la Vendée a été affectée par des départs significatifs de sa population au tournant du XXe siècle : les Vendéens sont allés à la recherche de terres à cultiver qu’ils ne pouvaient pas se procurer sur place. Trop de bras, la misère ordinaire, et ce n’est pas si loin de nous puisque le mouvement migratoire a duré jusque dans les années 50. Le texte qui suit est à méditer par nous tous, je l’avais publié en janvier 2006 sur mon Espace de liberté et il m’a semblé d’actualité pour inaugurer cette nouvelle rubrique.

 

Archives du samedi du Taulier : les Vendéens de la Garonne, ces étrangers  suscitent au moins l'ironie et jusqu'au dégoût - Le blog de JACQUES  BERTHOMEAU

14 avril 2012

Archives du samedi du Taulier : les Vendéens de la Garonne, ces étrangers suscitent au moins l'ironie et jusqu'au dégoût ICI 

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23 août 2021 1 23 /08 /août /2021 06:00

Susan Sellers fait le fabuleux récit d'un improbable mariage

Je ne l’ai pas lu, je l’apporte avec moi en vacances.

 

Amazon.fr - Un oiseau de feu - Sellers, Susan, Lacroix, Constance - Livres

 

Sous un tonnerre d’applaudissement, Lydia quitte la scène, chargée de bouquets, dont l’un uniquement d’orchidées, fleur de prédilection de Diaghilev. Il n’a inscrit qu’un mot sur la carte épinglée à la gerbe : Bravissima ! Elle lève les yeux vers sa loge et le salue, avec Serge Lifar, son partenaire dans cette entreprise triomphale de L’Oiseau de feu. Et elle aperçoit Maynard qui applaudit avec tant de frénésie que ses mains en paraissent floues…

 

…Maynard Keynes, son mari, le célèbre économiste, dont les gouvernements britannique, américain et même soviétique s’arrache les conseils, et qui, à quarante ans passé, est tombé amoureux fou de la danseuse étoile des Ballets Russes, lui qui n’avait connu jusque-là que des liaisons homosexuelles. Et elle, la belle Lydia Lopkova, qui a dix ans dansait Casse-Noisette devant le tsar Nicolas II, devenue une star au fil d’une carrière professionnelle et amoureuse mouvementée.

 

Un oiseau de feu, de Susan Sellers: Keynes et la danseuse russePortrait de John Maynard Keynes (1883-1946), économiste britannique et sa femme Lydia Lopokova, le jour de leurs fiançailles en 1925 à Londres. ©Aisa/Leemage

 

Leur liaison improbable, puis leur mariage, inattendu, à Londres en 1925, stupéfia et émut l’Angleterre, en particulier leurs amis du fameux Groupe de Bloomsbury, dont Virginia Woolf, qui commença par s’y opposer… Voici leur histoire.

 

John Maynard Keynes et sa femme Lydia Lopokova. ©BELGAIMAGE

 

CRITIQUE

 

TRIEB   28 juin 2021

 

Nous avons tous entendu parler de la « Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie », écrite dans les années trente par John Meynard Keynes, professeur renommé et économiste de son état, auteur de la doctrine économique associée à son nom : le keynésianisme. Susan Sellers, dans une biographie romancée, évoque ce personnage sous un tout autre angle : celui de sa vie privée, de ses repères moraux, de sa conduite, de ses relations mondaines, littéraires avec le groupe de Bloomsbury, auquel appartenaient entre autres Virginia Woolf, Stephen Woolf, son époux, Lytton Strachey, écrivain, Bell Clive, critique d'art, ou encore Vanessa Bell, soeur de Virginia, peintre et décoratrice.

 

C'est à un duo que nous convie Susan Sellers, un rendez-vous culturel entre Keynes , un universitaire reconnu, embourgeoisé , issu de Cambridge, un pur produit de l'élite britannique ; et Lydia Lopokova, une danseuse russe , dont la formation et l'arrière-plan artistique sont forment marqués par l'empreinte des Ballets russes, de Diaghilev, et de Nijinski .Cette artiste a rencontré Mikhaïl Fokine, célèbre danseur chorégraphe russe, Isadora Duncan, danseuse en rupture avec les canons de la danse classique .

 

Très vite, des obstacles surgissent, des objections notamment formulées par Virginia et Vanessa s'élèvent avec insistance : cette Lydia n'est-elle pas trop bohème, imprévisible ? A-t-elle assimilé les usages de la common decency anglaise ?

