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11 décembre 2017 1 11 /12 /décembre /2017 06:00
Pour 1 livre de safran, il faut 75 000 fleurs cueillies à la main, 5 000 euros le kg, et comme le bon vin il vieilli bien ! Laurent Cazottes et les De Moor
Pour 1 livre de safran, il faut 75 000 fleurs cueillies à la main, 5 000 euros le kg, et comme le bon vin il vieilli bien ! Laurent Cazottes et les De Moor

Mon ami Laurent Cazottes, celui qui distille, m’a offert dans un petit pot des pistils de safran. Ils ont rouge.

 

C’est un très beau cadeau.

 

Le safran qui est le pistil du crocus sativus et le mot provient du persan za’faran qui signifie « jaune ».

 

 

Et puis, vendredi dans ma revue de presse je tombe sur un article dans le Courrier International : Agriculture. Le safran fleurit sur des terres inattendues 

OZY - MOUNTAIN VIEW (CALIFORNIE)

Publié le 08/12/2017

 

Traditionnellement cultivée en Iran, l’épice la plus chère du monde s’acclimate désormais un peu partout, du Canada à la Nouvelle-Zélande, aux USA, en Angleterre

 

« Le safran suscite énormément d’intérêt. C’est un produit mystérieux, fascinant et imprévisible. »

 

Micheline Sylvestre qui vit à Lanaudière, au Québec, à une centaine de kilomètres au nord de Montréal, et elle cultive cette plante depuis quatre ans seulement. Son entreprise, Emporium Safran, fait partie de cette vague de nouvelles plantations de safran qui fleurissent en Amérique du Nord, en Europe et même en Nouvelle-Zélande. Partout dans ces contrées, une nouvelle industrie émerge.

 

C’est l’épice la plus chère du monde. Aux États-Unis, son prix de détail tourne autour de l’équivalent de 5000 euros le kilo. Cest en partie dû au fait quil demande beaucoup de travail : pour une livre de safran, il faut 75000 fleurs, et elles sont cueillies à la main.

 

Les amish étaient des précurseurs ça c’est pour Alice et Olivier de Moor

 

« Aux États-Unis, la culture du safran n’est pas nouvelle : les communautés amish de Pennsylvanie en font pousser depuis trois cents ans, précise Arash Ghalehgolabbehbahani (chercheur à l’université du Vermont). Micheline Sylvestre a d’ailleurs rencontré l’un des producteurs amish lors de la formation dispensée par l’université du Vermont, en mars. « La salle était pleine à craquer », raconte-t-elle.

 

En fait, aux États-Unis, l’engouement pour la culture de cette épice s’étend bien au-delà de la communauté amish. »

 

« On en faisait autrefois pousser de grandes quantités dans le sud de l’Angleterre, jusqu’à ce que les goûts culinaires changent, il y a deux cents ans. Aujourd’hui, des fermes telles que Norfolk Safran font renaître le safran anglais. En Suisse, les champs de safran du village de Mund voient affluer les touristes depuis dix ans. »

 

Laurent Cazottes habite à Villeneuve/Vère dans le Tarn. Le  terroir du Tarn, cœur de l’Occitanie, est réputé depuis des siècles pour la qualité de son safran. Tout comme le pastel, la culture du safran de cocagne a été florissante dans la région du Moyen-Âge jusqu’au XVIIIe siècle.

 

Safran produit dans le Quercy © AFP

 

90% de la production vient d’Iran

 

Reste qu'en 2015, 93% de la production mondiale venait d'Iran (soit 350 tonnes annuelles) où la main-d’œuvre est moins chère et la sélection des stigmates moins stricte, les autres pays se partageant le reste (Espagne, Maroc et le Cachemire). «Les caractéristiques climatiques du plateau iranien conviennent à cette fleur, qui pousse de préférence dans les régions sèches et froides à plus de 1000 mètres d’altitude ; c’est pourquoi le safran d’Iran a été de tout temps le meilleur du monde. L’Iran détient depuis des siècles le quasi-monopole de la production de ce produit agricole le plus cher du monde, surnommé l’or rouge»

 

Les exportations de safran ont généré 384 millions dollars de revenus pour le pays en 2013. Mais l'’embargo a pesé sur les exportations du pays. La levée de cet embargo devrait donc profiter au pays qui aurait souffert de contrefaçons.  Les sanctions ont créé «un grand marché pour la contrefaçon, avec des produits colorés artificiellement. Et d’autres pays ont agi comme intermédiaires en important la véritable épice iranienne, en changeant les étiquettes et en exportant vers le reste du monde en leur nom, à des prix plus élevés», souligne le Guardian, cité par Slate. 

 

Un peu d’histoire :

 

En Irak, on a retrouvé des traces de safran dans des peintures de mammouths datant de la préhistoire.

 

Les Sumériens utilisaient le safran sauvage pour la magie (5000 ans avant notre ère).

 

Cantique des cantiques 4-13

 

Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée, Une source fermée, une fontaine scellée.

 

Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers, Avec les fruits les plus excellents, Les troènes avec le nard;

 

Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome, Avec tous les arbres qui donnent l'encens; La myrrhe et l'aloès, Avec tous les principaux aromates;

 

Une fontaine des jardins, Une source d'eaux vives, Des ruisseaux du Liban.

 

Ce n’est qu’à partir de 2000 ans avant notre ère qu’on commence à le cultiver en Crète.

 

Une épice mythique

 

Le safran est connu depuis la plus haute antiquité. Les Grecs anciens en avaient fait un mythe, Crocos, et les fresques minoennes de Santorin dans les Cyclades montrent la plante et des cueilleuses de safran.

 

Fresques d'Akrotiri à Santorin (Grèce) montrant des cueilleuses de safran. © AFP

 

Pour les assyriens c'est est un symbole de pureté, ils le font cueillir uniquement par de jeunes vierges.

 

Ce sont les commerçants Phéniciens qui ont répandu le safran dans toute l’Europe.

 

Chez les Grecs, les Égyptiens ou les Romains, l'utilisation du safran était variée : parfum, remède, aromate et colorant.

 

Un papyrus égyptien datant 1550 avant JC, énonce les propriétés du safran pour la santé. Des médecins tels qu’Hippocrate, Homère, Virgile connaissaient déjà les vertus stimulantes, digestives et antispasmodiques du safran.

 

Lorsque Néron est entré dans Rome, du safran était répandu sur son passage.

 

Alexandre le Grand était féru de safran : il en consommait dans son thé, son riz et en saupoudrait dans son bain, croyant en la capacité du safran à soigner ses blessures et accroitre son courage.

 

Michel-Ange s’est servi du safran pour peindre la chapelle Sixtine.

 

Les pirates du 14ème siècle de la Méditerranée préféraient piller les bateaux de safran que les bateaux d’or ! Face à l'augmentation des actes de piratage, les Bâlois ont débuté leur propre culture du safran, ce qui en fit en quelques années une des villes les plus riches d’Europe.

Source : l’île aux épices

 

Le safran est principalement cultivé pour son goût très apprécié en cuisine. Il sert à parfumer et colorer tous les plats.

 

La technique pour utiliser le safran en pistil est simple : faites chauffer un peu d’eau (une dizaine de cl), et laissez infuser les pistils (1 ou 2 pistils par personne) au moins 3h mais jusqu’à une journée entière ! On peut couper le pistil en deux ou trois pour une meilleure infusion.

 

Vous pouvez utiliser l’infusion de safran partout, par exemple : la paella, la bouillabaisse, dans vos soupes, légumes ou viandes blanches.

 

Le pistil s’utilise aussi avec le poisson, mais peut aussi entrer dans la composition de desserts. On peut décrire le parfum du safran comme du miel possédant de subtiles consonances métalliques.

 

En Iran, il est utilisé dans le chelow kebab, plat traditionnel. En Suisse on le préfère dans les desserts, comme dans les brioches.

 

Le safran colore le riz, mais il parfume aussi le fromage dans de nombreux pays.

 

En Italie, c'est l’ingrédient incontournable du célèbre Risotto alla Milanese.

 

 

Le safran est aussi utilisé depuis l’Antiquité comme un colorant. Les stigmates du safran produisent une couleur jaune-orangée. Plus la quantité de safran est importante, plus la couleur du tissu devient rouge. Les moines bouddhistes portent traditionnellement une tunique de couleur safran.

 

 

Le fameux blond vénitien des femmes de la renaissance italienne, était obtenu en s'enduisant les cheveux d'un mélange de Safran et de citron, puis en s'exposant au soleil.

 

Le safran possède de nombreuses propriétés médicinales.

 

« Clos du Val d'Éléon »

 

Vin blanc

 

Appellation : Alsace

 

Cépages principaux : Assemblage à part égales de Pinot Gris et Riesling.

 

Terroir : Sols de schistes gris de Villé, situé en aval du clos Rebberg.

 

Viticulture : Biodynamie certifiée Biodyvin depuis 1995.

 

Vinification : Pinot Gris vendangé, pressés et vinifié en foudre. Rejoint une dizaine de jours plus tard par les Rieslings à la maturité plus tardive. Fermentation courtes (dégradation des sucres rapide). La fermentation malolactique est effectuée pour gagner en rondeur et éviter une acidité trop marquée. Puis l'élevage sur lies fines avec batonnage pour extraire les composés aromatiques.​​​​​​​

 

Le Domaine

 

Le domaine se situe à Andlau, en Alsace, à mi-chemin entre Strasbourg et Colmar, dans la partie du Piémont des Vosges. Blotti au pied des montagnes, le vignoble bénéficie d’un climat continental et se partage une mosaïque de terroirs complètement opposés dans leur géologie : grès rose des Vosges (g.c. Wiebelsberg), schiste noir (g.c. Kastelberg), schiste bleu (Clos du Val d'Eléon et Clos Rebberg), et marno-calcaro-gréseux (g.c. Moenchberg).


 
Marc Kreydenweiss a transmis sa passion du vin, des terroirs et de la biodynamie à ses enfants. Antoine Kreydenweiss a repris les rênes du vignoble alsacien en 2007 accompagné de Charlotte, leurs filles Zoé, Lilou et Léonie, de l’équipe et de son cheval comtois. Ensemble ils affichent une même passion : produire des vins avec une personnalité en mettant en valeur l'âme de chacun de ses terroirs.


 
Le Domaine comprend 13.5 hectares de vignes, dont les 3 grands crus d’Andlau : Wiebelsberg, Moenchberg et Kastelberg. Un autre grand cru : le Kirchberg de Barr a rejoint le panel diversifié du domaine.


 
La vinification est réalisée de façon la plus naturelle, dans le respect de l'équilibre de chaque vin. Chaque année, ce sont quelques 70 000 bouteilles qui sont produites.



La notoriété du domaine est mondiale, présent au Japon, Etats-Unis, Norvège, à travers toute l’Europe et bien évidemment en France. 


 
Le vigneron fait appel chaque année à un artiste différent pour illustrer les étiquettes. En unissant la créativité de l’artiste et le savoir-faire du vigneron, chaque bouteille se transforme en une pièce unique.


 
La biodynamie appliquée depuis 1989 fait partie intégrante des activités du domaine.

 

ICI 

Pour 1 livre de safran, il faut 75 000 fleurs cueillies à la main, 5 000 euros le kg, et comme le bon vin il vieilli bien ! Laurent Cazottes et les De Moor
Pour 1 livre de safran, il faut 75 000 fleurs cueillies à la main, 5 000 euros le kg, et comme le bon vin il vieilli bien ! Laurent Cazottes et les De Moor
Pour 1 livre de safran, il faut 75 000 fleurs cueillies à la main, 5 000 euros le kg, et comme le bon vin il vieilli bien ! Laurent Cazottes et les De Moor
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10 décembre 2017 7 10 /12 /décembre /2017 06:00
Édouard Philippe s’est inscrit les pas des « géants » – Michel Rocard, Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou, les canaques au temps d’Évelyne Pisier

« J’ai confiance. » C’est par ces mots qu’Edouard Philippe a conclu son discours devant le Congrès de Nouvelle-Calédonie, mardi 5 décembre, dernier jour de son séjour sur le territoire. Un déplacement de quatre jours durant lesquels il aura rencontré l’ensemble des responsables politiques du territoire et des trois provinces, échangé longuement avec chacun avant de s’adresser aux élus en ce jour anniversaire de la mort des « dix de Tiendanite », dix jeunes Kanak, dont deux frères de Jean-Marie Tjibaou, massacrés dans une embuscade le 5 décembre 1984, et sur la tombe desquels il s’était recueilli deux jours plus tôt.

 

Quatorze ans plus tard, l’accord de Nouméa du 5 mai 1998 a ouvert un processus devant conduire à la consultation prévue au plus tard en novembre 2018 qui permettra au « peuple calédonien » de se prononcer sur l’accession du territoire à la pleine souveraineté. Pour la première fois, en effet, le premier ministre a utilisé ce terme dans l’hémicycle en évoquant un « destin commun » qui se nourrit d’« une identité calédonienne en construction », de la « permanence d’une identité ancestrale » et du « surgissement d’une identité commune ».

 

M. Philippe s’est inscrit dans les pas des « géants » – Michel Rocard, Jacques Lafleur et Jean-Marie Tjibaou – qui, en 1988, ont balisé le chemin pour parvenir à construire un avenir en commun. « Ils ont montré ce que peut faire la volonté politique », et depuis, a-t-il déclaré aux élus, « vous avez fait fructifier un actif immatériel d’une valeur considérable ».

 

En savoir plus ICI 

 

Les accords de Matignon ça vous dit quelque chose ? 1936 ? Non ceux du 26 juin 1988 ! La poignée de mains Lafleur-Tjibaou c'est loin, vous avez oublié. Et pourtant, sur le Caillou - la Nouvelle Calédonie – ces deux-là, quelques temps avant, ne semblaient pas fait pour s'entendre. Le sang avait coulé. Rocard nommait une mission de conciliation emmenée par Christian Blanc pour renouer les fils du dialogue, sortir des postures, retrouver la confiance, aller à l'essentiel : les accords Matignon c'est un feuillet dactylographié.

 

 

L'encre était à peine sèche que Rocard demandait à Henri Nallet de se rendre sur le Caillou. Je suis du voyage. Une trentaine d'heures de vol jusqu'à Nouméa sur UTA. Nous allons d'abord à Wallis et à Futuna en Transall.

 

Retour à Nouméa, la résidence du Haut-Commissaire, un parfum colonial, mais nous ne sommes pas là pour faire du tourisme : le Nord, territoire kanak, puis les éleveurs caldoches, enfin l'île de Lifou et son jeune chef à l'écharpe rouge qui a fait ses études à la Sorbonne, danses traditionnelles des guerriers lances à la main, on palabre, on mange des ignames, on crapahute, le FLNKS et le RPCR, le début d'un processus de paix...

 

Une anecdote pour finir ce petit papier : « Jacques Lafleur ne boit jamais une goutte d'alcool, il pourrait en mourir. Mais par un bel après-midi d'hiver austral, seul dans sa propriété d'Ouaco perdue dans le nord de la Nouvelle-Calédonie, il s'est versé une coupe de champagne... »

 

Dans le roman à 4 mains d’Évelyne Pisier et Caroline Laurent Et soudain la liberté, la jeune Lucie (Évelyne Pisier) arrive avec ses parents à Nouméa en provenance de Saigon, « Hô Chi Minh et Giáp étaient grand vainqueurs. La France balayée, cèderait le terrain aux Américains », « Le voyage fut éprouvant : une vingtaine d’heures, avec deux escales en Australie, pour parcourir les 7500 km qui les séparaient de Nouméa. »

 

 

« La Nouvelle-Calédonie était une toute petite colonie, mais il s’y était passé des choses. Le Code de l’indigénat avait été aboli le 7 mars 1944. Depuis 1946, les Canaques disposaient d’un droit à la nationalité française pleine et entière. En d’autres termes, ils pouvaient voter, circuler, être propriétaires, accéder aux institutions et créer leur parti, ce qu’ils n’avaient pas tardé à faire. »

 

Lucie allait à l’école des sœurs, à la naissance de son frère, sœur Marie de Gonzague la trimballe dans toutes les classes pour « annoncer l’heureuse nouvelle à tes camarades. » Pensez-donc, un garçon !

 

« Dans chaque classe où s’arrêtait sœur Marie de Gonzague, Lucie annonçait la bonne nouvelle et les enfants applaudissaient. Lorsqu’elle arriva devant le bâtiment réservé aux Canaques, l’enseignante lui fit signe de se taire. Elles entrèrent par une porte de service et, silencieusement toujours, s’approchèrent.

 

Par la grande fenêtre, Lucie les vit. Ils étaient au moins quarante, entassés les uns sur les autres, indisciplinés, sales et joyeux. Eux aussi portaient l’uniforme, mais aucun n’avait de chaussures. Un petit garçon récupéra un crayon avec ses doigts de pieds et le fit sauter à hauteur du bureau. Des filles, au fond de la salle, se tiraient violemment les cheveux, pendant qu’une autre, très grosse, attaquait sa troisième banane. Un brouhaha de français et de canaque parvenait aux oreilles, dans lequel perça soudain un rot sonore, lâché par la petite boulotte. Lucie fit une grimace de dégoût. « Tu vois, chuchota la sœur au menton fripé, voilà des choses que l’on ne verra jamais chez les Blancs. » Et elle l’entraîna vers la sortie.

 

Comme André Desforêt, sœur Marie de Gonzague croyait en l’inégalité des races. Le spectacle de ces sauvages était à ses yeux un argument suffisant. Depuis de nombreuses années, les pères maristes tentaient de les faire progresser grâce à l’enseignement religieux, mais le chemin serait long. La nonne sourit à Lucie. « Dieu a fait ainsi les hommes. Différents les uns des autres. » Elle ne lui parla pas des terres canaques spoliés par les colons ou des bidonvilles dans lesquels s’aggloméraient comme des grappes les familles, et où le Christ n’avait envoyé ni l’eau courante ni l’électricité. »

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9 décembre 2017 6 09 /12 /décembre /2017 06:00
La saga des Richard du « café charbon » aux cafés tout court : le jaja et les barista…

L’aveyronnais est du genre discret, taiseux, industrieux, ambitieux sous ses airs de brave mec à qui on refilerait 3 sous pour qu’il s’achète un costume convenable. Patiemment, petite fourmi il bâtit un empire.

 

Voyez Philippe Cuq, venu du Decazeville des gueules noires, installé au Père Lachaise, bien sûr hors les murs, branché alternatif, modérément nudiste, le voilà qui étend son réseau de bouiboui à vin dans tout Paris et même en banlieue. Il vogue vers les 5 caves sous l’enseigne Lieu du Vin.

 

Beaugrenelle !

 

Blague dans le coin, c’est d’un autre aveyronnais, tout aussi discret (le grand Philippe, lui, est du genre Paganini sur Face de Bouc avec une tendance exécration des oligarques) : André Richard.

 

« Tout commence en 1875, par un « café charbon » à Paris, dans le 18e arrondissement. Le fondateur s’appelle Pierre Fayel et il est originaire de Neyrac, dans l’Aveyron. L’affaire prend de l’essor, en 1900, quand la charrette à bras est remplacée par la voiture à cheval. Il devient possible de livrer de plus grandes quantités. En 1920, un petit-cousin de la famille, Henri Richard *, est engagé comme employé. En 1938, il devient le patron. Arrive l’automobile ! Il est désormais possible de livrer des quantités encore plus importantes et beaucoup plus loin. En 1945, Henri reprend une société qui distribue des eaux minérales, des jus de fruits et des sodas aux cafés, hôtels et restaurants.

 

Henri Richard travaille étroitement avec son frère cadet, Georges, installé en Algérie, où il dirige une affaire de négoce en vins et produits viticoles.

 

Cinq ans plus tard, son fils, André Richard entre dans l’entreprise et crée l’activité torréfaction de café à Asnières. La famille se lance ensuite dans une politique de rachat de vignobles dans le Beaujolais, le Bordelais et la vallée du Rhône.

 

La nouvelle génération entre à son tour dans l’entreprise. Corinne et Céline, filles d’André Richard, s’intéressent aux vins. ; Nathalie, elle, s’occupe de la branche restauration. Leurs cousins, Anne et Arnaud, se consacrent, eux, au café. La fortune est estimée à 120 millions d’euros. »

 

Gabriel Milési Les dynasties du pouvoir de l’argent (2011)

 

Famille Richard **#210ième fortune de France

2016 : 330 M€ 2015 : 330 M€

 

Voir ICI 

 

Le vin, activité historique du Groupe Richard

 

Lorsque Henri Richard, en 1920, reprend à 22 ans l’entreprise de vente de vin en gros de son cousin, il n’imagine pas qu’un empire est en train de naître. L’inventaire de l’affaire se résume à 10.000 hectolitres de vin, trois attelages, quatre chevaux et une chèvre !

 

Vins Richard : 21 millions de bouteilles par an

 

« Aujourd’hui, la branche Vins distribue 21 millions de bouteilles par an dans les cafés et restaurants de France. Pour Corinne Richard-Saier, continuer l’œuvre est une évidence. «C’est plus qu’une passion, un projet de vie qui transcende...», confie cette suractive de 50 ans, diplômée d’un MBA de l’université de San Francisco, devenue spécialiste en matière vinicole. «Le vin n’est pas un produit qui se vend tout seul. Il faut expliquer son histoire, parler de l’homme qui est derrière, de ses intentions. Nous sélectionnons donc les producteurs en fonction des appellations et des régions bien sûr mais aussi des vignerons et de leur histoire, des spécificités de leur terroir... Notre catalogue doit toucher aussi bien les brasseries de quartier que les restaurants avec un grand Chef en cuisine. Il nous faut plusieurs niveaux de prix, des domaines reconnus, des coups de cœur...».


Dès 1960, la famille Richard fait l’acquisition de ses propres Châteaux dans le bordelais, le Beaujolais et la Vallée du Rhône. Les 8 domaines, soit 600 hectares, produisent 2,9 millions de bouteilles dont 1,4 millions sont distribués par le groupe (5,5% de ses ventes). 



«Cette activité nous a permis de concrétiser notre caution vin», explique Corinne Richard-Saier. «Mais aujourd’hui, ce n’est pas une volonté stratégique de poursuivre ce développement même si on ne dit jamais non à une opportunité ou à un coup de cœur !». Et pour cause, les ambitions du groupe sont ailleurs.

 

L'empire discret des Cafés Richard 

 

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6 décembre 2017 3 06 /12 /décembre /2017 07:00
Le couple d’enfer Christiane Lambert&StéphaneTravert va avaler de travers le rapport de l’INRA sur les alternatives au glyphosate.

Le problème de ce couple c’est qu’il est peu connu de madame Michu, en effet la Christiane, en dépit de sa boulimie médiatique, n’est pas encore associée à la FNSEA, quant au Stéphane, qui n’est pas Le Foll, sa mèche et ses tickets de caisse, mais Travert, un manchot, pas de l’Antarctique mais de Créances célèbre pour ses carottes, en dehors des écolos, il a un look de notaire, le genre Charles Bovary, pas celui d’un locataire du 78 rue de Varenne.

 

Unit pour le pire plutôt que le meilleurs, les deux se shootent au glyphosate, ils sont accros, certains envisagent même de les inscrire à une salle de shoot.

 

Bref, nos deux Pacsés, goguenards face aux railleries des bobos, des écolos et autres emmerdeurs, pensaient « Cause toujours tu m’intéresses, face à l’absence d’alternative au glyphosate même le jeune Macron callera… »

 

Sauf que voilà que les chercheurs de l’INRA viennent de mettre les pieds dans le plat.

 

Leur petit félon de président, Philippe Mauguin, qui a coconné à la tête du cabinet du grand Le Foll avant de recevoir sa récompense, a donné son imprimatur pour que soit remis au gouvernement un rapport baptisé : « Usages et alternatives au glyphosate dans l’agriculture française. »

 

Liste des auteurs :

Xavier Reboud, Maud Blanck, Jean-Noël Aubertot, Marie-Hélène Jeuffroy, Nicolas Munier-Jolain, Marie Thiollet-Scholtus 

 

Sous la supervision de Christian Huyghe, Directeur Scientifique Agriculture de l’Inra, avec l’aide de Aude Alaphilippe, Rémy Ballot, Jean-Marc Blazy, François Cote, Laurent Delière, Harry Ozier-Lafontaine, Bertrand Schmitt, Sylvaine Simon et Lionel Védrine.

 

Relecture par experts étrangers

Bernard Jeangros, Directeur scientifique & technique. Responsable du groupe Systèmes de grandes cultures et nutrition des plantes, Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche DEFR Agroscope, Suisse, Domaine stratégique de recherche Systèmes de production Plantes

Bernard Bodson, Professeur Phytotechnie Crop Sciences, Axe Ingénierie des productions végétales et valorisation Département AGR0BIOCHEM, Directeur de la Ferme expérimentale Gembloux Agro-Bio Tech, Belgique.