 

Keynes, de son côté, apparaît comme un homme sûr de lui, de son importance, de ses proches. Ainsi n'envisage-t-il jamais des poursuites contre lui en raison de ses pratiques homosexuelles : « Non que ses orientations sexuelles lui aient jamais attiré de réactions ouvertement hostiles. Bien au contraire, à Eton puis Cambridge, et même au ministère des Finances, il a toujours été, sinon explicitement reconnu, du moins tacitement entendu que sa vie privée ne concernait que lui et devait être respectée. »

 

Avant qu'il ne se marie avec Lydia, contre toute attente, Keynes est séduit, définitivement, par cette artiste, cet Oiseau de feu, oeuvre de Stravinsky, montée par les Ballets russes. Il reconnaît Lydia comme appartenant à son monde : celui des élites, des artistes, des marginaux : « Elle lève les yeux vers sa loge et le salue, avec Serge Lifar, son partenaire dans cette reprise de l'Oiseau de feu. Et elle aperçoit Meynard qui applaudit avec tant de frénésie que ses mains en paraissent floues. »

 

. Un oiseau de feu nous fait pénétrer dans les arcanes du groupe de Bloomsbury, dans l'histoire de la danse russe, peu de temps avant le bouleversement provoqué par la révolution d'Octobre, les références littéraires et artistiques y sont riches, fréquentes : on y apprend énormément, on prend plaisir à cette radiographie du désir, à cette dissection des sentiments humains. Ouvrage à recommander sans conditions

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22 août 2021 7 22 /08 /août /2021 06:00

Une botte d'asperges — Wikipédia

La Passoire aux Petits Pois

Anne Horlaville
La Passoire aux Petits Pois ICI

« À cette heure où je descendais apprendre le menu, le dîner était déjà commencé, et Françoise, commandant aux forces de la nature devenues ses aides, comme dans les fééries où les géants se font engager comme cuisiniers, frappait la houille, donnait à la vapeur des pommes  de terre à étuver et faisait finir à point par le feu les chefs-d’œuvre culinaires d’abord préparés dans des récipients de céramiste qui allaient des grandes cuves, marmites, chaudrons et poissonnières, aux terrines pour le gibier, moules à pâtisserie, et petits pots de crème en passant par une collection complète de casserole de toutes dimensions. Je m’arrêtais à voir sur la table, où la fille de cuisine venait de les écosser, les petits pois alignés et nombrés comme des billes vertes dans un jeu ; mais mon ravissement était devant les asperges, trempées d’outremer et de rose et dont l’épi finalement pignoché de mauve et d’azur se dégrade insensiblement jusqu’au pied, – encore souillé pourtant du sol de leur plant, – par des irisations qui ne sont pas de la terre. Il me semblait que ces nuances célestes trahissaient les délicieuses créatures qui s’étaient amusées à se métamorphoser en légumes et qui, à travers le déguisement de leur chair comestible et ferme, laissaient apercevoir en ces couleurs naissantes d’aurore, en ces ébauches d’arc-en-ciel, en cette extinction de soirs bleus, cette essence précieuse que je reconnaissais encore quand toute la nuit qui suivait un dîner où j’en avais mangé, elles jouaient, dans leurs farces poétiques et grossières comme une féerie de Shakespeare, à changer mon pot de chambre en un vase de parfum […]

 

 

22 décembre 2016

À la table de Françoise à Combray Marcel Proust appréciait la variété les menus de campagne. ICI 

À la table de Françoise à Combray Marcel Proust appréciait la variété les menus de campagne.

 

Françoise

 

« Cuisinière de tante Léonie à Combray. Elle a une forte personnalité, fait preuve d’un rude bon sens paysan et alterne attentions et rudesse mais fait toujours montre d’une grande fidélité envers la famille du narrateur (1). C’est une excellente cuisinière et sait varier les menus avec les saisons pour le plus grand plaisir de la famille (2). Elle peut faire preuve de cruauté aussi bien envers les animaux qu’envers ses semblables, en particulier les gens humbles comme les domestiques de la maison (3) mais à l’inverse elle est d’une fidélité exemplaire vis-à-vis de sa maîtresse Léonie et s’occupera d’elle durant sa maladie puis son agonie avec beaucoup d’abnégation (4). »

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