 

Sortir du glyphosate ? Des « alternatives » existent, même s’il reste des « impasses ». Ce ne sont pas les ONG environnementales qui le disent, mais l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) qui, saisi le 2 novembre, a remis le 1er décembre un rapport scientifique sur cette question aux ministres de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, de l’agriculture et de l’alimentation, Stéphane Travert, et de la recherche et de l’innovation, Frédérique Vidal.

 

Cette contribution pèsera lourd dans le débat sur l’herbicide controversé, que l’Europe vient de réautoriser pour cinq ans, alors même que le Centre international de recherche sur le cancer l’a classé « cancérogène probable ».

 

L’INRA souligne l’ampleur du défi, en rappelant que plus 9 100 tonnes de cette substance active ont été consommées en 2016 en France métropolitaine. Le glyphosate, surtout connu du grand public sous la marque Roundup – le produit phare de Monsanto –, entre en effet dans la composition de plusieurs centaines de désherbants. Avec la double caractéristique d’être un herbicide « total » (il détruit toute la flore adventice, c’est-à-dire les herbes et plantes indésirables) et « systémique » (il migre dans les tissus végétaux pour atteindre les systèmes racinaires).

 

C’est au regard de cette capacité à faire table rase du couvert végétal que l’institut jauge les solutions de remplacement possibles. Celles-ci, précise-t-il, « doivent permettre de maintenir une pression sur les adventices, assurer la destruction des couverts pour installer les cultures, pour entretenir vignes et vergers et faciliter la récolte dans des situations maîtrisées ». Le postulat est en outre que les agriculteurs devront « maintenir leur niveau de revenu et de rendement ».

 

Panel de méthodes

 

La suite ICI

 

Le Rapport de l’INRA ICI 

 

 

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5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 06:00
First glimpse at David Dao’s photo project « Yellow is Beautiful »

First glimpse at David Dao’s photo project « Yellow is Beautiful »

Oyez, oyez, braves gens de Face de Bouc…

 

Vous qui vous contentez d’engloutir votre soupe en sachet…

 

Sur le coin de la table en formica de votre cuisine…

 

Contemplez ce que je contemple depuis la terrasse d’un palace…

 

Salivez devant les mets de cette table d’un triple étoilé…

 

En dépit de mon costard minable et de mes grolles avachies…

 

Je suis un privilégié…

 

Tel est le spectacle que nous offrent, sur Facebook, certains qui chalutent dans le petit marigot des soi-disant critiques de la haute-cuisine et de l’hôtellerie de prestige.

 

« Ils n’ont pas de honte… »

 

Sentence de ma mémé Marie, brave femme, bonne chrétienne, paysanne n’ayant jamais dépassé les limites du canton de la Mothe-Achard, à propos de ceux qui pétaient plus haut que leurs culs (langage non conforme à celui de mémé Marie mais exprimant crument sa pensée)…

 

Mais que diable, m’objecterez-vous, pourquoi devraient-ils avoir honte ?

 

Pourquoi jeter l’opprobre sur ces humbles colporteurs de ragots, sur ces braves plumitifs qui cirent avec ardeur les pompes des chefs, sur ces gens qui n’ont jamais mis les mains dans la farine ?

 

Tout bêtement parce qu’ils se font rincer.

 

Ça leur coûte peanuts, ils sont invités.

 

Je n’ai rien contre si la puissance invitante estime qu’il s’agit là d’un investissement commercial rentable.

 

Comme on dit, c’est du rédactionnel.

 

Pour eux c’est de la critique.

 

C’est ce qui me choque et si tu oses leur demander de produire leur addition ou leur note d’hôtel ils se drapent dans leur éthique, leur charte de déontologie personnelle inoxydable.

 

Ce sont des Incorruptibles.

 

Incorruptibles, mon cul !

 

La fameuse transparence exigée pour les politiques, pour le monde des affaires, pour celles et ceux qui détiennent un quelconque pouvoir, n’est pas à l’ordre du jour chez cette engeance.

 

Cette chronique, que je couvais depuis un bail comme une veille poule au bord de la réforme, je l’ai pondue après avoir lu l’ÉDITORIAL du sieur Wai-Ming Lung posté le 27 novembre 2017 sur son site ORGYNESS

 

TRANSPARENCE

 

 

Essayons de répondre à la sacro-sainte question à laquelle toute personne écrivant, balbutiant, beuglant, bloguant ou ruminant sur la restauration s’est vue confrontée un jour : est-ce que vous payez vos repas ? Et si non, votre sens critique se retrouve-t-il affecté du fait que vous soyez invité ?

 

A ce stade de l’article, j’entends déjà des hurlements, mes oreilles sifflent et ma trombine est déjà partie à l’impression sur une affiche estampillée « WANTED ». Mais, crevons l’abcès : bien entendu, les rédacteurs d’Orgyness et moi-même sommes également et régulièrement invités à des événements et des repas destinés à la presse. Invitations que nous honorons avec sélectivité et parcimonie, car nul homme n’est une île.

 

Ce vieux débat n’appelle pourtant qu’une seule et définitive réponse : oui, le jugement en est changé. Non pas parce que les journalistes sont corrompus, mais tout simplement parce qu’un invité ne reçoit pas la même attention qu’un client lambda. Les soins dévolus sont a fortiori différents, qu’on le veuille ou non, dès lors qu’on a affaire à des connaissances, des invités de marque ou des personnes susceptibles d’influer sur votre chiffre d’affaire. C’est on ne peut plus normal. Sans compter que, pour ma part, après plus de 10 ans d’écriture, il est désormais loin le temps de l’innocence où, blogueur anonyme, je pouvais me glisser n’importe où. Non que je sois devenu une vedette, mais le monde est si petit…

 

Outre l’anonymat, la question sous-jacente est : réagit-on de la même manière selon qu’on règle sa facture ou non ? A cette question, je dirais que nous sommes tous assujettis à un phénomène très simple qui s’appelle le pouvoir d’achat, or celui-ci varie d’une personne à l’autre, fixe notre niveau de vie, mais aussi notre niveau d’attente vis-à-vis d’un produit. Faire un repas chez un trois étoiles qui vous coûte un mois de salaire n’a pas les mêmes enjeux qu’un autre à 30€, et il serait parfaitement hypocrite de prétendre le contraire. Donc, oui et encore oui.

 

En réalité, la seule et unique critique honnête serait celle effectuée dans l’anonymat complet et réglée de sa poche. Mais ça, c’est dans un monde idéal. Comme nous vivons sur terre, nous nous devons de composer avec nos moyens. C’est la raison pour laquelle, Orgyness affichera désormais une transparence totale sur les conditions dans lesquelles ont eu lieu les tests et dégustations qui paraissent, en affichant en tête des nouveaux articles l’information suivante :

 

  •  adresse testée sur invitation

 

ou

 

  • adresse testée anonymement

 

Nous espérons ainsi répondre à un besoin de transparence et de sincérité qui fait défaut aussi bien à la presse traditionnelle qu’aux blogs que nous parcourons quotidiennement, et qui est l’essence-même de notre crédibilité. Sur ces mots, nous vous souhaitons un excellent appétit et une bonne lecture avec un œil nouveau.

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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 07:00
Extrait d'une peinture de Gen Paul réunissant Louis-Ferdinand Céline et Gen Paul dans les rues de Montmartre.

Extrait d'une peinture de Gen Paul réunissant Louis-Ferdinand Céline et Gen Paul dans les rues de Montmartre.

C'est sans doute le dîner le plus délirant de l'Occupation. Si l'on est sûr du lieu - l'ambassade d'Allemagne à Paris -, la date varie selon les témoins. Est-ce 1941 ? 1943 ? Ou 1944, comme le racontera Jacques Benoist-Méchin, historien et membre de divers cabinets à Vichy, dans ses Mémoires, dont le récit ci-dessous est extrait ? Sont notamment présents ce soir-là : l'ambassadeur allemand, Otto Abetz, Drieu la Rochelle, Céline et le peintre Gen Paul. « Je regarde attentivement Céline, assis devant moi à la table de l'ambassade d'Allemagne. Son visage est pâle, douloureux, presque inexpressif. Mais ses narines frémissent et je sens s'accumuler en lui une force éruptive. [...]

 

Gen Paul : « Ce qu'il y avait de terrible avec Ferdinand (Céline), c'est qu'il aimait bien donner ses idées mais pas son pognon, tu piges »?

 

Ce fameux dîner je vous en parle car j’ai récemment lu la lourde somme à charge d’Annick Duraffour et Pierre-André Taguieff Céline la race, le juif… Légende, littérature et vérité historique 1150 pages chez Fayard. La version de Benoist-Méchin de ce dîner y fit l’objet d’une analyse pointilleuse.

 

 

Tout récemment la bande dessinée Le chien de Dieu de Jean Dufaux&Jacques Terpant chez Futuropolis, bien plus bienveillante pour le Dr Destouches et où ce fameux dîner occupe 5 pages.

 

 

C’est Annick Duraffour qui s’y colle en rappelant que « De l’activité de Céline sous l’Occupation, les céliniens ou les amis ont retenu pour la légende deux anecdotes (ndlr. Dont celle du dîner chez Abetz) qui plaisent à leur imagination et servent leur plaidoyer.

 

Avant d’aller plus avant, au risque de me faire traiter de cuistre, je ne suis pas un grand amateur de LF. Céline écrivain, hormis Voyage au bout de la nuit * tout en reconnaissant que c’est un grand écrivain. Je n’aime guère les grands stylistes, et l’apport des fameux points de suspension ne m’a jamais paru important, je suis Bovien (Emmanuel Bove I love Bove  22 juin 2006  ICI  donc minimaliste. Quant au bonhomme je le prends comme un salaud ordinaire mais ça n’engage que moi. 

 

« En 1961, dans un tardif entretien radiophonique qui ne fut jamais diffusé, Céline se montre plus lucide sur son évolution littéraire que les céliniens qui se pâment… « Puisque nous parlons de littérature, j’avais fini comprenez-moi. Après Mort à crédit, ben j’étais fini, quoi. Au fond, j’avais tout dit ce que j’avais à dire et c’était pas grand-chose. »

 

Notes personnelles de Benoist-Méchin

 

« Je regarde attentivement Céline, assis devant moi à la table de l'ambassade d'Allemagne. Son visage est pâle, douloureux, presque inexpressif. Mais ses narines frémissent et je sens s'accumuler en lui une force éruptive. [...]

 

 

Et soudain il explose : Assez ! dit-il, assez ! En frappant la table de ses deux mains au point de faire vibrer les verres. J'en ai assez d'écouter vos conneries ! Vous n'y êtes pas du tout... Vous croyez faire les malins, vous vous triturez les méninges autour d'une table bien servie, tandis que le monde s'écroule... Ma parole, vous avez une taie nacrée sur les yeux, du plomb dans les oreilles. Si vous construisez quarante mille avions, les Américains en construiront deux cent mille. Si vous construisez cent mille chars, ils en construiront un million. A vos armes secrètes, ils opposeront des armes plus secrètes et plus meurtrières encore. Vous n'y pouvez rien : ils sont la masse et la fonction de la masse est de tout écraser. Pendant ce temps, sournoisement, vous nous cachez l'essentiel. Pourquoi ne nous dites-vous pas qu'Hitler est mort ?

 

  • Hitler est mort ? s'exclame Abetz en écarquillant les yeux.

 

  • Vous le savez aussi bien que nous ! Seulement, vous ne pouvez pas le dire. Mais on n'a pas besoin d'être ambassadeur pour le savoir : ça crève les yeux ! Les juifs l'ont remplacé par un des leurs !

 

[...] Abetz, Drieu et moi en avons le souffle coupé. Nous connaissions l'audace de Céline. Mais nous ne pensions jamais qu'il pût la pousser aussi loin. Maintenant qu'il est lancé, où s'arrêtera-t-il ? Dire que l'ambassadeur nous avait invités à passer avec lui un agréable moment de détente ! 

 

  • Je vous dis que c'est plus le même homme, poursuit Céline. On l'a changé du tout au tout. On a mis un autre à sa place. Regardez-le ! Chacun de ses gestes, chacune de ses décisions sont faits pour assurer le triomphe des Juifs. Alors, faut être logique ! Les Juifs ont réussi un coup fumant, la plus grande mystification de l'Histoire ! Ils ont fait disparaître Hitler dans une trappe et l'ont remplacé par un type à eux. Remarquez qu'il se montre de moins en moins en public. C'est pour qu'on ne s'aperçoive pas de la différence. C'est idiot, d'ailleurs. Personne n'est plus facile à imiter. Mon ami Gen Paul, ici présent, l'imite à merveille. N'est-ce pas, Gégène, que tu l'imites bien ? Il est marrant quand il fait ça ! Il lui suffit d'une pincée de scaferlati [tabac] qu'il se colle sous les narines, pour remplacer la moustache. Allons, mon bon Gégène, te fais pas prier ! Ici on est entre copains. Montre-nous comme tu sais bien faire ton petit Hitler...

 

Gégène hésite un peu. Mais il finit par s'exécuter. Il sort une blague à tabac de sa poche, en tire une pincée de scaferlati, la malaxe entre trois doigts et la place sous son nez. Puis, d'un geste brusque, il se rabat une mèche de cheveux en travers du front, prend une pose napoléonienne (une main dans le dos, l'autre dans l'entrebâillement de son gilet), roule des yeux furibonds et dit d'une voix gutturale :

 

- Raou, raou, raou, raous !

 

Il ressemble étonnamment à Hitler. Aussi à Charlot, à Groucho Marx et à Félix le Chat. Abetz ne sait plus quoi faire. Mais il est pris, comme nous tous, d'une irrésistible envie de rire. [...] Abetz est sur des charbons ardents. Son chauffeur est entré dans la pièce.

 

- Vous allez reconduire M. Céline chez lui, 4, rue Girardon, lui dit l'ambassadeur. Mais roulez très doucement, car il est souffrant. Vous repasserez chez lui demain pour lui apporter quelques fruits et prendre de ses nouvelles... »

 

Le 15 : mise en vente à l'Hôtel Drouot d'un beau portrait à l'huile de Céline par Gen Paul, daté 1936. Le tableau était estimé 15 000 à 20 000 euros, il en a réalisé 15 000, le montant de l'estimation basse.

http://louisferdinandceline.free.fr/indexthe/genpaul/entretien.htm

« Les Allemands passaient tout à Céline » dira Lucien Rebatet.

 

« Céline connaît aussi le pouvoir de sidération et de séduction de ses fameuses sorties. Et puis le cabotinage et le rire viennent toujours au bon moment pour désarçonner l’hostilité qu’il risque de susciter. »

 

Annick Duraffour met en exergue 2 omissions par les célinophiles dans la relation des notes de Benoist-Méchin :

 

Tout d’abord, au début du récit ce que déclare Drieu la Rochelle : « Personne ne sait ce qui s’est passé [ à Stalingrad], poursuit Drieu, mais une chose est certaine : pour la première fois depuis le début de la guerre, la machine allemande ne paraît plus invincible. Pourquoi Hitler s’est-il cramponné aussi obstinément à des positions perdues ? » Drieu explique que l’armée ne donne plus les moyens d’assumer l’idéologie, la volonté de Hitler, que depuis Stalingrad « les armées allemandes n’ont cessé de reculer ». Abetz proteste : « L’Allemagne elle, est encore intacte. Le cœur de la forteresse est plus fort que jamais, ne serait-ce qu’il est plus ramassé […] – Je n’aime pas cet argument, interjette Drieu. C’est celui derrière lequel s’abritent tous ceux qui reculent. »

 

Plus que les pitreries de Gen Paul et les déclarations hallucinées de Céline « c’est Drieu qui tient le rôle d’esprit libre et ferraille sans rire. »

 

La seconde omission est encore plus grave : Céline déclare « Hitler fait tout pour préparer leur avènement, pour faire sauter le dernier bastion qui les sépare de la domination universelle. Merveilleux collaborateur ! Il les rafle partout, pour les envoyer dans ses camps. Pour en faire quoi ? Je vous le demande ? Des engrais, à ce qu’on m’assure. Il n’y avait qu’un Juif pour avoir une idée pareille ! »

 

Dans la bande dessinée l’auteur fait parler Céline :

 

 

« Nous sommes à l’ambassade d’Allemagne, rue de Lille chez Otto Abetz qui reçoit quelques vieilles connaissances. Pas question de taper le carton pour autant. L’ambiance était morose.

 

Il y avait là mon vieux copain Gen Paul, Drieu, Benoist-Méchin…

 

Toute la clique à mine sinistre qui quémandait des nouvelles encourageantes venant du front, les Boches n’en finissaient plus de reculer…

 

Notre hôte, le brave Abetz, essayait bien de temporiser, pour sûr que les forces de l’Axe finiraient par remporter la victoire et qu’on allait leur mettre une déculottée aux angliches…

 

Tout ce verbiage sonnait faux, pire qu’un guignol enrhumé.

 

Moi, je m’emmerdais solide. À mes côtés, Gégène buvait et il y mettait de l’ardeur le brave, à mille lieues ses rodomontades et des belles manières qui engluaient la soirée.

 

Sauf que, à un moment, j’en ai eu marre ! Fallait que ça sorte ! Alors je me suis levé, qu’ils comprennent qu’on s’en foutait de leurs mondanités.

 

ASSEZ !

 

J’en ai assez d’écouter des conneries ! Ma parole ; à force de vous pousser le petit doigt dans le pif quand vous levez vos tasses, vous l’avez perforée votre cervelle !

 

Reste plus rien !

 

Si. Il reste du Riesling.

 

La suite est conforme au récit de Benoist-Méchin. Sauf la conclusion : « On nous a foutus dehors… Manu militari… J’avais beau m’indigner, on nous raccompagnait jusqu’à nos pénates, à coups de bottes au cul si nécessaire. »

 

 

Entretien avec Gen Paul

 

GEN PAUL (1895-1975) 


Autoportrait à la cravate bleue, 1927
Huile sur toile, signée en haut à gauche, datée 27 en haut à gauche.
46 x 38 cm

C’est en 1969 que des extraits d’un entretien avec Gen Paul furent diffusés dans l'émission « un Céline l’autre » ¹. Témoignage exceptionnel recueilli par Alphonse Boudard et Michel Polac. L’interview eut lieu chez l’artiste, alors âgé de 74 ans, à Montmartre. D’emblée, il lui fut demandé de définir Céline.

 

 ...Louis-Ferdinand Céline, c’est un monstre, qu’est-ce que tu veux? Un homme qu’on ne peut pas suivre.

 

 

 

  • C’est vrai qu’il ne voulait plus vous voir à la fin?

 

  • Oh, moi, je ne voulais plus le voir.

 

  • C’est vous qui ne vouliez plus le voir?

 

  • Non, non, je ne voulais plus le voir...

 

  • Pourquoi?

 

  • Il ne m’a fait que des vacheries. Peut-être qu’il l’a fait sans le vouloir. Je suis resté dix piges sans pouvoir vendre un tableau à cause de lui. J’ai divorcé à cause d’une lettre qu’il avait envoyée à ma femme ².

 

  • Qu’est-ce qui s’était passé?

 

  • Il était saladier, il était jalmince, il fallait qu’il détruise...

 

  • Comment l’avez-vous connu?

 

  • Ben, je l’ai connu dans des cours de danse. Je l’ai connu au moment du Voyage. On fréquentait la ballerine, quoi. Autant fréquenter des ballerines que des bonniches, c'est quand même mieux, hein? Moi, je les prenais comme modèles, et lui, il les massait. Il avait le sens de l'esthétique.

 

  • Il était amoureux de temps en temps ou c’était des passades?

 

  • Il était pas amoureux, non. Il avait le sens du beau. C’étaient des filles qui étaient placées, qui avaient des fois des petites tronches, mais il était mordu quand même par la danse. Et la danse, c’est quand même quelque chose, non? Puis derrière ça, il y a la musique...

 

  • Alors, tu dis qu’il n’était pas antimilitariste, Ferdine?

 

  • Ah, pas du tout, dis donc, pas du tout! Il y a un truc qui m’a toujours épaté, c’est quand... Il a fait un mois de griffe, un mois de front, pas plus. Ça a été héroïque, y a eu des reproductions, on en a parlé dans Le Petit journal ³, toutim, médaillé militaire... Mais il avait la bonne blessure. Ça n’empêche pas qu’il a rempilé pour Londres. Il était patriote, quoi. Il l’a toujours été. Quand il avait sa médaille militaire, il était très fier de la porter. Un jour, il y a Ferdine qui dit à Geoffroy 4: « Bon, je t’invite à dîner ce soir. " L'autre répond: " C’est pas possible. T’as hérité ? " Il dit:" T’en fais pas. »

 

  • Ils vont dans une "French soupe", un restaurant français, et ils bouffent toute la carte. Geoffroy l'attendait, [se disant]: " Il va sortir son mornifle. " Il appelle le patron. Il s'était mis en uniforme, Ferdine, et il dit au tôlier : " Est-ce qu’on paie avec une médaille comme ça ? " Alors, l’autre, il a donné le coup de chapeau, tu comprends. Ferdine avait gagné. (...) Enfin, il aimait le panache... C’est marrant, physiquement, il avait une belle gueule quand il était jeune, mais il avait un corps de gonzesse, dis donc, pas un muscle! Et des fois, il jouait, il allongeait la jambe comme ça, disant: " J’aurais pu jouer les fées. " Puis, il avait une grosse tronche, il chaussait du 60 comme tronche. Il n'a jamais pu mettre un chapeau. Il m'a dit: " Moi, j’ai une bouille à porter la couronne, j’ai une tête de roi. " Je peux pas en dire autant. On m'a toujours dit que j'avais une tête d'épingle. C'est un peu l'esprit de Ferdine, ça lui réussissait pas mal...

 

  • Il était roi? Il était pas anarchiste?

 

  • Il n’a jamais été anar! Pourquoi anar? En dehors de ça, il avait des coups de marrance. Il faisait l’ours, il parodiait l’ours 5. Oui, il avait parfois des côtés "", des côtés chouette, quoi. Autant, je te dis, il pensait qu'il avait la tête royale, mais des fois, il faisait très bien le triboulet, le marrant, mais pas en public, entre moi et lui. Du reste, dans tout son comportement, il parlait pas de son pognon, mais il faisait tout pour en avoir. Il était toujours inquiet de le placer, soit à Londres, soit au Danemark, soit au matelas. Des fois, il attrapait un lumbago: il mettait son jonc sous le matelas! Il était toujours en voyage avec son pognon. J'ai jamais vu le morlingue de Ferdine! Un jour, j'étais dans un p'tit bistrot. Il y avait la môme La Pipe, Almanzor, et il venait prendre le café avec nous. Il venait pas déjeuner. Alors, je lui payais le café. Normal. Puis la môme Almanzor dit: "Je mangerais bien six huîtres." Il dit: "Ah, tu voudrais pas que je te paie six huîtres avec mes quatre-vingts balles que je gagne au dispensaire !". C’était tout l’esprit de Ferdine, ça.

 

  • Tu l’as toujours connu comme ça?

 

  • Toujours. Il avait un porteuf’ avec des ficelles et un tout petit morlingue. Je l’ai vu payer son journal. Je l’ai jamais vu raquer. Et puis la môme, bon, elle était bien. Il y a eu un amour quand même, ils s’aimaient tous les deux. Mais c’était pas la paire de bas de soie, etc. (...) Ce qu'il y avait de terrible avec Ferdinand, c'est qu'il aimait bien donner ses idées mais pas son pognon, tu piges? Moi, il m'appelait le diable, "", parce que je marchais pas dans tous ses condés. (...) Un jour, je lui ai présenté Marcel Aymé. Il l'a regardé d'un coup de châsse comme ça, il lui a dit: " Petit plumaillon ! ".

 

  • Il aimait venir ici, écouter les histoires de la Butte?

 

  • La Butte, non... Il n’y a rien dans la Butte. Il y a toujours des événements, des fois il en parlait, mais tu vois...

 

  • Il parlait de politique?

 

  • Ben, c’est comme nous si on parlait du référendum 6. Je ne sais même pas ce que c'est le référendum, mais on en parle. Mais lui, il avait le sens... Il était français. Moi, je vois Ferdinand comme un Français, c'est tout. J'ai jamais eu de discussions politiques avec lui.

 

  • Les juifs, il n’en parlait jamais avec vous?

 

  • Ah ça, je le laissais divaguer. Il avait un truc, quoi. Quand il a écrit Bagatelles, il en parlait, mais je le laissais délirer. J'étais pas forcé de participer non plus, hein! Y a des mecs qui sont anticléricaux, ou anti-bourgeois, ou anticapitalistes. Tu peux pas leur changer leur disque, hein? Alors bon, je l'écoutais mais j'étais pas forcé de participer.

 

  • Vous l’avez toujours connu comme ça?

 

  • Oh non! ben non.

 

  • Avant Bagatelles, il n'était pas antisémite?

 

  • Pas du tout. (...) Il se persécutait lui-même, il persécutait les autres.

 

  • Il maniait l’argot aussi bien que vous?

 

  • Je ne sais pas si je le manie. Moi, j’ai connu Ferdinand: il parlait pas l’argot. (...) Je me souviens quand il a écrit Guignol’s band, il voulait décrire les docks de Londres. Un jour, il me descend. Il me poire: " Dis donc, je cherche un mot. Un mot qui n’est ni une odeur animale, ni une odeur humaine. " Tu sais, quand tu vas dans les docks, ça renifle, ça a une odeur. Alors, je cherche, on cherche... Il me dit: " Je veux un mot mais qui monte en l’air ! " Ça faisait partie de sa musique. Tu dis "é", c’est à ras de terre.pour "", "é", "". Alors, on cherche, on cherche... Puis, je me suis souvenu que... dans mes voyages en Espagne, la pâtisserie était aromatisée à la cannelle. Je lui dis: " Cannelle. " Ah, il s'exclame: " C’est ça que je voulais ! Cannelle !!!"

 

(Propos recueillis par Alphonse Boudard et Michel Polac)

 

Notes

1. Émission "Bibliothèque de poche" de Michel Polac, O.R.T.F., 2ème chaîne de la télévision française, 8 et 18 mai 1969.

Dans cet entretien, Gen Paul utilise quelques termes argotiques: coup de châsse (coup d'œil); griffe (soldat); jalmince (jaloux); jonc (or); marrance (amusement, rire); morlingue (porte-monnaie); mornifle (monnaie); poirer (surprendre); raquer (payer); toutim (tout et le reste).

 

2. Il s'agit de sa seconde femme, Gabrielle Abet, née en 1925. Sur cette affaire, voir le chapitre " Gaby sans Gen Paul " in Éric Mazet & Pierre Pécastaing, Images d’exil. Louis-Ferdinand Céline, 1945-1951 (Copenhague-Korsør), Du Lérot & La Sirène, 2004, pp.-272. Selon les auteurs, " les propos affectueux, d’ami et de médecin, n’apportaient pas de grandes révélations à Gaby, qui dut quitter Gen Paul pour des raisons plus personnelles."

 

3. Confusion avec L’Illustré National.

 

4. Georges Geoffroy, camarade de Louis Destouches (né, comme lui, en 1894) au 2e Bureau à Londres en 1915. Voir le chapitre qui lui est consacré dans Images d’exil, op. cit., pp. 251-253.

 

5. "En effet c’est mon numéro, je danse l’ours à s’y méprendre. Ça me va avec mes vertiges, d’un pied sur l’autre je me dandine comme ça presque sans bouger, les bras ballants, la tête branlante... D’abord il le savait bien, on l’avait travaillé ensemble... Les voilà tous à rigoler. Faut que je leur fasse la danse de l'ours" (version A de "éerie pour une autre fois" in Romans IV, Gallimard, 1993, p. 635).

 

6. Cet entretien se déroule à l'époque du référendum, initié par de Gaulle, sur la création des régions et la rénovation du Sénat. L'échec de ce référendum allait entraîner sa démission.

 

 

 

GEN PAUL. Peintre, gouachiste, dessinateur, graveur, lithographe. Montmartre (96, rue Lepic), 2 juillet 1895 - La Pitié-Salpêtrière, 30 avril 1975. Né à six heures du matin dans une maison peinte par Van Gogh, de Joséphine Recourcé, brodeuse, et de père non dénommé. Le 5 juin 1897, sa mère épouse Eugène Paul, plombier et peut-être musicien de cabaret ; le 19 décembre 1902, ils légitiment leur fils qui a sept ans. Dès 1908, il commence à peindre et à dessiner (" Autoportrait", crayon). Son père meurt en 1910, il est alors apprenti tapissier. Paul devance l’appel et se retrouve au 111e Chasseurs ; blessé au pied en 1914, remonté au front, il est de nouveau blessé et, sur l’intervention de sa mère, on l’ampute de la jambe droite, en 1915. De retour à Montmartre en 1916, il épouse, à la Mairie du XVIIIe, Fernande Pierquet, ils s'installent au 2, impasse Girardon dans un appartement qu'il habita jusqu'à son décès. Pour survivre, il fait différents petits boulots et recommence à peindre des fleurs, des têtes et le Moulin de la Galette, en face de chez lui. En 1917, il vend ses œuvres, signées Gen Paul, à Ragueneau, un brocanteur ; se lie avec Émile Boyer et Frank-Will, ils font de la musique et, avec l'argent de la manche, mènent joyeuse vie. Juan Gris au Bateau-Lavoir lui offre pinceaux et vieux tubes de couleurs. Mathot lui demande des œuvres à la manière de Monticelli, Daumier, Lebourg... Eugène Delâtre l'initie à la gravure, il vend des vues de la Butte à l'aquatinte aux brocanteurs. À partir de 1920, Gen Paul entame une évolution, ses paysages urbains sont mieux construits ; il entre au Salon d'automne et commence une longue série de voyages en France ; à Marseille, Leprin le guide dans les vieux quartiers et dans les maisons de tolérance. En 1921-1922, Gen Paul découvre le Pays basque espagnol ; Chalom s'intéresse à ses tableaux. De 1923 datent ses premiers portraits, surtout des clowns, ainsi que les premières vues de Montfort-l'Amaury, l'année suivante Gen Paul fait la connaissance de musiciens, en particulier du violoniste Noceti ; il voyage à Bilbao, à Motrico, expose à Anvers et à Londres. À partir de 1924, Gen Paul amorce une évolution solitaire, il commence à s'éloigner de la peinture de ses amis Utrillo, Leprin, Génin, Quizet et Frank-Will, chahute les sujets et en vient à créer une forme personnelle d'expressionnisme du mouvement ; il trouve ses sources au Musée du Prado, auprès du Gréco, de Velásquez et surtout de Goya. Les visages et les personnages prennent de plus en plus d’importance. Jusqu’en septembre 1930, il voyage, travaille sans arrêt, saisi d’une sorte de frénésie créatrice faisant dire par Me Maurice Rheims "'il a peint quelques-uns des meilleurs tableaux du siècle" durant ces cinq années. La galerie Bing, en 1928, l'expose avec Picasso, Rouault, Braque et Soutine qu'il ne connaissait pas encore. Bing, dans un long texte consacré à Gen Paul, le met au même niveau que ceux-ci. Il peint des musiciens que l'on sent jouer, des portraits impressionnants, ainsi que des paysages basques, des vues de Montmartre et de quelques villes de la banlieue de Paris. Gen Paul signe un contrat avec Bernheim, dénoncé après le krach de 1929. Épuisé par une vie trop intense, miné par l'alcool et par une affection contractée à Alger, Gen Paul s'écroule à son passage à Madrid, au troisième trimestre 1930, et manque mourir. Après une cure, il revient à Paris et se remet lentement. Commence alors la troisième période de son œuvre, entre 1930 et 1945, période que certains ont qualifiée de célinienne en raison de son amitié avec Céline à partir de 1932, et non en raison d'une quelconque influence de l'écrivain sur son œuvre. Il peint assez peu à l'huile, les couleurs sont plus claires et le trait du dessin, plus apparent. Par contre, durant ce temps ses dessins et ses gouaches sont de grande qualité, il élargit encore le choix des sujets traités. Dans son atelier se tient une sorte de cénacle qu’il préside avec Céline et Marcel Aymé ; il est fréquenté par des comédiens, des musiciens, des médecins, des écrivains et des personnages pittoresques. Parmi les habitués : Carco, Jouhandeau, Fernand Ledoux, Berthe Bovy, les clowns Rhum et Porto, Dorival et René Fauchois. En 1934, le 20 octobre, il est nommé par décret chevalier de la Légion d’honneur. Outre ses œuvres sur toile ou sur papier, Gen Paul réalise une fresque de 100 personnages, pour le Palais du Vin à l’Exposition Internationale de 1937, dessine des lithographies, se brouille avec Céline en 1937, puis se réconcilie avec lui. La mort de sa femme en 1939, après 23 ans de vie commune, la guerre toute proche, le manque d’amateurs pour ses tableaux le démoralisent, il part sur la Côte d’Azur, à Sanary, rejoindre les peintres, puis à Marseille. Rentré à Paris, il fréquente le restaurant de la rue Tholozé "Pomme" et les amis restés dans la capitale. Denoël lui confie l’illustration du Voyage au bout de la nuit et de Mort à crédit, en 1942. La quatrième période commence en 1945, on la qualifie de calligraphique. Gen Paul renoue avec les milieux hippiques qu'il peint à l'huile et à la gouache. Avec ses amis peintres, il crée, en 1946, une fanfare pour faire parler d'eux, dénommée "Chignolle". Elle comprend Agostini, Blanchard, Frank-Will, Marcel Aymé. Il reprend les sujets qu'il a traités auparavant, dessine énormément. Les vues de la Butte et de Paris, les musiciens entre 1948 et 1958 sont de grande qualité. Il produit beaucoup, et le succès est là, c'est devenu un monstre sacré, le témoin du Montmartre du début du siècle. Il se marie avec Gabrielle Abet en mai 1948, et divorce en 1951. Son fils naît en 1953, à Genève. Il expose à Paris (chez Drouant-David, 1952, catalogue préfacé par Francis Carco), à New York, à Genève (galerie Ferrero), il voyage toujours, du moins jusqu'en 1966. À partir de 1964, il cesse de peindre à l'huile, se réfugie dans son appartement ; c'est l'époque des portraits dit "télévision". Il continue de dessiner et de gouacher, réalise des lithographies. Rétrospective chez André Pacitti en 1972. Le Dr Miller édite un livre en hommage au peintre qu'il lui offre le 25 décembre 1974. Hospitalisé en 1975, il meurt d'un cancer à l'hôpital le 30 avril. Quelques expositions lui sont consacrées après son décès. La plus importante est celle de 1995, à l'occasion du centenaire de la naissance du peintre, au Couvent des Cordeliers, réalisée par André Roussard, qui réunit une centaine d'œuvres expressionnistes de la seconde période (1924-1930) -, cent chefs-d'œuvre pour la gloire de celui que le critique de La Gazette de l’Hôtel Drouot, commentant l'exposition, qualifie ainsi : "Gen Paul est sans doute le plus grand représentant, et peut-être le seul, de l'expressionnisme de tradition française". Le catalogue comporte une préface d'André Roussard, un texte du Dr Miller, une biographie revisitée de Guy Mairesse, ainsi qu'une analyse d'A Marca, responsable de l'édition du catalogue. Œuvres aux Musées de Berne et de Granville ; le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris conserve dans ses réserves deux grands tableaux de la fin des années 30. Œuvre graphique. (.)

 

Notice due à André Roussard, spécialiste de Gen Paul. Depuis de nombreuses années, il dresse le répertoire et archive la documentation sur la vie et l’œuvre du peintre. Pour plus de renseignements, contacter les Éditions Roussard, 13 rue du Mont Cenis, 75018 Paris. Tél. : 01.46.06.30.46. Courriel : roussard@noos.fr

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3 décembre 2017 7 03 /12 /décembre /2017 06:00
Des voyageurs massés sur la fameuse plate-forme d'un Renault TN4H de la ligne 27, en avril 1946. Collection RATP

Des voyageurs massés sur la fameuse plate-forme d'un Renault TN4H de la ligne 27, en avril 1946. Collection RATP

« Grâce à lui, les plus hardis descendent et montent en marche. Lorsque le temps est clément, il n’y a pas de lieu d’observation de Paris plus agréable. Sur cette terrasse, réservée aux seules lignes parcourant la capitale intra-muros, le receveur règne en maître. Sur sa poitrine flotte la « moulinette », la petite machine qui oblitère (à l’époque, on ne parlait pas de composter) les tickets des voyageurs en émettant un petit bruit sec.

 

Lorsque tout le monde est à bord, il actionne avec autorité la chaînette qui déclenche le signal du départ, une clochette au son mat, à l’intention du machiniste. Presque invisible car relégué à l’extérieur, sous la « casquette » formée par l’avancée du toit, il transpire l’été et grelotte l’hiver. Il faudra attendre 1949, date à laquelle les TN furent « vestibulés », pour qu’il ne soit plus exposé aux intempéries. »

 

L'emblématique Renault TN4 avec sa face en « nez de cochon ». Collection RATP
 

Trop tard, je suis arrivé trop tard à Paris, en 1976, pour avoir le bonheur de m’enfourner dans le bus RATP par son cul, dit moins vulgairement je n’ai jamais connu les autobus à plate-forme avec préposé tirant la chevillette (dixit Desproges).

 

De mon temps, comme disait pépé Louis qui détestait la modernité mécanisée qui avait envoyé ses grands bœufs blancs au cimetière des éléphants, la RATP avait inventé des nouveaux bus à la plate-forme mais il fallait d’abord monter par l’avant, montrer patte blanche au conducteur, progresser jusqu’au fond, faire coulisser une porte avant de mettre son nez  à l’air.

 

Mais, là aussi, la modernité, la rationalité des ingénieurs, ont eu raison de cette dernière survivance de la Belle Epoque :

 

23 juillet 2001

 

Dans quelques semaines, cette scène de la vie parisienne ne sera plus qu'un souvenir. Les bus à plate-forme ­ une quinzaine au total sur les lignes 29 et 56 ­ vont en effet être retirés de la circulation par la RATP avant la fin de l'année.

 

Avec la fin des bus à plate-forme, c'est un peu de patrimoine roulant qui disparaît des rues de Paris. « L'époque où l'on montait par l'arrière. L'époque où l'on achetait son ticket au receveur et non au chauffeur », se souvient une passagère.

 

Pour la RATP. « Les Parisiens veulent avant tout être transportés. »

 

J’adore ! Comme du bétail…

 

« Ce remplacement s'insère de plus dans une rénovation d'ensemble de tous les autobus de la RATP. En tout, 478 bus sur près de 4 000 vont ainsi être remplacés dans les tout prochains mois, grâce à une aide de 460 millions de francs (69,5 millions d'euros) votée jeudi dernier au conseil régional d'Ile-de-France. De quoi porter à 2 000 le nombre de bus «propres» qui circuleront à Paris et en proche couronne.

 

Sans vouloir ironiser mais les fameux « bus propres » de l’an 2000 nous les attendons toujours, c’est l’adepte du vélo qui vous le dit.

La RATP a fait des progrès dans le confort, il roule aussi des bus hybrides *, mais la régularité est souvent aux abonnés absents : 2 bus qui se suivent puis plus rien pendant de longues minutes…

 

*Au total, ce sont déjà 785 véhicules hybrides qui circulent sur le réseau d'autobus exploité par la RATP soit environ 16% de l'effectif total. Une proportion qui ne devient plus vraiment négligeable et qui devrait encore progresser pour atteindre quasiment un millier de voitures, soit 20% de la flotte. Pour autant, la technologie hybride reste une solution de transition : outre le fait que le bilan économique n'est pas totalement certain, la RATP s'engage au même rythme vers l'autobus électrique, avec au passage la même inconnue...

 

La dernière ligne d’autobus à plateformes en service c’était la ligne 21, et ceux-ci ont disparus le 23 janvier 1971. Leur suppression a été décidée pour des raisons de sécurité - certains ont parcouru plus de 2 millions et demi de kilomètres -, mais aussi économiques, les nouveaux autobus ne nécessitant qu'un seul agent de la RATP. « J'aime bien le progrès, mais la plate-forme, on la regrettera », confie un fumeur de pipe au journaliste du Parisien libéré.

 

Pour les derniers bus plate-forme, l'heure n'est pourtant pas encore à la casse. « Remis à neuf, ces bus sont en effet revendus à des associations ou des pays étrangers. Souvent en Amérique du Sud », précise Alain. « Prix moyen : 300 000 F avec les pièces de rechange ! »

 

Le fameux Renault TN. « Sa longue carrière (1931-1971) lui a valu d’apparaître dans un nombre incalculable de films et de documentaires d’époque, sans compter ses apparitions, sous les vivats, lors des journées du patrimoine. Cet imposant véhicule (9,50 mètres), reconnaissable entre tous avec sa face avant dite « nez de cochon », ses énormes roues, sa livrée vert et crème, mais aussi sa fameuse plate-forme arrière, incarne l’autobus parisien par excellence. »

 

Il fallait le voir, dans les années 1960, rempli comme un œuf, s’arracher au redémarrage dans un énorme craquement de boîte de vitesses dans la côte de l’avenue de Clichy, près de La Fourche. Ce gros bahut, dont le machiniste devait avoir des biceps d’athlète pour manipuler l’énorme volant, signalait son intention de déboîter en agitant de charmantes petites flèches rouges lumineuses. Quiconque avait l’audace de se mettre en travers de sa route était instantanément terrassé d’un coup de klaxon gargantuesque.

 

Apparu en 1931 à la demande de la Société des transports en commun de la région parisienne (STCRP), ancêtre de la RATP, le Renault TN4 sera le bras armé d’un basculement des transports collectifs de surface. Puissant, capable de transporter une cinquantaine de voyageurs (en se serrant bien), il va imposer le règne du bus et définitivement enterrer le tramway qui disparaîtra de la capitale en 1937.

 

En savoir plus sur ICI  

 

L'Aurore 1971 dans Desproges par Desproges

 

Visionnez la seconde vidéo elle contient des images d'époque années 20 fabuleuses 

 

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2 décembre 2017 6 02 /12 /décembre /2017 06:00
C’était donc ainsi que sa vie se déroulerait. Toutes les 90 s, il saignerait un corps suspendu par les pattes arrière, chaque jour, durant les 40 prochaines années...

Il n’y a de ma part aucune préméditation, aucun calcul, certaines semaines mes sujets de chroniques peuvent paraître répondre à un plan, à une volonté de démonstration sur un  sujet chaud.

 

Il n’en est rien, les enchaînements sont fortuits, ils s’imposent à moi sans que je n’y prenne garde, naturellement.

 

Donc cette semaine c’est la bidoche, la rouge, la saignante, celle qui cumule de plus en plus de handicaps.

 

En effet, pour obtenir un steak il faut tuer un animal dans un lieu appelé abattoir ; autrefois à la Mothe-Achard c’était une tuerie particulière où les bouchers et les charcutiers tuaient eux-mêmes les animaux dont ils vendaient la viande et les préparations au détail.

 

Aujourd’hui, c’est l’histoire d’un tueur dont je vais vous entretenir au travers du livre Les liens du sang  d’Errol Henrot Le Dilettante - 190 pages

 

« François travaille dans un abattoir industriel, un peu à l'écart de la petite ville du sud de la France où il vit. Comme son père. Il ne l'a pas vraiment décidé en fait, parce qu'il ne savait pas bien quoi faire de lui, François, alors penser à ce qu'il allait faire de sa vie... Son père a décidé pour lui. Un petit mot au directeur, un rendez-vous, une visite de la chaîne d'abattage et puis c'est lui qui se retrouve le couteau entre les mains et prend sa place dans le processus qui permettra à des millions de consommateurs de trouver leur ration quotidienne de viande dans leur assiette. Ensuite, les gestes se font, il évite de penser, les jours et les années passent... Mais peut-on rester totalement indifférent au sang qui coule ? Jusqu'à quand ? »

 

Nicole Grundlinger motspourmots.fr 

 

Extrait :

 

Le plus déconcertant, au premier regard, songea François, est la longue file d’attente des animaux, le point  de départ de la chaîne d’abattage. C’est un parcours rectangulaire qui relie un enclos à l’abattoir, pareil à ceux que l’on voit devant les attractions des parcs de loisirs. Et surtout, la régulière avancée des animaux, qui apparaissait au jeune homme comme une progression à la fois rapide et très lente. Rapide à la pensée du nombre d’animaux qui tombaient au cours d’une seule minute. Lente, parce que le drame de la répétition, c’est son impuissance à permettre à l’homme de produire, pour chaque individu qui disparaît derrière ce mur infâme, un souvenir décent, une place suffisante dans la conscience. Cette impuissance, malgré l’habituelle atonie du jeune homme, le troublait, et ses yeux s’humidifièrent. Mais il ne pleura pas.

 

La deuxième image fut celle de l’animal pendu par les pattes arrière à un treuil et conduit au-dessus d’un vaste espace blanc, ressemblant à la surface dure et froide des douches publiques. Encore immobile lorsqu’on lui lia les pattes, l’animal, le crâne perforé quelques secondes plus tôt, se réveillait déjà. Il se tordait, tournait la tête à droite et à gauche, essayait de crier mais ne laissait passer qu’un grognement affaibli. Avec un couteau à la lame très longue, le tueur, droit, en blouse blanche, les pieds fermement établis sur sa plate-forme de travail, trancha les artères carotides de la vache. Le sang s’écoula immédiatement en jets rouges et épais, les rapides battements de cœur de l’animal accélérant le flux. Une quantité impressionnante se répandait sur le vaste espace blanc, et les vapeurs de condensation propageaient l’odeur de décomposition dans le corps de tous, à la fois du personnel et des autres vaches qui défilaient à la chaîne, accrochées au treuil et en attente du même sort. Le ruissellement propulsé au rythme du cœur ralentissait peu à peu. L’animal tressaillait, longuement, puis s’immobilisait. Le sang se déversait dans une cuve spéciale, dans laquelle, mélangé à l’eau, il devrait se dissoudre en quelques jours. Puis le corps fut conduit, toujours sur le treuil, vers l’étape suivante : le décollage de la peau, le calibrage, l’éviscération et le placement dans les cellules de refroidissement où les carcasses étaient disposées les une derrière les autres, avant les opérations de découpe. La troisième image. »

 

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30 novembre 2017 4 30 /11 /novembre /2017 06:00
Paulus Potter

Paulus Potter

Sus à la viande, la rouge bien sûr, celle de bœuf qui est le plus souvent de la vache laitière réformée, en raison du coût environnemental considérable de la viande : «Pollution, émission massive de CO2 due aux rejets organiques et au transport, consommation d’eau excessive pour réaliser un steak»

 

 « Là, j’ai pris conscience que tous mes petits efforts pour préserver l’environnement n’avaient qu’un poids infime en comparaison des dégâts environnementaux provoqués par l’élevage de mon bifteck »

 

Pour Terra Nova, le règne de la viande est révolu

 

La consommation de viande ne cesse de progresser, dans les pays développés comme émergents. Or cette dynamique est désormais porteuse d'inquiétudes de plusieurs ordres. De nombreux scandales sanitaires récents ont suscité des doutes sur la sécurité alimentaire des produits carnés. La surconsommation de viande est aussi préjudiciable pour l'environnement, les activités d'élevage impliquant une mobilisation de ressources souvent disproportionnée par rapport à leur apport nutritionnel. L'actualité a aussi été marquée par de nombreuses révélations sur le traitement inhumain des animaux dans certains abattoirs. Enfin, le désarroi de nombreux éleveurs devant la difficulté à vivre de leur travail a mis en lumière les défaillances et dysfonctionnements des chaînes de valeur de ce secteur. L'objet de ce nouveau rapport de Terra Nova n'est pas de condamner en soi la consommation de viande. Mais tout plaide pour que soit recherché un nouveau compromis entre nos traditions alimentaires et nos impératifs sanitaires, environnementaux et économiques. Ce nouvel équilibre commande une réduction quantitative et une amélioration qualitative de la viande que nous consommons.

 

Lire ICI en téléchargeant le rapport :

 

La réponse argumentée du Directeur scientifique adjoint agriculture de l’Inra, Jean-Louis Peyraud vaut la peine d’être versée au dossier :

 

Eugène BOUDIN (1824-1898), La Prairie d'après Paulus Potter

 

Un monde sans élevage, « c’est juste inimaginable ! »

 

  • En tant que scientifique, pouvez-vous imaginer dans l’absolu un monde sans élevage comme le prônent les associations abolitionnistes ?

 

Jean-Louis Peyraud : « C’est une telle connerie que non ! C’est d’abord un non-sens humanitaire : il y a aujourd’hui, sur la Planète, 800 millions de pauvres - majoritairement dans les pays du Sud et notamment des femmes - qui ne vivent, ou plutôt survivent, que parce qu’ils ont une vache, quelques volailles. C’est aussi un non- sens écologique et agronomique. On ne peut aujourd’hui concevoir une agriculture sans élevage. Il faut rappeler que 40 % des surfaces dans le monde sont fertilisées par les effluents d’élevage, par des agriculteurs qui ne peuvent se payer d’engrais chimiques. Sans eux, ce sont des millions de tonnes d’engrais chimiques auxquelles il faudrait avoir recours à l’échelle planétaire. L’élevage, dans nos pays développés, a aussi une vocation de recyclage des sous-produits de cultures non consommables par l’homme : paille, corn gluten, huile d’oléagineux,... Dans les zones de polyculture-élevage, les prairies qui entrent dans les rotations ont aussi comme fonction de couper le cycle des parasites des cultures. On constate d’ailleurs que ce sont les polyculteurs-éleveurs qui réduisent le plus leur usage de phytos. Pour en venir à vos régions couvertes d’herbe, sans élevage, on va complètement fermer ces paysages, ces territoires, avec la forêt et plus personne n’y habitera. C’est juste inimaginable ! Et si on pousse encore la logique jusqu’au bout, si on veut réduire l’utilisation des phytos en Europe via la lutte intégrée, il faudra recourir à des élevages ... d’insectes. »

 

- Et pourtant, les attaques anti-élevage sont nombreuses avec des arguments souvent discutables. Qu’en est-il ?

 

J.-L. P. : « Il y a d’abord le rôle de l’élevage - et notamment des ruminants - dans les émissions de gaz à effet de serre (GES). Or, en Europe, l’agriculture représente moins de 20 % des émissions de GES, moins que l’habitat ou l’industrie, ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut pas continuer à les réduire et on a des leviers pour cela avec les prairies. C’est aussi l’élevage intensif, concentré sur un territoire pour une logique économique - comme en Bretagne - qui est montré du doigt pour ses impacts sur l’environnement. Il y a également la question de l’utilisation des surfaces et des ressources sachant que, demain, il faudra bien arriver à nourrir 9,5 milliards de personnes. Pour le coup, cet argument de la concurrence entre alimentation humaine et alimentation animale est très ambivalent et mal interprété. Dire qu’il faut 8 à 9 kilos de protéines végétales pour faire 1 kg de protéine animale n’est pas faux en soit, sauf que dans ces protéines végétales, certaines ne sont pas consommées par l’homme, comme l’herbe... L’élevage contribue en fait à une utilisation beaucoup plus efficace de la biomasse avec une contribution nette à la production de protéines. Et certains systèmes sont encore plus efficients, comme les volailles, les porcs mais aussi les ruminants lorsqu’ils valorisent des fourrages, de l’herbe. Quant aux chiffres qui circulent sur les besoins en eau des élevages, ils ne sont pas non plus erronés, mais encore une fois mal interprétés : si on considère toute l’eau de pluie qu’il faut pour produire un kilo de viande, oui il faut entre 10 000 et 30 000 litres. Sauf que si on retire l’élevage d’un territoire, cette même eau continuera de tomber. Il est plus juste de raisonner sur l’eau “utile”, qui pourrait servir à l’alimentation humaine. On obtient alors des ratios beaucoup plus raisonnables : environ 50 l d’eau pour produire un kilo de viande, 10 litres pour 1 litre de lait en système herbager. Dernière attaque en date, celles sur le bien-être animal : on met souvent en avant les élevages intensifs avec la question des animaux en claustration. À l’Inra, on travaille beaucoup sur ces aspects, le comportement animal, comment l’animal intègre son environnement... pour voir comment améliorer les conditions d’élevage mais en évitant tout anthropomorphisme. Dire qu’en mettant les animaux dehors, ils seront forcément heureux n’est pas toujours si évident que ça. »

 

- En même temps, l’élevage ne peut rester sourd à ces préoccupations qui traversent la société...

La suite ICI 

 

Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage

 

« Même lorsqu’ils ont des bases scientifiques, la plupart des arguments avancés pour s’opposer à la viande font la part belle aux généralisations abusives, aux simplifications et aux fausses bonnes idées ». Tel est le constat dressé par une récente revue scientifique dont Jean-François Hocquette et Jean-Louis Peyraud, tous deux chercheurs à l’Inra, sont coauteurs.

 

Lire ICI 

Y-aura-t-il un jour toujours des vaches dans nos prés ?
Y-aura-t-il un jour toujours des vaches dans nos prés ?
Y-aura-t-il un jour toujours des vaches dans nos prés ?
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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 06:00
Alors que le débat fait rage au sein de l’Union Européenne pourquoi nos voisins suisses sont-ils accro au glyphosate ?

Ce lundi, un comité d’appel va se pencher une dernière fois pour statuer sur la dernière proposition de la Commission de renouveler pour 5 ans ou non de la licence du glyphosate. En cas d'absence de consensus, la Commission devra trancher avant le 15 décembre.

 

État des forces en présence : 14 États pour, 9 contre, et 5 abstentions. La décision sera prise à la majorité qualifiée, soit 16 États représentants 65% de la population de lUE. Or sans le soutien des poids lourds démographiques de lUE, il est difficile dentrevoir une issue à limpasse.

 

Engluée dans des négociations de coalition, l’Allemagne ne devrait toujours pas prendre position: elle faisait partie des abstentionnistes.

 

La France, qui fait partie des chefs de file hostiles à une nouvelle autorisation avec l’Italie, a redit son opposition.

«Considérant les risques, la France sopposera à la proposition et votera contre. La France veut construire une sortie progressive du glyphosate et, avec plusieurs partenaires, pense quune durée plus courte serait possible», a expliqué dimanche dans l’hebdomadaire JDD Brune Poirson, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique.

 

Après six reports, le vote était très attendu. Les Etats membres de l'Union européenne ont décidé, lundi 27 novembre, de prolonger de cinq années l'autorisation d'utiliser le glyphosate, l'herbicide le plus répandu au monde. Le résultat est sans appel : 18 pays ont voté pour, neuf contre (dont la France), et un pays s'est abstenu.

L'Allemagne, qui s'était abstenue au tour précédent, a voté pour, après avoir demandé des modifications au texte proposé en lien avec des restrictions sur l'usage privé du glyphosate et le respect de la biodiversité, selon une source proche du dossier.

 

 

La FNSEA tente d’apaiser le débat sur le glyphosate

 

C’est le journal l’Humanité qui le dit :

 

« … informée des attentes de la société, y compris à travers les échanges au sein des différents ateliers qui débattent depuis plus de deux mois des Etats  généraux de l’alimentation, la FNSEA affirme vouloir être « une force de proposition pour répondre de la meilleure façon possible aux attentes des citoyens et des consommateurs, en pérennisant et en amplifiant les solutions vertueuses de protection des cultures qui garantissent tant la productivité , la compétitivité et la rentabilité pour les exploitations agricoles, que le respect de l’environnement et la réponse aux attentes sociétales », indique le dossier de presse.

 

Dans ce dossier, un graphique montre que l’utilisation des produits de traitement des cultures a diminué de moitié entre 1997 et 2013. Mais il montre aussi que l’utilisation des herbicides, comme le glyphosate, est plus importante lors d’une année humide que lors d’une année sèche. Ce qui indique aussi que les utilisateurs savent en modérer l’usage dans bien des cas. Un autre graphique montre que la production légumière réalisée en France a baissé de 25% entre 2002 et 2015 tandis que les importations ont augmenté d’autant. Interdire le glyphosate en France et en Europe, tout en acceptant que rentrent chez nous des produits importés traités avec ces molécules aboutirait à accroître le déficit commercial de cette filière tout en faisant manger aux consommateurs des produits traité avec des molécules interdites chez nous. C’est ce que permettrait la mise en application du CETA, cet accord de libre-échange négocié entre l’Union européenne et le Canada. De plus, une plainte devant le tribunal arbitral de l’Organisation mondiale du commerce pour tenter d’interdire des produits traités aux pesticides interdits chez nous serait perdu d’avance car ce tribunal ne tient compte que du respect des règles en vigueur dans le libre-échange, sans accorder le moindre intérêt aux questions sanitaires. »

 

Lire l’article ICI 

 

 

 

Et pendant ce temps-là, en Suisse, on reste droit dans ses bottes: sans attendre le résultat du prochain vote européen, le Conseil fédéral s’est déclaré opposé à une interdiction du glyphosate, jugé inoffensif pour la santé. Cette intransigeance agace les écologistes comme les organisations de consommateurs.

 

« Les puissants intérêts de l’industrie chimique dans notre pays ne créent pas un contexte favorable au développement de l’agroécologie. »

Adèle Thorens, conseillère nationale (Verts/VD)

 

Voici le dossier réalisé par le journal Le Temps :

 

« Le gouvernement a balayé le jeudi 16 novembre l’idée d’un moratoire sur l’utilisation du glyphosate en Suisse, demandé par le groupe des Verts dans une motion au Conseil national. Une position qui s’appuie notamment sur les résultats préliminaires du programme de monitorage des denrées alimentaires initié en 2016 par l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), afin d’évaluer l’exposition de la population suisse au glyphosate.

 

Bien que des résidus de l’herbicide aient été retrouvés dans 40% des produits étudiés, les autorités jugent que les quantités représentées sont trop faibles pour menacer la santé des consommateurs. Selon l’un des chiffres avancés, il faudrait manger quotidiennement plus de 70 kilogrammes du produit le plus contaminé (les pâtes) pour souffrir d’effets secondaires… une quantité bien entendu irréaliste.

 

Exposition chronique

 

«La manière dont le Conseil fédéral lit l’étude de l’OSAV est biaisée, réagit Zeynep Ersan Berdoz, la directrice du magazine de défense des consommateurs Bon à savoir. La question n’est pas de savoir à partir de quel stade le glyphosate devient toxique de manière aiguë. Nous consommons de nombreux pesticides par le biais de notre alimentation, comme le montrent nos tests de produits. C’est l’accumulation de petites doses de ces substances de manière chronique, tout au long de la journée et année après année, ainsi que les éventuelles interactions entre les différents produits qui posent problème

 

Les sept Sages mettent aussi en avant les nombreuses évaluations menées depuis 2015 par des organismes reconnus comme le JMPR (Joint FAO/WHO Meeting on Pesticide Residues), l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) ou encore l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), qui ont conclu à la non-dangerosité du glyphosate. «La Suisse prend en considération les évaluations de ces autorités et peut décider de suspendre un produit si un risque est identifié, que ce soit pour l’environnement ou pour la santé humaine. Mais ce n’est pas le cas pour le glyphosate», indique Olivier Félix, responsable du secteur Protection durable des végétaux à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG).

 

«Cancérogène probable»

 

Ces conclusions rassurantes tranchent cependant avec le classement du glyphosate comme «cancérogène probable» en 2015 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), un organe de l’OMS. Par ailleurs, l’EFSA et l’ECHA ont fait l’objet de critiques de la part des ONG pour leur collusion supposée avec l’industrie, dont le géant agrochimique Monsanto, qui commercialise le célèbre Roundup, à base de glyphosate.

 

Dans ces conditions, peut-on s’appuyer aveuglément sur les travaux de ces organismes? «Connaissant le fonctionnement de ces agences scientifiques, nous n’avons pas de raisons de mettre en doute la validité de leurs conclusions», considère Olivier Félix.

 

Plan de sortie progressive

 

Cette confiance peut surprendre. «La Suisse fait preuve de beaucoup de conservatisme par rapport à certains pays européens, se désole la conseillère nationale verte vaudoise Adèle Thorens. Les puissants intérêts de l’industrie chimique dans notre pays ne créent pas un contexte favorable au développement de l’agroécologie. Cette transition vers une production alimentaire plus respectueuse de l’environnement est pourtant une nécessité pour protéger notre santé mais aussi les sols et la ressource en eau.» La Verte précise que son groupe va demander la mise en œuvre en Suisse d’un plan de sortie progressive du glyphosate, à l’image de celui sur lequel le gouvernement français a annoncé être en train de travailler. Cette approche laisserait un délai aux agriculteurs et autres utilisateurs de l’herbicide pour adopter des techniques alternatives.

 

Par le passé, la Suisse a réagi plutôt rapidement aux décisions de l’UE sur les pesticides. Ainsi en 2013, trois néonicotinoïdes suspectés d’entraîner la mort des abeilles ont été suspendus en Suisse quelques mois seulement après la mise en place d’un moratoire similaire au niveau européen. Dans le cas du glyphosate, il est encore difficile de déterminer quelle sera la décision de l’UE. «Un non-renouvellement de son autorisation, alors qu’aucun risque n’a été formellement identifié, constituerait du jamais-vu», estime Olivier Félix, qui n’écarte pas pour autant cette possibilité.

 

Les embarrassants secrets du glyphosate

 

S’il existait un tribunal de haute instance pour les affaires de toxicologie, le dossier du glyphosate y serait renvoyé. Les avis continuent à diverger fortement sur le caractère cancérogène ou non de l’herbicide le plus utilisé au monde.

 

Pourquoi une telle polémique? Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate cancérogène «probable» pour l'homme. En revanche, deux autorités européennes – de sécurité des aliments (EFSA) et des produits chimiques (ECHA), – chargées de l’évaluation de la substance, l’ont blanchi. Mais les organisations écologistes reprochent à l’expertise européenne sa collusion avec l’industrie, le géant agrochimique américain Monsanto en tête, qui défend le principe actif de son produit phare Roundup.

 

La publication, dans le cadre d’une procédure judiciaire aux Etats-Unis, des documents internes de la compagnie, a mis en lumière un degré d’influence non négligeable des industriels sur le processus de l’évaluation du pesticide. Une allégation appuyée par l’analyse de documents tenus secrets dans la procédure européenne. Les accusations sont rejetées en bloc par l’EFSA et l’ECHA. Le Temps s’est plongé dans la controverse.

 

1. «Nous avons accepté tous vos commentaires»

 

En épluchant une partie de la correspondance e-mail de l’EFSA, l’ONG bruxelloise Corporate Europe Observatory (CEO) a constaté que des experts de l’industrie ont eu un accès privilégié au rapport de l’autorité de sécurité des aliments quelques jours avant sa publication. Et ils ont pu y apporter des modifications. «Toutes vos propositions ont été acceptées», confirme l’EFSA à l’entreprise de conseil Dr. Knoell, consultant de l’industrie.

 

Dans quelle mesure le rapport final a-t-il été influencé? L’EFSA argue que sa procédure admet certaines interventions dans le rapport final. «Pourtant, des ONG qui ont demandé l’accès au document ont été déboutées sous prétexte que l’intégrité du processus de la décision doit être protégée», déplore le CEO, dont une récente enquête épingle près de la moitié des experts de l’EFSA pour les conflits d’intérêts.

 

2. Copier-coller des études industrielles

 

La main des industriels est aussi perceptible dans le rapport sur le glyphosate de l’Institut fédéral allemand pour l’évaluation des risques (BfR), sur lequel se sont appuyées l’EFSA et l’ECHA. Une analyse comparative avec des documents soumis par les entreprises pour appuyer leur demande d’autorisation a révélé des copier-coller de passages entiers dans le texte du rapport allemand. Ils concernent notamment la génotoxicité du produit (sa capacité d’endommager l’ADN) et les mécanismes à l’œuvre dans le déclenchement du cancer, identifiés par le CICR mais jugés non pertinents par le BfR.

 

C’est «parce qu’il s’est basé sur les commentaires des industriels», dénonce le biochimiste Helmut Burtscher, de l’ONG Global 2000, qui a constaté le plagiat. Les extraits copiés proviennent entre autres des appréciations de l’ancien expert de Monsanto Larry Kier, jamais cité dans le rapport allemand.

 

Pour se justifier, le BfR avance qu’il était en droit de citer tels quels les passages par crainte d’altérer les propos scientifiques. Mais un expert juridique de l’ONG rétorque que dans ce cas, l’Institut ne devait pas cacher le nom des auteurs en présentant leurs conclusions comme les siennes.

 

3. Règles enfreintes

 

L’ONG Global 2000 pointe également l’incohérence des agences européennes vis-à-vis de leur propre règlement, qui stipule qu’une substance devait être considérée comme cancérogène si «deux études indépendantes sur une espèce montrent une incidence accrue des tumeurs. Or, dans le cas du glyphosate, au moins sept études à long terme sur douze le prouvent», constate le toxicologue Peter Clausing. Et d’accuser l’EFSA et l’ECHA d’interprétation biaisée de données dans le but de dissimuler les résultats défavorables au glyphosate, notamment en donnant à certaines études plus de poids qu’à d’autres.

 

Deux études en particulier, datant de 1997 et de 2001, qui prouveraient la cancérogénicité du glyphosate, ont fait l’objet d’une évaluation inadéquate, selon Global 2000. Elles montrent l’augmentation significative des tumeurs du système lymphatique chez les souris exposées à la substance. Des études épidémiologiques suggèrent par ailleurs que le risque des lymphomes malins augmente chez l’humain au contact du pesticide. Et ce sont des agriculteurs touchés par ce cancer qui ont entamé une procédure contre Monsanto aux Etats-Unis.

 

Mais les autorités, dit Global 2000, ont écarté l’étude de 1997 en prétendant que la dose de pesticide administrée était trop forte et aurait pu altérer les résultats. Elles auraient aussi enfreint leurs propres règles concernant la comparaison avec les groupes de contrôle, c’est-à-dire les souris non exposées au produit, d’après l’ONG.

 

4. Etude écartée

 

Quant à la deuxième étude, de 2001, elle avait été écartée par l’EFSA en raison d’une infection virale qui aurait influencé l’apparition des tumeurs chez les souris. Selon Global 2000, cette infection a été suggérée dans un article sponsorisé par Monsanto et défendu auprès de l’EFSA par un observateur de l’Agence de la protection de l’environnement des Etats-Unis dont les liens avec le groupe agrochimique ont été révélés dans les documents publiés par la justice américaine. L’EFSA a objecté qu’elle avait revérifié les données. Mais quand les ONG ont demandé de le prouver, elle a répondu que le document demandé n’existait pas et qu’elle n’avait aucune raison de se justifier.

 

L’ECHA, elle, a répondu à Global 2000 qu’elle avait pris en compte l’étude de 2001 dans son évaluation, concluant tout de même au caractère non cancérogène du glyphosate. Et de rejeter «catégoriquement» toutes les allégations en insistant sur le fait que l’ONG parle d’indices isolés alors que, selon le règlement, c’est «le poids de l’évidence» qui prévaut, soit la considération de toutes les données dans leur globalité.

 

«Même le poids de l’évidence confirme la cancérogénicité du glyphosate et le lien avec les lymphomes malins», objecte Global 2000, calculs et directives à l’appui. «Les autorités, dans leur réponse, restent plutôt vagues», confirme une toxicologue indépendante consultée par Le Temps.

 

5. Tumeurs «inexistantes»

 

Une autre analyse met en évidence les failles de l’évaluation européenne. Le toxicologue de renom Christopher Portier a pu avoir accès à des études non publiées, soumises par l’industrie, sur lesquelles se basaient l’EFSA et l’ECHA. Il y a découvert huit cas d’augmentation d’incidence de tumeurs non mentionnées, ni dans les rapports des agences européennes, ni dans le pré-rapport allemand.

 

De quoi mettre en doute l’expertise?

 

Non, ont répondu les autorités. Ces cas ont été identifiés mais jugés non pertinents. Et de s’étonner de ne pas avoir reçu de commentaires plus tôt, alors que les données étaient disponibles en consultation publique. «Pas les données brutes des études», répond Christopher Portier, qui est venu expliquer sa version des faits devant le Parlement européen la semaine passée. Tout comme le responsable de l’unité « pesticides » de l’EFSA Jose Tarazona, qui a défendu la position de son agence. La décision des Etats-membres montrera lequel a été entendu.

 

Le glyphosate, produit de confort ou indispensable?

 

Les alternatives au glyphosate existent. Mais elles exigent plus de travail et un changement de paradigme agricole

 

Par quoi remplacer le glyphosate s’il était interdit? Le mode d’action particulier de cet herbicide non sélectif semble le rendre irremplaçable aux yeux des usagers. Absorbé par les feuilles des plantes, il détruit ses victimes de l’intérieur et se dégrade dans le sol sans effet herbicide direct sur les graines ou les racines des voisins. Il n’empêche donc pas la germination des jeunes plantules après le traitement et est principalement utilisé pour préparer la terre au nouveau semis sans la labourer ou pour éradiquer les mauvaises herbes sous les rangs d’arbres fruitiers ou de vignes.

 

Cercle vicieux

 

Son efficacité et son faible coût en font un produit très apprécié en agriculture conventionnelle – un secteur qui redoute l’interdiction. «Pour arriver à la même efficacité, il faudrait utiliser des mélanges d’herbicides, probablement moins anodins du point de vue environnemental», prévient Olivier Félix, de l’Office fédéral de l’agriculture.

 

Une telle alternative inquiète les adversaires du glyphosate, qui craignent de le voir remplacé par d’autres pesticides controversés, à l’image du dicamba, une nouveauté de Monsanto dont les effets secondaires soulèvent des questions aux Etats-Unis. L’histoire risque de se répéter.

 

«Il est dramatique de réduire toute l’agriculture à l’utilisation d’un produit et d’arriver à une telle forme de dépendance. Mais, en concentrant le débat sur le glyphosate, on néglige d’autres problèmes, comme l’érosion de la biodiversité, l’appauvrissement des sols en matière organique, liés à la simplification des pratiques agricoles. Une impasse qui nous conduit à compenser ces pertes par des pesticides et des engrais», regrette Raphaël Charles, de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique FiBL. La vraie solution serait de repenser le système et de sortir complètement de la logique des pesticides, ce que de plus en plus d’agronomes et de chercheurs préconisent.

 

Traitements aux ultrasons et biotechnologies

 

L’agriculture durable déploie un éventail de méthodes, traditionnelles ou innovantes. Désherbage mécanique, rotation de cultures ou champs mixtes pour préserver les sols et renforcer l’immunité des plantes, couvert végétal ou paillage pour étouffer les intrus, remèdes et prédateurs naturels, traitements thermiques, au laser ou aux ultrasons, systèmes de détection de maladies en temps réel: les instruments et les techniques deviennent de plus en plus précis. Les biotechnologies, avec le développement de variétés plus résistantes, offrent également une alternative à haut potentiel.

 

Des pratiques plus coûteuses en temps et en investissements?

 

En coulisse des débats à Bruxelles, les instituts de recherche agronomique font des estimations pour répondre à leurs gouvernements. Entre un rendement immédiat à bas prix et un résultat durable à long terme, le calcul n’est pas simple.

 

Vincent Dudler: «Les aliments importés sont davantage contaminés»

 

Une étude menée en Suisse affirme que les résidus de glyphosate dans les produits alimentaires ne présentent aucun risque pour les consommateurs. L’Office fédéral de la sécurité alimentaire défend sa position

 

Alors que les Etats membres de l’Union européenne, embarrassés par des soupçons qui planent sur l’objectivité des évaluations de l’herbicide, peinent à accorder leurs violons dans le dossier du glyphosate, la Suisse garde sa position d’observateur.

 

 

Mandaté pour évaluer les risques pour les consommateurs, l’Office fédéral de la sécurité alimentaire (OSAV) s’apprête à publier un rapport d’ici à la fin de l’année. Vincent Dudler, responsable du secteur Evaluation des risques à l’OSAV, explique pourquoi la présence du glyphosate dans 40% des produits alimentaires n’est pas un motif d’inquiétude.

 

Le Temps: Quelles données ont été prises en compte pour arriver à la conclusion qu’il n'y a pas de risques pour les consommateurs?

 

Vincent Dudler: L’OSAV a étudié 230 échantillons de denrées alimentaires répartis dans 19 catégories – miel, vin, pain, pommes de terre, légumes… Les résultats de notre étude montrent qu’environ 40% des produits présentent des traces de glyphosate, ce qui permet d’expliquer les concentrations trouvées dans les urines constatées par d’autres études en Europe. Toutefois, les valeurs mesurées en Suisse dans les denrées alimentaires restent nettement inférieures aux limites fixées dans la réglementation.

 

Quels sont les produits avec les plus fortes concentrations?

 

Les pâtes alimentaires, les céréales pour le petit déjeuner et les légumineuses restent les principales sources d’exposition. Les valeurs sont moins élevées dans les denrées produites en Suisse par rapport aux aliments importés. La différence s’explique notamment par le fait qu’en Suisse l’utilisation du glyphosate dans l’agriculture est restreinte – par exemple, l’application du glyphosate avant la récolte est interdite.

 

Les pâtes sont faites principalement à base de blé importé du Canada et des Etats-Unis. Or, les produits d’Amérique du Nord sont les plus contaminés. Mais même les plus fortes concentrations mesurées en Suisse restent au-dessous de la valeur limite.

 

La crédibilité de l’EFSA et de l’ECHA a été sérieusement entamée par des révélations qui mettent en cause l’objectivité de leurs évaluations… Cela ne vous choque pas?

 

Le glyphosate est mis au pilori pour des raisons purement politiques: il y a visiblement une volonté internationale de s’attaquer indirectement aux plantes OGM qui sont résistantes à cet herbicide. De nombreuses études concluent qu’il est inoffensif si on respecte les règles d’utilisation. Et les organismes mondialement reconnus, comme l’EFSA, l’ECHA ou la JMPR, ont écarté tout risque pour les consommateurs.

 

Pourtant, tous les trois ont été accusés de graves conflits d’intérêts… Dans plusieurs pays, les agriculteurs malades mettent en cause le glyphosate…

 

Il ne faut pas comparer l’exposition professionnelle des agriculteurs avec celle des consommateurs. Les doses auxquelles les personnes sont exposées en Suisse via l’alimentation ne présentent pas de risques pour la santé.

 

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